MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série B, Botanique
TOME IX
FASCICULE UNIQUE
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
L’ECRAN VERT
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
1958
Source : MNHN, Paris
MEMOIRES
DU
MUSEUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
Série B. Botanique
TOME IX
PARIS
ÉDITION DU MUSÉUM
36, rue Geoffroy-Sainl-Hilaire (V e )
1958
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
TABLE DES MATIÈRES
Fascicule unique
G. Kuhnholtz-Lordat, L’écran vert.p. XT — 276
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MEMOIRES IM MUSEU M NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
Série B. Botanique. — Tome IX, fascicule unique.
* G. KUHNIIOLTZ-LORDAT
L’ECRAN VERT
Préface par Roger Heim,
Membre de l'Institut
Directeur du Muséum National
d'Histoire Naturelle
PARIS
EDITIONS DU MUSEUM
Source : MNHN, Paris
PREFACE
Docteur ès sciences et Ingénieur agronome, M. Georges Kuhn¬
holtz-Lordat est par conséquent marqué à la fois par la formation
universitaire et par celle de l’Institut Agronomique. Charles Flahault
et Jules Pavillard ont laissé sur son esprit une trace définitive. Après
la soutenance en Sorbonne d’une thèse remarquée de géographie bota¬
nique sur les dunes du Golfe du Lion, il était désigné en 1925 comme
ilulaire de la chaire de botanique de l’Ecole nationale d’Agriculture
de Montpellier. Désormais son choix était fait : à trente-six ans.
Kuhnholtz-Lordat n’avait plus d’autre ambition que celle de
poursuivre ses travaux et son enseignement, et de créer autour de lui
une équipe de jeunes chercheurs enthousiastes. Il abandonnait toute
l ntention d'accéder à une chaire de l’Enseignement universitaire et,
' ,Xe dans sa ville natale, se préparait à se consacrer durant trente
années à une tâche qu’il devait remplir avec éclat au sein d’une Ecole
dont la haute réputation existe encore, en partie grâce à lui■ En 1955,
e Muséum National d’Histoire Naturelle, lors de la création d’une
chaire d’Ecologie et de Protection de la Nature, a su ouvrir à une.
carrière, qui risquait de se fermer trop tôt, les possibilités d’un renou-
oeau d’activité et d’une synthèse majeure qui puissent donner à un
omme de qualité sa raison et à son œuvre sa plénitude. La publica-
de « L’ECRAN VERT » apporte un dossier essentiel dans
e mise au point d’ensemble caractérisée, au long du déroulement
' l,ne riche carrière, par la diversité, l’originalité et la continuité.
w J* 0 * 1° diversité d’abord. Par essence botaniste sur le terrain,
■ ■ G. Kuhnholtz-Lordat a commencé, marqué de la vocation précoce
duturaliste, par explorer les bois, les champs et les dunes de
I e !' au it, des Charentes, de l’Auvergne, des Cévennes, se préoccupant
,e floristique, de phytogéographie, et déjà des influences perturba¬
nces qu’exercent sur le couvert végétal le vent, l’homme, V exploit a-
ion agricole, le feu, les parasites. Ingénieur agronome, professeur
ans une Ecole supérieure d’Agriculture, il s’inquiète constamment
1 e toutes les actions nées de l’homme dont la nature subit les effets,
‘■e bassin méditerranéen d’une part, le Massif Central d’autre part,
Source : MNHN, Paris
IV
O. KUHNHOLTZ-LORUAT
ont été les deux territoires où il a pu poursuivre l'analyse de ces
influences. Ainsi sont nées ses études de floristique, de sociologie
végétale, celles sur la part prise par le feu, le vent, l’eau dans la des¬
tinée des terres, ses publications de pathologie végétale, son œuvre de
cartographie parcellaire qui forme l’aboutissement judicieux, logique,
pratique, de sa doctrine d’écologie dynamique. Cette diversité de la
production scientifique de M. Ki; hnholtz-Lordat ne correspond pas
à un émiettement de ses sources d’intérêt, à une tendance vagabonde
de son esprit, mais elle traduit au contraire les soucis méthodiques
d’un chef d’école qui, constamment, apporte des compléments et des
retouches à une œuvre d’ensemble marquée d’une seule pensée.
Quant à l’originalité de celle-ci, elle apparaîtra dans quelques
citations empruntées à son auteur : « En écologie, l’observation des
faits in situ doit précéder l’expérimentation. C’est pourquoi il faut à
l’écologiste une éducation de naturaliste suffisamment solide pour
orienter ensuite, s’il y a lieu, l’expérimentation apportant en complé¬
ment les mesures de l’action des facteurs agissants. » Il rappelle que
cette expérimentation écologique ne peut se concevoir sans la partici¬
pation du physicien doublé du physiologiste et que, par conséquent,
le travail en équipe s’impose. « L’évolution du manteau végétal, sou¬
mise à l’action de l’homme, qu’elle soit progressive ou régressive, est
fonction de l’amplitude biologique spécifique dont les limites minima
ou maxima sont dépassées à cause de la transformation malfaisante
ou bienfaisante du milieu. » C’est celte étude analytique qui amena
Kuhnholtz-Lordat à traiter magistralement (1952) de la formation
des paysages éoliens, et des remèdes à y apporter. L’étendue de tels
problèmes l’a conduit à envisager des synthèses de première grandeur.
L'une d’elles a eu son achèvement dans son ouvrage fondamental sur
l’érosion par le feu, « La Terre incendiée », livre aujourd’hui épuisé,
dont le thème s’inspire de cette affirmation selon quoi « ce fléau est
l'une des plus importantes causes de la destruction des espaces verts,
et il faudra bien y revenir sans cesse pour protéger la Nature me¬
nacée ».
C’est dans ce domaine que Kuhnhoi.tz-Lordat s’est penché vers
la protection de la Nature tropicale avec un souci majeur et en même
temps un bon sens découlant intégralement de sa formation pluriva-
lente. Il suffit de rappeler qu’une partie de son livre constituait déjà
une parfaite mise au point des problèmes posés par l’usage ancestral
du feu dans les régions intertropicales. Il les a traités avec une remar¬
quable lucidité, faisant la pari entre ce qui est à la fois inévitable
et admissible, et ce qui, catastrophique, peut être, doit être évité. Je
cite ici quelques-unes de ses conclusions :
« Nous avons vu que dans les deux cas le feu était l’élément per¬
turbateur de ces équilibres. Mais nous verrons aussi qu’entre le champ
on la forêt et la stérilité, il y a encore place pour un élevage extensif
sur toutes les formations herbeuses pyrophyliques. Cette période pas¬
torale d’origine ignée est le réactif le plus évident et le plus étendu de
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
V
I impuissance des hommes à maintenir l’équilibre sylvo-culturo-pas-
toral. El celle rupture d’équilibre se traduit aujourd’hui par le spec¬
tacle décevant d’une économie dirigée se débattant en face de ces
trois éléments fondamentaux, mais trop dissociés :
« D’énormes masses forestières naturelles reléguées aux points
les moins accessibles ;
« Des prairies immenses que la flamme seule peut rajeunir pério¬
diquement pour un troupeau errant et mal nourri ;
« Sur des terres fertiles, trop de café, trop de coton, trop de vin ;
* Et çà et là — mais çà et là seulement — : la famille, son
champ, son bois, son troupeau. »
« La Terre incendiée » trouve aujourd’hui dans cette seconde édi-
i°n, profondément remaniée, des preuves nouvelles de l’attention que
son auteur porte constamment au facteur humain, vers l’aspect
c "'tiiral dont est frappée une végétation profondément et sans cesse
modifiée par l’homme et ses techniques d’exploitation. Ce souci, venu
c sa double empreinte, explique à la fois — nous l’avons déjà dit
NT S, n ™ ct è re et l'enchaînement de ses travaux. C’est ainsi que
// UHNH0LTZ 'k° RI)AT n s " transposer les problèmes de la Prolec-
ion de la Nature du domaine des principes dans celui des vraies doc-
rines de la science. Il prépare l’accession de la Protection de la Nature
i ans le cadre rigoureux des sciences expérimentales.
■ ‘ n nouvelle version de « La Terre incendiée », dans son titre
• locateur, « L’Ecran vert », apporte à l’appui de cette espérance la
lorce d un exemple flagrant qui fera du feu l’élément dont l’homme
a , su se servir à la fois pour édifier et pour détruire. Cette puissance
est plus seulement créatrice de clartés et de fulgurances, de cho¬
eur et de crissements, mais bien de désolation, de. stérilité et de
ence. Ce que l’homme a su arracher à la Nature, il se devait, dans
e onnante stupidité de son génie, de l’employer pour en anéantir la
hine\? m ^ me ' ^aura-t-il revenir en arrière avant de conquérir la
Roger Heim
Membre de l’Institut.
Directeur du Muséum National
d’Histnire Naturelle.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
REMERCIEMENTS
Je remercie tout particulièrement M- le Professeur Roger Heim,
lembre de l’Institut, Directeur du Muséum, du bienveillant intérêt
<I U U n’a cessé de porter à mes travaux et à ceux de mes collabo¬
rateurs.
f * e ^ ro ^ esseur 'Assesseur Séguy a été un guide précieux, m’évi-
ant bien des faux-pas pour la présentation de mon ouvrage dans le
cadre et les usages du Muséum National d’Histoire Naturelle, où je
ai rencontré que des sentiments amicaux et encourageants.
Plus près de moi, le sous-directeur, M. André Reymond, l’assis-
ant de botanique, M. J.-P. Barry, et l’assistant de zoologie,
• J.-J. Petter, ont été des aides dévoués, tant pour les « colloques »
que nous eûmes que pour les recherches bibliographiques. Je les
emercie de leur « esprit d’équipe ».
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
AVERTISSEMENT DE LA
« TERRE INCENDIÉE » (1938)
(Extraits)
A voir tant de ruines amoncelées sur tous les continents, on serait
enté de jeter l’anathème sur l’humanité entière depuis ses origines,
jais à formuler un tel jugement, il faudrait le faire avec franchise
et ne point l’accompagner de réticences concernant la race blanche.
yeux de ceux qui sont encore mal initiés aux études de géo¬
graphie humaine, c’est aux populations de couleurs, primitives, qu’in¬
comberait la plus grande responsabilité. C’est pourtant le Blanc civi¬
le qui a incendié presque entièrement la Finlande (Cajander). Aux
environs de Paris, les paysans du xn* siècle faisaient deux moissons
sur brûlis, puis allaient recommencer leur culture épuisante dans une
autre partie de la forêt (1). Les essarteurs des Ardennes n’ont vrai-
me nt renoncé à leurs pratiques qu’au début du xx* siècle. Turbilly
«°i» Va ! t ^ cr ! re cn 1761, au sujet des feux qui dévastaient l’Anjou :
p n U a r,e u dont je n’ai essaiê jusqu’à présent pour abolir dans le
de^t’ Ce * " sas,e P er nieicux du feu dans les landes. Je m’y suis pris
outes les façons ; j’ai employé d’abord les remontrances et les
un nac , es ’ foire ensuite des procédures contre les délinquans,
éta Tbien des frais en pure perte, la plupart de ces gens-là
quel m i s érobl e s, qui n’ont pas de quoi répondre ; on en a fait
t 0n i <tae , s temples, dans l’espérance d’épouvanter les autres ; malgré
h C j °’ n a * P u nenir encore à bout de détruire absolument cet
Pro S ' ^ an ^ er . eux ’ Qni ne se trouve que trop fréquent en différentes
rit/ lnCeS ’ *1 e$ t l'intérêt du Gouvernement d’employer son auto-
{ e, pour le réprimer » (p. 182-183).
j r ey-Owl adresse, en 1937, des reproches aussi sévères aux des-
jy c . eu . rs des forêts canadiennes : « Toutes les tribus (indiennes) du
l’ân m7 len ^ 1 CS sa P' ns > peut-être parce que ceux d’entre nous qui ont
arb d ]onxme passèrent tout le début de leur vie au milieu de ces
a / e f ; Maintenant, nous suivons les vagues refluantes de la frontière
s évanouit, de plus en plus loin au Nord, en des pays privés de
0) Guérard : cartulaire de N.-D. de Paris, t. 1, p. 258 (Drffontainbs, 1933).
Mémoires nu Muséum. — Botanique, t. IX. 1
Source : MNHN, Paris
2
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
sapins. Nous nous apercevons qu’ils nous étaient précieux, et ils nous
manquent. » Et cet Indien épris de ses arbres en veut particulière¬
ment à « une stupide paysannerie d'Europe en train de mettre en
pièces la forêt » et à « des défricheurs établis sur des domaines de
pierraille — deux moissons par an, l’une de neige, l’autre de cailloux
— et arrivant à ij subsister, mais pas plus ».
Ainsi les Rouges, les Jaunes, les Noirs et les Blancs se sont
acharnés à faire reculer l’arbre.
Devant un phénomène aussi universel, on peut se demander pour¬
quoi tous les hommes ont, sans entente préalable possible, marqué
la même hostilité envers l’écrasante masse végétale. Il est assez diffi¬
cile d’admettre un irrésistible besoin de destruction, partout et pour
toutes les races. Sans éliminer complètement les mauvais instincts,
n’est-il pas plus sage de rechercher les causes ailleurs, au risque
même de plaider les circonstances atténuantes ?
L 'Agriculture s’est développée au détriment des boisés. Il a fallu
beaucoup de place pour les cultures vivrières plus néfastes que la
cueillette et pour l’élevage plus néfaste que la chasse. L’homme est
un omnivore, voilà un grand malheur pour nos forêts. Il a eu besoin
d’humus et d’herbe bien plus que de bois et les réserves immenses
de forêts ne furent pour iui, dans le monde entier, qu’une source
d’humus ou qu’un obstacle au pâturage. A-t-il détruit plus qu’il était
nécessaire ? Certes oui, parce que l’utilisation de l’humus et la chute
de l’obstacle ont été assurées l’une et l’autre par la flamme ; et
l’homme n’a jamais été maître du feu, pas plus au xx* siècle dans
l’Estérel, où l’étincelle jaillit parfois d’un briquet, qu’aux âges les
plus lointains, où l’étincelle jaillissait de la pierre ou du bois...
Les engrais ont limité le désastre. Le nomadisme cultural, lié
aux besoins incessants en humus, ne pouvait être limité que par des
possibilités de culture itérative ou, mieux encore, d’assolement. Trois
ou quatre récoltes — parfois une seule — peuvent suffire à épuiser
un sol forestier. Tant que les procédés de culture permanente ne
furent pas trouvés, la course a l’humus a duré. Elle continue pour
les peuples qui ignorent encore ces méthodes ou qui ne peuvent pas
les employer. Il nous a paru intéressant de rechercher les moyens
par lesquels le nomade obligatoire a lutté pour se fixer dans un site
de paix. Il est bien évident qu’au cours de ses déplacements, l’homme
a senti le besoin de se stabiliser loin du danger et sous un climat
à sa convenance. Il ne pouvait le faire qu’en rassemblant autour de
lui les éléments au-devant desquels il allait. L’agriculture sédentaire
a pris en effet naissance par un processus d’apports. Tout apport sur
le champ cultivé, destiné à en maintenir la fertilité, est un engrais.
Sous quelles formes se sont faites les premières tentatives ? Les formes
organiques végétales, semble-t-il ; certaines peuplades très primitives,
les Indiens sauvages de l’Amérique du Sud par exemple, n’admettent
pas d’autres apports organiques que ceux fournis par le règne végétal :
« L’engrais, sauf végétal, est donc absolument proscrit, considéré saie
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
ou répugnant. » (Wavrin.) Voilà une civilisation qui nous éloigne
singulièrement des coutumes de nos bergers et paysans pyrénéens qui
récoltent la fiente des animaux aux pacages « parmi les montagnes et
es précipices » et les portent à leurs granges pour les répandre en
temps opportun sur leurs champs (Froidoür).
Où et comment prenait-on la matière organique végétale ? La
question vaut la peine d’être étudiée, car certains paysages révèlent
encore de vieilles coutumes d’apports : les haies bocagères, les ga¬
rennes, les talus boisés, pourraient bien être, dans certains cas, des
Iff • CS ? e réserves de matière organique dont l’exploitation aurait
été liée à un assolement voisin. Ces paysages s’opposent remarqua-
ement à ceux des régions à incinération sur place : taillis essartés
es Ardennes, landes écobuées de l’Anjou, garrigues du Midi.
Les apports de ligneux étaient d’ailleurs utilisés de deux manières
îen différentes : avec ou sans incinération.
Sans incinération, c’est la nature qui se chargeait de la minéra-
isation. Peu de régions employaient cette méthode à notre connais¬
sance : mais il est curieux de constater qu’on la retrouve dans des
Pays de civilisations très différentes. En France (dans le département
u P°ubs, par exemple), les déchets des coupes forestières n’étaient
Pas incinérés, mais répandus « sur le parquet des coupes » (Mathey) ;
sur les plateaux Mois du Kontum, en terres rouges, le thé sur forêt
P e COI uporte pas la combustion sur place des petits diamètres, seuls
es gros andins étant brûlés, mais rassemblés ou exportés auparavant
' ,. lavena ) ï on retrouve le même principe en Colombie pour la
culture du café (Piettre). L’installation d’une bananeraie sur les
as-tonds à Raphias de la Guinée, n’exclut pas l’ameublissement
Préalable du sol, mais assure la restitution du sol humifère à la plan-
a ion (Franc de Ferrière et Jacques-Félix) ; enfin, dans l’Est des
a s-Unis, les résidus de fauche des mauvaises herbes dans les ver-
o rs restent sur place, sans incinération et remplacent « l’emploi du
(^jnier, absent à peu près partout » (Et. Rives). Le Conservateur
fei SI j NY (1937) préconise la même méthode pour lutter contre les
c x brousse et améliorer les pâturages indochinois. Il y a dans
le e £ em P' es une utilisation sur place de la matière organique. C’est
les h ° U fournit la matière et la reconstitue. Mais, dans
sibiï C V^ PS cu **‘ v ^ s > les labours et l’exploitation éliminent toute pos-
m î ® récupération sans intervention de l’homme. De là, les élé-
(Lnrf* d a PPort amenés des réserves plus ou moins proches du champ
p' a . n ^ de lu Malaisie par exemple), ou bien l’introduction des
engrais verts dans l’assolement (2).
le r cserves de ligneux étaient plus généralement incinérées après
ur transport. Mais cette méthode, très répandue, s’appliquait sur-
escient^if* 8 P roc édés d'enfouissement devaient et doivent être faits à bon
licninni , P euv ent aboutir à de graves dégâts par propagation des saprophytes
t icoles à parasitisme facultatif (Pourridiès).
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
tout aux cultures vivrières. II ne faudra donc pas la généraliser trop
hâtivement, parce que l’entretien des pâturages, pour lequel s’est éga¬
lement posée la question des processus d’apports, comporte un élément
particulier, agent remarquable de transformation de la matière orga¬
nique : l’étable. Le ratelage, le soutrage sont liés à l’étable. On voit
donc que le problème est complexe. Il ne doit pas être limité à une
seule pratique, mais doit s’étendre aux pratiques dérivées ou complé¬
mentaires. Pour lui donner toute son ampleur, il faudra situer la
matière organique dans le temps, suivre sa genèse in situ, son trans¬
port, sa destination et sa transformation. C’est sa destination à la
culture ou au pâturage qui différenciera le cycle sylvo-cullural du
cycle sylvo-pastoral.
Les cycles ont été d’abord modifiés et pour ainsi dire brisés par
une pratique imposée aux agriculteurs incendiaires qui avaient épuisé
leurs terres et peut-être leur combustible : la jachère. Introduite en
Finlande, elle a modifié le paysage en limitant l’extension du Bouleau,
de l’Aulne cendré, du Tremble, du Pin sylvestre ; elle a favorisé la
progression de l’Epicéa ; placée dans un assolement biennal ou plus
généralement triennal, elle a permis la culture sur des espaces plus
restreints et fut un lent acheminement vers l’agriculture intensive.
On a l’habitude d’incorporer la jachère aux méthodes culturales
dites « extensives ». Lorsqu’on la compare aux cultures sur engrais,
il semble qu’on ait raison, et cependant, on sait depuis longtemps
que les blés de jachère ont une vitalité plus grande que les blés
succédant à une culture. D’autre part, il faut situer la jachère dans
l’histoire de l’Agriculture et son éclosion dans les méthodes d’exploi¬
tation du sol apparaît alors comme un immense progrès : c’est une
première étape vers l’agriculture sédentaire ; c’est la première ébauche
du principe de récupération, tant par la matière organique que par
la matière minérale. Partout où elle a pris pied, une amélioration
notable s’est produite.
Elle a été reconnue de très bonne heure comme une nécessité
absolue dans les régions intertropicales, où la jachère verte, à base
de Légumineuses, était à la fois conservatrice contre l’érosion et
améliorante contre l’appauvrissement en azote. On la retrouve bien
ailleurs, en Bretagne particulièrement, sur les arènes granitiques
facilement érodables, avec l’Ajonc (Ulex europaeus) comme plante-
litière de couverture. Dans les pays à pluie réduite (200 mm et
moins), la jachère travaillée, à capillaires sans cesse rompus, fait
figure de dryfarming. La pluie aidant, elle peut devenir ailleurs
jachère pâturée, sorte d’équilibre intermédiaire entre les excès équa¬
toriaux et les carences subdésertiques.
Ainsi comprise, la jachère fait partie d’un cycle cultural plus
affranchi de la forêt, parce que ne nécessitant pas sa reconstitution.
C’est dans ce sens que nous aurons à en tenir compte, sans négliger
ses évolutions possibles vers une végétation ligneuse, progressive et
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
substituée (jachères forestières) ou bien vers une régression pyro-
phytique conduisant à la dénudation (3).
Les engrais minéraux ont permis, mieux encore que la jachère,
la culture intensive. Avec eux commence la période de l’agriculture
rationnelle ou culture continue (système autositique) (4). Elle ne
date pas de longtemps. Le génie de Lavoisier avait indiqué les
grandes lignes de la théorie minérale dès 1792 (R. Combes). Elle prit
corps en 1840 avec Liebig. C’est à cette époque qu’il faut situer la
anse en valeur des landes dans l’Ouest de la France à l’aide des résidus
de la raffinerie du sucre (noir animal enrichi en phosphate et carbo¬
nate de chaux) ; mais nous pensons que les engrais minéraux pro¬
prement dits n’ont réellement connu leur vogue que sous l’impulsion
de Georges Ville. En 1868, celui-ci donne comme références « à l’ap-
Piu des opinions qu’il professe depuis dix ans au Muséum d’histoire
naturelle », « le témoignage favorable de plus de cinq cents résultats
< us à l’initiative du monde agricole ».
Enfin, parmi les circonstances atténuantes que l’impartialité nous
au un devoir de noter, observons que le développement de l’industrie
au détriment de la forêt, s’est déroulé sous les yeux des populations
raies. Sans doute, pourrait-on signaler quelques sociétés prévoyantes,
.constituant le combustible, mais elles ne durent pas être très nom¬
breuses, à en juger par le décret impérial du 21 brumaire an XIII,
autorisant la construction d’une usine à traiter le fer (commune de
uret, Aveyron), à charge « de faire usage de la houille pour le 5/12°
an moins du combustible nécessaire, et de planter tous les ans, en
mps convenable et en essences de bois indiquées par le Conservateur
s forêts du département, un hectare de terrain dans les vacans qui
e ser aient pas à plus de cinq mille mètres de ces établissements. »
^. n . a beaucoup parlé du nomadisme agricole, mais il ne faut
as négliger le nomadisme industriel.
Ees martinets ou fusines se déplacèrent dans presque toutes nos
tall »■ f rance Jusqu’au xix* siècle. Ceux qui comportaient une ins-
ation importante étaient souvent réduits au chômage car leur
y P‘ ac ement était lié à la forêt plus ou moins proche et cela pour
g en }P s imprévisible, qui correspondait à l’épuisement du massif.
A • J 01ci ane nouve He preuve, que nous avons trouvée dans les
fchives départementales de l’Hérault (5) : Dans le diocèse de Mende
évoJfi Indi ? uon ? aussi •» jachère sanitaire destinée à éliminer des parasites à
dites! i1f 4 S °. U / ,er j ainc Partielle ou totale. Les Mourios de l’Aveyron (terres mau-
être utin.i® 8 de pourridié, sont laissés en jachère; la jachère sanitaire peut
lutte On Ce , Plantes non réceptives à la maladie contre laquelle on
à Afi'm 0 o„ a . a "? lre alors à un nouvel assolement (assolement sanitaire) : la sole
contre u » !?,“ a cté introduite dans l’assolement de Sumatra pour lutter
P- 106-109 ) aac,Uus Solanacearum E. F. Smith du Tabac. (Brizi (A.), 1936,
(4) Du grec : sitos, nourriture. (De Gasparin, 1843, t. V, p. 223.)
(5) Liasse C. 2708 (1739-1747).
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
(Lozère), le sieur Meuron projette d’installer une fonderie pour
exploiter des gisements à Las Combcttas (paroisse d’Ispagnac), à
Montmirat (paroisse de Saint-Etienne de Valdonnès) et à Bahours
(paroisse de Mende). Le subdélégué de Mende instruit l’affaire et
dépose son mémoire le 26 août 1741 : « Le sieur Meuron dit que si
ces mines fournissent, il fuira transporter le minéral pur et prêt à
fondre à six lieues de là, au lieu nommé l’aigoual, où il y a un bois
de hêtre de haute futaie, fort étendu et fort épais et l’eau convenable
pour y établir une fonderie ; la partie de ce bois où il prétend l’établir
est du diocèse de Mende et appartient aux dames religieuses ursulines
d’Alais : ces bois, à cause de leur situation, ne servent à aucun usage,
sinon pour le chauffage de quelques paysans. » Or, ce même sieur
Meuron est indiqué, dans un rapport du 9 février 1747, comme ayant
déjà exploité aux mêmes fins la forêt de hêtres de Mcrcoire, plus près
de Mende.
Cette poursuite du bois par l’industrie métallurgique a été remar¬
quablement étudiée par Graber (1932) pour les forêts de la Combe
de l’Ire (vallée affluentc du lac d’Annecy). On la retrouve un peu
partout sur le territoire français.
Les gentilshommes verriers n’hésitaient pas à changer l’emplace¬
ment de leurs fours. Saint-Quirin (de Cazenove) a suivi ces déplace¬
ments ; il cite, entre autres, le cas du four de La Peyrière, installé
à 1.500 mètres au nord du mas d’Agrès « quand les bois aux abords
immédiats du mas furent consumés ». (W. de Montpellier, région de
la Boissière). La verrerie d’Assas (N. de Montpellier), fut abandonnée
au début du XV e siècle « pour des terrains plus propices » et le pro¬
priétaire, Adhemar Adhemar (sic) achetait en 1432 l’usufruit des
terres situées dans la région plus boisée du Pic Saint-Loup. Les ver¬
reries de Provence ont préféré le bois au charbon de terre qu’elles
avaient pourtant à proximité et elles n’ont pas contribué au reboise¬
ment (Darluc, 1782, I, p. 120). Il semble que dans bien des cas les
nomades industriels (6) se soient moins préoccupés de la récupé¬
ration de la forêt que les nomades agricoles. De tels exemples pour¬
raient être multipliés à l’infini ; nous les limitons aux industries prin¬
cipales du fer et du verre.
Le cas le plus extrême que nous connaissions de ce nomadisme
industriel est celui des peuplades forestières de la secte des Tabtadjis
du vilayet de Koniah (ancien Empire Ottoman) ; elles exploitaient les
forêts pour les besoins industriels : planches, clôtures, etc..., en épui¬
sant complètement un tènement pour passer à un autre, sans aucun
souci de la régénération (Bricogne). Les corporations qui vivaient
de la forêt sous l’empire romain (Dendrophori) paraissent avoir été
moins destructrices, car elles avaient à leur charge la surveillance
des incendies (Paul Bukfault).
(6) Les « gabassières » étaient des verreries intermittentes se déplaçant sui¬
vant les coupes de bois (de Rioi.s, 1925).
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
7
Comme pour les agriculteurs défricheurs, nous retrouvons, à
J egard des exploitations abusives, des circonstances atténuantes dont
*1 faut bien tenir compte. En voici un exemple, que nous puisons
encore aux archives départementales de l’Hérault (7). La commu¬
nauté de Lacaune (Tarn), demande en 1758 l’autorisation d’installer
une forge. Le subdélégué de Castres donne avis favorable pour les
motifs suivants : « La communauté de la Caune possède environ
6.000 arpens de bois, et le quart en réserve, qui est de 1.100 arpens,
serait presque suffisant pour l’entretien de deux forges, parce qu’elles
ne pourraient travailler qu’environ quatre ou cinq mois de l’année »
en raison du peu d’eau hors des pluies. « Il n’y a pas d’autre moyen
a prendre pour procurer à cette communauté le débit de ses bois,
parce qu’ils ne sont point à portée pour le chauffage dans une ville
voisine, et qu’ils ne sont bons qu’à charbonner, attendu qu’ils sont
ous d’essence de hêtre de lage de près de cent ans. »
Enfin, de même que pour les pratiques agricoles considérées au¬
jourd’hui comme abusives, nous retrouvons des défenseurs de ces
exploitations : « La fabrication du fer au charbon de bois, en absor-
ant la consommation d’une grande masse de taillis, tend à conserver
vos forêts dans un état prospère. On devra donc chercher à conserver
es usines existantes et à en établir de nouvelles... Il est temps que
ce . re dime prohibitif, si étroit, si stérile, soit remplacé par un système
P us fécond. » Cette opinion de Noirot date de 1839. Elle montre que
es intérêts particuliers ont lutté opiniâtrement contre l’intérêt général,
car en 1782 Darluc signale les abus de l’industrie dans les forêts de
rovence, à tel point « qu’on jugea à propos d’exploiter les mines
e houilles qui y sont répandues » (p. 95).
**
Ce court aperçu des difficultés principales que nous devrons
aborder nous permet, après un plaidoyer indulgent, d’exprimer le
r egret, un peu vain il est vrai, que de si belles richesses forestières
e une si grande ardeur à les abattre aient rarement trouvé cet équi-
re idéal auquel nous aspirons tant encore. Les échecs récents,
s'gnalés par A. Rome (1935), pour les cultures de café en Indochine,
ont dus à leur surface trop grande par rapport aux possibilités de
niures obtenues d’un troupeau mal nourri. Le même écueil paraît
I Ie Jj x évité au Brésil. Le café est une plante très épuisante, il dure
p “Stcmps sur forêt vierge, nous l’avons déjà vu ; et, cependant,
a andon centrifuge des anciennes cultures (et par suite l’extension
es terres incultes) est considérable. La forêt vierge est immense,
cjiais elle cst I ,eu à Peu détruite au profit des caféières, qui ne laissent
errière elles que terres ruinées ; il faut donc songer à enrayer la
Progression des terres abandonnées et le défrichement imprévoyant,
engrais est le seul remède : de là cette association du bétail et du
(7) Liasse C. 2737 (1749-1785).
Source : MNHN, Paris
8
G. KUHNHOLTE-LORDAT
café, que l’on voit se réaliser dans les pays producteurs de café
(Piettre). Ainsi se réparent peu à peu les erreurs du passé.
L’équilibre sylvo-culturo-pastoral (8) aurait pu être réalisé pour
longtemps si la notion de récupération — que nous trouvons si claire
de nos jours — avait été appliquée à la forêt et si l’on avait limité
parallèlement le bétail et l’espace réservé aux cultures. Ces principes
étaient parfaitement connus au Moyen-Age par les moines cisterciens.
Vraiment, lorsqu’on songe que malgré les hommes, il existe encore
un peu partout des souches (de quel âge ?...) aptes à donner encore
des rejets ou des drageons, il faut souhaiter ardemment un mea calpa
mondial et accepter en premier signe de pénitence de mettre au repos
tous les peuplements arborescents qui ne sont plus « forêt >, mais
qui peuvent encore le redevenir, si on les aide. Que le paysan renonce
aux cendres, que l’éleveur considère l’arbre comme un ami avec
lequel son troupeau pourrait parfaitement vivre et que les hommes
qui aiment la forêt abandonnent un instant leurs calculs pour étudier
les moyens biologiques de reconstituer une ambiance favorable à la
régénération !
Montpellier, 1938.
(8) On dit maintenant : agro-sylvo-pastoral.
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
« ... il n'allait jamais renoncer à dé¬
fendre toute la variété infinie des racines
que le ciel avait plantées dans la terre... »
Romain Gary.
M v 6 * Pex * r êmc bienveillance du Professeur Roger Heim et de
in ^ ^traelen de me pencher à nouveau sur le problème des
t a C ? n ° 1 . es ravagent, en de trop nombreux points du globe, le
pis végétal. C’est sous la forme d’un « essai d’agronomie comparée »,
aujourd’hui épuisé, que j’ai fait paraître en 1938 une première vue
u ensemble sur cette question.
On doit depuis à Harley H. Bartlett (1955) (1) une vaste biblio¬
graphie analytique des ouvrages consacrés à ce même sujet. Pour si
ni Dreux qu’ils soient, l’emploi des feux continue toujours à sévir
* es fins agricoles et surtout pastorales, débordant, involontairement
non, S ur les forêts naturelles ou sur les peuplements arborescents
P antes en vue d’une exploitation intensive industrielle.
i x S î nesures préventives préconisées par les uns et les autres
off » ^* e . n froidement prises en considération. Par contre, un gros
°rt a été fait pour boiser ou reboiser des surfaces incnltes. II reste
p ^ant i ro P de points névralgiques livrés à l’action des eaux et du
t . n ’ s . ans Protection. S’ils sont en recul sur de bien faibles terri-
eer^ eS ^ S S ° n * ° U roenacent d’être en extension sur d’autres, qui durent
acU 1 ^ 311 * ^ l ,Tév °y an ies administrations d’être soustraits aux
co * 0nS n< ^ as * es de l’homme. Il est encore impossible de dire s’il y a
ne P ® n ? a f°y î> ^e sorte que notre ouvrage sur « La Terre incendiée »
mn'" 1 a * ra '^ P as d’être reconsidéré en une deuxième édition, du
ms dans sa conception et sa forme initiales.
Par contre, l’équilibre agro-sylvo-pastoral doit demeurer l’objet
1 rincipal de nos préoccupations. Les érosions par le feu, par le vent,
Par 1 eau, sont bien des éléments de compromission de cet équilibre ;
reliées Garden Univ. of Michigan, June 1955, 568 pages dactylographiées
Source : MNHN, Paris
1Ü G. KUHNHOLTZ-LORDAT
mais les études sur la protection de la nature ne peuvent prendre
toute leur ampleur désirable si l’on se contente d’étudier — aussi
minutieusement soit-il — les phénomènes de surface qui détériorent
le tapis végétal. Les débats doivent prendre aujourd’hui un aspect
plus général parce qu’ils sont portés sur le plan international des
équilibres biologiques et économiques. C’est pourquoi l’on ne s’éton¬
nera point du haut patronage du Président de 1’ « Union Interna¬
tionale pour la Conservation de la Nature et de ses Ressources » (2)
et de l’un des vice-présidents du même organisme, auxquels va une
gratitude unanime.
La Conservation de la Nature étant avant tout fonction de celle
de la végétation, nous avons donné la prééminence aux êtres chloro¬
phylliens, les plus sûrs agents antiérosifs.
On ne saura jamais assez ce que l’humanité doit à cet écran vert
à la fois protecteur et nourricier, direct ou indirect, de tout ce qui
vit sur le globe terrestre.
Des nations particulièrement éprouvées par la déforestation en
conçoivent de plus en plus la nécessité. Israël est déjà passé à l’action,
en commençant, comme il se devait, par les bassins de réception des
eaux pluviales. Là est le principe fécond, que nous soulignerons à
nouveau, la protection de l’aval par l’amont. La Turquie, sous l’im¬
pulsion de M. Ahmet Attila, président de la « Société turque de bio¬
logie », entreprend un vaste mouvement d’information et de vulgari¬
sation pour stopper la dénudation. Notons que la biologie est ainsi
mise à l’honneur, et ne craignons pas de prendre une position très
nette en faveur des bases scientifiques de la conservation de la
Nature, seul antidote contre des applications dites pratiques, mais
trop souvent prématurées. L’empirisme, qui n’est certes pas exclusif
de réussites, ne peut être substitué à l’étude raisonnée de la recons¬
titution des équilibres naturels perdus. Nous nous efforcerons de
rappeler les principes oubliés ou méconnus qui ont permis à l’eau,
au vent et au feu d’amplifier, parfois jusqu’aux désastres, les impru¬
dences de l’homme, grand destructeur de chlorophylle.
Indépendamment des rayons cosmiques dont le comportement
vis-à-vis de la chlorophylle nous est inconnu, l’écran chlorophyllien,
de manière moins énigmatique, s’interpose entre la radiation solaire
(globale) et tous les êtres qui bénéficient à des degrés divers de cette
énergie à laquelle il est évidemment perméable. Bien entendu, les
constituants de l’écran en sont les premiers bénéficiaires, mais ils
agissent aussi comme un filtre qualitatif et quantitatif de ces radia¬
tions qui se sont déjà heurtées à d’autres écrans dont les plus notoires
(2) Antérieurement au Congrès d'Edinburgh 1956 : « Union pour la Pro¬
tection de la Nature ».
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
11
sont dus à l’ozonisation, à l’ionisation, à la concentration en vapeur
a eau de la basse atmosphère.
Le présent ouvrage, dont le but est d’appeler l’attention sur le
comportement de l’écran vert au regard des actuelles préoccupations
sur la protection de la nature, peut se dispenser d’étudier le rôle de
eus ces écrans auxquels la fonction chlorophyllienne se trouve
ubordonnée. D’autant plus que nous sommes bien loin d’être satis-
uits sur leur rôle. Le seul exemple de l’écran « vapeur d’eau » justi-
lera notre attitude. Les pluviomètres sont des instruments de base
Pour l’établissement des cartes de la végétation du globe terrestre.
OI f S , sav . ons Pourtant depuis Duchartre (1861) que la rosée a son
niot a dire sur cette répartition ; mais elle ne l’a encore dit qu’à
queiqueg initiés répartis çà et là, plus spécialement dans les régions
j, es et semi-arides où elle joue un rôle déterminant. Nous aurons
occasion de signaler l’influence des condensations occultes sur quel¬
ques biotopes.
de Pu ' S . que tapis végétal évolue, nous devons trouver, au cours
son évolution, des interventions diverses de la fonction écran,
n exemple démonstratif nous est donné par la colonisation végétale
7nn 3Ves a Pa Réunion au-dessous de 500 mètres d’altitude dans la
zone exposée à l’alizé (P. Rivals).
stade (pionnier). — Les lichens (Stereocaulon vulcani (Bory)
Engl, partie.). Durée : vingt ans.
Les fougères (g. Dicksonia, Davallia, Nephrolepis).
Emergence des ligneux héliophiles dont les germinations
sont contemporaines des fougères.
Germination des sciaphiles exigeant le couvert des espè¬
ces précédentes (fonction photique de l’écran).
— Germination des hygrophiles exigeant l’humidité créée
par la végétation précédente (fonction hydrique de
l’écran) (3).
— Après cette différenciation floristique progressive, le
substrat volcanique est très appauvri, les espèces fru¬
gales apparaissent moins exigeantes en bases et en acide
phosphorique.
rh ^ onc R° n écran n’est donc pas l’apanage exclusif de la chloro-
P ylle. Mais nous entendons l’y réduire ici, parce que notre intention
2 ' stade.
3 * stade.
stade.
5* stade.
Sénilité.
soui conna ' 1 1® rôle de la frondaison de l’arganier (en Afrique du Nord),
le f a é? quel ,. l’herbe a une plus grande vitalité. Ce n’est pas la lumière qui est
Le déterminant de cet optimum biologique, mais le facteur hydrique,
sur i- U , le . r compact et étalé est un condensateur ; l’eau arrive même à tomber
Kranhl-apis herbacé (Chai.i.ot, Rev. Eaux et Forêts, 1949). Nous avons photo-
P le en 1927 (cl. 1) une influence analogue du Chêne pubescent.
Source : MNHN, Paris
12
G. KUHNH0LTZ-L0RDAT
n’est pas d’étudier tous les aspects de cette vaste question, mais de
la limiter à celui qui explique le mieux l’évolution du tapis végétal
par son mécanisme obligatoire, donc universel.
La chlorophylle demeure l’une des énigmes les plus troublantes
de la biosphère. Nous ne la comprenons pas encore, et pourtant nous
l’exploitons depuis des millénaires dans la certitude qu’elle ne dispa¬
raîtra pas. Par contre, si l’on compare le règne végétal au règne
animal, celui-ci est nettement subordonné à celui-là et d’une fragilité
telle que sa protection est devenue l’une des plus évidentes néces¬
sités. Si on compare le végétal au minéral, c’est encore à l’égard de ce
dernier que l’homme a commis et commet encore les pires erreurs
depuis que, très techniquement, il épuise les sources d'énergie qu’il y
a découvert. Il n’y a pas si longtemps (septembre 1956) une propa¬
gande, pas toujours habile, était faite à la radio auprès d’une jeu¬
nesse qui, paraît-il, n’avait pas suffisamment saisi qu’il fallait des
techniciens capables d’utiliser ces réserves pour augmenter le bien-
être d’une humanité insuffisamment compréhensive.
On a bien glorifié la chlorophylle, mais trop souvent à des fins
commerciales, assez déshonorantes, puisque son mécanisme énergé¬
tique ne nous est que très partiellement connu.
Ainsi le culte de l’atome menace de faire oublier celui du chloro-
plaste, que les Pouvoirs publics ont confié aux agriculteurs et aux
forestiers. Pourtant, en tant que techniciens de la chlorophylle, ils ne
sont l’objet d’aucune propagande tapageuse.
Cela tient sans doute à ce que le minéral, inerte (en apparence),
ne peut être généralement utilisé sans une transformation préalable
que l’homme de science et le technicien sont seuls capables d’assurer.
Le végétal, par contre, possède en lui le pouvoir de transformer
l’inerte en vie, en vie utile, en vie indispensable à la nourriture de
cet homme de science et de ce technicien. Ils devraient, semble-t-il,
avoir « la reconnaissance du ventre », simplement en se penchant
sur ce problème, bien extraordinaire lui aussi, du maintien possible
de la vie sans (ou malgré) l’orgueilleuse intervention de l’homme.
Au cours de l’enquête radiophonique à laquelle nous venons de
faire allusion, un seul étudiant sur les huit pressentis a déclaré être
tenté de s’expatrier pour aller construire un barrage au Venezuela.
Les autres sont restés sur leur position : avocats, médecins, profes¬
seurs... On leur fit savoir que ces carrières étaient bien encombrées
(ce qui est inexact pour le professorat) ; on félicita chaleureusement
le futur technicien de l’hydraulique, jusqu’à le déclarer « formida¬
ble » (sicJ. L’avocat répondit avec beaucoup de courage qu’il n’igno¬
rait point les difficultés qui l’attendaient, mais qu’il comptait en venir
à bout par le travail.
Si des étudiants nous lisent, nous pouvons, à notre tour, et à
l’abri de toute ironie radiophonique, leur conseiller d’affronter le pro-
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
13
blême de la conservation d’une énergie au service de laquelle se
dépensent, in fine, des activités, insuffisantes peut-être, mais souvent
ignorantes du but biologique vers lequel elles tendent inévitablement.
Rallions-nous donc sans réserve aux craintes exprimées par Th.
Monod en 1953 : « Les apôtres de la technique tiennent-ils un compte
suffisant de la biosphère ? »
Qu’est-ce que la chlorophylle ? Une substance de composition
chimiq ue définie. Elle a donc une formule : ses composants, en par¬
ticulier les atomes de carbone, sont associés, dans un agencement
connu, à un noyau magnésien. Notre propos n’est pas de développer
cette formule que l’on trouvera dans tous les ouvrages de physio-
ogie végétale ; il veut seulement souligner que le fait, important,
d avoir découvert in vitro la présence du magnésium, corps énergé-
tique par ses propriétés photoélectriques n’implique pas que la cel-
ule chlorophyllienne l’utilise in vivo de la même manière. Il semble
cependant qu’il intervienne dans l’élaboration des photosynthèses
propres aux autotrophes chlorophylliens puisqu’il est remplacé par
e ter chez les êtres qui sont incapables de créer ces synthèses, mais
peuvent seulement les transformer.
Aussi restons-nous pantois devant le fait que le végétal, qui créé
de la matière organique en partant d’éléments exclusivement miné¬
raux, ait confié le soin de cette création à un corps riche en carbone,
donc organique. Comment a-t-il vu le jour ? Une molécule d’une
architecture aussi complexe ne peut résulter, dans nos conceptions
actuelles, que d’une succession de combinaisons (une chaîne) dont
•f P*8ment vert est un aboutissement qui nous paraît bien banal si
°n en juge par la multitude des espèces végétales capables de le
synthétiser.
Et que dire de l’organite qui, dans la cellule, est spécialement
c ar gé d’agencer les atomes en une molécule verte ? Nous discutons
encore sur sa structure, qui a donné lieu à une littérature volumi-
neuse mais toujours pleine d’hypothèses parce que nous ne la voyons
Pas encore dans nos instruments d’optique, pas plus que nous ne
°yons celle de Mars au cours de ses rapprochements avec la terre.
Que dire de la répartition des cellules chlorophylliennes, dans
es parties aériennes seules capables de capter l’énergie solaire ?
Que dire encore de la structure foliaire qui offre au soleil un tissu
<Palissadique) différent de celui (lacuneux) qui n’est point frappé
irectement par les rayons lumieux. On conçoit qu’un système de
acunes, en rapport avec les stomates facilite la pénétration ou l’éva¬
cuation des gaz, mais pourquoi le tissu capteur des photons est-il
Palissadique ?
. , A tant de questions, la science n’a pu donner de réponses défi¬
nitives. Un livre de 200 pages, aussi chimiquement admirable que
celui de Roger Buvat sur la photosynthèse contient, au bout de
Source : MNHN, Paris
14
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
159 pages cet aveu d’une grande probité : « la synthèse des glucides
n’a jamais pu être réalisée in vitro. » (1954.)
Il faut attendre de nouvelles méthodes de prospection. Les iso¬
topes ont fait avancer de quelques pas le problème de la fonction
chlorophyllienne. Il reste cependant encore beaucoup d’espoir dans
les substances énergétiques des types vitamine, hormone... Tant d’in¬
connues demeurent, qu’il est impossible de supposer que les voiles
tomberont d’un seul coup, comme à l’inauguration d’une statue. Ce
sont des petits coins, que la science soulève ; mais ils sont de plus
en plus nombreux et se succèdent parfois si rapidement dans le
domaine de l’énergie, que tout ouvrage consacré actuellement à la
chlorophylle est périmé lors de sa parution. C’est presque au jour le
jour, dans le cruel labyrinthe d’une bibliographie mondiale, que les
sources doivent être cherchées. Ajoutons qu’il faut être à la fois phy¬
sicien et chimiste pour les utiliser. C’est, sans conteste, la physico¬
chimie qui conduira l’humanité vers son véritable destin qui est de
se prolonger, donc de ne plus heurter les lois de cette double science
qui, chez les êtres organisés, s’agglutine de plus en plus en une seule :
la physiologie.
Mais que dire alors du mécanisme de l’utilisation des radiations,
puisque nous connaissons si imparfaitement les organites et le cyto¬
plasme lui-même de la cellule végétale. Nous les considérerons in situ,
c’est-à-dire dans le biotope où ils exercent leur fonction. Il s’agira
donc de la radiation solaire globale (directe et diffusée par le ciel bleu
et les nuages), car le sens de notre propos n’est ni dans une expéri¬
mentation écologique, ni dans une analyse physiologique. Il sera,
essentiellement, phytogéographique.
On comprendra pourquoi, après de tels aveux, nous n’insisterons
pas davantage sur le pigment des végétaux autotrophes. Moins ambi¬
tieuses, nos vues, très objectives, ne s’écarteront point de la grave
réalité des faits qui menacent notre équilibre économique en sous-esti¬
mant l’utilité des êtres qui, pour produire ce pigment nécessaire à
leur propre vie et à celle des autres se cramponnent au sol, per¬
mettent nos élevages et protègent notre agriculture.
Les êtres chlorophylliens forment à la surface du globe terrestre
une mince pellicule, très diverse dans sa composition et sa situation
topographique.
L’atmosphère peut contenir des germes, au hasard des courants.
S’ils ne sont pas négligeables biologiquement (car la présence d’un
être, où qu’il soit, n’est négligeable pour aucun biologiste) leur action
sur les autres êtres est minime ; ils forment un peuplement très dis¬
joint sur des supports épars, morts ou vivants, favorables à leur fixa¬
tion.
L’hydrosphère, par contre, est extrêmement riche en organismes
chlorophylliens. Ils forment en surface un voile serré, mais disjoint
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
15
aussi, mêlés à tous ces êtres minuscules et errants avec lesquels ils
constituent le plancton. Dans certains cas, des peuplements d’indi-
'idus sociaux et de grande taille forment des masses très importantes,
comme les Sargasses, en milieu marin. Dans les lacs, les marais, les
ourbières vivantes, partout où l’eau douce stagne plus ou moins, des
ctres chlorophylliens microscopiques pullulent. L’eau douce rejoint
eau salée aux estuaires où se mêlent les flores flottantes. Une faune
res diverse est liée à ces peuplements planctoniques (leur étude
relève de l’ichtyologie et de la pisciculture).
La lithosphère est vouée à la colonisation des plantes vertes qui
y implantent leurs racines.
Sur la plate-forme continentale, s’agrippent les prairies sous-
mannes, où émerge la mangrove arborescente des eaux moins froides.
Mors de l’eau, si l’homme n’intervenait pas, l’écran vert ne serait dis¬
continu que sous les climats extrêmes ou sur les roches neuves ou
remaniées, de limon, de sable, de lave, de glace ou de matière orga-
mque (guano). Mais à cette discontinuité naturelle, qui n’a de limites
Que celles de la vie végétale, s est ajoutée, depuis que l’homme s’est
JJ"*» autrement que de chasse et de cueillette, une discontinuité
uicielle sur laquelle il faudra bien nous entendre pour ne pas
cahier le genre humain plus qu’il ne convient. Ici ou là, au gré aes
•vi isations, il a détruit l’écran pour ses cultures, ses pâturages. Le
eul tort qu’il a eu — mais il est devenu très grave — a été de mal
P oiter ses biens fonciers qu’il a livrés, par ignorance, à l’action des
aux et du vent ; il y a même ajouté celle du feu.
U a fallu attendre l’éclosion récente des sciences agronomiques
Pastorales, forestières pour limiter les dégâts. Mais ces sciences n’ont
Pas eu leurs missionnaires partout. De vastes territoires leur sont
encore interdits aujourd’hui parce que toutes les populations ne sont
sa S é ® a * emen t accessibles au savoir. La grande mission de ceux qui
ent est de ralentir -— sinon d’empêcher — les dégâts causés par
eux qui ignorent que la Nature a besoin d’être protégée ou restaurée.
' r Une surface limitée (celle de notre planète), les bouches à nourrir
u .^ mentent sans cesse. Il faut donc songer à augmenter la surface
e ’ cc ^ e qui permettra d’éviter l’écueil de la sous-alimentation.
Un y a songé, certes. Mais la science n’a pas toujours la main
ureuse. Elle a donné le jour à de nouveaux excès qu’elle présentait
sol - me P anac ® es : les engrais minéraux devaient suffire à nourrir le
’.°J 1 Pouvait donc se désintéresser de la matière organique. L’eau
do S1 *, cva ** Permettre d’augmenter les cultures vivrières ; il suffisait
j . c de * a capter et de la répandre ; on n’y a pas manqué, mais il
; . s ® Pencher maintenant sur les conséquences des captages et des
•gâtions. D’aucuns souhaitent la prudence, d’autres vont jusqu’à
m US ( se , r ^es cr ‘ s d’alarme. L’eau agricole ne se manipule pas unique-
. a M’aide de barrage et de vannes : il faut la conduire à bon
le nt ; car la terre arable a sa structure et sa composition chi-
H auxquelles il ne faut pas toucher avant de savoir si l’eau les
tériorera ou les améliorera.
Source : MNHN, Paris
16
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Une terre épuisée ne se régénère à coup sûr ni par les seuls
produits, minéraux, ni par l’eau seule, ni même par les seules façons
culturales. 11 lui faut d’abord le repos. Tout est de savoir pendant
combien de temps doit durer ce repos. La réponse découle de notre
propos lui-même : jusqu’à ce qu’elle ait récupéré sa structure et sa
composition chimique ; car, si nous la mettons au repos c’est pour
lui permettre de travailler utilement, sans d’autres interventions que
celles des êtres qui évoluent dans son sein. Nous ne nions pas que
l’on puisse accélérer cette nécessaire récupération ; il ne manque pas
aujourd’hui d’agriculteurs, d’éleveurs, de forestiers qui recherchent
des solutions techniques. Ajoutons avec regret que des esprits auda¬
cieux, se disant d’avant-garde, déclarent ne pas avoir le temps d’at¬
tendre et qu’il faut au plus vite assécher ce qui est trop mouillé et
mouiller ee qui est trop asséché. Nous ne comptons plus les doléances
qui nous parviennent à ce sujet.
Savoir attendre ! Ah ! le bel exemple que celui des populations
qui, sans savoir lire, ni écrire, par la seule tradition orale, ont eu
la notion de la récupération bien avant que l’on soupçonne le mode
de vie des végétaux chlorophylliens. Ils ont découvert les bienfaits
de l’humus * et nous pensons aujourd’hui qu’il vaut mieux cela que
s’ils avaient découvert d’abord les bienfaits du minéral. Us ont telle¬
ment apprécié cet humus qu’ils ont créé une rotation leur permettant
de le récupérer.
C’est que l’écran vert est, essentiellement, producteur de matière
organique. Il crée cette matière et la confie ensuite au sol. Nos peu¬
plades « arriérées » le savaient bien, puisque après une période,
courte il est vrai, de mise en culture, ils laissaient la forêt se recons¬
tituer pour qn’à son tour elle puisse reconstituer l’humus (4). Ainsi
se trouvèrent résolues du même coup la question du repos de la terre
et celle de la nécessité de la matière organique. C’est pour avoir
méconnu cette double nécessité que nous avons, en bien des pays
« évolués » des terres trop épuisées pour supporter les erreurs aux¬
quelles nous venons de faire allusion.
Les notions explosives par lesquelles on voudrait maintenant
conduire l’humanité vers des destinées que l’on croit certaines, ne
doivent pas faire oublier celles qui s’élaborent avec lenteur et conti¬
nuité vers des équilibres durables. Nous pensons, pour notre part,
que le déséquilibre économique qui s’est affirmé au point que l’on s’en
soit aperçu, compte, parmi ses causes les plus importantes, la mécon¬
naissance des équilibres biologiques. De là sont nés les conflits entre
la technique, remarquable certes, mais capable d’engendrer des dan¬
gereuses perturbations et la biologie qui postule l’observation, sinon
l’expérimentation préalable. Aussi devons-nous accueillir avec joie
toutes les tentatives d’union entre l’industrie et l’agriculture. Nous
(4) Nous verrons qu’on l’a trouvée en Afrique notre et chez les Indiens de
l’Amérique du Sud.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
17
avons eu l’occasion d’assister à ce sujet à des colloques pleins de
promesses (5). Mais n’oublions pas qu’entre l’industrie et l’agricul-
ur e, se place le commerce. Trait d’union sans doute indispensable,
m ais qui se ra toujours incapable de renoncer au profit maximum si
une entente ne se réalise pas entre ceux qui créent les matières pre¬
mières et ceux qui les transforment. Le commerce, l’industrie et
agriculture doivent rechercher, chacun en ce qui le concerne, le
Profit optimum qui assurera la stabilisation de la conjoncture.
Si le retour nécessaire à l’organique doit amenuiser les profits
us a l’extraction du minéral, tant pis pour l’industrie extractive.
es gisements qu’elle exploite ne sont pas récupérables. Nous en
revenons toujours à la forme de notre planète : « et pourtant elle
ourne », disait une des plus grandes victimes de l’une des plus
grandes erreurs judiciaires ! Elle impose donc des limites quantita¬
tives a tout ce qu’elle contient et aucun ingénieur ne peut combler
es vides de ses carrières ou de ses mines. Y penser aujourd’hui
HtR 3 ' 1 L? lie : i' y a encore des millions de tonnes à retirer de la
osphere. Mais si l’humanité se prolonge au delà de la fin du
minéral utile ?
, nouvel espoir vient de naître : il est immense et ne paraît
tri S : l'énergie nucléaire. Elle sauvera peut-être l’indus-
,. J®'; Sauvera-t-elle la production des matériaux nécessaires au
la' al)0 . des êtres organisés ? Sous une autre forme qui ne peut
s . s . er mdifférent aucun biologiste : l’énergie nucléaire, par les pers-
1 c ives lointaines qu’elle ouvre, doit-elle nous faire oublier les éner-
g'es i SS u es de la chlorophylle ?
, .^ es biologistes^ rendent de plus en plus attentifs les Pouvoirs
ics sur les déchets nocifs d’une industrie en pleine expansion,
^nergie d’abord ! Pourquoi ? Pour le bien-être de l’humanité. Soit.
avenir dira si l’atome peut être laissé en liberté. Nous ne pouvons
( j e e . sou bg ner ici la campagne menée par l’Union pour la conservation
R H^iM^ Ure Particulièrement celle de son éminent président,
un p^ ner ?‘ e nucléaire (comme l’énergie solaire) est bien, en effet,
ell ''.ration. Mais l’énergie chlorophyllienne est une résurrection ;
quî ^ mcor P° re à un cycle où la vie dérive de la mort. Une feuille
ombe sans vie devient un aliment qui prolonge ou permet
u autres vies.
la éH° US ^ ouc ^ ons à une science qui s’affirme de plus en plus :
Pédologie (7). Car si la feuille morte se décompose c’est par une
erahsation, c’est-à-dire une production de substances susceptibles
44 nfo Notamment à la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale,
• rue de Rennes, Paris (6').
liai ont ,u°l re ré , l . ice, . lce « peut-être » est dictée par celle de nombreux experts
d 'envisntf„ â soul| S“é que l’état actuel des recherches atomiques ne permet pas
user une cessation à court terme de l'emploi des carburants liquides.
W) Voir lexique.
^•moires du Muséum. — Botanique, t. IX. 2
Source : MNHN, Paris
18
G. KU H NHOLTZ-LORD AT
d’être absorbées à des fins de nouvelles synthèses organiques par le
truchement de la chlorophylle. C’est dans le niveau superficiel (la
litière), connu désormais sous le nom d’horizon A„ que se font les
transformations de l’organique accumulé et que commencent les
mouvements des solutions. La découverte empirique de l’utilité de
cet horizon par les peuplades qui l’on exploité et récupéré n’a mal¬
heureusement pas été suivie du respect que l’humanité lui doit. L’un
des buts que nous poursuivrons dans le présent Mémoire sera donc
de montrer que l’étude de l’écran chlorophyllien comporte obligatoi¬
rement celle de l’écran d’humus (8), qui est non seulement son corol¬
laire, mais aussi la condition essentielle de sa durée. Malgré l’intérêt
que nous porterons principalement à l’humus forestier, il ne faut
pas oublier « les terres noires » eurasiatiques qui, sous le nom de
tchernoziom, couvrent plusieurs millions de kilomètres carrés, sur
environ un mètre d’épaisseur, sous un tapis graminéen et avec environ
15 % d’humus non acide (fertilité considérable). C’est pourquoi nous
soulignerons, comme nous l’avions déjà fait dans « la Terre incen¬
diée » combien il est dangereux de détruire la matière organique,
même lorsqu’elle est morte.
Nous disons « détruire » et non pas exploiter. Mais si l’exploita¬
tion est utile, elle ne doit pas compromettre la matière organique
lorsqu’elle est vivante.
Telles sont, dans leurs grandes lignes, les fondements du pro¬
blème que nous nous sommes proposé de soumettre à tous ceux qui
ont pour mission de protéger la nature, en leur demandant dès ces
premières pages de ne jamais perdre de vue que l’écran chlorophyl¬
lien et son humus sont solidaires au point que l’un ne peut durer
sans l’autre.
Tout ce qui va suivre découlera de cette conception « cyclique >
de l’écran vert.
(8) Il ne saurait être question ici de 1’ « humus suspendu » accumulé sur
des branches plus ou moins horizontales, dans des fourches de ramification ;
biotope spécial favorable aux êtres humicoles.
Source : MNHN, Paris
PRINCIPES DIRECTEURS
v Nous ouvrons in limine ce chapitre pour réagir contre les ou-
^ rages scientifiques qui négligent de préparer le lecteur à ce qui
ci' 1 *" C Posent ouvrage, malgré son titre, n’est pas un film poli-
no' F . ° nC ,* rouvera P as > au baisser de rideau, un Chinois à lunettes
sen e ?. c . ac ^ derrière un paravent. Notre écran et sa couleur ont un
s biologique imposé par leur universalité et leur absolue nécessité,
jj,, ,^ es Principes directeurs que nous allons examiner n’ont rien
^ . 'Smatique. Ils posent le problème du peuplement humain face
c > a . ? at P re où il trouve la substance de son corps et de son esprit ;
es -a-dire une nature vivante, car il n’a aucun moyen de vivre
C f S- même ' L’anthropophagie n’a jamais nourri son homme et
|,l oblé Phas ne dévorait que ses pieds. Plus la nature meurt, plus
Il souffre et s’en va, souvent au prix du sang, au-devant de
ver® 7.V 1 n ’ es t P a s encore morte. Ainsi font les herbivores qui émigrent
., s * he rbe non détruite, mais ont l’instinctive sagesse de ne pas
au ndre fi ue tout soit brouté avant un nouvel exode, contrairement
mauvais pasteur qui ruine scs pacages sans possibilité de retour,
l’éo P ar J erons souvent d’équilibres. Tous convergeront vers
cro' Ul 1 ” re ma j cur entre l’homme et son environnement. Devant l’ac-
le l 881 :! 110 ? 1 incessant de la population terrestre nous n’avons plus
r „ . roit d’augmenter les surfaces stériles et nous avons le devoir de
ren ^ rer ecllcs qui ne le sont pas encore. Peut-être devrons-nous
0r . er "- a P* us tard l’examen (préoccupant) des places vides d’êtres
Ruér” 1868 su P^ r ‘ eurs > Parce qu’il est plus urgent de prévenir que de
no î r c * ( t ue les places simplement dégradées sont suffisamment
hum Te T S P our être efficacement remises à la disposition d’une
anite qui, dit-on, commence à avoir faim,
éo- 'i k 8 P°^ u * e la recherche du maintien ou du rétablissement des
des* • CS oa ce l te humanité inquiète trouvera — à ce seul prix —
La raisons . de se stabiliser dans la paix et d’améliorer son bien-être,
l’h ^ ro * ec H° n de la nature ne se confond-elle pas avec celle de
Phv n?me L- Ce ! Ui qui ’ de tous lcs ® trcs a le p ,us besoin d’un substrat
ysicochimique à l’abri de toute cause de détérioration ?
Source : MNHN, Paris
20
Ci. KUHNHOLTZ-LORDAT
Ces réflexions nous dictent un programme d’étude qui compor¬
tera deux parties essentielles : les équilibres et leurs ruptures.
Mais, pour sa meilleure conduite, il faut au préalable poser
quelques principes qui justifieront le choix des faits relatés, serviront
de points d’appui pour le développement de notre argumentation et
permettront, in fine, un exposé valable de conclusions.
I. — CONTINUITÉ ET DISCONTINUITÉ
Les découvertes de la science nous mettent en présence de la
continuité dans tous les domaines. Les groupes chimiques s’enchaî¬
nent ; les énergies se transforment en de nouvelles énergies ; les corps
chimiques réalisent les rêves des alchimistes ; l’érosion devient « ca-
tena » ; les êtres dérivent d’autres êtres par des mécanismes aujour¬
d’hui connus (mutation, polyploïdisation). Partout les limites s’effa¬
cent ; ce ne sont qu’actions et réactions qui s’affrontent dans des
biotopes éphémères où, pour un temps donné, qui n’est pas toujours
aussi long que pour un Coelacanthe, naissent, croissent et meurent
des êtres dont les biologistes s’efforcent d’expliquer la présence (1).
L’oxygène coiffe tout ce monde vivant de son indispensable pré¬
sence ; chaque être sachant l’utiliser à son gré, tantôt à l’état molé¬
culaire, tantôt à l’état combiné. Lié au carbone sous la forme
simple C0 2 , il devient, en collaboration avec l’eau, la source chimique
de toutes les synthèses « enchaînées » des autotrophes dont les chloro¬
phylliens seuls nous retiendront. C’est Lavoisier qui, en 1792, a com¬
pris le mécanisme autotrophique que les Orientaux avaient peut-être
pressenti à une époque qui se perd dans la nuit des temps : « L’eau,
disent-ils, est la mère du bois. » L’eau est ainsi incluse dans Vinitinm
de la matière organique.
Dans cet espace et dans ce temps terrestres, quel est le compor¬
tement de la couverture végétale qu’ils constituent et comment pou¬
vons-nous envisager son étude dans ses rapports avec la protection
de la nature ?
Dans l’espace, nous avons vu que la végétation présentait des
solutions de continuité, soit pour des raisons naturelles (milieux
incompatibles), soit pour des raisons artificielles (actions destructrices
de l’homme) ; là où elle existe, mais pas partout, elle a fait l’objet
d’études nombreuses d’ordre systématique, morphologique, physiolo¬
gique, pathologique... Ce qui nous intéresse n’est point cela ; c’est
l’étude des biotopes et, s’il y a lieu, du rétablissement des équilibres
perdus dans ces biotopes détériorés.
L’inventaire des diverses réponses du chlorophyllien à son envi-
(1) Voir lexique : Mésologie.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
21
ronnement a été établi suivant plusieurs méthodes (2). La plus extra¬
ordinaire des méthodes que certains extrémistes considèrent comme
la seule valable, consiste à compartimenter l’espace vert en groupe¬
ments auxquels on a donné le nom d’ « associations ». A vrai dire on
n’est pas encore arrivé à en donner une définition universellement
admise parmi des esprits objectifs. Ce compartimentage a été émi¬
nemment favorable à une cartographie. Or, si l’on regarde avec atten¬
tion de telles cartes, on constate que toutes les « associations » sont
jointives. II n’y aurait donc pas de solutions de continuité dans la
répartition des « associations » ; sous une autre forme, le tapis
végétal ne serait formé que d’ « associations ». Si ce vocable s’ap¬
plique, comme le désirent ceux qui l’emploient, à une végétation (plus
ou moins) stabilisée, cela revient à dire que le tapis végétal, s’il
évolue, le fait avec une extrême lenteur, ce qui n’est pas valable
Pour tous les climats (particulièrement pour la France, principal
berceau de cette cartographie), ni pour toutes les étapes de l’évo¬
lution.
Dans le temps, nous y voyons plus clair ; très clair, même. Nous
sommes en présence, non plus d’une immobilisation, mais d’un mou¬
vement. Là est la vraie continuité, exclusive de tout « système »,
Parce que d’une réalité indiscutable. Mais il faut bien s’entendre sur
eet aspect du problème, capital pour la protection de la nature.
L’évolution du tapis végétal est une règle naturelle ; il est bien
évident q ue si l’homme intervient — et c’est là que la protection de
la nature trouve sa vraie raison d’être — il peut modifier le sens
naturel de l’évolution ; il peut même l’entraver, le stabiliser par des
interventions périodiques. Ce principe directeur (la périodicité) nous
retiendra ultérieurement.
,. Pour bien faire comprendre la cause des divergences de vues entre
biologistes staticiens et biologistes dynamiciens, nous ne pouvons faire
mieux que de citer le passage suivant d’un Mémoire où la subordina¬
tion * 2 ^, ap P el historique : Alphonse de Candolle, qu’il paraît aujourd’hui de
oublier, a fait une analyse critique des méthodes statistiques dans sa
esn&o A,e botanique raisonnée (t. I, chap. VI, art. 4 : du degré de fréquence des
cmnWi P ' 457 - 4 63). Il expose successivement : « Les définitions et moyens
lenieni ®?,.I )our constater les degrés et le mode de fréquence. L'association et l’iso-
di«. “j d individus dans chaque localité, soit le degré d'abondance. La vulgarité ou
généré? 11 la rar eté dans un pays étendu et dans l’habitation de l’espèce en
aux Aki'i n reconnaît là bien des termes de la phytosociologie actuelle ; quant
Ploraj, d’appréciation, elles ont été établies d’abord par d’Urville dans sa
Hec ru ?.J les Malouines, Paris, 1825, vol. IV : de 0 à 20 ; puis par Frôbel et
les • ,ùn P en théorie erdkunde, Zurich, 1836, p. 423 : de 1 à 10). Aujourd’hui
Par un c, Ç nts dits de présence sont ramenés de 1 à 5, en admettant d’indiquer
qu’éppi 6 .? ,n ?Pls croix ies présences plus faibles ; cela est très conforme à ce
différent* 11 de Candolle (p. 459) : « L’emploi de dix chiffres ou de dix termes
volonr tS p ? ur chacune des séries me paraît trop compliqué. Je me contenterais
sont ,, lers de cinq ou six degrés pour exprimer des faits qui, de leur nature,
1 vagues et difficiles à apprécier. »
, es notions et échelles ont été adaptées à la notion actuelle d’« association ».
25 ioo? Précurseurs de la phytostatistique sont : A. Boitel (Ann. Agron., t. VII,
(fnni i Herbages et prairies naturelles, Paris, F. Didot, 1882). E. Chateau
Snp d ? des Sociétés Savantes. Autun, avril 1912, analysé par nous dans le Bull.
c- aot ■ France, 1947, t. 94, 3-4, p. 98-100). A. de Candolle ci-dessus analysé.
Source : MNHN, Paris
22
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
tion de l’évolution à la stabilisation est très explicitement exprimée :
« Je ne trouve pas heureux de rabaisser au rang de stade le groupe¬
ment à Ammophila arenaria Link et Calystegia soldanella L., comme
le fait J. Arenes ; il faut l 'élever au rang d’association avec, comme
dénomination Ammophilelum-Calystegietum » (3). Ayant eu à plu¬
sieurs reprises l’occasion d’écrire que ce que nous considérons comme
repos ne pourrait être qu’un cas particulier du mouvement, ce n’est
certes pas aujourd’hui que nous renoncerons à cette position ; nous
souhaitons la confirmer dans le présent ouvrage par les applications
qui en seront faites pour mieux comprendre (et par conséquent mieux
conserver ou mieux restaurer) l’écran vert, protecteur insigne de la
nature.
Lorsque des facteurs écologiques ont des variations continues en
altitude, en longitude, en latitude, il devient très difficile de compar¬
timenter leurs influences parce qu’il nous manque encore — malgré
le nombre imposant des congrès — les tests qui justifieraient sans
discussion ce compartimentage. Il est impensable que si tous les fac¬
teurs qui interviennent pour façonner les climats varient en conti¬
nuité dans le temps et dans l’espace, les êtres sur lesquels ils agissent
ne se succèdent ou ne s’étalent, eux aussi, en continuité. Les tenta¬
tives pour les classer à l’aide d’un vocabulaire à allure systématique,
ne change rien au fait lui-même de la continuité. Boy ko l’a nettement
exprimé au Congrès de Paris (1953) : « Il est difficile d’établir une
distinction précise entre les régions humides et semi-arides, entre les
régions semi-arides et arides. Dans l’un et l’autre cas, toute définition
est condamnée à rester subjective. »
Le test végétal est souvent invoqué. Mais nous devons être très
prudents à son égard. Les interprétations qui sont données, par
exemple, de la présence du Kermès (Quercus coccifera) ne nous pa¬
raissent pas susceptibles d’être généralisées. Boyko a de sérieuses
raisons de penser que le climax forestier en région semi-aride est à
base de Quercus coccifera. Nous n’avons jamais refusé, personnelle¬
ment, à cette espèce sa possibilité d’accession à un climax forestier
(Cl. 2) ; mais, pour la région méditerranéenne française ce climax
appartient au climat sub-humide d’EMBERGER, et l’extension des peu¬
plements considérables de ce chêne est en rapport indiscutable avec
le régime pastoral (emploi des feux). Si l’on ajoute les complications
dues aux variations du substrat, on sentira la nécessité de continuer
la prospection écologique de cette espèce qui a tendu aux phytogéo-
graphes le piège bien connu de la « vulgarité » (au sens de A. de Can-
dolle) ; car, celle-ci a souvent pour résultat de faire négliger l’auté-
cologie des plantes communes. Il nous semble, au contraire, que cette
vulgarité, qui trouve son explication dans la plasticité écologique,
devrait permettre de mieux saisir la distribution géographique.
(3) Tubmel (J.), Bull. Soc. Bot. France, 1945, t. 92, n° 9, p. 235-239. C’est nous
qui avons souligné-les verbes abaisser et élever.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
23
Cette remarque nous permet de souligner une fois de plus que la
gynécologie ne P eu * avoir son véritable sens que si elle repose sur
les autécologies des constituants des unités admises. Mais il faut bien
reconnaître que l’autécologie demeure en partie enfouie dans un
substrat physicochimique obscur, dont les vertes frondaisons ou les
datantes floraisons ne sont qu’une manifestation. Tant il est vrai
que « la nature ne se déshabille pas devant tout le monde » (Picasso).
On peut se demander quelle est la cause de cette prédilection de
certains biologistes affichent pour la discontinuité. Nous y voyons la
conséquence d’une passion excessive de la classification. Et cepen¬
dant « la nature, si elle confirme parfois certaines conceptions théo¬
riques, pardonne rarement aux classificateurs » (Lavoff) (4). La dis¬
continuité permet aussi d’établir une apparence de clarté, commode
(necessaire) pour un enseignement, un précis, voire un prodrome.
a .‘® i°rsque les titres et sous-titres ont été indiqués, cette disconti¬
nué, prise dans son étau, admet mal de nouveaux venus. Alors on
cr e de nouveaux tiroirs pour les « inclassables » et ces tiroirs addi¬
tionnels ne se différencient que par le truchement des préfixes. L’hu-
ide devient sub-humide, le désertique semi-désertique, les types des
• ous-types ou des pseudo-types. La nécessité d’un tel langage est la
nuV n p Ssance> incite mais formelle, des enchaînements, de la conti-
i é. Et l’on revient toujours aux judicieuses réticences de Boyko.
Les opinions que nous venons d’émettre sur la continuité et la
iscontinuité ont été combattues. Aussi avons-nous cherché des textes
® oie nt aussi limpides que possible, afin que le lecteur puisse
oisir, entre les deux points de vue soutenus. Nous en relevons un
ans la belle et importante thèse de Schnell sur « la végétation et
a llore de la région montagneuse du Nimba » ; elle a reçu l’impri-
a ur des représentants les plus autorisés de l’Ecole Züricho-Montpel-
1 rame de phytosociologie.
frn •marques sur la notion d'association. (Mémoire n° 22 de l’Instilul
Tançais d’Afrique noire (I.F.A.N., Dakar 1952, p. 130.)
I e i' a . notion d ’association végétale a subi des critiques à la fois sur
U I ?‘ an Scneral et dans son application à la végétation tropicale humide.
l0DD ," 0us appartient pas de reprendre ici une discussion qui a été déve-
L>Vj* ee , avan t nous par les grands spécialistes des groupements végétaux,
implf 068 criti( I ues essentielles porte sur le caractère « social » que paraît
d’esnè Uer tcrme d’association, alors qu’il s’agit d’une juxtaposition
écolo ■ ;eS ayanl chacune son aire géographique déterminée et ses exigences
m jü fhq.’JÇs ! en fait, cette communauté d’affinités écologiques pour un
j es C( T déterminé (milieu dans lequel il y a lieu de compter non seulement
à leur 11 .°- ns externes, mais aussi les conditions imposées par les plantes
s voisines) nous paraît suffisante pour justifier la notion d’association,
v °cabif? .^ ous y voyons aussi le fait d’une doctrine emprisonnée dans son propre
déflnitiv» 11 ^’ " e re< t°utant pas de se figer au nom d’une conception nouvelle et
tout h!- traitant de déviationisme le moindre écart a ‘ ‘
Source : MNHN, Paris
24
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
conçue dans le sens d’une société végétale de composition floristique
déterminée, suivant l’expression de Flahault et Schrôter.
« A la notion d 'association a pu être opposée celle de compétition.
La compétition est réelle ; la forêt dense elle-même nous en offre d’innom¬
brables exemples, avec les petits arbres végétant dans son sous-bois jusqu’à
ce que la chute d’un grand arbre, laissant la lumière les atteindre, leur
permette de poursuivre leur croissance normale. R. Portères (1950) a cité,
en basse Côte d’ivoire, d’indiscutables exemples de compétition, où une
espèce, pénétrant dans un groupement, s’y multiplie et en modifie profon¬
dément la composition. De tels faits ne nous paraissent nullement infirmer
la notion d’association, mais ils démontrent que l 'association doit être
considérée non comme une entité statique, immuable, figée dans des rap¬
ports sociaux, mais comme un ensemble dynamique correspondant à l’équi¬
libre actuel, réalisé entre les conditions de milieu (externe et interne) et
les espèces végétales en présence ; de même qu’un équilibre chimique peut
être déplacé aussi bien par une adjonction de substance que par une modi¬
fication des conditions physiques, toute modification du milieu, aussi bien
que toute modification des espèces en présence, entraîne une modification
de l’association- Ainsi conçue, la notion d 'association ne nous paraît nul¬
lement incompatible avec celle de compétition.
« Il a été reproché au concept d’association d’introduire, sur le plan
de la végétation, une discontinuité comparable à celle de l’espèce, alors
qu’à une variation continue du milieu écologique correspond une variation
progressive de la composition floristique. Outre que la notion d’association
possède une remarquable valeur d’exposition, de description, de classement,
nous répondrons qu’elle n’est nullement incompatible avec une telle varia¬
tion, puisqu’une association possède généralement des variantes (faciès, sous-
associations) caractérisées par l’apparition de nouvelles espèces et consti¬
tuant souvent une transition vers les associations affines. L’existence de
ces formes de passage, comme l’a souligné Duvigneaud, n’est nullement
incompatible avec la notion d’association. Nous aurons l’occasion, dans la
suite de ce travail, de voir de telles variantes des groupements ayant la
valeur de types de transition ; ce sera notamment le cas des groupements
forestiers submontagnards, où, dans un fond floristique commun avec les
forêts planitiaires, apparaissent déjà, en nombre restreint, certaines espèces
de l’étage supérieur. »
L’auteur ajoute (p. 132) : « La reconstitution de la forêt dense guinéo-
équatoriale par le mécanisme de l’évolution progressive (5) illustre la
« continuité génétique » qui relie les groupements secondaires - - brousses
arbustives et forêts — à la forêt équatoriale en équilibre. »
Et p. 182 : « Une gamme continue de formes de passage s’observe
entre les forêts ombropliiles caractérisées et les forêts mésophiles. Comme
le dit fort bien R. Heim (1941) (6) : « En fait, dans cette région, tous les
passages, tous les aspects, se rencontrent entre ces types extrêmes et leurs
définitions discutables. »
Cette citation que nous venons de faire est de 1952. La même
année paraissait, sous le patronage du Centre de la Recherche scienti¬
fique le « Prodrome des groupements végétaux de la France méditer¬
ranéenne », par J. Braun-Blanquet. L’association y est admise comme
« unité conventionnelle fondamentale de la phytosociologie ». Ce
qualificatif « conventionnel » est ainsi expliqué : « Si on réunit les
parcelles de végétation identique ou très semblable, on arrive à un
concept de groupe permettant d’ordonner et de classer le « chaos
(5) Voir plus loin : « Evolution progressive et évolution régressive ».
(6) Cité par Schnell.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
25
végétal >. L’unité fondamentale abstraite de la végétation ainsi conçue
est 1 association. A côté d’associations bien définies, nettement cir¬
conscrites, plus ou moins faciles à reconnaître et à individualiser, il
existe des parcelles de végétation faiblement caractérisées, peu homo-
8 nés, souvent très peu stables, d’origine surtout anthropogène :
ragments d’associations, mélanges de deux ou plusieurs groupements
°u encore groupements plus ou moins accidentels « (p. 9). (Souli¬
gnons que l’Auteur fait intervenir la notion de stabilisation.)
Voici maintenant d’autres points de vue soutenus par d’éminents
otanistes, phytogéographes ou de grands voyageurs qui ont vu beau¬
coup autour du monde :
« La pulvérisation exagérée des groupements en micro-associa-
10 ns, la systématisation à outrance de ces dernières, l’application du
concept d’association à toutes les régions du globe sont des erreurs,
es associations évoluent dans le temps, elles sont transgressives
ans 1 espace : vouloir les enserrer dans les cadres étroits et intan-
gi les d’une classification est la négation de ce qui se passe dans la
nature... » J. Arenes, 1957 (7).
H. Gaussen justifie « la nécessité d’étudier les biocoenoses sous
, e signe des végétaux, qui en déterminent la structure par leur impor-
a ” ce ^‘ntogifiue et non par leur caractère phytosociologique » (8).
°naque pas, dit Renaud Paulian, nous nous heurtons entre les
c hodes statistiques et les faits écologiques réels » (9).
« Aucune association n’est vraiment stable en forêt dense, à l’in¬
verse de ce que l’on a vu ailleurs, le climax ne se réalise pas avec une
association déterminée, mais avec quantité d’autres associations. »
^.oudy, v °l- 1. P- 203.) Si l’on fait abstraction de la deuxième partie
° u , la reconnaissance d’un complexe d’associations laisse entendre
quelles peuvent avoir une individualité mieux définie ailleurs, on
e tendra que la stabilité apparaît comme un critère important de
Dh ^ oc '^^ on - H faudrait un accord, au moins majoritaire, parmi les
y °géographes sur la réponse à donner à la question : « la notion
u association dépend-elle ou ne dépend-elle pas de celle de stabilisa-
on ». Dans l’affirmative il faut rejeter toute végétation en évolution.
ls alors, que restera-t-il pour celle qui est plus ou moins figée ?
Dro * ? ans , * a f° r êt vierge, l’association végétale n’existe pas... La
ins* 1 ™ 1 ** n a fi u une règle : la lutte pour l’existence. Les agencements
soc' U ? 1SSa k' es n’ont qu’une cause : le désordre. En vain les botanistes
et j° °® ue . s s'efforceront-ils de lui appliquer les directives théoriques
eau °f’ ma f* ( I ues des associations végétales, nées sous nos latitudes, des
Dhv P ert . ur batrices que les hommes ont imposées aux agencements
taie 10 ^ OIn ^ UeS * a v êgétation. Car, qu’est-ce que l’association végé-
’ Slnon une interprétation commode, simplifiée, algébrique, de
Titres et travaux -
W Colloque Ecologie, Paris 20-25 février 1950.
t®) Cô *e d’ivoire, 1947, p. 43.
Source : MNHN, Paris
26
i. KUHNHOLTZ-LORDAT
rassemblements d’espèces végétales et d’individus, en vérité liés à
l’action simultanée ou corrélative de facteurs dont la part respective
n’est pas aisée à découvrir ? Pour les sociologues de l’école nouvelle,
dans de tels groupements les plantes ne sont que des pions hiérar¬
chisés, exactement comme le sont les diverses pièces d’un jeu
d’échecs... Aboutissement logique d’une conception fausse... conforme
à un symbolisme qui trouve peut-être son explication dans l’origine
germanique de telles doctrines, mais qu’un esprit qui ne puise que
dans les faits d’observation ses sources de rationnelle déduction ne
saurait admettre sans de sérieuses réserves... (R. Heim) (10), qui pour¬
suit son argumentation en refusant, comme il convient, toute conces¬
sion, aux « esprits dogmatiques qui s’efforcent d’expliquer les lois de
la hiérarchisation taxinomique selon une précision dont l’exagération
détruit toute valeur ».
Et enfin, on excusera bien un professeur du Muséum National
d’Histoire Naturelle de se référer à Georges Louis Leclerc de Buffon,
qui a écrit ceci, sur la manière de traiter l’histoire naturelle : « Si
vous avez résolu de ne considérer les choses que dans une certaine
vue, dans un certain ordre, dans un certain système, eussiez-vous le
meilleur chemin, vous n’arriverez jamais à la même étendue de
connaissances à laquelle vous pourrez prétendre, si vous laissez dans
les commencements votre esprit marcher de lui-même, se reconnaître,
s’assurer sans secours et former seul la première chaîne qui repré¬
sente l’ordre de ses idées. »
Le présent Mémoire a pour but essentiel de montrer que la végé¬
tation protège l’humanité par son aptitude millénaire à occuper
presque tout l’espace que l’homme laisse à sa disposition. Cette apti¬
tude repose sur un processus continu, depuis les germinations jus¬
qu’aux extrêmes possibilités des accroissements individuels. Aussi
bien notre vocabulaire ne devra pas laisser supposer que cette évolu¬
tion naturelle, dans l’époque géologique actuelle, est marquée par des
arrêts, des stabilisations. Nous n’y voyons que des stades marqués par
les plantes qui jouent un rôle décisif dans la conquête végétale.
D’où notre prédisposition à élever les associations aux rangs de
stades, quitte à constater (et si possible à justifier) la durée de ces
physionomies végétales qui se succèdent (11).
Admettre cela, c’est poser en corollaire que les hommes peuvent
être riches de santé et de bonheur s’ils respectent les rythmes, les
cycles, la continuité.
Ils vivront dans la crainte de l’amenuisement de leurs biens,
dans la lutte meurtrière pour leur conservation ou, plus paresseuse¬
ment, dans la convoitise si, détruisant les rythmes et compromettant
les cycles, ils provoquent la discontinuité.
(10) « Un naturaliste autour du Monde », Paris, Payot, 1955, partie, p. 47-55.
(11) Voir plus loin : l’âge des physionomies végétales.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
27
II. — LA VÉGÉTATION VIERGE
ET LA VÉGÉTATION HUMANISÉE
1 causes d’incertitudes dues aux méthodes de la prospection
e la végétation, s’ajoute celle de l’origine même des individus qui
Participent à cette végétation.
La végétation vierge est celle qui, théoriquement, n’aurait reçu, à
un degré quelconque l’influence de l’homme. Cette influence peut être
ouble : quantitative par appauvrissement dû à des prélèvements ou
par extension de certaines espèces plus envahissantes, favorisées par
es prélèvements ; qualitative par modifications d’ordre floristique (ce
on des espèces qui disparaissent, ce sont de nouvelles espèces qui
pparaissent). On sait que le Tahitien a un véritable culte pour le
au’’! 1Cr * ^* US P r ^ c ' cux trésor que lui a offert la nature » et
no * nC , Va ^ as v ' s ^ er un lieu, inconnu de lui, sans transporter une
„• 1X Plantera en hommage de gratitude à l’arbre qui le fait
v 'vre (Villaret).
Cet exemple, pris entre cent autres, montre à quel point il faut
l> re Prudent dans l’interprétation du tapis végétal, c’est-à-dire dans
explication que l’on entend donner de la végétation que l’on pros-
Nous avons souvent insisté sur cet aspect historique du problème
' e gctal. Les géographes sont tous d’accord sur le fait des « paysages
umanisés »• Mais les tests qu’ils utilisent pour justifier cette huma¬
nisation sont visibles. Le biologiste a souvent des difficultés pour les
eceler dans les biotopes où ils se mêlent à l’environnement naturel,
s emploient d’ailleurs un vocabulaire qui n’est pas toujours Iim-
pide : végétation primaire, végétation secondaire. Une végétation peut
ccéder à une végétation détruite par des causes étrangères à la pré-
Q ce d e l’homme ; elle est chronologiquement secondaire ; elle peut
Pas avoir le même aspect. Elle n’est pas, pour cela « humanisée ».
exemples abondent de végétation qui, par contre, ont une
premte humaine plus ou moins délicate à déceler ; elle suffit à
s taire qualifier de secondaire, bien que, chronologiquement, les
va '°* r ^ S étrangers ne sont pas le résultat d’une destruction de la
végétation précédente.
Peu importe le vocabulaire. « Il est plus aisé de tout expliquer
des mots que de chercher les explications dans la nature »,
rivait Draparnaud ; mais l’un des buts du présent ouvrage sera
1 ecisément de rechercher les causes qui ont humanisé les peuple-
nts végétaux. Comme elles sont très nombreuses, nous aurons de
equentes occasions d’en parler et nous reprendrons dans nos conclu-
°ns générales l’importance de la phytohistoire.
Source : MNHN, Paris
28
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
III. — LA PÉRIODICITÉ
Les facteurs climatologiques sont à peu près périodiques (saison¬
niers) dans certaines régions. Ils ont alors une influence décisive sur
l’évolution du tapis végétal : par exemple les forêts à feuilles ca¬
duques, qui joueront, comme nous le verrons, un rôle très important
par le jeu de leur fonction écran. Dans d’autres régions, c’est l’incons¬
tance qui est de règle, éliminant toute prévision possible (régime
désertique). Entre la succession régulière des faits écologiques que
traduit une périodicité phénologique et l’absence de toute régularité,
se placent de nombreux intermédiaires qui compliquent singulière¬
ment — et peut-être avec quelque illusion — le vocabulaire des bio-
climatologistes.
Quoi qu’il en soit, la périodicité apparaît au biologiste comme un
facteur de stabilisation ; c’est pourquoi l’on reste un peu étonné que
cette notion soit tenue si souvent pour inutile dans les travaux de
phytosociologie qui se piquent de décrire des physionomies stables,
dès qu’il s’agit de périodicités créées de toute pièce par.l’homme. Ce
sont les façons culturales et les assolements qui règlent la répartition
des mauvaises herbes dans le temps et souvent dans l’espace (12).
Notre attention n’a pas à être retenue ici sur cet aspect agricole du
problème.
Les éleveurs européens ont adopté de plus en plus, au cours de
la première moitié du siècle présent, le principe de la rotation du
troupeau sur des surfaces dont l’étendue est fixée par les qualités
nutritives de l’herbage et le nombre de têtes de bétail, de manière
qu’en fin de rotation l’herbe du compartiment initial puisse revenir
en tête d’une nouvelle rotation. Mais on oublie que cette méthode
était connue des Hottentots de l’Union sud-africaine (Hall, 1934) et
que la dégradation de leur pâturage a commencé avec l’arrivée de
colons européens mal informés du climat et de son réactif végétal ;
méfiants aussi, par principe, à l’égard des habitudes indigènes.
Dans le Monte (Province de l’Argentine), la surcharge des débuts
de l’élevage a amené l’extension de plantes ligneuses défavorables à
l’élève des ovins et bovins. Une périodicité fut alors établie entre la
mise en défens (deux ans) et le lâcher du troupeau. Ce fut alors la
réinstallation d’un tapis graminéen de qualité (avec l’excellente Tri¬
chions crinita) dans cette région semi-aride (Cabrera).
La réglementation des feux pastoraux doit évidemment reposer
sur une périodicité qui permette aux plantes de récupérer leurs ré¬
serves. Il serait illogique d’établir des comparaisons floristiques -—
et surtout biologiques — entre la végétation qui succède à un feu
(12) Il ne faut pas confondre une « terre propre », c’est-à-dire sans mau¬
vaises herbes apparentes, et une terre dépourvue de mauvaises herbes (qui serait
pratiquement une terre stérile). Une terre est propre lorsqu’elle vient d’être net¬
toyée en surface ; elle peut être (et elle l'est généralement) très sale à l’intérieur
par les organes souterrains et les semences enfouies.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
29
accidentel (« feux sauvages » dus à la foudre) et celle qui s’est diffé¬
renciée progressivement, jusqu’à une stabilisation relative (13) par
des feux volontaires. Encore faudrait-il faire une nouvelle distinction
entre les feux annuels (correspondant à une seule période sèche) et
les feux bisannuels (deux périodes sèches ; par exemple aux alentours
du lac Edouard). On se trouve là en présence d’un principe physio¬
logique banal : l’alternat entre l’activité chlorophyllienne et l’utili¬
sation des produits de cette activité : feuillaison, floraison, fructifi¬
cation et diapause, variables suivant les climats et bien d’autres
considérations qui n’auront pas toutes leurs places dans la présente
etude. Il n’y a pas très longtemps que le problème a été abordé sui¬
vant une rigoureuse expérimentation. Indépendamment des travaux
entrepris surtout au Congo belge, il convient de souligner ceux de
A- Voisin (1956). L’auteur définit ce qu’il entend par « plante d'her¬
bage » ; elle « doit être en mesure de repousser après qu’elle a été
coupée par la dent de l’animal ou la lame de la faucheuse ». Cette
précaution élémentaire doit présider à la réglementation des feux, en
tenant compte que « l’observation du principe de l’exploitation ration¬
nelle est plus importante dans les régions sèches que dans les régions
numides ». Empiriquement, la transhumance (sauf réserves à faire
Pour la surcharge), est approximativement basée sur cette périodi¬
cité bioclimatologique.
La périodicité joue enfin son rôle dans l’aménagement des forêts.
Elle s’appelle « révolution » dans le langage des forestiers. Nous y
reviendrons à plusieurs reprises, ce qui nous dispense de plus amples
commentaires dans ces principes directeurs.
La périodicité des interventions humaines peut être bienfaisante
°u malfaisante.
Elle est bienfaisante lorsqu’elle relève des techniques destinées
soit à rétablir, soit à conserver un équilibre biologique perdu. Nous
nous contenterons de rappeler que les sciences appliquées à 1 agricul¬
ture, à l’élevage ou à la sylviculture ont pour premier souci de recher¬
cher les bases rationnelles de l’équilibre agro-sylvo-pastoral. Il ne nous
appartient pas de les faire connaître ici ; nous les savons connues
oes bons exploitants et des cadres qui ont reçu mission d’en contrôler
les applications.
La périodicité est malfaisante lorsqu’elle consacre une routine
mal conçue par les utilisateurs des ressources du sol. Cette routine
Peut provenir soit d’une impossibilité ou d’un refus de comprendre
chez les peuplades primitives, soit d’une insuffisance numérique des
cadres chez les peuples évolués ou aptes à le devenir. Ce point de
vue entre bien dans les limites de nos préoccupations parce que les
déséquilibrés biologiques contre lesquels nous voulons lutter pro-
. , 03) Nous disons relative parce que les feux périodiques conduisent tôt ou
^ l’érosion, sauf lorsqu’ils sont, exceptionnellement, répétés a intervalles
suffisamment longs.
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
viennent précisément des mauvaises routines ; elles seront d’autant
plus néfastes que leur retour périodique sera plus rapide et conduiront
alors inéluctablement à la destruction de l’écran vert, c’est-à-dire à
l’érosion. Nous aurons l’occasion d’en donner des exemples.
IV. — PROGRESSION ET RÉGRESSION
1- Evolution progressive et évolution régressive
Précisons que le but poursuivi ici n’est pas d’ordre floristique.
Il ne repose pas non plus sur les rapports sociologiques des compo¬
sants entre eux. Ce qui nous intéresse, c’est l 'étal dans lequel se trouve
le peuplement par rapport au climax et surtout le sens de l’évolution
déclenchée, soit vers le rapprochement du climax (évolution progres¬
sive), soit vers l’éloignement du climax (évolution régressive).
La régression pouvant conduire à l’érosion, devra retenir notre
attention ; la progression devra nous apparaître comme un antidote
de la dénudation. Cela nous mettra dans le cadre de la conservation
et de la restauration de la nature. Le souci des Pouvoirs publics
devrait être de stopper l’évolution régressive aussi près possible du
climax et de ne la laisser en aucun cas atteindre les stades à partir
desquels le peuplement ne peut plus recouvrer son rôle protecteur.
C’est au biogéographe de donner l’alerte. Nous disons bien « biogéo¬
graphe » et non phytogéographe parce que la sylve doit être envisagée
non point en botaniste seulement, mais dans la totalité de ses possi¬
bilités biologiques : la raréfaction des espèces du climax ou l’appari¬
tion d’espèces nouvelles sont des indications du sens de l’évolution
du peuplement arborescent, que ces espèces soient végétales ou ani¬
males. De telles études impliquent l’étroite collaboration entre zoolo¬
gistes, botanistes et aussi pédologues ; nous n’avons pas encore d’ou¬
vrages généraux liant la régression et la progression de la faune à
celles de la végétation. C’est pourquoi nous avons ouvert un chapitre
sur le rôle des animaux dans la destruction de l’écran vert. C’est un
livre qu’il faudrait écrire, donnant de plus amples indications sur ce
rôle destructeur, mais rassemblant aussi, sous même couverture, le
rôle constructeur du règne animal. Les réserves de toutes sortes ont
un rôle multiple à jouer qui n’est pas seulement celui de reconstituer
une horde de bisons ou un harem d’éléphants de mer. Les Natura¬
listes sont souvent assez discrets sur la nourriture végétale des ani¬
maux. Dans une étude comme celle que nous tentons de faire nous
nous devions de poser le problème de l’action des herbivores sur la
fonction écran : les prélèvements permanents sans modification pro¬
fonde de l’habitat ont évidemment une action différente de celle que
réalise une invasion accidentelle ou périodique de phyllophages.
Des phytogéographes et des forestiers ont qualifié d’essences ré-
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
31
ffressfües et d’essences progressives celles qui sont indicatrices d’une
0 lltlon régressive ou d’une évolution progressive.
Des phytosociologues paraissent assez réticents à cet égard. Cela
ent a ce qu’une même essence peut apparaître au cours de l’une ou
,.® 1 autre des deux évolutions. Mais c’est mal voir la question. Il faut
‘ 1 Uer . une végétation donnée par sa position dans le temps par rapport
JJ c ! Imax - Elle est régressive (et les essences qui lui impriment sa
P ysionomie sont dites régressives) si elle est en deçà du climax.
msi une Pinède est régressive par rapport à une forêt feuillue cli-
acique à laquelle elle s’est substituée. Mais cela ne signifie pas que
.f e Pjoéde ne puisse s’être installée dans une végétation encore plus
e ° 18n ^ c du climax : un peuplement graminéen pyrophytique par
emple ; elle est régressive par rapport au climax et progressive par
pport au tapis graminéen. C’est au biogéographe doublé d’un bio-
év i° nen de rechercher si la végétation régressive évolue (ou peut
iour^n Vm le cIin ! ax ou vers ,a dénudation. Il n’y arrive pas tou-
« S' S UCS ^ ou ^ cs ’ des av ’ s contraires se font jour. Paul Jovet l’a dit :
dégr JJ n .. phyto Séographe considère un ensemble comme un stade de
gre lon ’ V n au ^ re P eu t très bien l’envisager comme stade pro¬
jet* * • ® cr ‘* ce * a dans une étude sur le Valois où la solution
oralp ^îfr V 1 ^ 088 *^ a trouver dans les archives ou les traditions
impo S - hi S CC ^ a CS * va * a ^^ e lorsque le contrôle historique est
la S «J b 6 ^^seuce d’archives, traditions orales suspectes). Ainsi,
inta t ^ ro P°Ph'l e à Khaya-Afzelia-Olea-Anogeissus existe encore
sava C SUr cer ^ :dns Points du Congo belge ; mais il existe aussi une
v ient ne |i ar ^ 0r ^ e P° 88 édant des représentants de ces essences. Pro-
aucn î 6 dégradation de la forêt ou bien est-elle climacique,
ce a 6 p 3S e ** C sera ’* incapable de reconstituer cette forêt? D’après
caine 6 r° n Sa ** r ^inie sévère infligé par l’homme aux forêts afri-
origin ’i E ' RM ; VIN > qui a reconnu le peuplement forestier pense qu’il est
e et n’admet pas la thèse de la savane arborée climax.
natu^ nC distinction, fondamentale pour la protection de la
nég]î(» e ’ GSt * a base m éme de la phytodynamique. Aussi ne doit-on
a PPelé P aucu ? indice du sens des évolutions. Kuczarow (1947) a
traie • 3 . n V on sur charbon de bois dans les sols d’Afrique cen-
répro, 0 ^ * ** i° ue un r ôle insoupçonnable » comme test évident de
gression pyrophytique.
tons^ anS Un ouvra 8 e de généralités comme celui que nous présen¬
té’, 1 J° Us ne Pouvons mieux faire que de reproduire un tableau
intert U P ro 8 ress i v e et régressive de la végétation dans une région
(1952 r °^ ,Ca * e d’ivoire), particulièrement prospectée par Schnell
de la’ On y voit : 1° dans la colonne de gauche l’influence
qui co^ r ^ SenCC cons t an te de l’homme (villages), avec une évolution
évo," 86 ™ son caractère rudéral. 2° Dans la colonne du centre, une
dense P ^°8 ress ive depuis l’abandon du champ jusqu’à la forêt
un» a , E’uction des feux déclenchés par l’homme, et provoquant
ne évolution régressive.
Source : MNHN, Paris
32
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
SÉRIES SECONDAIRES
Le schéma suivant résume l’évolution des groupements secondaires
dans l’étage inférieur de la région du Nimba : (SCHNELL 1952, p. 391 )
Villages
▼
Défrichement de la fortl
Tableau I
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
33
• forêt méditerranéenne mal conduite s’enrésine rapidement par
es essences régressives qui l’éloignent du climax et deviennent domi-
ntes par les incendies. Si certaines forêts feuillues ont besoin de
smeux (sapins), les forêts substituées et régressives de résineux
°. nt ’ au contraire, besoin de feuillus. Cette restauration des
S ^gradées sous les climats à période xérothermique accusée
de" 1 ni0 * s ^ cs * un Problème capital au point de vue de la protection
^ I a , na b Jre parce que cette période critique est un obstacle sérieux
• récupération de l’ambiance perdue, seul moyen de reconstituer le
sen •b| eS *' er dégradé. Ce n’est certes pas le taillis xérohéliophile très
sible a la flamme, même surmonté d’une Pinède comme l’ont pré-
° n !®, certains forestiers et phytosociologues (14), qui résoudra le
du C - me ^' est une solution d’ordre économique parce qu’elle fournit
le °r c ^ au ^ a 8o ! ce n’est pas une solution biologique parce que
scié l sous futaie est épuisant et parce que les essences
husS^ll- dui * e composent fournissent une litière elle-même com-
l a y. e ' 11 lu ut malheureusement avouer que le problème posé par
Peut êt me, ^ terranea n a P as encore trouvé de solution satisfaisante ;
sa f‘-w l )arce due l’° n ne se penche pas assez sur elle en raison de
niai * il ren *- a ^**l*bé ! La garrigue a encore de beaux jours à vivre,
•j» .... e e es l déjà fortement enrochée, surpâturée et surexploitée.
e • ,s e * futaies sont exploités à des âges trop souvent dictés par des
les n ] Ce - S financières. Un heureux courant d’idées se dessine parmi
trav ..| Vlcu ll eurs d’élite qu’un siècle n’effraie point parce qu’ils ne
établi i * PUS pour eux - f" es principes généraux qu’ils cherchent à
leu * e f c °nduisent à penser au-delà de leur propre génération. Mais
i_ . désirs — sinon leurs espoirs — s’arrêtent à la garrigue. Si nous
d’ai ° nS SUr e ** e ces f> d’une part, à cause de son étendue, c’est
lam r » ? ar * parce due nous avons eu toute notre vie le spectacle
le m ab e d’une économie pastorale anarchique qui a fait régresser
transf tCaU ^ orest l er jusqu’à la mise à nu de la roche mère, elle-même
demm° rmee Cn * ap * az P ar l es eaux pluviales sur bien des points. Evi-
aussi C - 1 f nous n en sommes pas, en France, à la « terre qui meurt »
serait Vlte aussi sûrement qu’en Afrique ou en Amérique. Mais il
tissem S3 ^ e . cons ldérer l’érosion de ces continents comme un aver-
d’un , en ^ 1 sérieux. Nous avons eu l’occasion de souligner qu’au cours
hérault**" 1 *" 8 *^ 6 seu * emen f’ des taillis denses de la Montagne Noire
un no aiSC ° n ^ régressé au point que la roche mère dénudée pointe
beaucou 1>a,rt ° U - t hors de CC tail,is maintenant dégradé (15). Il y a
chance *a> a ^ a * re en France où il nous reste, présentement, plus de
de mo < ' S . ^ re Routés que nous le serons de populations s’annonçant
lns en moins réceptives à nos « recommandations ».
A - Jolyet, 1916. Braun-Blanquet, 1936.
ll ‘ in formni^ e " U Â. tll '. s Eaux el F ° r êts, 1947, n° 11, p. 676-682, et Bull, technique
^ rmat ‘°n (Minist. agric.), 1952, n« 67, p. 151-154.
° IREs DU Muséum. — Botanique, t. IX. 3
Source : MNHN, Paris
34
G. KI HNHOLTZ-LORDAT
2. Etat de la végétation
Dans le présent Mémoire qui, dans une certaine mesure, est une
édition nouvelle (très remaniée) de la « Terre incendiée » nous avons
pensé qu’il était nécessaire d’aborder les méthodes qui permettent
d’apprécier sous quel état se trouve une végétation donnée. Cela est
très important pour la protection de la nature ; car l’homme aura à
intervenir différemment suivant que cet état révélera une détérioration
ou, au contraire, une amélioration. Etant entendu que, pour rester
dans le cadre de notre propos, nous comprenons par végétation amé¬
liorée celle qui protège mieux le sol contre les agents destructeurs.
Cette préoccupation majeure pour quiconque veut s’opposer au déca¬
page de l’écran vert est indépendante de la valeur marchande des
espèces qui contribuent à l’amélioration.
Nous confirmons donc qu’il ne faut pas s’attendre à trouver ici
des études floristiques, voire phytosociologiques. Si nous sommes
amenés à en parler, ce ne sera que pour en retenir des conclusions
susceptibles de nous aider à apporter des preuves de la détérioration,
preuves qui échappent souvent encore au grand public et peut-être
même aux Pouvoirs publics.
Encore faut-il, pour faire accepter ces preuves, que le lecteur soit
informé (sans abuser des détails et du langage scientifique) des
méthodes qui les établissent. On en a trouvé un exemple entre autres
dans le paragraphe « continuité et discontinuité » qui essaie de déga¬
ger, de doctrines en apparence contradictoires, les causes réelles de
nos déséquilibres biologiques dont les tests les plus tangibles se
trouvent précisément dans les états régressifs de la végétation.
Age des physionomies végétales. — Cette préoccupation de donner
un âge à une végétation donnée (stade, formation, association, au gré
des auteurs) est de date récente. Il faut faire une distinction entre
l’âge relatif et l’âge absolu (G. K-L.) (1949) (16). L’âge relatif est
estimé d’après la position du stade que l’on veut dater, par rapport à
un stade antérieur et à un stade postérieur. Les prépositions « avant »
(pré-, anté-) et « après » (post-) peuvent être suffisantes pour indiquer
cette position, puisqu’il n’est pas question de pouvoir préciser davan¬
tage. On dira par exemple, que tel stade s’intercale entre une végé¬
tation posl-culturale et une végétation pré-forestière. D’autres quali¬
ficatifs ont été employés : forêt basse, forêt d’âge moyen, forêt haute
(Schnell, 1952) ; on voit ici un âge relatif intercalé entre deux physio¬
nomies qui le précèdent et lui succèdent. L’âge absolu est l’âge réel
de la végétation compté à partir d’un repère daté avec certitude soit
par une tradition orale, soit par une tradition écrite. Le phytohisto-
rien cherche à remonter le plus haut possible dans le passé pour
(16) Principes de Cartographie parcellaire.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
35
„ Ir | CS tdla ' nons de l’évolution du tapis végétal (17). Nous souli-
entr S | us avec les « feux de lisières » l’intérêt de faire le départ
et le C ? . cl . airières d’origine culturale (dont l’âge peut être retrouvé)
i n .„ » clairières pastorales, bien plus anciennes (dont l'âge est plus
"•certain).
à 1 _ (CI. 3 et 4). Dans la vaste littérature consacrée
„j a ,V > ®^°® ra l , ^ 1 ‘ e une confusion est parfois faite entre l’« arialo-
le ch • i * ^ omo l°fiie ». D’après nos dictionnaires (Littré, Larousse)
une e --i- a de *’ ana logie avec l’âne ; ils disent aussi que l’analogie est
d’où S , 1 , mi ltu ^ e : et , inversement, que la similitude est une analogie ;
on peut induire à une synonymie.
nos ..*V? m °*°8i e cs t autre chose. Les définitions et les exemples de
^ous ,c :! onna 'res sont parfaitement exploitables par les biologistes,
orsan' 1Cntlr ” nS 1 exem Ple des corps organiques homologues : « corps
métai lque ’? <lui remplissent les mêmes fonctions et suivent les mêmes
Preno ° i ° SeS *' C est très exactement dans ce sens que nous com-
tation 0 A -6 r ^* e ^ CS * s ^ a des homologues » dans l’évolution de la végé-
dans i Alns ’’ P ann i les Légumineuses arbustives sociales, il existe,
ments ° mo ^ e entier, beaucoup d’espèces qui forment des peuple-
après |>^ UrS a u . n m ^ me moment de l’évolution ; c’est immédiatement
!f?enre- '?, s * a .^ a ** on des postculturales que se placent ces peuplements
lopné S Sarothamnus, Calycotome, etc...). Nous avons déve-
ti rer (iri U ^ S ce ^ e notion et montré le parti que l’on pouvait en
it . Eest °n corollaire de la notion d’âge relatif,
de ^tude récente de Pichi-Sermoli (19) subdivise la région aride
tique riC,Ue °rientale tropicale en huit régions : 1. maritime ; 2. déser-
s ubdé com Prcnd à peu près les mêmes espèces que la végétation
ne Use S d' t *^ Ue ^ * a fi ue d e elle passe graduellement ; 3. Steppe buisson-
(et bi e ^f rl ‘ < l ue — fruticée de type désertique — désert buissonneux
sertia** 1 ( aUtres désignations suivant les auteurs) ; 4. Fruticée subdé-
| c scruh j^orée ’ Broussaille subdésertique à laquelle il rattache :
Une _ désertique de Schranz, le scrub subdésertique de Greenway,
de i a J" le de * a steppe buissonneuse, de la steppe à buissons épineux,
G H-LMAN 0, / SSe d Engler - ,a végétation désertique et subdésertique de
e t four ’ C r ,osca 8Ba (fourré) et le spineto des Italiens... ; 6. Brousse
Précéd ^ su .® se rtiques, avec une synonymie aussi imposante que la
forêt «T* f * u ,’ en 8'obe tous les types de végétation « voisins de la
r égress ,aire x ^?PBile » sans pouvoir conclure s’ils en dérivent par
et semi° n, H U S '* S son ^ en Progression ; 7. Forêt claire xérophile aride
forêt cl' 31 ’ 1116 avec des transitions graduelles, brousse sèche arborée,
(niar»c 31re . a Acacias divers ; 8. Végétation en rapport avec l’eau
s > Puits, ouadi...).
] e Passé ^nMo lUe ^ 0ment géochimie nous permet de remonter tellement loin dans
8 '“nsérvatio'n'd 5 con, j Prenons m * eux 1® rôle que peut jouer le tapis végétal dans
<|8) Société de biogéographic. 1948, t. 25, n° 221, p. 115-118.
) UNESCO. U.I.C.N., Paris, 3 nov. 1952, typographie.
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
On voit à quel point la prospection physionomique de ces régions,
encore incomplète d’ailleurs, demeure subjective et combien il est
difficile d’y trouver un test valable pour une classification objective.
Comment en sera-t-il autrement tant que l’on ne connaîtra pas les
âges — au moins relatifs — de toutes ces physionomies.
V. — LES PYROPHYTES
Quau me coupo
me doubla ;
Quau me brulo
(Mistral : lou trésor d’ou Felibrige
Art. : coupa).
Qui me coupe me taille
Qui me brûle me fume.
(Dicton de Provence.)
Nous aurons souvent à faire intervenir les actes incendiaires
d’une humanité insuffisamment vigilante. Aussi, pour mieux com¬
prendre le rôle des incendies dans la destruction du tapis végétal nous
devons nous demander si tous les végétaux ont le même comporte¬
ment vis-à-vis des feux. Ceux qui ne leur résistent pas jouent un rôle
évidemment prépondérant dans la dénudation. Ils rendent les com¬
munautés d’autant plus vulnérables qu’ils s’y trouvent plus nombreux
(forêts de Conifères par exemple). Mais ils peuvent être plus ou
moins protégés si la communauté à laquelle ils participent est elle-
même moins vulnérable (forêt feuillue par exemple). D’où l’avantage
des peuplements mixtes. Nous ne parlons pas ici, bien entendu, des
peuplements purs artificiels (cultures de Pins, d’Epicéa, etc...).
Les végétaux qui résistent à la flamme doivent retenir particu¬
lièrement l’attention de tous ceux qui s’intéressent à la protection de
la nature. Si certains paysages soumis depuis de très anciens usages
aux incendies plus ou moins périodiques ont encore une physionomie
d’où l’arbre n’est pas entièrement exclu, c’est à ces résistants qu’on
le doit. Peut-être cependant exagère-t-on un peu en les qualifiant de
« pyrophiles », ce qui veut dire exactement amis du feu. Ils ne sont
pas plus amis de la flamme que les xérophytes sont xérophiles (amis
de la sécheresse). Notre Maître, Ch. Flahaut, préférait dire qu’il y a
des plantes qui s’accommodent de la sécheresse. Disons aussi que les
pyrophytes sont des plantes qui s’accommodent du passage de la
flamme et demeurons prudents sur leur « adaptation » au feu, notion
qui a conduit à celle de « climax du feu » (fire climax), difficile à
admettre, parce que si le feu cesse la végétation change (20).
(20) Le vocabulaire du climax est une complication inutile. Il y a climax
ou il n’y a pas climax, dans ce deuxième cas il suffit, de dire que telle végétation
n’est pas climacique pour telle raison. Mais souvent le mot évite de le justifier,
alors que c’est sa justification qui, seule, importe.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
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Il y a des végétaux qui résistent plus ou moins longtemps à la
amme ; il y en a même dont la multiplication ou la reproduction
0 rouve stimulée par le feu : ce sont des pyrophytes.
Leur étude pourrait être extrêmement vaste si l’on envisageait
outes les répercussions possibles de l’action du feu : physiologiques,
orphologiques, histologiques et même génétiques, du fait de trauma-
ismes réitérés. Nous retiendrons ici leur intérêt économique dont la
con J\ a * ssanc e préliminaire est indispensable à la compréhension du
Problème essentiel de notre étude : la culture et l’élevage au détriment
d e la forêt.
■ Pans les régions où les pratiques de mise à feu sont très déve-
oppées, les pyrophytes leur impriment un caractère très spécial qui
resente des modalités nombreuses, se situant depuis la simple mor-
èsi" e * deS lisières de forêt jusqu’à la dénudation complète du sol, sans
a r ?-« ,r .^. e reconquête possible par la végétation, même par des procédés
le ! C, f. . Souvent, les végétaux résistants ont une telle extension que
«***• , enva hi prend, par la végétation, une physionomie à la-
e , un géographe ne saurait se tromper. Une garrigue à chêne
de m , Un ma< I u ‘ s °ù subsistent çà et là des chênes-lièges, beaucoup
orig- avancs ’ arborées ou non, telle jeune pinède dense, trouvent leur
chez] 6 danS ,cm P ,oi du feu. Aussi, ce qui nous intéressera le plus
„i es Pyrophytes ne résidera pas dans une modification histolo-
{ que ou dans une morphologie curieuse. Nous attacherons bien plus
^rtance au double point de vue historique et géographique,
m » , mmc a détruit la forêt lorsqu’il n’a plus pu vivre exclusive-
a . ei ? d elle. II l’a détruite par le feu parce que les masses ligneuses.
Par UeS ° U a abattre, étaient énormes. Il l’a détruite en se déplaçant,
dis CC 1,116 *. e so * découvert était vite épuisé par les cultures. Ce noma-
la fl C 6St a *’ or *g* nc de l’extension des pyrophytes, car partout où
Iju amme avait sévi, les cultures abandonnées laissaient le champ
tend aU P° ur l’alimentation de ce bétail il fallait des herbes
de i*vf S u* C est encorc par l’artifice du rajeunissement traumatique
raniri i (Iue ,e P ac age tut assuré. Le moyen le plus sur, le plus
me nt 6 ’| e P* us commode fut encore l’incendie en saison sèche. Scule-
u’a a • méthode portait en elle sa tare mortelle : ce rajeunissement
traum ,em P s ' II a même un temps spécifique ; si bien que les
moin atlsmes itératifs ont fait disparaître d’abord les végétaux les
cultu ? ccomm °dés à ce régime épuisant. Le nomadisme, qu’il soit
n on r? ’ Pastoral ou industriel, n’aurait été qu’un demi-mal, si le
reven 6 ° 6, ?‘^ Passé qu’une seule fois au même point ; mais il est
chaqu* auss * s P uven t Que la végétation renaissante l’attirait et, à
alorl 6 ^ 6 , tour ’ II trouvait l’herbe plus dure ou le bois plus tendre,
c ? u 1 faut du bois dur et de l’herbe tendre.
t 0 ire 6St , qu a cha que passage, les pyrophytes marquaient une vic-
Pour ^ UC ac h arne| ucnt aveugle — ou quelles nécessités — a-t-il fallu,
sages ^ Ue ,e . s hommes vinssent à bout de ces pyrophytes eux-mêmes,
vers î conse *llers pourtant qui leur disaient : « N’allez pas plus loin
6rs la régression. »
Source : MNHN, Paris
38
G. KUH NHOLTZ-LORDAT
La répercussion géographique de cette évolution régressive de la
végétation est flagrante. Le pyrophyte doit être considéré, de ee point
de vue, comme un frein au désastre. Il a une action bienfaisante
contre l’érosion et c’est une véritable aubaine que la plupart des pyro-
phytes aient une puissance considérable de recouvrement du sol, soit
par leurs propriétés individuelles (rejets ou drageons), soit par leurs
aptitudes grégaires (plantes sociales). « Faites disparaître 1 ’avaoussé
(Chêne Kermès) et vous n’aurez plus qu’un sol nu au bout d’un
petit nombre d’années » (de Montvallon) (21).
Un deuxième intérêt géographique des pyrophytes réside en ceci :
la culture sur forêt, après abattage et incendie est essentiellement
temporaire ; mais le nomade, avons-nous dit, peut revenir au bout
d’un certain temps sur le même point. C’est souvent au pyrophyte
qu’il le doit. Nous aurons à étudier ce phénomène de Vembnissonne-
ment des cultures abandonnées ; nous y verrons l’une des modalités
les plus anciennes du principe de rotation, avec révolution plus ou
moins fixe d’un stade ligneux (récupération du combustible) en alter¬
nance avec la culture ; par exemple : certains taillis à Croton des
Antilles, la rotation des essarts ardennais, les céréales sur maquis en
Corse, la riziculture sur tégalans à Java, etc...
Nous retiendrons spécialement qu’au cours de ces régressions les
pyrophytes ont prolongé, à des degrés divers, une couverture protec¬
trice du sol ; ils prennent ainsi une importance considérable, parce
qu’ils peuvent servir de point de départ pour un renversement de
l’évolution, en favorisant les étapes progressives d’une végétation nou¬
velle, lorsque les causes destructrices disparaissent. Une strate arbo¬
rescente peut sortir de la strate arbustive des pyrophytes ligneux :
le Pin d’Alep s’installe dans le Kermès ; le Chêne Vert, le Chêne
pubescent, s’abritent dans les Cistes ou les Genévriers ; très lente¬
ment, le Savoka malgache peut évoluer vers la forêt ; le Lantana
Camara introduit aux îles du Cap Vert y forme des buissons compacts
qui éliminent la végétation autochtone : « Sous leur nombre s’accu¬
mulent les feuilles mortes et peu à peu se reconstitue un peu d’hu¬
mus » (Aug. Chevalier). C’est le début d’une évolution progressive.
Le maquis algérien ne comptait pas moins de 800.000 hectares
détenus par l’Administration Forestière. Ils furent en partie déclassés
pour être livrés à la colonisation sous le nom de maquis défrichable,
surtout vers la fin du xix" siècle (25.479 hectares déclassés en 1890)
(Perrin). Il y eut une réaction bien compréhensible. La Commission
d’études forestières déclara en 1904 : « La conservation des bois
existants, y compris les broussailles, est pour l’Algérie plus que par¬
tout ailleurs, l’élément principal de l’habitabilité et de la prospérité
du pays et doit, par conséquent, être considérée au premier chef
comme une question de salut public... » H. Marc appuie ces vues en
demandant d’ « écarter délibérément, comme un projet néfaste, le
(21) Mém. Acad. Aix, 1840, cité in : de Ribbe ; 1857, p. 48.
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
39
déclassement des maquis broussailleux, qui en donnant des satisfac-
ions médiocres à un petit nombre d’intérêts particuliers, marquerait
une nouvelle étape vers la dénudation d’un pays déjà trop pauvre
e n bois ».
Du point de vue phytogéographique, H. Marc a situé très exacte¬
ment le maquis dans l’évolution du tapis végétal en le définissant
* Premier et dernier terme de la Forêt », ce qui veut dire qu’au delà
( e ce stade régressif la reconstitution de la forêt devient très diffi¬
cile sinon impossible. Marc posait ainsi, sans s’en douter, le problème
de la réversibilité.
Les séries pyrophytiques sont souvent réversibles, c’est-à-dire
fiu un même stade peut provenir soit d’une évolution progressive vers
e climax, soit d’une destruction de stades plus évolués. Nous en
avons observé un exemple très démonstratif en Espagne, sur les
Pentes siliceuses du Tibidabo (1930). Les quatre stades les mieux
marqués passent de l’un à l’autre en série régressive par les feux
répétés ou en série progressive si les feux cessent. On peut résumer
ainsi cette réversibilité :
, stade à Cistus salviifolius et Lavandula Stoechas
I stade à Arbutus Unedo et Erica arborea
| ^ stade à Pinus halepensis et Pinus Pinea
Quercus Ilex (Dominant).
P. Jovet a indiqué une évolution cyclique sur incendie de Pinède
nans la forêt de Fontainebleau : Pinus silvestris (incendié) —► Pteri-
ll,rn aquilinum, Corynephorus canescens ->■ Calluna vulgaris —>■
p. de feuillu (lietiila verrucosa...) avec apparition de plantules de
ln >• Pinus silvestris -»• Incendie...
Enfin, lorsque la forêt substituée est dense, il est parfois difficile
ne lui assigner son véritable caractère. Il faut faire entrer en ligne.
‘ ans le diagnostic, toutes les preuves de la substitution et, parmi
e es - les vestiges des stades antérieurs de la progression : le reliquat
es Pyrophytes, s’il peut être incorporé au climax secondaire, sera
a ors d’un intérêt évident. Il interviendra, en particulier, dans la déli-
a e distinction entre les forêts primitives dégradées, en évolution
o« re -iv e ’ et les forêts substituées, en évolution progressive. Des
^ servations ont été faites dans ce sens, par Stehle, sur les forêts
e^ ] ^ Ua( *„ e * ou P e ’ fini comptent des formations primaires dégradées
clî ° S ^ or ^ ts v ‘ er ges, témoins précieux pour l’étude du retour au
max de celles qui ont régressé.
QUELQUES EXEMPLES DE PYROPHYTES
^ ^ Pyrophytes à résistance passive. — Ils doivent cette résistance
eur constitution propre. Ils ont la réputation exagérée d’être incom-
Source : MNHN, Paris
40
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
bustibles (22) ; pratiquement ; les feux répétés en viennent à bout.
Les essences à combustion difficile (23) doivent leur intérêt au
rôle qu’elles jouent dans la dégradation des peuplements primitifs,
lorsqu’elles entrent dans leur composition floristique. Elles finissent
par devenir dominantes parce que les autres régressent ; elles consti¬
tuent alors des forêts claires, d’un type spécial, souvent à une seule
dominante, parfois à plusieurs co-dominantes. En voici quelques
exemples classiques :
La forêt-steppe à Tapia, Madagascar (Perrier de la Bathie,
Humbert, Lavauden).
La forêt à üiptérocarpacées, Cambodge, Cochinchine (Guibier,
Cardot, Braemer).
La forêt de Séquoia, Californie (Hooker, P. Monnet, J. et M.-L.
Dufrenoy).
La forêt de Pin Noir de Corse (Perrin).
La Savane arborée (Aug. Chevalier, Aubreville...).
La forêt de Chêne-liège (G. K.-L., 1938, Boudy...).
Le paratype à Balanites aegyptiaca (Trochain).
B) Pyrophytes à réactions végétatives. — Ils doivent leur résis¬
tance à leur aptitude à bourgeonner après destruction partielle ou
totale de leurs organes aériens. Ils peuvent avoir une puissance de
recouvrement du sol considérable en s’étendant en plaques rases ou
en buissons. Ils participent pour une large part au phénomène de
l’embuissonnement post-cultural et deviennent incommodants dans les
pâturages traités par les feux.
Leur aptitude au bourgeonnement peut se faire de deux ma¬
nières : par bourgeonnements aériens et par bourgeonnements sou¬
terrains.
1" Bourgeonnements aériens. — La souche calcinée émet de nou¬
veaux rameaux aux régions traumatisées. En voici quelques exemples :
La savane à Salramira (Palmier Hyphaene Shalan), Madagascar
(mult. Auct.).
La forêt à Thuya (Callitris articulata), Afrique du Nord (Bou-
TILLY, BOCHET...).
Le fourré d’arbousier (Arbutus unedo), pyrophytique surtout
autour de la Méditerranée (G. K.-L. 1938, Papajoannou, Larminat,
Molinier, Daveau, J.-P. Barry).
Beaucoup de Légumineuses arbustives (Cl. 5 et 6).
2° Bourgeonnements souterrains. — Les plantes dont les organes
(22) On a parfois indiqué certaines plantes grasses comme de bons pare-
feux, en raison de leur succulence, l’Agave en particulier. Dans les l’inèdes du
Mont-Boron (Nice), il n’a donné que des déboires. L’Agave se consume lentement
et sournoisement, à la manière d'un amadou, il peut rallumer des incendies dont
on se croyait maître. (Conservateur Antérieu, comm. verb. au Mont-Boron, 1927.)
(23) Certains Palmiers sont classiques à cet égard : Le Satrana (Medeniiu
nobilis) ; le Satramira (Hyphaene Shalan). Une Cestrinée (Cestrum porphyreum)
est employée aux Indes Néerlandaises comme pare-feu (Allouard) ; le Ficus
Schlechteri (Banian de Sâ), en Nouvelle-Calédonie, est destiné à remplir le même
rôle (Bonnet, in Lapie, 1928).
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
4!
^ r ^ a,n s (racines, tiges), sont capables d’emmagasiner suffisam-
ent de réserves nutritives entre deux incendies successifs émettent
1 r ces mêmes organes de nouvelles pousses aériennes (drageons de
acines, rejets de rhizomes) après les feux (24). Elles ont une puis-
■'*»» r ? couvremen f du sol bien plus considérable que celles qui
eje tent simplement de souche. Ce sont des « colonisateurs » de
emier ordre ; en raison du très grand développement de leurs
du k? S souterrains ils occupent le terrain d’une façon beaucoup plus
rame. Les essences ligneuses drageonnantes ruinent le pâturage,
ex ais P r °tégent le sol, dont elles retardent la régression. En voici les
le niples choisis parmi les espèces qui jouent un rôle dominant dans
(j S P £ ysage . s de substitution, tels que nous les avons publiés en 1938
' ua lerr e incendiée) :
et L. a ^ arr ‘H ,,le d Kermès est un paysage méditerranéen monotone
ron aSsez «table. L. Laurent précise que dans le secteur du Cap Cou-
( i n ?’ près de Martigues, « la garrigue à chêne kermès » est établie
I u *s au moins 1725 dans ce coin de Provence (25).
Les mers de Bambous. — Elles s’étendent sur d’immenses sur-
con^Jx 1 Indochine (600.000 hectares au Tonkin). Aug. Chevalier les
Kin Slderc eom nie une Forêt-Savane. Elles doivent en partie leur ori-
rizF aU noma disme cultural. La pratique du ray a multiplié les
do_ r f S temporaires ; après épuisement du sol, les terres sont aban-
c * la végétation sauvage les colonise à son tour. Un premier
■ e d’une durée de dix à vingt ans est marqué par une pelouse à
.ui^ées, surmontée d’une strate de bananiers (26). La bambusaie
-, succède, deuxième stade dont la durée varie d’un demi-siècle à un
« M 6 EH0ME 1690, Meyniers d’Estrées 1890). R. Ducamp les appelle
da Cr ^ f U!,( ! ces de Bambous » (in littj. On a retrouvé un peu partout,
de h 6S r ^ g ‘ ons intertropicales des bambusaies soit de plaine, soit
e||e. au ^ e mon tagne. Beaucoup sont dues à l’influence de l’homme;
oj._ n . e son t pas exemptes de pratiques incendiaires, comme l’ont
Aucr camp en Indochine, Birmanie, Siain (forêts de Teck),
non • •T ÏEVaLier au Bassin du Chari (mer de Bambous du pays Se-
à 9 7no **" ^ EBRl;N au Congo belgc.à des altitudes variant de 2.300
• 00 m C Arundinarietum subalpin).
et iy\T erai du Burma anglais est une jungle régressive à Bambous
Con lp ï' rocar I>ées (Collett et Hemsley). La grande bambusaie du
go belge est liée à « toutes les trouées faites par l’homme ou la
<l «lues 24 H„ii OU î Prisons bien «inc les vrais pyrophytes, résistant aux feux pério¬
des :’l’Alnh ent i? V0,r u , ne Physiologie en harmonie avec la périodicité des incen-
° r Kanes „„,7, oratI . on el , Ia migration des synthèses en particulier. Des géophytes à
'e cas ,i.i u ! e . rra ! ns 1res développés peuvent ne pas résister aux incendies : c'est
u cniendent-pied-de-pouie (Cynodon Dactylon) (Perrikr de la Bathie).
Un Vii!.. 4.-P. Barry reprend l’étude de ce géophyte, avec bibliographie, dans
■emoire en préparation.
expliino^ aptitude naturelle du bananier à coloniser les champs à l'abandon.
Partie 5L Ia re, .'ssite de sa culture sur d'anciennes terres cultivées et même en
reconquises par la végétation naturelle (Martinique, Kervegant).
Source : MNHN, Paris
42
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
nature : clairières abandonnées, chute d’un grand arbre, foudre, pas¬
sage de troupeaux d’éléphants, etc... » (Lavauden, d’après Humbert).
D’ailleurs, de Wildemann a fait ressortir qu’elle était indépendante
de l’altitude et de la formation géologique, ce qui lui donnerait une
origine anthropozoogène, comme celle du Chari, comme celle de l’In¬
dochine.
La lande à fougère. Nous envisageons ici la fougère-Aigle (Pleris
■aquilina = Pteridium aquilinum), dont l’extension considérable sur
tous les continents est l’un des critères les plus évidents des exploi¬
tations abusives. Cette plante, dont les rhizomes sont à l’abri du feu-
courant, donne des feuilles pour la litière, pour le compost, pour les
cendres. Il y a peu de végétaux dont l’utilisation soit aussi liée à
l’incendie ou à la coupe ou aux façons culturales qui sectionnent et
propagent les rhizomes (Gachon). Comme quelques autres pyrophytes,
elle en arrive à perdre, dans certaines régions, toute aptitude à la
reproduction. Si le sol évolue vers la latérite compacte, ses rhizomes
finissent par s’épuiser et elle disparaît : mais sur sols favorables à
l’extension des rhizomes, elle fut de tout temps, un auxiliaire obliga¬
toire de l’agriculture extensive ; elle était même protégée comme le
précisent les Statuts de Saint-Etienne-de-Baigorry (1704) en Pays
Basque (Balié). Son extension facile et certaine par le feu était nette¬
ment voulue, si bien qu’on pourrait presque parler de culture pyro-
phytique pour cette plante. Le Kermès, le bambou, sont les consé¬
quences involontaires des feux accidentels ou culturaux, la fougère
devient souvent indésirable dans les pâturages, mais son importance
économique, qui, dans certains pays, était encore considérable au
tcviii' siècle (Le Béarn, par exemple) (Dion), en fait un pyrophyte à
part, incendié pour lui-même et périodiquement soutré comme une
Callunaie, mais plus recherché qu’elle. "*■!——-
En revanche, c’est une plante dont l’extension est défavorable à
la reforestation et au reboisement ; il faut ou l’arracher ou la brûler,
avant les plantations, et veiller à dégager les brins de tout retour
offensif possible (C.-J. Quairière).
La Savane pyrophijtique arborée. Lorsque la savane est soumise
aux feux courants périodiques, elle n’évolue pas obligatoirement vers
une formation exclusivement herbeuse. On connaît beaucoup de
savanes qui, malgré les incendies, restent plus ou moins boisées et
constituent ainsi des formations forestières très ouvertes. En dehors
de leurs qualités passives, les essences qui résistent ont souvent « une
puissance de drageonnement qui rend possible leur multiplication
dans des conditions où le développement des semis serait très diffi¬
cile » (Bègue). Ces espèces drageonnantes sont appelées à jouer un
rôle important dans la fermeture des formations mises à l’abri des
feux. L’inspecteur Bègue a particulièrement étudié ce rôle en Haute
Côte d’ivoire, où il relate l’existence de « taches boisées » dues à ce
mode de colonisation. Depuis, d’importants travaux (Humbert, Aubre-
ville...) , distinguent la prairie graminéenne et la savane à graminées,
secondaire.
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
43
Les formations herbeuses à Graminées vivaces sont développées
«rh ° ‘ mmenses territoires, grâce aux feux pastoraux (47 millions
< ectares sur 5g millions pour la superficie totale de Madagascar)
RR R1 er de la Bathie). Elles finissent par avoir des dominantes
coriaces, dont les jeunes repousses seules peuvent être pâturées (27).
c ype le plus curieux d’organisation de ces pyrophytes est la dispo-
■ * ion en Tunic-grass que l’on rencontre chez des Graminées, des
Racées, des Broméliacées : la tige, protégée par des écailles des-
c dées, des feuilles tombées, émet des racines adventives qui des¬
cendent entre la tige et la gaine protectrice (Bouillenne). L’Alfa,
un type d’organisation différent, a constitué en Afrique du Nord
es immenses nappes alfatières dont l’origine est le feu pastoral
, °® Erty ). Le bienfaisant Diss, fixateur des pentes déboisées, se rat-
ac e à une évolution régressive semblable.
Les vastes formations pyrophytiques à base de Graminées vivaces
sont dues à des espèces qui se développent en touffes (cespiteuses)
u en plaques (rhizomateuses) (genres Imperata, Andropogon, Aris-
' a : Chrysopogon, Brachypodium, Agropyrum, etc...). Elles sont la
, 0le . ^ r '°.d‘ c I ue des feux de brousse et impriment au paysage une
ysionomie assez uniforme que l’on retrouve un peu partout sous
(p S , n .° ms divers : Savane Africaine ou Sud-Américaine, Bozaka
aine) malgache, Prairie nord-américaine, Campos brésiliens, Pam-
PhV^ 0 -' Argentine, Pajonales de 1’Equatcur Andin, Cogonales des
P. 1 ‘Piuues. Sapesales du Brésil, Mamelons herbeux du Tonkin, de
nnam (R. Ducamp, in litt.), friches à Brachypodes (Brachypodium
I nnatum, B. phoenicoides), à Agropyrum (mult. sp.), etc...
Pour toutes ces formations, le problème de l’origine doit toujours
Se P° se r et il faut bien reconnaître que l’on est loin d’avoir fait la
1 ‘ r t des primitives et des secondaires ; parmi celles-ci, les causes
Peuvent être multiples, à en juger par la prairie à Imperata.
B'Imperata cylindrica Cyr. (Herbe à paillotte, Alang-AIang, Tranh,
eon-). est un pyrophyte typique « que l’action du feu fait fleurir ».
■e on Perrier de la Bathie. Mais elle peut se comporter comme post-
urale, sans intervention du feu : Défrichement prématuré de la
jachere buissonnante au Congo belge (J. Lebrun, 1936) (fig. 1). Elle
rnie au Brésil les vastes Sapesales sur forêt détruite, durant une
^izaine d’années (Aug. Chevalier). Aux îles Philippines elle déter-
avec le Saccharum Spontaneum la physionomie des Cogonales
j 8 'forestières ou post-culturales (c’est-à-dire sur terrain mis à nu),
squ à 18 % de la superficie totale (Ayme-Martin). Les organes sou-
t . rrains de ces graminées forment un lacis souterrain pouvant at-
mdre 50 cm d’épaisseur. On conçoit que dans ces conditions les
Pri»,.9?\, Rares sont lcs espèces recherchées après la floraison. Exemple : Chloris
r << iiru Kunth (Aug. Chevalier, 1934, p. 126).
l)rp«r,,. BTT *. distingue les graminées fourragères de petite taille « utilisables
gramiV e . e . I ?t'érement si elles sont pâturées jusqu’à la floraison » et celles de
u 'e taille qui « ne sont utilisables qu'avant la floraison » (1936, p. 38).
Source : MNHN, Paris
44
G. K U H N HOLTZ-LORD AT
implantations de racines d’autres espèces soient difficiles, sinon impos¬
sibles. Comme toutes les espèces sociales fortement et densément en¬
castrées dans le sol, ce sont des espèces antiérosives de premier ordre,
mais malheureusement sans valeur économique si l’homme n’inter¬
vient pas pour provoquer par le feu des jeunes pousses alibiles, ou
s’il ne provoque pas leur disparition par l’étiolement après un pre¬
mier nettoyage qui permet de mettre en place des plantes étouffantes :
Stizolobium aterrimum, Calopogonium mucunoides, Tephrosia can-
dida... (Kopp, Etesse).
C) Pyrophyles à résistance indirecte. Nous entendons par là des
végétaux qui créent autour d’eux des conditions défavorables à la
propagation de l’incendie et qui se trouvent ainsi indirectement pro¬
tégés contre la flamme. Ils peuvent facilement succomber par le feu
si, pour une raison quelconque, cette protection due au milieu ne
pouvait être réalisée.
Le Soui (28) est un arbre à feuilles persistantes fournissant une
ombre très épaisse défavorable à l’installation des graminées propa¬
gatrices des feux courants à Madagascar (Perrier de la Bathie,
Humbert).
Le Conservateur Lavauden a préconisé, pour protéger la forêt
primitive contre les feux de lisière, de planter un rideau d’essences
éliminatrices du tapis herbacé, parmi lesquelles figurent le Manguier,
(28) Cephalanthus spathelliferus Bak (Humbert, 1927, p. 62).
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
45
Ü933) C comi)ortement rudéral a été signalé par Perrier de la Bathie
Le Chêne vert, lorsqu’il n'est pas encore à l’état de haut-perchis,
orme une ombre compacte, sous laquelle le mort-bois est étiolé et
mit même par disparaître (29) : il n’est pas rare de trouver des
as-perchis et même des perchis sans aucun sous-bois. Dans le Lan¬
guedoc, les petits lambeaux de Chênaie verte qui paraissent le plus
a abri des abus de l’homme sont peut-être en voie de progression
' e rs une futaie idéale, sorte de climax utopique dont la réalisation
e pourrait être envisagée que dans une réserve étroitement gardée,
ous avons déjà eu l’occasion de souligner le rôle du Chêne vert
ans des taillis xérohéliophiles sensibles à la flamme. Nous persistons
penser qu’une futaie d’Yeuse à sous-bois étiolé ou sciaphile n’est
tahl Un t * an *’ er : * es futaies claires, les taillis sont au contraire redou-
. ...? s ’ Parce que les feux courants s’y faufilent comme dans un
Malh S Sarté ’ 011 les a vu bien souvent dégénérer en « feux de tiges ».
( j e hcur eusement nous ne pouvons guère nous faire une idée exacte
e ces bons massifs d’Yeuse dans nos basses collines méditerranéennes
ançaises où ils font totalement défaut.
? ^ es Py ro Phy le s sociaux. — Ce sont des végétaux dont les
Vo U P'r ents denses prennent de l’extension après les incendies, par
- t * e semis. Ils marquent les premiers stades de recolonisation du
. J** cen dié et se comportent ainsi comme des pionniers. Cette pro¬
priété a été utilisée expérimentalement en Yougoslavie (Simenovic)
tour remplacer un taillis dégradé par un semis direct de Pin d’Alep
Sl >r cendres.
Il existe une foule de végétaux qui colonisent sporadiquement
s terres brûlées ; ils entrent dans la composition floristique des
g oupements pionniers, mais leur rôle individuel est très effacé ; ils
■vent être étudiés avec les différents modes de l’action collective.
I . con traire, les pyrophytes sociaux agissent efficacement par
Cett P u * s . sance de régénération en masse plus ou moins compacte.
I G a P^! u de grégaire leur fait jouer un rôle de premier plan dans
• Paysages de substitution.
** faudrait bien se garder d’ailleurs de les croire exclusivement
s aux incendies. Ils colonisent les surfaces dénudées parce qu’ils
„ n esse ntiellement héliophiles ; aussi leurs semences se jettent-elles
Sa 1 ? asse sur * es ferres de cultures récemment abandonnées. Le
le V ^ a ma igache, à une ou deux dominantes, est typique à cet égard ;
D S v fgéfaux sociaux qui lui impriment sa physionomie, colonisent
« * e so * ^u f av Y sur toute la surface. Ailleurs, les colonisateurs
ciaux procèdent par voies centripète en nappes successives.
Les pyrophytes à régénération sexuée, strictement subordonnée
passage du feu, sont bien plus rares ; on les rencontre dans les
(29) Le Ruscus aculealus,
daphile notoire
s’étiole pas.
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Tableau II — Genèse des peuplements d’Auci
(okoumé)
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
47
Jugions où les feux de brousses périodiques sévissent depuis longtemps
(Aug. Chevalier).
Il est donc difficile d’étudier les colonisateurs sociaux en se can-
«nnant dans leurs rapports avec les incendies. En réalité, dans la
PJ u Pa r t des cas, leur extension a deux origines, dont les actions s’en¬
chevêtrent : la culture et le feu. Aussi n’est-on pas surpris de les
rencontrer en nappes importantes partout où a sévi soit le nomadisme
cultural sur forêts abattues et incinérées, soit le nomadisme pastoral
avec régénération du pâturage par les feux courants.
Parmi les exemples les plus classiques de ces formations secon-
aires, signalons les peuplements d’Okoumé (Tabl. II) du Gabon, les
'nèdes méditerranéennes et indochinoises, le Peuplier faux-tremble
«Amérique (Tabl. III), les Dicrostachys de la Savane arborée (30).
FORET de SAPINETTES (Epicées
TREMBLE D'AMERIQUE
Pins de Banks, Pins de Murray
TREMBLE D'AMERIQUE
définitif sur
sols pauvres
(graviers)
ïenèse des peuplements de Populus trcmuloidc.i (Tremble d'Amérique).
(J.
(30) D. glomerata (Forsk) Chiov. de la savane
Lebrun).
& Acacia hebecladoides Harms
Source : MNHN, Paris
48
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Le taillis à Croton balsamifer des petites Antilles est un exemple
remarquable de colonisation massive des terres dénudées par la
culture et surtout par les feux pastoraux. Cette plante « n’est pas
broutée par le cabri et ses masses, denses, touffues, résistent bien
aux incendies par manque d’aération » (Stehle in litt.). Les Cistes,
le Romarin, les Bruyères et surtout les Ajoncs et les Genêts sont liés
à l’abandon des cultures et aux feux pastoraux. Les feux de Genêts
sont encore répandus sur le Levézou, dans le Rouergue et dans la plus
grande partie du Massif Central ; les génistières calcinées voisinent
avec celles qui seront brûlées les années suivantes et qui, au mois de
mai, forment des fourrés denses abondamment fleuris. Dans le Massif
du Mont-Pilat, — au versant sud du Crêt de l’Œillon en particulier
— on lit très clairement sur le terrain le rôle post-cultural des Genêts.
Les landes sont parfois révélées par la toponymie pastorale :
dans le sud-ouest de la France, les lieux dits Touyâa sont assez fré¬
quents (31) ; plus généralement ce sont des dérivés de Genista (32).
Enfin, lorsque les feux répétés viennent à bout des arbustes, il peut
apparaître des peuplements éphémères, mais très compacts, de plantes
annuelles (thérophytes), à croissance rapide, telles que les Chardons :
le Galactites tomentosa forme, dans les clairières des garrigues, des
vastes nappes roses, vite desséchées.
(31) Toju, toja : genêt sauvage (A. Dauzat, 1926, p. 96).
(32) Voir : Génistière, Argelas, au lexique.
Source : MNHN, Paris
PREMIÈRE PARTIE
1 L’équilibre agro-sylvo-pastoral
1. Définitions préalables
Comment entendrons-nous cet équilibre entre les champs cultivés
^9er), les territoires livrés au pâturage (sallus) et la forêt (situa) ?
s > sera l’objet même des études qui vont suivre. Mais il faut d’abord
tendre sur ces mots qui, dans l’économie latine, avaient un sens
haf.. nous * eur conserverons parce que les latins avaient l’heureuse
lé ** Uc l e d’être clairs dans leurs idées. Ils nous ont, Dieu merci !
cuit Une cu *ture tl u > s’oppose encore en bien des cas à d’autres
ures dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles s’accommodent
a des clartés méditerranéennes. Nous pouvons fort bien revenir
x Latins sans être taxé de pédantisme.
Notre Maître Charles Flahault avait coutume de dire : « Ecrivons
our i es paysans. » Cela voulait dire : soyons clairs. » Le message
eff t c *,demeure cependant hérissé de difficultés. Nous pensons en
u e * Ç u ’on n’écrit pas pour le paysan. On lui parle. C’est peut-être
r cela que les avocats sont si souvent les représentants du peuple.
,]> ,p ar °l® a des souplesses qui permettent de prétendre — sinon
teindre — à la persuasion.
d”t H-° rS ’ P° ur <IU * écrivons-nous ? Pour ceux qui ont reçu mission
r V, er l es causes de rupture des équilibres économiques et les
tech- S * >oss *b* es a ces malaises qui s’accentuent au nom d’une
Dé -i nuiue grandissante mais parfois mal ajustée, mettant alors en
1 ri ce Pour quoi nous avons présentement l’ambition de lutter :
dem° nSerVa ^° n et * a res t aurat * on des équilibres biologiques. Le paysan
p u ^® urera inaccessible à ces préoccupations tant que les Pouvoirs
en accepteront pas la nécessité et, par voie de conséquence,
Pe me ^ tron t P as * a paysannerie en état de réceptivité (1). Nous avons
rsonnellement trop vécu à son intime contact pour n’avoir à apporter
CUn adoucissement à ces amers propos. L’éducation obligatoire
de la Ç e p , olnl de vue - capital, paraît avoir complètement échappé à l’Institut
■a Recherche agronomique.
^moires ou Muséum. — Botanique, t. IX. 1
Source : MNHN, Paris
50
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
est autre chose et mieux que le « sait lire, écrire et nager » du livret
militaire. Ce stade initial a-t-il été suffisamment dépassé pour atteindre
le « sait comprendre » ? Hélas non ! Laissons donc les analphabètes
à leurs nourrices et marchons de l’avant avec ceux qui ont « compris »
que l’humanité doit changer son fusil d’épaule (en attendant de le
jeter à la mer).
Nous n’aurons pas à nous occuper des « équilibres internes »
de chaque constituant de l’équilibre général entre les champs, les
pâturages et les forêts. Chacun d’eux relève de techniques spéciales
(ogri-culture, prafi-culture, sy/ui-culture).
Le multiple use des Américains ne doit pas être confondu avec
l’équilibre agro-sylvo-pastoral. Il consiste à rechercher et améliorer
dans chaque constituant (la forêt, par exemple, qui s’y prête le mieux)
toutes leurs ressources possibles. On remarquera que, pour les champs,
la solution n’est pas nouvelle : elle est basée sur l’assolement. Quant
à la dépaissance, elle commence à être réglementée (rotation des pâtu¬
rages par exemple) et la sylve est aménagée et protégée.
La protection de la nature ne doit, certes, demeurer étrangère à
aucun de ces points de vue. Chaque équilibre réalisé est déjà une
garantie de protection. Mais le multiple use, s’il est mal conçu ou mal
réglementé ou mal observé, peut devenir une cause de déséquilibre
par les abus, c’est-à-dire les empiétements des divers usagers sur les
territoires réservés à des usages déterminés. Il devient alors un mul¬
tiple abuse.
La Pflanzengesellschaft, que nous traduisons en France par
« association végétale » est une notion qui n’a de sens vraiment lim¬
pide dans aucune langue, mais qui a cependant évolué depuis l’époque
(de mon enfance) où le Maître parlait de « l’association du Chêne
vert, de l’association du Pin d’Alep... » jusqu’aux jours présents où
l’on parle de 1’ « association à... et à... », car il vaut mieux deux
plantes pour la mieux déterminer ; et c’est en cela qu’elle a pris son
sens zuricho-montpelliérain, confirmé par son vocabulaire, ses « Prin-
zipien », son prodrome. On sait que la doctrine a ses adeptes fervents
et ses contradicteurs non moins ardents. Nous y reviendrons plus loin
avec de plus amples détails ; pour l’instant nous la retenons parce
qu’elle a l’ambition de pouvoir révéler toutes les sources du désé¬
quilibre agro-sylvo-pastoral et tous les processus de leur restauration.
Les types de répartition entre la sylve, le saltus et l’ager pourront
être généralement ramenés à ceux que nous indiquons par la figure 2,
sans que des commentaires soient nécessaires.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
51
Source : MNHN, Paris
52
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
2. L’Ager
L’Ager est toute terre de culture (2). Celle-ci pourra être exten¬
sive ou intensive, suivant les techniques employées, depuis le simple
grattage sans apport d’engrais jusqu’aux techniques les plus perfec¬
tionnées : depuis le kraal indigène de l’Afrique du Sud ou la chacra
des Indios de l’Amérique ibéro-indienne jusqu’aux assolements les
plus stables et les plus perfectionnés visant aux rendements élevés (3).
L’ager nous intéressera surtout lorsqu’il ne sera plus soumis aux
techniques culturales ; car il sera alors le point de départ de la
conquête des incultes par la végétation naturelle grâce au libre jeu
de la fonction écran et, en fin de compte, grâce à la différenciation
progressive d’un mécanisme anti-érosif, si l’homme ne le contrarie pas.
Cependant, les techniques antiérosives, ne doivent pas nous laisser
indifférents, non plus que les imprudences dues à une mauvaise
conduite de l’ager dans des conditions topographiques tourmentées.
Ainsi, les feux de cannes du Guatemala ont lieu lorsque les feuilles
de la céréale sont sèches ; puis, la charrue motorisée trace ses
sillons et l’on plante de nouvelles boutures. Une telle pratique, sur¬
tout avec l’emploi de la charrue, ne peut être sans danger que sur
des surfaces planes ; mais l’Indio ne tient pas toujours compte de
la topographie pour sa culture moins évoluée (F. Morton).
La mise en place d’un ager dépend d’une prospection préalable
qui peut se faire de trois manières :
1. Par l’étude du substrat lui-même. Les alluvions donnent des
possibilités de grands rendements et des facilités de culture sur les
surfaces planes. Les terres peu fertiles donnent des possibilités de
grande qualité (vignobles d’élite, par exemple). C’est le domaine de
la géologie (roches mères), de la géographie (érosion et accumulation),
de la pédologie (évolution des substrats).
2. Par la phytogéographie, qui peut mettre en évidence une végé¬
tation susceptible d’être défrichée à des fins culturales. Nous avons
eu souvent l’occasion de signaler des stades valorisables différenciés
au cours de séries évolutives progressives de la végétation. Ces stades
sont issus d’un dépouillement préalable des facteurs nuisibles à l’ins¬
tallation des cultures (facteurs chimiques, par exemple). Le stade
valorisable le plus connu est celui de la végétation humigène. Nous
aurons à nous en occuper souvent, car l’humus est un facteur impor¬
tant des équilibres biologiques.
(2) L’ager avait des significations très diverses : terre cultivable, propriété
foncière, campagne (par opposition à la ville), territoire ou domaine dépendant
(ager tusculanus, territoire de Tusculum). Nous précisons que nous l’employons
dans le sens plus commun de terre de culture, l’opposant au sallus, terre de
dépaissance. Voir lexique : ager publicus, ager compascuus.
(3) Cette préoccupation du rendement est moins accentuée dans les pays où
la place ne manque pas encore pour étendre l’ager à moindres frais. Par exemple
aux Etats-Unis où des rendements de 12 à 15 quintaux de blé assurent un bénéfice
jugé suffisant dans certaines régions.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
53
, "• A défaut de ces prospections scientifiques, il ne faut pas
négliger la prospection empirique des civilisations qui n’avaient ou
n °nt encore à leur disposition que l’observation obj ectiv e. Elles ont
accumulé, par tradition orale, une foule de renseignements précieux
sur les plantes indicatrices que l’on aimerait voir rassemblés. Elles
ne nous intéressent cependant pas particulièrement dans le présent
ouvrage. Citons, pour exemple, que l’indigène africain défriche la
savane à Acacia nefasia Hochst. et non la savane à Acacia hebecla-
Harms. pour souligner la finesse de leur « flair » (J. Lebrun,
194 ?> p. 669).
^->Le riz et VEchinocliloa Crus-galli (L.) P. B. ont les mêmes exi¬
gences vis-à-vis du sel : là où germe la graminée sauvage on peut
semer le riz.
, H. Stehle a souvent exploité cette notion avec succès dans ses
études sur la mise en valeur des sols aux Antilles françaises. Il appelle
groupements préculturaux (1957) ceux qui contiennent des végétaux
« dont la spécificité est telle qu’ils indiquent à coup sûr qu’un échec
n est normalement pas possible lorsque les techniques culturales adé¬
quates seront mises en œuvre sur le terrain d’élection ». Il cite entre
outres la Caryophyllacée Drymaria cordata (L.) Willd. et la graminée
àetaria barbota (Lm) Kunth, indicatrices certaines du bananier, qui
a en effet les mêmes exigences écologiques.
L’Hortus. C’est, essentiellement, un espace (généralement clos),
voisin des bâtiments dans une entreprise agricole. 11 eut et a encore
des affectations diverses. Il fut autrefois étroitement lié à l’économie
Pastorale, servant de parc au bétail. Actuellement, il s’applique, sous
des vocables dérivés, aux cultures potagères, fruitières ou florales,
av ec le sens de « jardin » : potager (horlillon), floral (horticultureJ.
a même un sens plus large englobant l’ensemble de ces cultures :
uerta. L’hortulanus était le jardinier. Le substantif neutre Hortensia
'génitif liortensiorum) désignait globalement les produits potagers.
C’est une sorte d’annexe à l’équilibre agro-sylvo-pastoral, dont le
la Pis végétal (mauvaises herbes) a des caractères très différents de
oeux du saltus ou de la sylve ; il s’apparente aux cultures sarclées
de l’ager.
Les post-culturales. Ce sont des plantes qui forment un stade
'immédiatement dérivé de l’abandon des cultures. Elles lui sont liées
p d ne nous paraît guère possible d’en faire autre chose qu’un corol-
air c de l’ager, dont la flore passe insensiblement à celui des premiers
stades qui évolueront jusqu’à la sylve si rien ne vient s’y opposer.
, Ce terme a été quelquefois discrédité parce que dans les régions
? u l’homme a établi ses cultures (lointaines ou proches dans le temps) ,
°ute végétation installée sur les parcelles abandonnées vient évi¬
demment après la culture. Nous avons cependant réservé le qualifi¬
catif « post-culturaux » aux végétaux qui s’installent de suite après
a culture. Cette installation répond aux conditions nouvelles créées
Par cet abandon : les culturales disparaissent peu à peu au profit
de nouvelles venues, absentes de la culture et qui sont précisément
Source : MNHN, Paris
54
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
les post-culturales. Elles forment un stade qui peut être durable sous
forme de friche ou éphémère parce que sujet à une nouvelle trans¬
formation par l’implantation d’espèces ligneuses, arbustives. Elles
s’intercalent ainsi entre la culture et le début de l’installation de
la sylve.
Cette évolution est si évidente qu’elle a été parfaitement observée
par un grand ami des mammifères d’Afrique, observateur très fin
de la nature : « Les anciens emplacements de villages sont réoccupés
peu à peu par les essences forestières, mais tout d’abord par un stade
où l’on trouve mélangées les nouvelles semences forestières et des
restes de plantes cultivées telles que Vigna, Corchorus, Tephrosia... »
(E. Gromier).
Nous ne sommes pas d’ailleurs le seul à avoir adopté ce vocabu¬
laire, puisque un phytosociologue aussi éminent que J. Lebrun, entre
autres, l’a appliqué aux groupements apparus au cours du nomadisme
cultural des indigènes au Congo belge : groupement à Digilaria abys-
sinica aux altitudes moyennes ; groupement à Imperata cylindrica
aux basses altitudes.
— f: Il convient d’ailleurs de faire un tri parmi les post-culturales,
d’après leur comportement, qui peut être qualitatif (espèces nou¬
velles) ou simplement quantitatif (espèces sociales libérées des des¬
tructions périodiques).
Quel que soit le vocabulaire, ces espèces sont révélatrices for¬
melles d’un passé cultural récent et nous pensons qu’un accord de bon
sens est possible si l’on fait une distinction entre la végétation post¬
culturale telle que nous venons de la comprendre et la végétation
d’origine culturale, comme une forêt établie sur un défrichement,
une savane « issue d’une forêt dense humide, défrichée il y a très
longtemps » (Aubreville, 1949, p. 310).
Ces explications ne sont pas de trop pour la compréhension des
divers types de sylves dont nous aurons à faire état par la suite.
Ainsi, les forêts riveraines à Pterygota macrocarpa K. Sch. ont, selon
J. Lebrun, deux origines possibles : l’une naturelle, l’autre sur cultures
indigènes (Congo belge).
La fumure organique. C’est une question de vie ou de mort pour
tout ager. Les terres de réputation les plus fertiles ne sauraient se
dispenser d’apports organiques. Ce n’est pas le lieu ici de faire le
procès de la théorie minérale qui repose sur l’une des plus grandes
découvertes de la physiologie végétale (l’autotrophisme). Mais nous
devons retenir que partout où les apports de matière organique ont
été jugés impossibles, il a bien fallu recourir à l’engrais minéral
empiriquement obtenu par cendrillage. Nous reviendrons sur ce point
important à plusieurs reprises.
Qu’il nous suffise de souligner, qu’au point de vue de la protec¬
tion de la nature, ces pratiques ont entraîné un nomadisme inévi¬
table. L’histoire des caféières du Brésil est trop connue pour que nous
leur consacrions de nombreuses lignes, mais elle résume remarqua¬
blement tout ce que l’on a pu écrire sur ce sujet. Les cultures se sont
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
55
Rites sur forêt de terres fertiles issues de roches basaltiques (terra
TOxa>, jusqu’à la limite des possibilités climatiques du café. L’appât
ou gain (stoppé parfois par des crises mémorables), a fait déborder
Jcs cultures sur les terres moins fertiles issues des grès rouges.
Résultat : épuisement des terres (terra acabada). Comment les ré¬
nover, puisque les neuves font défaut ? Par la matière organique,
seule solution possible en combinaison avec les techniques améliorées
de la topographie et de l’irrigation. D’où la naissance, très sympto¬
matique, de l’association du café et des plantes fourragères pour la
tumure par le bétail (Monbeig).
C’est un « digest » de l’histoire de l’agronomie depuis Justus
^on Liebig et Georges Ville jusqu’au tracteur.
I Conséquences phytosociologiques des techniques de l’ager. La
j végétation post-culturale est de toute évidence le reflet tangible le
us immédiat de ces techniques.
Les recherches de Drouineau sur la « réorganisation de l’azote
minéral » montrent à quel point le stock de cet élément est sous la
dépendance des antécédents culturaux des parcelles observées. On ne
peut pas comparer, à ce point de vue, des parcelles nues et des par¬
celles enrichies en matière organique [C. R. Acad, agric. France, 1949,
P- 328). D’autre part, Coïc [toc. cit., p. 323], a souligné comment
■es antécédents culturaux pouvaient entraîner des troubles dans le
métabolisme des végétaux qui se développent sur des parcelles diver¬
sement amendées. Ces études conservent évidemment l’empreinte de
recherches « agronomiques » qui les centrent sur la plante cultivée,
mais on conçoit que les phytosociologues, dont les études sont au
contraire centrées sur la flore adventice risquent de commettre des
erreurs graves, s’ils ne tiennent pas compte de ces antécédents divers.
L est Pourquoi nous avons pensé qu’une « cartographie parcellaire »
se rapprocherait davantage de la réalité en évitant de faire chevaucher
Jjî 1 même relevé floristique sur plusieurs parcelles de passés culturaux
< mérents, contrairement à ce que font les phytosociologues lorsqu’ils
ne tiennent pas compte de ce passé « humain ».
Cette dernière remarque est valable pour le saltus et la silva.
3. Le saltus
La culture et l’élevage ont fait leur place au détriment des
torêts ; mais il y a toujours eu, côte à côte, des terres cultivées et
des dépaissances dont les chevauchements temporaires sont d’ailleurs
Possibles ; par exemple la jachère pâturée où les cultures vivaces
•■vrent leurs feuilles au bétail après la récolte (vignoble) (4). La sépa¬
ration entre les plantes cultivées et le bétail se faisait de manière
(4) Pratique de plus en plus délaissée.
Source : MNHN, Paris
56
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
fort heureuse, dans l’économie romaine, par le sait us (5) et 1 ’ager.
Le saltus des agronomes était le terrain de pacage dans le sens
le plus général, quelle que soit la formation végétale parcourue par
le troupeau. Malheureusement la forêt visitée est vite dégradée ( saltus
boisé ) ; d’immenses étendues, sur les points les plus divers du globe,
sont ainsi devenues, à la fois, mauvais pacages et mauvaises forêts (6)
(Cl. 7).
L’aristocratie capitaliste romaine parvint à accaparer les petits
domaines jusqu’à les fondre en d’immenses propriétés « sans exemple
dans l’histoire des autres peuples » (Savoy). Pline indique, pour un
seul propriétaire : 260.000 têtes de bétail, dont 3.600 paires de
boeufs. Il y avait un saltus d’hiver et un saltus d’été et par consé¬
quent une transhumance au cours de laquelle le pacage était assuré
le long des calles publicae, correspondant à nos « drailles » ou « car-
raïres » dans la France méditerranéenne. Cette question de transhu¬
mance et de nomadisme pastoral a été traitée sous tous ses aspects
« humains » par Sorre dans ses « fondements de la géographie
humaine » (partie. T. II, 2" partie).
L’un des plus grands saltus actuels du monde est en Australie.
On ne peut pas dire que ce soit encore le mieux aménagé puisque
les ovins y meurent de soif : 22 millions de têtes mortes en 1944 par
sécheresse, sur une surface de 1 million 1/2 de km 2 ne recevant que
250 mm d’eau par an (Beaujeu-Garnier).
Aujourd’hui, les progrès dus aux méthodes (diverses) d’investi¬
gation du tapis végétal ont permis d’établir plusieurs origines pos¬
sibles au saltus.
1. Une origine artificielle due aux actions de l’homme, par des¬
truction de la forêt. Le forestier L.-A. Fabre appelait cela la « pasto-
ralisation ». Un tel saltus est toujours très instable et, sans interven¬
tion autoritaire de sauvegarde, il dégénère vers la dénudation et l’éro¬
sion. Nous étudions cette question parmi les causes de détérioration
de la sylve.
2. Une origine artificielle due à l’abandon des cultures (Cl. 8). A
moins d’une émigration totale de la population sur un territoire
donné, les abandons de parcelles cultivées sont très disséminés. Il se
forme alors un saltus disjoint, qui est le pire ennemi de ceux qui
sont chargés de remembrer les terres. C’est une source permanente
de dégâts aux cultures par les déplacements du troupeau se rendant
d’une parcelle à l’autre. Si le troupeau n’y accède plus il se constitue
des petits boqueteaux enclavés dans l’ager.
(5) Au sens plus étroit c’était une région montagneuse et boisée ; ce sens
survit en Provence dans le mot colline (voir lexique). Les Pyrénées étaient saltus
pyrenaeus ; les Alpes, saltus graïus C= Alpes graiae).
(6) Un important progrès a été réalisé par l’introduction des plantes four¬
ragères dans l’assolement (saltus assolé), soit sous forme de prairies durables,
soit sous forme de prairies temporaires. En Australie, l’irrigation permit cette
transformation du saltus : là où il y avait deux ou trois moutons par hectare,
la même entreprise peut en nourrir plus de cent.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
57
3. Une origine naturelle. Il est parfois difficile de savoir si une
végétation herbacée est originelle, c’est-à-dire si elle constitue le terme
ultime ( climax) de l’évolution naturelle du tapis végétal. L’étude de
a .flore et les recherches historiques permettent de conclure qu’il peut
exister des herbages climaciques de deux sortes : ceux dus au climat
(climax climatique) et ceux dus à la nature du terrain (climax éda¬
phique). L’un et l’autre sont cependant bien moins répandus que
ceux d’origine artificielle.
, ^e problème de la charge. Le problème de la restauration des
herbages est avant tout un problème de charge. Celle-ci doit varier
av ec la qualité de l’herbe ; elle ne peut être constante que si les
Procédés d’entretien permettent une stabilisation de la—flore7"Er cela
hest possible qu’avec un élevage intensif, sur des sols et sous des
c imats privilégiés (bassin basique de Paris, par exemple).
Ce problème de la charge n’a pas échappé aux agronomes des
régions intertropicales, même pour la faune autochtone. Les travaux
c E. Hubert, de J. Lebrun, concluent à un équilibre naturel dans la
P urne alluviale au sud du lac Edouard. Ce point de vue à la fois
^°l°giq ue et éthologique est une indication précieuse parce que les
ades régressifs de ces sites à topographie peu accidentée ne vont
m J« Sq “’ à * a dénudation de la roche mère. Mais il y a tout de même
cdifieation des biotopes (peut-être cyclique) et il faut bien recon-
ait re q ue sur ce p 0 i n t, dans le monde entier, il reste à apporter
eaucoup de précision. On peut s’en consoler en se disant que les
P turages naturels français ont été bien rarement étudiés dans leurs
rapports avec cette charge, surtout en ce qui concerne les ovins et
caprins. Pour les bovins et les équins (élevage normand), il n’en
^t pas toujours ainsi ; les « herbaciers » se sont toujours préoccupés
en * re t* c n d’une flore optimale. Il faut avouer, pour le reste, qu’on
gnore encore les « appétences » du mouton. La boutade (entendue
[ ar nous), qui consiste à dire : « le mouton mange tout », n’est pas
feu*n Cle ’ mais incom P* ète - Il mange beaucoup de choses, même des
„av' -i mor * es> au sortir de la bergerie ; mais, après s’être un peu
ra e < il commence à choisir. Quoi ? C’est là que débute notre igno-
les 1 ? 6 ^ C ' CS * P° ur( I uo * on es t bien obligé d’accepter avec réserves
p ar /’? Vau * de Phytosociologie (et ils furent nombreux), qui ont com-
v .. es pâturages sans tenir compte de la charge, des époques d’inter-
p 11 ’ * a ra PÛfité du parcours, etc... (7).
Pa * q ^ € ^ re d’une étude des « associations végétales » (puisqu’il
les 3 A que ** es P eu vent être discriminées en région intertropicale par
he h mes m éthodes statistiques qu’en Europe), sur cette vaste plaine
3 SS** 3U du Kilimandjaro, où le bétail indigène, riche de
■ têtes de gros bétail, chèvres, moutons et ânes, voisine avec les
°upes de girafes et autres nomades ? Des années d’observations sur
cette ^3 .k^ c ?le italienne, sous l'heureuse impulsion de Tomaskli.i, s'engage dans
Noire «ni ^’ est aussi le souhait exprimé par Haussmann et Brandazza (1953).
collègue P. Renaud (inédit) a parfaitement posé le problème pour le Jura.
Source : MNHN, Paris
58
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
place suffiraient-elles à dégrossir une sociologie végétale aussi com¬
plexe, due au nombre et à la diversité des herbivores ?
Plus près de nous, la Corse augmente les incertitudes par la
liberté laissée aux vaches dans les pâturages de montagne.
D’autant plus qu’il faut ajouter, en corollaire de la charge, le
piétinement, qui peut être désastreux sur les sols meubles, même avec
occupation temporaire des lieux si le troupeau est important et
lourd ; les habitudes de parcours, les migrations, entraînent des
amorces d’érosion._
( L’élevage extensif)provient d’une charge trop forte du bétail sur
l’herbage ou, ce qui revient au même, du passage trop fréquent du
troupeau dans un même lieu de dépaissance. Parallèlement à l’appau¬
vrissement progressif du pâturage, le nombre de têtes à nourrir
devrait diminuer. Or, il n’en est généralement rien et ainsi s’explique
le zébu mourant d’inanition parmi les hautes herbes inalibiles. L’art
de l’éleveur, comme l’art forestier et autant que lui, est un problème
de dosage. Exploiter une forêt sans en modifier l’ambiance, élever un
troupeau sans épuiser l’herbe nourricière, harmoniser l’assolement
avec la fertilité du sol, c’est toujours doser un prélèvement. Ainsi se
stabilisent l’arbre, le cheptel, la culture.
Mais ce n’est pas encore l’idéal, si la forêt, le pâturage et le
champ sont mal répartis. Nous avons vu que la réalisation de ce triple
équilibre dans le temps et dans l’espace, avait été possible par la
communauté, sédentaire et permanente : la Grange des Cisterciens
en est un remarquable exemple. Malheureusement, il y a beaucoup
de communautés aussi sédentaires et aussi permanentes qui n’ont
jamais pu obtenir les mêmes résultats.
L’Etat défend sa forêt contre le bétail des communes et des parti¬
culiers ; la Commune défend ses pâturages contre les abus de la vaine
pâture.
La Nation, dont les richesses agricoles, pastorales et forestières
sont ainsi déséquilibrées, doit encore filtrer la concurrence à ses fron¬
tières et doser les échanges.
Le monde terrestre souhaite ardemment, mais en vain, le dosage
international de toutes scs richesses : dosage de production, dosage
de transport, dosage de consommation.
Or, brochant par-dessus cet inextricable enchevêtrement des col¬
lectivités assoiffées de coopération, Vindividu accentue le malaise en
promenant la flamme pour produire sa récolte, élever son bétail.
L’acte individuel devient ainsi un acte de destruction qui réduit à
néant tous les rêves collectifs.
Comme l’un des buts de notre étude est de montrer les méfaits
de la déforestation, nous prendrons la forêt comme point de départ
et nous situerons les périodes pastorales dans l’évolution régressive
de cette sylve initiale. Il ne nous sera pas possible de faire abstraction
des périodes culturales, parce que nous assisterons à une sorte de
réversibilité entre les deux économies pastorale et agricole, dans la
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
59
^ferUlV' 611 en * enc * u ’ 0 * 1 * e so * P eu ^ encore contenir des éléments
de ,^ a uoca tt° n pastorale. Elle a pour test le plus évident la qualité
ou ^erhe. L’animal qu’elle nourrit fournit à l’homme ce que la
m a lte du Pâturage lui permet de donner : muscles, viande, lait. Les
du \ FeS paca & es ne Peuvent alimenter que de petits moteurs (Afrique
b . ord > Madagascar...) ; les prés d’embouche (ceinture basique du
pât Sln P ar **’ en —) î écoulent leur fort bétail vers les abattoirs ; les
urages littoraux hébergent les grandes races laitières (Hollande.
ent rm ^ n<i ' C ’ Brcta 8 ne - Bordelais...). Il y a donc un équilibre possible
Pa ^ C S °*’ * e * e bétail et l’aliment. Rarement il fut durable
diff Ce -| ( * Ue * e / na ' n Lcn de la qualité est l’un des problèmes les plus
S i C1,es de l’agriculture ; la moindre faute commise a ses répercus-
enc S rap *des et souvent irréversibles. Or, ces fautes ont été et sont
n’a° re C ? mm ' ses Partout où la prospection écologique des herbages
pouffé suffisamment poussée. Boudy (vol. I, p. 619), le déplore
ra i e r Afrique du Nord et le souhaite pour toutes les régions pasto-
gll s j ® France. Quelle doit être cette prospection en profondeur ?
nutr't' r ^ sou ^ re * es problèmes suivants : analyse floristique, valeur
(mêm' V ^’ Cn herBe ’ prélèvements effectués par le bétail
ces d° U échelon des races). La protection ne pourra reposer, hors
écol °. nn ® es ’ ) 9ue sur des ajiproximations empiriques. La prospection
à i’i ) *’ K ? ue s’impose d’une manière pressante sur les terrains sujets
une p >S , lon ' Mais le personnel scientifique est cn nombre insuffisant ;
>ste de ces terrains prioritaires serait pourtant des plus utiles,
d’ a Voisin (1956) a créé, à juste titre croyons-nous, la notion
Il ad C °* og ‘ c dynamique », qu’il oppose à celle d’ « écologie statique ».
des T 1 qUC la P rem ière, seule, permet d’étudier la valeur alimentaire
b liantes alibiles, alors que la deuxième relève en réalité de dénom-
v* «* d’ordre purement floristique. Cela est trop conforme à nos
n e s ^° Ur due nous ne ressentions la nécessité de souligner que nous
ommes point seul à penser ainsi. Nous aurons souvent l’occasion
u y revenir.
d’an^*î?- ,n * r ^ressiües du bétail. On n’aurait pas tous les éléments
tenait Cla **° n n ® cessa * res a l’interprétation des paysages si l’on ne
pas compte des régressions possibles de la végétation sous la
c action du bétail (hors de tout feu),
limit ? aines techniques stabilisent le végétal pastoral : le piquet
a „ , e j 3 * on * e e t favorise la fumure. Le parcage est un puissant
tesc » ^ rans ^ rma t' on des incultes envahis j>ar une végétation fru-
face°d C u Bavons vu employé en Lozère pour augmenter la sur¬
déni- CS Ber k. a 8 es s ur la callunaie, par les bovins. Ailleurs c’est un
des aC ^ m ® nt important de personnel et de bétail réglé sur l’aptitude
{ j e ’.f r s à redonner de l’herbe ; en Savoie, ces mouvements se font
les tr* en ■ *’ le long des P entes - Par étapes ou remues ; « pendant
ef il . mois de séjour en montagne on fait souvent deux fois l’aller
et le retour » (Arbos).
Une mauvaise technique peut, par contre, provoquer une grave
Source : MNHN, Paris
60
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
détérioration du pâturage. L’introduction du merino sheep (mouton
mérinos), mal adapté en Afrique du Sud, a modifié la végétation au
point de donner prise à l’érosion (Shaw, 1875).
On connaît le rôle important de la répartition des points d’eau
pour l’abreuvage. Le petit bétail est concentré sur 4 à 5 kilomètres
autour du point d’eau ; le gros bétail a un rayon d’action plus grand
(15-20 km), avec une boisson suffisante tous les deux jours. Dans les
régions à abreuvoirs naturels très espacés (le Sahel, par exemple), la
surcharge a rasé l’herbe tout autour. En région méditerranéenne les
dégâts sont évités par la multiplication des réserves d’eau de pluie
dans les bacs de réception (lavognes).
Ces auréoles de dégradation sont causées aussi par la faune
autochtone, mais à un degré moindre et variable suivant les habitués.
La plupart des usages en matière de pacage en forêt sont émi¬
nemment destructeurs du biotope naturel. Par exemple : la Chênaie
andalousienne (Quercus lusitanica alpeslris), les « Pinsapares »
(Abies Pinsapo) de la même région. Sur les plateaux de Constantine
les arbres n’ont subsisté que sur les escarpements inaccessibles (Per¬
rin). Les peuplements marocains de Cupressus sempervirens forment
un paysage où l’influence du bétail est révélée par le petit nombre
de brins de semences, par les formes abrouties, par les peuplements
très clairs, par les individus étêtés (Joubert, Burollet) (8). Les
Cèdres de Kabylie, particulièrement dégradés, sont remplacés, à la
partie supérieure des massifs, par les pelouses pseudo-alpines (Lapie).
La garrigue languedocienne non incendiée a un faciès pastoral à
Euphorbes (Euphorbia nicaeensis partie J. La destruction des « espi-
nales » à Faidherbia albida aboutit à la prairie à Hyparrhenia hirta
et Cenchrus ciliaris, deux graminées résistant à la dent du bétail, au
Cap Vert (Aug. Chevalier). Les Asphodèles, les Stipes, les Férules,
les Panicauts... indiquent des pacages surchargés.
Les prairies suspendues. A défaut d’herbages, s’il reste des arbres,
les conducteurs de troupeaux en tirent encore profit. L’acte le plus
brutal consiste à abattre les branches, sinon l’arbre, et à les livrer
au bétail.
En voici quelques exemples pris dans les vastes territoires d’éle¬
vage de civilisations diverses :
Le Gommier blanc de Mauritanie, pour le mouton (Marchal) ;
l’Acacia du Bled T’hala en Tunisie (mult. auct.J, l 'Acacia Sénégal et
l 'Acacia laeta du Niger (Aubreville) ; d’une manière générale, les
Mimosées du Sahel (l’Acacia Seyal partie.) sont ainsi traitées ; les
troupeaux des pasteurs Touaregs et Peuls (Labouret) y restent de
deux à trois mois jusqu’au retour des pluies (Aug. Chevalier).
Au Maroc, c’est la curieuse association de la Chèvre et de l’Arganier
des Hahas avec « pacage littéralement suspendu dans les arbres »
(8) On trouvera d'intéressantes photographies de la forêt de Goundafa dans
la Revue des Eaux et Forêts, 1934, n" 3.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
61
r Eff ontaines, Hibon). La pratique de l’abattage était assez cou-
ante autrefois en France (forêt de Grésigne en Albigeois particuliè-
ement) (Deffontaines), dans les forêts de Hêtre pour la chèvre et
le mouton (9).
Les parasites et épiphytes étaient mis à portée du bétail par le
mme procédé : en Laponie c’est l’abattage des Epicéas couverts de
■chens, pour les rennes ; aux confins du Sahara c’est l’abattage des
cacias couverts de Loranthus, pour dromadaires et moutons.
Les dégâts causés sont très graves si les arbres ainsi abattus ne
re jettent ni souche ni de racines. Le mal est moindre lorsque les
arbres sont laissés sur pied et s’accommodent d’un émondage ou
une taille périodique ; le paysage sylvo-pastoral qui en résulte ne
it pas d’évolution régressive vers la dénudation et l’équilibre établi
Peut durer très longtemps, comme le prouvent :
Les Garrouilles du Quercy (forêts de chênes étêtés), les Garri-
«a.oes des Céuennes, les Blaches de la vallée du Rhône qui sont des
aillis de chênes à pacager comparables au taillis de bouleaux finlan¬
dais (Deffontaines) ; l 'émondage (10) sous toutes ses formes a
ntribué à la genèse d’un paysage bocager très répandu (Boulonnais,
pimousin, Bretagne, etc.) ; les Cytises fourragers aux Canaries (Sagot,
exf Rl * Z ^ ’ * es ^ponces ou Raquettes (Opuntias divers) d’un usage
I 7 f ernemcn t répandu (Australie, Madagascar, Afrique du Nord, etc.) :
e M a Pé (Inocarpus edulis) de Tahiti (Raoul) ; la Sensitive (Mimosa
PUdica) de Nouvelle-Calédonie (Etesse) ; les Arbres-Fumée (Parkin-
pOnins divers) du désert de Gila, en Arizona, pour les ânes (Monnet) ;
'Vier (Olea chrysophylla) des montagnes de la Côte française des
°malis (Saboureau).
Tous ces appoints fourragers naturels échappent à une réglc-
entation efficace. Aussi a-t-on créé dans des régions semi-arides
sof ^* an * at ' ons avec espacements en rapport avec la perméabilité du
0 et les pluies, afin de restreindre aussi les longs parcours du
°made. Citons, comme essences favorables : Prosopis mesquile,
m al ° nia s ^ ( l ua ’ Gleditschia Iriacanthos, Sterculia diversifolia...
4 . La silva
ce ^ nous e *pMquer sur le sens que nous entendons donner à
vocable (11). Si on l’applique à tout peuplement arborescent on se
<9) Article anonyme in : Annales forestières, 1853, p. 313 sq.
les phi?? D l ap ^ s les Usages locaux publiés par la Préfecture de l’Hérault (1935),
■ndétprmw!/ haut e futaie sont élagués dans la région d’Olargues, « à des époques
ueiernunées pour la nourriture des bestiaux ».
varié /* 1 1 En P résence du nombre de classifications proposées, et surtout de la
« "'‘ères sur lesquels elles reposent ; en raison aussi du vocabulaire
telle nn?" 1 * des Ptiytogéographes, nous nous sentons très à l’aise pour adopter
sente ét H° n qUe “° US eroyons la plus conf °i™c au but poursuivi dans la pré-
Source : MNHN, Paris
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G. KUHNHOLTZ-LORDAT
heurte à une difficulté : il est impossible de faire une distinction entre
le climcix forestier, c’est-à-dire le terme le plus évolué connu du tapis
végétal sans l’intervention de l’homme, et une plantation d’arbres
due à la main de l’homme.
Nous référant encore à l’économie romaine, nous réserverons
« Silva » (12) pour la végétation naturelle (Silva mediterranea, silvae
gallicae, pluvisilva, laurisilva, durisilva, hiemisilva...), c’est-à-dire
celles dont les mutilations toujours possibles, même dans un climax,
incombent au règne animal sauvage ou aux perturbations atmosphé¬
riques. Peut-être devrions-nous inclure dans le biotope forestier les
populations humaines primitives (pygmées, par ex.) qui, vivant de la
chasse et de la cueillette, n’ont jamais eu intérêt à modifier un habitat
qui assurait leur subsistance ; mais il nous manque encore les études
qui, sortant du cadre strict de l’ethnographie, seraient orientées vers
cette action non destructrice de l’homme.
Il est très difficile de tirer des conclusions valables d’après les
statistiques qui ne font pas état de cette distinction entre la sylve
naturelle (forêt vierge), celle qui a subi des actions humaines (forêt
humanisée) et les cultures d’arbres.
Ainsi, la statistique officielle de la Forêt française ( Revue du
Ministère de l’Agriculture, nov. 1955, p. 85-99) donne les chiffres
suivants :
% du territoire 20,5, soit . 11.400.000 ha.
Forêt domaniale . 1.600.000
Forêts communales et publiques 2.400.000
Forêt particulière . 7.400.000
dont :
Moins de 10 ha. 2.700.000
10-50 . 1.600.000
50-200 . 1.550.000
200-500 . 800.000
Plus de 500 . 650.000
Peupleraies . 100.000
Les statistiques de cette sorte appellent les remarques suivantes :
1. Elles sont quantitatives. On n’y reconnaît point Yétat des
forêts, car elles ne font pas le départ entre les divers degrés de leur
dégradation. C’est ainsi que le Var est indiqué comme ayant atteint
ou dépassé le plus fort taux de boisement (plus de 40 % ) ; on aime¬
rait connaître l 'état des pinèdes, si fréquemment incendiées. Le dépar¬
tement de l’Hérault est indiqué avec un boisement de 10 à 18 % ; si
les garrigues sont incluses dans ce taux, comment peut-on estimer la
part qui leur revient dans l’équilibre agro-sylvo-pastoral, leur état
(12) Mieux que sylva selon les latinistes — Siluae rudes = forêts dans les¬
quelles on n’a pas encore coupé du bois. La langue française, dérivée sans doute
du latin le moins châtié, a adopté « sylve ».
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
chement ^ détériorer par le pacage et l’érosion jusqu’à l’enro-
une (1954, p. 40) traduit la même préoccupation sous
f ac autre forme : le pourcentage indiqué « ne représente que la sur-
cllmatiq e * non * eur masse > aussi importante au point de vue
. “?• ^ es populaies (= peupleraies) sont estimées à part. Si on
nu ° \ ^ ans * a m êmc rubrique les populaies riveraines (rarement
co rC f - e * * CS P cu I , Ioraies plantées, il est bien difficile de tirer des
£jP c usions sur la valeur économique des 100.000 hectares accusés.
inr° S aulor ’ sent une autre conclusion : les peupliers cultivés sont-ils
stat > ' , 'r 0ra k* eS a * a s y |ve ou a l’ager ? Le fait qu’ils font l’objet d’une
lier - S lf ^ U - C a P® c * a * e semble indiquer qu’ils ont un caractère particu-
c ’ ma is ils sont maintenus dans la statistique Forêt. Pour nous,
„ a ,ne ”°us avons eu l’occasion de le souligner déjà pour le Pignadar
e con, !] s’agjj de cultures d’arbres relevant des techniques de l’ager
et non de la sylve (K-L 1952).
ente^îf remarque est donc indépendante de la définition que l’on
d’exi .,^°î lner a lu forêt puisqu’elle se rapporte à une technique
de rf °“ a ^ on - Cela rend superflu les essais de définition qu’ont tenté
sion ° nner * es économistes sans avoir réussi à aboutir à des conclu¬
rent ( 13 )^ eS ’ comme nous avons tenté de le démontrer antérieure-
. . C °mme on le verra à propos des peuplements purs naturels notre
t»| n '° n nc sera P as la même lorsqu’il s’agira des peupliers sociaux
s Que tremula et surtout tremuloides.
3. Si l’on s’en rapporte aux produits mis à la vente, une confu-
j a n n °uyelle surgit : la statistique fait alors intervenir la qualité et
quantité du produit utilisé (chauffage, papeterie, bois d’œuvre),
du * S S3n ^ * en ’ r compte de l’état quantitatif et qualitatif, non plus
Produit de la forêt, mais de la forêt elle-même,
écr- dégradée et forêt aménagée. Dans une étude où la fonction
dA dn e , s * P r >se comme fil conducteur, nous devons opposer la forêt
tin î C a * a f 0 ™ 1 aménagée. Dans la première, l’écran est discon-
^ > les places ensoleillées peuvent prendre la valeur de « clairières ».
p n ® * a deuxième, l’écran est continu ; on dit que le peuplement
q u > la y a, eur d’un « bon massif ». Et cependant, la nature a besoin
l>h 0n s * on veut lui demander de rendre quelque service à
cia' ma ^ ne forci aménagée ne doit être ni trop dense ni trop
V! e " forestier lui applique la technique délicate des éclaircies
s mecs à placer telle essence déterminée dans son biotope le plus
favorable.
.. a ppelle éclaircie par le haut dans un peuplement forestier,
e qui a pour but de dégager le houppier afin qu’il bénéficie au
(13) Revue forestière française, 1953, n° 12, p. 822-828.
Source : MNHN, Paris
G. liUHNHOLTZ-LORDAT
mieux des rayons solaires nécessaires à ses photosynthèses ; par
conséquent, à son métabolisme général qui se traduit, en particulier,
par un meilleur diamètre du fût. Cette pratique culturale ne vaut,
évidemment que pour les essences héliophiles.
L’éclaircie par le bas consiste à dégager les individus qui s’an¬
noncent d’élite, de manière à éviter une concurrence (peut-être incom¬
plètement car celle-ci est surtout souterraine). Elle est utile pour les
espèces sciaphiles ou encore les espèces en mélange, à pouvoirs d’enva¬
hissement différents. Elle est nuisible pour les espèces héliophiles
qui « partent » vers la lumière (élongation du fût), à travers la strate
inférieure qui favorise ce départ.
Il est impossible de donner des règles générales, surtout pour les
essences dont la biologie est insuffisamment connue, comme il y en a
encore beaucoup en forêts intertropicales. Nous signalons ici le pro¬
cédé des éclaircies, parce qu’il s’insère dans une étude de la fonction
écran à laquelle il ne faut toucher qu’à bon escient.
Cas des lianes. En forêt dense africaine, les lianes jouent un
rôle considérable sur les étages différenciés sous la voûte des essences
élevées, qu’elles finissent par encombrer au point de diminuer la lumi¬
nosité interne du peuplement. C. Donis et E. Maudoux, ingénieurs
forestiers au Congo belge, attirent l’attention sur la nécessité de
mieux connaître la biologie des lianes. En savane herbacée recolo¬
nisée, la différenciation progressive du couvert active « l’élimination
de la végétation herbacée » et facilite « l’installation des semis natu¬
rels des espèces de forêt dense homologue. Plus tard, elles constituent
une gangue dont il convient de libérer les essences forestières dès
que ces dernières sont suffisamment développées pour constituer un
état de massif satisfaisant. » Un tel comportement est rare dans les
régions tempérées où les lianes n’ont jamais cette importance. En
région froide, la taïga en est dépourvue. En forêt dense hétérogène
la pratique dite de l’Uniformisation consiste à « convertir des futaies
d’âges multiples en futaies tendant vers la régularité ». Elle poursuit
un but économique, pour sauvegarder et augmenter le nombre des
essences précieuses ; de sorte qu’en définitive elle supprime « des
végétaux inaptes à fournir de la matière ligneuse de belle forme
marchande et qui interceptent inutilement la lumière au détriment
des essences forestières à l’état de brins, de moyens et d’adultes ».
« Dans beaucoup de cas la seule suppression des lianes équivaut
à une forte éclaircie favorisant les régénérations existantes et nou¬
velles. »
La stratification. — Dans une formation végétale une strate est
constituée par l’ensemble des individus qui ont à peu près la même
hauteur : strate inférieure, strate moyenne, strate supérieure. Ces
qualificatifs répondent à une classification indépendante de la compo¬
sition floristique et de l’âge des constituants. Mais on a ajouté aussi
d’autres qualificatifs faisant intervenir la consistance de la strate.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
65
Aûisi une strate peut comprendre des végétaux herbacés, des végétaux
Beaucoup d’auteurs adoptent :
une strate inférieure muscinale,
jusqu’à 1 m la strate herbacée et suffrutescente,
de 1 à 3 m la strate arbustive,
de 3 à 6 in la strate arborescente inférieure,
au-delà la strate arborescente supérieure.
Cette notion est fondamentale pour l’étude de la fonction écran,
s* 1 on tient compte du pouvoir de recouvrement de chaque strate.
Ou conçoit en effet qu’une strate jouera différemment sur les strates
sous-jacentes, suivant qu’elle sera continue ou discontinue.
Bans la forêt humide intertropicale l’étage supérieur est sou¬
vent disjoint, formé par des « géants » atteignant ou dépassant 40 m
hauteur (14), mais ils sont épars et, pourtant, la forêt à laquelle
1,8 s ’>ncorporent est appelée « forêt dense » (fig. 3).
Fig. 3. Structure schématique de la forêt dense (d’après
Schnell 1950, p. 18, flg. 4). Les strates discontinues n en
forment pas moins, par leur superposition, un écran
continu.
Ce qualificatif ne s’applique pas en effet à une strate, mais à
°ute la forêt. C’est ce qu’exprime Schnell (1950, p. 12) : « la forêt
uense est une formation fermée s. En dessous des houppiers des
géants disjoints il y a d’autres houppiers qui ferment la voûte de
teuiUage. Les forestiers disent que la voûte est formée par des indi-
Vl dus « dominants » (15) et « sou s-dominants » et que la forêt est
* en bon-massif » lorsque la voûte est fermée.
Tous ces termes dérivent de la notion générale de fonction écran.
p, (14) Le Ceiba Thonaingii Aug. Chev. ou Fromager ; Lophira procera Aug.
' ncv - : P'ntandrophragma utile Spr. ; Piptadenia africana Hook. ; Chtorophom
excclsa Bent. et Hook...
(15) Langage différent de celui des phytosociologues pour qui la dominante
"''roérique. Cela est d’autant plus regrettable que le vocabulaire de sociologie
Çgetale a fait table rase des usages antérieurement admis, ce qui ne facilite pas
® vulgarisation.
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. IX. B
Source : MNHN, Paris
66
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Les essences columnaires (Cl. 5) ou coniques ne peuvent réaliser
le même effet. Les vastes peuplements de conifères des régions froides
ne peuvent avoir de pouvoir étiolant collectif que si les individus se
touchent par les branches moyennes ou inférieures. La « fermeture »
se fait à un niveau plus près du sol que ne le font les feuillus à
houppier. L’étiolement de la végétation sous-jacente n’est pas du
tout comparable dans les deux cas. Les strates intermédiaires entre
le sol et la cime n’ont pas et ne peuvent avoir le même comportement.
On voit l’intérêt que présenterait une étude faite dans ce sens
dans les forêts où les essences feuillues et les conifères columnaires
(Picea purpurea par exemple) sont en mélange (Alpes chinoises du
Se-tchouan) (Cheng) (Cl. 9).
Ainsi se répartissent les individus suivant leurs exigences écolo¬
giques (Thermophilie, hygrophilie, héliophilie...), par le jeu de la stra¬
tification. Leur stabilisation ne peut se concevoir que théoriquement,
parce que, même dans un peuplement climacique, les strates sont
sujettes à des modifications qualitatives et quantitatives qui peuvent
passer inaperçues à un visiteur intermittent, mais qui ont une action
évidente sur les êtres qui demeurent.
Lorsque l’on étudie la fonction écran il faut toujours se placer
à un double point de vue : ses propres modifications et les répercus¬
sions de celles-ci sur les êtres environnants. Ainsi, P. Leroy (1956)
estime que pour les deux années 1953 et 1954 la réduction de crois¬
sance du Pin sylvestre par l’action de la glace atteint 20 à 25 %
par suite des ébranchages et surtout de l’étêtage, dans la forêt de
Haguenau. On pourrait multiplier les exemples, non plus par trau¬
matismes, mais par parasitisme, comme l’a montré P. Bernaux, sur le
Pin sylvestre également, envahi par le gui (Viscum album pini v.
Tub.) dans une forêt des Basses-Alpes.
Cet aspect pathologique de l’écran chlorophyllien pourrait donner
lieu à des développements plus importants si nous faisions intervenir
la virologie et les carences, qui dérèglent le port et la phyllotaxie.
Mais ces points de vue sont hors de cause ici. Nous ne retenons
que le sens même de la fonction écran qui est d’agir sur les êtres
sous sa dépendance.
Un individu destiné à faire partie de la voûte peut être bloqué
à un niveau inférieur au cours de sa croissance, s’il n’y trouve pas
ses optima écologiques et reprendre sa course s’il se produit une
modification favorable dans les strates qui le dominent.
La fonction écran varie d’ailleurs normalement au cours de cette
croissance :
1. Les végétaux spécifiquement hétérophijlles ont une fonction
écran sous la dépendance quantitative de l’une ou l’autre feuille, soit
dans le temps (formes de jeunesse), soit dans l’espace (coexistence
des deux sortes de feuilles). Nous ne connaissons pas d’ouvrages ayant
exploité cette notion pour justifier un comportement corollaire des
strates sous-jacentes (P. Rivals) (1952, p. 60-61 partie.).
2. La fonction écran diminue avec l’âge. Le houppier s’éclaircit,
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
67
Pin sur . une * r és grande longueur par l’élagage naturel. Type
«s siluestris (surtout sa race dite d’Auvergne).
J- J** fonction écran augmente avec l’âge (16). Le houppier se
vi _ e °PP e et devient de plus en plus feuillu. Type de feuillu semper-
' lren t : Quercus ilex.
de f‘ a .^ onc f‘ on écran cesse de jouer périodiquement par la chute
f s eu >Hes. Type Quercus pubescens (Forêt caducifoliée, deciduous
C i " d’influence osmotique est généralement prépondérante ; ainsi,
J è l i P , f° r éts tropophiles, la chute des feuilles dépend de la saison
1 c . e (époque, durée), encore qu’elle n’intéresse pas nécessairement
otalité des individus d’une même espèce.
La nature du sol vient s’ajouter à ces complications climatiques
peut accélérer ou faire apparaître des caractères de tropophilie
r UnC climatiquement ombrophile, et inversement. Cela
sir* ll * Ue I >ourt I uo * l’on a été conduit à admettre des « forêts de tran-
i°n » dont les causes ne sont pas toujours aussi faciles à déceler
leurs effets.
Dans la pratique du jardinage, les essences ne se différencient
div Cn s * ra * es - Tout le volume est occupé par des individus d’âges
d e «. rS | c * e P u * s l es brins de semences jusqu’aux arbres les plus élevés
comHi 3 cou P e ’ en An de révolution, dégage ceux qui sont prêts à
. b,e | - le vide. L’humus est toujours protégé. L’ambiance forestière
' maintenue et demeure favorable à la régénération. Les strates
in ?? ina l e et inférieure, ne sont point intéressées par la pratique
■mrdmatoire et peuvent se développer (G. K.-L.) (17).
Tout ce qui précède sur la stratification nous conduit à penser
que les phytosociologues ne sont pas très logiques lorsqu’ils mettent
ans une même association des végétaux qui ne sont pas destinés à
a ® r * e même rôle dans l’évolution du tapis végétal. Lorsqu’un champ
• abandonné, une seule strate s’établit (la strate inférieure évidem-
au nt ’ ma ’ s e H e P eu t disparaître partiellement ou même en totalité
in i C ° Urs fi e * a différenciation des strates supérieures temporairement
„ u ? es dans la strate la plus inférieure qui comprend toutes les
écr mma ^° nS ‘ Chaque végétal développe progressivement sa fonction
dité *1 .^ on * * es limites sont plus individuelles que spécifiques. L’héré-
son H’ 1 ^ onnc fi es possibilités (de hauteur, de ramification, de foliai-
,ui ’ ex Ploration souterraine...) ; l’environnement lui permet ou ne
fore^t‘ rme ^ • ( * U - e l ,ar t* e H emen t l eur réalisation. C’est pour cela que le
s ier fait intervenir les éclaircissages dont nous avons parlé,
exn ■ PCUt . S en réf érer d’ailleurs à l’autorité de J. Lebrun, qui
•sa ni lm ^ ^ m ^ me P ens ée, sous une autre forme, dans la relation de
Qui H ' ssi< ? n au fi 81-0 national de Kagera (Congo belge) : si les essences
ominent le tapis végétal forment des peuplements suffisamment
Kranhi.VHi 6 ver * )e * surcimcr » a été introduit dans la littérature des phytogéo-
c °urs P- 187), pour indiquer ces dépassements en hauteur au
u une évolution progressive.
(17) Congrès A.F.A.S., Liège, section de biogéogr., p. 954-958.
Source : MNHN, Paris
68
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
denses pour le modifier, il faut les considérer comme « dynamogé¬
nétiques », donc ne pas les incorporer à l’association sous-jacente
(cas des savanes arborées). Cette opinion nous paraît valable pour
toute la surface du globe.
On ne voit pas pourquoi il faudrait à tout prix incorporer des
arbres isolés à une association. Le Pyrus amygdaliformis des gar¬
rigues méditerranéennes ne peut faire partie d’aucune association
végétale, décrite ou non, parce qu’il a un comportement écologique
très particulier et n’a d’autre action que de modifier, sinon de le
détruire, le tapis végétal sous-jacent.
Cela met en évidence l’interdépendance des strates. La fonction
écran agit de haut en bas et, moins habituellement (lisière) latéra¬
lement (G. K.-L. 1956) pour les facteurs écologiques dont l’origine est
à l’extérieur du peuplement qui les capte ; mais ils peuvent provenir
aussi d’une action en sens inverse propre aux strates elles-mêmes,
telle que l’évaporation.
La self-protection. — Une sylve climacique constitue un biotope
global, un tout équilibré dans son ambiance propre. Elle demeure
sujette aux traumatismes causés par la faune sylvestre ; mais il est
remarquable que celle-ci n’est pas obligatoirement une cause de trans¬
formation sensible du biotope. De plus en plus se fait sentir la néces¬
sité d’une étroite collaboration entre le botaniste et le zoologiste pour
étudier les interactions entre l’occupant animal et l’occupé végétal.
Une telle coenobiose est durable, donc équipée pour atténuer les
insolites variations des agents extérieurs. Elle peut se maintenir alors
par ses propres moyens (auto-protection, self-protection, self Conser-
vancy). Le cas est surtout connu pour les forêts assez instables dont
l’origine remonte à une époque où les conditions climatiques étaient
différentes de celles où elles se trouvent présentement. Ce sont des
« reliques » (18). Dès qu’elles s’ouvrent aux influences extérieures
elles entrent en régression ; c’est le cas des forêts basses à Parinari
excelsa Sabine de la région des Monts Nimba « installées jadis dans
des conditions plus favorables ». Des exemples de self-protection ont
été donnés dans les régions où l’on a pu mettre en évidence les
caractères anciens, plus ou moins atténués, du climat (paléoclimato¬
logie) ; on lira avec fruit, à ce sujet, les travaux d’AuBREviLLE, de
Schnell, de Moreau et, plus récemment, de Trochain, sur la forêt à
Penladesma butyracea des environs de Brazzaville (qu’il qualifie de
« postclimax »). On en trouve aussi en Europe, en Asie, en Amérique,
en Australie, lorsque le climat évolue vers la sécheresse. Ces reliques
deviennent alors très vulnérables et il ne faut toucher qu’avec pru¬
dence à leur fragilité écologique.
Cette fragilité n’est d’ailleurs pas forcément globale. Il n’est
guère pensable que dans des peuplements très variés floristiquement,
il ne puisse y avoir au cours d’une période de self-protection des
(18) On dit aussi « relictes », de relictus, a, um abandonné. Mais en don¬
nant à ce mot le sens d’un abandon naturel.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
69
Modifications qualitatives : disparition des plus fragiles et apparition
espèces mieux adaptées aux conditions nouvelles. L’avantage de la
l f-protection est de permettre des transitions ménagées sans des-
ruction brutale du manteau forestier qui déclencherait l’érosion.
Aussi faut-il distinguer ces forêts, bases fondamentales de la pro-
ection de la nature, des forêts dites « secondaires », dont la consti¬
tution floristique est due à la recolonisation d’un emplacement de
orêt primaire (relique) détruite.
Evolution naturelle et évolution artificielle sont les deux aspects
entre lesquels le phytogéographe aura à choisir à l’aide de tests récents
(nomadisme cultural actuel) ou lointains (civilisations anciennes). En
Lotc d’ivoire, le « toit de feuilles » de la forêt éburnéenne est dis¬
continu (sauf en montagne) ; « nulle part le soleil n’est complètement
invisible » ; elle n’est pas primaire car elle contient, avec des plantes
moins d’anciens débroussements, des tests anciens d'établissements
umains, tels que haches polies (R. Paulian, 1947, p. 25-27 partie.).
La self-protection telle que nous venons de l’envisager, en tant
flue processus favorabe au maintien de « reliques », est bien plus
anale si elle s’applique à des peuplements végétaux en équilibre bio-
ogique, c’est-à-dire dans leur climax pédo-climatique. Les régions
intertropicales en fournissent de nombreux exemples sous climat tro¬
pical, marqué, comme l’on sait, par une alternance de périodes de
Pmie et de sécheresse. Lorsque la pluie cesse, le peuplement n’est pas
compromis, parce qu’il a la possibilité de conserver sa propre ambiance
ncquise pendant la période pluvieuse. Il est bien évident que cette
s Çlf-protection est à la merci de la durée de la période de sécheresse ;
elle sera par conséquent d’autant moins efficace que l’on s’éloignera
ne l’équateur pour arriver aux climats péridésertiques, dits semi-arides
et arides. C’est ce qu’AuBREViLLE appelle « l’influence résiduelle de la
saison des pluies » (1949, p. 69).
Lorsque l’on passe aux régions dites subhumides et humides le
acteur température prend de plus en plus d’importance. La fonction
cran est périodiquement détruite (forêts caducifloliécs) par la chute
es feuilles ; plus au nord, les sempervirents conifères s’accommodent
, s des rigueurs de l’hiver et la self-protection prend un caractère
mdividuel en raison du port conique ou columnaire. Il n’y a plus de
* mit », les interactions verticales et latérales sont moindres ; tout se
Passe comme si chaque individu se suffisait à lui-même (19).
Ainsi cet aspect géographique de la self-protection a son écho
su r la fonction écran qui lui est largement subordonnée.
Enfin, certains auteurs appliquent le terme « relicte » à des
ooquetaux épargnés par les pratiques incendiaires. Par exemple : les
orêts relictes à Cynomelra glandulosa du Soudan français. Elles sont
dans une certaine mesure capables de self-protection, Aubreville, qui
es décrit (1949, p. 267) les localise sur un substrat rocheux sur lequel
.119) Nous verrons que même sous de tels climats les incendies de forêt sont
lrès importants.
Source : MNHN, Paris
70
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
meurt le feu, mais elles subsistent malgré leur isolement, alors que
l’espèce principale est très sensible à la flamme ; elles sont vouées à
la disparition, parce que l’ambiance forestière nécessaire à l’auto-
résistance est à la limite de sa stabilité.
Mais le cas le plus curieux et, à coup sûr, le plus inattendu est
celui des formations xérophiles, sur lesquelles Aubreville a appelé
l’attention en fournissant une explication climatologique. Pour lui,
elles sont identiques à elles-mêmes depuis des temps très reculés.
Cette stabilité est duc à deux causes principales : l’insuffisance des
pluies ou de l’humidité atmosphérique interdisant « le développement
d’une savane vigoureuse » (limitation des feux) et l’impossibilité de
cultiver sans irrigation (limitation des défrichements). La rusticité et
la frugalité remarquables des composantes floristiques de telles for¬
mations apparaît comme cause essentielle non seulement de leur
maintien mais encore de leur extension parallèle à l’accentuation du
climat dans le sens de l’aridité (à partir de moins de 700 mm de
pluie). Les formations à épineux, lorsque leur origine ne peut être
attribuée à des actions humaines relèvent de ce mécanisme de self-
protection (voir au lexique : Bush, espinares, steppes...) ; mais cette
généralisation que nous faisons ainsi de la notion de self-protection
n’est peut-être pas tout à fait valable parce qu’il s’agit de rusticité
plus individuelle que collective. Cela ne nous étonne point : en bio¬
logie il est toujours dangereux de séparer les actions individuelles
des actions collectives ; la synécologie ne se conçoit qu’au travers de
l’auto-écologie.
Fragilité de l’ambiance forestière. — D’après ce que nous avons
dit des peuplements végétaux qui se maintiennent par self-protection,
on peut déduire qu’ils sont à la merci d’agents extérieurs, naturels ou
non s’ils modifient les conditions écologiques de leur survivance (par
exemple les « zones de moindre résistance » reconnues par Aubre¬
ville (1949, p. 342) en Afrique tropicale). La grande majorité des
êtres peut être ainsi être victime de leur fragilité écologique. Nous
ne disons pas : tous les êtres, parce qu’il s’en trouve dont la plasticité
écologique leur confère une sorte d’ubiquité, de vagabondage, hors de
tout biotope restreint.
Une mare qui se dessèche, une forêt qui s’éclaircit, une roche-
mère qui se couvre de végétation, un sable qui se met en mouvement
ou se stabilise, en un mot tout changement dans un habitat peut
provoquer la disparition de ses occupants dans la mesure où ils sont
liés à cet habitat : la fragilité écologique résulte de cette spécificité
écologique (20). C’est d’ailleurs pour cela que le tapis végétal est en
(20) Une espèce est dite « sténotope » lorsqu’elle est très étroitement liée
à un milieu donné. Une légère modification physique ou chimique de ce milieu
suffit à la faire disparaître.
Il ne faut pas confondre la fragilité écologique avec l’apparence morpholo¬
gique de la fragilité. Ainsi certains colibris, frêles par excellence, occupent de
vastes territoires élevés des Andes de l’Amérique du Sud (Horst). où ils trouvent
leur pleine vitalité.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
Perpétuelle évolution tant qu’il n’est pas constitué par un ensemble
e plantes qui réalisent un habitat collectif, capable de self-protection.
Cela n’est pas sans importance. Nous pourrions sans doute, dit
encore Aubreville dans ses magistrales études sur les climats et
orêts d’Afrique, retarder ou atténuer les effets de la régression
* ^ 11 ?^ ue nous voyons aujourd’hui encore des formations forestières
arch a ïq ues qui se perpétuent, bien que le climat avec lequel elles
,, aien ^ autrefois en harmonie ait évolué dans un sens qui leur est
uefavorable » (1949, p. 344).
H P eu t-être trouverait-on là une justification — limitée on le voit —
e la notion d’association.
Ecologie et génétique. — Certains auteurs pensent qu’il ne faut
Pas confondre ce qui revient au milieu et ce qui revient à l’hérédité,
a distinction est bien souvent délicate. Cependant, Birand cite un
A 11 ’** n’hésite pas à attribuer à l’hérédité : en Anatolie centrale
1 nkara) il pleut beaucoup dans la steppe ; mais les géophytes y ont
.,?® Période de repos justement pendant la période pluvieuse qui est
ete ; leur pression osmotique, mesurée, varie peu. D’où l’Auteur
conclut qu’il s’agit d’un caractère qui se dérobe à toute explication
écologique.
Nous pensons que le problème peut se poser différemment si l’on
a met qu’une plante est dans son optimum écologique lorsqu’elle
accomplit son cycle évolutif complet, c’est-à-dire lorsqu’elle assure
une lignée.
Cela nous permet de rejoindre la notion de self-protection car si
un peuplement se maintient sans modifications importantes, c’est que
se s espèces constitutives sont capables de régénération, précisément
Parce qu’elles ont contribué à la stabilité du biotope. Si Ch. Killian
n a pas réussi la germination provoquée (milieux divers, hormones,
Vitamines...) de la Lentibulariacée Genlisea africana, c’est parce qu’il
avait retirée de son biotope spécifique (mince couche de limon cou¬
verte d’une fine pellicule noirâtre de détritus végétal) où il a reconnu
jésuite « l’action stimulante qui seule lui permet de germer ».
i est-ce point là une solution écologique de la lignée ?
Da prospection floristique est-elle vraiment suffisante pour tirer
es conclusions valables sur la biologie des espèces ? Elle permet de
C( )nnaître leur aire de présence ; mais est-elle leur aire de dissémi¬
nation ? Autrement dit une espèce est-elle capable d’assurer une
dans toute son aire de présence ? Si elle est ici fertile et là
stérile (à la périphérie de son aire de présence par exemple) peut-on
conclure à des interprétations « biogéographiques » certaines ? Les
•«géographes qui travaillent à l’échelle des continents, perdus ou non,
sont-ils toujours suffisamment informés sur les comportements géné-
•ques ? Un souffle de prudence semble très heureusement avoir
nspiré le colloque sur les connexions Asie-Australie (21). Nous
(21) Soc. biogéogr. Bull. 254 à 258.
Source : MNHN, Paris
72
1. 1UJHNHOLTZ-LORDAT
sommes personnellement séduit par les conclusions de Paul Jovet :
« Certains géologues ont accepté des conclusions biogéographiques
qui sont bien loin d’être prouvées, avec presque aussi peu de sens
critique que les biogéographes en montrent en acceptant des théories
et hypothèses géologiques comme des faits démontrés ». Paul Duvi-
gneai'd (avec d’autres) émet les mêmes réserves pour l’Afrique dont
il convient d’attendre « une connaissance un peu plus exacte des
aires de distribution d’un nombre suffisant d’espèces ». En Amérique,
dit Aubreville, « la biologie et l’écologie des espèces et des forêts
tropicales forment un domaine pratiquement neuf ». Mais tout cela
est d’ordre géographique, et, sans nier que ce soit un préliminaire
indispensable, il reste à souhaiter que cette prospection soit enrichie
d’une autre nécessité : la connaissance génétique. Il ne faut pas consi¬
dérer comme identiques des groupements végétaux où les espèces
sont représentées par des individus capables ou incapables d’assurer
une descendance. Le Charme et le Chêne coexistent en bien des
endroits ; mais on sait que le premier se régénère abondamment là
où la température entrave au contraire les glandées. Une telle réper¬
cussion écologique sur la descendance devrait éviter bien des contre¬
sens biologiques à ceux qui comparent des relevés floristiques partout
où le Charme et le Chêne sont présents.
La résilience. —- Ce terme, adopté par les ichtyologues (22)
s’applique à la capacité de reconstitution d’un peuplement qui a dimi¬
nué pour une raison quelconque (pêche abusive, maladie, sous-alimen¬
tation...). Il dérive du verbe resilire qui signifie rejaillir, dans le sens
de revenir à une position primitive. La reconstitution du peuplement
peut être partielle ou totale parce qu’elle est spécifique ; c’est-à-dire
qu’une espèce donnée a une résilience qui lui est propre : faible ou
grande. On conçoit qu’elle puisse être liée à la reproduction et ratta¬
chée à la self-protection.
Nous pensons que les phytogéographes peuvent tirer profit de
cette notion.
On connaît des espèces végétales qui sont incapables de recons¬
tituer des peuplements détruits (fécondation difficile ou limitée,
espèces en voie de disparition...) alors que d’autres recomblent les
vides avec une grande facilité. D’après ce que nous savons de la fonc¬
tion écran, elle a une action directe sur la résilience puisqu’elle
s’exerce sur l’optimum vital dont elle permet ou entrave la réalisation.
La résilience a une application pratique évidente. Lorsqu’un peu¬
plement est exploité, il faut tenir compte de la capacité de repro¬
duction des espèces ; c’est ce principe qui a conduit les forestiers à
préciser le taux des semenciers à réserver. Les espèces à résilience
très élevée sont même capables de dépasser le simple retour quanti¬
tatif à leur présence initiale. C’est ainsi que se constituent les peuple¬
ments purs caractéristiques de la forêt secondaire sur l’abattage de
(22) Voir le Bull, agric. du Congo belge XLVII, 4, p. 824 (Hulot, Vibert).
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
73
® ^ or ét primaire. Par contre, l’un des problèmes les plus difficiles à
résoudre est celui de l’« enrichissement » d’un peuplement hétérogène
espèces disséminées mais de grande valeur économique et douées.
d une résilience faible.
La notion de résilience peut-elle être appliquée à des reconsti¬
tutions par voie végétative ? Nous ne le pensons pas parce qu’il s’agit
alors des mêmes individus, déjà en place et non d’une dissémination
d individus nouveaux.
Peuplements purs el peuplements mélangés. -— Les peuplements,
purs (= monophytiques; sont en relation soit avec des conditions éco-
*°giques naturelles très particulières de climat ou de sol, soit avec
un régime économique déséquilibré. En voici deux exemples :
L’étude de Schnell (1952, p. 201-202) sur la Mangrove conclut
a deux sortes de Mangroves : à peuplement mélangé (Rhizophora
r acemosa G.-F. Mey + Avicennia nitida Jacq.) et à peuplement pur
ue Rhizophora. Or, l’évolution naturelle conduit au peuplement pur
Parce que le mélange est dû à des modifications artificielles du biotope
rès spécial des vases littorales salées (Guinée).
Par contre, en région méditerranéenne, la Chênaie naturelle est
an mélange de feuillus à base de Quercus ilex et Quercus pubescens.
Mais elle a été transformée en peuplement très riche en Q. ilex, très
Pauvre en Q. pubescens ; le premier a été bien moins exploité, sa
°nction écran est permanente (sempervirente) et il a une aptitude
considérable à drageonner ; il est, d’autre part, plus lié aux influences.
de la mer (influences méditerranéennes ou atlantiques), tandis que
,e Chêne pubescent s’étend largement vers les régions médioeuro-
Péennes. Les peuplements purs de Chêne vert ne constituent donc pas
un * climax » surtout dans la région gallo-provençale, mais un peu¬
plement d’origine anthropogène ce qui est bien compréhensible dans
Une région de si vieille civilisation.
Les Pins ont souvent une origine pyrophytique. On sait que
e urs peuplements purs sont dus aux éclatements des cônes par feux
e cimes. Dans le monde entier ces producteurs de résine sont d’une
extrême sensibilité à la flamme. Leur introduction n’est pas toujours,
rès prudente. Simone Henry souligne que les incendies de la forêt
cuillue de Bouconnc (ouest de Toulouse) ont débuté par une forêt
contiguë plantée en pins et que dans la « restauration » de cette forêt
Malmenée pendant la dernière guerre « le pin nouveau venu y prend
chaque jour plus de place et a remplacé par endroits la Chênaie »
'P- 225). Quelles belles flambées pour l’avenir f
Le pin, essence de lumière, s’incorpore sporadiquement à la forêt
cuillue dont la fonction écran est trop étiolante. S’il prend le dessus
C est Par voie de régression de la forêt initiale. Il demeure entendu que
es peuplements purs peuvent être liés à des conditions édaphiques ou
c hmatiques, ce qui ne les garantit, en aucune manière, de la flamme.
Pour avoir du bois d’œuvre, le forestier peut être amené à laisser
■> forêt feuillue s’enrésiner. Mais, comme le recommande Boudy, il
aut être prudent dans l’emploi des essences inflammables ; nombreux:
Source : MNHN, Paris
74
O. KUHNHOLTZ-LORDAT
sont les forestiers méditerranéens qui ont conseillé, comme lui, le
compartimentage des résineux par des bandes de feuillus repoussant
de souche. Mais une telle réalisation s’avère difficile pour les forêts
particulières très morcelées, chaque propriétaire voulant se réserver
le plus d’essences de rapport possibles sur ses parcelles. C’est l’un
des drames de la pinède gasconne qui pourrait trouver cette solution
dans le remembrement et la coopération.
Les forêts à Mesquites (genre Prosopis) des régions arides ont,
elles aussi, une fonction écran très variable suivant les espèces :
Prosopis glandulosa a des feuilles caduques, alors que P. juliflora a
des feuilles persistantes et des branches étalées.
Les travaux phytogéographiques abondent en exemples de ce
genre. Il nous suffit de retenir ici que dans un peuplement mélangé,
la différenciation des strates ne saurait être uniformisée, par le fait
même que la fonction écran varie suivant les essences qui participent
à la voûte, même supposée continue. Voici, par exemple, des combi¬
naisons bien connues :
Quercus pubescens + Quercus ilex Pinus halepensis.
Cedrns atlantica -f- Quercus ilex.
Quercus zeen + Quercus suber.
Le premier exemple, bien démonstratif comprend un chêne à
feuilles caduques (favorable aux insolations hivernales), un chêne
sempervirent à houppier très dense (ombrage continu), un pin semper-
virent mais laissant passer une lumière tamisée (peu modificatrice).
Il est bien évident que le remplissage par le mort-bois variera beau¬
coup en quantité et en qualité suivant la répartition de ces trois
espèces dans la voûte. Seule, une statistique conventionnelle permet
de transformer cette réalité chaotique et indisciplinée en une « asso¬
ciation » docilement emprisonnée dans une classification sans physio¬
nomie, sans vie.
Dans les forêts intertropicales le nombre des essences mélangées
est parfois très considérable. Leur interprétation dynamogénétique
est encore hérissée de difficultés parce que nos connaissances sur leur
auto-écologie sont très incomplètes ; il manque même un recensement
floristique exhaustif. C’est pourquoi certains botanistes ont accueilli
avec réticence les conclusions, peut-être un peu hâtives en effet, des
phytosociologues intertropicaux.
Notre remarque sur l’insuffisance de nos connaissances auto-éco¬
logiques ne saurait être discutée, croyons-nous, si l’on a présentes à
la mémoire les variations individuelles, pleines d’embûches pour la
phytosociologie.
L’arganier a des feuilles persistantes sous climat doux et les perd
pendant plusieurs mois et même plusieurs années, au grand désap¬
pointement des chèvres, si la sécheresse persiste.
Le Chêne liège (Quercus suber J perd ses feuilles simultanément
ou en presque totalité, au Maroc, pendant une quinzaine de jours, ce
qu’il ne fait point en Algérie ou en Tunisie (Boudy). Les exemples
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
75
a ondent d’espèces insulaires qui ont des comportements différents
« au vent » et « sous le vent ».
Aux peuplements purs (dont nous n’avons donné que quelques
exemples), se rattachent deux corollaires qui ne sont pas sans impor-
ance pour une étude de l’équilibre agro-sylvo-pastoral : le peuple-
m ent social et le peuplement équienne.
Un peuplement social provient de l’aptitude que possède une
espèce à former des nappes pures d’individus. De telles espèces sont
ites sociales. Elles jouent un rôle considérable dans l’évolution du
/JP 1 ® v égétal. Plus la nappe est dense et continue plus son pouvoir
étiolement se fait sentir sur les plantes sous-jacentes. Elles sont
Pus souvent liéliophiles que sciaphiles.
Elles forment un abri pour les germinations des plantes destinées
* ux strates supérieures ; c’est pourquoi nous les considérons comme
ormant un stade préforestier. Elles ont une vie limitée par le pouvoir
e lolant des espèces plus élevées qui traversent leur peuplement.
Une nappe sociale n’est pas forcément formée d’individus du
meme âge, mais elle est alimentée et s’étend par des germinations
successives. Aussi est-elle douée d’une résilience élevée. Beaucoup de
lumineuses arbustives ont ce comportement.
Dominance numérique. Il peut arriver que, pour diverses raisons,
une essence prenne le pas sur les autres au point de les évincer, au
jnoins par places. On connaît, à cet égard, le comportement de cer-
ains hybrides (hybrid vigor) qui chassent leurs parents. Le fait est
_ res rare pour une essence génétiquement pure ; il est d’autant plus
r appant qu’il se produit dans des peuplements denses normalement
l'es mélangés, comme dans les régions inter-tropicales. Il convient de
juter le Gilbertiodendron dewevrei, dont la « pureté » varie de 10 à
2nn % dans la forêt P rimairc bordant la cuvette congolaise sur quelque
■^UO.OOO km* (Thomas). De tels exemples de dominance numérique
sont généralement dus à des interventions humaines.
Un peuplement équienne résulte de germinations synchrones. Cer-
ajnes espèces ont une puissante aptitude colonisatrice des substrats
mis à nus (les pins, l’okoumé...) ; leur abondante dissémination forme
e n effet une véritable « brosse de semis ». Ce sont des auxiliaires
Précieux de l’homme dans la lutte contre l’érosion.
Les forestiers qui veulent obtenir non pas une sylve floristique-
jaent hétérogène, mais la culture d’une essence destinée à être exploitée
au même âge (culture industrielle), font des plantations de brins de
meme âge, issus en pépinière de semis ou de boutures.
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
II. - LES NIVEAUX DE REALISATION
1. Peuplades primitives et nations organisées.
Il paraît difficile, malgré les apparences d’isolement, de recon¬
naître un équilibre autarcique chez les peuplades primitives ou peu
évoluées. Le clan, la tribu, faisaient des incursions temporaires chez
leurs voisins, incursions à buts divers (d’alimentation, de vengeance,
de conquête, plus rarement de troc), dans une alternance perpétuelle
d’offensive et de défense. Il leur était bien difficile de réaliser un équi¬
libre agro-sylvo-pastoral. Nous aurons l’occasion de souligner les
inconvénients de ce système anarchique essentiellement dévastateur,
sauf dans le cas très particulier et de plus en plus localisé des peu¬
plades sylvestres, dont nous aurons à dire un mot dans nos conclu¬
sions générales (23).
Nous allons examiner cet équilibre économique, garant de la
protection de la nature, chez les peuples capables d’organisation à
des niveaux de plus en plus élevés : à l’entreprise (24), au pays (25),
à la nation, au monde.
2. L’équilibre au niveau de l’entreprise.
Il ne peut être question ici que des entreprises orientées vers les
trois sources de profit qui sont : la culture, l’élevage et la forêt. C’est
un système autarcique qui s’est détérioré avec les moyens de commu¬
nication, c’est-à-dire d’échanges. Il appartient aux économistes d’en
étudier le passé et les survivances. « Par tous les éléments que la
circulation charrie, par tous les sédiments qu’elle laisse, elle associe
la vie locale et la vie régionale à la vie universelle » (Max. Sorre,
1954, p. 592).
Nous en avons donné un exemple assez frappant en 1945 (26).
Il s’agit d’un domaine qui a fait, de 1844 à 1860, l’objet
d’un véritable « remembrement interne » dont on appréciera, sans
autres commentaires, les bienfaits en se reportant aux deux plans
dressés avant et après les remaniements (fig. 4 et fig. 5, p. 82 et 83).
11 s’agit d’un bien groupé autour de l’habitation et de la ferme. Cela
existe encore chez le petit paysannat, aux Etats-Unis (Self-Sufficing)
(R. Dumont, 1949).
L’équilibre reste toujours au niveau de l’entreprise, même si
l’ager, le saltus et la sylve ne sont pas aussi rassemblés. Il est logique
que les sources de la matière organique nécessaire à la mise en valeur
de l’ager, soient situées sur les lieux les plus favorables à sa produc¬
tion. Par exemple les marais à phragmite (roseau des marais), liés
(23) « Réserves et Civilisations ».
(24) Nous adoptons ce vocable des économistes qui le préfèrent à celui
d’« exploitation ».
(25) Au sens des géographes et par préférence à celui de « région naturelle ».
(26) Annales Ecole nat. d’Agrie. de Montpellier 1945, XXVI, 4.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
77
^ * a fixation des terres meubles de l’ager littoral ; ou encore la ber¬
gerie du saltus de garrigue, dont la croûte (fumier des ovins), était
ansportéc sur l’ager de plaine (27).
aut - mm . e C.-R. Houdet (28), l’agriculteur ne vit plus en
arcie ; il est devenu acheteur de moyens de production et, de plus
11 n* S ’ ac< t u * ei i des biens de consommation.
Nous n’avons pas eu la possibilité de suivre l’évolution de l’entre-
prise dont nous avons perdu la trace en 1860 ; elle est sans doute
n ouie dans quelques archives qui ne doivent pas être introuvables,
une manière générale, il serait fort instructif de voir ce que sont
venus ces équilibres agro-sylvo-pastoraux, réalisés sous le Second
m P*re, notamment en Gascogne, en Sologne, en Bretagne.
Les traces d’un passé plus lointain, mais historiquement certaines,
uous sont fournies par les Moines Cisterciens qui avaient réalisé, avec
es moyens dont on pouvait disposer au Moyen Age, un remarquable
équilibré entre le champ, l’élevage et la forêt. Il est vrai qu’ils avaient
*' eur avantage le culte de la terre, l’obligation des travaux manuels
|, a richesse immobilière qui leur venait surtout de dons et de
exemption de l’impôt. La « grange » (grangia) était une ferme consi-
eréc comme une unité élémentaire ; elle comprenait, comme de règle
ez ces grands agriculteurs, les trois fondements essentiels de I’ex-
oitation rationnelle, qui font l’objet de nos présentes préoccupations,
f a ^ e I >en fi an t» un système mixte fut adopté, très généralement : la
oret sur son emplacement fixe avait son propre aménagement ; sur
s autres parcelles, il y avait des possibilités d’alternance entre la
culture et le pacage sur jachère.
Les chaumes de céréales (Boitel, 1882), ont eu une importance
°nsidérable en Afrique du Nord pour les chevaux et les bêtes à
cornes ; ils fournissaient le pâturage avant la sécheresse et le foin
s cc pendant l’été : « les herbes des chaumes entrent dans l’assolement,
somment comme les prairies artificielles dans certaines régions ».
ans les régions froides, où la moisson est trop tardive, la sole est
andonnée à la jachère climatique, pour être pâturée jusqu’aux nou-
e es semailles (Haute-Maurienne, par exemple),
i , ^ es t là une jachère imposée. Mais cette rotation agro-pastorale
épendante de la forêt, s’est établie aussi, avec des durées variables
j 1 , vant l es sols et les climats : les pâturaux de la Marche (Creuse,
re "l’. son t fies jachères parcourues pendant plusieurs années entre
culf X ^ r *°fi. es culturales (Abadie). Dans la Sarre, la rotation était :
c ,, Ur ? (trois ans), jachère pâturée (douze-quinze ans). La durée de
de ç Jachère était même portée à vingt-cinq ans dans le territoire
p „ ,®.mburg, si bien que ce n’étaient plus les mêmes hommes qui
Cultivaient (Dion) (29).
N ® us ,Payons au passé parce que l’usage abusif des engrais minéraux
souvent effacé la coutume.
(28) Cahier des ingénieurs agronomes oct.-nov. 1956, n“ 110, p. 7-9.
(29) Archives citées in Dion 1934, p. 49 et 51.
Source : MNHN, Paris
78
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
De tels pacages nous intéressent ici parce qu’ils étaient livrés à
des bergers nomades moyennant redevance ou fumure. Ce nomadisme
spécial n’était pas favorable à la conservation des sols. On regrette
que cet aspect de la question n’ait pu être abordé par des dépouille¬
ments d’archives où l’on recueillerait sans doute les doléances des pro¬
priétaires. Sous certains climats semi-arides (Syrie, Cilicie) (Achard)
ou même sub-humides (Costière du Gard), où l’on retrouve ces usages
actuellement, leur répercussion a été ou est encore très grande sur le
tapis végétal, comme nous l’avons montré pour la Costière (1949).
Floristiquement, ces jachères ont tous les caractères de la végé¬
tation postculturale. On y rencontre souvent de très bonnes fourra¬
gères qui prennent une grande importance économique lorsqu’elles
sont envahissantes. Citons : Eleusine indica (L.) Gaertn. dans les
régions tropicales du monde entier ; Dactylotenium aegyplium (L.)
Willd., Dactylis glomerala... De telles espèces attirent le troupeau,
qui suit la jachère aussi bien dans les assolements que sur cultures
nomades ; étant alibiles, elles ne tardent pas à disparaître si le
conducteur du troupeau ne les ménage pas. C’est alors l’envahisse¬
ment par les inalibiles et les feux périodiques deviennent un « mal
nécessaire », jusqu’à épuisement total et dénudation.
L’équilibre des Cisterciens provenait d’une juxtaposition dosée
suivant leurs besoins. Voici un autre processus cyclique connu sous
le nom de Cycle d’Emmenthal (Tabl. IV), véritable cycle agro-sylvo-
pastoral : forêt (coupe à blanc) ; culture (pommes de terre, céréales) ;
abandon (installation naturelle d’un stade herbacé avec fauchage ou
parcours) ; mise en défens (réensemencement naturel des essences
forestières). Théoriquement le cycle paraît durable ; dans la pratique
il s’est révélé néfaste parce que les cultures étaient prolongées jus¬
qu’aux rendements non rémunérateurs et le parcours fut abusif ; si
bien que l’avenir des peuplements forestiers était compromis avant
les semis. Des essais ont été tentés de plusieurs manières pour sup¬
primer la période pastorale (30.) En automne, le propriétaire fait
la coupe à blanc qu’il vidange aussitôt que possible. En avril il plante
en lignes ses essences forestières et fait ses cultures vivrières en inter¬
lignes. Mais les peuplements ainsi constitués n’ont pas donné de bons
résultats à cause de la concurrence avec les cultures intercalaires,
auxquelles il fallut renoncer. En définitive, la reconstitution de la
forêt fut reportée dans la dernière culture de la période agricole. Le
cycle agro-sylvo-pastoral, non viable, fut transformé en cycle agro¬
sylvestre, avec disjonction du pacage (Tabl. V).
L’équilibre agro-sylvo-pastoral au niveau de l’entreprise ne s’est
avéré durable que par le système de juxtaposition. Un système cy¬
clique, en raison de la lenteur de croissance de la sylve ne peut être
réalisé que sur de vastes espaces inusités à ce niveau, mais parfaite-
(30) Journ. forest. Suisse 1902, p. 81 sq.
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
79
F O R E T
Ensemencements
naturels
mise en defens
HERBAGES
fauche ou parcours
Installation naturelle
du stade herbacé
abandon du terrain
CULTURES
P. de terre, céréales
FORET
TABLEAU IV. — Cycle agro-sylvo-pastoral d’Emmenthal (Suisse) d’après le t
de Balsiger.
Source : MNHN, Paris
80
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
PEUPLEMENT DE TECK
PERIODE
CULTURALE
INTERCALAIRE
SEMIS à 1 m. 80
TECK
TABLEAU V. Empiètement hâtif de la période forestière sur la période
agricole : a en Suisse ; b en Birmanie (peuplement de Teck).
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
81
•nent possible là où la propriété n’est pas cadastrée (système africain,
dit bantou).
Tous ces équilibres de jadis ont suivi des destinées très diverses
suivant leurs propriétaires et les législations en cours. La forêt privée
n a pas toujours échappé en effet au contrôle de l’Etat qui exigeait,
naguère encore, un « permis d’exploiter » destiné à éviter des abus
°u des maladresses contraires à la protection du sol et de la forêt
elle-même.
Les exploitants soulevèrent une opposition telle que la Cour de
cassation rendit le 11 mai 1956 un arrêt de principes aux termes
uc iuel l’Administration des Eaux et Forêts n’était pas compétente
Pour délivrer le permis d’exploiter. C’est donc entre les mains des
Propriétaires sylviculteurs que passent les destinées de la forêt
privée (31).
On regrettera que des points vulnérables (bassins de réception,
Pontes érodables), soient inclus dans ces mesures libérales.
3. L’équilibre au niveau du « pays ».
Les « régions naturelles » ont servi de prétexte à une foule de
travaux dont les auteurs désiraient limiter leur territoire d’étude (ou
* dition » ) avec quelques apparences scientifiques. L’abus est apparu
follement flagrant aux auteurs eux-mêmes, qu’ils ont été généralement
dans l’obligation de les reconsidérer, en manière de conclusions,
comme « carrefours » d’êtres venant des quatre coins cardinaux.
A côté de cette notion, commode (et souvent imposée) pour une
soutenance de thèse, il y en a une autre, de cadre plus modeste : celle
de « pays » telle que le conçoivent les géographes, soucieux de placer
los hommes dans l’environnement exact de leurs us et coutumes. Le
* Pays » a l’avantage d’être conforme aux tendances actuelles qui
dans bien des domaines, orientent le chercheur vers la micro-pros-
Pection devenue nécessaire là où l’homme s’est établi depuis longtemps
e t a laissé, sur des surfaces réduites des traces infiniment variées de
son activité. Les limites ne sont évidemment pas tirées au cordeau,
ittais on peut reconnaître un ensemble de caractères propres qui les
distingue. Cette prospection est à la fois historique et géographique,
ca r elle a pour aboutissement le « genre de vie » dérivé d’un passé
souvent lointain dont les empreintes se sont figées dans l’espace. La
tradition autarcique n’est pas entièrement effacée ; on y trouve même
des vestiges communautaires. Les usagers sont alors très nombreux.
ager peut se réduire à une monoculture si les ressources complé¬
mentaires peuvent être prélevées sur le bien communal ou domanial
l’A . Çh) Us avaient exprimé comme garantie de leur sagesse, le désir de voir
^amm.stration « encourager leur esprit d’initiative à la fois par une diffusion
®fni n Cn p * us * arf!e des méthodes de la foresterie moderne, par des aménage-
l’as'-* “seaux favorables aux bons sylviculteurs, par une lutte incessante pour
" -1t et l’élargissement du marché forestier... » Forêts françaises, n° 50,
nov.-déc. 1953.
^moires du Muséum. — Botanique, t. IX. 6
Source : MNHN, Paris
82
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
PLAN DE LA PROPRIETE
DE BEAUMONT
le 10 décembre 1844
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
PLAN DE LA PROPRIETE
DE BEAUMONT
le I octobre 1060
Fig. 5
Source : MNHN, Paris
84
U. KUHNHOLTZ-LORDAT
(vaine pâture, bûcheragc, soutrage, affouage...)- Ces droits des usagers
sont toujours très difficiles à contrôler ; les histoires locales pullulent
d’exemples d’abus suivis de réglementations sévères mais souvent
vaines, de répressions brutales mais sans suite durable.
C’est à ce niveau que l’équilibre se détériore le plus aisément par
amenuisement de la qualité du pâturage ou de la forêt (32). L’agcr
lui-même se concentre aux abords plus ou moins immédiats du bourg.
Il faudrait étudier le processus, surtout au temps où la matière
organique, encore en faveur avant Liebig et Georges Vii-le était pré¬
levée sur la litière forestière ; il ne serait pas inutile de connaître la
répercussion de l’emploi des engrais minéraux sur l’évolution des
usages et par conséquent de la forêt.
Nous pensons souligner ainsi l’intérêt de la phytohistoire, plus
minutieusement accessible au niveau du « pays », non seulement
pour les agronomes mais aussi pour les biologistes ; car il ne fait pas
de doute qu’il y ait là une source de documentation pour l’étude des
modifications de l’habitat avec les progrès de la technique.
Tantôt la réduction de l’ager, qui a laissé tant de tests dans la
nature, s’est faite au profit de l’extension de la sylve (33) ; tantôt le
déséquilibre s’est accentué par le fait que le processus, généralement
montagnard, aboutissait à un ager peu rentable nécessitant un com¬
plément pastoral, souvent très important ; on peut voir là une cause
de l’extension du troupeau vagabond, obstacle à la régénération des
essences, à la reconstitution de l’humus et, en définitive, au maintien
des terres, livrées à l’érosion dans ces forêts dégradées.
Nous avons dit que les tests des économies autarciques passées
pouvaient encore être conservés, à des degrés divers dans certains
« pays ». Les études de J.-P. Barry sur le « pays de Vaunage »,
dans le Gard, ont pour but l’explication du paysage végétal actuel à
la lumière des événements du passé. Dans le même département, le
« pays de Costière » particulièrement étudié par nos collaborateurs
(32) « Considérant que le Languedoc méditerranéen est une entité géogra¬
phique et climatique ; que les influences de civilisations très anciennes et très
denses ont produit des destructions amplifiées par cette situation locale, destruc¬
tions concrétisées, notamment par les idontations des bassins de l’Ardèche, du
Gardon, du Vidourle, de l’Hérault, de l’Aude, de l’Agly, la Têt et le Tech, le
Centre d’études émet l’avis qu’il y a nécessité d’ordre public à apporter à cette
situation un remède approprié par un programme de reconstruction forestière qui
devra être dressé par une commission spéciale, inspirée des réalisations déjà en
cours d’exécution en Sologne ».
Ce vœu, émis le 6 novembre 1942 au cours des « Journées de synthèse »
Languedoc-Roussillon (X* région économique) eut quelques suites éparses et, en
particulier une étude sur la commune de Cézas, dans les Cévennes du Gard
(Revue forestière française, déc. 1954, n“ 12) et des reboisements sur des points
névralgiques.
(33) Au cours d’une émission de la radio française (novembre 1956) il a
été indiqué que l’hiver débuterait de manière précoce a cause de la présence d’une
louve découverte dans une forêt de France. Ce n’est pas le froid qui a chassé le
loup ; c’est l’extension des forêts qui l’a attiré, comme l’avait déjà remarqué
antérieurement Paul Marcelin Ccomm. verb.). On sait maintenant que les pré¬
visions annoncées n’ont pas eu lieu.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
85
f. n ous-même offre d'indiscutables vestiges d’une vie autarcique
• ° u er ' Producteur d’huile ; le vignoble, producteur de vin ; la
jachère pâturée, productrice de viande et de lait ; le moulin à vent,
Producteur de farine ; le Pin d’Alep, autour du moulin, indique une
évolution possible vers la forêt. Mais le moulin a perdu ses ailes et
olivette est de plus en plus livrée à l’herbe. Par le développement
es moyens de communication, l’homme a quitté la terre et les
changes ont concurrencé la production sur place. Il ne reste plus
qu Un élément stable et rentable : le vin de qualité obtenu sur les
quartzites roulés. On peut donc lire, dans le paysage, la trans-
ormation d’une économie autarcique en un système d’échanges
* export-import. »
4. L’équilibre au niveau de la Nation.
La forêt domaniale domine tout le problème. C’est elle qui doit
. r . ^ es insuffisances des niveaux inférieurs. Elle relève d’une
administration qui assure la continuité des vues exprimées par les
echniciens spécialement éduqués en vue de la conservation de ce
capital national. Pour si étonnant que ce soit, le principe de Vaména-
Sement sans lequel la pérennité ne peut être assurée n’est pas encore
réalisé dans tous les pays riches en forêts. On est surpris de voir
que les Etats-Unis eux-mêmes, si prodigues en conseils pour les
uropéens, n’aient pas réussi à éviter partout « que l’exploitation ne
dépasse plus la croissance annuelle » (Osborn).
On a malheureusement l’impression que l’extension de la sylve,
Pour si souhaitable qu’elle soit, ne s’insère pas toujours dans le cadre
un problème nettement et complètement posé.
La forêt peut être envisagée en effet à plusieurs points de vue
ffu*. pour être différents, n’en sont pas moins très importants.
La plus grande préoccupation des pouvoirs publics fut longtemps
cdle de la rentabilité. Ce mot a lui-même une double signification :
es •uatériaux ligneux doivent rapporter à l’Etat, mais comme le quali¬
tatif « rentable » dérive du mot « rente » le rapport doit être sou-
enu le plus longtemps possible. Deux procédés satisfont à ce désir :
1. L« coupe à blanc éloc, répartie sur des surfaces calculées de
elle manière qu’elles puissent être incorporées à une rotation suscep-
ible de fournir à la nation un tonnage nécessaire à ses besoins. Ce
‘Ut longtemps la méthode allemande. Elle a le grave inconvénient de
•Uettre à nu la litière, emportée par l’érosion de pente ou subissant
une évolution aberrante sur les surfaces planes (horizons pédologiques
^al ou non différenciés).
2. Le jardinage, méthode française par excellence, repose, par
contre, sur des bases biologiques. L’écran vert protège en permanence
* écran d’humus. Il ne nous appartient pas de dire si la production
. e bois exigée par la nation peut être obtenue avec une surface boisée
e gale ou supérieure à celle de la coupe à blanc ; la réponse est donnée
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
dans les traités de sylviculture. Nous n’avons à souligner ici que
l’opposition des deux méthodes à l’égard de la protection de la nature ;
il est bien évident que le jardinage a un pouvoir antiérosif plus grand.
Jardinage et blanc étoc font partie des techniques sylvicoles en
vue d’obtenir un matériau destiné à la vente. Mais la forêt domaniale
peut et doit répondre à un autre souci, qui est l’un des principes
directeurs fondamentaux de la protection de la nature. La rentabilité
ne doit pas être une condition sine qua non de la mise en place et de
la nature des plantations. Lorsque l’on parle d’un « périmètre de pro¬
tection » on doit d’abord songer à des végétaux capables de protéger
un terrain qui s’érode, même s’ils ne sont pas des arbres. Le Chêne
kermès est un exemple remarquable de cette aptitude antiérosive ; il
rendrait des services considérables ; mais comment oser en recom¬
mander l’emploi alors que le Chêne vert et le Chêne puhescent eux-
mêmes ne sont pas très rentables du point de vue sylvicole. Il est évi¬
dent qu’il vaut mieux un beau chêne sessile ou un beau chêne pédon-
culé ; mais nous les exigeons beaux et sains ; peuvent-ils l’être dans
les conditions parfois sévères d’un périmètre entamé par l’érosion ?
Nous croyons que le forestier n’a pas pour seule mission de
vendre du bois. La protection de la nature consiste à autoriser la
mise en valeur de territoires d’où l’ager a été proscrit, généralement
par des conditions climatiques devenues défavorables. Parmi leurs
conséquences figurent les érosions, les inondations, toutes les résul¬
tantes de la « torrentialité ». Un ager peut être rétabli si l'on réussit
à atténuer — sinon à empêcher — la détérioration du terrain. Il faut
remonter à la cause de cette détérioration : elle est dans le bassin de
réception des eaux, donc dans le périmètre de protection. Mais préci¬
sons : périmètre de protection de l’ager d’aval par la végétation
d’amont ; et ajoutons énergiquement : tant pis si le périmètre d’amont
n’a pas une rentabilité propre, tout en souhaitant, bien entendu, qu’il
puisse y accéder par une lente évolution, souvent possible. Rappelons
l’exemple classique de la colonisation des hauts sommets de la Nou¬
velle-Zélande par le hêtre (Nolhofagus) protecteur des cultures et de
l’élevage d’aval.
Par contre, à cette action antiérosive s’ajoute, dans d’autres
régions, une action condensatrice telle qu’en saison sèche les cours
d’eaux issus des sommets boisés ne sont point à sec alors qu’ils le
sont, en même saison, s’ils émanent des sommets dénudés (Aubreville
1949, p. 340).
Ce n’est d’ailleurs pas uniquement la forêt qui fournit le double
écran chlorophylle-humus. Toutes les végétations, arbustives ou her¬
bacées, peuvent en fournir. Le chapparral californien fournit près de
trois tonnes à l’hectare et par an de débris organiques (34).
Nous avons toujours défendu ce point de vue. Il est d’autant plus
actuel que l’on se penche sur les régions sèches dans lesquelles, plus
(34) Voir lexique.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
87
*j u .® Partout ailleurs, « le rôle de l’utilité générale joué par la forêt
ou, en temps normal, primer son rôle économique et fiscal ».
' 0UDY > inspecteur général des Eaux et Forêts, Maroc).
Il ne faut pas chercher à réaliser systématiquement l’équilibre
agro-sylvo-pastoral à chaque niveau. C’est aux pouvoirs publics qu’il
incombe de mettre en place l’ager, le saltus, la silva. Le propriétaire
nn domaine rural demeure libre de réaliser ou non cet équilibre ;
niais dès que l’on élève les trois données du problème au-dessus de ce
niveau, il convient de choisir les territoires à l’aide desquels il pourra
r e établi. Une étude très intéressante a été faite par l’ingénieur
orestier Prax pour les Cévennes, particulièrement pauvres, où l’équi-
* ‘im 311 n * veau l’entreprise ne saurait être envisagé. Mais on pour¬
rait le réaliser en associant l’agcr de plaine au saltus du Causse et à
a sylve pour tout le reste parce que la terre cénevole a une vocation
lorestière hors de pair (35) (Bieau 1956).
La loi française du 30 septembre 1946 portant création du fonds
orestier national prévoit fort bien le rôle de la forêt en insistant sur
a solidarité des constituants du trinôme économique. Mais si une
echnique de l’exploitation de la forêt existe depuis longtemps, celle
iQdft P r °I ec I* on d u sol par la forêt est de date plus récente. La loi de
4b permettra aux services intéressés (et qui ne sont pas exclusive-
ent forestiers) d’entrer résolument dans la voie de la protection de
a nature par le truchement de l’écran vert anti-érosif. On retiendra
e désir de ne pas éliminer les feuillus au profit excessif des résineux
car « leur élimination entraînerait un déséquilibre biologique, source
® f u ine lointaine pour les forêts et pour le sol ». cette crainte paraît
atténuée aujourd’hui parce que si la sylve mélangée tend à être sup-
P antée par les peuplements purs industriels, l’ingéniosité des techni-
Permettra peut-être de valoriser les mélanges d’essences et de
calibres des taillis et taillis sous futaie. Cette association du feuillu,
réateur et conservateur d’humus doux, à l’industrie de la papeterie
vre des horizons pleins d’espoir à ceux que préoccupent la pro-
ection de la nature contre une mainmise abusive de l’industrie sur
'es richesses naturelles.
5. L’équilibre au niveau mondial.
Nous arrivons au niveau que les diplomates qualifient actuelle-
ment (1956) de « supérieur » : niveau des Grands, niveau des pools,
tier<i „ ^ Dans 1 état actuel de notre structure administrative, les officiers fores-
C*. , apercent leurs activités dans les limites conventionnelles de cette structure.
l’échel POUr<IUO ‘ .P^tude de Prax ne porte que sur l’arrondissement qu’il gère. C’est
l’arrnnaJ su P^ r * eur Qui harmonise les efforts. Selon Bieau : « la contribution de
menf • ISSenient so ‘ l au p ^ an national, soit au plan régional, peut être extrême-
dr»,Ki lm P°rtante ». C’est, exactement posé, le sens même du problème dans le
tinle cadre administratif et géographique.
c >p.i Iout ce ' a est encore concevable jusqu’au présent niveau. Nous verrons que
1 un peu plus compliqué sur le plan mondial.
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
niveau de la répartition des richesses obtenues sur les plans natio¬
naux, en un mot : des aréopages internationaux.
Au niveau mondial, l’équilibre demeure encore plus tributaire
des situations politiques, des conditions sociales et démographiques,
des orientations commerciales et industrielles de chaque pays, et
même du contrôle des changes. Tel pays Scandinave tend à nationa¬
liser ses forêts ; c’est-à-dire que l’Etat en aura la libre disposition
pour régler et troquer ses exportations. La Finlande va s’industria¬
liser pour utiliser sur place ses bois ronds actuellement exportés.
D’autre part il est certain que le problème change d’aspect si
l’on confond au niveau mondial les forêts aménagées de l’Europe et
les forêts sans cesse dégradées par les activités humaines (en Afrique
du Nord, par exemple). Il en est de même pour l’agriculture inten¬
sive des assolements s’opposant à l’agriculture de l’araire, ou encore
de l’élevage réglementé opposé au nomadisme épuisant.
C’est aux économistes et aux biologistes des organismes interna¬
tionaux de faire la part des responsabilités en recommandant de cen¬
trer les efforts vers les points faibles (politique dite « d’améliora¬
tion ») suivant les buts (on dit aujourd’hui « les plans ») poursuivis.
Cette politique d’amélioration est-elle exclusive des pays sous-
évolués ? Ces pays doivent-ils être alors sauvés dans leur inertie, dans
leur érosion, par les pays intellectuellement évolués ? Tant que les
vaches maigriront dans les rues au lieu de s’engraisser sur de verts
pâturages ; tant que les herbes seront incendiées pour donner un
regain de plus en plus inalibile entre deux incendies ; tant que le
manteau forestier sera rasé, pourra-t-on réaliser un équilibre agro-
sylvo-pastoral sur le plan le plus élevé ?
Aux économistes encore de répondre. Pour nous, qui avons ici des
vues plus modestes sur la protection de « la nature contre l’homme »
(R. Heim) il nous paraît prématuré de tirer des conclusions
« humaines » de cet équilibre si chancelant, encore entravé par des
considérations d’ordre national, religieux, racial... Les autarcies natio¬
nales ne peuvent évidemment pas se suicider tant que pèseront sur
elles des menaces de blocus.
Restons-en donc là pour ce très haut échelon, sorte de climax
économique dans l’euphorie mondiale. Un rêve...
Mais que cela ne nous empêche pas de nous souvenir que la
science est au-dessus des frontières et qu’elle se crée tous les jours
pour nous permettre de tirer des conclusions de tous le faits objecti¬
vement constatés, où qu’ils soient sur notre globe.
C’est sans doute pour cela que nous n’avons pas hésité à intituler
notre premier essai sur les équilibres biologiques : « la terre incen¬
diée ».
Source : MNHN, Paris
DEUXIÈME PARTIE
LES RUPTURES DE L’ÉQUILIBRE
AGRO-SYLVO-PASTORAL
1. La conjoncture : ruptures par excès
et ruptures par carence
« Labourage et pastourage sont les deux mamelles de la France ».
Et la forêt ?
, Le duc de Sully l’a oubliée dans son slogan, comme bien d’autres
. P res lu >- Devons-nous l’érosion à cet oubli ? Nous avons aujourd’hui
a certitude que la forêt a sa place dans le monde, au point qu’elle
Présidé sur bien des points aux destinées du labourage et du pastou-
a ge. Et nous savons aussi que ces trois éléments ont une interdé¬
pendance économique, quel que soit le niveau sur lequel elle s’exerce.
°us devons donc veiller à ce que leur équilibre ne soit pas compromis,
taut avant tout, pour cela, rechercher les causes de rupture afin
intervenir le plus efficacement possible auprès des auteurs de la
compromission.
Nous étudierons successivement les deux modes de rupture de
. cquilibre, autour desquels gravitent des variantes toujours iné-
jtables lorsque l’homme est à l’origine des perturbations qui éta-
issent, en définitive ce que les économistes désignent sous le nom
ac conjoncture (1).
Il y a d’abord un déséquilibre dû à un processus économique qui
Permet ou provoque une suprématie de l’un des trois constituants au
1 riment des deux autres : excès de l’ager, excès du saltus, excès
'Plus rare) de la sylve.
A ce déséquilibre par excès s’oppose, non sans quelque évidence,
ce ui q u j es j J,*, à des détériorations de l’un ou de l’autre des consti-
ants et devient ainsi un déséquilibre par carence : carence de l’ager,
arence du saltus (plus rare), carence de la sylve (trop fréquente).
La difficulté de suivre à la lettre une telle « classification » pro-
Pav* (r ®- nseln ble des éléments qui déterminent la sitnation économique d’
J®. {Larousse ; le Littrt reste étranger à cet aspect économique).
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
vient de ce qu’un excès détermine une carence et inversement. D’où les
chevauchements impossibles à éviter, mais que nous nous efforcerons
de réduire le plus possible par les cas les plus topiques.
2. Excès de l’ager
11 n’est pas agréable de vivre soi-même et de faire vivre ses éven¬
tuels lecteurs dans le pessimisme. Retirons donc du Mémoire copieu¬
sement argumenté de Furon sur l’érosion (p. 158) cette note claire
et sereine qui nous vient de Costa-Rica : « Il est admis que toute la
terre cultivable a été mise en valeur et qu’il est impossible de gagner
davantage sur la forêt sous peine de provoquer des troubles graves
dans la répartition de l’eau. Le gouvernement a édicté des lois pour
protéger la forêt et les fait respecter ».
Et maintenant revenons... à nos moutons.
Nous verrons, dans l’étude du troupeau pléthorique en Sardaigne,
que l’on a rétabli (incomplètement d’ailleurs) l’équilibre en créant une
agriculture suivant les principes de la bonification. Au Maroc (2) on
a augmenté la surface de l’ager mais sans diminuer le troupeau qu’une
hygiène améliorée tendait plutôt à accroître. Les terrains de parcours
à la fois réduits et surchargés se sont détériorés au point qu’on était
arrivé à souhaiter des années de sécheresse favorables à la mortalité
des bêtes ! De toute manière, la sylve fit les frais de la maladresse
(peut-être psychologiquement inévitable) car le troupeau s’y répandit.
A mauvais sallus, mauvaise forêt (3) : notre slogan est hélas valable
tout autour de la terre. Cet exemple suffit à montrer à quel point
l’équilibre agro-sylvo-pastoral requiert une compétence à la fois tech¬
nique et économique pour être créé ou maintenu. La protection de
tous les équilibres naturels en est là aussi : ils sont fragiles et
requièrent la compétence des biologistes. D’où nous ne craignons pas
de conclure que les techniciens et les économistes ne peuvent rien
perdre à collaborer avec les biologistes.
En Egypte l’ager s’étend de plus en plus sur les sols de fertilité
naturelle ou ayant des possibilités de fertilisation. Les activités
humaines s’y concentrent, en raison des débouchés qu’offre l’accrois¬
sement des besoins alimentaires. Les prix de la terre arable sont en
ascension, reléguant la forêt au rang des préoccupations secondaires ;
on prend le bois là où il est, pour les besoins immédiats, même sur les
arbres d’alignement (routes, canaux, fossés...). Des programmes sont
en cours d’étude pour redresser la situation (Mohamed Drar, 1953).
A Ceylan, « sans repos, sans clairières, sans fantaisie, le thé suit
le thé » (A. Petit, 1955). La forêt est victime des buveurs de thé invé-
(2) D'après le Comité marocain des herbages et de la production fourragère,
juillet 1956, fiche technique n° 1.
(3) Hors, bien entendu, des forêts aménagées et (efficacement) protégées.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
91
er és, répandus dans le monde entier. Il ne s’agit pas de la forêt pri¬
mitive puisque les défricheurs ont fait apparaître des villes englouties,
comme au Cambodge (Angkor), comme en Assam (vallée du Brahma-
poutra). Mais il reste cependant, comme un anachronisme, des popu¬
lations cavernicoles (les Muduvars) vivant encore de chasse et de
cueillette, et quelques animaux sauvages visiteurs occasionnels des
Plantations (Eléphant, Panthère, Cobra...).
La substitution de l’ager à la forêt par la brutalité des mises à
feu cause un déséquilibre agrosylvestre qui, pour si paradoxal que
ce la paraisse, n’est pas dû à l’ager lui-même, parce que l’incendie
volontaire à des fins culturales est rarement stoppé volontairement ;
*1 en est ainsi des feux pastoraux. La savanisation des forêts de mon¬
tagne en Afrique tropicale a cette origine. Sous un climat de siccité
atmosphérique, de vents violents et d’échauffement du sol, la forêt
o altitude est composée de xérophytes sclérophyllcs. D’où son extrême
sensibilité à la flamme ; elle dégénère en savane et l’érosion s’en
empare. De sorte que le déséquilibre dû à l’ager ne se mesure pas
seulement par une comparaison statistique entre les champs et la
lorêt > mais aussi par les méthodes préculturales qui aboutissent à
nne résorption de luxe de la sylve. Selon Aubreville (1949, p. 323),
« la régression est faite depuis longtemps, bien avant la colonisation
européenne. Elle a gangréné l’Afrique tropicale sèche, c’est-à-dire la
plus grande partie du continent depuis des temps très reculés... »
L’extension démesurée de I’ager peut avoir une cause démogra¬
phique. En Nouvelle-Guinée la population n’a pas le même compor¬
tement vis-à-vis de la forêt suivant qu’elle occupe le littoral ou l'inté¬
rieur. Les Blancs ont acheté beaucoup de terres (à bas prix) et ils ont
a Pporté les produits sanitaires qui ont permis de prolonger la vie
des adultes et de réduire la mortalité infantile. La population autoch¬
tone, en accroissement sur une surface moindre, a dû étendre ses
cultures au détriment de la sylve. Ce fut la porte ouverte à l’érosion.
Par contre, à l’intérieur, les traditions familiales se sont maintenues
dans leur équilibre démographique et il n’y a pas érosion (Vogel).
Si la protection de la nature a son mot à dire en tout cela (et
n °us pensons qu’elle l’a), elle ne peut émettre que des vœux et les
transmettre aux Pouvoirs publics, seuls habilités pour trancher chaque
cas particulier dans l’éternel débat entre biologistes et agriculteurs (4).
Au Maroc, veut-on du saltus ou de la forêt ? En Egypte, en Nouvelle-
Guinée veut-on de l’ager ou de la forêt ? A Ceylan veut-on du thé ou
des éléphants ? En Camargue veut-on du riz ou des oiseaux ? Et tous
ces litiges peuvent-ils trouver une solution de compromis ? Cela
R (4) Dans le massif des Grandes Rousses (Isère) il n’y a plus de Lépidoptères
■'nopalocères sur le territoire des communes où toute l’herbe est fauchée. C’est
*>n exemple topique d'un changement de biotope par nécessité économique. Tout
est de savoir s’il ne serait pas possible de maintenir une partie du biotope origi¬
nel. (Soc. entomol. Mulhouse 1956).
Source : MNHN, Paris
92
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
s’appelle un arbitrage. L’arbitre ne peut être qu’à un échelon où il
puisse affirmer son autorité, après avis des économistes, des techni¬
ciens... et des biologistes.
3. Excès du saltus
L’herbivore. — Le sens même du présent ouvrage indique qu’il
ne peut s’agir ici du bétail « guidé » ; nous entendons par là du bétail
effectivement conduit là où il doit l’être pour respecter les équilibres
acquis ou à acquérir.
Nous demeurons donc en présence : 1° de l’herbivore sauvage,
dont nous n’avons dit que quelques mots, et dont d’autres, plus qua¬
lifiés que nous, aborderont le comportement éthologique ; 2° de l’her¬
bivore mal dirigé, ennemi public numéro un ; il fut jadis et demeure
présentement la pierre angulaire de presque tous nos déséquilibres.
Nous nous sommes demandé si nous n’avions pas été victime, au
cours de nos divers propos, d’une sorte de psychose à l’égard de ce
que nous avons souvent appelé « le troupeau vagabond ». Il nous
paraissait en effet normal, logique jusqu’à l’inévitable, que le bénéfi¬
ciaire par excellence de l’écran vert fut reconnu coupable de sa des¬
truction, et que celle-ci fut accélérée par le fait de l’homme, bénéfi¬
ciaire à son tour du troupeau où il trouve viande, lait et peau. Or,
les Japonais, pour des raisons d’ordre religieux, ne sont pas éleveurs
de bétail. Le manteau forestier dépasse 67 % de la surface du pays
(Lowdermilk, cité in Furon, 1947, p. 98).
Et voici qu’au musée de plein air, in situ, en plein sahara, le
Musée Brenans-Lhote (5), près de dix mille figures rupestres font,
avec quelques élégantes silhouettes humaines, la preuve irréfutable
d’une civilisation pastorale : pasteurs conduisant leurs troupeaux, et
même tribus se battant pour leur possession ; girafes, rhinocéros, cer¬
vidés, attestent une abondante végétation. Voilà donc un Sahara sou¬
mis aux exactions du pasteur, avec les circonstances atténuantes d’une
réglementation impossible par les razzias. Les abus de la pastorali-
sation sont-ils prouvés et seraient-ils à eux seuls suffisants pour jus¬
tifier un désert ? Toujours est-il qu’ils y ont certainement contribué.
Nous savons que, plus tard, aujourd’hui encore, les méthodes de cul¬
ture, mal conduites aussi, amorcent ou accélèrent la régression pas¬
torale bien ailleurs ; nous savons enfin que le revêtement forestier
s’est évanoui sur d’immenses surfaces de notre globe.
Ces premiers pasteurs qui ont laissé des traces d’une haute évo¬
lution artistique avaient pour excuse les rapports de voisinage et sans
doute les habitudes de nomadisme ; habitudes qu’aucune influence
étrangère n’a pu stopper définitivement et qui se manifestent encore
(5) Brenans, officier méhariste, l’a découvert. D’autres le visitèrent. Lhotb,
avec une équipe de dessinateurs, a ramené une vaste documentation qui consacre
l'une des plus belles étapes de la préhistoire.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
93
ar une hiérarchisation conférant à l’éleveur une supériorité sociale
sur le cultivateur. De nos jours, ce double fléau n’a pas échappé au
niveau le plus élevé de nos organismes nationaux ou internationaux.
œu x. décrets, lois ont eu incontestablement la volonté d’enrayer la
course vers l’abîme. Mais le troupeau vagabonde toujours avec arro¬
gance là où les décrets et les lois n’ont guère plus de valeur que des
vosux. Nous l’avons prouvé à maintes reprises. Nous avons même
oulu en faire la preuve évidente et nécessaire en présentant une
cartographie qui permettait de donner la mesure exacte des surfaces
oeteriorées (6).
Extension du saltus aux dépens de la sylve. — Lorsque la régres-
j 10n du peuplement arborescent est due au bétail, c’est la lente trans-
SaU*^ 011 ^' une Période forestière en une période pastorale : Silua-
t P^ ura 8 e ainsi obtenu est rarement maintenu. Il doit tôt ou
ar d se dégrader lui-même par son propre bétail.
Indiquons, en passant, la possibilité de faire évoluer ce pâtu-
ra ge, issu de la forêt, vers la culture. Certains pays déboiseurs, qui
Voyaient à leur « vocation » pastorale, la Serbie par exemple, ont
complètement modifié leur vie nationale en devenant, au xix* siècle,
agricoles (Erdeljanovic). Il est reconnu d’autre part que les
cglements qui ont interdit les défrichements sans se préoccuper de
Protéger les forêts contre le bétail ont aggravé le parcours en forêt,
car les populations ont employé ce procédé pour tourner la difficulté
vBouville (7). Le saltus n’était donc qu’un truchement : silva-saltus-
oger.
Plus habituel était et est encore l’extension du saltus par l’aban¬
don de l’ager (fig. 6), mais encore au détriment de la forêt : silua-
nger-saltus (tabl. VI). Au Mexique on a réalisé méthodiquement cette
nple transformation : deux récoltes de Maïs sur abattage incinéré,
suivies d’un pâturage créé de toute pièce par semis d’Herbe de Gui¬
dée ( Panicum maximum Jacq.).
R L’un des pays les plus déséquilibrés par excès de saltus est la
république socialiste Mongole (Mongolie extérieure). Il est très
symptomatique que sur l’écusson mongol figurent les cinq herbi-
v ores qui, depuis Gengis Khan ont orienté le pays vers l’économie
Pastorale : le cheval, le bovin (vache et yak), le chameau, le mouton
et la chèvre. L’ensemble de ce cheptel n’était pas inférieur à 26 mil-
nom .d>) Mais 1 incompréhension de l’Institut national de la Recherche agro-
nVi Ue nous a fortement gêné dans l'accomplissement de l’œuvre entreprise. Ce
ou R ^r* S a pe ' ne <j’ôtre les héritiers intelleciuels des Descartes. Claude Bernard
iinmiri pour avo ' r oublié que « chercher dans les travaux scientifiques l’utilité
les ", ate ’ esl presque toujours courir deux lièvres à la fois et les manquer tous
«eux î. (Hei.MOI.TzI. a (l’était snn pnrnetère de ne nos en cnnein. .1.. me.iv
auxn eU i X (Helmoltz). « C’était son caractère de ne pas se soucier des maux
naêe /t " ne savail remédier », disait Anatole France de l’un de ses person-
ses. (Les Sept femmes de Barbe-Bleue et autres contes merveilleux, Paris.
Léw, 40' éd., p. 139).
(7) Cité in : de Ribbe 1857, p. 160.
Source : MNHN, Paris
94
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Source : MNHN, Paris
JA5SE de CHAUVET PUECH GAUTHIER PUECH JEAN-THOMAS
l’écran vert
95
TABLEAU VI. — Mécanisme sylvo-agro-pastoral de la dénudation (Indochine),
lions de têtes en 1956 ; il se répartissait sur une surface trois fois
sussi grande que la France, pour 1 million d’habitants (citadins
+ ruraux). Le nomadisme anarchique a détruit toute végétation inu¬
tilisable pour le troupeau jusqu’en 1921, date à laquelle la république
autonome fut instaurée. Le cheptel est aujourd’hui réparti de telle
manière que chaque unité d’élevage trouve sa pâture sur un rayon
ue 15 à 30 km autour de la yourte (tente familiale). A en juger
u après le grand développement des services vétérinaires, le saltus
mongol demeure l’une des principales préoccupations des dirigeants
mais il reste à accomplir une œuvre immense de reforestation. Quant
« lager, il est en train non pas d’évoluer, mais de se créer avec l’aide
oe fermes-modèles (Ivor Montagu).
Œuvre des Blancs : la pastoralisation excessive de la Sardaigne
JUoumenge 1956). La « pression pastorale » qui se manifeste depuis
■a chute de l'Empire romain paralyse la mise en valeur du sol. L’éro¬
sion sévit en montagne et la plaine inoccupée subit de graves inon¬
dations. Mais on a établi aujourd’hui un programme de lutte par la
« bonification ».
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
En France (entre autres exemples possibles), excès manifeste
des « touyas » (saltus) du Pays basque sur la sylve (Parot).
Œuvre des Blancs encore : l’Espagne. Nous avons relaté en 1938
les méfaits de la Mesta (8). Les Espagnols eux-mêmes ne se font
aucune illusion sur les ravages causés par un lourd passé d’abus.
Lorsque, en mai 1930, nous eûmes l’occasion d’avoir un entretien
avec une personnalité très importante du monde agricole, M. J. y J-,
elle nous montra la carte de l’Espagne, promena la phalange de son
pouce en suivant le contour du littoral et nous dit : « tout ce que
mon pouce a recouvert, je le garde pour moi ; le reste, je vous le
donne ». (Il aurait pu faire le même geste et prononcer les mêmes
paroles sur une carte de l’Australie). Sur le littoral : la huerta, cul¬
ture intensive ; sur la meseta : le troupeau pour la laine (comme en
Australie), élevage extensif de rapine, officiellement encouragé d’ail¬
leurs. On n’insistera jamais assez sur cette pastoralisation outrancière.
Elle a ruiné les mondes africain, asiatique, australien, américain (y
compris les Etats-Unis) ; elle a cantonné la sylve et l’ager européens
sur des surfaces réduites, compromettantes pour les équilibres éco¬
nomiques et réclamant une extrême attention de toutes les nations,
unies ou non.
En Ruanda-Urundi (Adamantidis) la pastoralisation est telle que
l’ager n’est d’aucun secours pour le bétail. Pendant la saison sèche
les feux de rajeunissement ne sont possibles que par la transhumance
sur les bas-fonds humides qui restent enherbés ; mais il sont insa¬
lubres, riches en parasites et l’état sanitaire du bétail s’en ressent.
Aussi les services vétérinaires poursuivent-ils un programme d’amé¬
lioration qui éviterait cette transhumance, notamment par la rotation
des pâturages et les cultures fourragères à l’essai dans des fermes
pilotes (9).
A ces saltus, qui sont des déséquilibres authentiques, nous devons
opposer celui des saltus imposés, même sur de très vastes surfaces,
par leurs conditions édaphoclimatiques qui justifient leur vocation
pastorale. C’est le cas, à titre d’exemple, du saltus du Sahel tchadien
(Troquebeau) qui doit rester au stade des graminées. Si on le boise,
les espèces arbustives ligneuses s’installent ; or, le pasteur les élimine
pour maintenir l’herbe. La seule intervention souhaitable consisterait
à améliorer le pâturage. Cette amélioration, théoriquement possible,
est des plus instructives pour la protection de la nature. Elle est basée
sur les conditions de semi-aridité du Sahel, révélée par la rareté des
points d’eau et leur faible alimentation. Une réglementation s’impose :
éviter la surcharge en bétail dans le voisinage des points d’eau, donc
multiplier ceux-ci (hydraulique agricole) car, loin des points d’eau,
le pâturage n’est possible qu’en période de pluie et la mise à feu en
(8) Voir lexique.
(9) Il existe bien un droit coutumier et même hiérarchisé de répartition en
trois périodes, mais qui n’ont aucun rapport avec la conduite rationnelle des
pâturages.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
97
**}!*?” s ^che devient une nécessité pour obtenir des jeunes pousses
1 îles. Ainsi l’eau ne sera plus curative, mais préventive.
Le forestage ou parcours en forêt (cl. 5, 6...). Forestiers et agro-
limes sont d’accord sur le fait que la mise en défense et l’aménage¬
ment peuvent être compris de telle manière que le pâtre ne soit plus
ennemi de l’arbre. La grande difficulté surgit au moment de la réali¬
sation, parce que, dans la plupart des cas, la réglementation entraîne
une réduction du troupeau sur des espaces plus restreints (10). Le
1 arcours en forêt a été désastreux parce que l’imprévoyant souci du
Jî us S r and nombre possible de têtes de bétail a conduit l’éleveur à
, es Pratiques qui compromettaient la régénération. Nos plus belles
ncets de France n’ont pas toujours échappé à ces abus. Celle de
r °uçais, dans l’Ailier, n’a été aménagée qu’à partir de 1670. Les
utaies ouvertes et émondées du Quercy ont leur origine dans la
1 astoralisation. Le Morvan est l’une des régions où le parcours en
orct fut le mieux « organisé ». D’une manière générale les périodes
e Rouble ou de révolution ont été néfastes par le relâchement de la
surveillance des massifs forestiers. Le Maroc en est une preuve
récente.
Ce relâchement a permis un abus beaucoup plus grave, qui est
eyenu comme une variante très habituelle du forestage : la mise
a feu.
La pastoralisation sur sylve par le feu. Les exemples pourraient
et re multipliés à l’infini. L’enquête que nous avons faite en 1938 a
suffisamment prouvé que le processus était mondial, sans distinction
ue climats et de races.
Le type que l’on peut prendre pour modèle du genre parce qu’il
contre l’origine sylvestre et l’acheminement vers la dénudation, a
précisé par H. Stehle aux Antilles (in litt. 1937) : Forêt sèche —
feux pastoraux — taillis à Croton balsamifer — feux pastoraux —
Ration frutescente à Bouteloua et Sida. Les feux sont destinés à
élevage du cabri à demi-sauvage.
Dans l’ancien Empire Ottoman (Bricogne), les sous-bois des
prêts de l’Olympe étaient brûlés « pour produire de beaux pacages
1 année suivante ».
Cet usage se retrouve en Valachie, à un degré tel que 1’ « on
croirait vraiment que le Valaque est né ennemi de la forêt ».
En Finlande, les pâturages étaient entretenus, en 1900 encore,
et d’ « une manière efficace, dit Grotenfelt, au moyen des incendies
cn forêts », sans qu’on s’occupe jamais de les fumer.
Citons encore l’Algérie : Que se passait-il avant l’occupation fran¬
çaise et que s’est-il passé après ? Les forêts étaient avant tout, ter-
r ains de parcours et sources de combustibles. Or, dans les bois doma-
l’énnii-u ^ous n avons Pas a etudier ici les moyens employés pour arriver à
fê/niJi rc 1 , Dis °ns seulement que le pré-bois, la pâlure-sart, le taillis-S"'-
ura sont des combinaisons où les arbres r---• ’
e constituent pas de forêts.
u Muséum. — Botaniqi
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
98
niaux, le parcours fut non seulement toléré mais réglementé parce
qu’il constituait « un de leurs revenus les plus considérables » et
devait « légitimement figurer au compte des bénéfices de l’exploitation
forestière » (H. Marc). Cette réglementation louable a dû cependant
tenir compte des habitudes ancrées dans les mœurs des indigènes, à
tel point qu’un arrêté du 10 juillet 1913 invita l’Administration des
Eaux et Forêts à prendre les devants pour « assurer elle-même la
régénération (11) des terrains de parcours, au besoin par le feu et
en toute saison, soit d’office, soit sur la demande des collectivités
indigènes ou des particuliers ». Nous retrouvons ici la méthode favo¬
rite de bien des Pouvoirs publics vis-à-vis des usages locaux et cons¬
tants : limiter progressivement le mal, comme dans les forêts vierges
de Madagascar (Gouv. Génér. Cayla) dans les forêts algériennes ou
dans les taillis sartés des Ardennes.
Ainsi, l’équilibre entre la forêt et le bétail a été rompu par le feu,
lorsqu’il ne l’a pas été par le bétail lui-même, comme nous l’avons
vu. Le Valentinois méridional est un bon exemple de transformation
d’une période forestière en une période pastorale par ce double abus :
Chênaie (Quercus pubescens) — parcours abusif — Corylaic (Corylus
avellana) — parcours et feux — Buxaie ( Buxus sempervirens) —
parcours et feux — Pelouse sèche à Graminées (de Bannes-Puygiron
1933).
« Un incendie suivi de deux ou trois feux de brousse, écrit Per-
rier de la Bathie, suffit pour changer un bois sombre et verdoyant
en cette pauvre prairie, si triste et si monotone, qui recouvre mainte¬
nant presque entièrement le centre de Madagascar. »
En Roumanie, une prairie s’installe naturellement, très drue sur
les cendres de la forêt ; lorsqu’elle est épuisée par le mouton, le
berger recommence ailleurs (de Coulon, qui ne dit pas combien de
temps dure la période pastorale).
Les forêts de Pinus palustris (Floride) sont transformées en her¬
bage par simple feu courant ; lorsque l’herbe est épuisée c’est la
pinède qui revient, mais avec un pin plus frugale, le Pinus taeda. La
régénération finit par devenir impossible. Cette dévastation est d’ail¬
leurs, ici aussi, l’œuvre des Blancs.
Ces exemples mettent en évidence l’aptitude des Graminées à
coloniser ainsi les parties incendiées. Elle est très générale, avec bien
entendu des espèces variables avec les régions. Nous avons eu l’occa¬
sion (12) de l’observer dans le Massif Central français : après une
coupe à blanc de peuplements de Pin sylvestre, la canche flexueuse
(Deschampsia flexuosa) étiolée sous la pinède, devient envahissante,
surtout si le feu a nettoyé la place. La savane herbeuse de Madagascar
ne s’installe pas si vite parce que la forêt initiale ne recèle pas ce
potentiel graminéen étiolé ; il s’agit d’une succession régressive au
(11) Nous soulignons.
(12) Congrès A.F.A.S. Liège 1939.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
•'ours de laquelle apparaissent progressivement des apports héliophiles
nouveaux (Eliane Basse). Rappelons que le dessevage ou annélation
avait pour résultat d’ensoleiller le sol et d’activer ainsi l’apparition
des herbes héliophiles. Le pajonal andin à Calamagrostis (différent
du pajonal à Festuca d’origine culturale), succède à « une flore
ligneuse beaucoup plus importante dont les restes se voient encore
dans les parties à l’abri des incursions du bétail et du ravage des
feux (R. Benoist).
Tous ces exemples montrent les origines variées de la compro¬
mission de l’équilibre agro-sylvo-pastoral au profit de l’un des cons¬
tituants, le saltus. Cela confirme notre opinion déjà émise en maints
endroits que la cause la plus importante de la compromission était
le troupeau vagabond, incapable de maintenir une flore alimentaire
Qualitativement et quantitativement suffisante, donc esclave d un
nomadisme essentiellement destructeur. Il ne fait aucun doute que
les colloques internationaux doivent se pencher de toute urgence et
av ec continuité sur ce problème, source importante de l’érosion.
Extension du saltus aux dépens de l’ager. — Lorsque l'ager est
abandonné, le saltus lui succède, en règle générale. Ainsi s’expliquent,
Pour une grande part, les vastes étendues (Eurasie, Afrique, Amé¬
rique...), livrées à l’élevage extensif et greffées sur des cultures éphé¬
mères. Mais cela n’est pas l’apanage des régions intertropicales, car
l’extension du saltus conquis sur la culture a toujours été étroitement
lié à l’exode rural. Les guerres d’Annibal, qui ont provoqué le dépeu¬
plement des campagnes en Italie méridionale ont favorisé l’extension
du saltus (13). Les fluctuations du saltus comptent parmi les tests
les meilleurs des fluctuations économiques. Elles sont remarquable¬
ment lisibles (par la végétation) sur le terrain dans le Languedoc
viticole où, chaque crise sur la vente du vin était alternativement
Précédée par des défrichements et suivie par un embuissonnement.
La Ligurie, l’Emilie, la Vénitie virent, sous l’Empire romain, un grand
développement des terres de dépaissancc lorsque florissait l’industrie
lainière (Savoy).
A ces causes économiques, nous devons ajouter des causes tech¬
niques et particulièrement l’emploi du feu qui détruit les cycles
établis entre la culture et la réinstallation de la végétation naturelle.
La figure 7 (page 100), montre cette rupture dans un cycle culture-
cinbuissonnement (14).
En Nouvelle-Calédonie, Mimosa pudica alternant avec la culture
cr ée des « pâturages de première valeur » (Etesse).
La mise à feu répétée interdit le maintien de telles rotations en
Provoquant la régression des arbustes, même s’ils sont des pyrophytes
03) Sai.vioi.o in : Savoy, t. II, p. 442.
04) I,e cycle culture-embuissonnement (circonférence supérieure) régresse
\ cr s un cycle embuissonnement-pâturage (circonférence inférieure). La persistance
feux favorise en effet l'élevage (flèche descendante), tandis que la mise en
"vfensc favorise l’évolution progressive vers la forêt substituée (flèche ascendante).
Source : MNHN, Paris
100
G. KUHNH0LTZ-L0RD AT
FORÊT
notoires (maquis, garrigue, fourré, taillis, brousse, scrub, épinier...). H
en résulte une nouvelle économie pastorale par transformation d’une
économie agro-pastorale ; la matière organique favorable à ce cycle
ayant disparu, c’est un stade herbacé de régression mais alibile qui
s’installe : stade à Brachypodium ramosum sur kermès incendié ;
stade du savoka sur tavy malgache avec régression pyrophytique vers
la prairie à Cymbopogon rufus.
Les essarts. — On sait combien est abondante la toponymie rela¬
tive à ce mode d’exploitation (voir lexique) des taillis, qualifiée si sou¬
vent de culture pirate (Raubwirtschaft des Allemands). L’essartage
est, au sens strict, l’enlèvement des broussailles ou essarts, dans les
bois. Cette pratique précédait la mise en culture de surfaces occupées
par une végétation ligneuse et, en particulier, la céréaliculture dans
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
101
es taillis. Les arrachis étaient incinérés, si bien que le terme essar-
tage fut abusivement appliqué à une pratique incendiaire (15) ; mais
on ne peut nier qu’il se justifiait parce que la mise à feu du mort-
nois était devenue pratique courante, encouragée même par les béné-
■ciaires du procédé. D’après la déclaration du roi du 5 juillet 1770,
incendie des « issards » à des fins culturales n’était pas interdit,
•nais il était rare qu’ « après quatre ou cinq ans, le fonds ne soit
abandonné et ne retombe dans l’inculture » (16). Il devenait alors
saltus, car il s’agissait en l’occurrence du Languedoc dont le climat
n Ç permettait pas la reconstitution rapide de la terre végétale, pas
plus que pour le savoka incendié de Madagascar, où la succession
suva-ager-saltus est inexorable. Comment ne pas excuser les essarts
u Vercors, puisque le Dauphin prélevait la tache, soit le vingtième
vingtain) de la récolte ainsi obtenue sur brûlage. Et que penser du
r oit de terrage qui grevait les terres essartées du Diois du septième
e la récolte (Sclakert) ? A une époque plus rapprochée, ce mal des
essarts apparaissait encore comme un mal nécessaire. Près de vingt
communes belges pratiquaient l’essartage à feu en 1908. L’interven-
ion des Pouvoirs publics ne fut-elle pas un peu illusoire ? En tout
cas, elle fut modérée, en souvenir, peut-être, de « l’émeute des sar-
te ux » de 1835.
Mais il y a une autre cause à ce mal : l’extension du troupeau.
,■ d ’Ai.viella l’a bien fait ressortir pour les Ardennes, où le bétail
•était « démesurément multiplié ». Les sarteurs étaient avant tout
j e veurs ; ils avaient recours à un mode de culture céréalière rapide
et périodique, qui ne les détournait pas de leur troupeau.
Nous indiquons dans nos conclusions (interdiction et réglemen-
alion), l’extension désastreuse du troupeau, signe de richesse chez
■es Zoulous.
4. Excès de la sylve
L’excès apparent de sylve est réalisé dans les immenses territoires
qu elle recouvre encore, interdisant toute activité humaine autre que
son exploitation. Mais, comme nous l’avons dit au niveau de l'entre¬
prise, un équilibre peut se réaliser sans que l’ager et le saltus soient
juxtaposés à la sylve ; il suffit qu’ils lui soient économiquement soli-
jures. Comme il s’agit de très vastes étendues boisées, le stock sur
Pied peut permettre les équilibres à tous les niveaux. C’est pourquoi
es grandes forêts nordiques (type taïga) ou équatoriales (type hylea),
oivent à tout prix être protégées pour que dure le plus longtemps
Possible leur rôle au niveau mondial ; alors elles ne feront plus figure
e facteur pléthorique, mais bien au contraire de facteur régulateur,
e désir est parfaitement justifié parce que la taïga elle-même n’est
(15) Bhuttim. Dictionnaire de sylviculture 1930. Mlle Monniot, 1933.
(16) Archives de l’Hérault, liasse C. 2827.
Source : MNHN, Paris
102
ü. KUHNHOLTZ-LORDAT
pas épargnée par le feu, avec cette circonstance aggravante que le
peuplement humain est insuffisant pour maîtriser la flamme. L’auto¬
protection n’est réalisée que par la pluie sur les feuilles (forêts ombro-
philes) ; c’est peut-être là le véritable drame de la protection de la
nature dans les pays où une saison sèche, si courte soit-elle, est favo¬
rable à la destruction de l’arbre par les incendies. On souhaiterait
une carte des peuplements forestiers épargnés et l’on verrait volon¬
tiers leur protection assurée, comme « réserve mondiale » par une
union internationale, pour l’instant pleine de bonne volonté.
Envisagé sous ce biais, l’excès de boisement, y compris les cultures
d’arbres, reste à envisager aux niveaux moins élevés où l’organisation
de la protection est plus accessible aux gouvernements, aux adminis¬
trations, aux entreprises.
On sait que, dans les projets de reboisement en montagne
(Causses, Cévennes, pour ne parler que de ceux que nous connaissons
bien), les ingénieurs forestiers ont à juste titre préconisé le maintien
d’un ager et d’un saltus enclavés autour des fermes. Ainsi pourrait
être assurée l’occupation de celles-ci et du même coup la permanence
d’un main-d’œuvre saisonnière pour les travaux exigés par l’extension
de la forêt : exécution de l’aménagement, respect des usages, places
d’arrêt pour les feux. Cela est également valable pour l’Afrique du
Nord (Boudy, 1948, vol. I, p. 308-309).
A l’excès de saltus il ne convenait pas de substituer un nouvel
excès. Ainsi compris, le reboisement devient une source d’équilibre
humain dans des régions menacées d’exode.
Ce point de vue, très sain, gagne heureusement du terrain. On
en jugera par la mise au point, si franche, d’un grand ami de la forêt
(L. Balsan, 1956) : « Lorsque la Société forestière du Rouergue, puis
les Eaux et Forêts boisèrent la région Massabuau-Bartasserie, ensuite
la pointe orientale du Causse Noir, nous nous réjouîmes, car on nous
avait appris à considérer comme un grand bienfait, la fixation du
sol par l’arbre... Nous le regrettons aujourd’hui, lorsque nous cons¬
tatons que le rehoisement étendu précipite l’abandon de nos plateaux
calcaires. La brebis fuit devant la forêt qui recouvre son pâturage
et, nous le savons tous, le troupeau est la principale richesse du
Causse ; sans lui la terre est incapable de faire vivre la ferme. »
L’auteur cite en effet des exemples d’abandon. L’arbre était devenu
pléthorique ; le remède, pire que le mal. A un déséquilibre au niveau
de l’entreprise on a substitué un déséquilibre au niveau de la nation.
11 semble bien que d’après les orientations actuelles des services
forestiers, l’homme restera présent à côté de son arbre, de son champ,
de son troupeau. Les Cisterciens avaient été oubliés.
S. Détérioration de la sylve
On ne s’étonnera point que nous lui donnions la priorité.
De tous les écrans chlorophylliens, depuis les cryptogames jus¬
qu’aux essences forestières les plus hautes, c'est celui qui joue, préci-
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
103
sement par sa masse, le rôle protecteur le plus important à l’égard
du sol. Par son rôle cyclique, établi entre l’écran de sa voûte et celui
de son humus, la sylvc a présidé au maintien des équilibres agro-
sylvo-pastoraux. Nous allons en avoir confirmation par le fait que
sa détérioration préside au contraire aux pires désordres économiques.
Puisque l’écran vert a pour corollaire l’écran d’humus, aucun
des deux ne saurait être négligé pour la protection de la nature. A
une végétation mal venante correspond un humus mal venant (sauf
de rares exceptions). L’homme est impuissant à maintenir l’écran
d humus sans sa source ; mais il est des cas, naturels, où la dispari-
îon de l’humus ne dépend pas de celle de sa source ; il est alors
consumé par un processus biologique propre à certaines régions
chaudes et humides où les flores fongobactériennes et les faunes
umicoles sont particulièrement actives.
9 e , n ’ es * P a s cette exubérance qui nous retiendra, mais celle des
activités humaines s’exerçant sur l’un ou l’autre des deux écrans ou,
simultanément, sur les deux.
C’est devenu un lieu commun que d’affirmer que l’écran vert dis-
Paraît par le troupeau, par la hache et par le feu. Mais nous devrons
en dire les processus en soulignant dès à présent que selon les pros-
pecti° ns i es pi us sérieuses (Boudy) « pour un hectare reboisé en
trique du Nord, au prix des plus grands efforts, dix hectares boisés
disparaissent ».
Quelles sont donc les raisons de tant de destructions ? C’est au
o'ogeographe de « rechercher les causes actuelles ou inactuelles qui
Président à la localisation spatiale des espèces qui font et défont les
groupements au sein des divers milieux » (P.-P. Grasse). Nous
croyons, par le présent ouvrage, être dans la ligne indiquée par cet
e minent Maître de la biogéographie. Et nous ne disons pas « phyto-
geographie », parce que, bien que botaniste de formation, nous ferons
a Ppel, in fine, aux zoologistes ; et, çà et là, les parasitologistes ne
n °us laisseront pas indifférents.
Détérioration de l’écran d’humus (17).
l’h d’une terre fut longtemps lice à la présence de
mnus. Ce fut une véritable ruée vers les gisements de matière
rganique, à la surface entière du globe terrestre, partout où l’homme
pu installer ses cultures pour une durée parfois très courte (deux
u trois années) sur la litière forestière.
Historiquement, la protection de la fertilité fut d’abord empi-
fiue, basée sur la détection de la plante indicatrice. Le Gallesia
jorasema est, au Brésil, un de ces « padrôes » (18) des caféières
un ^, 0l f s . reportons plus loin la question «
Préalable Spécia de destruction de la sylve par in<
(18) Padre, chef de file (indicateur).
« feux d'humus », qui sont
sur pied, sans autre pratique
Source : MNHN, Paris
104
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
(Fauchère) ; le Prosopis juliflora indique des sols propres à l’agri¬
culture pour plusieurs années (Brizi) ; le Cymbopogon rufiis ne
révèle qu’une fertilité moyenne, alors que le C. cymbarius révèle une
terre en voie de nitrification (Perrier de la Bathie). En Europe, les
Finlandais ont établi leurs premières cultures sur défrichement de
Picea excelsa (Epicéa) (Grotenfelt, Cajander).
Avec les progrès scientifiques, on s’est aperçu qu’en l’absence des
indicatrices, les qualités agricoles d’un sol ne sont pas obligatoire¬
ment liées â l’ancienneté du peuplement végétal qu’il supporte. La
culture du café au Brésil a une durée très grande sur « matta
virgem » (forêt vierge), au point qu’elle peut supporter, pendant les
années improductives de mise en route, des récoltes de riz, maïs,
haricot, tabac, qui sont la rémunération des entrepreneurs de défri¬
chement (Cayla). Par contre, les forêts de remplacement (= substi¬
tuées = secondaires), livreront ailleurs des terres plus fertiles que
celles des forêts vierges. Au Gabon, on en trouve des exemples selon
Bories (qui en fut le directeur de l’agriculture). Erhart a fait le
procès des sols de forêt vierge considérés a priori comme inépuisables
par des colons inexpérimentés, alors qu’ils peuvent être épuisés par
lessivage. Et même, lorsque les sols ne sont pas lessivés, le défriche¬
ment suivi de culture les épuise très vite : la terra roxa de l’Amé¬
rique du Sud, de couleur cacao, contient jusqu’à 12 % de matière
organique sous forêt et, en cinq ans de culture, elle devient rouge
(terra vermeilha) avec un taux organique de 1 % (Kwachnin-Samarin).
Ces terres fertiles deviennent d’ailleurs de plus en plus rares. Il
est unanimement reconnu qu’il est grand temps de stopper la course
à l’humus. II a donc fallu trouver d’autres méthodes de détection de
la fertilité.
La plus simple, qui est aussi la plus ancienne, est celle de la
plante-épreuve ; choisie parmi les plus exigeantes et de croissance
rapide, elle est préalablement « essayée » sur le champ convoité ; le
bananier, le coton, le manioc sont de bonnes plantes d’épreuve.
La chimie trouva évidemment son mot à dire, à la suite de la
découverte du mécanisme autotrophique (nutrition minérale). Le pré¬
curseur de l’analyse des sols en profondeur nous paraît être Turbilly
qui, dès 1761, décrivit une sonde dans son remarquable et fonda¬
mental mémoire sur les défrichements. Aujourd’hui, les pédologues
emploient volontiers les coupes, les tranchées, les fosses d’étude. Mais
la double analyse physico-chimique est d’une interprétation parfois
trompeuse, toujours délicate (19), surtout dans les régions intertro¬
picales, pour lesquelles la question des engrais minéraux est loin
d’être résolue, bien que de plus en plus à l’ordre du jour. Le pro¬
blème est en effet dominé par la préoccupation primordiale de la
(19) On connaît l’importance de plus en plus grande prise par le « diagnostic
foliaire » de Lagatu et Maume, qui fait connaître la « réponse » du végétal aux
sollicitations du physiologiste. L’emploi des isotopes radioactifs fait aussi con¬
naître cette réponse en la rendant visible et même photographiable.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
105
^ Interdiction des feux
BOULEAUX, PINS
S
a.
t Invasion progressive
des
pyrophytes sociaux
| incendies répétés
M
PRAIRIE (stade herbacé)
W
^ abandon du
terrain
a
2èmc CULTURE
«
î
11
11
w
1ère CULTURE
incendies préculturaux
t
abatage (exploitation)
î
f~ .PORET
D’EPICEAS |
Tableau VII. — Cycle sylvocultural finlandais.
Source : MNHN, Paris
106
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
conservation des sols, aspect majeur de la protection de la nature.
Sous les climats tropicaux et surtout équatoriaux, où les pluies
agissent par leur durée et leur violence, tout bouleversement du sol
est à redouter. Les sarclages eux-mêmes, pourtant superficiels, ont
entraîné « la rapide stérilisation des terres à café brésilienne » (Fau-
chère). Ce fut « l’introduction de la charrue et le labourage en plein
qui amena la dégradation la plus rapide des terres aux Antilles »
(Aug. Chevalier).
Mais ce sont aussi les interventions abusives des usagers, telles
que le soutrage et le râtelage.
Le soutrage. — C’est l’enlèvement de la couverture végétale,
morte ou vivante, herbacée ou parfois même frutescente (bruyères).
11 se faisait quelquefois à l’aide d’une faux spéciale (étrèpe), mais le
procédé était tellement brutal que le sol semblait avoir été « raclé à
l’aide d’un rasoir » (Halleux). L’humus lui-même était emporté. Le
Béarn a ruiné ainsi ses forêts (Pierre Buffault). Les forêts feuillues
évoluées (plus ou moins proches du climax), s’accommodent mal du
soutrage, mais les essences frugales, telles que les conifères pyrophiles.
sont nettement favorisées par la mise à nu du sol. Sargos (1938), l’a
bien indiqué pour la forêt landaise de Pin maritime soutrée.
Le râtelage est l’enlèvement de la couverture morte au râteau de
bois. Il respecte l’humus en place, déjà évolué (début de la pédo¬
genèse), mais il empêche son renouvellement. Des forêts du Luxem¬
bourg belge étaient soumises à un râtelage excessif au xvin* siècle ;
des charrettes entières emportaient la litière (G. d’Alviklla). La
culture florale fut une grande consommatrice d’humus en Flandre,
où les horticulteurs offraient jusqu’à 500 francs par hectare aux pro¬
priétaires de bois pour en retirer toute la matière organique du sous-
bois (Glorif.). On retrouve le même usage dans le Bas-Rhin lorsque
furent introduites dans l’assolement des plantes industrielles telles
que garance, houblon, tabac, colza. Il y eut même un arrêté préfec¬
toral réglementant les prélèvements sur plus de 94.000 hectares de
forêt domaniale ou communale (Héricourt).
Destruction de l’arbre.
A part quelques peuplades primitives qui, depuis des temps très
reculés, préfèrent la prison verte aux larges espaces découverts, l’hu¬
manité s’est acharnée à la destruction de l’arbre au profit de ses
cultures et de son élevage. Le malheur fut que cette humanité sou¬
mise aux nécessités ou, plus simplement, aux instincts migratoires
(Max Sorre), n’a pas suffisamment songé à récupérer le bien détruit.
Même stabilisée, sédentaire, elle n’est pas entièrement affranchie de
ses revendications légales (droits d’usager) et peut-être aussi de ses
•déprédations illégitimes.
Pour l’instant, occupons-nous seulement des techniques les plus
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
107
généralement employées pour étendre l’ager ou le saltus : l’extirpage,
e uessevage, l’abattage, l’incendie.
L’extirpage. — C’est le mode de détérioration de la sylve qui
”t à 6 * e Plus et le plus longtemps les biotopes. Partout où l’érosion
?. st a redouter (régime des pluies, topographie, nature du terrain...),
1 ne devrait être employé qu’en cas d’absolue nécessité. Sous cette
reserve il est inévitable pour la mise en culture, ou pour l’améliora-
Ion des pâturages. Il peut être prudemment toléré pour les produits
souterrains de cueillette.
Les terres à Zingibéracées rhizoïnateuses sont favorables, après
nettoiement à la culture de la Canne à sucre (Fauchère).
Les premiers colons, Français et Hollandais de l’Afrique du Sud
(Le Cap), mirent le sol en valeur avec les céréales, la vigne, le bétail ;
n ne fallait pas moins de trois ou quatre années d’extirpage de la
'egetation naturelle, au dire du Gouverneur Van der Stel (1689, cité
par Deherain) . Cela ne doit pas nous étonner car c’étaient les mé-
nodes des défricheurs du Nord de l’Europe. Par exemple, la prépa¬
ration des cultures sur forêt de Finlande (Grotenfelt), ne différait
nés systèmes tropicaux que par la possibilité d’extirper les souches
incinérées. C’est encore dans les pays Scandinaves que l’on rencontre
arrachage des Epicéas donnant trop d’ombre pour le développement
des herbages héliophiles ; les souches ont en effet une survie plus
ongue sous ces climats. En garrigue méditerranéenne (Munier,
A. (Servais), le lignerage était le droit de prendre « les bois morts et
«amants ». Mais il prit une forme abusive qui fut l’extirpage, parti¬
culièrement celui du Kermès, à tel point que la cour d’Aix (1817-
°U) (20) déclara cc chêne « essence forestière » pour interdire son
arrachage. En quoi elle ne se trompait point (Cl. 2).
L’un des inconvénients de la culture sur défrichement de forêt
i maintien des souches en place. Sous les climats où les activités
< es lignicoles sont accélérées, leur résorption peut se faire en moins
1 un an (dix-huit à vingt mois selon Fauchère). Le suckering (21)
consiste à laisser pousser les jeunes cépées et à les faire brouter par
es chèvres jusqu’à épuisement, après quoi elles pourrissent ; on
peut évidemment substituer la hache à l’herbivore. On a rencontré
e procédé en New-Jersey (U.S.A.), en Savoie, en Birmanie, en Amé-
•que du Sud (Thompstone, de Wavrin, F. Rey, Brossât). Rappelons
que des mauvaises herbes à organes souterrains tenaces sont ainsi
raitees, dans l’ager ou le saltus par épuisement (Cirsium aruense,
Veratruin album...).
h- a rrachage total de la plante, lorsque ses racines ont des vertus
edicinales ou apéritives (Gentiana lulea...), peut déclencher l’érosion
es pentes s’il n’est pas fait avec précaution. En Suisse, les précau-
,ons consistent à incinérer les produits de l’essouchage et à mêler
(20) Cité in : Ribue, 1857, p. 159.
(21) Sucker = repousse (drageon, rejet).
Source : MNHN, Paris
108
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
les cendres dans du terreau ; le mélange sert à combler les trous qui
sont alors ensemencés d’herbes alibiles. Ainsi s’étend sans danger le
pâturage, par une méthode employée avec succès depuis 1895
(Barbey). On aimerait connaître les conclusions tirées de relevés
phytosociologiques qui ne tiendraient pas compte de cette pratique.
Le dessevage (= annélation, ceinturage, cerclage, surcenage, ring-
barking) est un moyen grossier employé par les Flamands au
xviii' siècle (en forant les arbres d’outre en outre et y mettant de la
laine ou de l’herbe nommée « buschekriiyt » (Goblet d’Aviella).
Ce n’est qu’une viande du dessevage au feu des Néozélandais « qui
consiste à bourrer sous les racines caverneuses quelques broussailles
sèches qu’une allumette enflamme » (Hauptmann). Beaucoup de
Séquoias géants de Californie et d’autres essences ont été abattus par
lentes incinérations de la base dues aux Indiens et les Blancs en ont
fait tout autant pour défricher leurs lots de colonisation (de Wavrin).
Le moyen le plus répandu est l’incision annulaire au bas de la
tige. L’agonie est très variable (trois à quatre ans pour les bois durs
selon Baldwin). En Pologne orientale, le millet fut cultivé dans des
clairières de dessevage.
Mais la tentation était bien forte de se débarrasser ensuite de
cette masse de bois mort sur pied et le moyen le moins coûteux fut
le feu. C’est pourquoi nous le trouvons presque toujours associé au
dessevage (sauf cas particuliers nécessitant au contraire d’éviter la
flamme (22) chez les Fangs du Gabon, les Indiens d’Amérique, les
Australiens (Zunini) ; les différences n’existent que par les façons
culturales consécutives, plus perfectionnées et surtout moins dange¬
reuses chez les Européens (labours, hersages).
On ne sera pas surpris de retrouver le processus là où le trou¬
peau est trop important pour la surface déjà livrée au pâturage ;
c’est alors une conséquence de la surcharge, ce fléau de l’élevage.
L’Australie est le type des pays où a sévi en grand la pastoralisation
par dessevage ; la prairie vient mal sous Eucalyptus, à cause de
l’abaissement du plan d’eau provoqué par ces arbres ; une fois des-
sevés le tapis herbacé se développe normalement (Zunini).
Le même procédé, toujours en Australie, est employé dans le
scrub à Acacia harpophylla ; le ceinturage les fait mourir sur pied ;
la fonction écran ne jouant plus il s’installe une savane graminéenne
riche en diverses espèces des genres Dicanthium, Chloris, Eragrostis...
Les feux peuvent ensuite sévir pour rajeunir cette herbe, mais l’éro¬
sion commence s’ils sont trop rapprochés (Davies). On a bien trans¬
formé une formation végétale difficilement pénétrable en un saltus
alibile, mais la suppression de l’écran protecteur a déclenché une
(22) Dessevage d’esscuces de valeur individuellement exploitées, lorsqu’elles
n’ont pas passé par la période de repos nécessaire avant l'abattage : le teck n’est
pas flottable avant dessevage. Le dessevage est aussi employé pour dégager des
essences précieuses en forêt dense ou pour favoriser l’extension d’une essence
déterminée.
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
109
régression temporairement utilisable. C’est au stade prairial qu’il
audrait l’arrêter par une charge appropriée de bétail.
A une plus petite échelle, les bergers des Asturies employaient
eurs loisirs au ceinturage, puis à l’abattage des arbres (A. Eon).
L’abattage. — Lorsque le matériel brûle mal sur pied en raison
du climat et de la nature du peuplement, il est procédé à l’abattage
Préalable qui permet, par la dessication, l’action du feu. Cette pra¬
tique est, de beaucoup, la plus répandue. De nombreux ouvrages de
géographie intertropicale en ont donné des photographies toujours
très spectaculaires. Mais elle a des modalités nombreuses. L’abattage
peut être en effet partiel ou total ; d’autre part, l’épuisement rapide
de l’humus par les cultures exige une reconstitution de la forêt pour
de nouvelles cultures sur les mêmes tènements : c’est là un principe
d assolement — une véritable sole forestière — qui marque un progrès
sensible sur les procédés à feux-courants. Enfin, pour hâter le retour
des cultures sur une même sole, la régénération du combustible n’est
Plus attendue et le matériel ligneux, récolté ailleurs, est apporté sur
e champ cultivé : ce processus d’apport est à l’origine de l’agriculture
sédentaire et marque les débuts de l’acheminement vers l’agriculture
intensive à base d’engrais minéraux.
L’abattage partiel a toutes sortes de causes. En dehors des consi¬
dérations spéciales qui incitent l’indigène à laisser des arbres sur pied,
telles que le fétichisme ou le danger ou simplement l’effort (Hedin,
‘932 ; Plateau, 1937), la culture rationnelle implique, sous certains
climats ou pour certaines cultures, un ombrage léger. Lorsque les
lorêts à défricher contiennent des essences répondant aux conditions
d ombrages désirées, celles-ci sont laissées sur pied ; la culture a lieu
sous leur couvert. Sinon, on a recours à des plantations intercalaires
iPar exemple des Légumineuses arborescentes à feuillage découpé
et léger).
L’abattage partiel est encore de règle pour les forêts très an¬
ciennes, qui contiennent des arbres de grandes dimensions et dont
°n vient à bout par les procédés que nous avons indiqués. C’est, en
Particulier, le cas de la forêt vierge brésilienne (matta virgem) ; les
Petits arbres, les arbustes, les lianes sont abattus et réunis en tas
jusqu’à dessiccation : c’est la roçada. Les arbres de plus gros dia¬
mètres, ainsi dégagés, sont abattus à leur tour ; les bois d’œuvre seuls
sont enlevés ; les très gros individus sont laissés sur place ; c’est la
errubada. Puis, un jour de forte chaleur, en saison sèche, le tout
est incendié : c’est la queima (Piettre).
L’abattage total est de pratique courante pour l’installation des
cultures héliophiles ; mais les grosses souches sont laissées en place.
est lié à certaines cultures et plus particulièrement celle du riz ;
e tauy malgache, le ray asiatique, sont classiques ; mais on les
retrouve en Afrique, en Europe, en Amérique, avec une très grande
variété de cultures. Après une période plus ou moins longue de dessi-
ca ion des produits abattus, l’incendie est déclenché en fin de saison
Source : MNHN, Paris
110
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
sèche et le semis se fait sur cendres. Le nombre de cultures possibles
sur un même brûlis est très limité (une seule parfois) ; le nomadisme
cultural est donc obligatoire : 4 millions d’hectares de forêt ont été
ravagés par le tavy dans un laps de temps n’excédant pas vingt années
(P. de la Bathie) ; une famille Moï ou Khmer cultive par le ray un
hectare par an (Bert), mais les feux ne sont jamais limités à la
surface cultivée et ils ont relégué la forêt primitive aux hautes alti¬
tudes (Guibier) ; le déplacement des cultures au Gabon s’est exercé
sur plus de 60 % de la superficie totale (Service forestier) ; dans
le Moyen Congo il n’existe plus de formations forestières vierges
exploitables, elles ont été défrichées et mises en cultures vivrières
(Vanderyst) ; au Vénézuéla, la surface des cultures mobiles était
cinq cents fois plus grande que celle des cultures permanentes, au
xix” siècle (A. de Tourreil) ; au xvm" siècle, en France, les Pouvoirs
publics doivent intervenir pour limiter les cultures sur brûlis, dans
le Béarn et le Roussillon en particulier (Dion). Les forêts du Var sont
abattues et incinérées, surtout vers 1792, et donnent « des récoltes
magnifiques pendant un ou deux ans, puis rien » (Inspecteur
Deval) (23).
Il va sans dire qu’un système aussi répandu comporte des moda¬
lités imposées surtout par le climat et les cultures.
Le tavy malgache est lié à la forêt humide et non incendiée de
Madagascar, par exemple dans la partie orientale de la Grande Ile,
où les cultures non irriguées sont possibles ; on le retrouve sur les
riches alluvions occidentales périodiquement inondées (P. de la
Bathie).
Le ray asiatique est surtout pratiqué en montagne, sur faible
pente et terre noire de forêt dense (riz de montagne), en pays plu¬
vieux. Un bon ray peut durer huit à dix ans avec amendements cal¬
caires (Teston et Percheron).
Autour de ces deux types classiques, le tavy et le ray, on peut
grouper tous les défrichements forestiers par abattage suivi d’inciné¬
ration et de culture. Mais les exemples suivants en démontreront le
caractère très général :
Les potours de l’Empire Ottoman (Bricogne) ; les cultures in¬
diennes adoptées par les colons (Thevet in Chevalier) ; le milpa
du Yucatan (Joubert) ; le desmonte du Nicaragua (P. Lévy) ; la
culture du bananier aux Antilles (Buffon), en Guyane (J. Itier) ;
celle du riz en Océanie (Hauptmann) ; celles du riz et du fonio au
Fouta-Djallon (Mangin) ; du mil, de l’arachide, du coton, du riz, etc...,
en Haute Côte d’ivoire (Bègue), en A.E.F. (mult. auctj, les planta¬
tions de caoutchouc sur forêt (Van Hall) (24) ; les cultures mobiles
du Vénézuéla (A. de Tourreil) ; les défrichements du Canada (Piche),
de Sibérie (C. de Buisseret), de la Corse (Bonard), du Brésil (Aug.
(23) Procès-verbal «les délibérations du Conseil Général du Var, session
1852, p. 164, cité in : De Ribbk, 1857, p. 132.
Source : MNHN , Paris
l'écran vert
111
hevalier ) : les lazines de Yougoslavie (J. Balen) ; les céréales et
a rave sur cendres de forêts en Finlande (Gosta Grotenfelt) ;
avoine sur forêt en Suède au xix' siècle (25) ; le maïs sur forêt de
ladivostock (26) ou du Brésil (Potucek) ; les céréales sur forêt
d’Af * ma ® ne cl Puisse au xvm* siècle (de Turbilly) ; le K’seur
u Afrique du Nord (Niepce) ; l’orge sur forêt du Champsaur (Scla-
fert) ; les novales françaises des xi", xii°, xm* siècles, dont on peut
•"approcher les défrichements des vallées humides du Diois au
x v siècle, de la Haute Provence (xm* et xiv* siècles surtout) (Scla-
fert) ; les bruslements du Dauphiné (Deffontaines) ; Vartigue du
(Ud-Ouest de la France (R. Dion) ; le Quercy à la révolution
' • VIRE) ; et, même au xix' siècle, les céréales sur abattis incinérés
? n . Pr °vcnce (Darluc) ; à noter qu’au xvm* siècle des abattis por-
aient sur des forêts bien mieux constituées et c’est surtout vers 1792
iju elles^furent détruites « sans aucune retenue » (Inspecteur De-
p w)- Vers le milieu du xix* siècle les défrichements de forêts
f e sans incinération : telle était du moins la doctrine officielle
JRE Gasparin, Girardin et du Breuil (1850). Les feux des papous de
ouvelle-Guinée « ont laissé le champ libre à l’érosion, ce qui com-
•ence a poser de sérieux problèmes aux autorités » (Vogel).
D’après cette énumération (non exhaustive) et bien d’autres
exemples relatés dans le présent ouvrage, on est surpris de voir
écrire que le feu est un facteur écologique « bien subordonné en
Europe moyenne » (Vegelntio, vol. I, 1948, p. 63). C’est cependant
aveu qu’il y existe et il faut alors en tenir compte. Mais il faut tenir
compte aussi qu’il y a sévi autrefois (plus qu'aujourd’hui sans doute),
comme nous l’avons démontré à l’aide de références nombreuses. De
sorte que les paysages actuels peuvent parfaitement en garder encore
es traces qu’un phytogéographe ne doit pas renoncer à chercher. En
Çes matières d’usages d’ailleurs, il conviendrait de mieux préciser les
•eux ou le facteur feu est devenu subordonné.
Une mention spéciale doit être faite pour les défrichements du
anada. Sur cet immense territoire, on « faisait de la terre » au
etrinient de la forêt. Mais il y avait tellement de bois que l’abattage
avait été d’abord confié à des bûcherons spécialisés. Ils assuraient, en
Pnncdpe. l’évacuation du terrain avant la prise de possession du colon.
• alheureusemcnt ils ne pouvaient pas toujours faire face à tant de
esogne et le colon, impatient de commencer ses cultures, mettait
e feu aux bois abattus qui n’étaient pas évacués à son arrivée.
En 1916 il en était encore ainsi, le fermier chassant le bûcheron.
réglementation fut instituée depuis (James Lawler).
Un rapprochement s’impose, nous semble-t-il, entre ces bûcherons
(24) Voir aussi, au lexique : « Système Birkmose » et « désherbage ».
(25) Revue Eaux et Forêts, 1881, p. 241-248.
(26) Revue Eaux et Forêts, 1886, p. 523.
(27) Procès-verbal des délibérations du Conseil Général du Var, session
,852 - p. 164. cité in : De Hii.be, 1857, p. 132.
Source : MNHN, Paris
112
î. K.UHNH0LTZ-L0RDAT
canadiens et les hôtes français du Moyen Age (hospites) ; ils avaient
aussi pour tâche d’abattre la forêt et parfois d’assurer l’évacuation
des bois. Ils vivaient dans la forêt et de la forêt, au gré de leur humeur
vagabonde ou selon les avantages que leur procuraient les proprié¬
taires ecclésiastiques ou laïques, puis ils cédaient la place à l’agri¬
culteur sédentaire.
Ce rapprochement peut être encore poussé beaucoup plus loin,
car les hôtes du Moyen Age se sont parfois fixés sur la terre fertile ;
ils devenaient à la fois bûcherons et agriculteurs. Or, ce mode de vie
se retrouve au Canada, avec une modalité imposée par le climat. Le
colon n’y quitte sa paroisse qu’après avoir éprouvé et préparé un lot
nouveau en forêt. Il procède à l’abattage en hiver, brûle l’abattis le
printemps suivant, sème sur cendre et labour, puis revient pour la
moisson d’automne. Si la récolte est bonne, il s’installe à demeure
(Blanchard).
Le mécanisme cultural de la déforestation a pris sa plus grande
ampleur là où en même temps qu’intervenait le climat favorable à
l’érosion, les défricheurs trouvaient de larges bénéfices les incitant à
étendre leurs cultures. L’histoire des colonies nous renseigne à ce
sujet et l’on constate que les périodes de dénudation sont liées à la
culture d’une plante rémunératrice : café au Brésil, pavot à opium en
Indochine, tabac à la Martinique, arachide au Sénégal, mil au Niger...
Le feu. — Les pratiques incendiaires, nous venons de le voir,
sont le plus souvent associées aux autres procédés de déboisement.
Mais, elles aussi, présentent des modalités en fonction du climat, de
la consistance des peuplements végétaux, de l’écran d’humus, de la
présence ou de l’absence du tapis graminéen, du sol enfin, plus ou
moins apte à s’échauffer ou à se dessécher.
Les pratiques incendiaires, comme nous l’avons montré en 1938,
ont eu un caractère universel. Actuellement elles demeurent habi¬
tuelles dans les régions arides, seini-arides, subhumides, tropicales à
saisons sèches. Le problème n’est pas de savoir si elles sont un mal,
mais si c’est un mal nécessaire et s’il est nécessaire partout où il sévit.
Tout dépend, selon nous, des régimes économiques établis de
longue date, auxquels on ne peut apporter de graves perturbations.
Ainsi, autour de la Méditerranée et dans l’état actuel du régime pas¬
toral, la mise à feu est aussi nécessaire que la transhumance. Mais
on ne saurait trop s’élever contre l’incendie des massifs forestiers d’où
le pâturage devrait être rigoureusement proscrit. Saltus et silva
peuvent coexister mais par juxtaposition et non par intrication
(fig. 2). Quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur l’oppor¬
tunité des feux, et quelle que soit la région où ils sont pratiqués, il
est inadmissible que la forêt soit incendiée au profit d’un saltus de
plus en plus appauvri. Nous sommes parvenus aujourd’hui à la limite
indispensable de nos réserves forestières. Le programme idéal de res¬
tauration des équilibres agro-sylvo-pastoraux doit comporter la trans¬
formation du saltus extensif en saltus intensif, afin que le bétail et
l’arbre ne se nuisent point. Mais il faut reconnaître que de telles vues.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
113
théoriques, se heurtent à des difficultés souvent insurmontables et
il y a alors lieu de se rabattre sur des statuts de compromis.
Les modes de destruction des forêts par le feu peuvent être rap¬
portés à quelques types auxquels on réunira les variantes et combi¬
naisons qui se présenteront. Les feux de lisière, les feux de massif,
•es feux de cime, les feux d’humus.
Nous n’aurons pas à nous occuper des moyens curatifs, reposant
sur une organisation parfois très compliquée (surveillance, points
d eau et transport d’eau, systèmes d’alertes, etc...). Mais, voulant res¬
ter dans le cadre biologique que nous nous sommes imposé, nous
Poserons in fine le problème de la défense collective, qui présente
1 avantage d’être un moyen préventif.
Les feux de lisière. — Suivant les climats et l’état de la forêt,
•a flamme s’éteint sur le massif ou le pénètre plus ou moins profon¬
dément. On a pu confondre les progressions de la flamme avec les
incinérations préculturales après abattage. Celles-ci, nous l’avons vu,
°nt joué un rôle bien plus considérable.
La forêt ombrophile des climats équatoriaux peut être tout à
fait incapable de brûler, même en lisière. Lorsqu’elle est défrichée,
les incendies volontaires de la surface abattue se limitent à cette sur¬
face, sans quoi, comme le dit J. Lebrun pour le Congo belge, « il
n’existerait plus que des forêts marécageuses ou inondables ». D’une
manière générale, « c’est là un fait sur lequel tous les observateurs
coloniaux africains sont d’accord » (Robyns). Aug. Chevalier l’a
observé et signalé à maintes reprises ; il y voit la raison du maintien
des forêts galeries si caractéristiques de la zone guinéenne et persis¬
tant « comme les reliques d’un état antérieur ». Vasselot de Régné,
en 1882, a observé au Cap la régression « des bois qui garnissaient
Primitivement les ravins englobés dans les propriétés particulières »
ou les incendies périodiques constituaient souvent « le seul mode
de culture des fermes ». Les Auteurs qui admettent que dans certains
cc j s , la lisière peut être entamée, estiment que le recul de la forêt
n excède pas quelques mètres par an (Foury, Aubreville). Mais
M- H. Humbert précise (1952) que si « chaque incendie grille quelques
arbres, qui tombent ou tomberont l’année suivante », « la complica¬
tion des périmètres d’attaque, d’autant plus lobulés que le pays est
Plus accidenté » explique la rapide régression des massifs ainsi gri¬
gnotés, à Madagascar, « exemple particulièrement édifiant ».
Pendant les mois de chaleur et de sécheresse qui sévissent sous le
climat méditerranéen, les feux sont parfois difficiles à contenir sur
les parcelles où ils ont été jugés nécessaires. Les lisières des forêts
sont plus ou moins déchiquetées (cl. 10, Sagot-Lesage que l’on com¬
parera au cliché 11 d’une lisière fermée). Si le vent se lève, l’incen¬
die dégénère : en Provence, en Languedoc, en Vivarais même, il
devient alors une usclade. Nous rattacherons à ces incendies non maî¬
trisés les feux de tige des taillis sartés des Ardennes : Crahay place
e n effet, au troisième rang des causes d’incendie, les travaux d’inci-
Mémoires du Muséum. — Botanique, t IX. 8
Source : MNHN, Paris
114
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
nération des sarteurs ; le feu, dépassant les limites de la culture
se faufilait dans le taillis proche, brûlant sur pied branches et tiges.
Turbilly signale que ces feux de lisière sont fréquents, en
Anjou au xviil* siècle. Sans doute étaient-ils liés à l’écobuage, car cet
Agronome consacre un chapitre spécial de son étude sur les défri¬
chements, aux « précautions à prendre quand on fait brûler un
défrichement situé dans le voisinage d’un bois ou de quelque autre
endroit combustible » (p. 339). Il étudie, en particulier, la surveillance
des fourneaux appelés pour cette raison fourneaux gouvernés.
La ligue du reboisement de l’Algérie estime que « sur cent incen¬
dies de forêts, quatre-vingt-dix-sept proviennent de feux de brous¬
sailles situés dans le voisinage de ces forêts ».
Dans le Midi languedocien, les feux pastoraux sont interdits à
proximité des lisières par l’administration des Eaux et Forêts. Comme
pour toutes les interdictions de ce genre, il manque malheureusement
le moyen de les contrôler et d’empêcher, en particulier, qu’ils se dégé¬
nèrent en usclade. La chênaie pyrophytique à Kermès ne cesse de
s’étendre, stade précurseur de la dénudation si les incendies sont trop
rapprochés (28).
Pour la Corse, Litardière et Malcuit (1937) ont montré l’in¬
fluence des feux de lisière dus aux bergers. Les hêtraies clairiérées de
l’Incudine présentent tous les symptômes du mécanisme pastoral de
la déforestation qui a sévi sur les forêts d'Yeuse du Midi de la
France, si démonstratives encore grâce à leurs clairières envahies par
les pyrophytes. Il ne serait pas inutile, à ce sujet, d’établir une carte
exacte de ces trouées : les unes, vastes et régulières, formant encoche
ou enclave, d'origine culturale ; les autres plus petites, de contours
très irréguliers, peu éloignées de la lisière ou même reliées à elle par
des petits couloirs où la flamme a passé, d’origine généralement pas¬
torale (29). Ces deux sortes de clairières n’ont pas la même évolution ;
les reliques de flore adventice et immédiatement post-culturales joue¬
ront un rôle important dans l’interprétation des premières ; les
essences ligneuses et arbustives ou arborescentes les coloniseront par
individus isolés, çà et là, alors que les secondes seront envahies par
les bords et vers le centre par des nappes centripètes de pyrophytes :
les cistes répondent remarquablement à ce type de colonisation. Il
est bien évident que si une culture abandonnée est livrée au pâturage
elle évolue comme les clairières pastorales (30). Inversement, des
(28) Nous trouvons un aveu impressionnant pour l'Afrique du Nord dans le
volume I de Boudy (p. 504) de son Economie forestière nord-africaine ; pour la
seule Algérie : 78.000 délits constatés ne représentent que 1/5 des délits réels,
sans tenir compte des délits de parcours plus difficiles à prouver.
(29) Aucune tentative n’a été faite dans ce sens depuis que nous avons écrit
cela (1938). De sorte que la fusion entre relevés floristiques des deux sortes de
clairières ne nous paraît guère valable.
(30) Le petit massif des collines de La Gardiole, entre Sète et Montpellier,
incendié à petits feux, est très instructif à cet égard. On y lit la transformation
de la période culturale en période pastorale ; la période forestière est encore
représentée par des lambeaux de chênaie clairiérée pâturée.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
115
meres pâturées ou incendiées peuvent être livrées à la culture :
est le cas des « vides labourables » d’Algérie, loués par I’adminis-
rauon aux habitants des douars où ils sont situés (H. Marc).
^ a ( î ues ^ on des feux de lisière est complexe parce qu’elle se
P tac he tantôt au défrichement, tantôt à l’élevage. Sous les climats
avorablcs aux incendies, la responsabilité des agriculteurs et des
eveurs est solidairement engagée, avec cependant quelques circons-
ances atténuantes pour les premiers, parce que leur intervention n’a
ni a Périodicité ni la fréquence de celle des pasteurs.
. ^ autre part, le bétail empiétant souvent sur la forêt, en lisière
es pâturages, rend celle-ci sensible à la flamme (cl. 8). Ce déborde-
îent du cheptel vers la forêt est de règle tant que l’herbe brûlée n’a
pas encore reverdi. Mangin a constaté en Afrique occidentale fran¬
çaise les énormee dégâts dus à ces errements.
Les croyances ont souvent protégé la forêt sous forme de « bois
créa » abritant tantôt un saint, tantôt des génies sylvestres. Mais
? a règle d’interdiction (ou fady ) ne permet pas l'accès de l’homme,
l e en ne s’oppose à ce que la forêt interdite soit peu à peu rongée par
‘eux de lisière ; témoin, cette mystérieuse Montagne d’Ambre peu
Peu déboisée au sud de Diégo, dont la forêt inviolée mais amenuisée
I ar les feux se trouve reléguée au-dessus de 600 m. d’altitude
(ÜROUHARD). ,
Quant aux forêts qui abritaient les mauvais génies elles étaient
uetruites en Annam (A. Magnein).
Bons ou mauvais, les génies sylvestres ont été impuissants à pro-
eger la nature. Mais ils ont été (rarement) une cause de sédentarisme:
e «ioins ces bois sacrés des Khasi de l’Assam qui recèlent encore les
ossuaires de ces peuplades qui ne s’en écartent point pour assurer
es r ‘* es Post mortem (Gabrielle Bertrand).
, Une fois de plus, cela nous autorise à penser que les études
P ytosociologiques entreprises maintenant sur tous les points acces-
I les globe n’auront toute leur signification et ne prendront toute
e Ur ampleur que dans le cadre historique des civilisations super¬
posées. Cela nous a conduit à attacher une grande importance à l’âge
es physionomies végétales et à introduire ainsi la notion de phy-
0 V*î°* re dans l’étude de l’évolution du tapis végétal, notion remar¬
quablement exploitée par J.-P. Barry dans ses études sur la Vaunage
ou Gard.
Les feux de litière. - Nous conservons ce terme de « litière »
Parce que son hétérogénéité en profondeur explique en partie les
‘vers comportements de la flamme. En surface ce sont les accumu-
a ions des feuilles mortes dont le « lit » se décompose en profondeur
jour donner les premières différenciations pédologiques de la roche
re sous-jacente (structure nouvelle, source des produits illuviaux...),
j,, feux courants, visibles, brûlent le « lit » superficiel ; les feux
'humus, invisibles, cheminent sous le lit, dans l’horizon Ao. Enfin
Source : MNHN, Paris
116
G. KUHNH0LTZ-L0RDAT
les animaux jouent leurs divers rôles suivant leur biotope de prédi¬
lection, ainsi que les bactéries (31).
Une autre raison nous paraît favorable au maintien du vocable
litière : dans le cadre de la protection de la nature les pratiques les
plus nuisibles au maintien de l’ambiance forestière se rapportent a
l’enlèvement plus ou moins complet des feuilles mortes, pratiques qui
compromettent l’évolution pédologiquc normale et dont nous avons
indiqué quelques modalités (soutrage, lignerage, etc...).
Aubreville (1949, p. 315) appelle « feux rampants » ceux, qui,
déclenchés à l’extérieur d’une forêt, s’immiscent dans l’intérieur « en
consumant seulement l’épaisse couverture morte des feuilles sèches »■
Le pied des essences est attaqué par une « pourriture rose » et
meurent. Ce double mécanisme incendiaire et biologique est une
variante de la destruction des lisières qui ne peuvent s’enflammer
directement. « La destruction peut n’être que de quelques dizaines
de mètres par an, mais elle n’est pas négligeable à l’échelle des
siècles ».
L’inspecteur général des Eaux et Forêts de Madagascar,
P. Vignal (1956) appelle « feux d'humus » ceux qui progressent, invi¬
sibles, en profondeur (5 ou 10 cm) en avant du front d’incendie
visible (cl. 12). Les arbres sont donc brûlés d’abord par les racines,
plus ou moins carbonisées, et s’écroulent dans la flamme. Malgré
l’importance que l’on peut attacher à l’utilité générale de l’humus,
il est bien évident que les pare-feux ne doivent pas être seulement
déboisés et débroussaillés mais aussi décapés de leur horizon humi-
fère, comme il est proposé. Nous ne savons pas encore si les feux
d’humus ont été ou sont plus généraux qu’on ne le pensait. Dans
l’affirmative ils remettraient en question les disparitions encore mal
expliquées de certains peuplements forestiers.
Le rôle des animaux fouisseurs a été observé par l’ingénieur des
Eaux et Forêts Galzin au Mont-Aigoual (Cévennes). Les rats forment,
dans l’horizon Ao des petits couloirs par où s’engouffre un courant
d’air qui alimente et propage le feu.
Les feux de massif. — Ces « feux en plein » sont les plus habi¬
tuels. La masse totale, arbres, mort-bois et litière s’enflamment. Le
feu pénètre plus ou moins suivant la composition floristique et son
cadre géographique.
Ceux qui les pratiquent n’ont aucune préoccupation de limitation
des incendies ; la flamme parcourt la forêt au gré des vents pendant
la période sèche. Les Maures et l’Estérel, déjà riches en Pins mari¬
times au début du xviii 0 siècle, ont été mis en culture par ces feux
directs d’un emploi aisé en pinèdes. Les pins brûlés étaient coupés et
vendus à Marseille et sur le terrain déblayé on installait les cultures
(L. Laurent). Il est probable que la pénurie de forêts sous les
(31) Grosso modo, mais suffisamment pour le présent ouvrage, des destruc¬
tions ou lyses de la matière organique, se font par des hétérotrophes diversement
spécialisés : cellulolytiques, ligninolytiques, chitinolytiques...
Source : MNHN, Paris
L'ECRAN VERT
jniats à période xérothermique très marquée tient en partie à de
Q s * eux - La sylve équatoriale, qui nécessite un abattage préalable,
une mort sur pied (desscvage) pour être brûlée, a beaucoup moins
outlert que la forêt tropicale. Lorsque la période de sécheresse est
ourte, l’incinération est parfois incomplète après l’abattage et cette
ombustion non réussie est une cause d’échec pour les cultures (par
exemple à Bornéo). Les formations végétales régressives couvrent
immenses surfaces dès que la période de sécheresse accuse un
tropical. Ainsi la zone soudanaise a été particulièrement incen¬
diée :
« on peut dire que là où commence l’incendie d’herbes, com-
1‘? zone soudanaise » (Aug. Chevalier).
Qu’ils se rapportent à l’Asie, à l’Afrique ou à l’Amérique, les
ouvrages qui relatent les procédés de culture des pays chauds, citent
souvent le cas d’un indigène incendiant une montagne pour cultiver
un petit lopin de terrain. Or, sur ces trois continents, on retrouve,
avec un parallélisme remarquable les stades homologues de la régres-
sion, à une certaine distance de la forêt équatoriale africaine, des
orets de moussons asiatiques ou de l’Hylea amazonienne. Les feux
e brousse ont souvent commencé par être des feux de forêts, et
puisque les déserts n’ont pas une origine exclusivement climatique
action de l’homme ne devient plus négligeable. Une régression aussi
accentuée de la végétation, sur des espaces aussi considérables, et
3 ?. S u . n t em P s historique, n’a pas été réalisée par les seuls procédés
ordinaires de la culture. Le nomadisme cultural lui-même ne peut
expliquer le pénomène qu’en raison de la densité de la population
uniaine qui occupait ces régions. Les procédés actuellement employés
tes Gallas Abyssins et relatés dans l’abondante littérature sur
Ethiopie, continuent la néfaste tradition entre la zone soudanaise
es feux de brousse et la culture sur forêt après abattage des climats
fluatoriaux. Ce sont les formations secondaires surtout qui sont
atteintes par la flamme ; mais il est des formations primaires « sur
es terrains particulièrement secs, là où le sous-bois n’offre plus une
. stance suffisante, et par les saisons exceptionnellement sèches »
° u le feu « entre même assez profondément » (Albreville). L’ins¬
pecteur Begue, en Haute Côte d’ivoire, a observé « de petites taches
c véritable forêt » et relate qu’au cours d’une de ses prospections
tavril 1934) « le feu venait de parcourir l’une d’elle malgré l’absence
a herbage et la rareté du sous-bois ».
En région méditerranéenne, on peut assister tous les étés à ces
eux-courants, dans les vastes pinèdes ; ils ne répondent pas à des fins
culturales, mais ils nous montrent les énormes difficultés qu’il faut
surmonter pour les enrayer avec des moyens pourtant perfectionnés
°t nous pouvons, d’après eux, nous faire une idée assez juste de la
destruction des forêts par les agriculteurs incendiaires : il n’y a
a ucune exagération, même en tenant compte des formations primaires
hon forestières, à leur attribuer la régression de bien des formations
arborescentes intertropicales. Nous pouvons conclure que les méthodes
Primitives de mise en culture par les feux-courants diminuent d’im-
Source : MNHN, Paris
118
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
portance aujourd’hui, mais qu’elles ont joué un rôle considérable.
D’autant plus qu’il faut bien se garder d’exclure de ces défores¬
tations les régions froides. La colonisation du Canada comportait une
déforestation à petits feux par les colons isolés et peu fortunés, ne
pouvant disposer d’une main-d’œuvre auxiliaire même réduite. Cons-
tantin-Weyer en a fait une séduisante étude dans son « Manitoba » ;
il montre un colon défrichant seul son lot de colonisation en faisant
passer trois fois la flamme à un an d’intervalle : colonisation moins
dévastatrice peut-être que celle des régions chaudes, mais tenace,
patiente et méthodique dans l’usage du feu.
La grande forêt vierge de conifères ( l’« ourman noir » de Sibérie,
de l’Alaska, du Canada) s’étend sous un climat pluvieux et froid qui
pourrait faire penser à la rareté des incendies. Il n’en est rien pour
trois raisons : ces conifères ont un port qui n’interdit pas l’accès des
rayons solaires aux étages inférieurs fortement embroussaillés, l’éla-
gage des branches basses enrichit le sous-bois vivant d’un bois mort
considérable ; enfin il existe une période de sécheresse pendant
laquelle, si courte soit-elle, tout ce ligneux est inflammable. La den¬
sité humaine est très faible, les pistes sont rares, les témoins de la vie
de ces solitudes sont des nomades, quelques explorateurs, quelques
chasseurs saisonniers, des exploitants en périphérie ; mais les indis¬
crétions de l’aviation nous ont appris que les incendies peuvent y être
immenses (Velter).
Les feux de cimes. — Lorsque le peuplement présente une dis¬
continuité entre la strate de mort-bois et les houppiers, les appels
d’air chaud font monter la flamme jusqu’à la voûte. Dans le cas des
essences résineuses celle-ci prend feu, parfois avec une violence
inouïe ; poussé par le vent, le feu peut même devancer le front d’in¬
cendie sous-jacent. Cela se produit souvent dans les peuplements de
Pin maritime des landes gasconnes.
La défense collective.
C’est un sujet extrêmement vaste, qui a préoccupé de tout temps
les forestiers chargés de la lutte contre les incendies.
L’idéal n’est évidemment pas d’éteindre un feu. Le conservateur
des Eaux et Forêts Anterieu, longtemps spécialisé dans la lutte contre
la flamme, nous dit un jour (32), sur le Mont-Boron : <• En Provence,
on n’éteint pas les feux : ils s’éteignent ». Mais le désastre peut être
immense : si l’on y ajoute l’impression terrifiante de la vitesse du feu
sous l’action du Mistral, le danger de la lutte accentue le décourage¬
ment. Il y avait autrefois des forêts de feuillus dans les Maures et
dans l’Estércl (Flahaclt 1899, L. Laurent 1925). Elles ont subi,
mais avec plus d’intensité qu’ailleurs semble-t-il, une évolution
régressive favorable à l’extension des pins dont les plantations en
(32) 19 mai 1927. On a, depuis, des moyens d’action.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
119
h ,^ e C0m bler les vides n'ont fait que favoriser les incendies. Pyro-
P yte social, le Pin a jeté ses semences partout : L. Laurent signale
que les collines de Vilrolles, Ventabren, Velaux, Saint-Marc aujour-
ui envahies sur plusieurs points par le Pin d’Alep, ne connaissaient
Point cette essence en 1725.
et d * >GU ^ GU ** S est un épuisant : l’alternance du feu
u semis. Le pin d’Alep sur calcaires, le pin maritime hors calcaires
ont envahi la Provence et le Gard (30.000 hec., R. Ducamp, in litt.).
-es techniques modernes permettront peut-être d’enrayer certains
ux > mais la lutte durera tant que dureront les stades régressifs avec
eurs essences dominantes. Le Pin peut coûter très cher comme
dSsence de reboisement. Quelle serait la balance financière des Pinèdes
l a 1 fj s terel si l’on opposait aux ventes de bois les frais engagés par
utte contre l’incendie : organisation permanente, mobilisation des
troupes, indemnités, etc... ?
ni résistance collective des peuplements à l’incendie s’avère de
Pr US . e Ü! * ) * US comme la véritable solution à adopter (Gallois, Sargos,
augere, Ducamp, Joubert, Sagot-Lesage, etc...),
a J* ne s ’ a S't P as forêts dites à tort incombustibles. Mais il existe
ex' Sr ^ ls oa * a ^ amm e fait moins de dégâts que dans d’autres et il
iste surtout des forêts où la flamme court moins vite que dans
autres. Elles permettent des interventions efficaces et, pour elles on
Peut dire qu’il y a des feux dont on arrive à bout. Le peuplement idéal
Af dans lequel l’incendie pénètre peu. Le conservateur Joubert,
udiant quatre incendies dans le bois domanial de Valbonne, montre
eur origine dans les tènements particuliers limitrophes, tènements en
r gression accentuée ; le feu a empiété très peu dans le massif doma-
* a , : * c 22 août 1919 il « cheminait péniblement an sein du tapis
v getal d’un vieux taillis très complet et mourait de lui-même ».
La résistance collective varie suivant la composition du peuple-
nent. A chaque climat (pluies, régime éolien, période xérother-
nnque...) doit convenir une composition floristique optimale à définir,
p Scrub de Floride (Webber) et le Ilush du S. W. de Madagascar
ei ? Rier de la Bathie, Humbert) sont deux formations édaphocli-
a jques peu sensibles à la flamme, alors que la brousse éricoïde cli-
a ique des hauts sommets malgaches et africains est très inflam-
"lable (Perrier de la Bathie).
Dans certaines régions intertropicales à précipitations atmosphé-
•ques très fréquentes, il faut abattre la forêt pour pouvoir l’incendier
après une période de courte sécheresse. Lorsque cette période xéro-
ermique est accentuée, les forêts sur pied sont moins insensibles.
L.cst alonj qu’intervient, avec plus d’acuité, la notion si féconde de
ambiance du climax. Plus on s’en rapprochera et moins la flamme
aura de prise sur l’ensemble des essences qui constitueront la forêt.
En Haute Côte d’ivoire « les peuplements où le feu ne pénètre
Pas sont tout à fait exceptionnels et sont toujours des formations
ermées c’est-à-dire dont le couvert est assez dense pour maintenir
Source : MNHN, Paris
120
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
dans le sous-bois une humidité suffisante, ou pour que ce sous-bois
soit très réduit » (Begue). (Voir : self-protection).
Les peuplements sclérophyllcs méditerranéens confirment ample¬
ment ces observations. Les quelques lambeaux épars de forêt d’Yeuse
qui se rapprochent le plus du climax (mais qui en sont encore bien
éloignés (33) admettent déjà un mort-bois à feuillage persistant où la
flamme se propage mal : Ruscus aculealus (peiit-Houx), Viburnun
tinas (Laurier-Tin), Hedera hélix (Lierre), etc... Lorsque les chênes
blancs s’associent à l’Yeuse, l’ambiance de la forêt devient alors plus
défavorable à l’extension de la flamme. C’est une des raisons pour
lesquelles nous avons étudié la transformation des taillis sensibles à
la flamme en taillis, étiolés d’abord, puis floristiquement modifiés, et
de résistance plus grande (Bois domanial de Valbonne, dans le Gard).
L’idéal de nos forêts méditerranéennes devrait être réalisé logiquement
par un peuplement à dominance de feuillus, assez hauts de tiges pour
permettre l’installation d’un sous-bois franchement sciaphile (peu
combustible) protecteur du sol et de la semence. Tout ce matériel
ligneux et sous-ligneux existe : mais il n’est plus toujours en place.
La difficulté est précisément de le regrouper et de l’étendre. Le
temps fera sans doute plus que la science, car c'est avant tout une
question de repos pour une évolution aussi naturelle que possible vers
l’ambiance du climax.
Cela n’est peut-être pas l’idéal économique, mais c’est un idéal
biologique, un idéal qui, une fois réalisé, repermettra des orientations
d’ordre économique, dans la mesure où l’ambiance ne sera plus com¬
promise. Ces orientations ont commencé de trop bonne heure pour
beaucoup de forêts européennes ; elles ont été conduites de manière
abusive. A l’inverse de ce que fit le plus grand nombre de particu¬
liers, on n’aménage pas, pour l’exploiter, une forêt en voie de régres-
Tabl. VIII. — Balivage en forêt de Chiny, 1758 (G. d’Alvieixa)
ESPÈCES
CANTONS
12 3 4
Chênes .
Chenaux .
Hêtres .
Hêtres modernes
Hêtres de l’âge .
Brins .
Charmes .
Charmes de l’âge
Bois blanc .
39 24
545 815
255 218
267 587
2.144 3.391
0 0
18 6
1.027 655
47 0
28 203
733 892
256 238
753 620
3.524 2.090
0 0
22 0
359 12
56 25
(33) Un peuplement arborescent ne se rapproche pas obligatoirement du
climax primitif parce que le volume de la forêt est occupé par des strates éta¬
gées, par des lianes, par des épiphytes, etc... C’est possible, mais ce n’est pas un
critère absolu. Il existe des forêts secondaires inextricables et riches en humus
et des forêts primaires à sous-bois rare ou nul, à litière réduite.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
121
P* on ‘ c es t un malade à mettre au repos et l’on ne peut songer à
aménager que lorsque son état s’est suffisamment amélioré.
L’élimination du Chêne vert dans l’espoir d’en faire profiter le
Chêne pubescent a été maintes fois constatée dans le Midi de la
France. Ailleurs ce sont le Hêtre et le Charme qui font les frais des
opérations prévues par l’aménagement. Voici, par exemple, l’état très
significatif « de la quantité et espèce des balivaux marqués dans les
coupes de la forêt de Chiny pour l’ordinaire de 1758 » (d’après Goblet
j? Alviella 1927, III, p. 111-112).
Or. ces limites sont encore de nos jours très mal précisées.
Il ne fait plus de doute pour personne aujourd’hui, que jusqu au
Moment où la conception des aménagements à préoccupations biolo¬
giques a pris corps (surtout dans la deuxième moitié du xviii* siècle),
•es forêts étaient trop hâtivement conduites en vue d’un débouché,
d une clientèle, en un mot : pour l’acheteur. Les plantations d’aulnes
dans la forêt de Soignes avaient pour but de satisfaire les boulangers
de Bruxelles. L’édit de 1754 facilitant la transformation des futaies
en taillis sous futaie claire à révolution trentenaire a été promulgué
« en grande partie pour favoriser la forgerie dans le Luxembourg »
(G. d’ALviELLA). Le principe n’était pas condamnable à l’origine, mais
11 y a eu abus parce que les essences qui ont le plus de valeur écono-
Mique n’ont pas le même comportement dans tous les milieux. Modi¬
fier les proportions relatives d’un peuplement mélangé, en équilibre
de climax, est une opération très délicate qui comporte des limites.
Lorsque sur les basses collines chaudes du Languedoc, les forêts
Mixtes de chêne pubescent et de chêne vert ont été conduites en éli¬
minant le chêne vert, le milieu a été changé par suppression de
1 essence la plus méditerranéenne qui pouvait permettre le maintien
de l’autre et le Chêne pubescent a donné des petits diamètres en peu¬
plements clairs. Le sol a parallèlement régressé et le Pin a bouché
les vides.
Une évolution analogue est bien connue en Afrique du Nord où
je Quercus Afares Pomel (chêne Afarès) prépare sur sols dégradés
la venue du Quercus lusitanica Dur. var. Mirbeckii R. Maire (chêne
zéen) plus exigeant en humus. Toute cause de dégradation de la forêt.
Incendie ou parcours, localise le Zéen dans les seuls bas-fonds fertiles
alors que dans un peuplement mixte en défens il gagne du terrain.
L’est ce qui a permis au conservateur Joubert (1932) de classer l’Afa-
rès parmi les essences indicatrices d’une évolution régressive et le
Zéen parmi les essences indicatrices d’une évolution progressive.
Citons encore l’exemple de la Savoie où les Sapinières bien cons¬
tituées et sans doute originelles ont été conservées dans la zone de
protection contre les avalanches. On y trouve le Sapin de vitalité
nettement supérieure à celle de l’Epicea. Or, en dehors de ces stations
nliles, la coupe à blanc a fini par éliminer le Sapin et les peuplements
Purs d’Epicea sont maintenant instables.
L’art forestier est un art difficile et délicat, parce qu’il repose
essentiellement sur le dosage : les besoins économiques imposent des
Source : MNHN, Paris
122
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
orientations que les nécessités biologiques doivent limiter et c’est
pour cela que les forestiers français ont fait preuve d’une admirable
prévoyance en généralisant la pratique du jardinage qui est avant
tout un savant dosage destiné à porter le moins de troubles possibles
à une ambiance favorable à la régénération.
Le jardinage devient ainsi vis-à-vis de la flamme un puissant
préventif, parce que le feu n’est point ami des forêts bien constituées.
Nous avons eu l’occasion d’étudier l’influence du jardinage dans quel¬
ques sapinières du Massif Central. Nous avons reconnu qu’il favorise
l’installation d’un sous-bois stabilisé. C’est donc un élément conser¬
vateur de tout premier ordre (G. K.-L. 1939).
La reconstitution de l’ambiance perdue apparaît aujourd’hui
comme une condition sine qua non pour beaucoup de peuplements
méditerranéens, subtropicaux et tropicaux. D’une manière très géné¬
rale les améliorations forestières ou pastorales, sur presque toute la
surface du globe, reposeront de plus en plus sur la réalisation d’une
évolution lentement progressive vers des équilibres, anciens ou nou¬
veaux. C’est faire machine en arrière que de favoriser l’extension,
toujours plus rapide qu’on ne le veut, des espèces qui ne trouvent
leur optimum biologique que dans des stades régressifs ; le moindre
traumatisme commis sous des climats à période xérothermique accu¬
sée (une exploitation trop sévère, un incendie, etc...) est une porte
ouverte à l’envahissement de ces régressives. Il est donc tout à fait
illogique de les introduire, même sous le couvert de besoins écono¬
miques pressants, à moins d’en faire une culture (mais non point une
forêt).
Rôle des animaux sauvages. — Le présent chapitre, que nous
réduisons volontairement, ne peut être utilement traité que par des
zoologistes connaissant les mœurs des animaux. Un peuplement végé¬
tal peut être détruit mécaniquement (par la formation des pistes de
migration par exemple) ou physiologiquement (par la diminution de
la surface chlorophyllienne pour des besoins alimentaires). Ce sont
là des actions directes.
Mais, indirectement, les végétaux dont l’environnement est ainsi
modifié peuvent eux-mêmes subir des actions néfastes, conséquences
de changements profonds apportés dans leur biotope. On pensera
surtout aux pbyllophages et à leur action photique sur les strates
inférieures. Dans quelle mesure les fourmis coupeuses de feuilles
modifient-elles le tapis végétal sous-jacent ?
Le meilleur moyen de protéger un être est donc de conserver
son habitat. On sait que la faune soudanienne a envahi la savane
togolaise due au déboisement (Villiers).
Un équilibre biologique est une pérennité avec, toutefois, des
possibilités de fluctuation naturelle entre la faune et la flore. C’est
au biologiste de connaître ces possibilités en deçà ou au-delà des¬
quelles les équilibres rompus sont difficilement réversibles.
Peyerimhoff dans son aperçu sur les « satellites des plantes ou
phytophages » au Sahara, aborde le problème en entomologiste remar-
Source : MNHN, Paris
I. ÉCRAN vert
123
quablement averti 35 coléoptères sont spécialisés sur deux acacias
étudiés. Mais nous ne savons pas si ce nombre d’espèces est repré-
* ent , é P ar un nombre d’individus suffisants pour modifier le biotope
., e * ar bre. Il n’y a là aucune critique de notre part ; il y a seulement
* expression d’un désir conforme au rôle que nous avons voulu assi¬
gner, dans le présent ouvrage, à la fonction écran. Il en est de même
Pour l’éthologie des Mollusques arboricoles (Achatinellidés des Iles
andwich, Tornatellinidés des Moluques...).
L’éléphant compte parmi les plus importants modificateurs de
biotope. Un adulte d’Afrique (Loxodonta africana Blum) d’environ
« mètres de haut, ingurgite par jour une demi-tonne d’herbes,
d écorces ou de branchages : végétaux arborescents très divers ( Ter-
minalia, Combrelum, Iloscia...) jeunes pousses de bambous (ravagées)
•p )» Pyrophytes à pousses rajeunies après le passage des incendies
(Pennisetum purpureum, herbe à éléphant) ; la halte d’une horde
modifie singulièrement la fonction écran. Lorsque les essences sont
a fruits, le colosse les jette à terre, les cassant, les déracinant même
pour mettre plus de nourriture à sa portée (Parkia filicifolia à
gousses riches en protéines...). Cette énorme masse alimentaire quoti¬
dienne provient de ce que les aliments dits d’encombrement, rejetés
sans digestion mais nécessaires, comptent pour 60 % de leur nour¬
riture.
On a parlé beaucoup de l’invasion des lapins en Australie. Mais
“ y a aussi les Kangourous, grands herbivores. Dans la ferme de
Kulgcra, ils pullulaient « comme les lapins dans une réserve de
chasse ». On dut engager un tireur professionnel pour s’en débar¬
rasser car ils prenaient la nourriture des cinq mille têtes de bovins.
18.000 marsupiaux furent détruits (Mahuzier).
L’action des phyllophages est compromettante si elle se renou¬
velle souvent. Elle n’est pas dangereuse si elle n’est qu’épisodique
(galéruque de l’Orme). On envisagera le sédentarisme, le nomadisme,
la migration (qui n’est pas le nomadisme). Le loir planeur (Anoma-
lurus neavei Dollmann) est un phyllophage obligatoire de la grande
forêt du Katanga où il ne trouve de feuillage que dans la voûte
(Verheyen).
D’autre part, il est bien évident que l’action des phytophages
(sensu lato) n’est pas la même dans la forêt guinéenne et dans la
forêt congolaise, où les biocoenoses ne sont pas identiques.
Nous n’avons trouvé aucune vue d’ensemble relatant les actions
variables des écrans suivant les traumatismes spécifiques.
Il faut bien convenir qu’une distinction doit être faite entre des
Phyllophages, des décor liqueurs, des rhizophages, etc.... qui ont pour
action commune une défoliation directe ou indirecte, partielle ou
totale, donc un changement important de biotope. Le tilleul, respecté
Par les cerfs devient envahissant en forêt de Chantilly (Deffontaines) ;
(34) Concurremment, le Gorilla gorilla beringei ou Gorille (lu Kivu. aux sta¬
tions plus élevées : 2.300-2.700 m ait.
Source : MNHN, Paris
124
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
les peuplements de Pinus ponderosa sont par contre compromis par
le Cerf de Virginie (35).
Parmi les singes, on retiendra plus volontiers certains Cercopi¬
thèques amateurs de feuilles, que le Babouin jaune ( Papio cynoce-
phalus L.), omnivore. Le lémurien Galago crassicaudatus ne déteste
ni les fruits, ni les écorces, ni même les petits animaux, mais il a une
grande prédilection pour les feuilles.
Plus le régime phyllophage est spécialisé (36), plus l’équilibre
doit être maintenu entre la plante nourricière et l’animal. Il est remar¬
quable que cet équilibre se soit conservé depuis des temps très loin¬
tains entre le Phascolarctus cinereus ou Koala et les quelques espèces
d’Eucalyptus auxquelles il s’est inféodé. Il y a là une coenobiose
typiquement australienne, qui rappelle celle que réalisent en Guyane
le Bradype tridactyle ou Paresseux et les Cecropia (plus exceptionnel¬
lement les Spondia) (Donat).
Les Mimosées comptent parmi les plus appétées ; leur faune mam-
malienne d’accompagnement est particulièrement variée : Oréotrague
0 Oreotragns oreotragus Zimm.), Dorcotrague (Dorcotragus megalolis
Menges), Dibatag (Ammodorcas clarkei Thomas), Eland (Taurotra-
gus (37) oryx Pallas), Girafe (Giraffa camelopardalis L. et son Acacia
giraffae ), Damans ( Dendrohyrax dorsalis Fraser)...
L’un des cas les plus typiques d’une même espèce végétale victime
d’une attirance particulière est l’Arganicr. Les jeunes rejets de souche
font l’affaire du mouton, le dromadaire le broute jusqu’à la hauteur
maxima possible et la chèvre grimpe sur ses branches maîtresses
obliques.
Cette variété de parties prenantes complique singulièrement le
problème que nous avons posé sans pouvoir le résoudre. Van Straelen
en a indiqué la nécessité générale : « C’est un truisme de dire que
les animaux dépendent finalement des plantes, on doit ajouter qu’ils
ne manquent pas de réagir sur celles-ci. » Malheureusement nous en
sommes réduits à des observations très fragmentaires sur ces réac¬
tions, parce que le phénomène de défoliaison, naturel ou provoqué,
doit être suivi avec minutie, espèce par espèce et sans doute même
individu par individu. C’est de la microprospection dont on est encore
bien éloigné en régions intertropicales. Nous avons eu l’occasion de
faire des remarques analogues à propos de la charge des pâturages.
Le zoologiste devra, croyons-nous, définir le biotope favorable à
un animal en tenant compte de l’état de progression ou de régression
(35) Odocoileus virginianus macrourus. Journ. of. forestru, 1956, n" 54,
p. 238.
(36) On a donné le nom de Slenotrophie à cette spécialisation d'un animal
à une nourriture déterminée. Comme toutes les spécialisations elle offre des degrés,
suivant qu’elle s'applique à une espèce (voire une variété), à un genre, à une
famille...
(37) Eland de Derby = Canna géant (la plus grande des Antilopes) = Tauro-
Iragus Derbianus Gray = T. orux Pallas. Serait moins lié aux Mimosées casseur
de branches par ses cornes, dont il mange ensuite le feuillage et surtout les
bourgeons.
Source : MNHN, Paris
l'écran vert 125
?, e v C îV cran '• le trouvera en effet dans l’un ou l’autre sens de
? u , n du tapis végétal. Si nous savons, par exemple, que telle
pece s est inféodée à tel stade de régression, nous aurons une indi-
le 'r* 1 pr ® c * eus ® P° ur stopper celle-ci ou, mieux, la faire évoluer vers
C JÎ? ax aPin d’éviter l’érosion. Nous savons aussi que si des animaux
o uient^ leur environnement, d’autres le conservent, l’améliorent
me ; c’est alors un travail d’équipe qui s’imposera pour préciser
le *1 Compor t emcn t cthologique. Nous savons enfin que l’homme est
I P rl s 8 ran d destructeur des habitats et si nous voulons en protéger
s hôtes, il ne faut pas commencer par les compromettre (38).
L’oekoumène contre Voekoumène (39). Nous avons écrit ce qui
ut en 1938 et n’avons malheureusement rien à y changer. Nous met-
°hs cependant ce court chapitre sous les yeux des lecteurs, anciens
°u nouveaux, pour souligner que vingt ans après les hommes se tuent
f n j e .,® ux e * continuent à détruire la chlorophylle. On mesurera ainsi
, es difficultés auxquelles se heurtent les hommes et les organismes de
ture* 6 V °* 0n ^ se son ^ donné pour mission de « conserver la na-
La forêt est une arme à deux tranchants : refuge ou obstacle.
ea .P eu Pl J ides sans défense, peu robustes ou d’un naturel pacifique
se dissimulent dans la forêt dense. Les hordes conquérantes la détrui¬
saient jadis sur leur passage ; les peuples civilisés du xx' siècle
abattent les forêts avec des tonnes d’obus, pour déblayer le terrain
avant l’attaque (Cl. 13).
Le nord-est de la France a été particulièrement éprouvé. Les
‘«onts Rhodopes doivent en grande partie leur déboisement aux incen¬
dies provoqués par les Turcs pour faire sortir les révoltés (40).
comme le firent longtemps les trafiquants de la traite des nègres
(Lavauden, 1934).
Les embuscades des Sarrasins dans le Comté de Nice furent
^truites de la même manière en l’an 970 : le Mont-Boron, le Mont-
Alban ont été alors déboisés (Durante).
Mlle Sclafert (1933), attribue en partie la déforestation des
Alpes du Sud, au fait que, « voisine des lieux habités, la forêt cons¬
tituait un danger perpétuel ».
« Cette peur de l’ennemi est encore aujourd’hui poussée à l’ex-
j . (38) C’esl dans ce sens que nous avons conçu la cartographie parcellaire
, la végétation qui fixe avant tout Vêlai de la végétation et fait ressortir, en
ia mettant en place, la variété des biotopes. P.-P. Grasse en a reconnu l’utilité
2 P ?.VJ' quiconque désire comprendre les peuplements végétaux et animaux, leur
équilibre et leurs transformations ». (Préface à notre Précis de Phylogénétique,
*>asson, 1952). L’Institut national de la Recherche agronomique n’a pas éprouvé
un tel désir...
(39) Oikouméné = la terre habitée.
„ (40) Impressions d'un voyage dans les forêts de Bulgarie, par J. P. (Bull.
,° c - Cenlr. Forest. Belgique, 1914, p. 88-92). Voir aussi Turrii. (W. B.), Agricul-
et sylviculture en Macédoine, analysé in : Bull. rens. techniques (Rome),
19 19, p. 399.
Source : MNHN, Paris
126
('*. KL'HNHOLTZ-LORDAT
Irême chez 1 arabe : « Tout ce qui limite sa vie lui fait craindre un
danger » (E. Schreiber) (41).
Par contre, les Berbères ayant défendu leur indépendance contre
les Arabes, ont pu, dans le Moyen Atlas Marocain, sauver inconsciem¬
ment « la forêt originelle, leur terrain de chasse et leur asile ».
(Braun-Blanquet et R. Maire).
Edouard 1" et Henri II incendient des forêts au Pays de Galles
et en Irlande pour des besoins de surveillance (Paul Buffault).
« Les luttes mémorables entre Danois et Suédois pour la posses¬
sion du sol de la Suède méridionale se sont traduites aux xvi” et
xvii” siècles, par des incendies de forêts dont les ravages « n’étaient
pas encore réparés en 1881 » (42).
Corsaires et Flibustiers ont sur la conscience de nombreux incen¬
dies de savanes ou de forêts en Amérique centrale, particulièrement
au xvii” siècle, soit que les Espagnols déclenchent ces feux pour en¬
rayer l’avance des assaillants, soit qu’au contraire ceux-ci les allument
pour protéger leur retraite (H. Malo).
Qu’il s’agisse de luttes de Villages, de Tribus, de Nations ou de
Races, la destruction de l’obstacle par le feu a été accomplie, à des
degrés divers, sur tous les continents.
Paul Buffault a passé en revue les grandes invasions, causes de
disparition des Forêts en Hongrie, Roumanie, Sicile, Espagne, Scanie,
France (Champagne, Lorraine, Alsace, Bourgogne, Lyonnais, Provence,
Savoie...). Pour si attristé que l’on soit à voir tant de sang versé et
tant de chlorophylle détruite, ce n’est certes pas auprès des Blancs
que l’on peut trouver la moindre consolation, même au xx” siècle.
L’oekouinènc a toujours offert des exemples paradoxaux de son
comportement. De nos jours il croît et se multiplie avec une sorte de
synchronisme qui ne laisse pas de nous surprendre ; et, en même
temps il perfectionne à des fins techniques et pacifiques les moyens
les plus affreux de destruction de sa propre substance. La partie la
plus évoluée s'observe dans une attente agressive, entre Occident et
Orient. La partie la moins évoluée est convoitée par le Levant et le
Ponant, tandis qu’elle aspire à une indépendance idéale ; et ce faisant,
elle revient immédiatement à ses errements anarchiques qui détruisent
les équilibres en voie de rétablissement.
La forêt marocaine de la Mamora, que nous avions visitée vers
1925, était déjà, par places, dans un état très avancé de régression.
Le Conservateur P. Vidal (1950) et nous-même (1938) avions appelé
— avec d’autres — l’attention sur ce fait. Des parcelles d’essais ont
été aménagées en 1950 avec un programme échelonné sur dix ans.
Mais, au bout de cinq ans, l’ingénieur des Eaux et Forêts J. Marion
(1955), ajoutait en une note infrapaginale (p. 42) : « L’état d’anarchie
qui s’est établi en forêt depuis la rédaction de ce travail à la faveur
(41) Cité in : Rev. Eaux et Forêts, 1934, p. 63-64.
(42) Article anonyme traduit par Lb Tellibr (Les forêts en Suède), in : Rev.
des Eaux et Forêts, 1881, p. 241-248.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
127
c es événements politiques de l’automne 1955, remet évidemment en
Question tout espoir, puisque la quasi-totalité des parcelles d’essais
sont livrées depuis cette date aux déprédations des animaux domes¬
tiques. »
Malheureusement cet état anarchique qui n’est que passager chez
les peuples évolués est à l’état latent chez les moins évolués et les
Pratiques incendiaires font leur apparition dès que, même pour des
raisons pacifiques, ces peuples se déplacent hors de toute surveillance.
On sait que les pistes sont jalonnées par les incendies déclenchés par
•es caravaniers. Ils ont pour point de départ les haltes et nul ne
songe à les maîtriser. La végétation est naturellement modifiée vers
a régression, parfois sur de grandes surfaces. L’éducation des cara¬
vaniers s’avérait déjà impossible avant les revendications d’indépen¬
dance et les transports clandestins d’armes.
One telle « liberté », qui s’appelle anarchie, aboutit au même
résultat que l’excès contraire qui s’appelle contrainte. On sait en effet
Que tout blocus d’énergie se fait profondément ressentir sur l’exploi¬
tation des réserves internes, dont la plus apparente est celle des
forêts (gazogènes, dérèglement des aménagements...).
On comprendra pourquoi nous nous sommes montré très réservé
•orsque nous avons examiné les possibilités d’équilibre agro-sylvo-
Pastoral au niveau mondial.
6. Détérioration du saltus
Après la forêt à la destruction de laquelle nous venons d’assister,
•I subsiste un résidu, herbacé ou frutescent, également chlorophyllien.
C est à ce résidu que, pour survivre à leur imprudence, se sont adres¬
sées les peuplades exterminatrices d’arbres. Mais on conçoit aisément
Que s’il fallait un humus, cendrillé ou non, pour dérober quelques
cultures seulement sur abattage, le cultivateur se trouvait devant une
carence encore plus complète de techniques pour valoriser les terres
épuisées. La seule solution possible fut de s’adresser à l’animal - et
n °n plus à la plante — pour se nourrir et se vêtir. D’où l’extension
Prodigieuse de la pastoralisation. Mais il s’agit d’une pastoralisation
extensive aussi, destructive de son stock mobile de protéines animales
uutant qu’elle le fut de son gisement d’humus végétal.
On comprendra pourquoi, dans le souci que nous impose la pro¬
tection de la nature, nous nous penchions maintenant sur ce pro¬
blème.
Ainsi donc, si les défrichements non forestiers ne sont pas encore
très répandus dans les régions intertropicales, cela tient en grande
Partie à l’incertitude qui pèse sur leur fertilité et à l’absence de tech¬
nique pour leur amélioration éventuelle. Les premiers colons de Mada¬
gascar ont commis la faute de s’installer dans le centre, sur de mau¬
vais sols « alléguant que, par des travaux appropriés, ils les transfor-
Source : MNHN, Paris
128
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
nieraient » (Fauchère). Les recherches de Brossât sur la difficulté
de connaître la véritable valeur des sols non forestiers, incitent les
colons à une extrême prudence vis-à-vis de ces sols. Même lorsqu’ils
ont une origine alluvionnaire, il ne faut pas conclure à des possibi¬
lités agricoles illimitées (pour le Cacaoyer, par exemple).
D’ailleurs, dans la plupart des cas, les travaux préalables de mise
en valeur des sols non forestiers sont très onéreux et « en fin de
compte, dit Fauchère, à propos des plantations de café à Madagascar,
les plantations faites sur des terrains forestiers ne reviennent pas
plus cher ».
La valorisation des alluvions s’est cependant faite sur bien des
points de la surface du globe. Sous l’impulsion des méthodes hollan¬
daises, il y eut un véritable engoûment pour les travaux d’assainisse¬
ment des territoires côtiers.
Les grands déboisements de l’Amérique du Nord sont une pénible
réalité qui a ému le grand ami des castors et des forêts, Grey Owl.
Mais lorsque celui-ci s’en prenait aux Européens — ce dont nous ne
le blâmons pas —, il aurait dû rendre justice aux premiers colons
français de l’Acadie, qui ont respecté les bois pour s’y réfugier bien
souvent « avec hardes, outils, ustensiles, volailles et troupeaux ». Le
peuple acadien fut, à l’instar des Hollandais, assainisseur d’alluvions
côtières. Port-Royal, les Mines, Beaubassin y furent des colonies sur
alluvions et non sur humus forestier ; et cela ne tenait pas seulement
à ce que l’endiguement était plus facile ou moins coûteux que le
défrichement des forêts ; ces alluvions étaient en réalité d’une grande
fécondité et considérées comme « les meilleures terres du pays ».
(Lauvrière.)
C’est encore à La Guyane, sous climat équatorial, que les méthodes
hollandaises furent appliquées par l’ingénieur Guizan, à partir de
1766, pour la mise en valeur des « terres inondées du littoral, savanes
tremblantes, pripris ou pinautières, entretenues dans un état de séche¬
resse relative par un réseau de canaux qu’il faudrait d’abord creuser ».
Une somme de deux millions était affectée à l’établissement de vingt
habitations et Poivre envoyait en 1773 ses chères plantes à épices
(J. Trammond).
Il y a donc une agriculture qui ne comporte ni un gisement fores¬
tier initial, ni sa reconstitution nécessaire. Nous n’aurons pas à en
traiter ici ; mais il convenait cependant de la situer, pour mieux lui
opposer les défrichements dont l’importance géographique a toujours
été bien plus considérable. Ajoutons cependant qu’il n’en serait peut-
être pas de même du point de vue économique, car la bonification
est la base d’une agriculture intensive et sédentaire, alors que la
simple mise à nu de sols fertiles préexistants incitait au nomadisme
extensif.
L’écobuage. — Originellement, c’est l’acte par lequel on enlève
la végétation à l’aide d’un instrument spécialement conçu pour cela :
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
129
lecobiie (= lichet ou louchet de Provence) (43). Comme les produits
d u « pelage » étaient incinérés on a abusivement appliqué le terme
aux pratiques incendiaires elles-mêmes (feux courants), malgré la
définition formelle de Rêaumur (1721) : « Peler la terre est ce qu’on
appelle écobuer. »
Il va sans dire que le pelage est éminemment favorable à l’érosion
®t doit être prescrit des régions à régime pluvial torrentiel. 11 a ruiné
beaucoup de terres en région méditerranéenne (Darluc, 1782) ; par
contre, il a pu durer longtemps sous climat atlantique pour les landes
a callune, genêts, ajoncs, fougère (Girardin et Du Breuil, t. I, p. 288).
Les Khasi de l’Assam sont les seuls, aux Indes, à pratiquer les
cultures de maïs et de millet sur pelage « le dessus du sol est découpe
e u plaques que l’on fait brûler > (G. Bertrand). Voilà une bien
curieuse localisation d’un usage que l’on ne s’attendait pas à trouver
là et qui pose un problème aux ethnologues !
A la pratique européenne du fournelage on peut rattacher celle
africaine de la « butte incinérée » (ou mafuku), spécialement au
Bas-Congo. On l’emploie sur savane épuisée, en rassemblant tous les
produits de sarclage en monticules incinérés après les avoir recouverts
de terre. On sème les plantes vivrières sur ces emplacements. Les
forestiers l’ont employé pour implanter des essences sur ces terres
infertiles (Eucalyptus surtout) (J. Dubois).
Le cendrillage. --La mise en culture sur pelage appelait fréquem¬
ment un enrichissement préalable de la terre en cendres. On augmen¬
tait leur volume par un processus d’apport de toutes sortes de matière
organique morte, que l’on incinérait en tas ; c’était le principe des
feux-couverls plus répandus que les feux-courants.
Puis, Turbjlly imagina mieux, en opérant le cendrillage dans de
véritables fourneaux, alimentés et surveillés. Ce fournelage (44) (ou
« fornellage ») était tout un art. Les Finlandais aussi le pratiquaient,
mais de temps immémorial, sous le nom de Kyttlandsbruk (Groten-
FELT ). Arthur Young l’aurait introduit en Angleterre.
Si nous en parlons, c’est pour deux raisons : l’une a un sens
historique (précurseurs inconscients de la théorie minérale) ; 1 autre
a un sens écologique qui nous touche de plus près : l’appauvrissement
de la matière organique sur pied, par conséquent de la couverture
végétale ; non pas par le principe lui-même qui fertilisait l’ager, mais
Par les prélèvements massifs des produits ligneux dans la sylve pour
alimenter les fourneaux avec le moins de discontinuité possible (on
. . (43) « Le Sieur Gcrvais, maître-taillandier, rue Saint-Honoré, à Paris, vis-
®,-vis le dôme de l’Assomption, fait des ecobiles ; il les vend six livres chaque. »
Espèce de grande tranche recourbée, de seize pouces de long et de huit pouces et
demi de large par en bas, d’où la largeur va toujours en diminuant auprès ou
manche où elle se trouve réduite à trois pouces. On fait le manche selon la hau¬
teur des hommes qui s’en servent... Cet outil doit peser, non compris le manche,
dix à douze livres, suivant leurs forces ; plus léger il ne conviendrait pas. »
(Tubbii.ly, 1761, p. 42 et 331.)
(44) Fornelatas facere (Sclafbrt, 1926).
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. IX. 9
Source : MNHN, Paris
130
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
les appela « fourneaux gouvernés ou perpétuels ») (45).
Nous voulons insister par quelques exemples, sur l’aspect uni¬
versel de ces prélèvements sur forêt, qui nous intéressent plus, ici,
que leur utilisation sur l’ager.
Le rab des Indes occidentales (Western Ghats), consiste à ap¬
porter des branches prélevées dans la jungle voisine et incinérées
ensuite sur les rizières (Buck). C’est le ladang de Malaisie.
En Europe, une économie de transport fut réalisée de deux
manières : par l’installation de l’ager dans le peuplement pérenne
fournisseur de bois (taillis sarté) ou par le ceinturage de l’ager par
ce peuplement pérenne (haie vive bocagère). La figure 8 « du brûlis
sur abattis au champ clôturé de haie vive » montre l’évolution de
ces processus d’apport de la matière à cendriller, solidairement ajustée
à la culture.
Le sartage des taillis a intéressé les Ardennes, l’Eifel, la Finlande
et même la Provence (bois issarts des Maures, bois forneux, taillades
ou feux courants). Bien des garrigues ont cette origine. Le ligneux se
reconstitue sur-le-champ lui-même par les cépées du taillis, la culture
avait lieu entre les cépées. Celles-ci étaient coupées tous les dix ans
ou quinze ans et les produits de la coupe cendrillés entre les couches
à feu courant ou à feu couvert. La récolte (seigle en général), se fai¬
sait sur cendres.
Ce sartage européen se rapproche beaucoup des méthodes inter¬
tropicales de culture sur forêt : les souches y restent en place après
abattage et incinération. Dans les Ardennes le nomadisme est sup¬
primé parce que le taillis, choisi à cet effet, est composé d’essences
capables de rejeter très longtemps, à condition cependant de ne pas
écourter trop la période de reconstitution des cépées. Des révolutions
réduites à huit ou cinq ans par exemple ont épuisé le taillis et conduit
le cultivateur à la rapine dans les forêts voisines (Volmerange,
G. d’Alviella).
La haie vive bocagère est bien plus habituelle. Goblet d’Alviella
a publié une carte du Pays de Waes (Belgique), où l’on voit une infi¬
nité de champs bordés de haies, paysage que la France connaît bien.
Ce sont les Cheintres du Morvan, dont les branches cendrillées ali¬
mentaient la terre. Ce sont encore les hages ou rases du Languedoc,
les talus boisés de Bretagne, les ronteaux du Vaucluse... Le bocage
n’est donc pas exclusivement vendéen.
De nos jours, la culture mécanique, qui exige de l’espace afin de
réduire les pertes de temps sur le parcours, a conduit ceux qui sont
chargés du remembrement à supprimer ce compartimentage. Cela
serait sans inconvénient pour la forêt si le rôle de celle-ci était bien
(45) Le cendrillage est à éviter ou à réglementer hors des villes. Mais, dans
les villes, il devient une nécessité pour dégager les rues, trottoirs ou pelouses,
d’un excès de feuilles tombées en automne. Or, ces cendres ne sont pas récupé¬
rées. Les municipalités pourraient faire de sérieuses économies d’engrais minéral
pour l'embellissement floral des cités qu’elles gèrent.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
131
id MiBiuiiMiiiieui^
1. Culture temporaire sur abattage.
2. Culture permanente sur défrichement forestier.
(Type du taillis sarté).
3. Séparation du taillis (haie vive) et du champ.
Fig. 8. - Du brûlis sur abattage au champ clôturé de haie vive.
précisé clans la nouvelle structure. Au nom de la rentabilité, il ne
faudrait pas rompre le vieil équilibre breton où le talus boisé était
une nécessité. Tout ce que faisaient nos ancêtres n’était point sottise.
Nous n’aitnons pas, personnellement, les critiques stériles, mais nous
aimons la prudence et les transitions ménagées. Le remembrement
e n Picardie a conduit les techniciens à supprimer haies et fossés, qui
avaient leur raison d’être sur les faibles pentes. Cette imprudence a
déclenché l’érosion tant éolienne qu’hydraulique (P. Lefèvre, 1957,
confirmé par S. Hénin).
Il nous est aujourd’hui très rarement possible de savoir dans
Quelle mesure les prélèvements en forêt ont contribué à son déséqui¬
libre. Il nous manque une étude historique et géographique ; çà et là,
°n pourra glaner quelques précisions chiffrées, mais sans pouvoir
cependant situer les prélèvements dans l’espace.
Sur certaines rizières malgaches, les femmes apportaient des
cendres dans des corbeilles (Erhart). Les exploitants de bananeraies
en Guinée achetaient les cendres aux indigènes. « Combien d’hectares
de savanes ou de forêts ont-ils détruits de ce fait? » (46). Le port
(46) Revue de bot. appl. et Agric. tropic., 1937, n° 192-193, p. 618-624.
Source : MNHN, Paris
132
G. KUHNH0LTZ-L0RDAT
d’Halifax exporte en 1817 2.500.000 francs de potasse, qui corres¬
pondent à l’incinération de 50.000 hectares de forêt (Rauch) (47). En
Haute-Saône, 150.000 hectares de forêts fournissent par an 17 millions
de kilogs de cendres, mais il n’y a pas déboisement, car elles pro¬
viennent d’une exploitation normale pour bois de chauffage ; il n'y a
là qu’une récupération, bien conçue, de cendres domestiques pour
l’agriculture (Jolyet). Elle existe, à une plus petite échelle en Cain-
pine pastorale (Halleix). Grenoble et Lyon, qui furent de grandes
consommatrices de bois pour le blanchiment du linge, livraient à
l’agriculture leurs « cendres lessivées », dont l’effet bienfaisant se
faisait sentir, suivant les assolements, de deux à sept ans (10,9 %
de potasse contre 12,5 pour la Kaïnite) (J. Russel E. J.). Dans les
Basses-Alpes, Th. Sclafert relate que la terre « privée de ses arbres,
grattée, remuée, grillée et regrillée, ne put soutenir longtemps une
culture pour laquelle elle n’était point faite » ; mais la forêt reste
muette sur sa contribution.
Les feux courants. — Comme leur nom l’indique, la flamme cou¬
rait sans échauffer le sol. On lui demandait surtout un service de
déblaiement rapide, que ne reniaient point les forestiers. Henry, dans
son étude sur « les sols forestiers (1908) » recommande cette tech¬
nique pour les plantations de pins sylvestres sur « épais fourré de
haute bruyère » pour « débarrasser toute la partie aérienne » ; c’était
donc bien un feu de nettoiement et non un feu de minéralisation,
comme cela se fait dans un cendrillage agricole. L’humus reste à
peu près intact et est enfoui dans le sol par les labours. Cette pra¬
tique est connue en Tarentaise (R. Godefroy), sous le nom de système
de Montvalezan.
C’est un procédé extrêmement ancien qui fut la base de Vassole¬
ment celtique du Gévaudan (W. Russel). Nous avons déjà indiqué
qu’il se pratiquait encore de nos jours dans une très grande partie
de la France siliceuse (feux de genêts). Nous en avons retrouvé
quelques traces pour le Languedoc, aux Archives départementales,
dans une lettre du Syndic général Joubert, qui établit une distinction
utile entre les défrichements (réservés aux incultes boisés) et les
semis sur génistières, elles-mêmes d’origine culturale (48). Nous avons
assisté à son emploi, pour l’installation d’un vignoble sur garrigue à
Kermès (Courpouran, sur la route de Montpellier à Gignac). Du point
de vue agronomique, on peut établir de nombreux rapprochements
entre les stades homologues de la Callunaie sous climat atlantique
et du Kermès sous climat méditerranéen, mais nous ne connaissons
pas d’exemples de rotation culturale sur Kermès, cette plante étant
trop onéreuse à détruire.
Le feu courant était employé en Finlande pour la mise en valeur
(47) Cité in : Revue des Eaux et Forêts, 1893, p. 567.
(48) 1" août 1771, Liasse C. 2827 (1771-1789).
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
133
des marais et tourbières : c’est le système de Reinius ou de Tyrnava
(voir lexique).
D’une façon générale, on manque de précision sur la périodicité
des feux courants pré-culturaux. Cependant dans la riziculture très
Primitive des Africains le feu courant, suivi d’un simple grattage du
sol entre les souches, revient assez rapidement si l’embuissonnement
est lui-même rapide : il se fait en cinq ans à la Sierra Leone (Haddon).
i 11 Sénégal, au Soudan, on brûle les herbes sur place un peu avant
les pluies et le Sorgho est semé par poquets. Dans la région du Tchad,
e petit mil ( Pennisetum typhoideum Rich.) est semé aux premières
Pluies sur la prairie, à Andropogonées, préalablement incendiée
(Murat).
Aux feux courants se rattachent certaines pratiques qui relèvent
des techniques de l’ager (feux culturaux). Nous mettons en garde
contre l’emploi de plantes de couverture du sol (anti-érosives), qui
meurent pendant la saison sèche (Mimosa invisa Mart., Calopogoninm
wucunoides Des.). En dehors des feux accidentels, nous signalerons
les catégories principales de feux volontaires :
Les feux de chaume (assolement avec céréales) et les feux de
fanes : parties aériennes de plantes vivaces, telles que pomme de
terre . indigotier au Nicaragua (P. Lévy), coton à la Guadeloupe
(H. Stehle).
Les feux de réjuvènation, soit pour provoquer une émission de
ccjets après une coupe (souches d’essences forestières, alfa...), soit
Pour provoquer un abondant semis de pyrophytes sociaux : les forêts
de Chir, Pinus longifolia (Smythie), les forêts à Diptérocarpacées
(Consigny).
Les feux sanitaires (qui sont des feux courants), sont indiqués
'ci pour mémoire. Ils relèvent des méthodes de défense contre les
parasites, les bêtes fauves, etc... Mais ils jouent aussi un rôle non
"égligeable de « réjuvénation » des pâturages, pour lesquels nous nous
sommes déjà expliqué.
De tous les feux courants, les plus répandus et aussi les plus
dangereux sont les feux pastoraux.
Les feux pastoraux. — Quel est le but de ces feux ? Nous ne
pensons pas que l’on puisse se rallier sans réserves aux affirmations
fort peu nuancées qui portent généralement sur les trois points sui¬
vants :
}• Le feu pour le feu, résulterait d’une coutume irréfléchie ; cette
opinion a été défendue par Descombes, par L.-A. Fabre : « le berger,
écrit ce dernier, brûle pour brûler, rallumant par atavisme le tradi¬
tionnel incendie des Pyrénées pour refaire sa pelouse », dit-il. Cette
théorie a eu aussi ses adeptes pour les régions intertropicales où
sévissent les feux de brousse des indigènes (49).
2. Le feu pour améliorer. Nous en verrons l’usage plus loin. Nous
(49) Les « feux de brousse » ne sont pas toujours des feux pastoraux.
Source : MNHN, Paris
134
G. KUHNH0LTZ-L0RDAT
n’acceptons pas la notion de l’amélioration par le feu. Entre son bétail
et son herbe, l’éleveur s’est trouvé dans une situation tellement cri¬
tique qu’il a rarement su ou pu harmoniser la charge de ses prés avec
leur composition floristique. Lorsqu’il avait de la place il a trouvé
plus commode de suivre son bétail sur des herbes nouvelles, quitte à
laisser en arrière des terres épuisées. Mais les déplacements ne sont
pas toujours illimités, il faut alors revenir, tôt ou tard, sur des her¬
bages déjà parcourus : trop tôt l’herbe ne s’est pas « refaite » ; trop
tard, elle est remplacée par le buisson. Dans les deux cas la flamme
provoque les repousses tendres et rase le fourré. Ce retour périodique
aux terres de parcours, obligatoire mais inconscient à l’origine, a
évolué, dans certains pays, en une véritable technique du feu pas¬
toral, une rotation des incendies. La rotation par tiers est adoptée au
Brésil, dans la province de Sao-Paulo (août, octobre, février) ; cela
est possible à cause du climat qui assure les repousses ; mais serait
impossible hors de ces conditions. Par exemple, lorsqu’une période
de sécheresse trop prolongée impose une flore plus ou moins xéro-
phile ; les études de M. S. Smith, en Rhodésie, ont prouvé qu’une
tonne de foin récoltée au début d’avril équivalait à deux tonnes récol¬
tées en mai.
Autour de la Méditerranée, l’élevage des ovins est réglé par
l’alternance d’une transhumance en haute montagne pendant la séche¬
resse estivale, qui grille l’herbe aux basses altitudes, et d’une mise à
feu qui provoque de jeunes repousses prêtes à être broutées au retour
des transhumants. Malheureusement ces incendies pastoraux ne sont
pas réglementés, bien que depuis quarante ans nous demandions
qu’une rotation des feux soit mise à l’étude ; sans doute autoriserait-
elle aussi à remettre l’arbre à sa place, alors qu’au contraire, c’est la
garrigue ou le toinillare qui se dégrade de plus en plus jusqu’à la
roche mère, souvent entamée elle-même.
Ces quelques exemples se traduisent-ils in fine par une améliora¬
tion du pâturage ? Certainement pas. Le mot prête trop à confusion
pour ne pas être rayé du vocabulaire des éleveurs. Il paraît difficile
de suivre Latzina lorsqu’il attribue, en République Argentine, une
part également « amélioratrice » au feu et au parcours. Grotenfelt,
pour la Finlande, parle de feux d’entretien, terme qui serait plus
admissible s’il était justifié par une technique vraiment propre à
entretenir la valeur fourragère en s’opposant à toute détérioration
qualitative ou quantitative ; cela est peu probable puisque, de l’aveu
même de l’auteur, en dehors des feux, « il est très rare que les pro¬
priétaires donnent le moindre soin à leurs pâturages ».
3. Le feu systématiquement condamné. Les auteurs belges (Van
Straei-en, 1937), emploient le mot « réjuvénation », qui n’implique
pas une amélioration, mais seulement une pratique incendiaire qui a
pour but de provoquer des repousses tendres. Ils n’entendent point
que la réjuvénation puisse être indéfiniment reproduite ; mais elle
peut l’être longtemps si sa répétition n’est pas trop fréquente. C’est
là une opinion nuancée, que l’on retrouve tout le long de la littérature
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
135
belge, à quelques exceptions près, et chez quelques autres pays.
Robyns n’a jamais renoncé à ce point de vue qu’il avait déjà
exprimé en 1936 : < les généralisations hâtives ont amené certains
biologistes à exagérer les effets nuisibles des feux ». Jacques-Félix,
alors attaché à la Direction des Services agricoles de Guinée, les
considérait comme un « mal nécessaire » et argumentait : « Dans
certaines régions la pratique des feux est interdite. Malheureusement
1 effet obtenu n’est pas toujours celui recherché. En effet, une grande
Partie de la saison sèche se passe bien sans feux, mais à la fin, ils
finissent par éclater et sont à cette époque beaucoup plus néfastes
sans avoir le même intérêt pour les pâturages. » Mangin les déclare
« indispensables », mais désire qu’ils soient réglementés. Phillips
(1930), les considère aussi comme nécessaires pour l’Afrique australe,
•nais pense, sagement nous semble-t-il, qu’il ne faut jamais faire de
généralisation sur l’influence des feux avant d’avoir examiné les cir¬
constances locales. Nous écrivions nous-même, en 1938 : « Nous avons
dit combien il a été difficile de limiter en Europe les incendies de
taillis : le problème des feux de brousse réservera bien d’autres obs¬
tacles, s’il en est d’utiles et de nuisibles. Quelle autorité faudra-t-il
auprès des indigènes pour empêcher ici ce qui sera recommandé là . »
Peut-on prendre position dans le débat ? Certainement, parce
•lu’il existe des cas évidents où, faute de mieux, c’est-à-dire dans
l’état actuel de certaines économies agro-sylvo-pastorales, le feu pas¬
toral apparaît bien comme un mal nécessaire, suivant la pensée de
Jacques-Félix. Nous n’en voulons pour preuve que l’économie pasto¬
rale actuelle de la France méditerranéenne (garrigues). Dans les
régions où l’aridité n’est pas encore prohibitive d’herbe, mais auto¬
rise des pâturages sur touffes disjointes, la réjuyénation par le feu
ne saurait être interdite ; par exemple, en Australie semi-aride, ou les
Pâturages à Triodia sont tellement pauvres qu’il faut douze a seize
hectares pour un mouton qui ne saurait se nourrir de la graminee
adulte (Davies). C’est aussi une nécessité pour les pâturages sur
terrains salants à base de Joncacées (Juncus subulatus, J.
mus...), comme l’indique P. Simonneau (1952), pour l’Afrique du Nord.
Mais ces exemples ne sont certes pas des modèles à stabiliser. Ils
doivent au contraire inciter à rechercher des moyens de réelle ame¬
lioration, dont les plus évidents sont l’irrigation et la réglementation
des feux. Le premier pose des problèmes pratiquement insolubles dans
certaines régions. La réglementation doit être un remède efficace si
les Pouvoirs publics ont la possibilité de l’imposer, soit par per¬
suasion, soit par voie autoritaire; encore faut-il que ces Pouvoirs
Publics soient mis en présence d’un programme possible ; il faut se
rallier alors à tous ceux qui réclament une expérimentation ration¬
nelle, basée sur la seule base acceptable en la matière : le rythme
Physiologique des plantes d’herbage. Nous le soulignons à nouveau
•ci, à cause de son importance capitale et nous n’hésiterons pas à en
reparler parce que le problème intéresse tous les territoires où se
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
pratiquent les feux pastoraux sur tous les continents, sous les climats
les plus divers.
Une telle affirmation mérite d’être prouvée. Il suffit pour cela de
jeter un coup d’œil d’ensemble sur le monde, pour y relever les traces
des pratiques incendiaires :
Savanes intertropicales ; prairie nord-américaine ; pampa, pastos
duros, campos arbelos du Sud-Américain ; Cogonales des Philippines ;
llanos du Vénézuéla ; nui-lroc du Tonkin ; pajonales des Andes ;
bozaka de Madagascar ; sapesales du Brésil ; veld herbeux sud-afri¬
cain ; sans oublier l’Europe avec ses chaumes (Vosges), ses callunes
(Ecosse), ses garrigues, ses brûlis de Belgique, de Finlande, etc...
Combien d’hectares cela représente-t-il ? Avancer un chiffre im¬
pliquerait plus de respect que nous n’en pouvons avoir pour des sta¬
tistiques de ce genre. Mais ce sera déjà beaucoup de conclure avec
Verheyen (1951), que le problème est à peine abordé parce que « son
aspect, son importance et ses répercussions biologiques diffèrent de
climat à climat... ».
Rôle des animaux dans la destruction du saltus.
Si nous avons centré jusqu’ici nos propos sur la sylve, c’est au
moins autant en raison de son écran humifère que de son écran
chlorophyllien ; car les cycles agro-sylvestres ont présidé jusqu’au
Second Empire à l’équilibre général agro-sylvo-pastoral, puisque le
pacage était, sur de vastes surfaces, tributaire des cultures antérieures
sur forêts.
Mais nous avons dit aussi, dans la présentation de ce volume,
que l’écran vert ne postulait pas obligatoirement les peuplements
arborescents. La toundra est chlorophyllienne à sa manière crypto-
gamique (importance des Lichens). Elle livre sa flore aux grands
troupeaux d’élans, de caribous... Quel rôle jouent-ils dans cet équi¬
libre si ancien ?
Les prairies des vallées de rivière et des bas-fonds de bassins
en Mongolie (Reymond), sont des pâturages pour équins sauvages
(plusieurs milliers de têtes de 1 ’Equus Przewalskyi Poliakov ou cheval
de Dzoungarie), de bovins, d’ovins, de caprins... Quelles sont les res¬
ponsabilités spécifiques ?
Dans les manades de chevaux camarguais, nous avons observé
que c’est la graminée Aeluropus littoralis Pari, qui fait les frais du
changement de biotope. Ses très longs rhizomes, riches en glucides
de réserve, sont arrachés et pendent à la mâchoire qui les remonte
en les mâchant ; sur certaines places le terrain parait avoir été hersé.
Un relevé phytosociologique qui ne tiendrait pas compte de cette
possibilité d’appauvrissement floristique entraînerait des erreurs gros¬
sières d’interprétation. Il faut aussi faire intervenir les galopades, si
fréquentes chez les jeunes équins, et le rôle du crottin.
Nous pouvons placer ici les vastes étendues herbeuses intertro¬
picales, dont nul ne saurait affirmer en pleine certitude si la part
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
137
(les troupeaux autochtones n’a pas été prépondérante pour leur évo-
ution avec les feux. E. Hubert évaluait à 2.500.000 têtes de Kob de
thomas (50) le troupeau qui fréquentait la plaine alluviale au sud
du lac Edouard, et à 1.250 celui des Topi (51) dans la même région,
sans compter bien d’autres phytophages : 2.000 buffles par exemple
(ÜALIMIER).
Les pâturages à moutons mêlés de lamas de la Puna humide
andine sont devenus très pauvres, et ne supportent qu’une tête de
detail pour un hectare et demi. Mais il reste à connaître encore le
r _ du lama, ses appétences particulières. Une liste floristique des
espèces constitutives (Muhlenbergia, Trifolium, Aciachne, avec des
touffes élevées de Festuca ou Stipa), est encore insuffisante (Cabrera).
Les petites hordes du Chameau de Bactriane (Camelus bactrianus
férus), du bassin du Tarim turkestan et persan, maintiennent la phy¬
sionomie spéciale des dunes à Caragana microphylla ou des prairies
a Sophora alopecuroides (Reymond).
Le chien de prairie (52) a tellement marqué son habitat dans les
Etats-Unis du centre que la limite occidentale de la prairie fourra¬
gère coïncide avec la limite orientale de l’aire de l’herbivore.
• ^es pistes de migration ont joué un rôle très important, favorable
a 1 érosion. Blond cite un troupeau de bisons de 80 kilomètres de long
°t 40 kilomètres de large en mouvement dans l’Arkansas et l'on sait
flue la flore de ces itinéraires est encore empreinte de ces moeurs
(Larson).
7. Détérioration de I’ager
Tous les économistes semblent d’accord sur le double fait que la
Population de la terre augmente et que les surfaces cultivées s’ame¬
nuisent plus qu’elles ne se créent. Cette balance déficitaire de l’ager
doit les inciter à chercher des remèdes dans les techniques propres
a l’agronomie. Elles ne peuvent nous intéresser qu’indircctement
parce que toute parcelle d’exploitation abandonnée est emparée tôt
ou tard par la végétation spontanée, favorisant ainsi soit l’extension
du saltus, soit celle de la sylve. Ces conséquences ont été traitées à
Plusieurs reprises dans ce Mémoire.
L’insuffisance des substances alimentaires est caractéristique des
Pays intellectuellement peu évolués. Les famines y étaient fréquentes.
Aujourd’hui, les facilités de transport, les relations internationales et
•e développement de l’esprit de solidarité pallient de telles catas¬
trophes. Mais il reste encore des peuplades dont la vocation naturelle
(50) Antilope Reduncinae. Kobus defassa ugandae Neum. = Adenota kob
‘ aomasi Sel. fréquent dans la Savane graminéenne à Themeda triandra Forsk.
et Heleropogon conlorlus (L.) R. et S.
(51) Damaliscus lunalus Tiang Heul. = Korrigum ugandae Blainc de la sa¬
vane plus xérophile à Bolriochloa insculpla (Hoch.) A. Camus.
(52) Le zuni = zuni prairie dog — Cynomys ludouicianus ludouicianus (Ord).
Source : MNHN, Paris
138
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
paraît être la sous-alimentation. Elles demeurent rebelles à ce que
nous appelons notre civilisation et ont présentement une tendance
très nette à s’en éloigner encore plus.
Il serait hors de notre propos d’insister davantage sur ce point
noir, si ce n’est pour souligner que ces peuplades, très prolifiques,
ont gratté la surface du sol depuis des temps très reculés, sans se
préoccuper de son avenir. On saura, peut-être bientôt, si leur renon¬
cement aux concours techniques et biologiques généreusement offerts,
ne sera pas un obstacle définitif à la restauration des sols perdus.
Aussi bien devrons-nous nous estimer suffisamment heureux par un
simple arrêt sur les bords de l’abîme.
Source : MNHN, Paris
TROISIÈME PARTIE
RESTAURATION DE LA SYLVE
Pour payer leur nourriture les enfants,
garçons et filles, doivent quelque travail
à la station (de Lambaréné, au Gabon).
Leur journée se déroule de la façon sui¬
vante : le matin, de sept à neuf heures,
ils sont occupés à la plantation et font du
débroussage. Ce sont eux qui mènent la
lutte contre la forêt vierge, qui menace
constamment d’envahir la plantation et
la station. A peine ont-ils fini cette be¬
sogne sur un point du terrain, qu’ils la
recommencent ailleurs, où tout a repoussé
pendant ce temps.
(A. Schweitzer : A l’orée de la forêt
vierge, 1952, p. 201.)
Une vue d’ensemble sur la reconstitution du tapis végétal devrait,
pour s’harmoniser complètement avec les précédents chapitres, être
Précédée des reconstitutions de l’ager et du saltus. Mais celles-ci
relèvent de techniques connues qui conduisent à des améliorations
ordre surtout qualitatif. Il est bien évident qu’il faut, tout d’abord,
s opposer à leur détérioration et nous en avons dit ce que l’on peut
ré i re ^ ans l’état actuel des possibilités humaines : interdictions,
glementations sur lesquelles nous reviendrons dans nos conclusions
s nerales. Aborder les techniques nous conduirait hors du cadre de
os propos qui ne relèvent directement ni de l’agriculture ni de la
Praticulture.
H n’en est pas de même de la reconstitution de la sylve qui, hors
techniques propres à la sylviculture, est une mine importante
e renseignements pour tous ceux qui veulent, non pas « exploiter »
a nature par le champ ou le troupeau, mais seulement (et c’est beau-
coup) la « protéger ».
Nous avons envisagé sa destruction en abordant successivement
e le de l’arbre et celle de l’humus qui en provient. Nous allons
e rouver ce double point de vue dans la récupération de la sylve
Perdue. Il sera cependant moins aisé de les exposer séparément parce
•1116 on peut concevoir la détérioration de l’humus sans celle de sa
Source : MNHN, Paris
140
G. K U HNHOLTZ-LOR DAT
source, alors qu’il est impossible de concevoir sa production sans sa
source, à moins de procéder à des apports, comme nous allons le voir
d’abord.
Restauration de l’humus. — Cette question n’est pas étrangère a
notre « essai sur la protection de* la nature » parce que la recherche
de la matière organique est, elle aussi, comme celle de la matière
minérale par le cendrillage, une cause d’appauvrissement de la sylve.
Il faut louer cependant ceux qui se sont rendu compte que
l’organique était nécessaire au maintien de la « structure » du sol.
On louera moins ceux qui, après les découvertes de Liebig et la pro¬
pagande active de Georges Ville ont vu une panacée dans l’engrais
minéral. On sait aujourd’hui à quel point le remplacement de la trac¬
tion animale par la traction mécanique a fait toucher du doigt cette
grave erreur. On sait aussi que l’irrigation mal conçue provoque le
lessivage, c’est-à-dire le départ des éléments solubles assimilables et
les modifications de structure de la terre arable. Le fumier artificiel
devient une nécessité.
Du point de vue qui nous occupe ici, sa source n’est pas dan¬
gereuse aujourd’hui parce qu’elle est dans l’ager qui trouve ainsi un
nouveau débouché ; la nouvelle technique est donc devenue indirec¬
tement protectrice de la sylve.
Parallèlement aux méthodes d’incinération, les agriculteurs du
xvm" siècle avaient mis au point une technique des engrais artificiels,
basée, comme aujourd’hui sur la décomposition de la matière orga¬
nique par l’eau. Cette eau était, le plus économiquement, l’eau de
pluie qui tombait librement sur les aires à décomposition (chemins,
cours de ferme, espaces réservés...) ; le piétinement des animaux de
trait, le passage des lourds véhicules favorisaient la dissociation des
apports. Les paysans du Grésivaudan employaient encore ce procédé
au début du xix" siècle. Le fumier suffisamment décomposé était
entassé dans la forme à fumier (simple excavation). En Anjou, la
litière était enlevée des aires tous les quinze jours et séjournait dans
la forme, sous les pluies, jusqu’au moment de leur épandage sur les
terres. Pendant la période de sécheresse, on pratiquait le fournelage.
« Puisque l’eau nous manque, disait Turbilly, ayons recours au
feu ». Le cendrillage devenait le complément de l’étable et de la
forme.
Dans le Bassin de la Durance, Th. Sclafert signale, avec citation
de textes anciens à l’appui, que la terre de vignoble était engraissée
par le ligneux préalablement mis à pourrir. Darllc y avait déjà
insisté pour les Alpes provençales. En Champagne pouilleuse, en rai¬
son de la faible couche de terre arable surmontant la craie « les
mauvaises broussailles » étaient enfouies dans des fosses profondes
où elles servaient d’abord de drain, ensuite d’engrais, au xviii* siècle
(Mayet).
Nous soulignerons à nouveau, comme nous l’avonq fait dès 1938,
l’importance du buis ( Buxus semperuirens L.) comme source d’engrais
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
141
organique. Gueymard en recommande l’emploi en 1868 dans son
recueil d’analyses chimiques. C’est dire que cette plante était con¬
voitée depuis bien longtemps et que sa répartition géographique a dû
«n subir des contrecoups sérieux. En voici un témoignage capital
(Jeanjean 1874) : « En même temps qu’on nettoie les cépées d’Yeuse
'Quercus ilex ) on coupe tous les morts-bois... Nous ne respectons
^u un seul arbrisseau, le buis, à cause de sa haute valeur comme
engrais ». Sa coupe était faite tous les 4 ou 5 ans ; mais ailleurs,
exploitation a été faite abusivement. Des buxaies ont été détruites
en Provence (Darluc). Ces observations viennent apporter quelques
roubles aux trop limpides interprétations écologiques (localisation
sur calcaire, ce qui est inexact) ou phytosociologiques (faciès du
yuercion ilicis). Notre région méditerranéenne, de si vieille civilisa-
”°n, est décidément un bien perfide sujet d’étude pour les phytogéo-
graphes qui croient que l’écologie et la sociologie les dispensent de
la phyto-histoire.
Les exemples fourmillent de la répartition artificielle d’espèces
végétales à des fins économiques : la fougère aigle (Pteridium aqui-
inum) l’Ajonc {Ulex europeus), la Brande (Erica scoparia)...
Lors de l’installation d’une bananeraie, en Afrique Occidentale,
Jacques-Félix a observé des plantations arbustives, créées de toute
pièce, destinées à fournir des branchages pour compost. On sait que
de telles préoccupations sont générales dans tous les pays où 1 emploi
des engrais minéraux est non seulement ignoré mais ne saurait en
aucune manière dispenser de la matière organique.
Leplae fut l’un des grands vulgarisateurs de l’épandage des
matières organiques dans les régions intertropicales (graines de
‘‘otonnier, détritus de toutes sortes et surtout Légumineuses de cou¬
verture ( 1 ).
Un parallèle historique ne serait pas inutile entre la propagande
européenne pour la fumure minérale (Second Empire) et la propa¬
gande intertropicale pour la fumure organique. Dans le premier cas
°. n a commis des abus. Dans le deuxième cas, un courant — encore
timide il est vrai — se dessine pour l’emploi des engrais minéraux
(au Congo belge, par exemple) ; une extrême circonspection s’impose
a cet égard.
Développement des phases de la restauration de la forêt. — En
Principe, la reconstitution passe par trois stades essentiels, de physio¬
nomies très différentes, si l’on prend pour point de départ de révo¬
lution progressive une culture abandonnée. On pourrait prendre, à
•a place, une roche mère dénudée soit par érosion, soit par néofor¬
mation (accumulations diverses, épandages d’origine volcanique, etc.) ;
mais le résultat serait le même et nous préférons rester dans le cadre
0) Les plantes de couverture ont donné lieu à une importante littérature
Pour la protection de la nature (plantes anti-érosives). Elles sont associées à
i ager et relèvent de ses techniques.
Source : MNHN, Paris
142
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
de ce volume où nous voulons lier la culture, le pâturage et la foret
dans la recherche des équilibres économiques.
Nous avons déjà tracé les débuts de cette évolution avec les stades
postculturaux (que nous avons soudés à l’ager).
Les stades préforestiers (2) se soudent à la sylve dont ils favo
risent l’installation. Ils la favoriseront d’autant plus qu’ils interdiront
l’extension du saltus à son détriment. Inversement, s’il y a lieu, ils
permettront la conquête des mauvais pâturages par l’arbre.
Disons de suite, pour n’y plus revenir, que beaucoup d’essences
forestières n’ont aucun besoin de cette protection ; ce sont des « pion¬
niers » (Chêne vert, chêne pubescent...) ou des pyrophytes notoires
(Pin maritime...). Cette remarque n’est pas sans importance parce
que ces essences facilitent l’accès du troupeau dans leur peuplement
(forme d’une économie sylvopastorale).
Beaucoup de végétaux sont capables de protéger les germinations
en empêchant l’accès du bétail. Il existe ce que nous appellerions
volontiers des systèmes élémentaires (un arbre et son buisson protec¬
teur) parfaitement autonomes, et disjoints les uns des autres ; ce
sont eux qui permettent de mieux comprendre le mécanisme de refo¬
restation dont les participants sont variés mais « homologues », au
point qu’ils impriment, dans des pays très différents, une physio¬
nomie qui impose les comparaisons.
Ce paysage n’a jamais échappé à l’attention des voyageurs (dont
nous fûmes) qui ont parcouru le Nord-Est marocain, dans le cercle
de Taourirt. La zone désertique y est parsemée de buissons de juju¬
biers (Zizyphus lotus Desf.) d’où émergent les pistachiers ( Pistacia
allant ica Desf.).
Nous avons retrouvé le même mécanisme dans les paysages
forestiers des Alpes. Dans cet ensemble boisé, il existe des têtements
dégradés ; ils trouvent leurs causes diverses dans les prélèvements
abusifs, les piétinements fréquents (actuellement, des camps pour
touristes par exemple), des dépôts, etc... On. en verra un bel exemple
au lieudit « Pra-du-Clot » dans la vallée de l’Onde (Pelvoux). Le sol
tassé, dépourvu de tout tapis herbacé (en 1939) est parsemé de buis¬
sons d’épine-vinette (Berberis vulgaris L.) d’où émergent des aulnes
(Alnus incana (L.) Moench) (fig. 9).
Autour des lacs littoraux de Gascogne, c’est un autre aulne
(Alnus glutinosa (L.) Gaertner) qui émerge des fourrées de Myrica
gale L. (cl. 14).
Autour du lac de Genève, c’est l’argousier (Hippophaë rham-
noïdes L.) qui protège les Saules sur les graviers des lits de rivière.
Le Genévrier d’Afrique ( Juniperus procera) joue un rôle consi¬
dérable aux hautes altitudes (du Kenya, de l’Abyssinie...) (Aubre-
(2) Le préfixe peut s'interpréter dans l’espace (en avant de...) ou dans le
temps (avant...). Ainsi, à la prélisière, qui précède la forêt dans l'espace celle-ci
succède dans le temps. C’est dans le temps qu’il faut l’envisager si l’on veut
comprendre la restauration de la forêt.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
143
ville, 1949). Le comportement est très général aussi autour de la
Méditerranée, avec les systèmes élémentaires Juniperus-Pinus, Juni-
Perus-Quercus.
Si les causes du maintien — et a fortiori de la régression - de
telles végétations très ouvertes disparaissent, les systèmes élémen¬
taires se multiplient, deviennent jointifs, le peuplement se ferme.
L étiolement du buisson protecteur devient la règle. Il est évincé du
centre et ne peut plus subsister qu’aux lisières en raison de son hélio-
philic. C’est le comportement du Spartium junceum évincé par le
Quercus pubescens, de VHelianthemum alyssoïdes, évincé par Pinus
Pinaster (cl. 15). Si les plantes héliophiles évincées ont la possibilité
d e s’étendre à partir de la lisière, elles se regroupent et forment sou¬
vent une bordure obturant plus ou moins l’orée de la forêt, bordure
•lue nous avons nommée prélisière (3) parce que les chênaies que
nous avons étudiées dans la Seine-et-Oise gagnent sur les vergers
abandonnés, précédées d’un buisson de Prunus spinosn, Cratægus
oxyacantha, Cornus sanguinea... De ce buisson protecteur surgissent
de jeunes chênes et la forêt progresse en suivant sa prélisière.
La forêt nouvelle, jeune, est souvent impénétrable comme 1 a
indiqué Hedin au Cameroun et comme cela a été observé sur bien
d’autres points du globe, non seulement en région intertropicale mais
aussi dans la grande taïga sibérienne. Les brins de semence et les
gaulis contribuent à former, avec les espèces arbustives, ce que les
forestiers nomment fourré d’où se dégage ensuite le perchis qui
devient lui-même, plus tard, futaie. Les forestiers hongrois considèrent
Jju’il prépare le sol mécaniquement en rendant plus meubles les
horizons d’accumulation qui seront exploités par les essences arbo¬
rescentes. C’est pour cela qu’ils préparent leurs plantations fores¬
tières en plaine hongroise par un embuissonnement artificiel (Tama-
r ‘ x odessana, T. tetrandra, Elaeagnus angustifolius, Amorpha fruti-
cosa (4) (S. Schaeffer). Cette technique est conforme à celle des
sylviculteurs provençaux qui avaient obtenu en 1606 et en 1763 l’in¬
terdit d’arracher « aucuns buissons, garrigues (Quercus coccifera),
romarins, cades ( Juniperus oxycedrus) , morvens ( J. phœnicea) et
(3) Leçon inaugurale de mon cours au Muséum National d’Histoire Natu¬
relle 1956.
(4) Il s’agit d’un embuissonnement un peu spécial sur sols alcalins.
Source : MNHN, Paris
144
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
autres bois semblables » contre les abus qui anéantissaient les forêts
provençales. Aubreville a attiré l’attention sur le rôle bienfaisant du
fourré à Combrelum micranlhum et Acacia macrostachya dans le
Niger ; Stehle sur le taillis à Crolon balsamiferum L. des Petites
Antilles ; le taillis à Lantana camara est très répandu en zone inter¬
tropicale.
Citons encore d’autres formations buissonnantes afin de montrer
le rôle considérable qu’elles sont susceptibles de jouer comme stades
préliminaires à une reforestation possible :
Euphorbaie à Euphorbia resinifera du Grand Atlas septentrional
(R. Maire), à E. Regis-Jubae ou « Tabaybales » des Canaries, à E.
Tuckeyana du Cap Vert (Aug. Chevalier) ; « Espinarcs » du N.W.
argentin à Faidherbia albida (Schnyder) ; Brousse à Jujubier Nord-
Africaine ; Brousse secondaire d’Afrique équatoriale (Humbert) ;
Brousse à Acanlhis du Congo belge (Lavauden) ; « Bosje » à Ericacées
du Cap ; « Chapparral » californien susceptible de progression vers la
Pinède (P. SavianaJ et la chênaie; « Brousse des Tavy » ou « Savoka »
de Madagascar, malheureusement très combustible (Humbert) à évo¬
lution progressive possible mais très lente. Les peuplements de Dys-
choriste radicans Nees, Acanthacée qui par son port prostré étiole les
Graminées et prépare la venue des espèces arbustives (savane boisée)
(Lebrun, 1947). Les peuplements de Spiraea tomentosa L., Rosacée de
1 m. de hauteur environ « indiquent la venue prochaine de la forêt »■
Le Spiræetum tomentosae dont parlent Jones et Rand est donc, typi¬
quement un stade préforestier. Les peuplements de « tizra » (Rhus
pentaphylla Desf.) dus à la régression de la callitriaie, de la subéraie
ou de l’arganeraie occupent des milliers d’hectares en Afrique du
Nord ; ils sont « homologues » des peuplements de Quercus coccifera
ayant même comportement dans l’évolution du tapis végétal, car, mis
en défense ils peuvent être recolonisés par les essences précédentes ;
ils ont même un comportement morphologique semblable, pouvant
être buissonnants sous régime pastoral ou arbustifs normalement.
En Europe, la chênaie haute ( Q. pubescens, Q. ilex...) issue de la
chênaie buissonnante ( Q. coccifera) est bien connue ainsi que les
maquis à Cistes et Ericacées, les « tomillares » à; Labiées. La saulaie
arbustive est le point de départ de la Betulaie, de la Chênaie (Bouil-
lenne, mult. Auct.).
Dans son sens le plus évident, nous venons de le voir, un stade
préforestier s’intercale entre une phase post-culturale et les premières
différenciations de la phase sylvestre à laquelle il sert de protection
pour les jeunes brins. Cette notion peut être généralisée au mort-bois
qui envahit certains peuplements forestiers clairs pour la régéné¬
ration desquels il est indispensable. L’exemple classique est fourni
par les futaies de Chêne-liège. Quelle est la nature de cette protec¬
tion ? Un abri contre les chaleurs et la lumière excessives. Le mort-
bois peut d’ailleurs y être très haut ; sa fonction écran agit sans nul
doute sur le semis. Des expériences étaient en cours au Maroc à ce
sujet avant les événements qui les ont compromises. Tout se passe
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
145
comme s’il s’agissait d’une forêt insuffisamment affranchie des stades
antérieurs qu’elle est impuissante à étioler parce que trop claire. Si
e mort-bois est nécessaire à la régénération il faut donc que la
subéraie n’évolue pas vers la voûte continue ; le Chatnerops humitis,
héliophile, joue un rôle capital pour cette régénération dans le stade
Préforestier d’accompagnement. On connaît le rôle économique de ce
Palmier dans la péninsule ibérique (crin végétal) où nous avons pu
contrôler en 1930 ce même caractère régressif vers la chaméropaie
dans les défrichements pour vignoble en Tarragone, en Castellon.
Si l’on généralise encore cet aspect de la régénération (et rien
ne s’y oppose), on peut considérer comme stade préforestier une
essence forestière plus jeune, différenciant une strate dominée. Les
exemples en sont nombreux : le chêne vert dominé par le Cèdre dans
Atlas, le taillis de hêtre sous Sapin (nous avons montré le méca¬
nisme de l’invasion (5) dans le Forez (fig. 10).
Les stades arborescents. — L’héliophilie est le caractère commun
de tous ces stades préforestiers dont on vient de voir la grande variété
floristique. Mais lorsque la forêt y prend pied, le comportement des
espèces et même des individus peut être différent, les uns se prolon¬
geant en acceptant le couvert avec des degrés divers d’étiolement,
d’autres disparaissant rapidement. Leur présence au sein d’un peuple¬
ment arborescent ne peut se concevoir que si l’écran des frondes supé¬
rieures est discontinu, ce qui peut être interprété soit comme une
mrêt en voie d’installation, soit comme une forêt en régression. C’est
au phytogéographe de faire la prospection écologique et historique
YVt . (•>) Dans la forêt de Changoirand (Forez) Ann. Ecole agric. Montpellier,
x *n, 3, p. 217-235, flg. 1 et 2.
Mémoires du Muséum. - Botanique, t. IX. 10
Source : MNHN, Paris
146
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
nécessaire pour résoudre le problème. C’est ce qu’a fait Gille, pour
les Erablières canadiennes des environs de Granby. C’est ce que nous
avons fait dans la plupart de nos études de phytogéographie.
Lorsque, dans une évolution progressive, les essences forestières
ont pris suffisamment pied pour former des peuplements arborescents,
le problème qui se pose est celui du développement de la période fores¬
tière vers le climax. Nous pensons que pour interpréter un peuplement
arborescent (c’est-à-dire le situer dans la progression), il est indispen¬
sable de pouvoir reconnaître les tests principaux suivants :
a) les bois tendres ;
b) les peuplements purs ;
c) la forêt de remplacement ;
d) la forêt reconstituée ;
e) les semenciers.
a) Les bois tendres.
Le type peut être pris au Brésil. La forêt vierge (matta virgem)
abattue pour les cultures, livre un sol riche en matières organiques ;
mais il finit tout de même par s’épuiser. La terre est alors laissée au
repos pour préparer un nouveau dépôt d’humus. Les Brésiliens
donnent le nom de Capoeiras au stade arbustif qui s’installe sur
cultures abandonnées ; il se transforme en Caporeiroes à essences de
lumière de croissance rapide et à bois tendres (par exemple des
Umbauba) (6) : c’est donc un matto secondaire. Ces stades font donc
partie d’un cycle sylvocultural ; mais on ne connaît pas encore, de
manière très précise, la part qui revient, dans ce cycle, à la période
forestière. Auguste de Saint-Hilaire lui assigne une durée de dix-huit
à vingt ans, qui paraît trop courte à Aug. Chevalier (1929). Warming
(1892), estime qu’il faut vingt-cinq à trente ans pour constituer un
Matto secondaire. Il est certain que les stades ligneux postculturaux
évoluent rapidement, car Piettre (1925) indique des défrichements
sur forêts secondaires dont l’âge s’échelonne de trente à soixante ans.
Or, d’après ce dernier auteur, un matto brûlé deux fois est « à
peu près stérile ». C’est donc un cycle éphémère, rapidement régressif,
évoluant en effet vers les formations pyrophytiques arbustives ou
herbacées.
Autour de ce type, se groupent tous les peuplements héliophiles
à bois tendre (7) (Malvacées, Tiliacées, Sterculiacées... ; lianes semi-
ligneuses, etc...), qui s’installent sur cultures abandonnées.
Il y a évidemment des modalités diverses avec suppressions pos-
(G) Petits arbres du genre Cecropia (Artocarpées).
(7) Bois blancs sensu lato. Nous préférons les désigner sous le nom de Bois
tendres. Il y a des bois héliophiles, à croissance rapide qui sont teintés et de
plus le vocable Bois blancs s’oppose comme forêt feuillue, à celui de Bois Noirs
à base de Conifères, dans bien des régions (Massif Central français, en particulier).
On trouvera dans le dictionnaire de sylviculture de Bruttini (art. Dureté) l'échelle
de dureté d’Exner, mais sans renseignements sur la biologie des essences.
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
147
sibles de certains stades. Mais cette évolution progressive est très
répandue. Staner l’a parfaitement décrite pour le Congo belge équa-
°nal (1932). Benoist, pour la Guyane, a étudié la succession Forêt
‘ * culture-»• Stade à Solarium -> stade à Cecropia
~ ► Forêt substituée. Les indigènes de Guyane connaissent la phy¬
sionomie spéciale qu’impriment les Bois tendres à croissance rapide
e : on t donné le nom de Gniaments à ces terrains reconquis après
abandon (Sagot).
Le Savoka, très dense, est lentement envahi par les bois tendres
Tableau IX. — Evolution d’un ray indochinois.
Source : MNHN, Paris
148
O. KUHNH0LTZ-L0RDAT
(Dombeya, Macaranga, Ficus...) qui, lorsqu’ils ont pris pied, accé¬
lèrent la venue de la forêt secondaire (P. de la Bathie).
A la forêt tropicale africaine, abattue pour culture, peut succéder
après abandon des champs, des peuplements semi-arborescents dont
la dominante est une Tiliacée (Triumfetta sp.). Cette formation de
bois tendre est appelée ekon, par les Boulous, qui la défrichent pour
cultiver l’arachide (Hedin).
La mer de Bambous indochinoise, qui doit son extension au ray,
évolue aussi par la lente introduction d’essences à bois tendre qui se
jettent dans les vides occasionnels. En raison de l’importance du ray,
nous donnons un tableau général (Tableau IX), où nous avons résumé
l'évolution postculturale des rizières vers la forêt.
En Europe, les Bouleaux, les Peupliers, les Aulnes ont été pro¬
pagés par des pratiques abusives ou incendiaires et créent des pay¬
sages de substitution, homologues de ceux créés par les bois tendres
secondaires des régions intertropicales : c’est sans doute en Finlande,
pays des grands écobuages, que cette régression fut le mieux marquée.
Le nomadisme cultural, laissant derrière lui des champs aban¬
donnés, a favorisé l’extension des peuplements à bois tendres, à condi¬
tion que des feux n’aient pas entravé l’évolution ascendante. Cardot
et Braemer (1931), ont fait ressortir cette influence de l’homme en
comparant les régions dont la densité de la population est élevée avec
celles dont la densité est faible. Le Tonkin ayant des besoins en bois
très importants pour la forte concentration humaine de son delta,
est envahi par les bois tendres et les bambusaies. En Annam, au
contraire, la forêt primitive se rencontre « plus fréquemment » et
« sur de vastes espaces », compte tenu des conditions mauvaises
d’exploitabilité. La pratique du ray a étendu la forêt secondaire jusqu’à
2.000 mètres d’altitude au Laos ; elle a relégué la forêt intacte au-
dessus (Guibier).
b) Les peuplements purs.
Il faut entendre par là des peuplements constitués par une espèce
arborescente unique ou tout au moins très nettement dominante (8).
Ils ont deux origines possibles : primaire ou secondaire. Dans
l’état actuel de nos connaissances, il serait impossible de classer rigou¬
reusement tous les peuplements purs dans l’une ou l’autre catégorie.
D’autant plus qu’une même espèce peut constituer tantôt des peu¬
plements primaires, tantôt des peuplements substitués.
Comme exemples de peuplements purs, citons :
— Les Moras (Dimorphandra Mora) de la Trinité (peuplement
primitif selon K. Domin).
(8) Il peut y avoir avantage, pour des besoins économiques, à faire un
comptage de cette dominante. L'Inspecteur Chatei.ain (cité in Stehi.b) a établi
une proportion de 73 % de Miconias dans la formation secondaire connue sous
le nom de taillis à Miconia (Guadeloupe).
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
149
— Les Séquoias (Séquoia sempervirens, S. gigantea) de Cali¬
fornie (primaires).
— Les Epicéas (Picea excelsa) de Transylvanie (Barbey) (pri¬
maires).
— Les Goyaviers ( Psidium divers). Colonisateurs sociaux post¬
culturaux (aux savanes de Bingerville particulièrement, selon Bègue).
— Les Manguiers (Mangifera indica), très envahissants.
— Les Acacias (mult. sp.), occupant de très grandes surfaces,
en peuplements purs, mais souvent disjoints et ouverts. Ceux de la
zone sahélienne ont des aires qui correspondent aux conditions clima¬
tériques (Aubreville). L’inspecteur Bègue a observé qu’ils colonisent
souvent les champs abandonnés et explique par là l’origine de cer¬
taines savanes arborées. La forêt classique du Bled T’hala (Acacia
raddiana Savi = A. tortilis mult. auct.) du Sud tunisien, en régression,
ne compte plus que quelques arbres à l’hectare (Doumet-Adanson,
Baraban...).
— Les Mélèzes (Larix sibirica) sur sols plus ou moins rema¬
niés par les labours et les incendies (Zinserling).
— Les Pins. — Il ne faut pas attribuer systématiquement une
origine secondaire à toutes les Pinèdes. Le Pin à crochets (9) a une
dominance naturelle dans l’étage subalpin de la chaîne pyrénéenne
(Gaussen).
Le pin sylvestre, sur arènes pauvres, peut former des semis natu¬
rels et permanents (Climax des Dunes de Pologne, par exemple)
(R. Kobendza ). Le pin blanc (Pinus monticola), demande des sols
acides pour germer, si bien que le feu, élément si favorable en général
à l’extension des pins, est pour celui-ci une entrave à la régénération
Pendant deux ou trois ans, à cause de la production de cendres alca¬
lines (Marshall et Averill).
De tels comportements sont à vrai dire localisés et la plupart
des Pins sont des colonisateurs rapides des sols incendiés, des exploi¬
tations abusives, ou des cultures abandonnées (olivettes de Provence).
La littérature se rapportant à leur biologie est extrêmement vaste ,
elle manque parfois cependant de précision sur l’évolution régressive
des forêts primitives vers la Pinède. Par exemple : il y a accord una¬
nime sur le caractère secondaire des peuplements de Pins épars dans
toute l’Indochine (10). Nous sommes loin de connaître l’enchaînement
des stades aboutissant à cet enrésinement régressif des forêts feuillues,
cnrésinement qui ne s’est pas seulement étendu en latitude, mais que
l’on retrouve à des altitudes très variables, marquées par des especes
différentes : le P. Massoniana (inférieur), le P. Merkhusii (moyen),
(9) Pinus montana uncinata.
aes isoioven, ae Ma, ae jarai, au
Annam) ; forêts cambodgiennes de la régit
iap (N. E. du delta Tonkinois). Aug. Chevai.i
des pins de la chaîne annamitique aux inc
aux incendies de brousse.
Source : MNHN, Paris
150
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
le P. Khasya (supérieur). Il y a un parallélisme remarquable entre
cette évolution indochinoise et celle décrite par Sargent pour la région
du Grand-Bassin entre la Sierra Nevada et les Montagnes Rocheuses,
avec le P. monophylla (inférieur), le P. Bnlfouriana (moyen), le
P. flexilis (supérieur). Aux Iles Philippines, Ayme-Martin (1912), a
signalé l’extension des Pinèdes : P. insularis (Pin de Benguet) sur
les hauts plateaux et P. Merkhusii des hauts plateaux à la mer. Or,
il s’agit bien dans tous ces cas, de régions où les forêts ont été abu¬
sivement exploitées ou incendiées, et dont une étude phytosociologique
comparative permettrait d’établir des homologies utiles entre les divers
stades ; mais on est encore assez éloigné du moment où de telles
études, qui doivent être très poussées sur place, autoriseront des syn¬
thèses.
Autour de la région méditerranéenne, on assiste depuis longtemps
au mécanisme de la régression de la sylve originelle. C’est le Pin
d’Alep qui y joue le rôle le plus important dans les paysages de subs¬
titution, en raison de son aptitude à coloniser les terres dénudées
(coupe à blanc, cultures abandonnées, terrains incendiés...). Dans
l’Europe orientale le Pin rude (P. Brutia), se comporte de semblable
manière (Papajoannou).
Les Pins pyrophiles sont un critère évident de la perte de l’am¬
biance climacique ; mais ils peuvent être le point de départ d’une
évolution progressive nouvelle vers les feuillus. Ils doivent donc être
considérés comme des peuplements transitoires.
Le vieux dicton ardennais le dit : « Si tu veux du chêne, fais du
pin. » Une pinède méditerranéenne, obtenue par régression d’une forêt
feuillue (11) ne peut se stabiliser que de deux manières : par des
interventions culturales ou par des incendies suffisamment espacés
pour qu’il y ait des semenciers au passage de la flamme.
Sur les hauts plateaux tunisiens « la futaie de pin d’Alep, là où
elle n’est pas dévastée, est presque toujours trop dense et encombrée
aussi d’arbres sans valeur. Les jeunes sujets d’avenir sont étouffés et
il y a peu ou il n’y a pas de régénération ; en règle générale, on peut
dire qu’il n’y a régénération satisfaisante dans ces peuplements,
qu’après incendie... En somme, les futaies de pin d’Alep réclament
impérieusement des éclaircies régulières énergiques avec coupes d’ex¬
traction et trouées de régénération. » (Inspecteur Bochet.)
Par simple protection (mise en défens, constitution de réserves,
de parcs nationaux, etc...), la marche en avant peut reprendre ; il
appartient au forestier de l’y aider. Mais si les feux ne sont pas suffi¬
samment espacés, les jeunes arbres disparaissent pour laisser place
aux formations pyrophytiques des stades arbustifs ou herbacés. Nous
avons déjà indiqué cette régression à propos de la genèse des Chap-
parrals. La lande à Bruyère multiflore, ou bien celle à Romarin, du
(11) Par conséquent, hors de tout climax édaphique, c’est-à-dire de conditions
particulières du sol favorable au maintien de la Pinède.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
151
Languedoc et de la Provence peut aussi résulter des incendies itératifs
l’n Pl ” e( ^ es - Enfin, au cours d’une reconnaissance dans la vallée de
i Uued Tessaout, au Grand Atlas marocain. Plateau a identifié la
régression d’ « une immense futaie » de Pin d’Alep due en grande
partie à « la désastreuse pratique des incendies avant les labours ».
Par conséquent, dans la pratique, l’adage « Si tu veux du chêne,
aïs du pin », ne peut pas s’appliquer à tous les chênes. Disons qu’il
ne s applique pas à toutes les séries progressives. Car s’il a un carac-
ere très général du point de vue théorique, encore faut-il que le pas¬
sage du stade résineux au stade feuillu puisse se réaliser. Dans le midi
méditerranéen, c’est une pure utopie que de préparer la venue du
chene: vert ou pubescent par le pin d’Alep ou le pin maritime, parce
fine l’éleveur de bétail ne le tolère pas. Le climat méditerranéen est
incompatible avec le pâturage naturel permanent de qualité. Le seul
e evage qui paye est l’élevage extensif sur garrigue, avec régénération
Par feux pastoraux et transhumance estivale. Ce régime pastoral
exclut toute possibilité forestière. Parler de reconstitution d’une
chenaie à l’aide d’essences transitoires aussi sensibles à la flamme que
e Pin d’Alep ou le Pin maritime, sans interdire les feux pastoraux,
est une erreur qu’il faut combattre pour éviter d’engloutir d’impor-
ants capitaux dans tous les petits feux parfaitement réglés par les
eleyeurs (CI. 16). Si l’on veut transformer l’économie pastorale de
cette région méditerranéenne en économie forestière, il faut mettre
efficacement en défens le territoire que l’on veut reforester ; sinon,
es tentatives ne dépasseront jamais le stade de la Pinède et dans les
régions où le régime pastoral a quelque importance, les Pins eux-
fnemes n’auront pas le temps de donner leurs semences entre deux
incendies consécutifs.
A plusieurs reprises nous avons eu l’occasion de préciser cette
distinction fondamentale entre les diverses séries progressives Pins
’euillus, en tenant compte non pas seulement du climat, mais du
régime économique. Il est bien évident que Ch. Lefebvre avait raison
e préconiser le Pin Sylvestre comme essence transitoire, et de consi-
érer qu’il jouait « le rôle de sauveur » dans la forêt d’Orléans. Mais
chene vert ou même le chêne pubescent ne sont pas placés dans
une série progressive économiquement comparable à celle des chênes
e la forêt d’Orléans et, tant que dureront les causes économiques
e la destruction des forêts au profit du troupeau ovin, aucun de ces
eux chênes ne pourra succéder au Pin. C’est une des raisons pour
esquelles nous préconisons la protection des lambeaux de peuple¬
ments feuillus dans l’espoir qu’une ambiance favorable à la régéné¬
ration pourra peu à peu se recréer.
, Les Peupliers. — Parmi les nombreuses espèces appartenant
a ce genre il en est qui ont des aptitudes grégaires remarquables et
se comportent en colonisateurs de terres neuves ou déforestées.
Le tremble (Populus Tremula) s’est répandu en Finlande grâce
aux écobuages et aux incendies forestiers (Sallmen).
Le Tremble d’Amérique ( Populus tremuloides, Tabl. III, p. 47) se
Source : MNHN, Paris
152
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
substitue aux forêts de Sapinettes (Epicéas divers) incendiées. Cette
colonisation n’est d’ailleurs que temporaire, et il est intéressant de
noter que dans les régions où les conifères constituent un climax, les
feuillus sociaux, tels que les Peupliers, forment des stades transitoires
homologues à ceux des Pins dans la régression des forêts feuillues
(R. G. Lewis). Les Epicéas reprennent, en effet, le dessus sur le
Tremble, au bout de deux révolutions. Cette évolution a été étudiée
en Arizona et au Nouveau-Mexique, sur des vastes territoires incen¬
diés, à 2.500 mètres d’altitude (Pearson) et surtout près du lac Lesser
Slave, au pied des versants est des Montagnes Rocheuses (Camerou).
Nous l’avons résumée au tableau III, p. 47.
— Les Palmiers. — Le nombre considérable de genres et d’es¬
pèces appartenant à cette famille coïncide avec une biologie très variée,
depuis les sols inondés jusqu’aux sables désertiques, des plaines
basses aux pentes montagneuses.
Dans les milieux extrêmes on trouve des peuplements originels.
L ’Euterpa globosa forme des palmeraies pures aux Antilles, entre
900 mètres et 2.000 mètres d’altitude. Scs longues feuilles découpées
tombent et jonchent le sol, formant un obstacle à l’introduction des
espèces de la forêt inférieure ou supérieure. D’après Karel Domin,
ces peuplements sont primitifs (12). H. Stehle considère que la Palm-
forest est liée aux conditions suivantes : sol très acide, vent violent,
influence des cyclones et absence d’ombrage.
Les palmeraies secondaires sont très développées. Rappelons les
Savanes pyrophytiques à Palmiers et ajoutons que, pour Bègue les
vastes Savanes à Ronier (Borassus flabellifer) sont « d’anciens ter¬
rains de culture gagnés sur la forêt ». La régression vers la palmeraie
est constatée d’ailleurs sur tout le pourtour congolais de la forêt équa¬
toriale (J. Lebrun, 1936, sa phot. 18).
Le Palmier à huile (Elaeis gnineensis), incorporé sporadiquement
à la forêt dense africaine entre le 16” L. Nord et le 20' L. Sud, forme
parfois des peuplements secondaires « tellement serrés que tout autre
végétation semble disparaître ». Le plus vaste est la palmeraie de
Sassandra (Côte d’ivoire) (Paul Hubert). Il n’est pas toujours aussi
pur : au Gabon, il fait partie de la forêt secondaire à Parasolier, à
raison de trente pieds par hectare en moyenne, et « surtout sur les
abords des cours d’eau, où les populations sont plus denses que dans
l’intérieur » (Bories, 1919). En Côte d’ivoire, « sa multiplication est
la conséquence des défrichements » (Bègue).
Citons enfin la Chaméropaie (Chamaerops humilisj circum-médi-
terranéenne qui doit son extension à la déforestation (régression des
forêts de Chêne Liège, par exemple) ; constamment soumise à l’in¬
fluence de l’homme, elle ne forme qu’exceptionnellement des peuple-
02) Il « reconnu des variantes floristiques qu’il a groupées autour de deux
types de végétation : L 'Euterpelum globosae portoricense et VEuterpetum globosac
hispaniolicum.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
153
menls pouvant atteindre leur pleine vitalité et reste à l’état de brousse
peu élevée.
- L’Okoumé (Aucumea Klainiana, Tabl. II, p. 46). — C’est une
plante sociale des vides, et surtout des confins de la grande forêt, au-
dessous de 200 mètres d’altitude (Meniaud). Le service forestier du
Gabon (13) le considère comme lié au nomadisme cultural. Lorsque les
habitants désertent la plaine, il vient réparer leur dévastation. Sa bio-
logie a donné lieu à des opinions, parfois contradictoires. L’étude la
plus récente de Waag en fait une essence d’ombre jusqu’à quinze-vingt
ans e I une essence de pleine lumière au-delà. A première vue, cela pa¬
raît en contradiction avec son rôle de plante sociale sur terres défores-
|ées, mais il ne s’agit pas là de terres nues ; en réalité, sa venue dans
1 évolution progressive vers les stades arborescents est précédée d’un
stade herbacé (où domine souvent la haute Imperata) et de l’émission
re î e _ts puissants des souches laissées sur place ; les lianes (Mucuna,
Mikania...), forment des « amoncellements inextricables » (Aug. Che¬
valier), d’où pointent vite les tiges des essences du stade à bois
), e . n( l re - L’Okoumé, dont les graines ont été répandues à foison sur ces
défrichements, surgit de ce fouillis avec le Parasolier et d’autres
essences à bois tendre (14), qui constituent au bout de dix ans à
Peine « une forêt secondaire de quinze mètres à vingt-cinq mètres de
haut, avec broussailles de sous-bois impénétrable » (Aug. Chevalier,
19 25, p. 1276-1277).
Cette aptitude sciaphilc des jeunes brins explique aussi la struc¬
ture de cette formation secondaire imitant un taillis sous futaie :
M. Bories, ancien directeur de l’Agriculture au Gabon a compté
jusqu’à deux mille individus de tous âges sur un hectare (comm.
verb.).
On trouvera au tableau II, p. 46, le résumé de l’évolution Culture
~~—>■ Okoumé.
c) La forêt de remplacement.
C’est l’aboutissement le plus habituel de toute évolution progres¬
sive. Nous avons résumé au Tableau X le mécanisme général de la
substitution.
Mais pour mieux comprendre comment la protection de la nature
pourrait trouver des justifications dans les difficultés que rencontre
actuellement encore la reforestation, nous sérierons les questions que
Pose ce problème fondamental en étudiant successivement : les pro¬
cessus malfaisants et bienfaisants du nomadisme et les possibilités
°u impossibilités des évolutions cycliques où intervient la forêt de
remplacement.
n „ (1^) Densité du Parasolier (Musanga Smithii ) 0,262 ; du Sterculia tomentosa
jî, L : ‘I e l'Okoumé 0,477. Le Parasolier forme des peuplements purs (Côte
jt ivoire, Cameroun), dont la génèse est comparable à celle de l’Okoumé : « Tous
végétatifs de la succession sont respectés, mais sont formés par un
seul élément floristique. » (J. Lebrun, 1936, p. 22.)
Source : MNHN, Paris
154
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
P-l S-l
ment-culture.
P-l S-3
Tableau X. — Mécanisme de la substitution.
P-2 — cycle culture jachère — P-l S-2 P-2 = cycle
P-2 et P-l S-4 P-2 = cycles sylvo-culturaux.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
155
1. Nomadisme linéaire et nomadisme circulaire. — Lorsque la
destruction de la forêt à des fins de culture ou d’élevage, est suivie
d une exploitation abusive des terres délivrées de leur couverture végé¬
tale naturelle, la diminution des rendements et par conséquent de la
rentabilité de l’exploitation provoque l’exode des défricheurs, qui vont
ailleurs ouvrir un nouveau chantier. La terre épuisée (spent, ùn-
frùchtbar, acabada...) abandonnée, devient la proie de l’érosion ; la
végétation forestière se reconstitue difficilement ; le nomade est parti,
sans espoir de retour : la forêt et son humus sont toujours devant
lui. D’immenses forêts ont été détruites ainsi ; le Ray, le Tavy et
leurs variantes en demeurent les principaux responsables.
Mais il est un autre nomadisme basé sur la récupération possible
des gisements d’humus et par conséquent sur la reconstitution de la
iorêt. C’est le « système sylvicole ». Peu importe d’ailleurs, sous cet
aspect utilitaire, que la forêt nouvelle soit floristiquement identique
°u non à la forêt abattue. L’essentiel c’est qu’elle soit productrice
d humus. Cela est possible sous certains climats. L’homme a alors
la forêt devant lui et derrière lui.
Nous ne discuterons pas ici l’origine ni même la signification
ethnique de ce que l’on appelle un Bantou (15). Nous retiendrons
seulement qu’à tort ou à raison, on a appelé « système Bantou » ce
nomadisme circulaire sylvicole, auquel l’Afrique intertropicale doit
tant ; au point que les agronomes et économistes européens le ré¬
clament pour le monde entier, comme étant un élément éminemment
favorable au maintien de l’équilibre agro-sylvo-pastoral.
De quoi s’agit-il ? Simplement, d’une jachère forestière postcultu¬
rale. Goffjnet, dès 1913, avait bien indiqué, pour le district d’Uele
(Congo belge), qu’elle était le seul procédé pratique de récupération
de la matière organique, s’opposant radicalement à la culture de
rapine des populations soudanaises. Entre deux cultures successives
a « même endroit il est prévu une longue jachère boisée (J. Lebrun,
1S) 36, p. 14 ; Donis, 1956). Vanderyst a recueilli le témoignage sui¬
vant d’un vieil indigène : « Oui, ces pays sont maintenant plus ou
moins boisés, parce que, depuis toujours, nous avons facilité le déve¬
loppement de ces forêts par nos travaux de culture ; il y a, d autre
Part, nombre de forêts artificielles créées de toutes pièces par nous-
mêmes ou par nos ancêtres. » Il est donc bien admis que le noma¬
disme circulaire est très ancien. Son principe a d’ailleurs été reconnu
lors de la semaine agricole de Yangambi, par divers congressistes,
dont l’ingénieur agronome et forestier (de Gembloux), R. Thomas,
fiui écrit (p. 810), que la cuvette congolaise est « le milieu d’élection
du système cultural bantou » ; cet Auteur demande un programme
d’expérimentation « suivant les différents types de forêts dites équa-
. . (15) Nous avons eu entre les mains une vaste documentation dont les impré¬
cisions. multiples nous font souhaiter que le problème Bantou soit clarifié. Nous
remercions particulièrement M. Sagot-Lesage de l'abondante bibliographie analy-
l| que qu’il nous a fournie.
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
150
toriales » avant d'entreprendre tout projet de lotissement conçu dans
l’intention louable de lutter contre le nomadisme anarchique, destruc¬
teur du manteau forestier (16). 11 est en effet reconnu déjà, qu’il faut
revenir aux parcelles plus réduites permettant une concentration
meilleure des techniques anti-érosives. C’est en cela que la protection
de la nature trouve une partie essentielle de ses bases dans l’agro¬
nomie.
Un courant d’idées se dessine aujourd’hui pour orienter l’agri¬
culture des zones équatoriales et tropicales vers une occupation moins
prolongée du terrain par la jachère boisée. Le vœu de R. Thomas
n’est pas inopportun puisque l’Institut national pour l’étude agro¬
nomique du Congo belge (l.N.E.A.C.) a obtenu des ensemencements
de graminées donnant une fertilité plus grande ( Panicum maximum,
Setaria sphacelata, Cynodon daclylon). Il est vrai qu’il faut aider
un peu cette fertilisation par des engrais minéraux. « Ainsi, écrit
Stoffels, la forêt guinéenne pourra partiellement se convertir en
champs de cultures et en pâturages à population fixée ». Peut-être
faudra-t-il plus que des graminées et des engrais pour transformer
le nomade séculaire en sédentaire. Dans cette attente, il nous paraît
encore utile de jeter une vue d’ensemble sur les systèmes plus ou
moins apparentés à celui des Bantous, car il n’est pas encore prouvé
que dans le monde chaud et pluvieux les techniques rapides ont
vraiment leur place.
Le système Taungya (=Toung-Ya) de Birmanie a inspiré le
classement des forêts en Afrique occidentale française pour con¬
server l’équilibre sylvo-cultural par le classement des forêts en
rapport avec l’érosion. La forêt classée est obligatoire sur les pentes
sujettes à érosion ; elle est soumise à des règles conservatoires ; les
droits d’usage sont conservés mais contrôlés, sauf rachat ou expro¬
priation si la nécessité se fait sentir ; la mise en culture sur défri¬
chement est autorisée si, en contrepartie, il y a engagement de con¬
tribuer à la reforestation des surfaces temporairement défrichées.
Onze millions et demi d’hectares ont été classés en Afrique occiden¬
tale française.
Les forêts restantes sont du domaine protégé. La règle essen¬
tielle consiste à reconstituer la forêt sur des emplacements de culture
demeurés libres. On fixe alors, pour chaque cas particulier, le laps de
temps nécessaire à la reconstitution de la fertilité. C’est, en somme,
une jachère forestière contrôlée (17).
Les Persans du Kerman, sans réglementation, par simple tradi¬
tion, abandonnent leur terre après culture jusqu’à ce que le souvenir
(16) On lira avec fruit la communication de J. Louis (p. 916). tendant à
rechercher « le critère scientifique permettant d'apprécier le degré de restauration
du sol, c’est-à-dire le moment où la friche est apte à faire retour à la culture ».
Il admet un siècle. J. Lebrun est plus optimiste (quatre-vingts ans) (idem, p. 817).
(17) Service de la documentation de la Présidence du Conseil, n° 2.116,
21 décembre 1955, p. 26-28.
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
157
du défrichement soit sorti de la mémoire du plus âgé du pavs
(ohabany, comm. verb.).
ét hr" 3 cu ** are du * a bac à Sumatra fait partie d’une rotation bien
a >e : forêt, tabac, riz, jachère forestière (Capus).
r ^ uro J )e ’ ^ es exemples de récupération de l’humus par la refo-
es ation (naturelle ou artificielle) incorporable à un assolement mèn¬
eraient d’être rassemblés. Dans la communauté de Vergennes, en
aute-Marche (1783) la jachère pour le retour à la culture durait
quarante ou cinquante ans (Dion 1934, p. 137). En Diois (Drôme) un
quart de siècle seulement était accordé à la reconstitution du ligneux
cependant, ce ^ e concession devait être considérée comme suffi-
n e au mamtieu des assolements puisqu’elle était officiellement
I eg ementée (Sclafert). Le système celtique (appelé aussi alternatif)
issait à la végétation naturelle le soin de coloniser les terres épui-
cs par les cultures ; mais c’est, le plus souvent, avant le stade arbo¬
rescent que cette « broussaille » (Gasparin) était défrichée à nou¬
veau. Pitois précise que dans le Morvan l’embuissonnement n’excé-
‘ 1 P as se Pt ans. Les Germains pratiquaient ce nomadisme en chan-
8 * erra ' n chaque année, au dire de Tacite.
On voit combien le nomadisme peut conduire le sol vers un épui-
m 0 »-* 1 * rap ' de s ’ü n’assure pas en temps voulu la récupération de la
atière organique ; car le stade arbustif lui-même peut finir par
iminuer de vitalité. Sous une autre forme : ce sont le climat et le
j?, < f. ui doivent régler les techniques. Les Canaques des Nouvelles-
ebridcs ont adopté une durée de 5 ans pour la jachère ligneuse,
urée semblable aux issarteurs du Languedoc du xviii* siècle. Mais
ceux-ei commettaient une erreur parce que la terre épuisée devenait
a tus .> alors qu’aux Nouvelles-Hébrides la reconstitution de la matière
organique se fait sous forme d’une « végétation secondaire très
utiue » (Aubert de la Rue), récupérable pour une nouvelle période
u turale. La culture du tabac à Madagascar a été possible sur
t , )roussa ül emen t préalable, d’après la Commission permanente des
ac ^coloniaux (1912). En Corse, le maquis dû aux incendies pasto-
aux était mis en culture au bout de 12 ans en 1820 (Gueymar. con¬
firmé par Gillot).
Le jour où l’on saura approximativement à quel moment on peut
^commencer à défricher sans compromettre l’avenir ( culture itéra¬
ient 3UI - a r ^ so,u , un des problèmes économiques les plus impor-
de 1 S Ce l u .' de récupération, qui aboutit à la conception cyclique
c a stabilité. L’homme a toujours essayé de récupérer, c’est-à-dire
il re £°" lmenc cr les opérations dont il tirait profit. Dans l’industrie,
à ré 3 a 4,68 P rodi 8 es - En agriculture, c’est plus délicat : le matériel
t- CU P® rer . ne dépend plus en effet d’une formule chimique ou d’une
il > il est vivant, capricieux et à longue échéance. Alors,
es bien difficile d’admettre que ce matériel, étant à la merci de
den SIeU J> S générations humaines, celles-ci auront toutes l’égale pru-
j. . ce d attendre qu’il soit mûr. Recommencer sans attendre, c’est
us ; attendre pour recommencer c’est la sagesse. Le problème
Source : MNHN, Paris
158
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
mondial de la déforestation ne trouvera sa solution que dans l’attente
(qui n’est point immobilisme). Et si l’on regarde hors des bois, de
quelque côté que l’on se retourne, on s’aperçoit que, partout on est
allé trop vite : la biosphère a besoin de repos, comme nous allons
le voir.
2. Evolutions cycliques et forêts de remplacement. — Le tableau X
montre les interventions possibles de l’homme pour établir des cul¬
tures à son profit par des cycles plus ou moins éphémères, parfois à
peine ébauchés.
On situera chaque cas particulier dans le cadre général de ce
tableau où l’on voit comment se sont installés les différents cycles
aux dépens des divers stades de reconstitution du tapis végétal :
— le cycle jachère-culture aux dépens du stade herbacé ;
— le cycle embuissonnement-culture aux dépens du stade
arbustif ;
— le cycle sylvo-cultural aux dépens des stades arborescents.
Parmi ces derniers nous avons déjà étudié le stade des bois
tendres : c’est lui qui, très lentement, va se transformer en un stade
terminal (ou subterminal) correspondant à la forêt substituée. On
sait que la forêt primitive s’est enrichie de bois durs à croissance
lente. Les accroissements de 1 cm. par an n’y sont pas rares, car un
beau Lim d’un mètre de diamètre n’a pas loin de cent ans ( Services
scientifiques de l’Indochine). Nous en retiendrons deux conséquences
importantes :
1“ La lenteur avec laquelle les bois tendres vont céder peu à
peu la place aux bois durs qui assureront la pérennité de la forma¬
tion secondaire ;
2” La difficulté, pour une forêt substituée, de récupérer la com¬
position floristique de la forêt à laquelle elle succède.
On peut considérer en effet, qu’en dehors de quelques cas, la
forêt substituée est très accueillante aux nouveautés floristiques.
Nous n’avons pas à entrer dans le détail de ces transformations
floristiques : disons simplement que leur importance économique est
cependant considérable, parce qu’une forêt substituée peut avoir, sui¬
vant sa composition, une valeur supérieure ou inférieure à celle
qu’elle remplace, et retenons les principes suivants :
Le caractère secondaire de la forêt se reconnaîtra surtout aux
essences installées au cours de l’évolution progressive et qui ont réussi
à se maintenir. Par exemple : citronniers, bananiers, divers Palmiers,
Cecropias, Okoumé, Goyavier, Manguier...
D’autre part, les essences primitives ne disparaissent pas tou¬
jours en totalité, ne serait-ce que par les rejets des souches épargnées
pendant la période culturale. Il arrive même que les bois trop durs
pour la hache sont laissés sur pied, intacts, au cours du défrichement.
Il peut donc y avoir des bois durs dans une forêt substituée relati¬
vement jeune et c’est justement ce mélange aberrant qui devra
éveiller l’attention. Cette mauvaise forêt comprendra en définitive.
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
159
comme le fait remarquer SiRoos (1931) une majorité de bois trop
tendres et une minorité de bois trop durs.
Quant au mécanisme de la substitution, il sera parfois assez
délicat à établir et cela met en évidence la nécessite de connaître les
notions phytogéographiques de régression et de progression.
Un autre point de vue, d’ordre pratique et qui nous “JJ” 8 *®
particulièrement est la récupération de la matière °rgamq 1
nouveaux défrichements. Nous avons vu que la or intérêt
vait élaborer un sol très fertile. Il serait donc du
de connaître le temps nécessaire à sa constitution,
il est encore impossible d’avoir des certitudes a ce saj . •
Saint-Hilaire assigne 18 à 20 ans aux Caporeiroes ; * arming «ume
qu’il faut 25 à 30 ans pour former un matto secondair , '
plus récemment (1925) indique des défrichements Possibles sur torei
secondaire au bout d’un laps de temps qui varie de , au >iJ
Sargos accorde un demi-siècle « au moins * a ° , ’ i n do-
puisse livrer une bille exploitable. Bkrt (1886) pense q y point,
chinois peut revenir au bout de cinquante ans sur ron di-
II est bien évident qu’une foule de facteurs mtervicnnent pour cond^
tionner la période forestière succédant a la péno pncore dans
Plus, le coefficient personnel d’appréciation
une trop large mesure. Il faut d’ailleurs tenir comp . ,urplle vers
nécessités économiques et, d’autre part, de l’évolutron naturellejers
ce que l’on appelle la forêt substituée. Les extgmees teonom.Ques ou
des maladresses abusives peuvent commander des dé nchement* qu^
paraîtront nettement prématurés ; mais pour ? végétation
rapport à quoi ils seront estimés tels ? A quel “ôr”
substituée est-elle forêt ? Le stade des bois tendres n espas encore
elimax, certainement. Il évolue vers une constitution plus nota®
bois dur, plus stable. Mais le elimax de remplacement sera-t-il jam
réalisé ? On admet bien qu’nne forêt dite secondaire puisse tro.iver
un équilibre hors des essences constitutives de la forêt dite p
à laquelle elle succède. Mais les Phytogéographes qui: ont explore
le domaine intertropical n’ont jamais nié des possi î Phfva-
vers la forêt originelle : « Il faut plusieurs siècles dit Aug- Lhl
mit (1929) pour que ta forêt tropicale se reconstitue et encor
reste appauvrie ». Et il écrivait, à propos du Gabon (191b) .
forêts secondaires séculaires présentent toutes les transitions entre
la forêt reconstituée et la forêt primitive »•
moyen de donner des limites au elimax reconstitue . La p y
logie sera peut-être en mesure un jour, dans les bmites u
traire acceptable de fixer le « seuil climacique », c est " " .,
de la phase terminale d’une série progressive. En réalité, c est 1 usag
qui, dans chaque région, fixe le moment où la nouvelle v g
arborescente est défrichable : les recherches scientifiques ont P°ur m
d’éviter que l’usage ne tende vers l’abus ; et c’est en cela que réside
l’intérêt du seuil climacique.
Source : MNHN, Paris
160
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
d) La forêt reconstituée
Nous disons bien forêt « reconstituée » pour la distinguer de la
forêt de remplacement (ou substituée) parce que nous entendons par
là une forêt qui a acquis tous les caractères de la forêt détruite et
est affranchie de tout vestige ou apport des peuplements intermé¬
diaires. Sous une autre forme : elle revient à l’état primitif et n'a
plus par conséquent ees éléments floristiques qui 1’ « humanisaient »•
Elle est très longue à s’affranchir et les botanistes sont nombreux
qui hésitent sur cette « reconstitution ». Le diagnostic des formations
originelles est souvent difficile à faire. C’est un problème qui relève
de la climatologie, de la pédologie, de la phytosociologie, de l’histoire...
et même des mœurs propres à chaque tribu, mœurs qui peuvent
apporter des complications sérieuses pour le phytogéographe. En
effet, lorsque des essences sont introduites çà et là dans une forêt
vierge, elles y font figure d’impuretés ; ces introductions peuvent être
le fait de la chasse ou de la cueillette. Le D r Staner cite, entre autres,
au Congo belge, l’introduction du Palmier à huile et du Kapokier dans
la grande sylve ainsi « dévirginisée ». Ces essences d’ailleurs « se
développent aussi bien que les essences primitives ». On voit que la
présence des impuretés floristiques (des « étrangères », comme disent
les phytosociologues) doit être interprétée avec beaucoup de pru¬
dence : si la reconstitution de la forêt vierge est possible, les espèces
étrangères, incorporées au climax, peuvent faire hésiter entre une
dévirginisation récente ou actuelle, liée à un mode de vie des indi¬
gènes et une reconstitution de sylve détruite. Autrement dit : ces
impuretés sporadiques apparaissent au début de la dégradation de la
forêt vierge et marquent alors le stade initial d’une série régressive :
ou, au contraire, elles font partie d’une flore de substitution et se
situent alors dans la dernière phase d’une série progressive. C’est
par l’étude du mécanisme régressif ou progressif que l’on trouvera la
solution, bien plus que par une étude simplement floristique qui ne
permet pas toujours de mettre en évidence le sens de l’évolution
d’une forêt.
Signalons à ce propos un « mécanisme de capture » des essences
secondaires dans une forêt reconstituée, mécanisme que nous avons
observé dans les Chênaies tant atlantiques que méditerranéennes et
qui nous paraît parfaitement valable pour toutes les régions où les
forêts secondaire et primaire entrent en compétition. Le croquis 11
dispense de tout commentaire. Cela explique la présence d’héliophiles
isolées dans un massif fermé où elles n’auraient certainement pas
pu prendre pied sous un écran trop dense et où elles ne se régénèrent
pas. Ce sont des « relictes » d’une période de dénudation. C’est pour¬
quoi nous avons soutenu — et soutenons encore — que la présence
de pins dans un bon massif de feuillus est signe de régression, et
que des essences, aujourd’hui de faible hauteur, telles que les Gené¬
vriers, le Chêne Kermès peuvent parfaitement s’incorporer à une for¬
mation climacique où ils feraient leur place si on ne leur refusait
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
j^DXt
-üuar
de séquestration d’une héliophilc
: fermé. Elle peut tenir sa pla
se régénérer.
Pas leur liberté de croissance. Aubrevillb est bien d’accord sur le
fait que Lopliira procera, essence de lumière, colonisatrice des vi es
ne peut pas être considérée comme espèce de climax de la ram- ores
(forêt ombrophile) ; il condamne en cela les vues de Lhipp ( '
qui décrit une association climacique à Lophira. Mais si HIP
décrite c’est que le Lopliira a été séquestré. Le meilleur test de la
capture est l’absence de régénération.
La forêt primaire peut se reconstituer de deux façons : indirec¬
tement et directement. ....
La première est la moins exceptionnelle. Nous avons déjà amorcé
son étude à propos du seuil climacique et nous savons que, si eue se
reconstitue, la forêt vierge passe habituellement par une forêt de tran¬
sition. Nous savons aussi que dans la très grande majorité des cas,
•es transformations de cette forêt transitoire sont tellement lentes que
si les biologistes reconnaissent des possibilités variées de su s i u w ,
beaucoup d'entre eux nient par contre toute possibilité de reconsti¬
tution.
Aug. Chevalier pour le Gabon (1916), Aubreville (1932), con¬
firmé par Begue (1937), pour la Côte-d’Ivoire, pensent que la torei
primitive peut se reconstituer aux dépens des peuplements secon¬
daires si ces derniers ne sont pas trop éloignés. C’est là un exemple
de la notion générale de « vicinisme » dont les phytosociologues on
à tenir compte dans l’établissement de leurs relevés floristiques. « Les
forêts secondaires séculaires, dit Aug. Chevalier, présentent toutes
les transitions entre la forêt reconstituée et la forêt primitive. »
Robyns (1936) observe les mêmes faits au Congo belge où « l’on
rencontre habituellement autour des villages indigènes établis en
forêt un mélange souvent inextricable de forêts vierges et de forets
secondaires ou remaniées, à tous leurs stades d’évolution ».
Par contre, Foury, traitant de la question forestière au Cameroun
u Muséum. — Botani
Source : MNHN, Paris
162
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
(1934) écrit que « pratiquement (18), on peut considérer la dispa¬
rition du milieu primaire comme définitive, chaque fois qu’elle a
lieu ». Il n’en nie point cependant la très lente genèse.
Il faudrait d’abord s’entendre, nous semble-t-il, sur l’exacte valeur
des mots ; car, au cours de nos lectures, nous avons vu des Auteurs
employer indifféremment les qualificatifs « secondaire », « substi¬
tuée » et « reconstituée » appliqués à la forêt de remplacement ins¬
tallée sur une forêt détruite.
A cet égard, la plus récente tentative d’éclaircissement réside
dans l’élimination pure et simple du qualificatif « secondaire », auquel
on semble préférer de plus en plus celui de « substituée ».
Nous pensons utile de spécifier qu’une forêt qui s’installe sur
l’emplacement d’une forêt primaire doit logiquement être qualifiée de
secondaire ; une forêt tertiaire remplacera une forêt secondaire, etc...
Mais chacune de ces forêts (secondaire, tertiaire...) peut différer
de celle qu’elle remplace ou lui ressembler. Si elle en diffère, nous
disons qu’elle s’est substituée à la forêt précédente (19) ; si elle n’en
diffère pas, nous disons que la forêt précédente s’est reconstituée.
Notre tableau XI fait ressortir cette distinction qui paraît évidente
dans un cycle où alternent les périodes forestières et culturales.
Il convient d’ajouter cependant que, dans la pratique, on est
conduit à n’admettre provisoirement que deux états ; l’état présumé
vierge et l’état substitué. L’idéal vers lequel devront donc tendre les
recherches phytogéographiques sera d’arriver à préciser l'âge relatif,
d’après un nombre reconnu de destructions du manteau forestier qui
ont précédé l’état présent. Et ainsi pourra-t-on remonter peu à peu
dans le passé. Il est déjà intéressant de noter que les idées se pré¬
cisent de jour en jour sur la végétation qui a précédé les grandes
forêts équatoriales actuelles et lorsque nous parlons de forêts pri¬
maires, nous négligeons en réalité celles qui ont disparu avant que
les actuelles se soient installées. La notion de bio-rhéxistasie, sur
laquelle nous reviendrons, s’impose de plus en plus à cet égard car
elle nous permet de remonter bien au-delà d’un passé historique,
dans les temps géologiques. Mais si nous arrivons à situer dans ces
temps reculés quelques constituants de la flore, nous n’arriverons
jamais à reconstituer leurs agencements, c’est-à-dire la végétation.
C’est une des raisons pour lesquelles nous pensons qu’il est raison¬
nable de conserver le terme de « forêt vierge » en considérant que les
qualificatifs secondaire, tertiaire, etc. doivent être réservés à un voca¬
bulaire historique, chaque déforestation intercalaire étant le fait de
l’homme.
Quoi qu’il en soit la forêt vierge, lorsqu’elle se reconstitue par
voie indirecte, le fait avec une extrême lenteur. C’est là le fait unani¬
mement admis. Aug. Chevalier a montré combien les appréciations
(18) C’est nous qui soulignons.
(19) Substituer, c’est mettre une personne ou une chose à la place d'une
autre, et cela implique un changement.
Source : MNHN, Paris
P
RECONSTITUTION DIRECTE
S
RECONSTITUTION
SUBSTITUTION
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INDIRECTE
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FORET SECONDAIRE
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IRET TERTIAIRE
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--Noixonaxsaa awaisioax
FORET TERTIAIRE
Tableau XI. — Cycle sylvo-cultural : substitution et reconstitution ; alternance
des périodes forestières et culturales.
Source : MNHN, Paris
164
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
chronologiques d’Aug. Saint-Hilaire étaient erronées. « 11 faut, dit-il,
plusieurs siècles pour que la forêt tropicale se reconstitue et encore
elle reste appauvrie ».
Vermoessen (1922) a essayé d’apporter quelques précisions. Il
distingue, au Congo belge, trois stades arborescents. Le premier pré¬
sente encore les caractères des peuplements héliophiles à bois tendre
(importance du Parasolier par exemple) ; il aurait une durée maxima
de 20 ans. Le deuxième est extrêmement riche en espèces nouvelles ;
il formerait la forêt substituée qui s’élaborerait en une cinquantaine
d’années. Alors, progressivement, s’installeraient, en un troisième
stade pouvant s’étendre sur un siècle, les essences de la forêt pri¬
mitive.
J. Lebrun (1936) admettant cette succession, la trouve trop
longue sans cependant apporter d’autres précisions.
En réalité, lorsqu’on veut traduire cette lente évolution par des
chiffres, on se heurte à une approximation rarement acceptable.
Autant vaut-il renoncer, pour l’instant, à donner d’autres exemples.
Celui, classique, de l’envahissement du temple d’Angkor par la végé¬
tation, historiquement contrôlable (quatre à cinq siècles) n’a donné
aucune indication précise sur le degré d’évolution où était arrivée
la forêt substituée, car elle était encore « trop pauvre en espèces
ligneuses » (Aug. Chevalier). Certains auteurs parlent bien, pour
l’Indochine en particulier, de la réinstallation de « formations primi¬
tives » (Allouard 1936), « si l’incendie a été évité pendant une
dizaine d’années » ; mais cela ne fait que confirmer notre opinion sur
la nécessité de préciser les qualificatifs si divers attribués à la forêt,
surtout dans les régions intertropicales.
Dans les régions tempérées à forêts ruinées par toutes sortes
d’abus, les historiens ont fait des essais de ce genre, mais c’est tou¬
jours le même doute qui plane sur le véritable état de la forêt avant
et après sa destruction. Goblet d’Alviella indique la principale
source d’erreur : « Si, l’on pouvait toujours connaître l’origine exacte
des peuplements d’Ardenne, on serait bien souvent surpris de cons¬
tater que là où l’on croit aujourd’hui voir la forêt tout à fait natu¬
relle et régénérée par elle-même de semis, il y eut, dans un temps
assez rapproché encore de nous, des regarnissages ou des plantations
importantes, qui, lorsqu’ils sont vérifiés, établissent le caractère arti¬
ficiel du peuplement contemporain ». Cet auteur cite des exemples de
regarnissages, découverts par lui dans des archives et remontant sur¬
tout au xviii” siècle pour les forêts de Belgique. Saura-t-on jamais la
composition floristique exacte des forêts vierges dans les pays sur¬
peuplés et surexploités depuis des siècles ? Les essais de reconstitution
de ce passé lointain sont bien décevants. Ils tombent, eux aussi, dans
le domaine des approximations trop souvent inacceptables. Aussi
sommes-nous plus enclins à nous contenter des précisions historiques;
encore devons-nous demander aux historiens un peu plus d’exactitude
scientifique. Nous sommes très satisfaits d’apprendre, par exemple,
qu’une chaume des Vosges ayant pu nourrir 80 vaches en 1590 n’en
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
165
pouvait plus nourrir que 9 en 1656 ». (P. Boye) ; mais nous imaginons
fort mal la composition floristique de la « broussaille » qui a recon¬
quis cette chaume en « un impénétrable fouillis » ou de la foret a
base de « conifères et de mort-bois ». Peut-être après tout, est-il un
peu ambitieux pour l’instant de demander à des archives de faire des
distinctions plus subtiles que celles qu’elles établissent d’ordmaire
entre les champs cultivés et les incultes. Les efforts de A. Cotta pour
établir une véritable « science des incultes » (ageorgetonomie) doivent
donc être pris en considération : la connaissance préalable des grou¬
pements naturels que réclame cet éminent forestier, devra remonter
aussi loin que possible dans le passé. Et ainsi l’historien et le natu¬
raliste seront appelés à faire œuvre commune (20).
Dans l’état actuel de nos connaissances, lorsqu’une culture est
abandonnée, il faut un minimum de 100 ans pour que puisse se déve¬
lopper la période forestière des régions tempérées, en dehors de toute
cause retardatrice. Lorsque cette série progressive est complété elle
comprend un certain nombre de stades que nous résumons au
tableau XII. Mais la dernière phase est-elle le climax ? Rien ne nous
autorise à le croire et nous devons accepter avec de grandes reserves
cette approximation généralement admise. Un siècle permet d obtenir
des arbres, mais est-il vraiment suffisant pour obtenir une loret .
lorsque l’ambiance forestière permettant les régénérations sera réa¬
lisée, sera-t-on en présence de forêts substituées, ou de forets recons¬
tituées ? , , . . .
Ainsi envisagé sous plusieurs biais, par les recherches historiques
OU par l’étude des successions actuelles, le problème de la toret
reconstituée par voie indirecte est loin d’être entièrement résolu. Plus
simple en apparence, mais plus exceptionnelle, semble etre la recons¬
titution par voie directe.
Les essais de reconstitution directe d’une forêt ne datent pas
d’aujourd’hui. Le problème s’est longtemps posé lorsqu on pratiquait
la coupe à blanc sur une vaste échelle. La vieille méthode du tire-
et-aire reposait essentiellement sur l’espérance d’une régénération de
la coupe « à l’aide des semis préexistants et par la dissémination des
graines des cantons voisins » (Crahay et Blondeau). Ces espérances
furent déçues à cause des modifications du sol mis soudain a nu, e
la dissémination à trop courte portée des semcnciers à graines lourdes
e t de la non-levée de bon nombre de semences préexistantes exigean ,
Par leur tempérament, une ambiance moins brutalement éloignée de
celle du climax.
On connaît cependant des exemples de terres incultes reconquises
Par les essences d’élite des massifs forestiers environnants. Le Chene
s, nous ont conduit depuis, à préciser
certains faits par les notions d'âge relatit et’d’âge absolu, qui appartiennent en
propre à la phytohistoirc, comme il est exposé dans le présent volume.
Source : MNHN, Paris
166
KUHNHOLTZ-LORDAT
Substitution ? Reconstitution ?
Fûts 20c
35e
20c diam.
Perches 10 c diam. (à hauteur d'homme)
Transformations (début? d'u "mort-bois "héîiophile
Brins de semences émergés du fourre, flexibles.
Début de l’élagage des branches basses.
Développement des üanes (possibles).
Brins de semences et embnissonnement (mort-bois)
Ce stade peut faire défaut.
Les Brins
émergent de la friche.
Vestiges des associations culturales en régression.
Associations post-culturales.
Semis naturels d’essences forestières (possibles).
Associations c
Tableau XII. — Développement de la période forestière sur culture abandonnée
en pays tempéré (un siècle environ).
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
167
d V I e . Chêne blanc sont des éléments ligneux fréquents du stade
e a friche armée dans le Bas-Languedoc, surtout lorsque les friches
orment enclave dans une région boisée. D’autre part, l’empiètement
e la forêt équatoriale sur la savane, n’est plus nié formellement
Lebru n 1936, Hobyns 1936, Begue 1937).
Aug. Chevalier (1937) considère que ces conquêtes doivent être
exceptionnelles. II ne les nie pas formellement.
Tout cela ne résout pas cependant le problème de la forêt substi-
uee ou reconstituée. Les travaux de Cockayne et Sledge (1932) sou-
ignent, en Nouvelle-Zélande, que les colonisateurs directs, émanés
une forêt voisine, ne sont plus répartis dans les mêmes proportions :
es Nolhofagus, par exemple, ne sont plus dominants. C’est là, à notre
Vls - une observation essentielle : le vicinisme permet l’ensemence-
m ent, mais non Vagencement climatique, qui est œuvre du temps.
En définitive, la reconstitution directe de la forêt vierge, plus
simple en apparence, soulève les mêmes difficultés que sa reconsti-
ution indirecte. Une analyse botanique qui établirait seulement une
similitude qualitative des deux forêts dont l’une serait authentique¬
ment vierge, ne permettrait en aucune manière de conclure à la
reconstitution de cette dernière par l’autre. Il y faut encore l’ambiance
‘lui provient d’abord d’une similitude à la fois qualitative et quanti¬
tative.
e) Les semenciers
Corbin de Mangoux à propos de l’extension inquiétante de l’ara-
ehide au Sénégal, préconise de laisser préventivement sur pied des
« îlots forestiers maintenus à leur état primitif sans aucune des-
ruction ». Il pense que, de ces îlots, les semences gagneront les terres
récemment cultivées. C’est une technique à mettre sur pied en com-
inant l’effort de la nature (qui sera peut-être lent) et celui de
homme. On sait que les méthodes suédoises d’exploitation, prônées
on particulier par K.-B. Barth (21) consistent à laisser des bandes
c semenciers alternant avec des bandes de coupe dont la largeur
varie avec la constitution et l’état des peuplements.
En forêt tropicale la technique est ou sera plus difficile à mettre
sur pied. La biologie des essences est peut-être insuffisamment pré¬
cisée encore et la maturation des sols de forêts claires et sèches y est
eaucoup plus lente que celle des forêts denses (Scaetta). Mais
est-elle utopique ?
Sargos considérant la forêt comme « le seul barrage efficace » à
extension des territoires désertiques avait déjà indiqué en 1931 une
solution dans le même sens, au problème du nomadisme en forêt
ense africaine : « les concessions devraient être accordées, et les
c °upes se faire, à l’image d’un échiquier, les parcelles noires ne devant
p. 5g Dont l’œuvre est citée in : J.-H. Ménard, Rev. trim. canadienne, 1937,
Source : MNHN, Paris
168
G. K U H N H 0LTZ-L0RD AT
pas être touchées avant que les parcelles blanches ne soient repeu¬
plées ». Il y voyait le moyen de concilier la culture avec la régéné¬
ration de la forêt et posait ainsi, de façon lumineuse, le problème
capital de la récupération.
L’idée a fait son chemin. On la retrouve à maintes reprises, sous
des formes diverses, dans les travaux publiés par les ingénieurs fores¬
tiers. L’un des plus intéressants (Begue 1937) abordant le problème
du reboisement en Haute Côte d'ivoire, est en grande partie consacré
aux possibilités progressives de peuplements ouverts (savane arborée)
vers les peuplements fermés. Pour l’inspecteur Begue, comme pour
Aubreville, bon nombre de savanes boisées sont d’origine anthro¬
piques, postculturales. Sur l’emplacement de la forêt détruite ces for¬
mations se fermeraient sans l’action des feux. Mais « il ne faut pas
croire à la possibilité d’un envahissement des savanes herbeuses par
de jeunes semis d’essences forestières. On ne peut envisager qu’une
transformation s’effectuant de proche en proche... La fermeture du
couvert se ferait d’une manière continue, d’ilot en îlot (22). A l’appui
de ces dires Begue a constaté l’extension centrifuge d’une tache de
forêt incluse dans la réserve forestière de Bouaké. Il étend ce mode
de reforestation naturelle aux forêts galeries qui, si les feux n’exis¬
taient pas, s’étendraient « lentement aux dépens de la savane ».
Il nous est agréable de retrouver, pour la mise en valeur du
Sénégal, la théorie des « points d’appui » que nous avons exposée à
maintes reprises pour la mise en valeur des garrigues méditerra¬
néennes en 1938. Steiile l’a préconisée à la Guadeloupe.
Il demeure évident qu’on peut avoir des opinions diverses sur la
méthode à employer pour favoriser l’évolution progressive. Les tech¬
niques sont encore à trouver : elles varieront suivant les climats et
les sols.
Michel Rémy (1954), explique que pour stopper la désertisation
« la réalisation d’un point d’appui est terminée quand les arbres
créent un microclimat suffisamment favorable à la végétation pour
que la circulation de l’eau entre la couche superficielle et la couche
profonde se rétablisse et se continue d’elle-même sans le secours des
moyens artificiels initiaux » (p. 212).
Lorsque le même problème s’est posé en Amérique du Nord (23),
J. T. Auten (1934) a conclu aussi à la nécessité de récupérer la
forêt. Mais il a préconisé le reboisement en deux temps. C’est qu’en
effet le problème de la restauration n’est pas le même qu’en région
intertropicale : les essences transitoires, telles que les pins, peuvent
permettre de concevoir un avènement des feuillus et le reboisement
direct, en nappes étendues, y offre moins d’aléa. Par contre, J.-H. Mé-
(22) C’est nous qui soulignons.
(23) Ohio, Indiana, etc., partout où la culture sur forêt avait provoqué un
lessivage du sol dont les propriétés physiques étaient devenues défavorables au
maintien de la culture : en particulier le durcissement par disparition de la
structure granulaire.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
16»
nard nous signale en 1937 que les méthodes suédoises sont appliquées
«u Canada, sur une grande échelle, par certaines sociétés (pour une
dominance de résineux, il est vrai).
On voit les deux tendances : à l’homme de métier de les appliquer
pu les adoptant l’une ou l’autre (et parfois peut-être l’une et l’autre)
aux milieux devant lesquels il se trouve. Nous croyons cependant que
. double principe de l’enrichissement à l’aide des essences progres¬
sives et de l’extension centrifuge à partir d’îlots plus ou moins proches
u climax, compte de plus en plus parmi les préoccupations des bio-
logistes.
Nous aurons l’occasion de revenir sur l’importance des semen-
ciers.
Nous en voulons pour preuve l’étude récente (1952) de Schnell
sur la répartition des forêts reliques « principalement localisées dans
e ‘ on d des vallées » séparées par des éperons déforestés sur les
Pentes Est du Massif de Fon, en Guinée (24). Citons encore les tra¬
vaux de J. Lebrun (25) sur les forêts galeries à Euphorbia Nyikae
ax « espèce pionnière édificatrice de la végétation climacique »,
ont elle favorise l’extension sur la savane à partir des rives, en
confirmation par conséquent des vues de Bègue.
E’accessibilité (Heimans) est une notion qui se soude étroitement
au rôle des semenciers. Les hasards de la dissémination ne suffisent
Pas pour expliquer l’absence d’une plante ( place vide des zoologistes).
* au t encore que la place inoccupée ne soit pas inaccessible. Heimans
onne comme exemple les laves, cendres volcaniques d’émission ré¬
cente, les terrains inondés ou rapportés des polders...
L accessibilité, ainsi conçue, n’est qu’une conséquence de la
notion bien plus générale de l’environnement (qui peut être proche ou
ointain). Un rideau d’arbres suffit à arrêter les semences des ané-
jnochores ; il en est autrement, bien entendu, pour les zoochores,
es animaux pouvant franchir le rideau. Nous avons donné un
exemple d’imperméabilité de l’environnement dans nos études de
cartographie (26).
1 notion de vicinisme (fig. 10 et cl. 17), n’échappe pas aux popu-
•» ions peu évoluées ; mais elle y prend une forme naïve ou, plus
xactement, une forme d’ébauche qu’un esprit scientifique doit extraire
e s a gangue anecdotique, folklorique, voire poétique :
terrain Vv,J our ’ Â e trouvai Raouri en train de creuser un fossé à travers son
demnr,A«'° mnle , e ,était une occupation bien anormale pour un Polynésien, je lui
mandai ce qu’il voulait faire.
d’entrer.
1 voulait faire
, 2 sera pas un fossé, m’expliqua Raouri, i.. ...
L n mur ? Tu n’as pas de voisins.
ion, c est vrai, mais ce sera un mur pour empêcher les mauvaise
► (Danielssojj, p. 74.)
Mémoire n« 18 de l’I.F.A.N., Dakar, p. 126, fig. 9.
(261 MiSSi ° n Congo Be,ge ' 1937-1938, p. 708.
formation ^,' as Cartographie parcellaire. Carton n° 7 : mécanisme de la trans¬
it un ager vers la sylve par le saltus (Costière nîmoise), phot. 2.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
QUELQUES REFLEXIONS SUR L’EROSION
« Il U a des moments où l'on dirait que
le ciel lui-même a décidé d’arracher ses
plus belles racines de la terre. »
I. ■— L’eau et le vent, facteurs de déblaiement
Les deux facteurs principaux de déblaiement des terres mises à
nu (« terre du dessus » d’OsBORN) sont l’eau (Erosion pluviale) et le
'ent (Erosion éolienne).
Les érosions d’origine pluviale et éolienne ont un premier point
commun évident : elles entament d’abord l’écran d’humus puis s'atta¬
quent aux niveaux supérieurs pédologiques ; la roche mère mise à nu
est alors attaquée (2). Suivant sa nature (cohésion, humidité...) l’eau
et le vent auront leur processus propre d’attaque. Nous les examine¬
rons succinctement car il faudrait un autre volume pour les exposer
en détail (3). Nous nous contenterons de souligner quelques prin¬
cipes et quelques conséquences qui nous ont paru les plus aptes à
orienter la lutte pour la conservation de la nature dans le cadre éco-
ogique du présent volume.
On voudra bien retenir qu’il vaut mieux prévenir que guérir.
L est cela qui nous a incité à jeter d’abord un coup d’ccil d’ensemble
sur les modes de destruction, de conservation et de récupération de
écran vert. Si sa détérioration ne peut être arrêtée, alors commencent
es érosions qu’il est souvent impossible d’enrayer et vis-à-vis des¬
quelles les biologistes doivent céder le pas aux techniciens, ce qui
n exclut pas toute collaboration.
Dans bien des domaines (chimie, atomique, génétique, évolu-
h°n...), i a « chaîne » apparaît comme l’expression la plus conforme
J l’esprit de recherche actuel. Le phénomène de l’érosion, quel que
(D {-‘‘s racines du ciel, Paris, Gallimard, 1956, p. 302.
qu / T' Les Rmons de plateau érodés en Picardie ont mis à nu la craie, atta-
e /V so , n lour Pour donner l’argile à silex (Joret et Malterre).
(3) Voir à la bibliographie : R. Furon, 1947 ; J. Pouquet, 1951.
Source : MNHN, Paris
172
G. KUIINH0LTZ-I.0RDAT
soit son agent actif, n’échappe pas à la règle. On ne peut plus le
concevoir dans le seul acte de désagrégation (Cl. 29) ; car il n’est que
le début d’une évolution en chaîne qui passe par le transport des
éléments désagrégés pour aboutir à leur accumulation proche (collu-
vion) ou lointaine (alluvion) (4) (Cl. 30).
Le tapis végétal est en éternelle lutte avec les causes de destruc¬
tion de son substrat. Ses réactions se traduisent par les divers degrés
de résistance des espèces au déchaussement et à l’ensevelissement
(G. K.-L., 1923, 1952).
Dans le cadre du présent volume, c’est bien moins une étude de
l’érosion qui devra être faite, qu’une étude de ses conséquences a
l’égard du comportement de l’écran vert. Par exemple : le compor¬
tement des plantes vis-à-vis du premier chaînon (désagrégation), du
second (transport) et du troisième (accumulation). Nous en donnerons
quelques exemples.
Nous avons pu observer les tests végétaux d’une « chaîne d’éro¬
sion » sur un substrat de grande érodibilité (marnes plaisanciennes)
(clichés 18. 19, 20, 21) aux fosses de Fournès (Gard) :
1. Résistance de Stipa capillata, à Yinitium de la chaîne (cl. 18).
2. Résistance de Camphorosma monspeliaca à l’ensevelissement
par la coulée de boue sur les pentes ravinées (cl. 19).
3- Colonisation par Dactylis glomerata des boues stabilisées au
pied des pentes. Il n’y acquiert cependant pas une grande vitalité en
raison de la médiocre fertilité du substrat (cl. 20).
4. Reprise de l’érosion sur un ager (vignoble-verger), orienté
suivant la pente. Coulée en nappe avec début de ravinement (cl. 21 )-
Il y a là une succession spatiale qui relie des groupements végé¬
taux dont la dépendance n’apparaîtrait certainement pas par un
compartimentage phytosociologique.
Le cliché 22 montre l’attaque d’un rebord de plateau par les
eaux ; le haut des pentes est jalonné par les chaméphytes colonisa¬
teurs des cailloux mis à nu aux dépens des roches dures (éboulis de
pente, coulées de pierres) : Thymus vulgaris, Lavanduta latifolia,
Staehelina dubia ; les éléments moins grossiers dévalent sur les
pentes à chaque pluie et s’accumulent entre les crêtes en un colluvion
meuble colonisé par Brachypodium ramosum (non pâturé, d’une
grande vitalité) (Etang de Marseillette, sept. 1951).
Si le courant est éolien, des stades homologues se succèdent. La
plage littorale est le dépôt de roche mère, où le vent se charge en
sable ; au cours du transport, un premier écran assez perméable est
constitué par Agropyrum junceum ; l’accumulation se fait sur un
deuxième écran moins perméable d’Ammophila arenaria, véritable
édificateur de dune (G. K-L, 1923).
(f) C’est la pesanteur qui intervient in fine sur les éléments déplacés.
I. échelle granulornétrique adoptée est la suivante : 1 : jusqu’à 0 mm 2 (cailloux,
gravier, sable Brossier) ; 2 : de 0 mm 2 à 0 mm 02 (sable fin) ; 3 : de 0 mm 02
a 0 mm 002 (limon, poussière) ; 4 : au-dessous, colloïdes argileux.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
173
Le déchaussement, à l’origine, maintient l’appareil aerien a
dessus du niveau du sol ; la plante résiste par des procèdes div«-s,
dont il ne serait pas inutile de rassembler les types (pivots, toutïes
cespitcuses, touradons, racines adventives, rhizomes, stolons, etc...).
Les éléments désagrégés et transportés recouvrent les plantes
lorsqu’elles s’affaissent. Certaines espèces meurent sous les apports,
d’autres émettent de nouveaux rejets et s’élèvent peu a peu, a nou¬
veau, au-dessus du sol, ce sont évidemment les plus intéressantes et
il va sans dire qu’on doit les choisir, dans une lutte anti-érosive,
parmi celles dont le pouvoir de ramification souterraine est plus
grand. Les transformations morphologiques peuvent les rendre mé¬
connaissables : J.-P. Barry étudie ce comportement particulièrement
démonstratif chez Jasonia tuberosa.
Les courants, du vent ou de l’eau, limitent, par leur intensité
et leur force, leur aptitude à former des peuplements compacts. Le
technicien doit intervenir pour les aider à se cramponner ; mais nous
ne connaissons pas de traités généraux pratiques à ce sujet.
Un deuxième point commun entre les deux érosions, est leur
possibilité de remanier par les mêmes facteurs (1 eau et le \en ) es
dépôts qu’ils ont provoqué.
Les dépôts sont, en réalité, de nouvelles roches mères. Aussi
peuvent-ils être le point de départ d’une nouvelle pédogénese par une
nouvelle colonisation végétale. Un exemple, maintenant devenu clas¬
sique par les travaux de Marcelin, mais longtemps discute, esi
celui des terres rouges méditerranéennes, véritables complexes d ap¬
ports convergents, substrat très répandu de la Chênaie mixte (Quercus
ilex -f- Q. pubescens), actuellement partout dégradée.
Le reg est une surface d’ablation (balayée par le vent). Les cail¬
loux restent en place (elluvion), mais le sable est emporté en sur¬
face ; il peut subsister entre la roche sous-jacente et le manteau de
cailloux. Celui-ci peut provenir de la roche en place, désagregee en
éléments de même nature, ou d’apports divers, suivant les courants
d’eau qui les ont étalés. .
Le vent jaune, qui souffle sur la Chine du Nord, remanie es
sables désertiques de l’intérieur ; sa charge, déposée vers la cote es ,
alimente des petites dunes, elles-mêmes sans cesse remaniées (A. nE' -
mond). Ce vent, qui en Afrique est le vent de sable, e st un facteur
de remaniement considérable, faisant un véritable tri entre les e
uients les plus ténus qui sont emportés haut et loin et le sable (au
sens granulométrique), qui roule ou s’élève peu. Les terres volantes
de Picardie offrent le même phénomène à un moindre degré (Pierre
Lefèvre),
Les remaniements sont toujours dangereux. Us sont sous la
dépendance d’événements météorologiques imprévisibles et ont une
origine souvent humaine. Un cours d’eau doit avoir un régime qui lui
Permet de déblayer les détritus de l’amont accumulés à l’aval. S il
P e rd sa force au point de s’ensevelir sous ces détritus, c’est que ceux-ci
Source : MNHN, Paris
174
G. KUHNHOLTZ-I.ORDAT
résultent d'une érosion trop forte en amont (Kosic’). Ici encore nous
retrouvons la solidarité amont-aval sur laquelle doivent particuliè¬
rement veiller les techniciens de l’hydraulique, déviateurs des cours
d’eau, constructeurs de barrages, capteurs de sources...
Les exemples de travaux hydrauliques s’insérant dans un pro¬
gramme solidaire de reforestation sont encore trop rares. Les hydrau-
liciens n’ont pas le temps d’attendre les biologistes ; mais les inon¬
dations, les colmatages non plus. L’avenir précisera leur part de
responsabilité dans l’aggravation du déséquilibre agro-sylvo-pastoral,
qui menace tellement notre planète que tous les biologistes le recon¬
naissent et que la plus petite faute doit être évitée. La création d’un
enseignement de biologie appliquée dans toutes les écoles d’ingénieurs
paraît de plus en plus souhaitable.
Nous donnerons des exemples de remaniements, tant par l’eau
que par le vent (5).
Les chaméphytes. — Il est remarquable que cette forme biolo¬
gique soit très généralement liée au substrat en voie de remaniement,
dont elles sont des « avertisseurs ». Ce sont des héliophiles, faciles
à étioler par un couvert forestier. Nous connaissons deux causes qui
favorisent leur extension : l’érosion, les façons culturaies ; soit :
toutes causes de remaniements des substrats provoquant des dénu¬
dations, momentanées ou permanentes. Un exemple bien curieux,
étudié par P. Bernaux (1954), est celui des truffières qui, exigeant
des façons culturales dans des terrains caillouteux, sont favorables à
l’apparition des chaméphytes. (CI. 23. Voir aussi cl. 3, 4.)
Les cultures abandonnées de la région de Châteauneuf-du-Pape
(Vaucluse), permettent l’installation d’un groupement chaméphytique
à Lavandula latifolia et Thymus vulgaris, qui nous a servi de test
pour la délimitation du vignoble d’élite (6) sur les terrasses de
quartzites rhodaniens.
Le cliché 24 nous paraît très démonstratif. Sur les argiles plai-
sanciennes (commune de Fournès, Gard), inaptes à une colonisation
chaméphytique, une nappe de cailloux roulés issue du niveau sus-
jacent est venue se répandre en un masque d’apport modifiant com¬
plètement le substrat, masque favorable à la colonisation par les
chaméphytes, dont on voit la progression dans le sens de la nappe
d’apport.
Les plantes à pivot sont de médiocres anti-érosives contre la
pluie ou le vent, mais excellentes fixatrices momentanées, qui peuvent
être le point de départ d’une évolution progressive si les conditions
météorologiques deviennent favorables. (Cl. 25 : a, b, c .)
Pour résumer ce très court aperçu d’écologie météorologique.
(5) On trouvera, dans les récents ouvrages sur l’érosion, les nombres impres¬
sionnants de métrés cubes enlevés ou déposés par les diverses formes de 1' « agres¬
sivité » de 1 érosion.
(6) Annales agronomiques, janv.-fév. 1939.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
175*
c est par une étude très approfondie des types biologiques de chaque
espèce que l'on pourra conclure à la possibilité ou à l’impossibilité
«es applications à la protection de la nature. Nous sommes encore
très pauvres sur cette autécologie malheureusement subordonnée à
u * 1 ® gynécologie, sans doute prématurée, qui exigera de nombreuses
révisions. C’est pourquoi l’une des activités du laboratoire que l’on
nous a présentement confié consiste à rassembler le plus de rensei¬
gnements possibles d’ordre autécologique, tant pour les plantes que
pour les animaux.
Les nanoplmnérophyles sont conventionnellement distingués des
chaméphytes, car ils sont susceptibles d’être « petits » comme eux,
S1 le milieu ne leur convient pas. Us jouent un rôle antiérosif théori¬
quement plus important que les chaméphytes. Encore faut-il s’en¬
tendre sur leur « port ». D’une manière générale un individu muni
« un tronc dénudé à la base est un mauvais obstacle à l’érosion ;
niais un peuplement d’individus dénudés à la base, s’il est suffisam¬
ment dense, divise l’eau de ruissellement, la ralentit.
Ces espèces susceptibles de former une telle couverture du sol
doivent être respectées, voire introduites aux points névralgiques,
(bassins de réception, fortes pentes...), sans souci de leur valeur
« matériau ». Ce n’est pas ici la place d’en faire la nomenclature,
hien qu’elle soit éminemment désirable. Citons seulement, parmi les
espèces les plus classiques à cet égard. l’Aulne vert (Alnus viridis) r
employé dans les Alpes et sa vicariante suaveolens (Aulne odorant),
employée en Corse. Il s’agit de plus, en l’occurrence, d’une plante qui
rejette de souche et qui, par conséquent, peut être exploitée en taillis
dont l’aménagement ne compromettra que temporairement la protec¬
tion.
II. -L’érosion pluviale
La pluie, en tant que facteur d’érosion mécanique, agit par sa
force (percussion) et sa durée. Elle a aussi une action chimique
importante sur laquelle nous reviendrons. Les pluies que nous
connaissons de nos jours, ne sont rien à côté de celles qui ont pro¬
voqué aux âges géologiques, des déblais et les remblais dont la topo¬
graphie actuelle est l’aboutissement. Par exemple, dans le bassin de
a Durance, les apports fluviaux visibles de la fin du tertiaire (Pon-
ien). Faute de mesures, nous devons nous contenter de l’observation
es résultats, du moins pour le passé ; leur interprétation est l’œuvre
es géologues et des géographes.
L’érodibilité des roches sur lesquelles se sont abattues ces pluies-
J 1 ® n °us est approximativement connue que par comparaison avec
■es phénomènes actuels.
, L’érodibilité est la disposition d’un terrain à l’érosion. Elle
s étudié expérimentalement à l’aide de monolithes de terre exposés
a m pluie sur des pentes à inclinaisons diverses (5° à 30°).
Elle est fonction de la structure du terrain. Une excellente struc-
Source : MNHN, Paris
176
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
ture doit être grumeleuse en surface et plus ou moins nuciforme en
profondeur. Elle est alors meuble sous la pluie et demeure poreuse
pendant la sécheresse (c’est le contraire d’une terre « battante »). Si
cette structure est modifiée, par une culture mal appropriée par
exemple (7), l’érodibilité croît parce que le terrain devient particulaire
en surface et plus ou moins polyédrique en profondeur. Le phéno¬
mène est déclenché par la dénudation. C’est pourquoi nous le signa¬
lons succinctement, ici, pour montrer, une fois de plus et sous un
autre angle, les méfaits de la destruction du tapis végétal, herbacé
ou arborescent. Un seul exemple suffirait à nous convaincre : lorsque
l’Estérel était boisé les eaux pluviales mettaient trois à quatre jours
pour arriver à Saint-Raphaël, depuis le bassin de réception ; en 1955,
elles y parviennent en trois ou quatre heures et très boueuses (8).
L’organo-minéral. — On appelle complexe orguno-minéral la co¬
existence de la matière organique et de la matière minérale pratique¬
ment représentée par l’argile. L’importance que nous lui attachons
ici provient de ce que l’écran-huinus est précisément le principal
détenteur de ce complexe dans la nature. Son pouvoir d’absorption
en dépend (pour les cations), mais aussi son pouvoir de décompo¬
sition (suivant la quantité libérée de l’un ou l’autre des deux compo¬
sants). Pernet distingue trois possibilités :
I. — La litière libère beaucoup de matière organique et peu de
matière minérale (Type Pinus).
IL — La litière libère beaucoup de l’une et de l’autre (Type
Melia, qui est ainsi une excellente plante de restauration des sols).
III. — La litière libère peu de l’une et de l’autre (Type Aristida).
Echelle d’appréciation. — Le Bureau de conservation des sols de
Madagascar a établi une échelle d’appréciation de l’érosion en pro¬
fondeur, depuis la litière de surface (Riquier). Rien ne s’oppose à
son adoption générale.
0 érosion nulle
1 légère érosion en nappe (moins de la moitié de la surface
humifère enlevée)
2 érosion en nappe... plus de la moitié enlevée
3 sévère érosion en nappe, sous-sol ± érodé
4 très sévère érosion en nappe, affleurements de la roche mère
5 roche mère mise à nu
6 roche mère entamée = Erosion en rigoles
7 roche mère entamée = Erosion en ravins à parois obliques
8 roche mère entamée = Erosion en ravins à parois verticales
9 mouvements de masse (glissements, solifluxion...).
On distinguera l’érosion de l’organique et l’érosion du minéral.
(7) La lourde charrue à versoir, panacée de jadis, est aujourd'hui fortement
critiquée.
(8) Bull, de l’Union pour la conservation de la nature (U.I.C.N.), vol. IV,
Z, p. 3.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
177
Erosion organique. — Avant l’attaque mécanique des roches
nières, il faut un décapage du tapis végétal, vivant ou mort. Il fournit
une charge importante aux eaux mouvantes qui la déposent sur leur
fond, sur leurs berges, dans les creux, aqueux ou non. Les fosses
anciennes, remplies de végétaux fossilisés, silicifiés, carbonisés... sont
des témoins de cette érosion organique dont l’intensité n’est plus
égalée de nos jours, encore qu’elle ne soit point négligeable. Elle
prend même une acuité particulière en contribuant lentement, sour¬
noisement, au colmatage des barrages les plus audacieux. On sait
jiue sous les forêts de pente la pédogénèse est fragmentaire ; la
litière et surtout ses produits de décomposition plus ténus sont
mobilisés dans le sens de l’écoulement général du réseau fluvial.
Bien entendu, cette évacuation des produits forestiers est accen¬
tuée si les mauvais traitements sont infligés aux peuplements rive¬
rains.
Cette origine anthropique du déblaiement des bois morts et
même de végétaux déracinés a donné naissance à la notion à la mode
u « érosion humaine », notion assez imprécise qui, suivant les
auteurs, comprend les détériorations du tapis végétal sur pied (coupe
a blanc par exemple) ou les prélèvements sur litière et bois-mort
(soutrage, bûcherage...). L’importance de la notion apparaît mieux
si l’on y englobe toutes les causes d’origine humaine, car les dénu¬
dations actuelles, attribuables à l’homme, sont plus certaines que
celles qui proviennent de changements de climat, réels sans doute,
mais bien plus difficiles à justifier. D’autre part, nous avons vu à
quel point les communautés végétales étaient liées à leur humus.
Erosion minérale. — L’érosion pluviale n’est pas un simple phé¬
nomène de déblaiement qui emporterait successivement à la iner,
* humus, les horizons pédologiques sous-jacents et une partie de la
roche mère, comme des feuillets sans connexions. Ainsi présentée elle
serait successive, chronologique. Dans la réalité, les phases d’attaque
sont plus ou moins simultanées. Cela provient de ce que 1 érosion
pluviale est à la fois mécanique (visible) et chimique (occulte).
Cette intervention de la chimie nous évite de croire que 1 érosion
est uniquement un phénomène de pente, alors qu’elle s’exerce aussi,
Par voie de lessivage en profondeur, sur les surfaces planes.
Erosion de la fertilité. — Sous la rubrique « conservation des
sols », on considérait surtout autrefois la lutte contre l’érosion méca¬
nique. Nous savons maintenant que les phénomènes chimiques jouent
un rôle important et le Congrès de Léopoldville (1954) a élargi le sens
de l’érosion qui comprend maintenant toutes les techniques destinées
a u maintien de la fertilité. C’est cette généralisation qui doit nous
servir de conclusion. Les horizons de la pédologie sont singulière¬
ment élargis. Mais il ne nous appartient pas d’exploiter ici ces données
que nous avons volontairement limitées à l’écran d’humus et à la
double notion, solidaire, de bio-rhéxistasie, dont nous allons parler.
Mémoires du Muséum. — Botanique, t IX. 12
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Biostasie et Bhexistasie (Erhart, 1956 (9). Lorsque l’on parle
de l’action antiérosive de la forêt, il faut tenir compte de son rôle
géochimique dans la pédogénèse. Car, si elle stabilise le substrat, cette
stabilisation n’est pas exclusive de toute action solubilisatrice ; de
sorte qu’en définitive elle contribue à l’évacuation du soluble (phase
migratriceJ et il reste l’insoluble (phase résiduelle). C’est ce résidu
qui est épargné par l’érosion s’il est protégé par une couverture végé¬
tale suffisamment dense et continue. Il existe deux tests tangibles des
deux érosions : les cours d’eau à eau limpide, transporteurs des élé¬
ments solubilisés (10) et les cours d’eau à eau trouble, qui trans¬
portent, en plus, les produits de diamètres divers de la désagrégation
des roches non protégées. De sorte que la formule un peu succincte
de l’érosion = ablation + accumulation, doit être amendée en faisant
intervenir, sur une échelle bien plus grande, le mécanisme chimique.
Les grandes sédimentations d’origine chimique correspondent à
des périodes de stabilisation biologique (biostasie), stabilisation com¬
portant un manteau végétal arrivé à son « climax ». Les sédimenta¬
tions d’origine mécanique correspondent à des périodes de rupture
des équilibres biologiques (rhéxistasie) (11). Dans tous les cas, il ne
faut pas confondre les dépôts en place (là où ils sont nés) et les
dépôts remaniés. Ceux-ci sont parfois très éloignés de leur lieu d’ori¬
gine et peuvent avoir servi de nouvelles roches mères pour de nou¬
velles colonisations végétales plus frugales, puisque le substrat a été
déjà appauvri par une phase migratrice de biostasie. Sous une autre
forme : il ne faut pas confondre le milieu de pédogénèse et le milieu
de sédimentation.
Dans le présent ouvrage, nous retiendrons la possibilité de chan¬
gements de biotope, fastes ou néfastes, par les passages d’une phase
« bio » à une phase « rhéxi » ou inversement. Ceux qui se sont passés
aux périodes géologiques, avant la vie humaine, sont interprétés et
rendus compréhensibles par cette conception ; mais ils nous inté¬
ressent moins, ici, que ceux qui se sont déroulés après l’apparition
de la vie humaine. Erhart a assisté, lors d’une disparition de forêt,
à l’arrivée en mer d’une immense nappe latéritique tuant les coraux
et toute la faune exigeant des eaux limpides. Osborn a rappelé que
l'une des plus vastes vallées du Chili (bassin du Bio-Bio), a vu ses
limons fertiles emportés « au fond de l’Océan Pacifique sous la forme
d’un vaste amas de boue qui, à son tour, a étouffé une bonne partie
de la vie sous-marine, notamment les bancs de coquillages en bor¬
dure de la côte ». La cause ? dénudation de l’amont. Ces passages
peuvent être conçus dans le temps (évolution progressive ou régressive
(9) Le présent paragraphe est inspiré de « la genèse des sols en tant que
phénomène géologique » d’H. Erhart, Paris, Masson, 1956, 88 p., coll. Evolution
des Sciences.
(10) « Le Tuatuari est une ravissante rivière, limpide comme du cristal ».
E. Wbyer, 1956, p. 198.
(11) Hexis ()] or)f;i) = rupture..
Source : MNHN, Paris
l'écran vert
179
du tapis végétal) ou dans l’espace (juxtaposition des divers types de
yégetation et de dénudation). Les passages latéraux sont d’autant plus
importants, à nos yeux, qu’ils se manifestent en continuité, par varia¬
tions plus ou moins insensibles, et rendent illusoires les coupures
arbitraires des classifications biologiques ; ces juxtapositions sur le
continent se reflètent en mer ou dans les lacs par les passages laté¬
raux de sédiments différents (faciès des géologues).
Ainsi, « ce n’est pas sur les fonds marins et dans la mer que se
cachent les ruptures d’équilibre, mais tout s’explique au contraire
Par ce qui s’est passé sur les continents à la suite de ruptures d’équi-
hbres biologiques, c’est-à-dire par les effets de la succession des
végétations et du remplacement de la forêt par la savane ou le
désert » (p. 49).
Tel est, pour nous, l’essentiel : il faut éviter à tout prix la rhéxis-
tasie, donc conserver et restaurer une couverture végétale suffisam¬
ment dense et continue.
Contre la cause la plus générale de la déforestation qui est la
variation du climat, nous ne pouvons rien. Mais nous pouvons cepen¬
dant lui rattacher le phénomène de self-protection parce qu’il, est
apanage des forêts bien équilibrées, favorables à l’installation d une
période de biostasie. La fonction écran prend alors toute sa significa¬
tion car elle ne règle pas seulement l’évolution de la végétation vers
le climax, mais assure aussi sa stabilisation, compatible avec les ampli¬
tudes biologiques de ses constituants. Aussi, quel que soit l’accueil
réservé aux vues d’ERHART, nul ne pourra nier que les études des
rapports actuels entre la genèse des sols et le couvert végétal, doivent
être poussées jusqu’au niveau des contributions spécifiques de la
Plante à la pédogénèse. Les phases migratrices de la biostasie étant
te résultat du métabolisme global du peuplement autotrophe, il con¬
vient de rechercher la part qualitative et quantitative de chaque espèce
dans les solubilisations. Peut-être trouvera-t-on d’abord des indica¬
tions précieuses par l’étude des peuplements purs dont le pouvoir
Pédogénétique est sans doute plus simple que celui des peuplements
mélangés et stratifiés. Cela implique que la phase résiduelle, après
eforestation, sera diversement soumise aux actions érosives ; et c’est
en ce l a qu’elle intéresse la protection de la nature.
Lorsque notre manuscrit était terminé, Erhart a bien voulu nous
communiquer le texte, encore inédit, des précisions nouvelles qu’il a
exposées en quatre causeries à la radio. Bien qu’il nous ait aimable¬
ment autorisé à faire état de certains passages « en exclusivité »
j?° Us nous sentons tenu à d’autant plus de discrétion que ces vues
feront l’objet d’un nouvel ouvrage, indépendant de son traité de
* edologie en préparation. Disons d’abord que nous souscrivons entiè¬
rement à cette déclaration qui figure dans sa lettre d’accompagne¬
ment : « H importe de ne pas construire une « religion » de la Pro¬
tection de la Nature simplement sur un sentiment de respect des sanc-
mfires, ma * s qu’il faut considérer le problème écologique et le pro¬
blème économique en même temps. » C’est le sens même de notre
Source : MNHN, Paris
180
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
présent ouvrage et nous nous sentons très à l’aise pour reproduire ici,
brièvement, les données suivantes, à nous confiées hors des commu¬
nications radiophoniques et « qu’il serait assez important de pré¬
ciser ».
« 1. Il existe plusieurs types de rhéxistasie qui correspondent aux
différentes zones de la répartition végétale du globe, répartition aujour¬
d’hui faussée par l’influence de l’homme ; mais nous devons admettre que
dans les phases biostasiques qui ont précédé son apparition, les ceintures
de végétation existaient déjà. Sans doute étaient-elles réparties tout autre¬
ment qu’aujourd’hui et existait-il des passages continus. Les déserts et les
vraies steppes ou savanes étaient probablement assez réduits. Il faut donc
prévoir des cas de rhéxistasie variés : post-forêt ombrophile, post-forêt
sèche, post-savane, post-forêt des pays tempérés, post-forêt nordique, etc.
« 2. Les rhéxistasies anthropiques se répercutent d’une façon très varia¬
ble pour un type de végétation donné, suivant que la phase biostasique
a été plus prononcée et plus longue. On voit l’immense différence qu’il y a
entre les possibilités de reconstitution du climax sur un sol volcanique
tropical jeune qui aurait été privé de sa forêt et le cas résultant de la
déforestation d’une vieille latérite sénile.
« 3. Les rhéxistasies géologiques vous intéressent forcément moins que
les rhéxistasies anthropiques. Mais il me paraît quand même très important
de chercher à préciser la nature de celles qui ont précédé directement
l’apparition de l’homme. Personnellement, j’essaye par tous les moyens
possibles de me faire une opinion sur la nature et le déroulement de ces
rhéxistasies géologiques, notamment de savoir si elles étaient dues au
froid ou à la sécheresse, si elles ont été brutales ou progressives, comment
elles se sont répercutées aux différentes latitudes à une époque géologique
donnée, etc. »
Cette recherche a déjà conduit Erhart à des conclusions très
intéressantes au point de vue géologique, paléographique et paléobio¬
logique. Elle pose précisément le problème des anciennes ceintures
de climat et de végétation du globe.
Arriverons-nous un jour à souder les révélations, encore timides,
des archives et de la préhistoire à ces phénomènes qui relèvent de
la paléobiologie ? L’organique issu de l’inorganique (Dauvillier)
est devenu, entre autres produits, une première chlorophylle. Quand ?
Comment ? Laquelle ? Toujours est-il que l’écran vert a singulière¬
ment rendu possible la venue de l’homme. Peut-être avons-nous tort
de souligner ici que les cataclysmes géologiques ne sont pas parvenus
à le détruire, ce qui risque d’ouvrir le champ libre à l’érosion anthro¬
pique. Disons-Ie cependant pour ceux, de plus en plus nombreux, qui
ont compris qu’il fallait mettre un frein — sinon un terme — aux
abus de leurs semblables.
Complexe divergent et complexe convergent. — Nous avons créé
et développé cette notion par des exemples en Provence (1952). Lors¬
qu’une roche mère se dissocie sous les effets divers de l’érosion, les
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
181
ements dissociés peuvent se rassembler en des lieux différents (12),
Par exemple suivant leurs grosseurs (granulométrie), ce qui est le cas
e plus général. Mais ils peuvent aussi se séparer en des lots de com¬
position chimique différente (calcaire, silice). La roche mère initiale
est alors un complexe dont les éléments ont divergé pour créer deux
biotopes nouveaux. Cela est facilement observable pour des roches
smco-calcaires, des poudingues, des latérites (par bio-rhéxistasie)...
Lorsque deux roches mères différentes libèrent leurs éléments,
ceux-ci peuvent se rassembler (par l’eau, par le vent), et former alors
UI * complexe de convergence, biotope nouveau. Un exemple bien
connu des géographes du Midi de la France est celui de l’Hérault,
uont un affluent, la Lerguc, érode les marnes permiennes rouges,
uivant que les pluies tombent dans le bassin supérieur ou dans le
assin latéral, les eaux se chargent différemment- en limons dont la
couleur trahit les points de chute de la pluie et qui vont se mêler
en ava * en un complexe convergent.
Les colorations du réseau fluvial amazonien sont classiques :
un rio negro transporte des matières organiques mortes ; un rio
fanco des argiles et des sables ; un rio verde des matières organiques
végétales encore vivantes.
Aubrf.villk (1956) désigne sous le nom pathologique de « lava¬
sse » un mode d’érosion par excavations profondes (appelées lavaka
a Madagascar). Le bassin de réception déjà déforesté par l’indigène,
finit par être complètement dénudé et la latérite se désagrège, colo¬
rant le fleuve en rouge ; c’est un épisode actuel de rhéxistasie évi¬
dente, entamant la roche mère résiduelle qui va ainsi contribuer à de
nouveaux complexes de convergence en aval. Portères (1956), donne
comme solution de ne tolérer les bovins que dans les exploitations
où ils sont surveillés ; cela serait « sujet à discussion », dit Tondeur
(1956), qui a reconnu le même processus de « lavakisation » sur les
hauts plateaux du Kivu ; mais il n’indique pas de remèdes plus libé¬
raux.
Ces exemples se rapportent à une érosion d’origine météorolo¬
gique- La notion de convergence-divergence sur laquelle ils reposent
peut être généralisée à des exemples d’origine biologique. Nous pen¬
sons au comportement éthologique des êtres qui débitent la matière
organique dont les déchets s’accumulent sur des sédiments minéraux
Pour former, par convergence, des complexes organo-minéraux (Téré-
dinidcs perforants des bois flottés ; rongeurs divers...). L’intérêt biolo¬
gique de l’érosion organique continentale réside, en grande partie,
dans l’enrichissement des sédiments marins en venant s’ajouter aux
détritus de la vie proprement océanique sur lesquels les travaux de
L. Fage ont appelé l’attention.
., (12) La notion de « catcna » s’applique à une suite de sols en provenance
S une même roche mère, dont les éléments se dissocient le long des pentes, avec
aes végétations révélatrices de cette désagrégation.
Source : MNHN, Paris
182
G. KUHNH0LTZ-I.0RDAT
On est bien tenté de rapprocher ce processus organo-minéral de
celui du rehba saharien : les vents chargés de sable le déposent au
pied des plantes où il se mêle aux détritus organiques. Une ébauche
de pédogénèse peut naître de ce nouveau biotope favorable à une vie
saprophytique. A. Reymond a montré la localisation de tels biotopes
dans la zone désertique d’Asie : le Zygophyllam brachypierum Kar.
et Kir. retient une motte de sable rendue humide par son système
radiculaire ; l’insecte Sternoplax Kraatgi Friv. (13), y montre un
véritable « grouillement » au crépuscule.
La galerie forestière à Phoenix reclinata Jacq., au Congo belge,
retient, à chaque crue, des apports, minéraux ou organiques, du
fleuve. Le sol s’élève ; d’où cette végétation typique sur bourrelets
ou bombements, qui mêle aux apports fluviaux ses nouveaux détritus
(Lebrun, mission, p. 679).
Dans le cas océanique, c’est la matière organique qui est trans¬
portée jusqu’aux sédiments marins. Dans le cas fluvial, les limons
sont transportés jusqu’à la matière organique, comme le sont les
sables éoliens dans le cas désertique. Dans tous les cas, la vie sapro¬
phytique tire une partie de ses possibilités de cet écran végétal auquel
nous venons d’être conduit, une fois de plus.
Stabilisai ions artificielles. — En plaidant la cause de la refores¬
tation, nous avons plaidé celle du maintien des terres en place. En
somme, nous avons plaidé le statu quo de l’alluvionnement. Mais nous
ne devons pas perdre de vue que ces alluvions proviennent des grandes
destructions des reliefs anciens. Nous bénéficions des effets bienfai¬
sants des pluies de jadis. C’est ce qui a incité P. Marcelin et
J.-P. Nègre à remarquer que « l’érosion des pentes n’est pas un phé¬
nomène nuisible quand il s’exerce aux dépens de pentes abandonnées
et au profit des dépressions cultivées. Au contraire, il nourrit ces
dépressions. » René Dumont a observé que dans un fond de cuvette,
aux Etats-Unis, on peut répéter le maïs quatre ans de suite, grâce
à l’érosion qui a prélevé la terre chez les voisins du dessus (p. 130).
D’autre part, il peut arriver, plus rarement, que des roches mères
infertiles, une fois décapées, mettent à jour une autre roche mère
susceptible de donner une nouvelle évolution favorable (néogénèse),
au Cameroun, par exemple (Laplante et Bachelier).
Les fleuves non endigués, aux eaux limoneuses, nous comblent
encore de ce bienfait. En les endiguant nous avons construit les pipe¬
lines de la fertilité vers les fosses marines. En construisant des bar¬
rages, nous avons créé les bassins de décantation de cette fertilité
qu’il faut évacuer comme boue malfaisante. L’évolution naturelle des
deltas est stoppée. La Camargue relève de la morphologie classique
de delta avec ses branches nourricières, sa dépression centrale et ses
atterrissements, mais elle est aujourd’hui fossilisée dans cette mor-
(13) Ténébrionide Piméline.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
183
phologie par les digues et, plus indirectement, par les barrages ou
Pompages répartis dans l’ensemble du réseau fluvial. Elle est devenue
Prisonnière des hommes. Son sel, ses poissons, ses oiseaux, ses sables
et ses végétaux, qui sont ses biens propres, seraient chassés par le
Vin et le riz sans l’aide de ceux qui veulent vivre pour elle contre
ceux qui veulent vivre par elle. Ainsi est-elle devenue, parmi tant
< autres, l’une des manifestations les plus tangibles de « l’homme
contre la nature », selon l’expression si heureusement vulgarisée par
«• Heim.
Le problème soulevé par cette stabilisation artificielle des allu-
vionnements est très grave dans les pays où l’érosion des pentes
continue son œuvre. On assiste alors, en effet, à une perte sèche de la
«ertilité mise en mouvement. Une fois de plus nous voyons, sous un
autre aspect, la solidarité de l’aval et de l’amont. Il n’y a dans le
système du Rhône aucune récupération.
La plantation d’essences sur les terrains déjà érodés est toujours
aléatoire si l’on ne connaît pas leurs exigences écologiques vis-à-vis
de la roche mise à nu et si l’on ne connaît pas le comportement de
celle-ci vis-à-vis de la désagrégation.
Au sud de l’Arabie, dénudée par le nomadisme pastoral, quelques
reliques arborescentes ont résisté sur de tels terrains, toujours en voie
d’érosion lorsqu’il pleut (Delbes) : Pijrus Bovei sur calcaires, faible
pluviosité, pas de nappe souterraine proche de la surface. Rhus co-
l'iaria pionnier pour reboisement éventuel, très répandu hors de
l’Arabie, colonisateur d’éboulis, pentes érodées autour de la Méditer¬
ranée (G. K-L.). Pistacia khindjuk et P. mutica. Rhamnus palaes-
Una...
Résistance au déchaussement. — Pour qu’il y ait déchaussement,
■' faut que les produits désagrégés autour des organes d’implanta¬
tion de la plante soient évacués (Cl. 25, 26). Il s’agit donc des pre-
niiers et deuxièmes chaînons de la chaîne de l’érosion, car ce trans¬
port implique la création d’une pente dont le haut est aux bassins
de réception.
Bien entendu, la charge des eaux de pluie en éléments transportes
varie avec la roche attaquée, le facteur pluie lui-même, et la pente
(celle-ci étant révélée par la vitesse) (Kellermann) :
Un ruissellement de 7 cm/s entraîne le limon fin.
20 cm/s — sable fin.
30 cm/s — sable grossier.
Au-dessus de ces dimensions, c’est-à-dire à partir des graviers, le
déchaussement est fonction de la simple pesanteur (creeping).
C’est la pente qui est l’ennemi numéro un de la conservation des
fols. Ce que l’on appelle « culture suivant les courbes-niveau » (ou
isohypses) (14) est en réalité, culture entre deux courbes de niveau ;
fnais cela ne change pas la pente de la parcelle, si bien qu’il faut
(14) Du grec upsos (tô Ci}-;o;). De même altitude.
Source : MNHN, Paris
184
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
enrayer le ruissellement par des rideaux de végétaux appropriés (Pas-
palum dilatation...), capables de créer des peuplements très denses,
mais restant tout de même assez perméables pour éviter la retenue
des eaux au bas des parcelles. C’est toujours le même principe que
nous retrouverons dans la lutte contre le vent : la protection de l’aval
par l’amont pour chaque parcelle, avec effet cumulatif du haut en bas
de la pente. Pour lutter contre la pente, le meilleur moyen est de la
supprimer (si la culture supporte les frais) ; de là la culture en ter¬
rasse (cl. 27), sur l’ancienneté de laquelle tout le monde est d’accord,
ainsi que sur son extension autour du globe. Les terrasses ne sont
souvent que des tronçons de culture entre deux isohypses cl. 28).
C’est aussi la création de surfaces horizontales facilitant la culture
(avec ou sans irrigation), et la lutte contre l’érosion ; car il est bien
évident que c’est faire d’une pierre deux coups. La priorité des sur¬
faces planes est valable si l’on songe qu’elle n’est pas uniquement
fonction de la fertilité due à l’alluvionnement ; car elle peut résulter
d’une pénéplanation. Sur les alluvions planes, l’homme a installé
ses grandes cultures, ses assolements. Sur les surfaces de pénéplaine,
produits de l’érosion et du lessivage, les substrats moins fertiles l’ont
amené à choisir des plantes plus frugales, dont il a même exploité
la frugalité au point de limiter à juste titre les engrais ; par exemple,
pour les vins de qualité. Sur les substrats vraiment trop appauvris,
la forêt a été respectée, sinon installée. 11 est d’ailleurs remarquable
que le mot « plaine » soit appliqué dans certaines localités à ce que
l’on est convenu d’appeler « plateau » lorsque les surfaces planes sont
plus élevées que celles du cycle le plus récent (actuel) d’érosion.
C’est ainsi que dans le Gaillacois (Tarn), les hauts plateaux sur les¬
quels est assis un vignoble de qualité, sont appelés « la plaine » par
les agriculteurs de la vallée encaissée et gélive de la Vère, alors que
le vignoble de la vallée du Tarn donne un vin de consommation cou¬
rante (sauf sur quelques alluvions caillouteuses). Le vaste vignoble à
appellation « Entre-Deux-Mers » est également un vignoble surélevé
par rapport aux deux vallées qui l’encadrent, Dordogne et Garonne ;
il n’a pas échappé à l’évolution pédologique qui a conduit son substrat
jusqu’à la podzolisation. Les pentes qui bordent le plateau ont été
soit laissées à l’arbre, soit mises en valeur par des terrasses. Mais
celles-ci ont été souvent abandonnées à leur tour, le prix de revient
de la culture étant plus élevé que sur le plateau où les parcelles,
moins imposées par la topographie, ont une « plasticité économique »
avantageuse.
A l’aspect topographique de la terrasse, il convient d’ajouter celui
de la démographie. La concentration urbaine (dimension, nombre des
bourgs...), est très élevée sur les surfaces planes viticoles. Sans doute
le prix du vin est intervenu dans cet attrait, mais il est symptoma¬
tique que les terrasses aient été abandonnées par voie basipète, en
raison de l’éloignement altitudinal, lorsque les bras ont manqué. Le
fait est patent en région méditerranéenne, où les sommets sont bien
souvent garnis d’une pinède substituée à un vignoble ancien. Il serait
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
185
intéressant d’établir un parallèle chronologique entre l’évolution des
Pyramides des âges et celle de ces abandons basipètes.
Les variations démographiques ne résultent d'ailleurs pas seule¬
ment de ces dispositions géographiques. Il faut tenir compte aussi
nu standing des habitants. Lorsque les terrasses les plus accessibles
suffisent au maintien d’un confort suffisant, les terrasses supérieures
sont abandonnées. Si on néglige de les boiser, les pentes deviennent
plus vulnérables (l’amont contre l’aval !...). Mais si la région est
Pauvre, il faut bien prendre la terre là où elle est ; les pentes façon¬
nées en terrasses sont alors cultivées jusqu’au sommet, comme on en
V0lt encore en Espagne (dans la région d’Ifach, par exemple).
Le fait d’avoir cultivé les « côtes » aussi haut que possible (et
Ion en voit des traces très fréquentes), remonte aux époques où les
voies de communication insuffisantes et les moyens de transport trop
lents commandaient une vie autarcique qui n’est pas étrangère au
eveloppement d’une certaine tendance régionaliste en partie dérivée
ne la topographie et consacrée par un vocabulaire régional. Ces
remarques dépassent en effet de beaucoup un cadre purement local.
Ln vocabulaire très étendu et très varié, qu’il ne serait pas inutile de
rassembler, les consacre sur de nombreux points du globe terrestre :
restanques de Provence, Faïsses et bancels des Cévennes, Andenes de
1 Amérique du Sud...
En résumé, les cultures entre isohypses et sur les terrasses font
Partie sans aucun doute des techniques anti-érosives, mais elles sont
éminemment favorables aux façons culturales, à la diminution du
Prix de revient et, en définitive, au maintien de l’homme à sa terre,
aboutissement essentiel de la protection de la nature.
Les rhèophyles (15). — Parmi eux, se trouvent des plantes qui
résistent au ruissellement superficiel. Sans être inféodés à cette éro-
s>on en griffes, elles y sont très fréquentes. Elles jouent un rôle discret
e t éphémère se situant au début de l’érosion. C’est à ce stade initial
qu elles nous intéressent, parce qu’elles ralentissent d’autant plus
attaque du substrat qu’elles forment des peuplements plus compacts.
Quand on parle d’ « érosion guidée », c’est tout à fait à l’origine
qu’elle l’est, par la pesanteur, par les obstacles à vaincre ou à
contourner, jusqu’à ce que les griffes d’attaque confluent au gré de
la topographie. Le plancton n’apparaît que lorsque la griffe d’attaque
a est enfoncée et a canalisé un cours d’eau plus ou moins permanent.
Alors commence le ravinement, qui ne peut être enrayé que par des
v êgétaux arbustifs.
La littérature phytogéographique est extrêmement pauvre sur
ces pionniers antiérosifs.
On peut le regretter, parce que ce sont des tests très évidents
du tout début d’un phénomène qui, livré à lui-même, prend obliga-
_ (15) pÉoj = ruisseau. Le type de ces rhéophytes pionniers, dans les garrigues
méditerranéennes est le Leontodon hirtus L. (= L. villarsi Lois).
Source : MNHN, Paris
186
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
toirement un caractère « drastique » (16) (pour employer un mot à
la mode ressuscité de la désuétude). La morphologie d’amont et ses
biocoenoses devraient toujours attirer l’attention des protecteurs de
la nature.
Si l’on fait un relevé floristique en période de sécheresse, ces
pionniers, répartis parmi les espèces de la végétation environnante,
figurent dans le relevé. En réalité, ils ne sont là qu’en raison du
ruissellement, dans un biotope qui ne devrait jamais être confondu
avec son environnement. C’est l’écueil des relevés phytosociologiques
de pente qui n’a pas toujours été évité, pas plus que ne l’a été celui
de la pédologie de pente ! Il est temps, croyons-nous, qu’à la cons¬
truction facile — et aujourd’hui fastidieuse — d’une systématique
conventionnelle des groupements végétaux, on se penche sur les phé¬
nomènes de surface qui. par leur action continue ou périodique, lente
ou violente, s’opposent à la stabilisation que postule — sans l’avouer
— une telle construction (G. K.-L.). La présence de l’homme, dont il
serait indécent de faire abstraction, met le biologiste en face d’équi¬
libres rompus. C’est à la source des ruptures de ces équilibres qu’il
doit être rendu particulièrement attentif, sans quoi tout paraît serein
dans le meilleur des mondes. On est loin du compte ! Un retour à
la réalité s’impose ; pour le biologiste, la réalité c’est le biotope.
III. -L’érosion éolienne
L’érosion par l’eau ne va pas, dans ses effets, au-delà du collu-
vionnement et de l’alluvionnement, tous deux commandés par les
lois de la pesanteur (topographie en creux).
L’érosion par le vent peut avoir des actions tangentielles beaucoup
plus lointaines, des actions percutantes (topographie alvéolaire) et des
actions verticales (topographie en bosse). Les éléments transportés
les plus ténus (17) ont présidé à la morphologie du loess ; les élé¬
ments moins fins (sables) ont présidé à celle des dunes.
De toute manière, c’est la siccité des terres qui domine tout le
problème. Toute cause contribuant à la provoquer doit rendre attentifs
les Pouvoirs Publics. C’est pour l’avoir ignorée que d’immenses sur¬
faces, naguère fertiles, de cinq Etats de l’ouest des Etats-Unis (Kansas,
Texas, Oklahoma, Colorado, Nouveau Mexique), se trouvent mainte¬
nant réduites à un « bol à poussière (dust bowl) stérile et désolé »
(Osborn) ; les sables de l’Olténie (Petite Valachie), se sont mis en
mouvement ; les vastes plaines occidentales de l’U.R.S.S., où les pluies
sont peu abondantes, sont l’objet d’un programme anti-éolien.
(16) Bpaîtxo; = adjectif indiquant un caractère actif et de violence.
(17) La charge du vent en éléments ténus (poussière, limon de l'échelle gra-
nulométrique) peut aller jusqu’à obscurcir complètement le ciel, sur une surface
grande comme la France, jusqu'à une hauteur de 3.000 mètres, sur une distance
telle que celle du Sahara à la Suède et pendant un nombre d'heures très variable
(jusqu’à plus de cent jours). Ces cas (extrêmes) sont signalés par R. KunoN
(p. 40).
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
187
Les végétaux dans les paysages éoliens. — Leur caractère « éo-
n » est dû à deux comportements principaux des végétaux : la
orm ® biologique éolienne et le groupement éolien.
^ous ne faisons que signaler la forme biologique éolienne, bien
connue des phytogéographes.
Les groupements éoliens sont passés plus inaperçus. Nous en
avons donné quelques croquis en 1952, en Basse Provence. Nous avons
eieve ça et là depuis quelques groupements homologues décrits dans
une littérature encore assez réduite sur ce sujet. Un bon exemple,
nouveau (Simonneau), se trouve aux dunes littorales du golfe d’Arzew,
e n Afrique du Nord :
1. Le Pistacia lentiscus germe à l’abri d’une touffe d’alfa ou de
ragonia cretica ;
2. Le lentisquc prend sa forme éolienne en boule ;
3. Le lentisquc, en vieillissant, s’affaisse circulairement et dans
e vide central germent le Phillyrea angustifolia, le Juniperus phoe-
nicea macrocarpa...
. 4- Sans le troupeau qui s’oppose à toute évolution ultérieure, la
°ret s’installerait avec les genres Pinus, Olea, Callitris...
Stehle a décrit le processus aux Antilles françaises.
Résistance au déchaussement. — On connaît les comportements
divers de cette résistance suivant la morphologie générale des sys¬
tèmes souterrains (à pivot, fasciculés, etc...). Nous n’y reviendrons
Pas (cl. 25 c).
Comme la pluie, le vent agit par sa force, sa fréquence, sa durée
e t aussi sa charge en particules solides (mutilations diverses), et sa
répercussion sur la transpiration.
Un exemple néfaste de ces actions simultanées, dont les détails
« ont pas été encore analysés, mais dont les résultats ont montré
1 importance, est celui des Alizés (vents violents et périodiques). Ils
unissent par faire régresser la végétation, même forestière, suivant
des couloirs en rapport avec la topographie ; ils se dénudent plus ou
uioms, comme l’a indiqué Verheyen, au parc de l’Upemba (Congo
belge). Ainsi se crée un paysage de type éolien localisé à 695 mètres
d altitude.
C’est dans les dunes, bien sûr, que l’on rencontrera de beaux
exemples de déchaussement et d’ensevelissement. Les travaux
abondent sur l’évolution dunaire ; ils sont peut-être moins nombreux
sur l’autécologie des psammophyles. On connaît les modes biologiques
de fixation. Il n’est guère utile d’y revenir ici. Nous préférons indiquer
une idée nouvelle qui devrait, semble-t-il, avoir des répercussions
pratiques :
Les abris collectifs. — II existe des organisations collectives de
lutte contre l’érosion pluviale, notamment des associations de riverains
des cours d’eaux à bassins de réception dénudés. Les exemples d’asso¬
ciation contre l’érosion éolienne sont bien plus rares.
Notons qu’il existe une forme de collectivité involontaire qui a
Source : MNHN, Paris
188
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
l’avantage de respecter les esprits peu enclins à la solidarité. Dans la
vallée du Rhône, en Roussillon, partout où soufflent les vents violents
sur l’ager, les parcelles sont serties en amont par une haie de Cyprès
ou de Thuya. On sait que ces paravents dévient le souffle vers le
haut sans dévier pour cela le sens du courant. La zone de protection
est fonction de l’imperméabilité et de la hauteur de la haie. C’est pour¬
quoi les parcelles sont des rectangles dont la plus grande dimension
est Est-Ouest et dont la largeur dépend de l’écran de protection. Ces
paravents successifs appartiennent à des propriétaires différents, qui
bénéficient solidairement de ces dispositifs individuels. Mais ces abris
ne sont pas toujours très efficaces parce que mal conçus (consistance,
hauteur, orientation), ce qui peut dévier le souffle sur des parcelles
voisines. Cazajou a émis, à l’état d’avant-projet, l’idée d’une « asso¬
ciation syndicale de défense contre le vent », déjà munie de son
sigle (A.S.D.V.).
Nota. — Indiquons qu’il existe aussi une érosion marine, à laquelle se
rattacheraient l’évolution de la végétation côtière et plus particulièrement
la Mangrove, dont nous avons eu l’occasion de dire quelques mots. Cette
érosion est aussi en rapport avec des mouvements tectoniques qui per¬
mettent l’attaque de roches très vulnérables. Aucun végétal continental ne
résiste à l’érosion par la base qui est la règle de l’érosion marine. Une fa¬
laise, sapée au pied, s’écroule avec toute sa végétation. C’est là un phéno¬
mène d’usure mécanique, avec une partie chimique de dissolution favo¬
risant les désagrégations, mais dont il est plus difficile de faire la part
exacte dans le phénomène général. L’archipel des îles Comores présente
deux sortes d’îles : volcaniques, de moindre érodibilité et sédimentaires,
dues à des mouvements tectoniques qui ont fait surgir des roches plus
aisément rongées par les vagues et la pluie (île Mayotte, par exemple)
(Prosperi) .
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
I. - Histoire et Géographie
L’enseignement de l’Histoire et celui de la Géographie demeurent
accolés dans les programmes et dans les Facultés de Lettres, ce qui
semble indiquer que le fait géographique peut être influencé par le
fait historique et inversement. Il existe en effet aujourd’hui des écrits
où l’empreinte prépondérante de tel ou tel fait a donné lieu à des
développements importants. L’un des plus séduisants par son origi¬
nalité est celui de Hans Leip (1956) sur le Gulf Stream. L’histoire
étant l’œuvre des hommes, l’étude de son empreinte a naturellement
trouvé un épanouissement particulier dans la Géographie humaine ;
et la Géographie étant essentiellement l’étude des phénomènes de sur¬
face a du faire intervenir les actions de l’homme pour expliquer les
paysages actuels ; de là est née la notion de « paysage humanisé ».
Lorsqu’on a trouvé les tests de cette humanisation, on s’est aperçu
qu’il restait à la surface du globe terrestre, fort peu de paysages natu¬
rels. On conçoit que les biologistes aient été attirés par eux, ne serait-ce
que pour mesurer les responsabilités de l’homme dans leur détériora¬
tion et ssayer de reconstituer, par comparaison, les paysages détruits.
Si le géographe doit s’appuyer — en partie du moins sur
l’histoire, nous pensons que le phytogéographe doit pouvoir trouver
quelque base solide dans la phytohistoire. Nous nous sommes suffi¬
samment expliqué à ce sujet dans nos « principes directeurs », dont
l’utilité ne nous est pas seulement apparue aujourd’hui.
Nous écrivions en effet en 1938 : « Les études phytosociologiques
entreprises maintenant sur tous les points accessibles du globe
n’auront toute leur signification et ne prendront toute leur ampleur
que dans le cadre historique des civilisations superposées » (1).
Et nous ajoutions qu’ « établir des types de forêt d’après le sous-
bois en essayant de justifier ce sous-bois par les seules données de
l’écologie, est faire œuvre incomplète ». Jean Brunhes et Pierre Def-
(1) Terre incendiée, p. 72, 262.
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
190
fontaines ont écrit -- mais il faudrait s’en souvenir — : « La géo¬
graphie n’est pas que de la géologie ou de la climatologie ; elle est
encore, au même degré, de l’histoire économique et sociale. » Tune
(1937) regrette que tant d’auteurs « aient cru pouvoir interpréter
la répartition actuelle des forêts et des essences sans faire d’effort
sérieux pour connaître les conditions historiques de l’évolution des
peuplements ».
Beaucoup de nouveaux travaux ont pourtant paru depuis, en
évitant de faire la moindre allusion à la « présence de l’homme ».
Mais nous savons - - pour l’avoir entendu — que des juges en ont
exprimé le regret ; et nous voyons apparaître quelques travaux dont
l’une des essentielles préoccupations est de scruter les archives.
Comment comprendre complètement la végétation des Bahamas,
du Cap Vert, des Antilles..., sans se souvenir des séjours des naviga¬
teurs pirates et incendiaires, tels que Francis Drake (pour ne citer
que l’un d’eux, réputé parmi les plus illustres parce qu’il avait rap¬
porté à Sa Gracieuse Majesté un butin colossal en 1586) ! Il est
évidemment très difficile de relier un type actuel de végétation à des
faits aussi lointains ; mais ce n’est pas une raison pour nier ces liens
et pour renoncer à tout effort pour les déceler. J.-P. Barry a montré
que le dépouillement d’archives anciennes (les compoix, par exemple),
remontant à quelques siècles, pouvait livrer quelques chaînons du
mécanisme de l'humanisation du paysage végétal. Pichi-Sermoli fait
remonter la dégradation de la forêt d'Afrique Orientale aux temps
préhistoriques. On a lu depuis les travaux de plus en plus importants
de ceux qui vont relever sur des rochers inexplorés les graffiti témoins
d’un passé sylvo-pastoral.
Les photographies aériennes permettent de révéler des vestiges
archéologiques de civilisations aujourd’hui disparues. Ce sont souvent
des différences de teintes dues à la végétation qui marquent les empla¬
cements à prospecter : fossés comblés et colonisés par le végétal,
murs enfouis révélés par une végétation plus claire, épousant les
formes des fondations, superposition de structures agraires, d’an¬
ciennes voies.
Cela n’indique pas, bien sûr, l’âge absolu de cette végétation,
mais permet de lui donner des limites vraisemblables dans le passé,
car la photographie aérienne rend parfois perceptibles des limites d’un
parcellaire ancien actuellement recouvert et enfoui sous le parcellaire
actuel.
Ainsi la végétation voit son âge trahi par les ruines des habitats
humains : elle a caché les civilisations disparues (civilisation Kmer,
la plus spectaculaire), mais l’on peut aujourd’hui la déceler non pas
par une simple et courageuse exploration, mais aussi par une tech¬
nique qui viole la sépulture végétale des ruines enfouies dans le sol.
Un exemple, plus proche, mais navrant il est vrai, de l’impor¬
tance de la phytohistoire pour la compréhension du tapis végétal est
celui du senatus consulte de 1863, qui aboutit en Afrique du Nord à
l’abandon de nombreuses forêts aussitôt parcourues par les chèvres
Source : MNHN, Paris
'ÉCRAN VERT
191
ct le s incendies. La torrentialité s’en est trouvée particulièrement
accrue dans l’Atlas ct les dévastations se sont succédées pendant
soixante-quinze ans dans la Mitidja (Boudy). Il suffit de lire l’histo-
rique de P. Boudy, avant et après la conquête de l’Algérie, pour se
rendre compte avec quelle impatience on peut attendre qu’en soient
décrites, par des phytosociologues maintenant avertis, les répercus¬
sions sur le tapis végétal : nomadisme, aliénations, interdictions,
insuffisance des contrôles, missions d’aménagement...
Si les études sur la forêt gallo-provinciale avaient été précédées
d’une prospection historique, leurs conclusions n’auraient pas permis
d’écrire (Vegetatio, vol. I, 1, p. 63) que « le feu, facteur écologique,
e st bien subordonné dans l’Europe moyenne ». De plus, elles n au¬
raient pas rejeté la possibilité d’une Chênaie mixte. Des exemples,
très actuels, nous fournissent de nouveaux arguments. Les forêts du
Guilan, en Iran, sont littéralement vidées des essences les plus utiles
à l’industrie (Zelkowa crenala, Quercus caslaneifolia, Acer insigne...)
(A. Métro). Si des études ultérieures font abstraction de ces faits,
que deviendra le climax réel, auquel on peut encore aspirer ? De
tels exemples d’exploitation sélective fourmillent chez les peuplades
autochtones qui gravitent parmi les peuplements végétaux réputés
vierges : exploitation du Copal par les Papous de Nouvelle-Guinée
pour les fabricants de peinture américains (Lundqvist) ; exploitation
de l’Acacia senegal (Trochain) (2).
Nous devons à Duchaukour (1956) de remarquables conclusions
sur la forêt de Vouzeron (Cher). C’est actuellement un taillis de
Chêne pédonculé, envahi par un lichen indicateur d’un sol sableux,
pauvre, sec. Il n’y a pas de nappe phréatique. En profondeur, existe
pourtant un horizon forestier rouille (ancien horizon B), mais il n’y a
pas trace d’humus forestier en surface. La conclusion pédologique est
la suivante : une forêt a créé l’horizon rouille ; elle a dû être défrichée
pendant un laps de temps qui a suspendu la phytopédogénèse, jusqu’à
sa réinstallation. Que disent les archives ? la parcelle était un champ
de céréales entre les deux boisements. Cet exemple est capital : la
forêt actuelle n’est pas une forêt chétive dégradée, mais une forêt
mise en place sur un terrain ne convenant plus au Chêne pédonculé.
Ce contrôle réciproque de l’histoire et de la pédologie s’impose
lorsque les horizons pédologiques ne sont pas aussi nettement diffé¬
renciés que dans la forêt de Vouzeron. Il est certain -— et nous y
avons insisté — que si le droit de ramasser la litière n’avait jamais
existé dans une forêt, l’évolution pédologique eût été toute diffé¬
rente ; s’il y a évolution, il faut savoir à quelle époque remonte la
suppression de l’usage. Pratiquement, il faut remonter à la réforme
générale des Eaux et Forêts, en France du moins (1665), à condition,
toutefois, d’admettre que la surveillance était efficace.
Notre conclusion ne peut mieux faire que de s’inspirer — et elle
(2) Phot. PI. XI de sa « Végétation du Sénégal ».
Source : MNHN, Paris
192
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
le fait avec grande conviction — de la déclaration suivante de
S.A.R. le duc de Brabant (3) : « Demandez à un naturaliste des ren¬
seignements concernant, par exemple, la durée de la vie de tel animal
ou la durée de croissance de tel végétal ou, en général, toute autre
explication dans laquelle l’élément durée intervient, vous serez étonné
par l’imprécision des réponses. L’étude des phénomènes ne peut cepen¬
dant être complète qu’en incorporant celle des évolutions et des
transformations successives insaisissables pendant la courte existence
d’un même observateur. »
Il est symptomatique que ces paroles aient été prononcées au
cours d’une allocution sur « les parcs nationaux et la protection de
la nature ». Nous n’avons donc pas fait fausse route en étudiant
l’écran vert sous le double aspect de sa différenciation progressive et
de son évolution régressive, car c’est, en effet, dans ces « transfor¬
mations successives » que l’on pourra trouver les vrais fondements
biologiques de la reconstitution des équilibres perdus.
II. - Interdiction et réglementation
Où en sommes-nous donc de cet équilibre agro-sylvo-pastoral tant
désiré ? La réponse demeure encore décevante ; elle est aggravée par
le refus de certaines peuplades, fort peu instruites, de se plier à
toute réglementation naguère pourtant tolérée, sinon acceptée. Leur
troupeau détruit à nouveau la forêt, le nomadisme linéaire reprend
le dessus. Une économie qui se veut « dirigée » aux échelons les plus
hauts se débat plus que jamais en face de ces trois éléments fonda¬
mentaux, mais trop dissociés et mal articulés :
Une sylve naturelle reléguée aux points les moins accessibles ;
Un saltus immense rajeuni par la flamme pour un troupeau iné¬
galement nourri ;
Un ager sur des terres fertiles, ici produisant trop et là produi¬
sant trop peu, sans que le surplus des uns puisse être une assurance
contre la sous-alimentation des autres.
Cela pose le problème de la répartition des richesses. Nous avons
donné de nombreux exemples, à des niveaux divers (entreprise, pays,
nation, monde), de la mauvaise répartition des champs, des pacages
et de la forêt. Il ne fait pas de doute pour nous, qu’en dehors des
nécessités dues aux exigences économiques, d’ailleurs variables dans
le temps, la disposition de ces trois sources de richesse soit due à
une économie pastorale anarchique, pierre angulaire de tout pro¬
gramme de conservation de la nature. Il n’y a pas de plus sûrs des¬
tructeurs des sols que la surcharge des pacages et le nomadisme
incendiaire qui en résulte. Partout où sévissent les feux on voit la
forêt, les champs et les pacages en déséquilibre, mal répartis. Or,
(3) Discours prononcé en 1937 h Bruxelles, sur les parcs nationaux et ia
protection de la nature.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
193
partout où les éléments constitutifs d’un bien sont mal répartis, ce
bien perd de sa valeur.
La mauvaise répartition de l’arbre, de la plante cultivée et du
bétail, est l’un des symptômes les plus sûrs d’une économie mal
dirigée, qui provient presque toujours d’une trop grande méconnais¬
sance de la valeur de la terre.
M. Dumant, administrateur civil au Ministère de l’Agriculture,
a eu des interventions fort judicieuses dans diverses sociétés (Soc.
franç. d’Economie rurale) ou divers périodiques (la Vie française)
sur la valeur de la terre de France. Il n’a pas fait valoir que la
protection de la nature avait son mot à dire en l’affaire ; mais ceux
Qui ont reçu mission de protéger le sol, où qu’il soit, n’ont rien à
perdre à connaître sa véritable valeur, ne serait-ce que pour établir
des priorités dans les programmes à élaborer. C’est pourquoi l’éco¬
nomie rurale devrait devenir un chapitre plus important qu’il ne l’est
dans l’étude de la protection de la nature.
L’économie rurale est inséparable de la phytohistoire. Le phyto-
géographe doit se doubler d’un économiste et inversement. L’observa¬
tion des usages actuels peut révéler des divergences importantes avec
les textes du passé, parfois proche encore.
Supposons qu’un phytosociologue se soit donné ou ait reçu mis¬
sion de restaurer le veld des Zoulous en Afrique du Sud, dans une
région où il est détérioré au point de ne plus pouvoir alimenter les
tribus en lait. Si le botaniste ignore que cet état de la végétation
résulte directement de la coutume du lobola (voir lexique), ses conclu¬
sions seront sans portée, même du point de vue floristique, parce que,
ne connaissant pas la cause première, il lui sera impossible de com¬
prendre cette végétation. C’est pourquoi Alan Paton a souligné la
difficulté « psychologique » et non phytosociologique, du problème
de l’érosion. Il l’a située chez les Zoulous, mais nous savons bien,
d’après notre vaste tour d’horizon, qu’il est beaucoup plus général.
Voici un autre exemple, bien démonstratif pour nos conclusions.
En 1914, il y avait neuf millions de têtes d’ovins en Algérie, pour la
plupart en vagabondage sur les hauts plateaux, auxquels ils ont
imprimé une physionomie qui ne peut pas être celle de 1955, parce
que le troupeau de 1914, réduit de deux millions de têtes, est réparti
aujourd'hui sur des terrains collectifs. Il faut donc tenir compte du
nombre et de la répartition. Il faut y ajouter l’étude du régime
pastoral : propriété du troupeau aux mains des indigènes, impéné¬
trables encore aux progrès zootechniques et à l’amélioration des pâtu¬
rages. On ne voit aucune possibilité de comparaison entre les pacages,
les uns en assez bon état, les autres « exploités jusqu’à extinction »,
selon Trintignac. Comment établir un programme de restauration
du saltus si l’on se fie exclusivement à la flore sans tenir compte des
usages, déplorables sans doute, mais bien établis dans tout le Maghreb,
de Rabat à Gabès ?
Toujours en Afrique du Nord, une simple comparaison floristique
entre les nappes alfatièrcs d’Algérie et de Tunisie serait-elle valable
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. IX. 18
Source : MNHN, Paris
194
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
si l’on ne précisait pas que l’exploitation était sans contrôle en
Tunisie, alors qu’en Algérie et au Maroc elles étaient aménagées par
le service forestier ? Enfin, les usagers de la forêt étaient en nombre
très variables suivant les conservations et les forêts, soit comme usa¬
gers intégraux et permanents, soit comme usagers partiels (Boudy).
C’est de telles comparaisons basées sur les « genres de vie » (4)
que sont nés des programmes destinés à stopper les évolutions régres¬
sives du tapis végétal.
Ils gravitent tous autour de deux principes qui ne devraient pas
s’exclure, malgré les apparences : l’interdiction et la réglementation.
Nous avons donné de nombreux exemples d’interdictions ineffi¬
caces. Il ne suffit point de prendre un décret assaisonné de sanctions ;
encore faut-il que les délits puissent être constatés. Le Mexique avait
créé une quarantaine de parcs nationaux : ils sont envahis par les
bûcherons et le bétail (Osborn). La loi algérienne du 21 février 1903,
portant interdiction de laisser pénétrer les chèvres en forêt, a peut-être
ralenti mais non empêché les dégâts clandestins.
Cela pose deux problèmes importants : celui de l’intervention
persuasive et celui de l’intervention autoritaire.
La persuasion est affaire de longue haleine, elle doit, pour être
efficace, avoir ses racines implantées dans la famille et dans l’école.
Ce n’est pas un des moindres rôles des organismes qui se sont donné
pour mission de protéger la nature, que de propager, vulgariser, leurs
doctrines. Il existe sous ce rapport deux sortes de nations : celles
auprès desquelles un écriteau fait plus qu’un décret ministériel et
celles qui tirent des coups de fusil sur les écriteaux.
La réglementation autoritaire, inutile dans le premier cas, a-t-elle
des chances d’efficacité dans le deuxième ? Il est bien difficile de
répondre. C’est là un problème de gouvernement. Les amis de la
nature ont toujours qualité pour émettre leur avis ; ils peuvent même
solliciter quelques pouvoirs. Peut-être existerait-il, pour les popula¬
tions rebelles, un dosage de persuasion et de sanctions. Peut-être
encore existerait-il une réglementation de compromis, imprégnée de
souplesse et de diplomatie. Le gouverneur général Cayla, à Mada¬
gascar, écrivait en 1934 : « Nous avons consenti à ce que l’indigène
brûle un peu la forêt afin qu’il ne la dévaste pas tout entière. » Nous
ne savons pas si les résultats ont confirmé les espoirs du gouverneur,
ni dans quelle mesure ses vues ont été adoptées par ses successeurs
(surtout actuellement).
Dans le Midi méditerranéen français, les feux de garrigue ne sont
pas systématiquement interdits. L’administration responsable peut
donner des autorisationsa après enquête. Il ne nous a jamais été
(4) « L’expression appartient au vocabulaire courant... » mais « à partir du
moment ou le géographe s’en empare, il en restreint l’emploi au comportement du
groupe. Il n y a pour lui de genre de vie que collectif ». (Max Sorhb, t. IiJ,
1 habitat, p. 30.) C’est bien dans ce sens que nous avons toujours employé cette
Source : MNHN, Paris
/ÉCRAN VERT
195
possible de connaître le pourcentage des feux autorisés et des feux
clandestins.
Furon a la cruauté (nécessaire) de suivre la destinée d’un vœu
émis en 1904 par le Congrès des fermiers sud-africains, pour remédier
à la baisse du niveau hydrostatique, vœu qui ne fut écouté qu’en
1933, à cause des méfaits accrus de l’érosion et dont la réalisation
trop retardée ne coûta pas moins de cinq millions de livres sterling.
L’interdiction souvent admise par les biologistes se fait sous la
forme de « réserves intégrales ». Il y aurait beaucoup à dire à ce
s ujet, car elles ne se sont pas toujours révélées très efficaces. Citons
seulement la réserve d’Héric, intégrale depuis plus de vingt ans,
aujourd’hui un peu plus érodée, à sous-bois protecteur trop étiolé
sur pente et à parasites plus nombreux (Prioton).
Un riche et complexe vocabulaire a vu le jour au nom de la
protection de la nature : réserves, réserves intégrales, sanctuaires,
parcs nationaux...
Le trait commun est sans doute que ce sont avant tout des
« zones de protection ». Mais protection de quoi ? de tout ce qui s’y
trouve ? tout ce qui vit, tout ce qui est mort ? Si oui, le sol qui y
meurt, le sol qui s’érode doit-il être abandonné à son sort ?
Nous posons la question aux habitués des congrès et colloques.
Pour nous, l’érosion doit toujours être enrayée, où qu’elle soit ; parce
fiu’on ne sait jamais où elle peut s’arrêter.
Une autre question, fort délicate, est celle de la chasse.
Le Négus a purement et simplement interdit la chasse (Mon-
ereid) . Lavauden (1931) fait remonter les déboisements de Mada¬
gascar au paléolithique « non sans doute pour une agriculture qui
n’existait pas encore, mais probablement pour la chasse au feu ».
Ce qui prouve que le feu est toujours le feu, qu’il soit utilisé pour
la chasse ou pour l’élevage. En Provence les loups étaient expulsés
des forêts par le feu, dans les Maures et l’Estérel (5). En haute
Côte d’ivoire (Bègue, 1937, p. 75), les feux étaient autorisés en pleine
réserve administrative (Réserve du Barrage), pour éloigner les fauves
qui s’y réfugiaient. En Grande-Bretagne, le maintien du fameux
grouse ou coq de bruyère (Logopus scoticus) n’est-il pas dû à des
feux de Callune (Calluna vulgaris) répétés au printemps, tous les
six ou douze ans, pour assurer la nourriture et les ébats des jeunes
couvées ? En Camargue, le brûlage des marais prépare les herbages
pour les manades et attire le gibier ; sans brûlis, la joncasse desséchée
corrompt l’eau et l’abondance des touffes n’offre aucune place pour le
canard ; seuls, les sangliers s’y réfugient. Les feux de septembre
agissent favorablement sur la joncasse sèche et avant la montée des
eaux (Baron Le Roy, in litt.).
A tant de causes de modification des biotopes par le plaisir, ajou-
(5) Un registre des Archives de la Marine de Toulon, 1725 (cité in :
L. Laurent, 1925, p. 26).
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
tons en consolation l’aspect bienfaisant des « servitudes de chasse ».
qui avaient pour but de maintenir, au contraire, le biotope favorable
au gibier sylvestre. Il en fut ainsi pour les forêts tchécoslovaques
(Deffontaines). Les forêts royales des Capétiens, Mérovingiens et
Carolingiens ont ralenti les défrichements ; on sait que les leges
étaient des coutumes écrites de protection des forêts, contre les abus
de la chasse.
Citons aussi (en insistant encore sur les leçons de prudence qui
nous sont données, assez rarement il est vrai, par les peuplades peu
évoluées), les coutumes Manjas, d’Oubangui-Chari, étudiées par Ver-
giat. Tout est réglé par lunes. A la lune de janvier-février on veille
au feu : il ne faut pas que les feux de brousse gagnent les cultures
de mil qui flambent comme paille à cette saison sèche, et toutes pré¬
cautions utiles sont prises. Le feu de chasse s’ouvre à cette époque,
mais il est serti par des sentiers préalablement ouverts. La lune de
mars-avril est celle des feux de brousse jusqu’à la sortie des termites,
qui annoncent la fin de la saison sèche. La lune d’avril-mai voit,
suivant l’expression indigène « le chemin de la chasse fermé ». Les
herbes ont envahi les sentiers...
Résumons-nous et concluons :
S’il est un sport qui doit être réglementé, c’est bien la chasse ou
la pêche. Nous n’avons pas à aborder le problème en sportif. Nous
avons soutenu simplement et nul ne devrait nous en vouloir, que
l’animal sauvage fait partie d’un équilibre biologique que l’on ne doit
pas détruire ; ce qui ne signifie point qu’on ne puisse user des car¬
touches ou des hameçons par sport, si ce sport est réglementé et si
l’animal compromet l’équilibre, par le nombre.
Ce qui est navrant c’est de voir le chasseur, intoxiqué par son
plaisir, aller Je satisfaire là où il sait qu’il sera libre de se livrer à
toutes ses performances. L’Alaska a vu ses poissons d’eau douce et
son gros gibier « impitoyablement pillés » (J.-P. Williams). L’ours,
l’élan, les cerfs, la chèvre des montagnes (6) y ont pourtant cohabité.
Des exemples de ce genre pourraient être multipliés, bien plus près
des centres « civilisés ».
On nous excusera enfin de faire intervenir dans cet aspect zoolo¬
gique du problème des réserves, les peuplades primitives.
« Je sais : il y a les réserves ; mais quand on en est à se vanter
des réserves, on a tout dit sur ce qui se passe ailleurs », a écrit
Romain Gary, non sans quelque ironie ni pessimisme.
Les écologistes sont d’accord sur le principe de la conservation
des biotopes, où les plantes et les bêtes trouvent de quoi réaliser leur
optimum vital. L’homme doit-il être compris dans cette protection
de VOïkos ?
D’abord, existe-t-il sur notre planète un petit coin de terre où
(6) Oreamnos Kennedyi = chèvre de l’Alaska
chamois = goat antelope...
white goat = american
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
197
1 homme soit vraiment libre, comme le serait un ours blanc sur une
banquise, en supposant que la banquise ait été inexplorée et que les
ours ne se tuent pas entre eux au nom de la sexualité ou de la
faim ? (7).
Il existe des peuplades noires, rouges, jaunes, dites « primi¬
tives », réfugiées depuis des millénaires dans leur biotope, à 1 état
de « relictes ». Mais, elles non plus, n’ont jamais échappé à la convoi¬
tise sous prétexte d’amour et de faim. Les luttes entre les clans, les
tribus, sont devenues (par la civilisation) des luttes entre nations
dont il ne saurait être question ici. C’est au nom de la Science qu il
faut envisager le problème pour lui trouver son sens dégagé de la
double emprise de la faim et de l’amour (physique), c’est-à-dire une
science très objective. Elle existe et s’appelle l’anthropologie. Des
hommes sont morts pour elle, à la recherche de la « primitivité » à
laquelle ils ont eu l’audace de révéler la civilisation. L’étincelle mor¬
telle est née de cette double et réciproque découverte de l’évolué qui
trouve ce qu’il cherche et du non évolué qui, à travers un écran de
feuillage, voit subitement apparaître ce qu’il n’a point cherché.
L’homme primitif est souvent enclos aujourd’hui dans un biotope
forestier. Romain Gary fait dire à l’un de ses Africains : « Il y a
encore, chez moi, des coins où les indigènes vivent dans les arbres ;
ce n’est pas moi qui les forcerai à descendre. » Les Indiens Camayuras
sont tellement imprégnés de ce biotope qu’une de leurs danses a pour
souhait final de faire pousser la végétation ; les hommes mettent
alors des jupes d’herbes et couvrent leurs bras de feuilles pour les
faire ressembler à des branches (E. Weyer, 1956, p. 139). Le service
de protection des Indiens, organisé au Brésil, a bien reconnu que pour
apprivoiser l’homme sauvage il ne fallait point le retirer (du moins
brusquement), de son environnement dans lequel il a établi des
réserves (8). C’est là que s’est maintenu depuis des temps immémo¬
riaux, dont l’anthropologiste recherche le début, un équilibre biolo¬
gique naturel entre la plante, la bête et l’homme. Toute atteinte
portée à l’écologie et à l’éthologie de ce trinôme harmonieux s’est
traduite par la disparition du plus faible, qui n’est ni le jaguar ni
la liane.
A l’opposé du refuge feuillé, se place celui du refuge sans feuille,
celui du sable. Des hommes peuvent encore vivre sans la servitude
d’une chlorophylle visible. Ils sont maigres et pauvres, se nourrissent
de petits crustacés (Arlemia satina) et vendent à vil prix du carbo¬
nate de soude à ceux qui passent une fois l’an. Entourés de dunes où
s’aventurent quelques antilopes que la soif ne saurait tourmenter, ils
sont groupés autour de cette eau si spéciale, sans laquelle aucun
(7) Voir au lexique : Food chain.
(8) Les réserves destinées à protéger les hommes primitifs ne sont pas
admises unanimement : L'intégration ménagée, progressive, éviterait un isolement
auquel survivront difficilement les plus rebelles au contact des Blancs.
Source : MNHN, Paris
198
INHOLTZ-LORDA
homme ne serait là. Les traces d’une haute civilisation artistique,
gravées sur la roche dure qui enserre les sables, les laissent indiffé¬
rents. Arfemia et natrum ; c’est tout.
Des hommes aussi admirables que le docteur Schweitzer (et ils
sont nombreux), ont sauvé des races trop fragiles hors de leur bio¬
tope ancestral. D’autres, non moins admirables, veulent les sauver,
non pas par la civilisation, mais contre elle. On pensera avec respect
à Orlando (9), cet apôtre de la sylve brésilienne qui, renonçant à la
liberté blanche, a préféré celle de la jungle où le nudisme intégral
des autochtones rouges, si généreusement offert à sa vue, ne lui déro¬
bait pas moins l’origine de leurs modes de vie et leurs aspirations
possibles.
On peut, au nom des principes supérieurs de l’humanité, laïque
ou religieuse, déplorer cette assimilation à un parc zoologique. Mais
les savants ont-ils à leur disposition, pour la prospection anthropolo¬
gique de la jungle, autre chose que ce statu quo biologique, qui n’est
pas moins remarquable que celui d’un cœlacanthe ? Il a suffi d’un
coup heureux d’un engin de pêche pour connaître cet extraordinaire
poisson, mais il faut les travaux d’approche psychologiques et hé¬
roïques des apôtres pour permettre ceux des savants.
A cause des fléchettes...
III. - Doute et certitude
Notre étude a donné de très nombreux exemples d’influences
locales sur les biotopes. Nous avons montré, en particulier, combien
l’écran vert, qui préside à la formation de tant de biotopes, était lui-
même sous la dépendance de facteurs en perpétuel changement —-
en perpétuelle mouvance —, comme dirait Hervé Harant.
La bioclimatologie, par exemple, repose sur un nombre de stations
ridiculement faible ; elles-mêmes bien trop éloignées les unes des
autres pour qu’on puisse en retirer des conclusions valables pour des
lieux trop distants des instruments enregistreurs. D’autre part, les
stations de bioclimatologie centrent leurs recherches bien plus sur
l’ager que sur le saltus ou la sylve. De telles études, dans le cadre
que nous nous sommes tracé, ne pourraient nous satisfaire qu’à
l’échelle des micro-climats. Un vent local, une condensation occulte,
une exposition particulière, un sol perméable ou imperméable, un
pendage..., sont des facteurs décisifs qu’il faudra bien aborder lorsque
les climats généraux seront eux-mêmes mieux connus que par des
préfixes. En un mot, et par ce seul exemple, l’écologie doit descendre
au niveau de la microprospection. On sait depuis peu que le biotope
du lichen Ramalina Bourgaeena est conditionné par le buisson du
(9) Tout le monde connaît Orlando au Brésil. Il est devenu « le vrai souve¬
rain d’un territoire vaste comme la Nouvelle Angleterre, dans l'une des plus sau¬
vages contrées du monde ». Il s'appelle Orlando Villas Boas (E. Wkyer, 1956).
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
199
Lycium intricatum condensateur de l’eau atmosphérique d’un climat
général désertique (Sahara océanique) (10). Est-on bien sûr de con¬
naître l’autécologic des espèces sylvestres, à l’aide desquelles les phylo-
sociologues ont bâti une synécologie bien trop vaste sous une voûte
feuillée hétérogène et discontinue pour arriver d’ailleurs à des conclu¬
sions empreintes parfois d’une certaine naïveté : « Lorsque la forêt
est dégradée et éclairée, les espèces plus ou moins héliophiles s’éten¬
dent considérablement et se substituent aux espèces sciaphiles. »
Voici les chiffres confirmant l’observation évidente de l’héliophilie
et de la sciaphilie ( Vegetalio, 1948, I, 4-5, p. 237) :
Macrophanérophytes
à feuilles caduques.
à feuilles persistantes .
Phanérophytes (strate arbustive supérieure)
à feuilles caduques.
à feuilles persistantes .
Populetum Quercetum
albae ilicis
100 % 4,8 %
0 95,2 %
80 % 0,2 %
20 % 2,4 %
Les mesures autorisant cette conclusion ont été faites « en des
endroits bien choisis et fixes » et en évitant « les taches de lu¬
mière » (11). Nous avons personnellement appelé l’attention sur le
rôle important de ces taches de lumière ( Asperula odorota, grande
vedette phytosociologique de la hêtraie) (12). Ce faisant, nous avons
posé le problème de la fonction écran, que le présent volume a pris
comme leitmotiv ; notion suffisante, croyons-nous, pour justifier que
« les espèces de la forêt de peuplier à Populus alba sont moins scia¬
philes que celles de la Chênaie à Quercus ilex » (11), puisque le peu¬
plier blanc perd ses feuilles en hiver (insolation), alors que le chêne
vert est sempervirent. C’est une raison qui nous a poussé à
écrire, en 1954 (12) : « Trop de mensurations de facteurs extrin¬
sèques ne concluent qu’à des possibilités de présence et non à des
effets physiologiques que l’observation directe enregistre pourtant. »
Cette écologie d'observation doit demeurer l’instrument essentiel
de l’indispensable microprospection. « Le paysan doit toujours tra¬
vailler dans des conditions telles que les variables qui influent sur
ses résultats sont beaucoup plus nombreuses que celles dont l’action
a pu être étudiée en laboratoire ». En écrivant cela, le directeur tech¬
nique de l’Ecole supérieure d’Agriculture et de Viticulture d’Angers
(Ch. Viannav), aurait pu s’adresser à ceux des écologistes qui croient
que des courbes ou des chiffres enregistrés les dispensent de « re¬
garder » les réactions des êtres à leur environnement.
(10) Société de biogéographie, Mémoire VI, 1938, p. 329.
(11) Vegetatio, 1948, vol. 1, 2-3, partie., p. 112-124.
(12) Bull. Soc. bot. France, 1954, 101, 7-9, p. 345-347.
Source : MNHN, Paris
200
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
L’un de mes Maîtres, qui a laissé un nom dans l’aéronautique
et s’inspirait volontiers de la morphologie des êtres mobiles, a écrit :
« Dans l’étude des phénomènes naturels, il importe avant tout d’être
naturaliste, c’est-à-dire bon observateur. Il est prudent de n’employer
les mathématiques que comme un moyen de vérification et d’éclair¬
cissement ; s’en méfier dans les généralisations, sous peine de courir
à l’absurde » (D r Amans) (13).
L’étude du fait biologique à l’aide des mathématiques ne nous a
pas encore mis en présence d’ouvrages convaincants. On commet une
erreur en prenant comme exemple — estimé par les uns très favo¬
rable à cette aide — l’explication mathématique du fait génétique.
Le point de départ génétique est très différent : c’est un nombre fixe
(sauf accident). On connaît le mécanisme de l’hérédité chromoso¬
mique, c’est-à-dire la formation d’une lignée. La génétique d’aujour¬
d’hui exclut en grande partie (en partie seulement), le doute. Mais
vouloir exclure celui-ci de la biologie est un péché d’orgueil. Le doute
est et restera le pain quotidien du biologiste qui se heurte de front
à la vie elle-même et non pas seulement à sa transmission géné¬
tique. Où est le nombre susceptible de donner un point de départ,
un fondement valable à l'élaboration du tapis végétal ? Le nombre de
chromosomes d’un génome n’est pas une moyenne. Les pionniers
végétaux sont qualitativement et quantitativement variables ; le climax
n’échappe point à cette double hétérogénéité ; les chaînons qui relient
le commencement et la fin ne sont jamais semblables.
Méditons donc cette aventure, qui intéresse deux des plus grands
hommes de l’histoire du monde : à dix-neuf ans. Benjamin Franklin
se rendit à Londres « dans l’intention d’y rencontrer le grand Newton
et de le questionner sur la gravitation universelle. Mais Newton était
déjà très vieux et il n’avait pas envie de dévoiler à un jeune homme
que toutes les réponses contiennent presque autant de doute que les
questions » (14).
IV. -Vulgarisation
« La vulgarisation scientifique est un
langage dont l'éducation, et non la con¬
naissance, est le but essentiel. »
R. Hbim (15).
Notre ouvrage diffère, croyons-nous, de ceux qui ont voulu sur¬
tout mettre sous les yeux du public les résultats catastrophiques de
l’érosion et appeler, avec la haute autorité de leurs auteurs, l’attention
des gouvernements.
Dans un but plus modeste, nous avons cru utile de mettre ce
(13) Bull. Soc. Sc. Nat. et phys. de Montpellier, avril 1889, p. 40-45.
(14) In : Hans Leip, 1956, p. 148.
(15) Un naturaliste autour du monde, page 84.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
201
public et ces gouvernements en présence d’une argumentation, que
n «us pensons valable, basée sur les mécanismes des destructions et
des restaurations.
Ils nous autorisent à conclure qu’ils ont trouvé leurs sources
dans un empirisme universellement comparable, lui-même issu d’un
appât insatiable du gain immédiat, encouragé d’ailleurs à l’échelon
national (protection royale de la mesta, systèmes export-import, natio¬
nalisations, expropriations, déplacements autoritaires et surtout peut-
e tre : priorité de la technique).
Si notre ouvrage n’a pas réussi à démontrer la nécessité absolue
de protéger l’écran vert dont la destruction est à l’origine de toutes
nos inquiétudes, nous avons manqué le but.
S’il a fait naître le désir de se pencher sur ce problème, à qui
que ce soit et en si petit nombre que ce soit, il n’aura pas été inutile.
Ce désir a été mis en éveil par des slogans, des formules lapi¬
daires, qui ont fait utilement leur chemin : L’Afrique, terre qui meurt
(P. Harroy) ; l’Amérique du Sud continent en train de s’évanouir
(Osborn) ; le bassin du Rio Grande, au Nouveau Mexique, vallée mau¬
dite, parfait exemple de suicide collectif (in : Osborn) ; la terre incen¬
diée (G. K.-L. ) ; la terre qui meurt (P. Marcelin et J.-P. Nègre) ; la
forêt qui meurt (Eon) ; la faim du monde (Vogt)...
En définitive, et pour tout dire : l’homme contre la nature
(R. Heim).
Des slogans qui « portent » ont été parfois cités en exergue dans
notre ouvrage.
L’exergue est le choix d’une pensée créatrice de nouveaux déve¬
loppements. Sous sa forme condensée, c’est un digest de digest. Il
indique le sens de l’argumentation prochaine. II en est quelquefois
un peu le paravent ; les humbles aiment les sillages dont n’ont que
faire les grands pilotes.
Il indique non seulement un « choix », mais aussi la « liberté
de choisir ». Cela est, à nos yeux, capital. On voudrait que ceux qui
se font donner ou se donnent à eux-mêmes, des missions de consul¬
tations, par exemple dans les congrès internationaux où ils font figure
de conseillers itinérants, soient de plus en plus imbus de ce respect
de la liberté de pensée dont la majorité des absents des congrès se
montrent si jaloux, à juste titre croyons-nous. La recommandation
doit suffire. Si l’histoire de la science a encore son utilité, qu’il nous
soit permis de remettre sous les yeux des lecteurs ces réflexions
d’Alphonse de Candolle : « Je comprends les objections basées sur
la difficulté des discussions dans une assemblée nombreuse, sur
l’absence de plusieurs hommes qui mériteraient au plus haut degré
d’être consultés, et sur la faiblesse relative de plusieurs de ceux
qui parlent et qui votent. D’un autre côté, ces votations n’obligent
personne- Elles n’ont de valeur que comme simple recommanda-
Source : MNHN, Paris
202
G. KUHNHOLTZ-LORDA'I
tion » (16). A ce savant, d’ascendance suisse (française), qui a
laissé à Montpellier le souvenir d’un esprit éminemment libéral, le
mot « loi », appliqué non pas à un fait universel, mais à une concep¬
tion, à une interprétation, apparaissait comme un dangereux achemi¬
nement vers un « système » dont nous avons eu depuis de regrettables
exemples. « Si le premier devoir du savant est d’inventer un sys¬
tème, le second est de le prendre en dégoût » (17).
La protection de la nature est devenue très urgente là où les
feux ou la mauvaise culture ont provoqué le décapage complet de
l’écran chlorophyllien. Notre rôle est donc de nous associer, sans
réserve, à tous ceux qui jettent ou ont jeté tous ces cris d’alarme et
formulé ces critiques. Quant aux remèdes, s’il s’en trouve, ils nous
dépassent parce que la seule nécessité (absolue) du contrôle rejette
la responsabilité aux niveaux les plus élevés des Pouvoirs Publics
nationaux et des organismes internationaux, s’ils ont toutefois des
moyens d’action efficaces (18). Jamais on ne trouvera réunis sur une
aussi petite surface que celle des pinèdes gasconnes (comparées aux
étendues pyrophytiques intertropicales) autant de savants, d’adminis¬
trateurs et de services de surveillance ou de défense. Et pourtant le
« pignadar » demeure vulnérable. Pourquoi ? Parce qu’il ne peut pas
ne pas brûler tant que le feu est alimenté par une végétation de
mort-bois qui l’encombre plus que de raison. Ce n’est pas le pin
parvenu en âge d’exploitation qui est dangereux, c’est son encombre¬
ment (qui relève du secteur privé). Quant au responsable de l’allu¬
mette, nous ne sommes pas habilités pour le rechercher parmi les
tessons de bouteille, les phénomènes électriques, les locomotives, les
fumeurs, les chasseurs ou les malveillants. Mais il est sans doute de
notre devoir, assez ingrat, d’orienter nos efforts vers la persuasion,
participant ainsi à l’éducation préventive pour laquelle les individus
et les nations sont réceptifs à des degrés très divers.
Lorsque nous disons que la persuasion doit toucher l’individu et
s’élever même au niveau de la nation, nous abordons un problème
infiniment délicat ; car une nation est faite d’individus organisés.
Les administrations, les grands services y jouent un rôle prépondé¬
rant. Nous sommes bien obligés de reconnaître que la persuasion a
des effets très variables et cela peut devenir bien regrettable lorsque
les responsables changent au cours de l’élaboration des programmes
de protection. La route projetée traversera-t-ellc le massif forestier,
ou le contournera-t-elle ? Le barrage sera-t-il construit ici au nom
de la technique, ou là au nom de l’esthétique ou encore ailleurs, si
(16) Réponses à diverses questions et critiques faites sur le recueil des Lois
de la nomenclature botanique. (Congrès international, 1867, Bull. soc. bot. France.
séance du 26 février, p. 64-81.)
(17) Cité in André Maurois, sans références. (Un art de vivre. Paris, Plon,
p. 33.)
(18) Que n’ont-ils le pouvoir de ressusciter Saint-Erembert ! Un vitrail de
1 église de Saint-Germain-en-Laye représente le prélat éteignant un incendie dans
la dite foret en jetant sa crosse épiscopale dans le feu. (Sagot-Lesage, in litt.)
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
203
les deux points de vue peuvent être conciliés ? Le déchet de l’industrie
sera-t-il déversé sans souci des biotopes favorables à la vie des pois¬
sons ? Les lignes téléphoniques exigent-elles la mutilation des arbres
d’alignement ?
La réponse se trouve toujours dans la notion de priorité : elle
est le pot de fer. Les protecteurs de la nature, épris a-t-on dit d’on
ne sait quelle idéologie malsaine, argumentent au nom de la biologie,
qui est le pot de terre.
Il faut reconnaître, impartialement, que le luxe des incultes nous
coûte cher. Les alluvions et, d’une façon générale, les surfaces planes
naturelles ont une attirance justifiée pour le résidu humain d’une
autre attirance, celle de la ville (tentaculaire). Et le reste? Forêt
ou inculture. Nous avons dit combien il était difficile de chifFrer leur
part respective car il existe tous les intermédiaires entre l’inculture
et la sylve aménagée. Il nous suffit de pouvoir affirmer que le no
nian’s land (discontinu), qui s’étend en deçà de la forêt à rendement
optimal jusqu’à la roche mère dénudée incluse, est trop vaste. C’est
un luxe qui est l’une des sources du déséquilibre agro-sylvo-pastoral.
II n’est valorisé que par le troupeau. Reste à savoir s’il n’est valori¬
sable que par lui et si, en attendant des solutions rentables, il ne
convient pas de le protéger contre les érosions. C’est tout de même
un capital ; mais ce n’est pas un minerai d’or inaccessible aux intem¬
péries ; il faut donc éviter que des mandats prioritaires accélèrent
sa détérioration, sous prétexte que le monde ne manque pas de mou¬
tons, alors qu’il manque d’énergie utile. Le désert a ses excuses, la
savane a les siennes, comme la latérite. Mais la garrigue, en plein
cœur des plus hautes civilisations qui se superposent depuis des mil¬
lénaires autour de la Méditerranée, est un luxe qui fait figure de
scandale. Or, ce n’est pas l’industrie qui s’en emparera. Voilà donc
un secteur privilégié pour la recherche des solutions biologiques. Nous
croyons avoir attiré l’attention du lecteur sur des solutions possibles
(réglementation biologique du pacage, par exemple).
Comment doit-on vulgariser tout cela ?
L’un des moyens les plus efficaces est non pas d’exiger un voca¬
bulaire à réserver aux initiés (19), mais d’exiger que les mots soient
employés dans leur sens exact. Ainsi, on rencontre souvent le mot
amélioralion appliqué à l’usage des feux. Or, ce mot fait figure de
justification de la méthode employée. Ce qui n’est certes pas le cas,
elle pourrait tout au plus aboutir à un statu quo qualitatif et quanti¬
tatif de la flore alibile ; alors qu’elle laisse supposer au lecteur que
cette flore « devient meilleure ». C’est pourquoi nous avons exprimé,
à propos des feux pastoraux, notre préférence pour les termes « en¬
tretien » ou mieux « rajeunissement » ou « réjuvénation » des auteurs
belges ; les vieilles pousses sont en effet détruites et remplacées par
des jeunes.
(19) C’est pourquoi la phytosociologie est difficilement vulgarisable.
Source : MNHN, Paris
204
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Sans doute est-ce à cette préoccupation de langage que songeait
Ch. Flahault lorsqu’il conseillait d’écrire pour le paysan. Nous pen¬
sons avoir souligné qu’il ne faut pas confondre ce souci du mot —
auquel nul ne saurait contredire — avec celui de l’idée, sur lequel
nous avons fait quelques réserves. Cela étant dit, on devrait semble-
t-il s’en inspirer pour la rédaction de tracts, la présentation de docu¬
ments (expositions) et même la rédaction d’ouvrages qui, dans cer¬
taines collections dites de « haute vulgarisation », s’éloignent de
celle-ci sans éviter l’écueil de la « basse science ».
Ce qu’il faut éviter avant tout dans une œuvre de vulgarisation,
c’est de s’en tenir à ce qui peut flatter une curiosité étrangère à la
moindre parcelle d’esprit scientifique. On regrettera que des « collec¬
tions » soient exclusivement centrées sur le folklore ou les légendes,
sans le moindre souci de les relier à la réalité des faits. Ainsi lorsque
vous lisez un ouvrage intitulé « la vie de cette bête » et qu’en bio¬
géographie vous êtes attiré par des titres tels que « cette bête et son
herbe », votre curiosité scientifique est heureuse d’apprendre que
« ce pasteur » ne livre le pâturage que lorsque l’herbe est dépouillée
de sa rosée nocturne ; vous vous attendez à quelques conclusions
d’ordre physiologique. Et qu’apprenez-vous ? Que chaque goutte de
rosée contient un mauvais génie. Les plantes sont indiquées, mais
sous des noms vernaculaires enrobés de périphrases à allure poétique.
On ne reprochera pas à un auteur de choisir son sujet ni d’exposer
des préoccupations propres à son tempérament, mais on lui repro¬
chera de choisir un titre trop général pour satisfaire tous ceux qu’il
sollicite.
V. - La morphologie de la dégradation
Nous n’avons pas cantonné nos propos aux seules régions inter¬
tropicales. Nous ne le devions pas parce que l’histoire nous a mis en
présence de faits qui ont eu ou ont encore une portée mondiale. Nous
savons bien que la dénudation et par conséquent l’érosion prennent
leur plus grande ampleur dans les régions chaudes et pluvieuses ou
sèches et venteuses ; que la désertisation s’y aggrave de jour en jour ;
que les hommes ont une part très importante dans la détérioration
des sols. Mais nous avons appris que les responsables des méthodes
nocives se trouvaient sous tous les climats et dans toutes les races
humaines. La nature des climats et des sols interviennent comme
facteurs d’intensité. Si bien que l’ensemble de notre étude fait res¬
sortir deux faits essentiels : la continuité des valeurs de ces facteurs,
depuis l’inefficacité jusqu’à la dénudation et l’universalité des mé¬
thodes empiriques qui posent aux ethnographes le problème très
incomplètement résolu de leur coexistence dans des régions fort dis¬
tantes ou fort isolées les unes des autres, dont l’une des plus extraor¬
dinaires est celle de l’écobuage européen (au sens strict), en Assam,
comme nous l’avons vu. Nous ne sommes donc pas toujours aussi bien
renseignés que pour les processus finlandais et sud-africains de mise
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
205
Il est naturel que les Français se préoccupent de la terre qui
meurt en Afrique, mais elle meurt aussi sur bien des régions de
France et d’Europe qui, pas plus que le reste du monde, ne doivent
s’offrir ce que nous avons appelé « le luxe des incultes ».
Cette universalité de la destruction se traduit par une véritable
morphologie terrestre de la dégradation, qui prend cependant des
aspects propres à chaque processus : de l’eau, du vent, de la tempé¬
rature, du feu... Il existe même des variétés, parfaitement décelables,
de la détérioration. Nous avons vu que des paysages pouvaient être
influencés par un excès ou une carence de culture, un excès ou une
carence d’élevage, un excès ou une carence de forêt. Nous savons
même qu’un paysage pastoral peut refléter la présence des ovins, des
caprins ou des bovins.
C’est encore l’écran vert qui est le meilleur test de tous ces
aspects. Il devient ainsi l’auxiliaire le plus précieux pour le conserva¬
teur de la nature, à condition que celui-ci consente à en scruter 1 évo¬
lution progressive vers le climax, les conditions de stabilisation et
malheureusement aussi la régression vers la dénudation. Il pourra
intervenir alors au moment le plus opportun, choisi par lui, pour
aider une nature qui ne demande qu’à pallier les défaillances de
l’homme, pourvu que le biologiste soit enfin admis à dire son mot et
que ce mot soit écouté.
Brunoy, mai 1957.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
LEXIQUE
Ager Compascuus. — L ’ager publicus a été parfois compartimenté;
1 une des tenures adoptées en réservait une partie à la dépaissance :
c était 1 ’ager compascuus qui, par son origine, était un saltus de
conquête. Les abus ne tardèrent point à se produire, dont les plus
intéressants comme cause de rupture de l’équilibre agro-pastoral
furent l’empiétement du bétail sur les terres non réservées et la sur¬
charge de la partie réservée.
Ager Publicus. — Il s’agit d’un domaine, sans préjuger de la
vocation ou de l’utilisation des terres. Il provenait surtout de
conquêtes, véritable expropriation des vaincus, et aussi de legs. Au
iv" siècle avant J.-C. 1 ’ager publicus fut abusivement accaparé par
l’aristocratie romaine, ce qui amena une réaction des Pouvoirs Publics
qui promulguèrent les lois liciniennes (376 avant J.-C.). Il a disparu
à la fin du i' p siècle après J.-C., sous l’éphémère empereur Nerva
(96-98). Y a-t-il des survivants ? Osborn relate que onze Etats de
l’ouest des Etats-Unis sont « à terres publiques ». Mais elles com¬
prennent ager, saltus et sylva. Les abus dus à la surchage des pâtu¬
rages et à l’exploitation abusive des forêts entraînèrent la promulga¬
tion du Taylor Grazing Act (1934). Réminiscence des lois lici¬
niennes ?... Cette loi américaine se heurte à une résistance organisée
des usagers.
Agreste. — Voir Caatingas.
Andenes. — Au Pérou « terrasses héritées des Incas » pour
culture évitant l’érosion, selon R. et S. Waisbard.
Anthracophiles. — Nom, un peu désuet, des espèces qui appa¬
raissent sur les lieux incendiés. Généralement à éclipse. Exemples :
Géranium bolxemicum L., Arenaria modesta Dufour... On trouvera
aussi quelques études (disséminées) sur la colonisation des emplace¬
ments de meules de charbon de bois. Ce ne sont pas des pyrophytes
au sens strict, mais des colonisateurs d’un milieu nouveau (le char¬
bon), créé par la calcination du bois.
Argelas. — Argelias (de Ribbe, 1869, p. 32), Argielac (Darluc,
1782, t. I, p. 72, note a), Argelatière, Arjalasse, Argelasse, Argelie,
Argelouse, Argeléguière, Arjalaliero. — Peuplements de Légumineuses
Source : MNHN, Paris
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G. KUHNHOLTZ-LORDAT
arbustives ; lieux-dits qui sont ou furent riches en ces plantes. Syno¬
nyme : Génistières, ginestières.
Barrancos. — Ravins profonds à parois raides de la Cordillère
des Andes (Guatémala partie.) dans la lave volcanique (Morton).
Blukar. — Bande de petits arbres de la jungle et d’épais fourrés
que l’on n’a pas abattus pour la mise en culture. Malaisie (W. C.
Bush).
Bowai, (pluriel Bové). — Surface dépourvue de sol végétal sur
cuirasse latéritique. Manque d’aération, stagnation de l’eau. Les
plantes qui, rarement, peuvent y prendre pied, ont une résistance
particulière à l’asphyxie. La bowalisation est une forme ultime de
dégradation. (Trochain, 1940 ; Schnell, 1952). Si l’eau persiste une
prairie humide s’installe avec Loudetia arundinacea et il peut même
apparaître des Utriculaires, Droseras, Cyperus... Fouta Djallon, Li¬
béria, Côte d’ivoire...
Bush (Bush = buisson, fourré épais). — Sens analogue à celui
de scrub ; ainsi le Mulga-scrub et le Mulga-bush d’Australie sont tous
deux à la base d 'Acacia aneura (Mulga). Sall-bush, climax édaphique
de la végétation des terrains salants. A Madagascar : « formation
très xérophile, mais généralement dense, où la strate arborescente et
la strate frutescente, parsemées de lianes, sont souvent peu distinctes
l’une de l’autre (Humbert, 1927). La forêt du S.-O. de Madagascar
régresse, par assèchement, vers un bush secondaire, actuellement en
extension. Au Chari-Tchad, Aug. Chevalier (Mission 1902-1904),
reconnaît un « bush ou savane claire », d’origine pyrophytique. Pour
Aubreville (1949, p. 256), le bush est une formation « fermée » ar-
bustive monostrate et le scrub, également fermé, ne comporterait que
des ligneux plus bas (arbrisseaux et sous-arbrisseaux). Bushveld =
savanes plus ou moins épaisses, avec peuplement clair d’épineux,
mélangé de quelques arbres à feuilles larges disséminés (Aubreville,
1949, p. 284) au Transvaal.
Caatingas (= Catingas Auct. mult.). - « Bois rabougris ouverts
et formés d’arbres à feuilles caduques pendant la saison sèche et
quelques sempervirents » (Cabrera). Végétation serrée de Cactées et
Mimosées épineuses (Bouillenne) . En réalité on trouve ce nom dans
la littérature descriptive, l’appliquant à des formations ligneuses de
composition diverse. Formation à Pignon d’Inde ( Jatropha curcas L.),
selon Aug. Chevalier (1935, p. 848). Sobrino (cité in Chaminade,
1956), divise les caatingas en deux sous-régions : VAgreste, à climat
subhumide (500-900 mm de pluie) et le Sertao, à climat subdésertique
(300-600 mm, mal répartis).
Cardonales. — Formation à base de Cactées. Côte aride du Vene¬
zuela (Cabrera), versant occidental des Andes, entre 1.500 et 3.000 m
ait., Pérou, Prepuna argentine.
Chacra. — « Coin de forêt que les Indios défrichent en brûlant
des arbres ; ils cultivent ensuite les clairières. Lorsque la terre est
épuisée, ils vont un peu plus loin ; la forêt repousse entre temps, et ils
peuvent revenir quelques années plus tard au même endroit », p. 92.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
209
Il s’agit de la tribu de Chamas désignée couramment sous le nom
de « los salvajes » (les sauvages) en Bolivie, bassin ouest de l’Ama¬
zonie (Lelong et Lancrey).
C’est, par les Indios d’Amérique, le système de la jachère fores¬
tière africaine.
— Parfois, une chacra devient un centre d’habitation. « Par ex. :
Il est probable que l’origine du village indien de Pacchilla (chez les
indiens du Pérou) est une chacra défrichée au début par quelques
indiens, devenue ensuite un pôle d’attraction » idem p. 209.
— Dans les recommandations faites aux jeunes époux de la
même région il est dit (ce sont des recommandations orales) à la jeune
femme : « tu dois obéir à ton mari, le suivre partout. S’il va à sa
chacra tu dois l’accompagner et l’aider dans tous les travaux de la
terre », p. 218.
Chaîne Alimentaire. — Voir : Food Chain.
Chaparral (Chapparral) = « Broad sclerophyll végétation ». —
Californie : chaîne côtière méridionale et montagnes du Sud. Espèce
la plus répandue : Adenostoma fasciculation (sic). Passe vers le nord
subhumide, insensiblement, à la forêt de Conifère.
On trouvera une bibliographie du chaparral in : McGinnies typo
UNESCO, Paris 5 Déc. 1952 : Travaux de Cooper, Plummer, Cléments,
Weaver, Bauer...
Chaumes. — Pelouses à Graminées. Dans les Hautes-Chaumes des
Vosges les tribus de pasteurs alsaciens ou lorrains (les « marcaires »)
allaient, de concert avec les « chaumistes » (fermiers des chaumes)
pratiquer les « breulées » ou incendies de pelouses. Ils pratiquaient
aussi le « surcenage » ou annélation des arbres de lisière, plus
facilement attaqués par la flamme, au profit du saltus. Réprimée en
1573 ; l’interdiction fut levée au début du xvii* siècle. (Pierre Boyé).
Colline. — Nous n’insisterons pas sur le sens de ce mot en
géographie physique. Nous retiendrons par contre qu’en Provence, il
« implique tout autant que l’idée de relief, celle de forêt dégradée et
de pacage désert » (Dion), sans doute parce que les pinèdes proven¬
çales sont des boisements substitués aux forêts de Chêne détruites et
sont elles-mêmes envahies par le troupeau ( saltus boisé).
Cuajiotales. — Formation à base de plusieurs espèces de Bur-
sera. Mexique méridional aride (Cabrera).
Cuirassement. — Induration des hydroxydes entraînés par les
eaux de percolation et concentrés à certains niveaux (cuirasses). C’est
un phénomène différent de la latérisation. Signe de drainage insuffi¬
sant des plaines basses dominées par un relief riche en hydroxydes
que l’érosion entraînera (Maignien).
Defens, défends, défense. — Un peuplement forestier est mis en
défens lorsque l’accès du bétail lui est interdit. Orthographie diverse,
issue de defendere ou de defensus. In Littré : « La garenne est de
défense tant pour la chasse que pour la pesche et le pascage ».
Deshicrbage. — Nous avons étudié surtout le désherbage au feu.
Mais on distingue en outre : le clean weeding qui porte sur tout le
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. IX. 14
Source : MNHN, Paris
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G. KUHNHOLTZ-LORDAT
tapis végétal installé entre les plantes cultivées (favorables à l’éro¬
sion) ; le select weeding qui ne porte que sur les plantes jugées les
plus nuisibles (employé dans le système Birkmose).
Encinares. — Appelation espagnole des peuplements de Chêne
vert en Afrique du Nord (Boudy 1950 Economie forest. N. Africaine
vol. II, 1, p. 352).
Espinares, Espinales. - Formation de végétaux épineux, xérophiles
du N. W. de l’Argentine. Origine climatique selon Schnyder. Appa¬
renté au « Matorral » du Mexique. Prédominance de Mimosées, Césal-
piniées (Légumineuses). Forêt détruite des versants de collines de la
Côte vénézuélienne (Cabrera).
Essart, lieu rempli de broussaille (Bescherelle 1861). —
Esserts, Issart, Sart, Sartints des Pyrénées, Issard, Xard, Xé, Xeij, Xay.
Exartus, exsartus, exarlarias. Essartage, issartage, essartemenl =
enlèvement des broussailles (exartare, essarlare). Le sartage était la
culture de céréales dans le taillis à chaque coupe (taillis sartéj avec
brûlis des produits coupés. Le Sartor était l’ouvrier qui enlevait la
végétation spontanée (sarcleur).
Estive. Lieux de pacage estival (Pyrénées). -— Certaines estives
(vallée d’Ossau) sont en indivision communale. Voir H. Gaussen 1953
qui a résumé les nombreux articles parus dans les Annales de la fédé¬
ration pyrén. d’écon. montagnarde.
Fire Climax. — Cette expression « climax du feu » est parfois
employée. Elle nous paraît aussi inopportune — ou inutile — que
celle d’« érosion humaine ». Ce sont là des manifestations de la dété¬
rioration du tapis végétal par des actions néfastes de l’homme. Pour
nous, le feu est impuissant à stabiliser une végétation ; il déclenche
toujours une régression, ce qui est difficilement conciliable avec la
notion de climax. Enfin ce sont là des expressions dangereuses parce
que séduisantes pour des vulgarisateurs insuffisamment avertis des
processus phytodynamiques.
Food Chain. — Les zoologistes donnent ce nom à l’ensemble des
animaux qui dépendent les uns des autres pour leur nourriture (food),
les uns étant des proies, les autres des prédateurs. Ils appellent
« niveau alimentaire » celui où le prédateur trouve sa proie : les auto-
trophes chlorophylliens sont le niveau alimentaire des hétérotrophes
herbivores, eux-mêmes niveau alimentaire des carnivores. Le niveau
supérieur d’une chaîne est celui de l’être qui n’est jamais une proie
(Phoques du pôle Sud...)
Cet aspect trophique se retrouve chez les végétaux, sous une autre
forme, par la lutte souterraine pour l’absorption minérale, et sert de
base à la technique des assolements, des engrais...
Forêt-Parc (= Parkland). — Physionomie de parc, naturelle.
Frontière, Front. — Ligne idéale jalonnée par les postes divers
les plus septentrionaux de l’Amérique du Nord. A joué un grand rôle
dans la déforestation du Canada (Grey Owl 1937, XIII, Note 1).
Fruticée. — Terme commode pour désigner une formation végé¬
tale frutescente (du latin frutex, fruticis : arbrisseau, rejet). C’est
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
211
videmment une végétation arbustive ou buissonnante, ligneuse. En
ustralie Beadle (1945) a décrit des fruticées à Eucalyptus divers
soit comme climax édaphique, soit comme climax climatique.
Garrigue (Garigue). — Etat régressif d’une forêt méditerra¬
néenne dont le climax était une Chênaie ( Quercus ilex, Q. pubes-
cens...). Pauvreté en humus( émergence de roches calcaires, extension
nu Quercus coccifera ou Kermès d’où proviennent les toponymies :
ffarrigo, garroulia, garnis, garric, garrigue, lagarrigue. Certains auteurs
°nt considéré, malgré l’usage, que le double r n’avait qu’une valeur
Phonétique méridionale.
Genistière. — Voir Argelas.
Harmattan. — Vent sec soufflant du désert vers le Sud en
Afrique tropicale et causant le dessèchement mortel des lisières
forestière. Selon Aubreville il pourrait devenir un agent impor¬
tant de désertification pour peu que ses périodes d’activité se prolon¬
gent.
Ichali. — Terme caraïbe désignant une parcelle déforestée pour
la culture, épuisée et abandonnée après trois ans. Ce nomadisme cul¬
tural est encore en usage chez les « francs caraïbes » de la Réserve de
Salibia à la Dominique. Il est très curieux que la végétation qui se
réinstalle sur le lieu défriché demeure la propriété du défricheur tant
qu’il en recueille quelque profit. (Le Toumelin )
Jachère. — Dans le Sikkim, région de Lachen, les habitants
« vivent l’hiver à 2.800 m. d’altitude, cultivant leurs champs à 4.000 m.
et même plus haut ». « A Thangou on rencontre les dernières parcelles
cultivées. Le mode de culture est d’une extrême simplicité. Pour un
champ cultivé, trois champs en jachère. Tous les quatre ans, à tour de
rôle, les champs sont ensemencés avec des pommes de terre et, même
à cette altitude extrême, les récoltes sont encore satisfaisantes. »
E. Schaefer, p. 46.
Kraal. — Lieu de garde du troupeau rassemblé aux abords des
habitations pour le soustraire aux attaques des bêtes fauves (chacals
du Veld par ex.). C’est aussi un ager, dont les parcelles ont été défri¬
chées sur la végétation naturelle (Afrique du Sud).
Ladang. — Culture sur jachère avec apport préalable de matière
organique brûlée sur le champ (Malaisie).
Lobola. — « Il fallait que certains abandonnent leur terre pour
qu’on y plante des arbres, et d’autres pour qu’on en fasse des pâtu¬
rages. Et le plus difficile serait d’abolir la coutume du lobola selon
laquelle un homme paie tant de têtes de bétail pour sa femme, car cela
incitait les gens à entretenir trop de bétail et à compter leur fortune
par têtes de bétail, si bien que l’herbe ne repoussait plus. »
Alan Paton.
Lomas. — Végétation péruvienne qui se développe périodiquement
(éphémérophytes) sur les hauteurs baignées de brume marine pendant
les mois d’hiver. Annuelles ou à organes de conservation souterrains
(géophytes). Les vivaces à frondes aériennes y sont rares (Cabrera).
Mallee. — Scrub à Eucalyptus nains, voir Scrub.
Source : MNHN, Paris
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G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Mata (Matta). — Forêt tropicale dense. Cette forêt vierge [Molla
oirgem) a été défrichée au Brésil pour la culture de la Canne à sucre
(Pluviosité 1200-1800 mm.). On a conservé le nom de Mata à cette
large zone de culture qui s’enfonce jusqu’à 300 km. dans les terres,
depuis la côte, principalement dans le Nord-Est (V. Sobrinho cité in :
K. Chaminade, Cahiers des ingénieurs agronomes 1956, n° 109,
p. 24-27).
Matorral. — « Maquis épineux » à Mimosas, Jujubiers... et
arbustes à feuilles coriaces. Végétation xérophile du Sud du Mexique
(Cabrera). Apparentée physionomiquement aux « espinares ».
Mayen. — Pâturage « de Mai » dans la vallée supérieure du
Rhône. Situé au-dessous de l’alpe (pâturage de sommet) ; libre de
neige à la montée vers l’alpage et à sa descente, il constitue un relais
printanier dont la position, variable, est déterminée par le climat local.
Melezein. — Forêt de Mélèze. (Ixirix decidua Mill.).
Mesologie. — « Science des milieux ou étude des modes d’action
des milieux extérieurs sur les êtres organisés. Mot créé par Bertillon
in : Dict. de Médecine de Littré et Robin, 12° Ed. » (Fiche personnelle
aimablement communiquée par Jean Motte).
Mesta. — « Puissante corporation d’Espagne, créée au xiv* siècle
par les propriétaires des troupeaux de Castille, Léon, Estrémadure.
Abolie en 1836 seulement. Elle a joui de privilèges exorbitants sur les
autres provinces où elle augmentait l’étendue de ses pâturages par ses
bergers incendiaires... « Il ne faut pas traiter le Portugal avec autant
de sévérité. Les ravages des bergers y furent moindres et il faut tenir
compte du fait que les pasteurs Maures en furent expulsés deux siècles
et demi plus tôt ». G. K.-L., Terre incendiée 1938, p. 206.
Montados. — Grandes propriétés du Portugal où l’ager comprend
un assolement propre, variable, et une culture (avec labours) de Chêne
liège.
Monte. — « Brousse faite de touffes d’arbrisseaux, sur les avan¬
cées de la grande forêt ». Bouquets de bambous très denses, ananas
sauvages — indique une ancienne présence de l’homme — soit sur
culture abandonnée, soit sur saltus du type potrero (voir ce mot).
Nord Mexique (Morton). « Le monte argentin = brousse d’arbustes
épineux et de cactées (Aubreville, 1949, p. 38).
Le Monte est également une province de la République Argentine.
Morichales. — Peuplements de palmiers moriche (Mauritia fle-
xuosa). Zones basses et marécageuses du bassin de l'Orénoque (Vene¬
zuela, Grelier 1954, p. 84, 86).
Mort-Bois. — Plantes ligneuses qui, dans une forêt, ne sont pas
destinées à devenir des essences exploitables.
Motou. — Partie légèrement surélevée et boisée d’arbustes et
arbres divers, entre l’océan et le lagon des îles coralliaires. Biotope de
nidification de milliers d’oiseaux (motou-volière). Plantation de coco¬
tiers après débroussage. Chaque motou isolé a un nom indigène (Motou
rahi, motou iti... sur l’atoll Anouraro des Iles Tuamotou), (R. Pomel,
A. Nègre 1956).
Source : MNHN, Paris
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Mouki. — Sorte d’écobuagc au Cameroun (Guilloteau).
Mulching = procédé employé pour protéger le sol en le recou¬
vrant de matières organiques diverses : fumier, litière, tourbe, papier.
Le procédé et le nom ont été ensuite étendus à tout recouvrement,
(laine de verre par ex.). Action bienfaisante = maintien de l’humidité,
régularisation de la température, maintien de la structure du sol, lutte
contre l’érosion.
— Le stubble mulch est un ameublissement du sol tout en
laissant la couverture en place (charrues sous-soleuses par ex.) ; cela
pour éviter l’érosion.
Mulgas. — Scrub à Acacia aneura. Voir Scrub.
Œkoumene. — Etymologiquement : la terre habitée (cîxsuwivïj,
Ecrit aussi : écoumène.
Openfield. — Littéralement : champ découvert. Les parcelles
sont très allongées, souvent étroites (parcellaire dit « en lanières »),
les clôtures sont généralement absentes. Disposition favorable à un
équilibre agro-pastoral par la vaine pâture plus aisée. Les causes de ce
parcellaire sont multiples (topographie, modes de culture, structure
sociale...)
— La disposition des parcelles en lanières n’est pas propre à
l’openfield. On la retrouve très fréquemment dans les forêts, provo¬
quée par le partage des biens entre héritiers.
Ourman Noir. — Voir Taïga.
Paraclimax. — Végétation plus ou moins stabilisée mais dérivée
par régression d’une végétation climax naturelle avec une composition
floristique modifiée pouvant lui imprimer une physionomie différente.
Exemple donné par Auguste Chevalier (1937) : « La forêt d’Yeuse de
Provence et de toutes les parties basses de la région méditerranéenne
constitue-t-elle un climax c’est-à-dire une forêt primitive (Quercion
ilicis de Br.-Blt) ? Nous ne le pensons pas. C’est tout au plus un para¬
climax ».
Parkland. — Voir Veld.
Pédologie. — Le vocable « pédologie » a deux sens. Le plus
ancien a pour étymologie le mot grec païdeia (^TcaiSsut) qui veut dire :
éducation des enfants. Le plus moderne, a pour étymologie un autre
mot grec, pédon (xèrcéSav) qui signifie : la terre. Il a le don de faire
grincer les dents des hommes de lettres qui le trouvent mal forgé et
prêtant à confusion. Il est pourtant comme tant d’autres mots, même
mal forgés, consacré par des hommes de science qui s’en accommodent
fort bien. A vrai dire, il n’est jamais avantageux, surtout pour la
science, de créer un vocabulaire ambigu ; mais il faut pour cela avoir
à sa disposition des synonymes de rechange. Il existe, dans l’extrême
richesse de la langue grecque, un mot dont le sens parait voisin :
edaphos (tsBassç) ; les Français le traduisentaussi par le mot sol mais
en lui donnant le sens plus abstrait qui lui convient : le sol de la
patrie, par exemple. Un seul mot pour deux idées en français ; deux
mots pour deux idées en grec. C’est pourquoi, dans beaucoup d’ou¬
vrages consacrés à l’évolution des terres issues de la décomposition
Source : MNHN, Paris
214
G. KIHNHOLTZ-LOKDAT
des roches les auteurs font souvent suivre le mot « sol » d’une
parenthèse : (au sens pédologique) ; ce qu’il faut traduire : au sens
pedon et non au sens edaphos. Cela exclut la possibilité de substituer
édaphologie à pédologie. Malheureusement certains auteurs ont forgé
le mot edaphon dans un sens biologique impliquant l'ensemble de tous
les êtres qui vivent dans ces terres et contribuent à leur évolution ;
cela, par analogie au plancton qui est l’ensemble des êtres occupant la
partie supérieure des eaux. D’où nouvelle confusion.
Les agriculteurs sont responsables d’une autre confusion : ils
emploient indifféremment les mots sol et terre. Le sol, au sens pédolo¬
gique, subit ou a subi une évolution dont les tests physico-chimiques
sont en place. Lorsqu’un agriculteur dit que son sol est ingrat, il parle
de la partie soumise aux façons culturales et que l’on désigne
couramment comme « terre arable » ( arare = labourer). C’est
pourquoi une « terre » est une roche désagrégée qui a subi des rema¬
niements, naturels ou artificiels, qui ont interdit son évolution
pédologique. Aussi convient-il, pour la science pédologique, d'employer
toujours le mot sol dans son sens évolutif. Cette distinction a été mise
en évidence par les travaux d’un pédologue français de Nîmes,
Paul Marcelin. Elle est indispensable du point de vue scientifique.
Comme la science du sol est en pleine élaboration, les hommes de
sciences sont bien obligés de s’accommoder d’un vocabulaire qu’ils
n’ont d’ailleurs pas la prétention de considérer comme définitif.
Les hommes de lettres, lorsqu’ils se penchent sur des problèmes
scientifiques devraient être prudents, sinon indulgents, à l’égard de
ceux qui se heurtent aux problèmes de la vie. Quel que soit un langage
consacré ou non par l’usage, ils n’ont pas raison de sortir de leur
atmosphère littéraire pour porter des jugements qui autorisent à
mettre en cause leur instruction générale. Par exemple celui-ci, paru
dans Le Figaro du 21 septembre 1956 : « Je suivis par la pensée ces
échantillons de notre terre de France que les pédologues emportaient
aux quatre coins de l’Europe pour les analyser et les étiqueter et
j’admirais que tant de connaissances, de soins, de temps, d’argent
puissent encore, à notre époque de fer, être consacrés à une science
si parfaitement, si admirablement, si délicieusement inutile ». Cet
aveu est signé : « André Billy, de l’Académie Goncourt ».
Nous signalons que la pédologie est souvent d’un grand secours
pour la protection raisonnée de la nature. Sinon des lettres.
Pindan. —- Voir Scrub (Australie).
Porali. — « Jungle brûlée par endroit, où ne se trouvent que des
souches, des buissons, des roseaux denses, sans feuilles » (G. Bertrand
1956, p. 226). Assam.
Potrero. — Formation végétale buissonnante où paissent les
troupeaux de gros bétail. C’est un saltus qui peut retourner à la forêt
ou à la culture (par défrichement au tracteur). Etendues immenses.
L’auteur cite le potrero Madré mia « immensément vaste », compre¬
nant plus de mille caballerias (caballeria = unité agraire de 15 hec¬
tares environ) ; habitat préféré du serpent à sonnettes ; buissons
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
215
— acacias épineux, inimosées. Le potrero se défriche au tracteur pour
y faire des cultures (Morton).
Prairie. — Aux Etats-Unis ce nom a pris un sens géographique
dû a la localisation des terres noires, très riches en humus accumulé
par un tapis herbacé. C’est là que, sur défrichement, sont obtenus
des rendements records en maïs. (Indiana, Iowa...).
Presles = formation de boues aux dépens de la roche mère
crayeuse dans le bassin de Paris (Malterre).
Queima, Quemar. — C’est la mise à feu de toute végétation arbo¬
rescente sur pied ou abattue entravant l’élevage des troupeaux, elle
provoque les repousses tendres ou paille bonne (paja brava) pour leur
nourriture. Elle chasse les animaux nuisibles et les esprits maléfiques.
Ce sont les indios de l’Amérique du Sud qui ont adopté cette pra¬
tique aux mois les plus secs et à la faveur des alizés.
Actuellement les Pouvoirs Publics du Venezuela mènent une vive
campagne contre ces incendies, par tous les moyens (journaux, avis,
radio, etc., mais ils demeurent évidemment inefficaces pour l’Indien
illettré (Waisbard, 1954).
Savane. — Expression physionomique, mais diversement inter¬
prétée par les auteurs. Il y a toujours un tapis herbacé de Graminées
ou de Cypéracées, qui entrent en repos à la saison sèche (il est alors
très inflammable). Il est souvent difficile de savoir si la formation
est primaire (originelle) ou secondaire (due à des interventions
humaines).
Savane édaphique. — Due à la nature du sol, qui empêche toute
évolution vers la forêt.
Savane climatique. — Le climat s’oppose à une évolution vers
la forêt.
Savane post-culturale. — Installée sur culture abandonnée. Elle
a alors un caractère transitoire et peut évoluer vers la forêt.
Savane pyrophytique. — Créée et maintenue par les feux des
indigènes.
Savane arborée. — Piquetée d’arbres. Selon Humbert on devrait
réserver le mot « savane » à cette formation et celui de « prairie »
à la formation uniquement herbacée.
Savane à... — On désigne souvent la formation par une espèce
dominante (S. à lmperala arundinacea, S. à Penniselum purpureum...).
Savane-garrigue (Trochain, 1940, p. 164, 187). — Riche en formes
écologiques dues au broutage, substituée aux peujilements d 'Acacia
raddiana (Sénégal).
Le problème des savanes est double :
1° leur définition :
physionomie ;
floristique ; accord sur la nécessité d’un tapis graminéen
(sinon steppe).
2° leur origine :
climacique ou secondaire.
Discussion encore ouverte. Problème posé par Aubreville
Source : MNHN, Paris
216
G. KUHNH0LTZ-L0RDAT
1949, qui serait pour une origine secondaire. Il avait émis des
doutes antérieurement il rectifie par l’affirmative en 1949 •
« la savane à graminées n’est pas un climax », p. 321.
« Le mélange du boisement clair et de la savane à grami¬
nées est un effet des feux annuels de saison sèche, combinés ou
non avec des défrichements », p. 321.
Scrub. — Tout ce qui est broussaille. Terme uniquement physio-
nomique. Mulga-scrub : En Australie, dominance d 'Acacia aneura
(Mulga) avec d’autres plantes sclérophylles arbustives (Eremophila,
Dodonaea, Cassia...). Scrub-sauane : c’est la savane herbacée armée de
petits arbustes ; désignée sous le nom de « pindan » en Australie,
homologue tropical du Mulga-scrub aride. Mallee-scrab : formation a
base d’Eucalyptus rejetant de souche associés à un grand nombre d ar¬
bustes sclérophylles (Australie). Pour ces formations australiennes voir
Davies (Gr.-J.), 1952. Scrub épineux-Florida scrub : fourré épais, peu
sensible à la flamme, à feuilles humides (Webber) ; voir aussi : bush.
Sertao. — Voir Caatingas.
Solonetz. — Terrains de grande érodibilité, formée aux dépens
des marnes salifères du miocène (en Algérie partie.). Fentes impor¬
tantes de retrait en se séchant. Les eaux de pluie pénétrent par ces
fentes et provoquent des glissements (J.-H. Durand).
Steppe (le ou la suivant les Auteurs). — Il est difficile de s’y
reconnaître dans les opinions subjectives émises au sujet de ces
« physionomies » végétales. Cela tient à ce que l’on discute sur leurs
origines, primaire (climatique, édaphique) ou secondaire (pyrophy-
tique...) et qu’il est par conséquent encore impossible d’établir d’utiles
comparaisons entre elles (homologie). Pour Aubreville (1949, p. 256),
la steppe se distingue de la savane par l’absence ou la rareté du tapis
herbacé. D’autres admettent la présence des Stipa, des Artemisia (her¬
bacées). Pour Cabrera la formation est ligneuse dans le Chaco et la
Puna andine. Il est vrai que l’on signale tous les intermédiaires
possibles entre tous ces aspects, toujours « ouverts ». On a cependant
parlé de « Steppe boisée » ou « formation forestière steppique ».
Pseudo-steppe. La vraie steppe serait définie en Russie. En Afrique les
formations qui, physionomiquement, la rappellent sont des fausses
steppes selon Trochain (Sénégal).
Système Birkmose. — Mise en valeur des régions non défrichées
par les plantations de caoutchouc. Abattage et brûlis pour permettre
les opérations nécessaires. Défrichements de Shangaï Pahang par
Birkmose (Van Hall 1933, partie., p. 316, note 1).
Système de Reinius ou de Tyrnaua. — Mise en valeur des marais
et prairies inondées. La surface est égalisée à la pelle ; on étale du
terreau et de l’argile obtenus des larges fossés de drainage. On sème
au début du printemps. L’opération est parfois précédée d’un brûlis
(Grotenfelt).
Tacuarales = bambusaie (tacua = bambou). — Au Paraguay on
faisait la culture directement sur abattis, sans incendie mais après
enlèvement des branchages (Bertoni M.-J.), 3' Ed. « Ex sylvis » 1926.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
217
Traduction dactylogr. de G. Lobsiger) « El rozado sin quemar » (le
défrichement sans incendie).
Taïga. Forêt qui horde le Sud de la Toundra. Courte saison
sèche (pendant laquelle sévissent des incendies). Vocation uniquement
forestière. Sol de podzol. « La blanche taïga s’étend à perte de vue,
parfois remplacée par l’Ouraman noir, forêt vierge de Conifères
(P- 15)... De place en place on remarque des surfaces bridées, témoins
de ces terrifiants incendies qui, tous les ans, détruisent d’immenses
étendues de forêts dans ces régions perdues et qui saturent alors l’air
d’une fine poussière de charbon de bois ». (J. Velter 1951, p. 15).
Tegalans. — Terrains en pente occupés par une végétation buis-
sonnante. Mise en culture par coupe, incinération, essouchement s’il ÿ
a lieu et consolidation du terrain. Rotation riz-broussaille (Java) (S.-V.
Simon).
Terra Roxa. — En réalité terre d’un rouge violet, due à la
décomposition des roches basaltiques (Brésil). Terre de choix pour le
café sur défrichements forestiers.
Thong. — Bois de pin (genre Pinus). Indochine (Aubreville 1949,
P- 30).
Tire-et-Aire (tire-aire). — « Coupe unique de tous les sujets
sauf 20 à 40 par hectare, qui sont conservés çà et là comme réserves
destinées à passer une deuxième révolution au milieu du nouveau
Peuplement et à former des graines et du bois de fort calibre » (Brut-
tini, Dict. de sylvic. 1930). « Couper les bois à tire et à aire, les couper
entre les lisières marquées, en ne laissant que les arbres de réserve et
sans choisir çà et là » (Littré 1956), les coupes à tire et à aire ont
été réglées pour la première fois par l’ordonnance de Melun de 1376
(Max Sorbe, T. II, 2” partie, p. 663).
Tougass Forest. — Forêt dense de l’Alaska, riche en bois de
papeterie. Les meilleurs de ces bois sont dans File de l’Amirauté. Mais
l’Auteur ne dit pas de quelles espèces il s’agit, (Jay-P. William).
Touyas. — Dans le Béarn, le Pays basque, c’est un saltus à base
d’ajonc (touya), de bruyères, de Fougère-Aigle, dérivé de la Chênaie (Q.
pedunculata, Q. Toza ou des Hêtraies par des pratiques incendiaires
(Parot, Gaussen, Salvador...). In Dauzat : « Toju. toja, genêt sauvage »
Usclade. — Végétation incendiée ( usclada, Dict. provençal
d’HoNNORAT), dégénérant hors des limites désirées, sous l’action du
vent. Toponymie importante ( usclats, usclade...).
Velu (= formation végétale). — bush veld = veld buissonneux ;
succulent veld = formation de plantes succulentes. Grass veld = tapis
herbacé. Le veld non dépourvu d’arbres constitue le « parkland ».
Thorn veld : veld épineux (Acacias). Tree veld : veld boisé (à Protea,
à Baobab).
Nota. — Le Veldt de Belgique est une lande à Bruyères, souvent
boisée en Pins (Goblet D’alviella 1927, I, p. 417).
Vleis. — « Dépressions inondées périodiquement sans arbres »
(Aubreville 1949, p. 70). Sur les plateaux mal drainés en Rhodésie
du Sud.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
BIBLIOGRAPHIE
II est d’usage, actuellement, d’adopter un certain ordre dans la liste
des ouvrages cités ; par exemple : Ouvrages généraux, ouvrages se rappor¬
tant à tel ou tel sujet, cartes, archives, etc. Ou bien de faire suivre chaque
chapitre de sa propre bibliographie.
Cela nous a paru impossible à réaliser parce que les ouvrages cités
traitent de sujets multiples difficiles à dissocier sans fastidieuses répé¬
titions.
Nous avons tourné la difficulté en mettant les références d’auteurs
dans le texte, renvoyant à la liste des auteurs. L’usage que nous avons fait
de la pensée des autres nous paraît ainsi mieux précisé.
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renseignements qui pourront être mis à profit pour « la conservation
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Paru après la rédaction de notre présent Mémoire. « Actuel¬
lement l’Afrique du Nord est dans une période de rhéxistasie,
dont témoignent les débits solides des rivières, due principalement
à l’action de l'homme qui cultive imprudemment les montagnes,
et les pentes fortes empêchant ainsi à un nouvel équilibre de
s’établir. »
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Ce point de vue du transport des éléments solides (= débit
solide) est capital pour la zone d’accumulation (alluvions, collu-
vions) et par conséquent la recolonisation de la végétation qui
varie qualitativement suivant la nature des matériaux déposés.
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Toulouse dirigé par le Professeur H. G. seraient à inclure dans notre
bibliographie. Retenons pour les Pyrénées :
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— Les caractères de la forêt pyrénéenne (conclusion).
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« On a jadis proposé de mettre en défens les pâturages pen¬
dant de nombreuses années. On ne réussirait qu’à les encombrer
de broussaille ».
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Voir aussi : Pavari (A.) = Commentaires sur ces travaux. Arc h.
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ritoires à vocation agricole, pastorale, forestière comme prospec-
tion préalable à toute réglementation.
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avons fait un essai qui a failli tourner à la catastrophe... Mais je suis
persuadé que s'il avait à diriger une nouvelle équipe de débrousseurs, il
n’hésiterait pas à recourir au feu. C’est un expédient qui plaît aux indi¬
gènes et satisfait h la fois leur manque de persévérance dans le travail et
leur tendance enfantine à détruire rapidement ce qui les gêne, sans s’attar¬
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source d’humus, d’eau et de vie, mais que la mort menace par la
surcharge humaine et animale (p. 9).
— La forêt, ce n’est plus seulement le passé, c’est l’avenir du
Maroc moderne et c’est le premier espoir de la conquête du désert
voisin (p. 12).
ttiniiE (Ch. de). — On lui doit les ouvrages suivants, fondamentaux pour qui
veut comprendre les us et coutumes de la France méditerranéenne et
y trouver l’explication de la végétation actuelle : garrigue à Kermès
(garnis). Eyssartage, petit feu d’hiver, sartage à feu courant, usclade,
taillade, feux pastoraux.
~~ 1857. — La Provence au point de vue des bois, des torrents et des inon¬
dations avant et après 1789 ; Paris, Guillaumin, 206 p.
1858. — Le correspondant t. XLIII, 25 mars, p. 404-435.
- 1865. — Rev. agric. et foresl. de Provence, p. 1 sq.
- 1866. — idem, p. 201-213.
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Roberty (Guy), 1933. — Au sujet de l’Alfa et de quelques plantes affines.
Rev. bol. appl., Assoc. Colonies-Sciences, Avril.
Feux pastoraux.
Roiiyns (W.). — Toute l’œuvre est à méditer. Nous l’avons souvent cité dans
le corps de l’ouvrage. On sait que ses vues sur les feux de brousse
ont donné lieu à discussion (colloques divers). On se référera plus
spécialement, pour les justifications bibliographiques du présent
ouvrage à :
- 1930. — Rev. quest. scient. XVII, p. 260-299.
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Rev. bot. appl. 1937. n° 190, p. 465-468 par Aug. Chevalier.
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D’après cet Auteur, descendant de gentilhomme verrier, les
dégâts causés par cette industrie ont été très exagérés. Un exem¬
plaire se trouve aux Archives départementales de l’Hérault.
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la culture entre le fleuve Onega et la Carélie).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
INDEX ALPHABÉTIQUE
L'index ne contient ni les termes du Lexique, ni ceux de la Bibliographie.
A
Pages
Abattage .
Abies alba . 120,
Abies pinsapo .
Abris collectifs .
Abyssinie .
Acacia giraffae .
— harpophylla .
— hebecïadoides . 47,
— macrostachya .
— raddiana .
— senegal . 60,
Acanthacées .
Acanthis .
Accessibilité .
Acer insigne .
— saccharum .
Achard .
Aciachne .
Adamantidis .
Adenota Kob thomasi .
Ae/uropus littoralis .
Affouage .
Afrique du Nord. 11, 43, 59, 61,
77, 88, 102, 110, 113, 187,
Afrique du Sud. 28, 52, 60, 106,
112, 136, 185,
Afrique équatoriale .
Afrique occidentale .
Afrique orientale . 35,
Afzelia .
Age absolu . 34,
Age relatif . 34,
Agcorgetonomie.
Ager .49,
77
108
145
60
187
116
123
107
53
60
144
53
149
191
60
144
169
191
146
78
137
96
137
136
84
Pages
Ager compascuus . 52, 205
Ager publiais . 52, 205
Agropyrum . 43
Agropyrum junceum . 172
Aigoual (Mont) . 115
Aire de dissémination . 71
Aire de présence . 71
Alang-Alang . 43
Alaska. 117, 196
Alchornea cordifolia . 32
Alfa . 43
Algérie. 38, 74, 97, 98, 113, 114, 193
Alizés . 187
Allavena . 3
Allemagne . HO
Allier . 97
Allouard . 40, 164
Alnus glutinosa . 142
— viridis . 175
— suaveolens . 175
Alpes . 124
Ai.viella (G. d'). 101, 105, 107,
119, 164
Amans (Ch.) . 200
Amazone . 181
Ambiance forestière. 70
Ambre (Montagne d’) . 114
Amérique Centrale . 125
Amérique du Nord . 127, 168
Amérique du Sud. 52, 104, 106,
136, 201
Ammodorcas clarkei . 123
Ammophila arenaria . 22, 172
Amorpha fruticosa . 143
Anatolie . 71
Andalousie . 60
Ândenes . 185
Andes . 136
Mémoires bu Muséum. — Botanique, t. IX.
Source : MNHN, Paris
242
O. KUHNHOLTZ-LORDAT
Pages
Pages
Animaux sauvages . 115,
Anjou . 1, 3,
Annam . 114, 148,
Annélation. Voir : dessevage.
Anogeissus .
Anomalurus neavei .
Anterieu .
Antilles. 38, 48, 53, 97, 109, 152,
Arabie .
Arbos .
Arbutus unedo . 39,
Ardennes . 1, 3, 98, 101,
Arenbs (J.) .
Arganier. 11, 60, 74,
Argentine (Rép.) . 28, 43,
Aristida .
Arizona .
Arkansas .
Artemia satina .
Artigue .
Arundinaria .
Asie .
Asperula odorata .
Assam . 91, 114, 128,
Association végétale ■. 21, 23,
Asturies .
Attila (Ahmet) .
Aubert de la Rue .
Aubreville. 40, 42, 54, 60, 68, 69,
70, 71, 72, 86, 91, 112, 114, 116,
149, 161, 168,
Aucumea klainiana .... 46, 153,
Australie .... 56, 61, 71, 95, 107,
Autarcie.76, 81,
Autécologie.
Auten (J. T.) .
Auto-protection . 68,
Averill .
Avicennia nitida .
Aymé-Martin .
121
140
149
31
122
117
187
183
59
40
112
25
123
133
176
61
137
197
110
41
71
199
204
50
108
10
157
181
159
122
86
23
168
119
149
73
43
Hachei.ier . 182
Balanites aegyptiaca . 40
Baldwin . 107
Balen. 110
Bai.ib . 42
Bai.san . 102
Hai.sickr . 79
Rambusa . 41, 147
Bancels . 185
Bannes Puygiron (de) . 98
Bantou.••. 81
Baraban . 149
Barbey . 107, 149
Barth (B.). 167
Barry (J.-P.) . . 40, 41, 84, 114, 190
Bartlett .
Bas-Rhin .
Basse (Eliane) .
Béarn . 42, 105,
Beaujeu-Garnier .
BÊGUÉ. 42, 109, 116, 119, 149, 161,
166,
Belgique .
Benoist (R.). ">
Berberis vulgaris .
Bernard (Claude) .
Bernaux (P.) .
Bert.P**'
Bertrand (Gabrielle) . H 4,
Betula .
Bieau .
Biostasie.162,
Birkmose.
Birmanie . 41, 80, 106,
Blache .
Blanc étoc . 79, 80,
Blanchard .
Blond .
Blondeau .
Bocage .
Bochet . 40,
Bois blancs.
Bois forneux .
Bois issarts .
Bois noirs .
Bois sacrés .
Bois tendres . 146,
Boitei. (A.).21,
Bonard .
Bonification.90,
Bonnet .
Bon massif.
Borassus ftabelliforme .
Bordelais.
Boni es . 104,
Bornéo .
Boscaglia.
Boscia .
Botriochloa insculpla .
Bouconne (Forêt de) .
Boudy. 40, 59, 74, 87, 102, 103,
113, 191,
Bouillbnne ..
Boulonnais . .
Bouteloua ...
Boutilly-
Bouvii.i.e (de)
Boyé (P.) ..
Boyko . 22,
Bozaka . 43,
Brabant (Duc de)
9
105
99
109
56
167
136
147
142
93
174
159
128
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93
165
23
136
192
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
243
Pages
Pages
Brachgpodium .
Brachgpodium phoenicoides ....
— pinnatum .
— ramosum . . 100,
Bradype tridactyle .
Braemer . 40,
Brandaza .
Braun-Blanquet (J.). 24, 33,
Brbnans .
Brésil. 7, 43, 54, 103, 104, 109,
110, 111, 136,
Bretagne.59, 61,
Bricogne . 6, 97,
Brizi.
Brossât . 106,
Brunhes (Jean) .
Bruttini . 101,
Bûcherage . 84,
Buck.
Buffault (Paul) . 6,
Buffault (Pierre) .
Buffon . 26, 93,
Buffon (de) .
Buissehet (de) .
Bulgarie .
Burma anglais .
Burollet .
Busche Krüyt.
Bush . 70,
Buxus semperuirens . 98,
c
Cabrera . 28,
Cajander . 1>
Calamagrostis .
Californie . 187,
Calles publicae .
Callitris arliculala .40,
Calluna vulgaris. 39, 41, 132, 136,
145,
Calopogonium mucunoides . . 44,
C al geo tome .
Calgstegia soldanella .
Camargue . 91. 136,
Cambodge . 40, 91,
C amelus bactrianus férus .
Camehou .
Cameroun .
Camphorosma monspeliaca
Campos arbetos.
Canada . 1, 109, 110,
Canaries .
Candolle (Alph. de) .... 21, 22,
Cap (le) . 113.
Capoeiras .
43
43
43
172
124
148
57
125
92
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146
Caporeiroes . 146 ’
Capture (mécanisme de) .
Capus .
Cap Vert (lies du) . o».
Caragana microphglla .
Caravaniers .
CaRDOT . 40,
Caribou .
Carpinus betulus . 7°,
Cartographie .
Catena . ’ ’ ’
Causses.••••“'»
Cayla . 98 - 104 >
Cazajou . .
Cecropia . 12 3, 146,
Cedrus atlantica .74,
C-eiba thonningii .
Ceinturage. Voir dessevage.
Cenchrus ciliaris ..
Cendrillage.728,
Cephalanthus spathelliferus ....
Cerclage. Voir dessevage.
Cestrum porphgreum .
Cévennes . 61, 84, 87, 102,
Chaîne d’érosion
Challot .
Chaméphytes ......
Chamerops humilis . 145,
Champagne.
Champsaur .^.
Changoirand (forêt de) .
Chantilly (forêt de) .
Chapparral . 86,
Charbon de bois .
Chari .
Chasse .
Chateau (E.) .
CHATELAIN .
Chaumes . 77,
Cheng .
Cher .
Chevalier (Aug.), 38, 40, 41, 43,
46, 60, 105, 109, 112, 116, 146,
149, 153, 159. 161, 164,
Chili .
Chine .
Chiny (forêt de) .
Chipp .
Chloris .
Cbloris l'rieurii .
Chlorophora excelsa .
Chrgsophyllum perputchrum
Chrgsopogon .
Cilicic .
C.irsium aruense ...
Cisterciens . 58, 77,
159
160
157
60
137
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120
55
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32
43
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106
78
Source : MNHN, Paris
244
G. KllHNHOLTZ-LORDAT
Pages
Cistus . 38, 48
Cistus saloiifolius . 39
Clairières . 35, 48, 113
Climax . 57, 62
Cochinchine . 40
Cockaynb . 167
Cogonales.43, 136
Colc . 55
COLLETT . 41
Colombie. 3
Columnaires (voir : Essences c.)
Combe de l’Ire . 6
Combes (R.) . 5
Combretum . 122
— micranthum . 144
Comores . 188
Compétition . 24
Complexe convergent . 180
— divergent. 180
Congo belge, 29, 31, 41, 43, 44,
54, 64, 67, 111, 141, 147, 155,
160, 164, 182, 187
Conjoncture . 89
Consigny.3, 133
Constantin-Weyer . 117
Corbi.n de Mangoux . 167
Corchorus . 54
Cornus sanguinea . 143
Corse. 38, 40, 58, 109, 113, 157
Corylus auellana . 98
Corynephorus canescens . 39
Costa-Rica . 90
Costière du Gard . 78, 94
Côte d’ivoire. 31, 42, 69, 109, 116,
118, 152, 195
COTTA . 165
COULON (DE) . 98
Crahay . 112, 165
Crataegus oxyacantha . 143
Creeping . 183
Croton . 38
Croton balsamifer . 48, 97. 144
Cupressus semperoirens . 60
Cycle d’Emmenthal . 78, 79
Cymbopogon cymbarius . 104
Cymbopogon rufus . 100, 104
Cynodon daclylon . 41, 156
Cynometra glandulosa . 69
Cynomys ludooicianus ludovicia-
nus . 137
Cytisus . 61
D
Dactylis glomerata . 78, 172
Daclylotenium aegypticum . 78
Dalimier . 137
Damaliscus lunatus tiang . 137
Pages
Daniei.sson (B.) .
Darluc. 6, 7, 110, 128, 140,
Dauphiné .
Dauvillier .
Dauallia .
Davies. 1°7,
Déchaussement. 172, 183,
Deciduous forest .
Défens .. 78, 79,
Défense collective.
Deffontai.nbs.61, 110, 122.
Dégradation .
Deiierain.
Drubrs .
Dendrohyrax dorsalis .
Uendrophori .
Derrubada .
Descartes .
Deschampsia flexuosa .
Descombes .
Desherbage .
Desmonle .
Dessevagc .99,
Dbval (Insp.) . 109,
Diagnostic foliaire
Dieanthium .
Dichrostachys glomerata .
Dicksonia .
Digilaria abyssinica .
Dimorpbandra mora .
Diois . 101. 110,
Dion. 42. 78, 109, 110,
Uipterocarpaceae .40. 41,
Diss.
Dition .
Dombeya .
Domin (Karel).
Dominance . 65.
Donat ..
Dosis..64.
Dorcotragus megalolis .
Doi.'mengb .
Doumet-Adanson .
Drailles .
Drapabnacu .
Drouiiard .
Drouinbau.
Drymaria cordala .
Dubois (J.) .
Du Brp.uii.11C
Ducamp (R.). 41
Duchartre . .
Duciiaufour .
Duprbnoy (J. et M.-L.) .
Dumant .
169
141
110
180
11
40
135
187
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97
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118
11
191
40
193
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
245
Pages
Pages
Dumont (René) . 76,
Dunes .
Durance (bassin de la) ... 140,
Durante .
Dust bowl .
Duvigneauu . 24,
Dyer .
Dynamogénétique . 68,
Dyschoriste radicans .
Dzoungarie .
E
Echinochloa crus-galli
Eclaircies .
Ecobuage .
Ecologie d'observation
Ecologie dynamique ....
Ecologie statique .
Economie rurale .
Ecosse .
Education .
Egypte .
Eifel .
Ekon.
Elaeagnus angustifolia
Elaeis guineensis.
Elan .
Eleusine indica .
Elluvion .
Em berger .
Embuissonncmcnt..
Emilie .
Emondage .
Empire Ottoman .
Encler .
Engrais minéral .
Engrais organique ....
Ensevelissement .
Entandophragma utile
Entre-Deux-Mers.
Entreprise .
Environnement.
Eon (A.) .
Equateur.
Equus przewalskyi
Eragrostis .
Erdeljanovic .
Erhart .
Erica arborea .
Erica multiflora .
Erica scoparia .
Ericacées .
Erodibilité .
Erosion .
Erosion de la fertilité
— éolienne .
— marine.
127,
152.
38, 100.
2, 4. 54.
169,
108,
104, 131,
48, 105,
171.
182
149
175
124
186
72
61
74
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39
îr.o
141
144
175
171
177
186
188
•— minérale .
— organique .
— pluviale . 171,
Espagne . 39, 96, 125, 145,
Espinales, espinares ••••••••®®*
Essart. 1, 3, 38, 100,
Essences columnaircs .• • • •
Estérel . 113, 117,
Etats-Unis 3, 52, 76, 85, 96. 106,
Etbssb . 44 '®£*
Ethiopie . llb -
Etrèpe .
Eucalyptus ..
Euphorbia hirta .
_ nicaeensis .
— Nyikae ...
— regis-jubae
— resinifera .
—. tuckeyana
Euterpa globosa
Exkeh (échelle d’) . ■
Extirpage .
F
Fabre (L.-A.) .
Faciès .
Fady.
Fage (L.) .
Fagonia cretica .• • • •
Fagus . ‘f®-
Faidherbia albida . bu «
FAUCHèRB (A ) ... 103. 105. 106.
F'ruta . «a
F"'»™ . .H'
Feux courants .
— de cannes .
— couverts .
— culturaux .
— de chaume ...
— de chasse .
— de cimes .
— de fanes ..
— de garrigue . •
— de genêts . 48,
■— de lisière .
— de litière .
— de massif.
— de nettoiement .
— de tiges.
— d’humus .
— pastoraux . 113. 133.
— rampants .
— sanitaires.
— sauvages .
177
176
175
185
70
157
66
191
186
99
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105
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144
144
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151
115
133
29
148
Source : MNHN, Paris
246
G. KUHNIIOLTZ-LORDAT
Ficus schlechleri . 40
Finlande. 1, 61, 88, 97, 106, 110,
128, 132, 134, 136
Fire climax . 36
Flahault. 49, 117
Flandre . 105
Fi.augère. 118
Floride . 98, 118
Fonds forestier national. 87
Fontainebleau (forêt de) . 39
Forestage . 97
Forêt aménagée .... 63, 85, 90, 97
— caducifoliée . 69
— classée . 156
— communale. 62
— dégradée . 39, 63
— dense . 65
— de remplacement. 100, 104, 153
— de transition . 67
— domaniale . 85
— gallo-provinciale . 73
— ombrophile . 102, 112
— particulière (= privée). 62, 81
— primaire . 163
— reconstituée . 160, 163
Forêt-savane . 41, 147
Forêt-steppe . 40
Forêt substituée. 147, 154, 163
Forêt-vierge . 147, 154, 162
Forez . 145
Forme à fumier . 140
Fourneaux gouvernés . 113
Fournelage . 128
Fourré . 35, 143, 166
Foury . 112, 161
Fouta-Djallon . 109
Fragilité écologique. 70
Franc de Ferrière . 3
France (Anatole) . 93
Friche . 166
Froebel . 21
Froidour . 3
Fruticée . 35
Furon. 90, 92, 195
Futaie . 166
G
Gabon . . 46, 104, 107, 152, 159, 161
Gachon. 42
Gaillacois . 184
Galactites tomentosa . 48
Galago crassicaudatus . 123
Gallesia gorasema . 103
Gallois . 118
Galzin . 115
Garennes . 3
Gard . 78, 84,
Gardiole (La) .
Garrigue . 3, 33, 135, 136,
Garrisade .
Garrouille .
Gary (Romain) .... 8, 171, 196,
Gascogne .
Gasparin (de) . 5, 110,
Gaulis .
Gausses (H.) .
Génétique .
Genista .
Genlisea africana .
Genres de vie . 81,
G enliana lulea .
Géochimie .
Géophytes .
Germain.
Gervais (A.) .
Gévaudan .
Gila (désert de) .
Gilbertiodendron dewevrei .
Gillman .
Gillot .
Giraffa camelopardalis .
Girardin.110,
Gledilschia triacanthos .
Gniaments .
Godefroy .
Goffinet .
Gorilla gorilla beringei .
Graber.
Grangia . 58,
Graminées .
Granulométrie .
Grasse (P.-P.) . 103,
Greenway .
Grésigne (forêt de la) .
Grey-Owi. . 1,
Gromier .
Grotbnfei.t. 97, 104, 106, 110, 128,
Groupements préculturaux ....
Guadeloupe . 133, 148,
Guatemala .
GcÉRARD .
Gueymard . 141,
Guibier . 40, 109,
Guinée. 3, 73, 135,
Guyane Ï.V.V.Ï.Ï.Ï. . ' 109,’ 127,
G gnome! ra glandulosa .
174
113
194
61
61
197
77
157
166
25
71
35
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194
106
178
71
31
106
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35
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123
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147
132
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122
149
6
77
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124
127
54
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53
168
52
157
148
169
127
147
69
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
24'
H
Haddon.
Halifax .
Hali..
Hai.leux .
Harant (H.) .
Harroy .
Hauptmann.107,
Haussmann .
Haute-Marche.
Haute-Maurienne .
Haute-Saône .
Hedera hélix .
Hedin . 108,
Heim (Roger). 9, 24, 26, 88, 183,
Helianthemum alyssoides .
Helmoltz.
Hemsley .
Henry .
Henry (Simone) .
Hérault . 5, 61,
Hérie (Réserve) .
Hêricourt .
Hétérophyllie.
Heteropogon contorlus .
Ilippophaë rhamnoides .
Hollande .
Homologie .
Hongrie .
IIOOKER .
II o ri us .
Hospites .
Hottentots .
Houdet.
Hubert (E.) . 57,
Huerta . 53,
Hulot .
Humbert . 40. 42, 44, 112,
Humus. 2, 16, 18, 52, 86, 87, 103,
105, 114,
Hybrid-vigor .
Hylea . 101,
Hyparrhenia hirla .
Ilyphaene shatan .
I
Imperata cylindrica. 32, 43, 44,
46, 54,
Indes Néerlandaises.
Indes Occidentales .
Indiens . 1. 2, 16,
3
132
28
105
198
201
109
57
157
77
132
118
148
201
169
143
93
41
131
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73
181
195
105
66
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142
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35
125
40
70
53
111
77
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118
140
75
116
60
40
153
40
130
107
Pages
Indios .
Indochine. 3, 7, 41, 42, 95, 111,
Inocarpus edulis .
Interdictions .
Iran .
Ire (Combe de 1’) .
Irlande.
Isère . ■
Isohypses . 183,
Italie .
Itibr (J.).
52
149
61
192
191
6
125
91
185
10
99
109
J
Jachère . £>
Jachère boisée . 8.
Jacques-Félix . 135,
Japon .
Jardinage . 67, 85,
Jasonia tuberosa .
Jeanjean .
Jolyet . 33,
Jones .
Joubert . 60, 109, 118,
Joubert (Syndic général) .
Jovet (P.) . 31, 39,
Juncus maritimus .
— subulatus .
Juniperus
oxycedrus .
phoenicea .
phoenicea macrocarpa.
procera .
77
155
141
92
121
172
38
141
132
144
171
120
132
72
135
135
38
143
143
187
142
57
K
Kabylie .
Kagera (Parc nat.) .
Kangourous .
Katanga .
Kellermann .
Kerman .
Kermès. Voir Quercus coccifera.
Kervecant .
Khaya .
Killian (Ch.) .
Kivu .
Kobenza .
Kobus defassa ugandae .
Kontum .
Korrigum ugandae .
Kosic’ .
60
67
123
123
183
142
156
41
31
71
181
149
137
3
44
137
174
Source : MNHN, Paris
248
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Pages
Kraal . 52
Kuczarow . 31
Kuhnholtz-Lordat (G.). Voir bi¬
bliographie.
K’seur . 110
Kwachnin-Samarin . 104
Kyttlandsbruk . 129
L
Î.ABOURRT. 60
Ladang . 3
Laoatu (H.) . 104
Lagopus scolicus . 195
Lama . 137
Lambaréné . 139
Languedoc. 45. 84. 99. 101. 112. 157
Lantana camara .38, 144
Laos . 149
Lapib.40, 60
Lapins . 123
Leplae . 141
Laplante . 182
Laponie . 61
Larix sibirica . 149
Larminat (de) . 40
Larson . 137
Latzina . 134
Laurent (L.) . 41, 115, 117
Lauvrière . 127
Lavaka. 181
Lavandula latifolia . 172, 174
Lavandula stoechas . 39
Lavauden . 40, 42, 44, 124, 195
Lavogne . 60
Lavoisier . 5, 20
Lawler . 110
Lazines . 110
Lebrun (J.) 41, 43, 44, 53, 54, 57,
67, 111, 153. 155. 156, 164, 166,
167, 169, 182
Lefebvre . 151
Lefèvre (Pierre) . 131, 173
Leges . 196
Légumineuses . 35, 40, 108
Leip (Hans) . 189
Leontodon hirtus . 185
Le Roy (Baron) . 195
Leroy (P.) . 66
Lévy (P.) . 109, 133
Lewis . 152
Lhote . 92
Lianes . 64
Lichens . 61
Liebig . 5, 55, 84, 140
I.ignerage . 106, 115
Ligurie. 99
Limousin. 61
Pages
Lisière . 35, 44,
LlTARDIÈRE (de) .
Litière .
Llanos .
Lobola .
Lophira procera . 65,
Loranthus .
Loudetia arundinacea .
Louis (J.) ...
Lowdermilk .
Loxodonta a!ricana .
Lundqvist .
Luxembourg .
Lwoff .
Lycium inlricalum .
Lyonnais.
68
113
114
136
193
186
161
61
32
156
92
122
59
191
120
23
199
126
M
Macaranga .
ilacaranga huraefolia .
Macédoine .
Madagascar. 40. 42, 43, 44, 59, 61,
98, 101, 118, 127, 136, 157, 181,
Mafuku .
Magnein .
Mahuzier .
Maire (René).
Malaisie .
Malcuit .
Malo (H.) .
Malouines .
Malterre .
Mamora (forêt de la) .
Mangin . 109, 114.
Mangifera indica .45,
Mangrove.
Maquis défrichable .
Marc (H.) . 38. 39, 98,
Marcelin (Paul) .. 84, 173, 182,
Marchal .
Marche.
Marion (J.) .
Maroc, 60, 74, 90, 91, 97, 125,
Marshall .
Marscillette (étang) .
Martinique . 41,
Massif Central . 48,
Mathey .
Matta virgem . 104, 108,
Maudoux .
Maume (L.) .
Maures (Les) . 115, 117,
Mauritanie .
Maurois (André)
Mayet .
148
32
125
194
128
114
122
125
3
113
125
21
171
125
135
149
73
38
114
201
60
77
125
150
149
172
111
98
3
146
64
104
191
60
202
140
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
249
Pages
Pages
Medemia nobilis .
40
New-Jersey .
106
Meer . .
21
Ménard (J.-H.) .
167.
168
111
Mesulu
153
Mésologic
20
Niveaux de réalisation
127
7
Méthodes suédoises .
167,
169
Normandie .
Métro (A.) .
191
Nothofagus .
Mexique .
93.
194
Nouveau-Mexique ....
152, 186,
Mbynibbs d'Estrées .
41
Nouvelle-Calédonie ...
. 40, 61,
Miconia
148
91, 110,
Microprospection .
Nouvelle-Zélande .
86, 107,
167
Mtkania ...
Mimosa inuisa .
- 5.
133
Nm'-trne . .
136
61.
99
60.
123
o
Mistbai .
36
Molinibb .
40
109
Mollusques arboricoles ...
122
Odocoiteus viryinianus
macrou -
55
ru t .
195
124
93
. 31, 61.
187
Monnet (P.ï .
. 40.
61
Olténie.
101
Opuntia .
Monod (Th ) .
13
Oreamnos kennedyi
Montagne noire héraultaisc
33
Oreotragus orrotragus
Montagu (Ivor) .
95
Organo-minéral .
124
Orléans (forêt d') .
117.
124
Osborn, 85, 171, 178,
186, 194,
201
48
Ottoman (Empire) ....
.97,
109
Montvalczan (Système de)
132
Oubangui-Chari .
38
Ourman noir .
68
Mort-bois .. .
144
P
52
Motte (Jean). Voir : Mésologic.
Pajonales .
. 43, 99,
136
Mourlos . .
5
Paléoclimatologie ....
Moyen-Congo .
109
Palmiers .
Muruna .
153
■V ublenbergia .
137
Panirum maximum . .
.. .. 93.
156
Multiple use .
50
Papajoannou .
Munibr .
106
Papio cynocepbalus .
123
Munovic .
45
Pareage .
Murat .
133
Paresseux ... .
147
Parinari excelsa ....
68
Slusanga Smithii .
153
Parkia filicifoha ....
122
Myrica gale .
142
Parkinsonia .
61
Paspalum dilatatum
184
Pastoralisation.
. . 56. 96.
97
175
Pastos duros .
136
182,
201
Paton (A.) .
182
Pâture-sart .
Nephrolepis .
11
Pauli an (R.) .
Source : MNHN, Paris
250
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Pages
Pays . 76, 81
Pays basque . 42, 96
Pays de Galles . 125
Pays de Waes . 130
Paysages éoliens . 187
Paysages humanisés . 189
Pearson . 152
Pédologie. Voir : Lexique.
Pelage . 129
Pelvoux . 142
Péninsule ibérique . 145
Pennisetum purpureum . 122
— typhoideum . 133
Penladesma bulyracea . 68
Percheron . 109
Perchis . 166
Perez . 61
Périmètre de protection . 86
Périodicité . 21, 27
Permis d’exploiter . 81
Pernet . 176
Perrier de la Bathie, 40, 41, 43,
44, 98, 104, 109, 118. 148
Perrin . 38, 40, 60
Persuasion . 194
Petit (A.) . 90
Peuplement équienne . 75
— mélangé . 73
— pur (= monophyti-
que) . 73, 148
— social . 75
Peyerimhokp . 121
Pflanzengeselschaft . 50
Phascolarctus cinereus . 123
Philippines . 43, 136, 150
Phillips . 135
Pbillyrea angusti folia . 187
Phœnix reclinata . 182
Phragmites commuais . 77
Phyllophages . 30
Phytohistoire, 27, 34, 84, 165,
189, 193
Phytophages. Voir : Animaux.
Picardie . 171
Picasso . 23
Picea excelsa, 4, 47, 104, 106, 120, 149
Picea purpurea . 66
PlCHE . 109
Pichi-Sermoli . 35, 190
Piettre . 3, 108, 146, 159
Pinsapares . 60
Pinus .. 73, 176, 187
— balfouriana . 150
— brutia . 150
— flexilis . 150
— halepensis, 38, 39, 45, 74,
118, 151
— insularis . 150
• - longifoliii .
mnssoniana .
merkusii
monophylla
— monlana uncinala .
— mnnticota
— paluslris .
pinasler, 105, 115, 118. 143,
— ponderosa .
savaniana .
— siluestris, 4, 39, 66, 67, 98,
Pipladenia africana .
Pislaciu atlanlica .
— kbindjuk .
— lenliscus .
Plancton .
Plantes de couverture .... 133,
Plante épreuve .
Plantes indicatrices . 53,
Plantes sociales .
Plateau . 108,
Points d’eau .
Points d'appui (théorie des) ...
Poivre .
Pologne . 107,
Populus . 62,
— Iremula . 4, 63,
-— tremuloides .... 47, 63.
PORTÈRES (R.) . 24,
Post-climax .
Post-culturales . 53,
Potour .
Potucek .
PoUQUET .
Prairie . 42, 43,
Prairie suspendue .
Pré-bois .
Préforestiers (stades) . 75,
Prélisière . 142,
Prioton .
Processus d’apport . 2,
Progression . 30,
Prosopis glandulosa .
— jnliflora . 74,
-— mesquite . 61,
Prosperi .
Provence, 41, 110, 112, 117, 140,
149, 180, 185,
Prunus spinosa .
150
133
150
150
150
149
149
40
98
151
39
123
144
149
98
65
59
142
i ,s:i
187
183
157
15
141
104
103
38
151
96
168
127
149
63
199
151
151
181
68
142
109
110
171
136
60
87
97
142
143
195
4
159
74
103
74
188
187
143
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
251
Pages
Psammophytes .
Psidium .
Pteridium aquilinum _ 39, 42,
P'erygola macrocarpa .
Puna .
Pyrénées ..
Pyrophytes . ........
Pf/rus amygdaliformis .
• yrus bouei .
Q
Quair ière .
Queima .
Quercus afares .
— castaneifolia .
coccifera, 22, 38, 41, 86,
100, 106, 113,
ilex, 38, 39, 45, 67, 73,
74, 86, 120, 141, 145,
151, 167, 173,
lusitanica mirbeckii ...
— lusitanica alpestris ....
— pedunculata .
— petraea .
— pubescens, 11 , 38, 67, 73,
74, 86, 98, 120, 143,
151, 167,
— suber . 40,
Quercy . 61, 97,
R
Rab .
Ramalina bourgaeena .
Ratelage .
Raubwirtschaft .
Ray, 41. 95, 108, 109, 147, 155,
Réaumur .
Région naturelle . 76,
Réglementations .
Régression . 30,
Rehba .
Reinius .
Réjuvénation . 133,
Reliques (Relictes) .
Remembrement .
Remue .
Rémy (Michel) . 63,
Renaud (P.) .
Rentabilité .
Répartition des richesses
Réserves intégrales .
Résilience .
Restanques .
Réunion .
187
149
140
54
137
68
183
42
108
120
191
143
199
120
60
86
86
173
74
74
110
130
198
144
61
105
100
159
128
81
192
159
182
133
134
68
76
59
168
57
85
192
195
72
185
11
Réversibilité . 39
Rey (F.) . 106
Reymond (A.) ... 136, 137, 173, 182
Rhamnus palaestina . 183
Rhéophytes . 180
Rhéxistasic . 162, 178
Rhizophora racemosa . 73
Rhodésie . 134
Rhodopes (Monts) . 124
Rhône (bassin du) . 188
Rhus coriaria . 183
Rhus pentaphylla . 144
Ribbk (de) .... 38, 93, 106, 109, 110
Ring-barking. Voir : Dessevage.
Rio branco . 181
Rio Grande . 201
Rio negro . 181
Rio verde . 181
Rioi.s (de) . 6
Riquieh . 176
Rivals . 11, 66
Rives (Et.) . 3
Roberty . 43
Robyns . 112, 135, 161, 167
Roçada. 108
Rome (A.) . 7
Ronteau . 130
Rosmarinus officinalis . 48, 150
Rotation des feux . 134
Rouergue . 48, 102
Roumanie.98, 125
Roussillon . 84, 109, 188
Ruanda-Urundi . 96
Ruptures d’équilibre . 89
Ruscus aculeatus . 45, 119
Russel (E. J.) . 132
Russel (W.) . 132
S
Saboureau . 61
Saccharum spontaneum . 43
Sagot . 61, 147
Sagot-Lesage .... 112, 118, 155, 202
Sahara . 92
Sahel . 60
Saint-Hilaire (Aug. de), 146,
159, 164
Saint-Quirin (= de Cazenove) .. 6
Salix . 142
Sallmen . 151
Saltus 49, 55
Saltus assolé. 56
Saltus boisé 56
Saltus disjoint . 56
Salvioi.o 99
Sapcsalcs 43. 136
Sardaigne. 90. 95
Source : MNHN, Paris
252 G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Pages |
Pages
Soui . 44
Sargasses. 15
Sargos (R.). 105, 118, 159, 167
Soutrage . 84, 105, 115, 1''
Spartium junceum .
Q 77
112
Savane, 40, 42, 43, 47, 91, 136, 168
Stades valorisables .
Staner . 147. 160
Savoy . 56, 99
Scaetta . 43, 167
STEHI.B (H.), 48, 53, 97, 133, 148,
152, 168
Schnell, 23, 31, 32, 34, 65, 67,
68 , 73, 169
Steppe .
Sterculia diversifolia .
SCHREIBER . 125
Slemoplax Kraalgi . 162
Sclafert, 101, 110, 124, 128, 132,
140, 157
Scrub . 35, 99, 118
Slizolobium aterrimum . 44
Stoffels . 166
Stratification . 64
Self sufücing . 76
Semenciers . 167
Suède . 110, 125
Suisse . 80, 106, H®
Séquoia . 40, 149
— giganlea . 107, 149
Surcenage. Voir : Dessevage.
Surcimagc . ”7
Syrie * 76
Selaria barbota . 53
— Cheualieri . 32
— sphacelata . 156
Seuil climacique . 159
SlIABANY . 157
Shaw . 60
Siam. 41
Sibérie . 109. 117
Sicile . 125
Sida .. 97
Sierra-l.eone . 133
Silva . 49. 61
Silva medilerranea . 33, 61
SlMOXNBAU (P.) . 135, 187
SlMUNOVIC . 45
SlBOOK . 167
Smith (M. S.) . 134
Smythib . 133
Soignes (forêt de) . 121
Solanum . 147
Sologne . 77
Somalis (Côte des) . 61
Sophora alopecuroides . 137
Sorre (Max.) . 56, 76, 105, 194
Soudan . 69, 133
Système alternatif . 167
—■ autositique . 6
— bantou . 166
— celtique . 132, 157
— de Montvalezan . 132
— de Reinius. 133
— élémentaire . 142
— sylvicole. 155
— taungya. 156
— de tyrnava. 132
T
Tabaybales . 144
Tache . 101
Tahiti . 27, 61
Taiga . 101
Taillade . 130
Taillis fureté ... . 145
Taillis-sous-futaie . 33
Talus boisés . 130
Tamarix odessana . 143
Tamarix lelrandra . 143
Tapin . 40
Tarim . 137
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
253
Pages
Pages
Tchad . 96
Turril (W. B.) . 124
Tectona grandis . 41, 80, 107
Tegalan . 38
Tephrosia candida . 44, 54
Teraï . .41
U
Ulex . 4. 48, 141
Terminalia glaucescens .... 32, 122
Terra acabada . 54
Uniformisation . 64
Upemba (parc nat.) . 187
Terrasses. 184
Terre battante . 176
Terres rouges médit. 173
Terres volantes. 173
V
Vacciniüm myrtillus . 145
Têtard . 97
Themeda Iriandra . ... 137
Thérophytes. 48
Vaîachie" . 97, 186
Valbonne (forêt de) . 118, 119
Valentinois. 9®
Thomas ..75, 155
ThosuJ . 41
Van der Stei.. 106
Vanderyst . 109, 155
Thymus vulgaris . 172, 174
Van Straelen . 9, 123, 134
Tomillares. 144
Tondeur. 181
Vaucluse . 174
Vaunage (Pays de) . 84, 114
Toung-Ya . 156
Venezuela . 109, 136
Tourreil (A. de) . 109
Vent de sable . J73
Trammond . 127
Veralrum album . 106
Transylvanie . 149
Verheyen . 136, 187
Trifolium . 137
Trinité . 148
Verreries . 6
Viannay (Ch.) . 199
Triplochilon scleroxylon . 32
Triumfetta . 148
Trochain . 40, 68 , 191
Tronçais (forêt de) . 97
Troquerbau . 97
Vicinisme ... 145, 169
Vidal (P.) . 125
Vides labourables. 114
Vigna . 54
VlGNAL (P.) . 115
Tunisie. 60, 74, 149, 150
Turbilly (de). 1, 104, 110, 113,
128, 140
Ville (Georges) . 5, 65, 84, 140
Villiers . 121
Vingtain. 101
Source : MNHN, Paris
254
G. KUHNHOLTZ-I.ORDAT
Pages
Vire (A.) . 110
Viscum album pini . 66
Vivarais . 112
Vocation pastorale . 59, 93
Vogel.91, 110
Voot . 201
Voisin . 29, 59
Vosges. 136, 164
Vouzeron (forêt de) . 191
Vulgarisation . 200
w
Waag . 153
Warming.146, 159
Wavrin (de) . 3, 106, 107
Webber . 118
Western Ghats . 130
Weyer (E.) .
WlI.I.DEMAN.N (DE)
Williams (J.-P.)
Y
Yougoslavie. 45,
Young (Arthur) .
Yucatan .
110
128
109
Z
Zelkova crenata .
Zingibéracées .
Zinserling .
'/.izyphus lolus .
Zuni. Voir Cynomys.
Zunini .
Zygophyllum brachypterum
191
106
149
142
107
182
Source : MNHN, Paris
TABLE DES TABLEAUX
I- Séries secondaires au Nimba. 32
II. Genèse des peuplements d ’Aucumea klainiana . 46
III. Genèse des peuplements de Populus tremuloides . 47
IV. Cycle d’Emmenthal . 79
V (a et b). Empiétement hâtif de la forêt . 80
VI. Mécanisme de la dénudation . 95
VII. Cycle sylvo-cultural finlandais . 105
VIII. Balivage en forêt de Chiny (1758) . 120
IX. Evolution d’un ray indochinois . 147
X. Mécanisme de la substitution . 154
XI. Cycle sylvo-cultural . 163
XII. Développement de la période forestière . 166
TABLE DES FIGURES
1. Mécanisme cultural de l’extension des savanes. 44
2. Divers types de répartition entre la silva, le saltus et l’ager 51
3. Structure schématique de la forêt dense . 65
4 et 5. Remembrement au niveau de l’entreprise. 82, 83
6. Transformation d’un ager en saltus . 94
7. Transformation d’un cycle cultural en un cycle pastoral . . 100
8. Du brûlis sur abattage au champ clôturé de haie vive .... 131
9. Système élémentaire Berberis-Alnus . 143
10. Substitution d’une Sapinière à une Hêtraie . 145
11. Mécanisme de séquestration . 161
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
EXPLICATION DES PLANCHES
Planche I
Fig. l. — Création d’un biotope par un phanérophyte (fonction écran),
tache de Brachypodium pinnatum localisée sous un Quercus pubescens.
Causse Noir, 1927. CI. G.K.L.
Fig. 2. — Quercus coccifera. Rien ne s’opposerait à son accession au
cliinax si l’homme ne l’incendiait pas. Guzargues (Hérault). Cl. Bernaux.
Planche II
Fig. 3. — Cneorun Iricoccum colonisateur post-cultural sur cailloutis.
(Hérault), Guzargues. Cl. Bernaux.
Nota. Comparer avec le Cl. 4 (homologie).
Fig. 4. — Erica cinerea. Peuplement jeune de semis encore disjoints ;
début de la colonisation sur graves récemment défrichées en vue d’une
plantation de vignoble et (momentanément ?) abandonnées. Entre-deux-
Mers, 1951.
Nota. Comparer avec le Cl. 3 (homologie).
Fig. 5. — Peuplement de Spartium junceum incendié. Costière du Gard.
Cl. Bernaux.
Planche III
Fig. 6. — Spartium junceum, rejets de souche après incendie. Dans le peu¬
plement du Cl. 5. Cl. Bernaux.
Fig. 7 • — Type de déséquilibre sylvopastoral : Une forêt malvenante (hêtraie
sur piton basaltique) isolée dans un saltus surpâturé dont le troupeau
ovin envahit la sylve très ouverte. Causse du Larzac, 1927. Cl. G.K.L.
Planche IV
Fig. 8. — Silva (forêt de la Sainte-Baume), ager (cultures de la vallée du
Plan d’Aups) et saltus (chêne pubescent en taillis clairiéré, en voie
d’extension par abandon de cultures).
Vue prise du Saint-Pilon, vers le nord ; la forêt est au pied de la haute
falaise de Saint-Pilon. Cl. G.K.L.
Fig. 9. - Forêt de Picea purpurea dans la vallée de Houng-Loung-se, au
N.-E. de Souang-pan, à 3.400 m. d’altitude. (Type de formation colum-
naire). Extrait des Trav. lab. for. Toulouse, t. V, vol. I, 1939, pl. III.
W. C. Cheng.
Source : MNHN, Paris
258
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Planche V
Fig. 10. — Une lisière ouverte : « Ce groupe de Quercus suber n’a pas
brisé l’incendie. Il est trop clairière et ses lisières sont ouvertes. Pour
servir de barrière, il aurait dû être dense et avoir ses lisières fer¬
mées. » (Sagot-Lesage). Provence.
Fig. 11. — Une lisière fermée : « Horion Plains. Die Grcnze zwischen
Urwald und Patana tritt immer scharf hervor. » (Stomps).
Planche VI
Fig. 12. — Feu d’humus. Propagation souterraine dont on voit les trous de
ventilation. Cl. Bois el Forêts des tropiques, 1956, n° 49, note Vignal.
Planche VII
Fig. 13. — La déforestation et la guerre. Disparition du bois M.63 devant
les parallèles de Moronvilliers (tranchées de Champagne). Avant et
après le pilonnage par l’artillerie.
Planche VIII
Fig. 14. — Stade préforestier à Myrica gale d’où émerge Alnus glutinosa.
Etang de Sanguinet (Landes), 1951. Cl. G.K.L.
F'ig. 15. — Etiolement d’un stade préforestier à Ileliauthemum alyssoides
par le Pinus pinaster. On voit les brins étiolés à travers les branches ;
les brins encore ensoleillés restent en fourré. Lugos (Gironde), 1951.
CI. Bernaux.
Planche IX
Fig. 16. — Les feux pastoraux favorisent la dénudation. Peuplement de
Quercus coccifera incendié sur les pentes de la Gardiole.
Les plaques grises entre les blocs dénudés sont du Brachypodium
ramosum. Entre Launac et Vie (Hérault).
Planche X
Fig. 17. — Transformation d’une période agricole en une période forestière.
Le vignoble est vieux ; le propriétaire aussi. La vigne est encore taillée,
mais le sol n’est plus labouré.
Le pin (Pinus pinea), de semis naturel, a été élagué pour permettre
une dernière taille ; la période forestière est annoncée. Environs de
Vauvert (Gard). Décembre 1948. CI. Bernaux.
Fig. 18. — Slipa capillata ralentit l’érosion par ses touffes cespiteuses.
Argiles plaisanciennes de Fournès (Gard). Juin 1951. Cl. Bernaux.
Fig. 19. - Résistance de Camphorosma monspeliaca à l’ensevelissement
par les boues sur la pente. Fosses de Fournès. Juin 1951. Cl. Bernaux.
Planche XI
Fig. 20. — Fosses de Fournès. Accumulation de coulées argileuses coloni¬
sées par Daclylis glomerala L. Juin 1951. Cl. Bernaux.
Fig. 21. —- Détérioration du dépôt par mise en culture mal orientée. Reprise
de l’érosion en nappe et en ravinement. Fosses de Fournès. Juin 1951.
Cl. Bernaux.
Fig. 22. — Résistance des chainéphytcs à l’initium de la chaîne d’érosion
sur les crêtes et colonisation du colluvion par Brachypodium ramosum.
Bordure marneuse de l’étang de Marseillettc, 28-9-1951. Cl. Bernaux.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
259
Planche XII
Fig. 23. — Réinstallation de chaméphytcs sur une tache devenue inaçtive
dans une truffière des Basses-Alpes. (Travaux Bernaux).
Planche XIII
Fig. 24. — Colonisation d’une « descente » de cailloux roulés par les cha¬
méphytcs dont la progression suit celle des cailloux. Fournès (Gard),
1951. Cl. Bernaux.
Fig. 25. — Voir Planche XIV.
Fig. 26. —- L’amont ayant été déboisé, la forêt ( Quercus pubescens + Q-
ilex) est impuissante à résister au déchaussement hydraulique. Environs
de Beck-en-Costière-du-Gard, 1948. Cl. Bernaux.
Planche XIV
Fig. 25. — Plantes à pivot déchaussées :
a) Camphorosma monspeliaca ;
b) Planlago serpentina ;
c) Echinophora spinosa.
Planche XV
Fig. 27. — Terrasses de vignobles abandonnées et livrées au pacage, avec
début d’embuissonnement. Environs de Bédarieux (Hérault), 1951.
Cl. G.K.L.
Fig. 28. — Envahissement de la chênaie (.Quercus ilex et Q. pubescens)
dans un ager en voie d’abandon. On voit les terrasses en pentes et un
ager (vignoble) maintenant de clairière sur la montagne du fond,
à gauche. 1951. Cl. G.K.L. Vallon du Bitoulet (Hérault) ; au premier
plan Caslanea saliva.
Fig. 29. — Formation d’une tête de ravin : « L’entaille est creusée dans la
partie supérieure, lagunaire, de l’Astien » (P. Marcelin) dont on voit
le calcaire poudreux caractéristique. Les cailloux roulés proviennent
du dépôt de quartzite quaternaire décapé. Environs de Vauvert (Gard),
1948. Cl. Bernaux.
Planche XVI
Fig. 30. — Erosion pluviale. Début de ravinement des pentes et de forma¬
tion de cônes de déjection. La corniche supérieure est encore partiel¬
lement recouverte, mais entamée sur la moitié droite. La corniche
moyenne est plus entamée et les eaux sont guidées par les encoches
ou couloirs taillés dans la roche calcaire. On voit la formation des
ruissellements guidés sur la pente vers la corniche inférieure très dis¬
loquée. Au milieu, deux ruissellements issus de deux couloirs éloignés
confluent en un seul plus important.
Sur le replat alluvial et colluvial, l’ager parcellé. Pente N.-W. du Causse
Noir, 1927. Cl. G.K.L. L’exploitation en taillis à courte révolution est
néfaste.
Fig. 31. — En manière de conclusion : réalisation d’un équilibre agro-
sylvo-pastoral. L’ager (maïs) ; au fond, le saltus ; la sylve (forêt de
Sénart) et sa prélisière (au massif de gauche) est prête à conquérir
l’ager s’il vient à être abandonné, 8-11-1956. Cl. J.-P. Barry.
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. IX.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ANNEXE
TABLE DES MATIÈRES DE “LA TERRE INCENDIÉE"
( 1938 )
Nous reproduisons in extenso la table des matières de notre ouvrage de
1938 dont quelques passages ont été retenus dans le présent volume. On
verra ainsi comment nous avons cru devoir remanier et compléter nos
connaissances sur les menaces qui compromettent l’avenir de la race
humaine, intelligente et instruite pour une partie seulement, mais impuis¬
sante à « persuader » l’autre partie.
Cette deuxième édition in extenso de la table des matières de 1938
Permettra aussi de déduire quelques priorités de conceptions, et de
Bibliographie.
PRELIMINAIRES
I. — Bonne volonté et Initiation
Un petit mouvement colonial à Montpellier.
L’éducation coloniale des étudiants.
Initiation à l’étude de la végétation.
II. — Rétrospective
I. La légende de SETO
II. Les incendies forestiers
III. L’incinération des produits forestiers
IV. Les circonstances atténuantes
1. Emploi tardif du charbon de terre
2. Les cultures vivrières et l’élevage
3. Les processus d’apport de la matière organique.
sans incinération
avec incinération
4. Le cycle sylvo - cultural et le cycle sylvo - pastoral.
Les jachères
5. Emploi tardif des engrais minéraux : Georges Ville
6. Encouragements des pouvoirs publics
7. Le nomadisme industriel : le fer et le verre
V. L’Equilibre sylvo-culturo-pastoral
1. Les moines Cisterciens
Source : MNHN, Paris
262
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
2. Les sites de paix, de refuge et de guerre
3. L’absentéisme et les sites de jouissance
4. Les terriens et les sites de labeur
5. Les grands sinistres et les petits sinistres
VI. Moins de mathématiques et plus de biologie
VII. Témoignage de reconnaissance
III. — Les Pyrophytes.
§ 1 — Définition
§ 2 — Intérêt historique et géographique des pyrophytes
Le nomadisme et l’extension des p.
Les p. et l’érosion : l’embuissonnement
Le climax du feu
Les p. et l’évolution progressive
Les forêts primitives dégradées et les forêts substituées
La carte d’un coin particulièrement incendié de Provence
§ 3 — Quelques exemples de pyrophytes
A. Les p. à résistance passive
La forêt de Tapia, de Yao, de Séquoia
La savane arborée
La chênaie subéreuse et la chaméropaic
La forêt à Diptérocarpées
B. Les p. à réaction végétative
1. Bourgeonnements aériens
La savane à Satramira
La forêt de Thuya
Le fourré d’Arbousicrs
2. Bourgeonnements souterrains
La mer de Bambous
La garrigue à Kermès
La lande à Fougère
La Savane arborée
Les formations herbeuses à Graminées vivaces
C. Les p. à résistance indirecte : Le Soui, l’Yeuse
D. Les p. sociaux
La colonisation et l’aptitude grégaire
Le taillis à Croton
Les Génistières, les Touyas, etc...
Les pyrothérophytes sociaux.
§ 4 — La défense collective
Danger des peuplements purs.
Avantages des peuplements mélangés.
Le climax, ennemi du feu :
Les formations fermées.
Les directives économiques et les nécessités biologiques.
Le Chêne vert et le Chêne pubescent.
Le Hêtre, le Charme et les Chênes.
Le Chêne Afarès et le Chêne Zéen.
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
263
Le Sapin et l’Epicea.
Les bienfaits du jardinage.
Les essences progressives et les essences régressives.
Les feux de lisière
Conclusions
1” PARTIE
LE FEU ET LA CULTURE
I. — Les incendies pré-culturaux
A. La culture sur forêt
1°) L’exploitation de la matière organique
§ L — Les dangers de l’extirpage
La lutte contre l’érosion dans les régions intertropicales.
Les terres à Zingibéracées rhizomateuses.
Le lignerage en garrigue.
L’extirpage de la lande en Anjou.
L’extirpage des lots de colonisation au Cap de Bonne-Espérance.
L’essouchage dans les défrichements.
L’œuvre des lignicoles.
Les feux périodiques ; les brûleurs ; les feux sur récépage.
Le sukering (New-Jersey).
Les procédés mécaniques.
§ 2 — La prospection des gisements d’humus
La Plante-Indicatrice ; la Plante-Epreuve ; la sonde ; la fosse pédologique.
L’humus et la forêt vierge (matla virgem du Brésil).
L’humus et la forêt secondaire (Gabon).
La terra roxa et la terra vermelha (Amérique du Sud).
Les cultures d’Eucalyptus à Madagascar.
§ 3 — Les méthodes primitives
Le feu courant et les climats à période xérothermique. Les Pinèdes
méditerranéennes ; la forêt tropicale.
Le feu courant dans les régions tempérées froides (Canada).
Incendie et dessevage
Les Flamands et les Néo-Zélandais.
Les forêts de Séquoias.
La culture en forêt dessevée en Pologne, au Gabon, aux Etats-Unis,
en Australie.
L’abatage préalable : la forêt ombrophile
L’abatage partiel
La culture sous ombrage.
La forêt vierge brésilienne : Roçada, Derrubada et Queima.
L’abatage total et la culture héliophile
Principes généraux et importance des désastres.
Le Tavij malgache et le Ray asiatique.
Importance mondiale de la culture sur abatis incinérés.
Les Bûcherons canadiens et les Hospiles français.
Source : MNHN, Paris
264
1. KUHNHOLTZ-LORDAT
2°) La récupération de la matière organique
Généralités.
Le nomadisme cultural et l’épuisement du sol.
La jachère forestière.
L’agriculture Bantou.
Développement de la période forestière
Le stade herbacé (Enherbement)
L’Imperala arundinacea.
La jachère herbeuse et l’écobuage.
Le stade arbustif (Embuissonnement)
Les bienfaits du buisson.
Germinations des essences forestières.
Reboisement (exemple de la plaine hongroise).
Les sylviculteurs provençaux.
Le système celtique.
La régression du sol.
La rotation entre la culture et le buisson.
Les terres à Raphia de la Basse-Guinée — la rotation brésilienne
— la rotation congolaise — la rotation nigérienne — les issards
languedociens et la rotation des Canaques.
Exemples d’embuissonnements.
Le taillis à Crolon — le taillis à Lantana — La garrigue et le
maquis — les lomillares — les Euphorbaies — les espinares — la
brousse à Jujubier, à Mimosées, à Acanlhis, etc... — les bosjes à
Ericacées — les esobe — les tegalans — les chapparals — les bush
— le Savoka.
Le stade arborescent
a) Les Bois tendres
Les Caporeiroes du Brésil — les Gniamenls de Guyane —
rotation nigérienne — Jeune forêt substituée — Envahisse¬
ment du Savoka par les bois tendres — L ’Ekon — la Banibu-
saie — Evolution du ray asiatique — Les bois tendres des
régions tempérées.
Les bois tendres et le nomadisme cultural.
b) Les peuplements purs
d’origine primaire,
d’origine secondaire.
Goyaviers, manguiers, acacias, mélèzes.
Les Pins
Les Peupliers
Les Palmiers
L’Okoumé
c) La forêt substituée
Transformations du stade des bois tendres.
Les caractères « secondaires ».
Temps nécessaire à la récupération de la matière organique.
Notion du « seuil climacique ».
Mécanisme cultural de la déforestation.
Le pavot à opium en Indochine ; la zone côtière aride à la
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
265
Réunion ; le tabac et la dénudation de la Martinique.
L’arachide et la Saharisation.
Enrichissement et extension : la théorie des « points
d’appui ».
d) La foret reconstituée
Sens de l’évolution d’une forêt.
Reconstitution indirecte
Substitution et reconstitution (vocabulaire).
Les périodes forestières : primaire ;
secondaire ;
tertiaire, etc...
Temps nécessaire (degré d’évolution).
Reconstitution directe
Le tire-et-aire.
Colonisation du sol par les essences d'élites.
La lutte entre la savane et la forêt.
Importance des peuplements « fermés ».
Qualité et quantité.
Conclusions
Le nomadisme circulaire.
Notion du < stade minimum ».
Juxtaposition et succession des périodes forestière et agricole.
Le feu. élément perturbateur : évolution vers la période pas¬
torale.
B. La Culture hors forêt
§ 1. Généralités
Prudence à l’égard des sols non boisés.
Les alluvions.
Les colons d’Acadie.
La Guyane.
Les rotations raccourcies.
Le tabac sur broussailles à Madagascar.
La culture et le maquis en Corse.
La rotation Lande-culture, Savane-culture.
L’écobuage.
§ 2. Les feux courants
Les feux de lande : feu de bruyère, feux de genêts.
Les feux de garrigue.
I.es feux de marais.
La périodicité des feux courants.
Les engrais et les défrichements hors forêt.
§ 3. L’Ecobuage
Définition : l’écobue.
Pratique de l’écobuage (de Turbilly, 1761).
Récupération (cycle de l’écobuage).
Importance du climat.
Emploi du feu
Le feu couvert ou fournelagc.
La fumure et l'écobuage
Source : MNHN, Paris
266
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Le fumier artificiel.
Le fournelage et l’étable.
Les cendres forestières.
Le processus d’apport et l’écobuage
Les paysages bocagers.
Les bois et la culture.
Importance du buis.
Importance des archives pour les phyto-sociologues.
Etrépage, soutrage et ratelage
Leur répercussion sur la végétation.
§ 4. Le taillis sarté
Récupération, sur le champ, de la matière organique.
Pratique ardennaise du Sartage.
Cherbottage, feu courant, feu couvert.
Rupture d’équilibre entre le taillis et la culture.
Preuves de l’épuisement des taillis.
L’ensilage des ramilles en Montagne Noire.
Le Sartage en région méditerranéenne.
Mécanisme cultural de la formation des garrigues.
§ 5. La Haie-vive
La Haie, source de matière organique.
Le Iiab des Western Ghats.
Le Ladang de Malaisie.
Le pays de Waës (Belgique).
Les Cheintres du Morvan.
Les rases du Languedoc.
L’incinération et l’émondage.
§ 6. Ecobuagc et essartage forestiers
Boisement et restauration.
Restauration des taillis dégradés.
Boisement par les résineux.
Enrésinement de futaies feuillues épuisées.
Transformation d’une Pinède en forêt feuillue.
Exemples divers : Anjou, Orléanais, Suède, Roumanie.
II. — Les incendies culturaux
Incendies involontaires et incendies volontaires
La Canne à sucre, le cocotier, le gemmage, les Ajoncs du
Pays basque.
Les feux de nettoiement
Le feu et l’assolement.
Les feux de chaume, les feux de fanes.
Le débroussaillement : les petits feux d’hiver.
Les feux de régénaration
La régénération végétative.
La régénération par semis.
Les forêts de Chir.
Les forêts de Diptérocarpées.
Les feux sanitaires
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
267
2* PARTIE
L'ELEVAGE ET LE FEU.
Introduction
Ghap. i. — L’Herbe, le Bétail et le Feu
§ i — L’Herbe et le Bétail
Le nomadisme pastoral.
La rotation des feux.
La Période pastorale et la Période agricole.
§ 2 •— La part du Feu et celle du Bétail
Importance de la part du Bétail dans la déforestation.
Le piquet, le parcage, la remue.
Les modifications floristiques dues aux herbivores :
Les animaux sauvages ; les Chèvres.
Le choix des aliments ; les « faciès » pastoraux.
Les répercussions géographiques.
Le mécanisme pastoral de la Saharisation.
Les prairies suspendues (fourrages arborescents).
L’abatage ; l’émondage.
§ 3 — Les feux d’installation et les feux de régénération
La création des pâturages par le feu.
Les feux pastoraux.
La dégradation quantitative et qualitative.
La régénération des pousses tendres.
L’emploi mondial des feux pastoraux.
Chap. II. — Les périodes forestière, culturale et pastorale.
§ i. — Silva, Ager et Sallus
La culture et l’élevage aux dépens de la Forêt.
Exemple de l’économie romaine :
Les différents types de Saltus.
Les divers modes d’extension du Saltus : direct et indirect.
L 'Ager publicus.
Le Sallus de conquête.
L 'Ager compascuus.
Le Saltus d’hiver et le Saltus d’été : les calles publicae.
Les origines des Herbages
I. — Les herbages climaciques.
II. — Les herbages sur forêt : Silva. Saltus.
III. — Les herbages sur culture : Silva, Ager, Saltus.
§ 2 — Transformation d’une Période forestière en une Période pas¬
torale
A. Le parcours en forêt
La régénération compromise.
Les feux pastoraux et le sous-bois.
Source : MNHN, Paris
268
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
La régression de la sylve.
B. La destruction de la Forêt
Les feux d’installation
Abatage et incinération : la Roumanie.
Incendie sur pied : La Floride.
Importance des Graminées,
le cycle de la vacciniaie ;
la Savane herbeuse ; le Pajonal.
Le Dessevage
Les hautes chaumes des Vosges : l’Australie.
L’ensemencement
Les semis sur cendres.
Le rôle du Mélèze dans l’engazonnement naturel.
§ 3. Transformation d’une Période culturale en une Période
pastorale
A. L’Embuissonnement
Rupture du cycle cultural (culture — cmbuissonncmcnt) par
le feu : diagramme.
La prairie sur Tavy (Madagascar).
B. La jachère pâturée
Le cycle sylvo-culturo-pastoral
Le cycle de l’Emmenthal.
Les plantations de Teck.
Le cycle Finlandais.
La période pastorale sur jachère.
Les chaumes de l’Afrique du Nord.
La jachère climatique (Haute Maurienne).
La rotation culture-élevage.
Développement de la période pastorale : diagramme.
Durée de la période pastorale.
Intervention des feux.
Les fougères pyrophytiques.
Les genêts pyrophytiques : le Vallon de Chaumienne
(Mont-Pilat, Loire).
§ 4. — Période culturale intercalée dans une période pastorale.
L'assolement des indigents en Franche-Comté.
L’Artigue du Midi de la France.
§ 5. — La Répartition
Les principaux types de répartition entre la silva, le sallus et
Vager.
La rotation (type tropical).
La juxtaposition stabilisée (type jurassien).
Le mixtium :
la forêt clairiérée (type méditerranéen),
le pré-bois (type subalpin).
Source : MNHN, Paris
/ÉCRAN VERT
269
3* PARTIE
APERÇU SUCCINCT SUR L’EMPLOI DU FEU
A DES FINS NON AGRICOLES.
Chap. I. — Le Feu et la Chasse
La cueillette et la chasse.
La chasse au feu.
La traque et sa répercussion sur les forêts.
L’appât : la prairie-piège.
La protection des forêts par la chasse.
Chap. II. — Le Feu et la Guerre
La forêt, refuge et obstacle.
Exemples de destruction.
Chap. III. — Le Feu et les Croyances
Les génies sylvestres.
CONCLUSIONS GENERALES
L — Le Problème Total du Feu
L’emploi mondial du feu pour la culture et l’élevage.
Le problème total du feu : extinction, prévention, réparation.
Les difficultés de l’extinction.
Les espoirs de la prévention.
Les nécessités de la réparation.
Les abus de la minéralisation.
II. - Le PROBLEME DE 1,’AsSOLEMENT
Les périodicités à court terme et à long terme.
L’alternance des périodes agricole et forestière.
L’aide des engrais chimiques.
La culture hors forêt et le repos de la sylve.
Les points d’appui et la mise en défens.
La rupture d’équilibre : le feu et la monoculture.
III. — La Morphologie du Feu
Le vent, l’eau, la température et le feu.
IV. — La Leçon du Passé
L’histoire et la bibliographie.
V. — Les Rapports du Colon et de l'Indigène devant le problème
du Feu
Les disettes d’imprévoyance.
La répression, les conseils et l’exemple.
La civilisation et les régressions.
L’incertitude des méthodes : les feux de brousse.
L’adaptation.
LEXIQUE
BIBLIOGRAPHIE
TABLE DES FIGURES
TABLE DES PHOTOGRAPHIES
TABLE DES TABLEAUX
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
TABLE DES MATIÈRES
Préface, par le Professeur R. Heim, membre de l’Institut.
Avertissement (Terre incendiée, G. K.-L., 1938) . 1
INTRODUCTION
*• — Résultats toujours insuffisants depuis 1938 sur l’action des feux 9
2. — Importance de l’équilibre agro-sylvo-pastoral . 9
3. — Importance de l’écran vert . 10
Efforts pour la reforestation (Israël, Turquie) . 10
Interventions de l’écran vert (La Réunion) . 11
La chlorophylle et l’énergie atomique . 12
Ignorances sur la chlorophylle.
Répartition des êtres chlorophylliens.
La récupération biologique . 16
Equilibres économiques et équilibres biologiques.
L’écran vert et son humus.
Notion cyclique de l’écran vert . 18
PRINCIPES DIRECTEURS
Justification . 19
I. — Continuité et discontinuité . 20
Continuité dans tous les domaines.
La couverture végétale et la protection de la nature.
Conception dans l’espace.
Rappel historique. Les précurseurs.
Conception dans le temps.
Statique et dynamique.
Autécologie et synécologie.
Opinions diverses.
L’humanité devant la continuité et la discontinuité.
IL — VÉGÉTATION VIERGE et VÉGÉTATION HUMANISÉE . 27
Nécessité mais difficulté de la distinction.
Imprécision du vocabulaire.
Apports de la phytohistoire.
III. — Périodicité . 28
Facteurs naturels et facteurs artificiels.
Elément de stabilisation.
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Façons culturales et assolements.
Rotation des pâturages et feux pastoraux.
Révolution des coupes forestières.
Périodicité bienfaisante et périodicité malfaisante.
Progression et régression . 3 jj
1. Evolution progressive et évolution régressive. 30
Repère par le climax.
Essences progressives et essences régressives.
Exemple général (Schnell) forêt intertropicale.
Problème de la Silva medilerranea.
2. Etat de la végétation . 34
Age des physionomies végétales.
Age relatif.
Age absolu.
Homologie.
- Les pyrophytes . 3 ®
Importance des actes incendiaires.
Définition des pyrophytes.
Régression pyrophytique de la végétation.
Exemples de pyrophytes.
A. Résistance passive. 39
B. Réaction végétative . 40
C. Résistance indirecte . 44
D. Les pyrophytes sociaux . 45
PREMIERE PARTIE
L'équilibre agro-sylvo-pastorai . 48
1. Définitions préalables . 48
Un legs de la culture lutine.
Un legs de la culture anglo-saxonne.
Un legs de la culture germanique.
2. Ager . 52
Sens divers de l’ager.
Prospection préalable de l’ager.
Les alluvions.
Les stades valorisables.
Les plantes indicatrices.
L’hortus.
Les post-culturales.
La fumure organique.
3. Sallus . 55
Sens divers du saltus.
Origines diverses du saltus.
Le problème de la « charge ».
La vocation pastorale.
Actions régressives du bétail.
Mauvaises techniques.
Bétail mal adapté.
Rôle des points d’eau.
Le pacage en forêt.
Les prairies suspendues.
Les feux pastoraux (voir : détérioration du saltus).
Source : MNHN, Paris
i/écran vert
273
4. Situa . Cl
Sens divers de la sylve.
Appréciation statistique de la sylve.
Forêt dégradée et forêt aménagée . 63
Distinction.
Eclaircie par le haut et éclaircie par le bas.
Cas des lianes.
La stratification . 64
Conceptions de la strate.
Cas des essences columnaircs.
Les exigences écologiques.
Rôle de la fonction écran.
Fonction propre et environnement.
Causes de variations.
Interdépendance des strates.
La self-protection . 68
Signification biologique.
Les « reliques ».
Aspect géographique.
Fragilité de l’ambiance forestière.
Ecologie et hérédité.
La résilience . 72
Application de cette notion à la pliytogéographie.
Peuplements purs et peuplements mélangés . 73
Origine naturelle et origine artificielle.
Exemple des pins.
Autres exemples.
Peuplement social et peuplement équienne.
II. — Les niveaux de réalisation.
1. Peuplades primitives et nations organisées . 7ü
2. L’équilibre au niveau de l’entreprise . 76
Autarcie et échanges.
La grange cistercienne.
Système mixte.
Le cycle d’Emmenthal.
Suppression du permis d’exploiter.
3. L’équilibre au niveau du « pays » . 81
Région naturelle et « pays ».
Intérêt de la phytohistoire à ce niveau.
4. L’équilibre au niveau de la nation . 85
La forêt domaniale.
Coupe à blanc et jardinage.
Le périmètre de protection.
Le fonds forestier national.
5. L’équilibre au niveau mondial . 87
Difficultés de réalisation des « plans ».
DEUXIEME PARTIE
LES RUPTURES D’EQUILIBRE
1. La conjoncture : Ruptures par excès et ruptures par carences. 89
2. Excès de i.’ager . 90
274
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
Exemples : Sardaigne, Maroc, Egypte, Ceylan.
L’ager sur mise à feu.
Causes démographiques.
Les intérêts contradictoires et l’arbitrage.
3. Excès du saltus . 92
L’herbivore.
Extension du saltus aux dépens de la sylve.
Exemples : Mongolie, Sardaigne, Espagne, Ruanda-Urundi,
Tchad.
Le forestage.
La mise à feu de la sylve.
Extension du saltus aux dépens de l’ager.
Les feux sur culture.
Les essarts.
4. Excès de la sylve . 191
Le stock sur pied.
Reforestation et exode rural.
Retour à l’économie cistercienne.
5. Détérioration de la sylve . 102
Priorité de la sylve.
Destruction de l’humus . 103
Exploitation abusive de la litière. Recours à la pédologie
et à la physiologie.
Les usagers de l’humus : soutrage, ratelage.
Destruction de l’arbre . 106
L’extirpage : lignerage, suckering.
Le dessevage.
L’abattage.
Le feu.
Les feux de lisière.
Les feux de litière : feux rampants, feux d’humus.
Les feux de massif.
Fléau mondial (exemples).
Cas de la taïga.
Les feux de cimes.
La défense collective.
Les animaux sauvages (généralités).
La guerre : l’oekoumène contre l’oekoumène.
6. Détérioration du saltus . 127
Le saltus hors forêt.
L’écobuage.
Le cendrillage : le fournelage européen ; le rab hindou ; le
ladang malaisien ; le sartage, la haie vive bocagère.
Quelques chiffres.
Les feux courants de nettoiement.
Le système de Montvalezan (Tarentaise).
Le système de Reinius (Finlande).
Autres exemples.
Les feux culturaux.
Les feux sanitaires.
Les feux pastoraux.
Le feu pour le feu.
Le feu dit < d’amélioration ».
Source : MNHN, Paris
l’écran vert
275
Condamnation systématique des feux.
Conclusions possibles.
Rôle des animaux sauvages dans la détérioration du saltus.
'• Détérioration de l’ager . 137
Balance déficitaire.
Inaptitude ou renoncement des pays sous évolués.
TROISIEME PARTIE
RESTAURATION DE LA SYLVE
Priorité de la sylve.
Restauration de l’humus . 140
Nécessité de la matière organique.
Les engrais artificiels et la végétation naturelle.
Développement des phases de la restauration de la forêt . 141
Les stades préforestiers . 142
Les stades arborescents . 145
a) Les bois tendres . 146
b) Les peuplements purs . 148
c) La forêt de remplacement. 153
Nomadisme linéaire, nomadisme circulaire et sédenta-
risme.
Evolutions cycliques.
d) La forêt reconstituée . 160
Les semenciers. 167
QUELQUES REFLEXIONS SUR L’EROSION
I. — L'eau et le vent, facteurs de déblaiement . 171
L’érosion en chaîne.
Le remaniement.
Dangers pour les techniciens de l’exploitation de la nature.
Intérêt pour les biologistes de la conservation de la nature.
Les chaméphytcs avertisseurs.
II. — L’érosion pluviale . 175
Phénomènes du passé et phénomènes du présent.
L’érodibilité.
L’organo-minéral.
Pouvoir d’absorption et pouvoir de décomposition.
Echelle d’appréciation.
Erosion organique.
Erosion minérale.
Erosion de la fertilité.
Biostasie et rhéxistasie (Erhart, 1956).
Complexe divergent et complexe convergent (G. K.-L., 1952)
d’origine météorologique
d’origine biologique.
Stabilisations artificielles.
Résistance au déchaussement.
Les courbes de niveau.
Les terrasses.
Les rhéophytes.
Source : MNHU-'
276
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
III. - L’ÉROSION ÉOLIENNE .
Effets propres.
Les paysages éoliens.
Résistance au déchaussement.
Les abris collectifs.
IV. - L’érosion marine (pour mémoire).
CONCLUSIONS GENERALES
I. — Histoire et Géographie .
II. — Interdiction et réglementation .
III. — Doute et certitude .
IV. — Vulgarisation.
V. — Morphologie de i.a dégradation .
Lexique .
Bibliographie.
186
189
192
198
201
204
207
219
Index alphabétique . 241
Index des tableaux . 256
Index des figures . 256
Explication des planches . 257
Annexe (Table des Matières de la Terre incendiée, 1938) . 261
îlevànl Raspnil
?aris-XrV‘
Achevé d’imprimer
le 15 février 1958
Dépôt légal
1'* trimestre 1958
Le Directeur gérant :
Professeur E. SÉovv
Source : MNHN, Paris
G. KUHNHOLTZ-LORDAT
L’ÉCRAN VERT
Source : MNHN, Paris
Fig. 1 - Création d’un biotope par un phanérophyte (fonction écran), tache de
Brachypodium pinnatum localisée sous un Quercus pubescens.
Causse Noir 1927. Cl. G. K. L.
Fig. 2 - Quercus coccifera. Rien ne s’opposerait à son accession au climax si
l’homme ne l’incendiait pas. Guzargues (Hérault).
Cl. Bernaux
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
Source : MNHN, Paris
L’ÉCRAN VERT
Fig. 3 - Cneorun tricoccum colonisateur post-cultural sur cailloutis. Hérault à
Guzargues. Cl. Beraaux.
Nota - Comparer avec le Cl. 4 (homologie)
Fig. 4 - Erica cinerea Peuplement jeune de semis encore disjoints : début de la
colonisation sur graves récemment défrichées en vue d’une plantation
de vignoble et (momentanément ?) abandonnées.
Entre- 2 -mers 1951.
Nota - Comparer avec le Cl. 3 (homologie)
Fig. 5 - Peuplement de Spartium junceum incendié - Costière du Gard
Cl. Bernaux
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. II
L’ÉCRAN VERT
Source : MNHN, Paris
Fig. 6 - Spartium junceum, rejets de souche après incendie - Dans le peuplement
du Cl. 5 - Cl. Bernaux.
Fig. 7 - Type de déséquilibre sylvopastoral : Une forêt malvenante (hêtraie sur
piton basaltique) isolée dans un saltus surpaturé dont le troupeau ovin
envahit la sylve très ouverte.
Causse du Larzac - 1927 - Cl. G. K. L.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. III
L’ÉCRAN VERT
V :-- 7
Source : MNHN, Paris
Fig. 8 - Silva (Forêt de la Sainte-Baume), Ager (cultures de la vallée du Plan
d’Aups) et Saltus (Chêne pubescent en taillis clairiéré, en voie d’exten¬
sion par abandon de cultures).
Vue prise de St-Pilon, vers le Nord; la forêt est au pied de la haute
falaise de St-Pilon. Cl. G. K. L.
Fig. 9 - Forêt de Picea purpurea dans la vallée de Houng-Loung-se auN.E. de
Souang-pan à 3.400 m. d’altitude.
(Type de formation columnaire).
Extrait des Trav. lab. for. Toulouse, T. V. Vol. 1, 1939, PI. III, W. C.
CHENG.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. IV
L’ÉCRAN VERT
Source : MNHN, Paris
Fig. 10 - Une lisière ouverte : « Ce groupe de Quercus suber n’a pas brisé l’in¬
cendie. Il est trop clairière et ses lisières sont ouvertes. Pour servir de
barrière, il aurait dû être dense et avoir ses lisières fermées. »
(Sagot-Lesage) - Provence.
Fig. 11 - Une lisière fermée : « Horton Plains. Die Grenze zwischen Urwald und
Patana tritt immer scharf hervor». (STOMPS).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. V
L’ÉCRAN VERT
Source : MNHN, Paris
Fig. 12 - Feu d’humus - Propagation souterraine dont on voit les trous de venti¬
lation - Cl. « Bois et Forêts des tropiques» 1956, n° 49, Note VIGNAL.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. VI
L’ÉCRAN VERT
Source : MNHN, Paris
Fig. 13 - La déforestation et la guerre. - Disparition du Bois M. 63 devant les
parallèles de Moronvilliers (Tranchées de Champagne). Avant et après
le pilonnage par l’artillerie.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. VII
B' M 63
Morol» v "
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Source : MNHN, Paris
Fig. 14 - Stade préforestier à Myrica gale d’où émerge Alnus glutinosa - Étang
de Sanguinet (Landes) - 1951. Cl. G. K. L.
Fig. 15 - Etiolement d’un stade préforestier à Helianthemum alyssoides par le
Pinus pinaster. On voit les brins étiolés à travers les branches; les
brins encore ensoleillés restent en fourré-Lugos (Gironde). 1951.
Cl. Bernaux.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. VIII
Source : MNHN, Paris
L’ÉCRAN VERT
Fig. 16 - Les feux pastoraux favorisent la dénudation - Peuplement de Quercus
coccifera incendié sur les pentes de la Gardiole.
Les plaques grises entre les blocs dénudés sont du Brachypodium
ramosum - Entre Launac et Vie (Hérault).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. IX
Source : MNHN, Paris
L’ÉCRAN VERT
Fig. 17 - Transformation d’une période agricole en une période forestière. Le
vignoble est vieux; le propriétaire aussi. La vigne est encore taillée
mais le sol n’est plus labouré.
Le pin (Pinus pinea), de semis naturel, a été élagué pour permettre
une dernière taille ; la période forestière est annoncée. Environs de
Vauvert (Gard). Décembre 1948 - Cl. Bernaux.
Fig. 18 - Stipa capillata ralentit l’érosion par ses touffes cespiteuses. Argiles
plaisanciennes de Fournès (Gard). Juin 1956 - Cl. Bernaux.
Fig. 19 - Résistance de Camphorosma monspeliaca à l’ensevelissement par les
boues sur la pente. Fosses de Fournès. Juin 1956- Cl. Bernaux.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
L’ÉCRAN VERT
Source : MNHN, Paris
Fig. 20 - Fosses de Fournès - Accumulation de coulées argileuses colonisées par
Dactylis glomerata L. Juin 1951 - Cl. Bernaux.
Fig. 21 - Détérioration du dépôt par mise en culture mal orientée - Reprise de
l’érosion en nappe et en ravinement. Fosses de Fournès. Juin 1951.
Cl. Bernaux.
Fig. 22 - Résistance des chaméphytes à l'initium de la chaîne d’érosion sur les
crêtes et colonisation du colluvion par Brachypodium ramosum. Bor¬
dure marneuse de l’Étang de Marseillette. 28-9-1951 - Cl. Bernaux.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. XI
Source : MNHN, Paris
L’^CRAN^yERT
Fig. 23 - Réinstallation de chaméphytes sur une tache devenue inactive dans
une truffière des Basses-Alpes. (Travaux Bernaux).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. XII
L’ÉCRAN VERT
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w
Source : MNHN, Paris
Fig. 24 - Colonisation d’une « descente » de cailloux roulés par les chaméphytes
dont la progression suit celle des cailloux. Fournès (Gard). 1951.
Cl. Bernaux.
Fig. 26 - L’amont ayant été déboisé, la forêt (Quercus pubescens + Q ilex) est
impuissante à résister au déchaussement hydraulique. Environs de Beck
en Costière du Gard. 1948 - Cl. Bernaux.
Nota - Les clichés 25 sont à la page suivante.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. XIII
Source : MNHN, Paris
Fig. 25 - Plantes à pivot déchaussés :
a. Camphorosma monspeliaca.
b. Plantago serpentina.
c. Echinophora spinosa.
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. XIV
L’ÉCRAN VERT
Source : MNHN, Paris
Fig. 27 - Terrasses de vignobles abandonnées et livrées au pacage, avec début
d’embuissonnement. Environs de Bédarieux (Hérault). 1951. Cl. G. K. L.
Fig. 28 - Envahissement de la chênaie (quercus ilex et Q pubescens) dans un
ager en voie d’abandon. On voit les terrasses en pentes et un ager (vi¬
gnoble) maintenant de clairière sur la montagne du fond, à gauche.
1951. Cl. G. K. L. Vallon du Bitoulet (Hérault) au i«f plan Castanea
Satlva.
Fig. 29 - Formation d’une tête de ravin. « L’entaille est creusée dans la partie
supérieure, lagunaire, de l’Astien » (p. Marcelin) dont on voit le
calcaire poudreux caractéristique. Les cailloux roulés proviennent du
dépôt de quartzites quaternaire décapé. Environs de Vauvert (Gard).
1948. Cl. Bernaux.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX
PI. XV
1
■i
Source : MNHN, Paris
L’ÉCRAN VERT
Fig. 30 - Erosion pluviale. Début de ravinement des pentes et de formation de
cônes de déjection. La corniche supérieure est encore partiellement
recouverte, mais entamée sur la moitié droite. La corniche moyenne est
plus entamée et les eaux sont guidées par les encoches ou couloirs taillés
dans la roche calcaire. On voit la formation des ruissellements guidés
sur la pente vers la corniche inférieure très disloquée. Au milieu deux
ruissellements issus de deux couloirs éloignés confluent en un seul plus
important.
Sur le replat alluvial et colluvial, l’ager parcellé. Pente N-W du causse
Noir. 1927. Cl. G. K. L. L’exploitation en taillis à courte révolution est
néfaste.
Fig. 31 - En manière de conclusion : réalisation d'un équilipre agro-sylvo-pasto-
ral. L’ager (maïs) ; au fond le saltus ; la sylve (Forêt de Sénart) et sa
prélisière (au massif de gauche) est prête à conquérir l’ager s’il vient à
être abandonné. 8-11-1956. Cl. J. P. Barry.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome IX.
PI. XVI
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Les MEMOIRES DU MUSEUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
paraissent sans périodicité fixe. Chaque volume est formé d'un nombre
variable de fascicules, publiés isolément et ne contenant qu’un seul
mémoire.
Les auteurs reçoivent 50 tirages à part de leurs travaux, brochés et
sous couverture. Ils s’engagent à ne pas les mettre dans le commerce.
Les demandes de fascicules doivent être adressées au Muséum national
d’Histoire naturelle, 36, rue Geoffro y-Sain t-Hilaire, Paris (5*).
Compte chèques postaux : Paris 9062-62.
EDITIONS DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
36, rne Geoffroy-Saint-Hilaire, Paria
Archives du Muséum national d'Histoire naturelle (commencées en 1802 comme
Annales du Muséum national d’Histoire naturelle). Un volume in-4° par an.
Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle (commencé en 1895). Un volume
in-8° par an.
Mémoires du Muséum national d'Histoire naturelle, nouvelle série (commencée
en 1936). In-8°, sans périodicité fixe.
Publications du Muséum national d’Histoire naturelle (sans périodicité fixe). Paraît
par fascicules in-8°.
Revue française d'Entomotogie (Directeur : D r R. Jeanncl, laboratoire d’Entomo-
logie). Paraît depuis 1934 ; in-8°.
Notulae systematicae (Directeur : M. H. Humbert, laboratoire de Phanérogamie).
Paraît depuis 1909 ; in-8°, sans périodicité fixe.
Index seminum Musei parisiensis (Laboratoire de Culture). Paraît depuis 1822.
Echange.
Journal d'Agriculture tropicale et de Botanique appliquée. Anciennement Revue de
Botanique appliquée et d’Agriculture Coloniale (Secrétaires : MM. J.-F. Leroy
et J. Carayon). Paraît depuis 1954.
Revue Algologique (Directeur : M. R. Lami, laboratoire de Cryptogamie). Paraît
depuis 1924 : in-8«.
Revue Bryologique et Lichénologique (Directeur : M"* Allorgc, laboratoire de Cryp¬
togamie). Paraît depuis 1874 ; in-8°.
Revue de Mycologie, anciennement Annales de Cryptogamie exotique (Directeur :
M. R. Heim). Parait depuis 1928 ; in-8°.
Mammalia (Directeur : M. E. Bourdelle, laboratoire de Mammalogie). Paraît depuis
1936 ; in-8*.
Bulletin du Laboratoire maritime du Muséum national d'Histoire naturelle, à
Dinard (Directeur : M. R. Heim, laboratoire maritime de Dinard). Paraît
depuis 1928 ; in-8°.
Travaux du Laboratoire de « La Jaysinia » (Directeur : M. H. Humbert, laboratoire
de Phanérogamie). Paraît par fascicules in-8°.
Source : MNHN, Paris