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Nouvelle Série Tome 111, N° 4_ MARS 1958
REVUE
ALGOLOGIQUE
— FONDÉE EN 1922 —
Par P. ALLORGE et G. HAMEL
MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
LABORATOIRE DE CRYPTOGAMIE
12, RUE DE BUFFON - PARIS V.
Publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique
Paraissant quatre fois par an.
[bTrT'. u!
Vin 1 r.Vnl
EDITIONS DU CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE
SCIENTIFIQUE
I. - PUBLICATIONS PÉRIODIQUES
BULLETIN SIGNALÉTIQUE
Le Centre de Documentation du C.N.R.S. publie un « Bulletin signa-
létique > dans lequel sont signalés par de courts extraits classés par
matières tous les travaux scientifiques, techniques et philosophiques,
publiés dans le monde entier.
Le Centre de Documentation du C.N.R.S. fournit également la repro¬
duction sur microfilm ou sur papier des articles signalés dans le « Bulletin
signalétique » ou des articles dont la référence bibliographique précise
lui est fournie.
ABONNEMENT ANNUEL
(y compris table générale des auteurs ).
2 e Partie (biologie, physiologie, zoologie, agriculture) :
France . 6.500 Fr.
Etranger . 7.500 Fr.
Tirages à part 2' Partie.
Section IX. — Biochimie, biophysique, sciences
pharmacologiques, toxicologie :
France . 2.000 Fr.
Etranger . 2.200 Fr.
Section X. — Microbiologie, virus et bactério¬
phages, immunologie :
France .
Etranger
1.300 Fr.
1.450 Fr.
Section XI. — Biologie animale, génétique, biologie
végétale :
France . 3.650 Fr.
Etranger . 4.050 Fr.
Section XII. — Agriculture, aliments et industries
alimentaires :
1.150 Fr.
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16, rue Pierre-Curie, PARIS-5*
C.C.P. Paris 9131-62, Tél. DANton 87-20
5
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Nouvelle Série. Tome III, Fasc. 4.
Mars 1958
REVUE
ALGOLOGIQUE
DIRECTEURS .
P. BOURREILY et ROB. LAMI
SOMMAIRE
P. Demalsy. — Monstruosités nouvelles dans le genre Aluria
(Phaeophyceae) . 175
S. Dao. — Recherches caryologiques chez le Neomeris annulata
Dickie . 192
L. Walter-Lévy, R. Frécaut et R. Strauss. — Contribution à
l’étude de la zone littorale des îles Baléares. Biologie et
chimie des Algues calcaires. Formes du relief qui leur sont
liées . 202
Notules algologiques
K. Behre. — Métaphyton et Plocon. 229
Bibliographie . 231
Monstruosités nouvelles
dans le genre Alaria (Phaeophyceae)
Par Paul DEMALSY.
L’examen de matériel d ’Alaria esculenta Grev., destiné à un tra¬
vail cytologique encore en cours, nous a fait rencontrer un certain
nombre de formes anormales, nouvelles pour le genre.
Le matériel a été récolté pendant plusieurs séjours à la Station
de Biologie Marine de Roscoff. Nous remercions le Directeur de cet
Institut, le Professeur G. Teissier, et le Sous-Directeur, le Profes¬
seur P. Drach, pour l'hospitalité et les facilités de travail qu’ils
nous ont procurées au cours d’un voyage d’études effectué avec
l’aide de la Fondation Universitaire et pendant notre mandat
d’Aspirant du Fonds National de la Recherche Scientifique.
Les récoltes examinées proviennent de différentes localités de la
côte du Finistère, principalement des Cochons-Noirs, rochers isolés
dans la Baie de Morlaix, et des Grèves Saint-Michel à Plouguerneau,
ainsi que des Pointes de Primel et de Beuzic. Les exemplaires anor¬
maux, au nombre de 7, sont tous originaires de la station des Co¬
chons-Noirs et, pour la plupart, ils furent recueillis en janvier 1955;
les récoltes de mai et juin ne nous ont fourni que deux spécimens
aberrants. Environ 75 plantes adultes ont été examinées. Aucune
anomalie ne fut trouvée sur les plantules de l’année 1955, dont
quelque 250 exemplaires de toute taille furent récoltés en mai et
juin à Plouguerneau et aux Cochons-Noirs. Nous adressons nos vifs
remerciements au Professeur J. Feldmann, spécialiste de la flore
algologique des environs de Roscoff, qui nous a fourni d’utiles
indications pour nos récoltes.
Grâce à l’amabilité du D r P. Bourrelly, Sous-Directeur au Mu¬
séum, que nous tenons à assurer de notre gratitude, nous avons
également pu examiner les spécimens cV Alaria de l’Herbarium du
Muséum d’Histoire Naturelle de Paris; nous n’y avons toutefois
trouvé que des spécimens normaux. Nos investigations dans les
collections algologiques de l’Herbier du Jardin Botanique de l’Etat
à Bruxelles n’ont pas donné de plus heureux résultats.
Nos observations ont été terminées au Laboratoire de Botanique
et de Cytologie de l’Institut Carnoy à Louvain. Nous remercions très
cordialement son Directeur, le Professeur P. Martens, d’avoir mis
à notre disposition l’équipement nécessaire à l’achèvement de ce
travail.
176
P. DEMALS Y
DESCRIPTION SOMMAIRE DUN EXEMPLAIRE NORMAL
D’ALARIA ESCULENTA
1. — Organographie.
La plante est constituée d’un stipe cylindrique ou légèrement
aplati dans sa partie supérieure. A sa base, sont insérés des haptères
ramifiés. Le stipe se prolonge dans la fronde par une nervure aplatie,
portant une lame foliacée à chaque extrémité de son plus grand
diamètre (fig. I, 1 ) .
Fig. I. — Structure d’un thalle
normal, expliquée par des coupes
transversales à différents niveaux
(m : moelle (en pointillé) ; 1 : li¬
gne jaune dans la zone stipo-fron-
dale; c : cortex, plus loin, en noir
lorsqu’il s’agit de massifs isolés
dans la moelle; X 13. — 1. Fron¬
de : coupe transversale de la ner¬
vure et de la base des deux
expansions foliacées. — 2., Zone
stipo-frondale. — 3. Niveau des
sporophylles : stipe et insertion
des sporophylles.
Les sporophylles, appendices
contenant les organes reproduc¬
teurs, sont insérés sur une file au
sommet du stipe. Ils se développent
de façon acropète et dans le même
plan que les ailes de la nervure
(fig. I, 3).
Entre la base de la fronde et le
sommet du stipe, se situe la zone
de croissance intercalaire. Nous
avons constaté que cette zone de
croissance, appelée aussi zone sti¬
po-frondale, est traversée de haut
en bas par deux minces lignes
jaunes, tranchant nettement sur la
couleur brune du thalle (fig. I, 2).
Chacune de ces lignes relie la
lame décurrente de la fronde à la
rangée de sporophylles située du
même côté.
2. — Structure interne.
Tout le thalle est recouvert par
le méristoderme : tissu constitué
généralement d’une seule assise
de cellules très riches en plastes.
Le méristoderme recouvre le cor¬
tex, subdivisé en cortex externe et
cortex interne, et comprenant de
nombreuses assises de cellules à
paroi épaissie, disposées en files
longitudinales. Vient enfin la
moelle, formée d’un enchevêtre-
MONSTRUOSITÉS DANS LE GENRE AI.ARIA
177
ment d’hyphes orientées dans toutes les directions; dans le stipe,
sous le niveau des sporophylles, elle forme un cylindre plus ou
moins aplati tandis que dans la nervure (fig. 1,1), elle se présente
sous la forme d’une lame mince, située dans le plan des ailes et
élargie en fer de lance à ses extrémités.
Les mêmes tissus se retrouvent dans les ailes mais avec une
épaisseur beaucoup plus réduite. Dans cette partie du thalle, les
cellules corticales et médullaires sont orientées presque perpendi¬
culairement à la nervure.
FORMES ANORMALES DÉJÀ CONNUES DANS L’ORDRE
DES LAMINAIRES
Chez les Laminariales et, en particulier, dans le genre Laminaria,
on connaît des anomalies variées. Elles peuvent être groupées en
3 catégories et, dans quelques cas seulement, leurs causes ont pu
être déterminées :
1. Torsion en spirale du stipe. La présence d’une Phéophycée
endophyte : Streblonema deformans (Dang.) Hamel dans les tissus
du stipe de Laminaria digitata (L.) Lam. suscite une irrégularité de
croissance de ce dernier et sa torsion en spirale (Dangeard, 1931).
2. Bifurcation ou ramification latérale du stipe. Setchell (1905)
a expliqué certains cas de bifurcation du stipe par une régénération
restaurative, consécutive à un traumatisme de la zone stipo-fron-
dale. D’après Sauvageau (1918), certains cas de bifurcation latérale
du stipe ne pourraient cependant être attribués à une lésion.
3. Dédoublement partiel de la lame. Il ne semble résulter ni d’une
blessure ni de l’action d’un parasite; son origine est encore incon¬
nue (11,
Dans les Alariacées, on a signalé des cas tératologiques analogues
qui présentent un intérêt particulier en raison de la structure plus
complexe de ces algues : présence d’une nervure médiane dans la
fronde et de sporophylles sur le stipe. Dans sa monographie du
genre Alaria, Yendo (1919) décrit 15 espèces (plus 5 douteuses) et
signale des anomalies dans 4 d’entre elles. Ce sont :
(1) Dans quelques récoltes de Laminaires, M.-J. Demalsy et l’auteur ont
retrouvé récemment ces 3 types d’anomalies chez Laminaria digitata.
A Plouguerneau (1955), ils ont récolté un thalle dont la fronde portait, depuis
la zone stipo-frondale, une crête perpendiculaire à la fronde et située presqu’au
milieu de cette dernière; sa hauteur égalait environ la moitié de la largeur de
la fronde.
Aux Cochons-Noirs, en 1955, ils ont trouvé un stipe bifurqué dont les deux
bifurcations portaient une fronde également développée.
Enfin, en 1956, ils ont trouvé à Wimereux (Pas-de-Calais), une épave présen¬
tant une torsion spiralée du stipe immédiatement au-dessous de la zone stipo-
frondale.
178
P. DEMALSY
— insertion de deux lames d’un même côté de la nervure chez
A. taeniata Kjellm.
— ramification du stipe chez A. lanceolata Kjellm et A. prae-
longa Kjellm; chez ces deux espèces, elle se produirait fréquem¬
ment dans la partie du stipe portant les sporophylles. Semblable
anomalie, accompagnée d’une raréfaction des sporophylles, a été
signalée par Collins sur un ou deux spécimens d’A. esculenlci pro¬
venant de la Nouvelle-Angleterre.
— des cas de bifurcation et d’enroulement en spirale des sporo¬
phylles.
Sauvageau (1918) ne fait mention d'aucune anomalie se rappor¬
tant à la famille des Alariacées.
OBSERVATIONS PERSONNELLES CHEZ ALARIA ESCULENTA
Technique.
Nous avons étudié les ano¬
malies d’après des coupes
transversales. Celles-ci ont été
réalisées à partir de frag¬
ments prélevés aux différents
niveaux du thalle et compre¬
nant dans la mesure du pos¬
sible, la fronde et la moitié de
la nervure ou du stipe. Ces
objets étaient ensuite coupés
au microtome à congélation
à l’épaisseur de 30 jjl puis
montés au sirop d’Apathy.
Spécimen I.
Caractères généraux. — Spé¬
cimen incomplet provenant
de la récolte de mai-juin, long
de 8 cm. et comprenant la
base de la fronde, la zone
stipo-frondale et les sporo¬
phylles supérieurs. La fronde
atteint 2 cm. dans sa plus
grande largeur et est parse¬
mée de touffes de poils.
Dans la partie âgée de la
fronde, on trouve deux lames
Fig. II. — Spécimen anormal n° I.
1. Coupe transversale au som¬
met de la fronde (la coupe passe
par une touffe de poils), X 5,5. —
2. Détail du dessin précédent, X 13.
— 3. La fronde un peu au-dessus
de la zone stipo-frondale, X 13.
— 4. Niveau de la zone stipo-
frondale, X 13. — 5. Idem au ni¬
veau des sporophylles, X 13.
MONSTRUOSITÉS DANS LE GENRE ALARIA
179
d’égal développement au sommet d’une portion commune (fig. II.
1 et 2). Dans la région jeune, la lame est réduite à un bourrelet
portant deux protubérances résultant d'une réduction progressive
des éléments dédoublés de la fronde.
L’examen d’une coupe effectuée au sommet du thalle révèle une
structure normale de la moelle (fig. II, 2). Au niveau représenté en
fig. II, 3, la portion de lame séparant la nervure de la bifurcation
est plus courte que dans la région âgée.
La zone stipo-frondale (fig. II, 4) et celle garnie de sporophylles
(fig. II, 5) possèdent également une structure histologique normale.
Spécimen II.
Caractères généraux. — Lon¬
gueur totale: 39,5 cm.; lon¬
gueur du stipe : 9,5 cm.;
largeur de la fronde: 3,5cm.
Exemplaire récolté en jan¬
vier et dont la fronde pré¬
sente une usure apicale très
prononcée ainsi que de
multiples déchirures trans¬
versales. Nombreux sporo¬
phylles.
D’un côté de la nervure,
à partir de 10 cm. du som¬
met de la fronde, la partie
distale de cette dernière est
dédoublée (fig. III, 1). La
largeur de la portion de
lame comprise entre la bi¬
furcation et la nervure s’at¬
ténue progressivement vers
le bas jusqu’à disparaître
presque complètement. Les
deux lames secondaires
sont de même longueur
dans les portions âgées
(6 mm.) et jeunes de la
fronde; dans la zone inter¬
médiaire, une des lames
est fortement réduite, ce
qui lui donne l’aspect d’une
simple crête (fig. III, 2). Un
Fig. III. —- Spécimen anormal n° II.
1. Bifurcation de la fronde au sommet du
thalle. — 2. Région moyenne de la fronde,
une des bifurcations est réduite à une simple
crête. — 3. Coupe plus proche de la base de
la fronde, la différence de taille entre les
deux lames n’est guère marquée. -— 4. Stade
encore plus jeune; présence d’un massif de
cortex dans le prolongement de la moelle. —
5. Zone stipo-frondale : on retrouve le mas¬
sif de cortex signalé dans les dessins 3 et
4. — 6. Niveau supérieur de la zone à sporo¬
phylles.
Source: MNHN , Paris.
180
P. DEMALS Y
peu au-dessus de la zone stipo-frondale, l’anomalie se présente sous
forme de deux bourrelets parallèles séparés par une dépression
(fig. III, 3 et 4). Extérieurement, aucune des autres parties du thalle
ne présente d’anomalie.
Les coupes transversales effectuées à différents niveaux dans la
nervure ne montrent pas l’épaississement caractéristique de la
moelle (fig. III, 1, 2 et 3). Dans la zone stipo-frontale (fig. III, 5) et
immédiatement au-dessus de cette dernière (fig. III, 3 et 4), quel¬
ques éléments corticaux (c) se trouvent dans le
prolongement de la moelle; leur présence pour¬
rait être en relation avec le dédoublement de
la lame dans cette partie du thalle.
Commentaires. — La structure de la partie
âgée est semblable à celle du spécimen I ; dans
ce dernier cependant, l’anomalie se situe plus
loin de la nervure et le renflement de la moelle
y est plus accusé.
— Pour les deux cas décrits jusqu’ici, les
anomalies se manifestent de la même façon
dans la partie la plus jeune de la fronde.
Spécimen III.
Caractères généraux. — Longueur totale :
28 cm., longueur du stipe : 7 cm.; largeur de la
fronde : 2 cm. Spécimen complet récolté en
janvier et présentant des traces d’usure au
Fig. IV. — Spéci¬
men anormal n u
III, X 13.
1. Fronde : in¬
sertion distincte
des deux lames
sur la nervure,
bifurcation de la
moelle et renfle¬
ment des cordons
secondaires. — 2.
Zone stipo-fron¬
dale : tissu mé¬
dullaire bifurqué
et deux lignes
jaunes. — 3. Ni¬
veau des sporo-
phylles : bifurca¬
tion de la moelle
et insertion des
sporophylles le
long de deux files
verticales.
lames et présente
sommet de la fronde.
Ce thalle possède une moitié longitudinale
morphologiquement anormale. Deux expansions
foliacées également développées y ont une in¬
sertion distincte sur la nervure (fig. IV, 1);
elles sont séparées par un tissu appartenant
à cette dernière. Dans la zone stipo-frondale,
chacune d’elles se prolonge par une ligne claire
surmontant une file de sporophylles. Ceux-ci
sont disposés le long de deux lignes parallèles
dans les parties âgées et jeunes de la zone qu’ils
occupent. Entre ces niveaux extrêmes, ils pa¬
raissent répartis sur une seule file verticale.
Etude des coupes transversales. — Le tissu
médulaire de la fronde bifurque assez profon¬
dément à l’intérieur de la nervure. Chacun des
cordons médullaires se dirige vers une des
un renflement très marqué entre son individua¬
lisation et sa pénétration dans la lame (fig. IV, 1).
MONSTRUOSITÉS DANS LE GENRE ALARIA
181
Dans la zone stipo-frondale, la bifurcation du tissu médullaire
est très nette, chacun des cordons se dirige vers une des lignes
jaunes et ils sont séparés l’un de l’autre par un massif de cortex
(fig. IV, 2).
A tous les niveaux de la zone à sporophylles, on constate égale¬
ment une bifurcation de la moelle. Les cordons ainsi produits se
dirigent chacun vers une des files verticales de sporophylles (fig. IV,
3).
Commentaires. — Cette anomalie est identique à celle décrite par
Yendo chez A. taeniata. L’organisation médullaire différente, con¬
sidérée souvent comme caractère spécifique, ne permet pas de com¬
parer la répercussion du dédoublement de la fronde sur l’organisa¬
tion histologique de la nervure.
Yendo (1919) ne fournissant pas
d’indication sur les autres parties du
thalle anormal d’A. taeniata, leur com¬
paraison avec les parties correspon¬
dantes de notre spécimen n’est pas pos¬
sible.
— L’insertion des sporophylles sur
une seule file dans la partie médiane de
cette zone peut s’expliquer par la « sté¬
rilité » d’une portion assez importante
d’une des files. Même dans les exem¬
plaires normaux, la distance séparant
deux sporophylles superposés peut être
très variable.
Spécimen IV.
Caractéristiques générales. — Individu
incomplet, récolté en mai-juin et dont
nous ne possédons que la base de la
fronde et la zone stipo-frondale, soit
en tout un fragment de 6 cm. de long,
où la largeur de la fronde atteint 2,5cm.
Une seule moitié longitudinale du
thalle offre une anomalie caractérisée
par la présence de deux lames sur la
nervure. Ces lames ont chacune leur
insertion propre et elles sont séparées à
leur base par un tissu appartenant à la
nervure (fig. V, 1 et 2). Chacune d’elles
se prolonge par une ligne jaune dans la
zone stipo-frondale (fig. V, 3).
Examen de coupes transversales. — La
moelle est bifurquée dans le stipe
1. Coupe transversale au
sommet de la fronde, mon¬
trant l’insertion distincte des¬
deux lames; la moelle se
scinde à l’intérieur de la ner¬
vure. — 2. Idem, à la base
de la fronde. — 3. Coupe
transversale dans la zone
stipo-frondale (à la base de
l’échantillon qui était incom¬
plet) ; présence de deux lignes
jaunes du côté de l’anomalie-
182
P. DEMALSY
(fig. V, 3) et dans la nervure (fig. V, 1 et 2). Dans cette dernière,
la bifurcation se situe à peu près à l’endroit qu’aurait dû occuper
le renflement médullaire.
Commentaires. — Morphologiquement, ce cas est identique à celui
du spécimen III et aussi à celui d’A. taeniata décrit par Yendo. Il
existe cependant des différences histologiques dans la nervure de
ces deux thalles d’A. esculenta : dans le spécimen IV, les cordons
médullaires bifurqués ne possèdent pas de renflement.
Spécimen V.
Caractères généraux. — Longueur totale : 26 cm.; longueur du
stipe : 8 cm.; largeur de la fronde : 3 cm. Usure très nette au
sommet du thalle. Nombreux sporophylles.
Une moitié longitudinale de la plante présente une structure
normale. La seconde tranche de la
nervure porte trois ailes. Deux
d’entre elles sont plus rapprochées
et ont une insertion commune sur
la nervure, dans la moitié supé¬
rieure de la fronde (fig. VI, 1).
L’importance de la portion com¬
mune diminue à mesure que dé¬
croît la distance du niveau envi¬
sagé à celui de la zone stipo-fron-
dale. Cette dernière est parcourue
par trois lignes jaunes (fig. VI, 3).
Quant aux sporophylles, ils sont
insérés le long de deux files paral¬
lèles (fig. VI, 4) ; l’un deux portait
une crête longitudinale.
Etude histologique. — Au sommet
de la fronde, la moelle se scinde à
l’extrémité de son renflement ter¬
minal en deux cordons d’inégale
épaisseur (fig. VI, 1 ) ; le plus large,
destiné à la lame dédoublée, isole
complètement un petit massif de
cortex (c). Dans la moitié infé¬
rieure de la fronde, la moelle est
nettement trifurquée et les trois
lames sont insérées sur la ner¬
vure (fig. VI, 2). Deux d’entre elles
sont encore très rapprochées, leur
Fig. VI. — Spécimen anormal
n° V, X 13.
1. Coupe au niveau supérieur
de la fronde, montrant la dispo¬
sition des lames par rapport à
la nervure et le parcours du tis¬
su médullaire. — 2. Insertion
des trois lames sur la nervure
dans la moitié inférieure de la
fronde. — 3. Structure de la zone
stipo-frondale : trois lignes jau¬
nes et trifurcation de la moelle.
— 4. Coupe transversale dans
la région des sporophylles insé¬
rés sur le stipe le long de deux
lignes parallèles.
MONSTRUOSITÉS DANS LE GENRE ALARIA
183
insertion, d’abord deux fois plus large que celle de la troisième
lame, ne devient nettement séparée qu’à proximité immédiate de la
zone stipo-frondale où le tissu médullaire est également trifurqué.
Au niveau des sporophylles, la moelle est bifurquée (fig. VI, 4).
Commentaires. — Dans la moitié supérieure du thalle, se trou¬
vent réunis deux types d’anomalies déjà rencontrés sur des spéci¬
mens différents : d’une part, insertion de deux lames sur la tranche
de la nervure (cas des spécimens III et IV), d’autre part, dédou¬
blement d’une lame peu après son individualisation (cas de la par¬
tie jeune du spécimen I). Plus bas, on constate un passage pro¬
gressif de l’insertion de deux lames, dont une bifurquée, à celle de
trois; lames simples.
— Un hiatus paraît exister
entre la structure de la zone
stipo-frondale, qui possède
trois lignes jaunes, et celle du
niveau des sporophylles, insé¬
rés le long de deux lignes pa¬
rallèles. Toutefois, l’accroisse¬
ment en longueur du stipe,
beaucoup plus lent que celui
de la fronde, rend probable
que le changement d’organi¬
sation, dont on constate les
résultats dans la partie jeune
de la fronde, est encore trop
récent pour s’être déjà mani¬
festé de façon visible dans la
zone des sporophylles.
Spécimen VI
Caractères généraux. — La
base du thalle et son sommet
font défaut. Longueur du frag¬
ment de thalle : 14 cm.; lon¬
gueur de la portion de stipe :
3 cm.; largeur de la fronde :
2,5 cm. Date de récolte : jan¬
vier.
Les deux tranches de la ner¬
vure portent des appendices
en surnombre; nous étudie¬
rons séparément chacun de
Fig. VII. — Spécimen anormal n° VI.
Côté A. — 1. Partie supérieure
du thalle; la lame bifurque assez
loin de la nervure, X 5,5. — 2. Dé¬
tail du dessin précédent, X 13. —
3. Coupe dans la partie normale¬
ment constituée, X 5,5. — 4. Mê¬
me niveau qu’en 3, détail de la
structure de la nervure, 13. —
5. Structure de la zone stipo-fron¬
dale, X 13. — 6. Coupe dans le
stipe au niveau supérieur de l’in¬
sertion des sporophylles, X 13.
184
P. DEMALSY
Fig. VII. Côté B. — 1. Sommet de
la fronde, l’anomalie vue en coupe
transversale, X 5,5. — 2. Même
coupe qu’en 1, détail de l’insertion
des lames sur la nervure et de la
bifurcation d'une lame, X 13. —
3. Aspect du thalle après résorp¬
tion de la bifurcation d’une lame,
X 5,5. — 4. Détail de l’insertion des
lames au même niveau qu’en 3,
X 13. — 5. Coupe au niveau de la
zone stipo-frondale : bifurcation
de la moelle et deux lignes jaunes
dans le méristoderme, X 13. _
6. Niveau supérieur de la zone à
sporophylles : deux files verti¬
cales, X 13. — 7. Niveau inférieur
de cette zone : une file verticale,
X 13.
ces côtés en les désignant par¬
les lettres A et B.
Côté A. — L’aile est normale
à 3 cm. du sommet; plus haut,
et à partir de 0,7 cm. de la ner¬
vure, elle se scinde en deux por¬
tions de même importance (fig.
VII A, 1 et 2). Vers le bas, une
des bifurcations diminue jus¬
qu’à n’être plus qu’une crête à
la surface du reste de la lame et
qui se résorbe rapidement : la
lame devient alors normale (fig.
VII A, 3). Dans la zone stipo-
frondale, on ne trouve qu’une
ligne jaune (fig. VII A, 5) et sur
le stipe, les sporophylles sont
insérés le long d’une seule file
verticale (fig. VII A, 6).
De l’examen des coupes trans¬
versales, il résulte qu’avec l’é¬
paississement prononcé de la
moelle, la structure de la ner¬
vure est, à tous les niveaux, con¬
forme à la structure normale
(fig VII A, 2 et 4). Il en est de
même pour les coupes effectuées
dans les zones stipo-frondales
(fig. VII A, 5) et à sporophylles
(fig. VII A, 6).
Commentaires .— Cette ano¬
malie est à rapprocher de celle
décrite dans la partie âgée du
spécimen I. Dans ce spécimen VI
la bifurcation reste à la même
distance de la nervure jusqu’à sa
résorption. Aucun indice ne per¬
met de présumer que cette ano¬
malie s’est étendue à d’autres
parties du thalle que la fronde.
Côté B. — Sur toute sa lon¬
gueur, la nervure porte deux ex¬
pansions foliacées à insertion
MONSTRUOSITÉS DANS LE GENRE ALARIA
185
unique (fig. VII B, 1 et 3) mais, de plus, une des ailes est dédoublée
dans la partie la plus ancienne de la fronde (fig. VII B, 1 et 2). Ce
dédoublement persiste jusqu’à 4,5 cm. de la zone stipo-frondale; il
se situe à 6 mm. de la nervure et les deux portions de lame qui en
résultent ont toutes deux 5 mm. de large. Sur les derniers centi¬
mètres de l’anomalie, une des lames se réduit à une simple crête
sinueuse à la surface de la fronde. Dans la zone stipo-frondale
(fig. VII B, 5), on note la présence de deux lignes jaunes et, au
sommet du stipe, celle de deux files de sporophylles (fig. VII B, 6) ;
les plus anciens de ces derniers sont insérés le long d’une seule
file verticale (fig. VII B, 7).
Dans la partie supérieure de la fronde, la structure de la moelle
est normale; la première bifurcation de ce tissu a lieu à l’extérieur
de la nervure, après un nouvel épaississement du tissu médullaire
(fig. VII B, 2). Plus bas, où les deux lames sont simples, la même
structure se retrouve mais le rétrécissement de la moelle entre les
deux renflements successifs n’est pas aussi prononcé (fig. VII B, 4).
Dans la région stipo-frondale (fig. VII B, 5) et la partie supérieure
du niveau à sporophylles (fig. VII B, 6), la moelle bifurque et chacun
de ses cordons prend la direction d’une des lignes jaunes ou d’une
des files de sporophylles. Au niveau des sporophylles les plus
anciens, la structure est tout à fait normale (fig. VII B, 7).
Commentaires. — Cette anomalie de la fronde se rattache à celle
de la partie jeune du spécimen II (fig. III, 3), mais, dans ce spéci¬
men VI, la largeur de la lame non bifurquée reste constante tout
le long de la nervure; de plus, une des lames bifurque à son tour.
Spécimen VII.
Caractères généraux. — Longueur totale : 24 cm.; longueur du
stipe : 3 cm.; largeur de la fronde : 2 cm. Exemplaire en très bon
état mais amputé du sommet. Des deux côtés de la nervure, plu¬
sieurs sporophylles jeunes portaient des crêtes longitudinales ou
transversales, de longueur variable; d’autres, anormalement grands
avaient un contour irrégulièrement lobé; nous avons également
noté la présence d’un pédicelle terminé par deux sporophylles de
taille très différente.
Ici aussi, les deux moitiés longitudinales du thalle sont anorma¬
lement constituées; nous procéderons à leur étude comme pour
l’exemplaire précédent.
Côté A. — La partie extrême de la fronde comporte quatre lames
(fig. VIII A, 1) : à partir d’un demi-centimètre du sommet, leur
nombre se réduit à trois (fig. VIII A, 2) jusqu’à la zone stipo-fron-
186
P. DEMALS Y
Fig. VIII.— Spécimen
anormal n" VII,X 13.
Côté A. — 1. Som¬
met de la fronde:in¬
sertion commune des
deux lames bifur¬
quant chacune im¬
médiatement après
leur individualisa¬
tion; parcours du
tissu médullaire. —
2. Coupe dans le
thalle après dispari¬
tion de la bifurcation
d’une des lames. —
3. Structure de la
zone stipo-frondale.
— 4. Insertion des
sporophylles sur le
stipe, le long de
trois files contiguës.
dale. Cette dernière possède trois lignes jaunes
(fig. VIII A, 3) prolongées chacune par une
rangée de sporophylles (fig. VIII A, 4).
Etude histologique d’après les coupes trans¬
versales. — La coupe dessinée en fig. VIII A, 1
et faite au sommet de la fronde montre une
large et unique insertion commune, parcourue
par un seul cordon médullaire. Presque im¬
médiatement après sa sortie de la nervure, ce
dernier se ramifie en deux cordons secondaires
d’importance à peine différente et qui, à leur
tour, bifurquent presque aussitôt. La moelle de
la nervure présente un renflement nettement
moins prononcé que dans les cas normaux.
Au milieu de la fronde, la principale diffé¬
rence avec le niveau supérieur, réside dans le
fait qu’un seul des cordons médullaires secon¬
daires se ramifie (fig. VIII A, 2). De plus, la
moelle de la nervure ne présente pas trace de
renflement.
A chacune des bifurcations de la moelle, se
trouve un massif de cellules corticales (c) sem¬
blables à celles de la nervure.
Dans la zone stipo-frondale, la moelle se
ramifie en trois cordons qui se dirigent chacun
vers une des lignes jaunes (fig. VIII A, 3).
Dans la zone à sporophylles, une coupe
transversale du stipe montre, côte à côte, trois
insertions de sporophylles. La séparation de
leur cordon médullaire s’opère à peu près au
niveau du méristoderine du stipe (fig VIII A
4).
Commentaires. ■ — Cette anomalie frondale pré¬
sente de grandes similitudes avec celle affec¬
tant la partie âgée de la lame dans le spéci¬
men V. Elle en diffère cependant par l’empla¬
cement de la première bifurcation médullaire
et la bifurcation temporaire d’une des lames.
— La réduction du nombre des ailes s’effectue sans transition,
la quatrième aile gardant une largeur constante jusqu’à sa dispa¬
rition.
MONSTRUOSITÉS DANS LE GENRE ALARIA
187
_ Il est également intéressant de
souligner que, malgré la présence de
trois lignes jaunes dans la zone stipo-
frondale et de trois files de sporo-
phylles sur le stipe, toutes les ailes
de la fronde s’insèrent à l’extérieur
de la nervure. Ce fait ne peut s’expli¬
quer, à notre avis, que par un dépla¬
cement latéral vers l’extérieur du
point de ramification de la moelle
dans la partie supérieure de la zone
stipo-frondale et la fronde.
Côté B. — Cette moitié du thalle
possède deux lames sur la plus grande
longueur de la nervure (fig. VIII B, 1
et 2), cependant, à 5 cm. de la zone
stipo-frondale, une crête se développe
perpendiculairement à la surface
d’une des lames. Elle atteint très rapi¬
dement (sur quelques millimètres) sa
largeur maximum, égale à celle des
deux autres (fig. VIII B, 3). Le sinus
séparant ces dernières, large vers
l’apex, sc rétrécit considérablement
depuis le sommet jusqu’à ce niveau
(fig. VIII B, 1, 2 et 3). Dans la zone
stipo-frondale, on observe trois lignes
jaunes distinctes mais l’une d’elles est
plus large que les deux autres
(fig. VIII B, 4). Quant aux sporo-
phylles, ils paraissent insérés sur
deux files longitudinales (fig. VIII B.
5).
Examen des coupes transversales. —
Au sommet du thalle, les deux la¬
mes proviennent d’une seule insertion
sur la nervure (fig. VIII B, 1). Cette
insertion est large et parcourue par
un tissu médullaire unique qui bi¬
furque, peu après sa sortie de la ner¬
vure, en deux cordons d’égale impor-
B 1
Fig. VIII. Côté B. — 1. Coupe
dans la partie supérieure du
thalle.— 2. Coupe dans la fronde,
au-dessus du niveau de bifurca¬
tion d’une des lames; réduction
du sinus formé par les deux la¬
mes. — 3. Coupe dans la région
où une des lames est bifurquée
(n : la nouvelle crête). — 4.
Structure de la zone stipo-fron¬
dale : trois lignes jaunes dont
deux plus petites, rapprochées.
Division de la moelle en deux
cordons d’épaisseur différente.—
5. Région des sporophylles jeu¬
nes : bifurcation du tissu mé¬
dullaire et insertion des sporo¬
phylles le long des deux Files
verticales.
188
P. DEMALSY
tance. Dans la nervure, le renflement médullaire est peu prononcé
et asymétrique.
A la base de la fronde, l’insertion de la lame sur ia nervure est
plus large (fig. VIII B, 3) et la première bifurcation du cordon
médullaire se situe à l’intérieur de la nervure.
A tous les niveaux de la fronde, un massif de cortex (c), dont les
cellules sont semblables aux éléments corticaux de la nervure tant
par leur orientation que par leurs dimensions et leur aspect, sépare
la base des cordons médullaires des ailes 1 et 2 (fig. VIII B, 1 à 3).
Dans la zone stipo-frondale, la lame médullaire se scinde en deux
portions d’épaisseur différente (fig. VIII B, 4). Les deux lignes
jaunes les plus minces se trouvent dans le prolongement du plus
large cordon médullaire.
Au niveau des sporophylles, la moelle se divise en deux, chacun
des cordons s’oriente vers une des files de sporophylles (fig. VIII B,
4).
Commentaires. — Cette anomalie se rattache d’abord à celle
décrite dans la partie inférieure du spécimen II. Dans la portion
plus jeune de la fronde, elle se rapproche du cas des exemplaires III
et IV (insertions séparées de deux lames d’un même côté de la
fronde); enfin, avec la formation de la troisième lame (n), on
retrouve une structure identique à celle de l’exemplaire V (fig. VI,
1) : l’apparition de cette lame, — qui, rappelons-le, s’est déve¬
loppée sur une des deux expansions foliacées déjà existantes — est
en effet précédée d’une régression de la première bifurcation
médullaire vers l’intérieur de la nervure (fig. VIII B, 1, 2 et 3),
L examen d une seule coupe faite à ce niveau pourrait faire croire
que la nouvelle lame s'est formée'sur la nervure, à côté de l’inser¬
tion commune aux deux autres lames. Cette fausse impression est
encore renforcée par la longueur approximativement égale de l’in¬
sertion commune au niveau supérieur et de la portion de fronde
séparant les deux bifurcations successives dans la partie jeune
(fig. VIII B, 1 et 3).
CONCLUSIONS
1- — Aux anomalies déjà connues dans le genre Alaria (insertion
de 2 lames d’un même côté de la nervure, ramification du stipe,
enroulement en spirale et bifurcation des sporophylles) viennent
s’ajouter de nouvelles formes anormales que nous avons étudiées
chez A. esculenta : présence de plusieurs lames (jusque 4) d’un
même côté de la nervure, bifurcation d’une lame à une distance
quelconque de la nervure, structure anormale de la zone stipo-
Source: MNHN. Paris
MONSTRUOSITÉS DANS LE GENRE ALARIA
189
frondale due à la présence de plus d’une ligne jaune, insertion des
sporophylles sur plusieurs lignes verticales et parallèles d’un même
côté du stipe, sporophylles portant des crêtes longitudinales ou
transversales, ou encore très grands et à contour irrégulier.
2. — Les anomalies morphologiques de la fronde connues jus¬
qu’ici peuvent être ramenées à deux types élémentaires : bifur¬
cation de la lame (chez A. esculenta, cas des spécimens I, II, VI A
et VII, partie âgée du côté B) et insertion séparée de deux lames
d’un même côté de la nervure (thalles anormaux III et IV d’A. escu¬
lenta et anomalie décrite par Yendo chez A. taeniata ).
Les autres structures anormales de la fronde (cas de nos spéci¬
mens V, VI B, VII A et VII, portion jeune du côté B) résultent d’une
combinaison plus ou moins complexe de ces deux types élémen¬
taires.
3. — Les anomalies peuvent, comme c’était le cas chez A. taeniata,
n’intéresser qu’une seule moitié longitudinale de la fronde.
Lorsque la structure est anormale dans chacune de ces parties,
la même anomalie ne se retrouve pas nécessairement des deux côtés
de la nervure et jamais dans les cas déjà décrits.
Ces deux constatations se vérifient également aux autres niveaux
du thalle : zone stipo-frondale et à sporophylles.
Ces faits impliquent l’indépendance totale de fonctionnement
des tissus responsables de l’organisation de chaque moitié longitu¬
dinale du thalle.
4- — Dans la fronde, certaines anomalies sont temporaires. A
une portion de fronde normale peut succéder une région anormale
(spécimen n° II) ; dans d’autres cas, la partie âgée du thalle possède
une anomalie qui disparaît sans laisser de trace dans la partie jeune
(spécimen VI, côté A).
Des anomalies complexes peuvent se simplifier (spécimens VI,
côté B et VII, côté A); d’autre part, une anomalie peut se greffer
sur une structure déjà anormale (côté B de l’exemplaire VII).
Une constatation analogue a été faite pour les sporophylles :
dans le spécimen VI, côté B, les plus anciens d’entre eux sont
insérés normalement sur une seule file verticale tandis que les plus
jeunes sont disposés le long de deux lignes verticales parallèles.
5. — Lorsque l’expansion foliacée se dédouble à une assez
grande distance de la nervure, les deux lames secondaires ont
chacune la même épaisseur que la portion comprise entre la ner¬
vure et la bifurcation (fig. VI, 1, VII B, 2 et 4, VIII B, 1 à 3), l’in¬
sertion de la lame est notablement plus large que dans les cas
normaux (fig. I, 1).
190
P. DEMALSY
6. — Les anomalies de la fronde comportant une bifurcation
de la moelle dans la nervure s’accompagnent dans tous les cas
rencontrés chez A. esculenta d’une anomalie des zones stipo-fron-
dales et à sporophylles (spécimens III, IV et V).
Dans la portion de stipe ne portant pas de sporophylles, nous
n’avons pas remarqué de structure anormale pouvant être mise en
relation avec les anomalies frondales.
7. — Le nombre des lignes jaunes dans la zone stipo-frondale
et des files d’insertion des sporophylles est généralement égal à
celui des lames insérées séparément du même côté de la nervure
(spécimens III, IV, V). Il est aussi parfois égal à celui des lames
insérées près de la nervure par une base commune (exemplaires VI
B, VII A et B).
8. — Chez A. esculenta, une relation semble donc bien exister
entre les anomalies intéressant les différents niveaux de la même
moitié longitudinale d’un thalle, à l’exception toutefois de celles qui
affectent la forme des sporophylles. L’éventualité de pareille rela¬
tion ne paraît pas avoir été envisagée par Yendo (1919) dans son
étude de l’anomalie frondale d’A. taeniata.
9. — Dans les cas où le début d’une bifurcation de fronde était
encore visible sur la lame (thalles II et VII B), cette anomalie se
présente d’abord comme une simple crête qui n’atteint que secon¬
dairement le même développement que la bande de lame située au-
delà de son insertion.
10. — Sur un même individu, on peut trouver des formes de
passage entre deux types d’anomalies : par exemple, insertion
commune de deux lames se transformant en insertions séparées
(cas des spécimens V et VII, côté B).
11. — Plusieurs anomalies décrites ci-dessus présentent de loin¬
taines analogies avec certaines monstruosités foliaires décrites chez
les Phanérogames et qui résultent, selon l’interprétation de Parrot
(1941), de la soudure plus ou moins complète de feuilles.
La ressemblance est toutefois purement extérieure; il n’existe
aucun indice permettant d’attribuer à un quelconque phénomène
de soudure les structures anormales de la fronde d ’Alaria; celles-ci
semblent provenir uniquement d’irrégularités dans le fonctionne¬
ment des tissus méristématiques.
12. — L’obtention de renseignements précis sur l’origine des
anomalies dans le genre Alaria s’avère très difficile. On en est
encore réduit à des hypothèses.
Certaines d’entre elles pourraient remonter au stade de trans¬
formation de la zone stipo-frondale. La présence, sur les stipes
MONSTRUOSITÉS DANS LE GENRE ALARIA
191
âgés, des lignes jaunes que nous avons signalées ci-dessus et qui
manquent sur les plantules de notre matériel indique que ce niveau
a été le siège d’une différentiation histologique dont le processus
est encore inconnu.
D’autre part, vu la limitation des anomalies connues chez
A. esculenta à des individus âgés, on ne doit pas exclure que cer¬
taines monstruosités trouvent leur origine dans les phénomènes de
renouvellement de la fronde ou de reprise de croissance après une
période de repos. Une meilleure connaissance de la biologie d 'Alaria
pourrait sans doute fournir d’intéressantes indications à ce sujet.
Institut Carnoy, Louvain (Belgique).
BIBLIOGRAPHIE
Dangeard P. — Sur un Eciocarpus parasite provoquant des tumeurs chez
le Laminaria flexicaiilis (Ectocarpus déformons nov. sp.). — C. R. Acad.
Sci. Paris, 192, p. 57-60, 1931.
Fritsch F. E. Structure and reproduction of the Algae, vol. II. —
Cambridge, 1945.
Newton L. — A handbook of the British seaweeds. —- London, 1931.
Parrot A. G. — Contribution à l’étude, la systématique et l’explication de
l'adhérence foliaire. — Bull. Soc. Bol. France, 88, p. 450-456, 1941.
Sauvageau C. — Recherches sur les Laminaires des côtes de France. —
Mèm. Acad. Sci. Inst, de France, 56, 2 e sér., 1918.
Setchell W. A. — Régénération among kelps. — Univ. California Publ.,
Bot., 2, p. 139-168, 1905.
Yendo K. — A monograph of the genus Alaria. — Journ. Coll. Sci. Imp.
Univ. Tokyo, 43, p. 1-145, 1919.
Recherches caryologiques
chez le Neomeris armulata Dickie
Par Simone DAO (Paris).
I. — INTRODUCTION.
Le Neomeris armulata Dickie, algue de région tropicale, appar¬
tient à la curieuse famille des Dasycladacées dont on a déjà
démontré l’étrange comportement nucléaire.
J. Haemmerling (5) et différents chercheurs de son laboratoire
H. Maschlanka (7), K. L. Schulze (8), G. Werz (11) ont en effet
prouvé par des méthodes de fixation et coloration variées que les
plantes peuvent atteindre une taille de plusieurs centimètres de
hauteur sans que le noyau primitif se divise. (Primârkern). Ceci est
très net dans les genres Acetabularia, Acicularia, Batophora et
Dasycladus où l’état uninucléé persiste jusqu’au moment de la
reproduction, le noyau primaire très volumineux se scinde alors
en de très nombreux noyaux minuscules, appelés les noyaux secon¬
daires (Sekundârkerne). Seul le genre Cymopolia se distingue car
dans la germination de quelques millimètres de longueur se produit
déjà une scission nucléaire (G. Werz, 11). Le Neomeris armulata
dont on connaît depuis fort longtemps la morphologie (h'. Boer-
gensen, 2. — A. H. Church, 3. — C. Cramer, 4. — M. A. Howe,
6- — H. Solmslaubach, 9. — N. Svedelius, 10) apparaît dans la
nature comme un cylindre calcifié de trois à six centimètres, ayant
un diamètre voisin du quart de centimètre. Comme la plupart des
Algues du groupe, la plante porte des verticilles de poils ramifiés
caducs, très rapprochés cependant et en été des organes reproduc¬
teurs, cystes calcifiés qui donneront naissance aux gamètes (Fi¬
gure I et Photographie A : Plante de cultures non calcifiée).
Certaines observations sur le pouvoir régénérateur du Neomeris
armulata et sur sa cytologie ont été déjà effectuées par J. Haemmer¬
ling (5), H. Stich et G. Werz (non publié). Ces études menées sur
un matériel originaire des Bermudes récolté en 1950 et élevé depuis
au laboratoire dans de l’eau de mer additionnée d’une solution de
terre (J. Haemmerling, 5 B) conduisent à confirmer la parenté
caryologique de toutes les Dasycladacées. En effet, l’Algue reste uni-
nucléée jusqu’à ce qu’elle ait formé un verticille de poils alors que
sa taille atteint quelques millimètres (J. Haemmerling, 5 C) le
RECHERCHES CARYOLOGIQUES CHEZ NEOMERIS
193
noyau se présente avec l’aspect caractéristique du « noyau pri¬
maire » : extrêmement gros, il possède des nucléoles énormes en
forme de boudin. (Photo. B.).
II. — ETUDE CARYOLOGIQUE DU N EO ME RI S ANNULATA
A. — Matériel et Méthodes
Les plantes rapportées des
Bermudes en 1950 par J. Haem-
merling nous ont servi de maté¬
riel expérimental. Elles vivaient
depuis cinq ans en culture dans
des cristallisoirs de verre inco¬
lore et dans le milieu nutritif
indiqué ci-dessus. La tempéra¬
ture de la salle variait entre 20°
et 22° C. et l’éclairement était de
2500 lux environ avec une pho¬
topériode 12-12.
Les Algues découpées en frag¬
ments furent traités de la façon
suivante :
soit fixation au Carnoy et
coloration à l’Azocarmin acé¬
tique;
— soit fixation au Nawas-
: hine à l’eau de mer et coloration
au Bleu d’anthracène. (K. L.
Schulze, 8).
g
Fig. 1 : (extrait de «Structure
and reproduction of the Algae.
F. E. Fritsch).
a. Siphon. — f. Poils modifiés en
« facette ». — g. Gamétange. —
h. Poils.
B. — Résultats
En raison du petit nombre d'échantillons, les fixations furent
imitées à une vingtaine de plantes adultes dont la moitié prove¬
naient de la régénération de fragments d'Algues et à une trentaine
c germinations de quelques millimètres de longueur. Ces dernières
mrent obtenues à partir de cystes âgés de cinq ans et conservés au
.moratoire a l’obscurité dans de l'eau de mer. Ces cystes étaient ex¬
poses a la lumière deux jours toutes les quatre semaines afin d’éviter
une dégénérescence complète. Nous n’avons pu préciser l’origine
exacte des ptantules soit qu’elles résultent de la germination directe
anormale du contenu d’un cyste, soit qu’elles se forment à partir
des gamètes produits par les cystes; la première hypothèse nous
paraît la plus plausible.
Le Neomeris annulata en culture croît extrêmement lentement et
ne se reproduit que rarement par germination directe des gamé-
tanges de la même façon que le Cymopolici, (J. Haemmerling, 5 D).
Ces deux faits expliquent la faible quantité de matériel mis à
notre disposition.
1° Le noyau primaire :
Le Neomeris annulata possède sans aucun doute le noyau pri¬
maire typique des Dasycladacées. Nous l’avons trouvé dans les
germinations mais aussi chez des plantes adultes âgées de cinq ans.
Il se situe dans la partie basale de l’Algue au niveau des rhizoïdes.
Fig. 2 : Noyau primaire de Neomeris annulata.
1. Nucléoplasme. — 2. Nucléole. — 3. Membrane nucléaire.
par l’apparence de ses nucléoles, il s’apparente au noyau primaire
de YAcetabularia crenulata (Photo. B et fig. 2). Bien qu’il semble
assuré que les noyaux primaires se rencontrent en petit nombre
dans les pousses adultes, il est impossible de préciser si ce nombre
est égal ou supérieur à 1 pour chaque siphon.
2° Première division du noyau primaire :
Dans le cas du Neomeris, le noyau primaire paraît capable parfois
de se diviser à un stade relativement précoce, par exemple, dans
certaines des germinations de quatre mois atteignant quelques mil¬
limètres de longueur. Ces plantules ne forment pas un siphon
unique comme chez les Acétabulaires mais donnent naissance très
tôt à deux, trois ou quatre ramifications d’importance à peu près
égale,
RECHERCHES CARYOLOGIQUES CHEZ NEOMERIS
195
Dans de telles pousses, nous avons trouvé quelques figures de
division du noyau primaire. Il semble que plusieurs lobules des
nucléoles se détachent avec le nucléoplasme qui les environne. De
tels fragments toujours peu nombreux (deux, trois ou quatre) de¬
viennent peu à peu semblables au noyau primaire dont ils sont issus
(fig. 3 et 4). Nous pensons que chacun des noyaux émigre vers la
base d’une des ramifications.
Ce phénomène de scission nucléaire observé d’ailleurs de manière
facultative en culture ne se rencontre peut-être pas dans la nature;
sont figurées les lignes de rupture présumées de ce noyau.)
dans ce cas, il serait dû à une origine anormale des germinations.
On retrouve cependant chez le Cymopolia barbata mais de manière
obligatoire (G. Werz, 11) une telle division précoce du noyau pri¬
maire. Le processus parait tout à fait
la production de lobules consti¬
tués de substance nucléolaire en¬
tourée de nucléoplasme. Une dif¬
férence essentielle réside dans le
fait que chez cette dernière espèce,
les noyaux-fils sont extrêmement
nombreux et donc petits; leur
croissance ultérieure ne leur per¬
mettra jamais d’atteindre la taille
d’un noyau primaire ce qui est
compensé par leur multitude.
3 e Formation des noyaux
secondaires :
Dans des pieds âgés de Neome-
ris, nous avons trouvé surtout au
analogue, ayant pour résultat
Fig. 4 : Reste du noyau pri¬
maire après la première di¬
vision.
1. Nucléoplasme. — 2. Nu¬
cléole. — 3. Membrane nu¬
cléaire.
Source: MNHN ,
196
S. DAO
niveau des poils de nombreux petits noyaux secondaires tels que
ceux de YAcetabularia; ils possèdent souvent un ou deux nucléoles
(fig. 5). Nous avons pu obtenir des stades de prophase commençante
mais aucune autre phase de la mitose n’a été entrevue.
L’origine de ces structures paraît voisine de celle des noyaux
secondaires chez les autres Dasycladacées. La division nucléaire
n’est cependant pas localisée au rhizoïde; on voit des figures inter¬
médiaires entre noyau primaire et noyaux secondaires dans toute
la plante et jusque dans les poils comme si le phénomène s’était
produit lentement.
Des masses volumineuses très
chromophiles sont en effet obser¬
vables dans le cylindre axial; elles
ont une apparence presque homo¬
gène avec des sortes de petites vacu¬
oles incolores. Nous avons interprété
ces masses comme des fragments
provenant du noyau primaire en
division, ceci par comparaison avec
les dessins de K. L. Schulze relatifs
à YAcetabularia et avec ce que nous
avons vu nous-même dans cette der¬
nière espèce (fig. 6). Nous n’avons
malheureusement pas fixé de stade
antérieur permettant de confirmer cette genèse. Ces masses se
scindent en fragments arrondis d’une dizaine de u qui paraissent
entraînés par les courants cytoplasmiques souvent jusque dans
les poils et les gamétanges. Là ils se transforment en perdant
leur homogénéité, la chromatine apparaît et des groupes de noyaux
normaux de 2 à 5 a se dessinent. Par des mitoses successives plus
ou moins nombreuses dont nous avons observé les prophases à
leur début, on aboutit à la formation des noyaux secondaires.
4° Noyaux des gamétanges. :
Dans les gamétanges se rencontrent donc de nombreux noyaux
secondaires, mais à ccté de ceux-ci nous avons vu parfois des noyaux
de type primaire jeune (fig. 8). Les gamétanges qui les possèdent
sont capables de germer directement et fournissent de nouvelles
plantules; leurs noyaux grossissent normalement . (Photo. C et D.)
Quel peut être le mode de formation de ces noyaux? J. Haermer-
ling ayant trouvé de tels noyaux primaires dans les siphons d’Acé-
tabulaires après la formation des cystes donc, après la division de
9 -
Fig. 5. — Noyaux secon¬
daires chez le Neomeris an-
nulata au niveau des poils.
1. Noyau au repos. — 2.
Noyau secondaire se formant
à partir d'un « lobule ».
Source : MNHN, Paris
RECHERCHES CARYOLOGIQUES CHEZ NEOMERIS
197
l’unique noyaux en de nombreux noyaux secondaires, pense que ces
noyaux ont pour origine quelques-uns des noyaux secondaires (5
D) ; cette idée a paru applicable au cas du Cgmopolia (G. Werz, 11).
Pour le Neomeris cependant il pourrait y avoir une deuxième possi¬
bilité : certains des lobules resteraient plus gros que les autres,
parce qu’ils ne se divisent pas et se transforment directement en
noyaux primaires après réorganisation de leurs matériaux (fig. 7).
Mais ce mode pourrait être simplement un phénomène pathologique
dû à la culture.
Fig. 6 : Division du noyau primaire en « lobules » dans lé cylindre axial.
1. Noyau primaire transformé en une masse d’apparence presque homo¬
gène. — 2. Fragment du noyau primaire se scindant en deux parties. — 3. « Lo¬
bule » tel qu’on le trouve au niveau des poils et gamétanges. — 4. « Lobule »
perdant son homogénéité.
///. — DISCUSSION ET CONCLUSION.
A. — Le Cycle caryologique chez le Neomeris Annulata.
En culture, dans le milieu nutritif eau de mer-solution de terre,
le Neomeris annulata possède le noyau primaire typique de la fa¬
mille des Dasycladacées.
Cependant lors de la germination ce noyau paraîl capable de se
scinder de manière facultative en un petit nombre de noyaux-fils
198
S. DAO
semblables à lui-même, c’est-à-dire pouvant croître de façon specta¬
culaire, les nucléoles prenant l’allure serpentiforme caractéristique;
les noyaux ont donc des qualités primaires.
Chez des plantes âgées qui possèdent ainsi un, deux ou peut-être
plus de noyaux primaires, ceux-ci se divisent suivant le processus
observé chez les Acétabulaires. Toutefois ce phénomène n’est pas
localisé aux rhizoïdes et semble conduire à deux sortes d’éléments :
soit des noyaux secondaires très nombreux, soit des noyaux du type
primaire jeune mais ceci en très petite quantité.
Il est possible que dans la nature le
cycle nucléaire soit simplifié le noyau
primaire ne se diviserait que lors de la
formation des cystes ou gamétanges et
produirait uniquement des noyaux
secondaires comme chez les Acetabu-
laria. Quelques fragments de Neomeris
annnlata, originaires de Nha-Trang
(Viêt-Nam) et récoltés en août 1949 par
le Zoologiste Deroux ont été mis à
notre disposition par le P r J. Feldmann.
Nous y avons observé des stades « lobu¬
laires » et des noyaux secondaires localisés surtout dans les poils et
les gamétanges comme l’avait indiqué N. Svedelius (10) et comme
nous l’avons remarqué dans les plantes de culture.
B. — Comparaison avec les cycles
de l’Acetabularia mediterranea et du Cymopolia barbata (fig. 9),
Les études de K. L. Schulze (8) sur 1 ’Acetabularia et de
G. VVerz (11) sur le Cymopolia furent menées sur un matériel placé
dans des conditions de culture identiques à celles que nous avons
mentionnées au sujet du Neomeris.
Dans le cas des Acetabularia, le cycle est simple. Le noyau pri¬
maire augmente de volume jusqu’au moment de sa division peu
après la formation du chapeau reproducteur (K. Beth, 1) ; le noyau
se pulvérise alors dans le rhizoïde en une multitude de noyaux
secondaires qui sont entraînés vers le sommet de la plante par les
courants cytoplasmiques, tandis que dans la partie basale demeure
les restes peu chromophiles du noyau primitif (Restkôrper)
(J. Haemmerling, 5 A. — K. L. Schulze, 8).
Au contraire, chez le Cymopolia, le noyau primaire a une durée
de vie courte et se scinde rapidement en de nombreux noyaux-fils.
Ceux-ci peuvent croître de façon appréciable mais n’atteignent
jamais la taille du noyau primaire; leur gros nucléole reste toujours
Fig. 7 : Transformation
directe d’un lobule en un
noyau de type primaire au
niveau d’un gamétange.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ACETABU LARIA MEDITERRA NE A
200
S. DAO
arrondi. A leur tour, ils se réduisent en une quantité plus ou moins
grande de petits noyaux qui subissent plusieurs mitoses avant d’é¬
migrer dans le siphon. Ces derniers noyaux, capables de grossir, se
rencontrent dans toute la plante, en particulier dans les gamétanges
qui en culture germent souvent directement en de nouvelles petites
plantules.
Du point de vue nucléaire, le Neomeris pa¬
raît avoir des caractères appartenant soit à
1 Acetabularia (possibilité d’une longue durée
de vie pour le noyau primaire) soit au Cymo-
polia (divisions successives des noyaux et état
polynucléé relativement durable).
En fait quelles que soient les Dasycladacées
considérées, le cycle nucléaire se déroule sui¬
vant un même thème : noyau primaire attei¬
gnant une taille gigantesque, division de ce
noyau en un ou plusieurs stades aboutissant
à la formation de noyaux très petits extrême¬
ment nombreux.
De toute façon se pose ce problème de l’équi¬
libre du noyau primaire qui se divise après une croissance extraor¬
dinaire et qui alors se transforme assez brusquement en une pous¬
sière de noyaux-fils. Il semble que ces phénomènes sont réglés en
grande partie par la nutrition de la plante et que le nucléole, dont
le rôle au point de vue synthèse protidique et acide ribonucléique a
été montré par J. Brachet et son école ainsi que par H. Stich et
J. Haemmerling, ait place de première importance en ce qui con¬
cerne la cinétique nucléaire.
Fig. 8 : Noyaux
du type primaire
provenant des « lo¬
bules » (gamétange).
1* nos , vifs remerciements à M. le Professeur Haemmerling pour
Ivn b . an - Ce aVCC Ia . f . ,u t lle 11 nous 3 accueillie dans son laboratoire où nous
avons effectue ce travail. Nous exprimons également notre gratitude à tous les
rpmp heUrS f e CCt Inst, . t 'V qui nous ont aidée en particulier M. G. Wertz et
remercions le personnel de son amabilité. et
(Max Planck Institut fur Meeresbiologie,
Abt : J. Haemmerling, Wilhemshaven.j
BIBLIOGRAPHIE
K 'f^ EX i? eri T, n , telIe Dntersuchun «en über die Wirkung des
Licliles auf die Formbildung von kernhaltigen und kernlosen Aceta-
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(3) Church A H. — The structure of the thallis of Neomeris dumetosa
Lamour. — Ann. of Bot., 9, 581-608, 1895. ’ ’
Source : MNHN. Par
REVUE ALGOLOGIQUE
N lle Sér., T. III; PI. 4
Recherches caryologiques chez Neomeris.
Photos G. XVerz.
Source : MNHN. Paris
RECHERCHES CARYOLOGIQUES CHEZ NEOMERIS
201
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(7) Maschlanka H. — Zytologische Untersuchungen an Algcn aus der
Familie der Dasycladaeeen. — Natur. Wiss. 31, 548-549, 1943.
(8) Schulze K. L. — Cytologische Untersuchungen am Acetabularia me¬
diterranea und Acetabularia Wettsteinii. — Arch. Protistenkde, 92, 179-
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(9) Solms-Laubach H. — Uber die Algengenera Cymopolia, Neomeris
und Bornetella. — Ann. Jard. Bot. Buitenzorg, 11, 61-97, 1892.
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Tidskrifl, 17, 449-471, 1923.
,(H) Werz G. — Uber die Kernverhaltnisse der Dasycladaeeen, beson¬
ders von Cymopolia barbata (L. v , Harv. — Arch. Protistenkde, 99, 3,
148-155, 1953.
LEGENDE DE LA PLANCHE
Photographie A (G. Werz) : Neomeris annulata en culture au laboratoire, non
calcifié.
Photographie B : Noyau primaire de Neomeris annulata.
Photographie C (G. Werz) : Germination directe de gamétanges.
Photographie D (G. Werz) : Noyaux de type primaire dans les germinations
directes de gamétanges.
Contribution à l’étude de la zone littorale
des îles Baléares
Biologie et chimie des Algues calcaires.
Formes du relief qui leur sont liées
Par Leone WALTER-LÉVY, René FRÉCAUT et René STRAUSS.
Depuis quelques années, géographes et biologistes s’intéressent
les uns à la morphologie, les autres aux peuplements littoraux de
la Méditerranée Occidentale.
Un voyage aux Iles Baléares, au cours de l’été 1955 a permis à
deux d’entre nous d’étudier la zone littorale à Majorque et à Ibiza,.
tant du point de vue morphologique que biologique et chimique.
Une des formes les plus intéressantes, caractéristique des rivages
méditerranéens, est représentée par le trottoir construit par l’algue
calcaire Tenarea tortuosa (1), corniche située dans la zone inter-
tidale. Dans la zone infralittorale, la présence de plates-formes à
Vermets, immergées en permanence, méritait d’être signalée. En
ce qui concerne la morphologie littorale, l’étude du trottoir ne
peut être dissociée de celle des autres formes qui résultent de l’éro¬
sion marine : encorbellement littoral, lapiés et mares; il nous a
paru intéressant de décrire la zonation complète des formes, étu¬
diée en divers points de la Méditerranée [10 a].
Du point de vue biologique, les algues ne se localisent pas uni¬
quement dans la zone du trottoir, mais elles vivent aussi dans les
mares, sur les crêtes rocheuses séparant celles-ci, elles n’ont pas là
un rôle constructeur mais de protection. Ces mares représentent
donc un autre milieu original, elles méritaient ainsi d’être étudiées
pour elles-mêmes.
Nous avons rencontré un accueil très cordial auprès des Profes¬
seurs Miguel Oliver, Directeur du Laboratoire de Palma de Ma¬
jorque (Institut espagnol d’Océanographie) ; Antonio Planas, Di¬
recteur de l’Institut de recherches de pêche de Vinaroz; Manolo
Sora, Directeur de l’Institut d’enseignement secondaire à Ibiza;
ceux-ci nous ont communiqué verbalement d’utiles renseignements
(1) Tenarea tortuosa est synonyme de Lithophyllum tortuosum (Esper) Fosl.
A. B. — Les chiffres indiqués dans le texte entre crochets correspondent aux
références bibliographiques.
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
203
et facilité nos recherches; nous les en remercions sincèrement.
Notre gratitude va à MM. R. Lami et P. Bourrelly, Sous-Directeurs
au Muséum National d’Histoire Naturelle, qui ont bien voulu ac¬
cueillir le présent article dans cette revue. M. M. Denizot, Assis¬
tant au Muséum, nous a apporté son concours pour les détermina¬
tions d’algues.
1. — CONDITIONS DU MILIEU GEOGRAPHIQUE.
Avant d'étudier chacune des zones littorales prospectées, il était
utile de préciser les conditions géographiques réalisées : topogra¬
phie, lithologie, structure, climatologie, hydrologie marine. Nous
envisagerons ensuite les différents types de relief côtier dus à
l'érosion et à la construction.
204
L. WALTER-LÉVY, R. FRÉCAUT ET R. STRAUSS
Les côtes des deux îles étudiées présentent une structure trans¬
versale. A Majorque, les reliefs de l’île sont orientés grossièrement
du Nord-Est au Sud-Ouest encadrant une large dépression inté¬
rieure terminée aux deux extrémités par les grandes baies sa¬
bleuses de Palma au Sud-Ouest et d’Alcudia au Nord-Est. A Ibiza,
île d’altitude moindre (point culminant 475 m. contre 1.433 m. à
Majorque) mais à l’aspect plus montagneux, une dépression cen¬
trale plus étroite, bordée par deux zones de reliefs orientés Est-
Ouest, est limitée par les deux baies d’Ibiza à l’Est et de San
Antonio à l’Ouest (fig. 1 et 2). En plus de ces quatre grandes baies
sableuses, on note la présence de nombreuses petites plages cons¬
truites. Ces côtes sont, cependant, en majorité rocheuses, souvent
très déchiquetées, avec une alternance de caps précédés d’îlots
rocheux et de petites criques (calas). Il semble qu’on puisse sou¬
vent rapprocher ces calas des calanques provençales.
Le profil transversal de ces côtes est extrêmement varié; tantôt
les massifs côtiers tombent sur la mer par de puissants escarpe¬
ments avec des à-pics de plus de 100 m., c’est le cas de la côte
Ouest d Ibiza face à 1 île Vedra; tantôt l’abrupt est moins marqué
et la pente s’adoucit régulièrement vers le rivage, telle la côte au
Nord de la baie de San Antonio (Ibiza). Le faible développement
du plateau continental est à mettre en relation avec ce massif
montagneux.
Les matériaux constituant cette zone littorale sont essentielle¬
ment formés par des calcaires du système alpin, du Trias au Cré¬
tacé tant à Majorque qu’à Ibiza, à l’exception des dépressions
centrales remblayées au tertiaire.
Ces calcaires sont partiellement recouverts de dépôts éocènes et
miocènes, par exemple la zone vindobonienne littorale à l’Est de
la baie de Palma de Majorque et sur la côte Nord-Ouest d’Ibiza;
un karst s’y est développé.
Ces calcaires généralement durs, sont gris ou jaunâtres, com¬
pacts et bien stratifiés, à grains fins.
Dans le crétacé, la série de l’Urgonien est représentée par des
calcaires grossiers, compacts, à Milioles et Orbitolines. Le cal¬
caire du Néoconnen est fortement marneux, il présente deux faciès
dont l’un à Bélemnites et Ammonites. Au sommet du Jurassique!
on retrouve un calcaire compact à Ammonites; il en est de même
au Jurassique moyen, mais ici les fossiles principaux sont les
Rhynchonelles et les Térébratules. Le Lias comporte également des
calcaires compacts à Spiriferina rostrata.
A l’étage supérieur du Trias, le calcaire est parfois dolomi-
tique; au milieu des strates, des filons éruptifs, remplissant les
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
205
fissures des couches disloquées, ont fréquemment transformé la
roche en dolomie [4 a].
Parfois également, ce calcaire se présente en plaquettes, conte¬
nant Daonella et Trachijceras. Dans le Trias moyen, on rencontre
une roche analogue au muschelkalk, gris foncé, contenant des
Fig. 2. — Carte d’orientation de l’île d’Ibiza (d’après Spiker et Haanstra).
1. Quaternaire. — 2. Miocène. — 3. Calcaire crétacé urgonien. — 4. Calcaire
jurassique. — 5. Calcaire triasique dolomitique et marnes (3, 4 et 5 formant le
secondaire du système alpin néogène). — 6. Côte rocheuse. — 7. Côte basse
sableuse.
Cératites. A la base du Trias, un grès bigarré, appliqué sur le
Dévonien, rouge et jaune, représente également un matériau résis¬
tant; dans le ciment unissant les grains de sable se trouve de
l’oxyde de fer.
La disposition des strates de calcaires ou de grès a été profon¬
dément bouleversée et remaniée lors des plissements contempo¬
rains de ceux de la Cordillère Bétique, à savoir des nappes de char-
206 L. WALTER-LÉVY, R. FRÉCAUT ET R. STRAUSS
riage avec écailles [8]. Ces plissements se sont poursuivis jusqu’au
Miocène. Les effondrements pliocènes, qui ont donné naissance à
ces îles, accompagnés d’une transgression, attestée par de nom¬
breux sédiments comme dans tout le domaine méditerranéen, ont
joué également leur part dans ce bouleversement. Une étude plus
détaillée montrerait une disposition très variée des couches, à faible
distance, sur le littoral : structure horizontale, oblique, quasi ver¬
ticale même.
Outre ccs conditions, les factures climatologiques et hydrolo¬
giques ne sont pas sans jouer un rôle sur l’évolution des formes
littorales. Les conditions thermiques diffèrent peu de celles de la
côte française [7], tant pour l’atmosphère que pour les eaux
marines :
5 janvier
18 avril
25 août
27 octobre
TEMPÉRATURE AIR
(en degrés)
10,20
15,20
27,80
19
TEMPÉRATURE EAU
à 0 m.
14,05
14,95
26,10
23,20
à — 38 m.
13,90
14
16,48
17,07
DENSITÉ
1,029
1,02995
1,02993
1,02975
SALINITÉ à 6 m.
37,21
37,41
37,23
37,01
(en gr.) —38 m.
37,12
37,30
37,10
36,91
.V. B. — Ces mesures ont été établies pour la période 1932-1934 et prises de 8 à
9 heures dans la baie de Palma de Majorque.
Il ressort de la lecture de ce tableau que l’amplitude des varia¬
tions thermiques des eaux marines en surface est ici également de
l’ordre de 10°. L’écart maximum enregistré entre la température
des eaux de surface et celle des eaux de fond se situe en été, alors
qu’il est très réduit aux autres saisons. Pour Ibiza, les documents
précis font défaut, comme le signale Margalef [17 a] ; d’après ses
recherches, on peut cependant estimer que la température moyenne
annuelle de l’île est de 17° 6 (18° 1 Palma) : celle de la saison
froide : 10° 4 en février (13° 6 Palma) avec des minima de l’ordre
de 3 à 4° et des maxima de l’ordre de 18 à 19°; celle de la saison
chaude : 25° 5 en août (25° Palma). Ces températures atmosphé¬
riques relativement basses de la saison froide favorisent une disso¬
lution accrue du calcaire. On remarque que les valeurs de la sali¬
nité enregistrée correspondent bien à la valeur moyenne de la
salinité en Méditerranée occidentale (37,5 gr./OO) en liaison avec
une évaporation intense et des précipitations réduites.
L’étude des précipitations présente un intérêt dans la mesure où
celles-ci contribuent à expliquer les processus de formation et d’é-
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
207
volution de certaines formes littorales, telles que les mares à en¬
corbellement. Nous verrons que la violence des averses méditerra¬
néennes avec un maximum d’automne (septembre-novembre) et un
fléchissement hivernal peut favoriser une érosion mécanique; cette
abondance saisonnière des précipitations ressort des chiffres sui¬
vants relevés à Majorque [7] :
Août 1952
Novembre 1952
Valldemosa
Pollensa
Palma
Formentor
Total
Maximum 24 h.
Total
Maximum !
14 mm.
7,5
51 mm.
19
61
33
93
40
2,6
1,9
44
13
8,4
4,1
103
69
Le total annuel des précipitations enregistrées à Ibiza : 354 mm.
de moyenne pour la période 1911-28, est inférieur à celui de Ma¬
jorque 117 a]. Autre caractère de la pluviosité: l’absence de précipi¬
tations durant 4 à 5 mois (fig. 3).
Du point de vue de l’hydrologie marine, le marnage, comme sur
la côte provençale, est faible, variant de 0 m. 20 à 0 m. 40; il s'agit
Fig. 3. — Schéma des vents dominants aux Baléares (d’après le Bulletin men¬
suel du Centre Météorologique des Baléares). 1. Situation en juillet-août 1952 :
a) Sirocco (mauvais temps local), b) brise de mer (beau temps), c) vent d’Est-
Nord-Est (beau temps). — 2. Situation en novembre-décembre 1952 : vent de
Nord-Est et Nord-Ouest (mauvais temps général en mer).
208
L. WALTER-LÉVY, R. FRÉCAUT ET R. STRAUSS
là d’un facteur susceptible de jouer un rôle dans la construction de
formes littorales..Celles-ci sont influencées également, même en été,
par beau temps, par l’action des vagues à la côte, déformation de
la houle liée à la brise de mer.
De plus, l’été, sous l'action du sirocco (appelé xeloc à Palrna) et
l’hiver, sous l’action des vents du Nord-Est et Nord-Ouest, de véri¬
tables tempêtes sont capables de faire déferler la mer sur la côte à
plus de 20 m. de la ligne du rivage. Ce phénomène peut influencer
certaines formes de relief côtier.
II. — DESCRIPTION REGIONALE DES FORMES LITTORALES
Nous n’avons considéré qu’une portion très limitée du littoral
de Majorque (superficie totale 3.500 km 5 ) tandis que la superficie
beaucoup plus réduite d’Ibiza (570 km 2 ) facilitait des recherches
plus générales.
Baie de Palma de Majorque, Etude de la côte a Cas Catala. —
Il s’agit d’une côte rocheuse peu abrupte. Comme sur les autres
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
209
rivages de Méditerranée, on rencontre au niveau supérieur de l’eau
calme un encorbellement littoral, surplomb au niveau supérieur de
l’eau calme, ici relativement peu important (de 0 m. 50 à 1 m.) et
variable suivant la pente (fig. 4). Il ne domine que d’assez peu le
trottoir, corniche découvrant en partie à basse mer et construite
par l’algue Tenarea tortuosa. Ici, ce trottoir est presque continu et
sa largeur de 0 m. 20 m. à 0 m. 40 ne dépasse qu’exceptionnelle-
ment 0 m. 50, cette formation disparaît pourtant par endroits. Des
fragments de trottoir existent à quelques mètres du rivage sur des
blocs rocheux isolés. Le mouvement des vagues explique que le
trottoir soit périodiquement submergé, puis qu’il émerge (10 à
20 cm.). Cette station est de mode battu, elle était exposée à une
brise de mer assez forte, par beau temps d’août. Au-dessus de l’en¬
corbellement, se trouve la zone des lapiés, rochers soumis à une
corrosion marine intense, à arêtes vives, vermiculés et déchiquetés;
les îlots situés en avant de la côte sont à un stade d’évolution plus
poussé. Dans la zone supralittorale, les lapiés isolent des mares à
encorbellement à fond plat, de ferme circulaire ou elliptique, et de
dimensions variables (0 m. 10 à 1 m. dans la plus grande dimen¬
sion). Les mares les plus élevées sont abandonnées, les autres rem¬
plies d’eau de mer sont en communication avec la mer, par des che¬
naux plus ou moins profonds (le plus souvent quelques centi¬
mètres, parfois 3 à 4 m.), entaillant lapiés et encorbellement. Ces
chenaux résultent de la dissolution d’un calcaire jurassique (oxfor-
dien) jaune, compact, très dur, à grain fin, que l’on rencontre sur
toute la côte étudiée. Il est à noter qu’aucun matériel détritique ne
remplit ces mares. Des algues calcaires forment sur le pourtour des
mares une croûte se distinguant mal de la roche qui leur sert de
support, de couleur rose violacée. Ces mares sont séparées par des
crêtes tranchantes, de place en place, apparaissent des végétaux
halophiles, notamment Salicornia herbacea et Statice minuta. On
retrouve donc bien la zonation caractéristique des rivages méditer¬
ranéens [10 a] à savoir : lapiés et mares à encorbellement (zone a),
l’encorbellement littoral (zone b) et le trottoir (zone c).
Baie de Palma de Majorque, Zone d’Illetas. — Bien que
cette côte présente des analogies avec celles de Cas Catala :
abrupt peu marqué, hauteur faible (20 à 30 m.) la zonation
des formes littorales subit certaines modifications; on semble se
trouver ici en face d’un stade plus avancé d’évolution du littoral.
Ln effet, la zone « a » ne présente plus le même aspect: des groupes
de lapiés vermiculés (Phot. 1), en bordure du rivage, avec un en¬
corbellement réduit, portent les coussinets de Tenarea tortuosa,
210
L. WALTER-LÉVY, R. FRÉCAUT ET R. STRAUSS
isolant des mares au niveau de la mer (fig. 5); certaines, de plus
de 3 m. dans leur plus grande dimension, sont en communication
constante avec la mer par des chenaux de 0 m. 50 à 2 m. environ.
L’action des vagues se fait sentir à l’intérieur des mares sous le
simple effet du marnage. Certains de ces lapiés sont isolés en avant
de la ligne du rivage. Les mares sont séparées les unes des autres
par d’épaisses cloisons constituées par la roche en place, de hauteur
réduite (moins de 0 m. 50), sur lesquelles vivent des Mélobésiées
incrustantes, ainsi que des colonies de Balanes qui forment un
Fig. 5. — Zonation des formes littorales dans la baie de Palma de Majorque
(Les Illetas). (Les hachures de la figure sont sans rapport avec la stratification
des couches.)
revêtement important dont le rôle protecteur a été signalé. Dans les
mares se trouvent des algues, constamment immergées, formant un
tapis végétal particulièrement dense. En ce qui concerne la zone
« a », on peut se demander s’il s’agit à proprement parler de mares à
encorbellement semblables à celles décrites plus haut, souvent en
altitude sur le rivage; ne s’agirait-il pas, au contraire, d’un début
d’évolution des formes précédentes vers la formation d’une plate¬
forme à vasques à peine ébauchée, par dégagement des lapiés l’en¬
cadrant, dont certains, déjà isolés, ont un aspect résiduel 110 a]?
Source : MNHN. Paris
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
211
Ce type d’aplanissement marin, caractéristique de la côte atlan¬
tique marocaine, n’est pas totalement absent de la Méditerranée :
côte aux environs d’Alger notamment à Tipasa [10 b et 19].
Parmi les facteurs pouvant expliquer cette évolution particulière,
on peut faire intervenir la nature de la roche calcaire jurassique
de moindre résistance, à grains fins et grisâtres, et relativement
poreuse. La structure, l’orientation et le faible abrupt de la côte à
Illetas, formée d’une série de caps exposés directement à 1 action
des vagues en relation avec la brise dominante du Sud et Sud-Est,
en été, pourraient être d’autres facteurs déterminants.
Côte Ouest et Nord-Ouest d’Ibiza, Coves-Blanques et Cala
Grasio. — La côte à Coves-Blanques, rocheuse, très basse, offre une
pente subhorizontale (Phot. 2 et 3) ; elle est soumise, en hiver,
aux vents dominants de Nord-Ouest et Nord-Est; en été, elle peut
être battue par des vagues liées à la houle dérivant du sirocco du
Sud-Ouest. La forme littorale la plus caractéristique se trouve réa¬
lisée par les mares; celles-ci, de taille variable (de ü m. 10 à 2 m.
dans la plus grande dimension), s’étendent jusqu’à 10 ou 15 m. à
l’intérieur des terres. Elles sont disposées et étagées suivant la stra¬
tification des couches : calcaire brunâtre fissuré et peu résistant du
miocène, grès miocène (arenisca) dont les particules de quartz sont
unies par un ciment calcaire filons d’oxyde de fer, entre calcaire et
grès (fig. 6).
A l’intérieur des mares, on note d’importants dépôts salins; des
feuilles de Posidonia, ainsi que du sable et des galets, matériaux
détritiques d’origine pluviale, dont la présence semble prou\ei
l’existence d’une action mécanique qui se surajoute aux actions
chimiques. Souvent la plate-forme est déchiquetée à tel point que
les cloisons séparatrices ont l’aspect de lapiés de dimensions ré¬
duites. Ces mares sont reliées entre elles et communiquent avec la
mer par de larges et profonds chenaux. Une telle côte constituée
par un matériau aussi stratifié et relativement friable ne peut pié-
senter qu’un encorbellement des plus réduits, surplombant la mer
de quelques dizaines de centimètres. On note de place en place, la
présence de fragments réduits d’un trottoir à Tenarea peu caracté¬
ristique, reposant sur une plate-forme d’abrasion marine recou¬
verte de Vermets. Plate-forme et trottoir se différencient néanmoins
du fait que la première est immergée constamment de quelques
centimètres, tandis que le second, situé dans la zone intertidale
émerge périodiquement. Cette plate-forme à Vermets paraît caiac-
téristique, elle atteint en certains points une longueur dépassant
3 ni , ceci s’explique en raison du matériel rocheux qui est ici un
212
L. WALTER-LÉVY, R. FRÉCAUT ET R. STRAUSS
calcaire ou un grès tendre. Ainsi la zonation typique définie précé¬
demment, n’est pas totalement respectée; chacune des zones pré¬
sente des caractères originaux.
Dans la zone « a », les mares étagées sont de dimensions plus
importantes que dans les autres régions envisagées; ceci pour
deux raisons : la côte plus basse permet à l’eau de mer de pénétrer
abondamment dans les mares de l’étage inférieur, celles-ci ont pu,
d’autre part, se développer facilement suivant des strates régulière¬
ment étagées. Les lapiés ont un aspect insolite, ce sont des cloisons
subhorizontales, vermiculées, mais peu déchiquetées. Quant à la
zone « b », elle est caractérisée par un encorbellement peu impor¬
tant. Le trottoir est particulièrement réduit, et dans la zone infra-
littorale apparaît une plate-forme à Vermets.
Le littoral proche de Cala Grasio offre des formes de relief beau¬
coup moins nettes (zones a et b). Le trottoir se présente sous forme
d’éléments fragmentaires dans les eaux calmes, parfois il est tota¬
lement inexistant (fond de la Cala). On ne trouve pas de plate¬
forme typique à Vermets comme sur le littoral de Coves Blanques,
ce qui est sans doute à mettre en relation avec la nature du substrat,
conglomérats miocènes (galets cimentés par un calcaire rougeâtre),
matériel plus dur. Nos observations concordent avec celles que
Molinier a faites dans cette station [ 18 ].
Côte Ouest et Sud-Ouest d’Ibiza, Cala Bassa, Ile Vedra,
La Canal. — Cala Bassa est une baie largement ouverte, dans un
matériel tendre miocène (calcaire gréseux), comme à Coves Blan¬
ques; elle est soumise aux vents du Nord-Est et, de ce fait, elle
aussi, assez fortement battue par les vagues. La zonation classique
des formes littorales ne se retrouve pas non plus ici entièrement.
Les lapiés sont déchiquetés et les mares, situées à plusieurs mètres
de hauteur, très profondes (jusqu’à 1 m. 50). La plupart, aban¬
données, contiennent à l’intérieur, outre un dépôt salin, d’impor¬
tant matériaux détritiques parfois de grandes dimensions : galets,
cailloux, matériaux réutilisés par la mer.
L encorbellement littoral est particulièrement net sur cette côte
(Phot. 4). Au fond de la baie sableuse, nous avons remarqué
1 existence de vastes plates-formes rocheuses, immergées à plus de
0 m. 50, partiellement recouvertes de sable; certaines atteignent
près de 15 m. de long sur 5 à 10 m. de large. Il ne nous a pas été
possible d’identifier la présence de Vermets, mais par contre une
végétation très dense d’algues parmi lesquelles dominent: Jania
rubens, Cystoseira chargé de nombreux épiphytes, Padina Pavonia •
a la face inférieure du rebord externe de la plate-forme se trouvent
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
213
des peuplements d'algues sciaphiles : Peyssonnelia, Halimeda, Udo-
lea. Dans ce tapis végétal, quelques échantillons typiques d’algues
calcaires ont été prélevés et seront analysés plus loin. La présence
de ces plates-formes qui ne semblent pas des formations in situ
pose un problème; il pourrait s’agir de blocs rocheux, détachés des
bords de la crique et amenés sur la plage sableuse.
Sur la côte Ouest d’Ibiza de l’île de Conejera à l’île de Vedra,
on retrouve la zonation habituelle; cette côte formée par des assises
de calcaires urgoniens compacts possède un abrupt remarquable de
l’ordre de 100 ni., ce qui explique l’absence de mares à encorbelle¬
ment. Les calas présentent quelques particularités, telle Cala
Vadella; celle-ci, étroite et profonde d’environ 500 m., est à l’abri
de tous les vents, vu son orientation. Le trottoir est donc ré¬
duit par suite de l’action des vagues à la côte, pratiquement nulle;
l'encorbellement est faible et les lapiés peu caractéristiques.
Aux abords de cette côte, l’île de Vedra, horst de calcaire urgo-
nien, d’altitude maximum 381 m., offre des abrupts remarquables
de plus de 200 m. Dans de telles conditions, il est évident que des
formes de dissolution n’ont pu se développer de manière typique;
la base des versants est envahie par des cônes d’éboulis. Quelques
lapiés déchiquetés à l’extrême, se trouvent isolés en avant de la
ligne du rivage. Le trottoir qui, parfois ne dépasse pas 0 m. 30 à
0 m. 40 de large, présente un développement maximum dans les
zones les moins battues, l’île cependant est particulièrement expo¬
sée sur sa face Sud à la brise et sur sa face Nord aux vents d’hiver.
Le détroit séparant Vedra d’Ibiza est à peine large de 2 km., lui-
même soumis à des mouvements violents de vagues liés à des
phénomènes d’interférence et de réflexion.
Notons qu’aux environs de La Canal, au Sud d’Ibiza, on retrouve
une côte abrupte dans les calcaires résistants du Jurassique supé¬
rieur, avec des formes littorales identiques à celles décrites précé¬
demment.
Côte Est d’Ibiza, Cala Llonga, Santa Eulalia. — Sur cette
côte abrupte et formée d’un matériel jurassique calcaire, lapiés et
mares de dimensions importantes font défaut; mais dans cette zone,
soumise presque exclusivement à la brise d’été et, par là même, à
des vagues à la côte assez violentes (hauteur de l’ordre de 1 m.), des
éléments de trottoir à Tenarea ont pu se développer; ceci est aussi
vrai pour la baie sableuse de Santa Eulalia que pour l’étroite
crique de Cala Llonga.
Il nous a paru opportun de rassembler les éléments, nécessai¬
rement épars dans la description régionale précédente, pour essayer
214
L. WALTER-LÉVY, R. FRÉCAUT ET R. STRAUSS
de tirer des constatations d’ordre général tant en ce qui concerne
les formes d’érosion que celles résultant d’une construction.
III. — CARACTERES GENERAUX, PROCESSUS D'ELABORA¬
TION, PEUPLEMENT VEGETAL DES FORMES LITTORALES
A. Formes d’érosion marine : les Mares. — Une des formes les
plus intéressantes, dans le cadre d’une telle étude, est représentée
par les mares, mais, en raison des relations étroites- qui unissent
celles-ci aux lapiés et à l’encorbellement littoral, il convient de
signaler les traits originaux de ceux-ci.
Les lapiés littoraux, parfois difficiles à distinguer de ceux d’ori¬
gine continentale, à la limite de la zone de déferlement et des
embruns sur la côte, sont généralement les plus déchiquetés (Cas
Catala) contrairement, semble-t-il, à ce qui a été parfois affirmé [9].
Les plus beaux lapiés vermiculés se trouvent aux endroits les plus
exposés, au sirocco et aux vents de Nord et Nord-Est (Illetas et
Ile Vedra) et correspondent à des formations de calcaires parti¬
culièrement compacts et résistants. La répartition, les formes et
les dimensions des ces lapiés sont très variées : rochers formant
écueils en avant de la ligne du rivage, lapiés dominant l’encorbel¬
lement littoral, cloisons séparant les mares. La continuité de l'en¬
corbellement littoral sur les côtes des Baléares est à mettre en
relation avec le faible marnage de la Méditerranée. L’importance
de cet encorbellement (jusqu’à 1 m. 50) est fonction de la dureté
de la roche et de la topographie de la côte, les côtes basses ou très
abruptes ne présentent qu’un encorbellement réduit (quelques
dizaines de centimètres).
Les mares constituent un milieu original au-dessus de l’encor¬
bellement littoral et au milieu des lapiés, par leur physionomie,
par les processus qui leur ont donné naissance, par la flore qui s’y
développe. Partout, les mares, indépendantes de la pente de la
côte, ont un fond plat, elles sont surplombées par des lapiés;
lorsque la côte présente une stratification très nette (Coves Blan-
ques) ce sont de véritables plates-formes disposées en gradins.
Leurs dimensions varient de quelques centimètres à 2 m. dans la
plus grande longueur, il en est de même pour leur profondeur
(quelques centimètres à 1 m. 50) (1). Ces mares sont remplies
d’eau de mer en quantité variable suivant l’abrupt de la côte.
Certaines, situées au niveau de la mer, communiquent avec celle-ci
(1) Les encoches caractéristiques sur le bord de certaines mares sont à mettre
en relation avec la corrosion qui s’exerce sur leurs parois.
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
215
par un chenal; elles sont toujours alimentées par une eau renou¬
velée Faction des vagues s’y tait sentir. Les conditions réalisées,
différant assez peu de celles de l’eau de mer libre, permettent 1 ins¬
tallation d’une flore variée comprenant Pheophycees et Rhodo-
phycées. Ces mares sont séparées par des cloisons rocheuses ou se
développent parfois des algues calcaires et des colonies de Balanes
immergées par suite du jeu du marnage. Ces organismes n’ont pas
d’action constructrice, ils se fixent sur la roche qui leur tient lieu
de support et qu’ils protègent de la dissolution. On note aussi la
présence de Cyanophycées qui se sont installées sur la cloison et,
pour ce faire, ont creusé la roche. D’autres mares sont situées dans
l'étage supralittoral ; certaines abandonnées par temps calme par
suite de l’évaporation, renferment un dépôt de sel cristallisé attes¬
tant un passage antérieur de la mer avec laquelle elles communi¬
quent par des chenaux au profil transversal très aigu et de pro¬
fondeur très variable, au maximum plusieurs mètres. Ces chenaux
relient également les mares entre elles. Parmi ces dernières, il en
est qui contiennent de l’eau de mer; mais les conditions physico¬
chimiques [15] très spéciales qui se trouvent réalisées, notamment
les variations de concentration et de pH ne permettent que l’ins¬
tallation d’une flore réduite, au moins à la saison d’été. Des Mélo-
bésiées trouvent parfois, dans le fond des mares, ou sur le bord
des parois, le substrat indispensable à leur existence. Ces algues se
présentent sous la forme de petites croûtes adhérentes, épaisses de
quelques millimètres, de couleur rose violacée.
De nombreux facteurs doivent jouer un rôle dans la formation
de ces cuvettes. Un matériel calcaire, homogène et fortement dia-
clasé, facilite l’agrandissement progressif des mares (calcaire et
grès à Coves Blanques). L’abrupt, plus ou moins prononcé de la
côte, n’est pas sans exercer lui aussi une influence; une côte
rocheuse, basse, facilite le déferlement, d’où la formation de mares
de grande taille; tandis qu’à une côte abrupte limitant le défer¬
lement correspondent des mares plus réduites. Ce déferlement
diffère suivant les saisons; en été sur une grande partie du littoral,
seul le marnage agit (Cala Grasio) sauf dans les régions soumises
à des brises assez fortes (1. Vedra). A la saison froide, le problème
se complique en raison du déferlement à la côte (surf) lié aux vents
de Nord et de Nord-Est : à Cala Grasio, la mer, qui pénètre jus¬
qu’à 15 et 20 m. à l’intérieur des terres selon un plan relativement
incliné, arrive à coucher des JUniperus dont la base est momenta¬
nément submergées (*). Lors du jet de rive (uprush) la mer n’uti-
(*) Ce mécanisme a été observé par M. Planas et confirmé par M. Sora.
216
L. WALTER-LÉVY, R. F RÉ CAL'T ET R. STRAUSS
lise que très peu les chenaux; à la redescente (backwash) la ma¬
jeure partie de l’eau s’écoule suivant la ligne de plus grande pente
de la côte; la fraction restante emprunte alors les chenaux.
Par suite de cette arrivée considérable d’eau sur le littoral,
compte tenu également des températures relativement basses de
1 atmosphère et de l’eau de mer, la saison froide est donc tout à.
fait favorable à la dissolution du calcaire, le carbonate de cal¬
cium étant beaucoup plus soluble à froid qu’à chaud.
Le problème de la corrosion du calcaire, très complexe, qui n’est
pas résolu à l’heure actuelle, a suscité des interprétations
fort intéressantes. La plus généralement admise [10 a et c]_ faisait
intervenir la photosynthèse réalisée par les algues vertes : le gaz
carbonique, éliminé la nuit par ces végétaux et non compensé par
I apport résultant de 1 assimilation chlorophyllienne, abaisserait le
pH ce qui permettrait la dissolution du calcaire. Selon une con¬
ception toute récente [20] basée sur des observations faites dans
1 archipel des Tuamotu, l’érosion résulterait d’une dissolution
progressive de la roche par un acide organique secrété par cer¬
taines algues. Des auteurs anglo-saxons [10 c] pour expliquer
cette dissolution chimique, ont fait intervenir une alternance d’hu¬
midification et d assèchement dans les mares supralittorales.
En plus de cette érosion chimique, une action mécanique se ma¬
nifeste par endroits, attestée par la présence de matériel subaérien
dans les mares : galets roulés, gravier et sable (Coves Blanques)
(Cala Bassa). Ce matériel vient du sommet de la côte il est trans¬
porté dans les mares par les averses torrentielles d’été et d’au¬
tomne (fig. 6). Il est peu probable que ce soit la mer, malgré les
déferlements importants notés en hiver, qui soit capable de véhi¬
culer ce matériel (*). Une preuve de l’action du ruissellement est
fournie par la présence de Graminées dans de petites rigoles reliant
les mares entre elles, différentes des chenaux marins et creusées
par les eaux de ruissellement. Une autre preuve réside dans le fait
que s. certaines mares sont abandonnées et contiennent des dépôts
salins, d autres renferment une eau saumâtre, résultant de la dis¬
solution des dépôts marins par l’eau courante. Ce matériel à pied
d oeuvre au début de l’automne (sept.-oct.) peut être repris à la
saison froide alors que joue un ressac important, et qu’on note
justement un fléchissement de la pluviosité hivernale (nov -déc -
janv.). Il s’agit là indiscutablement d’une érosion mécanique due
a 1 eau de mer par l’intermédiaire d’un matériel apporté par les
eaux de pluie; la mer n’occupe donc que temporairement les mares..
(*) Informations communiquées par M. Planas.
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
217
L’érosion, à la fois mécanique et chimique dans les mares, quels
que soient les processus chimiques invoqués, de même que l’éro¬
sion purement chimique à la base de la côte et responsable de
l’encorbellement, permettent peut-être d’envisager une évolution
dans le développement du littoral, dont le terme ultime serait la
formation de plates-formes à vasques dans les parties saillantes
de la côte fortement battue par les vagues.
B, Autre forme d’érosion : la plate-forme a Vermets. — Lors¬
qu’on étudie les différentes formes littorales aux Baléares, il con¬
vient dé rappeler les caractéristiques d’une formation qui, dans
cette région [18] et dans d’autres stations des côtes méditerra¬
néennes [11 et 19] a suscité des observations intéressantes.
11 s’agit d'une forme due à l’érosion physico-chimique, située
dans la zone infralittorale, à une vingtaine de centimètres au-
dessous du niveau moyen, mais qui est protégée par des organismes
animaux. Nous avons observé de vastes plates-formes atteignant
plusieurs mètres de largeur, presque horizontales (Coves Blanques).
Les Vermets forment une couche d’épaisseur variable, parfois
réduite (Cala Grasio) parfois atteignant plusieurs centimètres. Une
flore d’algues se développe sur le rebord externe avec notamment
Jania et Cystoseira ; sous ce rebord, on retrouve Halimecla, Udotea...
218
L. WALTER-LÉVY, R. FRÉCAUT ET R. STRAUSS
Les Ver-mets sont recouverts par endroits, par des Mélobésiées
incrustantes du trottoir à Tenarea, appartenant à l’étage inter-
tidal.
Partout où nous avons observé cette plate-forme, le substrat était
constitué par des roches tendres, calcaires et grès du Miocène,
la côte était basse et de mode battu. Il semble donc y avoir un lien
entre le faible abrupt de la côte et la présence de plates-formes
importantes.
C. Forme de construction par l’algue Tenarea : le Trot¬
toir. — Le trottoir a déjà fait l’objet d’études détaillées sur le
pourtour de la Méditerranée occidentale, aussi ne nous attarderons-
nous pas à sa description morphologique, pas plus qu’aux condi¬
tions qui permettent son établissement.
Rappelons cependant que le trottoir est une corniche surplombée
directement par l’encorbellement littoral, située dans la zone inter-
tidale et découvrant partiellement. Cette formation existe, discon¬
tinue, sur le littoral des Baléares. Sa largeur varie de quelques di¬
zaines de centimètres à moins d’un mètre environ. La combinaison
de différents facteurs explique les modifications dans le dévelop¬
pement du trottoir. Le marnage réduit en Méditerranée (0 m. 20 à
0 m. 40 dans la baie de Palma) par suite d’une communication
difficile de la mer avec l’Océan (détroit de Gibraltar étroit et seuil
peu profond) est responsable de l’alternance de l’émersion et de la
submersion de l’algue dans un laps de temps très bref. Ce trottoir
se fixe sur un substratum de nature variée, mais généralement dur,
notamment calcaires du Trias et du Jurassique. Alors que, sur les
côtes rocheuses basses, constituées par un matériel tendre, nous
avons observé des plates-formes à Vermets avec des éléments
réduits de Tenarea , sur les côtes abruptes, un trottoir plus déve¬
loppé s’est fixé à un support résistant. L’importance du trottoir
est à mettre en relation avec l’agitation de la mer créée par les
vagues à la côte. Dans les zones très battues, le trottoir peut se
développer mais il se présente comme une formation réduite et
discontinue (Ile Vedra). Cet aspect est à peu près semblable dans
les eaux calmes, notamment au fond des calas telle Cala Vadella;
les conditions optima sont réalisées dans les régions moyennement
battues et relativement sombres.
f Le tr °ttoir comprend, en surface, outre Tenarea tortuosa, qui a
l’aspect de masses contournées avec des protubérances de formes
variées, des Mélobésiées incrustantes [13 ! ]. Parfois, le trottoir se
réduit à celles-ci; ailleurs on remarque, de place en place, des cous¬
sinets de Tenarea, enfin, on retrouve de véritables corniches sail-
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
219
1 antes. Seule, la partie extérieure est formée d’algues «vantes
'•intérieur a l’allure d’une véritable roche constituée de débris
— ...
du fait d’une immersion temporaire vivent dans des condiùo s
bien spéciales et, pour une bonne part, disparaissent 1 ete c: est-a-
dire à l’époque à laquelle se situent nos observerions. A la limite
de la zone intertidale se rencontre souvent Jania rubens en touffe
épaisses, celle-ci vit également en épiphyte sur de nombreuses
espèces de l’étage infralittoral.
A la face inférieure du trottoir, toujours immergee, se rencon-
trent les espèces sciaphiles habituelles. Une etude plus detaillee
montrerait des variations dans les éléments constituant la flore du
trottoir, variations qui semblent correspondre à des stades divers
d’évolution, en relation avec les conditions dans lesquelles celui-ci
s’établit.
220
L. WALTER-LÉVY, R. FRÉCAUT ET R. STRAUSS
IV. — ETUDE CRISTALLOGRAPHIQUE ET CHIMIQUE DE
QUELQUES ALGUES CALCAIRES
TABLEAU I
Cal ci le
Chlorophycfes
SIPHONOCLA DA LES
— Siphonocladacées
Anadyomene stellala (Wulf.) Ag. (1) +
— Cladophoraeées
Cladophora sp. ( 1 ) +
DASYCLADALES
— Dasycladacées
Dasycladus clavaeformis (Roth) Ag. (2) +
SIPHON A LES
— Codiacées
Halimeda Tuna (Eli. et Sol.) Lamour. (2) —
Phéophycées
DI CT Y OTA LES
— Dictyotacées
Padina Pavonia Gaillon (1, 2)
Aragonite
traces
Rhodophycées
CRYPTONÉMIALES
— Squamariacées
Peyssonelia rubra (Grev.) J. Ag.
Peyssonelia polymorpha (Zanard.
— Corallinacées
• Corallinées
Jania rubens (L.) Lamour.
Corallina medilerranea Aresch.
Corallina oflicinalis L.
• Mélobésiées (2)
Lithothamnium sp.
Melobesia Lejolisii Rosanoff
Melobesia farinosa Lamour.
Dermatolithon littorale Suneson (a) (b) (c) +
— papillosum (Zanard) Foslie (b) (c) (d) +
(2)
_
| Schm.
+
(1)
+
+
-
(2)
+
(2)
+
(3)
+
(3)
+
_
(a)
+
(1) Algues récoltées à Cas Catala (trottoir).
(2) Algues récoltées à Cala Bassa (plate-forme).
(3) Algues récoltées épiphytes.
Il s’agit des espèces dominantes car le plus souvent celles-ci sont
d un cortege de Mélobésiées très mêlées, par conséquent difficiles * a't • CCS
et qui toutes révélent l'existence de caiek dans leur thai® °
Support (a) bdotea petiolata (2).
(b) Laurencia obtusa (1).
(c) Cystoseira (2).
(d) Halopteris scoparia (1).
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
221
Dans le cadre d’une telle étude, il paraît intéressant d’examiner
la composition minérale d’un certain nombre d’algues calcaires
vivant dans les zones précédemment étudiées. Les unes appar¬
tiennent à la végétation au voisinage du trottoir à Cas Catala,
d’autres proviennent de plates-formes immergées à Cala Bassa.
En outre nous avons complété cette étude en considérant quelques
espèces de Mélobésiées épiphytes se développant sur des supports
variés. La constitution de ces végétaux énumérés dans le tableau I
sera étudiée par examen aux Rayons X et par analyses chimiques.
Etude a l’aide des rayons x.
Les fragments de végétaux ont été examinés à l’aide de rayons X
issus d’une anticathode de cuivre avec interposition d’un mono-
chromateur Guinier à lame de quartz courbe, permettant d’obtenir
un rayonnement monochromatique Ki de longueur d’onde X
= 1,540 Â. A la sortie du monochromateur se trouve une chambre
de diffraction Seeman-Bohlin caractérisée par le fait que l’échan¬
tillon et le filin sont situés sur le même cylindre. Le fragment
d’algue légèrement pulvérisé est placé entre deux feuilles de
rhodoïd insérées entre deux surfaces métalliques circulaires vissées
l’une sur l’autre laissant une lumière au centre. Ces feuilles de
rhodoïd n’ajoutent au diagramme qu’un très léger fend continu,
beaucoup plus faible que celui dû aux matières organiques conte¬
nues dans les algues. Le temps de pose est d’environ une heure si
l’on opère avec une intensité de 5 milliampères et sous une tension
de 40 kilovolts.
Les résultats obtenus ont permis d’identifier « in situ » la calcite
et l’aragonite dans les espèces végétales précédemment mentionnées
(Tableau I).
Pour réaliser les clichés reproduits ci-après (PI. III) où la compa¬
raison des diagrammes est directement sensible à l’œil, nous avons
utilisé une chambre imaginée par P. M. de Wolff, permettant d’ob¬
tenir quatre spectres à la fois. Dans ce cas, la poudre a été ag¬
glomérée avec de la vaseline qui donne quelques raies de diffrac¬
tion (marquées d’un point sur les clichés). Le temps de pose a été
alors de 2 heures. La mesure des distances des raies à la trace du
faisceau direct, permet de calculer les angles de réflexion sélective,
si l’on connaît le diamètre de la chambre soit 11 mm. 40. Il suffit
alors, pour déterminer les distances des divers plans du cristal
d’appliquer la formule de Bragg : n X = 2 d sin 0.
Les résultats consignés dans le tableau I appellent un certain
nombre de remarques. Les deux variétés principales de carbonate
222
L. WALTER-LÉVY, R. FRÉCAUT ET R. STRAUSS
de calcium se retrouvent dans les différentes classes d’algues. Mis
à part le résultat fourni par Dasycladus clauaeformis constitué en
majeure partie de calcite à laquelle s’ajoutent des traces d’arago¬
nite, on ne rencontre en règle générale comme nous l’avions observé
à plusieurs reprises [27], qu’une variété cristallographique dans
une espèce déterminée. Bien souvent même, c’est une variété qui
caractérise une famille, ainsi les Corallinacées, qu’il s’agisse de
Corallinées ou de Mélobésiées comprennent des espèces contenant
dans leur thalle de la calcite.
D’autre part il est important de noter que l’on trouve l’une à
côté de l’autre, vivant rigoureusement dans les mêmes conditions,
des plantes élaborant l’une de la calcite, l’autre de l’aragonite.
Mieux encore, une algue telle que Jania rubens par exemple, se
rencontre sur des supports variés, certains contenant de l’ara¬
gonite (Padina). L’existence de ces faits rend particulièrement
délicate l’interprétation du mécanisme d’élaboration de ces deux
variétés.
La lecture des diagrammes représentés sur la PI. III révèle
une coïncidence exacte des raies constituant les spectres des algues
Halimeda, Padina, Peyssonelia, avec celles du corps de référence
(aragonite de Hongrie), mais il n’en est pas de même lorsqu’il
s’agit de la calcite. Bien que, les trois algues Jania rubens, Corallina
officinalis, Corallina méditerranea, présentent des spectres ne lais¬
sant pas de doute sur l’existence de la calcite les raies sont plus
floues et décalées par rapport à celles de la calcite.
On a, depuis longtemps, signalé dans les algues calcaires l’exis¬
tence de carbonate de magnésium qui serait associé au carbonate
de calcium. Or ni la giobertite, ni la dolomie ne se manifestent aux
rayons X. Les particularités du diagramme de la calcite permettent
de penser avec K. E. Chave [22 | que les algues calcitiques contien¬
nent du carbonate de magnésium, vraisemblablement en solution
solide dans le calcaire. Le remplacement dans le cristal des ions
calcium par les ions magnésium de rayon plus petit a pour effet
de faire varier les paramètres du réseau qui décroissent avec la
concentration en magnésium.
Nous avons calculé les distances réticulaires correspondant au
plan de clivage de la calcite et trouvé 2,989 Â pour Jania rubens,
2,992 pour Corallina mediterranea et 2,991 pour Corallina offici¬
nalis au lieu de 3,040 pour la calcite précipitée par voie chimique.
D’après la courbe donnée par K. E. Chave, ces distances réticu¬
laires impliquent des teneurs en carbonate de magnésium de
15,5 % pour Jania rubens et 14,3 % pour les deux Corallina.
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
223
Par ailleurs, ces résultats confirment ceux obtenus par Périnet
[251, notamment avec le trottoir à Tenarea ; selon cet auteur la
maille élémentaire de la calcite est modifiée par la présence du
magnésium: dans le réseau, deux atomes de calcium sur 15 sont
remplacés par du magnésium. On pourrait donc opposer les algues
possédant de la calcite, cette dernière ayant une structure modifiée
par suite de la présence du magnésium à celles qui contiennent de
l’aragonite qui, elle, ne subit aucune modification.
Analyses chimiques.
De manière à confirmer ces hypothèses, une étude d’ordre chi¬
mique a été tentée pour deux algues à aragonite et une à calcite
présentant un déplacement des raies maximum, appartenant à
trois groupes bien distincts du point de vue botanique.
a ) Specirographie d’arc.
Des analyses spectrales effectuées dans la région comprise entre
2 300 et 5 900 Â ont donné les résultats suivants :
Jania rubens
Halimeda Tuna
P ad ina Pavonia
Jania rubens
Halimeda Tuna
Padina Pavonia
TABLEAU II
B
Si
Ti
P
V
Na
K
.—.
■--
■—
-—
-—
■—
+
+
+
0
0
+
+
+ +
+
+
0
0
+
+
+ +
+
+
0
0
+
+
Sr
Mg
Al
Mn
Fe
Cu
Zn
4-
+ +
+
0
0
+
0
+
+ +
+
0
0
+
0
4-
+ +
+
0
0
0
L’ordre de grandeur des éléments décelés est exprimé
signes :
+ + + présence en quantité notable;
+ + petite quantité;
-I- traces;
O absence.
Ca
+ + +
+ + +
+ + T
Pb
0
0
+
par les
Les analyses spectrales (I) confirment l’existence du magnésium
en quantité notable accompagnant le carbonate de calcium. Divers
I. — Elles ont été effectuées au Laboratoire National d’essais du Conservatoire
des Arts et Métiers. D’après leurs analyses certains éléments même décelables
par spectrographie peuvent échapper à leur examen.
224
L. WALTER-LÉVY, R. FRÉCAUT ET R. STRAUSS
éléments apparaissent en outre comme cela avait déjà été signalé
pour certains d’entre eux [23, 26]. Le sodium, le potassium, le
cuivre, l'aluminium et le titane se trouvent dans les trois échan¬
tillons, le plomb n’a été trouvé que dans Padina Pavonia. Parmi
les métalloïdes, il convient de signaler l'existence du silicium et
du bore, ce dernier en quantité importante chez Halimeda et
Padina. tandis que le phosphore n’a pas été décelé.
b) Analyses quantitatives.
Les constituants SiO s , AlsOs, FeO a , CaO, MgO ont été dosés
d’après les méthodes suivantes :
la silice par insolubilisation chlorhydrique et volatilisation fluo-
rhydrique, la somme alumine + sexquioxyde de fer par gravimétrie,
l’oxyde de fer par colorimétrie à l’orthophénantroline, la chaux à
l’état de sulfate, la magnésie à l’état de pyrophosphate.
Les résultats sont groupés dans le tableau lll.
Si(\
Al a O a
Fe,O a
CaO
MgO
Jania rubens
0,007
0,30
0,00
39,65
7,45
Halimeda Tuna
0,32
0,25
0,05
35,60
2,75
Padina Pavonia
0,77
0,55
0,20
33,50
3,35
La teneur en magnésium correspond à une teneur en carbonate
de magnésium du même ordre de grandeur que celle trouvée par
cristallographie.
Par ailleurs le magnésium se trouve en quantité nettement plus
importante dans Jania rubens, algue à calcite que dans Halimeda
Tuna et Padina Pavonia algues à aragonite.
Il existe donc une relation entre la variété cristalline et le rapport
des teneurs en magnésium et en calcium.
Certains auteurs [24] ont étudié la précipitation des deux
variétés de carbonate en fonction de leur teneur en magnésium
d’une solution de bicarbonate de magnésium et de calcium. Ils ont
trouvé qu’une forte teneur en magnésium favorisait la formation
d’aragonite.
Cependant nous avons vu que les algues à calcite et à aragonite
pouvaient se rencontrer dans le même milieu marin. Il faudrait
donc penser que les cellules des algues à aragonite peuvent ac¬
cumuler plus de magnésium dans leur suc cellulaire que les
algues à calcite. Le fait que la teneur en magnésium des concrétions
minérales est plus élevé dans le cas de la calcite que dans celui
de l’aragonite est sans doute dû à une'analogie de structure entre
la calcite et la dolomie (ou la giobertite) qui permet la formation
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
225
de solution solide, alors que la dolomie et l’aragonite appartiennent
à deux systèmes cristallins différents. On peut se demander sous
quelle forme le magnésium subsiste dans les concrétions minérales
des algues à aragonite. L’hypothèse d’une solution solide dans la
calcite, en trop petite quantité pour apparaître par radiocris-
tallographie est à exclure si l’on admet que les algues à aragonite
secrétent exclusivement cette variété de calcaire mais on peut
penser que le magnésium entre dans la composition d’autres sels
que les carbonates : silicate, aluminate, borate dont l’élément
métalloïdique a été décelé par l’analyse spectrale, ou d’autres
sels non révélés.
CONCLUSION
La zonation des formes étudiées sur le littoral des Iles Baléares
correspond à celle que les auteurs ont décrite sur d’autres rivages
de Méditerranée occidentale : lapiés et mares étagées, encorbel¬
lement littoral, trottoir à Tenarea dans la zone intertidale pla¬
teforme à Vermets dans la zone infralittorale. Il convient de signa¬
ler cependant une extrême variété de combinaisons des formes
littorales sur de faibles distances. L’explication est à chercher
dans l’interaction de divers facteurs: structure d’un matériel essen¬
tiellement calcaire, abrupt de la côte, conditions climatiques et
hydrologiques.
Nous avons mis en évidence certains caractères particuliers,
dont le plus intéressant est le début de la réalisation, semble-t-il,
de plates-formes à vasques, type qui se rencontre rarement dans
une mer tiède sans marée. Un autre point qui mérite d’être signalé
est le rôle de l’érosion mécanique se combinant dans les mares
à une action chimique, comme le prouve la présence d’un impor¬
tant matériel détritique, véhiculé par les pluies d’automne en
certains points de la côte. Mais pour intéressante que se révèle
l’étude des formes liées au phénomène de dissolution des calcaires,
elle est moins spécifique de la côte méditerranéenne que celle du
trottoir dont la construction pose de nombreux problèmes. Il est,
en tout cas, indiscutable qu’il n’est pas possible d’envisager cette
forme de relief sans faire appel à la biologie marine. Inversement,
l’étude des algues calcaires perd de son intérêt lorsqu’on ne tient
pas compte du milieu indispensable à leur fixation : trottoir, plate¬
forme à vermets, cloisons séparatrices des mares.
Ces végétaux qui possèdent la propriété d’accumuler en quantité
considérable un sel présent dans l’eau de mer, fournissent au
chimiste un intéressant champ de recherches. L’utilisation de
226
L. WALTER-LÉVY, R. FRÉGAÜT ET R. STRAUSS
techniques chimiques nous a permis d’apporter une confirmation
de la variété cristallographique caractérisant une espèce donnée,
de préciser la composition minérale d’organismes végétaux qui,
outre le calcaire, accumulent le carbonate de magnésium, ce dernier
venant parfois perturber la structure du calcaire. Ainsi, si. d’une
part les végétaux étudiés ont l’aspect, la structure, la composition
chimique modifiés par la présence du carbonate de calcium, les
formes littorales envisagées correspondent, elles aussi avant tout,
à des phénomènes de dissolution et de mobilisation du calcaire.
Dans de telles conditions, la collaboration du géographe, du biolo¬
giste et du chimiste présente l’avantage de pouvoir envisager
certains problèmes qui se posent dans un domaine où les frontières
entre différentes disciplines s’estompent.
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
Géologie.
1 — Carte Géologique au 1/1 500 000 par l’Institut géologique d’Es¬
pagne, 1919.
Carte géologique au 1/500 000, idem.
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Thèse, Paris, 1922.
3 — Hermite H. — Etude géologique sur les Iles Baléares. — 1879.
4 — Nolan H. — a) Note sur le trias de Minorque et Majorque. —
Bull. S. G. F. XV, p. 593, 1887.
b) Sur les terrains triasique et jurassique des
Iles Baléares. — C. B. Ac. Sc. 117, p. 821, 1893.
c) Sur le jurassique et le crétacé des Iles Balé¬
ares. — C. B. Ac. Sc. 120 , p. 1360, 1895.
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Climatologie.
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— Tome I, P. U. F. Or bis, 1954.
9 — Corbel J. — Les lapiaz marinis. — Rev. Géog. Lyon, 37,
p. 379, 1952.
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des formes littorales de dissolution du calcaire. (Bibliographie
détaillée). — Ann. Gèo. Mai-Juin 1953.
b) Morphologie littorale du calcaire, en Mé¬
diterranée Occidentale. — Bull. A. G. F. Mars-Avril 1954.
c) Morphologie littorale et sous-marine. —
P. U. F. Orbis, 1954.
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
227
d) Morphologie littorale in « La Géogra¬
phie française au milieu du xx° siècle ». — Baillière, p. 80,
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11 — Blanc J. J. et Molinier R. — Les formations organogènes
construites, superficielles, en Méditerranée Occidentale. —
Bull. Institut Océan. Monaco, 1955. (Bibliographie détaillée).
12 — - Delamare-Deboutteville Cl. et Bougis P. — Recherches sur
le trottoir d’algues calcaires effectuées à Banyuls pendant le
stage d’été, 1950. — Vie et Milieu, 11, 2, 1951.
13 _ Fei.dmann J. — Recherches sur la végétation marine de. la
Méditerranée. La côte des Albères. — Rev. Algol., 10, 1 à 4,
1938. (Bibliographie détaillée).
14 _ HuvÉ P. — Etude expérimentale de la réinstallation d un
trottoir à Tenarea en Méditerranée Occidentale. — C. R. Ac.
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15 _ Lami R. — a) Sur l’hétérogénéité de quelques caractères
physiques des cuvettes littorales. — C. R. Ac. Sc., 198,
p. 1528, 1934.
b) Sur l’alcalinisation spécifique et la réparti¬
tion des algues dans les cuvettes littorales. C. R. Ac. Sc. 199,
p. 015, 1934.
16 _ Lemoine M n,c P. et Hamel G. — Corallinacées de France et
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17 _Margalef R. — a) Materiales par a la hidrobiologia da la
isla de Ibiza. — Publ. del. Inst, de Biologia applicada, 1951.
b) Materiales par a la hidrobiologia da la
isla de Mallorca. — ibidem, 1952.
18 _ Molinier R. — Première contribution à l’étude des peu¬
plements marins superficiels des îles Pithyuses (Baléares).
Vie et milieu, V, 2, 1954.
19 _ Perès J. M. et Picard J. — Les corniches calcaires d’origine
biologique en Méditerranée Occidentale. — Recueil TraV.
Stal. Marine Endoume, 4, 1952.
20 _ Ranson G. — Observations sur l’agent essentiel de. la disso¬
lution du calcaire dans les régions exondées des îles coral¬
liennes de l’archipel des Tuamotu. (Conclusion sur le pro¬
cessus de dissolution du calcaire). — C. R. Ac. Sc., 240,
p. 100, 1955.
21 — Rodriguez J. J. — Algas de las Baléares, 1888.
Chimie végétale.
22 _ Chave K. E. — a) A solid solution between calcite and do¬
lomite. - Journal of Geol., 60, 2, p. 190, 1952.
b) Aspects of the Biogeochemistry of ma¬
gnésium. I, Calcareous marine organisms. — Journ. of Geol.
62, 3, p. 266, 1954.
23 _ Lagrange R. F. et Tcharkirian A. — Sur la détermination
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dans certaines algues calcaires. Lithothamnium calcareum. —
C. R. Ac. Sc., 209, p. 58, 1939.
Source
L. WALTER-LÉVY, R. FRÈCAUT ET R. STRAUSS
Murray J. W. — The déposition of calcite and aragonite in
caves. — Journ. of Geol., 62 , 5, p. 481, 1954.
Perinet G. et Michaud R. — Le magnésium des squelettes
des organismes marins ne se. trouve que dans le réseau de
leur calcite, l’aragonite restant toujours pure. — C. R Ac Sc
240, p. 633, 1955. ‘
Pobéguin Th. — Contribution à l’étude des carbonates de
calcium. — Ann. Sc. Nat. Rot. ir série, 1954. (Bibliographie
detaillee).
Walter Levy !.. et Strauss R. — a) Contribution à l’étude
des concrétions minérales chez les végétaux. — C R Ac Sr
239, p. 897, 1954.
.... b) Les sels de calcium
chez les végétaux. — Communication Congrès A F A S
Caen, 1955. .’
, , c) Recherches sur les
aigues calcaires (en collaboration avec Frécaut R ) _. Com¬
munication Congrès A. F. A. S. Dijon, 1956.
, , , . d)- Etude chimique de
que „ qu . c n 6 « gUeS calcalres ' - -Bu". Labor. marit. Dinard, 42
p. //, 19oo.
REVUE ALGOLOGIQUE
N lle . Sér., T. IV ; PL. 5
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
1. _ Groupe de lapiés; encorbellement littoral, coussinets de Tenarea;
mare au niveau de la mer. — Illetas (Palma de Majorque).
2. _ Côte basse rocheuse; encorbellement réduit; mares; personnages
sur plate-forme immergée. — Coves Blanques (côte Nord-Ouest d'Ibiza).
(Clichés René Frécaut.)
REVUE ALGOLOGIQUE
N»« Sér.. T. IV; PI. 6
ZONE LITTORALE DES ILES BAI.fi 4RES
3. — Mares étagées, larges chenaux en communication avec la mer
située à droite de la photo. — Coves Blanques (côte Nord-Ouest A’Ibizd).
4. — Lapiés; encorbellement prononcé. — Cala Bassa (côte Ouest A’iblza).
0 Clichés René Frécaut.)
revue algologique
N"* Sér.. T. IV; Pl. 7
ZONE LITTORALE DES ILES BALÉARES
NOTULES ALGOLOGIQUES
Cette rubrique réunit de courtes notes sans illustrations ni références biblio¬
graphiques. Elle permettra aux auteurs de publier des observations nouvelles
ne se prêtant pas à un long développement, notamment celles concernant l’éco¬
logie ou la biogéographie des Algues, ou de prendre date avant la parution d’un
travail plus complet.
Métaphyton et Plocon.
Dans le premier fascicule du tome 3 de la Revue Algologique,
P. Bôurrelly a donné une analyse de mon mémoire « Die Algen-
besiedlung einiger Seen um Brernen und Bremerhaven » (Verôff.
Inst. Meeresforsch. Bremerhaven, 4, p. 221-283, 1956). Il a com¬
paré le nouveau terme « Métaphyton » que j’ai introduit récemment
à celui de « Ploccn » employé par Margalef. Au cours de la cor¬
respondance qui s’en suivit, P. Bôurrelly m’a invité à donner aux
lecteurs de la Revue, une étude comparée des deux termes.
En 1955, Margalef dans son ouvrage, « Los organismes indica-
dores en la limnologia », donne une vue synthétique des diverses
biocénoses qu’il découvre dans les eaux continentales. Il y définit
de plus la biocénose du « plocon » comme étant constituée par les
touffes d’algues macroscopiques fixées ou flottantes. De cette bio¬
cénose font aussi partie les petites formes végétales ou animales,
épiphytes ou libres, mobiles ou immobiles. Le plocon, est, par
conséquent, une biocénose typique comprenant les espèces se trou¬
vant côte à côte au même endroit, vivant en général dans les mêmes
conditions de milieu, mais ne s’adaptant pas de la même façon à
ces conditions communes.
Le « métaphyton » groupe les petites algues et flagellés non
fixés, mobiles ou immobiles, pour la plupart unicellulaires ou colo¬
niaux, qui vivent dans les touffes ou prairies submergées d’algues
plus grosses, ou entre les feuilles et les tiges des mousses et des
plantes supérieures immergées.
Tout d’abord ce terme fut créé comme une expression commode
englobant les Desmidiées, les Chlorococcales, les Flagellés et
formes voisines, lesquels tout en vivant en un même lieu et en ne
jouant qu’un rôle mineur dans la production biologique des col-
lectmns d’eau, sont très importants comme indicateurs écologiques.
Mais il apparaît que ce terme exprime une unité écologique
Cependant le métaphyton n’est pas une biocénose, car ses repré¬
sentants ne vivent pas toujours ensemble, mais le plus souvent
croissent parmi des algues d’un autre caractère. En revanche les
NOTULES ALGOLOGIQUES
métaphytes se caractérisent par un même processus d adaptation
au milieu. Ils vivent isolés parmi les plantes plus grandes qui leu
offrent une certaine protection contre les mouvements de 1 eau la
dessiccation, ou l’enlisement. Ils ne sont pas fixes et de ce tait
n’ont pas besoin, comme la plupart des épiphytes, de former des
stades mobiles spéciaux pour changer de lieu, et ils se contenten
d’un cycle vital très simple. Mais cet avantage est paye par une
perte considérable d’individus, perte due à leur mobilité restreinte
s'ils sont déportés dans des endroits défavorables par les mou¬
vements de l’eau. Je voudrais appeler « Lebensformen » (types
biologiques) ces groupes de plantes qui ont les mêmes types
d’adaptation à certains milieux, élargissant ainsi le terme «no
duit par Raunkiaeb pour les plantes supérieures quant a leur
adaptation au rythme des saisons. Donc le métaphyton est aussi
une « Lebensform ». En général, aussi bien chez les plantes supé¬
rieures que chez les Algues, des représentants de types biologiques
divers vivent ensemble dans une biocénose. On comprend ainsi la
relation qui existe entre plccon et métaphyton.
La parenté des deux termes provient du fait que presque tou¬
jours on rencontre du métaphyton dans les touffes du plocon.
Mais dans ce cas, le métaphyton n’est quantitativement, qu une
partie minime du plocon. D'autre part le métaphyton n’est pas lié
uniquement au plocon, mais il se rencontre aussi tout comme
les types biologiques de Raunkiaeb — dans d’autres biocénoses,
parmi les mousses, les Characées, les Phanérogames.
Nous concluerons en disant simplement que les deux termes
plocon et' métaphyton sont hétérogènes car ils appartiennent à
deux classes différentes de notions biologiques.
Iv. Behre.
BIBLIOGRAPHIE
I.cs conditions actuelles de l’imprimerie ne permettant plus d’envisager la
parution d une Bibliographie Algologique méthodique comme dans la première
série de cette revue, il ne sera publié que des indications bibliographiques con¬
cernant les ouvrages importants ou les mémoires d’intérêt général. Les lecteurs
de langue française peuvent trouver un complément d’information dans la
«Bibliographie » paraissant en annexe au «Bulletin de la Société botanique de
France » et dans le « Bulletin analytique » publié par le Centre National de la
Recherche Scientifique.
Chadefaud M. — Les Champignons et les Algues. — Ann. Univ.
Paris. 27. 1, p. 5-22, 1957.
L’auteur donne dans ce court mémoire une synthèse simple et précise
de ses travaux sur la phylogénie des Champignons et des Algues. Il
montre le polyphylétisme profond des Algues : ainsi dans les 4 grands
phylums, Cyanophycées, Rhodophycées, Chromophycées et Chlorophy-
cées, on retrouve les mêmes types morphologiques. Il indique et carac¬
térise ces principaux types: archéthalle, protothalle, thalle à cladonies,
thalle siphoné, thalle coccoïde et monadoïde. L’auteur transpose ses idées
dans le domaine de la mycologie. Il montre que les Phycomycètes ou
Champignons à zoospores forment un faisceau de phylums opposé au
groupe des Mycomycètes (Zygo-, Asco-, et Basidiomycètes) dépourvus
de cellules nageuses. Le premier de ces groupes a peut-être une origine
chromophycéenne, tandis que les Mycomycètes ont sans doute un
ancêtre commun avec les Rhodophycées-Floridées.
Voici une mise au point qui satisfaira pensons-nous les Algologues,
mais que diront les Mycologues? — P. By.
Blum J. L. — An ecological Study of the Algae of the Saline
River, Michigan. Hydrobiologia, 9, 4, p. 361-408, 9 fig.. 1957.
L auteur suit pendant 18 mois, l’évolution des populations algales dans
une petite rivière américaine du Michigan depuis sa source jusqu’à son
embouchure. Ce cours d’eau de 65 km. de long, malgré son nom, est
constitué par de l’eau douce.
Dans la partie supérieure de la rivière, l’eau est pure, alcaline, riche
en bicarbonate. On y reconnaît un groupement permanent d’algues im¬
prégnées de calcaire avec Phormidium, Schizothrix et Audouinella. Au
printemps apparaît une poussée de Cladophora glomerata, tandis qu’en
hiver, les Diatomées Gomphonema olivaceum et Dialoma vulgare devien¬
nent dominantes et sont accompagnées de Batrachospermuni Boryanum
et Ulothrix tenuissima.
Après la traversée des villes de Saline et de Milan, l’eau de la rivière
est fortement polluée et très chargée en chrome (pollution industrielle).
La flore algale du cours supérieur disparaît et une végétation riche en
Stigeoclonium tenue la remplace.
En été, abondance de Nitzschia palea et de Sphaerotilns natans. Dans
les autres saisons Stigeoclonium, Tetraspora, Spirogyra, Navicula atomus
deviennent dominants. Un certain nombre d’espèces d’Euglènes et de
Diatomées supportent bien la présence des ions toxiques de chrome.
Source : MNHN, Paris
BIBLIOGRAPHIE
23f>
\ côté de cette intéressante étude, signalons du même auteur, une mise
au point sur les algues d'eau courante : « The■ ecology of River Algae »,
Bol. Rev., 22, 5, p. 291-341, 1956 où sont dépouillés et analyses 243
‘ r Dans cette'synthèse, dont voici les têtes de chapitres : classification,
écologie des aigues de rivière — Composition de la flore — facteurs
écologiques — productivité et eutrophisation —- distribution dans le
temps — distribution dans l’espace, une place importante est faite a
l’écologie des algues benthiques des eaux courantes.
Ces travaux offrent donc un vif intérêt car ils nous ouvrent de nous elles
perspectives dans un domaine trop souvent néglige. . v.
Plaukton of fresh and brackish waters in the
- Act. pliytogeogr. Suecica, 37, 144 p., 20 pi-,
Florin M. B.
Sôdertâge Area.
35 fig.. 1957.
I 'auteur étudie la biologie et la systématique d’une douzaine de lacs
et de fjords de la région située au Sud-Ouest de Stockholm. Ces lacs
forment 3 groupes : 1”) ceux des hautes terres aux environs de 60 m
d’altitude- 2") ceux des basses terres, de 28 a 30 m. d altitude, 3
facs communiquant avec la Baltique et situés au niveau fcla mer. On
trouve sur les plateaux des lacs oligotrophes du type calédonien, a eau
icide ta d s que les lacs de plaine sont plus alcalins, eutrophes et du
“vpe haltique q 0n remarque que le taux des Chlorures va croissant a
mesure que l’on se rapproche du domaine baltique. 0 , .
ell^Æ
-^„ a r.!ê7ou,f “S’d’analyses physiques et —s
d’eau des lacs et précise l’histoire géologique de ces lacs par 1 etude de
1 “ -
'7l C faursi T gnale™n K important eTIniéressant chapitre sur les Dtatomée»
- c. rt„,.
P. By.
TABLE DU TOME III
I. — ARTICLES ORIGINAUX
Ardré F. — Florule hivernale de la Ria de Vigo. 135
Bourrrllv P. — Un nouveau genre de Xanthophjeées d’eau'douce'de'ü
foret de Senart : Chadefaudiothrix . 97
n 0 S ' — Recherches caryologiques chez le A ’eomeris an'miiata Dickié! '. 192
U ceae) ~ Monstruosités nouvelles dans le genre Maria (Phaeophy-
Dbsikachary T. V. — On a Liagoropsis from Andamans.
Fei.dmann J. F. Borgesen (1866-1956). notice biographique. 2
Fjerdingstai) E. — Some samples of Algae from Strôms and Vaagô (thé
?v~T'° flt ï i * IUtion " à l ét V^ e cytologique de quelques Cyanophycées. 147
r ~ d representat,on graphique des microphytocoénoses_ 57
L.UM) J. W. G. — Four new green Algae. 26
Magne F. — Sur le Myriogramme minuta Kvlin. . 16
MANGum E. — Premier inventaire des Diatomées de ia Terre* ’Àdéiie.
Antarctique. Especes nouvelles. 111
Po E ucouEs1vf R r E 'n7 Bei R i ; ag n Ur , . <cn , ntn . is der Algenllora der Dombes.'.* 71
Voicr M Recolles algologiques dans trois Etangs de Lorraine. 94
\ oigt M. — Note sur le genre Diatometla Grev-. 68
Walter-Levy L„ Frécaut R et Strauss R. — Contribution à l'étude de la
zone littorale des îles Baléares. Biologie et chimie des Algues
calcaires. Formes du relief qui leur sont liées.. 202
II. — NOTULES ALGOLOGIQUES
Beure K. — Métaphyton et Plocon.'. «m
Bouhrellv P. — Trois algues microscopiques marines des environs dé
Uinard .. 1 cq
Doïonon P. — Histoire et bibliographie des recherches' algologiques dans i*
iwassit de Fontainebleau .
Serpette M. — Quelques Cyanophycées d’eau profonde en’Méditerranée ’.’ 45
Table des noms d’Auteurs
dont les Travaux sont analysés dans
la Bibliographie
Abbott B. C. . 47
Tl ali. ati ne D . 47
Beiire K. 47
UruM J. L. 231-232
Chadefaud M. 231
Drawert H. 47
Florin M. B. 232
Hirose H.’ ” ” ‘ 46
Johnson L. P. 173
Ju ri lj A. 171-172
Kornmann P. . 46
Kuckuck P. ".’ ' ' ’ 47
Kylïn II. 106-108
Magne F. 4g
Mktzner 1 . 47
Pringsheim E. G..170-171
Le Gérant : R. Lami. — Imp. Monnoyer, Le Mans.