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MEMOIRES
DU MUSÉUM
NATIONAL
D’HISTOIRE
NATURELLE
BOTANIQUE
TOME 32
1990
Claudine FRIEDBERG
Le savoir botanique
des Bunaq
percevoir et classer
dans le Haut Lamaknen
(Timor, Indonésie)
Publié avec le concours du Ministère de la Recherche et de la Technologie (DIST) et du CNRS
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Directeur de la publication : Philippe Bouchet
R édacteurs (Editors) : P. Bouchet, A. Dubois, C. Erard
S ecrétariat : Bernadette Charles
C onception graphique : Alain Defilippi
R édaction : 57, rue Cuvier
75005 Paris
Les Mémoires du Muséum national d’Histoire natu¬
relle publient des travaux originaux majeurs (100
pages et plus) dans les domaines suivants : Zoologie
(série A), Botanique (série B), Sciences de la Terre
(série C). Les auteurs sont invités, pour toutes les
questions éditoriales, à prendre contact avec le direc¬
teur de la publication.
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couverture.
Mémoires du Muséum national d’Histoire naturelle
publishes major original contributions (100 pages and
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Botany (série B), Earth Sciences (série C). Prospective
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The Muséum national d’Histoire naturelle also
publishes a Bulletin.
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Imprimé suc papier non aride.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
2 *
Source : MNHN, Paris
Le savoir botanique des Bunaq
percevoir et classer dans le Haut Lamaknen
(Timor, Indonésie)
ISBN : 2-85653-177-6
ISSN : 0078-9755
©Éditions du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, 1990.
Source : MNHN, Paris
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(a* ^ *
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
SÉRIE B
BOTANIQUE
TOME 32
Claudine FRIEDBERG
Muséum national d’Histoire naturelle
Laboratoire d’Ethnobiologie-Biogéographie
43, rue Cuvier
75005 Paris
Le savoir botanique des Bunaq
percevoir et classer
dans le Haut Lamaknen
(Timor, Indonésie)
Publié avec le concours du Ministère de la Recherche et de la Technologie
(DIST) et du CNRS
ÉDITIONS
DU MUSÉUM
PARIS
1990
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
mère
Que me demande-t-on, au juste ? Si je pense avant
de classer ? Si je classe avant de penser ? Comment je
classe ce que je pense ? Comment je pense quand je
veux classer?
Extrait de : Georges Perec, « Penser/Classer », Paris,
Hachette, 1985.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE
Pages
Résumé. 13
Extended abstract . 15
POURQUOI UN TRAITÉ DE BOTANIQUE BUNAQ ?
GÉNÉRALITÉS SUR LES BUNAQ DE LAMAKNEN ET LEUR MILIEU
La société et la culture bunaq. 27
La langue bunaq. 31
L’organisation sociale. 33
La littérature orale et les plantes . 35
Quelques données sur le milieu. 38
Le relief. 38
Le climat. 39
La végétation . 40
Composition de la flore. 40
Les formations végétales . 41
Mode de vie et cycle annuel des activités. 44
Conditions dans lesquelles se sont déroulées les enquêtes de terrain ; collecte et identification des
échantillons. 50
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
Essai de biologie végétale ..-.- 55
La plante : ses ressemblances et ses différences avec les autres êtres vivants. Ses possibilités de
transformation. 55
La vie des plantes. 61
Le froid, le chaud, l’amer, le féminin, le masculin. 64
Les formes végétales et la morphologie botanique. 67
Les feuilles : nor (qui se fléchit en gonor ou goron) et les tiges (ne, gene et lolon) . 67
Les différentes formes de feuilles. 67
Différentes façons dont les feuilles sont assemblées et les différentes formes de tiges. 68
Plantes dont les feuilles sortent directement du sol ... 68
Plantes dont les feuilles sont fixées sur des tiges et les caractéristiques de celles-ci. 69
Les racines netel, getel et les fruits souterrains, noq muq mil gene « fruits (qui sont) à l’intérieur de la
terre». 75
Les formations végétales reconnues par les Bunaq. 77
Les formations arborées. 77
Zobuq hatak « forêt épaisse ».:.. 77
Zobuq hatak op «forêt épaisse (de) hauteur». 77
Zobuq hatak kero mil « forêt épaisse dans des terrains marécageux ». 78
Zobuq hatak il bul « forêt épaisse eau base ». 79
Zobuq pasaq « forêt (des) terres sèches . 79
Nahun. 79
Hur nahun. 79
Pie nahun. 80
T al nahun. 80
Les formations arbustives . 81
Les formations herbacées. 81
An «la savane». 81
Bula «la prairie» . 82
Absence de végétation . 82
Source : MNHN, Paris
ORDONNANCEMENT DU MONDE VÉGÉTAL BUNAQ TEL QU’IL APPARAÎT
DANS L’INVENTAIRE RAISONNE
Comment a été établi cet inventaire.. . ..
Méthode d’enquête et de présentation des matériaux.
La nomenclature botanique bunaq .
Les noms de base.
1 . Termes ayant un sens dans la langue....
Noms composés à partir d’un nom d’animal.
Noms composés comme des noms de personnes....
Noms composés à partir de mots désignant une forme végétale.
Autres noms de base à valeur descriptive ou métaphorique.
2 . Termes et expressions n’ayant aucun sens dans la langue.
3 . Genre grammatical des noms de base.
Les déterminants .
1 . Noms de couleur ou allusion à la couleur d’un objet.
2 . Attribution d’un sexe.
3 . Allusion à la dimension.........
4 . Allusion au fait que la plante est soit cultivée ou comestible, soit sauvage ou incomestible.
5 . Allusion à la vitesse de maturation.
6 . Allusion à l’odeur.
7 . Noms d’animaux.
8 . Noms de personnes.
9 . Autres termes ou expressions descriptives.
Expressions désignant les ensembles.
1 . Expression formée de deux mots destinés à évoquer l’ensemble.
2 . Expression plus nettement descriptive.
3 . Ensembles pour lesquels il n’existe pas d’expression toute faite les désignant .
Analyse des données.
Les trois aspects du processus classificatoire.
Identification.
Dénomination.
Les termes de base.
Les déterminants .
Dénomination des plantes introduites depuis l’arrivée des Européens.
Les ensembles et les niveaux taxinomiques de rang supérieur à celui où se trouve le terme de
base.
Classification.
La classification botanique bunaq et la taxinomie scientifique.
Différentes façons de désigner un taxon terminal dans la classification botanique bunaq et
correspondance avec la taxinomie et la nomenclature scientifique.
Les «séries» et ce qu’elles représentent dans la classification scientifique .
Les niveaux taxinomiques supérieurs.
COMPARAISON ENTRE LA CLASSIFICATION BOTANIQUE BUNAQ
ET LES AUTRES CLASSIFICATIONS POPULAIRES
Mise en évidence de quelques principes généraux.
Les différentes activités classificatoires de l’homme et la classification des objets naturels ..
Termes de base, niveau de base et rangs taxinomiques inférieurs.
Notion de genre et d’espèce.
Le niveau de base et les expériences des psychologues.
Niveau de base et terme de base dans les classifications populaires .
Niveau de base et reproduction.
Les deux types de procédure de classement.
Au dessus du niveau de base.
Classification scientifique, classification populaire.
Parenté et phylogénie dans les classifications populaires.
83
84
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88
88
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136
136
Source : MNHN, Paris
Réflexions à partir des niveaux taxinomiques reconnus par les universalistes. 137
Le taxon initial supérieur . 137
Les formes du vivant, leur statut taxinomique et leur rôle dans les classifications ....... 137
Structure des classifications populaires : la subordination des caractères, les rapports de transitivité et
la notion de rang . 140
Aspect opératoire des classifications botaniques dans les cultures à transmission orale. 142
Conclusion. 147
Remerciements. 151
Références bibliographiques. 152
Appendice : Inventaire raisonné des plantes du Haut Lamaknen. 157
Index des noms scientifiques des plantes connues par les Bunaq. 279
Index des noms Bunaq de plantes. 289
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ
FRIEDBERG, C., 1990.12.18. LE SAVOIR BOTA¬
NIQUE DES BUNAQ : PERCEVOIR ET CLASSER DANS
LE HAUT LAMAKNEN (TIMOR, INDONÉSIE). Mèm.
Mus. natn. Hist. nat., (B), 32 : 1-303. Paris ISBN : 2-85653-
177-6.
Publié le 18 décembre 1990.
L’objet de cet ouvrage est d’exposer comment une commu¬
nauté paysanne de l’Indonésie orientale perçoit et ordonne le
monde végétal.
Pour ce faire, utilisant les méthodes de l’ethnoscience, nous
nous sommes constamment référé aux concepts et à la
terminologie indigène ; ensuite nous avons soumis les don¬
nées ainsi recueillies à une analyse scientifique en faisant
appel à différentes disciplines : la botanique, la linguistique,
la psychologie expérimentale, etc.
Ces données concernent essentiellement la population d’un
village, Abis, situé dans les montagnes du centre de Timor, à
environ 800 mètres d’altitude dans la partie la plus haute
d’une région appelée Lamaknen qui constitue un kecamatan
(district) du kabupaten (département) Belu et dont la popula¬
tion parle le bunaq, langue dite « non austronésienne »,
classée dans le phyllum trans-néo-guinéen.
L’intérêt de l'ouvrage réside donc tout d’abord dans
l’exposé du savoir botanique des Bunaq ; leurs connaissances
sur la morphologie végétale, l’anatomie, la croissance des
plantes et leur reproduction. Nous avons mis ainsi en
évidence des concepts qui jouent un rôle important dans leur
manière de se représenter le fonctionnement du monde et que
l’on retrouve dans l’organisation de la société.
Nous verrons aussi les différentes formations végétales que
les Bunaq distinguent dans leur environnement où les espaces
situés hors de l’action de l’homme ou de son bétail sont
particulièrement réduits.
Enfin vient ce qui constitue la majeure partie de cet
ouvrage : la discussion critique de la façon dont les Bunaq
nomment et classent les 700 types de plantes sauvages ou
cultivées qu’ils reconnaissent dans la flore qui les environne
et qui pour la plupart se trouvent dans les lieux qui leur sont
les plus familiers c’est-à-dire les plus anthropisés.
Ces plantes sont présentées dans un inventaire situé en fin
d’ouvrage et ordonné de façon à rendre compte le mieux'
possible des regroupements effectués par les Bunaq en
fonction des affinités ou ressemblances qu’ils établissent entre
les plantes. Pour chaque type de plante nous indiquerons le
nom vernaculaire, avec son sens s’il y a lieu, l’identité
botanique et, si elles ont été explicitées, ses caractéristiques
aux yeux des Bunaq.
Cet inventaire renseigne donc sur la flore la plus courante
d’une région qui en dehors des espèces arborées a fait l’objet
de peu de publications si ce n’est pour les plantes apparte¬
nant aux familles déjà traitées dans la Flora Malesiana ou
dans les publications préliminaires à cet ouvrage. En effet, la
flore des petites îles de la Sonde qui est pauvre si on la
compare à celle des îles de l’Archipel jouissant d’un climat
plus humide, a peu intéressé les botanistes. Cependant sa
connaissance présente un grand intérêt pour les possibilités
de développement économique de la région.
Du point de vue linguistique la terminologie botanique
bunaq est d’autant plus précieuse que les langues non
austronésiennes de cette région sont mal connues ; de plus,
leurs rapports, sur le plan du vocabulaire, avec les langues
austronésiennes parlées alentour devraient donner des indices
intéressants sur le peuplement de Timor, île qui a sans doute
été un cul-de-sac pour divers flux migratoires arrivant de
l’ouest comme du nord.
Cependant l’objet de cet ouvrage n’est pas seulement de
présenter des données originales sur le savoir botanique
d’une population. Il se propose également de fournir des
outils méthodologiques pour les recherches sur les classifica¬
tions populaires.
Après l’engouement pour l’ethnoscience qui s’est déve¬
loppé dans les années 60 et qui a permis de tirer un certain
nombre de conclusions sur les principes d’organisation des
classifications populaires à partir des premières enquêtes
systématiques faites chez quelques populations, le débat s’est
ensuite enlisé dans des discussions stériles sur la mise en
évidence d’universaux.
Tributaire en cela des recherches linguistiques, après avoir
voulu montrer comment chaque société procède à son propre
découpage du réel, l’ethnoscience emboîtant le pas des
tenants de la grammaire générative s’est lancé à la poursuite
des invariants. Cependant elle n’a pas pour autant modifié sa
méthodologie de base fondée sur la terminologie indigène.
Nous montrons ici les dangers d’une méthode qui tendrait
à considérer la nomenclature comme le reflet direct des
processus psychologiques : elle est aussi le résultat d’une
histoire culturelle.
Il convient donc de renverser la perspective et de s’interro¬
ger tout d’abord sur la complexité du processus classificatoire
qui associe trois opérations plus ou moins concomitantes et
pouvant se succéder dans un ordre indéterminé : identifica¬
tion, dénomination, insertion dans un système de référence.
Il faut aussi tenir compte des règles générales des procédures
de classification (componentielle-conceptuelle et prototy¬
pique) mises en évidence par les psychologues expérimentaux
et examiner comment elles se manifestent chez les popula¬
tions étudiées. Il importe, en particulier, de voir dans les
caractéristiques que les informateurs fournissent sur les
végétaux si celles qui sont utilisées comme critère d’identifica¬
tion ont également une valeur taxinomique et de déceler
celles qui ne servent que de justification a posteriori. Tout au
long de l’inventaire nous nous sommes efforcé de préciser ce
type de distinction.
L’existence d’un niveau de base correspondant à un terme
de base apparaît comme universel, les taxons de rang
Source : MNHN, Paris
14
CLAUDINE FRIEDBERG
inferieur étant désignés par un terme de base accompagné
d’un ou plusieurs déterminants. Ces différents taxons sont
mutuellement exclusifs et dans des rapports d’inclusion
hiérarchisés. Nous avons examiné, pour ce qui est des Bunaq,
à quel niveau taxinomique de la classification botanique
scientifique se situent les taxons correspondant au terme de
base : espèce, genre, plusieurs espèces de genre ou de familles
différentes, etc.
Pour les rangs supérieurs au niveau de base, nous avons
souligné le fait que nous sommes en présence de catégories
complexes, c’est-à-dire fondées sur des critères appartenant à
des domaines différents, comprenant toujours obligatoire¬
ment une ou plusieurs qualités d’ordre biologique mais
pouvant être associées au rôle des plantes qui les composent
dans l’existence des Bunaq.
Après une comparaison avec les classifications des plantes
dans d’autres sociétés, nous concluons sur leur aspect
opératoire : outil cognitif certes mais intimement lié aux
rapports que l'homme entretient avec son environnement
végétal. Nous montrons comment des processus de type
universel sont utilisés pour affronter des situations pratiques,
techniques et socio-culturelles particulières.
Enfin dans la conclusion, élargissant encore le cercle de nos
interrogations, nous examinerons les rapports entre cette
classification des plantes et les modes de catégorisation
analogiques à travers symboles et métaphores.
Reprenant alors l’ensemble des concepts bunaq sur la vie
et la reproduction des végétaux, nous verrons quel rôle joue
le savoir botanique dans l’ensemble de la culture et l’ouvrage.
Nous terminons par une interrogation sur la place du
raisonnement analogique dans les modes de connaissance de
la nature.
Source : MNHN, Paris
EXTENDED ABSTRACT
FRIEDBERG, C., 1990.12.18. LE SAVOIR BOTA¬
NIQUE DES BUNAQ : PERCEVOIR ET CLASSER DANS
LE HAUT LAMAKNEN (TIMOR. INDONÉSIE). Mém.
Mus. nain. Hisi. nal., (B), 32 : 1-303. Paris ISBN : 2-85653-
177-6.
Published 18 December 1990.
The knowledge of plant life among the Bunaq perception and
classification in upper Lamaknen Timor, Indonesia.
The objective of this book is to explain how a peasant
community in eastem Indonesia perceives and classifies
plants. To this end, the methods of ethnoscience hâve been
used and continuai référencés made to native concepts and
vocabulary. Various disciplines (botany, linguistics, experi¬
mental psychology, etc.) hâve been of help in analyzing data
collected mainly among the inhabitants of Abis. This village,
about 800 meters above sea level, is located in the mountains
of central Timor, in the highest part of a région called
Lamaknen, a kecamatan of kabupaien Belu. The population
speaks Bunaq, a “ non-Austronesian ” language placed in the
trans-New-Guinea phylum.
By exposing what the Bunaq know about botany, notedly
about plant morphology, growth and reproduction, concepts
are brought to light that are important in their understanding
of how the world opérâtes, concepts that also crop in the way
their society is organized. Attention is drawn to various types
of végétation that the Bunaq discem in their environment,
where there is very little space outside the reach of people’s
actions, or their animais’. This is followed by a critical
discussion, the core of this book, of how they name and
classify the 700 types of wild or domesticated plants they
recognize out of local flora. Most of these plants are found in
familiar places, worked or frequcnted by the Bunaq.
At the end of this book, these plants are arranged in an
inventory so as to show, as much as possible, how the Bunaq
group them according to their physical resemblances and
other affinities discemed between plants. For each type of.
plant, the vernacular name is given with its meaning, when
existing botanical identification and the characteristics attri-
buted to it by the Bunaq. The inventory présents information
about the most common plants in a région whose flora, apart
trees and also the plants belonging to families examined in
Flora Malesiana , has seldom figured in publications. Much
less varied than the flora of islands with a more humid
climate, the plant life on the small Sunda Islands, has not
much attracted the attention of botanists. Nonetheless,
knowledge of it imports for régional économie development.
For linguistic reasons, Bunaq botanical vocabulary is ail
the more valuable given the relative lack of knowledge about
this region’s non-Austronesian languages. At the level of
vocabulary, the relations between these languages and the
Austronesian ones spoken in surrounding areas should
provide evidence about the seulement of Timor Island, a
terminus whence migrations arriving from the west and north
could go no farther.
Besides containing original data about Bunaq piant lore,
this book proposes methodological instruments for research
on folk classifications.
After the infatuation, during the 1960s, with ethnoscience,
which was able (on the basis of the first systematic surveys
carried out among a few peoples) to reach some conclusions
about how folk classifications are organized, debate became
stuck in fruitless discussions about evincing universals. Thus
subject to linguistic research, after having sought to show
how societies eut up and arrange reality, ethnoscience fell
into line behind the advocates of generative grammar in the
pursuit of universals. Nonetheless it did not modify its basic
methodology, underpinned by native terminology. This book
comments on the dangers of a method that would take
nomenclatures to be direct reflections of psychological
processes. Nomenclatures are, in fact, also the resuit of
cultural history.
Therefore, the perspective should be tumed about ; and
questions, raised about the complexity of the classificatory
process, which involves three more or less simultaneous
operations that may occur in any order : perceiving/identi-
fying, naming/communicating and arranging in a frame of
référencé. The general procedures (componential-conceptual
and prototypic) of classifying, which hâve been brought to
light by experimental psychologists, must be examined to
see how they corne into play among given peoples. It is
important both to see whether the characteristics that
informants use to identify plants also hâve a taxonomie value
and to point out those characteristics used only afterwards as
a justification. The effort has been made to specify these
points in the inventory.
There is a basic level of ternis that seem to be universals.
Taxons of lower ranks are designated by these terms plus one
or more attributes : taxons at the same level are mutally
exclusive and those at higher levels are inclusive of those at
lower levels in the hierarchy. As regards the Bunaq, the
author has correlated the taxons corresponding to basic
terms with the taxonomie levels of scientific botanical
classification.
For ranks above the basic level, emphasis has been laid on
the existence of complex categories using criteria from
various fields. These categories necessarily include one or
more characteristics of a biological sort but may also be
associated with the functions in Bunaq life of the plants
covered by them.
After making a comparison with plant classifications in
Source : MNHN, Paris
16
CLAUDINE FRIEDBERG
other societies, concluding remarks deal with the operative
aspects of these taxonomies. They are a cognitive instrument
indeed, but they also enter into the people’s relations to their
environment. It is shown how processes of a universal type
are used to handle particular situations.
OUTLINE OF THE BOOK
The “ Introduction ” explains the guidelines used for the
field work that preceded the writing of this book, and
indicates the contribution this research makes to the history
of ethnoscience.
The first chapter sets the background needed to understand
the context of the Bunaq’s knowledge of plant life :
— Bunaq culture and society are described, as well as
their relation, in terms of social organization and
language, to nearby societies. An epitome of how plants
figure in oral literature introduces the reader to Bunaq
conceptions of plant life.
— General remarks are made about the natural and
human environments.
- A glimpse is provided of the Bunaq way of life and
of the yearly cycle of their activities.
— Information is given about the author’s trips to
Timor and of her choice of Abis for field work.
The second chapter is an essay on folk plant biology :
— It explains how the Bunaq conceive of plants in
relation to other living beings, and how they think
plants grow and thrive. Certain notions they apply to
the plant kingdom are discussed, notions such as
hot/cold and masculine/feminine that play another part
in the socio-cultural domain.
— The different forms of plants recognized by the
Bunaq are, mainly on the basis of vemacular terms,
described, as is the knowledge that this people has of
plant anatomy.
— The criteria the Bunaq use to differentiate types of
végétation in their environment are exposed.
The third chapter deals with how the Bunaq recognize
various plant types, how they describe, name and place them
in a vast arrangement of the whole plant world. The
methodic inventory at the end of the book présents this
arrangement. This chapter is divided into two parts.
The first explains how this inventory was drawn up. The
intentions underlying it and the method used to bring to light
this arrangement of plant life are explained so as to do away
with any ambiguity about the type of results obtained. The
conventions adopted in the inventory are explicated so that
readers can assess the data, whether coming from the Bunaq,
the author’s reflections or botanists' comments. The aim is to
establish the basis for the final comparison while exposing
the principles to be followed when collecting data for an
eventual comparative analysis. Likewise, to avoid any ambi¬
guity that might keep us from adhering to strict standards
when analyzing field data, major clcavages in the Bunaq
naming System are pointed out so that readers know what
the names of plants in the inventory refer to. Here too, the
aim is to describe the various types of terms collected so that
basic principles can be used for research on other societies.
In the second part of this chapter, the Bunaq classificatory
processes listed in the inventory are analyzed. The three
forementioned operations (identifying, naming, arranging in
a frame of reference) are successively examined while cons-
tantly bearing in mind that they are tightly interwoven. To
make it easier to follow this analysis, information is recapitu-
lated in tables ; and diagrams offcr a visual image of how the
Bunaq group various plant types. For each level in the
Bunaq classification, starting with terminal taxons, corres-
ponding levels in the scientific classification are pointed out.
In the fourth chapter, the reader attains the objective set
by the author : the discemment, on the basis of the Bunaq
data, of general principles used in folk classifications :
— These data are compared with information from
other peoples. First careful attention is paid to pointing
out symbolic or metaphorical types of classification.
Then the concepts used in studies of universals are
examined in the light of recent research on natural
categories by psychologists. To do this, the notion of a
basic level, as defined by psychologists, is adopted. In
the ranks below or above this level, the taxonomie status
of each type of name is discussed ; and a comparison,
made with the scientific classification.
— Following this, an inquiry is made into the rela¬
tions between the thus identified taxonomie levels.
This sheds light on some of the touchier problems (e.g.,
the subordination of characters, the hierarchization of
classes and the notion of rank) in scientific classifica¬
tions.
— At this point, the instrumental function of folk
classifications can be studied, in particular their uses in
the oral transmission of culture. As a cognitive tool for
noticing, choosing and memorizing, a folk classification
enters into the peoples’ relations with their plant envi¬
ronment. Thus is revealed how processes of a universal
type fit into a particular context, how they can be used
both to settle the problems raised by a given type of
végétation and to develop technical practices dépendent
on a given social, cultural and économie frame of
reference.
The Conclusion broadens this inquiry by examining the
relations between this classification of plants and modes of
analogical categorization through symbols and metaphors.
Taking into account the whole set of Bunaq concepts about
plant life and its reproduction, we can see the importance of
the botanical knowledge in this culture. At the end, questions
are raised about the place of analogical reasoning in our
understanding of nature.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
POURQUOI UN TRAITÉ DE BOTANIQUE BUNAQ ?
Ce traité est extrait d’un ouvrage plus vaste
qui fut soutenu comme thèse de doctorat d’État
(C. Friedberg, 1982) et qui reproupait tous les
aspects des relations que les Bunaq du Haut
Lamaknen, montagnards du centre de l’île de
Timor (fig. 1 et 2) entretiennent avec leur
environnement végétal à travers leurs pratiques
aussi bien techniques que symboliques.
Fig. I. — Position géographique de Timor dans l’archipel
indonésien.
Cette thèse était destinée à exposer en détail
toutes les connaissances que les Bunaq ont sur
les plantes et la façon dont ils les ordonnent en
une classification qui est à la fois le reflet de leur
savoir et de leurs pratiques.
Au moment où cette thèse fut élaborée, à la fin
des années 70, les savoirs botaniques populaires
ayant fait l’objet d’études complètes étaient peu
nombreux et ils le sont toujours. H. C. Conklin
n’a jamais publié l’ensemble de ses données sur
les Hanunoo dont sa thèse ne présente qu’une
partie. Le seul ouvrage à vocation exhaustive,
est celui de Berlin, Breedlove et Raven, The
principles of Tzeltal Plant Classification, publié
en 1974. Malheureusement les descriptions de
plantes que l’on y trouve sont celles de la
botanique scientifique et non celles des Tzeltal
(population de langue maya). B. Berlin n’a pas
encore publié toutes ses informations sur les
Aguaruna du Pérou chez lesquels il a travaillé
par la suite. Les autres savoirs botaniques ne
nous sont connus, de l’aveu même des auteurs,
que de façon fragmentaire, ce qui est tout à fait
compréhensible étant donné la richesse floris¬
tique des régions où ils ont été recueillis (par
exemple : Revel, 1985, Hays, 1974, Taylor,
1980).
Au contraire, profitant de la pauvreté relative
de la flore du territoire bunaq, il m’a paru
intéressant d’explorer dans le détail la connais¬
sance qu’une population a de l’ensemble du
monde végétal qui l’entoure et de l’exposer dans
les termes mêmes qu’elle utilise pour en parler.
J’ai donc traité de toutes les plantes nommées
qu’elles soient sauvages, cultivées, protégées ou
adventices, qu’elles soient représentées par de
nombreux spécimens ou seulement par quelques-
uns ou même un seul, comme cela arrive pour
des arbres reliques, témoins d’un état antérieur
de la végétation. La population étudiée, celle de
quelques villages de Lamaknen, occupe un terri¬
toire très anthropisé comportant des terres de
culture préparées par brûlis, des terres dans
lesquelles le bétail circule librement et quelques
vestiges de forêt protégés autour des points d’eau
et des villages coutumiers ; seules n’ont pas été
prises en compte, car la végétation en était mal
connue de la presque totalité des habitants, des
zones marginales non utilisées pour la culture ou
la pâture en raison de leur situation frontalière
qui les rendaient peu sûres mais qui se trouvant
être des zones mieux arrosées et moins soumises
à l’action de l’homme étaient floristiquement
plus riches.
Autre parti pris adopté tout au long de ce
travail : présenter ce savoir botanique dans ses
rapports avec le contexte dans lequel il s’est
développé, c’est-à-dire à la fois l’environnement
naturel particulier à la région et l’environnement
Source : MNHN, Paris
20
CLAUDINE FRIEDBERG
Fig. 2. — Le centre de Timor : Localisation des Bunaq par rapport aux autres populations et le territoire de Lamaknen.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
21
socio-culturel. Je me suis en cela démarquée des
chercheurs dont l’objectif est de mettre en évi¬
dence des universaux, c’est-à-dire essentiellement
des catégories indépendantes du contexte.
Il faut, pour comprendre ma démarche, la
resituer dans l’histoire de ce que l’on a appelé
l’ethnoscience.
Ce terme fut utilisé pour la première fois en
1950 dans l’édition révisée du mode d’emploi
(Outline of cultural material) du grand fichier des
cultures humaines ( Human Relations Area Files)
édité par Murdock et al. Il figure dans l’index
de cet ouvrage pour désigner la section 82 dont le
titre est Ideas about Nature and Man avec ce
commentaire : «cette section est destinée à
recouvrir les notions spéculatives et populaires
concernant les phénomènes du monde externe et
de l’organisme humain ». C’est dans cette section
que l’on trouve tous les termes formés de
« ethno » et d’une discipline scientifique comme
ethnobotanique, ethnométéorologie, ethnoana-
tomie, etc., s’appliquant aux concepts correspon¬
dants existant dans chaque culture particulière.
H. C. Conklin fut le premier à déclarer avoir
fait œuvre d’ethnoscience dans l’introduction de
sa thèse : The Relation of Hanunoo Culture to the
Plant World (1954). La démarche qu’il propose,
partir des catégories sémantiques indigènes pour
étudier la connaissance qu’une société a de son
environnement naturel, est demeurée celle de
l’ethnoscience.
Mais à la fin des années 1950 et au début
des années 1960, cette démarche fut étendue
à l’ensemble du savoir social. On prétendait
alors qu’une culture pouvait se décomposer en
domaines cognitifs isolables et qu’on pouvait la
reconstituer à partir de la somme des classifica¬
tions populaires relevées dans chacun de ces
domaines. C’est ce que l’on a appelé la «Nou¬
velle Ethnographie ».
Les recherches entreprises sur le terrain à cette
époque permirent de rassembler de nombreuses
données sur la « mise en ordre » que chaque
culture opère dans l’univers. Cependant on était
loin de cette « grammaire culturelle » permet¬
tant de tout comprendre sur le comportement
des membres d’une société que la « Nouvelle
Ethnographie » avait laissé entrevoir en espérant
établir une analogie entre code linguistique et
code culturel. En effet, la linguistique constituait
alors un modèle de démarche scientifique pour
l’ensemble des sciences humaines, dans la mesure
où elle fournissait une méthode d’analyse per¬
mettant de dépasser la description du contingent
pour atteindre la structure. Cette méthode était
celle de l’analyse phonologique qui considère les
sons non plus en eux-mêmes mais dans leurs
rapports les uns avec les autres à l’intérieur du
système phonétique de chaque langue '.
Ce qui, dans les savoirs populaires, intéressait
ce courant de recherche, et qui a abouti à ce que
l’on appelle « l’anthropologie cognitive », c’était
la façon de découper le réel. L’idée, à l’époque,
était que chaque société possède un code diffé¬
rent permettant de décrypter l’univers ; ce code
était dépendant d’un autre code : la langue.
Mais au moment même où cette démarche
suscitait de nombreuses recherches de terrain sur
les classifications naturalistes populaires, la lin¬
guistique qui lui servait de modèle abandonnait
la perspective de Sapir et de Worf, d’une pensée
sous la dépendance de la langue parlée par la
société particulière dans laquelle elle se déve¬
loppe et s’engageait à la suite de Chomsky 1 2 dans
de nouvelles directions de recherches sur les
aspects universaux du langage. Adoptant cette
nouvelle démarche, les chercheurs en ethno¬
science allaient à leur tour s’intéresser à ce
qui, dans les classifications des objets naturels,
s’opposant ici à artefact, serait indépendant du
contexte socio-culturel et de l’environnement
dans lesquels elles sont nées. L’ouvrage qui a
marqué ce tournant est celui de Berlin et Kay,
publié en 1969 : Basic Color terms, their universa-
lity and évolution. Le but des auteurs était de
mettre en évidence que les noms fondamentaux
des couleurs ne correspondaient pas à un décou¬
page arbitraire du spectre de la lumière mais à la
perception de points focaux dont l’existence est
liée à la fois aux propriétés des ondes lumineuses
et au fonctionnement psycho-physiologique de la
vision. Toutes les langues ne possèdent pas tous
les termes désignant ces points, au nombre de
onze d’après les auteurs, mais l’ordre d’acquisi¬
tion serait toujours le même et lié à des stades de
« complexité culturelle ».
1. Voir à ce propos Roman Jakobson « Six leçons sur Je son et le sens» et la préface de Lévi-Strauss sur ses
conférences données à New York à l’Ecole libre des Hautes Etudes l’année universitaire 1942-1943, Paris 1976.
2. Son PhD « Transformational Analysis » qui marque le début de ses travaux sur ce thème date de 1955.
Source : MNHN, Paris
22
CLAUDINE FRIEDBERG
L’aspect empirique et évolutionniste de la
démarche de ces universalistes a été fortement
contesté, quand, abandonnant le domaine des
couleurs, ils se sont attaqués aux classifications
des plantes et des animaux. Les universaux
n’étaient alors plus des points focaux mais des
niveaux taxinomiques et on prétendait remplacer
l’analyse physique du spectre de la lumière par la
classification scientifique botanique ou zoolo¬
gique, érigée en un système de référence absolu.
Or on ne peut assimiler la perception des plantes
ou des animaux à celle du spectre de la lumière
qui est effectivement le même pour tous et pour
lequel il existe un récepteur psycho-physiolo¬
gique spécialisé et, par ailleurs, les classifications
scientifiques évoluent en même temps que les
idées.
La façon dont j’entrepris l’étude du savoir
botanique bunaq m’a permis de contester cer¬
taines des démarches poursuivies au nom de
l’ethnoscience ou des prémisses sur lesquelles
elles étaient fondées et d’aboutir à une vision
différente des classifications populaires telles que
les envisagent des chercheurs dont l’objectif,
avoué ou non, est avant tout la confirmation de
leur hypothèse de travail.
Tout d’abord, fidèle en cela à la tradition
ethnologique française, il me paraissait difficile
d’admettre qu’il existât des domaines cognitifs
isolables que l’on pourrait analyser indépendam¬
ment les uns des autres. Le concept de «fait
social total », que nous avons hérité de Mauss,
nous conduit au contraire à envisager toutes les
implications d’un quelconque fait socio-culturel
même si, pour les besoins de l’analyse, on est
conduit dans un premier temps de l’étude, à
repérer des niveaux différents de fonctionne¬
ment que l’on peut identifier comme ceux de la
parenté, des rituels, des techniques agricoles, etc.,
mais en gardant à l’esprit qu’ils ne sont que des
aspects différents d’un même fait, vécus par les
acteurs de façon globale.
La conception que les Bunaq se font des
plantes, et il en serait de même pour toute autre
population, ne peut être isolée de l’ensemble des
pratiques dans lesquelles elles interviennent, que
ce soit de façon réelle, symbolique ou métapho¬
rique. Pour cette raison, la partie botanique ne
constituait qu’un quart de l’ensemble de l’ou¬
vrage dans lequel j’explorais tous les lieux d’inter¬
vention des plantes ; ces derniers ne seront
évoqués ici que dans l’introduction et dans la
discussion finale au moment de faire le bilan des
rapports entre concepts et pratiques.
Cette approche m’a permis tout d’abord de
relever les termes d’appellation des différents
types de plantes, terme de base seul ou accom¬
pagné d’un ou plusieurs déterminants, puis de
repérer dans le discours ordinaire, rituel ou
mythique, des catégories englobant des plantes
portant le même terme de base, fournissant ainsi
un point de départ pour aborder l’ordonnance
du monde végétal.
J’ai analysé les rapprochements et les diffé¬
rences que les Bunaq établissent entre les divers
types de plantes à l’intérieur de ces catégories
puis, de proche en proche, j’ai examiné comment
d’une part, chaque plante est perçue par rapport
aux autres et d’autre part, si un rôle particulier
lui est attribué sur le plan culturel.
Analyser le système de représentation du
monde végétal d’une population donnée comme
un tout ne signifie pas que l’on a une conception
relativiste absolue des modes de perception et de
représentation du monde existant dans chaque
culture et qu’on les considère comme des phéno¬
mènes n’ayant aucun aspect commun et donc
inaccessibles à une quelconque analyse compara¬
tive. Mais je pense que les invariants doivent être
recherchés ailleurs et autrement que ne l’ont fait
jusqu’à présent les universalistes.
Tout d’abord, on ne peut prétendre saisir à
travers la seule nomenclature, les phénomènes
complexes du processus classificatoire qui se
décompose en trois opérations plus ou moins
concomitantes et se succédant dans un ordre
indéterminé : identification, dénomination, in¬
sertion dans un système de références \ Une
nomenclature évolue selon des règles propres qui
sont celles de l’ensemble du vocabulaire et
dépendent du contexte social et historique.
Les mots les plus fréquemment employés sont
soumis à un renouvellement « interne ». Ainsi la
céréale la plus courante prend le nom qui désigne
la céréale en général ; par exemple, blé est
remplacé par froment, Frumentum a été employé
au lieu de Triticum, alors qu’il s’agit toujours
de la même plante. Les mots les plus rares sont
3. J ai exposé ce point de vue dès 1968 dans un compte rendu critique d’articles.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
23
soumis à un renouvellement « externe », c’est-à-
dire que le mot s’oublie et est remplacé par une
périphrase ou par le mot d’un dialecte voisin
(Haudricourt, 1943).
Ce n’est donc pas à travers le seul système
d’appellation que l’on peut espérer saisir les
invariants des modes de perception. Par contre,
on peut, en menant une enquête à partir des
appellations, repérer des constantes dans la
façon dont tel ou tel type de critère est retenu
pour caractériser une plante par rapport aux
autres : est-ce plutôt la morphologie, le biotope,
l’usage, etc. ?
La nomenclature ne renseigne pas non plus
directement sur le statut taxinomique des catégo¬
ries d’objets. Parler de niveau « générique » ou
« spécifique » pour les taxons suivant qu’ils sont
désignés par un terme de base seul ou accom¬
pagné d’un déterminant ne peut être qu’une
source de malentendus. Par contre on peut se
demander si le fait d’attribuer à une plante le
même nom de base qu’à une autre est lié à ses
caractéristiques biologiques ou à son statut
culturel. Une confrontation avec la place que ces
plantes occupent dans la classification scien¬
tifique peut alors être éclairante. Quant aux
catégories dites « formes du vivant » qui seraient
les seules à être indépendantes du contexte, nous
verrons d’une part qu’elles ne le sont pas tou¬
jours et d’autre part qu’il s’agit plus souvent de
catégories descriptives que de véritables taxons.
Autant de questions qui seront traitées en se
référant à l’inventaire raisonné des plantes recon¬
nues par les Bunaq fourni à la fin de cet ouvrage.
Cet inventaire est présenté de façon à rendre
compte de la façon dont les Bunaq ordonnent le
monde végétal et caractérisent chacun des types
de plante qu’ils reconnaissent.
En partant de ces exemples précis et en les
comparant à ce que nous savons des autres
classifications populaires et d’une façon générale
de ce que nous savons des processus classifica¬
toires grâce aux travaux des psychologues, je
tenterai de dégager des règles générales dans ce
domaine.
Voyons maintenant les grandes lignes de cette
étude.
Un premier chapitre sera consacré à un certain
nombre de généralités nécessaires pour com¬
prendre le contexte dans lequel s’inscrit le savoir
botanique des Bunaq :
1 ) des données sur la société et la culture
bunaq et comment elles se situent par rapport
aux autres sociétés environnantes du point de
vue de l’organisation sociale et de la langue.
Une introduction à leur façon de concevoir les
plantes sera fournie à travers un aperçu du rôle
de celles-ci dans la littérature orale,
2 ) des données sur le milieu afin de mieux
situer l’environnement dans lequel s’est déroulée
l’enquête,
3) un aperçu du mode de vie des Bunaq et de
l’organisation du cycle annuel de leurs activités,
4) comment se sont déroulés les séjours sur le
terrain et comment j’ai été amenée à choisir un
village particulier pour y centrer l’enquête.
Dans un deuxième chapitre nous passerons
alors au véritable objet de l’ouvrage, le savoir
botanique des Bunaq :
1 ) j’y traiterai tout d’abord de leurs concepts
sur les caractéristiques des plantes par rapport
aux autres êtres vivants et sur la façon dont elles
naissent et se développent,
2 ) je décrirai ensuite les différentes formes
végétales reconnues par les Bunaq et leurs
connaissances sur les différentes parties des
plantes en nous fondant principalement sur le
vocabulaire,
3) enfin j’exposerai les différents types de
formations végétales que les Bunaq reconnais¬
sent dans leur environnement.
Nous arriverons alors, dans un troisième
chapitre à analyser la façon dont les Bunaq
distinguent les différents types de plantes existant
dans leur environnement, leur façon de les
caractériser, de les nommer et de les situer les uns
par rapport aux autres dans un vaste ordonnan¬
cement de l’ensemble du monde végétal ; ce
dernier est présenté dans l 'inventaire raisonné
placé à la fin de l’ouvrage.
Ce chapitre est divisé en trois parties :
1 ) tout d’abord comment a été établi cet
inventaire raisonné :
à) une introduction dans laquelle je m’explique¬
rai clairement sur mes intentions et sur la
méthode utilisée pour mettre en évidence cet
ordonnancement du monde végétal de façon à
lever toute ambiguïté sur le type de résultats
obtenus. J’exposerai également les conventions
Source : MNHN, Paris
24
CLAUDINE FRIEDBERG
adoptées dans l’inventaire de façon à ce que le
lecteur soit capable d’évaluer dans les données
qu’il contient, d’une part celles fournies par les
Bunaq eux-mêmes et la manière dont elles ont
été obtenues et, d’autre part, celles qui résultent
de mes propres réflexions ou des commentaires
des botanistes. Mon objectif est ici de fournir des
éléments pour la comparaison finale tout en
exposant les principes qu’il faut, à mon avis,
respecter lors du recueil de données pour pouvoir
les soumettre ensuite à une analyse comparative.
b) toujours dans l’intention d’éviter les ambi¬
guïtés qui enlèvent toute rigueur aux tentatives
d’analyse des matériaux et afin que le lecteur
comprenne à quoi correspondent les noms de
plantes contenus dans l’inventaire, j’exposerai les
grandes lignes du système d’appellation utilisé par
les Bunaq. Ici aussi l’objectif est de fournir une
description des différents types de termes ren¬
contrés dont les principes soient utilisables pour
d’autres sociétés.
2) Nous en arriverons enfin à l’analyse des
processus classificatoires mis en œuvre par les
Bunaq tels qu’ils apparaissent dans l’inventaire
raisonné :
a) tout d’abord j’examinerai successivement
les trois aspects de ce processus (identification,
dénomination, insertion dans un système de
référence) tout en restant consciente qu’ils sont
souvent étroitement imbriqués. Afin de faciliter
la compréhension de l’analyse des données l’ex¬
posé sera soutenu par des tableaux récapitula¬
tifs et quelques schémas fournissant une repré¬
sentation graphique de la façon dont les Bunaq
regroupent les différents types de plantes pré¬
sents dans leur environnement.
b) j’examinerai ensuite à quel rang de la
classification scientifique correspond chaque ni¬
veau de la classification bunaq en partant des
taxons terminaux de cette dernière.
Avec le quatrième chapitre nous en arriverons
au but final de l’ouvrage qui, en se fondant sur
l’exemple bunaq, est de parvenir à dégager un
certain nombre de principes dans les classifica¬
tions populaires.
1) Nous comparerons les observations faites
chez les Bunaq avec les données relevées dans
d’autres populations en prenant bien soin tout
d’abord de distinguer le cas des classifications de
type symbolique ou métaphorique. Nous exami¬
nerons en particulier les concepts utilisés par
les universalistes à la lumière des derniers tra¬
vaux des psychologues au sujet des catégories
naturelles. Pour ce faire nous adopterons la
notion de niveau de base définie par ces der¬
niers et nous distinguerons les rangs qui lui
sont inférieurs et ceux qui lui sont supérieurs.
Dans les deux cas nous discuterons du statut
taxinomique correspondant à chaque type d’ap¬
pellation et nous établirons une comparaison
avec la classification scientifique.
2) Nous nous interrogerons ensuite sur les
rapports entre les différents niveaux taxino¬
miques que nous aurons mis en évidence ; nous
verrons ainsi apparaître quelques-uns des pro¬
blèmes sensibles des classifications scientifiques :
subordination des caractères, hiérarchisation des
classes et notion de rang.
3) Puis nous en viendrons à cet aspect
« outil » des classifications populaires annoncé
dès l’introduction et ceci plus particulièrement
dans le cadre de la transmission de la culture par
voie orale : outil cognitif certes mais intimement
lié aux rapports que l’homme entretient avec son
environnement végétal. Nous verrons donc là
comment des processus de type universel sont
utilisés pour affronter des situations pratiques,
techniques et socio-culturelles particulières.
Enfin dans la conclusion, élargissant encore le
cercle de nos interrogations, nous examinerons
les rapports entre cette classification des plantes
et les modes de catégorisation analogiques à
travers symboles et métaphores. Reprenant alors
l’ensemble des concepts bunaq sur la vie et la
reproduction des végétaux, nous verrons quel
rôle joue le savoir botanique dans l’ensemble de
la culture. Nous terminerons par une interroga¬
tion sur la place du raisonnement analogique
dans les modes de connaissance de la nature.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
GÉNÉRALITÉS SUR LES BUNAQ DE LAMAKNEN ET LEUR MILIEU
La société et la culture bunaq
Les Bunaq forment une population d’environ
50 000 personnes situées de part et d’autre de la
frontière partageant Timor entre la partie qui,
jadis colonisée par les Hollandais, est devenue
indonésienne à la suite de la déclaration d’in¬
dépendance de ce pays et celle, qui, colonie
portugaise, n’est devenue territoire indonésien
qu’après le départ des Portugais en 1975, c’est-à-
dire après que le travail de terrain sur lequel est
fondé cet ouvrage ait été achevé (fig. 2 et 3). Les
Source : MNHN, Paris
28
CLAUDINE FRIEDBERG
Fig. 4. — Lamaknen.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
29
XZ//A 1 *2 %3 X5 >ff <7
-g .. 9
Fig. 5. — Le territoire d’Abis.
1 : Territoire d’Abis (y compris la partie correspondant à l’ancien tas de Railuli).
2 : tas.
3 : Surface habitée (tas et hameau).
4 : Surface boisée (zobuq).
5 : Points d’eau permanents sur le territoire d’Abis.
6 : Ligne de pente montante sur la crête.
7 : Ligne de pente descendante sur la crête.
8 : Frontière avec Timor Timur.
9 : Limites entre bula et matas momen et des soles à l'intérieur de ce dernier.
Source : MNHN, Paris
30
CLAUDINE FRIEDBERG
troubles qui ont accompagné ces derniers événe¬
ments, puis les efforts entrepris pour le dévelop¬
pement économique de Timor, et en particulier
la construction de routes et des adductions d’eau,
ont considérablement modifié le mode de vie des
Bunaq et le présent utilisé tout au long de cet
ouvrage n’est qu’un présent narratif.
Les Bunaq dont il est question ici se trouvent
dans le kecamatan (district) Lamaknen, kabupa-
ten (département) Belu, c’est-à-dire dans la partie
du territoire bunaq qui était déjà en Indonésie
lors du travail de terrain. Les données exposées
ont été recueillies principalement auprès des
membres du village frontalier d’Abis (voir fig. 4
et 5) comprenant 450 habitants, d’une part sur la
végétation de leur propre territoire et d’autre
part sur celle d’autres villages situés approxi¬
mativement entre 600 et 1 000 mètres d’altitude
Fig. 6. — Vue de Lamaknen à partir de Nuawaqin (Dirun).
Au premier plan on aperçoit quelques maisons recouvertes d 'Imperata cylindrica mais de facture moderne, c’est-
à-dire construites au sol avec un toit à quatre pans. Elles sont entourées d’une végétation arborée composée
principalement d’arbres fruitiers, bananiers et Citrus. Plus loin on aperçoit de grands arbres, vestiges de la végétation
forestière que l’on conserve autour des villages. Les montagnes, qui sont au dernier plan, se trouvent de l’autre côté de
la frontière qui était, à l’époque, la partie portugaise de l’île et qui est maintenant la Province indonésienne de Timor
Timur. Entre les deux on aperçoit une ligne de collines dont plusieurs sommets sont couronnés d’une masse sombre qui
est celle d’un bois protégé entourant un village coutumier ou tas.
(fig. 6) ; j’appellerai dorénavant cet ensemble le
Haut Lamaknen par rapport aux villages situés
plus au nord et à des altitudes plus basses que
j’appellerai le Bas Lamaknen. Les Bunaq qui
tirent leur subsistance, comme la plupart des
populations timoraises, d’une agriculture sur
brûlis et de l’élevage, se différencient des popu¬
lations qui les entourent par plusieurs caractéris¬
tiques. Leur langue tout d’abord appartient à
une autre famille linguistique que les langues
parlées par leurs voisins, Ema et Tetun, qui
sont des langues austronésiennes. Le bunaq a
été classé dans le phylum trans-néo-guinéen
(Wurm, 1981). Aucune de ces langues n’étaient
écrites et L. Berthe fut le premier à étudier et à
transcrire le bunaq en particulier à partir des
textes de littérature orale que constituent les
récits mythiques versifiés (Berthe, 1959, 1963,
1972; Friedberg, 1978).
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
31
La LANGUE BUNAQ
La langue bunaq ne comporte que 19 pho¬
nèmes (voir tableau 1) qui sont transcrits ici
selon les conventions phonétiques internationales
sauf pour l’occlusion glottale qui, pour des
commodités d’impression est transcrite par un q
et la pré-glottale sourde par un d au lieu d’un d.
Une cacuminée liquide, r, est une variante de d
en position intervocalique ou en finale. Une
cacuminée fricative, è, est une variante combina¬
toire de t devant i.
Tableau 1. — Les phonèmes bunaq (d’après L. Berthe, 1959).
Voyelles
a e i o u
Consonnes
occlusives
labiales
alvéolaires
cacuminales
palatales
glottales
sourdes
P
t II
k
q
sonores
b
d/r
g
spirantes
sourdes
*
h
sonores
z
nasales
m
n
liquides
1
semi-voyelles
w
Il existe en bunaq des termes invariables et
d’autres qui se fléchissent. Ainsi une partie des
substantifs et des verbes subissent des flexions
personnelles dépendant pour les premiers de la
personne du possédant et pour les seconds de la
personne du complément. Pour les substantifs et
les verbes qui ne fléchissent pas, on utilise des
particules qui elles se fléchissent. (On trouvera
dans les tableaux 2, 3 et 4 les marques de flexion
et des exemples).
Tableau 2. — Les marques des flexions personnelles.
personnes
FLEXIONS
PRONOMS
sing.|duel| plur.
réfléchi
réciproque
sing
duel
plur.
1“
interlocuteur
non impliqué
(exclusif)
d
neto
““
„ el
interlocuteur
impliqué
(exclusif)
zéro et —
ili
i
2 e
eto
eli
ei
3 e
animé
g
himo
inanimé
(radical neutre)
I 0 ™
Source : MNHN, Paris
32
CLAUDINE FRIEDBERG
Le Bunaq reconnaît deux genres : l’animé et
l’inanimé. 11 s’agit d’une distinction purement
grammaticale et comparable à celle qui existe en
français entre le féminin et le masculin ; c’est-à-
dire qu’elle recouvre souvent une différence
effective entre le vivant et l’inanimé, mais ce n’est
pas toujours le cas.
Par exemple les hommes et les animaux sont
animés, mais les plantes se partagent de façon
apparemment arbitraire entre les deux et cer¬
taines sont indifférentes.
Nous reviendrons plus loin sur ce point, mais
signalons dès maintenant que, pour les données
traitées ici, ce sera la flexion de la 3 e per¬
sonne, qui sera utilisée pour la désignation des
différentes parties des plantes ; c’est-à-dire le
radical neutre quand la plante est considérée
inanimée et un g quand elle est animée ; ainsi
Tableau 3. — Les formes possessives.
personne
nature du
possesseur
gagar « bouche »
(c’est le radical neutre car on dit mapo gagar :
« la bouche du bambou à eau »)
sing. duel plur. réfléchi réci¬
proque
sing.
duel
eu « maison »
plur. réfléchi
proque
r
interlocuteur
icle nagar
nei nagar
nie deu
neli nie
nei nie deu
impliqué
pronom
per-
sonnel
+ dagar
pronom
per-
sonnel
+ die deu
interlocuteur
ili agar
i agar
pronom
per-
sonnel
+ tagar
eli ie
i ie
pronom
per¬
sonnel
+ tie deu
2 e
impliqué
agar
eli agar
ei agar
iedcu
eli ie deu
,i i. deu
animé
tagar
gie deu
die deu
tie deu
inanimé
Tableau 4. — Les flexions des formes verbales.
sum
« cacher
sura « demander »
personne
nature du
:omplément
sing.
duel
plur.
réfléchi
réci-
p roque
sing.
duel
plur.
réfléchi
réci¬
proque
1"
interlocuteur
numi
neli numi
nei numi
nie deu
neli nie
nei nie deu
impliqué
pronom
per-
pronom
pronom
per¬
sonnel
+ do sura
interlocuteur
iü umi
i umi
+
+
eli o
sura
sura
pronom
2'
impliqué
umi
eli umi
dumi
■umi
• —
eli o sura
ri o sura
sonnel
+ to sura
3 e
animé
Suuu
demi
himo
go sura
halali
go sura
go sura
do sura
to sura
inanimé
sumi
ho sura
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
33
netel sera la « racine » d’une plante inani¬
mée comme le riz et getel la « racine » d’une
plante animée comme le maïs. Il y a intercalation
de la première voyelle de la forme neutre quand
celle-ci commence par une consonne : ainsi buk
« fleur », se fléchit en gubuk. Mais il existe de
nombreux cas de flexions irrégulières, ainsi la
feuille nor se fléchit en gonor ou goron.
La flexion à la 3 e personne avec un inanimé
permet de repérer le radical neutre. De plus, dans
certains cas, la flexion subie par le verbe permet
de préciser la nature du complément. Ainsi le
terme hôtel que nous retrouverons souvent par
la suite désigne à la fois les arbres, le bois de
construction et le bois de chauffage, mais ce
dernier est inanimé contrairement aux deux
autres ; ainsi si l’on dit hôtel zal, zal étant le
radical du verbe « porter », il s’agit de bois de
chauffage ; tandis que si l’on dit hôtel gial
(flexion irrégulière) il s’agira de l’arbre vivant ou
débité pour en faire une habitation.
L’organisation sociale
Les Bunaq se distinguent également de leurs
voisins par certains aspects de leur organisation
sociale.
L’unité de base de la société est la maison deu
qui est à la fois le groupe lignager et l’habitation
dans laquelle vivait jadis l’ensemble de ce groupe
(voir fig. 7 et 8). Cette maison est tout d’abord
une unité dans les échanges matrimoniaux qui se
font entre les maisons « donneuses de femmes »
et les maisons « preneuses de femmes », désignées
respectivement par les termes malu et ai baqa,
expressions qui n’ont pas d’autre sens dans la
langue. Elle est également une unité économique
dans les échanges cérémoniels entre ces mêmes
malu et ai baqa lors des fêtes funéraires ou de
reconstruction de l’habitation lignagère, et enfin
une unité rituelle, chaque maison possédant ses
autels et ses objets sacrés.
Les maisons, qui portent chacune un nom,
sont regroupées en unité territoriale désignée
également par un nom propre et que nous
appellerons ici « village » bien que ce terme
n’existe pas en bunaq. Les habitations lignagères
sont réunies autour d’un autel collectif le bosok
op dans un bourg coutumier ou tas (voir fig. 7).
Généralement ces tas étaient jadis installés, pour
des raisons stratégiques, aux sommets des col¬
lines (voir fig. 6).
Ce qui différencie les Bunaq de leurs voisins
c’est qu’ils ont deux formes de mariage. Dans
Fig. 7. — Place de réunion du tas, village traditionnel de Gewal, capitale coutumière de Lamaknen.
La place est entourée de l’habituel petit muret de pierres et bordée de quelques vieux arbres destinés à ombrager
les habitations et les lieux de culte. En arrière-plan on voit les hauts toits de deux maisons traditionnelles.
Source : MNHN, Paris
34
CLAUDINE FRIEDBERG
l’un, la femme et les enfants du couple entrent
définitivement dans la maison preneuse ; ce
mariage est l’occasion d’un échange de biens et il
fonde les rapports dits malu ai entre les maisons,
c’est-à-dire entre donneurs et preneurs. L’autre
est un mariage uxorilocal dans lequel les enfants
appartiennent à la maison de la mère ; le mari
continue à appartenir à sa propre maison tout en
vivant dans celle de sa femme ; ce mariage ne
donne pas lieu à un échange de biens mais une
compensation pour « droit d’usage » est versée à
la maison de la femme par celle du mari. Ce
dernier type de mariage est de loin le plus
fréquent, perpétuant à l’intérieur de chaque
maison des matrilignages ou dil qui demeurent
distincts les uns des autres. Un certain nombre
de biens sont la propriété non pas d’une maison
mais d’un dil ; c’est le cas en particulier des
objets précieux et des regalia sur lesquels sont
fondés les titres nobiliaires. En effet, la société
bunaq est hiérarchisée ; dans chaque village il y a
deux chefs, l'un le bein pana « Seigneur féminin »
(titre détenu par un homme) de statut supérieur
et s’occupant des affaires internes, l’autre le bein
mone « Seigneur masculin » qui traite avec le
monde extérieur, ainsi qu’un certain nombre
d’autres charges détenues par des nobles. Les
fonctions liées à l’exploitation de la nature,
sont détenues par des roturiers ; c’est le cas
du « seigneur des semences », du « maître des
pousses et des prémices » et des gardiens des
produits du sol, les mak leqat « entendre voir »,
qui avaient la charge de faire respecter les
interdits de coupe et de cueillette.
L’histoire des objets sacrés et des regalia, celle
des fondations des maisons et des alliances
matrimoniales qui fondent les rapports malu ai,
celle des serments hulo lep (du nom des bambous
utilisés) de non agression, est conservée dans les
bei gua « itinéraire des ancêtres », textes généalo¬
giques mythiques qui suivent les principales
lignées depuis la descente sur terre des ancêtres
primordiaux jusqu’à leurs actuels descendants,
en citant les lieux par lesquels ils passent avant
d’atteindre leur habitat présent (Berthe, 1972).
En effet, les Bunaq se considèrent comme des
immigrants sur le territoire de Lamaknen dont ils
ont chassé les anciens habitants qu’ils appellent
melus.
Les bei gua sont des récits en vers formés de
Fig. 8. — Maison lignagère en cours de reconstruction.
On voit sur cette photo, les infrastructures habituellement dissimulées sous le toit d 'Imperata cylindrica qui
eicena presque jusqu au sol ; en arriere-plan on aperçoit les deux poteaux principaux destinés à recevoir la faîtière sur
nrlüS», s appuie la charpente de ce toit ; le plancher est posé sur des pilotis ; la partie de la maison que l’on voit au
premier plan est la plate-forme sur laquelle on reçoit les hôtes ; elle est séparée de l’intérieur par un mur fait de planches
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
35
deux hémistiches, ils sont chantés lors des fêtes
de maison par tous les participants ; des spécia¬
listes, les lal gomo « maîtres de la parole » qui
en connaissent l’enchaînement donnent le pre¬
mier hémistiche et la foule entonne le second,
c’est-à-dire que tout Bunaq adulte possède une
certaine connaissance des textes mythiques et du
langage métaphorique qui leur est propre.
Il existe évidemment plusieurs versions de cette
histoire mythique, chacune ayant le plus souvent
pour objet de prouver que tel regalia doit être
associé à telle fonction et de justifier la position
dans la hiérarchie de la maison où se trouve le dil
(matrilignage) qui la possède ou encore, de
déterminer dans quels rapports se situent deux
maisons à l’intérieur des relations malu-ai.
Cependant certains textes qui ne sont pas
récités en public et sont connus des seuls « maîtres
de la parole » sont des mythes étiologiques qui
renseignent sur l’origine et l’organisation du
monde. De plus il existe des contes en prose que
l’on récite le soir à la veillée et qui sont souvent
des récits plus explicites de certains épisodes
mythiques (Friedberg, 1973b et 1978).
La littérature orale et les plantes
Cette littérature orale fournit des renseigne¬
ments précieux sur l’ensemble de la culture des
Bunaq mais aussi sur les connaissances natura¬
listes de ces derniers. Nous ne ferons qu’évoquer
ici ceux de ses aspects dans lesquels les plantes
interviennent.
Tout d’abord dans les textes étiologiques, on
voit apparaître dès le début du monde deux êtres
primordiaux dont l’un est la mère de toutes les
variétés de bétel et l’autre le père de la noix
d’arec, de tous les autres palmiers et de la canne
à sucre. La chique de bétel, mélange de feuilles
de Piper betle, de noix d’arec (Areca catechu ) et
de chaux joue un rôle très important dans la vie
sociale : aucune relation entre humains ou avec
les êtres de l’au-delà ne peut s’établir sans qu’il y
ait d’abord offrande de bétel (voir fig. 9).
Puis sont créées les mères des plantes qui vont
servir à l’édification des maisons : arbres, bam¬
bous, lianes.
Parmi les textes étiologiques qui ne sont pas
Fig. 9. Préparation, au début d’un rituel, des corbeilles et paniers dans lesquels seront disposées les offrandes de nourriture.
Ces dernières sont composées de riz et de viande d’animaux sacrifiés ; elles sont destinées aux ancêtres et à divers
êtres de l’au-delà. Dès que l’on arrive sur place on déroule des nattes et on dispose dessus les vanneries et les petits
paniers ouverts en deux ; on repère soigneusement à qui chacun d’eux est destiné et on y place le nombre de feuilles de
bétel et de tranches de noix d’arec requis dans chaque cas ; c’est avec ce bétel que le dialogue, objet du rituel, s’engage
avec les êtres de l’au-delà. Un maître de la parole leur adresse alors un discours d’invitation. Ce n’est qu’après cette
entrée en matière que l’on sacrifie les animaux et que l'on prépare le riz.
Source : MNHN, Paris
36
CLAUDINE FRIEDBERG
récités publiquement on trouve également le récit
de la séparation du ciel et de la terre qui étaient
unis par une grosse liane, bon ( Entada phaseo-
loides). Dans un premier temps, dit le mythe, le
ciel s’élève à la hauteur de me ( Amorphophallus
campanulatus) et de telo ( Tacca leontopetaloides)
qui sont des végétaux caractérisés par un feuil¬
lage horizontal ; puis après un autre épisode il
remonte un peu plus haut à la hauteur de besak
(Acacia leucophloea) arbre dont les branches
s’étalent également sur un plan horizontal et des
bambous qui, dit-on, eux sont restés courbés
parce que le ciel s’est appuyé sur eux. Enfin la
liane est définitivement coupée et les ancêtres des
actuels Bunaq entament leur descente vers la
terre.
Les textes racontant les périples qui amène¬
ront les Bunaq jusqu’à Lamaknen, tels qu’ils
sont récités dans la partie haute de ce territoire,
se partagent alors entre deux voies, une chaude
et une froide, respectant une opposition que nous
retrouverons partout dans la culture bunaq entre
le froid associé à la fertilité et à la vie et le chaud
au danger et à la mort. La voie froide est celle
des bei gua, les itinéraires des ancêtres évoqués
plus haut, récit généalogique qui se déroule sans
guerre. Sur la même trame on récite a gua
« l’itinéraire de la nourriture », c’est-à-dire l’his¬
toire mythique des plantes cultivées et des
champs.
Juste avant de se laisser glisser sur le sol
terrestre les grands ancêtres de la voie froide
cultivent un jardin où l’on trouve du bétel, des
aréquiers, des cocotiers, des bananiers, de la
canne à sucre, de l’ail et du chou, ces deux
dernières plantes n’étant certainement pas indi¬
gènes à Timor.
Puis ils se séparent et chacun donnera nais¬
sance à une lignée particulière. Sur l’une d’entre
elle, et assez tardivement dans cette histoire
mythique, alors qu’auparavant les ancêtres culti¬
vaient déjà des tubercules, taros et ignames, et du
millet, apparaît un mythe d’origine du riz. Il
existe des contes en prose relatant ce même
épisode mythique où un héros est sacrifié par le
feu lors de la préparation d’un champ par brûlis ;
mais au lieu des seules variétés de riz du mythe,
ce sont toutes les plantes cultivées alimentaires
qui naissent chacune à partir d’un élément du
corps de ce héros, y compris le maïs qui n’a pu
être introduit à Timor qu’à partir du xvn c siècle,
et même le tabac. Figurent également dans ces
textes les deux espèces de bambous hulo ( Schi-
zostachyum brachycladum) et lep (S. blumii),
utilisés pour sceller les serments d’alliance avec
échange de sang ; ces bambous, dit le mythe, ont
été transportés et plantés dans tous les lieux où
sont passés les ancêtres de certains lignages
bunaq.
La voie chaude, Tinoq gie « ce qui appartient
au chaud » est celle des ancêtres qui reçoivent en
héritage les armes de guerre et dont l’itinéraire
sera parsemé de combats. Car il ne faut pas
oublier que les Bunaq étaient, comme la plupart
des autres populations timoraises, des coupeurs
de têtes. À Abis, les membres de la seule maison
à posséder plusieurs autels de guerre disent que
leurs ancêtres ont suivi la voie chaude.
Sur cette voie point de champs et de plantes
cultivées mais un épisode donnant un éclairage
intéressant sur les conceptions écologiques des
Bunaq. On y raconte la façon dont est créée la
terre sur laquelle s’installent les ancêtres primor¬
diaux à leur descente du ciel. Ils parviennent en
un lieu où l’eau et la terre sont mélangées et
couvertes de tese, Saccharum spontaneum et
sibil, Phragmites karka, c’est-à-dire une végé¬
tation de marécage, des cannes et des roseaux.
Ils retournent au ciel demander aide à leurs
parents ; ceux-ci leur donnent un buffle qui
mange les roseaux et un bateau qui repousse
l’eau ; le sol apparaît mais il est vide. Alors leurs
parents leur donnent ukaq, Calotropis gigantea,
c’est-à-dire une plante pionnière qui pousse sur
les alluvions caillouteuses et meal un chiendent
(Chrysopogon aciculatus) qui recouvrent tout.
Il est impossible d’évoquer ici tous les épisodes
mythiques dans lesquels les plantes interviennent :
la construction des habitations, les lieux carac¬
térisés par une végétation particulière, certains
rituels, etc. Nous y reviendrons chaque fois que
cela sera nécessaire et en particulier dans les
réflexions sur la classification botanique. D’une
façon générale les Bunaq avaient au cours de leur
vie de nombreuses occasions, lors des fêtes de
reconstruction de maisons, des fêtes funéraires
ou des rituels précédant les semailles, de partici¬
per à ces récitations chantées où les maîtres de
la parole ne donnent que le premier hémistiche
des vers et où la foule répond par le second (voir
fig. 10). En conséquence si la plupart des Bunaq
n’étaient pas capables d’enchaîner les épisodes
mythiques, du moins savaient-ils utiliser la
langue littéraire et en particulier les métaphores
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
37
les plus courantes. Ceci leur permettait de cons¬
truire eux-mêmes des « pantoum » cette forme de
quatrain propre aux langues de la région (on
pourra voir à ce sujet, pour Pîle de Rôti, située à
côté de Timor, Fox 1971b, 1974 et 1975) qui font
les délices des réunions sociales mais qui sont
surtout indispensables aux jeunes gens quand ils
font la cour aux jeunes filles durant les veillées.
Fig. 10. — Maître de la parole en costume de fête.
Ils se sont apprêtés pour réciter des textes mythiques à
l’occasion d'un rituel. Us ont des ornements frontaux en
forme de cornes de buffle, des disques d’argent et des
bracelets ; ils sont à côté d’une maison traditionnelle dont
le toit en Imperala cylindrica descend jusqu’au sol.
Ces dernières apprécient particulièrement ceux
qui savent manier la langue littéraire c’est-à-dire
s’exprimer en vers et formuler les métaphores
galantes, d’ailleurs souvent inspirées du monde
végétal. Cette pratique de la langue littéraire fait
que tout Bunaq connaît le système de correspon¬
dance de termes entre le premier et le second
hémistiche qui va de la synonymie presque
absolue à l’opposition en passant par tous les
degrés de complémentarité ce qui, nous le ver¬
rons, a une certaine importance dans la termino¬
logie botanique.
Je conclurai ces généralités sur les caractéris¬
tiques socio-culturelles des Bunaq par une rapide
évocation d’un autre domaine où les plantes
interviennent, celui des interdits d’utilisation et
de consommation.
Certains de ces interdits sont collectifs. Ainsi
l’interdiction de faire entrer comme combustible
dans une maison des plantes épineuses en raison
de leur utilisation rituelle pour l’expulsion de
tout ce qui est néfaste. D’autres sont particuliers
à une maison et se partagent entre deux types
d’interdits. Les uns sont de descendance et sont
attachés à l’histoire mythique propre à cette
maison ; par exemple parce qu’un de ses ancêtres
a trouvé refuge sur un bananier sauvage, les
feuilles de celui-ci ne pourront pas être utilisées
par ses descendants ; ou bien les graines de Cycas
ne peuvent être consommées par les membres
d’une maison parce qu’un ancêtre avait fait avec
cette plante un serment par le sang ( hulo-lep). Les
autres sont dits « de kaluk ». Le kaluk est le sac
que les hommes portent en bandoulière ; un
kaluk particulier est conservé à l’intérieur des
maisons lignagères et contient des remèdes qui
étaient jadis utilisés à la guerre. Ces remèdes
sont constitués d’éléments végétaux, animaux et
minéraux ; certains servaient pour attaquer l’en¬
nemi (certains étaient censés rendre invisible) et
d’autres à guérir les blessures. Toute espèce
appartenant au kaluk d’une maison est interdite
de consommation pour les membres de celle-ci.
Certains de ces remèdes de kaluk sont communs
à toutes les maisons de tous les villages du haut
Lamaknen.
Aucun aliment de base n’entre dans ces inter¬
dits mais on y trouve certaines ignames, quelques
légumes et quelques « haricots ».
Source : MNHN, Paris
38
CLAUDINE FRIEDBERG
Quelques données sur le milieu
Le relief
L’île de Timor est située à la frange nord de la
plaque qui porte l’Australie. Elle est constituée
par des sédiments accumulés depuis le Permien et
qui ont été portés à l’émersion à la suite de la
collision, consécutive à sa dérive vers le nord
depuis 30 à 40 millions d’années, avec la plaque
asiatique. On n’y trouve aucune trace de volca¬
nisme récent (Audley-Charles, 1973, Sclater
& Fisher, 1974).
La dernière phase tectonique majeure s’est
produite à la fin du tertiaire, puis après une
période de sédimentation, il y eut une nouvelle
orogénèse vers le début du Pléistocène qui a
remanié des sédiments d’âge néogène et quater¬
naire : puis, « ... d’abord peut-être archipel dont
les îles se sont ensuite soudées les unes aux
autres, constamment ceinturées d’une frange de
récifs coralliens, Timor, en surgissant progres¬
sivement de la mer a pris peu à peu sa physio¬
nomie actuelle » (Gageonnet & Lemoine, 1958).
Cette surrection semble se poursuivre encore
actuellement et Timor comporte des failles
vivantes ; de plus, l’île bascule de telle sorte que
la côte sud s’enfonce dans la mer et qu’au
contraire la côte nord se soulève. Il faut préciser
qu’il y a toujours eu un bras de mer entre Sahul
et Timor, durant le quaternaire.
Cependant l’île est considérée comme un
« chaos tectonique. Des roches de nature ample¬
ment différentes constituées de sédiments de tous
âges, les uns d’origine profond, les autres non,
du Permien au Quaternaire, des roches métamor¬
phiques incluent des types formés sous fortes
pressions, des ophiolites, des roches continen¬
tales cristallines sont enchevêtrées dans des ter¬
rains imbriqués et mélangés » (Hamilton, 1979).
La conséquence de l’émersion récente de l’île
est que l’on y trouve des récifs coralliens quater¬
naires qui ont été soulevés et forment des pla¬
teaux et terrasses jusqu’à 1 000 mètres d’altitude
(comme c’est le cas au dessus de Dirun, un des
villages où j’ai travaillé). En dehors de ces
vestiges de récifs frangeants, le relief de Timor
est caractérisé par la présence de gros blocs de
roches dures le plus souvent calcaires mais
parfois aussi de quelques roches cristallines (des
schistes métamorphiques) qui constituent les
sommets des montagnes timoraises. En effet, à
Timor, les hauts sommets ne sont pas fonction
d’une orogénèse à plissements dirigés, mais ils
sont formés par des masses de roches dures
qui ont glissé sur un substrat plus mou, le
flysch, constitué essentiellement par des bancs
de grès avec des schistes plus ou moins argileux
ou marneux et comportant parfois des micro¬
brèches et des calcaires gréseux (Gageonnet &
Lemoine, 1958).
Des formations marneuses grises ou noires
forment ce que l’on appelle les sols margali-
tiques de Timor. Ce sont des sols très sensibles à
l’érosion car le plus souvent dénudés en raison de
la difficulté de la végétation à s’y implanter ; très
mous, ils sont fortement attaqués par le ravine¬
ment des eaux et présentent un aspect ruini-
forme. Ils sont sujets aux éboulements en saison
des pluies ; en saison sèche, ils durcissent et se
délitent sous l’effet du soleil.
Généralement, en raison de la jeunesse du
relief, l’érosion est intense à Timor et de plus
accentuée par le fait que la sécheresse du climat,
la présence de sols marneux ou rocheux peu
propices à la formation d’humus et l’action de
l’homme n’y favorisent pas la végétation. Les
zones les plus fertiles sont les cuvettes allu¬
viales et toutes les zones à terrains meubles, où
le calcaire est plus abondant que les marnes
saturées en bases.
D’une façon générale, les villages timorais
étaient installés le plus souvent sur des pitons
calcaires commodes à défendre contre les enne¬
mis et au pied desquels s’écoulent des sources qui
assuraient l’approvisionnement en eau.
Cependant, les deux plus hautes montagnes
formées de roches cristallines métamorphiques
qui encadrent Lamaknen, Lakan (1 560 m) à l’est
et Lakus (1 939 m) à l’ouest, ne sont habitées
qu’à leur base.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
39
Le climat
Comme celui de toutes les petites îles de l’est
indonésien, le climat de Timor est caractérisé par
l’existence de deux saisons contrastées nettement
séparées : une saison humide et une saison sèche,
réglées par le régime des vents de mousson.
C’est la mousson du nord-ouest, soufflant
pendant l’été austral, qui apporte les pluies les
plus abondantes. Cependant, au début de l’hiver
austral, quand la mousson se renverse et vient
d’Australie, les vents sont encore faibles et tièdes
et ils ont le temps de s’humidifier en traversant la
mer de Timor. À cette époque, la côte de l’île que
baigne cette mer et les versants exposés au sud
reçoivent des pluies qui sont toutefois moins
abondantes que celles apportées par la mousson
du nord-ouest et tombent souvent, tout au moins
à Lamaknen, sous forme de bruine.
Une autre donnée importante du climat timo¬
rais est l’irrégularité des pluies aussi bien pour la
quantité totale des précipitations que pour leur
durée et le moment où les vents changent de
sens. On trouvera quelques indications sur les
précipitations pour la partie centrale de Timor
dans le tableau 5 (d’après Soares, 1957) et le
tableau 6 (d’après Ormeling, 1956), les relevés
qui correspondraient le mieux au Haut Lamak¬
nen étant sans doute ceux faits à Bobonaro.
En effet, ne serait réellement valable que des
relevés faits sur place car Timor est caractérisé
par des variations climatiques importantes sur de
faibles distances en fonction de l’altitude, certes,
mais surtout de l’orientation par rapport aux
vents qui apportent les pluies. Les différences de
précipitations entre les versants exposés aux
pluies et les zones situées sous le vent peuvent
être très importantes. À cela s’ajoute le fait que
certaines régions sont uniquement atteintes par
la mousson du nord-ouest et que d’autres reçoi¬
vent également les petites pluies venues du sud.
Étant donné la structure chaotique du relief, on
ne sera pas étonné de constater que l’île soit une
juxtaposition de microclimats.
Si l’on cherche cependant à définir le bioclimat
qui règne sur le Haut Lamaknen en utilisant
Tableau 5. — Quantité de pluie en mm tombant au cours des différents mois de l’année de la côte nord à la côte sud de Timor
(d’après Soares, 1957).
Zone nord
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
Nb de moi
pluvieux
Atapupu
media
292
258
159
58
36
7
4
4
2
16
189
160
(> 100 mm
Atambua
media
278
257
276
79
25
25
11
7
37
65
140
212
Balibo
media
266,3
348,5
186,2
100,2
19,9
19,6
11,5
4,7
5,3
31,8
113,7
298,0
6
max.
482,0
446,5
314,3
229,7
43,0
72,5
103,3
23,0
38,2
157,0
371,0
543,0
min.
92,0
127,0
41,0
0,0
0,0
0,0
0,0
0,0
0,0
0,0
11,9
96,5
Zone centrale
Bobonaro
media 310,7
276,3
226,7
261,2
141,3
65,2
38,4
13,5
17,7
86,7
188,9
343,0
7
max.
543,0
469,6
388,6
552,5
395,0
129,9
139,1
99,5
142,2
357,5
333,0
519,5
min.
114,9
42,0
50,0
69,4
15,0
0,0
0,0
0,0
0,0
0,0
64,0
158,3
Zone sud
Fohorem
media
227,9
137,1
216,1
124,7
103,7
113,5
69,2
2,4
3,8
18,3
84,4
269,6
7
max.
446,0
246,0
524,5
275,0
395,5
298,5
206,5
8.0
6,0
53,3
212,5
449.0
min.
68,5
0,0
16,0
0,0
0,0
12,0
9,0
0,0
0,0
0,0
0,0
148,5
Besikama
209
155
187
12,7
224
93
62
14
8
17
64
196
Source : MNHN, Paris
40
CLAUDINE FRIEDBERG
T..UAU 6. - Quelques quanli.é, .nnuelle. de pluie relevées d.ns le cemre de Tireor entre la eôte nord et la côte sud (d'après
Ormeling, 1956).
Altitude
Période
d’observation
Nombre
d’années
d’observation
Précipitations
annuelles
moyennes en mm
Maxima
Minima
Nb de mois
pluvieux
> 100 mm
extrêmes
Zone nord
Atapupu
0 m
1905-20
16
1.085
325 m
1910-20
11
Balibo
560 m
1916-26
11
1.403,4
2.289,5
830,5
Zone centrale
820 m
1916-41
13
1.933,5
2.658,5
758,6
700 m
3.000
7.482
1.041
4-10
(1954)
(1920)
Zone sud
Fohorem
346 m
1920-29
10
1.504,7
2.034,0
1.016,8
Besikama
9 m
1910-24
15
1.396
la classification de Fontanel & Chantefort
(1978), il se situerait entre un bioclimat à saison
sèche modérée, avec trois à quatre mois secs, et
un bioclimat à saison sèche accentuée, avec cinq
à six mois secs (un mois étant considéré comme
sec si les précipitations sont inférieures à 60 mm).
Toutefois les parties du territoire qui frôlent
les 1 000 mètres d’altitude peuvent être considé¬
rées comme ayant un bioclimat de montagne,
avec une température moyenne du mois le plus
froid inférieure à 20° et un bioclimat sensi¬
blement plus humide : « même les montagnes de
la sèche Timor sont humides» (Fontanel &
Chantefort, 1978 : 51).
La végétation
Composition de la flore
L’abondance des deux espèces d 'Eucalyptus
que l’on rencontre à Timor et d’une espèce de
Casuarina, genres tous deux considérés comme
australiens, car c’est en Australie que l’on trouve
le plus grand nombre de leurs espèces, donne
l’illusion que Timor a une flore très influencée
par la proximité de ce continent. En fait, il n’en
est rien si l’on regarde l’ensemble des genres
représentés dans l’île. Voici la répartition de ces
genres pour l’ensemble des petites îles de la
Sonde (Kalkman, 1958) :
— genres sans centre spécial de développe¬
ment dans la région : 58,8 % ;
— genres dont le centre de distribution est
situé en Asie, n’existant pas ou rares en Austra¬
lie : 23,5 % ;
— genres dont le centre de distribution est ici
la Malaisie : 14,6 % ;
— genres endémiques d’une île ou d’un
groupe d’îles : 0,3 % ;
— genres dont le centre de distribution est
situé en Australie dans le Pacifique ou dans les
zones subantarctiques : 2,8 %.
L’inventaire des genres et des espèces ren¬
contrés dans les petites îles de la Sonde montre
que l’appauvrissement des éléments asiatiques
de la flore quand on va de l’ouest à l’est
de l’archipel ne s’accompagne nullement d’un
accroissement corrélatif des éléments austra¬
liens ; ces derniers existent cependant et vont en
diminuant de l’est vers l’ouest. La première chute
importante d’éléments floristiques asiatiques se
fait entre Sumatra et Java. Quant à la limite
zoogéographique dite « ligne de Wallace » située
entre Bali et Lombok elle est contestée en tant
que limite phytogéographique (Jacobs, 1974).
Les genres des petites îles de la Sonde qui ont
de larges amplitudes écologiques (c’est le cas
d’un grand nombre de plantes herbacées) occu¬
pent dans leur flore un pourcentage double de
celui qu’elles occupent dans la flore de l’en¬
semble de l’entité biogéographique « Malésie ». Il
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
41
n’y a presque pas d’espèces endémiques et ces
dernières se trouvent surtout à Lombok où est
situé le sommet le plus haut et à Timor qui a la
plus grande superficie.
Il faut cependant remarquer que, pour les
espèces qui ne peuvent pousser que dans des
régions à saison sèche marquée, l’ère de réparti¬
tion est discontinue. Ces espèces se sont sans
doute répandues durant les périodes glaciaires
pendant lesquelles, le niveau de la mer étant plus
bas, les zones immergées étaient plus étendues et
le climat plus sec. Actuellement ces espèces ont
disparu des îles à climat humide comme Sumatra
ou Java et leur répartition est donc interrompue
entre les zones à climat sec du continent asia¬
tique et les petites îles de la Sonde (Van Steenis,
1972, 1979).
Toutefois même pendant ces périodes où les
terres émergées étaient plus nombreuses, le bras
de mer qui continuait à subsister entre Timor et
l’Australie à l’emplacement actuel de la Mer de
Timor, a constitué un barrage pour les espèces
végétales.
Les formations végétales
Le travail de base dans ce domaine pour
l’ouest de Timor est celui de Meijer Drees
(1951) mais il s’agit d’une étude essentiellement
orientée vers les possibilités d’exploitation fores¬
tière. Des travaux analogues, dont tous ne sont
pas publiés, ont également été accomplis dans
l’est de l’île par des forestiers portugais.
Depuis, pour la partie ouest, les chercheurs
indonésiens ont poursuivi des relevés floris¬
tiques surtout sur les pentes du Mont Mutis où
la végétation a été relativement moins touchée
par l’action de l’homme mais aucune étude
complète n’a été publiée. Signalons pour une
région plus basse en altitude (500 m environ) et
fortement modifiée par l’homme, le travail de
Walujo (1988) sur l’ancien royaume d’Insana en
pays dawan.
Les quelques données que je vais fournir ici
sur la végétation à Timor sont surtout destinées
à mieux faire comprendre dans quel environne¬
ment végétal se situent les sociétés timoraises ;
le détail de cet environnement sera donné plus
loin du point de vue des Bunaq.
À Lamaknen les terres basses et les fonds de
vallées plus ou moins inondables sont couverts
d’une savane avec des bouquets de Borassus et de
Corypha ou, selon les lieux, avec des Eucalyptus
alba ou des Schleichera oleosa qui sont toutes
deux des espèces résistantes au feu (fig. 11).
Dans les zones inondables on trouve des
Fig. 11. — Le Bas Lamaknen et la vallée de la Mali Baka qui forme la frontière avec Timor Timur.
Ce paysage ouvert est très différent de celui du Haut Lamaknen sur lequel a porté cette étude. On aperçoit au
premier et deuxième plan quelques Borassus typiques des vallées de basse altitude.
Source : MNHN, Paris
42
CLAUDINE FRIEDBERG
roseaux ( Phragmites karka ) et la canne à sucre
spontanée ( Saccharum spontaneum) mais, sans
doute sous l’influence des brûlis provoqués par
l’homme, lors des chasses rituelles qui se dérou¬
lent à la fin de la saison sèche (Friedberg,
1969), la savane s’est étendue sur les contre-
forts des collines avec des espèces de Grami¬
nées communes dans la région comme Themeda
gigantea ou Imperata cylindrica. Les arbres que
l’on trouve là sont aussi des espèces résistantes
au feu. Sur ces collines la végétation naturelle est
une forêt décidue avec un sous-bois de formes
arbustives xérophytiques comme le Ziziphus mau-
pouvoir s’installer sur les abords des fleuves
particulièrement soumis à l’érosion et sur les sols
margali tiques.
Il arrive que l’on trouve dans les zones basses,
en particulier autour des résurgences de rivières
souterraines, des lambeaux de forêt sempervi-
rentes à feuilles persistantes ; mais c’est surtout
sur les hauteurs bien arrosées et où la densité
démographique demeure faible que s’étendent
encore quelques forêts à espèces sempervirentes ;
c’est là, au-dessus de 1 000 m que l’on trouve en
particulier l’autre espèce d 'Eucalyptus ( E. uro-
phylla) 4 et des Podocarpus. À Lamaknen de
Fig. 12. — Essartage pour la préparation d’un champ.
Il s’agit d’un champ laissé en friche depuis environ huit à dix ans sur lequel on voit clairement deux types de
végétation :
1) de jeunes arbres, essentiellement des Légumineuses à croissance rapide : des Sesbania grandiflora et des Cassia
timoriensis ;
2) des arbres plus âgés qui ont été laissés en place lors des précédents essartages, certains sont gardés entiers, ce
sont des especes utiles protégées. D’autres, généralement des Légumineuses, sont émondés et conservés comme sources
de semences pour reconstituer la végétation secondaire.
ritiana ou des Légumineuses épineuses et en
particulier des Acacia (A. farnesiana, A. leucoph-
loea, A. pennata).
Le long des rivières dont la majeure partie du
lit est à sec pendant la saison sèche, on trouve
des Casuarina junghuniana qui peuvent remonter
très haut et qui sont souvent les seuls arbres à
telles forêts n’existent pas ; il en reste cependant
quelques vestiges dans des zones protégées par la
coutume, autour des points d’eau et des villages
traditionnels, comme nous le verrons plus loin.
Ailleurs, il n’existe que des formations secon¬
daires plus ou moins récentes dont la composi¬
tion floristique est fortement marquée par l’ac-
4. Une étude faite par deux Français à Timor, montre qu’il y ;
timorais, E. alba et E. urophylla (B. Martin & C. Cosselter, 1976).
hybridation
les deux espèces A’Eucalyptus
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
43
tion de l’homme. En altitude, en particulier sur
les pentes qui entourent le mont Lakan, il existe
de grandes étendues de prairies naturelles 5 par¬
semées de quelques Eucalyptus. Étant donné le
peu d’épaisseur de la couverture végétale, ces
zones sont particulièrement fragiles et il suffit
que les troupeaux qui y paissent soient trop
nombreux pour que le sol soit mis à nu et que
l’érosion l’attaque rapidement.
À Timor il y a souvent conflit entre les besoins
de l’éleveur et ceux du cultivateur qui ne sont
d’ailleurs souvent qu’une seule et même per¬
sonne. On peut remarquer à ce sujet que si la
prolifération rapide de Lantana camara, une
Verbénacée épineuse introduite seulement au
début de ce siècle, est une catastrophe pour
l’éleveur parce qu’elle a envahi les prairies et
réduit donc les surfaces où le bétail peut s’ali¬
menter, elle est, par contre, appréciée du cultiva¬
teur car les fourrés épais que forme la plante
protègent le sol de l’érosion.
Il semble qu’à Timor les réglementations tradi¬
tionnelles en matière de protection de la couver¬
ture végétale aient été inégales d’une région à
l’autre. De toute façon, les exigences écono¬
miques nouvelles ont souvent imposé des sys¬
tèmes d’exploitation inadaptés aux conditions
écologiques et provoqué l’abandon de ces régle¬
mentations.
Chez les Bunaq du Haut Lamaknen on ne
pratiquait pas de brûlis lors des chasses ri¬
tuelles mais uniquement pour la préparation
des champs. Les espèces utiles étaient laissées
en place (fig. 12 et 13) et protégées du feu avec
des feuilles de bananier et l’on coupait la végéta¬
tion sur quatre mètres tout autour du champ en
guise de coupe-feu.
En cas de besoin, par exemple pour construire
une habitation, il fallait demander la permission
de couper des arbres ou des bambous aux
gardiens des produits du sol, même pour des
spécimens poussant hors des sites protégés.
Quant à ces derniers tout prélèvement végétal y
était théoriquement interdit. Dans la pratique,
vers les années 70, les anciennes règles étaient
négligées car la fonction de gardien des produits
du sol n’était pas reconnue par l’administration
et ces derniers n’étaient plus autorisés à donner
des amendes. Il arrivait que des brûlis non
surveillés détruisent des zones qui n’étaient pas
destinées à être immédiatement cultivées. L’effet
en était catastrophique car, le plus souvent, seule
Fig. 13. Champ en saison sèche après les récoltes.
La terre est nue et par endroit la roche apparaît soulignant ainsi la fragilité de la couche d'humus. Nous voyons
également ici que les arbres émondés, laissés en place à chaque brûlis, peuvent atteindre une taille importante.
5. « Naturelles » par opposition à « artificielles », c’est-à-dire semées, mais il est évident que l'existence de ces prairies
liée à l’action de l’homme et surtout de ses troupeaux.
Source : MNHN, Paris
44
CLAUDINE FRIEDBERG
y repoussait de Ylmperata cylindrica dont les placée par celle que 1 homme y installe, mais de
rhizomes résistent au feu. Alors que dans le cas plus celle qui est considérée comme indésirable
des brûlis destinés à la préparation des champs est supprimée par les désherbages successifs,
non seulement la végétation naturelle est rem-
Mode de vie et cycle annuel des activités
Les Bunaq de Lamaknen vivent maintenant le
plus souvent dans des habitations conjugales
installées dans de petits hameaux près des points
d'eau. Jadis, avant que les Hollandais n'imposent
la paix, tous vivaient dans les habitations ligna¬
gères regroupées dans les bourgs coutumiers ou
tas situés, comme nous l’avons dit plus haut,
au sommet de collines pour des raisons straté¬
giques, mais il fallait parfois marcher 2 à 3 km
sur des pentes parfois très raides pour aller
chercher l’eau que l’on transporte dans de gros
bambous de l’espèce ma betun (voir fig. 14). Ces
maisons peuvent atteindre 20 m de long et 13 m
de large ; elles sont construites sur des pilotis de
1 à 1,50 m de haut. La charpente du toit repose
sur deux poteaux, nulal, reliés par une faîtière
(l’infrastructure de la maison est visible sur les
fig. 8, 41 et 42). Le toit, couvert en Imperata
cylindrica tombe jusqu’à environ 30 à 40 cm du
sol (voir fig. 15 et 32) plongeant ainsi l’intérieur
dans l’obscurité. Dans les années 70 le plus
souvent seul un couple d’anciens, gardiens des
objets sacrés de la maison, continuaient à y
habiter avec un couple de jeunes pour les aider
dans la vie quotidienne, les autres membres de la
maison ne s’y retrouvant qu’à l’occasion de
rituels. L’habitation lignagère comporte en effet
un lieu de culte important constitué par l’un des
deux poteaux qui soutient la faîtière, le nulal
mone ou « poteau mâle », l’autre situé du côté du
foyer étant affecté d’une polarité féminine. Le
« poteau mâle » est aussi appelé nulal lor 6 et lor
Fig. 14. — Utilisation de bambous pour le transport de l’eau.
Des femmes placent, au-dessous d’un bambou qui canalise une source, d'autres bambous, appelés mapo. dont les
entrenœuds ont été évidés et qui servent à transporter l’eau. Ils appartiennent tous à l'espèce ma betun.
6. Aucun Bunaq n’a pu traduire le terme lor qui est également utilisé en Tetun (Francillon, 1967) pour désigner le
poteau de la maison au pied duquel se déroulent les rituels. D’après Fernandes (1964) ce terme désignerait en tetun le sud ou
« du côté de la mer » par opposition à rae « nord » ou « du côté de la terre ». Ce terme lor pourrait donc être considéré comme
un terme désignant une direction de l’espace équivalent du lor javanais ou du kelod balinais. À Abis, tous les poteaux lor des
maisons lignagères sont du côté de l’autel collectif du village (voir Friedberg, 1973a).
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
45
bul, sa base autour de laquelle on dispose les
paniers d’offrandes lors des rituels.
À chaque tas correspond une unité territoriale
qui est partagée en deux : d’une part les terres de
culture, ou matas momen, interdites au bétail
et qui sont entourées d’une clôture collective,
d’autre part les terres de pâture, bula ; ces
dernières comprennent des prairies naturelles
(c’est le sens premier du terme bula) et des bois.
En général, et c’est le cas à Abis (voir fig. 5), le
tas se trouve à la limite entre les deux types de
terres de façon à ce que les porcs puissent venir
chaque soir chercher, du côté de bula, la nourri¬
ture que leur donnent les femmes qui en sont
propriétaires. Actuellement, les tas sont presque
Fig. 15. — Des hommes attachent des bottes d'imperata
cylindrica aux lattes d’un toit.
vides en dehors des périodes de cérémonie
rituelle. Les Bunaq se sont regroupés dans des
hameaux plus ou moins importants installés sur
les terres de pâtures ; soiivent un jardin entoure
l’habitation, ce qui n’est pas le cas dans les tas.
Tout espace cultivé situé sur bula doit être
clôturé, pour empêcher le bétail d’y pénétrer ;
pour ces jardins utilisés en permanence la clôture
est souvent une haie vive faite d’espèces facile¬
ment bouturables et si possible épineuses. Les
plus courantes sont deux plantes d’origine améri¬
caine, Jatropha curcas et Thevetia peruviana, des
Erythrina, Euphorbia barnhartii, et des Schefflera.
Le tas et tous les points d’eau importants sont
entourés de bois ou de bosquets interdits de
coupe.
Les Bunaq de Lamaknen tirent la majeure
partie de leur subsistance d’une agriculture essen¬
tiellement céréalière (Friedberg, 1971, 1974).
Comme pour les autres montagnards timorais,
leur nourriture de base est le maïs, paqol,
plante qui convient particulièrement bien au
climat sec et irrégulier et aux terres assez pauvres
de Timor. Le maïs importé du Nouveau Monde
par les Portugais, n’a sans doute pas été adopté
de façon massive par les Timorais avant la fin du
xviii c siècle mais ces derniers sont persuadés
qu’il a été toujours cultivé par leurs ancêtres et
il figure dans les mythes d’origine comme nous
l’avons vu plus haut. Les autres plantes alimen¬
taires d’origine américaine ont été introduites à
des époques diverses et ont pris une plus ou
moins grande importance. Ainsi le haricot de
Lima qui s’est naturalisé dans les friches est
devenu une plante de disette ; la patate douce est
appréciée comme nourriture de soudure, le chou
caraïbe est peu cultivé, tandis que le manioc qui
couvre des surfaces de plus en plus importantes
est considéré comme une réserve permanente
contre les aléas de la culture céréalière.
Le maïs est consommé soit sous forme de
grains entiers bouillis avec des légumes feuilles,
des « haricots » (ambrevade ou dolique) ou de
la courge, soit écrasé plus ou moins finement et
cuit avec moins d’eau comme du riz; on peut
également y ajouter de la courge et des «hari¬
cots ».
Contrairement à ce que j’ai pu observer dans
la partie alors portugaise de l’île, à Lamaknen le
riz, ipi, demeure la nourriture cérémonielle. Dans
le Haut Lamaknen il existe quelques surfaces
inondées en saison des pluies où l’on peut
préparer par piétinement des buffles, des rizières
humides, ou loeq ; mais le plus souvent le riz est
cultivé dans des rizières sèches sur des surfaces
assez importantes, en particulier quand on pré¬
voit une fête de maison.
Source : MNHN, Paris
46
CLAUDINE FRIEDBERG
Les champs, mar, sont préparés par essartage
et brûlis sans aucun aménagement de la surface
du sol ; les graines sont mises en terre avec le
bâton à fouir (nut) au bout duquel est emmanché
une lame métallique à tranchant transversal.
Quelques terrasses irriguées ont cependant été
aménagées pour la culture de l’ail.
Le riz est généralement cultivé seul. Cependant
il est quelquefois entouré de quelques rangs de
Coix lacryma jobi (voir fig. 16) et une autre
céréale archaïque le millet, Selaria italica, est
parfois semée dans un coin du champ ; on peut
aussi y trouver quelques pieds d’igname sur des
tuteurs, du manioc ou des « haricots » à tige non
volubile comme l’ambrevade ( Cajanus cajari) ou
le soja qui ne risquent pas de l’étouffer.
Toutes les terres ne peuvent recevoir du riz,
celui-ci n’y est cultivé qu’une seule fois après
l’essartage, ensuite on sème du maïs pendant un
ou deux ans et puis le champ est abandonné. Les
Bunaq cultivent aussi un peu de sorgho.
Les terres à maïs sont en principe cultivées
deux à trois ans de suite. Les Bunaq s’efforcent
de laisser sur les terres abandonnées des arbres à
croissance rapide et principalement des Légumi¬
neuses (Friedberg, 1971, 1974, 1977). Ainsi
sur les terres du matas momen on voit sou¬
vent quelques vieux arbres qui sont simplement
émondés lors de l’essartage et dont les graines
réensemencent les champs (voir fig. 13). Jadis les
terres étaient divisées en cinq soles qui étaient
utilisées en rotation ; chacune de ces soles étaient
elles-mêmes partagées entre les maisons du vil¬
lage. Ainsi un champ n’était réutilisé qu’au bout
de 15 ans. Cependant l’arrivée de nouvelles
maisons qui ne possédaient pas de terres dans
chacune des soles avait rendu impossible le
fonctionnement alterné de ces dernières. Dans les
années 70 la pression démographique obligeait à
recultiver la même parcelle au bout de six à
huit ans.
Le maïs est souvent semé en poquet en
association avec d’autres plantes : trois graines
de maïs, une de Cajanus cajan et une de
Vigna unguiculata, la dolique de Chine. Dans les
champs de maïs, on trouve aussi les mêmes
plantes que dans les champs de riz et en outre
d’autres « haricots » volubiles ( Lablab purpurea,
la dolique d’Égypte, Phaseolus lunatus, le hari¬
cot de Lima) et surtout des courges dont on
consomme d’abord les pousses puis les fleurs, en
particulier les fleurs mâles et, au fur et à mesure
Fig. 16. Terres de culture du village d’Abis pendant la saison des pluies.
des V>“* t de la saison sèche de la figure 13 et celui de la saison
toîiKiniSS‘Si E ?>d collectif de m entrecoupé de rangées de Coix lacryma jobi, avec, comme
Sdam' iHavau? ; ,aa ’ ç ' mm un ' maison de champ dans laquelle on peut s'abriter
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
47
que la saison s’avance, les fruits ; on laisse mûrir
ces derniers afin de les conserver pendant la
saison sèche. D’autres légumes sont cultivés par
les Bunaq, en petite quantité : des concombres,
quelques pastèques, des aubergines vertes, des
tomates à petits fruits, quelques choux, le chou
asiatique, Brassica juncea , et le chou européen,
B. oleracea ; les formes de ce dernier sont
différentes selon qu’elles ont été introduites par
les Portugais ou les Hollandais. D’autres Légu¬
mineuses sont également cultivées : Vigna umbel-
lata, Mucuna pruriens, Canavalia ensiformis et
même quelques haricots ordinaires Phaseolus
vulgaris et aussi, en plus grande quantité, sou¬
vent pour être vendus, l’arachide et Vigna
radiata (le haricot qui sert à faire ce que nous
appelons indûment du « soja » germé) qui sont
semés sur les terres libérées par le maïs précoce.
En dehors du manioc, le tubercule le plus cultivé
est la patate douce dont on bouture les tiges à la
fin de la saison des pluies sur les terres où on a
récolté le maïs et qui fournit une importante
nourriture d’appoint en fin de saison sèche en
même temps que le manioc. Les autres tuber¬
cules, ignames et taro ( Colocasia, Xanthosoma
et Amorphophallus) sont peu cultivés et générale¬
ment consommés au champ quand on y travaille.
En altitude on plante quelques pommes de terre.
C’est plutôt autour des maisons que l’on
cultive les plantes dont on a besoin quotidien¬
nement, le bétel que l’on fait grimper sur des
arbres, parfois du tabac que l’on ajoute à la
chique et le piment que l’on sert à table, cru
avec le sel. Les fruits les plus courants sont
les bananes dont on consomme aussi l’inflores¬
cence mâle, les papayes dont on mange, comme
légume, le fruit vert, les feuilles et les inflores¬
cences mâles, quelques agrumes (citrons, oranges,
mandarines) ; des manguiers et quelques rares
jacquiers complètent ce tableau. Autour des
points d’eau poussent des aréquiers et en basse
altitude des cocotiers ; enfin certains font pousser
quelques pieds de canne à sucre considérée
comme une friandise.
Les Bunaq cultivent aussi du coton destiné à la
fabrication des tissus et, pour la teinture, l’indigo
pour le noir et Morinda citrifolia pour le rouge.
En effet, une des activités importantes des
femmes est la fabrication des tissus qui gardent
une grande importance dans les échanges céré¬
moniels même si les Bunaq achètent beaucoup de
leurs vêtements, sarong, blouses de femme, pan¬
talons, T-Shirt, chemises. Comme ailleurs dans
l’est indonésien, les Bunaq pratiquent la teinture
à la réserve. Leurs tissus sont caractérisés par un
noir très foncé qu’ils parviennent à obtenir avec
l’indigo grâce à divers mélanges de plantes dont
chaque femme conserve jalousement la recette.
Chez les Bunaq, l’élevage joue un rôle impor¬
tant, à la fois dans l’alimentation, les sacrifices et
les échanges rituels.
Les porcs sont élevés en liberté et nourris une
fois par jour par les femmes. Les buffles étaient
jadis gardés par des enfants et ramenés dans un
parc pour la traite des bufflesses ; mais, dans le
Haut Lamaknen, la plupart ont été remplacées
par des vaches balinaises, Bos sundaicus, qui se
reproduisent plus vite. Les Hollandais les avaient
introduites à Timor entre les deux guerres pour
être exportées comme source de viande de bou¬
cherie. Les vaches vivent en liberté sur les terres
de pâture et leur production laitière n’étant pas
suffisante pour qu’on envisage de les traire, le lait
a pratiquement disparu de l’alimentation bunaq ;
en revanche il arrive qu’on abatte une vache
pour manger de la viande même en dehors
d’occasions cérémonielles. Les Bunaq possèdent
également quelques chèvres nécessaires à certains
rituels où elles symbolisent le chaud par opposi¬
tion au porc qui est considéré comme froid. Les
plus riches possèdent des chevaux qui servent à
transporter les récoltes de maïs et sont utilisés
comme monture pour les déplacements. On élève
aussi quelques poulets mais les œufs sont rares.
Avec l’augmentation de la population, les
animaux que l’on peut chasser se font également
de plus en plus rares. Dans le Haut Lamaknen,
les cerfs ( Cervus timorensis) ont disparu, il reste
encore quelques sangliers et il existe quelques
bandes de singes dans les bois situés dans les
parties les plus hautes du côté de Lakan ou de
Lakus. Les jeunes gens chassent parfois à la
sarbacane des oiseaux ; la caille combattante
{Turmia sussitator), la tourterelle tigrée ( Strepto-
pelia chinensis) et divers autres Colombinées.
En dehors des formes ailées des termites qui
sont piégées avec des lampes quand elles sortent
juste avant la saison des pluies, des cigales que
les enfants font griller aux champs, la seule autre
nourriture d’origine animale qui ait quelques
importance est le miel. Les abeilles font leur nid
régulièrement dans les mêmes arbres et elles sont
la propriété de la maison dont l’ancêtre est censé
avoir apporté le premier essaim, mais elles ne
Source : MNHN, Paris
48
CLAUDINE FRIEDBERG
font pas l’objet d’un élevage. Le menu paysan
idéal à Lamaknen est du riz rouge de rizière
sèche arrosé de lait de bufflesse et de miel avec
un peu de sel et de piment.
Jadis, la cire d’abeille constituait avec le san¬
tal la richesse de Timor et fut l’objet des pre¬
miers échanges commerciaux avec l’extérieur
bien avant l’arrivée des Européens. Actuellement
les sources de revenus des paysans timorais sont
l’arachide qui est vendue en petites quantités sur
les marchés locaux, et surtout l’ail et les bovins
qui sont exportés vers Java.
Il existe à Lamaknen quelques commerçants
chinois : certaines familles installées depuis long¬
temps, ont contracté des alliances matrimoniales
avec les Bunaq et sont donc invitées lors des fêtes
de maison.
Traditionnellement les Bunaq vivaient en auto¬
subsistance et les fêtes de maison étaient les
occasions les plus importantes d’achat : sel, noix
d’arec et surtout d’alcool de palme. Cet alcool
est fabriqué par les commerçants chinois à partir
de la sève de Borassus alors que les Bunaq la
boivent au fur et à mesure qu’ils la récoltent.
Dans le Haut Lamaknen où il n’y a pas de
Borassus en raison de l’altitude, on fait du vin
de palme avec la sève d'Arenga pinnata, arbre
censé pousser tout seul autour des points d’eau ;
il est interdit de plantation mais protégé.
Les Bunaq ne fabriquent pas de sucre avec la
sève des palmiers. Ils ne consomment pas non
plus de sagou de Corypha, comme le font
d’autres Timorais. Il faut ajouter qu’ils mangent
peu de plantes sauvages contrairement à ce que
pourraient laisser croire les indications données
dans l’index des noms vernaculaires sur les
usages de chaque plante. En effet les Bunaq
connaissent de nombreuses plantes sauvages
comestibles et les traitements qu’il faut faire
subir à certaines pour qu’elles le deviennent,
mais dans la pratique je ne les ai jamais vus
chercher des tubercules de forêt comme je l’ai vu
faire ailleurs à Timor. En période de disette il y
avait toujours assez de manioc qui jouait le rôle
de réserve sur pied, utilisable en cas de besoin.
La seule nourriture sauvage que j’ai vu préparer
pour la rendre comestible sont des graines de
Phaseolus lunatus retourné à l’état sauvage qu’il
faut débarrasser par lavage et cuisson successifs
de l’acide prussique qu’il contient quand on cesse
de sélectionner les formes cultivées qui en sont
dépourvues. J’ai rarement vu récolter de jeunes
pousses d’arbre pour servir de légumes en saison
sèche quand il n’y a plus de feuilles de courge ni
d’herbacées annuelles, mais j’ai pu constater que
des paysans attrapaient des diarrhées en man¬
geant trop d’Amaranthes dès qu’elles repoussent
aux premières pluies. Il existe cependant quelques
fruits sauvages comestibles dont le plus courant
est la goyave, Psidium guyava, plante américaine
naturalisée à Timor.
Le cycle annuel des activités
L’opposition entre la saison sèche et la saison
des pluies rythme les activités des Bunaq.
Quand les pluies cessent, que les chemins com¬
mencent à sécher et deviennent praticables, les
rassemblements en plein air sont possibles. De
plus on vient de moissonner le maïs et le riz, on a
des réserves de nourriture : c’est la saison des
activités sociales et principalement des fêtes de
maison, lal belis « affaire blanche » qui sont les
fêtes de reconstruction et de réfection des toits
(voir fig. 17), et lal guzu « affaire noire », céré¬
monies funéraires. Toute construction de mai¬
son, toute réfection de toit (voir fig. 15 et 32)
s’achève par des rituels mais s’il s’agit d’une
habitation lignagère, ce sont tous les alliés
donneurs et preneurs de femme, les malu-ai qu’il
faut inviter. Des rituels ont lieu à tous les autels,
intérieurs et extérieurs, tous les objets sacrés sont
honorés et les ancêtres sont également conviés.
La maison, unité de base de la société est en effet
avant tout un lieu de culte, l’endroit où sont
gardés les objets symboles des principes vitaux de
ses membres constituant le bulot, et ceux qui
représentent la vitalité de leur bétail, le sikar.
De nombreux animaux, porcs et buffles, sont
sacrifiés pour nourrir les invités, les roman
«clairs» et les êtres de l’au-delà les kukun
« foncés ». Pour pouvoir accomplir lal belis il
faut auparavant que tous les morts récents aient
été reconduits au village des ancêtres au cours
d’une cérémonie funéraire appelée lal guzu qui
nécessite aussi que tous les malu-ai soient con¬
viés. Comme pour lal belis, cette cérémonie est
l’occasion d’un échange de biens entre preneurs
et donneurs de femmes, les premiers apportant
des biens masculins, argent et buffles, les seconds
des biens féminins, porcs et tissus. Ces biens ne
font que passer entre les mains des maîtres de la
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
49
maison qui reçoit ; ces derniers redonnent les
biens masculins à leurs donneurs et les biens
féminins à leurs preneurs. Étant donné la quan¬
tité de nourriture consommée lors des fêtes
de maison, celles-ci sont décidées deux ans à
l’avance, de façon à cultiver un champ de riz
collectif et à engraisser des porcs pour nourrir
tous les roman et kukun.
En fin de saison sèche, on se hâte d’achever
toutes les fêtes de maison car il faut préparer les
champs pour une nouvelle campagne agricole. Si
l’on veut ouvrir de nouveaux essarts, il faut
couper la végétation assez tôt pour qu’elle puisse
sécher avant que l’on y mette le feu au moment le
plus chaud de l’année quand s’approche le
solstice de l’été austral et la saison des pluies.
Jadis, dans chaque village, tous semaient en
même temps le lendemain du dernier rituel du
cycle cérémoniel qui marquait le passage d’une
saison à l’autre. Ce cycle qui comporte des
offrandes sur les tombes des morts récents débute
par des chasses rituelles et l’accueil symbolique
des semences issues du corps du héros mythique
sacrifié : hoto boto hosok « recueillir la fumée du
feu» (Friedberg, 1980, 1989). Du choix de la
date de ces rituels dépend le succès des semis. En
effet, si l’on sème trop tôt lors d’une petite vague
de pluie qui s’interrompt, les pousses sèchent sur
pied. Si l’on sème trop tard, alors que les pluies
sont déjà abondantes, les grains pourrissent dans
le sol.
L’explication donnée par les Bunaq et sur
laquelle nous reviendrons dans l’exposé de leurs
concepts en « physiologie végétale » est que les
semences que l’on met en terre affectées d’une
polarité masculine, doivent rencontrer les se¬
mences féminines de la terre et que de leur union
naîtra une plante nouvelle. Or les semences de
la terre, son souffle, gosil, disent les Bunaq,
s’échappe de la terre sous forme de vapeur
lorsque les premières pluies tombent sur le sol
surchauffé par le soleil et les brûlis. Si on attend
trop longtemps, il n’y aura plus de semences
féminines susceptibles de s’unir avec les semences
mâles que l’homme a mises en terre, aucune
plante nouvelle ne pourra naître.
De nombreux signes (Friedberg, 1973b), l’ap¬
parition des Pléiades au coucher du soleil, le lieu
de l’horizon où ce dernier disparaît, la germina¬
tion des ignames, la floraison de certains arbres,
le sens du vent et le déplacement des nuages qui
déversent déjà des ondées sur la plaine ou les
montagnes au loin, permettent aux responsables
des rituels de passage d’une saison à l’autre, le
seigneur des semences et les maîtres du riz, de
décider de leur date. Lors de la dernière céré-
Source : MNHN, Paris
50
CLAUDINE FRIEDBERG
monie, les premières grosses pluies de la saison
sont censées tomber, ce qui est effectivement
arrivé les deux fois où j’y ai assisté.
Pour les Bunaq, la pluie et le froid sont signes
de fertilité et du côté du féminin ; le chaud signe
de danger et de mort du côté du masculin, sauf
au moment de la copulation où les semences
féminines doivent être chaudes comme l’est la
terre à la fin de la saison sèche et les semences
mâles froides. En effet, il faudrait toujours
procéder à un refroidissement symbolique des
graines avant de les semer. Il se fait en les
aspergeant d’eau, de lait de coco et, si possible,
du sang d’un petit porc avec une branche d’une
plante considérée comme froide ; nous y revien¬
drons plus loin.
Une fois la saison des pluies installée, les
chemins deviennent rapidement impraticables et
l’on ne sortira plus que pour aller désherber les
champs, ce qu’il faut faire deux ou trois fois. Les
seuls rassemblements ont lieu pour les divers
levers d’interdits de cueillette : celui des mangues,
des noix de bancoul (jadis seule source d’huile
d’éclairage) et des noix d’arec. La récolte de ces
différents fruits est rapportée sur la place de
réunion du village et redistribuée en suivant
l’ordre hiérarchique.
Puis le maïs hâtif commence à mûrir et on va
pouvoir commencer à manger des épis frais.
Dans le Haut Lamaknen, il ne semble pas qu’on
pratique des rituels de consommation des pré¬
mices de toutes les plantes alimentaires comme
cela se produit dans le Bas Lamaknen. Par
contre, il y a une levée d’interdit, consommation
rituelle des prémices et offrandes aux ancêtres du
maïs tardif, celui que l’on conservera jusqu’à la
prochaine récolte. Auparavant a lieu, approxi¬
mativement en avril, un rituel destiné à faire
apparaître le soleil et à provoquer le mûrissement
et le séchage du maïs et du riz ; c’est en quelque
sorte le rituel de passage de la saison des pluies à
la saison sèche mais beaucoup moins important
que le cycle cérémoniel qui précède les semailles.
La récolte du maïs tardif a lieu avant celle du
riz pour laquelle on prend de nombreuses pré¬
cautions rituelles ; cette dernière est l’occasion de
grandes réjouissances lors du dépiquage qui peut
se poursuivre plusieurs nuits de suite si le champ
est important et en particulier quand il s’agit
d’un champ collectif cultivé en prévision d’une
fête de maison.
La consommation et l’offrande aux ancêtres
des prémices du riz se fait à l’habitation ligna¬
gère en présence de tous les membres de la
maison et c’est à cette occasion que l’on décide
s’il y a lieu de faire une fête, lal hohon, deux ans
plus tard.
Généralement la récolte de riz se situe, dans le
Haut Lamaknen, en mai, entre la fin des grosses
pluies et le début des petites pluies qui per¬
mettent de planter l’ail qu’il faudra cependant
irriguer.
En juillet, on entre définitivement dans la
saison sèche et le cycle recommence.
Conditions dans lesquelles se sont déroulées les enquêtes de terrain
COLLECTE ET IDENTIFICATION DES ÉCHANTILLONS
C’est en 1966 que je me suis rendue pour la
première fois à Lamaknen avec Louis Berthe
et notre fille alors âgée de trois ans. C’était
sa deuxième mission à Lamaknen où il avait
séjourné de novembre 1957 à janvier 1959. Avant
lui B. A. G. Vroklage était le seul à avoir publié
(1953) sur les populations de cette région mais
son travail portait essentiellement sur les popula¬
tions de langue Tetun. Louis Berthe fut le
premier à étudier la culture des Bunaq et tout
d’abord leur langue qui n’avait jamais été trans¬
crite auparavant. Il s’intéressa à leur organisa¬
tion sociale, à leur système de parenté (Berthe,
1961, 1965, 1970) et à leurs textes mythiques et
généalogiques. Ceux qu’il recueillit dans le Haut
Lamaknen firent l’objet de sa thèse de 3 e cycle et
ont été publiés en 1972 aux Éditions du C.N.R.S.
sous le titre de Bei Gua, Itinéraire des Ancêtres,
Mythes des Bunaq de Timor.
Notre séjour à Lamaknen en 1966, entrait
dans le cadre d’une mission interdisciplinaire
franco-portugaise dont il était responsable. Au
cours de ce séjour, Louis Berthe transcrivit
beaucoup de contes en prose. Moi-même j’étais
chargée de l’enquête ethnobotanique. Nous nous
installâmes d’abord à Abis puis, après un par¬
cours dans le Bas Lamaknen à l’occasion des
chasses rituelles, nous nous sommes installés à
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
51
Weluli dans la maison que le chef féminin de
Dirun possédait près de ses rizières irriguées.
C’est durant le séjour à Weluli que ce dernier,
que nous appelions familièrement le raja de
Dirun, fit un serment d’alliance hulo-lep avec
L. Berthe.
Après sa mort, lorsque je revins à Lamaknen
avec notre fille, en novembre 1969, les Bunaq
décidèrent que nous ne pouvions pas nous
installer ailleurs que chez ce raja qui habitait
alors avec sa famille à Nuawaqin où avait été
reconstruit, au début du siècle, le tas de Dirun
qui se trouvait auparavant au sommet de la
falaise calcaire dominant ce lieu.
Le territoire de Dirun constitue la partie la
plus occidentale de l’intrusion des Bunaq en
territoire tetun. En raison de cette situation
marginale et parce que ma qualité d’hôte du raja
risquait d’influencer les informateurs de Nuawa¬
qin j’ai préféré travailler dans un autre village.
Mon choix se porta sur Abis où j’avais
séjourné avec L. Berthe et où il avait recueilli
la majeure partie de ses informations ainsi que
les textes, mythes et contes ; c’était là également
que j’avais effectué la plupart de mes collectes
ethnobotaniques. De plus il y avait à Abis
davantage de possibilités de recueillir un maxi¬
mum de données sur la vie traditionnelle bunaq ;
les rituels agraires y étaient encore presque
totalement pratiqués et surtout sur son territoire,
ou sur celui du village voisin de Hénès, vivaient
trois grands maîtres de la parole, Petrus Bere
Loeq, Benedictus Asa Beleq, Petrus Bere
Tallo, et un instituteur Donatus Mau Letoq
qui avait travaillé avec L. Berthe à un diction¬
naire Bunaq/Indonésien/Français 7 .
À chacun de mes séjours, novembre 1969 à
novembre 1970, juillet à novembre 1971 et juin à
octobre 1973, j’ai donc partagé mon temps entre
Abis et Nuawaqin qui se trouvent à trois heures
de cheval l’un de l’autre. Généralement mes
informateurs d’Abis et de Hénès me suivaient à
Nuawaqin où nous travaillions ensemble.
Dès mon arrivée dans ce dernier village
en 1969, tous pensèrent que je devais re¬
prendre l’enregistrement des textes mythiques
dont L. Berthe avait déjà recueilli une version
car ils étaient persuadés que s’il était mort c’est
que ces textes n’avaient pas été récités dans les
règles et que leur contenu n’était pas le bon. Je
passai ainsi deux mois à enregistrer et transcrire
des mythes, ce dont je profitai pour me familiari¬
ser avec ces textes, pour noter au fur et à mesure
qu’elles se présentaient, les interventions des
végétaux dans le mythe et interroger les maîtres
de la parole sur leur interprétation. En effet, la
disparition de Louis Berthe m’obligeait à trai¬
ter moi-même les matériaux sur lesquels il devait
travailler de façon à bien cerner tous les aspects
des rapports que les Bunaq entretiennent avec le
monde végétal et mieux comprendre, en particu¬
lier, la place qu’occupent les plantes dans leur
système de représentation à travers leur rôle
dans les mythes, les rites et d’une façon générale
tous les usages symboliques et métaphoriques
dont elles font l’objet.
Ce qui ne m’empêcha pas cependant de pour¬
suivre mon propre programme de recherche sur
le rôle des plantes dans la réalité quotidienne et
surtout sur la façon dont les Bunaq les nomment,
les identifient et les classent. Je m’expliquerai
plus loin sur ma méthode de travail dans ce
domaine qui constitue la matière de ce présent
ouvrage. Je voudrais simplement ici expliquer
comment j’ai été amenée à délimiter mon terrain
de recherche.
Il m’apparut en particulier, en ce qui concerne
les mythes et les rites agraires, que les deux
principautés du Haut Lamaknen, Hénès et Lak-
maras, y compris le village d’Abis qui dépend de
cette dernière, suivent la même tradition, alors
que les principautés du Bas Lamaknen en suivent
une autre. Entre les deux, la principauté de
Nualain dont est issu le lignage du raja de Dirun
a sa propre histoire mythique ; mais en raison
des alliances matrimoniales récentes de sa mai¬
son, ce dernier suivait plutôt la tradition du Haut
Lamaknen. Pourtant il se révéla que des infor¬
mations que j’avais recueillies, sur certains re¬
groupements de plantes, auprès de lui à Weluli
en 1966 ne furent pas jugées acceptables par les
habitants d’Abis en 1969. De plus, il m’apparut
que l’organisation de la flore telle que j’avais cru
pouvoir l’établir à partir des données recueillies
en 1966 dans l’ensemble de Lamaknen (Fried-
berg, 1970), ne correspondait pas aux concep¬
tions des paysans du Haut Lamaknen. En effet
elle était fondée sur la présence de certaines
7. A mon tour j’ai repris ce dictionnaire avec cet instituteur. Ce dernier étant décédé en 1974, j’ai récemment décidé,
lorsque je suis retournée à Timor, de le confier à un Bunaq, professeur à l’Université de Kupang, pour préparer la publication
de la partie bunaq/indonésien.
Source : MNHN, Paris
52
CLAUDINE FRIEDBERG
espèces jouant le rôle d’intermédiaire entre deux
ensembles, espèces n’existant pas et inconnues
dans le Haut Lamaknen.
L’ensemble des données formant système, pour
des raisons culturelles autant que floristiques, j’ai
donc été amenée à limiter les matériaux que je
voulais traiter comme un tout cohérent à ceux
que je recueillais dans le Haut Lamaknen et plus
particulièrement à Abis. Cependant, étant donné
les liens matrimoniaux entre les trois villages de
Hénès, Lakmaras et Abis, la façon dont leur
territoire sont imbriqués (voir fig. 5) et le fait
que la flore y est semblable, on peut estimer que
les données recueillies à Abis sont valables pour
les deux autres villages.
Si, comme nous l’avons vu plus haut, Timor
est un monde de microclimats, les groupes
sociaux y sont tout aussi fragmentés sur le plan
socio-culturel. Chacune des langues constitue
certes un élément fédérateur mais on ne peut
traiter comme appartenant à un même système
l’ensemble des populations parlant la même
langue. Ce phénomène que j’avais pu observer
chez les Bunaq, je l’ai retrouvé par la suite chez
les populations de langue dawan ou meto. Les
lignages se déplaçaient au gré des guerres et des
querelles. Cette mobilité était encore plus grande
pour les nobles qui s’échangeaient entre lignées
régnantes comme dans notre Europe ancienne et
il y a autant de termes d’origine tetun dans la
langue littéraire bunaq qu’il y en a d’origine
française en anglais.
Chaque fois que je parlerai de botanique, de
nomenclature ou de classification bunaq, il
s’agira toujours en fait exclusivement de celle du
Haut Lamaknen et pour certains détails unique¬
ment d’Abis. Si je me suis parfois laissée entraîner
à dire des Bunaq qu’ils pensent « comme ceci ou
comme cela » alors qu’il aurait fallu préciser les
Bunaq d’Abis, c’est sans doute que je me suis
laissée prendre à leur propre jeu qui est de
prétendre qu’ils représentent à eux seuls la
quintessence de la «vraie culture bunaq».
Il y a sans doute quelque chose de vrai dans
cette assertion dans la mesure où les Bunaq qui
occupent le Haut Lamaknen sont venus de l’est à
travers des régions occupées, aujourd’hui encore,
par des populations de langue bunaq mais où, je
l’ai moi-même constaté, les mythes sont moins
riches et fragmentaires et la langue elle-même
appauvrie en phonèmes.
L’analyse des mythes qui traitent de l’histoire
m’amène à penser que les Bunaq qui peuplent le
Haut Lamaknen descendent sans doute, comme
ils l’affirment eux-mêmes, de familles nobles qui
refusaient la main-mise sur le territoire par des
chefs venus du sud et de langue tetun. Ils ont fui
en emportant l’essentiel de leur culture dans une
littérature orale dont il n’existe pas d’équivalent
dans toute la moitié occidentale de Timor et qui
était revécue périodiquement à travers les rituels
liés au cycle agraire ou aux fêtes de maison.
Après que l’Indonésie ait pris possession en
1975 de la partie de l’île qui était restée portu¬
gaise jusque là, je ne suis plus retournée à
Lamaknen. En effet la guérilla qui s’est déve¬
loppée dans le territoire portugais rendait cette
région frontalière peu sûre et elle était interdite
aux étrangers. Revenant à Timor plus récem¬
ment pour y accompagner des ethnobotanistes
indonésiens, j’ai eu des échos des drames qui se
sont déroulés pendant la période des troubles. La
population a fui Lamaknen qui était trop exposé
aux attaques pendant au moins une campagne
agricole, le village coutumier d’Abis a été brûlé.
Depuis que le calme est revenu un effort de
modernisation des conditions de vie a été entre¬
pris par le gouvernement indonésien principale¬
ment sous forme de routes et d’adductions d’eau.
Mais tous ceux qui avaient fui ne sont pas
rentrés, les maisons de lignages n’ont pas toutes
été reconstruites et la vie socio-culturelle a été
complètement désorganisée rompant la chaîne si
fragile de la transmission orale du savoir. C’est
maintenant à moi de rapporter aux Bunaq les
éléments de leur propre culture tels qu’ils
ont été enregistrés il y a maintenant presque
vingt ans. Mais tous les « maîtres de la parole »
n’ont pas disparu et il est encore temps que le
relais soit pris par les spécialistes modernes de la
culture que sont les universitaires. Plusieurs s’y
emploient, et parmi eux des Bunaq, à l’Univer¬
sité de Kupang.
Collecte et identification
DES ÉCHANTILLONS BOTANIQUES
Dans le type de recherche entrepris ici on est
obligé de recueillir les échantillons tels qu’ils sont
au moment où on les rencontre et où les
informateurs les nomment, c’est-à-dire le plus
souvent stériles. À chacun de mes séjours je me
suis efforcée de retrouver les mêmes types de
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
53
plantes avec des fruits ou des fleurs afin de
pouvoir les identifier. Je n’ai malheureusement
pas toujours réussi car je n’ai pu qu’une seule
fois rester sur le terrain durant tout le cycle des
saisons. De plus, à la suite d’un incident de
frontière j’ai été amenée à abandonner ma
première collection avant d’avoir pu la sécher.
J’avais en effet opté pour une collection bota¬
nique séchée sur place de façon traditionnelle,
et non pas une collection dans l’alcool et le
formol, de façon à pouvoir manipuler les échan¬
tillons, les montrer à plusieurs reprises aux
informateurs et discuter à leur sujet.
Le mauvais état et la stérilité de certains
échantillons expliquent donc qu’ils n’ont pu être
identifiés complètement.
Pour ces identifications, j’ai été aidée principa¬
lement par des botanistes de l’Herbier de Leiden
où s’élabore la Flora Malesiana, un peu à
l’Herbier de Kew, à celui de Bogor et évidem¬
ment à celui de Paris.
Le nom du botaniste identificateur est indiqué
dans l’inventaire raisonné des plantes connues
des Bunaq : toutefois il n’est fourni que pour les
échantillons ayant un label signé par le spécia¬
liste. J’assume moi-même la détermination dans
les cas où j’ai fait les vérifications par comparai¬
son avec les échantillons d’herbier après avoir été
conseillée par des botanistes expérimentés ayant
une connaissance générale de la flore indoné¬
sienne. Il s’agit du Dr Hildebrandt qui me fit
profiter de sa grande expérience des arbres
poussant en Indonésie, acquise au cours d’une
longue carrière de forestier dans ce pays (elle
avait débuté en 1917 dans les services forestiers
des Indes Néerlandaises), et surtout du Dr. R. C.
Bakhuisen van den Brink Jr., co-auteur avec
C. Baker et principal artisan de la Flora of
Java, et enfin, du Dr. G. G. J. van Steenis,
directeur de l’Herbier de Leiden jusqu’en 1972 et
qui demeura celui de la Flora Malesiana jusqu’à
sa mort en 1985.
Une des difficultés de mon travail d’identifica¬
tion est due au fait que toutes les familles n’ont
pas encore fait l’objet d’une révision dans la
Flora Malesiana ; il n’existe de flore com¬
plète pour l’Indonésie que pour Java, or les
espèces qui existent à Timor, île à climat beau¬
coup plus sec, sont sensiblement différentes.
Ajoutons que même dans l’Herbier de Leiden, les
échantillons pour les petites îles de la Sonde
sont peu nombreux, ces îles dont la flore est
pauvre, comparativement à celles des grandes îles
humides de l’Archipel, ayant peu intéressé les
botanistes. On ne peut donc déduire de l’absence
d’une espèce dans l’herbier qu’elle n’existe pas à
Timor.
J’ai également utilisé certains des travaux
préparatoires à la Flora Malesiana publiés dans
Blumea ou Reinwardtia ou les ouvrages de
spécialistes pour certains genres difficiles ; ils
seront signalés chaque fois que cela sera néces¬
saire.
Pour les plantes cultivées je me suis référée aux
ouvrages généraux de Purseglove (1968 et 1972)
et de Simmonds (1976). En ce qui concerne plus
spécialement les plantes de Timor, j’ai consulté
Heyne (1927), Burkill (1966) et Cinatti (1950
et 1963).
La nomenclature adoptée est celle de la Flora
Malesiana pour les familles qui avaient déjà été
traitées et pour les autres celle de la Flora of
Java ou à défaut de l 'Index Kewensis. Pour
alléger le texte les noms d’auteurs ne sont fournis
que dans l’index.
Les échantillons sont conservés au Laboratoire
d’Ethnobiologie-Biogéographie (anciennement La¬
boratoire d’Ethnobotanique ; PAT dans l’index
international des herbiers). Les numéros d’her¬
bier sont indiqués dans l’index botanique des
noms scientifiques ; ils correspondent à la numé¬
rotation de la collection « Friedberg, Timor ».
Certaines plantes ont été identifiées sans
recueil d’échantillon. Il s’agit de plantes très
communes et très connues et, en particulier, de
certaines plantes cultivées. Les différentes plantes
appartenant à une même espèce sont parfois
affectées d’un exposant a, b, c, quand elles ont
été recueillies en plusieurs exemplaires ce qui
s’est produit chaque fois que ces derniers
n’étaient pas suffisants pour une identification.
Il faut ajouter que quelques plantes ont été
déterminées par comparaison avec des spécimens
récoltés à Timor ailleurs qu’à Lamaknen.
Cet ouvrage étant destiné à être lu également
par des non botanistes, j’ai préféré conserver
les anciens noms de famille mieux connus de
tous comme l’autorise Y International Code of
Nomenclature (1988) ; signalons que, sauf indica¬
tions particulières, ces noms ne sont indiqués en
latin que dans les identifications botaniques de
l’inventaire.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
Essai de biologie végétale
La plante :
SES RESSEMBLANCES ET SES DIFFÉRENCES
AVEC LES AUTRES ÊTRES VIVANTS.
Ses possibilités de transformation
Il n’existe pas de terme bunaq correspondant
au mot « plante ». Cependant, si l’on veut dési¬
gner l’ensemble des végétaux, on dira : muk gubul
nor « terre sa tête ses feuilles », c’est-à-dire « les
cheveux de la terre » (les cheveux humains sont
aussi appelés gubul nor) ; on peut aussi dire : muk
got « les poils de la terre ».
L’expression bai u « chose vivante » désigne à
la fois les plantes et les animaux ; u tout seul
correspond au terme « herbe ». Le mot hôtel qui
signifie « arbre » doit, dans certaines expressions,
s’entendre dans un sens polysémique et désigne
l’ensemble des plantes.
Comment peut-on définir les plantes par rap¬
port aux autres vivants bai na u « chose qui vit »,
c’est-à-dire bai u, les plantes et les animaux, et
en, les êtres humains? Le mieux était évidem¬
ment de repérer les caractéristiques propres aux
plantes. Mais je découvris alors que cela ne
serait pas facile car, aux yeux des Bunaq, les
plantes partagent avec les autres êtres vivants un
certain nombre d’attributs et, de plus, certains de
leurs éléments sont désignés par les mêmes
termes que les parties du corps humain.
Ainsi les plantes comme les hommes et les
animaux possèdent une âme (melo), une racine
(netel, getel) 8 , des feuilles (nor, gonor ou goron) et
des semences (biso et bin). On pourrait même
dire que les humains ont des fleurs (buk, gubuk)
et des pétales (galel) comme les plantes, mais ces
termes font partie du vocabulaire de parenté :
gubuk désigne les arrière-petits-enfants et galel
les enfants des arrière-petits-enfants.
Chez les plantes, les fleurs sont des organes qui
contiennent les biso bin femelles qui seront à
l’origine d’un certain type de fruit ; la partie de
la plante qui contient ces biso bin femelles,
l’ovaire, porte le même nom, guhin, que la partie
du corps des femmes (et des femelles des ani¬
maux) où se forment les enfants : la matrice. Les
fruits sont appelés noq, goq, mais ces termes ont
un sens très général ; ils désignent à la fois ceux
qui proviennent des fleurs (et sont presque
toujours aériens) et ceux qui naissent d’une autre
façon, par exemple les tubercules souterrains.
8. Nous indiquons ici entre parenthèses des termes tels qu’ils sont utilisés pour les plantes, c’est-à-dire à la troisième
personne, en indiquant pour les termes qui se fléchissent la forme pour l’inanimé, puis celle pour l’animé, séparés par une
virgule. Mais si le terme netel était utilisé pour un être humain, il serait fléchi à toutes les personnes. Les termes pour lesquels
on ne donne qu’une seule forme sont des termes qui ne se fléchissent pas. La première fois qu’ils apparaissent, les termes
bunaq sont généralement traduits mot à mot de façon à ce que l’on puisse repérer le sens de chacun d’eux. Quand cela paraît
nécessaire, surtout dans le cas de phrases longues, la signification de l’ensemble est ensuite fournie. Pour les termes qui
reviennent souvent c’est cette signification qui est le plus souvent donnée directement. Se souvenir alors, pour savoir à quel
terme bunaq correspond la traduction, que les compléments de nom se mettent avant ce dernier alors que le qualificatif se met
après; les adverbes et en particulier la négation niq se mettent après le verbe et les compléments ayant.
Pour aider le lecteur à repérer le sens des termes bunaq on a indiqué entre parenthèses, chaque fois que cela semblait
utile, les termes qu’il faut ajouter en français (articles, pronom relatif, verbe être,...) pour rendre la traduction compréhensible.
Cependant ceci n’a pas été fait de façon systématique pour ne pas alourdir le texte dont l’objectif n’est pas une étude
linguistique du bunaq ; pour cela on pourra se reporter à Friedberg, 1978. Rappelons toutefois que le sujet et l’aspect d’un
verbe ainsi que le pronom possessif pour un substantif peuvent être inclus dans la flexion à l’initiale du mot.
D’une façon générale, chaque fois qu’une plante est citée en exemple, on donne son nom en bunaq, son identité
botanique en latin, et son équivalent français quand il existe. Cependant ces trois éléments ne sont pas fournis
systématiquement et pour les plantes les plus couramment citées on s’est souvent contenté du terme français.
Source : MNHN, Paris
56
CLAUDINE FR1EDBERG
Mais ils peuvent aussi être utilisés pour les
humains, comme nous employons en français
l’expression « le fruit de ses entrailles » ; une
femme stérile pourra dire par exemple : nei nezel
goq niq si nei tuek gie niq « notre (nei : nous
exclusif ; c’est la façon polie de dire «je ») ventre
n’a pas de fruit, c’est pourquoi nous ne voulons
pas parler ».
De plus on dira également meren goq « les
fruits de l’éclair » pour les balles de fusil ou turiq
noq « fruit du couteau » pour désigner la lame de
ce dernier, et d’une façon plus générale nua noq
« mon chemin produit » c’est-à-dire « ma façon
d’agir produit des fruits » c'est-à-dire « donne un
résultat ».
Ce qui différencie le plus nettement les plantes
des autres êtres vivants c’est qu'elles n’ont pas de
voix et ne peuvent se déplacer. Dans la littérature
orale où, nous l’avons vu, les termes sont tou¬
jours associés par deux, les arbres (hôtel) forment
une paire avec les pierres (hol) et pour exprimer
ce qui leur est commun on dira : hôtel hol giol
hobel « les arbres les pierres voix il n'y a pas » et
hôtel hol mele niq « les arbres les pierres ne
marchent pas ».
Cependant même pour ce qui est de « l’âme »,
de la « racine », des « feuilles » et des « se¬
mences », celles des humains et des animaux ne
sont pas exactement les mêmes que celles des
plantes.
L’âme des êtres vivants réside généralement à
l’intérieur de ceux-ci ; elle est donc invisible.
Cependant cette âme peut être volée, en particu¬
lier par les pan muk gomo « ciel terre ses
maîtres », expression qui désigne l’ensemble de ce
que l’on pourrait appeler les « esprits des lieux » :
maîtres des sources, des arbres, des pierres, âmes
des voleurs tués dans les environs et, surtout,
âmes des premiers occupants du sol, les melus
que les Bunaq ont chassés et dont les morts ont
été enterrés sur les lieux. Pour les humains il est
facile de s’apercevoir si l'âme est sortie du corps
car la personne dont l’âme s'est échappée tombe
immédiatement malade. Il faut faire appel à un
certain type de guérisseur, l’agan, pour aller
rechercher cette âme et lui faire réintégrer le
corps ; l’âme apparaît alors sous forme d’un petit
insecte de couleur foncée (voir Friedberg, 1983).
Pour les plantes il est impossible de savoir
a priori si leur âme se trouve ou non à l’in¬
térieur ; une plante sans âme conserve en effet
son aspect normal. Mais, par exemple, si on
coupe un arbre dont l’âme est partie, il n’aura
pas de « cœur » (sutep) et on ne pourra pas s’en
Fig. 18. — Rituel à l'autel d'un champ de riz.
Un maître de la parole appelle l'àme du riz avant que l'on ne procède à la récolte : il tient en main un disque
d'argent qui est en même temps le support de cette âme et la représentation de Bei Suri, le héros dont le sacrifice est à
l'origine des plantes cultivées ; au premier plan on aperçoit sur l'autel de champs des corbeilles dans lesquelles seront
placées des offrandes de nourriture.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
57
servir pour la construction. De la même façon la
récolte provenant d’un champ de riz ayant bel
aspect sera insignifiante si l’âme de ce riz a été
volée. C’est pour cette raison qu’avant de le
couper on procédera à des rituels (voir fig. 18) ;
ces derniers consistent essentiellement à satisfaire
les pan muk gomo (pan muk gomo gimil wit
«ciel terre son maître son intérieur enlever»,
c’est-à-dire : ravir le cœur des esprits des lieux)
par des offrandes afin qu’ils libèrent l’âme des
plantes que l’on veut récolter, au cas où ils
l’auraient enlevée ; en même temps on appelle
cette âme a gie melo gege seq, « la nourriture
— on appelle ainsi l’ensemble des plantes culti¬
vées — son âme l’appeler » ou bien hôtel gie melo
gege seq s’il s’agit d’un arbre (hôtel).
Dans le cas où l’âme est effectivement sortie de
la plante on la voit arriver, sur l’autel de champ
sous la forme d’un petit insecte, ou d’une petite
boule ; ces derniers, contrairement à ce qui se
produit pour l’âme des humains, sont de couleur
claire. Ensuite on entoure le champ de chaux et
de jus de chique de bétel mélangés à des remèdes
protecteurs et on met des épines aux quatre coins
du champ pour que les pan muk gomo ne
puissent plus dérober cette âme.
Pour ce qui est de la racine (netel, getel), seule
celle des plantes est visible : netel hen wen « la
racine est exposée d’elle-même ». Toutes les
plantes ont une racine qui est généralement
souterraine, mais certaines plantes ont des ra¬
cines aériennes.
Par contre, la racine des humains et des ani¬
maux est secrète : getel heli « racine secrète » et
pour eux ce que l’on désigne par ce terme de
getel c’est la force vitale contenue dans gosil « le
souffle » et huan « le cœur ». Cette racine est
représentée par des disques d’or et d’argent
conservés dans les maisons de lignage sous le
nom de bulot pour les humains, et de sikar pour
le bétail, comme nous l’avons vu plus haut.
Quand les Bunaq ne connaissaient pas l’or et
l’argent, ces « racines » étaient représentées par
des barres de fer et avant encore par des pierres ;
c’est pour cela que le lieu de culte de la maison
situé sur le plancher au pied du poteau mâle est
constitué par une pierre représentant les «ra¬
cines » des membres de cette maison ; de la
même façon, les racines de tous les membres d’un
village sont représentées par un autel de pierre, le
bosok o op qui, situé sur la place de réunion du
village, objet de nombreux rituels publics.
C’est leur racine qui assure la longévité des
êtres vivants. Pour les plantes, plus la racine est
longue plus elle est assurée de trouver de l’eau et
donc de pouvoir vivre. L’eau étant assimilée au
froid on dit par analogie pour les hommes : i etel
legul ou i etel huruk « que notre racine soit
longue ! » ou « que notre racine soit froide ! »,
c’est-à-dire « que nous atteignions un grand
âge ! ». Nombreux sont les rituels destinés à
« refroidir » symboliquement les « racines » des
plantes, des animaux domestiques et des hommes
(pour ces derniers voir la fig. 19) de façon à leur
assurer une bonne santé.
Presque toutes les plantes ont des feuilles (nor,
goron ou goron). C’est ce que l’on voit bouger
dans les plantes : nor lulai « les feuilles bougent ».
De la même façon on désigne par goron ou gonor
tout ce qui bouge extérieurement dans le corps
Fig. 19. — Rituel de refroidissement.
Lors d’un rituel, application sur la poitrine d'un partici¬
pant d’un peu de sang du porc sacrifié, considéré comme
froid, de façon à « refroidir » sa « racine », c’est-à-dire à lui
assurer une bonne santé.
Source : MNHN, Paris
58
CLAUDINE FRIEDBERG
des hommes et des animaux (les pieds, les pattes,
les mains, le visage, etc.) ; on dira de quelqu’un
qui est très malade et très faible : goron gere
niq « il n’arrive plus à avoir de feuilles ».
Pour les humains comme pour les animaux, les
feuilles sont représentées par les mêmes objets
sacrés que les « racines » et ne peuvent être
dissociées de ces dernières ; ainsi pana getel
mone goron « racines des femmes et feuilles des
hommes » est une expression qui désigne l’autel
commun du village.
Nous en arrivons maintenant aux derniers
éléments que les plantes ont véritablement en
commun avec les hommes et les animaux, c’est-à-
dire les semences : biso et bin (deux termes
que les Bunaq m’ont toujours affirmé être syno¬
nymes). Mais, nous l’avons vu, la terre en
possède aussi et il en est de même de la lune.
Par l’association de ces deux termes biso bin
(selon le procédé habituel de la littérature orale
Bunaq, signalé plus haut, qui veut que tous les
termes aillent par paire), les Bunaq désignent
toutes les semences en général qui sont à l’origine
de tout être nouveau, humain, animal ou végétal.
Toute naissance n’est possible que s’il y a eu
auparavant rencontre de semences mâles avec
des semences femelles. Les hommes comme les
femmes ont des biso bin, les premiers des mâles,
les secondes des femelles.
Les biso bin de la lune sont considérées
comme mâles. Dans les temps mythiques au
début de la création, quand il n’y avait pas
encore d’hommes, les premières femmes enfan¬
taient après avoir reçu les biso bin de la lune ;
cela arrive encore de temps en temps et, d’ail¬
leurs, les premières menstruations des jeunes
filles, qui apparaissent lorsque leurs seins com¬
mencent à poindre, sont le signe que la lune est
venue les visiter.
Tout ce que les Bunaq sèment (hota, gota),
plantent (pelek) ou bouturent (goto) sont des biso
bin affectées d'une polarité mâle. Pour que ces
semences deviennent des plantes, il faut, qu'elles
rencontrent les biso bin de la terre qui sont
femelles. Ce que les Bunaq appellent les «se¬
mences » de la terre c’est, nous l’avons vu plus
haut, le « souffle » (gosil) de cette dernière que
l'on voit s’échapper sous forme de vapeur quand
elle est chaude et qu’elle reçoit des pluies. Mais
une partie au moins des biso bin des plantes,
celles qui sont dans les fruits et proviennent des
fleurs, ont elles-mêmes pour origine l’union de
biso bin mâles et de biso bin femelles conte¬
nues dans ces dernières.
Cependant chaque fois qu’il y a utilisation des
mêmes termes pour désigner des éléments appar¬
tenant aussi bien à des plantes qu’à des hommes
ou des animaux, il n’est pas toujours facile de
savoir si on est dans l’homologie, l’analogie ou la
métaphore. Nous avons vu que les mots gubuk
« fleur » et galel « pétale » sont utilisés dans la
terminologie de parenté mais il y a aussi des
emprunts au vocabulaire botanique dans la
terminologie de l’alliance. Les preneurs des pre¬
neurs de femmes (ai baqa) sont appelés ai baqa
ter « les rameaux des ai baqa », et les preneurs de
ces preneurs sont désignés par l’expression ai
baqa nor « les feuilles des ai baqa ». Du côté
des donneurs (malu) les donneurs des donneurs
sont appelés malu bul et les donneurs de ces
derniers les malu upu. Or le terme upu désigne
la base rhizomateuse des bambous 9 . Quant au
terme bul il est souvent employé pour désigner
la base de quelque chose, par exemple celle du
poteau mâle de la maison le lor bul, lieu où se
déroulent les rituels ; mais on dira de la même
façon hôtel bul pour désigner le pied d’un arbre.
D’après certains informateurs, bul serait la forme
neutre de gubul « la tête », parce que, disent-ils,
quand un enfant naît c’est la tête qui apparaît
d’abord. On pourrait alors établir un rapproche¬
ment entre bul/gubul et le terme austronésien ulu
qui signifie également « tête » et «commence¬
ment». Une telle interprétation peut paraître
cependant aventureuse dans la mesure où, avec
une langue aussi pauvre en phonèmes que le
bunaq, les ressemblances peuvent être fortuites.
Il n’est d’ailleurs pas sûr que bul soit la racine de
gubul car c’est ce dernier terme qui est utilisé
pour désigner le sommet des ignames dik alors
que ce dernier terme est grammaticalement ina¬
nimé ; gubul serait donc bien la forme neutre et
non une forme fléchie de bul.
Dans cet échange entre le vocabulaire du
monde des plantes et celui du corps humain, il
est souvent malaisé de distinguer le sens propre
du dérivé. Ainsi quand le pédoncule de l’inflores¬
cence du palmier â sucre, que l’on sectionne pour
9. I pu est aussi le nom donné à Pachyrrhizus erosus. une Légumineuse fournissant un tubercule qui se mange cru, mais
il peut s agir la d une homonymie.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
59
obtenir l’écoulement de la sève est appelé gon
« bras », il s’agit sans doute d’un usage dérivé, le
terme gon étant en premier appliqué à l’homme.
Pour le mot goreq qui désigne à la fois le prépuce
et les restes de la partie engainante des feuilles de
certaines Monocotyledones, comme les grandes
Graminées ou le bananier, on est moins sûr du
sens dans lequel fonctionne la métaphore.
La façon dont est formée et utilisée une
expression comme giral guk « nœud de l’œil »
est encore plus complexe. Le terme guk désigne à
la fois le « nœud » que l’on observe sur la tige de
certaines plantes, en particulier les Graminées, et
celui que l’on fait de la cordelette que l’on envoie
aux alliés pour indiquer le nombre de jours qui
s’écoulent avant la cérémonie pour laquelle ils
sont invités. L’expression giral guk désigne les
sourcils, mais elle est aussi utilisée pour le cercle
de poils qui se trouve au sommet de certaines
ignames.
L’utilisation « d’images végétales » pour carac¬
tériser certains éléments propres à l’homme ou
ayant un rôle dans la vie des individus ou des
lignages n’est pas propre aux Bunaq. On la
retrouve tout d’abord dans les populations avoi¬
sinantes comme l’illustrent les travaux de J. Fox
(1971a, 1975) et de R. Barnes (1974). Mais ce
sont là des phénomènes existant dans d’autres
cultures et que l’on peut aussi constater dans la
nôtre, même si le langage « imagé » est souvent
réservé aux expressions poétiques ou au langage
argotique quotidien. Nous avons ainsi « l’arbre
généalogique », le « tronc » commun des études
secondaires, les « racines » d’une culture, une
« floraison » de chapeaux, de talents, ou de
discours politiques. L’inverse est tout aussi cou¬
rant et l’on parle du « pied » ou du « cœur » d’un
arbre, ou des « yeux » des pommes de terre.
Il n’en demeure pas moins qu’il existe une
certaine spécificité dans la manière dont les
Bunaq effectuent des rapprochements entre le
monde végétal et l’homme.
C’est sans doute à travers les récits de méta¬
morphoses que l’on rencontre dans les textes
mythiques ou rituels que l’on peut saisir le mieux
les conceptions des Bunaq du Haut Lamaknen
dans ce domaine. Il ressort en effet de l’analyse
de ces derniers que les possibilités de passage ne
leur apparaissent acceptables, pour eux-mêmes,
dans un sens ou un autre, qu’avec les plantes et
que, par contre, ils les excluent avec les animaux.
Leurs commentaires à ce sujet indiquent claire¬
ment qu’ils se considèrent d’essence végétale et
ceci à un double titre.
D’abord parce qu’ils se disent descendre des
enfants qu’un des ancêtres les plus prestigieux,
héros d’un geste célèbre, a eu avec celles de ses
femmes issues de la métamorphose d’oranges et
non pas de ses autres épouses ayant pour origine
la transformation de divers animaux, sangliers,
poissons, perruches ; ces dernières sont censées
avoir donné naissance à des lignages n’existant
pas dans le Haut Lamaknen. D’ailleurs cet
ancêtre porte lui-même un surnom très végétal :
Mau ipi guloq Mau ho guloq « Mau queue de
riz Mau queue de dolique ». Ensuite parce que,
disent-ils, les plantes cultivées issues du corps
d’un autre héros mythique, tout aussi célèbre,
Bei Suri, sacrifié par le feu à l’autel de champ,
contribuent quotidiennement à constituer leur
propre chair.
Bei Suri est à la fois homme et plante cultivée
mais avant tout il est le riz. Cette ambiguïté se
manifeste aussi bien au moment des rituels de
semailles qu’à ceux de récolte. En particulier
lorsque à l’occasion de ces dernières Bei Suri,
représenté par un disque en argent, est honoré et
nourri tout le temps que dure la moisson. Mais
l’ambiguïté de Bei Suri est multiple car il s’est
aussi transformé en oiseau annonciateur des
pluies.
Cependant, dans la vie quotidienne, aux yeux
des Bunaq, la transformation d’un homme en
animal, ou inversement, n’est possible que pour
les puan, des êtres malfaisants, d’apparence
humaine, descendus sur terre pour y apporter les
maladies et qui constituent des lignages particu¬
liers (voir Friedberg, 1983).
Il est certain que l’on peut établir un paral¬
lélisme entre l’homme et la plante quant à leurs
possibilités d’apparition et de disparition : ce
sont des êtres qui naissent et meurent en place
dans le sol ou la société. Au contraire avec les
animaux sauvages on n’est jamais sûr d’où ils
arrivent ni vers où ils repartent, et si ce sont
toujours les mêmes que l’on voit. D’ailleurs ceux
qui sont accusés d’être des puan sont des gens
généralement venus d’ailleurs et dont on ne peut
vérifier l’origine généalogique.
Mais si les plantes naissent et meurent en
place, les Bunaq leur prêtent, pour ce qui est des
plantes à graines, la possibilité de se transformer
d’une génération à l’autre. En effet, les Bunaq
reconnaissant une reproduction sexuée chez les
Source : MNHN, Paris
60
CLAUDINE FRIEDBERG
végétaux, ils prêtent à ces derniers, lorsqu’ils
naissent d’une graine, la même possibilité de
différer de la plante mère qu’un enfant de l’un de
ses parents. Puisque la semence mâle a pu être
apportée par le vent d’une autre plante du même
type, la plante fille aura des caractères transmis
par ses deux parents, comme un enfant tenant
des siens à la fois par ses ascendants en ligne
patrilinéaire et en ligne matrilinéaire.
Pour le riz, comme les paysans de Lamaknen
mélangent plusieurs variétés de riz dans le même
champ, il leur paraît normal de récolter des
grains de forme hybride. Ainsi, disent-ils, les
variétés anciennes continueraient à voir leur
aspect antérieur, mais leur goût serait celui d’une
variété nouvelle ipi bei uluk. Inversement cette
dernière a, dans certains champs, un tégument
rouge comme certaines variétés anciennes. Dans
ce cas les Bunaq disent ipi debek « le riz se
retourne », ce dernier terme étant la flexion pour
la forme réfléchie du verbe belek « retourner »,
celui-là même qui est employé dans les mythes
pour désigner les métamorphoses. Il faut remar¬
quer que bien que le riz soit autogame, ces
observations correspondent sans doute à la réa¬
lité ; en effet d’après Grist (1959), on pourrait
avoir jusqu’à 30 % de fécondations croisées dans
certaines conditions écologiques.
Pour le maïs, le mélange des caractères est
encore plus apparent sur les épis à grains de
différentes couleurs ; mais pour cette céréale,
comme pour le riz d’ailleurs, ce mélange n’est
possible, disent les Bunaq, qu’entre des variétés
ayant la même durée de maturation, ce qui
confirme, s’il était nécessaire, qu’ils ont bien
observé le phénomène de l’hybridation.
Les Bunaq sont également conscients du carac¬
tère aléatoire de la reproduction par graine dans
le cas des Citrus et l’on peut se demander si
l’observation de la ségrégation des caractères,
qui peut être assez spectaculaire chez les agrumes
n’aurait pas une influence sur la façon dont les
Bunaq conçoivent les possibilités de transfor¬
mation des formes vivantes. Cependant après
une enquête approfondie il est apparu que les
femmes/oranges des mythes, qui sont d’ailleurs
désignées par une expression métaphorique où le
nom du fruit n’est pas prononcé, za hiloqon
beneq hiloqon « mûr deux bien mûr deux » (vers
1572 du Bei Gua, Berthe, 1972), ont pour
origine une forme très rare de Citrus ( sabul
mura) à gros fruit non comestible parce que sa
peau est trop épaisse. Il faut ajouter que dans le
cas des Citrus, l’imagination entraîne les Bunaq
plus loin que ne peut aller la nature, et s’il ne
faut pas voir là l’origine de l’idée des épouses/
oranges, puisqu’ils envisagent comme possible le
passage d’une espèce à l’autre, par exemple de
Citrus reticulata à Citrus sinensis et même avec
des plantes complètement différentes comme
Psidium guajava, la goyave.
En ce qui concerne les haricots, les informa¬
teurs ne m’ont signalé de transformation que
pour pao loi, qui devient pao lelo quand on
l’abandonne dans une friche. En effet chez ce
Phaseolus lunatus, sélectionné depuis très long¬
temps en Amérique pour en éliminer les formes à
acide cyanhydrique, reconnaissables à leur cou¬
leur bleutée, on voit réapparaître ces dernières
dès que le haricot est abandonné à lui-même
pendant plusieurs années et qu’il se resème tout
seul.
Introduit il y a certainement longtemps à
Timor, il existe dans les friches de nombreuses
formes subspontanées de Phaseolus lunatus qui
« contaminent » rapidement les formes cultivées
dès qu’elles échappent au contrôle de l’homme.
Pour les plantes à multiplication végétative, les
Bunaq savent que l’on obtient exactement la
même plante que celle où l’on a prélevé la
bouture ou le tubercule. Cependant ils envisa¬
gent là aussi une possibilité de transformation en
raison de l’intervention des « semences » de la
terre qui ne sont pas les mêmes partout.
Ainsi, disent-ils, les formes de dik taliq Dios-
corea esculenta évoluent au fur et à mesure
qu’elles restent dans le sol ; la transformation ne
se produit qu’au bout de plusieurs années,
environ cinq à six ans entre chaque état, et elle
commence par un changement dans les poils du
giral guk qui forment un anneau au sommet du
tubercule. Voici le schéma des transformations
possibles :
dik zulo -— dik digoq -- dik koqe gol~-
bogeq dik ^ taliq apa
dik hoza—-dik busa gomil—-dik kakaq giri~—
Mais, ajoutent les informateurs, on ne peut
jamais prévoir laquelle va se produire quand il y
en a plusieurs possibles.
Étant donné le laps de temps prévu pour
l’apparition d’une nouvelle variété, le fait que
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
61
l’appareil végétatif de la plante disparaît pendant
la saison sèche et que le souvenir des emplace¬
ments où l’on avait planté un tubercule s’es¬
tompe quand il s’agit d’une friche abandonnée
depuis plusieurs années, on peut imaginer qu’il y
a eu intervention de la reproduction sexuée ;
cette nouvelle variété est en réalité le fruit d’une
hybridation : elle est née d’une graine. Il faut en
effet environ de cinq à six ans pour obtenir un
tubercule conséquent à partir d’une graine.
Pour dik loi , Dioscorea alata, on m’a signalé
une seule transformation, celle de dik en en dik
maku, mais tous les informateurs n’étaient pas
d’accord sur ce point. Ce doute sur les possibi¬
lités de transformation de dik loi vient sans doute
du fait que, dans les conditions climatiques de
Lamaknen, l’espèce Dioscorea alata fructifie plus
rarement que Dioscorea esculenta et que l’inter¬
vention de la reproduction sexuée y est plus
rare l0 .
La VIE DES PLANTES
Les plantes, nous venons de le voir, naissent de
l’union d’une semence mâle, qui est mise en terre
et d’une semence femelle issue de cette dernière.
Dans le cas d’une plante à graine, les Bunaq
disent que la pousse se prépare en plusieurs
étapes à l’intérieur de la graine. Tout d’abord
dirai goqon « son propre œil (c’est-à-dire le
germe) se fait » ; puis detel hoqon « sa propre
racine se fait » ; enfin kusuq goqon « la pousse se
fait». Ensuite la racine sort vers le bas : netel
debel « la racine descend » ; puis le kusuq sort de
terre : kusuq bulu « la pousse pousse ». À ce
moment là les réserves en « froid » de la graine
sont épuisées et il faut qu’il pleuve pour que la
croissance de la plante puisse se poursuivre.
Rappelons la nécessité de semer au moment des
premières grosses précipitations avant que ne
disparaissent les semences de la terre sous forme
de vapeur mais alors que la saison des pluies est
bien installée et ne risque pas de s’interrompre,
laissant les nouvelles pousses sans source de
« froid ».
Dans le cas d’une plante à tubercule les
réserves de « froid » sont plus importantes et les
pousses peuvent sortir avant l’arrivée des pluies.
Quand il émerge du sol le kusuq est souvent,
encore en partie, enfermé dans les restes de
l’enveloppe de la graine : ganas. À l’intérieur de
ces ganas, il peut se trouver deux lames foliaires
qui ne sont pas de vraies feuilles et que l’on
appelle gepal « oreilles » ; c’est ce que la bota¬
nique occidentale appelle les cotylédons.
Entre ces gepal vont apparaître les premières
feuilles encore petites et repliées sur elles-mêmes,
avec la pousse de la plante (diki) au milieu. Les
gepal des haricots sont très épaisses, ce sont elles
qui forment l’intérieur de la graine avant qu’elle
ne germe.
Le riz et le maïs n’ont pas de gepal ; ce sont les
feuilles véritables qui sortent de terre en premier.
La pousse de la plante (diki) est formée
de feuilles enroulées ou enveloppées sur elles-
mêmes, c’est ce qu’on appelle diki dules « la
pousse est enroulée ». Ensuite la tige grandit, zol
saqe « pousse monte » ; on voit alors apparaître
sur elle des gobuq (protubérances) d’où sortiront
diki bolu « les pousses rondes » qui donneront les
ramifications, les feuilles ou les fleurs. Il n’y a pas
en bunaq de terme spécifique pour « bourgeon ».
Pour les plantes à tubercules, ce sont aussi les
racines qui apparaissent en premier et, ensuite
seulement, le kusuq ; mais ce dernier est nu, sans
ganas et sans gepal. Du kusuq sortent ensuite
diki dules et les premières feuilles.
Quand on fait des boutures, ce sont aussi les
racines qui apparaissent en premier.
Les pousses qui sortent toutes droites avant
que n’apparaissent les feuilles pour certains
tubercules ou rhyzomes (c’est le cas des ignames,
des bambous, ou de me, Amorphophallus campa-
nulatus, ou de certaines grosses graines, par
exemple la noix de coco), sont appelées gamal
« mâle ».
Les plantes vivent du gras (gubel) de la terre ;
c’est le même terme gubel qui est utilisé pour
désigner le gras des animaux. Quand on brûle les
champs c’est, disent les Bunaq, pour nourrir la
terre avec les cendres. De plus, le brûlis a pour
effet de détruire les mauvaises herbes et leurs
graines, et, en réchauffant le sol, il augmente la
quantité de semences femelles qu’il contient.
Pour que les plantes vivent, il faut aussi qu’il y
10. Haudricourt (1964) a montré l’importance culturelle en Nouvelle-Calédonie des nouvelles variétés d’ignames,
issues de semis naturels, que l’on peut trouver en brousse. Je n’ai rien trouvé de semblable à Lamaknen, sans doute parce que,
dans la reproduction des plantes cultivées, la multiplication végétative ne joue pas le même rôle que dans une agriculture
presque exclusivement fondée sur les tubercules.
Source : MNHN, Paris
62
CLAUDINE FRIEDBERG
ait de l’eau à l’endroit où elles poussent car hôtel
netel il duras « arbre racine eau suce » c’est-à-dire
«(les) racines (des) arbres sucent (F) eau».
Certains arbres ont des racines qui peuvent
mettre l’eau en réserve, donc pousser dans des
endroits secs et chauds, c’est le cas des banians
{pur) et de kabokeq ( Ficus septica ); on les
appelle les hôtel il bul « arbre base (de F) eau ».
D’autres, qui au début de leur vie recherchent
l’eau, hôtel il sagal «arbres (qui) cherchent
(F) eau », ont la capacité d’attirer cette dernière
quand ils sont devenus grands. C’est le cas des
arbres que l’on trouve autour des points d’eau.
Les Bunaq ne semblent pas avoir repéré que
certaines plantes vivent aux dépens des autres. Ils
reconnaissent cependant une catégorie de plantes
qui posent leurs racines sur les autres : netel
dutula « racines (qui) se posent elles-mêmes ».
Cette catégorie comprend à la fois certaines
plantes grimpantes s’accrochant aux troncs des
arbres comme le bétel ou des Raphidophora
ainsi que des parasites appartenant à la famille
des Loranthacées, et des épiphytes comme les
Orchidées.
De plus ils savent que certaines plantes s’instal¬
lent sur des hôtes et les font mourir. Ce sont des
arbres qui développent des pure), c’est-à-dire des
racines aériennes.
Le type même de ces arbres est pur, terme de
base désignant un certain nombre de Ficus
étrangleurs ; on peut d’ailleurs supposer que le
mot purel a été formé à partir de pur. Cepen¬
dant il existe une autre plante qui a des purel :
dilampok, Schefflera elliptica, de la famille des
Araliacées dont certaines espèces sont effective¬
ment des épiphytes. L’existence de purel est ce
qui différencie fondamentalement aux yeux des
Bunaq les Ficus étrangleurs et fait que, même
s’ils font partie des hôtel il bul considérés comme
ayant des réserves d’eau dans les racines, ils ne
peuvent être utilisés dans les rituels de refroidis¬
sement comme l’est un autre Ficus, kabokeq,
appartenant à cette même catégorie.
Les pur étant des arbres qui tuent leur hôte, ils
ne peuvent être utilisés comme symbole de vie et
de fertilité comme c’est le cas dans d’autres
régions. En effet dans les parties plus humides de
l’Indonésie, ou dans l’Asie continentale, il est
rare que l’on garde le souvenir de la naissance
d’un banian de place de village ou de temple : le
tronc initial est mort depuis longtemps et a été
remplacé par des racines aériennes qui ont pris
pied en terre et sont devenues elles-mêmes de
nouveaux troncs, permettant ainsi à l’arbre de
s’étendre et de vivre quasiment éternellement. En
revanche, à Lamaknen, sans doute en raison de
la rigueur de la saison sèche, même si les racines
aériennes arrivent à s’ancrer dans le sol, elles ne
prennent jamais l’importance du tronc initial et
quand celui-ci meurt, l’arbre dépérit progressive¬
ment et finit par disparaître. Les banians vivent
en définitive peu de temps (sans doute pas plus
de trois générations) et de nombreux lieux-dits,
où les textes mythiques ou rituels signalent des
pur, s’en trouvent actuellement dépourvus.
Si les Bunaq considèrent que les banians sont
capables de tuer tous les arbres (sauf les bam¬
bous qui éloignent toutes les autres plantes), ils
disent que seuls les dilampok ( Schefflera ) sont
capables de tuer les banians.
Ajoutons que parmi les banians existant à
Lamaknen, nombreux sont ceux qui ont été
plantés par bouturage. C’est certainement le cas
du kabokeq {Ficus septica ) qui se trouve près
de la place de réunion du tas d’Abis. Mais
certains grands Ficus Font également été et, de
plus, déjà à l’époque de la colonisation hollan¬
daise, il semble que l’administration ait incité les
chefs à en planter. La campagne de reboisement
a ensuite été reprise par l’administration indoné¬
sienne, mais avec d’autres essences et avec un
succès très inégal à Lamaknen.
Le bouturage est largement pratiqué par les
Bunaq, en particulier pour constituer des haies
vives, mais il s’agit traditionnellement d’un bou¬
turage direct dans lequel le plant formé par une
branche sectionnée est immédiatement remis en
terre. Il semble que ce soit assez récemment
qu’ait été introduite à Lamaknen la technique
pratiquée dans le reste de l’Indonésie consistant à
écorcer la branche sur une dizaine de centimètres
au-dessous de la région que l’on veut couper, à
envelopper cette partie de terre, enfermer le tout
dans des feuilles et attendre avant de couper la
bouture que des racines se soient formées à sa
base.
Il est certain que le climat timorais ne se prête
pas aux mêmes techniques d’horticulture que
dans les régions occidentales de l’Indonésie ; ceci
peut expliquer que certains arbres reproduits le
plus souvent végétativement, tel le jacquier,
soient à Lamaknen moins nombreux, ou même
inexistants, comme l’arbre à pain. Il faut ajou¬
ter que la greffe est inconnue des Bunaq.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
63
Si les Bunaq ne considèrent pas les banians
comme doués d’une grande longévité, par contre
ils l’attribuent aux Casuarina ( hur ) car ceux-ci,
contrairement aux premiers, existent encore dans
les lieux-dits où ils sont signalés dans les textes
mythiques.
Les Bunaq sont conscients que certaines plantes
fleurissent et fructifient plusieurs fois dans leur
vie alors que d’autres ne le font qu’une fois et
meurent ensuite. Pour certaines cette fructifica¬
tion a lieu au bout de plusieurs années. Ainsi en
est-il pour hak le Corypha, un palmier qui
n’existe que dans le Bas-Lamaknen, et également
pour les bananiers qu’il faut donc toujours
remplacer ; ces derniers peuvent aussi se renou¬
veler spontanément à partir de rejets. Mais la
plupart des plantes qui meurent après avoir
donné leurs fruits ne durent que le temps d’une
saison des pluies : il s’agit des herbacées, u,
qui repoussent à la saison des pluies suivantes, à
partir des graines tombées dans le sol.
De nombreux arbres de Lamaknen perdent
leurs feuilles plus ou moins tôt durant la saison
sèche, et la chute des feuilles de telle ou telle
espèce est un repère dans le déroulement de
l’année. Pour désigner la chute des feuilles on
emploie le terme kolu qui n’est utilisé par ailleurs
que pour dire qu’un héros est tombé au champ
d’honneur.
La floraison de certains arbres durant la
saison sèche est aussi une façon de repérer le
temps. Les Bunaq n’ont pas manqué de se rendre
compte que des arbres comme gela (Bombax
ceibà) et les lawal (Erythrina sp .) remarquables
par leurs fleurs d’un rouge éclatant, fleurissent
au plus fort de la saison sèche alors qu’ils sont
dépouillés de leurs feuilles.
Pour les plantes qui ont le plus d’importance
dans leur alimentation, c’est-à-dire le riz et le
maïs, les Bunaq distinguent de nombreux stades
de croissance. Voici d’abord ceux du riz (ipi) :
1. ipi daun « aiguille » : le riz vient de sortir de
terre ;
2. ipi nohuq dala « empennage » : les feuilles
commencent à se former au sommet de la tige ;
3. ipi dikit « anneau » : les nœuds commencent
à apparaître sur la tige ;
4. ipi kira « fuseau » : les entrenœuds s’agran¬
dissent et les nœuds s’épaississent ;
5. ipi gezel « ventre » : les fleurs sont prêtes à
sortir ;
6. ipi seta « verser » : les fleurs commencent à
sortir ;
7. ipi sai « sortir » : les fleurs sortent ;
8. ipi lapapa « les étamines » : les étamines
sortent ;
9. ipi hail « verser » : les inflorescences com¬
mencent à se courber ;
10. ipi doer « ? » : le grain commence à se
remplir ;
11 . ipi gemel guloq belis « femelle queue
blanche » : les grains qui sont en bout de panicle
commencent à blondir ;
12. ipi za «mûr» : le riz est mûr;
13. ipi saq «sec» : le riz est sec, il faut le
moissonner.
Voici maintenant les étapes de croissance du
maïs (paqol) :
1. paqol daun « aiguille » : le maïs sort de
terre ;
2. paqol biba dabak (à ma connaissance ces
termes n’ont pas d’autres sens) : les feuilles
s’épanouissent ;
3. paqol tie koten « les plumes de la queue du
coq qui se recourbe » : les feuilles retombent vers
le bas comme les plumes de la queue du coq ;
4. paqol bul beseq « base blanche » : la base du
pied commence à s’aplatir ;
5. paqol lepu « entre-nœud » : les nœuds et
entre-nœuds commencent à se former sur la tige ;
6. paqol diki baraq « pousse courte » : la
pousse terminale se raccourcit ;
7. paqol sibil debok duhin tolo « inflorescence
mâle envelopper sa propre matrice introduire » :
l’inflorescence commence à se former ;
8. paqol sibil kakal « inflorescence mâle sort
de la bouche » : l’inflorescence mâle commence à
sortir ;
9. paqol bulot sai « les barbes sortent » : c’est-
à-dire que les stigmates de l’inflorescence femelle
commencent à apparaître ;
10. paqol turi tuel « couteau étui » : l’inflores¬
cence se forme dans son enveloppe ;
11. paqol pip gipe « chèvre corne » ;
12. paqol malas gon « échelle bras (c’est-à-dire
« degrés ») » ;
13. paqol gesul tolo «rachis introduire»;
(les étapes 11, 12 et 13 sont celles de la
formation de l’épi, mais les informateurs n’ont
pu m’expliquer clairement ce qui se produisait
dans chacune d’entre elles) ;
Source : MNHN, Paris
64
CLAUDINE FRIEDBERG
14. paqol kata « tique de chien » : les grains
sont gros comme des tiques de chien ;
15. paqol tobuq (tobuq est le nom donné à
l'inflorescence mâle du bananier ; nous en ver¬
rons une description plus précise plus loin) : l’épi
grossit ;
16. paqol aruq zon toi « chevelure sauvage
cassée » : la barbe commence à se casser et à
tomber ;
17. paqol loa giwiq «serpent loa peau» : les
grains sont de couleur verte comme le serpent loa
et les enfants peuvent commencer à en manger ;
18. paqol potok « ? » : les grains commencent à
brunir ;
19. paqol gol za «petit mûr» : la maturation
se poursuit ;
20. paqol kalaq marnai « cou mou » : les grains
sont encore un peu mous ;
21. paqol za « mûr » : le maïs est mûr ;
22. paqol saq « sec » : il faut moissonner.
Le fait que les Bunaq aient repéré autant
d'étapes dans la formation des grains de riz et
du maïs et donnent un nom à chacune d’elles
montre à quel point ils sont attentifs aux plantes
qui leur permettent de subsister. Cependant
aucune de ces étapes ne donne lieu à un rituel
particulier comme cela existe pour le riz chez
d'autres populations indonésiennes.
Le froid, le chaud, l’amer,
LE FÉMININ, LE MASCULIN
Nous avons déjà signalé l'importance des
notions de « froid » et de « chaud » dans la
pensée bunaq. Je ne voudrais ici que préciser sa
signification à l'intérieur du monde végétal.
Relevons tout d'abord la relativité de la notion
de plante froide. Ainsi il existe des plantes
considérées comme froides parce qu'elles peuvent
résister à la sécheresse et à la chaleur comme
moruk ( Gendarussa vulgaris) et kahokeq (Ficus
septica). D'autres symbolisent le froid et la pluie
parce qu’elles vivent dans les nuages et les
brouillards qui régnent presque en permanence
en altitude ; ce sont les fougères et ili goru.
terme qui forme une paire avec les nuages quand,
dans les mythes, on évoque l’arrivée des pluies.
Ce terme était originellement appliqué au Podo-
carpus imbricatus mais cet arbre n'existant pas
actuellement à Lamaknen il a été transféré aux
mousses.
Parmi les arbres dont les racines sont capables
de retenir ou d'attirer l’eau, les banians, nous
venons de le voir, ne peuvent être considérés
comme des symboles de vie et de fertilité parce
qu’ils font mourir l'arbre hôte sur lequel ils
s'installent. Cependant leurs pousses sont con¬
sidérées comme froides comme la plupart des
pousses et sont d'ailleurs comestibles. Ainsi on
peut dire que la plupart des plantes passent par
une phase froide lorsqu'elles sont jeunes et que
beaucoup d'arbres gardent toujours une part
d'eux-mêmes qui reste froide, leurs pousses et
leurs bourgeons.
En revanche de nombreuses plantes deviennent
chaudes en vieillissant ; ainsi Vlmperaia cylin-
drica, l'herbe qui sert à couvrir les toits, peut
être consommée par le bétail quand elle a des
jeunes pousses mais quand elle vieillit elle devient
indigeste et même dangereuse ".
Nous voyons apparaître là un critère de
qualification des espèces végétales qui est leur
effet après ingestion.
Sont qualifiées de chaudes les plantes qui sont
molok c’est-à-dire contenant une substance
« chaude » et que les Bunaq considèrent comme
« très amères ». En effet les Bunaq considèrent
qu'il y a trois degrés dans « l'amertume » (j’uti¬
lise ce terme car les Bunaq employent comme
équivalent l'indonésien pahit) : 1) mal qui est
celui des plantes utilisées en remède interne
contre la fièvre ; 2) pclaq qui est plus fort et peut
rendre ivre ; c'est celui des bourgeons de banians
ou des bananes vertes ; 3) molok qui est celle des
plantes que l’on ne peut manger sans risque de
s'empoisonner.
Sont également considérées comme chaudes les
plantes piquantes (tinoq). celles qui sont irri¬
tantes pour la peau (sait), celles qui brûlent
comme de la braise (hoto na), celles qui empê¬
chent les autres de pousser. Voici la liste de ces
11. C'est ce qui explique les brûlis pratiqués en fin de saison sèche dans les savanes où paissent les bovins, de façon à ce
que des feuilles comestibles apparaissent aux premières pluies...
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
65
plantes chaudes, telle qu’elle m’a été fournie par
les informateurs ' 2 .
Liste des plantes chaudes :
1. Parce qu’elles sont amères (molok) :
ager : Vitex trifolia, Verbenaceae
ai tasik : Hyptis suaveolens, Labiatae
lekiki : Buddleja asiatica, Loganiaceae
tupa : Derris sp., Leguminosae
bon : Entada phaseoloïdes, Leguminosae
zjek : Pittosporum moluccanum, Pittosporaceae
bako : Nicotiana tabacum, Solanaceae et bako
zon : Blumea balsamifera, Compositae
bui guzu : Asystasia nemorum, Acanthaceae
hôtel nuka et pe gebuzel : Clerodendron sp.,
Verbenaceae
megeq : Exocarpus latifolius, Santalaceae
ulu pegur : Datura metel, Solanaceae
apa gie pii : Dioscorea hispida, Dioscoreaceae
gomiq : Dioscorea bulbifera, Dioscoreaceae
ema tala mone : Euphorbia barnhartii, Euphor-
biaceae
ukaq : Calotropis gigantea, Asclepiadaceae.
2. Parce qu’elles sont irritantes pour la peau :
mebu : portent ce terme de base différentes
Urticaceae à poils très urticants appartenant
au genre Girardinia et Dendrocnide (ancienne¬
ment Laportea)
liwas : une forme de Mucuna (Leguminosae) à
petits poils urticants
katal : Tetrastigma lanceolarium, Vitaceae, dont
la sève est, d’après les Bunaq, irritante
ba(o sai katoq : forme sauvage de Colocasia
(Araceae) appartenant au groupe C. esculenta
ayant une sève irritante
me zon : forme sauvage à sève irritante de
Amorphophallus campanulatus, Araceae.
3. Parce qu’elles sont piquantes (on y trouve
principalement les plantes condimentaires) :
kahaq : Ocimum sp., Labiatae
patal muk gomo : Piper retrofractum, Piperaceae
patal et lubu : termes désignant le piment
( Capsicum sp., Solanaceae)
sikon : Kaempferia galanga, Zingiberaceae
dowol : A corus calamus, Araceae
in ma : Zingiber officinale, Zingiberaceae
kirun : Curcuma longa, Zingiberaceae
laus : Languas galanga, Zingiberaceae
molo : Piper betle, Piperaceae
hôtel tie gio : Micromelum minutum, Rutaceae
sege belis et sege guzu qui sont des jasmins
(Jasminum sp., Oleaceae).
4. Parce que ce sont des plantes qui brûlent :
plantes « braise » (hoto na) :
mi selek : Plumbago zeylanica, Plumbaginaceae
(dont les propriétés vésicantes sont bien con¬
nues)
u hoto buleqen : Polygonum chinense, Polygona-
ceae (je n’ai jamais compris pourquoi cette
plante, sans doute vénéneuse, est considérée
comme brûlante et porte ce nom : « herbe feu
rouge »).
5. Parce que ce sont des plantes qui empê¬
chent les autres de pousser :
u lakar : Boerhavia erecta, Nyctaginaceae
siol : Lantana camara, Verbenaceae
an in : Vetiveria zizanioides, Gramineae.
On peut supposer que cette liste n’est pas
exhaustive et qu’elle ne donne que les principales
plantes considérées comme chaudes. On peut
remarquer qu’elle ne contient pas les bambous
qui sont cependant considérés comme empêchant
les autres plantes de pousser à leur pied. On n’y
trouve pas non plus des plantes dont on nous a
expliqué l’usage médicinal par leur qualité
chaude ; ainsi kalan, Phyllanthus reticulatus ne
figure pas dans cette liste.
J’ai également cherché à obtenir une liste de
plantes froides. En dehors des plantes déjà citées,
on y trouve des plantes crassulantes dont on dit
qu’elles contiennent de l’eau, quelques fruits
considérés comme froids et quelques parties de
plantes utilisées comme remède froid.
Mais nous sommes loin de trouver ici toutes
les espèces qui m’ont été signalées comme ayant
des applications médicinales en raison de leur
12. Pour cette liste comme dans l'inventaire raisonné au lieu de donner les noms de famille en français comme je l’ai
fait jusqu’à présent, je les donnerai en latin.
Pour ne pas alourdir cette liste, je ne donne pas les traductions des termes bunaq pour lesquels on pourra se reporter à
l’index ; j’ai de plus réduit les commentaires justifiant la qualification que les Bunaq prêtent à ces plantes car pour la plupart
elle semble évidente une fois connue leur identité scientifique botanique.
Source : MNHN, Paris
66
CLAUDINE FRIEDBERG
qualité « froide ». En particulier nous ne voyons
pas figurer ici toutes les plantes qui font partie de
ces remèdes appelés « de kaluk » parce qu’ils
sont censés guérir les blessures reçues à la guerre
et que les Bunaq considèrent comme « froide ».
Liste des plantes froides :
1. Parce qu’elles supportent le chaud :
kabokeq : Ficus sept ica, Moraceae
moruk : Gendarussa vulgaris, Acanthaceae.
2. Parce qu’elles vivent dans le froid :
ili goru : les mousses et le Podocarpus imbricatus,
Podocarpaceae
les fougères : puli, u sir, digirai, etc.
3. Les arbres hôtel il sagal « arbres qui cher¬
chent l’eau».
4. Les arbres hôtel il bul « arbre base de
l’eau ».
5. Un arbre qui appelle la pluie : kai sahe
(Pisonia grandis, Nyctaginaceae (on ne m’a parlé
qu’une seule fois en ces termes de cet arbre).
6. Des plantes dont une partie est froide et qui
peut être utilisée comme remède :
emar (l’écorce) : Dysoxylum gaudichaudianum,
Meliaceae loa gie tapil (goq : dans ce cas le
rhizome) : Asparagus racemosus, Liliaceae
tie gas (goq : ici aussi la racine plus ou moins
renflée) : Phymatodes nigrescens, Polypodia-
ceae.
7. Parce qu’elles contiennent de l’eau (plantes
crassulantes) :
ho molo : Euphorbia tirucalli, Euphorbiaceae
ema tala mun : Neoalsomitra podagrica, Cucurbi-
taceae.
Nous reviendrons plus loin sur les rapports
entre la qualité de plantes froides ou chaudes et
la classification. Retenons pour l’instant la relati¬
vité de cette notion, le fait qu’une même plante
peut être froide au début de son existence puis
chaude ensuite et que ses différentes parties ne
sont pas à la même température. De plus les
données prises en considération pour décréter
qu’une plante est chaude ou froide ne sont pas
toujours du même ordre. Dans certains cas, il
s’agit de caractéristiques propres au monde
végétal, dans d’autres il s’agit des rapports entre
les espèces végétales et les autres éléments du
monde vivant, les animaux et les hommes ; ainsi
ce sont souvent les effets sur le corps humain qui
déterminent si une plante doit être considérée
comme froide ou chaude ainsi que j’ai déjà pu le
constater dans d’autres cultures (Friedberg,
1985).
En dehors du domaine des techniques théra¬
peutiques où la qualification de remède froid ou
chaud est important, on pourrait s’attendre à ce
que cette qualification joue aussi un rôle impor¬
tant dans l’alimentation et les règles d’ingestion
des aliments. Or, les considérations sur la qualité
«chaude» ou «froide» d’un mets n’apparaissent
guère dans la vie quotidienne peut-être en raison
du peu de choix possibles. La règle dans ce
domaine est l’équilibre ; des excès dans un sens
ou dans l’autre sont nuisibles, mais la qualifica¬
tion de froid ou de chaud des aliments est une
rationalisation a posteriori. Ainsi il ne vient
pas naturellement à l’idée d’un Bunaq de quali¬
fier le maïs bouilli avec des légumes, de chaud ou
de froid ; mais si quelqu’un a des troubles
digestifs on pourra dire que c’est parce qu’il a
mangé une nourriture trop chaude : trop de
viande grillée (ce qui dans la réalité est rarement
le cas) ou trop de maïs grillé, ou du maïs trop sec
sans assez de légumes (ce qui est plus courant).
Je n’ai entendu spontanément faire état de la
« température » d’un aliment qu’une fois, lorsque
ma fille ou moi prétendions manger un fruit tôt
le matin : la plupart des fruits sont considérés
comme froids et il serait dangereux d’en manger
quand la température extérieure est également
fraîche.
Ainsi c’était toujours en fin d’après-midi,
quand la température extérieure commençait à
baisser que l’on nous proposait un jus d’orange.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
67
Les formes végétales et la morphologie botanique
Toute cette partie a été rédigée sur le ter¬
rain en vue d’une publication (Friedberg, 1972)
et rend compte le plus exactement possible du
point de vue des informateurs en respectant
l’ordre dans lequel ils traitaient chaque partie
des plantes les unes par rapport aux autres. Les
illustrations (fig. 21 à 29) ont été faites à par¬
tir de leurs croquis.
Rappelons en préambule que les Bunaq recon¬
naissent plusieurs formes végétales. Nous avons
déjà vu les termes hôtel et u qui désignent
respectivement les « arbres » et les « herbes ». Il y
a de plus an qui s’applique aux grandes Grami¬
nées, les petites sont appelées u — il n’y a en
bunaq, pas plus qu’en français l’équivalent du
grass anglais —, kesi qui sont les formes arbus-
tives et enfin mun, terme dont la signification
s’accorde avec le sens étymologique du terme
« liane », qui serait né aux Antilles à partir d’un
mot en français dialectal signifiant « lien ». Le
terme mun s’applique par extension à des plantes
à tige volubile ou grimpante qui ne peuvent
servir de lien ; mais dans ce cas également ni le
bunaq, ni le français ne possède de terme
équivalent du vine anglais.
Les feuilles : nor (qui se fléchit en gonor
OU goron) et les tiges (ne, gene et lolon)
Les différentes formes de feuilles
Les Bunaq considèrent que toutes les plantes
ont des feuilles sauf les champignons («»/) et
les figuiers de Barbarie (ema tala pana).
Les feuilles des plantes peuvent avoir des
formes très diverses ; on distingue ainsi :
— nor kora (le qualificatif kora est aussi uti¬
lisé pour les visages allongés ou les individus de
grande stature) : les feuilles allongées. Parmi elles
on distingue encore : nor kora legul et nor kora
gol (legul « long », gol « petit ») ; dans les pre¬
mières on range la feuille de bananier ( mok ),
dans les secondes celle du bétel {Piper belle), de
zoil {Alstonia scholaris), de tir {Cajanus cajari),
des pur (les banians), etc.
— nor ziloq (le terme ziloq sert aussi à quali¬
fier les plumes de la queue des cosq) : les feuilles
très longues ; celles du maïs (paqol ), du riz (ipi),
de la canne à sucre ( up ), des cocotiers ( hoza ), de
l’ail {in), etc.
— nor tetuk (on qualifie de tetuk l’arrondi
d’un visage ou celui des cornes des jeunes
bufflesses) : les feuilles rondes comme celles de
bol {Hibiscus tiliaceus) ou de obuk {Macaranga
tanarius).
— nor bekaq (bekaq « étendu ») : les grandes
feuilles comme celle des balo {Colocasia et Xan-
thosoma) et d’autres Aracées sauvages {naba
talaq : Colocasia gigantea) ou de ope {Cucurbita
moschata, la courge).
— nor talak : feuilles digitées, par exemple
celles de me {Amorphophallus campanulalus, de
malaka (le ricin), de aq (la tomate) ou de dila
(le papayer).
— nor tatuq : les feuilles pennées ; ainsi celles
de kaleq {Sesbania grandiflora), de {Albizia
chinensis) ou de puli (les fougères).
Une plante comme lien (une Méliacée) est
considérée comme ayant des feuilles à la fois
talak et tatuq (dans la terminologie scientifique
on dit que ces feuilles sont « bipennées »).
— nor bol (bol « épais ») : les feuilles crassu-
lantes ; celles des Santalacées parasites {ai kere-
lulu), des Kalanchoe {hol si) «pierre chair».
— nor salen (salen est le terme qui désigne les
inflorescences de cocotier, hoza, et d’aréquier,
pu) : les feuilles qui sont comme des cheveux ;
c’est ainsi que sont les feuilles des mousses {ili
goru).
— nor nigi : les feuilles fines ; celles de hur
{Casuarina junghuhniana) et de huraq {Equisetum
sp.).
. — nor lakat : les feuilles râpeuses par exemple
celles de sobor {Ficus wassa).
La seule feuille qui porte un nom spécial est
celle de tueq {Arenga pinnata) : tosiq ; sa ner¬
vure principale porte aussi un nom particulier :
kubus. Ceci est certainement lié au fait que cette
dernière est obligatoirement utilisée pour atta¬
cher les bottes d'Imperata cylindrica {hut) sur les
toits des maisons lignagères (voir fig. 20).
Toutes les nervures principales des autres
feuilles longues (nor ziloq) s’appellent esaq. Les
Source : MNHN, Paris
68
CLAUDINE FRIEDBERG
Fig. 20. — Préparation de kubus destinés à lier les bottes
d’Imperaia cylindrica.
Des hommes séparent les nervures (kubus) du reste des
folioles des palmes d'Arenga pinnata ; elles serviront à
attacher les bottes d 'Imperala cylindrica sur les lattes du
toit ; nous voyons au premier plan à gauche un petit tas de
ces nervures tandis qu’à droite on aperçoit le reste des
folioles.
nervures principales des autres feuilles s’appel¬
lent otan ; otan désigne également une poutre
posée sur le plancher des maisons traditionnelles
et qui partage l’espace en deux : une partie du
côté du poteau mâle, l’autre du côté du poteau
femelle et du foyer, chacune ayant une fonction
symbolique différente.
Différentes façons
dont les feuilles sont assemblées,
et les différentes formes de tige.
Les feuilles peuvent partir directement du sol
ou bien être rattachées à une tige.
Plantes dont les feuilles sortent directement du sol.
Chaque feuille peut alors avoir un pétiole
individuel.
Si ces pétioles sortent du sol séparément les
uns des autres, comme par exemple dans les
Fougères (puli ) on leur donnera le même nom
que n’importe quel autre pétiole : nal, ganal.
Mais dans d’autres cas, les pétioles des feuilles
ne sont pas cylindriques à leur base (bolu niq
« pas ronde ») et elles sont imbriquées les unes
dans les autres plus ou moins étroitement ; elles
sont alors appelées wo. Les plantes ayant les wo
les plus caractéristiques sont les balo ( Colocasia
et Xanthosoma (voir fig. 21). Pour d’autres
plantes telles que les oignons (in) ou des Zingi-
béracées comme le Curcuma commun (fig. 22),
où les wo sont complètement réunis à ras du sol,
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
69
les plus extérieurs enveloppant les plus intérieurs
formant ainsi une sorte de tige, certains Bunaq
ont tendance à dire que ce sont là des komaq
(nom donné aux graines des Graminées) et que
leur assemblage forme réellement une tige (ne,
gene). Pour in, par exemple, cette tendance vient
certainement du fait qu’une tige apparaît effecti¬
vement au bout d’un certain temps au milieu des
wo ; c’est cette tige qui portera les fleurs.
Ce que nous appelons en français des « feuilles
en rosettes » sont appelées nor lamat. C’est le cas
de apa sakan « cuisse de buffle » ( Elephantopus
scaber) ; c’est aussi le cas du chiendent ( meal :
Chrysopogon aciculatus) ou de tokoq gomil
« paume de lézard » ( Eleusine indica).
Plantes dont les feuilles sont fixées sur des tiges
et les caractéristiques de celles-ci.
Les petites tiges se nomment : ne, gene. Ce
sont celles des herbes (u), des petites lianes (mun
gol), par exemple les liserons (hiliq talin ) ou les
ignames (dik) et aussi celles du riz et du maïs.
Les tiges peuvent être droites (lolon lomar ou
ne lomar) ; elles peuvent ramper sur le sol (ne el)
comme celles de la patate douce (il n’y a pas de
lolon qui rampent) ; elles peuvent s’enrouler
autour de la tige droite d’une plante : molo ne
hôtel borat ou kobar « (la) tige (du) bétel s’en¬
roule (autour de) l’arbre».
Certaines tiges enfin vont d’arbre en arbre, de
support en support, comme le ferait une arai¬
gnée ; les Bunaq disent qu’elles dololain ; c’est ce
que nous appelons des tiges sarmenteuses. Il y a
des lianes sarmenteuses, mun dololain comme bon
(Entada phaseoloides) ou manuk (Hiptage ben-
ghalensis ). Il y a des arbres sarmenteux, hôtel
dololain : tilon asa (Caesalpinia furfurea), mun
tumel (Elaegnus triflora).
Les tiges peuvent être dures (ne solat) ; quand
elles sont minces on peut alors les casser. Elles
peuvent être souples mais résistantes et on ne
peut les casser : ne mail ; d’autres encore sont si
molles que l’on peut les écraser : ne marnai.
Les poils fins qui couvrent certaines tiges,
comme celles des bambous par exemple, sont
appelés élan. Les épines se nomment heruk
(geruk) et tout type de protubérance gobuq ;
ainsi nous avons vu plus haut que les bourgeons
sont désignés par ce dernier terme.
Les tiges sont recouvertes d’une écorce : netiq,
getiq (chez les humains on appelle getiq la
pellicule sèche et écaillée qui se forme parfois à la
suite d’une blessure ou du dessèchement de la
peau qui est désignée par le terme giwiq).
Quand on arrache une écorce, on voit, pour
certaines plantes, en sourdre un liquide. Le terme
général désignant ce liquide, qui est la sève, est
nil, gil. Ce mot s’applique à tout type de « jus » ;
le jus d’orange ( sabul) se dit : sabul gil ; le lait :
su nil « le jus des seins » ; le pus se dit aussi nil.
Le latex blanc qui s’écoule de certaines plantes
quand on les coupe s’appelle suqil. D’autres
encore s’échappe un jus un peu gluant qui est
comparé à la morve (miqil) ; il est appelé litan ;
c’est le cas par exemple du bananier, de e ( Albizia
chinensis) ou de hepa ( Albizia tomentella).
Ces différents « jus » peuvent être meak «rou¬
geâtre », comme par exemple celui de gela ( Bom-
bax ceiba ), buleqen « rouge vif », comme celui de
donak ( Basella alba) ou belis « blanc », chez
zoil ( Alstonia scholaris) ; il peut être « épais »
pilât, comme celui de tau ( Ficus glomerata) ou
« fluide » sirel, chez donak.
Dans les tiges des arbres, à l’intérieur de
l’écorce, il y a le bois (tiga) ; de plus pour les
vieux arbres, il y a, au centre, une partie très
dure appelée sutep (le cœur) qui sert pour les
constructions.
Certaines plantes possèdent, à l’intérieur de
leur tige, une substance molle (moleq : la moelle)
qui peut être comestible ; ainsi celle de up (la
canne à sucre) ou celle du maïs qui est parfois
mangée par les enfants ; il y a également celle des
palmiers, que nous appelons sagou. Celui qui est
le plus consommé à Timor est celui de hak
( Corypha utari) mais ce dernier n’existe pas dans
le Haut Lamaknen. D’après les Bunaq tueq
(Arenga pinnata) en posséderait aussi mais eux
n’en tirent que du vin de palme.
Les tiges de certaines plantes sont caractérisées
par l’existence de renflements ou de bourrelets
transversaux plus ou moins circulaires ; c’est ce
que les Bunaq désignent par le terme guk et
correspond à ce que l’on appelle « nœud » en
français avec cependant un sens plus restrictif.
En effet, en botanique, mais également dans le
langage courant, le terme « nœud » désigne les
points d’un axe principal d’où se détachent des
organes latéraux et plus particulièrement les
parties renflées de certaines tiges sur lesquelles
s’insèrent les feuilles. En bunaq le terme guk
s’applique de façon plus spécifique aux renfle¬
ments barrant transversalement une tige surtout
ou une partie de son pourtour.
Source : MNHN, Paris
70
CLAUDINE FRIEDBERG
Les guk les plus remarquables sont ceux des
tiges de graminées et en particulier ceux des
bambous ; le terme lepu désigne les « entre-
nœuds » (voir fig. 23). Cependant aux yeux des
Bunaq d’autres plantes que des Graminées pos¬
sèdent aussi des guk ; il s’agit des Palmiers, sur
les troncs desquels les cicatrices des feuilles
forment comme une succession d’anneaux circu¬
laires (voir l’aréquier, fig. 24), et aussi d’un
certain nombre de plantes à feuilles opposées
comme les Acanthacées ou les Composées (voir
fig. 43 à 46 dans l’inventaire).
Pour certaines plantes qui ont des lepu guk et
dont la tige se ramifie, les ramifications (sorun)
partent des guk ; chez certaines à chaque guk est
aussi fixée tout autour de la tige une enveloppe
(gaine) appelée komaq ; en particulier on peut
voir nettement des komaq sur les nœuds des
bambous (fig. 23) ou à leur pied quand, devenues
trop vieilles, elles sont tombées. Pour les plantes
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
71
qui ne portent pas de ramification comme le riz
ou le maïs, c’est à l’extrémité de ces komaq
que se forment les feuilles. Il en est d’ailleurs
de même pour les feuilles des bambous qui se
développent sur les soron : elles ont une partie
engainante appliquée sur la tige et une lame
foliaire qui prend une position plus ou moins
perpendiculaire (voir fig. 23).
Pour les plantes sans lepu guk, les ramifica¬
tions peuvent partir de n’importe quel point de la
tige. Les grosses branches des arbres s’appellent
hakon, les rameaux les plus petits s’appellent ter
ou teger ; ce sont eux qui portent les feuilles :
teger gene na nor «c’est sur les rameaux (que
sont) les feuilles ».
Les feuilles sont rattachées au rameau par une
queue (pétiole) : nal, ganal. Pour les tiges de
petit diamètre (ne, gene), la queue de la feuille
part directement de la tige. Mais il arrive que
chez certaines plantes à grosse tige (Iolon) l’inser¬
tion des feuilles se fasse aussi directement sur
cette dernière ; c’est le cas du papayer (dila), du
cocotier, de l’aréquier et du palmier à vin.
Les Bunaq appellent nor totil « feuilles amies »
les feuilles opposées et nor kauq kaqa « feuilles
cadettes aînées » les feuilles alternes.
Les pétioles des feuilles de cocotier, d’aréquier
et de bananier qui sont fixés directement sur le
tronc portent un nom spécial : upan (voir fig. 24
et 25). Le pétiole de la feuille d ’Arenga (tosiq)
porte aussi un nom particulier tupal. Les Bunaq
considèrent que le tronc de ce palmier porte un
vêtement tais (dans la terminologie scientifique
on dit qu’il est « vêtu »). En effet, à l’endroit où
le tupal s’insère sur le tronc il y a une matière
faite de nervures noires (esaq guzu) appelée sir
(infra-base du pétiole) qui sert à couvrir la
faîtière des maisons et à faire des cordes.
Le tronc du cocotier est aussi vêtu (hoza tais)
mais ce tais ne contient pas d’esaq comme sir. Le
pétiole de l’aréquier est le prolongement d’une
enveloppe komaq comme les feuilles de riz ou de
maïs (voir fig. 24).
Dans la feuille de bananier, le pétiole (upan)
prolonge des éléments demi-cylindriques (gopo)
dont l’assemblage forme le tronc lolon du bana¬
nier (fig. 25) ; les gopo les plus extérieurs dont les
feuilles sont mortes s’appellent goreq. Ce terme
goreq s’applique aussi pour les gaines des feuilles
de tese (la canne sauvage) et sibil (le roseau) ;
c’est ce même terme, nous l’avons vu, qui désigne
le prépuce.
Fig. 24. — pu, l’aréquier (Areca catechu).
Source : MNHN, Paris
72
CLAUDINE FR1EDBERG
Guk, gubuk, les fleurs, ET noq, goq,
LEURS FRUITS
Pour les Bunaq la plupart des plantes ont des
fleurs mais ces dernières sont plus ou moins
visibles et, pour certaines, seuls les fruits peu¬
vent être observés. Ils savent que les bambous
fleurissent très rarement, sauf le bambou épi¬
neux mabil qui est considéré comme indigène.
Ils considèrent que certaines plantes cultivées
comme balo ( Colocasia esculenta) et me ( Amor-
phophallus campanulatus) ne fleurissent jamais.
Des fougères ils disent que ce sont des plantes
qui ont des fruits sur les feuilles : goq ni gonor.
Les éléments qui, généralement, composent
une fleur sont les suivants (se reporter à la
fig. 26) : nas, les sépales ; galel, les pétales ;
guhin « la matrice », l’ovule ; gamal « mâle », le
stigmate ; biso bin « les semences », les étamines ;
nal, la queue.
Mais toutes les fleurs ne comportent pas for¬
cément tous ces éléments. Certaines fleurs, par
exemple, n’ont pas de galel (pétales et corolle) ;
c’est le cas du maïs, du riz, de pie ( Eucalyptus
alba), de heran (Pandanus sp.) ; d’autres ont de
tout petits pétales, par exemple les ignames ( dik )
ou le bétel ( molo ) ; d’autres par contre ont des
galel très visibles et colorés comme les Erythrina
( lawal ), gela (Bombax ceiba) ou hôtel gubuk
(Tithonia diversifolià). Ces fleurs sont appelées
gubuk lili « fleur flamme ».
Nous avons déjà vu que c’est dans le guhin que
se trouvent les biso bin femelles, mais toutes les
fleurs n’en ont pas et ne peuvent donc donner de
fruits. Les fleurs sans guhin sont dites mone
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
73
(masculine) et les autres pana (féminine). Cer¬
tains papayers, par exemple, n’ont que des gubuk
mone ; ces fleurs se trouvent sur des ramifications
nombreuses et ce sont elles que l’on mange en
légume. Les pieds femelles ont des fleurs moins
nombreuses sortant une par une à l’aisselle des
feuilles, elles-mêmes attachées directement sur la
tige (lolon) de l’arbre.
Chez d’autres plantes le guhin se trouve sous la
fleur et existe déjà avant que cette dernière ne
s’épanouisse ; c’est le cas de la courge (ope) ; sur
le même pied on peut voir apparaître des fleurs à
guhin (gubuk pana) et des fleurs sans guhin
(gubuk mone) qui ne donneront pas de fruit (ce
sont celles que l’on mange en légume).
Le jacquier, kulo (Artocarpus heterophyllus) et
les Pandanus (heran et bord) ont aussi des fleurs
qui s’épanouissent en grand nombre sur un guhin
préexistant.
Le guhin est prolongé par un appendice
allongé (le style) appelé gamal « mâle » (voir
fig. 26). Pourtant ce n’est pas lui qui porte les
biso bin mâles, mais d’autres appendices plus fins
(les étamines) situées autour du gamal ; ces
derniers portent à leur sommet un amas de biso
bin qui se présente comme une poudre et se
dissémine pour aller atteindre les biso bin
femelles du guhin qui, elles, ne sont pas visibles.
Chez un certain nombre de plantes (ce sont
toutes des Graminées) le guhin est enfermé dans
des enveloppes (luel) et seuls apparaissent de la
fleur les biso bin mâles nommés lapapa qui
pendent à l’extérieur. C’est le cas de hut (Impe-
rata cylindrica), de lea ( Rottboellia ) et surtout
du maïs et du riz (fig. 27). Chez ce dernier, pour
que le grain se forme il faut que les lapapa
rentrent à nouveau à l’intérieur des enveloppes
pour rejoindre les biso bin femelles ; s’ils tom¬
bent avant, à cause du vent ou de la pluie, ou
s’ils se dessèchent parce que le soleil est trop
fort, il n’y aura pas de grains et la récolte sera
mauvaise. Les fleurs du riz sont réunies en un
kain ou win (panicule) formé de ramifications
nombreuses (sorun) ; l’inflorescence du millet
(pioq : Setaria italica) ou du sorgho (bukas :
Sorghum bicolor) s’appelle aussi win.
Chez le maïs les fleurs à lapapa se trouvent au
bout de la tige ; elles sont nombreuses et leur
ensemble forme une inflorescence appelée sibil
(fig. 27). Ces fleurs ne contiennent pas de guhin
Source : MNHN, Paris
74
CLAUDINE FRIEDBERG
contrairement à celles du riz, et ce n’est pas en
leur sein que se forme le grain. Le guhin du maïs
se trouve à l’intérieur d’une masse d’enveloppes
(komat), nommée kabit, fixée sur la tige à
l’aisselle d’une feuille ; chaque pied de maïs peut
en porter plusieurs. De ce kabit, on voit sortir
les éléments visibles des fleurs femelles ; ils
ressemblent à des cheveux (la barbe de maïs) : on
les appelle bulot. Nous avons vu plus haut que
le terme bulot désigne les disques en or et en
argent conservés dans chaque maison lignagère
et représentant les racines, c’est-à-dire la force,
de leurs membres. Il est difficile de savoir s’il
existe une relation entre ces deux sens du terme
bulot ou s’il s’agit de deux homonymes.
Les bulot reçoivent les biso bin des lapapa du
sibil et les acheminent jusqu’au guhin. Ensuite le
kabit grossit et on le nomme alors tobuq ; à
l’extérieur il y a toujours les enveloppes (komat)
et, à l’intérieur, les grains (goq) se forment tout
autour d’une masse allongée (le rachis) appelée
gesul pour constituter un épis (giwin).
D’autres plantes ont des inflorescences qui se
présentent sous forme de tobuq ; ainsi l’inflores¬
cence des bananiers (fig. 25). Au bout d’une tige
pendante il y a un ensemble d’enveloppes (gulel)
refermées les unes sur les autres. Les enveloppes
externes s’ouvrent en premier et l’on voit alors
apparaître les fruits (noq) qui deviendront les
bananes ; au bout de chaque noq il y a une fleur
(buk) avec sa corolle (galel) et en son centre un
gamal ; tous les bananiers ont des fleurs à un seul
gantai, sauf mok pu « banane noix d’Arec » qui
en a trois. À chaque gulel correspond une rangée
de bananes (pol) et chaque fruit se nomme win.
Quand tous les gulel contenant des fruits se sont
ouverts, formant le régime de banane ou kain, il
ne reste plus que des enveloppes ne contenant
que des fleurs mâles sans fruit avec uniquement
une corolle et leur gamal au centre. On peut
alors couper le tobuq et le manger en légume.
Certaines plantes à wo (toutes appartiennent à
la famille des Zingibéracées) ont une inflores¬
cence de type tobuq qui se trouve au bout d’une
tige plus ou moins longue, sortant directement
du sol ; quelquefois même le tobuq est au ras du
sol. Ces tobuq sont formés de balis «gousse»
qui s’écartent pour laisser passer chacun une
fleur ; kirun (Curcuma longa) possède un tel
tobuq (voir fig. 22).
Il existe un autre type d’inflorescence sortant
directement du sol et dont les fleurs sont fixées
sur un axe sans être entourées chacune d’une
enveloppe qui les cache en partie au regard
comme dans tobuq ; ces inflorescences appelées
bakoq existent également chez un certain nombre
de plantes à wo appartenant à la famille des
Aracées ; par exemple me zon (forme sauvage
d’ Amorphophallus campanulatus) ou balo bakoq
(Arisaema sp.).
Il semble cependant que dans certains cas il y a
confusion dans l’esprit des Bunaq entre les
inflorescences de type tobuq et celles de type
bakoq. Chaque fleur de bakoq donne un fruit
rouge. Au moment où l’ensemble de l’inflores¬
cence bakoq sort de terre, elle est enfermée dans
une enveloppe unique appelée emar (en termino¬
logie botanique il s’agit d’une spathe).
D’autres types d’inflorescences sortent d’un
emar, par exemple celles de l’arbre qui s’appelle
justement emar (Dysoxylum gaudichaudianum) ; il
en est de même pour le rotin ( oe ), le ricin
(. malaka ), le cocotier ( hoza ), l’aréquier (pu), le
palmier à vin (tueq). Les fleurs de ces trois
derniers arbres sont rassemblées sur un groupe
de ramifications fines appelées salen (fig. 24).
Toutes les fleurs comportent un guhin et des
biso bin mâles, cependant toutes ne donnent pas
de fruits : il y en a qui avortent (buk sal).
Mais en principe toutes les fleurs à guhin
donnent des fruits (noq, goq) ; certains de ces
fruits sont si petits que l’on dit que ce sont les
fleurs elles-mêmes qui repoussent à la saison des
pluies suivantes après être tombées sèches sur le
sol ; c’est le cas de Graminées comme le chien¬
dent bunaq meal : (Chrysopoqon aciculatus) ou
de but (Imperata cylindrica). Par contre, pour les
fruits plus gros, ce qui germera et donnera une
nouvelle plante forme le goq mil gie « fruit
de l’intérieur» (c’est ce que nous appelons la
graine), alors que goq guni gie « fruit de l’exté¬
rieur» désigne l’ensemble du fruit.
Certains de ces goq guni gie, ceux des ho
(Vigna unguiculata, la dolique) par exemple, qui
sont allongés (c’est ce que nous appelons des
gousses), sont appelés win comme les épis de
millet ou le panicule de riz, mais ce terme n’est
utilisé que pour les plantes cultivées. Le plus
souvent on dira simplement noq, goq ou bolu
« rond » pour désigner chaque fruit.
Le fruit « extérieur » peut comporter une ou
plusieurs enveloppes. Pour l’enveloppe la plus
extérieure le terme le plus général est luel, gulel.
Par exemple la courge et les oranges ont des
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
75
gulel ; les haricots et les bananes ont des luel.
Généralement il n’y a pas de nom spécial pour
désigner la chair d’un fruit, ainsi on dira muk
noq pour parler de la chair d’une banane. Mais
on désigne celle de l’orange par le terme gubu
qui est aussi utilisé pour la chair des animaux.
Dans la noix de bancoulier (barut : Aleurites
moluccana ), l’enveloppe verte s’appelle gulel zon
(zon signifie « sauvage » mais aussi « sans utilisa¬
tion »), la coque dure gulel ; et la peau blanche
qui est à la surface, ganas belis « enveloppe
blanche » ; l’intérieur de la noix elle-même s’ap¬
pelle goq (fig. 28).
Chez la noix de coco ( hoza ), musan est l’enve¬
loppe verte extérieure, koul la coque dure, noq la
chair blanche et nil, le lait (fig. 28).
Les Bunaq distinguent plusieurs stades selon le
degré de maturation des noix de coco (voir dans
l’inventaire en 13.1.1).
Fig. 28. — Des fruits.
Les racines netel, getel
et les fruits souterrains, noq muk mil gene
« fruits (qui sont) à l’intérieur de la terre »
Pour la plupart des plantes les racines se
trouvent dans le sol ; l’endroit où cette racine
atteint le sol (collet) s’appelle giral guk « œil
son nœud », expression employée pour désigner
les sourcils ; en effet souvent le collet porte une
couronne de petites racines fines.
Pour les plantes à tige c’est par cette dernière
que la racine se prolonge au-dessus du sol.
Cependant, dans plusieurs cas, il existe, entre les
deux, un organe intermédiaire, en partie souter¬
rain, mais qui se développe surtout au-dessus du
sol. Cet organe s’appelle opu (ou upu) chez les
bambous (fig. 23), uer gol «petite marmite»,
chez le cocotier et l’aréquier ; opu et uer gol
sont couverts de petites racines (netel). Chez le
bananier il se nomme usi ; il se prolonge dans le
sol par une masse appelée mukut (fig. 25).
Mais il arrive aussi que des plantes aient des
racines aériennes ; les bambous en ont des petites
qui sortent aux nœuds dés tiges, les Pandanus
(heran et bord) en ont de grosses qui soutiennent
leurs tiges dont la base se trouve au-dessus du
sol. Mais surtout ce sont les plantes poussant sur
d’autres végétaux (les parasites et épiphytes) qui
ont des racines aériennes getel dutula « racine
(qui) se pose d’elle-même ».
Parmi elles les plus remarquables sont les
purel : les racines aériennes des banians et
des dilampok (Schefflera sp.) dont nous avons
déjà parlé et qui permettent à ces arbres se
développant sur des hôtes de prendre racine
directement dans le sol et de finir par tuer ces
derniers.
Les racines comme les tiges ont une écorce
nommée getiq, des ramifications appelées sorun
et certaines un jus : nil.
Comme nous l’avons déjà signalé le même
terme, noq et goq, qui a le sens général de
« produit » désigne aussi bien les fruits qui ont
des fleurs pour origine que les tubercules ; pour
distinguer ces derniers, il existe une périphrase,
noq muk mil gene « (les) fruits dans l’intérieur
(de la) terre », mais cette expression n’est jamais
utilisée dans la vie courante.
Quand les plantes possèdent des « fruits » dans
la terre, ils sont le plus souvent, disent les Bunaq,
Source : MNHN, Paris
76
CLAUDINE FRIEDBERG
des dépendances de la racine : netel gene noq
« fruit sur la racine ». Il en est ainsi pour les
ignames (dik), la patate douce ( sekat) et l’ara¬
chide ( hoqi ).
L’igname dik loi (.Dioscorea alata) a un seul
noq ; d’autres ignames, appartenant à la caté¬
gorie dik taliq ( Dioscorea esculenta , en ont
plusieurs (fig. 29). Dans les deux cas, les petites
racines qui se trouvent autour du giral guk
s’appellent giral got « les poils des yeux », c’est-à-
dire les cils. Quand on plante ces ignames, on
met en terre le giral guk et ses giral got. Il faut
remarquer que dik loi possède également sur ses
tiges des noq qui ne proviennent pas de fleurs (les
bulbilles).
Les goq du manioc (dik hôtel « igname arbre »)
sont rattachés au giral guk par de grosses queues
ganal (voir figure 29). Le manioc est reproduit
par bouturage tout comme les patates douces
(sekat).
Certaines plantes ont des fruits souterrains
qui ne proviennent pas des racines mais d’une
Fig. 29. — Disposition des tubercules d’igname et de manioc : dik taliq (Dioscorea esculenta) ; dik loi (Dioscorea alata) et
dik hôtel (le manioc).
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
77
« mère » (gemel « femelle ») ; on appelle alors
ces fruits tok. Il en est ainsi pour les taros
(balo : Colocasia et Xanthosoma) et pour les
Zingibéracées (par exemple kirun, le Curcuma
commun) (fig. 21 et 22). Suivant les cas, soit on
mangera la « mère » et on plantera les tok ou on
plantera la « mère » après l’avoir divisée (Xan¬
thosoma).
Il existe encore un autre type de fruit souter¬
rain que les Bunaq considèrent formé par les wo,
c’est-à-dire les tiges de certaines feuilles ; c’est
celui, en particulier, de plantes ayant pour nom
de base in. C’est ce que nous appelons des bulbes
mais que les Bunaq nomment simplement in bolu
« rondeur de in ». Il est en fait très difficile de
savoir quel est le sens premier de in qui, lorsqu’il
est employé seul dans la vie courante, signifie
« ail ». En effet ce terme de base s’applique aussi
à des plantes à bulbe comme l’oignon mais aussi
au gingembre in ma, « in bambou », qui est
considéré avoir des tok et de plus est utilisé en
déterminant pour le vétiver, an in « grande
Graminée in », c’est-à-dire « l’herbe ail » ce qui
est peu compatible avec son odeur. Nous revien¬
drons sur ce problème au sujet de la nomencla¬
ture. Ajoutons que la gousse d’ail s’appelle
balis, ses enveloppes extérieures se nomment nas,
comme les sépales, tandis que pour les autres noq
muk mil gene la peau s’appelle luel, gulel, comme
les enveloppes des fruits aériens.
Formations végétales reconnues par les Bunaq
Les critères de différenciation des formations
végétales sont pour les Bunaq la hauteur et la
densité de la végétation. Pour la commodité de
l’exposé, nous distinguerons successivement les
formations arborées, arbustives et herbacées. Les
plantes données pour illustrer chaque type de
formation sont celles qui m’ont été indiquées par
les Bunaq eux-mêmes comme les plus caractéris¬
tiques. Ces listes ne sont évidemment pas exhaus¬
tives.
Les formations arborées
Zobuq hatak, « forêt épaisse »
C’est la formation la plus haute et la plus
dense ; il en existe plusieurs sortes :
1 . Zobuq hatak op « forêt épaisse (de) hauteur ».
Ce que les Bunaq d’Abis désignent essentielle¬
ment par cette expression, ce sont les bois
protégés qui entourent les tas « bourgs », et en
particulier le leur. Ce sont des bois où les brûlis
sont interdits et où la coupe, sévèrement régle¬
mentée, est pratiquement inexistante étant donné
leur faible étendue (fig. 30).
À Abis, les arbres que l’on trouve sont, pour
les plus gros : gipe, sans doute un Terminalia
(Combretacées) ; bin ( Tetrameles nudiflora, Da-
tiscacées) ; pur, c’est-à-dire differents banians du
genre Ficus ; gela (Bombax ceibd), et zoil, c’est-
à-dire les deux espèces d 'Alstonia (Apocynacées),
A. scholaris et A. spectabilis, existant à Lamak-
nen.
On y trouve aussi des arbres plus petits : maqu,
nom donné à différentes Sapindacées qui ne sont
pas toujours clairement distinguées (elles appar¬
tiennent aux genres Elattostachys, Mischocarpus
et peut-être Arytera), et à une Rutacée d’aspect
semblable : Glycosmis sapindioides ; mazoq ( Pte-
rocarpus indicus. Légumineuses) ; iu, terme dési¬
gnant les deux espèces de Cordia existant à
Lamaknen : C. dichotoma et C. cordia s/>.(Bora-
ginacées).
Même s’ils n’en ont plus sur leur territoire,
les Bunaq savent qu’il existe encore quelques
grandes forêts épaisses sur les massifs qui sur¬
plombent Lamaknen et en particulier sur celui de
Lakus. Mais ils ne connaissent que très peu les
essences que l’on y trouve. Nous avons vu plus
haut comment même Yili goru, la plante qui,
dans le mythe symbolise les hauteurs toujours
couvertes de nuées, est peu connue du commun
des Bunaq ; à tel point que beaucoup attribuent
ce nom non pas au Podocarpus imbricatus qu’il
devrait désigner et qu’ils n’ont jamais vu, mais
aux mousses qui poussent sur les pierres et les
troncs d’arbre de la forêt humide qui s’étend
entre le tas de Lakmaras et l’ancienne frontière
avec la partie portugaise.
Cette forêt est sans doute l’un des points du
Haut Lamaknen qui reçoit le plus de précipita-
Source : MNHN, Paris
78
CLAUDINE FRIEDBERG
Fig. 30. — Exemple de vestiges de zobuq hatak « forêt épaisse » autour du tas de Nuawaqin (Dirun) ; au premier plan on
aperçoit un Bombax ceiba.
tions en quantité et surtout en durée. En effet,
elle est régulièrement atteinte par les petites
pluies (hori) apportées par la mousson du sud-
est. D’ailleurs, dans les champs qui la bordent, il
est possible d’obtenir deux récoltes par an. Les
seuls à pouvoir nommer les arbres qui la compo¬
sent sont les vieux qui, possédant un de ces
champs, l’ont fréquentée pendant longtemps.
Cependant peu ont accepté de nommer les
plantes formant le sous-bois et, de plus, il y
avait rarement accord entre eux à leur propos.
Parmi les plantes de sous-bois pour lesquelles
j’ai obtenu un nom, signalons cependant de
belles Orchidées terrestres, Phaius tankervilliae,
appelées ai baie «arbre (en tetun) amidon»
parce que leur rhizome est utilisé pour amidon¬
ner les fils de coton avant de les tisser.
De la même manière, les habitants du terri¬
toire de Dirun, qui habitent au pied du massif de
Lakan, en connaissent peu la végétation. Mais
on ne trouve dans ce massif que des vestiges de
forêt car cette zone, qui n’est pas atteinte par les
petites pluies de la mousson du sud-est, a été
beaucoup plus touchée par l’action destructrice
de l’homme et de ses troupeaux.
En revanche, les habitants des villages bunaq
situés au bas des pentes du mont Lakus dans la
partie occidentale de Timor, paraissent mieux
connaître la flore de ce massif. À cela il faut
voir plusieurs raisons : tout d’abord la forêt étant
plus proche des villages, les habitants s’y rendent
plus souvent ; de plus, beaucoup plus arrosée et
peut-être moins endommagée par l’homme, elle
est moins dégradée que celle du massif de
Lakan ; chaque espèce s’y trouve représentée en
plus grand nombre, alors que sur ce dernier
massif, on a vraiment l’impression que certaines
espèces n’existent qu’à l’état résiduel ; elles ne
sont représentées que par quelques individus que
seuls quelques anciens peuvent appeler par leur
nom.
2. Zobuq hatak kero mil : forêt épaisse dans des
terrains marécageux (kero est un terme dési¬
gnant les terrains marneux qui retiennent
l’eau).
Une telle forêt n’existe pas dans le Haut
Lamaknen. On la trouve en effet dans les basses
terres chaudes et marécageuses. Pour les habi¬
tants des hauteurs, la forêt la plus représentative
de ce type est celle de Guruguq qui s’étend dans
la plaine de Maliana autour d’une importante
résurgence d’eau. Cette forêt est réputée impéné¬
trable ; si l’on s’y aventure sans une personne de
la zone connaissant les rituels appropriés, on s’y
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
79
perd irrémédiablement, dit-on. Je ne m’y suis
jamais rendue qu’en saison sèche, mais il est
probable qu’elle est inabordable en saison des
pluies. C’est une exubérante forêt tropicale
humide de basse altitude avec de nombreux
palmiers et bananiers sauvages ; on y trouve en
particulier des Arenga pinnata exploités pour leur
sève. Les Bunaq du Haut Lamaknen, dont cer¬
tains ont pénétré cette forêt à l’occasion d’une
invitation aux chasses rituelles, connaissent très
peu les plantes que l’on y trouve. Une des rares
espèces caractéristiques de ces lieux à laquelle ils
puissent attribuer un nom est nawaq loru, sans
doute le Caryota mitis dont les fruits sont par¬
fois vendus en guise de noix d’arec.
3. Zobuq hatak il bul : « forêt épaisse eau base ».
Les Bunaq appellent ainsi les formations
arborées plus ou moins étendues, bois et bos¬
quets, qui se trouvent autour des points d’eau en
dehors de la plaine marécageuse de Maliana.
On peut y trouver les mêmes espèces que dans
la première catégorie de zobuq, mais d’autres
arbres qui ont besoin d’humidité poussent plus
spécifiquement autour de ces points d’eau ; ce
sont : beko, Syzygium sp. (Myrtacées) ; beko lotu,
Euonymus javanicus (Celastracées) ; mau bal,
Bischofia javanica (Euphorbiacées) ; lese, sans
doute Planchonia valida (Lecythidacées) ; koban,
Albizia lebbekoides (Légumineuses).
En basse altitude, on trouvera aussi : siba
leboq ( Syzygium polyanthum, Myrtacées) et kaba-
nasaq, sans doute Planchonia timoriensis (Lecy¬
thidacées).
Dans certains de ces bosquets, des espèces
utiles de palmiers comme oe, le rotin ( Daemo -
norops sp.) ou tueq kubus ( Arenga pinnata)
sont abondantes et l’on peut supposer que leur
présence a été favorisée par l’homme. De plus,
l’exploitation de ces espèces est placée sous la
protection des gardiens des produits du sol. On y
trouve également des bambous et les deux Pan-
danus (les deux appartiennent au groupe P.
tectorius s. 1.) existant à Lamaknen, bora, qui
n’est pas utilisé et heran dont les feuilles servent à
faire des nattes.
Zobuq pasaq, « forêt (des) terres sèches »
Cette formation s’étend sur les collines des
basses terres peu arrosées et peu habitées ; les
arbres y sont plus petits et plus clairsemés que
dans zobuq hatak. Ses essences caractéristiques
sont : besak ( Acacia leucophloea. Légumineuses) ;
ai asa (Millingtonia hortensis, Bignoniacées) ;
mazoq ( Pterocarpus indicus. Légumineuses) ; bane
(Sterculia foetida, Sterculiacées) ; tau ( Ficus race-
mosa, Moracées) et turul ton (Elaeocarpacées).
Certains de ces arbres et arbustes existent
également dans le Haut-Lamaknen, comme le
Pterocarpus indicus, que l’on trouve même dans
zobuq hatak, mais le plus souvent ils sont
présents dans les formations arbustives qui sont
le résultat de la dégradation de zobuq hatak sous
l’effet des brûlis répétés. Les bunaq eux-mêmes
estiment cependant qu’il existe des zobuq pasaq
jusqu’à une altitude assez élevée, par exemple sur
le territoire d’Abis aux environs de 800 mètres.
Nahun
Ce terme désigne des forêts formées d’arbres
appartenant à une seule espèce, plus ou moins
clairsemés parmi des herbacées variées. Il en
existe trois sur le territoire de Lamaknen, celle de
hur, Casuarina junghuhniana subsp. timorensis,
celle de pie. Eucalyptus alba, et celle à tal.
Eucalyptus urophylla.
1. Hur nahun
Les formations à dominance de Casuarina
sont caractéristiques des vallées timoraises. Ceci
s’explique par la biologie de la plante qui est
de façon caractéristique « pionnière » ou «no¬
made ».
Non seulement les graines de Casuarina ont
besoin de lumière pour germer, mais de plus il
leur faut un sol minéral ou des cendres ; c’est-à-
dire que l’on trouve naturellement des Casuarina
partout où l’érosion met à nu des zones dont ont
disparu la couverture végétale et l’humus, en
particulier sur les rives des fleuves timorais qui
n’ont pas atteint leur profil d’équilibre et chan¬
gent souvent de lit. Cependant avec l’action de
l’homme, et en particulier des brûlis de chasse,
le Casuarina a remonté les vallées et on le
rencontre sous une forme plus ou moins isolée
sur tout le territoire. En effet, cet arbre est
remarquablement résistant au feu et peut re¬
prendre à partir des bourgeons latents situés sous
l’écorce roussie. Cependant, curieusement, il se
Source : MNHN, Paris
80
CLAUDINE FRIEDBERG
Fig. 31. — Exemple de pie nahun. savane à Eucalyptus alba dominants, lors d’un brûlis de chasse ; au milieu des restes de
Graminées incendiées on repère les troncs blancs des Eucalyptus qui survivent au passage du feu.
reproduit lui-même difficilement sans interven¬
tion accidentelle ; en effet, à son pied, ses
aiguilles empêchent toute germination à com¬
mencer par celle de ses propres graines ; en même
temps, ces aiguilles constituent un bûcher poten¬
tiel qui s’allume très facilement dès qu’une
étincelle l’atteint. Les fruits (qui sont des cônes)
peuvent alors être projetés au loin donnant ainsi
aux graines la possibilité de germer. S’il n’y a pas
feu, le Casuarina peut vieillir sans se reproduire
dans des formations où il n’est plus dominant. Il
existe ainsi de vieux hur isolés sur des pentes
herbeuses.
Dans les mythes, hur, est associé au feu, peut-
être parce qu’il lui résiste, alors que ses aiguilles
flambent facilement, peut-être aussi parce que
c’est le bois qui brûle en produisant, proportion¬
nellement au volume, le plus de chaleur ; on le
retrouvera pour cette raison comme bois utilisé
pour la forge et pour le feu auprès duquel doit
restée obligatoirement une nouvelle accouchée.
2. Pie nahun
Il existe à Lamaknen plusieurs types de forma¬
tion à Eucalyptus dominant : certaines forêts
clairsemées sur des collines et des plateaux secs
de basse altitude ; des zones de la grande savane
de la vallée de Maliana ; des prairies d’altitude.
Peut-être ces formations correspondent-elles à un
certain type de sol mais, tout au moins dans le
cas de la savane de la vallée, elles sont certai¬
nement associées au fait que tous les ans le feu
est mis à la végétation lors des chasses rituelles
(fig. 31). Le feu court à travers les grandes herbes
et ne fait que lécher les troncs des Eucalyptus ;
ces arbres résistant au feu sont les seuls qui
peuvent subsister après un tel traitement répété
tous les ans.
Quand de loin on voit les troncs blancs et gris
des Eucalyptus, dont l’écorce se détache par
plaque, chatoyer dans le soleil, on comprend
mieux le nom donné à cet arbre : ce terme
désigne en effet aussi l’écume de l’eau qui bout
et celle de la mer.
3. Tal nahun
Cette formation d’altitude ( tal est un Euca¬
lyptus que l’on ne trouve qu’au dessus de
1 200 mètres) est actuellement presque inexis¬
tante à Lamaknen ; on n’en trouve que quelques
lambeaux sur le plateau qui s’étend au pied de
Lakan.
Sans doute le fait que ce soit le plus grand des
arbres à tronc droit, pouvant donc être utilisé
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
81
pour faire les poteaux des maisons lignagères,
n’est pas étranger à l’amenuisement de ces
formations.
Une autre formation du même type, mais
appelée tal mil, existe sur les pentes de Lakus
au-dessus de Tapoq. En effet le terme mil,
« dans » marque du collectif est aussi utilisé pour
désigner une formation végétale à espèce domi¬
nante ; mais on l’utilise plutôt pour les forma¬
tions à Borassus et Corypha : dilu mil et hak mil.
Les formations arbustives
Nous passons maintenant aux formations où
les arbustes kesi sont dominants. Mais ils sont
toujours, disent les Bunaq, accompagnés d’her¬
bacées et c’est pour cela que la végétation
arbustive est appelée kesi mona. Cependant, le
terme mona n’a pas de sens en soi et ne s’uti¬
lise jamais seul ; on le trouve aussi dans l’expres¬
sion mona hatak qui désigne les fourrés impéné¬
trables.
Dans kesi mona, on trouve les espèces arbus¬
tives suivantes : bau berek ( Capparis sepiaria,
Capparidacées) ; tilon, « canine de chien », terme
générique pour des Caesalpinia épineux ; tie esul,
« ergot de coq » (allusion à la forme des épines),
Meyna sp. (Rubiacées) ; tomol ( Cassia timorien-
sis) ; siol, ce terme désigne actuellement Lantana
camara (Verbenacées), plante plus ou moins
sarmenteuse, épineuse, d’origine américaine et
introduite au début de ce siècle à Timor; y
trouvant sans doute un climat particulièrement
approprié, elle s’est développée, envahissant les
terres de pacage et constituant une véritable
«peste» pour les éleveurs (Ormeling, 1956).
À Lamaknen, elle constitue par endroit des
fourrés épais où ne pousse aucune autre espèce
végétale. Traditionnellement, le terme siol dési¬
gnait les diverses espèces de ronces Rubus,
existant dans la région, et principalement dans
les zones d’altitude un peu humide.
Dans mona hatak, on trouve, outre les espèces
précédentes, deux plantes épineuses : koke ( Fia -
courtia indica, Flacourtiacées) et ai loqok, « arbre
(en tetun) bleu ciel » (couleur de l’intérieur du
fruit) : Acacia farnesiana, une Légumineuse
d’origine américaine.
Les formations herbacées
1. An : la savane
Ce terme est à la fois un terme générique
désignant les hautes Graminées et celui qui est
appliqué à la formation végétale qu’elles consti¬
tuent.
Fig. 32. — Des hommes grimpés sur le toit d’une maison lignagère le recouvrent avec des bottes A'Imperata cylindrica.
Source : MNHN, Paris
82
CLAUDINE FRIEDBERG
Il existe plusieurs types d’an :
1) sur les fonds marécageux et en particulier
ceux de la plaine où l’on trouve les deux plantes
associées dans le mythe et qui caractérisent les
lieux où s’installent les ancêtres primordiaux qui
ont suivi la «voie chaude» : une canne, tese
(Saccharum spontaneum), et un roseau, sibil
(.Phragmites karka). C’est sur le rebord de ces
savanes que s’étendent les formations à dilu
(.Borassus) et hak ( Corypha ), caractéristiques de
Timor {dilu mil et hak mil, en bunaq) ;
2) sur les pentes sèches, il y a aussi dans
certaines friches des étendues couvertes de hautes
Graminées. On y trouve par exemple : an lawal
(Themeda gigantea), et une plante introduite très
récemment, an balibo {Pennisetum polystachyon ),
ainsi appelée parce qu’elle est d’abord apparue
du côté de Balibo à Timor oriental.
Mais ce que l’on rencontre le plus souvent ce
sont des étendues couvertes de hut {Imperata
cylindrica) que l’on conserve à dessein, pour
pouvoir recouvrir les toits (fig. 32).
2. Bula : la prairie
Comme le terme an, le terme bula est un
polysème; il désigne à la fois une partie du
territoire du village, celle des terres réservées au
bétail, et une formation végétale : la prairie.
Bula, en tant qu’espace social comporte non
seulement de la prairie, mais aussi des forma¬
tions arbustives kesi mona et de la forêt.
L’espèce caractéristique, aux yeux des Bunaq,
de bula en tant que formation végétale, c’est
meal {Chrysopogon aciculatus), le chiendent du
mythe que les ancêtres primordiaux de la « voie
chaude » obtiennent de leurs parents pour recou¬
vrir la première terre ferme qu’ils voient appa¬
raître.
Bula est d’autant plus rase qu’elle est plus
pâturée ; les plus grandes étendues de bula se
trouvent sur le plateau qui s’étend au pied de
Lakan. Bula peut être, çà et là, parsemée de
Casuarina ou à'Eucalyptus.
Absence de végétation
Dans les zones surpâturées trop pentues et où
l’humus est très mince en raison de la nature de
la roche sous-jacente, les touffes d’herbes s’espa¬
cent pour disparaître complètement. Les terres
deviennent complètement impropres à la végéta¬
tion ; c’est ce que les Bunaq appellent muk eser,
« terre morte ».
Ces muk eser se rencontrent surtout sur un
certain type de marnes grises que les Bunaq
appellent melan, terme qui désigne également
leur couleur d’un gris foncé un peu plombé. Ces
terres sont tour à tour transformées en bourbier
pendant la saison des pluies et en roches dures
qui se délitent pendant la saison sèche (ce sont
ces terrains que l’on nomme margalitiques dans
les ouvrages décrivant Timor).
Il arrive quand il pleut fort et longtemps que
des pans entiers de ces melan s’écroulent, entraî¬
nant dans leur chute des zones qui étaient
couvertes de végétation ou d’habitations.
Le Casuarina est la seule plante qui parvienne
à s’implanter sur les muk eser, qui se forment
après les éboulements.
Source : MNHN, Paris
ORDONNANCEMENT DU MONDE VÉGÉTAL BUNAQ
TEL QU’IL APPARAÎT DANS L’INVENTAIRE RAISONNÉ
Comment a été établi l’inventaire
Dans la présentation des différents éléments
composant la flore de Lamaknen que l’on trou¬
vera dans l’inventaire, je me propose de rendre
compte de la façon dont les Bunaq habitant cette
région ordonnent le monde végétal qui les
entoure et faire ainsi apparaître les processus
classificatoires qu’ils mettent en œuvre. Mais je
ne prétends nullement exposer « la classification
botanique des Bunaq » car ceci impliquerait chez
ces derniers une volonté délibérée de classer le
monde végétal, analogue à celle qui est apparue
chez nous au XVIF siècle, ce que je n’ai jamais
décelé.
La raison pour laquelle l’Occident a voulu se
doter d’une classification botanique systématique
découlait principalement de la nécessité d’invento¬
rier toutes les plantes qui venaient d’être mises à
sa disposition à la suite des grands voyages de
découverte. Il s’agissait d’établir un catalogue où
chacun puisse se retrouver ; c’est-à-dire qu’à
toute espèce soit dévolue une place et une seule
selon un principe classificatoire décidé à l’avance.
Toute classification est construite dans un but
spécifique et dépend de l’usage que l’on veut en
faire. Toutes les sociétés ont éprouvé ce besoin
afin de rendre compte d’un certain ordre du
monde. Mais généralement on s’est contenté
d’un agencement approprié à chaque circons¬
tance et à des domaines particuliers. L’ordre
ainsi établi a, de ce fait, un rapport avec les
activités humaines, alors que dans l’effort taxino¬
mique né au XVII e siècle, l’idée qui prévaut est
d’être « objectif », c’est-à-dire que l’on ne veut
tenir compte que des propriétés naturelles de
l’objet à classer et non du rôle qu’il joue dans la
culture. Cependant cette dernière intervient, sou¬
vent même à l’insu des taxinomistes, dans la
mesure où l’idée qu’ils se font de la nature
dépend des nombreux facteurs socio-culturels
qui agissent sur eux.
Il n’en demeure pas moins que le processus
classificatoire est universel et qu’il est impliqué
dans tout mode de connaissance : classer est une
opération primordiale de la pensée et le prélude à
son développement. La perception d’un objet ne
prend de sens qu’à partir du moment où nous lui
donnons une place dans un système de référence,
c’est-à-dire où nous le classons.
Dénommer une plante c’est déjà la mettre dans
une catégorie et donc la classer.
La démarche classificatoire est un processus
complexe utilisant alternativement la différencia¬
tion et le rapprochement.
Selon le but que l’on veut obtenir, on procède
de façon différente : on peut chercher à situer un
objet dans une catégorie particulière définie par
un certain nombre de caractères afin de savoir,
par exemple, quel usage pratique ou symbolique
il est susceptible d’avoir ; ou, au contraire, on
peut, entre des formes qui se ressemblent, en
extraire une à laquelle on donnera une position
particulière.
Dans l’étude des systèmes classificatoires, ce
sera tel ou tel de leur aspect qui sera mis en
évidence selon le point de vue à partir duquel a
été menée l’enquête. Il est donc essentiel, quand
on veut en rendre compte, d’exposer la façon
dont on a procédé, ce que l’on a cherché et ce
que l’on a rencontré au fur et à mesure de
l’enquête.
J’ai exposé dans l’introduction l’état de la
problématique au moment où j’ai entrepris mes
recherches ; je n’y reviendrai que dans la discus¬
sion après l’analyse des données mais il est
évident que l’analyse critique que j’ai faite des
travaux des autres chercheurs m’a guidée dans la
Source : MNHN, Paris
84
CLAUDINE FRIEDBERG
façon dont j’ai mené l’enquête et présenté les
matériaux.
Méthode d’enquête et de présentation
DES MATÉRIAUX
Dès que l’on s’intéresse à la façon dont une
population appréhende les différentes plantes qui
composent son environnement végétal, on prend
conscience que l’on se trouve face à un proces¬
sus complexe comportant trois aspects qui inter¬
viennent de façon plus ou moins concomitante et
peuvent se succéder dans un ordre indéterminé :
identification, dénomination, insertion dans un
système de référence. La volonté de distinguer ces
trois aspects du processus classificatoire a été
prépondérante dans la façon dont a été menée
l’enquête et, comme nous le verrons plus loin, un
souci permanent dans l’analyse des matériaux.
À ma première mission, j’ai tout d’abord
parcouru le territoire d’Abis en récoltant des
plantes dont je demandais le nom et l’usage aux
personnes qui m’accompagnaient. De retour à la
maison, les manipulations qu’exigent la prépa¬
ration des échantillons botaniques, étiquetage,
fichage, étalage, séchage, changement de papier,
etc., fournissaient de multiples occasions de véri¬
fier à plusieurs reprises pour chacun d’eux les
informations fournies auprès de tous ceux qui
venaient nous rendre visite et qui appartenaient à
des sexes, des âges et des maisons différentes. J’ai
pu ainsi me rendre compte qu’il n’existait pas de
spécialistes, mais des compétences plus ou moins
grandes. Ce n’est que lorsque j’ai récolté des
plantes dans des lieux où l’on va rarement, et en
particulier dans les quelques lambeaux de forêt
subsistants, que l’on m’a conseillé, pour obtenir
leurs noms et leurs usages, de faire appel à ceux
qui avaient l’occasion d’aller sur les lieux. Ce
sont les principaux cas pour lesquels il n’y a pas
toujours eu entente entre les divers informateurs
sur le nom et l’usage d’une plante.
De toute façon, j’indique toujours dans l’ex¬
posé quand il y a eu hésitation, à Abis même, sur
le nom attribué à une plante ; je fournis aussi,
dans le cas où cela apporte un élément de
réflexion intéressant, le nom de la plante dans
une autre région du pays bunaq. Pour certaines
espèces, cependant, les données sont ambiguës et
contradictoires du fait que des informateurs
venant d’Abis m’ont accompagnée dans mes
déplacements et qu’ils ont été amenés à me
fournir des noms pour des plantes qui n’existent
pas ou qui sont rares sur le territoire de leur
village. Ceci a certainement provoqué une cer¬
taine distorsion dans les informations, d’au¬
tant plus que nous étions accompagnés, surtout
lors des séjours à Dirun, par des informateurs
d’autres villages qui ne manquaient pas de
donner leur avis, ce qui pouvait influencer ceux
d’Abis. S’il existe pour la plupart des plantes les
plus courantes une certaine communauté d’appel¬
lation au niveau de Lamaknen, cela n’est pas vrai
pour toutes les espèces.
Ma première enquête m’a permis de faire
rapidement apparaître un certain type de regrou¬
pement effectué par les Bunaq à l’intérieur du
monde végétal : celui des plantes ayant le même
nom de base. C’est ce que j’appellerai ici une
série ; à l’intérieur d’une série chaque type de
plante reconnu par les Bunaq est alors distingué
par un déterminant différent.
Cette terminologie que j’ai adoptée dès le
début de mon étude est inspirée de celle utilisée
par Conklin, 1952 : 115-128 («plant type»
= type de plante ; « basic plant name » = nom
de base ou terme de base ; «attribute» = déter¬
minant) et elle m’a permis d’éviter de désigner les
taxons populaires par des termes empruntés à la
botanique scientifique ce qui n’aurait pas man¬
qué d’entraîner une certaine ambiguïté comme je
m’en expliquerais plus loin dans la discussion.
Les regroupements de plantes portant des noms
de base différents me sont apparus plus tard, au
cours de conversations sur d’autres aspects de la
culture bunaq (agriculture, techniques thérapeu¬
tiques, etc.) ou à travers des expressions figurant
dans les textes rituels ou mythiques. J’ai alors
pris soin de noter toutes les expressions dési¬
gnant des ensembles de plantes et j’ai demandé
systématiquement le nom de toutes les plantes en
faisant partie. Puis d’une façon générale, j’ai
cherché à connaître d’une part les critères sur
lesquels sont fondés les regroupements et, d’autre
part, les caractéristiques permettant de distinguer
une plante des autres.
Les réponses sont apparues d’emblée très
variables quant à la possibilité de verbaliser les
raisons d’effectuer tel ou tel regroupement, d’at¬
tribuer tel ou tel nom. Pour ce qui est des
ensembles de plantes portant des termes de base
différents la réponse se trouvait parfois, mais pas
toujours, dans l’expression même les désignant ;
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
85
dans d’autres cas ces ensembles ne sont même
pas nommés.
Pour ce qui est des termes d’appellation
appliqués aux types de plantes, dans certains cas
les distinctions apparaissent de façon spontanée,
ce qui peut laisser penser qu’elles sont faites
effectivement au moment de l’identification, dans
d’autres ce n’était qu’après une certaine réflexion
que l’on me donnait à la fois d’une part les
caractères rapprochant deux plantes et, d’autre
part, ceux permettant de les distinguer.
Pour permettre aux lecteurs de savoir dans
chaque cas précis qu’elle avait été l’attitude des
informateurs, j’indique les critères de rapproche¬
ment et de distinction avant les noms de plantes
ou des sous-ensembles quand ils m’ont été
effectivement présentés pour tels spontanément ;
ils sont placés après quand ils m’ont été fournis
une fois les plantes regroupées dans un certain
ordre et que j’avais demandé aux informateurs
de justifier ce dernier. Mais comme on peut le
constater, il est fréquent qu 'aucun critère ne
vienne justifier l’ordre fourni.
Il est certain qu’un grand nombre de plantes
sont d’abord reconnues à leur allure générale.
Voici ce que disent les Bunaq : ce qui au premier
abord permet de distinguer une plante d’une
autre c’est l’aspect de ses feuilles (nor), la
manière dont elles sont disposées et s’agitent
dans le vent, de la même façon que l’on peut
reconnaître quelqu’un de loin à ses goron, c’est-à-
dire à sa démarche et à ses gestes, à son allure
(dunuqun) avant de distinguer ses traits. Pour
les plantes on dira : hôtel nor liquen leqi ni
tara « arbre feuille bouge éclat que savoir »,
c’est-à-dire « on reconnaît les feuilles des arbres
à la façon dont elles bougent et à leur éclat».
À l’époque où une plante fleurit, ses fleurs font
partie de cet aspect général permettant de recon¬
naître une plante de loin. Ensuite on regardera si
les feuilles sont rattachées à une tige et comment
se présente cette dernière ; enfin on observera
quel type de fruits porte la plante.
Nous reviendrons sur ce sujet dans l’analyse
des données. Mais nous pouvons déjà annoncer
une grande disparité dans la façon de définir un
groupement ou dans la façon de caractériser un
type de plante. Ainsi pour les séries de plantes
cultivées, les caractéristiques seront le plus sou¬
vent données a posteriori ce qui montre que les
Bunaq ont une bonne connaissance des variétés
d’une même espèce, mais que ces caractéristiques
ne servent pas comme critère d’identification.
C’est le cas par exemple, pour les ignames,
reconnues d’après la forme du tubercule qui est
le plus souvent impossible à décrire (j’ai dû
recourir à des dessins pour comprendre ce qui
distinguait les unes des autres). Ceci est moins
sûr pour le riz où l’aspect des grains joue un rôle
important dans les critères d’identification, mais
apparemment la liste des noms de variétés
m’était donnée a priori parce qu’on sait que ce
sont celles que l’on cultive dans tel champ.
J’ai quelquefois pensé que mon insistance plus
ou moins grande à chercher à obtenir des critères
de reconnaissance ou de distinction avait pu
influencer mes informateurs. Cela ne fait pas de
doute, mais un réexamen des données recueillies
me porte à croire que l’on ne m’a fourni de
renseignements que lorsqu’ils existaient à l’état
latent.
Dans le cas où je n’ai rien recueilli, mes efforts
pour les obtenir ont été vite découragés, non
seulement par l’absence de réponse mais aussi
par le fait que les ressemblances et différences me
paraissaient à moi aussi évidentes et impossibles
à exprimer verbalement sans passer par l’analyse
minutieuse des organes floraux comme nous le
faisons dans la botanique occidentale, ce qui est
spontanément étranger à toute culture populaire.
Ainsi dans le groupement hôtel upan gutu « arbre
avec upan (pétiole des feuilles de palmier et de
bananier) » il apparaissait à tout Bunaq, et à
moi-même, qu’un cocotier ne peut se confondre
avec un aréquier ou un Borassus, et qu’il était
vraiment superflu d’analyser pourquoi. À l’in¬
verse dans le groupe des mun « liane » en
particulier pour celles qui servent réellement de
lien, les Bunaq ayant besoin de reconnaître
chacune des plantes qu’ils veulent utiliser, les
caractères distinctifs m’ont été fournis au fur et à
mesure. Mais l’attitude des informateurs n’est
pas toujours aussi tranchée et à l’intérieur d’un
même ensemble elle peut varier d’une plante à
l’autre.
Pour ce qui est des critères eux-mêmes, je
me suis vite aperçu de la grande variabilité dans
la façon de les utiliser et, en particulier, que
les mêmes caractères pouvaient intervenir à des
niveaux hiérarchiques différents. Ainsi le carac¬
tère volubile de la tige permet dans certains cas
de mettre une plante dans le groupe des lianes
mais, dans d’autres de distinguer un sous-en¬
semble à l’intérieur d’un groupe, ou même un
Source : MNHN, Paris
86
CLAUDINE FRIEDBERG
type de plante d’un autre type dans une série.
Ceci m’a permis de me rendre compte, en
particulier, que les formes du vivant « liane »,
« herbe », « arbre » et « arbuste » ne constituent
pas des catégories englobantes entre lesquelles
on peut répartir l'ensemble du monde végétal,
comme cela semble le cas dans d’autres cultures,
mais qu’il s’agit là de critères pouvant servir à
l’identification, et dont rend compte parfois le
système de nomenclature. Par contre d’autres
types de regroupement fondés sur d’autres carac¬
tères se sont imposés au cours de l’enquête.
Pas plus que pour la notion correspondant aux
séries, les Bunaq n’ont de termes pour désigner
celles qui correspond à ces ensembles. Dans nos
conversations à ce sujet, comme nous nous
exprimions le plus souvent en indonésien, nous
employions le terme golongan signifiant « grou¬
pement », « classe » qui n’a pas d’équivalent en
bunaq, pas plus que les termes suku et marga 13
utilisés par les scientifiques indonésiens pour
désigner le genre et la famille.
L’expression bunaq que les informateurs utili¬
saient spontanément pour exprimer le type de
golongan que nous cherchions à mettre en évi¬
dence a été hôtel tita mal « arbre l’un vers l’autre
marcher» c’est-à-dire «les plantes qui vont
ensemble». Puis quand l’enquête progressant,
j’ai demandé s’il y avait pour tel ou tel type de
plante un autre qui s’en rapproche, les informa¬
teurs ont pris l’habitude de parler de hôtel to
deqin « arbre l’un l’autre proche ». Remarquons
que ces expressions corroborent l’utilisation po¬
lysémique, déjà notée plus haut, du terme hôtel
pour désigner l’ensemble des plantes et non les
arbres seuls.
La manière dont fut menée l’enquête implique
donc que ce qui est présenté ici est la façon dont
les Bunaq regroupent des plantes qu’ils considèrent
proches les unes des autres. Les informateurs ont
parfois précisé, mais pas toujours, de quel type
de proximité il s’agit : ressemblance morpholo¬
gique, utilisations, nature (unuq)...
En procédant ainsi j’ai vu apparaître des
groupements pour lesquels il n’existait, pour les
désigner, ni terme ni expression toute faite. Dans
certains cas une périphrase a été immédiatement
trouvée sur laquelle tous étaient d’accord. Dans
d’autres, cela n’a pas été possible ; il s’agit de ces
« catégories cachées » ou « catégories latentes » 14
dont on a découvert l’existence dans les systèmes
classificatoires de nombreuses cultures.
Dans l’inventaire les plantes de la flore du
Haut Lamaknen sont ainsi énumérées à l’inté¬
rieur des ensembles dans lesquels elles sont
classées par les Bunaq. Quelques-uns de ces
ensembles sont dans des rapports d’inclusion les
uns par rapport aux autres, je les présente donc
ainsi. D’autres ne le sont pas et je les juxtapose
comme ils le sont dans le système de représenta¬
tion bunaq.
L’ordre dans lequel ils sont donnés, est au
départ, arbitraire mais je me suis efforcée de
rendre compte des affinités que les Bunaq éta¬
blissent entre eux et des possibilités de passage de
l’un à l’autre par l’intermédiaire de ce que j’ai
appelé des « plantes-ponts » appartenant à deux
ensembles à la fois et des « plantes-nœuds » qui
appartiennent à plus de deux. En effet une des
difficultés de la présentation est qu’il y a parfois
discordance entre les systèmes de nomenclature et
de classification ; il est fréquent qu’une plante
appartenant à une série ne fasse pas partie du
groupement auquel la majorité des espèces com¬
posant cette série est rattachée. Je les ai présen¬
tées cependant le plus souvent toutes ensemble
mais en signalant les incompatibilités au niveau
des catégories englobantes. C’est le plus sou¬
vent en raison d’une ressemblance morpholo¬
gique avec d’autres espèces de la même série
qu’un terme de base est attribué. Nous avons là
une manifestation frappante de la tendance dans
la classification botanique bunaq, mais ceci est
courant dans d’autres cultures, à privilégier l’as¬
pect extérieur d’une plante pour l’intégrer dans le
système.
J’utilise indifféremment pour désigner ces en¬
sembles, et afin d’éviter les répétitions, les termes
d’ « ensemble », de « catégorie », de « groupe »
ou de «groupement». Je parlerai de la même
façon de « sous-ensemble », de « sous-catégorie »
ou de « sous-groupe » 15 .
13. Le terme suku est un terme qui selon les lieux désigne, en Indonésie, soit un lignage soit une ethnie, marga est le
terme désignant le lignage en batak.
14. Ce sont les covert categories des chercheurs de langue anglaise (voir en particulier Berlin, Bredlove & Raven,
1968).
15. Tous ces termes sont utilisés avec le sens qu’ils ont dans la langue française courante et jamais dans leur sens
mathématique.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
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Cependant certaines plantes ne sont incluses
dans aucun groupe ; il peut s’agir dans certains
cas d’un oubli, mais dans d’autres, il s’agit
nettement, de la part des Bunaq, de l’affirmation
que tel ou tel végétal ne peut se rapprocher
d’aucun autre ; dans d’autres cas les avis sont
partagés, je m’en expliquerai au fur et à mesure.
Pour la présentation de ces plantes, ou de ces
séries isolées et regroupées en fin d’inventaire
sous le n° 37, j’ai choisi de les placer dans de
grandes rubriques de formes du vivant, comme le
font les Bunaq eux-mêmes, sans donner à ces
dernières, nous l’avons vu, une valeur taxino¬
mique.
D’une façon générale il a été parfois difficile de
décider si un regroupement de plantes fondé sur
une certaine caractéristique pouvait être réelle¬
ment considéré comme une classe ; c’est-à-dire si
cette caractéristique avait ou non une valeur
taxinomique. Il fallait, en particulier, faire la
différence entre des périphrases destinées à expli¬
quer que telle plante « sert à » ou « est utilisée
pour » et les expressions désignant véritablement
des catégories comme hôtel deu goq « arbre
maison produit » qui revenait très souvent dans
la conversation et s’applique aux arbres servant
pour la construction, ou hôtel goq gia « arbre
fruit manger » désignant la catégorie des arbres
fruitiers. Par contre il n’est pas paru possible,
aux yeux des informateurs, de retenir une caté¬
gorie « plantes froides » alors qu’il existe un
ensemble de plantes « chaudes » désigné par
l’expression tinoq gie « appartenant au chaud ».
Pour ce qui est des formes du vivant, s’il s’est
avéré qu’il existait une catégorie mun regroupant
une grande partie des plantes sauvages à tige
lianescente, seuls quelques-uns des arbustes cons¬
tituent un petit ensemble nommé kesi «ar¬
bustes » et les grandes Graminées an forment un
sous-groupe des lepu guk « les plantes à nœuds et
à entrenœuds ». Tandis qu’il n’y a pas d’en¬
semble « arbre » pour les plantes herbacées, il
m’a semblé légitime de considérer que celles qui
n’entraient dans aucun autre ensemble et dont le
terme de base commence par u constituaient une
catégorie « herbes ».
Je mentionne au fur et à mesure de la
présentation les difficultés auxquelles je me suis
heurtée et j’en reprends tous les éléments dans la
discussion.
Mon ambition aurait été de présenter d’une
façon graphique l’ensemble de la flore de La-
maknen comme je l’avais fait pour certains
groupements (Friedberg 1970). C’est, en effet,
la meilleure façon de rendre compte de la
relativité des rapprochements envisagés entre
certaines plantes et du type de relations que les
Bunaq établissent entre les différentes espèces ou
groupes. Malheureusement il n’est matérielle¬
ment pas possible de représenter des rapports
entre plus de 600 plantes sur une surface limitée
et sans utiliser une troisième dimension. Je me
bornerai donc à des représentations partielles en
utilisant les conventions graphiques les mieux
appropriées à chaque cas particulier. Les sché¬
mas ainsi obtenus (fig. 33 à 40) permettront
d’expliciter mieux que la présentation descriptive
linéaire, dont on ne peut cependant se passer,
certains traits des processus classificatoires bota¬
niques bunaq.
Cependant je n’ai pas trop poussé mes essais
de formalisation afin de ne pas occulter l’aspect
non systématique de ces processus. Évidemment
il était également tentant d’utiliser certaines
méthodes de la taxinomie scientifique moderne,
et en particulier les représentations en « nuage »,
obtenues en taxinomie numérique après traite¬
ment informatique des données. Ceci n’aurait été
possible qu’après une pondération et une codifi¬
cation des critères présentant forcément un
caractère arbitraire et risquant de masquer des
éléments susceptibles, peut-être, de faire appa¬
raître une interprétation différente de la mienne.
Afin de faciliter la consultation de l’inventaire et
l’analyse qui va suivre il est maintenant néces¬
saire d’exposer quelques généralités sur la façon
dont les Bunaq nomment les plantes.
La nomenclature botanique bunaq
La nomenclature botanique Bunaq correspond
aux règles habituelles des nomenclatures popu¬
laires : chaque type de plantes est désigné par un
terme de base accompagné ou non d’un ou plu¬
sieurs déterminants. Ceci correspond à ce que
nous connaissons en français avec les plantes
nommées par un terme de base seul comme le
platane ou le bouleau et d’autres par un terme de
base et un déterminant comme le chêne liège, le
saule pleureur ; un terme de base et deux détermi¬
nants comme la carotte longue de Croissy.
En principe chaque type de plantes reconnu
comme différent d’un autre porte un nom qui
Source : MNHN, Paris
CLAUDINE FRIEDBERG
diffère également de tous les autres au moins par
le déterminant. Mais ceci n’est pas absolu et il
arrive que les Bunaq donnent le même nom à des
plantes qu’ils reconnaissent comme différentes ;
ceci arrive en particulier pour des plantes peu
courantes ou au contraire des mauvaises herbes
banales. Cependant, si dans ce cas, je présentais
les deux échantillons d’espèces ou même de
genres différents pour lesquels on m’avait donné
le même nom en faisant remarquer la différence
existant entre eux, généralement les informateurs
disaient qu’ils étaient d’accord mais que l’une des
plantes était la forme guzu « foncé » et l’autre
belis «clair, ou bien : l’une la forme pana
« féminine » et l’autre la forme mone «mascu¬
lin ». S’il y avait trois échantillons on pouvait
alors ajouter une forme buleqen « rouge » et
même, s’il y en avait quatre, combiner deux à
deux ces différenciations.
L’enquête entraînait ainsi une hyperdétermina¬
tion par rapport à la pratique courante tout en
faisant apparaître par quel processus se manifes¬
tent spontanément les tendances classificatoires
bunaq en privilégiant la différenciation dichoto¬
mique. Nous reviendrons sur ce thème dans
l’analyse et la discussion des données.
Nous allons maintenant examiner successive¬
ment comment sont formés les termes et expres¬
sions d’appellation appliqués aux plantes et
groupes de plantes par les Bunaq. Ils seront
repris plus en détail dans l’analyse des données.
Les noms de base
Les noms de base peuvent être simples ou
composés, botaniques, c’est-à-dire uniquement
utilisés pour désigner des plantes, ou faits de
mots ayant un autre sens dans la langue ; ils
sont alors descriptifs ou métaphoriques. Généra¬
lement ces derniers sont composés, et les bota¬
niques simples ; mais ceci n’est pas toujours vrai
et, de plus, il n’est pas toujours facile de
reconnaître s’il y a ou non métaphore.
Procédant comme je l’ai fait au cours de
l’enquête nous allons tout d’abord repérer tous
les termes de base ayant un sens dans la langue,
en commençant par les cas les plus faciles à
analyser.
1. Termes ayant un sens dans la langue :
Noms composés à partir d’un nom d’animal
Un certain nombre d’expressions servant à
désigner des plantes commencent par un nom
d’animal ; les plus fréquemment rencontrés sont :
« tie « le poulet » ou « le coq » (en bunaq tous les
noms d’animaux s’appliquent indifféremment au
mâle, à la femelle et aux petits), orel « le singe »,
apa « le buffle », zi « le serpent », zul « le rat » ;
mais en aucun cas chacun de ces noms ne doit
être considéré à lui seul comme constituant un
nom de base et les plantes dont l’appellation le
contiennent ne peuvent constituer une série.
En effet, il s’agit toujours d’expressions des¬
criptives dans lesquelles l’animal est un détermi¬
nant ; or, comme nous l’avons déjà signalé, en
bunaq si les adjectifs se placent après les noms,
dans le cas où le déterminant est un substantif il
se place avant.
Ainsi si nous prenons les appellations formées
à partir de tie, le poulet, nous avons tie gotok
« cœur de poulet », tie kelen « cuisse de poulet »,
chacune de ces expressions en entier constituant
le nom de base. Cependant il existe une série tie
kelen comprenant deux types de plantes tie kelen
belis et tie kelen guzu dans lesquels belis « blanc »
et guzu «noir» sont des déterminants.
De la même façon nous avons zi gup « langue
de serpent » et zi goral « pénis de serpent » qui
sont des noms de base à partir desquels sont
composées les appellations zi gup mila et zi gup
rato (mila signifiant « peuple » et rato « noble »)
ainsi que zi goral belis et zi goral guzu qui
désignent d’autres types de plantes.
Noms composés comme des noms de personnes
Un certain nombre de plantes portent des
appellations composées de deux mots qui tous les
deux sont habituellement utilisés pour désigner
des êtres humains ; c’est-à-dire que les noms de
ces plantes sont équivalents de noms de personne
qui sont également doubles. Ici aussi c’est l’en¬
semble des deux mots qui constitue le terme de
base.
Nous avons ainsi les noms de plantes suivants
(transcrits avec une minuscule à l’initiale de
façon à ne plus les différencier des autres noms
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
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vernaculaires) : mau haleq, bau koles ou hau
berek. Quelquefois ces appellations sont consti¬
tuées comme des surnoms ainsi bui guzu « Bui la
noire » ou mau meak « Mau le rouge » (le terme
Bui est à peu près l’équivalent par sa fréquence
de Marie en français, Mau et Bau étant ceux de
« Pierre » ou « Jean »).
Noms composés à partir de mots désignant une
forme végétale
Un certain nombre de noms de plantes sont
composés à partir des termes u « herbe », hôtel
« arbre », mun « liane » et an « grande Grami¬
née », mais par rapport à ce que l’on peut
constater dans d’autres langues la proportion de
ce type de nom en bunaq est faible (voir à ce
propos le tableau 7 (p. 98) dans l’analyse des
données).
Généralement ces noms sont descriptifs ainsi
u diraq « herbe rosée », u guek « herbe (qui) sent
mauvais », ou mun tumel « liane argent » (dont
les feuilles sont argentées) ; il y a aussi hôtel suqil
« arbre (à) latex », hôtel tie gio « arbre fiente de
poule » ou an mami « grande Graminée (qui)
sent bon ».
Dans les cas où il n’existe pas de sens au
deuxième terme, il est difficile de comprendre
comment le nom a été formé ; ainsi u lobai ou
u sisal.
Ajoutons qu’un certain nombre de noms de
plantes, peu nombreux il est vrai, sont formés à
partir des termes ai ou kai, constituant deux
états du mot austronésien pour « arbre » qui a
donné kayu en indonésien. Le terme ai existe
dans les langues tetun et ema parlées par les
voisins des Bunaq, mais je ne connais pas de
langues géographiquement proches de Lamak-
nen où le terme kai désigne l’arbre l6 . Ici aussi
certaines appellations sont entièrement tradui¬
sibles comme ai besi « arbre fer » ou ai dawan
« arbre dawan (population voisine des Bunaq) »,
mais d’autres ne le sont pas, comme ai sawal, ai
kerelulu.
Enfin comme en bunaq, lorsqu’un substantif
joue le rôle de déterminant, il se place avant le
déterminé, on pourrait s’attendre à ce que ce soit
le cas de certaines appellations commençant par
ces termes u, mun, hôtel, etc. En fait je n’en ai
trouvé qu’une : hôtel geweqel got « poils de
mâchoire (d’) arbre » qui désigne les lichens.
Autres noms de base à valeur descriptive ou
métaphorique
Il existe d’autres types de noms descriptifs.
Certains indiquent que la plante possède un
organe particulier, par exemple emar (spathe)
pour un arbre dont les inflorescences sont en¬
fermées dans une bractée. D’autres se réfèrent à
l’apparence : dini heser « se fait mort » pour une
clématite dont la tige sèche à l’extérieur semble
celle d’une plante morte ; l’expression salin gol
« petite pièce de monnaie » s’applique à un Hoya
à feuilles rondes et les Kalanchoe qui sont des
plantes crassulantes sont appelées hol si ou hol
siq « chair de pierre ». Notons à ce propos,
l’ajout d’une occlusion glotale facultative en fin
de mot, ce qui se produit fréquemment pour les
noms propres se terminant par une voyelle.
Certains noms ont une valeur nettement méta¬
phorique ; ainsi hot giral « œil de soleil » pour le
tournesol ou tewe goq « fruit de pente » pour un
arbre de forêt d’altitude. Mais pour d’autres il
est difficile de savoir s’ils sont descriptifs, méta¬
phoriques, ou s’il s’agit simplement d’homo¬
nymie ; ainsi en est-il pour bol qui signifie
« épais » dans la langue courante et désigne
Hibiscus tiliaceus ; « sel » qui désigne un Albizia
ou ho qui signifie à la fois « sang » et « dolique ».
Enfin pour certaines expressions, il est difficile
de décider s’il s’agit d’un terme de base et d’un
déterminant ou d’un nom composé descriptif ou
métaphorique qui à lui seul constitue un nom de
base. Ainsi ho molo « dolique bétel » qui est le
nom d 'Euphorbia tirucalli a nettement une valeur
descriptive ; on peut effectivement comparer les
tiges rondes de cette plante crassulante, qui n’a
pratiquement pas de feuilles, à une dolique ou à
une inflorescence de bétel mais non pas consi¬
dérer cette Euphorbe comme une sorte de «hari¬
cot». De la même façon l’expression dik hôtel
« igname arbre » est une façon raccourcie de
décrire le manioc, plante à laquelle elle est
appliquée mais qui ne peut être considérée
comme une sorte d’igname. D’ailleurs alors que
le terme dik est inanimé l’expression dik hôtel
est animée, ce qui confirme qu’elle doit être
16. Par contre ce terme est utilisé avec ce sens à Rôti (voir les travaux de J. J. Fox signalés dans la bibliographie).
Source : MNHN, Paris
90
CLAUDINE FRIEDBERG
considérée comme un tout constituant un nom
de base.
Autre exemple de ces expressions « image », le
nom donné au chou caraïbe qui associe le nom
de deux taros autochtones : balo omen « Coloca-
sia Alocasia».
Ce type de composition à partir de deux
termes prend pour modèle la paire de mots se
correspondant dans les deux hémistiches d’un
vers dans le langage littéraire.
Un autre exemple de ces expressions est in ma
«ail bambou» qui désigne le gingembre, déjà
signalé à propos du sens donné à in. Employé
seul dans la vie courante in signifie «ail» et
c’est ainsi qu’il a été traduit chaque fois qu’il
figure comme nom de base ou déterminant, mais
on peut se demander si l’ail est vraiment la
première plante à laquelle ce terme a été appli¬
qué. En effet, si on prend la liste des plantes
portant ce mot comme nom de base, il est bien
difficile de dire laquelle a été connue en premier
des Bunaq, aucune n’étant autochtone à Timor :
l’ail, l’oignon, le gingembre ou encore une petite
Iridacée introduite d’Amérique à fins ornemen¬
tales. L’utilisation de in comme déterminant ne
nous aide pas à résoudre le problème : an in, le
vétiver, qui n’existe qu’à l’état cultivé à Timor,
est sans doute d’introduction ancienne mais
également difficile à dater. J’ai aussi relevé un
clone de grande igname ( Dioscorea alata) pour
lequel le terme in est utilisé comme déterminant
(dik in) mais je n’ai aucun renseignement sur ce
clone ; même si la culture de la grande igname
est très ancienne à Timor, rien ne prouve que ce
clone particulier soit apparu à Lamaknen après
ou avant l’introduction de l’ail. Étant donné les
rapports entre Timor et les autres îles de l’Archi¬
pel et le fait que les échanges commerciaux avec
l’extérieur soient anciens, il est bien difficile de
déterminer quand l’ail a été introduit dans l’île.
Le fait que le kaluk de guerre du village bunaq
d’Aiasa, près de Bobonaro, s’appelle in poq « ail
sacré», et donc que l’ail ait d’abord été utilisé
comme remède magique, laisse penser que cette
plante n’est peut-être pas très ancienne chez les
Bunaq.
Ce problème du sens premier des appellations
botaniques se trouve aussi posé pour plusieurs
plantes dont on est sûr que l’introduction n’a pu
se faire que par l’intermédiaire des Européens
après qu’ils aient découvert l’Amérique. Ainsi la
patate douce ( Ipomoea batatas, Convolvulaceae),
est appelée sekal ; or ce terme sekal est appliqué,
avec le déterminant zon, à une Convolvulacée
autochtone sauvage qui n’a pas de tubercule
comestible et, quand on constate qu’il est aussi
utilisé comme déterminant dans le nom d’une
variété de bétel, on peut se demander si ce terme
ne désignait pas au départ une certaine forme de
feuille.
Le terme paqol qui désigne le maïs n’est utilisé
comme nom de base pour aucune autre plante ; il
n’est employé, comme déterminant que pour un
clone de canne à sucre. La canne à sucre étant
indigène dans la région indo-pacifique, est-ce à
ce clone que le maïs a emprunté son nom, ou
bien le déterminant paqol a-t-il été attribué à une
sorte de canne à sucre une fois le maïs déjà
connu et désigné par ce terme ? D’ailleurs le maïs
et la canne à sucre sont proches dans la classifi¬
cation botanique bunaq.
2. Termes et expressions n’ayant aucun autre
sens dans la langue :
Restent maintenant tous les noms qui ne
s’appliquent qu’à des plantes (zoil, sege, ipi, mok,
ukaq, etc.) et les expressions auxquelles je n’ai pu
trouver aucun sens même si parfois l’un des
termes existait par ailleurs dans la langue ; mais
étant donné la quantité d’homonymes en bunaq,
il n’est pas toujours facile de savoir quel sens il
faut attribuer à un mot. Nous verrons ces
différents cas au fur et à mesure qu’ils se
présenteront.
On trouvera dans le tableau 7 (p. 98) la
proportion des termes correspondant aux diffé¬
rentes catégories que nous venons d’examiner.
3. Genre grammatical des noms de base :
Nous avons vu dans les généralités sur la
langue bunaq (p. 32 et 33) que les noms de
plantes, comme les autres substantifs, pouvaient
être du genre animé ou du genre inanimé, et
nous venons de retrouver cette distinction à
propos de dik qui est inanimé alors que dik
hôtel, au contraire, est animé.
Mais en fait cette distinction est surtout
pertinente pour les plantes cultivées ; le genre de
la plupart des plantes sauvages est indifférent et
leur nom peut être utilisé dans une phrase aussi
bien avec un verbe ou un substantif à la forme
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
91
neutre qu’à la forme fléchie avec un g à l’ini¬
tiale. Les seuls noms de plantes cultivées qui
m’ont été indiqués comme étant indifférents
sont : mok, le bananier et la banane, iter, les
larmes de Job, sabul, des agrumes, dila, la
papaye et kulo, le jacquier et son fruit. Remar¬
quons à ce sujet qu’en bunaq le même terme
désigne la plante et son « fruit », qu’il soit aérien
ou souterrain.
Les noms de plantes animées sont très peu
nombreux ; on ne m’en a indiqué que sept :
paqol, le maïs ; sekal, la papate douce ; molo,
le bétel ; meal, le chiendent bunaq ( Chrysopo-
gon aciculatus) ; dik hôtel , le manioc ; upu, le
Pachyrrhizus erosus ; keliq, le soja et digal, le
sésame.
Quant aux noms inanimés, ils seraient au
nombre de 17 : ipi, le riz ; dik, l’igname ; balo,
certains taros ; me YAmorphophallus campanula-
tus (un autre taro) ; ho, une dolique ; pao,
doliques et haricots ; tir, l’ambrevade ; pioq, le
millet ; lebo l’éleusine ; up, la canne à sucre ; tueq,
le palmier à vin ; hoza, le cocotier ; pu, l’aré¬
quier ; ma, des bambous ; in, l’ail et l’oignon ;
goq, le coton et ukaq ( Calotropis gigantea).
Cependant j’ai eu l’impression que même pour
les noms de plantes que l’on m’a dit pouvoir être
considérées comme indifférentes, l’accord avec
les termes sur la flexion desquels ils influent ne se
fait pas complètement au hasard entre les deux
formes possibles et, assez curieusement, elle ne se
fait pas de façon homogène pour tous ces termes.
Ainsi j’ai relevé beaucoup plus de getiq que de
netiq (écorce), beaucoup plus de ne que de gene
(tige) alors que pour la « racine » on semble
utiliser autant netel que getel. Mais apparem¬
ment, cela ne gêne pas en bunaq de parler pour
une même plante et dans une même phrase, de ne
et de getel. En définitive, c’est pour les plantes
qui apparaissent le plus souvent dans la conver¬
sation, c’est-à-dire les plantes alimentaires de
base, qu’une différence absolue entre animé et
inanimé apparaît le plus nettement. De plus,
même s’il semble que toutes les plantes alimen¬
taires de base d’introduction récente sont « ani¬
mées », on ne peut considérer ce critère comme
exclusif puisque le bétel et le chiendent bunaq
qui le sont également, sont certainement anciens.
LES DÉTERMINANTS
Nous allons tenter d’énumérer tous les types
de déterminants en commençant par les plus
courants. On les retrouvera plus détaillés et
comptabilisés dans le tableau 8 (p. 100).
1. Noms de couleur ou allusion à la couleur
d’un objet :
guzu « noir » désigne les plantes de couleur
vert foncé, belis « blanc » celles de couleur vert
clair ; on a aussi buleqen « rouge », gapa « gris »,
sahe « vert jaune », etc. On trouve aussi des noms
de couleur qui ne sont pas en bunaq comme, par
exemple, mea ou meak qui signifie rouge en
tetun.
Quelquefois la couleur de la plante ou de la
partie utilisée est suggérée par le nom d’un objet :
oras « ivoire », mantega « beurre » 17 , ou par le
nom d’un animal ou d’une plante comme nous
allons le voir.
2. Attribution d’un sexe :
Les déterminants pana « féminin » et mone
« masculin » sont utilisés dans le cadre d’une
différenciation dichotomique entre deux plantes ;
si l’une a des feuilles plus grandes et l’autre plus
petites, le premier sera pana et la deuxième
mone ; si l’une a des fruits et l’autre pas, le
premier sera pana et l’autre mone ; dans le cas
de tubercules, ce sera celui qui a la peau la plus
fine qui sera pana. D’une façon générale, ce sera
toujours la plante valorisée qui sera décrétée
« féminine » par rapport à l’autre qui sera qua¬
lifiée de «masculine».
3. Allusion à la dimension :
Ici aussi il s’agit d’une différenciation dichoto¬
mique entre gol « petit » et masaq « grand » ou
apa « buffle », qui désigne également un objet de
grande taille.
4. Allusion au fait que la plante est cultivée ou
comestible c’est-à-dire loi « bonne », ou bien
17. Il existe en effet un certain nombre de termes d’origine portugaise utilisés à Timor comme dans le reste de
l’Indonésie.
Source : MNHN, Paris
92
CLAUDINE FRIEDBERG
sauvage ou incomestible, ce que les Bunaq
appellent zon, terme qui désigne le sanglier mais
qui signifie plutôt «de la forêt» et que par
simplification j’ai toujours traduit par «sau¬
vage ».
5. Allusion à la vitesse de maturation : bara
« court » c’est-à-dire précoce, legul « long » c’est-
à-dire tardif.
6. Allusion à l’odeur : nuek « sentir mauvais »
et mami « sentir bon ».
7. Noms d’animaux :
Un grand nombre de noms d’animaux sont
utilisés comme déterminants. Il s’agit souvent
d’une façon d’indiquer la couleur de la plante ou
de sa partie utilisée fruit, graine ou tubercule :
kakaq « cacatoès » pour la couleur blanche ; zulo
« civette » pour la couleur grise de cet animal. Il
semble que le terme laku qui désigne en tetun le
Phalenger orientalis (zulet en bunaq) indique le
plus souvent une couleur brun-rougeâtre ; mais
ce n’est peut-être pas toujours le cas car, en
bunaq, ce terme s’applique à un perroquet ou à
une perruche ; de plus est également appelé laku
l’homme qui grimpe dans les arbres pour récolter
le miel et la cire des abeilles ; peut-être est-ce
là un usage métaphorique du terme tetun car
pendant toute cette opération le laku chante
dans cette langue.
Dans certains cas, le nom de l’animal peut
indiquer une qualité, par exemple est appelé hoza
sael « coco porc » une variété de cocotier dont les
noix donnent beaucoup d’huile.
Pour d’autres noms d’animaux, una « papil¬
lon », mape « milan migrateur », je n’ai trouvé
aucune explication. Signalons aussi qu’il existe
des déterminants composés décrivant une partie
d’un animal. Là aussi il peut s’agir d’une allusion
à la couleur de la plante mais quelquefois aussi à
sa forme : busa gomil « patte (paume) de chat »,
kakaq giri «patte de cacatoès», etc.
8. Noms de personnes :
Quelques déterminants sont constitués par un
nom de personne, par exemple mêla dans hulo
mêla ; bauq dans dik dila bauq « igname papaye
Bauq ».
9. Autres termes ou expressions descriptives :
Ils sont très nombreux et je ne peux donner
que quelques exemples :
suqil « (à) latex », zap guloq « queue de
chien » appliqué à des Graminées cultivées ou
non (c’est une allusion à la forme de l’épi), meo
got « barbe de coupeur de tête » attribué égale¬
ment à une Graminée en raison de l’aspect de
son inflorescence.
Une forme de Coix non comestible est qua¬
lifiée de mukeq « grêle » ce qui est évidem¬
ment une allusion à la forme des graines.
Quelquefois l’allusion est plus mystérieuse, je ne
sais pas pourquoi certaines images ont été choi¬
sies pour caractériser certains types de plantes :
pu buk « fleur d’aréquier », tueq getel « racine
d’Arenga », e getiq « écorce A'Albizia chinensis ».
Dans d’autres cas, par contre, le déterminant
s’explique facilement ; par exemple sai katoq
« sortie de grenouille » pour un Colocasia sau¬
vage qui pousse dans l’eau et les lieux humides.
Quelquefois aussi le déterminant indique que
la plante possède un organe particulier par
exemple une inflorescence de type bakoq ( balo
bakoq) ou de type tobuq (tobaq tobuq). Mais
surtout nombreux sont les noms de base bota¬
niques servant de déterminant. Nous avons déjà
vu les cas de sekal, ma et paqol. Signalons aussi
tir « ambrevade » pour des plantes ayant des
fruits qui ressemblent à ce « haricot » ; relevons
également hoza pour une igname ayant la forme
d’une noix de coco, turul le santal pour une
variété de riz qui sent bon, ou kalan ( Phyllanthus
reticulatus qui sert à accentuer le noir dans la
teinture et l’indigo) pour un clone d’igname à
peau foncée.
Les noms de lieu sont assez rarement utilisés
comme déterminant ; rappelons balibo pour une
Graminée d’abord apparue dans cette agglomé¬
ration, et kupan, pour Kupang, appliqué au riz
gluant lui aussi d’introduction récente.
Signalons enfin que les termes hôtel et mun
peuvent être utilisés comme déterminant, quel¬
quefois par opposition l’un à l’autre mais pas
toujours.
Ajoutons pour terminer que, pour les détermi¬
nants comme pour les noms de base, il existe des
termes auxquels je n’ai pu trouver aucune signifi¬
cation.
Expressions désignant les ensembles
Sauf dans le cas des termes désignant certaines
formes végétales (u, mun, kesi, an), j’ai relevé
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
93
peu de mots désignant à eux seuls un ensemble et
ne peux guère donner comme exemple que uor
« légume ».
1. Expressions formées de deux mots destinés à
évoquer l’ensemble :
Tout d’abord il y a celles qui sont directement
tirées du langage littéraire rituel ou mythique :
balo dik « taro igname » qui désigne les plantes
à tubercules non comestibles, expression dans
laquelle se trouvent juxtaposés les noms de base
des deux séries de plantes les plus importantes
dans ce groupe.
ho tir « dolique ambrevade » expression qui,
construite sur le même modèle que la précédente,
désigne l’ensemble des « haricots ».
lolon win « tige épis », expression désignant les
céréales dans laquelle se trouvent juxtaposés
deux de leurs éléments caractéristiques.
D’autres expressions désignant des groupes de
plantes sont construites sur le même modèle,
mais je ne les ai jamais trouvées citées dans le
langage littéraire ; ceci ne signifie pas qu’elles ne
soient pas parfois utilisées dans le langage rituel
improvisé, c’est le cas de :
pur kabokeq : juxtaposition des noms de deux
arbres les plus caractéristiques du groupe.
gobuq geruk : « protubérances épines » : expres¬
sion désignant l’ensemble des plantes à épines.
lepu guk « entrenœud nœud » qui désigne
l’ensemble des plantes à nœuds.
titiq ual « parer ployer » expression qui évoque
les actions nécessaires pour prélever des fibres
sur des plantes et qui désigne l’ensemble des
plantes à fibres.
2. Expressions plus nettement descriptives que
les précédentes, mais la distinction entre les
deux n’est pas toujours évidente. Voici quelques
exemples :
hôtel deu goq « arbre maison fruit » expression
qui désigne l’ensemble des arbres servant dans la
construction,
hôtel il bul « arbre eau base » qui désigne
l’ensemble des arbres capables d’attirer l’eau,
goq ni gonor « fruit sur feuille » désigne l’en¬
semble des fougères qui « ont leurs fruits sur
leurs feuilles »,
netel dutula « racine se posant elle-même »
pour les plantes épiphytes et parasites,
hôtel goq gia « arbre fruit manger » pour les
arbres à fruits comestibles,
il gie « appartenant à l’eau » ou « de l’eau »
pour les plantes qui poussent dans l’eau ou les
endroits humides,
tinoq gie « appartenant au chaud » pour les
plantes chaudes.
3. Ensembles pour lesquels il n’existe pas
d’expression toute faite les désignant :
Deux cas peuvent se présenter :
a) les informateurs m’ont déclaré pour cha¬
cune des plantes constituant ce groupe ou pour
leur ensemble, qu’elles sont proches d’un certain
type de plante ou d’une série : j’indique alors
« plantes proches de... » ;
b) les plantes constituant le groupe sont sim¬
plement considérées comme proches les unes
des autres sans qu’il y ait un type épo¬
nyme : j’indique alors simplement « petit groupe
d’arbres, ou d’herbes, etc. selon les circons¬
tances ».
Analyse des données
Il faut tout d’abord rappeler que, compte tenu
de ma méthode de travail, les renseignements
fournis ne peuvent être attribués à tel ou tel
informateur. Ils représentent une synthèse éla¬
borée lors des discussions avec les différentes
personnes présentes au moment où je posais des
questions sur les échantillons qui venaient d’être
récoltés ou sur d’autres déjà séchés ; les contro¬
verses sur ces derniers étaient surtout valables
quand ceux qui les avaient recueillis étaient
présents. Selon les cas cette synthèse rend
compte soit, du consensus auquel les différents
interlocuteurs sont parvenus, consensus qui a pu
se trouver confirmé en d’autres occasions (en
effet de nombreuses plantes ont été collectées
plusieurs fois), soit, mais plus rarement, des
divergences d’opinion quand on ne pouvait se
mettre d’accord, ou si j’avais recueilli d’autres
informations en d’autres circonstances.
Contrairement à la littérature orale pour
laquelle il existe des spécialistes (les maîtres de la
parole), la connaissance des plantes est à peu
Source : MNHN, Paris
94
CLAUDINE FRIEDBERG
près également partagée par toute la population,
sauf en ce qui concerne certains usages médici¬
naux et les espèces croissant dans les quelques
îlots de végétation plus épargnés que les autres
par l’action humaine que l’on trouve en altitude
ou dans les forêts périodiquement inondées des
basses plaines, régions où l’on se rend rarement
sinon jamais ; d’ailleurs la flore de ces zones a
été en grande partie traitée à part sous la ru¬
brique 39. Il y a évidemment, comme partout des
personnes plus ou moins attentives à l’environne¬
ment végétal ; mais les occasions de fréquenta¬
tion de cet environnement, dont le peu de variété
est comparable à celui que l’on peut rencontrer
en France dans les zones habitées et cultivées,
sont quantitativement les mêmes pour tous,
même si les circonstances diffèrent avec l’âge et le
sexe. Ainsi quand on est jeune on court les bois
pour ramasser des cigales à griller ou des fruits
sauvages, quand on est plus âgé pour ramasser
du bois de chauffage ou, mais uniquement si on
est un homme, pour choisir des matériaux de
construction ou pour essarter l’emplacement du
futur champ.
L’existence d’opinions divergentes au sujet de
certaines plantes en ce qui concerne l’appellation
ou la place dans la classification, le fait que l’on
m’a fourni des noms pour des plantes que je n’ai
jamais vues, font que les chiffres fournis dans les
tableaux récapitulatifs (n° 7 à 14 et n° 16) sont
approximatifs à quelques unités près, dans la
mesure où il était difficile de comptabiliser les
imprécisions et les données contradictoires.
Ce qui est analysé ici n’est pas la moyenne des
connaissances floristiques des Bunaq, ce qui
n’aurait pas grand sens, mais plutôt la somme
des savoirs sur la végétation de la partie la plus
anthropisée du Haut Lamaknen ; ces savoirs
sont pour la plupart partagés par les hommes
d’âge mûr qui habitent ce territoire, sans doute
un peu moins par les femmes en ce qui concerne
les qualités des arbres, mais ils font cependant
l’objet d’un consensus général.
Les trois aspects du processus classificatoire
Je me suis efforcée, autant que faire se peut,
aussi bien au cours de l’enquête que dans la
présentation, de distinguer les trois aspects du
processus classificatoire : identification, dénomi¬
nation, insertion dans un système de référence,
de façon à mieux comprendre la manière dont les
Bunaq utilisent les différentes caractéristiques des
plantes pour ordonner le monde végétal.
Pour faciliter l’analyse nous continuerons à
traiter séparément ces trois aspects sans nous
cacher la difficulté à les différencier. Nous appel¬
lerons «classification» l’insertion dans un sys¬
tème de référence dans la mesure où, comme
nous le verrons, il s’agit véritablement de mettre
en évidence la notion de «classe».
Identification
La façon dont un terme d’appellation est
attribué à une plante est très variable. Il est des
cas où, apparemment, nous l’avons vu, aucune
analyse consciente de l’objet n’est effectuée : le
nom est donné parce qu’on a reconnu la plante à
son aspect général, à son «allure».
Dans la présentation que nous avons adoptée
toutes les plantes dont le nom suit immédiate¬
ment leur numéro d’ordre sont effectivement
identifiées d’après leur aspect global sans qu’il
y ait, apparemment, analyse préalable.
Mais, même dans le cas où des critères sont
fournis entre ce numéro et le nom de la plante il
n’est pas toujours sûr que ceux-ci soient utilisés
pour l’identification. Il se peut qu’ils n’aient de
rôle que dans la classification sans que nous
puissions non plus l’affirmer tant les deux pro¬
cessus sont imbriqués.
De plus, dans bien des cas les deux procédures
sont combinées : le terme de base est attribué
d’après l’allure générale et le déterminant d’après
des critères précis requérant une analyse.
D’une façon générale, il est difficile de savoir à
quel niveau de conscience ces critères fonction¬
nent et s’ils sont utilisés pour fonder des rappro¬
chements ou des distinctions.
Si par exemple nous examinons le sous-groupe
balo me du groupe 1 (balo dik), on constate
que les caractères présentés aux niveaux taxino¬
miques 5 ou 6 qui permettent de distinguer les
plantes qui portent des termes de base différents
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
95
ne fonctionnent pas de façon délibérée comme
critères d’identifications ; en effet, il s’agit de
plantes connues que l’on identifie d’un seul coup
d’œil. Cependant ces caractères affleurent de
façon suffisamment manifeste à la conscience des
informateurs pour qu’on puisse les faire appa¬
raître facilement dans le discours.
Quant à la distinction taxinomique terminale
qui permet, par exemple, de distinguer les diffé¬
rents types de halo il faut pour la comprendre
analyser dans quel contexte elle s’effectue. D’une
part chaque informateur connaît, plus ou moins
par ouï-dire, les noms et les qualités des diffé¬
rents clones cultivés dans la région, d’autre part,
il connaît le nom de ceux qu’il a plantés dans son
champ. D’une façon générale on ne cherche pas
à savoir ce qui pousse dans le champ du voisin
sauf si on veut demander des boutures ou
discuter qualité et rendement ; dans ce cas on
questionne directement le propriétaire. Il n’y a
donc jamais, à proprement parler, nécessité
d’identification, et ceci d’autant plus que, nous
l’avons signalé, on cultive de moins en moins de
balo.
Dans le deuxième sous-groupe inclus dans le
groupe 1, c’est-à-dire les dik et apparentés, il est
certain que les distinctions entre dik loi et dik
taliq fonctionnent comme critères d’identifica¬
tion. En effet, contrairement à ce qui se produit
pour les balo, on peut retrouver dans des champs
abandonnés des ignames dont on a oublié l’ori¬
gine et qu’il faut identifier pour savoir à quel
type on a affaire ; mais on ne saura réellement le
nom complet de la plante qu’après avoir arraché
et examiné le tubercule.
L’identification d’une plante cultivée ne se
pose donc pas dans les mêmes termes que celle
d’une plante sauvage : celui qui a semé ou planté
est maître du savoir. S’il s’agit d’une reproduc¬
tion végétative il sait qu’il obtiendra, en principe,
une plante fille identique à la plante mère ; s’il
s’agit d’un semis il peut plus ou moins prévoir à
l’avance les possibilités de variation des spéci¬
mens qu’il va obtenir. Ainsi pour le maïs il sait
qu’il obtiendra une plante ayant la même durée
de maturation que la plante mère (puisqu’il n’y a
pas eu de possibilités de pollinisation par des
maïs provenant de pieds qui fleurissent à une
autre époque) mais il ne pourra pas connaître à
l’avance la couleur des grains des épis. Pour le
riz, en dehors de la variété bei uluk actuellement
la plus commune et censée être la plus semée, les
autres variétés diffèrent d’une maison à l’autre.
Cependant, cette variété bei uluk a elle-même
changé d’aspect selon les lieux soit en raison
d’une dérive génétique interne soit par hybrida¬
tion avec les autres variétés cultivées dans le
même champ. Les critères d’identification sont
donc liés à un savoir transmis à l’intérieur d’une
maison et s’organisent en fonction des caractères
propres aux spécimens que cette maison conserve
comme semence.
Quant à la distinction entre les céréales por¬
tant des noms de base différents elle ne se fonde
sur aucun critère consciemment exprimé ; pas un
Bunaq ne confondrait le riz, le sorgho, le millet,
le Coix ou le maïs : c’est une reconnaissance qui
se fait spontanément dès que l’on voit la plante
sauf, peut-être, si elle est très jeune, mais je n’ai
recueilli aucun renseignement à ce sujet. Ce type
d’identification par l’attribution du terme de
base d’après l’allure générale est également la
règle pour d’autres plantes cultivées («hari¬
cots », palmiers, Zingiberacées) mais aussi pour
de nombreuses plantes sauvages, la plupart des
Graminées et des arbres. Il faut ajouter qu’il est
fréquent qu’un certain type de plantes soit
associé à un lieu, par exemple, tel bosquet de tel
type de bambou associé à tel autre, tel arbre
ombrageant telle habitation, tel autre à une
croisée de chemins.
Il faut donc convenir que l’exposé de la flore
bunaq compte peu de véritables clefs d'identifica¬
tion au niveau du terme de base. Cependant,
quelque chose s’en rapproche pour une partie des
lianes (en particulier dans le sous-groupe 6.1. des
mun masaq « grosses lianes » qui sont identifiées
les unes par rapport aux autres en vue de leur
utilisation). Il existe également, pour les Ficus,
une clef d’identification relativement détaillée
peut-être en raison des grandes similitudes exis¬
tant dans l’appareil végétatif des espèces arbo¬
rées de ce genre et de la nécessité qu’il y a à
les distinguer pour les utiliser.
À l’intérieur des séries de plantes sauvages il
n’est pas non plus toujours possible de savoir si
les critères de distinction fonctionnent ou non
comme critères d’identification.
Critères d’identification, utilisés a priori, ou de
distinction, définis a posteriori, que ce soit pour
attribuer un terme de base ou pour distinguer un
type de plante d’un autre à l’intérieur d’une
même série, il apparaît que l’on utilise relative¬
ment rarement des qualités antinomiques ; souvent
Source : MNHN, Paris
96
CLAUDINE FRIEDBERG
le choix se fait entre plus de deux caractères et il
arrive souvent que ceux-ci appartiennent à des
domaines différents. Ainsi à l’intérieur du sous-
groupe 14.1. pur kabokeq de l’ensemble hôtel
susuqil après un premier choix dichotomique de
type antinomique entre les arbres à racines
aériennes et ceux qui n’en ont pas, nous trouvons
dans la première catégorie 14.1.1. un choix
entre :
14.1.1.1. arbres à feuilles qui bougent
14.1.1.2. arbres à feuilles étroites
14.1.1.3. arbres à feuilles ressemblant à celles
de kabokeq
14.1.1.4. arbres à feuilles et écorce blanches.
De la même façon à l’intérieur du sous-groupe
6.2. mun gol de l’ensemble des lianes (mun) nous
trouvons un choix entre :
6.2.1. feuilles et tiges semblables et fleurs qui
diffèrent.
6.2.2. plantes proches de hiliq talin (plante
appartenant à la catégorie précédente : 6.2.1.).
6.2.3. autre sous-groupe de lianes ayant la
même allure, le même type de tiges avec des
vrilles.
6.2.4. autre sous-groupe de petites lianes ayant
le même type de feuille et de tige et des graines
très proches. Les fruits de formes variables ont
aussi une certaine ressemblance.
6.2.5. autre sous-groupe formé de plantes non
cultivées appartenant à la série ho dont la
plupart des types de plantes se trouvent dans
l’ensemble 7. ho tir.
On peut également remarquer que dans ce
dernier exemple pris à l’ensemble 6, les ressem¬
blances sont signalées mais non décrites avec
précision.
Pour certains petits groupes d’arbres (21 et 23
par exemple), il n’y a pas de clef d’identification
avec choix entre plusieurs critères mais plutôt
repérage des types les ms par rapport aux autres.
En fait, comme le montrent les schémas donnant
une représentation graphique des ensembles, de
nombreuses plantes se définissent par rapport à
une plante considérée comme proche et non par
la possession explicite de certains caractères.
Dans ces conditions on peut s’attendre à
certaines confusions. Par exemple pour le genre
de Graminées Eulalia, nous avons pu consta¬
ter en 9.6.1.2. et 9.6.1.6. que E. trispicata est
appelé kolun belis par certains et kolun wate par
d’autres alors que ce dernier terme est aussi
attribué à E. leschenaultiana.
La classification botanique scientifique est
fondée sur les caractéristiques de l’appareil
reproducteur alors que celui-ci joue un rôle
limité dans la classification bunaq ; un certain
nombre de confusions sont donc dues à des
ressemblances entre l’appareil végétatif de deux
ou plusieurs plantes. Ceci est surtout frappant
pour les arbres à feuilles pennées au sujet
desquels nous avons pu relever plusieurs cas de
termes appliqués à des espèces différentes, ou
d’espèces portant plusieurs noms. Ainsi le terme
tewe goq « produit de pente » est appliqué aussi
bien à la Méliacée Dysoxylum caulostachyum
qu’à la Sapindacée Pometia pinnata (19.2.) cette
dernière étant aussi appelée wauq et piri lose.
D’ailleurs ce dernier terme est surtout attribué à
une Burseracée également à feuilles pennées,
Garuga floribunda, tandis que la Simaroubacée à
feuilles pennées Brucea javanica est appelée soit
tewe goq lotu soit wauq lotu l8 .
Signalons également que Dysoxylum gaudi-
chaudianum (Méliacée) généralement appelé emar
(19.1.1.) se rencontre aussi sous le nom de orel
gie pu pana « noix d’arec de singe féminine »
(17.11.1.2.) ; il s’agit sans doute de sa forme
juvénile qui peut alors présenter une certaine
ressemblance avec une autre plante à feuilles
pennées, Delarbrea collina (Araliacée) appelée
orel gie pu mone. Rappelons à propos du pro¬
blème d’identification des formes juvéniles que le
Melanolepis multiglandulosa porte deux noms
différents selon son âge, bwil (17.6.8.) et puan
gie lamaq (21.12), et que chaque stade se trouve
placé dans un ensemble différent.
Les inflorescences jouent également un rôle
dans l’identification mais il n’est pas toujours
facile de mettre ce rôle en évidence. En effet, des
plantes dénommées et classées en fonction de
leurs inflorescences, comme celles à bakoq ou à
tobuq, sont identifiées par les Bunaq à l’état
végétatif. Mais, par exemple, un échantillon non
fleuri de Pandorea pandorana, une Bignoniacée
appelée mun gipe « liane corne » sans doute
en raison de la forme de ses fleurs, m’a été
La confusion entre Méliacées et Simarubacées est fréquente également chez les Parisiens qui confondent
ou Vernis du Japon et le Cedrela , tous deux arbres à feuilles pennées qui bordent les
avenues.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
97
dénommée sege belis, terme attribué à des
jasmins, dont les fleurs sont tout à fait diffé¬
rentes, mais avec lesquels il existe une certaine
ressemblance dans l’aspect des rameaux stériles.
L’aspect de l’inflorescence joue certainement
un rôle important pour les petites plantes
annuelles qui fleurissent rapidement après le
début de leur croissance, même si cela n’apparaît
pas toujours clairement dans les critères d’identifi¬
cation tels qu’ils ont été présentés ici. Remar¬
quons cependant la confusion entre deux petites
composées : Ethulia triflora qui porte plusieurs
noms laqa mone ou laqa belis (12.2.2.2.) mais
également u sael gizil « herbe anus de porc »
terme généralement attribué à Dichrocephala
bicolor (12.3.1) en raison de l’aspect de son
inflorescence ; or, la confusion entre ces deux
espèces ne peut se faire que dans certaines
conditions écologiques et sur des spécimens à
l’état végétatif.
Nous reprendrons dans la discussion, à la
lumière des travaux des psychologues, les dif¬
férentes procédures de reconnaissance telles
qu’elles apparaissent à travers les matériaux
bunaq.
Ajoutons cependant que nous avons vu presque
toujours confirmée la prépondérance de l’aspect
morphologique extérieur des plantes dans leur
identification (moins peut-être pour les variétés
ou clones de plantes cultivées pour lesquels la
chair ou la texture du produit, une fois débar¬
rassée de son enveloppe, peut également jouer un
rôle important). L’odeur est peu prise en compte
(sauf pour les Zingiberacées du groupe 2 et pour
le petit groupe d’arbres 22) de même que la
consistance de la sève. En effet, pour les plantes
du groupe hôtel susuqil « arbres à latex », la
présence du latex sert plus de critère classifica¬
toire que de critère d’identification, sauf sans
doute pour distinguer tau de teor. Il faut pour¬
tant signaler que dans de nombreux cas où
l’aspect de l’écorce intervient dans le proces¬
sus d’identification il s’agit souvent de l’aspect
externe mais aussi, en particulier pour les plantes
du groupe 24, titiq ual « parer ployer », de
l’aspect de la face interne c’est-à-dire du liber et
de la texture de ce dernier.
Mais même pour les diverses exceptions signa¬
lées ci-dessus, il n’est pas certain que les ca¬
ractères n’appartenant pas à la morphologie
externe, et jouant certainement un rôle dans la
classification, en jouent également un dans l’iden¬
tification.
Dénomination
Les termes de base (tableau 7)
Ce qui frappe tout d’abord dans le système de
nomenclature bunaq c’est la proportion entre les
termes de base qui ne sont utilisés que pour
désigner des plantes (227) et ceux qui ont un
autre sens dans la langue (149), c’est-à-dire que
presque les deux tiers des termes de base utilisés
pour désigner les plantes sont des expressions
spécifiques et parmi ceux-ci plus des trois quarts
(175) sont des monolexèmes.
Parmi les appellations ayant une signification,
presque la moitié (67) sont formés à partir des
termes u « herbe » (28) ; an « grande Graminée »
(9); mun «liane» (8), hôtel «arbre» (10); et
de deux termes équivalents de ce dernier, mais
d’origine austronésienne ai (9) qui est utilisé en
tetun et en ema, langues parlées par les voisins
des Bunaq, et kai (3) qui, semble utilisé par des
populations plus éloignées géographiquement.
Cependant sur l’ensemble des termes de base
(376), la totalité des noms formés à partir de ces
termes désignant une certaine forme végétale
constitue une faible proportion (81). Encore
peut-on supposer que l’utilisation des termes ai
et kai soit un emprunt à des langues austro-
nésiennes où les classificateurs sont d’usage
courant ; ainsi ces deux termes additionnés (17)
sont-ils plus nombreux que le terme bunaq
équivalent hôtel (11). Le terme mun est aussi
très peu employé (9) et c’est pour les herbes (u :
32 et an : 12) que l’usage de ces mots désignant
une forme végétale est le plus fréquent.
Il faut cependant prendre garde que le terme ai
tout comme hôtel a tendance à être utilisé comme
un polysème servant à désigner non seulement
des arbres mais d’autres formes végétales. Ainsi
ni ai tasik, une sauge, ni ai kerelulu (diverses
Loranthacées parasites) ne sont des arbres.
Quant à hôtel il est utilisé dans plusieurs expres¬
sions avec le sens général de « plantes » : ainsi
l’expression hôtel susuqil qui désigne toutes les
plantes à latex et pas seulement les arbres, ou
hôtel tita mal qui de la même façon désigne
toutes les plantes proches l’une de l’autre.
Les termes de base qui ont un sens sont gé-
Source : MNHN, Paris
98
CLAUDINE FRIEDBERG
Tableau 7. — Les termes de base.
Termes de base n'ayant pas d’autre sens dans la langue :
— termes simples
(y compris 3 homonymes sûrs et 7 douteux).
— termes composés
(dont 22 pour lesquels l’un des termes a un sens et l’autre pas. Parmi ceux-ci, 14 noms commençant par an, ai,
ou u et 2 qui sont formés de deux termes ayant chacun un sens mais les informateurs ne reconnaissant pas de
sens à l’ensemble).
Total.
175
Termes de base ayant un sens :
— termes simples.. • • •
(2 sont peut-être des expressions abrégées et pour 5 autres il est difficile de savoir s’il s’agit d’i
dérivé (ce sont 2 noms de lieu et les termes donak, ager et tilon)
— termes composés
formés à partir de :
kai ..
hôtel
premier ou
14
Total. 67
autres termes composés
ayant un rapport avec un animal. 31
ayant un rapport avec une plante. 6
nom de personne. 14
divers . 17
Total. 68
Total des termes ayant un sens. 149
Total des termes de base.;. 376
Totalité des termes de base, ayant ou non un sens, formés à partir de :
14
hôtel . U
an . 12
“. 32
mun . 9
Total. gl
néralement descriptifs, de façon plus ou moins
métaphorique, et font allusion à l’aspect de la
plante entière ou à l’un de ses éléments (feuille,
tige, inflorescence, etc.) : mukeq dutula «grêle
(qui) se pose elle-même » pour la cuscute dont les
fruits blancs parsèment la plante hôte sans que,
de loin, on puisse distinguer les tiges qui les
portent ; katal « gratter » pour une liane dont la
sève est irritante ; kai sahe « arbre vert-jaune »
pour le Pisonia à feuillage clair ; zi goral « pénis
de serpent » pour les Amarantacées à inflores¬
cence allongée ; siU kaqut « enlever coudre » qui
désigne des Composées et en particulier le Bidens
pilosa dont les graines s’accrochent dans les
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
99
vêtements, etc. D’autres appellations descriptives
sont plus mystérieuses : par exemple on ne voit
pas à quoi fait allusion l’appellation mape giri
« pied de milan » appliquée au laiteron. On peut
également se demander à quoi correspondent les
noms de plantes construits comme des noms de
personnes ( mau haie, bau berek, etc.) ou comme
des surnoms (bui guzu, mau meak, etc.). Quant
aux plantes désignées par un nom de lieu, peut-
être veut-on indiquer la provenance qu’on leur
prête (ce qui est sans doute le cas pour malaka,
le ricin).
Enfin, on peut se demander quel est le sens
premier et le sens dérivé de certains termes
simples. Par exemple le terme donak qui désigne
le Basella alba, dont les tiges et les pousses sont
pourpres ; quand j’ai demandé si ce terme avait
un sens dans la langue, on m’a répondu : « c’est
une couleur ». La couleur des tiges de donak ;
dans ce cas il paraît difficile de savoir si ce terme
désignait d’abord la plante ou d’abord la cou¬
leur. C’est encore le cas de ager qui s’applique à
la fois à la chèvre, dans la littérature, et au
gatilier à trois feuilles, et celui de tilon, qui
signifie « canine de chien » et désigne des Caesal-
pinia à épines recourbées (voir tableau 7).
Il est difficile d’évaluer la proportion de noms
de plantes que les Bunaq partagent avec leurs
voisins. Les cas les plus évidents sont les em¬
prunts qui se sont faits par l’intermédiaire de
langues européennes comme bako pour le tabac,
kopi pour le café, aruda pour la rue, kol et kobi
pour le chou, goigaq pour la goyave ou kolo taria
construit à partir du latin Crotalaria. Il y a eu
aussi des emprunts récents à l’indonésien comme
lantaro ( Leucaena leucocephala) Légumineuse in¬
troduite récemment, ou batola pour l’éponge
végétale.
Certains termes anciens sont apparentés aux
termes austronésiens correspondants : ainsi pu
pour la noix d’arec, deloq pour le Citrus hystrix
qui est apparenté à l’indonésien jeruk, ou tueq
qui désigne YArenga pinnata et qui est proche du
terme tuak qui s’applique, dans l’archipel insulin-
dien, à tout type de vin de palme et pas
seulement celui qui est obtenu à partir de ce
palmier.
Dans ces trois cas, il s’agit de termes faisant
partie depuis longtemps de la langue bunaq et
attestant l’existence de contacts très anciens
entre cette langue et les langues austronésiennes.
Il faut remarquer que dans certains cas le nom
d’une plante est apparenté aux termes utilisés
dans les langues austronésiennes océaniennes et
non à ceux de l’Ouest de l’archipel : ainsi nenuq
pour le Morinda citrifolia. Dans d’autres cas il y
a glissement d’une plante à une autre : ainsi pour
kulo qui désigne le jacquier, alors qu’un terme
proche désigne l’arbre à pain en malais (voir
dans l’inventaire kulo zon en 14.1.2.2.4.1) c’est
peut-être aussi le cas de nawaq, terme d’appel¬
lation pour le Caryota mitis, qui dans les Mo-
luques, désigne YArenga.
Plusieurs noms de plantes bunaq sont appa¬
rentés à des termes utilisés par d’autres popula¬
tions timoraises mais fautes de relevés complets
je n’ai pu en repérer que quelques-uns ; ainsi
Garuga floribunda appelé heu à Dirun et nommé
ai heu en ema ; le terme digirai utilisé à Dirun
pour désigner un certain nombre de Fougères est
appliqué aux Selaginelles par les Ema ; le terme
kumurin appliqué à une Annonnacée dans le Bas
Lamaknen est sans doute apparenté à l’ema
kumu duin également appliqué à un arbre de la
même famille. Ces contacts avec l’ema paraissent
cependant plus rares à Abis où l’on note plutôt
des influences tetun ; ainsi ai kerelulu et ai malu
lai sont sans doute des expressions tetun trans¬
formées ; le terme besak considéré comme tetun
mais également employé par les Dawan est aussi
couramment utilisé pour désigner Y Acacia leu-
cophloea que le terme bunaq aralai. Ai besi et
sarian sont aussi des termes tetun et on peut
penser que le terme de base sabul qui est
appliqué à plusieurs agrumes est apparenté au
saburaca tetun qui désigne les oranges.
Sans liste complète de noms de plantes pour
toutes les langues parlées à Timor et dans les
environs il est difficile de se faire une idée exacte
de la parenté possible du bunaq avec d’autres
langues en ce qui concerne les termes d’appel¬
lation des végétaux. On peut cependant remar¬
quer qu’en ce qui concerne les arbres et en
dehors de quelques cas signalés ci-dessus on
ne trouve aucune parenté entre les termes bunaq
et ceux fournis pour d’autres régions de Timor
et d’autres îles de l’est de l’Archipel, Flores,
Sumba, Sumbawa et Solor (voir par exemple
dans Heyne, 1927, Hildebrand, 1953 et Ver-
heijen, 1984) ; aucune parenté non plus pour les
plantes cultivées en dehors de quelques exemples
déjà fournis. Signalons cependant des parentés
plus lointaines : ainsi le terme lien qui désigne
Melia azedarach est le même que celui qui est
Source : MNHN, Paris
100
CLAUDINE FRIEDBERG
utilisé en chinois ; molo pour le bétel et bouq
pour la gourde (Lagenaria siceraria) sont appa¬
rentés aux termes austro-asiatiques utilisés dans
le sud-est asiatique continental.
Les déterminants (tableau 8)
Les termes les plus utilisés sont en nombre
limité. Ainsi sur 314 premiers déterminants, 189
(c’est-à-dire plus de la moitié) correspondent à
15 termes seulement; parmi ces déterminants
certains peuvent être opposés deux à deux.
Cependant si nous comparons le nombre de fois
où apparaît chaque membre des couples ainsi
formés et celui où il y a réellement choix
dichotomique avec son opposé, nous constatons
que c’est loin d’être toujours le cas.
Cela l’est relativement pour pana « féminin »
et mone «masculin», utilisé chacun respective¬
ment 11 et 15 fois; un peu moins pour belis
« clair » et guzu « foncé », 35 et 23 fois ; encore
moins pour zon « sauvage » et loi « bon », 30 et
12. Dans ce dernier cas ceci s’explique par le fait
que loi est souvent sous-entendu et que l’usage
du terme zon s’oppose alors à celui du terme de
base seul.
Les qualificatifs liés à la dimension masaq
« grand » ou apa « buffle » utilisé dans le même
sens, peuvent être indifféremment opposés à gol
« petit » ou à lotu « court ».
En fait comme nous l’avons vu plus haut, à
propos de l’identification, les cas d’oppositions
antinomiques vrais sont limités. Pour ce qui est
de la nomenclature à l’intérieur des séries, on la
trouve en particulier dans celles qui ne possèdent
que deux types de plantes : ainsi, zoil belis et zoil
guzu, keliq belis et keliq guzu, ma guk apa et
ma guk lotu ou orel gie pu pana et orel gie pu
mone. Mais il arrive aussi souvent, nous venons
de le voir, que l’un des déterminants ne soit pas
exprimé : ainsi beko et beko lotu, ager et ager
zon, koke et koke zon, etc.
Tableau 8 . — Les déterminants : premiers déterminants.
Déterminants n’ayant pas de sens dans la langue
mots simples.^. 30
mots composés. 3
Total. 33
Déterminants ayant un sens dans la langue
Termes censés être opposés deux à deux, nombre de fois où ils sont utilisés :
zon « sauvage ». 30
loi «bon». j2
belis « clair ». 35
guzu « foncé ». 23
pana « féminin ». j j
mone «masculin» . 15
Total. 126
Termes faisant allusion à la dimension (pouvant être éventuellement opposés deux à deux)
masaq « grand ».
gol « petit ».
apa « buffle », c’est-à-dire « grand ».
lotu « court ».
Total.
Termes faisant allusion à la durée de maturation (pouvant être éventuellement opposés)
bara « court ».
legul «long».
Total.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
101
Termes faisant allusion à la couleur autre que « foncé » et « clair »
termes bunaq
buleqen « rouge ».
look « bleu-ciel ».
oras « ivoire ».
gapa « gris » .
seban « cuivré ».
Total.
termes autres que bunaq exprimant :
un rouge :
moras .
laku.
mea ou meak .
10
14
meta . 1
jaune :
mantega . L
Total. 12
Termes faisant allusion au comportement. 3
(to tara « connaître l’année », to tak « compter l’année », tanaki « appeler de la main »)
Termes faisant allusion à l’aspect. 8
(su et susu « sein », kes « orné », turi gol « petit couteau », giral tobuk « œil double », mukeq « grêle », meo
got « barbe de guerrier », kira « fuseau »)
Termes faisant allusion à la consistance . 3
(wezun « cire », suqil « latex », naka « boue »)
Noms de personne. 8
Noms de peuples. 2
Noms de plantes. 35
Noms de parties de plantes. 9
Noms de formes végétales
hôtel . 3
Total. 11
Noms d’animaux. 3
Onomatopée (zai). L
Total des termes utilisés comme premiers déterminants . 314
Quand il y a plus de deux plantes dans la série
le problème est de savoir s’il y a ou non plusieurs
niveaux de différenciation taxinomique entre le
terme de base et le taxon terminal. C’est ce dont
rend compte le tableau 10 qui nous indique que
dans la grande majorité des cas (37) il n’y a pas
de niveau intermédiaire. Les déterminants sont
alors tous sur le même plan sans utilisation de
choix dichotomiques successifs mettant en oppo¬
sition des caractères antinomiques ; ainsi pour
silikaqut on trouve au même niveau les détermi¬
nants loi « bon », zon « sauvage », apa « grand »
et ewi « d’homme blanc » ou pour ukaq : masaq
« grand » lotu « court », gol « petit », mami
« (qui) sent bon », mone « masculin ».
Dans neuf cas seulement il y a un niveau
taxonomique intermédiaire et celui de ho avec
ses quatre niveaux est exceptionnel. Ces niveaux
intermédiaires sont parfois nommés ; ainsi dik
taliq et dik loi, pao loi et pao zon, paqol
legul, paqol bara, paqol laku, mais ces détermi¬
nants intermédiaires ne sont pas répétés dans les
termes d’appellation des taxons terminaux qui ne
comptent alors qu’un seul déterminant.
Source : MNHN, Paris
102
CLAUDINE FRIEDBERG
Les deuxièmes déterminants (tableau 9) sont
utilisés 57 fois et dans tous les cas, sauf un, ils
se trouvent au niveau de différenciation taxino¬
mique immédiatement inférieur au premier déter¬
minant. Leur utilisation pour les plantes sau¬
vages (22 fois) est relativement importante par
rapport au nombre de fois (35) où ils le sont
pour des plantes cultivées. Les termes qui servent
de deuxièmes déterminants sont au nombre de
19 ; ce sont à peu près les mêmes que ceux qui
sont utilisés le plus souvent comme premier
déterminant et ils se combinent dans n’importe
quel ordre.
Au niveau taxinomique terminal, que ce soit
avec un ou deux déterminants, on peut dire qu’il
y a souvent coïncidence entre nomenclature et
identification dans la mesure où ces détermi¬
nants rendent compte du caractère qui permet de
distinguer un type de plante d’un autre.
Dénomination des plantes introduites
depuis l’arrivée des Européens
Nous terminerons par quelques remarques sur
le mode de dénomination des plantes cultivées
introduites ; ce sont des plantes d’origine amé¬
ricaine arrivées à Timor à différentes époques,
transmises par les Portugais ou les Hollandais.
Nous avons déjà vu quand nous examinions le
sens des termes de base plusieurs cas pour
lesquels il est difficile de déterminer l’origine des
termes utilisés comme sekal pour la patate douce
et paqol pour le maïs.
Nous avons également signalé comment cer-
Tableau 9. — Les déterminants : deuxièmes déterminants.
Termes ayant un sens dans la langue
Termes pouvant être opposés deux à deux, nombre de fois où ils sont utilisés :
pana « féminin ».
mone « masculin » .
belis «clair».
guzu « foncé ».
bulegen «rouge».
lotu « court ».
legul « long ».
apa « bufle » c’est-à-dire « grand ».
masaq « grand ».
dato « chef ».
mila « esclave ».
Total.
Termes divers.
zon « sauvage ».
gebu got «poils de cul ».
sael gio « excréments de porc » .
ma « bambou ».
zi « serpent ».
laqa «entremetteuse».
Total.
Total des termes ayant un sens. 56
Terme n’ayant pas de sens. 1
Total du nombre de fois où on utilise un deuxième déterminant. 57
Deuxième déterminant appliqué à des plantes sauvages. 22
Deuxième déterminant appliqué à des plantes cultivées. 35
Nombre de termes utilisés pour les deuxièmes déterminants . 19
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
103
taines de ces plantes ont conservé le nom qu’elles
avaient au moment de leur arrivée comme bako
ou lantaro. D’autres, en raison d’une ressem¬
blance d’aspect ont pris le nom d’une plante de
la flore locale, c’est le cas de Lantana camara
qui a pris le nom de la ronce : siol.
Pour ce qui est de la courge, elle a le même
nom de base que d’autres Cucurbitacées, peut-
être de culture plus ancienne à Timor (car elles
sont originaires de l’ancien monde), le con¬
combre et la pastèque, mais qui ont très bien pu
parvenir à Timor aussi tardivement que la
courge.
Dans d’autres cas c’est une analogie entre les
parties utilisées qui est à l’origine de l’attribu¬
tion du terme de base. Ainsi le piment s’est vu
appliqué le nom d’une Pipéracée à fruit poivré, le
Piper retrofractum ; de la même façon, c’est une
ressemblance, assez lointaine il faut l’avouer, de
leur fruit, qui a fait attribuer à la papaye le nom
de Aegle marmelos, dila. Dans ces deux cas le
terme de base seul est utilisé pour la plante
introduite qui a pris plus d’importance que
l’indigène ; cette dernière garde le même terme
de base mais accompagné d’un déterminant,
patal muk gomo « des maîtres du sol » pour le
Piper retrofractum, dila hol « pierre », parce que
son fruit est plus dur, pour Aegle marmelos.
Les ensembles et les niveaux taxonomiques
de rang supérieur à celui où se trouve
le terme de base
La première colonne du tableau 10 nous
indique que 24 ensembles sur 35 sont désignés
par un terme ou une expression ; les ensembles
non nommés étant réduits à 11. Sur le mode de
désignation de ces ensembles il n’y a rien à
ajouter à ce qui a été dit plus haut.
La deuxième colonne nous montre qu’il existe
huit sous-ensembles nommés, tous situés au
deuxième niveau de différenciation taxinomique.
Mais, dans la majorité des cas (29), c’est à ce
niveau que se trouvent les termes de base.
Cependant il peut y avoir jusqu’à six niveaux de
différenciation taxinomique avant d’en arriver au
terme de base, les niveaux intermédiaires n’étant
généralement pas nommés sauf pour les huit
sous-ensembles mentionnés ci-dessus.
Classification
Il s’agit maintenant de déterminer ce qui
constitue véritablement une classe. Pour ce faire
il faudrait pouvoir distinguer avec certitude dans
les éléments retenus comme caractéristiques d’une
plante ceux qui sont utilisés comme critères
d’identification a priori, ou de description a pos¬
teriori, et ceux qui permettent de décider si cette
plante appartient à une certaine classe. Nous
sommes là en face de la même distinction que
celle qui existe dans la botanique scientifique
entre la classification et une clef artificielle
d’identification comme celle que l’on peut trou¬
ver dans des flores destinées au grand public, à
partir, par exemple, de la couleur des fleurs.
Ainsi, dès le début de l’enquête, quand j’ai
commencé à recenser un certain nombre de cri¬
tères servant dans l’identification ou à la distinc¬
tion, même a posteriori, entre deux plantes, j’ai
cru pouvoir construire une clef permettant de
mettre en évidence des classes à partir des
caractéristiques des tiges, ce qui correspondait à
ce que d’autres chercheurs avaient trouvé ailleurs
et que l’on a appelé « les formes du vivant » :
et ligneuse formée par la base
des pétioles de mo-
nocotylédones
Cependant, comme je l’ai signalé plus haut
(p. 85), parce que ces caractéristiques étaient
utilisées à différents niveaux hiérarchiques, je me
suis rapidement rendu compte que je me trouvais
en contradiction avec les regroupements qui
apparaissaient par ailleurs dans l’enquête à tra¬
vers le discours quotidien ou dans le langage
mythique ou rituel.
J’ai donc dû partir simultanément des deux
types de classes qui se présentaient à moi : celles
désignées par un certain terme de base et pou¬
vant former ce que j’ai appelées « séries » ; celles
qui sont constituées par des plantes portant des
termes de base différents et que j’ai appelées
« ensembles » (c’est ce dont rend compte la
numérotation des colonnes du tableau 10).
Certains de ces ensembles sont entre eux dans
des rapports d’inclusion hiérarchisés ; ainsi balo
Source : MNHN, Paris
Tableau 10. — Niveaux de différenciation taxinomique nommés.
(le, ensemble, .ouligné, son. cens qui sont désigné, par nn terme on une e*pre,,ion ; tt + d indique que le terme de ta»
n’est utilisé qu’avec un déterminant;
Ensemble Sous ensemble
nommés
Niveau du terme de base Niveau du 1" déterminant Niveau du T
au dessous du terme de base déterminant
2
3
4
5
6
- 1
- 2
- 3
- 4
- 1
- 2
1
1.1 balo me
X
X
x
XX
X
X
2
X
X
XX
3
x
X
X
4
4.1 nctel hôtel none
X
X
X
5
x
X
6
6.1 mun masaq
6.2 mun gol
»
-
*
x
XXX
7
x
x
X
X
X
X
8
X
x
9
9.3 lolon win
9.5 an
9.6 kolun
x
x
x
XXX
x
10
X
x
11
x, x + d
12
X
X
XX
13
x
x
x
14
14. pur kabokeq
X
X
X
X
XX
X
15
X
X
16
x,x + d
17
X
X
18
x
X
19
X
X
20
X
X
21
x
X
22
x
X
23
-
x+’d
X
24
«
x + d
X
X
X
x
25
X
26
X
X
X
27
X
X
28
X
X
XX
X
29
X
X
30
X
X
31
x,x + d
X
x
32
X
X
33
X
X
34
X
35
X
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
105
me à l’intérieur de balo dik (1) ou lolon win à
l’intérieur de lepu guk (9) mais comme on peut
le constater dans le tableau 10, ces cas sont
relativement peu nombreux et ceci ne concerne
que 5 ensembles sur 35. Par contre il n’y a aucune
relation hiérarchique entre ces 35 ensembles que
j’ai pu mettre en évidence et je les ai donc tous
placés au même niveau : celui du rang immédiate¬
ment inférieur à celui du règne végétal ; ceci,
même dans le cas de hôtel il bul (16) qui peut
pourtant être considéré comme inclus dans hôtel
susuqil (14), parce que tous les arbres qui en font
partie appartiennent aussi à cet ensemble, mais
sans que cela implique une hiérarchie des critères
d’appartenance à l’un ou à l’autre.
Cependant je me suis alors heurtée à une autre
difficulté : toutes les plantes d’une même série
n’appartiennent pas forcément au même en¬
semble et comme il a été signalé dans l’exposé sur
la façon dont a été établi l’inventaire, il peut y
avoir discordance entre nomenclature et classi¬
fication. Certaines plantes apparaissent ainsi
comme intermédiaires entre deux ensembles :
celui dans lequel est intégrée la majorité des
plantes de la même série et celui auquel elle
appartient elle-même ; c’est ce que j’ai appelé une
« plante-pont ». D’autres font partie de plusieurs
ensembles à la fois : j’utilise pour les désigner
l’expression de « plante-nœud ».
Par contre 34 types de plantes n’appartiennent
à aucun ensemble.
Dans le tableau 11, les ensembles ont été
classés selon le type de critères sur lesquels
ils sont fondés. Pour leur majorité (totalisant
415 types de plantes sur 787) il s’agit de carac¬
téristiques biologiques (morphologiques, anato¬
miques ou écologiques).
Les rapports que l’homme entretient avec les
plantes jouent également un rôle important dans
l’établissement de ces ensembles mais ils n’inter¬
viennent que sur un plan pratique : alimentation,
construction, tissage, teinture, etc. Cependant
l’utilisation médicinale n’est pas prise en compte,
mais il s’agit là exclusivement des données re¬
cueillies à Abis ; il se peut qu’il n’en soit pas
de même ailleurs à Lamaknen l9 .
On ne trouve donc dans les critères sur
lesquels sont fondés ces ensembles aucune allu¬
sion à l’usage rituel des plantes, à leur rôle dans
la littérature orale ou aux interdits dont elles
sont frappées.
Ainsi nous n’avons pas rencontré de « lignées »
de plantes issues des plantes primordiales appa¬
rues au début des récits mythiques, le bétel, la
noix d’arec, puis les mères des arbres et des
lianes utilisées dans la construction des mai¬
sons. Il n’y a pas trace non plus dans la
classification des rapprochements établis entre
Tableau 11. — Différents types d’ensemble et nombre de types de plantes pour chacun d’entre eux.
Groupements fondés sur l'utilisation,
1. balo dik «taro igname».
2 . ho tir «dolique ambrevade».
17. hôtel deu goq : les bois de construction.
24. titiq ual « parer ployer ».
30. hôtel goq gia : les arbres fruitiers .
31. uor : les légumes.
33. taun gutu gie : les plantes qui accompagnent l’indigo
34. succédanés du bétel.
Total . .
Groupements fondés sur des caractéristiques morphologiques
2. autres plantes à wo.
3. plantes proches de in .
5. goq ni gonor « fruits sur (les) feuilles ».
8. plantes proches de iqi .
9. lepu guk «entrenœud nœud».
12. u « (les) herbes » .
nombre de types de plantes inclus
. 60
. 44
. 50
. 20
. 22
. 17
. 4
. 3
. 220
15
11
15
9
116
33
19. Ainsi dans Friedberg 1970, on trouvera une allusion à une catégorie de « remèdes froids de kaluk » dont les
informateurs de Weluli avaient fait état.
Source : MNHN, Paris
106
CLAUDINE FRIEDBERG
18. plantes proches les unes des autres (sis et ai besi , ...) ..
19. plantes proches les unes des autres ( emar . tewe goq , ...)
20. plantes proches de zmI .
21. plantes proches de zaloq. bol meta et wana
22. plantes proches de zoqu et ziek
23. ensemble itii, ai malu lai et maqu guzu
25. ensemble iu obot
27. hôtel sahe «arbre vert-jaune clair»
28. gobuq geruk « protubérances épines »
35. ensemble de complaisance?
Total .
Groupements fondés sur les caractéristiques biologiques
4. nctel dutula « racines (qui) se posent elles-mêmes
14. hôtel susuqil : les plantes à latex.
15. hôtel il sagal « arbres eau chercher ».
Total .
Groupements fondés sur les caractéristiques écologiques
10. bula gie « de bula ». 7
11. il gie «de l’eau». 5
16. hôtel il bul « arbres eau base ». 11
26. kesi «arbustes». _15
Total . 38
Groupements fondés sur des caractéristiques morphologiques liées à l’utilisation
6. mun « lianes ». 59
13. hôtel upan gutu «arbres avec upan». 33
32. goq gugul « fruit enrouler » . 8
Total. 100
Groupements fondés sur des caractéristiques écologiques et sur l'utilisation
29. tinoq gie «appartenant au chaud». 12
Types de plantes rattachés à une autre plante figurant dans les groupements précédents
36. 6
Types de plantes n'appartenant à aucun ensemble
37. _34
Total . 787
Note : Ce total ne peut être l’équivalent du total des nombres de types de plantes traités (695) puisque certains types de plantes
figurent dans plusieurs ensembles.
23
33
_n
67
6
6
10
18
9
7
2
4
43
_6
310
certaines plantes et certaines parties du corps
humain à l’occasion du mythe d’origine des
plantes cultivées.
11 faut d’ailleurs remarquer que les parties du
corps du héros sacrifié qui sont à l’origine de
chaque plante cultivée, ne sont pas les mêmes
selon les versions ; les analogies ainsi proposées
se font sur une base morphologique et n’ont
aucune signification taxinomique. Par exemple,
les oreilles donnent des champignons ; les pu¬
pilles, l’ambrevade (dont les grains sont ronds
et brun foncé); les doigts de pied et de main,
l’arachide; généralement les différentes sortes
d’ignames ont pour origine des parties du corps
dont leur tubercule évoque la forme ; le maïs a
pour origine les dents et le riz les vers qui
s’installent dans le cadavre.
La plupart des plantes que connaissent les
Bunaq se trouvent donc classées à l’intérieur
d’un certain nombre d’ensembles d’importance
très variable, le plus important lepu guk (9)
comportant 116 types de plantes et le plus petit
iu obot (25) n’en ayant que deux (voir le ta¬
bleau 12). Mais on peut aussi considérer cette
mise en ordre du monde végétal comme un vaste
réseau dans lequel on peut, en allant d’un type de
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
107
Tableau 12. — Liste des ensembles dans l’ordre dégressif du nombre de type de plantes appartenant à chacun d’entre-eux.
9. lepu guk «entrenœud nœud». 116
1 . balo dik « taro igname ». 60
6 . mun « lianes ». 59
17. hôtel deu goq : arbres de construction . 50
7. ho tir « dolique ambrevade ». 44
28. gobuq geruk « protubérances épines ». 43
37. plantes et séries n’appartenant à aucun ensemble. 34
13. hôtel upan gutu « arbres avec upan ». 33
14. hôtel susuqil : les arbres à latex. 33
12. u « les herbes ». 23
4. netel dutula « racines (qui) se posent elles-mêmes ». 23
30. hôtel goq gia : les arbres fruitiers . 22
24. titiq ual « parer, ployer » . 20
21 . ensemble d’arbres proches de zaloq , bol meta, wana . 18
31. uor : les légumes. 17
2. autres plantes à wo. 15
5. goq ni gonor « fruits sur (les) feuilles ». 15
26. kesi « arbustes ». 15
29. tinoq gie «appartenant au chaud». 12
3. plantes proches des in . 11
15. hôtel il sagal : les arbres qui cherchent l’eau. 11
16. hôtel il bul « arbres eau base ». 11
20 . ensemble d’arbres proches de zul . 10
22. ensemble d’arbres proche de zoqu et de ziek . 9
8 . ensemble des plantes proches de iqi . 9
32. goq gugul « fruit enrouler » . 8
10. bula gie « de bula » . 7
23. ensemble de trois petits arbres (itil, ai malu lai, maqu guzu) . 7
18. petit ensemble d’arbres proches les uns des autres (sis, ai besi , ...). 6
19. petit ensemble d’arbres proches les uns des autres ( emar, tewe goq, ...) . 6
35. ensemble de complaisance. 6
36. plantes n’entrant dans aucun ensemble mais proche d’une autre plante. 6
11 . il gie « de l’eau ». 5
27. hôtel sahe « arbres, vert-jaune clair ». 4
33. taun gutu gie : les plantes qui accompagnent l’indigo. 4
34. succédanés du bétel. 3
25. ensemble iu obot. 2
plante à un autre qui lui est proche, en passant
par les « plantes-ponts » et les « plantes-nœuds »,
parcourir la totalité de la flore du Haut Lamak-
nen.
C’est cette autre représentation de l’ordon¬
nancement des plantes que tentent d’illustrer les
schémas des figures 33 à 40 dans lesquels j’ai
essayé de montrer les rapports de ressemblance
et de distinction (les choix dichotomiques sont
précisés) entre types de plante, tels que les Bunaq
me les ont exposés et dont j’ai rendu compte de
façon détaillée dans l’inventaire. Ce que ces
figures se proposent également de représenter
c’est Y enchevêtrement des ensembles quand on
les considère du point de vue des rapproche¬
ments établis par l’intermédiaire des plantes qui
appartiennent à plusieurs d’entre eux.
Une question demeure cependant posée :
pourquoi une plante est-elle rattachée à un
ensemble plutôt qu’à un autre alors qu’elle
possède les caractéristiques des deux. Ainsi pour¬
quoi des lianes à latex appartenant à la famille
des Apocynacées comme lapulos (6.1.2.4.) ou des
Asclepiadacées comme mun suqil ne figurent pas
dans l’ensemble hôtel susuqil ? Ou pourquoi les
dik taliq, ignames à tige épineuse et volubile
classées en 1.2. 1.1. 2 ., ne figurent ni dans mun
« les lianes » ni dans gobuq geruk l’ensemble des
plantes à épines?
On voit donc apparaître ici un principe sou¬
vent utilisé dans les classifications scientifiques,
celui de la subordination des caractères avec cette
différence que ce principe n’est pas absolu et ne
peut servir pour l’ensemble de la classification.
Source : MNHN, Paris
108
CLAUDINE FRIEDBERG
Ainsi pour les exemples qui viennent d’être
donnés peut-on établir la hiérarchie suivante
entre les caractères :
tubercules comestibles > épines > tige volubile ou
sarmenteuse > latex.
Par contre pour oe (6.1.6.1.), le rotin, liane
à nœuds et à épines qui ne figure que dans
l’ensemble mun, certains des caractères donnés
ci-dessus sont dans une séquence hiérarchique
inverse :
tige volubile ou sarmenteuse > épines et nœuds
De la même façon pour ema tala mun , une
Cucurbitacée crassulante à tige volubile et à
épines qui figure à la fois dans les plantes à latex
(14.3.2.3.) et dans celles à épines (28.25.3.), mais
non pas dans les lianes, malgré la présence du
terme mun en déterminant, on a :
latex et épines > tige volubile
Il est donc bien difficile de prévoir comment va
être appliqué le principe de subordination des
caractères dans chaque cas précis. Pour ce qui est
de lapulos il est certain que le fait de pouvoir
être utilisé comme lien est plus important que
celui de contenir du latex ; de la même façon ema
tala mun est surtout caractérisé par son suc qui
est utilisé comme médecine par certains ou par
ses épines qui en font une espèce que l’on pourra
planter dans les haies. Pour mun suqil il est
plus difficile de savoir pourquoi elle est placée
dans un ensemble plutôt que dans un autre.
Cependant je pense que l’on peut affirmer que
pour de nombreuses plantes qui ne servent pas
de liens et qui sont placées dans l’ensemble mun,
elles s’y trouvent en quelque sorte par défaut
puisqu’elles ne possèdent aucune autre carac¬
téristique qui permettrait de les placer dans un
autre ensemble. Certaines pourtant appartien¬
nent à un autre ensemble comme beleluq, qui fait
aussi partie des légumes (uor) et certains habi¬
tants d’Abis y placeraient sans doute aussi les
Cucurbitacées à fruits comestibles désignées par
le terme de base ope.
J’ai expliqué comment dans l’inventaire j’avais
constitué l’ensemble u « les herbes » également
par défaut, guidée par la présence du mot u dans
leur terme de base et parce qu’on ne pouvait les
mettre nulle part ailleurs.
En effet, le caractère ligneux, herbacé ou
lianescent est le plus souvent considéré comme
un caractère secondaire à moins qu’il ne soit lié à
l’utilisation : lien ou bois de construction. On le
trouve même pour distinguer des taxa terminaux,
ainsi pour tupa hôtel et tupa mun (6.1.1.1.2.) ou
subeteq hôtel et subeteq mun (6.2.1.1. et 21.11).
Si la forme que prend la tige peut être utilisée
à différents niveaux de différenciation taxono¬
mique, par contre un certain nombre de critères
antinomiques ne figurent, eux, qu’à des niveaux
terminaux ou préterminaux, et, dans tous les cas,
à l’intérieur des séries ; ainsi :
cultivé/sauvage
comestible/non comestible
utilisé/non utilisé
clair/foncé
grandes feuilles/petites feuilles
à fruit/sans fruit.
Nous avons vu dans le chapitre précédent
comment ces caractères antinomiques peuvent
ou non se manifester dans la nomenclature par
les termes opposés suivants :
loi/zon (pour les trois premières oppositions)
belis/guzu (pour la quatrième)
pana/mone (pour les deux dernières)
Cependant nous n’avons jamais vu utiliser
dans la classification, à quelque niveau taxino¬
mique que ce soit, l’opposition chaud/froid ;
mais il ne faut pas oublier qu’une même plante
peut être, selon ses stades de croissance ou selon
les parties que l’on envisage, chaude ou froide.
Entre les ensembles définis par un ou quelques
critères en nombre limité et, à l’autre extrémité
du système classificatoire, les niveaux taxino¬
miques situés à l’intérieur des séries où l’on
peut souvent observer une coïncidence entre
identification, nomenclature et classification, il
peut exister plusieurs niveaux de différenciation,
variant de un à cinq selon les ensembles (voir
tableau 10) pour parvenir à l’attribution d’un
terme de base. Mais si ce nombre peut donner
une idée de la structure interne de chaque
ensemble, il ne peut rendre compte des rappro¬
chements établis entre tel et tel type de plante, ce
que, en revanche, j’ai tenté de montrer dans les
schémas classificatoires (fig. 33 à 40).
Source : MNHN, Paris
SCHÉMAS FOURNISSANT UNE REPRÉSENTATION GRAPHIQUE
QUI S’EFFORCE DE RENDRE COMPTE DES RAPPORTS ENTRE LES ENSEMBLES
ET ENTRE LES DIFFÉRENTS TYPES DE PLANTES COMPOSANT CES DERNIERS
Conventions graphiques
Pour des raisons de commodité graphique et de facilité de lecture nous avons adopté pour les schémas des conventions
d’écriture différentes de celles du texte. Ainsi les noms de plantes et la numérotation des ensembles n’est pas toujours en gras.
Quand on a pu les indiquer, les noms des ensembles sont en majuscules, sinon seule leur numérotation apparaît.
Sont entourés :
d’un trait plein : les ensembles,
d’un tireté : tous les regroupements à statut hiérarchique inférieur, c’est-à-dire les sous-ensembles et les séries.
_ rapports de différenciation entre deux plantes
.rapports de ressemblance entre deux plantes, en particulier entre les «plantes-pont»
cd : choix dichotomique entre deux caractères
Source : MNHN, Paris
110
CLAUDINE FRIEDBERG
BALO DIK
à tige (ne)
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
111
Fig. 34. — Rapports entre les premiers ensembles présentés : les « plantes-ponts » et les chevauchements.
1 = Balo dik, les tubercules.
2 = Autres plantes à wo.
3 = Plantes proches des in.
4 = Netel dutula « racines qui se posent elles-mêmes ».
5 = Goq ni gonor « fruits sur les feuilles ».
6 = Mun « lianes ».
7 = Ho tir, les « haricots ».
8 = Ensemble proche de iqi.
9 = Lepu guk, les plantes à nœuds.
10 = Bula gie, les plantes de prairie.
11 = Il gie, les plantes qui poussent dans l’eau.
Source : MNHN, Paris
112
CLAUDINE FRIEDBERG
Fig. 35. L ensemble mun « les lianes » et ses rapports avec d’autres ensembles.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ H3
hap u hoqi
7.11 7.10 hoqi
non cultivé cultivé
I I
ho luke gol ho bure
Fig. 36. — L’ensemble 7, ho tir, les « haricots ».
Source : MNHN, Paris
114
CLAUDINE FRIEDBERG
Fig. 37. — Autour de l’ensemble 9, lepu guk, «les plantes à nœuds».
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
115
Ensemble 14, hôtel susuqil, « les plantes à latex ». Rapports avec les ensembles 23, 24, 28, 29 et 32. Exemple d’une
ante-nœud » : UKAQ MASAQ.
116
CLAUDINE FRIEDBERG
Autour de l’ensemble 17, hôtel deu goq, « les arbres de construction
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
117
23.3.2.2
Source : MNHN, Paris
118
CLAUDINE FRIEDBERG
En définitive, à défaut d’une définition des
termes de base le plus souvent absente, c’est la
façon dont les types de plantes sont situés les
uns par rapport aux autres et les séries dans
lesquelles ils sont placés qui peut le mieux
caractériser ce que représentent chacun de ces
termes aux yeux des Bunaq.
Ici encore on peut constater qu’il y a deux
situations extrêmes : l’une, celle de plantes qui
ne sont incluses dans aucun ensemble et que l’on
ne rapproche d’aucun type de plante, l’autre,
celle des plantes surdéterminées car situées dans
plusieurs catégories à la fois.
Les premières sont en nombre relativement
réduit (34 types de plantes) et je ne leur ai trouvé
aucun caractère commun. Certaines jouent un
rôle important dans la vie des Bunaq et ne sont
pas rares à Lamaknen ; ainsi en est-il de nenuq
(Morinda citrifolia ) dont la racine est utilisée
pour teindre en rouge, du santal ( turul) et sur¬
tout du bancoulier ( barut ) dont la noix était jadis
la seule source d’éclairage ; d’autres comme ili
goru sont importantes dans les mythes mais
poussant dans les lieux inaccessibles aux habi¬
tants de Lamaknen et ne jouant aucun rôle dans
leur vie quotidienne. Certaines sont des plantes
cultivées d’introduction plus ou moins récente
comme le café ( kopi ), le tabac ( bako ) ou le
coriandre ikowenter) ; d’autres, sauvages, sans
utilité, sont très communes, comme niel ( Timo-
nius timon) ou rares comme hari diru, un Bégo¬
nia ; mi selek (Plumbago zeylanica ) est une
mauvaise herbe très commune dont les pro¬
priétés vésicantes sont connues de tous, hôtel ewi
(.Mallotus philippensis) est un arbre qui occupe
une place privilégiée autour de l’autel collectif
des villages.
Il est dans ces conditions bien difficile de dire
pour quelle raison des plantes sont considérées
comme proches d’aucune autre plante ou n’ap¬
partenant à aucun ensemble.
Mêmes difficultés pour comprendre ce que
représentent les plantes-nœuds et les plantes-
ponts. Elles sont en nombre relativement impor¬
tant (88) parmi lesquelles une grande majorité
(78) qui n’appartiennent qu’à deux ensembles,
huit qui font partie de trois et deux seulement de
quatre. Ce sont ukaq masaq ( Calotropis gigan-
tea) et gela ( Bombax ceiba). Ces deux plantes
jouent un rôle important dans les mythes mais
pour des qualités qui ne sont pas celles qui
permettent de leur donner leur place dans la
classification.
Encore peut-on dire que le rôle de plante
primordiale joué par ukaq dans le récit des
débuts du monde terrestre qui est, nous l’avons
vu, lié à ses qualités de plante pionnière, peut
être aussi interprété comme la conséquence du
fait qu’elle pousse dans les lieux chauds c’est-à-
dire sans végétation.
Gela est un des arbres les plus remarquables
du paysage timorais, dominant de sa haute taille
la végétation ; il se couvre de fleurs rouges alors
qu’il est encore dépouillé de ses feuilles juste
avant la saison des pluies. Dans les mythes il
joue le rôle d’asile pour les oiseaux qui fuient les
chasseurs et pour cette raison son nom est
symbole de paix et de refuge contre le danger.
Pourtant sa place dans la classification n’a aucun
rapport avec cet aspect symbolique.
Ces deux plantes qui sont celles qui appar¬
tiennent au plus grand nombre d’ensemble,
occupent certes des positions particulières dans
la culture bunaq, positions liées à leurs parti¬
cularités biologiques. Mais il existe d’autres
plantes jouant également un rôle important dans
la culture bunaq et qui ne sont pas pour autant
dans plusieurs ensembles, parfois même dans
aucun, comme nous venons de le voir.
Pour les plantes qui appartiennent à trois
ensembles on ne peut pas relever de particula¬
risme frappant, si ce n’est que sur huit plantes
nous avons trois Ficus, dont un n’existe même
pas sur le territoire de Lamaknen et dont je n’ai
recueilli qu’un seul échantillon sur une place de
village au sud de Lolotoen ; une de ces plantes
siol, qui est ici le Lantana camara, d’origine
américaine, et non les ronces autochtones,
n’existe à Timor que depuis le début du siècle
mais elle y couvre maintenant des espaces impor¬
tants ; quant à wana (Melochia umbellata) c’est
un arbuste qui est cité dans les mythes ema
comme devant être semé sur les champs aban¬
donnés pour en garantir la fertilité à l’essartage
suivant.
On peut cependant remarquer que les en¬
sembles auxquels appartiennent les plantes qui
font partie de plus de deux d’entre eux sont en
nombre limité comme le montre le tableau 13 ;
ceux qui reviennent le plus souvent étant les
ensembles 14, 16, 17, 24 et 32.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
119
Tableau 13. — Plantes appartenant à plusieurs ensembles à la fois.
Nom des Plantes Différents ensembles auxquels elles appartiennent
Same kara
I
6
24
netis
6
26
34
pur ai laqe
14
16
27
tau
14
16
24
teor
14
16
17
ukaq masaq
14
24
29
32
gela
17
28
32
35
siol
17
28
30
wana
17
21
24
itil
14
23
32
La classification botanique BUNAQ et la taxinomie scientifique
Différentes façons
DE DÉSIGNER UN TAXON TERMINAL
DANS LA CLASSIFICATION BOTANIQUE BUNAQ
ET CORRESPONDANCE AVEC LA TAXINOMIE
ET LA NOMENCLATURE SCIENTIFIQUE
Il ne s’agit pas ici de comparer deux systèmes
difficilement comparables puisque leurs objectifs
ne sont pas les mêmes. Simplement et afin de
faciliter la discussion, nous allons repérer à quels
taxons scientifiques correspondent les taxons
bunaq en nous fondant sur le système de
nomenclature.
Rappelons tout d’abord que la nomenclature
ne rend pas toujours compte des distinctions les
plus fines effectuées par les Bunaq. Nous avons
vu comment dans certains cas j’ai dû faire
préciser les termes d’appellation de plantes qui
m’apparaissaient différentes et l’étaient aussi aux
yeux des informateurs, mais ils n’avaient pas jugé
utile de les différencier dans la nomenclature.
Cependant ces cas sont relativement rares et
généralement il y a chez les Bunaq coïncidence
entre perception et dénomination.
Trois cas peuvent se présenter :
1) le taxon terminal est désigné par un terme de
base seul :
exemple : barut, bin, tau, besak, hepa, iu, titi, ai
baie, puli, ili goru.
2) le taxon terminal est désigné par un terme de
base et un déterminant :
exemple : sekal zon, balo sai katoq, dik kakaq
giri, zoil guzu, ipi suqil, ziek belis.
3) le taxon terminal est désigné par un terme de
base plus deux déterminants :
exemple : dik kira pana, mok luan legul, kibu
guzu sael gio, ipi se ban dato.
Voici à quoi correspond chacun de ces
cas dans la taxinomie scientifique (voir le ta¬
bleau 14) :
Dans le cas 1)
a) à une espèce :
— c’est le cas des genres monospécifiques dans
la région :
barut = Aleurites moluccana
bin = Tetrameles nudiflora
— c’est le cas lorsque les autres espèces du
même genre existant dans la région portent un
autre nom de base :
tau = Ficus ràcemosa
teor = Ficus variegata
Chaque espèce de Ficus porte un nom de base
différent sauf ceux à racines aériennes qui sont
désignés par le terme de base pur et ceux appelés
Source : MNHN, Paris
120
CLAUDINE FRIEDBERG
Tableau 14. — Correspondance classification bunaq/classification scientifique.
Nombre total de genres traités. 399
Nombre total d’espèces traitées. 532
Termes de base correspondant à :
une seule espèce. 2 ^®
plusieurs espèces d’un même genre..•_... 23
plusieurs espèces de genres différents appartenant à une même famille. 34
plusieurs espèces de genres différents appartenant à des familles différentes. 43
plusieurs formes d’une même espèce. 12
Cas particuliers :
ai kerelulu : désigne plusieurs Loranthacées
ai baie : désigne toutes les Orchidées terrestres
hôtel getveqel got : désigne tous les lichens chevelus
ili goru : désigne actuellement à Abis, toutes les mousses
erol au sujet desquels règne une certaine confu¬
sion (voir en 14.1.).
besak (ou aralai) = Acacia leucophloea
Les autres espèces d’ Acacia portent des noms
de base différents :
A. or aria = ai besi
A. farnesiana = ai loqok
A. pennata = busa kuku.
Mais ce dernier terme est aussi appliqué à
deux autres plantes appartenant à des familles et
des genres différents, et qui sont également
épineuses. Il faut de plus remarquer que tous les
noms attribués à ces Acacia (sauf peut-être
aralai) sont en tetun.
hepa = Albizia tomentalla
Les autres espèces d'Albizia portent les noms
suivants :
A. procera = zul
A. chinensis = e
A. lebbekoides = koban.
b) à un genre :
iu = à ma connaissance il n’y avait, sur le
territoire de Lamaknen, que deux espèces de
Cordia et ce serait donc à l’ensemble des repré¬
sentants du genre, tel qu’il se présente à eux, que
les bunaq attribuent ce terme.
tili — il me semble que, de la même façon, ce
terme désigne tous les représentants du genre
Thunbergia.
c) à une partie d’une famille :
ai baie = ce terme désigne toutes les Orchidées
terrestres.
d) à une partie d’un ordre :
puli = ordre des Eufilicales dans la classe des
fougères (Felicinae).
e) à une classe :
ili goru = la classe des mousses à l’intérieur de
l’embranchement des Bryophites.
Dans le cas 2)
a) à une espèce :
sekal zon = Stictocardia neglecta
balo sai katoq = Colocasia indica
zoil guzu = Alstonia spectabilis.
b) à une variété qu’il faudrait pouvoir définir
génétiquement :
ipi suqil = une variété d'Oryza sativa, le riz.
c) à un clone qu’il faudrait pouvoir définir
génétiquement :
dik kakaq giri = est un clone de l’espèce
Dioscorea esculenta.
d) à une forme non reconnue par les botanistes :
ziek belis = la forme de Pittosporum molucca-
num qui pousse en basse altitude.
Dans le cas 3)
a) une espèce :
kibu guzu sael gio = Malvastrum coromande-
lianum (il faut remarquer que kibu guzu, une
espèce d’un autre genre, Urena lobata, apparte¬
nait aussi à la famille des Malvacées).
b) une variété qu’il faudrait définir génétique¬
ment :
ipi seban dato = une variété d'Oryza sativa.
c) un clone :
dik kira pana = un clone de Dioscorea alata
mok luan legul = un clone de bananier, actuel¬
lement défini par les botanistes par un génome.
Ce qui frappe tout d’abord quand on compare
la classification botanique bunaq à la classifica¬
tion scientifique c’est que la façon de dénommer
les taxons terminaux y est différente : dans la
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
121
nomenclature scientifique il faut au minimum
deux termes, celui qui définit le genre et celui qui
définit l’espèce ; on peut, dans certains cas, être
obligé d’y ajouter un nom de sous-espèce ou de
variété mais on ne trouvera jamais un terme seul.
Or, en bunaq, plus de la moitié des termes de
base désignant des plantes (255/376, soit 68 %)
sont utilisés seuls.
Réciproquement une formule binomiale bunaq
ne correspond pas forcément à une espèce
botanique mais peut, surtout dans le cas des
plantes cultivées, servir à désigner des taxons qui,
dans la classification scientifique, sont hiérarchi¬
quement inférieurs à l’espèce : variétés ou clones.
Dans ce dernier cas, le découpage différent opéré
par les deux classifications et dont rend compte
la nomenclature peut s’expliquer par la grande
distance apparente entre la plante cultivée, qui
est venue d’ailleurs à un stade de domestication
déjà avancée, et toute autre plante sauvage
autochtone.
Mais les faits sont souvent plus complexes,
ainsi ipi, terme qui désigne le riz, c’est-à-dire
l’espèce Oryza sativa, est aussi attribué à un
roseau appelé ipi gemel (11.2) «riz génitrice»
non pour des raisons de ressemblance morpholo¬
gique mais de rapports écologiques et analo¬
giques : cette plante que l’on trouve dans les
lieux qui conviennent aussi au riz, qui a le même
type de feuilles allongées et une inflorescence
remarquable (appelée « massette » en français),
est considérée comme la « mère » du riz.
Chaque fois qu’un genre monospécifique dans
une région est désigné par un terme de base seul,
cela peut paraître tout aussi légitime que lorsque
l’on désigne l’unique espèce de Corypha ou de
Borassus qui pousse à Timor par leur seul nom
de genre. Cependant il existe de nombreux genres
comportant plusieurs espèces dont chacune est
désignée par un terme de base différent et utilisé
sans déterminant ; c’est le cas des Acacia, des
Albizia, mais aussi des Planchonia, des Hibiscus,
etc. et partiellement des Cassia, des Ficus, des
Piper, etc.
Par ailleurs on peut avoir l’impression que
les Bunaq établissent pour certaines de leurs
plantes cultivées des distinctions plus subtiles
que les botanistes. En effet, ces derniers semblent
se contenter d’un binôme pour désigner, par
exemple, toutes les formes de grande igname,
Dioscorea alata, alors que pour les Bunaq, si
cette espèce est effectivement désignée par un
binôme, dik loi (1.2.1.1.), à chacun des dix-
huit clones qu’ils connaissent pour cette igname
est attribué un ou deux déterminants. Il faut
ajouter que, dans ce cas précis, le terme loi qui
est en fait le premier déterminant n’est pas
répété.
En réalité, dans la classification scientifique,
les formes différentes de grande igname, qui sont
des clones, devraient chacune être définies par un
génome. Mais dans la majorité des cas les
répertoires des génomes de plantes cultivées
n’ont pas été établis ; les botanistes se sont
généralement préoccupés des seules plantes sau¬
vages, abandonnant les autres, celles qui vivent
dans le sillage de l’homme, qu’elles soient réelle¬
ment cultivées ou simplement domestiquées, aux
agronomes. Or ces derniers ont été longtemps
plus préoccupés de créer des variétés nouvelles
avantageuses pour l’homme que de dénombrer
celles qui sont multipliées par les agricultures
traditionnelles.
La distinction de variétés à l’intérieur d’une
même espèce n’est pas réservée aux seules plantes
cultivées. Nous avons vu comment les Bunaq
peuvent aussi distinguer des formes à l’inté¬
rieur de l’espèce Micromelum minutum (26.10 et
23.3.2.2) ou de Pittosporum moluccanum (22.2.1).
En revanche les Orchidées terrestres sont toutes
appelées ai baie, peut-être parce que leur rhizome
est toujours utilisé de la même façon comme
source d’amidon (w teu l’est aussi, mais c’est
une Orchidée épiphyte qui pousse sur les arbres)
et le terme puli désigne des fougères appartenant
à des familles différentes mais qui toutes peuvent
être consommées quand elles sont jeunes.
Les séries et ce qu’elles représentent
DANS LA CLASSIFICATION SCIENTIFIQUE
(voir tableau 14)
Les séries de plantes portant un même nom de
base sont le plus souvent formées de végétaux
entre lesquels existent des ressemblances mor¬
phologiques ou des analogies. Du point de vue
de la correspondance avec la classification scien¬
tifique on peut distinguer les cas suivants :
a) séries formées de variétés ou de clones
d’une même espèce de plante cultivée : exemple,
bukas pour les variétés de sorgho, hoza pour les
variétés de cocotier, mok pour les clones de
bananier.
Source : MNHN, Paris
122
CLAUDINE FRIEDBERG
b) séries formées par des variétés ou clones
de plantes cultivées appartenant à des espèces
proches d’aspect ou présentant des analogies
auxquels s’ajoutent des espèces de plantes sau¬
vages ayant une ressemblance avec les précé¬
dentes; c’est le cas de la série balo (1.1.1.1.)
dans laquelle on trouve des clones de Colocasia
esculenta, le taro, sans doute un seul clone de
Xanlhosoma nigrum, le chou caraïbe et encore
d’autres Aracées qui ne sont pas cultivées : Alo-
casia indica, Colocasia indica et Arisaema sp. ;
c’est aussi le cas de la série ho (7.1.) qui con¬
tient : trois espèces de Vigna, un Hibiscus et une
euphorbe cultivés, plus un Phaseolus et deux
Cassia sauvages.
c) séries formées par différentes espèces de
plantes sauvages appartenant à un même genre ;
ainsi lawal pour les deux espèces d 'Erythrina
existant à Lamaknen ; zoil pour celles d'Alsto-
nia, pur pour les banians, etc.
d) séries formées par des espèces appartenant
à des genres différents d’une même famille ou de
familles proches ; c’est le cas de la série kibu
(24.22.1.) qui inclut diverses Malvacées apparte¬
nant aux genres suivants : Urena, Sida, Hibis¬
cus, Malvastrum, Abutilon, et Triumfetta qui
est une Tiliacée ; c’est aussi le cas de la série aq
qui contient plusieurs Solanacées, au moins trois
Solarium et la tomate ( Lycopersicum ) ; ou enfin
celui de la série e (20.4.) où l’on trouve trois
genres de Légumineuses : Albizia, Aeschynomene
et Smithia.
é) séries formées d’espèces appartenant à des
genres entrant dans des familles d’un même
ordre; par exemple la série emar (19.1.) qui
contient à la fois une Méliacée et deux Rutacées,
deux familles de l’ordre des Térébenthinées.
f) séries formées d’espèces appartenant à des
genres entrant dans des familles n’ayant aucun
lien entre elles ; ainsi en est-il pour la série orel
gie pu (17.6.11.) qui comporte une Méliacée et
une Araliacée, ou turul (37.1.8.1.) qui comporte
une Santalacée et une Elaeocarpacée.
g) séries formées de plantes appartenant à des
embranchements différents : tueq qui désigne à la
fois un Palmier et une fougère.
Quand on examine ces différents cas il semble
que l’on puisse toujours trouver le moyen de
mettre en évidence le rapprochement, par res¬
semblance ou analogie, qui justifie que deux
plantes puissent être incluses dans une même
série. Ce qui gêne plutôt c’est que l’on a
l’impression qu’il pourrait y avoir bien d’autres
cas où de tels rapprochements auraient pu être
établis et qu’ils ne l’ont pas été. Ainsi, pour ne
prendre que des Légumineuses pourquoi mettre
dans la même série e des petites plantes herba¬
cées et un grand arbre comme Albizia ; alors que
pour les Cassia il existe trois noms de base
différents, ho keloq pour des arbustes, tomol et
arus pour des arbres qui présentent somme toute
plus de ressemblances que les différentes plantes
de la série e.
On a vraiment l’impression quand on compare
la classification botanique bunaq et la classifica¬
tion scientifique qu’il s’agit là de deux grilles
différentes appliquées sur la réalité, chacune
ayant des mailles plus ou moins serrées selon les
domaines du monde végétal, et qui ne coïncident
qu’en quelques points.
Les points de convergence sont dus au fait que
dans la classification bunaq la morphologie joue
un rôle important or les ressemblances morpho¬
logiques sont souvent l’indice d’une parenté
biologique dont il est tenu compte dans la
classification scientifique.
Les niveaux taxinomiques supérieurs
Alors qu’il semble normal, aux yeux des
Bunaq, qu’une plante en un certain lieu puisse
porter qu’un seul nom ils la placent, sans
difficultés, en même temps, dans plusieurs caté¬
gories englobantes. C’est là la différence essen¬
tielle entre la classification botanique bunaq et la
classification scientifique pour laquelle, en prin¬
cipe, chaque plante ne peut avoir qu’un nom
mais également une seule place dans un système
classificatoire dans lequel les catégories de même
niveau hiérarchique s’excluent mutuellement. Il
existe bien des taxa à position ambiguë mais le
systématicien s’efforce toujours de leur attribuer
une place unique et c’est vers des rapports
d’exclusion absolue entre taxons de même niveau
hiérarchique que tend la classification scien¬
tifique.
Par contre chez les Bunaq il y a une contradic¬
tion entre un système de dénomination dans
lequel les taxons de même niveau s 'excluent
mutuellement et leur intégration dans des catégo¬
ries plus vastes pouvant se chevaucher.
Ce qui caractérise également les niveaux taxi¬
nomiques situés au-dessus du taxon terminal
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
123
c’est que leur nombre varie considérablement
d’une plante à l’autre, allant de 0 à 12 comme le
montre le tableau 10, avec au maximum quatre
niveaux nommés. Dans la classification scien¬
tifique les niveaux taxinomiques nommés sont,
au-dessus de l’espèce, au minimum cinq (genre,
famille, ordre, classe, embranchement) ; ils peu¬
vent être augmentés (sous-familles, tribus, etc.),
mais non diminués.
Pour ce qui est des principes sur lesquels sont
établis les catégories englobantes bunaq, nous
retrouverons les principes classificatoires utilisés
dans notre propre culture avant le « siècle des
lumières » : morphologie externe, propriétés bio¬
logiques visibles (comme l’existence d’un latex)
ou mode d’utilisation souvent lui-même fondé
sur une caractéristique biologique. Comme ces
critères peuvent être, par le jeu de la corrélation
des caractères, liés à une parenté biologique, on
peut constater que certains ensembles regroupent
des plantes qui sont également réunies dans la
classification scientifique. Ainsi dans les lepu guk
« entrenœuds-nœuds », on trouve de nombreuses
Graminées ainsi que des Acanthacées et des
Composées à feuilles opposées. Les hôtel susuqil
regroupent en particulier toutes les Moracées de
Lamaknen, tandis que dans le groupe titiq ual
on retrouve des plantes de familles connues pour
posséder dans leur liber des fibres utilisables
pour faire des liens : Moracées, Tiliacées, Mal-
vacées. D’ailleurs dans la classification scien¬
tifique elle-même qui a subi de nombreuses
modifications depuis trois siècles certaines fa¬
milles comme les Graminées, les Ombellifères, ou
les Crucifères, qui se distinguent par des carac¬
téristiques très apparentes, ont toujours été
reconnues en tant que telles.
Cependant il est remarquable que la phy¬
logénie, c’est-à-dire les rapports de parenté,
qu’ils soient fondés sur des critères de ressem¬
blance ou sur une généalogie mythique, n’entre
absolument pas en ligne de compte dans la
classification botanique bunaq au niveau des
catégories englobantes. Nous reviendrons sur ce
problème dans le chapitre suivant.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
COMPARAISON ENTRE LA CLASSIFICATION BOTANIQUE BUNAQ
ET LES AUTRES CLASSIFICATIONS POPULAIRES
Nous allons ici reprendre le débat annoncé
dans l’introduction et examiner ce qui dans les
données recueillies chez les Bunaq peut éclairer
la recherche des invariants et d’une façon plus
générale, ce qui rapproche et ce qui différencie
la classification botanique Bunaq de ce que l’on
peut trouver dans d’autres populations. Pour
cela essayons tout d’abord de mieux comprendre
ce que signifie et comment se manifeste le
phénomène classificatoire à la lumière des tra¬
vaux les plus récents de chercheurs en science de
la vie comme en science de l’homme.
Mise en évidence de quelques principes généraux
Les différentes activités classificatoires de l’homme
ET LA CLASSIFICATION DES OBJETS NATURELS
La tendance actuelle des études sur le com¬
portement des organismes vivants serait de con¬
sidérer que la faculté de classer les éléments de
l’environnement est un aspect fondamental de
leurs capacités adaptatives. L’homme, comme
tout animal, possède également cette capacité
qu’il utilise comme outil de maîtrise du milieu.
Il le fait dans le cadre de pratiques techniques et
symboliques de deux façons différentes : d’une
part par une mise en ordre de l’ensemble des
objets mis à sa disposition par la nature et qui
se manifestent en premier lieu par l’attribution
de termes d’appellation et, d’autre part, par
une catégorisation d’éléments appartenant à des
domaines différents en établissant entre eux des
corrélations de type analogique, symbolique ou
métaphorique.
C’est à ce dernier type de classifications que
les ethnologues se sont tout d’abord intéressés
dans la mesure où il inclut souvent une catégori¬
sation des hommes eux-mêmes en rapport avec
les phénomènes de totémisme ou les partitions
des groupes sociaux en moitié ou en sections.
Les premiers à avoir attiré l’attention sur ces
pratiques sont Durkheim et Mauss au début de
ce siècle qui dans un article célèbre. Essai sur
quelques formes primitives de classification, cons¬
tataient, en se fondant sur des exemples pris
chez les Indiens d’Amérique du nord et chez
les Australiens, l’existence d’un découpage en
grandes catégories dans lesquelles étaient placés
pêle-mêle des clans, des animaux, des plantes et
des phénomènes naturels.
Soixante ans plus tard, dans La Pensée sau¬
vage (1962), un ouvrage préparatoire aux Mytho¬
logiques, Lévi-Strauss donne un panorama des
données accumulées sur ce sujet jusqu’à cette
date en démontrant le mécanisme des corréla¬
tions et en montrant comment celles-ci sont
fondées sur une connaissance approfondie des
qualités biologiques et comportementales des
plantes et des animaux.
Depuis vingt-cinq ans les ethnologues ont
continué à recueillir des exemples de ces classifi¬
cations de type cosmogonique en relation avec
les mécanismes de symbolisation, en mettant
l’accent sur leurs rapports avec les catégories de
temps et d’espace ; organisation de l’espace
domestique (par exemple, la distinction entre un
extérieur masculin et un intérieur féminin dans
les habitations de certaines sociétés de l’est
indonésien dont les Bunaq sont un exemple) ;
villageois (comme les partitions haut/bas ou
est/ouest dans les sociétés à organisation dua¬
liste) ; étatique et politique comme le repérage,
dans l’Empire inca, des rituels agraires à partir
des seques, lignes rayonnant depuis Cusco la
capitale. L’étude de ces classifications intègre
Source : MNHN, Paris
126
CLAUDINE FRIEDBERG
également la perception du corps humain, de ses
organes, de ses secrétions et les corrélations
pouvant exister entre ces éléments et des objets
et phénomènes naturels extérieurs au corps :
plantes, animaux, couleurs, directions de l’es¬
pace, etc.
Ce découpage en catégories est alors apparu
comme un moyen différent de l’analyse carté¬
sienne, mais ayant le même objectif, appréhen¬
der l’univers conçu ici comme une globalité
constituée d’éléments qui sont entre eux dans des
rapports de complémentarité hiérarchisés ou
non.
Cependant une fraction parfois infime des
objets naturels intervient dans ce type de caté¬
gorisation et ce n’est qu’avec les débuts de
l’ethnoscience que l’on s’est intéressé de façon
systématique à la façon dont chaque société
opère le découpage et organise l’ensemble des
plantes et des animaux constituant son environ¬
nement. Le souci était alors d’échapper à la
subjectivité inhérente à la culture de l’observa¬
teur tant on était alors persuadé que chaque
société procédait à son propre découpage du
réel, lui-même sous la dépendance de la langue
utilisée par cette dernière.
Mais rapidement, dans les années 60, très in¬
fluencée par les démarches des linguistes, l’ethno¬
science s’engagea à leur suite dans la recherche
des universaux. Ce fut l’ouvrage de B. Berlin et
P. Kay sur les noms de couleurs (1969) qui servit
de modèle pour cette quête d’invariants dans la
perception des plantes et des animaux. De la
même façon que l’on avait mis en évidence, pour
la perception des couleurs, des termes que l’on
pouvait mettre en relation avec des points focaux
définissables à la fois par des critères physiques
et des critères psycho-physiologiques, on espérait
également trouver des termes pour des niveaux
taxinomiques correspondant à une perception
universelle de la discontinuité du vivant.
Voici comment B. Berlin (1972) formula le
premier les hypothèses dans ce domaine : il
existe dans les classifications populaires trois à
six niveaux taxinomiques ordonnés, comme les
termes fondamentaux de couleurs, selon une
séquence évolutive liée à des stades de complexité
culturelle. Ces niveaux sont, en partant du
niveau supérieur : le règne, les formes du vivant,
les catégories intermédiaires, le genre, l’espèce, la
variété. Leur ordre d’apparition se présente de la
façon suivante :
[formes du vivant\ [intermédiaire!
genre —K >-»< \ -» règne
(espèce I 1 variété
De plus les formes du vivant reconnues uni¬
versellement seraient en nombre limité. Les voici
dans leur ordre d’apparition telles que les ont
proposées Witkoski et Brown (1978, p. 434),
en anglais car tous les termes n’ont pas d’équiva¬
lent français :
termes pour ) i bush
les formes > 0 -» tree -* grerb 20 -> ? vine
du vivant j fgrass
stades 1 2 3 4-6
Nous allons maintenant examiner les différents
aspects de ces propositions ; nous commencerons
par le niveau correspondant au terme de base et
les rangs qui lui sont taxinomiquement inférieurs
et nous poursuivrons par les catégories englo¬
bant des termes de base différents.
Termes de base, niveau de base et rangs taxinomiques inférieurs
Les notions de genre et d’espèce
Le choix de termes comme genre et espèce
pour caractériser les niveaux taxonomiques rete¬
nus est significatif du désir des auteurs d’utiliser
la classification scientifique comme système de
référence comme ils l’avaient fait avec l’analyse
physique du spectre de la lumière pour les
couleurs. En fait il s’agit des taxons désignés par
un terme de base, pour le premier, d’un terme de
« . P® t ® rm f est construit par les auteurs à partir de « herb » et « grass » pour caractériser le terme qui désigne les
herbacees dans les langues comme le français qui ne distinguent pas « herb » et « grass ». C’est une construction analogue à
Ssœs d™x couleurs ** 1 * 1 * fabnqUe pour caractériser la catégorie « blue » ou « green » dans les langues qui ne distinguent
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
127
base + déterminant pour le second. Or, nous
l’avons vu dans le cas de la classification bunaq,
mais c’est le cas pour toutes les autres, si le terme
de base peut correspondre au genre il peut aussi
correspondre à d’autres niveaux de la taxonomie
scientifique.
Ainsi en français le terme chêne correspond au
genre Quercus, le terme carotte à l’espèce Dau-
cus carota, chardon à plusieurs espèces apparte¬
nant à plusieurs genres de la famille des Compo¬
sées mais aussi au genre Eryngium de la famille
des Ombellifères et enfin le terme mousse à un
ordre entier.
De plus le découpage opéré par la science dans
le domaine des organismes vivants, au niveau du
genre et de l’espèce, ne peut servir de référence
de la même façon que l’analyse du spectre de
la lumière en physique. En effet ces notions
ont elles-mêmes été élaborées à partir du sens
commun (Scott Atran, 1986) et les scientifiques
ont beaucoup de difficultés à les transformer en
concepts objectifs dans la mesure où il s’agit
toujours d’apprécier des degrés dans la simili¬
tude.
Voici ce que disait A. de Jussieu en 1848 :
« de même qu’on avait naturellement réuni d’abord
en une espèce tous les individus semblables entre eux,
on cherche pour les réunir sous un même nom et
sous une définition commune toutes les espèces qui
offraient entre elles une certaine ressemblance man¬
quant aux autres. C’est ainsi que, de plusieurs de ces
unités nommées espèces, on composa des unités d’un
ordre plus élevé auxquelles on donna le nom de
genre. »
Un peu plus tard, Littré donna cette défini¬
tion de l’espèce :
«Collection d’individus descendant d’êtres vivants
ou ayant vécu, qui se ressemblent plus entre eux qu’ils
ne ressemblent à tous les autres analogues. D’après la
plupart des biologistes d’à présent, le caractère fonda¬
mental de l’espèce est de reproduire, par la génération,
des individus capables de se propager à leur tour. »
C’est-à-dire qu’on a essayé de compléter une
appréciation subjective en introduisant un critère
objectif : l’impossibilité d’obtenir une descen¬
dance fertile en hybridant des individus apparte¬
nant à des espèces différentes. Malheureusement
ce principe emprunté à la zoologie ne s’applique
pas de façon absolue en botanique où les hy¬
bridations sont possibles entre espèces et même
entre genres, comme le prouve l’existence du
maïs moderne (issu d’un croisement entre le
Tripsacum et le théosinte) et le blé (croisement
de Triticum et d'Aegylops). Dans la pratique, il
est souvent difficile de distinguer les variations
phénotypiques dépendant du milieu et ce qui est
dû réellement à une différence génotypique. De
plus, comme le remarque P. Joly (1986 : 59-60),
« une application trop stricte et abusive de la
définition de Jussieu (« la réunion des individus sem¬
blables dans toutes leurs parties », A. L. de Jussieu,
1774) conjointement à l’accumulation progressive des
données descriptives, elle-même amplifiée par l’évolu¬
tion des techniques d’observation, va conduire à une
multiplication des espèces décrites... Cette tendance
culmine dans le « jordanisme » : « L’Asphodelus ramo-
sus de Linné n’est pas, à proprement parler, une
véritable espèce : c’est, comme la plupart des espèces
linnéennes, un type de convention, délimité d’une
manière arbitraire ou hypothétique, et embrassant,
d’après l’extension qu’on lui prête, un assez grand
nombre de formes distinctes négligées, qui sont elles-
mêmes les vrais types spécifiques... Étudier les plantes
pour arriver à distinguer et à séparer tout ce que la
nature a elle-même séparé, en observant en même
temps tous les points de contact qu’ont entre elles les
diverses espèces, c’est ramener la science à son but. »
(Alexis Jordan, 1860).
Cet aperçu des querelles entre botanistes
illustre le propos de Buffon (1752 : 17-18) :
«... Pour faire un arrangement, un système, en un
mot une méthode générale, il faut que tout y soit
compris ; il faut diviser ce tout en différentes classes,
partager ces classes en genres, sous-diviser ces genres
en espèces et tout cela suivant un ordre dans lequel il
entre nécessairement de l’arbitraire. Mais la nature
marche par des gradations inconnues et par consé¬
quent elle ne peut pas se prêter totalement à ces
divisions, puisqu’elle passe d’une espèce à une autre
par des nuances imperceptibles... ».
Si personne n’a le moyen de définir de façon
absolue ce qu’est la «véritable espèce» dont
parle Jordan, par contre il est vrai que la
plupart des espèces linnéennes sont des types
de convention correspondant à un découpage
du réel apparaissant comme « naturel » comme
disait A. L. de Jussieu parce qu’en concor¬
dance avec le « sens commun ».
La vision de la nature que le savant décrit
comme un continuum ne correspond pas à la
vision que chacun de nous peut avoir de l’envi¬
ronnement particulier dans lequel il vit :
« La diversité des espèces fournit à l’homme,
l’image la plus intuitive dont il dispose et elle constitue
la manifestation la plus directe qu’il sache percevoir de
la discontinuité ultime du réel. » (Levi Strauss 1962 :
181).
Le continuum de Buffon est le résultat de ce
que l’on appelle la micro-évolution qui se déve-
Source : MNHN, Paris
128
CLAUDINE FRIEDBERG
loppe par une dérive génétique due aux hybrida¬
tions et mutations limitées et discrètes. Restent
les sauts évolutifs dont les mécanismes nous sont
encore inconnus. Il y a aussi les phénomènes de
spéciation dûs à l’apparition de barrières géogra¬
phiques et aboutissant à la constitution de deux
espèces ayant perdu leur interfécondité. Il existe
donc de nombreuses espèces apparaissant au
commun des mortels comme très distinctes ainsi
que le souligne Lévi-Strauss.
Le niveau de base et les expériences
DES PSYCHOLOGUES
Les psychologues ont de leur côté tenté d’explo¬
rer la façon dont nous percevons et classons les
objets naturels et les artefacts, du monde qui
nous entoure.
Les expériences menées par E. Rosch (1976)
sur ce qu’elle appelle « les catégories naturelles »
sont des plus intéressantes pour notre propos.
On trouvera dans le tableau 15 quelques-unes
des taxinomies qu’elle a utilisées comme stimuli.
Voici les conclusions qu’elle en a tiré :
« des expériences convergentes ont montré un ni¬
veau d’abstraction de base dans la classification
humaine d’objets concrets. Les objets de base se sont
avérés être les catégories les plus globales dont les
membres se composaient de groupes d’attributs cor¬
rélés, étaient utilisés au moyen des mêmes mouve¬
ments moteurs, avaient des formes objectivement
similaires, et pour lesquelles une forme moyenne pour
les membres de la classe était reconnaissable... Ce
dernier résultat... permet de relier cette recherche aux
découvertes concernant le codage des catégories au
moyen de prototypes », p. 246.
et plus loin :
«le nom du niveau de base est le nom le plus
abstrait à partir duquel une image concrète peut être
suscitée», p. 248.
ou encore :
«le niveau de classification de base, le niveau
premier auquel des découpages sont faits dans l’envi¬
ronnement, est... le niveau le plus général et le plus
global pour lequel des catégories sont encore capables
de délimiter les structures corrélationnelles du monde
réel», p. 243.
Les expériences faites à partir des taxinomies
qui avaient été choisies comme stimuli ont
corroboré les hypothèses de départ quant au
terme désignant le niveau de base, sauf dans un
cas, précisément celui qui nous intéresse, celui
des végétaux. Contrairement à ce que laissait
prévoir les travaux de B. Berlin, ce ne sont pas
les termes érable, bouleau, chêne qui ont été
utilisés au niveau de base mais le terme « arbre ».
La raison avancée par E. Rosch est qu’il
Tableau 15. — Quelques taxinomies utilisées comme stimuli (d’après Rosch, 1976).
Niveau supérieur
Niveau de base
Niveau inférieur
Taxinomies non biologiques
Outil
Marteau
Scie
Tournevis
Marteau à panne ronde
Scie à métaux
Tournevis d’électricien
Marteau à panne fendue
Scie de travers
Tournevis ordinaire
Vêtement
Pantalon
Chausettes
Chemise
Pantalon Levis
Mi-bas
Chemise habillée
Pantalon de flanelle
Socquettes
Chemise de corps
Meuble
Table
Lampe
Chaise
Table de cuisine
Lampadaire
Chaise de cuisine
Table de salle à manger
Lampe de bureau
Chaise de salon
Taxinomies biologiques
Arbre
Érable
Bouleau
Chêne
Érable du Canada
Bouleau verruqueux
Chêne vert
Érable à sucre
Bouleau blanc
Chêne rouge
Oiseau
Cardinal
Aigle
Moineau
Cardinal de Virginie
Aigle à tête blanc
Moineau domestique
Cardinal à queue grise
Aigle doré
Moineau friquet
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
129
s’agissait de sujets urbanisés n’ayant aucune
familiarité avec le monde végétal.
Ces travaux permettent de mettre un peu
d’ordre dans les données recueillies par les
ethnologues et nous allons examiner les diffé¬
rents enseignements que l’on peut en tirer.
Niveau de base et terme de base
DANS LES CLASSIFICATIONS POPULAIRES
Tout d’abord s’il y a mise en évidence d’un
niveau de base nous voyons qu’il peut corres¬
pondre, en raison du mode de vie des informa¬
teurs, à un terme d’appellation qui, ailleurs, peut
être appliqué à un autre niveau taxonomique.
Ensuite, si la perception visuelle joue un rôle
dans la reconnaissance des objets nous consta¬
tons que leur pratique est également importante,
à travers les mouvements mis en œuvre dans leur
utilisation. C’est-à-dire qu’à travers les travaux
des psychologues nous avons une idée plus claire
des mécanismes universels de catégorisation et en
même temps nous prenons conscience de la façon
dont ils dépendent de l’environnement.
Le meilleur moyen de mettre en évidence les
invariants n’est donc pas de chercher des caté¬
gories indépendantes du contexte, comme le
voudraient certains, mais de voir si les mêmes
facteurs contextuels n’agiraient pas de la même
façon partout.
Or dans le cas qui nous intéresse ce contexte
est double : les caractéristiques socio-culturelles
mais également l’environnement naturel particu¬
lier dans lequel elles se sont développées. En effet
contrairement à la classification scientifique qui
a pour objectif d’ordonner l’ensemble des êtres
vivants de la planète, les classifications popu¬
laires ne s’intéressent qu’à ceux qui consti¬
tuent l’environnement d’une société particulière
et sont obligatoirement en nombre limité. Pour
ce qui est de la flore, toutes les familles ne sont
pas représentées, certaines ne le sont que par
quelques genres eux-mêmes représentés parfois
par une seule espèce. Ce dernier cas est particu¬
lièrement caractéristique des plantes cultivées
pour lesquelles les espèces sauvages proches ont
disparu ou n’existent que dans la région d’ori¬
gine. Ceci peut expliquer que chacune d’elle soit
désignée par un terme de base à un niveau
taxinomique qui est celui de l’espèce dans la
classification scientifique (c’est le cas de la
carotte ou du pommier).
Mais, cela peut être aussi le cas des différentes
espèces d’une plante sauvage comme nous l’avons
constaté chez les Bunaq pour les Ficus qui ne
sont pas des étrangleurs ou pour les trois espèces
d 'Albizia existant à Lamaknen.
Ce même phénomène peut être constaté dans
d’autres sociétés. Par exemple chez les Tzeltal
(Berlin, Breedlove & Raven, 1974), pour les
espèces du genre Inga qui peuvent nous appa¬
raître à première vue toutes proches les unes des
autres, il existe cinq termes de base différents
dont trois s’appliquent chacun à une seule espèce
et deux autres chacun à trois espèces. Par contre
pour les pois et les haricots appartenant aux
genres Pisum, Canavalia, Phaseolus, Cajanus,
Vigna et Vicia, il existe un seul terme de base
cenek ’ ; en outre, onze autres espèces de Légumi¬
neuses appartenant aux genres Leucaena, Acacia,
Calliandra, et Lysiloma portent, avec des déter¬
minants différents, le même terme de base sasib.
D’une façon générale, chez les Tzeltal, on
constate peu d’exemples qu’un même terme de
base serve pour des espèces appartenant à des
familles différentes, les plus remarquables étant
cin’ ak’ qui désigne diverses plantes volubiles
appartenant aux Convolvulacées, Vitacées, Valé-
rianacées, et posil mahben qui s’applique à des
plantes pérennes plus ou moins succulentes
appartenant aux Bégoniacées, Crassulacées, Pi-
péracées, quelques-unes pour des genres diffé¬
rents et la majeure partie pour des espèces de
même genre.
En parcourant l’index de la thèse de H. C. Con-
klin (1954) on constate que les Hanunoo sem¬
blent utiliser, plus que les Tzeltal, le même terme
de base pour des genres différents d’une même
famille (par exemple parmi les petites Compo¬
sées) ou des plantes appartenant à des familles
différentes. Pourtant, les espèces de « haricots »
cultivés portent chacune un terme de base diffé¬
rent.
La proportion des termes de base monoty¬
pique, c’est-à-dire utilisée pour désigner un seul
type de plante varie selon les sociétés comme on
peut le voir dans le tableau 16 21 .
21. Les chiffres donnés ici ont été, en ce qui concerne les Pygmées Aka et les Monzombo de la Lobaye (Centrafrique),
calculés par S. Bahuchet à partir de ses matériaux à paraître dans l ’Encyclopédie des Pygmées Aka. Techniques et langage des
Source : MNHN, Paris
130
CLAUDINE FRIEDBERG
Tableau 16. — Pourcentage, pour quelques populations, des
termes de base monotypiques par rapport à l’ensemble des
termes de base désignant des plantes.
Termes
Population étudiée monotypiques (%)
Pygmées Aka
Monzambo, agriculteurs voisins des pré¬
cédents
Bunaq (Timor, Indonésie)
Tzeltal (Sud du Mexique)
Aguarana (forêt amazonienne)
Ndambu (Nouvelle-Guinée)
Quechua (Pérou)
Hanunoo (Philippines)
B. Berlin (1976 : 393-394) a poussé plus loin
les calculs pour les Aguarana en montrant que la
proportion des termes polytypiques par rapport
aux termes monotypiques diminue quand on
passe des plantes cultivées (40 %) aux plantes
protégées (31 %), puis aux plantes significatives
(19 %), enfin à celles qui sont sans importance
(6 %).
Les résultats que j’ai trouvés chez les Bunaq ne
sont pas aussi significatifs (voir tableau 17) :
30 % pour les plantes cultivées, 24 % pour les
plantes sauvages. Si on examine l’utilisation des
86
68
82
83
86
89
57
Tableau 17. — Nombre de types de plantes contenus dans chaque série.
Termes de base désignant des plantes cultivées
Nombre de terme de base désignant
1 type de plante.
2 types de plante.
3 types de plante.
4 types de plante.
5 types de plante.
6 types de plante.
9 types de plante.
11 types de plante.
12 types de plante.
18 types de plante.
29 types de plante.
36 types de plante.
Total des termes de base désignant des plantes cultivées ..
Nombre de types de plantes correspondant
36 36
6 . 12
4 12
4 16
4 20
1 ( sabul) . 6
1 ( zo ). 9
1 (sekat) . 11
1 ( paqol ). 12
1 (mok) . 18
1 m . 29
_ \ (dik) . 36
= 61 Total des types de plantes cultivées. 217
Nombre de types de plantes non cultivées désignés par un terme de base utilisé pour les plantes cultivées 53
Termes de base désignant des plantes sauvages
Nombre de termes de base désignant
1 type de plante.
2 types de plante.
3 types de plante.
4 types de plante.
5 types de plante.
6 types de plante.
7 types de plante.
Total. 428
Nombre de types de plante correspondant
Total du nombre de types de plantes connus des habitants d'Abis .
chasseurs-cueilleurs de la forêt centrafricaine (Thomas et Bahuchet eds, Paris, SELAF, 1981,.) et à partir de l’ouvrage de
E. Motte (1980) qui ne porte que sur une partie des plantes nommées par les Monzombo. J’ai choisi cet exemple dans la
mesure où il indique clairement que la proportion de termes monotypiques peut être plus grande chez les agriculteurs que chez
leurs voisins chasseurs-cueilleurs et que ces derniers peuvent nommer un nombre de plantes aussi important que celui que l’on
trouve habituellement chez les agriculteurs, contrairement à ce que certains ont pu prétendre (Brown 1985). Pour les Tzeltal et
les suivants, ce sont des données reprises de B. Berlin (1976 : 389).
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
131
termes de base selon qu’ils désignent des plantes
ayant un rôle dans la culture (matérielle ou non)
ou des plantes n’en ayant pas, on s’aperçoit que,
pour les termes polytypiques, 47 désignent des
plantes ayant un rôle, 9 désignent des plantes qui
n’en ont pas et 60 sont utilisés pour des types de
plantes appartenant à l’une ou l’autre de ces
catégories. Par exemple, le terme taun, qui
désigne l’indigo, est aussi utilisé dans les termes
d’appellation taun zon et taun lotu désignant
des plantes n’ayant aucun rôle dans la vie des
Bunaq.
Pour les termes monotypiques, 196 désignent
des plantes ayant un rôle et 70 des plantes qui
n’en ont aucun, c’est-à-dire que si 11 % des
termes de base appliqués à des plantes sans rôle
dans la culture sont polytypiques, ce pourcen¬
tage s’élève à 19 % pour les plantes ayant un
rôle, mais 51 % de ces termes sont employés à la
fois pour des plantes ayant un rôle et d’autres
n’en ayant pas.
C. Brown (1985) a tenté de mettre en corré¬
lation les pourcentages d’appellations binomiales
avec le mode de subsistance. Son objectif est de
démontrer que le plus fort pourcentage d’appella¬
tions binomiales correspond à des petites sociétés
d’agriculteurs qui emploient les plantes à des fins
très variées, et les plus faibles à des chasseurs-
cueilleurs ou à des sociétés étatiques où la
gamme des plantes utiles serait plus limitée.
Malheureusement, comme le font remarquer plu¬
sieurs des commentateurs, ses calculs sont fondés
sur un échantillonnage de données difficilement
comparables car plus ou moins complètes et
recueillies dans des conditions différentes. De
plus, le pourcentage de termes binomaux par
rapport au nombre total de taxons est moins
significatif que celui des termes monotypiques
par rapport aux termes polytypiques. En effet,
pour les plantes cultivées, le nombre de variétés
et de clones peut varier considérablement selon
que l’on compte uniquement ceux connus de tous
ou que l’on additionne les savoirs individuels ou
familiaux, comme nous l’avons vu pour le riz
chez les Bunaq en passant d’une maison à une
autre.
On peut par ailleurs se demander ce qu’il faut
entendre par expression binomiale. En effet dans
certaines langues, comme le vietnamien par
exemple, il faut obligatoirement employer avant
le nom d’une plante un terme désignant une
forme du vivant utilisé comme classificateur
sémantique, le terme d’appellation est alors
trinomial.
À l’inverse il est des langues où pour certaines
plantes cultivées, il y a ellipse du terme de base et
ces derniers sont alors désignés uniquement par
le déterminant, c’est le cas en français quand on
appelle une poire « comice » ou « louisebonne »,
une chicorée une « frisée » ou un cerisier un
« bigarreau ».
Dans l’état actuel de nos connaissances il
apparaît impossible d’expliquer pourquoi cer¬
taines espèces sont désignées par un terme de
base qui leur est propre et pourquoi d’autres
doivent le partager avec plusieurs types de
plantes.
Il est certain que la ressemblance morpholo¬
gique joue un rôle important, c’est ce que l’on
peut constater dans le cas où une plante sau¬
vage porte le même nom qu’une plante cultivée,
comme c’est le cas pour balo bakoq ou tir zon.
Par contre, dans le cas de plantes utiles intro¬
duites, c’est souvent en raison d’une analogie
entre les parties utilisées que l’on a attribué un
terme de base déjà utilisé pour une plante in¬
digène ; ainsi en bunaq le piment, patal, a pris le
nom de Piper retrofactum et la papaye, dila, a
pris celui d 'Aegle marmelos, tout comme dans
certaines régions d’Europe le maïs s’est appelé
blé de Turquie et la tomate pomme d’amour. Un
trait particulièrement caractéristique peut être
aussi une raison pour donner le même terme de
base ainsi que nous l’avons vu pour les Ficus
étrangleurs.
Pour comprendre la formation du vocabulaire
botanique il faudrait en étudier l’histoire. Dans
le cas des Bunaq il faudrait pouvoir reconstituer
leurs déplacements et les emprunts qu’ils ont pu
faire aux langues des groupes qu’ils ont côtoyés.
En effet, nous l’avons vu, les Bunaq partagent
certains termes d’appellation de plantes avec
d’autres populations timoraises en dépit du fait
que leurs langues appartiennent à des familles
linguistiques différentes.
Niveau de base et reproduction
Cependant pour comprendre ce que signifie
pour le sens commun la notion « d’essence » un
autre aspect doit être pris en considération : la
reproduction. En effet dans la conception que
l’on a du semblable et de la plus ou moins grande
Source : MNHN, Paris
132
CLAUDINE FRIEDBERG
ressemblance entre deux êtres vivants, le degré de
similitude avec leur propre descendance joue
certainement un rôle. Ainsi, dans la notion de
« vache », le fait qu’elle donne naissance à une
autre vache et non pas à un cheval ou à un chien
est essentiel. Pour ce dernier animal même si les
petits diffèrent des parents ils conservent tou¬
jours, pour le sens commun, les caractéristiques
de ce que l’on appelle « chien ».
Pour les plantes, on sait que d’un grain de blé
germera du blé même si sur l’ensemble d’un
champ tous les blés ne seront pas semblables à
ceux que l’on avait semés. On sait qu’un pépin
de pomme donnera un pommier sauvage qu’il
faudra greffer pour avoir la variété voulue.
Toutes les pratiques agricoles sont fondées sur
ce type d’observation.
Quelle conclusion en tirer sur le statut taxino¬
mique correspondant aux termes d’appellation ?
À quel niveau situe-t-on la reproduction à
l’identique dans les classifications populaires?
Les Bunaq n’ont pas de théorie explicite sur ce
que pourraient être des barrières interspécifiques
et dans ce domaine la nomenclature ne nous est
pas d’un grand secours. Est-ce au niveau des
termes de base ou à celui des taxons terminaux
que se trouvent les individus qui reproduisent
une «essence particulière»? Dans le cas où le
terme de base désigne un taxon terminal il n’y a
pas de problème. Dans le cas où ce dernier est
désigné par un terme de base accompagné d’un
ou plusieurs déterminants, les choses sont moins
claires. Dans les exemples que nous venons de
voir, les graines de toutes les plantes portant le
terme de base ipi « riz » seraient censées pouvoir
redonner du « riz » mais d’un type que l’on ne
pourrait prévoir à l’avance ; sauf dans le cas A'ipi
gemel ( Thypha sp.) pour lequel une possibilité
d’interfécondation avec le riz semblait impossible
aux yeux des Bunaq que j’ai interrogés et qui
appartient d’ailleurs à une autre catégorie englo¬
bante puisque ce roseau est dans l’ensemble il gie
«de l’eau».
Pour ce qui est des ignames, les transforma¬
tions d’une igname en une autre ne sont considé¬
rées comme possible qu’à l’intérieur de dik taliq
et non pas avec dik en et encore s’agit-il là aux
yeux des Bunaq d’une interfécondation non pas
entre semences appartenant aux plantes elles-
mêmes mais avec celles de la terre ; aucun autre
exemple de changement ne m’a été donné pour
les plantes qui sont reproduites végétativement :
un type de plante reproduit le même type de
plante qu’il soit désigné par un terme de base
seul comme kirun ( Curcuma longa ) ou par un
terme de base et deux déterminants comme dik
kira mone (Dioscorea alata).
Un autre exemple de transformation est celui
des différents types de pao loi, le haricot de Lima
(Phaseolus lunatus) cultivé, en pao zon qui appar¬
tiennent effectivement à la même espèce ; ils
apparaissent dans les champs abandonnés et
leurs graines ne sont comestibles qu’après prépa¬
ration. En revanche, bien qu’elles portent le
même terme de base, aucun Bunaq ne s’imagine
que des graines de tir ( Cajanus cajan) puisse
donner naissance à tir zon expression désignant
plusieurs espèces de Crotalaria. Même remarque
en ce qui concerne, par exemple, taun, l’indigo, et
taun zon {Tephrosia zollingerî) ou taun lotu
(Ammannia baccifera ssp. viridis).
Si nous examinons maintenant les termes de
base attribués uniquement à des plantes sau¬
vages comme pur et kibu qui sont portés par
plusieurs types de plantes distingués par des
déterminants, il est évident que les Bunaq n’envi¬
sagent nullement l’apparition de types intermé¬
diaires après interfécondation et qu’ils consi¬
dèrent que 1’ « essence » que l’on retrouve tou¬
jours sous une même identité dans la nature est
le taxon terminal se situant au niveau — 1, — 2
ou même — 3 par rapport au terme de base.
Les deux types de procédure de classement
Un autre aspect important de ce que nous
enseigne les expériences des psychologues que
relève E. Rosch est la découverte du codage des
catégories au moyen de prototypes. Les psycho¬
logues considèrent en effet qu’il existe deux types
de procédure de classement : l’un componentiel-
conceptuel, l’autre prototypique. Voici ce que dit
Bresson (1987 : 967-968) à ce sujet :
« La figure exemplaire, et non pas une « image
composite» ou «moyenne», devient alors support
privilégié de la dénomination : le prototype, comme
figure, joue le rôle de représentant évocable pour
caractériser toutes les concurrences susceptibles d’être
dénommées par ressemblance (voisinage). En ce sens
le prototype, et la relation d’assimilation (voisinage)
fonctionnent parallèlement au concept, mais de ma¬
nière différente. Le prototype a surtout été étudié pour
rendre compte d’une variabilité inter-objets : animaux,
plantes, objets mobiliers, etc.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
133
Les procédures componentielles correspondent à
une situation de relation d’appartenance à une classe :
l’existence des caractères spécifiques (définis comme
l’union d’intersection) est condition nécessaire et suffi¬
sante de l’appartenance à la classe, et, les classes sont
reliables par les opérations booléenes classiques, telles
que l’inclusion ; les frontières entre classe et complé¬
mentaire sont du même coup définies. Ces procé¬
dures componentielles correspondent clairement à une
démarche différente de la procédure prototypique.
Elles apparaissent dans ces conditions comme des
procédures de justification. C’est parce que l’on a
reconnu (décidé) en premier temps l’assimilation au
prototype, qu’en second temps on peut la justifier par
la recherche et l’énumération des caractères com¬
muns ».
Nous retrouvons là la distinction que nous
nous sommes efforcés d’établir dans la présenta¬
tion : soit l’attribution du nom se fait après
repérage d’un certain nombre de critères qui sont
alors placés avant ce dernier et, dans ce cas,
c’est la procédure componentielle-conceptuelle
qui est utilisée ; soit la plante est reconnue
d’après son allure générale, c’est-à-dire par la
procédure prototypique et, dans ce cas le nom est
donné immédiatement après les chiffres corres¬
pondants. On se trouve alors à nouveau face à
deux possibilités : soit les informateurs ont
fourni des critères d’attribution de ce nom par
une procédure de justification a posteriori et
ceux-ci figurent après le terme d’appellation ; soit
ils n’en fournissent pas et il n’y a alors aucune
explicitation ou définition des caractéristiques de
ce dernier.
Il faut ici distinguer entre l’attribution d’un
terme de base seul ou d’un terme de base et d’un
ou plusieurs déterminants. L’attribution de ces
derniers se fait le plus souvent en fonction d’un
ou plusieurs critères de distinction par rapport
aux autres plantes portant le même terme de
base. Comme nous l’avons signalé plus haut ces
critères ne sont pas forcément sur le même plan
ni considérés dans le cadre d’un choix dichoto¬
mique. Nous avons également constaté que pour
les différentes variétés ou clones de plantes
cultivées les caractéristiques sont souvent don¬
nées a posteriori.
Pour l’attribution du terme de base lui-même
nous nous heurtons à d’autres types de diffi¬
cultés. Nous avons relevé plus haut un certain
nombre de cas, celui des lianes, par exemple, où
l’identification est conduite comme une clef de
détermination scientifique. Il en est d’autres où
les choses sont moins évidentes. Ainsi si la
plante est insérée dans un ensemble ou un sous-
ensemble défini par des caractéristiques morpho¬
logiques, celles-ci jouent-elles ou non un rôle
dans l’identification ? Par exemple, dans l’en¬
semble 9, lepu guk, pour les céréales ou les
palmiers, la procédure prototypique est-elle uti¬
lisée directement ou bien opère-t-on un premier
tri à partir de l’aspect de la tige, lui-même
repérable au premier coup d’œil?
Que nous enseignent les travaux des autres
chercheurs à ce sujet ? Malheureusement peu de
choses étant donné qu’aucun n’a fait systémati¬
quement les distinctions que nous proposons ici.
Cependant la reconnaissance d’après l’allure
générale, liée à la difficulté à faire expliciter par
les informateurs leur façon d’attribuer un certain
nom à une certaine plante a été relevé par la
plupart des chercheurs.
Ainsi les auteurs de la classification botanique
tzeltal (Berlin, Breedlove & Raven 1974) écri¬
vent à propos du résultat des tests qu’ils ont fait
subir à leurs informateurs pour expliciter leurs
critères de distinction (p. 152) :
« Nous devons admettre que les spécifications ver¬
bales des traits ou caractères distinctifs sont une
approche très grossière de la représentation adéquate
du genre d’évaluation que nos informateurs effectuent
quand ils identifient réellement des taxa végétaux. »
Le même phénomène a été noté pour les
animaux par Bulmer & Tyler (1968 : 353) :
« Les caractères sur lesquels ils attirent consciem¬
ment l’attention, en fait, constituent une très petite
partie de la configuration totale qui est, pour un
informateur, le fondement de la façon dont réellement,
il reconnaît un specieme particulier. »
Voici une description d’identification des
plantes fournie par J. Dournes (1960 : 134) pour
les Jôrai du Viêt-Nam :
« Comment le Jôrai reconnaît-il les espèces ?... : un
rapide coup d’œil d’ensemble suffit : dans le cas
d’hésitation entre deux espèces voisines l’écorce, la
feuille, le fruit dissipent les doutes ; quand l’incerti¬
tude est plus profonde il faut un contact plus direct ;
la feuille est palpée (duveteuse ou glabre, mince ou
épaisse), froissée (certaines sont visqueuses), froissée
et reniflée ; plus rarement le fruit est goûté. Quelque¬
fois c’est la fleur qui lui fait signe, de loin ; elle lui
permet aussi de préciser l’espèce (par exemple Lager-
stroemia mauve ou blanc). Le Jôrai reconnaît ce qu’il
a l’habitude de rencontrer et ce que les siens ont déjà
remarqué ; c’est un truisme, mais il n’est pas inutile de
montrer que le Jôrai fait comme tout le monde ; le
Jôrai ne compte pas le nombre de graines et ne coupe
Source : MNHN, Paris
134
CLAUDINE FRIEDBERG
pas les étamines en quatre, mais il distingue à coup sûr
des variétés botaniques».
Mais le repérage de l’aspect général d’une
plante n’est possible que dans certaines condi¬
tions de visibilité, c’est-à-dire dans des forma¬
tions végétales relativement ouvertes. Ainsi dans
une forêt tropicale humide il est souvent difficile
de juger du port d’un arbre dont on ne voit que
le tronc et les branches les plus basses sans même
pouvoir atteindre les feuilles. L’identification se
fera alors avec la procédure componentielle-
conceptuelle à partir des caractéristiques obser¬
vables sur le tronc : aspect de l’écorce, odeur,
couleur de la sève,... (Sastre 1980).
L’importance, à Lamaknen, de la reconnais¬
sance des arbres d’après leur allure est sans
doute due au fait qu’ils sont souvent isolés au
milieu d’une végétation arbustive et que les forêts
sont claires.
Par contre, on comprend, que pour les lianes
qui n’ont pas de port spécifique l’identification
se fasse plus par la procédure componentielle-
conceptuelle.
On peut remarquer à ce sujet que chaque fois
qu’il y eut au cours de l’enquête contestation
sur une détermination, c’est l’aspect visuel des
plantes qui a été privilégié et que souvent les
choix étaient présentés sous une forme dichoto¬
mique.
Mais rappelons aussi que l’identification des
plantes cultivées procède souvent d’autres mé¬
canismes. Le paysan sait d’avance ce qu’il a
mis dans son champ et la dénomination dépend
alors de la façon dont il a obtenu la semence
ce qui met souvent en jeu, dans les sociétés
paysannes traditionnelles, les relations sociales,
dons, échanges, emprunts qui peuvent suivre, en
particulier, les rapports de filiation ou d’alliance
(voir à ce sujet Boster 1986, pour les boutures
de manioc en Amazonie ou J. L. Lory, 1985
pour celles de taro et de patates douces en
Nouvelle-Guinée).
Dans les faits, la différence entre les deux types
de procédure, componentielle-conceptuelle et pro¬
totypique, n’est pas toujours facile à établir. En
effet il est fréquent que les informateurs, après
une identification quasi instantanée d’un objet
naturel, soient capables de fournir des critères
de reconnaissance visuels.
Ceci amène à prendre en compte l’hypothèse
connexionniste qui
«consiste à partager les phénomènes cognitifs en
deux catégories. Les premiers — correspondant en
gros aux processus « supérieurs » (souvent conscients,
proches du raisonnement au sens propre, relativement
lents faisant intervenir contexte, croyances et con¬
naissances de divers ordres) — seraient le domaine
du cognitivisme ; les seconds — processus «infé¬
rieurs» (souvent inconscients, proches de la percep¬
tion, rapides, automatiques, c’est-à-dire indépendants
du contexte) — celui du connexionisme » (Andler
1987 : 23).
C’est en particulier dans le domaine de la
lecture que l’on a observé qu’
« un certain nombre d’informations différentes doi¬
vent être gardées présentes à l’esprit simultanément.
Chacune de ces informations joue un rôle, comman¬
dant les autres et étant commandée par elles. Quels
sont les types de mécanismes qui paraissent adaptés
aux exigences de ces tâches ? L’intuition nous donne à
penser que ces tâches requièrent des mécanismes dans
lesquels chaque aspect de l’information afférant à une
situation donnée peut agir sur d’autres aspects, les
influençant en même temps qu’il est influencé par eux.
Afin de donner une expression à cette intuition, nous
sommes un certain nombre à nous être tournés vers
une classe de modèles que nous appelons modèles de
traitement parallèle réparti (parallel distributed Pro¬
cessing)» (McClelland et al., 1987 : 48).
Dans certains cas, la procédure de reconnais¬
sance des plantes paraît s’apparenter à celle qui
est mise en jeu dans la lecture. C’est ce que j’ai
pu moi-même observer récemment pour l’identifi¬
cation des bambous et des bananiers chez des
populations de langue alune à Seram.
On peut formuler l’hypothèse que la recon¬
naissance se fait d’abord par une procédure
prototypique conduisant à attribuer un même
terme de base à tous les bananiers ou à classer
dans une catégorie implicite tous les bambous.
En effet, bien qu’un terme correspondant n’existe
pas en alune, le mot bambu est appliqué spon¬
tanément à cette catégorie quand les informa¬
teurs s’expriment en indonésien. Pour une iden¬
tification plus poussée, c’est-à-dire, dans ce cas,
l’attribution d’un terme de base, il semble qu’une
reconnaissance de type prototypique soit envisa¬
geable quand on peut voir de loin la silhouette
du bambou qui, de l’avis des informateurs, est
différente pour chacun des types. Mais quand ils
sont vus de plus près, par exemple au bord d’un
chemin, c’est une conjonction de traits qui per¬
met l’identification ; cependant la réponse à la
question posée sur l’identité du bambou est si
rapide que l’on ne peut envisager qu’il y ait une
réelle prise de conscience de tous les critères pris
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
135
en compte. D’ailleurs quand on demande « à
quoi l’avez-vous reconnu ? » ce n’est que par
tâtonnements progressifs que l’on obtient les
traits caractéristiques qui ont été utilisés. On
s’aperçoit alors que cette identification s’est faite
par différenciations et rapprochements, en pre¬
nant successivement tous les possibles deux par
deux et en y incluant des caractéristiques dont
certaines sont impossibles à exprimer par des
mots, comme par exemple, la forme générale des
feuilles.
Le même type de constatation peut être fait
pour l’identification des bananiers avant qu’ils ne
portent des fruits. On peut alors constater toute
une gamme de possibilités entre une analyse
progressive des caractéristiques et une reconnais¬
sance immédiate explicitable a posteriori par
une conjonction de traits portant sur la disposi¬
tion et la couleur des taches sur le tronc, la
couleur de ce dernier, l’allure plus ou moins
dressée des feuilles, leur forme, la couleur de la
nervure, etc.
L’impression générale que l’on retire des pro¬
cessus mis en jeu est comparable à ce que les
psychologues observent dans la lecture. Tout se
passe comme si il y avait véritablement lecture
des plantes formant le tissu du paysage à la
manière des lettres constituant le tissu des mots
d’une page manuscrite ou imprimée, avec le
même jeu de contraintes simultanées.
Il n’est en effet pas absurde d’imaginer que les
facultés mises en œuvre pour le traitement
mental de l’écriture qui n’est apparu que très
tard dans l’histoire de l’humanité, avaient déjà
été utilisées à une autre fin.
Au DESSUS DU NIVEAU DE BASE
D’une façon générale, peu de niveaux supé¬
rieurs au niveau de base ont été repérés. Comme
nous l’avons vu plus haut les universalistes n’en
ont retenu que trois : au sommet, une catégorie
englobant l’ensemble du règne végétal, appelée
également taxon initial , au-dessous les formes du
vivant et parfois, des catégories intermédiaires,
souvent non nommées, entre celles-ci et le niveau
de base.
Les critiques qui se sont élevées depuis long¬
temps à l’égard de certains de ces travaux portent
non pas tant sur leurs résultats que sur la façon
de poser le problème ainsi que nous l’avons déjà
vu à propos du niveau de base mais de façon
sans doute plus aiguë à propos des formes du
vivant.
Trop souvent, en effet, la recherche des univer¬
saux a consisté à ne retenir que des catégories
indépendantes du contexte, c’est-à-dire à écarter
les attributs liés à une pratique des objets et à
privilégier les critères fondés sur la perception
visuelle ; d’une part, sans doute, parce qu’ils
paraissaient plus objectifs et d’autre part, peut-
être, dans l’espoir inconscient de se retrouver
dans le même cas de figure que pour les couleurs
mais en oubliant que dans ce dernier cas aussi le
contexte joue un rôle essentiel. Certains ont ainsi
caressé l’illusion chimérique de pouvoir atteindre
l’inné à travers des manifestations cognitives
sans se préoccuper des modalités d’intervention
de l’acquis. De toute façon, si on veut mettre
en évidence les dispositions innées de l’esprit
humain dans le domaine classificatoire, c’est plus
dans les processus, les modes d’agencement des
catégories que dans la définition de ces dernières
qu’il faut chercher.
Il paraît essentiel de considérer que les classifi¬
cations sont chez l’homme comme chez les autres
êtres vivants, des outils, au sens le plus général
du terme ; c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas seule¬
ment de considérer les catégories comme un
moyen de regrouper ensemble des plantes qui
auraient un même usage mais également comme
des instruments cognitifs ayant un rôle dans le
repérage de l’environnement ou I’engrangement
du savoir.
En conséquence il m’apparaît fallacieux de
retenir la distinction entre classifications «d’in¬
térêt général » et « d’intérêt particulier » 22 dans
la mesure où on peut toujours prétendre trouver
des critères de catégorisation plus particuliers ou
plus généraux.
Ici encore nous allons examiner les matériaux
bunaq à la lumière de ce qui a été recueilli
ailleurs et en utilisant les expériences des psycho¬
logues rapportées plus haut.
Regardons tout d’abord ce que peut nous
apporter une comparaison avec la classification
scientifique ainsi que nous l’avions fait plus haut
pour les notions de genre et d’espèce.
22. «General purpose» et «spécial purpose» dans les travaux en anglais (voir par exemple Atran, 1985).
Source : MNHN, Paris
136
CLAUDINE FRIEDBERG
Classification scientifique,
CLASSIFICATION POPULAIRE
La différence fondamentale entre classification
populaire et classification scientifique est que
cette dernière répond à une volonté délibérée
d’instituer un ordre alors que les premières sont
le reflet d’opérations qui ne sont pas toujours
explicitées et qui sont exécutées au fur et à
mesure des besoins.
Dans nos sociétés occidentales, quand on a
commencé à élaborer au xvi c siècle les classifi¬
cations scientifiques, il s’agissait de dresser l’in¬
ventaire de l’ensemble des plantes et des animaux
de la planète que les grands voyages d’explora¬
tion étaient en train de faire connaître. Pour cela
il fallait sortir du système d’appellation et d’orga¬
nisation construit à partir des seules flore et
faune du monde méditerranéen que nous avions
hérité des Grecs et des Latins. Il fallait innover et
pour ce faire, on voulait tenir compte des seules
qualités « objectives » des plantes et des ani¬
maux, c’est-à-dire de celles qui leur étaient
propres, à l’exclusion de tout ce que pouvait en
faire l’homme.
On voulait rendre compte de l’ordre du seul
monde végétal et animal et chaque élément
devait y trouver une place et une seule à
l’intérieur d’un système de taxons emboîtés dans
lesquels les niveaux inférieurs possèdent forcé¬
ment les qualités définissant les niveaux supé¬
rieurs dans lesquels ils sont inclus.
Durant les xvn* * et XVIII e siècles les efforts des
classificateurs se partagèrent entre ceux qui, vou¬
lant aller au plus vite, construisirent des systèmes
classificatoires artificiels, c’est-à-dire à partir des
critères choisis a priori, et ceux qui cherchaient
une « méthode » pour élaborer une «classifica¬
tion naturelle » rendant compte des rapports de
similitude réels existant entre les êtres vivants.
Parmi les premiers, Linné fut le plus célèbre
mais cela ne l’empêcha pas de déclarer que la
tâche la plus noble pour un botaniste était de
construire une classification naturelle. Si la clas¬
sification linnéenne n’est plus utilisée depuis
longtemps, par contre on continue à appliquer
les règles de nomenclature qu’il édicta en décla¬
rant que toute plante devait être désignée par un
nom de genre et un nom d’espèce ; c’est ce que
l’on appelle la « nomenclature binomiale » qui
rappelle certains aspects des classifications po¬
pulaires par référence implicite au sens commun.
Après des décennies de querelles ou chacun
prétendait avoir trouvé la bonne « méthode » et
accusait l’autre de n’utiliser qu’un « système »,
pour éviter ces deux termes dévoyés de leur sens
premier, A. P. de Candolle créa en 1813 un
mot nouveau, taxinomie à partir du grec taxis
« ordre » et homos « loi » ou « règle » auquel
il donna pour sens : « théorie des classifica¬
tions » 2 \ Malheureusement le sens de ce terme a
dérivé à son tour et on a tendance à l’utiliser
pour désigner uniquement les systèmes classifica¬
toires dans lesquels les classes sont dans des
rapports d’inclusion hiérarchisés. Remarquons
encore que le terme taxon n’a été créé qu’en
1948 à l’occasion du 7 e Congrès International
de Botanique pour désigner « un groupe taxi¬
nomique de n’importe quel rang » (Sprague
1948/49).
Après Darwin et la découverte de l’évolution,
les rapports de similitude entre espèces recher¬
chées par les naturalistes devaient rendre compte
des rapports de parenté phylétique. Existe-t-il
des équivalents dans les classifications popu¬
laires ?
Parenté et phylogénie
DANS LES CLASSIFICATIONS POPULAIRES
Dans plusieurs cultures on a relevé une uti¬
lisation de la terminologie de parenté pour
exprimer les rapports entre plantes (par exemple,
relation de cousinage chez les Palawan ou de
grand-père/petit-fils chez les Yami de Botel
Tobago, Revel, 1985) mais sans que cela im¬
plique une notion phylétique.
Chez les Bunaq, la terminologie de parenté
n’est jamais utilisée pour les plantes mais surtout
il peut apparaître curieux que dans une société
où les récits généalogiques et l’histoire mythique
des ancêtres primordiaux jouent un rôle si
. , . 2 ^' définition du Littré qui date de 1866 est, à ce sujet, très significative : « taxinomie ou taxionomie : partie de la
Botanique qui traite des plantes des lois et réglés qui doivent déterminer l'établissement des méthodes et systèmes ». Il ajoute :
* “ --— —- "•« P«s cornet ». Remarquons que la création du tenue taxon a contribué à
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
137
important, les mythes de création aient si peu
de conséquence sur la classification botanique et
qu’il n’y ait pas, par exemple, reconnaissance de
filiation entre divers types de plantes et existence
de lignées végétales comme il y a des lignées
humaines.
Pourtant les plantes ont des grands ancêtres
qui apparaissent dès le début des textes étiolo¬
giques mais il s’agit d’une parenté globale et ce
qui est dit de leur descendance est très limité.
Ainsi pour le bétel et la noix d’arec cités en
premier, et qui sont en principe la mère et le père
de tous les végétaux, les seules plantes dont le
mythe dit expressément qu’ils leur ont donné
naissance sont toutes les variétés de bétel pour la
première et tous les palmiers et la canne à sucre
pour le second. En fait l’importance étiologique
de cette création joue sur un plan beaucoup plus
général. Il s’agit de l’apparition de l’opposition
entre le mou, symbolisé par le bétel et affecté
d’une polarité féminine et le dur, symbolisé par
la noix d’arec et affecté d’une polarité masculine.
Nous avons vu que les plantes qui servent
dans la construction des habitations ont aussi
leurs ancêtres particuliers. Ce sont eux qui sont
remerciés par des offrandes lors des reconstruc¬
tions ou des réfections de toit et non les ancêtres
betel et noix d’arec dont les noms sont tenus
secrets. Mais là aussi aucune indication n’est
donnée sur l’identité précise de leur descendance
et leur présence au début des temps mythiques ne
détermine aucune catégorie classificatoire.
Réflexions à partir des niveaux taxinomiques
RECONNUS PAR LES UNIVERSALISTES
Le taxon initial supérieur
Dans de nombreuses cultures il existe un
moyen de désigner l’ensemble des plantes mais il
arrive rarement que ce soit un terme spécifique
n’ayant pas d’autre sens dans la langue. C’est le
cas en français et en anglais où ce terme est
dérivé de planter ou en indonésien où le mot
tumbuhan vient de tumbuh « pousser ».
Le plus souvent ce sont des termes désignant
des formes du vivant qui sont appliqués de façon
polysémique à l’ensemble des végétaux, par
exemple le terme « arbre » chez les Hanunoo, les
Aguaruna, les Hill Pandaran (Morris, 1976)...
ou le terme « herbe » comme en latin ou en russe.
Dans certains cas deux formes du vivant peuvent
être associées comme dans « bois-bambou » chez
les Joraï.
En Bunaq, nous l’avons vu, une expression
muk gubul nor désigne la végétation, mais le
terme hôtel « arbre » est également souvent uti¬
lisé de façon polysémique.
Cependant dans certaines langues non seule¬
ment il n’existe pas de terme correspondant à
« plante » ou « végétal » mais encore il n’est
même pas sûr qu’il y ait singularisation du règne
végétal par rapport aux autres objets naturels,
par exemple chez les Rangi (Kesby, 1979) qui
n’ont que six catégories pour ranger tous les êtres
vivants.
Paul Taylor (1980), pour les Tobelorese de
Halmahera suggère que le taxon correspondant
au règne est une catégorie latente dans la mesure
où existent au niveau inférieur trois termes
s’excluant mutuellement inférant par là qu’il y
a une catégorie supérieure implicite qui les
englobe.
Les formes du vivant, leur statut taxonomique
et leur rôle dans les classifications
Dans leur volonté de refuser de prendre en
considération les catégories relevant d’un intérêt
particulier, c’est-à-dire culturellement idiosyncra¬
sique, les universalistes ne pouvaient retenir que
des catégories fondées sur des critères propres
aux plantes elles-mêmes et donc indépendants du
contexte socio-culturel. C’est ainsi qu’ils en sont
arrivés à n’accepter comme taxons supérieurs au
niveau de base que les formes du vivant.
Il est vrai que dans toutes les langues il existe
des termes servant à désigner les différentes
formes de végétaux reconnues par les locuteurs.
Brown (1984) en a fait une recension à travers
de nombreuses langues et a montré comment au
minimum il en existe deux permettant de distin¬
guer soit les grandes plantes des petites, soit de
façon plus précise celles qui sont plus grandes
que l’homme de celles qui sont plus petites, soit
dans d’autres cas les ligneuses de celles qui ne le
sont pas, etc. On voit aussi apparaître un autre
terme pour des catégories intermédiaires de type
arbrisseau, arbuste ou buisson, un terme pour
désigner les formes lianescentes et enfin un
dernier pour les herbes de type Graminée. C’est à
cinq termes que les universalistes limitent le
nombre des formes du vivant végétal que l’on
Source : MNHN, Paris
138
CLAUDINE FRIEDBERG
puisse considérer comme des taxons de rang
supérieur au niveau de base.
Nous allons maintenant examiner successive¬
ment les différentes critiques que l’on peut
opposer à cette interprétation.
Tout d’abord il est difficile d’affirmer que des
termes comme cactus, fougère ou mousse ne
doivent pas être considérés comme désignant des
formes du vivant et corrélativement comme des
taxons de rang supérieur. En effet il n’est pas
toujours facile de distinguer terme de base et
forme du vivant ou tout autre terme correspon¬
dant à une catégorie supérieure au niveau de
base. Sur ce point les expériences d’E. Rosch
doivent nous rendre particulièrement méfiants
puisque nous avons vu qu’un terme désignant
une forme du vivant peut être utilisé comme
terme de base.
Ce même problème se pose chaque fois qu’un
terme désignant une forme du vivant est utilisé
dans un nom de base composé du type herbe à
Robert ou bois de rose. Dans le cas du bunaq
nous avons vu qu’il est facile de repérer ces
appellations composées qui sont relativement
peu fréquentes mais qui le sont beaucoup plus
dans certaines langues où nombreux sont les
termes descriptifs ou métaphoriques.
De plus il existe, nous l’avons également
signalé, des langues à classificateurs où la forme
du vivant à laquelle appartient une plante doit
être obligatoirement indiquée avant le nom lui-
même ce qui aboutit à des termes trinomiaux :
classificateur/terme de base/déterminant ; c’est le
cas du Vietnamien et de certaines langues aus-
tronésiennes. Dans d’autres cas, comme l’a mon¬
tré Bulmer (1974 : 13, 14) pour le terme
« oiseau », la forme du vivant peut être faculta¬
tive.
Le principal problème face aux termes dési¬
gnant des formes du vivant est qu’il n’est pas
toujours évident de pouvoir distinguer le des¬
criptif de la dénomination ou du taxinomique. Si
à la question de l’observateur «qu’est-ce que
c’est?» l’informateur répond «de l’herbe à
lapin » ou « un arbuste ornemental », sommes-
nous dans le descriptif comme on pourrait le
croire au premier abord ou dans le taxinomique,
ou bien encore, est-ce là un terme d’appellation ?
Ce type d’exemples peut paraître simpliste
parce qu’il s’agit de notre propre culture ; il l’est
beaucoup moins quand on enquête dans une
autre société, surtout dans les conditions où ont
été faites certaines observations par des cher¬
cheurs venus spécialement et uniquement pour
enquêter sur les classifications, dans un laps de
temps trop court, et qui parlent mal la langue
locale ou, pire encore travaillent avec des inter¬
prètes.
En un mot quand on applique à une plante un
terme désignant une forme du vivant entend-on
la placer dans un taxon de rang supérieur au
niveau de base, ou bien, s’agit-il de la caracté¬
riser par un critère de distinction ayant même
valeur que n’importe quel autre ? comme c’est le
cas chez les Bunaq quand les termes mun et
hôtel sont utilisés en déterminant, c’est-à-dire à
des niveaux inférieurs au niveau de base, par
exemple pour distinguer tupa mun et tupa hôtel.
D’une façon générale il faut se poser la ques¬
tion de savoir comment et à quelle fin est utilisé
le concept de forme du vivant.
La critique la plus pertinente vient de ceux
qui montrent que dans les cas où une forme
du vivant est utilisée comme taxon, ce der¬
nier n’inclut que des plantes possédant également
une autre qualité. C’est ce que constatent, par
exemple, R. A. Randall et E. S. Hunn (1984)
chez les Sinama des Philippines où les différents
attributs du terme kayu sont : «arbre pouvant
être utilisé pour faire du feu et assez solide pour
faire des maisons et des canoës ».
C’est aussi le cas, chez les Bunaq, de la caté¬
gorie mun qui, au départ tout au moins, ne
s’applique qu’aux lianes pouvant servir de lien.
Ceci nous amène à la notion de catégorie com¬
plexe, c’est-à-dire définie par des critères appar¬
tenant à des domaines différents où la morpho¬
logie et la biologie jouent un rôle prépondérant
mais non pas unique. C’est en effet ce que
nous avons pu constater plus haut à propos du
tableau 11 ; nous y reviendrons plus loin quand
nous examinerons l’aspect opératoire des classifi¬
cations. C’était déjà ce que disait R. Bulmer
(1974) :
« au niveau taxinomique correspondant au concept
des « formes du vivant » la nature polysémique des
termes appliqués à ces catégories dans de nombreux
langages suggèrent que ces taxons peuvent être définis
plus par une évaluation culturelle (technologie, ali¬
mentation, rituel, etc.) que par leurs caractéristiques
biologiques objectives ».
Cependant la polémique se poursuit et peut
même se renouveler sans fin dans la mesure où
les matériaux recueillis par ceux-là mêmes qui
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
139
défendent ce point de vue, sont repris et réin¬
terprétés à leur manière par les tenants de la
reconnaissance des formes du vivant comme
seule catégorie universelle englobante.
La dernière discussion en date, qui s’est
déroulée dans American Anthropologist en mars
1987 entre R. A. Randall et E. S. Hunn d’une
part et S. Atran d’autre part, est caractéristique
de ce phénomène. Je reprendrai plus loin les
arguments concernant la transitivité et les rap¬
ports d’exclusion. Je ne soulignerai ici qu’un
point qui me paraît particulièrement significatif.
Les auteurs s’opposent sur la question de
savoir si les catégories englobantes consistent
en attributs perceptuels ou fonctionnels. Or, à
la lumière des travaux des psychologues cette
opposition n’a pas grand sens dans la mesure ou
dans la constitution des catégories d’objets entre
en compte un ensemble d’attributs corrélés con¬
cernant leur forme mais aussi leur mode d’em¬
ploi.
L’utilisation d’une telle opposition dans l’argu¬
mentation ne peut se comprendre que si nous
interprétons la notion de « perception » comme
un avatar de l’idée qu’il y aurait une possibilité
de saisir un « perceptuel » pour ainsi dire à
« l’état pur », manifestation d’un inné qui n’au¬
rait pu être corrompu par un acquis.
Que la controverse soit une question d’inter¬
prétation des faits paraît d’autant plus clair que
les données recueillies par les universalistes eux-
mêmes ne sont pas, en définitive, si différentes de
ce que j’ai trouvé chez les Bunaq.
Ainsi à partir de la classification populaire
pour laquelle on a les renseignements les plus
complets, celle de Tzeltal du Mexique (Berlin,
Breedlove & Raven, 1974) on peut établir le
tableau 18 donnant la répartition des taxons,
appelés « génériques » par les auteurs, à l’inté¬
rieur des taxons de rang 1, qui se trouvent
immédiatement au dessous du taxon 0, celui du
règne, c’est-à-dire : 1) les formes du vivant,
2) des groupements qui n’y sont pas inclus,
certains composés d’un seul « genre » d’autres de
plusieurs constituant des catégories latentes qui
ne portent pas de nom et enfin, 3) des groupe¬
ments ou des plantes à position ambiguë.
Or les taxons non inclus regroupent un grand
nombre de types de plantes (194 sur un total de
642) qui comprennent la plupart des plantes
cultivées.
Voici quelques exemples de catégories latentes
Tableau 18. — Répartition des taxons «génériques» dans
les taxons de rang I (d’après Berlin, Breedlove & Raven,
1974).
taxons de rang 1 nombre de taxons « génériques »
1) arbres 178
herbes 119
« grass » 35
lianes 24
2) non inclus 97
3) ambigus 18
total 471
Soit en pourcentage :
75 % pour les formes du vivant
20 % pour les non inclus
5 % pour les ambigus
non incluses : les mousses ; les agaves et les
palmiers ; les courges et autres Cucurbitacées ;
les cannes et roseaux ; les céréales ; les Ombelli-
fères ; les bananiers et les plantes ayant le même
type de feuilles ( Maranta, Canna, etc.) ; les
ronces et les autres plantes ayant des fruits
comparables ; les choux et autres Brassica ;
les racines à savon ; les tomates ; les cotons
et d’autres Malvacées ; l’ail et l’oignon ; des
Aracées ; etc.
Parmi les taxons «génériques» non inclus
on trouve : les fougères ; les patates douces ;
les haricots (ce taxon comprend les genres bota¬
niques suivants : Phaseolus, Vigna, Canavalia,
Cajanus, etc.) ; les pommes de terre ; les piments ;
les cannes à sucre ; les amaranthes ; les Datura ;
etc.
Chez les Aguaruna, Berlin (1976) a relevé
57 taxa de rang 1, c’est-à-dire juste au-dessous
de « règne », allant du taxon appelé « arbre »
contenant à lui seul 275 taxa de rang générique
et 400 espèces (c’est-à-dire 86 % de l’ensemble) à
33 taxons monotypiques ne contenant qu’une
seule espèce (ce qui correspond chez les Bunaq
aux types de plantes n’entrant dans aucun
ensemble qui ont été traité en 37.).
Il signale le même type de phénomène chez les
Gimi de Nouvelle-Guinée où il existe plus de
20 catégories de rang 1 allant du taxon de,
« arbre », qui contient au moins 200 membres au
taxon koi « gingembre » qui en contient quatre.
Si on examine le tableau 12 on s’aperçoit
que toutes proportions gardées on retrouve les
mêmes caractéristiques dans la classification
bunaq où les taxa de rang 1 sont au nombre de
35 allant de l’ensemble lepu guk qui contient
Source : MNHN, Paris
140
CLAUDINE FRIEDBERG
116 types de plantes à l’ensemble iu obot qui en
contient deux ; il faut leur ajouter les six plantes
proche d’une autre plante mais n’entrant pas
dans un ensemble, et les 34 qui n’appartenant
non plus à aucun d’entre eux ne se rapprochent
d’aucunes plantes.
Notons que parmi ces ensembles sept au moins
constituent des « covert categories » ou « catégo¬
ries latentes», c’est-à-dire qu’ils apparaissent
dans la classification et non dans la nomencla¬
ture.
La différence principale que présente la classi¬
fication bunaq avec les autres est le peu d’impor¬
tance qu’y occupent dans les taxa de rang 1, les
formes du vivant. L’ensemble « arbre » si impor¬
tant dans d’autres cultures n’existe pas ; l’en¬
semble 6 « liane » arrive seulement en troisième
position avec 59 types de plantes ; celui des
arbustes kesi (26) correspond plus à une caté¬
gorie « plante ligneuse de sous-bois » qu’à une
véritable forme du vivant ; an, les grandes Gra¬
minées, est un sous-groupe de l’ensemble lepu
guk qui ne contient que onze types de plantes.
Quant à l’ensemble 12 u « herbe », il apparaît
comme un regroupement par défaut de plantes
ou de petits ensembles qui n’entrent dans aucune
autre catégorie englobante. Nous retrouvons là
ce que suggèrent R. A. Randall et E. S. Hunn
(1984), c’est-à-dire que les formes du vivant
seraient des catégories « fourre-tout » dans les¬
quelles on classerait les plantes qui ne peuvent
appartenir à aucune autre. Mais ce ne serait pas
des catégories véritablement opératoires dans les
rapports qu’une population entretient avec son
environnement végétal.
Avant de traiter de cet aspect opératoire des
classifications populaires voyons tout d’abord ce
que l’on peut dire de leur structure.
Structure des classifications populaires : la subordination des caractères,
LES RAPPORTS DE TRANSITIVITÉ ET LA NOTION DE RANG
Rappelons d’abord que le concept de rang et
les rapports de transitivité entre taxons de rang
différents sont essentiels dans la classification
scientifique : un taxon de rang inférieur possède
toutes les caractéristiques du taxon de rang
supérieur dans lequel il est indu et réciproque¬
ment. Ainsi les caractéristiques qui définissent le
taxon «mammifères» existent dans tous les
taxons de rang inférieur qu’il inclue et les
mammifères qui sont des Vertébrés, taxon de
rang supérieur, ont toutes les caractéristiques de
ces derniers. Cette structure est liée à un principe
de subordination des caractères qui est la même
pour l’ensemble du système. Le fait qu’un être
vivant a des os est taxinomiquement plus impor¬
tant que son nombre de pattes.
Les classifications scientifiques sont consti¬
tuées de l’emboîtement de catégories correspon¬
dant chacune à un rang : embranchement, ordre,
famille, genre, espèce, variété... ; tout être vivant
se situe de la même façon dans la hiérarchie des
rangs.
Ce sont là des caractéristiques que l’on ne
retrouve pas dans les classifications populaires :
les rangs n’y sont jamais désignés explicitement.
Pour notre discussion nous conviendrons de
partir de deux niveaux considérés comme fixes :
a) le règne qui peut être virtuel et que nous
désignerons par 0 avec au-dessous des rangs
numérotés à partir de 1 ;
b) le niveau de base que nous appellerons ici
0b et au-dessous les niveaux — 1, — 2, — 3, etc.
Dans les classifications populaires le nombre
de rangs se trouvant au-dessus d’un type de
plante situé en position terminale n’est pas fixe à
l’intérieur d’un même système. En effet dans
cette position terminale on peut aussi bien se
trouver en 0b qu’à des niveaux inférieurs ; de
plus il y a des cas où il y a confusion entre ce
niveau 0b et 1, il peut aussi exister des niveaux
intermédiaires entre les deux.
Pour ma part je me suis efforcée de déterminer
avec exactitude à quel niveau taxonomique appa¬
raît le terme de base, ce dont rend compte le
tableau 10, mais il s’agit d’une façon générale de
niveaux de différenciation et on ne peut parler de
rang que dans le cas de sous-ensemble, qu’ils
soient ou non nommés. Cependant les différences
dans ce que j’ai appelé la profondeur taxino¬
mique de la position du terme d’appellation est
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
141
une indication intéressante sur la structuration
interne de la classification qui n’est malheureuse¬
ment jamais fournie par les chercheurs.
À la suite de Conklin (1962) qui donnait des
taxinomies indigènes la définition suivante « un
système de ségrégats qui ont entre eux des
relations d’inclusion hiérarchisées » les premiers
chercheurs qui se sont intéressés aux classifica¬
tions populaires se sont efforcés de mettre en
évidence ce type de structure ; on relève même la
curieuse propension à penser que ce serait la
seule que l’on pourrait considérer comme «taxi¬
nomique » tant le sens du terme a dérivé.
Dans toutes les classifications populaires de
tels rapports d’inclusion hiérarchisés existent
entre le niveau Ob et les rangs inférieurs ; on peut
dire également que pour Ob et au-dessous, les
taxons de même rang sont mutuellement exclu¬
sifs. Mais ces caractéristiques ne sont plus vraies
si on considère les rangs supérieurs au niveau de
base.
Pour ce qui est de la classification botanique
bunaq nous avons vu qu’il peut y avoir chevau¬
chement entre les ensembles dans la mesure où
une même plante peut appartenir à plusieurs
ensembles. De plus, déclarer que ces ensembles
sont dans des rapports d’exclusion mutuelle n’a
pas grand sens lorsque leurs critères de définition
ne se situent pas sur le même plan. C’est ce
qu’exprime également R. A. Randall (1987)
quand il déclare que sagbot que Brown avait
cru, d’après ses premières publications, pouvoir
rapporter au concept universel « d’herbe », signi¬
fie en fait « plante sans utilisation qui pousse
toute seule » et que sagbot ne peut pas être plus
« non ligneux » que « non fruitier » ou « non
utilisable pour faire un toit».
Mais c’est surtout la non-transitivité des rap¬
ports entre rangs qui a frappé les observateurs.
C’est ce dont convient P. Kay (1975) à propos de
pussy willow qui n’est pas considéré comme un
arbre alors que la catégorie willow « saule » est
censée appartenir à cette catégorie ; c’est la même
remarque que reprend S. Atran à propos du
chêne vert en français considéré comme un
arbuste alors que les autres plantes auxquelles on
attribue le terme d’appellation chêne appar¬
tiennent à la catégorie arbre. Des exemples
analogues sont nombreux chez les Bunaq : dans
la série balo il y a deux types de plantes qui
n’appartiennent pas à l’ensemble balo dik auquel
appartient la plupart des plantes de cette série ; il
s’agit de balo sai katoq qui appartient à l'en¬
semble il gie et balo bakoq qui est dans l’en¬
semble des « autres plantes à wo ». Mêmes
remarques par exemple pour sekal zon qui est
dans l’ensemble mun et non dans balo dik, etc.
Dans la classification botanique bunaq on
peut constater une grande disparité dans la
structuration des différents ensembles et même à
l’intérieur de chacun d’eux.
Ainsi entre les Ficus qui se trouve au sixième
niveau de différenciation à l’intérieur de l’en¬
semble 14 ou, pour les plantes cultivées, les
clones d’igname qui sont au même sixième rang
dans l’ensemble 1, et les ensembles 5, 7, 8,
10,... où le terme de base se trouve immédiate¬
ment au niveau 2, il y a toute une gamme de
possibilités que l’on retrouve également pour
l’attribution des déterminants, avec comme pro¬
fondeur maxima le niveau —4 pour le premier
déterminant de l’ensemble 7 celui des «hari¬
cots ».
La façon dont on peut passer d’un ensemble à
l’autre par l’intermédiaire des plantes-ponts et
des plantes-nœuds donne l’impression d’un vaste
réseau de relations dans lequel, comme nous
l’avons vu plus haut, on peut passer progressive¬
ment d’une plante à l’autre. En gardant la même
image on peut dire que certaines parties de ce
réseau sont à mailles larges et d’autres à mailles
étroites.
De plus le mode de structuration n’est pas le
même partout. Il y a les cas où la place attribuée
à une plante se fait en fonction de critères définis
(ce sont ceux qui sont figurés par des traits pleins
dans les schémas des figures 33 à 40) et ceux où
cette attribution est fondée sur un rapproche¬
ment plus ou moins vague avec une autre plante
(ce qui a été figuré en tire té dans les mêmes
schémas). Nous retrouvons là ce que nous di¬
sions sur les deux façons de situer une plante
par rapport aux autres :
1) par une différenciation qui se fait à l’in¬
térieur d’un ensemble et qui est fondée sur la
possession d’un certain nombre de critères per¬
mettant d’attribuer un même nom de base,
critères que possèdent alors tous les taxons de
rang inférieur (c’est le cas, par exemple, quand
on passe de dik à dik loi et dik taliq et à tous
les taxons inférieurs) ;
2) par un rapprochement effectué à partir
d’une plante particulière et fondé sur une partie
seulement des critères permettant de définir ce
Source : MNHN, Paris
142
CLAUDINE FRIEDBERG
taxon, mais qui peut être aussi une vague
analogie de type métaphorique ; c’est le cas par
exemple pour dik hôtel qui n’a pas la tige
volubile des autres dik, mêmes remarques pour
ho hôtel et encore plus pour ho molo ou pour les
plantes qui portent le nom d’une plante cultivée
avec zon pour déterminant en raison d’une vague
analogie d’allure.
On pourrait sans doute retrouver ces deux
processus de structuration dans toutes les clas¬
sifications populaires.
Aspect opératoire des classifications botaniques
DANS LES CULTURES À TRANSMISSION ORALE
Nous avons à plusieurs reprises évoqué l’as¬
pect « outil » des classifications en général et il
nous apparaît que les aborder dans cette perspec¬
tive ferait disparaître un certain nombre d’équi¬
voques (Friedberg, sous presse).
Comme nous l’avons déjà souligné, les classifi¬
cations populaires ne peuvent généralement pas
être considérées comme des constructions fon¬
dées sur une volonté explicite d’organisation et
les manifestations classificatoires que les ethno¬
logues recueillent sont le reflet d’une certaine
façon de concevoir l’ordre du monde telle qu’elle
se manifeste au fur et à mesure des nécessités.
11 est donc essentiel pour saisir le phénomène
classificatoire de comprendre à quels types de
besoins il répond.
Pour ce qui est de la classification des plantes
elle peut avoir plusieurs objectifs en même
temps : mettre de l’ordre dans ce que chacun
perçoit de la végétation, repérer, identifier, ce
dont on a besoin, se repérer soi-même par
rapport à ce que l’on voit, mémoriser un savoir
accumulé sur plusieurs générations, communi¬
quer avec les autres au sujet des plantes, décider
de ce que l’on doit faire face à tel ou tel végétal.
Les classifications botaniques se présentent
avant tout comme un moyen de stocker les con¬
naissances sur l’ensemble de la végétation mais
elles fournissent en même temps un outil de
repérage pour ce qui concerne chaque plante en
particulier. Il s’agit tout d’abord de l’identifier
mais aussi de pouvoir la situer par rapport aux
autres non seulement à l’intérieur du monde
végétal mais aussi en fonction de ce que l’on veut
en faire.
Même dans le cas d’une procédure prototy¬
pique d’identification étant donné la quantité
d’objets naturels auxquels un individu est con¬
fronté, il est difficile d’imaginer que l’on puisse
toujours passer directement à la dénomination.
Comme je l’ai suggéré plus haut on peut envisa¬
ger qu’il y ait tri préalable. Ceci est encore plus
vrai dans le cas d’une démarche componentielle-
conceptuelle. Dans le cas de la classification
botanique bunaq les ensembles apparaissent net¬
tement comme des intermédiaires conceptuels.
Les exemples sont nombreux où les choix me¬
nant à une identification se fait à l’intérieur d’un
ensemble.
Pour ce faire les caractéristiques morpholo¬
giques sont essentielles mais le repérage peut
aussi se fonder sur d’autres éléments. Par
exemple pour identifier un arbre l’esprit ne
retiendra que l’ensemble de ceux qui sont utili¬
sables pour la construction, ou ceux que l’on
trouve dans un certain type d’environnement.
C’est ainsi que l’on en arrive, pour des rai¬
sons d’efficacité cognitive, à des catégories en¬
globantes complexes qui sont définies par des
critères empruntés à des domaines différents.
C’est-à-dire que pour maîtriser son action sur ou
avec la nature l’homme a dû mettre au point des
catégories conceptuelles qui conservent la com¬
plexité des situations auxquelles il doit faire face,
c’est-à-dire des catégories tenant compte en
même temps d’éléments floristiques, écologiques,
foncier, etc.
Si nous réexaminons avec attention le ta¬
bleau 11 nous nous apercevons que même dans
le cas où les ensembles semblent fondés sur le
seul critère d’utilisation en fait la partie uti¬
lisée possèdent des caractéristiques biologiques
précises : pour balo dik des tubercules, puisque
s’y trouve rattachées des plantes à tubercules non
comestibles ; pour ho tir des graines suffisam¬
ment volumineuses pour faire l’objet d’un ramas¬
sage à des fins culinaires, mais là aussi l’ensemble
inclut des plantes ressemblant aux précédentes
par leur allure générale (toutes sont des Légumi¬
neuses) mais qui ne sont pas comestibles ; l’en-
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
143
Fig. 41. — Cette vision de la structure de la charpente lors de
la réfection du toit, illustre l’importance des connaissances
sur les qualités des bois de construction dans l'édification
de l’habitation lignagère, cellule de base de la société
bunaq.
semble suivant, hôtel deu goq celui des arbres
servant dans la construction, est caractérisé par
le fait que ce sont des arbres ayant un bois
présentant une certaine résistance, en particulier
aux parasites (voir fig. 41 et 42).
L’ensemble titiq ual des plantes utilisées pour
fabriquer des fibres végétales sont des plantes
ayant un liber que l’on peut traiter pour en faire
des liens et caractéristiques de certaines familles
botaniques, les Malvacées, les Tiliacées, les Ster-
culiacées, Moracées, on y trouve aussi une
Asclépiadacée et une Thymeleacée.
La catégorie « arbres fruitiers » ne comporte
que des plantes dont les fruits ont une certaine
importance et qui, sauf les agrumes ne sont pas
épineuses ; celle des « légumes » comprend non
pas toutes les plantes dont on peut manger les
feuilles bouillies mais uniquement celles qui ne
sont pas ligneuses (en effet de nombreux arbres
fournissent des légumes-feuilles durant la saison
sèche) la majorité étant des herbacées annuelles
sauvages qui apparaissent aux premières pluies.
Les deux derniers ensembles regroupent des
plantes qui fournissent de la couleur, noire pour
les premières après cuisson, rouge quand on les
mâche pour les secondes.
Nous retrouvons là certaines des remarques
évoquées à propos des critiques opposées aux
universalistes sur la façon dont ils utilisent le
concept de forme du vivant (p. 139) et celles que
j’ai faites moi-même au sujet de ce même concept
chez les Bunaq (p. 138). Mais toutes les études
disponibles sur les classifications populaires peu-
Fig. 42. — Intérieur d’une maison avant que la couverture ne
soit entièrement posée ; au premier plan : un pilier sculpté
orné d'un massacre de buffle ; au deuxième plan : chevrons
et lattes pour lesquels on peut se contenter de branches
non rectilignes.
Source : MNHN, Paris
144
CLAUDINE FRIEDBERG
vent nous fournir des exemples de catégories
complexes. Par exemple, chez les Palawan des
Philippines, la catégorie pâpârasân signifiant « ce
qui est aisément coupé» comprend toutes les
plantes qui poussent seules — c’est-à-dire à
l’exclusion des plantes à tige volubile grimpante
ou rampante qui doivent s’appuyer sur quelque
chose — qu’elles soient ligneuses ou herbacées,
ce qui, dans le contexte écologique local corres¬
pond à la végétation de sous-bois (Revel 1985).
Il semble, par contre, que les critères culturels
ne peuvent à eux seuls fonder des catégories
d’objets naturels. Ceci pose, en particulier le
problème des catégories fondées sur l’usage
alimentaire qui ne semble pouvoir être retenues
que si on peut les relier à des caractéristiques
biologiques.
D’une façon générale il est toujours difficile de
décider de ce que l’on peut réellement considérer
comme classe dans les rangs supérieurs au niveau
de base.
Dans les premières études d’ethnoscience, pour
expliquer que l’on fasse appel à des critères
appartenant à différents domaines, on se bornait
à constater l’existence de plusieurs structures
hiérarchisées distinctes :
« À la différence des taxa scientifiques, les segmen¬
tations 24 indigènes peuvent appartenir simultanément
à plusieurs structures hiérarchisées distinctes. La
même segmentation peut être classée comme catégorie
terminale dans une taxinomie basée sur la forme et
l’apparence et en même temps comme une catégorie
terminale ou non dans une autre taxinomie basée sur
une approche culturelle (par exemple un type de
segmentation basée sur la morphologie florale, opposé
à des catégories basées sur l’aspect fonctionnel des
plantes qui sont alors considérées comme des culti-
gènes alimentaires, médicinaux, ornementaux, etc.)»
(Conklin, 1962).
Ce que Lévi-Strauss disait sous une autre
forme :
«... la nature polyvalente de logiques qui font simul¬
tanément appel à plusieurs types formels de liaisons ».
(Lévi-Strauss, 1962 : 83).
Il apparaît cependant que, dans certains cas,
en opérant simultanément sur des plans diffé¬
rents on aboutisse à distinguer des catégories
complexes qui jouent un rôle dans l’organisation
conceptuelle du milieu végétal.
Dans le cas des milieux très anthropisés il
semble que les catégories prenant en compte
l’écologie, parfois en association avec le fon¬
cier, soient d’une importance majeure. Chez les
Bunaq c’est typiquement le cas de la catégorie
bula gie « appartenant à bula » ; ce dernier terme
désigne l’ensemble des terres de pâture qui
comporte plusieurs types de formations végé¬
tales, arborées, arbustives, herbacées dans les¬
quelles le bétail des membres d’un village a le
droit de se déplacer ; bula s’oppose au matas
momen, les terres de cultures, interdites aux
animaux domestiques. Mais dans l’expression
bula gie le terme bula s’applique spécifique¬
ment à la formation végétale la plus caractéris¬
tique de ces terres de pâture, une prairie naturelle
rase formée principalement de deux petites Gra¬
minées dont les feuilles appliquées au sol forment
un tapis végétal serré : Chrysopogon aciculatus
et Eleusine indica ; s’ajoutent dans les zones
humides plusieurs Cypéracées, qui portent toutes
le même terme de base : kebot.
Ces catégories où se combinent le floristique,
le géologique, l’écologique, le statut foncier et le
mode d’utilisation prennent, semble-t-il, de plus
en plus d’importance au fur et à mesure que le
milieu s’anthropise. C’est ce qui ressort en
particulier des recherches faites par B. Meilleur
en Savoie où les catégories englobantes opéra¬
toires correspondent à des biotopes populaires
qui regroupent chacun des types de plantes que
les informateurs considèrent comme caractéris¬
tiques. (Voir le tableau 19, extrait de Meilleur,
1984).
Ailleurs en France ce sont des catégories
comme lande ou chaume qui peuvent jouer ce
rôle ; mais il semble que souvent le relais ait
été pris depuis longtemps par les termes topogra¬
phiques ou certains termes d’appellation de
parcelles tels qu’on les trouve dans les anciens
cadastres et qui témoignent souvent de condi¬
tions écologiques et foncières dépassées.
Gestionnaires d’un espace que plus personne
n’ose qualifier de « naturel » mais dans lequel
ils doivent prévoir et contrôler les réactions
d’éléments végétaux qui eux sont soumis aux
règles de la nature, les paysans ordonnent ces
derniers à l’intérieur de catégories qui leur
servent de support conceptuel pour la maîtrise
d’une matière vivante possédant une dynamique
24. Nous avons traduit par segmentation le terme segregate utilisé par Conklin dans le texte original anglais.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
145
Tableau 19. — Les biotopes populaires de Termignon et deux phytocénoses correspondantes (d’après Meilleur, 1984).
lez âbrynar
les peuplements denses de myrtilles en montagne
lo bor da ’l e:va
les abords de l’eau
lo dera’ze
les peuplements denses d’aune vert
le’z erpne
les « prés herpines » : prairies de fauche d’altitude, non irriguées
lez ssevo
les lieux dégagés devant les maisons de « montagnes »
la « forêt noire »
le ’gleire
les abords graveleux et sablonneux des cours d’eau
le ’ka:se
les éboulis en montagne
lo klaepar
les tas de pierre (des champs)
le ’molje
les lieux humides (petits marais)
- de plaine
- de « montagnes »
le mo're:ne
les moraines des glaciers
lez or
les jardins non clos du village
lo patu’ra:dzo
les pâturages
- de montagnettes
- de « montagnes »
lo pra
les prairies de fauche, irriguées
- de plaine
- de montagnettes
- de « montagnes »
le ra’ve:re
les jardins de rave
- de montagnettes
- de « montagnes »
lo sanai
les lits secs des cours d'eau
lo sa’nevjar
les chènevières
le tepe
les teppes, pâturages à herbe très courte
le ’te:xe
les champs
le ’te:xe ê zap
les terres en friche
le traefo’lirxe
les pièces réservées à la pomme de terre
lo 3 ardl
les jardins clos du village
La phylocénose populaire de lez esevo
’l crba mar’mo:ta
le Pissenlit (état adulte)
la sa’la:da
le Pissenlit (état jeune)
lo mjozotis
le Myosotis (pl. sp.)
lez or’ti:je
les Orties
la para’ph:ze
l'Alchémille commune
lo tfou
le Rumex des Alpes
l’Épinard sauvage
La phylocénose populaire de lo klaepar
lez à’gle:e
l’Églantier
le'z âpje
le Framboisier
le gro’zelje ’blâ:se
le Groseiller épineux
la ’mu:xa
la Ronce, la Mûre
la rozï
l’Épine-vinette
Source : MNHN, Paris
146
CLAUDINE FRIEDBERG
interne dont l’évolution dépasse la durée de vie
des individus eux-mêmes.
Les savoirs botaniques paysans s’inscrivent
dans un espace et dans un temps qui est celui
de l’histoire des sociétés.
Il faut pour cette raison s’attendre à ce que les
derniers événements qui se sont déroulés à
Lamaknen aient eu une répercussion sur la façon
dont les Bunaq ordonnent leur monde végétal ;
en particulier l’instauration d’un type de rapport
avec leur terroir plus conforme à une économie
moderne et la perte de la mémoire des mythes a
sans doute modifié la nature des catégories
englobante dans un sens où ils ont moins de
relations avec le langage littéraire et plus avec
les contingences économiques.
Source : MNHN, Paris
CONCLUSION
Au terme de cette exploration des connais¬
sances botaniques des Bunaq il nous est mainte¬
nant possible de mieux apprécier ce qui dans ce
savoir est de l’ordre des phénomènes cognitifs
universels et ce qui est propre à cette popula¬
tion.
Ce qui frappe tout d’abord, c’est, que s’il y a
peu de rapports entre leur classification des
plantes et les grands principes qui organisent leur
vie socio-culturelle en revanche de nombreuses
interférences existent entre cette même classifica¬
tion et leur pratique de la nature ; par ailleurs les
liens conceptuels entre ces grands principes et
leur façon d’envisager le fonctionnement de la
nature sont évidents.
Nous avons vu que la façon dont les Bunaq
identifient et classent les végétaux correspond
aux procédures universellement observées dans
ce domaine. La grille de découpage qu’ils appli¬
quent aux catégories végétales est du même type
que ce que l’on trouve dans les autres cultures
populaires. Par contre elle diffère, tout comme
dans ces dernières, de celle de la botanique
scientifique sur plusieurs points : incertitude de
la place du niveau de base par rapport au genre
et à l’espèce, peu de taxons supérieurs à ce
dernier niveau, pas de règle absolue de transiti¬
vité entre les taxons quand on passe de — 1 à 1,
prise en compte d’éléments extérieurs au règne
végétal dans la définition des taxons. Mais il
apparaît clairement que ces éléments extérieurs
sont, chez les Bunaq, toujours de l’ordre du
factuel observable et non de l’analogique méta¬
phorique.
Ainsi, apparemment le symbolique joue-t-il un
rôle limité dans la classification. Celle-ci se
présente plutôt comme le conservatoire de don¬
nées issues de l’observation et de la pratique
dans lequel l’analogique et le métaphorique
puisent les éléments constitutifs à partir desquels
ils se construisent. Ce n’est que dans la nomen¬
clature que l’analogique et le métaphorique peu¬
vent intervenir.
Ceci est tout à fait net dans la façon dont les
analogies sur lesquelles sont construites les cor¬
respondances « parties du corps/plantes culti¬
vées » qui apparaissent dans le mythe d’origine
des semences, n’ont aucune influence sur la clas¬
sification.
Même constatation pour le mythe d’origine de
l’aréquier et du bétel qui sont censés être les
ancêtres de toutes les plantes sans que cela
implique quoi que ce soit sur le plan classifica¬
toire mais qui a par contre une grande impor¬
tance sur le plan étiologique général puisqu’il
s’agit de l’apparition de l’opposition entre le
mou, symbolisé par le bétel et affecté d’une
polarité féminine et le dur, symbolisé par la noix
d’arec et affecté d’une polarité masculine 25 .
Du côté mou sera la chair, du côté dur seront
les os mais aussi les arbres et les pierres. Hôtel
o hol « arbre et pierre » est une expression qui
symbolise le village dans les textes mythiques ou
rituels. La pierre parce que les maisons sont le
plus souvent construites sur des plates-formes de
pierres et que c’est avec elles que l’on aménage
aussi la place de réunion, le muret qui l’entoure
et les autels collectifs qui y sont édifiés. Les
arbres sont à la fois ceux utilisés pour bâtir les
habitations, ceux que l’on plante pour les ombra¬
ger et le bois sacré entourant le village dont la
fonction est également de donner de la fraîcheur.
D’une façon générale les apparitions de plantes
dans les récits mythiques ont un rapport avec
leur utilisation pratique ou symbolique ou indi¬
quent un certain type d’environnement mais sans
aucune implication d’ordre taxinomique.
On peut cependant remarquer que dans cer¬
tains cas, le rôle d’une plante dans le mythe ou
le rite et la position taxinomique d’une plante
25. Ceci n’est valable que pour les Bunaq. En effet dans des populations voisines où on consomme non pas les feuilles
de bétel mais les inflorescences qui sont dures, le symbolisme est inversé.
Source : MNHN, Paris
148
CLAUDINE FRIEDBERG
s’éclairent l’un l’autre. Ainsi l’appartenance du
bétel à la catégorie des netel hôtel hone « racine
(qui) tient l’arbre » à l’intérieur, des netel dutala
c’est-à-dire des plantes qui ne peuvent tenir
seules et posent leurs racines sur d’autres pour
pousser, renforce le fait qu’il symbolise le mou.
La position de bon (Entada phaseoloides)
parmi les grosses lianes éclaire le fait qu’elle est
considérée avoir été, dans les temps mythiques,
celle qui fut le lien entre le ciel et la terre. En effet
par rapport aux autres grosses lianes, elle se
caractérise par le fait que, se développant au-
dessus des frondaisons des arbres, elle ne mani¬
feste souvent sa présence que lorsque ses grosses
graines, d’un beau brun luisant, tombent sur le
sol donnant ainsi l’impression qu’elle vit dans le
ciel.
II n’y a pas non plus d’interférences avec la
taxinomie végétale dans un autre domaine où
les plantes jouent pourtant un rôle ayant une
valeur classificatoire sur le plan social, celui
des interdits d’utilisation et de consommation.
On peut en effet considérer que des interdits
communs déterminent des classes parmi les
humains mais, inversement, le regroupement de
certaines espèces de plantes dans les interdits
propres à une maison, à un village ou à un
territoire plus vaste, ne crée pas de classes
végétales. La place occupée par les plantes dans
l’histoire mythique et le rôle classificatoire qu’on
leur fait jouer dans la société à travers les
interdits n’a pas d’implication taxinomique dans
le monde végétal lui-même.
L’analogie et la spéculation symbolique à
partir de l’observation de la nature jouent cepen¬
dant un rôle fondamental dans la vie des Bunaq.
Les principes sur lesquels est organisé le fonc¬
tionnement de la société sont inspirés de la
conception qu’ils se font du fonctionnement de la
nature et plus précisément du monde végétal.
Nous sommes en effet dans une région où ce
dernier joue un rôle culturel plus important que
le monde animal, sans doute en raison de la
relative pauvreté de la faune.
On ne peut s’empêcher de penser que l’observa¬
tion de la reproduction des plantes et de l’alter¬
nance de la saison sèche et chaude avec la saison
froide et humide n’est sans doute pas sans lien
avec la façon dont les Bunaq organisent leur
représentation dualiste de la société.
Il est vrai que le mécanisme de la reproduction
sexuée est plus directement visible chez les
plantes puisque l’on peut observer ou non la
formation d’un fruit après que l’on a constaté
la présence de semences mâles sur les éta¬
mines alors que le développement d’un enfant
dans les entrailles d’une femme demeure long¬
temps caché : ainsi quand un vent violent s’élève
au moment de la pollinisation du riz ou du maïs,
les Bunaq savent que la récolte sera mauvaise ;
on ne coupe l’inflorescence mâle des bananiers
pour la manger en légume, qu’après l’apparition
de petites bananes.
La nécessité de la rencontre d’un élément mâle
avec un élément femelle pour qu’il y ait naissance
d’une vie nouvelle est une évidence pour les
Bunaq. Dans cette rencontre il leur est également
évident que c’est l’élément mâle qui se déplace
tandis que la femelle reste en place. De plus le
fait que ce soit là où sont les semences fémi¬
nines que se développe le nouvel être qui est
créé, impose, à leurs yeux, la prééminence du
féminin sur le masculin, ce qui ne signifie
nullement la supériorité de la femme sur l’homme.
Cette conjonction nécessaire du mâle et de la
femelle fonde la dualité du monde, de tout ce qui
se reproduit et se survit grâce à cette reproduc¬
tion.
Le renouveau de la vie, les Bunaq le voient
apparaître chaque année dans des circonstances
bien particulières après que la saison sèche et
chaude ait fait disparaître toutes les plantes
annuelles et fait jaunir et tomber les feuilles de
nombreux arbres. Les premières pluies arrivent
et tout reverdit. Le chaud et le sec sont donc
associés à la mort, le froid et l’eau à la vie. Mais
ils savent aussi que si les champs ne sont pas
prêts, si l’on sème trop tard quand la terre est
refroidie par les pluies, les graines pourriront et
rien ne poussera.
Sur cette observation pratique s’échafaude une
représentation globale du mécanisme de la repro¬
duction. La graine qui est née de la conjonction
du féminin et du masculin sera maintenant
affectée d’une polarité masculine lorsqu’elle est
mise dans le sol où elle doit rencontrer les
semences féminines de la terre. Ces semences
mâles doivent être froides comme le sont celles
des humains véhiculées par le sperme tandis que
le réceptacle féminin, la terre comme la femme,
doit être chaud dans le moment précis de la
rencontre.
La chaleur est gage de la présence de semences
féminines ; ces semences immobiles et cachées
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
149
qui ne sont visibles que chez les plantes se
signalent par de la vapeur quand elles s’échap¬
pent de la terre au moment des premières pluies.
Le froid ne devient nécessaire qu’ensuite, pour le
développement du nouvel être créé. Si les pluies
s’arrêtent, et de la même façon, si la femme se
trouve placée dans une situation « chaude », il
meurt.
De nombreux textes en vers et en prose dont
nous ne pouvons faire état ici ont pour objet
d’enseigner sous une forme métaphorique aux
jeunes Bunaq ces vérités. C’est ce que raconte, en
particulier, le mythe d’origine des semences ; les
premières que les ancêtres reçoivent de leurs
parents, restés dans le ciel, sont bouillies, les
deuxièmes sont grillées ; ni les unes ni les autres
ne peuvent germer. Seules sont utilisables les
troisièmes, issues du corps d’un homme brûlé sur
l’autel de champ qui en même temps se trans¬
forme en oiseau annonciateur des pluies et dit à
tous ceux qui ont assisté à la scène de ne pas
pleurer : « chaque année quand vous m’enten¬
drez vous saurez que le temps des semailles
approche ».
Ces rapports entre le chaud et le froid sont
également vécus symboliquement quand, chaque
année avant d’accueillir à l’autel collectif du
village, les semences issues de ce sacrifice, pen¬
dant que les hommes chassent le sanglier, les
femmes qui ne peuvent allumer de feu et cuisiner,
jouent aux billes avec des noix de bancoul. Ce
jeu symbolise les caresses amoureuses destinées à
les mettre dans les conditions de chaleur propices
à un accouplement fécond.
Il ne m’est pas possible de donner ici tous les
éléments de l’analyse qui m’ont amenée à une
telle reconstitution du système de pensée bunaq.
La réelle difficulté pour notre actuel propos est
de parvenir à déterminer dans ce chassé-croisé de
concepts entre le végétal et l’humain à quel
moment nous sommes dans l’analogie, l’homo¬
logie ou la métaphore.
Nous avons déjà évoqué ce problème à propos
des échanges de termes dont on ne sait jamais
très bien dans quel sens ils se font. Il y a les
emprunts de type métaphorique au vocabulaire
botanique comme lorsque les termes ter «ra¬
meau » et nor « feuille » sont utilisés pour quali¬
fier les rapports de preneurs à preneurs de
femmes (les preneurs de femmes étant appelés ai
baqa, les preneurs de ces preneurs sont désignés
par ai baqa ter et les preneurs de ces derniers ai
baqa nor) ou lorsque, dans les textes littéraires,
les épouses sont toujours désignées par l’expres¬
sion biso bin. Il y a les cas où les emprunts
se font en sens inverse par exemple quand le
pédoncule de l’inflorescence du palmier est
appelé « bras » ; il en est d’autres où les mêmes
termes sont employés de façon indifférente pour
les plantes et pour l’homme sans que l’on puisse
dire quel est le sens premier comme dans le cas
de goreq qui désigne à la fois le prépuce et les
restes de graines des feuilles de Graminées.
Les métaphores végétales sont, nous l’avons
dit, très utilisées dans le langage poétique ;
ainsi certaines prestations matrimoniales sont-
elles appelées dilu heran Borassus Pandanus ou
bigil obuk « bananier sauvage Macaranga tana-
rius » et dans les mythes, une fois que des
femmes ont été présentées comme épouses, le
texte poursuit :
sasa o sulol pili o paqe
rejet et bouture cueillir et détacher
c’est-à-dire que la femme est ici comparée à une
bouture ou un rejet que l’on va repiquer dans la
maison de l’époux, ce qui correspond bien à
l’idée que se font les Bunaq des dil, les matrili¬
gnages qui restent individualisées dans chaque
maison.
Une expression comme i etel legul ! « que
notre racine soit longue ! » qui signifie « que
nous atteignions un grand âge ! » peut aussi
être entendue comme un langage métaphorique
puisque ce sont les plantes qui ont des racines
longues pouvant puiser de l’eau profondément
qui vivent longtemps. Cependant la métaphore
est rendue plus complexe du fait qu’il y a
des objets qui représentent la force vitale des
humains et sont le support d’actions rituelles ;
c’est le bulot pour les membres d’une maison, le
bosok o op, l’autel collectif pour le village, ce
dernier étant précisément désigné par l’expres¬
sion pana getel mone goron « racines des femmes,
feuilles des hommes ». Quant au terme bulot il est
difficile de déterminer son sens premier car s’il
désigne les barbes de maïs il ne faut pas oublier
que cette plante a été introduite à Timor par les
Européens.
Mais que penser de l’idée que se font les
Bunaq de leur essence végétale parce qu’ils se
considèrent issus des « épouses oranges » d’un
des héros mythiques ? À l’inverse peut-on dé¬
duire du fait que le riz soit traité comme un
Source : MNHN, Paris
150
CLAUDINE FRIEDBERG
homme tout au long des rituels de récolte qu’il
est vraiment considéré comme un être humain ?
Venons-en maintenant aux formes que prennent
chez les Bunaq la représentation dualiste du
monde : elles s’adaptent aux rapports dialec¬
tiques qui sont ceux du vivant. Chaque élément
se voit affecté d’une polarité qui n’est pas
absolue ; elle varie et se combine en fonction
des circonstances.
Nous avons rapidement évoqué dans l’intro¬
duction l’existence d’une double chefferie com¬
portant un seigneur féminin s’occupant des
affaires internes et un autre masculin de rang
inférieur au précédent et qui traite des affaires
externes. Jadis, comme dans d’autres sociétés
timoraises, le chef féminin ne pouvait sortir et
seul le chef masculin pouvait aller et venir pour
régler les problèmes. Mais chacune de ces fonc¬
tions doit être réenvisagée selon le point de vue
où l’on se place. Ainsi dans sa propre maison le
seigneur féminin est considéré détenir ce qu’on
appelle le pouvoir étendu, oe nolaq, tandis qu’un
autre personnage détient le pouvoir restreint, oe
tîl, à l’intérieur de la maison, c’est-à-dire que le
premier, du point de vue de la maison appartient
au masculin.
Cette relativité des rapports et des qualités
associées est celle-là même qui affecte la repro¬
duction des plantes ; la graine féminine quand
elle est encore dans la fleur-mère devient mas¬
culine quand l’homme la met dans le sol. La
chaleur qui affecte la semence femelle au moment
de sa rencontre avec la semence mâle doit être
transformée en froid dès que celle-ci ayant eu
lieu, un nouvel être doit se développer.
On ne peut chez les Bunaq se livrer au petit jeu
des analogies entre oppositions : le féminin est
au masculin comme le mou au dur, le froid au
chaud... La combinatoire des oppositions dua¬
listes est à utiliser avec circonspection.
Pour représenter la nécessaire complémenta¬
rité des éléments constitutifs de phénomènes
dont l’unicité est par ailleurs reconnue comme un
état de fait, les hommes ont utilisé partout les
mêmes procédés. L’opposition dualiste en est un
mais les Bunaq appartiennent aux cultures où les
rapports entre les termes de l’opposition sont
conçus dans le dynamisme de l’alternance et de
la relativité destiné à rendre compte de la
dialectique propre à la vie et d’une façon
générale à l’histoire et non, comme dans la
culture occidentale, de façon absolue et statique.
Un autre procédé de représentation de la
complexité du monde est de conserver cette
dernière à l’intérieur de catégories conçues
comme des moyens d’organiser l’Univers. C’est
ce que nous avons constaté chez les Bunaq pour
les catégories englobant les objets qui constituent
la diversité du vivant.
Cette difficulté de représentation du monde est
aussi celle de la science. Les scientifiques ont
appris à diviser les difficultés pour mieux les
résoudre comme leur a enseigné Descartes, à
traiter des objets simples «pour monter peu à
peu comme par degrés jusqu’à la connaissance
des plus composés ». Cependant le concept de
complexité, c’est-à-dire d’un tout qui aurait
quelque chose de plus que la somme de ses
composants est devenu une nécessité, en particu¬
lier en réponse à l’interprétation du deuxième
principe de la thermodynamique selon lequel
l’Univers voyait son énergie se dissiper de façon
inexorable en chaleur au fur et à mesure qu’aug¬
mente l’entropie. À cette vision pessimiste de
l’Univers s’en est substituée une autre dans
laquelle l’organisation du vivant va croissant en
même temps que sa complexité.
Tous les hommes, qu’ils soient ou non des
scientifiques, et quelle que soit l’époque et la
société dans laquelle ils ont vécu, ont utilisé le
raisonnement analogique pour rendre compte de
cette complexité de l’Univers, la différence entre
les uns et les autres vient du rôle qu’ils ont
assigné à cette mise en ordre ; si on l’a cantonnée
aux pratiques symboliques ou si on l’a inscrite
dans les gestes et les élaborations techniques.
L’exploration que nous venons d’effectuer à
travers le mode de pensée des Bunaq du Haut-
Lamaknen nous apporte confirmation du rôle de
l’observation de la nature dans l’élaboration des
représentations spéculatives de l’Univers.
S’il est vrai que l’on ne peut voir que ce qui a
déjà été pensé, il n’en demeure pas moins que les
constructions symboliques faisant appel au rai¬
sonnement analogique découlent de l’observa¬
tion des objets concrets et non l’inverse.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
151
REMERCIEMENTS
Mes remerciements vont tout d’abord aux
institutions et aux hommes qui ont permis que
s’accomplisse le travail de terrain nécessaire à cet
ouvrage et en premier lieu ceux qui furent à
l’initiative de la première mission dont Louis
Berthe était le responsable, Georges Condomi-
nas, alors directeur de la rcp 61 (Atlas ethno¬
linguistique du Sud-Est asiatique et du Monde
Indonésien) et Ruy Cinatti qui fut notre inter¬
cesseur auprès de la Junta do Investigaçoes do
Ultramar. Je tiens également à saluer la mémoire
de R. Portères, à l’époque directeur du Labora¬
toire d’ethnobotanique et d’ethnozoologie et à
remercier la direction du Muséum national d’His-
toire naturelle qui m’ont permis de poursuivre au
long des années mes missions chez les Bunaq.
Puis mes remerciements vont aux autorités
indonésiennes qui ont fait en sorte que ces
terrains se déroulent dans les meilleures condi¬
tions : au niveau national, l’Institut national de
Recherche, le Lembaga Ilmu Pengetahuan Indo-
nesia et l’Institut national de Biologie à Bogor,
au niveau local, les autorités de la Province Nusa
Tenggara Timor, du Kabupaten Belu et plus
particulièrement Bere Tallo qui était en même
temps le chef traditionnel des Bunaq et G. Asy
qui était alors le Camat de Lamaknen.
Il me faut maintenant remercier tous ceux qui
m’ont assistée dans la tâche d’élaboration des
matériaux et tout d’abord les botanistes qui
m’ont aidée à identifier mes échantillons : en
premier lieu G. G. J. van Steenis qui était alors
directeur de l’Herbier de Leiden, R. C. Bakhui-
sen van den Brink co-auteur de la Flora of Java
et F. H. Hildebrand qui avait fait toute sa
carrière à l’Institut de Recherche Forestière de
Buitenzorg dont les connaissances de botanistes
« généralistes » et de terrain me furent très
précieuses pour orienter mes premières identifi¬
cations sur des échantillons qui n’étaient pas
toujours complets ; et enfin tous les spécialistes
de familles particulières tant à l’Herbier de
Leiden, de Kew que de Paris et dont les noms
sont mentionnés dans l’inventaire.
Il y a aussi ceux qui au Laboratoire d’Ethnobo-
tanique et d’Ethnozoologie — maintenant d’Eth-
nobiologie-Biogéographie — m’ont aidée dans la
réalisation de ce travail sous sa forme première
dans l’ensemble de la thèse d’État et tout
particulièrement Patrick Allain.
Pour l’élaboration de cet ouvrage sous sa
forme actuelle, je tiens tout d’abord à remercier
François Bresson qui a soutenu mon entreprise
et guidé ma réflexion. Ma gratitude va également
à Chantal Gaulin pour son aide précieuse dans
la réorganisation de mon texte et à Marie-Claude
Bailly qui en reprit entièrement la frappe.
Viennent enfin ceux sans lesquels aucune des
données présentées ici ne pourraient exister, je
veux dire les Bunaq eux-mêmes. Je tiens à
remercier tous ceux qui furent mes hôtes et mes
informateurs occasionnels mais surtout ceux
avec lesquels j’ai constamment travaillé, les lal
gomo « maîtres de la parole », c’est-à-dire par
ordre d’ancienneté, Petrus Bere Loeq, Benedic-
tus Asa Bele, Petrus Bere Talo et enfin l’institu¬
teur Donatus Mau Letoq qui supervisait la
traduction des textes en indonésien.
Enfin je veux témoigner toute ma gratitude à
ceux dont la maison fut, pour ma fille et moi,
notre foyer d’adoption pendant tous nos séjours
à Lamaknen, le raja de Dirun, Ludovic Laku
Maliq et toute sa famille et plus particulière¬
ment son épouse Kolo Berek, femme remar¬
quable, dont je salue ici la mémoire ainsi que
celle de tous ceux qui nous ont quittés.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
APPENDICE
INVENTAIRE RAISONNÉ DES PLANTES DU HAUT LAMAKNEN
METHODIC INVENTORY OF UPPER LAMAKNEN PLANTS
Règles de présentation de l’inventaire
Malgré l’hétérogénéité du matériel, je me suis
efforcée d’en systématiser la présentation.
Une numérotation est donnée pour chaque
niveau de différenciation taxinomique ; celle qui
correspond à chaque type de plante donne une
indication de la profondeur de sa position taxi¬
nomique dans le groupement (il y a autant de
niveaux que de chiffres). Immédiatement après
cette numérotation sont données les caractéris¬
tiques du taxon si elles ont été fournies comme
critères de différenciation et d’identification, sinon
elles sont indiquées après le terme ou l’expression
d’appellation.
Le nom de base désignant une série est fourni,
au niveau taxinomique auquel il correspond,
avec sa traduction s’il y a lieu. Pour les différents
types de plantes portant ce même nom de base,
seule la traduction du déterminant est fournie.
Les traductions sont indiquées entre guillemets.
Quand un déterminant est lui-même un nom de
plante et qu’il n’existe pas d’équivalent en fran¬
çais ce sera le nom scientifique de cette plante qui
sera donné entre guillemets. Quand il n’y a pas
de traduction soit pour le terme de base, soit
pour le déterminant, rien n’est indiqué. La tra¬
duction du terme de base n’est fournie que la
première fois où il apparaît. Si le mot n’est
pas bunaq son origine est précisée ; il s’agit le
plus souvent du tetun. Si besoin est une explica¬
tion est fournie entre parenthèses, par exemple :
nom de personne, nom de lieu... Cependant,
pour éviter toute équivoque, on pourra se repor¬
ter à l’index ; dans celui-ci en effet, la traduc¬
tion est fournie pour chaque mot composant le
nom de la plante ; quand il n’y en a pas, ceci
INVENTORY GuiDELINES
I hâve attempted to systematize the inven-
tory’s organization despite the heterogeneity of
research materials.
A number is given for each taxonomie level of
différentiation. This number indicates the taxo¬
nomie depth of each plant type in a group (there
are as many positions as digits). Taxon charac-
teristics serving as différentiation or identifica¬
tion criteria are given immediately after this
number. Otherwise they are indicated after the
term of phrase.
The basic plant name designating à sériés is
fumished at the corresponding taxonomie level
along with its translation, when existing. For
different plant types with the same basic plant
name, only the attribute is translated (for more
details see p. 84-85).
Translations are indicated between quotation
marks. When the attribute itself is the name of a
plant and no équivalent exists in French, then
the plant’s scientific name is given in quotes.
Nothing is indicated if there is no translation for
the basic plant name or attribute. The transla¬
tion of the basic plant name is only furnished
the first time it appears. If the word is not
Bunaq, its language of origin is specified (in
most cases Tetun). An explanation is fumished
in parenthèses when needed, for example, a
person’s name, place name...
However, to avoid ambiguity a full translation
is provided in the index for each component of a
plant name. A hyphen in quotation marks “ — ”
indicates that no translation exists. The conven¬
tions in note 8 p. 55 were adopted for transla¬
tions of expressions designating whole groups.
Source : MNHN, Paris
158
CLAUDINE FRIEDBERG
est indiqué par un tiret placé entre guillemets :
« — ».
Pour les traductions des expressions désignant
les ensembles, on a adopté les mêmes conven¬
tions que celles décrites dans la note 8, p. 55 :
pour aider le lecteur à repérer le sens des termes
bunaq on a indiqué entre parenthèses, chaque
fois que cela semblait utile, les termes qu’il faut
ajouter en français (articles, pronom relatif,
verbe être...) pour rendre la traduction com¬
préhensible. Cependant ceci n’a pas été fait de
façon systématique afin de ne pas alourdir le
texte dont l’objectif n’est pas une étude lin¬
guistique du bunaq ; pour cela on pourra se
reporter à Friedberg, 1978.
Rappelons toutefois que le système de flexion
de la grammaire bunaq implique que le sujet et
l’aspect d’un verbe ainsi que le pronom possessif
pour un substantif puissent être inclus dans la
flexion à l’initiale du mot.
L’identité dans la nomenclature scientifique,
précédée du signe =, est donnée au niveau
taxinomique où elle peut être fournie avec le plus
de précisions. Pour les plantes cultivées, elle n’est
généralement indiquée qu’au niveau de Y espèce.
Chaque fois qu’il y a un groupe ou une série
appartenant à la même famille botanique, cette
dernière est indiquée une seule fois, au début,
de façon à ne pas alourdir l’énoncé. Ainsi que l’y
autorise Y International Code of Nomenclature
(1988) les noms anciens des familles ont été
conservés.
Le nom du botaniste identificateur n’est indi¬
qué que lorsque l’échantillon a un label signé par
ce dernier.
Les différents modes d’utilisation de chaque
plante ne sont pas toujours mentionnés car cet
inventaire était primitivement inséré dans un
ensemble dans lequel un volume complet était
consacré au rôle des plantes dans la vie quoti¬
dienne.
Toutefois les types d’usages sont indiqués
succintement dans Y index. Par ailleurs les en¬
sembles regroupent souvent indifféremment des
plantes sauvages et cultivées et ce n’est que dans
certains cas que la distinction figure comme
critère de différenciation ; je me suis donc effor¬
cée de préciser, s’il pouvait y avoir un doute,
quand une plante est cultivée. D’une façon
générale quand il n’y a aucune indication la
plante est sauvage.
Chaque fois qu’il pourrait y avoir confusion,
Whenever it seemed appropriate, terms were
added in French (articles, relative pronouns, the
verb to be...) to render the translation more
understandable and help the reader learn the
meanings of Bunaq terms. This was not done
systematically, however, to avoid weighing down
the text, which does not aim to be a Bunaq
linguistic study. For such a study, reference
should be made to Friedberg, 1978.
Nevertheless, note that the inflexion System in
Bunaq grammar implies that the subject and
verb aspect, and the possessive pronoun for
substantives, should be included in the inflexion
of a word’s initial.
Scientific équivalents, preceded by an equal
sign ( = ), are given at the taxonomie level where
they are best identified with the greatest préci¬
sion. For cultivated plants, they are generally
indicated only at the species level. Each time a
group or sériés belongs to the same botanical
family, the later is indicated only once, at the
beginning, to avoid wordiness. Ancient family
names were maintained in accordance with the
International Code of Nomenclature (1988).
The name of the botanist identifying the
specimen is not given unless the label is signed.
Various uses of a plant are not always men-
tioned because such an inventory has already
been included in a full volume of a research
devoted to the rôle of plants in daily life.
Ail the same, types of usage are indicated in
the index. Wild and cultivated plants are often
combined in the same group and this distinction
rarely serve as a criteria of différentiation. When
doubts might arise, I hâve made a spécial effort
to indicate whether a plant is cultivated or not.
As a general rule, when nothing is indicated the
plant is wild.
Whenever confusion may arise, I hâve entered
my own reflections in brackets, in order to
distinguish them from information and commen-
taries fumished by the Bunaq.
As this study addresses Bunaq botany and not
scientific botany, problems of identification are
not elaborated on unless they shed light on
Bunaq botanical concepts. I fumish no compara¬
tive data on botanical species, their divisions,
régional vernacular names and usages. These will
be the object of another work, written in collabo¬
ration with Indonesian researchers and devoted
to the entire Nusa Tenggara Timor Province.
Plants are cited in ail groups to which they
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
159
mes propres réflexions seront données entre
crochets pour les distinguer des informations et
commentaires fournis par les Bunaq.
Cette étude ayant pour objet la botanique
bunaq et non la botanique scientifique, les
problèmes d’identification ne sont exposés que
dans la mesure où ils éclairent les conceptions
botaniques des Bunaq et je ne fournis aucunes
données comparatives sur les espèces botaniques,
leur répartition, les noms vernaculaires qu’on
leur attribue dans la région et leurs usages ; ceci
fera l’objet d’un autre ouvrage, écrit en collabo¬
ration avec des chercheurs indonésiens, qui sera
consacré à l’ensemble de la Province Nusa
Tenggara Timor.
Les plantes sont citées dans tous les groupe¬
ments où elles figurent mais elles ne sont décrites
en détail qu’une seule fois, soit la première fois
où elles sont citées, soit dans le groupement
auquel elles appartiennent de façon la plus
significative. D’une façon générale, sauf si cela
est nécessaire à l’exposé, la numérotation à
laquelle on devra se référer pour retrouver une
plante citée plusieurs fois n’est donnée que dans
les ensembles qui suivent celui où elle apparaît en
premier.
Toutes les indications concernant l’organisa¬
tion de cet inventaire sont données pages 85
à 87.
belong, but only described in detail once, either
at their first appearance or in their most signifi-
cant group. Unless necessary for an exposé, the
location of the complété référencé for plants
cited several times is only given in groups
following the one where it was first cited.
The organization of the inventory is detailed
on pages 85 to 87.
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE
Pages
1. Balo dik « taro igname». '64
1.1. Plantes à wo : balo me. 164
1.2. Plantes à tige (ne). 166
2. Autres plantes à wo. I 72
2.1. Plantes à tok « rhizome » odorant. 172
2.2. Plantes n’ayant pas de tok odorant ou même pas de tok du tout. 173
3. Plantes proches des in . 174
3.1. Plantes de la série in . 174
3.2. Plantes du groupe des an. 175
4. Netel dutula « racines (qui) se posent elles-mêmes ». 176
4.1. Netel hôtel hone «racines (qui) tiennent (l’)arbre». 176
4.2. Plantes qui poussent sur les arbres ou les pierres. 177
5. Goq ni gonor «fruits sur (les) feuilles» . 179
5.1. à 5.7. : différents types de plantes. 179
6. Mun «lianes». 181
6.1. Mun masaq « grosses lianes ». 181
6.2. Mun gol « petites lianes ». 184
6.3. Plantes à tiges sarmenteuses (ne dololain) qui ne sont pas réellement considérées
comme des mun. 186
6.4. à 6.7. : autres types de mun. 187
7. Ho tir «dolique ambrevade». 188
7.1. à 7.11. : différents types de «haricot» ou de plantes proches . 188
8. Ensemble des plantes proches de iqi . 193
8.1. à 8.4. : différents types de plantes. 193
9. Lepu guk «entre-nœud, nœud». 195
9.1. Sous-groupe des ma et des plantes proches . 195
9.2. Up, les cannes à sucre. 196
9.3. Lolon win «tige épis». 196
9.4. Plante intermédiaire entre 9.2. et certaines de 9.3. 201
9.5. Sous-groupe des an «grandes Graminées». 201
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ 161
9.6. Sous-groupe des kolun, les mauvaises herbes . 203
9.7. Sous-groupe de plantes à tige sans moleq ou pleines. 205
10. Bula gie « de bula ». 208
10.1. à 10.4. : différents types de plantes. 208
11. Ensemble des plantes qui poussent dans l’eau : il gie «de l’eau» . 209
11.1. à 11.5. : différents types de plantes. 209
12. U «(les) herbes» . 210
12.1. Muk huruk gie «de terre froide». 210
12.2. Autre sous-groupe de petites herbes considérées comme annuelles . 210
12.3. Sous-groupe de deux plantes. 211
12.4. Sous-groupe de deux autres plantes . 211
12.5. à 12.12. : différents types de plantes. 211
13. Hôtel upan gutu «arbres avec upan ». 213
13.1. Plantes à lepu. 213
13.2. Plantes à lepu guk avec upan très court. 215
13.3. Plantes à pol. 216
14. Hôtel susuqil : les plantes à latex. 219
14.1. Pur kabokeq. 219
14.2. Autre sous-groupe sans nom ni caractéristiques définies . 222
14.3. Plantes à tiges et feuilles épaisses. 222
14.4. à 14.8. : différents types de plantes. 223
15. Hôtel il sagal «arbres eau chercher». 224
15.1. Premier sous-groupe . 224
15.2. Deuxième sous-groupe. 224
15.3. Troisième sous-groupe. 225
16. Hôtel il bul « arbres eau base ». 226
16.1. à 16.5. : différents types de plantes. 226
17. Hôtel deu goq : les bois de construction . 228
17.1. Piliers, pilotis, poutres . 228
17.2. Piliers, pilotis, poutres, planches. 229
17.3. Piliers, pilotis . 229
17.4. Piliers, pilotis, planches. 230
17.5. Poutres, planches. 230
17.6. Planches. 230
17.7. Chevrons, lattes. 232
17.8. Chevrons. 232
17.9. Lattes. 232
18. Petit ensemble d’arbres proches les uns des autres (ai besi, sis...) . 234
18.1. à 18.5. : différents types de plantes. 234
Source : MNHN, Paris
162 CLAUDINE FRIEDBERG
19. Petit ensemble d’arbres proches les uns des autres ( emar, tewe goq,...) . 236
19.1. à 19.3. : différents types de plantes. 236
20. Ensemble d’arbres proches de zul . 237
20.1. à 20.8. : différents types de plantes. 237
21. Ensemble d’arbres proches de zaloq, bol meta, wana . 239
21.1. à 21.13. : différents types d’arbres . 239
22. Ensemble d’arbres proches de zoqu et de ziek . 243
22.1. à 22.5. : différents types d’arbres . 243
23. Ensemble de trois petits arbres ( itil, ai malu lai, maqu guzu ). 244
23.1. à 23.3. : différents types d’arbres . 244
24. Titiq ual « parer ployer » . 246
24.1. Plantes à latex. 246
24.2. Plantes donnant un même type de lien. 246
24.3 à 24.6. : différents types de plantes. 248
25. Ensemble iu obot. 249
25.1. à 25.2. : différents types de plantes. 249
26. Kesi « arbustes ». 250
26.1 à 26.10. : différents types de plantes. 250
27. Hôtel sahe « arbre vert-jaune clair ». 253
27.1. à 27.4. : différents types de plantes. 253
28. Gobuq geruk «protubérances épines». 255
28.1. à 28.25. : différents types de plantes. 255
29. Tinoq gie « appartenant au chaud ». 261
29.1. Plantes poussant dans les endroits chauds. 261
29.2. Plante qui en brûlant chasse les parasites du maïs. 262
29.3. Plante qui empêche les autres de pousser. 262
30. Hôtel goq gia : les arbres fruitiers. 263
30.1. à 30.5. : différents types de plantes . 263
31. Uor : les légumes. 265
31.1. Les choux. 265
31.2. Les laiterons. 265
31.3. Les Ombellifères odorantes. 265
31.4. à 31.10. : différents types de plantes. 266
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ 163
32. Goq gugul « fruit enrouler ». 267
32.1. à 32.4. : différents types de plantes . 267
33. Taun gutu gie : les plantes qui accompagnent l’indigo. 268
33.1. à 33.3. : différents types de plantes. 268
34. Succédanés du bétel. 269
34.1. à 34.3. : différents types de plantes. 269
35. Ensemble de complaisance. 270
35.1 à 35.6. : différents types de plantes. 270
36. Plantes n’entrant dans aucun ensemble mais considérées comme proches d’une plante qui
est intégrée dans l’un d’eux. 271
36.1. à 36.5. : différents types de plantes . 271
37. Plantes ou séries de plantes n’appartenant à aucun ensemble. 272
37.1. Hôtel « arbres » . 272
37.2. Hôtel gol « petits arbres ». 273
37.3. U : plantes herbacées. 274
38. Plantes n’appartenant à aucun ensemble mais déjà signalées en raison de confusions dont
elles sont l’objet. 276
38.1. à 38.4. : différents types de plantes. 276
39. Plantes portant un nom en bunaq mais inconnues des habitants d’Abis. 277
39.1. Plantes récoltées sur le territoire de Dirun. 277
39.2. Plantes récoltées dans le Bas Lamaknen. 278
39.3. Plantes récoltées sur les pentes du Mont Lakus. 278
Source : MNHN, Paris
164
CLAUDINE FRIEDBERG
1 Balo dik « taro ignames »
Cette expression est utilisée couramment par les Bunaq pour désigner l'ensemble des tubercules
comestibles et on la trouve comme telle dans les textes littéraires mythiques ou rituels. Cependant,
quand ils la considèrent comme catégorie de végétaux, les Bunaq y rattachent un certain nombre de
plantes à tubercules non comestibles et même sans tubercules (voir fig. 33).
La première distinction qu’ils font à l’intérieur de l’ensemble balo dik est entre les plantes à
tige (ne) et celles sans tige dont les feuilles sortant directement du sol ont des pétioles formant des wo
(fig. 21 et 22).
1.1 Plantes a wo : balo me
Quand on veut désigner cette catégorie, on utilise une expression faite de deux
termes de base servant à former les noms de la plupart des plantes de ce groupe.
Dans cet ensemble les Bunaq distinguent :
a) les plantes à grandes feuilles entières (nor bekaq)
b) celles à feuilles découpées (nor talak).
Toutes ces plantes, sauf la dernière, appartiennent à la famille des Araceae.
1.1.1 Plantes à grandes feuilles entières (nor bekaq)
A l’intérieur de cet ensemble, il est difficile d’établir un ordre hiérarchique entre
les différents critères qui m’ont été fournis pour distinguer une plante de l’autre.
Ceci tient au fait d’une part que le type omen qui a donné son nom, comme déter¬
minant, à une sorte de balo, le chou caraïbe (d’origine américaine, comme son nom
l’indique), actuellement le plus cultivé des taro, n’existe pas dans le Haut Lamaknen
et que peu de Bunaq habitant cette région ont vu; d’autre part les clones de Colo-
casia esculenta formant la majorité des différents types de balo ne sont presque
plus cultivés : parmi les sept qui m’ont été décrits je n’en ai vu que quatre. Le
seul critère qui m’ait paru plus important que les autres est celui de la taille que
peuvent atteindre les plantes ; ceci permet de distinguer l’ensemble dans lequel le mot
omen entre comme terme de base ou déterminant, d’un autre qui regroupe tous les
balo appartenant à l’espèce Colocasia esculenta.
[ Il faut remarquer que dans les critères de distinction retenus ne figure pas le
caractère pelté de la feuille ce qui permet de reconnaître les Colocasia des autres
taros. ]
1.1.1.1 Plantes pouvant atteindre de grandes dimensions
1.1.1.1.1 Plante courante connue de tous les Bunaq : balo omen
= Xanthosoma nigrum, le chou caraïbe.
Il semble qu’il n’existe qu’un seul clone de cette espèce qui a sans doute été intro¬
duite relativement récemment. Pour la désigner les Bunaq ont donc associé, comme
nous l’avons vu plus haut, le terme de base pour les Colocasia, balo, et celui qui
désignait la forme cultivée d'Alocasia (A. macrorrhiza), omen, que je n’ai jamais
rencontrée à Lamaknen mais qui existe ailleurs à Timor.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
165
1.1.1.1.2
1.1.1.1.2.1
1.1.1.1.2.2
1.1.1.2
1.1.1.2.1
1.1.1.2.2
1.1.1.2.3
1.1.1.2.4
1.1.1.2.5
1.1.1.2.6
1.1.1.2.7
1.1.1.3
1.1.1.3.1
1.1.1.3.2
1 . 1.2
1.1.2.1
1.1.2.1.1
Plantes peu ou pas connues
omen
= Alocasia macrorrhiza
balo omen zon « sauvage »
= sans doute une forme de Alocasia indica
[ Cette plante que j’ai trouvée uniquement dans les zones humides du Bas Lamak-
nen m’a été désignée sous ce nom par mes accompagnateurs venant d’Abis. ]
Plantes n’atteignant pas d’aussi grandes dimensions. [Elles appartiennent toutes à
la même espèce ]
= Colocasia esculenta.
[ Elles sont présentées en partant des plus connues pour aller vers celles qui le sont
moins. ]
balo ma « bambou » ainsi appelé parce que ses tubercules sont longs comme des
bambous.
balo giral tobok « œil double » ainsi appelé parce que, lorsqu’il pousse, deux feuilles
sortent en même temps.
balo lotu « court » ; son tubercule a une peau rouge et des feuilles plus grandes que
celles de balo una.
balo e getiq « écorce d’Albizia chinensis » c’est le seul des balo connus à Lamaknen
dont le tubercule ait la chair rouge. Les pétioles et les nervures sont également rou¬
geâtres.
balo una « papillon »; son tubercule est petit; il a une consistance et un aspect
ressemblant à celui de dik en ( Dioscorea alata ).
balo hos gio « fiente d’oiseau » dont les feuilles ont la base des pétioles blanche.
balo mau bara [ nom de lieu ] qui donne un seul tubercule.
Plantes appartenant à la série balo mais non au groupe balo dik car elles n’ont pas
de tubercules comestibles; ce ne sont pas des plantes cultivées.
balo sai katoq « sortie de grenouille »
= un Colacasia sauvage du groupe indica.
Ses feuilles sont semblables à celles des autres balo mais elles sont plus petites; il
pousse dans l’eau ou au bord. Il appartient à la catégorie il gie « de l’eau ».
balo bakoq [ nom du type d’inflorescence ]
= Arisaema laminatum et peut-être d’autres espèces de même genre.
Cette plante qui a une inflorescence de type bakoq (voir p. 74) a des feuilles res¬
semblant à celles des autres balo mais en réduction. Elle appartient à l’ensemble 2
des plantes à wo.
Plantes à feuilles découpées (nor talak)
Plantes dont les pétioles ont des protubérances (gobuq) : me
= Amorphophallus campanulatus
Il en existe deux formes (appartenant à la même espèce botanique) :
Qui est cultivée et dont le tubercule est comestible : me loi « bonne »,
Source : MNHN, Paris
166
CLAUDINE FRIEDBERG
1.1.2.1.2
1.1.2.2
1.2
1.2.1
Qui est sauvage et dont le tubercule n’est consommable qu’après une longue prépa¬
ration : me zon « sauvage »,
Plantes dont les pétioles n’ont pas de gobuk et ayant des fleurs tout à fait diffé¬
rentes des plantes précédentes [ elle appartient à la famille des Taccaceae ] : telo
= Tacca leontopetaloides.
Ses tubercules ne sont pas comestibles; ils sont utilisés pour faire de l’amidon.
Plantes à tige (ne)
Plantes dont les tiges s’enroulent (ne kobar) et dont les tubercules se ressemblent ; ils
ont des formes, des goûts et des poils analogues.
La plupart appartiennent à la série dik.
[ Ce sont toutes des ignames appartenant au genre Dioscorea famille des Dioscorea-
ceae mais les informateurs n’ont pu expliciter davantage les caractères permettant de
rapprocher les plantes qui entrent dans ce groupe. ]
Parmi ces ignames les Bunaq distinguent :
1) Les plantes cultivées ou pouvant l’être et à l’intérieur de celles-ci :
a) les plantes ne possédant pas de véritables racines mais des giral got sur le giral
guk (voir fig. 9, p. 35). Ces plantes ont un seul tubercule qui prend naissance direc¬
tement sur ce giral guk et possède des poils longs fins et souples; il s’agit de dik
loi « bonne » : Dioscorea alata, la grande igname.
b) les plantes ayant ce véritables racines à l’extrémité desquelles se forment les
tubercules, généralement plusieurs pour chaque pied. Ces tubercules ont des poils
plus durs que ceux de dik loi et les racines ont des épines appelées bibel. Les tiges
ont aussi des épines mais celles-ci portent le terme habituel de geruk; il s’agit de
dik taliq, Dioscorea esculenta.
[ On peut remarquer que le caractère épineux de la tige n’est indiqué qu’en dernier
lieu et que dans la distinction entre dik taliq et dik loi le caractère ailé si caracté¬
ristique de la tige de cette dernière n’est pas mentionné : les critères de distinction
sont d’abord fondés sur la partie souterraine de la plante. ]
2) Les plantes non cultivées :
Elles n’ont pas de giral got comme les dik loi mais contrairement à ces dernières,
elles ont une tige à section circulaire (ne bolu) ; il s’agit des dik zon « sauvage » ;
ces ignames appartiennent à plusieurs espèces de Dioscorea.
[ Il peut paraître assez surprenant que les caractères mentionnés sont ceux qui per¬
mettent de distinguer ces ignames de dik loi alors qu’on imaginerait que c’est plutôt
avec les dik taliq, plus nombreuses dans les friches que la confusion est possible.
Remarquons aussi que le caractère particulier des tiges de Dioscorea alata est défini
par comparaison avec les tiges de ces ignames sauvages. ]
Nous allons maintenant examiner les différentes formes d’ignames appartenant à ces
trois groupes. Pour celles qui sont cultivées, je donnerai tous les noms des clones
qui m’ont été fournis même si je n’ai pas vu les plantes ou les tubercules. J’ai
demandé pour chacun d’eux les caractéristiques quand elles étaient connues, ce qui
n’a pas toujours été le cas, car il est certain qu’un certain nombre de ces clones ne
sont plus cultivés depuis longtemps. Mais ces caractéristiques qui portent essentiel¬
lement sur la couleur de la peau ou de la chair du tubercule ne peuvent pas être
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
167
considérées comme des critères de distinction; ceux-ci portent plutôt sur la forme
et l’aspect général du tubercule et ils apparaissaient, aux yeux des informateurs,
inexprimables en paroles; ceci m’a amenée à demander un dessin pour chaque
clone; j’ai pu en obtenir un certain nombre mais pas pour tous.
Remarquons que dans les noms donnés à ces clones, les termes loi et taliq ne sont
pas répétés mais demeurent implicites.
1.2.1.1
Les plantes cultivées ou pouvant l’être
1.2.1.1.1
dik loi
= Dioscorea alata.
1.2.1.1.1.1
dik en « être humain » ainsi appelée, dit-on, en raison de sa forme rappelant celle d’un
être humain, ce qui pourtant n’apparaît ni dans les échantillons que j’ai récoltés ni
dans les dessins fournis. C’est la plus courante des ignames cultivées.
1.2.1.1.1.2
1.2.1.1.1.2.1
dik bukta, sa chair est blanche. Il en existe deux formes :
dik bukta belis « blanc » à peau claire
1.2.1.1.1.2.2 dik bukta guzu « noir » à peau foncée.
1.2.1.1.1.3
dik oras « ivoire » dont la peau est très foncée à l’extérieur, jaune à l’intérieur et sa
chair blanche.
1.2.1.1.1.4
dik kalan ou dik kalan [ kalain ou kalain est le nom de Phyllanthus reticulatus,
Euphorbiaceae, une plante qui est utilisée dans la fabrication de la teinture noire à
l’indigo ], sa peau est très foncée (ce qui explique ce terme d’appellation) et sa chair
rouge.
1.2.1.1.1.5
dik maku, sa peau est grise à l’extérieur et rouge à l’intérieur; sa chair est blanche. Ce
tubercule peut prendre des proportions considérables dans le sol [ ce dernier carac¬
tère peut expliquer que les Bunaq prétendent que lorsqu’on laisse longtemps dik en
dans le sol il peut se transformer en dik maku ].
1.2.1.1.1.6
dik lima lequ « botte tissu que l’on enroule sur la tête avant d’y placer un objet à
porter », appelée ainsi en raison de la forme enroulée du tubercule ; sa peau est foncée
et sa chair blanche.
1.2.1.1.1.7
dik to tok « année compter », appelée ainsi parce qu’elle donne un tubercule chaque
année.
1.2.1.1.1.8
dik dila bauq « papaye (Bauq est un nom de personne) », sa peau est claire et sa chair
1.2.1.1.1.8.1
rouge.
Il y en aurait de deux formes :
dik dila bauq pana « féminin »
1.2.1.1.1.8.2 dik dila bauq mone « masculin » [je n’ai aucune précision à leur sujet
1.2.1.1.1.9
dik baqi go « fil son sang » ou dik baqi goq « fil de coton » , dont le tubercule est rouge
et les tiges aussi [ ce caractère laisserait penser que c’est la première forme du nom qui
serait la bonne, mais les renseignements donnés à ce sujet par les informateurs ont été
contradictoires ].
1.2.1.1.1.10
dik an « savane » appelée ainsi parce qu’elle pousse dans les grandes herbes. Il y en
aurait deux formes :
1.2.1.1.1.10.1 dik an pana «féminin»
Source : MNHN, Paris
CLAUDINE FRIEDBERG
168
1.2.1.1.1.10.2
1.2.1.1.1.11
1.2.1.1.1.11.1
1.2.1.1.1.11.2
1.2.1.1.1.12
1.2.1.1.1.13
1.2.1.1.1.14
1.2.1.1.2
1.2.1.1.2.1
1.2.1.1.2.2
1.2.1.1.2.3
1.2.1.1.2.3.1
1.2.1.1.2.3.2
1.2.1.1.2.4
1.2.1.1.2.5
1.2.1.1.2.6
1.2.1.1.2.7
1.2.1.1.2.8
1.2.1.1.2.9
1.2.1.1.2.10
1.2.1.1.2.11
1.2.1.1.2.11.1
1.2.1.1.2.11.2
1.2.1.2
1.2.1.2.1
dik an mone « masculin »
la forme féminine serait plus droite que la masculine.
dik kira «fuseau», il en existerait aussi deux formes :
dik kira pana « féminin »
dik kira mone « masculin »
[ je n’ai recueilli aucun renseignement à leur sujet ].
dik mape «milan migrateur».
dik in « ail ».
dik dilu « Borassus flabellifer »
[ Je n’ai recueilli aucune information sur ces trois derniers clones ].
dik taliq
= Dioscorea esculenta.
dik busa gomil « patte de chat », sa peau est jaune et sa chair blanche.
dik bogeq «assiette (de bois)», sa peau et sa chair sont blanches.
dik digoq, sa peau et sa chair sont blanches. Il en existe deux formes :
dont la peau est plus fine : dik digoq pana « féminine »
dont la peau est moins fine : dik digoq mone « masculine ».
dik gubul baq « tête aînée », dont la peau est foncée et la chair blanche.
dik hoza « noix de coco », appelée ainsi parce que le tubercule a la forme d’une noix de
coco. Sa peau est grise et sa chair blanche.
dik koqe gol «petit panier», sa chair et sa peau sont blanches.
dik kakaq giri « patte de perroquet », dont la peau et la chair sont blanches.
dik laqa « entremetteur », dont la peau et la chair sont violacées, la première étant plus
foncée que la seconde.
dik taliq apa « grand » [ c’est un des rares cas où le terme taliq est mentionné dans un
nom de clone ; je n’ai recueilli aucun renseignement sur cette igname ].
dik zul «rat», dont la peau et la chair sont blanches.
dik zulo «civette», appelée ainsi parce que sa peau a la couleur de la civette.
Il en existe deux formes :
à chair blanche : dik zulo belis « blanc »
à chair rouge : dik zulo buleqen « rouge ».
Plantes non cultivées : dik zon.
dik zon « sauvage ».
J’ai obtenu des renseignements contradictoires sur cette plante qui aurait un tubercule
mince et relativement long ; mais pour certains cette expression ne correspondrait à
aucun type de plantes particulier mais désignerait l’ensemble des ignames sauvages.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
169
1.2.1.2.2
apa gie pii « natte de buffle »
= Dioscorea hispida.
Son tubercule ne peut être utilisé qu’après une longue préparation. Ses tiges et leurs
épines sont comparées à celles de loa gie tapil « flèche de serpent loa ». {Asparagus
racemosus), l’asperge sauvage mais leurs feuilles sont complètement différentes ; les
feuilles de apa gie pii ne sont d’ailleurs comparées à celles d’aucune autre igname.
[ Cette igname est appelée dik apa gie pii chez les Bunaq du sud, du côté de Lolotoen. ]
1.2.1.2.3
gomiq
= Dioscorea bulbifera (det. D. Bourret).
Le tubercule trop amer ne se mange pas ; la tige est plus petite et ses feuilles plus
grandes que celles des dik.
[ Les Bunaq ne semblent pas considérer que les bubilles puissent être comestibles. ]
1.2.1.2.4
Plantes dont les tubercules peuvent être consommés sans préparation spéciale.
1.2.1.2.4.1
wir (parfois appelé dik wir) proche de dik loi mais sa tige est plus dure et son tubercule
plus long peut dépasser le mètre.
1.2.1.2.4.2
koan
1.2.1.2.4.2.1
A des épines sur la tige et sa pousse (gamal) est semblable à celle de dik loi : koan got
« poil »
= Dioscorea pentaphylla (det. D. Bourret).
1.2.1.2.4.2.2
Ses tubercules sont sans poils et considérés comme meilleurs que ceux de la plante
précédente mais je n’en ai jamais vu, pas plus que la plante : koan (sans déterminant).
1.2.2
Plantes dont les tiges rampent (ne el) ou ne s’enroulent pas de la même façon que celle
des dik ; leurs tubercules n’ont pas de poils et sont plus aqueux.
1.2.2.1
sekal
1.2.2.1.1
Plantes à tige rampante (ne el) : sekal mun ou plus simplement sekal
= Ipomoea batatas, Convolvulaceae, la patate douce :
1.2.2.1.1.1
sekal tueq getel « racine d’Arenga pinnata » qui est blanche
1.2.2.1.1.2
sekal sari, originaire de la population voisine les Ema ; à peau rouge
1.2.2.1.1.3
sekal qoan qui a la peau jaune et la chair blanche
1.2.2.1.1.4
sekal olo taiq dont la chair est blanche
1.2.2.1.1.5
sekal mok gol « petite banane » dont la chair est jaune
1.2.2.1.1.6
sekal silikaqut « Bidens pilosa » aussi appelé sekal dila « papaye » ; sa chair est rouge
1.2.2.1.1.7
sekal bouq « Lagenaria siceraria » ainsi appelée parce que son tubercule est rond ; sa
chair est jaune
1.2.2.1.1.8
sekal tasi lakan « mer lumière (en langue tetun) », sa peau est rouge et sa chair jaune
1.2.2.1.1.9
sekal duan, sa chair est rose et les Bunaq la considèrent comme autochtone ; elle aurait
été apportée par la descendance Lakuloq.
Source : MNHN, Paris
170
CLAUDINE FRIEDBERG
L2.2.1.1.:
1.2.2.1.2
1.2.2.1.3
1.2.2.2
1.2.2.2.1
1.2.2.2.2
1.2.2.3
1.2.3
1.2.3.1
1.2.3.1.1
sekal apa « grosse », d’apparition très récente, les informateurs ne la connaissaient que
de réputation comme donnant des tubercules très gros.
[ Il semble que le stock de clones de patates douces cultivées varie très vite d’une année
sur l’autre selon l’endroit où l’on va chercher ses boutures. On a l’impression que la
patate douce est plus sensible au phénomène de mode que les autres tubercules plus
anciens et moins cultivés actuellement. ]
Plante dont les tiges ne rampent ni ne s’enroulent, introduite récemment par les
Européens; elle ne pousse qu’en altitude : sekal a «manger»
= Solarium tuberosum, Solanaceae, la pomme de terre.
Plante non cultivée n’appartenant pas au groupe balo dik mais au groupe mun : sekal
zon « sauvage »
= Strictocardia neglecta, Convolvulaceae.
sameq
À tubercule comestible : sameq loi « bon »
= sans doute Pueraria lobata, Leguminosae [ je n’en ai jamais récolté ].
À tubercule non comestible : sameq kara
= Pueraria phaseoloides.
Sa tige sert à faire des liens ; cette plante n’entre pas dans la catégorie balo dik mais
dans la catégorie mun.
Plante dont le tubercule se mange cru ; ses fruits sont semblables à ceux de tir ( Cajanus
cajari) : upu
= Pachyrrhizus erosus, Leguminosae.
[ On trouvera en 6.7 upu koliq zon. ]
Plantes ayant des tubercules comme des ignames mais ayant un port d’arbuste : dik
hôtel « igname-arbre »
= Manihot esculenta, Euphorbiaceae.
Comme pour les ignames les Bunaq ne possèdent pas spontanément de clef
d’identification permettant de distinguer un clone d’un autre. Cependant le bouturage
se fait généralement en série, à partir d’un même clone qui occupe une grande surface
et on se souvient facilement de ce que l’on a planté. Comme celle de la patate douce,
pour laquelle on procède de la même façon, la culture du manioc est très sujette aux
modes et aux innovations. Les variétés les plus récemment introduites et qui sont les
plus cultivées fournissent des tubercules dès la première année contrairement aux
variétés plus anciennes pour lesquelles il fallait attendre deux ans. Un seul des clones
cultivés par les Bunaq et qui est considéré comme très ancien a besoin d’être trempé
une nuit dans l’eau avant d’être consommé ; pour un autre on dit qu’il faut manger
ensuite de la chair de cheval. Tous les autres sont consommés directement : c’est du
manioc doux.
Plantes à tubercules comestibles dès la première année ; elles ont été récemment
introduites :
dik hôtel mantega «beurre» [ il est difficile de dire si le terme mantega vient
directement du portugais parlé dans la partie orientale de l’île ou s’il est parvenu par
l’intermédiaire de l’indonésien, langue dans laquelle ce terme fait partie du stock de
mots empruntés jadis au portugais ]. Ce manioc est ainsi appelé en raison de la couleur
de la chair du tubercule ; c’est celui qui est considéré comme ayant le meilleur goût.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
171
1.2.3.1.2
1.2.3.2
1.2.3.2.1
1.2.3.2.1.1
I.2.3.2.U.:
I.2.3.2.U.:
1.2.3.2.2
1.2.3.2.3
1.2.3.3
1.2.3.3.1
1.2.3.3.2
dik hôtel nona metan « dame noire [ en langue véhiculaire tetun utilisée dans la partie
orientale de Fîle ] ».
Ce manioc a des tubercules plus gros que le précédent, sa chair est blanche et sa peau
noire.
Plantes connues plus anciennement pour lesquelles il faut attendre au moins deux ans
pour avoir des tubercules comestibles.
Plantes dont on peut consommer le tubercule sans précaution spéciale :
dik hôtel ewi « d’homme-blanc »
dik hôtel ewi guzu « noir » ; le tubercule est gros et long ; sa chair est blanche et sa peau
noire à l’extérieur et blanche à l’intérieur. Les pousses de la plante sont rouges et les
pétioles des feuilles clairs.
dik hôtel ewi belis « blanc » [ je n’ai aucun renseignement sur ce clone ].
dik hôtel leru « égreneuse à coton ».
dik hôtel keu « colombe » ; le tubercule est gros et court, sa chair blanche et sa peau
claire ; les feuilles et leurs pétioles sont clairs.
Plantes dont les tubercules doivent se manger avec précaution.
dik hôtel kura por « cheval sacré » ; appelé ainsi parce que, dit-on, quand on en
consomme, le tubercule, il faut ensuite manger du cheval sinon on meurt.
[ En fait, je n’ai jamais vu consommer le tubercule de ce manioc qui pourrait atteindre
un mètre de long et ne serait consommable qu’au bout de cinq à six ans. Le seul
exemplaire de ce manioc que j’ai observé avait l’allure d’un véritable arbre de quatre à
cinq mètres de haut ; il était dans un jardin de maison dans un hameau et il semblait
plus jouer un rôle de plante ornementale et d’ombre que de plante alimentaire ].
dik hôtel muk gomo « maître de sol » ce manioc a le même aspect que dik hôtel ewi guzu
mais ses pétioles sont rougeâtres et son tubercule ne peut être consommé que s’il a
trempé une nuit dans l’eau.
Source : MNHN, Paris
172
CLAUDINE FRIEDBERG
2 Autres plantes à wo
Il n’existe aucun terme ou expression pour désigner ce groupe de plantes dont, aux yeux des
Bunaq, le point commun est de ne pas avoir de tige mais des wo (voir p. 68).
[ Toutes sont des Monocotylédones dont la majorité appartiennent à la famille des Aracées
et à celles des Zingiberacées ].
2.1 Plantes à tok «rhizome» odorant (voir fig. 21 et 22).
Ce sont pour la plupart des plantes cultivées dont le rhizome est utilisé.
À l’intérieur de cette catégorie, la distinction ne se fait pas selon le type d’inflorescence bien
que les Bunaq donnent un nom particulier, tobuq (voir p. 74 et fig. 22), aux fleurs de
Zingiberacées, famille à laquelle appartiennent la plupart des plantes qui en font partie. Il
est vrai que certaines d’entre elles fleurissent rarement. Les différenciations se font d’après
l’odeur et le goût du rhizome ce qui peut difficilement se décrire.
Les plantes seront donc présentées à la suite les unes des autres, dans l’ordre dans lequel
elles m’ont été données et qui implique certains rapprochements ; mais ces derniers n’ont
pas été explicités.
2.1.1 dowol ou dowor [ ce dernier terme signifie également «couver» et «deuil», mais il s’agit
sans doute d’homonymes ].
= A corus calamus, Araceae.
2.1.2 in ma «ail bambou»
= Zingiber officinale, Zingiberaceae, le gingembre.
2.1.3 laus [ c’est le nom donné à cette plante en indonésien ].
= Languas galanga, Zingiberaceae.
2.1.4 kontas [ mot introduit par les missionnaires et désignant le chapelet ].
= Canna edulis, Cannaceae.
Cette plante d’origine américaine est considérée d’introduction récente à Lamaknen, pas
plus de 40 à 50 ans. Il en existe deux formes :
2.1.4.1 l’une cultivée : kontas loi «bon»
2.1.4.2 l’autre kontas zon sauvage ou, plus exactement, échappée des cultures.
2.1.5 sikon
= Kaempferia galanga, Zingiberaceae
2.1.6 kirun
= Curcuma longa, Zingiberaceae.
2.1.7 lia asu (sans doute un nom tetun)
= Zingiber gramineum, Zingiberaceae
Il est sauvage et ses tok ressemblent à ceux de kontas.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
173
2.2 Plantes n’ayant pas de tok odorant et même pas de tok du tout et qui ne sont pas cultivées.
2.2.1 Plantes ayant une inflorescence de type tobuq : tobaq tobuq.
2.2.1.1 À inflorescence rouge : tobaq tobuq buleqen «rouge»
= Amomum sp., Zingiberaceae.
Cette plante n’a pas de tok mais un tubercule. Ce dernier peut se manger grillé alors que
l’inflorescence se consomme crue avec du sel.
2.2.1.2 À inflorescence blanche : tobaq tobuq belis «blanc»
= il semble que cette appellation s’applique à des plantes différentes :
a) Boesenbergia pandurata, Zingiberaceae,
b) Globba marantina, Zingiberaceae, et peut-être à d’autres espèces du même genre.
2.2.2 Plantes ayant dans le sol le même type de goq unique sans tok.
2.2.2.1 La fleur est au bout d’une longue tige : ai baie [ ai signifie « arbre » en tetun, baie signifierait
« amidon » dans la même langue ].
= désigne plusieurs espèces d’Orchidées terrestres en particulier Phaius tankervilliae.
2.2.2.2 La fleur sort sans tige au ras du sol : kulu maliq (nom de personne)
= Curculigo orchioides, Hypoxidaceae.
Les Bunaq considèrent que cette plante a des feuilles ressemblant, en réduction, à celles du
Corypha avec lesquelles on fait des parapluies (lurik) et ils disent que cette plante est le
parapluie, c’est-à-dire la protection, des plantes cultivées : a gie lurik. Pour cette raison, il est
interdit de l’arracher. On pense également que ses feuilles sont proches de celles de dowor,
Acorus calamus (2.1.1).
2.2.3 Plantes ayant des bakoq comme inflorescence.
[ Ce sont toutes des Araceae. ]
2.2.3.1 balo bakoq
= Arisaema laminatum et peut-être d’autres espèces du même genre.
Nous avons déjà trouvé cette plante dans la série balo dans le groupe balo dik en 1.1.1.3.2.
2.2.3.2 naba talaq ou laba talaq (les informateurs n’ont pu donner un sens à cette expression qui,
d’après eux, est dans la langue du royaume de Likosaen dont parlent les mythes).
Ce nom est donné à des plantes que certains placent aussi dans l’ensemble 4, celui des netel
dutula qui regroupe les parasites, les épiphytes et certaines plantes qui grimpent sur les
arbres.
= a) Colocasia gigantea. C’est la plante qui m’a été le plus souvent désignée sous ce nom
par les habitants d’Abis alors qu’à Dirun on m’a dit qu’il s’agissait de la grande forme
de lemel (4.1.1.); mais, contrairement à cette dernière, Colocasia gigantea, considérée
comme pseudo-épiphyte par les botanistes, n’est pas grimpante,
b) Remusatia vivipara. [ Cette plante beaucoup plus petite que la précédente est
considérée par les botanistes comme rarement terrestre. ]
Source : MNHN, Paris
174
CLAUDINE FRIEDBERG
3 Plantes proches des in
Ce sont des plantes sans tige avec des feuilles allongées comme celles des an «grandes
Graminées », mais généralement plus épaisses. Ce sont des plantes à fruits souterrains se présentant
sous forme de tok ou comme ceux des in. Dans cet ensemble entrent toutes les plantes de la série in et
certaines appartenant au groupe des an.
3.1 Plantes de la série in
Je ne reviens pas ici sur la discussion à propos du sens du mot in dans une perspective
diachronique (voir p. 90). Actuellement, pour les Bunaq, les in sont des plantes à feuilles
allongées un peu épaisses, partant du pied, et sur lesquelles une tige n’apparaît qu’au
moment de la floraison. La différenciation entre elles se fait d’après l’aspect général et
surtout la couleur et l’aspect du « fruit ». Ce sont des plantes cultivées ou pouvant l’être.
3.1.1 Ayant un in bolu [ c’est le nom donné par les Bunaq aux bulbes ] blanc à odeur forte :
in dego (terme désignant le jus obtenu en ajoutant de l’eau dans une poêle où on a fait frire
des aliments) ou in nuek « sent mauvais »
= Allium sativum, Alliaceae, l’ail.
Il en existe deux sortes :
3.1.1.1 in dego bar a « court » qui met trois mois pour arriver à maturité ; c’est celui que l’on plante
habituellement et le seul que j’ai vu.
3.1.1.2 in dego apa «grand» qui doit rester en terre cinq mois.
3.1.2 Ayant un in bolu de couleur brun rouge dont l’odeur est différente de celle des in dego :
in masel « rouge (en tetun) »
= Allium cepa, Alliaceae, l’oignon, il en existerait deux types :
in masel buleqen « rouge » qui est le seul que je connaisse et qui pourrait être
= A. cepa var. aggregatum
in masel belis « blanc » [ peut-être est-ce un « oignon blanc » introduit par les Européens
mais je n’en ai jamais vu ].
3.1.3 Ayant un in bolu rouge mais inodorant; ce n’est généralement pas une plante cultivée :
in buleqen « rouge », ou apa gie in « ail de buffle »
= Eleutherine palmifolia, Iridaceae
[ Cette plante qui a été introduite d’Amérique à des fins ornementales depuis déjà deux
siècles, d’après Burkill, est maintenant naturalisée dans de nombreuses régions d’In¬
donésie. ]
3.1.4 N’ayant pas d’in bolu ; ayant un « fruit » souterrain odorant et une partie aérienne qui peut
rappeler un jeune bambou : in ma « ail bambou » [ cette expression doit sans doute être
considérée à elle seule comme un nom de base métaphorique et ne pouvant donc pas faire
partie de la série in ; nous l’avons d’ailleurs déjà rencontré dans l’ensemble précédent dans
les plantes à tok odorant ].
= Zingiber officinale, le gingembre.
3.1.2.1
3.1.2.2
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
175
3.2 Plantes du groupe des an « grande Graminée »
[ Seules quelques plantes du groupe des an se trouvent dans cet ensemble 3 ; ce sont des
plantes n’ayant pas de tige à nœuds. ]
3.2.1 an in «grande Graminée ail»
= Vetiveria zizanioides, Gramineae, le vetiver.
3.2.2 an manu « sent bon »
= Cymbopogon sp., Gramineae, la citronelle.
[ Cette plante qui n’existe qu’à l’état cultivé est reproduite végétativement et je n’ai jamais
pu en trouver en fleurs ; il est donc difficile de dire à laquelle des deux espèces auxquelles les
botanistes (voir en particulier Soenarko, 1977) rapportent généralement les citronelles que
l’on trouve en Indonésie (C. nardus et C. citratus) appartiennent nos échantillons. Mais il
semble qu’à Timor on ne trouve que la première. ]
3.2.3 an meren «éclair»
= Crinum asiaticum, Liliaceae
[ Il s’agit d’une plante cultivée à des fins ornementales mais je ne l’ai jamais vu fleurir dans
le Haut Lamaknen. ]
3.2.4 hut
= Imperata cylindrica, Gramineae
[ Seuls certains informateurs placent ici cette Graminée parce que son aspect se rapproche
des plantes précédentes dans la mesure où l’on en voit surtout les feuilles qui partent du sol
en touffe et que sa tige n’apparaît que pour porter l’inflorescence, mais nous la retrouverons
cependant plus loin avec les autres an dans les plantes à lepu guk en 9.5.8. ]
Source : MNHN, Paris
176
CLAUDINE FRIEDBERG
4 Netel dutula «racines (qui) se posent elles-mêmes»
Signalons tout d’abord que toutes les plantes appartenant à cet ensemble sont considérées
comme froides car elles fuient le soleil.
Dans les netel dutula, nous trouverons à la fois des épiphytes et des parasites, plantes entre
lesquelles les Bunaq ne semblent pas faire de différence, et aussi des plantes qui poussent sur des
pierres ou des vieux troncs dans les zones humides situées en altitude ainsi que des plantes
grimpantes ; en dehors du bétel toutes sont sauvages.
4.1 Plantes qui prennent racine dans le sol et dont la tige s’enroule ensuite sur un arbre [ semi-
épiphytes] : netel hôtel hone «racines (qui) tiennent l’arbre».
4.1.1 lemel ou lemer
4.1.1.1 lemel (sans déterminant)
= Rhaphidophora sp., Araceae
Cette plante peut devenir si grosse qu’elle fait mourir l’arbre sur lequel elle pousse.
[ Toutes les espèces de cette Aracée grimpante portent le même nom. À l’est de Lamaknen,
à Oe Lequ on appelle lemel une fougère : Asplénium vulcanicum. ]
4.1.1.2 lemer muk «terre»
ainsi appelée parce qu’elle pousse sur le sol
= Homalomena sp., Araceae.
4.1.2 molli
= Piper betle, Piperaceae
Dans la vie courante, le bétel est désigné par le terme molo seul.
Les Bunaq distinguent plusieurs sortes de bétel.
4.1.2.1 Forme à petits fruits dont on mange les feuilles [ ce sont les inflorescences que les Bunaq
appellent « fruits » ].
4.1.2.1.1 À feuilles un peu jaunes : molo likoq ou molo loi «bon», c’est celui qui est le plus
couramment cultivé et donc consommé.
4.1.2.1.2 À grandes feuilles comme celles de la patate douce : molo sekal «patate douce»
4.1.2.1.3 À très grandes feuilles et de couleur blanche comme l’inflorescence de maïs (sibil) : molo
sibil.
[ Les variétés de bétel du mythe de création sont les trois précédentes auxquelles il faut
ajouter deux autres qui n’existent plus : molo molos et molo hui (hui signifie « sauvage » en
ema) ].
4.1.2.2 Forme à grands fruits : c’est la partie que l’on consomme : molo hulu ou, plus
couramment, hulu.
[ Il faut sans doute considérer que la forme hulu est constituée par les pieds mâles de la
forme molo, le bétel étant une espèce doïque. Malheureusement parmi les échantillons que
j ai recueillis, aucun n’avait une inflorescence à l’état mature sur laquelle je puisse vérifier
cette hypothèse].
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
177
4.1.2.3 Forme non comestible à feuilles plus grandes que celles du bétel : molo butoq
= Piper sp.
Quand on le brûle, il donne une fumée très irritante (comme du poivre disent les Bunaq),
c’est pour cela qu’on en consume au moment où l’on rentre le maïs nouveau de façon à en
chasser les parasites (bu) ; il est considéré comme une plante chaude.
Certains Bunaq placent aussi ici une plante également chaude (on la trouvera en 29)
utilisée comme la précédente pour chasser les parasites du maïs et très proche d’aspect de
molo mais qui ne grimpe pas sur les arbres et a des fruits rouges :
4.1.2.4 patal muk gomo «piment des maîtres du sol»
= Piper retrofractum
[ En fait, si le terme patal seul désigne maintenant le piment, plante introduite d’Amérique,
il y a des chances que ce soit à ce Piper qu’il ait emprunté son nom ; le même phénomène
s’est produit ailleurs en Indonésie avec le terme éabé ou tabia. ]
4.2 Plantes qui poussent sur les arbres ou les pierres (cet ensemble ne porte pas de nom)
4.2.1 u teu « herbe pieu » (il n’est pas sûr que teu ait cette signification et que ce ne soit pas un
homonyme)
= cette expression désigne plusieurs Orchidées épiphytes en particulier des Dendrobium et
des Vanda (Orchidaceae).
4.2.2 ai kerelulu « arbre (en tetun) (pas de sens) »
= diverses Loranthacées parasites qui ne sont pas distinguées les unes des autres.
Pourtant il y en aurait certaines qui seraient appelées pateq mais je n’ai jamais pu savoir
avec certitude lesquelles.
4.2.3 tie gas « étincelles de coq » ainsi appelées en raison de la forme des feuilles qui retombent
vers le bas et des taches faites par les spores (goq ) sur les feuilles, ce qui donne à l’ensemble
vaguement l’allure d’une queue de coq.
= Phymatodes nigrescens, Polypodiaceae, det. G. J. de Jonchere.
[ Cette plante appartient également à la catégorie 5, goq ni gonor « fruit sur (les) feuilles ». ]
4.2.4 apa karon « sac de buffle » c’est-à-dire « mammelle de bufflesse » ainsi appelé parce que
cette plante épiphyte possède à sa base deux gros tubercules
= Il s’agit d’une orchidée que je n’ai pu identifier faute de l’avoir vue fleurir.
4.2.5 sia
= Ce terme désigne diverses fougères à feuilles entières ; elles appartiennent également à
l’ensemble 5. et nous examinerons plus en détail les différentes espèces qui portent ce nom
avec ce groupement.
4.2.6 mukeq dutula « grêle qui se pose elle-même », ce nom évoque assez bien l’aspect de cette
plante dont on voit tout d’abord les fruits blancs laiteux de la grosseur de petits grêlons
qui sont disséminés à la surface des plantes sur lesquelles elle se pose.
= Cassytha filiformis, Lauraceae, la cuscute.
4.2.7 ili goru (cette expression est utilisée dans le langage littéraire pour désigner les nuages mais
je ne sais s’il faut lui chercher un sens mot à mot ; ili peut signifier « nous deux » ou
« nettoyer » et goru « suspendre »)
= différentes sortes de mousses.
Source : MNHN, Paris
178
CLAUDINE FRIEDBERG
4.2.8
4.2.9
4.2.10
4.2.10.1
4.2.10.2
4.2.10.3
4.2.10.4
4.2.11
4.2.12
[ Ce que les habitants d’Abis mettent comme ili goru dans cette catégorie, ce n’est pas le
Podocarpus imbricatus des textes rituels mais toutes les mousses qui poussent sur les
pierres ou les vieux troncs d’arbres dans les forêts d’altitude qui sont très souvent noyées
de brumes. ]
hôtel geweqel got « arbre mâchoire poil » c’est-à-dire « barbe d’arbre »
= différents lichens chevelus et en particulier des Usnea qui poussent sur les arbres en
altitude, dans les mêmes lieux que les ili goru.
Salin gol « petite pièce de monnaie » ainsi appelée car ses feuilles sont rondes [ elles sont
également épaisses car il s’agit d’une plante crassulante ].
= Hoya sp. et peut-être Dischidia sp., Asclepiadacées.
hol siq « chair de pierre » le plus souvent cette expression est prononcée hol siq mais, en
fait, m’ont dit les informateurs, il ne devrait pas y avoir d’occlusion glottale à la finale du
mot si car il s’agit bien du terme signifiant « chair » ; il y a en effet propension à ajouter
des occlusions glottales à la fin des mots, surtout quand il s’agit de noms propres.
Interrogeant pour savoir si étant appelée «chair» les plantes portant ce nom étaient
comestibles, on m’a déclaré que certaines formes le sont : hol si guzu « noir » et hol si mami
« sent bon » mais on n’a jamais pu me trouver des échantillons de ces hol si comestibles.
Voici ceux que j’ai recueillis.
Celui qui a les feuilles les plus minces et dont la plante atteint les plus grandes dimensions :
hol si mone « masculin » qui est aussi appelé hol si masaq « grand » ou hol si ewi
« d’homme blanc »
= Kalanchoe pinnata, Crassulaceae.
l’autre : hol si pana « féminin »
= Kalanchoe integra
[ En fait la différence la plus visible entre ces deux espèces porte sur les fleurs rosées et avec
un important calice tubuliforme pour la première, jaune et avec un calice moins important
pour la seconde, mais les Bunaq ne fondent pas sur les fleurs la distinction qu’ils font entre
les deux hol si. ]
Une autre plante à feuilles un peu épaisses m’a été présentée à Dirun, comme étant :
hol si zon « sauvage »
= Plectranthus sp. Labiatae.
hol si lotu « court »
Piperomia sp., Piperaceae.
D’après certains informateurs, il faudrait placer ici certaines plantes à purel, c’est-à-dire à
racines aériennes qui s’installent sur un arbre hôte : dilampok.
= Schefflera elliptica, Araliaceae.
Ce sont des plantes épiphytes également considérées comme des hôtel dololain. Mais aucun
Bunaq ne place ici les pur (banians) qui sont pourtant les prototypes des plantes à purel et
qui commencent leur existence comme épiphyte.
Comme nous l’avons signalé dans l’ensemble 2. certains informateurs placent aussi ici les
naba talaq (2,2.3.2) [ qui sont d’ailleurs considérées comme des pseudo-épiphytes par les
botanistes ].
= a) Colocasia gigantea, Araceae.
b) Remusatia sp., Araceae.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
179
5 . Goq ni gonor « fruits sur (les) feuilles »
À cet ensemble appartiennent les plantes dont les fructifications se trouvent sur les feuilles, il
s’agit de fougères à feuilles sporifères. Une partie de ces plantes épiphytes appartient aussi au groupe
précédent, celui des netel dutula. Toutes les identifications ont été faites par G. S. de Jonchere de
l’Herbier de Leiden. D’une façon générale, on peut admettre que si j’avais ramassé plus
d’échantillons, il y aurait plus d’espèces botaniques auxquelles s’applique chaque terme de base.
5.1 puli
Dans le langage courant, ce terme correspond approximativement au mot « fougère » en
français et cette appellation correspond à plusieurs espèces appartenant à des genres
différents. Certains informateurs m’ont prétendu que l’on devait distinguer des formes
appelées mone « masculin » et pana « féminin », apa « grand » et lotu « court » mais ces
dénominations ont toujours été appliquées de façon contradictoire. Voici en définitive ce que
j’ai relevé comme dénomination à Abis :
5.1.1 puli (sans déterminant)
= Dryopteris hirtipes,
Pteris quadrianta,
Thelypteris extensa,
Diplasium polypodioides.
5.1.2 puli apa «grand»
= Asplénium adiantoides.
5.1.3 puli lotu «court»
= Davallia trichomanoides.
[ À Dirun, le terme qui correspond à puli est digirai. Sous ce terme j’ai recueilli les espèces
suivantes : digirai (sans déterminant)
= Pteris ensiformis
avec un déterminant : digirai lotu « court »
= Pteris vittata
digirai mone « masculin »
= Pteris bisurita
digirai pana « féminin »
= Thelypteris arida
Chez les Bunaq de Taqpoq le terme gigirai désigne Lycopodium phlegmaria.
Chez les Ema de Soilesu gigirai désigne des. Selaginelles. ]
5.2 u sir « herbe fibre noire du palmier à vin » ? ou bien sir est-il un homonyme ?
= Lygodium flexuosum
Adiantum philippense
[à l’est de Lamaknen un autre Adiantum, A. hispidulum est appelé puli siq ].
5.3 sia
[ Ce terme s’applique à des fougères de petite taille à feuilles entières et poussant sur les
pierres ou les arbres ; elles appartiennent de ce fait également à l’ensemble précédent, 4. netel
dutula comme je l’ai signalé. ]
Source : MNHN, Paris
CLAUDINE FRIEDBERG
180
5.3.1 sia (sans déterminant)
= Pyrrosia abbreviata
Pyrrosia adnasens.
5.3.2 sia mone « masculin »
= Vittaria ensiformis.
5.3.3 sia lotu « court »
= Vittaria scolopendrina.
5.4 u sia « herbe sia »
= Microsorium punctatum.
5.5 tueq gol « petit palmier à vin »
= Acrostichum aureum.
[ Cette grande fougère que je n’ai rencontrée que dans la forêt inondée du Bas Lamaknen m’a
ainsi été nommée par des informateurs d’Abis qui m’accompagnaient. ]
5.6 tie gas « étincelle de coq »
= Phymatodes nigrescens , Polypodiacées.
[ Nous avons déjà rencontré cette plante en 4.2.3. ]
5.7 bet
= Cycas rumphii, Cycadaceae.
Certains informateurs, en raison de la ressemblance de leurs feuilles, placent dans cet
ensemble cette plante comme proche des puli mais ayant, contrairement à ces dernières, une
tige importante sur laquelle s’insèrent les feuilles [ rien n’est dit à propos des fruits au centre
de la plante et dont on sait qu’ils peuvent être consommés après préparation. Il faut ajouter
que dans le Haut Lamaknen peu nombreux sont les Bunaq qui ont vu cette plante].
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
181
6 Mun « lianes »
Dans le langage quotidien, le terme mun ne désigne, parmi les plantes à tige volubile, que
celles qui servent de lien. Cependant en tant que catégorie végétale, l’ensemble mun inclut un certain
nombre de plantes à tige lianescente qui ne peuvent être utilisées comme lien. Mais toutes les plantes
ayant des tiges grimpantes (ne kobar) ou rampantes (ne el) ne peuvent entrer dans cette catégorie. Il
faut ajouter que de nombreuses plantes ayant une tige sarmenteuse qui va d’arbre en arbre (ne
dololain) appartiennent à l’ensemble mun sauf celles qui ont des épines et qui font partie du groupe
gobuq geruk (voir fig. 35).
6.1
Mun masaq « grosses lianes »
6.1.1
Plantes fournissant des liens très solides et ayant toutes des ne dololain.
6.1.1.1
Plantes proches par leurs feuilles. [ Ce sont en effet des feuilles pennées de Légumineuses
ayant des folioles de dimension comparable ]. Leurs tiges sans nœuds et leur goût molok,
c’est-à-dire très amer.
6.1.1.1.1
Donnant des fruits : bon
= Entada phaseoloides, Leguminosae.
6.1.1.1.2
On ne leur connaît pas de fruit : tupa ce terme est apparenté à l’austronésien tuba
= Derris sp., Leguminosae.
Il y en a deux sortes :
6.1.1.1.2.1
tupa mun « liane »
= Derris scandens
6.1.1.1.2.2
tupa hôtel « arbre »
= Derris sp.
[ Ces Derris ont certainement des fruits mais moins remarquables que ceux de bon ils
sont inconnus des Bunaq. D’ailleurs même les inflorescences sont très rares. On peut se
demander si certaines espèces n’ont pas été propagées par l’homme qui s’en sert comme
poison de pêche. Les poissons sont absents des rivières de Lamaknen, mais on m’a
signalé l’utilisation de tupa pour pêcher des écrevisses. ]
6.1.1.2
Plantes proches des précédentes par l’aspect de la tige sans nœud et avec le même type de
gobuq, mais leurs feuilles sont différentes et proches de celles de bau berek {Capparis
sepiaria, Capparidaceceae) : liqu
6.1.1.2.1
À feuilles et tiges claires : liqu belis « blanc »
6.1.1.2.1.1
Plante à tige longue : liqu belis marnai « tendre » [ pour laquelle je n’ai pas recueilli
d’échantillon ].
6.1.1.2.1.2
Plante courte : liqu belis [sans deuxième déterminant].
= un seul exemplaire indéterminable.
6.1.1.2.2
À feuilles et tiges foncées : liqu guzu «noir»
= a) Clematis pickeringii, Ranunculaceae
b) Ventilago sp., Rhamnaceae : en fait liqu guzu [ mais laquelle des deux espèces ? ]
appartiendrait à la catégorie suivante des liens moins solides.
Source : MNHN, Paris
182
CLAUDINE FRIEDBERG
6.1.1.3
Plante considérée comme proche de bon par le fruit et l’écorce mais placée ici car
fournissant des liens moins solides : liu lewer
= Canavalia sp., Leguminosae, mais je n’ai jamais pu en recueillir un échantillon
complet.
[ Nous trouverons les autres plantes de la série liu — ne pas confondre avec liqu — dans
l’ensemble 7, ho tir « haricot ambrevade », en 7.7 ; lewer est un nom de lieu. ]
6.1.2
Plantes fournissant des liens moins solides que les précédentes; elles ont des tiges
grimpantes (ne kobar) ou rampantes (ne el) mais la plupart n’ont pas de ne dololain,
c’est-à-dire de tiges sarmenteuses, comme celles du groupe précédent.
6.1.2.1
Le prototype de cette catégorie est une liane qui a une tige à nœuds : atit
Mes informateurs habituels à Abis m’ont expliqué un jour qu’il existait quatre sortes
d 'atit : atit gol « petit ou atit lotu « court », ati masaq « grand », atit belis « clair », atit
guzu « foncé ».
En fait on ne m’a présenté que des échantillons appartenant à deux espèces botaniques
différentes :
6.1.2.1.1
atit (sans déterminant).
6.1.2.1.2
atit gol.
6.1.2.1.3
mun atit
= Ichnocarpus frutescens, Apocynaceae
[ Les échantillons portant les trois noms précédents appartiennent sans doute tous à
cette espèce mais on ne peut en être sûr que pour le dernier recueilli sous le nom de mun
atit qui seul possède des fleurs. ]
6.1.2.1.4
atit lotu
= une Asclepidacée peut être un Toxocarpus.
6.1.2.2
Proche de atit par ses feuilles (mais ne possédant pas de nœud sur le tige) et de liqu guzu
par son écôrce (mais sans gobuq « protubérances ») : sege
Comme pour les lianes précédentes, il m’a été difficile de faire coïncider un nom d’espèce
et un nom vernaculaire. Trois noms différents de sege m’ont été fournis : sege guzu
« foncé » ou sege mun guzu « liane foncée », sege belis « clair », sege a ipi « riz cuit ».
6.1.2.2.1
Celui qui servait pour noircir les dents des coupeurs de têtes : sege guzu
= Jasminum multiflorum, Oleaceae ou d’autres jasmins du même groupe.
6.1.2.2.2
sege belis
= j’ai recueilli sous ce nom plusieurs plantes différentes :
a) Jasminum funale
b) Jasminum multiflorum [ Peut-être cette espèce est-elle appelée aussi sege belis parce
qu’elle a de jolies fleurs blanches et que le déterminant guzu est plus une allusion à
son usage ancien, maintenant disparu, qu’à son aspect qui n’a rien de foncé.]
c) Pandorea pandorana, Bignoniaceae [ bien qu’appartenant à une toute autre famille,
les rameaux non fleuris de cette plante présentent en effet, une certaine ressemblance
morphologique avec ceux de Jasminum multiflorum].
6.1.2.2.3
sege a ipi
= Jasminum funale.
Source : MNHN, Paris
6.1.2.3
6.1.2.4
6.1.2.5
6.1.2.6
6.1.3
6.1.3.1
6.1.3.2
6.1.3.3
6.1.3.4
6.1.3.4.1
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ 183
Proche de atit par la couleur et le même type de nœud mais avec des feuilles différentes :
pip gin « lien de chèvre » ou mun pip gin « liane lien de chèvre »
= Ryssopterys timoriensis, Malpighiaceae, det. Jacobs.
Proche de pip gin par la tige : lapulos ou lap los
= Melodinus forbesii, Apocynaceae.
[ Il semble que ce ne soit qu’à Abis que ce terme corresponde à cette espèce ; à Dirun elle
est appelée to bau. De plus, il semble qu’il y ait confusion entre le terme lapulos et lapulas
qui vient de pulas « tordre une fibre pour en faire un lien » et qui s’applique à une espèce
toute différente, dont l’écorce sert à faire des liens, et appartenant, pour cette raison, à
l’ensemble titiq ual : Phaleria octandra, Thymelaeaceae. ]
Proche de lapulos par sa tige qui est également sarmenteuse (dololain) ; mais ayant des
feuilles et des fleurs différentes : manuk
[ Ce terme n’a aucun sens en bunaq mais il est celui qui désigne les « oiseaux » en
austronésien et peut-être y aurait-il un rapport entre le nom de cette plante et une
légende d’origine melus qui l’associe à une tourterelle. ]
= Hiptage benghalensis, Malpighiaceae, det. Jacobs.
Plante ayant le même port que atit (parfois grimpante parfois rampante) avec des nœuds
sur la tige mais avec une écorce et des feuilles différentes : dini heser « se fait elle-même
morte »
= Clematis javana, Ranunculaceae.
Autre sous-groupe de lianes proches les unes des autres dont les tiges ont des nœuds et
sont sarmenteuses (dololain) ; leur écorce et leurs feuilles sont différentes :
A feuilles épaisses : loloq
Les Bunaq prétendent en distinguer trois formes selon la couleur des tiges et des feuilles :
loloq buleqen, loloq belis, loloq guzu. Mais les échantillons que j’ai recueillis m’ont été
désignés par le terme loloq sans déterminant.
= sans doute un Tetrastigma, Vitaceae, mais je n’ai jamais pu en recueillir un
échantillon avec fleurs.
Ressemble beaucoup au précédent mais les feuilles sont plus fines et la sève irritante :
katal (terme tétun signifiant « gratter »).
Comme pour loloq, il en existerait aussi trois formes : katal buleqen, katal belis et katal
guzu.
= Tetrastigma lanceolarium, Vitaceae.
[ Cette plante a été identifiée par R. C. Bakhuizen, van den Brink jr. sur un échantillon
fleuri que j’avais enfin pu trouver lors d’une de mes dernières missions. Il s’agissait d’une
inflorescence mâle et ce botaniste suggérait que loloq pourrait être la forme femelle de la
même espèce qui est dioïque. ]
De couleur rougeâtre : munoq
= Cissus diffusa, Vitaceae [à Weluli j’ai recueilli sous ce nom un Tetrastigma ].
Proche de la précédente, ayant la même couleur et le même type de tige mais non
sarmenteuse : donak (ce terme désigne aussi la couleur pourpre) :
Cultivé : donak (sans déterminant)
= Basella alba, Basellaceae.
Source : MNHN, Paris
CLAUDINE FRIEDBERG
184
6.1.3.4.2
6.1.4
6.1.4.1
6.1.4.2
6.1.4.3
6.1.5
6.1.6
6.1.6.1
6.1 . 6 . 1.1
6 . 1 . 6 . 1.2
6.1.6.2
6.1.6.2.1
6.1.6.2.2
6.2
6.2.1
6.2.1.1
Pousse dans les bois : donak ton « sauvage »
= Cissus repens, Vitaceae.
Autre sous-ensemble de lianes, proches de mau haleq
mau haleq
= Argyreia walshae, Convolvulaceae, det. S. J. van Ooststroom.
Plante qui a la même tige et les mêmes feuilles que la précédente mais elle est moins
résistante : mun po « liane écume d’eau qui bout »
= Marsdenia (peut-être tinctoria), Asclepiadaceae.
Qui a les mêmes tiges et les mêmes feuilles que mau haleq mais elle a une tige grimpante
et elle est plus petite : mi por (faut-il l’écrire en un mot ou en deux ? mi n’a pas de sens et
por signifie sacré)
= a) Marsdenia tinctoria, Asclepiadaceae
b) Telosma accedens, Asclepiadaceae.
[ Les échantillons de ces plantes sont stériles et très proches d’aspect ; il est donc difficile
d’affirmer qu’il s’agit véritablement de ces deux espèces. ]
Liane proche d’aucune autre : semoq
= Malaisia scandens, Moraceae.
[ On donnerait le nom de semoq hôtel à un Symplocos aussi appelé bobe giral guzu (voir
en 15.2.1.2.]
Lianes qui ont des lepu guk de même type que ceux de up (9.2).
Plantes ayant des épines et des komaq (gaines) et qui sont dures comme des arbres : oe,
les rotins
Le grand : oe labau
= Daemonorops melanochaete, Palmae, det. J. Dransfield
Le petit : oe lotu « court »
= iPest possible qu’il s’agisse du même genre mais malheureusement mon échantillon
était trop incomplet pour être identifié.
Plantes qui n’ont pas d’épines :
per lotu « court » ou per gol « petit »
= Geitonoplesium cymosum, Smilacaceae.
tebo ou oe per (ce dernier nom est contesté par certains car seules des plantes épineuses
pourraient être appelées oe).
= Flagellaria indica, Flagellariaceae.
Mun gol « petites lianes »
Plantes ayant des feuilles et une tige semblables et des fleurs qui diffèrent.
subeteq mun « sein court liane », ce nom est donné en raison de la forme des feuilles à la
fois peltées et cordées.
= probablement Stephania japonica var. timoriensis Forman, Menispermaceae, det.
Forman.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
185
[ Un arbre dont les feuilles ont une forme proche est appelé subeteq hôtel ; il appartient à
une famille tout à fait différente
= Omalanthus novoguineensis, Euphorbiaceae, on le retrouvera en 21.11].
6.2.1.2 hiliq talin (hiliq désigne la fibre de la feuille de Corypha dont on fait, en particulier, les
liens utilisés dans l’ikat ; talin peut sans doute être considéré comme le génitif du terme
tali qui signifie « lien » dans les langues austronésiennes parlées autour des Bunaq).
Comme ce terme désigne plusieurs petites Convolvulacées du genre Ipomoea, on peut
considérer que son équivalent français est « liseron ».
Il faut ajouter que chez les Ema les mêmes petites Ipomoea sont désignées par le terme
tali suivi d’un déterminant.
Pour les hiliq talin comme pour certaines des plantes à tige lianescente que nous venons
d’examiner, je me suis trouvée en présence d’espèces visiblement différentes et portant le
même nom. Les informateurs m’ont alors déclaré qu’il existe plusieurs hiliq talin portant
chacun un déterminant différent. Pour les uns, il y en a deux sortes, l’une pana
« féminin », l’autre mone « masculin » ; pour les autres d’après la couleur du feuillage et
des tiges, on en distinguerait trois formes : l’une belis « claire », l’autre donak « pourpre »
et la dernière guzu « noire ». Mais voici les échantillons que j’ai effectivement récoltés
(tous ont été identifiés par S. J. van Ooststroom) :
6.2.1.2.1 hiliq talin (sans déterminant)
= Ipomoea plebeia
6.2.1.2.2 hiliq talin apa «grand»
= Ipomoea nil
6.2.1.2.3 hiliq talin pana «féminin»
= Ipomoea hederifolia
[sous ce même nom j’avais recueilli à Weluli une Ipomoea nil].
6.2.2 Plantes proches de hiliq talin
6.2.2.1 sekal zon « patate douce sauvage » cette plante a des feuilles et fleurs semblables à celles
des hiliq talin, sa tige est plus grosse et poilue.
= Stictocardia neglecta, Convolvulaceae.
[Cette plante a déjà été signalée dans la série sekal dans l’ensemble balo dik en
1.2.2.1.2],
6.2.2.2 tili (tili signifie « grelot » mais je ne comprends pas pourquoi cette plante serait appelée
ainsi ; peut-être s’agit-il d’une homonymie)
= Ce terme semble s’appliquer à plusieurs espèces du genre Thunbergia, Acanthaceae :
a) T. fragrans
b) T. pleistodonta.
6.2.3 Autre sous-groupe de petites lianes ayant la même allure, le même type de tiges avec des
vrilles [les deux premières sont cultivées].
6.2.3.1 baliqa (cette plante est appelée paria ou peria en indonésien)
= Momordica charantia, la margose, Cucurbitaceae
6.2.3.2 batola (cette plante est appelée patola ou petola en indonésien)
= Luffa cylindrica, Cucurbitaceae, l’éponge végétale.
Source : MNHN, Paris
186
6.2.3.3
6.2.3.4
6.2.3.5
6.2.4
6.2.4.1
6.2.4.2
6.2.4.2.1
6.2A2.2
6.2.4.2.3
6.2.4.3
6.2.5
6.2.5.1
6.2.5.2
6.3
CLAUDINE FRIEDBERG
leki dauk « Leki le devin »
= Passiflora foetida, Passifloraceae.
laqo gie uer « marmite de corneille » ; c’est une liane plus grosse que les précédentes et
dont le fruit ressemble à celui de bouq (6.2.4.1)
= peut-être s’agit-il d’un Tetrastigma (Vitaceae) mais l’unique exemplaire recueilli est
stérile.
zulgiralgoq « pupille de rat » ainsi nommé à cause de la forme et de la couleur du fruit.
= Cardiospermum halicacabum, Sapindaceae.
Autre sous-groupe de petites lianes ayant le même type de feuille et de tige et des graines
très proches. Les fruits de formes très variables ont aussi une certaine ressemblance.
[ Elles appartiennent toutes à la famille des Cucurbitaceae et sont cultivées. ]
Plante ayant des fruits qui ne se mangent pas et n’ayant que deux formes différentes
l’une complètement ronde et l’autre avec un col : bouq. [ Ce terme est apparenté à
l’appellation austroasiatique de cette plante, passée à l’indonésien sous la forme labu. ]
= Lagenaria siceraria, la gourde ou calebasse.
Signalons que le Cissus repens que nous avons vu plus haut en 6.1.3.4.2 sous le nom de
donak zon est aussi parfois appelé bouq moras.
Plantes dont les fruits tous comestibles sont de formes différentes : ope
ope kau (kau [ est un terme qui ne signifie rien tout seul ; il est aussi utilisé en
déterminant pour distinguer la vache balinaise apa kau du buffle apa].
= Cucurbita moschata, la courge.
Il faut signaler que lorsque les Bunaq parlent de ope sans déterminant, il s’agit toujours
de la courge.
ope moka!
= Citrullus lanatus, la pastèque.
ope malas «échelle?» ou est-ce un homonyme?
= Cucumis sativus, le concombre.
Signalons ici une plante qui peut, à la rigueur, être considérée appartenant à la série ope :
mun ope « liane courge »
= Zehneria sp. det. M. Kjeraudren-Aymonin.
Autre sous-groupe de mun gol formé de plantes non cultivées appartenant à la série ho
dont la plupart des types de plantes se trouvent dans l’ensemble 7 ho tir « dolique
ambrevade» :
zul gie ho « haricot de rat »
= Vigna sp., Leguminosae.
ho luke gol
— Phaseolus sp., Leguminosae.
Tiges sarmenteuses (ne dololain) qui ne sont pas réellement considérées comme des mun.
Source : MNHN, Paris
6.3.1
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
187
netis
= Tournefortia sarmentosa, Boraginaceae.
6.3.2 belebuq
= Deeringia amaranthoides, Amaranthaceae.
Voici enfin des plantes qui sont considérées comme des mun mais qui ne sont
rapprochées d’aucune autre liane :
6.4 mun suqil « liane latex »
= Hoya sp.
6.5 mun gipe « liane corne »
6 . 5.1 à feuillage clair : mun gipe belis « blanc »
= Pandorea pandorana, Bignoniaceae.
Nous l’avons vu, elle est parfois confondue avec sege belis (6.1.2.2.2) alors que le terme
sege est généralement attribué à des jasmins.
[ Cette même plante est appelée pip gipe « corne de chèvre » à Mutul ].
6.5.2 à feuillage foncé : mun gipe guzu « noir »
= Parsonsia sp., Apocynaceae.
6.6 Enfin une plante que nous avons rencontrée en 1.2.2.2.2 dans l’ensemble balo-dik ; elle
était signalée comme n’ayant pas de tubercule comestible et appartenant à l’ensemble
mun, mais j’ai négligé d’interroger les informateurs sur sa place à l’intérieur de cet
ensemble : sameq kara
= Pueraria phaseoloides, Leguminosae.
6.7. Parmi les mun gol on peut placer au moins une plante de la série upu : upu koliq zon
= Rhynchosia sp., Leguminosae.
[ Nous avons vu upu le Pachyrrhizus erosus. Légumineuses, en I.2.2.3. Ajoutons que je
n’ai jamais recueilli de plante appelée upu koliq à Lamaknen mais comme j’avais
rapporté de chez les Ema des gousses de Psophocarpus tetragonolobus. Légumineuses.
Des informateurs me dirent que c’était là la plante désignée par ce terme et qu’elle
entrait dans l’ensemble ho tir. ]
Source : MNHN, Paris
188
CLAUDINE FRIEDBERG
7 Ho tir «dolique ambrevade»
La catégorie ho tir apparaît dans le discours lorsque les Bunaq veulent parler des plantes
cultivées à graines comestibles utilisées comme nourriture d’accompagnement. On pourrait presque
définir ho tir comme l’ensemble des plantes fournissant des graines qui peuvent être cuites en même
temps que le riz. Cependant, si la façon d’utiliser leurs graines apparaît comme le critère
d’appartenance à cet ensemble pour les plantes éponymes de chacune des séries qui le composent,
nous verrons que plusieurs types de plantes ne répondant pas à ce critère et, de plus, souvent non
cultivées, sont, sur la base de ressemblances morphologiques, rattachés à certaines des séries ho tir
dans le système de nomenclature. Contrairement à ce que nous avions rencontré dans des cas
analogues pour les ensembles examinés jusqu’à présent (en particulier pour balo dik) la plupart de ces
plantes n’appartiennent à aucun autre ensemble, elles seront donc décrites ici.
Pour les critères de distinction à l’intérieur de l’ensemble ho tir, l’aspect final du fruit et le port
de la plante jouent un rôle important. Mais dans cet ensemble, il n’y a pas de regroupement en sous-
groupe, autre que les séries (voir fig. 36).
La plupart des plantes de cet ensemble appartenant à la famille des Légumineuses, la famille
d’une espèce ne sera indiquée que si elle est autre. Pour un certain nombre de ces plantes, la
nomenclature botanique adoptée ici est celle de Maréchal, Mascherpa & Stainier (1978).
7.1 ho « sang » ou homonyme ?
[ Ce terme s’applique, en général, à des plantes ayant des gousses allongées comparables
à ceux de la dolique de Chine ( Vigna unguiculata ). ]
7.1.1 Plantes à tige lianescente
7.1.1.1 A fruits longs
7.1.1.1.1 À graines noires : ho guzu « noir »
7.1.1.1.2 À graines blanches : ho belis «blanc»
= ces deux formes appartiennent à l’espèce Vigna unguiculata.
7.1.1.2 À fruits plus courts
7.1.1.2.1 Plante cultivée : ho bure ou lamukas
= Vigna umbellata.
7.1.1.2.2 Plantes non cultivées à graines non comestibles, elles n’appartiennent donc pas à
I ensemble ho tir et nous les avons déjà vues dans les mun gol « petites lianes » en 6.2.4.
7.1.1.2.2.1 ho luke gol
= Phaseolus sp.
II existerait encore deux autres plantes appartenant à la série ho : ho kaleq « Sesbania
grandiflora » et ho balobi mais je n’en ai jamais recueilli d’échantillons.
Plantes à port de petits arbres.
Plantes de petite taille et à fruits groupés comme des bottes d’épis de maïs ; elles ne sont
pas cultivées : ho keloq « botte d’épis de maïs »
A petites feuilles : ho keloq mone « masculin »
= Cassia occidentalis.
7.1.2
7.1.2.1
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
189
7.1.2.1.2
7.1.2.2
7.1.3
7.1.4
7.2
7.2.1
7.2.2
7.3
7.4
7.5
7.5.1
7.5.2
7.5.2.1
À grandes feuilles : ho keloq pana « féminin »
= Cassia floribunda.
Plante de plus grande taille et cultivée : ho hôtel « arbre »
= Hibiscus esculentus, Malvaceae, le gombo [ sans doute d’introduction récente ].
Plante à tige herbacée : ho gapa « gris »
= Vigna radiata [ c’est la graine de cette plante qui est utilisée pour préparer ce qu’on
appelle indûment les germes de « soja » ].
Plante à tige crassulante :
ho molo « dolique betel » [ nous avons vu p. 89 comment il faut sans doute considérer
l’expression entière comme terme de base et ne pas inclure la plante dans la série ho.
D’ailleurs elle n’appartient pas à ce groupe mais à l’ensemble 14, hôtel susuqil (14.3.1) ]
= Euphorbia tirucalli, Euphorbiaceae.
Plante considérée comme ayant un aspect proche de ho gapa : keliq
= Glycine max, le soja.
Il en existe deux formes :
À graines blanches : keliq belis
À graines noires : keliq guzu.
Plante considérée comme proche de keliq par son aspect général bien qu’elle n’appartient
pas à l’ensemble ho tir car elle n’est pas cultivée et ses graines sont considérées comme
comestibles : olo olo « petit tambour de bambous » (utilisé pour éloigner des champs les
sangliers et les oiseaux quand la récolte approche).
= Crotalaria pallida
[ C’est un Crotalaria dont les gousses gonflent en séchant ; si on cueille la branche qui les
porte et si on l’agite les graines se détachent quand elles heurtent les parois du fruit, de là
son nom de olo olo. Il y a effectivement une certaine ressemblance dans la disposition des
gousses entre ce Crotalaria et le soja. ]
Petite plante à tige peu dure comme la précédente : digal
= Sesamum indicum, Pedaliaceae, le sésame.
Certains informateurs mettent cette plante avec la précédente dans une catégorie olo olo ;
d’autres donnent au tournesol, hot giral « œil du soleil » 9.7.3.2, le nom de digal hot giral
ou de digal masaq « grand ».
pao ou pau
[ Ce terme s’applique à des plantes à tige .volubile ayant des gousses plus courtes et plus
larges que celles de ho. ]
Fruits cylindriques rappelant ceux de ho mais beaucoup moins longs :
pao gol « petit » ou pao ho
= Phaseolus vulgaris, le haricot, [ il semble d’introduction relativement récente ].
Fruits plus plats
Grains petits et assez ronds
pao uor « légume » ou pao busa « chat »
= Lablab purpureus, la dolique d’Égypte.
Source : MNHN, Paris
190
CLAUDINE FRIEDBERG
1.522
1.522.X
7.5.2.2.1.1
7.5.2.2.1.2
7.5.2.2.1.3
1.5222
1.6
7.6.1
7.6.2
7.7
7.7.1
7.7.1.1
7.7.1.2
7.7.2
Grains plutôt plats et de couleurs variées
Formes cultivées dont les graines peuvent être consommées sans préparation spéciale :
pao loi « bon »
= Phaseolus lunatus, le haricot de Lima.
Selon la couleur et la forme du grain, les Bunaq distinguent des types qui peuvent varier
d’un village à l’autre ; dans le nom donné à ces différentes formes de Phaseolus lunatus le
terme loi n’est pas répété ; voici celles que j’ai recueillies à Abis :
pao nona « demoiselle » à grain plat de couleur brun-rouge.
pao tie gut « œuf de poule » à grain un peu rond et blanc crème.
pao bon «Entada phaseoloides » dont la graine rappelle celle de bon.
Formes non cultivées dont les graines ne peuvent être consommées qu’après une longue
préparation appelée : pao huil consistant à changer plusieurs fois l’eau de cuisson : pao
zon «sauvage» ou pao lelo
= ce sont des formes de Phaseolus lunatus issues des plantes abandonnées dans les
friches. [ Comme personne n’élimine les formes à acide cyanhydrique reconnaissables à
leur couleur bleutée, on voit apparaître par le jeu de l’hybridation des spécimens ayant
une proportion importante de cet acide qu’il faut éliminer avant consommation. ]
Plante se présentant sous la forme d’un petit arbuste.
Plante cultivée à graines comestibles :
tir (sans déterminant)
= Cajanus cajan, l’ambrevade.
Plante non cultivée à graines non comestibles :
tir zon « sauvage »
= a) Crotalaria mucronota.
b) Crotalaria semperflorens.
[ Ces espèces sont différentes de celle à laquelle appartient olo olo que nous avons vu en
7.3. Il s’agit ici de Crotalaria dont les graines ne font pas de bruit quand on agite les
gousses. Il y a de très nombreuses espèces de Crotalaria et je suis certainement loin de les
avoir toutes récoltées. Certaines ont été introduites récemment pour servir d’engrais
vert ; ainsi j’ai recueilli dans le Bas Lamaknen C. anagyroides et C. retusa qui y étaient
d’ailleurs appelée kolo tarial]
liu
[ Les plantes appartenant à cette catégorie ont le même type de gousse à nervures
longitudinales ou à suture aplatie.]
Plantes cultivées et à graines comestibles :
liu tir « ambrevade »
= Mucuna pruriens var. utilisis
liu ewi «d’homme blanc».
= Canavalia ensiformis.
Plantes non cultivées à graines non comestibles.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
191
7.7.2.1 //« liwas, c’est la forme qui a le plus de poils
= sans doute la forme hirsuta de Mucuna pruriens var. utilis
1.1.22 liu zumuk
= Canavalia sp.
1.122 liu lewer
= Canavalia sp.
Nous avons déjà vu cette plante dans l’ensemble 6 mun en 6.1.1.3. Il y aurait aussi un liu
belis « blanc » et un liu buleqen « rouge ».
7.8 La gousse a des poils très urticants, la plante est sauvage et les graines ne se mangent
pas : liwas
= sans doute encore une forme de Mucuna pruriens.
[ Une certaine confusion semble régner entre les différentes formes de liu et liwas en
particulier en ce qui concerne la possibilité de manger leurs graines sans préparation
spéciale. Des informateurs m’ont même assuré que liu tir fait partie des liu zon non
cultivé et que ses graines ne peuvent être consommées qu’après gail (plusieurs cuissons
entrecoupées de lavages). Il faut dire que les botanistes ne s’entendent guère non plus sur
ces formes, comestibles ou non, rapportées au genre Mucuna. Dans la Flora of Java
trois formes de Mucuna pruriens sont signalées : f. pruriens, f. hirsuta et f. utilis, cette
dernière étant la seule à être parfois cultivée. Malheureusement aucune révision récente
n’a été faite de ce genre et, de plus, on peut supposer qu’il existe des hybrides entre les
différentes formes.
Pour le genre Canavalia, il m’est également très difficile (en dehors de C. ensiformis qui
est une forme introduite) de les identifier, mes échantillons étant incomplets et
l’inventaire des espèces de ce genre n’ayant pas été fait pour les petites îles de la Sonde.
Liu lewer et liu zumuk appartiennent certainement à deux espèces différentes ; d’ailleurs
seule la première m’a été indiquée comme appartenant aux mun masaq « grande liane ». ]
7.9 Plante dont les graines sont dans le sol : c’est une plante cultivée à graines comestibles :
hoqi
= Arachis hypogaea, l’arachide.
7.9.1 Variété hâtive à deux graines : hoqi bara «court»
7.9.2 Variété à trois graines : hoqi lep « Schizostachyum blumii ou la « sarbacane » (qui est
faite avec cette espèce de bambou).
7.9.3 Variété tardive à grains plus gros : hoqi legul « long ».
7.9.4 Variété considérée comme cultivée très anciennement par les ancêtres [ il est difficile de
savoir à quelle époque l’arachide, plante d’origine américaine a été introduite à Timor ] :
hoqi muk gomo « des maîtres du sol ».
7.10 Plantes ressemblant à hoqi mais n’appartenant pas au groupe ho tir car elles ne sont pas
cultivées et ne donnent pas de graines comestibles : u hoqi « herbe arachide ».
7.10.1 u hoqi (sans déterminant) : plantes ayant des feuilles semblables à celles de hoqi mais des
fleurs blanches
= Desmodium sp.
Source : MNHN, Paris
192 CLAUDINE FRIEDBERG
7.10.2 u hoqi lotu «court»
= Indigofera linifolia.
7.10.3 u hoqi zon «sauvage»
= Desmodium sp.
7.11 Plantes ressemblant à u hoqi, en particulier par ses fleurs et appartenant à l’ensemble 8
des plantes proches de iqi : hap
= comme nous allons le voir maintenant avec le groupe 8, les plantes portant ce nom de
base appartiennent presque toutes au genre Desmodium.
7.12 Peut-être faut-il mettre ici : upu koliq
= Psophocarpus letragonolobus que je n’ai jamais recueilli à Lamaknen (voir en 6.7).
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
193
8 Ensemble des plantes proches de iqi
Il s’agit de petites Légumineuses plus ou moins ligneuses et à tiges peu ou pas lianescentes
ayant un port, des feuilles, ou des inflorescences, proches d’aspect ; je ne me sens pas plus capable
que les Bunaq d’expliciter ces ressemblances qui sont également reconnues par la botanique
scientifique puisque plusieurs de ces plantes appartiennent au même genre ou à des genres voisins.
8.1 iqi
= Moghania strobilifera (Cette plante est considérée comme le bétel des abeilles dans le rituel
qui accompagne la récolte du miel).
8.2 taqa leloq (il est difficile de savoir si ce dernier terme est un nom de personne et si taqa signifie
« couvrir »).
= Desmodium triquetrum
[Aucun informateur ne m’a fait de remarques sur les gousses plates et articulées de cette
espèce ni d’ailleurs sur celles d’autres Desmodium. ]
8.3 hap (ce mot a deux sens en bunaq : 1) «repriser», «raccommoder»; 2) «envoyer d’une
pichenette »).
Ce sont des plantes ayant des fruits-gousses qui s’accrochent aux vêtements [ en raison des
poils qui les couvrent ] ; c’est pour cette raison qu’elles sont employées dans les soqe, paquets
magiques utilisés pour la récolte du riz « de façon à ce que les grains s’accrochent bien aux
mains ».
Pour les premiers hap que j’ai récoltés, on ne m’avait pas fourni de déterminants. Quand j’ai
demandé si ces plantes, appartenant visiblement à des espèces différentes, étaient distinguées,
il me fut répondu qu’il en existait effectivement une forme pana « féminine » et une mone
« masculine », la première ayant des feuilles plus rondes que la seconde. Mais devant la
multiplication des plantes appelées hap, on m’expliqua par la suite qu’en fait il y avait d’abord
une distinction entre des formes belis « claire » et guzu « foncé » et qu’à l’intérieur de celles-ci
il y avait des formes pana et mone. Cependant, comme on m’a fourni sept échantillons
apparemment différents, il n’était pas possible d’appliquer cette clef dichotomique.
De plus, il n’y a pas cohérence entre les échantillons recueillis lors de mes différentes missions.
Ainsi des échantillons appartenant certainement à la même espèce, l’un m’a été donné comme
étant hap belis mone et l’autre hap guzu pana !
Tous ces hap appartiennent au genre Desmodium sauf un :
8.3.1 hap, hap guzu pana, hap guzu mone, hap belis mone
= diverses espèces de Desmodium dont D. velutinum et D. sequax.
8.3.2 hap belis pana
= Uraria lagopodioides.
[ A un aspect un peu différent des Desmodium précédents avec une inflorescence à grands poils
blancs donnant un aspect laineux. ]
8.4 taun zon « indigo sauvage »
= Tephrosia zollingeri.
Bien que cet « indigo sauvage » qui présente une certaine ressemblance avec les plantes
précédentes soit placé ici, aucun informateur ne m’a signalé en même temps l’indigo cultivé
Source : MNHN, Paris
194
CLAUDINE FRIEDBERG
qui pourtant à leurs yeux est proche d’aspect [ dans la classification scientifique les genres
Tephrosia et Indigofera sont également très proches ]. En effet quand ils veulent situer l’indigo
c’est, pour les Bunaq, son utilisation qui prime : il est intégré dans un petit groupe de plantes
avec lesquelles est préparée la teinture noire comme nous le verrons en 33.1.1.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
195
9 Lepu guk « entre-nœud nœud »
Nous avons déjà signalé de nombreuses plantes possédant des lepu guk principalement parmi
les lianes. Nous ne trouvons donc pas ici toutes les plantes à lepu guk mais celles pour qui ce
caractère est considéré comme le plus remarquable. Nous commencerons par le sous-groupe le plus
caractéristique des lepu guk, aux yeux des Bunaq, celui des bambous.
9.1 Sous-groupe des ma et des plantes qui sont proches.
[ Elles appartiennent à la famille des Graminées. Les échantillons de bambous ont été
identifiés par R. E. Holttum. Rappelons que pour certains d’entre eux (hulo et lep) les
récits mythiques expliquent comment les ancêtres des Bunaq les ont transportés au cours
de leur déplacement (voir page 36). Cependant, bien que les bambous existant à
Lamaknen se reproduisent maintenant spontanément, les Bunaq estiment qu’ils ont tous
été (en dehors de celui qu’ils considèrent comme autochtone) plantés au départ (voir
Holttum, 1958, sur la distribution et la probable transmission par l’homme de certaines
espèces de bambous). ]
9.1.1 ma
9.1.1.1 Celui qui devient le plus gros :
ma betun
= Dendrocalamus asper
[ Il y a de fortes probabilités pour que ma betun appartienne à cette espèce, mais étant
donné le mauvais état de mes échantillons Holttum envisageait qu’il puisse s’agir de
Gigantochloa levis. Cependant cette dernière espèce, contrairement à la première n’est pas
signalée pour les Petites îles de la Sonde (Widjaja, 1987). ]
9.1.1.2 À feuilles plus petites, à entre-nœuds plus courts que le précédent, il peut cependant
devenir assez gros pour que l’on en fasse des mapo pour transporter l’eau : ma olas
= Bambusa vulgaris.
C’est lui qui sert pour faire les mâts que l’on plante aux autels lors des rituels et constitue
une échelle symbolique entre la terre et le ciel, mais les vraies échelles sont faites en ma
betun qui est plus solide.
9.1.1.3 Caractérisé par des rayures vertes longitudinales sur les tiges : ma kes «orné»
= serait une forme de Bambusa vulgaris.
9.1.1.4 Le seul bambou de Lamaknen qui ait des épines et que les Bunaq considèrent comme
autochtone : ma bil
= Bambusa blumeana.
9.1.1.5 À tige de couleur brune : ma laku «cuscus» ( Phalenger orientais, en tetun)
= je n’ai jamais pu en recueillir d’échantillon car ce bambou n’existe pas à Lamaknen où
on ne le connaît que par les objets, en particulier des étuis à chaux, confectionnés avec ; il
en existerait plus à l’est.
[ Signalons que le terme ma entre dans la composition d’un nom de base ma guk « bambou
nœud » qui s’applique à de petites herbacées à nœuds que nous verrons plus loin en 9.6.6. ]
Source : MNHN, Paris
196
CLAUDINE FRIEDBERG
9.1.2 hulo
9.1.2.1 hulo (sans déterminant)
= Schizostachyum brachycladum
9.1.2.2 hulo mêla (nom de personne)
= Setaria palmifolia, det. J. F. Veldkamp.
9.1.3 lep (ce terme désigne aussi la sarbacane qui est faite avec ce bambou)
= Schizostachyum blumii
Sa tige est plus mince que celle de hulo , ses entrenœuds plus longs et ses feuilles plus
étroites.
[ Les deux bambous utilisés pour le serment par le sang hulo et lep sont considérés comme
appartenant au sous-groupe ma mais je n’ai jamais pu savoir sur quels critères les Bunaq
parviennent à les distinguer des autres bambous. ]
9.1.4 Se rapprochant de lep, mais plus petit : sibil (ce terme désigne l’inflorescence mâle du maïs
qui ressemble à celle de cette plante ; on peut se demander lequel a donné son nom à
l’autre)
= Phragmites karka var. karka (det. Bosser), un roseau : mais ce terme semble aussi
s’appliquer à Neyraudia reynaudiana.
9.2 up
= Saccharum officinarum, Gramineae, la canne à sucre.
Il existe plusieurs types de canne à sucre cultivée [ il s’agit de clones puisque la canne à
sucre se reproduit par bouturage ] :
9.2.1 À tige rouge ou noire : up moras «rouge» (en tetun?)
9.2.1.1 À tige rouge : up moras buleqen
9.2.1.2 À tige noire : up moras guzu
9.2.2 À tige jaune : up paqol « maïs »
9.2.2.1 À grands entrenœuds : up paqol legul «long»
9.2.2.2 À petits entrenœuds : up paqol bara «court»
Il y en aurait de plus une sorte sauvage :
9.2.3 up zon « sauvage »
= je n’en ai jamais recueilli d’échantillon.
[ Rappelons que nous avons signalé en 6.1.6 des lianes ayant des lepu guk comparables à
ceux de up ; il s’agit de oe, les rotins.]
9.3 Lolon win « tige épis ».
Cette expression, nous l’avons vu, est utilisée dans le langage rituel pour désigner les deux
céréales, le maïs et le riz, qui fournissent la nourriture de base. Mais en tant que catégorie
végétale, ce sous-ensemble des lepu guk regroupe toutes les céréales cultivées connues des
Bunaq.
Source : MNHN, Paris
9.3.1
9.3.1.1
9.3.1.2
9.3.1.3
9.3.1.4
9.3.1.5
9.3.2
9.3.2.1
9.3.2.2
9.3.2.3
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ 197
Ces plantes appartiennent à la famille des Graminées ; si une espèce de ce groupe
appartient à une autre famille, je le signalerai.
Nous commencerons notre énumération par celles qui, à leurs yeux, ressemblent le plus à
la série précédente, celle des up.
bukas
= Sorghum bicolor.
Les Bunaq en distinguent plusieurs variétés selon leur durée de maturation et leur
couleur ; ils possèdent une seule variété à panicules compactes, la première citée ici ; les
autres variétés sont à panicules ouvertes ou aérées :
bukas a ipi « nourriture cuite (de) riz » ainsi appelé parce que ces grains blancs comme du
riz cuit sortent des glumes à maturité
= appartient au groupe caudatum.
bukas bara « court » ou bukas mea « rouge (en tetun) » ;
c’est le plus précoce et ses grains sont rouges.
bukas laku « cuscus »
de précocité moyenne et de couleur foncée.
bukas belis « blanc »
qui est tardif.
bukas buleqen « rouge »
qui est à la fois tardif et rouge.
La variété bukas sose lesuq citée dans les mythes n’existe pas actuellement.
Signalons que chez les Bunaq de l’est, le terme bukas désigne la Cordylïne.
paqol
= Zea mays, le maïs.
La distinction première que les Bunaq font entre les différentes variétés de maïs est fondée
sur leur durée de maturation :
paqol bara «court» : le maïs hâtif qui commence à mûrir au bout de deux mois.
paqol laku « cuscus » ? ou « perruche » ? voir explication p. 92 à durée de maturation
intermédiaire entre les deux autres.
paqol legul « long », le maïs tardif qui met quatre mois à mûrir ; c’est celui que l’on ramène
à la maison pour servir de nourriture jusqu’à la récolte suivante.
Dans chacune de ces trois variétés existent des formes de couleurs différentes :
paqol sigo : à grains rouges qui apparaît rarement dans le maïs hâtif
paqol ai rawan « Schleichera oleosa » : à grains jaunes
paqol kakaq « cacatoès » : à grains blancs
paqol leki taran « (nom de personne) pommelé » : à grains de toutes les couleurs
paqol koiq : également à grains de couleurs différentes qui n’apparaît que dans le paqol
laku
paqol seran koli « (noms de personne) », pour lequel je n’ai pas de description et qui
apparaît rarement
paqol kokere : qui est le « pop corn » et qui n’apparaît que dans le maïs hâtif.
Source : MNHN, Paris
198
CLAUDINE FRIEDBERG
9.3.3 iter
= Coix lacryma jobi, les larmes de Job :
9.3.3.1 Le cultivé dont on mange les graines : iter (sans déterminant)
9.3.3.2 Le sauvage à graine noire qui vit trois à quatre ans et que l’on ne mange pas : iter mukeq
« grêle ».
9.3.4 ipi
= Oryza sativa, le riz
Je ne discuterai pas ici de l’appartenance des différents types de riz bunaq à telle ou telle
sous-espèce botanique; une seule de ces variétés (ipi turul) avait été identifiée par
R. Portères qui l’avait rapportée à la subsp. indica de sa classification. Ceci peut sembler
curieux étant donné que l’on s’attendrait à ce que les riz traditionnellement cultivés à
Timor appartiennent, dans la classification établie par R. Portères (1956) à la subsp.
japonica (maintenant appelée javanica) ou tout au moins à des hybrides entre indica et
japonica. Cependant, étant donné la façon dont les Bunaq mélangent les semences de
différentes variétés dans un même champ, on peut penser qu’il y a toujours eu
remaniement du stock génétique. En effet même si le riz est autogame on pourrait avoir
jusqu’à 30 % de fécondations croisées dans certaines conditions écologiques. Les Bunaq
eux-mêmes disent (voir page 60) qu’il y a transformation des variétés qu’ils cultivent,
certaines conservant leur aspect extérieur mais avec une couleur différente à l’intérieur.
Les champs sont le plus souvent collectifs et destinés à fournir le riz nécessaire pour une
fête de maison. Chaque maison conserve à cet effet des semences et possède un mélange de
variétés qui lui est propre et différent de celui des autres. Ceci a pour conséquence que les
mêmes termes d’appellation peuvent s’appliquer à des riz qui ayant changé de
caractéristiques pour des raisons de dérive génétique n’ont pas le même aspect. Il m’a donc
paru préférable de donner, à titre d’exemple, la liste des variétés recueillies dans un même
champ.
Je fournis ici les deux listes qui m’ont paru les plus complètes l’une pour un champ d’Abis,
l’autre pour un champ de Weluli. Je donnerai ensuite le nom des variétés qui m’ont été
données comme glutineuses et enfin je donnerai une liste de noms de variétés pour
lesquelles aucun échantillon n’a pu m’être fourni.
Pour chaque variété, j’indiquerai les caractéristiques du grain telles qu’elles m’ont été
exposées par les informateurs : la couleur extérieure du grain avant décorticage, c’est-à-
dire celle des glumelles (luel) et la couleur du grain après décorticage c’est-à-dire celle de
piral ; selon les cas j’ai traduit belis par « blanc » ou « clair ». Je noterai, comme à
l’habitude, entre crochets mes propres commentaires.
a) Variétés recueillies dans un champ cultivé par la Maison Bau-gatal à Abis en 1966 qui,
en principe, avait été surtout ensemencé avec la variété bei uluk :
9.3.4.1 ipi bei uluk « ancêtre origine (en tetun) » : grain clair (belis) à l’extérieur et à l’intérieur.
C’est actuellement la variété la plus cultivée ; elle aurait été introduite durant la dernière
guerre.
9.3.4.2 ipi huli taiq : grain clair à l’extérieur et à l’intérieur. C’est le riz qui est considéré avoir le
meilleur goût.
9.3.4.3 ipi seban (nom de couleur qui est celle de l’extérieur des grains ; je la qualifierais de
«cuivrée») : grain clair à l’intérieur, seban à l’extérieur.
Il y en aurait deux sortes :
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
199
9.3.4.3.1 ipi seban dato «noble» à glumelles plus foncées
9,3 4.3.2 ipi seban mila « roturier » à glumelles plus claires.
9.3.4.4 ipi tueq diki « pousse d’Arenga » ou ipi tueq salen « inflorescence d 'Arenga » le grain a la
même couleur qu 'ipi seban mais il est plus long que ce dernier.
9.3.4.5 ipi asu metnan (nom de lieu en tetun) : grain jaune à l’intérieur, rouge à l’intérieur.
9.3.4.6 ipi hena : le grain est rouge à l’intérieur comme le précédent mais à l’extérieur il est plus
clair.
9.3.4.7 ipi turul « santal » : le grain est blanc à l’intérieur et rouge foncé à l’extérieur [ en réalité les
glumelles sont couleur paille mais à fortes crêtes longitudinales et ombrées de brun entre
les crêtes].
9.3.4.8 ipi mera « rouge (en tetun) : le grain est foncé à l’intérieur [ en réalité presque noir ] et à
l’extérieur.
b) Variétés recueillies dans un champ à Weluli en 1966.
Ici, comme dans le champ précédent, la variété de base était ipi bei uluk mais certaines
panicules ont des grains à tégument rouge.
Voici les variétés, autres que cette dernière, que j’y ai récoltées [ toutes ont des glumelles à
crêtes marquées] :
9.3.4.9 ipi suqil « latex » : le grain est clair à l’intérieur et foncé à l’extérieur [ en fait c’est la
présence des crêtes qui donne cette impression ].
9.3.4.10 ipi pu buk « fleur d’Aréquier » : le grain est clair à l’intérieur et à l’extérieur [ les glumelles
sont ombrées de brun entre les crêtes].
9.3.4.11 ipi pranses « français » ou« franc » ? (J’ignore la raison de cette dénomination) ; grain clair
ayant la même forme que ipi suqil [glumelles brunes à crêtes claires].
9.3.4.12 ipi ma komaq «graine de bambou» : grain assez gros, clair à l’intérieur et à l’extérieur
[ glumelles de couleur claire presque uniforme, terminées par une arête de 3 à 5 mm ].
9.3.4.13 ipi apa gio « bouse de buffle » : le grain est clair à l’intérieur, à moitié rouge à l’extérieur.
c) Variétés de riz glutineux. Les bunaq ne connaissent que deux variétés de riz glutineux
appelées ipi kupan parce qu’il serait arrivé de Kupang :
9.3.4.14 sans poils : ipi kupan,
9.3.4.15 avec poils : ipi kupan gebu got «cul poilu».
[ J’ai effectué avec ces variétés le test de la réaction à l’iode : virage au rouge avec les riz
glutineux, en bleu avec ceux qui ne le sont pas.
Les variétés que j’ai recueillies sous ces noms à Weluli rougissent avec l’iode, ce qui
indique qu’il s’agit bien de riz glutineux. Par contre celles recueillies sous ces mêmes noms
à Abis, et bien que présentées comme glutineuses (ketan en indonésien), bleuissent sous
l’effet de l’iode. Auraient-elles perdu leur caractère glutineux sous l’effet de l’hybridation ?
ou bien le riz apporté sous ces noms dans ce village n’aurait-il pas été glutineux au
départ ? ]
Source : MNHN, Paris
200
CLAUDINE FRIEDBERG
9.3.4.16
9.3.4.17
9.3.4.18
9.3.4.19
9.3.4.20
9.3.4.21
9.3.4.22
9.3.4.23
9.3.4.24
9.3.4.25
9.3.4.26
9.3.4.27
9.3.4.28
9.3.4.29
9.3.4.30
9.3.5
9.3.5.1
d) Voici maintenant une liste de variétés de riz pour lesquelles je n’ai jamais pu obtenir
d’échantillons :
ipi oko eroq : serait le plus petit des riz à grains blancs
ipi bei wili (nom de personne)
ipi henu «collier»
ipi manu mera « oiseau rouge »
ipi laqo « corbeau »
ipi loi makiq « bon » « ? »
ipi lep « bambou »
ipi kekaq « cacatoès »
ipi bara « court »
ipi op giri « hauteur pied »
ipi zulo « civette »
ipi bau ama «(nom de personne) père»
ipi mera lakaen.
e) Ajoutons à cette liste un riz pour lequel je n’ai pu recueillir d’échantillon mais dont j’ai
pu obtenir l’équivalent chez les Ema. Il s’agit du riz que l’on semait à la volée dans les
rizières inondées naturellement :
ipi zon «sauvage»
[ l’équivalent ema est me hui « riz sauvage » ].
f) Enfin nous en arrivons à une plante qui n’est pas du riz :
ipi gemel «génitrice»
= Typha sp. (sans doute T. angustifolia, espèce commune dans le monde entier),
Typhaceae.
Ce roseau est ainsi nommé, disent les Bunaq, parce que ses feuilles ressemblent à celles du
riz ; mais le terme gemel n’implique pas qu’ils considèrent que le riz serait issu des roseaux.
Ils remarquent simplement que ces derniers poussent dans les mêmes lieux humides qui
conviennent bien au riz. Pour cette raison il est inclus dans l’ensemble 11, il gie «de
P X,aria
italica, le millet :
forme à épis poilu : pioq zap guloq « queue de chien » ; cette variété serait la même que
celle citée sous le nom de pioq apa guloq « queue de buffle » dans la liste des plantes du
champ mythique primordial. En effet les Bunaq disent qu’ils n’ont jamais eu qu’une seule
forme de millet poilu.
= il s’agit sans doute de Setaria italica subsp. italica race moharia (de Wet, Oestry-Stidd
& Cubero, 1979).
C’est la seule variété qui puisse être semée en même temps que le riz.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ 201
9.3.5.2 Formes à épis non poilus :
9 . 3 .5.2.1 À épis plus grands et plus gros : pioq sael gio «excrément de porc»
= il s’agit sans doute de la race maxima de la sous-espèce précédente.
9 . 3 . 5 . 2.2 À épis plus petits de la dimension d’un petit couteau : pioq turiq gol « petit couteau »
= c’est une race que je n’ai jamais trouvée décrite.
9.3.6 Ressemble à pioq avec lequel il forme une paire dans les mythes, mais son épi est divisé à la
base : lebo
= Eleusine coracana.
Cette céréale n’est plus cultivée ni donc consommée. Traditionnellement pioq et lebo
étaient associés dans un paquet magique destiné à augmenter le volume du riz que l’on
rassemble lors des fêtes de maison.
9.4 Plante proche de up la canne à sucre et de bukas, le sorgho, et qui ressemble aussi à sika
bora une Amaryllidacée (voir en 3.2.3) et à « teu, une Orchidée (4.2.1) : tapol
= Cordyline fruticosa.
Cette espèce est, contrairement à d’autres régions timoraises où elle est abondante dans les
haies, rare à Lamaknen où quelques personnes en plantent un pied dans leur jardin en
guise de protection contre les voleurs en raison, disent-ils de la forme de la feuille qui
rappelle celle d’un fer de lance.
9.5 Sous-groupe des an « grandes Graminées ».
Nous avons vu comment ce terme an est utilisé pour désigner à la fois un certain type de
plantes, les grandes Graminées, et la formation végétale qu’elles constituent, c’est-à-dire la
savane. De plus ce terme entre dans le nom de base d’un certain nombre d’espèces dont la
plupart ont de nombreuses tiges, à nœuds (lepu guk), qui portent des inflorescences ; mais
d’autres apparaissent le plus souvent sous leur forme végétative et ont peu de tige à lepu
guk. Nous avons d’ailleurs rencontré certaines de ces dernières dans l’ensemble 3 des
plantes proches de in, l’ail.
Dans ce sous-groupe, nous trouverons des plantes dont le nom est formé à partir de an et
d’autres pas. Nous les présenterons, sans tenir compte de cette distinction, dans l’ordre
d’affinité fourni par les informateurs en commençant par celles qui, à leurs yeux, sont les
plus caractéristiques de ce sous-groupe. À défaut de lepu guk, le trait commun à toutes ces
plantes est la forme lancéolée plus ou moins allongée de leurs feuilles : ce sont des nor ziloq
(voir p. 67).
La famille botanique de ces plantes n’est indiquée que dans le cas où il ne s’agit pas de
Graminées. Les plantes appartenant à cette dernière famille ont été identifiées par
J. F. Veldkamp, sauf les plus banales que j’ai identifiées moi-même.
9.5.1 an lawal « Erythrina sp. »
= Themeda gigantea.
C’est de toutes les plantes de ce sous-groupe celle dont la feuille m’a été le plus souvent
comparée à une lance ; en particulier pour expliquer son usage comme pseudo-arme dans
les rituels.
9.5.2 an po « mousse d’écume »
[ Sans doute appelée ainsi en raison de la forme et de la couleur de son épi. ]
= Scleria scrobiculata, Cyperaceae, det. Kern.
Cette plante est considérée avoir la feuille dont la forme ressemble le plus à celle de an
Source : MNHN, Paris
202 CLAUDINE FRIEDBERG
lawal mais elle est aussi considérée comme proche de kebot (10.3) car elle n’a pas de tige à
lepu guk.
9.5.3 an muka ou an nuka, l’une ou l’autre expression ont une justification aux yeux des Bunaq :
dans le premier cas l’emploi du terme muka « cacher » s’explique par le fait que la graine
de cette plante entre dans les vêtements sans que l’on s’en rende compte ; dans le deuxième
cas, l’emploi du terme nuka, qui est le nom de l’ulcère tropical, s’explique par le fait que
lorsque les graines atteignent le corps elles provoquent des démangeaisons qui peuvent,
quand on les gratte, entraîner des lésions qui parfois se transforment en nuka.
= Heteropogon contortus.
C’est la seule espèce portant ce nom que j’ai recueillie à Lamaknen, mais ayant par la suite
rapporté du territoire ema des plantes récoltées par B. Clamagirand et ayant une grande
importance rituelle, les informateurs me dirent qu’il s’agissait de an muka masaq « grand »
alors que la plante existant à Lamaknen doit porter le nom de an muka lotu « court ».
Les an muka masaq récoltées en territoire ema correspondent à deux espèces :
a) Heteropogon triticeus,
b) Hyparrhenia filipendula var. filipendula.
9.5.4 Plante dont les feuilles ont la même forme que celles de an lawal mais qui n’a pas la même
tige et qui est plus petite : an likos ou an parai
= Capillipedium assimile [ à Dirun et à Weluli c’est Apluda mutica (voir en 9.6.1.1) qui est
appelée an parai. ]
9.5.5 J’ai recueilli sous un nom différent la même espèce qui, d’après les botanistes, est très
polymorphe : an esaq
= Capillipedium assimile.
9.5.5 Plante considérée comme proche d’an lawal : silek
= Coelorachis rottboellioides.
9.5.6 Plante proche de la précédente mais ayant des « fleurs plus fortes » [ les Bunaq appellent
« fleur » chez les Graminées aussi bien les fleurs que les graines ] : u zap gio « herbe crotte
de chien ».
= Echinochloa crus-galli.
9.5.7 tese
= Saccharum spontaneum.
Cette plante forme dans les mythes une paire avec sibil qui est, nous l’avons vu, classée
dans les ma « bambous » en 9.1.4.
9.5.8 hut
= Imperata cylindrica.
Elle a le même type de fleurs que tese mais celles-ci sont plus petites et plus blanches.
Rappelons que, pour certains, hut appartient au groupe des plantes proches des in (3.2.4)
en même temps que d’autres plantes qui font partie des an mais n’ayant pas de tige à
nœuds : an in « ail »
= Vetiveria zizanioides
(voir en 3.2.1).
an mami « sent bon »
= Cymbopogon sp., la citronnelle
(voir en 3.2.2).
Source : MNHN, Paris
9.5.9
9.5.10
9.5.11
9.6
9.6.1
9.6.1.1
9.6.1.2
9.6.1.3
9.6.1.4
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
203
an meren « éclair »
= Crinum asiaticum, Amaryllidaceae
(voir en 3.2.3).
an balibo, ainsi appelée parce qu’elle est d’abord apparue du côté de Balibo il y a peu de
temps, mais elle est maintenant très abondante
= Pennisetum polystachyon.
an zap guloq « queue de chien »
= Thelepogon elegans
[ On peut remarquer que les qualificatifs « queue de chien », « queue de buffle », « crotte
de chien », etc. sont souvent appliqués à des Graminées par référence à l’aspect de leurs
inflorescences mais d’une façon assez arbitraire si on compare les espèces : celles
auxquelles on donne ces noms n’ont pas d’inflorescences particulièrement remarquables. ]
lea
= Rottboellia exaltata
Cette plante est considérée comme proche de an balibo mais elle est aussi incluse dans le
sous-groupe suivant celui des mauvaises herbes.
Sous-groupe des kolun, les mauvaises herbes.
Le terme kolun s’applique à l’ensemble des mauvaises herbes, en particulier dans
l’expression kolun tul qui désigne le désherbage. Mais kolun est aussi utilisé comme terme
de base pour un certain nombre de Graminées.
La différence essentielle entre ce sous-groupe et le précédent est que les plantes qui le
composent sont censées pousser dans les champs cultivés alors que celles du sous-groupe
an apparaissent dans les zones qui ont été brûlées sans qu’il y ait eu ensuite mise en culture
du sol ; en particulier après les brûlis de chasse.
Signalons enfin que dans ce sous-groupe à l’intérieur de l’ensemble lepu guk, toutes les
plantes n’appartiennent pas à la famille des Graminées, ainsi que je l’indiquerai.
kolun.
Ce sont des plantes à port érigé.
La plus grande des kolun : kolun apa « grand »
= Apluda mutica.
Ses graines sont de même type que celles de an muka et peuvent pénétrer dans les
vêtements sans que l’on s’en aperçoive.
[ À Dirun cette plante est appelée an parai alors qu’à Abis ce nom désigne Capillipedium
assimile (9.5.4). ]
kolun belis « blanc »
= Eulalia trispicata.
kolun ma « bambou »
= Digitaria setigera var. calliblepharatus.
kolun meo « guerrier coupeur de têtes » [ peut-être est-ce une abréviation de kolun meo got
« barbe de guerrier » car cette Graminée a une inflorescence très fine de même type que
celle de u meo got (9.6.2) ].
= Setaria cliviale.
Source : MNHN, Paris
CLAUDINE FRIEDBERG
204
9.6.1.5
9.6.1.6
9.6.2
9.6.3
9.6.3.1
9.6.3.2
9.6.4
9.6.4.1
9.6.4.2
9.6.5
9.6.6
9.6.6.1
kolun su kaqut « sein coudre »
[ L’expression su kaqut est elle-même, comme nous allons le voir, un nom de base appliqué
à des Graminées qui contrairement aux kolun ont des feuilles larges, un port non érigé et
forment un enchevêtrement de tiges ; or kolun su kaqut est un intermédiaire entre les deux
types ayant à la fois un port érigé et des tiges enchevêtrées.]
= Cyrtococcum patens.
kolun wate
= a) Eulalia leschenaultiana
b) E. trispicata
[ Il semble qu’il y ait une confusion entre ces deux espèces aux yeux de certains
informateurs alors que pour d’autres la seconde est appelée kolun belis, comme nous
l’avons vu en 9.6.1.2. ]
u meo got « herbe barbe de guerrier coupeur de têtes »
C’est une Graminée à inflorescence très légère
= Eragrostis japonica.
[ Cette espèce est appelée kolun laiq dans le Bas Lamaknen. ]
bui guzu « Marie la noire »
Ce nom est attribué à deux petites Acanthacées :
bui guzu (sans autre déterminant)
= Asystasia nemorum qui a des fleurs blanches teintées de mauve.
bui guzu mone « masculin »
= Hypoestes polythyrsa qui a des fleurs d’un violet plus franc.
su kaqut « sein coudre »
Ces plantes sont appelées ainsi sans doute en raison de leur aspect enchevêtré qui donne
parfois l’impression qu’elles forment un tapis sur le sol.
J’ai recueilli plusieurs espèces botaniques portant ce nom ; une seule d’entre elles était
différenciée par le déterminant guzu sans que l’on m’ait signalé une forme belis :
su kaqut (sans déterminant)
= a) Arthraxon prionodes
Cette espèce est considérée par les Bunaq comme le véritable su kaqut
b) Cynodon dactylon, « le chiendent »
[ Cette espèce n’est pas très abondante à Lamaknen où, nous l’avons maintes fois
signalée, la plante qui joue un rôle analogue est meal ( Chrysopogon aciculatus) que
pour cette raison j’ai appelé le «chiendent bunaq» (voir en 10.1).]
c) Oplismenus burmannii.
su kaqut guzu
= Oplismenus compositus.
u ma « herbe bambou »
Ainsi appelée car elle a l’allure d’un bambou devenu herbe
= Paspalum conjugatum.
Plantes ayant la même allure que la précédente mais possédant des fleurs bleues très
visibles [ Elles appartiennent à la famille des Commelinacées ] : ma guk « bambou nœud ».
À grandes feuilles : ma guk apa « grand » ou ma guk belis « blanc »
= Aneilema monadelphum.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
205
9.6.6.2 Les feuilles et l’ensemble de la plante sont plus petits que dans le type précédent : ma guk
lotu « court »
= Commelina diffusa.
9.6.7 Plante proche de bui guzu (9.6.3) : u susuq « herbe moustique »
= Borreria laevis, Rubiaceae [ Cette plante est appelée susuq gosun « aile de moustique »
chez les Bunaq de l’est].
9.7 Sous-groupe de plantes à lepu guk mais dont aucune n’a de tige contenant moleq, de la
moelle, ou creuse comme celles des sous-groupes précédents.
[ Les Bunaq n’explicitent pas plus les ressemblances entre les plantes de ce sous-groupe.
Cependant, on pourra constater en examinant les fig. 43 à 46 qu’il existe entre elles une
Fig. 43 à 46. — Quelques « plantes à nœuds » appartenant aux Composées et aux Acanthacées.
43. — Moonia quadribracteata (9.7.1.2.).
44. —r Gendurussa vulgaris (9.7.1.4.1).
45. — Barleria prionitis (9.7.1.5 et 28.2.2).
46. — Bidens pilosa (9.7.3.4.1).
Source : MNHN, Paris
206
CLAUDINE FRIEDBERG
9.7.1
9.7.1.1
9.7.1.1.1
9.7.1.1.2
9.7.1.2
9.7.1.3
9.7.1.4
9.7.1.4.1
9.7.1.4.2
9.7.1.4.3
9.7.1.5
9.7.2
9.7.2.1
certaine similitude due au fait que ce sont de petites plantes devenant plus ou moins
ligneuses en vieillissant, ayant des feuilles opposées (ou verticillées dans certains cas)
donnant l’impression que la tige est formée d’une succession de « nœuds » et « d’entre¬
nœuds ». ]
À l’intérieur de ce sous-groupe, les Bunaq regroupent à nouveau par affinités, sans
toujours les expliciter, un certain nombre de plantes.
Groupement ne portant pas de nom
matenebuq
= un certain nombre de petites Acanthacées poussant en particulier dans le sous-bois des
bosquets qui se trouvent autour des points d’eau, m’ont été désignées sous ce nom
généralement sans autre indication de déterminant.
matenebuq (sans déterminant)
= plusieurs espèces de Strobilanthes.
matenebuq belis « blanc »
Son feuillage est effectivement plus clair que celui des Strobilanthes.
= Peristrophe roxburghiana.
tie kelen « cuisse (en tetun) de coq ».
= a) plusieurs espèces de Wedelia dont Wedelia biflora, Compositae, det. J. Th. Koster.
b) Moonia quadribracteata Compositae (fig. 43).
Ce sont toutes des plantes à feuilles rugueuses qui ont été chacune alternativement
appelées soit tie kelen belis « blanc » soit tie kelen guzu « noir ».
u tais pata « herbe vêtement usé »
Ainsi appelé, m’a-t-on dit, parce que ses feuilles ont l’air d’un tissu usagé
= Leucas javanica, Labiatae.
(Cette plante est appelée hobuk à Dirun).
moruk
À fleurs violacées et feuillage foncé : moruk guzu «noir»
= Gendarussa vulgaris Nees, Acanthaceae, fig. 44.
À fleurs blanches et feuillage clair : moruk belis « blanc » (nom donné à Lolotoen)
= Phaleria octandra, Thymelacaceae.
À fleurs blanc-verdâtre : moruk belis lotu
= Enicostema hyssopifolium, Gentianaceae.
Plante proche de moruk guzu mais qui n’appartient pas à l’ensemble lepu guk mais à
1 ensemble gobuq geruk « protubérance épine » car c’est une plante épineuse : uluk
« premier » « à l’origine » (en tetun) ?
= Barleria prionitis, Acanthaceae, fig. 45.
Autre groupement de plantes à lepu guk, ne portant pas de nom comme les précédentes,
mais plus petites; chacune diffère des autres par la couleur de la fleur :
À fleur rouge : u sisal « herbe os »
= Synedrella nodiflora, Compositae.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
207
9.1.12
9.123
9.7.3
9.7.3.1
9.132
9.133
9.7.3.4
9.7.3.4.1
9.13A.2
9.7.3.4.3
9.7.3.4.4
À fleur bleue : u sequk
= je n’en ai jamais recueilli d’échantillons.
À fleur blanche : u gunas ou u guek « herbe (qui) sent mauvais »
= Agératum conyzoides, Compositae
[ En fait la fleur de cette plante, américaine d’origine mais certainement d’introduction
ancienne, peut être un peu violacée. ]
Autre groupement de plantes proches
[ toutes appartiennent à la famille des Composées (sauf une qui sera signalée) et ont des
feuilles opposées. ]
bau koles (noms de personnes) ou hôtel gubuk « arbre fleur »
[ En effet cette plante, introduite relativement récemment d’Amérique et qui a envahi les
friches, a de grosses fleurs jaunes. ]
= Tithonia diversifolia det. J. Th. Koster.
hot giral « œil du soleil »
[ Comme nous l’avons vu en 7.4 certains considèrent hot giral comme un déterminant et
appellent cette plante digal hot giral en lui donnant pour terme de base celui du sésame ;
d’autres disent même digal masaq « grand sésame » ; elle a le même type de fleurs que la
précédente mais elles sont encore plus grosses.
= Helianthus anuus L. « le tournesol »
[ Il en existe quelques exemplaires dans des jardins de maison. ]
mau koles (noms de personne)
= Hyptis capitata, Labiatae.
silikaqut «enlever coudre (ou épingler)»
Ainsi appelées en raison de leurs graines à deux crochets qui se plantent dans les vêtements
silikaqut loi « bon »
Ainsi appelée parce qu’on peut manger cette plante en légume quand elle est jeune
= Bidens pilosa det. J. Th. Koster
[ Cette plante d’origine américaine a sans doute été introduite il y a longtemps (la plante
en fleur est représentée fig. 46. ]
silikaqut ton « sauvage »
= Blumea biternata det. J. Th. Koster.
[ Ses fruits ressemblent beaucoup à ceux de la plante précédente et elle appartenait jadis au
genre Bidens. ]
En raison de leur ressemblance d’allure et bien que n’ayant pas le même type de graines,
d’autres plantes sont appelées silikaqut :
silikaqut apa « grand »
= Cosmos caudatus H. B. K., det. J. Th. Koster
[ Encore une plante introduite d’Amérique. ]
silikaqut ewi « d’homme blanc »
= divers Tagetes (Compositae), « œillets d’Inde » ornementaux introduits d’Amérique.
Source : MNHN, Paris
208
CLAUDINE FRIEDBERG
10 bula gie « de bula »
Ici le terme bula est pris dans son sens de formation végétale et désigne « la prairie ». Les
plantes qui entrent dans ce groupe n’ont pas de tiges et des feuilles appliquées sur le sol : nor lamat
(voir p. 69).
10.1 meal
= Chrysopogon aciculatus, Gramineae.
[ C’est la plante caractéristique de bula. En raison de sa faculté à couvrir de grandes surfaces
grâce à ses stolons je l’ai appelée : « chien-dent bunaq ». ]
10.2 Tokoq gomil « paume de lézard »
Ainsi appelé en raison de la forme de son inflorescence digitée
= Eleusine indica, Gramineae.
10.3 Pousse dans les bula humides : kebot
= ce terme désigne sans doute toutes les Cypéracées qui poussent à Lamaknen dont je n’ai
récolté qu’un petit nombre. Elles ont été identifiées par J. H. Kern.
10.3.1 kebot (sans déterminant)
= Cyperus iria.
10.3.2 kebot mone « masculin »
= Fimbristylis sieberiana
10.3.3 kebot apa « grand »
= Fimbristylis complanata
10.3.4 kebot sael got « poil de porc »
= Fimbristylis sp.
10.4 Plante considérée comme proche de kebot mais qui ne m’a pas été citée comme faisant partie
de l’ensemble des plantes de bula, mais dans celui des plantes qui poussent dans l’eau, il gie,
que nous allons voir ensuite : kosal
= Scirpus sans doute lacustris ssp. validus, mais spécimen trop juvénile pour être identifié
sûrement.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
209
11 Ensemble des plantes qui poussent dans l’eau : il gie «de l’eau»
Nous avons entendu parler de cet ensemble à propos d’un type de balo : balo sai katoq
(1.1.1.3.1) vivant dans l’eau et en particulier dans les canaux d’irrigation. En fait, il y a trop peu de
zones marécageuses toujours humides ou de canaux d’irrigation permanents sur le territoire d’Abis
pour que cette catégorie y prenne une grande importance.
En dehors de quelques plantes que nous avons déjà rencontrées dans d’autres ensembles, nous
trouvons ici des plantes appelées u lokon gie « herbe d’étang » ou u kero gie « herbe de mare » mais
certains informateurs ont prétendu que ce ne sont pas des noms valables.
11.1 balo sai katoq «sortie de grenouille»
= un Colocasia sauvage de groupe indica, Araceae
[Plante déjà citée en 1.1.1.3.1].
11.2 ipi gemel «riz génitrice»
= Typha sp. (sans doute T. angustifolia) Typhaceae
[Plante déjà citée en 9.3.4.30].
11.3 kosal
= Scirpus (sans doute lacustris ssp. validus) Cyperaceae.
[Plante déjà citée en 10.4],
11.4 u kero gie
= Ammannia multiflora, Lythraceae, det. Van der Meijden.
11.5 u lokon gie
= Jussiaea repens, Onagraceae
[ Je n’ai recueilli sous ce nom qu’un exemplaire de cette espèce, mais il est fort possible que
d’autres espèces du même genre ou du genre proche Ludwigia soient appelées de la même
façon ].
Source : MNHN, Paris
210
CLAUDINE FRIEDBERG
12 U «(les) herbes»
Nous avons vu comment le terme u qui signifie aussi «vivant» correspond au concept
français d’« herbe » mais ne joue en tant que catégorie englobante qu’un rôle limité. D’ailleurs il y
avait dans les ensembles précédents un certain nombre de plantes que les Bunaq qualifient de u. De
plus ce terme entre dans la composition des noms de plusieurs types de plantes ainsi que nous avons
déjà pu le constater avec par exemple u teu (4.2.1), u sia (5.4) et surtout quelques espèces de
l’ensemble précédent.
Je présenterai dans l’ensemble 12 plusieurs petits sous-groupes composés de plantes que les
Bunaq considèrent comme des herbes et de plus un certain nombre d’espèces dont le nom est
composé à partir du terme u et qui n’appartiennent à aucun sous-groupe.
12.1 Muk huruk gie « de terre froide » : petit sous-groupe d’herbes poussant dans les lieux élevés
froids et humides :
12.1.1 u dikit «herbe anneau»
= Centella asiatica, Umbelliferae.
12.1.2 olo taran ou molo taran ou kolo tarait suivant les informateurs ; molo désigne le bétel, olo et
kolo sont des noms de femmes et taran signifie « pommelé ».
= Mentha sp., Labiatae.
12.1.3 u diraq «herbe rosée»
= Drymaria cordata, Caryophyllaceae.
12.1.4 molo malae «bétel étranger?»
[ Le sens du terme malae est ambigu il signifie « étranger » en ema, mais il désigne aussi les
Bunaq dans certains textes anciens. ]
= Cardamine sp., Cruciferae.
12.2 Autre sous-groupe de petites herbes considérées comme annuelles.
12.2.1 u karoq
= Impatiens sp., Balsaminaceae
[ Cette plante est appelée dimi karoq à Mutul ; en bunaq dimi désigne les boucles d’oreilles,
ou la sangsue ; karoq n’a pas de sens. ]
12.2.2 laqa « entremetteuse »
La raison donnée pour expliquer ce nom n’est pas très convaincante et elle ne serait valable
que pour laqa guzu : quand une femme mariée depuis longtemps ne peut avoir d’enfant,
elle met une feuille de laqa à l’endroit où elle dort avec une feuille de lapulos (6.1.2.4) parce
que ce sont des plantes à tige sarmenteuse qui ne reste jamais sur un seul arbre et en
cherche rapidement un autre. Si ceci est vrai pour lapulos, c’est le cas de bien d’autres
plantes à tige sarmenteuse ; quant aux espèces que l’on m’a données sous le nom de laqa,
toutes sont des herbes qui ne peuvent en aucun cas être considérées comme sarmenteuses !
12.2.2.1 À tige rougeâtre : laqa guzu «noir»
= Pilea melastomoïdes, Urticaceae.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
211
12 . 2 . 2.2
12.2.3
12.2.4
12.3
12.3.1
12.3.2
12.4
12.4.1
12.4.2
12.5
12.6
12.7
12.8
À fleurs bleues : laqa mone « mâle » ou laqa belis « blanc »
= Ethulia triflora, Compositae det. J. Th. Koster.
Mais j’ai aussi récolté cette espèce sous les noms de : u laqe et même de u sael gizil « herbe
anus de porc» ailleurs qu’à Abis où ce nom est donné à une autre Composée.
u laqa « herbe » « entremetteuse ? »
= Impatiens platypetala, Balsaminaceae.
[Il semble qu’il règne une certaine confusion entre toutes ces plantes qui ne sont pas
utilisées en dehors de l’usage signalé pour expliquer l’application du terme laqa. Certaines
de ces espèces peuvent d’ailleurs prendre des aspects très différents ; ainsi le spécimen
à'Ethulia triflora qui m’a été donné sous le nom de u sael gizil est plus court et trapu que
les autres].
touq gol « (touq n’a, à ma connaissance, pas de sens en bunaq) petit »
= Acalypha sp., Euphorbiaceae, det. A. Shaw.
[ Il s’agit d’une espèce d’ Acalypha de petite taille qui présente effectivement quelques
ressemblances d’aspect avec les plantes précédentes. ]
Sous-groupe de deux plantes :
u sael gizil « herbe anus de porc »
= Dichrocephala bicolor Compositae det. J. Th. Koster.
[ Cette plante est appelée u sael gio « herbe crotte de porc » à Dirun ; les noms qui lui sont
attribués sont une allusion à la forme de ses inflorescences plus ou moins sphériques
portées par un réceptable discoïde qui seul subsiste après la chute des graines. ]
apa sakan «cuisse de buffle»
= Elephantopus scaber, Compositae
[ Les feuilles écrasées sont utilisées en usage externe pour guérir les douleurs musculaires
mais je ne sais pas si cet usage explique le nom ou si c’est ce dernier qui a induit l’usage. ]
Sous-groupe de deux autres plantes :
tumela
= Oxalis corniculata, Oxalidaceae det. A. Lourteig.
u besi « herbe fer »
= Stylosanthes sp., Leguminosae
[ Les deux plantes se ressemblent vaguement d’allure. ]
Autres plantes dont le nom commence par u qui ne m’ont pas été signalées comme
appartenant à des sous-groupes de u ni à aucun autre ensemble :
u gapa « herbe grise »
= Pogostemon cablin, Labiatae
u hoto buleqen « herbe feu rouge »
= Polygonum chinense, Polygonaceae
u kwel « herbe vers »
= Gonostegia hirta Urticaceae
u lobai « herbe (lobai n’a pas de sens) »
= Anaphalis longifolia, Compositae, det. J. Th. Koster.
Source : MNHN, Paris
212
12.9
12.10
12.11
12.11.1
12.11.2
12.12
CLAUDINE FRIEDBERG
u pilât « herbe collante »
a) Achyrantes sp., Amaianthaceae
b) Aerva sp., Amaranthaceae
u olo olo « herbe tambour de bambou »
= Polygala persicariaefolia, Polygalaceae
u solda (solda est une préparation de bouillie de riz cuite avec du poulet, du piment et
d’autres espèces destinée à donner des forces) :
à feuillage clair : u solda belis « blanc »
= Leonurus sibiricus, Labiatae
à feuillage foncé : u solda guzu « noir »
= Dicliptera burmannii, Acanthaceae.
u tinoq « herbe chaude »
= Spilanthes iabadicensis, Compositae, det. J. Th. Koster.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
213
13 Hôtel upan gutu « arbres avec upan »
Cet ensemble, caractérisé par le fait que les plantes qui le composent possèdent des feuilles
ayant un certain type de pétiole appelé upan (voir fig. 24 et 25) partant directement du tronc, est aussi
considéré par certains comme un sous-ensemble de lepu guk. En effet, les espèces appartenant à ce
groupe sont soit des Palmiers et leur tronc porte les cicatrices des pétioles qui forment des bourrelets,
constituant des « nœuds » aux yeux des Bunaq, soit à des Musacées et leurs inflorescences à fleurs
regroupées en verticiles, laissent également des cicatrices en bourrelets que les Bunaq nomment pol
(voir fig. 25). Certains m’avaient même parlé d’un groupe lepu pol.
Cependant il m’a semblé préférable de traiter à part cet ensemble désigné par une appellation
qui tout en se référant à une caractéristique morphologique a également une valeur juridique
puisqu’elle figure dans la liste des plantes placées sous la protection des mak leqat, les gardiens des
produits du sol, et donc que l’on ne peut ni couper ni brûler.
13.1 Plantes à lepu
Jamais les Bunaq n’ont pu me dire à quoi ils reconnaissent chacun des palmiers
constituant ce sous-ensemble et comment ils les différencient les uns des autres. Il est vrai
qu’il n’y en a que dix espèces dont cinq relativement communes avec lesquelles ils sont
familiarisés dès leur plus jeune âge et qu’ils parviennent à repérer rapidement d’après leur
allure générale sans essayer d’analyser chacune de leurs caractéristiques.
Ces arbres sont souvent cités dans les textes mythiques et rituels et ils y sont associés
par paire selon le procédé habituel de versification. Les associations les plus courantes
sont hoza pu « cocotier aréquier » et dilu hak « Borassus Corypha » ce qui correspond à la
réalité écologique : les cocotiers et les aréquiers sont plantés dans les vergers (natal)
autour des points d’eau (mais l’aréquier peut pousser à des altitudes plus élevées que le
cocotier) tandis que le Borassus et le Corypha sont caractéristiques des savanes de basses
terres.
Cependant pu, l’aréquier, est également associé très souvent à molo, le betel.
Quant à YArenga appelé tueq dans la vie quotidienne il est à lui seul désigné dans les
textes par deux termes : tueq kubus ; le premier désigne le vin que l’on fait avec sa sève et
le second la nervure de ses folioles qui sert, en particulier, à lier les bottes d'Imperata avec
lesquelles on couvre le toit des maisons. En fait, comme le terme tueq (proche du mot
tuak qui, en indonésien à la même signification) désigne tous les vins de palme quelle que
soit l’espèce à partir de laquelle ils sont fabriqués, on peut dire qu’en dehors de
l’expression tueq kubus, il n’existe pas de nom propre qui s’applique spécifiquement à
YArenga.
Ajoutons que cet Arenga considéré comme un don du ciel est interdit de plantation
(Friedberg, 1980); il en est de même théoriquement du Borassus et du Corypha. De
toute façon, dans le Haut Lamaknen, ces derniers ne se développent pas en raison de
l’altitude tandis que YArenga peut proliférer autour de certains points d’eau. Je donnerai
ici la liste de ces palmiers dans l’ordre dans lequel les Bunaq les citent le plus souvent :
13.1.1 hoza
= Cocos nucifera, le cocotier.
Les Bunaq en connaissent cinq variétés :
13.1.1.1 hoza meak «rouge», ainsi appelée parce que son enveloppe est rouge.
Source : MNHN, Paris
214
CLAUDINE FRIEDBERG
13.1.1.2 hoza sael «porc», ainsi appelée parce qu’elle donne beaucoup d’huile.
13.1.1.3 hoza tili «grelot», ainsi appelée parce que le fruit est au bout d’un long pédoncule.
13.1.1.4 hoza bouq « calebasse » ainsi appelée parce que son fruit a la même forme que celui de
Lagenaria siceraria.
13.1.1.5 hoza tara « courte » ainsi appelée parce que ce cocotier ne pousse pas en hauteur et qu’il
peut donner des fruits dès qu’il atteint deux mètres de haut.
Les Bunaq distinguent plusieurs stades de maturation pour les noix de coco :
hoza nil «jus» pour la noix de coco très jeune qui ne contient que du «lait»;
hoza zobel «jeune» pour la noix de coco qui commence à avoir un peu de chair;
hoza kol guzu « enfant 26 noir » qui contient beaucoup de chair et presque plus de lait ;
hoza dekol « ébranler » quand la noix est complètement sèche et fait du bruit quand on
l’agite.
C’est la noix au stade hoza dekol qui peut servir de semence et quand le germe se forme à
l’intérieur, on l’appelle hoza mogal.
13.1.2 pu
= Areca catechu, l’aréquier.
Les Bunaq en distinguent trois sortes :
13.1.2.1 pu (sans déterminant) dont la noix a la chair blanche; c’est la plus courante.
13.1.2.2 pu laku «cuscus (Phalenger) », en tetun, dont la noix a la chair rouge.
13.1.2.3 pu koloq dont la noix a la chair rouge et dure ; elle est peu appréciée. Il faut la récolter
quand elle est encore jeune et la faire sécher au soleil.
Les Bunaq distinguent selon leur degré de maturation :
pu marak «jeune» qui n’est pas encore tout à fait mûre;
pu apa gubu «chair de buffle» qui est tout à fait mûre.
13.1.3 dilu
= Borassus flabellifer
Les Bunaq, tout au moins ceux du Haut Lamaknen où ce palmier n’existe pas, n’en
reconnaissent qu’une forme.
[Généralement les botanistes s’accordent pour considérer le Borassus de l’Archipel
comme une forme du Borassus flabellifer que l’on trouve sur le continent ; il se serait
différencié sur place mais les opinions divergent pour savoir s’il s’agit d’une nouvelle
espèce (B. sundaicus) ou simplement d’une variété (voir en particulier J. J. Fox 1977,
p. 201-203). Pour cette raison, j’ai préféré tout au long de cet ouvrage désigner ce
Borassus par son nom latin plutôt que par le terme « latanier » qui est appliqué au
Borassus du continent. Signalons que le terme « rônier » désigne en français la forme
africaine : Borassus flabellifer ssp. aethiopum.
On peut remarquer que le terme dilu est très différent des autres termes utilisés dans
l’Archipel qui dérive soit du mot sanskrit tala, comme le nom lontar couramment utilisé
26. kol est la forme neutre du mot « enfant » ; elle est employée rarement, la forme gol qui est la flexion pour la
personne ammee étant la plus commune.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ 215
en indonésien qui désigne, à Bali, à la fois l’arbre et les manuscrits écrits sur ses feuilles
(daun ou ron), soit du mot tuak qui désigne le vin de palme. ]
13.1.4 hak
= Corypha utan.
[ Ce genre est également monospécifique pour Timor. Il ne pousse pas naturellement dans
le Haut Lamaknen mais j’ai constaté qu’on le plantait parfois (malgré l’interdit) pour
avoir à portée de main de quoi préparer des liens pour ligaturer les fils de chaîne des
tissus traditionnels ; cependant il demeure très petit. ]
Alors que ce palmier n’était pas du tout utilisé dans la construction traditionnelle,
actuellement il est de plus en plus employé dans la fabrication des maisons modernes :
deu ewi « maison d’homme blanc ». On fait venir par camions, pour servir de mur, des
parois préfabriquées constituées par les pétioles de Corypha emboîtés les uns sur les
autres et enfilés sur un bâton ; ces parois appelées bebak, du nom que l’on donne au
pétiole sur la côte, sont confectionnées dans les basses terres de Timor où le Corypha est
abondant.
La feuille de Corypha sert aussi à fabriquer les parapluies appelés lurik.
13.1.5 tueq kubus «vin de palme, nervure» (terme spécifique pour la nervure de ce palmier)
= Arenga pinnata.
Ici encore il s’agit d’un genre monospécifique pour Timor. D’après J. Dransfield,
spécialiste des palmiers indonésiens, il pourrait s’agir d’une espèce originaire de Saluwesi,
ce qui suggère une utilisation très ancienne de tout ce que l’on peut tirer de ce palmier :
vin, fibres noires, bourre pour les briquets, feuilles et nervures pour les toits.
Le fait que les noms qui désignent ce palmier sont très différents d’une île à l’autre milite
en faveur d’une origine autochtone : enau en malais, aren à Java, jaka en balinais,
nawa à Ceram, moka et moke à Florès et Savu.
Rappelons l’existence d’une fougère signalée en 5.5 que les Bunaq appellent tueq
gol = Acrostichum aureum.
13.1.6 nawaq luru (Ce terme nawaq est-il celui qui est utilisé pour désigner Y Arenga dans les
Moluques ?)
= Caryota mitis.
Une fois séchés et coupés ses fruits sont considérés comme proches d’aspect de ceux de
l’aréquier et vendus frauduleusement à leur place.
Je n’ai rencontré ce palmier que dans une forêt, autour d’un point d’eau, dans le Bas
Lamaknen.
13.2 Plantes à Iepu guk mais avec un upan très court presque inexistant dont la première
seulement est sous la protection des mak leqat.
= D’après B. C. Stone, les deux appartiennent au groupe tectorius s. I. du genre
Pandanus dont il existe à la fois des formes sauvages et des cultivars. L’aire d’extension
de Pandanus tectorius s. I. s’étend de Bali jusqu’en Océanie (Stone 1972 et 1976).
Celle qui sert à faire des nattes est considérée par les Bunaq comme cultivée. Elle ne
donne jamais de fruits et on ne pourrait donc identifier sa variété que par les caractères
végétatifs. L’autre est considérée comme sauvage. Les Bunaq distinguent disent-ils les
deux formes par la disposition des feuilles et celle des épines sur ces dernières mais sans
pouvoir expliciter ces différences qui ne sont donc pas fournies comme critères de
distinction :
13.2.1 sert à faire les nattes (pii) : heran
Source : MNHN, Paris
216
CLAUDINE FRIEDBERG
13.2.2
13.3
13.3.1
13.3.1.1
13.3.1.2
13.3.1.3
13.3.1.4
27.
Ne sert à rien sauf les fruits, assez rares, qui peuvent être donnés à manger aux porcs :
bora.
Cependant dans les textes rituels, le nom de ce Pandanus est associe a la natte (pii) dans
l’expression bora pii.
Plantes à pol
Plantes cultivées : mok : ce terme désigne à la fois les bananiers et leurs fruits.
= D’après les études de N. W. Simmonds (1962 et 1976), les bananiers que l’on trouve en
Indonésie sont soit des diploides et triploides de l’espèce Musa acuminata qui existe à
l’état sauvage dans la zone, soit des triploides formés à partir de l’hybridation entre
M. acuminata et M. balbisiana dont l’origine se trouve au nord de cette région. Le
génome de la première espèce étant A celle de la deuxième B, d’après Simmonds, on
trouve en Indonésie des formes AA, AAA, AAB et ABB. Pour chacun de ces génomes,
les caractéristiques des cultivars peuvent être très différentes ; les variétés de Timor ayant
été encore peu inventoriées et n’ayant pu faire moi-même une étude génétique, je me
contente d’indiquer ici les différentes variétés connues des Bunaq.
Les bananiers sont toujours reproduits végétativement mais étant donné qu’ils existent
dans l’environnement, des formes sauvages à graines et que certaines formes cultivées en
ont, on peut se demander s’il n’y aurait pas, à Timor, des créations de variétés nouvelles ;
sans compter qu’il peut toujours y avoir des mutations végétatives. D’ailleurs s’il y avait
consensus entre les informateurs sur les caractéristiques des bananiers et de leurs fruits au
premier niveau de différenciation (nom de base 4- 1 er déterminant), au deuxième niveau
(nom de base + 1 er déterminant + 2 e déterminant), ce consensus n’existait plus.
Les différents clones de bananes sont présentés dans l’ordre alphabétique des détermi¬
nants. J’ai obtenu peu d’indications sur la façon dont un bananier est distingué d’un
autre sinon par ses fruits. Chaque clone a des bananes très caractéristiques mais il est
d’autant plus difficile d’en avoir une description, que le goût joue un rôle important dans
les critères de différenciation. Je m’efforcerai cependant d’indiquer quelques caractéris¬
tiques pour chaque clone, soit pour les fruits, soit pour l’arbre, ou les deux à la fois, selon
ce que j’ai pu observer.
mok ai sawal ou ai sal 27 « Tamarindus indica » : les bananes sont longues, jaune clair et
plus petites que celles de mok pu et moins sucrées.
[ Le tronc est vert sans tâche ; les feuilles et leur nervure principale vert pâle. ]
mok aceh (c’est le nom d’une province de Sumatra dont est sans doute originaire ce
bananier peu courant à Lamaknen). Les bananes sont jaune clair et de la grosseur de
mok susu.
[ Sur le tronc et la nervure principale de la feuille, il y a des tâches rose saumon ; la base
des pétioles est noire. ]
mok belis «blanc», le fruit est gris et gros [je n’en ai jamais vu].
mok haqok (nom donné à un récipient spécial où on fait manger les héros coupeurs de
tête), bananes longues [ 30 cm, parmi les plus grosses que l’on trouve à Lamaknen ; il
s’agit sans doute d’un triploïde ; le tronc est vert foncé avec des tâches noires et le bord
des pétioles également].
Ce type de contraction est très courant en bunaq.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
217
13.3.1.5
13.3.1.6
13.3.1.6.1
13.3.1.6.2
13.3.1.6.3
13.3.1.6.4
13.3.1.6.5
13.3.1.7
13.3.1.7.1
13.3.1.7.2
13.3.1.8
13.3.1.9
13.3.1.10
mok hoto « feu », les bananes sont rouges, longues et grosses.
[ Le tronc est complètement rouge, les pétioles et la nervure principale des feuilles aussi ;
il s’agit sans doute d’une forme des variétés « red » du groupe à génome AAA. ]
mok luan ; ce bananier donne une petite banane très sucrée et parfumée qui reste verte
même quand elle est mûre. Son tronc est blanc avec des tâches noires [ il m’a paru
complètement noir ]. C’est le bananier qui, dans les mythes, a été créé en premier et son
fruit doit être utilisé lors du rituel de naissance.
C’est le bananier que les Bunaq considèrent comme le plus ancien.
[ Il y a des taches noires sur les bases du pétiole et sur l’endroit des feuilles ; le bord des
pétioles est rouge et la spathe rougeâtre. ]
Quand j’ai procédé à l’enquête ethnobotanique systématique, on m’a dit qu’il y avait
plusieurs sortes de mok luan mais chaque fois que l’on m’en avait apportées, jamais on ne
m’avait précisé de quel type il s’agissait :
mok luan bara « courte » dont la banane est courte et qui produit très rapidement [je ne
sais pas auquel de ces deux caractères fait allusion le terme bara].
mok luan legul « long » qui met plus de temps à produire
mok luan apa « grand » dont le fruit est plus grand
mok luan guzu «noir» dont on ne m’a rien dit
mok luan ma « bambou » qui est plus longue, plus grosse et possède des graines.
mok misan
[ Le seul bananier de ce type que j’ai examiné avait quelques tâches noires sur le tronc et
l’envers des pétioles ; le bord de ces derniers était rougeâtre. ]
Les Bunaq en distinguent deux variétés :
mok misan bara « court » qui a de petites bananes courtes et jaunes [11 cm de long sur
3,5 de large].
mok misan zi « serpent » appelé aussi plus simplement mok zi ; les fruits sont jaunes avec
des tâches rouges [15 cm de long sur 4,5 cm de large].
mok namon les bananes sont grosses et longues comme celles de mok hoto mais elles sont
de couleur grise (gapa).
[ Le tronc et le bord de la base des pétioles sont tachés de noir. ]
mok pu « noix d’arec »
[ C’était une des bananes les plus courantes et si facile à reconnaître que je n’ai jamais
demandé ses caractères distinctifs aux Bunaq. Voici ses caractéristiques : fruits très
sucrés ; longueur 8 à 9 cm ; largeur 3,5 cm ; banane courte, massive, anguleuse, avec un
pédoncule assez long, de couleur jaune pâle, verdâtre, quand elle est mûre. La main est
très serrée et forme une sorte de boule. Le tronc est jaune foncé un peu rougeâtre ; le
bord de la base des pétioles et la nervure principale sont vert-jaune. ]
Il en existerait une forme caractérisée par un autre déterminant : mok pu guzu « noir ».
mok serak serait un bananier donnant des bananes assez proches des précédentes ; c’est
certainement une variété.très ancienne, mais j’ai recueilli à son sujet des renseignements
contradictoires que je n’ai pu vérifier lors de mes dernières missions faute de pouvoir
observer un bananier de ce type.
Source : MNHN, Paris
218
CLAUDINE FRIEDBERG
13.3.1.11 mok susu «sein»
[ Comme pour mok pu, il s’agissait d’une banane si courante et caractéristique, que je n’ai
pas posé de questions à son sujet. En voici les caractéristiques : petite banane à chair un
peu farineuse très parfumée ; sa peau est jaune d’or tâchée de brun. Le tronc du bananier
est tâché de rouge. Il s’agit sans doute d’un clone proche de celui décrit par Simmonds
sous le nom de « pisang mas » et qui a le génome AA. ]
13.3.1.12 mok wezun « cire » ; le fruit est de taille moyenne et très savoureux. [ Sa coupe est claire
et sa peau jaune d’or ; le tronc est vert et sans tâches. ]
Dans la série mok, il y a deux plantes non cultivées :
13.3.1.13 mok zon «sauvage»
= Musa acuminata ?
[ On peut supposer qu’il s’agit de cette espèce puisque c’est la seule qui existe à l’état
sauvage dans la région. Mais je n’ai jamais pu m’en procurer d’échantillons et ne peux
donc que faire des suppositions à propos de ce « bananier sauvage » qui peut aussi être le
nom donné à des bananiers issus de bananiers cultivés et abandonnés dans les friches.
Malheureusement je n’ai pas pu recueillir de renseignements fiables à son sujet. ]
13.3.1.14 mok za «mûre»
[ Cette plante qui n’a aucun rapport avec les bananiers est ainsi appelée en raison de la
couleur jaune de la fleur ; mais il y a bien d’autres plantes qui ont des fleurs de couleur
jaune et on peut se demander si ce nom n’est pas une allusion au fait que cette plante
dont les feuilles douces et velues peuvent être utilisées à la place de celles de amadequ
(Lycianthes ou Solarium verbascifolium) pour nettoyer le corps des nouveau-nés en même
temps que l’on passe mok luan sur leur langue. ]
= Gynura carnosula, Compositae, det. J. Th. Koster.
13.3.2 Plante non cultivée : bigil
= Musa acuminata ?
J’ai obtenu plus de renseignements sur cette plante, considérée également comme un
bananier sauvage, que pour mok zon. Il s’agit d’un bananier qui pousse seul dans la
montagne, qui a des fruits difficilement consommables car remplis de graines. Mais sa
caractéristique la plus remarquable est que son tubercule, qui porte un nom spécial ot,
différent de celui des mok (usi), est comestible et qu’il n’est pas amer comme ces derniers.
On peut donc se demander si nous n’avons pas là la première forme de bananier
domestiqué qui, nous le savons, a d’abord été sélectionné par l’homme pour son
tubercule et non pour ses fruits.
Malheureusement, je n’ai jamais pu voir de bigil en fructification et je ne peux donc rien
dire sur son appartenance botanique.
Actuellement bigil est surtout utilisé pour ses feuilles qui sont, en principe, nécessaires
pour envelopper les gâteaux que l’on porte sur les tombes lors des rituels de semaille.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
219
14 Hôtel susuqil : les plantes à latex
Dans cet ensemble (voir fig. 38) se trouvent rassemblées toutes les plantes ayant du latex c’est-
à-dire dont il s’écoule, quand on les coupe, un liquide le plus souvent blanc. En raison de cet aspect,
il apparaît normal que ce liquide soit comparé à du lait comme le reflète en particulier la
terminologie populaire française avec des noms comme « laitue » ou « laiteron ». Nous avons vu plus
haut (p. 69) qu’en bunaq latex se dit suqil alors que le lait se dit su nil « sein jus » (il désigne
« l’eau »). Peut-être suqil est-il une contraction du terme utilisé ici pour désigner l’ensemble où le
mot su est redoublé ce qui est, en bunaq, une façon de renforcer un terme ? Par contre je ne pense
pas que susu puisse être interprété comme étant le terme utilisé dans les langues austronésiennes
pour désigner le « lait ».
Par ailleurs, on peut remarquer que nous trouvons ici un exemple de l’utilisation polysémique
du terme hôtel qui désigne les arbres mais aussi, dans certains cas, l’ensemble des plantes. En effet,
toutes les plantes appartenant à cet ensemble ne sont pas des arbres mais on y trouve aussi des petites
plantes plus ou moins ligneuses et même des herbes. Cependant on pourra constater que des plantes à
tiges volubiles ou sarmenteuses de la famille des Apocynacées ou des Asclepiadacées que nous avons
rencontrées dans le groupe des mun et qui ont du latex comme lapulos, Melodinus forbesii (6.1.2.4) ou
mun suqil, Hoya sp. (6.4) ne sont pas citées ici. Signalons aussi qu’un arbre à latex toxique dama
(.Excoecaria virgata) qui figure en 17.6.9 dans les arbres de construction n’est pas cité ici ; on peut
d’ailleurs se demander si son nom qui signifie « arc » n’est pas dû au fait que ce latex peut servir à
empoisonner des flèches.
Dans cet ensemble hôtel susuqil toutes les plantes n’ont pas un latex aussi abondant les unes
que les autres ; certaines même, en particulier des crassulescentes, contiennent un suc plus ou moins
visqueux mais pas de latex.
14.1 Arbres ou arbustes ayant tous la même disposition de feuilles et de bourgeon terminal
et le même type de fruit : pur kabokeq
Le nom de ce sous-groupe est composé à partir des noms de deux de ses types les plus
caractéristiques.
[ Tous les arbres de ce sous-groupe appartiennent au genre Ficus, Moraceae, ils ont
tous été identifiés par E. J. H. Corner ; le dernier appartient à un autre genre mais de
la même famille. ]
14.1.1 Plantes à racines aériennes ou purel : pur
(Les Bunaq désignent ainsi les figuiers étrangleurs que l’on appelle aussi banians).
On trouve p. 62 des réflexions sur la façon dont se développent les arbres à purel qui
commencent leur vie comme épiphyte sur un arbre hôte qu’ils finissent par tuer.
[ Tous les Ficus ne sont pas des « étrangleurs » mais j’ai vérifié que toutes les espèces
botaniques que les Bunaq désignent par le terme de base pur le sont. ]
14.1.1.1 Arbre à feuilles qui bougent toutes seules [en raison d’un aplatissement transversal
du pétiole comme chez les trembles ] : pur tanaki « s’appeler mutuellement de la
main », nom qui est une allusion à l’agitation permanente des feuilles ; ou pur zai, ce
déterminant étant une onomatopée rappelant le bruissement des feuilles.
= Ficus superba.
En raison de la particularité de ses feuilles, ces dernières sont utilisées, lors des fêtes,
pour confectionner des philtres (subul) destinés à attirer les hôtes en faisant, disent les
Bunaq, vibrer leur cceur comme ces feuilles !
Source : MNHN, Paris
220
14.1.1.2
14.1.1.2.1
14.1.1.2.2
14.1.1.2.3
14.1.1.3
14.1.1.3.1
14.1.1.3.2
14.1.1.4
14.1.2
14.1.2.1
28. Ce
poussait un d
CLAUDINE FRIEDBERG
Arbres à feuilles étroites (nor nigi)
Arbre à fruits ayant un aspect extérieur semblable à ceux de l’ambrevade {tir) : pur ti r
= Ficus virens.
Arbre à feuilles longues : pur tau « Ficus racemosa », ainsi appelé parce que son latex
est épais comme celui de tau ; ou pur buleqen parce que son écorce est rouge.
= Ficus sp . 28
Arbre à feuilles râpeuses (nor lakat) : pur sait « gratter », ainsi appelé non pas parce
que ce sont ses feuilles qui sont irritantes mais son latex. Pour cette raison ses feuilles,
même jeunes, ne sont pas considérées comme comestibles contrairement à celles des
autres pur.
= Ficus tinctoria ssp. gibbosa var. rigida.
[ J’ai récolté ce même Ficus sous les noms de erol sait et d 'erol guzu ; ceci vient sans
doute du fait que ce dernier nom est également donné à un Ficus qui a des feuilles
râpeuses : il s’agit de Ficus ampelas qui est un arbre qui ne peut atteindre que 4 à
8 mètres alors que le Ficus tinctoria pourrait en atteindre 45. Mais je n’ai pour ma
part jamais rencontré pur sait qu’en altitude, autour des places de réunion des
villages, et cet arbre n’y dépassait jamais une dizaine de mètres. Même si, à la
différence de F. tinctoria, F. ampelas n’est pas un étrangleur (nous le trouverons plus
loin en 14.1.2.2.3.1.1) quand l’arbre est adulte, il peut donc y avoir confusion entre les
deux.]
Arbres à feuilles ressemblant à celles de kabokeq
pur apa gepal « oreille de buffle »
= Ficus drupacea.
Aucune autre caractéristique n’est donnée pour ce banian très commun.
Arbre à feuilles vert-jaune (nor sahe) : pur ai laqe.
= Ficus depressa.
Cet arbre ne semble pas exister à Lamaknen ; j’ai récolté mon échantillon au sud, à
Lolotoen, où mes informateurs d’Abis savaient qu’il existait autour de la place de
réunion du village où je l’avais trouvé.
[ Cet arbre n’est pas, d’après E. J. H. Corner, un vrai épiphyte mais un Ficus
grimpeur ; d’ailleurs certains Bunaq l’appellent simplement ai laeq et non pur ai laeq
(ai signifie, nous l’avons vu, « arbre » en tetun). ]
Arbre à feuilles et écorce blanche : pur belis «blanc»
= Ficus tinctoria ssp. tinctoria.
[ J ai aussi récolté sous ce nom un rameau de Ficus subulata mais en principe cette
dernière espèce qui, contrairement à F. tinctoria, ne dépasse pas 2 à 3 mètres porte
le nom d 'erol belis, mais peut-être a-t-elle été confondue avec une forme jeune de
F. tinctoria ssp. tinctoria. ]
Arbres n’ayant pas de purel
[ C’est-à-dire que ce ne sont pas des épiphytes. ]
À latex collant (nil pilât)
n’a pu être identifié car j’ai oublié de le collecter, persuadée de l’avoir fait dès mon premier séjour car il en
: la maison du raja de Dirun ou je vivais !
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
221
14.1.2.U
Ce sont ces deux arbres, surtout le premier, dont le latex est utilisé pour fabriquer la
glu qui sert à attraper les oiseaux. Ce sont ces mêmes arbres qui, dans les mythes ou
les contes, fournissent, chaque fois qu’il en est besoin, de la colle.
= Ficus racemosa.
14.1.2.1.2
Arbre plus grand que le précédent, plus droit, à feuilles plus grandes : teor
= Ficus variegata.
14.1.2.2
Sans latex gluant
14.1.2.2.1
Arbre à feuilles claires (beiis)
14.1.2.2.1.1
À petites feuilles : kabokeq
= Ficus septica.
14.1.2.2.1.2
À grandes feuilles : kai akaq
= Ficus callosa.
14.1.2.2.2
Arbre à feuilles grises : bau uku
= Ficus hispida.
Ce Ficus a des purel mais elles ne descendent pas jusqu’au sol.
14.1.2.2.3
Arbres n’atteignant pas de grandes dimensions et à feuilles râpeuses (nor lakat)
14.1.2.2.3.1
Feuilles et fruits petits (ces derniers sont très nombreux) : erol
14.1.2.2.3.1.1
À feuillage foncé : erol guzu « noir »
= Ficus ampelas.
[ Le nom botanique de cette espèce vient de son nom malais. Nous avons vu un peu
plus haut (14.1.1.2.3) que j’ai également récolté sous ce nom et sous celui de erol sait
un Ficus tinctoria ssp. gibbosa, var. rigida. ]
14.1.2.2.3.1.2
À feuillage clair : erol belis
= Ficus subulata.
[ Mais nous avons vu (14.1.1.2.5) que cette même espèce a été aussi recueillie sous le
nom de pur belis. ]
14.1.2.2.3.2
Arbre à feuilles et à fruits plus gros ; ces derniers sont rouges et nombreux : sobor
= Ficus wassa.
[ Le nom botanique d’espèce de cet arbre est celui que Rumphius avait relevé à
Amboine. ]
14.1.2.2.4
Arbres à feuilles découpées — lobées — plus ou moins profondément (nor talak) :
14.1.2.2.4.1
kulo zon « jacquier sauvage »
[ Ce nom vernaculaire appelle une remarque : kulo est proche du terme malais
désignant l’arbre à pain qui n’existe pas chez les Bunaq. Mais morphologiquement,
c’est de l’arbre à pain que kulo zon est proche et non du jacquier dont les feuilles sont
entières ; il y aurait donc eu glissement du terme d’un Artocarpus à l’autre, ce qui
laisserait supposer que les Bunaq ont, au cours de leurs déplacements, connu l’arbre à
pain avant le jacquier. ]
= Ficus fulva.
Source : MNHN, Paris
222
CLAUDINE FRIEDBERG
14.1.2.2.4.2
Iota
= Broussonetia papyrifera.
14.2
Autre sous-groupe sans nom ni caractéristiques définis
14.2.1
Grands arbres : zoil
14.2.1.1
À feuilles et tiges claires : zoil belis « blanc »
= Alstonia scholaris, Apocynaceae.
14.2.1.2
À feuilles et tiges foncées : zoil guzu « noir »
= Alstonia spectabilis.
14.2.2
Plantes plus petites : ukaq
14.2.2.1
Plante arbustive : ukaq masaq « grand »
= Calotropis gigantea, Asclepiadaceae.
14.2.2.2
Plantes qui ne peuvent être considérées comme des arbres :
14.2.2.2.1
À goq gugul « fruit enrouler », c’est-à-dire à fruits duveteux comme ceux de ukaq
masaq : ukaq lotu « court »
= Asclepias curassavica, Asclepiadaceae.
14.2.2.2.2
Plantes très petites : ukaq gol « petit »
= a) Euphorbia prostrata, Euphorbiaceae.
b) Phyllantus ninuri, Euphorbiaceae, également appelée ukaq lotu «court»
14.2.2.2.3
Plantes recueillies à Weluli, avec ukaq comme terme de base, ne possédant pas de
latex et n’appartenant pas à l’ensemble hôtel susuqil
14.2.2.2.3.1
ukaq mami «sentir bon»
= Trichodesma zeylanicum, Boraginaceae, det. Van Steenis [ cette plante ne semble
pas connue à Abis].
14.2.2.2.3.2
ukaq mone « masculin »
= Clerodendron sp., Verbenaceae.
[ Cette plante semble être la même que celle qui est appelée nuka giral bulu à Abis
(voir 37.2.4)].
14.2.3
Petit arbre de haie : ai samoro (termes tetun) ou ai wele « arbre scorpion »
= Thevetia peruviana, Apocynaceae.
14.3
Plantes à tiges et feuilles épaisses :
14.3.1
ho molo « haricot bétel »
[ Nous avons expliqué comment ce nom doit être considéré comme une expression
descriptive faisant allusion à la forme cylindrique des tiges de cette plante grasse qui
ressemblent à la fois à la gousse de la dolique de Chine et à l’inflorescence du bétel ].
= Euphorbia tirucalli, Euphorbiaceae.
14.3.2
ema tala «homme (en ema)? gong»
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
223
14.3.2.1 Sans fruit et à épines : ema tala mone «masculin»
= Euphorbia barnhartii, Euphorbiaceae.
Deux autres plantes portant le nom ema tala sont des plantes crassulantes à jus épais
mais non laiteux :
14 . 3 . 2.2 À fruits : ema tala pana « féminin »
= Opuntia sp., Cactaceae, le figuier de Barbarie (originaire d’Amérique).
14.3.2.3 À tige lianescente : ema tala mun « liane »
= Neoalsomitra podagrica, Cucurbitaceae.
14.4 Plante qui ne se rapproche d’aucune autre : dila
= Carica papaya, Caricaceae, la papaye (originaire d’Amérique).
[ Nous avons déjà signalé que le nom de cette plante a été emprunté à Aegle marmelos
appelée maintenant dila hol. ]
14.5 Petit arbre que nous retrouverons dans le petit groupe 23. et dans goq gugul : itil
= Wrightia pubescens, Apocynaceae.
14.6 Herbes : mau meak (nom de personne) » « rouge (tetun) » ou u meak « herbe »
« rouge (tetun) »
= Euphorbia hirta, Euphorbiaceae.
14.7 u lakar « herbe épidémie »
= Boerhavia erecta, Nyctaginaceae
[ Cette plante sans latex, d’origine américaine, est sans doute placée ici parce que sa
sève est visqueuse. ]
14.8 [Autre plante d’origine américaine, peut-être introduite récemment, que je n’ai
recueillie que dans le Bas Lamaknen ; elle semble inconnue à Abis mais je la place ici
en raison de son nom ] : u suqil « herbe latex »
= Euphorbia prunifolia, Euphorbiaceae.
Source : MNHN, Paris
224
CLAUDINE FRIEDBERG
15 Hôtel il sagal «arbres eau chercher»
Ce sont des arbres qui ne peuvent pousser dans les terrains secs. Mais une fois qu’ils sont
devenus grands, l'eau ne peut plus disparaître de l’endroit où ils poussent : ils attirent l’eau. Us
poussent dans la formation végétale appelée zobuq hatak il bul « forêt épaisse eau base ».
Je les donne dans l’ordre dans lequel ils m’ont été fournis par les informateurs en commençant
par ceux qui leur paraissent les plus caractéristiques de l’ensemble. Ils les ont regroupés dans trois
sous-groupes dont aucun ne porte de nom.
15.1 Premier sous-groupe
15.1.1 siba leboq (siba désigne un certain type de couleur grise; leboq n’a pas de sens)
= Syzygium polyanthum, Myrtaceae
Il est considéré comme le plus grand et le plus gros de cette catégorie. [ Il est surtout l’arbre
que l’on rencontre le plus couramment autour des points d’eau et est sans doute pour cette
raison cité en premier. ]
15.1.2 Ayant les mêmes feuilles, les mêmes fleurs et les mêmes fruits que le précédent, mais il est
plus petit :
15.1.2.1 beko (sans déterminant)
= Syzygium sp. (il s’agit sans doute de S. pycnanthum).
15.1.2.2 beko lotu
= Euonymus javcmicus, Celastraceae
[ Cet arbre a effectivement des feuilles ayant une même forme et une disposition analogues
à celles de beko mais en plus petit. ]
15.1.3 Gipe « corne » peut-être appelé ainsi en raison des contreforts de son tronc mais ceux-ci ne
semblaient pas aux yeux des informateurs un trait caractéristique de cet arbre dont je n’ai
d’ailleurs vu qu’un seul échantillon à Lamaknen, celui qui se trouve à Simulu-Tantus sur le
territoire d’Abis.
= Terminalia sp., Combretaceae
[ Il est difficile de savoir de quelle espèce il s’agit car étant donné la hauteur du seul arbre
que j’ai vu, je n’ai pu que ramasser quelques feuilles à son pied ].
Il est considéré comme très proche de siba leboq et la seule différence entre les deux que les
Bunaq reconnaissent est que le bois de gipe est plus résistant.
15.1.4 Mau hal (Mau est un nom de personne mais il est difficile de savoir si le mot hal est celui
qui signifie «pellicule» (de cheveux) ou un homonyme).
= Bischofia javanica, Euphorbiaceae, également considéré comme proche des précé¬
dents sauf pour les feuilles.
15.2 Deuxième sous-groupe caractérisé par des fleurs ayant la même forme (mais pas la même
couleur) et la même disposition des feuilles qui ressemblent les unes et les autres à celles de
tilon (Caesalpinia sp., voir dans l’ensemble gubuq geruk) ; également même type de tige et
de fruits :
15.2.1 bobe (ce terme désigne quelque chose de rond et de bombé)
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
225
15.2.1.1 À graine rouge : bobe giral buleqen «pupille bombée rouge»
= Adenanthera pavonia, Leguminosae c’est celui que l’on désigne quand on parle de bobe
sans déterminant.
15 . 2 . 1.2 À graine noire : bobe giral guzu «pupille bombée noire»
= Symplocos sp., Symplocaceae
[ En dehors du fait d’avoir une graine bombée cet arbre est très différent du précédent. ]
15.2.2 koban
= Albizia lebbekoides, Leguminosae.
15.3 Troisième sous-groupe
15.3.1 kabanasaq (nom de lieu)
= Planchonia timoriensis, Lecythidaceae
Je ne l’ai jamais rencontré dans le Haut Lamaknen, mais il est courant autour des points
d’eau du Bas Lamaknen.
15.3.2 Considéré comme proche du précédent par la nature de son bois, bien que celui-ci soit plus
solide, et par ses fleurs : ge
= Inocarpus fagiferus, Leguminosae.
15.3.3 lese (nom de personne)
= Planchonia valida, Lecythidaceae
[ Cet arbre appartient au même genre que kabanasaq mais les Bunaq, bien que le mettant
dans le même sous-groupe, le trouvent plus différent de cet arbre que ge : son écorce est
jaune alors que celle de kabanasaq est blanche ; ses feuilles sont différentes et ses fleurs
aussi qui sont petites et se rapprochent plutôt de celles de siba leboq ; en effet en raison de
leurs très nombreuses étamines, on peut trouver une ressemblance entre les fleurs d’une
Myrtacée et celles d’une Lecythidacée. ]
Source : MNHN, Paris
226
CLAUDINE FRIEDBERG
16 Hôtel il bul «arbres eau base»
C’est-à-dire des arbres qui peuvent attirer l’eau et la mettre en réserve et pour cette raison, ils
peuvent aussi pousser dans des endroits secs. Tous ces arbres, qui appartiennent au genre Ficus, ont
été examinés dans l’ensemble 14 hôtel susuqil et je n’en donne ici que la liste sans revenir sur la
description ni sur les rapprochements faits entre les différents arbres.
16.1 pur
16.1.1 pur tanaki ou pur zai (voir 14.1.1.1)
= Ficus superba
16.1.2 pur tir (voir 14.1.1.2.1)
= Ficus virens
16.1.3 pur tau ou pur buleqen (voir 14.1.1.2.2)
= Ficus sp.
16.1.4 pur sait (voir 14.1.1.2.3)
= Ficus tinctoria ssp. gibbosa, var. rigida
16.1.5 pur apa gepal (voir 14.1.1.2.4.1)
= Ficus drupaceae
16.1.6 pur ai laeq (voir 14.1.1.2.4.2)
= Ficus depressa
16.1.7 pur belis (voir 14.1.1.2.5)
= Ficus tinctoria ssp. tinctoria.
16.2 kabokeq (voir 14.1.2.2.1.1)
= Ficus septica
16.3 tau (voir 14.1.2.1.1)
= Ficus racemosa
16.4 teor (voir 14.1.2.1.2)
= Ficus variegata
16.5 sobor (voir 14.1.2.2.3.2)
= Ficus wassa.
[ On peut remarquer que les seuls Ficus que l’on ne retrouve pas dans cette liste sont ceux
appelés erol (14.1.2.2.3.1), ce qui confirme la position ambiguë des arbres portant ce nom dans la
classification bunaq. Je dois ajouter que je ne suis pas très sûre non plus que pur sait fasse partie de la
liste. Ce sont en fait les arbres que les Bunaq sont le plus habitués à bouturer qui sont les plus
caractéristiques de cet ensemble : kakokeq, pur apa gepal, pur tau, ces deux derniers en particulier
ayant été utilisés lors de campagnes de reboisement ou plantés le long des routes. Mais tous ceux qui
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
227
sont donnés ici sont susceptibles de bouturage et de reprendre dans des lieux qui ne sont pas
particulièrement humides. Cependant on peut remarquer que dans l’ouvrage de Meijer Drees (1951)
seul le Ficus glomerata Roxb. (tau, maintenant F. racemosa L.) est considéré comme pouvant être
efficacement utilisé pour le reboisement parce qu’il est résistant au feu. Mais ajoute-t-il, on ne peut le
planter (par bouturage) que dans les sols périodiquement humides ; ceci semble indiquer que dans
l’ensemble ces Ficus résistent bien à la saison sèche, « en faisant des réserves d’eau » disent les Bunaq,
mais qu’on ne peut pas les considérer vraiment comme des arbres de climat complètement sec. ]
Source : MNHN, Paris
228
CLAUDINE FRIEDBERG
17 Hôtel deu goq «arbres maison produit» : les bois de construction
Cet ensemble regroupe une grande partie des arbres de Lamaknen car elle contient, en
principe, tous les arbres que l’on peut utiliser dans la construction d’une habitation (voir fig. 39).
Mais il faut remarquer que cette liste est beaucoup plus longue que celle obtenue quand on observe
effectivement avec quel bois est fait chaque partie des maisons visitées ou en construction. La
différence entre la liste théorique et la réalité est due essentiellement à la dégradation de la couverture
forestière à Lamaknen : certaines espèces sont devenues très rares comme Pterocarpus indicus et
Eucalyptus urophylla, sans doute en raison de leur surexploitation ; d’autres en raison de la fréquence
des brûlis n’atteignent jamais la dimension permettant de les utiliser.
Par contre on pourra remarquer que n’est pas signalé l’aréquier qui est un arbre très utilisé en
particulier pour faire les peo gezel « chevron ventre », c’est-à-dire les pièces de bois horizontales qui
supportent les chevrons partant de la faitière ; aux deux extrémités de la maison, ces peo gezel
doivent prendre une forme arrondie, forme que l’aréquier épouse facilement étant donné sa
souplesse.
De plus certaines espèces que nous signalerons par la suite dans d’autres ensembles comme
pouvant servir pour la construction, ne figurent pas dans la liste des hôtel deu goq parce que si ces
arbres ont un bois assez solide, leur tronc est rarement assez droit pour pouvoir être utilisé.
À l’intérieur de cet ensemble, chaque arbre est caractérisé par la « force » (gie solat) de son
cœur (sutep) et par ce qu’on peut en faire.
Les premiers arbres cités par les informateurs étaient les plus solides, ceux avec lesquels on
peut faire les pilotis et les piliers et qui ont tous un bois rouge.
Pour faciliter la présentation, j’ai moi-même reclassé l’ensemble des arbres selon ce que l’on
pouvait en faire en commençant, comme les Bunaq, par les plus solides.
Après chaque nom d’arbre en bunaq, j’ai indiqué la couleur du bois comme on me l’avait
fournie c’est-à-dire quand elle est rouge (r) ou jaune (j). Après chaque nom botanique, je donne
en chiffre romain les qualités de cette espèce pour la construction d’après les indications que
donne Hildebrand (1953) dans la liste des arbres des petites îles de la Sonde avec les conventions
suivantes :
I. pour les constructions lourdes continuellement en contact avec un sol humide ;
II. pour les constructions lourdes continuellement exposées à la pluie et au vent mais pas en contact
avec un sol humide ;
III. pour les constructions lourdes sous un toit et sans contact avec le sol humide ;
IV. pour les constructions légères au-dessous d’un toit ;
V. pour les constructions temporaires.
Nombre d’arbres considérés comme hôtel deu goq appartiennent aussi à d’autres ensembles comme
on peut le constater dans la figure 39. C’est d’ailleurs le plus souvent dans ces ensembles que leurs
caractéristiques sont décrites. Pour ne pas alourdir l’exposé centré ici sur l’utilisation de chaque arbre
comme bois d’œuvre et selon les conventions générales adoptées pour cet inventaire, l’ensemble où on
peut les retrouver, s’il y a lieu, n’est indiqué que s’ils ont déjà été traités ; s’il s’agit d’un ensemble
traité ultérieurement, se reporter à la figure 39 ou à l’index.
17.1 Arbres à bois solide et résistant dont on peut faire des piliers, des pilotis et des poutres.
17.1.1 mazoq (r)
= Pterocarpus indicus, Leguminosae, I/II.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
229
17.1.2
17.1.3
17.1.4
17.1.5
17.2
17.3
17.3.1
17.3.1.1
17.3.1.2
17.3.2
17.3.3
ai besi « arbre fer » (r)
= Acacia or aria, Leguminosae, I.
tal (r)
= Eucalyptus urophylla, Myrtaceae.
Quand Hildebrand publia sa liste, cet arbre était rapporté à E. platyphylla F.v.M. mais il
fut par la suite identifié par S. T. Blake à E. urophylla.
Dans leur travail sur les Eucalyptus de Timor, Martin et Cossalter (1975-76) ont montré
qu’il y avait des hybridations entre cette espèce et E. alba que l’on trouve à plus basse
altitude et qu’il existe de nombreuses formes intermédiaires entre les deux. Ceci peut
expliquer que, selon les lieux, E. platyphylla est noté par Hildebrand comme appartenant
à la catégorie II ou plus souvent III, alors que les Bunaq le considèrent comme l’un des
arbres les meilleurs pour faire des pilotis et surtout des piliers en raison de la hauteur
atteinte par cet arbre qui pousse généralement parfaitement droit. On peut à ce sujet
remarquer que les deux grands piliers qui soutiennent la faîtière étant loin à l’intérieur de
l’espace protégé par le toit, sont moins susceptibles d’être dans un sol humide que les
pilotis du pourtour qui peuvent plus facilement être atteints par les eaux de ruissellement.
hur (r)
= Casuarina junghuhniana subsp. timorensis, Casuarinaceae, II.
zat
= a) Grewia eriocarpa, Tiliaceae
b) G. glabra.
[ N’ayant jamais vu que des zat de petites tailles, il me paraissait curieux que cet arbre
puisse être utilisé comme bois de construction mais effectivement Hildebrand le classe
dans les catégories II ou III selon les localités].
Arbres possédant toutes les possibilités des précédents avec en plus celle de faire des
planches.
Dans ce sous-groupe il n’y a qu’un arbre et encore certains le contestent, avec lequel on
puisse faire des piliers et des pilotis : lese (r)
= Planchonia valida, Lecythidaceae, II/III
Cet arbre appartient aussi à l’ensemble 15. hôtel il sagal en 15.3.3.
Arbres dont on ne fait que des piliers ou des pilotis
arus
arus guzu « noir » ou arus mone « masculin » ou encore arus to tara « année connaître » car
il se couvre de splendides fleurs roses quand la saison des grandes pluies (to) est proche.
= Cassia javanica, Leguminosae, II.
arus belis « blanc » ou arus pana « féminin », parce que ses feuilles sont plus grandes que
celles de arus mone.
= Cassia fistula, Leg. II.
pie « écume »
= Eucalyptus alba, Myrtaceae, III.
zul « rat »
= Albizia procera, Leguminoseae, II, mais, ajoutent les Bunaq, il se détériore rapidement
dans le sol.
Source : MNHN, Paris
230
17.3.4
17.3.4.1
17.3.4.2
17.3.5
17.3.6
17.3.7
17.3.8
17.4
17.4.1
17.4.2
17.5
17.5.1
17.5.2.1
17.5.2.2
17.5.3
17.6
17.6.1
CLAUDINE FRIEDBERG
tomol « six » ? ou plutôt : homonyme ?
tomol (sans déterminant)
= Cassia timoriensis, Leguminoseae, II.
tomol ewi « d’homme blanc »
= Cassia siamea, Leguminoseae
[ Je ne suis pas sûre que tomol ewi possède, pour la construction, les mêmes qualités que
tomol. ]
kulo (sur ce terme voir en 14.1.2.2.4.1)
= Artocarpus heterophyllus, Moraceae, le jacquier.
laq kawaq
= Vitex pubescens, Verbenaceae, I.
[On trouvera en 21.13 le nom laq kawaq utilisé avec un déterminant.]
megeq (j)
= Exocarpus latifolius, Santalaceae, II.
tewe goq « pente de montagne produit »
= Dysoxylum caulostachyum, Meliaceae, II/III.
Arbres dont on peut faire des planches, des piliers et des pilotis.
besak ou aralai
= Acacia leucophloea, Leguminoseae, III.
piri lose
= Garuga floribunda, Burseraceae, III.
[ Cet arbre est appelé heu à Dirun et ai heu par les Ema. ]
Arbres dont on peut faire des poutres et des planches.
siba leboq
= Syzygium polyanthum, Myrtaceae, III.
Cet arbre figurait également en 15.1.1 dans l’ensemble hôtel il sagal.
sarian pana « féminin »
= Toona sureni, Meliaceae, IV et dans une seule localité (à Alor) III.
[ On peut penser que le nom bunaq donné à cet arbre vient du terme malais surian qui lui
est appliqué et d’où dérive son nom d’espèce. ]
sarian mone « masculin »
= Glochidion philippicum, Euphorbiaceae, det. A. Shaw ; III ou IV selon les localités.
ai asa «arbre (nom de personne)»
= Millingtonia hortensis, Bignoniaceae, III/IV.
Arbres moins robustes et à bois plus tendre que les précédents et avec lesquels on ne peut
faire que des planches.
bane (j)
= Sterculia foetida, Sterculiaceae, cœur III, aubier V.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
231
17.6.2
17.6.3
17.6.4
17.6.4.1
17.6.4.2
17.6.5
17.6.5.1
17.6.5.2
17.6.6
17.6.6.1
17.6.6.2
17.6.7
17.6.8
17.6.9
17.6.10
17.6.11
17.6.11.1
17.6.11.2
mau hal (voir en 15.1.4 où cet arbre figure déjà le sens de ce terme) (r)
= Bischofia javanica, Euphorbiaceae, II ou III selon les lieux.
koban
= Albizia lebbekoides, Léguminoseae, II. Cet arbre a déjà été signalé en 15.2.2
gela
gela (sans déterminant)
= Bombax ceiba, Bombacaceae, V.
gela ewi «d’homme blanc»
= Ceiba pentandra, Bombacaceae, le kapokier.
zoil
(déjà signalé en 14.2.1)
À feuillage clair : zoil belis « blanc »
= Alstonia scholaris, Apocynaceae, V.
À feuillage foncé : zoil guzu « noir »
= Alstonia spectabilis, Apocynaceae, III.
lawal
À grands et gros fruits : lawal apa « grand » ou lawal loi « bon »
= Erythrina orientalis, Leguminoseae
À petits fruits : lawal lotu « court » ou lawal zon « sauvage »
= Erythrina microcarpa
tien [curieusement ce terme est le même que celui utilisé pour cette espèce en Chine
et en Thaïlande alors que dans les langues parlées autour des Bunaq le terme d’appellation
de cet arbre est différent].
= Melia azedarach, Meliaceae, le lilas de Perse, IV.
bwil
= Melanolepis multiglandulosa, Euphorbiaceae, IV.
dama « arc » ou homonyme ?
= Excoecaria virgata, Euphorbiaceae.
pigen
= Sterculia urceolata, Sterculiaceae.
orel gie pu « noix d’arec le singe »
orel gie pu mone « masculin »
= Delarbrea coltina, Araliaceae.
orel gie pu pana « féminin »
= Dysoxylum gaudichaudianum, Meliaceae.
[ On peut s’étonner de voir cette espèce sous ce nom alors qu’on le trouvera sous le nom
d'emar en 19.1. Mais cette espèce peut prendre des aspects assez différents. Le
rapprochement fait avec Delarbrea coltina vient de ce que les deux espèces ont des feuilles
pennées. ]
Source : MNHN, Paris
232
CLAUDINE FRIEDBERG
17.6.12
17.6.13
17.6.14
17.6.15
17.6.16
17.6.17
17.6.18
17.7
17.7.1
17.7.2
17.8
17.8.1
17.8.2
17.8.3
17.9
bin (certainement un homonyme de bin « graine »)
= Tetrameles nudiflora, Datiscaceae, V.
kai akaq «arbre boiteux?»
= Ficus callosa, Moraceae, V.
Cet arbre figure aussi en 14.1.2.2.1.2 dans l’ensemble hôtel susuqil.
teor
= Ficus variegata, Moraceae, V.
Cet arbre figure aussi en 14.1.2.1.2 dans l’ensemble hôtel susuqil et en 16.4 dans l’ensemble
hôtel il bul.
kabanasaq
= Planchonia timoriensis, Lecythidaceae.
Cet arbre figure aussi en 15.3.1 dans l’ensemble hôtel il sagal.
zo timur « manguier de l’est »
= Mangifera indica, Anacardiaceae, bois de cœur III, aubier V.
kusan
= Spondias pinnata, Anacardiaceae.
Pour faire les planches des murs uniquement.
= Albizia chinensis, Leguminoseae, III ou IV selon les localités.
Cet arbre est utilisé uniquement pour les planches sculptées.
Arbres servant à faire les chevrons et les lattes
wana
= Melochia umbellata, Sterculiaceae, V.
hur
= Casuarina junghuhniana subsp. timorensis (nous l’avons déjà vu plus haut en 17.1.4)
Arbres servant à faire les chevrons uniquement.
obuk
= Macaranga tanarius, Euphorbiaceae.
iu (homonyme du mot qui désigne les vers?)
= a) Cordia monoica, Boraginaceae
b) C. dichotoma.
lantaro
Cet arbre d’introduction très récente porte le même nom qu’en indonésien.
= Leucaena leucocephala, Leguminosae.
Plante servant à faire les lattes : siol
= Lantana camara, Verbenaceae.
Cet usage peut sembler assez curieux étant donné que les tiges de cette plante n’atteignent
jamais un gros diamètre, et qu’elles ont des épines, mais elles sont appréciées car les
parasites ne s’y installent pas.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
233
D’une façon générale, on peut dire que les diverses essences que nous avons examinées sont
utilisées par les Bunaq au-dessus des possibilités indiquées dans la liste de Hildebrand. En
particulier, on peut s’étonner de voir employer pour faire des pilotis ou piliers des bois qui ne peuvent
résister à l’humidité comme hur (17.1.4) qui est mentionné dans la catégorie II et surtout pie (17.3.2)
qui lui est en III et qui est couramment utilisé.
Je pense que ceci amène plusieurs remarques. Tout d’abord le toit de la maison bunaq
déborde suffisamment l’infrastructure pour que, tant qu’il est en bon état, la pluie ne puisse atteindre
aucun point de celle-ci. Les pilotis ne peuvent donc subir de dégradation que sous l’effet des eaux de
ruissellement ; or les habitations traditionnelles construites sur les tas (bourgs) le sont le plus souvent
sur des plateformes de pierres, ou entourées de rigoles, de telle façon que l’eau ne puisse atteindre
leurs pilotis. Enfin il est certain, comme nous le verrons avec l’ensemble 20, que les Bunaq choisissent
soigneusement les arbres qu’ils utilisent pour la construction en ne prenant que ceux qui ont un bois
de cœur particulièrement abondant et solide.
De plus, comme l’indique d’ailleurs la liste de Hildebrand, la qualité des bois dépend du lieu
où a poussé l’arbre.
Source : MNHN, Paris
234
CLAUDINE FRIEDBERG
18 Petit ensemble d’arbres proches les uns des autres qui ne porte pas de nom
18.1 ai besi «arbre (en tetun) fer»
= Acacia or aria, Leguminoseae
Cet arbre appartient aussi à l’ensemble précédent des hôtel deu goq ; on le trouvera en 17.1.2
18.2 sis
Il en existerait deux sortes :
18.2.1 sis morte «masculin» ou sis belis «blanc»
= Celtis philippensis, Ulmaceae.
18.2.2 sis pana « féminin » ou sis buleqen « rouge »
= Zizyphus [ peut-être le même que zugil 18.5 ].
Sis est considéré proche de ai besi par l’aspect du tronc et la dureté du bois, cependant il ne
peut être utilisé dans la construction parce que son tronc n’est pas droit, mais on en fait des
toupies (kuteq). Les feuilles aussi sont considérées comme proches bien que celles de sis se
rapprochent aussi de celles du bétel auxquelles elles ressemblent par la forme.
[ Ce qui rend les feuilles de sis (fig. 48) proches de celles de ai besi (fig. 47) comme de celles
des autres plantes de ce petit ensemble, c’est qu’elles ont des nervures parallèles (ai besi a des
47 à 51. — Les feuilles de quelques plantes de l’ensemble 18.
47. — Acacia oraria (18.1 et 17.1.2).
48. — Celtis philippensis (18.2.1).
49. — Melastoma sp. (18.3).
50. — Exocarpus latifolius (18.4 et 17.3.7).
51. — Ziziphus timoriensis (18.5).
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
235
phyllodes, et non des feuilles, comme certains « mimosa » vendus dans le commerce dans nos
pays) ou tout au moins deux nervures importantes parallèles à la nervure principale, comme
on peut le constater fig. 47-51 ; de plus elles sont plus ou moins coriaces. Mais ce sont là des
faits que j’ai constatés moi-même et que jamais les Bunaq ne m’ont signalés. ]
18.3 sose bereq « tourterelle (nom de personne) »
= Melastoma sp.
Cet arbuste a le même type de nervation que les précédentes (fig. 49) mais une fleur grande et
de couleur différente [ les Melastomaceae sont en effet très reconnaissables dès le premier
regard à leurs types de feuilles et de fleurs ].
18.4 mogeq
= Exocarpus latifolius, Santalaceae.
Cet arbre a les mêmes caractéristiques que les deux premiers : feuilles (fig. 50), tige, caractère
du bois (il fait partie des bois de construction : 17.3.7), on peut en faire des petits pilotis. La
seule différence avec les autres sont ses fleurs.
18.5 zugil
= Ziziphus timoriensis, Rhamnaceae.
Cet arbre possède également des caractères qui le rendent proche des précédents : son bois
est aussi dur que celui d 'ai besi (on peut en faire des pilotis quand il pousse droit, mais il
n’est pas signalé dans les bois de construction), son écorce est également proche et la forme
de ses feuilles (fig. 51) ressemble à celles de sis (fig. 48). Cependant ces dernières sont
plus fines que celles de sis pana, à tel point qu’on peut se demander s’il ne s’agirait pas de
deux formes de la même espèce.
Source : MNHN, Paris
236
CLAUDINE FRIEDBERG
19 Petit ensemble d’arbres proches les uns des autres et qui ne porte pas de nom
19.1 emar
19.1.1 emar (sans déterminant)
= Dysoxylum gaudichaudianum , Meliaceae.
La différence la plus importante de cet arbre avec les suivants est que son bois n’est pas dur
et qu’il ne peut servir de bois de construction [ malheureusement il ne figure pas dans la liste
de Hildebrand].
Il faut rappeler que cette même espèce figure sous le nom de orel gie pu pana « noix d’arec de
singe féminine » en 17.6.11.1.2. J’avais alors signalé que cette espèce peut prendre des aspects
différents et que l’on pouvait la rapprocher de orel gie pu mone « noix d’arec de singe
masculin » une Araliacée ( Delarbrea collina ) parce qu’elle a aussi des feuilles pennées.
Mais il existe d’autres plantes qui portent le nom de emar et n’entrent pas dans cet
ensemble :
19.1.2 emar masaq «grand»
= Euodia macrophylla, Rutaceae.
19.1.3 emar gol «petit»
= Acronychia trifoliata, Rutaceae, det. Bakhuizen.
[ Ces deux derniers arbres qui ont des feuilles à trois folioles se ressemblent entre eux mais je
ne vois pas ce qui les rapproche de emar qui a des feuilles pennées. ]
19.2 tewe goq « pente produit »
= Dysoxylum caulostachyum, Meliaceae.
A la même écorce, les mêmes poils, les mêmes fruits et les mêmes feuilles que 19.1.1. Cet
arbre figure en 17.3.8 dans les bois de construction.
Mais j’ai aussi recueilli sous ce nom : Pometia pinnata, Sapindaceae, det. Leenhouts, espèce
que j’ai également récoltée sous le nom de wauq.
Or cette Sapindacée était appelée à Dirun piri lose, terme qui, nous l’avons vu en 17.4.2 est
porté à Abis par un autre arbre, Garuga floribundia, Burseraceae [ également à feuilles
pennées et avec le même type de folioles oblongues à bords denticulés. ]
De plus, sous le nom de tewe goq lotu « court » ou de wauq lotu , j’ai recueilli les échantillons
d’un arbuste :
= Brucea javanica, Simaroubaceae.
[ Cette espèce a également des feuilles pennées à folioles oblongues, dont les bords sont
denticulés. Mais il s’agit d’un arbuste de petite taille contrairement aux arbres précédents. ]
19.3 sarian pana
= Toona sureni, Meliaceae.
Cet arbre se rapproche de emar par ses feuilles et son écorce et de tewe goq par son type de
bois.
[On peut cependant remarquer que cet arbre qui figure en 17.5.2.1 dans les bois de
construction n’appartient pas au même sous-groupe que tewe goq. ]
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
237
20 Ensemble d’arbres proches de zul
Ils sont caractérisés par le fait que leur bois se parasite facilement quand ils sont jeunes.
Le cœur de leur bois devient plus résistant en vieillissant mais les branches et l’écorce
demeurent sensibles aux parasites.
[ On pourra constater avec étonnement que l’on retrouve dans cet ensemble des arbres signalés
parmi les plus solides des bois de construction comme mazoq ( Pterocarpus indicus) d’ailleurs signalé
I/II dans la liste de Hildebrand (1953). Ceci montre qu’il faut être circonspect quant aux qualités
attribuées au bois fourni par différentes essences et que l’on peut avoir des résultats très différents
selon l’âge de l’arbre et la partie utilisée ; les Bunaq précisent toujours, pour ce qui est des bois de
construction, que c’est le bois de cœur (sutep) qui est utilisé. Dans la liste de Hildebrand, nous
n’avons que quelques exemples où sont mentionnées des différences entre le cœur et l’aubier.
Tous les arbres de cet ensemble appartiennent à la famille des Légumineuses. ]
20.1 zul « rat »
= Albizia procera.
On le trouvera en 17.3.3 dans l’ensemble des bois de construction.
20.2 hepa
= Albizia tomentella.
Il a les mêmes feuilles et les mêmes fruits que zul mais il n’entre pas dans la catégorie des
arbres de construction car il ne donne pas de sutep.
20.3 arus totara « qui connaît l’année »
= Cassia javanica.
Cet arbre ressemble aux précédents par ses feuilles et son bois mais ses fleurs et ses fruits
sont différents. En effet c’est une Caesalpiniacée alors que les Albizia sont des Mimosacées.
[Cet arbre figure en 17.3.1.1 dans l’ensemble des arbres de construction avec arus belis
(Cassia fistula) qui n’est pas cité ici. ]
20.4 e « sel » ou plutôt homonyme
20.4.1 e (sans déterminant)
= Albizia chinensis.
Ses fruits et sa sève ressemblent à ceux des arbres précédents mais tout le reste est différent.
Il figure en 17.6.18 dans les bois de construction.
[ Deux petites Légumineuses herbacées portent le même nom de base, sans doute parce
qu’elles ont, en plus petit, ce même type de feuilles] :
20.4.2 e gol « petit »
= Aeschynomene indica.
20.4.3 e gol lotu «court» ou don pelo lotu
= Smithia sensitiva.
20.5 mazoq
= Pterocarpus indiens.
Cet arbre a le même type de bois que les autres mais tout le reste est différent, en particulier
ses fleurs qui sont jaunes et de type lili (voir p. 72) c’est-à-dire très voyantes. Il figure en
17.1.1 dans l’ensemble des arbres de construction.
Source : MNHN, Paris
238
CLAUDINE FRIEDBERG
20.6 tomol
20.6.1 tomol (sans déterminant)
= Cassia timoriensis.
Cet arbre a le même type de bois que les autres, une forme et un type d’arrangement des
feuilles semblables. Il figure en 17.3.4.1 dans l’ensemble des bois de construction.
20.6.2 tomol etvi
= Cassia siamea
(déjà signalé en 17.3.4.2).
20.7 lantaro
= Leucaena leucocephala.
Cet arbre est proche du précédent ; il fait aussi partie des arbres de construction (17.8.3) mais
uniquement pour fabriquer des chevrons.
20.8 ai sawal
= Tamarindus indica, le tamarinier.
Cet arbre également proche de tomol avec des fleurs en forme de papillon [ je ne suis pas sûre
que cette comparaison avec le papillon n’ait pas été apprise à l’école ] une même disposition
des feuilles mais une écorce différente ; cet arbre peut devenir très gros contrairement à
tomol.
La plupart des arbres dont les Bunaq considèrent qu’il faut favoriser la repousse (voir
page 43 et fig. 12 et 13) sur les champs qu’ils abandonnent pour les recultiver après essartage au bout
de quelques années, appartiennent à cet ensemble et au suivant mais comme on pourra le constater
cette caractéristique n’est prise en compte dans la classification que pour Sesbania grandiflora (21.6).
Les arbres de l’ensemble 20 les plus courants dans les friches destinées à être réutilisées sont Cassia
timoriensis et Leucaena leucocephala. En ce qui concerne cette dernière espèce, lors de mes séjours à
Lamaknen, on n’y avait pas encore introduit la variété sélectionnée pour la restauration des sols et
qui a été l’objet de campagne de plantation de la part du gouvernement indonésien mais qui s’est
révélée très sensible à un parasite qui a atteint Timor en 1985. Remarquons que le tamarinier que les
Bunaq considèrent comme spontané, est beaucoup plus rare à Lamaknen que dans d’autres régions
de Timor, moins élevées il est vrai, et où visiblement on favorise sa reproduction (voir à ce sujet
Walujo, 1988).
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
239
21. Ensemble proche de zaloq, de bol meta et de wana et qui ne porte pas de
nom.
Cet ensemble est composé d’arbustes ou d’arbres n’atteignant pas de grandes dimensions. Peu
d’entre-eux entrent dans la catégorie des bois de construction et généralement uniquement pour faire
des lattes ou des chevrons.
Les Bunaq n’ont jamais pu m’indiquer les caractéristiques communes à tous ces arbres, qui
appartiennent à un nombre limité de familles botaniques dont certaines sont proches les unes des
autres : la plupart ont des fleurs à calice absent ou discret rassemblées dans des inflorescences qui
sont soit des épis, des racèmes ou des panicules. Leurs feuilles ont aussi une certaine ressemblance
d’aspect, comme on peut le constater en examinant les fig. 52 à 61. Ce sont des feuilles acuminées,
souvent à bord denticulé et ayant tendance à avoir une nervation palmée ou tout au moins dans
laquelle les nervures de la base sont plus importantes que les autres.
Mais il n’est pas possible de trouver vraiment quelque chose de commun à toutes ces plantes
entre lesquelles les Bunaq établissent des ressemblances de proche en proche. Pour cette raison, il m’a
semblé également préférable de ne pas les réunir en sous-groupes mais de les présenter les unes à la
suite des autres, en indiquant en premier (selon la convention adoptée dans cet ouvrage) les critères
sur lesquels les informateurs ont fondé leurs rapprochements entre une plante et une autre, puisque
c’est ainsi qu’ils m’ont été présentés (voir aussi fig. 40).
Signalons cependant que zaloq, bol, bol meta, zat et wana sont considérés comme ayant la
même écorce, les mêmes protubérances (gobuq) et la même « nature » (unuq).
21.1 zaloq
= Pipturus argenteus, Urticaceae (fig. 52).
21.2 Ayant en commun, avec zaloq, en plus des caractères signalés plus haut, la même sève, les
mêmes fleurs [ ce sont en effet des fleurs à pétales disposées en épis ou panicules ] et des
dimensions semblables mais des feuilles différentes [ pourtant aux yeux d’un botaniste, ces
feuilles (voir fig. 52 et 53) ne paraissent pas si dissemblables] :
bol meta (bol signifie « épais » mais désigne aussi Hibiscus tiliaceus que nous trouverons plus
loin dans ce même ensemble en 21.9 ; meta est peut-être le terme tetun signifiant « noir »).
= Acalypha caturus, Euphorbiaceae, det. Airy Shaw.
21.3 Considérée comme proche de la plante précédente : zat
= j’ai récolté sous ce nom deux espèces de Grewia, Tiliaceae :
a) G. eriocarpa,
b) G. glabra,
mais il est possible que ce terme désigne aussi d’autres espèces de ce genre.
De plus, j’ai appris par la suite (voir en 26.5) qu’il existait un zat pana « féminin » à feuilles
étroites ( nor nigi ) ; c’est celui qui est proche de pip bulot que l’on examinera ci-dessous
(21.4), il est le plus grand et figure en 17.1.5 dans les bois de construction. Il existe aussi un
zat mone qui est à feuilles plus larges. Comme je n’avais plus alors d’échantillons de zat, je
ne peux savoir à quelles espèces correspondent ces distinctions ; peut-être zat mone est-il un
G. glabra à feuilles plus larges que G. eriocarpa qui pourrait être zat pana.
21.4 Arbre proche du précédent mais dont le bois est moins solide et avec des protubérances
différentes sur les tiges : pip bulot « chèvre » « barbes de maïs » ou « objet sacré représentant
la force vitale des membres d’une maison ».
= Tréma orientalis, Ulmaceae
Source : MNHN, Paris
52. Pipturus argenteus (21.1). 53. — Acalypha caturus (21.2). 54. — Grewia eriocarpa (21.3 et 17.1.5). 55. — Melochia
umbellata (21.5). 56. — Broussonetia papyrifera (21.7). 57. — Dendrocnide peltata (21.3.1). 58. — Hibiscus liliaceus
(21. 59. — Macaranga tanarius (21.10). 60.— Stephania japonica (21.11.1). 61. — Omalanthus novoguineensis (21.11.2).
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
241
21.5
21.6
21.7
21.8
21.8.1
21.8.2
21.8.3
21.8.4
21.9
21.10
[ Effectivement cette plante a le même type de feuilles que la précédente mais elles sont plus
petites. Les inflorescences, elles, se rapprocheraient plutôt de celles de zaloq. ]
Se rapprochant de zaloq par les caractères déjà indiqués mais s’en différenciant par ses
feuilles (voir fig. 55) et par ses fleurs [ce ne sont en effet pas des apétales] :
wana
= Melochia umbellata, Sterculiaceae.
Les branches de cet arbre sont utilisées pour faire les chevrons et les lattes des toits des
maisons et nous l’avons rencontré en 17.7.1 dans l’ensemble hôtel deu goq.
Arbre ayant peu de rapports avec les autres plantes de cet ensemble mais associé à wana
parce qu’il est considéré, comme lui, comme un des plus anciens arbres qu’il est bon de
laisser sur les champs laissés momentanément en friche : kaleq
= Sesbania grandiflora, Leguminosae.
[ En fait si wana est indigène à Timor, kaleq est d’implantation relativement récente, mais à
Lamaknen certaines friches du matas momen en sont entièrement couvertes. ]
Arbre ayant des feuilles semblables à celles de zaloq (voir fig. 56) mais ayant une autre
nature (unuq) : Iota
= Broussonetia papyrifera, Moraceae.
Nous avons déjà rencontré cet arbre dans l’ensemble des arbres à latex en 14.1.2.2.4.2
Arbre ayant des feuilles et une écorce semblables à celles de zaloq mais plus grand et surtout
urticant (sait) : me bu
mebu (sans déterminant)
= Dendrocnide peltata, Urticaceae (= Laportea peltata), fig. 57.
Les Bunaq affirment qu’il existe trois autres types de mebu, également très urticants :
mebu mun « liane »
qui rampe sur le sol.
mebu zaq « chien »
dont les feuilles commencent à frémir quand on se trouve à un mètre de distance et qui vous
sautent dessus quand on s’en approche. Ses piqûres seraient aussi douloureuses que celles
du scorpion.
mebu orel « singe »
dont ils m’avaient signalé l’existence sur le Mont Lakus où je l’ai effectivement rencontré :
= Girardinia hibiscifolia, Urticaceae.
Dernier des arbres ayant en commun avec zaloq, bol, meta, zat et wana la même écorce, les
mêmes protubérances et la même nature ; c’est de wana qu’il est considéré se rapprocher le
plus, bien qu’ayant des feuilles différentes et un tronc plus grand [ effectivement les familles
des Sterculiacées et des Malvacées sont proches ] : bol (ce terme signifie « épais » mais il
pourrait s’agir d’un homonyme).
= Hibiscus tiliaceus, Malvaceae (fig. 58).
Arbre ayant des feuilles et des pousses semblables au précédent [ en fait ses feuilles sont
peltées contrairement à celles de bol mais nous l’avons déjà remarqué à propos des
Colocasia ce caractère n’est pas souligné par les Bunaq ; la forme et la nervation des feuilles
Source : MNHN, Paris
242
CLAUDINE FRIEDBERG
ont une allure très proche (comparer les fig. 58 et 59) ] ; l’écorce, les fleurs et le tronc sont
différents : obuk
= Macaranga tanarius, Euphorbiaceae.
Les branches de cet arbre que nous avons déjà signalé en 17.8.1 dans les hôtel deu goq
servent à faire les chevrons des toits.
21.11 Même forme de feuilles que la plante précédente mais plus petites ; même type de tronc :
subeteq «sein court»
En fait il existe deux types de plantes portant ce nom ; l’une est une liane que nous avons
vue en 6.2.1.1 :
21.11.1 subeteq mun
= Stephania japonica var. timoriensis, Menispermaceae, det. Forman,
[ la feuille de cette liane est effectivement peltée comme celle de obuk ].
L’autre est l’arbre dont il est question ici :
21.11 subeteq hôtel
= Omalanthus novoguineensis, Euphorbiaceae,
[ il a des feuilles dont la forme est très proche de celle de subeteq mun avec une base plate et
un sommet acuminé, qui peut évoquer un sein mais ce ne sont pas des feuilles peltées (voir
fig. 60 et 61)].
21.12 Petit arbre ayant les mêmes feuilles qu’obuk mais un tronc différent : il n’est pas droit, il est
poilu et jaune : puait gie lamaq « assiette de puan »
= Melanolepis multiglandulosa, Euphorbiaceae.
[ Nous avons déjà rencontré cette espèce en 17.6.8 dans les bois de construction sous le nom
de bwil. Cet arbuste peut en effet prendre des aspects différents selon son âge et le lieu où il
pousse. On signale dans la Flora of Java que ses feuilles peuvent avoir de 6 à 35 cm de large.
C’est quand un exemplaire a des feuilles très grandes « comme des assiettes » qu’il prend le
nom de puan gie lama].
21.13 Arbre proche du précédent : même couleur, mêmes poils et même type de pétiole ; mais ses
feuilles sont plus pointues :
21.13.1 laq kawaq belis «blanc»
= Vitex pubescens, Verbenaceae.
Cet arbre figure dans les arbres utilisés dans la construction en 17.3.6 [j ’avoue ne pas voir
ce que les Bunaq trouvent de commun entre cette espèce et la précédente].
Il existe une autre forme de laq kawaq :
21.13.2 laq kawaq guzu «noir»
= Euodm glabra, Rutaceae que j’ai aussi recueilli sous le nom de taie zon (voir en 26.8.2.3).
Il faut d’ailleurs signaler que laq kawaq quzu est considéré comme proche de taie zon
buleqen un Vitex que l’on trouvera en 26.8.2.2
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
243
22 Ensemble d’arbres proches de zoqu et de ziek
Leurs caractères communs sont la même nature chaude et le même type d’odeur.
22.1 zoqu
22.1.1 zoqu (sans déterminant);
c’est celui-ci qui est proche de ziek
= Litsea glutinosa, Lauraceae, det. Kostermans.
22.1.2 zoqu zon
= Actinodaphne sp., Lauraceae, det. Kostermans.
22.2 ziek
22.2.1 ziek (sans déterminant) ;
c’est celui qui est proche de zoqu
= Pittosporum moluccanum, Pittosporaceae.
Certains informateurs m’ont déclaré qu’il existe deux sortes de ziek :
22.2.2 ziek belis « clair »
22.2.3 ziek guzu « foncé »
En fait, d’après les botanistes, ces différences de couleur seraient dues à l’altitude : ziek est
clair à Abis et foncé au-dessus de Dirun ; mais dans les deux cas il s’agit de la même espèce
qui est d’aspect très variable.
22.2.4 ziek zon « sauvage »
= Psychotria du groupe montana, Rubiaceae.
22.3 Arbre ayant les mêmes feuilles que zoqu mais son écorce est brune alors que celle de zoqu est
jaune-vert ; sa tige se casse facilement alors que celle de zoqu est souple et plie sans casser
(mail) : tuzul « fragile »
= Litsea timoriana Lauraceae, det. Kostermans.
22.4 Arbre proche de tuzul par la tige et la couleur des feuilles mais la forme de ces dernières est
différente :
22.4. 1 sulu pana « cuillère-en-noix-de-coco femelle » ou sulu belis « blanc »
= Ardisia sp., Myrsinaceae.
22.4.2 Proche du précédent par la forme des feuilles et l’allure de la tige mais sa nature (unuq) est
différente : sulu mone « masculin » ou sulu guzu « noir »
= Magnoliaceae que je n’ai pu identifier.
22.5 Arbre ayant la même odeur et le même type de feuilles ; les fruits sont différents : zo
= Mangifera indica, Anacardiaceae, le manguier.
Nous verrons dans l’ensemble hôtel goq gia, celui des arbres fruitiers, les différentes variétés
de mangues.
Source : MNHN, Paris
244
CLAUDINE FRIEDBERG
23 Ensemble de trois petits arbres, itil, ai malu lai et maqu guzu
Les Bunaq les rapprochent deux à deux sans en donner les caractéristiques générales voir
fig. 40).
23.1 itil
= Wrightia pubescens, Apocynaceae
Nous avons déjà rencontré cet arbre dans l’ensemble des plantes à latex en 14.5 et nous le
retrouverons en 25 dans l’ensemble des plantes à fruits laineux.
Cependant la formation de ces fruits est souvent gênée par les vers qui s’y développent
donnant ensuite naissance à des mouches si bien que cet arbre est souvent considéré, en
particulier dans les textes littéraires, comme la mère des mouches.
Mais la déformation subie par ces fruits fait qu’ils deviennent méconnaissables ce qui
facilite sans doute la confusion que j’ai pu observer entre cette espèce et une autre qui n’a
botaniquement aucun rapport et que j’ai aussi recueillie sous ce même nom :
Mussaenda frondosa Rubiaceae.
Curieusement j’ai pu constater en identifiant les échantillons recueillis par B. Cla-
magirand que les Ema, voisins des Bunaq, font la même confusion entre les deux
plantes.
23.2 Arbre considéré comme ayant la même disposition des feuilles et la même écorce mais
ayant des fruits différents et n’entrant pas dans la catégorie des arbres à latex :
ai malu lai « arbre donneur-de-femmes poser » ; en fait cette expression est une
déformation du nom donné par les Tetun à cette espèce : ai manu loin « arbre coq
queue » [ sans doute parce que cette appellation tetun ne semble pas motivée par l’aspect
de la plante]
= Atalaya salicifolia, Sapindaceae, det. Leenhouts.
23.3 Arbre ayant le même type de feuilles mais un tronc plus grand et une écorce claire :
23.3.1 maqu guzu «noir»
= a) Elattostachys sp. Sapindacae, det. Leenhouts
b) J’ai aussi recueilli sous ce nom une Rutacée ayant des feuilles ressemblant à celles
d’une Sapindacée : Glycosmis sapindioïdes.
Mais ayant recueilli d’autres Sapindacées appelées laqu guzu, les informateurs ont
fait une nouvelle distinction entre une forme pana et une forme mone :
23.3.1.1 maqu guzu pana «féminin»
= Elattostachys sp.
[ La même espèce est appelée ai maqu par les Ema. ]
23.3.1.2 maqu guzu mone
= Arytera sp., Sapindaceae, det. Leenhouts
mais j’ai aussi recueilli cette espèce sous le nom de maqu belis, et aussi de tie gotok (voir
38.1).
J’ai également récolté d’autres espèces sous le nom de maqu belis ; mais ce ne sont pas
des plantes qui entrent dans ce petit ensemble :
23.3.2 maqu belis «blanc»
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
245
23.3.2.1 maqu belis mone «masculin»
= Mischocarpus sp. Sapindaceae, det. Leenhouts.
23.3.2.2 maqu belis pana
= Micromelum minutum, Rutaceae,
un arbre que j’ai surtout recueilli sous le nom de hôtel tie gio « arbre fiente de poule » que
l’on trouvera en 26.10
[ Il faut remarquer que tous ces arbres et arbustes appelés maqu ont des feuilles pennées. ]
Source : MNHN, Paris
246
CLAUDINE FRIEDBERG
24 Titiq ual «parer ployer»
Cette expression est formée de deux verbes caractérisant les gestes que l’on accomplit pour
préparer des fibres végétales à partir du liber qui est à l’intérieur de l’écorce de certaines plantes ou à
partir de l’intérieur de certaines palmes ; en fait dans la plupart des cas, on ployé d’abord pour
arracher ensuite.
Elle désigne ici l’ensemble composé par toutes les espèces à partir desquelles on peut
confectionner des liens, après préparation, à l’exclusion de celles dont on utilise la tige en entier sans
autre aménagement et que l’on a examiné dans l’ensemble 6 celui des mun. Cependant nous
retrouverons ici certaines de ces mun dont seul le liber est utilisé. Selon la nature des plantes entrant
dans cette catégorie, on peut la partager en plusieurs sous-groupes :
24.1
Plantes à latex
Ce sont des plantes que nous avons déjà rencontrées dans l’ensemble 14 hôtel susuqil
des arbres à latex.
24.1.1
Grands arbres
24.1.1.1
À latex pas très épais : pur apa gepal « oreille de buffle »
= Ficus drupacea, Moraceae
Cet arbre figure sous le n° 14.1.1.2.4.1 dans l’ensemble hôtel susuqil et sous le n° 16.1.5
dans l’ensemble hôtel il bul des arbres qui attirent l’eau.
Les autres arbres dont le nom est composé à partir du terme de base pur n’entrent pas
dans la catégorie titiq ual.
24.1.1.2
Arbre à latex très épais : tau
= Ficus racemosa, Moraceae
Cet arbre figure sous le n° 14.1.2.1.1 dans l’ensemble hôtel susuqil et sous le n° 16.3
dans les hôtel il bul.
24.1.2
Plante plus petite : ukaq masaq
= Calotropis gigantea, Asclepiadaceae
Cette plante figure sous le n° 14.2.2.1 dans l’ensemble hôtel susuqil et nous la
trouverons dans l’ensemble 32 des plantes à graines laineuses.
Les autres plantes désignées par le terme de base ukaq et d’autres déterminants
n’entrent pas dans l’ensemble titiq ual.
24.2
Plantes donnant un même type de lien (mun)
24.2.1
Arbres ou arbustes
24.2.1.1
bol
— Hisbiscus tiliaceus, Malvaceae
Cet arbre a déjà été signalé en 21.9
24.2.1.2
wana
= Melochia umbellata, Sterculiaceae
Cet arbre a déjà été signalé en 17.7.1 et en 21.5.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
247
24.2.1.3 goq zon «coton sauvage»
= Gossypium sp., Malvaceae
24.2.2
Il s’agit sans doute d’un Gossypium, de grandes dimensions, que l’on trouve dans les
friches ; malheureusement le seul échantillon que je possède m’a été apporté peu de
temps avant la fin de mon dernier séjour et il est sans fleur.
Petites plantes dont la nature de la « peau » est semblable ; le terme utilisé ici est giwiq
et non getiq « écorce » peut-être parce que la plante se « dépouille » comme un animal
dont on peut utiliser le cuir : giwiq gie unuq uen uen (mot à mot : « sa peau posséder
nature un un ») :
24.2.2.1
kibu
24.2.2.1.1.
À feuillage foncé :
24.2.2.1.1.1
kibu guzu « noir »
= Urena lobata Malvaceae
24,2.2.1.1.2
À fruit plus gros : kibu guzu sael gio « crotte de porc »
= Malvastrum coromandelianum, Malvaceae.
24.2.2.1.2
À feuillage clair : kibu belis « blanc »
= Sida rhombifolia, Malvaceae.
24.2.2.1.3
N’est pas utilisé pour faire des liens et n’entre donc pas dans cet ensemble. On dit que
les êtres de l’au-delà s’en servent pour enfiler les morceaux de viande en brochettes :
kibu si gusuk « viande enfoncer »
= Sida acuta, Malvaceae.
24.2.2.1.4
De grande taille :
24.2.2.1.4.1
kibu apa « grand »
= Triumfetta pilosa var. suffruticosa, Tiliaceae det. Meyer.
24.2.2.1.4.2
Avec de grandes fleurs :
24.2.2.1.4.2.1
kibu apa giral « œil »
= a) Abutilon sp., Malvaceae
b) Hibiscus sp., Malvaceae.
24.2.2.1.4.2.2 kibu apa giral goq guzu «pupille noire
24.2.2.2
= Hibiscus surattensis
bulis gigo (bulis est le nom d’un oiseau et gigo signifie bec)
= Fatoua pilosa, Moraceae.
24.2.2.3
bulu guq «pie déterrer» ou «pousser»
= Melochia corchorifolia, Sterculiaceae.
24.2.2.4
bulu gupun « gorge de pie »
= Corchorus olitorius, Tiliaceae, le jute.
Je l’ai récolté dans une friche à Weluli, mais il ne semble pas connu à Abis.
24.2.2.5
kali kabas cette expression n’a pas de sens mais vient peut-être du tetun tali kapas
« lien coton »
= Phaleria octandra, Thymelaeaceae
Source : MNHN, Paris
248 CLAUDINE FRIEDBERG
Nous avons signalé en 6.1.2.4 que cette plante est à Abis plutôt appelée lapulas, ce qui
est souvent confondu avec lapulos (voir plus bas en 24.4).
24.3 hak
= Corypha utan, Palmae
Ce palmier dont les feuilles sont utilisées pour confectionner des liens a déjà été
signalé en 13.1.4 dans les hôtel upan gutu, l’ensemble qui groupe palmiers et
bananiers.
24.4 lapulos mun « — » «liane»
Ici on a précisé mun pour qu’il n’y ait pas confusion avec Phaleria octandra que nous
venons de voir en 24.2.2.4
= Melodinus forbesii, Apocynaceae déjà signalé en 6.1.2.4.
24.5 sameq
[sans doute s’agit-il de sameq kara ].
= Pueraria phaseoloides, Leguminosae.
Cette liane figure déjà en 1.2.2.2.2 dans l’ensemble des tubercules (balo dik) et en 6.6
dans celui des mun « liane ». J’avais d’ailleurs signalé alors que l’on ne m’avait pas dit
de quelle autre mun sameq kara se rapproche ; peut-être est-ce parce que l’on ne peut
l’utiliser qu’après préparation.
24.6 talin
= Agave sisalana, Agavaceae, le sisal.
On le trouve quelquefois dans les haies surtout dans le Bas Lamaknen.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
249
25 Ensemble iu obot « Cordia Ehretia »
Ces deux arbres sont considérés comme très proches l’un de l’autre mais ne ressemblant à
aucun autre ; ils sont considérés comme l’habitat privilégié des chenilles et en particulier celles d’un
ver à soie (c’est la seule occasion où j’ai entendu parler de vers à soie à Lamaknen). Ce sont des
arbres très courants dans les friches.
[ Ces arbres appartiennent à la famille des Boraginacées. ]
25.1 iu «chenille»
= a) Cordia monoica,
b) Cordia dichotoma.
lu figure en 17.8.2 dans les bois de construction. Par contre on ne peut s’en servir comme
combustible pour la cuisine car il est censé attirer toutes sortes de chenilles et de vers.
25.2 obot
= Ehretia acuminata.
Source : MNHN, Paris
250
CLAUDINE FRIEDBERG
26 Kesi « arbustes »
Ce terme, nous l’avons vu à plusieurs reprises, signifie « arbuste » et nombreuses sont les
plantes que nous avons signalées dans les ensembles précédents et que les Bunaq considèrent comme
des kesi (voir fig. 40). Il m’a cependant semblé légitime d’accepter l’existence d’un ensemble kesi qui,
d’après les espèces que l’on y trouve, correspondrait plutôt à une catégorie écologique de plantes
ligneuses et d’arbustes de sous-bois. On peut en particulier remarquer que l’on n’y trouve aucune des
espèces signalées comme appartenant à la formation kesi mona qui s’installe dans les zones de brûlis
répétés où les grands arbres sont isolés et où l’on rencontre surtout des plantes épineuses que nous
trouverons dans l’ensemble 28 gobuq geruk «protubérance épines».
26.1 belebuq
= Deeringia amaranthoides, Amaranthaceae.
Cet arbuste dont la tige est sarmenteuse (dololain) a déjà été signalé dans l’ensemble des
mun en 6.3.1, mais il y avait nettement hésitation parmi les informateurs pour savoir dans
quelle catégorie le placer.
26.2 netis
= Tournefortia sarmentosa, Boraginaceae.
Cette plante aussi a été pour les mêmes raisons que la précédente signalée en 6.3.2 avec les
mêmes hésitations.
26.3 Zaq bouq (zaq n’a pas de sens ; bouq est le terme désignant la calebasse, Lagenaria
siceraria)
= Pouzolzia sp., Urticaceae.
26.4 Arbuste considéré comme très proche du précédent mais plus grand [ ils sont effectivement
d’allure très proche avec le même type d’inflorescence, mais des feuilles plus petites pour
Pouzolzia ] : pip bulot « chèvre » « barbe de maïs » ou « objets sacrés » ?
= Tréma orientais, Ulmaceae (cette plante figure déjà en 21.4).
26.5 zat pana «féminin»
C’est à cette occasion que l’on m’a signalé pour la première fois l’existence d’un zat pana
alors que l’on ne m’avait jusqu’à présent parlé que de zat sans déterminant. Zat figure en
21.3 et dans les bois de construction en 17.1.5
= Grewia sp., peut-être G. eriocarpa, Tiliaceae.
26.6 Arbuste ayant la même forme de feuille que le précédent mais de couleur différente : lekiki
= Buddleja asiatica, Loganiaceae
[les feuilles de cet arbuste sont blanches sur la face inférieure].
26.7 Arbuste ressemblant au précédent avec la même forme de feuille mais une couleur qui est
la même des deux côtés de la feuille : giri gios « veine du pied »
= Callicarpa sp., Verbenaceae.
26.8 taie (ce terme signifie «jolie», «élégante», mais il peut s’agir d’un homonyme).
Plusieurs plantes d’aspects différents m’ont été données sous ce nom et il a été difficile
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
251
26.8.1
26.8.1.1
26.8.1.2
26.8.2
26.8.2.1
26.8.2.2
26.8.2.3
26.9
26.10
26.10.1
d’établir combien il existe de taie et comment se font les distinctions à l’intérieur de la série.
En définitive, il semble qu’il y aurait une première différence entre taie loi qui regroupe les
espèces dont on mange les feuilles et taie zon qui regroupent celles que l’on ne mange pas.
Puis à l’intérieur de ces deux sous-séries, on distinguerait à nouveau des taie belis « blanc »,
guzu « noir » et buleqen « rouge ». Les incertitudes viendraient de ce que les termes loi et
zon ne figurent pas dans les noms donnés à chaque plante, et que de plus d’autres
déterminants sont aussi utilisés.
taie loi « bon »
taie loi belis « blanc » ou taie gol « petit »
= Claoxylon indicum, Euphorbiaceae, det. A. Shaw.
Cet arbuste est considéré comme proche de bol meta (21.2) qui effectivement est une plante
qui a le même type de feuilles et d’inflorescences [ elle appartient à la même famille ] mais
on ne me l’avait pas signalé dans l’ensemble auquel appartient cette plante.
Il semble que d’autres espèces de Claoxylon soient aussi appelées taie belis ou taie guzu.
taie loi buleqen « rouge »
= Acalypha wilkesiana, Euphorbiaceae, det. A. Shaw.
Cette plante originaire de Polynésie dont on mange les jeunes pousses est aussi appelée bui
titiq « têtard » ou par son nom tetun ai tameak ou encore taie ewi « d’homme blanc », ce
qui indique sans doute qu’elle a été introduite par les Chinois ou les Européens.
taie zon « sauvage »
taie zon (sans déterminant)
a) = Euodia glabra, Rutaceae mais j’ai aussi recueilli cette espèce sous le nom de laq
kawaq guzu (21.13.2) plante considérée comme proche de taie zon buleqen.
b) = Pavetta montana, Rubiaceae.
taie zon belis «blanc»
= Pavetta indica (s. 1.), Rubiaceae, cette plante est aussi appelée taie gol.
taie zon buleqen
= Vitex sp., Verbenaceae.
Certains informateurs plaçaient ici un arbuste considéré comme proche de taie zon [ mais
lequel ? ] et qui, à mes yeux, bien qu’appartenant à une toute autre famille, a plutôt l’allure
d’un Claoxylon [ même feuille allongée même type d’inflorescence ] ; il est vrai que dans la
Flora of Java on dit de cet arbuste : « très variable, est décrit sous plusieurs noms » :
hôtel ne solat « arbre tige forte » ou hôtel gol solat « arbre petit fort », ainsi appelé sans
doute parce qu’il est utilisé pour activer la fermentation du vin de palme :
= Allophylus cobbe, Sapindaceae det. Leenhouts.
Certains informateurs rapprochent de l’arbuste précédent un autre appelé hôtel tie gio guzu
« arbre fiente de poule foncé »
= a) Ce terme est le plus souvent donné à Micromelum minutum, Rutaceae, pour lequel les
Bunaq distinguent deux formes, qui botaniquement appartiennent toutes les deux à
cette même espèce :
hôtel tie gio guzu « noir »
Source : MNHN, Paris
252
CLAUDINE FRIEDBERG
26.10.2
hôtel tie gio belis « blanc »
Mais nous avons déjà rencontré cette espèce sous le nom de maqu belis pana en 23.2.2.2
= b) J’ai aussi recueilli sous ce nom une Sapindaceae : Lepisanthes rubiginosa det
Leenhouts.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
253
27 Hôtel sahe « arbre vert-jaune clair »
Appartiennent à cet ensemble des arbres et arbustes dont la principale caractéristique est la
couleur vert-jaune des feuilles, couleur que les Bunaq considèrent comme ornementale et attirant le
regard.
27.1 kai sahe
= Pisonia grandis, Nyctaginaceae.
C’est l’arbre le plus caractéristique de cet ensemble. Il s’agit de la variété à feuillage clair de
cette espèce qui a certainement été apportée par l’homme à Lamaknen ; il y en avait un au
bosok o op, l’autel collectif d’Abis, et un autre devant la maison du raja de Dirun à
Nuawaqin.
Ailleurs à Timor, je n’en ai vu qu’un autre devant la maison d’un chef ema. Cependant, le
Pisonia grandis est célèbre à Java ; en effet, c’est la fleur de cet arbre, wijaya kusuma, que le
Sultan de Solo devait posséder au moment de son couronnement et que l’on allait alors
cueillir en cérémonie sur des petites îles rocheuses au sud de Java. Pourquoi là, alors que le
Pisonia grandis est un arbre qui se cultive facilement ? À Bali, par exemple, où les feuilles
servent d’alimentation aux porcs, il est très abondant dans les cours des maisons, mais ces
spécimens que l’on reproduit par boutures ne portent jamais de fleurs. Il n’y aurait donc que
les spécimens sauvages qui porteraient des fleurs ; or cette espèce n’existerait à l’état
spontané que sur des côtes rocheuses, et sa reproduction paraît liée aux oiseaux. D’une part,
ce sont eux qui transportent les graines dont l’endocarpe collant se fixe sur leurs ailes ;
d’autre part, il semble que la plantule ne peut croître que dans un milieu calcaire et
phosphaté, comme celui de ces îlots rocheux et non habités où les oiseaux accumulent du
guano (Stemmerik, 1964).
D’après la carte de distribution de l’espèce dans la Flora Malesiana, le Pisonia grandis est
signalé à l’ouest de Timor mais le kai sahe est la variété à feuilles claires que l’on ne connaît
que cultivée et qui ne fleurit jamais. Il est donc difficile d’admettre que les exemplaires
existant à Lamaknen n’aient pas été plantés, même si maintenant il est interdit de le faire.
Notons cependant que Rumphius (1741-1755) et Merill (1917) en signalaient les difficultés
à bouturer ou marco ter cet arbre ce qui pourrait expliquer sa rareté en pays bunaq.
Le terme même de kai qui est le terme austronésien désignant l’arbre indique une provenance
étrangère. Cet arbre a été sans doute introduit à cause de l’aspect inhabituel de son feuillage ;
un prestige est toujours attaché dans la culture bunaq à tout ce qui est lumineux ou procure
de la lumière, que ce soit le miroir transporté dans les récits mythiques comme un objet
précieux, ou YAleurites moluccana dont le bois est utilisé pour le cercueil des nobles
uniquement. Il existe d’ailleurs dans les textes rituels ou mythiques une formule métapho¬
rique désignant les enfants de nobles et mélangeant expressions bunaq et tetun qui dit : biso
hali marna bin kai sahe, « semence de banian (en tetun) chique de bétel (en tetun) graine de
Pisonia grandis ».
27.2 pur ai laeq
= Ficus depressa, Moraceae
Ce Ficus n’existe pas à Lamaknen mais il y est connu justement en raison de sa couleur ; il a
été signalé dans les arbres à latex en 14.1.1.2.4.2.
27.3 un arbuste :
27.3.1 amadequ belis «clair»
Le terme amadequ apparaît dans les premiers épisodes mythiques pour désigner une plante
dont les feuilles sont utilisées pour nettoyer les nouveau-nés. Actuellement c’est le plus
Source : MNHN, Paris
254
CLAUDINE FRIEDBERG
souvent à un Solarium, d’origine américaine, maintenant très courant autour des villages et
ayant des feuilles duveteuses, que ce nom est donné. La plante indigène utilisée jadis et qui
appartient d’ailleurs à un genre très proche (certains botanistes les confondent) est distinguée
de l’introduite par le déterminant belis. C’est elle qui appartient à la catégorie hôtel sahe. [ Je
n’ai jamais recueilli d 'amadequ guzu ].
27.3.2 amadequ (sans déterminant) n’appartient pas à cette catégorie
= Solarium verbascifolium, Solanaceae.
27.4 Pour certains, un petit arbuste rencontré dans l’ensemble précédent en 26.10.1, se
rapprocherait A'amadequ belis :
hôtel tie gio belis « arbre fiente de poule clair »
= Micromelum minutum, Rutaceae.
[ Peut-être est-ce une espèce du même genre que j’ai recueillie sous le nom d 'ai loro marias, ce
qui signifie «arbre soleil chaud» en tetun].
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
255
28 Gobuq geruk « protubérances épines »
Cette expression désigne l’ensemble des plantes épineuses, mais on y trouve aussi un certain
nombre de plantes à « protubérance » ou « excroissance » plus ou moins importantes. Ce que les
Bunaq appellent gobuq peut correspondre aussi bien à ce que les botanistes appellent des
« excroissances bosselées », pouvant apparaître n’importe où sur les tiges, qu’à des « excroissances
adhérentes » plus ou moins pointues qui remplacent les stipules ; généralement seules les plantes
ayant des gobuq de cette dernière catégorie appartiennent à cet ensemble.
Toutes les plantes à épines ne font pas partie de cet ensemble ; en effet nous en avons déjà
signalées à plusieurs reprises que nous ne retrouverons pas ici. Remarquons de plus que le terme
heruk « épine » est employé ici à la 3' personne animé sans doute pour des raisons d’assonance avec
gobuq.
Les Bunaq ne distinguent pas vraiment de sous-ensembles parmi les plantes à épines mais ils
m’ont indiqué entre certaines d’entre elles des affinités dont j’essaierai de rendre compte le plus
exactement possible dans la présentation.
Je commencerai par les plantes que les Bunaq considèrent comme les plus représentatives de
cet ensemble et qui, dans les textes rituels et mythiques sont les plantes à épines utilisées pour les
rituels d’expulsion d’éléments néfastes ou sales : tilon et bau berek.
28.1 tilon «canine de chien» ainsi appelé sans doute à cause de la forme de ses épines.
= Ce terme de base s’applique à plusieurs espèces de Caesalpinia (Légumineuse)
épineuses se présentant sous une forme arbustive plus ou moins lianescente ou
sarmenteuse qui, d’après les descriptions botaniques, varie pour une même espèce. Les
Bunaq hésitent à les qualifier de mun dololain « liane sarmenteuse » ou de hôtel dololain
« arbre sarmenteux ».
Ils ajoutent que le tilon du mythe est le plus grand, appelé tilon asa (Asa est un nom de
personne), mais que l’on utilise pour les rituels d’expulsion une plante plus petite et plus
courante tilon lotu « court ». En fait, comme nous allons le voir, une espèce au moins,
sans doute selon son aspect qui varie avec le biotope, est appelée tantôt tilon asa tantôt
tilon lotu.
[Tous ces tilon ont été identifiés par Hattink, et les renseignements botaniques sont
extraits de sa révision des Caesalpinia malésiennes (Hattink, 1974). ]
28.1.1 tilon asa (nom de personne)
= a) Caesalpinia furfurea [ Bien qu’elle ne soit signalée que jusqu’à 250 m, j’ai trouvé
cette espèce à 1 000 m d’altitude. ]
b) C. pubescens [ Cette espèce dont on dit qu’elle est un arbuste, ou peut-être un arbre,
grimpant ou sarmenteux est signalée jusqu’à 700 m d’altitude. ]
28.1.2 tilon lotu «court»
= a) C. decapetala [ Signalé entre 100 m et 1 700 m. ]
b) C. pubescens
[ Ces trois Caesalpinia sont signalés comme ayant des épines recourbées. ]
28.2 bau berek (noms de personne)
= Capparis sepiaria, Capparidaceae, det. Jacobs
[Cette plante très épineuse dans les basses terres de Timor est presque inerme à
Lamaknen. ]
28.3 Plante considérée comme proche de tilon asa et, comme elle, qualifiée soit de mun
dololain, soit d’hotel dololain :
Source : MNHN, Paris
256
CLAUDINE FRIEDBERG
28.4
28.4.1
28.4.2
28.4.3
28.4.4
28.5
28.6
busa kuku, si l’on considère que cette expression est en bunaq, elle signifie : « chat couvre
chef» mais je me demande s’il ne vaut pas mieux la considérer comme tetun son sens
correspondant alors mieux à la description de cette plante épineuse : « griffe de chat ».
= j’ai recueilli sous ce nom plusieurs plantes épineuses appartenant à des familles
totalement différentes :
a) Acacia pennata, Leguminosae
b) Toddalia asiatica, Rutaceae
c) Capparis zeylanica, Capparidaceae, det. Jacobs.
[ Il semble qu’à Abis seule existe la Légumineuse ; cependant les informateurs étaient
d’accord pour donner le même nom à la Rutacée que l’on ne trouve qu’au-dessus de
1 000 m ; mais je dois ajouter que j’avais récolté cette dernière sur les pentes du Mont
Lakus sous le nom de busa kau.
Quant à la troisième espèce, je ne l’ai recueillie qu’une fois, à Weluli, et, d’après Jacobs,
ce serait une forme bien remarquable de ce Capparis que l’on ne trouve habituellement
que dans des zones plus basses et plus sèches. ]
Plante dont les épines sont considérées comme proches de celles de busa kuku :
siol
[Nous avons vu comment ce terme est actuellement appliqué à Lantana camara, une
Verbenacée américaine qui ne fut introduite à Timor qu’au début de ce siècle mais qui a
tant proliféré qu’elle est devenue une des plantes les plus communes des friches. C’est sans
doute les épines nombreuses et assez courtes de cette plante qui sont considérées comme
proches de celles d’ Acacia pennata. Cependant primitivement le terme siol était attribué
aux Rubus (ronces) que l’on trouve en altitude. ]
siol (sans déterminant)
= Lantana camara, Verbenaceae.
siol pana « féminin »
= Rubus moluccanus, Rosaceae [ espèce très polymorphe ], det. Kalkman.
siol zap mone « chien masculin »
= Rubus fraxinifolius, det. Kalkman.
siol mone « masculin »
= Secamone lanceolata, de la forme S. micrantha, Asclepiadaceae, cette dernière plante
n’est pas épineuse et ne peut faire partie de gobuq geruk.
Plante à gobuq considérée comme proche de bau berek : pisul « abcès »
= Bridelia ovata, Euphorbiaceae
[ Cet arbuste possède comme gobuq, des sortes d’excroissances (remplaçant des stipules)
pouvant atteindre 1,5 cm mais qui ne sont pas pointues à leur extrémité. Le
rapprochement que les Bunaq font entre lui et bau berek vient peut-être de sa taille, de la
forme des feuilles et surtout de ce que ces deux arbustes ont le même habitat].
heruk belis « épine blanche », ainsi appelé, dit-on, parce que c’est le seul arbre à épines
dont le tronc soit clair
= Maclura cochinchinensis, Moraceae
[ On peut remarquer que cette espèce signalée dans les flores comme ayant du latex ne
figure pas dans l’ensemble 14 des arbres à latex (hôtel susuqil). Il faut ajouter que cette
espèce décrite comme étant une liane dans la Flora of Java est considérée comme un petit
arbre par les Bunaq. D’ailleurs Meijer Drees (1951) le décrit comme un « arbuste parfois
grimpant ». ]
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ 257
28.7 Arbre considéré comme proche du précédent par ses épines, son écorce, son tronc et ses
fruits : dila hol « papaye pierre »
= Aegle marmelos , Rutaceae.
Nous avons signalé plus haut (p. 103) comment ce terme dila (proche d’ailleurs du mot
bila qui désigne Aegle marmelos en malais) a sans doute été transféré à la papaye lors de
l’introduction de cette dernière.
[ Malgré tous mes efforts, j’avoue ne pas avoir constaté les ressemblances que les Bunaq
établissent entre cet arbre et le précédent. ].
28.8 ai babi « arbre (en tetun) porc (en tetun) » (c’est le nom donné à Abis), ou heruk nuek
« épine sentir mauvais » (nom donné à Dirun)
= Zanthoxylum armatum, Rutaceae.
28.9 tie esul « ergot (de) coq »
= Meyna sp., Rubiaceae.
28.10 Considéré comme ayant les mêmes épines que la plante précédente :
ai loqok « arbre (en tetun) bleu-ciel » (c’est l’intérieur de la graine que les Bunaq
considèrent de cette couleur)
= Acacia farnesiana, Leguminosae.
[ Cette espèce est originaire d’Amérique mais elle semble avoir été introduite ancienne¬
ment. Ce que les épines de cette plante ont en commun avec celles de la précédente, c’est
que dans les deux cas il s’agit de stipules. ]
28.11 besak ou aralai (seul ce dernier nom serait véritablement bunaq ; besak est le terme utilisé
en pays tetun)
= Acacia leucophloea, Leguminosae.
28.12 gela
= Bombax ceiba, Bombacaceae.
Cet arbre figure en 17.6.4.1 dans les bois de construction (hôtel deu goq). Rappelons qu’il
existe un autre arbre portant le même nom de base, gela ewi ( Ceiba pentadra, le kapokier)
signalé en 17.6.4.2, mais à Lamaknen cette espèce n’est pas épineuse et ne figure donc pas
dans cet ensemble.
Ajoutons que dans les textes rituels et mythiques, l’arbre formant une paire avec gela est
bin (Tetrameles nudiflora, Dasticaceae) que les Bunaq associent dans le même type de
formation écologique.
28.13 Arbres comme le précédent bien que de moins grande dimension, ayant le même type
d’épines sur le tronc, le même type de bois (ils figurent dans le même sous-groupe de hôtel
deu goq en 17.6.6.1 et 2). Ils fleurissent à la même époque (juste avant la saison des pluies)
et ont des fleurs du même rouge éclatant ; mais la forme de leurs fleurs et celles de leurs
fruits sont différentes et le tronc de gela est plus droit : lawal
28.13.1 Celui qui est le plus grand, qui a les gousses les plus grandes et grosses et dont les feuilles
se mangent : lawal apa « grand » ou loi « bon »
= Erythrina orientalis, Leguminosae.
28.13.2 Celui dont les feuilles ne se mangent pas et qui est plus petit : lawal lotu « court » ou lawal
zon « sauvage »
= Erythrina microcarpa.
Source : MNHN, Paris
258
CLAUDINE FRIEDBERG
28.14
28.14.1
28.14.1.1
28.14.1.2
28.14.1.3
28.14.1.4
28.14.1.5
28.14.1.6
28.14.2
28.14.3
28.15
28.15.1
28.15.2
28.16
28.17
Arbres ayant le même type de feuilles, d’épines, la même nature de tronc et d’écorce mais
avec des fruits différents :
sabul
[ Ce terme désigne en principe un certain nombre d’agrumes cultivés (Rutacée) qui dans la
vie courante sont désignés, le plus souvent, par leur seul déterminant, le terme sabul étant
généralement réservé à l’orange douce. ]
sabul loi « bon »
= Citrus sinensis, l’orange douce.
sabul dambua [ dambua vient du terme djambua transporté par les Portugais et dont
l’origine est inconnue].
= Citrus maxima, le shadock.
sabul litiluli (nom de lieu en pays tetun)
= Citrus reticulata, la mandarine.
sabul mura
= Citrus sp. Qui a de très gros fruits mais peu de chair, très amer et que l’on n’utilise que
comme condiment.
sabul timor
= Je n’en ai jamais vu, ce serait une variété de Citrus sinensis.
sabul up « canne à sucre »
= Je n’en ai jamais vu mais ce serait une très grosse orange.
masin
= Citrus aurantifolia, le citron vert.
deloq [est apparenté au terme Tetun derok qui désigne les oranges, lui-même proche
de l’indonésien jeruk qui s’applique aux mêmes fruits].
= Citrus hystrix.
koke (ce terme signifie « sourd » mais sans doute est-ce un homonyme).
koke (sans déterminant)
= Flacourtia indica, Flacourtiaceae, det. H. Sleumer.
koke zon « sauvage »
= Bridelia stipulons, Euphorbiaceae, cet arbre non épineux n’entre pas dans cet ensemble
[je ne lui vois d’ailleurs que peu de ressemblance avec koke].
Plante considérée comme proche de koke par son tronc, ses feuilles, sa couleur, ses épines,
mais son fruit est différent : dumau [ ce nom est certainement dérivé du terme indonésien
delima qui désigne cette plante ; c’est le même qu’en sanscrit et il viendrait du persan
dulim la plante étant originaire de Perse].
= Punica granatum, Punicaceae, la grenade.
Arbuste considéré comme proche du précédent par ses feuilles et sa tige ; cependant il n’a
pas le même fruit et surtout il est sans épines, mais il a des gobuq [ en fait il peut avoir des
traces de stipules ou de feuilles qui laissent des protubérances sur les rameaux mais pas de
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
259
véritables excroissances pointues ; par contre ce petit arbre a des fleurs rouges comme
celles de la grenade] : akantaiq
= Woodfordia fruticosa, Lythraceae.
28.18 kaukeiq
= Ziziphus mauritiana, Rhamnaceae, le jujubier.
28.19 Plante considérée comme proche de la précédente : même couleur (gris argenté) et même
forme de feuille, même couleur jaune de bois ; cependant elle a un port différent, car cette
plante est une mun dololain « liane sarmenteuse », et des fruits différents bien que tous
deux comestibles :
mun tumel « liane argent » ainsi appelée en raison de la couleur de ses feuilles.
= Elaeagnus triflora, Elaeagnaceae
28.20 aq
Ce nom de base est attribué à plusieurs espèces de Solanum (Solanaceae) plus ou moins
épineuses ; quand la tomate a été introduite, en raison de sa ressemblance avec ces
Solanum dont elle est proche botaniquement, on l’a appelée aq lotu « courte » ou aq loi
« bon ». En fait traditionnellement, ce terme était utilisé pour distinguer les Solanum
comestibles et cultivés des autres.
28.20.1 À fruits ronds : aq apa huan «cœur de bœuf»
28.20.2 À fruits longs : aq kura «cheval»
Ces deux plantes entrent dans l’ancienne catégorie des aq loi
= Solanum melongena L., l’aubergine
[ Il s’agit d’aubergines à fruits verts qui sont plus ou moins épineuses ; certaines formes
poussent spontanément dans les friches. ]
28.20.3 aq zon « sauvage »
= a) Solanum torvum.
b) Solanum ferox.
J’ai recueilli un certain nombre de noms de aq zon mais malheureusement indépendam¬
ment des spécimens botaniques :
28.20.3.1 aq su «sein»
28.20.3.2 aq loqok « bleu-ciel »
28.20.3.3 aq zon lotu «court».
28.20.4 Plantes sans épine n’entrant pas dans cette catégorie et à fruits rouges : aq loi « bon » ou
aq lotu « court »
= Lycopersicon lycopersicum, la tomate.
28.21 koak gigo «bec de Philemon buceroides»
= Martynia annua, Pedaliaceae.
[ Dans cette plante originaire du Mexique et qui est courante autour de certains lieux
habités, ce que les Bunaq considèrent comme des épines sont les sortes de crochets qui se
trouvent à l’extrémité du fruit noir et dur. ]
28.22 ulu pegur
= Datura metel, Solanaceae.
Dans cette plante aussi ce sont les fruits qui portent des épines.
Source : MNHN, Paris
260 CLAUDINE FRIEDBERG
28.23 uluk «origine» (en tetun)?
= Barleria prionitis, Acanthaceae
Cette plante a déjà été signalée comme proche de moruk en 9.7.1.5 dans les plantes à
nœuds.
28.24 dau berek (noms de personne)
= Acanthospermum hispidum, Compositae.
28.25 ema tala « homme (en tetun) ? gong »
Ce terme de base désigne un certain nombre de plantes crassulantes épineuses que nous
avons déjà rencontrées dans le groupe des plantes à latex en 14.3.2
28.25.1 À fruits comestibles : ema tala pana « féminin » ou ema tala belak « disque »
= Opuntia sp., Cactaceae, le figuier de barbarie.
28.25.2 Sans fruits comestibles : ema tala mone « masculin » ou ema tala bolu « entier »
= Euphorbia barnhartii, Euphorbiaceae.
28.25.3 À tige lianescente : ema tala mun « liane »
= Neoalsomitra podagrica, Cucurbitaecae.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
261
29 Tinoq gie « appartenant au chaud »
Cette expression désigne un ensemble de plantes considérées comme chaudes. Ainsi que je l’ai
expliqué plus haut on n’y trouvera qu’une très petite partie des plantes que les Bunaq qualifient de
chaudes et qui ont été présentées dans la liste p. 65 ; de plus les raisons avancées pour expliquer leur
« appartenance au chaud » ne sont pas toujours les mêmes que celles fournies dans cette liste. En
effet, les plantes que les Bunaq classent dans cet ensemble y sont, non pas en raison de leur qualité
propre, mais dans la mesure où elles sont le signe d’un environnement chaud.
29.1 Plantes poussant dans des endroits chauds
29.1.1 ager, ce terme désigne également la chèvre dans la littérature orale mais on ne peut savoir
quel est son sens propre et son sens dérivé. Les rapports entre l’animal et la plante vient de
ce que celui-là mange celle-ci mais aussi, et surtout, disent les Bunaq, parce qu’on les
trouve tous les deux dans des lieux secs et chauds, là où on trouve également des chèvres.
Il faut remarquer qu’il n’y a que dans le Haut Lamaknen que cette plante est appelée ager ;
ailleurs elle est appelée ai tasik c’est-à-dire « plante de mer » en tetun. Elle est en effet très
abondante au bord de la mer. Mais, à Abis, comme nous allons le voir, ce dernier nom est
donné à une autre plante du même groupe.
29.1.1.1 ager (sans déterminant)
= Vitex trifolia, Verbenaceae, gatilier à trois feuilles.
[ Cette plante que l’on rencontre habituellement dans les zones marécageuses de bord de
mer vit, à Lamaknen, dans les déblais et alluvions des rivières. ]
29.1.1.2 ager zon «sauvage»
On peut trouver curieux de voir caractériser une plante de « sauvage » par rapport à une
autre qui l’est tout autant, peut-être est-ce parce qu’elle est moins commune et moins
abondante.
= Pluchea indica, Compositae, det. Koster.
[On peut se demander quel rapport les Bunaq établissent entre ces deux plantes qui
appartiennent à des familles tout à fait différentes. Leurs fleurs ont la même couleur bleu-
mauve, mais surtout ager zon pousse comme ager dans des lieux secs et peu fertiles. ]
29.1.2 ai tasik «arbre mer» (en tetun)
Ce nom de base est attribué à Abis à deux Labiées :
29.1.2.1 ai tasik (sans déterminant)
= Hyptis suaveolens
29.1.2.2 ai tasik belis «blanc»
= Salvia riparia.
Cette plante est aussi appelée kahaq zon, kahaq étant, nous allons le voir, le terme de base
pour Ocimum. Là où ai tasik désigne Vitex trifolia, Hyptis suaveolens est appelé kahaq zon
« sauvage » ou kahaq ai tasik ou kahaq tinoq « chaud ».
29.1.2.3 Considéré comme proche de ai tasik belis mais n’appartenant pas à cet ensemble :
hobuk ou u tais pata
= Leucas javanica, Labiatae.
Cette plante a déjà été signalée en 9.7.1.3 dans les plantes à nœuds.
Source : MNHN, Paris
262
CLAUDINE FRIEDBERG
29.1.3 kahaq
Ce terme désigne plusieurs espèces et variétés d'Ocimum, Labiatae, sans que je puisse
rapporter avec certitude un nom vernaculaire à une forme botanique. En effet les premiers
spécimens que l’on m’a montrés sous le nom de kahaq appartiennent soit à l’espèce
Ocimum americanum [ considérée par certains botanistes comme une forme à petite fleur de
O. basilicum, le basilic, et ayant une odeur plus camphrée que citronnée] soit à
O. tenuiflorum
Comme je m’étonnais que le même nom soit donné à tous les kahaq , on me donna des
spécimens portant des noms différents :
kahaq tinoq «chaud»
kahaq loi molo a « bon bétel manger » {kahaq étant considéré comme un succédané du
bétel)
kahaq duqut (duqut signifie « herbe » en tetun), qui est considéré comme le plus piquant. =
tous appartiennent à O. tenuiflorum.
Il y aurait aussi une variété appelée kahaq loi mami « bon sentir bon »
29.1.4 lekiki
= Buddleja asiatica (s. 1.), Loganiaceae.
Cette plante figure aussi dans l’ensemble des arbustes en 26.6
29.1.5 ukaq masaq
= Calotropis gigantea, Asclepiadaceae.
Cette plante figure aussi en 14.2.2.1 ; les autres espèces portant le même nom de base ne
figurent pas dans cet ensemble.
29.2 Plante qui en brûlant chasse les parasites du maïs : patal muk gomo
= Piper retrofractum, Piperaceae.
Cette plante figure également en 4.1.2.4 comme plante proche d’une sorte de Piper
apparentée au bétel : molo butoq (4.1.2.3). D’ailleurs cette dernière plante est aussi signalée
être brûlée pour chasser les parasites du maïs mais les Bunaq ne la font pas figurer ici. Il
faut ajouter que ager (29.1.1) et ai tasik (29.1.2) sont également utilisées pour le même
usage.
29.3 Plante qui empêche les autres de pousser : u lakar « herbe peste »
= Boerhavia erecta, Nyctaginaceae.
On peut s’étonner que cette plante soit la seule à être signalée ici alors que plusieurs autres
sont réputées empêcher tout végétal de croître à leur pied. On trouvera plusieurs de ces
plantes dans la liste donnée p. 65, mais là non plus la liste n’est pas complète puisque les
bambous n’y sont pas cités.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
263
30 Hôtel goq gia « arbre son fruit le manger » : les arbres fruitiers
30.1 goigaq
Ce terme vient du nom portugais de la goyave (goiaba ). Le goyavier est une plante d’origine
américaine qui s’est naturalisé et est très répandu dans les friches à Timor. Ce terme est
également appliqué à un autre arbre fruitier importé d’Amérique, la pomme cannelle, qui
pousse également à l’état subspontané, en particulier dans les haies.
30.1.1 Fruit à chair blanche : goigaq kakaq « cacatoès »
= Psidium guajava, Myrtaceae, la goyave.
30.1.2 Fruit à chair rouge : goigaq laku «cuscus (en tetun)»
= autre variété de l’espèce précédente.
30.1.3 Fruit différent et très mou : goigaq naka «boue»
= Annona squamosa, Annonaceae, la pomme cannelle.
30.2 kulo
On trouvera des renseignements sur ce terme qui désigne le jacquier, à propos du figuier
appelé kulo zon «jacquier sauvage» (14.1.2.2.4.1) arbre qui n’est pas un arbre fruitier et
entre dans l’ensemble des arbres à latex.
30.2.1 kulo (sans déterminant)
= Artocarpus heterophyllus, Moraceae, le jacquier.
30.2.2 kulo naka « boue » ou ai ataq
(ai « arbre », en tetun, je ne connais pas de sens à ataq)
= Annona muricata L., Annonaceae, le corossol.
30.3 zo
Ce terme est appliqué à toutes les variétés de mangue :
= Mangifera indica, Anacardiaceae.
Malheureusement je ne me suis trouvée qu’une seule fois à Lamaknen à la saison des
mangues et n’ai, à cette occasion, vu et goûté que peu de variétés de ce fruit ; la liste qui suit
est celle fournie par les informateurs. Les deux premières variétés sont les plus grosses et les
meilleures.
30.3.1 zo etvi «d’homme blanc»
30.3.2 zo ope « courge »
30.3.3 zo ari gol « petite pierre à aiguiser » ou zo debek « se métamorphoser »
30.3.4 zo tili gol « petit grelot » ainsi nommée parce que c’est une variété à petits fruits
30.3.5 zo supas guzu « (je ne connais pas de sens à supas) noir »
30.3.6 zo koak « Philemon buceroides »
30.3.7 zo up «canne à sucre»
30.3.8 zo koiq tal «un peu fendu?»
Source : MNHN, Paris
264
CLAUDINE FRIEDBERG
30.3.9 zo timur «est» (en indonésien).
30.4 sabul
Comme nous l’avons signalé en 28.14.1, ce terme employé seul désigne l’orange mais en
principe il est utilisé, accompagné d’un déterminant, comme terme de base pour plusieurs
agrumes ; cependant dans la langue courante les déterminants sont presque toujours utilisés
seuls.
30.4.1 sabul loi « bon »
= Citrus sinensis, Rutaceae, l’orange douce.
30.4.2 sabul dambua
= Citrus maxima, le shadock.
30.4.3 sabul litiluli (nom de lieu)
= Citrus reticulata, la mandarine
Je n’ai jamais vu les deux autres types d’oranges que l’on m’a indiqués :
30.4.4. sabul timur « est (en indonésien) »
30.4.5 sabul up « canne à sucre » ce serait une très grosse orange.
Les autres agrumes cités dans l’ensemble des plantes épineuses étant utilisés plus comme
condiments que comme fruits ne m’ont pas été cités dans cet ensemble.
30.5 leto gol « (nom de personne) petit »
= Ce nom de base est attribué à des petits arbustes du genre Maesa (Myrsinaceae) non
cultivés et à fruits comestibles :
30.5.1 leto gol pana «féminin» dont les fruits sont rouges et comestibles
= M. naumanniana et peut-être d’autres espèces du même genre.
30.5.2 leto gol mone « masculin » dont les fruits sont blancs et non comestibles.
Malheureusement les informateurs n’étaient pas d’accord sur l’attribution de ce nom à l’un
ou l’autre des spécimens récoltés et de plus les flores n’indiquent pas la couleur des fruits
pour les espèces du genre Maesa.
[ On peut remarquer que l’on ne trouve pas dans cet ensemble d’autres plantes sauvages que
nous avions pourtant signalées comme ayant des fruits comestibles comme siol, les ronces (28.4), mun
tumel, Elaeagnus triflora (28.9) ou koke, Flacourtia indica (28.15.1). En fait la plupart des arbres
fruitiers signalés ici sont cultivés (les agrumes, le jacquier ou les manguiers) ou introduits et devenus
plus ou moins subspontanés (les goyaves et les annones). ]
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
265
31 Uor, les légumes
Entrent dans cet ensemble les plantes herbacées sauvages ou cultivées fournissant des feuilles
pouvant être consommées en légumes, soit bouillies avec le maïs, soit revenues puis cuites à l’étuvée
pour accompagner le riz. À l’intérieur de cette catégorie les Bunaq effectuent des regroupements entre
certaines des plantes qu’ils considèrent comme proches. Les sous-groupes ainsi formés ne portant pas
de nom, je les ai moi-même appelés : les choux (ils ne sont cultivés que par quelques personnes), les
laiterons, les ombellifères odorantes (dont je n’ai trouvé que très peu d’exemplaires dans les jardins).
31.1 Les choux
31.1.1 sabi, ce terme signifie «clef» en bunaq mais il s’agit là certainement d’un homonyme, car
ce nom est nettement apparenté au terme malais sawi qui désigne la plante dans toute
l’Indonésie
= Brassica juncea, Cruciferae.
31.1.2 kobi, ce terme qui désigne le chou européen est dérivé du nom qu’il porte en portugais :
couve
= Brassica oleracea.
31.1.3 kol
C’est la forme pommée de l’espèce précédente introduite par les Hollandais et qui porte le
nom que lui donnent ces derniers.
31.2 Les laiterons
31.2.1 mape giri « pied de milan »
= Sonchus oleraceus, Compositae, le laiteron, det. Koster.
[ On peut remarquer qu’il ne figurait pas dans les plantes à latex. ]
31.2.2 gau lele «piler» «flotter sur l’eau»? ou homonyme?
= Gynura sp. Compositae, det. Koster.
31.3 Les ombellifères odorantes
31.3.1 morin
= Trachyspermum roxburghianum.
31.3.2 uor hur « légume Casuarina », ainsi appelé à cause de son feuillage léger qui peut, dans une
certaine mesure, se comparer à celui du Casuarina
= Foeniculum vulgare, le fenouil.
31.3.3 zala
= Anethum graveolens.
31.3.4 sop (sans doute le terme hollandais pour «jus»)
= peut-être Apium graveolens (le céleri), introduit par les Hollandais [je n’en ai jamais
trouvé ].
Source : MNHN, Paris
266
CLAUDINE FRIEDBERG
31.4 silikaqut «arracher coudre»
Ce nom de base est porté par plusieurs petites Composées herbacées qui figurent en 9.7.3.4.1
à 4, mais seule la première appartient à l’ensemble des légumes :
silikaqut loi « bon »
= Bidens pilosa, det. Koster.
31.5 lurun ou lorun
Ce terme désigne des plantes appartenant au genre Amaranthus (Amaranthaceae) qui
peuvent être soit sauvages soit cultivées et dont on consomme les feuilles quand la plante est
encore jeune.
Les Bunaq distinguent selon la couleur des feuilles ou le fait qu’elles sont sauvages les formes
suivantes :
lurun belis «blanc»
lurun buleqen «rouge»
lurun zon « sauvage »
= il s’est avéré difficile de faire correspondre des formes adultes $ Amaranthus avec les
formes juvéniles désignées par tel ou tel déterminant par les informateurs. Signalons qu’un
échantillon fructifié appartenant au groupe hybridus a été nommé lorun belis, mais rien ne
prouve que d’autres espèces ne soient pas consommées sous le nom de lorun par les Bunaq.
31.6 hozoq
= Lycianthes biflora, Solanaceae
Par la suite on m’a précisé qu’il s’agissait de hozoq belis « clair » sans me dire s’il existait
d’autres hozoq ; mais j’ai recueilli chez les Bunaq orientaux une plante appelée ozoq qui est le
Solanum nigrum, plante d’aspect très proche mais de couleur foncée.
31.7 kau ou kao miqit (Cette expression n’a pas de sens en bunaq mais il se peut que ce soit un
terme emprunté car la plante porte en ema un nom proche : kaumit )
= Portulaca oleracea, Portulacaceae, le pourpier.
31.8 kangkoq, ce nom est dérivé de kangkung utilisé en indonésien pour désigner cette plante.
= Ipomoea aquatica, Convolvulaceae, le liseron d’eau.
31.9 belebuq
= Deeringia amaranthoides, Amaranthaceae.
Cette plante sarmenteuse à tige plus ou moins lignifiée qui pousse dans les sous-bois figure en
6.3.2 dans l’ensemble des mun.
31.10 uor ewi « légume d’homme blanc », c’est ainsi que les Bunaq désignent le cresson qui est peu
fréquent dans la partie occidentale de Timor mais très couramment vendu sur les marchés de
la partie orientale
= Nasturtium officinale, Cruciferae.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
267
32 Goq gugul «fruit enrouler»
Le terme gugul qui signifie « rouler » ou « enrouler » désigne dans l’expression gugul hiliq
l’action de filer (hiliq, désigne les fibres en général). À cet ensemble appartient effectivement le coton
dont on peut faire un fil mais aussi d’autres plantes dont le fruit contient des fibres blanches qui sont
utilisées sans aucune préparation pour remplir des coussins et en particulier ceux que l’on place sur
les chevaux en guise de selle.
32.1 goq « fruit »
Ce terme est utilisé par les Bunaq pour désigner le cotonnier aussi bien que son fruit alors
que le fil est appelé baqi
= les Bunaq cultivent deux sortes de cotonnier qui appartiennent toutes les deux à l’espèce
Gossypium arboreum, Malvaceae.
32.1.1 À fleurs jaunes : goq loi « bon »
C’est celui qui est préféré pour faire les vêtements.
32.1.2 À fleurs rouges : goq apa «grand»
Dans l’ensemble titiq ual des plantes à tige fibreuse, nous avons rencontré en 24.2.1.3 un
autre goq :
32.1.3 Plante non cultivée :
goq zon « sauvage »
= Gossypium sp. dont je n’ai recueilli qu’un échantillon stérile.
32.2 gela
32.2.1 gela (sans déterminant)
= Bombax ceiba, Bombacaceae.
Cet arbre figure également en 17.6.4.1 et en 28.12.
32.2.2 gela ewi « d’homme blanc »
= Ceiba pentandra, Bombacaceae, le kapokier.
Cet arbre figure également en 17.6.4.2.
32.3 ukaq
32.3.1 ukaq masaq «grand»
= Calotropis gigantea, Asclepiadaceae
Cette plante figure également en 14.2.2.1 et 24.1.2 et en 29.1.5.
32.3.2 ukaq lotu
=. Asclépios curassavica, Asclepiadaceae
Cette plante figure aussi en 14.2.2.2.1.
32.4 itil
= Wrightia pubescens, Apocynaceae
Cette plante figure déjà en 14.5.
Source : MNHN, Paris
268
CLAUDINE FRIEDBERG
33 Taun gutu gie «indigo avec posséder»
C’est-à-dire « ce qui accompagne l’indigo ».
Appartiennent à cet ensemble d’une part l’indigo qui est cultivé et d’autre part des plantes
sauvages que l’on ajoute au bain de teinture. Mais nous n’y trouverons pas toutes les plantes faisant
partie des mélanges secrets que les femmes se transmettent de mère en fille pour obtenir une teinture
noire indélébile.
33.1 Taun (ce terme est nettement apparenté aux termes tarum ou taum utilisés dans l’Archipel
pour désigner l’indigo).
33.1.1 taun (sans déterminant)
= Indigofera sumatrana, Leguminosae.
Il existe d’autres plantes portant taun comme nom de base mais elles n’appartiennent pas à
cet ensemble :
33.1.2 taun lotu «court»
= Ammannia baccifera ssp. viridis, Lythraceae, det. R. van der Meijden.
33.1.3 taun zon «sauvage»
= Tephrosia zollingeri, Leguminosae.
Cette plante a déjà été signalée en 8.4 dans l’ensemble des plantes proches de iqi.
33.2 Hobuk
33.2.1 hobuk (sans déterminant)
= Leucas javanica Labiatae,
Cette plante figure déjà en 9.7.1.4 sous le nom de u tais pata et en 29.1.2.3 mais je ne suis pas
sûre qu’elle appartienne aussi à cet ensemble, ce qui est par contre le cas de la suivante :
33.2.2 hobuk zon « sauvage »
= Scutellaria discolor, Labiatae.
Cette plante est appelée taka tuqu « panier écraser » chez les Bunaq orientaux, mais je ne sais
pas pour quelle raison.
33.3 kalan ou kalain
— Phyllanthus reticulatus, Euphorbiaceae, det. A. Shaw
Cette plante est toujours utilisée pour préparer la teinture noire à l’indigo.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
269
34 Succédanés du bétel
Petit groupe de plantes utilisées pour remplacer le bétel dont la caractéristique est de rendre
les lèvres rouges.
34.1 Plante proche de kalan (33.3) :
marna bua « chique-de-bétel noix-d’arec (en tetun) » ou bua marna « noix-d’arec chique de bétel
(en tétun) »
= Breynia racemosa, Euphorbiaceae, det. A. Shaw, et peut-être B. cernua.
Il semble qu’il y ait confusion, chez certains informateurs, entre kalan et marna bua
34.2 netis
= Tournefortia sarmentosa, Boraginaceae
Cette plante figure également en 6.3.1 et 26.2
34.3 giri giqos « veine de pied »
= Callicarpa sp., Verbenaceae.
Cet ensemble ne comporte pas toutes les plantes signalées comme succédanées du bétel.
Source : MNHN, Paris
270
CLAUDINE FRIEDBERG
35 Ensemble de complaisance
Un certain nombre d’arbres ont été réunis en un ensemble par certains informateurs mais je ne
suis pas sûre que cet ensemble existe dans la pensée de l’ensemble des habitants d’Abis dans la mesure
où les similitudes reconnues entre ces différentes espèces sont assez disparates
Je les donne ici dans l’ordre fourni par les informateurs.
35.1 Bane
= Sterculia foetida, Sterculiaceae.
Cet arbre figure aussi en 17.6.1
35.2 Bin
= Tetrameles nudiflora, Datiscaceae.
Cet arbre figure aussi en 17.6.12
35.3 Gela
= Bombax ceiba Bombacaceae.
Cet arbre figure en 17.6.4.1, 28.12, 32.2.1
35.4 Dama
= Excoecaria virgata, Euphorbiaceae.
Cet arbre a été également signalé en 17.6.9
35.5 Pigen
= Sterculia urceolata, Sterculiaceae.
Cet arbre a aussi été signalé en 17.6.10
35.6 Bwil
= Melanolepis multiglandulosa, Euphorbiaceae.
Cet arbre figure aussi en 17.6.8
Au terme de cette liste, nous pouvons constater que tous ces arbres appartiennent au
même sous-groupe de bois de construction, le sous-groupe 17.6 des arbres dont on peut faire
des planches ; mais tous les arbres de ce sous-groupe ne figurent pas ici. Cette caractéristique
ne m’a pas été signalée dans les caractères rapprochant les espèces de cet ensemble comme on
pourra le constater dans le tableau suivant :
Tableau 20. — Ressemblances entre les plantes de l’ensemble 35.
Les éléments pris en considération sont cochés d’une croix ; un trait relie les croix des éléments considérés comme ayant une
ressemblance.
feuilles
écorce
fruit
tige
sève
bane
n +
+
+
TT+
bin
r+i
+
+T1
+
gela
U
+
fcrr
dama
+-
+
—+
pigen
+
+
-+
bwil
+
+-
+
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
271
36 Plantes n’entrant dans aucun ensemble mais considérées comme proches
d’une plante qui est intégrée dans l’un d’eux.
36.1 getal ges
= Smilax sp., Smilacaceae.
Cette plante, en raison de sa tige volubile épineuse est considérée comme proche, m’a-t-on
dit, de dik zulo laqa (Dioscorea esculenta ), une petite igname. Or si dik zulo figure bien en
1.2.1.1.2.1.1 on ne m’a jamais parlé d’igname portant ce nom.
36.2 huraq
= Equisetum sp., Equisetaceae, une prêle.
Ses tiges articulées sont considérées comme présentant une certaine ressemblance avec les
rameaux du Casuarina (hur) et pour cette raison porte un nom qui lui est apparenté.
Chez les Bunaq du Mont Lakus, l’allusion au Casuarina est encore plus nette puisque la
prêle y est appelée huq zemel « firmament de Casuarina ».
36.3 laka lorok (noms de personne)
= Mirabilis jalapa, Nyctaginaceae, la belle de nuit.
Cette plante d’origine américaine est considérée comme proche de ulu pegur ( Datura metel,
Solanaceae, 28.22) peut-être en raison de l’aspect de leurs fleurs.
36.4 loa gie tapil « base de flèche du serpent loa
= Asparagus racemosus, Liliaceae.
En raison de l’aspect de sa tige épineuse, cette plante est considérée comme proche de
Dioscorea hispida ( apa gie pii, 1.2.1.2.2).
36.5 Cas particulier : patal, le piment.
[ Actuellement c’est le piment, plante d’origine américaine mais introduite anciennement et
couramment cultivée, qui est considérée comme la plante caractéristique de la série patal.
Mais, comme nous l’avons signalé, son nom a été emprunté, et c’est sans doute le cas ailleurs
en Indonésie à Piper retrofractum que nous avons trouvé sous le nom de patal muk gomo
« piment des maîtres du sol » en 4.1.2.4 comme plante proche d’un autre Piper, le bétel, dans
l’ensemble des plantes parasites et épiphytes et, également, en 29.2 dans l’ensemble des
plantes chaudes. Or bien que le piment soit aussi une plante qualifiée de chaude, elle n’est
pas inclue, comme bien d’autres d’ailleurs, dans ce dernier ensemble qui a plutôt valeur
écologique. ]
Les Bunaq distinguent plusieurs sortes de piment :
36.5.1 Le piment ordinaire à petits fruits : patal lubu (Lubu est un nom de lieu situé au début de
l’itinéraire des ancêtres sur le « chemin chaud »).
= Capsicum frutescens, Solanaceae.
C’est le seul piment que j’ai recueilli mais il en existerait d’autres à fruits plus gros.
36.5.2 patal kenu
36.5.3 patal moko
Le fruit de ce dernier est rond.
N’ayant jamais vu d’échantillons de ces deux piments, je ne peux savoir s’ils appartiennent à
la même espèce que patal lubu ou à Capsicum annuum qui est aussi très répandu en
Indonésie.
Source : MNHN, Paris
272
CLAUDINE FRIEDBERG
37 Plantes ou séries de plantes n’appartenant à aucun ensemble
Comme je l’ai dit plus haut, pour aider la consultation de cet inventaire j’ai regroupé ces
plantes en « arbres », « petits arbres », « herbes » et « lianes ». À l’intérieur de chacune de ces sous-
catégories, les plantes sont présentées par ordre alphabétique.
37.1 Hôtel «arbres»
37.1.1 ai dawan «arbre (en tetun) des Dawan »
= Schleichera oleosa, Sapindaceae.
Cet arbre n’existe pas dans le Haut Lamaknen mais il est bien connu de tous les Bunaq
car très courant dans les basses terres où chacun est allé pour une raison ou une autre.
II semble que son nom vienne du fait que son amande est utilisée par les Dawan de la
même façon que celle du bancoulier par les Bunaq pour fabriquer des chandelles qui
étaient jadis le seul moyen d’éclairage.
37.1.2 barut
= Aleurites moluccana, Euphorbiaceae, le bancoulier.
Le refus d’intégrer cet arbre dans un ensemble a été clairement exprimé par tous les
informateurs d’Abis que j’ai interrogé à ce sujet. Cet arbre est parfois très abondant
autour des habitations sans que l’on puisse véritablement le considéré comme cultivé.
37.1.3 hôtel ewi «arbre d’homme blanc»
= Mallotus philippensis, Euphorbiaceae.
Cet arbre est connu de tous les Bunaq du Haut Lamaknen car il y en a parmi les arbres
qui entourent les places de réunion (mot) à Abis et à Lakmaras et dans les bois qui
entourent les tas (bourg) de ces deux villages. Mais je n’ai jamais rencontré cet arbre dans
les forêts d’altitude ou dans les formations secondaires qui poussent sur les terres de
pâture (bula).
37.1.4 ili goru « (nom de personne) pendre »
Nous avons signalé que ce nom de plante qui, dans les mythes, symbolise le froid et la
pluie qui régnent sur les hauteurs est en principe attribué à un arbre que la plupart des
Bunaq de Lamaknen n’ont jamais vu car il ne pousse pas sur leur territoire mais à une
altitude plus élevée, sur les pentes du Mont Lakus
= Podocarpus imbricatus, Podocarpaceae.
Mais actuellement c’est à des mousses que ce nom est attribué. Aucune de ces plantes n’a
été signalée comme appartenant à un ensemble.
37.1.5 maqut
= Moringa pterygosperma , Moringaceae.
Cet arbre dont les feuilles et les gousses sont comestibles est très couramment cultivé chez
les Ema, comme dans d’autres régions d’Indonésie, mais très rare à Lamaknen.
37.1.6 nenuq
37.1.6.1 nenuq (sans déterminant)
= Morinda citrifolia, Rubiaceae.
Cet arbre cultivé dont les racines sont utilisées pour obtenir la teinture rouge-brun
(monik) des vêtements, n’est rapproché d’aucune autre plante que la suivante qui porte le
même nom de base.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
273
37.1.6.2
37.1.7
37.1.8
37.1.8.1
37.1.8.2
37.2
37.2.1
37.2.1.1
37.2.1.2
37.2.2
37.2.2.1
37.2.2.2
37.2.3
37.2.4
37.2.5
nenuq zon « sauvage »
= Wendlandia glabrata, Rubiaceae, det. Bakhuizen.
niel
= Timonius timon, Rubiaceae.
turul
turul (sans déterminant)
= Santalum album, Santalaceae, le santal.
Voici encore un arbre ayant une grande importance dans la vie des Bunaq et dont ils
disent qu’il ne se rapproche d’aucune autre plante sauf de la suivante :
turul zon « sauvage »
= Elaeocarpus sp., Elaeocarpaceae.
Hôtel gol « petits arbres »
alul
alul (sans déterminant)
= Jatropha curcas, Euphorbiaceae, médicinier ou ricin d’Amérique.
Certains Bunaq classent cette plante très courante, en particulier dans les haies, avec le
ricin ( malaka ) et le bancoulier ( barut ) dans un ensemble « plantes à graines huileuses ».
alul zon (sauvage)
= Jatropha gossypifolia.
kopi (c’est le terme indonésien)
kopi (sans déterminant)
= Coffea sp., Rubiaceae, le café.
Les Bunaq de Lamaknen ne cultivent le café qu’en quantité très limitée dans les endroits
propices, généralement sous l’ombrage des arbres entourant les bourgs (tas) ou hameau
(Ion).
Ils cultivent aussi bien du C. canephora que du C. arabica,
kopi zon « sauvage »
= Psychotria montana (s. 1.), Rubiaceae.
J’ai aussi recueilli un Psychotria du même groupe (mais je ne sais pas si c’est la même
espèce) sous le nom de ziek zon (voir en 22.2.4).
malaka
= Ricinus commuais, Euphorbiaceae.
[Mêmes remarques que pour alul (37.2.1)].
nuka giral bulu « (nuka désigne-t-il ici l’ulcère tropical ou est-ce un homonyme ?) œil de
pie », ou hôtel nuka
= Clerodendron sp., Verbenaceae.
pe gebuzel « anus enflé »
= a) Clerodendron sp., Verbanaceae [je ne sais s’il s’agit ou non de la même espèce que
la précédente car les échantillons ne sont pas complets].
= b) Leea indica Leeaceae.
Source : MNHN, Paris
274
U : plantes herbacées.
CLAUDINE FRIEDBERG
37.3
37.3.1
37.3.2
37.3.2.1
37.3.2.2
37.3.3
37.3.4
37.3.5
37.3.6
37.3.7
37.3.8
37.3.9
aruda
= Ruta angustifolia, Rutaceae.
Cette plante qui porte son nom malais, lui-même apparenté à son nom européen, est très
rarement cultivée à Lamaknen.
bako, ce nom est visiblement une abréviation de tembako, le terme désignant le tabac en
malais, terme lui-même transmis par les Portugais.
bako (sans déterminant)
= Nicotiana tabacum, Solanaceae, le tabac.
Il est cultivé surtout pour être chiqué avec le bétel.
bako zon «sauvage»
= Blumea balsamifera Compositae.
[ Cette composée a en effet de grandes feuilles ressemblant à celles du tabac. ]
gonor talak « feuille digitée »
= Hibiscus sp., Malvaceae.
Cette plante porte à la fois des fleurs blanches et des fleurs bleues. Les premières sont
portées dans leur ceinture par les femmes enceintes pour avoir des filles et les secondes si
elles veulent des fils.
hari diru (cette expression n’a pas de sens)
= Bégonia sp., Begoniaceae
C’est une espèce que l’on trouve sur le territoire d’Abis mais uniquement dans le bois
d’altitude très humide qui s’étend autour de l’ancien tas de Railuli.
kaluk geri « kaluk à lui fixer », c’est-à-dire « ornement de kaluk », sans doute appelé ainsi
parce que les feuilles de cette plante crassulante et épiphyte sont rondes et rappellent ainsi
les pièces d’argent que l’on colle sur les sacs que les hommes portent en bandoulière.
= Dischidia sp., Asclepiadaceae
[ On peut s’étonner que cette plante n’ait pas été citée en même temps que salin gol (4.2.9)
dans l’ensemble des plantes épiphytes et parasites. ]
kowenter (vient du portugais cuentro, alors que le terme malais pour désigner cette plante
est ketumbar)
= Coriandrum sativum, Umbelliferae, le coriandre.
Il en existe très peu dans les jardins du Haut Lemaknen.
mi selek (d’après les informateurs, cette expression n’a pas de sens bien que selek signifie
« source »)
= Plumbago zeylanica, Plumbaginaceae
Cette plante considérée comme très vésicante et que nous avons rencontrée parmi les
espèces qualifiées de chaudes n’est inclue dans aucun ensemble, elle est appelé aussi uor
hoto « légume feu ».
sili hatuq
= Potomorphe sp., Piperaceae.
[ Comme pour hari diru (37.3.4), je n’ai trouvé cette plante, d’origine américaine, que dans
le bois du tas de Railuli. ]
usik guloq « queue de crocodile » (en indonésien cette plante est appelée « langue de
crocodile »)
= Aloe sp., Liliaceae.
Cette plante existe en très peu d’exemplaires dans les jardins de Lamaknen.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ 275
37.3.10 zi goral «pénis de serpent»
Cette expression désigne plusieurs plantes ayant une inflorescence en épis ou racèmes
allongés et dont les fruits ont des crochets ou des épines qui s’accrochent aux vêtements :
37.3.10.1 zi goral belis «blanc»
= Achyràntes aspera, Amaranthaceae.
37.3.10.2 zi goral guzu
= Stachytarpheta cayennensis
[ Cette plante très envahissante sur les friches et d’origine américaine a trouvé sa place
dans cette série de mauvaises herbes. ]
37.3.10.3 zi goral buleqen lotu «rouge court»
= Cyathula prostata, Amaranthaceae.
[ Je n’ai pas dans ma collection de zi goral buleqen masaq ou apa « grand ». ]
Il semble qu’à Abis, seule l’expression zi goral soit utilisée pour désigner ces plantes alors
qu’ailleurs on emploie aussi l’expression zi gup « langue de serpent » ; j’ai pu ainsi
recueillir sous ce nom les échantillons suivants :
zi gup mila « esclave »
= Cyathula prostata
zi gup rato « chef »
= Achyràntes bidentata et A. aspera.
37.3.11 zul ginup «nez de rat»
= Dicliptera javanica, Acanthaceae.
37.4 mun : les plantes à tiges volubiles.
37.4.1 mun gol lokodaik « petite liane » (loko est un nom de personne mais je ne connais pas de
sens à daik)
= sans doute un Rhynchosia, Leguminosae.
37.4.2 telik
= Clitoria ternatea, Leguminosae.
Pour ces deux plantes, on peut supposer que c’est un oubli si elles n’ont pas été signalées
comme faisant partie du sous-groupe mun gol de l’ensemble mun.
Source : MNHN, Paris
276
CLAUDINE FRIEDBERG
38 Plantes n’appartenant à aucun ensemble mais qui ont déjà été signalées en
raison de confusion ou de contradiction dans leur identité avec des plantes
figurant dans ces derniers
38.1 tie gotok «foie de coq»
= a) Dysoxylum sp., Meliaceae
b) Arytera sp., Sapindaceae figure aussi sous le nom de maqu guzu mone en 23.3.1.2.
38.2 wauq
= Pometia pinnata, Sapindaceae.
wauq lotu «court»
= Brucea javanica, Simaroubaceae signalé à propos de tewe goq en 19.2
38.3 to bau
= Alyxia sp., Apocynaceae.
Nous avons vu en 5.1.2.4 comment cette expression est à Abis appliquée à une autre
Apocynacée Iianescente : Melodinus forbesii.
J’ai de plus recueilli une plante dont on m’a dit qu’elle était proche de to bau :
38.4 uer gagar « bouche de marmite »
= Embelia sp., Myrsinaceae
Mais en fait cette espèce a un aspect qui se rapproche plus de celui de Melodinus forbesii que
d 'Alyxia.
Certains nomment cette plante pâte mone et la rapproche de liqu sans préciser lequel.
Source : MNHN, Paris
LE SAVOIR BOTANIQUE DES BUNAQ
277
39 Plantes portant un nom en bunaq mais inconnues des habitants d’Abis
Il ne s’agit pas de donner ici toutes les plantes qui portent un nom en bunaq, car je n’ai pas
parcouru tout le territoire où cette langue est parlée et que, même dans les zones où je suis passée, je
n’ai pas récolté systématiquement toutes les plantes mais uniquement les spécimens identifiables,
c’est-à-dire portant des inflorescences au moment de mon passage, ou ceux dont le nom m’était
spontanément fourni par les personnes qui m’accompagnaient. La liste qui va suivre n’est donc
fournie qu’à titre indicatif et pour mieux situer les connaissances que les habitants d’Abis ont du
monde végétal. Les plantes qui vont être citées ne poussent pas sur le territoire d’Abis ou y sont très
rares. Cependant je rappelle que d’autres plantes, bien qu’également absentes de ce territoire, parce
qu’elles portent des noms de bases connus, ont été signalées en même temps que les autres espèces
portant ce nom.
39.1 Plantes récoltées sur le territoire de Dirun c’est-à-dire sur les hauteurs qui sont au pied du
Mont Lakan autour de Dirun ou dans la vallée de Weluli.
39.1.1 bua moras «fruit (en tetun) rouge (en tetun)»
= Morus australis, Moraceae, un mûrier.
Je n’en ai jamais vu à Lamaknen qu’un seul exemplaire, celui qui était dans le jardin du raja
de Dirun qui était à fruit pourpre foncé.
39.1.2 horep
= Picrasma javanica, Simaroubaceae.
39.1.3 hôtel suqil «arbre lait»
= Palaquium obovatum, Sapotaceae, l’arbre à gutta.
Je n’en ai recueilli qu’un seul échantillon incomplet à Weluli. D’après les ouvrages de
Meijer Drees (1951) et Hildebrant (1953), ce genre semble peu répandu à Timor.
39.1.4 km naki « arbre appeler de la main »
= Canscora diffusa, Gentianaceae, det. Bakhuizen.
C’est une petite plante à feuillage fin que j’ai recueillie dans les rizières de Weluli. Mais nous
avons vu que ce même nom est aussi donné à Ficus superba, aussi appelé pur zai (14.1.1.1 et
16.1.1), dont les feuilles tremblent sans le moindre souffle de vent.
39.1.5 kempaek
= Bauhinia monandra, Leguminosae
C’est un petit arbuste à fleurs roses qui est planté comme plante ornementale au bord de
certaines routes et en particulier à Weluli.
39.1.6 kiri patu
= Myrsine avertis, Myrsinaceae, échantillon récolté dans les bois autour de l’ancien tas de
Dirun.
39.1.7 labutaq
= Crassocephalum crepidioides, Compositae.
39.1.8 pul gumun (on pourrait traduire cette expression par «ombrager l’autel-d’un-enclos-à-
buffles » mais les informateurs m’ont dit qu’elle n’a pas de sens).
= Ruellia tuberosa, Acanthaceae, la tubéreuse.
C’est une plante américaine, introduite relativement récemment en Indonésie.
Source : MNHN, Paris
278
39.1.9
39.2
39.2.1
39.2.2
39.2.3
39.3
39.3.1
39.3.2
39.3.3
39.3.4
39.3.5
39.3.6
39.3.7
39.3.8
39.3.9
39.3.10
39.3.11
CLAUDINE FRIEDBERG
zap giwis « bourses de chien »
= U varia ? Annonaceae.
Plantes récoltées dans le Bas Lamaknen
apa giral goq « pupille de buffle »
= Canthium horridum, Rubiaceae.
On peut remarquer que l’on avait rencontré cette expression comme déterminant pour des
Malvacées portant le terme kibu comme terme de base (24.2.2.1.4.2.2).
kumurin (sans doute apparenté à l’ema kumu duin expression qui est appliquée également à
une Annonacée mais peut être un autre genre).
= Polyalthia sp. ? ou Uvaria sp. ? Annonaceae.
zap guloq « queue de chien » peut-être appelé ainsi en raison de ses inflorescences blanches
en épis.
= Polygonum barbatum, Polygonaceae.
Plantes récoltées sur les pentes du Mont Lakus.
apa giral goq « pupille de buffle »
= Glochidion perakence, Euphorbiaceae, det. A. Shaw
bulu guq «?»
= Berchemia philippinensis, Rhamnaceae
Nous avons vu qu’à Lamaknen ce terme est appliqué à Melochia corchorifolia, Sterculia-
ceae (24.2.2.2).
e tama «sel entrer»? ou « Albizzia chinensis entrer» ou homonyme?
= Podocarpus neriifolius, Podocarpaceae.
lamaq gol « ? petit »
= Rhamnus napalensis, Rhamnaceae.
leki selok (nom de personne)
= Clausena excavata, Rutaceae.
ligar « oreille (en ema) »
= Neolitsea cassiaefolia, Lauraceae, det. Kosterman.
mitis belis «? blanc»
= Viburnum sp., Caprifoliaceae.
mun guzu « liane noire »
= Legnephora minutiflora, Menispermaceae, det. Forman [ ce genre n’avait pas encore été
signalé à Timor. ]
oie gau
= Elsholtzia pubescens, Labiatae.
pip u « herbe en chèvre »
= Debregeasia longifolia, Urticaceae.
tabul « bon viseur » ? ou homonyme ?
= Photinia integrifolia var. sublanceolata, Rosaceae, det. Kalkman.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS SCIENTIFIQUES DES PLANTES
CONNUES PAR LES BUNAQ
INDEX OF SCIENTIFIQUE NAM ES OF PLANTS KNOWN TO THE BUNAQ
Cet index est destiné à permettre de retrouver dans la This index is designed to allow one to find within the
classification des Bunaq chacune des espèces qu’ils connais- Bunaq classification each of the species known to them
sent à partir de leur nom scientifique. starting from its scientific name.
Les conventions sont les suivantes : The following conventions are employed :
Exemple : Example :
® | Eleusine indica (L.) Gaertner, Gramineàë7|
® Les plantes sont indexées par ordre alphabétique du
nom de genre, puis dans chaque genre, par nom d’espèce. La
classification et la nomenclature adoptées sont discutées page
53. Les abréviations des noms d’auteurs suivent les règles du
Draft Index of Aulhor Abbreviations, 1980.
(2) Ce/ces chifTre(s) indique(nt) le numéro de référence de
la plante dans l’herbier des plantes de Timor de la collection
Fnedberg au laboratoire d’Ethnobiologie-Biogéographie du
mnhn (abrégé pat dans l’index international des herbiers).
Certaines plantes très communes ne sont pas suivies de
numéro d’herbier, l’identification ayant été faite de visu sur le
(3) Renvoi à l’inventaire raisonné donnant la correspon¬
dance, avec la terminologie bunaq (voir les règles de présen¬
tation de cet inventaire p. 157-159). Le premier nombre en
gras est celui de l’ensemble ; voir définition page 86.
@ Renvoi à d’autres citations ailleurs dans le texte
(p. 19-150).
(D |n° 364, 1120, | CD 110.2, | © |p. 69, 1447]
® The plants are indexed in alphabetical order by genus
name, and within each genus by species name. the classifica¬
tion and nomenclature that hâve been adopted are discussed
on page 53. The abbreviations of authors' names follow the
régulations of the Draft Index of Author Abbreviations, 1980.
(2) This number (or numbers) indicates the plants réfé¬
rencé number in the herbarium of the plants of Timor in the
Friedberg collection in the Ethnobiologie-Biogeographie la-
boratory of the mnhn (abbrevated as pat in the International
Index of Herbaria).
Certain very common plants are not followed by herba¬
rium numbers, the identification having been made by eye in
the field.
(D Cross-reference to the classified inventory that gives the
corresponding Bunaq terminology ; see the rule conceming
the présentation of this inventory p. 157-159. The first
number in bold indicates the group ; for a définition of
groups, see page 86.
© Cross-reference to other citations elsewhere in the text
(p. 19-150).
Source : MNHN, Paris
280
CLAUDINE FRIEDBERG
A
Abutilon sp., Malvaceae, n°344, 24.2.2.1.4.2.1.
Acacia farnesiana (L.) Willd., Leguminosae, n°347, 28.10,
p. 42, 81, 120.
Acacia leucophloea (Roxb.) Willd., Leguminosae, n° 28,
28.10, p. 36, 42, 79, 99, 120.
Acacia oraria F.v.M., Leguminosae, n° 100, 100a, 17.1.2,
18.1, p. 120.
Acacia pennata (L.) Willd., Leguminosae, n° 700, 28.3a,
p. 42, 120.
Acalypha sp., Euphorbiaceae, n° 1047, 12.2.4.
Acalypha caiurus Blume, Euphorbiaceae, n° 1065, 21.2.
Acalypha wilkesiana Muell. Arg., Euphorbiaceae, n° 1058,
26.8.1.2.
Acanthospermum hispidum DC., Compositae, n° 659, 28.3.
Achyranthes sp., Amaranthaceae, n° 329, 12.9.
Achyranthes aspera L., Amaranthaceae, n° 383, 37.3.10.1,
37.3.10.3.
Achyranthes bidentata Blume, Amaranthaceae, n° 373,
37.3.10.3.
Acorus calamus L., Araceae, n° 375, 2.1.1, p. 65.
Acronychia trifoliata Zoll., Rutaceae, n° 1168, 19.1.
Acrostichum aureum L., Adiantaceae, n° 511, 2304, 5.5,
13.1.5.
Actinodaphne sp., Lauraceae, n° 1255, 22.1.2.
Adenanthera pavonia L., Leguminosae, n° 386, 15.2.1.1.
Adiantum hispidulum Sw., Adiantaceae, n° 2306, 5.2.
Adiantum philippense L., Adiantaceae, n” 235, 5.2.
Aegle marmelos (L.) Corr. Serr., Rutaceae, n° 440, 28.7,
p. 103, 131.
Aerva sp., Amaranthaceae, n° 329, 12.9.
Aeschynomene indica L., Leguminosae, n° 1121, 20.4.2.
Agave sisalana (Engelm.) J.R. Drumm. & Prain, Agavaceae,
24.6.
Agératum conyzoides L., Compositae, n° 10, 114, 9.7.2.3.
Albizia chinensis (Osbeck) Merr., Leguminosae, n° 92,
1.1.1.2.4, 17.6.18, 20.4.1, 39.3.3, p. 67, 69, 92, 120.
Albizia lebbekoides (DC.) Benth., Leguminosae, n° 94,15.2.2,
17.6.3, p. 79, 120.
Albizia procera Benth., Leguminosae, n" 26, 17.3.3, 20.1,
p. 120.
Albizia tomentella Miq., Leguminosae, n° 478, 20.2, p. 69,
120 .
Aleurites moluccana (L.) Willd., Euphorbiaceae, = le ban-
coulier, n° 70, 37.1.2, p. 75, 119, 253.
Allium cepa L., Alliaceae = l’oignon, 3.1.2, 3.1.2.1, 3.I.2.2.
Allium cepa var. aggregatum Don.f.,G.,Alliaceae, 3.1.2.1.
Allium sativum L., Alliaceae = l’ail, 3.1.1, 3.1.1.1, 3.1.1.2.
Allophylus cobbe (L.) Râusch, Sapindaceae, n° 449, 26.9.
Alocasia macrorrhiza (L.) Don f.,G., Araceae, n° 2310,
1.1.1.1.2.1.
Alocasia indica (Lour.) Koch, Araceae, n° 508, 1.1.1.1.2.2,
p. 122.
Aloe sp.. Liliaceae, 37.3.9.
Alstonia scholaris (L.) R. Br., Apocynaceae, n° 90, 14.2.1.1,
17.6.5.1, p. 67, 69, 77.
Alstonia spectabilis R. Br., Apocynaceae, n° 538, 14.2.1.2,
17.6.5.2, p. 77, 120.
Alyxia sp., Apocynaceae, n° 1006, 38.3.
Amaranthus gracilis Desf., Amarathaceae, 31.5a.
Amarantus tricolor L., Amaranthaceae, 31.5b.
Ammannia baccifera L. subsp. viridis (Homem.) Koehne,
Lythraceae, n° 372, 33.1.2, p. 132.
Ammannia multiflora Roxb., Lythraceae, n° 369, 11.4.
Amomum sp., Zingiberaceae, n° 690, 1010, 2.2.1.1.
Amorphophallus campanulatus (Roxb.) Blume, Araceae, n° 57
1.1.2.1.1.1.2.1.1, 1.1.2.1.2, p. 36, 47, 61, 65, 67, 72, 74, 91.
Anaphalis longifolia (Blume) DC., Compositae, n° 1169, 12.8.
Aneilema monadelphum (Blume) Kunth, Commelinaceae,
n° 1085, 9.6.6.1.
Anethum graveolens L., Umbelliferae = l’aneth, n° 352,
31.3.3.
Annona muricata L., Annonaceae = le corrosol, n° 87, 30.2.2.
Annona squamosa L., Annonaceae = la pomme cannelle,
n° 99, 30.2.2.
Apium graveolens L., Umbelliferae = le celeri, 31.3.4.
Apluda mutica L., Gramineae, n" 25, 9.6.1.1.
Arachis hypogaea L., Leguminosae = l'arachide, 7.9, 7.9.1 à
7.9.4.
Ardisia sp., Myrsinaceae, n° 1084, 22.4.1.
Areca catechu L., Palmae = l’aréquier, 13.1.2, 13.1.2.1,
13.1.2.3, p. 35, 71.
Arenga pinnata (Wurmb) Merr., Palmae, 13.1.5, p. 48, 67, 68,
69, 71, 79, 99.
Argyreia walshae Oostr., Convolvulaceae, n° 257, 6.1.4.1.
Arisaema laminatum Blume, Araceae, n° 679, 1.1.1.3.2,
2.2.3.1, p. 74.
Arthraxon prionodes (Stendel) Dandy, Gramineae, n° 1223,
9.6.4.1a.
Artocarpus heterophyllus Lam., Moraceae = le jacquier,
17.3.5, p. 73.
Arytera sp., Sapindaceae, n’ 1060, 23.3.1.2, 38.1b, p. 77.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS SCIENTIFIQUES
281
Asclepias curassavica L., Asclepiadaceae, n° 136b, 136c,
14.2.2.2.1.
Asparagus racemosus Willd., Liliaccae, n° 387, 1.2.1.2.2,
p. 66.
Asplénium adiantoides (L.) Chr.C. , Aspleniaceae, n° 2307,
5.1.2.
Asplénium vulcanicum Blumc, Aspleniaceae, n° 1191, 4.1.1.1.
Asystasia nemorum Nees, Acanthaceae, n° 130, 1013, 9.6.3.1,
p. 65.
Alalaya salicifolia (DC.) Blume, Sapindaceae, n° 319, 23.2.
Bambusa blumeana Blume ex Schultes f., Gramineae, n° 308,
441, 9.1.1.4.
Bambusa vulgaris Schrader ex Wendl., Gramineae, n° 191,
9.1.1.2, 9.1.1.3.
Barleria prionitis L., Acanthaceae, n° 197, 9.7.1.5, 28.2.2.
Basella alba L., Basellaceae, n° 383a, 6.1.3.4.1, p. 69, 99.
Bauhinia monandra Kurz, Leguminosae,n° 2148, 39.1.5.
Bégonia sp., Begoniaceae, n° 1086, 37.3.4, p. 118.
Berchemia philippinensis Vidal, Rhamnaceae, n° 1155, 39.3.2.
Bidens pilosa L., Compositae, n° 187a, 187b, 9.7.3.4.1,31.4, p.
98.
Bischofia javanica Blume, Euphorbiaceae, n° 274, 15.1.4,
17.6.2, p. 79.
Blumea balsamifera (L.) DC., Compositae, n° 294, 37.3.2.2,
p. 65.
Blumea biternata (Lour.) Merr. et Sherff, Compositae, n° 430,
9.7.3.4.2,
Boerhavia erecta L., Nyctaginaceae, n° 653, 14.7, 29.3.
Boesenbergia pandurata (Roxb.) Schlecht., Zingiberaceae,
n° 1010, 2.2.1.2a.
Bombax ceiba L., Bombacaceae, n° 330, 330a, 17.6.4.1, 28.12,
32.2.1, 35.3, p. 63, 69, 72, 77, 118.
Borassus aelhiopum Martius, Palmae, 13.1.3.
Borassus flabellifer L., Palmae = un palmier à sucre et à vin,
1.2.1.1.1.14, 13.1.3, p. 41, 48, 121, 149.
Borassus sundaicus Becc., Palmae, 13.1.3.
Borreria laevis (Lam.) Griseb., Rubiaceae, n° 1225, 9.6.7.
Brassica juncea (L.) Czemiak, Cruciferae = le chou chinois,
n' 352, 31.1.1, p. 47.
Brassica oleracea, Cruciferae, 31.1.2., p. 47.
Breynia cernua (Poiret) Muell. Arg., Euphorbiaceae, n° 84a,
292, 34.1.
Breynia racemosa (Blume) Muell. Arg., Euphorbiaceae,
n' 335, 34.1.
Bridelia ovata Decne, Euphorbiaceae, n° 439, 28.5.
Bridelia stipularis (L.) Blume, Euphorbiaceae, n° 1071,
28.15.2,
Broussonetia papyrifera (L.) Vent., Moraceae, n° 1194,
14.1.2.2.4.2, 21.7.
Brucea javanica (L.) Merr., Simaroubaceae, n° 505, 683,19.2,
38.2, p. 96.
Buddleja asialica Lour., Loganiaceae, 169a, 169b, 26.6,
29.1.4, p. 65.
C
Caesalpinia decapetala (Roth) Alston, Leguminosae, n° 2321,
28.1.2a.
Caesalpinia furfurea (Prain) Hattink, Leguminosae, n° 2322,
28.1.1a, p. 69.
Caesalpinia pubescens (Desf.) Hattink, Leguminosae, n° 2320,
28.1.1a.
Cajanus cajan (L.) Huth, Leguminosae = l’ambrevade, n° 56,
56a, 7.6.1, p. 46, 67, 132.
Callicarpa sp., Verbenaceae, n° 24a, 26.7, 34.3.
Calotropis gigantea (L.) Aiton f., Asclepiadaceae, n° 836,
14.2.2.1, 24.1.2, 29.1.5, 32.3.1, p. 36, 65, 91, 118.
Canavalia sp., Leguminosae, n° 164, 1131, 6.1.1.3, 7.7.2.2,
7.7.2.3.
Canavalia ensiformis (L.) DC., Leguminosae, n° 409, 7.7.1.2,
p. 47.
Canna edulis Ker(-Gawler), Cannaceae, n° 1091, 2.1.4.
Canscora diffusa (Vahl) Br.R. ex Wallich, Gentianaceae,
n° 418, 39.1.4.
Canthium horridum, Rubiaceae, 39.2.1.
Capillipedium assimile (Steudel) Camus A., Gramineae,
n° 212, 1219, 9.5.4, 9.5.5.
Capparis sepiaria L., Capparidaceae, n° 206, 206a, 28.2, p. 81.
Capparis zeylanica L., Capparidaceae, n° 256a, 28.3c.
Capsicum sp., Solanaceae, p. 65.
Capsicum annuum L., Solanaceae = un piment, 36.5.3.
Capsicum frutescens L., Solanaceae = un piment, 36.5.1.
Cardamine sp.. Cruciferae, n° 1235, 12.1.4.
Cardiospermum halicacabum L., Sapindaceae, n° 350, 6.2.3.5.
Carica papaya L., Caricaceae = la papaye, 14.4.
Caryota mitis Lour., Palmae, n° 512, 13.1.6, p. 79, 99.
Cassia fistula L., Leguminosae, n° 414, 17.3.1.2.
Cassia floribunda Cav., Leguminosae, n' 93, 7.1.2.1.2.
Cassia javanica L., Leguminosae, n° 238, 546, 17.3.1.1., 20.3.
Cassia occidentale L., Leguminosae, n° 337a, 7.1.2.1.1.
Cassia siamea Lam., Leguminosae, n° 86, 17.3.4.2., 20.6.2.
Cassia timoriensis DC., Leguminosae, n° 30, 30a, 30b,
17.3.4.1, 20.6.1, p. 42, 81.
Cassytha filiforme L., Lauraceae = la cuscute, n" 326, 4.2.6.
Casuarina junghuhniana Miq. subsp. timorensis , Casuarina-
ceae, n° 463, 17.1.4, 17.8.2, p. 40, 42, 63, 67, 79.
Ceiba pentandra (L.) Gaertner, Bombacaceae = le kapokier,
n° 75, 17.6.4.2, 32.2.2.
Celte philippense Blanco, Ulmaceae, n” 331, 18.2.1.
Centella asiatica (L.) Urban, Umbelliferae, n° 247a, 12.1.1.
Chrysopogon aciculatus (Retz.) Trin., Gramineae = le chien¬
dent bunaq, n° 133, 10.1, p. 36, 69, 74, 82, 91, 144.
Cissus diffusa (Miq.) Amshoff, Vitaceae, n° 1153, 6.1.3.3.
Cissus repens Lam., Vitaceae, n° 1072, 6.1.3.4.2.
Citrullus lanatus (Thunb.) Matsum. & Nakai, Cucurbitaceae
= la pastèque, 6.2.4.2.2.
Citrus sp., Rutaceae, 28.14.1.4, p. 30, 60.
Citrus aurantifolia (Christm.) Swingle, Rutaceae = le citron
vert, n° 662, 28.14.2.
Citrus hystrix DC-, Rutaceae, 28.14.3, p. 99.
Citrus maxima (Burm.) Merr., Rutaceae = le shadock,
28.14.1.2.30.4.3.
Citrus reticulata Blanco, Rutaceae = la mandarine, n° 271,
28.14.1.3, 30.4.3, p. 60.
Source : MNHN, Paris
282
CLAUDINE FRIEDBERG
Citrus sinensis (L.) Osbeck, Rutaceae = l’orange douce,
28.14.1.1, 28.14.1.5, 30.4.1, p. 60.
Claoxylon indicum (Reinw. ex Blume) Endl. ex Hassk.,
Euphorbiaceae, n° 656, 26.8.1.1.
Clausena excavata Burm.f., Rutaceae, n° 1247, 39.3.5.
Clematis javana DC., Ranunculaceae, n° 1154, 6.1.2.6.
Clematis pickeringii Gray A., Ranunculaceae, n° 2011,
6.1.1.2.2a.
Clerodendron sp.. Verbenaceae, n° 422,455,14.2.2.2.3, 37.2.4,
37.2.5a, p. 65.
Clitoria ternatea L., Leguminosae, n° 314, 37.4.2.
Cocos nucifera L., Palmae = le cocotier, 13.1.1, 13.1.1.1,
13.1.1.5.
Coelorachis rottboellioides (R. Br.) A. Camus, Gramineae,
n" 2013, 9.5.5.
Coffea sp., Rubiaceae = le caféier, 37.2.2.1.
Coffea arabica L., Rubiaceae = un caféier, 37.2.2.1.
Coffea canephora Pierre ex Frôhner var. robusta Cheval.,
Rubiaceae = un caféier, 37.2.2.1.
Coix lacryma jobi L., Gramineae, n° 59, 9.3.3, p. 46.
Colocasia esculenta (L.) Schott, Araceae = un taro, n° 223,
223a, 224, 254, 1.1.1.2, 1.1.1.2.1, 1.1.1.2.7, p. 47, 65, 72,
122 .
Colocasia gigantea (Blume) Hook., Araceae, n° 1016,
2.2.3.2a, 4.2.12a, p. 67.
Colocasia indica S.I., Araceae, n° 367, 1.1.1.3.1, 11.1, p. 120,
122.
Commelina diffusa Burm.f., Commelinaceae, n° 1225, 9.6.6.2.
Corchorus olitorius L., Tiliaceae, n° 21, 24.2.2.4.
Cordia dichotoma Forster f., Boraginaceae, n° 31b, 17.8.2,
25.1b, p. 77.
Cordia monoica Roxb., Boraginaceae, n° 31b, 672, 17.8.2,
25.1a.
Cordyline fruticosa (L.) Chev.A., Agavaceae, n° 132, 9.4.
Coriandrum sativum L., Umbelliferae = le coriandre, n° 68
37.3.6.
Corypha utan Lam., Palmae, 13.1.4, 24.3, p. 41, 48, 63, 69
121 .
Cosmos caudatus Kunth, Compositae, n° 1127, 9.7.3.4.3.
Crassocephalum crepidioides (Benth.) S. Moore, Compositae,
n° 1130, 39.1.7.
Crinum asiaticum L., Liliaceae, n° 48, 3.2.3, 9.5.8.
Crotalaria anagyroides Kunth, Leguminosae, n° 355, 7.6.2.
Crotalaria mucronata Desv., Leguminosae, n° 535, 7.6.2a.
Crotalaria pallida Aiton, Leguminosae, n° 1119, 7.3.
Crotalaria retusa L., Leguminosae, n° 355a, 7.6.2.
Crotalaria semperflorens Vent., Leguminosae, n° 686, 7.6.2b.
Cucumis sativus L., Cucurbitaceae = le concombre, 6.2.4.2.3.
Cucurbita moschata (Duchesne) Poiret, Cucurbitaceae = la
courge, 6.2.4.2.1, p. 67.
Curculigo orchioides Gaertner, Hypoxidaceae, n° 1104,
2.2.2.2.
Curcuma longa L., Zingiberaceae = le safran des Indes, n° 62,
2.1.6, p. 65, 68, 74, 132.
Cyathula prostata (L.) Blume, Amaranthaceae, n° 426,
37.3.10.3.
Cycas rumphii Miq., Cycadaceae, 5.7, p. 37.
Cymbopogon sp., Gramineae, 3.2.2.
Cymbopogon citratus (Nees) Stapf, Gramineae = une citro-
nelle, 3.2.2.
Cymbopogon nardus (L.) Rendle, Gramineae = une citro-
nelle, 3.2.2.
Cynodon dactylon (L.) Pers., Gramineae = le chiendent,
n” 1224, 9.6.4.1b.
Cyperus iria L., Cyperaceae, n° 211, 10.3.1.
Cyrtococcum patens (L.) A. Camus, Gramineae, n° 2317,
9.6.1.5.
D
Daemonorops melanochaete Blume, Palmae = un rotin,
n° 1112, 6.1.6.1.1.
Datura metel L., Solanaceae, n° 234, 28.21, 36.3, p. 65.
Davallia trichomanoides Blume, Davalliaceae, n° 1035, 5.1.3.
Debregeasia longifolia (Burm.f.) Wedd., Urticaceae, n° 1178,
39.3.10.
Deeringia amaranthoides (Lam.) Merr., Amaranthaceae,
n° 317a, 317b, 6.3.2, 26.1.
Delarbrea collina Nielsen, Araliaceae, n° 288a, 288b,
17.6.11.1, p. 96.
Dendrobium sp., Orchidaceae, n° 163a, 4.2.1.
Dendrocalamus asper (Schultes) Heyne, Gramineae - un
bambou, n” 104, 9.1.1.1.
Dendrocnide peltata (Blume) Miq. (= Laportea peltata
Gaudich. ex Decne), Urticaceae, n° 97, 21.8.1, p. 65.
Denis sp., Leguminosae, n° 398, 6.1.1.1.2, 6.1.1.1.2.2, p. 65.
Denis scandens (Roxb.) Benth., Leguminosae, n° 199,
6.1.1.1.2.1.
Desmodium sp., Leguminosae, n' 324,1038, 1050, 1107, 1220,
7.10.1,7.10.3, 7.11, 8.3.1.
Desmodium sequax Wallich, Leguminosae, n' 19, 8.3.1.
Desmodium triquetrum (L.) DC., Leguminosae, n° 111, 195,
8.2.
Desmodium velutinum (Willd.) DC-, Leguminosae, n" 295
8.3.1.
Dichrocephala bicolor (Roth) Schldl., Compositae, n° 236a
236b, 12.3.1, p. 97.
Dicliptera burmannii Anderson T., Acanthaceae. n° 402
12.11.2.
Dicliptera javanica Nees, Acanthaceae, n° 185, 37.3.11.
Digitaria setigera Roemer & Schultes var. calliblepharatus
Veldk., Gramineae, n° 2318, 9.6.1.3.
Dioscorea sp., Dioscoraceae, n° 1063, 1066, 1.2.1, 2.1.
Dioscorea alata L., Dioscoreaceae = la grande igname, n" 45,
51, 52,209, 667,1.2.1.1a 1.2.1.1.1,1.2.1.1.1.1 à 1.2.1.1.1.14,
p. 61, 76, 90, 120, 121, 132.
Dioscorea bulbifera L., Dioscoreaceae = une igname,
n° 2309, 1.2.1.2.3, p. 65.
Dioscorea esculenta (Lour.) Burkill, Dioscoreaceae = la
petite igname, n' 53, 53a, 1.2.1.1b, 1.2.1.1.2, 1.2.1.1.2.1 à
1.2.1.1.2.11.2, p. 60, 61, 76, 120.
Dioscorea hispida Dennst., Dioscoreaceae = une igname,
n” 391, 1.2.1.2.2., 36.4, p. 65.
Dioscorea pentaphylla L., Dioscoreaceae = une igname,
n° 1014, 1.2.1.2.4.2.1.
Diplazium polypodioides Blume, Aspleniaceae, n" 202, 5.1.1.
Dischidia sp., Asclepiadaceae, n° 1241, 4.2.9., 37.3.5.
Drymaria cordata (L.) Willd. ex Roemer & Schultes, Caryo-
phyllaceae, 12.1.3.
Dryopteris hirtipes (Blume) Kuntze, Aspleniaceae n° 1192,
5.1.1.
Dysoxylum sp., Meliaceae, 38.1a.
Dysoxylum caulostachyum Miq., Meliaceae, n° 452, 17.3.8,
19.2, p. 96.
Dysoxylum gaudichaudianum (Juss., A.) Miq., Meliaceae,
n° 96b, 545, 17.6.11.1, 19.1.1, p. 66, 96.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS SCIENTIFIQUES
283
E
Echinochloa crus-galli (L.) Pal, Gramineae, n° 2012, 9.5.6.
Ehretia acuminata R. Br., Boraginaceae, n° 242, 242a, 25.2.
Elaeagnus triflora Roxb., Elaeagnaceae, n° 1182, 28.19,
30.5.2, p. 69.
Elaeocarpus sp.. Elaeocarpaceae, n° 1237, 37.1.8.2.
Elattostachys sp., Sapindaceae, n° 1061, 23.3.1, 23.3.1.1,
p. 77.
Elephantopus scaber L., Compositae, n° 116, 12.3.2, p. 69.
Eleusine coracana (L.) Gaertner, Gramineae, 9.3.6.
Eleusine indica (L.) Gaertner, Gramineae, n° 364, 1120, 10.2,
p. 69, 144.
Eleutherine palmifolia (L.) Merr., Iridaceae, n° 184, 3.1.3.
Elsholtzia pubescens Benth., Labiatae, n° 1172, 39.3.9.
Embelia sp., Myrsinaceae, n° 1087, 38.4.
Enicostema hyssopifolium (Willd.) I.C. Verdoorn, Gentiana-
ceae, n° 1112, 9.7.1.4.3.
Entada phaseoloides (L.) Merr., Leguminosae, n° 245,
6.1.1.1.1., 7.5.2.2.1.3, p. 36, 65, 69, 148.
Equisetum sp., Equisetaceae = la prêle, n° 368, 36.2, p. 67.
Eragrostis japonica (Thunb.) Trin., Gramineae, n° 189, 9.6.2.
Erythrina sp., Leguminosae, p. 45, 63, 72, 122.
Erythrina microcarpa Koord. & Valeton, Leguminosae,
n° 524, 17.6.6.2.
Erythrina orientais (L.) Murr.A., Leguminosae, n° 265a,
17.6.6.1, 28.13.1.
Ethulia triflora Koster J., Compositae, n° 1137, 12.2.2.2,
p. 97.
Eucalyptus sp., Myrtaceae, p. 43.
Eucalyptus alba Reinw. ex Blume, Myrtaceae, n° 15, 15b,
17.3.2, p. 40, 42, 72.
Eucalyptus urophylla Blake.S.T., Myrtaceae, n° 678, 17.1.3,
p. 40, 42, 79.
Eulalia leschenaultiana (Decne) Ohwi, Gramineae, n° 1114,
9.6.1.6a, p. 96.
Eulalia trispicata (Schultes.f.) Henr., Gramineae, n° 1213,
9.6.1.2, 9.6.1.6b, p. 96.
Euodia glabra (Blume) Blume, Rutaceae, n° 1070, 21.13.2,
26.8.2.1a.
Euodia macrophylla Blume, Rutaceae, n° 1166, 19.1.3.
Euonymus javanicus Blume, Celastraceae, n° 663, 15.1.2.2,
p. 79.
Euphorbia barnhartii Croizat, Euphorbiaceae, n° 14.3.2.1,
28.24.2, p. 45, 65.
Euphorbia hirta L., Euphorbiaceae, n° 217, 14.6.
Euphorbia prostata Aiton, Euphorbiaceae, n" 136a, 14.2.2.2.2.
Euphorbia prunifolia Jacq., Euphorbiaceae, n° 357, 14.8.
Euphorbia tirucalli L., Euphorbiaceae, n° 408, 7.1.4, 14.3.1,
p. 66, 89.
Excoecaria virgata Zoll. et Moritzi ex Miq., Euphorbiaceae,
n° 530, 17.6.9, 35.4.
Exocarpus latifolius Br.R. , Santalaceae, n° 530, 17.3.7, 18.4,
p. 65.
F
Fatoua pilosa Gaudich., Moraceae, n° 1015, 24.2.2.2.
Ficus sp., Moraceae, 14.1, 14.1.1.2.2, 16.1.3, 16.1 à 16.5, p.
62,77,119,131, 141.
Ficus ampelas Burm.f., Moraceae, n° 134, 134a, 14.1.2.2.3.1.1.
Ficus callosa Willd., Moraceae, n° 178, 14.1.2.2.1.2.
Ficus depressa Blume, Moraceae, n° 291, 14.1.1.3.2, 16.1.6,
27.2.
Ficus drupacea Thunb. (= Ficus pilosa Reinw.), Moraceae,
n° 172, 14.1.1.3.1, 16.1.5, 21.1.1.1.
Ficus fulva Reinw. ex Blume, Moraceae, n° 309, 14.1.2.2.4.1.
Ficus hispida L., Moraceae, n' 520, 14.1.2.2.2.
Ficus racemosa L. (= F. glomerata Roxb.), Moraceae,
n° 267a, 14.1.2.1.1, 16.3, 24.1.1.2, p. 69, 79, 119.
Ficus septica Burm.f., Moraceae, n° 158, 14.1.2.2.1.1, 16.2,
p. 62, 64, 66.
Ficus subulata Blume, Moraceae, n° 445, 14.1.1.4,
14.1.2.2.3.1.2.
Ficus superba Miq., Moraceae, n° 138a, 14.1.1.1, 16.1.1,
39.1.4.
Ficus tinctoria Forst. subsp. tinctoria, Moraceae, n° 1158,
1201, 14.1.1.4, 16.1.7.
Ficus tinctoria Forst. subsp. gibbosa (Blume) Corner var.
rigida Miq., Moraceae, n° 217, 14.1.1.2.3, 14.1.2.2.3.1.1,
16.1.4.
Ficus variegata Blume, Moraceae, n° 461, 14.1.2.1.2, 16.4,
17.6.14, p. 119.
Ficus virens Aiton, Moraceae, n° 290, 290a, 14.1.1.2.1, 16.1.2.
Ficus wassa Roxb., Moraceae, n° 222,2005,14.1.2.2.3.2,16.5,
p. 67.
Fimbristylis sp., Cyperaceae, 10.3.4.
Fimbristylis complanata (Retz.) Link, Cyperaceae, n° 438,
10.3.3.
Fimbristylis sieberiana Kunth, Cyperaceae, n° 358, 10.3.2.
Flacourtia indica (Burm.f.) Merr., Flacourtiaceae, 28.15.1,
p. 81.
Flagellaria indica L., Flagellariaceae, n° 419, 6.I.6.2.2.
Foeniculum vulgare Miller, Umbelliferae = le fenouil, 31.3.2.
G
Garuga floribunda Decne, Burseraceae, n° 141, 17.4.2, p. 96,
99.
Geitonoplesium cymosum Cunn. (A.) , Smilacaceae, n° 671,
6.1.6.2.1.
Gendarussa vulgaris Nees, Acanthaceae, n° 365, 9.7.1.4.1,
p. 64, 66.
Gigantochloa levis (Blanco) Merr., Gramineae, n* 104,9.1.1.1.
Girardinia hibiscifolia Miq., Urticaceae, n° 1253, 21.8.4, p. 65.
Globba marantina L., Zingiberaceae, n° 690, 2.2.1.2b.
Glochidion perakence Hook f., Euphorbiaceae, n° 1165,
39.3.1.
Glochidion philippicum (Cav.) Robinson C., Euphorbiaceae,
n” 384, 17.5.2.2.
Source : MNHN, Paris
284
CLAUDINE FRJEDBERG
Glycine max (L.) Merr. (= Glycine soja (L.) Sieb. et Zucc.),
Leguminosae = le soja, n° 193, 194, 7.2.
Gtycosmis sapindioides Wall, ex Oliv. Rutaceae, n 146,
23.3.1, p. 77.
Gonostegia hiria (Blume) Miq., Urticaceae, n° 1184, 12.7.
Gossypium sp., Malvaceae, n° 1100, 24.2.1.3, 32.1.3.
Gossypium arboreum L., Malvaceae = un coton, n° 108, 111,
111a, 32.1, 32.1.1 à 32.1.3.
Grewia sp., Tiliaceae, 26.5.
Grewia eriocarpa Juss., Tiliaceae, n° 121, 17.1.5, 21.3, 26.5.
Grewia glabra Blume, Tiliaceae, n" 121a, 17.1.5, 21.3.
Gynura sp., Compositae, n° 350, 31.2.2.
Gynura carnosula Zoll. et Monta, Compositae, n° 165, 165a
13.3.1.14.
H
Helianthus annuus L., Compositae = le tournesol, 9.1.22.
Heleropogon contortus (L.) Pal ex Roemer & Schultes,
Gramineae, n° 1110, 9.5.3.
Heteropogon triticeus (R. Br.) Stapf, Gramineae, n° 2316,
9.5.3a.
Hibiscus sp., Malvaceae, n° 344, 24.2.2.1.4.2.1, 37.3.3.
Hibiscus esculentus L., Malvaceae = le gombo, 7.1.2.2.
Hibiscus surattensis L., Malvaceae, n° 344a, 24.2.2.1.4.2.2.
Hibiscus tiliaceus L., Malvaceae, n° 133, 21.2, 21.9, 24.2.1.1,
p. 67, 89.
Hiptage benghalensis (L.) Kurz, Malpighiaceae, n' 156
6.1.2.5, p. 69.
Homalomena sp., Araceae, n° 2311, 4.1.1.2.
Hoya sp., Asclepiadaceae, n° 71, 4.2.9, 6.4.
Hyparrhenia filipendula (Hochst.) Stapf var. filipendula, Gra¬
mineae, n° 2315, 9.5.3b.
Hypoestes polythyrsa Miq., Acanthaceae, n° 320, 9.6.3.2.
Hyptis capitata Jacq., Labiatae, n° 227, 9.7.3.3.
Hyptis suaveolens (L.) Poit., Labiatae, n° 110, 29.1.2.1,
29.1.2.2, p. 65.
Ichnocarpus frutescens (L.) R. Br., Apocynaceae, n° 1009,
6.1.2.1.3.
Impatiens sp., Balsaminaceae, n” 1048, 12.2.1.
Impatiens platypetala Lindley, Balsaminaceae, n° 688, 12.2.3.
Imperata cylindrica (L.) Ràusch., Gramineae, n° 380, 380a,
3.2.4, 9.5.8, p. 30, 34, 36, 42, 44, 45, 64, 67, 68, 73, 74, 81,
82.
Indigofera linifolia (L.f.) Retz., Leguminosae, n” 1108
Indigofera sumatrana Gaertner, Leguminosae = un
n° 89, 89a, 1125, 33.1.1.
Inocarpus fagifer (Parkinson) Fosb., Leguminosae,
15.3.2.
7.10.2.
indigo.
Ipomoea sp., Convolvulaceae, 6.2.1.2.
Ipomoea aquatica Forssk., Convolvulaceae = le liseron
d’eau, n° 61, 31.8.
Ipomoea batatas (L.) Lam., Convolvulaceae = la patate
douce, n° 46a, 47, 49, 49a, 67a, 1.2.2.1.1, 1.2.2.1.1.1 à
1.2.2.1.1.10, p. 90.
Ipomoea hederifolia L., Convolvulaceae, n° 346, 6.2.1.2.3.
Ipomoea nil (L.) Roth, Convolvulaceae, n° 412, 6.2.1.2.2,
6.2.1.2.3.
Ipomoea plebeia R. Br., Convolvulaceae, n" 27, 6.2.1.2.1.
Jasminum sp., Oleaceae, p. 65.
Jasminum funale Decne, Oleaceae, n° 334, 6.1.2.2.2a,
6.1.2.2.3.
Jasminum multiflorum (Burm.f.) Andrews, Oleaceae, n° 529,
6.1.2.2.1, 6.1.2.2.2b, 6.1.2.2.2c.
Jatropha curcas L., Euphorbiaceae = le médicinier ou ricin
d’Amérique, n" 102, 37.2.1.1, p. 45.
Jatropha gossypifotia L., Euphorbiaceae, n° 515, 37.2.1.2.
Jussiaea repens L., ( = Ludwigia repens (L.) Sw.), Onagraceae,
n* 1134, 11.5.
K
Kaempferia galanga L., Zingiberaceae, n' 1103, 2.1.5, p. 65.
Kalanchoe integra (Medikus) Kuntze, Crassulaceae, n° 1221
4.2.10.2.
Kalanchoe pinnata (Lam.) Pers., Crassulaceae, n° 1055,
4.2.10.1.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS SCIENTIFIQUES
285
L
Lablab purpureus (L.) Sweet (= Dolichos lablab L.), Legu-
minosac = la dolique d’Egypte, n° 37, 37a, 37b, 38, 1232,
1239, 7.5.2.1, p. 46.
Lagenaria siceraria (Molina) Standley, Cucurbitaceae = la
calebasse, n" 321, 6.2.4.1, p. 100.
Languas galanga (L.) Stuntz, Zingiberaceae, n° 73, 2.1.3,
p. 66.
Laniana camara L., Verbenaceae, 17.9., 28.4.1, p. 43, 65, 81,
103, 118.
Leea indien (Burm.f.) Merr., Leeaceae, n° 669, 37.2.5b.
Legnephora minutiflora (Schumann) Diels, Menispermaceae,
n° 1246, 39.3.8.
Leonurus sibiricus L., Labiatae, n° 424, 12.11.1.
Lepisanthes rubiginosa (Roxb.) Leenh., Sapindaceae, n° 1230,
26.10.2.
Leucaena leucocephala (Lam.) de Wit, (= L. latisiliqua (L.)
Gillis), Leguminosae, n° 24, 17.8.3, 20.7, p. 99.
Leucas javanica Benth., Labiatae, n° 685, 1039, 9.7.1.3,
29.1.2.3, 33.2.1.
Litsea glutinosa (Lour.) Robinson C., Lauraceae. n' 137a,
22.1.
Litsea timoriana Span., Lauraceae, n" 1030, 22.3.
Ludwigia sp., Onagraceae, n° 351, 361, 11.5.
Luffa cylindrica (L.) Roemer, M. (= L. aegypliaca Miller)
Cucurbitaceae, n° 42a, 6.2.3.2.
Lycianthes sp., Solanaceae, n° 333, 27.3.1.
Lycianthes biflora (Lour.) Bitt., Solanaceae, n° 1081, 31.6.
Lycopersicon lycopersicum (L.) Karsten, (= L. esculentum
Miller) Solanaceae = la tomate, 28.20.4.
Lycopodium phlegmaria L., Lycopodiaceae, n° 2302, 5.1.3.
Lygodium flexuosum L. Sw,, Schizaeaceae, n° 1007, 5.2.
M
Macaranga tanarius (L.) Muell. Arg., Euphorbiaceae, n° 65a,
17.8.1, 21.10, p. 67, 149.
Maclura cochinchinensis (Lour.) Corner, Moraceae, n° 1163,
28.6.
Maesa sp., Myrsinaceae, n° 1021, 30.5.2.
Maesa naumanniana Mez, Myrsinaceae, n° 1223, 30.5.1.
Malaisia scandens (Lour.) Planchon, Moraceae, n° 125, 6.1.5.
Mallotus philippensis (Lam.) Muell. Arg., Euphorbiaceae, n°
27, 37.1.3, p. 118.
Malvastrum coromandelianum (L.) Garcke, Malvaceae,
n° 1096, 24.2.2.1.1.2, p. 120.
Mangifera indica L., Anacardiaceae = le manguier, n° 394,
17.6.16, 22.5, 30.3, 30.3.1 à 30.3.9.
Manihot esculenta Crantz, Euphorbiaceae = le manioc, 1.2.3,
1.2.3.1 à 1.2.3.3.
Marsdenia tinctoria R. Br., Asclepiadaceae, n° 399, 6.1.4.2,
6.1.4.3a.
Martynia annua L., Pedaliaceae, n° 1217, 28.21.
Melanolepis multiglandulosa (Blume) R(ei)chb. f. & Zoll.,
Euphorbiaceae, n” 403, 1076, 17.6.8, 21.12, 35.6, p. 96.
Melastoma sp., Melastomataceae, n° 287, 1190, 18.3.
Melia azedarach L., Meliaceae = le lilas de Perse, n° 110,
17.6.7, p. 99.
Melochia corchorifolia L., Sterculiaceae, n° 1155, 24.2.2.3,
39.3.2.
Melochia umbellata (Houtt.) Stapf, Sterculiaceae, n° 66, 66a,
17.7.1, 21.5, 24.2.1.2, p. 118.
Melodinus forbesii Fawcett, Apocynaceae, n° 1033, 6.1.2.4,
24.4, 38.3, 38.4.
Mentha sp., Labiatae, n° 250, 12.1.2.
Meyna sp.. Rubiaceae, n" 1234, 28.9, p. 81.
Micromelum minutum (Forster f.) Wight et Am., Rutaceae,
n' 666, 23.3.2.2, 26.10, 27.4, p. 65, 121.
Microsorium punctatum (L.) Copeland., Polypodiaceae,
n° 2308, 5.4.
Millingtonia hortensis L. f., Bignoniaceae, n° 423, 17.5.3,
P- 79 -
Mirabilis jalapa L., Nyctaginaceae = la belle de nuit, n“ 401,
36.3.
Mischocarpus sp., Sapindaceae, n" 1218, 23.3.2.1, p. 77.
Moghania strobilifera (L.) St. Hil. ex Kuntze, Leguminosae,
n° 83a, 8.1.
Momordica charantia L., Cucurbitaceae, n° 41, 6.2.3.1.
Moonia quadribracteata Mattf., Compositae, n° 665, 9.7.1.2.
Morinda citrifolia L., Rubiaceae, 37.1.6.1, p. 47, 99, 118.
Moringa pterygosperma Gaertner, Moringaceae, n' 506,
37.1.5.
Morus australis Poiret, Moraceae = un mûrier, 39.1.1.
Mucuna pruriens (L.) DC. var. utilis (Wight) Burck forme
hirsuta (W. et A.) Back., Leguminosae, n° 35, 2314, 7.7.2.1,
7.8, p. 47, 65.
Musa acuminata Colla, Musaceae = un bananier, 13.3.1,
13.3.1.1 à 13.3.1.13, 13.3.2.
Musa balbisiana Colla, Musaceae = un bananier, 13.3.1.
Mussaenda frondosa L., Rubiaceae, n” 85, 23.1.
Myrsine avertis (Blume) DC., Myrsinaceae, n" 2324, 39.1.6.
N
Nasturtium officinale R. Br., Cruciferae = le cresson, 31.10.
Neoalsomitra podagrica Steenis, Cucurbitaceae, n° 540,
14.3.2.3, 28.24.3, p. 66.
Neolitsea cassiaefolia (Blume) Merr., Lauraceae, n° 1252,
39.3.6.
Neyraudia reynaudiana (Kunth) Keng et Hitch., Gramineae,
9.1.4.
Nicotiana tabacum L., Solanaceae = le tabac, 37.3.2.1, p. 65.
Source : MNHN, Paris
286
CLAUDINE FRIEDBERG
O
Ocimum sp., Labiatae, n' 210, 29.1.3, p. 65.
Ocimum americanum L., Labiatae, 29.1.3.
Ocimum basilicum L., Labiatae = le basilic, 29.1.3.
Ocimum tenuiflorum L., Labiatae, n° 12b, 1205, 1207, 29.1.3.
Omalanthus novoguineensis (Werb.) Lauterb et Schum., Eu¬
phorbiaceae, n‘1064, 6.2.1.1b, 21.11.
Oplismenus burmanni (Retz.) Pal, Gramineae, n° 1262,
9.6.4.1c.
Oplismenus compositus (L.) Pal, Gramineae, n° 1222, 9.6.4.2.
Opuntia sp., Cactaceae = le figuier de Barbarie, 14.3.2.2,
28.24.1.
106, 107, 149,150, 151,9.3.4,9.3.4.1 à 9.3.4.29, p. 120, 121.
Oxalis corniculata L., Oxalidaceae, n° 1240, 12.4.1.
P
Pachyrrhizus erosus (L.) Urban, Leguminosae, n° 50, 1.2.2.3,
6.7, p. 91.
Palaquium obovatum Engl., Sapotaceae, 39.1.3.
Pandanus tectorius S.I., Pandanaceae, n° 173, 13.2, 13.2.1,
13.2.2, p. 72, 79, 149.
Pandorea pandorana (Andrews) Steenis, Bignoniaceae,
n' 1249, 6.1.2.2.2, 6.5.1, p. 96.
Parsonsia sp., Apocynaceae, n° 1248, 6.5.2.
Paspalum conjugatum P.Bergius, Gramineae, n° 1118, 9.6.5.
Passiflora foetida L., Passifloraceae, n' 356, 6.2.3.3.
Pavetta indica L., Rubiaceae, n° 302, 26.8.2.2.
Pavetta montana Reinw. ex Blume, Rubiaceae, n° 651,
26.8.2.1b.
Pennisetum polystachyon (L.) Schultes, Gramineae, n' 143,
9.5.9, p. 82.
Peperomia sp., Piperaceae, n° 1054, 4.2.10.4.
Peristrophe roxburghiana (Schultes) Bremek., Acanthaceae,
n° 442, 9.7.1.1.2.
Phaius tankervilliae (Aiton) Blume, Orchidaceae, n° 2312,
22.2.1, p. 78.
Phaleria octandra (L.) Bâillon, Thymelaeaceae, n° 230, 301,
1002, 2319, 6.1.2.4, 9.7.1.4.2, 24.2.2.5.
Phaseolus sp., Leguminosae, n° 370, 6.2.5.2, 7.1.L2.2.1.
Phaseolus lunatus L., Leguminosae = le haricot de Lima,
n" 34, 77, 284, 7.5.2.2.1, 1.5.222, p. 46, 48, 60, 132.
Phaseolus vulgaris L., Leguminosae = le haricot, n° 36, 36a,
77, 7.5.1, p. 47.
Photinia integrifolia Lindley, var. sublanceolata Miq., Rosa-
ceae, n" 1159, 39.3.11.
Phragmites karka (Retz) Trin. var. karka, Gramineae = un
roseau, n° 196, 196b, 9.1.4, p. 36, 42, 82.
Phyllanthus niruri L., Euphorbiaceae, n° 165, 14.2.2.2.3.
Phyllanthus reticulatus Poiret, Euphorbiaceae, n” 1193,
1.2.1.1.1.4, 33.3, p. 65, 92.
Phymatodes nigrescens (Blume) J.Sm., Polypodiaceae, n" 517,
4.2.3, 5.6, p. 66.
Picrasma javanica Blume, Simaroubaceae, n° 2323, 39.1.2.
Pilea melastomoides (Poiret) Blume, Urticaceae, n° 1088,
12.2.2.1.
Piper sp., Piperaceae, n° 661, 4.1.2.3.
Piper belle L., Piperaceae = le bétel, n° 243, 4.1.2, 4.1.2.1.1
à 4.1.2.1.3, p. 35, 65, 67.
Piper retrofractum Vahl, Piperaceae, n° 382, 382b, 4.1.2.4,
29.2, p. 65, 103, 131.
Pipturus argenteus (Forster f.) Wedd., Urticaceae, n° 668,
21.1.
Pisonia grandis R. Br., Nyctaginaceae, n’ 539, 27.1, p. 66, 98.
Pittosporum moluccanum (Lam.) Miq., Pittosporaceae,
n° 1003, 22.2.1, p. 65, 120, 121.
Planchonia timoriensis Blume, Lecythidaceae, n° 277, 277b,
15.3.1, 17.6.15, p. 79.
Planchonia valida (Blume) Blume, Lecythidaceae, n° 1115,
15.3.3, 17.2, 17.6.15, p. 79.
Plectranthus sp., Labiatae, n° 682, 4.2.10.3.
Pluchea indica (L.) Lees., Compositae, n° 537, 29.1.1.2.
Plumbago zeylanica L., Plumbaginaceae, n° 239, 37.3.7, p. 65,
118.
Podocarpus sp., Podocarpaceae, p. 42.
Podocarpus imbricatus Blume, Podocarpaceae, 4.2.7, 37.1.4 ,
p. 64, 66, 77.
Podocarpus neriifolius Don.,D., Podocarpaceae, n* 1185,
39.3.3.
Pogostemon cablin (Blanco) Benth., Labiatae, n° 1034, 1181,
12.5.
Polyalthia sp., Annonaceae,n° 1200, 39.2.3.
Polygala persicariaefolia DC., Polygalaceae, n° 113, 12.10.
Polygonum barbatum L., Polygonaceae, n" 374a, 39.2.4.
Polygonum chinense L., Polygonaceae, n° 258a, 12.6, p. 65.
Pometia pinnata Forster & Forster f., Sapindaceae, n° 947,
19.2, 38.2, p. 96.
Portulaca oleracea L., Portulacaceae = le pourpier, n° 43,
31.7.
Pothomorphe sp., Piperaceae, n“ 1079, 37.3.8.
Pouzolzia sp., Urticaceae, n” 1049, 26.3.
Psidium guajava L., Myrtaceae = la goyave, n° 14, 24, 30.1.1,
p. 48, 60.
Psophocarpus tetragonolobus (L.) DC., Leguminosae, 6.7,
7.12.
Psychotria montana Blume, Rubiaceae, n° 1027, 1093, 22.2.4,
37.2.2.2,
Pteris bisurita L., Adiantaceae, n° 405, 5.1.3.
Pteris ensiformis Burm. f., Adiantaceae, n° 2303, 5.1.3.
Pteris quadrianta Retz., Adiantaceae, n° 1116, 5.1.1.
Pteris vittata L., Adiantaceae, n° 431, 5.1.3.
Pterocarpus indicus Willd., Leguminosae, n° 200,17.1.1, 20.5,
p. 77, 79.
Pueraria lobata (Willd.) Ohwi, Leguminosae, I.2.2.2.I.
Pueraria phaseoloides (Roxb.) Benth., Leguminosae, n° 305,
1.2.2.2.2, 6.6, 24.5.
Punica granatum L., Punicaceae = la grenade, 28.16.
Pyrrosia abbreviata (Zoll.) Ching, Polypodiaceae, n° 2301,
5.3.1.
Pyrrosia adnascens (Forster) Ching, Polypodiaceae, n° 1214,
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS SCIENTIFIQUES
287
R
Remusatia sp., Araceae, n" 1105, 4.2.12b.
Remusatia vivipara (Roxb.) Schott, Araceae, n° 1105,
2.2.3.2b.
Rhamnus napalensis (Wallich) Lawson, Rhamnaceae, n' 1171,
39.3.4.
Rhaphidophora sp.. Araceae, n" 218, 218a, 4.1.1.1, p. 62.
Rhynchosia sp., Leguminosae, n° 429, 6.7, 37.4.1.
Ryssopterys officinarum (DC.) Juss.,A. Malpighiaceae,
n° 1101, 6.1.2.3.
Ricinus communis L., Euphorbiaceae = le ricin, n” 174,
37.2.3.
Roitboellia exahata L.f., Gramineae, n” 20, 9.5.11, p. 73.
Rubus fraxinifolius Poiret, Rosaceae, n° 1180, 28.4.3.
Rubus moluccanus L., Rosaceae, n° 541, 1018, 28.4.2.
Ruellia tuberosa L., Acanthaccae = la tubéreuse, n° 436,
39.1.8.
Ruta angusiifolia (L.) Pers., Rutaccae = une rue, n° 379,
37.3.1.
S
Saccharum officinarum L., Gramineae = la canne à sucre,
9.2, 9.2.1 à 9.2.3.
Saccharum spontaneum L., Gramineae, n° 207a, 340, 9.5.7,
p. 36, 42, 82.
Salvia riparia Kunth, Labiatae, n° 188, 29.1.2.2.
Santalum album L., Santalaceae = le santal, n° 80, 37.1.8.1.
Schefflera elliplica (Blume) Harms, Araliaceae, n° 260, 260b,
4.2.11, p. 45, 62.
Schizostachyum blumii Nees, Gramineae, n° 303, 1216, 9.1.3,
p. 36.
Schizostachyum brachycladum (Kurz) Kurz, Gramineae,
n° 129, 9.1.2.1, p. 36.
Schleichera oleosa (Lour.) Oken, Sapindaceae, n° 107, 139,
143, 860, 37.1.1, 9.3.2.3, p. 41.
Scirpus lacustris L., subsp. validus (Vahl), Cyperaceae, n° 437,
10.4, 11.3.
Scleria scrobiculata Nees & Meyen ex Nees, Cyperaceae,
n° 522, 9.5.2.
Scutellaria discolor Wallich ex Benth., Labiatae, n' 1256,
33.2.2.
Secamone lanceolata Blume forme Secamone micrantha (Dec-
ne) Decne, Asclepiadaceae, n° 670, 28.4.4.
Sesamum indicum L., Pedaliaceae = le sesame, n° 170, 7.4.
Sesbania grandiflora (L.) Pers., Leguminosae, 21.6,
7.1.1.2.2.1, p. 42, 67.
Setaria cliviale Veldk., Gramineae, n° 1227, 9.6.1.4.
Setaria italica (L.) Pal. subsp. italica, Gramineae = le millet,
n° 13, 13a, 252, 264, 9.3.5, 9.3.5.1, 9.3.5.2.1, p. 46, 73.
Setaria palmifolia (Willd.) Stapf, Gramineae, n° 1011,9.1.2.2.
Sida acuta Burm. f., Malvaceae, n° 117a, 24.2.2.1.3.
Sida rhombifolia L., Malvaceae, n° 115, 24.2.2.1.2.
Smilax sp., Smilacaceae, n° 9, 1020, 36.1.
Smithia sensitiva Aiton, Leguminosae, n° 1136, 20.4.3.
Solanum sp., Solanaceae, 28.20.
Solanum ferox L., Solanaceae, n° 366, 28.20.3b.
Solanum melongena L., Solanaceae = l’aubergine, n° 1102,
28.20.2.
Solanum nigrum L., Solanaceae, 31.6.
Solanum torvum Swartz, Solanaceae, n° 459, 543, 28.20.3a.
Solanum tuberosum L., Solanaceae = la pomme de terre,
1.2.2.1.2.
Solanum verbascifolium L., Solanaceae, n° 131, 27.3.2.
Sonchus oleraceus L., Compositae = le laiteron, n° 348, 660,
31.2.1.
Sorghum bicolor (L.) Moench, Gramineae, 9.3.1, 9.3.1.1 à
9.3.1.5, p. 73.
Spilanthes iabadicensis Moore, H., Compositae, n° 135, 12.2.
Spondias pinnata (L.f.) Kurz, Anacardiaceae, n° 249, 17.6.17.
Stachytarpheta cayennensis (Rich.) Vahl, Verbenaceae, n’ 11,
393, 37.3.10.2.
Stephania japonica (Thunb. ex Murr., A.) Miers var. timo-
riensis (DC.) Forman, Menispermaceae, n° 673, 6.2.1.1,
21 . 11 . 1 .
Sterculia foetida L., Sterculiaceae, n° 521, 17.6.1, 35.1, p. 79.
Sterculia urceolata Smith, J.E., Sterculiaceae, n° 389, 17.6.10,
35.5.
Stictocardia neglecta Oostr., Convolvulaceae, n° 144, 144a,
144b, 144c, 1.2.2.1.3, 6.2.2.1, p. 120.
Strobilanthes sp., Acanthaceae, n° 1179, 9.7.1.1.1.
Stylosanthes sp., Leguminosae, n° 689, 12.4.2.
Symplocos sp., Symplocaceae, 15.2.1.2.
Synedrella nodiflora (L.) Gaertner, Compositae, n° 1151,
9.7.2.1.
Syzygium polyanthum (Wight) Walp., Myrtaceae, n° 395,
15.1.1. 17.5.1, p. 79.
Syzygium pycnanthum Merr. et Perry, Myrtaceae, n" 523,
15.1.2.1.
Tacca leontopetaloides (L.) Kuntze, Taccaceae, n° 33, 34,
1008, 1.1.2.2, p. 36.
Tagetes sp., Compositae, n° 21, 325, 9.7.3.4.4.
Tamarindus indica L., Leguminosae = le tamarinier, n° 29,
20.8.
Telosma accedens (Blume) Backer, Asclepiadaceae, n° 1067,
6.1.4.3b.
Tephrosia zollingeri Backer, Leguminosae, n° 432, 8.4, 33.1.3,
p. 132.
Terminalia sp., Combretaceae, n" 1211, 15.1.3, p. 77.
Tetrameles nudiflora R. Br. ex Benn., Datiscaceae, n° 318b,
397, 17.6.12, 35.2, p. 77, 119.
Tetrastigma sp., Vitaceae, 6.1.3.1.
Tetrastigma lanceolarium (Roxb.) Planchon, Vitaceae, n" 655,
6.1.3.2, p. 65.
Thelepogon elegans Roth ex Roemer & Schultes, Gramineae,
n° 1226, 9.5.10.
Thelypteris arida (Don, D.) Morton, Thelypteridaceae,
n° 404, 5.1.3.
Source : MNHN, Paris
288
CLAUDINE FRIEDBERG
Thelypteris extenso (Blume) Morton., Thelypteridaceae
n“ 1117, 5.1.1.
Themeda gigantea (Cav.) Hack., Gramineae, n° 300, 9.5.1,
p. 42, 82.
Thevetia peruviana (Pers.) Schumann, Apocynaceae, 14.2.3, p.
45.
Thunbergia fragans Roxb., Acanthaceae, n° 1028, 6.2.2.2a.
Thunbergia pleistodonta Bremek., Acanthaceae, n° 1041,
6.2.2.2b.
Timonius timon (Sprengel) Merr., Rubiaceae, n° 82a, 37.1.7,
p. 118.
Tithonia divers folia (Hemsley) A.Gray., Compositae, n° 17,
9.7.3.1, p. 72.
Toddalia asiatica (L.) Lam., Rutaceae, n° 1160, 28.3b.
Toona sureni (Blume) Merr., Meliaceae, n° 282a, 17.5.2.1,
19.3.
Tournefortia sarmentosa Lam., Boraginaceae. n° 1245, 6.3.1,
26.2, 34.2.
Toxocarpus sp., Asclepiadaceae, n' 1113, 6.1.2.1.4.
Trachyspermum roxburghianum (DC.) Craib, Umbelliferae,
n' 2004, 31.3.1.
Tréma orientalis (L.) Blume, Ulmaceae, n° 1004, 21.4, 26.4.
Trichodesma zeylanicum (Burm. f.) R. Br., Boraginaceae,
n” 428, 14.2.2.2.3.
Triumfetta pilosa Roth var. suffruticosa (Blume) Meyer,
Tiliaceae, n° 458, 24.2.2.1.4.1.
Typha sp., Typhaceae, n° 177, 9.3.4.30. 11.2, p. 132.
Typha angustifolia L., Typhaceae, n° 177a, 9.3.4.30, 11.2.
U
Uraria lagopodioides (L.) Desv. ex DC., Leguminosae, 8.3.2. Usnea sp., 4.2.8.
Urena lobata L., Malvaceae, n" 159, 24.2.2.1.1, p. 120. Uvaria sp., Annonaceae, n° 1199, 39.1.9, 39.2.2, 39.2.3.
V
Vanda sp., Orchidaceae, n' 2313, 4.2.1.
Ventilago sp.. Rhamnaceae, n° 1095, 6.1.1.2.2.
Vetiveria zizanioides (L.) Nash ex Small, Gramineae = le
vetiver, 3.2.1, 9.5.8, p. 65.
Viburnum sp., Caprifoliaceae, 39.3.7.
Vigna sp., Leguminosae, n° 1017, 6.2.5.1.
Vigna radiata (L.) R. Wilczek, Leguminosae, 7.1.3, p. 47.
Vigna umbellata (Thunb.) Ohwi et Ohashi, Leguminosae,
n* 22, 1126, 7.1.1.2.1, p. 47.
Vigna unguiculata (L.) Walp., Leguminosae = la dolique,
n* 55, 7.1, 7.1.1.1.1, 7.1.1.1.2, p. 46, 74.
Vitex sp., Verbenaceae, n° 1068, 26.8.2.3.
Vitex pubescens Vahl, Verbenaceae, n° 1236, 17.3.6, 21.13.1.
Vitex trifolia L., Verbenaceae = le gatilier à trois feuilles,
n° 226, 29.1.1.1, p. 65.
Vittaria ensiformis Sw., Adiantaceae, n" 460, 5.3.2.
Vittaria scolopendrina Thwaites, Adiantaceae, n° 2305, 5.3.3.
W
Wedelia biflora (L.) DC., Compositae, n° 1135, 9.7.1.2a. Wrightia pubescens R. Br., Apocynaceae, n° 2325, 14.5, 23.1,
Wendtandia glabrata DC., Rubiaceae, n° 411, 1238, 37.1.6.2. 32.4.
Woodfordiafruticosa (L.) Kurz, Lythraceae, n” 18, 28.17.
X
Xanthosoma nigrum (Vell. Conc.) Mansf., Araceae = le chou
caraïbe, n° 40, 40a, 1.1.1.1.1, p. 47, 68, 122.
Z
Zanthoxylum armatum DC., Rutaceae, n° 1025, 28.8.
Zea mays L., Gramineae = le maïs, 9.3.2, 9.3.2.1 à 9.3.2.3.
Zehneria sp., Cucurbitaceae, n° 1140, 1183, 6.2.4.4.
Zingiber gramineum Blume, Zingiberaceae, n° 396, 2006,
Zingiber officinale Roxb., Zingiberaceae = le gingembre.
n° 69, 2.1.2, 3.1.4, p. 65.
Ziziphus sp., Rhamnaceae, 18.2.2.
Ziziphus mauritiana Lam., Rhamnaceae = le jujubier, n° 516,
28.18, p. 42.
Ziziphus timoriensis DC., Rhamnaceae, n° 1212, 18.5.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS BUNAQ DE PLANTES
INDEX OF BUNAQ PLANTS NAMES
Cet index a été établi à, partir de tous les noms de plantes
utilisés par les Bunaq.
Les conventions utilisés sont les suivantes :
Exemples :
This index has been prepared starting with ail the plant
names used by the Bunaq.
The following conventions are employed :
Examples :
® | apa karoit^ © | t.b. « buffle », « mamelle », | © | usage médicinal (enflure des seins, usage exteme)~T| © 14.2.41
(D | dik dila bauq | © |t.b. «-», d. « papaye », « (nom de personne) »7| @ | usage alimentaireTj © 11.2.1.1.1187] @ | p. 92 |
© | ai atag [ © | t.b. « arbre » (tetun), «-» | © | = le corossol, [ ® | usage alimentaire (fruit) | © 130.2.2. |
® Nom de plante bunaq cité dans ce texte ou l’inventaire.
© La traduction mot à mot :
— en premier les mots appartenant au terme de base (t.b.)
— puis, s’il y a lieu la traduction du premier (d.) et du
deuxième déterminant (2 e d.).
Les mots qui n’ont aucun autre sens dans la langue sont
indiqués par un tiret «-». Toutefois quand un tel mot est
repris dans un nom de base composé, on a fourni son
équivalent en français (par exemple : dik hôtel , t.b. « igna¬
me », « arbre »).
Lorsque je n’étais pas sûre de la traduction, en particulier
parce qu’il peut s’agir d'homonyme, j’ai ajouté un point
d’interrogation.
Quand besoin est, une explication du terme est fournie
entre parenthèse ; par exemple (nom de personne) pour bauq.
Lorsque le mot n’est pas bunaq la langue est également
indiquée entre parenthèse exemple : ai « arbre » (tetun).
® L’équivalent français, lorsqu’il existe est fourni après le
signe =.
© Indication sur le type d'utilisation qui est faite de la
plante : usage alimentaire, usage alimentaire animal, usage
condimentaire, utilisation comme excitant, usage technique,
usage rituel, usage magique, cité dans la littérature orale,
utilisé dans le langage rituel, usage médicinal, usage vétéri¬
naire, sans utilisation.
Des indications plus détaillées sont fournies, en particulier
pour l’emploi technologique ou médicinal, sous une forme
succincte compatible avec un index. Quand les données sont
incertaines il n’y a aucune indication au sujet de l’utilisation.
© Renvoi à l’inventaire avec la numérotation correspon¬
dant à sa position taxinomique. Si la plante appartient à
plusieurs ensembles ceux-ci sont cités successivement.
(D Renvoi aux pages ou la plante est citée ailleurs dans le
texte (p. 19-150).
® Bunaq plant name cited in the text or inventory.
@ Word for word translation :
— first the words that belong to the basic term (t.b.)
— then, if there any, a translation of the first (d.) and second
(2 e d.) attributes.
The words with no other meaning in the language are
indicated by a hyphen, «-». Whenever such a word occurs in
a compound basic term its French équivalent is given (for
example : dik hôtel, t.b. « igname », « arbre »). When I was
not sure of the translation, in particular when there could
hâve been a question of homonymy, I hâve added a question
mark. When needed, an explanation of the term is given in
parenthèses ; for example (nom de personne) for bauq. When
the word is not Bunaq, the language is also indicated in
parenthèses ; example : ai « arbre » (tetun).
© The French name of the plant, when it exists, is given
after an equal sign ( = ). In the case that plant is designated
by several names, the équivalents are preceded by equal signs.
© Indication of the type of use to which the plant is put :
as human food, as food for animais, as a condiment, as a
stimulant, technical uses, use in ritual or magic, cited in the
oral tradition, used in ritual language, as an omament, as
medicine for humans or animais, or without use. More
detailed indications of use are given, in particular for
technological and médicinal uses, in a succinct, index-
compatible form. When information is uncertain, there is no
indication as to use.
© Cross-reference to the inventory with a numerical code
corresponding to its taxonomie position. If the plant belongs
to several groups, these are cited successively.
® Cross-reference to other citations elsewhere in the text
(p. 19-150).
Source : MNHN, Paris
290
CLAUDINE FRIEDBERG
A
ager, t.b. « chèvre ? », usage médicinal (dents cariées), usage
vétérinaire (blessures), usage alimentaire animal (chèvres),
usage technique (fumée contre les insectes), cité dans la
littérature orale : 29.1.1.1, p. 65, 99, 100.
ager zon, t.b. « chèvre ? », d. « sauvage », sans utilisation :
29.11.2, p. 100.
ai asa, t.b. «arbre» (tetun), «(nom de personne)», usage
technique (construction) : 17.5.3, p. 79.
ai ataq, t.b. «arbre» (tetun), « — » = le corossol, usage
alimentaire (fruit) : 30.2.2.
ai babi, t.b. « arbre » (tetun), « porc ? » (indonésien = heruk
nuek, usage condimentaire, usage médicinal (bains contre
fièvre) : 28.8.
ai baie, t.b. « arbre » (tetun), « amidon ? » (tetun), usage
technique (amidon), cité dans la littérature orale : 2.2.2.1,
p. 78, 119, 120,121.
ai besi, t.b. « arbre » (tetun), « fer », usage technique
(construction) : 17.1.2, p. 89, 99, 120.
ai dawan = ai rawan, t.b. « arbre » (tetun), « (population
voisine des Bunaq) », usage médicinal (fièvres), usage
technique (éclairage) : 37.1.1; déterminant : paqolai rawan ,
p. 89.
ai heu : nom ema : p. 99.
ai kerelulu, t.b. « arbre » (tetun), « — », usage magique
(philtre pour attirer) : 24.2.2, p. 67, 89, 97, 99.
ai laeq = pur ai laeq, t.b. « arbre » (tetun), « — », sans
utilisation : 14.1.1.2.4.2.
ai loqok, t.b. « arbre » (tetun), « bleu-ciel », usage médicinal
(ulcération), usage technique (colle) : 28.10, p. 81, 120.
ai loro manas, nom tetun « arbre », « soleil », « chaud », 27.4.
ai malu lai, t.b. «arbre» (tetun), « donneur-de-femmes ? »,
« poser ? » ou déformation du tetun ai manu lain « arbre »,
« coq », « queue », usage médicinal (toux) : 23.2, p. 99.
ai samoro, t.b. « arbre » (tetun), « (nom de lieu ?) » = hôtel
wele, usage médicinal (usage externe contre morsure de
serpent ou piqûre de scorpion) ; 14.2.3.
ai sawal = ai saI, t.b. «arbre» (tetun), « — » = le
tamarinier, usage alimentaire (fruit), usage médicinal
(fièvres), usage technique (construction, manches d’outil) ;
20.8, p. 89.
ai tameak, t.b. « arbre » (tetun), « se faire l’un l’autre rouge »
(meak est tetun et ta une flexion bunaq) = taie loi buleqen
= taie ewi, usage médicinal (fortifiant) ; 26.8.1.2.
ai tasik, t.b. « arbre » (tetun), « mer » (tetun), usage médicinal
(maux de tête des enfants, fièvres) : 29.1.2.1, p. 65, 92.
ai tasik belis, t.b. «arbre» (tetufi), «mer» (tetun), d.
«blanc») : 29.1.2.2.
akantaiq ou akantai, t.b. « — », usage technique (pieux,
charbon de bois pour les orfèvres), usage médicinal : 28.17.
alul, t.b. « — », usage technique (chandelles), usage médicinal
(usage externe, plaies, fractures, vers) : 37.2.1, 37.2.1.1.
alul zon, t.b. « — », d. « sauvage », sans utilisation : 37.2.2.
amadequ, t.b. « — », usage rituel, cité dans la littérature
orale : 27.3.2.
amadequ belis, t.b. « — », d. « clair », usage rituel, cité dans
la littérature orale : 27.3.1.
an balibo, t.b. « grande Graminée », « (nom de lieu) », sans
utilisation : 9.5.9, p. 82.
an esaq, t.b. « grande Graminée », « — », usage alimentaire
animal (cheval) : 9.5.5.
an in, t.b. « grande Graminée », « ail » = le vétiver, sans
utilisation? : 3.2.1, 9.5.8, p. 65, 77, 90.
an lawal, t.b. « grande Graminée », « Erythrina sp. », usage
rituel : 9.5.1, p. 82.
an likos, t.b. «grande Graminée», « — », sans utilisation :
9.5.4.
an mami, t.b. « grande Graminée », « sentir-bon » = la
citronelle, usage condimentaire : 3.2.2, 9.5.8, p. 89.
an meren, t.b. «grande Graminée», «éclair», usage orne¬
mental : 3.2.3, 9.5.8.
an muka, t.b. « grande Graminée », « cacher », sans utilisa¬
tion : 9.5.3.
an muka lotu, t.b. «grande Graminée», «cacher», d.
« court », sans utilisation : 9.5.3.
an mukaq masaq, t.b. «grande Graminée», «cacher», d.
« grand », sans utilisation ; 9.5.3.
an nuka, t.b. « grande Graminée », « ulcère tropical », sans
utilisation : 9.5.3.
an parai, t.b. « grande Graminée », « — », usage alimentaire
animal (chevaux) : 9.5.4.
an po, t.b. « grande Graminée », « écume », sans utilisation :
9.5.2.
an zap guloq, t.b. « grande Graminée », « chien », « queue »,
usage rituel : 9.5.10.
apa gie in, t.b. « buffle », « posséder », « ail » (c’est-à-dire :
«ail de buffle») : 3.1.3.
apa gie pii, t.b. « buffle », « posséder », « natte » (c’est-à-
dire ; « natte de buffle »), usage alimentaire (tubercule) :
1.2.1.2.2.36.4, p. 65.
apa giral goq, t.b. « buffle », « œil », « produit » (c’est-à-dire
«pupille de buffle»), sans utilisation : 39.2.1, 39.3.1.
apa karon, t.b. « buffle », « mamelle », usage médicinal
(enflure des seins, usage externe) : 4.2.4.
apa sakan, t.b. « buffle », « cuisse », usage médicinal (dou¬
leurs musculaires, usage externe) : 12.3.2, p. 69.
aq, t.b. « —» : 28.20, p. 67, 122.
aq apa huan, t.b. « — », d. « buffle », « cœur », usage
alimentaire (fruit) : 28.20.1.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS BUNAQ
aq kura, t.b. « —- », d. « cheval », usage alimentaire (fruit) :
28.20.2.
aq loi, t.b. « — », d. « bon » = la tomate, usage alimentaire
(fruit) : 28.20, 28.20.2, 28.20.4.
aq loqok, t.b. « — », d. «bleu-ciel», usage médicinal
(dents) : 28.20.3.2.
aq lotu, t.b. « — », d. « court », usage alimentaire (fruit) :
28.20.4.
aq su, t.b. « — », d. «sein», sans utilisation : 28.20.3.1.
aq zon, t.b. « — », d. « sauvage », sans utilisation : 28.20.3.
aq zon lotu, t.b. « — », d. « sauvage », 2 e d. « court », sans
utilisation : 28.20.3.3.
aralai, t.b. « — » = besak , usage technique (construction) :
17.4.1, 28.11, p. 99, 120.
aruda, t.b. « — » = une rue, usage médicinal : 37.3.1, p. 99.
arus, t.b. « —» : 17.3.1, p. 122.
arus belis, t.b. « — », d. « clair », usage médicinal (maux de
ventre), usage technique (construction) : 17.3.1.2.
291
arus guzu, t.b. « — », « foncé », utilisation comme excitant,
usage technique (construction) : 17.3.1.1.
arus mone, t.b. « — », d. « masculin », utilisation comme
excitant, usage technique (construction) : 17.3.1.1.
arus pana, t.b. « — », d. « féminin », usage médicinal (maux
de ventre), usage technique (construction) : 17.3.1.2.
arus to tara, t.b. « — », d. « année », « connaître », utilisation
comme excitant, usage technique (construction) : 17.3.1.1,
20.3.
atit, t.b. « — », usage technique (liens) : 6.1.2.1, 6.1.2.1.1.
atit belis, t.b. « — », d. «clair» : 6.1.2.1.
atitgol, t.b. « — », d. « petit », usage technique (liens), usage mé¬
dicinal ou magique ( ?) (ligature de vaisseaux san¬
guins) : 6.1.2.1,6.1.2.1.2.
atit guzu, t.b. « — », d. «foncé» : 6.1.2.1.
atit lotu, t.b. « — », d. «court» : 6.1.2.1, 6.1.2.1.4.
atit masaq, t.b. « — », d. «grand» : 6.1.2.1.
B
bako, t.b. « — » (vient du malais tembako) = le tabac,
utilisation comme excitant : 37.3.2, 37.3.2.1, p. 65, 99, 103,
118.
bako zon, t.b. « — », d. « sauvage », sans utilisation : 37.3.2.2,
p. 65.
baliqa = balia, t.b. « — » (vient de l’indonésien paria ou
peria ), usage alimentaire (fruit) : 6.2.3.1.
balo, t.b. « —» = un taro : 1.1.1, p. 67, 68, 72, 77, 91, 95,
122, 141.
balo bakoq, t.b. « — », d. « (type d’inflorescence) », sans
utilisation : 1.1.1.3.2, 2.2.3.1, p. 74, 92, 131, 141.
balo e getiq, t.b. « — », d. « Albizia chinensis », « écorce »,
usage alimentaire : 1.1.1.2.4.
halo giral tobok, t.b. « — », d. « œil », « double », usage
alimentaire : 1.1.1.2.2.
balo hos gio, t.b. « — », d. « oiseau », « fiente », usage
alimentaire : 1.1.1.2.6.
balo lotu, t.b. « — », d. « court », usage alimentaire, 1.1.1.2.3.
balo ma, t.b. « — », « bambou », usage alimentaire, 1.1.1.2.1.
balo mau bara, t.b. « — », d. « (nom de lieu) », usage
alimentaire, 1.1.1.2.7.
balo omen, t.b. « — », d. « Alocasia macrorrhiza », usage
alimentaire, 1.1.1, p. 68, 90.
balo omen zon, t.b. « — », « Alocasia macrorrhiza », « sauva¬
ge», sans utilisation, 1.1.1.1.2.2.
balo soi katoq, t.b. « — », d. «sortir», «grenouille», sans
utilisation, 1.1.1.3.1, 11.1, p. 65, 119, 120, 141.
balo una, t.b. « — », d. « papillon », usage alimentaire :
1.1.1.2.5.
bane, t.b. « — », usage technique (construction), usage mé¬
dicinal (usage externe, enflures des testicules) : 17.6.1, 35.1,
P- 79.
barut, t.b. « — » = le bancoulier, usage technique (éclairage),
usage médicinal (usage externe, massage) : 37.1.2, p. 75,
118, 119.
batola, t.b. « — » (vient de l’indonésien patola ou petola ),
usage alimentaire (fruit) : 6.2.3.2, p. 99.
bau berek, t.b. «(noms de personne)», usage rituel, usage
médicinal (usage externe, plaies), cité dans la littérature
orale : 28.2, p. 81, 89, 99.
bau koles, t.b. « (nom de personne) », = hôtel gubuk, usage
technique (favorisé sur les friches) : 9.7.3.1, p. 89.
bau uku, t.b. « (nom de personne) », d. « renverser ? », sans
utilisation : 14.1.2.2.2.
beko, t.b. « — », usage technique (construction) : 15.1.2.1,
p. 79, 100.
beko lotu, t.b. « — », d. «court», usage technique (tein¬
ture) : 15.1.2.2, p. 79, 100.
belebuq, t.b. « — », usage alimentaire : 6.3.2, 26.1, 31,9,
p. 108.
besak, t.b. « — » = aralai, usage technique (construction),
cité dans la littérature orale : 17.4.1, 28.11, p. 36, 79, 99,
119, 120.
bet, t.b. « — », usage alimentaire (graine) : 5.7.
bigil, t.b. « — », usage technique (pour envelopper des
gâteaux), usage alimentaire (rhizome), cité dans la littéra¬
ture orale : 13.3.2.
bin, t.b. « — », (homonyme de bin « graine »), usage alimen¬
taire animal (porc), usage technique (construction), cité
dans la littérature orale : 17.6.12, 35.2, p. 77, 119.
bobe, t.b. «(terme désignant quelque chose de rond et
bombé)», usage technique (construction) : 15.2.1.
bobe giral buleqen, t.b. « bombé », « œil » (les informateurs
ont traduit par « pupille bombée » et on peut se demander
si le terme de base bobe n’est pas l’abréviation de bobe
giral), d. « rouge », usage technique (construction) :
15.2.1.1.
bobe giral guzu, t.b. « bombé », « œil », d. « noir », usage
technique (construction) : 6.1.5, 15.2.1.2.
bol, t.b. «épais?» ou homonyme?, usage médicinal, usage
rituel, usage technique (cordes), cité dans la littérature
orale : 21.9, 24.2.1.1, p. 67, 89.
bol meta, t.b. « épais ? » ou homonyme ?, d.« noir » (tetun),
sans utilisation : 21.2.
bon, t.b. « — », usage technique (liens), usage alimentaire
(graines), usage rituel, cité dans la littérature orale :
6.1.1.1.1, 6.1.1.1.2.2; déterminant : pao bon, p. 36, 65, 69,
148.
bora, t.b. « — », usage rituel, cité dans la littérature orale,
13.2.2, p. 73, 75, 79.
bouq, t.b. « — » = la calebasse, usage technique (récipient) :
6.2.4.1; déterminant : hoza bouq, sekal bouq, p. 100.
bouq moras, t.b. « — », d. « rouge » (tetun), usage médicinal
(usage externe, maladies masculines) : 6.2.4.1.
bua marna, t.b. «noix d’arec» (tetun), «chique de bétel»
(tetun), usage médicinal (dysenteries), utilisation comme
excitant : 34.1.
bua moras, t.b. « fruit ? » (tetun) ou « noix d’arec » (tetun), d.
«rouge» (tetun), usage alimentaire (fruits) : 39.1.1.
bui guzu, t.b. « (nom de personne) », « noir », usage médical
(bains contre démangeaisons) : 9.6.3, 9.6.3.1, p. 65, 89, 99.
Source : MNHN, Paris
292
CLAUDINE FRIEDBERG
bui guzu mone, t.b. «(nom de personne)», «noir», d.
« masculin », sans utilisation : 9.6.3.2.
bui titiq, t.b. «têtard», usage médicinal (emménagogue) :
26.8.1.2.
bukas, t.b. « — » = le sorgho, usage alimentaire : 9.3.1, p. 73,
121.
bukas a ipi, t.b. « — », d. « manger », « riz », usage alimen¬
taire : 9.3.1.1,
bukas bara, t.b. « —», d. «court», usage alimentaire :
9.3.1.2.
bukas belis, t.b. « — », d. « clair », usage alimentaire : 9.3.1.4.
bukas buleqen, t.b. « — », d. « rouge », usage alimentaire :
9.3.1.5.
bukas laku, t.b. « — », d. « perroquet ? » ou « cuscus ? » (voir
p. 92), usage alimentaire : 9.3.1.3.
bulis gigo, t.b. « (sorte d’oiseau) », « bec » : 24.2.2.2.
bulu gupun, t.b. « pie », « poitrine », usage alimentaire :
24.2.2.4.
bulu guq, t.b. « pie ? » ou « pousser ? », « déterrer ? » :
24.2.2.3, 39.3.2.
basa kau, t.b. « chat », « ?» : 28.3.
busa kuku, t.b. « chat », « couvre-chef » (en bunaq) ? ou
«chat», «griffe» (en tetun)?, usage rituel : 28.3, p. 120.
bwil, t.b. « — », usage technique (construction) : 17.6.8, 35.6,
p. 96.
D
dama, t.b. « arc » ou homonyme ?, usage technique (construc¬
tion) : 17.6.9, 35.4.
dambua = voir sabul dambua :
daqarin, t.b. « — », usage alimentaire (fruit) : 39.2.2.
dau berek, t.b. «(noms de personne)», sans utilisation :
28.24.
deloq, t.b. « — » (apparenté à l'indonésien jeruk, terme
générique désignant les agrumes), usage condimentaire,
usage rituel, usage médicinal (vers) : 28.14.3, p. 99.
digal, t.b. « — » = le sésame, usage alimentaire : 7.4, p. 91.
digal hot giral, t.b. « — », d. « soleil », « œil » = digal masaq,
= hot giral : 7.4, 9.7.3.2.
giral masaq, t.b. « — », d. « grand » = digal hot giral, = hot
giral : 7.4, 9.7.3.2.
digirai, t.b. « — », usage alimentaire : 5.1.3, p. 66, 99.
digirai lotu, t.b. « — », d. «court» : 5.1.3.
digirai mone, t.b. « — », d. «masculin» : 5.1.3.
dirigai pana, t.b. « — », d. « féminin » : 5.1.3.
dik, t.b. « — » = igname: 1.2.1, p. 72, 76,89,90,91,95, 141,
142.
dik an t.b. « — », d. « grande Graminée », usage alimen¬
taire : 1.2.1.1.1.10.
dik an mone, t.b. « — », d. «grande Graminée», 2 e d.
«masculin», usage alimentaire : 1.2.1.1.1.10.2.
dik an pana, t.b. « — », d. «grande Graminée», 2 e d.
«féminin», usage alimentaire : 1.2.1.1.1.10.1.
dik apa gie pii, t.b. « — », d. « buffle », « posséder », « natte »,
usage alimentaire : 1.2.1.2.2.
dik baqi go, t.b. « — », d. = « fil, son sang », usage
alimentaire : 1.2.1.1.1.9.
dik baqi goq, t.b. « — », d. « fil de coton », usage alimen¬
taire : 1.2.1.1.1.9.
dik bogeq, t.b. « — », d. « assiette de bois », usage alimen¬
taire : 1.2.1.1.2.2, p. 60.
dik bukta, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 1.2.1.1.1.2.
dik bukta belis, t.b. « — », d. « — », 2 e d. = « clair », usage
alimentaire : 1.2.1.1.1.2.1.
dik bukta guzu, t.b. « — », d. « — », 2 e d. « foncé », usage
alimentaire : 1.2.1.1.1.2.2.
dik busa gomil, t.b. « — », d. « chat », « paume », usage
alimentaire : 1.2.1.1.2.1, p. 60.
dik digoq, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 1.2.1.1.2.3.
dik digoq mone, t.b. « — », d. « — », 2 e d. « masculin », usage
alimentaire : 1.2.1.1.2.3.2, p. 60.
dik digoq pana, t.b. « — », d. « — », 2 e d. « féminin », usage
alimentaire : 1.2.1.1.2.3.1.
dik dila bauq, t.b. « — », d. « papaye », « (nom de person¬
ne)», usage alimentaire : 1.2.1.1.1.8, p. 92.
dik dila bauq mone, t.b. « — », d. « papaye », « (nom de
personne) », 2 e d. « masculin », usage alimentaire :
1.2.1.1.1.8.2.
dik dila bauq pana, t.b. « — », d. «papaye», «(nom de
personne) », 2 e d. « féminin », usage alimentaire
1.2.1.1.1.8.1.
dik dila, t.b. « — », d. « Borassus », usage alimentaire :
1.2.1.1.1.14.
dik en, t.b. « — », d. « être humain », usage alimentaire :
1.2.1.1.1.1, p. 61, 132.
dik gubul baq, t.b. « — », d. « tête », « aîné », usage alimen¬
taire : 1.2.1.1.2.4.
dik hôtel, t.b. « igname », « arbre », = le manioc, usage
alimentaire : 1.2.3, p. 76, 89, 90, 91, 142.
dik hôtel ewi, t.b. «igname», «arbre», d. «d’homme
blanc», usage alimentaire : I.2.3.2.I.
dik hôtel ewi belis, t.b. « igname », « arbre », d. « d’homme
blanc», 2 e d. «clair», usage alimentaire : I.2.3.2.I.2.
dik hôtel ewi guzu, t.b. « igname », « arbre », d. « d’homme
blanc», 2 e d. «foncé », usage alimentaire : I.2.3.2.1.1.
dik hôtel keu, t.b. « igname », « arbre », d. « colombe », usage
alimentaire : 1.2.3.2.3.
dik hôtel kura por, t.b. « igname », « arbre », d. « cheval »,
«sacré», usage alimentaire : I.2.3.3.I.
dik hôtel leru, t.b. « igname », « arbre », d. « égreneuse à
coton», usage alimentaire : I.2.3.2.2.
dik hôtel mantega, t.b. « igname », « arbre », d. « beurre »,
usage alimentaire : 1.2.3.1.1.
dik hôtel muk gomo, t.b. « igname », « arbre », d. « terre »,
«son maître», usage alimentaire : I.2.3.3.2.
dik hôtel nona metan, t.b. « igname », « arbre », d.« demoi¬
selle » (tetun), « noir» (tetun), usage alimentaire : 1.2.3.1.2.
dik hoza, t.b. « — », d. « noix de coco », usage alimentaire :
1.2.1.1.2.5, p. 60.
dik in, t.b. « — », d. «ail», usage alimentaire : 1.2.1,1.1.13,
p. 90.
dik kakaq giri, t.b. « — », d. « cacatoès », « patte », usage
alimentaire : 1.2.1.1.2.7, p. 60, 119, 120.
dik kalain, t.b. « — », d. « Phyllanihus reticulatus », usage
alimentaire : 1.2.1.1.1.4.
dik kalan = dik kalain.
dik kira, t.b. « — », d. « fuseau », usage alimentaire :
1.2.1.1.1.11.
dik kira mone, t.b. « — », d. « fuseau », 2 e d. « masculin »,
usage alimentaire : 1.2.1.1.1.11.2.
dik kira pana, t.b. « — », d. « fuseau », 2 e d. « féminin »,
usage alimentaire : 1.2.1.1.1.11.1, p. 119, 120.
dik koqe gol, t.b. « — », d. «panier», «petit», usage
alimentaire : 1.2.1.1.2.6, p. 60.
dik laqa, t.b. « — », d. « entremetteur ? », usage alimentaire :
1.2.1.1.2.8.
dik lima lequ, t.b. « — », d. « botte », « tissu que l’on enroule
sur la tête avant d’y poser un objet à porter », usage
alimentaire : 1.2.1.1.1.6.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS BUNAQ
293
dik loi, t.b. « — », d. «bon» = la grande igname, usage
alimentaire : 1.2.1.1, p. 61, 76, 95, 101, 121, 141.
dik maku, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 1.2.1.1.1.5,
p. 61.
dik mape, t.b. « — », d. « milan », usage alimentaire :
1.2.1.1.1.12.
dik oras, t.b. « — », d. «ivoire», usage alimentaire :
1.2.1.1.1.3.
dik taliq, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 1.2.1.1.6,
1.2.1.1.2, p. 60, 76, 95, 101, 107, 132, 141.
dik taliq apa, t.b. « », d. « — », 2* d. « buffle », usage
alimentaire : 1.2.1.1.2.9, p. 60.
dik to tak, « — », d. « année », « compter », usage alimen¬
taire : 1.2.1.1.1.7.
dik h’ ir, t.b. « — », d. « — » = wir, usage alimentaire :
1.2.1.2.4.1.
dik zon, t.b. « — », d. « sauvage », usage alimentaire : 1.2.1.2,
1.2.1.2.1.
dik zul, t.b. « — », d. « rat », usage alimentaire : 1.2.1.1.2.10.
dik zulo, t.b. « — », d. « civette », usage alimentaire :
1.2.1.1.2.11, p. 60.
dik zulo belis, t.b. « — », d. « civette », 2 e d. « clair », usage
alimentaire : 1.2.1.1.2.11.1.
dik zulo buleqen, t.b. « — », d. « civette », 2 e d. « rouge »,
usage alimentaire : 1.2.1.1.2.11.2.
dik zulo laqa, t.b. « — », d. « civette », 2 e d. « entremetteur ? »
: 36.1.
dila, t.b. « — » = la papaye, usage alimentaire, usage
médicinal (fièvres) : 14.4; déterminant : dik dila bauq, sekal
dila , p. 67, 71, 91, 103, 131.
dila bol, t.b. « papaye », d. « pierre » : 28.7, p. 103.
dilampok, t.b. « — » = kelukes , usage médicinal (asthme) :
4.2.11, p. 62, 75.
dilu, t.b. « — » = lontar (en indonésien) = le rônier des îles
de la Sonde, usage technique (construction et vannerie),
usage rituel, cité dans la littérature orale : 13.1.3; détermi¬
nant : dik dilu, p. 81, 82.
dimi karoq, t.b.« sangsue » ? ou « boucle d’oreille » ?, d. « — »
= u karoq, 12.2.1.
dini heser, t.b. « se faire soi même », « mort », usage techni¬
que (liens), usage magique : 6.1.2.6, p. 89.
don pele lotu, t.b. « — », « — », d. « court » : 20.4.
donak, t.b. «pourpre», usage alimentaire : 6.1.3.4. et
6.1.3.4.1; déterminant : hiliq talin donak, p. 69, 99.
donak zon, t.b. « pourpre », d. « sauvage », sans utilisation :
6.1.3.4.2.
dotvol, voir dotvor, p. 65.
dotvor, t.b. « couver ? » ou « deuil ? » ou homonyme ? =
dotvol, t.b. « — », usage condimentaire, usage médicinal
(fièvres), usage rituel : 2.1.1, p. 65.
dumau, t.b. « — » (vient de delima en sanscrit) = la grenade,
usage alimentaire (fruit), usage médicinal (usage externe,
fièvres enfants), 28.16.
E
e, t.b. « sel ? » ou homonyme ?, usage technique (construc¬
tions sculptées) : 17.6.18, 20.4, 20.4.1; déterminant : balo e
getiq, p. 69, 120, 122.
e gol, t.b. « sel ? » ou homonyme ?, d. « petit », sans utilisa¬
tion : 20.4.2.
e gol lotu, t.b. « sel ? » ou homonyme ?, d. « petit », 2' d.
« court », sans utilisation : 20.4.3.
e tama, t.b. « ?», «entrer?» ou homonyme? : 39.3.3.
ema tala, t.b. « homme ? » (tetun), « gong » : 14.3.2, 28.25.
ema tala belak, t.b. « homme ? » (tetun), « gong », d. « dis¬
que », usage alimentaire (fruit?) : 28.25.1.
ema tala bolu, t.b. « homme ? » (tetun), « gong », d. « entier »,
usage technique (haies) : 28.25.2.
ema tala mone, t.b. « homme ? » (tetun), « gong », d. « mas¬
culin », usage technique (haies) : 14.3.2.1, 28.25.2.
ema tala mun, t.b. « homme ? » (tetun), « gong », d. « liane »,
usage médicinal (secret) : 14.3.2.3, 28.25.3, p. 66, 108.
ema tala pana, t.b. « homme ? » (tetun), « gong », d. « fémi¬
nin », usage alimentaire (fruit) : 14.3.2.2, 28.25.1, p. 65, 67.
emar, t.b. « — », usage médicinal (contre dysenterie), usage
technique (brûler contre les parasites du maïs) : 19.1,
19.1.1, p. 66, 74, 89, 122.
emar gol, t.b. « — », d. «petit», sans utilisation : 19.1.3.
emar masaq, t.b. « — », d. « grand », sans utilisation : 19.1.2.
erol, t.b. « —» : 41.1.2.2.3.1.1, p. 120.
ero! belis, t.b. « — », d. « clair », usage technique (petite
planche) : 14.1.2.2.3.1.2.
erol guzu, t.b. « — », d. « foncé », usage technique (petites
planches, pour polir les gobelets en bambou ( kuni ), pour
faire cailler le lait de buffle) : 14.1.2.2.3.1.1.
G
gau lele, t.b. « piler », « flotter sur l’eau » ou homonyme ? =
gao lele, usage alimentaire, usage médicinal (dépuratif) :
31.2.2.
ge, t.b. « — », usage rituel : 15.3.2.
gela, t.b. « — », usage rituel, usage médicinal (usage externe,
plaies), usage technique (construction), cité dans la littéra¬
ture orale : 17.6.4.1, 28.12, 32.2.1, 35.3, p. 63, 69, 72, 77,
118.
gela etvi, t.b. « — », d. « d’homme blanc » = le kapokier,
usage technique (construction et kapok) : 17.6.4.2, 32.2.2.
getal ges, t.b. « — », « — », usage alimentaire (jeunes pous¬
ses) : 36.1.
gigirai, nom ema : 5.1.3.
gipe, t.b. «corne » : 15.1.3, p. 77.
giri gios, t.b. « pied », « v.eine », utilisation comme excitant :
26.7, 34.3.
goigaq, t.b. « — » = la goyage, usage alimentaire (fruit) :
30.1.
goigaq kakaq, t.b. « — », d. « cacatoès », usage alimentaire
(fruit) : 30.1.1.
goigaq laku, t.b. « — », d. « Phalenger orientalis » (tetun),
usage alimentaire (fruit), usage rituel, usage médicinal
(contre hémorragies internes) : 30.1.2.
goigaq naka, t.b. « — », d. «boue», usage alimentaire
(fruit) : 30.1.3.
gomiq, t.b. « — » : 1.2.1.2.3.
gonor talak, t.b. « feuille », « palmée », usage magique, usage
médicinal (usage externe abcès) : 37.3.3.
Source : MNHN, Paris
294
CLAUDINE FRIEDBERG
goq, t.b. « fruit » = le coton, usage technique (tissage) : 32.1, goq loi, t.b. « fruit », d. « bon », usage technique (fil) : 32.1.1.
p 91 goq zon, t.b. «fruit», d. «sauvage», sans utilisation :
goq apa, t.b. «fruit», d. «buffle», usage technique (fil) : 24.2.1.3,32.1.3.
32.1.2.
H
hak, t.b. « — », usage techjnique (lien) : 13.1.4, 24.3, p. 63,
69, 81, 82.
hali = banian en tetun : 27.1.
hap, t.b. « — », usage rituel : 7.1, 8.3, 8.3.1.
hap betis mone, t.b. « — », d. « clair », 2 e d. « masculin » :
8.3.1.
hap belis pana, t.b. « — », d. « clair », 2 e d. « féminin » : 8.3.2.
hap guzu mone, t.b. « — », d. « foncé », 2 e d. « masculin » :
8.3.1.
hap guzu pana, t.b. « — », d. « foncé », 2 e d. « féminin » :
8.3.1.
hari dira, t.b. « — », « —», usage médicinal (maladies
urinaires) : 37.3.4, p. 118.
hepa, t.b. « —», sans utilisation : 20.2, p. 69, 119, 120.
heran, t.b. « — », usage technique (nattes) : 13.2.1, p. 72, 73,
75, 79.
heruk belis, t.b. « épine », « blanche », sans utilisation locale
mais vendu aux Chinois : 28.6.
heruk nuek, t.b. « épine », « sentir mauvais » = ai babi : 28.8.
heu, t.b. « — » = piri lose : 17.4.2, p. 99.
hiliq latin, t.b. « fibre de la feuille de Corypha », « son lien »
(tetun), usage médicinal (usage externe sur les plaies) :
6.2.1.2, 6.2.1.2.1, p. 96.
hiliq latin apa, t.b. « fibre de la feuille de Corypha », « son
lien » (tetun), d. « buffle », usage médicinal (usage externe
sur les plaies) : 6.2.1.2.2.
hiliq lalin pana, t.b. « fibre de la feuille de Corypha », « son
lien » (tetun), d. « féminin », usage médicinal, usage externe
sur les plaies) : 6.2.1.2.3.
ho, t.b. « sang ? » ou plutôt homonyme, usage alimentaire :
7.1. p. 74, 89, 91.
ho baübo, t.b. « ? », d. « (nom de lieu »), usage alimentaire :
7.1.1.2.2.1.
ho belis, t.b. « ?», d. «clair», usage alimentaire : 7.1.1.1.2.
ho bure, t.b. « ?», d. « — », usage alimentaire : 7.1.1.2.1.
ho gapa, t.b. « ?», d. «gris», usage alimentaire : 7.1.3.
ho guzu, t.b. « ? », d. « foncé », usage alimentaire : 7.1.1.1.1.
ho hôtel, t.b. « ? », « arbre » = le gombo, usage alimen¬
taire : 7.1.2.2, p. 142.
ho kaleq, t.b. « ? », d. « Sesbania grandiflora », usage alimen¬
taire : 7.1.1.2.2.1.
ho keloq, t.b. « ?», d. «botte d’épis de maïs» : 7.1.2.1, p.
122.
ho keloq mone, t.b. « ? », d. « botte d’épis de maïs », 2 e d.
«masculin», sans utilisation : 7.1.2.1.1.
ho keloq pana, t.b. « ? », d. « botte d’épis de maïs », 2 e d.
« féminin », usage alimentaire (feuilles jeunes) : 7.1.2.1.2.
ho luke gol, t.b. « ?», d. « — », 2 e d. «petit» : 6.2.5.2,
7.U.2.2.I.
ho molo, t.b. «dolique», «bétel», sans utilisation : 7.1.4, p.
66, 89, 142.
hobuk, t.b. « — », sans utilisation : 29.1.2.3, 33.2, 33.2.1,
9.7.1.3.
hobuk zon, t.b. « — », d. « sauvage », usage technique
(teinture noire) : 33.2.2.
hol si, t.b. «pierre», «chair» = hol siq : 4.2.10, 4.2.10.2,
p. 67, 89.
hol si ewi, t.b. « pierre », « chair », d. « d’homme blanc » :
4.2.10.1.
hol si lotu, t.b. « pierre », « chair », d. « court » : 4.2.10.4.
hol si masaq, t.b. « pierre », « chair », d. « grand », sans
utilisation : 4.2.10.1.
hol si mone, t.b. « pierre », « chair », d. « masculin », sans
utilisation : 4.2.10.1.
ho! si pana, t.b. « pierre », « chair », d. « féminin », usage
médicinal (usage externe contre la variole) : 4.2.10.2.
hol si zon, t.b. « pierre », « chair », d. « sauvage », sans
utilisation : 4.2.10.3.
hoqi, t.b. « — » = l’arachide, usage alimentaire : 7.9, p. 76.
hoqi bara, t.b. « — », d. «court», usage alimentaire : 7.9.1.
hoqi legul, t.b. « — », « long », usage alimentaire : 7.9.3.
hoqi lep, t.b. « — », d. « Schizoslachyum blumii », usage
alimentaire : 7.9.2.
hoqi muk gomo, t.b. « — », d. «terre», «maître», usage
alimentaire : 7.9.4.
horep, t.b. « — », sans utilisation : 39.1.2.
hot giral, t.b. « soleil », « œil » = le tournesol = digal hot
giral = digal masaq, usage alimentaire : 9.7.3.2, 7.4, p. 89.
hôtel ewi, t.b. « arbre », « homme blanc », usage médicinal
(kaluk, voir p. 30) : 37.1.3, p. 118.
hôtel geweqel got, t.b. « arbre », « mâchoire », « poil », c’est-
à-dire « barbe d’arbre », usage médicinal (bains défati¬
guants) : 4.2.8, p. 89.
hôte! gipe, t.b. « arbre », « corne » = voir gipe.
hôtel gol solat, t.b. « arbre », « petit », « fort » = hôtel ne
solat, utilisation comme excitant (ajouté au vin de pal¬
me) : 26.9.
hôtel gubuk, t.b. « arbre », « fleur » = bau koles, usage
technique (favorisé sur friche) : 9.7.3.1.
hôtel ne solat, t.b. « arbre », « tige », « fort » = hôtel gol solat.
hôtel nuka, t.b. « arbre », « ulcère tropical », usage médicinal
(usage externe sur ulcères tropicaux) : 37.2.4, p. 65.
hôtel suqil, t.b. « arbre », « latex », usage technique (construc¬
tion) : 39.1.3, p. 89.
hôte! tiegio, t.b. « arbre », « poulet », « excréments », p. 65,89.
hôtel tie gio belis, t.b. « arbre », « poulet », « excréments », d.
« blanc », usage médicinal (usage externe sur plaies et
abcès) : 26.10.2, 27.4.
hôtel tie gio guzu, t.b. « arbre », « poulet », « excréments », d.
« foncé », usage médicinal (usage externe sur plaies et
abcès), utilisé comme excitant (ajouté au vin de palme) :
26.10, 26.10.1.
hôtel wele, t.b. « arbre », « scorpion » = ai samoro, usage
médicinal (usage externe contre piqûres de scorpion ou
morsures de serpent) : 14.2.3.
hoza, t.b. « — » = le cocotier, usage alimentaire, usage
technique (construction, cosmétique) : 13.1.1; détermi¬
nant : dik hoza, p. 67, 74, 75, 91, 92, 121.
hoza bara, t.b. « — », d. « court », usage alimentaire, usage
technique (construction, cosmétique) : 13.1.1.5.
hoza bouq, t.b. « — », d. « calebasse », usage alimentaire,
usage technique (construction, cosmétique) : 13.1.1.4.
hoza mea, t.b. « — », d. « rouge » (tetun), usage alimentaire,
usage technique (construction, cosmétique) : 13.1.1.1.
hoza sael, t.b. « — », d. « porc », usage alimentaire, usage
technique (construction, cosmétique) : 13.1.1.2, p. 92.
hoza tili, t.b. « — », d. «grelot», usage alimentaire, usage
technique (construction, cosmétique) : 13.1.1.3.
hozoq, t.b. « — », usage alimentaire : 31.6.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS BUNAQ
hozoq belis, t.b. « — », d. «clair», usage alimentaire : 31.6.
hulo, t.b. « — », usage technique (construction), usage rituel,
cité dans la littérature orale : 9.1.2, 9.1.2.1, p. 36.
hulo mêla, t.b. « — », d. « (nom de personne) », usage rituel,
usage vétéritaine (vers des chevaux) : 9.1.2.2, p. 92.
hulu, voir molo hulu.
huq zemel, t.b. « Casuarina », « firmanent » : 36.2.
iti goru, t.b. « (nom de personne) », « pendre », cité dans la
littérature orale : 4.2.7, 37.1.4, p. 66, 67, 77, 118, 119, 120.
in, t.b. « ? » = l’ail, usage alimentaire, usage médicinal : 3,
3.1; déterminant : dik in, p. 67, 68, 90, 91.
in buleqen, t.b. « — », d. « rouge » = apa gie in, usage
médicinal (hémorragies internes) : 3.1.3.
in dego, t.b. « — », d. «jus» = in nuek, usage alimentaire,
usage médicinal : 3.1.1.
in dego apa, t.b. « — », d. «jus», 2* d. «grand», usage
alimentaire, usage médicinal : 3.1.1.2.
in dego bara, t.b. « — », d. « jus », 2' d. « court », usage
alimentaire, usage médicinal : 3.1.1.1.
in ma, t.b. « ail ? », « bambou », usage condimentaire, usage
médicinal : 2.1.2, 3.1.4, p. 65, 77, 90.
in masel, t.b. « — », d. « rouge » (tetun), usage alimentaire,
usage médicinal : 3.1.2.
in masel belis, t.b. « — », d. « rouge » (tetun), 2' d. « clair »,
usage alimentaire, usage médicinal : 3.1.2.2.
in masel buleqen, t.b. « — », d. « rouge » (tetun), 2 e d. «
rouge», usage alimentaire, usage médicinal : 3.1.2.1.
in nuek : t.b. « — », d. «sentir mauvais» = in dego : 3.1.1.
ipi, t.b. « — » = le riz (la plante), usage alimentaire : 9.3.4,
p. 45, 60, 73, 90, 91, 121, 132.
ipi apa gio, t.b. « — », d. « buffle », « excréments », usage
alimentaire : 9.3.4.13.
ipi asu metan, t.b. « — », d. « chien » (tetun), « noir » (tetun),
usage alimentaire : 9.3.4.5.
ipi bara, t.b. « — », d. « court », usage alimentaire : 9.3.4.24.
ipi bau ama, t.b. « — », d. « (nom de personne », « père »,
usage alimentaire : 9.3.4.27.
ipi bei uluk, t.b. « — », d. «ancêtre», «origine» (tetun),
usage alimentaire : 9.3.4.1, 9.3.4, p. 60, 95.
ipi bei wiü, t.b. « — », d. « (nom de personne) », usage
alimentaire : 9.3.4.17.
ipigemel, t.b. « — », d. «génitrice» : 9.3.4.30, 11.2, p. 121,
132.
ipi hena, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 9.3.4.6.
ipi henu, t.b. « — », d. « collier », usage alimentaire : 9.3.4.18.
ipi huli taiq, t.b. « — », d. « — », « — », usage alimentaire :
9.3.4.2.
ipi kakaq, t.b. « — », d. « cacatoès », usage alimentaire :
9.3.4.23.
ipi kupan, t.b. « — », d. « Kupang » (la ville), usage alimen¬
taire : 9.3.4.14.
ipi kupan gebu got, t.b. « — », d. « Kupang », 2 e d. « cul »,
«poil», usage alimentaire : 9.3.4.15.
295
hur, t.b. « — » = le Casuarina, usage technique (construc¬
tion, teinture) : 17.1.4, 17.7.2, p. 63, 67, 79, 80.
huraq, t.b. « — », sans utilisation, cité dans la littérature
orale : 36.2, p. 67.
hut, t.b. « — », usage technique (toiture) : 3.2.4, 9.5.8., p. 67,
73, 74, 82.
ipi lago, t.b. « — », d. « corneille », usage alimentaire :
9.3.4.20.
ipi lep, t.b. « — », d. « Schizostachyum blumii », usage
alimentaire : 9.3.4.22.
ipi loi makiq, t.b. « — », d. « bon », 2 e d. « ? », usage
alimentaire : 9.3.4.21.
ipi ma komaq, t.b. « — », d. « bambou », « gaine », usage
alimentaire : 9.3.4.12.
ipi manu mera, t.b. « — », d. « oiseau » (tetun), « rouge »
(indonésien?), « — », usage alimentaire : 9.3.4.19.
ipi mera, t.b. « — », d. « rouge » (indonésien ?), usage alimen¬
taire : 9.3.4.8.
ipi mera lakaen, t.b. « — », d. « rouge » (indonésien ?), « — »,
usage alimentaire : 9.3.4.28.
ipi oko eroq, t.b. « — », d. « — », « — », usage alimentaire :
9.3.4.16.
ipi op giri, t.b. « — », d. « mont », « pied », usage alimen¬
taire : 9.3.4.25.
ipi pranses, t.b. « — », d. « français ? » ou « franc ? », usage
alimentaire : 9.3.4.11.
ipi pu buk, t.b. « — », d. « aréquier », « fleur », usage
alimentaire : 9.3.4.10.
ipi seban, t.b. « — », d. « cuivré », usage alimentaire : 9.3.4.3.
ipi seban dato, t.b. « — », « cuivré », 2 e d. « chef », usage
alimentaire : 9.3.4.3.1, p. 119, 120.
ipi seban mita, t.b. « — », « cuivré », 2 e d. « roturier », usage
alimentaire : 9.3.4.3.2.
ipi suqil, t.b. « — », d. «latex», usage alimentaire : 9.3.4.9,
p. 119, 120.
ipi tueq diki, t.b. « — », d. « Arenga », « pousse », usage
alimentaire : 9.3.4.4.
ipi tueq salen, t.b. « — », d. « Arenga », « inflorescence »,
usage alimentaire : 9.3.4.4.
ipi turul, t.b. « — », d. « santal », usage alimentaire : 9.3.4.7.
ipi zon, t.b. « — », d. « sauvage », usage alimentaire : 9.3.4.29.
ipi zulo, t.b. « — », d. « civette », usage alimentaire : 9.3.4.26.
iqi, t.b. « — », usage rituel (« bétel » des abeilles) : 8.1.
iter, t.b. « — », usage alimentaire : 9.3.3, p. 91.
iter mukeq, t.b. « — », d. « grêle », sans utilisation : 9.3.3.2.
if*/, t.b. « — », usage technique (gobelet), usage alimentaire
(jeunes pousses) : 14.5, 23.1, 32.4.
in, t.b. «chenille» ou homonyme?, usage technique
(construction), usage médicinal (usage externe plaies, dou¬
leurs rhumatismales) : 17.8.2, 25.1, p. 77, 119, 120.
K
kabokeq, t.b. « — », usage rituel, cité dans la littérature
orale : 14.1.2.2.1.1, 16.2, p. 62, 64, 66, 96.
kabanasaq, t.b. « (nom de lieu) », usage technique (construc¬
tion) : 15.3.1, 17.6.15, p. 79.
kahaq, t.b. « — », usage condimentaire, utilisé comme exci¬
tant (succédané du bétel) : 29.1.3, p. 65.
kahaq ai tasik, t.b. « — », d. « arbre » (tetun), « mer »
(tetun) : 29.1.2.2.
Source : MNHN, Paris
296
CLAUDINE FRIEDBERG
kahaq duqut, t.b. « — », d. « herbe » (tetun), usage condimen-
taire : 29.1.3.
kahaq loi ma mi, t.b. « — », d. « bon », 2 e d. « sentir bon »,
usage condimentaire : 29.1.3.
kahaq loi molo a, t.b. « — », d. « bon », 2 e d. « bétel »,
«manger», usage condimentaire : 29.1.3.
kahaq tinoq, t.b. « — », d. «chaud » : 29.1.2.2, 29.1.3.
kahaq zon, t.b. « — », d. « sauvage» : 29.1.2.2.
kai akaq, t.b. « arbre » (langue ?), « boiteux ? », usage tech¬
nique (construction) : 14.1.2.2.1.2, 17.6.13.
kai naki, t.b. «arbre» (langue?), «appeler de la main» :
39.1.4.
kai sahe, t.b. « arbre » (langue ?), « vert-jaune », usage orne¬
mental : 27.1, p. 66, 98.
kalain = kalan, t.b. « — » : 33.3; déterminant ; dik kalain.
kalan, t.b. «obscur?» (tetun?) = kalain, usage technique
(teinture noire) : 33.3, p. 65, 92.
kedeq, t.b. « — », usage médicinal (plaies dans la bouche),
usage technique (bonne plante de jachère) : 21.6, p. 67.
kali kabas, t.b. « — », « — » (du tetun tali kapas ?) = lapu-
las : 24.2.2.5.
kaluk geri, t.b. « petit sac que les hommes portent en
bandoulière (voir p. 30) », « lui fixer », c’est-à-dire « orne¬
ment de kaluk », sans utilisation : 4.2.9, 37.3.5.
kangkoq, t.b. « — » (vient de l’indonésien kangkung ) =
liseron d’eau, usage alimentaire : 31.8.
kao miqit = voir kau miqit.
kaial, t.b. «gratter» (tetun), sans utilisation : 6.1.3.2, p. 65,
92.
katal belis, t.b. «gratter», (tetun), d. « clair» : 6.1.3.2.
katal buleqen, t.b. «gratter» (tetun), d. « rouge» : 6.1.3.2.
katalguzu, t.b. «gratter» (tetun), d. «foncé» : 6.1.3.2.
kau miqit = kao miqit, t.b. « — », « — » (emprunt à l’ema
kaumitT), usage alimentaire : 31.7.
kaukeiq, t.b. « — » = le jujubier, usage alimentaire (fruit) :
28.18.
kebot, t.b. « — », usage médicinal : 10.3, 10.3.1.
kebot apa, t.b. « — », « buffle », usage médicinal : 10.3.3.
kebot mone, t.b. « — », d. « masculin », usage médicinal :
10.3.2.
kebot sael got, t.b. « — », d. « porc », « poil », usage médi¬
cinal : 10.3.4.
keliq, t.b. « — » = le soja, usage alimentaire ; 7.2, p. 91.
keliq belis, t.b. « — », d. « clair », usage alimentaire : 7.2.1, p.
100.
keliq guzu, t.b. « — », d. « foncé », usage alimentaire : 7.2.2,
p. 100.
kelukes - voir dilampok.
kempaek, t.b. « — », usage ornemental : 39.1.5.
ketumbar = nom indonésien du coriandre : 37.3.6.
kibu, t.b. « —» : 24.2.2.1, p. 122, 132.
kipu apa, t.b. « — », d. «buffle» : 24.2.2.1.4.1.
kibu apa giral, t.b. « — », « buffle », « œil », usage technique
(liens) : 24.2.2.1.4.2.1.
kipu apa giral goq guzu, t.b. « — », d. « buffle », « œil »,
« fruit » (pupille), 2 e d. « foncé » : 24.2.2.1.4.2.2.
kibu belis, t.b. « — », d. «clair», usage médicinal (usage
externe : plaies, yeux, douleurs de plexus) : 24.2.2.1.2.
kibu guzu, t.b. « — », d. « foncé », usage technique (liens) :
24.2.2.1.1, p. 120.
kibu guzu sael gio, t.b. « — », d. « foncé », 2 e d. « porc »,
«excréments», sans utilisation : 24.2.2.1.1.2, p. 119, 120.
kibu si gusuk, t.b. « — », d. « viande », « enfoncer », usage
magique : 24.2.2.1.3.
kiri patu, t.b. « — », « — », sans utilisation : 39.1.6.
kirun, t.b. « — » ( = kunir en tetun), usage condimentaire,
usage médicinal, usage rituel : 2.1.6, p. 65, 68, 74, 77, 132.
koak gigo, t.b. « Philemon buceroïdes », « bec », sans utilisa¬
tion : 28.21.
koan, t.b. « — », usage alimentaire : 1.2.1.2.4.2, 1.2.1.2.4.2.2,
792.
koan got, t.b. « — », usage alimentaire : 1.2.1.2.4.2.1.
koban, t.b. « — », usage technique (construction) : 15.2.2,
17.6.3, p. 160.
kobi, t.b. « — » (du portugais couve) = le chou, usage
alimentaire : 31.1.2, p. 99.
koke, t.b. « sourd » ? ou homonyme ?, usage alimentaire
(fruits) : 28.15, 28.15.1, p. 81, 100.
koke zon, t.b. « ? », d. « sauvage », sans utilisation : 28.15.2,
p. 100.
kol, nom hollandais = le chou, usage alimentaire : 31.1.3, p.
99.
kolo taran, t.b. « (nom de personne) », « pommelé » = voir
olo taran.
kolo taria, t.b. « — », « — » (de Crotalaria ), sans utilisa¬
tion : 7.6.2, p. 99.
kolun, t.b. « — » et = « mauvaise herbe » : 9.6.1.
kolun apa, t.b. « — », d. «buffle» : 9.6.1.1.
kolun belis, t.b. « — », d. «clair», sans utilisation : 9.6.1.2,
p. 96.
kolun laiq, t.b. « — », d. « — » = u meo got, sans utilisa¬
tion : 9.6.2.
kolun ma, t.b. « — », d. « bambou », sans utilisation : 9.6.1.3.
kolun meo, t.b. « — », d. « guerrier », sans utilisation : 9.6.1.4.
kolun meo got, t.b. « — », d. « guerrier », « barbe », sans
utilisation : 9.6.1.4.
kolun su kaqut, t.b. « — », d. «sein», «coudre», sans
utilisation : 9.6.1.5.
kolun wate, t.b. « — », d. « — », sans utilisation : 9.6.1.6,
p. 96.
kontas, t.b. « chapelet » (mot introduit par les missionnaires),
usage alimentaire : 2.1.4.
kontas loi, t.b. « chapelet », d. « bon », usage alimentaire :
2.1.4.1.
kontas zon, t.b. « chapelet », d. « sauvage », sans utilisation :
2.1.4.2.
kopi, t.b. « — » (même terme qu’en indonésien) = le café,
utilisé comme excitant : 37.2.2.1, p. 99, 118.
kopi zon, t.b. « — », d. « sauvage », sans utilisation : 37.2.2.2.
kosal, t.b. « — », usage technique (nattes grossières) : 10.4,
11.3.
kowenter, t.b. « — » (vient du portugais cuentro) = le
coriandre, usage condimentaire : 37.3.6, p. 118.
kulo, t.b. « — » = le jacquier, usage alimentaire (fruit), usage
technique (construction) : 17.3.5, 30.2.1, p. 73, 91, 99.
kulo naka, t.b. « — », d. « boue », usage alimentaire (fruit) :
30.2.2.
kulo zon, t.b. « — », d. « sauvage », usage alimentaire (jeunes
pousses) : 14.1.2.2.4.1, p. 99.
kulu maliq, t.b. « — », « (nom de personne ?) », usage magi¬
que (contre les souris) : 2.2.2.2.
kumurin, t.b. « — » (apparenté à l’ema kumu duin), usage
alimentaire (fruit), usage technique (teinture noire) : 39.2.3,
p. 99.
kusan, t.b. « — », usage magique, usage alimentaire (jeunes
pousses) : 17.6.17.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS BUNAQ
297
laba talaq = voir naba talaq.
labutaq, t.b. « — », sans utilisation : 39.1.6.
laka lorok, t.b. (« noms de personnes »), usage alimentaire
animal (porc) : 36.3.
lama gol, t.b. « — », « petit » : 39.3.4.
lamukas, t.b. « — », usage alimentaire : 7.1.1.2.1.
lantaro, t.b. « — » (indonésien), usage technique (bonne
plante de friche) : 17.8.3, 20.7, p. 103.
lap los, t.b. « — », « — » : 6.1.2.4.
lapulas, t.b. « — », = kali kabas : 24.2.2.5.
lapulos, t.b. « — », usage magique : 6.1.2.4, p. 107, 108.
lapulos mun, t.b. « — », d. « liane » : 24.4.
laq kawaq, t.b. « — », « — », usage technique (construc¬
tion) : 17.3.6.
laq kawaq belis, t.b. « — », d. «clair», usage technique
(construction) : 21.13.1.
laq kawaq guzu, t.b. « — », « — », d. «foncé» : 21.13.2,
26.8.2.1.
laqa, t.b. « entremetteur » ? ou homonyme ? : 12.2.2.
laqa belis, t.b. « ? », d. « clair » : 12.2.2.2, p. 97.
laqa guzu, t.b. « ? », d. « foncé » : 12.2.2.1.
laqa mone, t.b. « — », d. « masculin » : 12.2.2.2, p. 97.
laqo gie uer, t.b. « corneille », « posséder », « marmite » :
6.2.3.4.
laus, t.b. « — », usage condimentaire, usage médicinal : 2.1.3,
p. 65.
lawal, t.b. « — » : 28.12; déterminant : an lawal, p. 63, 72,
122.
lawal apa, t.b. « — », d. « buffle », usage alimentaire (jeunes
pousses), usage technique (construction) : 17.6.6.1, 28.13.1.
lawal loi, t.b. « — », d. « bon » = lawal apa : 17.6.6.1,
28.13.1.
lawal lotu, t.b. « — », d. «court» = lawal zon, usage
technique (construction) : 17.6.6.2, 28.13.2.
lawal zon, t.b. « — », d. «sauvage» : 17.6.6.2, 28.13.2.
lea, t.b. « — », usage rituel : 9.5.11.
lebo, t.b. « — », usage alimentaire, usage rituel : 9.3.6, p. 91.
leki dauk, t.b. « (nom de personne) », « devin », sans utilisa¬
tion : 6.2.3.3.
leki selok, t.b. « (nom de personne) », sans utilisation : 39.3.5.
lekiki, t.b. « — », usage médicinal (usage externe sur les
plaies) : 26.6, 29.1.4, p. 65.
lemel, t.b. « — » = lemer, usage médicinal (usage externe) :
4.1.1, 4.1.1.1.
lemer, t.b. « — » = voir lemel.
lemer muk, t.b. « — », d. «terre», sans utilisation : 4.1.1.2.
lep, t.b. « — », usage rituel, usage technique (sarbacanes,
métiers à tisser, flûtes), cité dans la littérature orale : 9.1.3,
déterminant : hoqi lep, ipi lep , p. 36, 37, 51.
lese, t.b. « (nom de personne) » ou homonyme ?, usage
technique (construction), usage alimentaire (fruit) : 15.3.3,
17.2.
leto gol, t.b. « (nom de personne) », « petit » : 30.5.
leto gol mone, t.b. « (nom de personne) », « petit », d. «
masculin », usage alimentaire (fruit), usage médicinal
(contre la toux) : 30.5.2.
leto gol pana, t.b. « (nom de personne) », « petit », d.
«féminin», usage alimentaire (fruit), usage médicinal
(contre la toux) : 30.5.1.
lia asu, t.b. « — », « chien ? » (tetun), (sans doute un mot
tetun), usage condimentaire, usage médicinal : 2.1.7.
lien, t.b. « — » (terme identique en chinois), usage médicinal
(fièvres, maux de ventre) : 17.6.7, p. 67, 99.
ligar, t.b. « oreille » en ema ? : 39.3.6.
liqu, t.b. « — », usage technique (liens) : 6.1.1.2.
liqu belis, t.b. « — », d. « clair », usage technique (liens) :
6.1.1.2.1, 6.1.1.2.1.2.
liqu belis marnai, t.b. « — », d. « clair », 2 e d. « tendre » :
6.1.1.2.1.1.
liqu guzu, t.b. « — », d. « foncé », usage technique (liens) :
6.1.1.2.2.
tiu, t.b. « — » : 7.7.
liu belis, t.b. « — », d. « clair », sans utilisation : 7.7.2.3.
tiu bulequen, t.b. « — », d. « rouge », sans utilisation : 7.7.2.3.
tiu ewi, t.b. « — », d. « homme blanc », usage alimentaire :
7.7.1.2.
tiu lewer, t.b. « — », d. « (nom de lieu) », sans utilisation
lien? : 6.1.1.3, 7.7.2.3.
liu tiwas, t.b. « — », d. « forme de Mucuna pruriens », usage
alimentaire : 7.7.2.1.
tiu tir, t.b. « — », d. « ambrevade », usage alimentaire : 7.7.1.
tiu zon, t.b. « — », d. « sauvage » : 7.8.
tiu zumuk, t.b. « — », d. « — », sans utilisation : 7.7.2.2.
tiwas, t.b. « — », sans utilisation : 7.8, déterminant : tiu tiwas,
p. 65.
loa gie tapil, t.b. « serpent loa », « posséder », « base de
flèche », usage médicinal (contre la fièvre, contre le goi¬
tre) : 36.4, p. 66.
loloq, t.b. « —» : 6.1.3.1.
loloq belis, t.b. « — », d.«clair», usage technique (liens) :
6.1.3.1.
loloq buleqen, t.b. « — », d. « rouge », usage médicinal (usage
externe : abcès) : 6.1.3.1.
loloq guzu, t.b. « — », d. « foncé », usage technique (liens) :
6.1.3.1.
Iota, t.b. « — », usage vétérinaire (usage externe, plaies avec
vers) : 14.1.2.2.4.2, 21.7.
lurun, t.b. = « — », usage alimentaire (jeunes pousses) : 31.5.
lurun belis, t.b. « — », d. « clair », usage alimentaire (jeunes
pousses) : 31.5.
lurun buleqen, t.b. « — », d. « sauvage », usage alimentaire
(jeunes pousses) : 31.5.
lurun zon, t.b. « — », d. « sauvage », usage alimentaire (jeunes
pousses) : 31.5.
M
ma, t.b. « — » = bambou : 9.1, 9.1.1, 9.1.1.1. à 9.1.1.5, p. 70,
91, 92.
ma betun, t.b. « — », d. « — » (de l’indonésien betung), usage
technique (construction, récipient, échelle) : 9.1.1.1, p. 44.
ma guk, t.b. « bambou », « noeud », sans utilisation : 9.6.6.
ma guk apa, t.b. « bambou », « noeud », d. « buffle », sans
utilisation : 9.6.6.1, p. 100.
ma guk belis, t.b. « bambou », « noeud », d. « clair », sans
utilisation : 9.6.6.2, p. 100.
ma guk lotu, t.b. « bambou », « noeud », d. « court », sans
utilisation : 9.6.6.2, p. 100.
ma kes, t.b. « — », d. «orné», usage technique (étui à
chaux) : 9.1.1.3.
ma laku, t.b. « — », d. « Phalanger orientais» = cuscus
(tetun), usage technique (étui à chaux) : 9.1.1.5.
Source : MNHN, Paris
298
CLAUDINE FRIEDBERG
ma olas, t.b. « —- », d. « — », usage technique (construction,
récipient, échelle), usage rituel : 9.1.1.2.
mabil, t.b. « — » : 9.1.1.4, p. 72.
malaka, t.b. «nom de lieu?» = le ricin, sans utilisation :
37.2.3, p. 67, 74, 99.
marna bua, t.b. « chique de bétel » (tetun), « noix d’arec »
(tetun), utilisé comme succédané de la noix d’arec : 34.1.
manuk , t.b. « — », usage médicinal (bains contre la fièvre,
piqûres de guêpes et usage secret) : 6.1.2.5, p. 69.
mape giri, t.b. «milan», «son pied», usage alimentaire
jeunes pousses) : 31.2.1, p. 99.
maqu, t.b. « — », p. 77.
maqu belis, t.b. « — », d. «clair», usage médicinal (usage
externe : bains fortifiants pour les enfants) : 23.3.1.2,
23.3.2.1.
maqu belis pana, t.b. « — », 2 e d. « féminin » : 23.3.2.2,
26.10.2.
maqu guzu, t.b. « — », d. « foncé » : 23.3.1.
maqu guzu mone, t.b. « — », d. « foncé », T d. « mascu¬
lin»: 23.3.1.2.
maqu guzu pana, t.b. « — », d. « foncé, 2 e d. « féminin » :
23.3.1.1.
maqut, t.b. « — », usage alimentaire : 37.1.5.
masin, t.b. « — », usage alimentaire (fruit), usage condimen-
taire : 28.14.2.
matenebuq, t.b. « — », usage alimentaire animal : 9.7.1.1,
9.7.1.1.1.
matenebuq belis, t.b. « — », d. « clair », utilisé comme excitant
(betel) : 9.7.1.1.2.
mau bal, t.b. « (nom de personne) », « pellicule (de che¬
veux)?», usage technique (construction, teinture noire),
usage médicinal (usage externe, maux de tête) : 15.1.4,
17.6.2, p. 77, 99.
mau haleq ou mau haie, t.b. «(nom de personne)», usage
médicinal : 6.1.4.1, p. 89.
mau koles, t.b. « (nom de personne) », sans utilisation :
9.7.3.3.
mau meak, t.b. «(nom de personne)», « rouge» (tetun),
usage technique (tatouage) : 14.6, p. 89, 99.
mazoq, « — », usage technique (construction), cité dans la
littérature orale : 17.1.1, 20.5, p. 77, 79.
me, t.b. « —» 1.1.2.1, p. 36, 61, 67, 72, 91.
me hui = « riz sauvage » en ema : 9.3.4.29.
me loi, t.b. « — », d. «bon», usage alimentaire : 1.1.2.1.1.
me zon, t.b. « — », d. « sauvage », usage alimentaire :
1.1.2.1.2, p. 65, 74.
meal, t.b. « — » = le chiendent timorais, usage rituel, usage
médicinal (usage externe maladies peau), cité dans la
littérature orale : 9.6.4.1, 10.1, p. 36, 69, 74, 82, 91.
mebu, t.b. « — », sans utilisation : 21.8, 21.8.1, p. 65.
mebu mun, t.b. « — », d. «liane», sans utilisation : 21.8.2.
mebu orel, t.b. « — », d. «singe», usage magique pour
éloigner les épizooties : 21.8.4.
mebu zap, t.b. « — », d. «chien», sans utilisation : 21.8.3.
megeq, t.b. « — », usage technique (construction), utilisation
comme succédané de la noix d’arec : 17.3.7, 18.4, p. 65.
mi por, t.b. « — », d. « sacré », usage alimentaire (jeunes
pousses), usage médicinal (contre les vers) : 6.1.4.3.
mi selek, t.b. « — », « source ? » = uor hoto, usage magique
(pour empêcher l’énurésie nocturne) : 37.3.7, p. 65, 118.
mitis belis, t.b. « — », d. « clair » : 39.3.7.
mok, t.b. « — » = le bananier, la banane, usage alimen¬
taire : 13.3.1, 13.3.1.1. à 13.3.1.1; déterminant : sekal mok
gol, p. 67, 72, 90, 91, 121.
mok aceh, t.b. « — », d. (nom d’une province de Sumatra),
usage alimentaire : 13.3.1.1.
mok ai sawal = mok ai sal, t.b. « — », d. « arbre » (tetun),
« Tamarindus indicus», usage alimentaire : 13.3.1.1.
mok belis, t.b. « — », d. « clair », usage alimentaire : 13.3.1.3.
mok haqok, t.b. « — », d. « (nom donné à un récipient spécial
où on fait manger les héros) », usage alimentaire : 13.3.1.4.
mok hoto, t.b. « — », d. « feu », usage alimentaire : 13.3.1.5.
mok luan, t.b. « — », d. «(nom de personne)», usage
alimentaire : 13.3.1.6, 13.3.1.6.1. à 13.3.1.6.5.
mok luan apa, t.b. « — », d. «(nom de personne)», 2' d.
«buffle», usage alimentaire : 13.3.1.6.3.
mok luan bara, t.b. « — », d. « (nom de personne) », 2 e d.
«court», usage alimentaire : 13.3.1.6.1.
mok luan guzu, t.b. « — », d. « (nom de personne) », 2 e d.
« foncé », usage alimentaire : 13.3.1.6.4.
mok luan legul, t.b. « — », d. « (nom de personne) », 2 e d.
«long», usage alimentaire : 13.3.1.6.2, p. 119, 120.
mok luan ma, t.b. « — », d. «(nom de personne)», 2 e d.
«bambou», usage alimentaire : 13.3.1.6.5.
mok misan, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 13.3.1.7.
mok misan bara, t.b. « — », d. « — », 2 e d. « court », usage
alimentaire : 13.3.1.7.1.
mok misan zi, t.b. « — », d. « — », 2 e d. « serpent », usage
alimentaire : 13.3.1.7.2.
mok namon, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 13.3.1.8.
mok pu, t.b. « — », d. « aréquier », usage alimentaire :
13.3.1.9, p. 74.
mok pu guzu, t.b. « — », d. « aréquier », 2 e d. « foncé », usage
alimentaire : 13.3.1.9.
mok serak, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 13.3.1.10.
mok susu, t.b. « — », d. «seins», usage alimentaire :
13.3.1.11.
mok tvezun, t.b. « — », d. «cire», usage alimentaire :
13.3.1.12.
mok za, t.b. « — », d. «mûr», usage alimentaire : 13.3.1.14.
mok zon, t.b. « — », d. «sauvage» : 13.3.1.13.
molo, t.b. « — » = le bétel, usage rituel et quotidien comme
excitant : 4.1.2, p. 65, 72, 91.
molo butoq, t.b. « — », d. « — », usage technique (est brûlé
pour chasser les parasites) : 4.1.2.3, 29.2.
moto hui, t.b. « — », d. « sauvage» (en ema) : 4.1.2.1.3.
moto hulu, t.b. « — », d. « —- » ou hulu, utilisation comme
excitant : 4.1.2.2.
molo loi = voir molo likoq.
molo likoq, t.b. « — », d. « — » = molo loi, t.b. « — », d.
«bon», utilisation comme excitant : 4.1.2.1.1.
molo malae, t.b. « bétel », d. « ?» : 12.1.4.
molo molos, t.b. « — », d. « — », utilisation comme exci¬
tant : 4.1.2.1.3.
molo sekal, t.b. « — », d. « patate douce », utilisation comme
excitant : 4.1.2.1.2.
molo sibil, t.b. « — », d. «inflorescence mâle de maïs»,
utilisation comme excitant : 4.1.2.1.3.
molo taran, t.b. « bétel », d. « pommelé » = oto taran = kolo
toron : 12.1.2.
morin, t.b. « — », usage condimentaire : 31.3.1.
moruk, t.b. « — », usage rituel, cité dans la littérature orale :
9.7.1.4, p. 64, 66.
moruk belis, t.b. « — », d. « clair », sans utilisation : 9.7.1.4.2.
moruk belis lotu, t.b. « — », d. « clair », 2' d. « court », sans
utilisation : 9.7.1.4.3.
moruk guzu, t.b. « — », d. « foncé », usage rituel, cité dans la
littérature orale : 9.7.1.4.1.
mukeq dutula, t.b. « grêle », « se poser soi-même », cité dans
la littérature orale : 4.2.6, p. 98.
mun atit, t.b. «liane», « — », usage technique (liens) :
6.1.2.1.3.
mun gipe, t.b. « liane », « corne » : 6.5, p. 96.
mun gipe belis, t.b. «liane», «corne», 2 e d. «clair», sans
utilisation : 6.5.1.
mun gipe guzu, t.b. « liane », « corne », 2 e d. « foncé », sans
utilisation : 6.5.2.
mun gol lokodaik, t.b. « liane », « petite », « ? », sans utilisa¬
tion : 37.4.1.
mun guzu, t.b. « liane », « foncé », sans utilisation : 39.3.8.
mun ope, t.b. « liane », « courge » : 6.2.4.3.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS BUNAQ
299
argent », usage alimentaire
mun pip gin, t.b. « liane », « chèvre », « lien », usage technique
(liens) : 6.1.2.3.
mun po, t.b. « liane », « écume », sans utilisation : 6.1.4.2.
mun suqil, t.b. « liane », « lait », sans utilisation : 6.4, p. 107,
108.
naba talaq, t.b. « — », « — », = laba talaq , t.b. « — », « — »,
usage magique (contre les épidémies) : 2.2.3.2, 4.2.12.
natvaq luru, t.b. « — », « — » : 13.1.6, p. 79, 99.
nenuq, t.b. « — », usage technique (teinture) : 37.1.6.1, p. 99,
118.
nenuq zon, t.b. « — », d. « sauvage », usage technique (tam¬
bour d’aisselle) : 37.1.6.2.
obot, t.b. « — », usage technique (planches) : 25.2.
obuk, t.b. « — », usage technique (chevrons), usage médici¬
nal, utilisé dans le Tangage rituel : 17.8.1, 21.10, p. 67.
oe, t.b. « — » = un rotin, usage rituel, cité dans la littérature
orale : 6.1.6.1, p. 74.
oe labau, t.b. « — », d. « — », usage technique : 6.1.6.1.1.
oe lotu, « — », d. « — », usage technique : 6.1.6.1.2.
oe per, t.b. « — », d. « — », sans utilisation : 6.1.6.2.2.
oie gau, t.b. « — », « — », sans utilisation : 39.3.9.
olo olo, t.b. « petit tambour de bambou », sans utilisation :
7.3.
olo taran, t.b. « (nom de personne) », « pommelé » : 12.1.2.
omen, t.b. « — » : 1.1.1.1.2.1.
ope, t.b. « — » = la courge, usage alimentaire : 6.2.4.2, p. 67,
73, 108.
pao = pau, t.b. « — » : 7.5, p. 91.
pao bon, t.b. « — », d. « Entada phaseoloides », usage alimen¬
taire : 7.5.2.2.I.3.
pao busa, t.b. « — », d. «chat», usage alimentaire : 7.5.2.1,
749.
pao gol, t.b. « — », d. «petit», usage alimentaire : 7.5.1.
pao ho, t.b. « — », d. «haricot», usage alimentaire : 7.5.1.
pao lelo, t.b. « — », d. « (nom de personne) », usage alimen¬
taire : 7.S.2.2.2.
pao loi, t.b. « — », d. « bon », usage alimentaire : 7.5.2.2.I, p.
60, 101, 132.
pao nona, t.b. « — », d. « demoiselle » (tetun), usage alimen¬
taire : 7.5.2.2.I.I.
pao tie gut, t.b. « — », d. « poule », « oeuf », usage alimen¬
taire : 7.5.2.2.I.2.
pao uor, t.b. « — », d. « légume », usage alimentaire : 7.5.2.1.
pao zon, t.b. « — », d. « sauvage », usage alimentaire :
7.5.2.2.2, p. 101, 132.
paqol, t.b. « — » = le maïs, usage alimentaire : 9.3.2, p. 45,
63, 67, 73, 90, 91, 92, 102.
paqol ai ratvan, t.b. « — », d. « Schleichera oleosa », usage
alimentaire : 9.3.2.3.
mun tumel, t.b. «liane», «
(fruit) : 28.19, p. 69, 89.
munoq, t.b. « — », usage technique (liens) : 6.1.3.3.
N
netis, t.b. « — », utilisation comme excitant (succédané du
bétel) : 6.3.1, 26.2, 34.2.
niel, t.b. « — », usage médicinal (varicelle) : 37.1.7, p. 118.
nuka giral bulu, t.b. « ulcère tropical » ou homonyme ?,
« œil », « pie », usage médicinal : 37.2.4.
ope kau, t.b. « — », d. « ?», usage alimentaire : 6.2.4.2.I.
ope malas, t.b. « — », d. « échelle ? » ou homonyme ?, usage
alimentaire : 6.2.4.2.3.
ope mokal, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 6.2.4.2.2.
orel gie pu, t.b. «singe», «posséder», «noix d’arec» :
17.6.11, p. 122.
orel gie pu pana, t.b. « singe », « posséder », « noix d’arec », d.
«féminin», usage technique (construction) : 17.6.11.1.2,
p. 96, 100.
orel gie pu mone, t.b. « singe », « posséder », « noix d’arec »,
d. « masculin », usage technique (construction)
17.6.11.1.1, p. 96, 100.
ozoq, t.b. « — » : 31.6.
paqol bara, t.b. « — », d. « court», usage alimentaire :
9.3.2.1, p. 101.
paqol kakaq, t.b. « — », d. « cacatoès », usage alimentaire :
9.3.2.3.
paqol koiq, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 9.3.2.3.
paqol kokere, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 9.3.2.3.
paqol laku, t.b. « — », d. «perroquet?» ou «cuscus»
(tetun)? (voir p. 130), usage alimentaire : 9.3.2.2, p. 101.
paqol legul, t.b. « — », d. « long », usage alimentaire : 9.3.2.3,
p. 101.
paqol leki taran, t.b. « — », d. «(nom de personne)»,
« pommelé », usage alimentaire : 9.3.2.3.
paqol seran koli, t.b. « — », d. « (nom de personne) », usage
alimentaire : 9.3.2.3.
paqol sigo, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 9.3.2.3.
patal, t.b. « — » = le piment, usage condimentaire : 36.5, p.
65, 131.
patal kenu, t.b. « — », usage condimentaire : 36.5.2.
patal lubu, t.b. « — », d. « (nom de lieu) », usage condimen¬
taire : 36.5.1, p. 65.
patal moko, t.b. « — », d. « — », usage condimentaire :
36.5.3.
Source : MNHN, Paris
300
CLAUDINE FRIEDBERG
paial muk gomo, t.b. « — », d. « terre », « son maître », usage
médicinal, usage magique : 4.1.2.4, 29.2, 36.5, p. 65, 103.
pateq, t.b. « — » : 4.2.2.
pau = pao, t.b. « — » : 7.5.
pe gebuzel, t.b. « enflé », d. « anus », usage médicinal : 37.2.5,
p. 65.
per gol, t.b. « — », d. «petit», sans utilisation : 6.1.6.2.1.
perlotu, t.b. « — », d. «court», sans utilisation : 6.1.6.2.1.
pie, t.b. « écume », usage technique (construction) : 17.3.2,
p. 72, 79.
pigen, t.b. « — », usage technique (construction), usage rituel
(graines) : 17.6.10, 35.5.
pioq, t.b. « — » = le millet, usage alimentaire : 9.3.5, p. 73,
91.
pioq apa guloq, t.b. « — », d. «buffle», «queue», usage
alimentaire : 9.3.5.1.
pioq sael gio, t.b. « — », d. « porc », « excréments », usage
alimentaire : 9.3.5.2.I.
pioq turiq gol,- t.b. « — », d. «couteau», «petit», usage
alimentaire : 9.3.5.2.2.
pioq zap guloq, t.b. « — », d. «chien», «queue», usage
alimentaire : 9.3.5.1.
pip bulot, t.b. « chèvre », « barbe de maïs ? » ou « trésor
sacré?», sans utilisation : 21.4, 26.4.
pip gin = mun pip gin.
pip u, t.b. «chèvre», «herbe», sans utilisation : 39.3.10.
piri lose, t.b. « — », usage technique (construction) : 17.4.2,
19.2, p. 92.
pisul, t.b. « abcès », usage médicinal : 28.5.
pu, t.b. « — » (terme apparenté aux termes austronésiens
correspondants) = aréquier, utilisation comme excitant :
13.1.2,13.1.2.1; déterminant : ipi pu buk, mok pu, p. 67, 71,
74, 91, 99.
pu koloq, t.b. « — », d. « — », utilisation comme excitant :
13.1.2.3.
pu laku, t.b. « — », d. « cuscus » (tetun), utilisation comme
excitant : 13.1.2.2.
puan gie lamaq, t.b. « être malfaisant (voir p. 59) », « possé¬
der», «assiette», sans utilisation : 21.12, p. 96.
put gumun, t.b. « ?», « ?», sans utilisation : 39.1.7.
puli, t.b. « — » = fougère, usage alimentaire (jeunes pous¬
ses) : 5.1, 5.1.1, p. 66, 67, 68, 119, 120, 121.
puli apa, t.b. « — », d. « buffle », usage alimentaire (jeunes
pousses) : 5.1.2.
puli lotu, t.b. « — », d. « court », usage alimentaire (jeunes
pousses) : 5.1.3.
puli siq, t.b. « — », d. «fibre d'Arenga » (langue bunaq
orientale), usage alimentaire (jeunes pousses) : 5.2.
pur, t.b. « — » = banian : 14.1.1, 16.1, p. 62, 77, 122, 132.
pur ai laeq, t.b. « — », d. « arbre », « — » = ai laeq, usage
ornemental : 14.1.1.3.2, 16.1.6, 27.2.
pur apa gepal, t.b. « — », d. « buffle », « oreille », usage
technique (liens), usage alimentaire (jeunes pousses) :
14.1.1.3.1, 16.1.5, 24.1.1.1.
pur belis, t.b. « — », d. «clair» : 14.1.1.4, 16.1.7.
pur buleqen, t.b. « — », d. « rouge », usage alimentaire
(jeunes pousses), usage médicinal (dysenterie) : 14.1.1.2.2,
16.1.3.
pur sait, t.b. « — », d. «gratter» : 14.1.1.2.3, 16.1.4.
pur tanaki, t.b. « — », d. « s’appeler l’un l’autre » = pur zai,
usage magique : 14.1.1.1, 16.1.1.
pur tau, t.b. « — », d. « Ficus racemosa » = pur buleqen :
14.1.1.2.2, 16.1.3.
pur tir, t.b. « — », d. «ambrevade», usage alimentaire
(jeunes pousses), usage médicinal (maux de ventre) :
14.1.1.2.1, 16.1.2.
pur zai, t.b. « — », d. « (onomatopée pour le bruissement des
feuilles)» = pur tanaki : 14.1.1.1, 16.1.1.
S
sabi, t.b. « — » ou savi (apparenté au terme malais suivi) =
le chou chinois, usage alimentaire : 31.1.1.
sabul, t.b. « — » = l’orange et autres agrumes, usage
alimentaire : 28.14.1, 30.4, p. 69, 91, 99.
sabul dambua, t.b. « — », d. « — » (vient du mot djambua
transporté par les portugais et d’origine inconnue), usage
alimentaire : 28.14.1.2, 30.4.2.
sabul litiluli, t.b. « — », d. « (nom de lieu) », usage alimen¬
taire : 28.14.1.3, 30.4.3.
sabul loi, t.b. « — », d. « bon », usage alimentaire : 28.14.1.1,
30.4.1.
sabul mura, t.b. « — », d. « — », usage condimentaire :
28.14.1.4, p. 60.
sabul timor, t.b. « — », d. «Timor», usage alimentaire :
28.14.1.5, 30.4.4.
sabul up, t.b. « — », d. « canne à sucre », usage alimentaire :
28.14.1.6, 30.4.5.
saburaca = orange (tetun) ; p. 99.
salin gol, t.b. « pièce de monnaie », « petit », sans utilisa¬
tion : 4.2.9, 37.3.5, p. 89.
sameq, t.b. « — » : 1.2.2.2, 24.5.
sameq kara, t.b. « — », d. « — », usage technique (liens) :
1.2.2.2.2, 6.6, 24.5.
sameq loi, t.b. « — », d. « bon », usage alimentaire : I.2.2.2.I.
sarian, t.b. « — » (vient du malais surian) : 17.5.2.1, p. 99.
sarian mone, t.b. « — », « masculin », usage technique
(construction) : 17.5.2.2.
sarian pane, t.b. « — », d. « féminin », usage technique
(construction), utilisation comme excitant (succédané de
noix d’arec) : 17.5.2.1, 19.3.
sege, t.b. « — » : 6.1.2.2, 6.5.1, p. 90.
sege a ipi, t.b. « — », d. « riz cuit» : 6.1.2.2, 6.1.2.2.3.
sege belis, t.b. « — », d. «clair» : 6.1.2.2, 6.1.2.2.2, 6.5.1, p.
65.
sege guzu, t.b. « — », d. « foncé », usage technique, usage
rituel (pour noircir les dents des héros) : 6.1.2.2, 6.1.2.2.1,
p. 65.
sege mun guzu, t.b. « — », d. « liane », 2 e d. « foncé » = sege
guzu : 6.1.2.2.
sekal, t.b. « — » = la patate douce, usage alimentaire :
1.2.2.1, 1.2.2.1.1, à 1.2.2.1.3; déterminant : molo sekal, p.
76, 90, 91, 102.
sekal a, t.b. « — », d. « manger » = la pomme de terre, usage
alimentaire : 1.2.2.1.2, p. 92.
sekal apa, t.b. « — », d. «buffle», usage alimentaire
1.2.2.1.1.10.
sekal bouq, t.b. « — », d. « calebasse », usage alimentaire
1.2.2.1.1.7.
sekal dila, t.b. « — », d. « papaye », usage alimentaire
1.2.2.1.1.6.
sekal duan, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire
1.2.2.1.1.9.
sekal mok gol, t.b. « — », d. « banane », « petite », usage
alimentaire : 1.2.2.1.1.5.
sekal mun, t.b. « — », d. «liane», usage alimentaire :
1.2.2.1.1.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS BUNAQ 301
sekal olo taiq, t.b. « — », d. « — », « — », usage alimen¬
taire : 1.2.2.1.1.4.
sekal qoan, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire :
1.2.2.1.1.3.
sekal sari, t.b. « — », d. « — », usage alimentaire : 1.2.2.1.1.2.
sekal silikaqut, t.b. « — », d. « Bidens pilosa », usage alimen¬
taire : 1.2.2.1.1.6.
sekal tasi lakan, t.b. « — », d. « mer », « lumière » (en tetun),
usage alimentaire : 1.2.2.1.1.8.
sekal tueq getel, t.b. « — », d. « Arenga pinnata », « racine »,
usage alimentaire : 1.2.2.1.1.1.
sekal zon„ t.b. « — », d. «sauvage» : 1.2.2.1.3, 6.2.2.1,
p. 119, 120, 141.
semoq, t.b. « — », usage technique (liens), usage médicinal
(dysenterie, maux de reins), usage alimentaire (fruit) : 6.1.5.
semoq hôtel, t.b. « — », d. «arbre» : 6.1.5.
sia, t.b. « —», sans utilisation : 4.2.5, 5.3, 5.3.1.
sia lotu, t.b. « — », d. « court », sans utilisation : 5.3.3.
sia mone, t.b. « — », « masculin », sans utilisation : 5.3.2.
siba leboq, t.b. « gris ? », « — », usage technique (construc¬
tion), usage médicinal (contre fièvres et crampes) : 15.1.1,
17.5.1, p. 79.
sibil, t.b. « inflorescence mâle du maïs ? », usage amilentaire
animal, cité dans la littérature orale : 9.1.4, p. 36, 71, 82.
sika bora, t.b. « — », « — », usage rituel : 3.2.3.
sikon, t.b. « — », usage médicinal (fièvres et toux) : 2.1.5,
p. 65.
silek, t.b. « — », usage médicinal, usage technique (bobines),
cité dans la littérature orale : 9.5.5.
sili hatuq, t.b. « — », « — », usage médicinal (pour bains de
parturiente), usage magique (pour chasser sangliers et
singes) : 37.3.8.
silikaqut, t.b. « enlever, coudre » (ou « épingler »), sans
utilisation : 9.7.3.4, 31.4; déterminant : sekal silikaqut,
p. 101.
silikaqut apa, t.b. « enlever, coudre », d. « buffle », sans
utilisation : 9.7.3.4.3.
silikaqut evri, t.b. « enlever, coudre », d. « homme blanc »,
usage ornemental : 9.7.3.4.4.
silikaqut loi, t.b. « enlever, coudre », d. « bon », usage
alimentaire (jeunes pousses) : 9.7.3.4.1, 31.4.
silikaqut zon, t.b. « enlever, coudre », « sauvage », sans
utilisation : 9.7.3.4.2.
siol, t.b. « — », usage technique (construction) : 17.9, 28.4.1,
p. 65, 81, 103.
siol mone, t.b. « — », d. « masculin » : 28.4.4.
siol pana, t.b. « — », d. « féminin », usage alimentaire
(fruit) : 28.4.2.
siol zap mone, t.b. « — », d. « chien », 2 e d. « masculin » :
28.4.3.
sis, t.b. « — », cité dans la littérature orale : 18.2.
sis belis, t.b. « — », d. «clair», sans utilisation : 18.2.1.
sis bulequen, t.b. « — », d. « rouge », sans utilisation : 18.2.2.
sis mone, t.b. « — », d. « masculin », sans utilisation : 18.2.1.
sis pana, t.b. « — », d. «féminin», sans utilisation : 18.2.2.
sobor, t.b. « —» : 14.1.2.2.3.2, 16.5, p. 67.
sop, t.b. « — » (terme hollandais pour «jus »), usage alimen¬
taire : 31.33.
sose bereq, t.b. « tourterelle », (nom de personne), sans
utilisation : 18.3.
su kaqut, t.b. « sein », « coudre », sans utilisation : 9.6.4,
9.6.4.1.
su kaqut guzu, t.b. « sein », « coudre », d. « foncé », sans
utilisation : 9.6.4.2.
subeteq, t.b. «sein court» : 21.11.
subeteq hôtel, t.b. « sein court », d. « arbre », sans utilisation :
6.2.1. l.b, 21.11.2, p. 108.
subeteq mun, t.b. « sein court », d. « liane », usage magique
(contre les scorpions) : 6.2.1.1, 21.11.1. p. 108.
su/u belis, t.b. « cuillère en noix de coco », d. « blanc », sans
utilisation : 22.4.1.
sulu guzu, t.b. « cuillère en noix de coco », d. « noir », sans
utilisation : 22.4.2.
sulu mone, t.b. « cuillère en noix de coco », d. « masculin »,
sans utilisation : 22.4.2.
sulu pana, t.b. « cuillère en noix de coco », d. « féminin », sans
utilisation : 22.4.1.
susuq gosun, t.b. « moustique », « aile », usage alimentaire
(jeunes pousses) : 9.6.7.
tabul, t.b. « bon viseur » ( ?) ou homonyme ? : 39.3.11.
taka tuqu, t.b. « panier », « écraser », usage technique (tein¬
ture) : 33.2.2.
ta!, t.b. « — », usage technique (construction) : 17.1.3, p. 79,
80.
taie, t.b. «joli» ou homonyme? : 26.8.
taie em, t.b. «joli ? », d. « homme blanc » = taie loi buleqen,
usage médicinal : 26.8.1.2.
taie gol, t.b. «joli?», d. «petit», usage alimentaire (jeunes
pousses) : 26.8.2.2.
taie loi belis, t.b. «joli?», d. «bon», 2 e d. «clair», usage
alimentaire : 26.8.1.1.
taie loi buleqen, t.b. «joli ? », d. « bon », 2' d. « rouge » = ai
tameak, usage médicinal ; 26.8.1.2.
taie zon, t.b. «joli?», d. «sauvage» : 26.8.2.
taie zon belis, t.b. «joli?», d. «sauvage», 2 e d. «clair» :
26.8.2.2.
taie zon buleqen, t.b. «joli ? », d. « sauvage », 2 e d. « rouge » :
26.8.2.3.
tali kapas, nom tetun : « lien », « coton » ; 24.2.2.5.
talin, t.b. « — » : 24.6.
tapol, t.b. « — », usage médicinal, usage magique, cité dans la
littérature orale : 9.4.
taqa leloq, t.b. « ? », « ? », sans utilisation : 8.2.
tau, t.b. « — », usage technique (glu), cité dans la littérature
orale : 14.1.2.1.1, 24.1.1.2; déterminant : pur tau, p. 69,119.
taun, t.b. « — », (apparenté aux termes tarum ou taum utilisé
dans l’Arpichel indonésien), usage technique (teinture) :
33.1, 33.1.1, p. 132.
taun lotu, t.b. « — », d. «court », sans utilisation : 33.1.2, p.
132.
taun zon, t.b. « — », d. «sauvage», sans utilisation : 8.4,
33.1.3, p. 132.
tebo, t.b. « — », usage technique (liens) : 6.1.6.2.2.
telik, t.b. « — », usage médicinal : 37.4.2.
telo, t.b. « — », usage technique (amidon) : 1.1.2.2, p. 36.
teor, t.b. « — », usage rituel, usage technique (glu, construc¬
tion), cité dans la littérature orale : 14.1.2.1.2,16.4,17.6.14,
p. 119.
tese, t.b. « — », sans utilisation, cité dans la littérature
orale : 9.5.7, p. 36, 71, 82.
tewe goq, t.b. « pente de montagne », « produit », usage
technique (construction) : 17.3.8, 19.2, p. 89, 96.
tewe goq lotu, t.b. « pente », « produit », d. « court » : 19.2,
p. 96.
lie esul, t.b. «coq», «ergot», sans utilisation : 28.9, p. 81.
tie gas, t.b. «coq», «étincelle», usage alimentaire (jeunes
pousses) : 4.2.3, 5.6, p. 66.
Source : MNHN, Paris
302
CLAUDINE FRIEDBERG
lie gotoq, t.b. « coq », « foie », sans utilisation : 38.1, p. 88.
lie kelen, t.b. «coq», «cuisse», usage médicinal : 9.7.1.2,
p. 88.
tie kelen belis, t.b. «coq», «cuisse», d. «clair», usage
médicinal : 9.7.1.2, p. 88.
tie kelen guzu, t.b. « coq », « cuisse », d. « foncé » : 3.7.1.2.,
liü, t.b. « grelot ? » ou homonyme, usage médicinal (maux de
ventre, dysenterie) : 6.2.2.2, p. 119, 120.
tilon, t.b. « canine de chien », cité dans la littérature orale :
28.1, p. 81, 99.
tilon asa, t.b. «canine de chien », d. « (nom de personne) »,
usage rituel, cité dans la littérature orale : 28.1.1, p. 69.
tilon lotu, t.b. « canine de chien », d. « court », usage rituel :
28.1.2.
tir, t.b. « — » = l’ambrevade, usage alimentaire : 7.6.1 ;
déterminant : liu tir, pur tir, p. 91, 132.
tir zon, t.b. « — », d. «sauvage», sans utilisation : 7.6.2, p.
131, 132.
to bau, « année ? », « (nom de personne) », = lapulos : 6.1.2.4,
38.2.
tobaq tobuq, t.b. « — », «(type d’inflorescence)», usage
alimentaire (tubercules, inflorescence) : 2.2.1, p. 92.
tobaq tobuq belis, t.b. « — », «(type d’inflorescence)», d.
«clair», sans utilisation : 2.2.1.2.
tobaq tobuq buleqen, t.b. « — », « (type d’inflorescence) », d.
« rouge », usage alimentaire (tubercules, inflorescence) :
tokoq gomil, t.b. « paume », « lézard », sans utilisation : 10.2,
p. 69.
tomol, t.b. «six»? ou plutôt homonyme, usage technique
(construction), usage médicinal : 17.3.4, 20.6.1, p. 81, 122.
tomol ewi, t.b. « ? », d. « homme blanc », usage technique
(construction) : 17.3.4.2, 20.6.1.
touq gol, t.b. « — », d. « petit », sans utilisation : 12.2.4.
tueq, t.b. « vin de palme » ou kubus, t.b. « nervure des folioles
de ce palmier » ou tueq kubus, utilisation comme excitant
(vin et alcool), usage technique (liens, murs, toiture,
briquet) : 13.1.5; déterminant : sekal tueq getel, ipi tueq
diki, ipi tueq salen, p. 67, 69, 74, 79, 91, 99, 122.
tueq gol, t.b. « — », d. « petit », usage alimentaire (jeunes
pousses) : 5.5, 13.1.5.
tumela, t.b. « — », usage médicinal (ventre, vers, reins) :
12.4.1.
tupa, t.b. « — » (apparenté au terme tuba utilisé en Indoné¬
sie), usage technique (liens, poison de pêche), cité dans la
littérature orale : 6.1.1.1.2, p. 65.
tupa hôtel, t.b. « — », d. « arbre », usage technique (liens,
poison de pêche), usage médicinal : 6.1.1.1.2.2, p. 108.
tupa mun, t.b. « — », d. « lien », usage technique (liens,
poison de pêche) : 6.1.1.1.2.1, p. 108.
turul, t.b. « — » = le santal, usage commercial, utilisation
comme excitant de la noix d’arec, cité dans la littérature
orale : 37.1.8.1; déterminant : ipi turul, p. 92, 118, 122.
turul zon, t.b. « — », « sauvage », sans utilisation : 37.1.8.2, p.
79.
tuzul, t.b. « fragile », usage technique (construction) : 22.3.
U
« besi, t.b. « herbe », « fer », sans utilisation : 12.4.2.
u dikit, t.b. « herbe »,« anneau », usage médicinal (pour les
yeux et contre les boutons, usage externe) : 12.1.1.
u diraq, t.b. « herbe », « rosée » : 12.1.3, p. 89.
u gapa, t.b. « herbe », « gris », sans utilisation : 12.5.
u guek, t.b. « herbe », « sentir mauvais » = u gunas, usage
médicinal (usage externe, plaies) : 9.7.2.3, p. 89.
u gunas, t.b. « herbe », « sentir mauvais » = u guek, usage
médicinal (usage externe, plaies) : 9.7.2.3.
u hoqi, t.b. « herbe », « arachide », usage médicinal (dents) :
7.10,7.10.1.
« hoqi lotu, t.b. « herbe », « arachide », d. « court », sans
utilisation : 7.10.2.
ii hoqi zon, t.b. « herbe », « arachide », d. « sauvage » : 7.10.3.
« hoto buleqen, t.b. « herbe », « feu », d. « rouge », sans
utilisation : 12.6, p. 65.
u karoq, t.b. « herbe », « — », usage magique : 12.2.1.
u kero gie, t.b. «herbe», «mare», «posséder », sans
utilisation : 11.4.
ii kwel, t.b. « herbe », « vers », sans utilisation : 12.7.
u lakar, t.b. « herbe », « peste » : 14.7, 29.3, p. 67.
u laqa, t.b. «herbe», «entremetteuse?», sans utilisation :
12.2.3.
u laqe, t.b. « herbe », « — », sans utilisation : 12.2.2.2.
h lobai, t.b. « herbe », « — », sans utilisation : 12.8, p. 89.
u lokon gie, t.b. «herbe», «étang», «posséder», sans
utilisation : 11.5.
« ma, t.b. « herbe », « bambou », sans utilisation : 9.6.5.
u meak, t.b. « herbe », « rouge » (tetun) = mau meak : 14.6.
u meo got, t.b. « herbe », « guerrier », « poil », c’est-à-dire
« herbe barbe de guerrier », sans utilisation : 9.6.2.
u olo olo, t.b. « herbe », « tambour de bambou », usage
technique (engrais vert) : 12.10.
u pilât, t.b. « herbe », « collante », sans utilisation : 12.9.
u sael gio, t.b. «herbe», «porc», «excréments», sans
utilisation : 12.3.1.
u sael gizil, t.b. « herbe », « porc », « anus », sans utilisa¬
tion : 12.2.2.2, 12.3.1, p. 87.
u sequk, t.b. = « herbe », « (nom de personne) » : 9.7.2.2.
u sia, t.b. « herbe », « — », sans utilisation : 5.4.
u sir, t.b. «herbe», «fibre noire d’Arenga » ? ou homony¬
me ?, usage médicinal (usage externe) : 5.2, p. 66.
u sisal, t.b. « herbe », « os », usage alimentaire animal
(porc) : 9.7.2.1, p. 89.
u solda, t.b. « herbe », « préparation reconstituante à base de
bouillie de riz» : 12.11.
u solda belis, t.b. « herbe », « préparation reconstituante »,
« clair », usage médicinal (reconstituant pour accouchée) :
12.11.1.
ii solda guzu, t.b. « herbe », « préparation reconstituante »,
«foncé», sans utilisation : 12.11.2.
« suqil, t.b. « herbe », « latex », sans utilisation : 14.6.
u susuq, t.b. «herbe», «moustique», usage alimentaire
(jeunes pousses) : 9.6.7.
u tais pata, t.b. « herbe », « vêtement », « usé », sans utilisa¬
tion : 29.1.2.3, 9.7.1.3.
« teu, t.b. « herbe », « pieu » ? ou homonyme ?, usage tech¬
nique (amidon) ; 4.2.1, p. 121.
u tinoq, t.b. «herbe», «chaud», usage médicinal (dents) :
12.12.
u zap gio, t.b. «herbe», «chien», «excréments», sans
utilisation : 9.5.6.
lier gagar, t.b. « marmite », « gueule » ou pâte mone, utilisa¬
tion comme excitant (succédané de noix d’arec) : 38.4.
ukaq, t.b. « —» : 14.2.2, p. 36, 65, 90, 91, 101, 118.
ukaq gol, t.b. « — », d. « petit », sans utilisation ; 14.2.2.2.2.
ukaq lotu, t.b. « — », d. « court », sans utilisation : 14.2.2.2.1,
14.2.2.2.3, 32.3.2.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES NOMS BUNAQ
ukaq mami, t.b. « — », d. « sentir bon », sans utilisation :
14.2.2.2.3.
ukaq masaq, t.b. « — », d. « grand », usage technique (liens,
kapok), usage médicinal, cité dans la littérature orale :
14.2.2.1, 24.1.2, 29.1.5, 32.3.1, p. 118.
ukaq moue, t.b. « — », d. « masculin » : 14.2.2.2.3.
ulu pegur, t.b. « — », « — », usage médicinal (usage exter¬
ne): 28.22, p. 65.
uor etvi, t.b. « légume », « d’homme blanc » = le cresson,
usage alimentaire : 31.10.
uor hoto, t.b. « herbe », « feu » = mi selek : 37.3.7.
uor hur, t.b. « légume », « Casuarina » = le fenouil, usage
alimentaire : 31.3.2.
uluk, t.b. « origine ? » (tetun), sans utilisation : 9.7.1.5, 28.23.
up, t.b. « — » = la canne à sucre, usage alimentaire : 9.2.
déterminant : sabul up, p. 67, 69, 91.
303
up moras, t.b. « — », d. « rouge » (tetun ?), usage alimen¬
taire : 9.2.1.
up moras buleqen, t.b. « — », d. « rouge » (tetun ?), 2 e d.
«rouge», usage alimentaire : 9.2.1.1.
up moras guzu, t.b. « — », d. « rouge » (tetun ?), 2 e d.
«foncé», usage alimentaire : 9.2.1.2.
up paqol, t.b. « — », d. «maïs», usage alimentaire : 9.2.2.
up paqol bara, t.b. « — », d. « maïs », 2 e d. « court », usage
alimentaire : 9.2.2.2.
up paqol legul, t.b. « — », d. « maïs », 2 e d. « long », usage
alimentaire : 9.2.2.1.
up zon, t.b. « — », d. « sauvage », usage alimentaire : 9.2.3.
upu, t.b. « —», usage alimentaire (tubercules) : 1.2.2.3, p. 91.
upu koliq, t.b. « — », d. « — » : 7.12.
upu koliq zon, t.b. « — », d. « — », 2* d. « sauvage » : 6.7.
usik guloq, t.b. « crocodile », « queue », sans utilisation :
37.3.9.
W
wana, t.b. « — », usage technique (chevrons), usage rituel : wauq lolu, t.b. « — », d. « court » : 19.2, 38.2, p. 96.
17.7.1, 21.5, 24.2.1.2, p. 118. wir, t.b. « —» = dik wir, usage alimentaire : 1.2.1.2.4.1,
wauq, t.b. « — », sans utilisation : 38.2, p. 96.
Z
zala, t.b. « — », usage alimentaire : 31.3.2.
zaloq, t.b. « — », usage magique (kaluk, voir p. 30) : 21.1.
zap gepal, t.b. « chien », « oreille » = bol si lolu : 4.2.10.4.
zapgiwis, t.b. « chien », « testicules», sans utilisation : 39.1.8.
zap guloq, t.b. « chien », « queue » : 39.2.4, p. 92.
zaq bouq, t.b. « — », «calebasse», usage médicinal : 26.3.
zal, «—», usage technique (constructions) : 17.1.5, 21.3,
26.5.
zat mone, t.b. « — », d. « masculin » : 21.3.
zat pana, t.b. « — », d. « féminin », usage technique
(construction) : 21.3, 26.5.
zi goral, t.b. «serpent», «pénis», sans utilisation : 37.3.1.1,
p. 88, 98.
zi goral belis, t.b. « serpent », « pénis », d. « clair », sans
utilisation : 37.3.11.1, p. 88.
zi goral buleqen lolu, t.b. « serpent », « pénis », d. « rouge »,
2 e d. «court», sans utilisation : 37.3.11.3.
zi goral buleqen masaq, t.b. « serpent », « pénis », d. « rouge,
«2d. «grand», sans utilisation : 37.3.11.3.
zi goral guzu, t.b. « serpent », « pénis », d. « foncé », sans
utilisation : 37.3.11.2, p. 88.
zi gup mila, t.b. « serpent », « langue », d. « esclave », sans
utilisation : 37.3.11, p. 88.
zi gup rato, t.b. «serpent», «langue», d. «noble», sans
utilisation : 37.3.11, p. 88.
ziek, t.b. « —» : 22.2, 22.3.1, p. 65.
ziek belis, t.b. « — », d. « clair », sans utilisation : 22.2.2,
p. 119, 120.
ziek guzu, « — », d. « foncé », usage médicinal, usage magi¬
que : 22.2.3.
ziek zon, t.b. « — », d. « sauvage », sans utilisation : 22.2.4.
zo, t.b. « — », usage alimentaire : 22.5, 30.3.
zo ari gol, t.b. « — », d. « pierre à aiguiser », « petit », usage
alimentaire : 30.3.3.
zo debek, t.b. « — », d. « se métamorphoser », usage alimen¬
taire : 30.3.3.
zo etvi, t.b. « — », d. « d’homme blanc », usage alimentaire :
30.3.1.
zo koak, t.b. « — », d. « Philemon buceroïdes », usage alimen¬
taire : 30.3.6.
zo koiq loi, t.b. « — », d. «un peu fendu»?, usage alimen¬
taire : 30.3.8.
zo ope, t.b. « — », d. « courge », usage alimentaire : 30.3.2.
zo supas guzu, t.b. « — », d. « — », 2 e d. « foncé », usage
alimentaire : 30.3.5.
zo tili gol, t.b. « — », d. « — », 2 e d. «petit», usage
alimentaire : 30.3.4.
zo limur, t.b. « — », d. « est » (en indonésien), usage alimen¬
taire, usage technique (construction) : 17.6.16.
zo up, t.b. « — », d. « canne à sucre », usage alimentaire :
30.3.7.
zoU, t.b. « —» : 14.2.1, 17.6.5, p. 67, 69, 77, 90, 122.
zoil belis, t.b. « — », d. « clair », usage alimentaire (fleurs),
usage technique (construction) : 14.2.1.1, 17.6.5.1, p. 100.
zoil guzu, t.b. « — », d. « foncé », usage technique (construc¬
tion), utilisation comme excitant (ajouté au vin de
palme) : 14.2.1.2,17.6.5.2, p. 100, 119, 120.
zoqu, t.b. « — », usage médicinal (usage externe : furon¬
cles) : 22.1, 22.1.1.
zoqu zon, t.b. « — », d. « sauvage », sans utilisation : 22.2.
zugil, t.b. « — », usage technique (construction) : 18.5.
zul, t.b. « rat», usage technique (construction) : 17.3.3, 20.1,
p. 120.
zul gie ho, t.b. « rat », « posséder », « dolique », sans utilisa¬
tion : 6.2.5.1.
zulginup, t.b. «rat», «nez», sans utilisation : 37.3.12.
zul giral goq, t.b. « rat », « œil », « fruit », c’est-à-dire « pu¬
pille de rat», usage médicinal (usage externe, boutons) :
6.2.3.5.
Source : MNHN, Paris
ACHEVÉ D’iMPRIMER
EN DÉCEMBRE 1990
SUR LES PRESSES
DE
L’IMPRIMERIE F. PAILLART
À ABBEVILLE
Date de distribution : 18 décembre 1990.
Dépôt légal : Décembre 1990.
N° d’impression : 7257.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
Par sa double formation d’ethnologue et de naturaliste, Claudine Friedberg, Sous-Directeur au
Muséum national d’Histoire naturelle, se spécialise en ethnobotanique dès 1956. Elle fait ses premières
missions au Pérou où elle travaille sur l’utilisation des plantes hallucinogènes dans les techniques
thérapeutiques.
À partir de 1962, elle oriente ses recherches vers les savoirs botaniques populaires en Indonésie ; à
Bali d’abord puis à Timor où elle passe plus de deux ans chez les Bunaq de Lamaknen. Se consacrant à
l’étude de tous les aspects des rapports que cette population entretient avec le monde végétal, elle
s’intéresse plus particulièrement à leur mode de classification des plantes.
Claudine Friedberg met en évidence les universaux mis en jeu dans les classifications populaires.
Elle examine ensuite comment ils se manifestent à travers des catégories dépendantes du contexte
environnemental naturel et socio-culturel.
Dans cet outrage, prenant comme exemple le savoir botanique d’une population particulière, elle
développe une méthode d’enquête et d’analyse valable pour les autres sociétés.
ÉDITIONS
DU MUSÉUM
38,
RUE GEOFFROY
SAINT-HILAIRE
75005 PARIS
ISBN 2-85653-177-6
ISSN 0078-9755
PRIX : 357 FF TTC (France)
350 FF HT (Etranger)
Source : MNHN, Paris