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BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
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BULLETIN
de la
Pathologie
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
PARIS
MASSON & O, ÉDITEURS
LIBRAIRES DE l’aCADEMIE DE MÉDECINE
120, Boulevard Saint-Germain (6e)
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BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
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SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
* ^ U" **V
Séance du 10 janvier 1912
PARIS
MASSON & Cie, ÉDITEURS
LIBRAIRES DE l’aCADEMIE DE MEDECINE
120, Boulevard Saint-Germain (6e)
Le Bulletin de la Société de Patiiolocie exotique paraît io fois par an
15 jours après chaque séance, qui a lieu le 2e mercredi du mois, sauf en août et
septembre. 11 forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
Prix de l’Abonnement : France, 14 fr. ; Union postale, 16 fr,
Années 1908 et 1909 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
SOMMAIRE DU NUMÉRO
i
Séance du 10 janvier 1912
PAGES
Liste des membres . IàX
CORRESPONDANCE
Lettres diverses . i
Envoi d’une note de Mme Piiisalix sur la conservation et l’envoi des ani¬
maux venimeux et de leur venin . 2
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LES ETABLISSEMENTS
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PAGES
Lettre clu Président de l'Office international d'hygiène au suje de la
prophylaxie de la maladie du sommeil . 2
Lettre de M. Kièwiet de Jonche sur les vaccinations anticholériques de
M. Nyland à Java . 4
Allocution du Président . . 7
COMMUNICATIONS
E. Brumpt et Piraja da Silva. — Existence du Schi^otrypanum Cru-i ,
Ch a .as, iqcu), à Bahia. Biologie de Conorhinus tnegislus . . . . 22
C. Eranca. — LciicocytüjOon du geai, de l’épervier et de la bécasse . 17
v . Lalung-Bonnaike. — Un poisson vivant, corps étranger du pharynx. 41
A. Laver \n. — Au sujet de Tryp. rliodcsicnse , Stephens et Fantii ai . 26
M Legër. — Leucocyto^ocni de la bécasse — Discussion . 21
A. Man a LD. — Phénomènes tardifs d’envenimation guéris par le sérum
antiveirmeux . . . . . 43
E. Marchoux — Eormes d’involution en boules des bacilles acido-résis¬
tants . 3
F. Mesnil. — Tryp. rhodesiense . — Discussion . 30
F. Mesnil et M. Liger. — Documents relatifs au surra des caprins et
à leur immunité . 31
A. Railliet et A. Henry. — Observations sur les Strongylidcs du genre
Nematodirus . 35
Edm. et Et. Sergent et G. Senevet — Présence d ' Hœmogrcgarina
canis en Algérie . . 16
W.-L. Yakimo; F, A.-A. Winocradoff et Nina Kohl-Yakimoff. — A rgas
pjrsicits persicus, Fjscher-Waldheim en Russie d'Europe .... 39
Voir la mile du sommaire par/ > Vil
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I
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1 9 1 2
Liste des Membres
de la
Société de Pathologie 'Exotique
• v
Liste des Membres
de la Société de Pathologie exotique
au 1er janvier 1912
ABRÉVIATIONS.
M A S Membre de l’Académie des Sciences.
M A M Membre de l’Académie de Médecine.
M F Membre fondateur de la Société.
A T Armée de terre.
M Marine.
T C Troupes coloniales.
COMPOSITION DU BUREAU
»
Président .
Vice-Présidents .
Secrétaires généraux...
Trésorier-archiviste.. .
Secrétaires des séances.
MM. A. Laveran.
Ch. Grall et E. Jeanselme.
E. Marchoux et F. Mesnil
P. Yvon.
E. Brumpt et C. Levaditi.
Membres du Conseil. . MM. Bertrand, Chantemesse, Laveran,
Le De NTU.
Commission de Con¬
trôle .
MM. L. Martin, Moty et Prévôt.
MEMBRES HONORAIRES
*
, MM.
E. L, Bouvier, MAS, Profr Muséum, 55, rue de Buffon, Paris, Ve,
MF.
— II —
Colonel Sir D. Bruce, Royal army medical College, Millbank, Lon¬
dres, S. W.
W. T. Councilman, Prof1' Université' de Cambridge, Etats-Unis.
B. Danilewsky, Profr Fac. Médecine, Charkow, Russie.
P. Ehrlich, Directeur Institut de Thérapie expérimentale, Francfort-
sur-le-Mein.
C. Finlay, Directeur Santé publique, La Havane.
B. Grassi, Prof1' Anatomie comparée, Université Rome, 91, via
Agostini Depretis.
L. Guignard, M A S, M A M, Directeur hon., Prof1' Ecole de Pharma¬
cie, 6, rue du Val-de-Grâce, Paris, Ve.
G. Armauer Hansen, Chef service Lèpre, Bergen, Norvège.
Le Myre de Vilers, ancien Président de la Société de Géographie,
Président de la Sous-Commission française- de la Maladie du Som¬
meil, 3, rue Cambacérès, Paris, VIIIe.
Sir Patrick Manson,2i, Queen Anne Street, Cavendish Square, Lon¬
dres, W.
E. Metchnikoff, Sous-Directeur de l’Institut Pasteur, M F.
E. Perrier, M A S, M A M, Directeur du Muséum, 57, rue Cuvier,
Paris, Ve, M F.
E. Perroncito, Profr Université de Turin.
A. Railliet, M A M, Prof1 Ecole vétérinaire d’Alfort.
Sir Ronald Ross, Profr Université de Liverpool.
E. Roux, M A S, M A M, Directeur de l’Institut Pasteur, MF.
Th. Smith, Prof1' Université de Cambridge, Etats-Unis.
Vallin, M A M, 17, avenue Bosquet, Paris, MF.
A. Yersin, Médecin principal 2e Cl. T C, Directeur des Instituts Pas¬
teur d’Indochine, à Nha-Trang, Annam.
MEMBRES TITULAIRES-HONORAIRES
MM.
L. Bertrand, Médecin général de ire Cl. M, 19, rue Steffen, Asnières,
MF.
A. Billet, Médecin principal ire Cl. A T, Médecin-chef Hôpital du
Camp de Châlons, MF.
R. Blanchard, M A M, Prof1' Parasitologie Fac. de Médecine, 226,
boulevard Saint-Germain, Paris, VIe.
A. Chantemesse, M A M, Profr Hygiène Fac. de Médecine, 3o, rue
Boissy-d’Anglas, Paris, VIIIe, MF.
Couteaud, Médecin général 2e Cl. M, Directeur Service de Santé
Cherbourg, M F.
Delrieu, Médecin inspecteur T C, Directeur Service de Santé A O P',
cà Dakar, M F.
Ch. Grall, Inspecteur général Service de Santé T C, Ministère des
Colonies, M F.
Jeanselme, Agrégé Fac. Médecine, Médecin des Hôpitaux, 5, quai
Malaquais, Paris, M E'.
A. Laverajm, M A S, M A M, 25, rue du Montparnasse, Paris, VIe,
MF. y
A. Le Dentu, M A M, anc. ProfrFac. Médecine, 3 1 , rue de Lisbonne,
Paris, M F.
III —
Lemoine, Médecin inspecteur A. T., Directeur Service Santé ier Corps,
Lille, MF.
Moty, anc. Médecin principal ire Cl. A T, Agrégé libre du Val-de-
Gràce, 20, quai de Béthune, Paris, IVe.
Nimier, Médecin Inspecteur A T, Directeur Service Santé 14e Corps
Lyon, MF.
J. E. J. Schneider, Médecin inspecteur A T, Directeur Service Santé
20e Corps, Nancy.
H. Vallée, Directeur Ecole vétérinaire d’Alfort, M F.
H. Vincent, M A M, Médecin principal 2e Cl. A T, Profr Val-de-
Grâce, 77, boulevard du Montparnasse, Paris, VIe, M F.
P. Yvon, M A M, 26, avenue de l’Observatoire, Paris, MF.
MEMBRES TITULAIRES
MM.
Achalme, Directeur labor. colon. Muséum, 55, rue de Buffon, Paris,
Ve, MF.
A. Borrel, Prof1' Institut Pasteur, Paris, XVe, M F.
E. Brumpt, Agrégé Fac. Médecine, i5, rue de l’Ecole-de-Médecine,
Paris, VIe ( 12 février iqo8) (1).
H. D arré. Médecin assistant Hôpital Pasteur (A décembre igog).
Ch. Dassonville, Vétérinaire en ier, au 3ie d’Artillerie, Le Mans
(A avril iqo8 ).
Ch. Dopter, Médecin major ire CL A. T, Agrégé libre du Val-de-Grâce,
MF.
E. Dujardin-Beaumetz, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, M F.
L. Dyé, Médecin colonial Université Paris, 1 23 , avenue de Wagram,
Paris (A avril iqo8 ).
Granjux, Rédacteur en chef du Caducée , 18, rue Bonaparte, Paris,
VIe, MF.
F. Heim, Agrégé Fac. Médecine, Secrétaire perpétuel Ass. Agronomie
coloniale, 34, rue Hamelin, Paris, XVIe, M F.
A. Lesage, Médecin des Hôpitaux, 226, boulevard Saint-Germain,
Paris, M F.
M. Letulle, M AM, Profr Fac. de Médecine, Médecin des Hôpitaux,
7 rue de Madgebourg, Paris (g février iqio ).
C. Levaditi, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe (A juil¬
let igo8 ).
Lucet, M A M, Assistant au Muséum, 2, rue des Arènes, Paris, VIe
( / 2 février igo8).
E. Marchoux, anc. Médecin principal T C, Chef Service Institut
Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe, M F.
L. Martin, Médecin-Directeur Hôpital de l’Institut Pasteur, 2o5,rue
de Vaugirard, Paris XVe, M F.
F. Mesnil, Profr Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe,
MF.
V. Morax, Ophtalmologiste des Hôpitaux, 28, boulevard Raspail,
Paris, VIT (12 février igo8).
(1) Date de l'élection à la Société.
— IV —
L. Nattan-Larrier, anc. Chef de laboratoire Fac. Médecine, 60, rue
de Courcelles, Paris (12 février igo8).
A. Pettit, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, 26, rue Dutot, Paris,
XVe {g juin igog).
Mme Mi Phisalix, Chef-adjoint Travaux de Pathologie Labor. colo¬
nial Muséum, 62, Bd St-Germain, Paris, Ve (8 février igi 1).
E. Pinoy, Assistant Institut Pasteur, Paris, XVe, M F.
H. Pottevin, Secrétaire gén. Office international d’Hyg. publique,
11, rue Valentin-Haüy, Paris (9 décembre igo8).
A. Prévôt, Chef service adjoint Institut Pasteur, Garches (Seine-et-
Oise) ( 12 février iqo8).
E. Rist, Médecin des Hôpitaux, 37, rue Galilée, Paris, M F.
J. Rouget, Médecin princ. 2e Cl. A T, Prof1' Val-de-Gràce, 6, rue du
Val-de-Grâce, Paris, Ve (/ 2 février iqo8 ).
G. E. Schneider, Médecin-major ire Cl. A T, Agrégé libre du Val-
de-Gràce, détaché au Ministère de la Guerre {21 juillet iqoq).
Simonin, Médecin-principal 2e Cl. A T, Prof1 Val-de-Gràce, rue Saint-
Jacques, Paris, Ve, M F.
Surcouf, Chef des Travaux de Zoologie Labor. colonial Muséum, 55,
rue de Buffon, Paris, Ve (12 février iqo8).
M. Weinberg, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe
(c? avril igo8 ).
R. Wurtz, M A M, Agrégé Fac. Médecine, Médecin des Hôpitaux,
18, rue de Grenelle, Paris, VIIe {8 juillet iqo8 ).
MEMBRES ASSOCIÉS
a) Français.
MM.
Th. Barrois, Prof1' Parasitologie Fac. Médecine, Lille.
F. Borel, Médecin sanitaire maritime, Chef de la circonscription du
Havre, M F.
A. Calmette, anc. Médecin inspecteur T C, Directeur de l’Institut
Pasteur Lille, M F.
Clarac, Médecin inspecteur T C, Directeur Service de Santé de l’In¬
dochine. à Hanoï (Tonkin), M F.
De Brun, Prof. Fac. Médecine, Beyrouth.
Ducloux, Chef du Service de l’Elevage, Tunis.
J. Dupuy, 188, Bd Voltaire, Paris, XIe, M F.
A. Le Dantec, ancien Médecin M, Prof1' Pathol, exotique, Fac.
Médecine, Bordeaux, M F.
Ch. Nicolle, Directeur Institut Pasteur, Tunis.
J. B. Piot, Directeur Service vétérinaire des domaines de l’Etat, Le
Caire.
E. Primet, Médecin inspecteur T C, au Ministère des Colonies, MF.
P. Remlinger, Médecin-major A T, Directeur Institut Pasteur de Tan¬
ger.
Edm. Sergent, Directeur-adjoint Institut Pasteur d’Algérie, Musta¬
pha-Alger, M F.
Et. Sergent, de l’Institut Pasteur de Paris, Médecin de colonisation
v _ ,
(h. c.), chargé de mission en Algérie, 4, rue Michelet, Alger-Mus¬
tapha.
P. L. Simond, Médecin principal ire Cl. T C, (h. c.), Directeur Insti¬
tut impérial de Bactériologie Constantinople.
H. S oulié, Prof1' Faculté de Médecine, Université Alger.
A. Thiroux, Médecin-major i,e Cl. T C, à St-Louis (Sénégal), M F.
Vaillard, M A M, Médecin inspecteur général A T, Directeur du Val-
de-Grâce, rue Saint-Jacques, Paris, Ve, M F.
J. J. Vassal, Médecin-major ire Cl. T C, Hanoï, Tonkin.
b) Etrangers.
MM.
A. Agramonte, Prof1 Bactériologie Université La Havane, Cuba.
A. Bettencourt, Directeur Inst, bactériol. Camara Pestana, Lis¬
bonne.
Van Campenhout, Directeur Ecole de Médecine tropicale, 45, rue
Marie-Thérèse, Bruxelles.
A. Castellani, Directeur Institut bactériologique et Clinique maladies
tropicales, Colombo, Ceylan.
O. Cruz, Directeur Institut de Manguinhos, Rio-de-.Taneiro.
Ch. Firket, Prof1' Fac. Médecine, 8, rue Sainte-Véronique, Liège.
C. Golgi, Prof1' Université, Pavie.
Gorgas, Directeur Service de Santé, Ancon, Panama.
Kartulis, Hôpital gouvernement égyptien, Alexandrie, Egypte.
Kitasato, Directeur Institut pour les mal. infect., Tokio, Japon.
A. Kopke, Prof1' Ecole de Médecine tropicale, Lisbonne.
A. Looss, Prof1' Ecole de Médecine, Le Caire.
Nocht, Directeur Institut für Schiffs u. Tropenkrankheiten, Ham¬
bourg.
F G. Novy, Prof1' Université du Michigan, Ann Arbor, Mich., Etats-
U nis.
G. H. F. Nuttall, Profr Université Cambridge, Angleterre.
A. Salimbeni, Chef Service adjoint Institut Pasteur, Paris, MF.
Shiga, Prof1' Institut pour les mal. infect., Tokio, Japon.
A. Theiler, Chef du service vétérin. scientif., Pretoria, Transvaal.
J L. Todd, Prof1' Parasitologie Université Mc Gill, Macdonald Col¬
lege, Sainte-Anne-de-Bellevue, P. Q., Canada.
H. Ziemann, Médecin principal de la marine allemande, Duala,
Cameroun.
MEMBRES CORRESPONDANTS
a) Français.
MM.
Allain, Médecin-major ire Cl. T C, à Madagascar.
L. d’Anfreville, médecin de l’Hygiène à Saint-Louis, Sénégal, en
congé, 80, boulevard de Courcelles, Paris.
P. Aubert, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur de l’Institut Pasteur
de Brazzaville. Congo français.
— VI —
A. Auché, Pharmacien ire Cl. M, Laboratoire central de la Marine,
quai de Billy, Paris.
Audiau, Médecin-major 2e Cl. T C, Madagascar.
A. Bartet, Médecin ire Cl. M, 52, rue Grimaux, Rochefort.
.1. Bauche, Vétérinaire inspecteur des épizooties. Hué, Annam.
E. Bellet, Médecin irc Cl. M, Prof1' Ecole de Médecine navale, Bor¬
deaux
G. Bellot, Médecin-chef ire Cl. M, Chef Service central de Santé
Ministère de la Marine.
P. Noël Bernard, Médecin-major 2fi Cl. T C, directeur laboratoire
des eaux, Hué, Annam.
G. Blin, Médecin-major ire Cl. T C,à St-Laurent du Maroni, Guyane.
G. Bouet, Médecin-major ire Cl. T. C., en mission en Afrique occid.
franc.
G. Bouffard, Médecin-major ire Çl. T C, Profr Ecole d’application,
Marseille.
G. Bourret, Médecin-major 2e Cl. T C, directeur laboratoire bactério¬
logie St-Louis, Sénégal.
L. Bréaudat, Pharmacien T C, attaché à l'Institut Pasteur de Saigon,
Cochinchine. ,
J. Bridré, Chef Service Microbiologie vétérinaire. Institut Pasteur
d’Algérie.
V. Brochard, Médecin-major 2e Cl. T C, Résident Archipel Wallis,
par la Nouvelle-Calédonie.
Ch. Broquet, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Institut bacté¬
riologique Chinois, à Tien-tsin.
J. A. Büssière, Médecin-major i r- Cl. T C, Secrétaire du Directeur
du Service de Santé du Corps d’armée T C, Paris.
Cathoire, Médecin-major ire Cl. A T, Chef Labor. Hôpital milit.
Toulouse.
L. Cazalbou, anc. Direct. Labor. Bactériologie de Ségou, A. O. F.,
Vétérinaire en ier, au 5oe d’Artillerie, Rennes.
A. Chopard, Médecin de la 2e division à la Société de Construction
des Chemins de fer Indochinois, Keror, La Ciotat, Bouches-du-
Rhône.
Clair, anc. Médecin sanitaire maritime, ia,rue Jeanne d’Arc, St-Man-
dé, Seine..
Clarf.nc, Président de la Société médicale, Port-Louis, Ile Maurice.
M. Cognacq, Directeur Ecole de Médecine de l’Indochine, Hanoï,
Tonkin.
L. Collin, Médecin aide-major ire Cl. T C, Nlle Calédonie.
A. Conor, Médecin-major 2e Cl. A T, Chef Labor. Hôpital milit. du
Belvédère et Sous-Directeur Institut Pasteur, Tunis.
E. Conseil, Chef Bureau municipal Hygiène, 6o, rue des Selliers,
Tunis.
L. Couvy, Médecin-major 2e Cl. T C, détaché à l’Institut Pasteur,
Paris.
J. Crespin, Profr Hygiène Fac. Médecine, Médecin Hôpital Mustapha,
i, rue du Soudan, Alger.
Denier, Médecin irc Cl. M, Sous-Directeur Institut Pasteur de Saigon,
Cochinchine.
W. Dufougeré, Médecin-major 2e Cl. T C, en congé.
R. Dumas, Médecin principal ire Cl. T C, 53, rue Monge, Paris.
— VII —
Emily, Médecin-principal 2e Cl. T C, 1 2, rue Péri gnon, Paris VI Ie, M. F.
H. Foley, Médecin-major Cl. A T (h. c.), attaché à l’Institut Pas¬
teur d’Algérie.
Fontoynont, Directeur Ecole de Médecine, Tananarive, Madagascar.
L. Gaide. Médecin-major ue Cl. T C, Prol1' Ecole d’Application,
Marseille.
A. Gauducheau, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur de l’Institut Vac¬
cinogène, Thai-ha-Ap., Hanoï, Tonkin.
E. Gendre, Médecin de l’Assistance médicale indigène, Abomey,
Dahomey, en congé, à Langoiran, Gironde.
V. Gillot, Médecin Hôpital Alger-Mustapha, 21, boulevard Victor-
Hugo, Alger.
P. Goezien, Médecin principal ire Cl. T C, Directeur de l’Ecole
d’application, Marseille, MF.
De Goyon, Médecin-major 2e Cl. T C, à Madagascar.
H. Gros, ancien Médecin M., Médecin de colonisation, Rébeval,
département d’Alger, en disponibilité à St-Chartier, Indre.
Hf.ckenroth, Médecin-major 2e Cl. T C, attaché à l’Institut Pasteui
de Brazzaville, Congo français.
G. Irr, Vétérinaire, 8, place de l’Opéra, Paris.
H. J ouveau-Dubreuil, Médecin aide-ma)or ire Cl. T C, Directeur
Laboratoire Bactériologie Tchen tou, Sé-Tchouen, Chine.
J. Kérandel, Médecin-major 2e Cl. T C, Profr adjoint Ecole d’appli¬
cation, Marseille.
A. Lafont, Médecin-major tre Cl. T C, 2e colonial, à Brest.
A. Lamoureux, Médecin-major 2e Cl. T C, à Majunga, Madagascar.
A. Lebœuf, Médecin-major 2e Cl. T C, en mission de Lèpre, Nouméa,
Nouv. Calédonie.
J. Legendre, Médecin-major ir« Cl. T C. Hanoï, Tonkin.
A. Leger, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur de l’Institut de bac¬
tériologie, Bamako, Haut-Sénégal et Niger.
M. Leger, Médecin-major 2e Cl. TC, détaché à l’Institut Pasteur, Paris,
Lemaire, Médecin Hôpitaux d’Alger, Chef de Laboratoire Institut
Pasteur d’Algérie, 7, rue Ledru-Rollin.
Le Roy des Barres, Professeur Ecolede Médecine, Directeur del’Hô-
pital indigène, Hanoï, Tonkin.
J. Maille, Médecin ire Cl. M, Directeur Lab. Bactériologie Hôpital
maritime, Chernourg.
Manaud, Médecin-major 2e Cl. T C, Conseiller médical au Ministère
de l’Intérieur, Bangkok, Siam.
G. Martjn, Médecin-major ie Cl. T C, Prof.Ecole d’Application, Mar¬
seille.
C. Mathis, Médecin-major 1^ Cl. TC, 3e d’Artillerie coloniale, Toulon..
J. Matignon, Médecin-major T C, Chef de laboratoire Pathol, exot.
Fac. Médecine, 7, place Fondaudège, Bordeaux.
G. Merveilleux, Médecin-principal ire Cl. T C, en congé, à St- Jean
d’Angély.
R. Montel, ancien Médecin T C, Médecin de la municipalité, 109,
rue Paul Blanchy, Saigon.
Niclot, Médecin-major ire Cl.A T, Hôpital militaire, Bordeaux.
Ch. Nicolas, à Canala, Nouvelle-Calédonie.
F. Noc, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Lab. Hygiène et1 Micro¬
biologie, Fort-de-France, Martinique. • ,
— VIII —
G. Pécaud, Vétérinaire en second, Service zootechnique, Porto-Novo,
Dahomey.
A. Pressât, Médecin de la Cie de Suez, Port-Saïd, Egypte.
Raynaud, Chef du Service sanitaire maritime, 7, place de la Républi¬
que, Alger.
J. Ringenbach, Médecin aide-major ire Cl. T C, Mission de délimi¬
tation des territoires franco-allemands, au Congo.
Robert, Pharmacien chef M., Hôpital Maritime, Lorient.
A. Rodet, Profr Fac. Médecine, Directeur de l’Institut Bouisson-
Bertrand, 22, Cours Gambetta, Montpellier.
J. Roger, Vétérinaire en 2e, au 10e d’Artillerie, Rennes.
H. Rothamel, Médecin de l’Assistance de l’Indo-Chine, 108, rue Ber¬
trand de Goth, Bordeaux.
E. Roubaud, Attaché à l’Institut Pasteur, en mission scientifique en
Afrique occidentale française.
H. Salanoue-Ipin, Médecin-principal 2e Cl. T C,en résidence libre.
Salvat, Directeur Institut Pasteur, Tananarive, Madagascar.
H. Schein, Vétérinaire, Inspecteur des Epizooties de l’Indochine,
attaché à l’Institut Pasteur de Nha-Trang, Annam.
F. Sorel, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur du Laboratoire de
bactériologie, Grand-Bassam, Côte-d’Ivoire.
L. Stévenel, Médecin aide-major ire Cl. T C, adjoint Laboratoire
Hygiène et Microbiologie Fort de France, Martinique.
Stini, à Larnaca, Chypre.
Troussaint, Médecin principal ire Cl. A T, Directeur du Service de
santé du 12e corps, Limoges, M F.
G. Vallet, Médecin-major ire Cl. A T, Chef du Laboratoire mil. de
Bactériologie, Montpellier.
t b) Etrangers.
MM.
L. Audain, Directeur du Laboratoire, Port-au-Prince, Haïti.
E. E. Austen, Conservateur British Muséum of Nat. History, Crom
well Road, Londres, S. W.
A. Balfour, Directeur Labor. Wellcome, Khartoum, Soudan
égyptien.
Vital Brazil, Directeur Institut sérothérapique de Butantan, Etat de
St-Paul, Brésil.
A. Breinl, Directeur Inst. Méd. tropicale, Townsville, Queensland,
Australie.
A. Broden, Directeur Ecole Méd. tropicale, Bruxelles, place Quételet.
Mamerto Cadiz, Profr Faculté Médecine et Directeur Institut d’Hy-
giène, Santiago, Chili.
J. Cantacuzène, anc. Directeur Santé publique, Profr Université, Buca¬
rest.
J. Cardamatis, Profi Mal. trop. Fac. Médecine, 26, rue Canaris, Athè-
. nés.
A. Carini, Directeur Institut Pasteur, Sao Paulo, Brésil.
C. Chagas, Chef de Service Institut O. Cruz, Manguinhos, Rio-de-
Janeiro.
Chalmers, Prof1 au Collège médical de Ceylan, Colombo.
M. Couto, Profr Fac. Médecine, Rio-de-Janeiro.
— IX
S. R. Christophers, Assistant, Central Research Institute Kasauli
Inde.
S. T. Darling, Chef Laboratoire Bureau sanitaire, Ancon, Panama.
W. H. Deaderick, Mariana, Arkansas, Etats-Unis.
C. Donovan, Prof1' Univ., Médecin Hôpital, Dunduan, Nugambakam,
Madras, Inde.
M. Elmassian, ancien Directeur de l’Institut bactériologique du
Paraguay.
E. Escomel, Arequipa, Pérou.
J. W. H. Eyre, Bactériologiste Guy’s Hospital, Londres, S. E.
S. Flexner, Directeur de l'Institut Rockefeller, New-York.
C. França, Naturaliste Muséum Bocage, Ecole Polytechnique, Lis¬
bonne, i rua de Belver.
F. Fülleborn, Profr Institut fiir Schiffs u. Tropen-krankheiten, Ham¬
bourg.
U. Gabbi, Chef de division tropicale Clinique médicale Université,
Rome.
C. M. Garcia, Médecin-inspecteur du Service contre la fièvre jaune,
La Vera-Cruz, Mexique.
L. Gedoelst, Profr Ecole Médecine vétérinaire, Cureghem-Bruxelles.
J. A. Gilruth, Profr Pathol, vétérin. Université Melbourne, Aus¬
tralie.
O. Goebel, Médecin Union minière du Katanga, Congo belge.
W. M. H affkine, Laboratory Hospital Grounds, Bhawanipur, Cal¬
cutta.
S. P. James, Officier Service sanitaire Inde anglaise, à Simla.
S. Kanellis, 24, rue Pinacoton, Athènes.
G. W. Kiewiet de Jonge, Kramat, Weltewreden, Indes néerlandaises.
F. Kleine, Chef de la lutte contre la Maladie du Sommeil en Afrique
orientale allemande.
Sir William B. Leishman, Profr Royal army medical College, Mill-
bank, Londres, S. W.
A. Lindenberg, Médecin Service dermatologique Hôpital Santa-Casa,
S. Paulo, Brésil.
George C. Low, Lectures London School of tropical Medecine, King’s
College et West London Hospital, b, Bentick Street, Cavendish
Square, Londres.
A. Lutz, Directeur Institut bactériol., Sao Paulo, Brésil.
J. Macdonald, La Clinica, 18, calle Guente, Huelva, Espagne.
F. Percival Mackie, du Service médical de l’Inde, 18, Canynge Square,
Clifton, Bristol, Angleterre.
E. Martini, Médecin principal de la Marine allemande, Chef du
Lazaret du Gouvernement, à Tsingtau, Chine.
E. Marzinowsky, Médecin Hôpital Paul Ier, Moscou.
U. Mello, Attaché chaire Pathologie et Clinique médicale, Ecole vété¬
rinaire, Turin.
C. Mense, Directeur d 'Archiv für Schiffs u. Troipenhy giene , 28, Phi-
losophenweg, Cassel, Allemagne.
E. A. Minchin, Profr Protozoologie Univ. Londres, Lister Institute,
Londres, S. W.
R. E. Montgomery, Government veterinary bacteriologist, Nairobi,
British East Africa.
— X —
J. Moreira, Directeur Hospice national des aliénés, Rio-de-Janeiro
C. S. Motas, Profr Ecole vétérinaire, Bucarest.
W. E. Musgrave, Biological Laboratory, Bureau of Science, Manille.
D. Nabarro, Profr adjoint University College, 4, Albermale Man¬
sions, Heath Drive, Londres, N. W.
W. S. Patton, King Institute of préventive Medicine, Guindy, Ma¬
dras, Inde.
A. Plehn, Médecin Hôpital am Urban, 22, Kleiststrasse, Berlin W, 62.
S. von Prowazcic, Chef service zoologique Institut für Schiffs u. Tro-
penkrankheiten, Hamburg.
Mme L. Rabinowitsch-Kempner, 58a, Postdamerstr., Gross-Lichter-
felde, W., Berlin.
Colonel F. Raymond, Chef du service vétér. civil du Bengale, Royal
Veterinary College, Calcutta.
J. Rodhain, Chef delà Mission scientifique du Katanga, à Sankisia,
Congo Belge, via Le Cap Brocken-Hill.
E. Robledo, Manizales, Colombie.
L. Rogers, Profr Medical College, Calcutta.
Ph. H. Ross, Government Bacteriologist, Nairobi, British East
Africa.
C. Savas, Prof1' Fac. Médecine, Athènes.
Scheube, ancien Profr Univ. Tokio, à Greiz, Allemagne.
C. Schilling, Chef de division Institut für Infecktionskrankheiten,
8, Platanen-Allee, Westend-Berlin.
A. Splendore, Directeur Labor. Bactériologie Hôpital S. Joaquim, S.
Paulo, Brésil.
J. W. W. Stephens, Lecturer, Liverpool School of tropical Medicine.
R. P. Strong, Directeur Biological Laboratory, Bureau of Science.
Manille.
N. H. Swellengrebel, Privât docent Protozoologie Faculté de Méde¬
cine Amsterdam, 167, P. C. Hoofstraat.
Theobald, Wye Court, VVve, Kent. Angleterre.
Wolferstan Thomas, de l’Ecole Médecine tropicale Liverpool, en
mission à Manaos, Brésil.
Th. von Wasielewski, Chef de la division de Parasitologie, Institut
für Krebsforschung, Heidelberg.
C. M. Wenyon, Protozoologiste Ecole Médecine tropicale Londres.
W. L. Yakimoff, Vétérinaire Service Epizooties Inst. Médecine expé¬
rimentale, Saint-Pétersbourg, en ce moment à la fondation Georg
Speyer. Francfort-sur-le-Mein.
Zabolotny, Institut Médecine expérimentale, Saint-Pétersbourg.
Zammit, Laboratory Public Health Departm., Malte.
Les Membres de la Société sont priés de vouloir bien informer les Secré¬
taires généraux des modifications dans leurs titres et fonctions et de leurs
changements d’adresse.
Cinquième année
1912
No 1
f
‘BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 10 JANVIER 1912.
Présidence de M. Laveran, puis de M. Jeanselme.
Correspondance
MM. Billet, Moty et J. Schneider, nommés membres titu¬
laires-honoraires; Dufougeré, Gabbi, Lemaire, Low, von Pro-
wazek, Wenyon, nommés membres correspondants, adressent
des remerciements à la Société.
*
* *
La Société reçoit une invitation à prendre part au XXIIe Con¬
grès des Médecins Aliénistes et Neurologistes de France et des
pays de langue française, qui se tiendra à Tunis, du ier au 7 avril
1912. Notre attention est particulièrement attirée sur les deux
questions suivantes, qui font l’objet de rapports:
i° Les troubles nerveux et mentaux du paludisme;
20 L’assistance des aliénés aux colonies.
*
* *
La Société a également reçu le programme du XVe Congrès
international d’LIygiène et de Démographie, qui se tiendra à
Washington, en septembre 1912.
I
»
*
Mme Phisalix fait hommage à la Société d’une note qu’elle
vient de publier dans I e Bulletin du Muséum d’ Histoire naturelle,
sur les précautions à prendre dans la récolte, la conservation et
l’envoi des animaux venimeux et de leur venin.
*
* *
Le Président. — J’ai reçu de M. le Dr Santoliquido, Prési¬
dent du Comité permanent de l’Office international d’hygiène
publique, la lettre suivante concernant le vœu émis par la So¬
ciété sur les mesures à prendre pour empêcher les indigènes ve¬
nant du Congo belge de propager la maladie du sommeil au
Congo français et réciproquement. J’ai répondu déjà a M. le
Dr Santoliquido pour le remercier du concours très utile que
l’Office international d’hygiène publique nous a prêté dans cette
circonstance.
Paris, le 19 décembre 1911.
Monsieur le Président,
Ainsi que je vous l’ai fait savoir le 19 janvier dernier, le Comité
de l’Office International d’Hygiène publique avait signalé, d’une
manière particulière, à l’attention de M. le Ministre des Colo¬
nies de la République française le vœu émis par la Société de
Pathologie exotique, et tendant à ce qu’un arrangement inter¬
vienne entre les Gouvernements français et belge pour l’adoption
des mesures pouvant être prises en vue d’empêcher l’entrée,
dans l’Afrique équatoriale Française et le Congo belge, des indi¬
gènes atteints de la maladie du sommeil et notamment afin d’in¬
terdire, entre Brazzaville et Léopoldville, le mouvement des indi¬
gènes non munis de passeports sanitaires.
Par une lettre en date du 15 décembre, M. le Ministre des
Colonies vient de me répondre, d’après une communication de
M. le Gouverneur Général de l’Afrique équatoriale Française,
que les dispositions actuellement édictées par le Gouvernement
belge et par l’Administration coloniale française intéressée, lui
paraissent de nature à répondre aux desiderata formulés par la
Société de Pathologie exotique.
Ces dispositions sont les suivantes:
M. le Gouverneur Général du Congo belge a fait savoir à M. le
9
— 3 —
Gouverneur Général de l’Afrique éqüatoriale Française que des
instructions précises ont été données aux Commissaires de dis¬
trict du Moyen-Congo et de FOubangui, pour que tous les noirs
employés au service des Européens et, dans la mesure du pos¬
sible, les indigènes qui quittent le territoire de la colonie, soient
munis d’un passeport médical.
Dans les possessions françaises, la surveillance de la maladie
du sommeil est régie par arrêté en date du 23 juin 1909. Cet acte
dispose que :
« Article premier. — Dans tous les centres de la colonie du
<( Congo où il existe une formation sanitaire et dans tous ceux où
(( il réside un médecin, il est institué un service de surveillance
((. de la maladie du sommeil. A Brazzaville, ce service est assuré
« par l’Institut Pasteur.
« Art. 4. — Le permis d’embarquement prévu par l’arrêté du
<t 28 mai 1901, ne sera délivré que sur production d’un- certifi-
« cat médical établi par le médecin qualifié, constatant que le
<( partant est indemne de toute trypanosomiase. »
Ainsi donc, les indigènes qui quittent Brazzaville pour le
Congo belge, sont munis d’un permis d’embarquement visé par
l’Institut Pasteur et mentionnant s’ils sont ou non trypanosomés.
Mais, comme cette pièce, en même temps que médicale, pré¬
sente un caractère administratif, elle est remise, au moment de
l’embarquement, au service de la douane.
Afin de permettre aux autorités belges d’être renseignées sur
la situation sanitaire des passagers noirs à leur arrivée sur leur
territoire, afin aussi d’assurer aux malades la continuité dans leur
traitement, sans qu’il en résulte pour eux la moindre entrave à
leur liberté de circulation, M. Merlin a décidé de munir chaque
voyageur d’un passeport sanitaire.
Cette pièce sera remise gratuitement et devra être conservée
aussi soigneusement qu’un livret militaire. Des recommandations
répétées seront faites sur l’utilité de ce passeport.
Celui-ci ne sera, bien entendu, délivré qu’à des malades qu’un
traitement approprié aura rendus non contagieux pour leur voi¬
sinage pendant un certain temps.
Il sera présenté à toute réquisition des autorités belges, qui y
trouveront tous renseignements sur le signalement et l’état de
santé du porteur, le traitement institué et suivi, etc.
Des mesures analogues devront être prises par le Gouverne-
— 4 —
ment belge vis-à-vis de ses sujets quittant le Congo belge poul¬
ie territoire français.
L’administration coloniale française n’a pas jugé nécessaire de
faire usage de l’empreinte du pouce gauche, adoptée au Congo
belge, et souvent difficile à lire.
M. le Ministre des Colonies de la République française ajoute
que les mesures ci-dessus lui paraissent devoir restreindre le pas¬
sage sur le territoire voisin, de malades trypanosomés et non soi¬
gnés, et procurer à ceux-ci le bénéfice d’un traitement continu ;
elles contribueront ainsi efficacement à la prophylaxie individuelle
et à la prophylaxie générale de la redoutable endémie de l’Afp -
que équatoriale. Enfin, elles complètent les mesures déjà prises
par le Gouverneur Général de la colonie française par ses circu¬
laires du 15 juin 190g, relatives, l’une à la maladie du sommeil,
l’autre à l’hygiène des escales et par son arrêté du 23 juin 1909,
sur la surveillance de la maladie du sommeil.
Agréez, Monsieur le Président, l’assurance de ma haute con¬
sidération.
Le Président du Comité permanent
de l’Office International d’ Hygiène publique,
Santoliquido.
*
* *
M. Kiewiet de Jonche, correspondant étranger de la Société
adresse la lettre suivante:
Welterreden (Batavia), Indes-Néerlandaises, 20.11.11.
A M. le Dr Laveran, président de la Société
de Pathologie exotique, Paris.
Monsieur le Président,
M. le Dr Nyland, directeur de l’Institut Pasteur et du parc
vaccinogène à Batavia, a publié dans notre périodique médical,
le Geneeskundig tijdschrift vbor Nederlandsch-Indië, tome LI,
P- 475 ? les résultats obtenus dans notre colonie, au moyen de la
vaccination anticholérique. Ces résultats étant publiés en hollan¬
dais et étant très probants, je crois devoir en donner un résumé
à la Société de Pathologie exotique.
M . Nyland a préparé son vaccin d’après la méthode de M. Kolle.
Il a émulsionné une culture du vibrion de Koch sur gélose dans
— D —
la solution physiologique, a chauffé cette émulsion pendant une
heure à 6o° C., a contrôlé qu’elle était stérile et y a ajouté de
l’acide phénique, faisant ainsi une solution de 1/2 %.
La dose était le 1/7® d’une culture pour les adultes, qui rece¬
vaient cette quantité en un centimètre cube.
Tous ceux qui en firent la demande furent inoculés; on s’est
abstenu de toute contrainte. Cependant, auprès des habitants des
maisons où l’on avait constaté des cas de choléra, on insista pour
vacciner des co-locataires, qui dans la plupart des cas ne s’y Scrut
pas refusés. Il s’ensuit que la probabilité d’être infecté a été
plus grande dans la catégorie des vaccinés que clans celle des
non-vaccinés.
Les résultats suivants ont été obtenus. (Ont été omises les per¬
sonnes tombées malades dans le délai de 5 jours après la vaccina¬
tion, l’immunité n’étant efficace qu’à partir de ce jour. Les chif¬
fres de morbidité et de mortalité se rapportent à la même période
d’observation.)
I. — Indigènes.
Dans le village de Jegulbadang il y avait de nombreux cas de
choléra causant de 1 à 5 décès par jour. On a commencé la vac¬
cination un jour où il y avait 5 décès. Tous les habitants, vieil¬
lards et enfants inclus, furent vaccinés. Le lendemain, il y eut
encore un cas ; puis ce fut fini.
IL — Européens.
Batavia. — La population de Batavia est de 10.477 Européens.
Dans la période du 2 août 1910 au 30 juin 1911, ont été vaccinés
— 6 —
\ . rv-;
au parc vaccinogène, sous les auspices de M. Nyland, 72 79 Per~
sonnes, dont 367 ont été revaccinées et 6.912 ont été vaccinées une
seule fois. Les différents médecins ont vacciné dans la ville
1.200 personnes au moins. (On ignore le nombre exact. Il a
donc été vacciné au moins 8.000 Européens. En omettant les cas
de -maladie dans le délai de 5 jours après la vaccination, on
compte, parmi les 8.000 personnes vaccinées, 3 cas de choléra,
dont 2 décès. Parmi les 2.500 non vaccinés il y eut dans cette
même période 112 cas de choléra, dont 56 décès.
II. — Européens.
*
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mes
sentiments les plus distingués.
Dr Kiewiet de Jonche,
Membre correspondant étranger
de la Société de Pathologie exotique.
7 —
Allocution du Président
Mes chers Collègues,
Au début de cette année, je crois devoir, comme les années pré¬
cédentes, vous exposer l’état de la Société et vous présenter un
résumé succinct de nos travaux.
A la date du 1er janvier 1912, notre Société était composée
comme il suit :
Membres honoraires . 20
Membres titulaires honoraires . 17
Membres titulaires . 31
Associés français . 19
Associés étrangers . . . 20
Correspondants français . 83
Correspondants étrangers . 72
Soit en tout: 262 membres. Au Ier janvier 1911, la Société
comptait 246 membres; la différence en plus pour 1912 est donc
de 16 membres.
Nous avons eu à déplorer le décès d’un de nos membres hono¬
raires, M. le Dr Kelsch.
MM. Chatin et Kermorgant, membres titulaires-honoraires,
ont prié la Société d’accepter leur démission parce que leurs oc¬
cupations ne leur permettaient pas ou ne leur permettaient plus
de prendre part à nos travaux.
M. le Dr Yersin; membre associé, a été nommé membre hono¬
raire.
MM. A. Billet, M'ôty et J. E. J. Schneider, membres titulai¬
res, ont été nommés membres titulaires-honoraires.
Madame Phisalix a été nommée membre titulaire.
MM. Bauche, Bernard, Couvy, Dufougeré, Fontoynont,
Jouveau-Dubreuil, Lamoureux, Lemaire, Le Roy des Bar¬
res, Stévenel, ont été nommés Correspondants français.
MM. Vital Brazil, Chalmers, Gabbi, James, Low, von Pro-
wazek, Swellengrebel, Wenyon, ont été nommés Correspon¬
dants étrangers.
— s —
Le Bulletin de la Société pour l’année 1911 forme un beau
volume de 743 pages. Le succès de cette publication s’affirme
d’année en année par l’augmentation du nombre des abonne¬
ments, augmentation cpii, pour l’année dernière, a été de près
de 50. Dans ces conditions, j’ai tout lieu de croire que notre tré¬
sorier nous fera un Rapport favorable sur la situation financière
de la Société.
, *
* *
La Société de pathologie exotique, toujours désireuse de se ren¬
dre utile, a inscrit en 1911, à son ordre du jour, plusieurs ques¬
tions intéressant l’hygiène de hos Colonies et la prophylaxie des
maladies.
Dans la séance du n janvier, la Société a émis le vœu que des
mesures fussent prises pour empêcher les indigènes trypanoso-
més venant du Congo de propager la maladie du sommeil dans
l’Afrique occidentale française et pour interdire, entre Brazza¬
ville et Léopoldville, le mouvement des indigènes non munis de
passeports sanitaires.
En conformité avec ce vœu, des mesures ont été prises par
MM. le Gouverneurs généraux de l’Afrique équatoriale française,
de l’Afrique occidentale française et du Congo belge. Le concours
de l’Office international d’hygiène publique nous a été très utile
en cette circonstance.
Au nom d’une Commission spéciale, notre collègue, M. le
Dr Jeanselme, nous a présenté, sur la prophylaxie de la lèpre en
France, un excellent Rapport, dont les conclusions ont été dis¬
cutées et votées dans la séance du 8 février. Le Rapport et les
vœux émis par la Société ont été transmis à M. le Ministre de
la question.
Une Commission spéciale, chargée par la Société d’étudier les
mesures prophylactiques à conseiller contre le béribéri, a procédé
à une enquête qui nous a valu des communications importantes:
Travaux publiés aux Indes néerlandaises sur V étiologie et la pa¬
thogénie du béribéri, Opinions et travaux des médecins japonais
sur l’origine du béribéri, Rôle protecteur du son de paddy dans
V alimentation par le riz blanc.
Dans la séance du 8 novembre, notre Collègue M. le Dr Pri-
met nous a présenté un Rapport très documenté sur la question.
Il ressort manifestement de ce Rapport que, si la cause du béri¬
béri n’est pas encore exactement connue, on peut affirmer qu’une
alimentation déficitaire, telle que l’alimentation presque exclu¬
sive par le riz blanc, complètement dépouillé du son de paddy,
joue un grand rôle dans l’étiologie de la maladie; par suite, lors¬
qu’une épidémie de béribéri éclate dans une agglomération, la
mesure la plus importante à prendre consiste à améliorer et à
varier l’alimentation; la même mesure est aussi d’une grande
efficacité à titre préventif.
Les vœux émis par la Société seront transmis à Monsieur le
Ministre des Colonies et l’on peut espérer qu’ils contribueront à
rendre plus rares et moins graves les épidémies de béribéri dans
nos Colonies.
La question importante des eaux de Saïgon a fait l’objet d’un
Rapport qui devra être complété.
Enfin, dans la séance de décembre, vous avez nommé une
Commission pour étudier la défense de nos Colonies contre les
maladies contagieuses.
*
* *
Comme les années précédentes, les maladies dues à des Proto¬
zoaires ont été l’objet d’un grand nombre de communications. Je
devrai me contenter de citer des titres.
Au sujet des trypanosomes: Expériences de transmission des
trypanosomes par les glossines ; — Des infections expérimentales
par le TV. gambiense chez les moutons et chez les chèvres; —
Trypanotoxines ; — - La maladie du sommeil dans la Haute-San-
gha ; — Contributions à l’étude de Tr. hippicum, et à celle du
Tr. Brucei sans blépharoplaste de Werbitzki ; — Action patho¬
gène de Tr. rho de siens e ; — Prophylaxie du surra en Indochine:
Village d’isolement de Brazzaville pour les indigènes trypa-
nosomés. A signaler encore, plusieurs notes relatives à la théra¬
peutique des trvpanosomiases et au trypanosome du type Tr.
Theilcri, décelé par la culture dans le sang des bovidés sur un
grand nombre de points du globe, enfin un travail sur Le cycle
de Schizotrypanum Cruzi chez l’homme et chez les animaux de
laboratoire.
Le Leptomonas des euphorbes, L. Davidi, a fait l’objet de plu-
s i e u rs commun i c at ion s .
Au sujet des Leishmania, qui prennent en pathologie une im-
10
portance de plus en plus grande, je signalerai les travaux sui¬
vants : Premiers cas le leishmaniose algérienne; — Leishmaniose
canine en Grèce; — Boutons d’Orient en Grèce; — Données ex¬
périmentales nouvelles sur le, bouton d’Orient; — Rôle probable
de la mouche domestique dans la transmission des Leishmania ;
— Sur la technique de culture des Leishmania ; — Leishmaniose
de la muqueuse rhino-bucco-pharyngée ; — Quinze cas de kala-
azar infantile observés à Hydra ; — Plusieurs communications
consacrées à divers traitements du bouton d’Orient.
Au sujet du paludisme: Le paludisme à la Côte-d’Ivoire; —
Cinquante-quatre cas de bilieuse hémoglobinurique à Saint-Denis
de la Réunion; — Paludisme' et fièvre bilieuse hémoglobinuri¬
que; — Traitement de 1 1 5 cas d’hémoglobinurie chez des palu¬
déens ; — Paludisme larvé.
Au sujet des Piroplasma et des Toxoplasma : Piroplasmose des
zébus et de leurs produits de croisement en Tunisie ; Piroplas¬
mose du cheval dans le Sud-Annam ; — La piroplasmose du
chien en Russie; — Traitement de la piroplasmose canine par le
606; - — Résistance globulaire et piroplasmose canine; — Infec¬
tion spontanée du pigeon et du chien due au Toxoplasma cuni-
culi ; — Un cas de toxoplasmose canine en Allemagne; — La to¬
xoplasmose du lapin à Saint-Louis du Sénégal.
Les hématozoaires endoglobulaires des oiseaux, des reptiles et
des batraciens ont été l’objet de plusieurs communications.
Parmi les maladies bactériennes, la peste, la lèpre et les spiril-
loses ont attiré principalement l’attention des membres de la So¬
ciété et de nos Correspondants. Je rappellerai les titres des com-
rnu n icat i on s su i va n tes .
Au sujet de la peste: Prophylaxie de la peste à la Martinique;
A propos de quelques cas de peste observés à Tunis, en 1910;
Sur l’emploi du vaccin antipesteux en Indochine; — Epidémie
de peste de Lang-Son en 1909; — Epidémie de peste de Pnom-
Penh, en 1910; — La peste au Siam ; — Prophylaxie de la peste
bubonique au Siam ; — Le masque dans la peste.
Au sujet de la lèpre: Lèpre à forme anormale; — Thérapeuti¬
que de la lèpre; — Sur la lèpre pulmonaire; — Recherches sur
le mode de propagation et les procédés de diagnostic bactério¬
logique de la lèpre ; — La lèpre en Nouvelle-Calédonie ; —
Pseudo-érythème noueux d’origine lépreuse ; — Bacille de Han¬
sen dans le mucus nasal des lépreux.
Au sujet des spirilloses : Spirilles de la fièvre récurrente et mou¬
ches ; — Existence de la spirillose humaine à Tripoli; — Petite
épidémie de typhus récurrent observée à Alger pendant l’année
1910; — La spirillose nord-africaine et sa transmission par les
poux; — Traitement de la spirillose nord-africaine par l’arsé-
nobenzol ; — Un cas de fièvre récurrente à Madagascar; — Sur
la fièvre récurrente au Setchouen ; — Deux épidémies de fièvre
récurrente en Tunisie, leur origine tripolitaine ; Réceptivité des
animaux de laboratoire au spirille de la fièvre récurrente.
Les maladies parasitaires proprement dites ont donné lieu à
une série de communications: Filaria perstans en Tunisie; —
r Un cas de filariose chez un Européen en Nouvelle-Calédonie; —
Développement et morphologie des embryons de Filaria loa; —
Sur une filaire péritonéale du porc; — Sur 2 cas de filariose du
chien ; — Sur le ver de Guinée dans la région du Haut-Sassandra
(Côte d’ivoire); — Bilharziose et 606; — Bilharziose intestinale
en Tunisie ; — Parasites intestinaux chez les indigènes de la
Côte-d’Ivoire; — Les vers intestinaux de 300 aliénés de l’hôpi¬
tal d’Ancon (Canal zone); — Les parasites intestinaux à la Mar¬
tinique; — Parasitisme intestinal chez les Berbères sédentaires
de Figuig; — Helminthes du porc en Assam; — Fasciolopsis
Biiski au Tonkin ; — Sur l’existence du Gastrodiscus hominis en
Cochinchine.
Parmi les communications qui nous ont été faites, je dois citer
encore les suivantes : Ostéite hypertrophique généralisée des sin¬
ges avec lésions rappelant le goundou ; — Contribution à l’étude
histopathologique du goundou ; — Un cas d’aïnhum ; — La
espundia du Pérou; — Le cancer en Tunisie; — Effets récipro¬
ques des morsures de YHelodermpL suspectum et de la Vipcra
as pis.
Cette énumération montre que notre Société a fait preuve, pen¬
dant l’année 1911, comme pendant les années antérieures, d’une
belle et féconde activité. Les Fondateurs de la Société de Patho
logie exotique ne se sont pas trompés lorsqu’ils ont pensé qu'il
serait utile, au point de vue scientifique, comme au point de vue
pratique, de coordonner les efforts de tous les travailleurs qui
s’intéressent à l’étude des maladies exotiques et ils peuvent être
fiers de leur œuvre.
Grâce aux remarquables travaux que, depuis quatre ans, vous
n’avez pas cessé de nous apporter, mes chers Collègues, grâce
12
au concours de nombreux Collaborateurs de France, de nos Co¬
lonies ou de l’Etranger, notre Société a traversé avec succès ces
premières années qui, pour une Société, sont toujours des années
périlleuses, des années d’épreuve; son avenir paraît désormais
assuré. (Applaudissements.)
*
* *
Dans la séance de décembre, la Société devait, d’après nos
Statuts, élire un Président pour 4 ans; sur une proposition signée
par un grand nombre de nos Collègues, cette élection a été
ajournée et une Commission spéciale a été saisie d’une demande
de modification des Statuts. -
Notre Collègue, M. Grall, vice-président, est malheureuse¬
ment retenu par un deuil de famille.
Je prie M. Jeanselme, vice-président, et MM. Brumpt et Leva-
diti, secrétaires, de prendre place au Bureau et j’invite M. Jean¬
selme à prendre la présidence.
— 1 3 —
COMMUNICATIONS
Formes cTinvolution en boules
des bacilles acido-résistants
Par E. MARCHOUX.
Quand on examine du mucus nasal de lépreux, il arrive pres¬
que toujours qu’au milieu de cellules, de pelotons de fibrines, de
bactéries diverses et de bacilles de Hansen en globies bien colo¬
rées, on rencontre des boules acido-résistantes de i à 3 ^ de dia¬
mètre, soit libres, soit intracellulaires. Ces boules qui ne se colo¬
rent que par la méthode de Ziehl avaient depuis longtemps ex¬
cité notre curiosité et nous nous sommes demandé à maintes
reprises ce qu’elles signifiaient.
*
* *
\
Dans une note précédente, parue dans ce Bulletin (1), nous
avons fait connaître un bacille acido-résistant que, partant du
mucus-nasal de lépreux, nous avons obtenu en cultures impures.
Le 27 décembre 1909, un peu de cette culture impure, délayée
dans du liquide d’ascite a été inoculée à un singe, Macacus cytw-
molgus. L’inoculation a été faite à la joue gauche. La matière
septique amena la formation d’un abcès qui, d’abord peu volu¬
mineux, prit bientôt une extension très grande. Tout autour, il
se fit de l’œdème qui s’étendit à toute la partie supérieure de la
face et donna lieu à un gonflement des paupières tel que l’animal
en était aveuglé. L’abcès s’ouvrit spontanément le Ier janvier
1910. Dans le pus, on rencontra une grande quantité d’acido¬
résistants en longues moustaches.
Bientôt, la peau se décolle tout autour du point d’inoculation et
se sphacèle. Le 13 janvier, il y a une plaie de la dimension d'une
pièce de 50 centimes à la joue gauche. La peau est décollée jusque
sur le sommet de la tête où existe une autre ulcération. L’animal
(1) Tome IV, 1911, p. 89.
est très abattu. 11 se meut péniblement et reste recroquevillé dans
un coin de sa cage.
Il est mort le 14 janvier au matin. Le décollement de la peau
s’étend à tout le crâne jusqu’au cou en arrière et, en avant, jus¬
qu’au point d’inoculation. Dans cette vaste cavité il y a une
masse de pus fluide contenant de nombreux bacilles acido¬
résistants en écheveaux. Beaucoup de ces bacilles sont granuleux.
Dans le pus, 011 rencontre en grande quantité des boules rouges
acido-résistantes, incolorables par le Giemsa et les autres tein¬
tures hydro-alcooliques. Nous trouvons un nombre énorme de
ces boules dans un ganglion cervical augmenté de volume. Elles
sont pour la plupart intracellulaires et il semble bien que celles
qu’on trouve libres proviennent de cellules déchirées par le frot¬
tis. Elles affectent des formes rondes ou ovalaires et des dimen¬
sions d’un jusqu’à trois Elles ont les caractères de celles qu’on
trouve dans le mucus nasal des lépreux. Elles sont dans le gan¬
glion beaucoup plus nombreuses que les microbes d’impureté.
La pulpe de ce ganglion ensemencée sur divers milieux donna
naissance à des colonies de microbes divers, germes d’impuretés
qui se rencontraient dans le pus. Les boules acido-résistantes ne
se sont pas multipliées.
Nous nous demandions, à ce moment, si elles n’étaient pas dues
à une agglomération de la substance chromophile après diges¬
tion des bacilles par les cellules. Cette hypothèse était erronnée.
Nous pûmes nous en rendre compte ultérieurement.
*
* *
Le 25 décembre 190g, pour établir une comparaison avec notre
acido-résistant des lépreux, nous avons ensemencé des bacilles
de la tuberculose dans du bouillon, en même temps que les mi¬
crobes variés rencontrés dans les abcès de nos rats ayant reçu une
injection de mucus nasal lépreux. Ces germes isolés en cultures
préalables se composaient de plusieurs espèces de cocc.us.
Le 26, les microbes d'impureté ont poussé en grande abon¬
dance et les bacilles de: Koch sont en très bon état. Avec le fond
du tube, on fait un ensemencement sur pomme de terre glycé-
rinée.
Les impuretés ont gêné considérablement le bacille de Koch,
qui s’eçt développé, mais très maigrement. Le 21 janvier, on
constate une modification profonde de la vitalité des bacilles tu-
berculeux. Au milieu d’amas de bacilles bien colorés, on en
trouve quelques-uns qui ont subi la protéolyse. Ils ont perdu la
propriété acido-résistante et se colorent comme un bâtonnet bleu
dans lequel persistent de petites granulations rouges (granula¬
tions de Much). D’autres s’épaississent, deviennent plus courts
et prennent une forme ovalaire rappelant presque les dimensions
d’une le v tire.
Le 21 mars 1910, on trouve sur la pomme de terre, au milieu
des amas de coccus, non plus des bacilles, mais des boules acido¬
résistantes, comme celles du mucus nasal des lépreux et du gan¬
glion cervical, de notre singe. Cette constatation nous donna l’ex¬
plication que nous cherchions. La transformation ci-dessus dé¬
crite du bacille tuberculeux, nous montre qu’il ne faut pas consi¬
dérer les boules acido-résistantes comme des produits de digestion
cellulaire des bacilles acido-résistants, mais comme des formes
dévolution indiquant un état de souffrance de ces mêmes ba¬
cilles.
*
* *
Nous avons voulu nous éclairer sur la vitalité de ces formations
microbiennes pathologiques et, après avoir raclé la culture en
pomme de terre, nous l’avons inoculée sous la peau du ventre
d’un cobaye le 23 mars 1910.
Au bout d’un mois, ce cobaye présentait une induration légère
et une augmentation de volume des ganglions inguinaux, mais
rien au point d’inoculation.
Conservé en cage, il est mort seulement le 6 juin 1911, de pleu¬
résie et péritonite à pneumocoque du cobaye. Il n’existe aucun
tubercule dans le poumon et les organes. ?
Les ganglions inguinaux sont petits et non caséeux. On en fait*
de nombreux frottis et dans quelques-uns, on finit par trouver de
très rares bacilles cle Koch très nets. Le matériel, étant donné la
maladie dont l’animal était mort, ne put être inoculé à nouveau
au cobaye.
Les examens nombreux que nous avons faits dé nos cultures
ne nous ont pas permis de trouver un seul bacille intact. Nous
sommes donc, portés à admettre que les formes dévolution en
boules peuvent régénérer le bacille d’où elles proviennent.
Dans le cas particulier que nous relatons ici, il semble que la
virulence se soit perdue en même temps que la forme puisque
notre cobaye est mort au bout de 14 mois et demi, d’une affection
intercurrente, sans présenter trace de tuberculisation réelle.
Nous ne donnons cette observation qu’à titre documentaire et
nous ne voulons tirer aucune conclusion à longue portée d’une
seule expérience.
Cette courte note a simplement pour but d’exposer ce que nos
expériences nous ont appris sur la nature des boules acido-résis¬
tantes qu’on rencontre dans le mucus nasal des lépreux.
Présence d’Hæmogregarina canis en Algérie
Par Edm. et Et. SERGENT et G. SENEVET.
Haemogregarina canis découverte par Charles Bentley, en
1905, aux Indes, où elle fut étudiée aussi par James, par Chris-
tophers, fut retrouvée dans les Etats malais par Gerrard (1906),
au Tonkin par Mathis et Leger (1909), au Congo français par
Lebœuf et Ringenbach (1909), en Afrique Orientale allemande
par Kleine et Taute (1910), et en Tunisie par M. et Mme Yaki-
MOFF (191'i).
Une forme voisine, sinon identique, a été trouvée chez le cha¬
cal ( Canis adustis ) par Nuttall, et retrouvée en Tunisie par M. et
M me Yakimoff. Enfin, Patton (1910) signale une espèce dis¬
tincte: Haemogregarina ro'tundata chez le Canis aureus.
Nous l’avons rencontré chez deux chiens d’Alger, sur 356 chiens
examinés (1910-1911).
Une fois elle était présente dans la rate et la moelle, l’autre fois
dans la moelle seulement. Les formes observées sont des kystes
libres de forme ovale ou quadrilatérale, de 9 u 5 sur 6 ou 7 ;a,
nettement entourés par une membrane. A l’intérieur, une masse
phromatique fragmentée se colore assez bien ; elle occupe le plus
souvent une extrémité du kyste; parfois elle est médiane. Elle
mesure le quayt ou le tiers du volume du kyste. Le reste du
kyste est incolore.
I
( Institut Pasteur d’Algérie.)
*7 —
Leucocytozoon du geai,
de l’épervier et de la bécasse
Par C. FRANÇA.
I. — Le Leucocytozoon du Geai, Garrulus glaodarius L. *
Les Geais du Portugal sont infectés dans un grand pourcentage
par un Leucocytozoon qui, quelquefois, existe en grand nombre
dans le sang. C’est chez les oiseaux très jeunes, encore au nid,
qu’on trouve les infections les plus intenses.
Les oiseaux adultes, quoique souvent infectés, présentent, en
général, des infections légères.
Les parasites sont d’ordinaire arrondis, quelquefois ellipti¬
ques ; exceptionnellement ils ont une forme triangulaire ou tra-
pézoïde. Ils mesurent d’ordinaire 7,5 à 10,5 4 de long sur 6 à
9 u. de large. Les formes masculines et féminines sont entourées
par le noyau de la cellule hôte qui, dans la plupart des exem¬
plaires, enveloppe les deux tiers du parasite et qui, chez d’au¬
tres, encercle le Leucocytozoon presque entièrement. Le proro-
plasma des cellules qui hébergent les formes adultes disparaît
presque complètement.
Les macrogamètes de ce Leucocytozoon ont un cytoplasma se
colorant par le Giemsa en violet foncé, à structure alvéolaire. Le
noyau est très net, d’ordinaire elliptique, mesurant 3 4 de long;
chez quelques exemplaires il possède un karvosome arrondi, vo¬
lumineux, se colorant en rouge foncé.
Les microgamétocytes sont d’ordinaire plus petits que les ma¬
crogamètes, ils se colorent en bleu pâle.
Chez les jeunes oiseaux qui ont des infections intenses, on
trouve un grand nombre de formes jeunes du protozoaire. Pour
voir les caractères des cellules envahies par le Leucocytozoon du
Geai, il faut examiner celles où se trouvent les formes les plus
jeunes. Celles-ci sont elliptiques ou ovalaires (3 à 4,5 u x 4,5 à
6 u), se colorent en bleu pâle et ont un noyau arrondi et volu¬
mineux.
Les cellules où existent les formes jeunes ont les caractères de
2
— i8 —
leucocytes mononucléaires ; le noyau présente une dépression où
le parasite est logé. Le jeune parasite en croissant prend une
forme arrondie et de la pression qu’il exerce sur le noyau il résulte
que celui-ci l’entoure sur une grande partie de son contour. C’est
seulement dans le foie que j’ai trouvé quelques rares figures qui
doivent peut-être représenter les formes de multiplication. Ce
sont des formes elliptiques ou arrondies ayant plusieurs noyaux.
Nous proposons de nommer ce Leucocytozoon : L. laver an i, en
hommage au professeur Laveran.
II. — Le Leucocytozoon de l’Epervier, Accipiter nisus Linné.
Au mois de décembre dernier, un chasseur de Collares nous a
aimablement offert un Epervier qu’il venait de tuer. L’examen
du sang de cet animal nous a montré une infection considérable
par le Leucocytozoon, que nous décrivons dans cette note.
Dans le sang il existait non seulement des formes adultes, mais
aussi des formes très jeunes. Les formes adultes sont ovalaires
ou elliptiques à extrémités émoussées. Ces formes sont incluses
dans des éléments cellulaires allongés à extrémités en forme de
cornes coniques. La plupart des parasites, cependant, ne conser¬
vent de la cellule hôte que le noyau accolé à un point de la sur¬
face.
Le protoplasme des macrogamètes se colore en bleu foncé ; il
est criblé de nombreuses vacuoles. Ces vacuoles sont grandes
dans quelques parasites. Le noyau de ces formes femelles, ar¬
rondi ou elliptique, bien apparent, se colore uniformément en
rose; adjacent à lui, il existe, dans la plupart des exemplaires,
un grain se colorant en rouge foncé, rappelant par ses caractères
un blépharoplaste.
Les microgamétocytes, beaucoup plus rares, sont faciles à re¬
connaître: leur coloration est rose pâle et leur noyau est diffus.
Ce Leucocytozoon, comme la plupart des espèces de ce genre,
produit de graves altérations dans le cytoplasme des cellules qui
l’ hébergent et, pendant les manipulations, le plus grand nom¬
bre des exemplaires perdent les deux expansions coniques qui
coiffent les extrémités du parasite. Quand ces portions du cyto¬
plasme du globule existent encore, elles se colorent en rose très
pâle. Le noyau des cellules hôtes est aplati et dans la plupart
des exemplaires, on le voit accolé aux bords du parasite.
Quelquefois le noyau de la cellule hôte est vu non de profil
mais de face et alors on constate que sa forme est ovalaire. Les
toutes jeunes formes, très petites et piriformes, ont un noyau
relativement volumineux, occupant la partie la plus large du pa¬
rasite et possédant d’habitude une petite vacuole.
Le cytoplasme se colore en bleu pâle. Ces formes sont situées
à l’intérieur de globules rouges à peine plus pâles que les glo¬
bules sains.
Le noyau de ces érythrocytes récemment envahis est arrondi
et moins compact que celui des autres globules.
En se développant le parasite prend une forme vermiculaire,
incurvée, à extrémités émoussées (i). La convexité est tournée
vers le noyau de la cellule hôte où le parasite creuse une dépres¬
sion. Déjà à cette phase de son développement, il possède, à
côté du noyau principal, la masse arrondie de chromatine q-u’on
peut considérer comme correspondant au blépharoplaste des fla¬
gellés et qui, dans les macrogamètes, atteint la plus grande net¬
teté.
Malgré l’examen méticuleux de nombreux frottis des différents
organes, nous n’avons vu aucune forme schizogonique.
Mezincescu a trouvé chez l’épervier un Leucocytozoon qu’il a
identifié à L. danilewskyi Ziemann.
Le Leucocytozoon que nous avons trouvé chez l’épervier du
Portugal est évidemment une espèce différente de L. danilews-
kyi. On peut aussi le distinguer de L. audieri Laveran et Nattan-
Larrier d’un autre rapace diurne.
Pour cet hématozoaire, nous réservons le nom de L. mathisi,
en hommage au Dr C. Mathis.
La question si débattue de la nature des cellules hôtes des Leu-
cocytozoon est ici facile à résoudre; L. mathisi est bien un para¬
site des hématies.
III. — Le Leucocytozoon de la Bécasse, Scolopax rustic-ola L.
Mathis et Leger ont signalé la présence d’un Leucocytozoon
chez la bécasse du Tonkin. Ces auteurs, qui ont vu de rares ga-
(i) Les formes sont morphologiquement identiques à celles que Mathis et
Lf.ger ont décrites et figurées dans le développement de leur L. sahrazesi.
(Recherches de parasitologie et de pathologie au Tonkin, pl. 4, fig. 23
à 25.)
?0
métocytes, donnent une description sommaire et deux bonnes
figures du parasite.
Il y a déjà quelques années nous avons vu chez une bécasse un
Leucocytozoon et, cet automne, nous avons pu le voir de nou¬
veau chez deux exemplaires.
if
Le parasite figuré par Mathis et Leger est si semblable à celui
que nous trouvons chez Scolopax rusticola L. du Portugal, que
nous 'croyons bien qu’il s’agit de la même espèce. En lui donnant
le nom de L. legeri, nous rendons hommage au Dr M. Leger.
Le parasite de la bécasse doit être fréquent ; nous l’avons trouvé
3 fois sur 8 oiseaux examinés, mais il produit d’ordinaire des in¬
fections très faibles. Chez deux des animaux infectés, nous n’avons
trouvé que des formes adultes, chez un troisième (capturé le
12 décembre) nous avons pu voir des formes adultes et des for¬
mes jeunes.
Le parasite est arrondi et, d’ordinaire, il a 10,5 u de diamètre.
On trouve quelques formes ovalaires mesurant 12 ^ de long sur
9 de large. Le cytoplasme des macrogamètes se colore vive¬
ment en violet bleuâtre ; son noyau très visible, en général excen¬
trique, prend une teinte d’un rouge vif. Dans la plupart des
exemplaires le noyau est piriforme ou semilunaire et il mesure
4,5 à 6 de long sur 1,5 à 2,2 ^ de large. Chez quelques para¬
sites, le noyau possède un karvosome très net.
Le protoplasma des cellules parasitées est invisible dans la plu¬
part des formes et quand il est encore visible il prend une teinte
rose.
Le noyau de la cellule hôte coiffe le parasite (1/4 ou 1 /5e de la
circonférence); ce noyau est assez épais et d’ordinaire d’une for¬
me triangulaire.
Les microgamétocytes se colorent en bleu très pâle, ils ont
quelques petites vacuoles dans leur protoplasme. Le noyau, à
contours très irréguliers et à chromatine lâche, mesure 3,5 ;-t de
diamètre.
Quelques-uns des microgamétocytes ont de nombreuses granu¬
lations foncées éparses dans le cytoplasma.
Les formes les plus jeunes du parasite sont d’ordinaire triangu¬
laires, a cytoplasma se colorant en bleu pâle et possédant un
noyau allongé.
Ces formes jeunes au cours de leur développement deviennent
sphériques, se col o rem en vrmWet possèdent un noyau volumi¬
neux.
On trouve ces jeunes formes à l’intérieur de cellules ayant tous
les caractères des globules rouges, mais dont le noyau est déjà
très modifié.
& M. I ^eger. — Notre collègue França identifie le Leucocytozoon
trouvé chez la bécasse du Portugal, et qu’il a eu l’amabilité de
me dédier, au parasite que C. Mathis et moi avons décrit, de
façon sommaire et sans le nommer, chez la bécasse du Tonkin.
Trypanosoma Legeri de Scolopax rusticola est logé dans une hé¬
matie. Le Leucocytozoon de l’oiseau indochinois parasite au con¬
traire un leucocyte mononucléaire. Cet hématozoaire aurait donc
deux cellules-hôtes différentes.
Malgré le nombre considérable d’oiseaux infectés examinés
(plus de 500), nous n’avons jamais vu de Leucocytozoon logés
dans des globules rouges typiques. Sans nier l’existence de ceux-
ci, signalés dès 1903 par Laveran, nous avons acquis la convic¬
tion que la cellule-hôte est, dans certains cas, un hématoblaste,
dans d’autres cas un mononucléaire, jamais indifféremment l’un
ou l’autre.
Les 2 parasites, qu’il conviendrait peut-être de désigner sous
des noms génériques différents, se reconnaissent facilement. Lors¬
qu’il s’agit d’un hématoblaste, élément jeune dépourvu d’hémo¬
globine, la cellule-hôte présente toujours des prolongements effi¬
lés, en forme de cornes, absolument caractéristiques. Lorsqu’au
contraire, le Leucocytozoon occupe un mononucléaire, celui-ci
conserve constamment sa forme arrondie. Les réactions colorantes
du protoplasme de la cellule parasitée sont de plus différentes
dans les deux cas.
t
Existence du “ Schizotrypanum Cruzi ”
Chagas, 1909, à Bahia (Matta de Sâo Joâo).
Biologie du “ Conorhinus megistus ”
* Par E. BRUMPT et PI RAJA da SILVA.
Le Schizotrypanum Cruzi a été découvert en 1909, par C. Cha¬
gas, dans le sang de malades habitant la province brésilienne de
Minas-Geraes. Nous apportons aujourd’hui la preuve de l’exis¬
tence de ce parasite dans le village de Matta de Sâo Joâo, situé à
70 km. de Bahia et à environ 800 km. à vol d’oiseau des localités
où Chagas a découvert le Schizotrypanum.
La découverte du Schizotrypanum Cruzi dans la province de
Bahia a été faite au laboratoire de parasitologie de la Faculté de
Médecine où nous faisions un élevage de Conorhinus megistus
provenant d’une maison de Matta de Sâo Joâo.
Deux lots d’insectes furent étudiés. Le premier composé d’un
adulte mâle, d’une larve après la 3e mue et de 2 jeunes larves
venant d’éclore. Le second composé d’une grosse nymphe arrivée
au stade terminal et d’environ 30 larves écloses depuis 2 mois
environ.
Le Cobaye piqué par les animaux du premier lot, le 28 octo¬
bre 1911, ne s’infecta pas et fut sacrifié sans résultats deux mois
plus tard. Un Chien piqué par les animaux du second lot ne pré¬
sentait pas encore de parasites 7 jours après la piqûre. La grosse
nymphe du second lot expulsa par l’anus, dès qu’elle fut gorgée,
un jet de liquide excrémentitiel composé de granules blancs de
guanine et de petits grains noirs (probablement de l’hématine)
et dans lequel abondaient des flagellés du type Trypanosoma.
Ce liquide excrémentitiel fut injecté dans la cavité péritonéale
de 3 jeunes souris (SB : 90, 91, 92) le 3 janvier 1912,; ces ani¬
maux montraient des Schizotrypanum typiques dans leur sang,
dès le 5e jour. Trois autres jeunes souris (SB: 93, 94, 95) inocu¬
lées avec un liquide excrémentitiel clair sorti par l’anus du Co¬
norhinus, et obtenu en comprimant l’abdomen de l’Insecte, fu-
rent inoculées également le 3 janvier, elles présentaient autant de
parasites que les autres cinq jours plus tard (1).
Les Hémiptères qui servent d’hôtes intermédiaires au Schiso-
trypanum Crusi ont été déterminés par Arthur Neiva; ce sont des
Conorhinus megislus (fig. 1). Ces Insectes semblent répandus
Fig. 1. — Conorhinus megistus femelle grossi 2 1/2 fois.
D’après C. Chagas (2).
. '' I
dans tout le Brésil. A. Neiva a signalé leur existence à Minas
Geraes, Sâo' Paulo, Matto Grosso, Rio Grande do Sul, Gocaz,
et sur la frontière de la Guyane anglaise. Piraja da Silva a
signalé leur présence à Bahia, dans l’asile d’aliénés de S. Joâo
de Deus ; à Parafuso, à Arraial das Candeis, dans la ville de Sâo
(1) Pendant que nous faisions ces expériences à Paris, M. Alvaro Gon-
çalves écrivait à M. Piraja da Silva, dans une lettre arrivée fin décembre
à Paris, que des Conorhinus, provenant de la même localité que les nôtres,
envoyés à l’Institut Oswaldo Cruz, avaient été examinés par C. Chagas et
trouvés porteurs du Schizotrypanum Cruzi.
(2) Ciiagas C. Nova tripanozomiaze humana. Memorias do Itistituto Os-
■valdo Cruz, I, fasc. II, 1909.
— 24 —
Francisco et à Matta de Sâo Joâo, localité d’où proviennent les
exemplaires que nous avons étudiés. Enfin l’existence des Co-
norhinus megistus est probable à Sergippe, Piauhy et Pernam-
bucQ (Neiva).
Conorhinus megistus porte au Brésil un très grand nombre de
noms; nous signalons ici les plus fréquemment employés: Bar-
beiro (Barbier, parce qu’ils piquent de préférence à la figure);
Percevejo francez (Punaise française) ; Percevejo do sertâo (Pu¬
naise de l’intérieur du pays); Fincao (Perceur); Furâo (Perceur);
Rondâo (sans étymologie); Chupança ou Chupâa (suceur); Bicho
de parede (bête de murs).
La nymphe gorgée de sang éfet appelée à Matta de Sâo Joâo :
Borrachudos (i).
Les larves et les nymphes sont aussi appelées Cascudos (ru¬
gueux).
D’après les recherches de C. Chagas, A. Neiva, Pi raja da
Silva, les Conorhinus megistus ne vivent pas dans les forêts; ces
Insectes recherchent les endroits habités, ils se multiplient abon¬
damment clans les habitations mal tenues, construites d’une façon
rudimentaire avec de la glaisse battue, du bois, et présentant par
conséquent de nombreux interstices où ils peuvent s’abriter et
pondre leurs œufs. Les Conorhinus ne se rencontrent jamais dans
les maisons abandonnées; la présence de l’Homme et des ani¬
maux domestiques semble indispensable à leur existence.
Dans les conditions naturelles, ces Insectes ne piquent que la
nuit et dès l’extinction des lumières; cependant, nous avons re¬
marqué que les larves et les nymphes piquent très bien, en
France, en plein jour, ou encore à la lumière artificielle. Quand
ces animaux sont gorgés de sang, ils expulsent par l’anus, après
avoir quitté l’animal d’expérience ou parfois sur lui, un jet de
matière noire. La piqûre est très peu douloureuse pour l’Homme
et les animaux, elle ne laisse en général aucune trace. Les larves
et les nymphes, dépourvues d’ailes, vont piquer les individus
dont les lits sont en contact avec les murs; les adultes, pourvus
d’ailes, peuvent en volant aller piquer des gens dormant dans des
hamacs; ce dernier point complique beaucoup la prophylaxie.
La biologie de cet intéressant et dangereux Hémiptère est bien
(1) Le même nom s’applique aux Simulies gorgées de sang.
(2) Piraja da Silva. Notas de parasitologia. O barbeiro na Bahia. Archivos
Brasileiros de Medicina, I, n° 3, p. 627.
connue depuis les études de Neiva (i), dans le travail duquel
nous avons puisé les renseignements qui suivent, documents qui
pourront être d’une grande utilité aux médecins coloniaux. Les
femelles de Conorhinus pondent leurs œufs isolément dans les
habitations ou dans les boîtes d’élevage. Ces œufs, qui mesurent
2 mm. de long sur i mm. de large, sont blanc crème au moment
de la ponte et gardent cette couleur jusqu’au 10e jour environ; à
ce moment ils prennent une couleur rose qui va en s’accentuant
jusqu’à l’éclosion. Suivant la température, l’éclosion s’effectue au
Brésil de 25 à 30 jours après la ponte, dans les mois chauds, et de
30 à 40 jours pendant les mois froids. La larve sortant de l’œuf
est rose corail pendant 8 ou 10 heures, elle devient brune ensuite.
3 à 8 jours après sa naissance, l’insecte est à même de sucer
le sang; le repas dure de 2 à 3 minutes et dans des conditions
naturelles il se reproduit tous les 15 ou 20 jours; dans des condi¬
tions artificielles au laboratoire, les larves peuvent s’alimenter
plus souvent. Vers le 45e jour, la larve subit une première mue.
Line seconde mue se Droduit vers le 2e ou 3e mois. Une troisième
JL
mue se produit vers le 4e ou 6e mois. Après chaque mue l’animal
prend une couleur rosée qu’il garde pendant quelques heures,
il devient ensuite brun et reste plusieurs jours sans s’alimenter.
Après la troisième mue on reconnaît à quel sexe appartiendra
l’adulte; à partir de ce stade les repas deviennent déjà plus longs,
ils durent de 10 à 12 minutes, et les Insectes ont besoin de sucer
du sang presque toutes les semaines, ce qui indique une phase de
très, grande activité.
La quatrième mue qui se produit vers le 1906 jour, quand les
conditions sont favorables, conduit à la période nymphale. L’In¬
secte recommence à se nourrir deux jours après la mue, il fait des
repas d’une durée variant entre 15 et 40 minutes et renouvelle ces
repas tous les quinze jours environ. C’est la période critique du
développement, la mortalité dans les élevages est assez grande.
Cette phase nymphale dure au minimum 42 jours.
Quelques jours avant d’effectuer la cinquième et dernière mue
qui doit donner l’imago, la nymphe reste immobile; l’insecte par¬
fait qui en sort présente une belle couleur rose, durant quelques
heures et se transformant bientôt en couleurs différentes caracté¬
ristiques de l’adulte.
(1) Neiva Arthur. Informaçois sobre a biolog’ia do Conorhinus megistus
Bvrm. Memorias do Instiiuto Osvaldo Cruz, II, fase. 11, p. 207.
— 26 —
Un exemplaire mâle étudié par A. Neiva avait accompli son
cycle complet en 260 jours. En général, l’évolution est un peu
plus longue. Les adultes peuvent commencer à se nourrir hu;
jours après leur éclosion, l’accouplement se produit et les femell
pondent environ 53 jours après leur premier repas. Les femell
non fécondées, élevées en captivité, pondent dans les mêmes cou
ditions.
La femelle effectue un grand nombre de pontes successives;
elle dépose chaque fois de 8 à 10 œufs, quelquefois jusqu’à 45.
Une femelle observée par Neiva a, du 5 mars au 31 juin, effectué
38 pontes avec un nombre total de 218 œufs.
Lorsque les conditions de développement sont favorables, le
cycle évolutif complet d’œuf à œuf demande environ 324 jours
(A. Neiva.)
La longévité, la résistance et la fécondité des Conorhinus rendent
la prophylaxie de la Trypanosomose américaine relativement dif¬
ficile, mais l’Homme est arrivé à vaincre les Moustiques, il saura
certainement se rendre maître d’ici peu, de l’Hémiptère qui vient
de faire l’objet de notre communication.
Au sujet de “ Trypanosoma rhodesiense ”
Stephens et Fantham
Par A. LAVERAN.
J’inclinais naguère à croire que le trypanosome humain de
Rhodesia devait être identifié à Tr. gambiense ou qu’il consti¬
tuait tout au plus une variété de ce trvpanosome ; depuis que,
grâce à l’obligeance du Dr Stephens, j’ai pu faire l’étude expéri¬
mentale du Tr. rhodesiense, mon opinion s’est sensiblement mo¬
difiée.
Je ne passerai pas en revue, dans cette note, les caractères dif¬
férentiels qui existent entre Tr. gambiense et Tr. rhodesiense,
au point de vue morphologique, au point de vue de la virulence
pour différentes espèces animales, et au pioint de vue des réac¬
tions aux procédés de séro-diagnostic ; je me bornerai à citer une
expérience qui démontre très nettement qu’un animal ayant une
— 27 -
immunité solide pour Tr. gawlbiense, inoculé avec Tr. rhode-
siense, s’infecte comme un animal neuf (i).
Cette expérience a porté sur un bouc qui avait une immunité
lidè* éprouvée à deux reprises, pour le Tr. gambiense, et sur
chèvre neuve qui a servi de témoin ; les deux animaux ont été
inoculés dans les mêmes conditions, le 22 novembre 1911, ils
e sont infectés en même temps, ont présenté à peu près les
mêmes symptômes et sont morts à quelques jours d’intervalle; il
est à noter que le bouc qui paraissait cependant plus vigoureux
que la chèvre est mort avant elle.
Je résume les deux observations.
I. — Un jeune bouc, qui est guéri d’une infection par le Tr. soudanense
et qui a acquis l’immunité pour ce trypanosome, est inoculé avec le Tr.
gambiense de l’Ouganda le 28 septembre 190g.
Du 2 octobre au 2 novembre, on note plusieurs petites poussées fébriles, la
température ne dépasse pas 39°,6 (température normale 38°, 5) ; à partir du
2 novembre, les poussées fébriles disparaissent. On n’observe aucun autre
signe de l’infection.
Tous les examens histologiques du sang sont négatifs, mais des animaux
d’épreuve (cobayes ou chiens) inoculés avec le sang du bouc s’infectent.
Un chien qui a reçu, le 14 avril 1910, 30 cm3 du sang du bouc dans le
péritoine ne s’infecte pas.
Le 21 juin 1910, le bouc est réinoculé avec le Tr. gambiense de l’Ou¬
ganda ; à la suite de l’inoculation, la température reste normale et un chien
qui a reçu, le 7 juillet, 30 cm3 du sang du bouc dans le péritoine ne s’in¬
fecte pas.
Des expériences faites le 26 février et le 13 septembre 1911 montrent que
le sérum du bouc est actif en mélange sur Tr. gambiense.
Le 13 septembre 1911, le bouc est réinoculé avec le Tr. gambiense de
l’Ouganda, il ne s’infecte pas, il a donc toujours l’immunité pour ce virus.
22 novembre 1911, le bouc qui pèse 54 kg. est inoculé à la base de
l’oreille droite avec le trypanosome de Rhodesia. Dès le 24 novembre, la
température s’élève à 40°,2 (température normale 38°, 2) et la fièvre persiste
les jours suivants. La base de l’oreille droite est œdématiée. Le 2 décembre
on trouve dans le sang du bouc des trypanosomes très rares.
6 décembre. La température du bouc s’élève à 41 °. L’état général est
bon malgré cette forte fièvre. Poids : 54 kg. L’œdème de la base de l’oreille
droite a diminué. Pas d’œdème de la tête, rien aux yeux.
Du 7 au 19 décembre, la température se maintient entre 390 et 4O0,9 (Voir
le tracé n° 1). Examens du sang négatifs les 7, 10, 13 et 19 décembre. 2 rats
et 2 cobayes inoculés le 30 novembre avec le sang du bouc se sont infectés. De
18 décembre, le bouc pèse 53 kg.
Du 20 au 26 décembre, la température se maintient entre 390 et 39°,8. Le
bouc paraît encore vigoureux ; il n’y a pas de paralysie du train postérieur ;
les cornées sont intactes.
Le bouc est trouvé mort le 27 décembre au matin.
Autopsie faite le 27 décembre. Le bouc pèse 52 kg.
(1) A. Lavekan, Acad, des sciences, 4 décembre 1911. — A. Laveran et
N att an-La k r ier , Acad, des sciences, 2 janvier 1912.
— 28 -
Tracé n° 2. — - Chèvre inoculée avec le Tr. rhodesiense, le 22 novembre
— 29
Les ganglions inguinaux, très hypertrophiés, ont la grosseur de noisettes,
ils sont vivement injectés. — La rate pèse 170 g. — Le foie a son aspect
normal. — Reins congestionnés. Organes thoraciques à l’état sain.
IL — Une chèvre neuve, du poids de 56 kg., est inoculée le 22 novem¬
bre 1911, avec le Tr. rhodesiense ; à cet effet on injecte sous la peau, à la
base de l’oreille droite, quelques gouttes du sang d’un rat fortement infecté
par Tr. rhodesiense ; le sang est dilué dans l’eau citratée. Température de
la chèvre avant l’inoculation : 38°.
26 novembre. Fièvre vive qui persiste le 27 et le 28 ; 4o°,2 à 4o°,6. Exa¬
mens du sang négatifs les 27 et 29 novembre. Le 27 on note un œdème
très prononcé de la base de l’oreille droite, œdème qui persiste les jours sui¬
vants.
Le 29 au matin, la température est tombée à 37°,7, 'mais le soir elle re¬
monte à 40°,2 et dès lors, la fièvre est continue jusqu’au 29 décembre (voir
le tracé n° 2) ; la température varie de 38°, 6 à 4o°,5.
ier décembre. L’examen du sang révèle l’existence de trypanosomes très
rares ; c’est le seul examen positif du sang qui ait été fait au cours de la
maladie. L’œdème de- l’oreille droite a augmenté, l’oreille est tombante ;
cornées intactes.
10 décembre. Léger œdème de la tête. Des examens du sang faits les 7,
u et 14 décembre, sont négatifs. L’état général est bon.
18 décembre. La chèvre a maigri, elle ne pèse plus que 49 kg. L’œdème
de l’oreille droite a diminué ; mais l’œdème de la tête a un peu augmenté ;
les paupières sont tuméfiées. Examen du sang négatif le 17 décembre.
25 décembre. La chèvre s’affaiblit ; elle marche difficilement et se tient
d’ordinaire couchée. Examens du sang toujours négatifs.
28 décembre. La chèvre est toujours couchée, elle ne peut plus se tenir
sur ses pattes. L’œdème de la tête a diminué.
ier janvier 1912. La chèvre s’affaiblit ; elle ne peut plus se relever. Les
deux cornées se sont opacifiées très rapidement, plus fortement à droite
qu’à gauche. La chèvre mange et boit encore, mais il faut mettre les aliments
et l’eau à sa portée. La température s’abaisse le Ier janvier au soir à
37°. 6-
2 janvier. L’opacité des cornées a augmenté. La température est infé¬
rieure à la normale : 37°,8 le matin, 37°,4 le soir.
4 janvier. La chèvre est couchée sur le flanc, elle ne peut même plus sou¬
lever la tête. Des examens du sang faits les 2 et 4 janvier sont négatifs. A
4 heures du soir, la température est de 36°, 9.
La chèvre meurt le 4 janvier dans la soirée. Autopsie faite le 5 janvier au
matin. La chèvre pèse 44 kg. Les œdèmes de la tête et de l’oreille droite
ont disparu.
Les ganglions inguinaux sont hypertrophiés, plusieurs ont le volume de
noisettes.
Epiploons chargés de graisse. La rate pèse 1 13 g. Le foie a son aspect
normal. Les reins, noyés dans la graisse, sont congestionnés.
Organes thoraciques à l’état sain. La moelle épinière ne présente pas
d’altérations macroscopiques ; l’examen histologique n’a pas encore été fait.
Cornées opaques. L’examen histologique de l’humeur aqueuse révèle
l’existence de trypanosomes non rares, encore bien mobiles.
Le bouc immunisé contre Tr. gambiense s’est donc montré
aussi sensible au Tr. rhodesiense, voire même un peu plus sen¬
sible, que la chèvre neuve. Si Tr. rhodesiense n’était qu’une
- 3o —
variété de Tr. gambiense, plus virulente que le Tr. gambiense or¬
dinaire, le bouc aurait pu s’infecter, mais la trypanosomiase aurait
pris chez lui une forme atténuée. Or, le bouc a succombé- plus
rapidement que la chèvre témoin.
Il serait désirable que l’on pût faire la contre-épreuve en ino¬
culant avec le Tr. gambiense un animal avant l’immunité pour
le Tr. rhodesiense, mais comme toutes les chèvres et tous. les mou¬
tons inoculés jusqu’ici avec le Tr. rhodesiense, sont morts, la réa¬
lisation de l’expérience paraît assez problématique chez ces ani¬
maux; peut-être 'serait-on plus heureux avec les bovidés. Le fait
que toutes les chèvres et tous les moutons inoculés avec le Tr.
rhodesiense succombent, tandis que, chez ces animaux, l’infec¬
tion produite par Tr. gambiense se termine souvent par gué¬
rison, vient d’ailleurs à l’appui de l’opinion des auteurs qui pen¬
sent que Tr. rhodesiense ne doit pas être identifié h. Tr. gam¬
biense. '
M. Mesnil. — Les faits apportés par M. Laveran, relatifs aux
infections, à Trypanosoma rhodesiense, des caprins, m’amènent à
présenter à la Société le tracé de température et des photogra¬
phies de la chèvre dont M. Ringenbach et moi, avons donné le
début de l’observation à la séance de décembre.
La température s’est toujours montrée très élevée et, depuis un
mois, elle oscille autour de 41°. L’examen microscopique jour¬
nalier du sang de ia circulation périphérique a été positif 20 fois
sur 46.
La chèvre présente un œdème extrêmement marqué de la face
et de toute la tête ; il a débuté vers le 19 décembre (fin du premier
mois de l’infection) et est allé en augmentant: les photographies
que je fais circuler montrent les progrès de cet œdème.
L’animal est arrivé maintenant à la dernière période de sa ma¬
ladie et nous pensons pouvoir donner à la prochaine séance de
la Société son observation complète.
«
Documents relatifs au Surra des Caprins
et à leur immunité
Par F. MESNIL et M. LEGER.
Les Ruminants de nos pays, bovidés, caprins, ovidés, guéris¬
sent souvent de leurs infections à trypanosomes et acquièrent
généralement de ce fait une immunité solide. On en connaît, à
1 heure actuelle, de très nombreux exemples. Pour ce qui con¬
cerne la durée de cette immunité, les documents sont plus rares.
Laveran et Mesnil (i) ont donné l’observation d’une chèvre
qui, après avoir eu, d’octobre 1901 à mars 1902, une infection
due au Tr. brucci, avait encore l’immunité pour le nagana le
15 décembre 1903 (soit 21 mois plus tard); dans l’intervalle, elle
avait été infectée de caderas, puis de surra.
Les mêmes observateurs ont cité, ultérieurement, une chèvre
NS, infectée de nagana du 24 décembre [904 h avril 1905; en¬
suite de surra, du 6 octobre 1905 à février-mars 1906. Plus d’un
an apres sa guérison de nagana, son sérum protégeait la souris
contre l’inoculation du Tr. brucci (2). Nous pouvons ajouter que,
éprouvée a nouveau au nagana, le 8 juin et le 23 octobre 1906, eHe
n’a rien contracté. L’immunité pour le nagana durait donc encore
au bout de 18 mois.
D’après 'Wryblrg (3) les zébus guéris de surra à Sumatra ont
une immunité dont la durée ne paraît pas excéder deux ans.
Mesnil a, ici-même (4), cité le cas de 2 bovidés inoculés de
surra à l’Ecole vétérinaire d’Alfort par notre collègue Lakont,
et qui ont guéri, l’un d’eux en novembre 1907, l’autre aupara¬
vant. Eprouvés dans le courant de 1908, en juin et en novembre
1909, par des inoculations de Tr. evansi, ils ont résisté. L’un
d’eux a encore résisté le 12 décembre 1909 à une inoculation d’un
virus mauritanien. Ce résultat, tout en établissant l’identité du
trypanosome avec Tr. evansi, prouve en plus que le bovidé avait
(1) Laveran et Mesnil. Trypanosomes et trypanosomiases, Paris, Masson,
1904, p. 134.
(2) Idem., C. r. Acad. Sciences, t. CXII, juin 1906, p. 1482.
(3) Wryburg, Recueil méd. vétérin., 15 mai 1907, p. 295.
(4) Mesnil, Bull. Soc. Path. exot., t. III, 1910, p. 378*
conservé son immunité. Ici donc l’immunité s'est conservée 2 ans
et plus.
Laveran (i), en appelant l’attention sur l’intérêt des faits d’im¬
munité de longue durée, a cité le cas d’une chèvre guérie d’une
infection à Tr. evansi, qui avait encore l’immunité pour ce trypa¬
nosome 2 ans et 4 mois après (dans l’intervalle, elle a guéri d’une
infection à Tr. gambiense ) et d’un mouton qui, guéri d’une infec¬
tion h Tr. dimorphon, avait conservé cette immunité 22 mois plus
tard (une infection à Tr. congolense avait guéri durant cet espace
de temps).
Le sérum de ce mouton, prélevé 8 mois après la guérison de
l’infection à dimorphon, protégeait la souris en mélange à la dose
de o cm1 2 3 4 25. Laveran cite encore un bouc ayant l'immunité pour
le Tr. dimorphon et dont le sérum est protecteur 17 mois après
guérison.
Enfin, l’immunité du singe macaque pour Tr. gambiense peut
durer plus d’un an (avril 1910-mai r g 1 1 ) (2).
Les expériences, dont nous allons rendre compte, ajoutent quel¬
ques faits nouveaux à ceux que nous venons de citer.
Nous avons inoculé, le 11 mai 1911, 4 caprins dont voici briè¬
vement les observations antérieures.
Bouc S. — Inoculé le 26 novembre 1907, avec Tr. togolaise, l’infection
•dure 5 mois environ. Des réinoculationS avec le même virus pratiquées le
31 juillet et le 18 novembre 1908, restent négatives (3).
Inoculé le 30 janvier 1909, avec le Surra de l’Inde, l’animal contracte une
Infection d’une durée approximative de 4 mois : des souris faites sur lui,
à diverses reprises, durant les premiers mois, s’infectent ; un chien, qui
reçoit 20 cc. de son sang, le 6 mai 1909, présente des parasites au bout de
20 jours ; par contre, un chien, injecté dans les mêmes conditions, le 16 juin,
res.te indemne (4). *
Chèvre J. — Inoculée avec le Surra de l’Inde, le 30 janvier 1909 (témoin
du précédent), cette chèvre s’infecte et guérit, comme le bouc S, au bout
de 4 mois. 8 souris, faites avec son sang en février, mars et mai, meurent
toutes de trypanosomiase. Un chien, inoculé le 6 mai 1909, s’infecte après
une incubation de moins de 10 jours. Un deuxième chien inoculé le 16 juin
1909, ne présente jamais de parasites dans son sang.
Chèvre R. — Inoculée avec le virus du Taher des chevaux algériens
(Edm. et Et. Sergent), le 17 juin 1907, l’animal contracte une infection qui
dure au moins 3 mois. Il se réinfecte par inoculation du même virus, le
18 mars 1908, et guérit à nouveau.
Chèvre B. — Cette chèvre reçoit, le ier mai 1909, du virus provenant de
(1) Laveran, C. 7?. Acad. Sciences, t. CLTI, 1911, p. 63.
(2) Voir Mesnil et Ringenbach, C. R. Soc. Biol., t. LXXI, 1911, p. 271.
(3) Voir Mesnil et Brimont, Ann. Inst. Pasteur, t. XXIII, février 1909.
(4) Voir pour le surra de ce bouc et de la chèvre suivante, Mesnil, Bull.
Soc. Path. exot., t. III, 1910, p. 376.
la rive droite du Sénégal, aux environs de Bakel ; elle contracte une
infection qui dure plus de 6 mois. Des souris, inoculées avec son sang en
mai, juin, septembre et novembre, meurent en des temps variant de io à
25 jours, 1 chien, inoculé le 6 septembre, présente des trypanosomes dans
son sang au bout de 22 jours et meurt le 12 octobre. Par contre, les souris
et le chien injectés le 2 mars 1910, ne réagissent pas.
Avant de réinoculer ces 4 caprins avec le surra de l’Inde,
le 11 m,ai 1911, nous avons éprouvé le pouvoir préventif de leur
sérum. Les sérums du bouc S et de la chèvre J, à la dose de
o cm3 50, injectés, en mélange avec une dilution citratée de sang
à Tryp. Evansi, dans le péritoine de souris, donnent à celles-ci
une survie de 5 jours. (Comme cela paraît être la règle en pareil
cas, le pouvoir protecteur du sérum était beaucoup plus élevé au
cours de l’infection : le sérum du bouc S protégeait complète¬
ment à 1/4 cm3, celui de la chèvre J à 1/20 cm3.) Les sérums de la
chèvre R et de la chèvre B, dans les mêmes conditions, ne pro¬
tègent aucunement les souris; celles-ci meurent le 4e jour comme
les 2 souris témoins.
L’inoculation des 4 animaux avec le Surra de l’Inde montre
la concordance rigoureuse entre le pouvoir protecteur de leurs
sérums et l’immunité acquise par deux d’entre eux.
Le bouc S et la chèvre J, tous deux guéris du surra depuis
2 ans approximativement, ne contractent pas de nouvelle infec¬
tion. Des souris et des chiens, inoculés avec leur sang, le 19 et le
30 mai, ne présentent jamais de parasites.
La chèvre R et la chèvre B s’infectent au contraire.
La chèvre R réagit par une élévation thermique manifeste. La Tempéra¬
ture atteint 40°2 au bout de 48 heures. Klle est irrégulière, elle atteint son
maximum (4o°6) le 27 mai, oscille autour de 40° du Ier au 6 juin, puis re¬
vient au voisinage de 390. Les trypanosomes, à l’examen direct du sang,
sont trouvés très rares le 15 mai ; on ne voit pas de parasites du 16 au
20 mai ; à partir de cette date ils sont rencontrés en nombre relativement
élevé jusqu’au '26 mai (généralement non rares) ; les examens, faits ensuite
pendant une dizaine de jours, restent constamment négatifs. L’animal mai¬
grit. Son poids de 47 kg. le n mai est tombé à 38 kg. le 21 octobre.
La chèvre B, au contraire, ne réagit pas de façon évidente à l’infection.
La température prise régulièrement pendant 40 jours reste toujours normale
(voisinage de 390). L’examen quotidien du sang fait jusqu’au 6 juin ne
décèle jamais la présence de parasites. La chèvre ne maigrit pas sensible¬
ment. Son poids, au début de l’expérience de 40 kg., est de 39 kg. le 21 oc¬
tobre.
Par l’injection de leur sang au chien ou à la souris, il nous a
été possible de déterminer la durée de l’infection des 2 caprins.
Le sang de la chèvre R infecte le 19 mai une souris : l’incubation est de
3
3 jours ; la mort survient le 6e jour, r chien, fait le 31 juillet, montre des para¬
sites dès le 4e jour et meurt en 35 jours. 2 souris et 1 chien sont inoculés
le 7 septembre ; seule, une souris s’infecte, la mort survenant en 12 jours.
Les 2 souris et le chien, essayés avec le sang de la chèvre R, le 9 novem¬
bre, restent indemnes.
Avec le sang de la chèvre B, 1 souris, faite Je ig mai, reste indemne ;
r chien, inoculé le 30 mai, présente des parasites dès le 6e jour et meurt le
27 septembre ; 1 souris du 6 juin meurt eh 12 jours ; 2 souris du 7 juillet
meurent en 15 et 17 jours ; 1 chien du 7 juillet est infecté après une incuba¬
tion de moins de 10 jours ; mais la maladie est de longue durée, les trypa¬
nosomes ne sont pas constamment dans la circulation périphérique ; l’ani¬
mal est, en ce moment, complètement paralysé et moribond ; 1 chien fait,
le 16 août, ne montre des parasites que le 8 novembre, il meurt le Ier décem¬
bre ; les souris et le chien, inoculés le 9 novembre, ne s’infectent pas.
Alors que les 2 chèvres, primitivement inoculées de surra de
l’Inde, n’ont pas contracté d’infection, les 2 autres se sont infec¬
tées. Pour la chèvre R, on savait déjà que le trypanosome du
Taher est différent de Tr. evansi. Pour la chèvre B, le résultat
est plus imprévu, puisque le virus de la première infection de la
chèvre a été démontré par l’un de nous (/. c.), appartenir à l’es¬
pèce evansi. Notre résultat ne saurait, en tout état de cause,
infirmer le premier. Peut-être la chèvre n’avait-elle plus l’im¬
munité pour le virus mauritanien? Peut-être la différence si
marquée dans l’infection des 2 chèvres tient-elle précisément à la
différence dans leur état antérieurement à notre inoculation de
Surra. Il convient pourtant d’attirer l’attention sur ce que l’infec¬
tion de la chèvre B a duré aussi longtemps que celle de la chèvre
R, et d’en tirer un enseignement en ce qui concerne le problème
si difficile de l’identification des virus.
Un des chiens inoculés sur la chèvre B n’a montré de parasites
dans la circulation qu’au bout de près de 3 mois. La perspective
de résultats positifs au bout d’une si longue durée n’est pas
non plus sans gêner les épreuves d’identification.
Le 18 août, c’est-à-dire 3 mois après l’inoculation de surra,
nous avons recherché le pouvoir protecteur du sérum des 4 ca¬
prins en expérience. Nous avons, comme la ire fois, procédé par
inoculation intrapéritonéale à des souris de 1/2 cm3 du sérum à
éprouver, mélangé à i/ioe de cm. de dilution citratée de sang de
souris infectée avec Tryp. evansi (virus de l’Inde et virus de
Maurice). Le sérum des 4 animaux protégeait entièrement contre
l’infection : toutes les souris étaient encore vivantes au bout de
50 jours. Les 4 souris témoins étaient mortes en 4 à 5 jours.
Les sérums de la chèvre R et de la chèvre B ont donc acquis un
pouvoir protecteur vis-à-vis le surra de l’Inde.
35 —
Le pouvoir protecteur des sérums du bouc S et de la chèvre J
a, d’autre part, augmenté de façon évidente, à la suite de la
réinoculation de virus, bien que les caprins n’aient pas eu une
nouvelle infection.
S’il est vrai que le pouvoir protecteur du sérum est l’indice,
chez les caprins tout au moins, d’un état d’immunité, et nos
expériences tendent à corroborer cette vue, on peut supposer, de
ce que le sérum des caprins immuns S et J est devenu plus forte¬
ment protecteur à la suite d’une réinoculation, que l’immunité de
ces caprins s’est accrue aussi. D’où, conséquences pratiques inté¬
ressantes.
Ce pouvoir protecteur du sérum du bouc S et de la chèvre J
se maintient, au même degré élevé, jusqu’à présent. 2 souris, ino¬
culées avec 1/2 cm3 des sérums du bouc S et de la chèvre en
mélange avec du virus de l’Inde ont résisté; les 2 souris témoins
sont mortes en 4 jours.
Le bouc S et la chèvre j ont été réinoculés, par les soins de
notre collègue Ringenbach, le 4 septembre 1911, le premier avec
le Nagana (virus de l’Ouganda), la seconde avec le Nagana du
Zoulouland. Ils ont contracté une infection relativement légère,
mais nettement caractérisée, encore en cours. Nous aurons donc
l’occasion de revenir sur ces intéressants animaux. Mais nous
pouvons déjà dire que le sérum de ces chèvres, devenu protecteur
pour le virus nagana homologue, ne l’est pas pour le virus na¬
gana hétérologue.
Observations sur les Strongylidés
du genre “ Nematodirus ”
t -
Par A. RAILLIET et A. HENRY.
A l’occasion de diverses publications récentes (1), nous avons
été amenés à reprendre, pour vérification, l’examen d’une bonne
{ 1 ) B. -H. Ransom. The Nematodes parasitic in the alimentary tract of
Cattle, Shiep and other Ruminants. Washington, 1911.
J.-W.-W. Stephens. A new human Nematode, Strongylus gibsoni, n. sp.
Annals of Trop. Med. and Paras., vol. II, n° 4, februarv, iqog, p. 315.
R. -T. Lfiper. Notes of Recent and some New Records of Helminthes in
36 -
partie des matériaux, concernant le genre Nematodirus Raxsom,
dont nous disposons à Alfort.
Cette étude nous a montré, d’une part, que les différentes for¬
mes actuellement rangées dans ce genre sont aujourd’hui, même
par les auteurs les plus qualifiés, plus ou moins confondues les
unes avec les autres, faute de points de repère assez précis, et,
en second lieu, que ces formes révèlent des affinités diverses, per¬
mettant de les répartir dans deux groupes très distincts.
Nous accorderons seulement à ces groupes la valeur de sous-
genres, c’est-à-dire de groupes d’attente propres à recevoir les
espèces nouvelles, à mesure de leur découverte.
»
L’un d’entre eux conservant naturellement le nom du genre,
nous appliquerons à l’autre oelui de Mecisto cirrus.
On trouvera peut-être que le genre Nematodirus, ainsi conçu,
ne répond plus guère à la diagnose donnée par Raxsom ; en tout
cas, il sera facile, si on le désire, d’accentuer la scission.
Quant à la distinction des espèces, afin de la faciliter autant
que possible, nous nous attacherons à mettre en relief, presque
exclusivement, les particularités essentielles sur lesquelles elie
repose.
A. Sous-genre Nematodirus Raxsom, 1907.
Corps capillaire, longuement effilé dans sa partie antérieure ; extrémité
céphalique munie d'un léger renflement vésiculeux souvent strié en travers ;
tégument rayé par 18 arêtes longitudinales assez nettes ; pas de papilles cer¬
vicales apparentes. Bourse caudale bilobée, à côtes d’égale importance ; les
postérieures séparées, sans tronc commun ; les antérieures dédoublées ;
la pointe des antérieures externes à égale distance des antérieures et des
moyennes. Spiculés grêles, longs d’au moins 500 p (et au plus du 1/12 du
corps). Queue de la femelle tronquée et mucronée ; vulve vers le 1/3 ou le
1/4 postérieur du corps ; vagin très court. CEufs ellipsoïdes, grands, à co¬
que plutôt épaisse, segmentés au moment de la ponte ; l’embryon se déve¬
loppe à l’intérieur de la coque et y subit deux mues, après quoi il est apte
à rentrer directement dans l’organisme sans phase de liberté dans le milieu
extérieur. — Habitat : ordinairement le duodénum des Ruminants.
Type : Strongylus filicollis (Rudolphi, 1802).
Les espèces comprises dans ce sous-genre sont :
i° Nematodirus filicollis (Rudolphi, 1802). — Du Mouton et
de la chèvre.
20 Nematodirus spathiger (Railliet, 1896). — Du Droma¬
daire, du Bœuf, peut-être du Mouton.
3° Nematodirus weinbergi Railliet et Hexry, 1909. — Es-
Man of whieh there are few records. Journ. of the London school of Trop.
Medicine, vol. I, part. I, déc. 1911, p. 18.
— 37 ~
pèce provisoirement établie sur la seule connaissance de la fe¬
melle. Duodénum ‘du Chimpanzé.
4° Nematodirus (?) hopheni Leiper, iqio. — De l’Hippopo¬
tame.
5° Nematodirus roscidus Railliet, iqii, in Brumpt. — Du
Cerf d’Europe.
Le tableau comparatif qui suit met en évidence les caractères
principaux des trois espèces bien définies à l’heure actuelle.
En prenant pour base les simples données contenues dans ce
tableau, on peut reconnaître que divers auteurs ont décrit et
figuré comme Strongylus filicollis un parasite qui répond évi¬
demment au Nematodirus spathiger, et que d’autres ont donné
une diagnose composite, basée sur un mélange des deux formes.
Ant. Schneider, le premier, a bien figuré la bourse caudale du
véritable N. filicollis ; mais Curtice, Stodter, Ransom, ont eu
affaire au N. Spathiger.
B. Sous-genre Mecistocirrus n. s.-g.
Corps cylindrique plus atténué en avant qu’en arrière ; extrémité céphali¬
que munie d’un léger renflement vésiculeux strié en travers ; tégument à
t8 arêtes longitudinales peu apparentes ; papilles cervicales très nettes.
Bourse caudale bilobée, à côtes moyennes dédoublées, très développées ; les
antérieures externes, à pointe rapprochée des antérieures. Spiculés grêles,
très longs, au moins le i/6e de la longueur du corps (3 mm. 5). Queue de la
femelle pointue ; vulve presque immédiatement en avant de l’anus ; vagin
long. Gïufs ellipsoïdes, en segmentation au moment de la ponte. — Habi¬
tat : ordinairement la caillette des Ruminants (Asie).
Type : Strungylus digitatus Linstow, 1906.
Les deux espèces comprises dans oe sous-genre sont :
i° Nematodirus (Mecisto cirrus) digitatus (Linstow, 1906).
Corps cylindroïde, filiforme, plus atténué en avant qu’en arrière. Cuticule
striée en travers et présentant 18 arêtes longitudinales visibles seulement
au niveau des papilles cervicales. Tête à renflement fort peu accusé, mais
nettement strié en travers. Bouche entourée de six très petites papilles et
s’ouvrant dans un vestibule cylindrique long d’environ 15 p sur 4 p de
large ; l’œsophage qui fait suite est très long, rectiligne ou avec une légère
inflexion un peu en arrière des papilles cervicales ; sa longueur est de
1 mm. 60 à 1 mm. 84 ; au niveau de son 1/5® ou de son 1/4 antérieur se
trouvent le collier nerveux et le pore excréteur. Deux papilles cervicales
assez développées, émergeant chacune d’une petite fossette.
Mâle long de 23 à 24 mm., épais au maximum de 350 à 400 u. Bourse
caudale formée de deux lobes latéraux rapprochés, se contournant en dedans
à leur extrémité, et dans chacun desquels les côtes moyennes occupent la
plus grande place, les autres étant de moindre importance ; l’extrémité des
côtes postérieures externes ne détermine aucun relief du bord de la bourse.
Spiculés longs de 3 mm. 80 à 4 mm. 25 et même 4 mm. 54 (Linstow),
très grêles et accolés sur la presque totalité de leur longueur.
Femelle longue de 24 à 29 mm. sur 500 à 625 u d’épaisseur maxima. La
queue, c’est-à-dire la partie comprise entre l’anus et l’extrémité postérieure,
est conique, pointue, longue de 130 à 170 u. La vulve, en fente transversale,
est placée à 475-500 p (1) de la pointe caudale ; avant d’atteindre son niveau,
le corps augmente assez brusquement de diamètre. Les ovaires, oviductes
et utérus sont d’ordinaire visibles à travers la paroi du corps, et comme ils
contournent le tube digestif,, l’aspect du Ver est le même que celui de VHœ-
monchus contortus. Œufs ellipsoïdes, longs de 97 à 118 u, larges de 46 à
60 p (moyenne : 106-53), en segmentation au moment de la ponte.
Les spécimens sur lesquels repose cette description proviennent
des récoltes suivantes, effectuées en 1903 et 1906, par A. Vrij-
burg à Medan (Sumatra) ;
a) Quelques centaines de vers dans la caillette d’un Veau de
six mois ;
b) Des « millions » dans la caillette d’un Bœuf maigre et
anémique .
c) Quelques exemplaires dans la caillette de deux Zébus.
20 Nematodirus (Mecisto cirrus) fordi (Daniels, 1908) ( Strongy -
lus fordii Daniels, 1908; Strongylus gibsoni Stephens, 1909;
Nematodirus fordi Leiper, 1911). — Contrairement à l’opinion
(1) C’est très vraisemblablement par erreur que von Linstow place la
vulve à 8:1 de la longueur du corps, ce qui correspondrait à environ 3 mm. 2
de la queue. C’est bien à peu près à cette distance que se trouve ’e groupe
des ovéjecteurs, mais le vagin s’étend ensuite assez longuement en arrière.
- 39 -
récemment exprimée par Leiper, cette espèce nous apparaît com¬
me tout à fait distincte de la précédente.
Notre impression est basée sur 'l’examen des exemplaires
ci-après :
a) Deux mâles et une femelle provenant de l’Homme et aima¬
blement communiqués par J.-W.-W. Stephens; ils avaient servi
à la description de son Strongylus gibsoni.
b) Deux mâles recueillis dans l’estomac d’un Porc à Hong-
Kong ; également communiqués par J.-W.-W. Stephens.
c) Un mâle et plusieurs femelles récoltés dans le tube digestif
d’une vache australienne morte dans l’Inde; communiqués par
A.-E. Shipley.
Nous nous bornons à donner, dans le tableau ci-dessous, les
caractères différentiels les plus frappants que nous avons pu
relever entre cette espèce et la précédente.
U
Argas persicus persicus Fischer-Waldheim
en Russie d’Europe
Par W. L. YAKIMOFF, A. A. WINOGRADOFF et
Nina KOHL- YAKIMOFF.
Au mois de mai 1909, le personnel de la Station vétérinaire bac¬
tériologique de Saratow (MM. Winogradoff et Schabouroff)
a constaté dans cette ville l’existence de la spirochétose des pou¬
les. Le médecin-vétérinaire Schabouroff a constaté de nouveau
cette maladie dans le district d’Atkarsk (gouvernement de Sara¬
tow).
— 4° -
Cette maladie est transmise par une tique que nous avons dé¬
terminée comme VArgas persicus Fischer- Waldheim.
C’est la première constatation de l’existence de oette tique en
Russie d’Europe.
La tique Argas persicus persicus F.-W. est répandue en Asie,
en Afrique et en Australie (en Amérique, d’après Neumann, existe
VArgas persicus miniatus). En ce qui concerne la Russie d’Eu¬
rope, l’existence de cette tique était jusqu’à présent douteuse.
Nuttall dit bien, dans son livre (i): « Russia. Neumann States
that it was collected at Ssamjam by A. Spoot (Oudemans Coll.) »
Mais le professeur Neumann (2) avait cité la Russie d’Europe
*
avec un point d’interrogation.
Jusqu’à ce jour, les tiques suivantes sont enregistrées en Rus¬
sie d’Europe (3):
I. Hyalomma aegyptium L. : agent de la babésiose du cheval
dans les gouvernements d’Astrakhan, Kherson et Tscherno-
morsk ; cette tique existe aussi au Caucase.
Hyalomma syriacum Koch (Caucase).
II. Ixodes reduvius L. : agent de la babésiose des bovidés en
Finlande et dans les gouvernements du Nord-Ouest et Riagan :
existe aussi à Kiew, dans le gouvernement de Nijni-Novgorod et
au Caucase.
Ixodes triangulipes Birula : sur les bords du lac d’Onéga.
Ixodes spinocoxalis Neum. (Caucase).
III. Dermacentor reticulatus Fabr.: agent de la babésiose
du cheval dans les gouvernements de Riasan, Ivoursk, Mohilev,
Saratow ; existe aussi au Caucase.
IV. H aemaphysalis concinna Koch : en Pologne.
— flava Neum., \
inermis Birula, I
punclata Can. et Fanz., \ Caucase.
papuana Thorelli, i
— ambigu a Neum.,
leporis Packard : agent de la babésiose
des lièvres.
Y. Margaropus annulatus Say : agent de la babésiose tropicale
du Caucase.
(1) Nuttall, Ticks, part. I, 1908.
(2) Neumann, Ixodidae, dans Das Tierreich, 1911.
(3) Yakimoff et Kohl-Yakimoff, Etude des Ixodidés de Russie, Archives
de Parasitologie, t. XIV, p. 416, 1911. •
— 4>
VI. Rhipiccphalus rossicus Yakimoff et Kohl- Yakimqff :
gouvernement de Saratow.
Rhipicephalus bursa Can. et Fanz. : agent de la babésiose
du mouton au Caucase.
Rhipicephalus calcaratus Birula : Caucase.
Rhipicephalus sanguineus Latreille : Caucase.
VII. Ornithodoros Canestrini Birula: Caucase.
Ornithodoros Tholosani Laboulb. et Mégnin: Caucase.
VII. A rgas reflexus Fabric. : Odessa.
Il est nécessaire d’ajouter aujourd’hui à cette liste VArgas
persicus persicus F.-W. : agent de la spirochétose des poules dans
le gouvernement de Saratow.
Un poisson vivant, corps étranger du pharynx
Par P. LALUNG-BONNAIRE.
J’ai cru bon de communiquer à la Société de Pathologie exoti¬
que la petite note suivante, parce que si l’accident qui en fait l’ob¬
jet survient rarement, il n’est cependant pas impossible qu’il se
reproduise dans la région où je l’ai observé. Le Ier avril 1910,
j’étais prévenu qu’un indigène venait d’avaler un poisson vivant
et qu’il présentait des menaces d’asphyxie. La date à laquelle
s’est produit ce fâcheux événement aurait pu être pour le patient
une circonstance aggravante, car j’ai cru tout d’abord à une plai¬
santerie d’un goût douteux. Heureusement que le malade me fût
apporté à l’hôpital presque aussi vite que l’avis de son accident
et que je pus intervenir rapidement. Il était d’ailleurs grand
temps, l’annamite asphyxiait. Voici ce qui s’était produit. Cet
homme, pêcheur de profession, pour saisir à deux mains une
grosse pièce qu’il maintenait difficilement avec le pied, saisit
entre les dents un poisson de plus petite taille qui l’embarrassait.
Un mouvement brusque de l’animal le fit pénétrer jusque dans le
pharynx où il s’engagea et resta maintenu par les épines qui ter¬
minent ses nageoires dorsales et latérales.
Observation. — A son arrivée, le malade présentait les symptômes d’une
asphyxie imminente : tirage très accentué, face vultueuse, bouche largement,
ouverte, yeux exorbités, vaisseaux et muscles du cou saillants, thorax bombé.
f
— 42 -
U ne#explorat ion immédiate me permet de constater l’obstruction du pharynx
par le corps du poisson dont on n’aperçoit que la portion terminale placée
en arrière de l’amygdale et des piliers postérieurs du voile du palais. L’as¬
phyxie devient complète pendant que le médecin indigène Le van An pro¬
cède au nettoyage de la région antérieure du cou. La trachéotomie d’urgence
est pratiquée après badigeonnage à la teinture d’iode. Une fois la canule en
place, je procède alors à l’extraction de quelques fragments par la voie
buccale à l’aide de pinces de Musf.ux et de Clamp. Mais il m’est impossible
avant la nuit d’enlever la totalité du corps étranger qui, arcbouté par les
épines des nageoires fortement implantées d’arrière en avant résiste à mes
efforts. Il me faut remettre la fin de l’opération au lendemain. Ce jour-là
je pratique une laryngotomie sous-hyoïdienne. Par cette nouvelle voie, je
parviens, après morcellement aux ciseaux, au moyen d’un long Clamp courbe,
à extraire successivement les nageoires, le reste du corps et une portion de la
tête. Le museau enfoncé dans la portion supérieure de l’œsophage fuit de¬
vant la pince et finit par être spontanément dégluti.
L’opération terminée, je refais les divers plans de la région et laisse en
place la canule trachéale.
Dans l’après-midi, un lavage d’estomac ramène des débris à odeur infecte.
J’administre ensuite 180 g. d’huile d’olive pour achever de nettoyer le tube
digestif.
La température est à 38°, 4, le pouls à 94. La nuit est relativement bonne,
malgré une insomnie persistante et les plaintes du malade. L’œdème du cou
a légèrement augmenté.
3 avril. — T. 37°,8. Expulsion par la canule trachéale de secrétions muco-
purulentes abondantes, lavement alimentaire. Le soir on pratique le gavage
après lavage préalable de l’estomac.
4 avril. — Gavage, grand lavage intestinal.
5 avril. — La canule trachéale est enlevée, les sutures ne sont pas faites
à cause d’un léger point de sphacèle. Pansement après attouchement à
Peau oxygénée.
6 avril. — Gavage et pansement.
7 avril. — Suture de la plaie trachéale.
8 avril. — Le malade peut absorber du lait et la voix est presque nor¬
male.
Les jours suivants l’amélioration s’accentue et le malade sort de l’hôpital
complètement guéri, le 15 avril 1910.
En somme, la trachéotomie s’imposait d’autant plus que ^ex¬
traction du corps étranger par la bouche était impossible et que,
par la voie sanglante, il a fallu aller au-devant de lui et le retirer
par fragments. L’impossibilité d’opérer la nuit dans les colonies
rendait encore plus utile cette opération d’urgence. Le poisson
qui a causé l’accident dont nous venons de parler est le « Cà Ro »
des Annamites, de la famille des Anabantidœ et probablement
Anabas scandens Doldorff. 11 est très répandu sur tous les mar¬
chés de la Cochinchine, il vit non seulemient dans les fleuves,
mais encore dans les rizières et les mares. C’est un poisson qui
peut vivre très longtemps en dehors de l’eau qu’il quitte même
souvent. 11 accomplit par terre, au milieu des herbes, d’assez
*
longs trajets en se déplaçant par bonds successifs et par des
mouvements de reptation. Il est aidé dans cet acte par son puis¬
sent appareil musculaire, par ses fortes nageoires, cpii lui servent
de points d’appui, et aussi par l’abondante sécrétion muqueuse
de la peau, qui favorise le glissement. On l’achète vivant sur
tous les marchés.
Ces qualités de VAnabas scandens rendent possible souvent
l’accident pour lequel je suis intervenu, parce que son agilité et
sa peau glissante conduisent à employer les dents pour le mainte¬
nir plus facilement et que, pour les mêmes raisons, elles ne le
maintiennent pas toujours.
( Hôpital de Cantho, Cochinchine.)
Phénomènes tardifs d’envenimation
guéris par le sérum anti venimeux
Par A. MANAUD.
L’observation qui suit, recueillie à Bangkok, relate des phéno¬
mènes d’envenimation larvés, survenus plusieurs jours après une
morsure de serpent traitée localement par des injections de per¬
manganate, et qui ont disparu après une injection de sérum anti¬
venimeux.
M. X..., pharmacien, prenant dans un bocal un serpent vert,
du genre Lachesis, est piqué au dos de la main gauche. Il fait faire
aussitôt un traitement local énergique, et en particulier des injec¬
tions sous-cutanées de permanganate de potasse à i %. Il se pro¬
duit un simple gonflement du dos de la main, qui va diminuant
progressivement, et au niveau de la piqûre une zone d’indura¬
tion. Pas de symptômes généraux jusqu'au 6e jour. A ce moment
se produit un état de malaise, de la fièvre, 38 à 3g0, de la fai¬
blesse, des vertiges et des douleurs dans le côté droit. En même
temps apparaissait un érythème violacé en très larges plaques
occupant la partie supérieure du thorax, en avant et en arrière,
surtout du côté droit. La limite et la répartition de ces plaques
érythémateuses étaient irrégulières.
Ces symptômes se sont aggravés jusqu’au 10e jour. A ce mo-
— 44 —
P
nient je vois le malade qui se plaint de douleurs au niveau du
foie. Il éprouve des vertiges, une grande faiblesse, des tendances
-a la syncope. Le pouls est faible, arythmique; l’état général ass'ez
inquiétant. Le foie est douloureux spontanément et aussi à la pres¬
sion. M. X... a eu un abcès au foie, opéré il y a 3 ans. Aussi
insiste-t-il sur les symptômes hépatiques, qu’il analyse bien, et
sur lesquels il attire l’attention. Il considère que son état n’a
aucun rapport avec la piqûre de serpent laquelle, dit-il, n’a occa¬
sionné aucun trouble.
Néanmoins, l’érythème, l’arythmie et la faiblesse du pouls ainsi
que les tendances à la syncope me font penser à la possibilité
d’un empoisonnement tardif par le venin.
Je fais part de cette idée .au malade qui se refuse à l’admettre.
Pourtant sur mon insistance et tout en restant très sceptique, il
finit par accepter une injection de 10 cm3 de sérum de Calmette.
L’effet fut remarquablement rapide. Dès le lendemain tous
les symptômes, y compris la fièvre et les douleurs hépatiques,
avaient disparu. Il ne restait qu’un peu de faiblesse et l’éry¬
thème qui était déjà en voie de régression. Après deux jours, la
guérison était complète.
Cette observation m’a paru présenter quelque intérêt au point
de vue de la prophylaxie de l’envenimation.
Il semble que ces symptômes apparus 6 jours après une piqûre
de serpent soient attribuables à la diffusion du venin libéré tar¬
divement au niveau de la région où il était resté fixé sur les élé¬
ments anatomiques. Il existait sur tout le dos de la main un œdè¬
me chir formant une sorte de plastron épais dans lequel, évidem¬
ment, la circulation était à peu près nulle. Au fur et à mesure
que les tissus s’assouplissaient, que l’œdème se résorbait et que
la circulation se rétablissait dans cette 'zone, une partie du venin,
non entièrement neutralisé par le permanganate était libéré et
pénétrait dans la circulation.
Les symptômes hépatiques, chez un homme dont le foie était
en état de moindre résistance, peuvent avoir été provoqués par le
venin.
Le sérum antivenimeux, en neutralisant le venin, a mis fin à
ces symptômes d’intoxication larvée et tardive.
Mémoire
Les trypanoses animales au Bas-Katanga
et leurs rapports avec les glossines
Par j. RO DH AI N, C. PONS, F. VAN DE N BRANDEN
et J. BEQUAERT.
: .*•. . t.
Les infections à trypanosomes que nous avons rencontrées
jusqu’à présent, dans la région s’étendant entre Kongolo 5°2o’
latitude Sud et Fundabiabo 9°45’ (Lualaba Supérieur),- chez les
animaux, relèvent les unes de parasites du type court sans fla¬
gelle libre: groupe congolaise (i), les autres de Trypanosomes
du type Cazalboui.
I. — Trypanosomes du groupe congolense.
Nous avons constaté des infections dues aux Trypanosomes
du type court sans flagelle libre, chez des chiens et chez des chè¬
vres. Chez ces deux espèces animales, les affections déterminées
par ces parasites peuvent revêtir une marche aiguë ou chroni¬
que.
Sur 7 cas observés chez des chiens (infections spontanées),
l’infection était aigiie 5 fois et entraîna la mort en 15 b 30 jours
dans les deux autres cas, la maladie avait évolué lentement, pro¬
voquant de l’amaigrissement et de l’anémie progressifs, avec
un léger degré de parésie des membres postérieurs. Les mensu¬
rations micrométriques des flagellés, fixés à l’acide osmique, chez
trois des animaux malades, donnèrent des moyennes de 13,2
12,6 y et 12,44 K de longueur, sur 1,5 4 de largeur au niveau du
noyau. L’inoculation sous-cutanée à un cobaye de 1,5 cm3 de
sang d’un chien succombant à une infection aiguë, donna un
fi) Nous évitons systématiquement d’employer la désignation dimorphon ,
les discussions concernant le parasite décrit primitivement par Dutton et
Todd, étant loin d’être closes.
résultat positif, et amena le décès après 22 jours ; au deuxième
et troisième passages, la mort survint après 17 jours.
Chez 5 chèvres trouvées malades, l’infection ne présenta une
allure vraiment aiguë que dans un cas, l’animal succomba brus¬
quement en très bon état de nutrition, sans avoir présenté des
symptômes morbides antérieurs apparents. Chez les autres chè¬
vres, l’aspect sec du poil, l’amaigrissement notable et un léger
œdème de la face dénotaient une infection établie depuis plu¬
sieurs semaines. Les dimensions moyennes du Trypanosome
pour 35 individus mesurés, sont de 12,7 y de longueur, sur 1,5 3
de largeur au niveau du noyau.. Trois cobayes inoculés sous la
peau avec 2 cm3 de sang de deux chèvres différentes, ne con¬
tractèrent pas d’infection. L:ne inoculation faite à un jeune chien
indigène, resta également sans résultat.
Deux chiens et une chèvre malades, résidaient dans des régions
où existaient les Glossina palpalis, mélangées aux morsitans ;
les autres animaux trouvés infectés, étaient transférés depuis plu¬
sieurs mois dans des contrées infectées exclusivement de morsi¬
tans.
A l’époque où ces animaux contractèrent leur infection, il n’y
avait que de très rares Tabanus; les tsétsés, au contraire, étaient
très abondantes et leur rôle dans l’étiologie de la trvpanose est
probable.
Une expérience faite avec 34 mouches capturées dans la savane
près de notre camp à Sankisia, donna d’emblée des résultats po¬
sitifs. Nous la relatons pour montrer que la morsitans est capa¬
ble de transmettre les Trypanosomes du groupe congolense ; elle
ne préjuge rien de la durée de l’évolution des parasites dans
l’intestin de la tsétsê.
Du 14-vn au 18-vii, 34 morsitans sauvages se nourrissent sur une chèvre
infectée à la fois de congolense et Cazialboui.
Du 20-22, sur une chèvre, qui s’infecte de Cazalboui.
Du 20-i-vin, sur chien, qui s’infecte de congolense.
Du 2-4, sur chèvre, qui s’infecte de Cazalboui et congolense.
Du 6-8, sur chèvre, qui s’infecte de Cazalboui et congolense.
L autopsie des 17 mouches restant à la fin de l’expérience,
nous montra 7 infections totales dans le sens de Roubaud, des
trypanosomes existant en essaims innombrables dans la partie
antérieure de l’intestin moyen, et grouillant très nombreux dans
la trompe.
47 —
Nous n’avons pas fait d’inoculations avec les trompes infectées;
elles auraient pu nous éclairer si les formes de Trypanosomes qui
se trouvaient dans 1 ’ hvpophany nx, appartenaient uniquement
soit au congolense, soit au Cazalboui. Comme toutes les mou¬
ches présentaient une infection intestinale, nous pouvons en con¬
clure que ces 3 dernières glossines étaient infectées à la fois de
Cazalboui et du Trypanosome court sans flagelle libre.
Nous espérons pouvoir reproduire cette infection double en
opérant avec des tsétsés nées au laboratoire. Faisons remarquer
la forte proportion, 41 %, de mouches infectées.
Tous les expérimentateurs sont d’accord pour affirmer que les
Trypanosomes du groupe collgolenss, ont une grande résistance
naturelle vis-à-vis des arsenicaux et des émétiques. Nous avons
pu constater une fois de plus ce fait, au cours d’essais de traite¬
ment institué chez les chèvres malades.
Une chèvre pesant 25 kg. reçut 5 g. d’arsénophénylglycine en
injection sous-cutanée, 12 heures après les trypanosomes qui
étaient nombreux dans le sang au moment de l’intervention,
avaient disparu, mais ils réapparurent 15 jours après et l’animal
succomba à l’infection 36 jours après l’injection.
Deux autres chèvres pesant respectivement 19 et 12 kg. reçu¬
rent dans une veine de la patte: la première 2 doses de 0,10 gr.
d’émétique de soude en deux jours consécutifs, La seconde une
dose seulement. Examinées 13 jours après, toutes deux présen¬
taient de nombreux trypanosomes dans le sang.
Nous avons pu constater, au contraire, qu’une quantité conve¬
nable de Tryparosan, administrée par la bouche, est capable de
débarrasser d’une façon durable les chèvres et les chiens de ces
Trypanosomes.
Les deux chèvres chez qui nous avions observé des rechutes
après administration de quantités considérables (0,008 g. par kg.
de poids) d’émétique, furent définitivement guéries l’une par
8 g., l’autre par 6 g. de trypanosan administré en capsules en
deux jours.
Nous avions traité antérieurement 3 chèvres, profondément
malades, par une médication mixte consistant en 2 fois 0,10 g.
d’émétique de soude en deux jours, suivis de 2 fois 3 g. de Try¬
parosan, administrés le 3e et le 4e jour. Ces deux animaux
étaient restés guéris. Nous devons attribuer ces guérisons à la
matière colorante.
1
- 48 -
Un chien de 16 kilos fortement intoxiqué déjà, fut de même
sauvé par une injection unique de o, io g. d'émétique de soude,
suivie — le lendemain et le jour suivant — de l’absorption par
la bouche de 2 fois 2 g. 50 de Tryparosan, soit 5 g. en tout.
Ces quantités de matière colorante ne dépassant pas 0,5 g. par
kilogramme d'animal ont été bien tolérées.
Nous avons été étonné au cours de ces essais de la grande tolé¬
rance des capridés pour l’émétique. Une dose de 0,10 g. pour
un animal de 12 kg. représente o,ooS g. d’émétique par kilo de
son poids. Ces quantités sont parfaitement bien supportées, et
nous avons pu les administrer deux jours consécutifs.
Le chien de 16 kilos qui reçut également 0,10 g. d’émétique
de soude dans la veine, fut au contraire très incommodé, d resta
couché pendant 50 minutes dans un état alarmant, avec pouls
petit, respiration difficile et lente, reliachement du 'sphincter
anal.
11 se remit pourtant et jusqu’à présent ne présente aucun signe
d’intoxication.
II. — Trypanosomes du type Cazalboui.
Nous avons rencontré ces parasites, facilement reconnaissables,
à l’état frais, à leur mouvement de translation rapide, dans le
sang de diverses espèces d’antilopes, d’un élan et de chèvres.
L’examen du sang citraté de 9 antilopes et d’un jeune élan,
tués à la chasse près du lac Kabwe et dans la vallée de la Fung-
wé, révéla la présence de ces Trypanosomes chez 6 des antilopes,
et chez l’élan.
Toutes ces bêtes étaient parfaitement nourries et paraissaient
bien portantes; les parasites étaient rares, sauf chez un animal
011 ils étaient franchement nombreux. Le sang de cette antilope
(2 cm3) inoculé à un chevreau, donna lieu à un infection après
10 jours d’incubation ; au contraire, une injection de 1 cm3 du
sang de l’élan faite sous la peau cl’un jeune cobaye, fut suivie
d’un résultat négatif.
A Sankisia, les 12 chèvres qui constituaient le troupeau de la
mission, s’infectèrent successivement toutes, sans que ces ani¬
maux parussent souffrir de la présence des Trypanosomes dans
leur sang.
— 49 -
Des inoculations faites à un cobaye, un chien et un jeune cha¬
cal restèrent toutes sans résultat.
Les Trypanosomes rencontrés chez les animaux sauvages, pré¬
sentent les caractères du type Casalboui et paraissent bien iden¬
tiques à ceux des chèvres ; leurs dimensions sont, en général, plus
grandes. Les plus grands spécimens mensurés chez les antilo¬
pes atteignent jusque 30 3 et même 31 3, la moyenne étant de
24,4 3 de longueur sur 2,10 3 de largeur 1 Chez la chèvre inocu¬
lée avec le sang d’antilope, la moyenne de longueur fut de
24,24 3 sur 2,29 3 de largeur, alors cpie chez deux autres chèvres
de Sankisia les dimensions ne furent que de 23,6 3 et 21,3 3, la
largeur étant de 2,08 3.
Nous ne croyons pas actuellement pouvoir en conclure qu’il
s’agit d’espèces de Trypanosomes distinctes.
Près du lac Kabwe, comme à Sankisia, les pa.lpalis font com¬
plètement défaut; la morsitans, au contraire, abonde; de plus,
à la saison sèche, époque à laquelle nous avons fait nos observa¬
tions, les Pangonia ont disparu et les Tabanus sont d’une rareté
extrême. Il était très probable que les morsitans étaient les agents
propagateurs de ces infections. Déjà Montgomery et King-
horn (1) avaient fait la même observation pour un trypano¬
some analogue découvert à Broken-Hill.
L’expérience cpie nous avons relatée en parlant des Trypano¬
somes courts sans flagelle libre, nous avait montré qu’en effet la
Glossina morsitans peut transmettre, comme les palpalis, tachi-
noïdes et longipal pis, les Trypanosomes Casalboui.
Un deuxième essai fait avec 10 mouches seulement fut plus
concluant encore. Du Ier au 14 septembre, 10 tsétsés sauvages
se nourrissent sur une chèvre infectée de Casalboui. Cet ani¬
mal ne s’infecta pas de congolense.
Le 16, il reste 5 mouches, qui piquent jusqu’au 20 un bouc
guéri de Casalboui, par l’émétique et le tryparosan et qui, depuis
le 25-vii, n’a plus jamais présenté de trypanosomes dans le sang,
et a été tenu en cage à l’abri des attaques des morsitans. 11 s’in¬
fecte de Casalboui le i-x.
Du 21 au 25, les mouches se nourrissent sur un cobaye; résul¬
tat négatif. L’autopsie des glossines (4 $ et 1 cf), pratiquée le
(1) A Report on Trypanosomiasis of Domestir Stock in North-Y\ estern
Rhodesia. Annal s of Tropical Medicine and Parasitology , juin 1908.
4
— 5 o
28-x, montra une infection de la trompe seule chez trois d’entre
elles: 1 ç? et 2 9 • Une trompe inoculée sous la peau d’une chè¬
vre, détermina l’infection de l’animal après 13 jours d’incubation.
Cette expérience prouve que l’évolution du trypanosome Cazal-
boui se fait chez la morsitans comme chez les Glossina palpalis,
tachinoïdes et longipalpis, dans la trompe seule; elle ne fixe pas
la durée de cette évolution.
La proportion des morsitans infectées peut être très élevée;
dans notre expérience, elle atteignait 60 % des tsétsés survi¬
vantes.
L’un de nous, en collaboration avec A. Broden (i), a établi la
sensibilité à l’émétique du Trypanosoma Cazalboui chez le bœuf ;
sensibilité du Trypanosome Cazalboui chez le bœuf à l’émétique;
nous avons pu confirmer le fait chez nos chèvres infectées. Une
seule injection de 0,10 g. d’émétique de soude dans la veine,
peut suffire pour amener la disparition définitive des trypanoso¬
mes. Nous avons, de plus, pu constater que le Tryparosan pos¬
sède également une action sur ces parasites. Une chèvre de 10 kg.,
infectée depuis le i-ix, reçoit le 15-ix 4 g. de Tryparosan en cap¬
sules en 2 heures; le 16-ix, après 24 heures, les Trypanosomes
persistent encore dans le sang. La dose de 4 g. fut répétée. Le
17-ix, les parasites avaient disparu de la circulation, et n’ont plus
été revus depuis.
Nous avons rencontré, à Léopoldville, chez les bœufs, des
cas où une intervention à dose massive, 0,006 g. par kilo du poids
d’animal, n’avait pas suffi pour amener la guérison durable. Il
est probable qu’une médication mixte: émétique + tryparosan,
eût provoqué de meilleurs résultats.
Notons en terminant que la guérison déterminée par une inter¬
vention médicamenteuse, ne procure pas l’immunité.
(Mission scientifique du Katanga .)
Sankisia, le 20 octobre 1911.
(1) A. Broden et J. Rodhain, Action de l’émétique sur le Trypanosoma
atigolense ( Cazalboui ). Société de Pathologie exotique, n° 4, 1910.
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Armais of tropical medicine and parasitology, t. V, n° 3.
Annual report of public healt department, Malta, 1910-11.
Archiv fur Schiffs und Tropen-Hygiene, t. XVI, n° 1.
Bulletin agricole du Congo belge, t. II, n° 4, déc. 1911.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de V Indochine, t. Il,
nos S et 9.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar,
t. II, 1910, et t. III, n° 1.
Journal of tropical medicine and Hygiene, t. XV, n° 1, 1er jan¬
vier 1912.
Journal of the London school of tropical medicine, t. I, n° 1,
déc. 19 1 1 .
Kala-asar bulletin, t. I, n° 1, 1911.
Lanterne médicale, t. XV, n° 3, déc. 1911.
Philippine journal of science, t. VI, n° 4.
Y ellow fever bureau, t. I, n° 8.
VOLUMES ET BROCHURES.
Andrew Balfour. South report of the Wellcome tropical re-
search laboratoires Khartoum. Vol. A. médical.
Prospectus des publications du laboratoire de Khartoum.
J. Surcouf. — Note sur un diptère parasite des fleurs de cucur-
bitacées, en Afrique, extrait d ’Insccta.
— 52 —
Liste des échanges
American Society oj Tropical Medicine.
Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archiv für Schijjs and Trop-enhygiene.
Archivos de ITygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacleriologico Camara Pastana.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Bulletin of the Sleeping Sickness Bureau.
Geneeskundig Tijdsckrift voor Nederlands-Indië. ■
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do InstiUito Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Revue scientifique.
Sanidad y Beneficencia (La Havane).
Studies from the Zoological Laboratory, The University of Ne¬
braska.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
(Londres).
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 2
Séance du 14 février 1912
PAGES
CORRESPONDANCE
Lettres diverses . 53
Lettre de M. Keiwiet de Jonche contenant une analyse des travaux de
Gryns sur l’étiologie du béribéri . 54
Vote d’un article additionnel aux statuts . 55
COMMUNICATIONS
Abadie. — Ëléphantiasis streptococcique chez une Algérienne d’origine
espagnole . 37
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et du bœuf .
Brumpt. — Leishmaniose infantile et puces. — Discussion . . .
J. -P. Cardamatis. — Piroplasmoses des bovidés en Grèce . . .
J .-R. Cardamatis. — Leishmaniose du chien en Grèce .
S. -T. Darling. - Some blood parasites ( Hcemoproteus and Hæmogre
garina) . .
S. -T. Darling. — A note on lhe presence of Linguatula serrata in man
in central America . ....
E. Escomel. — Le premier cas de pian observé au Pérou. . . .
C. França. — Contribution à l’étude des Leucocyto^oon des oiseaux au
Portugal . ;
C. França. — Les formes aflagelléfs dans l’évolution d’un trypanosom
de batracien ( T. undulans) . .
A. Laveran. — Expériences d’immunité croisée avec T. brucei, T. bru
cei van. Werbitjkii et T. rliodesiense .
A. Leger et P Husnot. — Quelques hématozoaires d’un rapace diurn
(Melierax gabar) .
Levaditi. — Streptocoques. — Discussion .
A. Lignos. — Un cas de kala-azar infantile se terminant par la guérison
E. Marchoux et L. Couvy. — Argas et spirilles .
Noël Martin et A. Laurent. — Tumeur éléphantiasique du pied chez u
indigène algérien . . .
C. Mathîs et M. Leger. — Nature des cellules-hôtes des Leucocyto^oon
F. Mesnil et J. Ringenbacii. — Observation d’une chèvre infectée d
T. rliodesiense .
H. -F. Nuttal. — Russian Ixodoïdea .
E. Pinoy. — Epidermophyton du singe .
A. Railliet et A. Henry. — Nématodes vasculicoles des bovins annam
PAGES
tes
Sknevet. — Sur la fréquence de la leishmaniose canine à Alger et ses
variations saisonnières . . .
109
87
88
1 18
69
82-
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101
74
60
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77
i°5
120
60
Ut
89
Voir la suite du sommaire paye VII
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Cinquième année
1912
N° 2
‘BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 14 FÉVRIER 1912.
Présidence de M. Grall.
I
Correspondance
MM. les Drs Fontoynont et Lamoureux adressent des remer¬
ciements à la Société au sujet de leur élection comme membres
correspondants.
*
* *-
M. Gabbi, correspondant étranger, informe la Société de la
constitution de la Sociela fra i cultori delle malattie exotiche.
M. Gabbi ajoute avec raison : « nous espérons pouvoir contribuer
à l’avancement de la pathologie tropicale, en commençant par
l’étude de tout ce que nous avons de « paratropical » dans notre
pays ».
*
•. y
* *
I ...
La Société est invitée à se faire représenter par un ou plusieurs
délégués à une réunion, le 3 mars 1912, dans laquelle sera cons¬
titué le Comité national français chargé d’organiser la partici¬
pation de notre pays au XVIIe Congrès international des Sciences
médicales, qui se tiendra à Londres, du 5 au 12 août 1913.
Le Bureau de la Société est chargé de choisir les délégués.
- 54 -
*
* *
Notre collègue, M. Ch. Nicolle, représentera la Société au
Congrès de Tunis des Médecins Aliénistes et Neurologistes.
*
* *
Weltevreden, 13 décembre 1911.
Monsieur et très honoré collègue,
J’ai l’honneur de vous envoyer un résumé des dernières re¬
cherches de M. le Dr Grijns, si*r la polynévrite des poules, ré¬
digé par lui-même. L’original (en hollandais) se trouve dans Ge-
neeskundig Tijdschrift voor Nederlandsc h-Indië, t. LI, p. 591,
191 1.
Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de mes sentiments dis¬
tingués,
Dr Kiewiet de Jonghe.
Grijns continue ses recherches sur les principes actifs contre la
polynévrite des poules et le béribéri. Avec de l’alcool a 96 % il
a fait un extrait de son de riz; puis il a distillé in vacuum et
obtenu une préparation, qui guérit des poules, tombées malades
par suite de l’alimentation en riz décortiqué, à la dose de 3 cm3.
Puis il a traité le son de riz à l’éther de pétrole et après à l’al¬
cool. Dans l’éther de pétrole se dissolvent la plupart des matiè¬
res grasses, qu’on obtient par distillation. Elles se montrèrent
peu actives, les poules mourant après 58 jours en moyenne, quand
elles étaient nourries de riz décortiqué, auquel on ajoutait le ré¬
sidu de la distillation à la dose de 4 cm3 par jour.
L’alcool évaporé, il reste un extrait, qui se sépare en deux cou¬
ches ; la couche supérieure est un peu huileuse; la couche infé¬
rieure est sirupeuse et contient du sucre de canne. La portion sur¬
nageante était très active : à la dose de 0,3 cm3, elle pouvait guérir
les poules malades, sans qu’aucun changement fut apporté au
régime suivi.
La phytine et l’ovolécithine se montrèrent inactives en ce qui
concerne la polynévrite des poules.
Comme les extraits susmentionnés, ainsi que ceux de I ejuji
chi, de Chamberlain et Wedder et d’EviaiAN, ne contiennent
qu’une très petite quantité. de phosphore, tout en possédant un
— 55
pouvoir préventif et curatif, le Dr Gryns considère comme réfu¬
tée la théorie de Schaumann sur les nucléines et les compositions
organiques phosphorées (i).
Vote d'un article additionnel aux Statuts
La Société, réunie en assemblée extraordinaire, procède au vote
de l’addition suivante aux statuts :
« Pour rendre hommage aux services rendus à la Société de Pa¬
thologie exotique par son Président fondateur, M. Laveran sera,
à titre exceptionnel, prorogé dans ses fonctions de Président,
pendant la période 1912 à fin 1915. »
L’addition est acceptée à l’unanimité des votants.
(1) Y7oir aux mémoires la réponse de M. Schaumann à ces critiques.
— 56 —
COMMUNICATIONS
Tumeur éléphantiasique du pied,
présentant l’aspect d’un pied de Madura,
chez un indigène algérien
Par Noël MARTIN et A. LAURENT (Constantine).
Ben Abbas Mohammed Messaoud, originaire de Oued-Athmenia
(Constantine), entré à l’Hôpital -civil de Constantine, le 17 déoemi-
bre 1910. Des renseignements très vagues sont donnés sur les
débuts de la maladie qui remonterait à deux ans, après une bles¬
sure. Le malade est placé dans un service de maladies cutanées
où l’on songe un moment à la syphilis; il y est soumis au traite¬
ment spécifique (hectargyre) qui ne fait pas régresser les lésions.
Le 9 janvier 1911, il est évacué dans notre service de chirurgie à
fin d’amputation de la jambe au lieu d’élection.
Le pied à ce moment est tuméfié (article tibio-tarsien, tarse,,
métatarse) ; il est triplé de volume. La plante du pied est con¬
vexe, et les orteils ne reposent plus sur le sol ; le bas de la jambe
a une forme arrondie ; les muscles du mollet sont atrophiés (fig. 1).
A noter la présence de fistules et d’ulcération sur le pourtour,
avec issue d’un liquide jaune verdâtre et fétide. L’exploration de
ces trajets fistuleux est douloureuse et ne nous révèle ni une dé¬
nudation des os, ni une altération des surfaces articulaires, qui
paraissent ankylosées, autant l’articulation de Lisfrane et de
Chopard que l’articulation astragalo-calcanéenne. Il est inutile
d’ajouter qu’il y a impotence absolue du membre. L’état général
du malade est des plus précaires : la cachexie fait chaque jour des
progrès, quoique les autres organes ne décèlent aucune lésion à
l’examen.
Nous ne pouvons songer à une arthrite tuberculeuse, ni à un
ostéo-sarcome; mais nous estimons que le tableau clinique réunit
un faisceau de symptômes suffisant pour poser le diagnostic de
mycétome. En tout cas, après avoir soumis le malade à l’iodure
t
— 57 —
-de K à hautes doses et aux bains chauds répétés, après avoir
acquis, à la suite d’un traitement de 2 mois, la conviction de son
inefficacité, nous nous sommes décidés à l’amputation de la
jambe au lieu d’élection puisque nous croyons à un pied de Ma¬
dura, et nous avons expédié la pièce au docteur Sergent, direc¬
teur de l’Institut Pasteur à Alger.
Nous ajouterons que l’état général du malade s’est amélioré
du jour de l’intervention et que, pesant 52 kilos à ce moment, il
augmenta rapidement d’une douzaine de kilos jusqu’à son jour de
-sortie de l’hôpital civil, le 24 avrii 1911.
Eléphantiasis streptococcique chez
une algérienne d’origine espagnole
Par ABADIE (Oran).
Maria B..., 23 ans, de Rio-Salado (départ. d’Oran), d’origine
espagnole, a deux frères bien portants. N’a jamais quitté le dé¬
partement d’Oran. A eu la variole à 20 ans, ni bacillose, ni sy¬
philis.
Le début de l’affection remonte à 5 ou 6 ans. Le volume des
membres inférieurs a progressivement augmenté d’abord à droite,
puis l’enflure s’est étendue peu à peu à la partie inférieure de
l’abdomen.
La malade a eu assez fréquemment (tous les 3 à 4 mois, les in¬
tervalles sont variables) des poussées érysipélateuses : fièvre du¬
rant un jour ou deux avec rougeur de la peau, cuisson; puis dis¬
parition spontanée.
L’état actuel est montré par les photographies 2, 3, 4. Rien aux
différents viscères.
Le repos et les bains quotidiens amènent une amélioration
nette des membres inférieurs.
Opération. — Le 14 août 1911. Anesthésie chloroformique.
Drainage lymphatique artificiel selon le procédé de Handley (i):
du côté du membre inférieur droit plus volumineux que le gau-
(1) W. Sampson Handley (Londres). Un procédé d’avenir pour le traite¬
ment de l’éléphantiasis ( The Lancet, 1909, t. CLXXVI, 2 janvier).
— 58 —
che, deux soies continues n° 4 sont passées en plein tissu cellu¬
laire sous-cutané à l’aide d’une série de boutonnières faites à la
peau et par lesquelles l’aiguille longue portant la soie apparaît
puis s’enfonce à nouveau. Ces deux soies partent du cou de pied
et remontent, l’une en dedans du membre jusqu’au pli de l’aine
et à l’ombilic, l’autre en dehors jusqu’à la crête iliaque et aux
fausses côtes. Au cours de l’intervention une quantité abondante
de sérosité s’écoule par les ouvertures ; cet écoulement persiste
durant trois jours au niveau de l’une des boutonnières délibéré¬
ment laissée ouverte avec une mèche de gaze. Réunion par pre¬
mière intention.
Suites immédiates . — La jambe a considérablement diminué
de volume ; la peau, d’abord flasque, s’est ensuite partiellement
rétractée ; à la sortie de la malade, le 27 août, le bénéfice retiré
de l’intervention est indéniable.
Suites éloignées. — La malade revient en novembre: l’amélio¬
ration n’a été que passagère. Les caractères biologiques du strep¬
tocoque isolé par le docteur Sergent empêchent de recourir à la
vaocinothérapie mise en œuvre avec succès dans deux cas par
Handley.
Nous reprenons alors les injections de sérum antistreptococ¬
cique à la dose de 10 ce. puis 20 cc. par semaine; les deux pre¬
mières déterminent une réaction fébrile; les deux autres non.
Etat actuel. — La malade accuse une légère amélioration à la
suite de ces injections ; elle est contredite par les mensurations.
Au 15 décembre, on trouve, à partir de la pointe de la rotule:
11 cm. au dessus cuisse droite :
22 — —
33 — ~
9 cm. au dessous jambe droite :
18 - —
27 — —
Projets. — Nous pensons essayer, après une série de bains, une
intervention inspirée du procédé de Moresch, pour les varices,
à savoir non pas seulement deux, mais une série de sections cir¬
culaires étagées, allant en profondeur jusqu’à l’aponévrose et que
nous laisserons réunir par seconde intention. Nous ne saurions
définir cette intervention de façon plus imagée qu’en l’appelant
« l’opération de <c Bibendum ».
/
Planche I
Noël Martin et A. Laurent
Planche II
Abadie.
- 3g —
Observations microbiologiques à propos
des deux cas précédents
Par Edmond SERGENT.
I. Cas des Drs Noël Martin et Laurent. — La ponction asepti¬
que d’une des saillies marronnées du pied, pratiquée le 27 février,
quelques jours avant l’opération, donne un liquide clair citrin,
avec de très légers flocons en suspension. Ce liquide ne montre
rien de notable à l’examen direct, il est ensemencé dans du bouil¬
lon et sur la gélose ordinaire, ainsi que dans des milieux nutritifs
préparés avec de la macération de foin. Dans tous les tubes
pousse, en culture pure, un streptocoque très petit, donnant dans
les milieux liquides des amas floconneux au fond du tube, sans
troubler le milieu. Sur gélose, petites colonies extrêmement fines,
en gouttelettes de rosée. La culture à 37 0 est lente et grêle. Les
repiquages donnent des subcultures de plus en plus maigres, qui,
au 10e passage, ne poussent plus.
Deux singes (Bonnets chinois) sont inoculés sous la peau de la
main le Ier mai 1911 avec quelques gouttes de culture du strepto¬
coque. Ils présentent tous les deux les mêmes symptômes : au bout
de quelques jours la fièvre apparaît, ainsi que de l’abattement,
l’un meurt le 13 mai (après 13 jours), l’autre le 29 mai (après
29 jours). Tous deux montrent les mêmes lésions anatomo-pa¬
thologiques: rien au point d’inoculation, de petits abcès miliaires
dans les reins, le foie, la rate, les poumons. Sur les coupes, on
voit des Streptocoques isolés, peu nombreux, dans tous ces orga¬
nes. L’ensemencement du sang du cœur a donné, dans les deux
cas, une culture grêle du même streptocoque, non indéfiniment
repiquable.
IL Cas du Dr Abadie. — La recherche de microfilaires dans le
sang de la malade, pratiquée à différentes heures du jour et de
la nuit, donne des résultats négatifs.
La ponction aseptique pratiquée le 15 juin d’une des régions
œdématiées de la cuisse donne en culture pure un streptocoque
— 6o —
à cultures grêles, non indéfiniment repiquables, tout à fait sem¬
blable au streptocoque isolé dans le cas précédent (i).
Institut Pasteur d’Algérie.
*
M. Levaditi. — Le streptocoque isolé par M. Sergent offre des
«caractères particuliers qui ressortent non seulement de l’étude
des cultures, mais aussi de sa pathogénité pour le singe. Nous
avons eu l’occasion d’examiner cette pathogénité des streptoco¬
ques pour les espèces simiennes,, lors de nos recherches sur la
transmission de la scarlatine au chimpanzé et aux catarrhiniens
inférieurs. Les streptocoques scarlatineux se sont montrés non pa¬
thogènes pour le rhésus-, l’injection de streptocoques, isolés par
la centrifugation de plusieurs cultures sur bouillon-sérum, faite
dans la circulation générale, n’a provoqué, en effet, aucun trouble
apparent chez le Macacus rhésus, et il en a été de même de l’ino¬
culation sous-cutanée (Mac. cynomolgus).
Epidermophyton du singe
Par E. P1NOY.
Levaditi a constaté chez le singe l’existence d’une maladie de
peau transmissible en série chez le même animal. Les lésions exis¬
taient plus particulièrement sur les parties moins poilues, surtout
à la face et au front. Toute la surface de la lésion faisait une sail¬
lie de 3 à 4 mm. environ. Au début, elle était couverte de petites
vésico-pustules qui, en s’ulcérant, finissaient par donner naissance
a des croûtes. Un singe atteint de cette affection fut montré à Ra-
vaut, qui pensa à une mycose. L’examen des squames que nous
avons pratiqué a confirmé ce diagnostic. En effet, dans les squa¬
mes colorées par le bleu de toluidine, après différenciation à
l’essence de girofle, on constate l’existence d’éléments mycéliens
d’aspect assez variable. Fréquemment on rencontre entre les cel¬
lules épidermiques un réseau de filaments mycéliens composés
d’articles quadrangulaires de 4 y sur 5 y-8 y. Ces articles peuvent
(1) Cf. J. Brault. L’éléphantiasis dans les pays chauds. Gaz. des Hôpi¬
taux, p 509, et p. 517, mai 190c
— 6i —
se dissocier facilement ou, au contraire, former des rubans soli¬
des. Ils renferment un protoplasme granuleux et parfois une ou
plusieurs vacuoles, le plus ordinairement deux.
Dans les lésions du singe, nous n’avons pas rencontré de poils
parasités. Les squames épidermiques ensemencées sur milieu de
Sabouraüd ont donné naissance, 5 à 6 jours après l’ensemence¬
ment, à un point jaune orangé sur lequel se dressaient des fila¬
ments. A l’examen microscopique, ces rameaux aériens portaient,
disposées en grappe, des chlamydospores terminales (fuseaux)
parfaitement différenciées, à paroi épaisse et pluriloculaires (pl. III,
fig. 3). La culture croît, d’abord, assez lentement, mais dans
les cultures successives la croissance est beaucoup plus rapide ; il
se forme un mycélium duveteux blanc où l’on rencontre un grand
nombre des fuseaux, dont plusieurs sont plus ou moins avortés.
On rencontre en outre des filaments assez régulièrement cloison¬
nés portant des conidies latérales. Ces hyphes sporifères sont
l'analogue de ce que Bodin a décrit en particulier chez le Micro-
sporum lanosum, comme forme Acladium. On ne rencontre ni
vrilles, ni buissons conidiens.
Les fuseaux méritent une description spéciale. Ils sont ordinai¬
rement à quatre ou six loges, rarement moins. Les cloisons qui,
à un examen superficiel, paraissent complètes, ne le sont pas en
réalité, ainsi que l’on peut s’en rendre compte sur des coupes. Le
F ro. 1. — Fuseau montrant l’expulsion des spores.
fuseau représente assez bien un sac qui serait étranglé par un
lien en quatre ou cinq endroits régulièrement espacés, se décom¬
posant ainsi en loges communiquant entre elles. On peut obser¬
ver la germination directe des fuseaux en autant de filaments
Ô2
qu’il y a de loges. Mais, le plus souvent, le contenu protoplas¬
mique de chaque loge s’isole par une membrane propre assez
épaisse (pl. III, fig. 4) de la paroi du sac et les spores ainsi for¬
mées (10-12 \j. de diamètre) sont expulsées soit par l’extrémité
supérieure du fuseau quand il est encore fixé au filament, soit
indifféremment par l’une ou l’autre extrémité lorsqu’il est détaché
et tombé sur le milieu de la culture (fig. 1).
Chacune de ces spores contiennent dans leur protoplasme gé¬
néralement un seul noyau et d’assez grosses granulations de ma¬
tières de réserve. Ces spores germent (pl. IV, fig. 5), soit en don¬
nant un filament mycélien qui 'ne donnera que tardivement des
fructifications, soit en donnant immédiatement un hvphe spori-
fère (type Acladium de Bodin) (fig. 2). D’abord l’hyphe est régu¬
lièrement cloisonné, chaque article renfermant ordinairement un
seul noyau. Puis le contenu de chaque article émigre dans un
bourgeon latéral qui épaissit un peu sa membrane et se sépare du
filament. Le nombre des articles et par suite des conidies (3 u-
2 p., 5) est variable, l’hyphe pouvant se ramifier et donner nais¬
sance à une grappe.
Fig. 2. — Hyphe sporifère.
Actuellement le champignon que nous venons de décrire vient
prendre place par la morphologie et la disposition de ses fuseaux
à côté de V Epidermophyton cruris de Castellani, qui est iden¬
tique à V Epidermophyton inguinale de Sabouraud (ainsi que
nous avons pu nous en assurer par l’examen des cultures que
Castellani nous a envoyées) et qui occasionne chez l’homme
V Eczema mar ginatum d’HÉBRA. Il en diffère par l’existence de ses
hyphes sporifères qui ne se rencontrent que dans les genres Tri -
chophyton et Microsporum ; d’autre part, il se rapproche nette¬
ment des Trichophyton par son inoculabilité au cobaye et par le
type clinique de la maladie ainsi provoquée. En effet, après ino-
Planche III
Pinoy
Fig.
Fig. 4,
Planche IV
Pinoy.
Fig. 6.
— 63 -
culation au cobaye, il détermine au bout de huit jours, une tricho-
phytie cutanée accompagnée de boursoufflement de la peau et
envahissement de quelques poils (type ecto-endothrix) (pl. IV,
fig. 6).
Donc, suivant que nous attacherons plus d’importance à la mor¬
phologie des fuseaux ou à l’existence d’hyphes sporifères et au
résultat de l’inoculation chez le Cobaye, nous pourrons considé¬
rer ce parasite comme un Epidermophyton ou comme un Tricho-
phyton. Il s’agit d’une forme de passage, ce qui est d’accord,
d’ailleurs, avec la manière de voir de Saboi raud, qui considère
V Epidermophyton comme voisin des Trichophyton.
Si, comme nous le croyons, l’espèce que nous venons de décrire
est nouvelle, nous proposerons pour elle le nom d’ Epidermophy¬
ton simii.
Explication des planches.
Pl. III. Fig. 3. a) Filament portant des fuseaux.
b) Fuseaux.
Fig. 4. a) Spore montrant sa membrane. Elle est encore renfermée
dans le fuseau.
Pl. IV. Fig. 5. a) Une spore germant. Elle est entourée de fuseaux
n’ayant pas germé.
b) Bourgeon latéral.
Fig. 6. Poils de cobaye parasités.
P
Argas et Spirille^
Par E. MARCHOUX et L. COUVY.
Dans une étude très intéressante qu’il vient de faire sur Spiro-
chcete gallinatum , Hindle (i) prouve que chez Argas persicus,
comme chez Ornithodorus moubata, l’infection spirillaire est héré¬
ditaire et nos expériences de contrôle sont d’accord avec les sien¬
nes. Mais, en ce qui concerne le cycle évolutif du spirille chez
son hôte invertébré, nos observations nous amènent à différer
d’avis avec lui sur plusieurs points.
En principe, le savant anglais admet que chez des Argas con¬
servés à 28° on ne trouve jamais de spirilles libres dans la cavité
générale. « Les spirochètes, dit-il, absorbés par les Argas avec
(1) G. Hindle, On the life cycle of Sp. gallinarum. Parasitology, t. IV,
n° 4, 8 janvier 1912.
- 64 -
le sang des poules malades, traversent rapidement la paroi intes¬
tinale pour gagner le cœlome où ils ne restent d’ailleurs que peu
de temps. Ils se font un chemin vers les glandes salivaires et
les organes génitaux qu’ils pénètrent en quelques heures >>. Cette
assertion nous semblait un peu hypothétique et n’était pas con¬
forme aux observations faites autrefois par l’un de nous. Il nous
a paru nécessaire d’en vérifier l’exactitude et, par un examen mi¬
nutieux, nous nous sommes convaincus qu’elle était fondée sur
une apparence et non sur une réalité.
Exp. I. — 50 individus d’un lot d’argas conservés à 28° et nourris 45 jours
auparavant sur une poule saine, sopt examinés. Chez 45 de ces acariens
on a trouvé des spirilles dans le liquide cœlomique recueilli par amputation
d’une patte. Dans la plupart des cas, ces spirilles étaient grêles et difficiles
à apercevoir à cause de leur extrême ténuité. Il nous a fallu recourir au
violet de gentiane qui colore vivement et grossit les spirilles pour voir ces
spirochètes que le Giemsa ne teignait pas. Les 5 argas chez lesquels des
examens répétés ne nous ont pas permis de déceler de spirilles ont été placés
à l’étuve à 370 pendant 60 heures. Trois d’entre eux, très petits, se sont des¬
séchés et sont morts. Chez les 2 autres nous trouvons des spirilles très fins
et rares.
Ainsi donc, dans 90 % des cas, on trouve des spirilles libres
dans le liquide cœlomique des Argas conservés à 28°. Il a suffi
d’un séjour assez court à l’étuve à 37 0 pour en faire apparaître
chez ceux qui n’en semblaient pas avoir. La plupart des parasi¬
tes rencontrés sont tellement grêles que nous avons eu quelque
peine à les mettre en évidence. Ils ne sont pas colorés par le
Giemsa et il faut la surcharge que leur donne une couleur brutale
comme le violet de gentiane pour qu’ils deviennent perceptibles.
Nous nous demandons même s’il ne s’en trouve pas de plus
minces encore qui cesseraient^ d’être visibles, quelques-uns de
ceux cpie nous trouvons étant déjà à la limite de la visibilité.
Pour le savoir nous choisissons parmi des Argas conservés à la
température du laboratoire un certain nombre de ces animaux
chez lesquels aucun spirille n’a été trouvé et nous les nourrissons
sur une poule saine. Quelques heures plus tard, nous trouvons
dans la cavité cœlomique des spirilles fins.
Exp. II. — 12 argas, conservés au laboratoire, depuis le 10 novembre, ont
fait leur dernier repas le 15 octobre sur poule saine, infectée après la piqûre.
Examinés le 30 janvier 1912, aucun ne présente de spirilles dans la cavité
générale. Ils sont nourris ce jour-là sur poule immunisée par une atteinte
antérieure ; le lendemain, 6, à l’examen, ils sont trouvés porteurs de spirilles
fins très rares.
S’il faut attribuer à l’alimentation des Argas la propriété de
— 65
rendre apparents des spirilles invisibles en provoquant un épais¬
sissement de ees microorganismes, nous devons pouvoir faire
croître l’épaisseur des spirilles fins en faisant piquer les Argas
qui en sont porteurs. C’est précisément ce que nous permet de
vérifier l’expérience suivante:
Exp. III. — 4 des argas ayant servi à la première expérience. (I prove¬
nant du lot réchauffé à 370 ; II, III, IV, étant restés à la température de
28°, et choisis parmi ceux qui n’avaient présenté que des spirilles rares et
grêles sont mis à piquer sur un paddah neuf.
Argas I : avant la piqûre, sp. rares et fins ;
aussitôt après le repas, mêmes constatations ;
après 10 minutes, spirilles plus épais, assez nombreux ;
après 15 heures, mêmes constatations.
Argas II : avant piqûre, sp. fins et rares ;
5 min. après piqûre, sp. plus nombreux, plus épais ;
15 min. après piqûre : à côté de sp. normaux, de très nom¬
breux sp. fins en amas ;
15 heures, très nombreux sp. normaux.
Argas III : avant piqûre, sp. fins et rares ;
20 min. après, plusieurs sp. normaux, nombreux petits ;
15 heures après, plusieurs sp. normaux, nombreux petits.
Argas IV : résultats identiques à ceux observés chez argas II.
Nous voyons donc se produire un phénomène d’engraissement
des spirochètes, pour ainsi dire, sous l’influence des matières ali¬
mentaires absorbées par les Argas et diffusées du tube digestif
dans la cavité générale. Ce phénomène se passe très vite puisque
au bout de 5, 10 minutes, il est déjà perceptible et qu’il semble
à son maximum au bout de 20 minutes. Il s’agit, en ce cas, d’ab¬
sorption rapide de certaines substances traversant facilement la
membrane d’enveloppe des spirochètes qui peuvent primitive¬
ment être si fins qu’ils demeurent invisibles.
Tous nos acariens ont été nourris sur des animaux sains; il ne
peut donc être question ici de passage au travers de la paroi intes¬
tinale de spirilles absorbés avec le sang, comme dans le cas d’Hix-
dle, qui a toujours opéré avec des poules malades. Comme lui,
d’ailleurs, nous avons vérifié que les spirilles ingérés traversent
rapidement la paroi intestinale des Argas.
*
* *
Ces spirilles fins que nous trouvons dans la cavité cœlomique
des Argas et jamais dans le sang de poule, ne sont-ils pas des
formes de dégénérescence, des organismes en voie de disparition,
de destruction spontanée ? Sont-ils encore aptes à transmettre
— 66 —
l’infection? Il n’était pas possible d’inoculer des animaux avec
aussi peu de matériel septique que peut en fournir la saignée d’un
Argas. Des expériences que nous relaterons ailleurs, nous ont
montré que de pareilles injections resteraient inoffensives. Nous
avons employé un procédé plus sensible que l’inoculation aux
animaux et qui est l’infection des œufs en incubation d’après
la méthode de Borrel et Levaditi (i).
Exp. IV. — 4 œufs de poule fécondés sont mis à la couveuse et au 5e jour
de leur incubation, sont inoculés avec une goutte de liquide cœlomique dans
lequel des examens minutieux n’ont permis de découvrir que de fins spiril¬
les. Les argas qui ont fourni ce liquide provenaient du lot gardé à 28° et
dont il est question dans l’exp. I. »
Le ier œuf est examiné le 4e jour, g® de l’incubation. Des examens ré¬
pétés ne permettent pas de voir le moindre spirille.
Le 2e œuf est examiné le 6e jour, 11e de l’incubation. Aucun spirille.
Le 3e œuf est ouvert au 13e jour, 18e de l’incubation. L’embryon, de 10 à
12 jours, est mort et macéré. Il renferme de nombreux spirilles normaux.
Le 4e œuf est ouvert le 23e jour, 28e de l’incubation. L’embryon, de même
taille que le précédent, est mort et macéré. Comme le 3e, il contient de nom¬
breux spirilles normaux.
Les spirilles grêles ne sont donc pas des formes de dégénéres¬
cence. Ils ont provoqué une infection à spirilles normaux chez
deux embryons sur quatre. Peut-être même nos examens n’au¬
raient-ils pas été infructueux sur les deux autres, s’ils avaient été
pratiqués plus tardivement.
*
* *
Si ces spirochètes grêles infectent des œufs par inoculation di¬
recte, les Argas qui les renferment sont sans doute aptes à trans¬
mettre la spirillose aux animaux par piqûre. Mais on ne devait
pas en juger a priori. Il était important de nous en assurer direc¬
tement.
Exp. V. — C’est encore le lot d’argas conservés à 28°, de l’exp. 1, qui
nous sert. 22 d’entre eux, qui ont fait un repas sur poule saine, il y a
57 jours, sont soigneusement examinés ; ils sont tous porteurs de spirilles
fins. On les fait piquer sur quatre paddahs. Le paddah 1 est piqué par un
seul argas. Le paddah 2, par 2. Le paddah 3 par 4. — Le paddah 4, par
15. — Aucun des acariens n’émet de liquide coxal sur le paddali.
Douze jours après la piqûre, les oiseaux sont en excellent état de santés
Examinés chaque jour, ils n’ont montré aucun spirille dans le sang.
Les spirochètes grêles ne semblent donc pas passer facilement
(1) Levaditi, La spirillose des embryons de poulets, An. Insk Past., 1906,
P- 925-
- 67 —
de l’Argas à l’animal qu’il pique, puisque 15 de ces acariens, nour¬
ris sur un petit oiseau sensible comme le paddah ne l’ont pas in¬
fecté. Nous faisons remarquer dans l’exposé de notre expérience,
qu’aucun Argas n’a émis de liquide coxal sur le paddah. Or,
Leishman et Hindle attachent une grande importance à ce fait. Ils
admettent que la spirillose est transmise par infection de la piqûre
avec le liquide coxal et les excréments des Argas. Aussi, dans
nos expériences, veillons-nous soigneusement à éviter l’émission
de liquide coxal, pour vérifier l’ hypothèse des deux savants an¬
glais.
Nos paddahs n’ayant pas été infectés apparemment, il conve¬
nait de s’assurer qu’ils ne l’avaient pas été d’une façon latente.
Nous savons que dans certains cas le passage des spirilles dans
la circulation est si bref et leur nombre est si faible, que les para¬
sites peuvent passer inaperçus. Dans ce cas, l’animal infecté a
l’immunité. Nous avons voulu voir si nos paddahs étaient dans
ce cas.
Exp. VI. — 12 jours après la piqûre les 4 paddahs reçoivent, en injection
intramusculaire, une faible dose de sang très virulent. Tous présentent des
spirilles dans le sang le 2e jour après l’inoculation. Les 2 premiers sont
morts en même temps que le témoin au bout de 60 heures. Le 3e meurt le
6e jour. Le 4e ne meurt pas, il fait sa crise le 6e jour ; il est toujours en
mauvais état, mais encore vivant.
Nos paddahs n’étaient donc, pas immunisés puisque tous ont
pris la spirillose par injection de sang. Celui qui a guéri ne peut
même pas être considéré comme ayant eu une immunité relative,
car on observe parfois la guérison de paddahs spirillés.
Il était intéressant de savoir si le pouvoir infectieux des Argas
montait au fur et à mesure de nouvelles ingestions de sang nor¬
mal, comme le volume des spirilles contenus dans la cavité cœlo¬
mique.
Exp. VIL — Après un jeûne de 15 jours, 4 et 1 des argas ayant servi à
l’exp. V sont mis à piquer sur 2 paddahs. Ils n’ont pas émis de liquide
coxal sur les paddahs. Les deux oiseaux n’étaient pas infectés au bout de
11 jours.
Comme ceux de l’exp. VI, leur immunité est éprouvée par injection de
sang virulent qui tue le témoin en 3 jours. Chacun d’eux présente de rares
spirilles dans le sang le 3e jour, et n’en a plus le 4e. Leur état général n’a
pas cessé d’être excellent.
Ainsi donc, après un premier repas, les Argas, sans émettre
de liquide coxal sur Vanimal piqué, donnent une infection légère,
latente, qui confère une immunité relative.
— 68 —
Poursuivant notre expérience, nous avons fait à nouveau pi¬
quer quelques-uns des Argas employés aux recherches précé¬
dentes.
Exp. VIII. — Deux argas ayant servi aux exp. V et VII, après seulement
8 jours de jeûne, sont mis à piquer sur un paddah neuf. Ils ont été retirés
avant d’avoir émis leur liquide coxal. Après 8 jours d’incubation, des spirilles
rares apparaissent dans le sang du paddah. Ils deviennent très nombreux le
ii® jour et l’animal meurt le 12e jour.
Ainsi se trouvent vérifiées nos prévisions. A mesure que les
Argas se nourrissent et que chez eux les spirilles croissent de vo¬
lume, ils deviennent aptes à transmettre la spirillose.
Il ressort de ces expériences que l’infection par les Argas se
fait suivant un autre mode que celui invoqué par Leishman (i)
pour la transmission de Sp. duttoni par Ornithodorus moubata
et défendu par Hindle pour la transmission de Sp. gallinarum
par Argas persicus. Dans aucun cas nos Argas n’ont émis leur
liquide coxal sur les animaux qu’ils ont piqués, nous y avons
soigneusement veillé. Cependant un certain nombre d’entre eux
ont transmis l’infection.
Conclusions.
i° Après 45 jours de jeûne des Argas conservés à 28° renfer¬
ment des spirilles dans la cavité générale dans go % des cas.
20 Les spirilles rencontrés sont, la plupart du temps, d’une ex¬
trême finesse.
30 Ils sont virulents pour les embryons de poulet.
40 Les Argas qui en renferment ne transmettent pas la spiril¬
lose par piqûre.
5° Un repas non infectant permet la multiplication dans le
liquide cœlomique des spirilles fins et fait apparaître des formes
plus épaisses.
6° Des repas non infectants et successifs rendent aux Argas la
virulence qu’ils avaient perdue par un jeûne prolongé.
7° L’émission de liquide coxal au contact de l’hôte n’est pas
indispensable pour produire l’infection.
(1) Leishman. The mecanism of infection in tick fever and the héréditaire
transmission of Sp. duttoni in the tick. The lancet, t. CLXXVIII janvier
1910, n° 4505. ’
— 69 —
Le premier cas de Pian observé au Pérou
Par E. ESCOMEL.
N. N., de 22 ans, employé, se dirigea vers les forêts du Madré
de Dios et du Tambopata, au mois de juin [910. Au mois de
mai 1911, se trouvant dans la vallée de la Gamitana, il ressentit
pour la première fois des accès fébriles irréguliers, des céphalées,
des douleurs rhumatoïdes et du gonflement des articulations des
membres inférieurs. Il était atteint de la maladie dénommée Cu-
chipe par les naturels du pays.
Ces prodromes durèrent un mois, puis le premier bouton érup¬
tif apparut dans Vaisselle droite. Il resta solitaire pendant plu¬
sieurs semaines, jusqu’à l’apparition de quelques boutons sur les
mollets et la paupière droite.
Voulant sc soigner, il se dirigea vers le Cuzco, et, durant les
18 jours de navigation sur la rivière Tambopata, tous les boutons
disparurent.
Dans les 15 jours suivants où il voyageait dans la Cordillère
des Andes, l’éruption se généralisa à presque tout le corps, ac¬
compagnée de quelques-uns des symptômes généraux susmen¬
tionnés.
Après s’être traité empiriquement, il vint me voir le 10 septem¬
bre 1 9 1 1 , avec 20 boutons en pleine évolution sur plusieurs par¬
ties du corps et 148 cicatrices plus ou moins marquées de bou¬
tons qui étaient entrés en régression.
L’aspect des boutons était le suivant:
Elévations cutanées de 1 à 3 cm. de diamètre, rondes ou ovales, pleines ou
excavées au centre, simulant un bourrelet continu ou interrompu sur une pe¬
tite étendue. Ces élevures étaient couvertes par une croûte impétiginiforme
qui ressemblait à du miel desséché, d’une couleur jaune pâle. Sur quelques
éléments, le centre de la croûte était noirâtre.
En ramollissant les croûtes et les enlevant, elles laissaient apparaître une
surface papillaire multilobulée dont les segments étaient séparés les uns des
autres par des sillons profonds avec cet aspect caractéristique de la figue ou
de la framboise.
Peu de temps après avoir extrait la croûte, il se sécrétait un liquide gom¬
meux, filant qui se coagulait rapidement et formait une nouvelle croûte.
Examen microscopique.
Cet examen fait avec le produit de râclage des papules et suivant les pro-
6
— 70 —
cédés de coloration de Giemsa et Klaüsner me permit de trouver sur tou¬
tes les préparations un tréponème de 6 à 20 p. de longueur avec des ou-
dulations plus larges que celles du tréponème de la syphilis ; les extrémités
étaient arrondies et plus fortement incurvées en u ou en v ; ce tréponème
n’était autre que le T. pallidula de Castellani, avec ses caractères typiques.
L’exposition précédente et le fait d’avoir vu ailleurs des cas de
Pian me rendit très facile le diagnostic de Framboesia, Yaus,
Pian ou Cuchipe des naturels des forets péruviennes. Le traite¬
ment lui-même vint confirmer le diagnostic.
Traitement.
Depuis le 10 septembre, le malade prend de l’iodure de potas¬
sium avec des intervalles de repos et il applique de la pommade
à l’arrhénal, d’après la méthode du docteur Coullaud, de Ca¬
sablanca, sur les éléments éruptifs.
Deux mois après ce traitement, l’état général du malade s’est
beaucoup amélioré; il a engraissé et a repris des couleurs. Tous
les symptômes fébriles ont disparu, de même que les boutons de
pian, sauf deux; l’un qui siège sur les narines, et l’autre au cou,
là où le faux col frotte continuellement.
Sur le premier la pommade à l’arrhénal ne peut pas être appli¬
quée en frictions assez fortes ; en dessous du second on trouve
du pus infiltré avec des staphylocoques pyogènes dorés.
La réussite de la pommlade presque partout prouve l’efficacité
du traitement local et le bouton du cou montre l’influence du frot¬
tement du faux col et de l’inoculation d’un autre microbe pour
s’opposer à la guérison rapide.
Avec une cautérisation profonde au galvano, tout a disparu et
le malade n’a plus trace du mal dont il a souffert.
( Arequipa , le 6 janvier içi2.)
Planche V
E. Escomel
1
-4
. • * • ■ '*
.
-
Some blood parasites
(Hæmoproteus and Hæmogregarina)
By S. T. DARLING.
I. — Haemoproteus danilewski in the Turkey Buzzard.
This parasite was formel in several specimens of the redheaded
turkey buzzard, Cathartes aura, while several specimens of Ca-
tharista atratus, which is much more commonly seen here, were
examinée! for it in vain.
Most of the forms seen were full size gamétocytes. Very few
younger forms were detected and these were one-fourth and one-
half grown. No segmenting forms were seen.
The female gamétocytes stain deeply and the melanin is black
and scattered. The cytoplasm stains a deep blue and contains
small globular acromatic bodies. The chromatin of the nucléus,
when stained by Giemsa’s stain, appears as one round mass
about 2 microns in diameter.
The male gamétocytes stain feebly, the chromatin of its nucléus
is very slightly visible, and its pigment bas a tendency to be col-
lected discretely in each pôle.
The nucléus of the invadecl red blood cell is very slightly dis-
located, does not appear to be dehaemoglobinized but stains like
a non-infected red cell.
When counted it was seen that there were twice as many fe¬
male as male gamétocytes.
This bird is infestecl with the following parasites:
A Hippoboscid fly Olfersia (?)
Colpocephalum kelloggi, Osborn.
Menopon alterna tum, Osborn.
Pterolichus delibator, Rob.
Amblyoma sp.
The Sergents (i) hâve shown that for the pigeon a Hippobos¬
cid fly Lynchia maura Bigot, 1885, is also a host.
I dissected several specimens of the Hippoboscid fly from tur¬
key blizzards without detecting any évidences of Haemoproteus,
(1) Sergent Ed. et Etien., C. R. Soc. Biologie, 24 nov. 1906.
II. — Haemogregarine of Mus norvcgicus.
This haemogregarine resembles morphologically H. mûris
Balf. and Hepatozoon perniciosum Miller, lt has been found
in several specimens of M. norvégiens taken in the City of Pa¬
nama.
The parasites were seen in mononuclear leucocytes in the peri-
pheral blood, spleen, liver and bone marrow and présent no dif¬
férences from those described by Miller in white rats in Was¬
hington, D. C. The grey rats were infected with Lelaps echidni-
nus as well as Onithodoros talaje larvae, Amblyomma, sp.,
Xcnopsylla cheopis, Liponyssurs and Anthocoridae sp.
III. — Haemogregarine of Iguana tuberculata.
This parasite was not often found and was only sparsely scat-
tered through the blood stream. Forms of several âges were seen
in the peripheral blood at the same time (i). The larger forms oc-
cupied a portion of a red blood cell which sometimes appeared
shrunken and pointecl but was not dehaemoglobinized. The smal-
ler forms are ovoid and irregular in outline with achromatic cen¬
tral portions. The larger parasites are curved around the nucléus
of the red blood cell. No pigment and no vacuoles were detected.
The chromatin mass in the largest forms is placed in the center
of the parasite, differing in this respect from many haemogrega-
rines.
Most of the iguanas taken were found to be infested with Am¬
blyomma dissimile near the dewlaps and around the internai as¬
pect of the thighs, near the vent. .Several nymphs and one young
female were dissected and examined for haemogregarines, but no
positive évidences of a developmental cycle were detected.
IV. — Other Haemogregarines of the Reptiles.
Haemogregarines were found in the following snakes.
Epicrates cencris. — Every one of three specimens of this snake
contained numerous haemogregarines. They were found in adult
specimens and in the very young.
Boa imperator.
(i) L’hémogrégarine de I. tuberculata a été décrite par A. Laveran et
Nattan-Larrier sous le nom de H. iguanae (Soc. de Biologie, 20 jan¬
vier 1912).
— 73 —
Leptoderia albofusca. A few haemogregarines of two âges
were seen, a small round form and a larger crescentic form. The
snake was taken alive and placed in a large glass jar, when it
was noticed that a tiek resembling Amblyomma was attached
to the skin* of the baek. The following morning the tick was miss-
ing and it is believed must hâve been eaten oy the snake as it
c'ould not hâve escaped from the jar. This suggests the possibi-
lity. of a mode of infection analogous to that of Hepatosoon per-
niciosum, Miller.
V. — Haemogregarine of Bufo marinus.
s This haemogregarine was found in varying numbers in Bufo
marinus, the large comrnon toad of this région. Eight specimens
were examined in March, 1909, and five contained haemogrega¬
rines as well as unsheathed filaria embryos. The parasites were
numerous and were of different sizes, though the larger forms
were more commonly seen. The nucléus of the red cell is disloea-
tecl in the larger forms, but the cell is not dehaemoglobinized. A
few refractile granules are seen in each end of the larger forms.
The larger forms are enclosed within a refractile capsule or
sheath. A number of large free forms were seen in those toads
whose blood showed a heavv infection with large forms. No dou-
bly infectecl cells were seen.
These toads were infested with ticks, Amblyomma varium, ma¬
les and distended females. In sections of the ticks the females con-
tain myriads of sheathed filaria, considerablv larger than em¬
bryos found in the peripheral blood of the toads and stronglv
indicating that A. varium acts as an intermediary host for the
filaria of Bufo. In neither males nor females was there any posi¬
tive indications of the sporogony of the haemogregarines.
I wish to thank the following gentlemen for various identi¬
fications: Mr. N. Banks, Mr. W. D. Hunter, I rof. V. L. Kel¬
logg, Mr. A. H. Jennings and Dr. Thos. Barbour.
74 —
r Quelques hématozoaires d'un rapace diurne
(Melierax Gabar)
Par André LEGER et P. HUSNOT.
Dans le sang d’un rapace diurne de la famille des Falconidés,
Melierax Gabar , espèce très voisine du Melierax polyzonus RÛP-
pel, nous avons rencontré plusieurs parasites qui nous paraissent
intéressants à signaler: deux Leucocytozoon, nettement différen¬
ciés par leurs caractères morphologiques ainsi que par la forme
de leur cellule-hôte, deux microfilaires distinctes, et un Hæmo-
proteus.
i° Leucocytozoon. — Ils appartiennent à deux variétés bien
séparées, l’une à prolongements polaires effilés, l’autre sans pro¬
longements. Ils ont été rencontrés chez deux Melierax Gabar;
l’un était parasité uniquement par le Leucocytozoon à prolonge¬
ments polaires, tandis que l’autre présentait une infection double
à éléments effilés très rares. Nous n’avons pu examiner ces para¬
sites à l’état frais; nous les décrirons d’après des préparations
colorées au Giemsa ou au Leishman, qui différencient du reste
très bien leurs formes sexuées.
A. — Leucocytozoon à prolongements polaires. — Les macro-
gamètes sont tous de forme ovalaire, à protoplasma finement va-
cuolaire, coloré en bleu foncé et nettement distinct de celui des
prolongements polaires de la cellule-hôte. Le noyau, à peine visi¬
ble par les méthodes ordinaires de Giemsa ou de Leishman, ap¬
paraît en rose pâle et sous forme d’une bande transversale occih
pant la totalité du parasite dans sa plus grande largeur, sur des
préparations colorées de la façon suivante : immersion pendant
48 heures dans une solution faible de Giemsa (V gouttes pour
10 cm3 d’eau), différenciation à l’alcool absolu, puis surcolora¬
tion au Leishman.
Ce meme procédé nous a permis de déceler dans le protoplasma
des macrogamètes la présence de granulations acidophiles, irrégu¬
lièrement distribuées et de volume variable, que les colorations
simples au Giemsa et au Leishman ne mettaient pas en évidence.
Ces granulations, absolument particulières aux éléments Q , ap-
V —
paraissent également en rouge vif après coloration par l’hémato-
xyline safranine aniliné.
Les macrogamètes mesurent en moyenne 25 u de longueur sur
10 p. de largeur.
Les microgamétocytes sont assez différents d’aspect; ils sont,
en général, plus petits (16 p sur 10 environ), de coloration bleu
lilas excessivement pâle et se différenciant à peine du protoplas¬
ma de la cellule-hôte. Nous n’avons pu, dans nos préparations,
mettre en évidence le noyau, et dans aucun cas nous n’avons
aperçu de granulations acidophiles.
Les cellules-hôtes sont constituées par un protoplasma hyalin,
non granuleux, coloré en bleu très pâle. Chez les éléments Ç , les
extrémités polaires sont toujours effilées sous forme de cornes
aplaties, légèrement ondulantes, alors que ces mêmes prolonge¬
ments sont seulement esquissés dans les microgamétocytes. Le
noyau, de coloration violet foncé, est tantôt central, tantôt rejeté
à la périphérie ; assez rarement il est vésiculeux, coloré en violet
plus clair, et constitué par un amas de granulations chromatiques.
La longueur totale pour l’élément Ç> est d’environ 50 p pour
une largeur de 15 p, les cornes ayant en moyenne 8 à 10 p. Les
éléments çf ont 25 p de long sur 10 p de large.
Les microgamétocytes sont moins nombreux que les macroga¬
mètes (40 pour 100 environ).
A l’examen des frottis de sang, nous avons vu presque unique¬
ment des gamétocytes adultes ; une fois pourtant il nous a été per¬
mis de rencontrer un élément ovoïde, granuleux, offrant tous les
caractères d’un macrogamète à un stade encore jeune de son évo¬
lution.
Notons encore, dans ces mêmes frottis, la présence de petits
corps libres, extrêmement rares, sensiblement arrondis, de 8 à
10 jj. de diamètre, les uns assez fortement colorés en bleu, conte¬
nant des inclusions acidophiles, les autres plus pâles et sans gra¬
nulations. Ces éléments sont comparables aux cellules décrites
par C. Mathis et M. Leger dans les frottis de poumon de la
poule domestique, infectée par Leucocytozoon Sabrazesi, et sem¬
blent pouvoir être assimilés, vu leur réaction vis-à-vis les colo¬
rants, à des éléments sexués tout jeunes et libres dans le sang cir¬
culant.
B. — Leucocytozoon sans 'prolongements polaires. — Les ma¬
cro gamètes de forme irrégulière ont un diamètre de 18 p en
- 76 -
moyenne. Ils se distinguent aisément dans les frottis colorés au
Giemsa ou au Leishman par leur teinte bleu azur. Le protoplasma
est finement vacuolajre. Il n’a pas été possible de mettre en évi¬
dence les granulations acidophiles rencontrées dans le précédent
parasite. Le noyau, généralement excentrique, est constitué par
un amas de fines granulations chromatiques lilas clair; il n’a
jamais été vu de micronucléus.
Les micro gamétocytes, excessivement rares dans les prépara¬
tions de sang périphérique, ont un aspect morphologique identi¬
que, mais possèdent une affinité moins grande pour les colorams
et sont d’un volume moindre, nre mesurant que 14 ^ environ.
Les cellules-hôtes sont irrégulièrement déformées, mais ne pré¬
sentent jamais de cornes analogues à celles du Leucocytozoon
précédent. Le protoplasma homogène est peu abondant et à peine
coloré en gris bleuté. Le noyau, de couleur lilas foncé, très irré¬
gulier dans sa forme, est en général refoulé à la périphérie du
parasite, qu’il encapuchonné, et à travers lequel on peut jiudeue-
fois le voir par transparence.
L’examen des organes (frottis et coupes de moelle osseuse, pou¬
mon, foie, rate et rein), n’a rien montré de particulier.
20 Microfilaires. — Nous avons aussi rencontré chez Melierax
Gabar deux microfilaires différentes, l’une courte et trapue, l’au¬
tre longue et grêle, parasitant séparément deux individus. Dans
aucun cas, nous n’avons trouvé de filaires adultes.
A. — Examinée à l’état frais, cette microfilaire présente, après
s’être repliée sur elle-même, de brusques mouvements de détente
en ressort pour se placer dans la position rectiligne, sans toute¬
fois sortir du champ du microscope. Elle est dépourvue de gaine.
Après fixation à l’alcool absolu et coloration à l’hématéine-
éosine et au Giemsa, l’embryon arrondi à son extrémité céphali¬
que s’atténue progressivement pour se terminer en pointe effi¬
lée. Le corps, court et trapu, mesure 80 pi de long sur 4 u 5 à sa
partie moyenne. Les noyaux cellulaires, distincts les uns des au¬
tres, se disposent en colonnes tout le long du corps, laissant par
places des espaces clairs, en général au nombre de trois, une
tache céphalique constante, une autre irrégulière au tiers antérieur
de l’embryon et la troisième à l’union du tiers moyen et du tiers
postérieur. La cuticule est nettement striée dans le sens transver¬
sal.
B. — La deuxième variété de microfilaire, extrêmement rare
~ 77 —
dans nos préparations, est longue et mince, mesurant 160 p en
moyenne sur 3^5. Elle est dépourvue de gaine. Son extrémité
antérieure est arrondie, la postérieure étant effilée en pointe. La
colonne cellulaire très dense, montre plusieurs interruptions, dont
les deux principales sont situées, Tune à l’extrémité céphalique,
l’autre un peu en avant de la partie moyenne du corps. On ob¬
serve en outre plusieurs autres petites taches inconstantes et va¬
riables d’un individu à l’autre. La cuticule, colorée en rose, pré¬
sente une fine striation transversale.
30 Hæmoproteus. — Notons, pour terminer, la présence d’un
Hœmoproteus assez rare dans nos préparations. Le parasite, à
l’état jeune, occupe un des côtés de l’hématie; au fur et à mesure
de son évolution, il s’allonge, a tendance à contourner le noyau
du globule rouge, l’entourant parfois presqu’entièrement. Les
grains de pigment sont fins et peu nombreux. L’hématie parasitée
n’est jamais hypertrophiée; son noyau reste toujours central.
(. Laboratoire de Bamako, Haut Sénégal-Niger.)
Nature des cellules-hôtes des Leucocytozoon
Par C. MATHIS et M. LEGER.
Les différents auteurs qui ont étudié les hématozoaires du genre
Leucocytozoon paraissent très divisés sur la nature de l’élément
sanguin parasité. Les uns ont avancé que la cellule-hôte est un
leucocyte mononucléaire, d’autres un érythroblaste, d’autres en¬
core une hématie.
Ces affirmations peuvent toutes être exactes, car tous les obser¬
vateurs n’ont pas eu sous les yeux les mêmes espèces de Leuco¬
cytozoon.
L’examen d’un grand nombre d’oiseaux infectés par des Leu¬
cocytozoon (plus de 500) nous a convaincus (1) que les formes
sanguines de ces hématozoaires parasitent soit des érythroblas-
tes soit des mononucléaires, mais jamais indifféremment l’un ou
l’autre de. ces éléments.
Les Leucocytozoon des Oiseaux du Tonkin (2), que nous avons
(1) M. Leger. Bull. Soc. Path. exot., t. V, 1912, p. 17.
(2) C. Matiiis et M. Leger. Recherches sur la Parasitologie et la Patholo¬
gie humaines et animales du Tonkin, Masson, 1911, pp. 273-318.
— 78 —
étudiés, peuvent, suivant la nature de l’élément sanguin parasité,
se répartir en deux catégories.
Dans la première nous rangeons les hématozoaires dont la
cellule-hôte est pourvue de prolongements fusiformes: L. Keran-
deli de la perdrix, L. Sabrazesi de la poule domestique, L. Si-
mondi de la sarcelle ; dans la seconde, ceux qui sont inclus dans
des éléments arrondis: L. Mesnili de la perdrix, L. Caulleryi de
la poule domestique, L. Marchouxi de la tourterelle, L. Brimonti
du boulboul, L. Martini du paon sauvage, L. Lebœufi du cra-
bier, L. Roubaudi du bengali, L. Dubreuili de la grive, et les
Leucocytozoon du coq de pagode, de la bécasse et du corbeau.
Les caractères morphologiques et de coloration permettent de
rattacher la cellule-hôte fusiforme à un érythroblaste, la cellule-
hôte arrondie à un leucocyte mononucléaire.
Dans le sang des oiseaux, les érythroblastes se présentent com¬
me de petites cellules ovalaires, dépourvues d’hémoglobine, faci¬
lement déformables et à extrémités parfois effilées. On conçoit
sans peine que ces éléments, envahis par les parasites, s’hyper-
trophient et prennent une forme en fuseau. De plus, leur proto¬
plasma ne se colore pas comme celui des hématies. Dans aucun
cas il ne prend la teinte verdâtre que le Giemsa communique assez
souvent au globule rouge ; il se colore en rose ou en lie de vin
clair. Finement granuleux, il se condense parfois autour du Leu¬
cocytozoon formant un liseré rouge dense, et il n’est pas rare de
voir, au niveau de la base des cornes, un amas de grosses granu¬
lations rouges.
Les cellules arrondies envahies par des Leucocytozoon ont un
protoplasma non granuleux, prenant très faiblement la colora¬
tion. La forme de leur noyau, les réactions colorantes de celui-ci
permettent de les considérer comme des leucocytes mononucléai¬
res.
La même espèce d’oiseau peut présenter les deux sortes de Leu¬
cocytozoon, comme nous l’avons établi pour la perdrix (L. Mes¬
nili et L. Kerandeli) et pour la poule domestique (L. Caulleryi
et L. Sabrazesi). L’infection peut même être mixte. Mais la mor¬
phologie et la biologie des deux parasites nous ont permis de les
nettement différencier.
Se basant sur ce fait que les Leucocytozoon du type Neavei
Balfour 1900, arrivés à leur dernier stade de développement et
— 79 —
hors des vaisseaux, prenaient une forme arrondie, Woodcock (i)
a soutenu récemment que les formes de L. Caulleryi ne seraient
que les gamétocytes de L. Sabrazesi libérés de leurs cellules-
hôtes. Les nombreux examens, à l’état frais, du sang de poule,
infectées uniquement soit par L. Caulleryi, soit par L. Sabrazesi,
nous avaient autorisés, en nous appuyant sur les seuls caractères
morphologiques, à considérer les deux parasites comme spécifi¬
quement distincts. L’étude biologique Je ces hématozoaires, dont
l’un apparaît par crises dans la circulation périphérique, et dont
l’autre, au contraire, se maintient sans variations de nombre ap¬
préciables durant plusieurs mois, a confirmé notre façon de voir.
If est certes souvent difficile, sur des préparations mal fixées ou
faites avec du sang sorti depuis quelque temps des vaisseaux, de
préciser exactement la nature de la cellule-hôte. Les cornes des
éléments fusiformes peuvent, en se repliant, entourer le parasite,
qui paraît alors inclus dans un élément arrondi. D’autre part, le
protoplasma des mononucléaires, sous l’action de l’étalement, peut
s’étirer en des sortes de pseudopodes rappelant, mais de très loin,
les prolongements des cellules fusiformes. L’examen du sang à
l’état frais, en chambre humide et sur platine chauffante, permet
toujours de se prononcer sans crainte d’erreur.
*
* *
En prenant un certain nombre d’exemples, il nous sera facile
de montrer que les affirmations différentes formulées par les au¬
teurs sont cependant toutes conformes à la réalité des faits. Ceux
qui ont soutenu la nature leucocytaire de la cellule-hôte avaient
affaire à des hématozoaires logés dans des éléments arrondis.
Ceux qui ont considéré les Leucocytozcon comme des parasites
des érythroblastes ou des hématies observaient des hématozoai¬
res inclus dans des éléments fusiformes.
Danilewsky (2), qui a découvert, de 1884 à 1886, les Leuco-
cytozoon chez divers rapaces nocturnes, les a vus dans des cel¬
lules à cornes. Il considère d’abord celles-ci comme des leucocytes
dégénérés, mais ne tarde pas à reconnaître qu’il s’agit en réa¬
lité d’hématoblastes, éléments générateurs des globules rouges,
en raison des dimensions de la cytocapsule et de la structure du
(1) Woodcock, The Quarterly J. of. Microsc. Sc., 1910, vol. 55, pp. 641-740.
(2) Danilewsky. Ann. Institut Pasteur, 1890, p. 427 ; Centralbl. f. Bakter.
11. Parasitenkunde, 1891, vol. IX, p. 427.
— 8o —
noyau. Plus tard, Sambox (i), étudiant les Leucocytozoon de la
grouse, du faisan commun, de Tetrao urogallus, qui tous para¬
sitent des éléments fusiformes, se rallie à la façon de voir du
savant russe. Wenyon (2), qui a fait une étude remarquable du
Leucocytozoon Neavei de la pintade d’Abyssinie, dont la cellule-
hôte est en fuseau, développe minutieusement tous les arguments
qui doivent la faire considérer comme un érythroblaste. Keysse-
litz et Mayer (3) concluent également que les cellules-hôtes à ex¬
trémités effilées d’un Leucocytozoon de la pintade de l’Afrique
orientale, dont ils ont examiné un grand nombre de formes ieu-
nes, sont des érythroblastes.
Les observateurs, qui ont soutenu que les Leucocytozoon s une
inclus dans des leucocytes mononucléaires, avaient sous les yeux
des cellules-hôtes arrondies.
Sakharoff (4) n’hésite pas à considérer comme parasites des
globules blancs les Leucocytozoon du corbeau, du freux et de la
pie ; il fait remarquer que ces hématozoaires ne prennent jamais
la forme en fuseau qui caractérise la cellule-hôte du Leucocyto¬
zoon du Syrnium aluco. Berestneff (5), dix ans plus tard, re¬
trouve les Leucocytozoon du corbeau et de la pie et conclut, avec
raison, dans le même sens que Sakharoff. Nous-mêmes avons
revu L. Sakharoffi Sambox 1908 dans le sang du corbeau du
Tonkin ; le parasite est toujours logé clans une cellule arrondie.
Laveran et Lucet (6) pensent que le Leucocytozoon du dindon
Meleagris gallopavo domestica est contenu dans un globule blanc.
Woodcoôk indique que la cellule arrondie parasitée par L. frin-
gillinarum est, sans aucun doute, un leucocyte mononucléaire et
toutes les raisons qu’il donne à l’appui de son affirmation sont
entièrement convaincantes. Le cytoplasme est peu coloré ; le noyau
volumineux est excentrique et est constitué par des masses chro¬
matiques se teintant par le Romanowsky plus faiblement que
celles du noyau de l’érythroblaste.
En outre des Leucocytozoon qui envahissent soit des érythro¬
blastes, soit des mononucléaires, Laveran (7) a signalé des espèces
(1) Sambon. J. of trop. Med., 1908, p. 328 et 1909, p. 79.
(2) Wenyon, jd Report of the Wellcome Researche Labor., Khartoum,
1908.
(3) Keysselitz et Mayer, Arch. f. Protistenkunde, 1909, t. XVI, p. 237.
(4) Sakharoff. Ann. Institut Pasteur, 1893, p. 801.
. (5) Berestneff, Arch. f. Protistenkunde, 1904, vol. III, p. 376.
(6) Laveran et Lucet. C. R. Acad. Sciences, 1905, vol. CXLI, p. 673.
(7) Laveran. C. R. Soc. Biologie, 1902, t. LIV, p. 1121.
— Si
parasitant les globules rouges, dont l’une est pourvue de gra¬
nulations pigmentaires; c’est le Leucocytozoon majoris de la
mésange charbonnière. Le pigment mélanique serait un indice de
la présence d’hémoglobine dans le protoplasma de la cellule-
hôte.
A cette espèce pigmentée, découverte par Laveran, en 1902,
il est possible que viennent s’en ajouter d’autres. C. França (i)
a soutenu récemment que les Leucocytozoon de l’épervier Accipi-
ter nisus et de la bécasse Scolopax rusticola infectent des héma¬
ties. L’absence de pigment semble plaider contre cette façon de
voir du protozoologiste portugais, mais ne saurait suffire à la reje¬
ter définitivement.
La ligne de démarcation entre les érythroblastes et les hématies
du sang des oiseaux, éléments tous deux nueléés, est en effet dif¬
ficile à préciser, et on sait que les globules rouges, sous l’action
de certains parasites, ont tendance à s’étirer et à s’allonger. Ainsi
Laveran et Salimbeni (2), ont vu l’hémogrégarine d’un Saurien
du Brésil, Tupinambis teguixin, logée parfois dans une hématie
étirée aux extrémités et mesurant 35 p au lieu de 15 ou 16 p. De
même, Wenyon (3) a constaté chez un cobra africain, parasité
par un hématozoaire pigmenté Hœmocystidium najœ, des héma¬
ties infectées à extrémités effilées ressemblant aux éléments fusi¬
formes de L. Neavei.
*
* *
Ainsi, tous les Leucocytozoon n'ont pas la même cellule-hôte
dans le sang. Certaines espèces ont une affinité élective pour les
leucocytes mononucléaires, d’autres pour les érythroblastes, d’au¬
tres encore pour les globules rouges. Le Leucocytozoon Legeri
du Scolopax rusticola constituerait une exception, s’il était établi
qu’il s’agit du même parasite que celui de la bécasse du Tonkin.
Convient-il de distinguer deux grandes catégories de Leucocy¬
tozoon, suivant la nature de la cellule-hôte parasitée? Ce serait,
à notre avis, prématuré. Nous ne sommes actuellement fixés que
sur la nature des éléments sanguins parasités par les formes se¬
xuées des Leucocytozoon, et il y aurait lieu de rechercher si,
(1) C. França. Bull. Soc. Path. exotique, 1912, t. V, p. 17.
(2) Laveran et Salimbeni. C. Ri Acad. Sciences, 1909, t. CXLVIII,
p. 132.
(3) Wenyon. jd Report of the Wellcome Research Labor. Khartoum, 1098,
p. 152.
— 82
dans les organes, certaines formes de leur cycle évolutif n’enva¬
hissent pas d’autres éléments que ceux du sang normal.
Contribution à l’étude des Leucocytozoon
des Oiseaux du Portugal
Par Carlos FRANÇA.
*
Dans une note précédente, nous avons décrit les Leucocyto¬
zoon de Scolopax rusticola, de Garrulus glandarius et de Falco
nisus. Dans cette note nous décrirons les Leucocytozoon de Parus
major et P. coeruleus et celui de Emberiza cirlus.
En parcourant la liste des espèces de Leucocytozoon trouvés
dans les différents oiseaux on remarque que ces parasites sont
très rares ou n’existent même pas dans certaines familles, tandis
que, dans d’autres, ils sont très fréquents.
Les familles dont les espèces sont le plus souvent infectées par
des Leucocytozoon sont les familles Bubonidæ, Falconidæ, Cor-
vidæ et Fringillidæ.
Chez les Oiseaux du Portugal, nous voyons cette prédilection
des Leucocytozoon pour les représentants de ces familles. Ainsi,
presque tous les exemplaires de Athene noctua du Portugal sont
infectés par L. danilewskyi ; dans notre note précédente, nous
avons mentionné la présence de Leucocytozoon chez une espèce
de la famille des Falconidæ et chez une autre des Corvidœ.
Chez les Fringillidæ, nous avons trouvé des Leucocytozoon
dans les espèces suivantes: Chloris chloris, Emberiza cirlus et
Fringilla cœlebs. Ce dernier a été déjà décrit par Woodcock,
sous le nom de L. fringillarum, les autres espèces n’ont pas encore
été décrites.
Malgré la constance de la structure des gamètes, spécialement
des macrogamètes, dans les différents exemplaires d’une espèce,
il est très difficile, dans la plupart des cas, de faire une rigoureuse
détermination spécifique de ces parasites.
Cependant, en tenant compte de la morphologie et de la struc¬
ture des gamètes, des caractères de la cellule-hôte et de son noyau,
on arrive à distinguer les différentes espèces de Leucocytozoon .
— 83 —
D’après l’étude que nous avons faite des Leucocytozoon, nous
sommes convaincu qu’il y a des espèces qui parasitent les glo¬
bules rouges et d’autres qui habitent les leucocytes. Pour déter¬
miner la nature de la cellule-hôte, il faut exarniner les globules
envahis par les formes jeunes du parasite parce que les Leucocy¬
tozoon altèrent de bonne heure et profondément la cellule-hôte.
Comme les formes les plus jeunes des Leucocytozoon sont très
rarement observées, il est presque impossible, dans un grand
nombre de cas, d’avoir une opinion sur la nature de la cellule
hôte.
Les espèces de Leucocytozoon décrites jusqu’à présent se grou¬
pent en deux types principaux: les uns sont elliptiques et occu¬
pent une cellule fusiforme dont les deux extrémités sont souvent
très longues et effilées, d’autres, au contraire, n’offrent jamais
cette disposition. Les Leucocytozoon habitant des cellules fusifor¬
mes semblent prédominer dans certaines familles ( Bulonidæ , Fal-
conidœ et Anatidœ ) (i).
D’après ce que nous avons pu voir, ce n’est pas la forme de la
cellule-hôte qui détermine la configuration du parasite, mais bien
la forme de celui-ci qui cause celle de la cellule-hôte.
On peut bien se convaincre de ce fait quand on a la chance de
trouver les formes les plus jeunes du parasite. On voit alors les
formes jeunes, vermiculaires, occupant des globules n’ayant pas
les extrémités effilées. Les extrémités s’effilent plus tard, pendant
le développement du Leucocytozoon. On observe très bien cela
chez L. lovati dans les figures du travail de Fantham, chez L. au-
dieri Laveran et Nattan-Larrier, et chez le Leucocytozoon que
nous avons décrit chez Accipiter nisus.
Malgré de nombreuses recherches nous n’avons pu voir aucun
phénomènes de schizogonie, ce qui s’explique par la rapidité du
processus, mise en évidence par Fantham.
Dans cette note nous décrivons les Leucocytozoon de Parus
major et de P. coeruleus et celui de Em beriza cirlus.
Leucocytozoon des Mésanges (Parus).
De toutes les espèces de Leucocytozoon décrites jusqu’à pré-
(i) En Portugal nous avons trouvé des Leucocytozoon fusiformes seule¬
ment chez des espèces de ces familles (Athene noctua, Accipiter nisiis, hnas
boscas et Anser férus). L’espèce de Anas boscus est identique à L. simondi
Mathis et Leger, de Querquedula crecca du Tonkin. L’espèce de Anser férus
•est différente, nous la décrirons bientôt.
- 84 -
sent, une seule, le L. majoris trouvée en 1902, chez Parus major
par Laveran, est pourvue de pigment. Cette curieuse exception
donne un certain intérêt à l’étude de ce parasite. Dans un travail
récent, Cardamatis, d’Athènes, mentionne et figure aussi la pré¬
sence de pigment chez quelques formes de Leucocytozoon ; mais
comme cet auteur, dans son travail, décrit évidemment plus d’une
espèce sous le nom de L. ziemanni, nous ne savons à quelle espèce
appartiennent les formes pigmentées. D’après leur morphologie,
ces formes ne doivent pas appartenir au Leucocytozoon de Athcne
noctua, espèce chez laquelle nous n’avons jamais vu de pigment
et à laquelle convient le nom de L. danilewskyi Ziemann, 1898,
synonyme de L. ziemanni Laveran. Peut-être s’agit-il du Leuco¬
cytozoon que Cardamatis a découvert chez Oriolus galbula.
Ayant vérifié que les Mésanges du Portugal sont infectées dans
un grand pourcentage par des Leucocytozoon, nous avons cru
intéressant d’étudier ces hématozoaires.
Nos recherches faites pendant les mois de décembre et de jan¬
vier à Collares nous ont montré le grand nombre de Mésanges
infectées.
Examinées Infectées
Parus major 15 10
Parus coeruleus 7 5
Le parasite qui infecte ces deux espèces de Mésanges semble
appartenir à une même espèce, à celle que Laveran a décrite sous
le nom de L. majoris. Grande fut cependant notre surprise en
ne trouvant pas de pigment chez les Leucocytozoon de quatorze
des Oiseaux examinés; nous avons été ainsi conduit à supposer
qu’il y avait des variétés non pigmentées de L. majoris.
Cette hypothèse a reçu sa confirmation par l’étude du Leuco¬
cytozoon d’une dernière Mésange, d’un Parus coeruleus, chez
lequel on trouvait quelques formes nettement pigmentées (1).
En Portugal on trouve donc le L. majoris Laveran typique,
mais la plupart des Mésanges sont infectées par un parasite non
pigmenté.
L’infection des Mésanges, habituellement très modérée, est
parfois intense. La rate des oiseaux infectés est hypertrophiée.
Dans les préparations du sang on voit des macrogamètes, des
microgamétocytes et, chez quelques exemplaires, des formes
jeunes.
Les formes adultes sont habituellement arrondies, quelques-
— 85 —
unes sont légèrement allongées. Le cytoplasme clés globules pa¬
rasités par les formes adultes disparaît presque complètement.
Les macrogamètes sont arrondis ou allongés, ils mesurent en¬
viron 12 p de long sur 9 u. de large. Par la méthode de Giemsa,
le protoplasme prend une teinte lilas. Quelques exemplaires ont
de petites granulations cytoplasmiques rouges.
Le noyau, très riche en chromatine, et à contours très nets, est
volumineux et le plus souvent allongé (4,8 p x 2,2 tu). Chez quel¬
ques exemplaires il a un karyosome arrondi. C’est dans les frottis
des organes qu’on peut le mieux étudier l’appareil nucléaire.
Dans les frottis du poumon, on observe souvent une disposition
rappelant le dualisme nucléaire qu’on observe dans les macroga¬
mètes de L. danilewskyi.
Les microgamétocytes sont d’ordinaire arrondis, ayant 10,5 y de
diamètre. Leur protoplasme se teinte en lilas si pâle que. le para¬
site reste presque incolore; la périphérie a une nuance un peu
plus foncée.
Le cytoplasme est dépourvu des granulations rouges qu’on
trouve dans les macrogamètes.
Le noyau des microgamétocytes est petit, allongé et se colore
en rouge vif.
Les formes jeunes sont sphériques, elles ont un noyau volumi¬
neux, losangique et ne possèdent pas de granulations.
Le parasite jeune creuse dans le noyau de la cellule-hôte une
dépression où il se loge.
Nous ne pouvons pas nous prononcer sur la nature de la cellule-
hôte de cet hématozoaire parce que. nous n’avons pu voir les
formes les plus jeunes du parasite.
Leucccytozoon de Emberiza cirlus L,
Les Emberiza cirlus sont souvent infectés par un Leucocyto-
zoon qui, par les caractères du cytoplasme des macrogamètes,
est facile à distinguer des autres espèces que nous avons étu¬
diées.
Nous l’avons trouvé 4 fois sur 9 oiseaux examinés pendant le?
mois de décembre et de janvier.
Macrogamètes. — Dans le sang circulant 011 voit quelques
exemplaires arrondis, mais la plupart des exemplaires ont une
forme quadrangulaire, losangique, ou tout-à-fait irrégulière. Ils
mesurent en règle générale 10,5 à 16,5 ^ de long sur 7,5 à 10,5 u
de large.
7
- 86 —
Le cytoplasme se colore par le Giemsa en violet bleuâtre foncé
et il présente toujours un certain nombre de vacuoles. Nous avons
vérifié chez tous les exemplaires cette structure vacuolaire.
Le noyau est d’ordinaire peu visible, contrairement à celui du
Leucocytozoon des Mésanges, excentrique et de forme triangu¬
laire ou elliptique.
Le noyau de la cellule-hôte entoure environ la moitié du con¬
tour du: parasite. Le cytoplasme de la cellule-hôte est d’ordinaire
invisible, mais, quand il est présent, il se colore en rose pâle.
Comme il arrive avec d’autres Leucocytozoonl la structure nu¬
cléaire est bien visible surtout dans les formes qu’on trouve dans
les frottis de la rate, où elles sont extrêmement abondantes. Le
noyau de ces formes est constitué par de nombreuses petites gra¬
nulations et une granulation volumineuse très nette à la péri¬
phérie du noyau.
Cette granulation sphérique se colore comme les autres granu¬
lations de chromatine du noyau et ne présente donc pas les carac¬
tères du blépharoplaste qu’on observe si souvent chez d’autres
Leucocytozoon.
Les microgamétocytes ont une forme arrondie et se colorent en
bleu très pâle. Ils ne possèdent pas le cytoplasme vacuolisé qu’on
observe constamment chez les macrogamètes. Le noyau est diffus
et à contours mal définis.
Les formes jeunes sont elliptiques, à noyau central et très appa¬
rent et elles sont entourées par le noyau de la cellule-hôte. Nous
croyons que ce Leucocytozoon parasite des globules rouges, ce¬
pendant nous n’avons pas encore les éléments suffisants pour
juger d’une façon définitive cette question.
Nous nommerons cette espèce L. Camhournaci en hommage au
docteur D. Cambournac, qui nous a, à plusieurs reprises, fourni
des éléments pour nos investigations.
( Travail du Laboratoire du Muséum Bocage,
Ecole Polytechnique de Lisbonne.)
— 87 -
A' ' - ■
Piroplasmoses des bovidés en Grèce
Par Jean P. CARDAMATIS.
Pour les piroplasmoses de nos bovidés, j’ai examiné en tout
627 boeufs provenant de diverses localités: 569 animaux venus de
Grèce; 58 animaux venus de l’étranger.
J’ai examiné les animaux ci-dessus pendant la période du
Ier décembre 1910 jusqu’au ier décembre 1911.
Sur le nombre total des bœufs de notre pays (569), étaient in¬
fectés 1 1 5, soit 20,02 %.
Le pourcentage d’infection, eu égard aux saisons, est le sui¬
vant :
Infections par mois:
— 88 —
En ce qui concerne l’infection par espèce de piroplasmes, on a:
60 Piropl. parvum, proportion 68, 18 °/0 ;
8 Piropl. bigeminum, » 2,09 °/Q ;
20 Piropl. mutons, » 22,72 °/Q ;
27 infections mixtes.
US-
Pour les infections mixtes, j’ai trouvé:
20 bœufs qui montraient les Piroplasma parvum et bigemi¬
num ;
7 bœufs qui montraient le Piropl. mutons avec Anaplasma
Theileri.
Conclusions.
Des tableaux ci-dessus, il ressort eue:
y jl
a) Les bovidés de notre pays sont infectés de piroplasmoses
pendant toute l’année;
b) C’est au printemps et en été, surtout pendant les mois de
mai et juin, que l’on observe la majorité des cas;
c ) Le Theileria parvum est l’espèce dominante.
Leishmaniose du chien en Grèce
Par Jean P. CARDAMATIS.
Pour la leishmaniose de nos chiens, j’ai examiné en tout
530 animaux, du Ier décembre 1910 au Ier décembre 1911.
Sur les 530 chiens, Si étaient infectés, soit 75 %.
Les 81 infections sont ainsi réparties par saison.
-89-
La répartition par mois est la suivante :
Conclusions.
Des tableaux ci-dessus, il ressort que :
a) Nos chiens sont infectés de Leishmaniose pendant toute l’an¬
née.
b) La plupart des cas ont été observés surtout aux mois de juin
■et de juillet, saison de multiplication des puces, et secondaire¬
ment au mois de mai et d’août.
Sur la fréquence de la leishmaniose canine
à Alger et ses variations saisonnières
Par G. SENE VET.
En 1910, Ch. Nicolle, étudiant à Tunis le Kala-Azar infantile,
fut amené à rechercher si une infection semblable n’existait pas
chez le chien, et constata en effet une leishmaniose canine, avec
la fréquence de quatre cas positifs sur 222 chiens examinés ; soit
1,8 %.
Au mois d’octobre de la même année, Edmond et Etienne Ser¬
vent, qui avaient repris la même question à Alger, annoncent
-r 9° —
qu’ils ont trouvé dans cette ville un pourcentage un peu plus
élevé: neuf chiens infectés sur 125 examinés, soit 7,2 %.
Ch. Nicolle, en janvier 1911, émit l’hypothèse que la diffé¬
rence entre les deux pourcentages venait sans doute de ce que les
examens avaient été faits en des saisons différentes: au printemps
à Tunis,* en été à Alger; d’où la fréquence plus grande rencon¬
trée dans cette dernière ville. Nous avons voulu vérifier cette hy¬
pothèse sur les conseils et sous la direction de MM. Edmond et
Etienne Sergent.
A cet effet, nous avons recherché la leishmaniose chez les
chiens abattus à la fourrière d’Alger. Pour chaque chien, nous
fîmes deux frottis, Pun de rate, l’autre de moëlle osseuse, colorés
au Giemsa. Le total des chiens examinés est de 231, que l’on peut
décomposer ainsi :
i° Période de printemps, du Ier avril au 15 juin 1911;
186 chiens.
20 Période d'été, du 22 juin au Ier août 1911 : 45 chiens.
Pendant la première, période, nous avons trouvé 3 résultats po¬
sitifs sur 186 chiens, soit 1,6 %. Pendant celle d’été, au contraire,
il y eut 4 chiens infectés sur 45 examinés, soit une proportion de
8,8 %.
Ces deux pourcentages sont sensiblement comparables à ceux
de Nicolle et Sergent, et, comme ils ont été tous pratiqués dans
la même ville d’Alger, ils justifient pleinement l’hypothèse de
Nicolle sur l’influence exercée par la saison.
Nous avons procédé à des essais d’inoculation en série de la
Leishmania canine à des chiens :
Le 25 octobre 1910, on inocule au chien T., dans le péritoine, avec de la
rate et la moëlle osseuse d’un chien trouvé extrêmement infecté. Le 9 dé¬
cembre, ponction du foie, on fait un frottis et on voit une seule Leishmania.
Le 17 janvier 1911, nouvelle ponction du foie, nouveau frottis : pas de Leish¬
mania. T. maigrit pendant la dernière quinzaine de janvier et meurt le
31 janvier (donc après 3 mois). L’autopsie est pratiquée quelques heures
après la mort ; en voici les résultats :
Etat général : Amaigrissement très marqué.
Aspect macroscopique des organes : normal.
Frottis de rate : Leishmania assez nombreuses.
Frottis de foie : Leishmania non rares.
Frottis moëlle osseuse : Leishmania non rares.
Les ensemencements ont du reste donné des cultures dans le milieu NNN.
Le Ier février 1911, on inocule les 3/4 de la rate dans le péritoine d’un deu¬
xième chien P.
— 9i —
17 février 1911, ponction du foie :• on ne trouve pas de Leishmania sur
les frottis.
Les ponctions ultérieures ont été rendues impossibles par l’indocilité de
l’animal, mais le chien paraît bien portant, non amaigri.
Le 7 novembre 1911, après 9 mois, il est sacrifié. Les recherches de la
Leishmania dans la moelle osseuse, la rate, le foie, restèrent infructueuses.
A l’heure actuelle, le Ivala-Azar n’a encore été diagnostiqué que
deux fois chez l’enfant en Algérie: Lemaire, dans le département
de Constantine (1), et les Sergent, Lombard et Quillichini, à
Alger même (2).
(Institut Pasteur d’Algérie .j)
O
Un cas de kala-azar infantile
se terminant par la guérison (3)
Par Antoine LIGNOS.
Nous jugeons intéressant de communiquer à la Société l’ob¬
servation du cas d’un enfant atteint de Kala-Azar, qui s’est ter¬
miné par la guérison. Le voici :
Stavros Catramados, né à Hydra, de parents sains. L’enfant
était de forte constitution, son teint était brun. Il n’a jamais quitté
le lieu de sa naissance. Dans la famille, on n’a jamais constaté
de cas de Kala-Azar.
Dans les premiers jours du mois de mai 1910, l’enfant, âgé
alors de 22 mois, fut atteint de fièvre inteimittente et quotidienne-
Tous les examens microscopiques du sang que nous avons faits
pendant le mois de mai, avec M. Raphalias, dans le but de trou¬
ver l’ hématozoaire de Laveran ont été négatifs.
Vers la fin du même mois, la rate descendait à deux travers de
doigt au-dessous du rebord costal.
En juin, il ne subsistait plus aucun doute qu’il s’agissait de
Tsanaki, maladie fréquente parmi les enfants d’Hydra, et consi¬
dérée, notamment par M. Mesnil, comme une Leishmaniose.
A partir du mois de juin, le volume de la rate augmente de
(1) Ce Bulletin, t. IV, n° 8, 11 oct. 1911.
(2) Ce Bulletin, t. V, n° 2, 14 fév. 1912.
(3) Ce cas, avec 14 autres, ont fait l’objet d’une communication à la séance
du 13 décembre 1911.
»
plus en plus, et au mois d’octobre, elle occupait la moitié gauche
de l’abdomen. Celui-ci était parcouru par des veinules caractéris¬
tiques de la maladie. La fièvre continuait, tantôt rémittente, tantôt
intermittente. Un catarrhe dysentériforme survint en ce moment
et l’état de l’enfant empira.
Le io décembre, nous retirâmes par ponction de la rate un peu
de sang et nous pûmes constater, avec MM. Spirlas et Rapha-
lias, de nombreux corps de Leishman-Donovan.
Vers le milieu du même mois, survint une bronchite qui ag¬
grava l’état déjà assez grave et nous attendions, d’un jour à l’au¬
tre, l’issue fatale pour pratiquer 'l’autopsie que les parents nous
avaient permise.
Au commencement de janvier 1911, la bronchite commença à
rétrocéder et l’état grave du malade s’améliora un peu.
Le 22 janvier, après une seconde ponction de la rate, nous re¬
trouvâmes avec MM. Michaëlidis, Aravantinos et Pantélakis
les corps de Leishman.
Le 20 février nous procédâmes à une troisième ponction ; nous
constatâmes de nouveau, avec MM. Spirlas et Raphalias, les
mêmes corps.
Le 5 mai, nous pratiquâmes sous la peau du dos une injection
de 12 ('g. de 606, et, tandis que jusqu’à cette date la fièvre était
intermittente ou rémittente, elle devint continue et plus forte
qu’au paravant, dépassant parfois même 40°. Quinze jours après
l’injection, la fièvre devint franchement intermittente.
Pendant le mois de juin, la fièvre se déclarait deux fois par jour;
à 2 heures du matin et à 2 heures de l’après-midi, sa durée était
de 5 à 6 heures et des frissons la précédaient.
En juillet, les accès de fièvre ne se présentaient que tous les
quatre ou cinq jours, ne duraient que deux ou trois heures. La
température ne dépassait pas 37 “5.
Au mois d’août, la fièvre cessa complètement. Le volum|e de
la rate avait diminué et l’état de l’enfant s’était considérablement
amélioré. Il sortait et jouait avec ses camarades.
En septembre, son état était encore meilleur ; il avait engraissé.
La rate descendait à trois travers de doigt au-dessous des fausses
côtes.
Nous avons revu pour la dernière fois l’enfant en janvier 1912.
La guérison est complète et il ne paraît pas avoir souffert. Seule
la rate est encore perceptible à la palpation.
Nous n’osons pas attribuer cette guérison à l’action du 606,
car nous avons injecté cette substance à 7 autres enfants sans ob¬
tenir aucun résultat.
La leishmaniose à Alger.
Infection simultanée d'un enfant, d'un chien
et d’un chat dans la même habitation
Par Ed. et Et. SERGENT, LOMBARD et QUILICHINI.
Après la découverte, par Laveran, du parasite du Kala-Azar
en Tunisie, les beaux travaux de Charles Nicolle et de ses col¬
laborateurs (1) ont montré l’extension de cette infection dans la
Régence, ont enrichi nos connaissances sur cette maladie et ont,
de plus, démontré l’existence d’une leishmaniose canine dans
les localités où sévit la leishmaniose infantile. C. Nicolle a émis
l’hypothèse de l’identité de ces deux maladies. Depuis lors, les
deux leishmanioses ont été retrouvées sur presque toutes les côtes
des deux Méditerranées orientale et occidentale (2). Des expé¬
riences de C. Basile plaident en faveur d’une hypothèse de
C. Nicolle sur le rôle joué par les Puces ( serraticeps et irritans )
dans la propagation de la maladie du chien à l’homme, de l’hom¬
me à l’homme, de l’homme au chien et du chien au chien (3).
L’existence des leishmanioses a été recherchée en Algérie com¬
me dans les autres pays méditerranéens.
En 1910, deux cl’entre nous signalaient la leishmaniose assez
fréquente chez les chiens de la ville d’Alger (4) ; 9 fois chez
125 chiens, soit 7,2 %.
Cette étude était reprise en 1910-1911 par Senevet (5): 7 chiens
infectés sur 230, soit 3,04 %.
D’autre part Lemaire signalait en 1911 (6) le premier cas, dé¬
montré par l’examen microscopique, de leishmaniose infantile en
(1) Archives de l’Institut Pasteur de Tunis, ftassim.
(2) Voir ce Bidletin, 1910-1911, et Bull, de l'Inst. Pasteur, 1910-1911.
(3) Rendiconti Accademia Lincei, 1910-1911.
(4) Ce Bulletin, 12 octobre 1910.
(5) Ce Bidletin, 14 février 1912.
(6) Ce Bulletin, 11 octobre 1911.
— 94 —
Algérie (département de Constantine). Il indiquait qu’un petit
malade d’Alger, vu par lui l’année précédente, devait avoir suc¬
combé à la même maladie, mais le diagnostic microscopique
n’avait pas pu être fait. Plusieurs de nos confrères algériens
soupçonnent, de mêfne, avoir eu affaire à des cas de leishmaniose
infantile, mais ce diagnostic n’avait pas pu être affirmé, faute de
recherche microscopique.
L’observation que nous rapportons ci-dessous est donc la 2e al¬
gérienne et la ire algéroise de Kala-Azar infantile, diagnostiqué
par les méthodes de laboratoire.
Il s’agit d’une petite Espagnole née et ayant toujours habité
dans la banlieue immédiate d’Alger, présentant une fièvre irré¬
gulière, un ventre ballonné, une grosse rate, un gros foie, une
grande pâleur de la face et de l’enflure des membres inférieurs.
Le diagnostic de Kala-azar vint à l’esprit de deux d’entre nous.
Nous devons ajouter que ce diagnostic fut aussi soupçonné, indé¬
pendamment de nous, par M. le prof. Crespin, dans le service
de qui la petite malade avait été placée en subsistance. Nous pû¬
mes pratiquer à plusieurs reprises l’examen microscopique de la
pulpe de rate, et constater chaque fois la présence de nombreuses
Leishmania. Dans la même maison, un chien et un chat sont éga¬
lement infectés de leishmaniose (i).
Observation clinique. — Le père, trente ans, n’a jamais été malade. Il
n’a point d’habitudes alcooliques et n’a jamais contracté la syphilis. La mère,
trente-cinq ans, ne présente rien de particulier à signaler dans ses antécé¬
dents. Mariés en 1906, à leur arrivée d’Espagne, ils se sont fixés au Frais-
Vallon, aux environs d’Alger. Ils n’ont, depuis lors, jamais changé de domi¬
cile.
Leur premier enfant, aujourd’hui âgé de 4 ans, est en bonne santé. Le se¬
cond est celui qui fait l’objet de cette observation.
C’est une petite fille née à terme en juillet 1909, nourrie au sein jusqu’en
septembre 1911 et qui, sevrée à cette époque, n’a présenté que par intermit¬
tence, des troubles intestinaux d’ailleurs légers.
Le début de la maladie actuelle remonte au mois de juillet 1911. Insi¬
dieusement, sans avoir présenté des phénomènes généraux bien inquiétants,
l’enfant devint grognon, perdit ses belles couleurs puis, s’amaigrit. Comme
l’appétit était conservé, souvent même exagéré, les digestions régulières,
comme il n’y avait à aucun moment d’agitation ou d’abattement marqué,
les parents n’attachèrent point d’importance à des poussées fébriles qui sem¬
blent avoir été irrégulières et dont ils ont gardé le souvenir. Pendant les
mois suivants : août, septembre, octobre et novembre, la pâleur des tégu¬
ments et l’amaigrissement allèrent en s’accentuant. Cependant, l’appétit
(1) Nous rappelons que C. Basile a déjà signalé dans un cas la coexis¬
tence de la leishmaniose chez un enfant et chez un chien dans la même ha¬
bitation.
Planche VI
Ed. et Et. Sergent. Lombard et Ouilichini.
3
Kala-Azar de l’enfant et du chien.
— çp —
prenait les proportions d’une véritable boulimie et la régularité des selles
n’était troublée qu’à deux ou trois reprises par des crises diarrhéiques dis¬
paraissant spontanément au bout de quelques jours.
Le 5 décembre 1911, l’enfant fut conduite à l’un de nous. Très amaigrie
avec un teint jaune cireux légèrement subictérique, elle présentait un ventre
volumineux sans circulation complémentaire, sans ascite et dans lequel on
percevait nettement la rate hypertrophiée. — Le foie était également aug¬
menté de volume, la langue était humide non saburrale, les gencives saines,
l’appétit exagéré, la digestion se faisait régulièrement.
L’auscultation du poumon, celle du cœur ne décelaient rien d’anormal. Les
urines foncées en couleur ne contenaient ni sucre, ni albumine, ni pigments
biliaires. Enfin, on ne trouvait aucune trace d’hypertrophie ganglionnaire.
La température, très élevée, oscillait autour de 40°, mais il n’v avait point
d’insomnie, point de prostration ni de délire.
Immédiatement fut institué un traitement quinique intensif (chlorhydrate,
puis formîate de quinine à la dose journalière de 0,30 pendant' trois jours
consécutifs).
L’échec de ce traitement, renouvelé plusieurs fois, associé à la prise de
liqueur de Fowler, fit éliminer le premier diagnostic porté : celui de palu¬
disme.
Le 28 décembre, l’enfant entrait à l’hôpital de Mustapha.
28 décembre. — L’enfant, très amaigrie, aux chairs flasques, présente un
teint jaune paille très accentué. Il n’y a point de subictère, mais les con¬
jonctives sont complètement décolorées, les lèvres sont pâles, les oreilles pres¬
que transparentes. Sur la joue droite, une ulcération large comme un franc
a succédé depuis plusieurs jours à une petite vésicule détruite par le grat¬
tage. Cette ulcération, tout à fait superficielle, laisse suinter un liquide séro-
gommeux. Au niveau de la commissure labiale gauche, une croûte noirâtre,
large à peu près comme une pièce de 50 centimes, est entourée d’une auréole
rougeâtre très étroite.
Le ventre est gros, légèrement ballonné sans traces de circulation complé¬
mentaire. Au niveau des pieds et de la partie inférieure des jambes, on cons¬
tate un certain degré d’œdème mollasse, surtout marqué le soir. — A la face
externe de la cuisse droite, une tuméfaction du volume d’un œuf, apparue
spontanément, est recouverte d’une peau saine : ponctionnée, elle n’a donné
issue qu’à du sang.
La palpation de l’abdomen permet de constater une hypertrophie notable
de la rate : le pôle inférieur de cet organe descend jusqu’à deux doigts de
la crête iliaque : son bord antérieur, avec les incisures caractéristiques, ar¬
rive jusqu’au niveau du bord externe du grand droit. Son pôle supérieur
— 96 —
remonte jusqu’au sixième espace intercostal. La surface de l’organe est lisse
et régulière, sa consistance ferme, sa mobilité est très nette.
Le foie est légèrement hypertrophié. Il ne paraît pas douloureux à la
pression. Sa surface, son bord antérieur présentent leurs caractères habituels,
La cavité péritonéale ne renferme pas de liquide.
Au cœur, le premier bruit est légèrement assourdi et suivi d’un soufle méso¬
systolique.
L’examen de la poitrine montre l’intégrité des plèvres et la présence d’un
râle discret de bronchite. Nulle part, de souffle, de foyer congestif. Il n’y a
pas de ganglions intertrachéo-bronchiques.
La langue est humide, non saburrale. La dentition ne présente aucune
anomalie. Les gencives sont saines.
Dans l’arrière-gorge, les amygdales sont légèrement hypertrophiées.
L’appétit est conservé. A certaines heures même, il paraît exagéré.
Les selles sont normales d’aspect -et de consistance.
Notre collaborateur, M. Musso, a bien voulu faire une analyse des uri-
Le jour même de l’entrée à l’hôpital, on pratique une ponction de la rate
hypertrophiée et les frottis des fragments de pulpe splénique contiennent des
Leishmania nombreuses et caractéristiques.
15 janvier 1912. Quatre ulcérations présentant les mêmes caractères que
celles qui siègent sur la joue sont apparues ces jours derniers à peu près si¬
multanément sur la face externe de l’avant-bras droit.
20 janvier. Nouvelle ulcération sur la main gauche. Toutes ces lésions débu¬
tent de la même façon par une petite vésicule rapidement détruite par le
gratage.
4 février. L’enfant est revue aujourd’hui.
Son état général a encore décliné. Elle présente toujours de l’œdème des
membres inférieurs. Sa rate ne paraît pas avoir subi une nouvelle augmen¬
tation de volume. Il n’v a toujours pas d’ascite.
L’hypertrophie légère du foie ne s’est pas accentuée. Les ulcérations du
visage sont complètement guéries. Celles qui siégeaient sur l’avant-bras
droit sont en voie de disparition. Celles qui occupaient le dos de la main
gauche ont complètement disparu.
*
* *
Recherches microbiologiques. — Les examens microscopiques
de la pulpe splénique, retirée par ponction avec une aiguille fine,
montrent l’existence de Leishm'ania nombreuses, le 28 décembre
1 9 1 1 , et, à 3 reprises, durant le mois de janvier 1912.
— 97 —
Le 18 janvier, quelques gouttelettes de pulpe spénique sont ino¬
culées dans le péritoine d’un chien bien portant, chez qui une
ponction effective du foie faite au préalable n’avait pas montré
de parasites.
Le 8 janvier, des traces de pulpe splénique sont ensemencées
en milieu NNN, où elles donnent des cultures caractéristiques
(3e passage au 8 février 1912).
L’examen du sang périphérique de la malade ne montra pas de
Leishmania. Nous avons noté les formules leucocytaires ci-des¬
sous, en janvier et en février 1912.
Il y a donc déviation à gauche de la formule d’ARNETH, et
énorme augmentation du nombre des lymphocytes vrais petits.
L’examen des ulcérations et du pourtour des ulcérations du
visage n’a pas montré de LeisJnnania.
Recherches épidémiologiques. — L’enfant malade est née et a
toujours habité dans la même petite maison isolée de cultivateurs
espagnols, sur le flanc d’un des profonds ravins qui descendent du
mont Bouzaréa à la mer, à peu de distance des premières maisons
des faubourgs d’Alger. Elle jouait, comme font tous les enfants,
avec les deux chiens de la maison. L’un de ceux-ci y a été intro¬
duit tout jeune, il y a 3 ans; il avait été trouvé sur la route a
quelques centaines de mètres. Il a toujours vécu enchaîné dans .a
ferme depuis 3 ans. Depuis un an, environ, il paraissait souf¬
frant, maigrissait, présentait de l’inappétence, du pica et de la
diarrhée (évacuations noirâtres), ainsi que de l’alopécie. En rai¬
son de cet état maladif, qui empirait durant l’été, il fut sacrifié en
automne 1911.
Le second chien a été amené tout jeune dans la ferme, il y a
un an; il provient d’une ferme du voisinage. Tl vit constamment
enchaîné sous un caroubier, à 10 mètres de la ferme. Il a com¬
mencé à être malade en été 1911 (comme l’enfant). Le principal
symptôme est la maigreur. Nous constatons également l’enflure
— 98 —
du bout du nez. Ce chien est endormi au chloroforme le 9 jan¬
vier 1912. Une ponction du fémur montre quelques macrophages
bourrés de Leishmania. Des parasites plus rares sont vus dans le
produit de la ponction du foie. L’ensemencement en milieu NNN
de 10 cm3 de sang d’une veine de la jambe ne donne lieu à au¬
cune culture.
Enfin, dans la même ferme, existe un petit chat de 4 mois en¬
viron qui est sacrifié le 5 février 1912 : nous voyons dans la
moelle osseuse du fémur de très rares Leishmania extraglobu¬
laires.
*
** *
Ainsi donc, nous trouvons dans une même maison isolée un en¬
fant de deux ans et demi, un chien de 2 ans, constamment à l’at¬
tache, et un chat de 4 mois, atteints de leishmanioses indifféren-
ciables par la morphologie des parasites.
En raison de leur jeune âge, de leur genre de vie, de l’isole¬
ment de la maison, on peut dire que ces trois êtres se sont sûre¬
ment infectés, à la même époque, dans le cadre étroit de cette
petite ferme. L’existence, dans la même ferme, et dans des con¬
ditions de complète cohabitation, d’un chien de garde qui était
malade depuis plus d’un an, suggère l’idée que c’est ce chien
qui a infecté, au printemps 1911, l’enfant, le 2e chien et le chat.
Institut Pasteur d’Algérie.
M. Brumpt. — La communication de MM. Ed. et Et. Sergent,
Lombard et Quilichïni, est non seulement intéressante par la dé¬
couverte de la maladie spontanée chez le Chat, mais encore et
surtout par le fait que le mie possible des Puces du Chien, soup¬
çonné par Ch. Nicolle et nettement affirmé par C. Basile en
Italie, se trouve singulièrement renforcé. En effet, à l’état natu¬
rel, la Puce du Chien { Ctenecephalus canis ) va aussi abondam¬
ment sur le Chien que sur le Chat, elle se trouve assez fréquem¬
ment dans les vêtements de l’Homme et beaucoup moins souvent
sur les Rongeurs. La communication précédente donne donc un
nouveau poids à l’hypothèse de Ch. Nicolle.
— 99 —
A
Les formes afJagellées dans l’évolution
d’un trypanosome de Batracien (T. undulans)
Par C. FRANÇA.
Nous avons démontré dans une note préliminaire (i) que le
petit trypanosome de la Grenouille, le T. inopinatum, représente
le stade le plus jeune d’un trypanosome que nous avons décrit
en 1906 sous le nom de T. undulans. Nous attendions alors l’oc¬
casion de publier le travail définitif et pour ce motif nous nous
sommes borné à donner le résultat des expériences démontrant
les relations ontogéniques qui existent entre ces deux espèces de
trvpanosomes. Les récents travaux de différents protozoologistes
et spécialement ceux de Fantham (2) et de Buchanan (3) nous
déterminent à ajouter quelques mots à notre note.
Ne possédant pas en ce moment de grenouilles infectées par
T. undulans , nous ne pouvons compléter nos recherches et nous
dirons seulement ce que nous avons observé chez les animaux
qui ont servi pour notre travail.
Comme nous l’avons dit, chez les Grenouilles inoculées avec
les formes crithidiennes culturales de T. undulans, il y a une pé¬
riode de 12 a 13 jours pendant laquelle aucune forme trypanoso-
mique ne s’observe dans le sang ni dans les organes.
Après cette période, paraissent dans le sang circulant de petits
trypanosomes identiques à T. inopinatum qui augmentent rapi¬
dement de nombre, de façon à donner des infections souvent si
intenses que l’animal meurt (Brumpt, França).
Les formes adultes (T. undulans ) se montrent d 'ordinaire
(1) C. França, Sur la relation ontogénique entre les grands et les petits
Trypanosomes de la Grenouille. Compt. rend, de ta Soc. de Biologie, t.
FXX, p. 978, juin 1911.
(2) H. -B. Fantham, The Life-history of Trypanosoma gambiense and Try-
panosoma rhodesiense as seen in rats and Guinea-pigs. Armais of Tropical
Medicine and Parasitology, vol. IV, n° 4, March 191 1.
(3) George Buchanan. Note on Developmental Forms of T. brucei ( Pecau -
<Ji) in Internai organs, axillary glands and Bone-Marrow of the Gerbil (G.
pygargus). Fourth Rep. Wellcome Trop. Research Laboratories, vol. A,
V ■ 59. 1911-
lOO
7 jours après l’apparition des premiers petits trypanosomes dans
le sang, soit 12 jours après l’inoculation.
En sacrifiant une de nos Grenouilles, qui était mourante, avec
une infection colossale par des formes jeunes, le 15e jour après
l'inoculation des crithidies culturales (le 4e jour après l’appari¬
tion des trypanosomes dans le sang), et ayant examiné des frot¬
tis des différents organes, nous avons trouvé à côté de formes
trypanosomiques, de petites formes aflagellées ayant l’aspect de
Leishmania (1).
Ces formes sont très abondantes dans la rate, moins fréquentes
dans le poumon et très rares dans le foie. Quelques-unes de ces
formes présentent des phénomènes de multiplication.
Outre ces formes aflagellées libres on en trouve d’autres à l’in¬
térieur de grand mononucléaires. Nous avons vu des mononu¬
cléaires ayant quatre à cinq de ces formes. A côté de ces formes
aflagellées ovalaires rappelant des éléments de Leishmania, nous
avons trouvé un kyste arrondi à l’intérieur duquel on voyait huit
noyaux et quatre blépharoplastes.
Cette observation vient démontrer que, dans l’évolution de T.
undulans, on observe les latent bodies de Moore et Breinl, dé¬
crits chez un certain nombre de trypanosomes des Mammifères,
et la multiplication à l’intérieur de kystes, décrite par Chagas
chez son Schizotrypanum cruzi, par Carini chez T. lewisi (2), par
Vianna chez T. gambiense et par Carini chez T. leptodactyli.
Nous n’avons pas trouvé ces formes aflagellées chez les Gre¬
nouilles ayant une infection trvpanosomique ancienne, c’est-à-
dire, chez des Grenouilles ne possédant plus que des formes un¬
dulans adultes. Dans la rate de Grenouilles infectées par des un¬
dulans adultes, on trouve quelquefois, il est vrai, des formes afla¬
gellées montrant des phénomènes de multiplication mais ce sont
de grandes formes ne rappelant en aucune sorte les petits élé¬
ments ovalaires qui ont été décrits dans l’évolution d’autres try¬
panosomes.
Dans l’évolution du T. undulans , les petites formes non flagel¬
lées existent seulement pendant les premières phases de l’infec¬
tion. Ainsi, nous sommes porté à croire que, dans l’histoire de ce
(1) Ce sont des petits éléments ovalaires ayant d’ordinaire 6 p de long’, sur
4,5 p de large. Le noyau a 1,5 p de diamètre. On trouve quelques formes
ayant seulement de 3 à 4 p. Nous avions déjà décrit et figuré, en 1907, des
éléments analogues à ceux-ci chez T. hylae.
(2) Et revue dans les laboratoires de Bertarelli et de Mesnil.
101
trypanosome, les formes non flagellées doivent représenter la
première étape de l’infection, la transition entre les crithidies de
l’hôte invertébré et la première génération de trypanosomes de
l’hôte vertébré.
i>
Expériences d’immunité croisée avec
Trypanosoma Brucei, Tr. Brucei var.
Werbitzkii et Tr. rhodesiense
Par A. LAVERAN.
Les deux moutons dont les observations suivent ont été inocu¬
lés, l’un avec le Tr. Brucei type, l’autre avec le Tr. Brucei var.
Werbitskii à une époque où j’avais des doutes sur la nature des
relations existant entre les 2 virus. Ces doutes se sont dissipés
depuis cette époque ; j’ai pu me convaincre, en effet, qu’au moyen
de l’oxazine, on pouvait obtenir des variétés acentrosomiques non
seulement du Tr. Brucei , comme Werbitzki l’avait annoncé,
mais aussi d’autres trypanosomes (1).
L’expérience d’immunité croisée faite sur les 2 moutons n’en
est pas moins intéressante; elle montre comment se comportent
dans cette épreuve deux trypanosomes dont l’un constitue une va¬
riété de l’autre, variété dont la virulence est un peu atténuée.
Les deux moutons, après guérison de l’infection par le Tr.
Brucei, alors qu’ils avaient acquis l’immunité pour ce trypano¬
some, ont été inoculés avec le Tr. rhodesiense ; ils se sont infectés
et ont succombé à l’infection.
I. Un mouton du poids de 46 kg-, est inoculé, le 24 août 1910, avec le
sang d’une souris fortement infectée de nagana. Le virus employé provient
du laboratoire du professeur Ehrlich, il s’agit du virus souche qui a servi
aux expériences de Werbitzki sur l’action de l’oxazine et de l’akridine.
La température du mouton qui était de 39°,2 avant l’inoculation monte,
le 27 août, à 40°,7 et du 28 août au 11 septembre, on note, à plusieurs
reprises, des températures de 3$°,6, 39°,7, 390, 9. Tous les examens histo-
(1) A. Laveran, Soc. de path. exotique, 12 avril et 10 mai 1911. — A. La-
veran et D. Roudsky, Acad, des Sciences, 24 juillet et 13 novembre 1911.
Depuis la publication de notre dernière note nous avons obtenu une variété
de Tr. soudanense dans laquelle tous les trypanosomes sont acentrosomi¬
ques.
8
102 —
logiques du sang faits du 27 août au 13 septembre, au point de vue de
l’existence des trypanosomes, sont négatifs.
I n cobaye inoculé le 8 septembre, dans le péritoine, avec 1 cm3 du sang
du mouton s’infecte.
A partir du 13 septembre, la température du mouton est normale. L’état
général est très bon ; le mouton pèse, le 2 novembre, 48 kg., et le Ier dé¬
cembre, 55 kg.
Un chien qui a reçu, le 8 novembre, dans le péritoine, 30 cm3 du sang
du mouton s’infecte et meurt le 15 novembre.
Le 3 janvier 1911, le mouton pèse 70 kg.
Le 10 janvier un chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang du mouton,
il ne s’infecte pas.
Le Ier février 1911, le mouton pèse 80 kg.
18 février 1911, le mouton est réinoculé avec le nagana souche.
7 mars. LTn chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang du mouton, il
s’infecte.
20 avril. Un chien inoculé comme le précédent s’infecte également.
6 juin. Un chien inoculé, dans les mêmes conditions que les précédents,
ne s’infecte pas. Il y a donc eu réinfection du mouton par le nagana souche,
mais cette réinfection a été de courte durée.
II juillet. Le mouton est en très bon état, il pèse 88 kg. ; il est inoculé
de nouveau avec le nagana souche ; on injecte sous la peau, à la base d’une
des oreilles, une forte dose de virus (sang de souris).
. 27 juillet. Un chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang du mouton,
il ne s’infecte pas. Le mouton a donc acquis l’immunité pour le nagana
souche.
21 septembre. Le mouton est inoculé avec le nagana Werbitzki.
Le 5 octobre, le mouton pèse 92 kg. et le 2 novembre 97 kg. Aucun symp¬
tôme, pas de fièvre.
12 octobre. Un chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang du mou¬
ton, il ne s’infecte pas.
Le mouton immunisé contre le nagana souche est donc immunisé égale¬
ment contre le nagana Werbitzki.
27 décembre 1911. Le mouton est inoculé avec le Tr. rhodesiense sur un
rat ayant des trypanosomes très nombreux ; on injecte sous la peau, à la
base de l’oreille droite, quelques gouttes du sang du rat diluées dans de
l’eau physiologique citratée.
La température du mouton qui était de 390 avant l’inoculation se maintient
aux environs de ce chiffre jusqu’au 4 janvier 1912. Le 2 janvier, le mouton
pèse 102 kg. Le 5 janvier, la température s’élève brusquement à 410 ; le
6 et le 7, elle se maintient à ce chiffre ; le 8, elle atteint 4i°,4 et le 9,
4I°>3-
Des examens du sang faits les 5, 7 et 9 janvier sont négatifs au point de
vue de l’existence des trypanosomes. Un examen du sang en couche épaisse,
desséchée, n’est pas plus probant que les examens du sang frais.
Du 10 au 31 janvier 1912, la température reste fébrile ; elle varie de 390 à
4o°,9-
Un examen du sang fait le 13 janvier est encore négatif. CEdème de
l’oreille droite (côté de l’inoculation), œdème dur avec chaleur et rougeur.
15 janvier. On inocule 2 cobayes qui reçoivent chacun 5 cm3 du sang du
mouton dans le péritoine. Après centrifugation on constate l’existence de
trypanosomes très rares dans le sang du mouton. Les deux cobayes sont in¬
fectés aux dates des 21 et 24 janvier. Le mouton pèse 97 kg.
25 janvier. L’œdème de l’oreille droite persiste avec les caractères signalés
plus haut. On note un peu d’œdème des paupières. Les cornées sont intactes.
io3 —
Du ier au 6 février, la température varie de 40° à 4o0,6. Les examens
directs du sang sont toujours négatifs. Le ier février, le mouton pèse 90 kg,,
il a donc sensiblement maigri.
3 février, tuméfaction du museau, jetage et cornage ; la muqueuse nasale
est tuméfiée, des mucosités et des croûtes s’accumulent aux orifices des fos¬
ses nasales et gênent la respiration. Le mouton s’affaiblit visiblement 4
il se couche souvent.
Le 7 et le 8 au matin, la température s’abaisse, elle est de 38°, 7 le 8 au
matin, mais le 8 au soir elle remonte à 40°,7. Le 8 le mouton ne peut plus
se lever ; il est trouvé mort le 9 février au matin.
Le mouton pèse 87 kg. Les ganglions inguinaux sont volumineux, forte¬
ment hyperémiés avec de petites hémorragies.
Graisse abondante dans les épiploons et autour des reins. La rate pèse
120 g., elle a un aspect et un consistance à peu près normaux, ainsi que le
foie. La vésicule biliaire est fortement distendue par de la bile. Les reins
ont l’aspect normal.
Le péricarde contient une petite quantité de sérosité sanguinolente ; son
feuillet viscéral est vivement injecté avec des suffusions hémorragiques au
niveau des oreillettes. Les poumons sont fortement congestionnés, surtout à
droite.
IL Un bélier du poids de 57 kg. est inoculé le 31 juillet 1910, avec le sang
d'un rat fortement infecté de nagana Werbitzki.
La température du bélier qui était de 39°,9 le 31 juillet, avant l’inocula¬
tion, varie les jours suivants entre 39°,5 et 40°,2, il n’v a donc pas de pous¬
sée fébrile bien marquée ; les examens du sang sont négatifs. Un chien
reçoit, le 19 août, 30 cm3 du sang du bélier dans le péritoine, il s’infecte.
Pendant les mois d’août, de septembre, d’octobre, de novembre et de dé¬
cembre, le bélier ne présente aucun symptôme morbide, la température est
normale. Le bélier pèse : le ier septembre, 57 kg. ; le 3 octobre, 58 kg. ;
le ier décembre, 62 kg., et, le 3 janvier 1911, 68 kg. Des chiens inoculés le
29 octobre 1910 et le 13 janvier 1911 sur le bélier (30 cm3 de sang dans le
péritoine) s’infectent.
13 mars 1911, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang du bélier.,
il ne s’infecte pas.
26 avril. Le bélier est réinoculé de nagana Werbitzki ; on injecte sous la
peau, à la base d’une des oreilles, une forte dose de virus (sang de rat avec
trypan. très nombreux). A la suite de cette inoculation, on n’observe aucun
symptôme morbide.
13 mai, un chien îeçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang du bélier, il
ne s’infecte pas.
11 juillet, le bélier est inoculé avec le nagana souche sur souris ; à la
suite de cette inoculation en n’observe aucun symptôme morbide ; il n’y a
pas d’élévation de la température.
26 juillet, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang du bélier, il
s’infecte, mais un chien inoculé le 30 août, dans les mêmes conditions que
le premier, ne s’infecte pas; l’infection produite par le nagana souche a donc
été de très courte durée.
Pendant les mois de février à août 1911, le bélier augmente constamment
de poids ; il pèse : le ier février, 76 kg. ; le Ier mars, 81 kg. ; le ier avril,
82 kg. ; le 2 mai, 87 kg. ; le Ier juin, 87 kg, ; le ier août, 89 kg.
Le 30 août, j’inocule encore un chien avec 30 cm3 du sang du bélier, il ne
s’infecte pas.
3 décembre 1911. Le bélier est en très bon état, il pèse 90 kg. ; je l’ino-
cule, à la base de l’oreille droite, avec quelques gouttes du sang d’un rat
fortement infecté par Tr. rhodesiense.
La température du bélier qui, avant l’inoculation, était de 38°, 5 s’élève
les jours suivants à 39°,5, 390, 6, 39°,7 et le 13 décembre elle monte à 410.
Le 13 décembre, on note de l’œdème à la base de l’oreille droite (côté de
l’inoculation). Des examens du sang faits les 12, 13 et 16 décembre, sont
négatifs au point de vue de l’existence des trypanosomes.
Du 14 au 31 décembre 1911, la fièvre persiste ; la température oscille entre
390, 2 et 40°,9. Un examen du sang fait le 20 décembre est négatif. On
inocule, le 21, deux rats qui reçoivent respectivement dans le péritoine 1 et
2 cm3 du sang du bélier et deux cobayes qui reçoivent chacun 5 cm3 de
sang ; les 4 animaux d’épreuve s’infectent.
Du ier au 15 janvier 1912, la fièvre est moins forte ; la température oscille
entre 390 et 40°,2. Le 2 janvier, le bélier pèse 87 kg. et, le 15 janvier,
75 kg. ; il a donc beaucoup maigri. L’œdème de l’oreille droite persiste,
surtout à la base.
Du 16 au 25 janvier, l’état du bélier s’aggrave rapidement. La tempéra¬
ture oscille entre 390 et 39°,8. Le 25 janvier, on note un peu d’œdème des
paupières, les cornées sont intactes. Le bélier s’affaiblit visiblement, il reste
presque toujours couché et se met péniblement sur ses pattes quand on l’y
oblige.
Le bélier est trouvé mort le 26 janvier 1912 au matin, il pèse 70 kg.
Les ganglions inguinaux sont fortement hypertrophiés. La rate pèse
190 g. ; le parenchyme est ramolli. Le foie ne présente pas de lésion ma¬
croscopique. Les reins sont congestionnés. Le péricarde viscéral est, surtout
au niveau des oreillettes, le siège d’une hyperémie très marquée avec hémor¬
ragies capillaires. — Le poumon droit est très fortement congestionné ; il
s’écoule du sang mélangé de mucosités par les narines. Le bélier est mort
couché sur le côté droit.
En résumé: i° le mouton, inoculé avec le Tr. Brucei souche
le 24 août 1910, avait acquis l’immunité pour ce trypanosome, le
27 juillet 1911, après une légère réinfection; inoculé le 21 septem¬
bre 1911, avec le Tr. Brucei var. W erbitzkii, il ne s’est pas infecté.
Le bélier, inoculé avec le Tr. Brucei var. W erbitzkii, le 31 juil¬
let 1910, était guéri le 13 mars 1911 et possédait l’immunité pour
ce trypanosome; inoculé, le 11 juillet 1911, avec le Tr. Brucei
souche, il s’est infecté, mais il a eu une infection très légère, de
très courte durée.
C’est bien ainsi que les choses devaient se passer étant donné
que la variété acentrosomique de Tr. Brucei est un peu moins
virulente que le trypanosome souche.
Je rappelle que des expériences faites, aux mois de mars et
avril 1 91 1 , avec le sérum des 2 moutons ont donné les résultats
suivants: le sérum du bélier nagana Werbitzki s’est montré actif
en mélange sur le Tr. Brucei acentrosomique, faiblement actif
sur le Tr. Brucei souche ; le sérum du mouton nagana souche
— io5 —
s’est montré actif en mélange sur les trypanosomes acentroso-
miques, moins actif sur le Tr. Bmcei souche (i)
Tous ces faits concordent.
2° Low a émis l’ hypothèse que le Tr. rhodesiense n’était autre
que le Tr. Brucei ; hypothèse basée principalement sur ce fait
que les deux trypanosomes sont convoyés par la même Glossina,
Gl. morsitans (2). Il était donc important de savoir si des ani¬
maux ayant l’immunité pour le Tr. Brucei pouvaient s’infecter
par le Tr. rhodesiense.
Le bélier et le mouton guéris de l’infection produite par le Tr.
Brucei et ayant acquis l’immunité pour ce trypanosome, ont été
inoculés avec le Tr. rhodesiense, le premier le 3 décembre 1911, le
second le 27 décembre 1911. Les deux animaux ont présenté des
infections aiguës, caractérisées surtout par une fièvre vive et con¬
tinue avec des températures qui ont atteint ou même dépassé 41°.
Dans les 2 cas, la maladie s’est terminée par la mort, en 54 jours
chez le bélier, en 44 jours chez le mouton.
On doit conclure de ces faits que le Tr. rhodesiense appar¬
tient certainement à une autre espèce que le Tr. Brucei.
Observation d’une chèvre infectée
de Trypanosoma rhodesiense
Par F. MESNIL et J. RINGENBACH.
Dans notre note sur l’action pathogène du Trypanosoma rho¬
desiense, présentée à la séance de décembre de la Société (3),
nous avons donné le début de l’observation d’une chèvre inocu¬
lée avec ce virus, et à la séance de janvier (4), nous avons, à la
suite de la communication de A. Laveran sur les infections à Tr.
rhodesiense chez les caprins, donné quelques nouveaux rensei¬
gnements sur l’évolution de la maladie de notre chèvre. Cette ma¬
ladie s’est terminée par la mort dans la nuit du 15-16 janvier,
53 jours après l’inoculation sous la peau du flanc.
(1) Bullet. Soc. de pathologie exotique, 1911, t. IV, p. 273.
(2) G.-C. Low, Journ. of trop med. a. hyg., juillet 1910.
(3) Voir Bulletin, t. IV, p. 675.
(4) Ibid., t. V, p. 30.
ioô —
La marche de la maladie nous a paru des plus caractérisées.
Température. — Inoculée le 23 novembre, la chèvre avait, dès le 26 no¬
vembre, une température qui atteignait 4 1 0 5 . Cette hausse a été suivie d’une
baisse, et, du 30 décembre au 3 janvier, la température a été subnormale
(39°5). Du 4 au 9 janvier, il y a eu des oscillations autour de 40° ; du 10 au
22, des oscillations assez étendues autour de 41 0 (à 3 reprises, la tempéra¬
ture a dépassé 41 °5). Il y a eu rémission passagère, le 23 ; puis la tempéra¬
ture est remontée au-dessus de 41 0 (du 24 au 28), a oscillé au voisinage de
41 0 jusqu’au 9 février ; il y a eu alors baisse et la veille de la mort la tem¬
pérature était de 38°6.
Le tracé ci-joint montre d’ailleurs les variations de la température.
Parasites dans le sang. — On voit aussi marqués sur la figure, les résul¬
tats des examens microscopiques du sang. Cet examen s’est montré positif
environ 1 fois sur 2, exactement 21 fois sur 52 ; 8 fois, il a été vu un seul
trypan. après un examen de 5 à 10 min., mais 13 fois, les trypan. ont été
plus nombreux, de 2 jusqu’à 7 ont été vus. A noter que les 3 derniers jours
de l’infection, l’examen du sang a été négatif.
Œdèmes. — Vers le 19 décembre, une vingtaine de jours après l’inocula¬
tion, il est apparu un œdème de la tête. Les diverses parties de la face et
en particulier les paupières étaient enflées ; les globes oculaires étaient en¬
foncés entre les paupières œdémateuses ; il y avait de l’écoulement des
yeux. La photographie 1, prise le 21 décembre, donne une idée de cet état de
la chèvre.
De cette date jusqu’à la mort, c’est-à-dire pendant un mois environ, l’œdè¬
me de la tête a été en augmentant ; et les photographies 2 et 3, prises le
8 janvier, montrent les progrès de l’œdème. De plus, cet œdème n’est pas resté
limité à la tête, il a gagné le cou et les diverses régions du corps, surtout
les parties déclives ; une saignée par la jugulaire avait pu facilement être
pratiquée le 15 décembre ; elle n’a pu être renouvelée en janvier en raison
de l’œdème du cou.
Comme il arrive souvent en pareil cas, certaines régions œdémateuses se
sont ulcérées et, à l’autopsie, on a noté des ulcérations non seulement à la
face et en particulier aux paupières, mais encore en divers points de la sur¬
face du corps ; elles étaient surtout abondantes à la paroi abdominale.
Poids. — L’animal pesait 25 kg. au début ; le 15 décembre, son poids était
de 26 kg. ; quelques jours plus tard, au moment de l’apparition de l’œdème
de la face, et alors que la chèvre paraissait avoir a fondu », le poids était
encore de 25 kg. Le 8 janvier, il était de 22 kg. et, après la mort, le 16 jan¬
vier, de 18 kg.
La baisse de poids n’a donc pas été considérable au point de vue absolu ;
mais si l’on songe que nous avions affaire à un jeune animal qui aurait dû
augmenter notablement, on conclura que l’infection a eu une action mar¬
quée sur la nutrition ; l’animal avait d’ailleurs une allure cachectique.
Les derniers jours, il présentait un aspect lamentable ; il se tenait à peine
sur ses jambes ; la tête était pendante.
Lésions post-mortem. — A l’autopsie, en dehors des lésions œdémateuses
et ulcéreuses dont nous avons déjà parlé, rien de bien notable.
La rate, non diffluente pesait 65 g. Le foie et l’intestin paraissaient nor¬
maux. Le poumon était normal sauf quelques points d’hépatisation sur un
lobule du côté droit. Le péricarde renfermait 20 cm3 environ de liquide ; le
myocarde avait une coloration violacée, mais sans piquté hémorragique.
L’animal devait être privé de la vue en raison du développement considéra¬
ble de l’œdème des paupières ulcérées par places. Mais les yeux eux-mêmes
Planche VIT
Mesnil et Ringenbach
O
• 3*
Fig. 2
Fig. i (22 décembre 1911)
(8 janvier 1912)
Fig
— 107 —
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Les croix en caractères maigres indiquent qu’un seul trypan. a été vu à l’examen du sang.
Les croix en caractères gras indiquent que plusieurs trypan. (2 à 7) ont été vus à l’examen du sang.
— io8 —
nous ont paru en excellent état. Nous n’avons pas noté trace de dépoli de la
cornée ; pas de signes de kératite. L’humeur aqueuse, recueillie aseptiquement
et sans trace de sang, était absolument limpide. Désespérant d’y découvrir
des éléments cellulaires à l’examen microscopique, nous l’avons inoculée
à une souris et nous avons été quelque peu surpris de constater, après 8 jours
d’incubation, l’infection de cette souris qui a succombé au 120 jour.
Propriétés du sérum. — Retiré le 15 décembre, c’est-à-dire 22 jours après
l’inoculation du virus, le sérum de la chèvre s’est montré protecteur pour le
Tr. rhodesiense. A la dose de 1 cc. et de 1/2 cc., il a empêché l’infection de
la souris par une inoculation intrapéritonéale qui tuait les témoins en 3 j. 1/2
à 5 jours ; à la dose de 1/4 cm3, il a déterminé un retard de 9 jours dans
l’incubation. Vis-à-vis du Tr. gambiense, le même sérum s’est montré abso¬
lument sans action, dans deux expériences sur des souris, où nous employions
1 cm3 de sérum. Le sérum, prélevé avpnt l’inoculation de la chèvre, n’avait
aucune action préventive ni sur Tr. gambiense ni sur Tr. rhodesiense.
Il était intéressant de voir si le trypan., retiré de l’humeur aqueuse de¬
là chèvre, était sensible aussi à ce sérum de chèvre (1). L’expérience a répon¬
du par l’affirmative. A la vérité, le résultat a été assez paradoxal : alors que
la souris qui avait reçu 1 cm3 de sérum contractait une infection, à incuba¬
tion retardée, et à marche un peu ralentie (mort en 14 j. 1/2 au lieu de
3 j. 1/2), la souris qui a reçu 1/4 cm3 a montré une infection passagère et
survit. En tout cas, nous ne nous sommes pas trouvés en présence d’une
variété stable, résistante au sérum de chèvre.
Cette observation nous paraît intéressante à divers titres:
i° La température a été particulièrement élevée pendant toute
la durée de la maladie ;
20 Les trypan. ont pu être vus assez souvent à l’examen direct
du sang. L’infection paraît donc avoir été plus intense que chez
les caprins dont Laveran a donné l’observation ;
3° Les œdèmes, suivis d’ulcérations, ont été très marqués. Ils
ont fait leur apparition avant la fin du Ier mois et ils n’ont nulle¬
ment rétrocédé par la suite. Rappelons que Bevan, qui a observé
de pareils œdèmes chez le mouton (et nous en avons signalé nous-
mêmes chez notre Ier mouton), les regarde comme pathognomo¬
niques des infections à Tr. rhodesiense.
40 Malgré l’intégrité de l’œil et en particulier de la cornée (au¬
tant qu’on a pu en juger au simple examen macroscopique),
l’humeur aqueuse était virulente. Notre observation est à rappro¬
cher de celle de Laveran, qui a vu des trypan. non rares dans
l’humeur aqueuse d’une chèvre; mais dans ce cas les cornées
étaient opaques. On a le droit de conclure, et cela vient à l’appui
de l’opinion formulée par notre collègue Morax, que les lésions
(1) Les souris que nous avions inoculées avec quelques gouttes de sang de¬
là chèvre, prélevé à l’oreille, sont mortes de septicémie.
de l’œil sont toujours déterminées par l’action directe des pa¬
rasites.
5° Déjà 22 jours après l’inoculation, des anticorps spécifiques
étaient présents dans le sang de la chèvre; mais les trypan. reti¬
rés de l’humeur aqueuse un mois plus tard, n’y étaient pas résis¬
tants d’une façon notable.
9^
Filariose et atherome aortique
du buffle et du bœuf
Par P. Noël BERNARD et ]. BAUCHE.
Les buffles et les bœufs abattus à Hué (Annam,) pour la con¬
sommation locale présentent très fréquemment de l’athérome de
l’aorte. En étudiant cette lésion nous avons constaté qu’elle était
due à l’évolution, dans les tissus du vaisseau, de deux parasites
dont l’un est commun au buffle et au bœuf, i’autre particulier au
bœuf.
I. — Filariose commune au buffle et au bœuf.
Sur 83 % des buffles et 1 % des bœufs, on observe, à la face
interne de l’aorte, des nodules dont la grosseur varie du volume
d’un petit pois à celui d’une noisette et auxquels sont appendus
des Nématodes dont la longueur oscille entre cinq et vingt-huit
centimètres. Ces nodules sont répartis au nombre de un à douze
environ sur une longueur de quarante centimètres à partir de
l’origine de la crosse de l’aorte et sur la paroi supérieure de ce
vaisseau.
En disséquant le tissu qui les constitue, on met à jour:
a) d’une façon constante, l’extrémité antérieure filiforme, de
1,5 à 2 cm. 1/2 de longueur, d’un ver, qui se continue en augmen¬
tant de volume dans la lumière de l’aorte, et qui a les caractères
d’une Filaire femelle;
b) D’une façon inconstante, un ver filiforme de 5 à 7 cm. de
longueur, ayant les caractères d’une Filaire mâle.
Lésions macroscopiques de Vaorte. - — La surface interne de
l’aorte, dans toute la partie où sont disséminés les nodules, est
1 lü
plissée, tomenteuse, rugueuse et épaissie. Ces caractères athéro¬
mateux contrastent avec l’aspect lisse et la souplesse des régions
non parasitées du vaisseau. Dans l’intervalle des nodules irrégu¬
lièrement répartis, tantôt presque contigus deux à deux, tantôt
distants de plusieurs centimètres, on observe des taches plus
blanches, arrondies, dont le diamètre mesure un centimètre envi¬
ron et qui ont l’apparence du tissu cicatriciel. Elles présentent
au centre un ombilic d’où partent des plis d’un faible relief. De
l’ombilic se détache parfois une bride de tissu fibreux qui flotte
librement ou se soude à la paroi du vaisseau.
Les nodules se présentent sous trois aspects : les plus nom¬
breux, de forme olivaire ou arrondie, sont lisses, brillants, na¬
crés ; ils présentent en quelques endroits des vésicules verdâtres
et donnent au toucher une résistance fibreuse.
Quelques-uns sont arrondis; ils ont une surface brillante, plis¬
sée, mûriforme et de couleur verdâtre. Leur consistance est mjolle,
caséeuse. D’autres, de teinte brunâtre, ont une consistance cal¬
caire; sur un certain nombre d’aortes, on peut observer toutes
les transitions entre ces trois formes. La filaire émerge sur un
point quelconque de la surface du nodule.
Constitution microscopique du nodule. — Quel que soit l’as¬
pect macroscopique du nodule, la constitution microscopique com¬
porte les mêmes éléments essentiels.
Les Filai res mâle et femelle sont logées entre la tunique
moyenne élastique de l’aorte et la tunique interne. Autour des
parasites se constitue un foyer granuleux de couleur verdâtre qui
décolle l’endartère de la tunique moyenne. Cette dernière est
amincie et refoulée; les faisceaux élastiques, grêles, sont disso¬
ciés ; quelques fibres musculaires ont un aspect hyalin. La tuni¬
que' externe est normale. Le foyer se développe dans la couche
striée de l’endartère, faisant saillir la couche sous-endothéliale et
l’endothélium dans la lumière du vaisseau. Ce foyer est dû à l’in¬
filtration des couches striée et endothéliale par le tissu conjonctif,
des cellules étoilées, des leucocvtes mono- et polvnucléaires. Quel¬
ques noyaux calcaires se forment dans son épaisseur. Ces lésions
de l’aorte ont tous les caractères histologiques de l’athérome. Les
parties du vaisseau qui s’étendent entre les divers nodules subis¬
sent une infiltration de même nature.
Au début de son évolution, la tumeur a une consistance ca¬
séeuse ; elle est mûriforme, irrégulière et dépressible sous le doigt.
Puis les fibres conjonctives se multiplient ; les noyaux calcaires
se forment: l’erïdartère, épaissie, fortement tendue, prend un as¬
pect lisse, brillant, nacré et une consistance fibreuse. Les noyaux
calcaires envahissent le foyer caséo-fibreux ; les parasites se cal¬
cifient à leur tour; la tumeur s’atrophie, prend la teinte brunâ¬
tre. Dans une dernière phase, l’atrophie s’accentue; il ne reste
plus qu’une plaque fibreuse à aspect cicatriciel. Le corps de la
Pilaire femelle flottant dans la lumière du vaisseau subit la même
évolution, dont le dernier terme est la constitution des brides fi¬
breuses décrites plus haut.
Sur des frottis de la partie caséeuse du nodule, on peut consta¬
ter l’existence d’embryons morts.
Ver adulte. — Dans les deux sexes, le corps de ce Nématode est
long et filiforme. La bouche est arrondie, dépourvue de papilles.
L’œsophage est grêle. Le mâle a deux spiculés inégaux et des
papilles ovales. La femelle, beaucoup plus longue que le mâle,
présente une partie intranodulaire et une partie extranodulaire
très différentes. La vulve est située non loin de la bouche. Ces
vers réunissent donc les caractères généraux de la famille des
Filariidés. Les conditions d’habitat du mâle et de la femelle pa¬
raissent leur être particulières.
Male. — Le mâle, filiforme, entièrement inclus dans le nodule, mesure 5 à
7 cm. de longueur.
Sur un échantillon de 6 cm. 1/2, les diverses largeurs du corps atteignent :
166 p à 416 *jl de l’extrémité antérieure (au niveau de l’anneau nerveux) ;
171 p à 816 p de l’extrémité antérieure (au point de jonction de l’œso¬
phage de l’intestin) ;
260 p à un centimètre de l’extrémité antérieure ;
130 p à 100 p de l’extrémité postérieure (au niveau de l’anus) ;
La queue présente 4 paires de papilles situées aux distances suivantes de
l’extrémité postérieur :
ire papille, postanale, à 82 p ;
2e papille, adanale, à 100 p ;
3e papille, préanale, à 140 p ;
4e papille, préanale, à 167 p ;
Les spiculés inégaux sont au nombre de deux : l'un à extrémité libre
en forme de lame de poignard, mesure 250 à 300 p de long sur 20 à 25 p
de large, l’autre, plus court, à extrémité libre de forme olivaire, mesure
120 à 150 p de long sur 25 à 30 p de large.
La bouche, inerme, arrondie de 28 cm. de diamètre, se continue par un
œsophage qui présente ni bulbe ni rétrécissement, et mesure 40 p de lar¬
geur à 380 p de la bouche, et 50 p à 860 p de l’extrémité céphalique, à sa
jonction avec l’intestin.
Femelle. — La femelle, beaucoup plus longue que le mâle, mesure de
4 à 30 cm. ; la longueur la plus fréquente est de 20 cm. environ.
Quel que soit le volume extranodulaire du parasite, la partie intranodu¬
laire a des dimensions qui varient de 1 cm. 5 a 2 cm- 5 de longueur, avec
I 12
une largeur croissante de 130 p à 400 p. Le corps augmente considérable¬
ment de diamètre à ^a sortie du nodule. Les principales largeurs relevées
sur un échantillon de 21 cm. de longueur précisent ce développement :
à 60 u de l’extrémité céphalique .
à 250 u. de l’extrémité céphalique (anneau nerveux) .
à 533 p de l’extrémité céphalique (jonction de l’œsophage et
de l’intestin) . . . .
à 1567 u. . id . (vulve)
à o cm. 5 . id . . . .
à 2 cm . id .
2 cm. s . id .
2 cm. 8 . id .
6 cm . id . . . . .
12 cm .
18 cm . id.
20 cm . id.
420 p de l’extrémité caudale (anus)
130 u.
190 p
240 p
336 p
390 ^
424 p
818 a
r
1090 p
1500 p
id . 1850 p
1300 p
800 p
280 p
Œufs. — Les œufs, de forme ovoïde, presque sphérique, éclosent dans les
utérus. En sectionnant, par tranches, le corps de la femelle, on trouve tous
les stades de développement.
On observe donc l’œuf au stade primitif granuleux (46 p x 39 p), la for¬
mation de la morula (58 p x 52 p), l’apparition de l’embryon d’abord réni-
forme, puis présentant l’aspect segmenté perpendiculairement à sa longueur,
lui donnant l’apparence d’une larve de Coléoptère (62 p x 58 p), puis pelo¬
tonné sur lui-même en spirale (76 p x 66 p), puis enroulé en forme d’an¬
neau de 7 p,5 de large, suivant un des méridiens de la sphère ovulaire, enfin
mobile à l’intérieur de l’œuf d’où il cherche à s’échapper.
A tous les stades, cet embryon remplit très incomplètement la membrane
d’enveloppe de l’œuf. Dans cette situation, il ne présente pas de gaine.
Embryon libre. — L’embryon libre est également dépourvu de gaine. Il
mesure 350 p de long sur 7 p,5 de large. Il s’effile progressivement à partir
de 5 p environ de l’extrémité postérieure. A sa partie antérieure, il se rétré¬
cit à partir de 20 p de l’extrémité céphalique jusqu’à 10 p de cette extrémité,
région où il atteint 5 p à 5 p,5 de large.
Puis sa largeur s’accroît à nouveau et l’extrémité céphalique arrondie me¬
sure 8 p,5 de diamètre. Elle est partiellement recouverte d’un prépuce.
Par la coloration vitale au moyen d’une solution de bleu de méthylène
dans la solution physiologique, l’embryon montre une colonne granuleuse
centrale limitée de chaque côté par une bande incolore et réfringente. Cette
colonne est interrompue à 28 ou 30 centièmes de la longueur à partir de l’ex¬
trémité céphalique.
Coloré à l’hématéine, l’embryon mesure 300 à 310 p ; il présente, à son
extrémité céphalique, une tache fortement colorée à laquelle fait suite une
région beaucoup plus claire et marquée de lignes pointillées parallèles s’éten¬
dant sur une longueur de 45 p à 50 p. Ce premier segment du corps se
continue par une colonne granuleuse fortement colorée, interrompue par une
tache claire et annulaire située à 90 p à 100 p de l’extrémité antérieure,
c’est-à-dire un peu en avant de la jonction du tiers antérieur et des deux
tiers postérieurs.
II. — Filariose du bœuf.
Les bœufs sont parasités dans la proportion de 1 % par la Fi-
laire que nous venons de décrire. 75 % d’entre eux présentent des
lésions athéromateuses de l’aorte, situées dans la même région
et dues à un autre parasite.
Lésions macroscopiques de l’aorte. — Chez ces animaux, on
n’observe ni nodules, ni Nématodes flottant sur la paroi interne
de l’aorte. Cette paroi a un aspect plissé, parcheminé, tomenteux,
gonflé et œdématié par endroit. Au toucher, elle est rugueuse,
épaissie, rénitente, et, parfois, granuleuse. Sur des points de di¬
mensions variables où le gonflement est apparent, on distingue les
sinuosités décrites par le ver dans l’épaisseur du vaisseau.
Constitution microscopique des lésions. — Les parasites se dé¬
veloppent dans les mailles, remplies de tissu conjonctif, circons¬
crites par les fibres élastiques de la tunique moyenne, dans toute
son épaisseur. Ils sont enroulés en pelotons.
Ils ne pénètrent pas dans la tunique interne du vaisseau. L’en-
dartère est infiltrée de leucocytes. Elle est épaissie, mais ses élé¬
ments ne sont pas dissociés.
Dans la tunique moyenne, autour des parasites, se produisent
des hémorragies nodulaires et punctiformes, des amas de leuco¬
cytes, de cellules étoilées, de filaments conjonctifs et de granula-
tions calcaires. Les fibres élastiques sont dissociées, leurs fais¬
ceaux sont rompus et effilochés par endroits. Les fibres muscu¬
laires sont opaques ; elles présentent parfois un commencement
de calcification.
La tunique externe est normale.
Ver adulte. — En disséquant les tissus de l’aorte, on découvre
des vers dont le corps est long et filiforme, la bouche arrondie,
dépourvue de papilles.
Mâle. — Le mâle a l’aspect d’un fil très tenu, de grosseur très régulière
de 5 à 8 cm. de longueur.
Sur un échantillon de 7 cm. 1/2, les largeurs sont :
i° au niveau de la bouche . . 50 p
20 au niveau du ganglion nerveux (à 250 u de l’extrémité céphali¬
que) . . 138 p
30 à 430 u de l’extrémité céphalique . . 153 p
40 du 1/4 antérieur au 1/4 postérieur . 175 p
50 au niveau de l’anus, à 125 p de l’extrémité caudale . 150 p
La queue s’enroule en spirale, se montre munie de deux ailes latérales
membraneuses prenant naissance de 250 p à 270 p de l’extrémité caudale
et se continuant jusqu’à cette extrémité.
Vue de face, l’extrémité caudale munie de ces ailes, a une forme ovalaire.
Elle présente sept paires de papilles situées aux distances suivantes de
l’extrémité postérieure :
ire paire, postanale, à . . . 20 u
2e paire, postanale, à . 45 u.
3e paire, postanale, à . 74 u
4e paire, postanale,- à .. . . .. 115 p
5e paire, adanale, à . 130 p
6e paire, préanale, à . 155 p
7e paire, préanale, à . 188 p
Les spiculés inégaux sont au nombre de deux : le plus court mesure 120 p
de long sur 15 p de large ; l’autre en forme de crochet effilé, a 250 p de
long sur 25 p de large.
La bouche, arrondie, de 20 p de large, se continue par un œsophage sans-
bulbe ni rétrécissement, mesurant 24 p dans sa partie moyenne, et 40 p à
son point de jonction avec l’intestin. Celui-ci, dès son origine, mesure 70 p à
80 p de large.
Femelle. — Nous n’avons pas pu retirer du tissu où elle est enchâssée, la
femelle entière. Sa longueur ne nous paraît pas inférieure à 8 centimètres. Sa
largeur varie ainsi :
Immédiatement en arrière de la bouche . 85 p
A 696 millimètres de l’extrémité céphalique .... 280 p
Au niveau de la vulve . 336 p
La bouche, dépourvue de papilles, est un simple orifice en entonnoir.
La vulve, indiquée par un faible relief de la cuticule est située à 1 mm.,
1 mm. 2, 1 mm. 3 de l’extrérriité antérieure.
*
* *
\
Dans les deux types de filariose que nous venons d’étudier,
nous n’avons pu déceler d’embryons mobiles dans la circulation
générale, ni le jour, ni la nuit. Les autopsies sont restées infruc¬
tueuses dans le même sens.
Les buffles porteurs de Filaires ont en général des lésions gra¬
ves du foie dues aux Douces (F as cio la gigantica ); ils sont por¬
teurs de kystes nombreux de sarcosporidies ( Sarcocystis fusifor-
mis [Railliet]) et de parasites de l’appareil digestif (Amphisto-
miens).
Les bœufs, bien que beaucoup moins infestés que les buffles,
ont souvent des Douves ( Fasciola gigantica ); ils sont également
porteurs d’Amphistomiens (rumen).
Les lésions athéromateuses de l’aorte sont indépendantes de ces
causes d’ intoxication. Les buffles et les bœufs les plus grave¬
ment atteints n’ont pas de lésions aortiques s’ils n’ont pas de
Filaires.
Les buffles et les bœufs filariés ne présentent ces lésions que
dans les segments parasités du vaisseau. L’athérome est donc lié
directement à la présence de ces Nématodes.
( Travail des laboratoires de bactériologie et du Service
des Epizooties, Hué.)
Nématodes vasculicoles des Bovins annamites
<f>
Par A. RAILLIET et A. HENRY.
L’étude des abondants matériaux recueillis par MM. Bernard
et Bauche, et que ces laborieux chercheurs ont eu l’excellente pré¬
caution de joindre à leur Note, nous a permis de déterminer les
formes parasitaires dont ils ont esquissé la description, et de pré¬
ciser en outre quelques points de leur organisation.
Les deux espèces appartiennent bien à la famille des Filarii-
dœ: la première, qui a pour hôte principal le Buffle, n’est autre
que la Filaria Poeli B. Vryburg, la seconde, beaucoup plus fré¬
quente, au contraire, chez le Bœuf, est VOnchocerca armillata
Raill. et Henry.
I. Filaria Poeli B. Vryburg. — Syn.: F. Poelii B. Vryburg,
1897; F. Blini Carougeau et Marotel, 1903; F. hœmophila
Linstow, 1903. — - Ce parasite a déjà donné lieu à toute une série
de publications remarquablement concordantes dans leurs traits
généraux, voire dans les points de détail. B. Vryburg (1897),
Eord (1902, 1906, 1907), Carougeau et Marotel (1903), Railliet
(1903), von Linstow (1904), Tuck (1907), enfin Bernard et Bau¬
che signalent exactement les mêmes lésions, indiquent le même
siège des parasites, relèvent leur fréquence chez le Buffle et leur
rareté chez le Bœuf, notent les résultats négatifs de l’examen du
sang quant à la recherche des embryons, constatent l’absence de
troubles attribuables à ces vers, etc.
Il convient de remarquer, d’ailleurs, que toutes les observations
rapportées par ces auteurs ont été recueillies dans une aire géo¬
graphique des plus restreintes: en Indochine, dans la presqu’île
de Malacca et à Sumatra. Peut-être cette répartition est-elle liée
à celle de l’animal encore inconnu qui doit servir d’hôte intermé¬
diaire au parasite ; mais plus probablement faut-il penser, avec
Ford, qu’elle tient à la spécificité de l’hôte définitif normal: le
Buffle malais-siamois ou Kérabau (Water Buffalo).
La morphologie externe du Ver est en grande partie sous la dépendance
de son habitat.
C’est ainsi que le mâle tout entier et la portion antérieure de la femelle,
qui sont inclus dans les tissus, demeurent filiformes, tandis que la partie
flottante de la femelle, se développant librement, acquiert une épaisseur
beaucoup plus considérable.
La cuticule offre des variations correspondantes. Chez le mâle, elle porte
des stries distantes de 14 à 18 p dans la région moyenne du corps, et se
rapprochant peu à peu vers les extrémités. En ce qui concerne la femelle, la
région intranodulaire montre également des stries, dont l’écartement peut
aller jusqu’à 20-22 p ; par contre, dans la partie extranodulaire, la cuticule,
notablement plus épaisse, est à surface lisse ; mais elle montre une couche
profonde marquée d’annulations qui donnent la sensation d’une striation
interne ; toutefois, il s’agit de marques très inégalement distantes (15 à
32 p, en moyenne 22). Sur la coupe optique, ces anneaux semblent s’incliner
par séries les uns dans un sens, les autres en sens opposé, constituant ainsi
• des systèmes qui correspondent vraisemblablement aux stries externes effacées
par le fait de la dilatation du corps.
La bouche est nue ; l’œsophage *est cylindrique et très long, bien que
nous n’ayons jamais observé les dimensions colossales mentionnées par von
Linstow (4 centimètres, ou 1/6 de la longueur du corps) ; nos mensurations
ont donné 8 mm. environ chez le mâle et 10 mm. chez la femelle (1). L’œ¬
sophage est flanqué, à son origine, de deux glandes granuleuses longues de
200 p. L’intestin est très étroit, mais nullement atrophié comme l’ont cru
Carougeau et Marotel ; il aboutit à un anus situé, chez la femelle, à environ
600 p de l’extrémité postérieure.
Le mâle est long de 4 cm. 5 à 7 cm., sur une largeur maxima de 200 à
260 p. Son extrémité caudale, arquée ou lâchement spiralée, est dépourvue
d’ailes latérales ; à 100-110 p de sa terminaison apparaît en saillie le cloa-
•que. Des deux spiculés inégaux, le plus long mesure 192 à 250 p et se ter¬
mine en pointe mousse ; le plus court, de 120 à 132 p, a l’extrémité libre
pourvue d’un renflement olivaire d’environ 25 p de long sur 15 de large.
Les papilles caudales sont petites, non pédonculées ; nous n’en avons observé
que cinq paires, dont deux préanales.
La femelle est longue de 4 à 30 cm. (moyenne 20) ; le diamètre de la partie
intranodulaire est d’environ 350 p ; le diamètre maximum de la partie libre,
atteint vers le milieu du corps, est de 1500 à 1800 p. Nous avons trouvé la
vulve à une distance de 1150 à 1350 p de l’extrémité antérieure (2). Le va¬
gin, et le tronc commun de l’utérus qui lui fait suite, s’étendent directement
en arrière jusqu’à 2 cm. environ de l’origine de la région renflée du corps ;
alors, sur un espace d’un peu plus de 2 mm., on voit l’utérus se diviser pro¬
gressivement en deux, trois et enfin quatre branches qui restent accolées
^ur une longueur variable, avant de se montrer nettement' distinctes (3).
De sorte qu’il existe au moins quatre ovaires (4). Les embryons sont longs
de 340 à 360 p et larges de 7 p à 7 p 5 ; leur extrémité céphalique est légè¬
rement renflée ; leur extrémité caudale s’effile graduellement dans le hui¬
tième postérieur.
(1) Ford indique o mm. 6 pour le mâle (il a voulu écrire évidemment
6 mm.) et 7 mm. 8 pour la femelle.
(2) Ford l’indique à 650-750 p, Linstow à 1100 p, Bernard et Bauciie à
1567 u ; Carougeau et Marotel ne l’ont pas aperçue, de sorte qu’ils ont
admis la possibilité d’une mise en liberté des embryons par rupture des pa¬
rois du corps.
(3) Ford avait déjà observé cette particularité, avec quelques différences
toutefois dans l’origine des branches utérines.
(4) 11 est possible, en effet, que la ramification se poursuive plus loin
encore.
ii 7 —
Les caractères de ce parasite accusent une parenté assez étroite
avec les espèces du genre Onchocercu Diesing. C’est ainsi, notam¬
ment, que l’épaisseur et la striation profonde de la cuticule, la
forme de£ spiculés et en particulier le renflement terminal du plus
court, rappellent des particularités propres à ce genre. D’autre
part, l’habitat du Ver dans des nodules conjonctifs développés
dans un tissu fibro-élastique est un élément qui leur est commun.
Toutefois, aucune de ces particularités ne permettrait d’incorpo¬
rer dans les Onehocerques l’espèce qui nous occupe. C’est pour¬
quoi il nous paraît nécessaire d’établir à son intention le nouveau
genre Elæophora, qui prendra place dans la sous-famille des On-
chocercinœ Leiper, 1911. Le type de ce genre sera donc Elæo¬
phora Poeli (B. Vryburg, 1897), du Buffle.
IL Onchocerca arviillata Raill. et Henry, 1909. — Cet inté¬
ressant Nématode paraît avoir été signalé pour la première fois en
1905, par Lingard, qui l’avait observé dans l’aorte du Bœuf et du
Buffle (Inde anglaise). Tuck, en 1907, le mentionne également
comme rencontré dans les Etats malais, chez les mêmes animaux.
Dès 1903, nous avions eu l’occasion de l’étudier sur des lésions
de l’aorte de Zébu (B os indiens ) recueillies par A. Vryburg à
Medan (Sumatra) ; mais, en raison de l’état de conservation des
pièces, nous n’avions pu isoler que des fragments de femelles;
le mâle avait échappé à nos recherches. Les matériaux récoltés par
MM. Bernard et Bauche vont donc nous permettre de combler
un certain nombre de lacunes laissées dans la description du pa¬
rasite.
Celui-ci se rencontre surtout dans la couche moyenne de
l’aorte; cependant, de même que Lingard et Tuck, nous avions
observé de petits nodules conjonctifs situés à la face externe de
l’aorte, nodules creusés de cavités dans lesquelles étaient logées
des extrémités antérieures de femelles. MM. Bernard et Bau¬
che ne semblent pas avoir vu de semblables lésions.
Le mâle est long- de 5 à 9 cm., sur une largeur maxima de 150 à 190 p.
La cuticule est relativement mince ; sa surface externe montre des stries
écartées de 11 à 12 p dans la région moyenne du corps, et sa zone
profonde laisse percevoir d’autres stries deux ou trois fois plus rappro¬
chées. L’œsophage est long de 2 mm. 900 à 3 mm. 100. L’extrémité cau¬
dale, souvent enroulée en spirale, porte deux ailes cuticulaires très amples
en arrière, où elles atteignent jusqu’à 55 p de largfeur. Le cloaque est à
155-17° p de l’extrémité postérieure. Le grand spiculé est long de 230 à
280 p, et terminé en pointe ; le petit, long de 120 à 136 p, se termine par
un renflement à crochet latéral rétrograde. Les papilles caudales sont ainsi
9
— 1 18 —
réparties de chaque côté : une ou deux avoisinant l’extrémité postérieure ;
une située vers le milieu de l’espace qui sépare le cloaque de cette extrémité
(cette papille manque souvent d’un côté) ; enfin, un groupe de quatre ada-
nales.
La femelle est d’une longueur encore indéterminée, aucun exemplaire
n’ayant pu être dégagé en entier ; toutefois, Lingard a déjà obtenu un frag¬
ment dépassant 45 cm. Dans sa région moyenne, le corps a un diamètre de
335 ^375 p ; la cuticule s’y montre avec une structure remarquable ; épaisse de
30 à 35 p, elle offre à sa surface externe des épaississements spiroïdes plus
ou moins interrompus au niveau des champs latéraux. Ces « bagues », for¬
tement ondulées, sont écartées en moyenne de 40 à 45 p. Dans sa zone
profonde, la cuticule montre des stries circulaires beaucoup plus rapprochées,
de sorte qu’on peut compter 3 ou 4 stries dans l’intervalle de deux bagues.
Vers les extrémités du corps, les bagues se rapprochent les unes des autres,
en même temps que leurs ondulations s’atténuent ; finalement elles dispa¬
raissent pour faire place à une striation semblable à celle qu’offrent d’habi¬
tude les Nématodes, mais un peu exagérée. La bouche est difficile à étu¬
dier ; elle paraît cependant dépourvue de papilles. L’œsophage est long de
3, mm. 3 à 3 mm. 8. La vulve est située à 970-1300 p de l’extrémité anté¬
rieure. Les œufs embrvonnés ont une coque très mince qui présente sou¬
vent une petite pointe à l’un des pôles ; ils mesurent 50 à 56 p sur 38 à 40.
Les embryons sont longs de 285 à 300 p, avec une épaisseur de 6 p au mi¬
lieu de leur longueur ; leur extrémité céphalique, à peine dilatée, est arron¬
die ; leur extrémité caudale est assez brusquement atténuée en pointe.
A note on the presence of Linguatula serrata
Frohlich 1 789 in man in central America
By S. T. DARLING.
While an autopsy was being held on the bodv of L. T.,
aged 32; male; native of Nicaragua, a larva of L. serrata was
found crawling over the eut surface and pleura of one of the
lungs that had just been removed from the thoracic cavity.
It is not known how long the man had been living in the
Canal Zone as he was not an employée, but the period is about
two years.
Neither is the exact location of the larva during the life of the
patient known, for this was the only one found in spite of a very
careful search through other viscera and cavities.
The cause of death was cirrhosis of the liver, and to ascertain
ff Linguatula larvæ had plaved any part in its causation, sec¬
tions of the liver were examinée! for évidences of encysted dead or
calcareously infiltrated parasites, none was found however, so
that it is ver y unlikely that the larva was concerned in the cause
of death.
The larva was active and crawled about on the moist surface of
the pleura, and in saline solution like the larva of the house-fly.
Its color was white beeoming translucent and grayish when moun-
ted in saline solution under a cover slip. The body is flattened
and tapers to an obtuse point posteriorly. Its encircled transver-
selv with alternate rows of pores and retrorse colorless chitinous
spines. T here are 92 rows of spines about 0,072 mm. apart, each
spine is about 0,036 mm. long. The first row e noircies the mouth
and on each side is inserted 0,184 mm. from its neighbour, dip-
ping ventrally. The fourth and fifth rows of spines are incomplète
ventrally on a line with the mouth. The mouth is subterminal and
elliptical in shape ; it is reinforcecl by a rim of chitin. At each an¬
gle formed by the anterior margin and the sides is a small stig-
mal pore (?) which communicates with the interior by a small ca¬
nal. Surrounding the mouth are two pair of strong, jointed, chi¬
tinous hooks, the jaws of the anterior pair being on a plane trans¬
verse with the oral aperture. The second pair are placed a little
posterior to and more external than the first. The anterior join¬
ted portion of the hooks is very sharp and may be protruded
through invaginations in the integument of the larva. The hooks
are 0,576 mm. long. When the anterior portion of the hooks is
retraeted, the convexity of the sharp pointed tip fits into a short
chitinous, protective Socket or groove. After wachting the move-
ments of the hooks, it is seen that the anterior jointed end, with
its very sharp point, lias a hammer-like action, and is projected
and retraeted by a movement very much like that of a cat’s claws.
The impression received at first is that the hooks are the termi¬
nais of legs, but, as Dr. Stiles had pointed out, they are to be
regarded as homologues of mandibles and palpi.
This is the second specimen of L. serrata (larva) seen here. In
1905 a larva, slightly larger than the one described here, was seen
in a. specimen of faeces from a man.who, it is believed, was either
a native of, or long résident, in Central America.
No specimens of the adult parasite hâve been found in any of
the dogs, cattle or horses examined here.
120
Russian Ixodoidea
Remarks upon a paper by Yakimoff, Winogradoff and
Kohl-Yakimoff, in this Bulletin, vol. V, pp. 3ç-pi.
By George H. -F. NUTTALL, F. R. S., Cambridge.
In the short paper refer red to there are several errors which
require correction :
i) Argas per siens (O ken, 1S19) is wrongly refer red to as hav-
ing been named by Fischer de Waldheim. The paper by the
latter author did not appear rrntil 1823. We (1) gave the syno-
nymy of this species. in Ticks, Part I. (1908), p. 8. It is ,a common
error to refer the species to Fischer.
The authors take exception to the statement in Ticks I, p. 20,
that Neumann had reported the species from Russia, stating that
lie had expressed himself doubtfully on the point. Neumann (1901,
p. 253) did State clearly that A. persicus was found. at Ssamjam,
Russia. Since the appearance of Ticks I. he (1911, p. 121) has,
however, expressed himself doubtfully on this matter by insert-
ing (?) after the word Russia. We can searcely be reproached
with inaccu raey in view of the respective dates on which Neu-
mann’s and our publications appeared. Neumann (1901, p. 253)
States that A. persicus was collected at Ssamjam, Russia, by
A. Spoof (2), and that the specimen was in Oudemans’ collec¬
tion. Professer Oudemans, to whom we w rote on the subject after
Ticks I. appeared, informed us that the supposed Argas persi¬
cus is in realitv Argas reflexus, and that it was collected by
Dr. A. R. Spoof in Ssamjani, near the mouth of the Volga and
Caspian Sea.
The authors refer to Argas persicus miniatus as a variety oc-
curring in America. Neumann (1905, p. 240) could find no cons¬
tant différence between A. miniatus C.-L. Koch, 1844, and A.
persicus, and largelv because of its geographical distribution re-
(1) Nuttall and Warburton Ticks I (1908), II (191 1 ). The References will
be found in the Bibliography. (Published by the University Press, Cam¬
bridge).
(2) Wrongly spelt « Spoot » by the authors in quoting from Ticks I.
— I 2 1
tains it as a variety. We hâve examinée! hundreds of specimens
of A. per siens and A. miniatus, and cannot distinguish them
specifically or otherwise. The geographieal distribution of the
species is doubtless dépendent upon the distribution of its chief
host, the domestic fowl. A parallel instance may be found in
Rhipicephalus sanguineus which lias been spread practically
throughout the world together with the domestic dog. This spe¬
cies, likewise, bears numerous names in the literature. Both the
spécifie and varietal name miniatus should be suppressed, unless
some constant différence can be cletected. Nothing but confusion
can resuit from the use of a multiplicity of useless names applied
to a single species.
II) Hyalomma aegyptium is stated to transmit equine piro-
plasmosis. May I ask on what evidence? No scientific evidence
exists, to my knowledge, that this species of tick transmits dis-
ease. Similarly, I should like to be referred to the authorities
who hâve shown that Haemaphysalis Icporis-palustris Packard
{an American species !) is the <c agent de la babésiose des liè¬
vres » ? (where?). I am inclined to think that these are gratuitous
assLimptions on the part of the authors. It is désirable to check
such statements at their birth, for, though they be wrong, they
are often accepted by other authors and the error is carried on
from paper to paper ad nauseam witness the case of Dermacen-
tor reticulatus and Ixodes ricinus which are definitely put down
as carriers of Piroplasma canis (vide Blanchard, 1909, l’Insecte
et l’Infection, pp. 144 and 94, respectively), although this has
never been proved. (At présent the only known carriers P. canis
are Haemaphysalis leachi and Rhipicephalus sanguineus ).
III) Ixodes ricinus (Linnaeus, 1746-48). The authors refer to
this species as I. reduvius. Surely it is time to drop the latter
name for the reasons stated by Neumann (1901, p. 281), and cited
by us in the Synonymy of the species in Ticks II. (1911), p. 143.
IV) « Ixodes triangulipes Birula », cited by the authors, does
not exist. The authors doubtless mean to refer to Ixodes triangu-
liceps Birula, 1895, which we regard as a doubtful species (vide
Ticks II, p. 293) although it may be identical with I. tenuirostris
Nn., 1901. Birula’s species was founded on a single female ; the
specimen is mounted and in his collection at St. Petersburg.
V) « Ixodes spinocoxalis Neum. » is meant for /. spinicoxalis
Nn., 1899. The types of this species are from Sumatra (Brit.
122
Mus.), consequently it appears somewhat doubtful that spinico-
xalis oocurs in the Caucasus — the specimens from the Caucasus
should be compared with the types before being referred to this
species.
VI) Haemaphysalis inermis Birula, 1895, is the same species
as H. ambigua N N., 1901, as Mr. Warburton and myself hâve
recently found. We possess specimens from Transeaucasia
(Dschunkowsky coll.) and France (E. Brumpt colL).
VII) Boophilus annulatus (SAY, 1821) is the name generallv ac-
cepted for what the authors style Margaropus annulatus Say (sic).
The genus Boophi lus Curtice, 1891, is regarded as distinct from
that of Margaropus Karsch, 1879, by Dœnitz, Stiles, Nuttall
and Warburton, as opposed to Neumann. (For generic charac-
ters, see Ticks II, p. 123).
VIII) Rhipicephalus calcaratus Birula, 1895 = Boophilus an¬
nulatus (Say, 1821).
I regret that this note is longer than the paper it criticizes, but
this is unavoidable in the interests of accuracy. I trust that the
authors will pardon these strictures.
Distribution géographique du
goitre endémique en Algérie
Par Et. SERGENT.
D’une enquête faite auprès des médecins d’Algérie (131 de nos
confrères ont répondu à nos questionnaires, nous les en remei-
cions ici bien vivement), il résulte que le goitre existe à l’état en¬
démique chez les indigènes dans quelques points bien localisés
du territoire algérien. Les cas contractés par les Européens en
Algérie sont extrêmement rares, s’ils existent. Les crétins goi¬
treux sont très rares.
Les régions les plus contaminées sont:
i° L’Atlas mitidjéen (vallées du versant nord) surtout au-des¬
sus de Blida ; Tablat ; Médéa et sa banlieue.
Altitude maxima : 1600 mètres.
Planche VIII
Et. Sergent.
Goître chez des Kabyles.
Nature des terrains: tous y sont représentés (ce sont surtout
des formations schisteuses).
2° Quelques points de la plaine de la Mitidja même (jusqu’à
io kilomètres environ du pied des montagnes), environs de Bou-
farik, environs de Souma, de Rovigo, où les cas de goitre se sont
produits sans hérédité, même lointaine.
Altitude maxima : 150 mètres environ.
Nature des terrains: quaternaires récents.
30 Certaines vallées des montagnes de la grande et de la petite
Kabylie : environs de Bougie; vallée de la Soummam ; environs
d’El-Kseur (village de Thaourirth-naith-Gana) ; environs d’Ak-
bou (villages de Ighil-Ouantar, de Belayel) ; environs de Dra-el-
Mizan ; Région de Palestro (douars Senhadja et El-Isseri) envi¬
rons de Tizi-Ouzou.
Altitude maxima: plus de 2.000 mètres.
Nature des terrains : tous y sont représentés (surtout des schis¬
tes et des grès).
D’autre part, les autres localités montagneuses de l’Algérie (le
puissant massif des Aurès, par exemple) paraissent exemptes
d’endémie goitreuse.
Altitude maxima: plus de 2.000 mètres.
124
Nature des terrains: tous y sont représentés (les calcaires do¬
minent).
En résumé, le goitre est observé en Algérie dans les vallées des
montagnes kabyles et dans les vallées de l’Atlas mitidjéen. Mais
il semble absent d’autres montagnes, telles que le massif des au-
rès. Un certain nombre de cas ont été constatés dans la plaine
de la Mitidja, loin des montagnes. Il ne semble pas exister de re¬
lations entre l’existence de foyers strumigènes et l’âge du terrain.
(Renseignements géologiques fournis par M. le Prof. Ficheur,
que nous remercions vivement de ses données.)
Le nom arabe du goitre est: Handjoura. Les noms kabyles
sont: Hassouza (à Thaourirth-naith-gana) ; Aghbal (à El-Kseur),
Arkoum (à Tizi-Ouzou), Akerkour (à Lafayette).
( Institut Pasteur d’ Algérie.)
125 —
Mémoire
Le béribéri, maladie de nutrition
Par H. SCHAUMANN.
Parmi les travaux parus dans ces derniers temps sur l’étiologie
et l’épidémiologie du béribéri, figure dans le « Bulletin de la So¬
ciété de Pathologie exotique », tome iV, 1911, n° 9, page 575, un
rapport présenté par M. Primet, au nom d’une commission spé¬
ciale. Dans ce travail où se trouvent exposées les nouvelles théories
sur la nature et la pathogénie du béribéri, le rapporteur insiste
plus particulièrement sur le rôle du riz décortiqué et fait mention
des théories qui attribuent une certaine importance à la teneur de la
ration alimentaire en composés phosphorés. On trouve à ce sujet,
plus ou moins précisémerît cités, les travaux de Aron, Greig,
Moszhowsky, Grijns, Eijkman, ainsi que ceux de Simpson et de
Edie. Quoique ces observateurs mentionnent, tous, mes travaux et
quoique Simpson et Edie les aient discutés en détail et d’ailleurs
confirmés, le rapport est muet sur mes publications. Sur les conseils
de l’un des membres de la commission auquel j’avais adressé mes
doléances, j’apporte aujourd’hui à la Société un exposé résumé de
mes travaux.
Dans une communication faite le 15 avril 1908 à la Société alle¬
mande de médecine tropicale, j’ai le premier fait ressortir les rap¬
ports apparemment très intimes, qui semblent exister entre le
contenu en combinaisons phosphorées organiques des ali¬
ments et l’apparition du béribéri essentiel ou du béribéri nautique.
J’ai cité en même temps une série d’exemples qui viennent à
l'appui de cette opinion, j’ai fait ressortir en particulier la faible
teneur en phosphore du riz décortiqué et de quelques autres ali¬
ments qui deviennent ainsi nuisibles. J’ai insisté aussi sur les alté¬
rations que subissent des matières alimentaires primitivement
bonnes, quand on les garde longtemps en magasin. Des analyses
d’urines m'ont permis, comme preuve à l’appui de ma théorie étio¬
logique de faire ressortir l’appauvrissement de l’organisme en
phosphore. Dans le béribéri et la polynévrite expérimentale, il
— 126 —
semble exister d’étroites relations entre cet appauvrissement et les
modifications anatomiques qu’on observe surtout dans les tissus
qui renferment du phosphore. Après de nouvelles recherches j’ai
émis l’hypothèse que c’étaient surtout les nucléoprotéides ali¬
mentaires qui étaient en question, et je profite de la circonstance
pour répéter que cette classe de combinaisons phosphorées, quoi¬
que j’aie abandonné l’hypothèse dans sa forme primitive, ne me
semble pas indifférente, c’est-à-dire que je ne crois pas que leur
absence constitue, comme je le supposais autrefois, le facteur étio¬
logique principal.
Dans une deuxième note, le 6 avril 190g, j'ai montré dans une
série d’expériences sur les animaux, que l’apparition de polyné¬
vrite ne pouvait être attribuée au manque d’enzymes protéolyti¬
ques ou amylolytiques, d’albumine ou de sels minéraux dans les
aliments. U ne série de substances à teneur élevée en combinai¬
sons phosphorées, se montrait propre à éviter l’apparition de la
névrite expérimentale, et capable de guérir en un temps très court
des animaux parvenus au dernier stade de la maladie.
Il existe de notables différences entre le riz cylindré et le riz sou¬
mis à la vapeur (nommé « cured » ou « parboiled rice »). L’influen¬
ce favorable de ce dernier est due à la conservation du péricarpe
si riche en combinaisons phosphorées organiques. J’ai réussi à pro¬
voquer la polynévrite expérimentale des vertébrés (chiens, chats,
singes, lapins et rats), tandis que jusqu’à mes expériences, on
n’avait eu de succès qu’avec les poules, les pigeons et peut-être les
cobayes.
Les résultats de toutes mes expériences jusqu’à la fin de 1910
ont été publiés dans une monographie volumineuse, où j’ai exposé
aussi en détail les observations faites jusqu’à ce jour sur le méta¬
bolisme du phosphore. Je ne puis songer à les reproduire ici. Je me
bornerai à résumer les résultats les plus importants de mon travail.
La névrite expérimentale paraît être surtout due à la pauvreté de
la nourriture en combinaisons phosphorées organiques. Ainsi les
pigeons nourris avec du riz décortiqué meurent en moyenne dans
l’espace de 30 jours. Mais, traité plusieurs fois par l’eau, le riz
perd seulement 3,43 % de sa protéine originelle, mais 35, 98 %
de sa teneur en acide phosphorique et les pigeons succom¬
bent en 12 jours en moyenne. L’influence protectrice du son de
riz, de lalevure et du son de blé qui renferment des quantités diffé¬
rentes de P2Or', est directement proportionnelle à leur teneur en
P20% c’est-à-dire que la quantité de chacune de ces substances
qu’il faut ajouter au riz décortiqué pour maintenir les animaux
en équilibre nutritif est inversement proportionnelle à la teneur de
chacune en phosphore.
La testiculine, préparation faite avec du testicule de taureau et
qui renferme une forte proportion de combinaisons phosphorées
organiques, empêche l’apparition de la polynévrite chez les chiens
si on l’ajoute à la viande dénaturée qui, mangée seule, provoque
cette maladie. Des doses de 5 à 6 g. par jour sont déjà suffisantes,
non seulement pour conserver les chiens en santé, mais aussi pour
maintenir leur équilibre nutritif. La levure et le son de riz réussis¬
sent aussi bien chez les chiens. On a aussi guéri en peu de temps
des chiens gravement paralysés par l’administration de doses rela¬
tivement petites de testiculine ou de levure. Chez les oiseaux, le
son de riz, le son de blé, les petits pois et le Phaseolus radiatus
ont donné de bons résultats, tandis que la testiculine a seulement
prolongé notablement la vie des pigeons, sans prévenir' l’appa¬
rition de la polynévrite. Les phosphates inorganiques, comme une
série de combinaisons phospho - organiques (métaphosphate
d’albumine, glycérophosphate de chaux, acide nucléique, léci¬
thine de levure et phytine), ne préservent pas des pigeons nourris
de riz décortiqué. La lécithine de levure retarde notablement l’ap¬
parition de la maladie; la phytine et l’acide nucléique semblent
parfois aussi amener un retard, tandis que les autres combinaisons
ne possèdent aucune action protectrice. Des pigeons gravement
malades, au contraire, quand on leur administre des quantités
minimes d’acide nucléique de levure, se rétablissent passagère¬
ment ; des pigeons entièrement paralysés peuvent à nouveau cou¬
rir et voler, mais ils retombent malades, même avec des doses éle¬
vées d’acide nucléique.
Chez les pigeons qui, avec du riz cylmdré, ont reçu comme
nourriture journalière 0,5 g. d’acide nucléique, de phytine ou de
iécithine de levure, j’ai observé une grande diminution de poids
avant la mort. Ces animaux mouraient tous avant d’être atteints
de paralysie prononcée, et souvent couraient encore quelques
heures avant leur mort. Dans tous les cas examinés, on a pu
constater la dégénérescence Wallérienne des nerfs. D’autres re¬
cherches nous éclaireront sur la valeur des phénomènes observés
par moi qui sont constants.
Dans toutes les expériences précédentes, les substances dési¬
gnées comme possédant des vertus préventives et curatives avaient
-- 128 —
sur les animaux une action rapide et apparemment efficace. Chez
un bouc, j’ai réussi à produire une maladie qui, par son caractère
chronique et son tableau clinique, présentait de grandes analo¬
gies avec le béribéri humain. Pour les détails je ne puis que ren¬
voyer à mon travail original. Ici je veux seulement faire remar¬
quer que, chez ce bouc, on a observé des dégénérescences très net¬
tes non seulement du côté des nerfs périphériques, mais aussi
dans la moelle épinière.
Les examens de vivres des bâtiments à voiles, où le béribéri
nautique s’est montré, ont donné le résultat suivant. Dans les
légumes secs (pois, haricots, etc.), la quantité des phosphatides,
qui probablement avaient dû se décomposer, était souvent nota¬
blement réduite. Après cuisson, ils restaient durs et à peine man¬
geables. La viande salée était souvent dénaturée par la saumure :
la teneur en phosphore est surtout très diminuée et souvent ré¬
duite à i/xo'3 % de ce qu’elle eût dû être. Chez des pigeons unique¬
ment et pendant assez longtemps nourris d’orge, de pain de blé
dur ou de pommes de terre, provenant d’un bateau à béribéri,
on a pu provoquer de la polynévrite. LTn chien nourri de
viande salée et de pain de blé dur en certaines proportions, pré¬
senta une paralysie grave des extrémités. Mais des poules et des
lapins, auxquels on avait donné des pois et divers mélanges d’ali¬
ments venant de bateaux à béribéri, sont restés bien portants. Le
phosphore et l’azote étaient en quantités très faibles dans les
urines des malades atteints de béribéri nautique typique, au mo¬
ment de leur arrivée à l’hôpital. La proportion de phosphore était
surtout très réduite et souvent ne représentait qu’une faible frac¬
tion de sa valeur normale.
Mes examens de béribéri tropical m’ont montré que dans tous
les cas, l’élimination de phosphore avait subi une diminution
patente et considérable. Ces faits sont prouvés par de nombreuses
analyses d’urines mentionnées dans la littérature spéciale. Les
expériences de Fletcher, Fraser et de Elus ont démontré, chif¬
fres en mains, qu’avec une alimentation en riz cylindré, provo¬
quant un grand nombre de cas de béribéri, l’apport en phosphore
restait toujours inférieur à la normale. Au contraire, avec
le « cured riee » qui possède une action préventive et curative,
rien n’étant changé par ailleurs à l’alimentation, l’apport en phos¬
phore était supérieur à la normale. Les substances nutritives
principales: albumine, graisses, hydrates de carbone et sels mi-
néraux, ont toujours suffi au taux où les auteurs les ont em¬
ployées.
Pour les autres recherches sur des aliments qui agissent soit
comme toxiques, soit comme remèdes, je ne puis que renvoyer le
lecteur à mon travail original. Ici je veux seulement ajouter quel¬
ques réflexions sur les derniers résultats obtenus.
Déjà, autrefois, j’ai démontré la valeur curative des extraits de-
Katjang-idjoe et de levure ; dans la dernière réunion de la Société
allemande de médecine tropicale, j’ai fait remarquer l’influence ra¬
pide de certaines préparations de son de riz. D’autre part (Fraser
et Stanton, Chamberlain et Vedder, Cooper et Funk, ainsi que
Eijkmann) on a fait, par divers procédés, des extraits de son de
riz, qui se montraient très efficaces tout en ne renfermant que très
peu ou pas du tout de phosphore. F un K a ensuite retiré de l’ex¬
trait alcoolique du son de riz un corps, aux nitrates duquel il a
attribué la formule provisoire suivante: C17H1804N(HN03).
Autant que je puis m’en rendre compte par le peu de matériel
que j’ai pu préparer, il s’agit d’un corps dont j’ai parlé, déjà,
dans ma communication à Dresde. Entre temps, j’ai cherché
une méthode pour préparer facilement une quantité plus grande
de ce corps, qui paraît être un dérivé de la triméthylamine ou une
substance appartenant au groupe de la choline. J’espère pouvoir
bientôt donner des détails précis sur ces recherches. Du mode d’ac¬
tion des extraits susmentionnés, et de l’efficacité du corps qu’ils
ont isolé, plusieurs des observateurs ci-dessus nommés ont con¬
clu d’après sa composition, surtout son manque absolu de phos¬
phore, que la variation des substances phosphorées ne pouvait
pas jouer un rôle dans l’étiologie du béribéri et que la théorie
défendue par moi était inexacte. Cette conclusion ne me semble
pas justifiée pour les raisons suivantes:
i) Tous les extraits employés jusqu’ici par moi, comme ceux de
son de riz, de levure et de katjang-idjoe ont amené une forte
diminution de poids chez les animaux d’expérience, si avec ces
aliments on ne leur donnait que du riz cylindré. Aussi, dans tou¬
tes mes expériences sur les pigeons, qui ont été nourris avec du
riz cylindré additionné des extraits en question, j’ai pu observer
une dégénération des nerfs, parfois il est vrai peu marquée. Si,
au contraire, à ces animaux d’expérience, en même temps que du
riz cylindré on donne, au lieu d’extraits, une quantité équiva¬
lente des substances qui ont servi à les obtenir, non seulerffent
— 1 3 o —
ils restent bien portants, mais encore ils augmentent de poids
dès le début de l’expérience.
2) Les extraits sus-mentionnés agissent à très petite dose (0,25 g.
et moins par jour et par pigeon) et leur action est très prolongée.
Ainsi, l’action de 1 g. de deux extraits de son de riz, préparés de
deux façons différentes, a duré chez deux pigeons gravement pa¬
ralysés, et qui, après cette dose, semblaient être parfaitement re¬
mis, 10-12 jours, sans que ces animaux aient, avant comme après
le traitement, reçu d’autre nourriture que du riz cylindré. Chez
un chien qui n’a reçu qu’une seule fois 10 g. d’extrait de son
de riz, on a observé une amélioration surprenante déjà après
5 heures. Après 24 heures l’animal semblait tout à fait guéri.
L’effet de cette dose dura quatre semaines, bien qu’on eût con¬
tinué à lui donner de la viande dénaturée, nourriture qui avait
causé la paralysie.
3) LTne action secondaire de tous les extraits protecteurs et des
substances dont ils sont tirés, est l’augmentation de l’appétit, si
bien qu’après le traitement, les animaux prennent beaucoup plus
de nourriture qu’avant. Pour cette raison les animaux, comme je
l’ai prouvé par des chiffres, prennent avec ce surplus de nourriture
un surplus de substances nutritives et surtout aussi plus de combi¬
naisons phosphorées organiques. On peut conclure que ces extraits
suffisent juste à protéger les animaux de la polynévrite -manifeste
pour un temps assez long. Elle n’arrête pas l’amaigrissement pro¬
gressif et la dégénérescence des nerfs, à la vérité parfois peu mar¬
quée. Encore cette protection est-elle relative et non absolue.
4) Dans une expérience sur la nutrition de deux lapins, dont
l’un n’a eu pour toute nourriture que du maïs, qui, chez ces ani¬
maux provoque de la polynévrite, tandis que l’autre a mangé des
pois qui ne présentent aucun inconvénient ; le résultat obtenu
a été le suivant: Le lapin à maïs a montré, à côté d’un amaigris¬
sement notable, un déficit important en P20’, tandis que le lapin
aux pois manifestait une rétention marquée, surtout de l’acide
phosphorique.
5) Dans les sécrétions des malades atteints de béribéri et de béri¬
béri nautique, mes chiffres d’analyse ont démontré qu’il s’était
produit un fort appauvrissement de l’organisme en phosphore,
comme l’indiquent aussi les analyses, que le lecteur trouvera dans
la littérature spéciale.
6) Comme il a été démontré déjà, beaucoup d’aliments qui
provoquent chez les animaux la polynévrite et chez l’homme le
béribéri essentiel ou nautique, se distinguent par leur teneur mini¬
me en P2Os ou en P2Os organique. D’autre part, toutes les subs¬
tances qui ont un pouvoir prophylactique ou curatif (levure, son
de riz, etc.) sont relativement très riches en phosphore organique.
D’ailleurs, les autres matières nutritives (albumine, hydrates de
carbone et graisses) contenues dans les petites doses efficaces des
substances protectrices, sont en quantité trop faible pour qu’on
puisse leur attribuer un rôle utile.
7) De toutes les recherches sur la nutrition, faites jusqu’à
présent sur l’homme et sur les animaux, il résulte, sans con¬
tredit, que toute nourriture qui renferme une quantité insuffisante
de combinaisons phosphorées organiques, cause un trouble grave
de nutrition, que le métabolisme de l’azote et du phosphore
sont en relations très intimes et qu’une dose supplémentaire de
comjbinaisons phosphorées organiques, telles qu 'elles existent
dans les aliments, suffit à elle seule à produire sur le métabo¬
lisme total une influence favorable.
8) Les expériences faites en grand nombre en Extrême-Orient
démontrent qu’un changement de nourriture suffit dans la plu¬
part des cas, d’un côté à préserver du béribéri, de l’autre à guérir
cette maladie et à la faire disparaître là où elle se montre sous
forme épidémique. En particulier, il faut considérer comme dé¬
montré que le riz cylindré soit comme unique aliment, soit comme
aliment principal, provoque le béribéri, tandis que le riz préparé
à la vapeur (« cured », « perboiled rice »), cœteris paribus, non
seulemient n’est pas nuisible, mais même agit comme remède. La
composition chimique qui caractérise oes deux espèces de riz dif¬
fère principalement par la proportion des combinaisons phospho¬
rées organiques, qui, dans le riz à la vapeur est remarquablement
plus élevée que dans le riz cylindré. Quant aux autres substances
nutritives, elles ne sont pas très différentes ni en quantité, ni en
qualité dans les deux sortes de riz. On a, d’ailleurs, reconnu que
la teneur d’un riz en P2Os peut servir à calculer sa valeur nutri¬
tive.
Une autre différence existe entre les deux sortes de riz; le riz à
la vapeur (<c cured rice ») muni encore de son péricarpe possède
seul ou du moins en plus grande quantité, cette substance pro¬
tectrice spéciale que j’appelle « activateur ».
g) On n’a jamais réussi à mettre en évidence dans le riz qui
[32 —
cause le béribéri, ou dans l’organisme des malades, un germe
spécifique ou un poison qu’on puisse considérer comme l’agent
déterminant de cette maladie.
io) Il n’y a pas de maladies infectieuses dont on pourrait pré¬
server les gens en changeant leur nourriture ^t que, partant, il
deviendrait facile de faire disparaître.
Si l’on envisage toutes les raisons que nous venons de donner
on en tirera les conclusions suivantes:
Le béribéri est une maladie de la nutrition, c’est un fait dé¬
montré pour nombre de cas de béribéri d’ Extrême-Orient. Mais
il n’est pas prouvé qu’une maladie semblable ou la même ma¬
ladie ne peut pas être causée par des parasites ou favorisée par des
parasites. Je veux parler ici d’abord d’une flore intestinale anor¬
male, d’autres parasites intestinaux, et aussi de maladies infec¬
tieuses bien connues (malaria et autres) qui peuvent exercer une
action prédisposante. Dans une maladie de nutrition essentielle¬
ment d’origine alimentaire, comme le béribéri, il ne peut être
question que de nutrition insuffisante due à une mauvaise ali¬
mentation ou à l’absorption, à l’assimilation insuffisante de cer¬
taines substances nutritives indispensables à l’organisme. L’ali¬
mentation avec laquelle on a observé à différentes reprises l’appa¬
rition du béribéri, content des substances nutritives considérées
jusqu’ici comme principales: albumine, hydrates de carbone et
graisses, en quantité suffisante. En dehors de l’activateur, elles
présentent un apport déficitaire seulement en combinaisons phos-
phorées organiques. Ceci s’observe surtout avec le riz cvlindré et
non pas avec le riz à la vapeur (cured rice). Cette opinion est
confirmée par l’appauvrissement en phosphore de l’organisme des
malades de béribéri. Les mêmes phénomènes s’observent dans la
névrite expérimentale des animaux. Dans les extraits et le principe
efficace y contenu, utilisés pour enrayer la maladie, il existe une
substance ou des substances capables de produire, même à petite
dose, une action énergique et durable. Il est indifférent que le
principe efficace passe par le canal de l’intestin ou la voie-cutanée.
D’accord avec Eijkmann, j’ai remarqué que par injection, non
seulement il agit aussi bien, mais il agit plus vite.
Pour l’injection, j’emploie le chlorhydrate cristallisé du corps
en question. L’action de ce sel est, comme celle d’ailleurs des
extraits eux-mêmes, limitée. Déjà pour des raisons théoriques, on
peut considérer comme inexact que les petites quantités d’ex-
— 1 33 —
traits employées (p. ex. 0,25 g. d’extrait alcoolique de son de riz
par jour et par pigeon), renferment des quantités appréciables de
substances nutritives. L’expérience confirme la théorie. Les ani¬
maux chez lesquels on emploie ces extraits ne maintiennent pas
leur équilibre nutritif et présentent même, autant que que j’ai pu
m’en rendre compte, des accidents de dégénérescence nerveuse.
Les animaux d’expérience, même sans polynévrite, perdent en
quelques semaines plus de 30 % de leur poids. Aussi, je considère
que la substance active, désignée par moi sous le nom, d’ « activa¬
teur », ne possède qu’une influence indirecte et ne peut en au¬
cun cas suffire à elle seule à prévenir absolument une maladie
de nutrition ou la guérir. Fdle joue comme intermédiaire de la
nutrition le rôle d’un ferment et, comme les enzymes, ne se dé¬
truit pas. Cette manière de voir peut expliquer seule l’influence
énergique et durable des petites quantités employées. On peut
admettre qu’elle agit en catalyseur et favorise la synthèse de cer¬
tains principes nutritifs dans l’organisme. Il ne faut donc pas ex¬
clure l’hypothèse que ce rôle catalytique s’exerce aussi et peut-être
de préférence sur le métabolisme du phosphore. De nombreuses
observations, citées par moi, le rendent probable. Il est d’im¬
portance secondaire que l’activateur soit exempt de phosphore.
Pour des raisôns euristiques, il me semble aussi très vraisembla¬
ble que l’activateur contenu dans les enveloppes des grains de riz,
dans la levure, etc., doit avoir une action dans la physiologie des
plantes semblable à celle qu’on lui reconnaît chez les animaux.
Les expériences récentes établissent tant d’analogies entre le
béribéri et la polynévrite alimentaire des animaux sous le rap¬
port étiologique et anatomo-pathologique qu’il semble difficile
de ne pas considérer les deux affections comme identiques ou voi¬
sines. Les expériences faites sur la polynévrite expérimentale des
animaux éclairent donc la pathogénie et l’étiologie du béribéi.
Il résulte de mes recherches qu’il y a encore nombre de ques¬
tions importantes à résoudre en ce qui concerne la mode d’ac¬
tion de l’activateur, ou des activateurs : car il est possible
qu’il en existe plusieurs. Il s’agit ici, sans doute, d’actions com¬
binées dans lesquelles l’activateur ou les activateurs jouent un
rôle important. 11 me semble également clair que ce rôle ne suf¬
fit pas seul à expliquer l’influence favorable des substances pré¬
ventives naturelles (son de riz, levure, testiculine, etc.). Toutes les
raisons que j’ai données démontrent l’importance des combinai-
10
sons phosphorées organiques contenues dans les substances pré¬
ventives naturelles. Le béribéri est une maladie de nutrition dont
il faut chercher la véritable cause dans un dérèglement du mé¬
tabolisme du phosphore.
Ci-dessous je donne l’énumération des publications dans les¬
quelles j’ai exposé mes expériences.
1) H. Schaumann. Béribéri und Nukleinphosphorsaure in der
Nahrung. Archiv f. Schiffs-Tropenhygiene, Bd.
XII, 1908, Beiheft 5, pag. 37.
2) — Weitere Beitrage zur Aetiologie der Béribéri, Ibid .
Bd. XIII, 1909, Beiheft 6, pag. 82.
3) — Die Aetiologie der Béribéri unter Beriicksichtigung
des gesammten Phosphorstoffwechsels. Ibid. Bd.
XIV, 1910, Beiheft 8.
4) — Erwiderung auf M. Gi.ognek. Die Aetiologie der Bé¬
ribéri und die Stellung dieser Krankheit im noso-
logischen System. Ibid. Bd. XV, 1911, p. 252.
5) — Weitere Beitrage zur Aetiologie der Béribéri. Idem.
Bd. XV, 1912, Beiheft 1 (à paraître).
6) — Erwiderung auf C. Eijkman, Polvneuritis', gallina-
num und Béribéri. Idem. Bd. XV, 1911, pag. 728.
7) — • Further Contributions to the Etiology of Béribéri.
Transaction of the Society of Tropical Med ici ne
and Hygiene, vol. V, 1911, n° 2, pag. 59.
(. Institut fur Schiffs-und Tropen-Krankheiten,
Directeur, Professeur Nocht.)
M. Primet.— Les travaux de Schaumann sont trop connus et ses
recherches sur l’étiologie du béribéri m’ont particulièrement trop
intéressé pour ne pas ici leur rendre hommage. Si dans mon rap¬
port je n’ai point cité le nom de ce savant c’est que ce rapport
avait pour objet, non pas l’étiologie du béribéri, mais sa pro¬
phylaxie dans ses rapports avec l’alimentation orizée.
— 1 35
Amibe Jimax (Vahlkampfia n. gen.) dans l’intestin
humain. Son importance pour l’interprétation
des amibes de culture
Par Edouard CHATTON et LALUNG-BONNAIRE.
L’amibe que nous étudions dans ce travail est d’un type très
différent de celui qu’offrent les amibes, pathogènes ou non patho¬
gènes, que l’on a jusqu’ici observées dans l’intestin de l’homme
ou des vertébrés supérieurs. Le malade qui l’hébergeait ne présen¬
tait pas au moment de l’examen les symptômes classiques de la
dysenterie amibienne, mais il souffrait depuis plusieurs années
de diarrhée chronique intermittente. Voici d’ailleurs son observa¬
tion.
M. R. G..., 58 ans, est en Indochine depuis 1886 ; il n’a jamais quitté la
colonie que pour passer de courts congés en France. En mai 1890, il est
atteint d’une rectite (?) légère, qui disparaît rapidement à la suite d’un traite¬
ment approprié. Peu après il ressent de la pesanteur de l’hypocondre droit,
et son foie est trouvé augmenté de volume. Les symptômes hépatiques du¬
rent jusqu’en mars i8çi : le malade se contente de badigeonnages de tein¬
ture d’iode loco dolenii et de doses laxatives de sulfate de soude. Une dé¬
bâcle intestinale se serait alors produite, amenant une amélioration très nette
du côté du foie.
Depuis cette époque, M. R. G.... présente de temps en temps, des crises
diarrhéiques, sans retentissement sensible sur l’état général. Le malade sent
un beau matin, au saut du lit, une colique « impérieuse ». Il court aux ca¬
binets et rend un véritable flot de matières diarrhéiques. La même scène se
reproduit dans la matinée deux ou trois fois à des intervalles de 10 à 15 mi¬
nutes. Puis tout rentre dans l’ordre, et les matières sont de consistance nor¬
male, si le malade a l’occasion, dans la journée d’aller à la selle.
Au moment où nous examinons le malade, nous constatons une légère hy¬
pertrophie du foie, qui dépasse un peu le rebord costal. Le ventre est souple.
La palpation profonde ne révèle rien de particulier du côté de l’intestin. Les
matières fécales sont bilieuses et spumeuses. Elles rougissent le papier bleu
tournesolé.
En présence de ces crises de diarrhée, survenant sans cause
apparente, nous avons cru intéressant d’examiner les selles de no¬
tre malade.
Un premier examen est fait le 7 février 1 9 1 r , un second le 14,
ce dernier négatif. A l’état frais nous constatons la présence de
corps sphériques modérément réfringents, à délicate membrane
d’enveloppe, quelques-uns étirés en biscuit. Pas d’amibes mobi-
— 1 36 —
les. Un ensemencement est fait à l’abri de toute contamination
extérieure, sur gélose Musgrave et Clegg. Des frottis sont fixés à
l’état humide au liquide de Bouin-Duboscq (i), puis colorés à
l’hématoxyline ferrique de Heidenhain, et à l’éosine.
L’étude de ces frottis révèle la présence de deux organismes
différents :
i° De nombreux corps sphériques (ceux qui ont été vus à l’état
frais) mesurant de io à 15 p de diamètre, formés d’une mince
enveloppe cytoplasmique avec 1, 2, ou plusieurs noyaux, enfer¬
mant de toutes parts une masse homogène, anhyste, très éosino¬
phile. Certains de ces corps, plus ou moins étranglés en biscuit,
sont en division.
Ces organismes, dont la nature est encore incertaine, ont été
considérés soit comme des kystes de flagellés (Trichomonas, Tri-
chomastix, Bodo), soit comme des kystes d’amibes, soit comme
des champignons. Leur place nous semble être parmi les charm-
pignons inférieurs, au voisinage des Chytridinées. Alexeieff
( 1 9 1 1 ) les a nommés Blastocystis entcrocola.
Leur présence nous paraît utile à mentionner ici, en raison des
confusions auxquelles ils peuvent donner lieu dans la recherche
des protozoaires de la faune intestinale. Ils ont été signalés
maintes fois déjà chez l’homme, les vertébrés, à sang chaud et à
sang froid (Voir Alexeieff, 1910); l’un de nous les a même ob¬
servés chez une Hirudinée (Haemopis sangnisuga). Il ne paraît
pas qu’on doive leur attribuer un rôle nocif vis-à-vis de leurs
hôtes.
20 De rares amibes qui, à l’état sphérique mesurent de 10 à
20 p de diamètre. Elles sont du type de VAmœba Umax Dujardin.
caractérisé par un noyau formé d’une vésicule à par#i mal indi¬
vidualisée, qui est presqu 'entièrement occupée par un gros carvo-
sorne compact, sphérique, de 1 ^,5 de diamètre, très basophile.
Dans l’étroit espace périphérique compris entre la paroi de la
vésicule et le caryosome, un léger coagulum éosinophile de chro¬
matine périphérique.
L’ectoplasme est rarement visible, étroite bande homogène qui
fait marge au corps. L’endoplasme plus basophile est, chez les
amibes en pleine activité, creusé de grosses vacuoles nutritives.
Chose remarquable, l’amibe fait sa nourriture d’une seule espèce
(1) Alcool à 8o° 150 cm3. Formol commercial 60 cm*. Ac. acétique glacial
15 cm3. Ac. picrique crist. 1 g.
bactérienne, un gros Bacterium en chaînes, dont la membrane
apparaît souvent comme striée transversalement, et qui ne prend
pas le Gram. Il y a des amibes qui contiennent jusqu’à 5 ou
6 chaînes de cette bactérie.
On en trouve aussi qui sont vides de tout corps d’ingestion, et
d’autres enfin ne mesurant que 10 p environ, à cytoplasme con¬
densé et montrant un noyau à caryosome réduit de 1 seulement
de diamètre. Il s’agit là d’individus sur le point de s’enkyster.
Nous n’avons, d’ailleurs, trouvé aucun kyste parfait dans nos
frottis de selles. Nous n’y avons pas observé non plus d’individus
en division, qui eussent été non moins précieux que les kystes
pour établir morphologiquement l’identité de notre amibe.
Les 4 tubes ensemencés le 7 février ne montraient rien le 10 et
le 13 ; le 14 quelques amibes ; le 15 non rares ; le 19 abondantes et
déjà de nombreux kystes* Nous conservons la culture depuis cette
époque, la repiquant de mois en mois, sans prendre la peine d’en
réduire la flore bactérienne à une seule espèce. L’amibe en culture
offre la même morphologie que l’amibe des selles. La seule dif¬
férence à noter est qu’elle se nourrit de bactéries diverses, dont
aucune n’a les caractères du gros bacterium des matières fécales.
Celui-ci n’a, d’ailleurs, pas poussé sur la gélose de Musgrave
et Clegg.
Nous avons pu naturellement étudier dans les cultures les for¬
mes de division et les kystes.
Comme celle de toutes les amibes Umax , la division est une pro¬
mitose. Le noyau, et le caryosome qu’il contient, de sphériques
deviennent ellipsoïdaux. Dans l’espace périphérique la chroma¬
tine éosinophile se condense et devient plus apparente sous for¬
me d’un anneau entourant le caryosome. Le caryosome étiré
s’étrangle en son milieu, à tel point qu’il ne subsiste plus de sa
substance qu’un mince traetus axial entre les deux corps polaires.
Un fuseau de plastine, dit fuseau de séparation, réunit ceux-ci.
La chromatine périphérique se rassemble et se condense à l’équa¬
teur de ce fuseau en une plaque équatoriale. Celle-ci se divise en
deux plaques filles qui suivent et rejoignent les corps polaires dans
leur mouvement de séparation. La vésicule nucléaire elle-même
s’étrangle et dans les deux novaux fils la plaque équatoriale se
confond avec le orps polaire en un nouveau caryosome (1).
(1) Ce mode primitif de mitose a été décrit d’abord par Vahlkampf (1905)
puis par Nàc-ler (1909) qui l’a appelé promitose. Mais tous deux se sont mépris
— 1 38 —
L’intérêt qui s’attache à l’étude de cette division n’est pas pure¬
ment cytologique. Les figures de la mitose fournissent, en effet,
chez les amibes, des caractères spécifiques de premier ordre.
Il en est de même des kystes. Ceux de notre amibe sont sphéri¬
ques de 8 à 12 p de diamètre. Leur paroi est mince, cependant à
double contour, lisse, mais ornée de ponctuations, au nombre de 4 à
io, selon la taille des kystes. Ces ponctuations à peu près invi¬
sibles à l’état frais, se détachent bien en clair sur le fond bleu-
noir du kyste, coloré par la laque ferrique. Ce sont de petites pla¬
ges ellipsoïdales de diamètre, et disposées sans ordre géométri¬
que apparent. Il s’en trouve presque toujours dans chaque kyste
deux presque contiguës.
Ces ponctuations de la membrane du kyste rapprochent notre
amibe d’A. punctata Dangeard (1910). Mais chez cette dernière
la membrane du kyste mûr qui est beaucoup plus épaisse, prend
très rapidement une teinte brune, ce qui ne s’est pas produit même
dans les cultures enkystées depuis mars 1911, chez notre amibe.
Néanmoins nous la rapportons provisoirement à cette espèce. Ce
que nous pouvons affirmer c’est que l’amibe telle qu’elle se
présente dans les cultures est une espèce très commune à l’état
libre dans les macérations végétales. Nous l’avons en effet trou¬
vée rigoureusement identique à une amibe que M. Delanoë et
l’un de nous avons isolée de plusieurs sources différentes en mai
1910 (1).
Mais ici se pose une autre question: l’amibe que nous avons
cultivée est-elle bien celle que nous avons vue dans les selles
même? Nous avons comme raisons de le croire: l’identité de
forme et de structure à l’état végétatif et aussi ce fait que les
quatre tubes ensemencés ont donné la même amibe. Sans être
plus sérieuses les raisons du doute sont aussi à considérer: nature
différente de l’aliment microbien, échec des tentatives d’inocu¬
lation au chat des amibes de cultures, possibilité d’une contami-
sur l’origine et le mode de formation de la plaque équatoriale, qu’ils consi¬
dèrent comme issue du caryosome. Notre étude actuelle confirme entièrement
la description et l’interprétation que l’un de nous a donnée de la promitose
d’une autre amibe Umax : A. mucicola Chatton, ecto parasite des poissons
(1910 a et b). Von Wasielewsky et Hirschfeld (1910), indépendamment de
nous, sont arrivés sur ce point aux mêmes résultats. Voir aussi Alexeieff
(1911).
(1) Les figures représentant les formes de culture qui accompagnent le
présent mémoire sont tirées de préparations de M. Delanoë et publiées avec
son assentiment.
E. Chatton.
Planche IX
Chatton et Lalung-Bonnaire.
Protistes de l’intestin humain.
Fig. i à 3, x 1800. — Vahlkampfia punctata ? (Dangeard). Formes vé¬
gétatives dans les selles. 3. Individu en voie d’enkystement.
Fig. 4 et 5, x 1800. — Vahlkampfia punctata. Kystes dans une culture.
4, Kyste plein. 5. Kyste vide montrant les ponctuations.
Fig. 6 à 13, x 3600. V ahlkampfia punctata en culture, division nucléaire
promitotique. 6. Condensation de la chromatine périphérique autour du
carvosome. 7. Etirement du noyau. 8. Etranglement du caryosome, con¬
densation de la chromatine périphérique à l’équateur du noyau. 9. Sta¬
de en <( sablier ». 10. Fuseau de séparation des corps polaires, centro-
dermose axiale, plaque équatoriale. 11. Plaque équatoriale scindée. 12. Eti¬
rement du fuseau de séparation. 13. Reconstitution des noyaux fils.
Fig. 14, x 1800. — Lôschia histolytica (Schaudinn) = Lôschia tetragena
(Viereck). Forme végétative dans les selles d’un dysentérique.
Fig. 15 à 17, x 1800. — Blastocystis enterocola Alexeieff dans les selles
17. Division.
— 1 39
nation aérienne des matières ensemencées, ou d’une contamina¬
tion par des kystes des aliments mêmes du malade.
Seuls les deux caractères que nous n’avons pu observer chez,
l’amibe des selles, le mode de la mitose et la structure des kystes
eussent pu nous permettre de nous prononcer sur son identité
avec l’amibe des cultures.
Cette question de savoir si les amibes isolées des fèces sont bien
celles qu’on y voit in situ, a été posée maintes fois ces dernières
années aux auteurs qui ont annoncé avoir obtenu la culture des
Entamibes E. histolytica (vel tetra gêna ) et E. coli.
Il semble que les premiers microbiologistes (Musgrave et
Clegg, 1904 ; Lesage, 1905; Walker, 1908; Noc, 1909) qui ont
cultivé des amibes à partir des matériaux dysentériques n’ont
guère soupçonné qu’ils aient pu isoler d’autres espèces que celles
qu’ils y avaient observées. Ils avaient cependant reconnu que ces
amibes de culture inoculées aux animaux sensibles ne produi¬
saient point chez eux la dysenterie aiguë classique, semblable à
celle qu’ils donnaient si facilement par l’inoculation des maté¬
riaux dysentériques même. Lorsqu’on colora par les moyens ap¬
propriés, les amibes fixées à l’état humide, on reconnut que les
formes de culture avaient une morphologie notablement et cons¬
tamment différente de celle des amibes intestinales.
C’est surtout dans la structure du noyau, que les différences
apparaissaient. Chez les Entamibes. Entamœba histolytica, E.
tetragena (1), E. coli, E. minuta, le noyau est vésieuleux, à mem¬
brane très bien individualisée, renforcée intérieurement d’une cou¬
che de chromatine basophile. Le caryosome est punctiforme, ré¬
duit à son centrale, et l’espace nucléaire n’est traversé que par
de rares trabécules, allant du caryosome à la membrane. Chez les
amibes de culture, toutes du tvpe A. Umax (2), le noyau offrait la
structure très caractéristique que nous avons décrite plus haut :
membrane virtuelle, gros caryosome, chromatine périphérique
très raréfiée, acidophile. Les kystes eux-mêmes différaient consi¬
dérablement. A quatre, ou huit noyaux, chez les Entamibes ils
sont et restent toujours uninucléées chez les Amibes Umax des
cultures.
(1) L’on tend de plus en plus à regarder ces, deux espèces comme identiques.
V. Hartmann (1911), Walker (1911).
(2) Il faut faire quelques réserves sur le type des amibes cultivées par Noc
(1909) et par Liston et Martin (1911), amibes dont la division nucléaire est
plus complexe que la promitose des amibes Umax et rappelle la mésomitose
des Entamibes.
— 140 —
. En présence de ces différences, les microbiologistes se sont de¬
mandé si les caractères et les propriétés qui distinguaient les
amibes des cultures des amibes parasites, n’étaient pas le fait du
transport et du développement sur les milieux artificiels.
Cependant l’on s’apercevait que dans les conditions variées où
l’on pouvait cultiver les espèces libres (Vahlkampf, 1905) et même
certaines espèces capables de commensalisme accidentel dans le
tube digestif des vertébrés à sang froid (A. lacertae, Nàgler,
1910), ces amibes conservaient toujours des caractères remarqua¬
blement fixes, tout particulièrement ceux du noyau.
Cette hypothèse se heurtait à une grave objection :
Noc (1909), Gauducheau (1909), Mathis et Leger (1911), Wal-
ker ( 19 1 1 ), Liston et Martin (1911), ont obtenu des cultures ami¬
biennes à partir du pus de l’abcès au foie des dysentériques. Com¬
ment admettre que des kystes d’amibes, corps inertes aient pu
remonter les voies hépatiques ?
La possibilité, mise en évidence par Wells (1911), d’une con¬
tamination aérienne des matériaux ensemencés est à prendre en
considération. Mais elle incrimine tous les auteurs précités de
fautes de technique.
L’observation que nous apportons ici, d’amibes Umax vivant
et se multipliant dans le contenu intestinal permet, jusqu’à plus
ample informé, d’interprêter d’une manière plus favorable aux
opérateurs, l’obtention de cultures amibiennes à partir de l’abcès
hépatique. On peut, en effet, supposer que ces amibes, mobiles,
suivent de l’intestin au foie la voie ouverte par l’Entamibe perfo¬
rante, voie semée de bactéries dont elles font lefir nourriture. On
sait, d’ailleurs que la plupart des amibes Umax sont capables de
phagocyter les hématies (Gauducheau, 1909 ; Liston et Martin,
191 1 ; William, 191 1).
Il fallut alors envisager les causes d’erreurs. Certains auteurs
(Nàgler, 1909; Walker, 1911) pensèrent à l’existence dans le
tube digestif, à l’état de commensaux accidentels, d’amibes du
type Umax. Mais, comme l’observation directe n’en révélait ja¬
mais, du moins chez les Vertébrés à sang chaud, ils inclinaient
plutôt à admettre que des kystes de ces amibes, répandus par¬
tout dans la nature, pouvaient, ingérés, passer indemnes à tra¬
vers le tube digestif et germer sur les milieux de culture, alors que
s’y détruisaient rapidement les Entamibes.
— I4I —
Ainsi tombe, semble-t-il, le principal argument que l’on pou¬
vait encore opposer aux critiques élevées contre l’identité des ami¬
bes de culture et des amibes parasites; ainsi s’affermit la convic¬
tion que les amibes de culture sont issues de formes Umax qui
n’ont rien de commun avec les Entamibes, mais qui sont capa¬
bles comme elles de végéter dans le milieu intestinal-.
Le contraste qui existe entre ces deux catégories d’amibes, dont
maints auteurs ont été frappés, sur lequel l’un de nous, en
1910 (a), a vivement attiré l’attention, et qui ressort encore d’une
manière particulièrement nette de ce travail, mérite d’être exprimé
dans la nomenclature zoologique. Au terme bâtard « amibes
Umax », nous proposons de substituer le nom générique latin
V ahlkampfia n. gen., que nous dédions à E. Vahlkampf qui, le
premier a fait connaître la mitose caractéristique de ces amibes.
11 serait illusoire de chercher à reconnaître parmi toutes les for¬
mes auxquelles on a appliqué le nom à' Amœba, celle dont Ehren¬
berg, 1830, a fait le type du genre. Ce type paraît être d’ailleurs
parmi les grandes formes, telles qu 'Amœba proteus. Il serait non
moins illusoire de chercher à subdiviser le genre en utilisant pour
les coupures génériques les nombreux noms, que l’on a appliqués
à diverses amibes nues. Ces coupures ne reposent, en effet, que
sur des caractères d’ordre physionomique (forme du corps et des
pseudopodes) absolument instables. Il faut donc faire, du moins
pour ce qui est des amibes inférieures, type Umax, table rase de
l’histoire, pour ne s’en tenir qu’aux données de la cytologie. Il
faut fonder les genres nouveaux sur les caractères tirés de la struc¬
ture du noyau, au repos et en division.
Le nouveau genre V ahlkampfia, comprendra donc les amibes
dont Te noyau, constitué par un gros caryosome, avec ou sans cen-
triole, peu de chromatine périphérique, se divise par promitose.
Elles ont des kystes uninucléés. Ce sont, entre autres: Aviœba
Umax de Vahlkampf, A. pœdophtora Caullery, A. Froschi
Hartmann, A. spinifera Nàgler, A. lacertae Hartmann, A. lacus-
tris Nàgler, A. diplomitolica Beaurepaire Aragao, A. mucicola
Chatton, A. Hartmanni Nàgler, A. punctata Dangeard, la
Strohamôbe de Wasielewsky et Hirschfeld, etc.
La dénomination non latine d’Entamibes, appliquée aux ami¬
bes normalement parasites du tube digestif est d’un usage com¬
mode qui la fera conserver. Mais traduite en nom générique latin,
elle ne peut plus s’appliquer actuellement aux amibes du tube
— 142 —
digestif des Vertébrés. Ce n’est pas, en effet, à ces dernières
qu’elle a été appliquée en premier lieu. C’est Leidy qui a créé
le genre Entamœba pour l’amibe de la Blatte, et ce n’est qu'en
1897 que Casagrandi et Barbagallo l’ont appliquée aux amibes
intestinales des Vertébrés. Or, il résulte du beau travail de Mer¬
cier (1910),- sur l’amibe de la Blatte d’une part, des travaux de
Schaudinn, Viereck, Hartmann, sur les Amibes des Vertébrés,
d’autre part, que l’évolution de la première la sépare complète¬
ment des secondes. Il faut donc faire pour ces dernières un nou¬
veau genre Loschia, dédié à l’auteur qui, en 1875, a nommé
1 ’ Amœba coli. Il comprendra les yimibes du tube digestif des ver¬
tébrés, à noyatî vésiculeux, caryosome réduit, chromatine péri¬
phérique abondante, division mésomitotique. Elles ont des kystes
à S ou 4 noyaux. Ce sont, entre autres : E. coli L’ôsch, E. tetra-
gena Viereck, E. ranarum Grassi, E. mûris Grassi.
On pourra même distinguer subgénériquement les Entamibes
à 4 noyaux (type tetragena), des Entamibes à 8 noyaux (type
coli), sous le nom de V iereckia n. subgen.
(Institut, Pasteur, Laboratoire de M. Mesnil.)
1910 Alexeieff (A.)- — Sur les « Kystes de Trichomonas intestinalis » de
l’intestin des Batraciens (Bull. sc. France-Belgique, XLIV).
19 11 (a) Alexeieff (A.). — Sur la nature des formations dits « Kystes de
Trichomonas intestinalis » ( C . R. Soc. biol., LXXI, p. 296).
19 11 (b) Alexeieff (A.). — Sur la division nucléaire et l’enkystement chez
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0
Recherches sur l’influence de la splénectomie \
totale sur l’évolution de la piroplasmose canine
Par A. CIUCA (Bucarest).
Le rôle physiologique de la rate n’est pas complètement élucidé
malgré le nombre considérable de splénectomies faites chez
l’homme et chez les animaux. On admet généralement aujour¬
d’hui que la rate n’est pas un organe indispensable au fonction¬
nement des organismes normaux, car les animaux supportent très
bien l’extirpation sans modifications ou troubles fonctionnels im¬
portants.
Il n’en est pas de même après les splénectomies faites chez les
animiaux infectés spontanément ou expérimentalement ; dans ces
cas, les résultats obtenus sont très divergents et les expérimenta¬
teurs ne s’accordent pas sur les interprétations : les uns attribuent
les effets observés à l’absence de la rate, les autres tout simple¬
ment au choc opératoire (Melnicow-Roswendecow) (i).
Beaucoup de savants considèrent les organismes dératés comme
ayant une résistance plus ou moins diminuée à l’égard de diver-
(1) Melnikow-Roswendenkow, Zeitsch. fiir Hygiene, 1896, p. 466.
— i44 —
ses infections : septicémie charbonneuse (Roger (i), Bardach (2)) ;
spirillose (Metchnikoff (3) et Soudakewitch (4)); staphylococ¬
cie et streptococcie (Courmont et Duffau (5)) ; tuberculose (Ar-
loing (6)); tétanos, diphtérie et fièvre typhoïde (Mazzei J. (7));
leucocytose (Nicolas J., Froment L. et Demoulin (8)); formation
des hémolysines (Szokalscki (9)) ; leucémie, malaria (Papaioan-
nou (10), Hartmann (ri)) ; trypanosomiase (Bradford et Plim-
mer (12), Sauerbeck (13)).
Pour d’autres savants, l’extirpation de la rate est sans effet en :
septicémie charbonneuse (Kourloff (14), Blumreich et Jaco-
by (15), Martinotti-Barbaci (16), Gueorgiuewscki (17)); spiril-
lcse(TiCKTiNE (18)); infection avec bacille typhique (Blumreich et
Jacoby (15), Gueorgiuewscky (19)); streptococcie (Courmont P.
et Duffau); intoxication pyocyanique, diphtérique et cholérique;
poisons alcaloïdes et minéraux (Nicolas J. et Beau M. (20)); try¬
panosomiase (Laveran et Mesnil (21), Laveran et Thiroux (22),
Massaglia (23)).
(1) Roger. Gaz. hebdomadaire, 1893, p. 146.
(2) Bardach. Annales de l'Inst. Pasteur, novembre 1889, p. 577 et janvier
1891, p. 40.
(3) Metchnikoff. Annal, de l’Instit. Pasteur, 1890 et 1892.
(4) Soudakevitch. Annal, de l’Instit. Pasteur, sept. 1891, p. 545.
(5) Courmont et Duffau. Archives de Méd. Expérim., mai 1898, p. 431.
(6) Arloing Fr. C. R. Soc. de Biologie, LVI, 10 décemb. 1904, pp. 524-
525 ! C. R. Soc. de Biolog., LVIII, 11 février 1905, pp. 261-262.
(7) Mazzei J. Annal. Ig. Sper., t. XVII, f. 3, pp. 279-309.
(8) Nicolas, Froment et Demoulin. Journ. de Physiolog. et Path. génér .,
t. VII, 15 janvier 1905, pp. 69.
(9) Szokalscki (Labor. de path. Gener. Odessa). Medycyna, avril 1908.
(10) Papaioannou. Beitrage für clinischen, chirurg., oct. 1910, pp. 297-330.
(11) Hartmann. Presse Medicale, n° 78, 1911.
(12) Bradford et Plimmer. Quart. Journ. of. micr. Sc., t. XLV, févr. 1902.
(13) Sauerbeck. Zeistchr. f. Hyg., t. LU, 1906.
(14) Kourloff. IVratch, 1888.
(15) Blumreich et Jacoby. Zeitsch. für Hyg., XXIX, décembre 1898, pages
4I9-453-
(16) Martinotti-Barbaci. Centralb. für allgm. Pathologie, 1891, Bd. IX,
n° 2, et Fortschritte der Medicine, 1891. Bd. IX, n° 9 et n.
(17) Gueorgiuewscky. Bolnitsch Gaz. Botkina, 1895, n° 13.
(18) Ticktine. Revue Médicale de Moscou, 1894, t. X, 4.
(19) Gueorgiuewscky. Bolnitsch Gaz. Botkina, 1896, p. 1313-1343.
(20) Nicolas J. et Beau M. C. R. Soc. de Biolog., LII, p. 881, 27 octo¬
bre 1899.
(21) Laveran (A.) et Mesnil (F.). Trypanosomes et trypanosomiases, 1904.
pp. 118.
(22) Laveran (A.) et Thiroux. Annales de l’Inst. Pasteur, t. XXI, 1907,
PP- 593-
(23) Massaglia. C. R. Acad. Sciences, t. CXLV, 1907.
C’est surtout dans les spirilloses et la malaria que les résultats
étaient intéressants à noter, si l’on considère avec Laveran la
rate palustre comme un « refuge » des parasites pendant les pé¬
riodes intermédiaires aux accès. C’est en s’appuyant sur cette
iaee que différents chirurgiens ont préconisé l’extirpation de l’or¬
gane, dans les cas de splénomégalie paludéenne. Les observations
en sont nombreuses, les résultats très variables et les indications
thérapeutiques restent extrêmement incertaines; d’autant plus
qu’on a observé des cas dans lesquels une multiplication active
des parasites dans le sang suivait régulièrement cette extirpation.
Dans un travail récent, deux savants allemands, Gonder et Ro-
denwaldt (i), ont repris l’étude du rôle de la rate dans la mala¬
ria expérimentale des singes et la Babésiose (piroplasmose)
canine.
Ces auteurs ont observé, entre autres, que chez un chien, infecté
longtemps auparavant avec Piroplasma canis, et qui, depuis un
certain temps, ne présentait plus dans son sang de parasites dé¬
celables au microscope, les parasites ont réapparu dans la circula¬
tion et sont restés visibles pendant plusieurs mois.
Considérant l’intérêt pratique qui s’attache à la confirmation
de ce fait et l’importance physiologique des recherches sur le rôle
de la rate dans les infections en général, nous avons entrepris,
sur les conseils de notre maître, M. le Prof. F. Mesnil, toute une
série d’expériences dans ce sens.
Technique. — Le virus employé provenait du Tonkin (virus
Mathis (2) ) ; nous inoculions toujours dans le péritoine des quan¬
tités variant de 10-20 cm1 2 3 de sang frais, non défibriné. Nous dé¬
crirons plus loin l’évolution de la maladie expérimentale.
Nous examinions tous les jours, à peu près à la même heure,
le sang pris à l’oreille de nos inoculés. Les frottis, fixés aux va¬
peurs d’acide osmique, étaient colorés avec la solution de Leish-
man ou celle de Giemsa.
Nous pratiquons la splénectomie de la manière suivante: les
chiens sont anesthésiés par l’atropine-morphine en injection hypo¬
dermique et une demi-heure après on complète la narcose par le
chloroforme.
(1) Gonder et Rodenwaldt (Inst. trop. Hambourg). Experimentelle Unter-
suchungen über Affenmalaria. Centr. fiir Backter I. Orig., t. LIV, 1910,
pp. 236-240.
(2) Mathis C. et Leger M. Recherches de Parasitologie et de Pathologie
humaines et animales au Tonkin, p. 335.
Après l’antisepsie locale, on fait une incision de 8 cm. de lon¬
gueur dans l’hypochondre gauche, à 2 cm. de la ligne médiane.
On trouve facilement la rate hypertrophiée, qu’on tire au dehors
par la plaie; on pince fortement le pédicule splénique, on pratique
une double ligature entre deux pinces et on fait la résection au-
dessus de la ligature. On fait la suture des parois en trois couches.
Pansement aseptique à sec, qu’on enlève le 5e jour après l’opé¬
ration.
Dans ces conditions on arrive facilement à avoir des cicatrisa¬
tions sans aucune complication.
Nos expériences ont porté sur 29 chiens : 15 nous ont servi com¬
me témoins (pour l’étude de l’évolution de la maladie et comme
source de virus). Les 14 autres ont été splénectomisés dans diffé¬
rentes conditions.
Les parasites apparaissent en général de 24 heures à 5 jours
après l’inoculation. Chez un seul de nos chiens nous avons ob¬
servé une incubation de n jours.
Les symptômes observés varient avec l’âge des sujets. Pour les
chiens jeunes (2 semaines à 1 mois), l’évolution est suraiguë et se
termine par la mort. Pendant l’évolution de la maladie, les ani¬
maux ont montré sans exception des globules parasités dans le
sang mais en quantité variable (Chiens nos 1, 2, 5, 11, 15, 16,
17 et 19).
Chez les chiens ayant plus de deux mois (2-6 mois), la maladie
offre une évolution moins aiguë, il y a une tendance accentuée
vers la guérison. Chez les rares chiens qui succombent, les parasi¬
tes sont quelquefois décelables dans le sang jusqu’à la fin. Chez
les autres, on en trouve généralement (à condition de faire des
examens minutieux) pendant 7 à 13 jours (Chiens nos 3, 8, 10,
12 et 23).
Les chiens encore plus âgés (un an et demi à 5 ans) présentent
invariablement une maladie expérimentale à évolution extrême¬
ment bénigne, sans symptômes cliniques et avec des parasites en
infime quantité et décelables au microscope seulement pendant
4 ou 5 jours (Chiens nos 20 et 24).
En général, chez les chiens ayant plus de 2 mois (2 mois à
5 ans), on ne peut plus retrouver de parasites dans le sang 15 jours
après l’inoculation, quoique leur sang soit longtemps encore (au
bout de 4 mois) infectant pour d’autres animaux jeunes.
14/ -
Nous avons groupé les quatorze autres chiens soumis à la splé¬
nectomie en trois catégories :
Catégorie A. — Chiens normaux splénectomisés et, après
cicatrisation complète, infectés (4 chiens).
Chien n° IX (âgé de 3 mois), splénectomisé et, 23 jours après, infecté. —
Vingt-quatre heures après l’inoculation, l’examen du sang est positif et l’in¬
fection se maintient pendant 33 jours (nombreux globules parasités). Les
26 jours suivants, l’examen du sang a été négatif ; après cet intervalle, le
chien a fait une nouvelle poussée parasitaire qui a duré 3 jours avec beau¬
coup de parasites. — 25 jours après, l’examen est de nouveau négatif. — Il
est guéri.
Chien n° XXIX (âgé de 8 mois). Infecté 13 jours après la splénectomie,
pendant qu’il présentait des symptômes de broncho-pneumonie (maladie du
jeune âge). — Déjà avant l’inoculation infectante, il montre une hyperleu¬
cocytose très prononcée — température 40°. — Quarante-huit heures après
l’inoculation, le sang est très richement parasité. — On observe sur les frot¬
tis seulement des formes de division. — Anémie accentuée, l’animal, très
abattu, tousse fréquemment. — Il vit encore 2 jours, succombant avec une
quantité énorme de globules parasités.
A l’autopsie : broncho-pneumonie droite, 150 cm 3 de liquide dans la ca¬
vité thoracique.
Chien n° XXX (âgé de trois ans), infecté 12 jours après la splénectomie. —
Trois jours après l’inoculation infectante, les parasites apparaissent dans le
sang en petite quantité. Ils se maintiennent encore pendant 8 jours. — Ils dis¬
paraissent avec la guérison définitive de l’animal. Vingt jours de suite, l’exa¬
men microscopique est négatif.
Chien n° VI (âgé de 6 ans), infecté 6 jours après la splénectomie ; les pa¬
rasites apparaissent dans le sang après 5 jours, en se maintenant pendant
8 jours ; ensuite pendant 12 jours les parasites disparaissent. Après cet inter¬
valle, l’animal fait une poussée qui dure 7 jours, avec beaucoup de parasites
dans le sang. Les examens du sang sont ensuite de nouveau négatifs pendant
25 jours. — Pas de symptômes cliniques. — Guérison.
Catégorie B. — Chiens infectés et splénectomisés ensuite (sept).
Chien n° XVIII (âgé de 2 mois), opéré trois jours après la disparition des
parasites du sang. — Examiné pendant 27 jours après l’opération, avec ré¬
sultats constamment négatifs. Pas de symptômes cliniques.
Chien n° XIV (âgé de 6 mois), opéré le 3e jour après la disparition des
parasites ; — vingt-quatre heures après la splénectomie, ils réapparaissent
dans le sang et sont visibles pendant 7 jours ; ils disparaissent de nouveau et
pendant 28 jours, l’examen reste négatif. — Aucun symptôme clinique appa¬
rent.
Chien n° XXVI (âgé de 6 mois), opéré le 7e jour après la disparition des
parasites du sang ; pendant 47 jours il présente irrégulièrement des parasi¬
tes dans le sang (après 4-5 jours de rémittence, surviennent des poussées, avec,
un grand nombre de parasites, durant de 24 à 48 heures). Pendant les pério¬
des intermédiaires aux poussées, on observe dans le sang une invasion d’hé¬
maties nucléées, ainsi qu’une hyperleucocytose poly- et mononucléaire. Mê¬
me à l’observation directe, le sang apparaît très décoloré et, dans les frottis, le
nombre des globules blancs est à peu près égal à celui des hématies. — Les
— 1 48 —
préparations ont l’aspect de celles du sang leucémique. — Le chien maigrit
beaucoup et sa température oscille, pendant cette période, entre 37,2 et
37,9. — Après 47 jours la rémission commence et l’animal évolue rapidement
vers la guérison ; les examens du sang redeviennent négatifs pendant 15
jours. Il vit encore.
Chien n° XXV (âgé de 3 mois), splénectomisé 10 jours après la disparition
des parasites du sang. — Immédiatement après les parasites réapparaissent
pour se maintenir en très grand nombre pendant 4 jours. Ils apparaissent
d’une façon irrégulière pendant 42 jours, avec des rémissions qui durent
4 à 5 jours. — Quinze jours de suite l’examen du sang redevient négatif. —
Hyperleucocytose et rares hématies nucléées. — 11 se remet complètement.
Chien n° XXVII (âgé de 18 mois) ; trois jours après l’inoculation, les pa¬
rasites apparaissent dans le sang et s’y maintiennent pendant 4 jours. —
Opéré après 35 jours d’examens négatifs ; 48 heures après l’opération, une
poussée très peu marquée (3-4 globules parasités par frottis et seulement 3
jours de suite). — Puis, pendant 25 jours, l’examen est constamment négatif.
• — On n’observe aucune autre modification.
Chien n° XXII (âgé de 5 mois), opéré 44 jours après la disparition des pa¬
rasites. — L’examen microscopique est pratiqué pendant 39 jours et 2 jours
seulement (les 20e et 21e jours après la splénectomie, l’examen est positif). —
Aucun symptôme clinique apparent. — Il est guéri.
Chien n° XV (âgé de 5 ans), splénectomisé 4 mois après la disparition
des parasites du sang. — Pendant 34 jours les résultats des examens micros¬
copiques sont négatifs. — Après cet intervalle, le sang inoculé à un autre
chien jeune, lui donne une infection suraiguë. — Examiné pendant 29 jours
encore, les résultats négatifs se maintiennent.
Catégorie C. — Animaux splénectomisés à l’acmé de V- évolu¬
tion infectieuse (3 chiens).
Chien n° VII, âgé de 3 mois, opéré le 5e jour après l’inoculation, quand il
avait une grande quantité de parasites dans le sang. — Etat général mau¬
vais : très abattu, muqueuses pâles. — Après l’opération, le nombre des pa¬
rasites augmente de plus en plus. — L/état général mauvais se complique
d’une suppuration de la plaie opératoire et d’une stomatite gangréneuse.
L’animal succombe le 31e jour après l’opération, ayant toujours un grand
nombre des globules parasités dans le sang.
Chien n° XXVIII, âgé de 5 mois. — Les parasites apparaissent dans le
sang 11 jours après l’inoculation infectante. — Pas de symptômes apparents.
— Le 14e jour, on l’opère. — La rate extirpée pèse 17.3 g. (poids, 6 kg.) ; les
frottis ne contiennent pas de globules parasités. — Les parasites se main¬
tiennent constamment dans le sang après l'opération, on observe aussi une
grande invasion de normoblastes et une hyperleucocytose très prononcée.
L animal est très abattu, mais sans reaction fébrile. — On enlève après 5
jours le pansement et on met à nu la plaie opératoire non encore cicatrisée
et infectée secondairement. On maintient l’infection de la plaie cutanée. —
Les symptômes cliniques s’aggravent. — Le chien maigrit et les globules
parasites apparaissent de plus en plus nombreux dans le sang, ainsi qu’une
hyperleucocytose prononcée. — L’animal ne vit plus que 11 jours et les 5 der¬
niers jours, le nombre des globules parasités est considérable ainsi que celui
des globules blancs.
( hien n J XXI, âgé de 3 mois, opéré le 14e jour après l’infection, en pleine
évolution. — Après la splénectomie, 15 jours de suite, il présente sans inter-
X
— 149 —
ruption des parasites dans le sang. — Symptômes cliniques : chien abattu,
anémie progressive, muqueuses extrêmement pales. — Il sucombe 14 jours
après l’opération. — La plaie opératoire était cicatrisée « per primam ».
* • ' j • , , , ; . . ;
Conclusions . — On peut conclure de nos expériences que
l’enlèvement de la rate influe de différentes manières sur l’évo¬
lution de la maladie, suivant la période où elle a été faite:
1) Préalablement (l’infection ultérieure trouvant donc un ani¬
mal dératé et complètement remis du choc opératoire), elle ne
semble pas changer l’évolution habituelle de l’infection. Il faut
mettre à part les complications dont nous, parlerons plus bas.
2) En pleine évolution infectieuse, la splénectomie aggrave in¬
dubitablement les symptômes de la maladie, surtout chez les ani¬
maux jeunes. Cette action se manifeste chez ces derniers, encore
plus quand une suppuration intercurrente ou une autre cause débi¬
litante complique les désordres provoqués par la splénectomie.
3) La réapparition des parasites et l’aggravation des symptô¬
mes sont beaucoup moins apparents chez les animaux opérés du
3e au 12e jour après la disparition dans le sang des derniers
globules parasités.
4) Quand l’fnfection est déjà passée à l’état chronique, avec
tendance vers la guérison, la splénectomie n’entraîne pas, dans
la grande majorité des cas, la réapparition des parasites. Dans
des cas exceptionnels, la réapparition est insignifiante et de très
courte durée.
5) Chez les animaux opérés immédiatement après la dispari¬
tion des parasites et chez ceux opérés en pleine évolution patholo¬
gique, on observe fréquemment une hyperleucocytose immédiate
extrêmement prononcée (on a souvent l’aspect du sang leucémi¬
que) caractérisée par la présence d’hématies nucléées, de polynu¬
cléaires, de mononucléaires, d’éosinophiles et d’autres éléments
de la moelle osseuse; hyperleucocytose qui s’aggrave progressi¬
vement vers la fin de la maladie, jusqu’à la mort des animaux.
D’après toutes nos observations, surtout celles des animaux
infectés après splénectomie, on peut hésiter à accorder à l’absence
de la rate les changements très apparents survenus chez les ani¬
maux, infectés d’abord et splénectomisés ensuite (1). Le choc opé-
(r) Theiler. Beitrag f tir Frage der Immunitat bei der Piroplasmosis des
Hundes, Centrlb. fiir Bakt. Originale , t. XXXVII, nôv. 1904, pp. 401-405.
1 1
ratoire et les infections accidentelles intercurrentes semblent avoir
un rôle beaucoup plus important que l’absence même de la rate.
On peut donc dire, comme conclusion pratique, que la splé¬
nectomie des animaux infectés avec Piro plasma canis n’offre
pas un procédé commode pour la conservation du virus dans les
laboratoires ; d’autant plus que le sang, même chez les animaux
non opérés, quoique sans parasites visibles au microscope, est
toujours infectant 4 à 6 mois (quelquefois 1 an) après la piroplas¬
mose.
(' Travail du laboratoire de M. le Prof. F. Mesnil.)
L’Hygiène à la Côte d Ivoire en 1911
Par F. SOREL.
Les mesures prises à Bassam pour éviter l’introduction et la dis¬
sémination possibles des maladies contagieuses et avant toute
autre de la fièvre jaune, ne sont en somme que la continuation du
plan d’assainissement en cours d’exécution demi i s déjà 18 mois.
i° Lutte contre les moustiques. — Le travail était pour ce cha¬
pitre plus aisé cette année que l’an passé: les équipes de mousti-
quiers, toujours sous la surveillance du sergent Dayriès, tou¬
jours composées des mêmes hommes, maintenant rompus à leur
tâche, accomplissaient mécaniquement et d’une façon presque
parfaite leur œuvre quotidienne en vue de la découverte et de la
destruction des gîtes à larves.
Les Européens, de leur côté, en arrivaient à regarder comme
une chose toute naturelle de grillager leurs citernes et d’éviter les
stagnations d’eau dans l’intérieur de leurs concessions et de leurs
maisons; le service sur ce point s’est fait sans difficultés, métho¬
diquement, sans à coups.
Il semble donc que le résultat de cet effort continu depuis un
an et demi, eût dû être la disparition complète sinon de tous les
moustiques, au moins de tous les Stégomya. 11 n’en est rien. Nous
nous sommes trouvé en face de difficultés d’ailleurs prévues. Les
Stégomya sont certes en quantité infiniment moindre, en nombre
minime même, mais enfin on en rencontre encore. Poussés, en
effet, par l’instinct de la conservation de l’espèce, ces culex ne
trouvant plus clans les maisons d’eau stagnante où pondre leurs
œufs, ont pris pour habitat des endroits où, en général, on les
trouve peu ou pas du tout.
Ils nic'hent dans l’eau qui se collecte à la base du large pétiole
des feuilles de cocotier, à son insertion sur le tronc de l’arbre.
Ce fait, mis en doute, a été expérimentalement démontré. Après
quatre jours de beau temps succédant à deux journées pluvieuses,
toutes les feuilles d’un petit cocotier ont été coupées à petite dis¬
tance de leur insertion et l’arbre ainsi décapité fut recouvert
d’une moustiquaire. Après douze-quatorze jours, il y avait des
moustiques sous le tulle.
Mais ce qui sort plus encore des moeurs des culicidés, c’est
qu’ils vont pondre maintenant dans les herbes d’un terrain inondé
à quelques deux-trois cents mètres de la ville.
Pour les attirer à nouveau, nous avons disposé dans Bassam,
à des endroits connus, des récipients remplis d’eau claire et vidés
chaque semaine; malgré cela, nous n’avons pu encore venir à
bout de faire complètement disparaître ces moustiques.
Il n’a donc pas suffi de faire ici une « police urbaine » pour
anéantir les Stégomyia et partant, le danger de dissémination de
fièvre jaune; il sera nécessaire pour avoir une sécurité complète
d’avoir terminé le comblement de tous les marécages environ¬
nants Bassam. C’est l’œuvre que poursuit en ce moment le plan
de campagne.
2° Comblement des marécages. Grands travaux d’ assainisse¬
ment. — Je mentionnais dans mon rapport de l’an dernier que
deux grandes surfaces marécageuses restaient à combler: une à
l’Est, l’autre à l’Ouest de la ville. Le remblai de la première, qui
a coûté dix mois de travail à 80 hommes, quotidiennement em¬
ployés, est à peu près terminé. Quant à la seconde, le travail en
est simplement commencé. Ce marais Ouest est le plus vaste de
tous. Il avait un diverticule long de 180 mètres environ, large
de ioo à sa partie la plus évasée et de 40 dans sa partie la plus
étroite: ce diverticule est actuellement comblé. Pour hâter le tra¬
vail, j’avais fait couper toute la brousse voisine et déposer les bran¬
chages en lits superposés sur ce marécage profond en certains
points de 1 m. 90 à 2 mètres. Quand la cuvette fut ainsi remplie on
apporta du sable jusqu’à une hauteur de 50-60 cm. au-dessus du
fascinage.
Le service des Travaux publics critiqua assez amèrement cette
manière de faire comme devant donner naissance à des émana¬
tions dangereuses et prédit l’effondrement rapide du remblai, Je
ne sais ce qu’il en adviendra plus tard; mais depuis six mois, le
remblai résiste fort bien. Il appartiendra aux constructeurs qui
auront à bâtir dessus de le consolider, s’il le faut, plus tard. L’hy¬
giéniste n’a, je le crois, qu’à taire disparaître le plus vite possi¬
ble les gîtes à larves.
Mais le comblement de ce diverticule ne représente que le cin¬
quième environ du marécage Ouest. LTn très grand effort reste
donc encore à faire, ce sera l’œuvre de 1912. Au point de vue des
comblements cet effort sera le dernier.
Je donne ci-dessous un schéma de Bassam en 1902 (d’après
M. l’ Ingénieur Michel).
Un coup d’œil jeté sur ce croquis montre tout ce qui, dans ces
dernières années, a été fait à Bassam. Les quadrillages représen¬
tent les marécages comblées. On comprend en regardant ce des¬
sin, pourquoi la fièvre jaune faisait jadis tant de victimes et pour¬
quoi maintenant le fléau épargne la ville.
Segrégation . — Tant que la disparition des Stégomya ne sera
pas totale, la possibilité d’une dissémination de la fièvre jaune res¬
tera toujours menaçante, surtout tant que les groupements indi¬
gènes seront tolérés au milieu de la ville européenne,
Dès l ’an dernier, nous nous -étions préoccupés de la solution dé
ce problèmes De l’autre côté dè la lagune Ouladirte, un vaste' ter¬
rain surélevé et fortement ventilé, avait été déb rôtisse. Notfé
désir était de transporter là les groupements indigènes encerclant
Bassani, c’est-à-dire le village de France et celui d’Inupérié. Mais
la préparation de cette évacuation était longue;, pour atteindre ce
beau plateau, il fallait traverser la lagune et un marécage. Les
pouvoirs publics confièrent à M. le Géomètre Bricourt, la tâche
de construire une route sur le marais.
Commencée en juillet, cette route est terminée aujourd’hui et
depuis trois mois elle est praticable aux piétons.
La chaussée en remblai, large de 4 mètres à sa partie supérieure,
surplombe de 2 mètres environ le fond marécageux. On gazon-
nera les pentes du talus, et des plantations d’eucalyptus vont être
faites incessamment pour consolider les parties latérales de ce
remblai.
De plus, une passerelle en ciment armé de 200 mètres de lon¬
gueur, a été jetée entre les deux rives de la lagune.
Par cette passerelle et cette chaussée, Bassani se trouve main¬
tenant reliée au plateau de Mooussou ; le plan du village indigène
est arrêté; l’ évacuation clés noirs a commencé.
Il est incontestable, que nous ne songeons point à expulser d’un
coup tous les indigènes fixés jadis sur remplacement du village
de France; mais, nous basant sur les arrêtés rendant applicables
aux colonies d’Afrique Occidentale les prescriptions du décret
du 14 avril 1904, relatif à la protection de la santé publique/ nous
— 1 54 —
voulons envoyer sur le plateau de Mooussou, distant de 1.200 mè¬
tres environ de Bassam, tous les indigènes qui, par les conditions
de leur habitat, et la non observance des mesures prescrites pour
faire cesser les maladies épidémiques, seraient un danger pour
la collectivité.
L’annonce que
mesure d’intérêt
tions.
Tl est curieux
les pouvoirs publics allaient sanctionner cette
général, a immédiatement soulevé des protesta-
.rr • •
de voir que certains colons, qui, de leur aveu
même, si une épidémie éclatait, ne demanderaient qu’à prendre
immédiatement contre les indigènes les mesures les plus draco¬
niennes, peut-être même les plus vexatoires, crient aujourd’hui à
l’arbitraire et à la violation du droit des gens, parce que l’on cher¬
che à faire une prophylaxie rationnelle, parce qu’au lieu d’atten¬
dre que la maladie soit là, pour la combattre, on cherche par des
mesures de prévoyance à l’empêcher d’arriver.
On peut, d’ailleurs, se demander si, en protestant si fort au
nom du droit lésé, ces quelques divergents ne couvrent pas sim¬
plement sous la très noble rubrique de défense des collectivités,
la simple défense de leurs intérêts particuliers.
Nous faisons remarquer, d’ailleurs, que parmi les indigènes,
ceux qui voudront construire des maisons, répondant aux con¬
ditions auxquelles doivent satisfaire les constructions habitées
(arrêté du 30 juin 1906) pourront rester à Bassani. Il est évident
que le coût de ces constructions en restreindra fort le nombre, mais
les pouvoirs publics n’ont-ils pas le droit d’imposer des condi¬
tions et des charges? Je crois donc que de cette façon et sans au¬
cune violation du droit des gens, la segrégation des noirs arrivera
à se pratiquer, pour le plus grand bien de la santé publique.
Je donne à la page précédente, un plan de l’ensemble de Bas-
sam actuel, assez différent, comme on le voit, de ce qui existait
l’an dernier. Sur la bande de sable près de la mer, il ne restera
bientôt aue le centre européen ; le village indigène est repoussé
dans la plaine de Mooussou, à 1.200 mètres du groupement blanc.
3° Mesures d’hygiène générale. — Comme mesure d’hygiène
générale à Bassam, on a continué les distributions de quinine à
l’école et on a inauguré depuis quelques temps, les mêmes dis¬
tributions à la prison.
L’index paludéen d’après examen de sang des enfants de
l’école, était de 13,9 %, au lieu de 40 % en 1910.
Bassam a eu cette année l’heureuse chance de ne voir se décla¬
rer aucun cas de fièvre jaune, malgré que les Colonies voisines
de Gold-Coast, de Sierra- Leone, de la Gambie et de la Guinée
portugaise aient eu à subir les ravages de cette maladie.
Bf La vaccine à la Cote d’ivoire. — La plus grande préoccu¬
pation du Directeur du Laboratoire, en dehors des travaux de Bas¬
sani fut la question de l’étude pratique et de la diffusion de la
vaccine dans la Colonie.
Les essais faits en 1910 à Bingerville n’avaient donné que de
médiocres résultats. J’en conclus quë l’on devait renoncer à pro¬
duire du vaccin dans la Basse-Côte-d’Ivoire. D’ailleurs, l’exis¬
tence des centres vaccinogènes dans cette Basse-Côte, qui était
jadis une nécessité, à cause des communications presque impos¬
sibles avec le haut pays, devenait maintenant superflue, puisque
le chemin de fer reliait en 12 heures les régions d’élevage du
Nord, avec le Sud de la Colonie.
Aussi à partir de mars dernier, je renouvelai les expériences
en collaboration avec mon camarade Arlo, à Bouaké, à 350 km
de la côte, dans le Baoulé Nord, les expériences faites en 1910, à
Bingerville, relatives à la production et conservation du vaccin.
Nos expériences nous donnèrent des résultats très satisfaisants.
Aussi, après ces essais (dont les résultats ont été consignés
dans un premier mémoire), nous avons, dans les mois qui suivi¬
rent, cherché à obtenir une production constante, et une quantité
de vaccin suffisante pour les besoins de la colonie, et nous som¬
mes vraiment heureux de résumer par quelques chiffres éloquents,
le bond véritable qu’a fait, durant le cours de cette année, la vac¬
cination à la Côte-d’Ivoire, grâce aux résultats obtenus à Bouaké.
Voici le chiffre des inoculations vaccinales des 5 dernières an¬
nées. (Statistique du Journal officiel de la colonie,, 15 janvier
1912.)
1907 = 57*644 vaccinations.
' 1908 = 55.226 »
1909 = 42.418 »
1910 46.875 ■»
igii = 120.492 vaccinations, avec 67 % de succès.
Aussi, dans' une seconde note, M. le Médecin Principal, Chef
de Service, et moi nous avons exposé en détails, nos expériences
et nos résultats, et avons demandé à M. le Gouverneur d’ou¬
vrir les crédits nécessaires pour qu’un centre vaccinogène, doté
d’un personnel suffisant et avec des locaux répondant aux besoins
de la production, fût construit à Bouaké.
A cette condition, la Côte-d’Ivoire, comme le Sénégal et le
Soudan, produira son vaccin. Ce sera, jè crois, un résultat énorme
pour la colonisation; mais je répète que le fonctionnement sans
à coup ni surprise, ne pourra être obtenu que si- on donne au
Service de santé, le personnel, les locaux et l’outillage nécessaire.
On a opéré, en effet, cette année, à Bohaké,' avec dés îuôyens
de fortune; qui ne suffiraient pas à assurer la production régu¬
lière.
Maladie du sommeil. — Les circonstances nous ont amené à
étudier les mesures de protection de la colonie contre la maladie
du sommeil.
La Côte-d’Ivoire, au moins dans sa partie basse* est encore peu
contaminée; mais elle est menacée par les provenances du Congo
(principalement des troupes noires que l’on fait pour les besoins
du service passer d’une colonie à une autre) et par les provenances
venant du Soudan français.
Relativement aux premières, un arrêté du Gouverneur fixa que
tous les indigènes venant du Congo ne pourraient descendre qu’à
Bassani, et seraient, dans ce port, examinés au laboratoire au su¬
jet d’une trypanosomiase. possible ; si besoin était, on pourrait gar¬
der en observation ici les sujets douteux.
Pour les provenances du Soudan, le danger est toujours mena¬
çant puisqu’il n’y a pas encore dans la haute-côte de poste bacté¬
riologique fonctionnant et permettant de diagnostiquer et d’isoler
dès le début de leur maladie les trypanosomés. Il serait souhaita¬
ble que cette lacune fût rapidement comblée; autrement, la partie
sud de la colonie où foisonnent les glossines, sera vite infectée,
La trypanosomiase humaine d’ailleurs existe déjà dans le nord
de la colonie (cercle de Boudoukou, Koroko, Baoulé nord). Il était
donc nécessaire de chercher l’endroit où installer un village de
ségrégation pour les trypanosomés.
On avait songé à mettre ce village d’isolement aux environs
de Bouaké. En mars dernier, en effet, avec M. le Prof. Wurtz,
venu en mission à la Côte-d’Ivoire pour se rendre compte des
progrès de l’hygiène en Afrique Occidentale, nous avions par¬
couru la route depuis le point terminus du chemin de fer (Dim-
bokro) jusqu’à Bouaké et en ce point comme dans les marigots en¬
vironnants, nous n’avions pu, malgré de patientes recherches, dé¬
couvrir la moindre glossine.
Ce fait avait été signalé dans la relation que nous avions adres¬
sée de notre voyage à M. le Gouverneur de la Colonie.
Nous n’ignorions point toutefois que notre camarade Bouet
avait signalé antérieurement la présence de glossines à Bouaké.
Aussi, quand il s’est agi de fixer définitivement remplacement
du village de ségrégation, je fus envoyé de nouveau à Bouaké, en
décembre dernier, par M. le Chef du Service de Santé.
Or, à ma grande surprise, dans tous les marigots environnant
le poste, j’ai trouvé très facilement et fait rechercher avec suc-
cès des glossînes : un petit indigène, en une demi-heure, en a
capturé plus de 50 dans le lit d’un ruisseau, à 400 mètres du poste.
Les renseignements des autochtones nous ont nppris que les
tsétsés, très nombreuses pendant et immédiatement après la sai¬
son des pluies, diminuent progressivement de nombre pour dis¬
paraître à la saison sèche.
Ce fait concorde .avec les résultats dissemblables des recherches
faites en mars par M. Wurtz et moi, et, en décembre, par moi
seul; et nous admettrons qu’à Bouaké la présence des glossines
est. intermittente.
Ce fait, d’ailleurs connu, a été signalé par Christy (ex. Aus-
'I-EN (1904), Feldmann, 1908, au sud-est du lac Victoria, Zupitza,
1908, au Cameroun, Ensor, 1908, au Bahr-el-Gazal, Gouzien,
Thiroux, Wurtz et Teppaz, 1908, puis par Roubaud (i), au
Congo français, sans qu’aucune explication complètement satis¬
faisante ne soit donnée à ces migrations.
D’après les renseignements fournis par M. le Capitaine Fous-
sat, commandant du Cercle et qui s’intéresse à cette question,
ces diptères, à la saison sèche, disparaîti aient presque complète¬
ment de toute la région du Baoulé nord; s’il y a migration, com¬
me on le suppose, des tsétsés vers des gîtes permanents, il faut
admettre que cette migration se fait pour certains points à une
distance de plus de 100 km., cela me semble difficile.
Quoi qu’il en soit, ces constatations et les renseignements signa¬
lant à certaines époques la présence de glossines dans toute l’éten¬
due de la colonie, montraient la difficulté qui surgissait pour
choisir l’emplacement du futur village d’isolement. Aussi, le point
favorable n’existant pas, avons-nous proposé de le créer: on arrê¬
terait pour emplacement du village un endroit quelconque autour
duquel, on ferait et entretiendrait un débroussement, un vide
complet sur un périmètre de 800 à i .000 mètres. Au centre, au¬
tour du village même, on réserverait des terrains que pourraient
cultiver les malades; dans ce village, distant d’une rivière, l’ali¬
mentation en eau serait assurée par des puits munis de pompes.
Cette création artificielle donnerait, selon nous, une grande sé¬
curité ; de longues observations sont, en effet, nécessaires pour
être certain que tel point choisi et laissé dans son état naturel,
n’a point dans ses environs de gîtes permanents ou temporaires
(1) Voir Roubaud, dans Rapport de la mission d’études de la maladie du
sommeil au Congo français, Paris, 1909.
de glossines, et l’on peut encore fort bien imaginer un endroit
indemne aujourd’hui, et qui l’année suivante serait infecté; les
dispositifs pris pour notre village permettront son installation
immédiate sans longues études préalables et le mettront à coup
sûr à l’abri d’éclosion de glossines.
Ces vues ont été acceptées par M. le Chef de Service de
Santé et le village sera placé dans le nord de la colonie dans le
Cercle de Koroko, près cl’une formation sanitaire.
Au point de vue hygiène générale, le laboratoire a pu encore,
en janvier dernier, donner des instructions relatives à la lutte con¬
tre une épidémie de péri-pneumonie qui sévissait dans le Cercle
de Mankono.
J’ai conseillé l’inoculation des animaux indemnes, suivant la
méthode Willemsienne. Je n’ai eu dans la suite aucun document
au sujet de l’extension ou diminution de la maladie et je ne sais si
les inoculations ont été pratiquées.
Tel est le résumé de ce qu’a fait en 1911, au point de vue de
la protection de la santé publique, le Laboratoire d’hvgiène de la
Côte-d’Ivoire.
— i6o —
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Arc hiv fur Schiffs und Tropcnhygiene, t, XVI, nos z- 3 et 4.
Arc hiv 0 du Sociedade de mcdicina et cirurgia de Sâo Pàulo,
t. 1 1, n 08 10 et 11.
Bulletin de la Société médicale de Vile u.\ t, 3e série, n° 25.
Geneeskundig tijdschrift voor Nederla ■» ùh-Indië, t. 5 1 > n° 6.
Journal of the royal army medical corps, t. XVIII, nos 1 et 2.
Journal of Tropical medicine and Hygiène, t. XV, n08 2, 3 et 4.
Lepra, t. XII, n6 2.
Revista de Veterinaria e Zootechnia, t. I, n° 3. -'!i ■ 1
Sleeping sickness bulletin, n° 33, 34 et table de 1911.
Transactions of the Society of tropical medicine and Hygiène,
t. V, nos 3 et 4.
VOLUMES ET BROCHURES.
Andrew Balfour. Fourth report of the Welcome tropical rescarch
laboratoires . Khartoum. Vol. B. General Science.
A. Balfour et Archibald. Second review of sonie of the recent
advences in tropical medicine, hygiene and tropical
veterinary science.
Claus .Schilling. Sept publications sur des sujets divers.
Le Gérant : P. MASSON.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 3
Séance du 13 mars 1912
CORRESPONDANCE
M.-G.-W. Sturgess. — Le surra existe à Ceylan .
Présentation
J. Legendre. — Affiche pour la lutte antipaludique en Indochine . . .
PAGES
161
162
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II
Pages
Elections . . . * . » . . . . 162
Allocution du Président . 163
Décès de Armauer Hansen . 164
COMMUNICATIONS
J. Cardamatis. — Quelques remarques sur l’infection des oiseaux par
YHalteridium de Danilewsky . . . 17 1
E. Chatton. — Entamibe ( Lœschia sinici, n. sp.) et myxomycète (Die-
tyostelium mucoroid.es Brefeld) d’un singe . 180
I.. f'oLLiN. — L’ankylostomiase en Nouvelle-Calédonie . 192
A. Conor. — Action de la lumière et des hypochlorites sur le vibrion
cholérique . 167
S. -T. Darling. — Réduction of virulence in a strain of T. hippicum
selected from a guinea pig, avec résumé français . 184
C. França. — Contribution à l’étude des Leucocyto^oon des oiseaux du
Portugal . 173
Edw. Hindle. — Attempts to transmit Fond pest by Argas persicus,
avec résumé français . 165
A. Laveran et L. Nattan-Larrier. — Contribution à l’étude de la
espundia . . . 176
L. Nattan-Larrier et J. Ringenbach. — Sur un cas de maladie du
sommeil . 1 .... 187
F. Noc et L. Stévenel. — Masque léonin d’origine syphilitique . . . 170
W.-L. Yakimoff et Nina Kohl-Yakimoff. — Sur la question des Ixodi-
dés de Russie . 194
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IV
Cinquième année
1912 -
N° 3
"BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 13 MARS 1912.
Présidence de M. Laveran
Correspondance
MM. Bauche et Swellengrrel, nommés membres correspon¬
dants à la séance de décembre, adressent des remerciements à la
Société.
*
* *
M. Mesnil. — Je crois intéressant de communiquer à la Société
que la présence du Surra, sévissant sur les Equidés et les Bovi¬
dés, vient d’être constatée dans l’île de Ceylan, par le vétérinaire
du gouvernement, M. G. W. Sturgess. Le premier cas a été
constaté chez un cheval le u décembre 1911. La maladie a, selon
toute probabilité, été importée de l’Inde; de 17 à 20.000 bœufs
sont importés de l’Inde à Ceylan, par an.
La maladie des bovidés (taureaux de travail) présente un carac¬
tère grave: température, 40° et au-dessus; anémie profonde;
amaigrissement; parésie du train postérieur; l’animal, à la fin
de la maladie, ne peut plus se lever et succombe en 3 semaines
ou un mois. Mais il y a des guérisons.
La maladie paraît transmise par les Stomoxes, qui existent en
grand nombre, dans les localités où elle sévit.
12
D’énergiques mesures de police sanitaire ont été prises, consis¬
tant surtout dans l’abatage immédiat des animaux reconnus in¬
fectés, dans la destruction des gîtes à stomoxes, dans la protec¬
tion mécanique des bestiaux contre les piqûres de ces insectes.
Il faut espérer que les autorités de Ceylan viendront ainsi faci¬
lement à bout de l’épizootie naissante.
Présentations
M. Marchoux. — Au nom du Service de Santé de l’Indochine,
je dépose sur le bureau de la Société une affiche rédigée par
M. Jean Legendre, pour lutter contre le paludisme. Nous ne pou¬
vons que nous féliciter de voir entreprendre dans nos colonies
une prophylaxie sérieuse du paludisme et M. Legendre, qui s’est
attaché à cette oeuvre au Tonkin, mérite d’être grandement encou¬
ragé.
Elections
M. Vincent est élu membre du Conseil à l’unanimité des
20 votants.
M. Chatton a été élu membre titulaire à l’unanimité des 20 vo¬
tants.
1 63 -
Allocution du Président
Le Président. — Mes chers Collègues, il y a quatre: ans, lors¬
que je collaborais à la rédaction de nos Statuts, j’ai insisté pour
qu’on insérât cette clause :« le président n’est pas immédiatement
rééligible ». J’estimais, en effet, et je n’ai pas changé d’avis à cet
égard, qu’un même président ne devait pas s’éterniser dans le Bu¬
reau d’une Société. Au mois de janvier dernier, je me croyais à
l’abri d'une réélection ; il ne me paraissait pas douteux que nos Sta¬
tuts devaient être obéis et. déjà l’élection du nouveau président était
à l’ordre du jour, quand une proposition signée par un grand nom¬
bre de nos Collègues, a changé la face des choses. L’élection du
président a été différée et, élans la séance de février, la Société
a voté une addition aux Statuts qui me proroge dans mes fonc¬
tions de président jusqu’à la fin de 1915.
Je vous remercie bien sincèrement du très grand honneur que
vous m’avez fait en me prorogeant dans mes fonctions et en insé¬
rant dans nos Statuts que cette prorogation était un hommage
aux services que j’ai rendus à la Société de Pathologie exotique.
Si, lorsqu’on m’a demandé d’accepter de nouveau la présidence
pour une période de quatre années, on m’avait dit seulement qu’il
s’agissait d’un hommage aux services rendus, j’aurais certaine¬
ment refusé, on m’a dit, en outre* que je pouvais rendre encore
des services à notre Société; c’est là l’argument qui m’a décidé à
accepter.
Vous pouvez être assurés, mes chers Collègues, que je ferai tous
mes efforts pour justifier votre confiance en travaillant, de concert
avec vous, à accroître encore le bon renom scientifique et la pros¬
périté de notre .Société qui, d’ailleurs, comme je vous le disais
au mois de janvier dernier, a traversé heureusement les années
d’épreuve.
/
Décès d’Armauer Hansen
Le Président. — Mes chers Collègues, j’ai le grand regret
d’avoir à vous annoncer la mort d’un des membres honoraires de
notre Société. M. le Dr G. ârmauer Hansen, chef du service de
la lèpre à Bergen (Norvège), est mort subitement à Florœ, près de
Bergen, le 12 février dernier.
Hansen était né à Bergen, en 1^41 ; ses premiers travaux sur la
lèpre remontent à 1868; à cette époque la lèpre avait pris en Nor¬
vège une grande extension. Hansen étudia d’abord cette redou¬
table maladie au point de vue épidémiologique, puis il entreprit
des recherches sur son anatomie pathologique et, en 1873, il dé¬
couvrit le bacille qui porte son nom et qui est l’agent de la lèpre.
Dès lors, il soutint que la lèpre était une maladie contagieuse et
il fut l’inspirateur des lois qui organisèrent, en Norvège, la lutte
contre la lèpre en, prescrivant la déclaration obligatoire de la mala¬
die, l'isolement des lépreux, la désinfection des locaux et de tous
les vêtements ou objets de literie contaminés.
Grâce aux mesures prises, le nombre des lépreux de Norvège
qui, en 1869, atteignait 2.600, tomba, en 1900, au-dessous de 600;
en 1907, il n’était plus que de 450 et il s’agissait, dans la plupart
des cas, de lépreux anciens.
Ièn 1909, Hansen a pris une part très active aux travaux de la
Conférence de la lèpre, tenue à Bergen ; dans un article fait en
collaboration avec le Dr Lie, il a retracé l’histoire très intéressante
de la lèpre en Norvège, histoire dans laquelle il a joué un rôle si
important, si glorieux.
La mort de Hansen est une grande perte pour la science ; au
nom de la Société de pathologie exotique j’adresse des condoléan¬
ces bien sincères à la famille de notre illustre et très regretté Col¬
lègue.
— 1 65 —
COMMUNICATIONS
Attempts t o transmit « Fowl P est »
by Argas persictjs
By Edward HINDLE.
At the suggestion of Prof. Marchoux the following experi-
ments were undertaken in order to détermine whether « Fowl
Pest » (la peste aviaire) cou ld be transmitted by the bite of Argas
persicus, and also apart from this, to see whether the virus could
pass through the wall of the alimentary canal and appear in the
cœlomic f lu id of the tick. The results hâve been sufficiently defi-
nite to show that although Argas is unable to transmit « Fowl
Pest » yet the virus of the disease remains alive in the gut of the
tick for a period of about nine days. The virus, however, is not
able to traverse the wall of the gut and therefore neither the cœlo¬
mic fluid nor any other part of the tick, except the contents of the
alimentary canal, become infected.
The experiments were as follows : Experiment A. Twelve adult
Argas persicus were allowed to feed on a fowl infected with Fowl
Pest three hours before the bird died and consequently when its
blood vas highly infective. The ticks were maintained at a uni-
form température of 28° Cent. Three days later the cœlomic fluid
from eight of these ticks was inoculated into a fowl. This bird was
keep under examination for te 11 days but never showed any symp-
toms of the disease.
At the sarne time the contents of tire alimentary canal of one of
these ticks was inoculated into another fowl which died forty-eight
hours later with ail the symptoms of Fowl Pest.
After the interval of fourteen days since their feed on an infec-
teü bird, the contents of the guts of five ticks were inoculated
into a fowl. The latter never shewed any infection.
The remaining six Argas were fed on a healthy fowl. Although
the latter subsequently developed an infection with Spirochœte
gallinarum it never showed any symptoms of Fowl Pest.
Experiment B. On Jan. igth twenty adult Argas persicus were
1 66 —
fed on an infected bird shortly before it died from infection with
Fowl Pest. The tirne which elapsed between the inoculation of
this fowl and its death from the disease was only about forty
hours.
These ticks were maintained at a température of about 220 Cent. :
at certain intervals they were inoculated into fowls as shown
below.
Jan. içth. The coxal fluid of these ticks, collected immediately
after they had finished feeding, together with the cœlomic fluid
of one of them, were injected into a fowl.
The resuit was négative.
Jan. 2oth. The cœlomic fluid of one of the ticks was inoculated
into one fowl and the contents of its alimentary canal into another.
The first fowl remained healthy, whilst the second died from the
disease forty hours îater.
Jan. 22nd. The cœlomic fluid and contents of the alimentary
canal of one of the ticks were each inoculated into a fowl.
The bird inoculated with the contents of the alimentary canal
died fifty-four hours Iater, whereas the other remained uninfec-
ted.
Jan. 2Ôth. The cœlomic fluid and gut contents of one of these
ticks were inoculated respectively into two fowls ; whereas the bird
inoculated with the former remained négative, the other died of
Fowl pest sixty hours later.
Jan. 28th. The cœlomic fluid and gut contents of one of the
above ticks were injected respectively into two fowls. The first
remained négative, whereas that inoculated with the contents of
the gut died about sixty hours later.
Feb. jrd. The cœlomic fluid and gut contents of three of the
above ticks were inoculated respectively into two fowls.
Botli of them remained uninfected (1).
Feb. ioth. The remaining ten Argas were fed upon a healthy
fowl. The latter never showed any infection with Fowl Pest.
In the above described experiments it will be noticed that the
virus was still alive nine days after being taken into the gut of
the tick ; but there is a slight diminution in its virulence, as the
fowl inoculated with the original strain died after forty hours,
whereas after the virus had been preserved in the tick from seven
(1) Fowl injpctpcl with eut contents, after 4 weeks interval, on March i8th,
was inoculated with fresh virus. About 40 hours later, it died from fowl
pest.
— 107 —
to nine days the duration of the disease was increased to about
sixty hours.
In both cases the virus had lost its infectivity at the end of four-
teen days and in no case did the cœlomic fluid become infected
The feeding experiments also gave négative results and therefore
it is extremely improbable that Argas persicus is able to transmît
this disease.
The fact that the virus mav remain alive in the gut of the tick
for a period of seven to nine days is of no more significance than
the fact that spirochætes will live sonie time in the gut of leeches
and other blood sucking invertebrates, although the latte r are
unable to transmit the infection to another host.
In conclusion I should like to express my thanks to Prof. Mar¬
choux for his many kindnesses and especially for the facilities for
research which he placed at my disposai.
(. From the laboratory of Prof. Marchoux, Institut Pas¬
teur, Paris ; and the Quick Laboratory , Cam bridge.)
Résumé. — L’auteur a constaté que des Argas nourris sur une
poule atteinte de peste aviaire au moment où le virus est
abondant dans la circulation, n’étaient pas aptes à infecter par
piqûre une poule neuve. Le virus se conserve pendant g jours dans
le tube digestif des Acariens, mais il n’en traverse pas la paroi.
On ne le rencontre ni dans le cœlorne, ni dans le liquide coxal.
Au bout de 14 jours, le contenu intestinal des Argas n’est plus
infectant. Les expériences ont été faites avec des Argas persicus
gardés à des températures de 22 et 28°.
Action de la lumière et des hypochlorites
sur le vibrion cholérique
Par A. CONOR.
I. Action ue la lumière sur le vibrion. — De nombreux tra¬
vaux ont fait connaître le rôle de la lumière dans la purification
du monde extérieur. Palermo, exposant aux rayons solaires des
cultures en bouillon du vibrion de Massaouah, constata la dispa-
— 1 68 -
rition de sa mobilité et de sa virulence au bout de quelques
heures.
Lors de l’épidémie de choléra qui a sévi dans la Régence en
1 9 1 1 , nous nous sommes demandé si la lumière ne réaliserait pas
un moyen pratique de stérilisation d’une eau souillée par le
vibrion cholérique. A cet effet, nous avons exposé au soleil, sur
une terrasse, des bouteilles ordinaires en verre blanc renfermant
de l’eau de la canalisation de Tunis, additionnée de quelques gout¬
tes d’une culture du vibrion tunisien. L’exposition aux rayons
solaires commençait vers dix heures du matin. On prélevait,
après un certain nombre d'heures* 200 cc. d’eaû qu’on ensemen¬
çait en solution peptonée. Après deux passages successifs en mi¬
lieu liquide, on isolait les colonies sur gélose. Les prises étaient
pratiquées au même moment dans les bouteilles insolées et dans les
bouteilles témoins conservées à l’abri de la lumière.
Voici les résultats de nos expériences :
Ces résultats montrent que la lumière solaire, dont l’action est
certainement complexe, fait rapidement disparaître d’une eau le
vibrion cholérique. L’exposition au soleil pendant plusieurs heu¬
res permet donc de détruire le bacille du choléra, contenu dans
une eau. Ce procédé très simple, nous paraît appelé à rendre des
services dans les pays où, comme en Tunisie, la lumière possède
une intensité considérable.
II. Action des hypochlorites. — Le chlore est un microbicide
puissant. On utilise le dégagement de ce gaz produit par la dé¬
composition d’une solution d’hypochlorite pour purifier les eaux
impures.
En 1897, Woodheat se servit d’hypochlorite de chaux pour
stériliser l’eau de Madstone. Ce procédé est employé dans plu¬
sieurs villes des Etats-Unis, de Belgique et d’Angleterre; il fut
mis en usage l’an dernier à Paris et à l’asile d’aliénés de Mar¬
seille. Il donne, en général, de très bons résultats.
Nous avons, sur le demande de M. le Directeur des Travaux
de Tunis, expérimenté cette méthode, et nous avons insisté auprès
de M. le Secrétaire Général du Gouvernement tunisien pour l’uti¬
lisation de ce système dans la purification préventive des eaux
de la ville.
Dans nos expériences, nous versions une dose déterminée de la
solution d’hypochlorite dans dix litres d’eau. Le contact durait
8 heures, après lesquelles nous pratiquions le prélèvement et les
ensemencements. Pour chaque essai, on se servait de deux réci¬
pients semblables, contenant de l’eau de la cille, additionnée
d’une culture de vibrion cholérique, et placés ensuite à l’abri de
la lumière. Dans l’un (H du tableau ci-dessous), on versait l’hy-
pochlorite; l’autre n’en recevait pas et servait de témoin (T).
Le dispositif adopté pour les eaux de la canalisation de Tunis
est très simple. Connaissant le débit de l’eau dans la conduite, on
peut facilement régler celui de l’appareil distributeur qui laisse
tomber la solution d’hypochlorite de chaux en quantité voulue
(2 mgr. par litre).
Cet appareil étant placé à dix kilomètres de Tunis, l’eau met¬
tait environ 8 heures oour effectuer ce parcours. C’est cette durée
de contact que nous utilisions dans nos expériences.
Au point de vue chimique, on ne décèle pas de chlore libre
dans l’eau ; il y a une légère augmentation du poids des chlorures
qui reste inférieur à 2 %.
La solution d’hypochlorite employée doit être de préparation
récente et sa teneur en chlore doit atteindre 30 à 40 pour 1.000.
Les analyses pratiquées chaque jour à l’Institut Pasteur sur
des échantillons prélevés à l’arrivée au réservoir de la Ville mon¬
trent la réelle efficacité de ce procédé. Ainsi, pendant le mois de
novembre igio, la moyenne des germes était de 208 par cent, cube
et celle du Coli-bacille de 3.240; en ign, ces moyennes ont été
respectivement: 35 bactéries et 55 coli.
Ajoutons que nous avons expérimenté l’action de l’hypochlorite
de chaux (2 mmgr. par litre) sur une eau additionnée de bacille
typhique. Après un contact de 8 heures, ce microbe n’a pas été
décelé et l’analyse quantitative a montré:
Eau brute : Eau + hypochlorite :
Germes par cc. 208 16
Colibacille par litre 500 o
En présence de ces excellents résultats, nous estimons que ce
procédé de purification des eaux de boisson mérite d’être utilisé
Il est efficace, inoffensif, d’une installation facile et peu coûteuse.
( Institut Pasteur de Tunis.)
Masque léonin d’origine syphilitique
Par F. NOC et L. SÏEVENEL.
Au mois d’août dernier, se présentait à la visite du Dispensaire
de prophylaxie, annexé à l’Institut d’Hygiène et de microbiolo¬
gie de Fort-de-France, une femme A., âgée de 49 ans, la figure
masquée par un morceau d’étoffe, à la façon des Touaregs.
A la suite de plaintes nombreuses et anonymes, faites sans
doute par ses voisins, elle commençait à être inquiétée par la
police, et sur le point d’être envoyée à la léproserie de la Dési-
rade. Elle venait nous supplier en dernier recours, espérant plus
de notre pitié que de notre science.
A première vue, elle avait, en effet, un faciès léonin typique:
infiltration massive et irrégulière de la peau du visage avec nom¬
breux nodules en voie de ramollissement ou de suppuration. Anes¬
thésie presque complète à leur niveau. L’œil gauche est complète¬
ment enfoui, caché par la tuméfaction qui a débuté il y a deux
ans. Un interrogatoire approfondi, aidé des recherches du labora¬
toire, nous permit de préciser le diagnostic. Elle avouait, en effet,
avoir eu il y a trois ans, une adénite inguinale assez volumineuse.
Actuellement encore, polyadénite multiple, en particulier gan¬
glions épitrochléens, maux de tête nocturnes fréquents avec in¬
somnie et fièvre légère tous les soirs.
Pas de bacilles de Hansen à l’examen microscopique, ni dans
le pus des ulcérations, ni dans les frottis de peau.
Injections intraveineuses de o g r. 60 cg. de Salvarsan, les 12 et
17 août 1 9 1 1 . Dès la première injection, la tuméfaction diminuait;
après la deuxième, l’œil gauche, jusqu’alors complètement caché
par les paupières tuméfiées, reprenait peu à peu sa fonction.
Une troisième injection intraveineuse de o g. 60 cg. de 606 Bil-
lon, le 16 novembre 1911, achevait de l’améliorer. Toute tuméfac¬
tion a disparu depuis, et la sensibilité de la peau est devenue nor¬
male. Notre malade n’est cependant pas transformée en beauté,
quelques cicatrices subsistant, mais elle n’est plus un objet de
dégoût pour son entourage.
( Dispensaire de prophylaxie de Fort-de-France,
le 10 février içi2.)
Quelques remarques sur l'infection des oiseaux
par THalteridium de Danilewsky
Par Jean CARDAMATIS.
Depuis le printemps de 1909 jusqu’aujourd’hui, c’est-à-dire
durant un espace de quatre ans environ, nous avons suivi, chez
quatre moineaux infectés par le parasite de Danilewsky, la mar-
che de l’infection déterminée par ce protozoaire en examinant au
microscope le sang périphérique des oiseaux en question dans les
différentes saisons de l’année. Les protozoaires observés dans le
sang périphérique étaient plus abondants pendant les saisons de
printemps et d’été, et surtout pendant les mois de juillet, août,
septembre et octobre, et moins abondants pendant les mois d’hi¬
ver. On sait que dans les cas d'infection grave, les parasites de
Danilewsky ne disparaissent pas complètement du sang péri¬
phérique même pendant l’hiver (i).
Les oiseaux, dont nous avons suivi l’infection, étaient trois
chardonnerets ( Carduelis elegans ) et un ortolan ( Spisa ).
Durant la première année, le sang périphérique de l’ortolan con¬
tenait des parasites de Danilewsky en abondance, mais ces der¬
niers commencèrent à diminuer de nombre dans la suite et l’oi¬
seau guérit complètement dans l’espace de trois mois par la dispa¬
rition complète des parasites et continua à vivre encore neuf mois
sans présenter une réinfection. Après la mort de l’oiseau, nous
avons constaté, par les frottis des viscères, que les parasites de
Danilewsky manquaient complètement.
Des trois chardonnerets, le premier, qui présentait une infec¬
tion légère et qui continua à vivre pendant un an et demi, ne
portait aucun Halteridium dans son sang périphérique pendant le
premier mois de sa capture, tandis que pendant les autres quinze
mois de sa vie, il a présenté deux réinfections légères. La période
de chaque infection ne dura pas plus d’un mois. La disparition
complète des parasites et la guérison de cet oiseau ont été confir¬
mées par l’examen microscopique des frottis des viscères après que
l’oiseau eut été sacrifié.
Le second chardonneret, qui avait une infection intense avec
des parasites très abondants dans le sang périphérique, une ané¬
mie profonde et des accès fréquents, s’est débarrassé complète¬
ment de son infection au bout de deux ans, et depuis sa guéri¬
son il s’est écoulé presque deux ans sans que nous ayons pu
trouver de parasites dans le sang périphérique.
Le troisième chardonneret a présenté, dans l’espace de trois
(i) Pour les analogies de l’infection dans les différentes saisons de l’année,
voir notre travail antérieur : « Le paludisme des oiseaux en Grèce. Etude
biologique et histologique du parasite de Danilewsky ». Centralblatt f. Bak-
ieriol. u. Parasit., t. LII, 1909.
— 173 —
années, cinq réinfections, et il y a déjà une année qu’il reste
exempt de parasites de Danilewsky.
S’il est permis de tirer quelques conclusions de ces cas peu
nombreux, ce sont les suivantes :
а) Les bonnes conditions de vie contribuent beaucoup, même
chez les oiseaux, à renforcer les moyens internes de défense, et
par conséquent à débarrasser l’organisme de l’infection par l’Hal-
teridium de Danilewsky.
б) Il n’existe point d’immunité acquise chez les oiseaux, au
point de vue de l’infection haltéridienne de Danilewsky.
c ) Il n’y a qu’une immunité relative après une infection grave,
immunité dont la' durée nous est encore inconnue.
Contribution à l’étude des Leucocytozoon
des Oiseaux du Portugal
(Troisième Note)
Par C. FRANÇA.
Dans cette note nous décrivons des Leucocytozoon du Verdier
( Chions chions (Linn.)), de l’une des espèces de Grives du Portu¬
gal ( Turdus musicus Linn.) et d’un Merle ( Mer-ut a merula (Linn.)).
Leucocytozoon de Turdus musicus Linn.
Un Leucocytozoon a été déjà décrit par Mathis et Leger, chez
la grive du Tonkin ; on ignore cependant l’espèce à laquelle appar¬
tient cette grive qui héberge L. dubreuili Mathis et Leger.
D’après les excellentes figures qui accompagnent la description
de cet Hématozoaire, nous croyons que le Leucocytozoon de la
grive du Portugal est une espèce différente du L. dubreuili, mais,
n’ayant pas encore des éléments suffisants pour résoudre la ques¬
tion, nous nous bornons à le décrire sans lui donner un nom spé¬
cifique.
Nous avons trouvé le Leucocytozoon chez 2 des 4 grives exami¬
nées. Chez les deux oiseaux infectés, les parasites existaient en
petit nombre et nous n’avons pu nous procurer d’autres animaux
ï74 —
pour nos recherches parce que la période de permission de chasse
était passée.
Les macrogamétocytes ont une forme arrondie ou losangique.
Leur cytoplasme se colore en violet très foncé et possède une struc¬
ture alvéolaire.
Le noyau qui est très riche en chromatine, très visible, et
n’a pas de karyosome, occupe d’ordinaire le centre du parasite.
Le noyau de la cellule-hôte, réduit à une bande étroite, entoure
environ 3/4 de la circonférence du parasite.'
Les microgamétocytes ont un cytoplasme très pâle et un noyau
à contours mal définis. Les formes jeunes, ovalaires, occupent des
cellules à cytoplasme se colorant en rose. Dans les frottis des reins,
de la rate et du poumon, on trouve quelques Leucocytozoon ayant
les caractères des formes du sang circulant, mais ayant une forme
plus régulièrement arrondie.
Leucocytozoon de Mcrula merula.
Nous avons trouvé ce parasite 3 fois sur 4 Merles capturés pen¬
dant le mois de janvier et 2 fois sur 4 oiseaux examinés pendant
le mois de mars. Il s’agit donc d’un parasite infectant les Merles
dans un grand pourcentage.
Des trois Oiseaux infectés, un seul avait une infection intense,
les autres étaient faiblement infectés. Trois des Merles infectés
par le Leucocytozoon avaient aussi un Trypanosome trapu a blé-
pharoplaste terminal et chez trois il existait une microfilaire.
Nous avons trouvé de rares formes jeunes du Leucocytozoon
seulement chez un des Merles infectés, chez les autres nous
n’avons vu que les formes adultes.
Les macrogamètes sont arrondis, rarement ovalaires, et ils se
colorent en violet foncé par la méthode de Giemsa. Le cytoplasme
de la plupart des exemplaires est criblé de petites granulations qui
nous semblaient être du pigment.
Ces granulations très fines, régulièrement arrondies et noires,
sont excessivement nombreuses dans la plupart des exemplaires,
chez quelques autres elles sont plus rares.
M. le Dr M. Leger avant eu connaissance que j’avais trouvé ce
Leucocytozoon, a manifesté le désir de l’examiner et il m’a aima¬
blement communiqué que les granulations du cytoplasme de ce
parasite ne présentent pas la biréfringence que possède le pig¬
ment des Hœmoproteus et des Plasmodium. L’examen au polari-
— i75 —
mètre démontre ainsi que les granulations cytoplasmiques du
Leucocytosoon du Merle ne sont pas du vrai pigment.
Le noyau des macrogamètes est d’ordinaire elliptique et excen¬
trique et il se détache par sa couleur rouge foncée dans le cyto¬
plasme. Autour du noyau il existe une zone dépourvue de granu¬
lations.
Le noyau de la cellule-hôte entoure environ 3/4 de la circonfé¬
rence du parasite et il est tantôt réduit à une bande très étroite
dans toute son extension, tantôt amincie vers le milieu et épaissie
vers les extrémités.
Les microgamétocytes sont régulièrement arrondis. Ils se colo¬
rent en mauve. Le noyau très volumineux et occupant le centre du
parasite, se colore en rose. Les granulations cytoplasmisques
pseudo-pigmentaires sont moins nombreuses et plus fines dans les
microgamétocytes et chez quelques exemplaires elles manquent
tout à fait.
Nous avons vu les formes jeunes seulement dans un cas et elles
y étaient très rares. Elles parasitent des hématies.
Nous nommerons ce Leucocytosoon, que nous croyons être une
espèce nouvelle, L. mirandœ en hommage à notre ami Francisco
Miranda.
C’est une espèce facile à caractériser par la présence des nom¬
breuses granulations pseudo-pigmentaires dans le cytoplasme.
Leucocytosoon du Clitoris chloris.
Nous n’avons pu obtenir qu’un seul Verdier et il était infecté.
Les Verdiers ont été l’objet de quelques recherches (1), mais on
n’a encore trouvé chez ces Oiseaux, que nous sachions, aucun
Leucocytosoon.
Le Leucocytosoon examiné dans le sang est d’ordinaire allongé
et d’une forme irrégulière, falciforme, losangique ou triangulaire.
Dans les organes, au contraire, il se présente arrondi.
Le noyau de la cellule-hôte entoure le parasite et émet des pro¬
longements vers l’extérieur. L’irrégularité de forme du parasite et
le polymorphisme du noyau de la cellule-hôte caractérisent ce
Leucocytosoon.
Les macrogamétocytes se colorent en violet foncé, ils ont un
noyau allongé, excentrique, très apparent, ayant, très rarement,
(1) Edmond et Etienne Sergent. Sur les Hématozoaires des Oiseaux d’Al¬
gérie. C. R. Soc. de Biologie, 30 janvier 1904.
une granulation plus volumineuse, mais ne se colorant pas com¬
me les blépharoplastes.
Le noyau de la cellule-hôte enveloppe une grande partie du
contour du parasite (2/3 h 4/5) et de sa surface extérieure se déta¬
chent un certain nombre d’expansions (une quand le parasite est
rond ou triangulaire, deux ou plus quand il est losangique ou
falciforme).
Comme il arrive avec les autres Leucocytozoon, les formes mas¬
culines ont un cytoplasme violet clair et un noyau volumineux,
à contours irréguliers.
Nous n’avons vu que les formes adultes de ce Leucocytozoon ,
que nous nommerons L. seabrae, en hommage à notre ami
A. F. de Seabra, F. Z. S., à qui nous devons la détermination
des espèces d’Oiseaux qui ont servi pour nos recherches.
( Travail du laboratoire du Muséum Bocage,
Ecole Polytechnique de Lisbonne .)
Contribution à l’étude
Par MM. A. LAVERAN et NATTAN-LARRIER.
Sous le nom de espundia, Escomei. a décrit une maladie assez
fréquente dans la zone centrale du Pérou, en particulier sur les
bords de la rivière Madré de Dios et dans les régions de Carabayn
et de Sandia. La maladie débute par un ulcère à fond granuleux,
à bords arrondis, couvert de croûtes épaisses. Cette lésion initiale
(chancre espundique de Fscomel) siège le plus souvent aux avant-
bras, aux jambes, au cou ou à la poitrine. Après un délai qui peut
atteindre une durée de plusieurs années, se montrent des localisa¬
tions sur la muqueuse naso-bueco-pharyngée. Tantôt l’ulcération
débute par les fosses nasales, effondre la sous-cloison et atteint la
voûte palatine, tantôt elle se localise d’abord au voile du palais
et se propage secondairement aux fosses nasales. La maladie af¬
fecte une marche lente et peut durer quinze, vingt et même trente
ans (1).
(1) Ed. Escomf.l, Soc. de pathol. exotique, 12 juillet 1911.
— 1 77 —
La espundia présente, au point de vue clinique, une évidente
ressemblance avec la' maladie qui a été décrite par Breda, de Pa-
doue, sous les noms de boubas, de frambœsia brasiliana et de
buba bresiliense (i), maladie qui, d’après les recherches de Bueno
de Miranda (2), de Splendore (3), et de Carini (4) a pour agent
une Leishmania très voisine de L. tropica, sinon identique à cette
dernière.
11 était intéressant de s’assurer si les lésions de la espundia
étaient produites également par une Leishmania ; les premières
recherches faites à cet égard par Escomel avaient été négatives.
Au mois de janvier dernier, M. le Dr Escomel a envoyé à l’un
de nous: i° un petit morceau cle la muqueuse de la voûte palatine
enlevé au galvano-cautère sur un malade atteint de espundia de¬
puis 15 ans et conservé dans l’alcool; 20 trois frottis faits sur une
ulcération de espundia (sans indication sur le siège de l’ulcéra¬
tion).
Sur les coupes de la muqueuse, ainsi que dans les frottis, nous
avons trouvé des Leishmania non rares ayant une grande analo¬
gie avec L. tropica mais présentant une particularité qui nous a
paru intéressante.
Les Leishmania qui sont libres ou incluses dans des éléments
anatomiques (leucocytes mono ou polynucléaires ou gros macro¬
phages) ont une forme ovalaire ou sphérique; elles mesurent 2 3,5
de long sur 2 à 4 y de large. A l’intérieur, on distingue, comme
chez L. Donovani et L. tropica , un noyau et un centrosome, mais
le noyau, au lieu d’être arrondi comme chez ces derniers para¬
sites, est accolé à la paroi et aplati, il mesure 1 3,5 à 2 y de long,
sur o y, 5 de large. Cette disposition du noyau qui est représentée
dans la figure ci-jointe nous a paru constante chez les Leishma¬
nia trouvées dans nos préparations (frottis ou coupes de la petite
tumeur), alors que nous l’avons recherchée vainement dans les
préparations de L. Donovani ou de L. tropica, que nous possé-
(1) A. Breda, Giorn. italiano dette malatlie veneree e detla pelte, 1900,
p. 489, 1906 et 1909.
(2) Bueno de Miranda, Arch. da Soc. de med. e cir. de S. Paulo, anno I,
p. 500. Acta da Sessao, 3 octobre 1910.
(3) A. Splendore, Buba-Blastomicosi-Leishmaniosi, Potictinico, 19,11, et
Arch. f. Schiffs u. Tropen Hygiene, 1911, p. 105.
(4) A. Carini, Leishmaniose de la muqueuse rhino-bucco-pharyngée, Soc.
de path. exotique, 10 mai 1911.
i3
dons. Le centrosome est bacilliforme. Le contour des éléments
est plus facile à voir que celui de L. tropica.
0 Q
0 O
O G
5
Z
i, 2, 3, leucocytes contenant des Leishmania. — 4, Leishmania libres.
Splendore a fait remarquer de son côté que le protoplasme des
Leishmania de la bouba se colorait plus fortement par le Giemsa
que celui de L. tropica.
Il est possible que le parasite de la bouba appartienne à une
espèce autre que L. tropica , ce qui expliquerait les différences
qu’on observe au point de vue clinique entre cette maladie, qui se
localise si souvent sur les muqueuses, et le bouton d’Orient qui
s’y localise si rarement, mais nos observations sont évidemment
insuffisantes pour que nous puissions conclure.
L’examen histologique de la muqueuse ulcérée du voile du pa¬
lais a permis de constater ce qui suit.
La lésion est constituée essentiellement par une infiltration leucocytaire
diffuse du chorion de la muqueuse, avec distension des capillaires sanguins et
lymphatiques et disparition de la couche épithéliale à laquelle se substitue une
fausse membrane fibrino-leucocytaire.
L’infiltration du chorion se répartit dans toute son épaisseur ; plus mar¬
quée en certaines régions, moins intense en d’autres, elle n’affecte aucune
disposition nodulaire, et ne possède pas une distribution systématique par
rapport aux vaisseaux ou aux glandes. L’afflux des leucocytes n’est pas
plus net dans la couche superficielle que dans la couche profonde, il n’est
pas plus accentué, au centre de. la lésion qu’au niveau de ses bords. Les élé¬
ments, qui se répartissent, ainsi sont des mononucléaires de taille moyenne,
à noyau central arrondi et riche en chromatine, entouré d’une bordure pro¬
toplasmique régulière, d’apparence normale ; à ces mononucléaires se mê¬
lent, en proportion variable, mais toujours assez forte, des plasmazellen, re¬
connaissables aux caractères de leur noyau et à la réaction de leur protoplas¬
me ; çà et là, enfin, se montrent des macrophages ; ces cellules, plus nom¬
breuses à la périphérie de la lésion, ne forment jamais des amas confluents
et ne possèdent pas des dimensions aussi considérables que les éléments de
même type, observés sur les coupes du bouton d’Orient. Les polynucléaires
sont rares dans la profondeur de la zone infiltrée ; ils ne se rencontrent
guère qu’à la superficie du chorion ou au voisinage des* ulcérations. Le stro¬
ma du granulome est formé par un tissu conjonctif dissocié dont les fibrilles,
mal colorables, s’interposent en minces bandes sinueuses entre les éléments
179 —
leucocytaires ; les cellules conjonctives sont nombreuses, volumineuses, et
leurs noyaux, bien colorés, sont toujours faciles à identifier. Les capillaires
sanguins, dans la région superficielle du chorion et dans sa partie profonde,
sont très distendus ; leurs lumières, limitées par des endothéliums tuméfiés,
sont remplies de globules rouges mêlés à d’assez nombreux leucocytes poly¬
nucléaires. Dans la zone moyenne de la lésion, les vaisseaux sanguins écra¬
sés par l’infiltration leucocytaire qui les environne, n’offrent plus qu’une
lumière étroite. Il est toujours aisé de retrouver les vaisseaux lymphatiques ;
on les distingue dans toute l’étendue de la lésion, aussi bien dans la couche
sous-épithéliale que dans la profondeur.
Le processus ulcératif se comprend sans peine. La couche épithéliale, repo¬
sant sur le chorion infiltré et tuméfié, se laisse distendre et s’amincit. Les
cellules de la couche basale perdent leur disposition en palissade et sont dis¬
sociées par l’afflux des leucocytes polynucléaires. Les cellules épithéliales se
creusent de vacuoles et se nécrosent ; dans leurs intervalles et dans leurs la¬
cunes s’accumulent des polynucléaires, qui forment parfois de petits amas
conglomérés. L’épithélium n’est bientôt plus représenté que par des cellules
rameuses intercalées entre les globules blancs et par une mince couche super¬
ficielle dont les éléments allongés, tassés, lamelleux et mal colorables, finis¬
sent par disparaître. La surface de l’ulcération est alors formée par un réseau
fibrineux, composé de fibrilles et de blocs découpés, où s’enclavent des poly¬
nucléaires altérés, quelques mononucléaires et un petit nombre de globules
rouges. La fausse membrane, ainsi formée, est riche en bactéries.
Les coupes histologiques ne montrent qu’un petit nombre de Leishma¬
nia ; on les trouve presque exclusivement dans les parties superficielles et
moyennes du chorion épaissi, sur les bords de l’ulcération. Les cellules para¬
sitées, peu nombreuses, sont distribuées irrégulièrement. La plupart des élé¬
ments parasités sont des mononucléaires de taille moyenne. Souvent ils ne
contiennent qu’une à deux Leishmania ; exceptionnellement ils en contien¬
nent plus de six. Sur quelques points, les parasites paraissent logés dans le
protoplasme d’une cellule conjonctive tuméfiée. Les leucocytes polynucléaires
sont rarement parasités, néanmoins nous avons trouvé des éléments de ce
type dans les lumières des lymphatiques et dans l’intervalle des cellules
épithéliales. Nous n’avons vu aucune Leishmania nette dans la fausse mem¬
brane.
Dans les frottis d’une ulcération espundique nous avons trouvé
des amibes facilement reconnaissables à la structure du noyau ;
la présence de ces parasites s’explique facilement si les frottis ont
été faits avec le produit du raclage d’une ulcération buccale. Dans
les coupes de la muqueuse du voile du palais nous n’avons pas
vu d’amibes.
Nous n’avons vu de blastomyces ni dans les frottis ni dans les
coupes de la muqueuse du voile du palais.
Les observations relatées dans cette note tendent à montrer que
la espundia, si bien décrite par notre collègue M. le Dr Escomel,
a pour agent une Leishmania comme la bouba étudiée par Bueno
de Miranda, Splendore et Carini.
— j8o —
Entamibe (Lœschia sp.)
et myxomycète (Dictyostelium
mucoroïdes Brefeld) d’un singe
Par Edouard CHATTON.
Peu d’auteurs ont signalé jusqu'ici l’existence d’Entamibes
dans l’intestin des Singes. Auéun d’eux n’a fait de ces parasites
une étude cytologique qui pût permettre de les caractériser avec
précision au point de vue taxonomique.
Musgrave et Ci.egg (1904) relatent incidemment, et tout en no¬
tant sa rareté, l’existence d’une amibiase spontanée chez deux
espèces de macaques des Philippines: Macacus cynomolgus, et
Macacus philippinensis. Sur environ 350 individus, 3 seulement
étaient infectés. Aucun renseignement sur la morphologie des
amibes.
Castellani, ên 1908, à Ceylan, découvre des amibes dans le
pus d’abcès hépatiques chez plusieurs singes dont un Macacus
pileatus. Il leur donne le nom d'Entamœba nuttali , mais la des¬
cription établie d’après des préparations fixées à sec et colorées au
Leishman, ne les caractérise pas suffisamment pour qu’elles puis¬
sent servir de types de comparaison.
Walker (1908) ne mentionne aucune amibe de Simiens dans sa
revue des amibes parasites du tube digestif de l’homme et des
autres animaux.
Tout récemment, Liston et Martin ont étudié une amibe en
culture, isolée des matières fécales d’un singe, d’ailleurs indéter¬
miné. Mais cette amibe n’a pas la structure d’une Entamibe
( L’oschia ); elle est, au contraire du type des amibes Umax (Pa/i/-
kampfia). Lalung-Bonnaire et moi, nous sommes longuement
étendus dans un mémoire présenté à notre dernière séance, sur
la distinction qu’il faut faire entre les unes et les autres. Nous
avons aussi insisté sur l’impossibilité où l’on est, d’affirmer
l’identité d’une amibe en culture et de celle que l’on a tenté d’iso¬
ler, si l’on ne peut l’établir morphologiquement.
Les amibes du type Umax, les V ahlkampfia, ne sont, d’ailleurs
pas les seules qui puissent se développer sur les milieux de cul-
1 8 1 —
ture et en imposer pour des Entamibes. Il faut compter aussi,
comme l’on va voir, avec les myxamibes des Myxomycètes.
Le 3 février, un Macacus sinicus meurt au laboratoire de trypa¬
nosomiase. A l’examen direct ses fèces montrent d’assez nom¬
breuses amibes peu mobiles. Des frottis en sont faits, fixés a l’état
humide par le liquide de Bôuin-Duboscq, et colorés à l’hémato-
xyline au fer. Des tubes de gélose Musgrave et Clegg sont ense¬
mencés à l’abri de la contamination aérienne.
I. — Frottis.
Etudiées sur les frottis, les amibes de 25 à 30 y de diamètre
se montrent du type Loschia, tel que Bonnaire et moi l’avons
défini. Nous ne nous attarderons pas aux rapports de l’endoplas-
me avec l’ectoplasme, ni à la situation du noyau dans ce dernier,
caractères très variables et tout à fait illusoires pour la distinction
des espèces. Le noyau qui mesure 3 y, 5 de diamètre est sphérique,
vésiculeux, à membrane très bien individualisée et renforcée inté¬
rieurement d’une gangue chromatique. On voit souvent, comme
chez Loschia coli, des nodules appliquées contre la membrane,
faisant saillie dans la cavité du noyau. Le suc nucléaire est par¬
fois ici, doué d’une sidérophilie accentuée, qui fait paraître
le noyau tout entier fort sombre, et qui masque en partie les dé¬
tails de sa structure. Le centriole toujours si net chez Loschia
tetragena, est souvent moins bien individualisé chez l’amibe du
Bonnet-Chinois. A sa place se voient alors deux ou plusieurs gra¬
nules englobés dans une masse commune qui représente le caryo-
some réduit. Je ne sais si ils jouent un rôle dans la mitose,
aucune amibe ne s’étant présentée en division dans mes prépara¬
tions. Chez un certain nombre d’amibes, le noyau apparaît com¬
me franchement tronqué à l’un de ses pôles. Ces caractères du
noyau, le dernier excepté, qui n’est pas constant et ne représente
peut-être qu’une altération, rapprochent étroitement notre amibe
des Entamibes humaines.
Un autre caractère tout à fait constant, visible déjà sur le vivant
et particulièrement saillant chez les amibes colorées, c’est la pré¬
sence dans le cytoplasme d’un certain nombre de cristalloïdes. A
l’état frais ces cristalloïdes cjui ont la même réfringence que le
cytoplasme se manifestent seulement par leurs contours. Ils sont
ellipsoïdaux, fusiformes, cylindriques, quelque fois légèrement ar-
— 182 —
qués, souvent échanerés. On en compte de i à une vingtaine. Ils
sont d’autant plus petits qu’ils sont plus nombreux. Par l’héma-
toxyline au fer, ils se colorent en noir compact. Mais si on pousse
la différenciation, ils conservent, à l’encontre du cytoplasme, une
teinte olivâtre. Leur chromatophilie les a fait ranger eux-aussi
dans la catégorie des chromidies. Hartmann chez Loschia tetra-
gena , Elmassian chez sa Loschia minuta et chez Loschia coli,
Werner chez cette dernière espèce, de B eau rep ai RE- Ab agao chez
sa Loschia braziliensis, les ont signalés. Hartmann, Elmassian
les regardent comme émanés du noyau. Il me semble plutôt, — ■ et
cela résulte aussi de l’examen des figures mêmes de Hartmann,
Elmassian, Werner, — qu’ils prennent naissance au contact de
vacuoles cytoplasmiques.
Dans toutes ces Entamibes, les cristalloïdes n’existent que
dans les kystes; ils n’apparaissent qu’au début de l’enkyste-
ment, rarement aux stades uninucléés. Chez l’amibe du Bonnet-
Chinois, ils se trouvent dans tous les individus, dont aucun n’est
enkysté, dont aucun n’a plus d’un noyau. La présence de ces
cristalloïdes dès l’état végétatif, paraîtrait donc caractériser notre
Loschia par rapport aux Entamibes voisines. Mais il se peut
qu’elle indique seulement un enkvstement proche, de toutes les
amibes à la fois. En l’absence de caractères plus fixes, et surtout
de kystes parfaits, il n’est pas possible de se prononcer sur l’iden¬
tité spécifique de cette amibe.
Le singe qui l’ hébergeait avait l’anus sanguinolent. Mais
le contenu de son rectum ne présentait pas de traces san¬
glantes, et sa paroi ne portait point de lésions. Aucune amibe,
même au cæcum, ne contenait de globules rouges. Il ne nous est
donc pas possible de dire si la Loschia de M. siniciis est pathogène
pour son hôte. Nous n’avions pas sous la main les animaux néces¬
saires à un passage en vue d’une étude expérimentale.
IL — Cultures.
Des trois tubes ensemencés un seul a montré des amibes, a par¬
tir du 9 février, c’est-à-dire au bout de 6 jours. Je m’attendais na¬
turellement à voir pousser ce que l’on obtient toujours en pareil
cas: une amibe limax, une Vahlkampfia. Or, colorées, les amibes
de culture montraient, au lieu du noyau à gros caryosome com¬
pact que nous connaissons aux Vahlkampfia, un noyau vésiculeux,
Flanche X.
Ed. Chatton.
Amibes chez Macacus sinicus.
Fig. i à 5, x 1800. Loschia sp. Formes végétatives dans les feces.
2. Formation des cristalloïdes autour de vacuoles.
5. Forme à noyau tronqué.
Fig. 6 et 7, x 1800. Myxamibes de Dictyostelium mucoroides (culture).
1 83 -
complètement vide, montrant seulement, accolés à sa paroi, deux
ou quatre calottes chromatiques. Bien que cette structure diffère
elle-même très notablement de celle de l’Entamibe des frottis, je
crus un instant avoir cultivé cette dernière. Comme le surlende¬
main je me disposais à repiquer la culture, je vis dressés cà et là
sur la gélose, de petits filaments portant à leur extrémité une tête
sporifère, ressemblant à première vue aux sporanges des Mucor.
Mais l’absence de tout mycélium à leur base, la structure alvéo¬
laire du pied, la forme des spores, et la constitution du sporange
témoignaient qu’il s’agissait d’un Myxomycète. Notre collègue,
M. Pinoy, y reconnut d’emblée le Dictyostelium mucoroiàes
Brefeld, de la tribu des Acrasiées, qui végète fréquemment sur les
fumiers (i).
M. Pixoy a consacré une partie importante de sa thèse (1907)
à l’étude biologique et morphologique de ce myxomycète. Je me
contente donc de donner ici une figure de myxamibe. M. Pinoy
a bien voulu me communiquer, que, dans certaines conditions en¬
core indéterminées, la culture ne fructifiait pas et se perpétuait
à l’état de myxamibes. Il est donc intéressant de signaler cette
culture d’un Myxomycète isolé directement de fèces contenant une
Entamibe, en raison de la confusion que l’on pouvait faire des
deux organismes. Et c’est ici le lieu de regretter que les auteurs
(Fantham, 1911; Williams, 1911), qui récemment ont affirmé
avoir cultivé des Entamibes, n’aient donné aucune figure des for¬
mes qu’ils ont obtenues en culture.
(Institut Pasteur, Laboratoire de M. Mesnil.)
1912 Beaurepaire-Aragao (H. de). — Sobre una nova Entamœba Humana
( Brazil medico, XXVI, n° 7).
1908 Castellani (A.). — Note on a liver abscess of amœbic origin in a
Monkey ( Parasitology , I).
1912 Chatton (E.) et Lalung-Bonnaire. — Une amibe Umax, Vahlkampfia,
n. gen., dans l’intestin humain. Son importance pour l’interpréta¬
tion des amibes de culture (Bull. Soc. Path. exot., V).
1881 Cunningham (D. D.). — On the development of certain microorganisms
occuring in the intestinal canal. (Quart. Journ. Micr. Sc., XXI.)
1909 Elmassian. — Sur une espèce amibienne chez l’homme, Entamœba mi¬
nuta n. sp., ( Centralbl . /. Bakt. orig., LII).
1911 Fantham. — On the Amœbæ Parasitic in the Human Intestine, with
Remarks on the life-cvcle of Entamœba coli in Cultures (Ann. of
trop. Med. and Par., V).
(1) Cunningham (1881) a observé dans des excréments humains un Myxo¬
mycète qu’il a appelé Protomyxomyces coprinarius. Il ne s’agit peut-être que
d’un Dictyostelium.
— 184
1908 Hartmann (M.). — Eine neue Dvsenterieamobe, Entamœba tetragena
(Arch. f. Schiffs-u. Tropenhyg., V).
1911 Liston (G.) et Martin (C. H.). — Contributions to the study of patho-
genic amœbæ from Bombay (Quart. Journ. of Micr. sc., LVII).
1904 Musgrave et Clegg. — Amebas : their cultivation and œtiologic si-
gnificance ( Manila . Dept. of the Int. Bur. of Gov. Lab. ; Biol. Lah.,
XVIII).
1907 Pinoy (E.). — Rôle des bactéries dans le développement de certains.
myxomycètes (Ann. Inst. Past., L).
1908 Walker (E. L.). — The parasitic Amebæ of the intestinal tract of man
and other animais (Journ. of Med. Research, XVII).
1 9 1 1 Werner (H.). — Entamœba coli, in Handbuch der Pathogenen Proto-
zoen. Leipzig Ambrosius Barth.
1911 Williams (A.). — Pure cultures of^mebæ parasitic in Mammals (Journ.
of Med. Res., XX).
Réduction of virulence in a strain of
Trypanosoma hippicum selected
from a guinea pig*
By S. T. DARLING.
Laveran (i) lias shown that in the passage of Tr. Eva nsi (Try¬
panosome of Surra of Mauritius and the varietÿ Mbori) and of
Tr. gambiense, through guinea pigs^ the virulence is increasecl,
while for the trypanosome of Togo the virulence is diminished. In
determining this point Laveran took the mean number of days in
the different removes required to kill guinea pigs.
In guinea pigs infected with Tr. hippicum I hâve observed
that the duration of the disease lias ranged between 27 and
336 days. Curiously, the extremes 27 and 336 are represented by
two guinea pigs inoculated the sanie day from horse No. 12 1 (na-
turally infected).
This was a virulent strain, for several animais subinoculated
from these guinea pigs died as a resuit of the infection. The gui¬
nea pig that survived 336 days had been inoculated from horse
n° 12 1 Feb. 24, 1910. Forty-two days after inoculation (April 7)
a dog was sub-inoculated from the guinea pig and the duration of
the disease was 38 days. This would seem to be the usual duration
(1) Laveran, Bull, de la Soc. Path. exot., 1908, vol. I, p. 198.
1 85 —
ior dogs, for the dog sent from this Laboratory to Dr. Laveran
died on the 3gth day of the disease and two dogs inoculate by
Dr. Laveran in Paris died after 33 and 38 days respectively.
Three hundred thirty-six days after inoculation (Jan. 26), the
guinea pig died. Many motile trypanosomes were found in the
heart’s blood at autopsy. Heart’s blood was used to inoculate e
dog and trypanosomes were demonstrated in the peripheral blood
of this dog 26 days later. The dog was sent :o the Department
of Agriculture, Washington, D. C., and I hâve been informed
by Dr. Mohler that trypanosomes could not be demonstrated du-
ring a period of six months either by blood examination or ani¬
mal sub-inoculation. The animal is living niné months after ino¬
culation.
Heart’s blood was also used to inoculate another guinea pig,
but c.iis guinea pig during seven months showed no évidences of
the disease.
Two hundred severity-nine (27g) days after inoculation to déter¬
miné whether the virulence of the trypanosomes had diminished
for mules, a mule was inoculated with this strain and at the same
time two other mules were inoculated with another strain which
had been more recentlv recovered from a naturall v infected mule.
-
Strain :
Hoof No. of animal :
Date of inoculation ;
Period of incubation :
Duration of Disease ;
Strain t>f
reduced virulence
1 21
nov. 30 1910
Eleven days
Recovered
Strain of
usual virulence
382-3-B
113
nov. 30 1910
Eight days
44 days
382-3-B
2G4
nov. 30 1910
Eight days
105 days
In this experiment the latent period or period of incubation
was eertainly prolonged in the strain derived from the guinea
pig that survived 336 days. The three animais were treated in the
same inanner with arsenic (Holmes’ method), but the only ani¬
mal that recovered was the one inoculated with the avirulent
strain. This mule became emaciated, trvpanosomes were detected
on many occasions, but in Âpril lie grew fat and appeared in good
condition; and it was thought that he had been cured by arsenic
médication. On August 16, however, while examining films, I
noticed that although the animal’s température had been normal
for months and trvpanosomes had been absent from films for
[43 days, bis blood contained auto-hemagglutinins. Suspecting
that he was still infected, a guinea pig and white rat were inocu-
1 86 —
lated from him, using cc. of blood in each case. Each animal
became infected, the ratrdying after 19 days and the guinea pig
after 1 18 days. The mule c mtinued in good condition for months.
On January 8 1912 a white rat and guinea pig were inoculated
from him to détermine if he were still infected, 5 cc. of blood
were inoculated into each animal, but, each hâve remained free
from infection during a period of 23 days. In this case as the try¬
panosomes remained in the animal’s blood for months (142 days)
after the arsenic treatment had been discontinued, it is believed
that it is one of spontaneous recovery from an infection by the
avirulent strain. Here are three instances, then, in which a dog,
guinea pig and mule failed to succomb to an infection by a strain
of Tr. hippicum which had been long résident in the guinea pig.
The guinea pig that had been infected from this mule on Au-
gust 16, when trypanosomes could not be demonstrated in films,
was used for subinoculations to détermine whether the virulence
of the trypanosome had been permanently diminished.
(a) The guinea pig in question died after 118 days.
(b) A puppy inoculated from this guinea pig showed a latent
period of six days but the duration of the disease was prolonged
to 78 aavs about twice the time required to ki 11 an adult dog, and
the lésions at autopsy were not typical nor extensive.
(c) Two mules were infected through the intact mucosa of the
vagina, mouth and nose. One showed a latent period of 1 1 days,
the other 9 days, in each case prolonged over the period taken
by other strains of Tr. hippicum.
(d) Mioe inoculated from this guinea pig died in 10 days. In
this case with a return to normal virulence.
(e) Two other guinea pigs inoculated from this guinea pig died
after 31 and 60 days respectively, indicating a return to normal
virulence.
Su m mary : A strain of Tr. hippicum that had survived in a gui¬
nea pig the exceptionally long period of 336 days showed upon
süb-inoculation on the 27pth and 33Ôth dav very feeble patho-
genie powers when compared with ail other strains, and with the
sanie strain at an earlier period of the infection in the guinea pig.
I he réduction of the virulence was temporary for after résidence
in a mule its virulence for mice, rat and guinea pig was regained.
Board of Health Laboratory,
. Ancon, C. Z.
— 187 —
Traduction du Sommaire. — Une souche de Tr. hippicum a
donné, chez un cobaye, une infection dont la durée, exceptionnel¬
le, a été de 336 jours. Les inoculations flûtes, à partir du cobaye, le
279e et le 336e jour, ont révélé un faible pouvoir pathogène, com¬
paré à celui d’autres origines, et même à celui de la même origine,
retirée du cobaye à une période plus précoce de l’infection.
Cette atténuation de virulence a été temporaire, car, après pas¬
sage dans un mulet, la virulence pour souris, rat et cobaye, a été
récupérée.
Sur un cas de maladie du sommeil
Par L. NATTAN-LARRIER et J. RINGENBACH.
A côté des cas où la trypanosomiase affecte chez le blanc une
allure de tous points conforme aux descriptions classiques, il est
des observations qui méritent de retenir l’attention en raison de
l’existence de symptômes plus rares ou même inattendus. L’ob¬
servation, que nous publions ici, se signale surtout par la modalité
spéciale des troubles sensitifs et moteurs et par l’apparition de
complications exceptionnelles (rhumatisme infectieux, adénopa¬
thies suppurées, etc.).
M. X..., a été, pour la première fois, examiné par nous en 190g, avant son
départ pour le Congo, il était alors âgé de 35 ans et sa santé, malgré un pre¬
mier séjour de trois ans au Gabon, était restée parfaite. Du mois d’avril 1909
au mois de septembre 1911, le malade résida à Ikelemba (Moyenne Sangha).
Au début de juin 1911, apparurent des symptômes qui ne tardèrent pas à
attirer l’attention de M. X... Tandis qu 'auparavant il supportait sans fatigue
les travaux les plus pénibles, il commença à ressentir une impression de las¬
situde générale : toute marche prolongée devenait fatigante ; dès le milieu
de la journée, le malade épuisé devait rester étendu et parfois même il s’as¬
soupissait. La mémoire diminuait et l’amnésie des faits récents était bientôt
complète. En même temps, l’appétit devenait moins vif et le sujet maigris¬
sait. Une notable dyspnée survenait au moindre effort. En quelques semaines
l’impuissance génésique et la frigidité devenaient absolues. Ces accidents se
maintinrent et s’accentuèrent jusqu’au mois de septembre, sans que l’on
notât jamais ni céphalées, ni vertiges, ni asthénopie, ni diarrhée, ni œdèmes.
Vers le début du mois de septembre, l’état de M. X. s’aggrava. On vit sur¬
venir une insomnie complète et continue : elle était en partie due à une
série de troubles sensitifs, d’aspect bien spécial ; dès que le malade se cou¬
chait, il éprouvait au niveau de la plante des pieds des sensations de four¬
millement, très pénibles, qui ne s’interrompaient qu’au moment où le ma-
1 88 —
Jade ss levait, b matin ; d’autre part, dès quelles masses musculaires du
mollet reposaient sur le plan du lit, apparaissaient de vives douleui s, qui
souvent s’accompagnaient de crampes ; les souffrances du malade étaient,
alors, si vives qu’elles lui arrachaient des cris involontaires. A la même pé¬
riode, le malade, aussi bien que ceux qui l’entouraient, remarquaient que le
timbre de sa voix s’altérait : la voix était voilee, ou pour mieux dire brisee.
Depuis le mois d’août, M. X. avait déjà constate 1 apparition de cnaines
ganglionnaires cervicales. Au mois de septembre, un des ganglions, situé au
voisinage de l’angle de la mâchoire, se tuméfiait jusqu a atteindre b volume
d’une petite noix ; la peau, rougie à son niveau, devenait adhérente, s’ulcérait
et un pus jaunâtre et mal lié s’écoulait de la fistule ainsi produite. Quelques
semaines plus tard, de l’autre côté du cou, le long du muscle sterno-cleido-
mastoïdien apparaissait une autre suppuration ganglionnaire. Ces processus
suppuratifs ne s’accompagnaient d’aucune doubur et ne provoquaient aucune
ascension thermique. L’amaigrissement et l’affaiblissement du malade s’ac¬
centuant de plus en plus, il rentrait en France, où nous l’examinons au mois
d’octobre, à Paris.
Au moment de l’arrivée du malade, son état paraît des plus précaires :
l’amaigrissement est très marqué, le malade, qui avait pesé jusqu’à 76 kg.,
n’en pèse plus que 68 ; il ne peut marcher qu’en tenant le bras d’un infirmier
et en s’appuyant sur une canne ; l’amnésie est des plus nettes ; les trou¬
bles mentaux sont évidents et, à côté de ces symptômes, se groupent des
signes de trypanosomiase, si nets que dès l’abord le diagnostic est évident.
Adénopathies. — Les ganglions sterno-mastoïdiens sont très hypertrophiés,
ils forment une chaîne constituée par des glandes qui, atteignant le volume
d’une noisette, sont indolores et mollasses. La ponction d’un de ces gan¬
glions donne une gouttelette de lymphe, très riche en trypanosomes. Au
niveau de l’angle de la mâchoire du côté gauche existe un gros ganglion
suppuré ramolli et une ponction ramène un pus blanchâtre, qui ne contient
pas de trypanosomes ; les cultures ne montrent que des staphylocoques.
De chaque côté, les ganglions rétro-auriculaires sont tuméfiés. Les gan¬
glions sus-claviculaires, moins gros que les ganglions cervicaux, sont pour¬
tant encore nettement hypertrophiés : la ponction de l’un d’entre eux montre
des trypanosomes non rares. Les ganglions épitrochléens ne sont pas per¬
ceptibles. Les ganglions axillaires possèdent les dimensions d’une amande et
sont mous. Les ganglions inguinaux ont des dimensions moindres, mais
sont plus durs.
Etat des téguments. — Les téguments du malade au niveau de la face
présentent une coloration brunâtre, répartie par aires irrégulières : ces ta¬
ches brunes, à bords déchiquetés, ponctuées de points plus foncés se retrou¬
vent plus particulièrement au niveau du front et des joues. La surface de
l’abdomen est le siège d’une pigmentation brunâtre aussi accentuée, mais
plus diffuse. Les cheveux ont pris une apparence assez spéciale : leur colo¬
ration est d'un noir moins franc, ils sont laineux et ils ont perdu leur brillant.
Au niveau des épaules, de la face antérieure du thorax et du dos, on ob¬
serve un érythème circiné, d’apparence tout à fait caractéristique. Au niveau
de la région mammaire droite se montrent trois demi-cercles correspondant à
des circonférences de 8 à 10 cm. de diamètre : ces éléments sont limités par
un bord légèrement festonné, large de 6 à 8 mm., coloré en un rose clair,
légèrement violacé ; sous l’action du froid, ces éléments forment un relief
appréciable à la vue et à la palpation. Au niveau des hypochondres, des deux
côtés, on trouve plusieurs plaques érythémateuses, qui ne deviennent bien net¬
tes que lorsque le malade est déshabillé depuis quelques moments. Dans la
région axillaire, existe une plaque arrondie de 1 cm. et demi de diamètre,
dont les bords violacés circonscrivent un centre rougeâtre, parsemé de fines
varicosités. Un autre élément analogue se reconnaît sur l’avant-bras
gauche. A la région dorsale, l’exposition à l’air froid révèle l’existence
de six éléments érythémateux, mal délimités, en voie de disparition. A la
région deltoîdienne droite, se voit une lésion caractérisée par un anneau de
10 cm. de diamètre ne formant aucune saillie, coloré en un rose-brunâtre :
son aspect rappelle celui de la brûlure que détermine une ventouse mal appli¬
quée.
Symptômes moteurs. — Les mains sont animées d’un léger tremblement
caractéristique : ce tremblement disparaît sous l’action de l’attention. On
ne note aucun trouble de l’écriture. 11 n’existe pas de tremblement fibrillaire
de la langue.
La marche est très difficile, le malade se plaint d’éprouver des douleurs
dans les mollets et de la raideur dans les genoux : il a, dit-il, « les jambes
en fil de fer ». Il avance en traînant les pieds sans stopper et sans talonner :
11 n’existe d’ailleurs aucune trace de paraplégie. Pour monter un escalier,
M. X. prend une attitude caractéristique : s’appuyant à gauche, par exemple,
sur un aide, il porte en avant sa hanche droite, saisit énergiquement la
rampe de la main droite et se hisse sur la marche, en se tirant des deux bras.
11 n’existe aucun trouble de l’équilibration ; il n’y a pas de signe de
Romberg.
Symptômes sensitifs. — Le signe de Kérandkl n’existe pas sous son as¬
pect habituel : on ne trouve aucune hyperesthésie à la région antéro-externe
des jambes ; les heurts à ce niveau ne provoquent aucune douleur. Le signe
de Kérandel n’existe pas davantage aux membres supérieurs. Mais le moin¬
dre choc au niveau des mollets provoque une douleur intense, qui atteint son
maximum, lorsque l’on saisit à pleine main la masse musculaire des ju¬
meaux : la souffrance est alors si vive qu’elle arrache des cris au malade.
On ne trouve ni anesthésie plantaire, ni zone d’anesthésie au niveau des
membres.
La paroi abdominale, dans toute son étendue, est le siège d’une hyperes¬
thésie superficielle si vive que l'on doit renoncer à faire, au point d’élection,
à l’hvpochondre, les injections sous-cutanées d’atoxyl
Asthénie — L’asthénie est très marquée : le malade, dans un premier ef¬
fort, n’amène que 25, de la main droite, au dynamomètre ; un deuxième effort
ne donne plus 15, un troisième se limite à 5. La tonalité particulière de la
voix qui, au bout de quelques minutes, se brise, semble dûe à cette asthénie.
Réflectivité. — Les réflexes rotuliens, les réflexes achilléens, les réflexes
pupillaires, les réflexes cutanés abdominaux sont normaux. 11 n’existe pas de
signe de Babinski en extension.
On relève l’existence d’un signe de Kkrxig très net.
Etat mental. — 11 existe une amnésie très marquée pour les faits récents,
légère pour les faits anciens. L’idéation paraît atteinte, et le malade se
perd facilement au milieu de ses phrases et de ses explications. On note une
apathie incontestable, le malade est distrait, indifférent à tout ce qui sc
passe autour de lui ; il ne s’inquiète pas, en apprenant qu’il est frappé de try¬
panosomiase et ne se préoccupe pas de l’évolution que peut comporter son
affection.
Symptômes circulatoires. — Le cœur est normal ; le pouls est irrégulier
et le nombre des pulsations au cours d’un examen varie de 100 à 132. La
tension artérielle est abaissée. Les extrémités sont froides et humides ; on
constate une légère cyanose des ongles de la main. Il existe un peu d’œdème
au niveau des malléoles ; la peau des jambes est mince, brillante et lisse.
L’auto-agglutination des hématies est forte. L’examen direct du ^ang ne
montre pas de trypanosomes.
Troubles respiratoires. — Le nombre des respirations ne dépasse pas 20,
lorsque le malade est au repos ; mais le moindre effort provoque une dys¬
pnée si intense, que le malade est bientôt hors d’état de parler.
L 'examen des organes ne révèle rien de spécial : le foie est normal ; la
rate du malade, qui, pendant tout son séjour au Congo a pris de la quinine
à dose préventive, n’est pas hypertrophiée.
Le malade n’est ni syphilitique, ni alcoolique.
Dès que le diagnostic fut posé, le malade fut soumis au traite¬
ment par l’atoxyl à la dose de o g. 50 centigrammes tous les cinq
jours. Cinq jours après la première dose, l’érythème est déjà pres¬
que éteint, le malade monte et descend l’escalier avec moins de
peine; l’hyperesthésie des masses musculaires n’existe plus; les
fourmillements plantaires persistent, mais n’empêchent plus le
sommeil, qui est bon; l’amnésie s’atténue; les forces augmen¬
tent, le malade amène 55 au dynamomètre et l’épuisement est
moins rapide; mais le pouls reste à 112 et demeure irrégulier; la
dyspnée d’effort est toujours très nette; le signe de Kernig per¬
siste. A la suite de la troisième injection, l’amélioration s’accen¬
tue; mais le malade échappe à nos observations pendant huit
jours. Lorsque nous le voyons au bout de ce temps, il nous raconte
que, deux jours après sa dernière injection d’atoxyl, il a été atteint
de violentes douleurs articulaires localisées au niveau des deux
genoux. Il a attribué cet accident à l’action du médicament et s’est
soumis au traitement par le salicylate de soude (à la dose de 3 et
même de 4 grammes par jour) ainsi qu’aux frictions de salicylate
de méthyle. Les douleurs ont cependant persisté, toujours très
intenses et plus vives encore pendant la nuit, rendant la station
verticale et la marche impossibles. Au moment de notre examen,
les deux genoux sont légèrement augmentés de volume, et il
existe un épanchement articulaire bilatéral ; la moindre palpation
est très pénible. Les téguments ont conservé leur coloration nor¬
male, mais ils sont un peu œdématiés, sans qu’il existe aucune
trace de circulation collatérale. Nous estimons qu’il peut s’agir
d’un rhumatisme infectieux, en relation avec la trypanosomiase;
nous interrompo'ns le traitement salicylé et nous donnons une
injection d’atoxyl de o gr. 75 cg. ; dès le soir même, les douleurs
disparaissent; deux jours après aucune trace d’épanchement arti¬
culaire n existe plus ; au bout de trois jours, la marche redevient
normale.
Dès lors, l’amélioration s’est régulièrement poursuivie. Dès la
quatrième injection, l’hyperesthésie abdominale disparaissait. A
partir de la sixième, on ne pouvait plus constater aucun trouble
de la mémoire. Cinq semaines après le début du traitement, l’im¬
puissance n’existait plus, mais on voyait se produire un œdème
des paupières qui persistait pendant une quinzaine de jours. A la
neuvième injection, on notait la disparition du signe de Kernig.
Actuellement la plupart des signes de la maladie ont disparu, seu¬
les persistent une légère accélération du pouls, et une notable
trémulation des lèvres. Le malade a engraissé de 9 kg. et il se
sent si bien qu’on a grand peine à le retenir en France.
*
Sans vouloir insister longuement sur les détails de cette obser¬
vation, il nous faut revenir en quelques mots sur quelques points
importants. Nous ne pensons pas que l’on ait jamais jusqu’à pré¬
sent signalé, au cours de la trypanosomiase, la suppuration des
ganglions cervicaux : il s’agit là, sans aucun doute, d’un accident
fortuit dû à une infection secondaire, mais il n’est pas sans inté¬
rêt de connaître la possibilité d’une pareille complication, qui
pourrait être de nature à égarer le diagnostic (1). Nous avons ten¬
dance à considérer que le rhumatisme infectieux de notre malade se
rattachait à la trypanosomiase: l’allure clinique de cet accident,
l’apyrexie, l’échec du traitement salicylé écartent l’idée d’un
rhumatisme articulaire franc aigu, et l’infection à staphylocoques
des ganglions, déjà éteinte depuis quelque temps, ne semblait plus
pouvoir provoquer des déterminations articulaires ; par contre,
l’action si nette du traitement par l’atoxyl, éveille l’idée d’une
complication due à l’infection par les trypanosomes. Le signe
de Kernig, que présenta notre malade, et qu’il conserva pendant
plusieurs semaines, n’a, si nous ne faisons erreur, pas encore été
signalé dans la maladie du sommeil ; pourtant, nous ne croyons
pas que son explication soit difficile à trouver, puisqu’il se pro¬
duit au cours d’une affection qui frappe nettement les méninges
rachidiennes. Enfin, chez notre sujet, le signe de Kérandel était
remplacé par une hyperesthésie à la pression des masses muscu-
(1) Mott a signalé que les ganglions lymphatiques des sujets atteints de
maladie du sommeil sont souvent infectés par des streptocoques. Report of
the Sleep. Sickn. commis, of the R. Soc., 1906.
laites du mollet, avec douleurs provoquées par la marche: ce fait,
d’une allure un peu spéciale, ne nous semble pas pouvoir être
expliqué aisément.
L’Ankylostomiase en Nouvelle Calédonie
Par L. COLLIN.
Le premier cas d’ankylostomiase fut rapporté en 1910, par ÜR-
tholax et Javelly (i), qui signalent, à cette occasion et avec juste
raison, tout le danger, que l’extension de cette afiection peut faire
courir à l’exploitation minière. Dans le but d’avoir une idée de la
fréquence des ankylostomés, nous avons examiné systématique¬
ment les fèces des malades d’une salle de notre service de l’hôpital
•des transportés. Ces malades, pris au hasard, provenant soit de
l’intérieur de la colonie — concessionnaires ou libérés — soit des
différents pénitenciers de la région de Nouméa. Tous, à un mo¬
ment de leur existence pénale, avaient été employés dans les mines
ou à des travaux, agricoles. Les examens furent faits sur des ma¬
tières fraîchement émises et recueillies devant nous.
Dans 33 cas, nous avons trouvé :
Ankylostomum duodenale : 5 cas, dont 1 cas associé à Oxyurus
vermicularis et Trichomonas (var. de Lamblia int. avec seule¬
ment 2 flagelles antérieurs et 1 flagelle postérieur).
Ascaris lombricoïdes : 5 cas, dont 1 associé à Oxyurus vermicu¬
laris.
Oxyurus vermicularis : 4 cas, dont 1 cas associé à Ankylostomum
duodenale et 1 cas associé à Ascaris lombricoïdes.
D’après cette enquête sommaire, l’indice uncinarien serait de
5/33, soit 15,15 %. Le nombre des ankylostomés en Nouvelle-Ca¬
lédonie, où le climat est chaud et humide pendant 5 mois de
l’année, serait donc relativement peu élevé, comparé à celui trouvé
en Guyane par Brimont, 90 % sur certains pénitenciers; au Ton-
kin par Mathis et Léger, 50 %, etc.. Sauf dans un cas, obs.
n° 3025, le ver n’a pas semblé manifester sa présence par des
signes caractéristiques, ce qui explique que l’ankvlostomiase a
(1) Annales d’hygiène et de médecine coloniales, n° 3, 1911, p. 558.
i93 —
pu ne pas figurer jusqu’ici dans les statistiques médicales. Un
cas d’anémie grave, reconnu plus tard d’origine unçinarienne,
obs. n° 3.012, avait déjà été traité en février 1911, à l’hôpital des
transportés. Il serait à désirer qu’avec ces premières indications,
des recherches méthodiques puissent être poursuivies sur une plus
grande échelle, dans les centres miniers de l’intérieur. On conçoit
facilement, que l’alcool, la malpropreté, l’alimentation défec¬
tueuse, l’habitude de travailler les membres nus, une hygiène dé¬
testable en un mot, puisse faire de la population minière calédo¬
nienne, issue en grande partie de l’élément pénal, une proie facile
pour l’ankylostomiase. Une prophylaxie rigoureuse rendrait là
d’importants services à l’avenir de la colonie.
*
* *
Chez nos cinq malades ankylostomés de l’hôpital des transpor¬
tés, les formules leucocytaires montrent une éosinophilie mar¬
quée, conforme à la règle, sauf dans l’obs. du 4349, sans doute
infecté depuis fort longtemps, et une hypopolynucléose nette,
d’autant plus remarquable ([lie la plupart de nos observés sont
âgés.
14
194 ~
4
Sur la question des Ixodidés de Russiç
Par W. L. YAKIMOFF et Nina KOHL-YAKIMOFF.
M. le Prof. G. H. -F. Nuttall (i) (Cambridge), a consacré une
note critique à notre communication sur la question des Ixodidés
de Russie d’Europe.
Nous ne pouvons donner que la réponse suivante:
i° La piroplasmose équine en Russie d’Europe est transmise
par Dermacentor reticulatus E. MM. Marzinowsky et Belitzer
ont bien étudié la question et établi le rôle de cette tique comme
agent de transmission de la maladie.
M ais M. Belitzer (2) croit que, dans les gouvernements du
Sud (Astrakhan, Kherson et Tsehernomorsk), cette maladie est
transmise par Hyalomma aegyptium L., parce qu’il a reçu les
échantillons de cette espèce, recueillis sur des chevaux malades de
ces gouvernements.
Notre collègue M. Mikhine nous a envoyé les tiques qu’il a
recueillies dans le gouvernement de Kherson, sur les chevaux
piroplasmés; ils appartiennent aux deux espèces: Dermacentor
reticulatus F. et Haemaphysalis punctata Can. et Fanz. A ce sujet,
nous avons dit (3) : « la présence de Dermacentor reticulatus dans
ce gouvernement présente un intérêt particulier. Jusqu’ici, en effet,
Hyalomma aegyptium (L.) a été considéré comme étant le seul
agent transmetteur de la babésiose du cheval dans le gouverne¬
ment de Kherson. Or, la présence de Dermacentor reticulatus
dans ce gouvernement fait penser à la possibilité de la transmis¬
sion de cette maladie non seulement par Hyalomma aegyptium,
mais encore par Dermacentor reticulatus ».
Maintenant, après la découverte de Dermacentor reticulatus
dans le gouvernement de Kherson, nous-mêmes doutons fort que,
dans les deux autres gouvernements (Astrakhan et Tscherno-
(1) G. Nuttall, Russian Ixodoidea, Bull, de la Soc. de Pathol, exot., 1912,
n° 2.
(2) Belitzer, Archives des Sciences vélérin. (en russe), 1909.
(3) Yakimoff et Kohl-Yakimoff, Etude des Ixodidés de Russie, Archives
de Parasitologie, 1911, l. XIV, p. 416.
— 195 —
morsk), Hycilomma aegyptium soit un véritable transmetteur de
la maladie.
Le rôle de cette tique comme un transmetteur de la piroplas¬
mose équine en tout cas reste très douteux, jusqu’à preuve expé¬
rimentale.
20 L’information que Hœmaphysalis leporis Pack, est l’agent
de la piroplasmose des lièvres, a été retirée de la communication
de MM. Dschunkowsky et Luhs, au Congrès international de
médecine vétérinaire de 190g. Ces auteurs ont dit : « als Zwischen-
wirt fiir Piroplasma leporis dient wahrscheinlich Hœmaphysalis
leporis Pack., eine Zecke, die hàufig bei Hasen und Fiichsen in
Transkaukasien angetroffen wird ».
— 196 —
Mémoires
La lèpre est-elle toujours incurable ?
Par MM. GUILLIER, JEANSELME et MAUCLAIRE.
Il est rarement donné à un observateur d’embrasser toute l'his¬
toire pathologique d’un lépreux depuis les premiers indices de la
maladie jusqu’à sa terminaison. Toujours en quête d’un traite¬
ment curatif qu’il cherche en vain, le malade s’adresse successive¬
ment à plusieurs léprologues dont chacun n’assiste qu’à une pé¬
riode restreinte de la lente évolution morbide. Tel qui a suivi l’in¬
fection lépreuse à son stade jeune et actif ignore quelle sera sa
marche ultérieure ; tel autre qui ne voit que les séquelles de la
phase ultime conserve des doutes sur la nature de la maladie, par¬
fois si fruste à son déclin.
Malgré quelques lacunes, l’observation suivante que nous avons,
pu reconstituer d’après des documents irréfutables, nous paraît
établir que le processus lépreux peut définitivement s’éteindre.
Il s’agit d’une femme née à Rio de Janeiro (Brésil) et actuelle¬
ment âgée de 51 ans.
En 1878, — elle avait alors 17 ans, — elle entre à l’hôpital
Saint-Louis, dans le service d’Ernest Besnier, qui nous a laissé
la description des premières phases de la maladie (1).
Depuis l’âge de neuf ans, dit-il, la malade a éprouvé une dou¬
zaine de crises caractérisées par une fièvre éphémère et par des
lymphangites de la face interne des membres supérieurs ou infé¬
rieurs. Ces crises que la malade désigne sous le nom d’ « érysi¬
pèles », ne laissaient aucune trace. Elles n’ont déterminé aucune
tuméfaction permanente et ne peuvent, par conséquent, être con¬
fondues avec les accès de la fièvre éléphantiasique proprement
dite.
(1) On pourra lire l’observation in extenso dans le Catalogue descriptif et
explicatif des pièces déposées au Musée de l’hôpital Saint-Louis, de 1872
à 1886. — Leloir reproduit cette observation dans son Traité pratique
et théorique de la Lèpre, Paris, 1886, pp. 128-131.
— IQ7 —
Après ces prodromes, vers l’âge de 14 ans et demi, apparaît une
première poussée de taches- érythémateuses disséminées sur les
membres et la face.
Un mois après le début de la poussée éruptive, un médecin de
Rio explore la sensibilité et diagnostique la lèpre. Sur son con¬
seil, la malade s’embarque pour l’Europe et passe tout le mois
de juillet 1877 aux eaux d’Aix, en Savoie. A la suite de cette cure
thermale, l’éruption rétrocède, mais les troubles de la sensibilité
subsistent et plus tard les taches se ravivent.
Du 24 juin au 19 août 1878, la malade fait un séjour dans le
service de Besxier. Son état était alors le suivant:
Taches de toutes formes et de toutes dimensions, prédominant
à la face 011 elles sont érythémateuses et lisses, sur les membres
■supérieurs où elles sont fauves et furfuracées.
Anesthésie et analgésie limitée à la main gauche.
Etat lisse et brillant de la peau des mains qui est amincie.
Extrémités phalangettiennes des doigts atrophiées, amincies,
•surmontées d’un ongle très petit et très court.
Déformation en griffe de la main gauche.
Aux pieds : le 5e orteil manque presque totalement à gauche et
n’est représenté à droite que par un appendice tout à fait rudi¬
mentaire. Les 2e, 3e et 4e orteils existent, mais sont en état d’atro¬
phie très avancé, ou peut-être d’arrêt de développement, car la
maladie a débuté en pleine période de croissance. Des deux côtés,
le gros orteil est beaucoup moins atrophié que les autres doigts.
Tous les orteils, sans exception, sont en flexion forcée.
A cette époque (1878), la lèpre n’était pas à Paris d’observation
courante et, en raison de la rareté du cas, E. Besnier étudia cette
malade avec beaucoup de soin.
Il fit exécuter des moulages par Barreta et peindre l’éruption à
1 "aquarelle par Marius Perret.
Les moulages déposés, il y a trente-quatre ans, dans les vitri¬
nes du musée de l’hôpital Saint-Louis, sont décolorés au point
que l’éruption est méconnaissable. Ils sont précieux cependant,
parce qu’ils sont accompagnés d’une légende explicative. Le
n° 531 porte la mention suivante: Lèpre maculeuse; variété de
macules squameuses : lèpre pityriasiforme, pityriasis lépreux. —
Bras gauche. — Pays habité: le Brésil.
L’étiquette du moulage 532 est ainsi libellée: Lèpre maculeuse.
— Face. — Même malade que le n° 531.
— 198 —
Quant aux aquarelles, au nombre de trois, elles rendent les lé¬
sions avec la plus grande fidélité (1).
Sur la première, qui représente la tête de trois-quarts, les traits
ne sont pas altérés, mais de larges nappes d’érythème de couleur
rouge vif couvrent le nez, la face interne des joues et le menton.
Une traînée arciforme, d’un à deux centimètres de largeur, sil¬
lonne le côté droit de la face depuis la tempe jusqu’au corps du
maxillaire inférieur. L’interprétation serait assez malaisée, si
E. Besnier n’avait eu le soin d’écrire le diagnostic « Roséole
lépreuse ».
La seconde aquarelle figure fe membre supérieur gauche. Sur
sa face externe, à la hauteur du V deitoïdien, on remarque un dis¬
que fauve dont la bordure de nuance plus soutenue est couverte
d’une frange de squames discrètes. Dans ce disque est inscrit, en
position excentrique, un petit ilôt arrondi de peau saine.
Un peu au-dessous de ce disque fauve, commence une vaste
nappe érythémato-pigmentaire qui couvre la face posté ro-ex ter ne
du bras, du coude et de l’avant-bras. Ses confins sont imprécis,
sauf en haut et en-dedans où la bordure sinueuse est soulignée par
un ruban de squames. Au niveau de l’épicondyle, s’observe un
anneau pigmenté. Cette seconde aquarelle porte, de la main
même de E. Besnier, la mention: « macules lépreuses ».
La troisième aquarelle porte la désignation : « Atrophie mus¬
culaire lépreuse ». Sur la face postérieure de l’avant-bras gauche,
s’étagent de nombreux anneaux érythémato-pigmentés qui em¬
piètent les uns sur les autres et se confondent.
La face dorsale de la main est de couleur métallique, comme si
elle avait été enduite de mine de plomb ou d’onguent napolitain.
Les doigts sont bariolés de plaques érythémateuses.
Les espaces intérosseux, le premier notamment, sont creusés en
gouttières par suite de l’atrophie des muscles qui les comblent à
l’état normal. La griffe lépreuse commence à se dessiner: les pre¬
mières phalanges sont en extension forcée, les phalangines et les
phalangettes en flexion légère.
Les taches persistèrent encore quelques mois sans fièvre, sans
douleurs vives, sans état général, puis elles disparurent pour ne
plus revenir.
(1) Ces aquarelles, de grandeur nature et datées de juillet 1878, ont été
remises à M. Jeanselme, en 1901, par E. Besnier, lorsqu’il le chargea de sur¬
veiller ce cas de lèpre.
— i99 —
La lèpre avait passé du type maeuleux au type tropho-neuro-
tique pur.
Lentement et presque insensiblement les mains se déformèrent
par un mécanisme complexe: déviation des doigts, résorption, né¬
crose et élimination des phalanges.
Quand ce travail de mutilation fut parachevé aux mains (1895),
il s’attaqua aux pieds dont les orteils jusqu’alors avaient été peu
touchés.
En 1901, le processus de destruction était définitivement arrêté.
A la description suivante des lésions, prise par lui à cette date,
M. Jeanselme ne trouva rien à modifier dix ans plus tard, en
1910 :
Main droite : disparition des trois phalanges de l’auriculaire, des
deux dernières de l’annulaire, du médius et de l’index. Pouce
intact.
Relief de l’éminence thénar encore accusé: le mouvement d’op¬
position de ce doigt s’effectue presque normalement.
Main gauche : des quatre derniers doigts, il ne subsiste plus que
la première phalange de l’annulaire. La première du pouce est
en partie résorbée, et la deuxième est réduite à l’état de nodule
arrondi. Ce doigt est dépourvu d’ongle.
Atrophie des éminences thénar et hypothénar.
L’extrémité de tous les moignons digitaux est tapissée de peau
souple et de couleur normale. On remarque quelques petites cica¬
trices, vestiges des ulcérations par lesquelles se sont éliminées
des esquilles osseuses. Le travail de résorption parait avoit été
intimement lié au travail de nécrose.
La sensibilité thermique et douloureuse n’est qu’émoussée au
niveau des mains. L’anesthésie a été autrefois beaucoup plus
marquée.
Les muscles des avant-bras n’ont subi aucune atrophie et les
tendons fléchisseurs qui s’insèrent sur les moignons digitaux les
meuvent parfaitement.
Pied droit : à l’extrémité du premier métatarsien, il subsiste
un prolongement lobulé dépourvu de squelette et surmonté d’une
griffe unguéale.
Le deuxième et le troisième orteils sont réduits à l’état de ma¬
melons dans lesquels on ne sent aucun nodule osseux.
Les deux derniers orteils n’existent plus, même à l’état de vesti-
200
ges. La peau, souple et de couleur normale, coiffe l’extrémité an¬
térieure des métatarsiens correspondants.
Pied gauche: tordu et fixé en varus équin extrêmement pro¬
noncé, il est en même temps très atrophié.
Les trois premiers orteils sont très diminués de taille.
De nombreux fragments d’os ont été éliminés par des plaies
dont les cicatrices se voient sur le versant externe de la face dor¬
sale du pied. C’est sur cette partie que porte le poids du pied dans
la marche. Aussi existe-t-il en ce point des ulcérations.
La sensibilité est vive, mais non hyperesthésiée, au niveau des
pieds.
Les réflexes rotuliens sont bons, mais nullement exagérés. Il
n’y a pas de trépidation épileptoïde.
Les nerfs cubitaux, de même que les rameaux du plexus cervical
superficiel, ne sont pas augmentés de volume.
11 n’existe aucune lésion appréciable du nez, de la bouche, de la
gorge, des yeux, du pavillon des oreilles, et l’examen attentif du
tégument tout entier ne laisse découvrir aucune macule érythéma¬
teuse ou pigmentaire, aucun îlot d’anesthésie. Bref, le processus
lépreux paraît définitivement éteint depuis de nombreuses an¬
nées (i).
La marche étant difficile et pénible, la malade demanda à
être débarrassée de son pied-bot lépreux. C’est alors, que M. le
Dr Guillier adressa cette malade à M. Mauclaire, qui pratiqua,
le 20 juillet 1910, l’amputation de la jambe au quart inférieur.
L’incision porta sur des tissus profondément modifiés, mais
ayant gardé leur souplesse. Les suites opératoires furent fort sim¬
ples. La réunion par première intention se fit dans les délais nor¬
maux. Le moignon est bon et permet à la malade de marcher
aisément avec un pied artificiel.
L’examen du squelette de la partie amputée montre les lésions
suivantes: le tissu compact des extrémités inférieures du tibia et
du péroné n’est pas raréfié, mais la mortaise péronéo-tibiale n’est
plus encroûtée de cartilage. Le calcanéum, très irrégulier, creusé
de cavités cupuliformes, hérissé d’épines osseuses, est incurvé sur
son axe antéro-postérieur de telle manière que sa face externe est
convexe et sa face interne très fortement excavée. L’astragale in-
(1) La réaction de Wassermann (antigène syphilitique) et la réaction d'Err.
ner (antigène lépreux), faites l’une et l’autre par M. Joltrain, ont été com¬
plètement négatives.
20 I
forme, et reconnaissable seulement par ses rapports anatomiques,
est poreux et friable comme un biscuit. Il est relié lâchement au
calcanéum par des ostéophytes. Le premier cunéiforme est soudé
à la base du premier métatarsien. Des autres os du tarse, il ne sub¬
siste que des fragments impossibles à identifier et atteints d’os¬
téite raréfiante très avancée.
Les trois premiers métatarsiens sont assez bien configurés, le
4e est soudé par ses deux extrémités au troisième dont il constitue
une annexe.
Le squelette des phalanges n’est plus représenté que par deux
phalangettes peu altérées.
L’examen histologique du membre amputé a été fait par
M. Touraine, qui nous a remis la note suivante:
I. Peau. — Aspect identique sur plusieurs coupes prélevées en différents
points. L’épiderme est environ deux fois plus épais que normalement. Les
papilles sont très augmentées de volume, surtout en hauteur ; par places,
elles sont presque filiformes ; l’assise génératrice paraît normale, ainsi que
le corps muqueux de Malpighi, dont les cellules sont cependant réparties sur
vin plus grand nombre d’assises.
La couche cornée est extrêmement épaissie et atteint, sur les coupes, la
même largeur que la couche précédente.
Le derme est très dense et constitué par des lames fibreuses anastomosées.
Entre ces lames sont creusées des lacunes, irrégulières, non tapissées d’un
•endothélium, et dans lesquelles on voit de nombreuses hématies.
En divers points, autour de petites artérioles, on voit un manchon leuco-
'cvtaire, formé presque exclusivement par des lymphocytes, et dépourvu de
cellules géantes ; ces amas sont surtout nets et abondants dans les papilles
■dermiques.
En certains points, la peau a subi une légère transformation papilloma-
teuse par développement considérable des papilles dermiques. En d’autres
points, la peau présente nettement un aspect cicatriciel ; et quelques-unes de
ces cicatrices sont verruqueuses. Cet aspect est dû à de gros et denses tious-
•seaux fibreux qui s’insèrent directement sur l’épiderme ou même se substi¬
tuent à lui, en venant directement au contact de l’extérieur.
Le tissu cellulaire sous-cutané est normal, à son épaisseur près. Il existe
pourtant une certaine augmentation du tissu adipeux.
Il n’a pas été possible de mettre en évidence de bacilles de Hansen dans
les coupes de peau.
IL Artères. — La plupart sont de structure normale.
La tibiale postérieure, dans la gouttière calcanéenne, est par places nota¬
blement dilatée et plus rigide. Elle présente une augmentation considéra¬
ble de sa tunique moyenne, augmentation due au plus grand nombre des
lames élastiques, sans qu’il existe de foyers athéromateux nets ; en cer¬
tains points seulement, on voit quelques amas leucocytaires. La tunique
interne paraît normale.
Pas de bacilles de Hansen après coloration au Ziehl.
III. Veines. — Mêmes remarques générales que pour les artères. Les seu¬
les modifications appréciables résident dans l’augmentation de la tunique
moyenne.
202
IV. Nerfs. — L’examen a porté sur des branches du nerf plantaire interne.
A noter surtout l’hypertrophie du tissu conjonctif périphérique et interstitiel
des faisceaux nerveux. L’épinèvre est nettement épaissi et constitué par du
tissu scléreux assez dense et pauvre en cellules. La sclérose interstitielle est
représentée par de fines fibrilles qui dissocient les tubes nerveux les uns des¬
autres et renferme un assez grand nombre de cellules fixes conjonctives.
Les cylindres-axes paraissent normaux ; il n’existe pas de fragmentation de
la myéline qui, comme toute lésion, ne présente que quelques étranglements-
ou renflements de loin en loin.
En résumé, névrite interstitielle ancienne.
La recherche du bacille de Hansen dans les nerfs a été négative.
V. Muscles. — Un tendon de la plante a été examiné ; il ne présentait
aucune particularité notable. Il en a été de même pour un fragment de la
portion charnue du court fléchisseur^ commun.
*
* *-
Bien que la preuve bactériologique n’ait pas été faite, le dia¬
gnostic s’appuie sur des preuves cliniques si fortes et si concor¬
dantes, qu’il ne peut être révoqué en doute.
L’évolution a été suivie pendant trente-quatre ans et, depuis dix
ans, au moins, elle est arrêtée. La malade est-elle guérie? On peut
le soutenir avec la plus grande vraisemblance si l’on attache au
mot « guérison » le sens qu’on lui donne dans les maladies chroni¬
ques, telles que la syphilis et la tuberculose. Mais nous n’oserions
pas affirmer que tous les germes pathogènes ont été détruits.
Peut-être quelques-uns sommeillent-ils à l’état de vie latente dans
les ganglions et les viscères.
Ces cas de guérison clinique sont moins rares qu’on ne le pense
L’un de nous a pu en recueillir un exemple tout à fait probant
dans le service de M. Hallopeau (i). Ce fait concerne un jeune
métis de Haïti qui fut suivi pendant cinq ans. Le sujet avait
treize ans lorsque la maladie débuta, sous forme d’une poussée de
taches érythémateuses : c’était en 1888. Il vint en France en
1890, et entra à l’hôpital Saint-Louis où l’on constata, par une
biopsie, la présence du bacille de Hansen. En 1892, il n’existait
que des signes de lèpre nerveuse (taches achromiques, griffe cu¬
bitale droite avec gonflement du nerf correspondant, maux perfo¬
rants, abolition du réflexe patellaire, anesthésie étendue). En fé¬
vrier 1893, survint une poussée suraiguë caractérisée par une or¬
chite lépreuse avec léprome en nappe du scrotum, des polynévrites
multiples, de la rhinite, de la conjonctivite et de l’iritis. Cette
poussée laissa après elle une aggravation notable des premiers
(1) Jeanselme. Presse médicale, 15 déc. 1900.
troubles: gonflement de plusieurs nerfs, griffe cubitale gauche,
paralysie des extenseurs avec steppage, paralysie faciale, amyo¬
trophie généralisée, extension de l'anesthésie. A cette poussée
succéda une rémission remarquable; pendant quatre ans, il ne se
produisit plus aucun accident. En 1897, le malade mourut d’une
tuberculose rapide, vérifiée par l'examen microscopique et l'ino¬
culation. A l 'autopsie, les poumons étaient infiltrés de blocs ca¬
séeux et de cavernes, mais l'examen histologique prouva que ces
lésions relevaient exclusivement de la tuberculose. Elles n’exis¬
taient que dans le poumon. La plupart des organes furent étu¬
diés : la peau, les muqueuses, les ganglions, les viscères, le sys¬
tème nerveux central et périphérique. Il ne subsistait plus que des
lésions de sclérose vasculaire et interstitielle ; nulle part, il ne se
trouva ni bacilles, ni cellules de Virchow.
Très suggestive aussi est l’observation suivante. LTn homme
originaire de l’île Maurice présente une éruption de taches « cou¬
leur chocolat », disséminées sur tout le corps, et quelques pla¬
cards anesthésiques, en particulier sur le dos de la main gauche
et sur le versant externe de la jambe du même côté. Le diagnostic
de lèpre fut porté par E. Besnier, sans aucune restriction.
Quinze ans plus tard, le 3 octobre 1901, l’un de nous a eu l’oc¬
casion de faire un examen complet de ce malade.
La poussée de macules n’a pas laissé de traces; seuls quelques
îlots d’anesthésie thermique permettent actuellement de reconnaî¬
tre la lèpre, car il n’v a ni coryza, ni localisation sur la bouche,
la gorge ou le larynx, ni lésions oculaires, ni gonflement des nerfs,
ni atrophie des petits muscles des mains. Le mucus nasal n’était
pas bacillifère.
Donc, chez ce malade, en période de trêve depuis quinze ans,
l’unique témoin de la lèpre latente, était l’anesthésie en aires. En¬
core celle-ci était-elle démembrée, réduite à une seule de ses moda¬
lités, celle qui en est le dernier vestige avant sa disparition com¬
plète, l’anesthésie thermique.
Nous pourrions citer plusieurs autres cas analogues, montrant
que la lèpre peut s’éteindre, ou tout au moins sommeiller, sans
retour offensif, pendant des dizaines d’années.
Ces longues trêves s’observent surtout chez les sujets qui, dès
les premiers indices de la lèpre, abandonnent le pays d’origine
sans esprit de retour. Il semble que l’organisme, soustrait à des
réinoculations successives, soit en état de lutter victorieusement
contre l’invasion bacillaire, alors qu’il succombe lorsque l’infec¬
tion lépreuse est entretenue et renforcée par de nouveaux ap¬
ports microbiens (i).
Expériences diverses de transmission
des Trypanosomes par les Glossines
VI (2). Trypanosomiases et glossines de la Haute-Gambie et
de la Casamance. Expériences diverses de transmission
par Gl. patpalis et morsitans.
Par G. BOUET et E. ROUBAUD.
Après avoir achevé l’étude des trypanosomiases du Niger, nous
avons gagné le bassin de la Gambie par l’itinéraire: Bafoulabé,
Satadougou, Badon, Gamon, Guénoto, et la Haute-Casamance
par Vélingara, Kolda. Un séjour de deux mois (novembre-décem¬
bre) dans ce dernier poste nous a permis d’effectuer quelques expé¬
riences de transmission ; nous avons ensuite regagné la côte par
voie fluviale en suivant le cours de la Casamance jusqu’à Ziguin-
chor.
Les trypanosomiases rencontrées en cours de route sont diver¬
ses ; nous les exposerons en fractionnant l'itinéraire en deux tron¬
çons séparés par le cours de la Gambie ; puis nous dirons quelques
mots des observations faites dans la Basse-Casamance.
L — Trypanosomiases et Glossines des bassins de la Falémé
et de la Gambie; route de Satadougou a Guénoto. Expé¬
riences de transmission du T. dimorphon par Gl. morsitans.
a) Trypanosomiase humaine. — La maladie du sommeil est
connue des indigènes de la région de Satadougou, Kédougou et
des principaux villages de la route. Nous n’en avons rencontré
aucun cas. Les indigènes atteints, d’ailleurs rares, sont tous des
(1) Ces trois malades avaient été traités par l’huile de Chaulmoogra.
(2) Voir Ann. Inst. Pasteur, t. XXIV, 1910, et Bull. Soc. Patli. ey.ot.,
O III, 1910, pp. 599 et 622 ; t. IV, 191 t , p. 539.
— 205 —
gens de la région qui vont annuellement cultiver les arachides sur
les bords de la Gambie, et en rapportent l’infection. Malgré cet
apport de virus et la présence de palpalis très nombreuses dans-
toute la région, l’endémicité ne s’y est pas établie.
b) Trypanosomiases animales. — Dans la région comprise en¬
tre Baloulabé et Satadougou, on rencontre des chevaux et des-
ânes, élevés dans le pays ou provenant du Sahel.
Au-delà de Satadougou jusqu’à la Gambie, ces animaux dispa¬
raissent complètement des villages; les indigènes assurent qu’il
est impossible de les conserver. Par contre, les bœufs se rencort-
trent partout, troupeaux de race guinéenne dans la région de
Satadougou, petits bœufs malinkés dérivés des précédents et uti¬
lisés comme porteurs dans tout le reste de la route. Les chèvres,
et les moutons sont rares.
A Satadougou, .3 chevaux. examinés, dont un porteur d’œdèmes
caractéristiques, ne montrent pas de trypanosomes.
Sur 6 ânes, un présente du T. pecaudi ; sur 138 bœufs et vaches,
4 montrent du T. dimorphon.
Dans les villages' de Nafadjé, Saréya, Médina-Dentilia. sur
64 bœufs examinés, 1 présente du T. dimorphon.
1 T. dimorphon.
1 T. dimorphon.
1 T. dimorphon.
2 T. dimorphon.
1 T. dimorphon.
7 moutons examinés,
A Badon : 14 cabris,
20 bœufs,
A Diakaba: 50 bœufs examinés,
A Guénoto : 1 chien,
c ) Glossines. — ■ Dans toute la région comprise entre Satadou¬
gou et Guénoto, nous avons rencontré uniquement deux espèces
de glossines : Gl. palpalis et Gl. morsitans (octobre- novembre).
La région qui s’étend entre Médina-Dentilia et Diakaba est
peu peuplée, mais très riche en gros gibier. Les zones fréquen¬
tées par ces mouches sont des zones boisées peu denses, coupées
de plaines herbeuses recouvrant un substratum de latérite ferru¬
gineuse compacte, souvent très loin des points d’eau. Les Glos¬
sines se posent à terre sur les pistes battues par les gros animaux
de brousse, fréquemment en plein soleil ; elles y attendent le pas¬
sage d’un hôte quelconque et lorsqu’il se présente le harcèlent et
le suivent jusqu’à ce qu’elles se soient gorgées de son sang. Nous
avons vainement cherché les deux espèces : Gl. tachinoïdes et
20Ô —
longipalpis données par Thiroux et Teppaz (r), comme existant
seules dans la région.
Les troupeaux de bœufs malinkés vivent constamment parmi
les morsitàns ; cependant la mortalité chez eux n’est pas élevée,
les bêtes sont pour la plupart en excellent état et rendent de grands
services comme porteurs ou producteurs de lait, y compris celles
chez lesquelles l’examen révèle la présence de trypanosomes.
Les GZ. morsitàns, quoique vivant dans toute la région aux dé¬
pens d’animaux très divers, sont infectées d’une manière qui pa¬
raît à peu près exclusive, mais dans une proportion variable, de
T. dimorphon .
Sur dix mouches examinées cjans la région de Badon, deux por¬
tent du T. dimorphon (infection intestinale et infection totale).
Par contre 15 mouches examinées dans la région de Satadougou-
Nafadjé ne sont pas infectées, non plus que 10 palpalis.
d ) Expériences de transmission de T. dimorphon par GZ.
morsitàns. — Nous avons cherché à préciser par des expériences
la nature des virus transmis par GZ. morsitàns dans la région tra¬
versée.
Exp. I. — Plusieurs centaines de morsitàns recueillies en cours de route
de Satadougou à Diakaba piquent journellement du 24 octobre au 14 novem¬
bre le cobaye neuf n° 7. Résultat : le cobaye ne s’infecte pas.
Exp. II. — Une vingtaine de mouches recueillies dans la même zone
piquent les 28-29-30 octobre, à Badon, un cabri infecté de T. dimorphon.
On les porte ensuite tous les jours, du ier au 14 novembre, sur chien neuf-
Résultat : le chien meurt sans trypanosomes le 23 novembre.
Ex. III. — — Vingt mouches prises dans la nature, dont 7 provenant de l’ex¬
périence I, ci-dessus, piquent, du 14 au 28 novembre, un cabri neuf. Résul¬
tat : le cabri s’infecte, le 29 novembre, de T. dimorphon.
Cinq mouches ayant pris part à cette dernière expérience ont été examinées
du 25 au 28 novembre. 4 sur 5 ont été reconnues infectées de T. dimorphon,
dont une a montré une infection totale du tube digestif et de la trompe con¬
forme au type habituel. Chez les autres le virus est resté cantonné dans l’in¬
testin.
Une mouche (la dernière restante), ayant pris part à l’expérience II sur
chien, a été examinée le 25 novembre. Cette mouche a présenté une infection
intestinale moyenne à T. dimorphon.
Deux mouches sur 10 examinées du lot de l’expérience I sur cobaye ont
présenté une infection intestinale partielle ou totale à T. dimorphon.
L’échec des expériences I et II sur cobaye et sur chien nous
paraît dû au peu de sensibilité de ces deux animaux pour le virus.
Le cobaye piqué du 29 novembre au 31 décembre par 5 mouches
restantes de l’expérience III ne s’est pas non plus infecté.
(1) Annales Inst. Pasteur, mars 1907, p. 211 ; Thiroux et d’ANFRE ville.
La maladie du sommeil et les trypanosomiases animales au Sénégal, p. 146.
207
Ces expériences complètent pour l’Afrique Occidentale la série
des virus animaux transmissibles par Gl. morsitans (i). Rappe¬
lons également à ce sujet que, d’après les recherches récentes de
la mission du Katanga (2), cette mouche transmet aussi le T. con-
golense.
II. — Trypanosomiases de la Haute-Casamance.
a ) Trypanosomiase humaine. — La maladie du sommeil existe,
mais par cas isolés, peu nombreux, dans toute la région comprise
entre le cours de la Gambie et celui de la Casamance, de Guénoto
à Kolda. Une douzaine de malades nous ont été présentés. Mal¬
gré des examens répétés, nous n’avons trouvé de trypanosomes
que chez les suivants:
i° Biagui Sissoro. Jeune garçon de 13 à 14 ans, de Boulembou (Kanto-
ra) ; se dit malade depuis 3 ans, mais paraît en bonne santé. Sa mère et
son frère seraient morts de la même affection. Examen du sang : négatif.
Ponction positive des ganglions cervicaux. Un Cercopithecus ruber, inoculé
positivement avec le liquide ganglionnaire.
20 Aïssata N’Diouf. Petite fille de 5 ans, née à Guingaoulé, près Kolda ;
dans le coma avec symptômes méningitiques. Pas de ganglions. Examen
du sang positif. Tryp. nombreux à l’examen direct. Inoculation positive à
deux Cerc. ruber du sang citraté.
30 Coumba Bandé. Femme de Kolda, de 23 ans environ ; état général
mauvais, faciès hébété, hésitation dans la marche. Cette femme ne connaît
pas de maladie du sommeil dans son entourage. Ganglions non ponctionna-
bles. Examen direct du sang positif.
40 Demba Diao. Jeune garçon de 10 ans, de Sarégaladio, à 8 km. de
Kolda, se serait infecté depuis deux ans et demi, à Monitaba, près Korope
(Guimara) avec un de ses camarades mort depuis. Etat général mauvais,
faciès hébété. Ganglions cervicaux volumineux. Ponction positive. Tryp.
nombreux. Examen direct du sang négatif.
Nos observations ne concordent guère avec celles de Dufou-
geré (3), qui signale de nombreux cas de M. du S. dans toute la
Haute-Casamance, surtout le Fouladou, et une extension progres¬
sive de la maladie au dire des indigènes. Les villages de la région
de Hamdallaye donnés par cet auteur comme décimés par la try¬
panosomiase, sont des villages qui ont été déplacés pour des rai¬
sons privées ou administratives. Rien n’indique une extension
passée ou actuelle de l’affection.
b) Trypanosomiases animales. — Dans la région comprise en-
(1) Bouet et Roubaud. Bull. Path. exot., t. IV, n° 8, 1911.
(2) Bull. Soc. Path. exot., t. V, n° 1, 1912.
(3) Bull. Soc. Path. exot., t. IV, 12 avril 1911.
— 208 —
tre le cours de la Gambie et Kolda, on rencontre en grand nombre
bœufs, chevaux et ânes. Les bœufs seuls vivent bien ; la morta¬
lité, au contraire, est élevée chez les ânes et les chevaux, et leurs
propriétaires les renouvellent fréquemment par des achats faits au
Sénégal, dans le Cayor ou le long du fleuve. L’élevage sur place
n’est tenté qu’à une très faible échelle dans certains villages.
Nous avons trouvé chez les animaux les trois virus habituels des
zones à tsétsés de l’Afrique Occidentale.
A Manda, un âne venu du Cayor et effectuant depuis deux ans
des voyages en Gambie, de Manda à Yarboutenda, montre du
T. w azalboui . 8 ânes et 5 chevaux du même village ne montrent
pas de trypanosomes.
Au poste de Vélingara, 70 bœufs (race dama), 2 chiens, 7 che¬
vaux, 4 ânes so'nt examinés sans résultat. Un cheval montre du
T. Cazalboui, 2 ânes du T. dimorphon. Les chevaux du poste,
quoique n’ayant pas offert de parasites, présentent presque tous
les signes cliniques les plus nets de trypanosomiase.
A Badion, 7 ânes et 3 chevaux donnent un examen négatif.
A Fafakourou, sur 8 ânes examinés, deux montrent du T. pe¬
caudi, un troisième du T. Cazalboui. Ces animaux effectuent des
voyages continuels entre la Casamance et la Gambie. La morta¬
lité serait forte chez eux en hivernage.
A Bakor, sur 4 ânes examinés, 2 présentent du T. dimorphon ,
1 du T. pecaudi. Sur 37 bœufs (race dama), 2 montrent du T. di¬
morphon.
Les chevaux du poste administratif de Kolda paient un lourd
tribut aux trypanosomiases. Sur 7 animaux examinés nous ren¬
controns 3 fois le T. dimorphon, 2 fois le T. Cazalboui et un cas
de T. pecaudi.
17 autres chevaux venant de régions diverses de la Haute-
Casamanee montrent un cas de T. dimorphon et un cas de T. pe¬
caudi.
42 ânes sont examinés sans résultat. Chez trois d’entre eux on
trouve des piroplasmes, probablement Piroplasma equi Laveran.
I mulet d’Europe ayant séjourné longtemps au Sénégal et de¬
puis deux ans à Kolda est également indemne.
II faut remarquer que si la mortalité est forte chez les chevaux
du fait des trypanosomiases, surtout chez les chevaux du fleuve,
beaucoup de ces animaux cependant, et de préférence les petits
chevaux du Cayor, paraissent résister assez longtemps à leur vi-
— 209 -
rus, et sont capables de fournir encore du service sans offrir de
signes extérieurs appréciables de contamination.
Nous avons rencontré chez des chevaux d’apparence normale
et robuste des cas de T. pecaudi, T. dimorphon et T. cazalboui.
Cette résistance au virus chez des animaux vivant continuelle¬
ment au milieu des Glossines, témoigne manifestement que l’ac¬
tion pathogène des mouches de la îlaute-Casamance diffère par
son intensité de celle que l’on observe dans les pays malinkés de
la rive droite de la Gambie où l'existence du cheval est absolu¬
ment impossible.
c) Glossines. — Expériences de transmission par Gl.palpalis.
— Nous avons rencontré partout les deux mêmes espèces de glos¬
sines que sur la rive droite de la Gambie, Gl. palpalis et Gl. mor-
sitans. Cette dernière espèce est, d’ailleurs, beaucoup moins abon¬
dante au voisinage de la Casamance qu’aux approches de la Gam¬
bie : elle diminue avec le gros gibier. Nulle part nous n’avons ob¬
servé l’existence de Gl. tachinoïdes et longipalpis signalées par
Thiroux et Teppaz ou Dufotjgeré (Z. c.).
Les Gl. palpalis sont très abondantes sur les bords de la Haute-
Casamance. Nous avons essayé de reprendre avec elles les expé¬
riences de transmission du trypanosome humain. Pour obvier aux
inconvénients de la sécheresse et nous rapprocher pleinement des
conditions naturelles, nos cages d’expérience ont été placées au
bord immédiat de la rivière, à Ivolda, à l’abri d’une végétation
dense fréquentée par les Glossines. Malgré ces précautions, l’ex¬
périence est restée entièrement négative.
Expérience. — 550 mouches prises dans la nature piquent du 2 au 7 décem¬
bre (6 jours), un Cerc. patas infecté (origine du virus : malade n° 2 ci-des¬
sus, ier passage).
Elles sont ensuite portées du 8 décembre au 10 janvier sur une série de
patas neufs et un chien.
Résultat : aucun animal ne s’infecte. 423 mouches examinées au cours de
l’expérience ne montrent que des flagellés non inoculables, rapportés à Tr.
Grayi. Aucune trace d’infection des glandes salivaires.
L’expérience montre que si la trypanosomiase humaine existe
en Haute-Casamance, les mouches n’y sont susceptibles de s’in¬
fecter que dans une proportion infiniment faible, ce qui explique
le maintien très discret de l’endémie dans cette région,
v La même expérience peut servir également à démontrer que les
palpalis de la Haute-Casamance ne sont pas ou ne sont qu 'excep¬
tionnellement infectantes au T. dimorphon et au T. pecaudi. Au
i5
210
moment de la formation des cages de l’expérience, plus de
Soo mouches, capturées le long de la rivière à Kolda, ont été
nourries sur un jeune chien. Ce chien, pas plus que les animaux
divers piqués par les 550 mouches restantes qui ont pris part à
l’expérience ci-dessus, n’a jamais montré de parasites.
Ce sont pour nous les morsitans qui jouent le principal rôle
dans l’infection des animaux de toute la région. Encore leur ac¬
tion infectante peut-elle être considérée comme très modérée, rela¬
tivement à leur nombre.
III. — Trypanosomiases de la Basse-Casamance.
Dans la Basse-Casamance, l’étendue des ravages exercés par
les différents virus ne paraît pas différer sensiblement de ce que
nous avons constaté dans la région haute, mais notre passage trop
rapide ne nous a pas permis un examen approfondi de la ques¬
tion.
La trvpanosomiase humaine est connue des indigènes plutôt
comme un souvenir d’une extension ancienne. Rien ne nous auto¬
rise à confirmer ou non cette croyance.
Les conditions d’existence des Equidés ne nous paraissent guère
plus précaires que dans la Haute-Casamance. A Sédhiou, nous
avons examiné négativement 7 chevaux, dont plusieurs présentant
des signes cliniques de trvpanosomiase. A Ziguinchor, il n’existe
pas de chevaux, mais un troupeau de bœufs dama importés de la
haute région par voie de terre et appartenant à des Sénégalais
qui font le commerce de la viande et du laitage. Ce troupeau est
en très bon état, composé surtout de vaches laitières et de leurs
petits. La mortalité n’y atteindrait qu’une dizaine de têtes par an
à l’hivernage. Sur 71 bêtes examinées, nous n’avons rencontré
aucun trypanosome.
On trouve dans les villages de métis portugais avoisinant le
groupement européen de Ziguinchor, un grand nombre de porcs
vivant en semi-liberté au bord de la rivière, dans les palétuviers,
ou dans les plaines marécageuses qui confinent aux villages.
Sur 52 animaux examinés, aucun n’a montré de parasites.
Nous ne pouvons ici encore confirmer la présence des Gl.
tachinoides et longipalpis mentionnée par Thiroux et Teppaz
dans la Basse-Casamance. S’il est probable que Gl. longipalpis
4
— 21 I —
existe à une époque de l’année dans la basse région (i), il nous
paraît au moins douteux que Gl. tachinoïdes puisse s’y rencon¬
trer (2). Nous avons capturé à Ziguinchor même, dans les salles
grillagées de l’hôpital indigène, GL pulpalis.
*
* *
En résumé, les bassins de la Haute-Gambie et de la Casamance
sont infectés de trypanosomiases variées. La trypanosomiase hu¬
maine ne s’v rencontre que d’une façon sporadique. Il est possi¬
ble qu’il s’agisse d’un virus émané des bords de la Gambie ou de
la Casamance côtières et diffusé soit par ies malades, soit par les
Glossines elles-mêmes dans les villages et les marigots des régions
limitrophes.
Les trypanosomiases animales sont plus variées dans les régions
de la rive gauche de la Gambie que dans celles de la rive droite où
prédomine surtout T. dimorphon.
L’existence de ces virus porte surtout préjudice aux équidés,
plus particulièrement sur la rive droite; elle n’entrave nulle part
l’existence de troupeaux importants de bovidés.
(1) L’un de nous a, jadis, déterminé des G. longipalpis de la Basse-Casa-
mance, remises par M. Thiroux à M. Mesnil.
(2) Dans le bassin de la Gambie côtière, région comparable à la basse Ca¬
samance, Simpson ne signale comme nous que Gl. palpalis et morsitans,
(Bull, of entom. Research, Vol. II, octobre 1911, pp. 187-241).
212 —
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Annals of Tropical medicine and parasitology, t. V, n° 4.
Archiv fût Schiffs und Tropenhygiene, t. XVI, n° 5, et Bei-
heft n° 1.
Archivos do Instituto bacteriologico Camara Pestana, t. III,
fasc. 3.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d' Indochine, t. II,
n° 10 ; t. III, n° 1 .
Journal oj the Royal army medical corps, t. XVIII, n° 3.
Journal of tropical medicine and hygiene, t. XV, nos 5 et 6.
Lepra, t. XII, fasc. 3.
Philippine jaurnal of science, t. VI, n° 5.
Revisla zootechnica, Ann. III, n° 28, Buenos-Aires, nov. 1911.
Sleeping sickness. bulletin, t. IV7, n° 35.
Studies from. the Zool. Laboratory, JJniv. of Nebraska; n° 94.
Fasciolopsis Buskii, F. Rathouisi and related Species in China
(H. Ward).
Tunisie médicale, t. II, n° 2.
VOLUMES ET BROCHURES.
P.-H. Bahr. Filariasîs and elephantiasis in Fiji.
j.-P. Bâtes. A Studv of secondarv anémia in Panama.
A. Guillon. Lèpre, lépreux et léproseries en Guyane française.
P.-H. Ross. Nairobi laboratory reports.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET C,e
Tome V.
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1912
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ivi/v ; 1912
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 4
Séance du 10 avril 1912
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Mort de M. G.-E. Schneider .
PAGES
213
2I5
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COMMUNICATIONS
PAGES
A. Carini. — Phagédénisme cutané amibien . 216
A. Laveran et Nattan-Larrier. — Sero-diagnostic des infections à
Trypanosoma gambiense et à Tryp . rhodesiense . 220
M. Leger. — Variations de l’équilibre leucocytaire chez le bufflon au
cours de vaccination jennerienne . 226
F. Mesnil. — Sero-diagnostic des trypanosomiases. Discussion . . . 225
Nicolas. — Puériculture et lait condensé en Nouvelle-Calédonie . . . 231
W.-L. Yakimoff et Nina Kohl-Yakimoff. — Infection des souris blan¬
ches par les cultures de Leishmania infantum, Ch. Nicolle . . . 218
MEMOIRES
Noël Bernard, L. Koun et Ch. Meslin. — Epidémiologie de la tuber¬
culose en Annam . 234
A, Laveran. — Contribution à l’étude des infections expérimentales
produites par le Trypanosoma rhodesiense ......... 241
A. Railliet et A. Henry. — Quelques nématodes parasites des reptiles. 251
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Cinquième année
1912
"BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 10 AVRIL 1912.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN.
Correspondance
M. Vincent, nommé membre du Conseil et M. Chatton, nom¬
mé membre titulaire, adressent des remerciements à la Société.
Présentation
M. Mesnil. — j’ai l’honneur de montrer à la Société une poule
dont l’œil gauche présente un œdème marqué des paupières, un
écoulement muco-purulent conjonctival, accompagnés de lésions
du globe oculaire. Notre collègue M. Morax, qui a bien voulu
examiner cette poule avant la séance, y a reconnu de la kératite,
de l’iritis, de l’irido-cyclite et enfin de l’hypopion.
Cette poule est infectée de Tr. rhodesiense. Une autre poule,
infectée par le même trypan., et qui a succombé aujourd’hui
même, avait les 2 yeux atteints de lésions semblables, sauf en ce
qui concerne l’œdème palpébral. 11 y a quelque temps, une poule
infectée de Tr. gambiense a présenté des lésions identiques.
— 214 -
M. Morax, qui a les pièces entre les mains, pourra faire connaî¬
tre à la Société les résultats de son examen.
Ces poules, dont l’observation est suivie, dans mon labora¬
toire, par le Dr M. Blanchard, ont été inoculées dans les caron¬
cules, suivant le mode recommandé par Goebel. L’infection est
la règle; pour la déceler, il faut toujours inoculer le sang à un
animal sensible, comme le rat. Un certain nombre de ces poules
ont succombé sans que nous ayons pu incriminer une autre cause
que la trypanosomiase.
Ces expériences font partie d’une série entreprise dans le but de
rechercher s’il existe des différences dans l'action des deux try-
pan. humains d’Afrique sur les animaux regardés comme réfrac¬
taires ou peu sensibles au Tr. gambiensc .
C’est ainsi que nous avons constaté, M. Ringenbach et moi (i),
que le cynocéphale est réfractaire au Tr. rhodesiense, comme au
Tr. gambiense, que j’ai vu le Cercocebus fuliginosus (2) prendre
une infection abortive par le rhodesiense, comme par le gam¬
biense ; qu’enfin, avec le concours de M. Blanchard, une sensi¬
bilité égale du porc aux 2 espèces a été reconnue (3).
(1) Bull. Soc. Path. exot., séance de déc. 1911.
(2) C. R, Soc. Biologie, t. LXXII, 9 mars 19x2, p. 408.
(3) Brumpt et Wurtz n’ont pas réussi à obtenir l’infection du porc par le
Tr. gambiense (sang non infectant pour le singe) ; en revanche, Beck a
obtenu une infection caractérisée.
2 I D
Mort de M. G.-E. Schneider
Le Président. — Mes chers Collègues, à mon grand regret,
je dois vous faire part de la mort tout à fait imprévue d’un des
membres titulaires de notre Société.
M. Georges-Edouard Schneider, médecin-major de ire classe
de l’armée, professeur agrégé libre du Val-de-Grâce, a succombé
subitement, le 30 mars dernier, à une syncope. Le Dr Schneider
était âgé seulement de 38 ans, un bel avenir lui paraissait réservé,
quand la mort, renversant tous les espoirs qui se fondaient sur
lui, l’a ravi brusquement à sa famille et à ses amis.
Parmi les travaux scientifiques du Dr Schneider, je citerai seu¬
lement ceux qui lui avaient valu une grande notoriété et qui ont
trait à la dourine; ces travaux ont été faits en Algérie, avec la
collaboration de Buffard, dont nous avons eu également à déplo¬
rer, il y a trois ans, la mort prématurée.
Schneider et Buffard, qui avaient constaté l’existence de try¬
panosomes dans le sang d’équidés dourinés, réussirent à démon¬
trer expérimentalement que ces trypanosomes étaient les agents
de la dourine; leur mémoire sur la dourine et son parasite, publié
en 1900, dans le Recueil de médecine vétérinaire, a été justement
couronné par l’Académie des Sciences et par l’Académie de mé¬
decine. Depuis lors, un grand nombre de faits sont venus confir¬
mer l’opinion émise par Schneider et Buffard, et la dourine a
été définitivement classée parmi les trypanosomiases.
Je rappellerai encore que Schneider a contribué à la décou¬
verte de la nature de l’épizootie des équidés d’Afrique, connue
sous le nom de mal de la Zousfana ; le premier, il a vu, dans des
préparations de sang qui lui avaient été adressées par le vétéri¬
naire Szewzyck, le trypanosome qui est l’agent de cette maladie,
bien distincte de la dourine, comme Schneider l’avait reconnu.
Les noms de Schneider et Buffard, attachés à l’importante
découverte de la nature trypanosomique de la dourine, ne périront
pas.
Au nom de la Société de Pathologie exotique, j’adresse des con¬
doléances bien sincères à la famille éplorée de notre très regretté
Collègue.
COMMUNICATIONS
Phagédénisme cutané amibien
Par A. CARINI.
Le phagédénisme cutané amibien commençant à la plaie d’ou¬
verture de l’abcès hépatique est sûrement une affection assez rare.
Dans la littérature que nous avons pu consulter, nous n’avons'
trouvé que le cas communiqué en 1908 à la Soc. méd. des Hôpi¬
taux, par Ménétrier et Touraine (i).
M. Guillon, dans son Manuel de thérapeutique clinique des
maladies tropicales (1909), met en doute cette affection, et dit:
« quant au phagédénisme cutané amibien signalé récemment,
u j’attendrai, pour y croire, de nouvelles observations. »
La plupart des traités des maladies tropicales n’en parlent pas.
Ayant eu dernièrement l’occasion d’en étudier un cas typique,
nous croyons utile d’en rapporter l’observation, d’autant plus
qu’il résulte des informations que nous avons recueillies, que
l’affection, ici à S. Paulo, n’est pas extrêmement rare.
M. M.-B., Italien, ingénieur, 37 ans, est tombé malade vers la fin d’octo¬
bre de l’année passée : fièvre rémittente avec exacerbations vespérales, fai¬
blesse, amaigrissement, sueurs, insomnie, sensation de pesanteur et de dou¬
leur à la région hépatique. Cet état dure pendant presque trois mois sans
que le médecin qui le traitait ait reconnu la véritable nature de l’affection.
Mais comme l’état du malade ‘s’aggravait de plus en plus, d’autres méde¬
cins furent appelés en consultation ; ceux-ci diagnostiquèrent l’hépatite sup-
purée et conseillèrent au malade d’entrer tout de suite à l’hôpital.
Le 24 janvier, le Dr Buscaglia pratique une ponction exploratrice positive,
et immédiatement après, la costotomie (qe côte), suivie de l’évacuation de
presque un litre de pus.
Dans le pus récolté sur le pansement du jour suivant, nous avons trouvé
de nombreuses amibes bien mobiles. La fièvre persistant et le chirurgien
soupçonnant un deuxième abcès, le 30 janvier il chloroformise de nouveau
le malade et réussit, après résection de la 8e côte, à vider un autre abcès,
d’où s’évacue plus d’un litre de pus. L’état grave du malade persiste avec
une débilité cardiaque très accentuée.
La fièvre, qui avait diminué à la suite de la deuxième opération, réap-
(1) Ménétrier et Touraine. Abcès amibien du foie. Phagédénisme cutané
amibien. Soc. méd. des hôpitaux, 12 juin 1908.
— 217 —
paraît quelques jours après, et le chirurgien note l’aspect peu satisfaisant de
la plaie, d’où a pris naissance un processus de phagédénisme cutané. La peau
du bord inférieur de la plaie est en nécrose, elle présente une couleur gris-
noirâtre, et est entourée d’un halo enflammé rougeâtre, qui passe insensi¬
blement dans la peau normale.
Des canalicules s’ouvrent dans le tissu sous-cutané et par compression on
fait sortir un pus visqueux, épais, de couleur chocolat, en tout semblable au
pus de l’hépatite amibienne.
La nécrose de la peau, qui avait commencé sur le bord inférieur de la
plaie, apparaît ensuite également au bord supérieur et fait des progrès très
rapides, si bien que lorsque nous avons vu le malade, une quinzaine de
jours après la deuxième opération, la gangrène s’étendait déjà sur un rayon
de io cm. en bas et de 5 cm. en haut.
Dans le pus que nous avons retiré de sous la peau gangrénée, nous avons
trouvé de nombreuses amibes bien caractéristiques.
Persuadé ainsi que la gangrène était due uniquement à la présence de
ces parasites, et convaincu d’autre part qu’il n’était guère possible d’arri¬
ver à détruire avec les solutions désinfectantes les amibes profondément
logées dans le tissu sous-cutané, nous avons conseillé d’extirper toute la
peau nécrosée, jusqu’à arriver au tissu sain, et de laver ensuite avec des
solutions de sels de quinine. Le Dr Buscaglia a accepté tout de suite notre
conseil, mais l’opération a dû être ajournée à cause de l’état très grave du
malade. Le 19 février, le chirurgien coupe en rond la peau au-delà de la
zone rougeâtre et enlève toute la peau et le tissu cellulaire sous-cutané
malades, jusqu’aux muscles ; il en résulte une plaie ovale de 16 x 15 cm.,
ayant au centre l’ouverture de l’abcès hépatique. Des lavages avec des solu¬
tions de sulfate de quinine ont été faites à chaque médication. Le processus
phagédénique de la peau s’est arrêté ; la plaie se maintient en bon aspect
et la cicatrisation est en train de se faire normalement, quoique de l’abcès
hépatique ait continué à sortir une quantité considérable de pus.
Le Dr Buscaglia, lorsqu’il avait vu apparaître la nécrose de la
peau, avait considéré l’état du malade comme désespéré, car ayant
déjà observé deux cas de cette complication, tous deux avaient eu
une issue fatale. L’ulcération phagédénique avait été rebelle à
toute médication expérimentée et avait continué à progresser jus¬
qu’à détruire une large surface de l’abdomen et du thorax.
Nous avons fait une petite enquête chez quelques-uns des prin¬
cipaux chirurgiens d’ici, et plusieurs nous ont affirmé avoir déjà
observé quelques rares cas de cette complication, consécutive à
l’opération de l’hépatite suppurée.
Tous étaient d’accord pour la considérer comme très grave,
mortelle même; les uns l’attribuaient à l’action irritante du pus
qui s’écoulait de l’abcès, d’autres à une insuffisance hépatique,
d’autres enfin à une infection gangréneuse de nature bactérienne
ou amibienne.
Dans ces quelques cas, la marche avait été à peu près la même.
Le premier symptôme à apparaître est une petite tache rouge
de la peau sur un point quelconque du bord de la plaie. Deux
jours après, la tache rouge est remplacée par un point noir-grisâ¬
tre ; c’est la peau qui s’est nécrosée ; elle est entourée par une zone
rouge enflammée, qui la sépare de la peau saine.
Dans tous les cas observés, le processus phagédénique avait
continué à s’étendre de plus en plus, rebelle à tout traitement;
on y avait essayé même l’héliothérapie et l’application des rayons
violets. Les malades sont tous morts.
Cette complication s’est constamment présentée plusieurs jours
après l’opération, et seulement chez des individus porteurs d’ab¬
cès hépatiques multiples, quand, l’écoulement du pus dure long¬
temps.
Notre observation ne laisse aucun doute que ce phagédénisme
est dû à une invasion amibienne du tissu sous-cutané. En effet,
nous avons constaté la présence de nombreuses amibes dans le
pus que nous avons retiré des anfractuosités sous-cutanées.
Dans les frottis fixés dans le liquide de Schaudinn, colorés par
l’hématoxyline ferrique (méth. Rosenbusch), les amibes présen¬
tent des caractères les rapprochant de YAmœba tetragena.
Les mêmes amibes ont été retrouvées dans les coupes de la peau
enlevée par le chirurgien. Elles sont assez nombreuses dans le
tissu sous-cutané de la région située à la périphérie de la zone
nécrosée ; elles manquent ou sont très rares dans la région com¬
plètement nécrosée. Les amibes sont logées dans le tissu conjonc¬
tif sous-cutané, au milieu d’une forte infiltration leucocytaire. De
là, elles déterminent la mortification de la peau par leur action
nécrosante.
Sâo Paulo, 1 7 mars içi2.
Infection des souris blanches par les cultures
de « Leishmania infantum » Ch. Nicolle
Par W. L. YAKIMOFF et Nina-KOHL-YAKIMOFF.
L’infection des petits animaux de laboratoire par les Leishma-
nia, a une grande importance en raison de la commodité d’opérer
avec des animaux plus petits que les chiens. LTne autre question
- 219 —
peut être aussi abordée: l’existence possible de Leishmaniose na¬
turelle de mammifères autres que le chien.
Le Prof. Laveran et Pettit ont inoculé, dans le péritoine des
souris, des rats blancs et des cobayes, des émulsions d’organes
de chiens infectés. Ils n’ont obtenu qu’une multiplication des
parasites dans l’exsudât péritonéal. Ils n’en ont jamais trouvé
dans les organes parenchymateux.
Delanoë n’a pas obtenu d’infection en inoculant des cultures
de Leishmania infantum et de L. tropicci dans le péritoine des
souris blanches : les parasites sont détruits très rapidement par
les leucocytes.
Franchini a réussi à infecter un cobaye en lui inoculant dans
le péritoine une culture de Leishmania au 8e repiquage; les para¬
sites étaient très nombreux dans la moelle des os, la rate et le
foie. Rappelons que, dès 1908, Novy avait réussi, au moyen de
cultures, à infecter un chien.
Récemment, le Prof. Laveran, à l’Académie des Sciences
(séance du 26 février 1912), a communiqué l’observation d’une
souris blanche infectée après inoculation intrapéritonéale d’une
émulsion d’organes ; présence de nombreux parasites dans la
moëlle osseuse et les organes internes.
Nous avons commencé nos recherches sur cette question en
août 1911; nous inoculions à divers petits animaux des émul¬
sions d’organes ^nfectés et des cultures de Leishmania infantum,
dans le péritoine, dans le sang, dans les testicules et dans le
scrotum.
Nous pouvons dès aujourd’hui faire connaître quelques résul¬
tats de nos expériences. Les 28.x11.1911 et 22.1. 1912, nous avons
inoculé, par la veine de la queue, au moyen d’une aiguille de pla¬
tine très fine, avec des cultures diluées dans l’eau physiologique,
deux lots de souris blanches. Malheureusement, un grand nom¬
bre de ces souris ont succombé accidentellement au cours des deux
premières semaines. Au commencement d’avril 1912, il ne nous
restait que 5 souris (4 de l’infection du 28.XII et 1 de celle du 22.1).
Les 2, 3 et 4 avril, nous avons sacrifié les cinq souris et nous
avons examiné les organes.
Souris n° 2. — Infectée 22.1. 1912. Tuée 2.iv. Autopsie : pneumonie ;
rate non hypertrophiée ; autres organes normaux. Sur les frottis de la rate
fixés à l’alcool méthylique et colorés par le procédé de Giemsa, nous avons
trouvé des Leishmania.
Souris n° 3. — Infectée 28.xn.19n. Tuée 3.IV.1912. Autopsie : rate non
— 220
hypertrophiée ; autres organes normaux. Sur les frottis de la rate, nous-
avons trouvé les Leishmania ; les autres organes n’ont pas de parasites.
Souris n° 4. — Infectée 28.x11.19n. Tuée 4.IV.1912. La rate est augmen¬
tée considérablement ; les autres organes- sont normaux. Sur les frottis des.
organes, nous n’avons pas trouvé de parasites.
Souris n° 5. — Infectée 28.x11.1911. Tuée 4.IV.1912. La rate est un peu
augmentée ; les autres organes sont normaux. Sur les frottis de la rate et
du foie, nous avons trouvé des parasites ; dans la moëlle osseuse et dans
les autres organes, il n’y a pas de parasites.
Souris n° 6. — Infectée 28.xn.19n. Tuée 4.IV.1912. L’animal est gras ;
la rate est augmentée considérablement de volume ; les autres organes sont
normaux. Sur les frottis de la rate et du foie, Leislimauia. Dans la moëlle-
osseuse et dans les autres organes, rien.
Nous avons ensemencé avec 1g. rate de la souris n° 3 le milieu
NNN et nous avons obtenu une culture de Leishmania.
Avec les rates et les foies des souris nos 3, 4, 5 et 6, nous avons
inoculé d’autres souris dans la cavité péritonéale.
Ainsi nous voyons que l’inoculation intraveineuse avec les cul¬
tures de Leishmania infantum donne de bons résultats. Nous
croyons que la souris n° 4 était également infectée, mais qu’elle
a guéri. Peut-être la maladie des souris ne dure-t-elle que 1 1/2-
3 mois et guérit-elle spontanément.
En ce moment, nous avons d’autres animaux inoculés avec des
cultures, par la voie veineuse, à la fin de 1911 et au commen¬
cement de 1912.
(' Travail du laboratoire biologique du Georg Speyerhaus à
Francfort-sur-le-Mein. (Directeur M. le Prof. P.
Ehrlich.)
Séro-diagnostic des infections
à Trypanosoma gambiense
et à Trypanosoma rhodesiense
Par A. LAVERAN et NATTAN-LARRIER.
Nous avons fait, depuis trois mois, un assez grand nombre
d’expériences dans le but de rechercher si, pour le diagnostic de
Tr. gambiense et de Tr. rhodesiense, on pouvait se fier aux réac¬
tions de trypanolyse et d’attachement; nous donnons dans cette
note un rapide résumé de ces expériences.
22 I
Les expériences de trypanolyse ont été faites à l’aide de la tech¬
nique suivante. Dans un tube contenant io gouttes du sérum à
examiner, on ajoutait 3 à 4 gouttes de sang, riche en Tr. gain -
biense ou en Tr. rhodesiense, dilué dans l’eau physiologique
citratée ; ce tube était mis à l’étuve à 38° et examiné à intervalles
réguliers, le plus souvent jusqu’à la quatrième heure.
Pour la recherche des attachements, nous avons procédé ainsi n
trois tubes recevaient: le premier, 2 gouttes du sérum à exami¬
ner, chauffé à 550 pendant une demi-heure; le deuxième, 2 gout¬
tes d’une dilution à 1 p. 25 en eau physiologique de ce même
sérum ; le troisième, 2 gouttes d’une dilution à 1 p. 50. On ajoutait
à chacun de ces trois tubes 2 gouttes d’une émulsion de leuco¬
cytes et 2 à 3 gouttes d’un sang, riche en Tr. gambiense ou en
Tr. rhodesiense, dilué dans l’eau physiologique citratée. Examen
à différentes reprises pendant 1 heure environ.
A. — Expériences avec le sérum de divers animaux infectés car
Tr. gambiense ou par Tr. rhodesiense.
Exp. 1. — Chien en infection due à Tr. gambiense.
Examen du 6 janvier 1912 : recherche de la trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. gambiense : aucune modification des trypan.
avant la 4e heure ; — après la 4e heure, trvpan. moins nombreux et moins
mobiles.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : après 2 heures, trypan. moins nom¬
breux et moins mobiles ; après 4 heures, le nombre des trypan. et leur mobi¬
lité sont encore diminués.
Exp. 2. — Cobaye infecté par Tr. gambiense , examen au -moment de la
crise.
Examen du 5 janvier 1912 : recherche de la trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. gambiense : après 2 heures, aucune trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : après deux heures aucune trypa¬
nolyse.
Exp. 3. — Bouc infecté par Tr. gambiense et guéri.
Examen du 26 décembre 1911 : recherche de la trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. gambiense : au bout d’une demi-heure, aucune
trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : après une demi-heure, aucune try¬
panolyse.
Examen du 31 octobre 1911 : recherche des attachements.
Exp. d’attachement sur Tr. gambiense : sérum pur, attachements assez
nombreux, mais bon nombre des trypan. restent libres ; — sérum à 1 p. 25,
attachements non rares, mais le nombre des trvpan. libres l’emporte ; —
sérum à 1 p. 50, même résultat qu’avec le sérum dilué à 1 p. 25.
Exp. d’attachement sur Tr. rhodesiense : aucun attachement avec le sérum
pur ou dilué.
Examen du Ier novembre 1911, avec le même sérum : recherche des atta¬
chements.
22?
Exp. d’attachement sur Tr. gambiense : même résultat que pour l’examen
précédent.
Exp. d’attachement sur Tr. rhodesiense : même résultat que pour l’examen
précédent.
Exp. 4. — Mouton en infection due à Tr. rhodesiense.
Examen du 17 janvier : recherche de la trvpanolvse.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : après une demi-heure, trvpan. moins
mobiles et déformés ; — après une heure, trypan. rares très peu mobiles et
déformés ; — après 2 heures, trypan. plus rares très peu mobiles, très défor¬
més ; — après 4 heures, on ne voit plus que de rares trypan. morts et défor¬
més.
Action du sérum sur Tr. gambiense : aucune trypanolyse avant la 4e heure;
— après 4 heures, on trouve encore des trypan. mobiles et en bon état.
Examen du 18 janvier, avec le même sérum : recherche des attachements.
Exp. d’attachement sur Tr. rhodesiense : aucun attachement avec le sé¬
rum pur ou dilué.
Exp. d’attachement sur Tr. gambiense : aucun attachement avec le sérum
pur ou dilué.
Examen du 24 janvier, avec le même sérum : recherche de la trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : après une demi-heure, trypan. moins
mobiles, quelques trypan. déformés ; — après une heure, trypan. moins mo¬
biles et souvent déformés ; — après 2 heures, réaction plus nette — après
4 heures, le nombre des trypan. est très diminué, quelques-uns d’entre eux
sont encore mobiles, la plupart sont très déformés.
Action du sérum sur Tr. gambiense : après 2 heures, trypan. plus rares,
mais encore bien mobiles et non déformés ; — après 4 heures, les trypan.
sont plus rares, mais bon nombre d’entre eux ne sont pas déformés et sont
très mobiles.
Examen du 24 janvier, avec le même sérum : recherche des attachements.
Exp. d’attachement avec Tr. rhodesiense : sérum pur, attachements non
rares, mais beaucoup de trypan. restent encore libres ; — sérum à 1 p. 25,
aucun attachement ; — sérum à 1 p. 50, aucun attachement.
Exp. d’attachement avec Tr. gambiense : aucun attachement avec le sérum
pur ou dilué.
Exp. 5. — Bélier en infection due à Tr. rhodesiense.
Examen du 20 janvier 1912 : recherche de la trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : après une demi-heure, trypan. très
déformés, peu ou pas mobiles ; — après une heure, trypan. rares, très dé¬
formés, non mobiles ; — après 2 heures, trypan. très rares, très déformés,
immobiles.
Action du sérum sur Tr. gambiense : aucune trypanolyse même après
2 heures.
Examen du 20 janvier 1912 : recherche des attachements.
Exp. d’attachement sur Tr. rhodesiense : sérum pur, attachements très
rares, la plupart des trypan. sont libres ; — sérum à 1 p. 25, attachements
nombreux, mais un certain nombre de trypan. sont encore libres ; — sérum
à 1 p. 50, même résultat qu’avec le sérum dilué à 1 p. 25.
Exp. d’attachement sur Tr. gambiense : aucun attachement avec le sérum
pur ou dilué.
Exp. 6. — Chèvre en infection due à Tr. rhodesiense.
Examen du 29 décembre 1911 : recherche de la trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : aucune trypanolyse après une heure.
Action du sérum sur Tr. gambiense : aucune trypanolyse après une heure.
Examen du 30 décembre 19x1, avec le même sérum : recherche de la trv-
panolyse.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : aucune trypanolyse après une heure.
Action du sérum sur Tr. gambiense : aucun trypanolyse après une heure.
Exp. 7. — Chèvre en infection due à Tr. rhodesiense.
Examen du 26 novembre 1911 : recherche des attachements.
Exp. d’attachement sur Tr. rhodesiense : aucun attachement avec le sérum
pur ou dilué.
Exp. d'attachement sur Tr. gambiense : aucun attachement avec le sérum
pur ou dilué.
B. — Expériences avec le sérum de sujets atteints de la
MALADIE DU SOMMEIL.
Exp. 1. — M. X... Maladie du sommeil à forme sévère, début présumé
sept mois avant l’expérience ; ponction ganglionnaire positive trois mois
avant l’expérience ; malade en traitement par l’atoxyl depuis trois mois.
Examen du 30 décembre 19 11 : recherche de la trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. gambiense : aucune trypanolyse après une heure.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : aucune trypanolyse après une heure.
Examen du 3 janvier 1912, avec le même sérum : recherche de la trypa¬
nolyse.
Action du sérum sur Tr. gambiense : après une demi-heure, aucune modi¬
fication des trvpan. ; — après une heure, trypan. assez rares et peu mobiles ;
— après 2 heures, trypan. rares, mais encore mobiles.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : après une demi-heure, aucune mo¬
dification des trypan. ; — après une heure, aucune modification des trypan. ;
— après 2 heures, le nombre des trypan. a sensiblement diminué, mais on
en trouve encore de mobiles.
Examen du 18 novembre 1911 : recherche des attachements.
Exp. d’attachement sur Tr. gambiense : sérum pur, quelques attache¬
ments, la plupart des trypan. sont libres ; — sérum à 1 p. 25, attachements
très rares ; — sérum à 1 p. 50, aucun attachement.
Examen du 21 novembre 3911, avec le même sérum : recherche des atta¬
chements.
Exp. d’attachement sur Tr. gambiense : aucun attachement avec le sérum
pur ou dilué.
Exp. 2. — M. W... Maladie du sommeil constatée en traitement.
Examen du 20 janvier 1912 : recherche de la trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. gambiense : après une demi-heure, aucune modi¬
fication des trypan. ; — après une heure, trypan. plus rares, mais mobiles
et non déformés ; — après 2 heures, trypan. aussi nombreux qu’à l’examen
précédent, mobiles et non déformés.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : après une demi-heure, trypan. peu
mobiles et déformés ; — après une heure, trypan. plus rares peu mobiles et
déformés ; — après 2 heures, trypan. très déformés, plus rares et non mo¬
biles.
Examen du 20 janvier 1912 : recherche des attachements.
Exp. d’attachement sur Tr. gambiense : aucun attachement avec le sérum
pur ou dilué.
Exp. d’attachement sur Tr. rhodesiense : aucun attachement avec le sérum
pur ou dilué.
Exp. 3. — M. Y... Maladie du sommeil à forme légère, début présumé six
— 224 —
mois avant l’expérience ; ponction ganglionnaire positive au moment de
l’expérience ; malade non traité.
Examen du 15 mars 1912 : recherche de la trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. gambiense : apès une demi-heure, on ne trouve
plus aucun trypan.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : après une demi-heure, aucune modi¬
fication des trypan.
Examen du 15 mars 1912 : expérience d’attachement.
Exp. d’attachement sur Tr. gambiense : sérum pur, attachements rares,
un certain nombre de trypan. sont encore libres, la plupart sont agglutinés ;
— sérum à 1 p. 25, quelques attachements, quelques trypan. encore iibres, la
plupart des trypan. sont agglutinés ; — sérum à 1 p. 50, très rares atta¬
chements, forte agglutination.
Exp. d’attachement sur Tr. rhodesiense : aucun attachement avec le sérum
pur ou dilué.
Examen du 16 mars 1912, avec le même sérum : recherche de la trypa¬
nolyse.
Action du sérum sur Tr. gambiense : après une demi-heure, les mouve¬
ments des trypan. sont ralentis ; — après une heure, les trypan. sont rares,
leurs mouvements sont ralentis et beaucoup d’entre eux sont en mauvais
état ; — après une heure et demie, on ne voit plus de trypan. ; dans un petit
caillot fibrineux on retrouve un petit nombre de trypan. peu mobiles et très
altérés.
Examen du 16 mars 1912 : recherche des attachements.
Exp. d’attachement sur Tr. gambiense : sérum pur, pas d’attachements
nets, quelques trypan. libres, agglutination très marquée ; — sérum à 1 p.
25, pas d’attachements nets, quelques agglutinations ; — sérum à 1 p. 50,
pas d’attachements nets.
Exp. 4. — M. Z... Maladie du sommeil à forme moyenne, début présumé
huit mois avant l’expérience ; examen positif du sang à ce moment ; malade
traité irrégulièrement par l’atoxyl depuis six mois, dernière injection trois
semaines avant l’examen.
Examen du 23 mars 1912 : recherche de la trypanolyse.
Action du sérum sur Tr. gambiense : après trois quarts d’heure, trypan.
nombreux bien mobiles, non déformés ; — après une heure, les trvpan. sont
moins nombreux, mais encore bien mobiles ; — après 2 heures, les trypan.
sont rares, mais encore bien mobiles ; — après 4 heures, on ne voit plus de
trypan. mobiles ; il ne reste que des trypan. déformés et très rares.
Action du sérum sur Tr. rhodesiense : aucune modification des trypan.
même après 4 heures.
Examen du 23 mars 1912 : recherche des attachements.
Exp. d’attachement sur Tr. gambiense : sérum pur, attachements très
rares, presque tous les trypan. sont libres ; — sérum à 1 p. 25, attache¬
ments très très rares, presque tous les trypan. sont libres ; — sérum à
1 p. 50, aucun attachement.
Exp. d’attachement sur Tr. rhodesiense : aucun attachement avec le
sérum pur ou dilué.
Il nous paraît ressortir de ces expériences que les réactions de
trypanolyse et d’attachement fournissent en général des rensei¬
gnements insuffisants pour le diagnostic de Tr. gambiense et de
Tr. rhodesiense.
— 225 —
C’est ainsi que, chez 4 malades atteints de trypanosomiase
bien caractérisée, la réaction de trvpanolyse a été nette une seule
fois, assez nette une fois, nulle ou très incomplète deux fois. La
réaction d’attachement a donné des résultats encore moins satis¬
faisants (1); elle a été nulle deux fois, très incomplète et non ca¬
ractéristique deux fois ; à plusieurs reprises, nous avons constaté
que la réaction d’attachement était gênée par l’agglutination des
trypanosomes.
M. Mesnil. — Les résultats de MM. Lavekan et Nattan-Lar-
rier, relatifs au diagnostic de la maladie du sommeil par l’em¬
ploi de la réaction d’attachement, concordent avec ceux que nous
-avons obtenus, M. Ringenbach et moi (2). La réaction est incons¬
tante; il n’y a souvent qu’un petit nombre de trypan. accolés aux
leucocytes; enfin, l’agglutination gêne l’observation du phéno¬
mène.
Pour ce qui est de la réaction de trvpanolyse, les résultats de
MM. T ^ av er an et Nattan-Larrier diffèrent des nôtres. Dans les
expériences que nous avons publiées, Ringenbach et moi, la try-
panolyse était toujours complète à condition de maintenir jusqu’à
3 heures le contact des trypan. et du sérum. Depuis lors, j’ai eu
l’occasion d’essayer cette réaction avec le sérum de 4 malades du
sommeil. • — - Pour 3 d’entre eux, en traitement, la trvpanolyse a
été complète en 1 h. 1/2, alors que le sérum était frais (avec le sé¬
rum humain normal, les trypan. étaient encore très mobiles au
bout de 3 heures); avec les mêmes sérums, gardés 11 jours à la
glacière, la trypanolyse était incomplète, même après 3 heures de
contact à 370. - — Pour le sérum du 4e malade (3), il y a eu trypa¬
nolyse partielle au bout de 1 h. 1/2 ; mais, même au bout de 3 h.,
la trypanolyse était incomplète.
(1) Mesnil et Ringenbach ont constaté aussi que les résultats fournis par
la réaction de trypanolyse étaient meilleurs que ceux fournis par la réaction
d’attachement. Soc. de Biologie, 9 décembre 1911.
(2) C. R. Soc. Biologie, 9 déc. 1911, p. 609. Voir aussi meme recueil,
13 janv. 1912, p. 58, pour les détails de la technique de la trypanolyse.
(3) Malade de l’Hôpital Pasteur, non traité, pour lequel notre 'oncôurs
a été demandé en vue d’établir le diagnostic.
220
Variations de l’équilibre leucocytaire
chez le bufflon au cours de
vaccination jennerienne
Par Marcel LEGER.
+
Les modifications de la formule leucocytaire au cours de l’érup¬
tion jennerienne ont déjà été étudiées avec soin chez l’homme et
chez certains animaux, mais les divers auteurs ne sont pas tous
d’accord. Il était donc intéressant d’apporter une nouvelle con¬
tribution à cette étude hématologique et de rechercher en particu¬
lier si le bufflon du Tonkin réagit à l'inoculation de pulpe vacci¬
nale de la même façon que la génisse ou le veau de France.
Roger et Weil (i) se sont les premiers occupés du déséquili¬
bre leucocytaire déterminé par la vaccine. Ils notent chez le lapin
l’apparition, le deuxième ou le troisième jour, d’une leucocytose,
entièrement mononucléaire, qui se maintient, sans atteindre d’ail¬
leurs un degré très élevé, jusqu’à la complète dessiccation des
éléments éruptifs. Le pourcentage des polynucléaires neutrophi¬
les, qui est normalement de 55 % environ, tombe à moins de 25 %.
La vaccine détermine donc une mononucléose identique à celle
produite par la variole chez l’homme et chez le lapin.
Ces auteurs relèvent aussi chez le singe la même modifica¬
tion hématologique que chez le lapin. Au 3e jour, il y a une nota¬
ble augmentation des mononucléaires, comme l’indique la formule
leucocytaire qu’ils rapportent : polynucléaires neutrophiles =
35,28; éosinophiles = 1 ,57 ; mononucléaires = 63,13 % (petits =
57,08, grands = 6,07).
Au contraire, chez des hommes adultes qu’ils ont revaccinés
au cours de 1a. convalescence de maladies infectieuses, Roger et
Weil rencontrent une polynucléose légère (70 %) avec persis¬
tance et même augmentation des éosinophiles.
(1) Roger et Weil. Inoculabilité de la vaccine au lapin. C. R. Soc. Biol.,
1900, t, LII, p. 945.
— 227 —
La meme année, Enriquez et Sicard (r) expérimentent sur des
enfants, des adultes et des lapins.
Chez 6 enfants de moins de 12 mois, primovaccinés, ils trou¬
vent une leucocytose légère (12.000 à 18.000 globules blancs),
portant surtout sur les mononucléaires moyens et petits, dont la
proportion atteint 60 à 70 %. Cette mononucléose apparaît vers
le 5e jour et est maxima au moment de la pustulation. L’équilibre
leucocytaire se rétablit vers le 15e ou 16e jour.
Les adultes, soumis à une revaccination positive, réagissent
différemment. Dans 7 cas, les auteurs ne constatent aucune mo¬
dification hématologique; 4 fois se montre une légère polynu¬
cléose.
Les lapins en expérience reçoivent quelques gouttes de pulpe
vaccinale dans la veine marginale de l’oreille: Enriquez et Si¬
card retrouvent l’augmentation des mononucléaires signalée par
Roger et Weil.
Pour Courmont et Montagard (2), la vaccination jennerienne
chez l’homme ne s’accompagne ni de leucocytose ni de modifi¬
cation notable dans la proportion relative des diverses variétés
de globules blancs. Us ont opéré sur trois enfants, en parfaite
santé, nourris au lait stérilisé, et sur cinq militaires dont l’un
n’avait encore jamais été vacciné. D’après eux, « il n’y a aucune
corrélation à établir entre le sang de varioleux et le sang de vac¬
ciné, quant à la formule leucocytaire ». Chez la génisse, à part
une légère poussée de globules blancs pendant l’incubation, les
expérimentateurs lyonnais déclarent que les modifications héma¬
tiques sont nulles. Pourtant, en examinant la courbe annexée à
leur travail et se rapportant à une génisse de 3 mois, dont les
45 scarifications sur les flancs furent positives, on voit une aug¬
mentation appréciable du nombre total des polynucléaires le jour
suivant l’inoculation, et une nouvelle poussée des mômes élé¬
ments deux jours après la dessication des boutons vaccinaux.
Domixici (3), qui a expérimenté sur des lapins inoculés, soit au
niveau de la peau (procédé Calmette-Guérin) soit dans le sys¬
tème veineux, signale dans les variations de l’équilibre leuco-
(1) Enriquez et Sicard. Examens hématologiques au cours de l’éruption
vaccinale. C. R. Soc. Biol., 1900, t. LU, p. ion.
(2) J. Courmont et V. Montagard. La leucocytose dans la vaccine chez
l’homme et la génisse. /. Phys, et Path. gén,, 1901, p. 63.
(3) Dominici. Sur la formule hémoleucocytaire de la vaccine expérimentale
du lapin. C. R. Soc. Biol., 1901, t. LIII, p, 446.
— 228 —
-cytaire une marche cyclique pouvant se décomposer en trois p
riodes. Durant les 2 ou 3 premiers jours il y a mononucléose. A
-celle-ci se substitue alors de la polynucléose (jusqu’au 6e ou
7e jour). Dans la 3e période enfin, il y a de nouveau augmenta-
-tion des leucocytes mononucléaires, augmentation qui est supé¬
rieure à celle de la première période, et qui persiste jusqu’à la
fin de l’évolution vaccinale, c’est-à-dire vers le 12e jour.
Chez 8 lapins (4 vaccinations cutanées et 4 injections intravei¬
neuses), Nicolas, Froment et Dumoulin (i) ont trouvé 7 fois de
Ja mononucléose, à maximum le 7e jour. Cette mononucléose était
précédée parfois cl’une augmentation passagère et légère des neu¬
trophiles. Dans un seul cas, les* auteurs ont relevé une esquisse
du schéma de Dominici.
Denier (2), dans le laboratoire de Layet, à Bordeaux, a opéré
15 jeunes veaux, de trois mois environ, de race limousine. Ses
résultats lui permettent de distinguer trois périodes dans l'évo¬
lution vaccinale chez les bovidés. La première période durant la¬
quelle les lvmphocvtes sont augmentés de nombre comprend les
-quatre premiers jours. La polynucléose neutrophile caractérise
(1) J. Nicolas, J. Froment et F. Dumoulin. Vaccine et leucocvtose chez
le lapin normal et splénectomisé. J. Phys, et Path. gin., 1905, p. 69.
(2) Denier, Hématologie de la vaccine. Thèse. Bordeaux, 1901.
fp •
— 229 —
la deuxième période ; elle dure du 50 au 7e jour. A partir de ce mo¬
ment (3e période), le taux des polynucléaires diminue progressi¬
vement. L’équilibre leucocytaire est rétabli vers le 10e jour.
Denier remarque que les éosinophiles subissent parfois au
cours de la vaccine un accroissement numérique appréciable. 11
appelle l’attention sur le fait que la polynucléose apparaît au
moment où l’immunité de l’animal s’établit.
*
* *
Au Tonkin, à l’Institut Vaccinogène de Thai-ha-Ap, nous
avons, dans le courant de l’année 1910, recherché chez un cer¬
tain nombre de nos vaccinifères les modifications de la formule
leucocytaire.
Nous résumons dans le tableau ci-dessous les observations hé¬
matologiques faites sur 6 de nos bufflons. Il s’agissait d’animaux
âgés de 12 à 18 mois, en excellente santé. L’inoculation était pra¬
tiquée au niveau de la région thoraco-abdominale gauche. Cha¬
que bufflon recevait une centaine de scarifications, longues de
4 cm. environ chacune, et réparties sur cinq rangées parallèles.
Le développement des pustules vaccinales fut dans tous les cas
régulier et la récolte, effectuée le cinquième jour au moyen de
la curette de Volkman, fut toujours très bonne.
17
- 23ü
*
* *
La lecture de nos documents hématologiques montre qu'il y a
chez le bufflon, au cours de la vaccination jennérienne, des mo¬
difications constantes de la formule leucocytaire.
A la polynucléose des premiers jours succède une lymphocy¬
tose des plus neftes. L’équilibre leucocytaire se rétablit vers le
10e ou 11e jour.
i° Les polynucléaires neutrophiles augmentent de nombre dès
le lendemain de l’inoculation de la pulpe vaccinale. Cette aug¬
mentation est d’ordinaire maxima d’emblée. Elle persiste pendant
3, 4 et parfois 5 jours. Le taux de ces éléments tombe ensuite au-
dessous de la normale.
20 La courbe des lymphocytes est inverse de celle des polynu¬
cléaires neutrophiles. Durant la première période, le pourcentage
de cette variété de globules blancs est abaissé; il s’élève ensuite
le 5e ou le 6e jour et se maintient élevé jusqu’au 8e ou 9e jour.
30 Les variations de nombre des grands mononucléaires ne
sont pas sensibles et ne paraissent pas obéir à des règles fixes.
40 Le pourcentage des polynucléaires éosinophiles reste parfois
le même pendant toute l’évolution vaccinale. D’autres fois on
observe une poussée éosinophilique dans les jours qui suivent
les scarifications.
5° Dans le sang des bufflons, avant l’inoculation, nous n’avons
pas rencontré de mastzellen. Ces éléments apparaissent en petit
nombre et de façon inconstante quand se forment les pustules.
On ne les retrouve plus quand se produit la dessiccation et que
l’équilibre leucocytaire est rétabli. Notons avoir trouvé dans les
frottis de pulpe fraîche les cellules à granulations métachroma-
tiques signalées par Tanon, dont le nombre serait proportion¬
nel à l’activité du virus vaccinal et qui seraient, d’après cet ob¬
servateur, des mastzellen.
Nos résultats ne concordent donc ni avec ceux de Courmont et
Montagard, ni avec ceux de Denier. Sans vouloir tirer de con¬
clusions générales, que n’autorise pas le nombre encore minime
de nos recherches, on peut néanmoins dire que la réaction san¬
guine chez les buffalidés n’est pas la même que celle des bovi¬
dés.
(Travail de V Institut Vaccinogène du Tonkin .)
Puériculture et lait condensé
en Nouvelle-Calédonie
Par Ch. NICOLAS.
Presque tous les traités de Pathologie infantile font une très
large, place au biberon et au lait stérilisé ou bouilli, parmi les
causes des affections gastro-intestinales souvent très graves des
nouveaux-nés, ainsi que dans la pathogénie du scorbut et du ra¬
chitisme.
Nier cette influence en France et dans la plupart des autres con¬
trées serait une hérésie et même mieux, une preuve d’ignorance.
Cette précaution oratoire est en effet nécessaire pour oser venir
déclarer ici que c’est le contraire qui est la règle en Nouvelle-
Calédonie, dans la brousse ou la campagne, sinon à Nouméa, qui
représente la ville et dont nous n’avons pas l’expérience.
Deux autres confrères, interrogés par moi à ce propos m’ont
déclaré qu’ils avaient à leur grande surprise fait la même remar¬
que que moi (soit 3 médecins civils sur 6 exerçant dans l’inté¬
rieur).
Pour mon compte, je puis, à l’appui de cette remarque, fournir
l’appoint de 55 enfants vivants de plus d’un an, et beaucoup d’en¬
tre eux déjà grands et vigoureux, élevés exclusivement au bibe¬
ron et au lait condensé. Et c’est un chiffre à considérer sur une
centaine de cas à peine que j’ai pu suivre, voir ou connaître en
3 ans. La population blanche est, en effet, très clairsemée sur
de vastes étendues, et très peu- nombreuse.
En France on n’utilise pas pour l’allaitement artificiel le lait
condensé, mais bien le lait de vache bouilli ou stérilisé à domi¬
cile ou industriellement. Aux colonies, et surtout en Nouvelle-
Calédonie, on fait un usage presque exclusif de lait condensé.
C’est pourtant un pays d’élevage, mais où la véritable vache
laitière est à peu près inconnue, où le bétail vit à moitié sau¬
vage, où, sauf de très rares exceptions on ne trait pas les va¬
ches. D’ailleurs, elles donnent à peine de 2 à 5 litres de lait en
movenne, car les pâturages n’existent que de nom ; les endroits où
les animaux pâturent en liberté, montagnes arides, ravins, rares
vallées, ne ressemblent en rien avec leurs herbes rudes et rares,
à nos prairies. Beaucoup d’animaux sont en outre malades, encore
que les habitants n’en veuillent pas convenir, et souvent la mor¬
talité est grande dans les troupeaux. Sans être grand clerc, il suf¬
fit de constater combien d’animaux sont tristes, maigres, l’œil
terne, le poil hérissé et terreux, pour être fixé sur la qualité de
l’ensemble. Il est donc peut-être heureux que l’on ait recours pour
les bébés au lait condensé.
L’allaitement au sein n’est d’ailleurs pas en grande faveur
parmi les colons. La majorité des mères ont l’habitude de se dé¬
barrasser de ce souci en ayant recours au biberon.
Au début de mon séjour, sur la Grande-Terre, je fis immédia¬
tement campagne contre cette pratique. J’entrevoyais déjà, sous-
l’influence de la chaleur, de l’humidité de l’atmosphère, les fer¬
mentations se développant dans le biberon mal entretenu et tous
les maux de la pathologie infantile s’abattant sur le berceau.
Plusieurs fois je prédis aux mères entêtées toutes les calamités:
diarrhée verte, entérite; j’agitai le spectre du rachitisme, du scor¬
but; mais les mères avaient le sourire et répondaient: « J’ai été
élevée ainsi, mes 7 frères et sœurs aussi, mes enfants ainsi égale¬
ment et tout le monde est vivant et bien portant. » Et un an, deux
ans après, on me montrait triomphalement et ironiquement un.
magnifique bébé.
Au bout de trois ans d’observations, je fais mon mea culpa
et force m’est de reconnaître qu’en Calédonie, dans la brousse, les
familles nombreuses sont la règle, l’usage du biberon et du lait
condensé, chose courante, et que pourtant la mortalité infantile
est très faible.
Ainsi, sur 55 sujets, je n’ai jamais observé ou relevé que:
2 morts de méningite ou de convulsions, dont l’un, âgé de
8 jours, chez 2 enfants issus d’un père notoirement alcoolique;
1 seul cas d’entérite dysentériforme grave, mais il faut remar¬
quer que l’enfant avait déjà un an passé, était sevré en partie du
lait condensé, et soumis à une alimentation solide trop abondante
et trop précoce ;
1 cas de dysenterie légère chez un enfant présentant de légers
signes de rachitisme, mais ayant reçu le sein pendant quelques
mois à sa naissance ;
1 cas de convulsions et paralysies chez un enfant âgé actuelle¬
ment de 2 ans, superbe par ailleurs, mais microcéphale au point
que j’allais écrire anencéphale. La mère a perdu un enfant et c’est
— 233
4
précisément le ier et le seul qu’elle ait élevé au sein. Enfin, je
.soigne actuellement un bébé atteint de muguet; or, il est au sein
•et ne figure pas sur cette statistique.
Ainsi donc, en serrant de près les observations de ces cas de
maladie ou de mort on n’en trouve, sur 55 sujets, pas une seule
que l’on soit franchement en droit de mettre au passif exclusif
de l’usage du lait condensé.
Seul y figure un cas grave d’entérite dysentériforme, mais
déjà au lait condensé, avait été surajoutée une autre alimentation.
Loin de moi l’idée de plaider la supériorité du biberon au lait
condensé sur le sein maternel, mais seulement son innocuité rela¬
tive ici, sous ce climat, dans ce pays où le lait de vache, vivant,
dense, et sa supériorité évidente sur le lait de vache, vivant,
bouilli ou stérilisé.
Mémoires
Epidémiologie de la tuberculose en Annam
Par Noël BERNARD, L. KOUN et Ch. MESLIN.
Nous avons exposé précédemjnent (i) les conditions dans les¬
quelles la tuberculose humaine se manifeste en Annam.
Observée dans toutes les provinces à des degrés divers, elle se
présente le plus souvent sous les formes ganglionnaire, pulmo¬
naire, péritonéale et intestinale. Les lésions osseuses, articulaires
et cutanées sont plus rares. La statistique des cas de tuberculose
hospitalisés en 1911 à l’Hôpital indigène de Hué, donne les ré¬
sultats suivants :
Le nombre des consultations a été de 158 pour les hommes.
68 pour les femmes et 16 pour les enfants.
La diffusion de la tuberculose de tous les milieux sociaux, le
nombre considérable de porteurs de bacilles excluent l’hypothèse
d’une contamination récente au contact des Européens, d’ailleurs
sélectionnés, et ne permettent pas de déceler les origines proba¬
bles du mal. Les Annamites ne boivent pas de lait, ne fabriquent
pas de fromage. Les bovidés abattus par la boucherie ou autop¬
siés ne sont pas porteurs de lésions tuberculeuses (Bauche). La
contagion familiale et la contagion de voisinage, favorisées par
(t) Bulletin de la Société de Pathologie exotique, 11 octobre 1911.
— 235 —
les conditions d’existence du peuple annamite, doivent être envi¬
sagées comme les causes probables de la contamination.
Les premiers résultats que nous avons obtenus par la réaction
de von Pirquet dans la population ouvrière, nous ont encoura¬
gés à étendre le champ de cette étude aux diverses classes socia¬
les, à tous les âges de la vie, dans la ville de Hué, résidence de
la Cour d’Annam, qui compte 60.000 habitants, et dans la pro¬
vince voisine du Quang-Nam.
La technique employée, suivant les conseils de M. Calmette,
consiste à insérer une gouttelette de tuberculine de Koch, diluée
au quart dans la glycérine, dans deux scarifications intéressant à
peine le derme. Une troisième scarification faite sans tuberculine
sert de témoin. Les sujets sont revus, pour le contrôle, le cin¬
quième jour. Si la réaction est positive, il s’est formé sur les deux
scarifications imprégnées de tuberculine une vésico-papule rouge
légèrement saillante, entourée d’une zone irrégulièrement circu¬
laire de couleur rouge foncé. Si la réaction est négative, il n’y a
aucune rougeur ni vésico-papule.
Les écoles de garçons et de filles, les écoles supérieures du man¬
darinat, les lettrés, les fonctionnaires, les miliciens, les commer¬
çants, les ouvriers et paysans, quelques prisonniers et filles publi¬
ques ont fourni les éléments de cette recherche.
La statistique générale de tous les résultats obtenus dans ces
divers groupements exprime le degré d’infection bacillaire de l’en¬
semble de la population.
STATISTIQUE GÉNÉRALE.
— 236 —
Les résultats obtenus par la même technique sur d’autres races
humaines permettent d’apprécier la valeur relative de ces chiffres.
TABLEAU COMPARATIF
du pourcentage des réactions positives des statistiques connues.
Malgré son importance, c’est parmi les Annamites que la pto-
portion des porteurs de bacilles est la moins élevée. Chez eux,
l’infection tuberculeuse se révèle tard: à 5 ans, 9,77 % seulement
des enfants réagissent positivement; à 15 ans, 23,32 %. Au-delà
de 30 ans, 63 % des adultes sont infectés alors que la même pro¬
portion est atteinte ou dépassée par les enfants de 10 ans, à Lille
et dans les steppes Kalmoukes.
SATISTIQUES PARTICULIÈRES.
Sur 91 enfants nouveau-nés, aucun n’a donné de réaction po¬
sitive, alors que 32 % des mères présentaient cette réaction.
La contamination bacillaire apparaît exceptionnellement de o à
2 ans (2 cas sur 77 sujets). Elle atteint de 2 à 5 ans 0,77 % des
enfants.
La progression du nombre des porteurs de bacilles est diffé¬
rente à partir de cet âge selon la ejasse sociale à laquelle appar¬
tiennent les individus examinés. Les élèves des écoles, sélection¬
nés parmi les sujets robustes des familles aisées, sont atteints dans
la proportion de 21,08 % entre 10 à 20 ans, et de 33 % de 20 à
(1) Metciinikoff, Et. Burnet et L. Tassarevitch. Annales I. Pasteur ,
nov. 1911.
(2) Calmette, Grysez et R. Letulle. Presse Médicale, 8 août 1911.
237
30 ans. 42,31 %, le double exactement des enfants des classes pau¬
vres sont contaminés entre 10 et 20, 55,95 % à 30 ans.
Ecoles supéiieures du mandarinat. — Corps enseignant.
Haut personnel des bureaux.
3i ans et au-dessus.
37
2Q. I ^
QO
70, 85
Hommes du peuple du même âge que les mandarins ci-dessus.
11 ans et au-dessus
22 ■
37 68
339
60 32
Ouvriers mineurs des mines d’or de Bong-Mieu (Quang-Nam).
Prisonniers.
3o ans et au-dessus.
iS à 30 ans .
17
19.87
Filles publiques.
15 65.22
41
80 r
34 78
Sexes.
— 238 -
Mais la proportion se renverse bientôt. Après 30 ans, les clas¬
ses les plus élevées de la société présentent 70,85 % de porteurs de
bacilles alors que les gens du peuple n’en donnent que 60,32 %.
Les ouvriers et les paysans s’infectent moins à l’âge adube en
raison de leur vie active en plein air. Dans des conditions 'Je nu¬
trition mauvaises, les sujets tarés disparaissent de bonne heure.
Dans les classes aisées, la sélection naturelle s'exerce avec une
rigueur moindre. Les lettrés, mandarins, hommes de bureau, mè¬
nent une existence absolument sédentaire, sans aucun exercice
physique, dans des locaux parfois mal aérés. Us se trouvent pla¬
cés dans des conditions particulièrement favorables à la contagion
de voisinage.
Les mineurs des mines d’or de Bong-Mieu échappent aux con¬
ditions normales de travail en plein air des ouvriers annamites:
ils vivent dans des galeries mal ventilées où ne pénètrent pas les
rayons solaires et dans lesquelles s’accumulent les poussières
souillées par les cracheurs de bacilles et soulevées sans cesse par
le roulement des wagonnets. Aussi, la proportion des individus
contaminés s’élève-t-elle de 54,6 pour cent entre 16 et 20 ans, à
95,23 % au-delà de 30 ans.
Les prisonniers qui travaillent au grand air pendant ^e jour,
sont cantonnés pendant la nuit dans des locaux trop exigus, her¬
métiquement fermés. Ils sont allongés côte à côte sur un même
lit de camp. A l’âge de 31 ans et au-dessus la proportion des
porteurs de bacilles est de 83,13 %.
Ces constatations montrent toute l’importance de la contagion
de voisinage. Ce mode de contage est surtout intéressant à suivre
dans la vie familiale.
Statistique familiale.
Sur 76 familles comptant 198 enfants, aucun de ces enfants ne
réagit positivement avant 2 ans, quelle que soit la réaction fournie
par les parents.
Entre 2 et 20 ans, 2,22 % réagissent positivement dans les fa¬
milles où les parents donnent des réactions négatives, 7,54 %
dans les familles où le père seul réagit positivement, 10,5 % dans
les familles où la mère seule réagit positivement, et 34,56 % dans
les familles où le père et la mère donnent une réaction positive.
Dans la statistique générale, la proportion de réactions positives
entre 2 et 20 ans n’est que de 22,68 %.
Réaction
chez les Parents
Père : R. positive .
Mère : R. négative.
Père : R. négative.
Mère : R. positive
Père : R positive .
Mère : R. positive .
Père : R. négative.
Mère : R. négative.
Totaux .
Quelques constatations de détail sont particulièrement sugges¬
tives. Des deux familles les plus nombreuses qui se sont soumises
à la cutiréaction, l’une comprenait 14 personnes, représentant
3 générations; un seul enfant de 13 ans réagissait positivement.
L’autre comprenait 13 personnes, dont 11 réagissaient positive¬
ment et 2 négativement. Notre enquête a permis d’établir que
dans cette dernière famille, ayant l'apparence d’une santé géné¬
rale excellente, une jeune femme ce 25 ans venait de succomber
avec tous les symptômes d’une tuberculose pulmonaire ouverte.
Alors que les nouveau-nés ne réagissent pas à la tuberculine,
la contagion familiale apparaît donc, dans ce pays où la conta¬
mination par le lait n’existe certainement pas, comme le facteur
primordial de l’infection bacillaire. Elle est aggravée, à l’âge
adulte, par les conditions de contact qu’imposent certaines pro¬
fessions entre les individus sains et les porteurs de tuberculoses
ouvertes.
(' Travail du Laboratoire de Bactériologie de Hué, du Service
Médical indigène de l’Hôpital de Hué et du Service
Médical de la province de Quang-Nam .)
appendice
Les notes suivantes du Docteur Poux, qui avait bien voulu
collaborer avec nous en poursuivant dans le Quang-Bing, province
— 240
■voisine de Hué, complètent notre enquête sur la tuberculose par
la cutiréaction. Rien ne distingue les populations qu’il a obser¬
vées de celles dont nous avons indiqué les conditions générales
•d’hygiène.
STATISTIQUE DU QUANG-BINH.
Ces résultats concernent une population de paysans, pêcheurs,
commerçants, miliciens, qui constituent la classe pauvre de leur
groupement. Ils ne comportent pas de conclusions différentes de
celles qui précèdent. Cependant, le pourcentage des résultats posi¬
tifs est plus élevé que dans notre statistique générale.
L’un de nous a pratiqué la cutiréaction sur 27 Chinois de Faïfo,
chef-lieu de la province de Quang-Nam. Les 27 sujets mâles,
de 22 à 45 ans, ont présenté une réaction positive d’une intensité
remarquable. Cette constatation intéressante ne permet pas de
■déductions en raison du petit nombre de sujets examinés.
— 24 1
Contribution à l’étude des
infections expérimentales produites
par le “ Trypanosoma rhodesiense
Par A. LAVERAN.
Dans cette note, je me propose seulement de résumer les faits
que j’ai observés à la suite de l’inoculation de différents animaux
avec le Tr. rhodesiense (i).
Mes expériences ont porté sur des souris, des rats, des cobayes,
deux lapins, un chien, deux macaques, trois caprins, deux mou¬
tons (2).
Souris. — Chez 10 souris, la durée de l’incubation a été de-
24 heures, quand l’inoculation était faite dans le péritoine, de
48 heures, quand elle était faite sous la peau. Les trypanosomes
augmentent rapidement et progressivement de nombre jusqu’à la
mort ; à ce moment, ils sont extrêmement nombreux et les for¬
mes courtes et trapues, à noyau postérieur sur lesquelles Ste¬
phens et Fantham ont appelé l’attention (3), ne sont pas rares.
La durée moyenne de l’infection, chez les 10 souris, a été de
6 jours 1/2; la durée pour les 5 premières souris inoculées a été
de 8 jours et, pour les 5 dernières, de 4 jours, 8; la virulence a
donc augmenté sensiblement pour les souris à la suite de quel¬
ques passages par ces animaux.
Pour des souris du poids moyen de 19 g., le poids moyen de
la rate a été de 32 cg.,50.
(1) Consulter sur la question : W. Yorke, Ann. of trop. med. a. parasitol.r.
décembre, 1910. — L.-E.-W, Bevan, Journ. of trop. med. a hyg., 16 jan¬
vier 1911. — H. -B. Fântham et Thomson, Ann. of trop. med. a. parasitol.,
1911. — F. Mesnil et J. Ringenbach, Soc de Biologie, 29 juillet 1911. —
H. -S. Stannus et W. Yorke, Proceed. of the R. Soc., 1911, B, t. LXXXIV,
p. 156. — A. Laveran, Soc. de path. exotique, 8 novembre et 13 décembre-
1911, 10 janvier et 14 février 1912, et Académie des Sciences, 4 décembre
1911. — a. Laveran et Nattan-Larrier, Acad, des Sciences, 2 janvier 1912.
— F. Mesnil et J. Ringenbacii, Soc. de path. exotique, 13 décembre 1911
et 14 février 1912.
(2) Je rappelle que je dois le virus dont je me suis servi à l'obligeance de
M. le Dr Stephens, de l’Ecole de Liverpool.
(3) J.-W.-W. Stephens et H. -B. Fantham, Proceed. of the R. Soc,, 10 no¬
vembre 1910.
— 242 —
Trois souris qui avaient résisté à des infections produites par le
Tr. gambiense, et qui avaient acquis l’immunité pour ce virus,
ont été inoculées avec le Tr. rhodesiense, toutes trois se sont in¬
fectées et l’évolution de la trypanosomiase a présenté, chez elles,
sa durée et sa terminaison ordinaires. J’ai publié déjà l’obser¬
vation d’une de ces souris (1 ), je résume les observations des
deux autres.
i° Le 7 novembre 1911, une souris est inoculée, dans le péritoine, sur un
rat fortement infecté par Tr. gambiense (virus de l’Ouganda). — 10 novem¬
bre, on trouve des trypanosomes assez nombreux dans le sang de la souris.
— 12, trypan. très rares. Après cette courte infection, tous les examens du
sang faits du 14 novembre au 20 décembre sont négatifs.
20 décembre 1911, la souris est réinoculée, dans le péritoine, sur un rat
fortement infecté par Tr. gambiense. Du 23 décembre 1911, au 9 janvier
1912, tous les examens du sang sont négatifs.
9 janvier 1912. La souris est inoculée, sous la peau, avec une goutte du
sang d’un rat infecté par Tr. rhodesiense. — 12 janvier, trypan. rares dans
le sang de la souris. — 13, trypan. assez nombreux. — 14, très nombreux.
La souris meurt le 16 janvier ; elle pèse 17 g. ; la rate, fortement augmentée
de volume, pèse o g., 40.
20 Le 7 novembre 1911, une souris est inoculée de Tr. gambiense, dans
les mêmes conditions que la précédente. Le 10 novembre, l’examen du sang
de la souris révèle l’existence de trypan. nombreux.
14 et 19 novembre, trypan. très rares. Les examens postérieurs du sang
faits jusqu’au 20 décembre sont négatifs.
20 décembre. La souris est réinoculée, dans le péritoine, sur un rat infecté
de Tr. gambiense ; elle ne se réinfecte pas ; tous les examens du sang faits
jusqu’au 9 janvier 1912 sont négatifs.
Le 9 janvier 1912, la souris est inoculée, sous la peau, avec une goutte
du sang d’un rat infecté de Tr. rhodesiense.
12 janvier, l’examen du sang de la souris révèle l’existence de trypan.
rares. 14 janvier, trypan. non rares ; 16, nombreux.
La souris meurt le 17 janvier 1912 ; elle pèse 19 g. ; la rate pèse o g., 25.
Rats. — Pour 24 rats blancs, inoculés avec le Tr. rhodesiense,
la durée moyenne de l’infection, toujours terminée par la mort,
a été de 8 jours 1/2; maximum: 18 jours; minimum: 6 jours. A
la suite d’une série de passages par rats, la virulence du Tr. rho¬
desiense a doublé pour ces animaux. Les parasites apparaissent
dans le sang au bout de 2 ou 3 jours, après inoculation sous la
peau ; leur nombre s’accroît ensuite rapidement et avec une pro¬
gression régulière; ils sont extrêmement nombreux à la dernière
période et, à ce moment, on trouve assez souvent de petites formes
trapues à noyau postérieur.
La rate est toujours augmentée de volume. Pour 24 rats, du
poids moyen de 102 g., le poids moyen de la rate a été de 1 g. ,46 ;
(1) Acad, des Sciences, 4 décembre 1911.
— 243 —
maximum : 2 g. ,30 chez un rat de 1 12 g. et 2 g., 40 chez un rat de
160 g.
Cobayes. — Sur 16 cobayes qui, inoculés avec le Tr. rhode-
siense, ont succombé à l’infection, la durée moyenne de la ma¬
ladie a été de 41 jours; maximum: 8g jours; minimum: 19 jours.
La virulence pour les cobayes a augmenté à la suite d’une série
de passages par ces animaux.
Après la période d’incubation, dont la durée est de 8 à 10 jours,
les trypanosomes existent presque toujours dans le sang en nom¬
bre suffisant pour qu’il soit facile de constater leur présence à
l’examen direct; les crises trypanolytiques sont moins marquées
que dans les infections produites par le Tr. gambiense. A la
dernière période, les trypanosomes sont nombreux ou très nom¬
breux et, à ce moment, les formes courtes et trapues, à noyau
postérieur, peuvent être constatées en général.
Les ganglions inguinaux sont hypertrophiés ; on observe par¬
fois de l’oedème de la paroi abdominale.
Une femelle a guéri après avoir avorté de 3 petits morts; elle a
eu ensuite une portée de 5 petits dont 3 sont morts rapidement et
2 ont survécu. Le cobaye, qui depuis 74 jours n’avait plus montré
de trypanosomes et dont la guérison ne semblait pas douteuse a
été réinoculé avec le Tr. rhodesiense, il s’est réinfecté. Les deux
petits, inoculés en même temps que la mère, se sont infectés com¬
me des cobayes neufs, ils n’avaient donc pas acquis l’immunité.
Pour les 16 cobayes qui ont succombé à l’infection, le poids
moyen du corps était de 505 g. et le poids moyen de la rate de
4 g. ,30. Dans un cas, le poids de la rate s’élevait a 18 g. ; la rate
était le siège d’hémorragies ; un des foyers, ouvert dans le péri¬
toine, avait donné lieu à une hémorragie très abondante.
Lapins. — Deux lapins inoculés avec le Tr. rhodesiense sont
morts, l’un en 24, l’autre en 32 jours. Les trypanosomes ont tou¬
jours été rares ou très rares dans le sang, une seule fois ils ont
été notés comme non rares. Les 2 lapins ont présenté, à la der¬
nière période de l’infection, de l’œdème de la tête, de la blépharo-
conjonctivite et du jetage par les narines. Chez un des animaux,
il y avait en outre de l’œdème des organes génitaux externes.
A l’autopsie, le premier lapin, pesant 1 kg., 700, avait une rate
de 5 gv5°> le deuxième, pesant 1 kg. ,800, avait une rate de 8 g.
Je résume les observations.
i° Une lapine, du poids de 2 kg. ,280 est inoculée le 13 décembre 1911,
sous la peau, avec quelques gouttes du sang d’un rat fortement infecté par
Tr. rhodesiense.
17 décembre, trypan. très rares dans le sang. Des examens du sang faits
les 19, 21 et 25 décembre sont négatifs.
30 décembre, œdème du museau et des organes génitaux externes. Exa¬
men du sang négatif au point de vue de l’existence des trypan. ; les héma¬
ties s’agglutinent.
4 janvier 1912, l’œdème du museau s’est accentué, blépharo-conjonctivite,
jetage, écoulement séro-purulent avec formation de croûtes autour des na¬
rines et sur les paupières qui se collent, la cornée droite est trouble. Exa¬
men du sang négatif.
La lapine meurt le 7 janvier 1912 ; elle ne pèse plus que 1 kg., 700. La
rate pèse 5 g., 50. Pas d’altérations apparentes des autres viscères.
20 Une lapine, du poids de 1 kg., 970, est inoculée le 13 décembre 1911,
dans les mêmes conditions que la précédente.
Les examens du sang faits du 27 décembre 1911 au 4 janvier 1912 sont
négatifs. Le 30 décembre, on note un œdème léger du museau. Les héma¬
ties s’agglutinent.
4 janvier 1912, œdème du museau. Cornées intactes.
8 janvier. Trypan. très rares dans le sang. Tuméfaction du museau, sur¬
tout autour des narines et aux paupières ; blépharo-conjonctivite ; jetage.
Pas d’œdème des organes génitaux externes.
xi janvier. Examen du sang négatif.
14 janvier. Trypan. non rares. Les hématies s’agglutinent; Ecoulement
séro-purulent par le nez et les yeux ; les paupières se collent, les croûtes qui
se forment aux orifices externes des fosses nasales et la tuméfaction de la
muqueuse, gênent la respiration. Cornées transparentes. La muqueuse des
organes génitaux externes est légèrement tuméfiée.
La lapine meurt le 15 janvier 1912 ; elle pèse 1 kg., 800 ; la rate pèse
8 g. Pas d’altérations apparentes des autres viscères abdominaux. Il existe
un petit foyer d’hépatisation dans le poumon droit.
Chien. — Un chien, inoculé le 9 décembre 1911, est mort le
24 décembre, la durée de la maladie a donc été de 15 jours. Le
symptôme principal a été la fièvre qui a été forte et continue,
comme le montre le tracé ci-joint (fig. 1); la température a atteint
4O0,8; le tracé se termine en hypothermie. Les trypan., après la
période d’incubation, ont été toujours trouvés à l’examen direct
du sang, et parfois ils ont été notés comme assez nombreux.
Dans les derniers jours de la maladie, il existait un peu d’œdème
de la tête et une conjonctivite double sans kératite.
Le chien pesait au moment de la mort 4 kg. ,400 ; la rate, nota¬
blement hypertrophiée, pesait 19 g.
Je résume l’observation.
Un chien du poids de 4 kg. ,200 est inoculé, le 9 décembre 1911, sur un rat
fortement infecté par Tr. rhodesiense. La température du chien, qui était de
38°, 2 avant l’inoculation, s’élève le 13 décembre à 40°,2 ; en même temps on
note l’existence de trypan. assez nombreux dans le sang.
Du 14 au 22 décembre, la fièvre persiste, la température monte à plusieurs
reprises à 40°,7 et 40°,8. Le 15 décembre, les trypan. sont assez nombreux
245 —
dans le sang ; le 17, ils sont très rares ; le 20, ils sont nombreux. Les héma¬
ties s’agglutinent. Le chien est triste, pàresseux, affaibli.
Fig. 1. — Tracé thermométrique du chien inoculé avec Tr. rhodesiense, le
9 décembre 1911, mort le 24 décembre.
A partir du 22 décembre, la température s’abaisse, elle est de 39°,2 le
22 au soir, de 38°, 8 le 23 au matin, de 37°,7 le 23 au soir. Conjonctivite
double, pas de kératites ; un peu d’œdème de la tête.
Le chien est trouvé mort le 24 décembre au matin ; il pèse 4 kg., 400. La
rate pèse 19 g. Pas d’altérations macroscopiques du foie, des reins ni des
organes thoraciques.
Macaques. — Un Macacus cynomolgus est mort 11 jours après
avoir été inoculé avec le Tr. rhodesiense. Un Macacus sinicus a
survécu un mois à l’inoculation. Un M. sinicus de même poids
à peu près que le précédent, inoculé avec une dose de virus à
Tr. gambiense équivalant à celle du virus à Tr. rhodesiense in¬
jectée au premier M. sinicus, a survécu 45 jours.
Le symptôme principal, chez les singes, est fourni par la fièvre
qui est forte surtout lors de la première poussée fébrile (fig. 2).
Après la période d’incubation qui a une durée de 5 à 7 jours, les
trvpanosomes se multiplient dans le sang et il est facile de cons¬
tater leur présence par l’examen direct. Les trypanosomes sont
nombreux ou assez nombreux à la dernière période. Après la
fièvre, il faut noter, parmi les principaux symptômes, l’anémie
et l’amaigrissement. La température s’abaisse à la dernière pé¬
riode; la mort se produit en hypothermie.
Pour le M. cynomolgus le poids du corps, au moment de la
18
mort, était de 2 kg.; la rate fortement hypertrophiée pesait n g.
Pour le M. sinicus, le poids du corps, au moment de la mort,
était de 1 kg. ,220; la rate pesait 5 gr.
Je résume les observations des deux singes.
i° Un Macacus cynomolgus du poids de 3 kg. ,500, est inoculé le 23 octo¬
bre 19 1 1 avec le Tr. rhodesiense ; à cet effet, on lui injecte sous la peau
d’une des cuisses quelques gouttes du sang d’un rat fortement infecté par
ce trypanosome, diluées dans l’eau citratée.
28 octobre. Le macaque a de la fièvre : 39°,i ; la température initiale était
de 370, 3. Je ne trouve pas de trypan. dans le sang, mais les hématies s’agglu¬
tinent.
31 octobre, trypan. très rares dans le sang ; fièvre légère : 38°, 4. Le singe
maigrit, il ne pèse plus que 2 kg., 700.
2 novembre. Le singe s’affaiblit rapidement ; il est fortement anémié et
amaigri ; il reste couché et ne mange plus. Trypan. assez nombreux. La
température s’abaisse au-dessous de la normale : 370 le matin ; 56°, 4 à midi ;
350, 1 à 1 h. ,45 ; 34°,3 à 7 h. du soir. Pas d’œdèmes. Pas d’altérations des
cornées. Le macaque est trouvé mort le 3 novembre au matin ; il pèse
2 kg. ,670. La rate très augmentée de volume pèse 11 g. Le foie a l’aspect
normal. Les reins sont pâles, l’urine est légèrement albumineuse. — Les or¬
ganes thoraciques sont à l’état sain. — Ganglions inguinaux hypertrophiés.
20 Lin Macacus sinictts mâle, pesant 1 kg. ,800, est inoculé lé 9 décembre
sous la peau d’une des cuisses, avec quelques gouttes du sang d’un rat for¬
tement infecté par Tr. rhodesiense ; le sang du rat est dilué dans de l’eau
physiologique citratée.
Fig. 2. — Tracé thermométrique du Macacus sinicus, inoculé avec le Tr.
rhodesiense, le 9 décembre 1911, mort le 8 janvier 1912.
La température du macaque qui, avant l’inoculation, était de 38°, 4 s’élève
le 14 décembre à 4o°,i et le 15 à 4o°,4 (fig. 2). Le 14 décembre l’examen du
sang révèle l’existence de trypan. très rares.
— 247 —
Du 16 au 22 décembre la température se maintient au-dessus de la nor¬
male (38°, 9 à 40", 1). Le macaque est moins vif qu’à l’ordinaire, il mange
peu ; trypan. rares.
25 décembre, petite poussée de fièvre, la température monte à 39°,7. Try¬
panosomes non rares. Agglutination des hématies.
Du 27 au 30 décembre, la température est normale ; le 31 elle monte à
390, 2 puis elle s’abaisse, le 3 janvier, à 36°, 7 et le 4 à 36°, 2. Le macaque mai¬
grit et s’affaiblit de plus en plus ; anémie très marquée. Trypan. rares le
31 décembre, non rares les 3 et 6 janvier.
Le 5 janvier, la température est de 37°,9 ; le 6 janvier, de 36°, 7 ; les 7 et
8 janvier, de 37°,7.
Mort le 9 janvier 1912. Le macaque ne pèse plus que 1 kg. ,220. Pas d’œ¬
dèmes, cornées intactes.
La rate pèse 5 g. Le foie est marbré de plaques jaunâtres. — Sérosité en
assez grande quantité dans le péricarde. Poumons sains.
Chèvres. — Chez 2 chèvres et chez un bouc, inoculés avec le
Tr. rhodesiense, l’infection s’est terminée par la mort, en 48 et
43 jours chez les chèvres, en 35 jours chez le bouc.
La fièvre qui est survenue dès le deuxième jour après, l’inocula¬
tion chez l’une des chèvres et le 4e jour chez le bouc, ne s’est
prononcée, chez l’autre chèvre, qu’après 12 jours (fig. 3). Au lieu
de procéder par poussées, comme cela a lieu souvent dans les
autres trypanosomiases des caprins, la fièvre est ici continue, ou
du moins on n’observe que de très courtes rémissions; la tempé¬
rature de 41 0 est souvent atteinte ou même dépassée. La tempéra¬
ture s’est abaissée chez les 2 chèvres à la période ultime ; la mort
a eu lieu en hypothermie.
Les trypanosomes ont été toujours très rares dans le sang;
chez une des chèvres, il a été nécessaire de recourir aux animaux
d’épreuve pour constater l’existence de l’infection; chez chacun
des deux autres caprins, l’examen du sang n’a été noté comme
positif qu’une fois au cours de l’infection.
Les animaux qui avaient été inoculés à la base d’une des
oreilles ont présenté, tous les trois, un œdème dur, persistant, au
point d’inoculation. Chez une des chèvres, l’œdème s’est étendu
à toute la tête; il était si prononcé que l’animal ne pouvait plus
entr’ouvrir ses paupières et que le gonflement des lèvres rendait
l’alimentation très difficile.
Line des chèvres a présenté une opacité persistante des deux
cornées et, à l’autopsie, on a constaté l’existence, dans l’humeur
aqueuse, de trypanosomes non rares, alors que les parasites
étaient extrêmement rares dans le sang.
Les deux chèvres ont subi un très fort amaigrissement ; la perte
de poids a été peu marquée chez le bouc.
— 248 —
A l’autopsie, les rates des 3 caprins ont été trouvées notable¬
ment hypertrophiées les poids des animaux étant de 23 kg.,
44 kg. et 52 kg., les poids des rates étaient respectivement de
140 g-, 113 g • et 170 g.
Les ganglions inguinaux étaient fortement hypertrophiés.
J’ai publié déjà l’observation du bouc qui, ayant l’immunité
pour le Tr. gambiense, s’est infecté par le Tr. rhodesiense com¬
me un animal neuf, et celle de la chèvre qui a servi de témoin,
observations qui m’ont permis de conclure que le trypanosome de
Rhodésia ne devait pas être identifié au Tr. gambiense (1), je
résume l’observation du troisième caprin.
Une chèvre du poids de 41 kg. est inoculée le 21 octobre 1911, sur un rat
infecté de Tr. rhodesiense. A cet effet, quelques gouttes du sang du rat sont
diluées dans de l’eau physiologique citratée et injectées sous la peau, à la
base de l’oreille gauche.
La température de la chèvre, qui était de 38° avant l’inoculation, s’élève
à 38°, 4 le 25 octobre, à 38°, 6 le 28 et à 41 0 le 3 novembre. Des examens
du sang faits le 28 octobre, ier, 3, 4, 5 et 6 novembre sont négatifs au
point de vue de l’existence des trypanosomes.
Le 2 novembre, la chèvre pèse 34 kg., elle a donc maigri de 7 kg. depuis
le jour de l’inoculation.
La fièvre très forte le 3 novembre persiste les 4 et 5 novembre, après quoi
la température s’abaisse à la normale pendant 48 heures, pour remonter
bientôt à 40° et atteindre, le 14 novembre, 41 °, 4 (fig. n° 3).
Le 8 novembre, on note de l’œdème à la base de l'oreille gauche. Il s’agit
d’un œdème dur qui augmente les jours suivants. Examens du sang néga¬
tifs.
Du 15 au 30 novembre, la fièvre persiste, elle est continue avec des ma-
xima de 400,7-
Le 23 novembre, l’œdème de l’oreille gauche persiste et on note une
légère tuméfaction de la tête visible principalement aux paupières et aux
lèvres.
25 novembre. L’œdème de la tête s’accentue. Les examens du sang étant
toujours négatifs, on inocule 2 cobayes qui reçoivent chacun, dans le péri¬
toine, 5 cm3 du sang de la chèvre. Ces 2 cobayes se sont infectés.
29 novembre. L’œdème de la tête augmente ; la chèvre ouvre difficile¬
ment les yeux, on peut s’assurer cependant que les cornées sont intactes ;
l’œdème des lèvres gêne l’alimentation.
Du ier au 5 décembre, la température de la chèvre se maintient aux envi¬
rons de 40°. Le 2 décembre, la chèvre pèse 33 kg.
5 décembre, la chèvre qui est aveuglée par la tuméfaction des paupières
ne mange presque plus et s’affaiblit rapidement.
6 décembre, la chèvre est couchée sur le flanc et ne peut plus se relever ;
la température s’abaisse, elle est de 390 le 6, de 38°, 2 le 7 à 8 h. du soir,
de 36°, 9 le 7 à 10 h. 1/2 du soir
La chèvre est trouvée morte le 8 décembre 1911 au matin ; elle ne pèse
plus que 23 kg.
(1) A. Laverax, Bullet. Soc. de pathol. exotique, 1912, t. V, pp. 26-30.
Décembre
249
Fig. 4. — Tracé thermométrique d’un mouton inoculé de Tr. rhodesiense le 27 décembre 1911, mort le 9 février 1912
2D0
Ganglions inguinaux très gros, mous, fortement injectés, non caséeux. Un
ganglion mésentérique énorme, du poids de 180 g. renferme de la matière
caséeuse. On ne trouve pas dans les viscères d’autre lésion pouvant se rap¬
porter à la tuberculose.
La rate pèse 140 g. ; le parenchyme est ramolli. Foie, reins, d’aspect nor¬
mal ; urine claire légèrement albumineuse.
Péricarde, cœur à l’état normal. Forte congestion à la base du poumon
droit. La chèvre était couchée de ce côté quand elle est morte.
Moelle épinière : pas d’altération macroscopique.
Cornées transparentes.
Moutons. — Chez 2 moutons, l’infection produite par le Tr.
rhodesiense s’est terminée par la mort, en 44 jours dans un cas,
en 54 jours dans l’autre.
La maladie, chez les moutons, évolue, à très peu près, comme
chez les chèvres. Après une période d’incubation de 8 jours envi¬
ron, la température s’élève; la fièvre est forte et continue pendant
tout le cours de la maladie; la température de 41 0 est souvent
atteinte (fig. 4). Les trypanosomes sont très rares dans le sang.
Les 2 moutons ont présenté de l’œdème de l’oreille du côté de
l’inoculation; l’un d’eux a eu de la tuméfaction du museau avec
jetage et cornage; la muqueuse nasale était tuméfiée, des muco¬
sités et des croûtes s’accumulaient aux orifices externes des fosses
nasales et gênaient la respiration ; chez l’autre mouton, on a
noté, à la dernière période, un peu d’œdème des paupières. Les
deux animaux étaient très amaigris au moment de la mort.
L’un des moutons, du poids de 87 kg., avait une rate pesant
120 g. ; l’autre mouton, du poids de 70 kg., avait une rate pesant
190 g. Ganglions inguinaux volumineux. Cornées intactes chez
les deux animaux.
Les observations de ces moutons ont été publiées déjà (1) ; elles
ont servi à démontrer que Tr. rhodesiense ne pouvait pas être
identifié à Tr. Brucei ; les deux moutons avaient acquis en effet
l’immunité pour le nagana quand ils ont été inoculés avec le try¬
panosome de Rhodésia et ils se sont infectés comme des animaux
neufs.
* *
fl ressort de mes observations comme de celles qui ont été pu¬
bliées antérieurement par différents auteurs, que Tr. rhodesiense
se distingue nettement de Tr. gam'oiense par sa virulence plus
grande pour la plupart des espèces animales.
(1) A. Laveran, Bullet. Soc. de palhol. exotique, t. V, p. 101.
Tr. gambiense a pour les souris et les rats une virulence très
variable; certains de ces Rongeurs se montrent réfractaires à ce
virus, d’autres ont des infections légères qui se terminent par
guérison, d’autres enfin ont des infections longues; la virulence
du Tr. gambiense peut d’ailleurs être exaltée pour la souris et le
rat, à la suite de passages par ces animaux. Tr. rhodesiense tue
invariablement les souris et les rats; la durée moyenne de l’in¬
fection, chez les souris, a été de 6 jours 1/2 et, chez les rats, de
8 jours 1/2, dans mes expériences.
Chez le cobaye, chez le chien, chez les macaques, la durée des
infections produites par Tr. rhodesiense est plus courte que celle
des infections produites par Tr. gambiense.
Chez les chèvres et chez les moutons les différences entre les
deux trypanosomiases, au point de vue de l’évolution, de la
symptomatologie et de la gravité, sont toyt-à-fait remarquables.
Alors que les infections produites par Tr. gambiense 'ne se tra¬
duisent souvent, chez ces animaux, que par des poussées fébriles
qui passeraient inaperçues si on 11e prenait pas la température, et
qu’elles se terminent d’ordinaire par guérison, après une durée
assez longue (6 mois, un an, parfois davantage), les infections
dues au Tr. rhodesiense se traduisent par une fièvre très vive et
presque continue, par des œdèmes siégeant principalement à la
tête, par des kératites, et la mort paraît être la terminaison in¬
variable ; la durée, relativement courte, de la maladie a été pour
les 5 animaux que j’ai mis en expérience de 44 jours (minimum:
35 jours, maximum : 54 jours).
Quelques Nématodes parasites des Reptiles
Par A. RAILLIET et A. HENRY.
M. le Professeur Laveran nous a remis, pour détermination, un
certain nombre de Nématodes recueillis à l’Institut Pasteur, les
uns dans l’intestin de deux Iguanes de l’Amérique du Sud (24 dé¬
cembre 1 9 1 1 ), les autres dans l’intestin d’une grosse Tortue de
provenance indéterminée (5 janvier 1912).
Ces Reptiles ont été déterminés par M. Roule, du Muséum
d’Histoire naturelle: les premiers se rapportent à l’espèce J gnana
tuberculata Laurenti, le second à l’espèce Testudo emys Schl.
et Müll. (qui appartient à la faune indo-malaise).
A. — - Parasites d ’lguana tuberculata.
Nous en avons trouvé deux espèces.
i° Ozolaimus cirratus (Linstow, 1906). — Syn. : Oxyuris c vr
rata Linstow, 1906.
Les deux sujets étaient porteurs d’un Oxyuridé à deux lèvres,
répondant exactement à la forme du Musée de Kônigsberg étu¬
diée par von Linstow et provenant du même hôte. Nous n’avons
rien à ajouter à la description de cet auteur, mais nous classons
cette forme dans le genre Ozolaimus Dujardin, en raison de sa
bouche clorso-ventrale, à deux lèvres latérales, de son très long
œsophage composé de deux sections séparées, de son long spiculé
droit, de sa vulve saillante située vers le quart postérieur, etc.
L’espèce type du genre est VOz. megatyphlon (Rud., 1819), du
même Iguane.
Ce ne sont pas d’ailleurs les seuls Oxyuridœ à deux lèvres; la
bouche offre la même disposition, par exemple, chez V Oxyuris
monhystera Linst., 1902, d’un autre Iguanien, le Mêtopoceros çor-
nutus Wagler, mais ici l’œsophage ne présente pas la seebon
antérieure, simulant un cæcum, des deux formés précédentes.
La présence de trois lèvres ne constitue donc pas un caractère
plus absolu pour les Oxyuridœ que pour les Ascarides.
20 Atractis opeatura Leidy, 1891. — Syn.: Atractis cruciata
Linstow, 1902.
Le corps est blanc, cylindroïde, atténué en arrière de l’anus en formant
une queue longue et pointue. Le tégument paraît lisse, sauf dans la région
œsophagienne, où il existe une très délicate striation transversale. La mus¬
culature est méromyaire, platymyaire, comme chez les Oxyures. La bouche,
difficile à observer de face sur des parasites si petits, semble entourée Je six
lèvres. L’œsophage, d’une longueur totale d’environ 800 u, comprend d'mx
parties distinctes, à peu près égales en longueur ; l’antérieure a sa lumière
étoilée et sa paroi interne fortement chitinisée ; la postérieure ne présente,
que de faibles formations chitineuses et se termine par un bulbe avec appa¬
reil chitineux broyeur à trois dents. L’intestin s’étend directement en ligne
droite jusqu’à l’anus ; il est légèrement élargi à son origine. Le pore excré¬
teur, placé un peu en avant du bulbe œsophagien, est muni d’une poche
ou saccitle souvent remplie de matières brunâtres ; son orifice est à bords
froncés et porte souvent des filaments byssoïdes.
Le mâle, long de 4 mrn. à 4 mm. ,2, a une forme remarquable : son corps,
en effet, est enroulé en une spirale comprenant 3 à 5 tours ; seule l’extré¬
mité antérieure, dans la région qui correspond à l'oesophage, demeure recti-
— 253 —
ligne. La queue est dépourvue d’ailes latérales. Les deux spiculés sont iné¬
gaux : le plus grand est long de 422 à 425 u, épais de 30 p. ; le plus petit
est long de 193 à 205 p, épais seulement de 14 p ; tous deux sont finement
striés en travers ; la pièce accessoire est en forme de tube ; elle est longue
de 100 à 110 p. Les papilles caudales sont au nombre de sept de chaque
côté, dont 4 postanales et 3 préanales : 1 dorsale en face de 2 et 3 rappro¬
chées ; 5 et 6 également rapprochées.
La femelle a le corps rectiligne ou arqué, mais jamais spiralé ; elle est
longue de 5 mm. à 5 mm., 250, et épaisse de 290 p vers son milieu. L’anus
s’ouvre à 600 p de l’extrémité caudale et la vulve à 300 p environ en avant
de l’anus. On trouve à l’intérieur des organes maternels des embryons éclos,
complètement développés, mesurant jusqu’à 2 mm., 400 de long sur 120 p
de diamètre.
Un seul des deux Iguanes était porteur de ce Ver.
Cette espèce se rattache, par l’ensemble de ses caractères, au
genre Atractis Dujardin, 1845, également de la famille des U.vv-
uridœ.
Deux espèces de ce genre figurent dans les publications helmin-
thologiques, comme parasites des Iguaniens :
Atractis opeatura Leidy, 1891, trouvé en abondance dans l’in¬
testin d’un Cyclura bacolopha Cope, provenant de l’île de la Nou¬
velle-Providence, et Atractis cruciata Linstow, recueilli en grand
nombre également, par Spengel, dans l’intestin d’un Mctopo-
ceros cornutus Wagler, d’Haïti.
Or, si l’on part de la description que nous venons de donner,
on constate qu’elle concorde, presque en tous points, avec celle de
V Atractis cruciata ; mais elle répond aussi à celle de V Atractis
opeatura, et les quelques divergences constatées constituent même
une liaison entre les deux formes. Le seul caractère qui semble¬
rait les distinguer porte sur le nombre des papilles céphaliques :
Leidy n'en a vu que trois, alors que Linstow en signale 6. Mais
il faut dire que l’observation en est extrêmement difficile, de sorte
que l’erreur n’a rien de surprenant.
Nous croyons donc pouvoir assimiler ces deux formes, en y
joignant celle que nous venons d’étudier.
Les trois hôtes ont, du reste une aire géographique offrant de
nombreux points de contact, et se chevauchant en particulier dans
la région des Antilles.
B. Parasites de Testudo emys.
Deux espèces également.
i° Cissophyllus laverani n. g., n. sp. (fig. 1 à 3).
254 —
Le corps est cylindroïde, un peu atténué aux extrémités. Le tégument est
opalescent, mais assez transparent pour laisser apparaître la teinte générale
blanche des organes génitaux, et la coloration rouge brunâtre du tube diges¬
tif. La cuticule est très finement striée en travers ; l’écartement des stries
n’est, en effet, que de i pi, 5 ; toutefois, dans la région céphalique, où cette
cuticule se détache de la couche sous-jacente, il peut aller jusqu’à 6 4,5. La
Fig. 1. — Bouche vue de face X 150.
musculature est du type polymyaire. La bouche est des plus compliquée ; les
figures 1 et 2, mieux qu’une longue description, donneront une idée de cette
complexité. L’orifice buccal est allongé dans le sens dorso-ventral. La com-
Fig. 2. — Bouche vue de côté X 150.
missure dorsale est occupée par une forte dent aplatie, trilobée comme une
feuille de lierre et susceptible de se redresser en basculant sur sa base. Les
bords latéraux, renforcés par un cadre chitineux à quatre compartiments,
portent un grand nombre de lamelles réparties en groupes et dirigées vers le
centre. Les deux papilles latérales sont dédoublées et les quatre submédianes,
plus puissantes, montrent du côté interne comme un bouton surajouté. L’œ¬
sophage, dans son ensemble, est long de 3 mm., 6 à 3 mm. ,8 ; il se compose
de trois parties de longueur à peu près égale : les deux premières ne se
distinguent que par le degré de chitinisation qui donne à la seconde une
teinte un peu plus foncée ; la dernière, d’un diamètre légèrement supérieur
aux précédentes, se termine par un bulbe globuleux avec appareil broyeur
formé de plaques chitineuses finement plissées. L’intestin débute par une
dilatation qui fait immédiatement suite au bulbe œsophagien ; son calibre
se rétrécit ensuite et se maintient jusqu’à l’anus.
Le mâle, long de 25 à 31 mm., épais de 1 mm. ,5 à 1 mm. ,6, se reconnaît
à sa queue (fig. 3) incurvée vers la face ventrale. Le cloaque, largement
fendu et à bords saillants, s’ouvre à 650-700 p de la pointe caudale ; à
2 mm. ,300-2 mm. ,500 en avant de lui s’observe, sur la ligne médiane ven¬
trale, une ventouse peu développée, en forme de fente longitudinale. Il n’y
Fig. 3. — Extrémité caudale du mâle X 18.
a pas d’ailes caudales. Les deux spiculés, sensiblement égaux, sont longs de
1 mm., 675 à 2 mm., 050 et larges de 95 à 110 p ; ils sont accompagnés d une
pièce accessoire creuse, longue d’environ 400 p, large de 200 p en avant et
de 160 p en arrière. Les papilles caudales, toutes sessiles, sont au nombre
de 11 de chaque côté : 6 préanales et 5 postanales.
La femelle n’est pas plus grande que le mâle ; elle ne mesure en effet
que 24 à 31 mm. de longueur sur une épaisseur maxima de 1 mm. ,6 a
1 mm. ,8. Le corps, comme chez le mâle du reste, s’atténue brusquement
après l’anus ; celui-ci est situé à 900 p de l’extrémité caudale. La queue
reste droite et porte de chaque côté une papille tactile qui correspond à la
plus dorsale du groupe caudal du mâle. La vulve s’ouvre un peu en arrière
du tiers postérieur. Les deux branches utérines se dirigent parallèlement
en avant. Les œufs sont oblongs, à coque très mince ; ils sont longs de
1 10 à 117 p, larges de 59 à 62 p ; ils ont subi un commencement de seg¬
mentation au moment de la ponte, les plus avancées montrant 2, 4 et
même 8 blastomères.
Quelle place doit-on donner à ce Ver dans la classification ?
— 256
Nous avons dit qu’il s’agit d’un polymyaire. Si l’on remarque
en outre que le mâle est pourvu d’une ventouse préanale, on est
conduit à le rapprocher d’emblée des Heterakis Duj. Il s’agit
même d’une forme dont la bouche peut se ramener au type tri-
labié des Heterakis proprement dits, et par suite à celui des Asca¬
ris. La lèvre supérieure ou dorsale est, en effet, représentée par
la formation commissurale à lame tridentée ou en feuille de lierre,
qui porte deux papilles submédianes. Quant aux deux lèvres ven¬
trales, ce sont elles qui sont garnies de bouquets de lamelles à leur
bord interne, car elles portent chacune, selon la règle, une napille
submédiane et une papille latérale.
Mais ce parasite, de par cette organisation si spéciale de la bou¬
che, ne peut rentrer dans aucun des genres actuels. Aussi propo¬
serons-nous à son intention l’établissement du genre nouveau
Cissophyllus, dont le nom vise l’armature en feuille de lierre de la
lèvre dorsale. L’espèce, dédiée à M. le professeur Laveran, sera
dénommée Cissophyllus laverani n. sp.
Si nous cherchons maintenant à préciser -es rapports de ce
genre avec les groupes voisins, nous devons '-appeler que, selon
les principes posés par von Drasche, la grande famille des Asca-
ridœ se laisse diviser en un certain nombre de sous-familles, par¬
mi lesquelles nous pouvons dès à présent citer:
ASkarinæ, comprenant les genres Ascaris L., Belascaris Leiper, 1907,
Toxascaris Leiper, 1907, Lagochilascaris Leiper, 1909, Polydelphis Duj.,
1845...
Anisakinæ, genres Anisakis Duj., 1845 ( Peritrachelius Dies., 1851 ; Co-
nocephalus Dies., 1861), et peut-être Crossocephalus Raill., 1909 ( Pteroce -
phalus Linst., 1899).
Heterocheilinæ, englobant provisoirement toutes les formes à cæcums
oesophagiens ou intestinaux : Heterocheilus Diesing, 1839 ; Typhlophoros
Linst., 1906 ; Porrocœcum n. g., type P. crassum (Desl.) — Ascaris crassa
Desloxgciiamps, 1824 ; Crossophorus Hempr. et Ehbr., 1828 ; Lecanocepha-
lus Dies., 1839 ; Contracœcuni n. g., type C. spiculigermn (Rud.) = Ascaris
spiculigera Rud., 1809.
Genres isolés : Acanthocheilus Molin, 1858 ; Echinonema Linstow, 1898 ;
? lldigmus Duj., 1845.
Enfin, la sous-famille des Heterakinœ (1), à laquelle se ratta¬
chent tous les Ascarides dont le mâle est pourvu d’une ventouse
préanale.
Les genres de ce groupe, y compris celui que nous venons de
(1) La désignation correcte serait évidemment Heteracis, Anisacis, etc. ;
les noms des sous-familles deviendraient alors Heteracinæ, Anisacinœ, etc.
— 257
proposer, sont au nombre de 6. Il nous paraît utile d’en donner
les principaux caractères, en les faisant précéder d’une clé propre
à la détermination rapide.
i. Spiculés non accompagnés d’une pièce accessoire ; ven¬
touse préanale à anneau corné . 2
Spiculés accompagnés d’une pièce accessoire : ventouse
préanale sans anneau corné . 4
2. Lèvres sans appendices ; mâles à ailes caudales . 3
Lèvres à appendices postérieurs ; mâles sans ailes cau¬
dales . Aspidodera.
3. Un bulbe œsophagien ; ailes bien développées . Heterakis.
Pas de bulbe œsophagien ; ailes faibles . Ascaridia.
4. Un bulbe œsophagien . 5
Pas de bulbe œsophagien ; bouche bivalve . Dacnitis.
5. Bouche hexagonale ou ovale, sans lamelles . Subulura.
Bouche à trident dorsal, à lamelles latérales . Cissophyllus.
Heterakis Duj., 1845. — Bouche à trois lèvres. Bulbe œsophagien. Sou¬
vent deux membranes latérales. Mâles â ailes caudales bien développées
(large bourse), avec de grandes papilles ; spiculés généralement inégaux,
sans pièce accessoire ; ventouse préanale à anneau corné. Femelles vulve
vers le milieu de la longueur du corps ; utérus opposés ; œufs à coque
épaisse, avec une granulation claire en dedans de la coque, à l’un des pôles.
— Intestin (surtout cæcum) des Oiseaux et des Mammifères. — Espèce
tvpe : H. vesicularis (Frôlich, 1791). Comprend en outre : H. dispar
(Schrank, 1790), H. isolonche Linstow, 1906, etc.
Ascaridia Duj., 1845. — Bouche à trois lèvres. Œsophage en massue, sans
bulbe. Souvent deux membranes latérales. Mâles à ailes caudales faibles ;
spiculés égaux ou subégaux, sans pièce accessoire ; ventouse préanale peu
saillante, à anneau corné ; papilles massives. Femelles à vulve vers le milieu
du corps ; utérus opposés ; œufs à coque épaisse, avec une granulation claire
en dedans de la coque, â l’un des pôles. — Intestin (surtout intestin grêle)
des Oiseaux. — Espèce type : Ascaridia truncata (Zeder, 1803). Autre espè¬
ces ; .4i-c. perspicillum (Rud., 1803) ; Asc. maculosa (Rud., 1802), et proba¬
blement Asc. granulosa (Linstow, 1906) ; Asc. lineata (Schneider, 1866) ;
Asc. brasiliensis (Magalh., 1892) ; Asc. compressa (Schneider, 1866), etc.
Aspidodera nom. nov. (Aspidocephalus Diesixg, 1851, non Motsch, 1839).
— Bouche à trois lèvres prolongées en arrière par des appendices membra¬
neux. Œsophage ?. Mâles sans ailes caudales ; spiculés subégaux, sans pièce
accessoire ; ventouse préanale à anneau corné. Femelles à vulve antérieure ;
utérus ? — Estomac et intestin des Marsupiaux et des Edentés. — Espèce
type : Aspidodera scolecijormis (Diesing, 1851). Autre espèce : Asp. subulata
(Molin, 1860).
Cissophyllus n. g. — Bouche à trois lèvres complexes, armées de dents ou
de lamelles. Œsophage composé de trois parties distinctes, la troisième ter¬
minée par un bulbe. Mâles sans ailes caudales ; spiculés presque égaux,
accompagnés d’une pièce accessoire ; ventouse preanale sans anneau corné.
Femelles à vulve située vers le tiers postérieur ; utérus parallèles dirigés en
avant ; œufs à coque mince, en segmentation au moment de la ponte. —
Intestin des Chéloniens. — Espèce type : C. laverani n. sp.
Subulura Molin, 1860. — Bouche rarement à 3 lèvres papillifères, parfois
ronde, plus souvent ovale ou hexagonale à grand axe dorso-ventral, suivie
d’une capsule buccale (vestibule) au fond de laquelle se trouvent trois dents
(entrée de l’œsophage). Bulbe œsophagien bien distinct. Souvent deux mem¬
branes latérales. Mâles à ailes caudales faibles ou nulles ; spiculés égaux,
accompagnés d’une pièce accessoire ; ventouse préanale sans anneau corné.
Femelles à vulve vers le milieu du corps. Utérus ? — Gésier et intestin
(surtout cæcums) des Oiseaux ; parfois cæcum et côlon des Primates. —
Espèce type : S. acutissima Molin, 1860. Autres espèces : S. pnpillosa (Mo¬
lin, 1860) ; S. suctoria (Molin 1860) ; S. differens (Sonsino, 1890) ; S.
strongylina (Rud., 1819) (= Ascaris strongylina et Asc. forcipata Rud.,
1819 ; Heterakis forciparia Schn., 1866) ; S. distans (Rud., 1819)
Dacnitis Duj., 1845 (? Pleurorinchus N au, 1787 ; ? Pleiirorhynchus Rud.,
1810 ; Stelmins Duj., 1845 ; Dacnites Van Ben., 1858). — Extrémité anté¬
rieure relevée vers la face dorsale. Bouche elliptique, à grand axe dorso-ven¬
tral, limitée par deux sortes de valves latérales rappelant celles des Cuculla-
nus. Œsophage en massue, sans bulbe. Mâles sans ailes caudales ; spiculés
égaux, accompagnés d’une pièce accessoire ; ventouse préanale sans anneau
corné. Femelles à vulve vers le milieu du corps ; utérus ? — Intestin des
Poissons. — Espèce type : ? D. esuriens Duj. ( = Cucullanus foveolatus
Rud., 1809).
2° Atractis dactyluris (Rud., 1819).
La seconde espèce fournie par T estudo emys a le corps blanc, cylindroïde,
terminé dans les deux sexes par une queue longue et pointue. La cuticule
est très finement striée en travers. La bouche est à six lèvres, portant cha¬
cune une papille ; il n’existe pas d’atrium buccal. L’œsophage mesure 1/7 à
1/9 de la longueur du corps (730 à 775 p chez le mâle ; 750 à 815 p chez
la femelle) ; il est formé de deux parties d’aspect différent : l’antérieure, oc¬
cupant les 4/7 environ de la longueur totale, a sa paroi interne fortement
chitinisée, à section en forme d’étoile à six branches ; la postérieure, moins
chitinisée et de calibre plus étroit, se termine par un bulbe subglobuleux, à
trois plaques masticatrices finement striées. L’intestin débute par une dila¬
tation ; il est de coloration brunâtre. Le pore excréteur est situé à 1 mm.-
1 mm., 180 de la bouche, par conséquent, en arrière de l’œsophage ; il est
muni d’un saccule à parois épaisses et striées en travers.
Le mâle, long de 4 mm. ,7 à 5 mm. ,250, large de 200 à 220 p vers le
milieu, a le corps incurvé dans sa moitié postérieure ; dans cette courbure, la
cuticule porte de chaque côté de la ligne médiane ventrale une bande longi¬
tudinale granuleuse de teinte fauve, formée de ponctuations chitineuses très
serrées ; cette bande peut présenter sur sa longueur une ou deux interrup¬
tions n’offrant rien de régulier ; nous ne l’avons pas vue se partager en
45 plaques, comme le signale H allez. Le cloaque s’ouvre quelque peu en
saillie à 500-525 p de l’extrémité postérieure ; le 1/3 postérieur de la queue
est rétrécie en une pointe subulée. Il existe 10 paires de papilles caudales :
6 postanales et 4 préanales ; 1, 4 et 6 sont latérales. Les deux spiculés sont
inégaux, dissemblables et accompagnés d’une pièce accessoire. Le grand
spiculé, fort grêle, est long de 415 à 500 p ; le petit est à paroi épaisse, for¬
tement chitinisée ; sa forme générale rappelle celle d’une griffe, mais son
extrémité est mousse et munie d’une petite aile ; sa longueur totale est de
106 à 118 p. La pièce accessoire est courte, conique, longue de 126 à 130 p ;
son diamètre à sa base est de 28 p ; elle est creuse, à paroi mince et fine¬
ment ponctuée ; son sommet est percé d’un orifice de 8 à 9 p de diamètre.
— 259 —
La femelle est longue de 5 à 5 mm. ,7, sur une épaisseur de 320 à 350 u
vers le milieu du corps ; sa queue ou région postanale est longue de 550 à
650 u ; la vulve s’ouvre à 90 p environ en avant de l’anus. Les organes ma¬
ternels contiennent souvent un ou deux gros œufs ellipsoïdes, longs de 480 à
500 u, larges de 200 à 225 u ; nous n’avons jamais observé d’embryons.
Les caractères qui viennent d’être exposés semblent bien ré¬
pondre à VAtractis dactyluris (Rud.), autant qu’on peut en juger
d’après les descriptions fort imprécises des auteurs; cependant,
u convient de remarquer qu’au lieu des 45 paires de plaques ven¬
trales signalées chez le mâle par Hallez, nous n’avons trouvé
qu’une seule paire de bandes granuleuses avec quelques rares
interruptions. Pour marquer cette particularité, qui méritera d’at¬
tirer l’attention, nous donnerons à la forme parasite de Tcstudo
emys le nom d’Atractis dactyluris var. granulosa.
— 2Ô0 —
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Annals of tropical medicine and parasitology, t. VI, n° i.
Archiv fin Schiffs-und Tropen-Hygiene, t. XVI, nos 6 et 7.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de V Indochine, t.
III, n° 1.
Gazeta medicci da Bahia, t. X'LII, n° 8.
Geneeskundig tijdschrift voor N ederlandsch-Indië, t. LU, n° 1.
Journal of the London school of tropical medicine, t. I, n° 2.
Journal of the Royal Artny medical corps, t. XVIII, n° 4.
Journal of tropical medicine and hygiene, t. XV, n° 7.
Kala-azar bulletin, t. I, n° 2.
Lanterne médicale (Haïti), t. XV, n° 4.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz, t. III, n° 2.
Philippine journal of science, t. VI, n° 6.
Revista de Veterinaria c zootechnia, t. II, n° 1.
Sleeping sickness bulletin, t. IV, n° 36.
Transactions of the Society of tropical medicine and hygiene,
t. V, n° 5.
Tunisie médicale, t. II, n° 3.
VOLUMES ET BROCHURES.
Report of the international plague conférence.
A. Scherschmidt. Uber das Verhalten der Leukozyten im
Blute Malariakranker lange Zeit nach dem Fieberafall. Thèse
inaugurale.
V. Schilling-Torgau. 6 brochures diverses.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET C1®.
Tome V.
1912
No
BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 8 mai 1912
PARIS
MASSON & O, ÉDITEURS
LIBRAIRES DE L’ACADEMIE DE MÉDECINE
120, Boulevard Saint-Germain (6e)
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15 jours après chaque séance, qui a lieu le 2e mercredi du mois, sauf en août et
septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
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Années 1908 à 1911 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
SOMMAIRE DU NUMÉRO >
Séance du 8 mai 1912
PAGES
CORRESPONDANCE
Présentation
Brumpt. — Préparations renfermant Schi^otrypanum cru^i à diverses
phases de son cycle évolutif . 261
Voir la suite du sommaire page V île la couverture
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Les auteurs sont priés d’indiquer sur leurs manuscrits le nombre
de tirés à part qu’ils désirent recevoir. Ceux qui habitent hors de
France, sont priés d’envoyer, avec leurs communications, le prix du
tirage à part. Les clichés de figures à insérer dans le texte sont à la
charge des auteurs.
AVIS IMPORTANT
EXTRAIT DU RÈGLEMENT
Art. 19.— Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. a3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt apres la communication faite.
Art. 2?. Les notes seront publiées élans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étenelue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 2° pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
a Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
IV
Cinquième année
1912
No 5
‘BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 8 MAI I912.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN.
Correspondance
M. Noël Bernard, nommé membre correspondant à la séance
de décembre, adresse des remerciements à la Société.
Présentation
M. Brumpt présente au microscope 3 préparations provenant
de Souris inoculées à l’âge de 3 jours, avec le Schizotrypanum
Cruzi (virus de Bahia) et mortes 15 jours plus tard.
La première préparation montre, dans une fibre musculaire
striée de la cuisse, des formes Leishmanici du parasite.
La seconde préparation contient, dans une fibre musculaire car¬
diaque, des formes trypanosomes.
La troisième préparation montre des trypanosomes ayant pris
naissance dans les fibres cardiaques, accumulés sous le péricarde
et devant gagner de là l’appareil lymphatique.
— 2Ô2 —
Les Souris et les Rats nouveau nés s’inoculent d’une façon
constante avec les déjections des Conorhinus, et avec ces premiè¬
res souris, on obtient facilement des passages, j’en suis actuelle¬
ment à mon 3e passage. Les yeux des Souris inoculées et forte¬
ment infectées, ne s’ouvrent pas comme ceux des Souris témoins.
La schizogonie décrite par Vianna est le seul mode de dévelop¬
pement que j’aie pu étudier. Je n’ai jamais vu de parasites endo-
globulaires, ni de schizogonie pulmonaire.
— 263 —
COMMUNICATIONS
La Dysenterie à Saigon
Par DENIER et HUET.
Dès que l’agent étiologique de la dysenterie bacillaire eût été
nettement mis en évidence par Shiga, en 1898, on sut très rapide-
ment qu’il était possible de le trouver dans les entérites tropicales.
Flexner et Strong, à Manille; Castellani, à Cevlan ; Rogers,
aux Indes, ont isolé des bacilles dysentériques. La question a été
reprise plus récemment par Whitmore, aux Iles Philippines.
D’autre part, van Loghem, aux Indes Néerlandaises, et Gaudu-
cheau, au Tonkin, ont trouvé le virus de la dysenterie bacillaire
dans ces régions où il n’avait pas encore été signalé. A Saigon,
depuis bientôt deux ans, nous nous occupons de la même ques¬
tion. Il n’était pas sans intérêt, étant donné la gravité des enté¬
rites, de savoir si nous trouverions la dysenterie bacillaire, et dans
l’affirmative, quel en serait le pourcentage. Les recherches bacté¬
riologiques sont d’autant plus intéressantes, que la clinique seule
est dans l’impossibilité d’établir un diagnostic différentiel.
Nos expériences ont commencé en octobre J910 et se sont ter¬
minées en novembre 1911. Elles ont porté sur 104 malades prove¬
nant soit de l’hôpital militaire de Saigon, soit des infirmeries de
la Division navale et du 11e régiment d’infanterie coloniale. Quel¬
ques cas provenaient de clientèles privées.
Les selles étaient recueillies dans des cristallisoirs stérilisés
et examinées aussitôt que possible après l’émission. Non fécaloï-
des en général, elles n’étaient guère constituées que par du mucus
et du sang. Elles présentaient une réaction alcaline, et irrégulière¬
ment l’odeur de sperme.
Au microscope elles étaient constituées par des globules rouges,
des globules blancs en voie de dégénérescence, polynucléaires le
plus souvent, mononucléaires ou éosinophiles.
Les protozoaires rencontrés sont Amœba. coli, Amœba dy sente¬
nce, et des Flagellés. Là proportion de selles contenant l’amibe
264 —
dysentérique a été de 53 p. 100. Enfin, dans 5 cas, nous avons
trouvé des œufs de tricocéphales.
La flore intestinale variait a’vec les malades. Dans 44 p. 100
des cas, cette flore de rouge était devenue violette. Certaines espè¬
ces ( Bacillus perfringens), des spirilles, un entérocoque, un strep¬
tocoque, une levure, paraissaient dominer le champ microscopi¬
que.
La recherche du bacille de la dysenterie a été faite suivant les
procédés ordinaires.
Une anse de mucus lavée dans un ou plusieurs tubes de bouillon, suivant
sa richesse en bactéries, est ensemencée sur des boîtes de gélose lactosée tour-
nesolée. Après 24 heures au thermostat à 370, un prélèvement et un nouvel
ensemencement sur tube de gélose lactosée tournesolée sont faits d’après exa¬
men microscopique. Si la coloration bleue du milieu de culture persiste, on
procède alors à l’agglutination du germe isolé par un Flexner- et un Kruse-
gérum. Ces sérums sont obtenus par l’injection intraveineuse de microbes
éués ou vivants chez le cheval.
Un résultat positif entraîne l’identification complète. Les ensemencements
sont faits alors en bouillon ordinaire lactosé carbonaté et au rouge neutre, en
lait tournesolé et eau peptonée, sur gélatine, gélose et pomme de terre.
L’action de ces microbes sur les sucres a été recherchée dans des culots de
gélose sucrée tournesolée. Le lactose, la mannite, la maltose, le saccharose
furent employés. Des inoculations expérimentales étaient faites dans la veine
marginale de l’oreille du lapin.
Pour établir un pourcentage rationnel de la dvsenterie bacil¬
laire, il y a lieu de faire deux catégories de nos malades. La pre¬
mière comprendra les cas dans lesquels l’examen des selles a été
fait tardivement, lorsque l’affection était en pleine évolution, avec
tendance à la chronicité, et chez lesquels les traitements antérieurs
n’avaient amené qu’une amélioration passagère. Cette série com¬
prend 85 cas, fournis en général par l’hôpital militaire. La dysen¬
terie bacillaire y est rare. Nous avons isolé seulement deux fois
un bacille dysentérique: ce qui donne un pourcentage de 2, 35 %•
Ces résultats correspondent approximativement à ceux trouvés par
Billet à Marseille, chez les rapatriés d’Indochine pour dysenté-
rie.
La deuxième catégorie est constituée par ceux chez lesquels
P examen a été pratiqué dès le début de l’affection et avant tout
traitement. vSur 19 cas, nous avons 6 résultats positifs, soit une
proportion de 31,58 %. Nous ajouterons, pour être complet, que
la technique actuelle a surtout donné des résultats dans les cas
où le mucus n’était pas encore envahi par la flore intestinale. Dans
deux cas, le bacille de la dysenterie était associé à Amœba dysen-
i'ericc.
— 265 —
Les microbes isolés appartiennent aux groupes Y de Htss et
Flexner. Nous avons, d’autre part, trouvé un microbe apparte¬
nant au groupe des dysentériques et qui présente cette particu¬
larité d’attaquer la maltose, mais de rester sans action sur le lac¬
tose, la mannite et le saccharose. Nous proposons de lui donner le
nom de Saigon, dénomination qui aura l’avantage de spécifier
l’endroit où il a été isolé.
Enfin, les propriétés agglutinantes des sérums des malades vis-
à-vis du Shiga et du Flexner, ont été recherchées 56 fois. Dans
16 cas, nous avons obtenu une agglutination positive allant de
1/80 à 1/200, avec le Flexner seulement.
Conclusions.
i° D’octobre 1910 à novembre 1911, Amœba dysenteriœ a été
mise en évidence dans 53 % des cas de dysenterie examinés à
l’Institut Pasteur de Saigon.
20 La dysenterie bacillaire, associée ou non à la dysenterie ami¬
bienne, existe à Saigon.
3° Sa mise en évidence est d’autant plus aisée que les examens
portent sur des cas d’invasion récente et avant tout traitement.
(' Travail de V Institut Pasteur de Saigon.)
Recherches sur les vibrions isolés
dans la récente épidémie de choléra
en Roumanie
Par A. SLATINEANO et M. CIUCA.
Nos recherches ont porté sur une quarantaine de cas. Les vi¬
brions isolés des selles provenaient soit des cas avérés de choléra,
soit des selles de porteurs de vibrions.
Comme méthode d’isolement, nous avons employé de préfé¬
rence l’eau peptonée de beaucoup supérieure au milieu de Dieu-
nonné, dont la spécificité est sujette à caution. Beaucoup d’espè¬
ces étrangères poussent sur ce milieu trop vanté, dont l’incons¬
tance de composition chimique empêche les recherches systéma¬
tiques.
— 206 —
Les vibrions isolés proviennent des cas de Brada (origine russe
par Ismaïl), Piatra et Sadova.
Voici les principaux caractères de ces vibrions:
i° Réaction indol-nitreuse, faible au début, s’accentue par la
suite, surtout après 7-8 passages.
20 La liquéfaction de la gélatine est obtenue constamment avec
toutes les espèces isolées.
30 Agglutination constante 1 :i.ooo. Le sérum agglutinant em¬
ployé provenait d’une chèvre injectée pendant 8 mois avec le
vibrion Saint-Pétersbourg n° 23, d’abord en injections sous-cuta¬
nées de vibrions morts, puis de vibrions vivants, pour finir par
des injections intra-péritonéales (les deux dernières). Les chèvres
supportaient mal les inoculations vibrioniennes. Nombreux cas
de morts, avec exsudats dans toutes les séreuses et cachexie con¬
sécutive.
Ce sérum agglutinait le vibrion Saint-Pétersbourg injecté dans
la proportion de 1/1.500 ou 1/2.000.
40 Le même sérum provoquait le phénomène de Pfeiffer, soit
in vivo, soit in vitro d'une façon constante. La proportion em¬
ployée était de 1 /500.
Le taux de l’agglutination était le même pour les vibrions qui pro¬
venaient soit des malades avérés, soit des porteurs de vibrions. En
suivant pendant plusieurs semaines le taux de l’agglutination de
vibrions provenant de porteurs de vibrions, nous avons remarqué
le fait signalé déjà par Zabolotny, que, au fur et à mesure que
le vibrion devenait plus rare et sa recherche plus difficile, le taux
d’agglutination s’abaissait dans la même mesure et finissait même
par disparaître, de sorte que, à la fin, on isolait un vibrion qui
avait les autres caractères des vibrions cholériques, mais qui
n’agglutinait plus.
5° Les premières races de vibrions isolés de Braïla, inoculés par
injection intra-veineuse chez le lapin, le tuaient en 7 heures. Le
sang du coeur était hémolyse. Tandis que les races provenant
de vSadova et de la Dobrogia ne provoquaient pas cette hémolyse,
nous avons pu l’obtenir in vitro en ensemençant les vibrions
hémolvsants sur des plaques de Pétri contenant de la gélose
avec du sang défibriné de mouton au tiers. Autour de cha¬
que colonie on voit, par transparence, une large zone d’hé-
molvse. Nous sommes en train d’essayer d’isoler cette substance
hémolytique. Toutefois, nous ne pouvons pas préciser pourquoi
certaines races sont hémolytiques et d’autres non.
— 267 —
6° Au point de vue virulence, les vibrions provenant des cas
avérés de choléra comme ceux provenant des porteurs sains, ont
montré une égale virulence sur l’animal. Les uns et les autres
conservaient cette virulence 3-4 mois après leur isolement.
Chez le cobaye, la mort survenait entre 12-20 heures après
l’inoculation intra-péritonéale d’un quart de tube de culture sur
gélose. Culture âgée de 24 heures. Péritonite et présence du
vibrion dans le sang du cœur.
Chez le lapin la mort survenait habituellement vers la 7e heure
après l’inoculation intra-veineuse d’un quart de culture. A l’au¬
topsie on constatait des phénomènes de péritonite, avec exsudats et
fausses membranes et présence constante du vibrion dans le con¬
tenu intestinal (phénomène signalé par Kolle). De plus, l’intes¬
tin présentait la congestion avec la teinté caractéristique du cho¬
léra humain, et des petites suffusions sanguines sous-séreuses.
Nous devons remarquer que les cas de choléra humain exa¬
minés s’accompagnaient presque constamment de nombreuses
évacuations sanglantes qui rendaient le diagnostic un peu diffi¬
cile au début par la confusion possible avec la dysenterie bacil¬
laire si fréquente dans notre pays.
( Travail du Laboratoire de Médecine expérimentale
de Bucarest.)
M. Dopter. — Je suis surpris de voir les auteurs de cette note
donner sur le milieu de Dieudonné une appréciation aussi défa¬
vorable.
Le milieu de Dieudonné est excellent s’il doit être mis en
usage pendant quelques jours seulement après sa fabrication ; à
cette époque il est presque électif pour les vibrions, cholériques
ou non, et il élimine le proteus et le coli-bacille, si gênants pour
l’isolement des vibrions de Koch.
Cette propriété présente encore un énorme avantage, c’est de
renseigner très rapidement sur la teneur des selles en vibrions
spécifiques, fait qui n’est pas à dédaigner en matière de prophy¬
laxie. Pendant l’épidémie de Marseille 1911, mes collaborateurs
et moi nous avons utilisé presque exclusivement ce milieu ; nous
avons été très satisfaits de son emploi, et c’est assurément
grâce à lui que nous avons pu mener à bien, en un temps rela¬
tivement court, les 3.000 examens que nous avons dû effectuer.
— 268 —
Trois cas de fièvre récurrente
à la côte ouest de Madagascar
(Inoculation positive à la souris)
Par A. LAMOUREUX.
*
Dans le Bulletin de la Soc. de Path. ex., du n octobre 1911,.
p. 509, M. Thézé a signalé pour la première fois l’existence, à
Madagascar, d’un cas de fièvre récurrente chez une femme ve¬
nant de la côte Ouest (Marovay).
Nous avons eu l’occasion d’observer, à Majunga, trois cas de
la même affection chez deux femmes et chez un homme arrivés
récemment de Morondava ou de localités voisines.
Obs. I. — Ranaïtsa, femme malgache, mariée à un tirailleur sénégalais^
est arrivée à Majunga, le 28 février, venant de Marondava. A fait une grande
partie du trajet à pied (23 étapes), puis, étant tombée malade, a fait en ba¬
teau les quatre derniers jours de marche qui la séparaient de Majunga.
Se présente à notre examen le 29 février, au cinquième jour de sa mala¬
die.
Aspect clinique : Température axillaire 40,3, rachialgie et céphalalgie in¬
tenses, état de prostration très marqué.
Rate et foie tuméfiés et douloureux spontanément. Constipation depuis
8. jours. Pas de vomissements.
L’examen d’un frottis du sang périphérique après coloration au Giemsa
fait constater l’absence d’hématozoaires du paludisme ; mais par contre on
trouve dans les espaces interglobulaires un certain nombre de spirochètes
courts (8 à 12 p) très fins (larg. 0,1 p), uniformément colorés en violet à ondu¬
lations larges dont quelques-unes présentent l’aspect d’une boucle.
Le lendemain, la température s’étant maintenue au-dessus de 40°, on re¬
trouve des spirochètes moins rares, mieux spiralés et plus longs (15 à 26 p).
La marche de la température jusqu’au 26e jour de l’obs. a montré trois-
reehutes séparées par trois périodes de 5 à 6 jours d’apvrexie.
Apparition des spirochètes dans le sang périphérique. — On trouve des
spirochètes pendant les deux premiers jours de l’obs. ; puis ils disparaissent
jusqu’au 17e jours, même pendant les 2 jours de fièvre du 9e et 16e jours.
Pendant la période d’apyrexie du 17e au 23e jour ils disparaissent ; puis se
montrent à nouveau le 23e et le 24e jour pour disparaître défitivement jus¬
qu’à ce jour.
Morphologie. — Le premier jour de l’obs. les spirochètes se sont montrés-
non rares, courts à spirales lâches ou bouclés, long. 8 à 15 p, larg. 0,1 u. Le
deuxième jour, aussi abondants que la veille on les trouve plus longs (15 à 30 u)‘
à spirales plus serrées, largeur 0,1 p.
Inoculation au lapin. — Négative après 15 jours d’observation.
— 269 —
Obs. II. — Malian Déana, sergent de tirailleurs sénégalais, arrivé lai
veille de Mahaba (cercle de Morondava). A fait le voyage à pied avec la
femme de l’obs. I.
Se présente à notre examen le 29 février 1912 au 3e jour de sa maladie.
Aspect clinique : Température axillaire : 40°, rachialgie et céphalalgie in¬
tenses ; démarche traînante. La rate est grosse et douloureuse. Constipation,,
pas de vomissements.
L’examen d’un frottis du sang périphérique décèle la présence de spiro¬
chètes cours à spirales lâches et bouclées. Pas d’hématozoaires du paludisme.
Le soir la température atteint 40°3. Le lendemain (2e jour de l’obs.) la tem¬
pérature vas de 38° le matin à 40° le soir. Le 3e jour elle tombe à 37°7 le
matin et à la normale le soir.
A partir de cette date le malade entre en convalescence. La température
atteint encore une fois 37,4 le soir du 6e jour, puis revient à la norm de jus¬
qu’à la guérison complète qui s’affirme au 10e jour.
Apparition des spirochètes dans le sang périphérique. — On les a vus pen¬
dant les trois premiers jours de l’obs. et toujours fort rares.
Leur longueur n’a jamais dépassé 15 p avec 5 tours de spire larg. 0,1 p.
Obs. III. — Fatimata Tarann, femme du précédent (obs. II). Se présente à
notre examen le 8 mars 1912 dès le premier jour de sa maladie.
Elle est à Majunga depuis 15 jours, venant de Mahaba (cercle de Maron-
dava) par paquebot. Son arrivée à précédé de huit jours celle de son mari
(ob. II) venu par voie de terre. Elle a donc cohabité huit jours à Majunga
avec son mari malade.
Aspect clinique : Température axillaire : 37°3, état de prostration très mar¬
qué, démarche traînante.
L’examen du sang périphérique après coloration au Giemsa décèle la pré¬
sence de spirochètes courts (8 à 15 p) dont un bon nombre à spirales lâches
ou bouclés. Pas d’hématozoaires du paludisme.
Le soir du même jour, la température s’élève à 39°7 et les spirochètes sont
plus abondants.
Le lendemain matin, la température se maintient à 39°7 pour tomber le soir
au-dessous de 37 et ne plus remonter au-dessus de ce chiffre jusqu’à la fin de
la maladie qui se termine par guérison après huit jours de convalescence.
Les spirochètes se sont montrés dans le sang périphérique pendant le pre¬
mier jour seulement.
Inoculations :
i° à la souris. L’inoculation intrapéritonéale de 1 cc. de sang pris dans la
veine au ier jour a été positive après 3 jours d’inoculation.
20 au lapin. L’inoculation dans les mêmes conditions est restée négative
pendant 15 jours d’observation.
Ces trois cas ont été jusqu’à ce jour les seuls observés dans le
village où habitent les malades et où ils n’ont été l’obj'et d’aucune
mesure d’isolement.
Où et comment se sont infectés nos trois malades? C’est une
question que nous n’avons pas tranchée et sur laquelle nous re¬
viendrons plus tard.
Aucun de ces cas n’a été mortel ; les cas II et III ont été même
assez bénins. Seul le cas I, par la persistance de ses rechutes et
l’amaigrissement de la malade, a présenté plus de gravité.
— 270 —
Conclusions.
i° Ces trois observations s’ajoutant à celle de Thézé, confir¬
ment l’existence à la côte Ouest de Madagascar, d’une « fièvre à
spirochètes », probablement répartie en un certain nombre de
foyers situés sur la ligne des étapes entre Majunga et Marondava.
20 Cette maladie, qui n’est pas mortelle, détermine une fièvre
à rechutes présentant les caractères cliniques de la « fièvre récur¬
rente » ; elle est, de plus, faiblement contagieuse;
30 Le spirochète qui en est l’agent, est inoculable d’emblée de
l’homme à la souris, ce qui le différencie très nettement du spiro¬
chète d ’Obermeier.
La gangrène de la bouche et du nez
dans le kala-azar infantile d’Hydra
Par Antoine LIGNOS.
Si nous observons souvent, dans le Ivala-Azar infantile de
l’île d’Hydra, des complications telles que les épistaxis, l’ulcéra¬
tion des gencives et la chute des dents, nous devons cependant re¬
connaître que, dans cette même maladie, la gangrène simultanée
de la bouche et du nez n’est pas un cas rare.
Nous avons constaté cette gangrène deux fois, sur un total de
quinze cas de Kala-Azar, observés avec MM. Spirlas et Ra-
phalias, de mai 1910 jusqu’en juin 1911.
Les ravages causés par cette gangrène étaient tels que nous
jugeons intéressant d’en donner une courte note.
i° Christos Roussis. L’invasion du Kala-Azar chez cet enfant remonte au
mois de Novembre 1910. L’enfant était alors âgé de 8 mois.
Le 18 avril 1911 la maladie a été confirmée par la constatation des corps de
Leishman-Donovan dans le sang de la rate.
Vers la fin du mois de mai, les gencives de la mâchoire supérieure com¬
mencèrent à s’ulcérer et à saigner ; quelques jours après, les dents tombèrent
l’une après l’autre ; puis l’arcade dentaire et la voûte palatine se dénudèrent
et se nécrosèrent, la gangrène se propagea rapidement à la lèvre supérieure,
au nez et aux joues. La cavité buccale communiquait avec les cavités nasales
et l’enfant ne pouvait prendre le sein ; le lait qu’on lui offrait passait dans
les cavités nasales.
Lorsque l’enfant mourut, le 15 juin, vingt jours après le commencement
— 271 —
<le l’ulcération des gencives, on ne voyait, à la place du nez et de la lèvre,
qu’une cavité noire.
20 Evanguélia Myssiros. Les premiers symptômes de Kala-Azar se sont
manifestés au mois de juin 1911, elle avait alors l’âge de 17 mois.
Le 4 août nous avons constaté la présence des corps de Leishman-Donovan
dans le sang de la rate.
Vers le milieu du mois de septembre, les gencives de la mâchoire supérieure
commencèrent à s’ulcérer et à saigner, les dents tombèrent, le maxillaire se
dénuda et se nécrosa, la lèvre supérieure se gangréna à son tour, la gangrène
se propagea au nez et aux parties voisines et, à la place du nez et de la lèvre
supérieure, on ne voyait qu’une fosse noire.
La mort survint le 5 octobre, vingt jours après le commencement de l’ul¬
cération des gencives.
D’après nos observations, lorsque les complications buccales
dans le Kala-Azar de l’île d’Hydra, se bornent à l’ulcération des
gencives et à la chute des dents, la maladie dans de très rares cas
peut aboutir à la guérison, même s’il survient une perforation des
lèvres, mais lorsqu’elles prennent une expansion vers le nez et
les cavités nasales, l’enfant ne peut jamais échapper à l’issue fa¬
tale, la mort.
Déplacement de la rate
chez un enfant atteint de kala-azar
Par Antoine LIGNOS.
Il est de croyance commune à Hydra, que la maladie infantile
tsanaki (Kala-Azar), qui, chaque année, fait plusieurs victimes
dans l’île, est due au développement d’un monstre dans le ventre.
Ce monstre, dans l’imagination du peuple, a la forme d’un
crabe; il a son siège du côté de la rate, et, par les gueules qu’il
possède, ronge les viscères de l’enfant.
Le médecin, qui pose le diagnostic de tsanaki et émet son
grave pronostic, est jugé inutile par la famille; il est, dans la
plupart des cas, remplacé par de vieilles femmes, sortes de rebou¬
teuses, qui ont la réputation de pouvoir guérir la maladie.
Ces rebouteuses essaient les traitements les plus bizarres, et,
pour tuer le monstre qui a pris possession dans le ventre et en
libérer le patient, elles exercent sur la rate des pressions, des tirail¬
lements ou d’autres manœuvres.
Un de nos malades a été soumis à une cure de ce genre et nous
jugeons intéressant d’en relater l’histoire à cause des conséquen¬
ces inattendues qu’elle a eues. La voici:
Pantélis Roussis. Il a présenté les premiers symptômes en
février 1911. Il avait alors 21 mois.
Au mois de mars, le tableau classique de la maladie était com¬
plet et le 31 du même mois, la maladie a été confirmée par la
constatation des corps de Leishman-Doxovan dans le sang de
la rate (1).
Le 20 avril, nous avons injecté sous la peau du dos 12 cg. de
606; l’état du malade s’est aggravé à la suite de cette injection, la
fièvre est devenue plus forte.
Le 10 juin, ayant examiné notre malade, nous avons constaté
avec étonnement que la rate n’existait plus là où nous nous atten¬
dions à la trouver, mais qu’elle était tombée dans le bas ventre;
à sa nouvelle place, la rate avait pris une position transversale et
était très mobile.
En interrogeant la mère, nous avons appris que ce fait était dû
à l’intervention d’une vieille femme qui, dans un but thérapeuti¬
que, et pour tuer le monstre supposé, exerçait depuis quelques
jours des pressions et des refoulements sur la rate.
Ayant de nouveau examiné notre malade le 18 juillet, nous
n’avons trouvé la rate, ni dans le bas ventre, ni à sa place natu¬
relle. Cependant, nous avons trouvé du côté droit une tumeur
solide et immobile, descendant jusqu’à la crête iliaque et dont la
matité, en haut, se confondait avec la matité du foie.
On pouvait alors émettre deux hypothèses: ou bien la tumeur
constatée à droite n’était que le foie démesurément augmenté,
comme cela se présente souvent dans le Kala-Azar, tandis que la
rate s’était flétrie et n’était pas perçue à la palpation, ou bien
la rate était venue se loger sous le foie et faisait corps avec lui.
L’affaire en était là lorsque le 6 octobre se sont déclarés des
phénomènes d’occlusion intestinale. Le malade avait des vomis¬
sements fécaloïdes et suppression des garde-robes. Ces phéno¬
mènes ont continué jusqu’au 13 octobre; le malade a succombé
dans la matinée.
L’autopsie a été faite le lendemain, 30 heures après la mort.
Comme le ventre était tympanisé à un degré énorme, nous
(1) Ce cas est mentionné dans une note sur le Kala-Azar de l’île d’Hydra,
communiquée à la séance du 13 décembre 1911.
Planche XI
~7
A NT. Lignos
— 2]1
procédâmes à son ouverture par couches afin de ne pas blesser
l’intestin. Lorsque nous arrivâmes au péritoine, nous vîmes que
celui-ci était solidement adhérent à un viscère solide et nous
fûmes obligés de faire une vraie dissection pour arriver à le déta¬
cher du viscère sous-jacent.
Après son décollement complet et l’ouverture large du ventre,
nous vîmes que le viscère n’était autre chose que la rate qui, dé¬
placée de sa position naturelle, était venue se loger à droite et sous
le foie. (Voir la photographie ci-jointe.)
Sa direction était oblique, comme est oblique le bord inférieur
du foie. Sa face costale regardait en avant, son pôle inférieur arri¬
vait jusqu’à la crête iliaque droite, son pôle supérieur regardait
à gauche et en haut, et il dépassait à gauche la ligne médiane de
deux travers de doigt.
Nous essayâmes d’extraire cette rate, mais les adhérences qu’elle
avait en haut avec le foie et en arrière avec le colon ascendant et
les parties voisines, étaient telles que nous fûmes obligés de don¬
ner, au hasard, quelques coups de ciseaux et de détacher ensem¬
ble la rate, le foie et le colon ascendant.
Les dimensions de cette rate étaient: 12 cm. de longueur, 9 de
largeur et 5 cm. à sa plus grande épaisseur.
La surface était d’une couleur gris verdâtre.
Les couches superficielles étaient comme desséchées et friables,
à la pression elles se transformaient en bouillie. Les couches plus
profondes avaient une couleur rouge brique ; le scalpel ne les cou¬
pait qu’avec une certaine difficulté et la surface de section pré¬
sentait l’aspect de quelque chose comme du tissu musculaire.
L’estomac et l'intestin grêle étaient pleins d’un liquide jaunâ¬
tre et de gaz. Le colon transverse et le descendant étaient vides
et ratatinés. 11 n’existait d’ulcérations nulle part. Le colon ascen¬
dant, détaché avec la rate, était méconnaissable. Ce n’était plus
qu’une bride. Rien d’autre de particulier.
Dans les frottis du foie et de la moelle du fémur, nous trou¬
vâmes les corps de Leishman-Donovan.
Dans les frottis de la rate, nous constatâmes l’absence de ces
corps. Les éléments morphologiques de la rate sur les frottis
étaient détruits et méconnaissables. A ce qu’il paraît, la nutrition
• de la rate ne se faisait plus depuis longtemps. Elle était dans le
ventre comme un corps étranger dans lequels les Leishmania ne
pouvaient plus vivre.
- 274 —
Etude comparative du debab
et de quelques autres trypanosomiases
Par Edmond et Etienne SERGENT et A. LHERITIER.
Dans des publications antérieures (i), nous avons montré
l’existence d'une trypanosomiase* fréquente des dromadaires de
l’Afrique du Nord (le debab des indigènes), fait l’étude expéri¬
mentale du virus, établi la carte de distribution géographique et
le mode de propagation de l’enzootie. Indépendamment de nous,
Szewzick (2), Rennes (3), J. Roger et Greffulhe (4) ont observé
une trypanosomiase des Equidés dans le département d’Oran.
Nous avons retrouvé cette trypanosomiase des Equidés dans le
département de Constantine, où elle est désignée sous le nom
de tmerdjin, et dans le département d’Oran où son nom est taher.
Nous avons voulu savoir quels étaient les rapports du virus
debab avec les autres virus nord africains: i° virus debab des
différentes parties de la Berbérie ; 20 virus de la trypanosomiase
équine nord-africaine; 30 virus de la dourine nord-africaine;
4° surra ; 50 virus de la maladie soudanaise étudiée par Laverax
et Cazalbou (5): Trypanosoma soudanense.
Nous avons, dans ce but, soumis des animaux immunisés con¬
tre le debab à l’épreuve de l’inoculation des autres virus (réaction
de La ver an-Mesnil).
Les Ovins se prêtent mal à la recherche de la réaction de La-
veran-Mesnil, pour ce qui concerne le debab, car ils s’immuni¬
sent difficilement contre ce virus. C’est ainsi que deux brebis ino¬
culées en 1906 sont encore infectées en 1911. Les Caprins guéris¬
sent plus vite que les Ovins.
(1) C. R. Soc. Biol., t. LVI, 23 janvier 1904, p. 120 et 4 juin 1904, p. 914 ;
Annales Inst. Past., t. XIX, janv. 1905, p. 17 ; Annales Inst. Past., t. XX,
août 1906 ; Bull. Soc. Path. exot., t. I, n° 1 ; Bull. Soc. Path exot, t. III,
n° 7, 13 juillet 1910.
(2) Bull. Soc. centr. méd. vétérin., 8e série, t. X, 30 avril 1903, p. 220.
(3) Ibid., 30 sept. 1903, p. 424 ; 30 avril 1904, p. 248 ; 9 fév. 1905, p. 95.
(4) C. R. Soc. Biol. t. LVIII, 4 mars 1905, p. 396 ; 20 mai 1905, p. 826
(5) A. Lavkran, Ann. Inst. Past., t. XXI, 25 mai 1907, pp. 321-356 ; C. R.
Acad, sc:, t: CXLV, 29 juill. 1907, p. 293.
Cazalbou. Ann. Inst. Past. t. XXI, 25 nov. 1907, pp. 91 1-927.
I. — Debab constantinois et debab oranais.
Une Chamelle inoculée le 23 septembre 1906 avec du debab
oranais et présentant à la suite de cette inoculation une infection
grave est complètement guérie 4 ans plus tard: le 10 juillet 1910,
son sang à la dose de 210 cm3 n’infecte pas un Chien. Le 7 no¬
vembre de la même année, on lui inocule du debab constantinois :
pas d’infection. Le 8 décembre, son sang à la dose de 240 cm3
n’infecte pas un chien.
IL — Debab et taher.
La même chamelle reçoit le 3 février 1911 une inoculation du
virus taher (origine cheval oranais): pas d’infection. Le 14 mars
son sang n’infecte pas un Chien à la dose de 160 cm3.
11 1. — Debab, taher et dourine.
Le mode de propagation de la dourine, mal du coït, suffit à la
séparer du debab convoyé par des Tabanides. Nous avons, de
plus, pratiqué avec F. Mesnil, les expériences suivantes:
A. (1). — Nous laissions tomber quelques gouttes de suspen¬
sion épaisse de sang à Trypanosomes dans l’eau citratée sur les
muqueuses génitales et les muqueuses oculaires de quelques La¬
pins, sans toucher ces muqueuses avec la pipette:
Avec la dourine (origine Rouget), 2 résultats positifs sur 6 es¬
sais.
Avec la dourine (origine Schneider), 2 résultats positifs sur
2 essais.
Avec le debab constantinois, o résultat positif sur 6 essais.
Les mêmes suspensions de sang citraté furent inoculées sous
la peau d’autres Lapins, chaque fois avec un résultat positif.
IL (2). — Une chèvre, infectée de dourine par Mesnil et
Rouget, et qui a mis près de deux ans à guérir, est inoculée,
après immunité éprouvée pour la dourine, avec notre trypan. du
taher, en même temps qu’une chèvre neuve.
Les 2 chèvres se sont comportées exactement de la même façon ;
l’infection, dans les deux cas, a duré quelques mois. Regardées
comme guéries, les 2 chèvres sont réinoculées avec le même virus ;
(1) Edm. et Et. Sergent, Ann. Inst. Past. t. XX, août 1906.
(2) Mesnil, Bull. Soc. Path. exot., t. III, 1910, p. 379.
— 276 —
•elles se réinfectent, la chèvre anciennement dourinée sans doute
plus fortement que l’autre, car les chiens qui suivent à reconnaî¬
tre son infection montrent plus rapidement des trypan, dans leur
sang. Cette chèvre succombe, d’ailleurs, alors que l’autre survit.
Cette expérience prouve manifestement que le trypan. de la
dourine n’est pas proche parent du trypan du taher des chevaux
■ algériens.
IV. — Taher et Surra.
*
R ennes (i) a montré que le mal de la Zousfana (= taher, =
debab), est distinct à la fois du nagana et du surra, mais plus
voisin de ce dernier.
L’expérience suivante, que M. Vallée a exécutée à Alfort, à
la demande de M. Mesnil, confirme que surra et taher sont deux
■entités distinctes.
Le 27 janvier 1909, on inocule avec notre virus taher, con¬
servé à l’Institut Pasteur de Paris, sur cobayes, un bœuf hyper-
immunisé contre le surra et un bœuf témoin. Le 17 février et
le ier mai 1910, le sang des 2 bœufs est infectant pour les animaux
d’épreuves.
V. — Debab et Trypanosoma soudanense.
Le Pr. A. Laveran (2) a inoculé le Trypanosoma soudanense
à 2 Bovidés immunisés contre le virus de la Zousfana de Rennes
(= virus debab). L’un de ces bovidés avait reçu de plus le virus
debab constantinois. Aucun de ces deux animaux ne contracta
de nouvelle infection par le Tr. soudanense (les Chiens inoculés,
au bout de 16 et 29 jours, avec 100 cm3 de sang de Bovidé, res¬
tent indemnes). A. Laveran en conclut que le Trypanosome du
mal de la Zousfana et du debab est vraisemblablement Tr. sou¬
danense.
De nouvelles tentatives d’infection d’animaux immunisés con¬
tre le debab par le virus soudanense, nous ont donné les résultats
suivants :
A. — La même Chamelle que ci-dessus, immunisée contre les
différentes races de debab de l’Afrique du Nord, reçoit, le 31 août
1 9 1 1 , sous la peau, du Trypanosoma soudanense, que nous a
(1) Bull. Soc. centr. méd. vét., 30 juin T907, p. '298.
(2) C. R. Ac. Sc ., t. CXLV, 29 juillet 1907, p. 203.
— 277 —
obligeamment donné M. le Prof. A. Laveran. Les symptômes
cliniques furent nuis, mais il y eut infection, car le 20 septem¬
bre un chien fut infecté par 225 cm3 de sang de la Chamelle (après
15 jours d’incubation) et un autre par 200 cm3 (après 20 jours
d’incubation). Un autre chien, inoculé au commencement d’avril
1 g 1 2, n’est pas encore infecté. Des difficultés matérielles empê¬
chèrent d’inoculer un Dromadaire témoin.
B. — 1. Une Chèvre qui a reçu une ire inoculation de debab
constantinois le 26 novembre 1904, est définitivement immunisée
contre nos trois races nord-africaines le 29 septembre 1907. Elle
est rechargée sans se réinfecter en 1908, en 1910 et en 1911, avec
du virus debab et du virus taher. Elle est inoculée le 27 mai 1911
avec le virus soudanaise en même temps que le bouc suivant
et une chèvre témoin.
2. Bouc inoculé la ire fois le 25 septembre 1905, avec du virus
taher, ayant guéri en moins d’un an et ayant reçu 4 nouvelles ino¬
culations de taher jusqu’en février 1911, sans se réinfecter. Ino¬
culé le 27 mai avec le virus soudanense (même quantité que pour
le Caprin ci-dessus).
3. Chèvre témoin, inoculée le 27 mai avec le même virus souda¬
nense (même quantité que pour les 2 Caprins ci-dessus).
Résultats. — En juin 1911, la chèvre 1) infecte un Chien avec
160 cm3 de sang (après 20 jours d’incubation).
Le bouc 2) infecte un chien avec 160 cm3 (après 23 jours d’incu¬
bation).
La chèvre témoin 3) infecte un chien avec 80 cm3 (après 23 jours
d’incubation).
Le ier février 1912, la Chèvre 1) infecte encore un Chien avec
130 cm3 de sang (après 21 jours d’incubation).
Le bouc 2) et la chèvre témoin 3) n’infectent pas les chiens
inoculés avec la même quantité de leur sang (130 cm3).
Conclusions.
Les différents virus du debab, trypanosomiase nord-africaine
des Dromadaires et des Equidés, étudiés en Algérie depuis le sud-
tunisien jusqu’au sud-marocain semblent ne former qu’une seule
race. Cette race relève de la grande famille surra, groupe de try¬
panosomiases transmises par la piqûre des Taons, et n’a rien de
commun avec la dourine, mal du coït, ni avec le nagana, trans¬
mis par la piqûre des tsétsés. Les liens de parenté entre le virus
20
— 278 —
du debab et le Trypanosoma soudanense, démontrés par l 'expé¬
rience de A. Laveran, ne vont pas jusqu’à une identification com¬
plète des 2 virus (voir en particulier nos expériences sur les Ca¬
prins). Nous proposons donc de faire du virus debab une variété
de l’espèce Tr. soudanense sous le nom de Trypanosoma bcr-
b erum .
4*
dimorphon chez les chiens
de la Haute-Volta noire
(Afrique Occidentale française)
Par BOUFFARD et DUPONT.
Nos vastes territoires de la boucle du Niger, principalement les
vallées du Bani et de la Flaute Volta noire, paient chaque année
un lourd tribut aux trypanosomiases animales. Enzootiques en
certaines régions, épizootiques en d’autres, ces affections rava¬
gent les troupeaux, paralysent l’élevage du cheval, et sont l’obs¬
tacle principal aux exportations rémunératrices sur les marchés
des colonies voisines, la Côte-d’Ivoire et la Gold Coast.
Les travaux des vétérinaires Cazalbou et Pécaud, les com¬
munications, aux Sociétés savantes, de M. Laveran, ont contri¬
bué à nous faire connaître la Souma, trypanosomiase des bovi¬
dés et des équidés, enzootique dans les vallées du Haut-Niger et
de la Haute-Volta noire.
En 1907, Laveran a décrit un nouvel hématozoaire, le Tryp. Pe-
caudi, qui paraissait être l’agent étiologique d’une trypanoso¬
miase du Haut-Niger. Depuis, de nombreuses recherches ont
confirmé les vues de ce savant, et il existe indiscutablement dans
la boucle du Niger, sur les bords des grands fleuves, Bani et
Volta noire, une affection aiguë pour le cheval et chronique pour
le bœuf, qui revendique comme agent étiologique le Tryp. Pe-
caudi.
Les indigènes dénomment cette affection Baléri. L’infection na¬
turelle a été observée chez l’âne, le cheval, le bœuf, et le chien.
A côté de ces deux trypanosomiases bien définies, se place¬
rait une troisième tryp. animale qui sévit sur les chiens de la
région de Kourv sur la Haute-Volta noire, et qui est due à un
— 279 —
parasite paraissant différent des Tryp. Cazalboui et Pecaudi et
qui serait Trypanosoma dimorphon.
Koury est le chef-lieu d’une province du centre de la boucle
du Niger; il comprend un village indigène situé à 1.400 mètres,
au nord de la Volta noire et un petit centre administratif et mili¬
taire à 200 mètres seulement du fleuve. Il se trouve au milieu d’une
zone d’environ 10 kilomètres de rayon où l’on ne rencontre point
de troupeaux. Dans cette zone, les chiens vivent mal ; la mortalité
est très grande parmi ces animaux ; on en trouve très peu, ce qui
fait contraste avec les régions voisines distantes à peine de 20 km.
où l’on en rencontre beaucoup, les indigènes de race Bobo, qui
prédominent dans le pays, en faisant l’élevage pour les manger.
L’un de nous, le Dr Dupont, qui habite Koury, a vu mourir tous
les chiens de la résidence. Dans le sang de quelques-uns de ces
animaux il a vu des trypanosomes; nous avons retrouvé ensem¬
ble ce parasite dans le sang d’un chien malade depuis trois mois
et demi. C’est le sang de ce chien, aux parasites très rares, qui
a servi à nos recherches expérimentales.
L’infection naturelle n’a été observée, que chez le chien. Il est
difficile d’en préciser les symptômes de début: généralement l’on
trouve, ou l’on vous amène, un animal très amaigri, fiévreux, à
démarche hésitante; l’amaigrissement est considérable; l’animal
est un véritable squelette ambulant et cependant l’appétit est con¬
servé ; les œdèmes semblent absents ; le larmoiement existe par¬
fois ; le coryza est rare. Les cas observés sont d’ailleurs trop peu
nombreux pour nous permettre de tracer de l’affection un tableau
clinique complet et définitif. L’évolution est généralement très
lente et la mort ne survient que le 5e ou 6e mois; l’animal est
alors très cachectique et, dans un cas, nous avons noté des mou¬
vements spasmodiques généralisés.
Maladie expérimentale. — Le parasite n’est pas toujours pré¬
sent dans le sang; il est bon de vérifier sa présence avant de faire
des inoculations, car nous avons observé qu’un sang aux para¬
sites rares infectait facilement le rat, alors que le même sang,
trois jours après, ne montrant plus de parasites à l’examen mi¬
croscopique à l’état frais, ne l’infectait plus.
Le rat gris commun, le même que celui de nos greniers en
France, est sensible. L’incubation est de 6 jours avec une injec¬
tion sous-cutanée de 1 cm3 de sang aux parasites très rares ; les
— 280
8e, 9e et 10e jours, les parasites sont assez nombreux; le 12e jour,
nos rats meurent; il n’est point possible de fixer la durée de la
maladie chez un animal qui vit si difficilement en captivité.
Chez le chien, l’incubation a été de 20 jours avec une injec¬
tion sous-cutanée de 5 cm3 du même virus inoculé aux rats.
Trois chèvres se sont montrées réfractaires à l’injection intra¬
péritonéale de 10 cm3 du même sang.
Chez le cobaye, le chat et le singe {CercopUhecus ruber), une-
injection sous-cutanée de 5 cm3- de sang aux parasites nombreux
paraît être restée sans effets; pendant un mois, l’examen quoti¬
dien du sang de ces animaux a été négatif.
Agent pathogène. — On trouve dans le sang examiné à l’état
frais un parasite très court, peu mobile, qui se déplace, flagelle en
avant. Dans les frottis de sang colorés au Giemsa, on voit que-
cet hématozoaire n’a pas de flagellé libre et que la membrane
ondulante a une ou deux ondulations à peine esquissées. Ce
trypanosome mesure de 10 à 15 p de long sur 2 4 de large; il est
plus large dans sa moitié postérieure dont l’extrémité est tou¬
jours arrondie; le centrosome, très visible, se trouve à 1 p envi¬
ron de cette extrémité; le noyau est à la partie moyenne; le pro¬
toplasma ne paraît point granuleux; il est parfois vacuolaire au
voisinage du centrosome La division longitudinale se fait par
bipartition et commence par le centrosome. Morphologiquement,
avec son extrémité postérieure arrondie et large, son centrosome
subterminal très coloré, il ressemblerait au Tryp. Casai b oui ; mais
sa mobilité est moins grande et il est plus court ; on sait, d’ailleurs,
que l’agent de la Souma n’est inoculable ni au chien ni au rat;
en présence d’une trypanosomiase canine, on ne peut donc songer
à Tr. Casalboui.
Chez un cheval des bords de la Volta noire, contaminé cer¬
tainement à Koury, nous avions trouvé un parasite très petit que
nous pensions être celui de la trypanosomiase, qui fait l’objet de
cette note; l’inoculation expérimentale a aussitôt rectifié notre
première impression; une chèvre inoculée sous la peau présentait
le 4e jour de nombreux parasites alors que deux rats et un chien
restaient réfractaires à l’inoculation de ce sang très virulent;
l’animal était atteint de Tryp. Casalboui.
L’absence constante de flagelle libre chez notre parasite et sa
petitesse le distinguent nettement des parasites qui déterminent
28i
des infections naturelles chez le chien, tels que les Tryp. Pecaii-
■di, Evansi et Brucei.
Nous rapprocherons volontiers notre parasite de celui rencon¬
tré par le Dr Gustave Martin, chez les chiens de la Haute-Guinée.
La figure 12, page 81 de son ouvrage, reproduit exactement
l’aspect des trypanosomes observés chez les chiens de la Haute-
Volta noire. Par ses caractères morphologiques, son peu de mo¬
bilité, ses dimensions, nous concluons à l’existence du Trypano-
soma dimorphon dans la boucle du Niger.
On rencontre donc dans ces régions deux trypanosomiases ca¬
nines, l’une à évolution aiguë, rapidement mortelle, due à Tryp.
Pecaudi; l’autre, à allure chronique, cachectisante, dont l’agent
étiologique serait Tryp. dimorphon.
Les glossines capturées le long des cours d’eau infectés sont:
Glossina palpalis et Glossina tachino'ides ; Glossina morsitans y
est extrêmement rare.
( Travail du Laboratoire de Bamako,
Haut-Sénégal et Niger.)
Les Trypanoses animales au Bas-Katanga
et leurs rapports avec les Glossines
(Deuxième Note)
Par J. RODHAIN, F. VAN DEN BRANDEN, C. PONS
et J. BEOUAERT.
J /w
Depuis la publication de notre première note concernant les
Trypanoses animales au Bas-Katanga (1), nous avons constaté
dans la région l’existence des Trypanosomes des grands types:
Tr. Theileri et ingens, et nous avons pu réussir des expériences
de transmission des Tr. Cazalboui et congolense au moyen de
Glossina morsitans, nées au laboratoire.
A. — Grands types de trypanosomes.
Nous les avons trouvés isolément dans le sang de deux chevro¬
tai ns tués près de notre camp à Sankisia.
D Ce Bulletin, janvier 1911, p. 45.
— 282 —
Les deux formes de Tr. Theileri que nous avons mesurées
avaient respectivement 70 4 et 46 4 de longueur sur 4 4 et 6 4 de
plus grande largeur. Les dimensions des Tr. ingens avec les
myonèmes caractéristiques dans la partie antérieure du corps pro¬
toplasmique, variaient entre 74 4 et 90 4 de ’ongueur, sur 5 4 et
10 4 de largeur.
Une chèvre et un cobaye inoculés avec du sang contenant
« peu » de Tr. ingens, ne contractèrent pas l’infection.
B. — Transmission du Tr. Cazalboui par des GI. morsitans
ÉLEVÉES AU LABORATOIRE.
Nous avons institué trois expériences toutes positives, nous en
résumons brièvement deux.
Exp. I. — Du 28-XI-n au 4-XII-11, soit pendant 6 jours, . 13 mouches
sont nourries sur un cabri infecté de Tr. Cazalboui (parasites assez nom¬
breux dans le sang).
Du 5-XII au 7-XII, ces mouches piquent une chèvre indemne qui ne s’in¬
fecte pas.
Du 8-XII au 11-XII, sur chèvre indemne qui s’infecte le 19-XII.
Du 12-XII au 15-XII, sur chèvre indemne qui s’infecte le 22-XII.
Du 16-XII au 19-XII, sur chèvre indemne qui s’infecte le 27-XII.
L’autopsie des 8 tsétsés, 6 Q et 2 ç? , qui survivent à la fin de
l’expérience, nous montre l’infection typique de la trompe chez
cinq mouches: t cf et 4 $.
Exp. II. — Du 30-I-12 au 2-II-12, 6 Gl. morsitans vierges se nourrissent
sur un cabri dont le sang renferme de rares Tr. Cazalboui.
Du 3-II au 5-II, elles piquent une chèvre indemne qui ne s’infecte pas.
Du 6-1 1 au 8-1 1, elles piquent une chèvre indemne qui s’infecte le 19-II.
Du 9-II au 13-II, elles piquent une chèvre indemne qui s’infecte le 21-II.
Du 14-II au 1 6-1 1 , elles piquent une chèvre indemne qu s’infecte le 23-II.
L’autopsie des 6 mouches qui avaient été employées dans cette
expérience, démontra chez 3 d’entre elles une infection de la
trompe seule.
Des 14 Glossinci morsitans survivantes après ces deux expérien¬
ces, 8 s’étaient infectées, soit une proportion de 57 %. Si l’on tient
compte de ce fait que les trypanosomes apparaissent dans le sang
des chèvres, en général 10 ou n jours après une inoculation de
sang infecté comme après une piqûre de mouche infectieuse, les
Gl. morsitans de notre première expérience avaient acquis leur
pouvoir infectant !e 10e jour après leur premier repas sur le cabri
infecté, alors que les tsétsés de la 2e expérience étaient déjà infec¬
tieuses 8 jours après leurs premières piqûres.
— 283 —
Ces résultats concordent avec ceux obtenus par Bouffard (i)
et Bruce (2), qui ont opéré avec des Glossina palpalis, et par
Roubaud et Bouet (3), qui ont expérimenté avec les Glossina pal-
palis, tachinoïdes et longipalpis.
C. — T r an SMI s s ION du Tr. congolense par des Glossina morsitans
NÉES AU LABORATOIRE.
Une expérience faite avec 23 mouches fut positive.
Le pouvoir infectieux des tsétsés se manifesta 23 jours après
le premier repas infectant.
Les 20 mouches qui survivaient 1 mois après le début de l’ex¬
périence furent divisées en 4 lots distincts.
Le premier lot tut autopsié directement; aucun des diptères ne
montra de flagellés. ni dans la trompe ni dans l’intestin.
Les mouches des trois autres lots furent nourries sur 3 chèvres
indemnes pendant 3 jours, puis tuées à fin d’autopsie.
LTne seule glossine montra une infection totale dans le sens
de Roubaud, et la chèvre qui avait eu à subir les piqûres du
groupe auquel appartenait cette Gl. morsitans, contracta une in¬
fection a Tr. congolense. Les parasites mobiles de l’intestin moyen
présentaient en grande majorité le type trypanosome, c’est-à-dire
qu’ils avaient le blépharoplaste situé en arrière du noyau, près de
l’extrémité postérieure du corps; quelques formes peu nombreu¬
ses constituaient déjà par leur aspect et leurs dimensions de vrais
trypanosomes du sang.
Dans la trompe, le tube hypopharyngien était rempli de petits
Tr. congolense, types, sans flagelle libre, alors que les parasites
qui grouillaient dans le labrum appartenaient au type Leptomo-
nas. L’extrémité postérieure lamellaire de ces Leptomonas est sou¬
vent tronquée et plissée, elle peut atteindre jusque 20 p de lon¬
gueur. Les plus grands de ces parasites, qui rappellent les for¬
mes géantes du Tr. Casalboui, avaient jusque 37 p de longueur
totale.
Nous avons donc pu confirmer chez les Glossina morsitans
infectées de Tr. congolense, les constatations faites par Rou-
(1) Bouffard. Bulletin de la Société de Pathologie Exotique, t. II, p. 559.
(2) Bruce, Hamiîrton, Bateman et Mackie. The development of Trypano¬
somes in Tsetses flies (Proceedings of the Royal Society B., vol. 82, T910).
(3) G. Bouet et E. Roubaud. Annales de l’Institut Pasteur, t. XXIV, août
1910, pp. 658-667.
— 284 —
baud (1) chez les Glossina palpalis infectées du même trypano¬
some.
Dans cette expérience faite avec des glossines nées au labora¬
toire, une seule mouche sur 20 se montra infectieuse, soit une
proportion de 5 % des tsétsés survivantes, alors que, dans l’ex¬
périence relatée dans notre première note, nous avions obtenu
40 % des mouches infectées. Nous ne pouvons pas préciser actuel¬
lement, à quelles causes il faut attribuer cette forte différence.
(Missjon scientifique du Katanga,
Laboratoire de Sankisia,
14 mars 1912.)
La formule leucocytaire
chez les indigènes trypanosomes du Congo
Par P. AUBERT et F. HECKENROTH.
Les modifications subies par la formule hémoleucocytaire des
indigènes trvpanosomés du Congo ont été signalées comme se
traduisant à la fois par une mononucléose appréciable et par une
augmentation du taux des polynucléaires éosinophiles.
(1) E. Roubaud. La maladie du sommeil au Congo français, Paris, Masson
1909.
— 285 —
Nos observations, portant sur 46 noirs de Brazzaville, atteints
de maladie du sommeil, concordent parfaitement sur ces points
avec les conclusions de Nattan-Larrier et Allain, de G. Mar¬
tin et Lebœuf, qui, sur une longue série de malades, ont établi
une formule leucocytaire moyenne dont la nôtre diffère sensible¬
ment peu.
La formule leucocytaire que nous donnons indique, comme cel¬
les qui l’accompagnent, une mononucléose qui, chez nos malades,
porte non seulement sur les mononucléaires « moyens et petits
plus spécialement atteints », disent Nattan-Larrier et Allain,
mais encore sur les grands mono, qui, d’après G. Martin et
Lebœuf, ne paraissent subir « au cours de la trypanosomiase que
des variations insignifiantes ».
Une nouvelle série de cinq malades, dans laquelle figurent deux
Européens, nous amène à une formule voisine de la précédente,
avec un pourcentage de grands mono un peu supérieur cependant.
Polynucléaires . 41,46
Grands mononucléaires . . ... 21,34
Lymphocytes . 35, 06
Eosinophiles . 2,14
La mononucléose a donc été indiscutablement constatée chez
nos malades, comme chez ceux des auteurs que nous avons signa¬
lés plus haut.
Cette modification de la formule sanguine des indigènes try-
panosomés doit-elle être considérée comme le fait de la présence
du trypanosome dans l’organisme?
Nattan-Larrier et Allain le supposent et Brumpt partage leur
manière de penser ; mais G. Martin et Lebœuf ont cru devoir
faire quelques réserves, estimant que la filariose, très fréquente
chez l’indigène du Congo, pourrait, dans une certaine mesure,
•être la cause du trouble apporté dans l’équilibre leucocytaire.
Comme ces derniers auteurs, nous ne prendrons pas position dans
le débat. Nous signalerons toutefois et seulement à titre documen¬
taire: i° que sur les 46 trypanosomés qui font l’objet de cette
note, nous avons trouvé 45 fois de l’helminthiase intestinale;
20 que la formule leucocytaire de 18 indigènes adultes, en bon
■état de santé apparente, ni trypanosomés ni impaludés, mais tous
porteurs de parasites intestinaux, s’éloignait de la normale et indi¬
quait manifestement une mononucléose intense: la formule
moyenne était:
— 286
Polynucléaires . 26,7
Grands mononucléaires . 25,0
Lymphocytes . 36,2
Esinophiles . 12,1
Cette formule est loin d’être superposable à celles que divers
auteurs ont établi pour un grand nombre d’individus, non trypa-
nosomés, porteurs de vers intestinaux: aucune de ces formules
ne mentionne, en effet, l’augmentation du nombre des mono¬
nucléaires %.
Le taux de l’éosinophilie constaté chez les malades du sommeil
au Congo, est assez variable. Il est très possible, comme certains
auteurs l’ont affirmé, que la trypanosomiase ne soit pas la raison
de l’augmentation du nombre des polynucléaires acidophiles. En
tout cas, cette augmentation s’explique facilement, aussi bien par
la filariose, fréquente chez le noir, que par l’helminthiase intes¬
tinale plus répandue encore.
Sur nos 46 malades: 17 seulement laissaient voir des microfi-
laires à l’examen direct de leur sang, et 45, nous l’avons dit,
étaient porteurs de parasites intestinaux.
On a pu noter :
4 fois la présence d’anguillules ;
15 fois la présence de trichocéphales ;
16 fois la présence d’Ascaris;
39 fois la présence d’ankvlostomes ;
Le tableau ci-dessous indique les formules leucocytaires établies
chez nos malades du sommeil, suivant la ou les variétés de para¬
sites qu’ils présentaient.
287 —
Cette fréquence du parasitisme intestinal est un fait d’observa¬
tion courante chez les indigènes du Congo. Au cours d’une tour¬
née que l’un de nous a effectuée dans la Haute-Sangha, sur
49 individus pris au hasard et qui furent reconnus indemnes de
trypanosomiase, 45 présentaient dans leurs selles des œufs de
parasites et la présence simultanée d’ascaris, d’ankylostornes et
de trichocéphales était presque constamment enregistrée.
L’examen de quelques lames de sang prises à ces indigènes
nous a permis de constater dans la majorité des cas une éléva¬
tion bien marquée du taux des acidophiles : jusqu’à 25 % dans
certains cas.
On voit combien il est difficile d’indiquer dans l’éosinophilie
que l’on note chez les malades du sommeil du Congo, la part
causale qui revient à la filariose, au parasitisme intestinal, à
d’autres affections même, comme les dermatoses, la dysenterie
amibienne, peut-être enfin à la trypanosomiase elle-même.
Prophylaxie de la trypanosomiase
humaine et orpiment
Par P. AUBERT et F. HECKENROTH.
Il est fait allusion, dans plusieurs circulaires relatives à 'a pro¬
phylaxie de la trypanosomiase humaine, insérées au Journal offi¬
ciel de l’Afrique Equatoriale française, au rôle prophylactique
possible de l’orpiment « en raison de l’indiscutable action qu’il
« a sur les trypanosomes des circulations périphériques, de sa
« toxicité nulle aux doses employées..., de la facilité avec laquelle
« il peut être administré aux indigènes par n’importe quelle per¬
ce sonne » (1).
Il nous a paru que l’interprétation donnée dans les divers pa¬
ragraphes de ces circulaires aux résultats des expériences de
G. Martin, Lebœuf, Ringenbach, n’étaient pas l’expression
exacte de l’opinion de ces auteurs sur 1a. valeur de l’orpiment. Nos
camarades ont, en effet, apporté dans leur dernière communica-
(1) La maladie du sommeil au Congo français. Orpiment, p. 695. (G. Mar¬
tin, Lebœuf, Ringenbach).
rtion (i), sur la valeur du trisulfure d’arsenic dans la maladie du
sommeil, une certaine réserve que justifient en réalité les obser¬
vations des malades qu’ils présentent. A différentes reprises, nous
avions observé des faits analogues. Mais, avant de tirer des con¬
clusions, nous avons pensé qu’il y avait quelque intérêt à re¬
faire avec ce sel arsenical de nouveaux essais de traitement
prophylactique, suivis d’une façon aussi rigoureuse que possible
et, dans ce but, nous avons soumis à Y orpiment seul un certain
nombre d’indigènes trypanosomés n’ayant pas reçu de médication
intérieure.
Aucune sélection n’a été faite parmi ces malades, suivant la
période de leur affection, leur état; le traitement auquel nous les
soumettions n’ayant d’autre objectif que celui de constater si l’or¬
piment faisait ou non disparaître les trypanosomes des ganglions
■et de la circulation périphérique, il n’y avait, à notre avis, aucune
indication à procéder autrement.
Le traitement a été conduit, comme le conseillent G. Martin,
Lebœuf et RingenbacH: 3 g. du produit pendant la ire semaine;
2 g. pendant les semaines suivantes.
L’orpiment, dont nous nous sommes servis, était de V orpiment
chimiquement pur de la Maison Poulenc; il était donné devant
nous aux malades sous forme de pilules préparées au laboratoire
•et l’ingestion de chaque dose était accompagnée de quelques gout¬
tes de teinture d’opium.
Tous nos malades n’ont pas été traités et suivis aussi longtemps
-que nous l’aurions désiré: les uns, dont l’état général s’était ag¬
gravé ont été mis à l’atoxyl, d’autres ont refusé de se soumettre
aux ponctions ganglionnaires et veineuses répétées et se sont
•enfuis.
Cependant, 13 malades ont reçu régulièrement le traitement
prophylactique pendant au moins trois semaines, période de temps
suffisante pour que les résultats notés en fin de la 3e semaine aient
quelque valeur pour nous permettre d’apprécier l’action du trisul¬
fure d’arsenic sur les trypanosomes des circulations périphéri¬
ques. Tl est intéressant, en outre, de remarquer que ces trois se¬
maines représentent sensiblement le temps maximum pendant
lequel un indigène trypanosomé, se déplaçant dans la colonie le
(1) Bulletin de la Société de Pathologie exotique, janvier 1910. Sur le trai¬
tement de la M. du S. par l’orpiment seul par G. Martin, Lebœuf, Ringen-
BACH.
— 289 —
long des grandes voies de communication, peut rester en route
avant de rencontrer un poste médical.
Au cours du traitement, le contrôle de l’action microbicide de
l’orpiment a été effectué par l’examen du suc ganglionnaire et
du sang centrifugé, qui donne pour la recherche des parasites
des résultats incomparablement plus exacts que ceux fournis par
V examen direct du sang.
Le tableau qui. accompagne cette note résume les observations
de nos malades; on y voit, à la fin de la 3e semaine, que deux
malades seulement, Flanquemo (qui s’enfuit et ne peut être
suivi plus longtemps) et Makosso, paraissent avoir bénéficié
du traitement. En revanche, 11 malades sur 13 présentent en¬
core des trypanosomes, soit dans le sang, soit dans les ganglions.
Encore ce chiffre de 11 résultats négatifs sur 13 individus traités
pourrait-il être augmenté d’une unité, celle de Makosso, chez
lequel des trypanosomes assez nombreux sont observés à la fin de
la quatrième semaine.
L’orpiment s’est donc montré, dans nos expériences, inactif-
dans 85-92 % des cas après 20 jours de traitement. Il ne donne
pas de résultats sensiblement meilleurs si l’on soumet les mala¬
des à un traitement d’une plus longue durée; sur 9 malades sui¬
vis au-delà de 3 semaines, un seul cas (celui de Marie) semble
devoir être considéré comme positif.
U orpiment nous apparaît donc comme un médicament dont-
l’action sur les trypanosomes des ganglions et de la circulation
périphérique est extrêmement faible.
Il est à remarquer que sur 11 de nos malades présentant des
trypanosomes dans le sang avant l’administration de l’orpiment,
5 n’en montrent plus à la fin de la 2e semaine de traitement. Nous
ne pensons pas, cependant, qu’on soit nécessairement en droit
de conclure de cette constatation que le trisulfure d’arsenic s’est
montré actif (au moins passagèrement) dans 45 % des cas. En
effet, chez 3 de ces 5 malades, on note la réapparition des para¬
sites, après deux nouvelles doses du médicament, réapparition
qu’il faut expliquer alors par un phénomène d’accoutumance
particulièrement rapide des trypanosomes à l’orpiment.
Nous croyons plutôt qu’on doit regarder la disparition momen¬
tanée des parasites du sang de ces 5 malades comme indépendante
de l’action du médicament et trouver son explication dans le fait
de la variation normale du nombre des trypanosomes dans les
circulations périphériques.
— 290 —
RÉSULTATS DES EXAMENS PRATIQUÉS CHEZ DES MAL
- - -
SEMAINES ET I
Etat
clinique
ire semaine
3 grammes
2e semaine
Nom et examen
du malade
avant traitement
Kayomba
G. = 44 +
E. D. = oT.
S. G. = +
Matali
G. = + + +-
E. D. = +
Boumba III
G. = 4 + + +
E.D. = +
Yangba
G. = + 4 4
E. D. = + 4
S. C. = 4 — I — | — f-
Moussa
G. = +
E. D. = oT.
S. C. = 4
Flanquemo
G. = 4 44
E. D. = 4
Makosso
G. = 4 4
E. D. = + +
Batoani
G. = + + + 4
E. D.= 4 4
Benga
G. = 4 4
E. D. = +
Marie
G. = + +
E D. =oT.
S. G. =oT.
Ogi-Léonic
G. = 4 4 4
E.D. = 0T.
S. C. = 444
Mamassoumo
G. = 4 4
E. D. = oT.
S. C. = oT.
Quinquéla
G. = + +
E. D. = 0 T.
S. C. +
Mauvais état
Bon état
Mauvais état
M auvais état
Mauvais état
Médiocre état
Mauvais état
Mauvais état
Mauvais état
Bon état
Médiocre état
Mauvais état
Mauvais état
G — ?
S.C.= 0 T.
G .= ?
S.O.= + +
G.= + + +
S. C.= + H — K
G.= ?
S. -j — | — | — b
G.= ?
S.C.— 0 T.
G.= o T.
S. C = o T.
G.= o T.
S.C.= o T.
G.= + + +
s.c.= +
G.= + + +
S.C.= o T.
G = +
S.C .= 0 T.
EXPLICATION IIES ABRÉVIATIONS :
G. Exair en du suc ganglionaire.
E.D. Examen direct du sang.
S C. Examen du sang centrifugé.
0 T Absence de trypanosome
d- Trypanosomes rares.
+4- Trypanosomes assez nom
H — j — b Trypanosomes nombreux
44— b 4- Trypanosomes très nom
— 291 —
’ANOSOMÉS SOUMIS AU TRAITEMENT PAR L’ORPIMENT SEUL
v. — Les semaines oit le malade n'a pas pris d’orpiment sont indiqués par des guillemets dans les carrés corres-
ts. — Les divers examens du malade en cours de traitement ont été pratiqués en fin de semaine et après absorp-
5 2 grammes d’orpiment.
— 292 —
Cette hypothèse nous paraît justifiée par les observations de
Quinquéla, Mamassouma, Ogi-léonic, Benga (malades réguliè¬
rement soumis à l’orpiment pendant 6 et 9 semaines), ou l’on re¬
marque qu’il existe chez ces malades des périodes pendant les¬
quelles, tantôt les trypanosomes n’existent plus apparemment
dans la circulation périphérique et tantôt s’y montrent de nou¬
veau, en plus ou moins grand nombre.
Nous avons maintes fois pu faire de pareilles constatations au¬
près de malades du sommeil qui ne figurent pas dans notre
tableau et nous rendre compte ainsi de l’importance qu ’ il y a, dans
toute thérapeutique expérimentale de la trypanosomiase humaine,
à recourir à des examens aussi fréquents que possible des malades
mis en traitement, pour se mettre à l’abri d’erreurs pouvant faus¬
ser l’interprétation des résultats.
Il y avait lieu de faire cette remarque, car elle explique peut-
être la divergence des opinions qui ont été émises sur l’efficacité
de l’orpiment dans la trypanosomiase humaine.
L’orpiment est-il un médicament, qui « peut être administré
aux indigènes par n’importe quelle personne »? Nous ne le pen¬
sons pas.
Il a été, en effet, reconnu que ce sel est particulièrement altéra¬
ble dans les pays chauds et humides et peut, dans certains cas.
créer de ce fait de sérieux mécomptes. C’est ainsi que des pilules
cT orpiment chimiquement pur, adressées dans le dernier trimestre
de 1910 à l’Institut Pasteur de Brazzaville, occasionnèrent à
cette époque des accidents qui furent bénins dans 25 cas, et gra¬
ves, quoique non mortels, dans 4 cas. L’analyse des pilules, faite
par le pharmacien de l’hôpital, révéla la présence d’acide arsé¬
nieux dont le dosage ne put être effectué.
Pous nous résumer, et en nous basant aussi bien sur les observa¬
tions des malades du tableau qui précède que sur celles des try-
panosomés traités au laboratoire par l’orpiment seul dans le cou¬
rant de l’année 1910, nous dirons:
L’orpiment est un produit qui, en raison de sa faible action
sur les trypanosomes de la circulation périphérique et de sa toxi¬
cité possible, ne nous semble pas devoir être utilement employé
dans la lutte contre la trypanosomiase humaine, à la réduction
des réservoirs de virus.
La médication à l’orpiment seul deviendrait, d’ailleurs, rapide¬
ment suspecte à l’indigène; les trypanosomés, au début de leur
— 293 —
■affection, n’en retirent pas, en effet, cette amélioration et cette
sensation de bien-être que procurent habituellement, aux mala¬
des de cette catégorie, les injections d’atoxyl ; et les trypanosomés
en mauvais état voient, d’une façon presque constante, malgré le
‘traitement, leur poids baisser dans des proportions considérables
(3-12 kg.) et leur état général s’aggraver.
( Institut Pasteur de Brazzaville.)
M. Laveran. — - MM. Aubert et Heckenroth ont fait leur ex¬
périence sur l’orpiment dans des conditions très sévères. Sur
13 malades atteints de trypanosomiase, soumis à ce traitement,
.2 seulement étaient en bon état, l’état des n autres est signalé
comme médiocre (2 fois) ou mauvais (9 fois) ; or, on sait que, pour
les sujets arrivés à la dernière période de la maladie du sommeil,
on ne connaît pas encore de médication efficace. Chez les mala¬
des traités, MM. Aubert et Heckenroth ont recherché les try¬
panosomes non par le simple examen histologique du sang, mais
par le procédé de la centrifugation qui permet de déceler la pré¬
sence des parasites alors qu’ils sont très rares.
Même dans ces conditions d’expérimentation très sévères, je
le répète, il a été constaté que les trypanosomes avaient disparu
du sang 6 fois sur 13 au cours de la 2e semaine du traitement.
L’orpiment employé seul, dans le traitement de la maladie du
-sommeil, est beaucoup moins actif que l’atoxyl, c’est entendu ;
mais on ne peut pas toujours pratiquer des injections hypoder¬
miques d’atoxyl, tandis qu’on peut toujours faire avaler quel¬
ques pilules d’orpiment.
Je crois que le traitement par l’orpiment peut rendre des ser¬
vices, quand il s’agit par exemple, de diriger, avec le minimum
de danger de contagion, des sujets atteints de maladie du som¬
meil sur les camps ou villages de ségrégation, et que l’emploi
immédiat de l’atoxyl n’est pas possible.
2 I
294
»
L’épidémie de choléra asiatique
de l’asile St-Pierre à Marseille en 1911
Par A. SALI M BENI et G. DOPTER.
L’été 1 9 1 1 a été marqué, à Marseille, par une épidémie de cho-
léra asiatique qui a sévi avec une certaine intensité. En dehors
de l’épidémie urbaine, nous avons assisté à l’évolution d’un lover
important qui s’est manifesté à l’asile d’aliénés. Son étude a été
assez intéressante aux points de vue épidémiologique et pro¬
phylactique, pour mériter d’extre exposée.
Epidémiologie.
Histoire de V épidémie. — Après une série de cas de diarrhée
d’apparence banale, comme il s’en présente chaque année dans
l’asile Saint-Pierre, on constate, le 28 juin, une première atteinte
rappelant les symptômes du choléra. Depuis, les diarrhées devien¬
nent plus nombreuses; le 29 juillet, nouveau cas, deux autres le
3 et le 4 août, avec examen bactériologique positif, mettant net¬
tement en évidence le vibrion de Koch. Le 5 août, plusieurs cas
prennent naissance dans plusieurs divisions d’hommes et de fem¬
mes; le 7 août, 19 atteintes étaient constatées. Après une accal¬
mie éphémère (8 août), le chiffre quotidien atteint 10 à 13 (jus¬
qu’au 12).
C’est à cette époque que nous recevions du Ministre de l’Inté¬
rieur une délégation spéciale pour éteindre ce foyer et l’empê¬
cher de s’étendre à la population urbaine.
A la suite des mesures énergiques que nous avons prises, le
nombre des cas diminue brusquement, se réduisant journellement
à 2 ou 4.
Depuis le 24 août, les atteintes s’espacent, et ne se montrent
que sous forme d’unités, séparées par des intervalles de plusieurs
jours.
Entre le 8 et le 15 septembre, aucune atteinte ne s’était pro¬
duite, quand, brusquement, les 16 et 17 septembre, 3 cas explosent
dans l’infirmerie des femmes, dont le bâtiment, isolé du reste des
quartiers, avait été, jusqu’alors, respecté par l’infection. De nou-
velles mesures prophylactiques éteignent rapidement ce foyer
jugé, à juste titre, menaçant puisqu’en dehors des 3 cas avérés,
l’examen bactériologique révélait, le lendemain, l’existence de
10 cas légers (diarrhée banale) et de 4 porteurs de vibrions cho¬
lériques. Le 26 septembre, un nouveau cas se produisait, le der¬
nier de cette série épidémique.
En somme, l’épidémie de l’asile a donné lieu à 107 atteintes de
choléra, avec 49 décès, sur 1.200 personnes (1.100 aliénés et
100 employés environ). *
Causes de V épidémie. — Il nous a été impossible de savoir com¬
ment le choléra a débuté dans l’asile; y a-t-il été importé par la
population urbaine proprement dite, ou bien existait-il déjà dans
l’asile sous la forme de diarrhée d’apparence banale? L’enquête
la plus rigoureuse n’a pu nous renseigner. Il nous restait à re¬
chercher par quel mode l’évolution du choléra, une fois né, avait
pu s’effectuer.
L’exposé qui précède montre suffisamment qu’il ne s’agissait
pas d’une épidémie de contact; sa brusquerie, sa dissémination
d’emblée dans plusieurs quartiers, prouvaient qu’il fallait incri¬
miner une contamination massive par une cause commune: conta¬
mination des aliments, ou de l’eau potable.
La contamination des aliments paraissait peu vraisemblable,
car tous les quartiers recevaient la même alimentation, et tous
n’étaient pas touchés par le choléra. L’eau potable, au contraire,
était particulièrement suspecte.
L’étude de la statistique localiste, à la date du 10 août, nous
montra que les atteintes s’étaient .uniquement cantonnées dans les
quartiers de la portion centrale de l’asile, tous alimentés par l’eau
provenant d’un réservoir où se déversait l’eau dite de l’Huveanne;
au contraire, les bâtiments alimentés par l’eau dite de « double
canalisation », provenant de canalisations indépendantes, étaient
épargnés.
L’analyse bactériologique de l’eau de ce réservoir montra net¬
tement sa pollution spécifique ; l’eau d’autre origine était indemne.
Mais comment cette eau s’était-elle contaminée? L’enquête
nous apprit que trois ans auparavant, la citerne avait été curée,
et dans ce but, on avait arrêté l’écoulement de l’eau de l’Huveau-
ne. Or, au cours de ces travaux de curage, on remarqua qu’une
eau d’odeur infecte suintait sur toute l’étendue des parois, et le
lendemain, la citerne s’était remplie d’elle-même! En réalité, il
— 296 —
existait des infiltrations provenant des égoûts, entraînant, dans
chaque division, avec les matières usées, le trop-plein des
tinettes mobiles. D’ailleurs, l’eau du Jarret, ruisseau où se dé¬
versent les égoûts de l’asile, s’étaient montrés polluées de vibrions
cholériques, peu de jours avant l’enquête susdite.
Par conséquent, le doute ne pouvait plus subsister: à la suite
d’un ou plusieurs cas de choléra, les égoûts des divisions con¬
taminées avaient reçu la souillure spécifique et l’avaient portée
‘par des infiltrations dans la citerne ; cette eau avait distribué le
vibrion cholérique dans les divers quartiers.
Un point restait cependant à éclairer: depuis l’éclosion du pre¬
mier cas, l’eau potable fut soumise à l’ébullition, mais l’eau
bouillie n’était fournie qu’au moment des repas; dans l’intervalle,
à tout instant, les aliénés s’abreuvaient aux fontaines des cours,
aux robinets des lavabos, aux ruisseaux même, et cette eau n’avait
subi aucune épuration.
D’ailleurs, une constatation intéressante vint appuyer cette ma¬
nière de voir : la ire division des hommes resta indemne au plus
fort de l’explosion cholérique; cette division, en effet, abrite des
gâteux, confinés au lit, ne buvant que l’eau bouillie qui leur était
distribuée, et incapables de se rendre aux fontaines, lavabos et
ruisseaux pour étancher leur soif.
De tous ces faits, il résulte donc que l’épidémie des premiers
jours d’août reconnaissait bien une origine hydrique.
Quant aux atteintes isolées qui se sont produites ultérieurement
après les mesures radicales prises contre l’eau de boisson, elles
devaient vraisemblablement relever du simple contact des sujets
restés sains avec les cholériques antérieurs ou peut-être les por¬
teurs de vibrions.
En ce qui concerne l’épisode de septembre, développé à l’in¬
firmerie des femmes, resté indemne jusqu’alors, c’est encore à
l’eau de boisson qu’il dut son éclosion. Et, cependant, à cette épo¬
que, l’eau de tout l’asile était bouillie, ou épurée par l’hypochlo-
rite de soude. Mais ce bâtiment recevait de l’eau dite de voirie,
amenée par une conduite indépendante, branchée directement sur
une canalisation urbaine, de disposition telle que l’eau qu’elle vé¬
hiculait ne pouvait être désinfectée. L’analyse de cette eau démon¬
tre d’ailleurs, sa richesse en vibrions cholériques, alors que l’eau
épurée les autres bâtiments en était indemne.
Mesures prophylactiques.
L’asile d’aliénés était donc profondément infecté au moment
où nous avons été chargés d’éteindre le choléra; de plus, les con¬
ditions yhgiéniques y étaient lamentables; pas de tout à l’égout;
enfin les habitants étaient des aliénés pour la plupart inconscients
et insouciants de leur préservation. La prophylaxie y était parti¬
culièrement difficile.
Nous n’insisterons pas ici sur les mesures générales, classiques,
qui ont été prises: isolement des malades, des suspects dans cha¬
que division ; isolement global des quartiers atteints, isolement
complet de l’asile, désinfection des locaux, des tinettes, etc.. Nous
parlerons surtout des mesures particulières, s’adressant au carac¬
tère spécial de chaque épisode développé successivement' au cours
de cette épidémie.
Mesures concernant Veau de boisson et de lavage. — Avant no¬
tre arrivée, l’épuration de l’eau dite potable, avait été assurée par
l’ébullition, effectuée dans la chaudière destinée à chauffer l’eau
des bains. Nous avons vu que, malgré cette mesure, le choléra a
continué, dû à l’eau des fontaines et lavabos, auxquels les aliénés
s’abreuvaient. Cette eau, provenant du réservoir central était no¬
toirement souillée; il fallait la désinfecter; sur les conseils de
M. le Professeur Calmette, nous avons eu recours à un procédé
de fortune qui nous permettait d’agir rapidement et efficacement:
la désinfection par l’hypochlorite de soude.
On procéda immédiatement à l’installation qui permit de la réa¬
liser ;
On construisit un petit bassin de o cm3, 5 de capacité, en ciment
armé, où se rendait directement, par un système de pompe, l’eau
de la citerne inférieure, avant d’être déversée dans le réservoir
supérieur.
Au-dessus du bassin, on installa dans une sorte d’armoire en
bois, deux récipients remplis d’eau de Javel, reliés par un tube
de verre et réalisant un dispositif du type « vase de Mariotte »,
destiné à régler l’écoulement du désinfectant dans un temps
donné, suivant la quantité d’eau à stériliser.
L’hypochlorite tombant goutte à goutte et l’eau s’écoulant du
tuyau d’arrivée, étaient déversés dans un large tuyau de grès, des¬
cendant jusqu’à quelques centimètres du fond du bassin. Le bras¬
sage de l’eau de Javel et de l’eau était ainsi assuré. LTne cana¬
lisation située à la partie supérieure du bassin conduisait le mé-
298
lange dans le réservoir général où la stérilisation s’effectuait après
un contact de 3 heures environ.
L’eau de Javel fut versée tout d’abord à raison de 2 litres par
100 mètres cubes d’eau, mais en raison de la haute teneur de cette
dernière en matière organique, son volume dut être porté à 4 litres
pour avoir raison de la vitalité du vibrion cholérique.
LTne installation identique fut effectuée pour l’eau d’un bassin
alimentant en eau de voirie plusieurs autres pavillons.
Comme il a été dit, les effets de cette stérilisation ne se sont
pas fait attendre, car bientôt la courbe de morbidité cholérique
subissait une chûte brusque.
Cependant, cette installation de fortune ne pouvait être dura¬
ble ; il fallait lutter contre la pollution constante de la citerne par
les infiltrations des égouts particuliers de chaque division d’alié¬
nés. Au lieu d’assurer l’étanchéité des parois de la citerne, nous
avons préféré une mesure plus radicale, la suppression complète
de la citerne, qui fut vidée, puis comblée. L’eau dite de l’Hu-
veaune fut amenée, dès lors, directement dans le réservoir supé¬
rieur.
Quant à l’épisode d’origine hydrique, qui s’est développé à l’in¬
firmerie des femmes, il ne pouvait être combattu à l’intérieur de
l’asile, aucun point de la canalisation n’y étant accessible pour le
déversement de l’eau de Javel. La désinfection ne put être opérée
qu’en ville, au plateau de Longchamps, point d’arrivée de l’eau
de voirie dans la ville. Line installation analogue aux précédentes
fut rapidement établie. Elle fut suivie des mêmes excellents ré¬
sultats, puisque l’infirmerie des femmes fut rapidement délivrée
du choléra ; la ville en bénéficia elle aussi, car la recrudescence de
l’épidémie, due à la pollution de la même eau, fut par là même
jugulée.
Recherche et isolement des suspects et des porteurs de germei.
— Dans la période intercalaire entre ces deux épisodes de nature
hydrique, les cas clairsemés qui se sont produits avaient pris nais¬
sance par contact des sujets restés sains avec les malades. No¬
tre tâche consistait dès lors à dépister les cas avérés, mais aussi
les cas suspects, voire même les aliénés pouvant porter en eux
le vibrion cholérique tout en restant indemnes de tout phénomène
intestinal. Cet isolement ne pouvait être pratiqué qu’à la faveur
d’un diagnostic ferme, basé uniquement sur les résultats de l’exa¬
men bactériologique.
299
Il nous a fallu, dans ce but, installer rapidement un laboratoire
et faire appel aux connaissances bactériologiques bien assises de
médecins militaires, coloniaux et marins, que le Ministère de
l’Intérieur fit mettre à notre disposition.
On entreprit ainsi de très nombreux examens (3.000 environ)
qui portèrent tout d’abord sur le personnel de la cuisine (il fut
trouvé indemne), puis sur le personnel et les aliénés de toutes les
divisions de l’asile. On décela ainsi l’existence de 34 aliénés, por¬
teurs de vibrions cholériques, disséminés dans la plupart des bâti¬
ments. Parmi ces porteurs de germes, 6 appartenaient au person¬
nel infirmier, laïque et religieux.
Ces formes diarrhéiques et les porteurs sains furent isolés dans
un bâtiment spécial, et ne furent rendus à leurs pavillons. d’origine
qu 'après deux examens bactériologiques restés négatifs, effectués
à 48 heures d’intervalle.
Telles sont, résumées en peu de mots, les mesures spéciales
que nous avons dû prendre d’urgence pour vaincre cette épidémie
qui, en raison de la promiscuité étroite des aliénés, de leur mal¬
propreté habituelle, des conditions hygiéniques défectueuses où
ils se trouvaient, menaçait de prendre des proportions plus consi¬
dérables encore. Nous pensons avoir fait œuvre utile en exposant
ci-dessus la façon dont nous avons pu nous rendre maîtres de ce
foyer important, qui a pu être vaincu, en réalité, par des moyens
de fortune, les seuls dont nous pouvions disposer, et qui ne s’en
sont pas moins montrés doués d’une efficacité incontestable.
Distribution géographique du goitre en Algérie
Par Ch. REPIN.
Dans la séance du 14 février M. Et. Sergent a donné quelques
renseignements relatifs à l’extension du goître endémique en
Algérie. Il ressort de l’enquête à laquelle il s’est livré que le goître
est signalé seulement sur le versant méditerranéen de l’Atlas et
au pied même de ce versant, là où il existe quelque intervalle entre
la montagne et la mer (plaine de la Mitidja). Il fait défaut sur
toute l’étendue des hauts plateaux et sur le versant saharien de
l’Atlas.
— 3oo —
Jbn cherchant à élucider la pathogénie du goitre, j’ai été amené
à reconnaître (i) que, si l’endémie goitreuse affecte une prédilec¬
tion réelle pour les régions montagneuses, ce n’est cependant ni
l’altitude, ni la nature du sol, ni les conditions climatériques qui
sont en cause : la localisation des sources à goitre dans le périmè¬
tre et plus précisément sur le pourtour des massifs de montagnes,
est due à ce que les grands mouvements orogéniques s’accompa¬
gnent généralement, suivant une loi connue des géologues, d’ef¬
fondrements secondaires des parties adjacentes de l’écorce ter¬
restre. Ces effondrements laissent à leur suite de longues et pro¬
fondes fissures ou failles qui, plongeant jusque dans les régions
incandescentes, livrent passage à des matériaux éruptifs variés,
entr 'autres à des eaux juvéniles qui, d’après E. Suess et A. Gau¬
tier, fourniraient le principal contingent des eaux minérales; ou
bien encore favorisent la thermalisation et la minéralisation des
eaux superficielles en se prêtant à leur circulation à de grandes
profondeurs. Or, les sources goitrigènes, — leur radioactivité
et leur haute teneur en acide carbonique, en font foi, — ne sont
pas autre chose, à mon avis, que des sources minérales d’une ca¬
tégorie particulière. Leurs gisements doivent donc siéger sur les
(i) Répix. La Pathogénie du goitre endémique. Revue générale des scien¬
ces pures et appliquées, 15 sept. 1910.
— 3oi
lignes de dislocation de la lithosphère et de préférence sur les plus
récentes, celles qui n’ont pas encore eu le temps de s’obstruer.
Les sources goîtrigènes d’Algérie ne font point exception à
cette règle. La constitution géologique du pays compris entre la
Méditerranée et le Sahara, est bien connue: c’est une chaîne de
plissement largement étalée. Postérieurement à la surrection de
cette chaîne, au pliocène, c’est-à-dire à une époque relativement
très récente, la contrée qui s’étendait au nord (Tyrrhénaïde des
géologues) s’effondra en donnant naissance au bassin occidental
de la Méditerranée. La ligne de fracture correspond au littoral
actuel de l’Algérie; c’est pourquoi le versant septentrional de
l’Atlas est abrupt et semble pour ainsi dire s’écrouler dans la
mer, tandis que le versant qui regarde le désert est beaucoup
moins escarpé.
Dans son ensemble, le tableau n’est pas sans analogie avec
celui que présente le Jura français. Le plateau jurassique, lui
aussi, aboutit, du côté de la plaine bressane, à une grande dis¬
location que trahit la brusque dénivellation de quelques cen¬
taines de mètres; et j’ai montré (i) que toutes les sources à
goître jurassiennes se trouvent alignées au pied de ce versant, sur
une largeur de cinq à six kilomètres et une longueur de plus de
soixante, entremêlées de nombreuses sources salines chaudes ou
froides.
Cette affinité des sources minérales et des sources goîtrigènes
se révèle également en Algérie de la manière la plus nette. Je re¬
produis ici la carte donnée par M. Et. Sergent, en y indiquant,
d’après l’ouvrage de M. Hanriot (2) l’emplacement des sources
thermo-minérales. On voit que la grande majorité de ces émer¬
gences sont groupées sur le versant septentrional de l’Atlas; en¬
core faut-il ajouter que celles qui se rencontrent plus au sud sont,
pour la plupart, en relation avec les dépôts de gypse et de sel
de la région des Chotts et, par'conséquent, d’origine superficielle.
Les filons métalliques, vestiges le plus souvent d’anciennes sour¬
ces minérales, sont également concentrés sur la bordure du lit¬
toral. Enfin, parmi les autres manifestations éruptives, il con¬
vient de mentionner particulièrement les formations basaltiques
qui abondent entre Philippeville et Bougie et celles qui encerclent
(1) Répix. Les eaux goîtrigènes. Revue d'hygiène et de police sanitaire .
Avril et mai 191 1.
(2) Hanriot. Les eaux minérales de l’Algérie, 1911.
— 302 —
la plaine de la Mitidja, coïncidant ainsi exactement avec les loca¬
lités goîtrifères relevées par M. Sergent. De semblables épanche¬
ments volcaniques, reposant sur du quaternaire, existent entre
Oran et la frantière marocaine ; il est à penser que de nouvelles
investigations permettraient de reconnaître la présence du goître
de ce côté. En tout cas, le Rif, qui est la continuation de l’Atlas
au Maroc, est connu comme un pays à goître depuis l’antiquité.
— 3o3 —
Mémoires
La peste à Sin-lam district de Heung-shan,
province de Kouang-tong (Chine), surtout
au point de vue de la vaccination
Par F. OLDT.
This is the sixth year (1911) of plague in Sin lam.-It usually
begin, in march coincident with the beginning of the warm rainy
foggy weather of spring time and ends in July when the bright hot
sunshing days of summer begin. Sin lam has a population of
about 200.000 people and the plague case average about 30 daily
at the height of the plague season. This is only an estimate based
on the number of funerais that pass a given spot on the way to
the cemetery and on the statements of owners of coffin shops.
The cases of plague are mostly bubonic. Most frequently the
gland is in the groin, next in frequency is the axilla, then in the
cervical région. A native practioner of Western medicin repor¬
ters one case in which the gland was in the popliteal space. Earlv
in the season manv people were reported as dying after an illness
of only a few hours with the following symptoms ; sudden onset,
high fever, delirium, death, no bubo or cough. Such cases were
not seen personally, as the people said there was not time enough
to call a doctor. I myself saw one pneumonie type. There was a
high case mortality. I could hear of but one or two recoveries.
There may hâve been more recoveries of mild unrecognized cases.
In the previous year there was always a clear history of the
plague appearing among rats a week or more before appearing
among humans in any given locality and a history of one or more
rats found dead in the house of almost every patient seen. This
year the situation was the exact reverse. Instead of people even
voluntarily speakins of the rats dying, a careful questionning
failed to reveal any satisfactory evidence of a rat epizootie.
Vaccination. — Owing to some sixty successful vaccinations
the year before, there was not the préjudice against it this year-
Almost 300 were vaccinated in Sin lam, while some 200 more
were made in other places chiefly Canton. Of those vaccinated
Sin lam many were in direct contact with plague cases for a lon¬
ger or shorter period one or more times. Many more were vacci¬
nated in whose houses plague was existent and in ail cases plague
was, in the immédiate neighborhood. Even this year none of them
would hâve been willing to be vaccinated except under the spur
of guat fear. Although plague was existent in Canton there was
no such close a direct exposure of those vaccinated.
Technique of vaccination. — ■ The cleanest spot on arm or but-
tocks was selected as the site for vaccinations. This was painted
well with Tr. iodine. Washing the site was dirty sloppy, inef¬
fective worse than useless and consumed too much time, 1 cc. of
the vaccins was injected and then the puncture was covered with
a drop of flexile collodion. The syringe and needle were boiled
from three to 5 minutes (dured three needles but do not remember
that they were used in rotation). There was one helper to take
name, résidence, âge, sex of the people vaccinated. Ile also
usually applied the iodine. In this way about 10 could be done in
one hour. Should greater speed be required 100 or more could be
done in an hour by using three assistants and a larger number of
needles, one assistant to keep the records, one to apply the iodine
and collodion and one to boil the neadles and fill syringe. The
needles should be used in rotation so as to give each one the lon-
gest possible time to boil. The operator then would do nothing but
inject the vaccine. With proper care both his hand and the sy¬
ringe could be kept reasonablv stérile. Care should also be taken
in withdrawing needle that vaccine or other matter be not drawn
back into syringe from the needle.
Symptoms and effects of vaccination. — This was generally
mild, slight fever average 99,5 a tired feeling, arm slightly pain-
ful, some times red and swollen for 24,48 hours. Two painted du-
ring injection, one had an axillary bubo, some few had headaches,
some complained of thirst the night following. Fever, cough,
malaria, or tuberculosis did not seem to be affected one way or the
other by vaccination. Two women were prégnant, one 7 months
and the other full terms. Both gave birth to their children a few
days after the injection of the vaccine. Whither this was due to
the vaccine or not is hard to say. Both children lived and seemed
in no wise direetly injured by the vaccination.
— 3o5 —
Not one of the people had any evil results such as pus, abscess,
or other infection which could be laid to faulty technique.
Ajter results. — One case vaccinated on April 26 become sick
on May first (1) with high fever, no bubo and died May 3. Others
died of plague in the same house, but no other that had been vac¬
cinated. No other one of those vaccinated contracted plague.
Résumé français. — La peste sévit en cette région depuis
6 ans; chaque année, de mars à juillet. Sur une population de
200.000 âmes, il y a en moyenne 30 cas par jour, au fort de
l’épidémie. Forme bubonique presque exclusivement.
Les années précédentes on avait toujours constaté une épizoo¬
tie murine précédant d’une semaine ou plus l’épidémie humaine;
cette année, au contraire, il n’y eut aucune épizootie de ce genre.
Les 300 personnes vaccinées à Sin-lam étaient exposées direc¬
tement à la contagion: les gens ne se font vacciner que lorsqu’ils
ont peur, lorsque des cas existent dans leur propre maison ou
à leur voisinage immédiat.
Les vaccinations ont été faites par injections sous-cutanées de
cultures très soigneusement tuées de bacille de Yersin, suivant
la technique ordinaire. Aucun trouble ne suivait les injections si
ce n’est parfois un peu de fièvre. Chez un se produisit un bubon
axillaire. La malaria et la tuberculose ne sont pas influencées par
la vaccination. Deux femmes accouchèrent peu de jours après la
vaccination, dans de bonnes conditions et d’enfants bien por¬
tants.
Line seule des personnes vaccinées contracta la peste. Elle avait
été inoculée le 26 avril ; elle tomba malade le Ier mai, avec fièvre
très élevée et pas de bubon ; elle mourut le 3 mai. D’autres per¬
sonnes, qui n’avaient pas été vaccinées, moururent de la peste
dans la même maison, mais aucun autre vacciné ne fut pris.
— 3o6
3o8 —
«
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22
»
— 3io —
3l2
— 3 1 3 —
^ymonematosi con localizzazionc nella
cavità délia bocca, Qsservata in Brasile
Per A. SPLENDORE.
Esporro, nella présente comunicazione, il risultato delle mie
ricerche, sopra un’ affezione micotica ancora poco nota domi¬
nante in Brasile. A rispetto furono già, da me stesso, publicate
varie note preliminari (i), ed una estesa memoria esporrà, pros-
.simamente, gli studi dettagliati, accompagnati da documenti e
da tavole illustrative.
Le lesioni da cui la malattia e caratterizzata hanno sede, prin-
-cipalmente, nella cavità délia bocca. Essa,per la prima volta, fu
constatata da A. Luxz (2). Consistono, queste lesioni, in neofor-
mazioni nodulo ulcerative, che si presentano ora sotto forma d’in-
filtrazioni dure ed appiattite, a modo di callosità, poco o nulla
sporgenti sul livello délia mucosa normale, ora sotto quella di
vegetazioni papillomatose, situate sia sulla mucosa delle labbra
e sia sopra quella délia base o dei margini délia lingua, o in altre
regioni délia bocca, onde, non raramente, prese la sua origine la
lesione iniziale délia malattia. Tali vegetazioni, sul palato duro,
sono, spesso, situate sul fondo di superficiali erosioni o di ulcera-
zioni poco profonde, e si presentano con l’aspetto di condilomi
acuminati, sia isolati, sia confluenti ; ma sulle gengive, più
ancora, su] le mucose delle guancie, per lo più, si presentano ag-
gruppate in grand issimo numéro, costituendo delle masse végé¬
tant! framboesoidi, la di cui superficie puo ricordare perfetta-
mente quella di una testa di cavol fiore. Gli elementi proliferanti
possono essere apepna sollevati sulla superficie délia mucosa nor¬
male ; ma possona arrivare anche fino ail’ altezza di 3 o 4 mm. o
poco più. SulT ugola e su’ pilastri, invece, prendono, più frequen-
(1) A. Splendore. et Sobre um novo caso de blastomyeose generalizada ».
Rev. Soc. Scient, de S. Paalo, 1909.
A. Splendore. « Blastomicosi américaine ». Boll. délia Soc. di Med. e
d’Ig. col., anno II, 1910
A. Splendore. « Buba-Blastomicosi-Leishmaniosi », Archiv. f, Schiffs-u,
Trop-Hyg., 1911 ; Policlinico s-c., 1911.
(2) A. Lctz. ce Uma mycose pseudo-coccidica localizada na bocca ». Brazil
Medico, 1908.
temente, la forma di pseudotubercoli, ciascuno de quali puo rag-
giungere la dimensione di un piccolo cece. Dette vegetazioni han-
no carattere invadente e progressivo e, ben presto, si propagano
alla faringe e alla laringe, d’onde l’affezione, spesso, passa ad
attaccare la trachea, i bronchi, i polmoni e gli altri organi inter-
ni. Rara è la loro localizzazione sui tessuti cutanei ; ma fu da me
riscontrata in due, sopra sette, casi osservati ; e le lésion i rispet-
tive erano situate sulle regioni d’un piede : avevano forma di ulce-
razione irregolare, poco profonda, la superficie di 2 o 3 cmq., ed
erano coperte di una crosta brunastra, sotto la quale s’incontra-
vano numerose granulazioni germoglianti. Il loro aspetto ricor-
dava perfettamente quello delle blastomicosi dermatiche descritte
da Gilchrist e da altri osservatori. In corrispondenza di queste
ultime lesioni, esistevano delle glandole linfatiche ipertrofizzate,
nella rispettiva regione crurale, cosi corne, sempre, fu verificata
la compartecipazione delle glandole linfatiche del collo in corris¬
pondenza delle vegetazioni délia bocca, sopra notate.
Gli ammalati, attaccati du detto tipo morboso, presentano, sem¬
pre, notevole abbattimento, debolezza e dimagramento giornal-
mente crescente, fin dal principio dell ’ affezione e, non raramente,
un caratteristico abbassamento délia voce, la quale, col progredire
del processo morboso, puo arrivare fino al punto di estinguersi del
tutto, o quasi, rimanendo, in taie stato, il paziente, costretto a
servirsi di segnali, onde farsi comprendere in qualche cosa. Quello
che, piu di tutto, affligge l’infermo è una copiosa e incessante
salivazione, la quale, sovente, accompagnata da dolori trafittivi
nelle regioni délia bocca attaccate, e da un senso di difficoltà
nell’ atto dell’ inghiottire, talvolta, giunge a diventare cosi in-
tensa, da impedire la presa del cibo ed il sonno. L’organismo,
esaurito da toli sofferenze, quasi sempre lunghe ed incurabili,
rendesi sempre più debole e dimagrito, fino a che viene la morte
a chiudere il quadro délia malattia, in seguito ad un' estrema
cachessia del paziente. Ho visto uno di questi ammalati che, negli
ultimi anni di vita, era ridotto, si puo dire, ad ossa e pelle, senza
contare che aveva completamente perduta la voce e che, per l’es-
tremo esaurimento, non aveva, quasi, più neanche la forza di
muovere le braccia.
Le lesioni délia bocca in tali ammalati possono rassomigliare
a quelle délia Leishmaniosi delle mucose da me, per la prima
— 3 1 5 —
dare, pero, per la diagnosi differenziale, che nell’ affezione pro-
tozoica non si tratta di callosità o di escrescenze papillomatose.
volta, messa in evidenza ed individualizzata (i). Bisogna ricor-
come quelle or ora ricordate ; ma di speciali granulazioni, che s’in-
contrano localizzate, per lo più, sul palato, le quali nel primo pe-
riodo del loro sviluppo, appariscono sotto forma di piccoli nodo^
letti lisci, lucenti, di aspetto pseudovescicoloso, coperti da una
caratterislica crosta semitrasparente, e in un periodo avanzato,
diventati confluenti, costituiscono delle vegetazioni a modo di mas¬
se fungose granulate, variamente divise da solchi. In taie stato,
per la necrosi del loro epitelio, queste granulazioni perdono la loro
lucentezza, e l’essudato che le ricopre diventa, allora, più o meno
abbondante, giallastro e di aspetto alquanto cremoso. Questa ma-
lattia protozoica puo anch’ essa, corne la mieotica, determinare
una certa difficolta nell’ atto dell’ inghiottire, cosi corne puo anche
determinare salivazione più o meno profusa, nonche una certa
cachessia del paziente, e puo, anch’ essa avéré una durata di vari
anni, mostrandosi ribelle a comuni rimedi ; ma non arriva, per
quanto. mi consta, ad attaccare gli organi interni dell’ ammalato,
fermando, appena, la sua marcia, a livello dell’ orificio délia fa-
ringe e délia laringe. Invece, l’affezione mieotica, molto frequen-
temente, o quasi sempre, ben presto passa dalla boc.ca agli organi
respiratori, e quando essa è giunta ad attaccare i polmoni, il quadro
clinico che présenta l’infermo non differisce per nulla da quello
di una grave tubercolosi. Uno dei miei ammalati, il quale ho po-
tuto seguire da vicino per qualche mese, presentava anche tosse
stizzosa, sputi sanguigni, rantoli bronchiali, ottusilà polmonare,
nonche febbre cerotina e sudori notturni, talvolta copiosi, mos-
trando, alla radiografia, numerose zone di opacité, specialmente
in corrispondenza délia regione del polmone destro e presso la re-
gione del mediastino, dovuta, indubitabilmente, a localizzazione
del processo infettivo nel parenchima polmonare corrispondente
e nelle glandole peribronchiali. Debbo, per altro, notare che la
febbretta serotina, leggera e intermittente corne era, scompariva
di tanto in tanto, per alcuni giorni, in modo taie che la curva ter-
mometrica del paziente risulta formata da periodi febbrili délia
lunghezza di due o tre settimane, intermezzati da periodi di api-
ressia délia durata di sei o sette giorni, poco più o meno. Non
(i) A. Splendore. « Buba-Blastomicosi-Leishmaniosi ». Imprensa Medica,
1911, n° 1 ; Policlinico, s. c. I. c. ; Arch. f. Schiffs-u. Trop-Hy g, l. c,
— 3 1 6 —
posso ancore accertare con sicurezza se taie andamento termome-
trico sia caratteristico dell ’ affezione, ma debbo notare che anche
alcuni ait ri dei miei ammalati hanno fatto cenno, nella loro
storia clinica, di aver sofferto delle febbri intermittenti aggrup-
pate in periodi di vari giorni, divisi, anch’ essi, da periodi
di apiressia. La diagnosi dell’ affezione puo essere, in ogni modo,
facilitata dal 1 ’ esame microscopico e dalle ricerche di laboratorio,
visto che né l’espettorato né il materiale delle lesioni presentano,
in qtiesta malattia, alcun bacillo di Koch, salvo il caso di una
complicazione, cosi corne negativi per la tuberculosi riescono i
risultati esperimentali delle reazioni specifiche e quelli delle ino-
culazioni fatte in animali col materiale patologico proveniente dall’
organismo del paziente. Invece, le ricerche microbiologiche, tanto
nel muco bronchiale quanto nelle vegetazioni sopra ricordate, cosi
corne nelle glandole linfatiche ad esse corrispondenti, mettono in
evidenza la presenza di caratteristici corpuscoli parassitari delle
blastomicosi, che si trovano, talvolta, in grandissimo numéro, sia
intra che extracellulari. In un caso li ho anche rinvenuti nume-
rosi nelle cellule renali incontrate nel sedimento dell’ urina emessa
da un paziente. Essi si presentano, nei tessuti, tanto sotto forma
di pseudococcidi, quanto sotto quella di blastomiceti propriamente
detti. Possono essere messi in evidenza indipendentemente da
seattivi o colorazioni, meglio ancora mercè l’ausilio di una tenue
soluzione acquosa di soda o di potassa; pero, talvolta, é molto dif¬
ficile la loro c.onstatazione, imperocchè, per effetto di degenera-
zione, essi possono perdere la loro forma caratteristica ed assu-
mere un aspetto di pseudo-vacuoli, nel protoplasma delle cellule
dove si trovano albergate.
La struttura istologica non è meno caratteristica in questo tipo
d’affezione brasiliana che nelle forme délia cosi dette « blastomi¬
cosi » descritte altrove da vari osservatori. Riscontrasi, difatti,
cosi nelle vegetazioni délia bocca corne in quelle délia superficie
cutanea, ai casi relative, ispessimento dell’ epitelio, talora note-
volissimo, con presenza di globi epiteliali, analoghi a quelli del
cancroide, alcuni dei quali formati, non di rado, da cellul'e in via
di cheratinizzazione ; e microascessi nello strato di Malpighi. Nei
microascessi si notano numerosi leucociti mono o polinucleati,
cellule epitelioidi e cellule giganti. Alcune di queste sono di gran¬
dissime dimensioni ed hanno fino a cento nuclei e molto più.
Oltre a cio, si puo constatare che molti leucociti sono penetrati
— 3 1 7
negli interstizi delle cellule epiteliali degli strati superiori, disgre-
gando il tessuto relativo fino ad ulcerazione, nello stesso tempo
che una densa infiltrazione dei predetti elementi cellulari notasi
nella regione delle papille, pigliando frequentemente una disposi-
zione di tipo tubercolare, circondata, non di rado, da numerose
fibre connettivali, anch’esse, talvolta, notevolmente proliferate. Il
tessuto delle glandole linfatiche, poi, sembra completamente tras-
formato in una massa di noduli tubercoloidq in ciascuno dei quali
è possibile notare una zona periferica formata da cellule connet¬
tivali concentricamente disposte, una zona media con predomi-
nio di cellule linfatiche e cellule epitelioidi ; una zona centrale, no-
tevole per la presenza di cellule giganti, in mezzo a leucociti più
o meno alterati. Talvolta è veramente impressionante l’enorme
numéro di cellule giganti. È in mezzo a tali elementi patologici
che s’incontrano i corpuscoli parassitari anzidetti, mostrandosi,
principalemente, numerosi nel protoplasma delle cellule giganti,
in ciascuna delle quali se ne possono contare iino ad una trentina
e anche più.
L’aggruppamento dei parassiti è, non di rado, caratteristico,
mostrandosi formato da una forma maggiore circondata da nume¬
rose altre minori, derivanti, indubiamente, da gemmazione délia
precedente.
Le culture di tali mocrorganismi non sono sempre di facile rius-
cita, ma qualchevolta l’hoottenute in abbondanza nei terreni ordi-
nari, specialmente se glucosati o glicerinati. I germi si svilup-
pano e si riproducono con forme blastomicetiche unitamente a
forme filamentose, miceliane, ricordando un poco il comporta-
mento dei saccaromiceti e un altro poco quello degli oidi o degli
endomiceti : quindi li ho classificati nel nuovo genere Zymonema
di De Beurmann et Gougerot (i), denominandoli col titolo di
Zymonema brasiliense.
Le colture stesse sono dotate di notevole potere patogeno, verso
alcuni animali di esperimento ; pero la loro azione non è costante :
alcuni animali con esse inoculati (cavie e conigli) morirono in
pochissimi giorni, presentando, ail’ autopsia, enorme riprodu-
zione dei germi inoculati, sopratutto nelle glandole linfatiche;
altri sopravvissero vari mesi, senza presentare nell’ organismo nè
alterazioni organiche nè presenza di parassiti.
(i) Df. Beurmann et Gourgerot. <c Les exascoses, etc. », Bull, et Mém. delà
Soc. Med. des Hôp: de Paris, 1909.
L’incostanza délia virulenza si osserva, del resto, anche col
virus direttamente tirato dalle vegetazioni degli ammalati. Sono
riuscito, tuttavia, con lo stesso, per scarificazione, sulle gengive
di una cavia, a riprodurre esattamente le vegetazioni papilloma-
tose caratteristiche dell ’ affezione umana, con enorrne riprodu-
zione dei corpuscoü parassitari anzidetti.
Quanto alla cura delle lesioni, nell’ uomo, furono adoperati
molti rimedi, per uso generale e locale, non escluso il jodo; ma
senza alcun risultato ; anche l’applicazione di raggi X, ripetuta
in un caso per lungo tempo, fu negativa : qualche risultato soddis-
facente pero’, di grandissimo valore, ho conseguito con l’appli-
cazione del radium, che, nella bocca di un ammaloto, ha sop-
presso ; in pochissimo tempo, l’incessante salivazione. Taie risul¬
tato ha permesso al paziente di potersi cibare un poco meglio e
riacquistare, cosi, un poco di forza ed energia perduta.
Dal 1907, tempo a cui rimonta la prima osservazione, a tut-
t’oggi, ben sette casi di quest’affezione sono stati verificati con
gli esami microscopici. Vari altri casi, con lesioni nella bocca,
clinicamente identici a quelli menzionati, ci sono stati riferiti da
colleghi degni di fede e, di tal maniera, non si puo supporre che
la local izzazione nella bocca rappresenti una fortuita casualità,
dovendo, invece, essere ritenuta corne carattere principale di un’
entità morbosa, la quale mérita un posto a parte nel vasto gruppo
delle affezioni micotiche.
A me pare, poi, di riscontrare in essa molta analogia con alcuni
dei casi descritti dal Breda sotto il titolo di « Buba brasiliana », la
maggior parte dei quali, per altro, appartengono, indubiamente,
alla Leishmaniosi a cui mi sono riferito.
Questa opinione, da me stesso per la prima volta emessa e sos-
tenuta, oramai è accettata anche da altri osservatori che hanno
ripetuto le mie osservazioni.
Sulla patogenesi di questa micosi brasiliana non posso dire an-
cora alcun fatto assodato. In vista délia localizzazione primitiva
nella bocca, potrebbe supporsi che l’infezione dovesse iniziarsi
pel trasporto del virus infettante sulle mucose, durante l’intro-
duzione degli alimenti. Taie sospetto potrebb’ essere avvalorato
dal fatto, già conosciuto, che numerosi sono i funghi che vivono
sulla superficie delle frutta e dei vegetali in generale; ma, in mé¬
rita, mancano, fino ad ora, delle prove giustificative. Puo anche
darsi che l’infezione fosse propagata da qualche insetto, sia pure
la pulce pénétrante, da cui due dei miei ammalati assicurarono di
essere stati preventivamente attaccati, in corrispondenza délia
lesione cutanea di cui erano portatori, allora, si dovrebbe sup-
porre che le lésion i delle cavità mucosa rappresentassero mani-
festazioni specifiche del l’infezione, qualunque sia la regione cu¬
tanea per la quale il microrganismo patogeno fosse primitiva-
mente penetrato. Il problema délia patogenesi, in tutti i modi,
mérita di essere ancor meglio studiato ed è, certamente, molto
importante, specialmente dal punto di vista délia profilassi.
( Laboratoire de Bactériologie de V Hôpital S. Joaquim,
S. Paulo ( Brésil ).
Résumé français. — L’auteur décrit avec soin une affection
mycosique encore peu connue, dont A. Lutz a observé le pre¬
mier cas et qui est assez répandue au Brésil. C’est une mycose
buccale se traduisant par la formation de nodules ulcérés et de
végétations sur la muqueuse. Les lésions peuvent se propager au
larynx, à la trachée, aux bronches et aux poumons, et aux autres
organes. Les localisations cutanées sont assez rares mais, lors¬
qu’elles existent, elles ressemblent à celles qui ont été décrites
par Gilchrist et les autres observateurs dans la Blastomycose cu¬
tanée. Le champignon qui a été cultivé offre à la fois des formes
levures et des formes filamenteuses, et l’auteur acceptant la déno¬
mination de Zymonema, proposée par De Beurmann et Gouge-
rot, donne au parasite de cette affection buccale brésilienne le
nom de Zymonema brasiliense.
— 320 —
Mode d’action du salvarsan dans
la fièvre récurrente expérimentale du rat
Par C. LEVADITI et L. ARZT (i), (de Vienne).
L’action stérilisante de l’arsénobenzol dans la fièvre récurrente,
mise en lumière par Hata (2) et Iversen (3), a été étudiée expé¬
rimentalement par Mc Intosh ^(4). Cet auteur a montré que chez
les rats infectés, les parasites, sous l’influence du salvarsan, dis¬
paraissent rapidement de la circulation générale ; la maladie gué¬
rit après une seule injection sous-cutanée de o g. 005 « 606 » par
100 g., et il n’y a pas de récidive, même après plusieurs mois
d’observation.
Il était intéressant d’examiner le mode de destruction des spi¬
rilles de la fièvre récurrente chez les animaux traités par l’arsé-
nobenzol et voir, jusqu’à quel point les cellules de l’organisme
interviennent dans le processus de stérilisation engendré par le
composé arsénical découvert par M. Ehrlich. L’un de nous (5),
en collaboration avec Twort, a montré de quelle façon s’opère
la spirochétolyse chez les lapins porteurs de chancres syphiliti¬
ques du scrotum et soumis au traitement par le 606. Les tréponè¬
mes offrent des modifications morphologiques se traduisant par
un aspect moniliforme des parasites et par leur transformation en
granules, altérations décelables sur des coupes imprégnées à l’ar¬
gent.
Nous avons entrepris une étude analogue sur la septicémie spi¬
rillaire provoquée chez le rat par le spirille de la fièvre récur¬
rente et nous avons recherché :
i° En combien de temps, chez les rats traités, les parasites dis-
(1) Ce travail a été fait grâce à l’appui matériel du Prix Bïerlot (Univer¬
sité de Vienne, 1912).
(2) Hata, in Ehrlich-IIata, Die experimentelle Chemotherapie der Spi-
rillosen, Berlin, Springer, 1910.
(3) Iversen. Chemotherapie des Recurrens, in Ehrlich-Hata, Die Experi¬
mentelle Chemotherapie der Spirillosen, Berlin, Springer, 1910.
(4) Mc Intosh. On the influence of the new Ehrlich préparation Dioxidi-
amidoarsenobenzol (606) on récurrent fever in rats, The Lancet, 1910,
t. CLXXIX, p. 713.
(5) Levaditi et Twort, C. R. de la Soc. de Biologie, 1910, t. LXIX,
V • 633-
/
— 321 —
paraissent de la circulation générale, et si le sang, dépourvu de
spirilles décelables au microscope, continue à être infectieux pour
d’autres animaux neufs;
2° Quel est l’intervalle, à partir du moment où l’on administre
le 606, pendant lequel les organes renferment encore du virus
actif, en d’autres termes, quel est le moment où s’achève la stéri¬
lisation complète de l’organisme;
30 Quelles sont les modifications morphologiques des spirilles
et jusqu’à quel point les cellules interviennent pour assurer cette
stérilisation complète.
Voici comment nous avons procédé:
On injecte, dans le péritoine de plusieurs rats, du sang d’un
rat riche en spirilles (1), et le 2e, le 3e ou le 4e jour de l’infection,,
alors que les préparations faites avec le sang de la queue mon¬
trent des spirilles assez nombreux, on administre aux animaux,
toujours par la voie péritonéale, 1 cm1 2 3, 5 par 100 g. d’animal
d’une solution de 606 à o g. ,05 pour 10 cm3, soit o g., 0075 arséno-
benzol pour 100 g. Les rats sont ensuite sacrifiés à divers inter¬
valles. Leur sang est tout d’abord examiné microscopiquement,
ensuite défibriné et injecté à des souris. On procède de la même
façon avec les organes ; la rate, le foie, le poumon et le rein sont
découpés en petits fragments, triturés et émulsionnés dans de l’eau
salée, puis l’émulsion est injectée dans le péritoine des souris (2).
De plus, des morceaux de ces organes sont fixés dans le formol
et soumis à l’imprégnation à l’argent, d’après le procédé indiqué
par l’un de nous et modifié par Nakano (3). Voici, d’ailleurs,
les détails de ce procédé rapide :
Des fragments de 1-2 mm. épaisseur sont mis dans l’alcool à 950 pendant
3 à 5 h. Lavage à l’eau courante pendant 10 minutes. On place ensuite les
fragments dans une solution de nitrate d’argent à 1 g. 5 p. 100, uendant
4 à 5 h. à 50°. Réduction par la solution suivante :
Acide pyrogallique . 3 g- )
Solution de formol à 10 : 100 . Sëf- r 4 à 10 h à 50°.
Eau distillée . 100 g. ;
Exp. I. — Le 10 février 1911, on infecte 5 rats avec o cm3, 2 sang de
rat, riche en spirilles. Le 13 février tous les rats montrent de non rares para¬
sites dans la circulation générale, et il en est de même le 14. A ce moment
(n heures du matin) on injecte le 606.
(1) Nous nous sommes servi du virus africain de R. Koch, conservé à l’Ins¬
titut Pasteur.
(2) Environ o emc. 5.
(3) Nakano Deutsch. med. IVoch., 1912, n° 9, p. 416.
— 322 —
Rat I. P. = 92 g. \
Rat IL P. = 100 g. !
Rat III. P. = 125 g. >1 cc. 5 p. 100 g. d’animal, de la solution à o g. 05 p. 10.
Rat IV. P. = 105 g. \
Rat V. P. = 90 g )
Le Rat N° I est sacrifié à midi, soit une heure après l’injection de salvar-
san. Nombreux spirochètes dans le sang.
Le Rat N° II est sacrifié à 2 heures, soit trois heures après l’injection
de 606. L’examen du sang de la queue, fait d’après le procédé de Burri
(encre de chine), montre V absence complète de spirilles décelables au micros¬
cope. On injecte le sang et une émiâsion de rate à des souris (cavité périto¬
néale).
Le Rat N° III est sacrifié à 4 heures, soit cinq heures après l’administra¬
tion du médicament. Plus de spirochètes dans le sang (même procédé). On
injecte le sang et une émulsion de rate à des souris.
Les Rats Nos IV et V sont sacrifiés l’un 7 heures, l’autre 22 heures après
l’injection de salvarsan. Absence complète de spirilles dans le sang. Inocula¬
tion de sang et d’une émulsion de rate à des souris.
Le tableau suivant montre les résultats des inoculations aux souris :
Tableau I
Cette expérience montre que si Von s'en tient à la simple cons¬
tatation microscopique des spirilles dans la circulation générale,
le salvarsan provoque la stérilisation trois heures déjà après l’ad¬
ministration du médicament. Cependant, l’inoculation de ce sang
et du tissu splénique à des souris, prouve que cette stérilisation
n’est qu’apparente; en effet, non seulement le sang et la rate de
l’animal sacrifié à la 2e heure provoquent encore la spirillose chez
la souris, mais, même à la 5e heure, la stérilisation n’est pas com¬
plète, attendu que la rate peut conférer l’infection, après ce laps
de temps. La destruction complète des parasites n’apparait donc
que sept heures après V injection du 606. Cette recherche montre,
de plus, que le sang peut avoir perdu sa virulence, alors que les
organes, en particulier la rate, renferment encore du virus patho¬
gène pour la souris.
Exp. II. — Le 2 mars on infecte cinq rats (o cm3, 2 de sang riche en spi¬
rilles ; injection péritonéale).
Le 4 mars : Rat N° I. P. = 152 g : nombreux spirilles dans le sang
circulant.
Rat N° IL P. = 103 g : spirilles assez rares.
Rat N° III. P. = 100 g : très nombreux spirilles.
Rat N° IV. P. = go g : très nombreux spirilles.
A 11 heures on injecte dans le péritoine 1 cm3 5 de la solution de 606 à
o g 05 pour 10 cm3.
Voici le' résultat des inoculations :
Tableau II
Le Rat N° I est sacrifié à midi, soit une heure après l’njection du médi-
O
— J24 —
cament. Le sang contient de nombreux parasites. On injecte à des souris le
sang et des émulsions de rate, foie, poumon et rein.
Le Rat N'° II meurt entre midi et demie et une heure et demie. Nombreux
spirilles dans le sang. On procède comme pour le rat précédent.
Le Rat N° III est sacrifié à 3 h et demie, soit quatre heures et demie
après l’injection de salvarsan. Nombreux spirilles dans le sang. On procède
comme avec le rat.N0 1.
Le Rat N° IV est sacrifié à 5 h et demie, soit six heures et demie après
l’administration de l’arsenobenzol, Plus de spirilles dans le sang (préparations
à l’encre de chine). Inoculation de sang et d’émulsions d’organes à des sou¬
ris.
Le Rat N° V (infecté en même temps que les précédents) est traité le
6 mars, à 4 heures ; il est sacrifié dix-huit heures après l’injection de 606,
alors que son sang ne renfermait plus de parasites décelables au microscope.
Cette expérience diffère de la première par le fait que les spi¬
rilles ont persisté plus longtemps dans le sang, après l’injection
de l’arsénobenzol (examen microscopique). En effet, tandis que,
lors du premier essai, les parasites ont commencé à disparaître
dès la deuxième heure, cette fois-ci, on les décelait 4 h. 1/2 en¬
core après l’administration du médicament. Nous pensons que
cette différence s’explique par l’inégale sensibilité des spirilles à
l’égard de l’action microbicide du 606, aux diverses périodes de la
maladie. En effet, quelques essais préliminaires montrent que
plus on se rapproche de la crise, plus il est facile de faire dispa¬
raître les parasites de la circulation générale ci l’aide de la médi¬
cation par l’arsénobenzol. Nous continuons d’ailleurs ces expé¬
riences et nous relaterons prochainement les conclusions qui en
découlent.
Quoi qu’il en soit, l’expérience n° II montre, comme 'a pre¬
mière, que la disparition des spirilles du sang circulant, constatée
au microscope, n’indique pas forcément une stérilisation complète
de l’organisme. La preuve en est fournie par ie rat n° IV, dont
le sang et le poumon ont transmis la maladie aux souris. Cette
stérilisation n’est apparue que dix-huit heures après l’injection
de V arsénobcnzol. Il résulte, de plus, que chez les animaux dont
le sang contient encore du virus, certains organes peuvent en être
dépourvus, ou du moins n’en renfermer que des quantités insuf¬
fisantes pour conférer la spirillose aux souris (C. /. Rat n° II
et IV).
Exp. III. — Le 23 mars on injecte, comme précédemment, cinq rats. Le 25
spirilles assez nombreux dans le sang. Le 26 mars, injection de 606.
— 325 —
Injection de i cc. 5
par 100 g d’animal
de la solut. de 606,
o g 05 pour 10 cc.
(à 10 heures et 1/2).
Rat I. P. = 175 g y nombreux spirilles.
Rat II. P. = 145 g : assez nombreux spirilles.
Rat III. P. = 145 g : nombreux spirilles.
Rat IV. P. = 155 g : nombreux spirilles.
Rat V. P. = 125 g : peu de spirilles.
L’examen du sang, pratiqué une heure après l’injection du 606, donne les
résultats suivants :
Rat I plus de spirilles.
Rat II spirilles très rares.
Jt' ts III spirilles non rares.
Rats IV plus de spirilles.
Rats V plus de spirilles.
Voici le résultat des inoculations :
Tableau III
a3
Le Rat I est sacrifié une heure après l’injection du médicament, alors que
le sang ne montrait plus de spirilles décelables au microscope. Deux souris
sont injectées dans le péritoine avec du sang pris dans le cœur ; on inocule
également des émulsions de rate, foie, poumon et rein (i).
Le Rat II est sacrifié trois heures et demie après l’injection de 606 (plus
de spirilles dans le sang).
Le Rat III est sacrifié cinq heures et demie après l’injection de 606 (plus
de spirilles dans le sang).
Le Rat IV est sacrifié sept heures et demie après l’injection de 606 (plus
de spirilles dans le sang).
Le Rat V est sacrifié vingt-deux heures après l’injection de 606 (plus
de spirilles dans le sang).
Les résultats de cette expérience sont conformes à ceux qui dé¬
coulent des deux essais précédents. Ici aussi, les organes des ani¬
maux sacrifiés à un moment où le sang ne montrait plus de spi¬
rilles décelables au microscope, ont transmis l’infection aux sou¬
ris. La stérilisation complète n’existait pas encore sept heures et
demie après l’injection du salvarsan ; elle n’est apparue que plus
tard, entre ce moment et la 22e heure. Il est à remarquer, cepen¬
dant, que V infectiosité des organes et du sang , décroît au fur et
à. mesure que Von s’éloigne du moment où Von a administré le
médicament. En effet, l’examen du tableau précédent montre:
i° Que chez les rats sacrifiés en dernier lieu et chez lesquels il
n’y a pas eu encore de stérilisation complète (Rat III et IV), la
quantité de virus contenue dans les tissus et dans le sang est
faible, attendu que les souris n’ont contracté, le plus souvent,
qu’une infection légère, à spirochètes rares, et que cette infec¬
tion a été précédée d’une incubation plus longue.
20 Que chez les mêmes rats, la proportion des tissus dont l’ino¬
culation aux souris a été suivie de résultats positifs, est inférieure
à celle fournie par l’animal sacrifié le premier ; c’est ce qui résulte
du tableau suivant:
Rat I : six inoculations ont fourni six résultats positifs (6:6).
Rat II : six inoculations ont fourni cinq résultats positifs (6:5).
Rat III : six inoculations ont fourni quatre résultats positifs (6:4).
Rat IV : six inoculations ont fourni trois résultats positifs (6:3).
L’ensemble de ces expériences permet de formuler les conclu¬
sions suivantes:
La disparition des spirilles de la circulation générale, décelable
(r) Les souris inoculées avec les matériaux provenant des rats traités ont
été placées dans des bocaux isolés, afin d’éviter toute contamination.
au microscope, chez les rats traités par le salvarsan, n’ indique
pas une stérilisation complète de l’organisme. Chez de tels ani¬
maux, le sang et les organes peuvent encore conférer la spiril-
lose aux souris. Il peut arriver même que le sang soit dépourvu
de virulence, alors que certains tissus renferment du virus actif
(C. /. le rat n° III de l’expérience I). Certains tissus paraissent
plus souvent virulents que d’autres (la rate et le poumon , en par¬
ticulier), comme il résulte de la comparaison des données sui¬
vantes :
Rate : sur n inoculations 8 résultats positifs.
Poumon: sur 8 inoculations, 7 —
Foie : sur 8 inoculations, 5 —
Rein (1): sur 8 inoculations, 5 —
Cette répartition du virus dans les tissus, apiès le traitement
par le 606, ne semble cependant obéir à aucune règle fixe.
Malgré l’absence d’une stérilisation complète pendant les pre¬
mières 5 à 7 heures, l’action spirillicide du médicament se traduit
déjà par la légèreté des infections engendrées par l’inoculation de
sang et d’organes aux souris, et aussi par la longueur de la pé¬
riode d.’incubation qui précède ces infections. Cette stérilisation
n’apparaît qu’à partir de la 5e-7e heure; elle est complète, en
effet, de dix-huit à vingt-heures après le traitement, attendu qu’à
ce moment ni le sang, ni les organes ne confèrent la spirillose
aux animaux sensibles.
*
* *
Constatations microscopiques. — L’examen des coupes d’or¬
ganes imprégnés à l’argent nous a permis d’assister, pour ainsi
dire, à la destruction des spirilles au sein des tissus. Le proces¬
sus de destruction apparaît de la façon la plus manifeste dans le
foie et la rate. Si l’on examine les préparations de foie à un petit
grossissement, on est frappé de l’abondance de certaines taches
noires au niveau des capillaires hépatiques, surtout au voisinage
des espaces portes. A l’immersion, on constate que ces taches
noires sont constituées par des spirilles en voie de destruction, et
on peut suivre pas à pas les phases de la spirillolyse, jusqu’à la
transformation complète des parasites en grains informes.
Chez les rats, dont les organes et le sang confèrent encore l’in-
(1) Nous n’avons tenu compte que des inoculations faites avec les maté¬
riaux provenant de rats « non stérilisés » par le médicament.
— 328 -
fection aux souris , et chez lesquels il ne peut donc être question
d’une stérilisation complète, la quantité de spirilles ayant con¬
servé leur aspect normal décroît au fur et à mesure que l’on s’éloi¬
gne du moment où on a injecté l’arsénobenzol. Par contre, les
débris de spirilles sont nombreux. Il s’agit de fragments de spi¬
rochètes, le plus souvent disposés en boucle, pourvus d’une ou
deux ondulations. Le corps du parasite a perdu sa régularité; il
est moniliforme, présente des renflements alternant avec des par¬
ties intermédiaires plus minceg. Finalement, le spirille se trans¬
forme en véritables granules irrégulières, dont l’affinité pour l’ar¬
gent est tout aussi manifeste que celle des spirilles entiers.
Ce qui est intéressant, c’est que la grande majorité de ces pa¬
rasites en voie de dégénérescence sont inclus dans des cellules que
nous avons pu identifier avec les cellules de Ivupfer. On cons¬
tate, en effet, au milieu d’un capillaire hépatique dilaté, un
gros élément cellulaire pourvu d’un seul noyau volumineux, riche
en chromatine, et dont le protoplasma renferme un nombre plus ou
moins considérable de ces débris spirillaires. Le protpolasma est
vacuolaire et contient, parfois, en plus des parasites dégénérés,
des hématies plus ou moins déformées. Il s’agit donc d’un vérita¬
ble englobement des spirilles dégénérés par les cellules de Kup-
fer. Une destruction analogue des parasites s’observe dans la
rate ; elle est cependant moins nette que dans le foie. (Voy. fig. i
et* 3).
Chez les rats sacrifiés plus tard (de 18 à 20 heures), et chez les¬
quels il y a eu stérilisation complète, on ne décèle plus ni dans le
foie, ni dans la rate des spirilles, voire même des fragments de spi¬
rilles reconnaissables au microscope. Les cellules de Kupfer ne
renferment que des granulations informes, véritable poussière
de grains colorablés en noir par l’argent. Il s’agit bien là de détri¬
tus provenant de la destruction des parasites en spirales, destruc¬
tion qui s’est opérée en grande partie dans le protoplasma des
macrophages ; en effet, les coupes de foie provenant de rats neufs,
ou de rats atteints de spirillose, mais non traités par le 606, mon¬
trent l’absence complète de ces granulations à l’intérieur des cel¬
lules de Kupper (i) (voy. fig. 2).
En comparant les données fournies par l’examen histologi-
(1) Afin d’éviter toute erreur due à l 'imprégnation, les fragments de foie
témoins ont été traités dans le même bain que les morceaux de foie provenant
des rats traités.
Planche XI I
C. Levaditi et L. Akzt
Fig. I
C.COMMAttTlN,
Fig. III
Fig. II
que et les résultats des inoculations aux souris, on peut conclure
que tant que les organes, en particulier le foie et la rate, renfer¬
ment encore des débris de spirochètes pourvu d'une ou deux on¬
dulations, ou des fragments de spirilles disposé en anneaux, ces
organes sont infectieux pour les animaux sensibles. Par contre,
lorsqu’on ne décèle sur les coupes que des grains informes, phase
terminale de la spirillolyse intra-cellulaire, ces organes sont dé¬
pourvus de virulence. II est donc probable que ces spirilles frag¬
mentés, mais qui ne se sont pas encore transformés en granula¬
tions informes, sont capables de se multiplier, dès qu’on les intro¬
duit dans un organisme neuf.
Quoi qu’il en soit, ces constatations, montrant que les spirilles
dégénérés sous l’influence de l’action spirillicide de V drsénoben-
zol, sont englobés par les macrophages, et finissent par se dé¬
truire complètement dans le protoplasma de ces cellules, mettent
en lumière l’intervention de l’organisme dans le processus de sté¬
rilisation engendré par le salvarsan, dans la fièvre récurrente du
rat.
( Travail du Lab. de M. Levaditi,
à l’Institut Pasteur.)
Explication des figures.
Fig. I. — Coupe de foie imprégné à l’argent. Rat sacrifié avant la stérili¬
sation complète. On voit dans les capillaires hépatiques, des macrophages
(cellules de Kupfer) renfermant des débris de spirochètes (formes courtes,
à 2-3 ondulations, formes en annaux, granulations). Gross. 1/630.
Fig. II. — Coupe de foie imprégné à l’argent. Rat sacrifié après la stérilisa¬
tion complète. Les macrophages ne renferment que des granulations pro¬
venant de la destruction intra-cellulaire des spirilles. Gross. 1/630.
Fig. III. — Coupe de rate imprégnée à l’argent. Rat sacrifié avant la sté¬
rilisation compile . Spirilles fragmentés, moniliformes, dans les gros mo¬
nonucléaires. Gross. 1/630.
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Archiv fur Schiffs und Tropen Hygie.ne, t. XVI, nos 8 et 9.
Archivos de Hygiene et Pathologia exoticas, t. III, n° 2.
British medical Journal, du 13 janvier au n mai 1912, 18 nu¬
méros.
Bulletin agricole du Congo Belge, t. III, n° 1.
Bulletin de la Société médicale de Vile Maurice, 29e année,
n° 26.
Journal of the Royal arrny medical corps, t. XVIII, n° 5.
Journal of tropical Medicine and Hygiene, t. XV, not 8 et gfl
Paludism, n° 4, mars 1912.
Transactions of the .Society of tropical Medicine and Hygiene,
t, V, n° 6.
Tunisie médicale, avril 1912, n° 4.
Y ellow fever bureau, t. I, n° 10.,
VOLUMES ET BROCHURES.
F .-H. Bahr. Dysentery in Fiji during the y car içio.
Dupont. Rapport sur une mission de vaccine en A. O. F.
P. C. ,Flu. Die Aetiologie der in Surinam Vorkommenden soge-
nannten « Boschyaws », einer der Aleppobenle analo*
gen Erkrankung, Centralbl. f. Bakter, I, t. LX.
Die Aetiologie des Granuloma venereum. Arch. f.
Schiffs u. Tropenhyg., t. XV, suppl. 9.
Schistosomum Mansoni identish ist mit Sch. hæmato-
bium ? Centralbl. f. Bakter., I, t. XLT, et Geneesk. Tij-
dschr. v. Nederl. Indië, t. LI.
Bericht iiber die Behandlung von 700 Fallen von Eram-
bœsia tropica und 4 Fallen von Pian Bois mit Salvarsan.
Münch. media. Woch., n° 45, 1911.
J. -A, Gilruth and L.-B. Bull. Enteritis associated with infec-
tion of the intestinal wall by cyst forming protozoa
(Neosporidia) occuring in certain nature animais. Royal
Society of Victoria , Déc. 1911.
A. Mouneyrat. Nouveaux dérivés^ Sulfurés permettant d’admi¬
nistrer les arsénos sous forme soluble, par voie intra¬
musculaire ou sous-cutanée. Journ. de med. interne,
10 février 1912.
— 33î —
Liste des échanges
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Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archiv fur Schiffs und Tropenhygiene.
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Bulletin of the Sleeping Sickness Bureau.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands-Indië .
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
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Memorias do Instituto Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
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Sanidad y Beneficencia (La Havane).
Studies from the Zoological Laboratory, The University of Ne¬
braska.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
(Londres).
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET C,#.
O
A
V
Tome V.
iqi:
JUL20 1912L
BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
SIEGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 12 juin 1912
PARIS
MASSON & O, ÉDITEURS
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 6
Séance du 12 juin 1912
PAGES
CORRESPONDANCE
Congrès du froid . 333
Cardamatis. — Formes pigmentées des Leucocytozoon . 333
Présentations
Laveran. — Résolutions du congrès de Hong-Kong au sujet de l’étiolo¬
gie du Béribéri . 334
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Crall et Clarac. — 3è voiume du Traité de Pathologie exotique. . . 335
COMMUNICATIONS
G. Bouffard. — Quelques considérations d’ordre prophylactique concer¬
nant Tryp. caqalboui . 380
E. Brumpt. — Le Trypanosoma cruqi évolue chez Conorhinus megis-
tus, Cimex lectularius, Cimex boueti et Ornithodorus moubata.
Cycle évolutif de ce parasite . 360
Chatton. — Cycle évolutif des trypanosomides chez l’hôte invertébré.
— Discussion . 365 et 367
A. Conor et L. Benazet. — Formule leucocytaire et image d’ARNETH
dans la bilharziose . . 3 96
A. Henry et G. Blanc. — Le Physaloptère du Macacus cynomolgus L. 390
A. Laveran. — Au sujet de Trypanosoma pecorum . 372
A. Laveran et Nattan-Larrier. — Le Trypanosoma rhodesiense devenu
résistant au sérum humain perd assez facilement cette propriété . . 367
J. Legendre. — Un cas de fièvre paludéenne contractée à Chapa (Tonkin). 345
J. Legendre. — Traitement de la fièvre récurrente par l’arséno-benzol . 339
A. Leger. — Maladie de Raynaud d’origine palustre avec éosinophilie
- locale . ....... 342
A. Lhéritier, A. Fleury et A. Thibout. — Moutons algériens et bacté¬
ridie charbonneuse . '. . 336
A. Lignos. — Absence de Leislimania à l’autopsie d’un enfant mort de
kala-azar . 349
L. Lostie. — Surra en Basse-Cochinchine . 371
L. Manceaux. — Hémogrégarines du lézard vert Lacerta ocellata (var.
pater) . . . .347
J. -J. Matignon. — Note sur lelaquage des dents en Indochine . . . 401
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
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EXTRAIT DU RÈGLEMENT
Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires .
généraux aussitôt apres la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
a Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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taliers des Colonies Françaises.
VI
Cinquième année
1912
N° 6
"BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 12 JUIN IÇJ12.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN.
Correspondance
L’Association française du Froid invite la Société à se faire
représenter par plusieurs délégués officiels au IIe Congrès natio¬
nal du Froid , qui se tiendra à Toulouse, du 23 au 25 septembre
1912. Le programme du Congrès est à la disposition des mem¬
bres de la Société. Ceux de nos collègues qui désirent représenter
la .Société sont priés d’en aviser le Bureau.
*
* *
M. Laveran. — A propos de la note de M. C. França, intitu¬
lée: Contribution à l’étude des Leucocytozoon des Oiseaux du
Portugal (séance du 14 février 1912, de la Soc. de path. exotique),
M. le Dr Cardamatis, d’Athènes, m’écrit qu’il n’a pas observé de
formes pigmentées du Leucocytozoon de Oriolus galbula ; c’est
dans la moelle des os d’une Athene noctua, infectée de Leucocy-
iozoon, qu’il a rencontré ces formes.
2 4
Présentations
M. Laveran. — Je trouve dans le Bulletin de la Société médico-
chirurgicale de V Indochine (n° de mars 1912; Communication de
M. le Dr Gauducheau), le document suivant qui me paraît d’un
grand intérêt au point de vue de l’enquête sur l’étiologie et la
prophylaxie du béribéri qui a été ouverte par la Société de pa¬
thologie exotique et qui n’est pas encore close.
Il s’agit d’une résolution votée par l’Association internatio¬
nale de médecine tropicale de l’Extrême-Orient au Congrès de
Hong-Kong (janvier 1912).
Au Congrès de 1910, qui s’est tenu à Manille (Philippines),
l’Association de médecine tropicale d’Extrême-Orient avait voté
déjà une résolution ainsi conçue:
<c Dans l’opinion de cette Association, une démonstration suffi¬
sante a maintenant été produite pour prouver que le béribéri est
associé avec la consommation continue du riz blanc (riz poli)
comme denrée alimentaire principale et, en conséquence, l’As¬
sociation désire porter ce sujet à la connaissance des divers Gou¬
vernements intéressés ».
Au Congrès de Hong-Kong, la résolution suivante, qui con¬
firme et complète la précédente, a été votée :
« L’exactitude de l’opinion de l’Association, énoncée en 1910,
a reçu des confirmations nouvelles et plus complètes de la part
d’observateurs du Japon, de la Chine, de l’Indochine française,
des Philippines, du Siam, des Indes néerlandaises, des Détroits
et des Etats malais, sur ce point que le béribéri est associé avec
la consommation continue de riz blanc (riz poli) comme article
alimentaire principal.
« L’Association désire porter de nouveau cette opinion à la con¬
naissance des divers Gouvernements intéressés et recommander
une action internationale ».
Les résolutions votées par les Congrès de 1910 et de 1911 de
l’Association internationale de médecine tropicale de l’Extrême-
‘Orient méritent d’autant plus d’attirer l’attention qu’à ces Con¬
grès tous les pays d’Extrême-Orient dans lesquels règne le béri-
— 335 —
. 9
béri étaient représentés par des médecins ayant une grande expé¬
rience de cette maladie.
D’après M. Gauducheau, l’entente a été parfaite au Congrès de
Hong-Ivong, sur le rôle du riz poli dans l’étiologie du béribéri.;
les Japonais qui, en 1910, n’étaient pas partisans de la théorie
alimentaire s’y sont ralliés en 1912.
*
* *
M. Marchoux. — Je dépose sur le bureau de la Société au
nom de notre vice-Président M. le Médecin Inspecteur Général
Grall, le troisième volume du Traité de Pathologie exotique qui
est publié sous sa direction et celle de M.Clarac. Dans ce volume
MM. Reboul, Clarac, Simond, Métin, Martin et Lebœuf, ont
donné un exposé détaillé et soigneux de la dengue, de la fièvre
jaune, du choléra et de la maladie du sommeil. Les titres des
articles suffisent à indiquer tout l’intérêt de cette partie du Traité
de Pathologie exotique, et les noms des auteurs sont une garan¬
tie de la science et de la conscience avec lesquelles la rédaction en
a été faite. •
— 336 —
1
COMMUNICATIONS
\ . . .
Moutons algériens et bactéridie charbonneuse
*
Par A. LHÈRITIER, A. FLEURY et A. TRIBOUT,
L’un de nous eut l’occasion d’observer, durant l’automne 1911,
dans la région de Bou-Medfa, une épizootie de fièvre charbon¬
neuse frappant principalement les Bovidés: 26 bœufs morts, en
un mois, sur un total de 190 bêtes.
Nous pûmes isoler la bactéridie charbonneuse du sang de plu¬
sieurs bœufs avant et après leur mort. Nous isolâmes également
la bactéridie du sang du cœur d’un mouton de race indigène non
croisée qui avait succombé à une attaque foudroyante; l’autopsie
eut lieu, dans ce cas, 14 heures environ après la mort.
Sous la direction de M. Edm. Sergent, nous avons procédé à
quelques recherches sur cette bactéridie isolée du mouton algé¬
rien.
Il est bien connu, depuis les travaux de Chauveau (i), que le
(1) Chauveau. — De la prédisposition et de l’immunité pathologiques. In¬
fluence de la provenance ou de la race sur l’aptitude des animaux de l’es¬
pèce ovine à contracter le sang de rate. C. R. Ac. Sc., T. 8g, 2e semestre,
pp. 498-502, 23 juillet 1879.
Chauveau. — Nouvelles expériences sur la résistance des moutons algé¬
riens au sang de rate. C. R. Ac. Sc., T. 90, Ier semestre, pp. 1396-1400,
14 juin 1880.
Chauveau. — Des causes qui peuvent faire varier les résultats de l 'ino¬
culation charbonneuse sur les moutons algériens. Influence de la quantité
des agents infectants. Application à la théorie de l’immunité. C. R. Ac. Sc.,
T. 90, ier semestre, pp. 1526-1530, 28 juin 1880.
Chauveau. — Nature de l’immunité des moutons algériens contre le sang
de rate. Est-ce une aptitude de race ? C. R. Ac. Sc., T. 91, 2e semestre,
PP- 33-36, 5 juillet 1880.
Chauveau. — Sur la résistance des animaux de l’espèce bovine au sang
de rate et sur la préservation de ces animaux par les inoculations préven¬
tives. C. R. Ac. Sc., T. 91, 2e semestre, pp. 648-652, 18 oct. 1880.
Chauveau. — De l’atténuation des effets des inoculations virulentes par
l’emploi de très petites quantités de virus. C. R. Ac. Sc., T. 92, Ier semestre,
pp. 844-848, 4 avril 1881.
- 337 ~
mouton algérien est réfractaire ou du moins très résistant à l’in¬
fection par la bactéridie charbonneuse d’origine européenne.
Chauveau considérait que cette résistance est une propriété
congénitale et naturelle des moutons algériens: sur 47 moutons
algériens qu’il inocula avec une bactéridie apportée de France, il
n’en vit mourir que 8, et les 8 victimes appartenaient toutes à
la catégorie des animaux sur lesquels l’inoculation avait été faite
dans des conditions spéciales.
27 moutons européens témoins moururent tous. Chauveau pur
voir que les moutons croisés héritaient des géniteurs algériens une
certaine résistance à l’infection bactéridienne et que le séjour en
Algérie ne confère aux moutons français aucune qualité de résis¬
tance à ce virus.
M. Bauguil, chef des Services vétérinaire et pastoral de l’Algé¬
rie, que nous remercions vivement de ses précieux renseigne¬
ments, a bien voulu nous faire connaître que, jusqu’à ce jour, la
fièvre charbonneuse n’a pas été constatée ou diagnostiquée par
les divers vétérinaires sanitaires des 3 départements algériens sur
les Ovins, alors qu’elle l’a été fréquemment sur les Bovins.
M. Bauguil s’est d’ailleurs demandé si une épizootie très meur¬
trière à marche rapide, qui a sévi en 1908 sur des moutons dans
le département d’Alger, ne relevait pas de la fièvre charbon¬
neuse.
I. Nous éprouvâmes la virulence de la bactéridie d’origine ovine
algérienne en la comparant à la virulence de la Bactéridie de la
collection de l’Institut Pasteur de Paris.
Dans une expérience préliminaire, la bactéridie algérienne tua
un cobaye en 33 heures. A la même dose la bactéridie française
tua un cobaye de même poids en plus de 40 heures.
Une seconde expérience porta sur des moutons algériens^
5 moutons reçurent le virus algérien, 5 autres le virus français:
Deux moutons algériens furent inoculés sous la peau, avec
1 j 20e de tube de gélose du virus algérien, 1 avec 1/10® de tube,
1 avec 1 /5e de tube. Un autre mouton reçut dans les veines 1/20*
de tube de gélose.
D’autres moutons algériens de même âge, de même origine,
et conservés dans la même écurie, servent de témoins. Ils sont
inoculés avec des doses respectivement égales de virus français.
Sous la peau : deux moutons reçoivent 1/20® de tube, un autre
i/ioe de tube, un autre 1/5® de tube. Dans la veine, un mouton
reçoit 1/20® de tube. Dans cette expérience se tiouve donc écartée
— 338 —
la question de l’importance de la quantité de virus, signalée par
Chauveau (i), puisque les 2 séries d’animaux en expérience reçoi¬
vent des doses égales de virus.
Moutons inoculés le 4 décembre 1911, avec:
En conclusion, tous les moutons algériens inoculés avec le
virus algérien sont morts, deux en 2 jours, un en 3 jours, deux en
4 jours. A l’autopsie, on constate tous les caractères de la septi¬
cémie bactéridienne, et la bactéridie a été isolée chaque fois du
sang, de la rate, et de l’œdème formé au point d’inoculation.
Aucun des moutons algériens inoculés avec le virus français n’a
succombé. Ils ont présenté seulement une légère réaction fébrile.
Tous les moutons ayant servi dans ces expériences étaient de
race algérienne non croisée.
II. Nous avons voulu voir si les moutons algériens ayant résisté
au virus français ont acquis l’immunité contre le virus algérien.
Au mois de mars 1912, quatre moutons algériens ayant ré¬
sisté, trois mois auparavant, à l’inoculation de virus français,
dans l’expérience relatée ci-dessus, sont inoculés avec des doses
plusieurs fois mortelles du virus algérien, en même temps qu’un
mouton algérien neuf servant de témoin. Celui-ci meurt en 4 jours, •
tandis que les moutons ayant reçu 3 moins auparavant le virus
français, ne présentent qu’une très légère élévation de tempéra¬
ture, et aucun d’eux ne succombe.
Nous conclurons de nos expériences:
(1) Loc. cit. C. R. Ac. Sc., 28 juin 1880, 5 juillet 1880.
i° Ainsi que l’avait montré Chauveau, les moutons algériens
sont réfractaires, dans les conditions ordinaires, à l’infection par
une bactéridie charbonneuse d’origine française.
2° On a trouvé, en Algérie, un cas spontané de fièvre charbon¬
neuse, chez un mouton algérien, et on a pu isoler du sang de ce
mouton une bactéridie douée d’une virulence particulière, tuant,
en 2-4 jours, des moutons algériens, tandis que d’autres moutons.,
témoins de même race et de même âge ont facilement résisté à
l’inoculation de doses semblables de virus français. Ces derniers
moutons sont, par la suite, vaccinés contre des doses plusieurs
fois mortelles de virus algérien.
Institut Pasteur d’ Algérie.
Traitement de la fièvre récurrente
par l'arséno-benzol
Par J. LEGENDRE.
En présence des brillants résultats donnés dans la syphilis par
le nouveau produit arsenical d’EHRLiCH, il était logique de l’es¬
sayer dans toutes les spirilloses, aiguës ou chroniques. C’est pour¬
quoi la fièvre récurrente a été l’objet de plusieurs côtés d’essais
thérapeutiques par le Salvarsan.
Ed. Sergent et Victor Gillot (i), ont traité trois cas de spiril-
lose nord-africaine par injection intraveineuse de o g. 60 de 606.
En quelques heures, les spirilles ont disparu de la circulation et la
température est redevenue normale. Dans le cas unique (Obs. I)
où ils ont fait usage du 606 à la première période fébrile, ils
n’ont pas observé de rechute.
Paucot, au Tonkin. chez 8 malades indigènes traités par injec¬
tion intra-veineuse de doses généralement élevées de Salvarsan, a
eu 2 rechutes et 3 décès avec phénomènes d’intoxication grave,
diarrhée et vomissements noirs. Il a été plus heureux avec les in¬
jections intra-musculaires. Dans 5 cas où il employa 3 fois 30 cg.,
et 2 fois o g. 30, il n’eut pas de décès mais observa 2 rechutes.
(1) Bail, de la Société de path. exo., n° 7, 1911.
(2) Bidl. de la Société méd. chir. de l’Indochine, n° 8, 1911.
— 340 —
11 en conclut qu’il faut renoncer à l’injection intra-veineuse pour
recourir uniquement à l’injection intra-musculaire.
Au Tonkin, également, c’est-à-dire dans dés conditions identi¬
ques à celles où opérait l’auteur précédent, Mouzels a traité
23 cas de spirillose humaine uniquement par « la voie intra¬
veineuse, à la dose de o g. 005 par kilo pour les enfants et de
0 g- 3° pour les adultes ». Dans 5 cas seulement il a observé des
rechutes sans spirilles.
Avant lui, Iversen, de Saint-Pétersbourg, avait signalé l’ac¬
tion stérilisante constante du médicament dans la récurrente aux
doses de o g. 20 à o g. 30.
J’ai personnellement traité depuis trois mois 8 cas de spirillose
tonkinoise chez des militaires indigènes dont le poids est généra¬
lement inférieur, d’un tiers au poids du français adulte. Voici les
observations :
Obs. I. — X... infirmier indigène, est pris le 23/1/1912 à midi d’un frisson
avec hyperthemie et sensation de lassitude. Entré à l’hôpital le 25, il pré¬
sente les symptômes suivants : 0 = 39,5 — grosse rate, saburre, abattement
très prononcé. L’examen du sang y révèle la présence de spirilles.
Une injection intra-veineuse de o g. 30 d’arséno-benzol Billon est pratiquée
le 26 à 9 h. 30 du matin, c’est-à-dire moins de 3 jours après le début de la ma¬
ladie. Elle est suivie de deux vomissements, un à 10 h. du matin, un à
1 h. du soir, la température atteint 40° à midi, puis descend progressive¬
ment pour atteindre la normale, 3Ô°5, à minuit. L’examen de frottis de sang,
prélevés toutes les trois heures, montre la disparition des spirilles 7 heures
après l’injection.
La convalescence est très rapide ; le 31 janvier on sent à peine la pointe
de la rate. Pas de rechute.
Obs. IL — X1..., réserviste indigène, entré à l’hôpital le 27/1 dans un-
état d’abattement profond. La rate descend jusqu’à une ligne transversale
passant par l’ombilic, ictère sclérotical très prononcé, ni toux ni expectora¬
tion. Depuis 3 jours sa température oscille entre 390 et 40°, très nombreux
spirilles dans le sang.
Le 28 au matin, au 5e jour de la maladie, injection intraveineuse de
o g. 20 d’arséno-benzol Billon. La température, de 39°2 au moment de
l’injection, s’élève à 40° à midi, puis descend progressivement vers la nor¬
male qu’elle atteint à 10 h du soir. Les spirilles ont disparu de la circulation
8 h après le traitement par le 606. Le 31 on sent à peine la pointe de la rate.
Pas de rechute. Etat général très satisfaisant à la sortie de l’hôpital.
Obs. III. — X2..., militaire indigène, est hospitalisé le 1/3/1912 pour fièvre-
récurrente probable. L’examen microscopique du sang confirme le diagnostic
de spirillose. Depuis 5 jours fièvre entre 390 et 40°. Malade très déprimé,,
teinte subictérique généralisée ; sibilances disséminées ; splénomégalie.
Le 2 mars a 9 h. du m., injection intra-veineuse de o g. 20 d’arséno-benzol
au 6e jour de la maladie. La température atteint 40°5 à midi, puis descend'
progressivement ; elle est normale (36° 7) à 9 h du soir et n’a pas cessé de
1 etre jusqu au 21 mars, date de la sortie. Donc, pas de rechute. Les spirilles
ont disparu de la circulation périphérique 6 h. après l’injection.
— 341 —
Obs. IV. — X3..., militaire indigène, entre à l’hôpital le 4 mars après
4 jours de maladie. Même symptomatologie que dans les cas précédents ;
rate légèrement débordante spirilles dans le sang.
Le 5 mars, au 5e jour, à 9 h. 30 du matin, injection intra-veineuse de
o g. 25 d’arséno-benzol. Tout se passe comme dans les cas ci-dessus ; la tem¬
pérature tombe définitivement dans la soirée. Les spirilles, très nombreux au
moment de l’injection, ne se trouvent plus 7 h. après. Le 7/3 la rate a disparu
sous les fausses côtes, l’ictère sclérotical persiste encore pendant quelques
jours. Pas de rechiite.
Obs. V. — X4..., militaire indigène, est hospitalisé le 11 mars pour fièvre
récurrente ; début il y a trois jours, température oscillant entre 390 et 40° toute
la journée ; subictère et splénomégalie ; spirilles dans le sang. Injecté dans
une veine de l’avant-bras le 12 à 9 h. du matin, c’est-à-dire au 4e jour avec
o g. 20 d’arséno-benzol.
La température reste élevée jusqu’à 7 h. du soir où elle n’atteint plus que
37°9 ; à 4 heures du soir, c’est-à-dire 7 h. après l’injection, malgré que la
température soit encore à 39°5, on ne trouve déjà plus de spirilles ; leur
absence est de nouveau constatée à 7 h. A partir de ce moment chute dé¬
finitive du thermomètre. Pas de rechûte.
Obs. VI. — X5..., cannonier indigène, atteint de récurrente diagnostiquée
par l’examen microscopique du sang, reçoit au 5e jour de la maladie o g. 20
d’arséno-benzol le 22 mars à 9 h du matin ; à ce moment la température est
à 38°7, les spirilles sont très nombreux ; à 1 h. de l’dprès-midi, 4 h. après
l’injection, la température est à 38° ; les spirilles sont absents. Depuis ils
n’ont pas reparu et la fièvre est définitivement tombée. Pas de rechute. Le
26 et le 27 seulement la température vespérale a atteint 37°5 et 2>7°7 sans
que le sang montrât des spirilles.
Obs. VIL — X6..., canonnier indigène, atteint de récurrente. Prostra¬
tion considérable, température très élevée, ictère et splénomégalie, l’affec¬
tion a débuté il y a deux jours ; spirilles nombreux dans le sang périphérique.
Au 3e jour le 27/3 à 9 h. m. injection intra-veineuse de o g. 25 d’arséno-
benzol. La température tombe dans la nuit et ne se relève plus, les spirilles
disparaissent de la circulation 9 h. après l’injection.
Cet homme avait été traité en août-septembre 1911 pour néphrite
aiguë et avait eu dans les urines d’assez fortes doses d’albumine, jusqu’à
7 g. par litre. Il était sorti le 18 septembre guéri de son albuminerie. Après
l’injection d’arséno-benzol on constate de nouveau l’absence d’albumine.
Obs. VIII. — X7..., canonnier indigène, entre à l’hôpital pour récurrente
sévère (examen microscopique positif) le 30 mars. Le lendemain, à 9 h. du
matin, au 3e jour de la maladie il reçoit dans une veine o g. 25 d’arséno-
benzol. La température est tombée à la normale à 9 h. du soir, mais les
spirilles ont disparu de la circulation à 6 h., neuf heures après l’injection,
alors que le thermomètre marquait encore 38°5 dans l’aisselle. Le lende¬
main, la température remonte à 37°8, pas de spirille. Pas de rechute à la
date du 12 avril.
Il résulte à l’évidence de la lecture de ces observations, que
l’arséno-benzol constitue un véritable spécifique de la récurrente
tonkinoise et qu’il est un spirillicide énergique et constant qui
arrête dans les 24 heures la marche de l’infection et empêche sa
récurrence. Dans aucun des cas rapportés, en effet, je n’ai observé
— 342 —
de rechute pendant une période d’observation de trois semaines
et quelquefois d’un mois. Ces malades ont tous été traités pendant
la première phase fébrile.
La dose d’arséno-benzol employée a varié de o g. 20 à o g. 30;
cette dernière, en ce qui concerne les indigènes adultes dont le
poids varie de 45 à 55 kilos est un maximum, je ne l’ai employée
qu’une fois (obs, I). La dose de o g. 20 suffit généralement, je
l’ai portée à o g. 25 quand je me suis trouvé en présence de ca¬
nonniers, plus lourds que les fantassins.
Sauf dans le premier cas où le malade a eu deux vomissements
à la suite de l’injection d’une dose de o g. 30, il n’a été observé,
à part 'l’élévation de température, aucun phénomène réactionnel
avec les doses de o g. 20 et de o g. 25.
Dans les cas de récurrente traités par l’arséno-benzol la conva¬
lescence est rapide, dès le lendemain, le malade est assez solide et
mange avec appétit. La disparition de l’ictère et la régression de
la rate se font en quelques jours.
Enfin, fait important au point de vue prophylactique, quelques
heures après le traitement par l’arsénobenzol le récurrent cesse
d’être un « réservoir de virus ».
Maladie de Raynaud d’origine palustre
avec éosinophilie locale
Par André LEGER.
L’asphvxie locale des extrémités d’origine paludéenne a été
signalée par un certain nombre d’auteurs, qui ont publié des faits
montrant bien la relation étiologique de ces phénomènes morbi¬
des. L’observation, que nous rapportons ici, rentre nettement
dans le cadre nosologique de la malaria : elle nous a paru surtout
intéressante à signaler à cause d’une éosinophilie locale assez
marquée ayant accompagné l’évolution des symptômes asphyxi¬
ques et ayant disparu avec la guérison de ces derniers.
X..., 30 ans, a déjà fait trois séjours dans la colonie où il a eu de nombreux
accès de fièvre paludéenne. On ne relève dans ses antécédents aucune af¬
fection (syphilis, alcoolisme filariose, tuberculose, lèpre, diabète, mal de
Brig-ht, etc.), pouvant provoquer de l’asphyxie locale. Séjour actuel dans la
colonie, 38 mois ; depuis environ trois mois, ressent, outre des accès de
fièvre revenant périodiquement tous les douze ou quinze jours, un état de
fatigue constant.
Sujet encore vigoureux et bien constitué, mais les téguments sont déco¬
lorés ainsi que les muqueuses conjonctivales et labiales.
Le foie est légèrement augmenté de volume. La rate est grosse, débor¬
dant les fausses côtes ; elle est un peu douloureuse à la pression et même
à la simple percussion. Rien de spécial à signaler du côté des autres orga¬
nes.
L’examen du sang pratiqué au moment d’un accès de fièvre permet de
voir un grand nombre de schizontes annulaires de Plasmodium prcecox,
et de rares gamètes en croissant. Pas de microfilaires. La formule leucocy¬
taire établie sur une numération de 500 globules blancs donne le pourcentage
suivant :
Polynucléaires neutrophiles . 65,61 °fQ
Lymphocytes . 21,66 °/0
Grands mononucléaires . . . ■ . . — 18,38 °/Q
Eosinophiles . 2,24 °/Q
Mastzellen . 0,11 %
Le malade était dans cet état, se soignant du reste mal, n’absorbant la qui¬
nine qui lui était prescrite, que fort irrégulièrement, sinon jamais, quand
à la suite d’un accès de fièvre et environ deux heures après, il ressentit à
la main droite une sensation de doigt-mort, analogue, dit-il, à ce que l’on
éprouve l’hiver par un froid très vif. Ces phénomènes durèrent à peu près
une heure puis disparurent d’eux-mêmes. Le malade n’y aurait pas pris
garde, si le lendemain les mêmes symptômes n’avaient recommencé à la
même main, deux fois dans le courant de la journée, et n’avaient continué,
en augmentant d’intensité, les jours suivants. Appelé auprès du malade
trois jours après le début de ces symptômes d’asphyxie locale, j’eus l’occa¬
sion d’assister à une crise provoquée par la simple immersion de la malin
droite dans une eau très fraîche. Je constatai alors les symptômes caractéris¬
tiques de l’asphyxie blanche des extrémités : doigts exsangues, de couleur
blanc mat contrastant avec ceux de la main opposée, sensibilité émoussée à
leur niveau, température locale abaissée, 26°. Du côté du malade, sensa¬
tion de doigt raide, fourmillements, etc. La crise dura environ trois
quarts d’heure.
Des frottis sont faits avec du sang pris au niveau de l’oreille et au doigt
en état d’asphyxie. La formule leucocytaire donne dans les deux cas le pour¬
centage suivant :
A. — Examen du sang pris à l'oreille droite.
Polynucléaires neutrophiles
Lymphocytes* .
Grands mononucléaires
Eosinophiles .
Mastzellen .
o
au point de vue des hématozoaires : quelques gamètes en croissant, pas de
microfilaires.
B. — Examen du sang pris au doigt malade.
Polynucléaires neutrophiles
Lymphocytes .
Grands mononucléaires
60,08 %
18,15 %
5.IO %
- 344 —
Eosinophiles . . . 16,54 %
Mastzellen . . . 0,13 %
quelques croissants ; pas de microfilaires.
Les urines analysées plusieurs fois dans le courant de la maladie n’ont
jamais montré ni sucre, ni albumine.
L’examen des selles pratiqué aussi à plusieurs reprises n’a jamais permis
de constater la présence d’œufs de parasites intestinaux. Le malade n’a
jamais évacué â l’extérieur d’anneaux de tœnia.
En présence de ces phénomènes d’asphyxie locale paraissant
engendrés par le paludisme, et 'des accès de fièvre répétés du
malade, je proposai de faire au malade une série d’injections intra¬
musculaires de 0,50 cg. de chlorhydrate de quinine par jour, que
je poursuivis pendant vingt jours.
Dès le sixième jour de traitement quinique, les symptômes cli¬
niques de maladie de Raynaud diminuèrent d’intensité, de durée
et de fréquence pour disparaître d’une façon absolue vers le
quinzième jour. D’autre part, l’éosinophilie locale marcha paral¬
lèlement, et sa chute en lysis peut se calquer pour ainsi dire sur
celle des symptômes cliniques observés.
La formule leucocytaire fut pratiquée d’une façon quotidienne
pendant vingt jours, une première prise de sang étant faite en
un point quelconque du corps, une seconde toujours à un des
doigts de la main droite. Les prises ont été faites indifféremment
en dehors ou pendant une crise d’asphyxie locale; nous n’avons
noté, du reste, aucune différence sensible dans les deux cas.
Le tableau suivant donne un aperçu de la formule leucocytaire
au point de vue du taux des éosinophiles.
Pourcentage des éosinophiles.
345 —
*
* &
En résumé, dans les prises de sang faites à la main malade,
le taux des éosinophiles, assez considérable au début, a diminué
d’une façon manifeste à partir du 6e jour, en même temps que
s’amendaient les symptômes cliniques d’asphyxie locale, pour
disparaître avec ces derniers, alors que le taux de ces mêmes élé¬
ments blancs restait absolument normal dans les prises de sang
faites en dehors de la partie malade. Asphyxie locale et éosino¬
philie locale ont marché de pair pour disparaître sous l’influence
du traitement quinique.
(Laboratoire de bactériologie de Bamako ,
H au t-Sén éga l-Ni ger . )
Un cas de fièvre paludéenne
contractée à Chapa (Tonkin)
Par J. LEGENDRE.
X.,., militaire indigène en garnison à Hanoï où il jouit d’une
excellente santé, fait le voyage de Hanoï à Lao-Kav et de Lao-
Kay à Chapa en qualité d’ordonnance d’un officier.
Parti de Hanoï le 29 mars, il effectue de jour la première partie de l’itiné¬
raire, rie Hanoï à Lao-Kay, par voie ferrée, en 12 heures. Il passe la nuit à
Lao Kay ville.
Le lendemain il se met en route et passe à Muong-Xan, à 27 kilom. de
Lao-Kay, dans un gîte d’étape loin de toute habitation, les nuits du 30 au
31 mars et du 31 mars au i*r avril. Il a pour compagnons de chambre le gar¬
dien du gîte et deux tirailleurs venus de Lao-Kay.
Le Ier avril il continue son voyage sur Chapa situé à 10 kilom. au delà de
Muong-Xan. Il reste six jours à Chapa.
Au retour il s’arrête encore 3 jours à Muong-Xan et revient ensuite le 12
avril à Lao-Kay où il arrive malade de la fièvre. Il a pris, déclare-t-il, chaque
jour deux comprimés de 23 c g. de quinine pendant toute la durée du
voyage. Il séjourne à Lao-Kay jusqu’au 19 avril date à laquelle il reprend le
train pour Hanoï où il arrive le soir. Il n’a cessé d’avoir la fièvre. Le 2 mai
il entre à l’hôpital, il est très déprimé, il présente du subictère des conjonc¬
tions, la rate congestionnée se sent très nettement sous les fausses côtes. La
température axillaire est de 39°,7. l’examen du sang pratiqué le jour même, y
révèle la présence de l’hématozoaire de la tropicale. Un traitement par les
injections intra-fessières de chlorhydrate de quinine arrête, au moins momen¬
tanément, la fièvre.
346 —
Ce cas de paludisme n’offre en lui-même rien de particulier, iï
n’est intéressant que par la localité où il a été contracté. Il est
peu probable qu’il l’ait été à Lao-Kay, le militaire indigène
n’ayant passé qu’une nuit dans cette localité avant de présenter
les premières manifestations morbides. En outre, pendant un sé¬
jour de neuf mois dans cette ville, en 1901, je n’ai, pas observé
un seul cas de paludisme chez les officiers ou fonctionnaires y
résidant, ni chez les indigènes à leur service, malgré que ni les
uns ni les autres ne se soient sourrps à la quininisation préventive.
Muong-Xan (700 m. d’altitude) ou Chapa (1.630 m.) où le ma¬
lade a passé respectivement cinq et six jours, paraissent donc de¬
voir être incriminés dans le cas actuel. L’altitude de Chapa n’est
pas, en effet, un obstacle à la présence des moustiques puisqu’on
y a observé des Culex et des Stegomvias. Si on y recherche des
Anophèles à la saison favorable, on n’aura, sans doute, pas de
peine à en découvrir.
Quoi cju’il en soit, Chapa étant en voie de devenir un sanato¬
rium, j’ai cru utile de relater ce cas de paludisme contracté dans
la région de Chapa.
J’ai déjà eu l’occasion de diagnostiquer cliniquement et micros¬
copiquement des accès de fièvre palustre chez deux autres per¬
sonnes ayant séjourné à Chapa. Il semble, dès lors, indiqué de
faire étudier à ce point de vue par un parasitologiste Chapa et
les localités voisines avant d’en faire une station d’été, afin de
s’y installer en toute sécurité si le paludisme n’y existe pas et
afin de le combattre si on l’y rencontre.
Les avantages incontestables que Chapa présente au point de
vue de la température et du pittoresque ne doivent pas faire ou¬
blier qu'il est situé dans une province renommée pour la fré¬
quence et la gravité de la malaria qui y sévit dans tous les points
occupés jusqu’à présent.
347 ~
/ .
Hémogrégarines du lézard vert,
Lacerta ocellata (var. pater)
Par L. MANCEAUX.
Il est possible de conserver en captivité pendant un temps assez
long, certains lézards de l’Afrique du Nord, en les alimentant de
jaune d’œuf et de pommes de terre cuits, et en ayant soin de ‘leur
fournir de l’eau. Le lézard vert ( Lacerta ocellata ) peut résister
jusqu’à 6 mois; le gongyle s’adapte encore mieux à la réclusion.
En examinant très fréquemment le sang de ces animaux, nous
avons acquis la certitude que l’infection à hémogrégarines est
bien une maladie chronique , qui résiste à l’hivernage.
Le lézard vert, dans les environs de Tunis, se montre infecté
de quatre espèces décrites d’ hémogrégarines :
II. Schaudinni v. af ricana (França).
H. curvirostris (Billet).
H. biretorta (C. Nicolle).
Ii. minuta (França).
Il semble, d’après nos examens, qu’il faille réunir sous une
même étiquette H. curvirostris et H . biretorta, opinion déjà émise
par Laveran et Pettit, devant cette Société (i). On rencon¬
tre dans ces deux infections: i° une petite forme de 14 à
16 p de long, sur 2 à 4 de large, ayant un noyau, central gé¬
néralement, mais qui peut émigrer en un point quelconque du
protozoaire ; un protoplasma se colorant difficilement et fai¬
blement par les couleurs basiques. L’hématie est hypertro¬
phiée et granuleuse; 20 une grosse forme de 19 à 22, p. de long
sur 5 à 7 y de large; le noyau central est formé de bâtonnets
chromatiques et le protoplasma est plus basophile que dans la
petite forme. Elle se termine, soit par une extrémité amincie et
recourbée (H. curvirostris) et un renflement à l’autre bout, soit,
par deux extrémités recourbées ( H . biretorta ) et un renflement mé¬
dian. On voit aussi une forme ayant une extrémité amincie droite
et dans le prolongement de l’axe principal. Or, ces différentes
variétés s’observent toujours dans le même individu quand on
fait des recherches suffisamment prolongées et minutieuses. Il
(1) Bulletin du 9 juin igog, p. 295.
arrive souvent qu’un des pôles recourbés soit masqué par le ren¬
flement et devienne ainsi fort peu visible. 11 semble que cette par¬
tie terminale jouisse d’une certaine mobilité. Les hématies qui
les contiennent sont hypertrophiées et granuleuses.
Dans un même individu, la fréquence de ces gros éléments par
rapport aux petits est variable. Ils peuvent être en nombre égal,
mais le plus souvent, ils sont moins nombreux. En moyenne, on
compte 20 à 30 petites formes pour une grande. Il peut arriver
que ces gros éléments disparaissent pendant plusieurs jours.
Cette disparition temporaire nous amène à mettre en doute
l’existence autonome de H. Schaudinni. Celle-ci ne se distingue,
en effet, par aucun caractère net de la forme petite de H. curvi¬
rostris: nom qui semble pouvoir être maintenu.
11 se pourrait donc que l’absence des grosses formes n’indiquât
qu’un stade de l’infection et nous pensons que ce serait, dans ce
cas, un stade plus avancé, car la petite hémogrégarine ne dispa¬
raît jamais du sang, ainsi que le fait parfois la forme plus grosse.
Toutefois, nous avons examiné pendant plus d’un mois un lézard
infecté de H. Schaudinni , sans rencontrer d’autres éléments. Des
recherches sont donc encore nécessaires pour supprimer défini¬
tivement cette espèce.
La multiplication endogène se constate dans le foie, la rate et
la moelle; elle commence dans des éléments ovoïdes, dont le
noyau se fragmente et perd la netteté de ses contours, dont le
protoplasma se charge de vacuoles claires surtout vers les extré¬
mités. Ces éléments qu’on constate dans le sang circulant, évo¬
luent en sporooystes dans les organes.
Nous avons vu aussi des éléments, fort rares d’ailleurs, aussi
bien dans H. curvirostris que dans H. Schaudinni, ce qui ten¬
drait encore à prouver leur identité; ces éléments, étroits et allon¬
gés, mesurent environ 20 y sur 4 y, possèdent deux noyaux dis¬
tincts et entourés chacun de son protoplasma. Une mince travée
partage l’hémogrégarine en deux: toutefois l’enveloppe externe
est unique. Nous n’avons vu aucune figure intermédiaire rappe¬
lant soit une multiplication par division transversale, soit une
conjugaison.
Dans certaines infections, on voit encore un autre aspect de
H. curvirostris sous forme d’un élément cylindrique, à bouts ar¬
rondis de 14 à 15 y de long sur 5 à 6 de large. Le protoplasma
ne se laisse pas colorer ; le noyau se partage et se réunit aux ex-
— 34y —
trémités, paraît dissous, sans filaments chromatiques et se teinte
en violet rougeâtre. Les hématies sont hypertrophiées, granuleu¬
ses ; leur noyau est très altéré, souvent enroulé autour du proto¬
zoaire. Il s’agit probablement de formes en voie de dégénéres¬
cence.
H. minuta. — Cette hémogrégarine, déjà trouvée par França,
au Portugal, se rencontre aussi chez le lézard vert de l’Afrique
du Nord. Elle est assez rare. Elle se caractérise par ses dimen¬
sions exiguës: 8 à io f* de long sur i à 4 de large. Elle a une
forme ovoïde ou légèrement renflée à une extrémité, souvent un
peu recourbée. Le protoplasma se colore mal. Le noyau est cen¬
tral, présente des tractus chromatiques. Cette hémogrégarine offre
ce caractère distinctif de ne pas altérer l’hématie-hôte qui con¬
serve son aspect normal.
Absence des Leishmania à l’autopsie
d’un enfant mort de kala-azar
Par Antoine LIGNOS.
Le 18 octobre 1911, nous sommes appelés auprès d’une fillette
de 23 mois, nommée Marina Mountsouris.
Depuis quelques jours, l’enfant, au dire de la mère, sans au¬
cune cause apparente, et sans avoir de fièvre, a commencé à de¬
venir pâle.
Soupçonnant tout d'abord le Kala-Azar, si fréquent parmi les
enfants de l’île d’Hydra, nous avons dirigé notre examen sur les
symptômes que présente cette maladie. Nous avons constaté, en
effet, que. la rate dépassait le rebord costal de trois travers de
doigt, mais les observations thermométriques faites pendant une
dizaine de jours consécutifs et à différentes heures de la journée,
nous montraient toujours une température normale. De plus; et
malgré notre diagnostic, la rate diminuait graduellement de volu¬
me ; le 28 octobre, elle n’était plus perceptible à la palpation.
A partir de cette date, l’enfant reprit peu à peu sa couleur nor¬
male, et sa mère la considérait comme guérie. Pour nous, elle
était atteinte de Kala-Azar et nous attendions avec une certaine
inquiétude la réapparition de la maladie.
2î)
En effet, le 7 janvier 1912, l’enfant fut prise d’un premier ac¬
cès de fièvre qui se renouvela le lendemain et les jours suivants,
jusqu’au 3 février. La fièvre se déclarait dans l’après-midi; elle
était précédée de frissons et s’élevait jusqu’à 39°5 et 40° pour se
terminer vers minuit, au milieu de sueurs abondantes.
Avec les premiers accès de fièvre, la rate qui, comme nous
L’avons dit plus haut, n’était pas perceptible à la palpation, com¬
mença peu à peu à grossir et lorsque la série d’accès se termina,
elle dépassait le rebord costal cfe cinq travers de doigt.
Du 3 au 26 février, il y eiit une période d’apyrexie, entrecoupée
d’une fièvre élevée qui dura 4 jours et due à une angine localisée
sur l’amvgdale droite.
Le 26 février, l’enfant fut atteinte de fièvre continue, et deux
ou trois jours après présenta une ulcération sur l’amygdale gau¬
che avec tuméfaction du côté correspondant du cou.
Le 6 mars, nous fîmes une ponction de la rate et nous pûmes
constater dans le sang retiré, de nombreux corps de Leishman*
Dono van.
A partir de ce jour, nous n’avons plus pu revoir la malade, nous
avons cependant appris qu’elle a eu un écoulement fétide d’oreL-
les, des épistaxis fréquentes et abondantes, et que l’ulcération de
l’amygdale persistait; il est probable qu’elle était due aux Leish-
mania .
Le 12 avril, une vieille femme, sorte de rebouteuse, entreprit
le traitement, et dans ce but, introduisit les doigts dans la gorge,
qu’elle racla. Aussitôt l'enfant fut prise de dyspnée et mourut à
minuit.
Nous avons pu faire l’autopsie 18 heures après la mort.
La rate, le foie et les reins étaient gros ; pas de liquide dans
fe péritoine; pas d’ulcération intestinale. Dans les cavités pleu¬
rales et le péricarde existait une petite quantité de liquide jau¬
nâtre et limpide. Les poumons étaient congestionnés et à la
coupe, il s’en échappait avec bruit un gaz, comme s’il y était sous
pression, cependant il était inodore.
Nous avons fait des frottis sur lames, de la rate, du foie et de
la moelle du fémur.
Le lendemain, nous avons examiné, de chaque organe, une
lame colorée au Giemsa, mais, quel ne fut pas . notre étonnement
de constater l’absence des Leishmania.
Attribuant cet échec à la couleur employée nous avons préparé
nous-même le Giemsa, avec des tablettes de Wellcome, et nous
avons ainsi coloré d’autres lames. Même absence des Leishma-
nia. Nous avons coloré alors d’après le procédé de Laveran,
mais sans résultat. L’examen fait avec la plus grande attention et
sur une nombreuse série de lames colorées, d’après différents
procédés, était toujours négatif.
On ne peut pas nous objecter que le parasite était détruit à la
suite de la décomposition des tissus, car l’autopsie a été faite en
temps froid et 18 heures seulement après le décès et alors que le
cadavre n’exhalait aucune mauvaise odeur. Les éléments anato¬
miques examinés au microscope apparaissaient intacts.
Nous ne savons à quoi attribuer cette absence du parasite;
nous nous bornerons simplement à noter le fait et nous laissons
à d’autres plus compétents que nous, le soin d’en donner l’expli¬
cation.
Quelques expériences pratiquées avec le virus
de la leishmaniose naturelle du chien
Reproduction de la maladie chez le singe
Par Charles NICOLLE et M. CONOR.
L’étude expérimentale du kala-azar de l’homme, en ce qui con¬
cerne du moins le virus tunisien, est aujourd’hui assez avancée.
Nous connaissons, en effet, plusieurs animaux sensibles: chien,
singe et, à un degré infiniment moindre, la souris. L’infecdon a
surtout été étudiée chez le premier de ces animaux et c’est sur lui
que le virus du premier cas tunisien a été ou est encore entretenu,
depuis 1907, dans plusieurs laboratoires.
Notre ignorance, par contre, est à peu près complète du kala-
azar naturel du chien. Dans toutes les régions méditerranéennes
où la maladie humaine sévit et où l’on a recherché l’infection
canine, celle-ci a été facilement rencontrée; mais le matériel
d’étude, emprunté de façon constante à des animaux de la four¬
rière, morts depuis un temps trop long, se prêtait mal à la réus¬
site des inoculations; c’est pourquoi, à une exception près (G. Se-
nevet, Alger, qui a réussi un seul passage chez le chien (1)),
(1) Soc. de Pathologie exotique, séance du 16 février 1912, pp. 89-91.
— 352 -,
nulle tentative de reproduction expérimentale de la maladie ne
semble avoir donné de résultats.
A l’Institut Pasteur de Tunis, jusqu’à l’an dernier, quelques
essais tentés avaient également échoué, et même les cultures obte¬
nues, provenant de cadavres altérés, ne purent être repiquées.
C’était une lacune d’autant plus regrettable que l’étude paral¬
lèle des deux virus naturels humain et canin s’impose comme
moyen d’identifier ou non les deux infections.
L’occasion de la combler noifs a été fournie grâce à l’enquête
poursuivie à Tunis, par M. et Mme Yakimoff, au printemps de
l’an passé. Un chien de la fourrière, reconnu par eux infecté,
nous a permis de reproduire la maladie chez le chien, puis chez
le singe et de réaliser aussi en partant d’un animal de passage
des cultures pures et indéfiniment repiquables.
Malheureusement, en raison sans doute des conditions dans les¬
quelles il avait été recueilli, ce virus peu actif s’est assez rapide¬
ment perdu ; nous avons conservé les cultures.
L’observation du chien qui a servi de point de départ à notre
travail est ainsi résumée dans le mémoire des deux savants rus¬
ses :
Chien 3 (infection intense), autopsié le 25 janvier 1911.
<( Maigre. Ecoulement purulent des yeux. Par places, sur le corps, perte-
des poils. Pas d’épanchement dans les cavités séreuses. Ganglions lymphati¬
ques très augmentés. Les reins ne présentent rien de particulier, la capsule
s’enlève facilement. La rate n’est pas sensiblement modifiée. Les poumons
ne présentent rien de particulier. Le foie est hyperhémié. Le péricarde forte¬
ment épaissi, rempli de végétations et accolé au sternum et aux parties voi¬
sines des côtes. Vessie vide. La séreuse et la muqueuse de l’intestin ne pré¬
sentent rien de spécial. Moëlle des os rouge. Nombreux parasites sur les
frottis de la moëlle des os ; peu de parasites sur les frottis de rate ; pas de
parasites sur les frottis du foie, des reins, des poumons et des ganglions
lymphatiques (1) ».
Des cultures avaient été réalisées par les auteurs avec la moëlle
osseuse et la rate de ce chien; elles étaient impures et n’ont pu
être repiquées.
Premier passage (Chien).
Avec le virus du chien 3 (rate et moëlle osseuse), deux autres
chiens, 202 et 203, ont été inoculés. Tous deux ont contracté la
maladie.
Chien 202. — Mort accidentellement en octobre 1911 ; infection
(1) Archives de l’Institut Pasteur de Tunis, 1911, fasc. IV, pp. 249-257.
— 353 —
intense de la moëlle osseuse et de la rate, constatée en notre
-absence par M. Manceaux. Aucun passage n’a été malheureuse¬
ment pratiqué avec le virus de ce chien.
Chien 20J. — Sacrifié le 5 décembre 1911. L’animal est gras,
aucune lésion apparente des organes. Cependant, à l’examen mi¬
croscopique des frottis de la rate, du foie, de la moëlle osseuse, on
note la présence de Leishmania. Les parasites y sont assez rares
•et à siège presqu 'exclusivement intraleucocytaire.
Des cultures positives sur milieu NNN ont été réalisées avec la
pulpe splénique et repiquées avec succès.
Deuxième passage ( Chien et Singe).
Avec le virus de ce chien 203 (rate et moëlle des os), nous avons
inoculé les trois chiens 204, 205, 206 et deux singes (bonnets chi¬
nois), un adulte et un très jeune. Voici l’observation de ces ani¬
maux.
Chiens 20 4 et 206. — Il s’agit de chiens âgés, circonstance très
défavorable. Sacrifiés les 7 et 16 février, ces deux animaux ne
montrent ni lésions, ni présence de Leishmania dans les organes.
Chien 205, adulte, poids 4 kg.. Sacrifié le 13 février, même
poids. Aucune lésion des organes, sauf la présence sur le bord
supérieur de la tête de la rate d’un noyau saillant de la grosseur
d’une noix, sans modification de la couleur ou de la consistance
des tissus ; sur la coupe, on remarque une hypertrophie des cor¬
puscules de Malpighi.
A l’examen microscopique: Rate, Leishmania nombreuses
dans le noyau, extra ou intraleucocytaires (nous en comptons jus¬
qu’à 30 dans une seule cellule); assez nombreuses à son voisi¬
nage; moins abondantes dans le reste de l’organe. Foie, parasites
rares ; moëlle osseuse, nombreux ; ganglions mésentériques, ex¬
ceptionnels; poumon, reins, sang, absents.
LTn passage, tenté avec le virus de ce chien (noyau splénique)
au chien 208, a donné un résultat négatif (animal âgé, sacrifié
le 22 avril).
Singe A, adulte, sacrifié le 11 avril, absence de Leishmania.
Singe B, très jeune. A la suite de l’inoculation, ce singe mai¬
grit légèrement, mais son état général paraît peu atteint. Le
16 janvier, vers la fin de la matinée, il est pris subitement et sans
cause apparente d’un violent accès de suffocation : à 3 heures du
.soir, nous le sacrifions, moribond. Pas de corps étrangers» aucune
— 354 —
«
lésion des voies respiratoires; le cœur est énorme, dilaté à l’ex¬
trême, sans lésions des valvules ou du myocarde. La rate, de
forme arrondie, manifestement hypertrophiée, pèse 4 grammes
(poids total du singe, 880 g.). Les poumons sont sains, le foie
normal, la moëlle osseuse rouge.
Sur les frottis : Rate, Leishmania assez nombreuses, une par
champ, surtout extra-leucocytaires ; cependant, nous observons
un mononucléaire qui en contient vingt. Les parasites sont for¬
tement en voie de multiplication. Moëlle osseuse, Leishmania très
rares; foie, exceptionnelles; poumon, sang périphérique et car¬
diaque, ganglions mésentériques, absentes.
Avec le virus de ce singe (pulpe splénique), nous avons tenté
un passage à un singe et un chien. Le singe est mort d’une façon
précoce (7e jour); le chien (n° 207), âgé, sacrifie le 22 mars, ne
présentait ni lésions, ni parasites.
Cultures.
Les cultures isolées de la rate du chien 202 ont été conservées
par nous jusqu’à ce jour; elles en sont actuellement (ier juin) au
12e passage sur milieu NNN. Leur identité avec celles de la
Leishmania du Kala-Azar humain est complète.
50 cultures du 3e passage, âgées de 11 et 12 jours, inoculées
dans la cavité péritonéale en deux fois à 24 heures d’ intervalle^
n’ont pas infecté un bonnet chinois C, mort 49 jours plus tard
de cachexie toxique consécutive à ce traitement.
*
* *
Par ces expériences, pratiquées avec un virus très faible, nous
avons pu prouver :
i° La sensibilité du singe au virus canin. Chez lui, les locali¬
sations des parasites sont exactement les mêmes que chez les sin¬
ges inoculés avec le virus d’origine humaine.
A noter que le bonnet chinois infecté est mort à la suite d’un
accès de suffocation, tout à fait comparable à ceux qu’on observe
parfois chez les enfants atteints de Kala-Azar (trois décès par
cette cause sur un total de trente malades tunisiens).
20 La similitude des infections expérimentales chez le chien,
que le virus provienne du chien ou de l’homme. Notre virus
canin s’est même montré moins actif pour le chien que le virus
humain isolé du premier cas tunisien.
— 355 —
3° L’identité des deux Leishmania en culture.
Ces faits plaident en faveur de l’unité des deux leishmaniose^
humaine et canine.
Ajoutons cette remarque d’ordre général, qu’il est nécessaire,
dans les deux cas, pour réussir les passages, :1e faire choix exclu¬
sivement de chiens jeunes;, les adultes, surtout en pays normale¬
ment infecté, offrant une résistance souvent absolue à l’inocula¬
tion.
( Institut Pasteur de Tunis.)
L’infection des animaux de laboratoire
par la Leishmania infantum Ch. Nicolle
(Deuxième note préliminaire)
Par W. L. YAKIMOFF et Nina KOHL-YAKIMOFR.
Dans une première note (i) nous avons fait connaître l’infec¬
tion des souris blanches par les cultures de Leishmania infantum
Ch. Nicolle.
Nous avons poursuivi nos expériences d’infection des animaux
de laboratoire avec les cultures et les organes des animaux in¬
fectés.
I. Infection des chiens par les cultures.
1. Chien n° 21. — 1912. 1.6. Inoculation intraveineuse par les
cultures.
I. 28. Réinoculation par ces cultures.
V.7. Examen de la moëlle osseuse obtenue par trépanation au
tibia : Leishmania.
V.20. Le chien est sacrifié. Sur les frottis de la rate et de la
moëlle osseuse, parasites assez nombreux (++); pas de parasi¬
tes sur les frottis du foie, des poumons et des glandes lymphati¬
ques. L’ensemencement sur le milieu NNN a donné une culture.
2. Chien n° 21. — 1912. Lu. Inoculation intraveineuse avec
4 tubes des cultures.
II. 27. (48 jours après l’infection). Mort. Sur les frottis de la
(1) V. ce Bulletin, avril 1912.
— 356 —
moëlle osseuse, nous avons trouvé des Leishmania (en petite
quantité).
Ainsi, nous voyons qu’il est possible d’infecter les chiens par
voie intraveineuse, avec de petites quantités de cultures.
II. Infection des souris et des rats tar les organes
INFECTÉS (j).
i. Avec les organes du chien n° 18, (extrêmement infecté), nous
avons inoculé, le 9. IV. 1912, les souris 20-35 et les rats I-4*
Souris n° 20. — Mort le 6. VI (58 jours après l’infection). Au¬
topsie: la rate est un peu hypertrophiée, sur les frottis de rate,
parasites très rares; dans les autres organes, rien.
Souris n° 23. — Sacrifiée le 9.V (un mois après l’inoculation).
Autopsie: la rate est un peu augmentée de volume. Nous avons
trouvé des parasites sur les frottis des poumons (+ + ), de la rate
(++), du foie (+ + +) et de la moëlle osseuse ( + ). La culture
de la rate est positive.
Avec les organes de cette souris, nous avons inoculé les souris
106-109.
Souris n° 107. — Sacrifiée le 7. VI (29 jours après l’inocula¬
tion). Autopsie : la rate est augmentée de volume. Sur les frottis
de la rate et de la moëlle osseuse, nous avons trouvé les Leish¬
mania.
Souris n° 28. — Sacrifiée le 16. IV (7 jours après l’inoculation).
Autopsie : la rate est un peu augmentée de volume. Sur les frot¬
tis de la rate, du foie et de la moëlle osseuse, Leishmania. La
culture avec la rate est positive.
Souris n° 30. — Sacrifiée le 17. V (39 jours après l’inoculation).
Autopsie: la rate est très hypertrophiée. Nous avons trouvé les
Leishmania sur les frottis de la rate (++), du foie (+ + +) et de
la moëlle osseuse ( + ). La culture avec la rate est positive.
Souris n° 32. — Morte le 16. IV (7 jours après l’inoculation).
Autopsie: la rate est un peu augmentée de volume. Sur les frot¬
tis du foie, nous avons trouvé de très nombreux Leishmania ;
aux poumons, à la rate et à la moëlle osseuse, parasites peu
nombreux.
Avec les organes de cette souris, nous avons inoculé Je rat n° 5,
(1) Les inoculations des souris et des rats avec les organes ont toujours
lieu dans le péritoine.
\
— 357 —
qui mourût deux jours après, le 18.IV, et sur un frottis nous
avons trouvé un parasite.
Rat n° 3. — Mort le 18. V (40 jours après l’inoculation). Tous
les organes sont normaux. Sur les frottis des organes aucun pa¬
rasite, mais la culture avec un morceau de la rate est positive.
2. Avec les organes du chien n° 20 (bien infecté) nous avons
inoculé le 29. V. 1912. les souris nos 1 77-191 .
Souris n° 177. — Morte le 4. VI (6 jours après l’inoculation).
Tous les organes sont normaux. Sur les frottis du foie, nous
avons trouvé les Leishmania.
Souris n° 178. — Sacrifiée le 8. VI (10 jours après l’inocula¬
tion). Autopsie : la rate est hypertrophiée. Sur les frottis de la
rate, du foie et de la moëlle osseuse, Leishmania.
3. Avec les organes des souris 4, 5 et 6 (v. ce Bulletin, avril
1912), nous avons infecté les souris 8-15.
Souris n° 11. — Sacrifiée le 26. IV (22 jours après l’inoculation).
La rate est hypertrophiée. L’examen des frottis de tous les orga¬
nes est négatif, mais la culture avec un morceau de la rate est
positive.
Souris n° 14. — Morte le 17. IV (13 jours après l’inoculation).
Autopsie: la rate est augmentée de volume. Sur les frottis de la
rate, Leishmania très rares. La culture avec un morceau de la rate
■est positive.
Souris n° 15. — Sacrifiée le 15. V (42 jours après l’inoculation).
Autopsie : la rate est augmentée de volume. Sur les frottis de la
rate, Leishmania très rares. La culture avec un morceau de la
Tate est positive.
Ainsi nous voyons de cette série d’expériences qu’il est possi¬
ble de conserver la Leishmaniose par passage sur souris.
Nous poursuivons nos expériences.
(Travail du laboratoire biologique de Georg Speyerhaus,
à Francfort-sur-le-Mein.
( Directeur M. le Prof. P. Ehrlich.)
— 358 —
Mécanisme de l’immunité naturelle
du rat et du cobaye à l’égard des cultures
de Leishmania infantum
Par Arrigo VISENTINI (Rome).
La transmission expérimentale de la Leishmaniose au moyen
des cultures de la Leishmania, qui est l’agent spécifique du Kala-
Azar dans les pays de la Méditerranée, a été couronnée de suc¬
cès chez le chien (Novy), chez les Macacus sinicus et cynomolgus
(Nicolle et Manceaux), après injection de grandes quantités de
cultures très riches en formes flagellées.
Basile et moi, avons obtenu des résultats négatifs chez les
lapins et les pigeons. Au contraire, Franchini a décrit chez le
cobaye une infection aiguë avec des caractères de septicémie: il
a trouvé les parasites toujours dans le sang et dans les organes
hématopoiétiques, après une seule injection de i cm3 de liquide
de culture très riche en flagellés.
Chez la souris, Delanoë n’a pas obtenu d’infection expérimen¬
tale au moyen des cultures, quoiqu’il ait répété les injections
pendant une longue période de temps.
Yakimôff a récemment infecté les souris par des injections dans
la veine de la queue.
J’ai pu disposer pour mes recherches de cultures de trois ori¬
gines; j’avais moi-même isolé l’une d’un enfant malade de Bo-
valino (Calabre) et les autres m’avaient été gracieusement en¬
voyées par M. Mesnil, de l’Institut Pasteur de Paris, et par
M. Jemma, de la Clinique Pédiatrique de Palerme.
J’ai injecté à plusieurs reprises 20 cobayes et 10 rats blancs
avec 2-4 cc. de cultures de différents âges et origines dans le péri¬
toine, sous la peau et dans les veines.
Les animaux examinés de 2 heures jusqu’à 93 jours après l’in¬
jection, n’ont jamais montré de parasites de forme flagellée ni de
Leishmania dans le sang, dans le liquide péritonéal et dans les
organes; les cultures essayées à partir de 2 heures après l’inocu¬
lation, sont demeurées toujours stériles. Je n’ai même pas pu re¬
produire par les cultures l’infection légère et passagère limitée
359 —
au péritoine, décrite par Laveran et Pettit, après injection d’or¬
ganes de chiens atteints de Leishmaniose expérimentale.
Il résulte donc de mes expériences que le cobaye et le rat blanc
possèdent une immunité naturelle très marquée à l’égard des for¬
mes de culture de Leishmania infantuni.
Le cas de Franchini, qui a transmis l’infection à un cobaye,
représente une exception rare, de même les faits anatomo-patho¬
logiques décrits par cet auteur sont tout à fait exceptionnels.
Par une seconde série de recherches morphologiques et cultu¬
rales, j’ai voulu suivre degré par degré, la destinée des flagel¬
lés injectés au rat et au cobaye, et chez de nombreux animaux
j’ai examiné l’exudat péritonéal de 5 en 5 minutes après injection
de 2-4 cm;î de liquide de condensation des cultures et j’en ai fait
des préparations fraîches et colorées.
Je n’ai jamais fait la oonction du péritoine chez le même ani¬
mal plus d’une ou deux fois. Si l’on répète celle-ci plusieurs fois,
les flagellés meurent et présentent des altérations qu’on n’observe
pas autrement.
Tout de suite après l’injection, les flagellés sont adhérents aux
leucocytes mononucléaires et sont bientê)t englobés par ceux-ci,
tout en conservant jusqu’au dernier moment leur vitalité. Lors¬
qu’ils sont entrés dans le protoplasme des mononucléaires, les pa¬
rasites s’arrondissent, deviennent clairs ou troubles, leur contour
disparaît ; quelquefois on observe que le noyau ou le blépharo-
plaste a disparu, le flagelle va se dissoudre, parfois tous ces élé¬
ments perdent leur contour et leur morphologie.
Après 15-20-30 minutes, les altérations sont plus évidentes et
on finit par ne voir dans le protoplasme des ieucocytes que des
amas de chromatine sans forme ni structure, résidus des noyaux,
qui vont disparaître par dissolution.
1 heure-i h. 1/2 après l’injection de 2 cm3 de culture riche en
flagellés chez des cobaves de 250-300 g. de poids, et de 1 cm3 chez
de jeunes rats blancs, on ne trouve pas de Leishmanies libres, et
3 heures après il n’y a plus même de vestiges des flagellés dans
le protoplasme des mononucléaires.
Dans le même temps, j’ai fait aussi des préparations du sang
et, chez les animaux sacrifiés, des préparations et des cultures des
organes. J’en ai eu des résultats constamment négatifs: les Leish¬
manies ne dépasseraient donc généralement pas la barrière du pé¬
ritoine. Du liquide péritonéal, j’ai obtenu des cultures jusqu’à
— 36o -
ï h. 1/4 après l’injection de 2 cm1 2 3 de cultures de Leishmania au
maximum du développement.
L’immunité naturelle possédée par les rats et les cobayes à
l’égard des cultures de Leishmania infantum serait donc d’ordre
phagocytaire.
(. Lister Institute of préventive Medicine, Londres .)
Le Trypanosoma Cruzi évolue chez
Conorhinus megistus, Cimex lectularius,
Cimex Boueti et Ornithodorus moubata.
Cycle évolutif de ce parasite.
Par E. BRUMPT.
L’évolution du Trypanosoma Cruzi a été étudiée dans ses gran¬
des lignes chez le Conorhinus megistus par C. Chagas. Nous
avons repris cette étude chez le même Hémiptère et chez un cer¬
tain nombre d’ectoparasites. Nous allons donner dans les lignes
suivantes un résumé de nos observations positives et exposer le
cycle évolutif du Trypanosoma Cruzi, tel que nous le concevons.
i° Conorhinus megistus (1). Des larves nées au laboratoire
et indemnes de parasites, comme cela est toujours le cas, d’après
les observations de C. Chagas, et d’après les nôtres, s’infectent
d’une façon constante quand on leur fait piquer un animal ayant
•dans son sang des Trypanosoma Cruzi, même en petit nombre.
Cette infection se produit quand on fait piquer un animal quel¬
conque (rat, souris, singe, etc.) ayant une maladie naturelle (2)
-ou hébergeant des Trypanosomes d’un Ier, 2% 3e ou 4e passage.
Dans tous les cas les Trypanosomes ingérés se transforment
-en quelques heures en formes trapues qui se transforment en
Crithidia. C’est sous cette dernière forme que les parasites se mul¬
tiplient. Après un temps variant avec la température, l’intensité
(1) Les œufs de cet hémiptère m’avaient été remis en octobre par M. Pi-
Raja da Silva, auquel j’adresse mes bien sincères remerciements.
(2) Je désigne ainsi les animaux infectés avec les trypanosomes des dé¬
jections de Conorhinus.
— 36 1
de l’alimentation, la rapidité de la digestion, et d’autres condi¬
tions que nous n’avons pas encore pu déterminer, ces Crithidia
diminuent de taille, leur blépharoplaste émigre, et on obtient fina¬
lement de vrais Trypanosomes n’ayant pas, en général, de fla¬
gelle libre.
Les déjections des Conorhinus renferment presque toujours des.
flagellés du type Crithidia, 15 ou 20 jours après leur repas infec¬
tieux et ne sont infectieuses que par hasard (1 fois sur 3 dans-
nos expériences). En vieillissant, les larves de Conorhinus présen¬
tent de moins en moins de formes Crithidia et les formes Trvpa-
nosomes deviennent de plus en plus nombreuses. Chez un animal
donné, le rapport entre les Crithidia et les Trypanosomes dans les.
déjections, subit des fluctuations qui semblent tenir surtout à l’in¬
tensité de l’alimentation. Quinze larves qui ont survécu sur les
30 que nous avions infectées en janvier et qui, depuis cette épo¬
que, ont toujours piqué des animaux neufs, présentent toujours
des parasites nombreux dans leurs déjections. Cet intense parasi¬
tisme ne nuit nullement à leurs métamorphoses qui s’accomplis¬
sent normalement.
20 Punaises de lits ( Cimex lectularius ) (1). En faisant piquer un
animal infecté par des punaises nées au laboratoire et indemnes
de parasites, ainsi que leurs parents (2), j’ai obtenu presque-
100 pour 100 de succès.
L’évolution chez la Punaise est beaucoup plus rapide que chez
les Conorhinus ; elle s’effectue surtout dans l’intestin postérieur.
On peut, en injectant à de jeunes rats des déjections de punai¬
ses infectées depuis 8 ou 10 jours, et maintenues à l’étuve à 250,
obtenir des infections (2 cas positifs sur 2 expériences). Les for¬
mes trypanosomes se rencontrent presqu’en culture pure dans
l’intestin postérieur et dans les déjections de punaises de tout
âge gardées à jeun à l’étuve à 250 pendant une quinzaine de
jours.
Voici la marche de l’évolution d’un Trypanosoma Cruzv chez
plusieurs Punaises infectées sur un Rat (exp. 240, 2e passage) dès
leur éclosion et maintenues à 25 °. Six heures après le repas, on
trouve un assez grand nombre de Trypanosomes digérés ou en
voie de destruction, d’autres semblent normaux ; 24 heures plus
. (1) Je tiens à remercier M. Tartois, qui m’a procuré des quantités de
Punaises adultes provenant de Bicêtre.
(2) Trente Punaises du même lot que celles élevées étaient indemnes de-
flagellés.
— 362 —
tard, on trouve déjà, dans l’intestin postérieur, des Crithidia en
voie de division ; 48 heures après, l’estomac est vide de Trypano¬
somes, on ne trouve que des Crithidia en voie de multiplication
active; 10 jours plus tard, on observe des Crithidia et des formes
12, 13, fig. 1, évoluant vers le type trypanosome, et infectieuses
pour les jeunes Rats; 24 jours plus tard, chez des animaux à
jeun depuis 17 jours, il y a des cultures presque pures de Trypa¬
nosomes (1).
30 Punaises du Soudan ( Cifhex Boueti) (2). Quelques exemplai¬
res ayant piqué un animal infecté, sont morts accidentellement.
Deux exemplaires ont été trouvés très fortement infestés par des
formes Crithidia. Il me reste encore 3 larves que j’élève. Deux
Punaises témoins n’avaient pas de flagellés dans leur tube digestif.
4. Ornithodorus moubata. Une nymphe de cet Acarien, qui ne
présente jamais de flagellés naturels, tout au moins dans les éle¬
vages abyssins que j’ai eus entre les mains, s’est infectée. Les
formes Crithidia sont abondantes et certaines formes évoluent
vers le type trypanosome.
*
* *■
Tels sont les résultats positifs obtenus chez divers arthropodes
piqueurs; ils montrent d’une façon saisissante la grande ubiquité
de Trypanosoma Crusi.
Que deviennent les Trypanosomes des Arthropodes piqueurs ?
Les Conorhinus donnant quelquefois la maladie par piqûre, il
est évident que les parasites passent dans les glandes salivaires
de l'insecte, mais ce passage n’est qu’un accident ou plutôt une
localisation accidentelle du flagellé, qui semble être plutôt un
banal parasite intestinal primitif.
Evolution du Trypanosoma Cruzi chez les vertébrés sensibles.
C. Chagas a décrit dans ses travaux une schizogonie pulmonaire
et une évolution intra-globulaire des parasites qu’il ne m’a pas
encore été donné de rencontrer. Vianna, de son côté, a découvert
dans les organes une multiplication du Trypanosome sous for¬
me de Leishmania, c’est ce dernier mode d’évolution que j’ai
toujours retrouvé soit chez des animaux ayant la maladie natu-
(1) Chez une Punaise toutes les formes Crithidia avaient englobé dans
leur corps du pigment brun noir identique aux granulations libres dans les
déjections de Punaises.
(2) Je dois quelques exemplaires de cette curieuse Punaise à mon ami le
Dr Joyeux.
— 363
Légende de la figure i.
i. Trypanosome de l’intestin postérieur du Cànorhinus ou de la Punaise
inoculable au mammifère.
2 à 6. Formes Leishmania et Trypanosoma , se développant dans les vis¬
cères du Mammifère.
7. Forme jeune grêle et très mobile traversant le champ du microscope
comme une flèche.
8. Forme intermédiaire entre 7 et 9.
9. Forme adulte pouvant indifféremment être réinoculée à un autre ani¬
mal sensible (flèche allant vers 2) ou infecter certains arthropodes.
10. Forme Crithidia se divisant.
11. Grande forme Crithidia jeune.
12. Passage vers la forme Trypanosome.
13. Trypanosome jeune.
relie, soit une maladie due à un passage quelconque du parasite.
Pour nous le cycle évolutif est le suivant (Cf. fig. i).
Le Trypanosome intestinal (i) de l’invertébré est inoculé au
vertébré; pendant environ 6 à 8 jours ce parasite, qui a pénétré
dans les cellules musculaires ou autres, se multiplie, puis se trans¬
forme en trypanosomes jeunes très mobiles (= formes mâles de
C. Chagas) qui vieillissent en quelques jours et deviennent plus
trapus et mobiles sur place seulement (= formes femelles de
Chagas). Ces derniers Trypanosomes peuvent, étant inoculés à un
animal neuf, passer dans son sang en quelques heures, certains
d’entre eux passent dans les organes et se multiplient sous
la forme Leishmania (2, 3, 4).
Cette conception de l’évolution, en somme assez simple, du
parasite, est tout à fait comparable à ce que nous avons décrit
en 1905 et 1906, dans le cycle évolutif des Trypanosomes de Pois¬
sons et de Grenouilles chez les Sangsues, qui sont les hôtes inter¬
médiaires de ces parasites.
M. Mesnil. — Les faits que nous communique M. Brumpt
sont fort intéressants. Notre collègue me permettra de garder un
certain scepticisme relativement à son affirmation qu’il y a, chez
les punaises et Y Ornithodorus, véritable évolution et non cul¬
ture. On ne saurait oublier, en effet, que le Schizotrypanum Cruzi
est un organisme qui se cultive facilement. Le cas négatif de
1 ’Argas persicus s’interprète peut-être en supposant que, chez
cette tique, les conditions du milieu intestinal sont défavorables à
la culture. Même le retour au type trypanosome chez l’invertébré
ne prouve pas qu’il y a évolution et non culture, puisque pareil
retour se produit aussi in vitro.
Une comparaison est d’ailleurs indiquée avec le cas des Leish¬
mania. J’ai déjà eu l’occasion de faire remarquer (2) que l’appa¬
rition de formes flagellées dans l’intestin des Cimex rotundatus,
donnée comme preuve du rôle des punaises dans la transmission
du kala-azar, n’était peut-être qu’un fait de culture banale; la
constatation récente de Wenyon, que la Leishmania tropica don¬
ne aussi des formes flagellées chez la punaise, vient à l’appui
de cette manière de voir, car le rôle de la punaise dans la propa-
(1) Trypanosome définitif vivant longtemps sous cette forme chez l’inver¬
tébré.
(2) Bulletin de l'Institut Pasteur, t. VII, p. 703.
gation du bouton d’Orient est contredit par les faits étiologiques-
Il est bien entendu que je ne prétends pas substituer mon inter¬
prétation à celle de M. Brumpt; je désire simplement montrer
qu’une autre interprétation est possible.
M. Brumpt. — Je crois que nous sommes tout à fait d’accord
sur le fond et que nos divergences portent seulement sur les mots.
La culture n’est, en somme, qu’une évolution incomplète lors¬
qu’elle ne permet pas de reproduire ce qui se passe chez l’inver¬
tébré, c’est-à-dire lorsqu’elle ne revient pas à la forme parasitaire
capable de donner la maladie au vertébré. Quand la culture per¬
met de reproduire la maladie, elle devient une évolution complète.
LTn fait absolument net sur lequel je tiens à insister, c’est que,
grâce à sa très grande ubiquité, le Trypanosoma Cruzi évolue
chez certains arthropodes et qu’il n’y a aucune différence entre
cette évolution et celle qui a été étudiée par Chagas et par moi-
même chez l’hôte naturel, le Conorhinus megistus.
V ‘ l + S
M. Chatton. — Il me semble que le seul critérium qui pourrait
aujourd’hui permettre de dire que le développement d’un trypano-
somide chez l’hôte invertébré, est plutôt une évolution qu’une cul¬
ture est la formation par le parasite de kystes, lui permettant de
passer d’invertébré à invertébré, de fermer par conséquent son
cycle sans passage par le vertébré.
A l’exception du Trypanosoma Boylei Lafont, parasite de la
Réduve Conorhinus rubro-fasciatus, et inoculable à la souris,
aucun des trypanosomes sanguicoles (hémotrypanosomes de Rou-
baud) ne paraît former de kystes chez son hôte invertébré. Quel
que soit cet hôte, tous ces trypanosomes se comportent chez lui
comme des flagellés en culture.
J’incline à penser que l’on ne pourrait considérer comme hôte
primaire ou hôte vrai de ces trypanosomes que celui chez lequel le
flagellé évolue en fermant son cycle par enkystement. Le seul cas
de ce genre aujourd’hui connu serait le Tr. Boylei Lafont (i). Il
faudrait donc conclure que pour tous les autres trypanosomides
sanguicoles l’hôte invertébré primaire est inconnu, ou disparu, à
moins que l’on admette avec Roubaud que la disparition des kys-
(i) Voir C. R. Soc. Biologie, t. LXXÏI, p. 380-382, 2 mars 1912.
— 366 —
tes est un caractère d’adaptation secondaire, dû à l’intercalation
du vertébré dans le cycle.
L’on pourrait extraire de l’histoire des trypanosomes pathogè¬
nes chez les tsétsés, un certain nombre de faits suggérant l’idée
que ces trypanosomes sont en voie d’adaptation récente chez ces
insectes, adaptation qui, pour quelques-uns, semble encore bien
incomplète (cas de la culture limitée à la trompe : Tr. Cazalboui).
*
M. Brumpt. — Les flagellés intestinaux d’insectes arrivés à
un certain stade de leur développement s’enkystent dans l’intestin
postérieur de leur hôte et c’est grâce à ces kystes répandus avec
les déjections que leurs descendants ou d’autres animaux indem¬
nes peuvent s’infecter.
Chez les Sangsues qui servent d’hôtes intermédiaires à une foule
de Trypanosomes et de Trypanoplasmes de Poissons et de Batra¬
ciens, on n’observe jamais de kystes et cependant il y a une cul¬
ture complète faisant passer les Trypanosomes et les^rypanoplas-
mes par des aspects morphologiques variés et aboutissant à la for¬
me infectieuse.
Si l’on admet que les parasites sanguicoles des Vertébrés déri¬
vent de parasites intestinaux d’invertébrés, on peut alors se deman¬
der si le Flagellé, par suite de son adaptation au Vertébré, n’a pas,
perdu l’habitude, inutile pour sa conservation, de former des kys¬
tes de résistance ou encore admettre, comme le pense Chatton,
que l’hôte primitif qui, le premier, à inoculé le virus au Vertébré
a disparu depuis longtemps et a été remplacé par un hôte vica-
riant. L’ubiquité du Trypanosoma Cruzi est en faveur de cette
hypothèse très défendable dans certains cas.
Le kyste éliminé dans les déjections est un moyen de propaga¬
tion, mais ce n’est pas le seul; il peut y avoir passage héréditaire
par suite d’une adaptation encore plus étroite et très favorable à la
conservation de l’espèce.
L’enkystement peut se rencontrer dans le cycle évolutif d'un
Trypanosomidé, mais il n’appartient pas, nécessairement, à son
évolution, sauf lorsque cet enkystement est l’aboutissant de phé¬
nomènes sexuels ou considérés peut-être à tort comme tels.
L’enkystement simple, comme celui qui se passe chez les Cri-
thidici est une adaptation à un genre de vie spécial dans le milieu
extérieur où les formes flagellées périssent, c’est une forme latente
qui permet l’interruption plus ou moins longue dans le dévelop-
— 367 —
pement d’un être, ce n’est pas à mon avis un phénomène indis¬
pensable.
En somme, ici comme dans beaucoup d’autres cas, les faits ob¬
servés sont nets, mais les hypothèses les plus contraires peuvent
être soutenues et rendent les généralisations très difficiles.
M. Chatton. — Je suis pleinement d’accord avec M. Brumpt
sur ce point, que l’enkystement n’est pas toujours nécessaire à la
propagation des trypanosomides propres aux insectes. André
Leger, Marcel Leger et moi (r) avons récemment signalé la
persistance prolongée d’une infection à Leptomonas dans un éle¬
vage de Drosophilci confusa, sans enkystement du parasite. Mais
nous avons aussi indiqué que ce n’était là qu’un mode exception¬
nel, dû aux conditions très spéciales d’existence des mouches en
élevage. Nous pensons aussi que l’infection héréditaire ne peut
être qu’un phénomène secondaire par rapport à l’infection par
voie digestive.
Le Trypanosoma rhodesiense devenu
résistant au sérum humain perd assez
facilement cette propriété
Par A. LAVERAN et N ATT AN-LARRI ER .
Dans une note antérieure (2), nous avons montré que le Tr.
rhodesiense devient facilement résistant par rapport au sérum
humain ; nous avons émis l'opinion que le Tr. rhodesiense qui
existe dans le sang de l’homme est résistant au sérum humain
et qu’il n’y devient sensible qu’après un certain nombre de pas¬
sages par animaux. Dans les expériences qui font l’objet de cette
nouvelle note, nous avons cherché à établir si le Tr. rhodesiense
devenu résistant au sérum humain garde longtemps cette pro¬
priété ou s’il la perd rapidement, à la suite d’un certain nombre
de passages par animaux.
(1) C. R. Soc. biol,, t. LXXII, p. 453-456, fig.
(2) A. Laveran et Nattan-LaRrier, Acad, des Sciences, 2 janvier 1912;. 1 2
— 368 —
Nous nous sommes servis de deux virus séro-résistants. Le
virus n° i fut obtenu de la manière suivante: un virus ordinaire
qui, inoculé en mélange avec i cm3 d’un sérum humain peu actif
avait donné lieu, chez une souris, à une infection simplement
retardée de 5 jours, fut reconnu dès ce moment séro-résistant par
rapport à des sérums plus actifs. En effet, quatre expériences fai¬
tes aux 2e, 3e, q6 et 5e passages prouvèrent que ce virus laissé en
contact 5 minutes avec un sérum humain actif, donnait à la souris
une infection qui commençait en même temps que celle de l’ani¬
mal témoin ayant reçu le virus ordinaire, et évoluait d’une façon
identique ou très analogue. Notre virus séro-résistant n° 2 eut une
origine différente: le virus séro-résistant n° 1, au deuxième pas¬
sage, fut inoculé à une souris en mélange avec 1 cm3 de sérum
humain, dans le but d’essayer de renforcer sa séro-résistance. Au
2e jour de l’infection, lorsque les trypanosomes étaient très nom¬
breux, ce virus de 3e passage fut prélevé, laissé en contact 5 mi¬
nutes avec un nouveau sérum humain actif et inoculé à la souris.
Trois autres passages furent successivement pratiqués, en suivant
la même technique, durant un intervalle de 12 jours.
Les virus séro-résistants 1 et 2 furent conservés au moyen de
passages par souris, régulièrement faits (inoculation péritonéale),
tous les deux jours pendant cinq mois. On constata dans ces con¬
ditions une exaltation très nette de l’activité des virus qui, du
premier au quatrième passage, tuaient la souris en 4 à 6 jours,
tandis qu’à la fin des expériences ils déterminaient la mort en
2 à 3 jours.
Pour établir au bout de combien de passages les virus séro-
résistants redeviendraient sensibles au sérum humain, les deux
virus ont été essayés à intervalles réguliers à l’aide d’échantil¬
lons de sérum humain qui nous ont été fournis très obligeam¬
ment par M. Latapie. Chacune des expériences d’essai était faite
sur deux séries de 3 souris. Première série: une ire souris (témoin)
recevait, dans le péritoine, une dose du virus Tr. rhodesiense
normal largement dilué dans de l’eau physiologique; une 2e souris
recevait la même dose du même virus laissé en contact 5 minutes
avec o cm3 50 de sérum humain* une 3e souris recevait la même
dose du même virus laissé en contact avec 1 cm3 du même sérum.
Deuxième série: l’expérience était conduite de la même manière,
mais le virus employé était le Th. rhodesiense séro-résistant
n° 1 ou n° 2. Les tableaux suivants résument 1 os expériences.
Trypan. rhodesiense séro-résistant. n° i.
Trypan. rhodesiense séro résistant, n° 2.
-- 370 —
En résumé, il est très facile d’obtenir une race de Tr. rhode¬
siense résistante au sérum humain. Le virus ordinaire, mélangé
dans la proportion d’une goutte environ pour 1 cm3 de sérum
humain et inoculé à une souris, possède la séro-résistance, dès le
moment où l’infection retardée est parvenue à se développer. La
séro-résistance se perd à la suite d’un certain nombre de passages
par animaux; la séro-résistance de notre virus n° 1 subsistait au
57e passage et avait disparu complètement au 73e : une souris ino¬
culée alors avec le virus séro-résistant en mélange avec 1 cm3 de
sérum humain, de même que la souris inoculée, dans les mêmes
conditions, avec le virus normal ne s’est pas infectée; à la vérité,
une souris, ayant reçu seulement 0,50 cm3 de sérum, en mélange
avec le virus séro-résistant, s’est infectée, contrairement à son
témoin, mais il faut tenir compte de ce fait que le virus séro-
résistant était devenu beaucoup plus actif que le virus ordinaire.
Le procédé que nous avons employé pour tenter de renforcer la
séro-résistance du Tr. rhodesiense, n’a pas été efficace; notre
virus n° 2 avait perdu sa séro-résistance à peu près complètement
au 40e passage par souris.
M. M esnil. — Dès nos premières recherches relatives à l’ac¬
tion du sérum humain sur le Tr. rhodesiense, nous avons eu
l’ occasion de constater, M. Ringenbach et moi, comme MM. La-
veran et Nattan-Larrier, que les trypan. pouvaient perdre rapi¬
dement leur sensibilité au sérum humain. Nous avons vu que,
dès la 2e ou parfois même la ire rechute, le sérum, donné curati-
vement à la souris à la dose de 1 cc., pour la 3e (ou la 2e) fois
n’agit plus. Et nous avons recherché, comme MM. Laveran et
Nattan-Larrier, ce que devenaient ces trypan. résistants gardés
sur souris (1).
Nous avons utilisé entr’autres un virus qui s’était montré résis¬
tant chez la souris à la 2e rechute, c’est-à-dire à la 3e injection de
sérum humain, et dont nous avions essayé de renforcer la résis¬
tance chez 2 souris successives, par injection de 1 cm3 de sérum
24 heures avant de faire le passage. Gardé ensuite sur souris,
sans nouveau contact avec le sérum, ce virus a conservé sa résis¬
tance intacte jusqu’au 8e passage. Du 8e au 11e passage, la résis¬
tance avait baissé: après inoculation de 1 cc. de sérum à titre
curatif, l’infection est allongée, les trypan. peuvent même dispa-
(1) Voir C. R. Soc. Biologie, 13 janvier 1912.
raître de façon éphémère de la circulation. A partir du 13e pas¬
sage, j ai constaté que le sérum humain a presque toujours fait
disparaître les trypan. de la circulation en 24-36 heures ; la rechute
survient au bout de 3 à 7 jours (1). Enfin, chez une souris du
31e passage, l’injection de 1 cm1 2 3 de sérum humain a amené la dis¬
parition définitive des trypan. Il y a donc eu, dans notre cas,
disparition assez graduelle de la résistance qui avait complète¬
ment disparu vers le 30e passage. Nos constatations ne diffèrent
guère de celles de Laveran et Nattan-Larrier, faites en se ba¬
sant, non sur l’action curative du sérum humain, mais sur son
action préventive .
Surra en Basse-Cochinchine
Par L. LOSTIE.
J’ai constaté en 1910, dans la Basse-Cochinchine, province de
Baclieu, une épizootie de Surra (ou trypanosomiase voisine) sur
le cheval du pays.
Le diagnostic microscopique a été fait par le Dr Huet, à l’Ins¬
titut Pasteur de Saigon ; le sang examiné renfermait de nom¬
breux trypanosomes.
A la date du 16 juin 1910, quand nous nous sommes rendu sur
les lieux, la situation était la suivante :
A Baclieu même, dans l’écurie de l’Inspection, effectif de
8 animaux (6 chevaux annamites et 2 juments tarbaises). Un pre¬
mier malade (cheval annamite) du 25 mai ; abattu le 6 juin. 3 che¬
vaux annamites sont malades et présentent les symptômes habi¬
tuels de la maladie.
A 10 km. de Bac-Lieu, au hameau de Lang-Giai, le début de la
maladie remonte à un mois. Sur un effectif total de 21 chevaux,
8 ont été atteints et ces 8 animaux ont succombé. Les cas se pro¬
duisent les uns après les autres; les malades résistent de 10 jours
(1) Voir C. R. Soc. Biologie, 9 mars 1912.
(2) Voir à ce sujet : Montel, Ann. Hyg. et Méd. colon., t. VII, 1904,
p. 219 ; — Brau, St-SERNiN et Mutin-Boudet, Bull. Chambre d’agric. de
Cochinchine, 10 février 1906.
à i mois. Les indigènes signalent une sorte d’urticaire qui est
suivie des œdèmes connus.
Le 16 juin, sur 13 chevaux restants à Lang-Giai, 5 sont mala¬
des et me sont présentés. Ces animaux ont de 3 à 14 ans. L’un
d’eux présente sur la croupe, les flancs, la corde des jarrets, un
grand nombre de plaques épidermiques de l’étendue d’un ongle.
Ces plaques, très sèches, n’ont aucune adhérence et la main qui
les détache entraîne en même temps des pinceaux de poils qui
sont d’ailleurs déjà remplacés .en-dessous. Ces plaques sont le
reliquat de « l’urticaire » signalé par les indigènes.
A 1 km. de Lang-Giai, à Hoa-Binh, il y avait 7 chevaux; 5 ont
succombé ; les 2 restants semblent bien portants.
J’ai prescrit des mesures d’isolement et un traitement à l’arse¬
nic, mais n’ai pu suivre l’évolution de cette épizootie.
Au sujet du Trypanosoma pecorum
Par A. LAVERAN.
Dans une note communiquée à la Société de Pathologie exoti¬
que, dans la séance du 14 décembre 1910, j’ai donné déjà les ré¬
sultats de quelques expériences tendant à démontrer que le try¬
panosome qui a été décrit par D. Bruce et ses collaborateurs de
l’Ouganda sous le nom de Tr. pecorum (1), ne peut être identifié
ni a Tr. congolense, ni à Tr. dimorphon. Je iésume rapidement
les faits exposés dans cette première note.
i° Le sérum d’un bouc ayant acquis l’immunité pour le Tr.
congolense et pour le Tr. dimorphon, actif sur ces 2 virus, s’est
montré inactif, en mélange, à la dose de 1 cm3, sur le Tr. peco¬
rum.
20 Un bouc, ayant acquis l’immunité pour le Tr. congolense et
pour le Tr. dimorphon, inoculé avec le Tr. pecorum, s’est infecté
comme les animaux neufs mis en expérience.
Je puis compléter aujourd’hui l’observation de ce bouc, qui a
succombé à l’infection produite par le Tr. pecorum, le 28 février
1912. Le bouc avait beaucoup maigri, il ne pesait plus que 23 kg.
(1) D. Bruce, Hamerton, Bateman et Mackif. , Proceed. of the R. Soc.
B. t. 82, p. 468, 1910.
373 -
alors que, le Ier décembre 1911, il pesait encore 41 kg. Les gan¬
glions inguinaux et axillaires étaient hypertrophiés. La rate pe¬
sait 90 g. Les autres viscères ne présentaient aucune altération
macroscopique. Les lésions de l’arthrite sèche étaient très pro¬
noncées dans les genoux, mais le début des arthrites était de beau¬
coup antérieur à l’inoculation du Tr. pecorum.
A ces faits, je suis en mesure d’en ajouter d’autres qui témoi¬
gnent, comme les premiers, de la spécificité du Tr. pecorum.
i° Un mouton africain qui a été infecté successivement avec le Tr. Pecau-
di, avec le Tr. dimorphon et avec le Tr. congolense, et qui a acquis l’immu¬
nité pour ces 3 virus, est en très bon état au mois de juin 1911, il pèse
5° kg.
Le 22 juin 19x1, le mouton est inoculé sur un cobaye infecté de Tr. pe¬
corum ; à cet effet, quelques gouttes du sang du cobaye, mélangées à de
l’eau physiologique citratée, sont injectées à la base d’une des oreilles.
Du 22 juin au 6 juillet, la température du mouton est normale : 38°4 à
390. Des examens du sang faits les 29 juin et 4 juillet sont négatifs.
Du 7 au 11 juillet, poussée fébrile ; la température s’élève, le 8 juillet,
à 4o°8. Les examens du sang révèlent l’existence de trypanosomes rares le
8 juillet, très rares le 10 juillet.
Températures normales du 12 au 15 juillet ; examen du sang négatif le
13 juillet.
Nouvelle poussée fébrile du 16 au 22 juillet ; un examen du sang, fait
le 18 juillet est négatif.
A partir du 23 juillet, la température du mouton reste normale et tous les
examens histologiques du sang, sont négatifs. L’état général est satisfai¬
sant le Ier août, le mouton pèse 53 kg.
25 août. Un chien reçoit dans le péritoine 30 cm3 du sang du mouton, il
s’infecte et meurt le 6 septembre.
Le 5 octobre, le mouton pèse 48 kg. et le 2 décembre 54 kg.
Le 26 décembre, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang du
mouton ; il s’infecte et meurt le 12 janvier 1912.
Le 2 janvier 1912, le mouton pèse 50 kg. ; le ier février, il pèse 44 kg., et
le 2 mars, 39 kg. Le mouton maigrit donc ; il s’affaiblit visiblement.
Pas d’œdème, rien d’anormal du côté des yeux.
Mort le 23 mars 1912. Les ganglions inguinaux sont assez gros. Le péri¬
toine contient de la sérosité citrine en petite quantité. La rate, volumineuse,
pèse 820 g. Il y a de la périsplénite. Foie, reins, d’aspect normal ; organes
thoraciques à l’état sain.
20 Une chèvre neuve, du poids de 37 kg., est inoculée, le ier décembre
1910, avec le sang d’un cobaye fortement infecté par le Tr. pecorum. A cet
effet, quelques gouttes du sang du cobaye, diluées dans de l’eau physiolo¬
gique citratée, sont injectées sous la peau, à la base d’une des oreilles.
La température delà chèvre qui, avant l’inoculation, était de 38°, 4, s’élève
le 10 décembre à 4o°,4 ; le 1 1 décembre, elle est de 39°,8 et, le 12 décembre,
de 4o°,2. Les examens du sang, faits le 10 et le 12 décembre, révèlent
l’existence de trypan. non rares ; le 14, on trouve des trypan. rares.
Le 16 décembre, on note encore une température fébrile (39°,6), après
quoi, la température s’abaisse au dessous de 3g0 et peut être considérée
comme normale.
La chèvre va bien, elle pèse : 37 kg. le 3 janvier 1911, 39 kg. le Ier fé¬
vrier, 40 kg. le ier mars, 43 kg. le Ier avril et le ier mai, 40 kg. en juin,
juillet et août, 41 kg. le ier septembre, 49 kg. le 5 octobre, 44 kg. le 2 dé¬
cembre.
Les examens du sang ayant toujours été négatifs à partir du 16 décembre
1910, on inocule des animaux d’épreuve.
Les 17 février, 7 avril, 22 mai, 7 juillet, 31 août, 30 octobre 1911, des
chiens reçoivent, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre, ils s’in¬
fectent tous.
Le 30 décembre 1911, un chien reçoit 30 cm3 du sang de la chèvre, il ne
s’infecte pas.
ier février 1912, la chèvre est réinoculée avec une forte dose du sang d’un
cobaye infecté par le Tr. pecorum. La chèvre pèse 40 kg
• 22 février, un -chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la chè¬
vre ; il ne s’infecte pas.
11 avril 1912, la chèvre est inoculée avec le Tr. congolense ; à cet effet
.on lui injecte, sous la peau, à la base de l’oreille droite, quelques gouttes
du sang d’un cobaye infecté par le Tr. congolense, diluées dans de l’eau
physiologique citratée.
La température de la chèvre qui, avant l’inoculation, était de 38°, 2,
s’élève à 38°, 9 le 18 avril, à 39°,4 le 20, et à 39°,6 le 21 ; l’examen histo¬
logique du sang, fait par le procédé ordinaire les 19 et 21 avril, révèle
l’existence de trvpan. rares.
Les 23, 24 et 25 avril, on note encore des températures légèrement fébri¬
les de 390, 4 et 39°,2 ; après quoi, il se produit une défervescence avec
370, 8 le 28 avril. Des examens du sang faits les 24 et 27 avril sont négatifs.
A partir du 29 avril, jusqu’au 18 mai, la température de la chèvre se
maintient entre 38°, 4 et 390 ; l’état général est bon.
Le ier mai, la chèvre pèse 40 kg. Il n’y a pas d’œdèmes, notamment au
point d’inoculation. Rien à noter du côté des yeux. Le Ier mai, on trouve,
à l’examen du sang, des trypan. très rares. Les examens faits les 4, 8, 12,
16 et 19 mai, sont négatifs.
Les 19, 23 et 24 mai, nouvelles poussées fébriles, la température monte à
40°,3 et, le 23 mai, on note à l’examen histologique du sang des trypan. non
rares.
Du 25 mai au 11 juin, la température oscille entre 38°, 4 et 39°,4- Le
2 juin, trypan. très rares dans le sang ; les deux cornées sont légèrement
voilées.
Le 12 juin, nouvelle poussée fébrile (40°).
Bien que l’observation ne soit pas terminée on peut dire que
la chèvre s’est infectée par le Tr. congolense, comme aurait fait
une chèvre neuve.
La première de ces observations démontre, comme l’observa¬
tion du bouc, publiée antérieurement, qu’un animal ayant acquis
l’immunité pour le Tr. dimorphon et le Tr. congolense, s’infecte
par le Tr. pecorum comme un animal neuf et que l’infection pro¬
duite ne perd rien de sa gravité; dans les deux cas l’infection s’est
terminée par la mort.
— —
La deuxième observation démontre qu’une chèvre ayant acquis
l’immunité pour le Tr. pecorum s’infecte par le Tr. congolaise
comme un animal neuf.
L’expérience d’immunité croisée est donc complète en ce qui
concerne Tr. pecorum et Tr. congolense ; il n’y a pas immunité
croisée entre les deux virus et l’on doit en conclure que les trypa¬
nosomes appartiennent à deux espèces distinctes.
Variations de virulence du Trypanosoma
gambiense de deux origines humaines
Par F. MESNIL.
Le travail que je présente à la Société est non seulement mon
œuvre personnelle, mais, pour une grande part, celle des méde¬
cins des Troupes coloniales, qui se sont succédé à mon laboratoire
de 1907 à 1912: Brimont, M. Leger, Kerandel, Lebœuf, Ringen-
bach, Blanchard, et aussi de mes aides de laboratoire.
Les deux virus dont il va être question m’ont été donnés par
notre collègue Louis Martin, et proviennent de malades euro¬
péens, infectés au Congo français et soignés à l’Hôpital Pasteur.
Nous allons faire connaître les variations de leur virulence pour
les rats, souris et macaques depuis le moment où je les possède
jusqu’aujourd’hui.
Virus n° I, ou G. y.
Le Ier virus, que j’ai déjà appelé G. y., a été retiré du malade
(cas avancé), le 23 décembre 1904 (1).
Des rats inoculés, dans le péritoine, avec le sang de ce malade
se sont infectés; la durée de l’infection, de 100 jours environ
chez les rats de Ier passage, est tombée rapidement au voisinage
d’un mois. Les passages n’ont pas été continués.
Un rat, inoculé avec le liquide céphalo-rachidien, n’a succom¬
bé qu’au bout de 202 jours. A partir de ce rat, des passages ont
été faits par rats, avec ou sans intercalation d’un singe macaque
( Cynomolgus ). Dans ce dernier cas, on n’a pas dépassé le 8e pas-
(1) Pour l’observation, voir L. Martin et Girard, Bull, médical, 29 avril
1905.
sage; la durée de la maladie, toujours suivie de mort, est sur¬
venue 89 jours après l’inoculation chez le 2e rat, puis au bout
de 40 jours en moyenne chez les rats suivants.
Un certain nombre de Cynomolgus fascicularis ont été inocu¬
lées avec le Ier rat. Les infections ont été très légères. Le virus que
nous conservons a passé par un de ces singes, dont on l’a retiré
après 5 mois et demi de séjour, en décembre 1905.
Au cours de l’année 1906, ce virus m’a servi, en collaboration
avec M. Nicolle et Aubert (1), à un grand nombre d’expériences
thérapeutiques. Les rats témoins ont succombé en 40 à 134 jours
(moyenne 74); parmi eux, 5 sujets de moins de 100 g. ont péri
en 40 à 85 jours (moyenne 60) ; 2 autres, de 150 g. environ, ont ré¬
sisté 84 et 134 jours. Ces chiffres donnent plutôt une limite supé¬
rieure de la durée d’infection qu’une moyenne, car le témoin ou
l’un des deux témoins (dans les expériences qui en comportaient
deux) était toujours représenté par le plus résistant à l’infection
de toute la série.
En 1907, les chiffres de durée de l’infection se maintiennent
avec une baisse qui va en s’accentuant vers la fin de l’année:
moyenne 43 jours; je laisse à part le premier rat de l’année, car
il était le plus résistant d’une série dont les autres ont été traités :
il a survécu 89 jours. — En 1908, la moyenne de survie dépasse
à peine 20 jours pour les 6 premiers mois ; elle est de 18 jours dans
le 2e semestre de 1908 et le Ier de 1909. Le passage des chiffres
de 1907 à ceux de 190S a été graduel. Le chiffre le plus élevé de
cette période, noté en janvier 1909, a été de 29 jours.
Pour les 6 derniers mois de 1909, le chiffre moyen a notable¬
ment baissé; il n’est plus que de 13 jours. Jamais la maladie n’a
duré plus de 18 jours.
En 1910, la virulence a encore augmenté. Nous arrivons à un
chiffre moyen de 10 j. 1/2; par exception, quelques rats ont
résisté jusqu’à 20 jours.
A partir de 1911, on abandonne les inoculations intrapérito¬
néales pour les inoculations sous-cutanées qui infectent aussi sû¬
rement les rats, mais avec une incubation un peu plus longue;
d’où une certaine économie d’animaux. La survie moyenne, cal¬
culée pour la période de janvier à juin, remonte à 11 j. 1/2..— On
pratique alors quelques passages par souris, puis on revient aux
rats. A ce moment (septembre 1 9 1 1 ), le Dr Ringenbach s’est trou-
(1) Mesnil, Nicolle et Aubert, Ann. Inst. Pasteur, t. XXI, janv. et déc.
1907.
vé aux prises avec une difficulté, qu’il a surmontée avec habi¬
leté : à notre insu, des rats non guéris de spirochétose ont été
livrés et des infections mixtes se sont manifestées; la survie des
rats est alors passée à 30-40 jours (1).
En fin 1911, la durée moyenne était encore de 11 jours 1/2;
maxima, 21 jours. A partir de février 1912, le virus a été gardé
sur souris.
Souris. — A plusieurs reprises, depuis 1905, la virulence du
trypan. avait été essayée sur souris. On peut résumer ces essais
en disant que la virulence pour la souris a augmenté au fur et à
mesure des passages par rats.
Elle était nulle au début des passages. En octobre 1909, 2 sou¬
ris inoculées sont mortes en 20 jours: incubation 5 jours; infec¬
tion intense interrompue par une demi-crise vers le 10e jour. En
1911, la moyenne de survie après inoculation sous-cutanée a été
de 9 jours. Depuis que le virus est gardé sur souris, inoculées
toujours sous la peau, la moyenne est inférieure à 9 jours;
elle est exactement de 8 jours si l’on défalque les 2 premières
souris qui ont succombé, exceptionnellement, en 18 et 19 jours.
Les maxima sont de 15 jours, les minima de 3 jours. Quand l’in¬
fection dure plus de 10 jours, il y a une baisse des trypan et par¬
fois une légère crise.
Par la voie intrapéritonéale, l’infection est plus régulière et la
mort survient généralement le 5e jour. C’est cette voie que nous
utilisons pour nos expériences.
Macaques. — Nous avons dit que des Cynomolgus, inoculés au
début des passages, ont présenté une infection légère. Il n’en a
plus été de même les années suivantes. Nous avons eu l’occasion,
au cours de nos études thérapeutiques, d'observer l’évolution nor¬
male d’un certain nombre de macaques qui nous servaient de té¬
moins et nous avons noté les chiffres suivants de survie. Voici les
résultats disposés en tableau :
On a donc affaire à une maladie sûrement mortelle en 16 à
51 jours (moyenne un mois), dont la durée, un peu variable, com¬
me on le voit, ne paraît dépendre ni de l’espèce (dans les 1 imites
(1) Cf. Trautmann, Ann. Inst. Pasteur, t. XXI, 1907 ; Daels, 4 rch. /.
llyg., t. LXII, 1910. Le spirochète, isolé par Rimgenbach, a été gardé un
certain temps sur souris ; le Dr M. Blanchard a pu, par des recherches d’im¬
munité croisée, l’identifier au Sp. Duttoni (origine Koch), conservé h notre
laboratoire depuis plus de 5 ans.
des genres Macacus et Cynomolgus ), ni du poids, ni du nombre
de passages par rats, chez lesquels le virus était toujours pris.
Virus n° 2 ou V. d. M.
Cet autre virus, que nous avons désigné sous les initiales V . d.
M., a été retiré au début de 1907, d’un malade du sommeil, guéri
depuis, dont le sang a été inoculé dans le péritoine d’un cobaye.
Ce cobaye a succombé le 6 mars avec des trypanosomes très nom¬
breux ; son sang, pris le jour de la mort, a servi à infecter des rats
et le virus a été ensuite entretenu sur rats.
Les rats du Ier passage ont succombé en 63, 79 et 87 jours ; ceux
du 2e, en 120 et 131 jours; un du 5e en 82 jours (1907); 2 du 6-
en 37 et 42 jours (1908), 2 du 7e en 78 et 46, 2 du 8e en 134 et
66 jours, etc.
En 1907, la survie moyenne a été de 94 jours; en 1908, de
80 jours (avec un maximum de 166 jours) ; en 1909, de 38 jours (ma¬
ximum, 94); en 1910, de 43 j. 1/2 (maximum, 110). Le chiffre
est encore plus élevé pour les 9 premiers mois de 1911 ; il atteint
78 (maximum, 110). Pour la fin de la même année, les chiffres
oscillent autour de 20 jours; mais les rats, très infectés d’aca-
riose, étaient peu résistants et n’ont pas succombé uniquement
à la trvpanosomiase. Cette même complication rend les chiffres
moyens de 1910 et 1911 trop faibles, car les moyennes ont été éta¬
blies en comptant des rats qui ont succombé relativement vite, cer¬
tainement pas du seul fait de la trypanosomiase.
Quoiqu’il en sbit, il résulte nettement des chiffres donnés que
— 379 —
l’activité de ce second virus diffère notablement de celle du pre¬
mier. Les infections sont bien moins intenses. Si l’on compare,
par exemple, les moyennes au bout de 4 ans, 011 trouve 78 pour
le 2e virus, 18 pour le premier.
Cette différence de virulence existe aussi pour les macaques.
Un Macacus rhésus, inoculé par Ringenbach et moi (1), le 5 mai
1911, paraît bien avoir guéri de sa trypanosomiase: incubation
de 15 jours, suivie d’une infection légère qui dure environ 2 mois.
3 Cynomolgus fascicularis, et un CerCopithecus mona, inoculés
en 1912, ont présenté aussi des infections légères; 2 d’entre eux
sont morts infectés, mais avec des complications; l’infection de
2 des Cynomolgus est encore en cours.
Nous conservons maintenant sur rats le virus qui a passé par
un de ces singes. Jusqu’ici la durée de la maladie ne paraît pas
notablement changée. L’infection revêt peut-être un caractère plus
intense.
*
* *
L’identité spécifique des virus 1 et 2 a été établie par Ringen-
bach et moi (/. c.). Un Macacus rhésus, ayant une solide immu¬
nité pour le virus n° 2, est inoculé le 5 mai 1911, en même temps
qu’un témoin ; il ne s’infecte pas alors que le témoin s’infecte
(v. ci-dessus).
Il ne saurait entrer dans le cadre de cette note de comparer les
documents que j’apporte, et dont le principal intérêt consiste
dans les longues périodes qu’ils couvrent, avec les documents
nombreux déjà enregistrés concernant la virulence du Tr. gam-
hiense. Je renouvellerai seulement la remarque que Ringenbach
et moi faisions en juillet dernier, c’est que notre virus n° 1,
même après 7 ans de passage sur rats et souris, est encore inférieur
en virulence, pour ces espèces animales, au Tr. rhodesiense, un
an après son isolement de l’homme.
Aux deux macaques neufs infectés de Tr. rhodesiense, dont
nous avons déjà donné l’histoire (2), je puis en ajouter un 3e. Il
s’agit d’un Macacus (ou Cynomolgus ) sinicus, de plus de 5 kg.,
depuis longtemps en France, bien acclimaté, en parfaite santé et
fort méchant. Il est mort 14 jours après l’inoculation sous-cutanée
du virus de Rhodesia; incubation, 3 jours; les trypan. augmen-
(1) Mesnil et Ringenbach. C - R. Soc. Biologie, t.. LXXI, 29 juill. 1911.
(2) Id., 1. c. et Bidl. Soc. Path. exot., déc. 1911.
— 38o —
tent lentement d’abord, puis sont nombreux ou très nombreux les
6 derniers jours. Ce chiffre de 14 jours est encore inférieur au
plus petit des chiffres notés avec le Tr. gambiense.
En terminant, je donnerai l’observation d’une espèce du genre
Lemur (maki) que nous avons inoculée, le Dr M. Blanchard et moi,
avec du Tr. rhodesiense de passage sur souris; cet animal a ré¬
sisté 18 jours, chiffre exceptionnellement élevé si l’on songe que
les lémurs inoculés de Tr. gambiense, par Brumpt et Wurtz,
ont succombé en 10 et 19 jours. Dans notre cas, l’incubation est
de 5 jours ; les trypan. sont rares ou assez rares jusqu’au 15e jour ;
ils sont ensuite nombreux jusqu’à la mort.
Quelques considérations d’ordre
prophylactique concernant le
Trypanosoma Cazalboui
Par G. BOUFFARD.
1
9
De toutes les trypanosomiases animales existant en Afrique oc¬
cidentale française, celle qui revendique comme agent étiologi¬
que Trypanosoma Cazalboui est indiscutablement la plus répan¬
due. Avec Trypanosoma dimorphon, elle rend les régions côtières
inhabitables aux équidés et aux bovidés. Si l’on remonte dans
l’intérieur de notre empire africain, on la trouve solidement im¬
plantée tout le long des grands fleuves aux rives boisées, gîtes
permanents à glossines; le long du Bani et de la Volta-Noire, elle
y voisine une autre trypanosomiase, la Baléri, due à Trypano¬
soma Pecaudi ; elle règne en maîtresse dans la vallée du Niger,
où il est exceptionnel de rencontrer la Baléri. Alors que Tr. Pecau¬
di cause chez le cheval une affection généralement subaiguë, de
courte durée, 1 à 3 mois, qu’il semble inoffensif chez l’âne, qui
l’héberge sans paraître en souffrir, qu’il donne lieu chez les bo¬
vidés à une maladie chronique, Trypanosoma Cazalboui, est, au
contraire, très virulent pour les bovidés, ne déterminant le plus
souvent chez les équidés qu’une maladie à évolution lente qui
peut durer sans traitement de 2 à 4 ans ; elle est chez ces animaux
bien rarement subaiguë, tandis que chez les bovidés l’évolution
est toujours rapide, environ i mois et demi; au cours des épizoo¬
ties que j’ai pu étudier à Bamako, j’ai vu des génisses mourir en
8 jours avec un nombre considérable de parasites dans le sang.
Toutes les espèces soudanaises sont très sensibles; la race zébu
est particulièrement peu résistante ; quand la maladie est intro¬
duite dans un troupeau de bœufs à bosse, c’est un véritable dé¬
sastre, et pendant le mois d’août 1906, un troupeau de 600 têtes
perdait la moitié de son effectif.
L’infection naturelle est rare chez les ovidés, qui sont cepen¬
dant très sensibles à l’injection sous-cutanée ou intra-veineuse de
sang virulent.
Le mouton à laine de la région de Tombouctou est particulière¬
ment facile à infecter; après une incubation de 4 à 5 jours, les
parasites apparaissent assez rares dans le sang; ils s’y multiplient
rapidement et s’y montrent très nombreux le huitième jour. Cette
sensibilité exquise du mouton à laine est à retenir; elle est tout à
fait comparable à celle du Cercopithecus ruber pour Trypanoso-
ma gambiense. En trypanosomiase, qu’il soit question de traite¬
ment ou de prophylaxie, on n’a pas toujours besoin d’un diagnos¬
tic immédiat; et quand, en 15 jours, pour la trypanosomiase hu¬
maine, en 8 jours pour la souma, on est sûr d’une réponse pré¬
cise, on ne doit pas hésiter à donner la préférence à un procédé
aussi facile que pratique. Les caractères morphologiques de Tr.
Cazalboui, surtout son extrême mobilité dans le sang examiné à
l’état frais, permettent un diagnostic rapide et sûr.
Les autres moutons à poil ras, mouton maure ou petit mouton
banbara, sont bien moins sensibles. Les chèvres contractent faci¬
lement la maladie, mais la septicémie y est moins accusée que
chez le mouton à laine. C’est donc cet animal qui doit être con¬
sidéré comme le réactif excellent, la pierre de touche dans le dia¬
gnostic de la souma.
Au Soudan, les deux espèces de tsétsés qui, fort répandues le
long des rives boisées des grands fleuves, semblent être les agents
de transmission les plus redoutables de la souma, sont Glossina
palpalis et Glossina tachinoid.es . Mais, ainsi que je l’ai démontré
(, Société de biologie , 1907), une autre mouche piquante, le Sto-
moxe, incapable de cultiver le virus, peut cependant être un agent
nullement négligeable de dissémination du parasite. C 'est par lui
que s’expliquerait assez facilement la formation de zones d’endé-
— 382
I
qu’apparente; le hasard a bien introduit dans une écurie un ani¬
mal atteint de souma ; de temps à autre, au cours d’accès de fièvre
ou après une grande fatigue, des parasites apparaissent dans le
sang périphérique, rendant l’animal dangereux pour ses voisins;
mais si des circonstances fortuites ou voulues, l’abatage dans fa
circonstance, font disparaître brutalement ce réservoir à virus
qu’est le cheval malade, la maladie s’éteint aussitôt et il faut une
réimportation du germe pour que la souma s’implante à nouveau
dans le pays.
11 est certain que ces zones d’endémicité apparente, hors des
régions à glossines, peuvent rester infectées pendant assez long¬
temps, surtout s’il y a dans le troupeau ou l’écurie apport continu,
à intervalles assez éloignés, d’animaux neufs.
Cette notion de possibilité d’existence d’un foyer durable de
souma dans une région sans tsétsés, était intéressante à signaler.
Elle devrait conduire, comme conséquence pratique, à une sur¬
veillance rigoureuse des troupeaux en déplacement. Pendant
longtemps encore, l’administration n'aura pas à sa disposition
un personnel suffisant pour dépister les animaux, paraissant en
bonne santé, porteurs de virus ; aussi, y aurait-il lieu de prévoir,
dès maintenant, la création, dans les régions d’élevage, de routes
hygiéniques, parcourues par les troupeaux en déplacement. Le
long de ces routes, on installerait des gîtes d’étapes, suffisamment
éloignés des troupeaux autochtones, pour que la transmission
directe ne puisse se produire. Cette contagiosité si dangereuse
des troupeaux de passage n’avait d’ailleurs point échappé à cer¬
tains chefs indigènes, qui, après avoir vu leurs bestiaux décimés
par la maladie, éclatant quelques semaines après le passage d’ani¬
maux malades, ne permettaient plus aux bergers étrangers de tra¬
verser leur territoire qu’à la condition stricte de camper à des en¬
droits déterminés.
Le danger est aussi grand pour les équidés. En bien des ré¬
gions, indemnes de tsétsés, on a pu signaler de petits centres en-
zootiques de souma. J’en ai observé dans les écuries du Gouver¬
nement, soit au chef-lieu, soit dans les cercles, et aussi dans les
haras de la colonie, à Koulikoro. Dans ce dernier établisse¬
ment, où l’on n’a jamais vu de glossines, ]a maladie a causé, pen¬
dant plusieurs années, des pertes sensibles parmi les étalons ame¬
nés de France à grands frais. J’ai eu l’occasion, pendant près de
z ans, d’étudier cette sorte d’enzootie. Les étalons parcourent.
— 383 —
chaque année, pendant 3 ou 4 mois, les régions d’élevage; leur
service est offert gratuitement aux indigènes pour l’amélioration
de la race locale. Les pâturages, où l’élevage est très prospère,
sont malheureusement entourés de cours d’eau où abondent les
tsétsés. 11 n’existe pas de routes sanitaires permettant de franchir
impunément ces dangereuses rivières et c’est, généralement, en
les traversant que les étalons s’infectent.
En 1908, Trypanosomà Casalbouî, infectant un étalon, péné¬
trait dans le haras de Koulikoro. On sait que la maladie est chro¬
nique chez le cheval indigène; elle est plus grave chez le cheval
européen, mais la durée de son évolution est encore de 8 à
10 mois. En octobre 1909, l’état sanitaire des haras laissait beau¬
coup à désirer ; le capitaine de cavalerie, commandant le dépôt,
me demanda d’examiner minutieusement son contingent de che¬
vaux. Deux examens directs, à 24 heures d’intervalle, décelaient
trois porteurs de Trypanosomci Casalbouî, sur 20 animaux pré¬
sents dans les écuries. Mais, sachant que, chez le cheval malade,
l’examen direct du sang n’est point toujours positif et que ce n’est
que par intermittence que le parasite apparaît dans la circulation
périphérique en nombre suffisant pour pouvoir être décelé au
premier examen microscopique, je considérai ce procédé de dia¬
gnostic comme tout à fait insuffisant pour déceler tous les por¬
teurs de germes. Je m’adressai au mouton pour dépister les ani¬
maux en état de trypanosomiase latente. Grâce à sa très grande
sensibilité pour Trypanosoma Casalbouî, je pouvais, après injec¬
tion dans la veine de 5 cm3 de sang suspect, affirmer, après une
semaine d’incubation, que 5 chevaux, et non pas 3, étaient atteints
de souma.
Je conseillais, pour purger les écuries d’un parasite probable¬
ment responsable de bien des déboires assez inexplicables: avor¬
tements fréquents, produits mal conformés, mortalité supérieure
à la normale, d’abattre les 5 animaux infectés. Malheureusement,
ces chevaux, amenés à grands frais de France, représentaient une
assez grosse valeur; on n’osa pas appliquer la mesure radicale
préconisée. Six mois après, en mars 1910, 3 chevaux étaient
morts ; il en restait 17 dans les écuries ; le sang de 6 était infectant
pour le mouton !
Cette réaction du mouton est donc fort précieuse, puisqu’elle
permet de déceler toute trypanosomiase latente; on préférera l’in¬
jection intra-veineuse; la technique en est vraiment trop facile
— 384 —
pour qu’elle puisse être considérée comme un grave écueil, ren¬
dant trop compliqué le procédé préconisé.
Dans les centres d’élevage, dans les différentes écuries, qui,
tant au chef-lieu que dans les résidences, abritent la cavalerie né¬
cessaire au service administratif, dans les haras où l’on entretient
à grands frais des étalons venant de France, il semble tout natu¬
rel, étant donné nos connaissances actuelles sur la transmission
des trypanosomes et le danger des réservoirs de virus, de chercher
à éliminer les animaux trypanosomés, seraient-ils, en apparence,
en bonne santé. Le seul procédé d’élimination à conseiller est
l’abatage de tout animal dont le sang a été infectant pour le mou¬
ton.
Si je préconise cette mesure radicale, c’est que je n’accorde,
pour ce qui concerne la souma, qu’un bien maigre crédit aux
médicaments réputés actifs dans le traitement des trypanosomia¬
ses. Mes essais thérapeutiques avec l’atoxyl, ïes couleurs de ben-
zidine, l’orpiment, l’arsénophénylglycine, ne m’ont donné aucun
résultat encourageant. L’animal en expérience était toujours un
bovidé; je renonçais au cheval qui peut parfois être parasité pen¬
dant plus d’une année, sans cesser de faire du service actif. Chez
le bœuf, j’obtenais bien, pendant quinze jours environ, une stéri¬
lisation du sang périphérique, mais ce résultat était toujours pas¬
sager et la rechute certaine. Mes recherches ont duré plusieurs
années; les résultats prophylactiques, disparition du parasite
pendant 60 jours chez le cheval, ne doivent vraiment pas être
pris en considération. Les poussées intermittentes qui jettent tou¬
jours dans la circulation périphérique un assez grand nombre de
parasites font, de cet animal, traité ou non, un dangereux porteur
de germes.
Quand un cheval revient des zones à tsétsés, il devrait toujours
être tenu pour suspect et ne pénétrer dans les écuries que si son
sang ne s’est pas montré infectant pour le mouton. Il est hors de
doute que Trypanosoma Cazcilboui est fort répandu en A. O. F. ;
il faut donc savoir le dépister; cette recherche de l’équidé malade
est d’une haute portée prophylactique dans les provinces voisines
des régions à souma enzootique. L’absence de glossines est sou¬
vent mal interprétée; elle ne signifie point absence de trypanoso¬
miase et elle ne doit pas laisser dans une sécurité trompeuse.
Mes recherches confirment celles de Cazalbou ; il existe indis¬
cutablement des centres enzootiqùes de souma, loin des zones à
— 385 —
tsétsés, et je tiens ces centres comme relevant, au point de vue étio¬
logique, de la transmission directe par les stomoxes. Entretenus
par des insectes qui n’ont point le pouvoir de cultiver le virus,
ces centres peuvent persister pendant plusieurs années, grâce à
l’apport continu, souvent à longs intervalles, d’animaux sensi¬
bles, contractant une affection chronique. Pour les faire disparaî¬
tre, il suffira de supprimer le réservoir à virus, qui dans la cir¬
constance ne peut être que l’animal malade. C’est pourquoi
l’abatage de tout équidé à sang infectant pour le mouton, reste
la seule mesure prophylactique à préconiser.
M. Mesnil. — Nos collègues MM. Bouffard et Pécaud insis¬
tent à nouveau sur le rôle que les stomoxes jouent, à côté des
tsétsés, dans la propagation du Trypanosoma Cazalboui, agent
•de la Souma. J’ai déjà eu l’occasion d’attirer l’attention sur l’inté¬
rêt de ces constatations. Le cas de la Souma d’Erythrée et de la
.province de Kassala du Soudan égyptien mérite particulièrement
d’être souligné. Là, la maladie se maintient loin des contrées à
tsétsés et, par conséquent, indépendamment de ces insectes. Le
fait nous paraît suggestif, à un point de vue général, car il tend à
montrer comment une maladie à hôte intermédiaire véritable (telle
que les trypanosomiases à tsétsés) peut arriver à être transmise
uniquement par piqûres sucessives d’insectes, comme les trypano¬
somiases du type surra.
/
Contribution au traitement
des trypanosomiases animales
Par G. PÉCAUD.
La question du traitement des trypanosomiases animales devient
surtout importante lorsqu’il s’agit d’animaux atteints arrivant dans
une région indemne au milieu d’autres animaux vis-à-vis desquels
ils pourraient servir de réservoirs de virus pour une contamination
directe.
En juillet 1909, nous recevions, pour le parc vaccinogène d’Abo-
— 386 —
mey, environ 150 animaux de race bovine du Nord du Dahomey.
Une assez grande quantité de ces animaux arrivèrent porteurs de
trypanosomes (principalement Tr. Dimorphon, mais aussi Tr.
Cazalboui). Ces trypanosomiases avaient été contractées en cours
de route, car les examens de ces troupeaux, pratiqués aux points
de départ, n’avaient montré qu’un seul animal atteint.
Par suite du personnel réduit, il était impossible d’isoler les
malades. Quelques cas nouveaux se produisirent bientôt, semblant
provenir de la contamination' entre voisins par les stomoxes.
Comme, au surplus, une certaine mortalité se manifestait sur les
animaux atteints, il devenait nécessaire de soumettre ceux-ci à un
traitement approprié répondant au double but curatif et prophy¬
lactique.
Nous avons employé surtout le traitement par l’orpiment (seul
ou associé à l’atoxyl) que nous avions déjà expérimenté au Sénégal
avec Thiroux et Teppaz. (Thiroux et Teppaz, Traitement des
Trypanosomiases animales chez les chevaux, Ann. Inst. Past.,
mars 190g, et /. Off. de VA. O. F., Rapports et Documents,
2 janvier 1909).
Nous avons aussi essayé l’émétique de potasse en injections.
Enfin, nous avons eu aussi l’occasion de traiter des chevaux et
des ânes.
*
* *
Voici, sommairement exposés, les résultats et les conclusions de
nos recherches :
Les bovidés semblent tolérer moins bien l’orpiment que les équi¬
dés : la dose maxima à atteindre ne doit guère dépasser 7 à
8 g. par ioo kg. de poids vif.
Si l’administration de l’orpiment est relativement facile chez le
cheval, il n’en est pas de même chez les ruminants à estomac com¬
plexe.
Donné sous forme de « bol » il y a danger de voir ce dernier
rester au fond du rumen ou de la caillette et causer par sa seule
présence une inflammation locale très grave aboutissant bien sou¬
vent à une fistule gastrique par nécrose de l’estomac et de la peau.
C’est pour cette raison que nous supprimons le bol et adminis¬
trons l’orpiment sous forme d’électuaire très allongé.
... Sur des animaux de race bovine, nous espaçons les doses d’or¬
piment, que nous donnons tous les deux jours, en commençant
par une dose d’environ 4 g. par 100 kg. de poids vif, et en
augmentant cette dose progressivement, de façon à arriver à 1a.
dose maxima vers la quatrième ou cinquième administration, cette
dernière, renouvelée encore une fois, marquant la fin de la première
série du traitement.
Les trypanosomes disparaissent du sang quelquefois après la
première dose, surtout les Tr. Cazalboui ; il est rares qu’ils résis¬
tent à une deuxième. Ils réapparaissent quelquefois 8 ou 10 jours
après la première série des traitements, qu’il faut alors renouveler
de la même manière.
...Le traitement mixte (atoxyl-orpiment) se fait en alternant les
administrations d’orpiment avec les injections sous-cutanées d’ato-
xyl (2 à 3 g. par fois).
Mais l’action de l'atoxyl chez le bœuf n’est pas supérieure à celle
de l’orpiment. Aussi préférons-nous le traitement par l’orpiment
seul, moins coûteux, réservant l’atoxyl pour certains cas spéciaux.
... Un examen journalier et minutieux de l’animal est nécessaire,
car il faut cesser aussitôt qu’apparaissent des symptômes d’intolé¬
rance (diarrhée, larmoiement, jetage...), pour ne reprendre qu’après
leur disparition.
On peut, dans ce cas, remplacer la dose d’orpiment par une
injection d’atoxyl.
... Cette méthode que nous venons d’indiquer (deux séries de
traitement) n’est pas toujours absolue. La surveillance du malade
est nécessaire : à une disparition rapide des parasites doit corres¬
pondre un traitement léger ; si, au contraire, les trypanosomes sont
très résistants, il faudra faire suivre un traitement plus énergique,
augmenter peut-être les doses... rapprocher les deux séries... mais,
dans tous les cas, s’inspirer du degré de résistance du traité, ainsi que
de sa tolérance du médicament...
En un mot, c’est un traitement à suivre chaque jour et qui, par
cela même, ne peut être pratiqué par tout le monde: la manière
de procéder variant suivant les circonstances.
Il faut une extrême prudence dans l’administration de a orpi¬
ment: la dose toxique étant voisine de la dose thérapeutique. Et
ceci est tellement vrai que, chaque fois qu’un de nos animaux a
manifesté des symptômes graves d’intolérance, dont cependant il a
pu se remettre, chaque fois la disparition de trypanosomes a été de
très longue durée et souvent même définitive.
— 388 —
Enfin (chose qui ne saurait être trop répétée) il est nécessaire de
n’employer que de l’orpiment précipité pur, du Codex.
Il faut même essayer chaque fois son orpiment, surtout s’il est
ancien, car il s’altère sous les climats tropicaux.
... Les rechutes sent assez fréquentes. Dans ce cas, il n’y a qu’à
recommencer le traitement. On peut alors débuter par une dose un
peu plus forte que pour la première fois.
*
* *
L’émétique de potasse nous a donné des résultats comparables à
ceux de l’orpiment. Son administration en est plus facile.
Au début, nous avons opéré par injections intra-veineuses, mais
celles-ci sont assez difficiles à pratiquer sur des bœufs indociles
et bien souvent ne sont pas inoffensives. Aussi avons-nous re¬
noncé rapidement aux injections dans la jugulaire pour ne plus
employer que les injections sous-cutanées. (On sait que Broden et
Rhodain ont déjà recommandé ce procédé).
Les injections sous-cutanées d’une solution à 2 % sont assez
bien tolérées, et les accidents locaux insignifiants.
Nous administrons l’émétique à la dose de 1 g. à la fois, en
augmentant à 1 g. 1/2 et même 2 g., suivant l’animal. Une seule
série de quatre ou cinq injections suffit pour faire disparaître les
trypanosomes dans la plupart des cas.
L’orpiment semble avoir plus d’action sur Tr. Casalboui que
sur Tr. dimorphon, qui disparaît plus facilement par la méthode
à l’émétique.
Mais aucun de ces deux médicaments ne semble avoir d’action
sérieuse sur le Tr. Pecaudi du cheval, qui occasionne presque
toujours une maladie mortelle. Nous avons obtenu quelques cas
de survie assez longue, mais jamais de guérison complète.
Depuis 1909, nous avons pratiqué un assez grand nombre de
traitements dont voici les résultats (tous les animaux en question
ont pu être suivis pendant plus de deux ans après):
Bovidés.
Emétique. 8 cas traités (Tr. dimorphon), 6 guérisons, 2 morts.
Orpiment seul. 24 cas traités (Tr. dimorphon), 18 guérisons,
3 morts et 3 accidents de fistules gastriques produites par les bols.
Tr. Cazalboui: 3 cas traités, 3 guérisons.
- 389 -
Orpiment-atoxyl. Tr. Dimorphon: 7 cas traités: 1 seul guéri,
4 morts et 2 accidents de fistules.
Chevaux.
Atoxyl-orpiment. Tr. pecaudi : 3 cas traités, 3 insuccès avec
légère survie.
Tr. Cazalboui : 5 cas traités: 1 mort, 2 succès, sans rechutes,
1 succès avec rechute traitée avec succès et 1 succès avec rechute
non traitée mortelle.
Anes.
Tr. Cazalboui : 2 cas traités: 1 mort, 1 succès, mais avec avor¬
tement.
Nous avons comparé nos résultats avec ceux obtenus sans trai¬
tement, soit parmi nos animaux, soit parmi ceux appartenant à
la ferme de Savé, animaux de même race que les nôtres.
La mortalité sur les malades non traités a été de 90 % et pas
une femelle pleine n’a mis bas normalement, tandis que les trai¬
tements entrepris ont ramené cette mortalité (accidents non com¬
pris), à 26 % seulement et les avortements ne se sont produits que
dans 37,5 % des cas.
Il est nécessaire de faire remarquer que nos malades étaient tous
atteints depuis peu de temps lorsqu’ils ont été mis en traitement.
En résumé, nous possédons, dans l’orpiment et dans l’éméti¬
que, deux médicaments capables de faire disparaître rapidement
les trypanosomes du sang des animaux infectés. Seul, parmi
ceux de notre Afrique Occidentale, le Tr. Pecaudi, semble peu
influencé par leur action.
Ces deux médicaments sont peu coûteux et peuvent nous rendre
de grands services, mais malheureusement leur administration en
est un peu délicate et ne peut être confiée à n’importe qui, sous
peine d’accidents graves.
Le Physaloptère du Macacus cynomolgus L.,.
Par A. HENRY et G. BLANC.
Les Nématodes du genre Physaloptera Rud. ne sont pas ex¬
trêmement rares chez les Primates; mais une certaine confusion
nous semble régner dans les déterminations dont ils ont été l’ob¬
jet.
Rudolphi ayant nommé Physaloptera dilatata un parasite re¬
cueilli par Natterer, au Brésil, chez un Tamarin ( Midas rosa-
dia), c’est à cette espèce, sans exception, que les auteurs rappor¬
tent tous les Physaloptères récoltés chez les Singes.
Ainsi Diesing désigne comme hôtes de Pli. dilatata : Midas ro-
salia, Jacchus vulgaris, Lagothrix canus, Pithecia satanas, Cal-
licebus caligatus, Cebus fatuellus. A cette liste Molin, Parona,
von Linstow, Shipley, ajoutent successivement: Ccrcopiliieciisr
nictitans, Papio hamadryas, Papio langheldi, Cercopithecus pyr-
rhonotus.
Cependant si l’on compare, d’un côté, les descriptions de ces
différents auteurs — notamment en ce qui concerne les dimensions-
attribuées aux parasites, le seul caractère un peu précis que l’on
puisse utiliser — d’un autre côté, la diversité des affinités zoologi¬
ques et des aires géographiques des hôtes mentionnés, il ne pa¬
raît pas possible d’admettre sans réserves les rapprochements
constamment effectués avec le type de Rudolphi.
Pour faire disparaître les confusions probables qui se sont ainsi
produites, il convient de reprendre l’étude des formes observées
chez les divers hôtes et d’en préciser les caractères de manière
à rendre possibles les comparaisons.
Déjcà von Linstow et Leiper ont donné des Physaloptères de
l’Homme (Ph. caucasica, Pli. mordens ) des descriptions un peu
plus complètes. Nous apportons aujourd’hui notre contribution
à ce travail de révision en fournissant la diagnose suivante d’un
Physaloptère du Macacus cynomolgus:
Corps blanchâtre, épais, eylindroïde, atténué aux extrémités. La cuticule,
finement striée en travers, se soulève en avant pour former, à la base de la
tête, une collerette à surface granuleuse dans ses parties invaginées ; en ar¬
rière on observe parfois aussi, chez la femelle, un manchon cuticulaire qui"
dépasse quelque peu la pointe caudale. La bouche, dorso-ventrale, possède
— 391 —
deux grandes lèvres aplaties sur leurs faces internes contiguës, convéxes sur
leurs faces externes qui portent une papille latérale et deux grosses papilles
submédianes à surface verruqueuse. Au sommet de chacune des lèvres exis¬
tent une dent externe mousse et une fourchette interne à trois dents égales.
Le mâle est long de 32 à 35 millimètres, épais au maximum de 1.300 a
1.350 u vers le quart postérieur du corps. L’œsophage mesure environ 7 à
7,5 millimètres de longueur. L’extrémité caudale est presque toujours re¬
courbée vers la face ventrale ; elle est creusée en cuiller, et on observe à sa
base, sur la face ventrale, un tubercule très net auquel correspond souvent,
sur la face dorsale, une légère bulle cuticulaire. Le cloaque est situé à
1 millimètre, 8 environ de l’extrémité. Les papilles caudales sont de deux
sortes : des papilles pédonculées, 4 de chaque côté du cloaque, et des papilles
sessiles au nombre total de 13, réparties de la façon suivante : 1,2,3 entre
l’extrémité et le cloaque ; les deux papilles n° 1 plus rapprochées de l’axe que
les autres et comprenant entre elles un mamelon ; 4, 5 en cercle en arrière
du cloaque ; 6 impaire, sur la ligne médiane en avant du cloaque ; 7 un peu
en avant et en dehors de la précédente. La plus grande partie de- la surface
ventrale de la queue est ornée de séries régulières d’élevures très chiti-
nisées. La forme et l’étendue de cette aire chagrinée, de même que la répar¬
tition exacte des papilles caudales, paraissent constantes et fourniront des ca¬
ractères précis de détermination ; nous réservons la figuration de ces parti¬
cularités pour un travail plus étendu. Les deux spiculés, presque égaux,
sont relativement courts, mesurant l’un 400 à 530 p, l’autre 600 à 740 u de
longueur ; tous deux sont épais de 50 à 60 p, et pointus à leur extrémité
libre.
La femelle est longue de 38 à 42 millimètres, épaisse de 1.800 à 2.000 p
vers le tiers postérieur du corps. L’œsophage est long d’environ 9 millimè¬
tres. La vulve est située à 10 millimètres de la bouche. L’utérus se divise en
quatre branches. Les œufs sont ellipsoïdes, longs de 52 à 55 p, larges de
33 à 36 p, à coque épaisse de 4 p, et contiennent déjà un embryon au mo¬
ment de la ponte.
De cette description, il semble bien ressortir que les Phvsa-
loptères des Macaques n’offrent aucune relation ni avec Ph. dila-
tata, ni avec les espèces de l’Homme; nous les considérons com¬
me représentant une espèce nouvelle, pour laquelle nous piopo-
sons le nom de Physaloptera tumejaciens.
Nous avons trouvé ces vers à plusieurs reprises dans l’estomac
du Macacus cynomolgus ; au point où ils se fixent à la muqueuse
se produit fréquemment une réaction adénomateuse que rappelle
la dénomination proposée. Ce n’est pas la première fois, d’ail¬
leurs, que sont observés ce parasite et ses lésions: Weinberg,
Brumpt, ont déjà mentionné ces particularités, mais ils ne
s’étaient pas attachés à la détermination du Ver.
— 392 —
Le genre Acanthocheilonema Cobbold,
et les Filaires péritonéales des Carnivores
Par A. RAILLIET, A. HENRY et M. LANGERON.
Dans la séance du 8 novembre 1911, M. André Leger (i) don¬
nait la description d’une Pilaire à embryons sanguicoles, recueillie
dans la cavité péritonéale d’une Hyène tachetée des environs de
Bamako (Haut-Sénégal et Niger).
Nous émettions alors le soupçon qu’il pouvait s’agir du Néma¬
tode trouvé par le professeur Flower dans la cavité péritonéale
d’un autre Hvænidé sud-africain, le Proteles cristatus Sparrm.,
et décrit par Cobbold, en 1870, sous le nom d’ Acanthocheilo¬
nema dracunculoides (2).
M. le professeur Mesnil ayant bien voulu nous transmettre
quelques exemplaires des parasites récoltés par M. Leger, nous
avons pu en étudier les caractères avec une précision suffisante
pour les comparer avec ceux fournis par la description de Cobbold,
et constate, r l’exactitude de nos prévisions, encore que l'helmin¬
thologiste anglais n’ait donné qu’une diagnose un peu vague et
qu’il ait manifestement pris la tête pour la queue.
Voici, du reste, cette diagnose :
Acanthocheilonema, g. n. — Head furnished with three spinous lips ;
bodv filiforrn ; female endoparasitic in maniais.
.4. dracunculoides, sp. n. — Body smooth, finely attenuated in front, uni-
formly thick below ; head sharply pointed when the lips are closed, obtuse
when exserted ; neck spirally twisted in four or five circles ; tail abruptlv
truncate, with a solitarv, central, very slighty projecting lobe ; no reproduc¬
tive orifice visible.
Length 1 1/4” to 2 1/2” ; general breadth 1/90” to 1/80”.
This combined generic and spécifie description, though sufficient for fu¬
ture identifications, may, I think, be profitablv supplemented by other par-
ticulars relating to size, external form, and general organization, amongst
which I hâve remarked the following : — The head immediately beneath
the insertion of the lips measure so little as the i/iooo” in diamenter, whilst
the neck proper gives onlv twice the same amount of thickness. The tail
(1) André Leger, Pilaire à embryons sanguicoles de VHyœna crocuta
Erxleben. Bull. Soc. Path. exotique, IV, n° 9, pp. 629-630.
(2) T. -S. Cobbold. Description of a new Generic Type of Entozoon from
the Aard Wolf ( Proteles ) ; with Remarks on its affinities, especially in refe-
rence to the question of Parthenogenesis. Proceedings of the sc. meetings of
the Zoological Society of London for the year iSyo, jan. 13, 1870, pp. 9-14.
- 393 -
is fully 1/90” in breadth, its feebly pronounced central lobe beeing no more
than the 1/260” wide at the base. The mature egg s, or those containing
more or less perfected embryos, présent an average measurement of 1/15”
[220 p] from head to tail. The larvæ, however, are remarkably thin, the
longest of them not exceeding the 3/1000” (sic) in thickness ; yet, notwith-
standing their smallness, they hâve already attained the general form of
their parents, the finely pointed anterior extremity of the bodv scarcely ex¬
ceeding the 1/10000” in diameter.
Si l’on compare ces données à celles fournies par M. André
Léger, on peut constater, — sous les réserves précédemment for¬
mulées et en notant que Cobbold semble n’avoir vu que des
femelles, — une concordance non douteuse.
Mais les exemplaires de YHyœna crocuta ne sont point les seuls,
éléments d’étude que nous ayons eus à notre disposition. Récem¬
ment, l’un de nous ramenait de Tunis un Chien dont le sang ren¬
fermait des Microfilaires. A l’autopsie de cet animal, on ne ren¬
contra ni Dirofilaria immitis (Leidy) dans l’appareil circulatoire,
ni Dirofilaria repens Raill. et Henry dans le tissu conjonctif
sous-cutané ; par contre, un examen minutieux de la cavité péri¬
tonéale permit de découvrir, dans le grand épiploon, 9 mâles et
17 femelles d’une Filaire tout à fait semblable à celle recueillie
chez l’Hyène tachetée par A. Leger.
L’examen de ces matériaux nous a permis de préciser comme
suit la description du parasite:
Acanthocheilonema dracunculoïdes Cobbold, 1870. — Corps blanc, fili¬
forme, plus atténué en arrière qu’en avant. Cuticule lisse ou du moins ne
laissant apparaître que sur quelques points une fine striation longitudinale,
Extrémité antérieure obtuse, arrondie, parfois suivie d’un léger étrangle¬
ment dont la partie la plus étroite se trouve à environ 1 millimètre 5 du
sommet céphalique ; le diamètre augmente ensuite régulièrement jusque vers
le milieu du corps, pour se réduire peu à peu jusqu’à l’extrémité postérieure.
Bouche nue. Six papilles céphaliques : deux latérales assez nettes et quatre
submédianes — peut-être dédoublées — peu distinctes. Œsophage composé
de deux parties longues respectivement de 500 à 610 p et de 1.600 à 2.100 p
anneau nerveux situé vers le milieu de la première, à 255-290 p de la
bouche. Queue, dans les deux sexes, terminée par trois courtes pointes
coniques : une médiane, représentant la terminaison du corps, et deux la¬
térales, un peu plus courtes, correspondant évidemment aux deux appendi¬
ces latéraux des Filaires péritonéales du genre Setaria Viborg ; en avant
de ces pointes existent deux paires de petites papilles dont la postérieure, plus-
rapprochée de la ligne médiane ventrale, à l’aspect d’une calotte aplatie.
Mâle long de 24 à 30 millimètres, sur une épaisseur maxima de 160 à
210 p. Extrémité postérieure offrant 4 tours de spire qui répondent à peu •
près aux 4 derniers millimètres du corps ; sur la face ventrale de cette ré¬
gion spiralée, on remarque de fins bourrelets transversaux portant à leur
surface les marques évidentes d’une striation longitudinale de la cuticule ;
ces bourrelets disparaissent à 900 p environ de la queue. Cloaque légèrement
4
. . - — 394 -
en saillie, à 235-282 u de la pointe caudale. Papilles génitales très petites,
au nombre de cinq paires : quatre préanales, la première ou postérieure
presque au niveau du cloaque, et une postanale non loin de cet orifice,
Deux spiculés inégaux : le grand formé d’une partie proximale cylindrique,
longue de 152 à 160 p, et d’une partie distale membraneuse dont il est dif¬
ficile d’apprécier la longueur ; le petit, long de 160 à 165 u, terminé par un
petit crochet.
Extrémité caudale mâle d’une filaire d 'Hyœna crocuta.
Femelle longue de 32 à bo millimètres, épaisse de 260 à 300 p. Extrémité
postérieure souvent relevée vers la face dorsale ; anus à 440-520 p de la
pointe caudale. Vulve légèrement saillante, située vers le milieu de la se¬
conde partie de l’œsophage, soit à 1.300-1.850 p de l’extrémité antérieure.
Vagin et tronc commun des deux utérus formant un ensemble long de 4 à
6 millimètres et décrivant parfois une boucle antérieure qui atteint presque
la première portion de l’œsophage. Les embryons extraits de l’utérus sont
longs de 195 à 230 p, épais de 5 à 5 u 5 ; ils ont une queue pointue et très
effilée.
Habitat : cavité péritonéale de divers Carnivores africains : Proteles cris-
tatas Sparrm,, Hyœna crocuta Erxl., Canis familiaris
Les Microfilaires contenues dans le sang du Chien de Tunis
concordaient exactement, par leurs dimensions, avec les embryons
extraits des dernières portions de Tutérus des femelles, et dont
les caractères présentaient une grande ressemblance avec ceux des
embryons de Dirofilaria immitis.
Au contraire, il y a lieu de remarquer que les Microfüaires
.sanguicoles de l’Hyène, observées par A. Leger, étaient de
dimensions notablement plus élevées ; elles se rapprochaient bien
plutôt de la forme trouvée par Ochmann, dans -e sang d’un Chien
de l’Est africain allemand et décrite sous le nom de Filaria och-
inanni Fülleborn, 1908 (1); de même que celle-ci, on peut les
rattacher, semble-t-il, au type Diro filaria repens, bien que M. Lé¬
ger déclare n’avoir pu trouver aucune Filaire sous la peau de son
sujet.
De ce qui précède, nous croyons donc pouvoir conclure que le
genre Acanthocheilonema Cobbold, bien que basé sur des ca¬
ractères erronés, mérite d’être maintenu avec la diagnose que
voici :
Genre Acanthocheilonema Cobbold, 1870. — Filariidœ à corps grêle, fili¬
forme, à cuticule lisse ou seulement striée dans le sens longitudinal, à bou¬
che inerme suivie d’un œsophage formé de deux parties distinctes, à extrémité
postérieure pourvue dans les deux sexes, tout près de la pointe terminale,
de deux appendices latéraux courts et coniques. Mâles à extrémité posté¬
rieure spiralée, portant quatre paires de papilles préanales et une paire de
postanales, à deux spiculés inégaux : le grand membraneux dans sa partie
distale, le petit terminé en crochet. Femelles vivipares, à vulve située dans
la région œsophagienne. — Parasites des séreuses des Carnivores ou des
Primates. — Embryons circulant généralement dans le sang.
Outre l’espèce type A. dracunculoides Cobbold, on peut v faire
rentrer dès à présent :
A. reconditum (Grassi, 1890) (= Filaria recondita Grassi),
'-du tissu adipeux périrénal du Chien domestique.
A. grassii (G. Noè, 1907) (= Filaria grassi NoÈ), des séreuses
et du tissu conjonctif sous-cutané ou intermusculaire du Chien
domestique (Les embryons ne circulent pas dans le sang).
.4. perstans (Manson, 1891) (= Filaria perstans Manson), du
mésentère et de la capsule du rein de l’Homme. Nous n’hésitons
pas à classer ici cette espèce, après l’étude que nous, en avoqs
faite d’après une partie des matériaux recueillis par E. Brumpt,
-au Congo, en 1903.
(1) Fülleborn. Fine neue Hundemikrofilarie aus Deutsch-Ostafika. Ar-
*chiv. fiir schiffs-und Tropenhygiene, XII, H. 19, 1908, p. 644.
— 396 —
Formule leucocytaire et « image d’Arneth »
dans la bilharziose
Par A. CONOR et L. BENAZET.
Nous avons eu l'occasion d’examiner le sang de cinquante
indigènes du sud tunisien atteints de bilharziose urinaire. Dans
l’impossibilité de pratiquer les examens sur place, nous avons
établi la formule leucocytaire et dans certains cas, 1’ « image du
sang » suivant les indications d’ARNETH. Les résultats sont grou¬
pés dans les deux tableaux suivants.
I. Formule leucocytaire. — La numération a porté sur 300 leu¬
cocytes. Nous n’avons jamais trouvé d’augmentation des polynu¬
cléaires neutrophiles. Rarement en proportion normale (3 fois
seulement de 64 à 69 %), ils sont le plus souvent diminués de
nombre (47 fois de 25 à 62 %) ; pourcentage moyen: 45,68 %.
Le nombre des grands et moyens mononucléaires est souvent
assez élevé; il varie entre 4 et 29 % (moyenne: 14,2).
Il n’existe pas de lymphocytose. La proportion est normale:
T9>4 /o*
On compte, en moyenne, 4,1 % de formes de transition (maxi¬
mum: 12 %).
Les polynucléaires éosinophiles sont, d’une façon constante,
beaucoup plus nombreux que normalement. Nous notons:
13 fois de 4 à 10 °/Q d’éosinophiles.
25 fois de 11 à 20 °/Q »
10 fois de 21 à 30 °/0 »
.* 1 fois 40 0/o »
1 fois 48 °/0 »
La moyenne est de 16,5 % ; les chiffres extrêmes, 4 et 48. Enfin,
fait intéressant, dans 10 cas sur 50, nous avons constaté, comme
l’ont fait Nattan-Larrier et Oassef, la présence de myélocytes
éosinophiles dans une proportion variant entre 1 et 3 %.
397 —
Tableau I
- 398 -
Le rôle des éosinophiles et leur augmentation dans les affec¬
tions parasitaires sont loin d’être élucidés. On tend à admettre
que l'éosinophilie est un état réactionnel particulier qui se mani¬
feste sous l'influence de la présence du parasite ou l’action de ses
toxines. Au début de l’infection par le Schistosomum, la propor¬
tion de ces éléments semble peu élevée, pour atteindre un maxi¬
mum vers la deuxième année de la maladie, °t décroître ensuite.
Ainsi, nous avons établi les moyennes suivantes chez les indi¬
vidus qui ont pu préciser la date d’apparition de l’hématurie ini¬
tiale :
Maladie datant de moins d’un an, éosinophilie 15,7
Maladie datant d’un an, éosinophilie 17,6
Maladie datant de 2 ans, éosinophilie 18,6 %.
Maladie datant de 3 ans, éosinophilie 16,6 °/Q.
Maladie datant de 4 ans et au-dessus, éosinophilie 13,4 %.
I n abaissement considérable du nombre des éosinophiles s’ac¬
compagnant d’un état général mauvais assombrit le pronostic.
Ainsi, dans le seul cas terminé par la mort que nous avons ob¬
servé (obs. 78), le taux de ces éléments ne s’élevait qu’à 7 %.
Nous avons constate assez fréquemment l’essaimage des gra¬
nulations acidophiles, comme si le globule avait éclaté.
Le quotient neutro leucocytaire (division du pourcentage des
polynucléaires neutrophiles par la somme des pourcentages des
autres leucocytes) est notablement abaissé. Le chiffre moyen est
de 0,81, alors que, normalement, il atteint 1,95 à 2,30 (Sabrazès).
II. Image d’ Arneth. — Nous l’avons recherchée chez 19 de
nos malades. On sait qu’ARNETH a nommé « image ou figure
du sang », la formule leucocytaire qui répartit les polynucléaires
neutrophiles en cinq classes, suivant que leurs noyaux sont com¬
posés de 1, 2, 3, 4 ou 5 fragments. D’après Arneth, sous l’in¬
fluence d’une infection, les leucocytes sont détruits et mettent en
liberté les anticorps qu’ils renferment. Si l’on admet que les
polynucléaires dérivent des myélocytes par segmentation du
noyau, les formes qui se détruisent les premières sont les formes
les plus mûres, c’est-à-dire celles qui présentent une plus grande
quantité de noyaux. Dans ce cas, les leucocytes multinucléés sont
en moindre proportion que ceux à un ou deux noyaux.
Tableau II
(1) Ces numéros correspondent à ceux du tableau I.
— 400 —
On dit alors qu’il y a déviation de la formule vers la gauche.
Dans la bilharziose, nous trouvons d’une façon nette une dévia¬
tion vers la droite, c’est-cà-dire un nombre plus élevé de formes à
noyaux multiples, comme le montre le tableau II.
Nous avons constaté :
7 fois de 20 à 30 °f0 de leucocytes 3435 noyaux.
10 fois de 31 à 40 °/Q —
1 fois 41 % —
1 fois 53 % —
L 'indice nucléaire (nombre' des noyaux de 100 polynucléaires
neutrophiles) est, chez l’homme sain, d’environ 276. Chez nos
malades, l’indice moyen atteint 308.
L’image d’ARNETH ne concerne que les leucocytes polynucléai¬
res neutrophiles. Nous avons cru intéressant d’établir une for¬
mule analogue pour les éosinophiles. Dans le sang normal, on
admet que le noyau de ces cellules est formé de deux masses
ovalaires de dimensions à peu près égales, réunies ou non par un
mince filament chromatique, et se colorant d’une façon peu in¬
tense. On observe plus rarement trois masses nucléaires, jamais
de formes nucléées.
1 l Sur les 19 cas de bilharziose étudiés à ce point de vue (tableau
II), nous voyons que les leucocytes éosinophiles binucléés sont
le§ plus nombreux, en moyenne 83,47 %• Les éosinophiles à trois
noyaux se rencontrent dans une proportion de 14,79 % (maxi¬
mum 38) ; ceux à quatre noyaux atteignent le taux moyen de
1,74 % (maximum 8).
L’indice nucléaire des polynucléaires éosinophiles est de 165.
En résumé, d’après nos observations hématologiques, la bil¬
harziose est caractérisée par :
La diminution des polynucléaires neutrophiles, l’augmentation
notable du nombre des polynucléaires éosinophiles, l’apparition
de myélocytes à granulations acidophiles, l’abaissement du quo¬
tient neutro-leucocytaire.
L’ « image d’ARNEiH » est nettement déviée à droite et l’in¬
dice nucléaire est plus élevé que normalement.
Les leucocytes éosinophiles à trois et quatre noyaux paraissent
plus nombreux que dans le sang de l’homme sain.
( Laboratoire militaire de bactériologie de Tun'.s
et Poste de Kébili.)
— 4° i —
Note sur le laquage des dents en Indochine
Par J. J. MATIGNON.
Le laquage des dents se pratiquait jadis dans une grande partie
de la presqu’île indochinoise, dans l’Archipel de la Sonde, au Ja¬
pon.
La pénétration des idées européennes semble le faire disparaî¬
tre. En Indochine, comme au Japon, il ne se pratique plus dans
les grands centres.
Cette pratique s’est surtout conservée chez les Annamites habi¬
tant le Tonkin et l’Annam. Les Cochinchinois (Annamites du
Sud), noircissent leurs dents en mâchant le bétel.
Le laquage est pratiqué dans les deux sexes, mais plus par la
femme que par l’homme. Il est presque de règle chez les pay¬
sannes.
Le laquage répondrait à un double but, esthétique et hygiéni¬
que : des dents noires étaient la suprême élégance. Le laquage
protégeait les dents contre la carie.
Le laquage ne se fait qu’après la seconde dentition et de préfé¬
rence de 12 à 35 ans.
L’hiver est la saison la meilleure pour l’opération, qui demande
une quinzaine de jours pour être terminée.
Un laquage bien fait dure de io à 15 ans. Chez les sujets jeu¬
nes, on renouvelle l’opération au bout de 5 à 6 ans. Certaines per¬
sonnes se font faire 3 à 4 applications de laque dans la vie.
Les dents doivent être préparées à recevoir la laque: pendant
les 3 jours qui précèdent l’opération, les dents sont brossées éner¬
giquement. (Il faudrait, paraît-il, enlever l’émail?) Le laquage se
fait à la laque rouge ou à la laque noire. Le laquage en rouge
est un laquage provisoire, le premier temps du laquage en noir.
Quelquefois, chez les enfants, on se contente de ce laquage en
rouge.
Mais, dans la généralité des cas, voici comment on procède:
Les dents étant bien décapées, on applique tout d’abord la laque
rouge, avec un petit pinceau ou un blaireau.
Cette laque (Cauh-Kuen) est une variété de cire (provenant des
— 4°2 —
détritus des fourmillières de fourmis rouges) qui se récolte dans
les forêts de la Haute-Région du Tonkin.
Son odeur, quand on la brûle, est des plus desagréables. Cette
cire est triturée avec du jus de citron: la pâte qu’on obtient est
appliquée le soir, en se couchant, sur les dents. Après 4 à 5 ap¬
plications, les dents prennent une teinte rouge foncé, qui ne dure
pas très longtemps. (Le laquage des dents en rouge demande une
nouvelle application après 3 à 4 mois.)
*
Quelques jours après ce premier laquage rouge, se fait le la¬
quage définitif en noir.
La laque noire s’obtient en pilant: graines de Baû-Bi (variété
de courge), Phen Den (espèce d’alun noir), et en ajoutant un co¬
lorant noir (Ngû-Bôi-tu) et de l’écorce de grenadier, pour parfu¬
mer la pâte.
Pendant une quinzaine de jours, cette pâte est appliquée tous
les soirs en se couchant, sur les dents, qui prennent une colora¬
tion de plus en plus noire.
On termine l’opération en passant sur les dents laquées de la
résine de coco (qui jouerait le rôle d’un fixatif) provenant de l’inci¬
nération des enveloppes de noix de coco.
Pendant toute la durée du laquage, les aliments solides sont
supprimés. On se nourrit exclusivement de liquides.
Cette méthode du laquage a un effet préservateur excellent pour
les dents.
Dans les pays comme le Japon, où le laquage disparaît des vil¬
les, la carie dentaire a fait des progrès énormes : peut-être faut-il
également inculper les modifications apportées au régime alimen¬
taire des centres urbains japonais.
Les spécimens de laque rouge et noire m’ont été adressés par
mon ami le médecin-major Chouquet, sous-directeur de l’Ecole
de médecine de l’Indochine.
Mémoires
La trypanosomiase humaine
sur le Congo Moyen et l’Oubangui
Par F. HECKENROTH.
L’étude de la distribution de la maladie du sommeil sur la rive
française du Congo Moyen et de l’Oubangui a été le principal
objectif d’une tournée que nous venons d’effectuer sur ces deux
cours d’eau pendant le dernier trimestre 1911 et le début de 1912.
Nous avons pu, en même temps, recueillir sur la trypanosomiase
humaine un certain nombre d’observations et de faits que nous
avons exposés en détail dans un rapport de mission qui ne sera
publié qu’ultérieurement.
Nous extrayons de ce rapport, mais en les résumant, quelques
paragraphes intéressants.
La MALADIE DU SOMMEIL SUR LE CONGO MOYEN ET L’OUBANGUI.
Notre tournée est en quelque sorte le complément de celle que
P. Aubert a faite en 1910 dans la Haute-Sangha (1). Les docu¬
ments apportés en fin de ces deux missions ont été rassemblés
dans un même but: la recherche de l’index trypanosomiasique
dans le pays parcouru; et, d’après une même méthode, l’examen
systématique du plus grand nombre possible d’individus dans le
plus grand nombre possible de villages d’une même région. Ces
renseignements, complétés peu à peu pour d’autres contrées par
les médecins des postes, fourniront les éléments d’une nouvelle
carte de la distribution de la trypanosomiase humaine au Congo
français, mettant à jour ou précisant celle que G. Martin, Le-
bœuf et Roubaud publiaient en 1909 (2).
Les limites de temps qui nous étaient imposées ne nous ont pas
permis de nous arrêter dans toutes les agglomérations échelon¬
nées le long de la route fluviale qui va de Brazzaville à Mobaye,
(1) Annales d’hygiène et de médecine coloniales, 1911.
(2) La Maladie du Sommeil au Congo français, 1909.
point terminus de notre voyage. Nous avons cependant séjourné-
dans un grand nombre de villages et dans chacun d’eux examiné
tous les indigènes qui ont bien voulu se soumettre à notre visite.
Notre rapport de tournée donne pour chacun de ces centres les.
renseignements relatifs au nombre d’individus examinés, au nom¬
bre de porteurs de trypanosomes, au pourcentage de morbidité
constaté chez l’homme, la femme et l’enfant. Nous nous bornons
ici, à indiquer pour chaque région traversée les résultats généraux
que nous avons enregistrés.
Le chiffre élevé des examens effectués dans la plupart des
groupements indigènes et cette constatation que le chiffre de la
morbidité par trypanosomiase est sensiblement le même dans les
centres qui sont situés à peu de distance les uns des autres, nous
autorisent à accorder une exactitude assez grande aux pourcen¬
tages de malades que nous avons déterminés pour chaque vil¬
lage.
Il devient facile, dès lors, en utilisant les renseignements statis¬
tiques fournis par les feuilles de recensement, d’obtenir une-
approximation de la morbidité occasionnée par la maladie du
sommeil parmi les populations riveraines du Congo Moyen et de
l’Oubangui.
C’est ce que résume le tableau suivant, où l’on voit que sur les
19.000 indigènes habitant la rive française de ces deux cours
d’eau (la population de Bangui exceptée), plus de 2.500 sont très
probablement trypanosomés.
Une morbidité aussi élevée n’est pas sans entraîner fatalement
avec elle une diminution du chiffre de la population. Lebœuf err
signalait déjà, en 1907, toute l’importance dans un rapport très
documenté sur la M. du S. dans l’Oubangui.
Dans certains centres, grâce aux observations de notre cama¬
rade, dans d’autres, avec l’aide des rapports ou renseignements
des fonctionnaires et des commerçants, nous avons pu à notre
tour nous rendre assez exactement compte des ravages que, dans
l’espace de quatre années (1907-1911), la maladie du sommeil a
exercés sur la population indigène.
Dans la région Bangala, le village d’Etimba est entièrement
anéanti ; Loukoléla et Moyamba sont réduits de moitié; lrébou
passe de 600 habitants à 500 à peine; Bouga, que .Lebœuf n’a
pas visité et ou l’on comptait, en 1907, 1.200-1.500 âmes n’en pos¬
sède plus aujourd’hui 700.
Les indigènes du pays Bondjo paient à 'a maladie un aussi
lourd tribut.
Dans le pays Sango, une sévère épidémie dévaste, en 1908, les
villages de Mobaye dont la population est diminuée d’un quart;
à la même époque, les groupements de Kétro, de Sembia-Mom-
béto, de Bambirou, de Toa, tous voisins de Mobaye, perdent plus
de la moitié de leurs habitants et presque tous les chefs de ces
centres importants sont atteints eux-mêmes par la maladie. En
novembre 1911, nous avons encore trouvé dans cette région 9 %
d’indigènes porteurs de trypanosomes.
Dans tous les villages que nous venons de citer, la trypanoso¬
miase existe depuis de longues années déjà et l’on peut ne pas
s’étonner outre mesure de l’importance des ravages qu’elle y oc¬
casionne. Nous devons faire remarquer pourtant que nous avons
noté aussi un abaissement souvent très sensible du chiffre de la
population dans les régions que Lebœuf signalait comme à peu
près indemnes en 1907, visitées depuis fort peu de temps pur la
maladie.
L’exemple de Bimbo (village de 400 habitants, dans le pays
M’baca) est à ce point de vue particulièrement frappant. Lebœuf
— 4°6 —
y trouve, en août 1907, quelques indigènes trypanosomés, et
écrit: « La M. du S. est donc en train de faire de réels progrès
« à Bimbo et il faut s’attendre avant longtemps à y observer une
« forte mortalité ». Depuis plusieurs mois déjà, le chef du vil¬
lage constate deux ou trois décès de sommeilleux par semaine,
et l’examen complet de la population du village nous a révélé,
dans les 3 groupements dont elle se compose, du 30 %, du 51 %
et du 90 % de malades !
Sans être aussi élevée qu’à Bimbo, la mortalité est grande aussi
dans tout le pays M’baca où les premiers cas de maladie du som¬
meil ne sont pas antérieurs à 1906.
Dans la région comprise entre Bangui et Bessou, où la trypa¬
nosomiase a seulement fait son apparition il y a 4 ans, nous enre¬
gistrons des constatations analogues: les villages de Ouadda, Ba-
fourou, Bakoundou, ont été considérablement réduits ; Ombella
n’existe plus que de nom. Le village banziri de Bessou a perdu
les 4/5es de ses habitants: Lebœuf y avait compté 300 habitants;
il n’en existe plus aujourd’hui qu’une soixantaine parmi lesquels
le 36,7 % est parasité.
En somme, sur les rives du Congo Moyen et de l’Oubangui,
aussi bien dans les régions où la trypanosomiase existe de longue
date f que dans celles où elle est d’importation récente, le chiffre
de la population diminue dans des proportions considérables.
C’est bien là le fait d’une maladie qui non seulement occa¬
sionne une mortalité élevée dans les centres qu’elle frappe, mais
encore y abaisse le chiffre des naissances en atteignant dans leur
activité physiologique et dès le début de l’affection, les organes
reproducteurs aussi bien de l’homme que de la femme.
Les renseignements que nous donnons ici pour quelques villa¬
ges, où nous avons recherché la relation existante entre le nom¬
bre des adultes et celui des enfants (ceux-ci sont bien moins sou¬
vent parasités que les premiers) indiquent assez combien la nata¬
lité est faible dans les pays où sévit la maladie du sommeil.
Nous avons trouvé à:
Impfondo, 194 enfants pour 512 adultes = 37,8 °/0.
Mongoumeba, 162 enfants pour 372 adultes = 43,6 °/0.
Yacoli-Bogassi, 327 enfants pour 745 adultes = 43,6 0/o.
Kouango, 100 enfants pour 240 adultes = 41, 6 %.
Mobaye, 608 enfants pour 1364 adultes = 44,5 °/0.
Loin de nous cependant la pensée de prétendre que la trypa-
* nosomiase humaine est l’unique cause de la dépopulation que
nous avons constatée au cours de notre tournée. Il nous faut aussi
incriminer les fuites en pays belge, l’abus du chanvre, les épi¬
démies de variole, et, pour les villages du Congo Moyen, la pra¬
tique extrêmement répandue de l’avortement. L’importance de ce
dernier facteur de dépopulation est réelle.
On compte à :
Bonga, 87 enfants pour 481 adultes, soit du 18 °/Q.
Loukoléla, 13 enfants pour 74 adultes, soit du 17,5 0/o.
Irébou, 24 enfants pour 172 adultes, soit du 13,9 °/Q.
Liranga, 36 enfants pour 135 adultes, soit du 26,6 °L.
Ces chiffres méritaient d’être signalés.
Partout où la maladie du sommeil existe, on voit que sa mar¬
che d’envahissement à travers le pays a le même caractère. La
maladie s’installe d’abord insidieusement à la suite de quelques
cas importés ; puis, sans raisons apparentes, elle se montre sous
son allure épidémique, anéantissant en l’espace de quelques mois
le quart ou le tiers de la population. Celle-ci, affolée, quitte les
villages et se disperse dans la brousse, s’abritant dans des cam¬
pements provisoires fréquemment changés d’emplacement, car la
mortalité continue. Ce n’est que lorsque les décès paraissent deve¬
nir moins nombreux que les habitants, reprenant confiance, se
groupent de nouveau et reviennent à leurs anciens villages.
Deux ou trois poussées épidémiques d’une pareille sévérité suf¬
fisent à expliquer la disparition complète de certaines agglomé¬
rations.
Fait curieux, dans certains villages où la maladie du sommeil
a causé à plusieurs reprises les plus grands ravages, nous avons
■enregistré aujourd’hui des pourcentages de malades assez faibles:
A Loukoléla où Lebœuf trouvait en 1907 du 13 °/0 nous trouvons seule¬
ment 10,3 %.
A Irébou, où Lebœuf trouvait en 1907 du 16,4 % nous trouvons seulement
5.6 %■
A Liranga, où Lebœuf trouvait en 1907 du 15,5 °/Q nous trouvons seulement
■du 9,9 %.
Dans les agglomérations de Bonga et d’Impfondo, nous
n’avons même noté que du 3 % et 5 % sur une population encore
élevée cependant. La trypanosomiase est, en effet, une maladie
qui frappe par à-coups, et son allure caractéristique est à retenir.
Ces sortes de temps d’arrêt dans la marche de la maladie du
sommeil, les indigènes les ont depuis longtemps remarqués. Us
s’expliquent pourtant malaisément, car ils se produisent pré¬
cisément malgré l’existence de l’immense réservoir de virus que
— 408 —
l’épidémie a créé, réservoir qui va mettre de longs mois à s’épui¬
ser.
L’évolution de l’hypnose africaine est, en effet, parfois assez
longue, comme le montrent nos observations touchant quelques
malades que Lebœuf avait reconnu trypanosomés en 1907, et
qui n’ont jamais reçu aucun traitement.
A Loukoléla, sur 8 malades de Lebœuf, 2 ont disparu ; 5 sont
morts; mais le dernier serait bien portant.
A Irebou, sur 13 malades: 4 ont disparu; 7 sont morts; 2 se¬
raient encore vivants.
A Liranga, sur 14 malades: 2 ont disparu; 1 meurt en 1907,
3 en 1908, 3 en 1909, 2 en 1910, soit 9 décès; trois malades sont
encore vivants. L’un habite la rive belge et ne m’a pas été pré¬
senté. Les 2 autres me sont amenés.
Le premier, Yembéléké, est en très mauvais état et dans
l’impossibilité de marcher. Il a des trypanosomes nombreux dans
les ganglions.
Le deuxième, une fillette, Biséka, paraît en très bonne santé:
elle n’a plus eu la fièvre depuis de longs mois et présente seule¬
ment un peu de bouffissure de la face. Aucun ganglion n’est
ponctionnable, alors que Lebœuf avait pu, il y a 4 ans, en ponc¬
tionner plusieurs groupes. Des examens répétés et prolongés de
sang (ex. direct) n’ont pas révélé la présence de trypanosomes.
Pas d’autoagglutination. La centrifugation du sang et du liquide
céphalo-rachidien n’a pu être faite. Il n’a pas été possible éga¬
lement de pratiquer l’examen des selles, qui aurait donné, nous
en sommes persuadé, la raison de cet œdème léger de la face que
nous avons signalé chez notre malade.
Cet œdème est presque constant, en effet, chez les enfants
atteints d’ankylostomiase, affection qui est extrêmement fré¬
quente au Congo, surtout pendant le jeune âge.
Malgré l’absence de ces éléments de contrôle, on peut se deman¬
der si l’excellent état général de la jeune Biséka ne permet pas
cette hypothèse que nous avons observé chez cette fillette un cas
de guérison spontanée de trypanosomiase.
On vient de voir la lenteur avec laquelle la M. du S. évolue
chez certains sujets et combien les dangers de contamination
deviennent de ce fait plus nombreux pour les sujets sains. Les
observations qui précèdent expliquent encore le rôle dès long¬
temps établi que l’Européen a joué dans la dispersion de la try-
panosomiase au Congo, en amenant avec lui dans les régions
indemnes un personnel souvent contaminé, qui a été le point de
départ des épidémies ultérieures.
Actuellement encore, dans certains centres, le pourcentage des
porteurs de parasites est plus élevé parmi les indigènes des ports
et des factoreries que dans les villages mêmes.
C’est ainsi que nous trouvons:
A Loukoléla, du 13 °/Q de malades au poste, du 8 °/Q au village.
A Liranga, du 14 °/Q de malades à la factorerie, du 9 °/Q au village.
A Impfondo, du 8 °/Q de malades à la factorerie
A Impfondo, du 14 °/Q de malades au poste,
Le développement des épidémies est favorisé à coup sûr par
quelque diptère piqueur. Nous n’avons pu cependant établir de
relation causale entre la présence de la maladie et l’existence de
telle ou telle mouche dans les régions où la trypanosomiase sévis¬
sait sous sa forme épidémique.
Nous ajouterons toutefois que le rôle de la tsétsé au cours des
épidémies nous paraît restreint; les glossines, en effet ( palpalis
presque exclusivement), sont très fréquentes dans le pays ban-
gala, peu fréquentes dans le pays bondjo, assez fréquentes dans
le pays m’baca et dans la région située entre Bangui et Fort de
Possel, très rares entre ce dernier point et Mobaye. Or, les pour¬
centages de malades que donne, pour chacune de ces zones, un
de nos précédents tableaux, n’indique aucun parallélisme entre' la
plus ou moins grande abondance de tsétsés et le degré de morbi¬
dité par trypanosomiase.
Cette constatation corrobore celles de nos prédécesseurs et en
particulier celle d’AuBERT (/. c.) pour la Sangha.
La maladie du sommeil dans l’intérieur du pays.
Nous avons pu, à différentes reprises, examiner, dans des vil¬
lages placés sur notre itinéraire, un certain nombre d’indigènes
provenant de régions plus ou moins éloignées de l’Oubangui.
Les résultats de nos examens concordant sensiblement avec les
renseignements oraux apportés par les Européens ou les indigè¬
nes, nous avons cru pouvoir en tirer, malgré le chiffre peu élevé
des individus visités (un millier), les quelques remarques sui¬
vantes :
En aval de Bangui, la maladie du sommeil est définitivement
installée parmi les populations non riveraines de l’Oubangui:
on la trouve chez les Bandza de Bétou ; dans toute la vallée de la
du 4 % au village.
— 4 1 ° —
M’Poko (6-7.000 âmes), où elle sévit avec une grande intensité;
dans la Basse-Lobaye, où une grave épidémie fait actuellement,
dit-on, les plus cruels ravages.
En amont de Bangui, les centres situés à quelque distance de
la rivière sont à peu près indemnes de trypanosomiase. Il y a là,
compris entre les parallèles de Kémo et Mobaye, 50 à 60.000 in¬
digènes Togbo, Langouassi, Pacba, Boubou, qui seront peut-
être appelés un jour à se rapprocher de l’Oubangui, et qu’il faut
dès maintenant protéger. La surveillance des individus ou des.
groupes qui se rendent sur l’Oubangui et y séjournent, est une
mesure indispensable, car c’est en ce point que se font les con¬
taminations les plus fréquentes. Les Boubou de Mobaye, les Lan¬
gouassi de Toungbo, qui vivent presque constamment sur des
hauteurs, sont indemnes de trypanosomiase, o, 2-0,8 %. Au con¬
traire, les indigènes de l’intérieur, que l’Administration appelle
fréquemment sur la rivière pour les corvées ou le portage, offrent
déjà un pourcentage important de malades: Langouassi de
Kouango, 3,5 %; Langouassi de Yabingui, 5,3 %; Togbo de
Baye et d’Abaoïa, 5,2 %.
Enfin, les familles qui sont originaires de pays où la M. du
S. n’a pas encore pénétré et qui viennent se fixer sur les bords
de l’Oubangui, paient à la trypanosomiase, peu de temps après
leur installation, un tribut aussi lourd que celui des populations,
de l’Oubangui elles-mêmes.
C’est le cas du groupement togbo de Bessou, 011 l’on trouve,
après deux années de présence sur la rivière, 9 % d’individus
trypanosomés.
Conclusions.
La trypanosomiase décime les populations riveraines du Congo
Moyen et de l’Oubangui ; elle s’étend peu à peu aux régions voi¬
sines; de vastes territoires sont encore absolument indemnes.
Les mesures de protection qu’il est urgent d’appliquer peuvent
se borner, à notre avis :
i° A la surveillance des déplacements des indigènes entre pays
sains et pays contaminés ;
20 A la réduction des réservoirs de virus par le traitement pro¬
phylactique des malades.
Cette dernière mesure nous paraît assez facilement réalisable.
Au cours de notre tournée, qui n’a pas duré 4 mois, 9-359 indi-
— 4ii
vidus ont été examinés, et 1.253 reconnus trypanosomés. Tous
les porteurs de parasites, sauf une dizaine, ont reçu une injection
d’atoxyl ou d’arsénophénylglycine, et leur traitement aura pu
être continué, dans certaines régions, par les médecins des postes,
à qui nous avons communiqué tous les renseignements qui con¬
cernaient nos malades.
(. Institut Pasteur de Brazzaville.)
$
Lcishmaniosi con localizzazione nelle
caviià mucose (nuova forma clinica)
Per A. SPLENDORE.
Le Leishmaniosi con localizzazione nella cavità délia pocca e
del naso costituisce una forma clinica spéciale, che fu da me per
la prima volta rilevata e descritta (1). Essa, a quanto pare, non è
molto rara in certe regioni del Brasile e rappresenta un’ altra
entità nosologica, che mérita considerazione non solo per la sua
strana localizzazione, ma anche per certe rassomiglian2e che puo
presentare con altri processi morhosi, corne pure per l’eccessiva
resistenza che offre aile cure e per il decorso lunghissimo da cui è
caratterizzata, potendo durare vari anni, più che non sia délia
Leishmaniosi cutanea.
Ordinariamente le sue lesioni esordiscono sulla cute coi noti
caratteri del bottone d’Oriente; ma impiantate sulle mucose pren-
dono forma di vegetazioni granulo ulcerative di aspetto framboe-
sico. Possono attaccare il palato duro e il palato molle, gli al-
veoli dentali e le mucose delle labbra e possono propagarsi alla
faringe e alla laringe, corne pure possono invadere l’intera cavità
nasale e determinare nella stessa una notevole distruzione.
Il paziente attaccato da taie processo morboso puo presentare
incessante salivazione, difficoltà nell’ inghiottire, abbassamento
délia voce e notevole decadimento di forze, accompagnato talvolta
da una grande cachessia. Tali caratteri ricordano molto bene l’af-
fezione micotica da me illustrata in altri lavori e non è sempre
(1) A. Splendore: Buba-Blastomicosi-Leishmaniosi. Arch. für Schiffs-und
Tropen-Hygiene, Baud XV, gu ; Policlinico S. C., ign.
— 412 —
facile la loro diagnosi differenziale, senza l’aiuto del microscopio.
Le sue vegetazioni pero sulle mucose non hanno ordinariamente
la forma caratteristica delle eollosità o dei papillomi in quell’ affe-
zione notata ; cominciano a modo di piccoli granuli rotondi poco
sollevati, di aspetto pseudo vescicolare, a superficie liscia e splen-
dente, poi si ricoprono ben presto di un essudazione biancastra
semitrasparente caratteristica e diventano mano mano maggiori
fino ad acquistare la dimensione di una capocchia di spillo. In
uno stadio più avanzato perdono il loro brillo, il loro epitelio su-
perficiale cade in disquamazione ed esse tornansi confluenti, si
ricoprono di abbondante secrezione cremosa giallastra, e aggrup-
pate si dividono in forma di masse fungose, torpide a superficie
finamente granulosa, mostrandosi poco sollevate dal livello délia
mucosa normale.
L’ugola puo conservare lungamente un aspetto moriforme ; le
tonsille possono prendere un aspetto nodulo edematoso ; la mu¬
cosa délia faringe cosparsa da nodoletti, in una certa fase, puo
ricordare la faringite tubercolare.
Negli orifici nasal i le lésion i dapprima prendono l’aspetto di
piccoli nodoli d’infiltrazione, poi si trasformano in forma di pseu¬
do pustole. La mucosa interna del naso puo presentarsi coperta
da nodoli e da croste e nello stesso tempo la cartilagine del setto
puo ritrovarsi completamente distrutta ; i cornetti atrofizzati.
In seguito aile lesioni délia mucosa, anche la cute del naso su-
bisce alcune notevoli modificazioni : essa tornasi difatti edemato-
sa e dura. Taie alterazione dapprima si manifesta sul lobulo poi
xsi estende aile pinne nasali e puo mano mano propagarsi a tutte
le regioni délia faccia tornandosi in conseguenza la sembianza del
paziente notevolmente trasfigurata.
L’esame microscopico relativo a tutte le lesioni sopra ricordate
dimostra, in esse, la presenza di tipici e caratteristici corpuscoli
di Leishmann e questi, ordinariamente, abbondantissimi, tanto nel
materiale délia secrezione mucosa, quanto in quello ricavato dal 1 ’
edema cutaneo or ora ricordato ; quanche volta pero i parassiti
sono rarissimi o addirittura irreperibili.
L’istologia patologica non differisce in generale da quella molto
nota del bottone d’Oriente, consistendo appena in un tessuto in-
fiammatorio niente affatto caratteristico, nel quale si rinvengono
particolarmente predominanti i leucociti mononucleari.
Sono riuscito ad ottenere, col materiale delle lesioni di un caso,
Planche XIII
Splendore
Planche XIV
Splendore
5
— 4i-3 -
tanto alcune riproduzioni cutanee esperimentali in due scimie
(Mico estrella) quanto numerose culture del parassita nel substra-
to preparato con agar e sangue di coniglio secondo il metodo di
C. Nicolle (i).
L’evoluzione culturale del microrganismo relative» è identica a
quella ottenuta da altri osservatori nel parassita del bottone d’O-
riente, pero esso talora présenta forme flagellate piu lunghe di
quelle fino ad ora registrate. Il suo flagello puo arrivare ad una
lunghezza di 40 = 50 jju
Credo che si tratti di una nuova varietà parassitaria.
Quanto alla cura dell’ affezione, l’efflorescenze cutanee mo-
stransi perfettamente guaribili in pochi giorni sotto l’azione del
radium ; ma le lesioni delle mucose sono, ordinariamente, ribelli
non solo ai rimedi chimici ma anche alla terapia fisica. Anche
i raggi X furono lungamente adoperati, senza alcun risultato. In
uno dei casi volli esperimentare anche il 606 d' Ehrlich : que-
sto fu somministrato per via endovenosa, ma non diede il risultato
sperato. Le lesioni esaminate presentavano ancora numerosi pa-
rassiti, quando l’ammalato usci dalla mia osservazione, il che
avvenne circa un mese e mezzo dopo le iniezioni, ed essi mos-
travano forma e struttura tipica e caratteristica, senza un minimo
accenno a degenerazione.
La forma clinica a cui mi riferisco non deve essere ritenuta
corne una fortuita ed eccezionale propazione del bottone d’Aleppo
aile cavità mucose, corne fu nei casi ultimamenti osservati in
Europa da Cardamatis in Grecia (2), da La Cava e Gabbi in Ita-
lia, rappresenta invece un affezione caratteristica non molto rara
che sembra abbia la sua sede in Brasile in una zona compresa
fra lo stato di S. Paolo e quello di Matto Grosso, più o meno cir-
costante ai margini del Fiume Tieté.
Completamente sconosciuta fino a pochi anni or sono, essa
veniva confusa e classificata in mezzo ad altre affezioni volgar-
mente indicate col nome di « Buba ». Con questo termine in Bra¬
sile il popolo chiama varie ulcerazioni, specialmente se di natura
sifilitica, localizzate presso il naso o la bocca. Dopo le mie osser-
vazioni pero con la quali non solo fu dimostrata la sua natura,
ma anche individualizzata la sua entità clinica, è stata riscontrata
€ verificata anche da altri osservatori, fra i quali il Carini des-
(1) Nicolle. Arch. de l’Inst. Pasteur de Tunis, 1908,
(2) Bull, de la Soc de Path. exot., 1911.
29
— 414 —
prisse un caso proveniente dalla clinica del Bueno di Miranda (i).
Degno di nota è il fatto da me già rilevato délia perfetta ras-
somiglianza che questa forma clinica possiede con molti casi dal
Breda registrati sotto il titolo di « Buba Brasiliana » i quali, sono
anche essi provenienti dalla stessa località sopra ricordata (2).
Certamente questa forma di Leishmaniosi deve essere più fre¬
quente di quanto possa immaginarsi.
Ouale sia la sua patogenesi non si puo dire ancora con certezza
assoluta. La presenza di lesionbcutanee nelle vicinanze degli or:-
f ici, in certi casi, farebbe credere ad una propagazione del pro-
cesso infettivo dalle stesse provenuta per effetto di contiguità nelle
cavità mucose ; ma là dove l’affezione ebbe inizio primitivo su di
queste, si deve supporre che un agente qualsiasi abbia, dal mondo
esterno, su di esse trasportato il microrganismo patogeno. Questa
idea, che certamente non sta molto di accordo col fatto da Basile
verificato délia trasmissione del bottone d’Oriente per mezzo delle
pulci, invita a pensare se vari non siano i veicoli propagatori delle
Leishmaniosi, e se l’acqua stessa, per esempio, già da tempo antico
mcriminata, non abbia realmente, con queste affezioni, alcun rap¬
porta più o meno diretto ed importante. Ho eseguito numerose
ricerche relative a varie specie d’insetti succhiatori di sangue pro¬
venienti dalle stesse località dei miei pazienti, fra le quali alcune di
Conorinhus, che sono colà molto comuni ed hanno l’abitudine di
attaccarsi sull’ uomo nelle ore notturne ; ma non ho rinvenuto
alcuna traccia del parassita.
L’argomento délia transmission^ mérita di essere meglio dilu-
eidato.
Trattandosi, intanto, di una forma clinica ancora poco nota,
credo bene di riportare qui appresso, più o meno dettagliata-
mente, la storia clinica dei miei pazienti e i rispettivi studi fatti
su di essi.
Caso I. — Settembre 1910.
F. G., negoziante, italiano ; 48 anni di età, residente in Brasile da oltre
20 anni, ai 28 di Settembre 1910 si présenta al mio consultorio per richiedere
un parère rispetto ad una malattia nasale da cui trovasi affetto da qualrhe
tùmpo. Antecedenti ereditari negativi. Da giovane blenorragia. Negli ultimi
anni rinite e faringite di lunga durata. Risiedendo a Rio de Janeiro, ne!
mese di Luglio 1909, penso di trasferirsi, per ragioni di negozio, sulla linea
fèrroviaria in costruzione a nord-est dello Stato di S. Paolo, e prese dimora
(1) Bull, de la Soc. de Path. exot., 1911.
(2) F. Rno, Casuistica di Buba brasiliana studiata dal Prof. A. Brkda,
ün Mense Trattato di med. Trop., ire éd. ital. 1909.
— 40 —
in una campagna prossima al confine dello Stato di Matto Grosso. Cola,
nell’ ottobre, un giorno trovandosi ail’ aperto, venne assalito da un moscone,
da cui riporto una piccola infiammazione ; ma questa presto disparve, mercè
l'uso locale di tintura di iodo. Di li a qualche giorno, senza, causa apparente,
il paziente noto la comparsa di una piccola efflorescenza situata sul mar-
gine dell’ orecchio destro. Questa aveva forma di spina ed era coperta da
croste ; ma non recava dolore alcuno al paziente. Verso il principio di dicern-
bre, sopravvenne un forte accesso febbrile preceduto da lunghi brividi di
freddo, a cui segui dopo poche ore un profuso sudore. L’ammalato, allora,
supponendo di essere stato attaccato dalla malaria, prese subito una buona
dose di chinino e l’indomani, poi, penso bene di abbandonare la dimora, tra-
sferendosi in una salubre città situata in altra zona dello Stato di S. Paolo,
molto lontana da quella regione. Ouivi, pero, nel mese di gennaio la febbre
ritorno di nuovo cogli stessi caratteri, cosi corne si ripetè in seguito in altri
luoghi, dove l’infermo ando peregrinando in cerca di salute. Nel mese di
marzo successivo essa riapparve più pertinace del solito e, malgrado il ripe-
tuto uso di chinino, rimase persistente per vari giorni. Il quattro aprile si
ripresento con un accesso ancora più forte dei precedenti e il paziente a
consiglio di un sanitario, in taie occasione prese una buona dose di calo-
melano, poi, nel giorno seguente, alcune capsule di bleu di metilene e in
seguito ripiglio di nuovo l’uso dei sali di chinino. Dopo pochi giorni da taie
accesso febbrile un senso di cattivo odore egli comincio ad avvertire nella
cavità nasale e credeva che fosse dovuto ad un piccolo erpete apparso sulle
pinne del naso durante gli attacchi febbrili. In agosto, vedendo che ancora la
febbre di tanto in tanto rifaceva sempre la sua apparizione, per consiglio rice-
cuto, si decise a trasferirsi nella villa di un suo amico, per sottomettersi ad un
régime di limone a scopo curativo. Degli stessi fece grande uso, arrivando
a divorarne fino a 15 o 20 per giorno. Senonché, poco dopo una settimana,
varie nuove efflorescenze andarono comparendogli sulla faccia, le quali si
presentavano dapprima sotto forma di piccole papule, poi si sormontavano
di una piccola vescichetta, e, alla rottura délia stessa, rimanevano ricoperte
da tenue croste, che ritornavano di bel nuovo tutte le volte che venivano
distaccate. Dette lesioni apparirono dapprima sul volto, poi sulla regione del
sottomento e succesivamente, sulla fronte sul padiglione delle orecchie, sul
lobulo e sulle pinne nasali, sul setto e sulla mucosa del naso.
A tafi manifestazioni segui ben presto un deflusso nasale noioso e persis¬
tente.
Il giorno 9 di settembre l’accesso febbrile ritorno ancora una volta e fa
temperatura sali fino ad oltre 40 C.
L’ammalato terne di essere affetto da malattia di cattivo carattere ed è
preoccupato specialmente dell’ affezione nasale, perlocchè accetta di rima-
nere corne pensionista nell’ ospedale portoghese, ond’ essere sottomesso ad
uno studio accurato e a cura opportuna.
Stato présente, (v. Tav I, fig. 1-2-3).
Uomo di sviluppo scheletrico e costituzione regolare. Présenta varie efflo¬
rescenze cutanee localizzate sulla faccia sulle orecchie e sul naso, distribuée
e caratterizzate nel modo seguente.
Tre sul margine dell’ orecchio destro in forma di noduletti d ’infiltrazione
poco elevati, confluenti tra loro, ciascuno délia grandezza di un cece, poco
più o meno, tutti ricoperti da croste. Queste sul nodulo mediano si elevano
in forma di cono, per l’altezza di tre o quattro millimetri.
Una sulla regione délia gota destra, avente dimension! un pochino mag-
giori delle lesioni precedenti, con aspetto pseudo forungoloso, coperta anch’
essa da croste ed attraversata da peli.
Una sulla regione sopra labiale dello stesso lato, poco minore, ma eorn-
pletamente rassomigliante a quella délia faccia.
Una in forma di papuletta délia g randezza di una capocchia di spillo, situa-
ta sulla punta del naso, anch’ essa coperta da tenue cristicina.
Una sulla regione del sottomento, un poco maggiore di tutte le precedenti,
in forma di bottone con la superficie coperta da spesse ctoste e da pus, anch’
essa attraversata da peli.
Una in forma di piccola papula crostosa appena elevata nel padiglione
dell’ orecchio sinistro, con la dimensione di una grossa capocchia di spillo.
Una sulla regione mediana frontale, sul margine del cuoio capelluto, in
forma di piccola acné attraversata da peli.
Una in forma di piccola pustuletta sul margine délia pinna nasale destra.
Quattro sui margini del setto nasale, delle quali una a sinistra in forma
di piccolo nodulo d’infiltrazone e tre a destra con aspetto di piccole pusto-
lette aventi l’estremità purulenta.
Notasi anche un piccolo focolaio d’infiltrazione edematosa sulla regione
centro dorsale dell’ indice délia mano destra, ed altro simigliante localiz-
zato sullo scroto, dove la lesione mostrasi coperta da deboli croste.
Tirate le croste, le lesioni délia faccia e dell’ orecchio presentano una su¬
perficie ulcerata coperta da granulazioni di colorito roseo, di piccolissime
dimensioni, talora appena visibili.
Dette efflorescenze sono tutte indolenti sia spontaneamente che alla pres-
sione.
Il paziente présenta anche un notevole deflusso sieromucoso provenante
dalla cavità nasale accompagnato da un odore nauseante.
L’ispezione fatta in detta cavità mostra la mucosa cosparsa anch’ essa da
vari noduli d’infiltrazione coperti da croste e rivela un ipertrofia del cornetto
di sinistra. L’ammalato fa notare che la stessa è antecedente alla présente
malattia.
Aperta la cavità délia bocca, notasi, prima di tutto, un’ essudazione sui-
generis, di colore biancastro, sulla regione tonsillare di sinistra, la quale sr
mostra alquanto edematosa ed occupata da un nodulo d’infiltrazione délia
grandezza di una noce avellana. Altri tre o quattro noduletti di aspetto pseu-
dotubercolare si vedono sparsi sulla mucosa del faringe. Nulla di anormale
nelle altre regioni délia cavità boccale. In relazione a dette alterazioni la
palpazione rivela la presenza di una glandola linfatica situata nella regione
giugolare sinistra, avente dimensione di un fagiuolo, superficie liscia, con-
sistenza duro elastica. Nessun tumore di milza e nessun’ alterazione è ap-
prezzabile, con l’esame fisico, nei vari organi interni.
Le ricerche microscopiche fatte sul sangue ricavato dal dito non rivelano
nè presenza di parassiti nè di leucociti pigmentati, nè alcun’ alterazione
apprezzabile relativamente alla morfologia e alla costituzione dei corpuscoli
sanguigni. La numerazione degli stessi verifica 4.840.000 globoli rossi, ris-
petto a 16.320 globoli bianchi per ogni mmc. Notansi in questi predominanti
i mononucleari.
Gli esami relativi ail’ essodazione tonsillare, invece, cosi corne quelli delle
lesioni facciali e nasali, col metodo di Giemsa, rivelano la presenza di nume-
rosi e tipici corpuscoli di Leishmann, situati sia intra < he extracellulari.
Chiara era quindi la diagnosi di Leishmaniosi, per quanto strana ed inso-
lita la sua Iocalizzazione nella cavità del naso e délia bocca. Intanto memore
délia resistenza che tali affezioni sogliono offrire aile più svariate medica-
zioni, sia per cercare di evitare una possibile ulcerazione tonsillare e sia
per la speranza di poter arrestare un eventuale propagazione del processo
morboso agli organi interni, mi venne l’idea di consigliare la tonzillotomia
— 4 1 7 —
e l’estrazione délia glandola linfatica avanti ricordata. L’operazione eon la
mia assistenza fu, alcuni giorni dopo, cortesemente eseguita dal eollega Ro-
bilotta e procedette senza il più piccolo inconveniente.
La ferita cutanea occorsa per l’enucleazione glandolare cicatrizzo regolar-
mente in quattro o cinque giorni per prima intenzione, cosi corne quelle
prodotte dall’ escissione tonzillare rimarginarono perfettamente in un paio di
settimane, durante il quale tempo il paziente, a mio consiglio, adopero gar-
garisimi di acqua ossigenata e polverizzazioni faringee con bleu di1 metilene.,
Le efflorescenze cutanee, intanto, vennero sottomesse ail’ azione del ra¬
dium, l’effetto curativo del quale era già stato da ma varie volte constatato
nel bottone d’Oriente, più che non lo fossero i soliti nmedi chimici, ed anche
l’applicazione dei raggi X diverse volte esperimentata.
Il radium da me adoperato nel caso era allô stato di bromuro in polvere,
nella quantità di io c g., contenuto in un tubicino di vetro. Questo fu avvolto
in una lamina di piombo e poi in un foglio di carta, secondo il metodo cosi-
detto ultrapenetrante del De Domixicis e quindi a mezzo di strisce di garza
applicato alternativamente sulle varie lesioni esterne del paziente, preventi-
vamente ripulite o superficialmente escisse. Negl’ intervalli delle applicazioni
esse venivano spennellate con soluzione acquosa satura di bleu di metilene.
Nello stesso tempo il paziente fu sottomesso ad una cura generale di rimedi
arsenicali per via interna e ad iniezioni ipodermiche di cacodilato di soda.
Con taie trattamento egli rapidamente miglioro di forza e di colorito, au-
mento notevolmente di peso, non ebbe mai più a lamentarsi di febbre e le
varie lesioni délia faccia e delle orecchie vennero a compléta guarigione in
un tempo variabile da una a due settimane. Senonchè, la secrezione nasale
si mantenne continua ed incessante. La cavità del naso nel frattempo anch’
essa fu medicata con la soluzione di bleu di metilene e poi sottomessa anch’
essa ail’ azione del radium, il quale venne introdotto col suo tubicino di ve¬
tro, a giorni alterni, nelle due narici, per un tempo complessivo di 377 ore
nella narice destra e 395 in quella di sinistra. Cio non ostante, le lesioni si
mantennero pressochè invariate e non presentarono alcun accenno di guari¬
gione. Intanto verso la fine di ottobre, e cioè, dopo circa un mese di cura,
nuove alterazioni riapparirono nella bocca del paziente incominciando dall’
arcata palatina. Esse presero l’inizio in forma di piccole e numerose gra-
nulazioni rotonde, puntiformi, appena visibili, poi mano mano si i.ornarono
maggiori e in pochi giorni arrivarono alla dimensione ciascuna di una ca-
pocchia di spillo. Mostravano superficie liscia e lucente, colorito roseo, aspet-
to pseudo vescicoloso, rassomigliando fino ad un certo punto ad ammassi di
uova di pesci. Erano coperte da scarsa essudazione semitrasparente, suigene-
ris caratteristica, e l’esame microscopico relativo rivelo in esso la f'resenza
di numerose e tipiche forme di corpuscoli di Leishmann.
Nello stesso tempo anche i noduletti délia mucosa faringea avanti hc< r cari
andarono crçscendo di volume ed acquistarono poco a poco dimensione di un
piccolo cece ciascuno, coprendosi anch’ esse df copiosa essudazione biancas-
tra, alcuni ulcerandosi alla superficie.
Nella bocca oltre ail’ uso quotidiano del radium, adoperato col metodo
ultrapenetrante, fu anche esperimentato quello dei raggi X, applicati p'i un
tempo di tre minuti, una volta per settimana, e si continuo sempre giornal-
mente la pennellazione di bleu di metilene.
Ma dopo un mese di taie sistema curativo, le lesioni faringee si mantene-
vano ancora stazionarie, mentre quelle del palato, invece di arrestarsi, si
erano propagate fino al margine gengivale, avevano perduto 1 epitelio su-
perficiale, si erano tomate variamente fra loro confluenti e mostravano la
superficie ricoperta da copiosa secrezione di aspetto cremoso e giallastro. In
taie stato, esse avevano preso l’aspetto di masse fungose granulate di aspetto
torpido.
L’ammalato usei dall’ ospedale verso gli ultimi di dicembre promettendo
di ritornare dopo aleuni giorni, per sottomettersi ad un iniezione di 606 ri-
chiesto in Europa ; ma più non si fece vedere. Sono informato che dopo
qualche tempo egli riparti per l’Italia; ma qui, nonostante le cure di sapienti
maestri, egli trovasi ancorq sofferente, essendo stato anche attaccato da gon-
fiori articolari e da ulcerazioni ail’ estremità. Ignoro il dettagliato ulleriore
andamento délia sua affezione.
Il caso è notevole oltre che per la localizzazione delle lesioni nelle cavità
mucose anche per la febbre accusata dal paziente e per i caratteri delle sue
efflorescenze cutanee. La febbre non. pare che possa essere attribuita alla
malaria : parlano contro di questa la sua resistenza al chinino, nonchè la
mancanza di tumore di milza, pur dopo vari mesi dell’ infezione, corne pure
l’assenza di parassiti o di granuli pigmentari nel sangue dell’ ammalato.
Rara intanto è, corne si sa, la febbre nel bottone d’Aleppo.
Quanto al carattere delle lesioni cutanee, bisogna anche ricordare che,
eccezionalmente, questo supera il numéro di poche unità e d’altra parte, di
solito, rapidamente arriva ad ulcerazione, che ben presto si estende in super¬
ficie fino alla dimensione talora di parecchi cmq, presentando ordinarimente
un fondo lardaceo coperto da moite e grosse granulazioni con margini infil-
trati, duri, e tagliati a picco. Nel caso in discussione invece l’efflorescenze
cutanee raggiungevano il numéro di una quindicina ed avevano conservato
dimensioni piccolissime non superando la grandezza massima di un cece,
mantenendosi alcune appena grandi quanto una capocchia di spillo, e tutte
presentavano forma di acné o di pustulette, il di cui fondo sottostante aile
croste non presentava che scarse e finisime granulazioni, talora appena
appena percettibili.
Ricerche Microbiologie lie (v. Tav. II, fig. 1-2-3).
1 preparati eseguiti per strisciamento di materiale ricavato
dalla superficie delle lesioni, a mezzo di una penna di vaccina-
zione, o dalla profondità delle stesse a mezzo di una siringa ipo-
dermica, sono stati fissati in alcool etere e poi coloriti per 15 o
20 minuti nel liquido di Giemsa diluto con 20 parti di acqua di-
stillata. Il risultato delle ricerche è stato il seguente.
1. Nodulo facciale : numerosi e tipici corpi di Leishmann, al-
cuni di forma ovolare spesso alquanto allungata, altri piriformi,
ed altri ancora rotondeggianti. La loro dimensione varia da due
a cinque p di lunghezza per uno a due mezzo p di larghezza.
Presentano il protoplasma colorato leggermente in azzurro, il nu-
cleo in rosa, il blefaroplasto in rosso violetto più o rneno intenso.
Il nucleo presentasi costituito da una massa di cromatina di figura
rotonda o rotondoide, di grandezza variabile da una o due p di
diametro, situato presso l’iina o l’altra estremità, ma sovente ad-
dossata ad una parete del corpo parassitario, mostrandosi, non di
rado, fornito di un granulo centrale. Il blefaroplasta spesso mos-
trasi in forma di bastoncino trasversalmente disposto e addossato
sulla massa nucleare ; ma, frequentamente, è dalla stessa distac-
cato e collocato in posizione longitudinale od obliqua, ordinaria-
mente in una regione opposta a quella del nucleo. Talune volte
anch’ esso présenta una forma piu o meno rotonda, con diametro
appena di 0,50 [* ; altre volte ancora è invisibile o addirittura man-
cante.
Alcuni corpuscoli parassitarii presentano la fase di una bipar-
tizione longitudinale. Molti sono liberi ; molti altri racchiusi nel
protoplasma di grandi cellule mononucleari. Queste hanno un dia¬
metro fino a 50 o 60 u ; sono fornite di grosso nucleo rotondo od
ovale, eccentricamente disposto, e contengono fino al numéro di
40 o 50 parassiti, i quali si mostrano, non di rado, riuniti in
gruppi circoscritti da uno spazio di apparenza vacuolare. Tali
spazi sono talvolta contornati da una linea netta e ben definita;
hanno forma rotonda o rotondoide, diametro da 10 a 20 4 e ri-
mangono incolori o leggermente colorati in rosa, potendo essere
tanto unici che multipli nel protoplasma di una stessa cellula, nello
stesso tempo che ciascuno di essi puo racchiudere tanto poco che
molti parassiti, fino a mostrarsi completamente ripieno degli
stessi.
Fuori dei corpuscoli parassitari avanti descritti, si rinvengono,
nei preparati, alcune rare masse protoplasmatiche colorate in az-
zurro, di struttura finamente areolare nelle quali non è possibile
riscontrare alcun nucleo, ma raramente contenenti rari granuli
sparsi di cromatina. Tali masse hanno forma rotonda o roton¬
doide ed una dimensione eguale, poco più o meno, a quella di un
globulo rosso di sangue.
2. Lesione délia fronte: pochi corpuscoli parassitari liberi o
intracellulari somiglianti ai precedenti, predominando le forme
allungate. In essi notasi frequente mancanza di blefaroplasta.
3. Lesione sopralabiale : reperto molto somigliante a quello del
nodulo facciale.
4. Nodoli delle orecchie : corpuscoli di Leishmann piuttosto
scarsi, sia liberi che intracellulari, predominanti quelli di forma
ovolare allungata. Nei preparati si riscontrano anche numerosi e
tozzi bacilli di apparenza banale.
5. Nodulo del lobulo nasale: parassiti numerosi liberi o intra¬
cellulari, identici ai precedenti.
6. Pus del nodulo submentale: discreta quantità di stafilo-
cocchi e tetrageni. Corpuscoli di Letshmann poco numerosi. Fra
— 42° —
questi sono prédominante le forme ovolari o piriforme, sia libéré
che intracellulari. Alcune forme presentano fasi di avanzata bi-
partizione longitudinale. S’incontrano rarissimi corpuscoli paras-
sitari di apparenza piriformi che hanno dimensioni appena di
circa 2 ;j. di lunghezza, per una larghezza appena di 0,50 jjl, mos-
trandosi, alcuni di essi, lateralmente accoppiati in aspeito bi-
gemino. Una forma parassitaria quasi rotonda, col diametro di
5 u, non présenta blefaroplasta distinto, mostrando, pero, un gra-
nulo di cromatina intensamente* colorato in rosso, nella regione
centrale del nucleo, il quale, da sua parte, mostrasi colorato in
rosa alquanto sbiadito e in forma rotondeggiante, addossato ad
uno dei poli. Altri parassiti sono allungati e talora alquanto fusi-
formi, con la dimensione fino a 5 di lunghezza per poco meno
2 di larghezza. In essi, nucleo e blefaroplasta sono distaccati e
situati in regioni opposte, sulle pareti laterali. I parassiti intra¬
cellulari sono contenuti, secondo il solito, nel protoplasma di cel¬
lule mononucleari, ma alcuni si rinvengono anche dentro quello
di leucociti polinucleari. Fra questi si possono contare fino al nu¬
méro di dieci o dodici corpuscoli.
7. Il sangue, ricavato dalla regione circostante alla lesione sot-
tomentale, mostra presenza di parassiti tipici ma rari, alcuni dei
quali di forma ovalare allungata, con le dimensioni di tre o quat-
tro di lunghezza per uno e mezzo di larghezza. In essi, talvolta,
il nucleo è collocato in una delle estremità, occupa l’intera meta
del corpo parassitario e 11 blefaroplasta, talvolta, è invisibile, tal *
altra mostrasi, al solito, in forma di bastonetto trasversalmente
disposto e addossato alla superficie nucleare. Alcuni di tali paras¬
siti isolati mostransi addossati alla superficie dei globuli rossi e
sembrano intraglobulari.
Altri rarissimi parassiti extra cellulari sono aggruppati in nu¬
méro di 8 o 10 a forma di rosetta, avvicinati fra loro per l’estre-
mità corrispondente al blefaroplasta.
8. Lesione del dito: parassiti assenti.
q. Lesione dello scroto : vari piecoli bacilli e rari cocchi ; nes-
sun corpuscolo di Leishmann.
10. Materiale ricavato dai noduli délia mucosa nasale: tipici
corpuscoli di Leishmann in grande numéro, alcuni liberi, altri rac-
chiusi nel protoplasma delle solite cellule mononucleari. La loro
forma è, prevalentemente, ovalare; la dimensione: 4 o 5 v di lun¬
ghezza, per 2,5 u di larghezza. Alcuni rarissimi corpuscoli sono
lunghi e stretti, hanno 6 o 7 p di lunghezza per 1-1,5 f* di lar-
ghezza e presentano aspetto alquanto fusiforme, talvolta legger-
mente curvata.
11. Essudato tonsillare : molti cocchi e bacilli, alcuni di questi
fusiformi ; rari spirochetti di tipo refringens ; molti corpuscoli di
Leishmann. Questi hanno prevalentemente forma ovalare o roten-
-deggiante e dimensione, in generale, un poco più grande dei cor¬
puscoli riscontrati nelle lesioni cutanee ; presentano 4 o 5 p di
lunghezza per 304 p di larghezza, nucleo rotondo o rotondoide,
blefaroplasta in forma di bastonetto o di massa rotonda, ordinaria-
mente distaccato dalla massa nucleare, presentando, per il resto, i
consueti caratteri di colorazione. Notansi varie forme in divisione
longitudinale. Molti corpuscoli sono contenuti nelle solite cellule
mononucleari, entro cui se ne possono contare fino ad una ven-
tina ed anche più. Fra i corpuscoli liberi s’incontrano alcune for¬
me, rare, alquanto allungate e alquanto fusiformi, una delle quali
è fornita di lungo flagello. I caratteri di questa forma cono ab-
bastanza rassomiglianti a quelli dei flagellati ottenuti nelle coiture
del parassita.
12. Materiale ricavato dalle ulcerazione faringee: vari diplo-
cocchi e piccoli bacilli; pochi corpuscoli di Leishmann, ovalari o
piriformi, analoghi ai precedenti.
13. Essudazione delle vegetazioni del palato : molti b'cilli
grossi e tozzi, vari fusiformi ; vari cocchi ed altri piccoli bacilli ;
numerose forme di corpuscoli di Leishmann, anch’ esse, in gene¬
rale, di dimensione maggiore dei corpuscoli delle lesioni .'utanee,
•con tendenza rotondeggiante e diametro da 5 a 6 p di lunghezza
per 3 o 4 p di larghezza. Notasi in esse, ordinariamente, nucleo
voluminoso e blefaroplasta in forma di massa rotondeggiante di-
staccata dallo stesso. Una forma corpuscolare, quasi rotonda pré¬
senta circa 6 p di diametro e si distingue per un colorito bleu
alquanto più intenso dell’ ordinario, che présenta il suo contorno
protoplasmatico, corne anche per una notevole massa di croma-
tina centrale, che mostrasi disordinatamente sparsa in larga su¬
perficie nel corpo parassitario ; ma non mostra alcun blefaroplasta.
Alcuni corpicciuoli grossi e alquanto irregolari sono contenuti
nelle grandi cellule mononucleari, ma in numéro molto limitato
di 2 o 3. Notasi un gruppo di tipici parassiti extracellulari riuniti
in forma di rosetta, avente ognuno forma oblunga di 5 o 6 p di
lunghezza per 1,5 p di larghezza. LTn corpicciuolo piriforme délia
— 422 —
dimensione di tre o quattro \x di lunghezza presentasi fornito dp
un flagello délia lunghezza di circa 8 p.
14. Materiale proveniente dalla profondità délia tonsilla (biop-
sia): numerosi e tipici corpuscoli di Leishmann ovalari o piri-
formi con le dimensioni di 3-4 ,u di lunghezza per 2-2,5 *u di lar-
giiessa e i soliti earatteri.
15. Polpa délia glandola linfatica giugolare : corpuscoli di>
Leishmann tipici straordinariamente rari, rinvenibili solo in scarse
preparazioni. Notasi un corpuscolo alquanto piriforme, avente la
dimensione di circa 7 ;j- e abbondante cromatina centrale; un
altro corpuscolo présenta una forma leggermente vermicolare-
avente la dimensione di 10 4 di lunghezza per uno e mezzo di lar-
ghessa, con presenza di nucleo quasi centrale e blefaroplasta pun-
tiforme accollato alla superficie dello stesso.
Istologia Patologica.
Alcuni frammenti di varie lesioni del paziente sono State fissate-
in una soluzione acquosa satura di sublimato mescolato con un
terzo di alcool, secondo le indicazioni di Schaudinn e, in seguito,
seguendo la solita tecnica, furono inclusi in paraffina. Le sezioni
istologiche ottenute sono State colorate sia con ematossilina eosina
e sia col nuovo metodo di Giemsa consigliato per le ricerciie deï
protozoi nei tessuti. Gli esami microscopici relativi aile lesioni
cutanée hanno rilevato che l’alterazione patologica dei tessuti è
dovuta ad una densa infiltrazione leucocitaria, principalmente
localizzata nella regione papillare del derma ; ma essa è estesa,
frequentemente, agli strati di Malpighi, fino alla superficie dell'
epidermide. I leucociti che la compongono non sono accumulati
in alcun ordine tipico, ma sono sparsi a casaccio, in mezzo a nu¬
merosi fasci di connettivo lasso. Essi sono quasi tutti mononu-
cleari : alcuni di volume piccolissimo hanno nucleo rotondo e pic-
cola zona protoplasmatica, ricordando l’aspetto dei linfociti ; altri
sono di volume maggiore, aventi nucleo di forma rotondoide o
irregolare e maggiore zona protoplasmatica avvolgente ; altri an-
cora sono caratterizzati da nucleo voluminoso più o meno ovoicTe,
eccentricamente disposto in copioso protoplasma. I polinucleari
sono rarissimi e più faciîmente osservabili negli strati superiori
del derma, o meglio ancora, nell’ epidermide. Gli strati di Mal¬
pighi, là dove sono attaccati dall’ infiammazione, trovansi, in
molti punti, completamente disgregati e transformai in tessuta
di granulazione. La superficie dell’ epitelio è, non di rado, ulce-
— 423 —
rata, ma talora coperta da uno spesso strato corneo, il quale, in
alcune lesioni, ritrovasi notevolmente distaccato e sollevato a
guisa ai vescicola ripiena di leucociti, di sangue, di fibrina e cri
detriti cellulari. Rarissime sono le cellule giganti, solamente in-
contrate negli strati profondi del derma. I parassiti sono molto
abbondanti e mostransi destribuiti sia nei grandi mononucleari
sopra ricordati che negli elementi connettivali del derma e sia an-
cora fra i tessuti degli strati di Malpighi, tanto intra che extra
cellulari. Essi hanno forma e struttura identica con quella dei cor-
puscoli già notati nei preparati ottenuti per strisciamento, ma,
spesso, mostrano dimensioni alquanto minori degli stessi. Le
loro masse nucleari caratteristiche rimangono moite bene colo-
rate, non solo dal liquido di Giemsa, ma anche dall ’ ematOssilina,
restando, per altro, il protoplasma, incolore o appena leggermente
colorato. Non è raro d’incontrare gruppi parassitari, sia intra che
extra cellulari, racchiusi in uno spazio rotondo o rotondeggiante
che non prende alcun colore o si lascia tingere appena legger¬
mente in rosa dall’ eosina.
Analogamente aile lesioni cutanee, le sezioni délia tonsilla mos¬
trano un’ alterazione che consiste in una densa infiltrazione leu-
cocitaria localizzata nella tunica propria, dove mostrasi insinuata,
senz’ ordine tipico, fra le maglie di un tessuto connettivo ; ma
essa è anche estesa in vari punti negli strati epiteliali, fino aile
zone pi ù superficiali dello stesso. L’epitelio, per effetto del 1 ’ infil¬
trazione tornasi, talora, anc.h’ esso irriconoscibile o quasi, mos-
trandosi trasformato in un focolaio di granulazione. Alcuni fol.i-
coli linfatici mostransi aumentati di volume, altri disgregati da
una rete connettivale proliferata in mezzo ai suoi elementi. 1 îeu-
cociti dell’ infiltrazione stessa appartengono a tutti i tipi mononu¬
cleari avanti ricordati e, in certi punti, si rinvengono anche emi-
grati, in vario numéro, nei lume delle cripte, dove si mostrano
mescolati con grandi ammassi di epitelio disquamato. Scarsi e
rari sono i corpuscoli di Leishmann, appena discontrabili nei tes¬
suti più superficiali délia lesione.
Le sezioni délia glandola linfatica altro non mostrano che una
modesta proliferazione dei suoi elementi cellulari, nei quali, per
altro, le varie ricerche non rivelarono presenza di alcun paras-
sita.
Colture (v. Tav. II, fig. 6-7).
Il terreno adoperato per i tentativi di coltura è quello di agar al
sangue di coniglio preparato seconde» il metodo del Nicolle.
L’innesto fu fatto nel liquido di condensazione. II materiale d’es-
perimento fu ricavato asetticamente, par aspirazione, dalla pro-
fondità dei tessuti delle lesioni dell ’ ammalato.
Il risultato colturale, rispetto ai corpuscoli di Leishmaxn, fu
.negativo per il materiale provenante dalle tonsille, dalla glan-
dola linfatica, e da varie vegetazioni cutanee ; positivo per uno
dei noduli délia mucosa nasale, per le vegetazioni dell’ orecchio
■destro, e per la lesione sottomentale. Le colture otrenute da quest’
uitima erano contaminate da un piccolo bacillo, e non potettero
•essere riprodotte. Le altre, allô stato di purezza, sono State rin-
novate per varie generazioni. Il parassita, in uno dei tubi delle
colture originali, era già sviluppato sulla fine del secondo giorno;
«egli altri tubi solo apparve fra il quinto e sesto giorno dall’
innesto del materiale. Il suo sviluppo si ottenne alla stufa di
-21° C., o alla temperatura ambiente del laboratorio ; ma non ebbe
luogo nè alla stufa di 370 C., nè alla temperatura délia ghiacciaia.
Le colture si mostrarono trapiantabili fino ail’ età di 80 giorni, e
la riproduzione si ottenne fino alla dodicesima generazio.ne, dopo
la quale gli elementi del microrganismo spontaneamente torna-
ronsi corne agglutinati e irriproducibili. L’evoluzione morfoio-
;gica presentata nelle colture non differisce da quella descritta dal
Nicolle e da altri nel parassita del bottone d’ALEPPO: dapprima
la forma del microrganismo si mostro identica con quella presen-
tata nelle lesioni umane, acquistando, per altro, gradatamente
dimensioni sempre maggiori, fino a quella di sette otto [J- ; poi,
•da ovalare o piriforme, divenne allungata, assumendo, poco a
poco, una forma pseudo vermicolare con la dimensione di 10 a
15 di lunghezza per 2-3 o 4 di larghezza ; finalmente, si forni
di un flagello ad una delle sue estremità, e presento una lun¬
ghezza complessiva, talora, superiore à 50 ;a.
Ciascun microrganismo mostra, ail’ esame microscopico, distin-
tamente, le due masse nucleari caratteristiche, talora più o meno
sviluppate, e il protoplasma, non di rado, leggermente alveolare ;
altri mostrano fasi di divisione longitudinale distinguibile sia per
la bipartizione del flagello che per quella delle masse nucleari o
dell’ intero corpo parassitario : altri ancora si mostrano aggrup-
pati in forma di rosette legati fra loro per l’estremità flagellare.
11 flagello mostrasi dérivante dal blefaroplasta a cui costantemente
mette capo.
— 423 —
La formazione del flagello che nelle colture di reinoculazione-
si è verificata non prima di una settimana, in quelle originali, in
rari microrganismi, si è riscontrata fin dal terzo giorno.
Nel materiale relativo aile colture più o meno avanzate di qual-
che settimana, s’incontrano numerose forme flagellate, il di cui
corpo assume un aspetto lungo stretto e lanceolate, con le dimen-
sioni di 10-15 tu. di lunghezza per 1, uno e mezzo di larghezza
nello stesso tempo, se ne incontrano altre grosse e tozze, ma
corte e piriformi o rotondoidi, col diametro maggiore appena di
4 0 5 V-
Particolarmente queste ultime possono presentare un flagello-
Lunghissimo fino alla dimensione di 40-45 {*.
Bisogna notare che le dimensioni riscontrate dal Nicolle nel
parassita del bottone d’Aleppo non superano, per il flagello, la-
lunghezza di 26 4, mantenendosi la media in 20 u.
Inoculazioni in animait d'esperimento.
Alcuni frammenti delle lesioni cutanee dell ’ ammalato, l’esa-
me microscopico delle quali aveva rivelato grande numéro di cor-
puscoli di Leishmann, finamente ridotti in poltiglia ed emulsionati
in siero fisiologico citratato, furono inoculati in vari animali, sia
con numerose scarificazioni fatte con una penna di vaccinazione,
sia, diluite in siero citratato, con siringa ipodermica, sulla cute
di varie regioni del corpo o sulla mucosa del naso o delle gengive..
Furono adoperati quattro cani, un coniglio, un piccione, due pas-
serini, un gatto, un gambà ( Didelphis aurotae ), una scimia (M.
Estrella), tutti senza alcun risultato ; ma altre scimie délia stessa
specie, una delle quali era stata iniettata con poche gocce délia
predetta emulsione sulla fronte e sull’ arcata sopra ciliare, mostro
alcune lesioni apparse sulla regione inoculata al ventinovesimo
giorno dell’ esperimento. Queste, sulla fronte, avevano forma di
piccolo acné attraversate da peli. ed ebbero la durata di un paio di
settimane, in seguito a cui scomparvero, senza lasciare alcun’ alte-
razione ; ma, sopra un’ arcata ciliare, si presentarono in forma
di una piccola papula, che in pochi giorni si copri di tenue crosti-
cina. Anch’ essa spontaneamente scomparve completamente dopo
una ventina di giorni, senza lasciare di sè alcuna traccia. L’esame
microscopico, fatto con un poco di materiale raccolto dalle stesse-
lesioni a mezzo di un piccolo raschiamento, verifico la presenza
di rarissime forme tipiche di corpuscoli di Leishmann. Un’ altra
scimia, nella quale fu innestato addirittura un frammentino dr
— 426 —
lesione umana, sotto la cute di una regione del braccio destro, alla
fine délia terza settimana, presento, sulla regione inoculata, una
piccola papula, la quale dapprima aveva la grandezza di un acino
di miglio, era dura, e mobile con la pelle, poi si ando, poco a
poco, ulcerando, e si allargo, fino alla superficie di un paio di
cmq., coprendosi di croste poco aderenti. Distaccando tali croste il
fondo dell’ ulcéra mostravasi cosparso da piccole granulazioni di
aspetto roseo ; i margini mostravansi un poco infiltrati (v. Tav. I,
%• 7)-
Quest’ ulcerazione ebbe la durata di circa tre mesi, dopo di che
si ando spontaneamente rimarginando, arrivando, poco a poco a
compléta cicatrizzazione. Ma, nel frattempo, altre ulcerazioni an-
darono comparendo sul corpo dell’ animale, una delle quali sulla
cute del braccio sinistro, quasi simmetricamente alla precedente.
Essa apparve poco dopo un mese dalla stessa. In seguito, altre tre
piccole ulcerette si manifestarono sulla regione addominale, aven-
ti tutte gli stessi caratteri délia prima ulcéra sopra ricordata. Tutte
queste lesioni vennero gradatamente a cicatrizzazione nello spazio
di tre a quattro mesi. L’esame microscopico relativo rivelo, in
tutte esse, la presenza di corpuscoli di Leishmann, in scarso nu¬
méro, sia intra che extracellulari, con struttura tipica e forma ova-
lare, mostrando, pero, dimension! un tantino minori di quelle
rinvenute su 1 1 ’ uomo, non sorpassando che raramente una dimen-
sione cli 2 u di lunghezza per uno e mezzo di larghezza. L’esame
del sangue circolante dell’ animale non presento mai alcun paras-
sita. L’animale venne a morte dopo circa 16 mesi dalla prima ino-
cu.lazione, ma non presento alcun vestigio dei corpuscoli di Leish¬
mann in nessuno degli organi interni esaminati.
La terza scimia, inoculata corne la prima, non presento mai
alcun’ alterazione cutanea, del pari che restarono senza effetto le
inoculazioni fatte su di esse nelle mucose délia bocca e del naso.
11 materiale, di coltura, contenente numerosissimi flagellati del
parassita, fu anch’ esso inoculato in grande abbondanza a
vari animali di esperimento, sia nel tessuto sottocutaneo che nel
peritoneo ; ma, fra questi, un cane un coniglio, una cavia, un topo¬
lino (M. musculus ), due pipistrelli, un gatto, un piccione, due
uccelletti, due rane ( Lept . ocel.), diedero esito completamente ne-
gativo. LJn topo bianco (M. decumanus ), inoculato, corne i pre-
cedenti, nel peritoneo, sacrificato dopo un paio di mesi da.ll ’ ino-
culazione, ail’ esame microscopico del fegato e délia milza, in
-alcune preparazioni per strisciamento, eolorate col metodo di
Giemsa, mostro delle piccole masse di cromatina libéré o, piu
raramente, racchiuse nel protoplasma di leucociti mononucleari ;
ma esse non avevano una struttura tipica, nè presentavano alcun
contorno ben definito. Ho incontrato anche, in un preparato délia
milza, due corpicciuoli che molto ricordavano i corpuscoli di
Leishmann : avevano forma ovalare di tre o quattro p di lun-
ghezza per due o tre u di larghezza, e contenevano due masse nu-
cleari abbastanza analoghe a quelle degli stessi.
Una scimia ( M . estrella), inoculata anch’ essa con grandi dosi
di flagellati contenuti nell’ acqua di condensazione di vari tubi di
coltura, mai rivelo alcun corpo parassitario nei preparati di sangne
-circulante fatti numerose volte ; ma, sulla fronte (regione dell 1
inoculazione cutanea), dopo una quarantina di giorni, presento
una piccola papula che, in meno di una settimana, si copri anch’
essa di tenue crosticina e scomparve in una quindicina di giorni.
L’esame microscopico relativo non rivelo alcuna presenza del pa-
rassita.
Caso II. 30 Ottobre 1910.
A. F., Brasiliano, 37 anni di età ; négociante ; è casato ed ha vari figli
tutti che godono buona salute. E’ dimorante da molti anni nello Stato di S.
Paolo, nella colonia militare di Itapura, prossima ai confini dello stato di
Matto Grosso. Nulla sa dire circa i suoi antecedenti ereditari, essendo figlio
illegittimo. Rispetto agli antecedenti individuali, narra che, da bambino,
soffri la malaria e I’anchilostomiasi, a cui segui une etuzione pustolosa sul
labbro inferiore. Questa ebbe una durata di vari mesi e guari lasciando sul
sito una piccola crosticina, che ancora oggi persiste, ritornando di nuovo
tutte le volte che venga tirata via o cada spontaneamente. A 18 anni il
paziente contrasse la blenorragia e, più tardi, le ulceri veneree. Soffri la
scabbia e il reumatismo articolare. Quanto alla présente affezione racconta
che nel 1904, dimorando da Iungo tempo hel Municipio di S. Anna apparte-
nente allô stato di Matto Grosso, un giorno si accorse délia comparsa di
un piccolo nodolo Iocalizzato sulla regione del mento, il quale venne ben
presto ad ulcerazione, che si copri di croste. Taie lesione destava al paziente
un leggero senso di prurito, ed emanava un odore fetido nauseante caratte-
ristico. Curata da un infermiere mercè causticazioni con nitrato d’argento,
la stessa cicatrizzo neilo spazio di circa tre mesi. Circa un mese dopo, poco
più o meno, comincio a manifestarsi una flussione nasale e il naso ando,
mano mano, tornandosi sempre più grosso. In seguito a cio, un curatore
penso di amministrare ail’ ammalato una forte dose di ealomelano. Cio fu
causa di sintomi di awelenamento, i quali pero, scomparvero dietro sommi-
nistrazione di albume di uovo e latte consigliato da un medico. Dopo taie
Tatto, l’affezione nasale accenno a cedere ; ma, qualche mese più tardi,
l’ammalato comincio ad essere molestato da un senso di doloretto alla gola,
il quale ando peggiorando, fino al grado di difficoltare l’atto dell’ inghiot-
*tire.
428 —
Qualche volta a taie fastidi si aggiungeva una tosse stizzosa e >"ari spur-
ghi sanguigni.
Detti sintomi presto si dileguarono ; ma rimase un senso di secchezza
alla gola, specialmente notevole nelle ore del mattino, corne pure una certa
difficoltà nella respirazione, attribuita questa, dal paziente, ad alterazione
nella cavità nasale.
Durante questi ultimi anni, in cui tali sofferenze sono rimaste pertinacL
e ribelli a varie cure a cui l’infermo fu sottomesso, spesso si sono anche
manifestati piccoli attacchi febbrili, che comparivano nelle ore délia sera, con
leggera elevazione, ed erano accompagnati da un bruciore di occhi e dolo-
retti di testa : avevano la durata di poche ore e facevano la loro comparsa
indeterminatamente, ripetendosi, lalvolta, per diversi giorni di seguito-
L’ammalato informa pure che, nel sopramenzionato municipio di S. Anna,
conosce ben altri 5 individui che sono attaccati dalla stessa sua affezione
nasale, uno dei quali présenta anche egli lesioni localizzate nella gola ; ma
nessuno di essi ha mai sofferto alcuna affezione cutanea.
A rispetto délia causa dell ’ infermità, egli non sa dire nulla di preciso ;
ma ripete un’ opinione comune, ritenendo che essa sia la cosi detta « Bu-
ba », la di cui causa è attribuita a morsi d’insetti. Corrobora taie opinione
col fatto che egli fu diverse volte attaccato dai cosidetti « barbeiros » che
sono molti comuni nella località dove egli prese la malattia.
Detti animaletti sono grosse cimici del genere Conorinhns, di cui una
specie, corne è noto, è propagatrice délia tripanosomiasi umana scoperta
e studiata da Chagas nello stato di Minas.
L’infermo terne di essere affetto di una malattia incurabile e dice che,
moite volte, ha pensato di togliersi la vita col suicidio.
Entra nell’ ospedale portoghese ai 29 di ottobre 1910.
Stato présente (v. Tav. I, fig. 4-5).
Uomo di sviluppo scheletrico regolare ; costituzione fiacca ; pannicolo adi-
poso scarso. Présenta grande debolezza generale e prcnunziata cachessia ;
voce alquanto velata ; abbondante e continua salivazione. Ha il naso schiac-
ciato a sella, con la punta ingrossata ed edematosa ; con le pinne ed il setto-
infiltrate e le narici alquanto rotondoidi e allargate. Piccole e tenue croste-
attaccate sulla regione sottonasale, in corrispondenza délia regione mediana
dei baffi, che si mostrano depelati. Una cicatrice sulla regione sinistra del
mento, la quale présenta forma irregolare con dimensione poco maggiore di
un cmq.
L’ispezione generale sulla pelle del corpo nota ancora la presenza di quat-
tro cicatrici, situate a qualche distanza tra di loro sulla regione del dorso,
ciascuna con la superficie di una noce avellana, poco più o meno. Un’ altra
cicatrice, un poco maggiore delle precedenti, sulla regione posteriore infe-
riore délia gamba sinistra. L’ispezione délia cavità nasale rivela distruzione
quasi compléta délia cartilagine del setto ; atrofia dei cornetti inferiori ; infil-
trazione délia mucosa, con presenza di croste.
Nella cavità délia bocca notasi una vasta infiltrazione sulla mu¬
cosa del palato duro, estesa fino ail’ istmo delle fauci e al ves-
tibolo délia faringe, con presenza di nodoletti pseudo tubercolari, parti-
colarmente numerosi sui pilastri e sull’ ugola. Questa présenta un aspetto
moriforme e mostrasi notevolmente aumentata di volume. La laringoscopia
gentilmente fatta dal collega Robilotta verifica un’ iperemia dell’ epiglottide
delle false e delle vere corde. Le alterazioni del palato hanno forma di plac-
che granulose poco sporgenti dal livello délia mucosa normale e sono coperte
da superficie necrotica con abbondante secrezione, la quale présenta un as¬
petto cremoso e colorito giallastro.
— 429 —
La palpazione nota presenza di varie glandole linfatiche nelle regioni late-
irali del collo, maggiormente numerose al lato sinistro, le quali presentano
-ciascuna il volume di un piccolo fagiuolo, con superficie liscia e consistenza
-dura elastica.
L’esame fisico degli organi interni rivela, con la percussione, un piccolo
aumento délia milza, nella sua regione superiore e, con la palpazione for-
zata, risveglia un senso di dolore nell’ arcata costale dei due lati. Nulla di
apprezzabile in relazione agli altri organi. Siccome l’aspetto generale delle
lesioni del palato présenta, nel suo insieme, qualche cosa che ricorda il
caso precedente, corne prima ricerca microscopica vado a far un esame délia
secrezione aile stesse relativa, col metodo di Giemsa ed, infatti, verifico, in
essa, la presenza di numerosi corpuscoli di Lf.ishmann perfettamente tipici
e caratteristici. Lo stesso risultato offre un esame relativo a materiale di
raschiamento ricavato dalle pinne nasali e dai tessuti dell’ ugola, la quale
'è stata amputata per un esame istologico.
L’esame microscopico del sangue del dito non rivela presenza di paras-
siti ; ma constata una notevole mononucleosi. La numerazione dei corpus¬
coli sanguigni dà il seguente risultato ; globoli rossi 4.300.000 ; globoli
^bianchi 12.040 per me. e fra questi :
Monon. grandi :
Monon. medi :
Monon. piccoli :
Polin. neutrof. :
Eosin. :
22 % ;
12 % ;
24 % ;
4 0 O/ *
Dopo cio, si prescrive ail’ ammalato una cura ricostituente, a base di
rimedi arsenicali (cacodilato di soda per iniezioni ipod.) ed una cura locale
fatta con lavaggi di acqua ossigenata, seguiti da pennellazioni di bleu di
metilene, di uso quotidiano.
Durante la degenza dell’ ammalato nell’ ospedale, vennero fatti altri esami
successivi.
L’esame delle feci verifico presenza di scarse uova di anchilostoma duo-
denale, i quali, ben presto, scomparvero, dietro due somministrazioni di
timol fatte alla distanza di un paio di settimane, alla dose di quattro gram-
mi per giorno.
L’esame dell’ orina verifico presenza di una piccola quantità d’albumina,*
con molti cilindri iallini epiteliali e granulosi ; ma questi scomparvero dopo
alcuni giorni dietro un opportuno régime a cui il paziente fu sottomesso.
La temperatura dell’ infermo, giornalmente verificata, solo eccezional-
•mente si elevo di sera, appena di poche linee.
Egli, nelle prime settimane délia cura, si lamento di aumentata scialorrea,
e di bruciore alla gola ; ma presto tali disturbi si andarono, facendo sempre
più rari, fino a scomparire completamente. Le placche granulomatose del
palato andarono, poco a poco, diventando sempre piu basse appiattite e
meno segreganti, del pari che lo stato generale dell’ infermo, giornalmente,
ando migliorando : aumento l’appetito, la forza, la nutrizione e il colorito ;
il paziente riprese coraggio, e ando sempre piu acquistando la fiducia in
una campleta guarigione.
Cosi stesso, le ricerche microscopiche, più volte ripetute, non lascarono di
rilevare, costantemente, la presenza dei corpuscoli di Leisiimann, sia nell’
edema nasale che nelle lesioni délia bocca.
Oltre aile pennellazioni di bleu di metilene, furono adoperati anche, su di
esse, i raggi X. Questi vennero cortesemente applicati dal collega Stapler,
per cinque minuti una volta per settimana. Vista la resistenza dei parassiti,
si decise di esperimentare la cura col 606 di Ehrlich.
3o
ê
— 430 —
Riporto, al riguardo, la nota presa nell’ occasione :
11 Gennaio 191 1 : sospensione leggerissimamente acida (23 gocce di solu-
zione normale di soda per grammi 0,60 di rimedio, in 300 ce. di siero fisio-
logico) ; iniezione intravenosa poco meno di metà. L’ammalato non senti nè
dolore nà altri incomodi. Ebbe diarrea due o tre ore dopo, e leggera altera-
zione di temperatura, fino a 37,6 C. L’osservazione fatta dopo alcune ore
nota : naso e labbro superiore edematosi e congestionati ; molta purgazione
dallo narici.
12 Gennaio : continua la congestione. E’ apparsa una piccola macchia ros-
sastra, di forma laneeolata, sull’ antibraccio destro. L’ammalato dice che,
durante la notte, ha sofferto un prupto generale, che ancora persiste.
13 Gennaio : seconda iniezione di 606, corne sopra, nella dose di o g. 30 ;
nessun inconveniente immediato. Dopo un paio di ore, circa, due scariche di
diarrea. Verso sera uno spurgo di sangue ; ma l’ammalato non sa precîsare
se lo stesso fosse proveniente dai bronchi o dalla gola. L’esame degli organi
respiratori non présenta alcuna alterazione. E’ da supporre che il sangue sia
stato proveniente dalla cavità nasale nella retroboc.ca. Si staccano le croste
délia regione sottonasale, da cui si raccoglie un poco di materiale ottenuto
con un piccolo raschiamento fatto con una penna di vaccinazione. Le ricer-
che microscopiche relative verificano la presenza di corpuscoli di Leishmann
ben conservati.
14 Gennaio : La diarrea si à ripetuta alcune volte. L’ammalato si lamenta
di forte singhiozzo.
15 Gennaio : Il singhiozzo à passato ; la diarrea continua ; ma le scariche
sono diminuite.
16 Gennaio : Comincîano a comparire alcune granulazionî pseudo-vesci-
colari sulla mucosa del palato duro : esse sono perfettamente identiche a
quelle notate nel caso precedente, hanno dimensione di una piccola capocchia
di spillo, superficie liscia e aspetto lucido. L’alterazione febbrile ripetutasi
nei giorni precedenti è completamente scomparsa.
19 Gennaio ; L’esame microscopico delle nuove granulazioni del palato
présenta molti corpuscoli di Leishmann.
28 Gennaio : Oggi di mattino l’ammalato ha rîavuto diarrea con sangue
e catarro. Egli dice che, da circa una settimana, soffre nuovamente un senso
di prurito per il corpo. Nella nottata scorsa si è manifestato un dolore bru-
cente sulla pinna nasale destra. La gola non dà fastidio alcuno ; ma il palato
dà un’ impressione corne se fosse stato maltrattato e confuso. L’esame ob-
biettivo nota che le granulazioni dell’ arcata palatina sono aumentate di nu¬
méro e di volume. Il naso sembra un poco sgonfiato e impallidito. L’ispe-
zione generale délia pella rileva, in varie regioni del corpo, alcuni ponfi di
orticaria.
Ricerche microscopiche relative aile varie lesioni délia bocca e del naso
constatano la persistenza dei corpuscoli parassitari.
30 Gennaio : Terza iniezione endovenosa, con la solita tecnica : rimedio
g. : 0,40. Nessun inconveniente immediato. Dopo un paio di ore ; nuovamente
diarrea e piccola elevazione di temperatura, nonchè lieve congestione nasale
e labiale, con leggero edema esteso aile gote.
i° Febbraio : Applicazione del radium in permanenza sulla regione naso-
labiale.
7 Febbraio : l’ammalato chiede di uscire dall’ ospedale per ritornare alla
sua residenza. Nell’ . occasione l’esame generale del suo organismo offriva
il seguente risultato.
Aspetto generale soddisfacente : buona nutrizione e buon colorito. Edema
facciale scomparso ; edema naso labiale diminuito. Poche croste sulla regione
— 4^i —
mediana del labbro superiore circostante al vestibolo nasale. Palato duro e
molle coperto da leggera essudazione semi trasparente e numerose granula-
zioni, ciascuna délia g randezza di una capocchia di spillo. Moncone dell’
ugola ricoperto da granulazioni moriformr. La numerazione dei corpuscoli
del sangue del dito notava : globuli rossi 6.250.000, bianchi 10.960 per mmc.
Le ricerehe microscopiche constatavano ancora la presenza di tipici corpus¬
coli di Leishmann, tanto nell’ essudazione delle lesioni délia bocca, che nell’
edema nasale. L’esame delle orine rivelava, appena, traccie di albumina,
rarissimi cilindri ialini.
Si consiglio ail’ ammalato di continuare i lavaggi delle lesioni con acqua
ossigenata, seguite, da tanto in tanto, da pennellazioni con bleu di metilene.
Notizie ricevute, circa due mesi più tardi, informarono che lo stato gene¬
rale del paziente si manteneva soddisfacente, ma le lesioni conservavano
l’aspetto sopra ricordato, notandosi un certo aumento sul moncone dell’
ugola, che era ricresciuta in fcyma di massa bitorzoluta.
La storia interessantissima di questo secondo caso rivela chiaramenle che
la Leishmaniosi delle mucose non puo essere classificata fra le cosidette
ulcéré di un anno, corne, per la loro durata, vengono denominate quelle cu¬
tanée del bottone di Aleppo. D’altra parte, mette in evidenza un’ altra curio-
sa e notevole alterazione, che ancora non era stata rimarcata da altri osser-
vatori, ed è il caratteristico edema duro, riscontrato principalmente sul lobolo
e sulle pinne nasali. Questa insolita alterazione cutanea, che era stata anche
da me precedentemente osservata aveva lasciato incerta nell’ animo mio la
diagnosi di un altro caso, che indubitabilmente è identico a quello sopra
riferito, corne potrà giudicarsi dalle notizie relative che saranno più avanti'
riportate.
Ricerehe microbiolo giche .
Preparati per strisciamento, di materiale ricavato, con superfi-
ciale raschiamento, delle vegetazioni del palato e dell’ ugola, o
degli angoli nasali furono fissati e coloriti col metodo di Giemsa
corne nel caso precedente. Le ricerehe relative non hanno verifi-
cato presenza di spirocheti ; ma, unitamente a piccoli cocchi e ba-
cilli, han rivelato la presenza di numerosi e tipici corpuscoli di
Leishmann, particolarmente abbondanti nel palato. Questi si ritro-
vano sia liberi che intracellulari ; presentano forma prevalente-
mente ovalare o rotondeggiante, dimensione di 2-4 di lunghezza
per 1,5-3 p di larghezza ; protoplasma leggermente colorato in
azzurro, nucleo in rosa, quasi sempre distaccato dal blefaroplasto,
il quale, spesso, mostrasi sotto forma di un bastoncello, ma qual-
che volta in forma di piccola massa rotondeggiante, colorato in
rosso violetto più o meno intenso. Nucleo e blefaroplasto sono,
frequentemente, addossati, rispettivamente, sui margini latéral!
del corpo parassitario, ma, non di rado, la massa nucleare occupa,
indifferentémente, l’una o l’altra estremità, e il blefaroplasto, ta-
lora, mostrasi trasversalmente addossato alla sua superficie.
Le forme intracellulari, ordinariamente, si mostrano contenute
nelle solite cellule mononucleari ; ma queste non presentano la ric-
chezza protoplasmatica verificata in quelle del caso precedente,
arrivando appena ad un diametro di 20-25 p.. I parassiti inclusi
variano, da poche unità fino ad un numéro di 30 o 40, per ogni
cellula. Ho anche verificato la presenza di corpuscoli di Leish-
mann nel protoplasma di rari leucociti polinucleari ; ma in numéro
molto limitato: essi presentavano, spesso, forma rotondeggiante e
alquanto più voluminosa dell ’ ordinario, nonchè fasi avanzate
di bipartizione longitudinale/ Libéré nel campo delle prepara-
zioni, ho, anche, verificato la presenza di varie masse protoplas-
matiche, di aspetto rotondo o rotondoide, di struttura leggermente
areolare, con dimensione poco maggiore délia meta di un globulo
rosso di sangue : esse presentano colore azzurro cupo poco inten-
so, ma non mostrano nucleo alcuno. Una di tali masse mostrava
un granulo di cromatina colorato in rosso violetto, eccentrica-
mente disposto; un altro, vari granuli piccolissimi délia stessa,
appena visibili, sparsi nella zona centrale del protoplasma.
Istologia patologica (v. Tav. II, fig. 4-5).
La tecnica adoperata per le ricerche istologiche dell’ ugola è
la stessa segnalata per le lesioni del caso precedente.
Le sezioni colorate, col metodo di Giemsa o con ematossilina
eosina o col bleu policromo di Unna, ail’ esame microscopico
hanno mostrato le seguenti alterazioni :
Notevole infiltrazione leucocitaria nei vari strati délia mucosa
e délia sottomucosa, particolarmente intensa nella zona superfi-
ciale. In alcuni punti, la superficie dell’ epitelio mostrasi ulcerata
e gli strati epiteliali invasi da un enorme numéro di leucociti, han¬
no perduto la loro configurazione normale, mostrandosi trasfor-
mati in focolai di granulazione. Gli elementi di infiltrazione, al
«s-olito, appartengono a vari tipi di mononucleari. Essi sono dis-
tribuiti senz’ ordine tipico, in mezzo a fasci connettivali, special-
mente notevoli in certe regioni délia sottomucosa. Nel mezzo dei
tessuti di granulazione, notansi, anche, numerosi vasellini ripieni
di sangue ed, eccezionalmente, anche rare cellule giganti, solo
riscontrate negli strati profondi délia lesione. I corpuscoli di
Leishmann si rinvengono in numéro molto abbondante, sia intra
che extra cellulari, particolarmente numerosi nella zona circos-
tante ail’ epitelio: hanno forma rotondeggiante od ovalare dimen-
siane di due o tre e le masse nucleari molto ben colorate, sia
col Giemsa, che coll’ ematossilina, o col bleu policromo. Essi, al
— 4^3
solito, sono, principalmente, contenuti nel protoplasma dei grandi
mononucleari, in quello delle cellule epiteliali, corne anche nel-
l’interstizio delle stesse, o fra gli elementi del tessuto connettivo,
raramente, e, in numéro molto limitato, anche nel protoplasma
delle cellule giganti avanti ricordate.
Esperimcnti di colture parassitarie e di riproduzioni in animal!
non furono tentati.
Daro ora una breve notizia dell’altro caso clinico a cui mi sono
riferito.
Caso III. Marzo 1910.
E. S. Sirio : 35 anni di età ; lavoratore ; dimorante in Brasile da circa
7 anni. Non accusa malattie ereditarie. Non ha mai contratto sifilide, nè
affezioni tubercolari, corne non ricorda di aver sofferto alcun'a malattia
degna di nota. Narra che, nel principio del 1908, essendosi trasferito in cerca
di lavoro sulla linea ferroviaria in costruzione al nord-est dello stato di S.
Paolo, trovo collocazione in una regione poco distante dai confini dello stato
di Matto Grosso. Cola dopo pochi giorni di dimora fu attaccato da un’ eru-
zione cutanea. Questa si manifesto in forma di tre spine pruriginose, una
delle quali situata sulla gamba destra, un’ altra sul braccio corrispondente, e
la terza sulla faccia, in una regione poco lontana dall’ angolo esterno dell’
occhio sinistro. Esse erano pruriginose e, in seguito a grattamento, vennero
ad ulcerazione, tornandosi, poco a poco, di volume maggiore, ciascuna fino
a quella di una piccola noce avellana circa. L’ammalato ritornato in S.
Paolo fu curato in un ospedale e le dette ulcerzioni delle estremità vennero
ben presto a cicatrizzazione ; ma quella délia faccia si mantenne persis-
tente. Dopo non molto tempo, alcune alterazioni speciali cominciarono a
comparirgli nella cavità del naso e délia bocca, ed egli si accorse che la faccia
si andava gonfiando. Inutili furono le cure a cui fu sottomesso. Il fonfiore
si ando diffondendo, poco a poco, sulle varie regioni del naso, delle labbra
e délia faccia, trasfigurando completamente la fisonomia del paziente. L’in-
fermo aggiunge che sentesi afflitto, di tanto in tanto, da una strana sensa-
zione, provando l’impressione corne se un insetto saïga e scenda incessante-
mente dalla regione zigomatica al labbra sinistro, sulle quali regioni egli
avverte continuamente un certo dolore.
Ai 25 di Marzo 1905, il paziente viene ricoverato nell’ ospedale portoghese.
Stato présente (v. Tav. I, fig. 6).
Uomo di robusta e forte costituzione. Présenta sulla pelle del corpo, una
piccola cicatrice, di forma rotondeggiante, con la dimensione di un paio di
centimetri quadrati, situata in corrispondenza délia regione mediana ante-
riore délia gamba destra ; un’ altra somigliante, ma un poco minore, sull’
avambraccio dello stesso lato. Notevoli alterazioni su tutta la faccia, princi¬
palmente sulle regioni labio-naso-palpebrali. Il naso mostra la regione del
dorso alquanto trasversalmente schiacciata ; il lobolo e le pinne e il setto
edematosi e duri ; le narici irregolarmente dilatate, coi margini, in alcuni
punti, superficialmente corrosi. Il labbro superiore molto aumentato di volu¬
me e irregolarmente, notevolmente, sporgente, abbassato a sinistra, mos-
trasi anche edematoso in tutto il suo spessore e duro anch’ esso, coperto di
croste sulla superficie sottostante alla regione nasale, notandosi i baffi rela-
tivi quasi completamente depelati. Le gote sono uniformemente infiltrate
ed edematose. Le regioni sopra e sotto palpebrali mostransi, rispettivamente.
occupate, in tutta la loro estensione, da un tumore edematoso, corrente pa-
rallelamente ai margini delle palpebre superiori, avente, nella regione sotto
palpébrale, ciascuna il volume di una grossa noce, col margine inferiore
ripiegato indentro, un poco obliquamente diretto da dentro in fuori. La
mucosa esterna del labbro stesso présenta delle piccole ulcerette superficiali,
coperte da tenue crosticine. Nulla si nota sul labbro inferiore. L’ammalato
bava continuamente.
L’ispezione délia cavità boccale rileva una estesa infiltrazione nodolare,
su tutta la mucosa interna del labbro superiore e le regioni anteriori cir-
costanti delle gote. I nodoli sono numerosi ed hanno il volume da una
grossa capocchia di spillo ad un piccolo cece : sono di consistenza duro
elastica, colorito roseo pallido, aspetto liscio. Non s’incontrano lesioni sulle
regioni del palato, nè sull’ ugola, nè sulla mucosa faringea.
L’esame fisico non rileva alcuna alterazione negli organi interni, e nem-
meno presenza di glandole linfatiche ingorgate.
Ricerche microbiologiche.
Gli esami microscopici di materiale ricavato dalla superficie
dell’ infiltrazione délia mucosa boccale o dalla cavità nasale, ese-
guiti con vari metodi appropriati, non hanno verificato presenza
di spirocheti, nè di bacilli di Koch, nè di bacilli di Hansen, nè
corpuscoli di Leishmann, nè forme blastomicetiche, avendo, appe-
na, constatato quella di numerosi cocchi e bacilli di apparenza ba¬
nale.
Istologia patologica.
Piccole granulazioni, escisse dall’ infiltrazione délia mucosa
délia guancia sinistra, sono fissate in formol, e poi sezionate con
metodo di congelazione. Le sezioni colorite con ematossilina-éo-r
sina, o con toluidina, o col metodo di van Gieson, o con quello
di Gram, non hanno presentato alcuna struttura tipica e caratte-
ristica, consistendo la lesione, appena, in un tessuto di granula-
zione infiammatoria comune, fatto da numerosi leucociti, preva-
lentemente mononucleari, distribuiti senz’ ordine fra le maglie di
fasci connettivali, principalmente nella regione délia tunica pro¬
pria, ma talvolta anche numerosamente accumulati fra gli strati
dell’ epitelio Eccezionalmente, una cellula gigante, di tipo tuber-
colare, fu rinvenuta negli strati profondi délia lesione, in uno
dei preparati microscopici ; ma essa non presentava alcuna dispo-
sizione caratteristica. Rarissimi bacilli negli strati epiteliali su¬
perficiali.
Colture ed inoculazioni esperimentali.
Gli esperimenti di coltura fatti, principalmente, in agar gluco-
sato non hanno dato che sviluppo di piccoli bacilli di apparenza
banale ed una muffa, nello stesso tempo che frammenti di granu-
— 435 —
lazione, inoculati sotto cute a due cavie, non hanno dato alcun
risultato positivo.
La localizzazione dell ’ infermità sulla mucosa délia bocca pre-
sentata dal paziente Iasciava, alla prima osservazione, sospettare
la diagnosi di una micosi, quantunque le vegetazioni relative non
presentassero il carattere papillomatoso da me tante voîte segna-
late ; ma taie sospetto non fu convalidato dagli esami microsco-
pici. La mancanza di una struttura a tipo tubercolare, l’assenza
di forme parassitarie con aspetto blastomicetico permettevano
di eseludere completamente quel processo morboso. Gli strani
caratteri delle lesioni sulle varie région i délia faccia, d’altra parte,
non incoraggiavano un’ opinione a favore di una Leishmaniosi.
e il sospetto di quest’ altra infezione veniva, poi, ancor più
deviata dalla presenza délia cellula gigante rinvenuta in una se-
zione istologica relativa aile vegetazioni délia bocca. Non avevo,
fino allora, mai riscontrato cellule giganti, in numerosi casi di
bottone d’Oriente che erano stati da me anteriormente esaminati.
Di conseguenza, ulteriori ricerche microscopiche relative ai i or-
puscoli di Leishmann furono da me, infelicemente, trascurate.
Con diagnosi incerta, il paziente rimase nell’ ospedale per circa
un paio di mesi, e fu sottoposto ad una cura di iniezioni sotto-
cutanee di soluzione iodata, nonchè a varie pomate localmente
applicate. Fra queste si esperimento anche il mercurio, l’ittiolo, il
collargol. Si adopero anche, incessantemente, per tutto il tempo
délia dimora del paziente nell' ospedale, l’applicazione del radium
sulla regione naso labiale. L’infermo altro non ricavo che, appena,
la cicatrizzazione delle ulcerette superficiali, ed un certo miglio-
ramento dello stato generale, cio dovuto, probabilmente, più aile
regole igieniche ed al régime adoperato che alla terapia. Egli usci
dall’ ospedale con le stesse alterazioni deturpanti con le quali si
era presentato.
Considerando, intanto, gli antecedenti del processo morboso, la
provenienza del paziente; le sue lesioni iniziali,. nonchè i caratteri
anatomici ed istologic.i delle lesioni presenti, non si puo mettere in
dubbio F identité dell’ affezione con quella del caso precedente-
mente descritto.
Coxclusione.
Dalle osservazioni registrate mi sembra potersi tirare le se-
quenti conclusioni.
Esiste in Brasile una forma particolare di Leishmaniosi, la
— 4-36 —
di cui localizzazione puo verificarsi non soltanto sulla pelle, ma-
anche sulle mucose délia bocca e del naso. Essa rappresenta un’
entità nosologica nuova da noi per la prima volta riconosciuta ed
individualizzata. Pare che taie affezione sia frequente in una zona
compresa, in Brasile, fra lo Stato di S. Paolo e quello di Matto-
Grosso. Le lesioni relative, quando localizzate nella cavità mu-
cosa, possono, clinicamente, rassomigliare a quelle di alcune for¬
me di micosi, pure esse dominanti in Brasile, da noi descritte e,
corne queste, sono ribelli ai comuni rimedi chimici, mostrandosi
anche resistenti al 606 di Ehri.ich e alla terapia fisica fatta col
radium o coi raggi X. Detta affezione credo identica a quella di.
molti casi descritti dal Breda sotto il titolo di « Buba Brasilia-
na ». Essa puo anche determinare alcune alterazioni sulle regioni*
cutanee del naso e délia faccia, sotto forma di edema duro, corne
pure puo produrre, nella cavità nasale, perforazione délia carti-
lagine del setto ed atrofia dei cornetti. La malattia puo avéré la
durata di parecchi anni. Il virus relativo puo essere trasmesso-
per inoculazione esperimentale ad alcune specie di scimie e ripro-
durre le lesioni cutanee. L’istologia delle lesioni relative è iden¬
tica a quella del bottone d’Aleppo. I parassiti si possono verifi-
care in grande numéro sia nei tessuti delle varie lesioni che nelle
secrezioni delle mucose attaccate, presentando la tipica forma e
struttura dei corpuscoli di I.eishmann, e nella cavità délia bocca
possono presentare anche le caratteristiche forme colturali fornite,
rarissime volte, di un flagello. Essi si sviluppano nelle colture
con le identiche forme di evoluzione già conosciute nel bottone
d’Oriente, dal quale sembra differire il parassita, principalmente,.
per una maggiore lunghezza del suo flagello.
( Laboratoire de Bactériologie de l’Hôpital S. Joaquim,
S. Paulo , Brésil.)
Nota. — ïndubitabilmente con la Leishmaniosi da me descritta
deve essere identificata anche’ l’affezione peruviana registrata da
EscOmel col nome di espundia (1), nelle lesioni délia quale furo-
no, recentemente, segnalati i corpuscoli di Leishmanx, da Lave-
ran e Nattan-Larrier (2).
(1) Soc. Paih. ex., 12 juil. 1911.
(2) Soc. path. ex., 13 mars 1912.
SPIEGAZIONE DELLE FIGURE
Tavola I
Figura i. — Caso I. Vegetazioni délia faccia, del setto nasale, del sottoment»
e del padiglione dell’ orecchio.
Fig. 2. — Caso I. Vegetazioni del lobolo nasale, delle narici e del sotto-
mento.
Fig. 3. — Caso I. Vegetazioni delle narici e del palato.
Fig. 4. — Caso II. Edema duro del naso ed alterazione délia regione sotto-
nasale.
Fig. 5. — Caso II. Alterazioni dell’ ugola (grandezza poco maggiore de!
naturale).
Fig. 6. — Caso III. Edema duro del naso, del labbro superiore e delle
regioni palpebrali.
Fig. 7. — Un ulcerazione experimentale ottenuta in una scimia.
Tavola II
Tutte le microfotografie sono fatte sopra preparazioni colorate col metodo di
Gikmsa (n° 4-5-7 fissazione ed umido).
Fig. 1. — Caso I. Preparazione fatta per strisciamento délia secrezione ton-
sillare. Parassiti inclusi nel protoplasma di una grossa cellula mononu-
cleare. Il nucleo e il brefaroplasta sono distintamente visibili.
Fig. 2. — Caso I. Preparazione per strisciamento di sangue circostante
alla vegetazione sottomentale. Un parassita incluso dentro un glcbolo-
rosso.
Fig. 3. — Caso I. Preparazione per strisciamento di granulazioni délia vege¬
tazione facciale. Parassiti inclusi nel protoplasma di cellule mononu-
cleari, aggruppati dentro spazi ben definiti.
Fig. 4. — Caso II. Sezione trasversale dell’ ugola. Si vede Pinfiltrazione
cellulare specialmente notevole negli strati epiteliali (Piccolo ingrandi-
mento).
Fig. 5. — La stessa preparazione precedente vista ad ingrandimento mag¬
giore. Si vedono i parassiti nei tessuti epiteliali.
Fig. 6. — Caso I. Coltura 70 giorno in agar sangue Nicolle, proveniente
da materiale ricavato da un nodolo délia mucosa nasale. Parassiti in-
forma vermicolare.
Fig. 7. II. Id. Coltura di 12 giomi. Forme flagellate : alcune in divisione-
longitudinale. Si vede distintamente l’uscita del flagello dal biefaro-
plasta.
— 43B —
Résumé français. — L’auteur décrit en détails une forme cli¬
nique spéciale de leishmaniose avec localisation dans les cavités
buccale et nasale, qu’il a été le premier à faire connaître, et qui
est fréquente dans diverses régions du Brésil. 11 donne 3 obser¬
vations détaillées, complétées par des recherches de microbiolo¬
gie, d’histologie pathologique, des cultures et des inoculations
expérimentales. Cette affection, qui est probablement la buba
braailiana, de Breda (et aussi V espundia, du Pérou), peut déter¬
miner des altérations des régions cutanées du nez et de la face,
sous forme d’œdèmes durs, et peut amener la perforation du car¬
tilage de la cloison nasale et l’atrophie des cornets. Elle peut durer
quelques années et être transmise expérimentalement aux singes
avec reproduction des lésions cutanées. L’histologie des lésions
est identique à celle du bouton d’Orient. Les parasites se trou¬
vent en grand nombre dans les tissus des lésions et dans les sécré¬
tions des muqueuses. Ce sont des Leishmania typiques. Dans la
bouche, on peut observer de rares formes flagellées. Les indivi¬
dus des cultures auraient un flagelle particulièrement long.
Les filaires embryonnaires du sang
des indigènes de l’Afrique Occidentale Française
Par A. THIROUX.
Depuis le commencement de l’année 1911, nous avons eu à re¬
chercher des filaires dans le sang d’un très grand nombre de tirail¬
leurs provenant de tous les points de l’Afrique Occidentale: Mau¬
ritanie, Sénégal, Haut-Sénégal et Niger, Guinée Française, Côte-
d’Ivoire, Dahomey. Le plus souvent, au début, ces examens ont
dû être pratiqués avec une telle hâte qu’il nous a été impossib'
d’en tirer aucun parti au point de vue de la localisation des file
res dans notre vaste domaine africain. Petit à petit, cependan
le service ayant pu s’organiser, en dehors de périodes de presse, U
technique s’est précisée et nous sommes arrivés h obtenir un ma¬
ximum de rendement en un temps minimum, tout en conservant
à ces examens la plus grande précision.
Fr.. XV.
C'a rte he l’Afrique Occidentale Française.
A. Th i roux.
-■]
Procédés d’examen.
L’expérience nous a prouvé que, pour le cas particulier de
l’Afrique Occidentale Française, où, à côté de F. perstans, qui se
voit de nuit, comme de jour, c’est F. nocturna, qui se rencontre
presque toujours dans le sang des tirailleurs, il y avait avantage
-à pratiquer d’abord de nuit, un premier examen direct du sang à
l’état frais.
Ce premier examen élimine 80 % du nombre total des filariés
et on fait ensuite le lendemain sur les mêmes hommes, une sai¬
gnée, suivie d’une double centrifugation, qui permet de retrouver
les 20 % qui restent. On peut par ce procédé, à la condition d’avoir
un préparateur actif, s’occupant des centrifuges et une équipe
bien dressée, arriver à centrifuger deux fois dix minutes le sang
de 80 hommes par jour, d’autant mieux que ces mêmes hommes
ont été soumis la veille au soir à l’examen direct du sang, qui en
..a déjà éliminé un certain nombre. Pour ce faire, il est indispensa¬
ble d’avoir constamment 4 centrifuges à deux tubes en marche,
un préparateur s’occupe spécialement des décantations, 4 indi¬
gènes tournent les appareils. Nous n’avons pas jugé à propos
d’emplover des centrifuges électriques, d’abord parce que la dis¬
tribution d’électricité est très inégale au Sénégal, qu’on n’a le
courant qu’à partir de 6 heures du soir et qu’il est souvent délicat
de se procurer, même en France, des centrifuges électriques assez
bien graduées en résistances pour séparer des filaires ou des try¬
panosomes. L’expérience nous a démontré que les appareils, que
l’on trouve chez les fabricants, sont pourvus de résistances insuf¬
fisantes, marchent presque tous trop vite et que tous les parasites
sont précipités par la première centrifugation avec les hématies.
Dans ces conditions, le réglage d’une centrifuge électrique au
Sénégal eut été presque impossible.
Pour un examen microscopique rapide, il importe de se servir
comme chercheur d’un objectif à faible grossissement, le 3 de
Stiassnie est suffisant et l’on va déjà beaucoup moins vite avec
un 4. Un oculaire compensateur 6 complète le système. Un ob¬
jectif 7 monté sur le revolver sert aux examens de détail. Il est
indispensable de se servir d’une platine à chariot afin d’être sûr
d’avoir examiné toute la préparation.
Noüs avons ainsi examiné plus de trois mille hommes depuis
le mois de janvier 1912 et aussitôt que la marche a pu devenir nor¬
male et que le service a été bien organisé, nous avons relevé avec
440 —
soin l’origine de tous les hommes, qui nous sont passés par les
mains, origine que nous avons pu déterminer pour 1.770 d’entre
eux.
Diagnostic des espèces.
i° Périodicité.
Nous avons pu constater que la périodicité est très mal marquée
chez F. nocturna. Dans 44 % des cas, cette filaire s’observe indif¬
féremment de jour et de nuit ; clans 42 % des cas, elle se voit seu¬
lement la nuit, enfin dans 13 % des cas, des F. nocturna, qui
n’avaient pas été vues au simple examen direct pendant !a nuit,,
ont été retrouvées pendant le jour, mais après deux centrifuga¬
tions.
Un certain nombre d’auteurs a déjà signalé ce manque de pério¬
dicité, on prétend généralement qu’il tient à ce que les indigènes
font souvent du jour, la nuit. Nous n’aVons rien remarqué de
particulier à ce point de vue chez nos tirailleurs, dont le plus
grand nombre s’endormaient dans les coins durant les examens de
nuit. Il est certain d’ailleurs que très souvent les indigènes pas¬
sent une partie de la nuit à causer entre eux et à chanter.
La périodicité de F. diurna, quoique pas toujours absolument
régulière, nous semble être un peu mieux établie que celle de F.
nocturna; on rencontre bien F. diurna, même à l’examen direct,
une fois la nuit tombée, dans le sang des indigènes, où elle per¬
siste souvent jusque vers dix heures du soir, mais nous ne l’avons
qu 'exceptionnellement rencontrée plus tard.
Dans quelques cas F. perstans semble offrir une certaine ten¬
dance à la périodicité nocturne, et nous avons pu déceler des F.
perstans à l’examen nocturne direct, qui n’avaient pas été vues
après double centrifugation diurne.
A d’autres moments, c’est l’inverse qui se produit. Comme
ces observations se retrouvent par séries à certains jours, chez
un grand nombre d’hommes examinés en même temps, il faut
bien leur accorder quelque valeur. Nous pensons, d’après nos
observations, que lorsque la journée est fraîche, F. perstans a
plus de tendance à se montrer pendant la nuit dans la circulation,
tandis qu’au contraire on l’observe plutôt dans la journée au mo¬
ment des fortes chaleurs, comme au cours d’une journée de vent
d’Est ou d’Armatan, par exemple, avec des températures dépas¬
sant 40°. Il n’v a peut-être là, d’ailleurs, qu’un phénomène lié à
- 44 1
une activité plus grande de la circulation ou à une vaso-dilatation,
provoquée par le sommeil ou la température extérieure.
2° Caractères morphologiques.
Au point de vue morphologique, il est le plus souvent facile de
-distinguer F. perstans de F. diurna et de F. nocturna. En effet,
F. perstans ne possède pas de gaine, elle est le plus souvent
moins longue et moins épaisse que les deux autres, raisons pour
lesquelles on l’a appelée F. minor, et enfin son extrémité caudale
se termine plus brusquement et est moins effilée. Cependant, la
taille des filaires et celle de F. perstans en particulier est à ce point
variable, que quelques auteurs en ont décrit 2 variétés, et lors¬
qu’on a affaire à certains exemplaires, on peut hésiter, surtout au
point de vue de la longueur, entre une grande F. perstans et une
petite F. nocturna, quoiqu’on s’aperçoive vite que F. nocturna
est toujours plus épaisse que F. perstans. On se rend d’ailleurs le
plus souvent très bien compte, même avec un petit grossissement
(objectif 3 Stiassnie), de la différence d’épaisseur des deux filaires.
F. nocturna se présente limitée en largeur par un double trait,
avec un espace réfringent au milieu, tandis que F. perstans est
représentée par un seul trait.
Mais le caractère que l’on arrive à considérer comme le plus
frappant après un grand nombre d’examens est certainement le
mouvement de tremblement continuel, qui anime le parasite en
dehors de ses mouvements de torsion ou de translation, qui sont
■également plus rapides que chez les deux autres filaires.
Quant à l’absence de gaîne, qui différencie F. perstans de F.
diurna et de F. nocturna, sur les préparations colorées, comme à
l’état frais, on voit souvent assez nettement la gaine, qui, dans le
dernier cas, affecte la forme d’un filament que traîne la filaire à
son extrémité antérieure ou postérieure et qui agite les hématies
quelquefois assez loin de ses extrémités. Mais il est aussi des
cas où il est difficile de voir cette gaîne, soit à cause de sa grande
transparence, soit à cause de la mobilité du parasite lui-même. Il
arrive aussi que la gaîne se colore mal, même chez F. nocturna,
dans les frottis desséchés. Nous nous sommes bien trouvé pour
des préparations rapides de la coloration à l’ét.it frais entre lame
et lamelle. Nous devons dire que le rouge neutre, la fuchsine, et
le violet de gentiane n’ont pu être utilisés à cause de leur faculté
d’agglutiner, les hématies, dont les amas masquent les filaires. Le
- 442
1
bleu de méthylène colore mal. La solution de vert de malachite à
I % dans l’eau distillée nous a donné les meilleurs résultats. Ou
prend une goutte de sang, on mélange soigneusement avec elle
sur une lame une goutte de colorant, on recouvre le tout d’une
lamelle. Les filaires apparaissent légèrement colorées, on peut
en distinguer plus facilement les détails, et les gaînes de celles
qui en possèdent deviennent facilement visibles. Une remarque
intéressante doit être faite: le vert de malachite immobilise instan¬
tanément F. perstans dans une position absolument rectiligne.
Les parasites ainsi immobilisés ressemblent à des baguettes. Les
filaires à gaine conservent des mouvements ralentis pendant quel¬
ques minutes. La gaine sert assurément de protection aux filaires
contre l’absorption rapide des médicaments toxiques. Nous avons
déjà expérimenté l’action thérapeutique de l’antimoine sous forme
d’émétique d’aniline contre F. perstans ; il serait intéressant de
reprendre ces expériences avec des composés arsenicaux tels que
le vert de malachite et l’arséno-benzol.
Quoi qu’il en soit, on arrive rapidement à distinguer très faci¬
lement à l’état frais, F. perstans des filaires à gaine. Le diagnos¬
tic est, au contraire, tout ce qu’il y a de plus délicat entre F ..
diurna et F. nocturna. Les caractères morphologiques classiques
sont assez inconstants. La coloration de la gaine, qui passe pour
être difficile chez F. diurna , l’est souvent tout autant chez F. noc¬
turna. La visibilité des taches présente fréquemment de grandes-
différences entre les divers individus dans une même préparation,
elle est certainement en relation avec la position dans laquelle se-
trouve fixé le parasite et la contraction inégale des diverses par¬
ties de son corps. Nous n’avons pas pu non plus trouver dans la
mensuration des noyaux d’éléments suffisants de diagnostic.
D’ailleurs, le procédé des préparations colorées était peu pratique-
dans des examens aussi rapides et aussi nombreux que les nôtres,
et s’il nous a été loisible de recueillir quelques frottis, il nous eût
été impossible de nous arrêter longtemps à l’examen de chaque-
filarié.
Nous avons cependant été frappé de .retrouver dans des cas-.
relativement rares des filaires à gaine, de la taille de F. nocturna
et dont le mouvement, observé à l’état frais entre lame et lamelle,
était tout à fait différent. Ces filaires se déplacent comme un ser¬
pent, qui rampe sur une route, ou une anguille qui nage, avec un
mouvement de progression en avant très marqué, et que l’on esf
— 44^ —
étonné de rencontrer chez une filaire embarrassée d’une gaine.
F. nocturna, au contraire, se tord sur place, comme un ver coupé
ou se recourbe en anneaux plus ou moins ouverts. On observe
bien parfois chez cette dernière un léger mouvement de progres¬
sion, mais il ne dure pas et le parasite recommence à se recourber
sur place. Brumpt décrit bien dans son Traité de parasitologie une
différence dans les attitudes de F. diurna et celles de F. nocturna,
et ses figures indiquent que F. nocturna forme des boucles, tan¬
dis que F. diurna n’en présente pas, néanmoins il ne signale pas
leur mouvement de progression tel que nous l’avons vu.
Ces filaires se montrent dans le sang des indigènes pendant la
journée, nous les avons fréquemment vues aussi dans la soirée,
mais, toujours, sauf dans un cas, avant dix heures du soif. Elles
sont surtout fréquentes chez les tirailleurs revenant d'une cam¬
pagne au Congo et pour ces raisons nous les avons assimilées à
F. diurna sans pouvoir d’ailleurs les différencier de F. nocturna
par d’autres caractères morphologiques sur des préparations co¬
lorées.
Distribution géographique.
On pourra se rendre compte, d’après le tableau ci-après, de la
plus ou moins grande fréquence de la filariose dans les différentes
colonies du Groupe Afrique Occidentale Française et de bi loca¬
lisation de chacune des espèces.
P, signifie F. perstans ; N, signifie F. nocturna, et D, F. diurna.
Les pourcentages ne sont établis qu’au-dessus de io examens.
Le pourcentage moyen, par colonie, est obtenu en prenant la
moyenne des pourcentages des diverses localités, ce qui est plus
exact que de refaire le pourcentage du total des examinés, parce
qu’il a pu être vu un plus grand nombre d’indigènes dans une
localité très contaminée que dans d’autres qui le sont moins, ou
inversement.
De l’examen des chiffres des tableaux précédents on peut dé¬
duire :
i° Que la fréquence de la filariose augmente progressivement
du nord au sud en Afrique Occidentale.
Elle passe au Sénégal de 18 % au-dessus de 15 0 à 66 % au-des¬
sous de cette latitude.
Dans le Haut-Sénégal-Niger elle passe de 20 % dans les régions
sèches du Sahel, de 31 % dans la vallée du Haut-Sénégal, de 18 %
dans la partie supérieure de la boucle du Niger, au-dessus de
— 444 -
J4°, à 58 % dans la boucle du Niger au-dessous de la même lati¬
tude.
20 On doit également remarquer que la vallée du Sénégal est
bien moins atteinte, même à latitude égale, que celle du Niger ou
que le bassin du Saloum par exemple.
30 F. perstans est surtout fréquente à la Côte d’ivoire, où elle
atteint 52 % de la population indigène, en Guinée Française
.38 %, au Dahomey 34 %. Dans le Haut-Sénégal-Niger on la ren¬
contre chez 42 % des tirailleurs, provenant de la boucle du Niger,
au-dessous de 140. La vallée du Sénégal à latitude égale ne four¬
nit que 18 % de F. perstans. Dans la partie supérieure de la bou¬
cle du Niger et dans le Sahel, au-dessus de 140, on ne retrouve que
8 % de F. perstans. La vallée du Bas-Sénégal ne donne plus éga¬
lement que g %.
Cette diminution, parallèle à la diminution générale de la fila¬
riose, et qu’on observe d’autant plus qu’on s’avance vers le nord,
ne permet de tirer aucune conclusion en ce qui concerne plus
particulièrement F. perstans, la diminution de F. nocturna étant
presque la même.
40 L’infection par F. nocturna est d’une façon générale, et le
Sine Saloum mis à part, moins intense en Afrique occidentale
que celle due à F. perstans ; en effet, les filarioses occasionnées par
F. nocturna ne dépassent pas dans les colonies du sud, 3 7 %,
tandis que l’infection par F. perstans, oscille en de nombreux en¬
droits entre 60 et 75 /0.
50 Malgré le manque de périodicité que présente dans plus de
la moitié des cas F. nocturna, et en dehors de ses caractères mor¬
phologiques, on peut cependant se rendre compte que c’est elle
qui constitue la presque totalité des infections par filaire à gaine
en Afrique Occidentale Française, car les chiffres que nous avons
rapportés plus haut démontrent que les examens de nuit, prati¬
qués comme premiers examens, arrivent à éliminer presque toutes
les filaires à gaine et que lors des examens diurnes, faits le len¬
demain après double centrifugation, on ne retrouve guère que
F. perstans avec quelques rares filaires à gaine, qui ont échappé
à l’examen nocturne direct et qui sont mises en évidence par la
double centrifugation. Nous n’avons pu les distinguer par leurs
caractères morphologiques, de F. nocturna, leurs mouvements et
leur façon de se boucler nous ont, au contraire, engagé à ’es ran¬
ger parmi ces dernières. Très rarement on voit une F. diurna.
Nous avons pu vérifier, d’autre part, que l’examen diurne, prati-
— 4P —
que après deux -centrifugations, n’élimine qu’une quantité de fi-
lariés, que l’on peut considérer comme d’autant plus faible qu’elle
comprend aussi des F. perstans.
Sur 33 filariés, 19 seulement avaient été déterminés par centri¬
fugation et examen diurne, 14, c’est-à-dire 42 %, ne purent être
découverts qu’après un examen direct, pratiqué pendant la nuit.
La présence dans le sang pendant la journée de F. nocturna, et
la difficulté qu’il peut y avoir à la différencier de F. diurna, fait
que bien souvent on a dû signaler cette dernière, alors qu’il s’agis¬
sait de F. nocturna, très répandue partout et fréquemment en
grande abondance. Il est très intéressant de constater aussi que la
difficulté que l’on éprouve à différencier les deux espèces, n’a
presque jamais permis de constater leur association chez le même
sujet, tandis que l’association de F. perstans avec l’une ou l’autre
est rapportée par tous les auteurs.
La rareté relative de F. diurna en Afrique Occidentale Fran¬
çaise, semble correspondre avec la rareté dans les mêmes territoi¬
res de F. loa. En effet, si nous avons eu personnellement à obser¬
ver un certain nombre d’Européens porteurs de F. loa provenant
du Congo, où nous n’avons jamais fait campagne, nous n’avons
jamais vu d’Européens, ni d’indigènes, provenant de l’Afrique
Occidentale Française et n’ayant pas séjourné au Congo, qui en
fussent atteints, malgré un séjour de 8 ans dans le Sénégal, le
Haut-Sénégal-Niger, la Haute-Guinée et la Haute-Côte d’ivoire.
Il semble, d’après les localisations de F. loa, ainsi que d’après les
observations des différents auteurs, que F. loa et son embryon F.
diurna, sont assez fréquentes au Congo (18 %, Brumpt), au Ca¬
meroun, et jusqu’au vieux Calabar (25 %, Manson). Elle n’atteint
pourtant jamais dans ces régions la fréquence que présente quel¬
quefois F. nocturna en Afrique Occidentale Française.
Il semble qu’elle diminue rapidement de fréquence vers le nord,
plus on s’éloigne des boucles du Niger, et Prout ne l’a retrouvée
à Sierra-Leone que chez deux indigènes, provenant du Congo,
alors que, d’après lui, F. nocturna atteint la population de la Gui¬
née Anglaise dans la proportion de 26 à 30 %, ce qui correspond
avec les observations que nous avons pu faire dans nos posses¬
sions de l’Afrique Occidentale Française.
En terminant ce travail, nous tenons à remercier nos camara¬
des, les docteurs Bourret et Hudellet, de l’aide qu’ils nous ont
apportée dans l’examen des tirailleurs et particulièrement au cours
des examens de nuit.
Saint-Louis, le 20 avril TQ12.
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Sierra-Léone
45o —
M. Mesnil. — M. Thiroux signale le fait que des microfi-
laires, observées dans la circulation périphérique durant les heu¬
res du jour et qu’il rapporte pour cette raison à Mf. diurna, se
déplacent dans le champ du microscope, et il voit là un caractère
distinctif de la Mf. diurna. Je dois dire que pareille observation,
contraire aux données classiques sur la mobilité des filai res à
gaines, a été faite par le Dr Lebœuf, durant son séjour au Congo.
M. I jEbœuf m’en a parlé à plusieurs reprises et nous avons pu,
de concert, répéter l’observation pour la microfilaire d’un admi¬
nistrateur du Congo soigné par notre collègue Marchoux (i).
Dans l’article « Microfilaires », actuellement sous presse, du
Traité de Pathologie exotique de Grall et Clarac, Lebœue
s’exprime ainsi; « ...J’ai pratiqué de nombreux examens à l’état
frais de M. diurna ; j’ai pu me rendre compte que, tout d’abord
les embryons possédaient un mouvement de translation suivant
une ligne sinusoïdale, puis se fixaient, pour la plupart, par leur
extrémité antérieure, soit à la lame, soit à un paquet de globules ;
pour cette microfilaire, les mouvements sur place font donc suite
à des mouvements de translation des plus nets. En est-il de même
pour M. bancrofti, ainsi que le veulent Annett, Dutton et El¬
liott? 11 serait un peu téméraire de l’affirmer en partant du fait
précédent... »
J’ajouterai que Ashburn et Craig ont signalé un déplacement
semblable pour la microfilaire qu’fis ont appelée Filaria philippi-
nensis, et qui est apériodique. Il est fort probable, si l’on se
reporte au travail récent de Bahr sur la filaire des Fidji, égale¬
ment apériodique, que la Fil. philip pinensis ne diffère pas spéci¬
fiquement de la Fil. bancrofti.
(i) Voir Bulletin, t. IV, 1911, p. 613.
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Annals of Tropical medicine and parasitology, t. VI, n° i,
mai 1912.
Archiv für Schiffs-und Tropen-H ygicnc, t. XVI, 1912, n08 10,
ii et ' 1 2 .
Arc-hiv o dci Sociedade de medicina e cirurgia de Sâo Paulo,
déc. 1 9 1 1 .
Archivos da Escola universitaria de Manaos, nov. et déc. 1 9 1 r .
British medical Journal , 18 et 25 mai, 1, 8, 15 et 22 juin 1912.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de l'Indochine, mars
1912.
Journal of the Royal army medical corps, juin 1912, n° 6.
Journal of tropical medicine and hygiene, nos 10, n et 12,
15 mai, Ier et 15 juin 1912.
Lanterne médicale (Haïti), avril 1912, t. XV, n° 5.
Revista de veterinaria e Zootechnia, t. II, n° 2, avril 1912.
Revue scientifique, 18 et 25 mai, Ier, 8, 15 et 22 juin 1912.
Sleeping sickness bulletin, t. IV, nos 37 et 38, 1912.
Transactions of the Society of tropical medicine and hygiene,
t. V, n° 7, juin 1912.
Yelloiv fever bureau, t. I, n° 12, avril 1912,
VOLUMES ET BROCHURES.
P. C. Freer. Tenth annual report of the director of the bureau of
science for the year ending august 1911.
F. Ivnab. Unconsidered factors in disease transmission by blood-
sucking insects. Ext. du Journ. of économie entomo -
logy, t. V, n° 2, 1912.
Mosquito habits and mosquito control. Ext. de Science,
t. XXXI, n° 805, juin 1910.
Dr A. Lrrz’s studies of brazilian Simuliidœ . Proc, en -
tom. Society of Washington, t. XIII, 1911.
Liste des échanges
American Society of Tropical Medicine.
Annals oj Tropical Mcdicine and- Parasitology (Liverpool).
Archiv für Schiffs und Tropenhygiene.
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instiluto Bacteriologico Camara Pasiana.
Britisln medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Bulletin of the Sleeping Sickness Bureau.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands-Indië .
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Revue scientifique.
Sanidad y Beneficencia (La Havane).
Studies from the Zoological Laboratory, The University of Ne¬
braska.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
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SOMMAIRE DU NUMÉRO
7
Séance du 10 juillet 1912
PAGES
CORRESPONDANCE
E. Robledo. — Latex parasiticide de Ficus glabrata . 453
L.-R. Velez. — La fièvre de Malte existe au Pérou . 454
COMMUNICATIONS
E. Brumpt et C. Joyeux. — Infusoire nouveau parasite du chimpanzé
Troglodytella Abrassarti n. g. n. sp . 49g
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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Les auteurs sont priés d’indiquer sur leurs manuscrits le nombre
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‘ J
IV
Cinquième année
1912
N° 7
"BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 10 JUILLET 1912.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN.
Correspondance
M. S. P. James, du Service médical de l’Inde, nommé membre
correspondant de la Société, adresse ses remerciements.
*
* *
Notre collègue, M. Cathoire, directeur du Laboratoire militai¬
re de Bactériologie de Toulouse, représentera la Société au pro¬
chain Congrès de l’Association française du Froid, qui se tiendra
à Toulouse en septembre prochain.
*
* *
Notre collègue, M. Emilio Robled'o, de Manizales, Colombie, f
envoie à la Société un échantillon de latex du »< higueron » ( Ficus
glabrata). Le premier, dit-il, il a eu l’idée, en Colombie, de se
servir de ce latex comme parasiticide ; il agit particulièrement
bien sur les trichocéphales. Au Brésil, on sait depuis longtemps
que le suc du Ficus dolearia est un excellent vermicide.
32
Le Dr L. R. Vêlez, de Valle-de-Chicama, Pérou, fait part à la
Société qu’il a diagnostiqué la fièvre de Malte par la culture et
la séroréaction, positive à i p. ioo.
Déjà en 1909, le Dr Barton avait reconnu qu’une catégorie de
« fièvres infectieuses », sévissant surtout sur les enfants, à Lima,
relève du Micrococcus militensis.
- 455 -
COMMUNICATIONS
Le pouvoir hémolytique des vibrions
cholériques et para-cholériques
Par C. DEFRESSINE et H. CAZENEUVE.
Les vibrions para-cholériques et certaines races de vibrions cho¬
lériques peuvent dissoudre les globules rouges.
Cette propriété signalée en 1887 Par Gaffky (première Com¬
mission allemande du choléra), a suscité de nombreux travaux, à
l’occasion du vibrion d’El Tor.
On admet aujourd’hui que l’hémolyse n’est pas un caractère
spécifique, permettant de différencier les vibrions cholériques des
vibrions para-cholériques.
La valeur relative de ce signe et ses conditions de variation
restent cependant encore assez mal définies.
11 a paru à cet égard utile d’indiquer les constatations faites sur
un certain nombre de vibrions, isolés durant le choléra de Mar¬
seille et de Toulon, en 1911.
48 races ont été étudiées, dont 37 étaient des vibrions choléri¬
ques et 1 1 des vibrions para-cholériques.
La technique suivante a été appliquée à la recherche des qua¬
lités hémolytiques de chaque échantillon (procédé du milieu li¬
quide).
On mettait dans un tube stérile :
5 cm3 de sérum physiologique ;
i/ioe de cm3 d’une suspension normale et isotonique de glo¬
bules rouges de mouton.
1 cm3 d’une culture de vibrion de 24 heures en eau peptonée.
Etuve à 370. Lecture des résultats après 5 heures, 24 heures et
48 heures.
Vibrions cholériques.
Sur les 37 races étudiées, 35 sont d’origine récente.
12 proviennent de cholériques morts à Marseille ;
— 456 —
5 de cholériques décédés à Toulon ;
9 de cholériques de Toulon qui survécurent,
5 porteurs sains (Toulon);
4 échantillons ont été isolés à Toulon de diverses eaux contami¬
nées. (Rivière neuve, Citerne « Jouvence », Citerne « Source »,
vase de la Rivière neuve.)
Tous ces vibrions sont monociliés ; ils liquéfient la gélatine et
produisent de l’indol. Ils sont agglutinés au i/q.ooo6 par ie cho¬
léra-sérum de l’Institut Pasteur. Ils donnent la réaction de Pfeif-
*
fer. Sensibilisés par un sérum homologue, il devient le complé¬
ment. Ils immunisent le cobaye et le lapin contre une dose mor¬
telle de vibrion de Bombay. Les immun-sérums obtenus chez le
lapin, avec plusieurs de ces germes, agglutinent au i/io.oooe le
vibrion de Bombay, au i/q.ooo6 ceux d’Alexandrie, de Marseille
et de Toulon. Ce sont donc des vibrions cholériques.
Le pouvoir hémolytique de ces 35 vibrions est resté constam¬
ment négatif. L’hémolyse était encore nulle après 3 jours d’étuve
Aucune de ces races n’a pu acquérir un pouvoir hémolytique
actif malgré de nombreux passages sur le cobaye et sur les dif¬
férents milieux de culture. Ce caractère négatif s’est montré d’une
remarquable fixité.
Seules ont été modifiées la virulence et la faculté de production
de l’indol.
Parallèlement on a recherché le pouvoir hémolytique de deux
échantillons d’origine très ancienne, qui proviennent de l’Institut
Pasteur: vibrion de Bombay et vibrion d’Alexandrie.
L’hémolyse était complète après 5 heures d’étuve.
Vibrions para-cholériques.
Sont classés sous ce titre onze vibrions qui présentent ious les
caractères des vibrions cholériques, hormis les réactions d’im¬
munité.
Deux de ces vibrions sont d’origine ancienne et proviennent de
l’Institut Pasteur: vibrion de Finkler-Prior, vibrion de Deneke-
Ils possèdent un fort pouvoir hémolytique.
Les 9 échantillons restants ont une même origine récente. Ils
ont été isolés des moules ( Mytilus Gallo-provincialis, Lamarck)
des différents parcs de la rade de Toulon. Cinq de ces échantillons
ont subi de nombreux passages sur les cobayes et sur divers mi¬
lieux de culture.
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Ces 9 vibrions des moules sont monociliés ; ils liquéfient la gé'v-
tine; ils forment des colonies transparentes sur gélose, transpa¬
rentes, bleutées et perlées sur le milieu de Dieudonné. Us ne pro¬
duisent pas d’indol. Ils ne sont pas agglutinés par un choléra-
sérum. Ils ne présentent pas le phénomène de Pfeiffer. Us dé¬
vient cependant le complément en présence du choléra-sérum.
Us provoquent chez le cobaye une péritonite vibrioniennne avec
septicémie et mort rapide en hypothermie. L’immun-sérum pré¬
paré chez le lapin (vibrion moule-sérum) n’agglutine ni ne bacté-
riolyse les vibrions de Bombay et de Toulon. U agglutine au con¬
traire au 1/4. 000e et bactériolyse tous les échantillons des vibrions
des moules.
Ces caractères de spécificité éloignent ces germes des vibrions
cholériques et les classent parmi les vibrions para-cholériques.
Tous ces échantillons sont doués d’un fort pouvoir hémolyti¬
que. L’hémolyse est totale en 5 heures. Les passages par l’animal
et sur les milieux de culture n’ont fait subir aucune variation à
ce pouvoir hémolytique.
En résumé, 35 échantillons de vibrions cholériques, d’origine
récente et agglutinés par un choléra-sérum, n’ont aucun pouvoir
hémolytique. Ce caractère négatif n’a subi malgré de nombreux
passages aucune variation.
Deux échantillons de vibrions cholériques, d’origine très an¬
cienne et agglutinante par un choléra-sérum ont un pouvoir hémo¬
lytique accusé.
Onze échantillons de vibrions para-cholériques, d’origine an¬
cienne ou récente non agglutinables par un choléra-sérum ont un
pouvoir hémolytique élevé.
Dans les conditions de la technique précitée, la possession d’un
fort pouvoir hémolytique paraît être une propriété constante des
vibrions para-cholériques. C’est, au contraire, une propriété d’ex¬
ception pour les vibrions cholériques.
Les vibrions cholériques nouvellement isolés seraient privés
de toute faculté hémolytique. L’acquisition de cette faculté serait
liée à l’ancienneté d’origine et aux conditions de conservation
dans les milieux de culture.
L’absence de pouvoir hémolytique au moment de l’isolement
serait dès lors un caractère de différenciation des vibrions cholé¬
riques avec les para-cholériques.
Le signe de l’hémolyse, qui n’a aucune spécificité, constituerait
cependant un élément utile de diagnostic. Il mériterait d’être re¬
tenu comme un des « petits signes » et un caractère d’identifica¬
tion de ces germes secondaires.
Laboratoire de bactériologie de la Marine, Toulon.
Plague treated with anti-pest sérum
By TODD.
Thirteen cases bubonic plague were treated with anti-pest sé¬
rum from the Pasteur Institute, ign.
Case i. — ■ Male, âge 22 years. Seen first April 22nd., at which
time he showed great prostration, température 106.2, had some
nausea and a bubo in left groin below Poupart’s ligament. There
was no suppurating point on the limb below the bubo. Patient
said the bubo and other symptoms began April 22nd. 50 cc. sé¬
rum was injected into the vein and 40 cc. subcutaneously. April
23rd. patient was again seen, température was 104, felt better but
refused another injection of sérum. April 24th. patient died.
Case 2. — Girl. âge 9, was brought from a house said to hâve
had a recent death from Plague. Bubo developed in groin night
of May 4th. Morning of May 5th. when Patient was first seen,
température 102.5, signs of prostration, pain in bubo with no
sign of infection in limb below the bubo. 45 cc. sérum was in¬
jected intravenious and 40 cc. subcutaneous. Morning of May
6th. patient again seen température 99.5. Pain in bubo hai dts-
appeared and facial expression much improved. Patient was again
seen on May 7th. and 8th. when the température was normal.
Later report showed this case recovered.
Case 3. — Female, âge 32, from same house as case 2. Night
of May 5th. had chill. Morning of May 6th. at first consultation
showed bubo in right groin below Poupart’s ligament, tempéra¬
ture 102.4 and some prostation. Injected 40 cc. intraveniously
and 50 cc. subcutaneously. May 7th. température 99.6 and bubo
still painful but patient feeling better. May 8th. température 99.5,
bubo still painful, tho less than when first seen. Report from pa¬
tient several weeks showed that she recovered.
Case 4. — Female, âge 38. At first consultation May 1 7th. tem-
— 460
perature 102.4 nausea and vometing, puise 124, considérable pros¬
tration, bubo in groin and no sign of infection below. Symp-
toms began evening before. 100 cc. sérum injected intraveniously.
May i8th. température 102, pain in bubo still continued, patient
otherwise feeling better. A later report showed recovery.
Case 5. — Male âge 57, First consultation May 1 7th tempéra¬
ture 103, semicomotose, rétention of urin wfich when drawn off
was very dark in color. Patient gave a history of severe chill seven
days previous to consultation followed by high fever and two
days after chill a bubo appeared in left groin. Upon examination
bubo was found above Poupart’s ligament with slight swelling
below the ligament. No sign of venereal disease or other infec¬
tion. 95 cc. sérum was given, half intraveniously and half subcu-
taneously. Patient died next day.
Case 6. — Female âge 16. First consultation May 24th. Tem¬
pérature 105.22 bubo in right groin below Poupart’s ligament,
headache, prostration. Symptoms began two days previous. In¬
jected 40 cc. sérum intravenous and 45 cc. subcutaneous. May
25th. température 104. Gave sérum as on first day. Patient died
May 26 th.
Case 7. — Female âge 21. First consultation May 24th. Tem¬
pérature 103,2, nausea, pain in région of heart, and prostration.
Symptoms began evening of May 23 rd ; no bubo. Cathartics and
quinine given. May 24th. 9 A.M. bubo appeared in groin, tem¬
pérature 104,5. Injected 45 cc. sérum intravenious and same
amount subcutaneous. Patient again seen 5 B.M. of same day,
temp. 104. As it was impossible to see patient before afternoon of
next day 90 cc. sérum was injected subcutaneous. That night
température went down, pain in bubo ceased. May 25th. patient
felt much better, but at 2 P.-M. when sitting up to hâve cloths
changed her lips suddenly turned blue, there was free perspiration
and death occured in a few minutes, no doubt from her heart
weakness.
Case 8. — Male, âge, 28. First seen May 3ist. Température 105,
puise 132, bubo in right groin below Poupart’s ligament with
much swelling and pain. The patient was delirious. Symptoms
began eight days before. 50 cc. sérum injected intravenious and
45 subcutaneous. Patient died that night.
Case 9. — Female, âge 10. First consultation on the evening of
June 4th. Température 102.5, bubo in groin. Symptoms began
— 461 —
morning of the same day ; 45 cc. sérum was injected intraveniously
and same amount subcutaneously. May yth. température 103.5,
bubo painful. Injected same amount of sérum and in same way
as on day before. Patient returned two days later when her tem¬
pérature was 100 and she was feeling much better. There was no
pain in bubo. She did not again report.
Case 10. — Female, âge 21. From a house said to hâve had a
fatal case of Plague a few days before. First consultation June
6th. in the evening, pain in groin but no bubo detected ; had nau-
sea and some prostration. 90 cc. sérum was injected, 1/2 intrave¬
niously and same amount sucutaneously. Patient was seen on the
following two days, but refused sérum treatment. She was seen
again five days later and again refused sérum treatment. She
died twelve days after first symptoms began.
Case 11. — Female, âge 19. From same house as case n° 10.
She was seen eight hours after symptoms began which were chill,
nausea, pain in groin ; no bubo, but some prostration ; température
10 1.5. 95 cc. sérum was injected, 1/2 intravenous and 1/2 subcu-
taneous. Next day the same amount of sérum was given and in the
same way as on the first day. A report from patient two weeks
later showed that she had recovered.
Case 12. — Female, âge 45. First seen June 16 th., température
106, great prostration and large bubo in left axilla. 100 cc. sérum
was given ; 60 cc. intravenius and 40 subcutaneous. Next day pa¬
tient was feeling better, température 104. 95 cc. sérum was again
given, 1/2 intravenious and 1/2 subcutaneous. The third day the
température was about the same and sérum was again given as on
previous day. The fourth day the température was about the same
and bubo very painful. It was incised and swabed thoroughlv
with camphophonique. Patient died two days later. This case was
first seen two days after symptoms first began.
Case 13. — Female, âge 21. Gave history of chill aching of
bones, high fever and bubo which ail appeared about two weeks
before consultation. At time symptoms appeared a Western Irai-
ned Chinese physician was called who administered sérum two
different times. At time of consultation température was 103.
There was a large fluctuating bubo in left groin below Poupart’s
ligament and left eye was very much inflamed with pus in both
the anterior and posterior chambers. The bubo was incised and
the eye enucleated. Patient made a slow recovery.
— 4Ô2 —
I am sorry I did not get better notes on some of the above cases
and also that notes taken by Dr. Fung, my assistant, in Chinese,
was lost. 1 made cultures from bubos of four cases. Three of which
showed characteristic bacilli pestis. One of these cases recovered.
During the épidémie season of ign 1 treated, in ail, about ihirty
cases with sérum. None of the cases which had their initial symp-
toms 24 hours before the sérum was given recovered.
When counting up with my assistant, Dr. Fung, soon after the
épidémie was over we counted 1 2^ who had recovered. We vere al-
ways careful in looking for any other source of infection which
might cause the bubo and while I must confess we do not hâve
the three postulâtes of Koch to prove that any of these cases were
Plague, still I believe they ail were and I believe if given within
ten or twelve hours after the initial symptoms the Anti-Pestis
Sérum has virtue.
It is possible the cases which recovered were less virulent, but
it will be noted that ail cases which had their initial symotoms
24 hours before sérum was given, died. In previous épidémies
with other treatment, I can not remember more than one or two,
where was a positive diagnosis made, which recovered.
As a rule I found it easier to insert the needle into one of the
veins in the back of the hand. The subeutaneous injections were
usualy given below and around the bubo.
Bethesda hospital. Canton.
Résumé français. — Lorsque le sérum est donné en quantités
suffisantes dans la première journée de la maladie, son efficacité
est manifeste.
M. Todd a injecté facilement 100 cm3 de sérum d’un seul
coup ; ce sérum avait été préparé à Paris.
— 463 —
Existence de Lepra murium
(lèpre des rats) en Nouvelle-Calédonie
Par A. LEBŒUF.
C'est en 1903 que Stefansky (i) signala pour la première fois,
à Odessa, chez les Rats d’égout (Mus norvégiens ) l’existence
d’une affection causée par un micro-organisme appartenant com¬
me le bacille de Hansen au groupe des microbes acido-résistants ;
les rongeurs étaient atteints environ dans la proportion de 5 %.
Stefansky décrivit deux formes de cette maladie, ' une forme
« exclusivement ganglionnaire » et une forme « musculo-cuta-
née » ; cette dernière, d’ailleurs la plus rare, réalisait un tableau
clinique présentant certaines analogies avec la lèpre de l’Hom¬
me. Les rapports symptomatologiques et bactériologiques entre les
deux maladies, humaine et murine, firent donner à l’affection du
Rat d’égout le nom de « lèpre du Rat » (lepra murium).
L’étude de la lèpre du Rat, qui pouvait avoir des conséquences
si intéressantes pour la solution de bien des problèmes se rappor¬
tant à la lèpre humaine (question de l’identité ou de la non-iden¬
tité des deux processus pathologiques mise à part) fut entreprise
par divers expérimentateurs qui retrouvèrent le bacille de Ste¬
fansky dans les régions les plus diverses du globe.
Successivement Lydia Rabinowitch à Berlin (2), Dean à Lon¬
dres (3), Tidswell Lrank en Australie dans la Nouvelle-Galles-
du-Sud (4), Wherry aux Etats-Unis (5), Mac C'oy à San-Fran-
cisco (6), Mezincescu en Roumanie (7), Kitasato à Tokio (8),
Walker aux Etats-Unis (9), Marchoux et S'orel à Paris (10),
(1) Centralblatt f. Bakteriol., etc. Originale, vol. 33, 1903.
(2) Centralblatt f. Bakter., etc. Originale, vol. 33, 1903.
(3) Centralblatt f. Bakter., etc. Originale, vol. 34, 1003.
(4) Report of the Board of Health on Leprosy in N. S. W., 1904 et
Lepra, vol. 6.
(5) Journal of infect. Diseases, vol. 5, 1908 et vol. 6, 1909.
(6) Public Health Report, U. S. P. H. and M. H. Service .juillet 1908.
(7) Comptes-rendus des Séances de la Soc. de Biolog., vol. 64, 1908.
(8) Zeitschr. fur Hyg. und Infektionskrankheiten, vol. 63, 1909.
(9) Journal Amer. Med. dssoc., vol. 51, 1908.
(10) Comptes-rendus des Séances de la Soc. de Biolog. Séances des 3, ro,
17 février 1912.
— 464 —
notèrent chacun de leur côté, dans les pays où ils travaillaient
l’existence de la lèpre des murins sur laquelle ils publièrent d’in¬
téressantes études.
Cette simple énumération montre de prime abord que la maladie
de Stefansky paraît être une affection cosmopolite et que l’on doit
.s’attendre à la rencontrer partout où on en fera la recherche. Il
convient néanmoins de noter ici que Brixckerhoff (i), qui a
étudié la Lepra murium à Honolulu sur des Rats qui lui avaient
•été adressés inoculés de San-Francisco, n’a pu constater sa pré¬
sence aux îles Hawaï et que Ehlers, Bourret et With (2) à
Sainte-Croix, Antilles Danoises, l’ont recherché en vain sur
nn total de 110 rats examinés.
Dès mon arrivée en Nouvelle-Calédonie, je me suis préoccupé
de déterminer la présence ou l’absence de l’acido-résistant de
Stefansky sur les Rats d’égout de la ville de Nouméa. Les cas
■de peste qui ont été observés à diverses reprises dans la colonie
mettent dans l’obligation de tenir pour suspects les Rats que l’on
trouve morts sur la voie publique: le Service de la Police doit
■envoyer au laboratoire de l’hôpital les cadavres de ces animaux.
Il y adresse aussi de temps en temps quelques-uns des nombreux
lots de Rats pris au piège par des personnes (généralement des
enfants), qui reçoivent de ce fait une modique rétribution par tête
d’animal capturé. Il m’a été de la sorte facile de disposer de maté¬
riaux d’investigations et, en 1911, j’ai recherché la Lepra murium
sur 80 rats, mais sans aucun résultat.
Depuis le début de 1912, j’avais encore examiné 16 Rats à ce
point de vue, d’ailleurs sans plus de succès, quand tout dernière¬
ment j’ai constaté la présence du Bacillus leprae murium sur
tous les individus d’un lot de trois Rats pris au piège, ce qui,
pour un total de 99 animaux étudiés, donnerait un pourcentage
de sujets parasités d’environ 3 %.
Il serait toutefois imprudent de se baser sur un nombre d’exa¬
mens aussi peu élevé pour conclure à un pourcentage ferme. La
proportion des Rats parasités peut être beaucoup plus élevée,
comme aussi beaucoup plus faible. On n’examine généralement
pas, en effet, dans la pratique, tous les Rats provenant d’un mê¬
me endroit ; il convient, dans ces conditions, de compter en gran¬
de partie sur le hasard. Je penserais par suite volontiers que, si
(1) Public Health Reports U. S. P. H. and M. H. Service , 1910.
{2) Bull, de la Soc. de Path. Exot., avril 1911.
— 405 —
Ehlers, Bourret et With, avaient pu examiner un nombre plus,
élevé de rongeurs, ils auraient enregistré des résultats oositifs :
de même pour Brinckerhoff.
Les travaux des auteurs précédemment cités ont nettement éta¬
bli que le Bacillus leprae murium et le bacille de Hansen étaient
différents l’un de l’autre et que la maladie « purement ganglion¬
naire » de Stefansky n’était que le premier stade d’une affection
dont l’envahissement <c musculo-cutané et viscéral » constitue la
dernière période.
Les constatations que j’ai faites sur mes trois Rats parasités-
confirment une fois de plus ces données. Les bacilles acido-résis¬
tants observés sur les préparations provenant des Rats calédo¬
niens se différencient parfaitement du bacille de Hansen et pré¬
sentent tous les caractères reconnus au microbe de Stefansky
longueur supérieure à celle du bacille de la lèpre humaine, colora¬
tion généralement uniforme, légère incurvation des bâtonnets,,
présence fréquente d’un petit renflement sphérique à une extré¬
mité, pas de tendance à l’agglomération en « globi ».
Ces trois Rats étaient adultes et en parfait état de santé appa¬
rent, avec abondance de tissu adipeux interstitiel.
Rat n° I. — Acido-résistants rares dans les ganglions ingui¬
naux et axillaires gauches. Acido-résistants rares au sommet du
poumon gauche. Rien par ailleurs.
Rat n° 2. — Acido-résistants très nombreux dans les ganglions
inguinaux et axillaires des deux côtés (ganglions très volumi¬
neux). Rien par ailleurs.
Rat n° 3. — Acido-résistants assez nombreux dans les gan¬
glions inguinaux gauches. Acido-résistants non rares dans les
ganglions axillaires gauches, inguinaux et axillaires droits. Rien
par ailleurs.
Jusqu’à preuve du contraire, c’est donc le stade ganglionnaire
qui paraît être le plus fréquent à Nouméa, ainsi que cela s’est
constaté partout ailleurs et notamment à Paris, où Marchoux et
Sorel n’ont trouvé que 8 fois la forme « musculo-cutanée » sur
1.296 Rats (soit une proportion de 0,60 %).
Un seul de mes Rats (n° 1) paraissait être en voie d’envahisse¬
ment viscéral (bacilles rares au sommet du poumon gauche) et il
est assez curieux de constater qu’il s’agit de l’animal dont les-
groupes ganglionnaires étaient le moins atteints.
Mission de la lèpre en Nouvelle-Calédonie.
(Mai 1912).
— 466 —
Rôle des infections secondaires dans
le développement de la lèpre du rat
Par E. MARCHOUX.
Dans une série de communications présentées à la Société de
Biologie (1), j’ai montré, en collaboration avec le Dr Sorel, que
la lèpre du rat présentait au point de vue clinique comme au point
de vue anatomo-pathologique, beaucoup de caractères communs
avec la lèpre humaine. Le bacille découvert par Stefansky, acido¬
résistant comme celui de Hansen, s’en distingue par certaines
propriétés, qui empêchent de les confondre, mais il lui reste uni
par des liens de parenté assez étroite. La lèpre du rat est à la lèpre
de l’homme, avons-nous dit, comme la tuberculose aviaire est à la
tuberculose humaine. L’étude de la maladie murine est donc d’au¬
tant plus importante que l’expérimentation avec le bacille de
Hansen est forcément limitée par l’impossibilité de le faire se mul¬
tiplier chez les animaux de laboratoire.
Le bacille de Stefansky, comme son congénère, n’a pu encore
être obtenu in vitro en cultures pures, mais on le transmet facile¬
ment par inoculation de rat malade à rat sain, de rat gris à rat
blanc. Très facilement même dirons-nous, puisqu’il n’est pas in¬
dispensable de le déposer dans le tissu sous-cutané, mais qu’il suf¬
fit de le répandre sur de légères scarifications de l’épiderme ou
même simplement sur la peau fraîchement épilée.
Les germes dont nous n’avons pu encore saisir le mode de péné¬
tration, cheminent par les lymphatiques et gagnent tout d’abord
les ganglions de la région dans lesquels, quelques mois plus tard,
on observe leur multiplication en petits foyers. Mais cette infec¬
tion reste localisée et on n’observe pas, sur les animaux d’expé¬
rience, quel que soit le temps qu’on les garde, les lésions étendues
qui caractérisent la lèpre du rat. Il convient de dire que cette
localisation prolongée s’observe aussi dans l’affection spontanée.
La plupart des rats qui, après capture, se révèlent porteurs de ba¬
cilles, n’en renferment, et parfois en très petite quantité, que dans
les ganglions superficiels. Les cas de généralisation de la maladie
avec nodules, alopécie et ulcères, restent toujours très rares dans
(1) C. R. Soc. de Biologie, 3, 10 et 17 février 1912, t. LXXII, pp. 169,
214 et 269.
Planche XVI.
E. Marchoux.
Peau de rat photographiée par transparence. Les taches
noires représentent des nodules lépreux. La tête en¬
tière est envahie.
- 467 —
la nature et inconnus parmi les animaux expérimentalement in
fectés.
A quoi attribuer cette sorte de torpeur des germes d’une part,
et leur propagation si étendue parfois ? Ce sont là deux questions
que nous nous sommes posées bien des fois avant de pouvoir les
résoudre.
Convaincu que, dans la lèpre humaine, les infections secondai¬
res doivent jouer un rôle important (1), j’ai songé à inocu’er des
rats avec du matériel fortement impur. A une suspension de ba¬
cilles recueillie aussi proprement que possible sur un rat malade,
j’ai ajouté un staphylocoque faiblement pathogène pour le rat,
mais causant un abcès par inoculation sous-cutanée. Plusieurs
espèces de staphylocoques ont été employées; celle qui m’a donné,
les meilleurs résultats provenait du mucus nasal d’un lépreux et
avait été isolée du pus d’un abcès provoqué par l’inoculation de ce
mucus nasal à un rat normal. Le mélange était suspendu soit en
bouillon, soit en liquide d’ascite, le véhicule s’est d’ailleurs mon¬
tré tout à fait indifférent. Plusieurs expériences ont été faites et
21 rats ont été inoculés avec ce mélange de germes, en même
temps que des lots d’animaux témoins recevaient une dose équi¬
valente de suspension pure de bacilles de Stefansky. Dans la deu¬
xième catégorie d’animaux les phénomènes morbides provoqués
par l’inoculation sont, comme toujours, restés peu marqués et
l’autopsie seule a révélé la présence d’acido-résistants en plus ou
moins grand nombre dans les ganglions superficiels.
Parmi les 21 rats qui ont reçu le matériel impur, un certain
nombre ont survécu de 7 à 13 mois. Dans les premiers mois, les
animaux qui sont morts portaient moins de germes dans les gan¬
glions que les témoins. Mais après le 7e mois, le tableau a totale¬
ment changé, 10 sur 12 des rats qui ont survécu étaient porteurs
de lésions étendues.
Les unes étaient représentées par des nodules étalées de la di¬
mension d’une pièce de 2 francs autour du point d’inoculation,
les autres avaient une infiltration bacillaire de tout le tissu con¬
jonctif sous-cutané. L’accumulation des germes était surtout con¬
sidérable à la face ventrale où elle avait amené la formation d’un
véritable plastron, sorte de nodule étalé, partant des ganglions
inguinaux et s’étendant presque jusqu’à ceux de l’aisselle.
(1) L. Marchoux. Les migrations du bacille de la lèpre, 2e
la lèpre tenue à Bergen en 1910. Lepra, t. XI, p. 57.
conférence de
— 468 —
Ces expériences indiquent donc le rôle que jouent dans ia pro¬
pagation de l’infection lépreuse certaines infections secondaires.
Ce qu’on observe chez les rats sauvages atteints de lèpre corrobore
ce que nous avons expérimentalement provoqué. Ces animaux
sont toujours plus ou moins profondément blessés par des mor¬
sures infectées, et infectées de cocci, qui parfois pénètrent dans
le tissu conjonctif sous-cutané avec les cellules migratrices qui
en sont farcies. C’est sans doute à ces infections secondaires
qu’est due la diffusion des germes dans l’organisme des rats in¬
fectés.
Si, comme nous sommes porté à la croire, les personnes vivant
au contact de lépreux sont fréquemment contaminées, on s’expli¬
querait, par ce qu’on voit se produire dans l’espèce murine, que
l’infection reste longtemps localisée et ignorée, puis qu’un jour
elle s’étende, aidée par la concomitance d’infections étrangères,
et provoque l’apparition de stigmates lépreux. Cette hypothèse
s’accorde bien avec ce qu’on sait et peut faire comprendre la rai¬
son de ces longues incubations parfois observées dans la lèpre
humaine.
Un cas de dysenterie mixte
provenant de Shang-Haï
Par A. DENIER.
Dans une note précédente, présentée à la séance du 8 mai de
la Société, et faite en collaboration avec M. Huet, j’ai attiré
l’attention sur certaines dysenteries, nettement tropicales au point
de vue clinique, dans lesquelles néanmoins on trouvait un Bacille
dysentérique associé ou non aux amibes. Le cas que je rapporte
aujourd’hui en est un nouvel exemple.
M. Gh... provenant de Sikaway, près Shanghai, se présentait,
il y a environ deux mois au Laboratoire de M. Marchoux, avec
une colite d’origine dysentérique de plusieurs mois et ayant né¬
cessité son rapatriement. Il s’agissait cliniquement d’une dvsen-
terie tropicale typique à forme chronique.
Au microscope les selles contenaient en grande abondance
Aviœba ietragena de Viereck. Quelques amibes contenaient des
— 469 —
globules rouges. 11 n’était point observé de kystes. Le premier
examen fut pratiqué par M. Delanoe, qui, expérimentalement,
reproduisit la dysenterie chez trois jeunes chats.
D’autre part, en procédant sur milieu de Drigalski et Conradi,
à la recherche des Bacilles dysentériques, j’ai constaté la présence
du Bacille de Flexner en grande abondance dans ces mêmes sel¬
les.
Sans attacher une bien grande importance à un résultat isolé,
j’ai cru devoir signaler le fait. 11 s’agit, en effet, d’une dysente¬
rie cliniquement et microscopiquement amibienne, dans laquelle
le Bacille de Flexner se trouve associé à l’amibe.
Il s’ensuit qu’un examen microscopique de selles dysentériques
ne saurait être complet que s’il comporte, outre la recherche de
l’amibe dysentérique, celle du virus de la dysenterie bacillaire.
•Cette recherche est délicate et comporte chez celui qui la pratique
une assez grande connaissance de la flore intestinale. C’est peut-
être là l’explication de bien des recherches négatives.
De l’importance du choix strict de l’espèce
dans les expériences d’infection
pratiquées chez les singes
Par Charles NICOLLE.
L’utilité de distinguer entre les divers genres et espèces de sin¬
ges, dans les essais de reproduction expérimentale des maladies
infectieuses, n’est pas apparue de suite à ceux qui ont eu l’idée de
se servir de ces animaux, coûteux et délicats, en raison de leur
parenté avec l’homme.
Nous croyons avoir été des premiers à souligner l’intérêt de
cette distinction dans une de nos publications sur la reproduction
-expérimentale du chancre mou ( Presse médicale, 4 novembre
1899); nous avions, en effet, reconnu, entre les divers singes sur
lesquels nous expérimentions et dont nous ne savions encore
exactement désigner l’espèce, des différences assez sensibles.
Depuis, des faits ont été apportés de tous côtés, qui ne laissent
aucun doute au sujet de l’importance au moins de la notion de
33
— 470 —
genre. Les anthropoïdes, si voisins de nous, ont acquis une place
à part. On connaît la remarquable résistance des cynocéphales
aux virus des trypanosomiases humaines et animales.
11 semble cependant que de tels faits n’aient pas entièrement
éclairé les esprits. Si la notion de l’importance du genre paraît
admise, bien rares sont ceux qui étendent la distinction et com¬
prennent l’intérêt du choix parmi les espèces d’un même genre.
Or, c’est là une notion capitale, dont la connaissance est féconde
et dont la négligence conduit au contraire à de fâcheuses confu¬
sions. A ce sujet, l’exemple du typhus exanthématique et du tra¬
chome est des plus instructifs.
Typhus exanthématique. — Ayant à poursuivre des recherches
longues et répétées sur cette maladie, et ne pouvant faire qu 'ex¬
ceptionnellement usage du chimpanzé, dont nous avions reconnu
la parfaite sensibilité, il nous a fallu étudier de très près les qua¬
lités que nous offraient les espèces de petits singes les plus com¬
munes. Pour nous en tenir aux macaques, ce sont le Macacus
sinicus (bonnet chinois), le M. inuus (magot), le M. rhésus et le
M. cynomolgus.
Les deux premières espèces présentent une sensibilité constante
au virus ; leur température est assez basse pour que la moindre
oscillation thermique en acquière une valeur aussi grande que
dans une observation humaine; malheureusement, la délicatesse
de ces singes apporte souvent une gêne aux expériences; il faut,
pour les conserver en bonne santé et vivants, suivre de minu¬
tieuses précautions. Une des deux autres espèces, le rhésus, est
d’un emploi plus séduisant ; sa résistance aux maladies sponta¬
nées est vraiment grande ; mais cette résistance ne va pas sans une
contre-partie fâcheuse, elle s’étend également aux infections ex¬
périmentales. Ce qui ferait la supériorité de l’espèce pour un col¬
lectionneur ou un montreur de singes, n’a plus qu’un avantage
très relatif pour nous. Il convient d’ajouter que la température
normale du rhésus est de 40° et, qu’en cas d’infection exanthéma¬
tique, son maximum ne dépasse pas la même limite que chez le
M. sinicus dont la température est voisine de 38 ; et cela cons¬
titue un inconvénient évident. Instruits de ces faits, et ayant cons¬
taté, dès nos premières recherches, une résistance manifeste du
rhesiis au virus exanthématique, nous avions renoncé à l’emploi
de ce réactif inconstant et incommode et nous avions fait choix
systématiquement du Macacus sinicus, espèce dont nous avons la
t
i
— 47 1 2 —
pratique depuis longtemps et que nous sommes parvenus, par
l’observation de certains soins, à conserver en bonne santé dans
notre singerie.
C’est pour avoir négligé nos conseils ( Annales de V Institut
Pasteur, janvier 1910, p. 4) et limité leur choix dans leur étude au
Macacus rhésus que Goldberger et Anderson ont dernière¬
ment (1) commis cette méprise d’expliquer les résultats de certai¬
nes de nos expériences négatives par une immunité naturelle de
nos singes et non comme, mieux instruits, nous le faisions, par
la non virulence du produit inoculé ou l’immunité acquise.
Conclure de la résistance du rhésus à celle du bonnet chinois
est une erreur matérielle. Le Macacus rhésus, sans être aussi sou¬
vent réfractaire que semblent l’indiquer les travaux de G. et A.,
offre des variations gênantes dans sa sensibilité. Le bonnet chi¬
nois, au contraire, est constamment sensible, à condition que la
quantité de virus injectée soit suffisante (4 à 5 cm3 de sang) et
l’inoculation faite dans la cavité péritonéale. lTne pratique de plus
de cent expériences sur cette espèce nous l’a démontré (2).
Au point de vue de la sensibilité au typhus exanthématique,
nous classerons ainsi les divers singes éprouvés :
Espèces de choix: Chimpanzé, bohnet chinois et magot.
Espèce médiocre : Rhésus.
Notre pratique du M. cynomolgus n’est pas assez étendue (bien
que cette espèce nous ait donné de bons résultats) pour que nous
nous prononcions sur ses qualités d’une façon absolue. D’autre
part, il y a lieu de ranger parmi les espèces de choix, un singe
du Nouveau Continent, Ateles vellerosus qui, entre les mains de
Gavino et Girard, s’est montré d’une sensibilité constante.
Trachome (Conjonctivite granuleuse). — Une classification
analogue peut être donnée aujourd’hui des diverses espèces de
singes, dont nous avons fait usage dans nos expériences, en partie
inédites, sur le trachome :
1. Espèces utilisables. — Chimpanzé. Sensibilité presqu’égale à
celle de l’homme (il en serait de même de l’orang-outang, v. Pro
wazek).
(1) Studies on the virus of typhus. Public Health Reports, 31 mai 1912,
PP- 835-862.
(2) Il est utile aussi de tenir compte de l’âge. L’enfant est rarement at¬
teint de typhus exanthématique ; chez lui, la maladie offre une bénignité très
grande ; le nourrisson même paraît réfractaire (Nicolle et Conseil) ; rien
d 'étonnant si les très jeunes singes sont également moins sensibles que les
adultes.
— 472 —
Macacus inuus (magot). Sensibilité très voisine. En raison de
cette sensibilité et de son prix peu élevé, le magot est appelé, sans
doute, à devenir l’animal réactif du trachome.
2. Espèces non utilisables. — M. sinicus. Sensibilité très faible.
M. rhésus. Sensibilité à peu près nulle.
Autres infections. — Les exemples pourraient être sans doute
multipliés. Citons, en ce qui concerne notre expérience, deux
maladies dans lesquelles nous avons pu nous convaincre d’une
différence de sensibilité à l’avantage du bonnet chinois sur le
rhésus: le chancre mou, rappelé plus haut; la spirillose humaine
^constatations inédites).
De ces faits, il faut conclure qu’on ne doit point considérer a
priori comme également réceptifs des singes voisins et d’espèces
différentes ; mais, au contraire, chercher à établir, entre les espè¬
ces d’un même genre, un choix judicieux. En agissant autrement,
on s’exposerait, suivant le cas, à conclure, ainsi que l’on fait
Goldberger et Anderson, de la résistance d’une espèce à celle
d’une espèce voisine, dont les faits cependant démontrent la par¬
faite sensibilité; ou bien dans un groupe dont les spécimens étu¬
diés paraissent réfractaires, à passer à côté d’une espèce aussi uti¬
lement sensible que se l’est montrée, entre nos mains, seul du
genre macaque, le magot, vis-à-vis du virus trachomateux.
(Institut Pasteur de Tunis.)
Nouveaux points de l’étude expérimentale
du spirochète de la fièvre récurrente
nord-africaine. — Réceptivité du lapin
Par Charles NICOLLE et L. BLAIZOT.
I. — Le lapin a déjà été soumis à de nombreuses tentatives
d’infection au moyen des spirochètes de fièvres récurrentes. Mais
si l’on excepte le cas du duttoni , qui, dans les expériences de
Brenil et Kingh'orn (i), a donné des inoculations positives, pres¬
que tous les spirochètes essayés ont montré pour ce rongeur un
pouvoir pathogène très faible ou nul. NoRRis, Pappenheimer et
(1) Lancet, 10 mars 1906, p. 669. Liverpool Scool of tropical Medicin,
XXI, 1906, p. 1.
t
t
— 473 — .
Flournoy (i), avec le virus américain, parviennent à infecter le
lapin par injection intraveineuse (de 1 cm1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 de sang de singe):
par contre, dans la transmission en série, ils échouent dès le pre¬
mier passage; Mackie (?), avec le virus des Indes, communique
au lapin une septicémie très légère (1 spirochète tous les
20 champs); les expériences de Frànkel (3) avec le même virus
réalisent encore moins: les spirochètes inoculés dans le péritoine
disparaissent en 18 heures sans avoir provoqué de septicémie.
Quant aux expériences suivantes, elles n’enregistrent que des
résultats négatifs: ce sont celles de Novy et Knafp (4), avec le
spirochète américain, de Rabinowitch (5), avec le russe, de
Yersin (6) avec l’indochinois, de Mathis (7), de Mathis et Lé¬
ger (8), avec le tonkinois, de Sergent et Foley (g), avec le virus
du sud-oranais.
Les résultats que nous avions obtenus l’an dernier (10) en es¬
sayant d’infecter le lapin avec un virus d’origine tripolitaine
(5 passages positifs par voie péritonéale) nous ont engagés à re¬
prendre cette année ces expériences et à tenter l’emploi d’une voie
plus sévère, la voie intraveineuse. Et, comme il paraissait néces¬
saire d’inoculer de plus fortes doses, nous nous sommes arrêtés
à la technique suivante pour effectuer les passages en série:
On découvre la carotide d’un lapin infecté. Au moyen d’une canule stérile,
on recueille 25-30 cm3 de sang- sur 2 cm3 d’une solution de citrate de soude,
à 5/iooe. On injecte aussitôt le mélange dans les veines de deux lapins
neufs. Ceux-ci reçoivent l’injection sans présenter le moindre trouble.
Le virus dont nous nous sommes servis était, cette année en¬
core, d’origine tripolitaine. Il provenait d’un malade à son 2e ac¬
cès et avait subi un passage par singe (bonnet chinois).
Le premier lapin fut inoculé dans les veines avec 5 cm3 de sang
citraté de ce singe ; les autres, en suivant la technique que nous
(1) Journ. of infect, diseuses, t. III, 1906, p. 272.
(2) Lancet, 21 septembre 1907, p. 833.
(3) Berl. klin. Wochens., 4 février 1907, p. 126.
(4) Journ. of. infect, diseases, t. III, 1906, p. 221.
(5) Centr. f. Bakt. Orig., XLVI, 1908, p. 583.
(6) C. R. Soc. Biol.’ 1906, I, p. 1037.
(7) Idem., 2 mai 1908, p. 733.
(8) Recherches de parasitologie du Tonkin, 1911, p. 119.
(9) Ann. Inst. Past., 1910, p. 352.
(10) Soc. de Pathologie exotique, 13 déc. 1911, pp. 658-860 et Archives de
l’Inst. Past. de Tunis, 1912, I, pp. 17-23.
1
— 474 —
(i) Explication des signes : PN, peu nombreux ; AN, assez nombreux ;
N, nombreux; TN, très nombreux.
— 47 5 —
avons décrite. Nous avons pu réaliser ainsi 12 passages par lapins
et, lorsqu’au douzième nous avons interrompu l’expérience, l’in¬
fection était au moins aussi intense qu’au premier.
Chez tous nos lapins, l’infection s’est traduite par la présence
d’un chiffre élevé de spirochètes; dans quelques cas, leur nombre
égalait celui des globules rouges; mais, bien que l’intensité de
la septicémie ait plutôt progressé avec les passages, sa durée s’est
maintenue d’une constante parfaite: dans les heures qui suivent
l’injection de sang infectieux, la courbe des spirochètes subit une
régression rapide ; à la 24e heure, on constate qu’ils se sont multi¬
pliés à nouveau; leur abondance croît souvent jusqu’à la fin du
2e jour ; puis, dans les heures suivantes et très rapidement, ils dis¬
paraissent; aucun de nos lapins n’a présenté de spirochètes
72 heures après l’injection.
La virulence pour l’homme des spirochètes de 10e passage
n’était nullement atténuée; nous avons pu nous en rendre compte
par l’infection accidentelle de l’un de nous, due au contact de
quelques gouttes de sang infectieux avec une plaie minime du
doigt.
Leur virulence pour le singe a été remarquable : neuf bonnets
chinois ou magots infectés en série à partir de ce virus de 10e pas¬
sage par lapin ont fait une maladie sévère ; cinq sont morts en
pleine infection, avec une dégénérescence graisseuse du foie. Les
spirochètes étaient dans leur sang plus nombreux que les globules
rouges et présentaient à l’ultramicroscope l’aspect d’un réseau à
mailles serrées.
IL — Il nous paraît intéressant de faire observer que ces îésul-
tats ont été obtenus avec un virus tripolitain et que les spirochètes
de la fièvre récurrente du nord de l’Afrique sont considérés, si
l’on admet les conclusions d’Edmond Sergent et Fôley (i) (Ora-
nie) et de Balfour (2) (Haute-Egypte), comme les moins patho¬
gènes pour les animaux de laboratoire de tous les spirochètes du
type Obermeieri.
D’un point de vue plus général, nos expériences montrent que
des trois critérium mis en avant pour différencier les espèces de
spirochètes (réceptivité des animaux cfe laboratoire, immunisation
croisée, épreuve des sérums agglutinants), le premier devient for¬
tement suspect, puisqu’il suffit de forcer la dose pour obtenir des
(1) loc. cit., p. 349.
(2) 4th report of the Wellcome Res. laboratories, igii, p. 74-
résultats opposés: car, il est bon de le rappeler ici, Uhlenhuth
et Haendel (i), étudiant plusieurs spirochètes (africain, améri¬
cain, russe), n’ont pas infecté le lapin, même par voie intravei¬
neuse.
« «
D’autre part, le second critérium (immunisation croisée) est
désavoué par les mêmes auteurs, qui, par son emploi, n’ont pu
établir de différence entre le spirochète russe et l’américain. Il est
également combattu par Strong (2) qui conclut qu’à l’aide de ce
procédé les trois virus européen, américain, indien, sont impos¬
sibles à distinguer: par contre* ils se distinguent facilement de
l’africain. Et voici que cette même épreuve aurait, au contraire,
séparé, entre nos mains, deux spirochètes qui sont à coup sur de
même lignée tripolitaine : nous avons pu, en effet, à huit mois
d’intervalle (juillet 1911-mars 1912), infecter pour la seconde
fois un singe (bonnet chinois) avec un virus de même prove¬
nance que le premier. Mathis et Leger avaient également obtenu
quelques réinoculations positives avec leur virus du Tonkin, mais
après des délais plus longs ,20 et 23 mois).
Reste la troisième épreuve, celle des sérums agglutinants, pré¬
conisée par Uhlenhuth et Haendel; c’est, évidemment, la plus
délicate, car elle s’appuie sur la mesure de la limite d’action des
sérums spécifiques ; mais il faut reconnaître que c’est sur cette
seule base que s’édifie à l’heure actuelle la séparation entre les
différentes espèces créées au sein du groupe « obermeieri ».
(Institut Pasteur de Tunis.)
Traitement de la fièvre récurrente
par le Néosalvarsan d’Ehrlich
Par E. CONSEIL et E. BIENASSIS.
Au cours d’une épidémie de fièvre récurrente, qui a sévi depuis
le printemps en Tunisie, nous avons eu l’occasion d’expérimenter
le traitement par Varsénobensol. Comme nos prédécesseurs,
Iversen, Ed. Sergent et V. Gill'ôt, Paücot, Moüzels, J. Legen-
(1) Arb. e. d. Kaiserl. Gesundheitsamte, XXVI, 1, 1907, p. 7.
(2) Philippine Journ. of medic. Science, t. IV, f. 3, 1909, p. 187.
— 477 —
DRE, nous avons obtenu des guérisons extrêmement rapides et dé¬
finitives.
Estimant que la fièvre récurrente nord-africaine ne justifie pas,
à cause de sa bénignité habituelle, les douleurs qu’entraîne l’in¬
jection intramusculaire de salvarsan, nous avons toujours eu re¬
cours aux injections intraveineuses, à la dose de 8 mmg. par kilo-
Sur ii cas, traités au premier accès, nous avons obtenu la guéri¬
son définitive, la disparition des spirilles et de la fièvre en moins
de 12 heures, sauf dans un seul cas.
Il s’agissait d’un enfant de 12 ans, traité au 2e jour du premier accès par
une injection intraveineuse de o g. 25 cg., chez lequel la première crise con¬
tinua son évolution normale et une rechute avec présence de spirilles se pro¬
duisit le 9e jour.
Nous devons donc conclure que l’arsénobenzol constitue un re¬
mède vraiment spécifique de la fièvre récurrente ; il amène habi¬
tuellement une stérilisation rapide et définitive de l’organisme.
Malheureusement, ce traitement n’est pas sans offrir des diffi¬
cultés très grandes dans la pratique, lorsqu’il s’agit de soigner des
indigènes à la campagne. De plus, cette guérison rapide ne s’ob¬
tient qu’au prix d’une réaction très vive et très douloureuse, qui,
même dans certains cas, peut n’être pas sans danger.
Ces considérations nous ont amené à essayer d’autres rraite-
ments. L ’hectine, en injections intramusculaires, à la dose de
o cg. 40 quotidienne, n’a eu aucune efficacité sur la marche de
l’accès, et même, continuée pendant la période d’apvrexie, n’a pas
toujours été capable d’empêcher les rechutes.
L 'ém étique, en injections intraveineuses (suivant la technique
préconisée par L. Martin et Darré à fa dose de o cg. 10 quo¬
tidienne pendant dix jours), ne nous a donné également que des
résultats inconstants. 11 en fut de même de V émétique d’aniline
d’YvoN, à la dose de 0,10 à 0,20 pour une seule injection dans la
période fébrile.
Nous devons à l’obligeance de MM. A. Calmette et Ch. Ni¬
colle d’avoir pu compléter ces essais par i’emploi du dernier
composé d’EHRLiCH, préconisé par lui dans la syphilis, le néo-
salvarsan qui, à notre connaissance, n’avait pas encore été expé¬
rimenté dans la fièvre récurrente.
Nous avons déjà pu recueillir 9 observations que nous résu¬
mons ci-dessous.
Obs. I. — N° 269. S. ben Mou. 30 ans, boulanger, 68 kg. ; entre à l’hô¬
pital de la Rabta le 17 juin 1912, au 6e jour de son Ier accès. Le début a été
— 478 -
brusque, maux de tête, fièvre et douleurs articulaires persistants. Il est ce¬
pendant peu abattu et n’offre comme symptômes objectifs qu’une douleur
très prononcée à la palpation de la rate et du foie. L’examen du sang montre
quelques rares spirilles. Une injection intraveineuse de o g. 70 cg. de néosal-
varsan (1) est faite, à 2 heures du soir. Trois heures après l’injection, la tem¬
pérature s’est élevée de 38°, 6 à 40°,2, sans qu’il soit possible de retrouver
les spirilles dans le sang ; quelques vomissements accompagnent cet accès,
qui reste beaucoup moins violent que ceux que nous sommes accoutumés de
voir avec le 606. Le lendemain matin, la température est à 36°, 8, l’état gé¬
néral excellent et, malgré une petite poussée fébrile dans l’après-midi, les
spirilles ne réapparaissent point dans le sang. La guérison est rapide et se
maintient pendant les trois semaines où le malade reste en observation.
Obs. IL — N° 267. Alt ben Hadj, 20 ans, 69 k. ; entre au lazaret au
6e jour de sa maladie, se plaignant de fièvre, de vertiges et de céphalée. Mal¬
gré un état général assez bon, l’examen du sang montre la présence de spi¬
rilles excessivement nombreux (plus de 10 par champ).
On inocule de suite 1 g. 45 de néosalversan ; la température s’élève au
bout de 3 heures à 40°,3, avec quelques vomissements et une transpiration
abondante ; mais la réaction reste très légère. Dès le lendemain, le malade
se trouve beaucoup mieux ; la fièvre est tombée et le pouls est à 76 ; il
n’v a pas d’albumine dans les urines ; on ne trouve plus de spirilles dans le
sang. A partir de ce moment, le malade observé 3 semaines, demeure guéri.
Obs. III. — N° 268. A. ben Ali, 34 ans, 71 k ; malade depuis 4 jours avec
des symptômes caractéristiques ; céphalée , douleurs articulaires, sensibilité
de la rate et du foie, léger subictère. A son entrée (17 juin) la température est
de 4i°,2, le sang contient des spirilles assez nombreux, mais le malade a
(1) Toutes nos injections ont été faites avec une solution préparée au lit
du malade, à raison de un centigramme dissous dans 2 cm3 de sérum froid
à 4 pour 1.000.
Pendant tout leur séjour à l’hôpital, la température a été prise toutes les
3 heures et les examens de sang répétés 3 fois par jour.
— 479 —
déjà des sueurs profuses et semble près de sa crise. On lui fait aussitôt une
injection de x g. 45 de néosalvarsan. Trois heures après il vomit un peu,
mais ne présente pas de réaction fébrile. Au contraire, la température s’a¬
baisse immédatement ; la nuit, il a un peu de diarrhée et des sueurs pro¬
fuses. Le lendemain matin, il n’accuse qu’un léger vertige et réclame à
manger ; pas d’albumine ; le pouls est à 80 et le sang ne présente plus de
spirilles. La convalescence fut rapide, marquée seulement par quelques dou¬
leurs articulaires.
Obs. IV. — N° 260. Z. ben Ali, 35 ans, 58 k., nègre ; entre à l’hôpital le
13 juin dans le coma ; périodes de délire violent, alternant avec des périodes
de prostration ; lèvres présentant des ulcérations sanieuses ; pouls rapide,
mais bien frappé ; dyspnée causée par une congestion pulmonaire des deux
bases ; ictère prononcé des conjonctives ; le malade urine sous lui et trans¬
pire abondamment. Cet état grave nous fait différer l’injection de néosalvar¬
san malgré la présence de nombreux spirilles. La chute de la température se
produit le 15 juin, sans amener d’amélioration de l’état général ; le malade
continue à délirer, à gâter sous lui et l’ictère s’accentue, malgré la dispari¬
tion totale des spirilles.
Le 21 juin, au moment où l’amélioration semble se dessiner, une rechute
se produit. Le 22, la température se maintient toute la journée à
40°,8, le sang contient un nombre extraordinaire de spirilles (dans certains
champs, il y en a plus que de globules rouges) ; l’état général redevient très
mauvais et il paraît évident que le malade ne pourra résister à cette nouvelle
crise.
On se résout alors à injecter 1 g. de néosalvarsan à 6 heures du soir. Le
malade ne réagit que très peu à l’injection, pas de vomissements, une
seule selle en diarrhée.
Le lendemain matin, légère amélioration, la température s’est abaissée,
les lames de sang ne montrent aucun microorganisme ; il n’y a pas d’albu¬
mine dans les urines. L’état s’améliore lentement ; cependant, dès le 24 juin,
l’ictère est à peu près disparu et le malade peut quitter l’hôpital le 30 juin
en assez bonne santé.
Obs. V. — N° 272. Romdane ben Môh, 25 ans, nègre, 62 k. ; entre te
20 juin, malade depuis 6 jours. Très abattu, céphalée, douleurs articulaires.
Présence de spirilles dans le sang.
A 7 heures du soir, alors que la température est de 40°,8, injection de
1 g. de néosalvarsan. Réaction très légère, marquée seulement par de la
diarrhée et des sueurs pendant la nuit.
Le matin, le malade est encore abattu, mais la température est tombée à
370 et il n’y a plus de spirilles. Pas d’albumine. La guérison semble défini¬
tive, lorsque le 27 juin il fait brusquement une ascension thermique. L’état
général n’est pas modifié et, à aucun moment, le sang, examiné à l’ultra¬
microscope, n’a montré de spirilles. Le malade sort le 5 juillet, sans nou¬
vel incident.
Obs. VI. N° 273. Messaoud ben Hadj, 22 ans, 72 k., nègre ; entre au
lazaret le 20 juin, dans un état de délire intense ; il s’enfuit de la salle à
plusieurs reprises et l’on est obligé de l’attacher. A cette période d’agitation,
succède une prostration complète ; la sensibilité à la douleur est complète¬
ment abolie. A ce moment, la température est de 40° et le sang contient
de nombreux spirilles ; on pratique une injection de 1 g. 10 de néosalvar¬
san ; 4 heures après, le malade a un peu repris connaissance ; diarrhée
fétide ; température moins élevée ; absence de spirilles ; sueurs abondantes.
Le malade reste le lendemain très abattu. Un ictère assez intense appa¬
raît ; pas d’albumine ; pouls 106. L’état général ne s’améliore ensuite que
lentement ; la température s’élève encore, le 12 juin, à 3g0, 2 et, le 24 juin,
à 36°, 6, sans que des examens répétés à l’ultramicroscope décèlent la pré¬
sence de spirilles.
Le malade peut quitter l’hôpital le 5 juillet très amaigri, mais n’ayant plus
d’ictère et paraissant définitivement guéri.
Obs. VIL — N° 282. Amor ben Djemaa, 22 ans, 52 k. ; entre le 24 juin
1912, amaigri, très prostré, gâtant sous lui, ne pouvant donner aucun ren¬
seignement sur le début de sa maladie ; région splénique très doulou¬
reuse, langue rôtie, ictère très marqué. Spirilles assez nombreux. T. 3g0, 4.
Injection de o g. 75, sans aucune réaction consécutive : ni vomissements,
ni diarrhée. Au bout de 2 heures, il n’y a plus de spirilles, mais pendant les
— 481 —
jours suivants, le malade conserve un état de prostration cérébrale très
marqué. Elus d’albumine ; l’ictère persiste, sans augmenter d’intensité ;
mais, après une journée de légère amélioration, l’état général s’aggrave à
nouveau : pouls faible, gencives fuligineuses, le malade ne s’alimente pas,
il a de la diarrhée , gâte sous lui. Il semble ensuite et peu à peu se cachec-
tiser, bien que la température reste toujours à la normale et qu’il n’y ait
pas de spirilles dans le sang ; enfin il meurt lentement le 3 juillet.
A l’autopsie, on trouve une rate petite et ferme, des reins petits, sans
lésions macroscopiques, les capsules surrénales, les poumons et le cœur
normaux, mais le foie, très légèrement hypertrophié, est le siège d’une
dégénérescence vitreuse totale. La mort semble être due à l’insuffisance
hépatique.
Obs. VIII. — N° 280. Moh. ben Salah, 25 ans, 64 k. ; malade depuis
5 jours, entre le 23 juin ; malgré une température élevée et des symptômes
caractéristiques, on ne trouve pas de spirilles dans le sang. Le 25 juin seu¬
lement, on rencontre quelques rares spirilles. L’état général est à ce mo¬
ment assez grave, langue rôtie, fuliginosité des lèvres, abattement. On lui
injecte alors o g. 75 de néosalvarsan. Après une réaction légère, les spirilles
disparaissent après 6 heures, mais la température reste encore à 40° pendant
24 heures. Elle s’abaisse alors définitivement. Traces d’albumine.
Obs. IX. — N° 275. El Hadj ben Moh, 25 ans, 68 k. ; entre au 5e jour
de son premier accès ; la présence de spirilles étant constatée dans le sang,
le malade reçoit 1 g. 20 de néosalvarsan. 11 a, dans la suite, quelques vomis¬
sements et une diarrhée intense pas de sueurs. Le lendemain matin, le
pouls est faible 80 ; il souffre des épaules, se plaint d’avoir mal dormi. Il
n’y a plus de spirilles dans le sang ; traces d’abumine. Tous ces symptômes
disparaissent le lendemain et la convalescence s’établit rapidement et défi¬
nitivement.
Nous pouvons donc adopter pour le néosalvarsan les conclu
sions de nos prédécesseurs concernant l’arsénobenzol.
Nous avons en notre possession un médicament réellement spé¬
cifique, avec lequel les spirilles disparaissent du sang définitive¬
ment en moins de 12 heures.
En dehors des avantages déjà signalés à propos du néosalvar¬
san par ceux qui l’ont expérimenté dans la syphilis (solubilité
parfaite, facil ité de manipulation), nous croyons qu’il faut y ajou¬
ter l’avantage d’une toxicité beaucoup moins grande. Nous avons
pu injecter, dès la première fois, jusqu’à 1 g. 45 de néosalvarsan
à des malades pesant 60 kg., c’est-à-dire de 25 mmg. par kg.,
sans aucun inconvénient.
Cette moindre toxicité nous a permis d’en faire usage dans des
cas de fièvre récurrente excessivement graves et où l’état du foie
aurait contre-indiqué l’usage de l’arsénobenzol.
Enfin, nous avons eu l’impression très nette, ayant expérimenté
les deux méthodes, que le nouveau composé d’EHRLicH donne
une réaction beaucoup moins vive que le 606.
(Travail de l’Institut Pasteur de Tunis et de
l’Hôpital de la Rabta.)
— 482 —
La piroplasmose bovine au Dahomey
Par G. PÉCAUD.
Au cours de nos tournées dans le Haut-Dahomey, il nous a
été donné de retrouver, encore assez fréquemment, des piroplas¬
mes dans des préparations colorées de sang de bovidés.
Bouet, d’ailleurs, nous avait signalé déjà l’existence de cette
maladie dans la région de Djougou.
En 1910, d’assez nombreux cas de piroplasmose se manifestè¬
rent sur les animaux du troupeau du parc vaccinogène d’Abomey,
nous permettant d’étudier la maladie dans de meilleures condi¬
tions que pendant les tournées.
Ce sont les jeunes animaux qui sont le plus souvent atteints, et,
sur eux, l’affection contractée est le plus souvent bénigne. Sur
les adultes, atteints dans une très faible proportion, la maladie
est beaucoup plus grave.
Les principaux symptômes observés sont:
Faiblesse, anémie et cachexie provoquant une légère incoordi¬
nation des mouvements avec pseudo-paraplégie. Fièvre plus ou
moins élevée. Diarrhée. Ictère léger.
L’hémoglobinurie est exceptionnelle.
La mort, dans les cas graves, survient au bout de 15 à 20 jours
de maladie.
Dans le cas contraire, la convalescence est longue et dépasse
30 ou 40 jours.
Les lésions retrouvées à l’autopsie sont peu nettes:
Cachexie avec lésions congestives. Muscles fiévreux. Œdème
pulmonaire; parfois zones étendues de congestion. Liquide péri¬
cardique abondant ; pétéchies sur le coeur. Rate hypertrophiée et
congestionnée (dans deux cas nous l’avons trouvée rupturée).
Congestion et hypertrophie du foie.
Reins le plus souvent normaux, atteints parfois de néphrite le
plus souvent hémorragique.
Le sang est lavé : le nombre des hématies a considérablement
diminué; un grand nombre sont mouchetées.
Les hématozoaires retrouvés dans le sang affectent quatre for¬
mes bien caractérisées:
— 483 —
a) Des formes bigéminées classiques, par deux ou par quatre
(rare) dans un globule;
b) Des formes en anneaux avec un point de chromatine sur un
côté et vacuole centrale ;
c) Des formes en bâtonnets ou en virgules, avec environ une
moitié prenant la réaction de la chromatine ;
d) Enfin des petites formes disposées par quatre, en croix de
Malte.
Ces hématozoaires sont surtout abondants au début et pendant
la période aiguë de la maladie. Ils ne semblent pas disparaître
complètement du sang de l’animal guéri, et réapparaissent très
souvent sous l’influence d’une cause affaiblissant le sujet, comme
la péripneumonisation ou l’ensemencement du vaccin jennérien.
Relations cliniques.
Cas de piroplasmose mortel, avec complication de stomata-
gastrite ulcéreuse.
Génisse du Borgou, âgée de i mois.
Le 7 décembre, l’animal nous est signalé comme n’ayant pas voulu man¬
ger et boire. T. 41 °. Légère parésie postérieure. L’examen du sang montre
quelques rares formes en bâtonnets.
g décembre, aucun changement. Formes bigéminées non rares et en an¬
neaux (rares). La cachexie et la faiblesse du train de derrière augmentent. La
fièvre se maintient toujours élevée.
16 décembre. Les formes en anneaux sont abondantes. On voit aussi de
nombreuses formes en croix de Malte.
17 décembre. Plus de formes en anneaux. Encore quelques formes en
croix, mais aussi en bâtonnets.
18 décembre. Léger ictère. Diarrhée séreuse jaune. Parasites très rares’.
Quelques formes libres dans le plasma sanguin.
20 décembre. La maladie se complique par l’apparition, sur la muqueuse
buccale, de petites ulcérations à bords taillés à pic, de 7 à 8 mm. de diamè¬
tre. Les symptômes généraux sont aggravés. On ne voit plus, dans le sang,
que des formes bigéminées.
21 décembre. Fièvre élevée. Diarrhée bilieuse verdâtre. Aggravation des
symptômes. La génisse reste couchée et meurt dans la nuit.
Autopsie. — Lésions inflammatoires du tissu conjonctif sous-cutané et in¬
tramusculaire.
Rien aux poumons. Liquide péricardique peu abondant.
Rate légèrement hypertrophiée en trois endroits.
Foie congestionné, à parenchyme jaunâtre.
Reins sans lésions. Urine normale.
La muqueuse buccale renferme une quinzaine d’ulcérations déjà décrites.
Sur la muqueuse du rumen, on en retrouve en assez grande quantité, un
peu plus grandes.
Rien à la caillette ; rien à l’intestin.
Nous croyons savoir qu’il ne faut pas interpréter ces lésions
— 484 —
comme particulières à la piroplasmose, mais comme surajoutées
et provenant d’une infection secondaire.
Piroplasmose ordinaire bénigne.
Veau du Borgou. Quatre mois et demi.
Le 8 décembre, cet animal présente de la faiblesse du train postérieur
avec un peu de diarrhée vei'dâtre. T. 39°,2.
Du 9 au 13 décembre. La situation reste sensiblement la même : fièvre peu
élevée ; diarrhée. Piroplasmes bigéminés très rares.
13 décembre. — Aucun changement dans l’état général. T. 390. Piroplas¬
mes en quantité, particulièrement bigéminés ou en forme d’anneaux.
Hématies mouchetées.
16 décembre. Un peu moins de piroplasmes. Diarrhée persistante.
17 décembre. T. 390. La diarrhée diminue et la marche s’améliore.
Piroplasmes très rares.
18 décembre. T. 4o°,9. Aucun changement. Piroplasmes très rares.
19 décembre. Plus de diarrhée Le malade va mieux. Plus de parasites dans
le sang.
A partir de ce jour, l’état général s’améliore progressivement et le veau
peut être considéré comme complètement rétabli deux mois après.
En mars, il est ensemencé avec du vaccin et pendant la durée de l’éruption
ainsi que pendant quelques jours après, réapparaissent quelques rares fermes
bigéminées dans le sang.
Injection de sang parasité. Résultat positif.
Génisse âgée de 1 mois 1/2.
Cet animal reçoit, sous la peau, 5 cm3 de sang du veau précédent, le
16 décembre 1909. (Piroplasmes non rares).
Jusqu’au 25, rien d’anormal.
Les 25 et 26, l’animal semble malade et mange mal. Fièvre légère. T. 40°
et 4 1 0 ,4. Aucun piroplasme n’est encore visible dans le sang. Ce mauvais
état général semble s’aggraver petit à petit, mais ce n’est que le 4 janvier
qu’on voit pour la première fois des piroplasmes très rares dans le sang,
bigéminés. Vers le 10 apparaissent des formes en anneaux et en bâtonnets.
Les premières formes parasitaires (bigéminées) disparaissent les premières
vers le 15 ; les autres formes vers le 20.
La génisse n’a pas énormément souffert et s’est rapidement remise.
Nous avons renouvelé par deux fois ces injections de sang pa¬
rasité à des animaux sains et toujours avec succès, en essayant de
nous entourer de toutes les garanties qu’il est possible de se pro¬
curer en territoire infecté.
Nous en conclurons donc qu’il existe, au Dahomey comme
dans le Haut-Sénégal et Niger (Bouet, Path. exot., 1908, n° 4)
et le Sénégal (Thiroux, renseignements personnels), une piro¬
plasmose bovine qui nous paraît due à une association de P. bi-
geminum et mut an s ; que cette maladie est fréquente et bénigne
chez les jeunes animaux, plus rare et plus dangereuse chez les
— 485 —
adultes, et qu 'enfin elle provoque exceptionnellement l’hémoglo¬
binurie.
*
* *
Les tiques sont fort nombreuses au Dahomey au commence¬
ment de la saison des pluies, et cela malgré les feux de brousse
qui en détruisent une grande quantité. (En A. O. F. ces feux
sont malheureusement l’objet d’une interdiction sévère, motivée
par des raisons pas toujours bien réelles.)
La piroplasmose n’apparaît qu 'après la fin de la saison des
pluies (novembre-décembre), parce que c’est l’époque générale
des naissances.
On retrouve, comme dans toute l’Afrique Occidentale, Boophi-
lus annulatus et B. decoloratus, ainsi que Amblyomma (sp. ?)
et Rhicephalus (sp. ?).
■&
* *
Comme indication thérapeutique, nous citerons les injections
d’atoxyl à la dose de 25 à 50 cg. qui font baisser rapidement le
nombre des parasites et aident considérablement pour la guérison.
M. Mesnil. — M. Pécaud a fait allusion au bovidé piroplasmé,
ramené du Dahomey par M. Bouet, en 1908. Ce bovidé, une
génisse, était atteint à la fois de souma et de piroplasmose. Com¬
me il paraissait guéri, au printemps de 1909, de sa trypanosomia¬
se, nous avons, M. Bouet et moi, inoculé son sang à un jeune
veau acheté sur le marché de Paris. Pour plus de précaution,
nous avons gardé le sang citraté 3 jours à la glacière avant de
l’inoculer. Les inoculations ont été pratiquées aux doses de 30,
puis 60 cm3 de sang citraté les 27 et 28 mars 1909.
Le veau a contracté une infection pure à piroplasmes. Il a mon¬
tré une poussée fébrile à 40°,i le 4 avril ; puis une fièvre continue
allant jusqu’à 40°6, du 11 avril au 2 mai; à partir de cette date,
la température est revenue à la normale. Cette période fébrile a
été accompagnée d’une anémie très marquée. Les parasites, avec
les diverses formes que vient d’indiquer M. Pécaud, ont été vues
en plus ou moins grand nombre dans le sang circulant.
14 mois plus tard, le sang du veau, inoculé à forte dose (3 fois
34
— q.86 —
50 cm3) à un autre veau, a encore déterminé une infection à piro¬
plasmes qui a été mieux supportée que celle du premier veau ;
pas de réaction fébrile nette ; anémie peu marquée ; parasites tou¬
jours rares.
Ces faits, que nous espérons pouvoir présenter plus en détails,
établissent le degré de sensibilité des veaux nés en France au piro¬
plasme tropical qu’il y a tout lieu de rapporter au Pir. mutans
Theiler.
Contribution à l’étude de la espundia
(deuxième note)
Par A. LAVERAN et NATTAN-LARRIER.
Dans une première note, communiquée à la Société de Patholo¬
gie exotique le 13 mars 1912, nous avons annoncé que, dans les
frottis d’une ulcération de espundia, ainsi que sur des coupes
histologiques de la muqueuse palatine d’un sujet atteint de cette
maladie, nous avions trouvé des Leishmania dont l’aspect diffé¬
rait un peu de celui des L. Donovani et L. tropica.
Le Dr Escomel, d’Arequipa (Pérou), membre correspondant
de notre Société, auquel nous devions déjà les frottis et la pièce
anatomique, étudiés dans notre première note (1), nous a envoyé
récemment des frottis d’ulcères d’un malade dont l’observation
est résumée comme il suit dans la lettre de notre Collègue.
Homme de 62 ans, qui n’a passé que 55 jours dans la région
montagneuse où règne la espundia; alors qu’il se trouvait dans
cette région, il fut piqué à l’oreille gauche par un insecte, sur le¬
quel il ne peut fournir aucun renseignement, sinon qu’il était noi-
' râtre et qu’il s’envola rapidement après avoir piqué; 15 jours
après, l’ulcère de espundia commença à se développer à l’oreille
gauche, exactement au point piqué par l’insecte. En un an, la ma¬
ladie s’est généralisée; quand le Dr Escomel a vu le malade, il
présentait, outre l’ulcère initial à l’oreille gauche, des ulcérations
(1) On se rappelle que M. le Dr Escomel a donné une très bonne descrip¬
tion clinique de la espundia (Soc. de pathol. ■ exotique, 12 juillet 1911).
487 —
sur un des pieds, sur les doigts de la main gauche, sur ie nez,
sur la muqueuse des fosses nasales, au voile du palais, au pha¬
rynx et au larynx. L’évolution de la maladie a donc été exception¬
nellement rapide dans ce cas.
L’examen des frottis a donné les résultats suivants après colo¬
ration au Giemsa.
Les frottis sont au nombre de 4 : un d’entre eux provient de la lésion de l’o¬
reille, un autre de la lésion du nez, les deux derniers de l’ulcération de la
gorge.
i° Lésion de l'oreille. — Ce frottis, très riche en globules rouges, contient
de nombreux leucocytes polynucléaires, des mononucléaires grands et moyens,
des filaments de fibrine étirée, peu de bactéries. Les Leishmania s’y montrent
soit à l’état libre, soit incluses dans les macrophages. A l’état libre, aussi
bien qu’incluses dans les leucocytes, les Leishmania possèdent des contours
très nets et se colorent bien. Leur forme est arrondie plus souvent qu’ova¬
laire ; leur diamètre maximum varie entre 3 et 4 p. Leur noyau est nette¬
ment aplati et accolé à la paroi ; il mesure 1 p,5 à 2 p de long sur o p.,3 à
o p. 5, de large. Le centrosome occupe une position variable par rapport au
noyau ; il est assez souvent en contact avec lui. La forme du centrosome est
bacilliforme, plus rarement cocciforme.
20 Lésion du nez. — Le frottis est pauvre en globules rouges, il est formé
de mucus et de sérosité dans lesquels les mononucléaires sont abondants,
(macrophages, grands et moyens mononucléaires) ; des bactéries, cocci et
bacilles, forment çà et là des amas épais ; les filaments fibrineux sont rares.
Les Leishmania se rencontrent dans des macrophages, des leucocytes poly¬
nucléaires, et enfin à l’état libre. Qu’elles soient contenues dans les globules
blancs ou libres, lés Leishmania présentent, presque toutes, les caractères
que nous avons décrits à propos du frottis de la lésion de l’oreille.
30 Lésion de la gorge. — Les deux frottis n’ont pas été faits avec un ra¬
clage du fond de l’ulcération ; ils représentent une sorte de dissociation de
la fausse membrane fibrineuse qui recouvrait l’ulcération. Dans l’inter¬
valle des traînées formées par la fibrine, se disposent des filaments plus
fins, des globules rouges, des noyaux étirés de leucocytes désintégrés, de ra¬
res macrophages et polynucléaires intacts, enfin d’épais amas de bactéries
de toutes espèces. Les Leishmania libres sont rares ; elles sont situées sur
des filaments de fibrine, ou au voisinage de noyaux altérés. Les cellules para¬
sitées sont des macrophages et rarement des leucocytes polynucléaires ; les
Leishmania y sont soit isolés, soit multiples ; leur nombre ne nous a jamais,
dans ce cas, paru dépasser 4. Les Leishmania intra-cellulaires sont souvent de
dimensions inégales ; à côté d’éléments de 4 p de diamètre et plus, on en
trouve d’autres atteignant à peine 2 p, 5. Leur forme est toujours arrondie et
leurs contours sont bien nets. Les Leishmania possédant un noyau arrondi
ou ovalaire ne sont pas très rares. Noüs avons rencontré, à l’état libre et in¬
cluses dans les leucocytes, des formes de multiplication présentant une forme
arrondie, un diamètre de 7p,5a8 p, montrant, accolés à la paroi, des noyaux
cupuliformes au nombre de 2 et même, dans un cas, de 3.
En résumé, les frottis des lésions de l’oreille (chancre espundi-
que initial), du nez et de la gorge contiennent tous des Leish-
- 488 -
mania : un grand nombre de celles-ci ont été dessinées; 25 p. 100
d’entre elles possèdent un noyau de forme classique; 75 p. 100
présentent un noyau cupuliforme.
*
* *
La espundia du Pérou paraît devoir être identifiée à la maladie
qui est connue au Brésil sous Je nom de buba brasiliana et qui.
d’après les recherches de Bueno de Miranda, de Splendôre et de
Carini, a pour agent une Leishmania.
Notre Collègue, le Dr Splendôre nous a adressé récemment un
travail dans lequel il donne d’excellentes descriptions de la buba
au point de vue clinique et au point de vue anatomo-pathologi¬
que (1). Splendôre fait observer très justement que la buba, avec
ses localisations si communes sur les muqueuses de la bouche,
de l’arrière-bouche et des fosses nasales, constitue une forme cli¬
nique spéciale de Leishmaniose ; queques cas de localisation du
bouton d’Orient sur les muqueuses ont été signalés, à vrai dire,
mais il s’agit de faits exceptionnels, alors que les ulcérations des
muqueuses font partie du tableau clinique normal de la buba.
Splendôre constate, d’autre part, que la Leishmania trouvée dans
les ulcérations de la buba diffère un peu morphologiquement de
la L. tropica; dans les cultures de la Leishmania de la buba on
trouve, dit-il, des formes plus longues que dans les cultures des
Leishmania connues ; la longueur du flagelle peut atteindre 40 à
50 u. Nous avons signalé une autre particularité de la Leishmania
de la espundia: le noyau au lieu d’être arrondi ou ovalaire, com¬
me chez L. Donovani ou L. tropica, est souvent aplati, accolé à
îa paroi du parasite.
Wenyon a trouvé, parmi les Leishmania d’un bouton de Bag¬
dad, des éléments ayant des noyaux aplatis, accolés à la paroi,
et il a obtenu, avec les Leishmania de l’Amérique du Sud, de*
cultures tout-à-fait semblables à celles de L. tropica (2). L’étude
de la Leishmania américaine est trop récente pour qu’on puisse
conclure, au sujet des différences morphologiques qui ont été
signalées entre cette Leishmania et L. tropica, mais les différen-
(1) Soc. de path. exotique, 12 juin 1912.
(2) C.-M. Wenyon, The Journ. of trop. med. a. hyg. ; Ier juillet 1912,
t. XV, p. 193.
489 —
ces qui existent, au point de vue clinique, entre la leishmaniose
américaine (buba ou espundia) et le bouton d’Orient sont indé¬
niables, évidentes; alors même qu’on n’observerait aucune dif¬
férence morphologique appréciable entre la Leishmania américai¬
ne et la L. tropica, il y aurait lieu de distinguer ces parasites,
comme on distingue L. Donovani et L. tropica, bien que ces deux
Leishmania présentent au point de vue morphologique, la plus
grande ressemblance. La Leishmania de la buba et de la espundia
nous paraît constituer, si non une espèce nouvelle, au moins une
variété de la L. tropica que nous proposons de désigner sous le
nom de L. tropica var. americana.
M. Jeanselme. — Le mot de Buba brésilienne doit disparaître.,
car il prête à confusion. Il a été appliqué, en effet, d’une part, au
pian ou frambœsia, dont l’agent pathogène est le Spirochœte
pertenuis, de Castellani, et, d’autre part, à une maladie de na¬
ture jusqu’à présent inconnue et dont Breda (de Padoue) a donné
la description clinique.
'•"1VL Laveran. — Je crois qu’en effet, les noms de buba et de
espundia doivent disparaître et qu’il y a lieu de donner à la mala¬
die le nom de leishmaniose américaine ; la maladie décrite par
Breda, de Padoue, rentre probablement dans le cadre de cette
leishmaniose.
Le kala-azar est en Grèce
une maladie à cas sporadiques
/
Mégalosplénies de cause inconnue
Par Jean P. CARDAMATIS.
Pour nous assurer du degré de fréquence du kala-azar et dresser
un tableau exact de la maladie, nous nous sommes adressé à quel¬
ques-uns de nos confrères de la province et tout particulièrement
à ceux d’entre eux qui, appartenant à la Ligue antimalarienne,
parcourent les villes et les villages, les fermes et les chaumières
— 490 —
des régions les plus paludéennes de la Grèce. Nous les avons invi¬
tés à nous envoyer, pour nos recherches, sur des lames porte-
objets des préparations de frottis pris par ponction dans la rate et,
en outre, du sang de la périphérie de chaque mégasplénique dont
1a maladie semblerait due à la présence des Leishmania.
Neuf de nos confrères ont répondu avec empressement à notre
invitation.
En dehors des cas qui se sont présentés dans l’île de Crète, sur
17 autres constatés dans 12 provinces du royaume et suspectés de
kala-azar, 2 seulement dans la province de Fatras ont donné des
résultats qui ont permis d’affirmer qu’ils étaient dus à la Leish¬
mania .
En outre, nous avons examiné, de notre côté, les frottis de rate
dans deux cas de mégalosplénies traités par la splénectomie et
dans un troisième cas de mégalosplénie provenant d’un homme
mort d’une maladie qui nous était inconnue et dont les frottis de
rate nous avaient été envoyés sur notre demande par le Dr St. MÉ-
neïkos de Patras. Nos recherches dans ces trois cas ont donné des
résultats négatifs tant pour les parasites paludéens que pour les
Leishmania Donovani. D’où l’on voit que sur 20 cas de méga¬
losplénies, suspects de kala-azar, 2 seulement ont eu des résultats
positifs, soit une proportion de fréquence de 10 0/0 de cette
maladie sur des mégalosplénies suspectes.
Si, d’après ce qui vient d’être dit, nous prenons en considération
le petit nombre des cas suspects provenant de 12 provinces, nous
sommes amené à conclure que dans notre pays le kala-azar, sauf
dans certaines régions déterminées, telles que les îles de Spezzia,
d’Hydra, les environs de Patras, peut-être aussi les îles de Cépha-
Ionie, d’Ithaque et de Paxos, n’est -pas aussi fréquent dans le
reste de la Grèce qu’on Va supposé au début, mais que les cas
sont sporadiques.
Mais en plus il est incontestable qu’en dehors des régions ci-
dessus, sur tous les points du royaume où l’on a reconnu le kala-
azar, on a acquis la certitude que cette maladie y était de provenance
locale et, comme on le sait, des cas locaux de ce genre ont été
constatés non seulement à Athènes et au Pirée, mais encore à
Nauplie, à Almyros, à Volo, à Trikkala, à Poros et ailleurs encore.
Depuis le mois de mai 1910 jusqu’à ce jour, on connaît 50 cas
de kala-azar en Grèce.
— 491
Nous n’avons pas observé de Lcishmania dans le sang de la
périphérie chez nos malades.
Les observations hématologiques ont donné les proportions
suivantes pour les leucocytes.
De nos recherches nous tirerons les conclusions suivantes :
i° Résultat négatif (ioo %) quant à l’existence des Leishmania
Donovani dans le sang de la périphérie ;
2° Une légère poikilocytose dans 4 cas sur 5, soit une propor¬
tion de 80 % ;
30 Diminution sensible des polynucléaires ;
40 Grande augmentation des mononucléaires et surtout des
moyens de même que des grands leucocytes mononucléaires ;
50 Diminution très sensible des éosinophiles.
*
* * *
En terminant ce travail, nous devons dire que notre attention est
encore aujourd’hui vivement attirée comme naguère, avant la décou¬
verte du kala-azar en Grèce, sur le fait qu’en dehors des différen¬
tes espèces de mégalosplénies de causes connues, il existe en
Grèce une mégalosplénie dont la cause reste inconnue ; c’est sur
l’étude de celle-ci que nous désirons attirer aussi l’attention de nos
confrères.
- 492 —
Infection comparée des porcs par
“ Tryp. gambiense et “ Tryp. rhodesiense * (i)
Par F. MESNIL et M. BLANCHARD.
Ces expériences, comme celles faites sur les poules, ont eu pour
but de comparer, chez les animaux considérés comme réfractaires
ou peu sensibles au Tryp. gambiense, les infections dues à ce
trypanosome et à l’autre trypanosome humain d’Afrique, le
Tryp. rhodesiense.
Nos résultats ont été de même ordre qu’avec les poules, les in¬
fections obtenues avec les deux virus ont été sensiblement compa¬
rables. Les deux porcs mis en expérience faisaient partie d’un
même lot, pesaient sensiblement le même poids ; leur température
étant normale (39°,9) depuis plusieurs jours, ils ont été inoculés
le 27 janvier 1912, sous la peau du flanc, avec 1 cm3 de sang dilué
de souris de passage à trypanosomes très nombreux. L’infection a
évolué chez les deux animaux dans des conditions tout à fait sem¬
blables pendant 3 mois et demi: la température n’a jamais dé¬
passé 40°,8, elle s’est maintenue dans la moyenne de 390 à 40°,
pendant toute la durée de la maladie sans qu’il y ait eu de modifi¬
cation notable. Les variations de poids ont été pour le porc à
gambiense de 25 kg. à l’inoculation, 22 kg. après 17 jours, 36 kg.
après 51 jours, 35 kg. au 83e jour, 36 kg. au 105e jour, et, pour le
porc rhodesiense, de 23 kg., 21 kg., 36 kg., 33 kg., et 27 kg.
pour les mêmes périodes. Les deux animaux ont vécu dans un
bon état de santé apparente jusqu’au 48e jour ; à ce moment, ils
présentèrent de la lassitude, de l’inappétence, puis assez brusque¬
ment se manifestèrent des troubles de la station, surtout marquées
aux membres antérieurs et caractérisés par une flexion oseudo-
paralytique du canon sur le bras obligeant l’animal à se déplacer
en se traînant sur les genoux; aux membres postérieurs, les trou¬
bles furent toujours fugaces, quoique un peu plus accentués chez
le porc gambiense. La sensibilité n’était pas modifiée; il n’appa-
(1) Ce Bull., avril 1912, p. 213, et C. R. Soc. Biologie, t. LXXII, 1912.
493 —
rut jamais d’œdème de la face, de déformation de la voûte pala¬
tine, de chute des poils, ni de lésions des yeux.
Ces symptômes, accompagnés de périodes d’inappétence plus
ou moins marquées, ont persisté jusqu’au 105e jour, où le porc
rhodesiense est mort brusquement sans qu’aucune aggravation
dans son état ait pu le faire prévoir. L’autopsie n’a révélé aucune
lésion capable d’expliquer la mort: celle-ci ne peut être rattachée
à la trypanosomiase, car l’inoculation de fortes doses de sang du
cœur à de nombreux animaux sensibles est restée négative; d’au¬
tre part, il n’est pas possible de l’attribuer au Hog-choléra ou à
l’ostéomalacie, d’après les examents faits par M. Jouan, présent
à l’autopsie, et qui a acquis une grande expérience des maladies
porcines.
Depuis le 105e jour jusqu’à aujourd’hui (167e jour depuis l’ino¬
culation), le porc gambiense n’a plus présenté de symptômes gé¬
néraux, l’appétit a repris son cours normal, accompagné d’une
notable augmentation de poids (43 kg. au 127e jour; 44 kg. au¬
jourd’hui), mais les symptômes locaux de paralysie des membres
antérieurs ont persisté et l’animal ne peut toujours se déplacer
qu’en marchant sur les coudes. Un chien inoculé le 29 juin avec.
50 cm3 de sang de ce porc n’est pas encore infecté.
Au point de vue de la recherche des parasites au cours des
infections, il est à noter que l’examen direct du sang a toujours
été négatif : par contre l’inoculation, faite tous les 10 jours, de
1 cm3 de sang prélevé à l’oreille du porc, dans le péritoine de la
souris, a donné les résultats suivants qui précisent la marche de
l’infection :
Porc à Tryp. gambiense :
Après 10 jours : 2 souris prises l’une en 3 j., l’autre en 4 j., les deux mor¬
tes en 6 j.
Après 20 jours : 1 souris morte le lendemain, l’autre prise en 5 j., morte
en 9 j.
Après 30 jours : 2 souris prises en 4 j., mortes l’une en 6 j., l’autre en
7 j-
Après 40 jours : 2 souris prises en 5 j., mortes l’une en 8 j., l’autre en
9 î-
Après 50 jours : 2 souris prises l’une en 8 j., l’autre en 10 j., mortes l’une
en 14, l’autre en 17 j.
Après 60 jours : 2 souris prises l’une en 8 j., l’autre en 9 j., mortes l’une
en 13 j., l’autre en 15 j.
Après 70 jours : 2 souris non prises au 60e jour.
Après 80 jours : 2 souris non prises au 50e jour.
— 494 —
Porc à Tryp. rhodesiense :
Après io jours : 2 souris prises en 3 j., mortes l’une en 7 j., l’autre en
9 î-
Après 20 jours : 2 souris prises en 5 j., mortes l’une en 9 j., 1 autre en
10 j- , .
Après 30 jours : 2 souris prises en 5 j., mortes l’une en S j., 1 autre en
io j.
Après 40 jours : 2 souris prises en 5 j., mortes l’une en 12 j, l’autre en
14 j.
Après 50 jours : 2 souris prises en 9 j., mortes l’une en 12 j., l’autre en
16 i.
Après 60 jours : 2 souris prises en 4 j., mortes les deux en 13 j.
Après 70 jours : 2 souris dont l’une morte sans tryp. au 6e j., l’autre non
prise au 59e j.
Après 80 jours : 2 souris dont l’une morte sans tryp au 3e j., l’autre prise
en 16 j. morte en 19 j.
Chacun des porcs a été saigné deux fois pour l’obtention de sé¬
rum, la première fois 27 jours, la seconde 38 jours après l’inocu¬
lation.
Le sérum gambiense de la première saignée, employé frais à
la dose de 1 cc., en mélange avec le virus, agit de la même façon
sur le gambiense et sur le rhodesiense : il donne un retard de
6 jours dans l’incubation, l’infection est allongée d’environ
2 jours et la mort survient 8 jours après le témoin.
Le sérum rhodesiense de la première saignée a aussi agi de
façon à peu près identique sur les deux virus : vis-à-vis du gam¬
biense, le retard dans l’incubation n’a été que de 1 jour, mais la
maladie a évolué lentement et la mort n’est survenue que 8 jours
après le témoin comme dans le cas du sérum gambiense ; vis-à-vis
du rhodesiense, le retard a porté tout entier sur l’incubation.
Surpris par ces résultats, nous avons réessayé les mêmes sé¬
rums, gardés depuis 10 jours, sur un des virus, le rhodesiense :
les résultats ont été encore plus paradoxaux. Bien que la dose em¬
ployée n’ait été que de 1/2 cc., les deux sérums ont amené a sur¬
vie définitive des souris après une infection passagère (trypanoso¬
mes rares) aux 18e et 19e jours, pour la souris qui a reçu le sérum
rhodesiense, aux 4e et 5e jours pour celle qui avait reçu le sérum
gambiense. Les deux témoins de cette expérience (l’un d’eux avait
reçu du sérum de porc neuf) ont succombé à une infection aiguë
en 3 jours 1/2 et 4 jours r/2.
Les sérums gambiense et rhodesiense de la deuxième saignée
ont eu aussi la même action sur les deux virus: aux doses de 1 et
1/2 cc. ils ont déterminé des retards de 6 et 4 jours avec le virus
- 49^ ~
gambiense et une protection complète des souris inoculées avec le
virus rhodesiense.
En somme, les anticorps protecteurs développés dans chacun
des deux porcs, ont montré la même action vis-à-vis du virus ho¬
mologue et du virus hétérologue. Pour les deux sérums, les anti¬
corps ont été beaucoup plus développés vis-à-vis du rhodesiense
que du gambiense.
Au point de vue de la sensibilité des porcs aux virus humains,
nos résultats sont intermédiaires entre ceux de Brumpt et Wurtz
qui n’ont pas réussi à infecter un porc en lui inoculant le Tr. gam¬
biense, et ceux de Beck, qui a obtenu, avec la même espèce, une
infection plus intense que la nôtre. C’est la première fois qu’on
inocule un porc avec le Tr. rhodesiense.
Au point de vue de la comparaison des 2 trypan. humains
d’Afrique, nos constatations sont à ajouter à toutes celles appor¬
tées jusqu’ici. Tout ce que nous voulons en tirer ici, c’est qu’elles
parlent en faveur de la parenté des 2 espèces de trypanosomes.
Infection humaine due à Tetramitus Mesnili
Par L. NATTAN-LARRIER.
En 1910, C. M. Wenyon donna la description d’un flagellé
qu’il avait rencontré dans les matières fécales d’un indigène de
Bahama, traité au Seamen’s hospital de Londres; Wenyon attri¬
buait à ce parasite le nom de Macrostoma Mesnili. Peu de temps
après, Aeexeieff établissait que des parasites, rencontrés par lui
dans le rectum de Box salpa, étaient identiques aux flagellés étu¬
diés par Wenyon ; il proposait d’abandonner le nom générique de
Macrostoma et de faire rentrer Macrostoma Mesnili de même que
Macrostoma Caulleryi Alexeieff dans le genre Tetramitus Per-
ty. Alexeieff a d’ailleurs proposé également, si les formes vi¬
vant en parasites devaient constituer un genre distinct, de les
désigner sous le nom de Chilomastix.
Le parasite, ainsi classé, ne paraît pas depuis la description de
Wenyon, avoir été à nouveau signalé chez l’homme. Dans une
note succincte de son mémoire, Alexeieff rapporte seulement
qu’en examinant les matières fécales d’un matelot, à Théodosie
— 496 -
(Crimée), il a rencontré des Tetramitus dont il n’a pu taire une
étude complète. L’observation que nous résumerons brièvement
ci-dessous montre un nouveau cas d’infection humaine par Te¬
tramitus Mesnili et fournit des renseignements sur l’aire de dis¬
tribution géographique du parasite.
M. X..., a, depuis 1900, séjourné presque constamment dans les pays tro¬
picaux. De 1900 à 1904, il a fait des voyages d’exploration dans l’Indo-Chine,
le Tonkin, le Yunnam, le Siam ; en 1905, il a résidé en Annam, en 1906-
1907 à Djibouti, en 1907-1908 aux îlês Comores ; enfin en 1910-1911 il a oc¬
cupé un poste administratif à la Côte d’ivoire. L’histoire pathologique de
M. X..., pendant ces dix dernières années ne mérite pas de nous arrêter
longtemps ; néanmoins il est important de relever qu’en 1901 il contracta à
Saigon une dysenterie d’intensité moyenne et qu’en 1904 de nouveaux acci¬
dents dysentériques nécessitèrent le retour en France du malade. Trois
mois plus tard d’ailleurs, l’état de M. X..., était à nouveau satisfaisant et
il pouvait reprendre le cours de son existence coloniale ; jamais, depuis cette
époque jusqu’en février 1912, le malade ne présenta le moindre accident in¬
testinal.
En février 1912, le malade rentre en France, venant de la Côte d’ivoire et
sa santé ne laisse alors rien à désirer. C’est seulement deux mois et demi
après son arrivée qu’il est atteint d’accidents dysentériques. A son retour
en France, le malade était entré en contact avec sa femme, dont il était
séparé depuis plus d’un an, et qui, antérieurement, avait présenté à la Côte
d’ivoire des accidents dysentériformes. Aussi, quoiqu’il nous ait été impossible
de connaître d’une façon précise la nature des accidents dont souffrit
Mme X..., devons-nous résumer brièvement son histoire.
Au mois de mars 1911 Mme X..., qui séjournait dans un centre administra¬
tif pendant que son mari était en tournée d’exploration est prise brusque¬
ment de diarrhée. Il est à noter que la malade, en janvier, février et mars,
avait consommé de l’eau provenant d’un puit mal protégé : cette eau était
d’une extrême fétidité, on y trouvait de nombreux détritus et on avait à
plusieurs reprises constaté que le puits servait d’habitat à des grenouilles-
et à de nombreux batraciens. Dès le début de la maladie, le nombre des
selles atteint 15 à 20 par jour, les fausses envies sont fréquentes et le ténes¬
me très violent. Les douleurs intestinales sont généralisées à toute l’étendue
du colon, mais présentent leur maximum dans la région du cæcum. Les
garde-robes, très peu abondantes, se montrent composées d’un mucus épais
non teinté de sang. La température est normale et l’amaigrissement d’au¬
tant plus accentué que la malade a des vomissements et se nourrit très diffi¬
cilement. Au mois d’avril, Mme X..., à plusieurs reprises, a d’abondantes hé¬
morrhagies intestinales et elle rentre en France, d’autant plus inquiète que
son chien a succombé en 8 jours à des accidents identiques à ceux dont elle
souffre elle-même : vomissements, selles muqueuses et sanglantes. Pendant
le voyage de retour, la diarrhée de la malade diminue, mais reste sanguino¬
lente ; sous l’influence du kho-sam les selles deviennent pâteuses. De juin à
septembre 1911, une reprise de diarrhée se produit : les selles sont jaunâ-
tjes, très fétides, non sanglantes, riches en mucosités. En septembre, la
malade, très améliorée, n’a plus que trois ou quatre selles pâteuses par jour *
mais elle note que sous l’influence de tout écart de régime les selles mu¬
queuses reparaissent. Tel était encore l’état de la malade, lorsque son mari
revint habiter avec elle. Quinze jours après son arrivée, M. X... était pris
Planche XVII
L . N attan-Larrier
Fig. i. — En haut de la figure, frottis de mucosité intes¬
tinale fixée à l’état frais et colorée à l’alun de fer ; à la
partie inférieure trois Tetramitus Mesnili typiques.
— 497 —
d’accidents dysentériformes. Les selles très peu abondantes sont au nombre
de 7 à 8 par jour ; elles sont composées d’une substance glaireuse transpa¬
rente, filante, non teintées de sang ; elles ne s’accompagnent pas d’épreintes,
les douleurs intestinales ne sont pas très violentes. De temps en temps, sur¬
viennent des débâcles formées de selles fécales pâteuses et fétides ; il existe
des nausées, des éructations, une inappétence absolue. La température est
normale. L’amaigrissement est rapide. C’est alors que nous pratiquons
l’examen des selles. On prescrit le régime lacté et le traitement par les lave¬
ments de quinine. M. X... quitte Paris et nous le perdons de vue. Nous ap-
prenons bientôt que les lavements de quinine ont déterminé une améliora¬
tion rapide ; mais, le malade ayant cessé tout traitement et tout régime, une
rechute s’est produite : une fois encore, cependant, des lavements de quinine
interrompent la dysenterie. Des lavements créosotés sont enfin employés. Le
traitement, dans son ensemble, a duré 10 jours et depuis trois mois la gué¬
rison du malade s’est maintenue.
Examen des matières fécales. — Trois examens des matières fécales ont
été faits. Le premier a porté sur des matières muqueuses que venait d’ex¬
pulser le malade ; le deuxième a eu pour objet, quelques heures- plus tard,
une garde-robe pâteuse ; le troisième, pratiqué 15 jours après, a porté sur
une garde-robe moulée.
ieT examen. — La garde-robe est composée de mucus, de fins débris, d’amas
énormes de microbes. L’examen sans coloration permet de distinguer faci¬
lement des flagellés en nombre considérable. Ces parasites sont très mobiles ;
leur forme est ovoïde ou piriforme ; l’une de leurs extrémités est arrondie,
l’autre est plus mince ou même terminée en pointe. Leur longueur varie de
8 à 12 jjl. Le parasite se déplace rapidement sa plus grosse extrémité étant
dirigée en avant ; d’autre part, le flagellé présente un léger mouvement de
torsion sur lui-même.
Les préparations colorées par la méthode de l’alun de fer permettent aisé¬
ment de reconnaître tous les caractères de Tetramitus Mesnili. On peut
déceler en outre des amibes désintégrées, un nombre relativement élevé de
Lystes appartenant à Entamœba tetragena , enfin on trouve des figures qui
correspondent aux formations qui ont été décrites sous le nom de kyste de
T richomonas intestinalis.
2e examen. — Les matières fécales contiennent un petit nombre d’amibes
bien mobiles. Les préparations colorées par l’alun de fer permettent de re¬
connaître Entamœba histolytica. On ne trouve aucun Tetramitus Mesnili.
3e examen. — Les matières fécales ne contiennent ni amibes ni Tetrami¬
tus. On y trouve quelques œufs de trichocéphale.
Les préparations fixées à l’état frais par la méthode de Schau-
dinn, mordancées à l’alun de fer et colorées par l’hématoxyline de
Heidenhain ont permis d’étudier facilement les caractères du fla¬
gellé intestinal de notre malade (fig. 1). La forme du parasite est
le plus souvent piriforme, plus rarement elle est ovalaire ou cordi-
forme ; les plus petits parasites présentent souvent un aspect rylin-
dro-conique, nous n’avons jamais rencontré les petites formes ron¬
des décrites et figurées par Weny'on. Les plus grandes formes
mesurent depuis l’extrémité antérieure jusqu’à l’origine de la
pointe terminale 12 y; le diamètre transversal maximum est de
- 49§ “
6 u, le diamètre transversal minimum de 3 jj- à 3 5 . Les formes les
plus petites présentent une longueur de 6 p.,5 sur une largeur ma-
xima de 3 u et minima de 2 y-. Les formes les plus fréquentes possè¬
dent une longueur de 9 3,3 sur une largeur maximum de 4 4,5 et
une largeur minimum de 2 ^,5 à 3 u. La portion terminale effilée
nous paraît exister sur presque tous les tétramitus : sur les petites
formes nous l’avons vu quelquefois se réduire à une longueur de
1 3,5 ou de 2 [*,5 ; ses dimensions ne paraissent pas, d’ailleurs, pro¬
portionnelles au volume total du flagellé et on peut admettre des
dimensions moyennes de 6 ^ et des dimensions maximum de
13 ^,5. Le protoplasma est finement réticulé; il nous a semblé
souvent moins colorable au niveau de l’un des bords latéraux
du parasite. Les vacuoles sur nos exemplaires sont petites et bien
délimitées; elles sont au nombre de 2 à 3 au maximum. Le proto¬
plasma des parasites ne contient le plus souvent aucune bactérie
visible. Le noyau, situé à la partie antérieure du parasitent un peu
en dehors de son axe médian, entre en contact par l’un de ses pôles
avec la périphérie du flagellé. Le diamètre des noyaux, dans les
plus petites formes mesure 1 4,5, dans les plus grandes 2^,5. Les
contours de ce noyau sont très nets ; son réseau chromatinien est
très fin et très lâche, mais il présente souvent un ou deux renfor¬
cements assez volumineux, disposés au contact de la membrane nu¬
cléaire. Au voisinage du noyau, entre celui-ci et la paroi du para¬
site, existent deux grains basaux, très difficiles à distinguer, dont
partent les flagelles. La longueur des trois flagelles semble à
peu près égale, leurs dimensions sont proportionnelles h celles du
parasite et varient entre 9 3, et 13 4,5. Le cytostome mesure dans
les grandes formes une longueur maximum de 6 ja ; sa largeur au
niveau de son fond est de 1 4,5 ; son orifice, rarement visible, at¬
teignait dans un cas 3 Les lèvres du cytostome ne nous ont
jamais paru bien mises en valeur par l’alun de fer; par contre,
le flagelle qui parcourt le cytostome en précise les contours et se
colore en un noir très foncé. Nous n’avons jamais vu de formes
de multiplication ; il n’existe pas dans notre cas de formes en¬
kystées avec cytostome, analogues à celles figurées et décrites par
Wenyon.
*
* *
En résumé, malgré quelques légères différences que nous
avons soulignées dans notre description, le flagellé que nous
— 499 ~
avons observé chez notre malade est identique à Tetramitus Mes¬
nili Wenyon. Ce parasite tirait sans doute son origine de la Côte
d’ivoire, soit que l’on admette que notre malade l’avait conser¬
vé longtemps à l’état latent dans son intestin, soit que l’on consi¬
dère qu’il y a eu contagion après le retour du sujet en France.
La valeur pathogène de Tetramitus Mesnili est actuellement dif¬
ficile à préciser: il ne semble pas avoir déterminé d’accidents no¬
tables ou graves dans les cas de Wenyon et d’ALEXEiEFF, mais
il est probable que chez notre malade son rôle n’a pas été sans im¬
portance.
(' Travail du laboratoire de M. Laveran.)
M. Chatton. — Aux deux cas relevés par M. Nattan-Larrier,
d’infection à Tetramitus Mesnili chez l’homme, il faut ajouter
ceux que Prowazek (i) a observés aux îles Samoa. Le parasite que
cet auteur décrit sous le nom de Fanapepea intestinalis n. g.,
n. sp., n’est autre, comme je l’ai déjà fait remarquer (2), qu’un
Tetramitus, probablement identique à T. Mesnili (Wenyon). Ces
parasites, tenus pour rares chez l’homme, existent chez des ani¬
maux de classes variées: Mammifères, Oiseaux (3), Batraciens,
Poissons. Chez la sangsue de cheval: Hœmopis sanguisuga, j’ai
observé à Belfort en 1910, une infection intense à Tetramitus.
Sur un Infusoire nouveau parasite du Chimpanzé
Troglodytella (4) abrassarti (5), n. g. n. sp.
Par E. BRUMPT et Ch. JOYEUX.
En examinant les selles d’un Chimpanzé femelle adulte pro¬
venant du Congo, nous avons trouvé un Infusoire de la famille des
Ophryoscolécidés présentant des caractères suffisamment diffé-
(1) Arch. /. Protistenks, t. XXIII, p. 96-100, fig. 19x2.
(2) Bull. Inst. Past., t. X, p. 252, 1912.
(3) Le Chilomastix gallinarum de Martin et Robertson, 1911 (Quart.
Journ. of micr. sc., t. LVII, p. 53-82, 5 pl.) est aussi un Tetramitus.
(4) De Troglodytes, nom générique du chimpanzé.
(5) Nous dédions ce nouveau parasite à M. le Dr Abrassart, qui a eu
l’amabilité de nous offrir l’animal porteur des infusoires.
— 5oo —
rents des Infusoires parasites du tube digestif pour pouvoir cons¬
tituer un genre' nouveau.
Les parasites se trouvent toujours en grand nombre dans les
matières fécales, de réaction neutre au tournesol ; ils se meuvent
lentement et meurent peu après avoir été montés en préparation,
•meme en diluant les selles dans l’eau physiologique ou la salive.
Ils peuvent cependant dans certains cas conserver leurs mouve¬
ments assez longtemps ; nous en avons vu vivant encore plu¬
sieurs heures après la défécation du Singe.
Cet Infusoire, dont les f ig." i et 2 donnent une bonne idée,
présente les dimensions suivantes dans les formes simples :
Longueur maxima : 126 y;
Largeur maxima: 1 74 ;
Dimensions moyennes: 196 ;j. 22 sur 115 ;j- 1 1 ;
Dimensions des petits individus: 145 sur 87
11 est très difficile d’orienter cet Infusoire, à l’exception de
l’extrémité supérieure et de l’extrémité inférieure, le péristome
sert à déterminer la face ventrale ne présentant pas d’échancrure
comme dans les autres Ophryoscolecidés ; néanmoins l’animal
disposé entre lame et lamelle se place le plus souvent comme
dans la figure 2, que nous considérons comme représentant la
face dorsale, la figure 1 montre la face ventrale un peu plus
aplatie.
Cet animal présente au pôle supérieur une dépression en lorme
de bourse, pourvue de gros cils peu mobiles constituant le péris¬
tome, qui s’enfonce en bas et à gauche jusqu’à 'a jonction du tiers
supérieur et du tiers moyen.
Le corps de l’Infusoire est orné de quatre rangées de cils épais
et peu mobiles. L’examen de la face dorsale (f ig. 2) montre en 1 les
deux extrémités de la première rangée, en 2 et en 3 les termi¬
naisons des deuxième et troisième rangées, et en 4 la quatrième
rangée. La face ventrale (fig. 1) montre également ces quatre ran¬
gées (Cf. 1, 2, 3, 4).
La première rangée occupe un peu plus de la moitié de la cir¬
conférence du corps de l’animal, les deuxième et troisième ran¬
gées en occupent environ le cinquième et la dernière environ les
trois quarts.
La cuticule qui limite l’Infusoire est mince sur toute son éten¬
due, sauf au niveau d’une zone triangulaire à base supérieure,
située sur la face dorsal et que nous appellerons le bouclier (B).
Planche XVIII.
E. Brumpt et Ch. Joyeux
I
9
Fig. i et A gauche, face ventrale ; à droite, face dorsale.
3
4
Fig. 3 et 4. — Formes en voie de division transversale ;
face ventrale et face dorsale.
— 5oi
En certains points sur les coupes, cette cuticule présente de nom¬
breuses racines ciliaires.
Le protoplasme contenu dans cet Infusoire est traversé du péri-
stome à l’anus, placé au niveau de la 4e rangée ciliaire, par cette
espèce de tube digestif caractéristique des Ophryoscoécidés et
sur l’origine duquel les hypothèses les plus nombreuses et les
plus invraisemblables ,ont été émises. La paroi de cet organe est
constituée, entre le fond du péristome et l’anus, par une cuticule
identique à la membrane externe qui recouvre partout l’infusoire,
sauf au niveau du bouclier, elle présente de nombreuses racines
ciliaires et des cils raides disposés parfois en bouquets et faisant
parfois défaut en certains endroits.
L’étude cytologique que nous avons faite de ce nouvéau repré¬
sentant de la famille des Ophryoscolécidés nous permet de nous
rallier à l’hypothèse de Y. Delage et E. Hérouard (i) et de con¬
sidérer ce prétendu tube digestif comme une invagination des
téguments externes traversant le corps de part en part. La vérita¬
ble bouche qui doit se trouver quelque part sur ce tube invaginé
et que nous n’avons d’ailleurs pas vue, doit exister au moins
temporairement, car les grains d’amidon de pomme de terre se
rencontrent en abondance à divers degrés d’assimilation dans le
cytoplasme de notre Infusoire. 11 est bien évident que ces ali¬
ments sont incapables de passer par osmose à travers la paroi du
tube digestif. Il est possible que cet orifice de communication
(bouche) entre le cytoplasme et le milieu extérieur se trouve
au point de jonction du péristome avec le pseudo tube intestinal.
Les grains d’amidon (2) bourrent littéralement le cytoplasme de
certains Infusoires alors qu’il est absent dans d’autres, en particu¬
lier dans les petites formes. Ces grains d’amidon subissent une
digestion complète en un temps qu’il est difficile d’apprécier, il
devient alors morphologiquement méconnaissable, mais il con¬
serve sa réaction microchimique avec la solution de Lugol.
Le pseudo-tube digestif renferme des éléments divers et en par¬
ticulier une flore microbienne semblable à celle de l’intestin dans
(1) Y. Delage et E. Hérôuard. Traité de Zoologie concrète, I, La cellule
et les protozoaires, p. 469 en note.
(2) Cet amidon qui provient de pommes de terre bouillies présente la
même réaction que ce dernier : croix noire avec l’appareil polarisateur et co¬
loration brun ou brun acajou avec la solution iododurée de Lugol.
35
lequel il vit. Dans le voisinage de l’anus on observe très souvent
un gros bol fécal.
Nous n’avons pas vu de vésicules contractiles.
L’appareil nucléaire semble constitué uniquement par le ma-
eronucleus; nous n’avons pu déceler de micronucléus ni sur les
frottis, ni sur les coupes, ni à l’état frais.
Le macronucleus se voit facilement à l’état frais chez les indivi¬
dus à cytoplasme clair non bourré d’amidon , il a la forme d’un
S ou d’un L vue dans un miroir, quand on le regarde par la face
dorsale (fig. 2, N, en pointillé), il se colore en noir intense par
l’hématoxyline ferrique. Le macronucleus est placé très près des
téguments de la face dorsale comme il est facile de s’en rendre
compte par des coupes histologiques ou par des coupes optiques.
En dehors du pseudo-tube digestif il existe dans l’endoplasme
une curieuse formation qui correspond probablement à la tigel le
de certains Ophrioscolécidés, c’est une lame cuticulaire ayant la.
même structure histologique que le bouclier avec lequel (-lie se
prolonge, elle a comme lui une structure alvéolaire et une forme
triangulaire. Cette lame de soutien qui s’enfonce dans le cytoplas¬
me, est facile à voir sur les Infusoires traités par la solution de
Lugol, elle se termine en pointe à la hauteur de la 4e rangée de
cils.
Tel qu’il se présente dans les déjections, ce parasite semble
très lent, les cils se meuvent faiblement et l’animal reste sur
place, il est probable qu’il présente une plus grande activité dans
le tube digestif.
Nous n’avons observé que la reproduction asexuée. Les formes
en voie de division transversale sont assez fréquentes. Les figures
3 et 4 donnent les aspects observés le plus souvent. L’animal an¬
térieur se complète en formant une région postérieure; l’animal
postérieur se forme un péristome, un bouclier, une lame de sou¬
tien (tigelle ?).
Ce sont le plus souvent les petites formes qui se segmentent,
mais on en observe également de grandes. Le noyau s’étrangle en
son milieu et la séparation de noyaux fils est achevée longtemps
avant celle des nouveaux individus. Par la coloration au Lugol on
met facilement en évidence lê mode de formation du bouclier, de
la lame de soutien et du péristome.
Nous donnons ci-dessous la diagnose du genre TroglodyteUa.
« Ophrj’oscolécidé ovoïde à extrémité postérieure non terminée'
— 5o3
en pointe, présentant sur la face dorsale une partie cuticulaire
épaissie (bouclier) se prolongeant dans le cytoplasme par une tige
de soutien. Le corps présente 4 rangées incomplètes de gros cils ».
Espèce type Troglodytclla Abrassarti, Brumpt et Joyeux, juil¬
let 1912.
Il est impossible actuellement, le Chimpanzé vivant encore,
de savoir exactement dans quelle partie du tube digestif se trou¬
vent les parasites, cette recherche ne pouvant être faite qu 'après
l’autopsie de l’animal (1.)
Les parasites ne paraissent pas donner de kystes; en mélan¬
geant les matières fécales avec du noir animal et de l’eau distil¬
lée on trouve au bout de quelques jours les Infusoires morts, par¬
faitement conservés, mais non enkystés.
Nous avons essayé d’inoculer ce parasite à de jeunes Chats et
à divers singes: Cercopithecus ruber et C. callitrichus, Macacus
cynomolgus, Cynocéphales ( Papio sphinx.) Ces animaux ont reçu
par la bouche et au moyen d’une sonde enfoncée dans le rectum,
des matières fécales fraîchement émises et contenant des Infusoi¬
res bien vivants. L’examen des selles des animaux inoculés mon¬
tre le lendemain et les jours suivants des fragments des Infusoi¬
res injectés, mais jamais de vivants. L’autopsie d’un Cynocéphale
nous a cependant permis de constater que les matières fécales du
Chimpanzé, reconnaissables aux débris de carottes dont l’animal
est nourri, avaient été jusqu’au cul de sac caecal.
Ce parasite paraît rare chez le Chimpanzé. Nous avons eu l’oc¬
casion d’examiner les selles d’un certain nombre de ces animaux
et d’autres singes de divers pays, notamment de la Guinée fran¬
çaise, sans jamais le trouver. Cette rareté tient vraisemblable¬
ment à la difficulté que doit éprouver à se multiplier un parasite
doué d’une si faible vitalité en dehors de l’organisme et si diffi¬
cilement acclimatable aux espèces voisines ; ce qui diminue évi¬
demment les chances de contamination.
(1) L’autopsie de cet animal faite depuis la présentation de cette note a
montré que cet infusoire vit exclusivement dans le gros intestin depuis le
cæcum jusqu’à l’anus.
Note sur quelques cas de bilharziose observés
à Kouroussa (Guinée française)
Par Ch. JOYEUX.
J’ai eu l’occasion d’observer, quelques cas de bilharziose au
poste de Kouroussa (Haute-Guinée française). Cette affection
a déjà été signalée dans la région par Peyrot à Tombouctou ;
Bouffa rd, à Bamako (i), Neveux, à Bakel, en ont observé
20 cas ; Dupont (2), à Ouahigouya, 5 cas ; Neveu-Lemaire et Ro-
ton (3), à Dakar, 3 cas sur des tirailleurs. Ces auteurs ont eu à
faire à la bilharziose vésicale; dans deux cas de Bouffard et Ne¬
veux, elle se compliquait de bilharziose intestinale.
Voici le résumé de mes observations de Kouroussa :
I. N° 484. — Homme d’une vingtaine d’années, né aux environs. Présente
de la diarrhée depuis 5 à 6 jours, pas de douleurs de l’appareil urinaire.
Selles liquides, sanguinolentes, alcalines au tournesol, montrent des amibes
et des œufs non éclos, à éperon terminal, de 148 p sur 56 p ; d’autres œufs
sont désoperculés et l’on trouve quelques Miracidia libres. Les œufs sont
éclos sans qu’il ait été ajouté d’eau à la préparation, vu la consistance liquide
des selles.
L’urine montre également des œufs du parasite.
IL N° 253. — Garçon de 8 à 10 ans, originaire du Mopti. Se plaint de vio¬
lentes douleurs à la miction. En examinant le malade, on aperçoit, à l’en¬
trée du méat urinaire, un calcul remplissant la fosse naviculaire et que la
pression de l’urine fait appuyer contre l’orifice, d’où les douleurs. Le cal¬
cul est facilement broyé entre les mors d’une pince introduite dans l’urèthre
et le malade est immédiatement soulagé. Les fragments du calcul montrent
de nombreux œufs, à éperon terminal, de 152 p, 80/66 p,85* Examen des
selles négatif.
III. N° 308. — Fillette d’une dizaine d’années, née à Kissidougou et
n’ayant pas voyagé. Atteinte de dysenterie amibienne, héberge en outre des
Necator et des Trichocéphales. Pas de douleurs dans les organes urinaires.
Les selles et les urines contiennent de nombreux œufs, à éperon terminal,
de 171 pu/84 p, 1 , qui éclosent dans l’urine sans qu’il soit nécessaire d’y
ajouter de l’eau. Cette urine est, il est vrai, de faible densité : 1,006 à 28°,
soit 1,010 à 150. Cela tient sans doute à l’absorption de diurétiques indigènes.
J’ai essayé, sans résultat, d’infecter un Cercopithecas ruber en le baignant
à plusieurs reprises dans l’urine contenant des Miracidia.
(1) Bouffard et Neveux, Société de pathologie exotique, p. 430, 1909.
(2) Dupont, Revue de Médecine et d’hygiène tropicales, p. 207, 1910.
(3) Neveu-Lemaire et Roton, Archives de Parasitologie, XV, 1912.
— 5o5 —
IV. N° 274. — Garçon de 6 ans. Symptômes cliniques de dysenterie ;
selles frai de grenouille, réaction neutre au tournesol. Les selles montent
des œufs, à éperon latéral, de 124 p.,7/58 p. Examen des urines négatif.
V. N° 142. — Homme d’âge mur, né à Kita, venu à Kouroussa depuis
4 ans, n’a jamais voyagé ailleurs. Symptômes dysentériformes depuis plu¬
sieurs mois avec selles sanglantes de temps à autre. Pas de douleurs de l’ap¬
pareil urinaire.
Actuellement, les selles sont diarrhéiques, liquides, brunes, neutres au
tournesol. Montrent par préparation un œuf, à éperon latéral, de 136 p.,3
■66 u, 7. L’urine, recueillie à part, montre également des œufs semblables, ra¬
res ; ne contient ni cristaux, ni sédiments.
Aucun de ces malades n’a pu être suivi d’une façon régulière,
vu l’installation précaire du dispensaire.
En résumé, j’ai donc observé 5 cas se répartissant ainsi :
Si l’on admet, avec la plupart des helminthologistes, que l’exa¬
men des deux types d’œufs, à éperon terminal et à éperon latéral,
suffit pour différencier les deux espèces: Schistosomum hæmato-
biuvi et Schistosomum Mansoni, les deux parasites existent en
Haute-Guinée; c’est, je crois, la première fois que l’on signale S
Mansoni dans cette région, les auteurs précédemment cités ayant
toujours observé des œufs à éperon terminal.
Les quatre cas de bilharziose intestinale ont été diagnostiqués
à propos de symptômes dysentériformes dont se plaignaient les
malades; j’ai fait 100 examens de matières fécales pour des affec¬
tions cliniquement semblables, ce qui donne, comme pourcentage
approximatif, 4 %.
La bilharziose vésicale, excepté dans l’observation II, passait
Inaperçue des malades. Dans un cas, elle a été déterminée d’une
façon nette par S. Mansoni.
Des œufs de S. hæmatobium dans les matières fécales suffi¬
samment liquides ou dans l’urine de faible densité, ont pu éclore
•sans addition d’eau.
Quelques documents pour servir
à l’étude de la Filaire Loa
Par P. VERDUN et L. BRUYANT.
Les données que l’on possède sur la durée du développement
de la Filaria loa, sa longévité et la marche des symptômes qu’elle
produit chez l’homme, manquent encore de précision. A ces di¬
vers pointsde vue, l’observation suivante nous paraît offrir un cer¬
tain intérêt (i) :
Observation. — C..., jeune employé de commerce est envoyé dans le
Haut-Oubangui, aux environs de Bangui, dans une région marécageuse à
climat chaud et humide : il y séjourne un an et 15 jours (fin février 1907 au
15 mars 1908). Un mois avant son retour, une courte crise hémoglobinurique
se déclare. Il rentre en France lé 15 juillet 1908.
Les premières manifestations de la filariose se montrent le mois suivant,
vers le milieu d’août : Ce sont des œdèmes prurigineux de la verge qui du¬
rent trois ou quatre jours, disparaissent, et reviennent à intervalles assez
irréguliers jusque fin octobre.
Aux œdèmes de la verge, succèdent alors des gonflements de la face in¬
terne des cuisses, qui plus tard se localisent au niveau des genoux, puis des
mollets, se reproduisent périodiquement, et durent chaque fois une semaine
environ.
En juillet-août 1909, ces œdèmes changent de place et gagnent la partie
supérieure du corps. Des gonflements fugaces, prurigineux, se montrent au
dos, aux bras, aux poignets, aux mains. L’état général reste néanmoins
très bon.
Dans l’automne 1909, apparaissent les premiers troubles oculaires : le
malade a la sensation nette d’un corps étranger se déplaçant, par moments,
au devant de l’œil droit, et, en se regardant dans une glace, il constate lui-
même la présence d’un ver au niveau de l’angle interne.
En juin 1910, les troubles visuels deviennent gênants par leur fréquence ;
le malade consulte un oculiste et lui demande l’extraction du parasite. Après
une première tentative infructueuse, le ver s’étant brusquement retiré dans
la cavité orbitaire, l’opération réussit et le parasite est retiré en trois frag¬
ments. A l’examen, c’est un échantillon mâle de Filaria Loa, mesurant
(après séjour dans le formol) 28 mm. de long sur 350 p de large vers la région
médiane et 115 p au niveau de la première rangée de papilles anales.
L’examen du sang du malade, pratiqué par nous un mois après l’interven-
(1) Nous avons pu recueillir cette observation grâce û l’obligeance du
Dr Poli.et, de Tourcoing, qui a extrait le parasite et a bien voulu nous
en confier l’étude.
tion (juillet 1910), nous a laissé constater une éosinophilie très prononcée
(35 à 40 %)■
La recherche des microfilaires effectuée durant le jour nous a montré
leur rareté : nous n’avons pu en découvrir qu’une seule dans les nom¬
breuses préparations : il persistait donc chez le malade au moins une filaire
femelle, et d’ailleurs les œdèmes de ce dernier n’avaient pas entièrement
disparu lorsque nous l’avons perdu de vue.
Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette observa¬
tion :
a) Durée de V incubation. — La période d’incubation comptée
depuis l’infestation jusqu’à l’apparition des premiers symptômes
est regardée comme fort longue, puisque les auteurs fournissent
des chiffres allant jusqu’à 13 ans. On peut se demander toutefois
si de pareils nombres ne sont pas exagérés et dûs seulement à ce
que les symptômes qui marquent l’apparition du Ver dans le tissu
cellulaire sont restés peu marqués et ont demeuré inaperçus. Dans
notre cas, il faut admettre, pour l’incubation, un minimum de
5 mois et un maximum de 17 mois, soit une moyenne de 11 mois,
correspondant à peu près au chiffre donné par Ward.
b) Duree du développement et longévité. — Les auteurs men¬
tionnent que le développement de la F. loa est fort long et que
pendant sa jeunesse elle voyage sous la peau pour se retirer dans
la profondeur lorsqu’elle est à l’état adulte. Dans notre cas, l’ex¬
traction du Ver a été faite 22 mois après son arrivée sous la peau.
Les dimensions données plus haut pour le parasite (d’ailleurs ré¬
tracté par un séjour dans le formol) permettent, si on les compare
à celles fournies par les auteurs (R. Blanchard, Ozzard, Pe-
nel), d’affirmer que nous étions en présence d’un mâle adulte; il
faut donc en conclure que le Ver adulte peut vivre un certain
temps sous la peau avant de se retirer dans les tissus profonds,
et que la durée du développement jusqu’au stade adulte ne dé¬
passe guère trois ans.
c) Œdèmes ambulants. — Les troubles oculaires ne sont que
des manifestations fort rares de cette forme de filariose. On s’ac¬
corde aujourd’hui à rapporter à cette affection parasitaire les
œdèmes ambulants souvent prurigineux connus sous le nom de
Calabar swellings. L’observation ci-dessus est intéressante au
point de vue de la marche de ces œdèmes. Il est difficile de dire si
la crise hémoglobinurique a été un des symptômes initiaux de la
maladie, mais le début des œdèmes au niveau de la verge indique
— 5o8 —
que la zone génitale a été la première intéressée par le parasite et
que la migration du Ver a débuté par les lymphatiques de cette
région de l’organisme.
d) Eosinophilie. — Très élevée; comme elle persistait après
l’extraction du parasite, elle indiquait certainement la présence
d’autres Pilaires soit sous la peau, soit dans la profondeur.
Quant 'à la rareté des Microfilaires, elle peut s’expliquer par
l’existence soit d’un nombre très faible de femelles, soit par ”exis-
tence de femelles pour la plupart immatures ou non fécondées
au moment de l’examen.
(. Laboratoire de zoologie médicale de la
Faculté de Médecine de Lille.)
g ,
Myase intestinale chez 1 homme
Par René MOUCHET (de Liège).
Il a été signalé de nombreux cas de myase intestinale humaine
portant sur une quantité considérable de spécimens différents de
Muscides. Dans tous ces cas, il s’agit d’un parasitisme accidentel
Brumpt (i) et Verdun (2), dans leurs traités de parasitologie en
citent une liste déjà fournie et s’accordent pour admettre le ca¬
ractère généralement bénin de l’infection et ne signalent pas
de lésions graves.
J’ai eu l’occasion d’observer un cas intéressant de myase intes
finale humaine chez une négresse d’une trentaine d’années envi¬
ron et chez qui existait, au contraire, une lésion importante du
tractus digestif.
La malade, Mosombô, était hospitalisée à l’hôpital des noirs de
Léopoldville ; le médecin avait posé le diagnostic de dysenterie.
Décédée le 9 mai 1911, elle fut autopsiée peu de temps après sa
mort (section n° 7).
Le cadavre extrêmement amaigri, montrait une tuberculose pul¬
monaire très avancée, avec cavernes et un foyer de gangrène.
(1) Brumpt. Précis de parasitologie.
(2) Verdun. Précis de parasitologie humaine.
— 5c>9 —
Le muscle cardiaque était mince, pâle, flasque.
Les reins montraient de la néphrite mixte.
La rate et le foie n’avaient rien de particulier.
Il existait une salpingite suppurée double.
L’intestin était fortement atteint. En effet, le protocole de l’au¬
topsie renseigne: « Dans le jéjunum on trouve d’assez nombreux
ankylostomes attachés à la paroi. Vers l’extrémité du jéjunum
apparaissent de petits ulcères irréguliers à bords saillants sur les¬
quels on distingue des tubercules. Ces ulcères siègent, soit sur les
plaques de Peyer, soit sur la muqueuse. Ils ont un fond grume¬
leux, nécrotique, et du côté séreux existent des traces de lymphan¬
gite très nettement tuberculeuse (le bacille de Koch a été re¬
trouvé).
Ces ulcères vont en se multipliant et en s’accentuant jusqu’à la
valvule de Bauhin où ils forment une large plaque ulcéreuse et où
existe un gros paquet de ganglions caséeux. Le gros intestin, libre
au cæcum, montre vers les colons transverse et descendant des
ulcérations larges, peu profondes, mal limitées, à bords surélevés
et œdématiés, légèrement rosés et formant des placards polycycli¬
ques cohérents ou non. On n’y distingue pas de tubercules ni de
lymphangite séreuse (l’examen histologique montre des ami¬
bes).
Limitée par les deux trompes dilatées par du pus, par ’a paroi
postérieure de l’utérus et par le rectum, il existe une poche du
volume d’une petite pomme, à parois solides mais irrégulières et
tapissées de débris nécrotiques.
Elle contient un pus brunâtre mêlé de matières fécales où grouil¬
lent 16 larves de mouche. Cette poche débouche dans le rectum à
6-7 cm. au-dessus de l’anus, par un orifice circulaire d’environ
deux centimètres de diamètre.
Ces larves de coloration blanc-crème (voir figure) ont environ
13 mm. de long. Elles sont composées de 12 segments disposés
de façon à former un S allongé. Le maximum de largeur s’ob¬
serve vers le 8e anneau. L’extrémité antérieure est effilée, la pos¬
térieure large, se terminant brusquement par un plan obhque.
Les anneaux 2-12 ont une couronne irrégulière d’épines. Le pre¬
mier segment montre en avant 2 pièces renflées sous lesquelles
existent 2 grands crochets noirs. Le 2e segment porte les stigma¬
tes antérieurs allongés vaguement ovalaires, de coloration brun-
jaunâtre. Le dernier segment porte une tubérosité ornée d’épines.
MO
Sur le plan oblique terminal se trouvent les 2 stigmates posté¬
rieurs, arrondis, brun-sombre. Le périmètre montre 3 fentes noires
convergeant vers une extrémité.
De ces 16 larves, 4 ont été fixées pour examen. Les 12 autres
ont été mises à l’ombre en terre humide dans un récipient bien
protégé par de la toile moustiquaire. Le 6e jour éclosent trois mou¬
ches. Le 7e jour, j’obtiens 9 adultes. Passée au tamis, la terre
abandonne 12 pupes vides-
Les mouches adultes ont une longueur de 8-10 mm. environ
(voir figure) et ont une coloration vert-métallique très nette.
Des spécimens ont été envoyés à M. le Prof. Séverin, de
l’Ecole de Médecine tropicale de Bruxelles, qui s’est chargé de les
faire déterminer. D’après ses renseignements il y aurait 2 variétés
Chrysomya ( Pycnosoma ) chloropyga (Wiedem) ^ Détermination
Chrysoviya ( Pycnosoma ) putoria (Wiedem) ^ Bezzi, Turin.
Cette mouche est excessivement abondante à Léopoldvilîe, sur¬
tout durant la saison des pluies (octobre à mai). Elle pullule aux
environs des matières en décomposition et des lieux d’aisance. Sur
les matières fécales elle pond des œufs de 2-3 mm., d’où éclôt, au
bout de quelques minutes, une petite larve très mobile.
Un point intéressant dans ce cas est de connaître comment s’est
produite l’infection.
Je ne pense pas qu’il s’agisse de déglutition d’œufs ou de lar¬
ves. En effet, outre que l’alimentation de la malade, composée
de l’ordinaire de l’hôpital, soit surtout du riz, plus rarement de
la chikwangue avec du lait et du biscuit, tend à éloigner l’idée
d’absorption de viande avancée ou de matières en putréfaction, il
est difficle d’admettre que les larves se soient collectées à un en¬
droit du tube digestif si éloigné de leur point d’entrée.
Il est plus vraisemblable que les larves ont pénétré directement
par l’anus; ce qui est possible chez cette malade dans un état
de déchéance considérable, ayant des selles nombreuses et se souil¬
lant très facilement. Les mouches (car deux variétés ont été déter¬
minées) auront pondu sur la marge de l’anus et les larves, éclosanf
très rapidement auront pénétré dans le rectum.
La ponte des mouches, en tous cas, a dû se faire à peu près en
même temps, les larves ayant le même âge, puisque l’éclosion a
été presque simultanée.
Quant .à la part des larves dans la création de la lésion mtesEt-
4-/ 6
Planche XIX.
R. Mouchet.
Chrysomyia.
En haut : adulte ; en bas : larve.
— 5 1 1
nale, elle est également difficile à fixer exactement, étant donné
la variété des affections du tube digestif sur le cadavre. 11 est ce¬
pendant probable que les larves ont trouvé sur un ulcère ami¬
bien un terrain de moindre résistance qui leur a facilité la perfo¬
ration des parois du tube digestif. Néanmoins, il est à supposer
que cette perforation a dû être lente, puisqu’il y a eu réaction du
péritoine et localisation de l’abcès; mais, un doute peut subsister
de ce fait que la salpingite double avait déjà constitué des adhé¬
rences et aurait pu amener un cloisonnement dans la cavité péri¬
tonéale générale et que ce serait dans un diverticule clos que se¬
raient tombées les larves après la perforation.
Quant aux symptômes, s’il y en a eu, ils ont totalement passé
inaperçus; le tableau clinique de la dysenterie amibienne avait
d’ailleurs masqué toute autre affection.
Qu’il me soit permis, en terminant, de remercier M. le Pro¬
fesseur Séverin de la complaisance qu’il a mise à me faire déter¬
miner les mouches et à me faire exécuter les dessins ci-joints.
( Laboratoire de Léopoldville , Congo belge.)
ef'
Phlébotomcs dans le
Sud-Oranais
Accidents simplement locaux
dûs à leurs piqûres
Par H. FOLEY et H. LEDUC.
Les Phlébotomes sont communs dans les Oasis du Sud de
l’Algérie. Ils abondent en particulier dans la région de Figuig où
nous signalions leur présence en 1908.
L’espèce répandue dans cette oasis et probablement dans tout
le Sud-Oranais, est le Phlebotomus papatasii.
Ils y apparaissent dès les premières chaleurs, dans la seconde
quinzaine d’avril, à une date qui varie peu d’une année à l’autre.
Ils sont tout de suite fort abondants. Ils ne disparaissent complè¬
tement qu’à la fin de l’automne, d’octobre à novembre, plus ou
moins tard, suivant les conditions climatériques.
Comme les Moustiques, et davantage semble-t-il, ils sont sen-
sibles aux variations thermométriques et surtout à l’action des
vents. Ils disparaissent sous leur influence pendant quelques jours
et pullulent de nouveau dès que la chaleur et le temps calme se
rétablissent.
On ne les rencontre qu’au voisinage des lieux habités. Ils han¬
tent les maisons, de préférence les coins sombres, les murs cou¬
verts de tentures, sont moins abondants dans les chambres nues
blanchies à la chaux.
Les femelles piquent pendant Je jour et pendant la nuit. On ne
s’en préserve que sous les moustiquaires à mailles fines. Les
mesures antilarvaires dirigées contre les Moustiques, n’ont, sur
les Phlébotomes, aucune action; on sait qu’en effet leurs larves
vivent dans les matières excrémentitielles, sur les parois et aux
orifices des égoûts.
On les reconnaît aisément à leur petite taille (2 à 4 mm.), à leur
vol sautillant, à la teinte roussâtre de leurs ailes hirsutes et que
l’insecte, au repos, tient relevées, presque droites. Leur vol est
silencieux, à peine accompagné d’un faible bruit aigu qu’on ne
perçoit que si le Phlébotome se pose sur le visage.
La piqûre est cuisante, bien plus vivement ressentie que celle
des Anophélines de la région ( Pyretophorus Chaudoyei ). L’in¬
secte, après quelques tâtonnements, enfonce dans la peau sa
trompe acérée et robuste et se gonfle rapidement, en deux ou trois
minutes au plus.'
A cause du rôle pathogène qu’on prête à ces insectes en cer¬
tains pays du bassin méditerranéen, notre attention a été attirée
depuis plusieurs années sur les accidents causés par leurs pi¬
qûres.
Les indigènes y sont tout à fait insensibles. Chez bon nombre
d’Européens, elles déterminent l’apparition de papulettes à peine
prurigineuses, de teinte rosée, qui s’effacent en quelques
heures. D’autres Européens, par contre, nous présentent chaque
année des accidents locaux qui peuvent acquérir une intensité
extrême. Il s’agit toujours de personnes, d’âge et de sexe indiffé¬
rents, récemment arrivées dans le pays. Dès les premiers jours,
ces individus particulièrement sensibles se plaignent d’êtie fort
incommodés pendant leur sommeil par des piqûres dont ils n’ont
pu souvent reconnaître la cause. Les parties découvertes ou moins
bien protégées, le visage, les cou-de-pied, les mains et les avant-
bras surtout, sont le siège d’une éruption dont les éléments peu-
vent être très nombreux et presque confluents. Ce sont des papu¬
les larges de quelques millimètres, d’abord roses et centrées d’un
point rouge, nettement surélevées, et qui en vieillissant restent
longtemps saillantes et dures. Leur teinte devient brune, pâlit
lentement; elles ne s’effacent qu’au bout de dix à quinze jours.
Certaines papules sont excoriées par les grattages ; d’autres peu¬
vent s’infecter et se transformer en pustulettes. Les démangeai¬
sons sont très vives, très persistantes, reviennent par accès, le soir
surtout. Ce caractère, joint à l’aspect polymorphe des lésions chez
les sujets malpropres, impose souvent le diagnostic différentiel
avec la gale.
Ces accidents s’observent à l’état aigu pendant trois ou quatre-
semaines, puis tout disparaît. Alors que les Phlébotomes sont
toujours abondants, les mêmes individus nouveau-venus ne pré¬
sentent plus que des lésions discrètes. L’année suivante, ils se-
montrent beaucoup moins sensibles ou même complètement ré¬
fractaires : Ils ont acquis, très rapidement, une véritable immu¬
nité.
Nous avons pu cette année vérifier amplement ces faits. Les pre¬
miers Phlébotomes se sont montrés à la fin d’avril. Le 14 mai,,
un détachement de légionnaires arrivait dans la garnison de Beni-
Ounif. Sur les 85 Européens qui le composaient, 22 présentaient,
le Ier juin, des lésions éruptives dûes aux piqûres de Phléboto¬
mes; 18 d’entre eux, plus ou moins sérieusement atteints, fai¬
saient leur premier séjour d’été à Beni-Ounif ; les 4 autres qui
n’avaient que des lésions discrètes y avaient déjà résidé. 23 sol¬
dats indigènes examinés en même temps ne présentaient pas tra¬
ces de piqûres.
Ces accidents résultent évidemment de l’inoculation d’une salive
venimeuse par l’insecte. Dans le Sud-Oranais, malgré leur inten¬
sité souvent remarquable, ils ne s’accompagnent jamais de fièvre
ni d’aucune réaction générale. Nous n’avons jamais observé
consécutivement aux piqûres de Phlébotomes aucun symptôme
qui rappelât la dengue, la fièvre des trois jours ou la fièvre bou¬
tonneuse de Tunisie. Enfin, les cas très rares de bouton d’Orient
qui ont pu être constatés à Beni-Ounif, y avaient été nettement
importés.
Institut Pasteur d’Algérie.
t
— 5 14 —
U ne observation de contagion du béribéri
Par A. MANAUD.
Une petite épidémie de béribéri s’est produite dans le courant
de 1911-1912 à la prison siamoise de Tachim. Il y a eu 39 cas
et 6 décès, sur un effectif moyen de 110 prisonniers. La plupart
des cas appartenaient à la forme sèche ; quelques-uns ont débuté
par l’hydropisie.
Le fait saillant de cette épidémie, c’est qu’elle a été consécuti¬
ve à un cas importé. Lin prisonnier atteint de béribéri, avec pa¬
ralysie des membres inférieurs, fut transporté, le 5 août, de la pri¬
son de Petchaburi, où régnait à ce moment le béribéri, à ^elle de
Tachim, jusque là indemne. Une enquête minutieuse m’a permis
d’établir que le béribéri était jusque-là inconnu à la prison de
Tachim. Le 3 octobre, une premier cas fût constaté. Puis on ob¬
serva en novembre 4 cas; en janvier 1912, io cas; en février,
16 cas ; et en mars, 8 cas. Les prisonniers étaient depuis plusieurs
années alimentés avec du riz blanc poli, décortiqué dans 'es rize¬
ries de Bangkok. L’alimentation se composait à peu près unique¬
ment de riz et de poisson. Aucune modification , pouvant être sup¬
posée avoir une influence sur la production de l’épidémie, n’avait
été apportée aux locaux d’habitation, ni au genre de vie des pri¬
sonniers.
En pleine épidémie, le 9 mars 1912, le riz décortiqué dans les
usines a été remplacé par du riz décortiqué à la main. Depuis
lors, aucun nouveau cas ne s’est produit.
Après avoir rigoureusement contrôlé l’exactitude des faits rela¬
tifs au début de l'épidémie, je fus amené à examiner la possibilité
d’une relation de causalité entre l’arrivée du prisonnier béribéri-
que et dé l’épidémie.
La possibilité d’une simple coïncidence pourrait être envisagée,
si le cas était unique dans îa science. Des faits aussi nets et typi¬
ques ont été rarement observés. Toutefois, les observations dé
Scheube, de Baeltz et Miura et A. Yagamata, montrent que le
béribéri s’est développé au Japon suivant les voies de communi¬
cations et les courants humains, et que dans quelques localités on
— 5 1 5 —
a pu voir l’épidémie apparaître après l’arrivée de malades béri-
bériques (i). Marchoux (2) a fait des observations analogues
au Brésil.
La prison de Krakaen, aux Indes Néerlandaises (V.order-
man), celle de Penang (Major Grey), celle d’Hanoi, sont devenues
des foyers de béribéri après l’arrivée de prisonniers atteints de la
maladie (3).
Lafage (4) signale le fait suivant observé en Cochinchine: « En
avril 1904, à l’Ecole des sourds-muets de Giadinh, où on n’ avais
jamais constaté le béribéri, on admet un élève atteint de cette
affection. La maladie se propage rapidement; sur 46 élèves
17 sont atteints et 2 meurent. La nourriture y est très variée et le
riz décortiqué au jour le jour ».
1904, à l’Ecole des sourds-muets de Giadinn, où on n’avait jamais
constaté le béribéri, on admet un élève atteint de cette affection,
La maladie se propage rapidement; sur 46 élèves 17 sont atteints
et 2 meurent. La nourriture y est très variée et le riz décortiqué au
jour le jour ».
11 serait certainement possible, en recherchant dans l’histoire
des épidémies, de relever d’autres faits semblables.
Les cas intérieurs dans un groupe: prison, caserne, etc., au
cours d’une épidémie, cités par quelques auteurs comme cas de
contagion, sont peu probants, l’influence du régime pouvant être,
dans ces cas, aussi légitimement invoquée que la contagion.
L’épidemie que j’ai observée à Tachim met en évidence à la
fois la contagion béribérique par un malade provenant d’un
fover éloigné, et le rôle, comme cause adjuvante, de l’alimentation
par le riz blanc poli.
La condition favorisante, alimentation par le riz blanc poli,
existait à Tachim depuis un certain nombre d’années. Le béribéri
n’y est pourtant apparu qu’après l’apport du contage. Il a ensuite
suffi de supprimer la cause favorisante, alimentation par le riz
(1) Cités par Jeanselme. Bail, de la Soc. de path. exot.. 1911, n° 9,
p. 610.
(2) Marchoux. Le béribéri. Bull, de la Soc. de path. exot., 1910, n° 3,
p. 1 17: • •
(3) Jeanselme Le béribéri.
(4) Lafage. Le béribéri en Cochinchine. Ann. d'hyg. et de méd. col., 1912,
n° I, p- 5-
blanc poli, pour faire cesser la maladie, le milieu restant évidem¬
ment infecté par le germe, qui a dû y persister à l’état latent.
*
* *
Les conclusions générales que l’on peut tirer de ces faits au
point de vue de la pathogénie du béribéri se dégagent facilement.
Quand au siège et au mode de transmission de l’agent causai,
il est difficile d’arriver à quelques précisions.
Nous savons, toutefois, que les désinfections les plus rigoureu¬
ses ont été toujours inefficaces, ce qui permet de supposer que le
germe, échappant aux antiseptiques, ne réside pas dans le milieu
extérieur; à moins toutefois qu’un insecte ne soit le réservoir
et l’agent de transmission, ce qui pourrait cadrer avec les cas ob¬
servés.
Je dois signaler que la prison de Tachim se compose de giands
bâtiments en bois, surélevés au-dessus du sol, ventilés par la brise
de mer.
L’isolement des malades a été tout aussi inefficace.
D’après l’observation de Tachim et les faits analogues, tout se
passe comme si, transporté et implanté dans certaines localités,
dans certains groupes humains, l’agent causal du béribéri pouvait
y exister à l’état latent dans les organismes, faisant partie de la
flore microbienne spéciale à la localité ou au groupe. Simple sa¬
prophyte chez l’homme normalement alimenté, il devient patho¬
gène chez l’homme soumis à une alimentation exclusive par le ■ riz
blanc, ou tout autre alimentation spécialement déficiente. Les
deux facteurs sont nécessaires. L’alimentation exclusive par le
riz blanc ne suffit pas à produire le béribéri tant que le milieu hu¬
main n’est pas <c porteur du germe ». On peut admettre que tel
a été le cas des prisonniers de Tachim avant l’arrivée du prison¬
nier béribérique.
Le rôle pathogène du riz blanc comme cause favorisante peut
être expliquée de deux façons.
i° Il crée un état spécial d’inanition. C’est une alimentation
béribérigène parce que déficiente, dépourvue de certains éléments
qui sont nécessaires cà l’organisme pour sa résistance à l’infection
bé-ébérique. Toute autre alimentation amylacée déficiente, qui
prive l’organisme des mêmes éléments, peut jouer le même rôle
— 5 17 —
que le riz blanc, ainsi que cela résuite de quelques observations.
Le riz blanc n’aurait pas, même, en tant que cause adjuvante, la
sorte de spécificité, le monopole que lui attribuent la plupart des
publications de ces dernières années.
2° L’alimentation orizée, ou peut-être simplement amylacée,
transforme le contenu intestinal en un milieu favorable au déve¬
loppement du germe, qui y proliférant, produirait les toxines dont
l’absorption causerait la maladie, toxine microbienne ou, d’après
.Eykman, produit de fermentation du milieu intestinal.
Notons, à ce propos, cette donnée expérimentale que « i’ami-
don pur donné aux poules par Eykman provoquait aussi bien la
polynévrite que le riz tout à fait décortiqué. Si on donnait alors
de la viande, elles guérissaient » (i).
*
* *
Certains faits, en apparence contradictoires, peuvent s’expli¬
quer par le rôle prépondérant soit de l’agent pathogène, soit de
l’alimentation.
L’observation de l’Ecole des sourds-muets de Giadinh, par
exemple, dans laquelle l’épidémie s’est produite malgré que les
élèves eussent une alimentation variée et du riz décortiqué à la
main, au jour le jour, peut s’expliquer par une exaltation de viru*
lence du germe, devenu capable sous des influences que nous
ignorons de triompher d’organismes très résistants.
D’autre part, les deux faits suivants, que j’ai observés à Bang¬
kok, représentent le cas inverse. Au Siam, le béribéri n’existe que
dans les prisons, les casernes, l’asile d’aliénés; mais il est abso¬
lument exceptionnel dans les familles très misérables. Or, j’en ai
observé deux cas, l’un, dans une famille riche, chez une petite
fille de 4 ans qui fut atteinte de béribéri humide ; l’autre, d^ns une
famille également aisée, chez un homme de 26 ans, atteint de
béribéri à forme sèche, avec parésie des membres inférieurs, abo¬
lition des réflexes, etc... Les deux cas étaient consécutifs à une dy¬
senterie pendant laquelle les malades avaient été alimentés avec
du lait et du riz bouilli très dilué (kao tom). Ils guérirent après
le retour à l’alimentation normale.
(1) J. -H. Kiewiet de Jonge. Bull, de la Soc. de path. exot., 1911, n° 4,
p. 260:
30
— 5 1 8 —
Ces deux cas isolés de béribéri dans des familles semblent bien
pouvoir s’expliquer par le fait d’un germe saprophyte devenu pa¬
thogène grâce à une déchéance organique grave.
Ces deux observations sont la contre-partie de celle de Giadinh.
*
* *
En supposant que la polynévrite expérimentale des poules nour¬
ries de riz blanc puisse être assimilée au béribéri , il y aurait peut-
être lieu de tenir compte dans les expériences de l’existence possi¬
ble d’une flore microbienne spéciale aux pays ou l’on expéri¬
mente.
Si Eykman, Bréaudat, Fraser et Stantîon, etc., expérimentant
en Extrême-Orient ont réalisé de véritables polynévrites chez les
poules, Le Dantec n’a pas obtenu, en France, les mêmes lésul-
tats, et il a vu que ses poules nourries de riz blanc mouraient sim¬
plement d’inanition. En revanche, il a provoqué une véritable
polynévrite chez de jeunes pigeons en leur faisant manger de la
pâte de riz fermentée sous l’action d’une levure et d’un bacille
gramophile.
La conclusion qui semble se dégager des observations de Ta-
chim et des quelques autres faits analogues, c’est que la plupart
des travaux de ces dernières années sur le rôle pathogène de l’ali¬
mentation ont un caractère trop exclusif.
Les recherches sur le rôle préventif du riz complètement dé¬
cortiqué ont eu ce résultat pratique, qui se dégage nettement du
rapport de M. Primet, de nous fournir un bon moyen prophylac¬
tique par une simple modification du régime alimentaire.
Au point de vue purement scientifique.ee résultat pratique ne
doit pas faire oublier que le béribéri est, d’après l’observation
‘épidémiologique, une maladie infectieuse. Sa pathogénie n’est
pas seulement un problème de chimie alimentaire. C’est sur le
terrain de la bactériologie qu’elle pourra être élucidée.
Bangkok, io juin içi2.
— 5 1 g —
Observation clinique d’une affection chevaline
sévissant à Nindiah et Nindivin (Houailou)
Par C. NICOLAS.
Ce qui caractérise surtout et en premier lieu cette affection, c’est
le développement énorme des os propres du nez à droite et à
gauche de la ligne médiane, ce qui donne aux animaux qui en
àont atteints l’aspect des malades de cette affection humaine tro¬
picale dénommée « Goundou ».
Le premier cheval malade vu par nous le fut au hasard d’un
passage à Nindivin, et ce fut cette analogie avec le « Goundou »
qui nous frappa. En outre de ces deux énormes déformations, la
bête était atteinte de luxation d’une épaule, et de déviation en
« genu valgum » du genou du même membre, affligé d’une tu¬
meur ulcérée. Comme on me dit que cet animal était dans cet état
à la suite de coups, je ne l’examinai pas davantage et poursuivis.
Ce cheval est mort depuis; il appartenait, paraît-il, à M. Gabart
père, colon contigu à la tribu indigène, sur laquelle pâturait alors
cet animal malade et où il serait mort. Ce fut, paraît-il, le premier
cas. Les autres se sont développés depuis, au nombre de 7, dans
la tribu et 1 chez ce colon.
Au début, on remarque tout d’abord et seulement un surélève-
ment progressif des os du nez, à droite et à gauche, surélèvement
qui devient bientôt de chaque côté une tumeur plus grosse que le
poing. Au toucher, cette tumeur est d’une dureté nettement osseu¬
se; le réseau veineux se développe à sa surface, les vaisseaux y
sont dilatés, la peau reste mobile sur la tuméfaction osseuse'.
La respiration est gênée et prend un souffle tubaire ; un très
léger écoulement, muqueux d’abord, commence à se montrer plus
tard aux naseaux. On constate quelques ganglions à la partie su¬
périeure du cou et sous le maxillaire inférieur, à la ganache du
cheval ; un. peu de chaleur aux oreilles et aux naseaux. Ni l’âge,
ni le sexe ne semblent avoir d’influence. Tels sont les phénomè¬
nes initiaux.
Plus tard l’animal tousse, toux violente qui s’entend d’assez
loin, et, tout en continuant à manger, il maigrit sensiblement, ce
qui semble indiquer une participation des poumons ou des gan¬
glions bronchiques. Les naseaux présentent un jetage muqueux
puis muco-purulent plus abondant, caséeux et parfois sanguino¬
lent.
D’autres tumeurs se développent au niveau de l’épaule, du ge¬
nou, du jarret, amenant des déformations et sub-luxations des
membres. Ces tumeurs, au début, ont la consistance de l’os; cer¬
taines, situées aux membres, à la longue s’abcèdent ou s’ulcèrent.
Enfin l’animal meurt après plusieurs mois.
Ces signes extérieurs permettent de penser à une affection my¬
cosique, exclusion faite de la morve et du farcin, mais une autop¬
sie et des prélèvements cultivés et examinés microscopiquement
semblent nécessaires pour fixer exactement la nature du mal.
*
* *
Les tribus de Nindiah et Nindivin occupent un très petit ter¬
ritoire; on n’y rencontre que 12 chevaux appartenant à des Cana¬
ques, 2 à la Mission catholique, et 4 ou 5 à un colon contigu. Or,
en moins d’un an, sur 16 à 17 chevaux, huit ont contracté cette
(( sorte » de « Goundou » ; l’un, devenu au bout de plusieurs mois
complètement inutilisable, aurait été abattu par son propriétaire;
un autre serait mort maigre, cachectique, toussant et avec un
jetage muco-purulent des naseaux.
Mais le début de la maladie, et ce qui la caractérise, c’est la
déformation osseuse sous-orbitaire qui ne rétrocède jamais et n’a
pas encore été vue ulcérée; puis, ultérieurement, la production de
tumeurs osseuses articulaires, enfin le jetage par les naseaux,
qui ne se produit qu’aux stades ultimes. Il semble bien qu’on soit
en présence d’une sorte ou variété équine de « Goundou », peut-
être contagieuse, en tous cas contractée dans une toute petite lo¬
calité par un cheval sur deux.
C’est pourquoi nous avons proposé au gouvernement local
d’isoler ces animaux en deux lots:
L’un, composé des chevaux sains, mis en quarantaine ;
L’autre, des chevaux atteints, à soigner ou à abattre. Et si,
— 521 —
parmi l’un de ceux-ci, il nous est permis ou possible de pratiquer
une autopsie nous nous empresserons d’en faire part à la Société.
Canala, le Ier mai içi2.
M. Pécaud. — La maladie signalée par M. Nicolas est analo*
gue à celle décrite par les vétérinaires coloniaux français sous le
nom d’ « Ostéomalacie », par les Anglais sous le nom d’Ostéo-
porose. En Europe, elle est plus rare et a été étudiée sous ie nom
de maladie du son.
Elle existe au Tonkin, à Madagascar, dans le Sud-Africain,
dans l’Afrique Occidentale, en Amérique, en Australie, à Ceylan,
Elle est caractérisée par des boiteries, des gonflement osseux
avec déformation et parfois fractures, par des arrachements ten¬
dineux, des lésions articulaires et enfin par une élimination de
phosphates assez considérable.
Actuellement l’origine infectieuse, que nous signalions comme
certaine déjà en T902, de cette maladie est acceptée un peu par¬
tout, malgré les insuccès obtenus soit par des inoculations de
sang, moelle osseuse, os... et aussi malgré le peu de résultats des
recherches bactériologiques. (Voir comme derniers travaux à ce
sujet et renseignements bibliographiques, Carougeau, Etude gé¬
nérale de l’Ostéomalacie du cheval, particulièrement à Madagas¬
car, Revue générale de Médecine vétérinaire, nos 217 et 218, ieret
15 janvier 1912.)
Les hémoglobinuries chez les paludiques
comme celles occasionnées par la consommation
des fèves fraîches peuvent-elles être des
phénomènes de l’anaphylaxie ?
Par Jean P. CAR DAM ATI S.
Tous ceux qui ont constaté chez un paludique l’hémoglobinurie
après l’usage de la quinine se sont demandés si le traitement doit
ou non se baser sur la quinine. On n’a pas encore toujours pu
— 522 —
s’expliquer la sensibilité de certains sujets qui, après avoir pris la
quinine impunément pendant longtemps et à forte dose, à un
moment donné inconnu, sont devenus incapables d’en supporter
la moindre parcelle. Entre beaucoup de cas connus, Ruge (i) cite
celui où un milligramme de quinine provoqua un accès d’hémo¬
globinurie.
En effet, toutes les explications données se sont montrées in¬
suffisantes et incapables d’éclaircir cette double action de la qui¬
nine qui peut tantôt amener la guérison et tantôt être une matière
hvpertoxique.
Nous pensons que le phénomène de l’accès hémoglobinurique,
qui, comme nous le disions autrefois (2), ne constitue pas une ma¬
ladie particulière, mais plutôt un symptôme, peut être un phéno¬
mène d’anaphylaxie.
Ea quinine n’est pas une matière albuminoïde et semble ne
pas pouvoir provoquer de ces phénomènes. Cependant, se com¬
binant à l’albumine de l’estomac, elle est absorbée par l’orga¬
nisme sous forme de quinine albuminée ; à cause de cela donc et
peut-être aussi à cause du mauvais fonctionnement de l’appareil
digestif, il est permis de conclure que la quinine entrant dans
l’organisme du paludique, particulièrement par l’estomac, peut,
dans certains cas encore inconnus, servir d’antigène. Cet anti¬
gène combiné à la toxine paludique produit des anticorps qui pro¬
voquent la sensibilité à la quinine de l’organisme impaludé. Toute
nouvelle tentative d’administration de la quinine amène l’appa¬
rition de phénomènes d’anaphylaxie, soit à cause de sa combi¬
naison avec les anticorps produits, soit par sa transformation en
matière hypertoxique.
Quoique les symptômes cliniques de l’atteinte anaphylactique ne
s’accordent qu’en partie seulement avec ceux de l’hémoglobinurie
chez les paludiques, nous ne pouvons cependant pas mieux expli¬
quer ces derniers que comme des phénomènes anaphylactiques,
tels que sont encore les hémoglobinuries provenant de la con¬
sommation de la cosse, des feuilles ou encore des fleurs des fèves
fraîches.
Les phénomènes anaphylactiques provenant des fèves fraîches
(1) Ruge : Einführ, in das stadium der Malariakrankheiten. Iéna, 1906.
(2) De la nature de la fièvre ictérode hémoglobinurique, dans la « lar-
pvrlj TToôo<?oç )> Fasc. 22, 1902.
sont dus probablement à l’introduction dans l’organisme par
cause du mauvais fonctionnement de l’appareil digestif, d’une ma¬
tière végétale albuminoïde, étrangère à l’organisme, qui, agissant
comme antigène, c’est-à-dire comme matière toxique, provoque
l’apparition d’anticorps et, par suite, l’état anaphylactique.
Mémoires
Intervention de l’organisme dans la guérison
médicamenteuse des maladies à spirilles
Par C. LEVADITI.
En 1907, dans un travail fait en collaboration avec Mc Ix-
tosh (1), nous avons montré que certains médicaments qui agis¬
sent préventivement et curativement dans les spirilloses, en parti¬
culier Vatoxyl, engendrent la destruction des parasites non pas di¬
rectement, mains indirectement, par l’intermédiaire de l’organis¬
me auquel on les administre. Plus tard, avec Yamanouch; (2), nous
avons apporté de nouveaux faits démontrant l’exactitude de notre
conception, principalement la transformation de l’arsanilate en
un produit doué de propriétés trypanocides in vitro, transforma¬
tion réalisée par certains organes (en particulier par le foie). Tan¬
dis que l’atoxyl, à des concentrations données, ne détruit pas les
trypanosomes dans le tube à essais, le trypanotoxyl, principe qui
en dérive, sous l’influence des éléments hépatiques, exerce une
action toxique rapide et intense à l’égard de ces trypanosomes (3).
Dans notre mémoire (4) concernant le mécanisme de cette transfor¬
mation de l’atoxyl en trypanotoxyl, nous écrivions à ce sujet:
<( D’après Levaditi et Mc Intosh, l’arsanilate modifie l’organis¬
me, en ce sens qu’il rend l’infection légère, presque inapprécia¬
ble et qu’il provoque une crise précoce, analogue à celle qui met
fin à l’infection naturelle. Il agit en exagérant les moyens que
l’animal emploie normalement pour se débarrasser des spirilles
pendant la crise ».
Or, au cours de nos recherches avec L. Arzt (5), sur le mode
d’action du dioxydiamidoarsénobenzol dans la spirillose engen¬
drée chez le rat par le spirille de la fièvre récurrente, nous avons
observé certains faits tendant à montrer que l’organisme ne reste
pas inactif pendant le processus de la guérison et de la destruction
des parasites. Ainsi, nous avons vu que pendant la disparition de
(1) Levaditi et Mc. Intosh. C. R. de la Soc. de Biologie, 1907, p. 1090.
(2) Levaditi et Yamanouchi. C. R. de la Soc. de Biologie, 1908, t. LXV,
p. 23 et p. 25.
(3) Nos constatations ont été confirmées tout récemment encore par Terry,
Proceed. of the Soc. for exp. Biology and Medicine, 1912, p. 41 ; d’après cet
auteur, les hématies seraient aussi capables de transformer l’atoxyl en un
produit trypanocide.
(4) Levaditi. Ann. de l’Inst. Pasteur, 1909, t. XXIII, p. 604.
(5) Levaditi et Arzt .Bull, de la Soc. de Path . exot., 1912, t. V, no 5, p. 320.
525 —
ces parasites du sang, il s’opère dans les organes, en particulier
dans le foie et la rate, une phagocytose intense des spirilles, les¬
quels sont englobés par les cellules de Kupfer et subissent des
modifications dégénératives dans le protoplasma des macropha¬
ges hépatiques et spléniques. Il s’agissait d’un processus de des
truction intra-cellulaire, analogue à celui que nous avions cons¬
taté, avec Manouélian (i) au cours de l’infection et de la crise,
chez les animaux atteints de spirillose, mais non traités. Tout en
ignorant si les spirochètes chez les rats ayant reçu du salvarsan,
commencent déjà à se détruire hors des cellules, ou bien si leur
dégénérescence ne débute qu’après la phagocytose, l’existence-
même de cette phagocytose nous autorisait à affirmer que l’or¬
ganisme ne reste pas inactif pendant l’acte de la guérison médi¬
camenteuse de l’infection.
De plus, nous avons été frappés par les différences que nous
constations, au point de vue de la rapidité de la disparition des
spirilles circulants, entre les diverses séries d’animaux soumis au
traitement par le 606. Ainsi, pour une même dose de médicament,
cette disparition s’effectuait rapidement dans une expérience,
plus lentement dans une autre, et cependant le virus qui avait
servi à l’inoculation était le même dans les deux cas.
En examinant de près la question, nous nous sommes deman¬
dés si ces différences n’étaient pas dues à ce que le moment où
nous administrions le médicament, par rapport à la durée de l’in¬
fection, n’était pas toujours le même, et que tantôt nous injections
le salvarsan 24 ou 48 heures avant la crise spontanée, tantôt tout
près de cette crise. Or, en poursuivant ces recherches, nous nous
sommes convaincus de l’exactitude de cette interprétation, et nous
sommes arrivés à conclure qu’au point de vue de la rapidité de
la guérison des spirilloses, il n’est pas indifférent d’administrer le
médicament au début de l’infection ou à un moment rapproché de
la disparition critique spontanée des parasites circulants. Plus on
se rapproche de la crise, plus la guérison médicamenteuse s’opère
vite, et moins il faut de médicament pour provoquer cette gué¬
rison. C’est là une conclusion, qui, en outre de l’importance'
qu’elle peut avoir au point de vue pratique, offre un intérêt parti¬
culier en ce qui concerne le mode d’action du salvarsan dans les
spirilloses ; elle confirme, en effet, pour le 606, notre théorie de
l’intervention de l’organisme dans le processus de guérison médi¬
camenteuse des maladies à spirilles et à trypanosomes.
(1) Levadtti et Manouélian. Ann. de l’Inst. Pasteur, 1907, avril, p. 295.
— 520 —
Nous désirons résumer dans le présent travail les expériences
auxquelles nous faisons allusions, expériences qui ont été com¬
mencées en collaboration avec M. L. Arzt, et qui sont la conti¬
nuation de celles que nous avons publiées récemment ici-même.
Nous nous sommes servi du virus de la fièvre récurrente d’Afri¬
que ( Tick-fever , virus de Koch), entretenu au laboratoire de
M. Mesnil par des passages sur des souris. Sa pathogénité pour
le rat peut être facilement augmentée à l’aide d’inoculations intra¬
péritonéales successives de rat à rat, faites avec des quantités as¬
sez abondantes de sang (0,5 cm3 par exemple), pris dans le cœur.
Lorsque, après avoir rendu le virus assez actif, on inocule dans le
péritoine des rats (P. = 100 à 250 g.) 0,1 cm3 à 0,2 cm3 de sang
riche en spirilles, les parasites apparaissent dans la circulation
générale dès le lendemain, augmentent progressivement en nom¬
bre les jours suivants et la crise survient le plus souvent au cours
du quatrième jour (vers le soir ou pendant la nuit). Les animaux
ne succombent pas généralement à l’infection spirochétienne;
toutefois, si l’inoculation est faite avec un sang très riche en spi¬
rilles, certains rats, surtout parmi les plus jeunes, meurent le
4e ou le 5e jour, sans faire la crise.
Nous disposions l’expérience de la façon suivante : plusieurs rats
étaient infectés par voie intra-péritonéale et, à divers moments de
la deuxième, la troisième, parfois même de la quatrième journée
de l’infection, on leur administrait du salvarsan, toujours par voie
péritonéale. On notait le nombre des spirilles au moment de l’in¬
jection du médicament, et on examinait régulièrement le sang,
de façon à préciser le moment exact de la disparition des spirilles
circulants. L’examen était fait au moyen de la méthode de l’encre
de Chine (1) de Burri. LTn ou deux rats ne recevaient pas du 606
et servaient comme témoins, de façon à pouvoir déterminer le mo¬
ment où survenait la crise spontanée.
Nous avons administré à nos animaux deux doses de salvarsan ;
certains rats recevaient 1 cm3 5 par 100 g. d’une solution à o g. 05
pour 10 cm3, soit o g. 0075; à d’autres on injectait 1 cm3 pour
100 g. de la même solution, soit o g. 005. Le volume du liquide
était ramené cà 3 cm3 par addition d’eau salée.
(1) Nous avons établi une échelle quantitative du nombre des spirilles du
sang' ; la voici : t.t.r. = très très rares spirilles (3-4 par préparation) ; i.r. ==
très rares (1 spirille tous les 3-4 champs) ; r. = rares (1-2 spirilles par champ) ;
n. r. = non rares (5-6 spirilles par champ) ; ass. n.=assez nombreux (une di¬
zaine par champ) ; n.=nombreux, et t.t.n. = très nombreux (le champ est
riche ou très riche en spirilles).
»
Exp. I. — Virus relativement peu actif ; infection prolongée. Le 8 mai
1912, on infecte six rats. Deux sont traités le second jour de l’infection
(n h. 15 et 5 h. 1/2), trois le troisième jour (10 h., 3 h. et 5 h. 1/2), un sert
comme témoin. Dose de salvarsan = i cc. 5 pour 100 g.
Tableau I
(1) Nombre d’heures écoulées entre l’injection du 60G et le moment où on a fait l’examen.
La courbe N° 1 rend compte des différences, au point de vue de la vitesse
de disparition des spirilles, entre les rats traités le deuxième jour et ceux qui
ont reçu le 606 plus tard : chez ces derniers la stérilisation du sang s’est opé¬
rée beaucoup plus vite que chez les premiers, comme il résulte aussi du ta-
bleu suivant :
Rat I, traité le 2e jour (matin) : les spirilles ont disparu 33 heures après
l’injection du médicament.
Rat II, traité le 2e jour (soir) : les spirilles ont disparu 40 heures après
l’injection du 606.
Rat III, traité le 3e jour (matin) : les spirilles ont disparu 24 heures après
l’injection du 606.
Rat IV, traité le 3e jour (soir) : les spirilles ont disparu 4 heures apres
l’injection du 606.
Rat V, traité le 3e jour (soir) : les spirilles ont disparu 3 heures et demie
après l’injection du 606.
Exp. IL — Infection, comme précédemment, le 13 mai. — Un premier
rat a été traité le deuxième jour de l’infection (à 2 h. 30), un second le
troisième jour (gh. du matin), un troisième, le troisième jour (à 4 h. 30), un
quatrième le quatrième jour (à 9 h. 20 du matin). Dose de salvarsan = 1,5 de
la solution pour 100 g. d’animal.
— b28 —
COURBE
Tableau 2.
La courbe n° 2 rend compte de la marche de la disparition des
spirilles du sang circulant. Dans cette expérience, comme dans la
précédente, les parasites ont disparu plus vite chez les animaux
traités tardivement. On constate cependant des différences mar-
— 53o
quées au point de vue de la vitesse de la stérilisation du sang
(chez les rats traités le second jour), entre la première et la secon¬
de expérience. Cette stérilisation s’est opérée plus promptement
chez les animaux de la seconde série. Ce n’est pas là une consta¬
tation isolée: nous avons enregistré, en effet, plusieurs fois des
différences analogues au cours de nos recherches et nous nous
sommes demandé quelle pouvait en être l’explication. Nous
croyons devoir attribuer ces différences d’une série à l’autre, à la
vitesse de pullulation des spirochètes, en d’autres termes, à l’acti¬
vité pathogène du virus. Comme cette vitesse de pullulation est
en rapport avec la quantité de parasites contenue dans le sang
qui sert à infecter les animaux ; comme, d’autre part, il est dif¬
ficile de travailler toujours avec un matériel infectieux dont la te¬
neur en microbes soit constante; comme, enfin, on doit tabler avec
la sensibilité plus ou moins grande des différentes séries de rats,
on conçoit que, dans des expériences de ce genre, seules les va¬
riations constatées chez une même série d’animaux, infectés de la
même façon, en même temps, et avec un même virus, doivent en¬
trer en ligne de compte. Quoi qu’il en soit, les résultats de cette
seconde expérience concordent avec ceux de la première, et mon¬
trent que la vitesse de la disparition des spirilles circulants est
proportionnelle au temps écoulé entre le début de la maladie et
V inoculation du médicament.
Exp. III. — Infection le 18 mai. Un premier rat est traité le 2e jour (io h.)
un second le je jour (io h.), un troisième le je jour (3 h. 1/2). Dose de sal-
varsan = 1 cm. 5 de la solution par 100 g. d’animal.
Tableau 3.
— 53 1 —
Il résulte de cette expérience que tandis que chez le rat I et le rat II, traités
le second jour et au commencement du troisième, les spirilles ont disparu du
sang après douze heures (i), chez le rat III, qui a reçu le 606 l’après-midi
du 3e jour, cette disparition s’est effectuée en cinq heures.
Exp. V (2). — Infection le 7 juin. Dans cette expérience nous avons em¬
ployé deux doses de 606 ; un certain nombre d’animaux ont reçu 1 cm3 5, de
notre solution, d’autres 1 cm3 seulement. Nous exposerons tout d’abord
les résultats obtenus avec 1 cm3 5, ensuite ceux enregistrés avec 1 cm3.
Tableau 4. Dose=i cm3 5 (o g. 0075 p. 100 g.)
Il résulte de ce tableau que chez le rat traité le second jour la disparition
des spirilles circulants s’est effectuée entre la 10e et la 21e heure, tandis
que chez les animaux qui ont reçu le médicament le 3e et le 4e jours, cette
disparition a eu lieu déjà entre la 5e et la 6e heure.
Tableau 5. Dose=i cm3 (o g. 005 par 100 g.).
(1) Entre 12 et 23 heures chez le premier, 13 h. chez le second.
rend compte de la vitesse de la stérilisation du sang dans cette expréience :
(2) L’expérience IV a été faite avec des trypanosomes (v. plus loin).
532
COURBE
— 533 —
La courbe N° IV montre les variations de la vitesse de la stérilisation du
sang chez les rats de cette série.
Cette expérience confirme les données qui ressortent des expériences pré¬
cédentes ; de plus, elle montre que si au lieu d’administrer aux animaux
i cm3 5 de la solution de 606 par 100 g., on leur injecte 1 cm3 seulement,
on constate les mêmes différences, au point de vue de la rapidité de la dispa¬
rition des spirilles, entre les rats traités le second jour et ceux qui reçoivent
le médicament plus tard. En général, cette disparition met plus de temps à
s’effectuer chez les uns comme chez les autres, si on la compare à celle ob¬
servée chez les rats qui reçoivent 1 cm3 5 par 100 g., ce qui s’explique par
l’infériorité de la dose thérapeutique employée ; n’empêche que dans la
série II, comme dans la série I, les animaux traités plus tard ont guéri sen¬
siblement plus vite.
Expérience VI. — Les expériences qui viennent d’être expo¬
sées montrent bien que l’organisme intervient activement dans le
processus de guérison exercé par le salvarsan dans la fièvre récur¬
rente du rat. Afin de mieux préciser cette intervention, nous
avons étudié l’influence exercée par la vaccination préventive par¬
tielle sur ce processus de guérison médicamenteuse. Nous nous
sommes demandé de quelle façon se comporteraient, au point de
vue de la vitesse de la stérilisation du sang, les animaux dont nous
aurions augmenté la résistance d’une façon spécifique, à l’aide
d’une injection préalable de spirilles tués par le chauffage à 56°,
et que nous aurions soumis ensuite au traitement par le 606. Nos
recherches nous ont montré que, dans ces conditions, les rats
« préparés » se comportent comme les animaux que l’on traite au
voisinage de la crise, c’ est-à-dire qu’ils guérissent plus vite que
les témoins. Voici comment nous avons procédé:
Un rat, infecté par voie péritonéale, le 10 juin, est sacrifié le 12 juin ;
le sang, défibriné et additionné de bouillon (dilué 3 fois), est chauffé à 56°
pendant une demi-heure. Les nombreux spirilles qu’il renferme ont été tués
par ce chauffage. Le 12 juin, on inocule ce sang, à raison de o cm3 75, dans
le péritoine de cinq rats. Deux jours après, ces rats et une série de huit rats
neufs, sont infectés par voie péritonéale avec du sang virulent. Le traitement
est commencé dès le second jour de la maladie ; on administre le 606 (1 cm3 5
et 1 cm3) à quatre animaux, deux préparés, et deux témoins, et on examine
la vitesse de la disparition des spirilles circulants.
*
37
I
— 534 —
COURBE
— 535 —
COURBE
— 536
Tableau 6. Rats non préparés (dose=i cm3 5).
COURBE 6
Ces deux tableaux confirment donc les résultats de l’expérience V pour
les doses de 1 cm3. 5 et 1 cm3 de 606 ; le tableau suivant et les courbes VII,
VIII et IX, qui raccompagnent mettent en évidence l’influence de la vacci¬
nation partielle préparatoire :
537 —
Tableau 7. Rats non préparés (dose = x cm3.).
Tableau 8. Rats préparés et rats témoins (doses = cm3 5 et 1 cm3).
«
*
COURBE
Les différences, au point de vue de la vitesse de la disparition
des spirochètes circulants, entre les rats préparés, d'une part, et
les animaux témoins, de l’autre, apparaissent de la façon la plus
nette. Pour une dose de 606 égale à 1 cm3 5 de notre solution
(pour 100 g.) les parasites ont mis six heures à disparaître chez le
rat préparé, et onze heures au moins chez le témoin ; avec 1 cm3,
les spirilles n’étaient plus décelables dans le sang onze heures
chez l’animal vacciné, trente-trois heures chez le témoin. La
préparation de l’organisme , ce commencement de vaccination
que nous réalisons en administrant préalablement aux animaux
des spirilles tués par la chaleur, facilite donc sensiblement l’action
curative du salvarsan. Ceci montre de la façon la plus nette que
— 540 —
l’organisme ne joue pas un rôle purement passif dans le proces¬
sus de la guérison médicamenteuse, puisqu’il suffit d’augmenter
sa résistance pour rendre plus efficace l’influence curative du
traitement. Ce qui le prouve encore, c’est que, si l’on compare
ce qui se passe chez les animaux préparés et chez les témoins
traités le je jour de la maladie, on voit que les différences, au
point de vue de la rapidité avec laquelle les spirilles disparais¬
sent du sang, s’atténuent sensiblement (C. f. courbe 8). C’est
qu’alors le rat témoin reçoit le 606 à un moment plus rapproché
de la crise, par conséquent dans des conditions qui correspon¬
dent, jusqu’à un certain point, à celles où se trouvait, 24 heures
auparavant, l’animal préparé.
Bien entendu, il ne s’agit pas dans ces dernières expériences (1)
d’une vaccination solide des rats qui reçoivent les spirilles tués
par le chauffage. En effet, au moment où on les infecte, ils n’ont
acquis qu’une résistance partielle, puisqu'ils contractent encore la
(1) L’expérience 6 a été répétée avec un résultat comparable au précé¬
dent.
— 541 —
spirillose. Il n’en est pas moins vrai cependant, que cette résis¬
tance est réelle, attendu que l’infection qu’on leur confère est
atténuée et qu’elle évolue plus lentement.
*
* *
Ce sont là les principaux faits qui ressortent de notre Travail.
Quelles sont les conclusions qui en découlent?
Lorsqu’on étudie l’efficacité thérapeutique d’un médicament
spirillicide, comme le 606, par rapport à la période de l’infection
où se trouve l’animal lorsqu’on lui administre ce médicament,
on constate que la guérison, appréciée d’après la rapidité de la
disparition des spirilles circulants, est d’autant plus prompte que
Von se rapproche de la crise qui met spontanément fin à la mala¬
die. En d’autres termes, la vitesse de la stérilisation du sang est
inversement proportionnelle au temps qui sépare le moment de
l’injection de celui où a lieu la crise spontanée. D’un autre côté,
on provoque une guérison relativement rapide, avec des doses
de médicament inférieures, si on a soin d’ administrer le salvar-
san au cours de cette période pré-critique de la spirillose.
Bien entendu ces conclusions ne s’appliquent qu’aux maladies
parasitaires qui se terminent spontanément par une crise, et ne
sont vraies que pour les animaux qui 'réalisent d’eux-mêmes cette
crise. En effet, des expériences faites sur des rats infectés avec des
trypanosomes (Nagana), c’est-à-dire dans des conditions où il n’y
a pas de crise spontanée, et où il s’agit d’une maladie mortelle,
nous ont montré que l’efficacité thérapeutique du 606 n’est pas
plus grande quand on intervient tard ; bien au contraire, les ani¬
maux traités tardivement guérissent plus lentement, s’ils guéris¬
sent, et la disparition des trypanosomes circulants s’effectue
chez eux plus tardivement que chez les rats qui reçoivent le sal-
varsan au début de la maladie. C’est qu’ici il n’y a pas de crise
spontanée, ni de préparation de l’organisme pouvant influer sur
l’efficacité thérapeutique du médicament.
Quant au mécanisme qui préside à cette influence favorable de
la période pré-critique sur la guérison médicamenteuse, il nous est
difficile de le préciser d’une façon définitive, pour le moment du
moins. Deux hypothèses peuvent être formulées à ce sujet:
— 542 —
En premier lieu, on peut supposer que les spirilles, au fur et à
mesure que la maladie progresse et qu’elle se rapproche de la
crise, subissent quelque modification de leur vitalité qui les rend
plus sensibles à l’action microbicide du 606. On sait, en effet, que
les parasites qui circulent dans le sang peu avant la crise, sont
plus agglutinables et vivent moins longtemps in vitro que les
spirilles du début de l’infection. La disparition plus rapide des
spirochètes chez les animaux traités peu avant cette crise serait
donc due à des propriétés inhérentes aux spirilles, et non pas à
une intervention plus efficace cte l’organisme. Cette hypothèse ne
nous semble pas acceptable, pour les motifs suivants : tout
d’abord, s’il s’agissait réellement d’une modification de la vita¬
lité des parasites, on devrait pouvoir injecter les spirilles de la
période pré-critique dans le sang d’un animal neuf, traiter cet
animal, sitôt cette injection faite et voir la disparition des spiro¬
chètes s’opérer tout aussi vite. Or, les expériences que nous avons
entreprises dans cette voie, ne semblent pas confirmer cette prévi¬
sion ; en effet, il nous est arrivé parfois de constater cju’il suffit
de réaliser ce changement d’organisme-hôte, pour voir disparaî¬
tre l’influence favorable de la période pré-critique. Prenons, par
exemple, un rat infecté depuis trois jours, chez lequel une injec¬
tion intra-péritonéale de 1 cm3 5 de 606 par 100 g. devrait provo¬
quer une stérilisation du sang en 5-6 h. ; défibrinons son sang et
inoculons-le dans la circulation générale (veine jugulaire) d’un
rat neuf ; traitons ce rat, sitôt l’inoculation finie, alors que le sang
contient d'assez nombreux spirilles: nous verrons que la dispari¬
tion des parasites circulants s’effectuera en douze heures au lieu
de six.
Ce qui plaide encore contre cette première hypothèse, c’est le
fait que chez les rats « préparés » la stérilisation médicamenteuse
rapide apparaît lorsque le traitement est appliqué le second jour
déjà; or, à ce moment, nous sommes encore loin de la crise spon¬
tanée, et, par conséquent, loin de la phase pendant laquelle on
suppose que les parasites offrent une sensibilité exagérée à l’égard
des médicaments spirillicides.
La seconde hypothèse nous semble plus plausible. Suivant cette
hypothèse, si les rats traités pendant la période pré-critique gué¬
rissent rapidement c’est que pendant cette période l’organisme a
rissent rapidement, c’est que pendant cette période V organisme a
subi une préparation qui le rend apte à détruire facilement et
promptement les spirilles. En administrant le médicament à ce
!
— 543 —
moment opportun, on provoque une crise précoce, on force l’orga¬
nisme à livrer d’ores et déjà le combat qui aboutit à la destruction
des parasites, avec les armes dont il se sert habituellement, à
savoir la phagocytose et peut être aussi les principes spirillici-
des des humeurs. Nous en avons vu, en effet, avec Arzt, que la
stérilisation médicamenteuse dans la spirillose du rat, s’accompa¬
gne d’une phagocvtose des parasites réalisée par les cellules de
Iv upfer et les macrophages spléniques ; or, la même phagocytose
peut être constatée au cours de la crise spontanée qui termine la
fièvre récurrente expérimentale (Levaditi et ManouÉlian). Cette
façon de voir, qui nous paraît la plus acceptable, est d’ailleurs
d’accord avec notre conception de l’intervention active de l'orga¬
nisme dans le processus de guérison médicamenteuse des spirillo-
ses et des trypanosomiases (Levaditi et Mc Intosh, Levaditi et
Yamanouchi, toc. cit.).
On saisit facilement l’intérêt pratique des faits que nous appor¬
tons ici. Nos recherches montrent, en effet, qu’au point de vue de
l’efficacité d’un médicament donné, appréciée d’après la rapidité
de la disparition des parasites circulants, il n’est pas indifférent
d’administrer ce médicament à telle ou telle phase de la maladie.
Il y a un moment opportun ; préciser ce moment, c’est tirer de
l’agent thérapeutique le plus de bénéfice possible, c’est guérir l’in¬
fection avec des doses qui seraient insuffisantes si on intervenait
plus tôt. Pour les maladies à crise spontanée, telle que la fièvre
récurrente, ce moment paraît correspondre à la période pré-criti¬
que. Reste à savoir si dans la syphilis, infection à étapes succes¬
sives et dont les périodes d’accalmie paraissent correspondre à de
véritables crises spirochétiennes, il y a aussi un moment opportun
en ce qui concerne l’administration du salvarsan, et quel est ce
moment. On sait, par exemple, que lorsqu’on traite par le 606
deux sujets atteints d’accidents primaires, la guérison de la lésion
peut survenir chez l’un beaucoup plus vite que chez l’autre. On
s’est demandé quelle pouvait être la raison de cette différence et
d’aucuns ont pensé la trouver dans la résistance plus ou moins
grande du tréponème à l’égard du salvarsan. Ne serait-il pas plus
simple, en tenant compte de nos recherches, d’admettre que chez
le sujet chez lequel la guérison s’effectue plus promptement, l’or¬
ganisme se trouve précisément au « moment opportun » dont
nous parlions plus haut, c’est-à-dire à la phase pré-critique de
l’infection locale. Des recherches expérimentales pourraient ré-
soudre ce problème, dont l’importance pratique nous paraît con¬
sidérable ; nous nous proposons de les entreprendre, en nous ser¬
vant du chancre syphilitique du lapin.
Expériences de tranmission des
trypanosomiases animales
de l’Afriqûe Occidentale française,
par les stomoxes
Par G. BOUET et E. ROUBAUD.
Le rôle des Stomoxes comme vecteurs mécaniques des trypa¬
nosomiases diverses a été mis en évidence par de nombreux au¬
teurs. Au cours de notre voyage d’études en Afrique Occidentale
française, nous avons réalisé un certain nombre d’expériences sur
le même sujet en partant des différentes trypanosomiases animales
rencontrées. La comparaison entre eux, à ce point de vue, des virus
divers, aussi bien des zones à tsétsés que des zones sub-saharien¬
nes, nous a paru fournir des indications intéressantes, en mon¬
trant que certains virus se prêtent mieux que d’autres à ce mode
de transmission. S’il est toujours possible, pour un virus donné,
de parler d’un transport mécanique par les Stomoxes, nos recher¬
ches nous permettent de penser que, dans les conditions naturel¬
les, le rôle de ces insectes n’a pas la même valeur pour tous les
virus. En particulier leur électivité spéciale vis-à-vis de la trans¬
mission des virus sahariens, Surra et Tahaga, fait apparaître
comme très secondaire leur action de transmission sur les virus à
tsétsés.
Pour apprécier comme il convient la valeur du rôle infectant des
Stomoxes, nous avons toujours cherché à réaliser comparative¬
ment avec des expériences faites avec des mouches captives, d’au¬
tres expériences dans lesquelles les animaux étaient librement of¬
ferts aux atteintes naturelles des Stomoxes. C’est, croyons-nous,
ce dernier mode expérimental qui permet le mieux de se rendre
compte de l’action pathogène des Stomoxes, mais il faut alors
choisir des animaux qui ne soient pas naturellement protégés con¬
tre les piqûres par l’épaisseur de leurs poils, ou les préparer de
— 545 —
façon à rendre faciles les atteintes des mouches. Les animaux de
choix pour ces expériences seraient les chevaux, les bœufs, ou les.
chameaux, mais il n’est pas toujours possible de recourir à ces
animaux.
A. — Transmission par les Stomoxes des trypanosomes
a Glossines.
Nous avons expérimenté l’action des Stomoxes dans le trans¬
port mécanique des agents de la Souma (T. cacalboui), du Baléri
(T. pecaudï) et de la maladie des chevaux de Gambie (T. dimor-
phon).
a) T. Cazalboui. — Les expériences de Bouffard (i), à Ba¬
mako, ont établi nettement la possibilité de la transmission natu¬
relle de la Souma par les Stomoxes chez des bœufs maintenus en
enceinte grillagée. Nous avons essayé de reprendre différemment
ces expériences.
Exp. I. — Un cabri neuf est maintenu aux côtés d’une chèvre porte-virus, à
l’extérieur d’une écurie fréquentée par les stomoxes, du 15 septembre au
ier octobre, à Agouagon (Dahomey). Les oreilles et les flancs des deux ani¬
maux ont été légèrement dénudés pour faciliter les atteintes des mouches
qui les piquent constamment.
Résultat : le cabri neuf ne s’infecte pas.
Exp. II. — Une soixantaine de stomoxes (Si. calcitrans, bolivien, rares
boueti), réunis en 2 cages au laboratoire de Bamako piquent alternativement
sans intervalle du 28 août au ier septembre, un mouton-virus et un mouton
neuf.
Résultat : Les trypanosomes apparaissent le 2 septembre dans le sang du
mouton.
La transmission, si facile à l’aide des cages ou des écuries gril¬
lagées, a échoué à l’air libre dans les conditions naturelles. Des
résultats semblables ont été obtenus avec T. pecciudi.
» •
b) T. pecaudi.
Exp. III. — Un jeune chat sain est placé à l’air libre au laboratoire d’A-
gouagon, aux côtés d’un chat porte-virus, du 14 septembre au Ier octobre.
Les oreilles et les flancs des deux animaux sont légèrement dénudés. Les
mouches les harcèlent contamment.
Résultat : le chat neuf ne s’infecte pas.
Exp. IV, — Deux jeunes chiens neufs sont maintenus à l’air libre aux
côtés d’un chien porte-virus et dans le voisinage des chats précédents, du
15 septembre au 29 octobre. Les oreilles et les flancs sont légèrements dénu¬
dés.
(1) C. R. Soc. Biol. t. LXII, 1907 et Bull. Soc. Path: Exotique, t: I, 1908,
r
» • •
— 5 46 —
Résultat : aucun des deux chiens ne s’infecte, malgré des piqûres réitérées.
Exp. V. — Un chat neuf est maintenu à l’air libre aux côtés d’un chat
porte-virus dans un endroit fréquenté par les Stomoxes, à Satadougou, du
16 au 22 octobre. Le bout des oreilles des deux animaux est lcgerement dé¬
nudé pour faciliter les atteintes des mouches.
Résultat : malgré des piqûres réitérées le chat neuf ne s’infecte pas.
Exp. VL — Un jeune chien neuf est maintenu à l’air libre du 22 novem¬
bre au 2 décembre, aux côtés d’un chien porte-virus, dans un endroit fréquenté
par les stomoxes à Kolda (Hte-Casamance). Les oreilles des deux animaux
sont légèrement dénudées pour faciliter les atteintes des mouches. L’expé¬
rience est prolongée ensuite du 17 décembre au 14 janvier avec un nouveau
porte-virus.
Résultat, le chien ne s’infecte pas.
Exp. VIL — 5 stomoxys calcitrans sont soumis in vitro au laboratoire
d’Agouagon à des piqûres alternatives réitérées sans intervalle de cobaye
porte-virus à porc neuf. Après un dernier repas interrompu sur le co¬
baye-virus on les porte à intervalle de 5 minutes sur un cobaye neuf N° 38.
L’expérience est conduite dans ces conditions, tous les jours, sur les mêmes
animaux du 16 au 22 août.
Résultat, le porc ni le cobaye ne s’infectent.
Exp. VIII. — Une centaine de stomoxes (St. calcitrans soudanense, bon
vicri, glauca). réunis en deux cages à Satadougou, sont soumis à des repas
alternatifs sans intervalle de chat porte-virus à chat neuf, tous les jours du
7 au 13 octobre.
Résultat : Le 14 octobre les trypanosomes apparaissent dans le sang du
chat neuf.
c) T. dimorphon.
Exp. IX. — Un cabri sain est maintenu aux côtés d’une chèvre infectée,
du 30 décembre au 15 avril, dans des régions diverses de la Casamance et du
Sénégal et constamment soumis aux piqûres des stomoxes à l’air libre.
Résultat : Le cabri ne s’infecte pas.
Exp. X. — Une centaine de St. calcitrans sont soumis en cages à des re¬
pas alternatifs sans intervalle de chèvre infectée (tr. a. nombreux et nom¬
breux) à chèvre neuve, du 5 au 10 avril, tous les jours.
Résultat : La chèvre neuve ne s’infecte pas.
Le détail de ces expériences montre que, dans les conditions
/
naturelles, les possibilités de transmission des virus à Glossines
par les Stomoxes sont loin d’être aussi faciles que ne sembleraient
l'indiquer les expériences faites dans les conditions artificielles des
cages. Même dans ce cas, la transmission par piqûres provoquées
immédiates, se manifeste suivant les virus avec une certaine varia¬
tion : facile avec T. Cazalboui, elle l’est moins avec T. pecaudi,
et paraît surtout difficile avec T. dimorphon.
Si l’on compare ces résultats de transmission à ceux qu’expri¬
ment les expériences suivantes réalisées avec les virus sahariens,
le rôle joué par les Stomoxes vis-à-vis des virus à Glossines appa¬
raît manifestement secondaire.
B. — Transmission par les Stomoxes des virus sahariens.
a. T. soudanense.
Nous avons étudié la transmission par les Stomoxes d’un virus
du type Tahaga, prélevé sur un cheval du village de Gargouna,
dans la vallée du Niger. Les expériences suivantes ont été effec¬
tuées.
I. Transmission par piqûres consécutives immédiates.
Exp. I. — Repas alternatifs sans intervalle les 4 et 5 juillet, de chien in¬
fecté (tr. nombreux) à rat neuf n° 10 ( Cricetomys ) ; une centaine de mou¬
ches en expérience (St. bouvieri, Roub. ; St. calcitrans L. var. soudanense
Roub. ; St. 6 vittata Roub.).
Le rat s’infecte le 19 juillet.
Exp. II. — Repas alternatifs sans intervalle le 7 juillet, de chien infecté
(tr. nombr.) à rat neuf n° 23 (Cricetomys). Une cinquantaine de. mouches en
expériences. Mêmes espèces. Le rat s’infecte le 24 juillet.
Exp. III. — Repas alternatif avec intervalle d’une demi-heure le 7 juil¬
let, de chien infecté (tr. nombreux) à cobaye neuf n° 2. Mêmes mouches q-je
pour l’exp. IL Le cobaye meurt sans trypanosomes le 15.
Exp. IV. — Repas alternatifs sans intervalles le 11 juillet de rat infecté
(Cricetomys) à cobaye neuf, n° 8. Une cinquantaine de mouches restes des
expériences II et III. Le cobaye suivi jusqu’au 15 août ne s’infecte pas.
Exp. V. — Repas alternatifs sans intervalles les 12, 13, 14 juillet, de rat
infecté ( Cricetomys ) à chien neuf. 50 mouches : mêmes espèces. Le chien
s’infecte le 21 juillet.
Exp. VI. — Repas alternatifs sans intervalles les 21, 22, 23 août, de chien
infecté (tr. nombreux), à chien neuf. Une centaine de mouches : mêmes espè¬
ces. Le chien s’infecte le ier septembre.
II. 7' 'ransmission mécanique naturelle.
Exp. VIL — Un jeune chien neuf, épucé et lavé au crésyl, le bout des
oreilles épilé, est maintenu à la chaîne, le jour, aux côtés d’un chien porte-
virus (tr. nombreux) dans un endroit fréquenté par les stomoxes à Bamako.
La nuit, le chien est placé seul en cage grillagée. Durée de l’expérience, du
11 au 19 août. Les stomoxes (St. calcitrans, St. bouvieri), harcèlent cons¬
tamment les deux chiens.
Le chien s’infecte le 24 août.
III. Transmission après intervalle d’au moins 24 heures.
Résultat postif.
Exp. VIII. — Les mouches restantes (80 environ) de l’expérience VI ayant
fait leur dernier repas infectant le 23 août, sont mises à piquer du 24 au 30
sans nouveau repas infectant, sur chien neuf. L’intervalle minimum depuis
le dernier repas infectant est de 24 heures.
Le chien s’infecte le 30 septembre.
Le chien examiné jusqu’au 30 octobre ne montre de trypanosomes que
deux jours avant sa mort, à l’examen direct normal. Mais son sérum aban¬
donné à lui-même à la température du laboratoire fournit au bout de quel¬
ques heures une abondante culture de trypanosomes déjà à partir du 30 sep-
— 548 —
tembre. Les parasites non visibles à 'examen direct, étaient toujours facile¬
ment décelables par ce procédé d’auto-culture.
Une deuxième expérience faite pour apprécier le pouvoir infec¬
tant des mouches après 48 heures n’a point fourni de résultats
par suite de la disparition accidentelle de l’animal utilisé.
b. T. evcinsi.
Des résultats sont tout à fait analogues et complétant les pré¬
cédents ont été obtenus avec le virus du surra mauritanien re¬
cueilli sur des chameaux du Cayor à Saint-Louis du Sénégal..
*
I. T ransmission mécanique naturelle.
Exp. I. — Un chien est maintenu à l’air libre dans un endroit fréquenté
par les stomoxes (St. calcitrans) à Dakar, aux côtés d’un chien porte-virus
(tr. a. nombreux) du 30 avril au 21 juin.
Les oreilles sont légèrement dénudées pour faciliter les piqûres des mou¬
ches. Suivi tous les jours, le chien ne présente de trypanosomes que le
25 juin, meurt le 27.
Ce type d’infection discrète est tout à fait comparable à celui de l’expé¬
rience VIII précédente, par l’apparition très tardive des trypanosomes : mais
nous n’avons pas observé de culture dans le sérum abandonné à lui-même.
II. Transmission par piqûres consécutives immédiates.
Exp. IL — Repas alternatifs sans intervalle le Ier mai, de rat blanc infecté
(tr. innombrables) à rat blanc neuf. 10 St. calcitrans utilisés.
Le rat neuf s’infecte le 7 mai.
Exp. III. — Repas alternatif sans intervalle le 4 mai, de rat blanc infecté
(tr. tr. nombr.) à rat neuf. 2 St. calcitrans utilisés :
Le rat neuf s’infecte le 11 mai.
Exp. IV. Expérience de lavage de la trompe. — Repas alternatif sans in¬
tervalle le 8 mai, de rat blanc infecté (tr. nombreux) à rat neuf n° 1 ; puis
une minute après à rat neuf n° 2. 3 St. calcitrans utilisés.
Le rat n° 1 s’infecte le 16 mai ; le rat n° 2 ne s’infecte pas.
Exp. V. Expérience de lavage de. la trompe. — Repas alternatif sans inter¬
valle le 9 mai de rat blanc infecté (tr. tr. nombr.) à rat neuf n° 1 puis une
minute après à rat neuf n° 2; 3 St. n. sp. utilisés (1).
Le rat n° 1 s’infecte le 20 mai ; le rat n° 2 ne s’infecte pas.
Exp. VI. — Expérience de lavage de la. trompe. — Repas alternatif sans in¬
tervalle le 12 mai de rat blanc infecté (tr. nombreux) à rat neuf n° 1 puis
une minute après à rat neuf n° 2 ; 1 St. n. sp. utilisé.
Avec un piqûre unique, les rats n° 1 et n° 2 s’infectent tous les deux le
21 mai.
III. Transmission après intervalle.
Exp. VIL Intervalle de 24 heures. Résidtat négatif. — 10 St. calcitrans
sont nourris, sur un rat infecté le Ier mai, et sur un rat neuf le 2.
(1) Le stomoxe inédit dont il est ici question est une forme voisine du
St. 6 vittata. Roubaud de la vallée du Niger. Sa description et son histoire
seront données ultérieurement.
— H9 —
i
Le rat ne s’infecte pas. *
Exp. VIII. Intervalle d’au moins 24 heures. Résultat positif. — 50 St.
calcitrans nourris sur chien virus (tr. nombreux), le 11 mai sont mis à pi¬
quer les 12, 13, 15 mai sur rat neuf n° 17.
La même expérience est répétée les 15 et 16 mai avec 50 nouvelles mou¬
ches, nourries le 14 sur chien virus.
Le rat n° 17 s’infecte le 20 mai, meurt le 26.
Exp. IX. Intervalle de 5 minutes. Résidtat négatif. — 50 St. calcitrans
soumis le 17 mai à trois reprises à des repas alternatifs avec intervalle.de
5 minutes de rat virus à rat neuf.
Le rat neuf ne s’infecte pas.
Exp. X. Intervalle d’au moins trois jours. Résidtat positif. — 35 St. cal¬
citrans restant de l’exp. VIII et dont le repas sur rat infecté a eu lieu les
11 et 14 mai, sont mis à piquer du 17 au 23 sur rat neuf n° 14.
Le rat s’infecte le 31 mai, meurt le 5 juin.
Exp. XI. Intervalle de 24 heures, négatif : intervalle d’au moins 48 heures :
Résidtat positif. — 40 St. calcitrans nourris sur chien virus le 20 mai piquent
24 heures après les rats neufs n08 15 et il. Répétition le 24 de la même ex¬
périence avec 100 mouches nouvelles nourries 24 heures avant sur" chien virus.
Les 25 et 26 (2e et 3e jours), 50 mouches restant de cette dernière cage
piquent le rat neuf n° 16.
Du 27 au 31 les mouches restantes piquent le rat neuf, n° 26.
Les deux rats piqués après 24 heures ne s’infectent pas, ni le rat 26, piqué
au-delà du troisième jour. Le rat n° 16, piqué le 2e et le 3e jour s’infecte et
meurt le 17 juin.
Exp. XII. — Intervalle de 24 heures. Résidtat positif. — Une centaine
de St calcitrans nourris le 17 juin sur rat infecté sont mis à piquer 'e 18 sut
rat neuf A.
Répétition de l’expérience le 20 avec des mouches neuves nourries le 19
(24 heures) sur chien virus.
Les mouches restantes piquent les 21 et 22 (2e et 3e jours) un deuxième rat
neuf B.
Le rat A, piqué après l’intervalle de 24 heures, s’infecte le 27 juin.
Le rat B, n’a pas été suivi au-delà du 27.
Ces expériences font ressortir la grande facilité de transmission
des virus sahariens par les Stomoxes. Dans les conditions natu¬
relles réalisées avec les chiens attachés côte à côte à l’air libre,
la contamination s’est faite très aisément alors que nous ne
l’avons jamais observée avec les virus à Glossines. Par voie mé¬
canique expérimentale, la proportion des résultats positifs d’in¬
fection avec les Stomoxes a été beaucoup plus grande que celle
obtenue précédemment par les Sergent (i). Le principal intérêt
de ces expériences est la mise en évidence du pouvoir infectant,
jusqu’à deux et trois jours, peut-être davantage, après la prise de
sang virulent par les mouches. Dans leurs expériences sur Tr.
soudanense, var. berbera, les frères Sergent ont observé un
cas de transmission exceptionnel après 22 heures avec un Taba-
(1) Annales de l’Institut Pasteur, 1905.
38
mo
il us. Avec nos Stomoxes cette transmission à longue échéance
s’est montré beaucoup plus fréquente; sa durée nous paraît sur¬
tout limitée par la faible longévité des mouches en captivité. Ce¬
pendant, jusqu’à présent, nous n’avons pu surprendre aucun phé¬
nomènes de développement dans le tube digestif ni dans la trompe
des mouches examinées. L’existence d’un délai d’incubation chez
les mouches n’apparaît pas nettement comme chez les Glossines.
Sans pouvoir donner, par suite, aux Stomoxes, la valeur d’hôtes
intermédiaires types vis-à-vis du Surra ou des virus alliés, nous
n’en considérons pas moins ces insectes comme désormais liés
d’une façon primordiale à l’étiologie des virus sahariens.
Les observations courantes des indigènes des régions soudanai¬
ses qui confinent au désert, sont toutes d’accord pour attribuer au
voisinage du Niger une influence néfaste sur leurs chameaux.
En Mauritanie les mares permanentes sont à juste titre redoutées
pour leurs animaux par les chameliers maures. C’est, en effet,
dans ces régions humides que se cantonnent les Stomoxes par¬
tout où les influences désertiques se font sentir. L’étiologie du
surra, de la M’bori et du Tahaga s’éclairent manifestement de
ces diverses données biologiques concordantes.
Mission scientifique en Afrique Occidentale française.
Non-transmission des trypanosomiases
de la mère au foetus
Par L. NATTAN-LARRIER.
Les expériences que nous résumons dans ce travail sont relati¬
vement peu nombreuses. Elles ont été, en effet, difficiles à réali¬
ser: car les avortements sont, comme on le sait, très fréquents
chez les femelles infectées par les trypanosomes. Sur 14 co¬
bayes inoculés nous avons observé 6 avortements: 4 se produisi¬
rent au cours d’infections due à T. Brucei , 1 au cours d’une infec¬
tion due à T. congolense, 1 au cours d’une infection due à T.
Evansi. Ces avortements survinrent une fois, 24 heures ( Nagana ),
une fois 6 jours (T. congolense), une fois 7 jours (Surra), une
fois 9 jours, une fois 11 jours et un fois 12 jours (Nagana), après
l’inoculation. Dans deux cas (Nagana et infection à T. congo-
-- "55 1
»
lense) l’avortement précéda de 3 jours et de 2 jours l’apparition
des trypanosomes dans le sang de la femelle. Chez d’autres ani¬
maux l’avortement fut séparé du début de l’infection par un délai
de 24 heures(Nztrra), de 6, de 7 et même de 10 jours (Nagana).
Enfin dans deux expériences, les petits succombèrent, mais leur
expulsion ne se produisit pas, et au moment où la femede fut
sacrifiée on trouva les petits macérés.
Nous avons étudié simultanément les deux questions suivantes:
a) les trypanosomes peuvent-ils passer de la mère au fœtus?
b) le sérum des petits acquiert-il des propriétés spéciales sous
l’influence des trypanosomiases maternelles?
3{c
* *
Les trypanosomes peuvent-ils franchir le placenta et passer
du sang de la mère dans le sang du fœtus?
Les expériences que nous avons consacrées à l’étude de cette
question au nombre de 12:8 furent faites sur le cobaye, 2 sur le
rat, 2 sur la souris. La technique que nous avons suivie a toujours
été la suivante. Si la femelle mettait bas spontanément, les petits
étaient aussitôt sacrifiés et leur sang était inoculé à des souris.
Plus souvent la femelle était sacrifiée avant la mise bas; l’abdo¬
men était alors ouvert: des ligatures étaient posées sur le vagin
et sur les vaisseaux des cornes utérines; la surface de l’utérus
était largement cautérisée au fer rouge, puis incisée à l’aide
d’une tige de fer chauffé; par l’orifice ainsi produit, l’amnios
è
faisait hernie et pouvait facilement être ponctionné à la pipette;
on prolongeait alors avec la tige chauffée l’ouverture de l’utérus
et on extrayait les fœtus dont les cordons étaient liés, puis sélec¬
tionnés. Les fœtus étaient lavés dans la solution de sublimé à
1 p. 1.000, puis dans l’eau physiologique; le sang du cœur était
recueilli à la pipette. Dans chaque cas d’une part, une dizaine de
gouttes de liquide amniotiq'ue, d’autre part une quantité égale .*
de sang étaient inoculées à plusieurs souris. Enfin, l’examen di¬
rect du sang fœtal et du liquide amniotique étaient pratiqués.
Exp. I. — Femelle de cobaye pleine de 5 à 6 semaines, inoc. sous-cutanée
le 17 mars avec Surra de l’Inde sur souris. Le 20 mars, trypan. très rares ;
le 22 mars, trypan. nombreux ; le 24 mars, crise ; le 31 mars, trypan. rares ; le
5 avril, trypan. nombreux, la femelle met bas.
Examen direct du liquide amniotique et du sang- des petits : négatif.
Inoc. du sang dans le péritoine d’une souris : résultat négatif.
— 552 —
Exp. 2. — Femelle de cobaye pleine de 4 semaines environ, inoc. sous-
cutanée le 13 mai avec Nagana souche sur chien. Le 17 mai, trypan. très
rares ; le 24 mai, trypan. très nombreux, la femelle est sacrifiée.
Examen direct du liquide amniotique et du sang des petits : négatif.
Inoc. du sang de trois petits dans le péritoine de deux souris : résultat né¬
gatif. Inoc. du liquide amniotique dans le péritoine d’une souris : résultat-
négatif.
Exp. 3. — Femelle de souris à terme, inoc. sous-cutanée le 7 juin, avec
Nagana Werbitzky. Le 9 juin, trypan. non rares, la femelle met bas.
Examen direct du sang des petits : négatif. Inoc. du sang dans le péri¬
toine d’une souris, résultat négatif .
Exp. 4. — Femelle de souris presqu’à terme, inoc. sous-cutanée le 5 juin
avec Trypan. soudanense sur cobaye. Le 10 juin, trypan. nombreux ; le
13 juin, trypan. nombreux, la femelle met bas.
Examen direct du sang des petits : négatif. Inoc. du sang dans le péri¬
toine d’une souris : résultat négatif.
Exp. 5. — Femelle de cobaye pleine de 5 semaines environ, inoc. sous-
cutanée le 7 septembre avec Trypan. congolense sur souris. Le 14 septembre,
trypan. rares ; le 17 septembre, trypan. très nombreux ; le 18 septembre,
trypan. très nombreux, la femelle est sacrifiée.
Examen direct du sang des petits et du liquide amniotique : négatif.
Inoc. du sang de deux petits à deux souris : résultat négatif. Inoc. du liquide
amniotique dans le péritoine d’une souris : résultat négatif.
Exp. 6. — Femelle de rat presqu’à terme, inoc. sous-cutanée le 17 octobre
avec Nagana Werbitzky sur souris. Le 20 octobre, trypan. très nombreux,
la femelle est sacrifiée.
Examen direct du liquide amniotique et du sang des petits : négatif.
Inoc. du sang de deux petits dans le péritoine de deux souris : résultat né¬
gatif. Inoc. du liquide amniotique dans le péritoine de deux souris : résultat
négatif.
Exp. 7. — Femelle de cobaye pleine de 5 semaines environ, inoc. sous-
cutanée le 27 octobre avec Surra sur cobaye. Le 3 novembre, trypanosomes
assez nombreux ; le 4 novembre, nombreux, la femelle est sacrifice.
Examen direct du sang des petits et du liquide amniotique : négatif.
Inoc. du sang de deux petits dans le péritoine de deux souris : résultat né¬
gatif. Inoc. du liquide amniotique dans le péritoine de deux souris : résultat
négatif.
Ex. 8. — Femelle de cobaye pleine de trois semaines environ, inoc. sous-
cutanée le 23 octobre avec Trypan. congolense sur cobaye. Le 4 novembre
trypan. non rares. Le 8 novembre, trypan. nombreux, l’animal meurt.
Au moment de l’examen les trypan. sont encore mobiles. Les petits sont
macérés, le placenta est altéré et le liquide amniotique hémorrhagique.
Examen direct du liquide amniotique : négatif, Inoc. du liquide amnioti¬
que dans le péritoine de deux souris : résultat négatif,
que dans le péritoine de deux souris : résultat négatif.
Exp. 9 . — Femelle de cobaye pleine de trois semaines environ, inoc. sous-
cutanée le 14 novembre avec Surra sur cobaye. Le 20 novembre, trypan.
nombreux ; le 22 novembre, trypan. innombrables, la femelle est sacrifiée.
Examen direct du liquide amniotique et du sang des petits : négatif.
Inoc. du sang d’un petit dans le péritoine de deux souris : résultat négatif.
Inoc. du liquide amniotique dans le péritoine de deux souris : résultat né¬
gatif.
Exp. 10. — Femelle de cobaye pleine de 6 semaines, inoc. sous-cutanée le
21 novembre avec Surra sur cobaye. Le 28 novembre, trypan. assez nom¬
breux : le 30 novembre, rares, femelle sacrifiée.
Examen direct du sang des petits et du liquide amniotique : négatit.
Inoc. du sang d’un petit dans le péritoine de deux souris : résultat négatif.
Inoc. du liquide amniotique dans le péritoine d’une souris : résultat négatif.
Exp. ii. — Femelle de cobaye pleine de 3 semaines environ, inoc. sous-
cutanée le 6 novembre avec Surra sur cobaye. Le 15 novembre, trypan. non
rares ; le 15 décembre, trypan. nombreux, la femelle meurt. Au moment de
l’examen, les trypan. sont encore mobiles. Un petit est encore vivant, deux
autres sont macérés ; les placentas, correspondant à ces derniers fœtus, son!
•altérés.
Examen direct du sang du petit encore vivant : négatif. Inoc. du sang du
petit vivant dans le péritoine d’une souris : résultat négatif.
Exp. 12 ( expérience communiquée par M. Laveran). — Femelle de rat
presqu’à terme, inoc. sous-cutanée le 12 septembre avec Trypan. gambiense
sur rat. Le 15 septembre, trypan. très nombreux, la femelle est sacrifiée.
Examen direct du sang de deux fœtus : négatif. Inoc. du sang de deux
petits dans le péritoine de deux souris : résultat négatif.
En résumé, sur 16 souris inoculées avec le sang de 17 petits,
provenant de 10 femelles infectées, nous n’avons jamais obtenu
que des résultats négatifs. Les résultats ont été les mêmes lorsque
l’expérience était fait pendant la première moitié de la gestation ou
lorsqu’elle était réalisée sur des femelles à terme. De même l’ino¬
culation du liquide amniotique provenant de 7 femelles s’est mon¬
tré constamment négative (1). Dans les conditions où nous nous
sommes placés, T. Evansi, T. Brucei, T. congolense, T. soudan-
se et T. Gambiense ne passent donc pas de la mère au fœtus et
ne viennent pas infecter le liquide amniotique. Ces conclusions
sont d’accord avec les résultats obtenus pour T. Lewisi, par La¬
veran et Mesnil, Chaüssat, Lewis, Lingard, Rabinowitch et
Kempner ; pour T. Brucei et T. Evansi, par Massaglia.
Les conclusions auxquelles nous sommes parvenus au sujet de
T. Evansi, T. Brucei, T. congolense, T. soudanense, et T. gam¬
biense peuvent-elles être étendues aux autres trypanosomes ? Nous
pensons qu’avant d’avancer une pareille opinion, il serait utile
d’entreprendre des recherches avec T. equiperdum qui, étant
apte à traverser les muqueuses intactes, peut sans doute aussi
franchir les limites des vaisseaux maternels du placenta. Enfin il
ne serait pas impossible que Schisotrypanum Cruzi qui pénètre
dans les fibres musculaires et dans les tissus glandulaires soit
capable, lui aussi, de déterminer des infections héréditaires.
(1) Cette constatation est en contradiction avec les résultats obtenus par
Massaglia dans ses premières recherches ; mais dans une étude ultérieure
Massaglia a admis que les trypanosomes ne passent pas dans le liquide
amniotique.
- 554 —
*
* *
Le sérum des petits nés d’une femelle infectée par des trypano¬
somes, acquiert-il des propriétés spéciales? Pour résoudre cette
question, nous avons cherché, d’une part, si le sang des fœtus
possédait des propriétés empêchantes par rapport aux trypanoso¬
mes qui avaient déterminé l’infection maternelle, d’autre part si
le sérum des petits pouvait donner une réaction d’ attachement
avec le trypanosome ayant causé la maladie maternelle.
Recherche de l’action empêchante du sérum des petits. Au
moment où la femelle pleine est sacrifiée, nous recueillons le sang
de la mère, le sang d’un ou de plusieurs fœtus et le liquide amnio¬
tique : nous pouvons ainsi comparer les propriétés du sérum ma¬
ternel, du sérum fœtal et du liquide amniotique.
Un centimètre cube et un demi-centimètre cube des liquides à
examiner sont laissés en contact in vitro pendant cinq minutes
avec une quantité donnée de sang contenant le trypanosome qui
a déterminé l’infection maternelle, puis ces mélanges sont
inoculés dans le péritoine d’une souris ; une souris témoin reçoit
la même quantité du même virus, dilué en eau physiologique.
Exp. i (i). Essai du sérum maternel : mélange avec x cm3, inoc. positive,
le 4e jour, mort delà souris le 8e jour. — Mélange avec o cm3 5, inoc. positive
le 5e jour, mort de la souris le 8e jour. Essai du sérum foetal : mélange avec
1 cm3, inoc. positive le 4e jour, mort de la souris le 7e jour. — Mélange
avec o cm3 5, inoc. positive le 4e jour, mort de la souris, le 7e jour. Témoin :
inoc. positive au bout de 24 heures, mort de la souris le 3e jour.
Exp. 2. — Essai du sérum maternel : mélange avec o cm3 5 la souris ne
s’infecte pas. Essai du sérum foetal : mélange avec o cm3 5, la souris ne
s’infecte pas. Essai du liquide amniotique : mélange avec 1 cm3, inoc. posi¬
tive le 2e jour, mort de la souris le 14e jour. — Mélange avec o cm3 5, inoc.
positive le 6e jour, mort de la souris le 10e jour. Témoin : inoc. positive le
6e jour, mort de la souris le 10e jour.
Exp. 5. — Essai du sérum maternel : mélange avec 1 cm3, inoc. positive
le 8e jour, trypan. nombreux le 30e jour, la souris est sacrifiée. — Mélange
avec o cm3 5, inoc. positive le 25e jour, trypan. innombrables le 31e jour ,
souris est sacrifiée. Essai du liquide amniotique : mélange avec 1 cm3, inoc.
positive le 8e jour, mort de la souris le 31e jour. — Mélange avec o cm3 5,
la souris ne s’infecte pas. Témoin : la souris ne s’infecte pas.
Exp. 7. — Essai du sérum maternel : mélange avec 1 cm3, inoc. positive
le 4e jour, mort de la souris le 6e jour. Mélange avec o cm3, 5 inoc. positive
le 2e jour, mort de la souris le 5e jour. Essai du sérum foetal : mélange
(1) Tes numéros indiqués pour chacune de ces expériences se rapportent à
l’ordre des expériences, résumées dans la première partie de ce travail.
/
avec o cm3 75, inoc. positive le 2e jour, mort de la souris le 4e jour. Essai du
liquide amniotique : mélange avec 1 cm3, inoc. positive le 2e jour, mort de
la souris le 5e jour. Témoin : inoc. positive le 2e jour, mort de la souris le
4e jour.
Exp. 8. — Essai du sérum maternel : mélange avec o cm3 5, inoc. posi¬
tive le 4e jour, Trypan. très nombreux le 5e jour, souris sacrifiée le 23e jour.
Essai du liquide amniotique : mélange avec o cm3 5, inoc. positive le 4e jour ;
trypan. très nombreux le 7e jour, souris sacrifiée le 23e jour. Témoin : inocu¬
lation positive le 2e jour, trypan. très nombreux le 7e jour, souris sacrifiée le
23e jour.
Exp. 10. — Essai du sérum maternel : mélange avec 1 cm3, inoc. positive
le 2e jour, mort de la souris le 3e jour. Essai du sérum foetal : mélange avec
1 cm3, inoc. positive le 2e jour, mort de la souris le 3e jour. Essai du liquide
amniotique : mélange avec 1 cm3, inoc. positive le 2e jour, mort de la souris
le 3e jour. Témoin : inoc. positive le 2e jour, mort de la souris le 2e jour.
Exp. g. — Essai du sérum maternel : mélange avec o cm3, 75, inoc. posi¬
tive le 2e jour, mort de la souris le 3e jour. Essai du sérum foetal : mélange
avec o cm3 75, inoc. positive le 2e jour, mort de la souris le -4e jour. Essai
du liquide amniotique : mélange avec o cm3, 75, inoc. positive le 2e jour ;
mort de la souris le 4e jour. Témoin : inoc. positive le 2e jour, mort de la
souris le 3e jour.
En résumé, dans 5 expériences l’activité du sérum fœtal a pu
être comparé à l’activité du sérum maternel : dans un cas le sérum
maternel avait une action empêchante complète et le sérum du
petit possédait une activité égale; dans deux cas, le sérum mater¬
nel retardait seulement l’infection et le sérum du petit possédait
une activité à peu près identique; enfin, dans deux cas, l’action du
sérum maternel, aussi bien que celle du sérum fœtal, était nulle.
Quant au liquide amniotique, son activité s’est toujours montrée
plus faible que celle du sérum maternel et que celle du sérum
fœtal.
Recherche des attachements. La recherche des attachements a
été faite suivant la technique habituelle ; une seule de nos expé¬
riences est complète: le sérum maternel, le sérum fœtal et le liqui¬
de amniotique y ont été étudiés à l’état pur, en dilution à 1/25® et
à 1/50®.
Exp. 7 (1). — Recherche des attachements avec le sérum de la mère 1
sérum pur, attach. nombreux ; sérum à 1/25, attach. assez nombreux ; sérum
à 1/50, attach. assez nombreux (dans ces 3 expériences de nombreux trypano¬
somes restent encore libres). Recherche des attachements avec le sérum
fœtal : sérum pur, attach. nombreux ; sérum à 1/25, attach. assez nom¬
breux ; sérum à 1/50, attach. non rares (même remarque que pour le sérum
maternel). Recherche des attachements avec le liquide amniotique : liquide
(1) Les numéros indiqués pour chacune de ces expériences, se rapportent
l’ordre des expériences résumées dans la première partie de ce travail.
— 556 —
«
pur, attach. nombreux ; liquide à 1/25, attach. assez nombreux ; liquide à
1/50, attach. non rares (même remarque que ci-dessus).
Exp. 8. — Recherche des attachements avec le sérum de la mère : sérum
pur, attach. assez rares ; sérum à 1/25, attach. assez rares ; sérum à 1/50,
attach. rares. Recherche des attachements avec le sérum foetal : sérum pur,
attach. assez rares ; sérum à 1/25, attach. assez rares ; sérum à 1/50, attach.
très rares. Recherche des attachements avec le liquide amniotique : liquide
pur, attach. rares ; liquide à 1/25, attach. rares ; liquide à 1/50, attach. nuis.
Le sérum des fœtus peut donc donner une réaction d’attache¬
ment positive, d’intensité égale ou à peu près équivalente, à celle
que l’on obtient avec le sérum maternel.
*
* *
Les quelques faits, rapportés dans la seconde partie de ce tra¬
vail, montrent nettement que, sous l’influence des trypanosomia¬
ses maternelle, le sang du fœtus peut acquérir des propriétés ac¬
tives ; mais nos expériences sont encore trop peu nombreuses pour
qu’il nous soit permis d’en tirer déjà des conclusions générales.
( Travail du Laboratoire de M. Laveran.)
La désinfection antimoustique
au moyen de la quinoléine
Par G. BOURRET.
Quand on veut faire de la désinfection antimoustique, notam¬
ment pour combattre une épidémie de fièvre jaune, on se heurte à
des difficultés assez considérables provenant de ce qu’aucun des
désinfectants couramment employés n’est sans inconvénient. Le
soufre détériore de très nombreux objets; le pyrèthre ne tue pas
régulièrement et laisse une mauvaise odeur persistante ; le tabac
présente aussi ce dernier désavantage. Il m’a donc paru inté¬
ressant de rechercher ce qu’on pouvait attendre, dans la pratique,
de la quinoléine sur laquelle Trillat et Legendre ont attiré l’at¬
tention, il y a quelques années ( Bullet . de la Soc. de Path. exot.,
décembre 1908).
Dans une série d’expériences préparatoires destinées à me fixer
4
— 557 —
d’une façon approximative sur les doses à employer, j’ai pu cons¬
tater que la dose o g. 08 par mètre cube, indiquée par Trillat et
Legendre, comme ayant amené en 40 minutes la mort de tous
les moustiques contenus dans une pièce, est, dans les conditions
où j’ai opéré, les mêmes que ces auteurs, sauf pour la tempéra¬
ture, qui oscillait autour de 21 0 au lieu de 28°, insuffisante à
produire cet effet, même sur les moustiques le mieux exposés à
l’action des vapeurs. Tous ces insecte paraissent bien morts
après 40 minutes, mais beaucoup ne sont que stupéfiés, et, si
même on les maintient dans la pièce fumigée, sont trouvés par¬
faitement vivants 24 heures après.
Exp. B. I. — Une pièce de 105 m3 garnie de 2 lits, d’une table de nuit et
d’un coffre à linge est calfeutrée rigoureusement à toutes ses ouvertures au
moyen de papier gommé-. Cinq sachets en tulle à moustiquaire mo-ntés sur une
armature en fil de fer et renfermant des moustiques divers, sont placé» à
différentes hauteurs dans la pièce, sans être abrités par rien ; le sachet n° 1
sur le sol ; le sachet n° 2 sur la tablette d’un lit, à 1 m. 30 de hauteur ; le n° 3,
suspendu à un clou contre le mur à 2 m. 80 ; les nos 4 et 5 suspendus à
•deux crochets attenant au plafond, à 4 m. A 2 h. de l’après-midi, le 29 mars
1912, on fait évaporer dans une capsule en tôle émaillée chauffée par une
lampe à alcool sur le sol même 10 g. 50 de quinoléine ordinaire (Poulenc)
soit o g. 10 par m3. Pendant cette vaporication on reste dans la salle et on
agite une serviette pour favoriser la diffusion. La température de la pièce
est de + 2o°5 C. La vaporisation est terminée en 10’. A 2 h. 50 tous les mous¬
tiques sont inanimés ; à 3 h. 10, c’est-à-dire une heure après la fin de l’é¬
vaporation, on retire le sachet n° 5 ; une heure plus tard, on retire les au¬
tres sachets. Tous sont portés au laboratoire. Le lendemain matin, après
15 h., on trouve 3 moustiques vivants sur 4 dans le sachet n° 5 et 2 sur 5
dans le sachet n° 4. Les 12 moustiques contenus dans les sachets 1, 2 et 3
sont morts.
Il faut, dans ces conditions de température qui sont celles de
la température ambiante à Saint-Louis, à l’époque de l’année où
j’ai pratiqué mes expériences, mars-avril, arriver aux doses de
o g. 20 par mètre cube et laisser agir les vapeurs pendant 18 heures
pour être sûr de tuer tous les moustiques peu ou pas abrités.
Exp. B. III. — Dans un magasin1 de 130 m3, on évapore 26 g. de quinoléine,
soit o fr. 20 par m3. La température est de 210. L’évaporation a duré 15’.
Des moustiques sont disposés dans des sachets de tulle placés à diverses hau¬
teurs et relativement protégés dans des paniers, des bocaux ou derrière des
sacs. 1/3 des insectes est mort après 20’. Après 40’ les deux tiers sont ina¬
nimés. Au bout de 18 heures un moustique est vivant, mais meurt au labo¬
ratoire 24 heures après. Pendant l’évaporation l’air de la pièce a été agité
en secouant des serviettes.
En somme la majeure partie des insectes est morte en peu de temps,
mais quelques individus plus résistants sont encore vivants, quoique mani¬
festement intoxiqués, au bout de 18 heures et nous en avons vu un ne mou¬
rir que plus de 24 heures après l’opération.
- 558 —
Mais il faut tenir compte de ce fait que les moustiques peuvent
très bien se protéger dans une certaine mesure en se logeant dans
de petits recoins où les vapeurs insecticides ne pénètrent que dif¬
ficilement: par exemple entre 2 corps solides juxtaposés, dans les
plis des tentures, des vêtements, des étoffes, etc. Pour arriver à
détruire tous les moustiques ainsi abrités, j’ai dû passer tout de
suite à des doses beaucoup plus élevées, surtout lorsque j’ai voulu
éviter de maintenir dans la pièce, pendant la vaporisation, un
homme chargé de faire de la ventilation manuelle pour favoriser
la diffusion des vapeurs. S’il fn’a paru en effet sans inconvénient
de laisser un homme respirer, même pendant plusieurs heures,
une atmosphère renfermant 1 cg. de vapeurs quinoléiques par
mètre cube, une expérience, au cours de laquelle ces vapeurs à la
dose de 1 gr. par mètre cube ont incommodé assez fort un rat blanc
et une souris blanche et amené la mort d’un petit oiseau Amadina
fasciata, vulgo cou-coupé, en 12-24 heures, m’a fait penser qu’il
ne serait peut-être pas prudent d’imposer à un homme, plusieurs
fois par jour, comme ce serait le cas lorsqu’il s’agirait de désin¬
fecter toutes les pièces d’une ou plusieurs maisons, un séjour
d’en moyenne une demi-heure dans une atmosphère contenant
cette proportion ou une proportion voisine de vapeurs de quino¬
léine. J’ai donc supprimé dans mes expériences finales ce facteur
favorisant.
Dans ces conditions, aux températures habituelles de mars-
avril, qui sont moins favorables que celles de l’hivernage, l’action
des vapeurs de quinoléine, aux doses de o g. 75 pendant 24 heures
ou de 1 g. pendant 12 heures, assure dans une pièce aménagée à
la façon des magasins du commerce, la destruction de tous les
moustiques, même très bien dissimulés.
Exp. V. VIII. — Pour se placer autant que possible dans les conditions où
l’on a habituellement à pratiquer la désinfection, on choisit comme champ
d’expérience un magasin de 130 m3 renfermant, placé sur des étagères et sur
le sol, le vieux matériel de mobilisation du service de santé et en tout compa¬
rable à un magasin du commerce. Douze sachets contenant chacun 4 mous¬
tiques sont disposés : les nos 1, 2, 3, et 4 à o m. 50 du sol dans une caisse
mal fermée ; les nos 5, 6, 7, et 8 à 1 m. 60 dans les interstices de paquets de
couvertures ; les nos g, 10, 11 et 12 à 3 m. dans les plis d’une pièce d’étoffe.
Toutes les ouvertures sont soigneusement calfeutrées sauf la porte.
A g h. 20’ du matin, le 15 avril, on met sur une lampe à alcool allumée et
placée sur le sol, au milieu de la pièce, une capsule en tôle émaillée conte¬
nant g7 g. 50 de quinoléine soit o g. 75 par m3 ; on se retire en fermant la
porte dont on bouche provisoirement les fissures à l’aide de chiffons. L’éva¬
poration est terminée ù 10 h. On pénètre dans la pièce, on éteint la lampe et
— 559 _
on calfeutre la porte avec du papier gommé. La ventilation par la diffusion
des vapeurs a été supprimée. La température est de + 210 C.
A 1 h. de l’après-midi (après 3 h.) on entre à nouveau dans le magasin et
on trouve tous les moustiques inanimés dans les sachets 1, 2, 3, 4 et 5 ; les
autres, tous vivants, mais présentant pour la plupart de signes d’intoxica¬
tion très accusée ; ils sont couchés et agitent faiblement les pattes ou bien se
tiennent à peine debout ; quelques-uns cependant volent encore. On sort en
recollant le papier sur les fissures de la porte.
A 4 h. s. (après 6 h.) on procède à la même opération et on constate que
14 nouveaux moustiques sont inanimés, répartis de façon sensiblement égale
dans les sachets de 6 à 12.
A 10 h. s (après 12 h.) le nombre des inanimés a encore augmenté ; il ne
reste plus que 9 moustiques vivants. A noter que deux moustiques dans le
sachet 12 et un dans le sachet 11 qui avaient paru inanimés à 4 h. sont main¬
tenant peu vivaces, mais vivants.
Le lendemain à 10 h. (après 24 h.) tous les moustiques paraissent morts:
On ouvre la pièce en grand et on porte les moustiques au laboratoire. Le
soir, à 6 h. aucun d’eux n’est ranimé. L’odeur persistant à ce moment, après
'huit heures d’aération, est insignifiante.
Exp. B. IX, 16 avril. — Même salle que dans l’expérience précédente
Mêmes conditions de clôture et de dissimulation des moustiques (toutefois la
caisse contenant les sachets 1, 2, 3 et 4 est un peu mieux fermée ; l’ouver-
.ture laissée mesure o m. 015 de large sur o m. 40 de long.)
Même absence de ventilation pendant la vaporisation.
Dose employée 130 g., soit 1 g. par m3. Température 4- 210 C.
Début de la vaporisation 10 h. 25. Fin 11 h.
On constate les résultats obtenus, en procédant comme dans l’expérience
précédente, à 2 h. s., 5 h. s. et 11 h. s., c’est-à-dire après 3, 6 et 12 h. Le
lendemain à 11 h. m. on ouvre définitivement et on sort tous les sachets. Les
résultats constatés sont indiqués au tableau ci-dessous :
Temps d’exposition aux vapeurs quinoléïques
- 56o -
Le soir du 17 avril, à 6 heures, aucun moustique ne s’est ranimé. Même
absence d’odeur désagréable que dans l’expérience précédente après sept
heures d’aération.
Kn somme, la technique que je recommande est la suivante:
On calfeutre, du dehors autant que possible, toutes les ouvertures,
sauf la porte par où pourraient s’échapper les vapeurs. On intro¬
duit dans la pièce un réchaud (une lampe à alcool suffit) muni
d’un trépied sur lequel repose le récipient (capsule en tôle émail¬
lée) dans lequel on a mis au préalable la quantité de quinoléine
nécessaire. Il me paraît préférable d’adopter pour plus de sûreté
et de commodité la dose uniforme de 1 g. par mètre cube. On a
soin de disposer la lampe à alcool aussi près que possible du cen¬
tre de la pièce en tenant compte de la nécessité de surveiller la
vaporisation de l’extérieur par une ouverture vitrée, porte ou fenê¬
tre. Si même la pièce était très vaste, au-delà de 200 mètres cubes,
il vaudrait mieux répartir la dose nécessaire de quinoléine en plu¬
sieurs récipients déposés sur autant de réchauds qu’on disperse¬
rait dans la salle. Après avoir ouvert les armoires, tiré les tiroirs
des meubles, relevé le couvercle des caisses incomplètement fer¬
mées, déplié les tentures, en un mot laissé le moins possible cîe
petits recoins où puissent s’abriter les moustiques, on allume le ou
les réchauds et on se retire. On calfeutre alors provisoirement la
porte, à l’aide de chiffons ou de papier gommé, et on surveille la
vaporisation à travers la vitre de l’ouverture choisie. Il arrive
quelquefois, lorsque le feu est trop vif, que les vapeurs de qu ino¬
léine s’enflamment et que le liquide prend feu. Il suffit, pour
arrêter cette combustion, de poser pendant quelques secondes un
couvercle quelconque sur le récipient et de baisser légèrement la
flamme. Lorsqu’on ne voit plus de vapeurs sortir du ou des réci¬
pients, on pénètre dans la pièce pour éteindre les réchauds qu’on
peut même sortir pour les utiliser ailleurs et on procède au calfeu¬
trage définitif de la porte. On laisse agir les vapeurs pendant
24 heures, puis on ouvre largement pour aérèr. Si l’on a affaire à
un local particulièrement riche en petits recoins, on peut augmen¬
ter la diffusion des vapeurs pendant la vaporisation, soit au moyen
d’un ventilateur mécanique, soit en faisant agiter une serviette
par un homme jusqu’à ce qu’il soit incommodé.
Comme pqjjr toutes les désinfections de ce genre, il convient tle
disposer, surtout dans les endroits les mieux abrités de petites ca¬
ges contenant des moustiques qui serviront de témoins. Les mou-
— 56 1 —
ches ne peuvent être utilisées à cet effet, car elles présentent une
résistance aux vapeurs quinoléiques notablement plus considéra¬
ble que les moustiques.
Après 24 heures d’aération, il persiste une très légère odeur
qui n’est pas suffisamment désagréable pour incommoder et qui
est en tout cas incomparablement moins forte qu’avec le tabac. Au
bout de 2 ou 3 jours, toute odeur a disparu, même des étoffes.
En ce qui concerne le prix de revient, la désinfection par la qui¬
noléine n’est pas très coûteuse. La quinoléine ordinaire, celle que
j’ai employée, est portée au dernier catalogue de la maison Pou¬
lenc à 28 fr. le kg. Avec les frais des douanes et de transport le
kilo de ce produit revient au Sénégal à 32 francs environ,
ce qui met, à la dose de r g. par mètre cube, la désinfection de
100 m3 à 3 fr. 20, c’est-à-dire sensiblement le même prix qu’avec
le tabac ou le pvrèthre.
En résumé, la désinfection par la quinoléine revient plus cher
que par le soufre et n’est pas plus sûre, mais elle a le grand
avantage sur ce dernier procédé de ne rien détériorer. Vis-à-vis
des autres moyens de désinfection antimoustique habituellement
employés, la quinoléine, à prix de revient sensiblement égal, a
sur le pvrèthre l’avantage d’être beaucoup plus sûre et sur le ta¬
bac celui d’avoir une odeur moins désagréable et moins persis¬
tante. C’est donc, en gardant toujours au soufre la première place
dans la désinfection culicidienne, à la quinoléine qu’il paraît ac¬
tuellement préférable de recourir lorsqu’il ne peut être employé en
raison des dégâts qu’il occasionnerait.
Travail du Laboratoire de Bactériologie de Saint-Louis,
(Sénégal).
M. Roubaud. — Je crois que la quinoléine, en raison de son
prix élevé, de son odeur désagréable et de sa rareté dans les ma¬
gasins coloniaux, ne saurait constituer un produit d’emploi cou¬
rant dans la lutte stegomycide. J’ai obtenu par la vaporisation à
chaud du Crésyl commercial, des résultats bien supérieurs à ceux
de la quinoléine. Evaporé sur une lampe à alcool ou sur un re¬
chaud, le crésyl émet des fumées blanches, d’odeur non désagréa¬
ble et non persistante, éminemment toxiques pour les mouches et
pour les moustiques. Son prix de revient est infiniment moins éle¬
vé que celui de tous les autres culicides. A la dose de 5 g. par m3,
— 562 —
le coût d’une fumigation crésylique ne dépasse pas 15 centimes
au prix colonial du crésyl. Les vapeurs sont suffisamment denses
pour ne pas nécessiter de calfeutrage hermétique des locaux. Je
crois que la fumigation crésylique doit devenir le procédé cou¬
rant employé dans l’avenir, dans les désinfections stegomycides.
Je me propose d’ailleurs de revenir ultérieurement sur ce sujet
important dans une note plus détaillée.
— 563 —
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Archiv. fur Schiffs-und Tropen-Hygiene, t. XVI, n° 13.
British medical journal, 29 juin, 6, 13 et 20 juillet.
Bulletin agricole du Congo Belge, t. III, n° 2, juin 1912.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale fie V Indochine,
t. III, n° 5, mai 1912.
Bulletin de la Société médicale de Vile Maurice, janvier, fé¬
vrier, mars 1912.
Journal of the Royal arrny medical corps, t. XIX, n° 1, juillet
1912.
Journal oj Tropical medicine and Hygiene, t. .XV, nos 13 et
14, Ier et 15 juillet 1912.
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Tunisie médicale, mai et juin 1912.
VOLUMES ET BROCHURES.
Stohr. La maladie du sommeil au Katanga.
Relatorio do Service da Saude, 1911, Provincia de Moçam-
bique.
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Liste des échanges
American Society oj Tropical Medicine.
Annals oj Tropical Medicine and- Parasitology (Liverpool).
Archiv für Schiffs nnd Tropcnhygiene.
Archivos de Hygiene c Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instihito Bacleriologico Camara Pastana.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Bulletin oj the Sleeping Sickness Bureau.
Geneeskundig Tijdschrift voor N edcrlands-Indië .
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Revue scientifique.
Sanidad y Beneficencia (La Havane).
Studies from the Zoologie al Laboratory, The Universitv of Ne¬
braska.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
(Londres).
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET C1*.
Tome V.
igï2
1/
No 8.
BULLETIN
Pathologie Exotique
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Séance du 9 octobre 1912
PARIS
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 8
Séance du 9 octobre 1912
PAGES
CORRESPONDANCE
Catiioire. — Lettre sur le deuxième congrès du froid . 567
A. Lebœuf. — Dans la lèpre, chez l’homme, comme chez le rat, on peut
trouver des bacilles spécifiques dans les ganglions superficiels . . 569
Ouzilleau. — Lavements d’atoxyl dans la dysenterie . 565
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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11
Cinquième année
1912
N° 8
"BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 9 OCTOBRE I912.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN.
Correspondance
M. Chalmers, élu correspondant à la séance de décembre
1911, adresse des remerciements à la Société.
*
* *
La Société de Pathologie comparée invite notre Société à se
faire représenter au premier Congrès international qu’elle orga¬
nise et qui se tiendra à la Faculté de Médecine de Paris, du
17 au 23 octobre.
*
* *
M. Mesnil- — Le Dr Ouzilleau, médecin-major des Troupes
coloniales, à Bangassou, Oubangui-Chari, Afrique équatoriale
française, m’informe qu’il emploie avec succès, dans le traite¬
ment de la dysenterie amibienne, des lavements d’atoxyl en solu¬
tion au millième. M. Ouzilleau se propose d’envoyer ultérieure¬
ment à la Société des observations détaillées.
*
* *
3 y
Le Président. — M. le Dr Zuccarelli, de Bastia, m’a adressé
récemment une note sur la fièvre de Malte ou fièvre méditerra¬
néenne en Corse, en me priant de la communiquer à la Société
de Pathologie exotique. Dans cette note, qui reproduit une com¬
munication faite à la Commission sanitaire de l’arrondissement
de Bastia, le Dr Zuccarelli insiste sur la fréquence de plus en
plus grande de la fièvre méditerranéenne en Corse et sur la néces¬
sité de prendre, contre cette maladie, des mesures prophylacti¬
ques analogues à celles qui ont été prises en Algérie et en Tuni¬
sie, conformément aux vœux émis par notre Société. Comme le
fait remarquer le Dr Zuccarelli, il est d’autant plus nécessaire
de prendre d’urgence ces mesures, qu’il existe en Corse de nom¬
breux troupeaux de chèvres qui ne paraissent pas avoir été encore
contaminés. Le jour où ces troupeaux seraient atteints, la maladie
prendrait une extension redoutable.
La note du Dr Zuccarelli est ainsi conçue :
>
<( L’existence de la fièvre méditerranéen ne*en Corse a été recon¬
nue depuis quelques années par les médecins praticiens, soit à
Bastia, soit dans les cantons environnants. Actuellement cette
affection tend à devenir endémique et à se généraliser ; les cas
signalés, autrefois très rares, sont assez nombreux-
« C’est ainsi que, depuis le commencement de l’année, la fièvre
méditerranéenne ou mélitoeoccie, autrefois appelée fièvre de
Malte, s’est propagée dans les communes de Furiani, Pietra-Cor-
bara, Rogliano, Ersa (etc.) où elle a été très intelligemment étu¬
diée au point de vue clinique par le docteur Domïnici. Notre con¬
frère a vu son diagnostic corroboré par l’analyse du sang (séro-
réaction) pratiquée dans le laboratoire de M. Louis Gentil, phar¬
macien, par M. le docteur Leger, délégué de l’Institut Pasteur;
on se trouvait en présence de cas cliniquement et baetériologique-
ment reconnus comme étant des cas de fièvre méditerranéenne.
(( H ier encore, avec M. le docteur Leger et M. Gentil, nous
avions à examiner dans la même maison, au quartier du Nouveau
Port, 5 nouveaux cas de cette fièvre, produite par le Micrococcus
melitensis, transmise et propagée par la chèvre et par le lait de
cet animal.
« Nous avons pensé qu’il était du devoir de la Commission
sanitaire de faire ressortir le danger auquel la consommation du
lait de chèvre expose la population de Bastia, de ses environs et
peut-être même de la Corse entière. Si des mesures rigoureuses
ne sont pas prises dans un bref délai, la fièvre méditerranéenne
ne tardera pas à se propager dans toute l’ Ile où se trouvent de
nombreux troupeaux de chèvres, qui ne paraissent pas encore
contaminés.
« Aussi, et cela a été déjà fait en 1908 et en 1909, en Algérie.,
par le docteur Sergent, je vous propose l’adoption du vœu sui¬
vant :
« La Commission sanitaire considérant que:
a 1 0 Des cas de fièvre méditerranéenne nombreux ont été signa¬
lés à Bastia et dans les cantons environnants.
« 20 Que l'ingestion du lait de chèvres infectées par le microbe
de la fièvre méditerranéenne est un des modes les plus certains
de la propagation de cette maladie chez l’homme.
« Il y a lieu de préconiser différentes mesures pour empêcher
la contamination des personnes et la propagation de cette affec¬
tion :
« i° Rendre obligatoire la déclaration de la maladie.
« 20 Avertir par la voie de la presse le public corse du danger
qu’offre l’ingestion du lait de chèvre non bouilli.
30 Surveiller les animaux déjà infectés et interdire la vente du
lait des animaux reconnus malades.
« 40 .Soumettre à une inspection sévère les étables et les trou¬
peaux de chèvres et interdire l’importation de chèvres maltaises,
tunisiennes ou algériennes.
« 5° Demander aux pouvoirs publics que les analyses soient
poursuivies sur la fièvre méditerranéenne en pratiquant la lacto-
réaction, la séroréaction, la lactoculture, l’hémoculture, dans les
localités où séjournent des troupeaux de chèvres malades.
« Je demande à la Commission sanitaire l’adoption de ces con¬
clusions ; je voudrais aussi prier M. le Sous-Préfet de transmettre
d’urgence ce vœu à M. le Préfet et à M. le Ministre de l’Intérieur
et à M. Laveran, membre de l’Académie de Médecine, Président
de la Société de Pathologie exotique ».
Bastia, 13 septembre 1912.
Dr ZlJCCARELLI.
*
* *
Nous extrayons les passages suivants d’une lettre de M. le
Dr Cathoire, qui avait accepté d’être délégué de notre Société
au Congrès du Froid.
5u8 —
« Le deuxième Congrès national du Froid, qui vient de tenir
ses assises à Toulouse, a été marqué par un grand nombre de
communications intéressantes. Au point de vue technique, qui
est au-dessus de notre compétence, notons cependant cette ten¬
dance des constructeurs à joindre à la réfrigération l’action chimi¬
que pour lutter contre le développement des germes dans les con¬
servations de longue durée. On a préconisé l’ozone, le formol, le
permanganate, des produits sulfités, l’eau oxygénée. Cette insuf¬
fisance du froid à paralyser complètement l’action des germes
motiva d’ailleurs une vigoureuse protestation de M. H. Martel.
La question intéressante de la continuité du développement des
germes dans les viandes réfrigérées a, d’ailleurs, été mise au pro¬
gramme du prochain congrès.
« Nous avons regretté de ne pas voir signaler au nombre des
avantages de l’importation du bétail de nos colonies, tué et ré¬
frigéré et non pas sur pied, la garantie que présente ce mode de
transport contre l’introduction en France des épizooties exotiques-
La question de l’inspection vétérinaire, sérieuse au départ, a été
aussi l’objet d’un vœu, pour supprimer surtout le transport légal
des viscères. Cette inspection, en toute logique, sera faite plus
utilement dans les pays importateurs où les praticiens sont plus
avertis de la pathologie spéciale et des épidémies en cours.
<( L’application du froid à la thérapeutique a motivé d’intéres¬
santes communications de MM. Lortat-Jacob, Delbet et Ma¬
thieu, en ce qui concerne les applications locales de la neige car¬
bonique particulièrement. L’utilisation générale des chambres
froides comme moyen thérapeutique contre la gastro-entérite esti¬
vale des nourrissons a été signalée par M. Apert.
« M. Magitot nous a entretenus de la question tant à l’ordre
du jour, de la conservation par le froid de la vie des tissus séparés
de l’organisme.
« Enfin, la conservation des vaccins par le froid a été étu¬
diée par M. Camus. Cet auteur a décrit et préconisé l’étuve froide
à température constante réglée automatiquement par une prise de
courant électrique.
« Le frigorigène Audiffren-Singrün serait d’une utilisation éco¬
nomique et son avantage serait inappréciable dans les instituts
vaccinogènes exotiques surtout, où la récolte vaccinale ne peut se
faire toute l’année.
« Cette communication en a motivé une autre de M. Bordas,
— 569 —
qui, bien qu’étrangère au froid, offre un grand intérêt. M. Bor¬
das a signalé un procédé de conservation du vaccin par dessicca¬
tion dans le vide, pulvérisation et remise dans le vide en ampoules
scellées. L’essai fait dans l’Afrique Equatoriale aurait été très
probant en dépit des températures supportées. Cet avantage, s’il
était confirmé, rendrait d’inappréciables services aux vaccinateurs
coloniaux.
« Qu’il nous soit permis, en terminant, de remercier la Société
de Pathologie exotique de nous avoir fourni l’occasion d’appren¬
dre beaucoup de choses intéressantes en acceptant d’être son dé¬
légué ».
* *
Dans Ja lèpre chez l’homme, comme
chez le rat, on peut trouver des bacilles
spécifiques dans les ganglions superficiels
Par A. LEBŒUF.
M. Marchoux. — Dans une note que j’ai présentée à la So¬
ciété en juillet dernier, j’émettais l’avis que chez les personnes
vivant au contact des lépreux, on pourrait sans doute trouver des
bacilles de Hansen dans les ganglions superficiels, comme on
trouve des bacilles de Stefansky dans les ganglions de rats appa¬
remment indemnes de lèpre. Voici une lettre que j’ai reçue de
M. I .vEBŒUF, cjui poursuit, avec un soin et une science dignes des
plus grands éloges, une enquête sur le développement de la lèpre
en Nouvelle-Calédonie.
Nouméa, le 31 juillet 1912-
« Je suis revenu hier de l’île Ouen, où j’ai pu ponctionner les
<( ganglions de 5 invididus, dont 4 ayant vécu intimement au
« voisinage immédiat de lépreux. D’autres sujets avaient égale-
« ment cohabité avec des Hanséniens, mais leurs ganglions
« étaient trop petits pour être facilement ponctionnables ; enfin,
« je vous dirai que je n’ai pu procéder qu’à une ponction par
« sujet et que j’ai dû renoncer à ponctionner les femmes.
« Voici le détail de mes observations à ce sujet :
— D7° —
(( Charles. — Homme de 38 ans environ. Robuste, paraît en
« très bonne santé.
« A vécu quelque temps avec sa femme lépreuse.
« Les ganglions inguinaux sont très volumineux et ponction-
« nés : pas vu de bacilles de Hansen dans la lymphe ainsi ob-
« tenue.
« Timothée. — Homme de 34 ans environ. A vécu quelque
« temps avec un lépreux de sa famille. Tous les groupes gan-
« glionnaires sont légèrement hypertrophiés. Paraît en bonne
« santé.
« On ponctionne un ganglion cervical latéral : pas de bacilles
« de Hansen dans la lymphe ainsi obtenue.
« Théotime. — Homme de 60 ans environ. A vécu quelque
« temps au voisinage des lépreux de la tribu : le terrain qui leur
« avait été affecté lui appartenait et il ne voulait pas le quitter.
« Paraît en bonne santé. Ganglions inguinaux hypertrophiés.
« On ponctionne ces ganglions: pas de bacilles de Hansen dans
« la lymphe ainsi obtenue.
(t Théophile. — Jeune garçon de 12 ans environ- Paraît en
« bonne santé. Ganglions inguinaux très hypertrophiés.
« On ponctionne ces ganglions : pas de bacilles de Hansen
« dans la lymphe ainsi obtenue.
« Raphaël. — Homme de 25 ans environ. A longtemps vécu
« avec son père lépreux- Cubital gauche hypertrophié très nota-
« blement. Depuis deux ou trois ans a de temps en temps des
« douleurs dans les jambes.
<( Tous les groupes ganglionnaires sont hypertrophiés. Rien
« par ailleurs.
« On ponctionne un ganglion cervical latéral :
« Bacilles de Hansen non rares et des plus caractéristiques
(< ( coloration parfaite, globies, etc.).
« La technique suivie pour la ponction ganglionnaire a été la
« suivante: pénétration du ganglion avec une aiguille de platine
« chauffée au rouge préalablement et après désinfection de la
« peau ; expulsion du contenu de l’aiguille sur une lame avec une
« seringue sèche.
« Je vais continuer à fond des recherches dans cet ordre d’idée
« pour tâcher de fixer quelle peut être la proportion des sujets de
« cette nature.
Voilà donc une observation dans laquelle M. Lebœuf a eu le
grand mérite de montrer que la ressemblance se poursuit entre
la lèpre humaine et la lèpre du rat. On peut dire que Raphaël
n’est pas indemne de stigmate de lèpre., puisqu’il a le cubital
gauche très notablement hypertrophié, mais, si l’on possédait le
moyen de faire chez le rat un diagnostic clinique aussi délicat
que chez l’homme, il est possible qu’on puisse reconnaître chez
cet animal des signes précoces d’infection- D’autre part, M. Le-
bœuf est au début de ses recherches \ peut-être trouvera-t-il plus
tard des porteurs de germes sans stigmate de lèpre. Si l’on veut te¬
nir compte du mode d’exploration et considérer qu’une seule ponc¬
tion a été faite, en un seul territoire d’un seul ganglion, on admet¬
tra qu’il est des plus intéressant d’avoir réussi de cette façon à
mettre des bacilles de Hansen en évidence. Une au.topsie sans
aucun doute aurait fourni des indications bien plus précises- En
tous cas, la découverte de M. Lebœuf donne dès maintenant un
moyen de faire un diagnostic bactériologique de la lèpre, plus
précoce qu’aucun autre.
Présentations
Le Président, — M. le Dr Clarenc, membre correspondant de
notre Société, m’a adressé la lettre suivante en même temps qu’un
exemplaire d’un ouvrage de M. le Dr Daruty de Grandpré, inti¬
tulé: Plantes médicinales de Vile Maurice et des Pays intertropi¬
caux.
Monsieur,
Saint-Pierre (Ile Maurice),
le 25 février 1912.
J’ai l’honneur d’offrir à la Société un exemplaire de la 2e édi¬
tion du livre du docteur Clément Daruty de Grandpré, sur les
Plantes médicinales de Vile Maurice et des pays intertropicaux
Cet ouvrage est plutôt une réimpression qu’une nouvelle édi¬
tion, à laquelle ont été ajoutées quelques monographies parues
dans le Bulletin de la Société médicale de Vile Maurice.
Le docteur C. Daruty de Grandpré, en publiant ce travail,
— :>72 —
s’était proposé de faire connaître les produits de la flore de Mau¬
rice, qui étaient employés dans la médecine populaire.
Il aurait, certainement, si la mort ne l’avait fauché prématuré¬
ment, donné à son ouvrage, dans une nouvelle édition, une forme
plus scientifique et enrichi la matière médicale de monographies
intéressantes et utiles.
Tel qu’il est, ce livre me paraît pouvoir rendre des services à
nos confrères des pays intertropicaux et de Madagascar en parti¬
culier, où se rencontrent la plupart des plantes dont l’emploi est
indiqué.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes
sentiments dévoués,
Clarenc.
La Société remercie M. le Dr Clarenc pour l’envoi, du très
intéressant ouvrage du Dr Daruty de Grandpré.
*
*
* *-
M. Mesnil. — J’ai l’honneur de présenter à la Société, de la
part de notre collègue, le Dr Noc, directeur de l’Institut d’Hy-
giène et de Microbiologie de Fort-de-France, le premier Bulletin
trimestriel de la Société d’Hygiène et de Prophylaxie des mala¬
dies contagieuses et transmissibles de la Martinique.
Il y a là une très intéressante association de la population euro¬
péenne et indigène aux efforts des pouvoirs locaux en matière-
d’hygiène; et on a le droit d’escompter les meilleurs résultats de
cette association.
Le Bulletin servira à diffuser les connaissances indispensables
à une bonne hygiène tropicale. On en jugera par les titres des
articles du premier numéro: Hygiène de l’Ecolier aux pays
chauds ; conseils pratiques ; — Les principales maladies vermineu¬
ses de l’homme aux Antilles; — Le préventorium colonial de
Fort-de-France.
— La Société, consultée, décide d’adresser tous ses encourage¬
ments à la nouvelle Société.
*
* *
— i>73 —
Présentation de macaques inoculés
avec succès au moyen d’une culture de
la “ Leishmania ” du bouton de Delhi
Par A. LA VER AN.
J’ai l’honneur de présenter un Macacus sinicus et un M. cyno-
molgus qui sont porteurs de boutons d’Orient provoqués expéri¬
mentalement.
Le virus qui a servi à inoculer ces macaques provient'de l’Inde.
Au mois de mars dernier le Dr Row qui a étudié le bouton
d’Orient (bouton de Delhi) à Cambav (Inde) a bien voulu m’en¬
voyer des cultures de la L. tropica d’origine indienne. A l’ar¬
rivée à Paris (15 avril 1912), je ne trouvai pas de flagellés mobiles
dans les cultures, mais l’ensemencement d’un des tubes sur milieu
de Novy, simplifié par Nicolle, donna une belle culture qui, de¬
puis cette époque, a été conservée dans mon laboratoire. Les repi¬
quages qui sont faits tous les 12 à 15 jours réussissent facilement,
comme ceux de la L. infantum, à la température de 220 (étuve à
température constante).
J’ai employé plusieurs procédés d’inoculation; le procédé qui
m’a donné les meilleurs résultats consiste à inoculer dans le der¬
me, à l’aide d’un vaccinostyle, une culture riche en flagellés.
Les inoculations ont été faites à la face externe des cuisses, au
front, aux tempes, ou bien aux arcades sourcilières; des inocula¬
tions faites sur les muqueuses (lèvres, orifices des fosses nasales)
n’ont pas réussi.
Après une incubation de durée variable (minimum, 14 jours,
dans un cas) on voit apparaître de petites indurations intra-derr
iniques aux points d’inoculation. L’induration qui, au début, pré¬
sente à peine le volume d’un grain de millet peut acquérir celui
d’un grain de chènevis ou même d’un pois; il n’y a ni rougeur
inflammatoire, ni douleur apparente à la pression. Lorsque le bou¬
ton a pris le volume d’un grain de chènevis ou d’un pois, il
s’acumine et, si on l’incise, on constate souvent qu’il existe sous
l’épiderme une gouttelette d’un liquide épais, blanchâtre. Si l’in¬
cision est faite trop tôt, on ne trouve pas de gouttelette liquide.
— ^74 —
mais seulement un tissu dense qu’il faut gratter avec le scalpel
pour obtenir la matière d’un frottis.
Les boutons non incisés, comme les boutons incisés, se recou-'
vrent d’ordinaire de petites croûtes brunâtres qui se détachent
facilement en laissant voir des ulcérations sous-jacentes. Les bou¬
tons peuvent aussi se résorber.
Dans les frottis faits avec les croûtes ou avec la sérosité sangui¬
nolente sous-jacente, les Leishmania sont rares, elles sont, au con¬
traire, nombreuses ou assez nombreuses dans les frottis faits avec
le produit de raclage du fond des ulcérations. Les parasites sont
presque toujours libres, probablement parce que le raclage détruit
les éléments anatomiques dans lesquels ils étaient inclus; ils ont
les dimensions et l’aspect caractéristique des L. tropica ; on trou¬
ve des formes en voie de division. Les noyaux arrondis ou ova¬
laires ne sont pas aplatis et accolés à la paroi comme cela se voit
souvent chez la L. americana (i).
Le Mac. sinicus a, depuis la fin de juillet dernier, des boutons
au côté droit du front et à la face externe de la cuisse droite, aux
points d’inoculation. Les boutons du front ont déjà diminué de
volume, mais ils sont encore bien visibles (2 moyens et 3 petits)-
A la face externe de la cuisse droite, on trouve un bouton ulcéré
recouvert d’une croûte brunâtre qui mesure 1 cm. de long environ
et un autre bouton non ulcéré. La longue durée de ces boutons,
qui ne sont pas encore cicatrisés au bout de 74 jours, est à noter.
La photographie reproduite ci-contre, due à M. Jeantet, donne
une très bonne idée de l’aspect des boutons du front et de l’ulcé¬
ration de la cuisse droite.
Le petit Mac. cynomolgus que je présente également, est né
à l’Institut Pasteur au moins d’août 1911, il est porteur, depuis
le 14 septembre dernier, de boutons qui siègent au côté droit du
front (3 nodules) et à la face externe de la cuisse droite (3 nodules),
aux points d’inoculation.
Chez les deux macaques l’examen du contenu des boutons a
révélé l’existence de Leishmania nombreuses.
Les résultats de mes expériences sur les singes diffèrent peu
de ceux qui ont été obtenus par Nicolle et Manceaux, en Tuni¬
sie, avec le virus du bouton de Gafsa (2). R. Row, qui, aux
(1) A. Laveran et Nattan Larrikr, Soc. de path. exotique, 13 mars et
10 juillet 1912.
(2) Ch. Nicolle et A. Sicre, Soc. de Biologie, 20 juin 1908, et Arch. de
Planche XX
A. Laveran
Macacus situons présentant des boutons d’Orient à la partie droite du front
et à la face externe de la cuisse droite.
ÉÊ S
Indes, a réussi des inoculations directes du bouton de Delhi de
l’homme au singe, mais qui a eu des insuccès en inoculant des
cultures de la Leishmania, agent de ce bouton, a signalé quel¬
ques différences, au point de vue de l’action pathogène, entre la
L. tropica de l’Inde et la L. tropica de Tunisie (i). Row constate
notamment que chez les singes inoculés avec le bouton de Delhi
la durée de l’infection est plus longue que chez les singes inocu¬
lés avec le bouton de Gafsa. Cela ressort également des observa¬
tions que j’ai faites avec le virus indien ; il me paraît d’ailleurs
que les différences notées peuvent s’expliquer par le degré varia¬
ble de virulence de la Leishmania tropica, et qu’il n’y a pas lieu
de distinguer spécifiquement le bouton de Delhi du bouton de
Gafsa. J’ai comparé les Leishmania de ces deux boutons, ainsi que
leurs cultures, et je n’ai relevé aucune différence morphologique.
J’ai inoculé sans succès (inoculations intra-dermiques) un chien
et plusieurs souris au moyen des cultures de la Leishmania tro¬
pica de provenance indienne.
Elections
MM. Chantemesse, Morax et Poitevin sont nommés, sur la
présentation du Conseil, membres de la Commission chargée de
dresser la liste de présentation aux élections de membres hono¬
raires, associés et correspondants.
H" Institut Pasteur de Tunis, juillet 1908. — Ch. Nicolle et L. Manceaux,
Ann. de l’Inst. Pasteur, sept. 1910.
(1) R. Row, Brit. med. Journ., 24 sept. 1910:
COMMUNICATIONS
La pseudo-rage ou paralysie
bulbaire infectieuse au Brésil
Par A. CARINI et J. MACIEL.
Déjà depuis quelque temps, nous avions connaissance d’une
curieuse maladie, qui avait été observée plusieurs fois parmi les
vaches, dans différentes localités de l’intérieur du pays. La mala¬
die, presque toujours mortelle, se présente avec un ensemble si ca¬
ractéristique de symptômes, que tous nous l’ont décrite de ld
même manière.
L’animal malade est excité, il frotte sans cesse son museau con¬
tre la crèche, contre des arbres, des murs et il le fait d’une, façon
si violente, qu’il se blesse même profondément. On comprend
qu’il doit éprouver une sensation de démangeaison très forte. Cet¬
te démangeaison se manifeste aussi fréquemment à la région péri¬
néale ou interne des cuisses et alors l’animal se lèche, se mord,
il s’arrache les poils, la peau et il arrive à déchirer les chairs. On
note souvent un grincement des dents et une forte salivation.
Bientôt l’animal, très fatigué, épuisé, tombe pour ne plus se rele¬
ver, il présente des contractions musculaires, une respiration sac¬
cadée et dans ces conditions la mort ne tarde pas à survenir. La
maladie a une durée très courte; les animaux atteints meurent en
24-48 heures.
La forte démangeaison représente le symptôme principal et le
plus constant, de manière que les gens du pays ont baptisé la
maladie de « peste de coçar » (1).
Plusieurs éleveurs affirment avoir observé la peste de coçar non
seulement chez les vaches, mais aussi chez les chiens et chez les
chats.
Il y a quelques années, l’un de nous (Carini) (2) avait eu l’oc-
(1) Coçar, en portugais veut dire démanger.
(2) Carini. A peste de coçar. Rev. da Soc. scient. Sâo Paulo, 1908, t. II Iv
P- 77-
casion d’examiner des frottis de sang et les organes, conservés
dans l’alcool, d’une vache ayant succombé à la maladie, sans y
trouver de parasites.
Malgré ces résultats négatifs, nous étions persuadés qu’il
s’agissait d’une maladie infectieuse et non d’une intoxication par
des herbes vénéneuses, comme le prétendaient certains éleveurs.
Un vétérinaire (i) qui avait observé plusieurs cas dans une
fazenda près de* S- Carlos do Pinhal, avait fait le diagnostic de
peste bovine. Mais de fortes raisons faisaient douter de la jus¬
tesse de ce diagnostic, spécialement à cause du peu de contagiosité
de la maladie, qui, malgré ses multiples apparitions à différen¬
tes époques et à différents endroits, ne s’était jamais étendue d’une
façon alarmante.
Dernièrement nous avons su qu’une petite épizootie s’était ma¬
nifestée dans une fazenda du municipe d’Araras. L’un de nous
(•Maciel) s’étant rendu sur place, a pu observer une vache atteinte
de la maladie avec tous les symptômes, en faire l’autopsie et
recueillir du matériel dans de bonnes conditions.
Au laboratoire nous avons inoculé avec une émulsion du bulbe
(inoculation intracrânienne), et avec du sang (inoculation sous-
cutanée), des lapins, qui trois jours plus tard, sont morts après
avoir présenté les mêmes symptômes que ceux de la peste de
coçar chez les vaches.
Avec du sang et de l’émulsion des organes de ces lapins, on en
a inoculé d’autres, qui ont aussi succombé à la maladie. Tous,
lorsqu’ils pouvaient, se grattaient ou se mordaient furieusement
à l’endroit de l’inoculation; l’un d’eux est arrivé à s’arracher les
ongles de la patte inoculée.
Une vache, injectée sous la peau avec émulsion des organes
d’un de ces lapins, est morte n jours après l’inoculation, avec
tous les symptômes de la peste de coçar.
Ces expériences prouvent donc que la peste de coçar est une
maladie infectieuse, déterminée par un virus spécifique, qui se
trouve dans le sang, la substance nerveuse et les organes. La ma¬
ladie peut être transmise expérimentalement à plusieurs espèces
d’animaux.
A l’autopsie de tous nos animaux, nous n’avons presque rien
observé; c’est à peine si l’on note un peu d’hyperémie des ménin-
(i) Picollo, Peste de Coçar. O criador de Sâo Paulo, 1909, p. 675.
— 5/8 —
ges, des rares petits points hémorragiques dans les centres ner¬
veux, légère congestion de la muqueuse gastro-intestinale, dis¬
tension de la vessie , etc...
Jusqu’à présent nous n’avons pas réussi à trouver l’agent
étiologique et tous les essais pour le cultiver ont été négatifs.
Les symptômes cliniques de la maladie que nous venons d’ob¬
server et les résultats de l’expérimentation correspondent exacte¬
ment, en tout, à ceux décrits dans la paralysie infectieuse ou ma¬
ladie de Aujersky (i).
Cette maladie,’ appelée aussi pseudo-rage (2), a été rencontrée
seulement en Hongrie et c’est la première fois qu’elle est signalée
dans l’Amérique du Sud, où l’on ignorait complètement sa pré¬
sence.
Elle n’est, au contraire, pas très rare et nous sommes déjà infor¬
més que plusieurs cas se sont manifestés dans des fazendas des
Etats de Sâo Paul, Rio de Janeiro, Minas, Goyaz et Matto-
Grosso.
Ces épizooties d’ordinaire se sont limitées à quelques animaux,
mais parfois aussi ont fait de nombreuses victimes en causant,
par conséquent, des pertes considérables-
La lèpre fruste en Nouvelle-Calédonie
Par A. LEBŒUF.
En 1897, Auché ayant eu l’occasion d’examiner les familles
vivant à la léproserie de Ouala (Belep) et les indigènes des tribus
de Bourail, eut l’idée de rechercher la présence du bacille de
Hansen dans la peau de sujets ayant des lépreux avec lesquels ils
vivaient dans leurs familles et extérieurement sains en apparence.
11 constata ainsi la présence du bacille spécifique 7 fois sur
(1) Pour plus de détails sur cette maladie, son virus et sa littérature voir le
travail de : Zwick et Zeller. Untersuchungen tiber die sogenannte Pseudo-
wut. Arb. a. d. Gesundheitsamte, 1911.
(2) Le nom de pseudo-rage a été donné à cause d’une certaine analogie des
symptômes avec ceux de la rage, mais il est tout à fait hors de discussion que
la paralysie bulbaire infectieuse n’a rien à faire avec la rage et le diagnostic
différentiel est facile pour tout un ensemble de faits, comme la période d’incu¬
bation très courte, la virulence du sang, l’absence des corpuscules caractéris¬
tiques de Negri etc...
— 579 -
29 examens (1). Il concluait qu’il eût été excessivement intéres¬
sant de voir la lèpre évoluer chez ces individus où rien extérieure¬
ment ne pouvait la faire soupçonner (il ajoutait, toutefois, que si
ces Canaques avaient été soumis à un examen clinique approfondi
on leur eût sans doute trouvé quelques symptômes se rapportant
à la lèpre).
11 espérait, néanmoins, que, leurs noms étant connus, on pour¬
rait savoir, malgré le licenciement de Ouala, ce qu’il adviendrait
de ces sujets dans leurs tribus.
Au cours de mes enquêtes, j’ai pu retrouver 5 de ces indigènes ;
voici leurs observations.
Obs. XVI. — Nazareo, de la Conception.
1897. 40 ans. A suivi, avec toute sa famille, sa femme lépreuse à la baie
de Ouala. D’apparence très solide, très bien constitué, il ne présente aucun
signe « apparent » de lèpre.
Examen bactériologique d’un fragment de peau saine prélevée au bras :
bacilles très rares, retrouvés à plusieurs reprises dans une dizaine de prépa¬
rations.
1912. Cet homme est mort lépreux évident à la Conception en 1908 (11 ans
après).
Obs. X\tII. — Théophile, fils du précédent ;
1897. 4 ans environ. Cet enfant, bien constitué, ne présente aucun signe
suspect qu’une tache insignifiante
Examen bactériologique d’un frottis provenant de cette tache ; bacilles
très rares, mais très nets.
1912. Actuellement vivant dans sa tribu, où je l’ai examiné, il est en excel¬
lent état de santé.
Obs. XVIII. — Daniel, de la Conception.
1897. Avait accompagné sa femme lépreuse. Rien en apparence.
Examen d’un fragment de peau du bras : bacilles rares, très nets, vérifiés
à plusieurs reprises et sur plusieurs plaques.
1912. Mort à la Conception en fin 1911, sans présenter de signes extérieurs
de lèpre.
Obs. XIX. — Marie-Josèphe, enfant de Casimir.
(1) Je note ici que Auciié a également recherché le bacille de Hansen dans
la peau d’apparence saine (c’est-à-dire dans l’intervalle des lésions et aussi
loin d’elles que possible), chez des lépreux avérés, il l’a trouvé 21 fois sur
27 examens, le bacille étant en général rare. J’ai repris ces observations et je
suis arrivé à des résultats absolument du même ordre qu’AucHÉ ; j’ai même
eu quelques cas où les bacilles étaient relativement très nombreux.
J ’ai également rencontré le bacille de Hansen dans le cuir chevelu de lé¬
preux tubéreux (dans un des cas les bacilles étaient nombreux et aussi
caractéristiques que possible). Le cuir chevelu n’est donc pas, comme on le
dit couramment, toujours indemne de lèpre : tout ce que l’on peut affir¬
mer c’est qu’il ne l’est presque jamais gravement. Comme le pensait Auciié,
le bacille est donc capable d’infester tout le derme chez les lépreux.
1897- Mère lépreuse. Aucun signe de lèpre. Sensibilité diminué: Examen
d’un lambeau de peau du bras : bacilles très rares:
1912. Actuellement lépreuse évidente
Obs. XX. — Ouano. Tribu de Bouero:
1897. Homme de 60 ans. Femme morte de la lèpre. Aucun signe apparent.
Examen d’un lambeau de peau du bras ; bacilles rares, mais très nets.
1912. Mort 8 ans après ; il ne paraissait pas encore lépreux
Ainsi donc, sur 5 sujets d’apparence saine, et présentant des
bacilles de Hansen, dans des fragments de peau, 2 sont devenus
lépreux évidents, et il est possible que Ouamo le fût devenu éga¬
lement, s’il n’était mort de vieillesse. Reprenant, en effet, l’hy¬
pothèse d’AüCHÉ, en la transformant en affirmation, je prétends
que si ces sujets avaient pu être examinés à fond, on leur eût
rrouvé quelque symptôme discret (très probablement dans ce cas,
de l’hypoesthésie douloureuse ou des troubles de la sensibilité
thermique); je ferai d’ailleurs remarquer que Théophile (qui,
d’ailleurs, est sain actuellement) était en 1879 porteur d’une petite
macule.
Il s’agissait là évidemment de <c formes frustes » de la mala¬
die, dont les unes ont continué à progresser, tandis que les autres
(et ceci est des plus intéressants) ont probablement évolué défini¬
tivement vers la guérison. Mes enquêtes dans la population indi¬
gène m’ont fait noter nombre de sujets présentant soit une rétrac¬
tion de l’auriculaire en forme de crochet, soit une ou deux macu¬
les anesthésiques, soit des cubitaux énormes et douloureux, soit
des troubles de la sensibilité thermique: « lèpres frustes » cela est
clair, entièrement comparables à celles que Jeanselme a si bien
étudiées en Indochine, au Siam, en Birmanie. Et, dans la plupart
de ces cas, il est impossible de mettre chez de tels sujets le bacille
en évidence; le diagnostic définitif reste en suspens et le malade
est simplement catalogué « suspect ».
Je précise ce dernier point. En ce qui concerne les individus
présentant seulement, soit une rétraction de l’auriculaire en forme
de crochet, soit des cubitaux très hypertrophiés et douloureux, je
n’ai jamais pu déceler la présence du bacille spécifique à la peau. Il
m’est arrivé de le déceler quelquefois (j’y reviendrai ci-dessous)
lors de la constatation de troubles de la sensibilité thermique;
quant aux sujets porteurs d’une seule ou de très rares macules
anesthésiques sans autre signe, je n’ai trouvé le bacille spécifique
<q u'une fois chez une fillette d’une tribu indigène, la petite Ger¬
trude, de Touaourou. A ce sujet, je suis en ce moment un cas par-
ticulièrement intéressant, étant données les dimensions de la ma¬
cule en cause et dont je donnerai le détail ailleurs. 11 a de l’anes¬
thésie douloureuse et de la thermoanesthesie absolue au niveau
d’un anneau violacé siégeant au flanc gauche. Tous examens bac¬
tériologiques négatifs.
Ce malade continuera à être suivi ; cliniquement je considère
qu’il n’y a pas le moindre doute, mais, comme nous n’avons
encore trouvé nulle part le bacille spécifique, le sujet est laisse
libre, en observation.
L’observation suivante, j’en possède d’autres analogues, mon¬
tre comment des cas de lèpre dûment constatés, peuvent être longs
à faire « explosion », même en plein milieu lépreux (ce qui n’est
guère favorable à la théorie des apports microbiens renouvelés).
Je crois (mais sans rien encore affirmer) que du jour où l’on a
décelé des bacilles de Hansen chez un individu il n’a rien à .
redouter du contact d’autres lépreux plus avancés (les cas de gué¬
rison précédemment rapportés le prouvent amplement), ni rien à
espérer de leur éloignement (les observations de rémission avec
« exeat », suivies de rechutes, que je relaterai prochainement en
fournissent la preuve manifeste).
Obs. XXIII. — Arab. Nail: Libéré 4/1. N° 12.460.
Examiné le 22 mars 1909. La Commission note seulement aux mollets
quelques plaies qui sont estimées variqueuses (?)
Examens bactériologiques négatifs.
Revu le 20 octobre 1909. — La Commission note : Infiltration des oreilles.
— Asphyxie des extrémités inférieures. — Anesthésie de la région dorsale du
pied droit. — Examen bactériologique positif.
Revu le 14 janvier 1911. Je vois moi-même ce sujet à cette époque lors d’un
séjour de quelques heures que je fis au Bélep ; extérieurement il ne présentait
aucun symptôme, l’infiltration des oreilles et l’asphyxie des extrémités infé¬
rieures ayant disparu.
Revu en juin 1912 au Bélep. L’ « explosion » s’est produite. Je note :
cubital droit très hypertrophié, début d’atrophie des interosseux, des éminen¬
ces thénar et hypothénar ; l’auriculaire du même côté, enflé, lisse, tendu,
commence à se rétracter, infiltration avec teinte brunâtre de la peau en
divers points du corps ; infiltration des pieds, etc.
Bacilles de Hansen dans le mucus nasal.
Je pourrais citer ainsi un certain nombre d’autres cas où l’af¬
fection s’est réduite pendant plus ou moins longtemps à des symp¬
tômes externes infimes, s’atténuant même encore parfois, au point
de disparaître presque complètement sous l’influence du régime
alimentaire, du repos et du traitement (individus d’origine pénale
très fatigués lors de leur admission). Ils montrent comme l’on
4o
— 582 —
doit se montrer réservé en matière de conclusions cliniques quand
elles ne portent pas sur un laps de temps assez considérable, lors¬
que l’on a affaire à des organismes qui ont été reconnus porteurs
du bacille de Hansen.
Pour en revenir à la question des lèpres frustes, j’ai constaté
que quelques sujets porteurs d’une ou de très rares macules anes¬
thésiques (chez lesquels on n’avait pu trouver le bacille) avaient
été signalés; je les ai recherchés et j’en ai retrouvé la plupart:
les uns sont devenus lépreux évidents, les autres paraissent sains
aujourd’hui. Toutes ces formes frustes sont donc souvent de gra¬
vité très réduite puisqu’elles peuvent aboutir à la guérison ou du
moins semble-t-il ainsi. Et je ne serais nullement étonné que, dans
les cas cités par Arning, Marcano et Wurtz, l’ablation de l’uni¬
que macule dont leurs lépreux étaient porteurs, n’ait été pour
rien dans l’arrêt de la maladie, mais que celui-ci se soit produit
spontanément, dans les conditions naturelles de résistance à l'in¬
fection.
Car je ne crois pas que la lèpre se cantonne en un point aussi
limité ûe l’organisme, en un mot qu’il existe un accident primitif
de la lèpre, dit « chancre lépreux »• Tout plaide, à mon sens, con¬
tre pareille opinion. En réalité, des organes profonds (peut-être les
ganglions comme dans la lèpre des rats) doivent être envahis dès
l’abord, formant des réservoirs de virus, d’où les bacilles font des
incursions vers les troncs nerveux, la peau, les viscères ; ces in¬
cursions, véritables métastases, déterminent par leur fréquence,
leur intensité, leur durée, leur siège, l’allure générale du tableau
clinique et rendent ainsi facilement compte de l’intense polymor¬
phisme et de l’extraordinaire irrégularité d’allure de cette affec¬
tion, surtout à ses débuts.
C’est dans les cas où l’on décèle des troubles de la sensibilité
thermique, associés ou non avec d’autres symptômes plus ou
moins apparents, qu’il est le moins rare de pouvoir fixer le dia¬
gnostic par l’examen microscopique (et encore cet examen est-il
presque toujours assez délicat, étant donné que les bacilles et sur¬
tout leurs groupements caractéristiques, les « globi », sont géné¬
ralement en petit nombre). L’année dernière, avec le Dr Ortho-
lan, nous avons pu en relever quelques cas dans l’élément péni¬
tentiaire, et il sera du plus haut intérêt de voir comment ces sujets
évolueront dans l’avenir.
Tout ceci nous porte à croire que, dans les pays à lèpre, il y a
- 583 —
beaucoup plus de sujets atteints qu’on ne le croit généralement,
les formes évidentes, « explosives » en quelque sorte, de la mala¬
die (et constituant le plus souvent une période très avancée de
l’affection) formant la très grande majorité des cas habituellement
statistiqués. 11 existe beaucoup de formes de gravité réduite qui,
les unes traîneront des années et des années avant de se révéler
à grand fracas, alors que les autres, et en très grand nombre, gué¬
riront (ainsi que cela se passe pour les premiers stades de la tuber¬
culose, si l’on me permet cette comparaison). Et, de la sorte, s’ex¬
pliqueraient ces trous, ces fuites qui se produisent souvent quand
on cherche à établir la filiation des cas de lèpre en un point limité :
il arrive qu’au milieu de la série la mieux amorcée, l’on se trouve
soudain en présence d’une interruption que l’observation brute
des faits ne permet pas d’explicjuer.
11 est infiniment probable qu’il existait en ce point un malade
ignoré et qui est resté toujours insoupçonné (il est des plus sug¬
gestifs de constater que, par simple analogie, l’étude de la maladie
de Stefansky chez les rats vient d’amener tout récemment Mar¬
choux et Sorel (i) à des conclusions identiques).
Il y aurait donc des « porteurs de virus lépreux », des gens
qui, sains en apparence, n’en élimineraient pas moins des ba¬
cilles, compromettant ainsi la santé de leur entourage. Cette idée
intéressante au point de vue prophylactique, et qui expliquerait
pourquoi l’isolement ne parvient pas à réduire l’affection aussi
rapidement que l’on pourrait théoriquement l’espérer, a été posée
en fait par Falcao (2), qui, ayant trouvé des bacilles de Hansen
sur la muqueuse nasale de 17 personnes vivant dans l’entourage
de lépreux, put suivre douze de ces cas et constata par la suite la
généralisation de la maladie chez neuf d’entre eux.
Elle a été nettement énoncée en principe par Ivitasato (3), qui,
au Japon, a recherché le bacille de Hansen dans le mucus nasal de
68 personnes saines, vivant au milieu de lépreux. — Dans trois
cas il a obtenu un résultat positif ; les bacilles, parfois en très
grand nombre, étaient absolument identiques au bacille de Han¬
sen ; dans la même communication, Ivitasato cite un exemple
d’une de ces fuites dont je parlais plus haut et qui ne se peuvent
(1) Comptes-rendus de la Soc. de Biologie, t. LXXII, février 1912.
(2) XVe Congrès international de Médecine, Lisbonne, 1906.
(3) La lèpre au Japon. Conférence de Bergen, 1909, t. r. p., p. 144.
— 584 —
expliquer que par la présence d’une personne infectée et mécon¬
nue telle dans le voisinage immédiat du sujet contaminé.
J’ai observé avec le Dr Ortholan quelques cas qui, sans répon¬
dre complètement, en théorie, à la définition précédente, car il
existait de menus signes de lèpre, s’y rapportaient cependant fort
bien dans la pratique. — Je citerai celui d’entre eux qui s’en rap¬
proche le plus (et qui a été également vu avec le Dr Fruitet,
de Nouméa).
Obs. XXIV. — Madame M... a vécu 13 ans avec sa fille atteinte de
lèpre tubéreuse (avec rhinite aiguë et ulcérations) qui couchait dans une
chambre à part mais en dépit de recommandations faites, prenait ses repas
en compagnie de sa mère.
Présente comme seuls symptômes, de l’alopécie sourcillière assez pronon¬
cée et de la thermo-anesthésie des pieds et des jambes.
Le raclage de la muqueuse nasale donne, en des points bien limités, de
très nombreux bacilles de Hansen avec tous leurs caractères.
Cette personne, soumise depuis 6 mois à un traitement aussi intensif qu’elle
a pu le supporter (Chaulmogra et injections sous-cutanées d’iodoforme) n’a
pas vu son affection augmenter, au contraire les bacilles du mucus, très
beaux à l’origine, sont maintenant rares et granuleux, les sourcils repous¬
sent légèrement, et il n’y a plus aux pieds et aux jambes que de l’hypo-
thermoesthésie assez prononcée néanmoins.
L’on pourra toujours objecter, si un pareil sujet entre défini¬
tivement dans la voie d’une rémission prolongée, qu’il aura été
traité, mais je possède deux autres cas analogues, chez lesquels
les symptômes se sont considérablement amendés sans traitement
(simplement sous l’influence du repos et d’un régime alimentaire
plus sain et plus substantiel que celui auquel ces sujets étaient
antérieurement soumis) tant cliniquement que microscopique¬
ment, et sur lesquels je reviendrai ultérieurement si la suite de leur
observation y donne lieu.
Je reprendrai quelques-uns des points de ce travail, dans un
Mémoire relatif au diagnostic et aux formes de début de la lèpre
en Nouvelle-Calédonie et où je montrerai notamment, grâce aux
documents fournis par l’histoire médicale du bagne, V extrême
fréquence des troubles nerveux et trophiques de toute nature, à
répétition (et cela pendant des années), dans les premiers stades
de l’affection. Je tiens à signaler dès maintenant, que l’un des
plus fréquents parmi ces troubles est le mal perforant plantaire;
cette lésion est excessivement fréquente en Calédonie, et presque
tous les sujets qui en sont atteints deviennent tôt ou tard lépreux
évidents-
(Mission d* Etudes de la lèpre en Nouvelle-Calédonie .)
Juillet 1912.
— 585 —
Mycétome à grains rouges de la paroi thoracique.
Isolement et culture d’une
nouvelle Oospora pathogène
Par A. THIROUX et J. PELLETIER.
>
Les cas de mycétome à grains rouges sont fréquents au Séné¬
gal, l’un de nous a pu en observer huit cas en quelques années à
l’hôpital civil de Saint-Louis.
Le cas que nous rapportons ci-après est intéressant par suite
du siège de la tumeur, qu’on a plutôt l’habitude de Voir se pré¬
senter aux membres inférieurs, et aussi par suite des circonstan¬
ces, qui nous ont permis d’isoler une nouvelle Oospora chromo¬
gène, à la suite de l’ensemencement de grains rouges, recueillis
sur le patient. Nous reproduisons ci-après l’observation du mala¬
de, suivie des caractères de la nouvelle Oospora et des caractères
de ses cultures.
Observation.
Le nommé Samba Guèye, indigène de 30 ans environ, entré à l’hôpital civil
-de St-Louis le 16 avril 1912. Il se plaint d’une tumeur suppurée du côté
droit. Il raconte qu’il y a 5 ou 6 ans, il ne sait pas exactement, il a observé
sur le côté droit du thorax un petit bouton qui a suppuré, il en est poussé
d’autres à côté, et peu à peu il s’est formé une grosseur très étendue, couverte
d’orifices donnant issue à du pus. Actuellement le malade souffre de sa tu¬
meur et de toute la région avoisinante, il tousse et crache du pus.
A l’examen on trouve une tuméfaction, de forme vaguement ovale, s’éten-,
dant sur la paroi thoracique droite de haut en bas, depuis environ six cen¬
timètres au-dessous de l’aisselle, jusqu’à la 10e côte et d’arrière en avant,
depuis une verticale passant par le bord postérieur du creux axillaire jusqu’à
3 centimètres du bord droit du sternum. La moitié supérieure est peu élevée
au-dessus de la peau normale, elle est couverte de petites surélévations, de la
grosseur d’un grain de mil à celle d’une noisette, percées à leur sommet
d’un orifice, qui laisse suinter du pus. Entre ces cratères, se trouvent des sil¬
lons irréguliers remplis de débris épidermiques et de pus. La moitié inférieure
est plus volumineuse, elle dépasse le niveau de la peau normale d’environ
4 cm, les surélévations suppurantes y sont beaucoup plus espacées ; cette
partie est constituée par une collection de petits abcès. La peau est adhérente
à la tumeur, qui, elle-même, adhère aux plans profonds.
Le malade tousse beaucoup, à l’examen du poumon, on constate à la per¬
cussion de la matité sur toute la tumeur et sur ses bords. A l’auscultation, on
entend la respiration d’une façon normale dans le poumon gauche ; du côté
droit, les bruits sont presque normaux au sommet, en avant et en arrière et
le long de la colonne vertébrale ; dès qu’on arrive près de la tumeur on perçoit
— 586 —
clés bruits râpeux de frottements pleuraux, on entend aussi quelques rares
humides, il semble que la tumeur ait pénétré à travers les côtes jusqu’au pou¬
mon. L’examen macroscopique du pus, le montre formé d’un liquide sanieux
grisâtre dans lequel on trouve une grande quantité de très petits grains rou¬
ges. Les crachats du malade contiennent des grains rouges semblables.
Le traitement consiste d’abord en pansements humides avec la solution
de sublimé à 1/1.000 pour bien déterger toute la surface de la tumeur. On
fait ensuite des applications de teinture d’iode et enfin de traumacticine chry-
sophanique à io °/Q. Ce dernier traitement est le seul qui ait procuré une amé¬
lioration sensible. A l’intérieur, il a été donné 4 gouttes de teinture d’iode,
0,50 c g. de créosote, 1 g. de terpène avec 4 g. de benzoate de soude.
La toux et l’expectoration ont presque complètement disparu, néanmoins
il persiste de la douleur, surtout au niveau du sternum. Le malade esti¬
mant qu’il ne guérit pas assez vite est sorti le 8 juillet.
Ainsi que l’a démontré Laveran (i), les grains rouges observés
dans les mycétomes sont composés de microbes semblables à des
micrococcus réunis en zooglées : Micrococcus Pelletieri.
Ces grains rouges sont très petits et très semblables à des
grains de sable, tant par leur taille que par leur densité, qui sem¬
ble assez forte. On les recueille dans une pipette à effilure large,
mélangés à des particules de pus, et tels qu’ils sortent des multi¬
ples pertuis, dont la tumeur est criblée, on les rassemble dans un
tube à essais contenant 10 cc. d’eau physiologique et on les
lave le mieux possible, pour en séparer les nombreux microbes du
pus. Le pus se met facilement en suspension dans le liquide, et se
précipite lentement, au contraire, grâce à leur densité, les grains
rouges se précipitent en quelques minutes et se ramassent au fond
du tube à essais. On décante ou on aspire avec une boule le liquide
louche surnageant. On ajoute de nouveau de l’eau physiologique
stérile, on décante et on renouvelle le lavage 8 à 10 fois. On ense¬
mence ensuite au fil de platine les grains rouges, ainsi préparés,
sur une dizaine de tubes de gélose glucosée de Sabouraud.
Les grains mettent 8 à 10 jours avant de donner naissance à
une culture; or, s’il reste des impuretés elles se développent beau¬
coup plus rapidement et on peut, dans certains tubes contaminés,
reprendre des grains rouges, lorsqu’il y en a d’isolés et les re¬
porter sur de nouvelle gélose.
Au bout de 10 jours environ, à la température du laboratoire,
de 25 0 à 28° en cette saison, au Sénégal, on voit se développer
autour des grains rouges de petites masses cérébroïdes, sembla¬
bles à du frai de grenouille, de couleur rubis un peu clair. Lors-
(1) Laveran, C. R. de la Société de Biologie, 3 nov. 1906, t. LXI, p. 340.
587 ~
que ces masses ont atteint les dimensions d'une grosse lentille,
elles se couvrent d’une efflorescence blanche et sèchent.
Les colonies ne poussent pas de prolongements dans l'intérieur
de la gélose et elles s’en détachent facilement d’un bloc, au point
qu’elles semblent posées sur le milieu. La gélose de Sabouraud
doit être assez humide et présenter une notable quantité d’eau de
condensation. Nous n’avons pas pu obtenir de cultures sur les
autres milieux employés ordinairement pour les Oospora , pom¬
mes de terre glycérinées ou non, eau de foin, etc. La tempéra¬
ture de 370 ne semble pas favoriser le développement des cultures.,
pour lesquelles l’optimum paraît être entre 25 et 28.
Lorsqu’on écrase un fragment de culture entre deux lames, on
constate que le microbe se colore difficilement par les couleurs
d’aniline. Sur des préparations, colorées avec du Ziehl légère¬
ment chauffé, ou avec du violet aniliné (violet d’EHRLicH), on
voit des filaments fins et ramifiés, entourés d’une gaîne claire,
reposant sur un fond de matières mucilagineuses dont la colora¬
tion donne un voile granité et sale. Cette surcoloration est cepen¬
dant nécessaire pour permettre d’apercevoir les gaines claires sur
un fond fortement coloré.
Lorsqu’on colore les préparations par la méthode de Gram, au
contraire, les filaments seuls prennent le Gram, et se voient dé¬
gagés de la gangue qui les enserre. Dans de telles préparations
on distingue nettement des filaments fins et ramifiés du genre
Oospora. Certains de ces filaments sont transformés en une série
de granulations en chapelet, très serrées les unes contre les au¬
tres ; dans d’autres endroits, on voit des granulations, en amas,
provenant évidemment de la dégénérescence des filaments. Fila¬
ments et granulations prennent le Gram.
Les granulations observées dans les cultures sont évidemment
identiques à celles signalées par Laveran dans les tissus malades.
On peut rapprocher la transformation en granulations coccifor-
mes de mycéliums fins, de la transformation en formes de levures
des moisissures à gros mycélium, vivant en anaérobiose. Les par¬
ties de mycélium vivant au centre de la culture, manquent d’au¬
tant plus d’oxygène qu’elles sont entourées d’une matière muci-
lagineuse et certaines d’entre elles se transforment, à notre avis,
pour cette raison en granulations. C’est vraisemblablement aussi
le manque d’oxygène libre qui fait que dans les tissus, on ne re¬
trouve que des granulations en forme de cocci, rassemblés en
— 588 —
zooglées, dans la gangue mucilagineuse secrétée par VOospora.
Le mycétome à grains rouges est donc dû à une moisissure,
qui, parmi les Fungi imperjecti, doit être classée dans les Oos¬
pora. Cette Oospora nouvelle se distingue très nettement des Oo¬
spora connues, en général, et du Streptothrix Madurœ (Vincent)
en particulier, dont les cultures prennent quelquefois à la lon¬
gue une couleur rose ou rouge ;
i° par la couleur rouge rubis des cultures, dès leur apparition ;
2° par les conditions de milieux exigées, sa culture n’a pu être
obtenue jusqu’ici que sur gélose Sabouraud.
3° les cultures ne pénètrent pas dans la gélose et s’en détachent
facilement ;
4° elles sont mucilagineuses au lieu d’être sèches et écail¬
leuses ;
5° à l’état parasitaire, on ne rencontre la nouvelle Oospora que
sous forme de microcoque en zooglées, tandis qu’on observe des
filaments ramifiés et des crosses dans le cas de Str. Madurœ.
Le parasite étant le même que celui qui a été décrit précédem¬
ment par Laveran sous le nom de Micrococcus Pelletieri, nous
pensons qu’il doit prendre le nom d’ Oospora Pelletieri Laveran.
%
M. Laveran. — MM. Thiroux et Pelletier m’ont envoyé des
cultures du champignon qui est décrit dans leur note. Ces cultu¬
res sur gélose glucosée sont encore très belles, comme vous pou¬
vez en juger par ces échantillons; on dirait qu’on a déposé à la
surface de la gélose des débris de corail rose.
Comme le disent MM. Thiroux et Pelletier, il paraît hors de
doute que le néoplasme du malade qui a fourni la culture est de
même nature que la tumeur enlevée par M. Pelletier, dont l’exa¬
men m’avait été confié en 1906. N’ayant pas réussi à voir un my¬
célium sur les coupes histologiques de la tumeur, j’avais conclu
que les grains roses, si caractéristiques de ces néoplasmes, étaient
formés par des microcoques en zooglées, mais un doute était
resté dans mon esprit, quant à la véritable nature de l’agent pa¬
thogène, et j’avais indiqué qu’il serait important d’obtenir des
cultures du microbe. Les belles cultures qui ont été obtenues par
MM. Thiroux et Pelletier tranchent définitivement la question.
Dans les préparations histologiques faites avec ces cultures, on
voit très nettement un mycélium à côté des spores qui ressemblent
à des microcoques.
— 589 —
M. Pinoy. — Le microorganisme très bien décrit par MM- Thi-
roux et Pelletier est constitué par des filaments non cloisonnés
dont le protoplasme ne contient pas de noyaux différenciés- En
cela, il diffère complètement des champignons du genre Oospora
{Wallroth, 1883). Ceux-ci ont en effet des cloisons et l’on
trouve des noyaux nettement différenciés dans leur protoplasme.
En négligeant les caractères de l’appareil végétatif, on arrive à
classer parmi les Oospora, des Isaria, des Pénicillium, des Rhi-
coctonia, des Trichophyton et même des formes d’involution de
Bactéries. Si l’on agissait de même pour certains Myxomycètes,
on les classerait parmi les Mucorinées sous prétexte qu’ils ont
un sporange.
Les termes de Streptothrix et de Discomyces devant être aban¬
donnés pour raison de nomenclature, le nom de Nocardia (de
Toni et Trévisan, 1899), accepté par J. H. Wright, auquel se
rallie Vuillemin, doit être définitivement adopté. L’organisme
isolé par MM. Thiroux et Pelletier, d’un cas de mycétome à
grains roses devrait donc prendre le nom de Nocardia Pellctieri
Laveran.
Il est très voisin du Nocardia madurœ Vincent; il n’en diffère
■que par sa couleur rouge plus vif et sa sporulation plus abon¬
dante; or, l’on sait combien ces caractères sont variables dans les
repiquages successifs d’une même culture.
Présence d’un spirochète
Par Federico de GASPERI.
Le spirochète cpie je vais brièvement signaler dans la présente
note, a été obtenu en culture, à côté du vibrion septique, dans des
tubes de gélose glucosée lactosée, profonde, par l’ensemence¬
ment de quelques gouttes de sang prélevé aseptiquement du
cœur d’un cobaye.
Je me proposais alors d’isoler le vibrion septique, dont j’avais
besoin pour d’autres expériences, par la méthode indiquée par
Pasteur; à cet effet j’avais inoculé sous la peau du cobave men¬
tionné plus haut, de la terre de jardin broyée dans un mortier avec
-de l’eau ayant une température de 85° C.
— 590 —
L’animal mourut dans un délai de 20 heures et il fut autopsié
une demi-heure au plus après la mort; les lésions observées
étaient les lésions classiques de la septicémie expérimentale de
Pasteur.
Pour obtenir des cultures pures de vibrion septique, j’ai alors
prélevé du sang du cœur à l’aide d’une pipette stérilisée, et je
l’ai ensemencé dans des tubes de gélose sucrée profonde, liquéfiée
et maintenue à 42 0 C.
Le lendemain, les cultures avaient poussé abondamment; il y
avait une production considérable de gaz.
Gr = 720
L’examen des préparations faites avec de l’eau de condensa¬
tion, louche, blanchâtre, colorées par la méthode de Gram et reco¬
lorées ensuite avec de la fuchsine de Ziehl diluée à 1 :io d’eau
distillée, m’a fait remarquer, à côté du vibrion septique, mor¬
phologiquement typique, de teinte bleu foncé, un certain nom¬
bre de spirochètes colorés en rose pâle, par conséquent Gram-
négatifs.
Ces spirochètes présentaient des formes assez longues, les plus-
nombreuses, et des formes courtes. Les premières mesuraient de
16 à 20 et parfois 24 4 de longueur sur 0,30-0,40 ;j. de large, avec
cinq, six et quelquefois huit ondulations, situées sur un seul plan.
Leurs extrémités étaient nettement effilées.
Les tours de spire, d’ordinaire assez réguliers, avaient une pro¬
fondeur de 0,6-0, 8 u et une largeur de 1,6-2, 4-3 ;jo Parfois, cepen¬
dant, les ondulations étaient lâches et peu profondes.
Les formes courtes avaient une longueur de 9,6 à 12, S u, avec
trois et quatre ondulations ; relativement épaisses dans leur par¬
tie moyenne, elles s’atténuaient progressivement jusqu’aux extré¬
mités-
Ordinairement, le spirochète, que ce fut un long ou un court,
était dans son ensemble, rectiligne ou légèrement incurvé; je
n’en ai jamais vu disposés en chaînes; toutefois, tantôt une for¬
me longue et une courte, tantôt deux formes courtes se trouvaient
dans le prolongement l’une de l’autre. Je n’ai pas observé de for¬
mes de division.
Examinés à l’état frais, dans la même eau de condensation
de la gélose, en goutte pendante, sur fond noir et à un fort éclai¬
rage, j’ai pu suivre leurs mouvements.
Ils étaient doués d’un mouvement de rotation, hélicoïdal, au¬
tour de leur axe, et simultanément de translation, s’accomplissant
assez vite dans une direction presque rectiligne.
La mort des spirochètes dans les cultures, survenue après
48 heures, environ, m’a empêché d’essayer de les isoler et d’en
étudier la biologie.
Afin de me rendre compte si la présence de ce spirochète dans
le sang du cobaye n’était qu’un phénomène tout à fait accidentel,
j’ai répété dix fois l’expérience, en injectant sous la peau des
cobayes de la terre de jardin, toujours prise au même endroit que
la première fois, et traitée de la même manière que lors de la pre¬
mière inoculation.
Les cobayes sont toujours morts par septicémie gangréneuse et
l’examen systématique du sang, fait dans chaque cas peu de
temps après la mort, ainsi que celui des cultures, faites comme
dans la première expérience, ne m’a montré que du vibrion sep¬
tique. Les spirochètes y manquaient complètement.
Comme je n’ai pu observer que les caractères morphologiques
de ce spirochète, je ne puis conclure qu’il s’agit d’un spirochète
spécifique du cobaye ; je pense toutefois que cette trouvaille valait
d’être signalée, parce qu’il n’existe, à ma connaissance, aucune
observation de spirochète dans le sang du cobaye.
(' Travail du Laboratoire de M. le Pr Metchnikoff.)
— D91 2
Sur quelques hématozoaires de lézards au Brésil
Par A. CAR INI et Max RUDOLPH.
Chez deux espèces de lézards (i) capturés dans l’état de Minas-
Geraes (Brésil), sur les bords du fleuve Paranahyba et de son
affluent Bagagem, nous avons rencontré quelques hématozoai¬
res, qui appartiennent sûrement cà des espèces nouvelles non en¬
core décrites.
i. Hæmogregarina ameivæ. — Cette hémogrégarine a été ob¬
servée chez plusieurs exemplaires du Arneiva surinamensis L. (2).
Elle se rencontre dans le sang circulant, à l’intérieur des hématies,
tout près du noyau avec laquelle elle semble se disputer l’axe du
globule rouge.
Observée à l’état vivant, elle apparaît comme un espace clair,
allongé, à contours peu réguliers, situé tout près du noyau, sans
mouvements.
Dans les préparations colorées par le Giemsa ou par le Leish-
man, on voit un protoplasme très mince, qui ne prend presque
pas la matière colorante et qui est toujours un peu ratatiné. La
forme est allongée, un peu irrégulière. Les deux extrémités sont
arrondies, mais l’une est souvent un peu plus large que l’autre.
Le noyau ovale est situé à l’extrémité plus mince, occupe pres¬
que toute la largeur du parasite et se colore très bien en violet.
L’hémogrégarine mesure 11-13 p de longueur sur 3-4 p de lar¬
geur. La capsule, qui est peu apparente dans les formes endoglo-
bulaires, est bien visible dans les formes extraglobulaires (fig. 2),
que l’on rencontre dans les frottis des organes internes.
D’ordinaire l’hémogrégarine cherche à se disposer dans l’axe
de l’hématie; le noyau du parasite occupe un des pôles de l’hé-
(1) Nous sommes redevables de la classification de ces lézards à l’amabi¬
lité du Dr H. von Ihering, directeur du musée de la ville de S. Paul.
(2) L’Ameivâ surinamensis est un lézard de la famille de Teidœ, d’une belle
couleur vert-bleuâtre, avec fond sombre sur le dos, avec lignes transversales
noires à la queue, qui finit avec de nombreuses taches noires. Les flancs sont
tachetés de noir et blanc, le ventre est blanc-bleuâtre. Ce lézard peut arriver â
mesurer 50 cm. de longueur. Il se nourrit de fruits et de petits animaux
(grenouilles et vers) ; on le rencontre depuis l’Amérique centrale jusqu’à
1 Uruguay. Dans l’Etat de Minas, on l’appelle vulgairement « calango ».
marie et le reste est souvent accolé au noyau du globule rouge
(fig. 3-4). Il est assez rare que l’hémogrégarine soit placée tout à
fait latérale au noyau (fig. 5).
Hœmogrégarina ameivœ.
Fig. 1. — Hématie normale.
Fig. 2. - — Hémogrégarine libre montrant sa capsule.
Fig. 3-4-5. — Hémogrégarine endoglobulaire en différentes positions.
L’hématie parasitée est très peu altérée, mais son noyau pré¬
sente une légère hypertrophie et une légère déformation.
Les formes libres ont été rencontrées seulement dans les frottis
des organes. La capsule est très mince, montre des plis et laisse
à peine voir à son intérieur le protoplasme.
Nous avons examiné attentivement de nombreux frottis des or¬
ganes de plusieurs de ces lézards parasités, sans y trouver de for¬
mes de multiplication. Seulement dans le foie, nous avons ob¬
servé des espaces clairs, régulièrement ovales, qui nous ont sem¬
blé être des kvstes vides.
Les animaux parasités ne semblent point souffrir de la présence
de ces hémogrégarines, même lorsqu’elles sont en nombre assez
considérable.
*
* *
2. Plasmodium minasense (i). — C’est un petit parasite endoglo¬
bulaire pigmenté.
(1) Ce Plasmodium , ainsi que le trypanosome décrit ci-après, ont été ren¬
contrés dans le sang de Mabuia agilis Raddi. Les individus parasités ont été
capturés dans les mêmes localités d’où provenaient les lézards précédents.
Mabuia agilis Raddi est un lézard gris, avec reflets métalliques bleuâtres, un
peu plus petit que le précédent, n’arrivant qu’à 22 cm. de longueur. Il présente
une bande qui, commençant à l’œil et passant au-dessus de cet organe, s’étend
sur tout le côté jusqu’à la queue, où elle finit graduellement. Le côté ventral
est blanc-bleuté. Ce lézard mange des limaces, des vers, des insectes ; on le
rencontre communément dans l’Amérique centrale et dans l’Amérique méri¬
dionale tropicale.
Des hématozoaires (trypanosomes variés, Plasmodium, Hœmogrégarina )
Nous l’avons rencontré seulement une fois en très petit nombre
sur des préparations déjà colorées par le Giemsa.
Ce Plasmodium a une forme ovale ou ronde et est situé à l’un
des pôles de l’hématie. Celle-ci ne paraît point altérée ou très peu.
Tous les parasites rencontrés n’ont pas les mêmes dimensions; à
côté de formes jeunes, assez petites, il y en a de plus grandes ;
celles-ci mesurent en moyenne 4-5 p. de diamètre.
Le protoplasme du parasite se colore en bleu, présente de petites
vacuoles claires, et est parsemé de granulations de pigment. Ces
granulations sont de forme un peu irrégulière, de dimensions va¬
riables, de couleur brun-noirâtre; elles sont parfois éparpillées
sans ordre dans le protoplasme (f ig- 4), et parfois réunies en un
amas (fig. 2-3).
(
Le noyau est constitué par quelques granulations de chroma¬
tine, qui se colorent en rose pâle.
En tenant compte de certaines petites différences que l’on note
dans l’intensité de coloration du protoplasme, dans le volume du
noyau, dans la quantité et la distribution du pigment, on serait
amené à reconnaître une différenciation sexuelle (gamètes), mais
les parasites étaient en si petit nombre, que nous ne nous croyons
pas autorisés à insister sur ce point.
Nous n’avons rencontré que très rarement des formes en divi¬
sion ; le nombre des mérozoïtes résultant de la division était tou¬
jours très petit. La fig. 5 représente une de ces formes, où l’on
voit nettement quatre petits blocs de chromatine, disposés comme
chez le Drepanidium des grenouilles.
Malheureusement, n’ayant pas eu à notre disposition des ani¬
maux vivants et infectés, nous n’avons pas pu mieux suivre l’évo¬
lution de notre hématozoaire.
ont déjà été décrits chez les Mabuia africains, qui paraissent fréquemment
parasités.
— 5g5 —
*
* *
3- T r ypanosom a sp. ? (i). — Ce parasite n’a été étudié également
que sur des préparations déjà colorées au Giemsa. C’est un trypa¬
nosome plat et trapu. La forme apparaît assez variable par le fait
que dans les préparations les parasites sont souvent recourbés ou
enroulés.
Le protoplasme est souvent sillonné par des stries claires, qui
ne gardent pas toujours la même position.'
Le trypanosome mesure en moyenne 15 x 20 u.
Le protoplasme se colore assez intensivement en bleu, et pré¬
sente une structure finement granuleuse.
Le noyau ovale, assez gros (5x3 y), se teint uniformément
en rose-pâle, et est placé dans la partie moyenne du corps-
A côté du noyau, et tout près de lui, se trouve le blépharo-
plaste, qui est ovale et entouré d’une zone incolore. Dans quel¬
ques préparations mieux colorées, l'on voit un filament très fin
qui prend son origine près du blépharoplaste, longe une mem¬
brane ondulante très peu développée, et aboutit à un court flagelle
libre extrêmement fin.
Notre trvpan. est surtout voisin du Tr. Perroteti, trouvé par
França chez le Mabuia Perroteti de la Guinée portugaise.
P
Transmission de Leishmania de chien à chien
par piqûres de Pulex serraticeps
Par Edm. et Et. SERGENT, A. LHÈRITIER et G. LEMAIRE.
I. — Piqûres d’un chien neuf far de nombreuses puces nourries
sur chien infecté depuis 1 jour jusqu'à 8 jours auparavant = Ré¬
sultat positif.
Une chienne jeune, grasse et bien portante, vivant à l’Institut
depuis 2 mois avant l’expérience et dont la ponction effective du
foie n’a rien montré d’anormal, subit du 9 au 18 janvier, et du
(1) Je propose pour ce trypan., que je crois d’espèce nouvelle, le nom de
Tr. Rudolphi, en l’honneur de mon collaboratuer le Dr Rudolpii. — A. Ca-
rini.
Ier au 28 février, 82 piqûres de Puces ( Pulex serraticeps), piqu
res durant de 1 à 15 minutes (moyenne 5 minutes) (1).
Ces puces sont conservées dans des tubes, à 220, et elles ont piqué chacune,
la veille, un chien infecté de Leishmania. Ces puces vivant au maximum
8 jours, ont donc un virus vieux de 1 à 8 jours.
La chienne a été soigneusement, durant tout le cours de l’expérience, dé¬
barrassée de tout ectoparasite (lavages au savon noir, au pétrole, saupoudrage
de la niche avec de la poudre insecticide et projection de pétrole).
En mars et avril, la chienne maigrit rapidement et présente
les symptômes cliniques du chien déjà infecté: maigreur pronon¬
cée (de 8 kilos, le poids tombe au-dessous de 6 kilos), yeux chas¬
sieux, le poil des oreilles tombe. L’examen de la moelle du fémur
reste toujours négatif.
Le poids remonte en juin. La chienne est sacrifiée le 12 juin.
L’examen du foie donne un résultat négatif.
Sur les frottis de la rate et de la moelle osseuse, on trouve de
très rares Leishmania paraissant dégénérées.
Les ensemencements de pulpe de rate sur milieu NNN donnent
au bout de 8 jours de nombreux Leptomonas (5 tubes cultivent
sur 12 ensemencés)- Au 1 1 octobre, on en est au 13e repiquage.
Les ensemencements de la moelle des os ne donnent pas de
cultures.
Le chien témoin, soumis aux mêmes conditions, sauf les piqûres
de puces, présente une courbe de poids normale et un état de santé
excellent; l’examen de son foie, de sa rate et de sa moelle a tou¬
jours donné un résultat négatif. Sacrifié en même temps que la
chienne précédente, les essais de culture de pulpe de ces organes
.en milieu NNN ont tous été infructueux; examens microscopi¬
ques négatifs.
If. — Piqûre d'an chien neuf par une seule puce nourrie, de¬
puis i jour jusqu’à 1 mois auparavant, sur chien infecté = Ré¬
sultat négatif.
Un jeune chien est piqué quotidiennement pendant 15 jours par
une seule puce ayant sucé du sang de chien infecté, pendant la
quinzaine précédente, tous les 2 jours.
Le chien augmente de poids pendant 3 mois et demi. L’examen
de la moelle pratiqué en 2 mois est négatif. Au bout du troisième
mois, le chien est sacrifié. Pas de Leishmania dans la rate, ni dans
(1) Chien Perico de l’observation parue dans le Bull, de la Soc. Path. exot.,
t. V, 14 fév. 1912, p. 93.
— *97 —
le foie, ni dans la moelle osseuse. Les ensemencements de la
moelle osseuse et de la rate ne donnent rien sur milieu NNN.
111. — Piqûre d’un chien neuf par une seule puce nourrie une
seule fois sur chien infecté ( de 2 à 6 jours auparavant ) = Ré¬
sultat négatif.
Lin jeune chien est piqué quotidiennement, pendant 4 jours,
par une seule puce ayant sucé une seule fois le sang d’un chien
infecté 2 jours avant le début de l’expérience.
Le chien augmente de poids pendant 2 mois et demi. L’examen
de la moelle osseuse pratiqué le 2e mois est négatif. Au bout du
troisième mois, le chien est sacrifié. Pas de Leishmania dans la
rate, ni dans le foie, ni dans la moelle osseuse. Les ensemence¬
ments de la moelle osseuse et de la rate ne donnent rien -sur milieu
NNN.
*
* *
Nous avons examiné au microscope le contenu intestinal et la
gouttelette fécale de quelques puces servant aux expériences. Les
formes suivantes ont été vues chez deux puces sur deux examinées
après avoir été nourries sur un chien infecté depuis 1 ou plusieurs
jours et chez deux puces sur neuf examinées capturées sur chien
supposé sain. Dans le tube intestinal on vit de nombreuses formes
de repos binucléées de 5 y de diamètre environ, très souvent ag¬
glomérées, montrant un assez gros noyau et un blépharoplaste
prenant fortement la couleur.
Chez les mêmes puces, la gouttelette fécale ou le contenu de
l’extrémité postérieure de l’intestin montre des formes flagellées
binucléées, assez étroites, de 10 <j. à 12 p. 5 de longueur.
On voit aussi des formes de transition, en poire, reliant les for¬
mes de repos aux formes allongées flagellées.
A noter enfin l’observation d’une cellule-hôte contenant trois
parasites, au stade de repos, et se colorant très bien.
*
* *
En résumé, dans une expérience où des précautions ont été pri¬
ses pour se mettre à l’abri des causes d’erreur, une jeune chienne
en bonne santé, piquée par de nombreuses puces nourries aupara¬
vant sur un chien infecté, a présenté les signes cliniques de leish¬
maniose et on a pu isoler dés Leishmania de sa rate.
( Institut Pasteur d’ Algérie.)
4i
— bc^
Marche de l'infection à “ Schizotrypanum
Cruzi ” chez le cobaye et la souris
Par Maurice BLANCHARD.
Le virus, provenant de l’Institut Oswald Cruz, par l’obligeant
intermédiaire de M. F. de Vasconcellos, a été reçu au Labora¬
toire le 8 avril 1912, sur deux cobayes B et R. Les trypanosomes,
très rares à l’arrivée, se sont montrés dans le sang en nombre pro¬
gressivement croissant pendant 30 jours, ils ont ensuite diminué
pendant 5 à 6 jours pour disparaître enfin complètement au
44e jour. Malgré 4 réinoculations intrapéritonéales successives de
sang riche en trypanosomes, le cobaye B ne présenta jamais de
signes de réinfection, soit par l’examen direct du sang, soit par
inoculation de 4 cm3 de ce sang à un autre cobaye; M. Delanoë
constata qu’il présentait une immunité active se traduisant par la
phagocytose des trypanosomes dans le péritoine à chaque réino¬
culation. Le cobaye fut sacrifié au 156e jour ; au cours de son infec¬
tion, il avait mis bas 2 petits qui ont présenté une sensibilité au
Schizotrypanum égale à celle de témoins nés de mère non immu¬
nisée. Le cobaye R ne présenta jamais de trypanosomes à l’exa¬
men direct du sang du 44e au 67e jour où il fut sacrifié et son sang
inoculé à 2 cobayes (7 cm3 chaque): l’un de ceux-ci fut infecté,
l’autre resta indemne bien que sa sensibilité au virus fût normale
comme le démontra une réinoculation ultérieure avec du sang
riche en trypanosomes. Le cobaye R n’était donc pas guéri bien
qu’il ne présentât aucun signe clinique de la maladie et qu’il fût
impossible de déceler les parasites dans son sang pendant une
très longue période. Au point de vue clinique, ces cobayes n’ont
présenté que de l’amaigrissement pendant la période où l’infection
était décelable à l’examen direct du sang.
Trois autres cobayes, 62, 72, 85, ont été inoculés, le premier sur
le cobaye R, les autres en série successive: les nos 72 et 62 ont
présenté des infections à marche sensiblement identique: incu¬
bation de 9 à 13 jours, parasites en quantité progressivement
croissante dans le sang jusqu’à la mort survenue 34 et 43 jours
après l’inoculation. Le cobaye 85 a présenté des trypanosomes
— 599 —
dans le sang 8 jours après l’inoculation, les parasites ont aug¬
menté de nombre pendant 16 jours, puis ils sont passés de nom¬
breux à très rares en 8 jours, pour disparaître complètement de la
circulation pendant 85 jours; ils se sont ensuite montrés en nom¬
bre progressivement croissant jusqu’à la mort survenue au bout
de 10 jours au 1276 jour après l’inoculation.
Sept passages ont été faits sur la souris qui présente une infec¬
tion à marche très régulière aboutissant toujours à la mort:
l’incubation est de 6 à 7 jours, les trypanosomes deviennent rapi¬
dement très nombreux dans la circulation et, sans crises, s’y
maintiennent à ce taux jusqu’à la mort qui survient du 15e au
20e jour.
(. Laboratoire de M. Mesnil, à V Institut Pasteur.)
A propos du Schizotrypanum Cruzi
Par M. et Mme P. DELANOË.
Nous désirons simplement accompagner de quelques commen¬
taires les figures que nous publions.
Les figures 1-14 représentent les différentes phases du cycle
de développement de Schizotr. Cruzi dans les muscles- On voit
que les formes leishmania proprement dites (fig. 1 et 2) passent à
l’état de trypanosomes (fig. 13 et 14) en revêtant successivement
les formes leptomonas (fig. 8 et g) et crithidia (fig. 10 et n). Les
figures 3, 4 et 5 représentent des formes arrondies, sans flagelle
libre, munies d’une racine flagellaire réduite à la portion cyto¬
plasmique. Dans les figures 6 et 7, la racine flagellaire a grandi et
dépasse légèrement le contour du parasite.
Contrairement à Martin Mayer et à Da Rocha-Lima (i), nous
(1) Beihefte zitrn Archiv fiir Schiffs-und Tropenhy giene, t. XVI, fasc. 4,
pp. 376-380, 1912. Ces auteurs, parmi les formes de développement de
Schizotr. Cruzi , distinguent d’une part les formes rondes, d’autre part les
formes en fuseau. Ces formes n’auraient pas le même développement. Chez
les formes rondes, le flagelle proviendrait du rhizoplaste (?) et s’enroulerait
autour du corps. Le stade trypanosome serait ensuite réalisé par simple éti¬
rement. Les formes en fuseau revêtiraient d’abord l’aspect de crithidias (avec
blépharoplaste en avant ou à côté du noyau) et passeraient à l’état de trypa-
— 6oo —
n’avons pu noter de dimorphisme ('liez les formes de développe¬
ment de Schizotr. Cruzi. Le dimorphisme n’apparaît qu’au stade
trypanosome. Encore faut-il faire remarquer, avec Chagas (i), que
chez les animaux d’expérience, et notamment chez les cobayes, ce
*?•
dimorphisme tend à s’atténuer notablement: les trypanosomes de
la circulation générale revêtent, pour la plupart, une forme inter¬
médiaire entre les formes mâles et femelles de Chagas (2).
nosomes par migration du blépharoplaste vers l’extrémité postérieure du pa¬
rasite.
Mayer et Da Rociîa Lima ont sans doute désigné sous le nom de rhizo-
plaste les racines flagellaires des figures 3, 4 et 5. 11 est évident que le rhizo-
plaste ou filament double ( Doppelfaden ) de Prowazek n’a rien à faire avec
les racines flagellaires de nos figures. Ajoutons que pour nous les formes en
fuseau sont tout simplement les formes rondes devenues piriformes.
(1) Bulletin de la Soc. de Pathologie Exotique, t. IV, n° 7, pp. 467-471,
191 1.
(2) Tour Brumpt ( Bulletin de la Soc. de Pathologie exotique, t. V, n° 6,
1912) les formes mâles de Ciiagas sont des « trypanosomes jeunes, très mo-
- 6o i —
Le développement de Schisotr. Cruzi dans la fibre musculaire
-est donc analogue à celui que Chagas et Brumpt ont fait connaî¬
tre chez Conorhinus megistus. Dans les deux cas, le développe¬
ment de Schizotr. Cruzi s’effectue en parcourant successivement
les stades leishmania, leptomonas, crithidia et trypanosomes (i).
Les fig. 15 à 2i représentent des formes de développement, en
-tout semblables à celles des muscles, que nous avons rencontrées
dans le sang de 2 souris gravement infectées. On pouvait éga¬
lement y noter l’existence de nombreux trypanosomes qui
n’étaient pas en division (2). Cette dernière constatation semble
prouver que les formes évolutives du sang sont simplement celles
des muscles, devenues secondairement libres dans la circulation
générale. La cellule musculaire, et surtout la fibre musculaire car¬
diaque qui n’est pas revêtue par un myolemme, supporte très mal
l’invasion parasitaire dont elle est le siège de prédilection. Fré¬
quemment elle se rompt avant même que les parasites qui l’en¬
combrent aient eu le temps d’arriver au stade trypanosome. Ces
parasites incomplètement développés tombent alors dans les in¬
terstices qui séparent les fibres musculaires les unes des autres, et
de là pénétreraient dans le sang par une voie qu’il est difficile de
préciser.
biles », et les formes femelles de Chagas des trypanosomes vieillis, « mobiles
sur place seulement ». Nous souscrivons d’autant plus volontiers à cette ma¬
nière de voir qu’il existe toute une série de formes intermédiaires entre les
formes mâles et femelles de Chagas
(1) En réalité, chez Conorhinus megistus, pour Brumpt, les trypanosomes
ingérés se transforment d’emblée en crithidia courtes et trapues sans passer
par le stade leishmania. Pour Chagas au contraire, la perte du flagelle et de
la membrane ondulante est le premier indice de développement. Les trypa¬
nosomes ingérés revêtent de très bonne heure l’aspect de leishmania. Cha¬
gas décrit et dessine des formes leishmania munies d’une racine flagellaire,
en tout semblables à celles que nous avons représentées. Il faut ajouter que
dans son ier Mémoire ( Mémoires de l'Inst. Osw. Cruz, vol. I, fasc. II,
1909) Chagas ne signale pas l’existence de formes trypanosomes dans les dé¬
jections de Conorhinus megistus, au contraire de Brumpt ( loc . cit.) qui les
a constatées en grande abondance. Dans son second mémoire (ihid., vol. III,
fasc. II, 1 9 1 1 ) , Chagas signale en passant l’existence de formes trypano¬
somes dans l’intestin terminal de Conorhinus megistus.
(2) Les trypanosomes du sang circulant ne sont jamais en division. Cette
constatation, faite pour la première fois par Chagas a été vérifiée par tous
les auteurs qui se sont occupés de Schizot. Cruzi. Il faut cependant faire
remarquer que dans le sang de Hapale penicillatns, inoculé avec du virus de
provenance humaine, Chagas a constaté, en employant la méthode de colo¬
ration de Rosenrusch, de nombreux trypanosomes dont le noyau était en
voie de division promitotique. La figure 1 de la planche 13 du mémoire que
Chagas a publié en, 1909 représente justement un de ces trypanosomes.
— 602 —
Dans le sang de ces 2 souris, nous avons également noté la
présence de formes de développement dans les globules blancs.
Les gros mononucléaires et surtout les macrophages, parfaite¬
ment reconnaissables à leurs inclusions chromatiques, étaient seuls
parasités. Nous ne pensons pas qulil s’agisse là de phagocytose.
Les formes incluses sont très souvent en parfait état de conserva¬
tion. D’autre part, nous n’avons noté dans les leucocytes que des
formes de développement.
La fig. 22 représente des formes leishmania, en amas, rencon¬
trées dans une culture âgée de 7 jours ; les fig. 24 et 25 des crithi-
dia rencontrées dans une culture âgée de 45 jours et qui montrent
des vacuoles de dégénérescence. Ces dernières formes ressemblent
assez aux formes analogues rencontrées par Chagas et Brumpt
dans l’intestin de Conorhinus megistus. Nous n’avons jamais noté
dans les cultures l’existence de formes trypanosomes. .
Les trypanosomes du sang se transforment rapidement dans les
cultures en leishmania- Chagas a constaté cette transformation
dès la 6e heure. Dans les cultures âgées de 4 à 5 jours, nous avons
pu rencontrer de rares trypanosomes qui ne s’étaient pas encore
modifiés.
Les leishmania de culture ne sont pas toutes susceptibles de
passer à l’état de Crithidia.
Ainsi que Chagas l’a parfaitement noté, la culture d’isolement
peut se maintenir vivante pendant 2 mois à la température de
12 à 150.
Schizotr. Cruzi n’est pas repiquable en culture. Le fait est d’au¬
tant plus intéressant que la culture d’isolement, faite avec du sang
de cobaye ou de souris, réussit facilement, et à coup sûr, à la con¬
dition cependant de pratiquer des ensemencements abondants-
Nous avons, sans succès, inoculé à 2 souris adultes, cependant
sensibles, une première culture de Schizotr. Cruzi , âgée de
45 jours. Chagas a obtenu des résultats variables en inoculant des
cultures à des cobayes: tantôt les animaux s’infectaient, tantôt
ils ne s’infectaient pas. Chagas ne mentionne pas l’âge des cul¬
tures dont il s’est servi. Ce détail a cependant son importance,
puisque, d’après nos expériences, les trypanosomes du sang en¬
semencés dans le milieu de Novy peuvent se conserver, sans chan¬
gement de structure, pendant au moins 4 jours.
(' Travail du laboratoire de M. le Pr Mesnil.)
— 6o3
jzf
Présence de trypanosomes dans
le sang des bovidés portugais
*
Par A. BETTENCOURT et I. BORGES.
Depuis deux ans, nous recherchons assez régulièrement des
trypanosomes dans le sang de Bovidés sacrifiés à l’abattoir mu¬
nicipal de Lisbonne. Nous avons examiné, pendant les mois de
mars, avril, novembre et décembre 1910; janvier, février, mars et
avril 1 9 1 1 , plus de 80 animaux, provenant de différentes régions
du pays (Alentejo, Beira) et des Iles Açores. La technique adop¬
tée consiste dans l’ensemencement de 2 à 3 cm3 de sang défibriné
dans des tubes à essai contenant environ 10 cm3 de bouillon pep-
toné (réaction + 1 %) et maintenus à la température de 22-250.
Nous n’avons jamais procédé à l’examen microscopique direct du
sang. Toutes nos cultures sont restées stériles.
En reprenant ces recherches à la fin de juin 1912, nous sommes
arrivés à obtenir des résultats positifs dans trois cas (Bovidés de
Alentejo) parmi 11 Bœufs examinés. Les formes culturales que
nous avons observées sont identiques à celles qui ont été décrites
par la plupart des auteurs qui, dans différents pays, ont signalé
l’existence de Trypanosomes chez les Bovidés. Dans nos cultures,
prédominent les formes crithidiennes. On en trouve déjà le 2e ou
3e jour après l’ensemencement et elles y persistent, plus ou moins
altérées, pendant 15 jours et plus. Dans les préparations colorées,
ces formes, surtout dans les cultures un. peu âgées, présentent dans
leur cytoplasme des granulations plus ou moins abondantes, se
colorant en violet foncé par la méthode de Giemsa, parfois à côté
d’autres ayant une teinte nettement rouge. Les flagelles se termi¬
nent presque toujours par un petit renflement en boule. Les for¬
mes de division longitudinale sont fréquentes, surtout à partir du
6e ou 7e jour. Dans les cultures anciennes, nous avons vu quelque¬
fois des petits amas de Crithidies. Les formes rondes ou ellipti¬
ques, munies aussi de flagelle, sont, au contraire bien plus rares ;
nous les avons trouvées, soit dans les cultures récentes, soit dans
les cultures âgées d’une huitaine de jours.
Finalement, nous tenons à signaler spécialement la présence de
— 604 —
formes trypanosomiques, relativement, rares, mais entièrement ty¬
piques, que nous avons pu constater dans l’un de nos cas, dans
les cultures de 7 à 8 jours. Cihez quelques-unes de ces formes, le
blépharoplaste, quoique postérieur, se trouve' à peu près accolé ou
même accolé au noyau ; chez d’autres, la distance entre ces deux
éléments est plus grande et nous avons vu une forme chez laquelle
le blépharoplaste se trouvait dans le tiers postérieur, tandis que le
noyau siégeait à l’union du tiers antérieur avec le tiers moyen
du Flagellé. Ce trypanosome possède une membrane ondulante
assez nette. Des parasites avaftt l’aspect de petits Leptomonas
sont très rares. Nous n’avons pas trouvé les formes endoleucocy-
taires, regardées par Behn comme l’origine des formes flagellées.
( Institut de Bactériologie Ccimara Pestana, Lisbonne.)
Leptomonas pangoniæ,
parasite de Pangonia infusca
Par J. RODHAIN, C. PONS, J. VANDENBRANDEN
et J. BEQUAERT.
Dans une première note parue au tome IV, n° 8 de ce Bul¬
letin, nous avons rapidement décrit des formes leptomonas que
nous avons rencontrées ici, dans le tractus intestinal d’une espèce
de Pangonia , non déterminée à ce moment, et qui, depuis, a été
décrite par M. Austen sous le nom de Pangonia infusca (n. sp.).
La disparition inattendue de ces insectes vers le milieu de la
saison sèche, nous avait empêchés de continuer l’étude de leurs
parasites; nous la complétons aujourd’hui et appelons Leptomo¬
nas pangoniœ, le nouveau flagellé que nous avons découvert chez
ce diptère.
L’apparition de ces Tabanides coïncide, dans la région, avec
la fin de la saison des pluies, en avril, au moment où les torrents
qui dévalent des monts Bia se réduisent à de minces filets d’eau
découlant des sources- L’on rencontre alors ces insectes le long
des lits des rivières en dessiccation et de leurs sources, les mâles
butinant des fleurs, les femelles, de l'espèce qui nous intéresse,
cherchant à se repaître du sang d’homme ou de mammifère.
— 6o,5 —
Depuis le 12 avril, nous avons pu examiner 12 çÿ dont aucun
n’était parasité; et 93 Ç dont 37 montraient dans leur intestin les
formes que nous avons décrites, soit une proportion d’infectées
de 39,78 %•
Chez les femelles qui se sont repues de sang, l’intestin moyen,
au moment où il débouche dans l’abdomen, se dilate en ampoule
servant de réservoir au liquide absorbé qui y subit l’action du
suc sécrété par la portion glandulaire intrathoracique du tube
digestif. D’une façon générale, on ne trouve de flagellés que chez
les femelles qui ont absorbé au moins une fois du sang; si nous
ne tenons compte que de ces dernières, nous trouvons que sur
57 d’entre elles, 36 étaient infectées, ce qui constitue une propor¬
tion de 63,15 %.
Les $ jeunes, dont les ovaires ne renferment pas d’œufs ma¬
croscopiquement visibles, n’ont, le plus souvent, pas fait de repas
sanguin; leur intestin ne montre pas de flagellés; les 9 adultes,
dont l’abdomen contient des paquets d’œufs en voie de matura¬
tion, ont généralement des traces de sang dans leur intestin qui
est infecté de Leptomonas.
Nous avons observé que, lorsque l’ampoule intestinale servant
de réservoir digestif contient du sang fraîchement absorbé, les
parasites y sont rares, les formes de flagellés qu’on y rencontre
affectent l’aspect de grandes formes allongées ayant une mem¬
brane ondulante bien marquée, quelques-unes montrent des indices
de division et élargissent leur extrémité antérieure. Au fur et à
mesure que la digestion avance, la pullulation des leptomonas
devient plus intense, et l’on y trouve toutes les formes que nous
avons décrites antérieurement.
Lorsque le réservoir stomacal se vide, les parasites y diminuent
en nombre et disparaissent bientôt complètement ; on les rencon¬
tre alors très abondants dans la partie postérieure de l’intestin
moven, où ils nagent dans le liquide noirâtre qui représente les
dernières traces du sang digéré. Ici les grandes formes longues
font place aux parasites moyens, et il apparaît, à côté de ceux-ci,
des flagellés étroits et acuminés constituant de vrais leptomonas
types, chez qui l’on ne distingue plus nettement de membrane
ondulante.
Ces Leptomonas types représentent la première étape de la
transformation du parasite flagellé mobile, à membrane ondulante
nette, vers la forme fixée kystique qui se rencontre dans la partie
6o6 —
tout-à-fait terminale de l’intestin et dans le rectum. Les kystes
piriformes y sont attachés en masses innombrables à l’épithélium
de la muqueuse; ils ressemblent à ceux que Léger a décrits pour
Herpctomonas subulata de Tabanus glaucopis (i).
Leur aspect général est celui d’un corpuscule piriforme dont
la base peut être plus ou moins élargie. Les plus petites ont 4 à
6 de longueur sur 2 p. de largeur dans la partie dilatée; les plus
grandes atteignent 7 à 8 y de long sur 2 à 3 3 de large. Dans les
frottis, l’on rencontre des kystes aplatis qui ont pris la forme
ronde et mesurent alors 4 p. de diamètre, quelques-uns peuvent
même atteindre 8 p. Ces formes fixées présentent deux masses
chromatiques; l’une, volumineuse, correspondant au noyau prin¬
cipal du parasite mobile, est située vers le milieu de la partie
basale; l’autre, punctiforme, représente le blépharoplaste et se-
trouve le plus souvent placée à côté et en arrière de la première.
Une membrane mince et très fragile entoure ces kystes dont un
certain nombre montrent des indices de multiplication ; le noyau
principal et le blépharoplaste se divisant, l’ampoule basale se
dilate et vers son milieu apparaît une encoche indiquant le début
de la segmentation. Certaines productions font croire à une divi¬
sion multiple; les parasites qui en résultent forment une rosace
dont le centre est constitué par les pointes des poires, les extrémi¬
tés dilatées étant dirigées vers la périphérie.
Entre ces corps piriformes, où il n’y a plus aucun indice dis¬
tinct de flagelle, et les petits leptomonas types, on trouve la série
intermédiaire de formes Crithidia ; celles-ci ont leur extrémité anté>
rieure légèrement tronquée, et un court flagelle par lequel elles
sont appendues à la muqueuse-
Nous avons rencontré des Pangonia chez qui la pullulation des
formes mobiles était complètement éteinte, l’infection parasitaire
consistait uniquement en la présence de kystes dans le rectum et
la partie voisine de l’intestin moyen ; mais jamais nous n’avons
observé des formes sans flagelle, dans la portion antérieure de
l’intestin moyen, pouvant représenter le stade prcflagellaire des
Anglais. Nous n’avons jamais vu non plus aucun parasite ni
dans la partie intrathoracique du tube digestif, ni dans l’appareil
piqueur des Pangonia. Très fréquemment, il existe, dans ces
parties antérieures du tractus intestinal, de nombreux champi-
(1) L. Léger, Sur un nouveau flagellé parasite des Tabanides, in C. R. de
Soc. Biologie, vol. 57, 1904. Dans Doflein : Protozoenkunde, p. 347.
gnons Sacharomyces, qui descendent également dans la portion
abdominale de l’intestin, mais ils y sont toujours en petit nombre.
Nous avons recherché si Leptomonas pangoniœ pouvait déter¬
miner une infection parasitaire chez les mammifères. Dans ce but,
nous avons inoculé sous la peau d’un mouton indemne de trypa¬
nosomes, le contenu de l’intestin de deux Pangonia, montrant
de très nombreux parasites; et, dans le péritoine d’un jeune rat
et d’une souris grise ordinaire, environ 0,1 cm3 de sang partiel¬
lement digéré retiré de l’abdomen de deux insectes.
Aucun de ces 3 animaux, observés pendant plus d’un mois, ne
montra de parasites dans son sang. En admettant que les lepto¬
monas de Pangonia dérivent de trypanosomes ingérés par ces
diptères lors de leur repas sur un animal, ils constituent en réalité
des formes non virulentes de ces parasites. Afin de retrouver ces
formes d’origine, nous avons nourri des morsitans avec du sang
de chèvre extravasé, dans lequel nous avions introduit des flagel¬
lés provenant de l’intestin de Tabanides infectés. Nous espérions
provoquer dans le tube digestif des glossines un développement
des flagellés dans lequel les formes primitives Trypanosomes
auraient pu réapparaître.
Au cours de deux expériences, 16 morsitans, dont 5 nées au
laboratoire et 1 1 sauvages se gorgèrent de sang de chèvre conte¬
nant des leptomonas; l’intestin de ces mouches autopsiées après
24, 48 et 72 heures, ne renfermait plus de parasites vivants. Nous
avons découvert ensuite que les Leptomonas pangoniœ, intro¬
duits dans du sang de chèvre défibriné, y meurent rapidement.
Déjà, après 5 minutes de contact, un grand nombre de parasites
ont perdu de leur mobilité, leur corps s’arrondit en poire dont
l’extrémité rétrécie laisse dépasser la partie libre du flagelle, le
protoplasme devient réfringent et montre quelques granulations
irrégulières. Après une demi-heure, la plupart des leptomonas
sont tués, et un certain nombre englobés par les phagocytes du
sang.
La coloration par le Giemsa montre que le protoplasme des
flagellés tués a perdu sa réaction basique, il se colore en rouge et
paraît vide de suc plasmatique, tandis que la chromatine du
noyau s’est ramassée en boule compacte.
Quelques formes résistantes peuvent survivre plus longtemps
et nous en avons rencontré qui étaient restées mobiles après deux
heures dans le sang de cabri.
Il devient probable après ces faits, que Leptomonas pango-
niœ constitue un parasite propre de ces Tabanides, dont ces dip¬
tères ne s’infectent que par les kystes aflagellés qui passent dans
les déjections ou par hérédité? Nous ne pouvons ici entrer dans
la discussion de cette question. L’infection expérimentale des
Pangonia sera difficile à obtenir; les essais que nous avons tentés
pour maintenir en vie ces insectes, sous de grandes moustiquai¬
res établies en plein air, ont échoué; ces diptères meurent régu¬
lièrement après 3 jours de captivité-
a
( Mission scientifique du Katanga, Laboratoire de Sankisia .
• 6 août 1912).
Les Trypanoses animales au Bas-Katanga
et leur rapport avec les glossines (3e note à —
Trypanosoma Denysi (n. sp.) parasite
de l’écureuil volant
Par J. RODHAIN, C. PONS, J. VANDENBRANDEN
et J. BEQUAERT.
Nous avons déjà signalé précédemment la fréquence dans la
région des infections à Trypanosomes des types Cazalboui et con-
golense, et le rôle que joue dans leur étiologie la Glossina morsi-
tans ; nous avons depuis constaté ici l’existence du Trypanosoma
Brucei (ou Pecaudi ) et réalisé sa transmission par des morsitans
nées au laboratoire.
A cette note, qui complète nos observations concernant les
Trypanosomes pathogènes pour les animaux domestiques de la
contrée, nous ajoutons la description d’un nouveau flagellé dé¬
couvert dans le sang d’un écureuil volant: Pteromys volans.
*
* *
Nous avons trouvé le Trypanosoma Brucei , une première fois
dans le sang d’un chien infecté en même temps du Tr • congo-
lense ; puis chez une chèvre originaire de la région du lac Kissale
et qui, très probablement, s’était infectée le long de la route
lvikoudja-Bukama-Sankisia.
Un cobaye, inoculé avec le sang du chien, contracta une infec¬
tion mixte; la chèvre servit à nourrir des Glossina morsitans 9
que nous gardions dans des tubes pour l’élevage des pupes. Un
grand nombre de ces mouches devinrent infectieuses dans la
suite et infectèrent, par leurs piqûres, un cobaye et deux cercopi¬
thèques.
Nous avons fait une seule expérience de transmission au moyen
de glossines issues de pupes nées au laboratoire: elle fut positive.
Du 13 au 18/V-12 29 mouches éclosent et font leur premier repas sur un
cobaye infecté expérimentalement par piqûre de mouches sauvages ; le sang
de l’animal renfermait à ces dates certainement des parasites : assez nom¬
breux.
Le 19 les glossines jeûnent ;
Du 20 au 25 elles se nourrissent sur mouton qui reste indemne ;
Le 26 elles jeûnent ;
Du 27 au 31/V elles se nourrissent sur chèvre N° 1 qui s’infecte le 5/VI.
Du i/VI au 5/VI elles se nourrissent sur chèvre N° 2 qui s’infecte le 7 /VI.
Les 23 mouches survivantes au 6/YI sont partagées en 3 groupes de six
chacun et un 4e de cinq ; ils se nourrissent sur 3 souris grises et un jeune
cobaÿe.
Seule une souris s’infecta et, parmi les 4 glossines qui l’auraient piquée,
une seule était infectante à la date du 10/VI.
L’autopsie des tsétsés des autres lots démontra chez deux d’en¬
tre elles une infection intestinale intense; chez l’une, il existait
en outre un début de pullulation dans la trompe. Il est fort pro¬
bable que ces deux glossines seraient devenues infectieuses si
nous avions continué à les garder en vie.
La morsitans, douée d’un pouvoir infectant, fut tuée au chloro¬
forme le 2-VII-12; elle avait successivement infecté, au cours de
ses quatre derniers repas, quatre souris grises: le 7- VI, le 12-VI,
le 17-VI et le 21-VI.
Son autopsie montra une infection totale de Vintestin et de la
trompe, telle que l’a précisée Roubaud pour les Trypanosoma Pe-
caudi, dimorphon et congolaise .
L’intestin présentait une culture permanente de flagellés dans
la trompe; le tube hypopharyngien était rempli de petits trypa¬
nosomes salivaires, et, attachés au labre, grouillaient d’assez
nombreuses formes Leptomonas .
Si l’on admet que la durée d’incubation du Trypanosoma Bru-
cci chez la chèvre est de 6 jours, nous pouvons conclure de cette'
— ÜIO —
expérience: qu’après une période latente de iS jours, une seule
mouche sur 24 avait acquis un pouvoir infectant, ce qui représente
une proportion de 4,16 %.
La période mai-juin pendant laquelle cet essai a été réalisé
correspond à la saison sèche, les dernières pluies tombées datant
cette année du 30 avril.
Nous avons ainsi établi que, dans la région de Bukama-San-
kisia, existent trois types de trypanosomes pathogènes pour les
animaux domestiques:
Le Trypanosoma Cas al b nid (■ vivax ); le Trypanosoma congo-
lense (parasite sans flagelle libre: pecorum de Bruce) et le Try¬
panosoma Brucei (ou Pecaudï). Ces trois espèces bien distinctes de
parasites sont indifféremment transmises dans la nature, ici, par la
G lossi na m o rs i tans .
*
* *
Nous décrivons sous le nom de Trypanosoma Denysi, en hom¬
mage à notre ancien maître, M. le Pr Denys, de Louvain, le fla¬
gellé que nous avons découvert dans le sang d’un écureuil volant.
A frais, le parasite présente des mouvements assez vifs, mais
se déplace relativement peu dans le champ du microscope. Dans
des préparations minces, le corps protoplasmique apparaît unifor¬
mément hyalin et l’on distingue nettement son extrémité posté¬
rieure étirée en pointe et les ondulations de sa membrane bordée
d’un flagelle qui se termine en partie libre.
Après fixation aux vapeurs d’acide osmique et coloration au
Laveran-Borrel, le parasite représente un tvpe de grand Trypa¬
nosome dont les dimensions varient de 37 3 à 48 3, la partie libre
du flagelle comptant pour 8 3 à 10 3.
La largeur moyenne, au niveau du noyau, est de 2 à 4 3 ; le
corps, élargi vers son extrémité antérieure, s’amincit en arrière et
s’étire en pointe effilée; son protoplasme se colore uniformément
en bleu pâle et ne montre pas de granulations chromatiques ni de
vacuoles.
Le noyau ovalaire est allongé dans le sens du grand axe du
parasite et situé dans la moitié antérieure du corps; il se colore
intensément et ne présente pas de caryosome distinct.
Le blépharoplaste, placé à 7 3 en avant de l’extrémité pointue
du Trypanosome, est arrondi et volumineux, mesurant jusque 1 3
de diamètre ; le flagelle épais qui en part borde une membrane
ondulante plissée et se termine en une partie libre longue de
5 1* à io (*.
Le seul spécimen d’écureuil volant que nous avons pu observer
vivant pendant 3 jours, montrait constamment ces parasites dans
son sang ; les Trypanosomes, sans être rares, y étaient peu nom¬
breux.
Un cobaye mâle inoculé sous la peau avec 2 cm3 de sang citraté
de l’écureuil fut trouvé mourant le lendemain et ne put donc s’in¬
fecter.
(. Mission scientifique du Katangci , Laboratoire de Sankisia,
g août 1912.)
Sur le diagnostic des trypanosomiases
Essais d’identification des différents trypanosomes
Par A. LAN F RANCH I .
Nombreuses sont les recherches qui ont été faites jusqu’à pré¬
sent pour pouvoir mettre en évidence des anticorps spécifiques
dans l’organisme des animaux atteints des différentes formes de
trypanosomiases, non pas seulement dans le but de poser le dia¬
gnostic de trypanosomiase, mais aussi dans le désir d’établir un
moyen de différenciation des différents trypanosomes.
Parmi les recherches les plus importantes faites à ce point de
vue, nous rappellerons celles de Martin Mayer, de Citron, de
Levi della Vida, de K. Landsteiner, de Muller et Pôtzl, de
Manteufel, de Levaditi et Yamanouchi, de Hartoch et W.
Yakimoff, de von Proyvazek, de Manteufel et Woithe, de
C. Schilling et von Hœsslin, de Levaditi et Mutermilch, de
Marzocchi et Messineo, de Famés et M. Zestosh, de Pavlose-
vici, de Massaglia, de Wysschelessky et Winkler, de Mayer,
de Prettner, etc-
Les résultats obtenus par les différents auteurs ne sont pas con¬
cordants et nous pensons que cette divergence d’opinions dépend
soit des différents antigènes choisis, soit de l’évolution même
de la maladie, car dans les différentes trypanosomiases, qui
évoluent chez les animaux de laboratoire avec des allures très
0 1 2-
différentes, nous savons que les anticorps sont assez abondants
dans les formes chroniques, tandis qu’ils sont très rares dans les
formes aiguës ou subaiguës.
Dans nos recherches, nous avons suivi une méthode exacte¬
ment contraire à celle qui a été suivie par les auteurs précités.
Ayant pu, grâce à une méthode spéciale, immuniser des chiens
contre le virus nagana, nous avons fait réagir vis-à-vis du sérum
de ces animaux le sérum des rats, cobayes, chiens infectés par les
Trypanosoma brucei et equiperdum. Nous signalerons que le sé¬
rum des chiens immunisés agglutine le trypanosome correspon¬
dant jusqu’à ï/75-ooo. Cependant ce sérum ne peut pas nous ser¬
vir pour l’identification du trypanosome du nagana, car le virus
equiperdum est aussi agglutiné au 1/50.000-1/60.000.
Réaction de précipitation. — Pour la réaction de précipita¬
tion, nous avons mis en contact le sérum de chien hyperimmunisé
contre le virus nagana, avec le sérum qui provenait d’animaux
atteints de nagana ou de dourine. Les sujets expérimentalement
infectés étaient saignés soit au moment où l’on constatait les pre¬
miers trypanosomes dans le sang, soit quand ils étaient en pleine
infection, soit encore dans les périodes de crise trypanolvtique.
Nous avons tout d’abord établi les proportions optima néces¬
saires pour obtenir une réaction bien évidente entre le sérum anti¬
gène et le sérum anticorps.
En effet, nous avons constaté que la réaction de précipitation
est nettement positive lorsque nous mélangeons une partie de
sérum hyperimmun avec trois parties de sérum d’animaux expé¬
rimentalement infectés de nagana.
Tandis que la réaction a toujours été nettement positive quand
on faisait agir, dans les proportions déjà indiquées, le sérum
hyperimmun sur le sérum d’animaux atteints de nagana (aux
différentes périodes de l’infection), au contraire eile a toujours fait
défaut lorsque le sérum provenait d’un animal infecté par le
Try p cino s om a equiperdum.
La réaction était négative aussi bien quand le sérum provenait
d’un animal douriné au commencement de l’infection que lorsqu’il
était saigné pendant les périodes de crises successives.
Cependant, avec le sang des animaux infectés de virus equi¬
perdum et saignés au moment où les trypanosomes étaient très
nombreux dans le sang, la réaction était nettement positive, en
particulier lorsqu’on expérimentait le sérum des cobayes infectés-
— 6 1 3 —
Les réactions positives se produisaient presque toujours ins¬
tantanément. Dans une première phase, on constatait un léger
-trouble homogène, qui, après i h.-t h. 1/2, donnait des petits
flocons, qui précipitaient au fond du tube après 4 h. à 370. Le
phénomène de précipitation était encore nettement positif lors¬
qu’on employait des sérums chauffés 50 min. à 55°-56°-
Réaction de fixation du complément. — Dans la réaction de
fixation du complément, nous avons aussi fait agir le sérum des
chiens hyperimmunisés contre le nagana sur les sérums des dif¬
férents animaux de laboratoire infectés soit avec du virus brucei,
soit avec du virus equiperdum et saignés aux différentes périodes
de l’infection.
Dans nos expériences nous avons constaté que si la réaction
de fixation du complément était nettement positive lorsque le sé¬
rum provenant d’animaux atteints de nagana, et ayant au moment
de la saignée de nombreux trypanosomes dans le sang, était mé¬
langé au sérum hyperimmun ; la réaction de fixation était encore
très évidente dans le cas où le sérum provenait d’animaux atteints
de nagana et en crise trypanolytique.
La réaction était encore positive lorsque, vis-à-vis du sérum
hyperimmun, on faisait agir le sérum d’animaux infectés de na¬
gana, saignés à la période initiale de la maladie, et la réaction
était encore nettement positive quand on employait le sérum d’ani¬
maux saignés dans la phase préagonique.
Mais la réaction était encore positive lorsque le sérum hyperim-
mum de chien était mis au contact du sérum d’animaux infectés
avec du virus equiperdum.
Dans ce dernier cas, elle était de plus en plus nette à mesure
que la maladie était plus avancée.
Conclusions :
i° L’emploi de sérums d’animaux hyperimmunisés contre un
trypanosome donné ne permettent pas, au moyen de la réaction
d’agglutination, d’identifier le trypanosome employé ;
20 La réaction de précipitation, au contraire, dans certaines
conditions, nous permet un diagnostic différentiel entre le trypa¬
nosome du nagana et le trypanosome equiperdum.
30 La fixation du complément peut, dans les conditions que
nous avons indiquées, permettre le diagnostic de trypanosomiase,
43
sans permettre cependant une différenciation entre le virus nagana
et le virus equiperdum.
4° Les expériences que nous avons faites nous permettent d’af¬
firmer que, dans les humeurs d’animaux atteints de trypanoso¬
miase, existent des antigènes en quantité assez considérable, car,
en dehors de la réaction spécifique au point de vue de l’identifica¬
tion des différents trypanosomes, nous avons constaté des réac¬
tions très évidentes au moyen de l’emploi d’un sérum hyperim-
mun.
Notes sur la Maladie du Sommeil
en Guinée française
Par R. T R AU T MANN .
La trypanosomiase est certainement un des fléaux les plus
redoutables qui puissent sévir sur une colonie. Son début, dans cer¬
taines populations, est souvent insidieux: les cas sporadiques, si
l’on peut employer cette expression, sont relevés de tous côtés,
avant qu’éclate une épidémie, ou une série d’épidémies ana¬
logues à celles ayant ravagé et ravageant encore le Congo.
Depuis un certain nombre d’années, la Guinée nous semble
« être en puissance » de maladie du sommeil, sans que, à notre
connaissance, une véritable épidémie y ait été signalée.
Le médecin-major Gustave Martin, en 1906, publia le compte
rendu de ses observations (1). De tous côtés il a vu des trypano-
somés ; les médecins et les Chefs indigènes lui ont affirmé l’exis¬
tence de la maladie du sommeil. Il cite des noms de régions, de
villages, dans lesquels il fit des constatations, ou qui lui ont été
déclarés contaminés.
Le Chef du Service de Santé de la Guinée a bien voulu nous
communiquer son rapport de 1910: nous y vovons 87 cas décla¬
rés par les différents médecins de l’Assistance médicale indigène.
Nous-même nous sommes attaché pendant toute l’année 1911
(1) Les trypanosomiases de la Guinée française. Maloine, éditeur, 1906.
— 6 1 5 —
à recueillir les renseignements utiles que nous allons transcrire et
discuter ensuite:
Cercle de Kindia
A Katia, un malade est mort de trypanosomiase il y a 16 ans ;
A Kounsima, i piroguier est mort en 1911 ;
A Médina-Oula, x mort il y a 3 ans ; une jeune fille morte en décembre
ign ;
A Farinya, 1 mort en 1910, 1 malade évacué en décembre, sur l’ambulance
de Kindia, est reconnu atteint ;
A Tabouna, 1 mort il y a 5 ans ;
A Koliagbé, 1 mort il y a 4 ans, 1 il y a 2 ans ;
A Ouélia, 2 morts il y a 10 ans ;
A Soulima, 1 mort il y a 17 ans ;
A Molota, 1 mort il y a 10 ans, 1 il y a 8 ans, 1 il y a 6 ans ;
A Sangoya, 1 mort il y a 9 ans, 1 il y a 6 ans, 1 en 1911 ;
A Taïré, 1 mort en août 19 11 ;
A Doumbouya, 1 mort en juillet 1911 ;
Dans le Baring, 1 mort il y a 8 ans.
A l’ambulance de Kindia, outre le malade de Farinya, sont traités : un
malade venant de Goumba Foulah, un autre de Taté (Goumba Soussou), un
troisième, évacué de Médina Oula, est en observation, les examens ayant été
jusqu’ici négatifs
Autres Cercles de Guinée.
C. de Pita, 1 mort à Gambaïa en 1911.
C. de Démokoulima, 1 mort il y a 15 ans.
C. de Forécariah, 1 mort il y a 6 ans, 1 il y a 4 ans.
C. de Dubréka. A Labaya, 1 mort il y a 35 ans, 1 il y a 23 ans.,
1 il y a 19 ans. Un pêcheur évacué sur l’ambulance de Kindia y est mort de
trypanosomiase le 28 octobre 1911.
C. de Télimélé. Un milicien évacué sur Kindia y est actuellement en trai¬
tement.
C. de Dinguiraye. Trois enfants, évacués sur Kindia, y sont actuellement
en traitement (1).
C. de Labé. Une fillette évacuée est en traitement à l’ambulance de Kindia.
Tels sont les renseignements que nous avons pu nous procurer,
uniquement par les indigènes du Cercle et les observations que
nous avons faites.
A leur lecture, la première question qui se pose est la suivante:
« Quelle part de vérité faut-il attribuer aux récits des indigènes,
touchant la maladie du sommeil ? » La réponse est facile: Des dix
malades évacués sur Kindia, deux seulement l’ont été après exa¬
men d’un médecin. Pour tous les autres, le diagnostic avait été
fait par les indigènes, et il a été reconnu exact.
(1) Au début de l’année 1912 six nouveaux malades sont évacués de Din¬
guiraye sur l’ambulance de Kindia. Tous les six sont reconnus trypanosomes
et traités comme tels.
Du reste, pour un observateur quelque peu attentif, et tout le
monde sait le véritable talent d’observation que possède la race
nègre, un malade du sommeil est facile à reconnaître: il dort dans
la journée! En effet, le diagnostic de trypanosomiase n’est jamais
fait par les indigènes avant l’apparition de l’hypnose, et contrai¬
rement à l’opinion de G. Martin, dans le Cercle de Kindia tout
au moins, les symptômes accessoires, les « ganglions » en parti¬
culier, n’ont aucune valeur pour les Soussous. Nous avons réuni
tous les chefs du Cercle, leur avons expliqué le mode d’invasion
de la maladie et appris à se rendre compte de l’existence de ces
ganglions cervicaux ; ils les appellent bien « Bolé », mais n’avaient
pas idée de la relation possible entre leur présence et l’infection
trypanosomique.
Tous les indigènes connaissent la tsétsé ( Khèri ) qui abonde,
paraît-il, dans le Cercle de Kindia, le long de presque tous les
cours d’eau ; nous en avons trouvé en trois endroits autour de la
ville (à quelques kilomètres).
Tous, également, ils redoutent la trypanosomiase, « seule af¬
fection, disent-ils, contre laquelle ils sont complètement désar¬
més ». Aussi, les malades, à la dernière période, considérés à juste
titre comme condamnés à brève échéance, sont-ils relégués dans
un village de culture, ne sont jamais signalés au médecin « qui
ne connaît pas la maladie, ni les médicaments » et échappent-ils
à sa vue, lors de ses tournées de vaccination.
De l'avis de quelques vieux chefs, la maladie, loin de. régresser,
semble s’étendre, mais très lentement.
Citons, pour terminer, la dernière phrase du rapport de 1910
du Chef du Service de Santé de la Guinée, au sujet de la maladie
du sommeil: « Il est donc permis de redouter, pour l’avenir, son
développement, et des mesures prophylactiques sérieuses sont à
envisager »•
Quelles mesures toutes ces considérations impliquent-elles?
La première à prendre est de faire la carte, aussi exacte que
possible, des régions infectées de maladie du sommeil, et la carte
de distribution des Glossines. Une fois la carte établie, il y aura
lieu d’envisager les moyens prophylactiques et curatifs.
Pour nous, la meilleure manière de procéder paraît la suivante :
Un médecin serait désigné pour parcourir une région donnée, y
rechercher l’existence de la trypanosomiase humaine, y détermi¬
ner le ou les points susceptibles de recevoir un lazaret provisoire.
— 6 1 7 —
Cet établissement, très rudimentaire, serait dirigé par le médecin
de l’assistance médicale indigène du Cercle, qui y traiterait les
malades, les mettrait, de ce fait, dans l’impossibilité de propager
l’infection.
Une fois sa mission remplie dans une étendue de territoire don¬
née, le médecin investigateur passerait dans la région voisine,
pour y opérer de la même façon.
Il va sans dire que tous les médecins de l’assistance médicale
indigène auraient l’esprit continuellement en éveil pour dépister
les trvpanosomés, pendant les tournées de vaccination qu’ils en¬
treprennent fréquemment; qu’ils seraient, tous et toujours, pour¬
vus des médicaments nécessaires à faire, pour le moins, disparaître
les trypanosomes du sang périphérique, chez les gens -atteints.
Si la proportion d’individus contaminés est reconnue faible, un
seul lazaret serait installé, dans l’une des îles de Loos, par
exemple.
Chaque malade serait d’abord extemporanément traité sur
place par le médecin du Cercle, par exemple au moyen d’une injec¬
tion d’atoxyl, puis dirigé aussitôt sur le point choisi.
S’il devait s’écouler plus de huit jours entre son départ et son
arrivée au lazaret, il serait facile de combiner le voyage de telle
sorte qu’il passe par un, deux, trois postes médicaux, où il rece¬
vrait, en temps utile, les deuxième, troisième injections néces¬
saires. De cette façon, il ne risquerait pas de contaminer d’autres
individus, ce qui est l’essentiel.
Si, au contraire, la proportion des gens atteints est élevée, si
l’évacuation sur Conakry des malades de certaines régions éloi¬
gnées n’est pas possible, un ou plusieurs autres lazarets seraient
nécessaires: leur emplacement serait déterminé suivant les be¬
soins.
Dans toute région reconnue contaminée, les mesures prescrites
par la Société de Pathologie exotique (i) seraient communiquées
et imposées aux médecins et administrateurs, voire aux Chefs
indigènes.
Le médecin mobile serait en outre, par la suite, chargé de se
rendre compte si les prescriptions sont bien appliquées partout.
En résumé, il faut tout d’abord des données exactes sur chaque
(i) Voir t. I, 1908.
— 6 1 8
région. Elles seraient fournies par un médecin spécial désigné
pour faire les recherches nécessaires.
En second lieu, muni de ces renseignements, le Chef du Service
de Santé prendrait, de concert avec le Gouverneur de la Colonie,
les dispositions qu’il jugerait utiles.
Les premiers points à parcourir seraient, selon nous, les Cercles
côtiers.
La mission du médecin investigateur devrait commencer le
plus tôt possible-
La filariose humaine dans le
Haut- Sénégal et Niger.
Index endémique de la région de Bamako
Par André LEGER.
Tout récemment, M. Thiroux (i), qui a recherché les microfi-
laires dans le sang d’un grand nombre de tirailleurs provenant de
diverses localités de l’Afrique occidentale française, vient de signa¬
ler, en ce qui concerne le Haut-Sénégal et Niger, la fréquence
des porteurs d’embryons sanguicoles, et en particulier pour la
région de la capitale, Bamako, un chiffre de 46 % de filariés sur
62 sujets examinés, se décomposant en 27 % porteurs de Mf. fers-
tans, et 19 % de Mf. bancrofti.
La filariose humaine dans le Haut-Sénégal et Niger n’avait fait
jusqu’ici l'objet, au point de vue microscopique, d’aucun travail
suivi, pouvant permettre d’établir un index endémique. Au point
de vue clinique, la fréquence de cette affection pour la région de
Bamako n’a jamais été notée d’une façon spéciale; tout au con¬
traire, dans les rapports médicaux de l’Assistance indigène, les
manifestations cliniques de la filariose sont signalées comme étant
d’une extrême rareté quand le fait n’est pas complètement passé
sous silence.
De notre côté, dès notre arrivée à la direction du laboratoire de
(1) A. Thiroux. Bull. Soc. Path. exot., juin 1912.
6 1 9 —
Bamako, en igii, nous avions pensé qu’il serait intéressant d’étu¬
dier au microscope le sang d’un certain nombre d’indigènes, pris
au hasard dans la population de la ville, mais ayant, pour la plus
grande part, et autant bien entendu que l’on puisse se fier d’une
façon absolue à un interrogatoire d’indigènes, séjourné d’une
manière constante dans la région de Bamako, de façon à dépister
les porteurs de microfilaires, et à établir un index filarien de cette
région. C’est le résultat de notre enquête à ce sujet, portant sur
un grand nombre d’examens et sur une année entière, que nous
présentons à la Société.
Cette enquête a été établie d’une part dans le courant de la
saison des pluies, et, d’autre part, en période sèche. Disons tout
de suite qu’il n’a été noté aucune différence importante de l’index
par rapport à la saison ; dans les deux cas, nos résultats sont sen¬
siblement les mêmes, tout au plus pourrait-on signaler un pour¬
centage très légèrement moins élevé durant la saison sèche.
Nous avons pu examiner le sang de 1678 indigènes adultes,
hommes ou femmes, pris au hasard parmi les prisonniers, les gar¬
des de cercle et les habitants de la ville, se répartissant de la façon
suivante: 953 pendant la saison d’hivernage, c’est-à-dire de juin
à octobre, et 725 durant la saison sèche, ainsi que le sang de
315 enfants âgés de 8 à 15 ans environ. Les prises de sang ont été
faites soit vers midi, soit vers minuit, de façon à nous placer dans
les meilleures conditions d’observation du maximum des microfi¬
laires à périodicité diurne ou nocturne- Un seul frottis de sang
a été pratiqué pour chaque individu, ce qui fait que dans une cer¬
taine mesure nos pourcentages sont un peu moins élevés qu’ils
ne doivent l’être dans la réalité des faits.
Les tableaux suivants résument nos différents examens. Bien
Tableau I. — Index filarien pendant la saison des pluies (adultes)
Tableau II. — Index filarien pendant la saison sèche (adultes)..
Nombre
Nombre de sujets parasités
que nos pourcentages soient inférieurs à ceux de M. Thiroux,
la proportion des porteurs de filaires est encore très grande et.
mérite d’être prise en sérieuse considération.
*
* *
Assez souvent, Mf. perstans a été trouvée parallèlement à Mf~ • ■
Bancrofti ; en effet, sur les 924 sujets examinés de nuit, 51 fois
nous avons pu noter cette association, soit un pourcentage de
5,51. A signaler aussi les écarts notables rencontrés dans les
dimensions de Mf. perstans, variant par exemple de 95 p à 200 y
de long, et permettant de penser aux deux variétés, type court
et type long, signalées par quelques auteurs (Firket, Van Cam-
penhout, Hodges, Brumpt). Le type court a été bien moins fré¬
quemment observé que le type long; ainsi, sur les 213 porteurs de-
Mf. perstans, nous ne l’avons noté que 9 fois, soit un pourcentage-
de 4,22.
A un simple examen de sang étalé sur lame, la différenciation,
entre Mf. Bancrofti et Mf- diurna est toujours très délicate; sou¬
vent même il est difficile de se prononcer- Quoi qu’il en soit, les.
— Ô2I
microfilaires rencontrées dans nos examens pratiqués à midi
avaient, en plus de leur caractère de périodicité diurne, certains,
autres signes, tels que leur attitude spéciale facilement observable
à un faible grossissement, leurs noyaux cellulaires plus volumi¬
neux et le recourbement de leur bout extrême, permettant le plus
souvent de les distinguer. C’est sur ces différents caractères que
nous nous sommes basé pour la dénomination de nos Mf. diurna .
*
* *
A une telle fréquence de porteurs de microfilaires, surtout
de Mf. bancrofti, devait correspondre un certain nombre de
manifestations pathologiques rattachées en général à la fila¬
riose. Nous avons pu, du reste, nous convaincre que ces ma¬
nifestations cliniques sont loin d’être rares dans la région
de Bamako, où simplement elles n’avaient pas attiré l’atten¬
tion, car l’indigène ne consulte généralement pas le médecin
pour une affection qui, le plus souvent, ne le fait point souf¬
frir, et le laisse dans un bon état de santé apparent. C’est ainsi
qu 'après quelques recherches dans ce sens au dispensaire de la
ville, dont nous avons eu pendant quelque temps la direction, et
aussi à la consultation de notre confrère de l’Assistance indigène,
nous avons pu facilement examiner et même opérer par exemple
un certain nombre d’hydrocèles d’origine manifestement filarien-
ne (en effet, le liquide évacué de la vaginale au moment de la
cure radicale laissait voir un grand nombre de Mf. bancrofti),
plusieurs cas d’élép’nantiasis du scrotum ou des jambes, deux cas
d’adéno-lymphocèle.
*
* *
Les tilarioses animales sont également fort répandues à Ba¬
mako. Des embryons sanguicoles ont été rencontrés par exemple
chez le veau, le chien, l’hyène et chez une forte proportion d’oi¬
seaux.
*
* *
En résumé, dans la région de Bamako, un grand nombre d’in¬
digènes hébergent des microfilaires dans leur sang et l’index fil a-
rien est élevé. Les embryons sanguicoles le plus fréquemment
observés sont Mf. perstans et Mf. bancrofti, Mf. diurna étant
au contraire très rare et d’un pourcentage très peu important.
— Ô22
La présence d’aussi nombreux indigènes porteurs de microfi-
laires constitue pour les Européens un réel danger, dont il ne faut
pas négliger la valeur dans une agglomération comme Bamako,
qui prend tous les jours plus d'importance. La prophylaxie anti-
filarienne par la destruction des moustiques doit être envisagée
d’une façon sérieuse et poursuivie avec effort, d’autant plus qu’il
existe dans la région toute une faune culicidienne considérée com¬
me apte à transmettre la filariose.
(. Laboratoire de Bamako.)
U'
Note sur quelques filarioses animales
de l’Annam central
Par J. BAUCHE et P. Noël BERNARD.
Nous avons signalé, dans nos précédentes notes, l’existence
dans le Centre-Annam, de divers parasites du genre Filaria, qui
ont été déterminés par MM. Railliet et Henry: Dirofilaria re-
pens Railliet et Henry (filariose sous-cutanée du chien), Setaria
Bernardi Railliet et Henry (filariose péritonéale du porc), Elœo-
phora Poeli (B. Vryburg, 1897) et Onchocerca armillata Railliet
et Henry, 1909 (f ilaires vasculicoles des bovins). Enfin MM. Rail¬
liet et Henry ont décrit une filaire pulmonaire du porc que l’un
de nous leur avait adressée, Filaria (s. lat.) Bauchei. Nous grou¬
pons aujourd’hui quelques documents complémentaires sur les
filarioses de la même région.
Filariose sous-cutanée nu chien.
Nos premières observations de cette affection portaient sur deux
cas: Une étude plus approfondie nous a montré que, sur cent
chiens pris au hasard, trente sont porteurs de Dirofilaria repcns.
Sur chaque sujet, on trouve de 8 à 30 parasites dans la propor¬
tion de deux femelles pour un mâle.
L’examen des microfilaires, aussi bien que celui des filaires
adultes et de leur habitat, nous permettent d’éliminer avec certi¬
tude toute confusion avec Dirofilaria immitis (Leidy) que nous
n’avons jamais observée. Tl n’est plus douteux, comme l’ont éta-
~ 623 —
bli Railliet et Henry, que la filariose sous-cutanée du chien
■constitue une entité morbide au même titre que la filariose vascu¬
laire, avec ses symptômes particuliers et le diagnostic possible par
les caractères des embryons qui circulent dans le sang. Tous nos
•essais thérapeutiques ont échoué jusqu’à ce jour contre les em¬
bryons et les adultes.
Microfilaire du porc.
Au cours de nos recherches sur les deux filaires péritonéale et
pulmonaire du porc, nous avons rencontré une microfilaire dans
le sang d’un porcelet. Depuis cette observation, nous avons exa¬
miné des centaines d’animaux sans retrouver ce parasite dont
nous devons nous borner à donner une description succincte.
Cette microfilaire qui circule jour et nuit dans le sang périphé¬
rique, est très vivace; sans se déplacer d’une manière apprécia¬
ble dans le champ du microscope, elle se meut activement par une
de ses extrémités. Elle ne possède pas de gaine. A l’état frais,
elle se présente sous la forme d’une colonne granuleuse mesurant
de 90 à 110 jj. de longueur (103 jj en moyenne) sur 4 y de largeur.
L’extrémité céphalique est brusquement arrondie. Le corps
s’amincit légèrement dans son dernier cinquième vers l'extrémité
caudale qui est également arrondie.
Sur des préparations colorées à l’hématéi ne-éosine, la longueur
varie entre 54 et 96 jj (en moyenne 60 jj) sur 4 ;j de large. La co¬
lonne granuleuse qui constitue le parasite est interrompue par
trois taches constantes :
i° tache céphalique en forme de V à pointe dirigée en arrière;
20 tache annulaire disposée presque perpendiculairement à
l’axe du corps à 26 centièmes de l’extrémité antérieure;
30 tache ovale, située à 37 centièmes de l’extrémité antérieure.
Nous n’avons pas pu observer l’animal infecté et voir la forme
adulte de ce parasite dont nous différons la détermination.
Setaria labiato-papillosa (Alessandrini, 1838).
L’existence de cette filaire dans le péritoine des bœufs et des
buffles abattus à Hué pour la consommation, est presque cons¬
tante. On rencontre de 2 à 20 exemplaires de ce parasite sur cha¬
que animal.
La forme jeune se rencontre souvent dans la chambre antérieure
•de l’œil du cheval-
A Hué, où la population chevaline est environ de 300 têtes, 1 un
de nous constate annuellement en moyenne trois cas de filariose
de l’œil ; l’extraction précoce du parasite, après ponction de la
cornée, détermine presque toujours la guérison de la lésion locale.
Setaria equina (Abildg. 1789).
Des autopsies que nous avons pratiquées il résulte que cette
filaire existe d’une façon presque constante dans le péritoine du
cheval où on trouve souvent plusieurs spécimens.
a
Filaire de l’œil de la poule ( Oxyspirurq Mansoni )
Cette filaire est très fréquente à Hué dans les culs-de-sacs con¬
jonctivaux de la poule. Dans certains lots de volaille, la majorité
des individus sont parasités, sans qu’ils paraissent être incommo¬
dés d’une façon appréciable.
F I LARIOSE HUMAINE.
C. Mathis et M. Leger n’ont vu aucune microfilaire sur
280 frottis de sang provenant des provinces du Nord-Annam :
Thanh-Hoa, Vinh et Ha-tinh.
Postérieurement à ces premières recherches, ils ont constaté la
présence d’embrvons sur des frottis du sang d’un indigène soigné
à Ha-tinh pour hématochylurie- En collaboration avec le Dr Koux,
nous avons recherché, pendant la nuit, la présence de microfilai-
res dans le sang: i° des prisonniers de Hué, au nombre d’une
centaine; 20 de cent malades indigènes hospitalisés; 30 des mala¬
des suspects qui se sont présentés pendant 18 mois à l’hôpital de
Hué. Tous nos examens ont été négatifs. Il est à remarquer, sans
tirer de ce fait aucune déduction immédiate, que les affections du
système lymphatique attribuées à la filaire de Bancroft, chy-
lurie, hydrocèle, ascite chyleuse, lvmphoscrotum, adénolympho-
cèle, varices lymphatiques, doivent être exceptionnelles, puisque
nous n’en avons constaté aucun cas pendant notre longue pé¬
riode d’observation. Trois individus atteints d’ éléphantiasis ara-
bum du pied n’étaient pas porteurs de microfilaires. Le caractère
indéterminé de certaines fièvres observées sur les indigènes et les
Européens n’a jamais pu être élucidé par la constatation d’une
fil ariose méconnue. .Si fréquentes chez les animaux domestiques,
les affections filariennes semblent donc être très rares chez l’hom¬
me dans le Centre-An nam.
(' Travail des Laboratoires des Epizooties et de
Bactériologie de Hué.)
Cas d’éléphantiasis du scrotum
observés au Sénégal
Par J. PELLETIER.
L’éléphantiasis du scrotum est une affection relativement fré¬
quente dans la population noire du Sénégal. Les indigènes ne
considèrent pas cela comme une maladie bien grave ; ils disent
même que cela porte bonheur et fait avoir beaucoup de bœufs.
One cela fasse avoir des bœufs, c’est possible, mais seulement
parce que la tumeur empêchant les rapports sexuels, le malade
ne dépense plus son argent avec les femmes et fait ainsi des éco¬
nomies qui lui permettent d’augmenter son troupeau. Des gens
dignes de foi m’ont raconté que, surtout parmi les Peuhls, pour
qui les troupeaux sont de haute importance, certains indigènes se
feraient au scrotum des incisions ou des piqûres avec des couteaux,
mouillés de la lymphe ou du sang qui s’écoule d'une plaie d’un
éléphantiasis, dans le but d’être atteints de cette affection. Dans
ces conditions il n’est pas étonnant cpie les malades attendent pres¬
que tous d’être très gênés par leur tumeur pour venir se faire
soigner.
J’ai opéré sept éléphantiasis du scrotum, dont deux en 1909,
deux en 1910 et trois en 1911. Le plus petit, opéré en 1910, pesait
seulement 2 kg. ; les autres pesaient : un 7 kg.,%deux 10 kg., un
1 1 kg., un 33 kg., enfin un atteignait le poids énorme de 100 kg.
Tous sont sortis de 1 ’ hôpital guéris. Aucun d’eux n’a eu jusqu’à
présent de récidive. Voici les observations des deux malades at¬
teints des plus volumineuses tumeurs.
Obs. I. — Ali Kâ, indigène, âgé de 40 ans environ ; entré à l’hôpital le
18 février 190g. Cet homme est malade depuis 12 ou 15 ans, il ne sait pas
exactement. Le scrotum a la forme d’une poire, il descend jusqu’au-dessous
des mollets. La verge a disparu ; on trouve, à la partie inférieure de la
tumeur, une ouverture ayant vaguement la forme d’une vulve par où s’é¬
coule l’urine. La peau est épaisse et dure, mais l’ensemble de la tumeur est
plutôt mou. — Opération le 14 février. — Le malade est endormi au chlo¬
roforme ; on découvre le gland à trente centimètres environ de l’ouverture
par où coulait l’urine et à sept ou huit centimètres de la surface de la tumeur.
On cherche ensuite les testicules : les vaginales très épaissies contiennent
chacune environ 300 centimètres cubes de liquide brun chargé de cristaux
brillants ; elles sont tapissées de concrétions calcaires. Les testicules et la
— b2Ô
verge sont relevés sur le ventre ; on sectionne la tumeur au ras des corps
caverneux et des muscles du périnée en laissant tout ce qui paraît a peu près-
sain de la peau. On taille ensuite les lambeaux nécessaires pour couvrir la
verge et reconstituer le scrotum. Le poids de la tumeur était de 33 kg. Les
suites ont été assez bonnes ; un petit morceau du lambeau qui couvrait la
verge s’est sphacélé. Au moment de la sortie, le 23 mai, le scrotum était à
peu près gros comme une orange et le malade était très heureux de pouvoir
se servir de ses organes génitaux.
Obs. IL — M’Bar M’Bengue, indigène âgé d’environ 35 à 40 ans. Entré-
à l’hôpital le 29 août 1911. Cet homme raconte que, deux ou trois ans après-
avoir fait, comme tirailleur, la campagne du Dahomey, il s’est aperçu que
son scrotum grossissait. Avec des alternatives de douleur et de calme, il est
arrivé peu à peu au volume actuel q-ui ne s’est pas modifié depuis bientôt
quatre ans.
A l’examen on trouve urî scrotum énorme. Quand le malade est couché la
tumeur, de consistance molle, s’étale sur le lit ; elle mesure alors o m 8o-
de long, o m 70 de large et o m 20 d’épaisseur. Debout le malade à les jam¬
bes écartées par son scrotum qui traîne jusqu’à terre. La peau est très épais¬
sie ; les plis et les pores sont très espacés et agrandis, de telle sorte qu’on
croirait voir la peau à travers une très forte loupe. En avant au quart infé¬
rieur de la tumeur, au-dessus du raphé énormément grossi, on trouve un
orifice dans lequel le pouce entre facilement : c’est l’ouverture d’un canal
par où s’échappe l’urine. Tout à fait en bas et à gauche il y a des cicatrices
blanchâtres et quelques petites plaies qui suppurent ; c’est le résultat d’é¬
corchures faites.au contact du sol. La peau du pubis a été tirée en bas par le
poids de la tumeur si bien que les poils se trouvent à la hauteur du mlieu de
la cuisse. Malade et tumeur pèsent 160 kg. Cet homme ne peut pas remuer
seul, il faut quelqu’un pour lui aider à mobiliser son énorme scrotum et il
demande à en être débarrassé, quelle que puisse être la gravité de l’interven¬
tion.
Le 8 septembre j’ai procédé à l’opération aidé par M. le médecin prin¬
cipal de 2e classe des troupes coloniales Thiroux et M. le médecin-major
de 2e classe des troupes coloniales Bourret. Le malade étant endormi au
chloroforme on va à la recherche de la verge : le gland se trouve à o m. 50
environ de l’orifice d’écoulement de l’urine et à o m 10 de la surface de la
tumeur. On libère la verge et on la relève sur le ventre enveloppée de com¬
presses. Pour arriver sur les testicules il faut creuser de véritables tranchées
dans la tumeur ; on les trouve enfin, énormes, gros comme une belle noix
de coco, avec un cordon de trois centimètres de diamètre et de o m 50 de long.
Ils sont en pleine dégénérescence éléphantiasique ; leur tissu propre a dis¬
paru ; on est obligé de les enlever après ligature en masse du cordon qu’il est
impossible de dissocier. On sectionne la tumeur en conservant de la peau
tout ce qui n’est pas trop œdématié pour tailler ensuite dans ces lambeaux
de quoi recouvrir la verge et reconstituer un scrotum. La tumeur portée sur
la bascule pèse exactement 100 kg. Le malade n’a pas perdu beaucoup de
sang, mais il s’est écoulé plusieurs litres de liquide lymphatique. Le skockr a
été assez dur. Il a fallu injecter 300 cc. de sérum physiologique, de l’éther
et de la caféine parce que le cœur faiblissait, néanmoins le malade s’est bien
éveillé et dès le lendemain il aurait voulu se lever pour danser un tam-tam
de remerciement en notre honneur. Il y a eu dans la suite un peu de sup¬
puration des lambeaux, puis tout est rentré dans l’ordre et le malade a pu
sortir guéri le 17 novembre 1911. A ce moment le scrotum était petit, sa
peau était souple. Les quelques parties de la peau du pubis qui avaient pré¬
senté de l’œdème éléphantiasique s’étaient affaissées ; il ne restait un peu
Planche XXI
J. Pelletier
627 —
d’œdème qu’à la peau de la verge. J’ai eu des nouvelles de ce malade le
15 juin 1912 ; il a repris ses occupations et même les rapports conjugaux avec
ses femmes.
Les opérations d’oschéotomie pour éléphantiasis du scrotum ne
m’ont donné que de bons résultats. Comme mode opératoire, j’ai
employé les incisions classiques dans les cas où la tumeur, assez
petite, était facilement mobilisable; mais pour les tumeurs de 33
et de 100 kg-, j’ai trouvé plus commode d’opérer de la façon sui¬
vante: Dans le premier temps je cherche et isole la verge; puis je
dissèque la peau de la partie antérieure en partant de l’incision
faite pour trouver la verge, jusque aussi loin que possible sur les
côtés; je garde ainsi toute la peau qui n’est pas trop malade. Je
cherche ensuite les testicules. Dans le 2e temps, je sectionne la tu¬
meur au ras de la verge et du périnée. C’est le moment de la section
des plus gros vaisseaux; mais ils se laissent pincer facilement et
saignent relativement beaucoup moins qu’on pourrait le craindre
à voir leur volume. Dans un troisième temps je continue la dis¬
section de la peau sur les côtés et en arrière en faisant relever au-
dessus du plan de la table la partie proximale seule de la tumeur,
cjui a été' mobilisée dans le temps précédent. Je sectionne enfin la
peau à l’endroit où elle redevient malade en ayant soin d’en gar¬
der toujours trop. Dans le dernier temps, étant débarrassé de la
tumeur, je taille les lambeaux de façon à recouvrir la verge et à
reconstituer un scrotum. On peut arriver ainsi à enlever, sans
grandes difficultés, des tumeurs dont le déplacement nécessiterait
des appareils de levage beaucoup plus puissants que ceux dont on
dispose d’habitude dans les salles d’opérations aux colonies.
(. Hôpital civil de Saint-Louis, Sénégal.)
Expériences de désinfection stégomycide
par le Crésyl
Par G. BOUET et E. ROUBAUD.
L’insuffisance des moyens dont disposent à l’heure actuelle les
services coloniaux d’hygiène pour assurer la destruction des
moustiques adultes dans les habitations contaminées, nous a enga-
— 028 —
gés à étudier l’action d’autres substances pouvant être avanta¬
geusement substituées à celles (soufre, formol, pvrethe) habituel¬
lement utilisées. Dans une première série d’expériences nous
avons d’abord cherché à nous rendre exactement compte du défaut
d’action des substances autres que le soufre (formol et poudre de
pyrèthre), couramment employées. Pour ces expériences nous
avons fait usage de locaux parfaitement clos, et de moustiques
jeunes, non nourris de sang, et ne pouvant offrir par suite qu’une
résistance faible à l’action des vapeurs insecticides.
/*
Exp. I. — Dans la pièce de 43 m3 est suspendue librement au mur, à 1 m. 50
du sol et à 1 m. environ de la source formoligène, une cage en mousseline
renfermant douze stegomyia fasciata çÿ Q . La pièce est soigneusement calfeu¬
trée après mise en marche d’un appareil formolateur « Hélios p chargé à
200 pastilles de formaline. Durée d’action 16 heures. Température en tout
temps inférieure à 250 C.
Résultat : 4 moustiques trouvés encore parfaitement vivants dans la cage.
Les autres morts ou mourants.
Exp. II. — Dans une deuxième pièce de 43 m3 sont enflammés trois Fumi-
gator Gonin n° 3. Même dispositif expérimental : les moustiques sont libre¬
ment offerts à l’action des vapeurs. Même température ; même durée d’expé¬
riences.
Résultat : tous les moustiques sont trouvés morts dans la cage.
Exp. III. — Dans la même pièce de 43 m3 on place une série de cages ren¬
fermant des Culex, des Stegomyia, des Vranotænia, dans les conditions
■suivantes :
N° 1. Une cage de 15 Culex et Stegomyia à 3 m. de hauteur au mur, non
abritée.
N° 2. Une cage de 6 Culex et Stegomyia à 2 m. de hauteur au mur, non
abritée.
N° 3. Une cage de 8 Vranotænia à 1 m. de hauteur au mur, non abritée.
N° 4. Une cage de 15 Stegomyia à terre, abritée sous une corbeille en
osier à mailles lâches et renversée sur le sol.
L’appareil « Hélios » est mis en marche, à sec, sans eau dans le réservoir,
•et chargé à 200 pastilles.
Durée d’action 16 heures. Température inférieure à 250 C.
Résultats : Dans les cages nos 1, 2, 3, non protégées, tous les moustiques
■sont morts ; dans la cage n° 4 protégée, tous les moustiques sont vivants.
Exp. IV. — Dans le même local de 43 m3 on place :
N° 1. Une cage de 6 Stegomyia a 1 m. de hauteur, au mur, non protégée.
N° 2. Deux cages de 6 et 15 Stegomyia à 3 m. de hauteur, au mur, non
protégées.
N° 3. Une cage de 10 Culex et Stegomyia au fond d’un panier d’osier
â mailles lâches recouvert de son couvercle (panier à désinfection du service
municipal d’hygiène) à 1 m. 50 environ de la source formoligène.
2 Pumigator Gonin sont brûlés dans la pièce soigneusement calfeutrée.
Durée d’action 6 heures. Température inférieure à 250 C.
Résultats : Tous les moustiques des cages non protégées nos t et 2 parais¬
sent morts. Dans la cage n° 3 enfermée dans le panier, 5 moustiques sont
trouvés parfaitement en vie.
-- 629 —
Ces expériences montrent, une fois de plus, l’insufficance du
formol comme substance culicide. Les Fumigator Gonin donnent
des résultats un peu inférieurs à ceux de F Hélios, surtout quand
cet appareil fonctionne normalement en vaporisant de la vapeur
d’eau ; mais la pénétration des vapeurs à travers des interstices
étroits est très faible. Le prix de revient d’une désinfection aux
(c fumigator » à la dose de i appareil n° 3 pour 15 m3, s’élève à
environ 18 francs pour 100 mètres cubes. Mais cette dose insuf¬
fisante pour atteindre des moustiques abrités devrait être au moins
doublée pour offrir quelque garantie sérieuse.
Nous avons expérimenté comparativement dans le même local
de 43 m3, l’action de la poudre de pyrèthre.
Exp. V. — Une cage de 20 Culex et Stegomyia est placée à 3 m. de hau¬
teur, au mur ; une cage de 15 Culex et Stegomyia à 1 m. 50 de hauteur,
250 g. de poudre ont été brûlés : durée de la fumigation 7 heures.
Résultat : Dans la cage la plus élevée 6 moustiques sont trouvés parfaite¬
ment en vie ; dans la cage du bas tous les moustiques sont étourdis et in¬
capables de voler, mais tous encore vivants.
Le peu d’efficacité d’action du formol et de la poudre de pyrè¬
thre ressortant de ces premières données nous avons cherché à
expérimenter comparativement l’action de différentes matières
culicides susceptibles de les remplacer plus avantageusement.
Les fumigations de tabac à la dose de 10 gr. par m3 expérimen¬
tées avec succès à Saint-Louis, par MM. Bourret et d’Anfre-
vi lle, nous ont également donné des résultats satisfaisants, mais
l'odeur extrêmement désagréable et persistante de ces fumées nous
a paru s’opposer de façon formelle à l’emploi courant de ce pro¬
duit, d’un prix de revient d’ailleurs élevé (3 fr- environ pour
100 m3). des doses inférieures à 10 g. par mètre cube, la fumée
de tabac ne nous a donné que des résultats insuffisants.
Nous avons expérimenté avec succès des mélanges divers de
poudre de tabac et de pyrèthre.
L’incorporation d’un quart de poudre de tabac à la poudre de
pyrèthre, nous a paru fournir, à la dose de 5 g. par mètre cube,
des résultats intéressants; l’action culicide était plus décisive que
celle du pyrèthre seul à la même dose et l’odeur était beaucoup
moins désagréable et persistante que celle du tabac seul.
Mais des recherches ultérieures nous ont conduits à donner la
préférence à d’autres produits d’un emploi beaucoup plus sur et
moins onéreux. Après avoir successivement essayé l’action des
43
vapeurs de camphre et d’acide phénique, de la quinoléine, de la
créosote, etc., nous avons porté notre attention d’une façon toute
spéciale sur le Crésyl.
Ce produit dérivé des huiles lourdes des goudrons de houille
émet lorsqu’on l’évapore à la chaleur des vapeurs abondantes,
d’abord blanches, puis bleuâtres, éminemment toxiques pour les.
mouches et les moustiques. Nous avons expérimenté son action
à des doses variées, en prenant comme terme de comparaison les
précédentes expériences et en faisant usage, soit de mouches, plus
résistantes que les moustiques, soit de moustiques variés capturés
dans la nature autant que possible et ayant fait des repas de
sang (i). Nous signalerons ici quelques-uns de nos résultats.
Exp. I. — Dose : i g. par mètre cube.
43 g. de crésyl pur sont évaporés dans une pièce de 43 m3. Trois cages de
mouches et de Stegomyia placées, l’une au mur à 3 m. du sol, l’autre à
1 m. 50 du sol, la troisième à terre.
Durée d’action des vapeurs 1 h. 1/2. Température 24-26° C.
Résultat : tous les moustiques sont morts ; 3 mouches après 24 heures se
sont ranimées mais présentent des lésions définitives.
Exp- II. — Dose: 1 g. par mètre cube.
43 cm3 de crésyl sont évaporés dans une pièce de 43 (ùn3 renfermant :
A. Deux cages de 13 culicides divers exposées directement au mur à 3 m.
et à 1 m. de hauteur.
B. Une cage de 10 culicides complètement enfermée dans un panier d’osier
à mailles lâches (panier à désinfection du service médicale d’hygiène) à
1 m. du sol.
C. Une cage de 15 moustiques en partie enfermée sous des vêtements.
D. Une cage de 12 moustiques déposée à terre sous un panier d’osier ren¬
versé.
E. Deux tubes de verre de 9 cm. x 4 cm. de diam. et de 5 cm. 5x3 cm. de
diam: fermés par une bande de mousseline et contenant chacun 2 Ste¬
gomyia jasciata.
Deux heures après l’expérience on ouvre largement la porte et pénètre
dans la pièce. Dans les cages non protégées les moustiques paraissent
morts. Dans les tubes et la cage protégée par les vêtements, les moustiques
sont encore vivants. La porte est refermée, non calfeutrée et les vapeurs res¬
tantes sont laissées en action pendant 15 heures.
Résultats : Dans les cages A et C tous les moustiques sont morts. Dans-
les cages B et D où les vapeurs n’ont pu atteindre les moustiques qu 'après
avoir traversé les parois du panier tous les moustiques sont inanimés.
24 heures après, 3 sur 22 seulement se raniment.
Dans les tubes, où la pénétration des vapeurs est difficile, trois moustiques
sont morts ; le 4e se ranime légèrement le lendemain.
(1) Toutes ces expériences ont été faites à des températures variant de 20-
à 26° environ.
— 63 1
Exp. III. — Dose: 2 cm3 par mètre cube.
86 g-, de crésyl sont évaporés dans une pièce de 43 m3. Durée d’action
6 heures.
Résultat : 40 mouches dans une cage suspendue à 3 m. de hauteur sont
toutes tuées, 15 moustiques dans une cage enfermée dans le panier d’osier
revêtu de son couvercle, sont définitivement tués.
4 moustiques dans des tubes de 5 cm. 5x3 cm. de diam. dissimulés sous
un panier d’osier sont morts sauf un qui se ranime 24 heures après.
Exp. IV. — Dose: 5 cm3 par mètre cube.
215 g. de crésyl sont évaporés dans une pièce de 43 m3. Durée d’action
3 heures.
4 moustiques contenus dans 2 tubes de verre, l’un de 5 cm. 5x2 cm. 5
de diam. l’autre de 7 cm. x2 cm. placés à terre sous un panier d’osier sont
morts.
20 moustiques dans une cage enfermée dans un panier d’osier à 1 m. du
sol sont tous morts.
20 moustiques dans une cage dissimulée à l’intérieur de la manche d’un
veston pendu au mur sont tous morts.
Aucun des morts ne se ranime les jours suivants. Un rat blanc ayant par¬
ticipé à l’expérience est indemne.
Exp. V. — Dose: 2 cm3, 8 par mètre cube.
400 g. de crésyl sont évaporés dans un corridor et 2 pièces cubant ensem¬
ble 140 m3. Durée d’action 3 heures environ. Les mouches et les moustiques
dans deux cages dissimulées sous des vêtements accrochés au mur sont tous
morts. Les mouches (quarantaine) d’une cage exposée au fond du corridor
sont toutes mortes. Les moustiques d’une cage enfermée dans le panier à
désinfection sont tous morts.
Dans ces expériences nous avons eu soin, pour apprécier plus
rigoureusement la puissance d’action des vapeurs, de dissimuler
étroitement nos cages à l’intérieur de vêtements ou dans des pa¬
niers fermés, exagérant ainsi les conditions naturelles de protec¬
tion des moustiques. Le formol et la poudre de pyrèthre aux doses
précédemment utilisées se seraient ici montrés complètement
inactifs. Avec le soufre à 10 g. par mètre cube nous avons cons¬
taté que des moustiques enfermés dans des tubes de verre recou¬
verts du panier à désinfection (une des conditions de l’exp. IV),
n’étaient pas tués après 5 heures. La puissance de pénétration du
crésyl à la dose de 5 cm3 par mètre cube, comme le montre l’ex¬
périence IV, est donc de nature à offrir toutes les garanties dési¬
rables, et c’est cette dose de 5 cm3 par mètre cube que nous
croyons pouvoir préconiser dans la pratique.
Les fumigations crésyliques nous apparaissent comme suscepti¬
bles de rendre de grands services dans l’avenir, pour les désin-
632 • —
fections stégomycides. Les avantages de ce mode opératoire sont
les suivants :
i° La matière à employer (crésyl ou ses dérivés, créline, créo-
line, lysol, etc.), peut se trouver partout, dans tous les postes co¬
loniaux, en cas d’épidémie ou de menaces imprévues.
2° Le coût d’une désinfection ne dépasse guère o fr. 30 pour
100 m3, à la dose de 5 g. par mètre cube.
30 Les vapeurs crésyliques sont inoffensives. On peut pénétrer
dans les locaux pendant le coure de l’opération si le besoin s’en
fait sentir.
40 Les vapeurs crésyliques ne causent aucune détérioration aux
objets métalliques. Leur emploi dans les casernes, les magasins,
les cales de navires, ne produira aucun dégât matériel.
50 L’odeur des fumées crésyliques n’est ni désagréable ni per¬
sistante. Elle n’imprègne nullement les tentures et les effets. Une
aération de quelques heures suffit à la faire disparaître.
6° Les vapeurs crésyliques sont suffisamment denses pour pou¬
voir agir dans des locaux mal clos comme les cases indigènes.
Nous avons effectué des désinfections dans des appartements pri¬
vés sans avoir besoin de calfeutrer les portes et les fenêtres. On
peut ainsi pénétrer dans les pièces, au cours même de l’opération,
et la surveiller facilement-
L’évaporation, à la chaleur, du crésyl offre l’inconvénient de
laisser des résidus goudronneux qui sont susceptibles de brûler
avec un violent dégagement de noir de fumée si la flamme vient à
leur contact. Il faut donc avoir soin d’opérer dans des récipients
à bords suffisamment hauts pour protéger la masse à évaporer
contre le léchage des flammes. Nous nous sommes avantageu¬
sement servis de bassines en fer étamé de 16 cm. de haut, sur
35 cm. de large, chauffées à la lampe à alcool ou au fourneau
Primus. Nous étudions actuellement un appareil simple permet¬
tant d’effectuer aisément et sans dangers l’évaporation du pro¬
duit.
Le crésyl étant un composé complexe de crésols divers et de
produits alcalins sans action sur les moustiques, nous avons expé¬
rimenté l’action du crésol ou acide crésylique commercial. Eva¬
poré à la chaleur, à la dose de 1 g. par mètre cube, ce produit
agit d’une façon extrêmement efficace sur les mouches et les
moustiques. L’odeur non désagréable des vapeurs permet égale¬
ment d’assister dans la pièce aux effets de ’a désinfection. Ce
- 633
produit offre l’avantage de ne pas laisser de résidus goudronneux
inflammables, et son évaporation est plus facile et plus rapide
que celle du crésyl. Le prix de revient serait d’environ o fr. 70
pour 100 m3.
Nous estimons cependant que, dans la pratique coloniale, l’em¬
ploi du crésyl commercial, qu’on est assuré de pouvoir trouver
partout, devra forcément prendre le pas sur celui du crésol.
De la destruction des moustiques adultes
dans les locaux mal clos et en particulier
dans les barraques en bois
Par A. THIROUX.
Depuis la découverte du rôle des Stegomyia dans la propaga¬
tion de là fièvre jaune, on s’est occupé de rechercher la façon de
détruire ces dangereux diptères. La prophylaxie s’attache à les
détruire en grand à leur stade larvaire et l’on sait quels services
ont rendu les équipes antilarvaires dans les pays à typhus amaril.
En présence d’un cas de fièvre jaune déclaré, ce n’est plus aux
larves que l’on doit s’adresser, mais aux insectes adultes, qui ont
pu piquer le malade et qui pourraient propager l’affection.
Le grand nombre de méthodes proposées pour la destruction
des Stegomyia adultes prouve que beaucoup de substances sont
efficaces, il appartient à l’hygiéniste de choisir parmi elles, celle
qui présente le plus d’avantages pratiques.
La sulfuration a des inconvénients, les appareils Clayton, qui
détériorent moins que la simple sulfuration, ternissent encore les
métaux, et surtout ils exigent l’emploi d’un mécanicien. Les
grands appareils, qui, seuls donnent des résultats constants, sont
aussi d’un transport difficile. La combustion du pyrèthre n’as¬
sure pas toujours la mort des moustiques, qui ne sont que stupé¬
fiés, aussi a-t-on recommandé de balayer les locaux fumigés et de
brûler les balayures, mais il est difficile d’être sûr qu’on a balayé
partout. Un moustique peut tomber derrière un placard ou dans
une anfractuosité quelconque et y être oublié.
D’autres auteurs ont conseillé l’emploi du tabac. D’après Si-
— 634 —
mond, la mort des moustiques est assurée au bout d’une heure
avec io grammes de tabac par mètre cube. Notre camarade le
docteur Bourret a fait en notre présence quelques expériences
concluantes sur la destruction des moustiques par le tabac au
cours de l’année dernière.
11 nous a semblé intéressant de rechercher si l’on ne pourrait
pas détruire les moustiques dans des conditions très défavorables,
dans des locaux mal clos et en particulier dans ces barraques en
bois, qui constituent si souvent dans les pays chauds les loge¬
ments de la partie la moins aisée de la population blanche.
Ces barraques sont construites en planches mal jointes, cou¬
vertes de tuiles ou de chaume et n’ont souvent même pas de pla¬
fond, -ce qui fait que les fumées stégomycides peuvent passer, non
seulement au travers du chaume ou entre les tuiles, mais aussi
dans l’espace vide qui existe entre le toit et la paroi de la barraque.
Nous avions à notre disposition un certain nombre de cases en
planches, couvertes de chaume, servant d’abri aux malades du
sommeil du village de ségrégation de Saint-Louis. Nous avons
choisi deux des plus anciennes datant de trois ou quatre ans.
Comme insecticide, nous avons préféré employer le tabac,
parce que c’est un produit qu’on aura toujours sous la main, et
nous avons utilisé ces têtes de tabac, qui servent à faire des échan¬
ges et que l’on trouve partout dans la boutique du plus petit trai¬
tant blanc ou noir.
Les conditions étant très défavorables nous avons usé de doses
doubles de celles indiquées, c’est-à-dire que nous avons brûlé
20 gr. de tabac par mètre cube, le kilo valant 3 francs au Sé¬
négal.
Comme d’autre part, nous avions pensé depuis longtemps déjà
que l’on pourrait avec avantage recouvrir de bâches les locaux
mal clos, dans lesquels on désirait détruire les stégomyias et cela,
autant pour arrêter les moustiques tendant à fuir les fumées, que
pour empêcher ces fumées de sortir des locaux à fumiger, nous
avons disposé l’expérience de la façon suivante.
De deux cases voisines, représentées dans la figure, du volume
de 24 mètres cubes, construites en bois mal joint et recouvertes de
chaume, l’une est laissée à l’air libre et l’autre recouverte complè¬
tement d’une grande bâche de 8 mètres sur 10: soit 80 mètres
carrés, en toile imperméabilisée au sulfate de cuivre. Les coins ont
été rapprochés le plus soigneusement possible et le bord de la
— 635 —
bâche a été enterré dans le sable, comme la toile à pourrir des
tentes de campement.
Fig. i. — Une case enveloppée.
Lors d’une première expérience, faite le 27 juin, à l’intérieur de
chacune des deux cases on place le long des parois et à différentes
hauteurs, 6 petits sacs en tulle de moustiquaire renfermant
86 moustiques du genre Culex • Nous n’avons pu nous procurer
à Saint-Louis de larves de stégomyias pour faire l’élevage des
insectes adultes, le service d’hygiène qui a été renforcé dans le
faubourg de Sor et très surveillé n’en trouvant plus qu’à de rares
■intervalles.
480 g. de tabac en têtes, coupé par petits morceaux et déplié
soigneusement ont été mis dans chaque case sur des réchauds con¬
tenant une bonne quantité de charbon de bois bien allumé. Il est
nécessaire qu’il y ait du charbon en quantité suffisante pour que
la combustion puisse durer 2 heures environ. L’enfumage a com¬
mencé à 10 h. 30 du matin, les cases ont été fermées.
Durant toute la journée du 27 l’atmosphère a été très calme,
et la brise était presque nulle. A l’inspection extérieure, il sortait
très peu de fumée de la case non bâchée.
On a ouvert les deux cases à 4 h. 30 du soir, soit au bout de
6 h. Le tabac était complètement consumé et on ne voyait plus de ,
fumée dans les deux cases. Il v persistait évidemment une odeur
assez forte de tabac, mais pas insupportable pour nous qui, ce¬
pendant, ne fumons pas, et certainement moins accentuée que celle
que l’on observe fréquemment dans les compartiments de chemin
■de fer spécifiés fumeurs.
636 —
Dans les deux cases tous les moustiques étaient morts, les sacs
ont été mis de côté et examinés de nouveau le lendemain matin,
aucun moustique n’était revenu à la vie.
Le ier juillet, nous avons fait une seconde expérience, destinée
à vérifier la première et à déterminer de nouveaux points im¬
portants, tels que de savoir :
i° si des moustiques seraient toujours détruits dans les 2 cases;
20 s’ils seraient atteints derrière des piles de linge;
3° si dans la case bâchée, des moustiques que l’on suppose en¬
fuis au travers des interstices existant entre la toiture et le mur
seraient détruits entre ce mur et la bâche.
Dans la case non bâchée un sac a été abrité derrière une pile
de linge. Trois sacs ont été disposés le long des parois et un
dans le pignon de la toiture. Au total : 52 Culex.
Dans la case bâchée :
i° à l’intérieur un sac a été mis derrière une pile de linge,
trois sacs contre les parois de la case.
20 à l’extérieur trois sacs entre la paroi et la bâche, deux d’en¬
tre eux au niveau de l'interstice de la toiture et du mur et un con¬
tre les planches à mi-hauteur.
L’ensemble de ces sacs contenant 91 culex.
480 g. de tabac ont été posés sur des réchauds allumés dans
chaque case à 9 heures du matin.
Il a régné pendant toute la journée une assez forte brise du
nord-ouest et l’on voyait beaucoup plus nettement que dans l’ex¬
périence précédente, la fumée sortir des interstices et surtout de
la toiture en chaume de la case non bâchée-
Les cases ont été ouvertes à 4 h. 1/2 du soir, le tabac était com¬
plètement consumé, il n’y avait plus de fumée.
Dans la case bâchée tous les moustiques étaient morts môme
ceux placés à l’extérieur entre la paroi de la case et la bâche.
Dans la case non bâchée, il y avait de nombreux survivants,
21 sur 52.
Dans un sac placé sur la paroi nord-ouest, c’est-à-dire du côté
du vent, il n’y avait pas un mort, dans un autre sac placé dans
une situation analogue il y avait 6 vivants et 2 morts. Le sac
abrité derrière une pile de linge s’est trouvé le long de la paroi
opposée au côté du vent, il contenait 4 vivants et 11 morts. Un
autre sac placé dans l’angle le plus éloigné de la paroi du côté
du vent ne contenait que des morts. Enfin, le sac placé dans le
pignon du toit de chaume ne renfermait que 10 morts.
Le vent a donc créé dans la case non bâchée, derrière la paroi
qu’il a frappée directement une zone d’immunité, dans laquelle
il a repoussé la fumée sur une certaine épaisseur, ce qui a per¬
mis aux moustiques d’y subsister.
Le rôle de la bâche dans la destruction des moustiques dans
les locaux mal clos est donc très important. Il l’est d’autant plus
qu’il règne un plus grand vent- L'emploi des bâches permet aussi
d’éviter la sortie des moustiques de ces locaux mal clos; les in¬
sectes qui s’évadent entre la paroi et la bâche sont tués.
Le procédé que nous préconisons offre donc de grands avanta¬
ges et il serait à désirer qu’au Sénégal les services d’hvgiène aient
à leur disposition dans chaque ville une dizaine de grandes bâ¬
ches, afin de permettre une destruction facile des moustiques
en toute occasion.
La plupart des maisons de commerce en possèdent d’ailleurs,
afin d’abriter leurs arachides et il est probable qu’à l’occasion
elles se feraient un plaisir de les prêter.
M. Marchoux. — L’expérience soigneuse que vient de faire
M. Thiroux sur la désinfection après enveloppement, est intéres¬
sante. Elle plaide en faveur d’un procédé qui est d’un usage cou¬
rant au Brésil, depuis 1904. Les locaux mal clos y sont avant sul¬
furation recouverts de toile dont les lais sont réunis entre eux par
des bandes de papier enduits de colle. La toile la plus ordinaire est
utilisée- Elle devient à l’usage de plus en plus imperméable, du
fait de l’empois qui l’imprègne.
La lutte contre les moustiques
à Saint-Louis du Sénégal
Par L. n’ANFRL VILLE.
La fièvre jaune a tait depuis deux ans, un certain nombre de
victimes dans les diverses colonies, françaises ou étrangères, de
la Côte Occidentale d’Afrique. Il peut donc être intéressant d’es-
— 638 —
quisser le mode d’organisation d’un des services d’hygiène insti¬
tués dans les grandes villes du Sénégal dès le début de 1905,
par M. le Gouverneur Général Roume, en vue surtout de lutter
contre la fièvre jaune.
Appelé dès sa création à diriger le Service d’Hygiène de Saint-
Louis, j’obtins en fait, des autorités civiles et médicales, liberté
complète de l’organiser selon mes vues.
Il est utile pour l’intelligence de ce qui suit, de décrire la topo¬
graphie de Saint-Louis. La ville s’étend sur une île basse, lon¬
gue de deux kilomètres, large de 200 mètres, orientée nord-sud.
Des rues longitudinales et transversales, la partagent en îlots rec¬
tangulaires. Le petit bras du fleuve Sénégal la sépare d’une lon¬
gue et étroite langue de sable sur laquelle s’étendent deux fau¬
bourgs, N’dar Toute et Guet-N’dar, voisins de l’océan. Deux
ponts joignent ces faubourgs à la ville. Un troisième et très vaste
faubourg, Sor, s’étale de l’autre côté du grand bras du fleuve,
large de 6 à 800 mètres sur ce point et traversé par le monumen¬
tal pont Faidherbe.
Le service d’hygiène avait pour mission, non seulement de lut¬
ter contre les moustiques, propagateurs de fièvre jaune et de pa¬
ludisme, il devait encore veiller à l’exécution de tous les règle¬
ments intéressant la salubrité publique, considérés jusqu’alors
comme lettres mortes, et notamment de ceux qui avaient trait à
l’hygiène de l’habitation. Il devait enfin contrôler certains ser¬
vices, coloniaux ou municipaux, la voirie, le service des eaux,
etc.
Comme je l’exposais dans mon premier rapport annuel, daté
du 26 février 1906, la lutte contre les larves de moustiques s’impo¬
sait la première à lui. Elle a été menée selon des procédés dont
le succès, après une application de bientôt huit ans, ne peut être
mis en doute. La lutte contre les moustiques adultes ne présente
d’intérêt qu’en cas d’épidémie déclarée, on a donc pu la considérer
jusqu’ici, du moins à Saint-Louis, comme secondaire.
Le personnel du Service comprenait d’abord un seul agent
européen et six noirs; il compte, depuis un peu plus d’une année,
trois Européens et seize noirs.
On détruit les larves de moustiques, chacun sait cela, en recher¬
chant pour les pétroler ou les supprimer, toutes les collections
d’eaux, si petites qu’elles soient, naturelles ou artificielles, per-
- 639 ~
manentes ou temporaires, dans lesquelles peuvent se développer
ces larves.
Les nombreux marais herbeux qui couvraient naguère la ville
et ses faubourgs et où pullulaient les larves d’anophèles, n’exis¬
tent plus qu’à Sor. Mais tous les noirs, ils sont en ville 23.000
auprès d’un millier de blancs ou d’assimilés, emploient des cana¬
ris d’une capacité de 10 à 20 litres, où ils conservent leurs provi¬
sions d’eaux. Grâce à leur incorrigible négligence, ces canaris
contiennent souvent des larves.
Dans toutes les maisons, souvent vieilles et mal tenues, exis¬
tent au surplus, soit des citernes ou des bassins, soit des caniveaux
d’écoulement souvent obstrués ou perdus dans les constructions.
Le Service d’ Hygiène avait donc fort à faire pour détruire ces
gîtes affectionnés par les Stegomyias. Le travail qui lui incom¬
bait était d’autant plus pénible, qu’il dût longtemps lutter contre
les préventions du plus grand nombre des habitants de la ville,
de toutes les races et conditions.
Mais, comme il a été dit précédemment, le gouverneur général,
M. P ont y, lui a, l’an passé, accordé de nouveaux et efficaces
moyens de lutte. Voici quelle a été la tactique adoptée.
La commune fut divisée en secteurs, dans chacun desquels opé¬
raient une ou deux brigades d’hygiène, composées chacunes de
trois agents noirs, qui visitaient îlots et maisons, les uns après les
autres.
La répartition actuelle est la suivante : deux brigades inspectent
la ville, sous la direction d’un Européen qui va constamment de
l’une à l’autre et possède le droit de dresser des procès-verbaux
aux délinquants. Les deux brigades mettent une semaine au plus
pour accomplir une tournée complète. La troisième brigade opère
dans le faubourgs de Guat N’dar et N’dar Toute; il lui faut huit
jours environ. Les deux dernières équipes s’occupent du fau¬
bourg de Sor. Un blanc est attaché à la troisième équipe, ce der¬
nier dirige celles de Sor.
Le médecin du Service à qui l’on remet chaque matin une
feuille sur laquelle sont portés les points exacts où se trouvent les
équipes, reçoit de plus, après midi, les agents européens qui lui
font leur rapport. Il inspecte très fréquemment ses équipes dont
il connaît à tout moment la situation et qu’il peut donc trouver à
volonté. S’il est pressé et qu’il ne les rencontre pas de suite, il les
— 640 -
appelle à lui d’un coup de sifflet auquel les chefs d’équipe doivent
répondre de suite.
L’agent européen qui dirige l’équipe dont un des noirs a trouvé
des larves, dresse procès-verbal que le médecin contresigne. Ce
procédé permet seul d’éviter toute erreur et tout abus d’autorité.
Malgré un nombre de procès-verbaux qui atteignit l’an passé le
chiffre de 400, la seule réclamation qui a été adressée à la justice
a pu être écartée dès la première enquête.
LTne Commission des logements insalubres, dont le médecin de
l’Hygiène avait plusieurs fois déjà réclamé la création, ayant été
réunie il y a trois mois, des modifications très importantes aux
divers arrêtés concernant l’hygiène, ont été proposées par elle à
l’administration qui les a adoptées. L’œuvre du Service en sera
puissamment facilitée dorénavant. Mais je crois pouvoir faire re¬
marquer que Saint-Louis est la seule grande ville du Sénégal qui
n’a, depuis la création de son service d’hygiène, jamais été at¬
teinte par la fièvre jaune-
Un autre argument qui tend à démontrer la valeur de la tacti¬
que employée à Saint-Louis, peut être trouvé dans ce fait que
la mission récemment chargée de mener une enquête sur la va¬
leur des mesures prises contre la fièvre jaune en Afrique Occi¬
dentale française, a cru devoir faire sienne ma manière d'agir,
puisqu’elle préconise l’emploi de procédés absolument identiques
à ceux que j’utilise depuis huit ans.
M. Roubaud. — Tl nous a été donné avec le Dr Bouet, au cours
de notre mission d’inspection et de contrôle des mesures prophy¬
lactiques prises contre la fièvre jaune au Sénégal, de constater,
par nous-mêmes, le bon fonctionnement du service de M. d’An-
f re ville et les résultats appréciables qu’il a su obtenir. Mais, en
matière de prophylaxie anti-amaryle, la marche à suivre, comme
chacun sait, a depuis longtemps été tracée en Amérique d’une
façon magistrale. La méthode qu’il convient d’employer est uni¬
que et bien connue de tout le monde : c’est celle dont ont fait usage
les services d’hygiène de la Havane et de Rio; c’est de celle-là,
car il n’y en a pas d’autres, qu’il convient de s’inspirer, sans pré¬
tendre à faire œuvre absolument personnelle, aussi bien lorsqu’il
s’agit d’instituer et de diriger un service analogue, que d’en ins¬
pecter et d’en contrôler le fonctionnement.
— 641 —
Sur le pied bot artificiel d’une Chinoise
Par H. CAZENEUVE.
J’ai l’honneur de communiquer à la Société de Pathologie exo¬
tique deux photographies du pied d’une Chinoise, prises dans le
Nord de la Chine.
Elles montrent les déformations traditionnelles qu’imposait aux
jeunes filles une mode cruelle et confirment les observations pré¬
sentées par le Dr Mouzels dans sa note ■« Sur une radiographie
d’un pied de Chinoise » (1).
Ce pied est celui d’une femme de 25 ans, appartenant à la classe
aisée. Depuis son premier âge, cette femme portait un bandage,
dont le but était de réduire les dimensions de ses pieds.
Une bande de soie prenant son point fixe sur le bord interne
du pied, s’appliquait sur la face dorsale, contournait le bord ex¬
terne, s’enroulait autour des orteils, qu’elle tordait et maintenait
sous la plante. Le gros orteil échappait seul à cette torsion. La
bande passait ensuite derrière le talon, s’enroulant de nouveau au¬
tour de l’avant-pied. Elle décrivait ainsi plusieurs 8 de chiffre,
saisissant dans ses boucles l’avant et l’arrière-pied, basculant et
ramenant vers l’avant l’arrière-pied et vers l’arrière l’avant-pied.
Cette flexion forcée de l’avant et de l’arrière-pied exagérait et
creusait la voûte plantaire. Un coussinet en bois, habillé de
coton, logeait dans ce pied creux et soutenait la voûte plantaire.
Après plusieurs années de contention et de souffrances, le résul¬
tat désiré était atteint : le développement du pied était arrêté ; des
déformations définitives étaient obtenues, et le « petit pied mi¬
gnon », souci de toute noble élégance, créé.
L’architecture et la forme de ce pied sont profondément mo¬
difiées. Les quatre derniers orteils, fléchis et tordus sur leur axe,
sont enroulés sous la plante. Cette torsion, plus accusée pour le
petit doigt, transforme son bord externe en une face plantaire.
La flexion forcée en sens inverse du tarse antérieur et du tarse
postérieur autour de l’articulation médio - tarsienne, a produit
une sorte de cassure du pied. L’avant-pied est abaissé vers l’ar-
(1) Bulletin de la Société Médico-Chirurgicale de VIndo-Chine, février
1912, p. 136.
— 642 —
rière et l’arrière-pied vers l’avant. Un pli cutané profond répond
sous la plante à cette cassure.
Sur le dos du pied, l’articulation médio-tarsienne en diasthasis
paraît entrouverte; la tête de l’astragale pointant en avant est
séparée par un large interligne de la glêne scaphoïdienne.
Le calcanéum sub-luxé a pivoté sur lui-même. Il dresse verti¬
calement son grand axe, présente à l’avant sa face plantaire et
porte sur le sol sa face postérieure.
Les quatre derniers doigts, repliés en crochets sous la plante,
ont imprimé dans les téguments leur empreinte, et y ont creusé
leur logement. Le frottement des doigts contre la plante y pro¬
duit fréquemment des ulcérations qui suppurent indéfiniment.
Le 2e et 3e orteil sont atrophiés; le 5e tordu sur son axe, appui
sur le sol par son bord externe, transformé en face plantaire. Il
présente sur cette face d’épaisses callosités. Les petits muscles
du pied sont également atrophiés.
Lorsqu’on soulève la jambe, la plante se creuse; en même
temps r avant-pied se rapproche de l’arrière-pied.
Lorsque le pied est mis à terre, l’excavation plantaire ne s’efface
pas; la déformation maintenue par des rétractions tendineuses
paraît irréductible.
Le pied repose sur le sol par trois points d’appui, un principal,
le talon ; deux secondaires, le petit orteil recourbé et le gros
orteil.
Cette déformation aboutit, en somme, à un pied bot artificiel,
pied bot talus avec flexion exagérée, enroulement de l’avant-pied
et griffe plantaire.
La plante de ce pied mutilé n’est plus ovalaire mais triangu¬
laire, à pointe en avant, à bord interne droit. Elle mesure 16 cm.
de l’extrémité antérieure du gros orteil au bord postérieur du
talon. Sa largeur croît progressivement vers l’arrière; elle a
3 cm. 6 au niveau de la tête du 2e orteil, 6 cm. 5 au niveau du
5e orteil, et 7 cm. (la largeur maxima), au-dessous des maléoles.
C’est là, paraît-il, un bien grand pied, peu élégant pour une
Chinoise. Il est cependant beaucoup plus petit que celui d’une
Française de la même taille. Un pied moyen de femme mesure, en
effet, 23 cm. de long; sa largeur maxima est de 8 cm. au niveau
de la tête du premier métatarsien, et sa largeur minima de 6 cm. 5
au-dessous des malléoles.
Les membres inférieurs de cette Chinoise ont subi au-dessous
Planche XXII
H. Cazeneuve.
I. — Face plantaire
643 -
du genou, une véritable atrophie. Ils rappellent l’aspect des mem¬
bres frappés par la paralysie infantile. La jambe est gracile et
frêle; la masse musculaire du mollet est réduite à une lame peu
épaisse, masquée par de l’adipose sous-cutanée. La peau, qui
présente quelques troubles trophiques, est lisse et amincie; sa
vitalité paraît amoindrie.
*
* *
Cette mutilation impose à la Chinoise une démarche particu¬
lière. Elle va en se dandinant, lentement, les bras légèrement
écartés comme des balanciers, frottant et traînant sur le sol ses
pieds mutilés, véritables pilons, trop souvent douloureux. Les
membres inférieurs sont rigides; le genou immobilisé ne joue pas-
La Chinoise au petit pied progresse surtout avec son tronc, qu’elle
infléchit latéralement et porte en avant. Sa démarche est instable
et hésitante et la fatigue rapide.
L’origine de cette coutume paraît fort ancienne. Pour plaire,
dit-on, à une impératrice d’autrefois, qui avait un pied bot et se
désolait de son infirmité, les dames de la cour imaginèrent de se
déformer les pieds. Cette mode gagna le peuple et persiste encore
de nos jours. La puissance de cette tradition est telle que, dans
certains villages, les jeunes filles qui ont échappé à cette épreuve
ne peuvent trouver mari.
Depuis quelques années, un édit impérial interdit cette coutu¬
me; des sociétés la combattent; l’ère nouvelle qui s’ouvre en
Chine amènera sa disparition.
Au sujet d’une ostéopathie
des chevaux en Nouvelle-Calédonie
Par C. NICOLAS.
J’ai appelé déjà l’attention de la Société (séance du io juillet
1912) su' une affection d’apparence épidémique sévissant sur le
cheval depuis quelques mois, dans une vallée de la Nouvelle-
Calédonie, et se traduisant surtout par une déformation spéciale
de la tête de l’animal, qui m’avait tout d’abord fait songer au
— 644 —
<( Goundou ». Je crois devoir fournir à ce sujet quelques rensei¬
gnements complémentaires.
L’affection prit naissance l’an dernier dans une petite vallée
voisine, où 5 chevaux atteints dans une même station furent re¬
vendus par leur propriétaire à vil prix à des indigènes de Houaï-
lou, par l’entremise cl’un nommé T..., chez qui, d’ailleurs, 3 ani¬
maux moururent.
A peu près à la même époque, le vétérinaire du Gouvernement,
M. Lang, et mon distingué confrère, le Dr Lebœuf, voyaient à
Nouméa un cas analogue, et M. Lang en observait quelques cas
isolés en 191 1 .
De mon côté, ignorant leurs recherches, j’observais quelques
mois après dans la petite localité de Houaïlou, 10 cas, dont les
observations sont résumées à la fin de cette note.
Un de ces animaux fut abattu le 10 mai et l’autopsie donna le résultat sui¬
vant :
Les différents viscères détachés et examinés un à un ne présentent absolu¬
ment rien d’anormal.
L’articulation du genou gauche ouverte et sciée ne présente rien de remar¬
quable, sinon un développement ou épaississement osseux prononcé surtout à
la partie interne du segment inférieur, ce qui dévie le membre en valgum.
Examen de la tête : A la mâchoire inférieure existe un très léger épaissis¬
sement des branches du maxillaire qui n’était pas visible du vivant de l’ani¬
mal et qui avait passé inaperçu à notre Ier examen (et ceci est à noter car un
des chevaux examinés par nous — étalon Benjamin — présente outre la tu¬
meur bilatérale du chanfrein au même niveau, mais sur chaque branche du
maxillaire inférieur, une tuméfaction osseuse assez considérable). Les os
propres du nez sont intacts. Mais immédiatement à côté d’eux les maxillaires
supérieurs sont le siège d’une tumeur de la grosseur d’une orange. Elle ne
fait saillie ni au palais, ni dans les fosses nasales et se développe exclusivement
en avant et en dehors. Elle siège à peu près à égale distance des yeux et des
naseaux, correspond au niveau des molaires avec son maximum de volume
entre la 2e et la 3e. Sa consistance est dure et l’os paraît compact extérieure¬
ment.
Deux traits de scie perpendiculaires à la direction de la tête détachent sur
un côté au centre de la tuméfaction un coin en forme de tranche de melon
(pièce que M. Lebœuf a bien voulu se charger d’examiner au point de vue
histologique).
On peut alors constater macroscopiquement que la tumeur est entourée
d’une coque d’os compact, mas très amincie et qu’elle est constituée aux dé¬
pens du maxillaire supérieur.
Au-dessous du tissu compact extérieur la tumeur devient de plus en plus
spongieuse et trabéculaire. Au centre on trouve un tissu dur adamantin qui
reste adhérent au coin enlevé et qui recouvrait un tissus d’aspect mou fibro-
cartilagineux et en contact avec les longues racines des molaires. Une petite
cavité contenait un peu de ce tissu mou et de sérosité d’aspect synoviale. La
tranche de la coupe suinte en nappe de sang rosé. Pas de pus.
Nous éprouvons l’impression première d’être en présence d’un kyste den-
— 645 —
-taire par inclusion avec développement de maxillaire par irritation du tissu
osseux ; bref de quelque malformation ou vice de développement en rapport
-avec la dentition.
Cependant cette explication, si elle était fondée, s’accorderait mal avec la
motion épidémique.
M. le vétérinaire Lang, qui avait observé l’an dernier quelques
cas semblables avait conclu ainsi:
« En dehors de la transmission probable de sujet à sujet par les
« sécrétions, il est à peu près certain que l’alimentation incom-
« plète au point de vue chimique est un des facteurs les plus im-
« portants quant à l’évolution.
a Partout où des analyses de terrains ont été faites méthodique-
•« ment, on a constaté que la cachexie osseuse (et la « Grosse
« Tête » n’en peut être qu’une manifestation), n’existait que là où
« les sols étaient trop pauvres en acide phosphorique et en phos-
« pliâtes calciques et qu’il était possible sinon de la faire dispa-
« raître, du moins de l’empêcher de se développer en enrichissant"
« les sols par des engrais convenables.
« Or, personne n’ignore la pauvreté de nos terres en phospha-
« tes calciques qui ne peuvent produire que des aliments (graines
« et fourrages), trop pauvres en sels minéraux pour un dévelop-
•<( pement et un entretien normal de la charpente squelettique.-. »
D’autre part, j’ai examiné sur lamelles: sang, sérosité et frottis
de la tumeur du cheval autopsié, sans y rien voir de particulier.
J’ai adressé, en outre, à mon distingué confrère, le Dr Lebœuf,
un volumineux fragment de la tumeur dont il n’a pas encore eu le
■temps de faire l’examen histologique, et divers prélèvements,
frottis, sang, sérosité sur lames et un ensemencement sur gélose
d’un fil de platine flambé et promené sur la tranche de section
<de la tumeur.
Il a eu l’obligeance de me répondre:
« La maladie que vous avez observée à Houaïlou paraît être
« relativement fréquente en Nouvelle-Calédonie: j’ai eu l’occa-
« sion l’année dernière d’en étudier quelques cas avec M. le vé-
•« térinaire Lang. Cette affection paraît affecter un caractère as-
« sez nettement contagieux et se rapproche singulièrement d’un
et état pathologique de même nature jadis étudié à Madagascar
« par Thiroux, également chez les chevaux.
« Toutes les recherches que nous avons faites jusqu’à présent,
•« M. Lang et moi, sur l’existence et la nature d’un agent patho-
44
— 646 —
a gène, tant par l’examen direct des produits organiques que par
« les cultures, sont restées infructueuses.
<( Les pièces que vous avez eu l’obligeance de m’envoyer n’ont
(( pas donné de meilleurs résultats: je n’ai rien trouvé, ni dans le
<( sang des gros vaisseaux du cœur, ni dans le sang du poumon,
« ni dans le sang pris au niveau du foie, ni dans la sérosité pro-
(t venant du centre de la tumeur. Le tube de gélose ne renfermait
« que des impuretés banales... » « en raison des résultats négatifs
« que j’ai toujours enregistrés jusqu’à présent dans la recherche
<( d’un micro-organisme spécifique, et si l’on admet, d’autre part,
« la nature infectieuse probable de la maladie, il se peut que l’on
(( se trouve en présence d’un virus filtrant- C’est ce que des ex-
« périences ultérieures permettront peut-être de démontrer ».
De mon côté, j’ai également examiné la végétation ; elle est dans
cette vallée de Houaïlou telle que partout ailleurs dans les vallons
de la côte Est, sauf peut-être que le sol y semble particulièrement
fertile, l’humus abondant et un peu lourd. Herbes de faux « Pa¬
ra », « Buffalo » et « Diss », avec un peu de sensitive et de chien¬
dent, constituent le fond du pâturage ; la lantana y est peu dé¬
veloppée, mais l’aubergine sauvage assez abondante.
Mais ce qui est plus important sans doute pour les éleveurs,
c’est la réalisation de la crainte que je manifestais, il y a un mois
et demi, dans mon rapport à M. le Gouverneur, de l’extension de
cette affection au bétail-
Or, je viens de rencontrer, par hasard, sur la même côte, à plu¬
sieurs kilomètres de là, entre Canala et Nakétv, un jeune taureau
atteint de la même affection « Grosse Tête », de M. le vétérinaire
Lang.
Ainsi je pose le problème sans le résoudre puisque la cause
nous échappe encore, ainsi que le mode de propagation de cette
maladie osseuse.
- 647
Observations sommaires des chevaux
atteints de (i) « Grosse Tête » observés à Hoaaïlou, par le Dr C. Nicolas.
en avril et mai 1912.
Noms des Propriétaires
Kubar. i
Indigène Julien, i
Indigène Ovio. 1
Indigène Ounou. 1
Indigène Benjamin, i
Indigène Diamenise. i
Indigène Péroï. i
Indigène Papon. i
cheval mort il y a 2 mois et vu par nous peu aupara¬
vant. Il présentait deux tuméfactions énormes de cha¬
que côté du chanfrein — une sub-luxuation de l’épaule
gauche — une sub-luxation du genou gauche avec
volumineuse tumeur juxta-articulaire et ulcérée. Ani¬
mal très amaigri. Son propriétaire déclare que peu
avant sa mort l'animal jetait par les naseaux un pus
sanguinolent, et que les tumeurs de la tête avaient
fini par s’ulcérer et ulcérer la peau à leur sommet,
cheval mort il y a un mois. N’a pas été vu par nous ;
mais aurait présenté exactement le même tableau que
ci-dessus ; sauf la sub-luxation de l’épaule,
cheval abattu et autopsié le 10 mai 1912. — Deux
grosses tumeurs céphaliques et un genou valgum pro¬
noncé.
cheval : tuméfactions bilatérales du chanfrein peu
prononcées ; rien au maxillaire inférieur ni aux mem¬
bres.
cheval étalon : tuméfactions très apparentes au chan¬
frein et tumeurs osseuses assez développées exactement
au même niveau sur chacune des branches du maxil¬
laire inférieur. Rien aux membres,
jument : tuméfactions bilatérales au chanfrein très
saillantes ; rien autre.
1 jeune cheval ; son poulain : idem,
cheval : même apparence.
cheval : tuméfactions prononcées ; rien aux membres
mais ne peut plus fournir de longues courses sans es¬
soufflement et sans boiter rapidement.
1 second cheval : tuméfactions très prononcées ; rien
aux membres ; maigreur excessive.
Au total 10 chevaux ; des 3 plus atteints : 2 sont morts des suites
de la maladie, 1 abattu et 7 survivants encore à
fin mai 1912.
(1) Le terme est de M. le vétérinaire Lang.
- 648
Mémoires
Epidémie de fièvre jaune survenue au Dahomey
pendant les mois de mai et juin 1912
Par J. AUGE et O. PEZET.
Pendant notre séjour au Dahomey, nous avons été témoins
d’une épidémie de fièvre jaune, qui a éclaté, spontanément et
presque simultanément, dans les trois localités du Dahomey
comptant la plus forte population européenne. A Cotonou et à
Porto-Novo, il est vrai, la maladie n’a été décelée que par un cas,
en apparence isolé et d’ailleurs suivi de mort, mais à Abomey et
Bohicon, à Bohicon surtout, elle a revêtu une allure épidémique
bien nette et relativement grave, n’épargnant pas plus les indi¬
gènes que les Européens. C’est cette phase de l’épidémie, de
beaucoup la plus importante et d’ailleurs la seule dont nous avons
été les témoins, qui fait l’objet de la présente communication,
dans laquelle nous nous bornons à exposer sa genèse et les
moyens de défense que nous lui opposâmes.
Genèse de l'épidémie. — Le 22 mai un jeune Allemand de 24 ans, M. S...,
colonial de fraîche date agent à Bohicon de la maison G..., succombait
brusquement au début du 4e jour d.’une affection fébrile, après une demi-jour¬
née de rémission et d’euphorie. Son cadavre revêtait immédiatement une
teinte ictérique très accusée et les draps de son lit apparaissaient souillés
d’excrétions noirâtres. Le sujet n’avait été vu qu’une seule fois par le méde¬
cin d’Abomey, la veille même de sa mort, alors qu’il était en période de ré¬
mission et d’euphorie. Le décès s’était produit pendant la nuit et comme per¬
sonne n’avait veillé au chevet du malade, il fut impossible d’obtenir le moin¬
dre renseignement sur ses derniers moments. Le diagnostic fut donc réservé
mais ce cas nous parut tellement suspect que l’un de nous, à ce moment
simplement de passage à Bohicon mais qui devait se rendre le lendemain
à Porto-Novo, se chargea de faire part verbalement, au chef de service de
Santé de la Colonie, des appréhensions qu’il nous inspirait.
Deux jours après, le 24 mai, le médecin d’Abomey, resté seul, apprenait
la maladie grave de M. P..., agent du chemin de fer à une gare voisine de
Bohicon (Paouignan) et malgré sa hâte, ne pouvait arriver que pour constater
son décès. Or M. P... venait justement de passer quelques jours à Bohicon et
n’avait regagné Paouignan, en bonne santé apparente, que le 21. 11 avait
vu le malade, dont nous venons de relater le décès, et avait même logé à
proximité de sa demeure. Enfin d’après les renseignements obtenus des
domestiques indigènes, ie décédé s’était déclaré malade le 22 et n’avait
cessé de présenter, avec une forte fièvre, des nausées et des vomissements
bilieux (?) Il avait donc succombé (le 24 au soir) à la fin du 3e jour ou, plus
probablement, au commencement du 4e de sa maladie. Son cadavre présentait
une teinte ictérique très accusée, mais surtout d’énormes suffusions san¬
guines presque généralisées à tout le corps.
Ce deuxième cas, ou plus exactement ce deuxième cadavre, ne
pouvait que confirmer les appréhensions inspirées par le premier,
cependant la publication du diagnostic de fièvre jaune apparais¬
sait si grave de conséquences pour la vie commerciale de Bohi-
con et de la colonie, que celui de nous qui se trouvait à ce moment
seul juge de la situation, estima, non sans raison croyons-nous,
qu’une aussi grave déclaration ne pouvait procéder que d’une ab¬
solue certitude. Mais, cette certitude, il devait, dès ce- moment,
suffire pour l’imposer, de l’éclosion du moindre nouveau cas sus¬
pect. C’est au jour même de notre réunion à Bohicon, le 6 juin,
qu’il se produisit.
Ce jour-là, en effet, un jeune Allemand M. M... agent de la maison Viétor,
qui avait 15 jours auparavant donné des soins à son compatriote décédé, tom¬
bait brusquement malade et présentait les mêmes symptômes morbides que
celui-ci.
La notion d’épidémie s’imposait. Cependant, en sortant de la
chambre du malade, nous crûmes devoir faire, tant auprès des
habitants européens que du chef de poste et des chefs indigènes,
une enquête minutieuse. Voici ce qu’elle nous révéla: Du 12 mai
au 4 juin, 4 Européens de Bohicon, voisins d’habitation des mai¬
sons contaminées, avaient éprouvé des malaises caractérisés par
de la fièvre, de la céphalalgie et de la rachialgie, enfin de l’ano¬
rexie, avec état nauséeux assez accentué. De pareils malaises
étant fréquents aux colonies, les malades s’étaient eux-mêmes
traités par des purgatifs et de la quinine, et un seul d’entre eux
avait fait appel au médecin- Il ne nous parut pas moins qu’il
fallait voir là les premières manifestations bénignes précédant
ordinairement les cas graves de typhus amaril. Le chef de poste
et les chefs indigènes, de leur côté, nous apprenaient que, depuis
quelques jours, la population noire présentait une morbidité anor¬
male. Quelques décès même, frappant surtout des enfants ou des
adolescents, s’étaient produits avec une brusquerie et des symp¬
tômes suspects. Enfin, le soir de ce même jour, nous apprenions
que deux voyageurs européens partis la veille, l’un d’Abomey
— 65o —
où il résidait, l’autre de Bohicon où il venait simplement de pas¬
ser quelques jours, avaient présenté, en arrivant à Cotonou, des
symptômes si graves qu’ils avaient dû être hospitalisés et isolés.
Disons, en passant, à ce propos, que l’alarme avait déjà été don¬
née à Cotonou tant par le décès qui s’y était produit que par nos
communications. L’ensemble de ces faits ne pouvait évidemment
permettre à personne de repousser plus longtemps la notion d’épi¬
démie et l’existence d’un foyer déjà accusé à Bohicon et Abomey.
Lutte contre V épidémie. — Dès ce moment un triple devoir
s’imposait donc à nous.
i° Circonscrire le mal par l’isolement de Bohicon;
2° Essayer de l'enrayer le plus rapidement possible;
3° Nous efforcer d’en empêcher le retour en assainissant la
localité contaminée.
Le premier de ces desiderata était évidemment aussi le plus
urgent à réaliser. Nous n’eûmes heureusement aucune peine à
faire partager notre conviction à M. Giscard, administrateur du
Cercle d’Abomey, auprès duquel nous trouvâmes toujours, nous
sommes heureux de le dire publiquement, le concours le plus
large, le plus éclairé et le plus courageux. De concert avec lui,
nous prîmes donc d’urgence les trois mesures qui nous semblaient
les plus propres à circonscrire et à enrayer l’épidémie.
I. Isolement de Bohicon. — i° Interdiction de tout départ par
le train descendant ce midi à Cotonou, ou plutôt sa limitation aux
seules personnes susceptibles de recevoir un passe-port sanitaire
et d’être signalées comme telles, à l’arrivée- Quelques gardes
civils, se rendant au chef-lieu, et le personnel du convoi furent
les seuls bénéficiaires de cette exception.
2° Formation, au moyen des quelques gardes dont nous dis¬
posions, d’une ébauche de cordon sanitaire, destiné à enrayer tout
au moins les gros mouvements d’exode de la population indigène
que l’inquiétude gagnait et dont nous redoutions la dissémi¬
nation.
En même temps que nous rendions compte de ces mesures,
dont l’urgence nous avait imposé l 'initiative, nous demandions
la mise en quarantaine de la circonscription Abomey-Bohicon,
des forces de police pour la rendre plus effective et enfin des cré¬
dits et des pouvoirs, pour faire face aux travaux d’assainissement
les plus urgents.
Conformément à nos demandes, la circonscription Bohicon-
65 1
Abomey était officiellement déclarée « suspecte » le 8 juin. Et
un nouveau décès, survenu le 12, quelques heures avant l’arrivée
à Bohicon du gouverneur de la Colonie et du Chef du service de
Santé, en permettant à ce dernier de vérifier « de visu » la pleine
exactitude de notre diagnostic, entraînait la déclaration officielle
de « contamination » à la date du 15. En réalité, grâce à la doci¬
lité des indigènes et à la grande bonne volonté des Européens,
l’isolement absolu de Bohicon était réalisé dès le 10.
IL Extinction de l'épidémie existante. — En même temps que
nous prenions les mesures de sécurité générale, nous avions le
devoir d’enrayer l’épidémie existante et tout d’abord de sous¬
traire les Européens encore indemnes, au danger de la contagion.
Le moyen le plus rapide et le plus efficace était de leur en faire
évacuer immédiatement le foyer.
III. Evacuation de Bohicon. — Nous n’eûmes pas de peine à
convaincre les intéressés et leur exode dans la brousse environ¬
nante, commencé le 8 au matin, était, à une exception près, ter¬
miné le 10. Voici dans quelles conditions s’effectua cette opéra¬
tion. Les exilés volontaires avaient le choix de leur retraite, pourvu
qu’elle fût comprise dans la zone que l’état de santé de sa popula¬
tion nous faisait considérer comme indemne, quoique environ¬
nant Bohicon. Ils devaient ne pas former de groupement excé¬
dant 4 personnes et s’interdire toute communication tant avec les
lieux contaminés qu’avec les lieux réputés sains, tout particuliè¬
rement ceux habités par d’autres Européens. Enfin, il était con¬
venu qu’ils évacueraient sans retard sur Bohicon, après l’avoir
préalablement isolé sous une moustiquaire bien close, celui d’en¬
tre eux qui présenterait des symptômes fébriles, différant de l’ac¬
cès paludéen classique- Deux chambres d’isolement étaient pré¬
parées dans cette éventualité à Bohicon, qui, fort heureusement,
ne servirent qu’au médecin resté sur les lieux. Cette mesure avait
en outre l’avantage de faire effectuer, sous notre surveillance, à
ceux qui en étaient l’objet, la quarantaine d’observation légale,
nécessaire à l’obtention de la libre pratique. Elle compléta la série
des mesures dites « d’urgence ». En ce qui concernait les indigè¬
nes nous pouvions espérer l’extinction rapide de l’épidémie faute
de nouveaux aliments, car il était à supposer, dès le 12 juin, que
la totalité de la population sensible au virus, avait déjà été atteinte.
Nos espérances en l’efficacité du cordon sanitaire, furent justi-
— 632
fiées: après avoir atteint son paroxysme du io au 12 juin, l’épi¬
démie s’éteignit brusquement et complètement.
IV. Assainissement de Bohicon. — Nous n’avions naturelle¬
ment pas attendu ces résultats pour entreprendre cette œuvre..
Dès l’obtention des crédits demandés, nous nous v étions adonnés,
avec ardeur, nous proposant pour cela deux tâches:
i° Détruire les moustiques adultes et principalement les Stégo-
myias ;
20 Empêcher la reproductipn de ceux qui échapperaient à la
destruction.
i° Destruction des moustiques adultes. — Cette destruction fut
tentée, sinon assurée, par la désinfection méthodique de tous
les immeubles contaminés d’abord, de tous les immeubles sans
exception ensuite, et par l’emploi judicieux des pièges portatifs-
et des trous pièges de Blin.
.Si l’inefficacité presque absolue de ces derniers procédés nous,
surprit, par contre la disposition des lieux ne nous avait jamais
permis de nous faire beaucoup d’illusions sur les résultats de nos
désinfections. Les immeubles européens, avec leurs vérandahs
largement ouvertes, communiquant par l’entrevous des toitures
avec des galetas ou des magasins sans plafond, s’y prêtaient fort
mal ; quant aux hangars de paillottes et aux cases indigènes
constituant les dépendances, ils ne s’y prêtaient pas du tout. Nous
ne procédâmes pas moins soigneusement à de larges fumigations
de tous les immeubles (après en avoir aveuglé, de notre mieux,
les ouvertures), d’abord au moyen de soufre ou de tabac, puis, plus
tard, au moyen de formol, sur l’efficacité duquel nous savons-
maintenant qu’il ne fallait pas compter. Quoi qu’il en soit, nous
devons convenir que le résultat de toutes ces manœuvres fut bien
maigre. Les recherches auxquelles nous nous livrâmes pour les
contrôler nous montrèrent en effet la survie de trop nombreux
moustiques, parmi lesquels les Stegomyias restaient représentés
dans la forte proportion de 55 %•
Il ne fallait donc plus compter, pour débarrasser Bohicon de
ces hôtes dangereux, que sur l’œuvre destructive du temps- La
longévité moyenne des Stégomyias étant généralement estimée à
2 mois et les derniers cas connus de maladie remontant au
10 juin, fallait-il donc faire prolonger, jusqu’au 10 septembre,
1 -interdit qui pesait déjà si lourdement sur Bohicon ?
653 —
La connaissance des mœurs des Stégomyias et l’expérience pré¬
cédemment réalisée avec un plein succès à Bamako, par Bouf-
fard, rendaient inutile une semblable exigence. Nous nous con¬
tentâmes donc de demander que, jusqu’au io septembre, les
Européens réintégrant Bohicon, au terme de la période légale
d’isolement, fussent invités, dans leur propre intérêt, à évacuer
la localité tous les soirs à 5 heures, pour n’y rentrer que le lende¬
main matin à 8 heures. Cette proposition, n’ayant soulevé aucune
objection, fut adoptée. Le médecin-major Bouet, spécialiste eu.
matière de fièvre jaune, venu peu après en mission d’hygiène au
Dahomey, la jugea, du reste, encore trop rigoureuse et la fit rap¬
porter à la date du Ier août.
20 Lutte contre la reproduction des moustiques. — L’insuffi¬
sance notoire de notre œuvre de destruction, rendait plus impé¬
rieuse encore cette partie de notre tâche, laquelle se résumait en
ceci : la suppression des gîtes à larves.
De par la constitution superficielle de son sol, la circonscrip¬
tion de Bohicon-Abomev ne se prête pas â la stagnation spon¬
tanée et prolongée des eaux de pluies. Comme, d’autre part, elle
ne peut se glorifier du moindre cours d’eau, il semblerait qu’elle
dût être une des régions les plus saines de la colonie. Malheureu¬
sement l’homme en a, inconsciemment, décidé autrement. C’est
que sous une épaisseur variable de terre perméable gît, en effet,
la couche argileuse connue dans le Dahomey sous le nom de
« terre de barre ». C’est elle qui constitue la matière première des
cases indigènes et de l’immense majorité des maisons européen¬
nes. Il n’est donc pas trop surprenant que les constructeurs, dans
le but de réduire l’effort ou les frais, aient eu l’idée de la prendre
à pied d’œuvre. Il en résulte que chaque case ou maison est flan¬
quée d’une grande fosse anfractueuse, parfois utilisée comme
citerne, mais plus souvent encore, surtout par les indigènes, com¬
me dépotoir. Il est évident qu’aux premières pluies ces fosses
devaient être transformées en autant de gîtes à larves et, par
suite de leur immédiate proximité avec les locaux habités, en
larves de Stégomyias. Nous nous sommes donc attachés à les faire
disparaître. Les plus petites de ces fosses ont été comblées par
des matériaux de drainage (détritus, produits de débroussement)
et recouvertes d’une épaisseur de terre perméable, suffisante pour
en assurer la parfaite netteté. Quant aux plus grandes, nous nous
sommes contentés de les aménager, en quelque sorte, en régula-
1
— 654 —
risant leur cavité et en creusant au point le plus déclive, un puits
collecteur- La perméabilité de ses parois, bien que lente, était
cependant suffisante pour assurer son épuisement en quelques
jours et, en tous cas, le pétrolage de sa surface était des plus
aisés. Mais bientôt même, un essai nous ayant montré que, pourvu
qu’ils fussent suffisamment profonds, ces puits pouvaient, sans
inconvénient, être eux aussi emplis de matériaux de drainage et
recouverts de terre perméable, cette méthode fut généralisée et
désormais toute surveillance devint inutile.
Restait à s’attaquer aux récipients, de volume et de nature si
diverses, assurant aux habitants la réserve d’eau potable, néces¬
saire à la vie et aux usages domestiques.
Bohicon et Abomey ne possédant chacun que deux puits pro¬
fonds de 60 à 80 mètres, et dont un seulement (à Abomey) est
muni d’une pompe à godets, il était impossible, à raison des be¬
soins de la population et de la lenteur du puisage, de songer à
supprimer les réserves d’eau. Il fallait donc les rendre inoffen¬
sives. Au premier rang de ces récipients dangereux il convient
de placer les citernes, dont sont flanquées toutes les maisons euro¬
péennes. Pour la plupart insuffisamment protégées par une cou¬
verture de planches ou de tôles mal jointes, percée d’une trappe,
que les fréquents besoins du puisage laissaient toujours ouverte,
ces citernes étaient aussi dangereuses que les fosses dont nous
venons de parler. Il était facile de porter remède aux imperfec¬
tions de la couverture, mais comment remédier, à défaut de pom¬
pes aspirantes, dont la commande ne pouvait être évidemment
satisfaite qu’après un temps assez long, comment, disons-nous,
remédier immédiatement au danger permanent des trappes de
puisage ? Nous avons imaginé pour cela le dispositif de fortune
suivant :
Un cadre de bois, s’adaptant à l’ouverture de la trappe, main¬
tient la béance d’un sac de toile de diamètre au moins égal à cette
ouverture et de longueur égale à la profondeur de la citerne. Du
lest en assurant la complète immersion, le puisage peut se faire
aisément dans la cavité de ce sac. Or, comme, grâce à ce dispo¬
sitif, cette cavité est la seule qui soit exposée à la visite des mousti¬
ques, il suffira pour y remédier, de retirer ce sac toutes les semai¬
nes et de l’immerger quelques instants dans une bassine d’eau
bouillante. On assurera ainsi aisément la destruction des œufs
pondus ou des larves déjà écloses, pourvu évidemment que la tra-
— 655 —
me du tissu soit assez serrée pour les avoir retenus. Le tissu
dénommé « régencia » ou même la simple toile d’emballage répon¬
dent parfaitement à ces exigences. Le fonctionnement de ce sys¬
tème, qui ne saurait pourtant être qu’un système de fortune, nous
donna toutes satisfactions.
Après les citernes, les récipients les plus utilisés, surtout par
les indigènes, consistaient en ces grandes jarres de terre cuite,
dont la fabrication est une des spécialités de la région. Il nous
parut que l’usage pouvait en être continué, à condition que la fer¬
meture de ces jarres fût assurée, comme celle d’un pot de confi¬
ture, au moyen d’une taie de tissu, assujettie par un lien sous le
rebord de l'ouverture et que, dans chaque case, seule la jarre ser¬
vant aux besoins du jour pût être découverte. La rapidité de son
épuisement nous assurait contre le danger qu’elle eût pu présenter.
C’était la tâche des agents de l’hygiène de s’assurer de la stricte
exécution de ces mesures dont la garantie était périodiquement
donnée par la recherche des larves- Et ce n’était point seule¬
ment sur les jarres découvertes que cette recherche devait s’exer¬
cer, car l’expérience nous avait souvent montré que les mieux
protégées pouvaient contenir des œufs, des larves, voire même des
moustiques, déjà éclos et n’attendant que leur libération pour
s’envoler.
Cela pouvait provenir de 3 causes:
a) Une fraude: la jarre polluée n’avait été couverte, pour les
besoins de la cause, qu’à l’approche de la brigade d’hygiène, ou
tout au moins un temps assez long après son emplissage.
b) Une négligence: la jarre épuisée n’avait pas été suffisam¬
ment vidangée avant d’être à nouveau remplie et son culot avait
pollué toute la masse liquide.
c ) Une souillure originelle de l’eau d’approvisionnement. Il
suffisait de n’emplir la jarre qu’après l’avoir préalablement cou¬
verte de sa taie de tissu, déprimée dans la cavité en forme d’en¬
tonnoir, pour que le filtrage ainsi réalisé réduisît à néant cette
cause de souillure. Quand les gardes et les intéressés en furent
instruits, aucune excuse ne fut plus admise. Toute jarre conte¬
nant des larves devait être impitoyablement renversée ou même
brisée, et, en cas de récidive, son propriétaire était passible des
sanctions pénales prévues.
Il en était évidemment de même des récipients de rebut, débris
de poterie, ou boîtes de conserve, qui ne devaient pas plus être
- 656 —
tolérés dans une habitation qu’à ses abords. L’exécution de ces
dernières prescriptions nécessite, avec une instruction très poussée
du personnel de surveillance, une éducation de la population qui
n’était évidemment pas suffisamment avancée, quelque soin que
nous y ayons mis, pour que nous n’eussions eu de nombreuses
contraventions à réprimer, jusqu’à la fin de notre séjour à Bo-
hicon.
Avec l’autorisation de l’administrateur chef de Cercle, nous
convertissions les pénalités prononcées en journées de corvée,
qui avaient le double avantage de parfaire l’éducation des délin¬
quants et de nous assurer, sans frais, un supplément de main-
d’œuvre appréciable. C’est grâce à elle mais surtout à l’heureuse
idée qu’eut le commandant de cercle d’autoriser les indigènes à
étendre leurs cultures jusqu’aux abords immédiats des habita¬
tions européennes, que nous pûmes compléter notre œuvre, en
réfectionnant partiellement la voirie de la localité et en dégageant
largement ses abords de la brousse dense qui l’enserrait. Les
cultures indigènes bouleversant peu profondément le sol devaient,
nous sembla-t-il, améliorer sa perméabilité et elles nous valaient
au moins, par ailleurs, un débroussement bi-annuel assuré.
Conclusions. — Les diverses mesures de défense que nous ve¬
nons de vous exposer eurent un résultat immédiat. Leur mise en
œuvre, à la date du 7 juin, fut à la vérité suivie d’un troisième
décès d’Européen, mais l’atteinte à laquelle il succomba avait
débuté à cette même date et elle fut la dernière. Chez les indi¬
gènes l’état sanitaire s’améliora, parallèlement, avec une égale
rapidité et redevint normal, peu après le 12 juin.
Notre méthode de défense, qui a surtout consisté à éteindre
l’épidémie par manque d’aliments, a donc parafaitement rempli
son but-
Elle eût pu l’atteindre plus rapidement par l’emploi des moyens
de désinfection maintenant connus, mais non plus efficacement.
Il appartient désormais au service d’hygiène, qui a été réguliè¬
rement organisé, après notre départ, d’achever l’œuvre que nous
n’avons pu qu’amorcer et de mettre ainsi définitivement Bohicon
à l’abri d’une nouvelle épidémie.
- 657 -
Foyer de Mélitococcie en Corse
Par Marcel LEGER et Ch. DOMINiCI-URBANI.
Une épidémie de Fièvre de Malte sévit depuis une dizaine de
mois dans les cantons du nord de la Corse. La maladie qui a été pré¬
cédée et est accompagnée d’une épizootie sur les chèvres, a en¬
traîné une morbidité relativement élevée et causé quelques décès.
Des cas sporadiques de Fièvre de Malte ont déjà été signalés
en Corse. En décembre 1910, du BoÜrguet (i), médecin-chef de
l’hôpital militaire, a rapporté à la Société de Médecine militaire
française, l’histoire succincte de 6 adultes de la région d’Ajaccio,
présentant les symptômes cliniques de la mélitococcie. Dans
4 cas, la séro-réaction, pratiquée à Marseille, fut positive aux
taux de 1 p. 5, 1 p. 20, 1 p. 100 (deux fois).
Nous croyons utile de relater les observations que nous avons
faites et les résultats de l’enquête que nous avons menée sur
place. L’importance de ce foyer de Fièvre de Malte mérite qu’on
y prête attention- Des mesures sévères devront être prises pour
enrayer la propagation de la maladie.
La région infestée, à l'extrémité septentrionale du cap Corse,
est une des parties les plus riches de toute l’île, grâce à la variété
de ses cultures et à l’industrie de ses habitants. Elle exporte dans
tout le département, et en particulier à Bastia, du lait, du fromage
frais et du « broccio ou bruccio », sorte de fromage local à la
réputation méritée.
La Commission médicale anglaise pour l’étude de la Fièvre de
Malte a démontré le danger du lait de chèvre consommé cru. Les
fromages de chèvres ou de brebis infectées peuvent aussi trans¬
porter le germe de la maladie. Simond, Thibault et Brun (2) ont
retrouvé le Micrococcus melitensis jusqu’au cinquième jour, dans
du Saint-Marcellin et du Roquefort. Darbois (3) a vu survivre
le microbe pendant trois semaines dans du fromage fabriqué avec
(1) nu Bourguet, Bull. Soc. Méd. mil franç.', ier déc. 1910, p. 532 et
Bull. Soc. Path. exot., 1910, p. 773.
(2) Simond, Thibault et Brun, VIe Congrès AU. Ilyg. soc., Marseille, oct.
1910.
(3) Darbois, C. R. Soc. Biol., t. LXX, 1911, p. 102.
658 —
du lait contaminé. A notre avis, le bruccio peut également êtro
dangereux. Certes il est fabriqué avec du lait de chèvre que l’on
fait bouillir à petit feu, après l’avoir additionné d’une certaine
quantité de petit lait et d’eau. Mais, lorsqu’il n’est pas consommé
de suite, il tend à se dessécher et, pour le rendre plus moelleux,
les marchands ajoutent, au moment de la vente, une nouvelle
quantité de lait, cette fois cru. D’ailleurs, le bruccio peut être
souillé par les germes pathogènes dans les manipulations après la
cuisson. Les bergers, qui fabriquent eux-mêmes ce produit, né¬
gligent le plus souvent de se ,1a ver les mains après avoir effectué
la traite de leurs animaux.
L’épidémie de Fièvre de Malte que nous avons observée a
éclaté presque simultanément dans les trois communes les plus
septentrionales de l’île, Ersa, Rogliano, Centuri, et a gagné Tor-
nino, la commune voisine du côté oriental. Toutes ces communes
échelonnent leurs nombreux hameaux du bord de la mer au som¬
met des coteaux, sur les contreforts verdoyants du massif monta¬
gneux formant l’axe du cap Corse.
Nous résumons succinctement les particularités cliniques pré¬
sentées par les 26 malades que nous avons eus à soigner, 11 d’en¬
tre eux étaient de Ersa (hameaux de: Granaggiolo 6, Botticella 2,
Piazza 1, Rota 1, Poggio 1), 10 de Rogliano (hameaux de Betto-
lacce 2, Magna Sottana 1, Olivo 3, Quercioli 2, Maccinaggio 2),
4 de Centuri (hameaux de Caméra 1, Cannelle 1, Port 2), 1 de To¬
it i no.
Les femmes ont été atteintes dans une proportion beaucoup plus forte que
les hommes : 18 sur 26 cas observés.
Nous avons relevé 3 types bien différents de réaction fébrile :
a) Dans le premier (5 cas), la courbe forme un large plateau d’une durée
moyenne de 40 à 50 jours. La température oscille généralement entre 390 et
390, 5. La chute se fait en lysis. La guérison des malades est d’ordinaire ra¬
pide.
b) Le deuxième type (5 cas) est rémittent. Les exacerbations vespérales,
plus ou moins violentes, durent de nombreux mois. La rémission matinale est
parfois presque complète. Les malades réagissant de cette façon ont fréquem¬
ment des manifestations pulmonaires ou pleurales et en imposent pour des
tuberculeux au début.
c ) Le troisième type (16 cas) est le type ondulatoire, considéré comme carac¬
téristique de la fièvre de Malte. Les vagues thermiques sont de durée très
variable ainsi que les périodes d’apyrexie.
Les douleurs articulaires ou musculaires ne sont pas un symptôme constant.
Six seulement de nos malades les ont ressenties. Elles apparaissent au début,
au cours ou à la période terminale de la maladie.
Les sueurs abondantes, parfois profuses, manquent rarement. La chiite
659 —
des cheveux et des poils est loin d’être rare. Les sujets atteints nous ont
signalé souvent une sensation désagréable de froid aux extrémités. L’hyper¬
trophie de la rate est fréquemment absente.
Trois fois nous avons noté un œdème marqué des pieds et des jambes, sans
aucune trace d’albumine dans les urines. Un des malades a présenté succes¬
sivement de la phlébite au niveau des deux membres inférieurs.
Nous avons noté aussi des lésions annexielles, de la mammite chez les
femmes, de l’orchite chez les sujets mâles.
Une fillette qui succomba à la Fièvre de Malte eût de la mastoïdite suppu¬
tée et présenta des symptômes ménin gitiques .
La séro-réaction chez nos malades du cap Corse a été pratiquée
à Bastia dans le laboratoire mis gracieusement à notre disposi¬
tion par M. Gentil, pharmacien. Le sang était recueilli dans des
petits tubes de 6 mm. environ de diamètre par piqûre du lobule
de l’oreille au moyen d’un vaccinostyle : une vingtaine de gouttes
étaient toujours soustraites avec la plus grande facilité. Le’s sérums
obtenus étaient clairs; la centrifugation n’en fut pas nécessaire.
Les agglutinines normales, ayant parfois un pouvoir variable suivant la
race de Micrococcus melitensis employée, pour nous mettre à l’abri des résul¬
tats contradictoires obtenus par certains auteurs, Nègre et Raynaud (i),
L. Manceaux (2), par exemple, nous avons expérimenté avec trois échantil¬
lons différents du microcoque.
a) Micrococcus melitensis de l’Institut Pasteur, aimablement envoyé au
mois de juillet, par le Dr Legroux. Conservée sur gélose, la culture était tuée
au moment de l’emploi par les vapeurs de formol et servait à préparer une
émulsion lactescente par le procédé Nicolle, en agitant simplement le tube
dans lequel quelques centimètres cubes d’eau salée à 7 p. 1.000 étaient ajoutés.
b) Cultures tuées, préparées d’avance par la maison Poulenc de Paris. Cette
émulsion est très chargée en corps microbiens ; elle est fortement trouble
après agitation ; au repos, il se forme un dépôt assez abondant dont il con¬
vient de tenir compte dans l’interprétation des résultats. Dès la 5e heure,
même à des taux de 1 p. 200, l’agglutination macroscopique est apparente.
Le dépôt spontané est facile à distinguer de l’agglutinat proprement dit :
dans le premier cas, une simple agitation rend le mélange uniformément
trouble ; dans le second, les grumeaux caractéristiques restent compacts et
adhérents. Nous nous sommes très bien trouvés d’ajouter partie égale d’eau
distillée à l’émulsion Poulenc. Le liquide, beaucoup moins trouble, permet,
dans un temps aussi court, une constatation plus nette de l’agglutination :
le dépôt spontané devient à peu près nul et les résultats positifs sont plus ap¬
parents. La maison Poulenc a eu l’amabilité de nous répondre que sa race
de Micrococcus melitensis provenait de l’Institut Pasteur de Lille (envoi fait
par M. Calmette, en décembre 1911) et était entretenue par passages sur
gélose ordinaire.
c) Cultures tuées préparées par le Dr Gamel de Nîmes et contenues dans
une trousse très commode où l’on trouve tout le nécessaire pour la séro-réac¬
tion. Chaque tube contient 49 gouttes de liquide ; il suffit donc de laisser
(1) L. Nègre et M. Raynaud, C. R. Soc. Biol:, 27 avril 1912:
(2) L. Manceaux, C. R. Soc. Biol., 11 mai 1912.
— 66o —
•tomber une goutte du sérum suspect ou une goutte du mélange à parties éga¬
les de sérum et d’eau distillée pour avoir des dilutions à i p. 50 et i p. 100.
L’émulsion Gamel est trop peu chargée en corps microbiens. D’après le fabri¬
cant, les résultats doivent être constatés au bout de 24 heures seulement, ce
qui est un désagrément. De plus le précipité floconneux d’agglutination est
parfois si léger qu’il est difficile à apercevoir même sur fond noir. Nous igno¬
rons l’origine du Micrococcus melitensis employé par le Dr Gamel.
Nos résultats ont été relevés au bout de 4 à 5 heures, puis au
bout de 18 à 20 heures; ils ont toujours été concordants.
Nous avons opéré à la température du laboratoire (22 à 26 de¬
grés environ) et à des taux de dilution de 1 p. 50 et 1 p- 100,
exceptionnellement à 1 p. 200. La réaction a été parfois para¬
doxale, la dilution la plus étendue donnant l’agglutination la plus
manifeste.
Dans deux cas où le diagnostic clinique de Fièvre de Malte
nous a paru pouvoir être porté, la séro-réaction fut négative sans
que nous puissions l’expliquer. Nous n’avons pu réexaminer le
sang de ces malades, qui s’y sont opposés.
Nous avons souvent vérifié au microscope l’agglutination ou
la non-agglutination constatées macroscopiquement. Les résul¬
tats ont toujours été du même ordre.
Le tableau suivant résume nos expériences de séro-réactions
malteuses. Les races de Micrococcus melitensis employées sont
désignées sous les abréviations IP (culture vivante Institut Pas¬
teur), P (culture tuée Poulenc) et G (culture tuée Gamel).
L’apparition simultanée de cas de Fièvre de Malte dans des
hameaux isolés, disséminés sur une étendue de plus de 25 kilo¬
mètres, sans communication fréquente les uns avec les autres,
surprend au premier abord. Notre enquête nous a permis d’en
trouver l’explication.
En Corse, il est presque de règle, parmi les paysans et les
petits propriétaires, de confier leurs animaux à des bergers durant
une partie de l’année. Ces bergers, à la tête de troupeaux comp¬
tant 200 à 300 têtes, montent sur les hauteurs à l’apparition des
chaleurs, les bêtes ne trouvant plus dans la plaine la pâture suf¬
fisante. Cette réunion de chèvres, moutons ou brebis, provenant
de localités diverses, est éminemment propice à la propagation des
maladies infectieuses.
A un seul berger échoit la surveillance, pendant les mois d’été,
des chèvres des 7 hameaux de Ersa. Au commencement de juin,
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le pâtre adjoint à ses propres bêtes celles de la presqu 'unanimité
des habitants de la commune. Il émigre plus ou moins loin et ne
regagne Ersa que vers la fin d’octobre- Les chèvres, qui ont mis
bas ou sont sur le point de le faire, sont rendues à leurs proprié¬
taires. Ceux-ci les logent dans de petites étables attenantes aux
maisons d’habitation. Les animaux sont alors en contact plus ou
moins intime avec les paysans, et il est fait grand usage de leur
lait en nature ou sous forme de fromages frais et de bruccio.
Nous nous sommes rendus à deux reprises, le 27 juillet et le
15 septembre, au lieu dit « Ca*ero », où les chèvres de la commune
de Lrsa sont parqués actuellement pendant la nuit. Le pâtre n’a
mis aucune difficulté à nous dire qu’il avait été surpris par le
grand nombre d’avortements survenus dans son troupeau durant
les derniers mois de l’année 1911. 50 pour 100 environ des chè¬
vres n’ont pas mené à terme leur grossesse. Beaucoup des ani¬
maux ont maigri de façon considérable. Certains ont eu des mam-
mites très longues à guérir. Quelques-uns ont boité.
Au moment de notre visite plusieurs chèvres sont encore amai¬
gries ; l’une présente de la kérato-conjonctivite. Le bouc du trou¬
peau est mal en train. Le chien de garde est souffreteux et extrê¬
mement maigre. 'Ces deux derniers animaux sont atteints de méli-
tococcie. Le berger lui-même est malade ; il est compris au nom¬
bre des malades dont nous avons parlé ; son sérum agglutine assez
fortement.
Nous avons prélevé du sang à 35 des 200 chèvres composant le troupeau de
Ersa. La séro-réaction a été faite dans les mêmes conditions que celle des
malades à des taux de 1 p. 50 ou de 1 p. 100.
Le sérum du chien de garde et du bouc du troupeau de Ersa, ainsi que celui
de la vache d’une de nos malades, ont agglutiné le Micrococcus melitensis
à 1 p. 100.
La commune de Rogliano opère comme celle de Ersa. Mais il
»
— 663 -
nous a été impossible d’en voir les deux troupeaux, qui sont dans
la montagne à 2 ou 3 journées de marche. D’après les rensei¬
gnements fournis, le nombre des avortements a atteint, en octo¬
bre et novembre 1911, une proportion inaccoutumée et les boite¬
ries ou les mammites ont été nombreuses- Les troupeaux de Ro-
gliano sont sans aucun doute aussi infectés que celui de Ersa.
*
* *
Dans la presque totalité des cas de Fièvre de Malte que nous
venons d’observer au Cap Corse, la contamination par les chè¬
vres infectées est absolument certaine. II ne semble pas cependant
qu’il se soit agi d’une épidémie « d’origine lactée », analogue à
celle qui a été si bien étudiée dans le département du Gard par
Aubert, Cantaloube et Thibault (i).
Les faits observés nous poussent à admettre que le contage
direct, pendant la traite, au niveau d’éraillures des mains, a été
plus fréquent que l’infection par ingestion de produits alimentai¬
res contenant le microcoque pathogène. LTn autre mode de trans¬
mission paraît être le transport à la bouche du germe infectieux
par les sujets négligeant absolument de se laver les mains après
avoir trait leurs chèvres.
En effet, la proportion des femmes atteintes a été élevée (70 /),
et on sait qu’aux femmes est surtout réservé le soin de recueillir
le lait. 5 des 8 hommes atteints remplissaient également cette
besogne. De plus, dans quelques familles, la Fièvre de Malte
a frappé uniquement celles qui s’occupaient de la traite. Enfin,
certains malades certifient n’avoir jamais consommé, pour des
motifs divers, de lait, de fromage frais ou de bruccio.
Trois fois, la contamination a été, à notre avis, certainement
t
interhumaine. Dans un cas, la porte d’entrée de l’infection nous
échappe totalement, si tant est que l’on puisse avoir une confiance
absolue dans les dires du malade.
Nous continuons notre enquête et espérons pouvoir apporter
ultérieurement quelques éclaircissements au sujet de l’importa¬
tion de la Fièvre de Malte dans le Nord de la Corse.
OBSERVATIONS
Commune de Ersa — Mme M... (hameau de Granaggiolo) 60 ans. La
(1) Aubert, Caxtaloubf. et Thibault. Annales Institut Pasteur, 1910,
t. XXIV, p. 376.
— 664 • —
maladie a commencé fin janvier 1912 par de la fièvre légère (37°>5 environ le
soir), et des douleurs articulaires et musculaires siégeant principalement dans
les membres inférieurs. Vers le 15 février, cessation complète des algies. La
température s’élève alors et la courbe thermique demeure nettement ondu¬
lante jusque dans la deuxième semaine d’août. Sueurs profuses pendant les.
premiers mois ; quelques frissons l’après-midi. Tachycardie. En août la ma¬
lade perd ses cheveux. Séro-réaction positive le 16 juillet. La malade a deux
chèvres dont une a avorté. Le sérum des deux animaux agglutine le mi-
crococcus melitensis (examen du 27 juillet).
IL Mme G... (hameau de Granaggiolo) 60 ans. Après une quinzaine de jours
de malaises, fièvre élevée à type ondulant accompagnée de sueurs abondan¬
tes, débutant le 15 février et ne cédant, malgré des essais médicamenteux
variés, que vers le 10 août. Quelques frissons l’après-midi. Pouls au-dessus
de 100. Elle perd ses cheveux abondamment en août. Séro-réaction positive
le 27 juillet. Des deux chèvres de la malade, l’une a avorté, a présenté de la'
mammite, a dû être abattue en mars. L’autre paraît bien portante ; le séro¬
diagnostic en est pourtant positif (examen du 27 juillet).
III. MUe G... (hameau de Granaggiolo) 20 ans ; fille de la précédente. Début
de l’affection fin février 1912 ; fièvre continue à exacerbation vespérale
(39°5). Quelques signes de bronchite qui disparaissent assez rapidement.
Pouls au-dessus de 100. La courbe thermique devient bientôt ondulante et
reste au-dessus de la normale jusque dans les premiers jours d’août. Sueurs
abondantes et frissons. En juillet la malade se plaint de douleurs articulaires
et perd ses cheveux. Séro-réaction positive le 16 juillet.
IV. Mme A... (hameau de Granaggiolo), 64 ans. Se plaint, fin mars 1912,
de malaises mal déterminés, de bronchite et de vagues douleurs ostéo-articu-
laires. La fièvre est élevée à partir du 30 avril. Elle présente depuis un cer¬
tain nombre d’ondes avec périodes d’apvrexie presque complète. Sueurs abon¬
dantes. Sensations de froid aux extrémités. Rate hypertrophiée. Œdème des
pieds. Absence totale d’albumine dans les urines. Pouls au-dessus de 100.
Elle perd ses cheveux depuis le 15 août. Séro-réaction positive le 16 juillet.
La malade a une chèvre en apparence saine, dont le sang agglutine le Mi-
crococcus Melitensis.
V. MUe B... (hameau de Granaggiolo), 38 ans. Se plaint de fièvres irrégu¬
lières depuis juin 1912. Sueurs abondantes. Frissons l’après-midi. La courbe
est ondulante avec de courtes périodes d’apyrexie. Pouls toujours au-dessus
de 100. Chute des cheveux depuis le 20 août. Séro-réaction positive te
20 août. Sa chèvre a avorté, a eu de la mammite. Le sang n’en a pu être
examiné, l’animal étant à la montagne.
VI. T. J... (hameau de Granaggiolo) 18 ans. A eu le 26 août 1912, brus¬
quement, une forte douleur dans la région précordiale avec angoisse. Tem¬
pérature 39°S. Depuis, ces crises se répètent à intervalles irréguliers. Il est
probable que le malade a traversé sans s’en apercevoir une période fébrile
plus ou moins longue. Séro-réaction positive le 16 septembre 1912. T. J... est
le berger dont nous avons examiné les chèvres
VIL Mme A... F... (hameau de Botticella) 40. ans: Malade depuis avril
1912. Fièvre ondulante avec périodes d’apyrexie assez longues. Sueurs abon¬
dantes. Frissons, sensations de froid aux extrémités. Pouls au-dessus de 100.
La dernière vague thermique a eu lieu mi-août. La malade perd actuelle¬
ment ses cheveux. Séro-réaction positive le 20 août.
VIII. S... D... (hameau de Botticella) 40 ans. En juin 1912, signes nets de
bronchite durant 5 à 6 jours, il persiste une toux opiniâtre par quintes. Pouls
à no. Le diagnostic de tuberculose 'pulmonaire est porté. Fièvre à forme
continue, sueurs abondantes, sensation de froid aux extrémités. Séro-réaction
positive le 16 juillet. La chèvre du malade a un sérum agglutinant (examen
du 20 août).
S..., qui est italien, va à Pise consulter le professeur Cavazzani qui fait
le diagnostic clinique de Fièvre de Malte et a l’amabilité de nous en aviser.
Le diagnostic est confirmé bactériologiquement à l’hôpital de Lucques
^(Italie).
IX. S. J... (hameau de Piazza), 15 ans. Malade depuis le 5 mai 1912. Fièvre
a forme continue, 390 le matin, 39°$ à 40° le soir. Pouls régulier à 120.
Sueurs abondantes la nuit. Pas de stupeur, pas de taches rosées, pas de gar¬
gouillements, pas d’épistaxis ; aucun trouble des fonctions digestives ou
respiratoires. Rate un peu grosse. La température se maintient élevée jusque
vers le 15 juin, puis chute en lysis et retour à la normale en huit ou dix
jours. Chüte des cheveux. Suppression des règles pendant la maladie.
X. V.. (hameau de Rota). Fièvre avec ondulations amples depuis le mois
de mars 1912. Période de rémission en juin et juillet. Pouls au-dessus de 100.
Sensation de froid aux extrémités. Les pieds, surtout le gauche, sont œdéma¬
teux. Pas d’albumine dans les urines. Orchite double. Toux fréquente, sans
aucun signe stéthoscopique pulmonaire. Rate assez volumineuse. Séro-réac¬
tion positive le 14 septembre.
XI. Mme B... (hameau de Poggio), 60 ans. Fièvre ondulante ayant débuté en
février 1912 ; sueurs abondantes, frissons l’après-midi. Douleurs articulaires
■et musculaires très fortes. Séro-réaction positive le 7 juillet.
Commune de Rogliano. — XII. Mme N... (hameau de Bettolace), 45 ans.
Début vers le 15 avril 1912. Courbe thermique en plateau (38° le matn, 390
environ le soir) pendant les mois d’avril, mai et juin. Chute en lysis en juillet.
Sueurs profuses. Sensation de froid aux exrémités. La malade perd ses che¬
veux. Séro-réaction positive le 7 juillet.
XIII. L... (hameau de Olivo), 62 ans. Fièvre avec ondes de durée varia¬
ble, du mois de mars 1912 au mois de juillet. Sueurs profuses. Frissons.
Rate un peu volumineuse. Séro-réaction positive le 7 juillet.
Ce malade certifie n’avoir jamais consommé de lait, de fromage ou de
« bruccio ». Il n’a pas de chèvre chez lui. Il n’a pas fréquenté de sujets
atteints de fièvre.
XIV. Mme P... (hameau de Olivo), 25 ans. Alitée depuis fin avril 1912. La
température se maintient en plateau pendant 40 jours, de 390 à 40°, puis la
chute en lysis s’opère en 15 jours. Pouls à 120. Sueurs abondantes. Perte des
cheveux. Pas de stupeur ; pas de taches rosées, pas d’épistaxis, pas de gar¬
gouillements dans les fosses iliaques. Légère hypertrophie de la rate. Séro-
réaction négative le 16 juillet. Le diagnostic clinique de Fièvre de Malte
peut pourtant être porté, d’autant plus que Mme P... contamine deux de ses
parentes et son mari. Un nouveau prélèvement de sang a été formellement
refusé par la malade.
XV. Mme B... (hameau de Quercioli), 40 ans. Fièvre à forme ondulatoire
(maximum 39°5) depuis mai 1912. Sueurs profuses. Frissons fréquents. Pouls
à 100. Douleurs articulaires et musculaires vagues. Chute des cheveux. Séro-
réaction positive le 7 juillet .
XVI. MIle B., (hameau de Quercioli), 12 ans. Est tombée malade en même
temps que sa tante (obs. précédente). Fièvre continue oscillant le soir autour
■de 390. Pouls à 100. Le 21 juillet, l’enfant présente des symptômes méningés.
— 606 —
Température = 40°. Pouls à 130. Le 27, on note de la mastoïdite à droite.
Le 28, la fillette meurt. Séro-réaction positive le 16 juillet.
M°>e et MUe B..., qui habitent ensemble, n’avaient pas de chèvres chez elles
et ne consommaient ni lait ni fromages frais. Elles se seraient contaminées
en soignant leur parente Mme P... (obs. XIV) .
XVII. P... (hameau de Olivo), 36 ans. Se plaint de malaises mal définis
depuis juillet 1912 et a beaucoup maigri. Mis en observation, on constate une
température élevée (38° le matin, 390 le soir). A dû se contaminer auprès de
sa femme (obs. XIV), car ne consomme pas de lait.
XVIII. M... (hameau de Magna Sottana), 35 ans. Malaises depuis la mi-
février. Sueurs nocturnes profuses. Courbe thermique en plateau jusque
vers le 20 avril, puis chute en lysis et retour à la normale. A perdu beau¬
coup de cheveux. *
XIX. L... (hameau de Macinaggio), 30 ans. Fièvre avec vagues thermi¬
ques de mars à août 1912. Sueurs profuses. La séro-réaction n’a pu être faite.
XX. M... (hameau de Macinaggio), 38 ans. Fièvre continue avec légères
rémissions matutinales depuis le 2 avril 1912. Chute en lysis à partir du
20 mai. Le 20 juin, brusque douleur hépatique avec vomissements, sans éléva¬
tion thermique. Le lendemain, quelques crachats sanguinolents. Le 24 juin,
phlébite de la jambe gauche ; le 2 juillet, phlébite de la jambe droite, évoluant
sans fièvre. Bien que la séro-réaction ait été négative le 16 juillet, nous
pensons qu’il s’agit de Fièvre de Malte.
XXL Mlle P... (hameau de Bettolace), 27 ans. Pleurésie gauche avec épan¬
chement pendant l’été 1911. Fièvre ondulante à très amples ondulations.
Sueurs abondantes. Apyrexie en décembre et janvier. Reprise de la fièvre en
février. Léger épanchement à droite. Tuméfactions dans l’abdomen à droite
et à gauche pouvant être rattachées à des lésions d’annexite ou de péri-
annexite. Très irrégulièrement réglée. La fièvre persiste encore. Séro-réac¬
tion positive le 16 septembre.
Commune de Centuri. — XXII. Mlle S... (hameau de Caméra), 23 ans.
Début à grand fracas fin mars 1912 par de la fièvre, 390, des vomissements,
et de fortes douleurs abdominales avec maximum au point de Mac Burney,
Le diagnostic d’appendicite semble s’imposer. Tout rentre dans l’ordre les
jours suivants. Bientôt surviennent successivement, à 8 jours d’intervalle,
des épanchements pleurétiques à droite, puis à gauche. Le ventre redevient
douloureux : on perçoit irrégulièrement disséminées de petites masses indu¬
rées. On pense alors à une pleurésie droite avec péritonite tuberculeuse à
forme fibro-caséeuse. La température reste élevée. Peu après se montre une
éruption urticarienne principalement sur le thorax.
Dès le début de son infection, la malade n’est plus réglée ; elle a des
sueurs nocturnes très abondantes, des frissons l’après-midi, des douleurs
vagues dans les membres inférieurs. Peu à peu les épanchements se résor¬
bent. L’abdomen reste douloureux. Les petites masses indurées signalées
plus haut disparaissent ; seule persiste la tumeur constatée dans la fosse
iliaque droite et qui semble pouvoir être rapportée à une lésion des annexes.
La fièvre, à trois reprises, a progressivement diminué, mais sans jamais
disparaître. Actuellement elle oscille entre 370 et 37°5 le soir. Le pouls reste
fréquent. La malade perd ses cheveux en abondance. Séro-réaction positive
le. 20 août. Ophtalmo-réaction à la tuberculine positive le 12 septembre.
La malade consommait beaucoup de fromages frais et parfois du lait non
bouilli, achetés chez une marchande des environs possédant trois chèvres.
De celles-ci l’une a avorté, a eu de la mammite et est morte ; la seconde a eu
— 667 —
également de la mammite ; la troisième paraît saine. Les animaux vivants
sont maintenant à la montagne.
XXIII. Mlle X... (hameau de Cannelle), 25 ans. Malade depuis le mois de
mai 1911. A présenté en même temps que de la fièvre continue à exacerbation
vespérale des signes de congestion du sommet droit qui ont fait croire à de
la tuberculose pulmonaire En janvier, février et mars 1912, crises hystérifor-
mes au moment des menstrues. Pas de fièvre de décembre 191 1 à juillet
1912. La fièvre reprend alors et dure encore sans dépasser 38° le soir. Pouls
à 100. Chute des cheveux. Séro-réaction le 20 août i<)i2. Ophtalmo-réaction à
la tuberculine négative le 12 septembre.
La malade, qui boit souvent du lait cru de ses bêtes, avait deux vaches.
L’une, atteinte de mammite, et très amaigrie a été abattue en décembre
dernier. L’autre, qui paraît saine, a un sérum agglutinait le Micrococcus
melitensis .
XXIV. Mme P... (hameau du Port), 34 ans. Au début, congestion du som¬
met droit, puis, pendant deux mois, fièvre rémittente. Perte abondante des
cheveux.
XXV. Mme R... (hameau du Port), 63 ans. Mère de la précédente. Pleurésie
gauche en novembre 1911. Fièvre continue (390 le soir) jusqu’en mars 1912.
Après une trentaine de jours d’apyrexie, la fièvre se rallume ; elle dure
encore, mais n’atteint plus que 37°5 le soir. En août, chute abondante des
cheveux. Séro-réaction positive le 16 juillet.
Mme R... habite avec sa fille. Elles ont deux chèvres dont elles font jour¬
nellement la traite. De ces chèvres l’une a avorté, a boîté quelque temps, a eu
de la mammite. Les autres habitants de la maison, qui ont consommé le
même lait bouilli n’ont jamais été malades.
Commune de Tonino. — XXVI. Mlle A..., 20 ans. Début en mai 1912 par
de la fièvre et des symptômes de bronchite légère. Après une courte rémis¬
sion, la température, monte subitement à 40° et se maintient ensuite de 37°$
à 38° pendant deux mois sans aucun signe stéthoscopique pulmonaire: Pouls
au-dessus de 100. Douleurs abdominales vagues. Sueurs très abondantes.
Apyrexie pendant la première quinzaine de juillet, puis reprise de la fièvre.
Perte abondante des cheveux. Séro-réaction positive le 20 août. La chèvre
de la malade a un sérum agglutinant le Micrococcus melitensis.
Recherches expérimentales sur
la valeur du rôle que peuvent
jouer certains insectes hématophages
dans la transmission de la lèpre
Par A. LEBŒUF.
L’idée que la lèpre peut être transmise par la piqûre d’un insecte
hématophage date de longtemps déjà (Leloir, 1886) et cependant
il est peu de questions au sujet desquelles on ait émis autant
668 —
d’hypothèses en apportant aussi peu de preuves à leur appui.
Pendant des années les théories ont succédé aux théories ; de pe¬
tits faits d’observations isolées, uniques, de peu d’importance ou¬
vraient la porte aux vues les plus audacieuses, trop souvent même
on invoquait des raisons toutes de sentiment.
C’est seulement dans ces derniers temps que l’on est entré
dans la voie de l’expérimentation raisonnée et qu’un peu de clarté
est apparue dans ce chaos; aujourd’hui je viens joindre à ces re¬
cherches le modeste appoint de certaines constatations que j’ai été
à même de faire depuis mon- arrivée en Nouvelle-Calédonie-
L’étude de l’hypothèse de la transmission de la lèpre par les
insectes hématophages doit être abordée dans deux directions qui
veulent être suivies parallèlement et se fournir un mutuel con¬
trôle.
Il convient: i° D’examiner les relations qui peuvent exister
entre la distribution de la maladie par grandes zones ou par
foyers et la présence ou l’absence des insectes piqueurs incri¬
minés.
2° De rechercher par l’expérimentation à fixer la valeur du rôle
que peuvent jouer ces insectes comme vecteurs de virus.
Je reviendrai dans une communication ultérieure (car il est
encore quelques régions intéressantes de l’archipel calédonien que
je désire visiter en détail avant de donner mes conclusions défi¬
nitives) sur le détail des observations que j’ai faites dans le premier
ordre de recherches et sur les comparaisons qui s’imposent avec
celles d’autres auteurs qui se sont occupés de la même question
en Calédonie ou ailleurs. Je me contenterai pour le moment de
dire que, dans notre grande colonie du Pacifique, seuls, à mon
sens, pourraient être incriminés au point de vue épidémiologique:
i° Les Punaises;
2° Les Puces;
Néanmoins, comme ce sont les Arthropodes qui ont été le plus
vivement incriminés par le plus grand nombre d’auteurs, et aussi
par mesure de contrôle, j’ai estimé que les Moustiques devaient
également faire l’objet de recherches expérimentales serrées, ainsi
d’ailleurs que les Poux, bien que mes observations épidémiologi¬
ques réduisirent également leur rôle à néant.
Les recherches expérimentales sur la transmission par les insec¬
tes (quels qu’ils soient) auront toujours, en matière de lèpre, ce
point faible (et les esprits inquiets ne manqueront pas de le mettre
toujours en avant) que nous ne connaissons pas d’animaux
sensibles à la maladie et que, par suite, la vérification directe
par piqûre sur l’animal sensible, nous fait défaut.
Néanmoins j’estime, et ne suis pas le seul de mon avis, que
l’expérimentation indirecte a également son importance. Il est,
en effet, en matière de transmission par les insectes hématopha-
ges et en ce qui concerne les affections à virus visibles, un point
nettement établi jusqu’à présent: quand un de ces Arthropodes
transmet une de ces maladies, il peut être infecté expérimentale¬
ment par son virus et de telle manière que le fait puisse être
dûment constaté à l’examen microscopique.
Admettant, ce qui est fort légitime, ce principe pour la lèpre,
les questions à résoudre, dans le cas qui nous occupe, paraissent
d’emblée être les suivantes:
i° L’insecte étudié est-il susceptible de se charger de bacilles
de Hansen en piquant des lépreux? (je n’énumère pas, pour le
moment, les problèmes secondaires que comporte cette question,
ils se présenteront d’eux-mêmes au cours de l’étude qui va sui¬
vre).
2° Peut-il y avoir chez cet insecte développement du virus
absorbé ?
Tel est, dans ses très grandes lignes, le plan que j’ai suivi pour
l’étude des Culicides ( Stegomyia calopus et Culex sp ?), les mous¬
tiques de la sous-famille des Anophélines, si fréquents dans la
plupart des régions tropicales, n’existent pas dans l’archipel
calédonien, des Punaises ( Cimex lectularius), des Puces ( Pulex
irritans), et des Poux ( Pediculus capitis).
I. — Moustiques.
Je crois nécessaire de rappeler tout d’abord les données expéri¬
mentales publiées jusqu’à ce jour sur la question (je laisse ici de
côté volontairement, devant y revenir dans un autre mémoire,
tout ce qui touche à l’hypothèse ou à l’épidémiologie).
Arning (i) rapporte avoir examiné des centaines de mousti¬
ques pris sur des lépreux, mais sans avoir jamais trouvé de ba¬
cilles de la lèpre dans ces insectes.
Noc (2), un des partisans les plus convaincus de la transmission
(1) Baumgartens Jahresbericht, vol. 6, p. 247, 1890.
{2) Ann. d’Hyg. et de Médec. colon., 1903-1904.
— 670 —
de la lèpre par les moustiques, dit qu'à l’examen de plus de
150 Culex sp ? ayant piqué des lépreux atteints de lèpre grave, il
a rencontré des bacilles dans la moitié des cas, ce qui, selon cet
auteur, s’expliquerait facilement, étant donné que, dans une
goutte de sang prise au niveau d’un léprome, on trouve, en géné¬
ral, des bacilles caractéristiques.
Goodrüe (i), en 1906, annonça que lui et le P. Joseph, après
beaucoup d’échecs, avaient enfin pu trouver des bacilles de la
lèpre chez un Culex femelle.
Pour W. R. Brinckerhofiv (2), la seule façon dont les mousti¬
ques pourraient transmettre la lèpre, serait le dépôt par l’anus,
sur la peau de personnes saines, de bacilles ayant traversé sans
encombre son tube digstif. Il rappelle que Banks ( Philipp . J. of
Ss., vol. II, p. 528, 1907) a vu (et il l’a vérifié lui-même) que le
moustique, à un certain moment de la piqûre, projette par l’anus,
à une distance de 3 à 4 millimètres, une petite quantité d’un
liquide transparent-
Mathias Duqué (3) rapporte que le docteur Agramonte lui a
montré une préparation faite avec un moustique qui montrait des
bacilles lépreux, mais que, néanmoins, il ne croit pas que ces in¬
sectes puissent jouer un rôle dans la propagation de la lèpre.
Pour Mac Leod (4), le microbe n’a jamais été trouvé dans les
moustiques.
En Guyane, notre camarade Bourret (5) a étudié sans résul¬
tat 3 Stegomyia fasciatci provenant d’une maison de lépreux;
2 Culex, 2 Anopheles, et 2 Stegomyia disséqués de 50 minutes à
1 heure après la piqûre de nodules lépreux.
Donald H- Currie (6) examine 493 moustiques ayant piqué
sur 11 malades atteints de lèpre tuberculeuse et ce sans y trouver
le moindre bacille de Hansen. Il conclut de ses expériences que
<( les moustiques se nourrissant dans les conditions naturelles
prennent si rarement (si jamais cela leur arrive) des bacilles, qu’on
peut les éliminer comme agents ordinaires d’introduction du
bacille dans la peau des personnes saines; cet insecte, dit-il, n’a
aucune importance épidémiologique dans la lèpre. Dans l’ensem-
(1) Boston Méd. and. Surg. Jl., 1906.
(2) Public Health and Marine Hosp. Service U. S., 1908.
(3) Sanidad y Beneficencia, Habana, juin 1909, p. 384.
(4) Lancet, 21 août 1909.
(5) Lepra , vol. 8, p. 128, 1909.
(6) Public Health and Marine Hosp. Serv. U. S., sept. 1910.
ble, il est certain de ses résultats, car il n'y a pas dans le tube
digestif du moustique de substances capables d’altérer la morpho¬
logie du bacille spécifique, ainsi qu’il a pu s’en rendre compte
sur des insectes ayant sucé une suspension de bacilles lépreux
dans l’eau, et examinés au bout de 24 heures.
P. L. Simond a fait piquer Culex fatigans, Culex tœniorhyn-
chus, Culex confirmcitus et Stegomyia fasciata sur des lépromes
en activité, mais n’a pu constater aucun développement ultérieur
du bacille de Hansen chez ces insectes.
Rômer (1906) n’a jamais trouvé (1) de bacilles de Hansen dans
les Culicides.
Ehlers, Bourret et With (2) ont examiné 12 Stegomyia (7 par
frottis et 5 par coupes). Chez un de ces insectes, ils ont trouvé dans
le contenu stomacal étalé immédiatement après la piqûre un leuco¬
cyte mononucléaire parasité, et un petit amas bacillaire ainsi que
quelques éléments microbiens isolés-
T. Lindsay Sandes (3) dissèque 80 moustiques ayant piqué sur
une surface infiltrée de la face postérieure de l’avant-bras, l’un
d’entre eux contenait trois bacilles, acido-résistants.
Jetons un coup d’œil d’ensemble sur les travaux que nous ve¬
nons d’énumérer. Il est intéressant de constater dès l’abord que,
tandis que les auteurs qui procèdent par hypothèse (Leloir, Ash-
mead, Joly, Sommer, Scott, Chantemesse, Hallopeau, Blan¬
chard, J e anse lme, ce dernier estimant que la propagation de la
lèpre en Nouvelle-Calédonie est probablement favorisée par les
moustiques) se montrent presque tous (à part Hutchinson et
Smitt), favorables à l’idée de la transmission par les moustiques,
de constater, dis-je, que toutes les études expérimentales, à part
les examens de Noc, lui sont contraires.
Il est vrai que la plupart de ces expériences sont incomplètes, en
ce sens qu’elles ne spécifient pas si les malades ont été piqués
dans toutes les conditions qui peuvent se rencontrer dans la nature
(sauf en ce qui concerne celles de Bourret, Ehlers et With,
lesquels prennent bien soin de faire remarquer qu’ils n’ont pu
faire piquer aux moustiques du sang bacillifère de lépreux fébri¬
citants) ; malgré tout, et si diverses qu’aient pu être d’un mousti¬
que à l’autre les conditions d’expérimentation, des divergences
(1) Cité par Jeanselme, in Lepra, fasc. 3, 1912.
(2) Bull. Soc. Path. Exot., n° 4, p. 239, 1911.
(3) The mode of transmission of Leprosy. Lepra, fasc. 2, 1911.
— 672 —
de l’ordre de celles que l’on observe entre les résultats de Noc
et ceux des autres auteurs ne s’expliquent pas, surtout, quand on
met en présence d’un côté les 150 insectes de Noc, de l’autre les
493 moustiques de Donald Currie.
Voici les différents modes de recherches auxquels je me suis
livré, et les résultats que j’ai obtenus.
i° Examen de moustiques recueillis chez des lépreux.
Les moustiques ont été capturés dans une pièce à destination
de salle d’infirmerie renfermant 4 lépreux (lèpre complète, ou
incomplète variété tuberculeuse) très avancés et couverts de lé-
promes ou de zones d’infiltration. Il n’a été disséqué que des
moustiques ayant piqué, ce dont il était facile de se rendre compte
par simple examen externe.
La technique a été la suivante: étalement du contenu du tube
digestif sur une surface aussi réduite que possible, coloration
(après fixation à l’alcool flambant) au Ziehl à chaud pendant
2 minutes environ, décoloration à l’alcool nitrique (alcool à 70°,
99 parties acide azotique pur, 1 partie), recoloration très rapide
du fond au bleu de méthylène.
Des expériences comparatives faites tout d’abord avec du mu¬
cus nasal de lépreux ou des frottis de macules ou de lépromes, en¬
suite en mélangeant à du contenu stomacal de moustiques ayant
piqué des sujets sains des traces d’une suspension de bacilles
lépreux (lépromes bacillifères broyés) m’ont fait définitivement
rejeter pour ces sortes de travaux les acides minéraux simplement
dilués dans l’eau; on obtient avec l’alcool nitrique bien manié des
images beaucoup plus fines, plus nettes, différenciées à la per¬
fection ; en outre l’alcool nitrique a l’immense avantage de ne pas
décoller les minces pellicules sanguines obtenues sur lames avec
le contenu stomacal des insectes hématophages, ainsi que cela
se produit trop souvent (et je ne sais pourquoi, de préférence avec
les pellicules provenant de Punaises) quand on emploie les acides
minéraux simplement dilués dans l’eau.
18 moustiques ont été examinés suivant cette technique, soit:
12 Stegomyia Calopus ;
6 Culex sp ?
Pour chacun de ces insectes j’ai procédé avec une platine mo¬
bile à deux directions rectangulaires à l’examen systématique du
frottis fait avec leur contenu stomacal. Chez l’un d’eux, j’ai trouvé
— 673 —
/
seulement deux acido-résistants, présentant une analogie com¬
plète avec le bacille de Hansen.
20 Examens de moustiques ayant piqué expérimentalement
des lépromes.
Plusieurs malades (à température axillaire voisine de 370) ont
été utilisés pour ces expériences qui ont consisté à faire piquer
des Culicines sur des lépromes en pleine activité et toujours véri¬
fiés au préalable: je n’ai admis pour ces recherches que des néo¬
formations lépreuses renfermant des quantités prodigieuses de
bacilles.
J’ai seulement disséqué les moustiques qui avaient piqué à
fond, c’est-à-dire dont l’abdomen était parfaitement distendu par
son contenu sanguin; j’ai opéré tantôt avec des moustiques fe¬
melles nés au laboratoire, tantôt avec des moustiques femelles
capturés dans la nature. Beaucoup de ces insectes ont refusé de
piquer; j’ai pensé tout d’abord que c’était parce qu’ils se trou¬
vaient placés sur des lépromes ; mais sur des téguments sains on
compte également de nombreux insuccès. D’ailleurs, ce furent
presque toujours les individus nés au laboratoire qui se compor¬
tèrent de la sorte, les spécimens recueillis dans la nature piquant
toujours avec le minimum de difficultés-
Premier malade. — A servi à nourrir sur ses lépromes 10 Stegomyia calo-
pas, nés au laboratoire, dont le contenu stomacal a été étalé de 4 à 5 heures-
après la piqûre. — Chez aucun de ces insectes (examen systématique à la
platine mobile) je n’ai pu déceler d’acido-résistants.
Deuxième malade. — 7 Stegomyia calopus capturés dans la nature ont été
gorgés sur ses lépromes. — Tous ces insectes ont été disséqués 5 minutes
après la piqûre et les frottis examinés à la platine mobile : chez aucun d’eux
je n’ai trouvé d’acido-résistants.
Troisième malade. — 6 Cidex sp. recueillis dans la nature, ayant piqué
à fond les lépromes de ce sujet, sont disséqués chacun d’eux 5 minutes après
la piqûre ; les frottis sont examinés systématiquement : pas d’acido-résistants.
Quatrième malade — 5 Cidex sp., nés au laboratoire et gorgés à fond, sont
étudiés de 30 minutes à 3 heures après la piqûre. — Examen systématique des
frottis : dans l’un d’eux, exécuté une heure après la piqûre, j’ai trouvé, con¬
densés à peu près au même endroit, une douzaine de bacilles isolés et un
petit « globus ».
Avant de pousser plus loin cette étude, récapitulons les résul¬
tats de ces deux séries d’expériences et voyons quelles conclu¬
sions peuvent en être déduites. En somme j’ai un résultat positif
- 674 ~
sur 18 moustiques pris dans une chambre contenant 4 lépreux
tubéreux et un résultat positif sur 28 moustiques ayant piqué des
lépromes excessivement riches en bacilles.
Mais il convient de remarquer dès l’abord que des résultats
positifs de cette nature (en parfaite concordance avec ceux de
Arning, Goüdhue, Rômer, Bourret, Ehlers, Bourret et With,
Donald H. Currie et Lindsay Sandes) équivalent en fait à des
résultats négatifs; étant données les conditions maxima d’infec¬
tion dans lesquelles ont été faites les piqûres.
j’ai répété, et reconnu -exacte, l’expérience proposée par
Ehlers, Bourret et With et qui consiste à enfoncer une pipette
capillaire dans unléprome bacillifère, à opérer une aspiration, puis
à déposer sur une lame et à traiter la très faible quantité de liquide
ainsi obtenue: on y rencontre d’excessivement nombreux acido-
résistants, alors que l’on n’en trouve pas dans le moustique qui
vient de piquer ce même léprome.
Donc, de deux choses l’une, ou bien le moustique n’aspire pas
de bacilles de Hansen en piquant les lépromes, ou bien il existe
dans son sac stomacal une substance capable de les attaquer rapi¬
dement et de leur faire perdre leur acido-résistance. Dans le but
de vérifier cette dernière hypothèse Donald H. Currie a fait
sucer à des moustiques une suspension de bacilles lépreux dans
l’eau; il a tué ces insectes au bout de 24 heures et examiné le
contenu de leur tube digestif ; chez beaucoup d’entre eux il a
trouvé de nombreux bacilles lépreux en parfait état. J’ai répété
cette expérience, en employant une trituration de léprome dans
de l’eau sucrée, et les résultats que j’obtins furent du même ordre.
Il n’y a donc pas dans le tube digestif du moustique de substances
capables d’altérer la morphologie du bacille à bref délai.
Je me trouve ainsi amené à la même conclusion que Ehlers,
Bourret et With, et que Donald H. Currie; le moustique ne
paraît pas normalement apte à prendre de bacilles de Hansen
quand il pique les lépromes (si riches soient-ils en microbes) de
malades en dehors des périodes fébriles.
Le moustique, qui pique un tissu pour y prendre le sang néces¬
saire à sa nourriture, ne commence donc pas ies mouvements de
succion au moment où les stylets de la trompe pénètrent dans les
téguments- Une sensation tactile spéciale doit l’avertir au mo¬
ment où il pénètre dans un vaisseau sanguin, et c’est seulement
alors qu’il fait le vide dans le canal aspirateur formé par la réu¬
nion de l’épipharynx et de l’hypopharynx.
La pipette, par contre, si fine soit-elle, est aveugle : quand
nous arrêtons son mouvement de pénétration, elle se trouve en
plein tissu lépreux et l’aspiration ramènera forcément dans le
liquide obtenu une quantité de microbes proportionnelle à celle
qui existait dans le tissu ponctionné.
3° Moustiques ayant sucé du sang lépreux en période fébrile.
Mais, si le moustique ne paraît pas capable de s’infecter (au
vrai sens du terme) en piquant des lépromes, nous savons d’autre
part que le sang des lépreux en période fébrile renferme fréquem¬
ment des bacilles de Hansen généralement contenus à l’intérieur
de leucocytes mononucléaires- Il était donc absolument indiqué
de rechercher ce qui se passait quand des moustiques prenaient
leurs repas sur des lépreux réalisant de semblables conditions.
J’ai fait, à ce sujet, une seule série d’expériences en double par¬
tie, en me servant d’un lépreux en pleine période fébrile (tempé¬
rature axillaire, 39°,6) et dont le sang se montra bacillifère. Je
note ici, une fois pour toutes, que mes prises de vérifications de
sang se font toujours par simple piqûre sur peau absolument saine
en apparence, de façon à avoir du sang coulant spontanément et
en rejetant les premiers suintements. Des essais comparatifs m’ont
montré que, pratiquement, le procédé était parfaitement sûr.
Dans la queue des frottis faits avec le sang ainsi obtenu de ce
malade, j’ai trouvé de très rares leucocytes parasités (à mon regret
je n’ai pu expérimenter sur des malades en présentant un plus
grand nombre).
25 Culex sp ? ont piqué ce lépreux en un point de ses tégu¬
ments d’apparence parfaitement saine (la vérification par prise
de peau n’a donné que des bacilles rarissimes): ils furent divisés
en deux lots. Le premier (10 moustiques, destiné cà la dissection
le plus tôt possible après la piqûre; le deuxième (15 moustiques)
destiné à être conservé.
Premier lot. — Les contenus des tubes digestifs de ces insectes furent
étalés de 2 heures à 3 heures 1/2 après la piqûre, colorés et examinés ultérieu¬
rement à la platine mobile. Chez 4 de ces Culicines, j’ai trouvé des bacilles
de Hansen indiscutables, mais en nombre infime.
Moustique 1. — Un leucocyte parasité par 2 bacilles et 2 bacilles libres.
Moustique 2. — Deux leucocytes parasités l’un par 4, l’autre par 7 ba¬
cilles
Moustique 3. — Un mononucléaire farci de bacilles.
Moustique 4. — Un mononucléaire renfermant une dizaine de bacilles.
Conclusions : les moustiques peuvent absorber des bacilles de
Hansen quand ils piquent un malade en période de bacillémie,
mais comme presque toujours les leucocytes parasités sont en fort
petite quantité dans le sang d’un tel sujet, ils seront également,
et d’une façon générale, en nombre infime dans les tubes digestifs
des moustiques mis en expérience.
Mais, à mon avis, ce ne sont pas encore des constatations de
cet ordre qui peuvent permettre d’accuser les moustiques de pou¬
voir transmettre la lèpre; le point intéressant était de savoir si,
comme le font observer Marchoux et Bourret (i), les bacilles
ainsi ingérés étaient susceptibles de se multiplier dans l’organis¬
me du moustique.
Deuxième lot. — C’est dans ce but que j’avais conservé un lot de 15 mous¬
tiques. J’ai attendu la mort naturelle de ces Arthropodes pour les disséquer
et étudier leur contenu intestinal. — Le premier a succombé 52 heures, et
le dernier le 4e jour après la piqûre. Je n’ai pu y déceler aucun acido¬
résistant, et ceci concorde parfaitement avec les expériences de Simond (à
noter toutefois que les moustiques de cet auteur avaient piqué des « lépromes
en activité »)
La conclusion qui découle de ces recherches, ainsi que de celles
qui les ont précédées, est que le moustique paraît incapable de
transporter le bacille de Hansen du malade à l’homme sain: cette
donnée est en parfaite conformité avec les constatations épiclémio-
logiques que j’ai faites dans l’archipel calédonien et que j’expo¬
serai ultérieurement.
Ce que l’on s’explique difficilement, dans ces conditions, ce sont
les observations faites par Noc lors de ses dissections de mousti¬
ques. Il donnait d’ailleurs de ses résultats une explication inexacte,
car si, comme il le fait remarquer, on trouve en général des ba¬
cilles spécifiques dans une goutte de sang prise au niveau d’un
léprome, ce n’est pas que ces bacilles existaient au préalable dans
le sang, mais qu’ils s’y sont mélangés au moment où ce liquide,
pour faire issue a la surface des téguments, lavait au passage les
tissus dilacérés par l’instrument piqueur- Peut-être entendait-il
par « lépreux atteints de lèpre grave », des lépreux fébricitants ?
(1) Marchoux et Bourret. Recherches sur la transmission de la lèpre.
Atm. de l Inst. Pasteur, t. XXIII, juill 190g, p. 514.
— 677 —
Je ne sais; en tous cas j’ai opéré dans toutes les conditions
possibles et le plus rigoureusement que j’ai pu. Je n’ai qu’un re¬
gret, que j’ai déjà exprimé, c’est de n’avoir pu pratiquer ma der¬
nière série d’expériences sur un sujet à bacillémie prononcée,
-comme j’ai eu l’occasion d’en rencontrer une seule fois jusqu’à
présent. Mais je n’ai pu en profiter à cette époque, n’ayant pas
à ma disposition les éléments voulus ; des expériences de cette
nature demandent, en effet, une longue préparation et un travail
•d’entretien très important qui' ne peut être longtemps soutenu à
moins d’avoir sous la main un personnel que je ne possédais
pas, étant réduit, à peu de choses près, à mes seules forces (plu¬
sieurs de ces recherches n’ont même pu être menées à bien que
grâce au concours dévoué de certains lépreux).
II. — Punaises.
Il semble que la Punaise des lits, Arthropode hématophage, de
tous les pays, de tous les climats, de toutes les latitudes, insectes
domestiques par excellence, eut dû voir converger sur elle les
plus nombreuses accusations de transmission de la lèpre; il n’en
fut rien cependant, et ce sont les moustiques qui semblent avoir
attiré sur eux la majeure partie des dénonciations de cette na¬
ture. Quoi qu’il en soit, et toutes données épidémiologiques mises
à part, voici quelles ont été les constatations expérimentales faites
jusqu’à présent au sujet de cet Hémiptère.
Goodhue (i), en 1906, aurait trouvé des bacilles résistants à la
décoloration par les acides dans le tube digestif de Punaises
( Cinex lectularius).
Ehlers, G. Bourret et With (2), à Sainte-Marie, aux Antil¬
les Danoises, ont examiné, soit par dissection et étalement du con¬
tenu du tube digestif, soit par la méthode des coupes, 53 punaises,
de o minute à 34 jours après la piqûre et ont eu 3 résultats dou¬
teux (à 1 heure, à 6 heures et à 20 jours). Ces insectes avaient
piqué des lépromes renfermant de nombreux bacilles.
E. C. L'ONG (3) dit avoir trouvé des bacilles acido-résistants dans
toutes les punaises des lits ayant piqué un malade au voisinage
de léprome de la face.
fi) Journal of Tropical Medicine, Ier juin 1906.
(2) Bull. Soc. Path. Exot., n° 4, 1911.
'(3) Lepra, fascj 2, 1911.
40
678 —
T. Lindsay Sandes (i) a disséqué et étudié 75 Punaises <c nour¬
ries sur une surface inflitrée de la face postérieure de l’avant-
bras », 20 d’entre elles contenaient des acido-résistants. Il rap¬
porte, en outre, qu’une punaise, ayant piqué 16 jours aupara¬
vant un sujet fébricitant et trouvée morte, fourmillait en toutes ses
parties de microbes acido-résistants semblables à ceux que Clegg
et Duval ont isolé de lépreux.
Si l’on s’en rapporte aux travaux des deux derniers auteurs,
l’étude du rôle des Punaises en matière de transmission de la
lèpre devrait être fertile en résultats du plus haut intérêt ; mais,
d’autre part, connaissant la haute conscience avec laquelle tra¬
vaille mon camarade Bourret, je n’ai pu que me trouver assez
dérouté en présence de conclusions aussi complètement dispara¬
tes. Aussi ai-je apporté le maximum de rigueur au cours de mes
expériences sur ces insectes, lesquelles, comme pour les mous¬
tiques, ont été divisées en plusieurs séries.
i° Examen de punaises recueillies dans la literie
de lépreux tubéreux.
Je commence par noter que toutes les punaises que j’ai exami¬
nées étaient des Cimex lectularius (Merrett, 1667), et par regret¬
ter, avec Marchoux, que Long et Lindsay Sandes n’aient pas
indiqué l’espèce, avec laquelle ils ont opéré-
Tous les hémiptères que j’ai étudiés dans cet ordre d’idées ont
été recueillis dans la literie de lépreux tubéreux farcis de tuber¬
cules ou d’infiltrations en nappes, renfermant d’énormes quan¬
tités de bacilles de Hansen.
Premier malade. — 27 punaises ont été prises dans ses draps (examen du
contenu du tube digestif suivant la même technique que pour les mousti¬
ques) : chez aucune d’elles je n’ai trouvé d’acido-résistants.
Deuxième malade. — 7 punaises sont étudiées : résultats négatifs.
Troisième malade. — 3 punaises sont disséquées chez l’une d’elles j’ai
observé d’indiscutables bacilles de Hansen, mais en très petit nombre (27) et
dans une zone de l’étendue de 2 champs d’immersion 1/15 (oculaire compen¬
sateur n° 4)
Quatrième malade. — 4 punaises sont disséquées sans résultat.
En résumé, sur 41 punaises recueillies dans les conditions ci-
dessus précisées, je n’ai trouvé d’acido-résistants, en très petit
(1) Lepra, fasc. 2, 1911.
— 079 —
nombre, que chez l’une d’entre elles, et encore dois-je noter que
son contenu stomacal était formé par un caillot sanguin, manifes¬
tement tout récent.
2° Examens de punaises ayant piqué expérimentalement des
lépromes.
Tous les insectes étudiés (seuls ont été conservés pour la dissec¬
tion ceux qui avaient piqué à fond, ce dont il est facile de se
rendre compte par simple examen externe) ont été nourris sur des
lépromes reconnus au préalable extrêmement riches en bacilles
de Hansen.
Voici la technique employée. L’insecte, complètement à jeun
(conservé antérieurement en flacon de verre) est déposé sur un
léprome non ulcéré et recouvert d’un petit tube de verre que l’on
abrite avec la main de manière à obtenir une demi-obscurité; on
arrive de la sorte à faire piquer facilement une assez forte propor¬
tion de ces insectes.
L'étude du contenu du tube digestif s’est faite par étalement,
toujours suivant la même technique. En outre, pour toutes les
punaises étudiées plus de 24 heures après la piqûre, j’ai fait des
frottis de toutes les parties du corps de l’insecte.
Les époques de dissection par rapport à la piqûre ont été les
suivantes :
8 punaises, de 1 h. 30 à 2 h. 30 après la piqûre.
13 punaises, de 4 h. à 6 h. après la piqûre.
7 punaises, 5 h. après la piqûre.
5 punaises, de 6 h. à 9 h. après la piqûre.
3 punaises, 24 h. après la piqûre.
f punaise, 52 h. après la piqûre.
1 punaise, 56 h. après la piqûre.
2 punaises, 72 h. après la piqûre.
2 punaises, 100 h. après la piqûre.
2 punaises, 5 jours après la piqûre.
44
J’ai trouvé des bacilles de Hansen chez 5 de ces Hémiptères.
Voici le détail de ces constatations :
Première punaise bacillifère. — Disséquée 9 heures après la piqûre. — On
trouve dans le contenu stomacal une zone de 3 champs d’immersion 1/15, ren¬
fermant des bacilles non rares, groupés ou non et présentant une coloration
de dégénérescence lie-de-vin.
Deuxième punaise bacillifère. — Disséquée 2 heures après- la piqûre. —
Dans le contenu stomacal on trouve deux zones d’une étendue de 4 à 5 champs
— 68o —
d’immersion i j 5 , renfermant surtout des « globi » et quelques bacilles isolés.
Certains microbes ont une coloration parfaite, d’autres tournent au lie-de¬
vin.
Troisième punaise bacillifère. — Disséquée 4 heures après la piqûre. — A
peu de chose près, mêmes remarques que pour la punaise précédente.
Quatrième punaise bacillifère. — Disséquée 4 heures après la piqûre: —
Vu une quinzaine de bacilles de Hansen groupés.
, Cinquième punaise bacillifère. — Disséquée 5 heures après la piqûre. —
Vu 2 « globi » absolument nets et parfaitement colorés.
Enfin, 5 punaises ont sucé des lépreux après avoir été placées
dans les mêmes conditions expérimentales que ci-dessus, mais
sur ues lépromes ulcérés. J’ai trouvé des bacilles acido-résistants
dans le tube digestif de deux de ces insectes, à peu près en même
■ proportion que pour la « deuxième punaise bacillifère » (V- ci-des¬
sus). Pour apprécier ce résultat à sa juste valeur, il faut noter
que ces cinq derniers insectes avaient littéralement barbotté dans
la sécrétion des lépromes ulcérés.
Et à ce propos (devant ce pourcentage plus élevé) j’ai tenté de
déterminer expérimentalement si les punaises préféraient se pro¬
mener et piquer sur des surfaces lépreuses ulcérées ou à tégu¬
ments intacts. Ces expériences sont schématiquement réprésen¬
tées sur le dessin ci-contre, lequel a la signification
suivante. Le cercle grisé représente la partie ulcérée
d’un léprome; la deuxième circonférence est la trace
d’un tube de verre mis à cheval sur l’ulcération et la
peau intacte du léprome, la croix représente une punaise affamée?
J’ai toujours vu l’insecte piquer dans la partie blanche du dessin,
c’est-à-dire sur la surface non ulcérée du léprome.
Dans ces conditions je considère n’avoir à retenir que les résul¬
tats positifs des 44 punaises de la première catégorie. Ils sont,
comme nous l’avons vu, au nombre de 5, et les bacilles se sont
en somme montrés si rares que je crois pouvoir tirer de mes expé¬
riences les conclusions suivantes:
i° Normalement C. Lectularius qui pique un léprome met son
appareil aspirateur en action seulement lorsque le canal de la
trompe a pénétré à l’intérieur d’un vaisseau sanguin.
20 Ce n’est que par quelque « coup de pompe maladroit » (et
par conséquent bien peu fréquent) que l’insecte peut aspirer des
bacilles « en tissu lépreux ».
Si, en effet, les punaises aspiraient en espaces lymphatiques,
leurs tubes digestifs, dans les conditions où j’opérais, auraient dû
être farcis de microbes acido-résistants, alors qu’il m’a toujours
fallu une recherche très sérieuse pour les découvrir.
3° Punaises ayant sucé du sang de lépreux en période fébrile.
Pour les mêmes raisons que celles exposées au chapitre « Mous¬
tiques », j’ai recherché ce qui pouvait se passer chez des Punai¬
ses nourries sur des lépreux présentant de la bacillémie.
Premier malade. — Température axillaire 38°7- — Dans la queue de frot¬
tis de sang, là où les éléments leucocytaires sont particulièrement abondants,
on trouve de très rares leucocytes parasités par le bacille de Hansen
4 punaises ayant piqué à fond ce malade sont disséquées 21 heures après
la piqûre : résultat entièrement négatif.
Deuxième malade. — Température axillaire 38°5. — Dans la queue de
frottis de sang, excessivement rares leucocytes renfermant des bacilles de
Hansen.
6 punaises ayant piqué à fond ce malade sont étudiées 24 heures après la
piqûre : résultat négatif.
Troisième malade. — Température axillaire 40°3. — Dans la queue de
frottis de sang, on trouve de rares leucocytes renfermant des bacilles de
Hansen.
6 punaises piquèrent à fond cette malade (il s’agissait d’une femme). L’une
de ces punaises mourut 8 jours après ; je n’ai rien trouvé dans les frottis
de dissection.
24 heures après la piqûre, 2 punaises sont disséquées : résultat négatif.
10 jours après la piqûre, 1 punaise est disséquée : résultat négatif.
13 jours après la piqûre, 1 punaise est disséquée : résultat négatif.
15 jours après la piqûre i punaise est disséquée : résultat négatif
Quatrième malade. — Température axillaire 40°.
Très rares leucocytes parasités dans le sang. Neuf punaises ont piqué à
fond ce malade.
Deux d’entre elles sont mortes l’une au troisième jour, l’autre au cinquième
jour ; elles furent étudiées par frottis dans toutes leurs parties, avec résultat
négatif.
18 heures après la piqûre, 1 punaise est étudiée dans toutes les parties du
corps ; résultat négatif.
23 heures après la piqûre, 1 punaise est étudiée dans le frottis du tube
digestif, on trouve dans une masse qui semble avoir été un leucocyte mono¬
culaire 5 acido-résistants absolument semblables au bacille de la lèpre.
3 jours après la piqûre, 1 punaise est étudiée dans toutes les parties :
résultat négatif.
5 jours après la piqûre, on étudie 2 punaises dans toutes leurs parties :
résultat négatif.
7 jours après la piqûre, 2 punaises sont étudiées dans toutes leurs parties :
résultat négatif.
Cinquième malade. — Température axillaire 39°6.
Rares leucocytes parasités dans le sang. 22 punaises piquent à fond ce
malade.
Le contenu stomacal de 8 d’entre elles fut étalé à des intervalles variant
— 682 -
de 5 à 20 minutes après la piqûre. — Chez trois de ces insectes j’ai trouvé
d’indiscutables bacilles de Hansen, renfermés à l’intérieur de leucocytes
encore en parfait état, si peu de temps après la piqûre (je note ici que les
éléments figurés du sang s’altèrent beaucoup plus rapidement dans le tube
digestif de la punaise que dans celui du moustique).
Première punaise parasitée. — 2 leucocytes renferment l’un 2, l’autre 3
bacilles de Hansen.
Deuxième punaise parasitée. — 1 leucocyte renferme un paquet de bacilles
acido-résistants difficile à dissocier à l’œil pour en compter les éléments
Troisième punaise parasitée. — 1 leucocyte renferme 2 bacilles de Han¬
sen.
Ces constatations m’amènent, très rationnellement, je crois, à
penser que les 5 autres punaises avaient également absorbé des
leucocytes parasités, mais que, étant donnée leur rareté, ils ont
échappé à mes investigations, si minutieuses qu’elles aient été.
En tous cas ce résultat me permettait de compter sur les 14 au¬
tres punaises pour vérifier si le bacille de Hansen pouvait se
multiplier dans C. lectularius. Cependant les résultats obtenus
avec les punaises ayant piqué les 4 premiers malades laissaient
entrevoir que cette multiplication était chose peu probable.
Sur ces 14 punaises, 3 moururent, l’une au troisième, l’autre
au septième et la dernière au huitième jour; étudiées à fond elles
ne montrèrent aucun acido-résistant.
Les autres furent étudiées de la façon suivante.
1 1 jour après la piqûre.
2 5 jours après la piqûre.
2 10 jours après la piqûre.
2 15 jours après la piqûre.
2 18 jours après la piqûre.
2 21 jours après la piqûre.
Chez aucune d’elles (frottis examinés systématiquement à la
platine mobile, comme toujours) je n’ai décelé de bacilles de
Hansen.
Si je récapitule mes expériences, je crois pouvoir en conclure
ce qui suit.
i° C. lectularius piquant des lépromes, même excessivement ba¬
cillifères, peut absorber des bacilles de Hansen, plus fréquem¬
ment certes que Stegomyia calopus ou Culex sp ?, mais encore
assez rarement et les bacilles y sont en nombre infime.
20 C. lectularius piquant un malade présentant de la bacillé-
mie, absorbe probablement à tout coup des leucocytes bacillifères,
mais il ne semble pas qu’il puisse y avoir développement ulté-
— 683 —
rieur du bacille spécifique dans aucune partie de son organisme.
Si ce développement peut se produire, et en admettant que
Lindsay Sandes ait bien eu affaire, ce qui est loin d’être prouvé,
au bacille de Hansen, ce ne saurait être, je crois, que dans des
conditions absolument exceptionnelles, que je n’ai pas rencon¬
trées au cours de mes expériences.
Comme pour les Moustiques j’ai le regret de n’avoir pu en¬
core opérer sur des sujets à bacillémie intense; peut-être serai-je
plus heureux dans l’avenir? Mais le résultat en sera-t-il modifié
pour cela? J’incline à croire, jusqu’à preuve du contraire, que
c’est chose bien improbable.
III. — Puces-
Je n’ai pu relever dans la littérature médicale que deux commu¬
nications relatives à des recherches expérimentales sur la possibi¬
lité de la transmission de la lèpre par les puces.
Ehlers, Bourret et With (i) ont examiné 31 puces (ayant
effectivement piqué des lépromes vérifiés Pulex irritans), 21 d’en¬
tre elles par étalement du contenu stomacal et 10 par des coupes
en séries. Ils n’ont trouvé qu’une fois des acido-résistants sur un
frottis fait avec le contenu stomacal prélevé une heure après la
piqûre (les puces n’ont pu être conservées que 3 jours au plus).
T. Lindsay Sandes (2) a disséqué 60 puces (sp ?) ayant piqué
« une zone infiltrée de la face postérieure de l’avant-bras », deux
d’entre elles renfermaient des acido-résistants, savoir: deux ba¬
cilles dans une puce, et 1 bacille dans une autre.
Je n’ai fait que deux séries d’expériences avec ces Diptères:
i° examen de puces recueillies dans des pièces habitées par des
lépreux tubéreux farcis de bacilles; 20 examens de puces ayant
piqué des lépromes bacillifères.
i° Examen de puces prises chec des lépreux tubéreux.
Toutes les puces que j’ai examinées au cours de mes expériences
étaient des Pulex irritans. Les Aphaniptères de cette série furent
étudiés de la façon suivante: le corps était sectionné en 2 parties
dont le contenu était exprimé et étalé sur une lame (coloration et
examen suivant les procédés précédemment exposés).
(1) Bull. Soc. Path. Exot., n° 4, 1911.
(2) L.epra, fasc. 2, p. 67, 1911.
— 684 —
i8 Puces ont été examinées de la sorte ; chez aucune d’elles je-
n’ai trouvé de bacilles acido-résistants.
20 Examens de Puces ayant piqué des lépromes.
Comme toujours, j’ai fait piquer ces insectes sur des lépromes
reconnus au préalable farcis de bacilles, comme Bourret, Eh-
lers et With, j’ai eu à enregistrer de nombreux insuccès. Les in¬
sectes étant tués et sectionnés aussitôt après la piqûre supposée,
il était facile de faire sur-le-champ des frottis de ceux qui avaient
réellement piqué.
17 contenus stomacaux ont été aussi examinés: dans l’un d’en¬
tre eux j’ai trouvé un groupement de bacilles acido-résistants-
Ces expériences qui concordent absolument avec les recherches,
antérieures faites à ce sujet, semblent bien montrer que la puce
n’est apte ni à prendre des bacilles en piquant des lépromes
(2e série), ni favorable à la multiplication du bacille (ire série)..
Néanmoins, pour plus de certitude en ce qui concerne ce dernier
point, il eût fallu faire piquer des puces sur des sujets présen¬
tant de la bacillémie; mais il ne m’a pas encore été loisible de le
faire.
IV. — Poux.
Bien que toutes mes observations épidémiologiques en Calédo¬
nie ne soient guère favorables à la transmission de la lèpre par
ces Hémiptères, j’ai néanmoins pensé qu’il y avait intérêt à re¬
chercher si l’expérimentation viendrait confirmer ou infirmer ces
données.
La littérature médicale est fort peu riche en recherches expéri¬
mentales à ce sujet.
En ce qui concerne la lèpre de l’homme, je n’ai connaissance-
que des travaux de Ehlers, Bourret et With (i), qui ont opéré-
avec Pediculus capitis. Leurs expériences ont été assez délicates,
car ces insectes, qui ne piquent pas très facilement, n’ont pu être
gardés en captivité plus de 2 jours. Sur 20 spécimens étudiés-
(ayant piqué des lépromes riches en bacilles) un seul a montré,
après étalement du tube digestif, 3 ou 4 acido-résistants extra-cel¬
lulaires, non caractéristiques: ce pou avait piqué 4 h. 1/2 aupa¬
ravant.
(1) Bull. Soc. Path. Exot., n° 4, 1911.
— 685
E. Marchoux et F. Sorel (i) ont recherché si H œmatopinus.
spinulosus, pou du rat, existant dans tous les pays, était capable
de transmettre leprci niurium, ils ont trouvé quelquefois chez ces
Hémiptères des bacilles acido-résistants, gros, courts et trapus,
apparemment très différents du bacille de Stepansky; il « n’y en
« avait pas toujours dans les poux récoltés sur des rats très ma-
« lades, au contraire, on en décelait souvent dans des insectes
« capturés sur des rats bien portants; d’ailleurs, l’inoculation
« de ces germes n’a pu infecter les animaux qui les ont reçus et
« l’on sait, cependant, quelle sensibilité manifestent les rats au
« Bacillus leprae murium ; toutes les expériences de contage par
« transport de nombreux exemplaires d’Hoematopinus de rats
« malades sur rats sains sont demeurées infructueuses ».
J’ai eu les plus grandes difficultés pour pratiquer des expérien¬
ces (et combien peu nombreuses) sur les poux en Calédonie. J’au¬
rais voulu pouvoir étudier quelques-uns de ces Hémiptères cap¬
turés sur des lépreux tubéreux, mais pas plus à l’île aux Chèvres
(même chez les Canaques arrivés au dernier degré de la cachexie
lépreuse), qu’à la léproserie pénitentiaire de Bélep (ce qui peut
paraître singulier au premier abord, étant donné qu’il y existe
un certain nombre d’Arabes), je n’ai pu en rencontrer un seul sur
les malades.
Après bien des recherches j’ai fini par trouver des Pediculus
capitis sur le chef d’un vieil indigène tombé au dernier terme du
marasme sénile. Il est très difficile de décider ces insectes à piquer
et je n’ai eu en les plaçant sur des lépromes très riches en bac-
cilles que 14 poux (sur 37) ayant présenté une certaine quantité de
sang dans leur tube digestif. Chez aucun d’eux je n’ai trouvé de
bacilles acido-résistants.
Comme bien on pense, avec de pareilles difficultés pour me
procurer des éléments de travail, je n’ai pu expérimenter sur des.
malades en période de bacillémie.
Conclusions générales.
De la comparaison de mes résultats avec ceux des recherches-
antérieures, semble bien découler la notion que les insectes passés
en revue au cours de cette étude ne paraissent jour aucun rôle
dans la propagation de la lèpre. Ces résultats sont en parfaite
(1) Comptes-rendus des Séanc. Soc. Biologie, 17 février 1912.
— 686 -
concordance avec les données épidémiologiques que j’ai recueil¬
lies jusqu’à présent, dont je donnerai plus tard le détail et qui
peuvent se résumer dans les deux propositions suivantes (l’une
dérivant de l’autre).
i° D’après les observations épidémiologiques d’ ensemble, les
seuls insectes hématophages qui, en Calédonie, pourraient être ac¬
cusés de transmettre la lèpre par leurs piqûres, sont les Mousti¬
ques, les Punaises, les Puces et les Poux.
2° D’après les observations épidémiologiques de détail, seuls
pourraient être accusées les Punaises et les Puces; je dis « pour¬
raient », car je n’ai relevé jusqu’à présent aucun fait épidémiolo¬
gique précis qui puisse permettre définitivement de les adml^^
ou de les écarter.
En raison des données expérimentales, et en ce qui concerne
C. lectularius et P. irritons, il apparaît plutôt que l’on doive les
éliminer.
Dans des notes ultérieures, je donnerai le détail de mes recher¬
ches ou observations sur des Arthropodes (Acare de la Gale, De-
niodex folliculorum ) qu’on a soupçonnés d’agir comme vecteurs
de virus suivant un mode tout particulier et surtout sur Musca do-
mestica qui, dans certaines conditions (à noter que, pour le mo¬
ment, j’énonce simplement le fait sans en tirer aucune conclusion)
paraît être un agent excessivement actif de dissémination locale
du bacille de Hansen.
( Mission df études de la lèpre en Nouvelle-Calédonie.)
Juillet 1912.
Notes sur l’autoagglutination des hématies
dans la trypanosomiase humaine
Par Albert DUBOIS.
L’autoagglutination des hématies est ordinairement considérée
comme un des symptômes quasi réguliers de la trypanosomiase.
Elle a été signalée aussi dans des spirilloses, piroplasmoses et
même observée, rarement à vrai dire, chez des animaux normaux.
— 687 —
par Warrington Yorke (i). Cependant W. Yorke, dans ses con¬
clusions, la considère comme un signe important de trypanoso¬
miase, et M. Mayer (2) ne tranche pas nettement la question.
'C’est ce qui me décide à publier le résultat de mes observations
sur des sujets de race noire, trypanosés, normaux ou atteints de
diverses maladies.
D’après Martin et Lebœuf (3), l’autoagglutination est caracté¬
risée par le fait que, « chez les malades trypanosés les globules
rouges se réunissent en amas, en paquets formant de véritables
îlots au milieu du plasma. Les piles de monnaies ne se voient
pas ».
Cette description correspond aux cas typiques, accentués du
phénomène. En parcourant de nombreuses préparations, on cons¬
tate qu’il y a toute une série de transitions entre l’état normal et
l’aspect agglutiné net. Dans ces états intermédiaires, on peut aper¬
cevoir plus ou moins nettement des restes de l’aspect de rouleaux
dans les îlots d’hématies. L’examen de l’autoagglutination sous
couvre-objet exige une technique convenable: préparation pas
trop épaisse, ne pas écraser la lamelle. De petites modifications
dans la façon de nettoyer les doigts, les verres, la prise du sang
à la veine ne m’ont pas paru modifier notablement le degré de
netteté du phénomène. Il n’en est pas de même des variations de
la température extérieure: la netteté du signe est en raison in¬
verse de l’élévation de la température. On en trouvera quelques
•exemples aux tableaux 2 et 3.
Sur du sang d’Européens non trypanosés, je n’ai jamais cons¬
taté d’agglutination dans les conditions où j’en trouvais chez des
noirs. Il est certain, cependant, qu’on constate parfois des diffé¬
rences étranges entre diverses préparations du même sang.
W. Yorke a remédié à ces causes d’erreurs en démontrant la
présence de l’autoagglutination par d’autres méthodes, macros¬
copiques. J’ai eu recours aussi à ces procédés, mais il m’a paru
utile de rechercher tout d’abord la valeur diagnostique de l’agglu¬
tination, au moyen de ce procédé tout simple. Pour faciliter le
(1) W. Yorre. Auto-agglutination in Armais of Tropical Medicine and
Farasitology, vol. IV, n° 4.
(2) Mayer, in Handbuch des Pathogenen Protozoen de v. Pnowazek. L. 3,
P- 259.
(3) G. Martin, Lebœuf et Roubaud. La maladie du sommeil au Congo
Français, 1909, Paris.
— 688 —
groupement des cas, j’ai divisé la variété de ceux-ci en trois de¬
grés, marqués i, 2, 3.
r, désigne l’autoagglutination forte, telle qu’elle est décrite par
Martin et Lebœuf ;
2, désigne l’autoagglutination nette. Il y a de gros amas, mais
parfois on distingue des contours de pile de monnaie.
3, désigne l’autoagglutination faible. On voit beaucoup de rou¬
leaux ; cependant, ils sont intimement adhérents, dérivent ensem¬
ble dans les courants en s’étirant sans rompre leurs connexions.
Ce dernier cas serait peut-être tenu pour normal par d’autres ob¬
servateurs, c’est une question de tempérament intellectuel-
L’autoagglutination observée entre lame et lamelle existe dans
l’immense majorité des cas de trypanosomiase, non traitée. Elle
est ordinairement forte ou moyenne, comme on le verra par l’exa¬
men du tableau I.
La période de la maladie ne m’a pas paru avoir d’influence.
Peut-être la présence ou l’absence de trypanosomes dans la cir¬
culation périphérique a-t-elle une influence (voir Wembre, Bo-
menzi, Monglwandi, du tableau I).
Comme on le voit dans le tableau II, l’autoagglutination est la
règle aussi chez les trypanosés traités, mais elle est ordinairement
plus faible surtout après un long traitement.
Je ne mentionne pas d’examen de sujets en guérison apparente
prolongée- On en saisira la raison en se reportant au tableau III,
des sujets normaux. En effet, un bon nombre de noirs non trypa¬
nosés (les uns ont subi des examens négatifs, les autres n’ont au¬
cune raison d’être suspectés de trypanosomiase, vu l’absence de
signe clinique et le peu d’intensité de l’endémie à Léopoldville
même) présentent de l’autoagglutination marquée-
2. L’examen du tableau III est assez clair à ce point de vue.
LTn coup d’œil jeté sur le tableau IV montre que lorsqu’on
s’adresse à des noirs atteints d’affections variées, les causes d’er¬
reurs se multiplient. Je crois qu’il est permis de conclure de ces
faits que, quoique l’autoagglutination soit la règle chez le noir in¬
fecté de trypanosomes, on la rencontre aussi trop souvent chez des
individus atteints d’autres affections ou même apparemment nor¬
maux pour qu’on puisse attacher une importance diagnostique
notable à ce phénomène.
Chez le blanc, l’autoagglutination m’a paru rare et constitue-
. — 68y —
rait peut-être un symptôme de valeur. Je ne puis en parler avec
suffisamment d’expérience.
J’ai ensuite comparé diverses méthodes; en faisant des prépa¬
rations du type des préparations de Ross, en goutte épaisse, on
obtient avec certains sangs autoagglutinants un aspect sableux
bien net. J’ai essayé aussi de constater l’autoagglutination en
laissant tomber du sang pris à la veine du bras, dans un peu d’eau
physiologique citratée. Ces essais faits à la température du labo¬
ratoire sur des trypanosomiés ne m’ont donné aucun résultat.
J’ai, du reste, abandonné toutes ces méthodes pour la techni¬
que de W. Yorke, bien supérieure ( loc . cit.).
Celle-ci consiste à mélanger dans des tubes fins du plasma ci-
traté ou du sérum du sujet avec des hématies lavées trois fois à
l’eau physiologique et mises en suspension (à 1/15-1/20) dans ce
- même liquide. On utilise indifféremment le plasma ou le sérum;
quant aux hématies, je les ai toujours prises à l’homme et souvent
au sujet ayant fourni le sérum, (iso et autoagglutination). La
rareté des animaux de laboratoire rend l’étude de l’hétéroagglu-
tination difficile à Léopoldville. Du reste, dans l’hétéroaggluti-
nation, il intervient peut-être des facteurs particuliers. J’utilise or¬
dinairement égal volume de plasma et d’émulsion. Certains plas¬
mas peuvent être dilués assez fortement.
Mes premiers essais, faits à la température du laboratoire, res¬
tèrent négatifs. Dès que j’eus de la glace, je pus, au contraire,
observer les phénomènes décrits par W. Yorke : dans le cas
d’autoagglutination, de gros blocs rouges sont suspendus dans le
liquide du tube; s’il n’y a pas d’agglutination, le tube garde un
aspect d’émulsion homogène. Le temps varie selon les sérums ; la
température extérieure joue, comme l’a constaté W. Yorke, un
rôle capital : le phénomène ne se montre bien dans la règle que
dans les tubes mis à la glacière.
La réaction est réversible, c’est-à-dire que, porté de o° à 37 °,
puis à o°, le tube peut successivement perdre, puis reprendre l’as¬
pect autoagglutiné. Mais ces faits, si bien décrits par W. Yorke,
j’ai pû les observer aussi chez plusieurs autres sujets non try-
panosés. On en verra des exemples au tableau Y.
On aboutit donc à la même conclusion que par le premier pro¬
cédé.
J’ai souvent pii observer que le sérum ou plasma de sujets au¬
toagglutinants exerçait une action agglutinante sur des hématies
6yo —
de sujets de même espèce ou non, ne présentant pas d'autoagglu¬
tination, lorsqu’on mélangeait une goutte de chaque liquide sous
couvre-objet.
Y a-t-il là un rapport avec l’autoagglutination, c’est possible?
En tous cas j’ai vu cette action exercée par des sérums de sujets
non trypanosés et même par du plasma citraté d’un Européen
malarien, non trypanosomié et non autoagglutinant- Il est connu
aussi que cette action s’exerce entre espèces zoologiques diffé¬
rentes; j’en ai aussi observé quelques exemples.
Quant à ce qui regarde le, mécanisme et la finalité possible de
l’autoagglutination, je ne puis rien dire de positif.
J’ai essayé de rendre autoagglutinant le sang d’un animal en
lui injectant divers corps chimiques. Peut-être suis-je arrivé à
provoquer un peu d’autoagglutination en injectant à un macaque
du plasma, citraté de trypanosomiés traités, en grande quantité.
Cette autoagglutination a, du reste, été peu marquée et toute pas¬
sagère. Par des injections de corps chimiquement définis, je n’ai
abouti à aucun résultat.
Concluons: l’absence d’autoagglutination est une présomption
sérieuse d’absence de trypanosomiase; sa présence n’entraîne
aucune conclusion diagnostique, chez le noir du Congo.
La fréquence de l’autoagglutination à Léopoldville est peut-être
due à la multiplicité des parasitismes auxquels sont soumis les,
nègres, malaria, parasites intestinaux, filaires, syphilis, pian.
( Laboratoire de Léopoldville.)
- 6oi
Tableau I. — Trypanosomiés non traités.
Abréviations : PG, ponction des ganglions. SgC, examen du sang après triple
centrifugation. Fl, microfilaires. PL, ponction lombaire. PLTr, indiquant
la trypanosomiase. PLN, liquide cérébro-spinal normal.
Tableau II. — Trypanosomiés traités.
0 température du laboratoire.
— 692 —
Tableau III. — Sujets en bonne santé.
Tableau IV. — Malades divers.
Le signe ? signifie que le diagnostic n’a pas été posé.
— 6g3 —
Tableau V. — Sérum ou plasma citrate mélangé à V émulsion
d’hématies.
ki
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Annals of tropical medicine and parasitology, t. VI, nos 2 et 3.
Archiv für Schiffs-und Tropen-Hygiene, t. XVI, nos 14, 15,
16, 17, 18, 19 et 20.
Archivo da Sociedade de Medicina e cirurgia de Sâo Paulo,
3e année, n08 1-2.
British medical Journal, 1912, nos 2691 à 2702.
L’enfance anormale, revue mensuelle, septembre 1912.
Bulletin of the Manila Medical Society, t. lV,n 08 6, 7, 8.
Bulletin de la Société médicale de l’île Maurice, 30e année,
2e série, n° 28, avril-mai-juin 1912.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de l’Indochine, t.
III, nos 5, 6, 7.
Gazeta medica da Bahia, t. XLIII, nos 7 et 8.
Bulletin agricole du Congo Belge, t. III, n° 3-
Geneeskundig Tijedséhrift voor Nederlandsch-Indië, t. LII,
n08 2 et 3.
Journal of the London School of tropical medicine, t. I, n° 3.
Journal of the Royal Army medical corps, t. XIX, nos 3 et 4.
Journal of tropical medicine and hygiene, t. XV, nos 15, 16,
17, 18, 19.
Lanterne médicale, t. XV, n08 6-7.
Lepra, t. XIII, n° 1.
Philippine Journal of Science, t. VII, n° 2, et n° spécial à la
mémoire de Caspar Freer.
Rapport du chef du bureau d’hygiène de Tunis, 1910 et 1911.
Revista de Medicina et Higiene practicas, Chili, t. I, n° 1.
Revista de veterinaria e zootechnia, Brésil, t. II, n° 4.
Revue scientifique, du 13 juillet au 12 oct. 1910.
— 695 —
Sleeping sickness bulletin, t. IV, nos 39 et 40-
Transactions of the Society of tropical medicine and hygiene,
t. V, n° 8 et Y ear book 1912-13.
Tunisie médicale, t. II, nos 7, 8, 9.
Yellow fever bureau, t. II, n° 1.
VOLUMES ET BROCHURES.
Gilruth. The braxy type of sheep disease in Australia. Aust.
Ass. for Adv. of Sc.
A. Le Roy des Barres. Etude de pathologie chirurgicale exoti¬
que. Un vol. in-8° de 330 pages avec figures. Prix: 5 fr.
Paris, Assebn et Houzeau.
Van Logbem. Travaux divers.
Muriel Robertson. Notes sur des trypanosomes d’hémiptères de
l’Ouganda; — sur l’évolution du Tr. gambiense chez
Glossina palpalis.
Ed. Sambuc. Les abcès du foie à l’hôpital d’Haïphong. Bull, de
la Soc. Méd. ch. d’ Indochine.
A. Splendore. Un’ affezione micotica con localizzazione nella
mucosa délia bocca. ( Zymonema brasiliense.)
H. Werner. Ueber Salvarsan bei Malaria nebst Bemerkungen
über Zahlungsmethoden von Malariaparasiten.
%
— 6g6 —
Liste des échanges
American Society of Tropical Medicine.
Annals of Tropical Medicine and, Parasitology (Liverpool).
Archiv für Schiffs und Tropenhygiene.
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriolo gico Camara Pastana.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Bulletin of the Sleeping Sickness Bureau.
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-I ndië .
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Os%valdo Crus (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Revue scientifique.
Sanidad y Beneficencia (La Havane).
Studies from the Zoological Laboratory, The University of Ne¬
braska.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
(Londres).
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 9
Séance du 13 novembre 1912
PAGES
A PROPOS DU PROCÈS-VERBAL
Bridré. — Ostéopathie chevaline . 697
CORRESPONDANCE
F. Sorel. — Recherche du bacille de Hansen dans les ganglions de per-
Voir la stiite du sommaire page V de la couverture
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taliers des Colonies Françaises.
PAGES
sonnes saines vivant dans l'entourage des Lépreux ...... 698
E. Jeansf.lme. — Discussion . . 702
Présentations
A. Laveran et F. Mesnil. — Trypanosomes et Trypanosomiases . . 702
COMMUNICATIONS
A. Bettencourt et I. Borges. — Présence de trypanosomes dans le
sang des bovidés portugais . 725
G. Bouet et E. Roubaud. — L’œstre des moutons au Sénégal. . . . 733
G. Bouet et E. Roubaud. — Myiase prévaginale chez la vache à Chry-
somyia {Pycnosoma) megacephala Fabr. en Afrique occidentale.
Spécificité parasitaire des larves cuticoles de cette mouche. . . . 737
E. Brumpt. — Pénétration du Schi\otrypanum Crup à travers la
muqueuse oculaire saine . 723
E. Brumpt. — Colite à Tetramitus Mesnili (Wenyon 1910) et côlite à
Trichotnonas intestinales Leuckart 1879. Blastocys'tis hominis n.
sp. et formes voisines . . .
E. Conseil. — Résultats de la prophylaxie du typhus exanthématique à
Tunis de 1909 à 1912 . 744-
Granjux. — L’alcoolisme au Maroc. — Discussion . 731
E. Jeanselme. — Guérison de la lèpre. — Discussion . 707
Ch. Joyeux. — Note sur le Bacillus Duboscqi, n. sp., de l’intestin d’un
rat africain Golunda campanœ . 703
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
ANIODOL
LE PLUS PUISSANT ANTISEPTIQUE DÉSINFECTANT
^«mandez l’étude faite par M. E. FOUARD, Chte à l’INSTITUT PASTEUR
DÉSODORISANT UNIVERSEL
Sans Mercure, ni Cuivre — Ne tache pas — Ni Toxique, ni Caustique.
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OBSTÉTRIQUE - CHIRURGIE - MALADIES INFECTIEUSES
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♦ AVIS IMPORTANT
EXTRAIT DU RÈGLEMENT
Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 20. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt après la communication faite.
A
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de là Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
a Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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1
VI
Cinquième année
IQI2
N° 9
‘BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 13 NOVEMBRE 19a.
PRÉSIDENCE DE M. GRALL, VICE-PRÉSIDENT.
A propos du procès-verbal
M. J. Bridré. — Vous avez entendu, à la dernière séance, une
communication de M. C. Nicolas, sur une ostéopathie chevaline
en Nouvelle-Calédonie. A l’appui de sa communication, l’auteur
a envoyé cette tête de cheval dont M. le Président a bien voulu
me confier l’examen.
La maladie observée par M. Nicolas, ainsi que l’a fait remar¬
quer déjà M. Pécaud, n’est ni une maladie nouvelle, ni une affec¬
tion spéciale aux chevaux de la Nouvelle-Calédonie. Il s’agit de
l’ostéopathie connue en France sous le nom d 'ostéomalacie du
■cheval. D’après M. Carougeau, qui a observé la maladie à Ma¬
dagascar (après Charon et Thiroux) et en a donné une étude
approfondie dans la Revue générale de médecine vétérinaire, au
début de cette année, le nom d'ostéomalacie serait impropre à
désigner cette affection, différente, dit-il, de celle qui porte le
même nom et qui frappe d’autres espèces: par exemple, l’ostéo¬
malacie du porc, si bien étudiée par Moussu, qui a pu trans¬
mettre la maladie par inoculation de moelle osseuse au lapin
(Moussu et Charrin) et au porc. Il ne s’agirait pas d’un ramol¬
issement de l’os par simple décalcification, mais d’une raréfac-
48
— 098 —
tion du tissu osseux par ostéomyélite. Le nom d’ ostéoporose,
déjà employé par les Anglais, serait préférable.
Quoiqu’il en soit, la pièce envoyée par M. Nicolas présente
pour la Société de Pathologie exotique un grand intérêt en ce
qu’elle nous montre le symptôme pathognomonique qui a valu à
l’affection le nom de big-head (grosse tête) donné par les Améri¬
cains. Les maxillaires supérieurs sont fortement tuméfiés et for¬
ment de chaque côté de la tête, une saillie prononcée; les mo¬
laires supérieures sont repoussées* en dehors et les tables dentaires
ne se rejoignent plus. Les maxillaires inférieurs présentent éga¬
lement un épaississement notable. L’évolution de la maladie, sur
ce cheval de quatre ans, a dû être assez rapide, les tables den¬
taires ayant conservé leur usure régulière presque normale au
lieu de présenter une concavité ou une inclinaison marquée qui
n’aurait pas manqué de se produire si la lésion, évoluant lente¬
ment, avait amené la diminution progressive de la surface de
frottement.
11 y a lieu de remercier M. Nicolas de son envoi qui nous per¬
met de voir des lésions que beaucoup d’entre nous n’avaient sans
doute pas eu l’occasion d’observer.
Correspondance
M. Jouveau-Dubreuil, nommé membre correspondant, adresse
des remerciements à la Société.
. *
* *
Recherche du bacille de Hansen
dans les ganglions de personnes saines
vivant dans l’entourage des Lépreux
Par F. SOREL.
M. Marchoux. — Apres la lettre de M. Lebœuf, parue dans le
dernier numéro de notre bulletin, en voici une de M. le docteur
Sorel, qui a recherché à la Côte d’ivoire le bacille de Hansen
— üt/9 —
dans les ganglions de personnes saines et qui, aussi, dans un cas,
l’a rencontré.
(( Avant de commencer mes recherches dans l’entourage des
(t malades, j’ai voulu m’assurer qu’on pouvait trouver le bacille
« de Hansen dans les ganglions de lépreux avérés. A cet effet,
« j’ai ponctionné 19 lépreux de la léproserie de Bingerville- Une
<( seule lame a été examinée pour chacun d’eux. Elle a été prépa-
« rée par étalement de la pulpe ganglionnaire retirée d’un gan-
« glion inguinal, cervical ou épitrochléen, suivant que tel ou tel
« ganglion était plus facilement accessible. 8 fois sur 19 exa-
« mens, j’ai trouvé le bacille de Hansen, taux sans doute infé-
<( rieur à celui que j’aurais pu établir avec un examen plus com-
<( plet. 11 m’est arrivé, en effet, comme vous le verrez dans le
<( tableau que je vous envoie, de rencontrer chez un malade avéré
« des bacilles dans un ganglion et pas dans un autre.
« Chaque ponction donne de quoi faire facilement 2, 4 ou même
« 5 préparations, ce cpii m’a permis d’examiner parfois une
<( dizaine de frottis pour un même sujet.
« Dans l’entourage de 7 malades, dûment diagnostiqués tê¬
te preux par l’examen microscopique, j’ai fait porter mes recher-.
« ches sur 15 personnes. L’examen des lames recueillies sur l’une
<( d’entre elles, la sœur de la femme Aloua (obs. 4), m’a permis
« de constater la présence de bacilles de Hansen indiscutables,
« enfermés dans des macrophages.
« Voici de brèves observations relatives à la série d’examens
« que j’ai pratiqués.
Première observation. Assinie.
Quaquy. Jeune garçon, 8-9 ans.
La maladie aurait débuté il y a 10 mois environ. Actuellement léprô-
mes sur les oreilles, le front, les joues ; plaques analgésiques sur le corps.
Ulcère rongeant le prépuce et le gland. (L’examen de cet ulcère montre
des masses d’acido-résistants.) Un mot sur cette lésion : L’enfant, il y a
quinze mois à peu près, avait eu une atteinte de pian généralisé sur tout
le corps. Les parents, pour l’isoler de ses frères et sœurs, l’installèrent dans
une case où venait de loger pendant une quinzaine, une parente lépreuse.
La même natte servit donc successivement à la femme lépreuse et à
l’enfant pianique. Toutes les ulcérations de pian se cicatrisèrent, sauf celle
de la verge où nous retrouvons aujourd’hui des bacilles lépreux. Serait-ce
là une porte d’entrée ? Toujours est-il que trois mois après, se manifes¬
taient les lésions faciales.
La ponction du ganglion inguinal droit de l’enfant nous montre des cel¬
lules bourrées de bacilles.
L’enfant, qui avait été isolé pour le pian, ne le fut pas pour la lèpre et
vit avec son père, deux frères, deux sœurs.
— 700 —
Examen de l’entourage. — Pas la moindre manifestation clinique pou¬
vant faire soupçonner la lèpre.
Résultats de ponctions ganglionnaires. — Toutes négatives. (Voir Ta¬
bleau.)
Deuxième observation. Eboinda.
Dametchi, 35 ans. Homme malade depuis 6 ans environ, couvert d’ulcères
lépreux, pied mutilé, main en griffe.
Ponction du ganglion inguinal droit du malade : examen positif.
Examen de l’entourage. — Vit isolé dans une case avec ses deux enfants
de 4 ans et 8 ans.
Résultat des ponctions ganglionnaires. — Examen négatif. (V. Tableau.)
Troisième observation. — Aboisso.
Femme Alaba (vendeuse au marché !). Botte lépreuse côté droit, main
gauche en griffe, chute complète des sourcils, nez effondré et suintant ;
malade depuis 6-8 ans.
Examen du mucus nasal de la malade, positif.
Examen de l’entourage. — Vit avec deux fillettes de 14-15 ans qui lui
servent de bonnes.
Résultats de ponctions ganglionnaires. — Examen négatif. (V. Tableau.)
Quatrième observation. — Aboisso.
Femme Aloua (travaille aux plantations), 30 ans.
Malade depuis une vingtaine d’années.
Ulcères des jambes, nez en lorgnette, plaques anesthésiques, léprôme de
la face.
Examen du liquide ganglionnaire, ganglion inguinal droit : résultat po¬
sitif.
Examen de l’entourage. — Vit dans une même concession avec sa mère
M ensah, porteuse dans le dos d’une plaque anesthésique où nous n’avons
pu déceler de bacilles acido-résistants pas plus que dans les secrétions nasa¬
les après ingestion d’iodure deux jours consécutifs. A vécu pendant 20 ans
avec une sœur actuellement mariée et qui ne présente aucun signe de lèpre ;
cette femme est même extrêmement robuste et mère d’un enfant bien
portant.
Résultats de ponctions ganglionnaires. — Résultats positifs chez la mère
et la sœur. (V. Tableau.)
Cinquième observation. — Aboisso.
Femme Adama (actuellement enceinte, malade depuis une dizaine d’an¬
nées, mutilation des doigts des mains, léprômes de la face, taches sur le
corps.
Examen des sécrétions nasales après ingestion d’iodure : résultat positif.
Examen de l’entourage. — Mari de la femme : résultat négatif.
Sixième observation. — Aboisso.
Mara, Soudanais, parti de son pays, où il eût été isolé, pour venir dans
cette région côtière où il peut circuler librement. Malade depuis 7 ans envi¬
ron.
Examen de l’entourage. — Vit avec sa femme et un boy.
Résultats des ponctions ganglionnaires. — Tous deux négatifs. (V. Ta¬
bleau.)
70i
Septième observation. — Mafia.
Tene, femme du Soudan, malade depuis 4 ans.
Lèpre léonine avancée.
Examen de l’entourage. — Vit avec son mari et un enfant de 6-7 ans.
Résultat de ponctions ganglionnaires. — Négatif.
EXAMEN DU LIQUIDE DES GANGLIONS.
Comme celles de M. Lebœuf, les recherches de M. Sorel con¬
tribuent donc à établir que l’analogie entre la lèpre humaine et la
lèpre des rats, se poursuit jusque dans le premier stade de la ma-
702
ladie. Chez l’homme, comme chez le rat, la lèpre peut exister à
l’état latent et, cantonné dans les ganglions, rester ignorée long¬
temps, peut-être toujours.
M. E. Jeanselme. — Si la lèpre peut être fruste, dégradée, mo¬
nosymptomatique, jamais, que je sache, cette infection ne revêt
le type ganglionnaire pur.
Si les résultats annoncés par M. Sorel étaient confirmés par
des examens réitérés, ils devraient être tenus pour très impor¬
tants, aussi bien au point de vue du diagnostic que de l’étiologie
de la lèpre.
Au sujet de la note, présentée à la séance dernière par M. Mar¬
choux au nom de M. Lebœuf (Bull, de la Soc. de Path. exotiq.,
p. 569), je ferai remarquer que le malade, porteur de ganglions
bacillifères, avait un nerf « cubital gauche hypertrophié très nota¬
blement », ce qui est signe de lèpre avérée.
Présentations
M. Mesnil. — En l’absence de notre Président, M. Laveran,
j'ai l’honneur de faire hommage à la Société de la 2e édition, qui
vient de paraître, de notre ouvrage intitulé Trypanosomes et
r rypanosomiases. Cette édition, entièrement renouvelée et consi¬
dérablement augmentée, puisqu’elle atteint 1.000 pages, rendra,
nous l’espérons, des services à tous ceux qui, aux colonies, s’inté¬
ressent à la pathologie humaine et vétérinaire, ainsi qu’à la lutte
contre les redoutables maladies causées par les trypanosomes.
— yo3 —
COMMUNICATIONS
Note sur le Bacillus Duboscqi, nov. sp.
de l'intestin d'un rat africain
Golunda campanæ Huet, 1888
Par Ch. JOYEUX.
J’ai eu l’occasion d’observer dans l’intestin de Golunda cam¬
panæ, très commun en Haute-Guinée (i), un Bacille caractérisé
par ses grandes dimensions et la longueur des spores qu’il forme.
Son habitat de prédilection est le cæcum, et c’est en examinant
les matières fécales du cul-de-sac cæcal qu’on le trouve le plus
facilement. Dans les infections intenses, il pullule dans tout le
gros intestin et les excréments du rat le contiennent en grande
quantité. La réaction du milieu où il vit est neutre au tournesol.
On le trouve exclusivement chez G. campanæ ; Golunda fal-
lax ne paraît point en être porteur (42 examens négatifs) ; cette
différence tient vraisemblablement à ce que les deux espèces se
nourrissent d’une façon variée; d’ailleurs, G. campanæ, gardé en
captivité, perd ses parasites au bout de quelques jours. Pour des
raisons analogues, sans doute, l’infection paraît varier suivant
les époques de l’année; je le trouvais presque à coup sûr sur tous
les individus, de novembre à mars, tandis que je l’ai vainement
recherché pendant les mois d’hivernage. Six Mus rattus, un Mus
musculoïdes, n’en ont pas montré. J’ai également examiné sans
résultat le cæcum d’un grand nombre de petits Rongeurs sau¬
vages et d’autres animaux, notamment de Chauves-Souris
( Nyctinomus angolensis, Peters).
(1) Golunda campanae Huet et Golunda fallax Peters sont les deux rats
les plus communs en Haute-Guinée. Le premier vit généralement dans la
brousse, le deuxième dans les habitations, ainsi s’explique la différence
d’alimentation. J’ai trouvé Mus musculoïdes Tenn., dans les cases, assez
rarement. Mus rattus L. ne paraît pas exister actuellement en Haute-
Guinée, les exemplaires étudiés venaient du Fouta-Djalon (infirmerie de
• Mamou). Je dois toutes ces déterminations à l’obligeance de M. le Prof.
Trouessart.
Ce bacille, en forme d’arc de cercle, est très mobile dans les
matières fécales. Il s’avance en tournant sur lui-même, à la façon
de beaucoup d’infusoires. On voit les spores, facilement colora-
bles, prendre naissance aux deux extrémités (i), elles grandis¬
sent, s’incurvent et finissent par s’entrecroiser (2-8). A partir
de ce moment, elles s’entourent d’une membrane qui les rend de
moins en moins sensibles à l’action des colorants, finalement
, elles résistent à tous les réactifs ; il est assez facile de trouver
dans les préparations tous les stades de transition. En même
temps, elles paraissent se redresser (9-1 1) et prendre la forme de
bâtonnets: à ce moment, le corps du bacille s’efface et les spores
sont mises en liberté (n-16).
Dans d’autres cas, il ne se forme qu’une seule spore à une extré¬
mité et les choses se passent de la même manière (17-22).
Les dimensions sont extrêmement variables et les spores
mises en liberté atteignent des tailles fort différentes les unes des
autres: les plus grandes ont 30 (u/3 y; quant au corps du Bacille
il mesure à l’état jeune environ 16 P-/7 et peut avoir ensuite
34 u/6 ,u ; mais, encore une fois, cette moyenne est toute relative.
Les organes locomoteurs ne se voient pas à l’état frais avec les
grossissements habituels, — soit l’oculaire 5 et l’immersion à
1 / 1 2 de Leitz, — la coloration des cils n’a pu être tentée que sur
du matériel ramené en France et conservé depuis plus d’un an
dans du formol, ce qui n’a donné aucun résultat; la recherche à
l’ ultra-microscope avec ce même matériel a également échoué.
Les spores jeunes, ainsi que je l’ai dit, se colorent facilement
par le Giemsa, l’hématoxyline au fer, le bleu coton, le colorant
de Man, le bleu de toluidine, ce dernier réactif ne montre pas,
dans le corps des Bacilles, la réaction rouge des grains de volu-
tine.
Je n’ai pu cultiver ce bacille, n’ayant pas le matériel nécessaire
sous la main; j’ai essayé sans succès d’infecter des Rats et des
Souris apportés de France, en leur faisant ingérer des matières
fécales riches en Bacilles, mêlées à leurs aliments.
Ce bacille ne paraît aucunement pathogène; on n’observe au-,
cun trouble chez les animaux qui en sont porteurs ; à l’autopsie-
l’intestin parasité est normal et les coupes ne montrent aucune
altération anatomo-pathologique.
En résumé, il s’agit d’un bacille pouvant rentrer dans le-
groupe du B. Bulschlii, étudié par Schaudinn chez la Blatte (i).
La forme générale du corps diffère toutefois ainsi que la taille des
spores et leur entrecroisement ; je n’ai jamais vu, en outre, lèse
phénomènes de cloisonnement qui précèdent la sporulation chez.
B. B ut s chlii.
Je propose le nom de Bacillus Duboscqi , le dédiant respec¬
tueusement à M. le Prof. Duboscq, qui a bien voulu m’aider de-
ses conseils pour la rédaction de cette note.
La curabilité et les rémissions
de la lèpre en Nouvelle-Calédonie
Par A. LEBŒUF.
Les cas de rétrocession des accidents lépreux et de repos dans
la marche des phénomènes infectieux sont connus de tous les
léprologues. Ces arrêts prolongés, qui, comme dans le cas signalé
récemment par Jeanselme, peuvent faire croire à la guérison, ne-
sont pas non plus exceptionnels. Une étude soigneusement con¬
duite dans un pays où sévit la lèpre permettrait d’en découvrir
(i) Schaudinn, Beitràge zur Kenntniss der Bakterien und vervvandter
Organismen. Archiv fiir Protislenkunde, Bd. I, 1902, 306-343.
70(3 —
assez fréquemment, surtout si l’on s’attache à l’observation des
stades incipients ou des formes frustes de la lèpre.
Je puis rapporter les cas de trois lépreux qui après avoir été re¬
connus bactériologiquement atteints et avoir présenté des stigma¬
tes manifestes, ont vu rétrocéder tous les phénomènes morbides
qui les avaient fait interner. Ils ont été mis exeat- Deux d’entre
eux ont disparu, le 3e est mort sans récidive.
Cette interruption par évasion ou par décès dans l’observation
de ces malades ne témoigne point d’une guérison, car on trouve
facilement des cas dans lesquels* après une longue rémission la
maladie reparaît.
J’ai relevé, parmi d’autres, 4 cas qui ne sont pas de nature à
diminuer notre incertitude. Ils ont tous été mis exeat de la lépro¬
serie au cours de rémissions remarquables et ils ont rechuté plus ou
moins longtemps après.
Le ier, interné en janvier 1903, sort en avril 1905. Il ne reste qu’un
épaississement de la peau dans la région postéro-sourcilière gauche. Exa¬
men bactériologique négatif. Même état en 1907. En juin 1912, lèpre mixte
d’intensité moyenne, bacilles de Hansen dans le mucus nasal.
Le 2e, B..., mis à la léproserie en avril 1901. En 1903, rémission nette.
Néanmoins, à une date ultérieure que j’ignore, l’affection a repris une allure
aiguë et le sujet est mort à Bélep, le 17 novembre 1911.
Le 3e B., interné à la léproserie en 1903, est mis exeat en 1906. En 1911,
lèpre tuberculeuse évidente avec nombreux bacilles dans les léprômes.
Le 4e, L. G., suspect depuis iqoo, interné en 1901, paraît guéri en 1907.
Replacé à la léproserie en 1909, est atteint en 1912 de lèpre nerveuse en
pleine évolution
A côté de ces cas en voici d’autres pour lesquels on peut ad¬
mettre l’hypothèse de la guérison.
Ce sont :
i° Lin condamné. On a trouvé des bacilles de Hansen chez le premier, en
1898. On n’en a plus vu en 1902 et 1903. En mars 1912, les accidents cons¬
tatés par moi, troubles de la sensibilité et troubles trophiques sont les mêmes
qu’au moment des examens antérieurs.
20 Lin libéré considéré comme suspect en janvier 1002, est reconnu lépreux
(bacilles de Hansen) au mois d’août de la même année.
En 1904, il n’avait plus qu’un peu d’alopécie sourcilière et un peu d’épais¬
sissement de la peau de la région intersourcilière. Examens microscopi¬
ques négatifs. En 1908-1910-1911, aucun changement. En 1912, tous exa¬
mens bactériologiques négatifs.
30 Gertrude, 3 ans, fille de mère lépreuse, présente en 1897 des léprômes
de la peau avec bacilles de Hansen. Lors du licenciement de la léproserie de
Belep, cette fillette retourne à la Conception avec son père. En 1912, elle
ne présente aucun signe apparent de lèpre. Etant donné le laps de temps
écoulé depuis 1897, il s’agit probablement ici d’une véritable guérison.
4° Emilie, présente, en 1897, de l’anesthésie des membres inférieurs et su-
périeurs, macules nombreux (Dr Birolleau). Examen bactériologique néga¬
tif (Auciié). En 1912, cette femme est en parfaite santé. Il n’y a plus trace
de l’anesthésie, ni des taches de jadis.
5° O..., fils de lépreux, présente en 1897 trois taches anesthésiques gau¬
frées sur le dos, pas de bacilles de Hansen. En 1912 cet homme paraît abso¬
lument sain.
6° P..., femme de lépreux. En 1897, macules et anesthésie générale, pas
de bacilles de Hansen. En 1912, elle ne présente aucun stigmate de lèpre.
Ces observations, de sujets cliniquement lépreux, à diagnostic
bactériologique négatif, mais incomplet, l’examen du mucus nasal
n’ayant pas été pratiqué, ont également le mérite de porter sur
une longue période et de présenter une rémission telle qu’il est
dificile de ne pas songer à une guérison.
Tous ces faits seront exposés plus longuement dans un travail
qui paraîtra dans les Annales d’ Hygiène et de médecine colonia¬
les.
( Mission de la lèpre à Nouméa).
M. E. Jeanselme. — ■ La guérison de la lèpre est exceptionnelle,
mais indéniable. J’ai eu l’occasion de faire l’autopsie d’un sujet
exempt de manifestations lépreuses depuis quatre ans. La plu¬
part des organes furent examinés ; il ne subsistait plus que des
lésions de sclérose vasculaire et interstitielle; nulle part, il ne se
trouva de bacilles de LIansen, ni cellules de Virchow (i).
Il y a quelques mois, j’ai rapporté ici-même (mars 1912),
l’examen histologique d’une jambe amputée à une lépreuse, dont
la maladie paraissait éteinte depuis dix ans. Cet examen fut com¬
plètement négatif.
U n cas de Pied de Madura observé au Maroc
Par P. REMLINGER.
L’affection désignée en clinique sous le nom de Pied de Ma¬
dura peut, d’après les recherches bactériologiques de ces dernières
années, être causée par des microorganismes si variés qu’il n’est
pas sans intérêt de relater les cas où la maladie est déterminée par
(1) Presse Médicale, 15 déc. 1900.
— ;o8 -
l’agent causal à elle assigné pour la première fois en 1894 par
M. le Professeur Vincent: le Discomyces madurœ.
Abdklselam ben Maimoun El Ouazzani, 40 ans, cultivateur à Ouezzan
(Maroc septentrional), se présente le 31 juillet 1912 à la consultation de
M. le Dr Fumey, à l’hôpital français de Tanger, avec un pied si volumineux,
semé de nodosités ramollies qui laissent échapper des grains si caractéris¬
tiques que le diagnostic s’impose à première vue.
L’affection a débuté il y a six ans environ, sans cause connue. Le malade
est habitué à marcher pieds nus à travers la campagne. Celle-ci présente
de nombreux îlots de terres noires (terres de tirs), semées de buissons épi¬
neux et montre ainsi certaines analogies avec ces cotlon-soil des Indes où,
d’après Colebrook, le pied de Madura est si fréquent. Le malade ne se
souvient du reste d’avoir été piqué par aucune épine et l’affection a débuté
au pied gauche, non à la face plantaire, mais à la face dorsale, vers la
racin» du deuxième orteil. Une nodosité est apparue là sous la peau, grosse
comme un grain de maïs ; elle était indolore et roulait sous le doigt ;
d’autres semblables se sont montrées ensuite, puis d’autres encore. Bientôt
le pied s’est mis à enfler et à gêner la marche par le poids énorme qu’il
constituait. Des nodosités se sont ramollies, puis abcédées et ont donné
issue à des grains blanc-jaunâtres mûriformes que le malade compare de
lui-même et avec beaucoup de justesse à des grains de couscous. La maladie
était pleinement constituée.
Actuellement, l’aspect du pied est typique. Il est gros comme une énorme
betterave ; la plante est fortement bombée, en sorte que les orteils ne tou¬
chent plus le sol. La face plantaire et la fade dorsale sont également semées
de nodosités dont le volume varie de celui d’un grain de maïs à celui d’une
noisette. Les uns spontanément, les autres quand on les incise, donnent
issue à une sérosité sanguine dans laquelle nagent les grains blanc-jau¬
nâtres, mûriformes, caractéristiques. Les lésions s’arrêtent un peu au
dessous de l’articulation tibio-tarsienne. La jambe présente un œdème insi¬
gnifiant. Il n’existe pas d’adénite. L’état général commence à être fâcheu¬
sement influencé. Le malade accuse depuis quelques mois de l’amaigrisse¬
ment, de la perte des forces, des accès fébriles survenant à la moindre fati¬
gue. En dépit de ces symptômes de mauvais augure, il refuse énergique¬
ment l’amputation.
Au microscope et à un faible grossissement, les grains appa¬
raissent constitués par la fusion de plusieurs grains initiaux. A
un grossissement plus fort, chaque grain montre des filaments
droits ou flexueux de 1 y de diamètre environ, étroitement enche¬
vêtrés. Ils affectent à la périphérie une disposition rayonnée et
laissent voir dans les points les moins touffus de nombreuses
ramifications. Il n’existe nulle part de massues, mais il est fré¬
quent de rencontrer soit dans la continuité, soit à l’extrémité des
filaments, de petits renflements le plus souvent ovoïdes dont le
diamètre est approximativement double de celui du filament lui-
même. L’ensemble se colore très facilement à l’aide de couleurs
d’aniline et demeure coloré par la méthode de Gram.
— 709 -
Les ensemencements ont permis d’obtenir facilement, — par¬
ticulièrement en bouillon de paille et en ballon Pasteur,
des cultures du parasite qui a pu ensuite être repiqué sur la
plupart des milieux nutritifs en usage dans les laboratoires. Ainsi
qu'il est classique, les filaments mycéliens apparaissaient dans les
cultures plus grêles que dans les grains en provenance directe de
l’organisme. A côté des filaments, se voyaient de nombreuses
spores.
Le pied de Madura n’a pas encore été, à notre connaissance,
signalé au Maroc. Le malade qui a été le point de départ des tra¬
vaux de M. le Professeur Vixcen r était Marocain d’origine, mais
c’est en Tunisie qu’il semblait avoir contracté son affection.
Celle-ci ne paraît pas exceptionnelle au Maroc. Le malade qui
fait l’objet de notre observation nous a dit qu’à Ouezzan une
femme présentait un pied identique au sien. Nous avons eu con¬
naissance de deux cas observés à Tanger avant notre arrivée, par
les Drs Fumey et Péan; de trois cas constatés à Mogador, par le
Dr de Campredon, etc... Le Maroc doit ainsi figurer parmi les
pays ou le Pied de Madura est endémique.
Tanger, septembre 1912.
M. Vincent. — La communication précédente me fournit l’oc¬
casion de rappeler qu’à mon avis on a peut-être multiplié à l’excès
les variétés du parasite du pied de Madura que j’ai isolé et décrit
en 1894 (Ann. de l’Institut Pasteur , 25 mars). Il ne me paraît
pas que la coloration plus ou moins rouge des cultures du Dis-
comyces constitue un élément de différenciation suffisant pour
l’établissement de ces variétés, lorsque les caractères morphologi¬
ques demeurent identiques. Un même échantillon peut, suivant
son ancienneté, suivant le milieu de culture employé, suivant le
degré d’acidité de ce milieu et son exposition à l’air, donner des
cultures blanches, roses, rouge vif ou foncé.
Les caractères du parasite lui-même dans les tissus peuvent
également être fort différents suivant que l’infection est récente
ou ancienne, et suivant aussi que le parasite, sous l’influence
défensive des tissus envahis, offre lui-même des formes dégénéra¬
tives ou d’involution, plus ou moins graves ou variées. Seuls des
caractères fondamentaux permettent de faire une différenciation
précise.
7 10
Fièvre de pappataci en Corse
Par Marcel LEGER et J. SEGUINAUD.
Depuis que la Commission autrichienne composée de
R. Doerr, K. Franz et S. Taussig (i) a créé sous le nom de
Fièvre de pappataci, une entité morbide spéciale, à virus trans¬
missible par le Phlebotomus pappatasii, pour des états fébriles
éphémères sévissant sur les côtes de la Dalmatie et de l’Herzé-
govine, la maladie a été retrouvée en différents points du bassin
méditerranéen. C. Birt (2), en 1910, signale la forte morbidité
qu’elle entraîne dans les troupes anglaises à Malte et en Crête.
Gabbi (3) la retrouve la même année à Messine et sur le littoral
de la Calabre. Tedeschi et Napolitani (4) l’étudient expérimen¬
talement à Parme. En 1911 enfin, R. Newstead (5) relève de
nouveau sa fréquence dans les îles Maltaises.
11 convient de comprendre la Corse dans l’aire de distribution
géographique de la Fièvre de pappataci.
Tous les ans, durant les mois chauds, sévissent à Bastia de
véritables épidémies de fièvres de courte durée, étiquetées palu¬
disme ou courbature fébrile. Ces fièvres, d’après les croyances
locales, se contractent tout particulièrement à Toga, petite plage
très fréquentée pendant les chaleurs estivales par les familles bas-
tiaises. Elles sont toujours d’un pronostic bénin, quoiqu’elles
puissent entraîner après elle une grande lassitude et une forte
dépression intellectuelle. Il n’avait pas échappé à la sagacité d'un
de nos distingués confrères corses, le Dr J. Thiers, que la quinine
paraissait n’avoir aucune action sur l’évolution ou la durée de
cette maladie éphémère.
<( Avec ou sans quinine (communication orale) la fièvre dispa¬
raît au bout de 4 à 7 jours suivant les cas ».
Il nous a été donné de suivre à l’hôpital militaire de Bastia
sept malades de la garnison entrés avec le diagnostic de cour-
(1) R. Doerr, K. Franz et S. Taussig , Berl. kliri. Wach., oct. 1908.
(2) C. Birt. Journ. R. Army med. Corps, févr. et mars 1910.
(3) Gabbi, Pathologica, 1910.
(4) Tedeschi et Napolitani, Cer.tr. f Bakter., I, Orig., t. LXVII, 1911.
(5) R- Newstead, Ann. of trop. Med. a. Paras., t. V, ieraoût 1911.
n 1 1
bature fébrile, d’embarras gastrique fébrile ou de paludisme, et
qui, à notre avis, ont été atteints de Fièvre de pappataci. La courte
durée de la maladie (de 4 à 8 jours), l’absence de Plasmodium
dans le sang, l’inefficacité de la quinine ou la guérison rapide
sans ce spécifique, la non-agglutination du bacille d’EBERTH ou
du Micrococcus melitensis par le sérum des malades (recherchée
dans quelques cas seulement), les symptômes présentés, la longue
durée de la convalescence, plaident en faveur de notre diagnostic.
De nos observations cliniques nous ne croyons utile de rap¬
porter que les courbes thermométriques relevées. Elles montrent
une évolution fébrile suivant deux types. Dans le premier (tracés
1 et 2), la fièvre a une allure rémittente, à exacerbation vespérale,
et disparaît en lysis. Dans le second (tracé 3), il y a deux périodes
fébriles séparées par une rémission complète. Celle-ci se produit
aux deuxième, troisième ou quatrième jours de la maladie. Elle
est plus courte que celle généralement observée dans la dengue
et rappelle beaucoup celle de la fièvre jaune.
C’est durant les mois de juin, juillet, août, que l’on observe
les fièvres éphémères, qui sont pour nous des cas de fièvre de pap¬
pataci. Aux dires de plusieurs de nos confrères bastiais elles ont
été, dans leur clientèle, beaucoup moins nombreuses cette an¬
née que les précédentes. La raison en est peut-être dans la dou¬
ceur exceptionnelle de l’été ou la plus grande fréquence du « libec-
cio », ce vent violent du sud-ouest, qui souffle en tempête, à cer¬
tains moments, sur le nord de la Corse.
11 semble que ce soit à la plage de Toga que se contracte •
plus souvent la fièvre de pappataci. Les militaire que nous avons
•soignés y étaient conduits à la baignade deux fois par semaine.
Fig. 2.
11 est d’observation courante que le soir, à la tombée de la nuit,
la plage est infestée par de nombreux petits insectes qui causent
par leurs piqûres de très vives cuissons. Nous en avons capturé
une vingtaine au commencement du mois de septembre. Ils appar¬
tenaient tous à la famille des Simuliidœ, sauf deux specimens qui
• — 7*3 —
doivent être rapportés à Phlebotomus pappatasii. Ce diptère est
facilement reconnaissable à la nervation particulière de ses ailes
et au revêtement dense de poils recouvrant le corps et les ailes
et qui lui donne, ainsi que le dit Sergent (i), l’aspect d’un petit
papillon de nuit.
Le Phlebotomus pappatasii, signalé par R. Blanchard (2) dans
le Midi de la France, aux environs de Montpellier et dans les
Alpes-Maritimes, existe donc aussi en Corse, li doit être incri¬
miné comme agent de transmission de la « Fièvre de Toga », qui
n’est autre que la Fièvre de pappataci.
Paludisme aigu ; Complications
méningitiques ; Signe de Kernig
Par ZUCCARELLI (de Bastia).
Depuis 18 ans, nous avons eu à donner nos soins à de nom¬
breux malades atteints par les fièvres paludéennes. Sur la côte
orientale de la Corse qui s’étend, de Bastia à Solenzara, sur une
longueur de plus de 100 km-, le paludisme est à l’état endémique.
Tous: adultes et enfants, ouvriers agricoles, employés du chemin
de fer, douaniers, gendarmes, facteurs des postes, ouvriers du
domaine national de Casabianda, paient un large tribut à la ma¬
laria.
Les cas, qui s’observent dans cette région, sont nombreux et
variés, ainsi que peuvent en témoigner MM. Laveran et le doc¬
teur Leger, délégué de l’Institut Pasteur, qui ont visité et étu¬
dié, en Corse, les différentes manifestations du paludisme ; mais,
en général, ces cas se rattachent à des types classiques ou déjà
connus.
Dernièrement, pourtant, nous avons relevé, chez un jeune ma¬
lade, des symptômes que nous n’avons jamais rencontrés au
cours d’une affection paludéenne et nous croyons que ces remar¬
ques intéressantes méritent d’être signalées.
(1) Edm. Sergent. Les Insectes Piqueurs et Suceurs. Doin, Paris.
(2) R. Blanchard. Quelques mots sur les Phlebotomus. Arch. Parasitolo¬
gie, 1909, t. XIII.
49
7*4 —
Le sujet qui nous a fourni nos observations : Santini Antoine Sauveur,
est un enfant âgé de huit ans. Il suit les cours du Lycée de Bastia comme
élève externe. On ne relève chez lui ni aucune maladie antérieure, ni aucune
tare héréditaire ; son père, sa mère, jouissent d’une . excellente santé ; ses
frères et sœurs sont sains et robustes. Ils habitent Linguizetta, village
situé à 300 mètres d’altitude et le jeune Santini y était allé passer les va¬
cances de Pâques.
Vers la fin du mois d’avril (le 26), en rentrant à Bastia pour reprendre
ses cours, l’enfant s’arrête, pour attendre le train, à la gare d’Alistro, gare
située en pleine côte orientale et où il est facile de trouver de nombreux
Anophèles.
Dès son arrivée à Bastia, Santini éprouve du malaise, se plaint de cour¬
bature, mais il continue à suivre ses classes. Ce n’est que le 2 mai que l’on
a recours à un praticien. A cette date, le malade, quoique n’ayant jamais
été atteint d’aucune affection, est maigre, d’aspect presque souffreteux ;
il a des vomissements fréquents, surtout provoqués par le moindre mouve¬
ment, et une raideur marquée de la nuque ; il accuse de violentes douleurs
à la tête et présente nettement le signe de Kernig.
Devant ces symptômes, le docteur ne peut s’empêcher de dire qu’il
redoute une méningite, affection toujours grave et dont l’issue. est généra¬
lement douteuse. Sans laisser au médecin traitant le temps de suivre l’évo¬
lution de la maladie êt de poser un diagnostic précis, les parents du jeune
Santini l’emmènent à Linguizetta où il continue à souffrir sans traitement
ni examen médical. Les symptômes constatés au début s’accusent et devien¬
nent de plus en plus violents et cet état de choses se poursuit pendant tout
le mois de mai.
Le premier juin, c’est-à-dire 30 jours après la première et unique visite
médicale, nous nous trouvons à 6 heures du soir au chevet du jeune malade.
Il a 390, 2 comme température, le pouls à 90 et il pousse constamment des
cris de souffrance ; il accuse une douleur aiguë, continue à la nuque et à
la région fronto-temporale ; lorsqu’une personne lui serre fortement la tête
avec les deux mains, il éprouve un vague soulagement. Ses yeux sont fermés ;
demande le silence complet autour de lui. Lorsque, à de rares intervalles,
il se produit une légère accalmie dans son état, il ouvre les yeux, regarde
ceux qui l’entourent sans photophobie, répond aux questions qu’on lui pose,
se montre presque souriant, mais tout cela sans remuer le corps. Lorsqu’on
lui dit de s’asseoir, il se tourne difficilement dans son lit et hésite à faire
un mouvement ; on constate alors le signe de Kernig. Le moindre effort
provoque l’envie de vomir et exaspère les douleurs, mais il n’a pas de vo¬
missements. Il a l’attitude dite en chien de fusil.
Les moments de répit durent 30 à 40 secondes, une minute au maximum ;
tout à coup le malade pousse un cri brusque et la crise recommence.
Nous assistons impuissant à ces cris de douleur depuis 6 heures du soir
jusqu’à deux heures du matin. A ce moment la température tombe à
37M ; une légère transpiration se produit, puis l’enfant s’endort d’un som¬
meil paisible. Nous le réveillons vers 7 heures pour l’examiner de nouveau
avant de quitter le village ; la température est à 36,8, le pouls à 65. L’en¬
fant, qui est somnolent et calme, répond à nos questions ; plus de douleurs
a la région fronto-temporale. Seule, la douleur à la nuque persiste, mais for¬
tement atténuée ; nous retrouvons le signe de Kernig.
(<_ A neuf heures, nous disent les parents, les douleurs reprendront jusqu’à
trois h eu tes du soir, puis il y aura une accalmie jusqu’à six ou sept heures.
A ce moment-la, la crise recommencera semblable à celle que vous venez de
constater cette nuit. Les accès se reproduisent avec une régularité presque
mathématique ».
Nous étions donc en présence d’un malade qui avait deux accès de fièvre
par jour, avec des symptômes méningitiques et le signe de Kernig. Mais
l’affection durait depuis un mois et elle s’était produite après un séjour à
la gare d’Alistro, sur la côte orientale, c’est-à-dire dans un milieu essen¬
tiellement contaminé par la malaria.
Nous nous trouvons dans ce village éloigné, en pleine montagne, dans
l’impossibilité de faire la recherche de l’hématozoaire de Laviîran, mais
nous instituons aussitôt un traitement anti-paludique Au début nous don¬
nons toutes les six heures un paquet contenant :
Chlorhydrate de quinine
Pyramidon .
0,20 c g.
0,05 cg.
Le troisième jour la fièvre ne fait plus son apparition ; au quatrième
jour, l’élément douleur ayant cessé, nous supprimons le pyramidon et nous
donnons 0,25 cg. de quinine, matin et soir.
Après une semaine de traitement, l’enfant, refusant de prendre les pa¬
quets de quinine, la fièvre revint à 38°, 5. Le traitement quinique fut de
nouveau institué et continué pendant un mois. La guérison fut alors com¬
plète et peu de temps après, l’enfant reprenait ses cours au lycée de Bastia.
Le jeune Santini avait donc été atteint de paludisme avec des
troubles méningitiques accusés. C’est la première fois que nous
avons noté chez un paludéen, chez un enfant surtout, des symp¬
tômes méningitiques aussi nets, et le signe de Kernig. Il est à
remarquer que les symptômes n’ont disparu qu 'après l’emploi
méthodique et prolongé de la quinine.
P
Infections des souris et des rats dues au
kala-azar méditerranéen et au kala-azar indien
Par A. LAVERAN.
Nous avons montré, en 1909, M. Pettit et moi, que lorsqu’on
inoculait h des souris ou à des rats, dans la cavité péritonéale ou
dans le foie, de la pulpe des viscères d’un animal fortement
infecté de kala-azar (virus tunisien), on produisait chez ces ani¬
maux des infections légères qui, d’après nos premières constata¬
tions, restaient localisées à la cavité péritonéale et se terminaient
par guérison (1).
(1) A. Laveran et A. Pettit, Soc. de Biologie, 5 juin 1909.
En 1912, j’ai montré qu’on pouvait produire, chez la souris, des-
infections généralisées avec le virus du kala-azar tunisien. J’ai
donné l’observation d’une souris qui, inoculée dans le péritoine
avec la rate et la moelle osseuse broyées d’un chien infecté de
kala-azar, et sacrifiée 31 jours après l’inoculation, avait, dans la
rate, le foie et la moelle osseuse, des Leishmania en grand nom¬
bre (1).
W.-L. Yakimoff et N. Kohl-Yakimoff, qui se sont servis
comme moi du virus tunisien, ont réussi à produire des infections
généralisées légères chez les souris en leur injectant, dans la veine,
des cultures de la Leishmania infantum ou en les inoculant, dans
le péritoine, avec la pulpe d’organes provenant d’animaux infec¬
tés de kala-azar (2).
Sur 26 souris blanches inoculées, dans le péritoine, avec la
pulpe de rate, de foie ou de moelle osseuse de chiens ou de souris
infectés de kala-azar, j’ai constaté: 4 fois des infections généra¬
lisées fortes, 4 fois des infections généralisées moyennes, 13 fois
des infections généralisées légères. 5 souris qui avaient montré-
des Leishmania en plus ou moins grand nombre dans l’exsudât
péritonéal, à la suite de l’inoculation, n’ont pas eu d’infection
généralisée ou bien elles étaient complètement guéries quand
elles ont été sacrifiées.
Deux souris, sacrifiées 24 et 31 jours après l’inoculation, avaient
des infections généralisées fortes ; une troisième, sacrifiée au bout
de 138 jours, avait aussi une infection généralisée forte, mais
cette longue durée des infections paraît exceptionnelle. Chez les-
souris sacrifiées 127 à 203 jours après l’inoculation, j’ai trouvé,
presque toujours, des infections légères ou très légères, en voie
de régression.
Une seule souris a succombé, après avoir été inoculée 3 fois-
(2 fois avec des cultures de Leishmania, 1 fois avec la rate brovée
d’une souris fortement infectée de kala-azar, la souris 14, voir
infra). Les parasites étaient nombreux dans la rate hvpertrophiée
de la souris et il n’v avait pas de lésions macroscopiques pouvant
expliquer la mort, néanmoins je ne voudrais pas affirmer que
cette souris a succombé à la leishmaniose, ayant observé des
(1) A. Laveran, Acad, des Sciences, 26 février 1912.
(2) W.-L. Yakimoff et N. Kohl-Yakimoff, Soc. de path. exotique, 1912,.
t. V. p. 218 et p. 355.
infections généralisées plus accusées chez des souris qui avaient
résisté.
Les infections généralisées les plus belles ont été obtenues par
l’injection, dans le péritoine, de la pulpe de rate, de foie ou de
moelle osseuse, de chiens ou de souris infectés de kala-azar.
8 jours après l’inoculation, la ponction péritonéale permet de
constater l’existence de Leishmania en plus ou moins grand nom¬
bre dans l’exsudât; les parasites sont contenus dans des leuco¬
cytes (mononucléaires en général) ou dans des cellules endothé¬
liales qui parfois en sont littéralement bourrées, on trouve aussi
un certain nombre de Leishmania libres. Tantôt l’infection reste
ainsi localisée au péritoine, tantôt elle se généralise ; les Leishma¬
nia envahissent la rate, le foie et la moelle osseuse.
A priori, on pouvait supposer que l’infection se ferait plus faci¬
lement par les flagellés très mobiles des cultures de la Leishma¬
nia, que par les éléments immobiles, et le plus souvent endocel-
iulaires, de la rate, du foie ou de la moelle osseuse des animaux
atteints de kala-azar, mais les flagellés des cultures deviennent
rapidement la proie des phagocytes (i), tandis que les éléments
parasitaires du stade aflagellé peuvent vivre et se multiplier dans
les leucocytes et dans les cellules endothéliales.
L’injection des cultures de Leishmania infantum dans le péri¬
toine des souris ne donne que des résultats négatifs.
En injectant dans le foie d’une souris une culture de L. infan¬
tum, j’ai obtenu une infection légère; des infections peuvent aussi
être produites, comme M. et Mme Yakimoff l’ont annoncé, par
l’injection des cultures dans les veines caudales des souris mais,
d’après mes observations, on ne produit ainsi que des infections
légères.
J’espérais que le virus du kala-azar, après passages par souris,
-deviendrait plus actif pour ces animaux. Cette attente a été déçue
jusqu’ici, comme le montrent les faits suivants.
Sur 3 souris (i, 2, 3), inoculées dans le péritoine avec la rate
et la moelle osseuse d’un chien gravement infecté de kala-azar,
2 ont eu des infections généralisées fortes, la 3e a eu une infection
d’intensité moyenne. L’observation de la souris 3 a . été publiée
déjà (2); je résume les observations des deux autres souris.
(1) Delanoë, Soc. de Biologie, 11 mars 1,911, et Ann. de l’Inst. Pasteur,
25 mars 1912.
(2) C. R. Acad, des Sciences, t. 154, p. 559 (séance du 26 février 1912).
Souris i. — Inoculée le 25 janvier 1912, dans le péritoine, avec la pulpe de
rate et de moelle osseuse d’un chien infecté de kala-azar. Des examens de
l’exsudât péritonéal faits les ier, 8 et 17 février révèlent l’existence de Leish-
mania qui, nombreuses lors du ier examen, sont plus rares lors des exa¬
mens suivants. L’exsudât ensemencé le 1e1' février dans deux tubes de milieu
de Novy simplifié donne de belles cultures de Leishmania.
La souris est sacrifiée le 11 juin 1912, 138 jours après l’inoculation. Pas
d’exsudat péritonéal. La rate est fortement hypertrophiée, elle a 5 à 6 fois
le volume normal. On trouve des Leishmania nombreuses dans les frottis
de rate, rares dans les frottis de foie ; l’examen d’un frottis de moelle
osseuse est négatif.
Souris 2. — Inoculée le 25 janvier comme la souris 1. Des examens de
l’exsudât péritonéal, faits les 3, 10 et^j. février, révèlent l’existence de Leish¬
mania qui, nombreuses le 3 février, deviennent plus rares aux examens sui¬
vants. L’exsudât ensemencé le 3 février sur milieu de Novy simplifié donne
une belle culture.
La souris est sacrifiée le 7 mars 1912, 42 jours après l’inoculation. Pas
d’exsudat péritonéal. La rate a 5 à 6 fois le volume normal. Leishmania
assez nombreuses dans les frottis de rate, rares dans les frottis de moelle
osseuse; l’examen des frottis de foie est négatif.
Sur 7 souris que j’inocule dans le péritoine avec la rate et lé
foie broyés de la souris 3, inoculée comme les souris 1 et 2 et
ayant une infection généralisée très forte (rate, foie, moelle
osseuse), je note: 4 infections fortes ou moyennes, et 3 infections
légères ; je résume les observations des souris qui ont eu des
infections fortes ou moyennes.
Souris 12. — Inoculée le 25 février 1912, dans le péritoine, avec la rate
et le foie broyés de la souris 3. L’examen de l’exsudât péritonéal, fait le
6 mars, montre des Leishmania en très grand nombre.
La souris est sacrifiée le 20 mars, 24 jours après l’inoculation. Exsudât
péritonéal très rare, contenant encore des Leishmania nombreuses. Rate
fortement hypertrophiée. Leishmania nombreuses dans les frottis de la rate
et du foie. Les parasites sont endocellulaires ou libres ; un certain nombre
de Leishmania se trouvent dans des cellules hépatiques. La moelle osseuse
est moins parasitée que la rate et le foie.
Souris ij. — Inoculée le 25 février 1912, comme la souris 12. 6 mars,
Leishmania nombreuses dans l’exsudât péritonéal.
La souris est sacrifiée le 27 mars, 31 jours après l’inoculation. Exsudât
péritonéal presque nul avec Leishmania très rares. Rate hypertrophiée. Les
parasites, assez nombreux dans les frottis de rate, sont assez rares dans les
frottis de foie, et très rares dans les frottis de moelle osseuse.
Souris ij. — Inoculée le 25 février 1912, comme les souris 12 et 13.
8 mars, Leishmania très nombreuses dans l’exsudât péritonéal, principa¬
lement dans les cellules endothéliales.
La souris est sacrifiée le 4 avril 1912, 39 jours après l’inoculation. Pas
d exsudât péritonéal. Rate hypertrophiée. La souris pèse 20 g. ; la rate pèse
25 Leishmania assez nombreuses dans les frottis de rate et de foie, très
rares dans les frottis de moelle osseuse.
Souris iç. — Inoculée le 25 février 1912, comme les souris 12, 13 et 15.
- 7 1 9 -
8 mars, Leishmania assez nombreuses dans l’exsudât péritonéal, principale¬
ment dans les grandes cellules endothéliales.
La souris est sacrifiée le 21 août 1912, 178 jours après l’inoculation. La
rate est très fortement hypertrophiée ; la souris pèse 21 gr. ; la rate pèse
45 cg. Leishmania assez nombreuses dans les frottis de rate ; l’examen des
frottis de foie et de moelle osseuse est négatif.
Sur 5 souris inoculées dans le péritoine avec la rate et le foie
broyés de la souris 12, fortement infectée (voir ci-dessus), il y a
eu 4 infections généralisées légères; dans un cas l’infection est
restée localisée à la cavité péritonéale.
Sur 3 souris inoculées avec la rate et le foie broyés de la souris
13, une seule a eu une infection généralisée légère; chez les deux
autres l’infection est restée localisée à la cavité péritonéale.
Deux souris inoculées sur une souris ayant une infection géné¬
ralisée légère, de deuxième passage par souris, ont eu des infec¬
tions généralisées très légères.
La virulence de la Leishmania injantum pour les souris, loin
d’augmenter à la suite des passages chez ces animaux, a donc
été en décroissant. Je dois dire que j’ai observé des faits analo¬
gues à la suite de passages de chien à chien.
L’hypertrophie de la rate est une lésion constante, chez les
souris qui ont des infections généralisées et c’est dans la rate que
l’on rencontre le plus souvent des Leishmania, et en plus grand
nombre.
Sur 24 souris, la rate a été notée, dans 5 cas, comme forte¬
ment hypertrophiée (5 à 6 fois le volume normal); dans 10 cas,
comme notablement hypertrophiée (3 à 4 fois le volume normal) ;
dans 9 cas, comme faiblement hypertrophiée (1 fois 1/2 à
2 fois 1/2 le volume normal). Chez une souris, le poids de la rate
atteignait 45 cg. ; chez plusieurs, il était de 25 à 30 cg. (1).
Sur 20 souris, chez lesquelles j’ai recherché l’existence des
Leishmania dans la rate, dans le foie et dans la moelle osseuse,
j’ai trouvé les parasites: 19 fois dans la rate, 10 fois dans le foie,
5 fois dans la moelle osseuse.
Dans le cas où l’examen des frottis de rate- a été négatif, l’ino¬
culation avait été faite dans le foie et non, comme d’habitude,
dans le péritoine.
C’est donc la rate qui est le lieu d’élection des Leishmania
chez la souris, comme de l’hématozoaire du paludisme chez
(r) Le poids normal de la rate d’une souris de 20 g. est de 7 à 8 cg.
l’homme; une fois de plus on peut dire que la rate joue fort mal
le rôle de défense de l’organisme contre les microbes qui lui a
été attribué par quelques observateurs.
Les rats inoculés dans le péritoine avec la pulpe de la rate, du
foie ou de la moelle osseuse d’animaux atteints de leishmaniose
peuvent présenter, comme les souris, des infections généralisées.
Un rat inoculé par moi, le 25 février 1912 avec la pulpe de la
rate et du foie de la souris 3, et mort, 12 jours après l’inocula¬
tion, avec de la diarrhée, avait des Leishmania assez nombreuses
dans l’exsudât péritonéal, très pares dans la rate qui était hyper¬
trophiée.
Chez un rat inoculé par M. et Mme Yakimoff, les Leishmania
n’ont pas été vues sur les frottis de rate, mais l’ensemencement
d’un morceau de la rate a donné une culture.
*
* *
Il était intéressant de savoir si le kala-azar indien donnerait,
chez les souris et chez les rats, les mêmes résultats que le kala-
azar méditerranéen; on sait que la manière différente dont les deux
virus se comportent chez le chien constitue un des principaux
arguments que l’on peut invoquer contre leur identification.
Le Dr Row, auquel j’avais conseillé d’entreprendre des expé¬
riences sur les souris avec le kala-azar indien, m’a écrit, à la date
du 6 septembre dernier, qu’il avait réussi à provoquer des infec¬
tions généralisées chez deux souris, en leur inoculant, dans le
péritoine, du virus recueilli dans des nodules sous-cutanés pro¬
voqués chez un Macacus sinicus par l’inoculation du virus
humain du kala-azar indien (1). L’une des souris mourut 46 jours
après l’inoculation, l’autre fut sacrifiée au bout de 49 jours. Chez
les 2 souris, les Leishmania existaient en grand nombre dans la
rate, dans le foie et dans la moelle osseuse.
Row tire de cette expérience un argument en faveur de l’iden¬
tification du kala-azar indien et du kala-azar méditerranéen.
Patton a réussi à-infecter un rat blanc en lui inoculant, dans le
péritoine, 3 cm3 d’une émulsion faite avec la rate d’un sujet
mort du kala-azar indien ; le rat a présenté une infection géné¬
ralisée (foie, rate) (2). Après avoir rappelé que Laveran et Pettit
fi) R. Row, Communie, à la Brit. med. Assoc., Liverpool, Juillet 1912.
(2) W.-S. Patton, Scientif. Mem. by Offic. of the med. a. san. Dep, of the
Gov. of India, 1912, N. S., n° 53, note, p. 33.
— 721 -
n’ont obtenu chez la souris et le rat avec le kala-azar tunisien que
des infections localisées à la cavité péritonéale, Patton tire de
son observation un argument en faveur de la non identité du
kala-azar indien et du kala-azar tunisien. Notre collègue ne paraît
pas avoir eu connaissance de la note que j’ai publiée, au mois
de février 1912, sur une infection généralisée de la souris obtenue
avec le virus tunisien.
Il est à noter que Row et Patton tirent de faits semblables des
conclusions entièrement opposées, au sujet de la relation existant
entre le kala-azar indien et le kala-azar tunisien. Les faits rap¬
portés par Row et Patton sont encore trop peu nombreux pour
qu’on puisse conclure; le kala-azar indien paraît plus virulent
pour la souris et pour le rat que le kala-azar tunisien, mais les
deux virus peuvent donner lieu chez ces animaux à des infections
généralisées, ce qui est en faveur de l’identité.
Virulence des cultures de Leishmania
infantum. Sensibilité du chacal
au virus du Kala Azar tunisien
Par Charles NICOLLE et L. BLAIZOT.
I. — Novy, le premier, a réalisé l’infection du chien par l’ino¬
culation de cultures de Leishmania infantum ; les quantités injec¬
tées étaient énormes, la voie employée le péritoine. Ces expérien¬
ces ne semblent pas avoir été reproduites depuis, du moins avec
un égal succès. Plusieurs auteurs ont obtenu, chez certains ani¬
maux de laboratoire, un commencement de développement du
parasite, pas davantage. Seuls, W. et N. Yakimoff ont réussi,
par voie intraveineuse, à infecter avec des cultures la souris.
L’inoculation du virus est demeurée jusqu’à présent la seule mé¬
thode effective d’infection.
Ayant perdu, au début de cette année, le virus d’origine hu¬
maine que nous conservions par passages depuis décembre 1907,
nous avons cherché à en créer un nouveau par l’inoculation de
cultures de même origine. Nos premiers essais ont été négatifs.
Vingt-cinq cultures de quarante-cinquième génération, ayant pour
— 'J 2.2
origine notre virus perdu, injectées dans le péritoine d’un chien,
ne l’ont pas infecté (animal sacrifié après 56 jours, recherche des
Leishmania dans les organes négative).
Cet échec nous a conduits à faire usage de cultures d’isolement
plus récent (29e cas tunisien, 28 février 1912) et à tenter la voie
intraveineuse.
Le 9 mai, nous inoculons par la veine de l’oreille à quatre la¬
pins, deux jeunes (1070 à 1380 g.), deux très jeunes (670 à 770 g)
6 et 10, 4 et 4 cultures de 5e passage sur milieu NNN, âgées de
12 jours, diluées dans 10 et 4 cm3 d’eau physiologique. Le même
jour, quatre très jeunes cobayes reçoivent dans la jugulaire ex¬
terne 5 et 4 cultures identiques dans 4 cm3 du même véhicule.
Aucune réaction immédiate, aucun symptôme les jours suivants.
Le 13 mai, 15 cultures du même passage {cinquième) âgées par
conséquent de 16 jours et diluées dans 15 cm3 d’eau physiologique,
sont injectées par la jugulaire externe à un petit chien âgé d’une
quinzaine de jours et pesant une livre. Etat syncopal immédiat,
dyspnée intense, l’animal reste plusieurs heures couché sur le
flanc; le lendemain, cependant, il est complètement rétabli et :e
demeure ensuite.
Enfin, le 16 mai, nous inoculons par la même voie, avec des cul¬
tures de même origine, mais de 6e génération et âgées de 13 jours,
un autre petit chien (poids 1 k. no ; 15 cultures dans 15 cm3 d’eau
physiologique) et un jeune chat d’un mois (poids 515 g. ; 6 cul¬
tures dans 6 cm3 de véhicule).
Les résultats de ces expériences ont été :
Négatifs pour les lapins et cobayes, sacrifiés du 15e au 80e jour
de l’inoculation ; pour le second petit chien, sacrifié le 62e jour et
le petit chat (trépanations répétées du tibia pendant 2 mois)-
Positif pour le premier petit chien (15 cultures de 5e génération).
Cet animal, sacrifié au 72e jour de l’inoculation, ne montre comme
lésions qu’une très légère hypertrophie de la rate ; il est gras, son
poids atteint 2 k. 110. Cependant, nous trouvons sur les frottis de
la rate, des Leishmania en assez grand nombre; ces parasites sont
très nombreux dans la moelle osseuse.
Avec le virus de ce chien, nous avons inoculé un second chien
(n° 3 de nos observations) et un chacal. Nous renvoyons au pa-
ragraphe suivant l’observation de ce dernier.
Le chien 3, frère du chien 2, pesait au moment de l’inoculation
1 k. 775 ; il. augmente régulièrement de poids jusqu’à atteindre le
14 octobre (82e jour de son inoculation) 4 k. 410. Nous le sacri¬
fions ce jour. L’examen des frottis de sa moelle osseuse montre
d’assez nombreuses Leishmania, ceux de la rate en contiennent
moins, ceux du foie d’exceptionnels.
Nous avons pratiqué avec les organes de ce chien des passages
à des chiens et singes et nous pensons avoir ainsi recouvré le
virus. Nous n’en sommes pas cependant assurés, car l’instabilité
de la virulence dans les passages rend les résultats de ceux-ci in¬
certains.
II. — Nous avons tenté l’infection expérimentale du chacal
à deux reprises, la première fois sans y réussir, la seconde avec
succès.
Chacal 1, inoculé le 4 août 1910, avec le virus du chien 43, très
riche en Leishmania. Il s’agit d’un animal jeune, du poids de
3 k- 500. Aucun symptôme consécutif ; autopsie, pratiquée au 43e
jour de l’inoculation, négative ; absence de Leishmania sur les
frottis des organes.
Chacal 2, du même âge environ, reçoit le 24 juillet dans la cavité
péritonéale le virus du chien 1 (voir alinéa précédent) en même
temps que le chien 3. Sacrifié le 16 octobre (84e jour), il ne pré¬
sente aucune lésion ; sa moelle osseuse est assez grasse ; bon em¬
bonpoint. Sur les frottis de la moelle des os, les Leishmania sont
assez nombreuses, surtout intracellulaires (jusqu’à 20 par cellule) ;
parasites plus rares dans la rate, absents du foie.
Nous avons tenté un passage par singe avec le virus de ce cha¬
cal.
(Institut Pasteur de Tunis.)
&
Pénétration du Schizotrypanum Cruzi
à travers la muqueuse oculaire saine
Par E. BRUMPT.
\
Le Cercopithecus ruher est le Singe le plus sensible à l’infec¬
tion par le Schizotrypanum Cruzi , comme il est d’ailleurs le plus
sensible à l’infection par le Trypanosoma gambiense. Deux Sin¬
ges de cette espèce ayant été piqués, l’un par des Conorhinus me-
- 724
gistus à déjections infectieuses, l’autre par des Cimex lectularius
à déjections également infectieuses, n’ont pas contracté la ma¬
ladie.
Comment expliquer ces insuccès ? Faut-il en conclure que les
XJonorhinus ne provoquent jamais la maladie par piqûre ou faut-il
en conclure que, quand ils donnent la maladie par ce procédé, il
s’agit d’une localisation accidentelle du parasite dans les glandes
salivaires de l’insecte, comparable à la localisation des Amibes
dysentériques dans le cerveau, le poumon ou le foie ?De nouvelles
■expériences pourront seules permettre d’élucider ce point.
Les déjections de Conorhinus et de Cimex sont très virulentes,
elles renferment souvent des Trypanosomes grêles et très mobiles.
Le Schizotrypanum Cruzi a un grand pouvoir de pénétration,
puisqu’il peut perforer à peu près toutes les cellules de l’organis¬
me. Il était intéressant de savoir si les déjections des Conorhi¬
nus pouvaient être infectieuses en traversant la peau saine ou les
muqueuses.
Mes expériences faites sur le Singe et le Rat avec les déjec¬
tions déposées sur la peau ont été négatives. Les déjections se
dessèchent très vite et les Trypanosomes meurent, il faudrait une
lésion de grattage pour les inoculer.
Par contre les déjections déposées sur le globe oculaire d’un
'Cercopithecus ruber adulte, très vigoureux, l’ont infecté et cet
animal est mort en un mois aussi vite que s’il avait été inoculé
dans le péritoine.
Des expériences ultérieures montreront probablement que les
Trypanosoma Cruzi de passage pénètrent également par les
muqueuses saines, voire même par la peau. En opérant avec les
déjections des Conorhinus nous nous sommes placé dans des con¬
ditions naturelles et notre expérience jette un peu de lumière sur
le mode de transmission du Schizotrypanum Cruzi.
Au cours d’une autopsie d’un Rat très infecté, sacrifié en
juin 1912, j’ai reçu du sang virulent dans l’œil droit; une
instillation rapide de quelques gouttes de nitrate d’argent, faite
quelques minutes plus tard par le Dr Ch. Joyeux, a probable¬
ment empêché l’infection de se produire.
Présence de trypanosomes dans
le sang des bovidés portugais
Par A. BETTENCOURT et I. BORGES.
Voir notre note dans le Bulletin du 9 octobre 1912.
Après avoir écrit cette note, nous avons poursuivi nos recher¬
ches. La- totalité des animaux examinés depuis le 28 juin jus¬
qu’au 24 septembre est de 62. Chez 25 nous avons trouvé des
Elageîlés dans les cultures, ce qui donne un pourcentage de
40,3. Concernant la provenance des animaux, nous avons
23 Bœufs d’Alentejo, avec 20 résultats positifs (86,9 %) ; 10 de
Beira, avec 5 résultats positifs (50 %) ; 2 Bœufs de Estremadura,
4 de Minho et 23 des Açores, dont les ensemencements du sang
sont restés toujours stériles.
L’absence de Elageîlés chez les 23 Bovidés des Açores a attiré
particulièrement notre attention- Le fait pourrait avoir peut-être
quelque relation avec l’absence de l’invertébré transmetteur dans
l’Archipel. Nous venons d’instituer des recherches dans ce sens.
Octobre 1012.
Colite à Tetramitus Mesnili (Wenyon 1910) et
Colite à Trichomonas intestinalis Leuckart 1 87 9.
~ Blastocystis hominis n.sp. et formes voisines
Par E. BRUMPT.
I
Colite a Tetramitus Mesnili.
Le Tetramitus Mesnili est un petit flagellé ressemblant beau¬
coup, à l’état frais, au Trichomonas intestinalis avec lequel il a
dû être fréquemment confondu. Ce parasite qui semble avoir été
vu par Davaine dans des selles de cholériques et très mal décrit
par lui sous le nom de Cercomonas hominis^a été découvert par
Wenyon en 1910 (1) dans les selles d’un indigène de Bahama,
soigné au Seamen’s hospital de Londres. Ce même parasite, ou
une espèce voisine, a été vu par Alexeieff (2) dans les selles d’un
matelot, à Thédosre (Crimée) au cours d’une épidémie de cho¬
léra. Alexeieff identifie à tort avec ce flagellé une espèce trouvée
par lui dans le tube digestif d’un poisson marin, le Box salpa.
Le Tetramitus, dont il donne d’ailleurs de bonnes figures, est
totalement différent de celui de l’homme, nous le désignerons
sous le nom de Tetramitus bocis n. sp.
En 1911, S. von Prowazek (3) a rencontré assez souvent aux
îles Samoa ce parasite, qu’ il nomme Fanapepea intestinalis , chez
des gens atteints d’ankylostomose et présentant, en outre, des
Ascarides, des Trichocéphales et des Entamœba coli (= A. Wil¬
liam si Prowazek). Prowazek qui a observé aussi Tetramitus
Mesnili dans P intestin d’un Cynocéphale, a constaté que ces fla¬
gellés disparaissent chez l’Homme à la suite d’un traitement
thymolé de 2 à 4 g. ; dans un cas où il y avait des kystes, il y a
eu récidive après le traitement.
Tout récemment Nattan-Larrier (4) a signalé ce parasite chez
un malade venant de la Côte d’ivoire et souffrant d’une dysen¬
terie amibienne à Entamœba dysenteriœ.
Grâce à l’obligeance du Dr Albert Mathieu, médecin de l’hô¬
pital Saint-Antoine, j’ai pu avoir l’observation d’une malade
dans les selles de laquelle le Dr Goiffon avait trouvé par inter¬
mittences des flagellés en nombre considérable. La coloration
des flagellés par l’hématoxyline au fer m’a montré qu’il s’agis¬
sait de Tetramitus Mesnili. Cette constatation présente un double
intérêt, d’abord parce que c’est le premier cas certainement ob¬
servé en France chez une malade n’ayant jamais quitté son pavs
et, d’autre part, parce que je crois que l’on est en droit de pou¬
voir affirmer son rôle pathogène.
Voici en quelques mots l’histoire de la malade:
(1) Wenyon (C M.). A new flagellate ( Macrostoma Mesnili n. sp.) from
the human intestine with some remarks on the supposed cysts of Tricho¬
monas. R ar asitolo gy , 3, 1910.
(A Alexeieff. Sur les flagellés intestinaux des poissons marins. Arch.
Zool. ex p. et géûér., 1910, Notes et Revues, pp. T à XX.
(3) Prowazek (S. v.). Archiv fier Protistenkunde, XXIII, p. 96, 1911.
(4) Nattan-Larrier. Ce Bulletin, juill. 1912.
Mme B..., femme de ménage, 57 ans. Consultation du
D' A. Ma fhieu, à l’hôpital Saint-Antoine.
Malade anachlorhydrique, souffre depuis longtemps de l’esto¬
mac. Il y a un an, elle a eu une grippe à forme intestinale et
depuis cette époque elle a présenté de l’entérite. Le f décem¬
bre içii, elle mange des moules à dîner; durant la nuit, elle est
prise d’une douleur abdominale intense accompagnée de vomis¬
sements alimentaires et de diarrhée.
Le 8 décembre elle vient à la consultation du Dr A. Mathieu,
la malade va fréquemment à la selle et son ventre est douloureux.
ij décembre. Douze à quinze selles par jour de couleur brune,
liquides et visqueuses, fétides, de réaction alcaline et renfermant
un peu de mucus. L’examen microscopique pratiqué par le
Dr C jtOiffon ne montre rien de particulier.
20 décembre. Selle liquide, brune, visqueuse, alcaline et renfer¬
mant un peu de mucus. La malade va mieux, elle n’a que trois
ou quatre selles par jour, mais elle souffre toujours sur le trajet
du gros intestin. L’examen microscopique montre des leucocytes.
j janvier içi2. Selle liquide, visqueuse, gris sale, très fétide,
alcaline. Le Dr Goiffon trouve à l’examen microscopique des
levures et des leucocytes assez abondants (ou peut-être des fla¬
gellés morts).
10 janvier. D°. — ji janvier. D°.
2 février. — La malade est venue me voir à la Faculté de méde¬
cine, à 10 heures du matin. Elle émet une selle beaucoup plus
consistante que d’habitude, que j’examine aussitôt et dans laquelle
je ne trouve aucun flagellé.
5 février. Examen microscopique négatif.
6 février. A 10 heures du matin, la malade évacue une selle
liquide, gris sale, avec de très nombreux flagellés. Le Dr Goif-
fox me porte aussitôt cette selle au laboratoire, et je confectionne
un certain nombre de frottis que, par suite du manque de temps,
je n’ai pu colorer qu’en octobre 1912.
Depuis le mois de février jusqu’à ce jour, la malade, qui est
soignée avec beaucoup de dévouement par le Dr Friedel, va
sensiblement mieux; elle a légèrement augmenté et a pu repren¬
dre ses occupations. Elle garde néanmoins ses flagellés et ceux-ci
se multiplieraient certainement si elle ne se soignait plus.
Le 9 novembre 1.912, à la suite d’un, lavement d’eau physiolo-
gique, la malade rend quelques déjections dans lesquelles on ren¬
contre un certain nombre de Tetramitus Mesnili.
Des frottis fixés au Bouin-Duboscq et colorés à l’hématoxyline
ferrique, ont été faits le 6 février 1912, le 9 novembre 1912, et
le 10 novembre 1912, avec des selles conservées 24 heures à la
température du laboratoire.
Fig. 1. — Tetramitus Mesnili dans les selles, n, noyau ; b, blépharoplaste ;
c, cytostome ; 1 à 7, divers aspects du parasite dans les frottis. 8, forme
en voie de division ; 9 à 12, kystes, x 2.000.
Les frottis du 6 février renfermaient de nombreux flagellés et
des kystes (fig. 1) ainsi qu’un nombre considérable de Blasto-
cystis hominis n. sp. (anciens kystes de Trichomonas).
Les frottis du 9 novembre renfermaient des flagellés peu nom¬
breux et d’assez fréquents Blastocystis.
Les frottis du 10 novembre faits avec des selles conservées
24 heures, renferment de nombreux Blastocystis et des flagellés
reconnaissables, quoique morts.
Les prétendus kystes de Trichomonas ont été vus par beau¬
coup d’autetirs et considérés soit comme des kystes de flagellés,
soit comme des végétaux. Dans mon Précis de Parasitologie,
paru en juillet 1910, je signale l’existence de ces kystes de Tri¬
chomonas, en dehors des vertébrés où ils étaient déjà connus, chez
les Singes et, fait plus curieux, chez les Sangsues ( Hœmopis
sanguisuga). Actuellement, j’ai changé d’avis et je me range du
côté de ceux qui considèrent les « kystes de Trichomonas » comme
des blastomycètes (i). Alexeieff a donné le nom de Blastocystis
enterocola (2) à une espèce qui vit dans l’intestin de Triton cris-
Img. 2. Blastocystis hominis, formes évacuées après purgation, les formes
en voie de division sont très nombreuses.
tatus et qu’il considère comme vivant indifféremment chez l’Hom¬
me, le Rat, les Sangsues, etc.
Une étude des Blastocystis de l’Homme, de VHœmopis san-
Fig. 3.
Blastocystis hominis, formes rencontrées chez le même
dans les selles solides quelques jours plus tard.
individu
guisuga, du Cercopithecus ruber, du Bufo vulgaris, me permet
d’affirmer qu’il y a de très nombreuses espèces de Blastocystis,
et à celles que j’ai étudiées (2) je donne les noms de:
(1) Alexeieff, A. Sur les kystes de Trichomonas intestinalis dans l’intes¬
tin des Batraciens. Bull, scient, du Nord de la France et de la Belgique ,
XLIV, p. 353, 1911, et C. R. Soc. Biol., oct. 1911.
(2) Je considère le noyau décrit par Alexeieff chez les Blastocystis com¬
me un karyosome ; le noyau est représenté par une zone claire qui entoure
la masse chromatique centrale.
5o
- 7^° —
Blastocystis hominis n. sp., très fréquente dans les déjections
de l’Homme.
Blastocystis cercopitheci n. sp., très fréquente dans les déjec¬
tions du Cercopithecus ruber et peut-être aussi chez d’autres Sin¬
ges (Cynocéphales, Macaques divers, etc.).
Blastocystis bujonis n. sp. du Bnfo vulgaris.
Blastocystis sanguisugæ n. sp. d 'Hœmopis sanguisuga.
11
Colite a Trichomonas intestinalis.
Le Trichomonas intestinalis, différent spécifiquement du Tricho¬
monas vaginalis , ainsi que Bensen l’a récemment démontré et
ainsi que je puis le confirmer, est un parasite capable d’engendrer
des entérites rebelles se greffant souvent sur l’anciennes dy¬
senteries. Les recherches de Chassin et Billet, de Bohne et
Prowazek, d’ Anderson, de Viereck, ont démontré le rôle
pathogène de ce flagellé. J’ai eu récemment l’occasion d’obser¬
ver un cas de colite à Trichomonas chez un confrère revenant du
Tonkin. Voici en quelques mots l’observation du malade:
Dr S..., a séjourné en Indochine depuis 3 ans et six mois, a
eu la diarrhée des pays chauds et le ver solitaire.
2 déc. 1910. Depuis 6 jours le malade présente une diarrhée
rebelle survenue à la suite d’une indigestion. Environ 4 selles
dans la journée et 3 la nuit.
2 déc. 1910, à 5 heures du soir, le malade va à la selle et
expulse des mucosités sanguinolentes que j’examine et qui renfer¬
ment de nombreux Trichomonas intestinalis, certains ont ingéré
des globules rouges. Pas d’Amibes. Des examens faits les 4, 5,
8 décembre, montrent des Trichomonas plus ou moins abondants.
9 décembre, le malade qui s’est soigné avec des lavements
d’eau de Labarraque et du Quo Sam, est guéri et n’a plus jamais
rechuté, bien qu’il ait été suivi pendant près d’un an.
Filaria immitis in Calcutta
B y S. N. MITTER, G. B. V. C.,
In the Revue Vétérinaire of February of 1911, there appeared
a paper by Prof. L.-G. Neumann, of the National Veterinary
School of Toulouse, in which he publishes bis researches on the
subject of Verminous dermatoses of dog based on the literature
available in the different continental and Indian Journals. While
reviewing my paper on Cutaneous Filariasis in a dog, which
was çommunicated to the Journal of Tropical Veterinary Science ,
(vol. V, part. III), Professor Neumann observes as follows.
« Mitter’ s observation (Calcutta) —
A drop of blood from the intact pustules showed numerous
filarial embryos, similar ones being obtained from the blood of
the auricular vein. They were about 460 [j. long while those of
Filaria immitis are only 285-295, and Lewis were still shorter.
Local combined with general treatment was successful. The Fila¬
ria immitis lias not been recorded from Calcutta ».
Thus it will be seen from Prof. Neumann’ s remarks that no case
of Filaria immitis has even been recorded from Calcutta. I confess
that I hesitated to publish my observation on tliis particular form
of Filariasis which came under my notice during last ten years I
hâve been associated with this Research Laboratory and the Pa-
thological Muséum connected with it, on the considération that
F. immitis are fairly common not only in Calcutta but also in
Lower Bengal and that the subject will not create an interest
among the Profession. However I recorded mv observation in
the Index-Catalogue of parasites of animais also in the descrip¬
tive catalogue of Pathological specimens in the Muséum of the
Bengal Veterinary College both of which I prepared about two
years ago.
I believe that Filaria immitis is also common in Burma where
it has been studied by Lt. Col. Evans and Mr. Rennie, and
their observations were published in the Journal of Tropical Vete¬
rinary Science (vol. V, part. II).
The object of this paper is to place on record four cases of
Filaria immitis which came under my notice recent ly.
Case I. — The subjeet was a Fox-Terrier dog born and bred in this
country and the property of a European gentleman. It was admitted into
this hospital in a dying condition and died within 1/2 an hour after admis¬
sion. P. M. examination revealed Filaria immitis blocking up the right
ventricle of the heart.
Case II. — It was a cross-bred bull dog belonging to an Indian
gentleman. The animal was admitted for treatment of mange and
general dropsy. The main svmptoms were dullness, dépréssion and general
debility. The animal was so week that it could hardly move or walk. Ana-
sarcous swelling was found ail over the body. The excreta were normal.
The dog did not appear to relish its food. Local treatment combined with
internai administration of Pot. Ioçjide showed no improvement. On the
4th. day after admission, the dog fell down and died immediately while
being bathed. The autopsy revealed several interlaced Filaria in the right
ventricle. The organ itself was very pale, flabbv and had gelatinous exuda-
tion at the base. The muscular tissue looked lilce boiled méat.
Case III. — The subjeet was an imported English Fox-Terrier dog,
the property of a European gentleman. It was admitted into this Infirmary
in a moribund condition for treatment of Epilepsy. The animal was very
weak and emaciated. It used to hâve 3 or 4 fits daily. On the 4th day it
dies suddenlv in succession of epileptic fit. Filaria immitis was discovered in
the right auricle.
Case IV. — The subjeet was an imported Fox-Terrier dog belonging to
a European gentleman. This animal was admitted for treatment of distem-
per. After a treatment for a period of fortnight, the dog developed paralvsis
of hindquarters which became very much aggravated later on and the dog
ultimately died in a very weak and emaciated condition at the end of the
2nd fortnight. Autopsy showed Filaria immitis in the right auricle.
The specimens are preserved in the Muséum of the Bengal
Veterinary College.
( Front the Raymond Research Laboratory,
Calcutta, India.)
MM. Railliet et Henry. — Dans la Revue vétérinaire du
Ier novembre 1912, Ganguly (i) vient justement de signaler trois
observations de Filaria ( Dirofilaria ) immitis à Calcutta.
A quelques jours de distance la note de M. Mitter vient donc
confirmer la présence au Bengale de cette espèce parasitaire. II
semble d’ailleurs que certains des cas signalés dans les deux
notes soient identiques.
Mais la Filaire cruelle ne paraît pas devoir être incriminée en
ce qui concerne le cas de dermatose vermineuse constaté par
Mitter, en 1910, chez un chien. En effet, les embryons recueillis
(1) H. C. Ganguly, La Filaire cruelle à Calcutta. Revue vétérinaire,
1912, p. 675-676. Voir aussi Veter. Rec., 28 sept. 1912, p. 168.
— y33 —
soit dans les pustules, soit dans le sang, avaient une longueur de
460 4, bien supérieure, par conséquent, à ceux de Dirofilaria im-
mitis, qui n’atteignent que 285 à 295 y. h'Acanthocheilonema
recondUa et VA. dracunculoides, dont les embryons sont plus
petits encore (195 à 230 ,u), ne semblent pas davantage devoir être
mis en cause.
Par leur longueur, les embryons de Mitter sont compris entre
ceux de la Dirofilaria repens (300 à 360 <->■) et ceux de VAcantho-
cheilonema Grassii (567 4) ; mais comme ces derniers ne circulent
jamais dans le sang, nous inclinons à rapporter le cas de Mitter
à D. repens, d’autant plus que, dans un cas semblable observé
par Bonvicini, nous avons pu constater par nous-mêmes qu’il
s’agissait réellement de cette espèce.
szC '
L’Œstre des moutons au Sénégal
Par G. BOUET et E. ROUBAUD.
W Œstrus ovis L., parasite ubiquiste, très fréquent en Algérie
où il peut même infecter l’homme (1), est également très répandu
en Afrique Occidentale. Le « ver des moutons », bien connu des
indigènes, surtout dans les régions soudanaises, porte des noms
locaux très divers, ainsi que le jetage nasal qu’il détermine. Les
Bambaras nomment la larve de l’oestre Toumou (ou Toumbou )
Sara-Kounon (ver de la tête du mouton) et désignent le jetage
nasal sous le terme de Souma, mot qui s’applique d’une façon
générale aux écoulements morveux des moutons, des bœufs ou
des chevaux. Lorsque la Souma du mouton prend une allure
gênante pour l’animal, que des ébrouements fréquents se produi¬
sent, accompagnés d’émissions de larves, les Bambaras prati¬
quent des brûlures au fer rouge de la région nasale et du chan¬
frein ou soumettent leur bête à des fumigations violentes en brû¬
lant sous ses narines un mélange de chiffons, de poils et de
graines de coton, dans le but de provoquer l’issue des larves au
dehors.
En Peuhl, les larves de l’oestre du mouton sont désignées sous
(1) Ed. et Et Sergent, Ann. de l’inst. Pasteur, 1907.
le nom de Djilou, et le jetage qu’elles occasionnent, sous le terme
de Dourma. Les bergers peuhls se servent également pour débar¬
rasser leurs animaux des parasites, de fumigations de graines de
coton grillées sur des charbons ardents- Les indigènes de race
Djerma connaissent le ver sous le nom de Noni (ver du mouton :
fêgui-noni) ; ils appellent nîsi le jetage nasal. Les animaux
atteints sont traités par des fumigations épaisses d’herbe verte
et de paille sèche brûlées.
Dans le Bas-Dahomey, où les moutons sont rares et ne sortent
guère en dehors des villages,' l’oestre des moutons paraît peu
répandu. D’après les renseignements qu’a bien voulu nous four¬
nir M. le vétérinaire Pécaud, il n’existerait pas dans la région
d’Abomey ; nous ne l’avons pas remarqué non plus dans la région
d’Agouagon.
C’est surtout au Sénégal que le parasite a attiré notre attention
par sa fréquence et les dégâts qu’il est susceptible de produire.
A Dakar, sur 26 têtes de moutons (race peuhle) examinées aux
abattoirs à des jours différents, en mars, avril, 23 présentaient des
larves dans les cornets. A Saint-Louis, sur deux têtes examinées,
les parasites étaient présents dans les deux cas. On peut consi¬
dérer que les moutons peuhls provenant de la région de Bakel.
qui approvisionnent les marchés des grandes villes du Sénégal,
sont infestés dans une proportion de près de go %. La plupart
des bêtes examinées aux parcs des abattoirs de Dakar, en mars-
avril, montraient du jetage nasal. Cependant, elles ne parais¬
saient pas autrement souffrir de la présence des parasites. Les
indigènes du Soudan, d’ailleurs, ne les redoutent guère pour leurs
troupeaux autrement que comme des hôtes gênants, très rarement
susceptibles d’entraîner la mort. Il semble bien qu’on puisse par¬
ler pour les moutons autochtones du Soudan d’un parasitisme
constant et bénin.
Les mérinos argentins, importés de l’Amérique du Sud à
Dakar pour la boucherie, et qui vivent constamment au parc avec
les précédents, ne paraissent pas non plus autrement souffrir de
la présence des parasites, qui se révèle également par l’écoule¬
ment nasal. Il n’en est pas de même pour d’autres races d’ovins
non autochtones.
Un éleveur, M. B..., nous a signalé avoir perdu des suites du
vertige d’oestres, tous les moutons d’Europe, des Canaries et du
Cap Vert qu’il avait essayé d’acclimater à Dakar pour la pro-
735 —
duction du lait. Tous ses animaux, parqués dans les dunes des
Madeleines, dans l’enceinte de la ville, sont morts au bout de
quelques semaines avec des larves dans les cornets et des symp¬
tômes nets de vertiges. Des chèvres de Malte, de Tunisie et de
Ténériffe sont mortes de la même manière, alors que des animaux
du pays ont parfaitement résisté. M. B... a vu s’évanouir, par
suite de la présence des oestres, tout l’espoir qu’il avait fondé
sur la création d’une industrie laitière locale avec les chèvres et
les moutons.
Un commerçant, M. L..., au cours de notre séjour au Sénégal,
a fait venir du Cap Vert, à Dakar, un troupeau de 127 moutons,
le 24 février. Le 10 mars, ces animaux ont commencé à manifester
des symptômes de vertiges, et à mourir en masse. Quelques-
uns seulement ont pu être dispersés dans les cases indigènes ou
abattus. L’un des animaux atteints nous a été présenté: l’animal
était sur le flanc, incapable de se relever, la nuque raidie, les yeux
exorbités, les membres agités de tremblements et de convulsions;
des narines un jetage abondant s’échappait. A l’autopsie, trois
jours après, des larves au 2e stade ont été trouvées nombreuses
dans les cornets.
Ces animaux avaient été parqués à Dakar, dès leur arrivée, au
voisinage des abattoirs et allaient paître chaque jour dans les
dunes avec les troupeaux de moutons peuhls, en réserve pour la
boucherie.
L’année précédente, en décembre, 172 moutons du Cap Vert
avaient été parqués par le même acheteur à Thiès. Ils ont com¬
mencé à présenter des vertiges une quizaine de jours après leur
arrivée, et sont morts au nombre de dix à quinze par jour. Dans
ces deux essais le total des pertes s’est chiffré à plus de 3.000 fr.
Par contre, 50 moutons de même origine achetés au même mo¬
ment par un commerçant indigène, Ibrahim D..., et conservés
soigneusement en enclos fermés, à Dakar, auraient échappé à
l’affection. Il semblerait, d’après ces observations, que la durée
d’évolution du parasite chez les moutons soit beaucoup plus ra¬
pide ici que ne l’indiquent les données courantes en Europe.
D’après M. le Vétérinaire Pierre, chef du service zootechni¬
que de l’Afrique Occidentale, les moutons maures, amenés à
Dakar, à la saison froide, mourraient parfois en grand nombre
avec jetage et larves dans les sinus. Il en serait de même aussi
quelquefois pour les moutons peuhls.
— 736 —
Ainsi, les effets pathologiques du parasite différeraient non
seulement suivant les races d’animaux mais peut-être aussi sui¬
vant les saisons. Quoi qu’il en soit, le fait important à retenir,
c’est que les moutons et les chèvres des races locales hébergent
normalement les larves d’oestres, même en grand nombre, sans
s’en ressentir. Il y a là un phénomène comparable, par exemple,
à celui de la résistance naturelle des mammifères sauvages vis-
à-vis des trypanosomes pathogènes. Certaines races de moutons
étrangères à l’Afrique Occidentale sont, au contraire, excessive¬
ment sensibles au parasite, à tel point qu’il est nécessaire d’atti¬
rer vivement l’attention des éleveurs sur les dégâts que l’oestre
peut leur occasionner; il faut aussi les mettre en garde contre les
essais irréfléchis d’introduction de races étrangères d’ovins et de
caprins en Afrique Occidentale. S’il s’agissait seulement d’ani¬
maux destinés à la boucherie, il serait facile de leur éviter les
atteintes des oestres en les parquant dans des écuries fermées
ou des enclos ombragés, et, en évitant d’une façon absolue de
les envoyer aux pâturages, au soleil. La question est plus difficile
à résoudre s’il s’agit d’une acclimatation permanente des animaux
pour l’élevage. Dans le cas où il y aurait impossibilité à conser¬
ver les bêtes en étables fermées d’une façon constante, il vaudrait
mieux renoncer à diriger ses efforts sur les races sensibles aux
vertiges d’oestres.
A côté des larves de l’Œ. ovis L. dont les adultes ont été obte¬
nus après une nymphose de 30 jours, nous avons rencontré plus
rarement dans les sinus frontaux des moutons du Sénégal une
autre larve d’oestride dont les plaques stigmatiques plus réduites,
pourvues d’une échancrure marginale profonde, offrent les ca¬
ractères décrits pour le genre Rhinoestrus. Nous ignorons encore
à quelle espèce appartiennent ces larves, dont il serait intéressant
de préciser l’histoire et le rôle pathogène.
Chez l’homme nous n’avons jamais eu connaissance en Afri¬
que Occidentale, d’un développement, même accidentel , de l’oes¬
tre des moutons comme les Sergent l’ont signalé en Algérie. La
faible densité de la population dans les régions où le mouton est
élevé en troupeaux, est peut-être au Sénégal et au Soudan la rai¬
son de cette absence de développement chez l’homme.
Myiase prévaginalc chez la vache à Chrysomyia
(Pycnosoma) megacephala Fabr. en Afrique
Occidentale. Spécificité parasitaire des
larves cuticoles de cette mouche
Par G. BOUET et E. ROUBAUD.
En 1910, le Dr Rovere a fait connaître (1) plusieurs cas intéres¬
sants de parasitisme d’une larve cuticole observée au Congo
Belge sur le gros bétail. 11 s’agissait d’une Calliphorine du genre
Chrysomyia R. Desv. ( Pycnosoma ) rapportée par M. le Profes¬
seur Bezzi, de Turin, à Ch. megacephala Fabr. Les tumeurs pro¬
duites, de préférence au scrotum et à la région mammaire,
étaient graves, allant jusqu’à la gangrène. Un cas était observé
au garrot; un autre à la région sus-anale.
A Léopoldville, Broden, d’après Gedoelst (2), aurait également
constaté, sur les bovidés du Congo Belge, d’autres cas de myiase
cutanée à Chrysomyia megacephala.
L’un de nous a observé, dès l’année 1907, au mois de juin, à
Séguéla (Haute-Côte d’ivoire), une tumeur prévaginale chez une
vache de race N 'dama (Fouta Djallon) dans laquelle fourmil¬
laient des larves qui, à l’éclosion, ont encore donné la même
espèce de Chrysomyia (3). Cette tumeur siégeait au niveau des
grandes lèvres de la vulve, à la partie interne de la grande lèvre
droite dont les tissus lâches, hypertrophiés, atteignaient la gros¬
seur du poing. Lin liquide sanieux de pus et de sang mélangés
suintait à la fosse naviculaire. En écartant la grande lèvre droite,
on trouvait un orifice du diamètre d’une pièce de un franc condui¬
sant à une cavité creusée au détriment du tissu de cette lèvre
et qui renfermait une centaine de larves. Au dire du berger
la tumeur aurait évolué en une quinzaine de jours.
(1) Etude de larves cuticoles appartenant au genre Chrysomyia, Bull,
agric. du Congo Belge, vol. 1, n° 1, nov.' igio.
(2) Rapp. Ier Congrès intern. d’Entom., août 1910, Bruxelles 1911.
(3) Les mouches adultes ont été également soumises à l’autorité du pro¬
fesseur Bezzi, de Tunis, qui a bien voulu les examiner et les identifier à
l’espèce de Rovere.
— 738 —
Les larves extirpées à la curette, la plaie est lavée soigneuse¬
ment avec une solution de crésyl. Les lavages continués les deux
ou trois jours suivants amènent une guérison rapide des phéno¬
mènes inflammatoires.
Les larves de la tumeur étaient pour la plupart parvenues à un
stade avancé de leur évolution. Elles correspondent exactement à
la figure donnée par Rovere. Placées dans une série de cristal-
lisoirs renfermant de la terre sèche, du sable ou de la terre hu¬
mide, elles se sont transformées en pupes dans la soirée. Celles
de la terre sèche sont restées à la surface pour pupifier ; celles de
la terre humide se sont enfoncées de deux ou trois centimètres. Il
est probable que, dans la nature, l’évacuation des larves se fait
pendant la stabulation des animaux, à la suite des mouvements,
qui occasionnent la compression des tumeurs.
Il paraît résulter de ces diverses observations que Chrysomyia
megacephala représente bien un parasite spécifique du gros bé¬
tail. Le Dr Joyeux nous a également communiqué un grand nom¬
bre d’exemplaires de cette mouche, qu’il a obtenus à Kouroussa
(Guinée Française) de larves rencontrées dans des tumeurs chez
des bœufs et chez des chevaux.
Les myiases provoquées par cette mouche ne paraissent nulle¬
ment avoir un caractère accidentel, comme c’est le cas pour les
myiases produites par des espèces voisines, comme Ch. chloro-
pygci Wied. et Ch. putoria Wied., à propos desquelles Mouchet
signalait récemment ici-même un cas de myiase intestinale chez
l’homme (i), alors que ces espèces se développent normalement
dans les vidanges et les matières organiques en putréfaction.
Les observations fort intéressantes de Rovere sur la biologie
de Ch. viegacephala corroborent cette façon de voir.
D’après cet auteur, la mouche femelle dépose ses œufs, au nom¬
bre d’une centaine, sur les poils des bovidés auxquels les fixe un
mucus spécial ; les jeunes larves à l’éclosion s’enfoncent directe¬
ment dans la peau et le tissu conjonctif sous-cutané où leur pré¬
sence détermine des nécroses et des ulcères. Jamais les œufs ne
sont pondus sur des plaies déjà formées. L’observation de notre
tumeur, où toutes les larves paraissent sensiblement du même
âge, montre, en effet, qu’il s’agit bien d’une ponte unique, pro¬
venant d’œufs déposés au même moment par la même mouche ;
(i) Bull. Soc. Path. exot., t V, juillet 1912.
s’il s’agissait d’œufs déposés sur une plaie préexistante, une
semblable homogénéité dans le développement s’expliquerait
moins.
Chrysomyia megacephala Fab. a été décrite par Fabricius et
Wiedemann, de. la Guinée. Walker la signale, en 184g, au Sierra-
Leone ; Gerstaecher, en 1873, à Zanzibar (1). Son existence ré¬
vélée par les observations qui précèdent, au Congo Belge et en
Haute Côte d’ivoire, dénote une répartition géographique afri¬
caine étendue. Pas plus que Rovere, nous n’avons pu capturer
la mouche dans la nature à l’état libre. Nous pensons qu’il serait
intéressant de rechercher systématiquement et de faire connaître
tous les cas de myiases provoqués par cette mouche qui doit compter
parmi les agents types et spécifiques de myiases cutanées. Son
adaptation parasitaire vis-à-vis du gros bétail est comparable à
celle de l’espèce américaine Ch. macellaria vis-à-vis de l’homme;
elle paraît même être plus spécifique.
De la désinfection culicidienne par la quinoléine
Par J. LEGENDRE.
Dans un travail paru dans le Bulletin de la Société de Patho¬
logie exotique (n° 10, 1908), relatant des expériences faites à
l’Institut Pasteur sur des Culex indigènes et sur des Stegomyas
élevés à l’étuve, M. Trillat et moi avions mis en évidence
l’action toxique rapide de la quinoléine sur ces insectes. Nous
insistions, en concluant, sur l’intérêt d’expérimenter cette subs¬
tance, jusqu’alors' inemployée, en vue de la destruction des
moustiques et des mouches dans les locaux contaminés.
Depuis lors, Bourret (Bull. Soc. Path. exot., n° 7, 1912) l’a
utilisée avec succès à Saint-Louis (Sénégal) et est arrivé à des
résultats très satisfaisants qui ne diffèrent de ceux que j’ai obte¬
nus moi-même à Hanoï (Tonkin) que sur la question de la dose
et du temps nécessaires pour amener la mort des insectes.
Mes expériences ont été effectuées dans un local cubant 47 m3
(1) Ex. Rovere, toc. cit., et M. Bezzi, Bull. Soc. Entom. Ital,, XXXIX,
1908, p, 48,
— 740 —
■et mesurant 3 m. 50 et 3 m. 40 respectivement dans la longueur
et la largeur, contre 3 m. 95 de haut. Ce local n’est autre chose
qu’un cabinet d’isolement pour contagieux, pourvu de deux ou¬
vertures, fenêtre et porte vitrée, munies, la première uniquement
d’un treillage métallique, la seconde d’un grillage précédé d’un
tambour également grillagé. Il est sommairement meublé d’un
lit avec sa moustiquaire, d’une table de nuit et d’une lampe élec¬
trique de plafond.
Comme dispositif, j’ai employé une lampe à alcool posée sur
un tabouret à o m. 50 du soh Tantôt la quinoléine était volatili¬
sée par projection sur un plateau à pansement, chauffé sur la
lampe, tantôt elle était vaporisée par chauffage direct dans une
capsule de porcelaine; la vaporisation durait de 15 à 25 minutes.
ire Expérience, 30 mars 1912.
Thermo. : 24°i à 8 h. m., 28°, 3 à 2 h. s., 24°7 à 7 h.
Hygro. : 90° à 8 h. m., 710 à 2 h. s., 8i° à 7 h.
Baro. : 762° à 8 h. m,, 761°, 5 à 2 h. s., 762°, 3 à 7 h. (1).
Environ une centaine de moustiques (2) sont lâchés dans le cabinet gril¬
lagé dont les porte et fenêtre sont ouvertes. A 10 heures du matin 12 cm3
de quinoléine sont volatilisés.
Au bout de 5 minutes tous les moustiques sont sur le sol. Au bout de
8 minutes ils ne donnent plus signe de vie.
Après 1 heure, ils sont sur leurs pattes et ont repris vie.
Résultat incomplet.
2e Expérience, 31 mars.
Thermo. : i8°7 — i8°9 — i8°8.
Baro. : 765°, 4 — 76408 — 76305.
Hydro. : 8o° — 87° — 87°.
Lâché le contenu de deux pièges à moustiques et 20 mouches domestiques.
Porte et fenêtre fermées.
Volatilisé 7 cc. 5 de quinoléine à 9 heures.
Après 5 minutes, moustiques et mouches sont par terre.
Après 2 heures, une partie seulement des moustiques sont morts, les
mouches sont sauves.
Résultat partiel.
3e Expérience, 5 avril.
Thermo. : — 2o°6 — 2o°4 — 20°i.
Hygro. : — 762° — 761 °6 — 762°.
Baro. : — 930 — 970 — 920.
A 15 heures des moustiques sont enfermés dans la moustiquaire du lit,
(t) Toutes ces indications thermométriques et autres sont dues â l’obli¬
geance de M. Meunier, chargé du poste météorologique de l’hôpital de La¬
nessan.
(2) Les moustiques employés (Culex en grande partie) ont été pris au
piège et n’avaient subi aucun heurt ; beaucoup étaient gorgés de sang. Les
expériences ont été faites à une saison où ces insectes sont nombreux et
•agressifs.
— 741 —
d autres sont emprisonnés dans des nouets en tulle placés à différentes hau¬
teurs ; d’autres enfin sont laissés en liberté dans la pièce dont les porte et
fenêtre sont closes.
15 cm3 de quinoléine spnt volatilisés. Après 15 minutes les moustiques
libres et ceux qui sont enfermés dans les nouets sont inertes ; ceux placés
sous la moustiquaire ont résisté.
On ouvre alors pour laisser pénétrer l’air extérieur. A 16 heures, c’est-à-
dire au bout d’une heure, on constate qu’une partie des moustiques des
deux catégories ont repris leur activité. Un cobaye resté dans la pièce pen¬
dant toute la durée de l’expérience n’a pas paru incommodé.
Résultat incomplet.
4e Expérience, 9 avril.
Thermo. : — 23°4 — 29°8 — 2Ô05.
Baro. : — 761° — 760°! — 760°.
Hygro. : — 96° — 740 — 87°.
Tout étant disposé comme dans l’expérience précédente, on vaporise à
8 heures 10 cc. de quinoléine par chauffage direct dans une capsule de
porcelaine.
3 heures après, les moustiques des nouets et de la moustiquaire sont
morts, mais il en reste en vie parmi ceux qui ont été laissés en liberté.
Dans la soirée on constate à nouveau les mêmes résultats.
Résultat partiel.
5e Expérience, 10 avril.
Thermo. : — i4°i — 23°2 — 220.
Baro. : — 7Ô4°5 — 764° — 761° 1.
Hygro. : — 95° — 93 0 — 87°.
Tout étant disposé comme dans les expériences 3 et 4, un cobaye est en¬
fermé dans le cabinet grillagé où on vaporise 15 cm3 de quinoléine.
Les moustiques des nouets et de la moustiquaire sont tués, un certain
nombre de moustiques libres sont encore vivants ; le cobaye ne paraît pas-
incommodé.
Résultat partiel.
6e Expérience, 4 mai.
Thermo. : — 26°6 — 33°S — 3l03-
Baro. : — 75906 — 75806 — 757°3.
Hygro. : — 95° — 68° — 84°.
Cette expérience, ainsi que les suivantes, est réalisée dans les conditions,
naturelles d’une désinfection, tous les moustiques volent librement dans la
pièce, aucun d’eux n’est mis en cage.
A 9 heures on vaporise 20 cm3 du produit.
A 11 heures tous les moustiques sont inanimés.
A 16 heures, même constatation.
Le lendemain, à 8 heures on réussit à faire lever un seul moustique dans
la chambre restée entièrement fermée depuis le début de la démonstration,
soit pendant 24 heures.
Résultat satisfaisant.
7e Expérience, 5 mai.
Thermo. : — 2506 — 3o°2 — 2Ô°y.
Baro. : — 759°3 — 757° — 756°8-
Hygro. : — 85° — 76° — 90°.
Cette expérience est la reproduction de la 5e, mais à une température
extérieure plus élevée.
Avec 15 cc. de quinoléine on constate après 2 heures la mort des mous¬
tiques, vérifiée après 6 et 24 heures.
Résultat parfait.
8e Expérience, 6 mai.
Thermo. : — 2407 — 3o°2 — 270.
Baro. : — 758°7 — 757°3 ~ 757°-
Hygro. : — 90° — 81 0 — 920.
Effctuée porte et fenêtre closes, moustiques en liberté.
A 9 heures, vaporisé 10 cm3 du produit.
A 1 1 heures, les moustiques sont tombés.
A 16 heures, l’éventail en fait lever un assez grand nombre, posés sur
le soubassement noir de la pièce.
Résultat partiel. '
9e Expérience, 10 mai.
Thermo. : — 27°4 — 23° — 28°.
Baro. : — 75903 — 757°5 — 758.
Hygro. : — 91 0 — 70° — 920.
Les derniers essais ayant démontré qu’il fallait atteindre les doses de
15 à 20 cm3 de quinoléine pour obtenir une désinfection complète, j’ai
cherché dès lors à déterminer le minimum de temps nécessaire pour cette
opération.
A 9 heures, vaporisé 15 cm3 du produit.
A 11 heures, les moustiques sont inertes.
A 16 heures, l’éventail n’en faisant pas lever, la porte et la fenêtre sont
ouvertes.
Le lendemain, à 9 heures, on trouve au plafond un seul moustique, encore
provient-il peut-être du tambour où il s’en échappe quelques-uns pendant
les allées et venues exigées par les constatations.
Après 7 heures de fermeture, résultat satisfaisant.
10e Expérience, ii mai.
Thermo. : — 2g°2 — 34°3 — 2803-
Baro. : — 760° — 758° — 7S8°2.
Hygro. : — 86° — 63° — 86°.
Réalisée dans les mêmes conditions que la précédente avec la même dose
de quinoléine. Commencée à 9 h. 15. Ayant constaté après 1 h. 15 de fer¬
meture que les moustiques sont tombés, on ouvre la fenêtre.
A 16 h. 30 un grand nombre de moustiques sont réveillés. Les choses lais¬
sées en l’état, on note le lendemain que les moustiques sont morts sauf
5 ou 6.
Résultat incomplet après 1 h. 15 de fermeture.
11e Expérience, 17 mai.
Thermo. : — 28°4 — 3Ô°6 — 32°5-
Baro. : — 753°5 — 752°4 — 752°.
Hygro. : — 77° — 57° — 83°.
A 7 h. 55 on fait évaporer 20 cc. de quinoléine.
A 9 h. 30, c’est-à-dire 1 h. 35 après le début, l’éventail ne fait lever aucun
moustique. A ce moment on ouvre la fenêtre.
A 11 h., soit 3 heures après le début, tout est bien mort.
A 15 h. 30, même constatation, aucun n 'insecte n’est trouvé vivant, ni
sur le soubassement, ni au plafond, ni nulle part ailleurs.
Lin singe de petite taille a été placé dans la pièce pendant toute la durée
de, l’expérience ; à la fin de la démonstration il ne paraît pas incommodé ;
cependant il meurt le lendemain au laboratoire.
74^ —
Conclusion : Résultat parfait après i h. 35 de fermeture.
j 2e Expérience, 20 mai.
Thermo. : — 3Q°7 — 38°6 — 38° 1.
Baro. : — 757 °3 — 754°5 — 755. !-
Hygro. : — 80 0 — 470 — 53 °.
IJn lot abondant de moustiques et de nombreuses mouches sont lâchés
■dans la chambre où on a placé un singe neuf.
20 cm3 de quinoléine sont évaporés à 8 h. 30.
A 10 heures, 1 h. 30 après le début, tous les moustiques sont morts, les
mouches vivent encore, de sorte que tout est maintenu fermé jusqu’à 11 h.
A 11 heures, même constatation. On ouvre la fenêtre.
A 14 heures, le singe est retiré.
A 16 heures, un certain nombre de mouches sont encore vivantes te
s’agitent sur le dos.
Le lendemain à 8 heures, moustiques et mouches sont morts.
Le singe n’a pas paru souffrir.
Résultat parfait contre les moustiques et les mouches, après 2 h. ij2 de
fermeture.
Conclusion.
Les expériences de Bourret et les miennes confirment donc ce
qu’avaient laissé entrevoir les premiers essais avec la quinoléine,
c’est-à-dire sa grande toxicité à l’égard des moustiques et des
mouches.
Comparée au crésyl, dont Bouet et Roubaud (ce Bull., n° 8,
1912) viennent de préconiser l’emploi, elle se montre supérieure
puisqu’elle tue les moustiques en deux heures à la dose de o g. 50
par mètre cube (1).
Je n’ai jamais été obligé, comme Bourret, d’atteindre la dose
de 1 g. Cependant, j’ai toujours expérimenté dans les conditions
les plus simples, sans calfeutrage ni ventilation mécanique ou
manuelle, dans une pièce dont la porte fermait mal. Si, au lieu
de vaporiser la quinoléine, on la volatilise, il est même permis
d’espérer une désinfection plus rapide et quasi instantanée. Mais
il est nécessaire avant de l’affirmer, d’effectuer de nouvelles expé¬
riences pour déterminer la valeur exacte de cette méthode.
La mise en œuvre de la quinoléine ne nécessite pas d’appareil
spécial, le simple dispositif que j’ai indiqué suffit. Le produit
s’évapore sans prendre feu et ne laisse déposer aucune fumée.
Malheureusement la quinoléine offre deux inconvénients incon¬
testables, un prix élevé et une odeur désagréable et persistante.
Sera-t-il possible de les supprimer ainsi qu’il a été fait pour le
(1) Conversion faite à raison de 1 g. 087 par cm3.
formol, utilisé comme désinfectant et auquel s’adressaient autre¬
fois les mêmes reproches ?
L’adjonction à la quinoléine d’un autre produit, jouant le rôle
de l’ammoniaque vis-à-vis du formol, pourrait peut-être en corri¬
ger l’odeur?
On pourrait aussi essayer dans le même but la combustion de
substances odorantes dans les locaux désinfectés à la quinoléine.
Quoi qu’il en soit, tous les travaux parus jusqu’ici sur la qui¬
noléine confirment la haute valeur insecticide de ce produit et
laissent entrevoir qu’à défaut d’une quinoléine répondant à toutes
les exigences, on peut chercher dans la même série pyridique un
composé qui possède les mêmes avantages sans en avoir les incon¬
vénients. En matière de thérapeutique comme de désinfection, le
même problème a été souvent posé et résolu.
Résultats de la prophylaxie du typhus
exanthématique à Tunis de 1909 à 191 2
Par E. CONSEIL.
Il y a quelques années seulement, tout nous était inconnu du
mode de propagation du typhus exanthématique. L’hygiéniste,
obligé de disperser ses efforts en s’attaquant aux différentes cau¬
ses que l’analogie avec d’autres maladies lui faisait soupçonner,
en arrivait à ne réaliser aucune mesure d’une façon rigoureuse et
souvent même à négliger la seule efficace.
Les découvertes, faites à l’Institut Pasteur de Tunis, par
M. Charles Nicolle et ses collaborateurs, confirmées plus tard
par les travaux des Américains au Mexique, en démontrant le
mode exclusif des poux dans la transmission de la maladie, don¬
nèrent une base rationnelle aux mesures prophylactiques.
Depuis l’année 1909, la lutte contre le typhus exanthématique
à Tunis a été basée sur cette conception de la transmission exclu¬
sive de la maladie par les ectoparasites. Nous pouvons dès main¬
tenant examiner les résultats obtenus. Nous y trouverons une
confirmation indirecte de ces découvertes étiologiques.
Pendant l’année 1909, nos mesures prophylactiques contre les
— 745 —
■ectoparasites se bornèrent d’abord à substituer la désinfection par
le soufre à la désinfection au formol qui est sans action sur les
insectes. Nous pûmes vite remarquer que cette mesure était insuf¬
fisante et n’arrivait pas à éteindre certains foyers persistants, par
exemple ceux que constituent les cafés maures, où loge une popu¬
lation pauvre et flottante. La connaissance de la biologie du
parasite vecteur du typhus nous donna l'explication de cet échec.
Les parasites cutanés, en particulier les poux, restent ordinaire¬
ment attachés aux vêtements et à la peau des individus; ils
n’abandonnent que rarement l’homme pour se réfugier dans, les
matelas ou les nattes. De sorte que, lorsque l’on désinfecte une
maison ou une auberge les habitants qui ont dû abandonner le
local pendant la désinfection ont emporté avec eux la plus grande
partie des* parasites infectés. Ils les rapportent avec eux, la dé¬
sinfection terminée, rendant ainsi celle-ci inefficace.
Il importe donc de compléter cette désinfection des locaux, par
la désinfection de tous leurs habitants et des vêtements. Nous
avons adopté la façon de procéder suivante :
Lorsqu’un cas de typhus est signalé dans une maison et que
le malade consent à être isolé à l’hôpital, non seulement les locaux
occupés par lui sont désinfectés au soufre et sa literie passée à
l’étuve, mais toute sa famille et même, s’il habite une maison
où les contacts avec les voisins sont fréquents, tous les habitants
des chambres voisines sont conduits à la douche municipale.
L’individu est débarrassé de ses parasites par un sérieux lavage
au savon, que surveillent les employés de la désinfection, et par
une application d’huile camphrée. Les vêtements sont passés à
l’étuve ou ébouillantés. Si le cas de typhus se produit. dans un
lieu servant d’habitation commune à des miséreux, tous les loca¬
taires sont aussi passés à la douche et leurs vêtements stérilisés.
Lorsque le malade est soigné dans sa famille, des mesures sembla¬
bles sont prises. Aussitôt le cas reconnu, tous les parents sont
conduits à la douche; le malade lui-même est savonné et enduit
d’huile camphrée, ses vêtements sont passés à l’étuve. Après ter¬
minaison de la maladie, les locaux sont désinfectés au soufre, la
literie passée à l’étuve et toute la famille à nouveau conduite cà
la douche.
Aucune autre mesure prophylactique n’est prise, contre les
excréta du malade ou contre l’eau d’alimentation.
OI
— 746 —
Le tableau ci-joint montre d’une façon saisissante les résultats
obtenus par cette pratique.
Cas de typhus constatés à Tunis.
La mortalité par typhus a passé de 55,9 pour 100.000 habitants
en 1909 à 23 en 1910 et 28,4 en 1911, pour tomber à 9,4 en 1912.
Quelques particularités de ces épidémies sont encore plus dé¬
monstratives.
Si l’apport fréquent de malades venus de l’extérieur, qui sou¬
vent étaient cachés par leurs parents ou restaient sans soins dans
une caouia, n’a pas toujours permis à nos mesures prophylacti¬
ques d’avoir leur pleine efficacité, nous voyons cependant que
leur application a fait diminuer dans de très notables proportions
les cas de contagion développés autour d’eux. L’extension de
ces mesures prophylactiques à l’intérieur, en empêchant l’éclo¬
sion de foyers importants de typhus à la campagne, a diminué en
même temps le nombre des cas importés à Tunis et a permis, en
1912, d’éteindre définitivement l’endémo-épidémie, qui durait sans
arrêt depuis plusieurs années.
Les cas de contagion familiale sont devenus de plus en plus
rares. En 1909, nous comptons deux familles ayant fourni 13 cas;
en 1910, dans une seule famille, on nota des cas multiples (6 cas);
en 1911 et 1912, il n’y eut aucun cas de contagion familiale.
Pendant l’épidémie de 1909, certains cafés maures et certaines
zaouias formaient des foyers persistants de typhus, quelle que fût
la rigueur des moyens de désinfection des locaux. L’année sui-
— 747 —
vante, la désinfection des habitants et de leurs vêtements permit
d’éteindre ces foyers. Dans un café de la rue Et Tohma, où, en
1909, avaient été enregistrés 25 cas de typhus, quatre malades
vinrent se réfugier en juin et juillet 1910 ; ces malades, signalés
aussitôt par le tenancier du café, furent rapidement transportés a
l’hôpital; pour ne point gêner le commerce du cafetier et l’en¬
courager à des déclarations rapides, les mesures de désinfection
se bornèrent au nettoyage de tous les habitants et à la désinfec¬
tion de leurs vêtements et des nattes sur lesquelles ils couchaient.
Aucun cas ultérieur ne fut constaté dans ce café, où l’année pré¬
cédente la contagion avait été si fréquente. En 1911 et 1912, grâce
à de semblables mesures, tous les cas restèrent isolés.
Les prisons de la ville fournissaient habituellement un fort
contingent de malades: 59 en 1909, 12 en 1910, 51 en 1911.
L’ébouillantement systématique de tous les vêtements des pri¬
sonniers fit complètement disparaître la maladie des prisons, en
1912 (un seul cas arrivé en incubation).
Les mêmes mesures, appliquées depuis longtemps dans les
hôpitaux, ont permis d’éviter d’une façon absolue la contagion
hospitalière. Des malades, isolés par erreur dans les pavillons
de typhiques n’ont jamais contracté la maladie.
Le typhus exanthématique, jadis si justement redouté, est donc
devenu, grâce à nos connaissances étiologiques nouvelles, une
des maladies contre lesquelles il nous est le plus facile de lutter
et que nous pouvons espérer voir bientôt disparaître de l’Afrique
du Nord, comme il est disparu de l’Europe, devant les habitudes
d’hygiène et de propreté corporelle.
Les progrès de l'Alcoolisme au Maroc
Par P. REMLINGER.
La Société de Pathologie exotique répondrait imparfaitement
à son but si elle ne plaçait au premier rang de ses préoccupations
l’étude de ce facteur si puissant de morbidité coloniale qu’est
l'alcoolisme. Nous estimons que c’est un devoir pour nous de
signaler ici le développement grandissant de l’alcoolisme au
Maroc et le danger qui, si des mesures n’étaient prises, pourrait
en résulter.
Les statistiques douanières ne donnent de renseignements un
peu précis sur les importations de boissons fermentées et dis¬
tillées qu'à partir de 190g, et surtout de 1910. Nous leur emprun¬
tons les chiffres suivants :
L’importation du vin qui, en 1909, était pour les huit
principaux ports du Maroc de 24.764 hectolitres, représentant
577.366 francs, s’est élevée en 1911 à 40.589 hectolitres (1 million
524.467 francs).
En 1909, les alcools et eaux-de-vie figurent aux importations
pour 10.579 hectolitres (124. 301 francs). En 1 9 1 1 , ces mêmes im¬
portations se chiffrent par 13.396 hectolitres (753.888 francs).
En 1910, il est entré au Maroc 4.412 hectolitres d’alcool pur
représentant 195.242 francs. En 1911, nous trouvons respective¬
ment 7.371 hectolitres et 294.672 francs.
Les importations de genièvre donnent 1.892 hectolitres
(83.380 francs) en 1910 et 2.469 hectolitres (117.874 francs) en
191 1.
Les importations de l’absinthe et du rhum donnent 1.981 hec¬
tolitres (129.490 francs) en 1910 et 3.373 hectolitres (313.464 fr.)
en 1911.
En somme, en un an, l’importation des boissons alcool iques
a doublé.
Si cette progression est inquiétante, celle des débits ne l’est
pas moins.
En 1907, au moment de l’occupation française, Casablanca ne
comptait guère que 5 ou 6 débits de boissons alcooliques. Au
mois de janvier 1912, le nombre de ces débits s’était élevé à 161
et celui-ci a certainement, depuis lors, beaucoup augmenté. Pour
préciser, nous dirons que 86 étaient tenus par des Français,
53 par des Espagnols, 10 par des Italiens, et que 73 011 le service
était fait par des femmes, étaient des foyers le prostitution.
Les autres villes du Maroc, Tanger, Rabat, en particulier,
fournissent des chiffres analogues. Mais le mal n’est pas localisé
aux villes; il infiltre encore les campagnes. Lorsqu’on parcourt
la Chaouia, par exemple, on est surpris du grand nombre de
débits qu’on rencontre, tenus par des Français, des Espagnols,
voire par des Grecs. C’est à se demander si nous n’inaugurons
pas au Maroc un nouveau système de colonisation, la colonisa-
tion par le mastroquet ! Et lorsqu’on entre dans ces baraques en
planches dont l’extérieur est des plus misérables, on est littérale¬
ment stupéfait de voir tous les alcools entre lesquels le choix
du consommateur peut s’exercer. Toutes les variétés imaginables
de liqueurs et d’apéritifs, toutes les marques possibles d’absinthes,
de bitters, de vermouths, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel sont
rassemblées là, en sorte que l’alcoolique trouve en plein bled
marocain la même facilité à satisfaire son vice que sur le sine
des grandes villes.
La progression du nombre des débits donne au surplus une
idée incomplète de la marche de l’alcoolisme au Maroc. Ce n’est
pas en général dans les cafés que les indigènes, les musulmans
en particulier viennent boire ou même se fournir. Ils préfèrent
s’alcooliser discrètement chez eux et s’approvisionner tout aussi
discrètement chez l’épicier ou chez tout autre fournisseur. Les
indigènes se procurent ainsi de l’alcool là où jamais ne viendrait
à un Européen l’idée qu’on en pût trouver. A Mazagan, il n’est
pas jusqu’aux marchands de tissus qui ne vendent du genièvre et
du whisky. Il n’y a pas, en effet, que les Européens qui s’alcooli¬
sent et l’augmentation du corps expéditionnaire, celle des colonies
française et étrangère est insuffisante à expliquer l’accroissement
de la consommation. Depuis quelques années surtout, les indi¬
gènes, soit israëlites, soit musulmans, s’alcoolisent à l’envi. Dans
les villes de la côte, le mal est général. Déjà, il gagne celles
de l’intérieur et s’étend même aux douars et aux azibs les plus
reculés. Les alcools de dernière qualité, — véritable camelotte
allemande, — débarqués à Saffi en provenance de Hambourg,
s’infiltrent jusque dans l’Atlas, où, après les avoir aromatisés
de diverses façons, particulièrement avec de l’anis, on les con¬
somme en grande quantité. Les femmes se sont mises à boire
comme les hommes, et en dépit du proverbe que Vénus est l’en¬
nemie de Bacchus, il n’v a plus guère, dans les villes de la côte
tout au moins, de rendez-vous galant qui ne soit arrosé de nom¬
breuses bouteilles.
Pour ce qui est des goûts des indigènes marocains, les statis¬
tiques douanières les ont déjà partiellement indiqués. Juives ou
musulmanes, les femmes boivent du Champagne et du Manzanilla
(vin d’Espagne fortement alcoolisé) et plus encore du cognac,
du whisky et du genièvre. Du côté des hommes, les juifs boivent
une anisette, une eau-de-vie de figues ou un vin qu’ils fabriquent
eux-mêmes (i). Les Arabes donnent la préférence à l’absinthe, au
cognac, au whisky et au genièvre.
Nous devons faire ici cette remarque importante qui si l’Euro¬
péen en général boit pour le plaisir de boire, malgré l’ivresse qui
peut en résulter, l’Arabe ne boit jamais ou presque jamais par
goût. C’est l’ivresse qu’il recherche. Plus elle est obtenue facile¬
ment et plus il est satisfait. On le voit parfois vider d’un trait
une copieuse ration d’alcool pur, puis, comme s’il s’était agi
d’une médecine, faire suivre cette ingestion d’un grand verre
d’eau, afin de chasser le goût et de hâter l’absorption. L’idéal
évidemment, serait pour lui de pouvoir être ivre sans boire. Il
résulte de là que l’Arabe ne connaît dans la consommation des
boissons alcooliques aucune modération. Alors qu’on est très
embarrassé pour classer parmi les buveurs ou les non buveurs
tel ou tel Européen, il n’en est pas de même chez l’Arabe. 11 boit
ou ne boit pas et s’il boit il est ivre. C’est à cette particularité
qu’on attribue parfois la sévérité de la religion musulmane à
l’égard des boissons alcooliques. Faut-il à cette raison ajouter
cette autre que l’Arabe supporte souvent mal l’alcool? La forme
furieuse de l’alcoolisme aigu n’est pas rare au Maroc, mais il
convient peut-être autant de l’attribuer à la qualité inférieure des
boissons consommées qu’à une particularité ethnique.
LTne des causes qui favorisent le plus les progrès de l’alcool
au Maroc, c’est son bon marché. Chose à peine croyable, alors
que toute marchandise importée paie un droit de 12,50 % ad va¬
lorem, les boissons alcooliques ne paient que 7,50 %. C’est une
faveur qu’elles partagent avec les soieries et les instruments de
musique! Ainsi que nous l’avons fait remarquer ailleurs (2), l’eau
minérale est, au Maroc, un objet de première nécessité; elle a à
remplir un véritable rôle hygiénique et prophylactique; elle
acquitte néanmoins un droit d’entrée de 12,50 %. Un litre d’ab¬
sinthe, un litre d’alcool de betteraves ou de topinambour ne paie
que 7,50 %. Line bouteille d'absinthe de bonne marque revient,
au Maroc, à 1 fr. 70 meilleur marché qu’à Paris. Il n’en coûte à
un Marocain qu’un grich à un grich et demi (20 à 30 centimes)
pour obtenir l’ivresse tant désirée. Comment se priver d’un plai-
(1) L. Raynaud. Alcool et alcoolisme au Maroc. Annales d" Hygiène publi¬
que et de Médecine légale, mars ic)02.
(2) P. Remlinger. La consommation des eaux minérales au Maroc. Paris
Médical.
sir aussi peu dispendieux! Encore n’avons-nous pas en vue cer¬
taines absinthes de qualité si inférieure que, dans toutes les villes
de la côte, on les livre au prix dérisoire de io francs les 12 bou¬
teilles !
D’une part, la France doit préserver le plus possible du péril
alcoolique les soldats et les colons qu’elle envoie au Maroc. De
l’autre, il semble qu’à cet égard sa situation d’Etat protecteur
lui confère vis-à-vis des indigènes des devoirs tout particuliers.
L’importation de l’opium, celle du kif, celle même du tabac à
priser est interdite au Maroc. Ne pourrait-il pas en être de même
pour l’absinthe? Et ne pourrait-on pas soumettre à des taxes
d’exception, — mais en sens inverse de celui en usage jusqu’à ce
jour, — - toutes les boissons distillées? La limitation du nombre
des débits ou tout au moins rétablissement d’un périmètre de
protection autour des mosquées, écoles, casernes, etc., l’obliga¬
tion pour les tenanciers de débits de boissons de fournir un cau¬
tionnement et un certificat de moralité, l’édiction et surtout
l’application de lois sur l’ivresse, seraient d’excellentes mesures
complémentaires qu’il y aurait lieu, — pour quelques-unes tout
au moins, — de soumettre à bref délai à un accord international.
L’objection que ces mesures frapperaient surtout le commerce
français qui tient la tête pour l’importation de l’absinthe et des
liqueurs, ne nous retiendra pas. Nous gagnerons en journées
d’hôpital, d’asile, de prison ; nous gagnerons en vies humaines
ce que nous perdrons en droits de douanes. La protection contre
l’alcoolisme d’un pays comme le Maroc doit être regardée de haut
et non abaissée au rang d’une simple question financière.
M. Granjux. — Je me permets d’indiquer, comme idée direc¬
trice, qu’il y aurait lieu de distinguer dans l’alcool consommé au
Maroc, le vin d’une part, et l’absinthe, de l’autre. Cette distinction
s’impose d’autant plus qu’elle existe dans les coopératives et
cantines militaires où les boissons dites hygiéniques sont autori¬
sées et l’absinthe défendue. Il y a un motif de plus de séparer
l’absinthe des autres boissons alcooliques: c’est la gravité des
troubles nerveux que détermine son ivresse.
M. Vincent. — Il serait désirable que la communication si im¬
portante de M. Remlinger, sur les graves dangers de l’alcoolisme
732 —
au Maros, non seulement chez les immigrés, mais encore parmi
la population indigène, aboutisse à une sanction.
En conséquence, je demanderais si notre collègue voulait bien
présenter un vœu qui, sans faire double emploi avec celui qui a
été déjà émis par notre Société à propos de l’alcoolisme aux colo¬
nies, le complétât au contraire, vœu dans lequel le Gouvernement
serait invité à combattre l’alcoolisme qui sévit avec tant d’inten¬
sité dans ce pays.
Mémoires
Le N’diank, choléra du Sénégal ;
Son agent pathogène
Par A. THIROUX.
Le choléra du Sénégal, connu sous le nom de N’Diank en dia¬
lecte ouoloff, est une affection aussi ancienne que la colonie elle-
même. Elle a été pour la première fois bien décrite en- 1866 par
Vauvray (1). La description clinique, résumée, qu’en a donnée
Brassac, d’après Vauvray, est assez exacte pour être reproduite
textuellement: « Pas de prodromes, invasion brusque, coliques
« très vives, suivies de garde-robes ordinairement fréquentes, ja-
« mais de ténesme. La douleur abdominale, qui semble d’abord
<( localisée à l’ombilic, devient bientôt générale par irradiations
« successives- Les douleurs continues ont des exacerbations que
« soulagent momentanément des évacuations. Au début, matière
(t fécale et bile ; bientôt, si les accidents ne sont pas enrayés, ces
« matières sont aqueuses, séro-muqueuses, semblables à une dé-
« coction de riz, avec ou sans grumeaux. Quelquefois la bile con-
« tinue à prédominer. La fréquence des selles peut être extrême,
« 30 à 40 en quelques heures (alors le rectum est comme paralysé)
<( elles sont involontaires. En même temps que les coliques, sur-
« viennent des vomissements, d’abord d’aliments mal digérés,
« ensuite de bile ou de liquide blanchâtre dans les cas les plus
« sérieux. Disons pourtant que les nausées et les vomissements
« peuvent faire défaut. Le ventre est rarement rétracté ; la pres-
« sion, loin d’augmenter la douleur, semble la diminuer. La soif
« est ardente ; malgré les vomissements qui le tourmentent, le
« malade désire des boissons froides et acides. Les urines sont
« colorées, souvent difficiles, mais très rarement supprimées.
<( Aux tranchées, si douloureuses, se joignent des crampes, qui
« rendent le malade très agité et lui font prendre les positions les
(1) Vauvray. Des accidents cholériformes, vulgairement appelés N’Diank
au Sénégal, Thèse Montpellier, 1866.
<( plus bizarres. Quand tous les symptômes ont été prononcés,
« l’affaissement est profond, la physionomie altérée; il y a op-
« pression pectorale et anxiété précordiale. Malgré tout, on n’ob-
« serve ni algidité, ni cyanose. Au début, le malade éprouve des
« frissons, le pouls est souvent petit, peu développé, quelquefois
<( accéléré, mais c’est à peine si la peau se refroidit et se décolore
« légèrement. Tous ces phénomènes ont une durée variable de
« 9 a 10 heures, mais ils ne persistent guère avec toute leur inten-
« sité, dans les cas les plus sérieux, que pendant 4 ou 6 heures
« au plus. Les vomissements cessent d’abord et sont remplacés
« par des nausées qui cessent au bout de peu de temps; les cram-
« pes deviennent très faibles; il en est de même des frissons; les
<( selles sont simplement diarrhéiques et sont moins fréquentes.
<( Les malades épuisés sont pris de sommeil ; il y a une détente
« générale ; le pouls se relève, la peau est chaude et se couvre de
« sueurs, la face s’épanouit, les paupières sont colorées; après
et un repos de quelques heures, les sujets ne ressentent plus
<c qu’une grande faiblesse, parfois un peu de pesanteur de tête et
« d’embarras gastrique- La diarrhée dure au plus deux ou trois
« jours... Dans les cas légers, tout est terminé en quelques heu-
« res. Dans les cas malheureux, qui sont fort rares, les déjections
« excessives, les crampes persistent jusqu’à la fin. La respiration
« est précipitée et pénible; grande fréquence, faiblesse et irré-
« gularité du pouls; affaissement, pâleur de la face, extrémités
u froides, anxiété, syncopes fréquentes. Le malade, dont l’intel-
« ligence est nette jusqu’au dernier moment, meurt épuisé par la
« violence des crampes et l’abondance des évacuations. »
Au cours de l’année 1911, j’ai eu connaissance à Saint-Louis de
deux cas de N’Diank, suivis de décès, chez des indigènes, et de
quelques autres cas bénins, constatés en ville. Je n’ai pu, à ce
moment, en poursuivre l’étude. L’année suivante, le 5 août au
matin, j’étais appelé chez un notable habitant de SaintiLouis pré¬
sentant des symptômes cholériformes très nets (on en trouvera
plus loin l’observation) et j’isolai des selles un vibrion, que je re¬
trouvai plus tard chez d’autres malades. A quelques jours d’in¬
tervalle, deux autres cas se produisaient dans la clientèle de mes
camarades, les Drs L... et F..-, je ne pus me procurer de selles.
Dans la nuit du 10 au 11 septembre, notre camarade, le Dr B.,
était atteint (observation n° 2) et dans la journée du 12, un pri¬
sonnier, évacué de la Prison civile, venait mourir à l’hôpital
indigène de diarrhée, dont on n’avait pas le temps de déterminer
la nature (observation n° 3). A cette même époque, le Dr F. me
signalait un 4e cas, dont je ne pus me procurer les selles.
Obs. N° I. — M. G...,' notable habitant de Saint-Louis, m’a fait appeler
le 5 août, à 7 heures du matin. Il a été pris brusquement à 5 h. d’évacua¬
tions alvines très abondantes, avec coliques. De 5 h. à 8 h., cinq selles. Ce
qu’on me montre a» un caractère franchement riziforme et représente très
exactement une décoction de riz avec grumeaux. Prélèvement pour analyse.
On n’observe pas de vomissements. Soif très vive. La voix est cassée et le
malade est depuis 5 heures en proie à des crises de crampes dans les mol¬
lets, les genoux et les orteils, qui l’obligent à se faire constamment friction¬
ner les jambes. Ces crampes sont tellement violentes qu’à certains moments,
il se lève et reste à moitié accroupi sur sa descente de lit. Température
36° 1. Pouls 80. Je prescris : champagne coupé et chlorodyne V gouttes
immédiatement, puis I goutte toutes les 2 heures. Les selles diminuent, une
seule selle vers 2 heures de l’après-midi, toujours riziforme. Les crampes
s’atténuent et disparaissent vers 5 heures du soir. Le malade passe une
bonne nuit et le lendemain il ne lui reste que de la fatigue et un embarras
gastrique, qu’il conservera pendant deux ou trois jours, jusqu’à ce qu’il se
purge.
Obs. N° 2. — Lin mois environ après le premier cas, le Dr B... me fait
demander, le 11 septembre, d’aller le voir. Il a souffert toute la nuit de coli¬
ques avec évacuations abondantes et excessivement fréquentes. Vomisse¬
ments. Les matières diarrhéiques sont liquides et contiennent des grumeaux,
mais elles ont une couleur jaunâtre, légèrement bilieuse, et n’ont pas l’as¬
pect aussi caractéristique que dans le cas précédent. (Prélèvement pour ana¬
lyse). La voix est cassée et le malade accuse, seulement lorsqu’on s’en in¬
forme, de légères douleurs dans les genoux.
Même médication que dans le cas précédent. Les symptômes s’atténuent
dans la journée, le malade est levé dans la soirée et il ne conserve les jours
suivants que de la courbature et de l’embarras-gastrique.
Obs. N° 3. — Mamadou Soumaré, indigène détenu à la Prison Civile
est trouvé couché, le 12 septembre au matin, dans la chambrée, où il aurait
dté malade pendant toute la nuit.. Le médecin de la prison, appelé d’ur¬
gence, constate une diarrhée très abondante avec selles involontaires et un
état général alarmant. Il l’envoie à l’hôpital indigène, où il meurt à 6 h.
du soir, malgré les soins qui lui sont prodigués.
Les selles n’ayant pas été gardées, mon camarade, le Dr Pelletier, di¬
recteur de l’hôpital, pratique une autopsie sommaire, qui me permet de re¬
cueillir et d’ensemencer avec un fil de platine une parcelle de contenu intes¬
tinal. L’intestin grêle est très vascularisé et présente même en certains en¬
droits une teinte rosée (hortensia).
Isolement d’un vibrion.
Dans les trois cas qui viennent d’être relatés, les selles ont été
ensemencées en milieu peptone, sel, gélatine. La culture a mis de
10 à 12 heures à se développer d’une façon suffisante pour per¬
mettre des isolements. L’ensemencement des selles donne lieu à la
— 756 —
production d’une zone plus trouble, d’un centimètre d’épaisseur
à la surface du milieu liquide, nettement séparée du reste de la
culture et semblable à une couche d’huile surnageant. Quelques
petits fragments de voile, du diamètre d’une lentille et rarement
un voile entier se développent sur cette couche supérieure. Elle est
réensemencée après dilution sur des boîtes de Pétri, renfermant
de la gélose et par le procédé d’ensemencement au pinceau, indi¬
qué par Chantemesse. On isole ainsi des colonies de Bacterium
coli peu nombreuses et d’un vibrion, que l’on retrouve dans tous
les cas.
Caractères biologiques. — - Le vibrion isolé se présente sous
la forme d’un cocco-bacille ou d’un bâtonnet très fin (cet aspect
a déjà été signalé pour le vibrion de Malte). Il se colore diffi¬
cilement et pour avoir de bonnes colorations, on doit se servir de
Ziehl dilué. Il ne prend pas le Gram.
Il est mobile dans les cultures en milieu liquide. Nous n’en
avons pas coloré les cils. Il se développe mal en bouillon, mais
donne d’abondantes cultures en eau peptonisée et en présence de
la gélatine, forme une culture séparée en deux parties, dont la
supérieure est la plus épaisse.
Il donne sur gélose des cultures blanchâtres, plus ou moins
épaisses et crémeuses, qui deviennent grises puis brunâtres en
vieillissant- Il ne se développe cpie sur pomme de terre alcalinisée
par immersion dans une solution de soude et encore la culture
n’est-elle un peu abondante qu’au 2e passage. Elle est d’abord
grisâtre, puis brunit rapidement.
Le vibrion de N’Diank ne fait pas fermenter le lactose. Il liqué¬
fie très activement la gélatine et le sérum de bœuf coagulé-
La réaction d’indol manque presque complètement. Dans un
petit nombre de cas nous avons obtenu avec les vibrions des ob¬
servations i et 3 de légères colorations rosées par addition d’acide
sulfurique à des cultures en eau peptonisée additionnée de nitrate
de potasse, mais ces réactions, qui ne se produisent dans les cul¬
tures qu’au bout d’au moins 7 jours, sont très inconstantes.
Le vibrion du N’Diank est également dépourvu de réaction pa¬
thogène pour le cobaye, qui reste insensible à une injection intra¬
péritonéale de 2 cm. de culture en eau peptonisée.
Origine. — Les cas de choléra N’Diank que nous avons obser¬
vés en iqii et 1912, au Sénégal, se sont toujours produits à la
même époque de l’année. Cette époque coïncide avec le moment
— 7^7
ou les eaux du fleuve Sénégal, qui entourent l’île. où est bâtie
la ville de Saint-Louis, deviennent douces par suite de la crue du
fleuve, consécutive à la saison des pluies. En dehors de cette
saison, les -eaux du Sénégal, dont le débit est insuffisant en sai¬
son sèche pour refouler les eaux de la mer, qui envahissent son
estuaire, sont salées jusqu’à 200 km. en amont de Saint-Louis.
L’eau d’alimentation est prise depuis 1886 dans un des bras du
Delta marécageux du fleuve, à 40 km. environ de la ville. Elle y
est emmagasinée entre 2 vannes au moment des hautes eaux et
refoulée par des pompes sur la ville de -Saint-Louis.
Lors de la constatation du premier cas (5 août 1912) l’eau qui
se consommait en ville, était encore l’eau emmagasinée en 1911.
Elle ne contenait pas le vibrion retrouvé dans les selles. .En revan¬
che dans les eaux du fleuve Sénégal, prises en face de la ville de
Saint-Louis on constatait sa presence. L’idée nous vint, très na¬
turelle, de penser que le vibrion de N’Diank était apporté réguliè¬
rement de l’hinterland du Sénégal par les eaux de la crue du
fleuve.
Mais au mois de septembre, lorsque de nouveaux cas se produi¬
sirent, nous limes de nouveau l’analyse de l’eau de la conduite,
constituée à ce moment-là par de l’eau de la crue de 1912, puisée
directement dans les marigots formant diverticules du fleuve
Sénégal et nous n’y trouvâmes encore pas de vibrions, alors que
ces vibrions pullulaient dans 'les eaux puisées le long des berges,
en face de la ville.
La pollution semble donc bien être locale et cesser dès qu’on
remonte le fleuve, à l’embouchure des marigots de Khor ou de
Makhana, qui fournissent l’eau potable. Cela explique d’ailleurs,
que les cas de choléra-N’Diank soient relativement peu nombreux
à Saint-Louis, l’eau du fleuve ne servant qu’exceptionnellement
aux usages domestiques, mais pouvant cependant être utilisée
pour le rinçage des seaux ou bailles dans lesquelles on porte au
fleuve les eaux de vaisselle, pour le lavage des légumes et surtout
du linge et pouvant aussi être accidentellement ingérée par les
indigènes au cours de baignades.
Une question fort intéressante était de savoir si le N’Diank
disparaît au moment où les eaux du fleuve deviennent salées
parce que le vibrion ne vit pas dans l’eau de mer ou parce que les
indigènes ne se servent plus de cette eau, devenue impropre aux
- 738 —
usages domestiques et ne se baignent pi us dans le fleuve par
suite de la fraîcheur de la température.
Une anse de platine de vibrion de N’Diank a été ensemencée
dans un tube d’eau de mer stérilisée, et des prélèvements succes¬
sifs nous ont montré que ce microbe s’y conserve vivant pendant
plus d’un mois. Ce fait nous explique la persistance de l’infec¬
tion du fleuve Sénégal au cours des années et nous indique que
ce qui préserve l’indigène pendant la saison sèche c’est l’impossi¬
bilité pour lui d’utiliser l’eau salée du fleuve.
Relations de N’Diank avec les épidémies de 1868-1869
ET DE 1893.
11 restait un point d’histoire fort intéressant à traiter, c’était de
savoir si l’épidémie de choléra de 1868-1869 était une recrudes¬
cence de ce choléra endémique ou si elle avait été importée. Rul-
land, chef du Service de Santé du Sénégal à cette époque, se pro¬
nonce nettement en faveur d’une importation du Maroc par les
Maures Trarzas, mais il est bien difficile, actuellement que l’on
connaît le rôle prépondérant de l’eau dans la genèse du choléra,
d’admettre qu’il ait traversé la Mauritanie, pays presque sans
eau, convoyé par des chamelliers, qui ne boivent guère que le lait
de leurs animaux.
D’autre part, en l’année 1911, il s’est produit de nombreux cas
de choléra dans la province d’Oran et en particulier à Sidi-Bel-
Abbès, mais quoique connaissant les cas de N’Diank de Saint-
Louis, je n’aurais jamais pensé à les relier les uns les autres.
Que des Maures Trarzas descendus jusqu’au Sénégal aient été
infectés en 1868, le long du fleuve, c’est très admissible, puisque
des cas, dont les premiers ont probablement été importés de Saint-
Louis, foyer principal, ont été observés jusqu’à Dagana, mais il
semble peu probable que le vibrion ait traversé tout le Sahara
pour venir jusqu’au Sénégal. Au contraire, le vibrion de N’Diank
existait déjà dans les eaux du fleuve, en face de Saint-Louis, puis¬
que Vauvray publiait en 1866 une thèse sur les accidents cho¬
lériformes vulgairement appelés N’Diank.
Nous voyons d’ailleurs l’épidémie de 1868 débuter le 27 no¬
vembre, au moment où les eaux sont douces dans le fleuve, faite
jusqu’au 31 décembre, 1,112 victimes indigènes et 92 européen-
l
nés. R u ll and (i) constate avec étonnement que l’épidémie s’ar¬
rête brusquement à cette date. On ne peut s’empêcher de rappro¬
cher cet arrêt brusque de l’épidémie de 1868, de ce fait que vers le
10 décembrè, brutalement, au moment d’une marée un peu forte,
l’eau douce de la .crue est remplacée en quelques heures par de
l’eau salée en face de la ville de Saint-Louis.
En 1869, dans les premiers jours de juin, l’épidémie reparaît,
moins violente, avec des cas plus bénins, se rapprochant des cas
de N’Diank normal. Rulland accuse seulement 9 décès sur
22 cas traités à l’hôpital de Saint-Louis. C’est néanmoins vers
cette époque, 17 août 1869, qu’est emporté par le choléra le Gou¬
verneur Pinet-Laprade. Le dernier cas se produit le 18 août.
Signalons en passant que, malgré sa précocité en 1869, cons¬
tatée d’après le relevé des observations météorologiques, le choléra
a débuté cette année-là environ un mois avant l’arrivée de la crue
à Saint-Louis.
Les raisons que nous venons d’exposer nous engagent à pen¬
ser que l’ épidémie de 1 868- 1869, comme celle de 1893, a été due
au même vibrion que nous avons isolé dans les selles de nos trois
malades et dans les eaux du Sénégal, en face Saint-Louis. Il est
vraisemblable qu’à ce moment sa virulence s’était beaucoup
exaltée.
Jusqu’en 1886, les habitants de Saint-Louis consommaient, les
indigènes de l’eau de puits, qu’ils creusaient dans les environs
de la ville, les Européens l’eau des citernes, qu’ils remplissaient
soit avec l’eau des toits, soit avec l’eau du fleuve au moment
de la crue. Mais l’eau potable était peu abondante et l’eau du
fleuve servait largement aux usages domestiques ainsi qu’à la fa¬
brication de la glace alimentaire. Il est même intéressant de rap¬
peler que l’opinion publique relate que le Gouverneur Pinet-
Laprade est mort du choléra parce qu’il absorbait trop de glace.
Dès lors, l’extension à cette époque du N’Diank à l’état épidémi¬
que, s’explique parfaitement.
Le 29 juin 1893, on voit de nouveau apparaître le choléra sous
forme épidémique, débutant toujours à Saint-Louis. De là il
se répand sur tout le Sénégal et remonte jusqu’au Soudan. La
mortalité est néanmoins moins forte et se cantonne plutôt chez les
1. Rulland. Rapport sur l’épidémie de choléra du Sénégal en 1868 et en
1869. Archives de l’ Ambulance de Saint-Louis.
ybo —
indigènes. Du 29 juin à la fin août meurent 861 personnes avec
3 décès d’Européens seulement. Les malades traités pour choléra
•à l’hôpital militaire ne donnent qu’une mortalité de 50 % (1). On
sent déjà l’influence de l’adduction d’une eau potable, qui pour
ne pas être parfaite, constitue cependant une amélioration sur
la situation antérieure.
L’origine de l’épidémie est encore attribuée à l’extérieur, à un
navire venant du nord et au déchargement duquel travaillait un
noir, qui fut le premier cas observé. Il est cependant avéré que
c’est encore de Saint-Louis que part, en 1893, comme en 1868-
1869, l’épidémie de choléra et que des cas sporadiques s’y pro¬
duisent tous les ans. On ne s’étonne que d’une chose, c’est que
l’isolement d’un vibrion dans les eaux, qui entourent la ville,
n’ait pas été fait plus tôt.
Les causes de la souillure de l’eau du Sénégal, en face de
Saint-Louis, sont les mêmes qu’en 1868-1869 et qu’en 1893. Le
fleuve constitue un vaste égout dans lequel on pratique le tout à
-l’égout. Toutes les matières vertes sont apportées sur ses berges,
dans des tinettes. Jusqu’à cette année on y apportait aussi les
■ordures ménagères. Le Service d’Hygiène a fini par obtenir que
des voitures spéciales emportent ces dernières en dehors de la
ville, où elles servent à remblayer des marécages. L’étude
d’égouts et de fosses à épuration biologique a été faite et
refaite pour Saint-Louis, mais on ne se décide pas à attri¬
buer à cette dépense les crédits nécessaires et Ton ne prévoit
guère le moment où disparaîtront les cas sporadiques de choléra
N’Diank, qui, malgré sa bénignité, tue tous les ans quelques
indigènes à Saint-Louis et fait de bien autres ravages lorsqu’il
■devient épidémique et s’étend à toute la Colonie.
(' Travail du Laboratoire de Bactériologie de Saint-Lçuis.)
M. A .-T. Salimbeni. — Dans les déjections des trois cas de
N’Dianka ou choléra du Sénégal, les seuls qui aient été jusqu’à
présent étudiés au point de vue bactériologique, le Dr Thiroux
a isolé des vibrions. Le fait est, en lui-même, fort intéressant, et
il est à souhaiter que d’autres recherches permettent bientôt de
préciser le rôle, de ces germes, dans l’étiologie de la maladie cl i-
1. Archives de l'Ambulance de Saint-Louis.
— 7 6i —
niquement définie pour la première fois par Vauvray, en 1886.
En attendant, il était de toute nécessité de poursuivre sans
retard l’étude de ces vibrions, afin de voir si, d’après leur mor¬
phologie leurs caractères de culture et leurs réactions biologiques,
il y avait lieu de les classer parmi les véritables cholérigènes.
N’ayant pas pu, faute de moyens, compléter sur place cette
étude, le Dr Thiroux a envoyé les trois échantillons isolés en
culture pure au Prof. Laveran, qui a bien voulu me confier cette
tâche.
Je n’ai pas grand’chose à ajouter à la description d’ensemble
que le Dr Thiroux a donnée sur la morphologie et les caractères
de culture de ces vibrions. Je me contenterai de préciser, qu’il
n’existe pas de différences appréciables entre le vibrion provenant
du cas n° 1 et celui provenant du cas n° 2. Les deux affectent la
forme cocco-bacillaire signalée par le Dr Thiroux, ils donnent
sur la gélose nutritive une couche assez épaisse qui prend en
vieillissant une teinte saumonée, et ils liquéfient très abondam¬
ment la gélatine à la façon du vibrion de Finkler et Prior. Le
vibrion du cas n° 3, par contre, se présente sous la forme d’un
bâtonnet mince, allongé, légèrement flexueux ; il donne sur la gé¬
lose une couche moins épaisse et légèrement nacrée; il liquéfie
très modérément la gélatine le long de la piqûre, et la culture
présente dans les 48 heures la forme en entonnoir et la bulle
d’air que Koch avait autrefois considérée comme un des carac¬
tères différentiels du vibrion cholérique.
Les trois échantillons cultivés dans les milieux peptonés don¬
nent l’indol aux dépens de la peptone, mais ils ne transforment
pas, comme les vrais cholériques, les nitrates en nitrites.
Je dirai, en passant, qu’à l’examen microscopique des prépara¬
tions colorées, on serait très embarrassé pour reconnaître la na¬
ture vibrionienne de ces trois germes, car ils n’affectent pas la
forme d’éléments recourbés à laquelle on est habitué. Il est par
contre extrêmement facile de voir que ce sont de véritables
vibrions par l’examen à l’état frais et surtout à l’ultra-micros-
cope, qui permet de constater le mouvement en vrille caractéris¬
tique de cette espèce microbienne. Sur les préparations faites par
la méthode de Loeffler pour la coloration des cils, on voit que
les vibrions provenant des cas n° 1 et n° 2 possèdent deux cils
à chaque extrémité, tandis que le vibrion provenant du cas n° 3
n’a qu’un cil à chaque extrémité.
52
Par l’ensemble des observations que je viens de résumer, on
voit qu’au point de vue morphologique et par leurs caractères
de culture, les vibrions en question ne répondent pas au type
classique du vibrion de Koch. Mais, comme on ne reconnaît pas
à l’heure actuelle aucune garantie d’exactitude diagnostique à
l’ensemble de ces caractères, il fallait avant de conclure, recher¬
cher si les vibrions mis à l’étude sont agglutinés, et donnent le
phénomène de Pfeiffer en présence d’un sérum préparé avec un
vibrion cholérique authentique. Je dirai de suite que les trois
échantillons soumis à ces épreuves ont donné un résultat abso¬
lument négatif, ce qui fait que, d’après la doctrine généralement
admise à l’heure actuelle, les trois vibrions du choléra du Séné¬
gal doivent être séparés de l’espèce spécifique du chloéra asiati¬
que.
Les recherches du Dr Thiroux ne perdent pour cela rien de
leur valeur, au contraire.
Les vibrions pathogènes ou saprophytes sont des germes très
répandus dans la nature, et leur présence a été maintes fois cons¬
tatée dans le contenu intestinal d’individus sains, ou présentant
des troubles intestinaux qui n’avaient rien à faire avec le choléra
asiatique (choléra nostras, dysentérie, etc.).
Lorsque la spécificité des germes du Dr Thiroux (qui n’ont
encore été isolés que dans trois cas) sera confirmée, la preuve
sera faite que des vibrions très éloignés du type classique de
Koch, peuvent produire une maladie d’allure épidémique, qui,
dans son ensemble symptomatique, ressemble tellement au cho¬
léra asiatique, qu’elle a mérité le nom de choléra du Sénégal.
O
Essais de transmission du Trypanosoma
gambiense par Ja Glossina morsitans
Par J. RODHAIN, C. PONS, J. VANDENBRANDEN
et J. BEQUAERT.
Les expériences que nous relatons brièvement dans cette note,
ont été faites au laboratoire établi par la mission, à Sankisia, par
— j63 —
9°6’ de latitude sud, à 30 kilomètres Sud-Est de Bakama et du
Lualaba, entre les vallées de la Jungwe et de la Kalule nord.
Le long de ces cours d’eau existent, à côté de Glossina palpalis,
de nombreuses morsitans et la maladie du sommeil y règne à l’état
grave ; à Sankisia même, on ne rencontre exclusivement que des
morsitans.
Nos recherches antérieures nous ont prouvé que ces dernières
mouches transmettent couramment dans la région les trypanoso¬
mes : Cazalboui, congolaise et Brucei', nous avons donc gardé nos
animaux d’expériences dans des cages garnies de toile métallique
où ils étaient à l’abri des attaques des morsitans de la savane.
Pour la détermination spécifique de toutes les glossines qui ont
été employées au cours de ces expériences, nous nous sommes ba¬
sés sur les caractères extérieurs des insectes et sur la morphologie
des organes génitaux externes des mâles (classification de New-
stead). Pour la dissection des glandes salivaires, nous avons
adopté la méthode par la voie thoracique, qui avec un peu d’habi¬
tude permet de procéder rapidement et donne le plus de chances
d’obtenir de longs fragments de tubes glandulaires intacts.
Nous résumons les expériences sans entrer dans le détail de leur
exécution; ceux-ci seront publiés ultérieurement; disons seule¬
ment ici que toutes ont été faites au moyen de Glossina morsitans
issues de pupes nées au laboratoire même-
En tout 11 essais ont été réalisés avec des trypanosomes prove¬
nant de six malades différents; l’étude des deux virus qui seuls
ont donné des résultats positifs, nous a montré que, pour les pa¬
rasites provenant de « Sindano », il s’agit du trypanosome type
du Congo; nous devons réserver provisoirement notre opinion
concernant la nature exacte du deuxième virus « Kimpuhi ».
Dans les quatre premières expériences (série A), les mouches
ont fait leur repas infectant sur trois indigènes atteints de trypa-
nose; deux de ces malades étaient arrivés à la dernière période
de l’affection, les parasites ont toujours été très rares dans te
sang de leur circulation périphérique.
Au cours de l’expérience 5 de la série B, les morsitans se sont
nourries sur une chèvre infectée dont le sang n’a jamais montré de
Trypanosomes entre lame et lamelle, et dans les essais 8-9 et 10
constituant la série C, sur un chien et un cobaye qui eux avaient
toujours des parasites peu ou assez nombreux dans le sang; les
cercopithèques qui ont servi aux expériences 6-7 et 11 delà série D
— 764 —
avaient également des trypanosomes plus ou moins nombreux
dans leur sang.
Les premiers essais ont été faits en période de fortes pluies, les
dernières en pleine saison sèche.
*
* *
Série A. — Les morsitans font leur premier repas sur des hom¬
mes trypanosés.
Expérience I (virus Sokone).
Du 14-II-12 au 4-III : 19 morsitans éclosent et sont nourries sur le ma¬
lade Sokone, originaire de la Kalule Nord ;
Sokone a présenté de très rares trypanosomes entre lame et lamelle le
1 4- 1 1 ; certaines mouches se sont nourries sur lui quatre fois. Du 5-1 1 1 au
23- III (40e jour), ces tsétsés se nourrissent sur une chèvre qui ne s’infecte
pas.
L’autopsie des 17 mouches survivantes fut complètement négative.
Expérience II (virus Sokone).
Du 22-II au 6-1 II : 17 morsitans éclosent et sont nourries sur le malade
Sokone ; certaines mouches se sont nourries sur lui trois fois.
Du 7-III au 11-III elles se nourrissent sur un cynocéphale, du 12-III jus¬
qu’au 31-III sur une chèvre indemne qui ne s’infecte pas.
L’autopsie de toutes ces tsétsés pratiquée le i-IV (40e jour environ) fut
négative.
Expérience III (virus Menge).
Du 1 6-1 1 - 1 2 au 1 9- II, 10 morsitans font leur premier repas sur trvpanosé
Menge, originaire de Kulu sur le Lualaha. Menge a présenté le 1 6-1 1 des
trypanosomes rares en plaque épaisse. Les mouches se sont nourries sur lui
chacune deux fois.
Du 20-II au 6-1 II, les tsétsés se nourrissent sur un cynocéphale.
Du 7-III au 25-III, elles piquent le chien « Bokka », qui ne s’infecte pas ;
ce chien, inoculé plus tard avec du sang du malade Kiamolemba, contracta
la trypanose.
L’autopsie des 9 mouches survivantes au 39e jour, montra une culture
intestinale de flagellés chez une seule d’entre elles.
Expérience IV (virus Sindano).
Du 10-IV-12 au 19-IV, 46 morsitans sont nourries sur trypanosé Sin¬
dano, originaire de Manda sur la Fungwé. Les températures de ce malade
ont été continuellement fébriles pendant cette période et il a présenté des
parasites entre lame et lamelle le 13-IV et en plaque épaisse le 18-IV.
Du 20-IV au 10-V, les mouches se nourrissent sur un singe cynocéphale ;
Du 11-V au 31-V, les 35 tsétsés survivantes piquent un singe cercopithè¬
que qui reste indemne de trypanosomes.
L’autopsie des 26 mouches qui vivaient encore le 31-V et le i-VI montra
chez une seule d’entre elles une infection de l’intestin.
Dans les quatre essais de cette série: 92 morsitans nées au labo¬
ratoire ont fait leur premier repas sur trois hommes trypanosés
qui ont montré dans leur sang de très rares parasites; 79 mouches
— 7^5 —
ont vécu plus de 21 jours et 69 jusqu’à 40 jours, aucune d’entre
elles n’a acquis le pouvoir de transmettre la trypanosomiase.
%
* *
Série B. — Les morsitans font leur premier repas sur une chè¬
vre infectée du trypanosome de l’homme.
Expérience V (virus Basoko).
Du 20-III-12 au 9-IV, 38 morsitans sont nourries sur la chèvre « Basoko »
infectée de trypanosomes provenant directement du malade Basoko, origi¬
naire de la Fungwe. L’animal n’a jamais présenté de parasites entre lame
et lamelle, mais a montré de rares trypanosomes dans le 3e culot de la cen¬
trifugation de 10 cm3 de son sang, à 3 reprises différentes : le 1 8-1 II, le
I-IV, le 2-1 V.
Toutes les mouches se sont nourries 4 fois.
A partir du 21e jour jusqu’au 48e elles piquent successivement deux singes
cercopithèques qui ne contractent pas d’infection.
L’autopsie des 26 mouches restantes, à la fin de l’expérience, faite les
47e et 48e jours, montra quelques rares flagellés dans l’intestin de deux tsé-
tsés.
%
* *
Série C. — Les morsitans font leur premier repas sur un chien
et un cobaye infectés de Trypan ■ gambiense par inoculation de
sang du malade « Kiamolemba », originaire du Lualaba.
Expérience VIII (virus Kiamolemba).
Du 12-VI-12 au 15-VI : 24 morsitans se nourrissent sur le cobaye « Kia¬
molemba », dont le sang renferme pendant cette période des trypanosomes
assez nombreux.
Du 17-VI au 25-VI elles se nourrissent sur cercopithèque n° 9, qui reste
indemne.
Du 26-VI au 5-VII, elles se nourrissent sur cercopithèque n° 11, qui reste
indemne.
Du 5-VII au 31-VII elles se nourrissent sur cercopithèque n° 12 qui reste
indemne.
L’autopsie des mouches mortes au cours de l’expérience et des 2 survi¬
vantes au 31-VII ne montra chez aucune d’entre elles un développement
quelconque de flagellés.
Expérience IX (virus Kiamolemba).
Du 12-VI-12 au T5-VI-12 : 26 morsitans se nourrissent sur le chien « Bok-
ka » dont le sang ernferme pendant cette période des trypanosomes assez
nombreux.
Du 17-VI au 25-VI les tsétsés se nourrissent sur cercopithèque n° 13, qui
reste indemne ;
Du 26-VI au 4-VII sur cercopithèque n° 14, qui reste indemne ;
Du 5-VII au 31-VII sur cercopithèque n° 12 qui reste indemne ;
— y66 —
* L’autopsie des mouches mortes dans le courant de l’expérience, et des
5 survivantes au 31-VII ne montra chez aucune d’entre elles des flagellés.
Expérience 10 (Virus Kiamolemba).
Du 17-VI-12 au 25-VI, 33 morsitans font leur premier repas sur le cobaye
<( Kiamolemba » ;
Elles se nourissent ensuite sur cercopithèque n° 16, jusqu’au 7-VII ; cet
animal reste indemne
Du 8-VII au 16-VII, les tsétsés se nourrissent sur cercopithèque N’Soko,
qui reste indemne.
Du 17-VII au 20-VII, sur cercopithèque n° 17, qui meurt de diarrhée le
22-VII.
Du 21-VII au 26-VII, sur cercopithèque n° 18, qui reste indemne.
Du i-VII au 1 1 -V III, sur cercopithèque n° 9, qui meurt de pneumonie le
12-VIII.
Du 21-IV au 29-IV, 28 morsitans se nourrissent sur singe I, grand cerco-
repas sur le cercopithèque 19 qui reste indemne.
L’autopsie des tsétsés mortes dans le courant de l’expérience et l’examen
des survivantes le 18-VIII furent négatifs.
Chez aucune des 83 morsitans employées dans cette série, l’ab¬
sorption de sang contenant des trypanosomes n’a été suivie d’un
développement quelconque de flagellés. L’expérience 10 fut faite
à la même époque et dans les mêmes conditions que l’expérience
positive 11 de la série suivante.
*
* *
Série D. — Les morsitans font leur premier repas sur les cerco¬
pithèques infectés de Trypanosomes humains.
Expérience VI (virus Sindano).
Du 21-IV au 29-IV, 28 morsitans se nourrissent sur Singe I, grand cerco¬
pithèque, qui présente à ce moment de rares ou très rares trypanosomes
dans le sang. Chaque mouche s’est nourrie trois fois.
Du 30-IV au 9-V elles piquent le cercopithèque 2, qui reste indemne, puis
du 11-V au 8-VI le cercopithèque 3, qui montre des trypanosomes dans son
sang le 11-VI.
L’autopsie des 24 morsitans survivantes pratiquée le 10-IV au 51e Jour de
l’expérience, montra une infection intense de flagellés dans l’intestin d’une
seule d’entre elles. La dissection des glandes salivaires de cette mouche ne
fut malheureusement pas faite ; dans la trompe, il n’y avait pas de parasites.
Si nous admettons, qu’entre le moment de la piqûre infectante et l’appari¬
tion des trypanosomes dans le sang des singes sensibles, il s’écoule en
moyenne dix jours, nous pouvons dire que le cercopithèque 3 a été infecté
le i-I\ et que la morsitans infectieuse n’a acquis son pouvoir infectant
qu’après une période latente de 35 jours environ.
Expérience VII (virus Sindano).
Du 3-V-12 au 12-V, 45 morsitans se nourrissent sur singe, grand cercopi¬
thèque I, qui présente pendant cette période constamment dans son sang
des parasites peu ou assez nombreux.
Du 13-V jusqu’au 12-VI les mouches se nourrissent sur cercopithèque
4 qui montre des trypanosomes dans son sang le 20-VI.
Du 13-VI au 21-VI elles se nourrissent sur cercopithèque 5 qui s’infecte
le 2S-VI. •
Les subdivisions successives des 31 mouches survivantes nous ont prouvé
qu’une seule d’entre elles était devenue capable de transmettre par sa piqûre
l’infection. L’autopsie de cette morsitans tuée au chloroforme fut pratiquée
92 jours après son premier repas ; elle montra dans l’intestin un développe¬
ment de flagellés en réalité peu nombreux, et dans les glandes salivaires une
infection typique de parasites. Dans le tube hypopharyngien nageaient 3 try¬
panosomes du type du sang des mammifères ; les frottis faits avec des
fragments des tubes salivaires dissociées y montrent également l’existence
de ces dernières formes.
Expérience XI (virus Kimpuki).
Du 13-VII jusqu’au 19-VII, 8 morsitans éclosent et font leur premier re¬
pas sur cercopithèque II dont le sang renferme de nombreux trypanosomes ;
chaque mouche fait un seul repas. Elles se nourrissent ensuite jusqu’au
21-VII sur cercopithèque n° 10 qui reste indemne, du 21-VII jusqu’au
n-VIII sur cynocéphale et du 12-VIII jusqu’au 21-VIII sur cercopithèque
n° 11 ; ce dernier montre des trypanosomes le 22-VIII. Divisées en 4 grou¬
pes de deux mouches, les tsétsés se nourrissent sur 2 cobayes et 2 singes ;
seul un cobaye s’infecta et l’autopsie des deux mouches qui l’avaient piqué
montra chez l’une d’entre elles une culture intestinale de flagellés et l’enva¬
hissement par les parasites des glandes salivaires. Dans le tube hypopharyn¬
gien nous avons pu compter 7 trypanosomes parfaits.
Des 8r mouches employées dans ces trois expériences, 63 ont
vécu au moins 30 jours et 3 sont devenues infectieuses, soit une pro¬
portion de 4,76 % des tsétsés survivantes.
*
* *
Conclusions et Remarques Générales- — Nous avons fait re¬
marquer au début de cette note que le virus « Sindano » présen¬
tait les caractères morphologiques et biologiques du Trypanosoma
gambiensc, et que nous ne pouvions pas actuellement affirmer
d’une façon absolument certaine que les parasites source « Kim¬
puki » appartenaient au même groupe, quoique cela soit fort pro¬
bable. Cette restriction faite, les résultats obtenus dans nos diver¬
ses expériences nous permettent de formuler les conclusions sui¬
vantes :
1 0 A Sankisia, à 30 kilomètres est du Lualaba, par 9 °6’ latitude
Sud à une altitude de 750 mètres, le Trypan. gambiense peut
achever son évolution biologique chez la Glossina morsitans, et
celle-ci peut, par sa piqûre, transmettre le trypan. aux animaux
sensibles.
— 768 —
Chez deux Gl. morsitans reconnues capables de transmettre le
trypan. humain, les glandes salivaires étaient envahies par les
flagellés, mais il n’existait aucun signe de multiplication de pa¬
rasites dans le tube proboscidien. Nous avons bien trouvé chez
deux mouches sur trois, quelques trypan. typiques nageant dans
le liquide de l’hypopharynx, mais nous les considérons comme
des parasites provenant des glandes salivaires elles-mêmes et qui
en sont sortis avec l’afflux de salive qui se produit lorsque l’in¬
secte affamé se dispose à piquer ; ils représentent, pour le Trypan.
gambiense les trypan. salivaires de Roubaud et constituent très
probablement les seules formes infectantes que la tsétsé déverse
lors de sa piqûre dans le sang de l’animal sur lequel elle se nour¬
rit.
2° L’évolution du Trypan. gambiense chez les morsitans,
aboutissant à l’infection des glandes salivaires, ne s’est réalisée à
Sankisia que chez 1,7 % des mouches. En effet, sur 294 morsi¬
tans qui ont absorbé lors de leur premier repas du sang de mam¬
mifères contenant des Trypan. Gambiense en plus ou moins grand
nombre, 177 ont vécu 40 jours et seules 3 sont devenues capables
de transmettre l’infection par leur piqûre. Mais, si nous exami¬
nons séparément les résultats de nos différentes séries d’essais,
nous voyons que c’est uniquement parmi les trois lots de mou¬
ches qui se sont repues d’abord sur des cercopithèques infectés
que se trouvent les tsétsés qui sont devenues infectieuses. Ce ré¬
sultat peut s’expliquer partiellement par le fait que chez les sin¬
ges malades les parasites ont été toujours assez nombreux dans le
sang, mais il dépend également, d’après nous, de la nature même
des virus employés. Si nous ne tenons compte que des trois expé¬
riences de la série C, la proportion des morsitans qui sont deve¬
nues capables de transmettre le trypanosome humain, atteint
4,76 %. Ce chiffre n’est guère inférieur à celui obtenu par Kleine
et Taute (1) au cours de leurs premières expériences faites avec
des palpalis, et correspond exactement à celui établi plus récem¬
ment par Kinghorn et Yorke (2) pour le Trypan. rhodesiense
de la vallée de Luangwa.
3° Pour autant que nos expériences permettent de le déter¬
miner: la durée de la période qui s’est écoulée entre l’absorption
(1) Kleine et Taute, Deutsche mediz. Wochenschr., 22 juillet 190g.
(2) A. Kinghorn et W. Yorke. Ann. of Trop. med. a, Paras,, 1912, in
Sleeping Sickness Bureau, n° 37.
— 769
des Trypanosomes par les morsitans et l’apparition de leur pou¬
voir infectant, a été respectivement d’environ 30 et 35 jours, et
dans l’expérience 11, inférieure à 24 jours.
Ces faits concordent avec les observations de Bruce et ses
collaborateurs qui, les premiers, ont signalé les grandes varia¬
tions que pouvait sudit la durée de l’évolution biologique du
Tryp. gambiense chez la palpaHs , et que Taute a pu constater
également chez la morsitans.
Faisons remarquer ici que, d’après les recherches de Kinghorn
et Ÿorke (1), l’évolution du trypanosome de Rhodésie s’effectue
beaucoup plus rapidement chez les Glossina morsitans, et s’achè¬
ve en 11 à 18 jours, durée sensiblement identique à celle du
Tryp. Brucei chez la même tsétsé.
40 L’accomplissement du cycle biologique du Tryp. gambiense
chez la Glossina morsitans n’est pas empêché par l’absorption
répétée du sang de cynocéphale, animal qui est naturellement
réfractaire au trypanosome humain-
*
* *
Nos expériences, faites près de la vallée du Lualaba, confir¬
ment les résultats obtenus par Taute au bord du lac Tanganyka ;
elles prouvent que, dans les essais de laboratoire, les morsitans
peuvent transmettre le Trypanosoma gambiense sensiblement dans
les mêmes conditions que les Glossina palpalis. Il ne nous a pas
été possible de déterminer si, dans la nature, au Bas-Katanga, les
premières tsétsés jouent un rôle dans l'épidémie de trypanose
qui y décime la population. Nous avons bien trouvé dans la
région un certain nombre de villages situés dans des endroits où
n’existent que des morsitans, mais il nous a été impossible d’éta¬
blir avec certitude que les indigènes malades que nous y rencon¬
trions n’avaient point fréquenté les zones infectées de palpalis
qui ne sont jamais bien éloignées.
Il est fort probable que, dans certaines agglomérations de la
Fungwe près desquelles la Glossina palpalis est très rare ou
absente, et les populations très éprouvées par la trypanose, la
morsitans, qui y abonde, joue un rôle actif dans la propagation
de l’infection.
Nous n’avons pas essayé d’infecter des singes en les faisant pi-
(1) A. Kinghorn et W. Yorke, Loc. cit.
— 77 o “
quer par des morsitans capturées clans la savane ; nous savons
qu’ici une forte proportion de ces mouches sont infectées des
Trypan. congolaise et Brucei et, pour avoir des chances de suc¬
cès, il nous aurait fallu pouvoir disposer d’un nombre très consi¬
dérable d’animaux, ce qui actuellement n’était pas possible.
( Mission Scientifique du Katanga .)
Laboratoire de Sankisia,
15 septembre 1912.
- ^
— 77 1 —
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Aimais of tropical medicine and parasitology, t. VI, n° 3 B.
Archiv f. Schiffs-und Tropenhygiene, t. XVI, n° 21.
Archivo da Sociedade de Medicina e Cirurgia de Sâo Paulo,
3e année, nos 3-8.
Britisch medical Journal, 1912, nos 2703-2706.
Bulletin of the Manila medical Society, t. IV, n° 9.
Journal of the Royal Army medical Corps, t. XIX, n° 5.
Journal of tropical Medicine and Hygiene, t. XV, nos 20 et 21.
Paludisme: Transactions of the Committee for the Study of
Malaria in India, n° 5, sept. 1912.
Revue scientifique, 19 et 26 octobre, 2 novembre 1912.
Tunisie médicale, t. II, n° 10.
Y ellow Fever Bureau Bulletin, t. II, n° 2.
VOLUMES ET BROCHURES.
Steudel. Die Schlafkrankheit in Deutsch-Ostafrika.
H. Ziemann. Einige in Duala gemachte Beobachtungen.
Zur Verbreitung der blutsaugenden Tiere in Kamerun.
Ueber Gonokokkenvaccin als event. diagnostisches Hilf-
mittel.
— Vorschlage zur Ausgestaltung des Sanitàtswesens in
unseren Kolonien.
— Zu der Hygiene des Wohners und Schlafens in der
Tropen mit besonderer Beriicksichtigung der Woh-
nungskiihlung.
- 772 -
Liste des échanges
American Society of Tropical Medicme.
Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archiv für Schiffs und Tropenhygiene.
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar .
Bulletin of the Sleeping Sickness Bureau.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands-Indië.
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Revue scientifique.
Sanidad y Beneficencia (La Havane).
Studies from the Zoological Laboratory, The University of Ne¬
braska.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
(Londres).
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1912
N» 10.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO
io
Séance du 11 décembre 1912
FACES
A PROPOS DU PROCÈS-VERBAL
E. Marchoux. — Lèpre ganglionnaire .
E. Marchoux. — Bacilles de la lèpre .
Nomination d’une commission .
Présentations
J. Bridré. — Lésions nasales dans la morve et dans la lymphangite
épizootique .
773
774
774
774
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tirage à part. Les clichés de figures à insérer dans le texte sont à la
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et après avis du Conseil Supérieur de Santé, le Formiate de
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ture des médicaments en usage dans les établissements hospi¬
taliers des Colonies Françaises.
Elections . .
Vote d’un vœu pour la répression de l’alcoolisme au Maroc
mn
• 775
• 777
COMMUNICATIONS
C. Basile. — Sur l’identité des Leishmanioses ét sur leur mode de trans¬
mission . 812
A.-W. Belitzer, Nina Kohl-Yakimoff et W. Yakimoff. — Trypano-
soma equiperdum en Russie d’Europe . 822
R. Biot et G. Richard. — De la possibilité d’inoculer Tryp. lewisi à
d’autres animaux que les rats . 826
G. Bouet et E. Roubaud. — La piroplasmose (Nuttalliose) de l’âne en
Afrique occidental#'- . 806
G. Bouet et E. Roubaud. — Bilharziose au Dahomey et en Haute Casa-
mance . 837
A. Carini. — Un autre cas de phagédénisme cutané amibien .... 799
M. Cohendy. — Essai de traitement de la dysenterie amibienne par les
lavements au sucre . 846
J. Crespin et M. Beguet. — La courbe de l’hémolyse dans le paludisme. 801
1/ G. Franchini. — Leishmania et punaises . 817
U. Gabbi. — Les maladies tropicales à Tripoli . 850
Ch. Joyeux. — Necator americanus en Haute-Guinée ...... 843
F. La Cava. — De la leishmaniose des muqueuses et de la première
découverte de la Leishmania tropica flagellée dans le corps humain. 808
L. Lagane. — Bacillurie provoquée dans la lèpre . 784
A. Lamoureux. — Un cas d’ascaridiase mortel . 842
L. Landes. — Etude de quelques vibrions isolés au cours des poussées
épidémiques du choléra de 1911-12 en Algérie . 792
A. Leger. — Un petit centre d’endémicité de la maladie du sommeil à
Koulikoro . . 828
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Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les. notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires ^doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt apres la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
a Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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Cinquième année
1912
N° 10
"BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU II DÉCEMBRE 1912.
«
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
A propos du procès-verbaJ
M. Marchoux. — Notre collègue, M. Jeanselme, a justement
fait observer dans la dernière séance que l’observation de la sœur
d’ALOUA, publiée au nom de M. Sorel, était trop brève. C’est
parce que mon opinion était conforme à la sienne que ce fait très
important a été donné dans la correspondance.
Il importait de faire connaître la découverte de Sorel le plus
vite possible pour susciter des recherches du même genre dans
les pays à lèpre. Mais, le manque de détails ne justifiait qu’une
publication préliminaire. Un travail plus étendu sera ultérieure¬
ment envoyé par M. Sorel et l’observation de la femme X...
y sera relatée tout au long.
Certes, l’extension de la lèpre aux ganglions lymphatiques
est un fait connu depuis longtemps; Neisser le signale dans
son travail de Virchow arch., 1SS1. Mais l’infection primitive des
ganglions avant l’invasion du tissu sous-cutané est une notion
nouvelle, qui rapproche singulièrement l’évolution de la lèpre
humaine de celle de la lèpre du rat. Aussi les recherches de
MM. Lebœuf et Sorel doivent-elles attirer l’attention.
)U —
je donne au cas de Lebœuf une valeur plus grande que M. J e An¬
selme ne lui en accorde. 11 prouve que dans une forme de lèpre
les bacilles de Hansen se trouvent dans les ganglions avant de se
répandre dans la peau.
*
* *
Beaucoup de savants ont cherché à cultiver le bacille de la lèpre.
Un nombre qui, de jour en jour, devient plus considérable, a
cru avoir réussi. Nous connaissons aujourd’hui par la littérature
médicale, une très grande quantité de germes différents qui, a
tort ou à raison, sont considérés par ceux qui les ont fait connaî¬
tre comme l’agent étiologique de la lèpre. Aucun travail d’en¬
semble n’a encore été fait, aucune vérification impartiale des
résultats annoncés n’a été tentée. Il me paraît que notre Société
qui s’intéresse de si près à la question de la lèpre, peut prendre
l’initiative de cette étude. Aussi, je demande à M. le Président
de vouloir bien consulter la Société sur l’opportunité de nommer
une Commission qui s’occuperait de cette question spéciale de
l’étiologie. Elle s’efforcerait de réunir tous les germes décrits et
en ferait une étude comparative dont les résultats feraient l’objet
d’un ou plusieurs rapports.
La Société consultée accepte la désignation d’une Commis¬
sion.
Sur la proposition du Président sont nommés membres de cette
Commission MM. Borrel, Jeanselme, Marchoux, Pinoy.
Présentation de pièces
Lésions nasales dans la morve
et dans la lymphangite épizootique
M. J. Bridré. — Je dois à l’amabilité de M. Troüette, vétéri¬
naire sanitaire à Alger, de pouvoir vous présenter ces deux piè¬
ces. L’une montre des lésions morveuses de la pituitaire; l’autre
des lésions de la même muqueuse dues à la lymphangite épizooti¬
que. En Algérie, et particulièrement à Alger, la lymphangite
épizootique est très répandue et la morve n’est pas rare. Les
deux maladies sont souvent constatées dans les mêmes écuries
et peuvent coexister sur le' même malade. Dans ces conditions, le
diagnostic serait très difficile si le vétérinaire n’avait à sa dis¬
position la malléine. Une malléination négative peut cependant
laisser un doute dans l’esprit du praticien qui l’a pratiquée lors¬
que l’animal suspect présente les signes cliniques habituels de
la morve, jetage, glande, et les lésions que vous voyez sur l’une
de ces pièces. Je dois dire que, dans le cas particulier, M. Trouet-
tE n’a pas hésité à écarter l’ hypothèse de morve à cause de quel¬
ques Caractères des lésions qu’il avait eu déjà l’occasion d’obser¬
ver : les lésions de la lymphangite sont en relief à la surface de la
muqueuse, leurs bords sont épais* jaunâtres et enroulés. Les
lésions morveuses, au contraire, forment généralement une dé¬
pression dans la muqueuse ; leurs bords sont gris et taillés à pic.
Le bouton morveux d’apparition récente pourrait seul prêter à
confusion. ‘
Election de membres honoraires,
associés et correspondants
Sont nommés :
Membre honoraire:
M. Kitasato, membre associé.
Membres associés:
Français.
M. J. Brault, Professeur de maladies des pays chauds à la
Faculté de médecine de l’Université d’Alger.
Etranger.
Sir William B. Leishman, membre correspondant.
— 77° —
Membres correspondants,
a) Français.
MM.
M. Blanchard, Médecin aide-major de ire classe des Troupes
coloniales, attaché à l’Institut Pasteur de Brazzaville;
L. Blaizot, Chef de Laboratoire à l’Institut Pasteur de Tunis;
M. Bouilliez, Médecin-major de 2e classe des Troupes colo¬
niales, détaché à l’Institut Pasteur;
II. Cazeneuve, Médecin de ire classe de la Marine, Toulon;
P. Delanoë, Médecin de l’Assistance médicale indigène en
Afrique occidentale ;
L. Manceaux, Médecin-major de ire classe, Directeur du Labo¬
ratoire de bactériologie du VIe corps d’armée, à Châlons-sur-
Marne ;
L. Nègre, Chef de Laboratoire à l’Institut Pasteur d’Algérie;
j. Thézé, Médecin-major de 2e classe des Troupes coloniales,
détaché à l’Institut Pasteur;
R. Trautmann, Médecin-major de 2e classe des Troupes colo¬
niales, au 7e d’infanterie coloniale.
b) Etrangers.
MM.
A. G. Bagshawe, Directeur du Tropical Diseases Bureau,
Londres ;
C. W. Daniels, ancien Surintendant, Lecteur à l’Ecole de Mé¬
decine tropicale de Londres ;
H. B. Fantham, Parasitologiste à l’Ecole de médecine tropi¬
cale de Liverpool ;
M. Hartmann, Chef de la division protozoologique à l’Institut
des maladies infectieuses, Berlin ;
H. P. Lie, Chef du Service de la Lèpre, Bergen, Norvège;
A. Lignos, médecin de Tîle d’Hydra, Grèce;
J. J. van Loghem, Directeur de l’Institut d’hygiène tropicale,
Amsterdam ;
M. Piraja da Silva, Professeur de parasitologie à la faculté de
médecine de Bahia, Brésil.
— 777
Vœu pour la répression de l’alcoolisme au Maroc
Le Président. — Dans la dernière séance, à la suite de la
communication de M. Remlinger sur Les progrès de V alcoolis¬
me au Maroc, notre collègue M. le Dr Vincent a demandé à
M. RexMlinger de formuler un vœu par lequel les pouvoirs pu¬
blics seraient invités à prendre les mesures nécessaires pour com¬
battre les progrès de l’alcoolisme au Maroc. M. le Dr Remlinger
m’a adressé le projet de vœu suivant, rédigé de concert avec
MM. Vincent et Poitevin.
« La Société de Pathologie exotique, rappelant un vœu anté¬
rieur qu’elle a émis sur l’alcoolisme dans les Colonies, attire
l’attention des pouvoirs publics sur l’urgence qu’il y aurait à
prendre des mesures en vue de combattre au Maroc l’alcoolisme
qui fait des progrès inquiétants, notamment chez les indigènes. »
Le vœu mis aux voix est adopté à l’unanimité.
Le Président. — Le vœu que vient d’émettre la Société sera
transmis à M. le Ministre des Affaires étrangères et à M. le Ré¬
sident général de France au Maroc, avec des exemplaires de la
communication de M. le Dr Remlinger.
— 778 —
COMMUNICATIONS
Recherches bactériologiques et serodiagnostiques
à propos du typhus exanthématique
Par G. RIZZUTI et F. SCORDO.
Pendant le premier semestre de l’année courante, nous avons eu
la possibilité d’étudier à Tripoli quatorze cas de typhus exanthé¬
matique. L’ensemble des caractères de la maladie était parfaite¬
ment classique. Malheureusement nous n’avons pas pu effectuer
toutes les investigations que nous considérions comme nécessai¬
res ; nous en avons été empêchés tant par le peu de temps dont
nous disposions, étant arrivés vers la fin de l’épidémie, que par
le manque de moyens d’examen. Nous avons donc dû nous limi¬
ter à quelques investigations d’ordre clinique et d’ordre bactério¬
logique et nous croyons utile de faire connaître au moins le résul¬
tat de nos recherches bactériologiques, vu l’intérêt qu’offre à
l’heure actuelle l’étude d'un des plus brillants problèmes de la
médecine.
Nous n’avons, avant tout, jamais négligé, et nous avons répété
dans quelques cas, même après un long intervalle de temps,
l’épreuve agglutinante pour le bacille typhique, pour les paraiy-
phiques A et B et pour le Micrococcus melitensis. Ce s épreuves,
quoique faites avec soin, ont constamment donné des résultats né¬
gatifs, à l’exception d’un seul résultat positif avec le bacille
d’ERERTH, trouvé dans le sixième malade. Il faut, du reste, con¬
sidérer que, parmi les renseignements anamnésiques recueillis
sur ce malade, figurait l’infection éberthienne, dont il avait souf¬
fert il y a quelques années. Nous sommes donc d’avis que cette
unique exception n’infirme aucunement la constance des résultats
négatifs que nous avons obtenus. Pour cette expérience, le sang
a été nrélevé entre le 7e et le 14e jour de la maladie, de sorte que
l’épreuve ne peut, selon nous, être jugée trop précoce. Le sang
a presque toujours été tiré d’une veine du bras, au moyen de la
— 779 -
seringue Tursini, et il a servi aussi à faire des hémocultures, dont
le résultat a toujours été négatif.
Nous avons pu faire à un des malades la piqûre splénique, et
nous avons semé le suc splénique dans les milieux nutritifs
ordinaires, mais le résultat de cette nouvelle épreuve a été, lui
aussi, négatif et les préparations faites avec du suc splénique
n’ont rien fourni de remarquable.
Dans un cas où il a été possible de faire la néeropsie, les recher¬
ches ont été exécutées fost mortem, tant avec le suc splénique
qu’avec des matériaux hépatiques, mais toujours avec un résul¬
tat analogue.
Pour sept malades, nous avons fait des préparations avec les
pétéchies prises respectivement le 8e, le 10e et le 13e jour de la ma¬
ladie ; mais cette expérience n’a pas eu non plus de résultats dignes
d’être mentionnés.
Nous avons fait au 5e malade, le 12e jour de la maladie, une
piqûre à la Ouincke, extrayant ainsi 25 cc. de liquide, à une assez
forte pression. Ce liquide contenait r/2 0/00 d’albumine. Les
milieux de culture ensemencés comme pour le sang, restèrent
complètement stériles. L’examen fait immédiatement, puis dans
des préparations colorées, du sédiment peu abondant obtenu par
une centrifugation prolongée, a seulement révélé la présence de
lymphocytes peu nombreux.
Ces résultats constamment négatifs, comme ceux de Ander¬
son et Golderger, de Dreyer, de Russel Wilber, de Gavino
et Girard, de Nicolle et de ses collaborateurs, nous indui¬
sent à croire que le virus du typhus exanthématique est effective¬
ment ultramicroscopique et que les résultats positifs obtenus par
divers auteurs ne constituent que des faits accidentels ou secon¬
daires. Ce n’est pas le cas de faire ici une critique de chacun de
ces résultats positifs, mais la grande diversité des germes décou¬
verts est un argument, et non dés moindres, en faveur de notre
manière de voir.
Malheureusement, pour les raisons exposées plus haut, nous
n’avons pas pu fournir la part de travail que nous considérions
comme la plus intéressante: nous entendons parler des recher¬
ches sur la question de la filtrabilité ou de la non-filtrabilité du
virus, question qu’il est, selon nous, indispensable de résoudre
avant toutes les autres, pour l’étude de l’étiologie du typhus
exanthématique.
— y8o —
/ ....
A propos de la fièvre à Pappataci
Par NICLOT.
L’importante contribution apportée par M. Leger et Ségui-
naud à l’étude de la fièvre à pappataci ou à phlébotomes par la
constatation qui en est faite "en Corse, complète la série des
recherches entreprises en France et dans le bassin méditerranéen
à son endroit. Miorcec et Laplanche (i) qui proposent de la dé¬
nommer « Fièvre des trois jours » ou « Fièvre de Pick » (Birt,
consacrant une priorité établie, préfère « Fièvre de Pvm ») en
ont, avec des éléments recueillis en Crète, précisé l’étude clini¬
que, devant la Société de médecine militaire française. En des
séances postérieures, Billet a retracé (2) les grandes lignes de
l’historique et rappelé les données de laboratoire, et moi-même (3)
j’ai signalé la fréquence de Phlebotomus papatasii dans la divi¬
sion d’Oran : mes vérifications ayant été surtout orientées vers
la détermination des Anophélinés, la carte exacte de répartition
du diptère n’a pas été dressée. Sergent le signale à Biskra et,
affirmation un peu compréhensive, « dans tout le reste de
« l’Afrique du Nord ». En présentant à titre documentaire divers
échantillons de Phlebotomus , je mentionnais qu’ils venaient
de Djenan-ed-Dar : la région de Djenan-Ounif, où je les avais
rencontrés dès 1904, en est copieusement infestée. Foley et
Yvernault (4) les décrivent en 1908 dans leur intéressante étude
sur la morbidité de ce poste. L’aire de ces vecteurs pathogènes
comporte certainement une série de foyers très étendue.
Quant à la France, en outre de la région de Montpellier et des
Alpes-Maritimes, il semble, si l’on en croit Rouyer (5), qui
incrimine les migrations des troupeaux transhumants, et invo»
que les données recueillies par la Faculté des Sciences de Greno¬
ble, qu’il faille inscrire encore les Basses et les Hautes-Alpes,
l’Isère même, — Mont Genèvre, région de Briançon, vallée de
(1) Miorcec et Laplanche, Soc. de méd. mil., f. 2, fév. 1911
(2) Billet, id., 16 fév. 1911.
fs) Niclot, id., 16 mars 1911.
(4) Foley et Yvernault, Arch. de Méd. et de Phar. mil., mai 1908.
(5) Rouyer. Soc. de Méd. mil. franc., 16 mars 191T,
— 781 —
l’Oisans, — sur cette liste qui appelle sans doute dans l’avenir
de nombreux augments.
I ' i
Epizootie de peste porcine (avec présence
de Salmonella), à Alger — Transmission
expérimentale par le virus filtré
Par Edm. SERGENT, A. LHERITIER, A. BOQUET
et P. DENARNAUD.
Au mois d’août 1911, l’un de nous eut l’occasion d’observer
dans le troupeau d’un engraisseur de porcs une épizootie carac¬
térisée par une grande mortalité survenant après des symptômes
très divers. Le propriétaire voulut bien confier à l’Institut Pas¬
teur une dizaine d’animaux malades qui fournirent le matériel
de recherches expérimentales.
Sur un effectif de 100 porcs plus ou moins gras, âgés de 10 à
18 mois, 24 succombèrent.
L’inappétence, la tristesse, la fièvre et un amaigrissement très
rapide furent constatés sur tous les malades. Quelques porcs
moururent avec ces seuls symptômes. Quelques autres présentè¬
rent soit de l’essoufflement avec toux et jetage, soit de la fai¬
blesse du train postérieur et de la congestion de la peau (taches
rouges, teinte cuivrée de la peau).
La plupart des malades eurent des engorgements douloureux,
diversement localisés, (tête (un cas suivi de mort en 24 heures),
ventre, membres). L’œdème des membres déterminait une impo¬
tence absolue (1). La durée de la maladie fut très variable, allant
de 1 jour à 25 jours.
Lésions. — Nous avons autopsié 9 porcs ayant succombé à ia
maladie naturelle: 5 ne montrèrent aucune lésion aux recherches
les plus minutieuses. Chez les quatre autres existaient des lésions
de l’appareil pulmonaire, d’intensité très différente. L’un n’avait
qu’un peu de congestion du poumon ; 2 autres des noyaux de
pneumonie lobaire avec de la pleurésie, des fausses membranes
(1) On peut rapprocher ces oedèmes, lésion très fréquente dans l’épizootie
algérienne, des oedèmes caractéristiques observés par Borzoni en Sardai¬
gne (Il nuovo Ercolani, 31 juillet 1908).
— 782 —
et des adhérences pleurales. Chez le dernier, le poumon, les
bronches et la plèvre ne formaient plus qu'un magma purulent.
On nota encore, sur ces 4 animaux, des lésions congestives et
hémorragiques de la rate, du foie, des reins, des ganglions lym¬
phatiques de la cavité abdominale et de la muqueuse vésicale.
Chez les porcs présentant des engorgements, la coupe du tissu
œdématié déterminait l’écoulement d’une abondante sérosité
rosée.
Recherches bactériologiques, — Des noyaux pneumoniques de
deux de ces porcs furent isolés des Coccobacilles présentant tous
les caractères des Salmonella : bactérie ovoïde très polymorphe,
ne prenant pas le Gram, mobile, troublant le bouillon, le cou¬
vrant d’un voile avec collerette, donnant en eau peptonée une
abondante culture sans voile. Ensemencée par stries, sur gélose,
elle pousse en couche grasse mais non opaque; ensemencée par
piqûres en gélose, elle disloque celle-ci par les gaz qu’elle pro¬
duit. Sur pomme de terre la culture forme une épaisse crème jau¬
nâtre. Dans le lait, la culture donne au bout de 8 jours une teinte
gris sale au liquide, cette teinte s’accentue, est très nette au bout
d’un mois, surtout si on la compare avec celle d’un tube de lait
témoin non ensemencé. La culture en bouillon lactosé tournesolé
ne fait pas virer la couleur du milieu. La culture en gélatine ou
sur gélatine ne liquéfie pas ce milieu.
Une culture récente inoculée dans les muscles d’un pigeon à la
dose de 1/2 cm3 le tua en 36 heures. Un centimètre cube inoculé à
un cobaye sous la peau le tua en 10 jours.
Etude expérimentale. — Le 27 octobre, une truie fort malade,
ne mangeant presque plus, présentant une boiterie intense du
membre antérieur gauche, est sacrifiée au chloroforme. L’autop¬
sie montre que les organes sont sains, sauf les poumons où sont
épars des foyers de pneumonie, et la plèvre, coupée d’adhérences.
On récolte 15 cm3 de liquide pleurétique citrin. Ces 15 cm3 sont
dilués dans 90 cm3 d’eau distillée. Les foyers pneumoniques sont
broyés au Latapie et 10 cm3 de la purée obtenue sont mis en sus¬
pension dans 500 cm3 d’eau distillée. On mélange le liquide pleu¬
rétique et cette purée mise en suspension ; on filtre la moitié de
ce mélange sur papier, puis sur bougie Chamberland F (vide en¬
tre 40 cm3 et 60 cm3 de mercure, température 200): 100 cm3 du
filtrat obtenu sont inoculés sous la peau â un porcelet (n° 2). Pa-
nulle quantité du mélange non filtré est inoculée sous la peau au
porcelet .témoin (n° i).
Le filtrat largement ensemencé en bouillon ne donne pas de
culture.
Le porcelet N° 2, inoculé avec le filtrat et isolé, commence à présenter des
symptômes de malaise 20 jours environ après l'inoculation : fièvre, inappé¬
tence. parésie du train postérieur. Cette parésie va en s’aggravant. Le
26e jour apparaît un nouveau signe qui persistera : l’animal se met à tour¬
ner sur place en sens inverse des aiguilles d’une montre, en titubant. La
constipation s’établit. Le jie jour apparaît un odème de la face, des oreilles
et du cou, qui grandit rapidement. L’animal est essoufflé Quelques jours
plus tard il est atteint de troubles de la vue qui aboutissent à la cécité. Le
membre antérieur droit est soustrait à l’appui et reste plié au niveau du
genou ; il ne paraît pas y avoir de lésions articulaires. Au bout de 6 semaines
l’état général a empiré : le porcelet ne se lève plus, il lutte énergiquement
et penche la tête pour manger. Au bout de 3 mois et demi il est mourant, on
le sacrifie au chloroforme.
On ne trouve pas d’autres lésions qu’une maigreur extrême, et un épais¬
sissement fibreux des ligaments des articulations des genoux. L’ensemen¬
cement des organes ne donne pas de cultures.
Ce porcelet a donc présenté, après une incubation de 15 à
20 jours, des symptômes semblables à ceux des porcs atteints de
la maladie naturelle: d’une part, troubles de la marche, parésies
des membres du train postérieur, boiteries, impossibilité de la
station debout. D’autre part: œdèmes de la face et du cou. En¬
fin, amaigrissement et cachexie aboutissant à la mort.
Le porcelet témoin N° 1, isolé et inoculé avec le liquide non filtré, pré¬
sente de la fièvre dès le q° jour. Son haleine prend une odeur fétide, il ne
mange plus, se traîne difficilement et meurt le 19e jour. A l’autopsie prati¬
quée 4 heures après sa mort, on ne trouve aucune autre lésion qu’une conges¬
tion très forte des ganglions du corps entier, qui ont un aspect hémorragi¬
que. Le mésentère est congestionné. La rate et le foie sont un peu gros. Les
sinus, le larynx et le pharynx, minutieusement examinés, ne portent aucune
lésion pouvant expliquer l’odeur infecte exhalée par les narines pendant la
vie. L’ensemencement des organes ne donne pas de cultures.
Le sang du cœur de ce porcelet est centrifugé, on obtient 3 cm3
de sérum qui sont inoculés sous la peau au porcelet neuf n° 3, le
16 novembre.
Ce porcelet n’a jamais présenté d’élévation de température, mais le 12e
jour, en même temps au 'une léeère constipation il montre une raideur des
membres postérieur droit et antérieur gauche qui va pn s’accentuant, ainsi
nue des papules. Ces papules se réunissent parfois en plaques d’oedème. Les
jours suivants, l’animal marche sur la pointe des onglons, titube ; bientôt il
s? traîne sur les genoux, la parésie devient complète. 11 meurt au bout de
deux mois et demi. A l'autopsie, pas de lésions au niveau des genoux, pou¬
vant expliquer la flexion constante de ces articulations. Par contre, on trouve
78 4 —
une pneumonie du poumon droit, sans pleurésie, qui n’avait pas été soupçon¬
née d’après les symptômes cliniques. L’ensemencement des divers organes
ne donne aucune culture.
En résumé, au cours d’une épizootie porcine très grave à symp¬
tômes variables, rappelant ceux de la peste porcine, nous avons
isolé à deux reprises une bactérie ayant les caractères de la Sal¬
monella. D’autre part, par inoculation du filtrat (bougies Cham-
berland F) de liquide pleurétique et de suc pulmonaire prélevés
sur un porc affecté de la forme pleuro-pneumonique, nous avons
reproduit une maladie fébriîe offrant le tableau clinique d’une
des formes de la maladie naturelle : parésie, troubles graves de la
marche, œdèmes. Enfin, par injection à un porcelet des mêmes
liquides non filtrés, c’est-à-dire contenant une plus grande quan¬
tité de l’agent infectieux, nous avons déterminé des symptômes
fébriles et la mort en 19 jours du sujet inoculé. Le sérum de ce
dernier animal ne contenant aucun germe visible, injecté à un
troisième porcelet le tue en 2 mois, après avoir provoqué des pa¬
résies graves et une pneumonie. La Salmonella ne put être isolée
des organes de ces trois porcelets.
En conclusion, nous croyons pouvoir assimiler à l’agent fil¬
trant de la peste porcine le virus traversant la bougie Chamber-
land E, que nous avons étudié dans cette épizootie algérienne.
Institut Pasteur d’Algérie.
Bacillurie provoquée dans la lèpre
Par L. LAGANE.
La bacillémie lépreuse a été constatée par plusieurs auteurs.
Elle semble, il est vrai, passagère et a été surtout observée au
cours des poussées éruptives; mais d’après les constatations de
Gravagna, le sang, même en période apyrétique, pourrait être
bacillifère. D’autre part, Marchoux et Bourret ont fréquem¬
ment trouvé des bacilles dans le sang prélevé au niveau des tu¬
bercules (1). Mais l’émission par l’urine de bacilles de Hansen
(1) Cf. Jf.ansei.me. Etat actuel de nos connaissances sur l’étiologie et la
bactériologie de la lèpre. Presse Médicale, 9 septembre 1911, n° 72, p. 721.
— 7 85 —
provenant des voies urinaires supérieures, n’a pas, à notre con¬
naissance, été signalée. Seulement dans la thèse de Ferez Mon-
taut (i), nous voyons indiqué que le sédiment urinaire d’un lé¬
preux avancé contenait des bacilles lépreux.
Nous avons recherché systématiquement le bacille de Hansen
venant des voies urinaires chez 3 lépreux de l'Hôpital Pasteur,
service de M. le Dr Veillon, atteints l’un de lèpre mixte, muti¬
lante, déjà ancienne ; le deuxième de lèpre mixte, dont les pre¬
mières manifestations perçues remontaient à 3 ans environ, avec
poussées récentes de tubercules, et le troisième d’une lèpre assez
proche du début apparent, avec troubles sensitifs et éruptions
maculeuses.
Aucun d'eux ne se plaignait de troubles urinaires et ne sem¬
blait atteint d’une localisation tuberculeuse ou lépreuse génitale
ou uréthrale. Leurs poumons étaient indemnes.
Leurs lésions cutanées, examinées par M. Marchoux, conte¬
naient le bacille de Hansen.
Nous avons trouvé des bacilles de Hansen dans le mucus na¬
sal du premier et du deuxième de ces malades, après ingestion
d’iodure de potassium, mais d’une façon très inconstante. Nous
ne l’avons jamais trouvé chez le troisième.
Chez ces malades, nous avons cherché le bacille de Hansen
dans le sang, après hémolyse d’une grande quantité de sang par
l’eau distillée et centrifugation, et ne l’y avons jamais trouvé.
Nous l’avons de même cherché dans les urines.
Dans l’urine, en dehors de l’absorption de médicaments, nous
ne l’avons jamais constaté, malgré de multiples recherches en
périodes de poussées ou non. Nous ne l’avons pas trouvé non
plus après absorption d’iodure de potassium, même à doses assez
fortes (4 g. par jour, pendant 3 jours), ni après l’ingestion
d’aspirine.
Nous avons pratiqué chez les deux derniers de ces malades des
injections en série d’arséno-benzol, intra-veineuses, à la dose de
0,50 et 0,60 cg. tous les 5 à 7 jours, avec une interruption de
15 jours entre les 3e et 4e injections. Nous examinions les urines
du jour de l’injection et des jours suivants.
Nous avons constaté la présence de bacilles de Hansen dans
(1) R. Perez Montaut. Algo sobre las crinas de los leprosos : Thèse Ma-
laga, 1911.
— yS6 —
l’urine après la 2e, la 3e et la 5“ injection chez le 2" malade, après
la 3® et la 5e chez le troisième.
Ces bacilles, examinés dans le culot de l’urine recueillie asepti-
quement et longtemps centrifugée, étaient colorés par la mé¬
thode de ZiEHL simple, avec décoloration par l’alcool-chlorhydri-
que à 3 %, ou par le Ziehl avec mordançage par l’acide picri-
que et décoloration par l'alcool à 90° et l’acide azotique à 15 %.
Ils se montraient très nombreux dans les préparations, réunis en
masses de 20 à 60 bacilles, ou en petits groupes, ou isolés, assez
granuleux. La plupart étaient libres.
Les urines ne contenaient ni albumine, ni sang constatable
microscopiquement ; la réaction de Meyer y était négative.
Inoculés à des cobayes sous la peau et dans le péritoine, il y a
2 mois et un mois, les culots de ces urines ne les ont pas tubercu-
lisés, même lorsqu’ils contenaient des bacilles.
Ces recherches nous ont donc montré, dans les urines de
lépreux, à côté de multiples examens où nous ne constations au¬
cun bacille, l’existence, dans quelques cas, de bacilles que l’on
peut, par exclusion des bacilles de Koch et des acido-résistants
banaux, considérer comme des bacilles de Hansen. Chez ces ma¬
lades en évolution lépreuse aiguë, avec poussées éruptives, nous
n’avons pu les trouver qu’à la suite d’injections intraveineuses
répétées d’arséno-benzol à assez fortes doses. Y a-t-il eu une
action sur le filtre rénal, ou plutôt une mise en liberté des bacil¬
les des monooellulairés du sang ou des bacilles des tissus mala¬
des ? Nous ne savons. Quoi qu’il en soit, il nous a paru inté¬
ressant de montrer qu’il est possible de déceler le bacille de
Hansen dans les urines, môme assez près du début de la mala¬
die et même dans des cas où l’examen du mucus nasal est néga¬
tif. Cette constatation comporte donc un certain intérêt aux points
de vue du diagnostic et de la prophylaxie.
- 7*7 -
Remarques et observations sur le rôle des
moustiques dans la propagation de la lèpre
Par F. NOC.
Dans le Bulletin de lu Société de Pathologie exotique du 9 oc¬
tobre dernier, au cours d’un mémoire sur « la valeur du rôle que
peuvent jouer certains insectes hématophages dans la transmis¬
sion de la lèpre », mon camarade LëbœëF, chargé de mission
en Nouvelle-Calédonie, analyse à plusieurs reprises les résultats
des Observations que j’ai fait connaître il y a neuf ans dans les
Annales d’hygiène et de médecine tropicales, sur le rôle des
moustiques dans la transmission de la lèpre (1) et, les mettant
en parallèle, avec les observations faites depuis lors par Goo-
DHtE, Rômer, Bot; r r et, F h lee s, Bourret et Wîïh, Donald
H. Clrrie, Lindsay Sandes et Lebœuf, écarte les moustiques
comme agents transmetteurs de la lèpre dans l’archipel calédo¬
nien.
Je ne prétends pas discuter ici les résultats apportés par ces dif¬
férents observateurs: leur divergence entraîne cette conclusion
qu’ils n’observaient pas dans des conditions tout à fait similai¬
res (espèce des insectes, heures de la piqûre, siège des piqûres,
état de santé des malades, état fébrile ou non fébrile, lèpre avan¬
cée, lépromes anciens ou récents, etc.). Je désire faire connaître
toutefois les conditions des examens que je pratiquais de 1900 à
1902, lorsque j’étudiais la lèpre en Nouvelle-Calédonie.
Des observations de cette date, je n’ai retenu que quelques
faits épidémiologiques et expérimentaux, les nécessités du ser¬
vice colonial ne m’ayant pas permis de pousser plus loin ces re¬
cherches depuis ma note préliminaire de 1903. 11 en est resté
un fait positit, c’est qu’on peut rencontrer des bacilles de Han¬
sen dans le tube digestif des Culex sp ? en Nouvelle-Calédonie.
On en peut tirer une déduction, c’est que, quels que soient le
petit nombre de bacilles trouvés et le petit nombre de Culex por¬
teurs de bacilles, il est néanmoins difficile de rejeter d’une façon
(r) Noc. Ann. hyg. et méd. col., 1903-1904, p. 483.
— 788 —
absolue l’intervention de ces insectes, par des inoculations sou¬
vent répétées, dans la transmission de la lèpre.
yuelques-unes de mes observations avaient porté sur des Cu-
lex ayant piqué expérimentalement des lépromes, mais la ma¬
jeure partie des moustiques que j 'ai examinés avaient été recueil¬
lis à l’île aux Chèvres, dans la moustiquaire de malades jeunes,
atteints de formes graves de lèpre tuberculeuse (lépromes volu¬
mineux, intacts ou ulcérés, infiltration du visage et des mains,
poussées fébriles fréquentes), j 'ai gardé parmi mes notes de cette
époque la température axillaire de ces malades prise pendant
plusieurs semaines consécutives par l’infirmière de la léproserie
et plusieurs fois contrôlée par mes soins au cours de mes visites
bi-hebdomadaires. Elle s’élève presque journellement au-dessus
de 370 dans la soirée et les exacerbations variant entre 38° et
39°5 n’y sont pas rares.
Dans le tube digestif des Culex ayant piqué expérimentale¬
ment des lépromes, je ne trouvais le plus souvent que des bacil¬
les et des amas de microcoques ne résistant pas à la décoloration
par l’acide nitrique au tiers (Je n’ai pas songé à cette période de
mes recherches où le problème soulevait une foule d’hypothèses,
à faire l’étude de ces bacilles non acido-résistants, mais il sem¬
ble bien, contrairement aux observations de Donald H. Currie
sur ce point, que tous les bacilles de la lèpre ingérés par le
moustique ne sont pas capables de se conserver acido-résistants
dans l’estomac).
Par contre, chez les Culex prélevés à l’île aux Chèvres, dans
les chambres et sur les moustiquaires des lépreux, moustiques
ayant certainement piqué à plusieurs reprises et que j’examinais
à des heures différentes après leur capture, je trouvais générale¬
ment dans le sang plus ou moins digéré qui remplissait l’es¬
tomac, des bacilles de Hansen caractéristiques et des amas de
microcoques décolorés par les acides et colorables par le bleu de
méthylène.
« Les amas bacillaires que l’on trouve dans l’abdomen des
Culex, écrivais-je en 1901, sont semblables à ceux que l’on ob¬
serve à la surface de section d’un léprome ; toutefois, les amas
volumineux sont rares: il y a surtout des éléments bacillaires
libres. Très souvent les bacilles sont comme formés d’un cha¬
pelet de spores, séparées par des espaces clairs, caractère fré-
— 789 -
quent d’ailleurs chez le parasite du tissu humain. Quelques-uns
sont en haltère avec le centre clair. »
En somme, si les Culex qui ont piqué expérimentalement pa<-
raissent, d’après les observations déjà citées, contenir rarement
des bacilles (encore Lebœuf a-t-il observé 4 moustiques infectés
sur un lot de 10 moustiques ayant piqué), il n’en est pas de même
chez les Culex placés dans les conditions naturelles de leur exis¬
tence. On sait que plusieurs espèces, Stegomyia fasciata et Culex
fatigans, en particulier, ont une certaine avidité à piquer la nuit
et que leurs piqûres peuvent se répéter à plusieurs nuits d’inter¬
valle assez longtemps avant la mort de l’insecte. Or, c’est préci¬
sément dans la soirée que la température des malades est plus
élevée et que les chances de bacillémie augmentent.
Il n’est évidemment pas démontré que les bacilles absorbés
dans ces conditions peuvent être transportés du malade à l’hom¬
me sain, bien qu’avec l’addition des prises de sang infecté, les
piqûres répétées deviennent suspectes. Si l’on se rappelle le
Caractère capricieux de la contagiosité de la lèpre, peut-être faut-
il se montrer moins absolu en ce qui concerne l’orientation à don¬
ner aux recherches sur les voies de propagation.
Les divergences qui existent entre les résultats obtenus, aussi
bien avec les moustiques qu’avec les punaises, indiquent sans
doute l’existence de conditions très particulières pour que ces
insectes deviennent porteurs de bacilles de Hansen. Il semble
notamment nécessaire de faire la détermination exacte des espè¬
ces et l’étude précise des mœurs des moustiques trouvés dans les
léproseries. Il n’est pas douteux d’ailleurs que la santé générale
des lépreux ne gagne à ce qu’ils soient préservés des piqûres de
ces insectes.
Je dois ajouter à ces quelques remarques l’observation que j’ai
faite également à la léproserie de l’île aux Chèvres, près de Nou¬
méa, de la fréquence des bacilles de Hansen et des globi bacillai¬
res dans le contenu stomacal de la mouche domestique. Les ma¬
lades étaient pour la plupart porteurs de lépromes ulcérés.
54
— 790 —
Notes bactériologiques relevées pendant
l’épidémie cholérique de 191 1 en Oranie
Par Edm. SERGENT, L. NEGRE, BREGEAT et VIVIEN.
I. — Foyer épidémique créé par un porteur de germes éva¬
cuant des vibrions pendant pires de j mois, sans symptôme
morbide grave.
Une femme indigène, nommée Bouzefrane M. B. A., quittait,
le 12 novembre ign, le faubourg de Sidi-Bel-Abbès, où elle ha¬
bitait, pour aller assister au mariage de sa fille, qui se célébrait
dans une ferme de la commune de Bonnier, à 50 km. de Sidi-Bel-
Abbès, en pays fort montagneux. A cette époque, le faubourg de
Bel-Abbès était entaché de choléra depuis plusieurs semaines,
mais la commune de Bonnier était indemne.
Soudain les autorités françaises (1) furent averties que 3 décès
s’étaient succédés entre le 22 et le 24 novembre, dans la ferme
indigène où avait eu lieu le mariage. L’un de nous fut envoyé
aussitôt sur place et opéra le 28 novembre des prélèvements des
matières fécales des six personnes qui restaient: cinq habitants
antérieurs et Bouzefrane.
Une seule personne, qui n’était pas Bouzefrane, présentait les
signes du choléra. Sur les 6 prélèvements, cinq, dont celui de
Bouzefrane, contenaient des vibrions nombreux possédant les
caractères culturaux et d’agglutination classiques.
Le 30, une des habitantes de la ferme succomba encore après
une courte maladie de moins de 24 heures.
Le 15 décembre, tout était rentré dans l’ordre. Des mesures
d’isolement avaient été prises, et aucun autre cas ne se produisit.
Mais Bouzefrane, qui n’avait jamais été bien souffrante, conti¬
nuait à excréter des flots de vibrions, tout en conservant les ap¬
parences de la santé: examens du 28 novembre, du ri décembre,
du 16 décembre, du 2 janvier, du 6 janvier, du 20 janvier. C’est
en février seulement que les vibrions disparurent des selles.
Ces selles ont toujours été dures. Les vibrions y ont toujours
(1) 11 nous est très agréable de remercier vivement M. le Sous-Préfet Re-
noux, de Sidi-Bel-Abbès, pour la bienveillante et précieuse aide qu’il a bien
voulu nous accorder.
- 791 -
été nombreux à l’examen direct, leur forme était trapue, et ils
étaient' souvent attachés les uns aux autres, bout à bout. Ces
vibrions furent souvent accompagnés de petits spirilles très fins.
Nous avons donc là un exemple très net d’excrétion persis¬
tant près de 3 mois de vibrions très virulents (sur 8 personnes en
contact avec le porteur de germes: 7 contaminées, 4 mortes)
alors que l’infection du porteur de germes aurait passé inaper¬
çue sans les examens bactériologiques.
II. — Mise en évidence de vibrions cholériques dans les dé¬
jections 24 heures avant l’apparition des symptômes morbides.
Le 28 novembre sont prélevées des matières fécales normales
et dures de la fille Zohra b. G..., qui présentait l’apparence d’une
parfaite santé, mais habitait la ferme dont l’histoire précède. Des
vibrions nombreux sont décelés à l’Institut Pasteur dans les
selles. Le 29 novembre, dans la matinée, Zohra montre les pre¬
miers symptômes du choléra et le 30 à 4 heures du matin elle est
morte.
III. — Absence totale de cas de choléra dans une ville alimen¬
tée par une eau contenant des vibrions à caractères classiques,
et provenant d’une localité où sévit une épidémie de choléra.
Durant le mois de janvier 1911, une épidémie de choléra sévit
dans le douar de Tiliouanet, près de Relizane. Ce village indi¬
gène occupe les deux flancs d’une vallée rocheuse, juste au-des¬
sus du bassin de captage des eaux destinées à l’alimentation de
Relizane. Ces eaux sont obtenues par le drainage des sources du
fond de ravin et sont par conséquent fortement exposées à la con¬
tamination par les maisons indigènes qui s’étagent dans ce ravin.
Les analyses des eaux venues de Tiliouanet, et prélevées dans
les réservoirs et aux fontaines de Relizane le n et le 25 janvier,
alors que sévit l’épidémie à Tiliouanet, montrent la présence
d’un vibrion cholérique typique et agglutinable par un sérum
spécifique. Le 29 février, sur 4 prélèvements d’eau de Relizane
un seul contient ce vibrion. Le 30 mars, deux sur quatre le con¬
tiennent encore. Enfin, le 10 mai seulement il a disparu des ré¬
servoirs de Relizane.
Pendant tout ce temps, et depuis lors, la population de Reli¬
zane (de 5.000 à 6.000 âmes), très soigneusement surveillée à cet
égard par nos confrères, les Dre Bellot, Bouzian, Grosde-
mange, Lacoste, que nous remercions de leur bonne collabora¬
tion, n’a pas présenté un seul cas de diarrhée suspecte.
(Institut Pasteur d’Algérie.)
Etude de quelques vibrions isolés au
cours des poussées épidémiques du
choléTa, en 1911-1912, en Algérie
Par L. LANDES.
Nous avons étudié les différents caractères présentés par 30 vi¬
brions isolés à l’Institut Pasteur d’Algérie des selles de malades
ou des eaux, durant les épidémies de choléra 1911-1912. Les re¬
cherches ont porté sur des cultures repiquées au laboratoire de¬
puis plusieurs mois.
Agglutination. — Nous avons classé ces vibrions dans le
tableau ci-dessous en vibrions agglutinés au moins au taux de
i/i.oooe par le sérum agglutinant de l’Institut Pasteur de Paris,
et en vibrions non agglutinables ou s’agglutinant seulement au-
dessous de ce taux.
Parmi les vibrions isolés des selles de malades, 14 sont agglu¬
tinés, 11 ne le sont pas.
Les uns et les autres ont été isolés des dejecta de cholériques
dans les mêmes épidémies et dans les mêmes localités: Alger,
Sidi-Bel-Abbès, Tlemcen, Perrégaux.
Sur les 5 vibrions' isolés des eaux douces, 4 ne sont pas agglu¬
tinés même au i/ioe; un est agglutiné jusqu’au 1/4.000®.
Nous avons observé 2 fois le phénomène paradoxal de l’agglu¬
tination : un vibrion de l’eau est agglutiné au i/i.ooo®, ne l’est
pas au i/io®, au i/ioo®, au 1/500®, au 1/2.000, au 1/4.000®. Ldi
vibrion retiré d’une autre eau n’est pas agglutiné au 1/10®, mais
l’est h tous les taux supérieurs jusqu’au 1/4.000® compris.
Phénomène de Pfeiffer. — La technique employée a été
celle de Bordet: On prépare une solution-mère au 1/50® du sé¬
rum. Dans une série de 3 tubes on verse V gouttes d’alexine de
cobaye, V gouttes d’une émulsion microbienne préparée à raison
d’une anse de culture de 18 heures sur gélose par centimètre cube
d’eau physiologique, puis dans le premier tube X gouttes de la
solution-mère de sérum au 1/50®, dans le deuxième tube II gout¬
tes, dans le troisième I goutte. On complète à XX gouttes dans
les 3 tubes avec l’eau physiologique. Le sérum se trouve ainsi
— 793
dilué au 100e, au 500e, au i-oooe. Des tubes témoins sont prépa¬
rés dans les mêmes conditions, mais en substituant du sérum
normal au sérum anticholérique. On examine à l’état frais après
3 ou 4 heures de séjour à l’étuve à 37 °.
Tous les vibrions agglutinables ont présenté le phénomène de
Pfeiffer, dans les 3 dilutions. Parmi les 15 vibrions non agglu¬
tinables, 12 ne subirent pas la transformation granuleuse, mais
3 autres qui agglutinaient au i/5ooe, mais non au 1/ 1.000e subi¬
rent cette transformation aux trois dilutions, comme les vibrions
agglutinables à des taux plus élevés (N° 8, N° 19, N° 20). Ce
sont deux vibrions isolés, des déjecta cholériques, et un vibrion
isolé de l’eau d’un puits.
Morphologie. — Les vibrions présentaient tous un aspect typi¬
que, surtout examinés vivants: leurs mouvements très rapides, en
vrille, coupés d’arrêts brusques, étaient caractéristiques. Ils
étaient souvent décelables à l’examen direct des fèces. Quelques-
uns prirent dans les cultures successives des formes anormales
en cocobacille (Nos II, 32). Ces derniers microbes sont, d’ail¬
leurs, des vibrions non agglutinables par les sérums spécifiques.
Eau peptonée-gélatinée-salée. Bouillon. — La plupart des vi¬
brions poussaient en quelques heures, en formant un nuage ca¬
ractéristique superficiel, facilitant beaucoup l’isolement ultérieur.
Les vibrions donnant en eau peptonée-gélatinée-salée et en bouil¬
lon un trouble uniforme et non un voile superficiel sont les
moins nombreux et ce sont en général des vibrions non aggluti¬
nables, sauf un (N° 29) qui avait été isolé de l’eau douce.
Gélatine. — Sur 15 vibrions agglutinables, 10 donnent en gé¬
latine après ensemencement par piqûre la culture liquéfiée carac¬
téristique en bulle d’air, I seul donne une liquéfaction cylindri¬
que dans le genre de celle que donne le v. de Finkler-Prior,
4 ne liquéfient pas la gélatine.
Sur les 15 vibrions non agglutinables, 5 liquéfient avec la
bulle d’air, 5 donnent la liquéfaction cylindrique, et les 5 autres
ne sont pas liquéfiants.
Les ensemencements sur plaques de gélatine présentent des
caractères correspondants.
Lait. — Parmi les 15 vibrions agglutinables, 12 coagulent le
lait; sur ces 12, 5 digèrent ensuite le caillé. Trois seulement ne
coagulent pas le lait.
— 794 -
Parmi les 15 non agglutinables, 10 coagulent le lait, et 6 digè¬
rent le caillé, 5 ne coagulent pas le lait.
Pommes de terre. — Les cultures ont donné le plus souvent
une crème jaunâtre. Quatre fois elles n’ont formé qu’un glacis
léger, il s’agissait dans ce dernier cas de vibrions non aggluti¬
nables.
Deux vibrions agglutinables n’ont pas cultivé sur pomme de
terre (un seul essai a été pratiqué).
Indol et nitrites. — Parmi les 15 vibrions agglutinables,
14 donnent de l'indol et transforment les nitrates en nitrites. Le
quinzième agglutinable, qui est isolé de l’eau douce, ne donne
pas d’indol et ne transforme pas les nitrates en nitrites.
Sur les 15 vibrions non agglutinables, 5 donnent la réaction
de l’indol et des nitrites, 3 fabriquent de l’indol mais ne trans¬
forment pas les nitrates en nitrites, et 7 ne donnent ni de l'indol
ni des nitrites.
Hêmolysines. — Nous avons employé la technique de De-
f res sine et Cazeneuve: i/io8 de centimètre cube d’une suspen¬
sion isotonique de globules rouges lavés de mouton est ajouté à
une dilution de 1 cm3 de culture de 24 h. en eau peptonée dans
5 ce. de sérum physiologique, le tout dans un tube stérile. Etuve
à 370. Observation après 5 heures, 24 heures et 48 heures.
L’hémolyse a été complète en 5 heures avec trois vibrions non
agglutinables.
Il y a eu début d’hémolyse après 24 heures avec 3 vibrions ag¬
glutinables et 2 vibrions non agglutinables.-
Au bout de 48 heures ces dernières hémolyses n’avaient pas
progressé et il y avait 6 nouveaux débuts d’hémolyse avec des
vibrions agglutinables et un début avec un vibrion non aggluti¬
nable.
Seules paraissent devoir être retenues les observations d’hémo¬
lyse complète en moins de 5 heures chez trois vibrions non ag¬
glutinables (sur 15).
Conclusions.
En résumé, sur 25 vibrions isolés de dejecta cholériques,
17 présentent le phénomène de Pfeiffer. Sur ces 17, 14 sont
agglutinés par le sérum de l’Institut Pasteur à un taux supé¬
rieur à 1.000.
D’ 'autre part, sur 5 vibrions isolés de l’eau, 1 est agglutina¬
ble et présente le phénomène de Pfeiffer.
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796
Ces deux caractères de l’agglutinabilité et de la transforma¬
tion en granules par un sérum spécifique semblent devoir être les
caractères principaux.
Après eux se rangent par ordre d’importance décroissante les
caractères secondaires suivants:
La formation d'indol et la production des nitrites aux dépens
des nitrates ;
La culture en nuage superficiel précoce dans l’eau peptonée-
gélatinée-salée.
La liquéfaction avec aspect- de bulle d’air de la gélatine ense¬
mencée par piqûre.
Enfin, les cultures dans le lait et sur pomme de terre ne don¬
nent rien de caractéristique.
Pour les 30 vibrions étudiés la recherche du pouvoir hémolyti¬
que n’a donné aucun renseignement intéressant.
Institut Pasteur d’Algérie.
Argas et spirochètes
Par E. MARCHOUX et L. COUVY.
Dutton et Todd (i) ont été les premiers à signaler, dans les.
organes d’ Ornithodorus moubata, la présence de petits corps,
arrondis avec un point chromatique central, et ils ont émis l’hv-
pothèse que ce pouvaient être des formes d’évolution de Sp. Dnt-
toni.
Quelques années plus tard (1909-1910), Leishman (2) décrivait
sous le nom de granules de petits corps chromatiques qui se ren¬
contrent en abondance dans tous les tissus d’O. moubata, à
toutes les phases du développement de l’acarien et même dans
les œufs. Sous l’influence d’une température de 340 à 370, ces
(1) Dutton et Todd. A note on the morphology of Sp. Duttoni. ( Lancet ,
nov. 1907, p. 1523-1525).
(2) Leishman (W.-B.). Preliminary note on the experiments in connection
with the transmission of tick-fever. ( Journ . roy. arm. med. corps, 1909,
t. XII, p. 123-135).
Leishman (W.-B.). The mecanism of infection in tick-fever and on the
hereditary transmission of Sp. duttoni in the tick ( The Lancet, 1910, janv.
n° 4505, \ol. CLXXVIII).
— 797 ~
granules s’allongent et évoluent vers la forme spirille et Leish-
man considère comme certaine leur transformation en spirochètes.
Reprenant pour Sp. gallinarum les observations de Leish-
man sur Sp. duttoni, Balfour (i) retrouve les granules chez
Argus persicus. Ces granules proviendraient de la segmentation,
dans le tube digestif de l’acarien, des spirilles ingérés. Ils sont
particulièrement abondants dans les cæcums, dans les cellules
des tubes de Malpighi et dans les ovaires. On les retrouve du
reste dans tous les tissus de l’argas et dans les œufs. Ils sont sus¬
ceptibles de s’allonger et de se transformer en spirochètes sous
l’influence d’une température favorable.
Fantham (2) confirme les constatations de Balfour, et à peu
près en même temps, H indue (3) décrit la transformation en gra¬
nules de Sp. gallinarum dans les cæcums de l’argas et les divers
stades de l’évolution, dans les tubes de Malpighi, de ces granu¬
les en spirilles.
Les savants anglais ne trouvent de spirilles chez l’acarien con¬
servé à la température de 150 à 28° que pendant les quelques
jours qui suivent immédiatement le repas infectant. Or, l’inocu¬
lation de tissus de ces tiques sans spirilles, mais bourrés de gra¬
nules, a pu donner la spirillose à des animaux sensibles. Ce serait-
donc aux granules qu’il faudrait attribuer le pouvoir infectant
du matériel inoculé dans ces expériences.
Or, dans une précédente note (4), nous avons montré que les
spirilles sont constamment présents dans la cavité générale d'A.
persicus conservés à 28°. Nous les y retrouvons facilement dans
go % des cas, chez des acariens à jeun depuis 45 jours. Depuis
nous en avons constaté chez tous les individus examinés, même
conservés au laboratoire ( 1 5 0 ) et à jeun depuis onze mois, rou¬
tes nos tentatives pour obtenir la stérilisation des argas ont
échoué. Les spirilles de l’argas sont le plus souvent d’une ex¬
trême finesse.
Dans leurs expériences, les auteurs anglais ont donc toujours
(1) Balfour (A.). Fourth report of the Wellcome tropical research Labora¬
tories at the Gordon memorial College Khartoum, igii, p. 93-
(2) Fantham (H. -B.). Some Researches on the life cycle of spirochœtes.
Ann. of trop. med. a. Parisit., t. V, déc. 1911, p. 479-496.
(3) Hindle. On the life cycle of Sp. gallinarum. Parasit., vol. IV, n° 4,
8 janvier 1912.
(4) E. Marchoux et L. Couvy. Argas et Spirilles. Ce Bulletin, même
année, p. 63, 14 février 1912.
— 798 —
inoculé des spirilles fins en même temps que les tissus d’argas.
Pour être complets nous devons ajouter que Leishman avait
admis cette inoculation de spirilles comme hypothèse possible.
*
* *
Pas plus que les inoculations, l’examen direct ne nous a con¬
vaincus de l^rigine spirillaire des granules de Leishman: on
constate bien, après 4 ou 5 jours de chauffage à 370, la présence de
formes bacillaires et vibrioniennes ; mais celles-ci, épaisses, tra¬
pues, aux ondulations lâches,' aux extrémités arrondies, ne rap¬
pellent que de bien loin le spirochète et il nous a été impossible
de retrouver des formes intermédiaires entre ces filaments à peine
flexueux et les spirochètes régulièrement spiralés normaux.
Les granules nous ont paru appartenir à un système particulier.
Nous les avons recherchés chez A. vespertilionis, chez Rhipice-
phalus ricinus, chez Lœlaps echidninus.
Nos A. Vespertilionis, dus à l’obligeance du Dr Bouet, prove¬
naient de la région de Tombouctou. Six individus examinés ont
tous présenté des granules identiques à ceux île Leishman, et se
comportant de façon analogue par chauffage à 37 °. Chez ces
argas nous n’avons pas constaté la présence de spirochète, mais
nous n’avons pas pu les faire piquer sur chauve-souris, leur
hôte exclusif et constater d’une façon indéniable qu’ils en étaient
exempts.
Aussi, quittant les ixodidés pour les ixodes, nous avons fait
porter nos recherches sur des Rhipicephalus ricinus, provenant
de l’ouest de la France et capturés sur un chien non malade. Dix
de ces acariens examinés contenaient des granules de Leishman
typiques e,n grand nombre dans les tubes de Malpighi et les
ovaires. L’allongement sous l’influence de la température a été
constaté après trois jours à 37 °.
Nous avons trouvé des granules également chez de nombreux
Lœlaps echidninus examinés.
Les granules de Leishman qui paraissent exister chez tous les
Acariens n’ont donc aucun rapport avec les .Spirochètes.
Dans un prochain travail, nous reviendrons plus longuement
sur ce sujet. Nous établirons que les spirilles se comportent chez
l’argas comme des bactéries et qu’ils n’y accomplissent aucun
cycle évolutif comparable à celui des protozoaires chez l’hôte
intermédiaire.
— 799 —
x •
Un autre cas de phagédénisme cutané amibien
Par A. CARINI.
Dans la séance du io avril de cette année, nous avons com¬
muniqué à cette Société un cas de phagédénisme cutané amibien
s’étant présenté chez un malade opéré d’une hépatite suppurée.
Ce malade qui, lors de la publication de notre note, n’était pas
encore complètement guéri, a dû être opéré d’un troisième ab¬
cès du bord antérieur du foie. Il s’est rétabli ensuite, a repris ses
occupations, se porte à merveille et il lui reste simplement une
très large cicatrice à la place où la peau nécrosée a été enlevée.
Tout dernièrement, grâce à l’obligeance du Dr W. Seng, nous
avons eu l’occasion de voir un deuxième cas de phagédénisme
cutané amibien ; nous croyons qu’il n’est pas sans intérêt d’en
présenter une courte note, puisqu’il s’agit d’une explication en¬
core très peu connue.
Le 26 octobre, nous avons été invité par le Dr W. Seng à voir,
dans le Sanatorium de Sainte-Catherine, un malade qu’il avait
opéré quelques semaines auparavant d’un abcès du foie, et qui
présentait à la peau de l’ouverture de l’abcès un processus de
nécrose.
Nous avons trouvé le malade cachectique dans un état très
grave. Il est mort dans la nuit; c’est pour cela que nous n’avons
pu recueillir que quelques notices anamnésiques très sommaires.
Vinc. Leonella, Italien, ouvrier, 30 ans, marié. Sa maladie
datait à peu près du commencement de l’année; il se plaignait
d’une dysenterie sanguinolente rebelle, fort amaigrissement, fiè¬
vre, etc. ; il avait consulté plusieurs médecins et essayé plusieurs
traitements sans résultat. Ayant, après quelques mois de mala¬
dies, consulté le Dr .Seng, celui-ci diagnostiqua un énorme abcès
du lobe droit du foie. Il pratiqua l’opération en incisant la peau
sur le bord du thorax, à partir et en dehors du muscle droit.
L’abcès ouvert, il s’écoula une très grande quantité de pus,
plus d’un litre. La fièvre, qui était tombée un peu après l’ opéra¬
tion, ne tarda pas à se rallumer de nouveau; l’entérite sangui¬
nolente persistait, malgré les traitements employés, et les forces
du malade diminuaient de jour en jour.
— 8oo —
Une vingtaine de jours après l’opération, ie chirurgien nota
que les bords de la plaie cutanée avaient pris une coloration gris-
noirâtre, et qu’il y avait un commencement de gangrène. Celle-ci
ne s’est pas étendue très rapidement, mais quand nous avons vu
le malade, la gangrène, qui datait d’une semaine à peu près,
avait déjà déterminé une ulcération de mauvais aspect, mesurant
io cm. de largeur sur 8 de hauteur. Cette ulcération, située au
flanc droit, sous l’arcade costale, à peu près à moitié chemin entre
l’apophyse xyphoïde et l’épine iliaque antérieure, présentait dans
le centre une excavation as$êz profonde, dont le fond était cons¬
titué par des faisceaux musculaires, couverts à plusieurs endroits
d’un exsudât purulent très adhérent.
La peau qui limitait cette excavation ovalaire était nécrosée sur
presque toute la circonférence, à l’exception d’une petite partie
du bord supérieur. La peau nécrosée avait donc la, forme d’un
fer à cheval et présentait une coloration gris-noirâtre sale; les
bords internes étaient irréguliers, déchiquetés et affaissés, les
externes se continuaient avec la peau normale de laquelle ils
étaient séparés par une zone congestionnée d’un rouge-violet.
Quelques heures après la mort, nous avons retiré quelques
morceaux des tissus nécrosés pour en faire l’examen histologi¬
que et nous avons noté que le pus s’était infiltré dans le tissu
connectif sous-cutané, mais plus encore dans les couches muscu¬
laires superficielles.
Dans les frottis faits avec le pus récolté à ces endroits, nous
avons trouvé des amibes qui présentent les caractères de VAmœ-
ba tetragena. Dans les coupes des morceaux enlevés, on voit
aussi de très rares amibes, logées ordinairement dans les parties
profondes au milieu d’une forte invasion leucocytaire.
Ce nouveau cas prouve que, comme nous l'avons dit dans
notre communication précédente, le phagédénisme cutané ami¬
bien n’est pas extrêmement rare.
Cette localisation cutanée de l’amibiase paraît se présenter
spécialement chez des malades graves, cachectiques, chez les¬
quels l’ouverture de l’abcès hépatique s’est faite tardivement et
est suivie d’un écoulement de pus persistant et abondant.
(. Institut Pasteur de S. Paulo,
Novembre 1912.)
La courbe de l’hémolyse dans le paludisme
(Considérations physio-pathologiques)
Par J. CRESPIN et M. BEGUET.
La physio-pathologie du paludisme aigu et chronique est loin
d’être connue dans tous ses détails; on peut même dire que son
étude est à peine ébauchée.
L’hématozoaire détruit les hématies; les produits de cette des¬
truction s’accumulent dans les organes, notamment dans la rate
et le foie. Ces derniers organes sont-ils simplement des réser¬
voirs, et n’ont-ils pas une action hémolysante dans certaines
conditions pathologiques? Voilà qui est loin d’être élucidé.
C’est, en effet, du côté des hémolysines qu’il faut, croyons-
nous, se diriger pour se rendre compte des principales réactions
biologiques de l’organisme envahi par l’hématozoaire. On s’en¬
gagera ainsi dans une voie toute nouvelle, qui promet d’être
féconde.
Une telle étude nous donnera peut-être la clef de la défense
antixénique organisée contre le paludisme, la clef aussi de la
formation du pigment dans le paludisme chronique, en même
temps qu’elle permettra d’apprécier d’une manière plus précise
le mode l’action du médicament spécifique, la quinine, et des
arsenicaux.
Quoi qu’il en soit, la littérature étrangère ou française est peu
riche en documents relatifs aux hémolysines dans le paludisme.
En France notamment, on ne peut guère citer que de courts arti¬
cles de M. Sacquépée d’une part, de M. Chauffard, d’autre
part. Le premier (Soc. Med. des hôpitaux de Paris, 23 octobre
1907) rapporte l’histoire de deux ictères hémolytiques ayant évo¬
lué chez deux paludéens, ictères ressemblant absolument à ceux
déjà décrits par MM. Chauffard et Widal, en dehors du palu¬
disme (ictères acholuriques et urobilinuriques sans décoloration
des matières fécales, avec anémie, fragilité globulaire, hématies
granuleuses). M. Chauffard (Semaine Médicale, 20 janvier 1909)
a décrit le syndrome spléno-hépatique du paludisme aigu, d’après
deux malades avec des recherches concernant la résistance glo¬
bulaire et les hémolysines.
— 802 —
Dans le traité classique de M. Laveran (1908, page 289), il
est à peine fait allusion à l’hémolyse dans la grande infection.
« Le sérum des malades atteints de bilieuse hémoglobinurique
ou d’autres formes du paludisme n’a pas de pouvoir autolytique
ni isolytique sur les hématies; l’extrait aqueux du sang palustre
est assez fréquemment autolytique; mais l’hémolysine de cet
extrait n’est pas spécifique; l’extrait aqueux du sang de malades
non palustres peut présenter les mêmes propriétés (De Blasi) ».
C’est M. de Blasi qui a fait les travaux les plus importants sur
cette question. Sans parler de ses nombreuses publications, rap¬
pelons son mémoire de 1910 ( Malaria , t. II, juillet 1910), dont le
résumé a été donné dans le Bulletin de l’Institut Pasteur (1910,
p. 81 1) et dans le rapport sur le rôle des hémolysines en patholo¬
gie de MM. Guillain et Troisier au Congrès de Lyon (octobre
1 9 1 1 , p. 163). M. de Blasi a trouvé que le sérum des paludéens
avait un pouvoir hémolytique dans la moitié des cas. La techni¬
que consistait à diluer le sérum dans l’eau salée et à le chauffer de
55 degrés h 70 degrés. Dans les cas positifs, la courbe fébrile ne
montre aucun rapport avec le pouvoir hémolvtique du sérum ; la
durée de l’infection ne semble avoir aucune influence sur ce pou¬
voir ; l’administration de la quinine n’influence pas les résul¬
tats de l’expérience.
Nous avons pensé qu’il y avait intérêt à reprendre ces recher¬
ches. Une vingtaine de résultats obtenus nous permettent déjà
de les annoncer, dans le but surtout de provoquer un contrôle qui
fera beaucoup pour la compréhension des processus morbides
au cours du paludisme. Tant dans notre propre service que dans
celui de M. le Professeur Soulié, qui a bien voulu mettre à notre
disposition des sujets tout à fait intéressants, dont il avait même
souvent, avec sa compétence bien connue, examiné le sang, au
point de vue parasitologique, nous avons pu, soit chez des chro¬
niques, soit chez des aigus, arriver à saisir une loi générale, qui
pour l’instant, n’est que l’énoncé des faits observés, sans permet¬
tre encore des déductions pathogéniques certaines.
La résistance globulaire est affaiblie dans le paludisme; il
n’etait pas besoin des recherches modernes pour le concevoir.
Avec le procédé de Vaquez-Ribierre, ou celui plus sensible de
Widal-Abrami (hématies déplasmatisées), on trouve des valeurs
plus faibles qu’à l’état normal; mais il s’agit généralement de
chiffres qui n’indiquent pas des h vpo-rési stances trop considéra-
— 8o3 —
blés (H = 5, 4-5, 6 par exemple). Il y a souvent des hématies
granuleuses en plus ou moins grande quantité, 5 à 6 et jusqu’à
15 % dans un cas de cachexie palustre.
En ce qui concerne la présence d’isolvsines, d’autolysines et
d’agglutinines dans le sérum, il ne semble pas que nous puis¬
sions en trouver dans les proportions indiquées par M. de Blasi.
Sur une vingtaine d’examens, nous n’avons trouvé que deux auto-
lysines. 11 est vrai que nous avons cru devoir ne considérer comme
résultats positifs que ceux dans lesquels les phénomènes hémoly¬
tiques étaient immédiats et massifs, ainsi que le recommandent
MM. Guillain et Troisier (rapport de Lyon, p. 146).
Nous nous sommes demandé également si la pigmentation
chez les paludéens était en rapport avec l’hémolyse, l’urobilinu-
rie et l’urobilinémie. Mais de ce côté, il y a encore trop de chaî¬
nons qui nous échappent pour que nous puissions arriver à une
conclusion quelconque. Chez une ancienne paludéenne, portant
une rate flottante, mais guérie depuis longtemps, en apparence,
nous trouvons, au cours d’une crise d’asthénie profonde avec
pigmentation des téguments, anorexie et anémie modérée (héma¬
ties, 3.500.000; hémoglobine, 65 %), une légère diminution de
la résistance globulaire, sans hémolysines dans le sérum. Mais
nous ne décelons pas d’urobiline dans le sérum ou les urines. Le
pigment (hémo-sidérose) s’est-il accumulé dans les capsules sur¬
rénales, au point d’engendrer un syndrome addisonnien, du
reste curable ? Ce serait un fait peu banal.
Des cas de ce genre aussi peu nets ne. sont pas utiles pour
l’étude de la formation du pigment chez les paludéens; mais la
constatation de certains autres, dans lesquels la pigmentation
durable et accentuée, paraît avoir succédé à des accès bilieux avec
subictère, nous a autorisé à nous demander si les déchets des
globules rouges retrouvés à l’état de pigment noir, mélanine, dans
le sang circulant, sont l'unique origine de la coloration épider¬
mique observée, et si des ictères hémolytiques ne sont pas à l’ori¬
gine de la pigmentation classique, terreuse, des anciens palu¬
déens, les matières colorantes de la bile s’étant dans les téguments
transformés en matières colorantes différentes de celles qu’on
trouve habituellement dans l’ictère, mais ayant toutes une source
commune, l’hémolyse et l’hémoglobine. Les phénomènes hémo¬
lytiques sont donc chose banale dans le paludisme; mais nous
avons voulu nous placer à un point de vue un peu spécial dans
cette étude, en faisant porter nos investigations sur les phases
diverses de l’accès palustre.
Depuis longtemps, l’un de nous (M. Crespin) s’efforce, avec
ses élèves, de fixer la physiologie pathologique de l’accès palus¬
tre. Il a notamment mis en relief l’élimination du bleu de méthy¬
lène, en rapport avec chaque stade de l’accès (Soc. de Biologie,
février 1909 et thèse de Lelouche, Montpellier, 1909). Aussi
était-il tout naturel que la courbe de l’hémolyse au cours de
l’accès palustre, et dans chacune des trois phases de ce dernier
fût recherchée.
Nous avons trouvé des variations, souvent faibles à vrai dire,
mais qui toutes se font dans le même sens.
La résistance globulaire est diminuée d’une manière générale
dans le paludisme; en cas d’accès intermittents, cette résistance
devient plus grande, à partir du frisson, se rapprochant de la
normale, sans l’atteindre, et cela jusqu’à l’acmé. Dès lors, la ré¬
sistance globulaire diminue et devient plus faible qu’elle n’était
au commencement du frisson; l’accès se solde donc par une fra¬
gilité plus considérable des hématies, ce qui concorde avec l’ané¬
mie croissante.
Voilà le fait constant, observé par nous. Sur une vingtaine
d’examens il semble qu’une femme (enceinte il est vrai) ait pré¬
senté peu de différences entre la période intercalaire, les stades
de frisson, de chaleur et de sueur. Mais à la fin de ces accès,
qui étaient peu intenses, il y avait toujours une diminution légère
de la résistance globulaire, en comparaison de la même valeur
constatée avant l’accès (HI = 5 avant; HI=5 pendant le frisson
et l’acmé ; HI=5,2 après). Avec le repos et surtout le traitement,
la courbe de résistance offre de plus en plus des chiffres normaux.
Nous n’avons pas encore pu vérifier les résultats de MM. Vin¬
cent et Dôpter, qui ont trouvé que la quinine à elle seule pouvait
in vivo provoquer l’hémolyse. Ce facteur n’a pas, du reste, influé
sur nos recherches, car les malades, traités ou non par le médi¬
cament spécifique, présentaient les mêmes variations dans la
Courbe de l’hémolyse.
Le fait saillant de nos recherches, c’est cette constatation qu’au
cours de l’accès la résistance globulaire est augmentée par rap¬
port à l’hvpo-résistance antécédente. Ce fait demande une expli¬
cation pathogénique, que nous pouvons supposer, mais que nous
ne pouvons affirmer. L’accès palustre est le témoin d’une lutte
— 8o5 —
intense, dans laquelle l’organisme utilise tous ses moyens de dé¬
fense, et la diminution de la fragilité globulaire, en pleine hy¬
perthermie est un de ces moyens, très vraisemblablement. La
destruction globulaire se fait cependant aussi pendant l’accès,
mais peut-être seulement dans certains points de l’organisme,
dans la rate notamment, et non dans le sang périphérique. Des
ponctions de la rate seront nécessaires pour la solution du pro¬
blème, et feront connaître si, sur le vivant, la rate des paludéens
contient des iso ou autolysines, comme le veut Nolf.
Quoiqu’il en soit, l’examen de la courbe de l’hémolyse dans
l’accès palustre doit encourager les chercheurs à parfaire les con¬
naissances que nous avons accpiises sur l’hématologie du palu¬
disme. Jusqu’à présent, en dehors de la numération des globu¬
les, de l’évacuation de l’hémoglobine, de la mesure de la tension
artérielle, on n’a rien fait de précis. Il faut cependant pour
interpréter la marche de l’hémolyse dans la maladie, s’entourer
de tous les renseignements connexes sur les modifications du
sang au cours du paludisme.
Nous avons recherché si la viscosimétrie pouvait nous être de
quelque secours, et jusqu’à présent nous n’avons pas trouvé
qu’elle se reliât aux autres variations hématolpgiques. Il reste
aussi à examiner l’état cryoscopique du sérum et des autres hu¬
meurs des paludéens ; il reste à rechercher surtout la teneur en
lipoïdes, en cholestérine du sang de ces malades. Dans un cas
nous serions presque autorisés à dire qu’au cours de l’accès pa¬
lustre, l’organisme se défend par une production exagérée de
lipoïdes, dont l’action antihémolytique est connue; mais nous ne
pouvons encore l’affirmer.
En dehors du fait des variations de l’hémolyse dans les diverses
phases de l’accès palustre, nous n’avons pas d’autres résultats
bien précis à fournir. Il nous a semblé cependant qu’il était utile
de tracer le programme séduisant qu’il nous reste à remplir pour
nous faire du paludisme la conception pathogénique qui nous
manque, afin d’engager d’autres auteurs, tant l’œuvre est im¬
mense, dans la voie des recherches hématologiques, que nous
avons le désir de continuer.
— 8o6 —
/
La piroplasmose (nuttalliose) de l’âne
en Afrique occidentale^
Par G. BOUET et E. ROUBAUD.
Les auteurs anglais, en particulier Dale, Bowhill, Theiler,
puis plus récemment Nuttall et Strickland, ont étudié la piro¬
plasmose des équidés Nuttalia equi Laveran 1899. Ces deux der¬
niers auteurs viennent de démontrer qu’il existait deux piroplas¬
moses équines, l’une due au parasite pour lequel França (1910) a
créé le genre Nuttalia , l’autre déterminée par un vrai piroplasme
Piroplasma caballi Nuttall 1910. Au Cap, I heiler a montre
que la maladie était transmise par une tique Rhipicephalus
evertsi. Fréquente dans l’Afrique du Sud, l’affection provoque
chez les équidés importés une infection presque toujours aiguë
et souvent mortelle. Par contre, les animaux autochtones présen¬
tent une maladie surtout chronique, se terminant en général par
l’immunité. On sait cependant que le sang d’un cheval immun
donne la maladie à un cheval sain. On a voulu voir quelques dif¬
férences dans la marche de l’affection chez l’âne, le mulet et le
cheval. 11 y aurait des différences dans la virulence de l’agent pa¬
thogène chez chacune des espèces sensibles et Theiler a propo¬
sé une vaccination basée sur ces faits. Le sang de l’âne immun
déterminerait chez le cheval une maladie bénigne lui conférant
l’immunité. Signalée par Balfour en 1908, au Soudan anglo-
égyptien, la fièvre bilieuse des équidés a été, dès 1904, constatée
par Ziemann au Cameroun, sur des ânes, et la même année Wil-
bert, vétérinaire au Soudan français, en constate cliniquement
l’existence chez le cheval, mais pas plus que pour la piroplas¬
mose bovine qu’il mentionne, il ne donne une description du
parasite. Cazalbou, parlant de la fièvre bilieuse hémoglobinuri-
que du cheval, laisse à entendre qu’il s’agit de piroplasmose,
mais sans en faire la preuve.
Les nombreux examens de lames de sang d’équidés que nous
avons eu l’occasion de faire dans les diverses colonies de l’Afri¬
que Occidentale, de 1906 à 1912, ne nous avaient jusqu’ici donné
que des résultats négatifs. C’est seulement au cours d’une série
— 8oy —
de recherches sur les trypanosomiases animales en Casamance
(Sénégal), que l’un de nous a rencontré dans le sang d’un âne
atteint de souma ( Tryftanosoma Casalboui ) des parasites endo-
globulaires dont l’aspect rappelait en tous points la description
donnée par tous les auteurs de Nuttallia equi. Cliniquement,
l’animal examiné étant trypanosomé, les symptômes de cette
affection prédominaient et il n’était guère possible de faire la
part de ceux des symptômes qui revenaient à l’une ou à l’autre
de ces deux maladies. Quelques jours plus tard, en examinant
un lot d’une quinzaine d’ânes, nous eûmes la bonne fortune, à
Kolda (Iîaute-Casamance), de rencontrer chez une ânesse et
son ânon de 2 ans, des parasites endoglobulaires qu’il nous fut
facile d’identifier avec Nuttallia equi. Le gardien des animaux
interrogé ne put nous donner que de vagues renseignements sur
la marche de la maladie, en particulier sur l’existence antérieure
d’hémoglobinurie. Il savait ses deux bêtes malades depuis plus
d’une année, mais à cela se bornaient ses indications. En réa¬
lité les symptômes cliniques, au moment de notre examen, étaient
peu accusés. On constatait un peu d’atrophie musculaire avec
légère parésie du train postérieur surtout chez l’ânon. Le poil
rude, terne, s’arrachait facilement. Les muqueuses étaient déco¬
lorées. La température était normale, les urines présentaient la
teinte ordinaire. Nous avions affaire à la forme chronique de
l’affection avec anémie nettement accusée. Aucun ixode ne fut
rencontré, sur les ânes contaminés. L’ânon emmené à Dakar
était 6 mois plus tard en parfait état et au microscope le sang
ne laissa plus voir jamais de parasites. A l’examen ceux-ci
s’étaient montrés sous les formes décrites par les auteurs. Ce
sont de petits corps ordinairement uniques dans le globule para¬
sité, de dimensions et de formes variées, depuis la forme ronde
ou légèrement ovale, jusqu’à la forme allongée en bâtonnet. En
général, les piroplasmes sont situés à la périphérie de l’hématie.
La chromatine, fortement colorée par le Giemsa, se présente
tantôt sous une forme ronde, tantôt sous une forme allongée,
mais chez beaucoup de parasites elle s’incurve en V. Enfin, un
très petit nombre de parasites se montrent sous l’aspect d’une
croix de 4 individus, la croix étant nettement accusée par 4 mas¬
ses de chromatine. Ce sont les formes de multiplication, caracté¬
ristiques, ainsi que l’ont montré Nuttall et Strickland, des Nut¬
tallia ( sensu França).
— 8o8 —
Nous avons donc rencontré en Afrique Occidentale, Nuttal-
lia equi, et il semble que ce soit surtout cette piroplasmose que les
divers auteurs ont jusqu’ici trouvée dans les diverses régions
africaines où la maladie a été constatée.
De la Leishmaniose des muqueuses
et de la première découverte de la
Leishmania tropica flagellée dans le corps humain
Par Francesco LA CAVA.
Il y a déjà environ trois ans que Gabbi et moi, nous communi¬
quâmes à l’Académie Royale des « Lincei » une note sur le pre¬
mier cas de <c Bouton d’Orient » observé en Italie (i). Depuis
lors, notre observation a été confirmée avec autorité de divers
côtés, ce qui a pleinement justifié tout ce que j’affirmais dans une
communication faite ensuite par moi au XXe Congrès italien de
Médecine interne, sur la fréquence de cette Leishmaniose (2).
Depuis cette époque, j’ai pu observer un nombre considérable
d’autres cas de bouton d’Orient, tous confirmés par la décou¬
verte des Leishmania dans la sécrétion ulcéreuse; mais je n’ai
plus cru opportun de publier ces cas, parce que, à part leur valeur
statistique pour la Géographie médicale de cette forme de mala¬
die, ils ne présentaient rien de particulièrement remarquable.
Les deux cas cliniques qui forment l’objet de la présente publi¬
cation sont deux exemples, les premiers décrits en Italie, de cetre
forme de Leishmaniose qui intéresse les muqueuses, forme ré¬
cemment décrite par Sblendore et Carini, et qui doit être abso¬
lument distinguée des ulcérations muqueuses tardives du kala-
azar (3).
Obs. I. — Andino Carmela, âgée de 40 ans, de Bovalino.
(1) Comptes-rendus de l’Académie Royale des « Lincei ». Séance du 6 mars
1910.
(2) Actes du XXe Congrès italien de Médecine interne, décembre 1910.
(3) A. Carini. Leishmaniose de la muqueuse rhino-bucco-pharyngienne
(Bull. Soc. Pathol. Exot., 19 1 1 ).
A. Splendore. Buba-Blastomycose-Leishmaniose (Archiv. f. Schiff. u. Tro-
pen. Hygiène, 19 1 1) .
La malade s’est aperçue il y a six ou sept mois que sa lèvre supérieure
■s’enflait et, en l’observant plus attentivement, elle a constaté que cette
enflure était due à deux petites papules symétriquement situées dans le voi¬
sinage des angles de la bouche et dans la muqueuse de la lèvre. Les premiers
temps, ces deux lésions ne causaient à la malade que peu d’ennui, à l’excep¬
tion d’un peu de démangeaison et de cuisson quand elle mangeait des sub¬
stances irritantes.
Cependant les papules augmentaient lentement de volume, mais non d’une
manière uniforme, et tandis que la papule de gauche, après s’être ulcérée,
s’était recouverte d’une petite croûte hématique, sans pour cela produire une
augmentation notable du volume de la partie correspondante de la lèvre,
celle de droite s’ulcérait à son tour en produisant sur les tissus environnants
une réaction si considérable que les traits du visage s’en trouvèrent défor¬
més.
Actuellement l’examen objectif révèle en effet une large ulcération à
fond grisâtre couverte de croûtes. En prenant entre deux doigts la par¬
tie correspondante de la lèvre supérieure, on remarque cette consistance
spéciale, à la fois dure et élastique, d’où est venu le nom de « coccio calloso »,
par lequel nos paysans ont de tout temps désigné le « Bouton d’Orient ».
Les ganglions sous-maxillaires sont engorgés des deux côtés.
Le malade n’accuse actuellement aucune douleur, seulement chaque mou¬
vement des lèvres fait saigner les ulcérations, spécialement celle de droite.
En outre, et principalement la nuit, la sécrétion ulcéreuse colle les lèvres
l’une à l’autre, ce qui cause à la malade des inconvénients sans fin.
L’examen de la sécrétion ulcéreuse fait par la méthode de Giemsà démon¬
tra la présence de la Leishmanie tropicale, avec quelques particularités mor¬
phologiques de grande importance, dont je m’occuperai dans la suite.
Obs. IL — Calligari Teresa, âgée de 20 ans, de Bovalino.
Il y a environ cinq mois, cette jeune fille commença à remarquer à l’ori¬
fice de sa narine droite de petites excoriations qui saignaiest très facile¬
ment et se recouvraient de croûtes hématiques. Peu à peu cette lésion s’a¬
vança vers la partie interne de la narine, et la muqueuse pituitaire prit en
-s’hypertrophiant un aspect framboisiforme, spécialement dans la partie qui
recouvre la cloison du nez.
La fosse nasale droite se trouve par conséquent notablement réduite
L’examen de la bouche révèle la présence, sur le palais dur (osseux) et
sur le palais mou (ou voile du palais), de diverses taches couleur café au
lait, qui ressortent vivement sur le blanc pâle du reste de la muqueuse buc¬
cale et font penser à des lésions analogues à celles du nez, mais déjà guéries.
La malade n’a jamais accusé de douleurs. Sa voix est un peu nasale, et
la respiration par les narines est notablement réduite. Il existe un engorge¬
ment des ganglions sous-maxillaires. — La lésion ci-dessus décrite de la mu¬
queuse nasale eut une certaine influence sur l’état général de la malade ;
celle-ci perdit ses couleurs habituelles, eut de temps en temps des fièvres et
souffrit d’aménorrhée, ce qui confirma les anciennes hypothèses et les études
récentes sur les rapports qui existent entre la muqueuse pituitaire et la mu¬
queuse de l’utérus. L’examen microscopique des matières prises sur la sur¬
face muqueuse ulcérée révéla la présence de Leishmanies, qui étaient pour¬
tant en petit nombre, en comparaison des très nombreux microorganismes
■communs qui avaient secondairement envahi la lésion.
*
* *
La question de la Leishmaniose des muqueuses se relie à la
— 8io —
question très importante de la « Buba brésilienne », de la « Fram-
boisie tropicale », de la « Blastomycose ».
Nous devons à l’illustre prof. Breda, de Padoue, la découverte
d’une affection qui se manifeste par des végétations ulcéreuses
framboisiques localisées non seulement sur la peau, mais aussi
dans les cavités muqueuses. Le prof. Breda donna à cette forme
de maladie, qu’il avait toujours rencontrée dans des individus
qui revenaient des colonies brésiliennes, le nom de « Buba brési¬
lienne ». Mais, attendu qu’au Brésil le nom de Buba est appli¬
qué d’une manière classique à la « Framboisie tropicale ou
« Pian », dont le Treponema pertenue de Castellaxt est l’agent
désormais universellement reconnu, et considérant, d’autre part,
que, malgré des recherches extrêmement minutieuses, le susdit
agent du « Pian » n’a jamais été trouvé dans les cas de Breda,
le Dr Castellani lui-même a récemment proposé de donner à la
nouvelle forme de maladie si magistralement décrite par l’auteur
italien le nom de « maladie de Breda ».
Plus récemment encore, le Dr A. Splendore, directeur du Cabi¬
net de bactériologie portugais de St. Paul (Brésil), affirmait, dans
une note très importante sur la « Buba-Blastomycose-Leishma-
niose », qu’il existe au Brésil, en plus du « Pian », « deux autres
affections framboisiques, qui peuvent être caractérisées par la
localisation principale de leurs lésions dans les cavités muqueu¬
ses: l’une est de nature mycosique et représente un type spécial
de Blastomycose; l’autre, protozoïque, représente une nouvelle
forme de Leishmaniose. Ces deux maladies peuvent être, au point
cle vue clinique, confondues entre elles et ressemblent beaucoup
à l’affection décrite par Breda » (i).
Immédiatement après, le Dr Carini s’est lui aussi occupé de la
Leishmaniose rhino-bucco-pharyngienne du Brésil. Laveran et
Nattan-Larrier (2) ont décrit très soigneusement la Leishmania
tropica qu’ils ont trouvée dans la Espundia , une lésion de la peau
qui se propage aux muqueuses (bouche, pharynx, fosse nasale).
Les cas décrits ici par moi sont les premiers exemples de la
nouvelle forme de Leishmaniose rencontrés en Italie, et toujours,
comme pour les cas de « Bouton d’Orient », chez des individus
qui n’ont jamais quitté la mère-patrie.
(1) A. Splendore, l. c.
(2) Laveran et Nattan-Larrier. (Bull. Soc. Palh. Exotique, Nos 3 et 8,
1912).
— 8i i
Toutes les formes de Leishmaniose, depuis celle qui intéresse
les organes hématopoiétiques (kala-azar des adultes et des en¬
fants) jusqu’à celle de la peau et des muqueuses, existent donc
en Italie, et plus spécialement dans la partie méridionale de ce
pays.
Les parasites observés dans ces cas de Leishmaniose des mu¬
queuses ne diffèrent pas de ceux que j’ai tant de fois rencontrés
dans les cas de « Bouton d’Orient ».
Je ne puis même pas accorder beaucoup d’importance à des
caractères différentiels du genre de celui qu’indique le Dr Splen-
dore, quand il dit que ces parasites des muqueuses retiennent
d’une manière un peu plus intense la couleur azurée; en effet,
les parasites présentent souvent quelques légères différences mor¬
phologiques dans des cas divers d’une même maladiej telle que
le Bouton d’Orient, tandis que, d’autre part, on trouve quelque¬
fois des différences entre des préparations provenant du même
cas, mais faites à des époques diverses.
Je tiens seulement à mettre en relief l’exactitude d’une obser¬
vation du Dr Splendore, qui a trouvé dans quelques prépara¬
tions de « formes fuselées » en train de se diviser longitudinale¬
ment, lesquelles ressemblaient aux formes de quelques phases
culturales des corpuscules de Leishmaniose ». Non seulement
j’ai rencontré très fréquemment les formes fuselées, mais j’ai vu
aussi, quoique très rarement, des formes nettement pourvues de
flagelles (filaments flagelliformes vibratiles).
J’avais déjà remarqué il y a un an, dans une préparation de
Bouton d’Orient, la forme flagellée de la Leishmania tropica:
je ne m’étais pourtant pas cru en droit d’accorder une trop
grande importance à une seule observation pour mettre ainsi
en doute ce qui a été jusqu’à présent considéré comme un dogme
parasitologique, à savoir que la Leishmanie n’a de flagelle qu’en
culture.
Il est vrai cependant que récemment Christophers, Dono-
van et Novy, en faisant agir longuement le Romanowsky, ont
mis en évidence, dans quelques rares Leishmanies, un troisième
élément contenu dans le protoplasma cellulaire, à savoir le rhizo-
plaste. Cet élément, constitué par un mince filament qui, partant
du blépharoplaste, se dirige vers la périphérie cellulaire, repré¬
senterait, selon les auteurs susnommés, l’organe rudimentaire
d’où sortira le flagellum dans la vie culturale de la Leishmanie.
- 8 I 2 —
Selon Novy, la présence de ce rhizoplaste dans le parasite hu¬
main servirait aussi à démontrer que ces protozoaires conservent
le caractère de « flagellifères », même dans l’intérieur des cellu¬
les de l’homme. Lebœuf cependant, après avoir rapporté les
vues de Christophers, Donovan, etc., ajoute, avec une certi¬
tude absolue, qu’ « on n’a jamais observé de flagelle » (i).
Il me semble qu 'après la découverte du rhizoplaste et après
les observations de Splendore et les miennes sur la présence de
formes fuselées et à flagelle dans les cellules de l’organisme hu¬
main, l’absolue distinction morphologique entre les formes cul¬
turales de la Leishmanie et celles qu’on rencontre dans l’organis¬
me, ne peut plus être retenue comme aussi nette qu 'auparavant
On doit donc admettre la possibilité de rencontrer, au moins
dans la Leishmaniose cutanée et muqueuse, les formes parasi¬
taires en fuseaux et à flagelle qui ont été considérées jusqu’à pré¬
sent comme exclusivement propres à la phase culturale de la
Leishmanie.
Bovalino ( Reggio - Cala b ria ) .
M. Mesnil. — A propos du filament intracellulaire des Leish¬
manies, désigné sous le nom de rhizoplaste, je tiens à faire remar¬
quer que sa découverte est dûe à Mesnil, M. Nicolle et Rem-
linger (2). Novy (3) qui a surtout insisté sur l’importance de ce
filament, le reconnaît de la façon la plus formelle. Il a certaine¬
ment été trouvé indépendamment par Christophers et Dono¬
van; mais leurs publications sont postérieures (septembre 1904
au lieu de juillet 1904).
Sur l’identité des Leishmanioses
et sur leur mode de transmission
Par Carlo BASILE.
L’identité des Leishmanioses humaine et canine dans les ré¬
gions de la Méditerranée, trouve une confirmation dans l’étude
(1) Traité pratique de Pathologie Exotique, vol. II, p. 31g:
(2) C. J?. Soc. Biologie, t. LVI, juill. 1904, p 618.
(3) Ce Bulletin, t. II, 1909 ; voir la note de la p. 387
détaillée des conditions de milieu où se développent les csa spo¬
radiques de cette maladie des enfants. La présente note sert pré¬
cisément à raffermir cette identité.
Cas clinique : C. I)..., âgé de 4 ans, de Soccorso (petit bourg de la province
■de Messine), tombe malade au mois de mai 1911. Par suite de la sympto¬
matologie de la maladie et de la résistance de cette dernière à des doses
répétées de quinine, le Dr Giunta, médecin du pays, établit le diagnostic
clinique de leishmaniose. Le 24 avril 1912 en effet, après avoir pratiqué la
ponction de la rate, j’ai mis en évidence, moyennant la technique connue de
tous, des parasites de Leishman, typiques, bien que rares.
Selon mon conseil, on pratiqua quelques injections d’atoxyl, à de longs
intervalles, parce que le malade présentait une tendance prononcée à la
guérison spontanée. J’ai revu le malade au mois d’octobre 1912 ; la fièvre
avait disparu et la rate, qui, au mois d’avril, arrivait iusau’à l’arcade pu¬
bienne, ne dépassait à présent que de deux doigts l’arc costal.
Qu’il me soit permis, à propos de ces observations, de rappeler,
•que dès le mois de novembre 1910 (1), j’ai publié que la Leishma¬
niose infantile peut guérir spontanément, en me basant sur quel¬
ques renseignements recueillis dans les foyers endémiques de la
Leishmaniose humaine et canine, sur l’étude de la symptomato¬
logie et sur le cours clinique de cette maladie chez le chien. De¬
puis lors j’ai pu signaler chez cet animal une forme à cours chro¬
nique, qui peut tourner en guérison spontanée.
Expériences. — Le suc splénique, obtenu par la ponction de la
rate, fut inoculé par voie péritonéale à trois petits chiens qui,
nés un mois avant, dans le laboratoire, avaient été soigneusement
tenus loin de tout contact avec les puces. Les petits chiens actuel¬
lement sont très maigres. L’examen microscopique de leur moelle
osseuse phalangienne et du sang hépatique a été négatif jus¬
qu’ici. La rareté des parasites contenus dans le suc splénique du
petit malade, déjà en voie de guérison, y aura pu déterminer très
probablement une infection à cours très lent, que l’on ne pou¬
vait encore vérifier à l’examen microscopique.
Etiologie. — Les conditions du milieu où débutent et se déve¬
loppent les cas sporadiques de Leishmaniose infantile, sont tou¬
jours les mêmes; les parents disent que quelques mois avant la
maladie de l’enfant, il existait dans leur maison, ou dans le voi¬
sinage, un ou plusieurs chiens avec des symptômes cliniques de
(1) Carlo Basile. Suila leishmaniosi del cane e sull’ospite intermedio
<del Kala-Azar infantile. Atti R. Accademia dei Lincei. Rome, 6 novembre
1910.
— 8 1 4 —
Leishmaniose, infection démontrée ensuite par l’examen micros¬
copique des organes hématopoiétiques des chiens susdits.
J’omets ici de citer tous les auteurs qui, en Espagne, en Grèce,
à Malte, en Sicile, se sont occupés de la Leishmaniose canine
en rapport avec la Leishmaniose humaine. Je relève seulement
que Ch. Nicolle (i) et moi (2), les premiers, avons signalé l’im¬
portance des dites circonstances, confirmées par moi (3), La
Cava, Visentini et puis par Sergent, Lombard et Quilicini (4)
et récemment par moi et Caronia à l’Institut de M. le Pro¬
fesseur Jemma (5); s’il était nécessaire, le cas dont j'ai rapporté
l’histoire clinique, en donne une sanction définitive.
Le malade a toujours vécu dans un pays où le médecin local
n’a jamais observé chez les enfants de maladies avec une syn¬
drome clinique identique.
Dans l’habitation du malade, qui, d’ailleurs, n’a jamais eu de
contact avec des enfants infectés de la même maladie, il se trou¬
vait, avant qu’il ne fût tombé malade, un chien alopécique, mai¬
gre, tremblant ; les frottis de la moelle osseuse du tibia de ce
chien me montrèrent de nombreuses Leishmania.
On disséqua les puces et les tiques, parasites de ce chien ; les
préparations obtenues de l’intestin des tiques ne montrèrent rien
de remarquable; celles des puces, au contraire, montrèrent des
protozoaires, type Leishmania.
*
* *
Nicolle (6), en 1909, s’était à peine borné à supposer que les
puces et les moustiques puissent transmettre le kala-azar infan¬
tile du chien au chien et du chien à l’enfant.
A cette époque j’avais déjà commencé mes recherches sur le
sujet, en suivant la méthode pour la recherche des hôtes inter¬
médiaires, proposée, dès l’année 1892, par mon illustre maître,
M. le Prof. Battista Grassi. Cette méthode, qui se résume dans
les paroles de Grassi : « limitation des formes suspectes par voie
(1) Annales de l’Inst. Pasteur, mai 1909.
(2) Rendiconti R. Acc. dei Lincei, Roma, févr. 1910.
(3) Rendiconti R. Acc. dei Lincei, Roma, juillet 19x1 ; II Policlinîco, Se-
zione Mediea, avril 1912.
(4) Ce Bulletin, février 1912.
(5) Pathologica, ier août 1912.
(6) Annales de l’Institut Pasteur, mai 1909.
de comparaison », m’a permis d’arriver rapidement à la solu¬
tion définitive du problème.
Précisément, mes expériences rigoureuses, que j’ai exposées
dans plusieurs publications (i), ont démontré pleinement que « la
puce est l’insecte qui transmet les parasites de Leishman », du
chien au chien, du chien à l’homme, et vraisemblablement de
l’homme à l’homme et de l'homme au chien.
Sangiorgi, Massaglia, Marshall, Sergent, Lhéritier, Le¬
maire, ont publié des recherches qui tendent à contrôler mes ex¬
périences.
Sangiorni (2) observa qu’un chien de Turin vivant avec un
chien infecté de Leishmaniose expérimentale (virus tunisien), fut
atteint de cette maladie, que lui avaient transmise les puces. Bi.en
que, du point de vue scientifique, l’observation de Sangiorgi
n’ait point été complètement rigoureuse, elle confirme cependant
mes résultats.
Massaglia (3), au contraire, fit vivre deux petits chiens avec
un autre chien, inoculé du virus (tunisien) de Leishmaniose in¬
fantile, et déjà en voie de guérison spontanée. Il n’observa point
de résultat positif de transmission naturelle du chien inoculé aux
deux petits.
Aussi Marshall (4) a fait des expériences sur des chiens infec¬
tés de Leishmaniose du Soudan ; il aurait obtenu un résultat
négatif dans les essais de transmission naturelle de chien à chien
au moyen des puces.
Ces expériences négatives, qui du reste permettent une cri¬
tique sévère, perdent toute leur valeur en présence des confir¬
mations récentes, que mes expériences ont reçues par les recher¬
ches de Sergent, Lhéritier et Lemaire (5). Ces auteurs ont pu
démontrer que les puces transmettent l’infection, même 8 jours
après avoir sucé le sang des chiens infectés.
Après une telle confirmation rigoureuse de l’Institut Pasteur
d’Alger, on est autorisé aujourd’hui, à juger comme hasardée la
conclusion que Gabbi a voulu tirer de quelques-unes de ses
(1) Rendiconti R. Acc. Lincei. Roma Febbr. 1910 ; nov. 1910 ; Gen. 1911 ;
Febbr. 1911 ; Marzo 1911 ; Aprile 1911 ; Giugno 1911 ; Luglio 1911.
(2) Pathologica, 15 mai 1911.
(3) Pathologica, ier juin 1912.
(4) R. Army Medic. Corps, sept. 1912.
(5) Ce Bulletin, octobre 1912.
— 8 1 6 —
recherches sur le sujet (i) et qui, par elles-mêmes, sont peu con¬
cluantes, pour exclure les puces humaines et canines comme
agents de transmission de la Leishmaniose.
De même, je ne considère pas du tout comme décisives les
recherches faites par d’autres auteurs avec divers insectes héma-
tophages. En effet, obtenir expérimentalement que la Leish-
mania se développe dans l’intestin d’un insecte donné, n’est cer¬
tainement pas une preuve décisive de la capacité de cet insecte
à transmettre la Leishmaniose. D’autre part, on sait que, dans
l’intestin des insectes hématophages, peuvent se trouver des pro¬
tozoaires morphologiquement semblables à la Leishmania (2).
C’est seulement la voie expérimentale, qui conduit à la solu¬
tion de ces problèmes étiologiques importants et c’est pourquoi
j’écrivais au mois de mars 1911 (3):
« Data la frequenza di protozoi, spesso morfologicamente
simili, nell’intestino degli insetti, a me sembra che chi studia i
protozoi, agenti etiologici di forme morbose, nel loro ciclo evolu-
tivo, pi ù che dallo studio morfologico di essi, è dagli esperimenri
che, per ora, puo trarre rigorose deduzioni », et c’est pourquoi
j’écrivais alors et j’écris encore: « per moite ragioni, deve rite-
nersi almeno prematura, per ora, l’identità dei protozoi descritti
dal Sangiorgi aile forme di Leishman ».
J’ai étudié et décrit la morphologie des Leishmania (4) dans
les Pulex serraticeps et irritans seulement après avoir obtenu des
résultats positifs de la transmission de la Leishmaniose, au
moyen de ces insectes; la description que j’ai donnée alors, trouve
aujourd’hui des raisons de confirmation dans l’étude d’ALVA-
res (5) et dans celle que Sergent, Lhéritier, Lemaire (6) ont
répétées sur quelques puces, dont ils se sont servies dans leurs
expériences de transmission.
(. Institut d’ Anatomie comparée, Université de Rome.)
(1) Malaria e malattie dei paesi caldi, octobre 1911.
(2) J’ai publié plusieurs fois et je répète ici dans cette note que les Leish¬
mania d’abord décrites par moi dans les puces, diffèrent nettement des pro¬
tozoaires décrits par Sangiorgi dans ce genre d’insectes ; je dis ceci, parce
que quelques auteurs identifient à tort encore les uns avec les autres.
(3) Rendic. R. Acc. Lincei, Roma, 19 mars 1911.
(4) Pathologica, 15 Gennaio, ier mars 1911.
(5) A Medicina contemporanea, 18 juin 1911.
(G) Ce Bulletin, octobre 1912.
— 8 1 7 —
Leishmania et punaises
Par G. FRANCHI NM.
Je ne serais plus revenu sur ce sujet (j’ai déjà démontré, par
des expériences avec des parasites spléniques d’individus atteints
de kala-azar infantile, le développement de ceux-ci, de la forme
non flagellée en forme flagellée, dans le tube digestif des mousti¬
ques : Rijorma Medica, n° 36, 1912) si dernièrement Patton
n’avait insisté sur le fait que la Leishmania donovani ne se déve¬
loppe pas seulement dans le Cimex rotundatus, mais aussi dans
le lectularius. Ce n’est pas mon intention de m’arrêter sur la
question de l’identité de la Leishmania infantum et de celle de
Donovan ; mais comme il est fréquent de trouver aussi des pu¬
naises sur les malades de kala-azar infantile dans l’Italie du
Sud, j’ai voulu faire des recherches plus nombreuses, dans l’in¬
tention de pouvoir confirmer ce que j’avais déjà exposé dans une
note précédente ( Pathologica , Ier sept. 1 9 1 1 ) .
Je disais alors qu’il ne m’a pas été possible d’infecter des pu¬
naises de lit avec des cultures de Leishmania. J’aurais préféré
me servir des parasites spléniques, mais il me fut impossible cre
faire de nouvelles piqûres à des malades sur lesquels on en avait
déjà fait précédemment. Toutes les cultures que j’ai employées
étaient virulentes et dans les diverses périodes du développe¬
ment; j’eus recours surtout à des formes « postflagellées » qui,
comme je l’ai déjà démontré ( Malaria e Malattie dei Paesi Caldi,
n° 8, 1 9 1 1 ), sont capables de donner lieu, tant en culture que
dans les animaux, à des formes communes flagellées ( Leptomo -
nas). De celles-ci je possédais une grande quantité de tubes de
cultures provenant de cas de kala-azar infantile de la Calabre,
de la Sicile et de Tunis. Les cultures de kala-azar infantile de la
Calabre avaient été obtenues au mois de février 1911 et conser-
!vées jusqu’à présent, moyennant des repiquages toujours très
larges, par moi-même et par le Dr Mantovani, que je remercie
vivement ici de m’avoir aide si vaillamment dans ces recherches.
La souche de Tunis m’a été obligeamment donnée par le Dr Go-
retti qui l’avait reçue de M. le Prof. Nicolle.
— 8 1 8 —
Les punaises qui me servirent pour l’expérimentation étaient
au nombre de près de 300; une partie était née et s’était dévelop¬
pée dans le laboratoire; elles venaient de la Sicile et de l’Italie
du Nord. Je les fis jeûner pendant 8-12 jours, ensuite je les fis
sucer à une température variable de 25 à 28° C. Les punaises
furent sacrifiées après une période de temps variable entre une
demi-heure et 22 jours; les frottis furent fixés à l’alcool méthy-
lique et colorés par le Giemsa. 11 est inutile de rappeler qu’on a
fait beaucoup de frottis de punaises de contrôle et aussi des cul¬
tures employées pour voir qûelle forme de parasite dominait.
Les résultats des expériences furent les suivants : sur 300 pu¬
naises, je pus trouver seulement dans 6 quelques Leishmania
assez rares. Dans deux préparations, elles étaient nettement en
voie de dégénérescence ; dans les 4 autres, bien que le protoplas¬
me, le noyau et le blépharoplaste fussent bien colorés, le para¬
site n’avait pas subi le moindre changement, ni dans sa mor¬
phologie externe ni dans sa morphologie interne. Jamais, par
exemple, je n’ai pu voir de formes en division ni ces granulations
éparses dans le protoplasma, que l’on peut rencontrer dans les
Leishmania du tube digestif des moustiques, et cpie Brumpt a
vues quelquefois dans les formes crithidiennes du Trypanosoma
cruzi, du tube digestif de la punaise. Je relève surtout qu’il ne
me fut jamais donné d’observer plus de 2-3 parasites par prépa¬
ration, malgré mes longues recherches. Lorsque plus de 12 heu¬
res s’étaient écoulées à partir de la succion, j’avais toujours un
résultat négatif, bien que j’eusse toujours tenu à une température
de 25-28° C. des insectes qui, sûrement, avaient sucé. Comme,
d’après Païton, on devait avoir en 10-12 jours un développe¬
ment complet du parasite de Leishman-Donovax, je conservai
en vie les punaises pendant une période de plus de 22 jours,
mais les résultats furent les mêmes. Jamais je n’ai pu observer
de parasites dans les fèces. Les recherches sur les œufs et les
larves de punaises qui avaient sucé, furent également négatives.
Si donc on considère que les insectes avaient été nourris de cul¬
tures très abondantes en parasites et que néanmoins on ne pou¬
vait observer dans le tube digestif que des Leishmania en très
petit nombre et pendant un temps très court, alors il faut admet¬
tre qu’un grand nombre de parasites sont détruits par le suc
gastrique et par la flore bactérienne de l’intestin de la punaise.
Les rares parasites qui survivaient pendant quelque temps, peut-
— 8 1 9 —
être parce qu’ils étaient plus résistants, devaient certainement leur
survie au liquide vie la culture qui avait été sucé et non à des
conditions favorables existant chez l’insecte. Si l’on compare le
grand nombre de parasites que j’ai trouvé dans les moustiques,
ainsi que les différentes phases du développement, en expéri¬
mentant soit sur les parasites en culture, soit sur les parasites
spléniques, il faut conclure que, dans le Cimex lectularius, au
moins autant qu’il résulte des recherches exposées ici, il n’existe
point un terrain propre à la vie de la Leishmania infantum.
De plus, à l’examen d’un très grand nombre de punaises de
lit, capturées sur des malades atteints de kala-azar en Sicile,
je n’ai jamais trouvé de parasites que j’aurais pu identifier
avec ceux de Leishman. Parfois j’ai rencontré dans les punaises
un parasite ovoïde ou presque rond, avec noyau et blépharo-
plaste, mais comme il se trouve aussi dans des punaises de lieux
sûrement non infectés du kala-azar, je pense qu’il n’a rien à voir
avec celui de Leishman. Jamais je n’ai pu trouver de parasites
avec de vrais flagelles à l’examen d’un grand nombre de punai¬
ses de lit.
En résumé donc, mes recherches confirment pleinement ce que
j’ai dit autrefois, c’est-à-dire que les parasites de Leishman en
culture, ne vivent pas dans le tube digestif du Cime x lectularius .
Balfour, du reste, n’a pu trouver de Leishmania, en examinant
un grand nombre de punaises de lit.
( Laboratoire de V Hôpital Majeur de Bologne.)
Directeur, Prof. Vanini.
O
Note sur les trypanoses animales du Haut-Katanga
Par J. RODHAIN, C. PONS, J. VANDENBRANDEN
et J. BEQUAERT.
Au cours de son séjour à Elisabethville, l’un de nous a pu
examiner dans cette localité et les nouvelles agglomérations ré¬
cemment créées dans le sud du Katanga, de nombreux animaux
domestiques qui, introduits de la Rhodésie, sont destinés à la
consommation ou servent comme bêtes de trait. Depuis la fon-
- 820 —
dation de la nouvelle capitale, les Glossina morsitans, qui, au-
trefois, étaient nombreuses à l’endroit de l’emplacement de la
ville actuelle, ont fui devant les défrichements au point d’avoir
disparu du centre de l’agglomération ; mais dès que l’on s’écarte
de celle-ci et aux confins même des déboisements, les mouches
réapparaissent. Il n’est pas étonnant dès lors que des animaux
amenés du sud en wagons pourvus de toile métallique, s'infec¬
tent rapidement de trypanosomes du moment qu’ils fréquentent
des zones situées en dehors de la ville.
Le tableau ci-dessous résume l’examen d’un certain nombre
d’animaux fait à Elisabethville, Shisenda, Nieuwdorp et Wel-
gelegen, pendant les mois de mars à juin 1912.
Parmi les animaux malades, 2 bœufs et 1 chèvre étaient infec¬
tés simultanément des Tryp. congolense et casalboui, 1 chien
était atteint à la fois de congolense et de brucei. Les pourcen¬
tages indiqués n’ont évidemment qu’une valeur très relative, les
différents animaux ayant été exposés fort inégalement aux piqû¬
res des tsétsés ; le tableau montre pourtant nettement \a résis¬
tance des Bovidés et du petit bétail aux parasites du type Brucei-
Pecaudi et leur réceptivité aux infections des types congolense
et Cacalboui. Ce sont les chiens et les mulets qui souffrent sur¬
tout du Trypan. Brucei, qui paraît actuellement très virulent à
Elisabethville.
821
C. M. Wenyon (i), ainsi que Laveran e,t Nattan-Larrier (2),
et Blacklock (3) ont signalé que, chez certaines formes courtes
des Trypanosomci pecaudi ou brucei, on observe le déplacement
du noyau principal vers l’extrémité postérieure du corps proto¬
plasmique du parasite, particularité morphologique indiquée par
Fantham et Stephens comme caractéristique du Trypan. rhode-
siense ; nous avons trouvé nombre de formes à noyau postérieur
dans le sang de mules et de chiens qui s’étaient infectés dans les
environs d’Elisabethville.
Chez deux mules présentant de nombreux Trypanosomes
dans leur sang, 2 % des parasites ont le noyau rapproché du blé-
pharoplaste, et chez deux chiens, 1,33 et 1,96 % de toutes les
formes examinées, montrent le déplacement du noyau .vers l’ar¬
rière du corps.
Un jeune chien inoculé sous la peau avec 10 cm3 de sang d’une
de ces mules, le 22-V, s’infecta le 27-V et mourut le 9-VI.
Dans les plaques de sang prélevées lors de la première appari¬
tion des trypanosomes dans la circulation périphérique, le 27-V,
les parasites longs, à flagelle libre prédominent, et sur plus de
mille formes examinées, aucune ne présente le noyau à l’arrière
du corps; le jour de la mort de l’animal, au contraire, les types
courts et larges sont nombreux et 4,67 % de tous les parasites
ont leur noyau rapproché du blépharoplaste ou à son contact.
Noue n’avons pas pu étudier davantage ce trypanosome, mais
comme jusqu’à présent aucun cas de trypanose humaine n’a
été signalé parmi la nombreuse colonie européenne résidant à
Elisabethville, nous pouvons affirmer qu’il s’agit bien d’un pa¬
rasite appartenant au groupe dimorphe Brucei-Pecaudi, et non
du trypanosome humain de Rhodésie. Dans le haut Katanga
donc, le signe du déplacement du trophonucléus vers l’extrémité
terminale postérieure du corps protoplasmique, ne peut servir
comme caractère spécifique absolu pour l’identification du Try-
pano'soma rhodesiense.
Il est également intéressant de constater que, sur les hauts pla¬
teaux du Sud du Katanga, où seule existe la Glossina morsitans,
(1) C. M. Wenyon. The insufficiency of the posterior Nucléus as spécifie
distinction in Trypanosoma rhodesiense. Journ. of Tropical Medicine and
Hygiene, July 1912.
(2) in Laveran et Mesnil. Trypanosomes et Trypanosomiases, 2e édition,
Page 745.
(3) British medical Journal, octobre 1912.
5C>
— 822 —
cette mouche y transmet les trois mêmes types de Trypanosomes
pathogènes pour les animaux que ceux qu’elle propage dans les
régions plus basses du nord de la province.
(. Mission scientifique du Katanga;
Bruxelles, Ecole de médecine tropicale,
io Décembre 1912.)
P
Trypanosoma equiperdum en Russie d’Europe
Par A. YV. BELTZER (Riazan), Nina KO 1 1 L- Y AK I M O F F
et W. L. YAKIMOFF (Francfort-sur-Mein).
La Russie est au nombre des pays où la dourine est très ré¬
pandue. Celle-ci se fait principalement sentir dans les haras et
notamment dans ceux de l’Etat, où cette maladie est un véritable
fléau qui fauche souvent des poulains reproducteurs de grand
prix. C’est en copulant avec des juments que ces poulains ré¬
pandent l’infection dans les villages, où le diagnostic des che¬
vaux malades est rendu beaucoup plus difficile par suite des
défectuosités du service vétérinaire.
Les haras de l’Etat, où la dourine est le plus fréquemment dia¬
gnostiquée sont ceux de Tiflis, de Tersk, de Don , Orenbourg, de
Samara, de Tamboff, de Podolsk et parfois de Saratoff, de Sim-
bursk et de P show .
Le Département Général des haras d’Etat en Russie a depuis
longtemps son attention attirée sur la Dourine. 11 a, ces derniers
temps, voté des crédits importants pour l’étude de cette affection,
surtout en ce qui concerne sa thérapeutique. Aussi, deux d’entre
nous, Yakimoff et Kohl- Yakimoff (1906, 1907 et 1908) fai¬
saient des essais de traitement (1) avec le trypanroth et l’acide
arsénieux d’une part et l’atoxyl de l’autre» C’est ce dernier pro¬
duit qui donna les meilleurs résultats. En 1912, des essais de trai¬
tement se font au haras de Wladimir (Gouvernement de Riasan)
par le personnel de la section du service des Epizooties de l’Ins¬
titut de Médecine Expérimentale, sous la direction du Chef de
cette .Section, Dr A. A. Wladimiroff et par l’un de nous.
(1) Bulletin de la Soc. de Pathologie Exotique, 1911.
— 823 —
Cependant, jusqu’en 190g, les efforts fajts pour isoler l’agent
de la Dourine en Russie sont restés infructueux. Les travaux des
médecins-vétérinaires, faits en 1906 et 1908 (Tschernogoroff,
Smolitsch, Lebedeff, Yakimoff et Kohl-Yakimoff), n’ont pas
donné de résultats positifs. Peut-être faut-il attribuer ces insuc¬
cès au fait que les animaux mis en expérience, du moins en ce
qui concerne les 2 derniers auteurs cités, présentaient des affec¬
tions avancées.
C’est un savant allemand, Miessner, de Bromberg (1), qui, le
premier, mit en évidence le trypanosome de la dourine chez les
chevaux d’origine russe. Miessner trouva Tryp. equiperdum
dans le mucus vaginal d’une jument. 11 eut une infection posi¬
tive en partant du sang.
Peu après cet auteur, au cours de la même année 1909, Zwick
et Fischer (2) ont isolé le trypanosome de la dourine du contenu
des plaques de la peau. Ces auteurs purent même une fois l’iso¬
ler du sang, au cours d’un accès de fièvre. Avec le virus qu’ils
isolèrent, ils purent infecter des souris blanches, des rats, des
cobaves, des lapins, une chèvre, un mouton, un bœuf et des
chevaux. Ces différentes observations expérimentales sont rap¬
portées dans leur grande monographie.
Tryp. equiperdum fut pour la première fois mis en évidence
sur le territoire russe par Belitzer, qui l’isola en pleine Russie,
à Riasan, de 2 juments, cliniquement malades et infectées par
un même poulain. Le virus fut rencontré dans le mélange de
mucus et de sang récolté au niveau d’une égratignure vaginale.
Les trypanosomes longs et minces mesuraient de 22 4 45 à
29 4 11 de long sur 1 4 42 à 2 4 13 de large. Chez la plupart,
l’extrémité postérieure était arrondie. Non loin d’elle, on observe
le blépharoplaste, punctiforme, parfois arrondi, avec parfois dans
le centre un centriole. Autour du blépharoplaste, un halo clair,
des bords duquel prend évidemment naissance le flagelle. La
membrane ondulante, étroite, part de l’extrémité postérieure du
corps. Le flagelle la borde pour finir librement. La partie libre
du flagelle est de longueur variable (4 4 26, 8 4 et 25 4). Le
noyau est distant de l’extrémité postérieure de 5 4 68 à 7 4 81.
Il est ovale, long de 2 4 84, et formé de granulations chroma-
(1) Beih. z. Arch. f. Schiffs und Tropenhy g. , t. XIII, 1909.
(2) Bed. tierarztl. Wochenschr., 1909, n° 37 ; Arb. a. d. Kais. Gesundheiis,
t. XXXVI, f. i, 1910.
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tiques nettement distinctes dont le nombre: est variable et logées
dans la substance achromatique plus faiblement colorée. Les
caryosomes ne purent être numérés, par suite d’une insuffisance
de coloration. Le protoplasma du parasite se colore en bleu ou en
bleu-violet ; le noyau en rouge-violet ; le blépharoplaste en violet
foncé, et le flagelle en rouge violet. Parfois, sous l’influence de
causes nocives, on rencontre dans le cytoplasme des granules
qui sont le témoignage de la souffrance du trypanosome.
En outre, nous avons trouvé sur nos préparations des formes
de division. Celle-ci s’effectue comme à l’ordinaire: tout d’abord
le blépharoplaste se dédouble ; puis le noyau et la membrane on¬
dulante se divisent. Finalement, le cytoplasme doit finir par se
scinder: nous n’avons pu observer ce dernier stade.
Le trypanosome isolé dans le Gouvernement de Riasan est-il
le même que celui rencontré ailleurs?
Il nous semble que pour résoudre ce problème il faut, avant
tout, tenir compte des dimensions du parasite. Nous avons donc
fait des mensurations des trypanosomes rencontrés dans le Gou¬
vernement de Riasan, et comparé ces dimensions à celles de
deux espèces de trypanosomes que nous possédons provenant
l’une de Bromberg et l'autre de YInstitut Pasteur de Paris.
Nous avons également, dans le tableau (p. 824), cité les dimen¬
sions du Tryp. equiperdum, données par différents auteurs:
Il résulte de ce tableau que le trypanosome de Riasan offre
des dimensions sensiblement égales à celles des trypanosomes
des deux autres origines. De ce côté, il y a donc complète iden¬
tité. Il est d’ailleurs possible, et c’est notre conviction, qu’il y
ait même identité biologique entre ces divers Tryp. equiperdum.
Ce qui, d’ailleurs, ne saurait être définitivement résolu que par
la méthode d’immunité croisée de Laveran et Mesnil. On pour¬
rait dans le même but utiliser l’étude du pouvoir des sérums in¬
jectés à des souris dominées. Malheureusement nous ne som¬
mes pas parvenus jusqu’ici à infecter des animaux de laboratoire
avec le trypanosome de Riasan.
- 826 -
/
O
De la possibilité d’inoculer
le Trypanosoma Lewisi
à d’autres animaux que les rats
Par R. BIOT et G. RICHARD.
Ayant eu l’occasion de disposer de quelques gerboises de l’es¬
pèce Bipus gerbo, originaires de Tunisie, nous avons tenté de
leur inoculer le Trypanosoma lewisi.
I. — Un rat blanc dont le sang est riche de ces Tryp. lew.,
est anesthésié: par ponction du cœur, on recueille un demi-cen¬
timètre cube de sang et on injecte immédiatement ce sang dans
la cavité péritonéale d’une gerboise A.
4 jours après : pas de trypanosomes, mais le 5e jour, les parasites ap¬
paraissent dans le sang- de la gerboise. Au 6e jour on observe des formes
de division typiques, formes persistant au 7e jour.
Il semble donc y avoir adaptation du parasite au sang de la gerboise et
non pas simple persistance des tryp. de l’inoculation, mais l’infection dure
peu, car au 13e jour on observé plus de flagellés.
II. — Une seconde gerboise B est inoculée suivant la même
technique et avec le sang du même rat.
L’examen quotidien durant les 15 jours suivants ne décèle pas de trypano¬
somes. Cet examen négatif conduit à penser à un insuccès et à mettre en
doute notre expérience précédente ; mais le 20e jour, les tryp. deviennent ra¬
pidement très nombreux et ils apparaissent bientôt sous toutes leurs formes
de division.
Au 23e jour leur division est finie, mais ils sont toujours très nombreux ;
au 27e jour, on constate la disparition des trypanosomes.
On doit noter de cette expérience que l’incubation a duré
20 jours et que l’évolution totale de l’infection s’est déroulée en
27 jours.
III. — Une troisième gerboise C est inoculée avec le sang
d’un nouveau rat blanc. Faisons remarquer que ce sang contient
alors des tryp. en voie de division, que ce rat a été infecté avec
des tryp. de la gerboise B au moment de leur division et qu’en-
fin l’incubation n’a chez lui duré qu’un seul jour.
Voici, d’autre part, la marche de l’infection chez cette ger¬
boise.
— 827 —
Au 4e jour après l’inoculation les tryp. déjà nombreux se divisent ; — au
6e jour le nombre des parasites est toujours aussi grand, mais il n’augmente
plus par suite de leur division terminée ; — au 7e jour on note de la prostra¬
tion chez la gerboise, des taches de purpura sur la face interne de la cuisse
et enfin de véritables hémorragies succédant à la moindre piqûre.
Au 8e jour la gerboise meurt et son sang renferme encore beaucoup de
trypanosomes, mais il est remarquable que ces parasites ne se présentent
alors que sous des formes de dégénérescence, c’est-à-dire sous l’aspect de lo¬
sanges plus ou moins altérés ou de têtards : leur morphologie indiquerait
qu’ils sont alors en voie d’histolyse, car on peut identifier ces formes aux
formes dysosmotiques que ces flagellés revêtent au contact de milieux ani-
sotoniques.
IV. — Bien que nous avons constaté à plusieurs reprises que
la transmission du Trypanosovia lewisi de gerboise à rat ne pro¬
duit aucune modification dans l’évolution du parasite, nous ten¬
tons de faire passer ce tryp. chez un autre hôte que le -rat. C’est
à un lérot de l’espèce Myoxus nitela, chez qui les Tryp. blan-
chardi avaient disparu depuis 4 mois, que l’on inocule le sang
de la gerboise C, alors que les tryp. sont en pleine division.
1 jour après, les tryp. sont déjà dans le sang du lérot. Ils se divisent si
rapidement que le 2e jour cette division est terminée. Au 5e jour, alors que
les trvp. sont encore nombreux, le lérot paraît malade : prostration, dyspnée,
vive réaction à la moindre excitation suivie aussitôt de somnolence. Au
7e jour, les tryp. sont rares ; mais l’animal dévient de plus en plus malade et
prostré ; il meurt le soir.
Par suite du nombre de gerboises disponibles, nous avons été
obligés de limiter nos expériences, mais il semble cependant
résulter de ces quelques observations que le Trypanosovia lewisi
ne serait pas exclusivement adapté au rat comme il était classi¬
que de le dire il y a encore peu années (1), et que même,
dans certaines circonstances, la virulence de ce parasite paraît
susceptible de pouvoir s’exalter comme on l’a vu dans les deux
dernières observations.
(1) Voir à ce sujet les travaux de Roudsky, Laveran et Pf.ttit, Delanoë.
— 828 -
Un petit centre d'endémicité de
maladie du sommeil à Koulikoro,
près Bamako, coïncidant avec des gîtes
permanents à Glossina palpalis
Par André LEGER.
La trypanosomiase humaine a été signalée à l’état endémique
sur divers points du territoire de notre colonie du Haut-Sénégal
et Niger, en particulier vers ses parties méridionales et au cen¬
tre de la boucle décrite par le fleuve, dans la région de Koury,
où l’intensité de la maladie a même motivé le déplacement du
poste. Tous ces faits ont été bien mis en évidence par Bouf-
fard, qui se rendit dans les territoires de la boucle du Niger,
arrosés par le Bani et la Volta-Noire à l’effet d’y étudier la répar¬
tition géographique des trypanosomiases; mais, aux environs
de Bamako, des cas isolés auraient été seulement observés dans
la région de Kati (i).
Nous avons eu récemment l’occasion, à un intervalle assez rap¬
proché, d’examiner au dispensaire de Bamako où ils avaient été
évacués, deux indigènes élèves de la Station agronomique de
Koulikoro, poste voisin de Bamako. Ces indigènes, qui étaient
en état d’hypnose bien marqué, présentaient tous les symptômes
cliniques de la maladie du sommeil à un stade avancé ; du reste,
la présence de Tr. gambiense dans leur sang après centrifugation
permit d’affirmer le diagnostic; le simple examen du sang entre
lame et lamelle, ainsi que celui du liquide de ponction ganglion¬
naire étaient restés négatifs. Signalons, en outre, que ces élèves
résidaient à la Station depuis plus de douze ans.
Devant ces faits, nous nous sommes rendu à Koulikoro dans
le but de procéder à une enquête sur l’état sanitaire de cette
Ferme-Ecole, et de rechercher si ces cas de trypanosomiase
n’étaient que des cas isolés. Nous avons pu malheureusement
nous convaincre qu’il existait là, ainsi que dans le village même
de Koulikoro, un petit centre d’endémicité trypanosomiasique
(i) Bouffard. Bull. Soc. Path. exotique, mai 1908.
bien net et non encore signalé, coïncidant du reste avec des gîtes
permanents de Glossina palpalis, trouvés aux environs immé¬
diats du village, et situés pour ainsi dire à souhait pour qu’une
bonne partie de la population indigène y vienne s’infecter.
Dans son travail sur la maladie du sommeil et sa prophylaxie
dans la boucle du Niger, Bouffard (/. c.), signale bien avoir ob¬
servé trois cas de trypanosomiase humaine à Koulikoro; mais les
indigènes atteints provenaient plus ou moins récemment du cer¬
cle de Sikasso, où cette affection sévit à l’état endémique, ce qui
avait fait penser très justement à Bouffard, que ceux-ci s’étaient
infectés dans cette dernière région, et non pas à Koulikoro, où,
ajoute-t-il, « il n’v a pas de tsétsés ». Dans nos cas, au contraire,
les sujets résidaient à Koulikoro, depuis de nombreuses années,
ou même n’avaient jamais quitté cette localité.
A la station agronomique, 20 élèves furent soumis à notre
visite; 9 en faisaient partie depuis des dates plus ou moins récen¬
tes et 11, au contraire, résidaient à la Ferme-Ecole depuis, plus de
douze ans. L’examen clinique de chacun d’entre eux, suivi de
l’examen au microscope de la lymphe extraite des ganglions su¬
perficiels après ponction capillaire, ou de la centrifugation de
10 cm3 de sang suivant la technique indiquée par la Mission
française de la Maladie du Sommeil au Congo, nous permit de
trouver 4 autres élèves porteurs de trypanosomes. Ces derniers
se trouvaient tous parmi les anciens élèves et il en avait du reste
■été de même pour les 2 cas observés au dispensaire de Damako.
L’examen de 4 moniteurs indigènes resta négatif.
Dans le but de parfaire notre enquête à la Station agronomi¬
que, nous avons demandé à examiner les manœuvres, ainsi que
les indigènes attachés au service du personnel européen : boys,
cuisiniers, etc., Parmi eux, une dizaine environ, se trouvait un
porteur de trypanosomes. Mais ici, l’infection était de date ré¬
cente; le simple examen d’une gouttelette de sang entre lame et
lamelle permettait d’observer des trypanosomes assez nom¬
breux. Cet indigène, cuisinier de la station depuis de nombreuses
années, prétendant, en outre, n’avoir jamais quitté le poste de
Koulikoro, faisait son service au moment de notre inspection ;
11 se sentait seulement fatigué et fébricitant tous les soirs, depuis
environ une quinzaine de jours.
D’autre part, les cas de maladie du sommeil ne semblent point
rares non plus dans le village indigène de Koulikoro. Le méde-
- 83o —
cin de ce poste, chargé de l’assistance indigène, nous a dit avoir
eu l’occasion, à sa consultation, d’en observer à maintes repri¬
ses et sans recherche spéciale de sa part. Plusieurs indigènes,
suspectés par lui de cette affection, nous furent adressés au labo¬
ratoire de Bamako et Tr. gambiense fut observé dans leur sang
après centrifugation, ou dans leur liquide de ponction ganglion¬
naire.
Somme toute, il existait sans conteste, parmi les indigènes de
la Station agronomique, et dans l’agglomération du village de
Koulikoro, des porteurs de trypanosomes, dont le nombre suf¬
fisamment élevé devait éveiller l’attention. Il était donc naturel¬
lement intéressant de rechercher s’il ne se trouvait pas à proxi¬
mité des gîtes permanents de tsétsés pouvant expliquer ce petit
centre d’endémicité trypanosomiasique. Nos recherches à ce su¬
jet furent pleinement couronnées de succès.
Tout d’abord, l’inspection de la concession appartenant à la
Ferme-Ecole et des environs immédiats ne permit point de trovi-
ver de glossines, ni aucun emplacement favorable à la vie et à
la reproduction de ces insectes. Tout au plus, un petit marigot,
coulant à environ 200 mètres de l’Ecole, et du reste plus ou moins
desséché pendant la saison sèche, pourrait leur servir de gîtes
temporaires durant l’hivernage, et encore est-il tenu débrous¬
saillé sur la plus grande partie de son étendue traversant la Sta-
tion agronomique.
Par contre, entre cette dernière et le village de Koulikoro, ainsi
que dans un rayon de 3 ou 4 kilomètres, en général au niveau
de passages très fréquentés, plusieurs gîtes importants de Glos¬
sines furent rencontrés. Nous n’en citerons ici qu’un, de beau¬
coup le plus important par son étendue et sa situation spéciale,
le rendant ainsi particulièrement dangereux.
A la partie nord-est de l’agglomération indigène de Koulikoro, au niveau
de l’ancien emplacement des haras du gouvernement de la colonie, haras
que du reste l’on a dû déplacer à cause de la grosse mortalité qui sévissait
sur les étalons par trypanosomiase, coule un marigot très boisé allant se dé¬
verser dans le Niger, et au voisinage immédiat duquel se trouve un buisson
épineux, formant, sur une superficie d’un peu plus d’un hectare, un fourré
épais et pour ainsi dire impénétrable entretenant en toute saison une humi¬
dité intense. Après avoir longé tout un côté de ce fourré, la grande route
traverse le marigot ; un petit pont a été jeté à cet endroit. Mais tous les
indigènes fréquentant cette route, ceux qui reviennent de leur lougans (1),
les élèves de la Station agronomique qui, à leurs moments perdus, s’en vont
(1) Champs de culture.
83
au village, ainsi que tous les voyageurs venant du Nord, arrivés au niveau
du marigot, ne le traversent jamais sur le pont. Ils ont établi sur un des
côtés un petit sentier leur permettant de passer le marigot à gué. Et là ils
s’arrêtent un instant, dans ce petit coin frais et ombragé, pour se reposer un
peu, se désaltérer ou faire leurs ablutions. Jamais ils ne manquent de pro¬
céder de cette façon. Le long de ce marigot, en particulier au niveau du gué,
l’on est en toute saison harcelé par les glossines ; c’est ainsi qu’à cet endroit
nous avons pu recueillir de nombreux échantillons de Glossina palpalis .
M. le Directeur de l’Agriculture, dont la maison particulière se trouve à
environ 200 mètres du marigot, nous a montré des glossines capturées dans
sa chambre à coucher pendant l’hivernage.
Du reste, la trypanosomiase humaine semble avoir existé de
tout temps dans cette partie du Soudan, et si elle n’y fait pour
le moment aucun ravage, c’est que les gîtes permanents à tsé-
stés ne sont ni très fréquents ni très développés aux environs des
centres actuellement habités. Quand l’on remonte dans l’histoire
des peuples ayant occupé ces contrées de la colonie, on peut se
convaincre que les indigènes ont eu à lutter contre une affec¬
tion qui n’est vraisemblablement autre que la maladie du som¬
meil, et qui les a obligés à abandonner petit à petit les premiers
emplacements sur lesquels ils avaient construit leurs villages.
C’est ainsi, en particulier, que pour cette région de Ivoulikoro,
toutes les parties fertiles, au voisinage de marigots importants,
mais de ce fait humides et boisées, ont été peu à peu délaissées
par les indigènes qui occupent actuellement des points voisins
beaucoup moins riches, mais en général plus secs (1). D’autre
part, M. Delafosse (2), dans le très important travail qu’il vient ,
de publier sur le Haut-Sénégal et Niger, relate quelques faits à
cet égard, à propos de cette région, voisine de Koulikoro, où a
existé du XIe au xvne siècle l’empire de Mali, a qui fut sans con¬
teste de tous les empires indigènes le plus puissant et le plus
glorieux », et qui à l’époque actuelle a disparu d’une façon com¬
plète. L’on peut lire dans cet intéressant ouvrage un passage
d’iBN-KHALDOUN (3) dans lequel il est relaté qu’un des empereurs
de Mali, Mari-Diata II, mourut de la maladie du sommeil, « ma¬
ladie très commune dans ce pavs, écrit-il ; cette indisposition
commence par des accès périodiques et réduit enfin le malade à
un tel état qu’à peine peut-on le tenir un instant éveillé; alors
(1) Ces renseignements nous ont été obligeamment fournis par M. Vuil-
let. Directeur de l’Agriculture, que nous somme heureux de remercier ici.
(2) M. Delafosse. Haut-Sénégal-Niger, t. II.
(3) Histoire des Berbères, trad. de Slane, livre II, p. 115.
832 —
elle se déclare d’une manière permanente et fait mourir sa vic¬
time » ; et plus loin, « les chevaux étaient très rares à Mali, et se
payaient jusqu’à 100 mitskal (environ 1.200 francs) », et enfin,
parlant d’une rivière Sansara : « on ne pouvait la traverser qu’en
barque et de nuit seulement, les moustiques y étant trop nom¬
breux durant le jour ». Cette particularité d’attaque diurne par
des insectes, que le traducteur a appelés moustiques, laisse plu¬
tôt penser qu’il s’agissait là de tsétsés.
*
* *
Quoi qu’il en soit, et pour les raisons exposées plus haut, l’ex¬
tension de la trypanosomiase humaine ne semble nullement à re¬
douter dans cette région de la colonie; mais, malgré tout, quel¬
ques mesures prophylactiques s’imposaient à l’évidence. Aussi,
dans un rapport détaillé, elles furent demandées à M. le Gouver¬
neur de la Colonie, qui n’a point manqué d’accorder le crédit
nécessaire pour débroussailler le marigot indiqué sur toute sa
zone dangereuse, et faire disparaître d’une façon absolue le buis¬
son épineux voisin, sans oublier de recommander à l’Adminis¬
tration du poste de veiller à ce que, au prochain hivernage, sous
la poussée intense de végétation qui a lieu durant cette saison,
il ne se reproduise plus aux mêmes endroits des emplacements
broussailleux et humides, favorables au développement des glos-
■sines, et qui pourraient devenir à nouveau d’excellents gîtes pour
ces insectes. De même furent détruits tous les autres gîtes per¬
manents signalés aux environs. Mais il restait encore à prendre
quelques autres mesures prohylactiques concernant les porteurs
de trypanosomes. Tous les sujets sur lesquels nous avions décelé
la présence de trypanosomes, furent envovés à Bamako, où ils
furent soumis à un traitement atoxyl-émétique. Depuis lors, le
médecin du poste est chargé de diriger tout indigène lui parais¬
sant suspect sur le laboratoire pour examen approfondi et traite¬
ment s’il y a lieu.
*
* *
Ainsi se trouvera certainement stérilisé le petit centre d’endé¬
micité trypanosomiasique de Ivoulikoro, entretenu évidemment
depuis de longues années par des gîtes permanents de glossines
situés comme à souhait pour le bon entretien de cette endémie.
( Laboratoire de Bamako.)
— .833 —
Sur deux Trématodes de Primates
Par A. RAILLIET, A. HENRY et C. JOYEUX.
On ne connaît encore qu’un très petit nombre de Trématodes
vivant en parasites chez les Singes; nous n’avons pu relever, à
cet égard, que les observations suivantes :
1. Fasciola laciniata de Blainville, 1820. — Trématode découvert par
B ro nom a RT, en 1792, dans le pancréas d’un Mandrill ( Papio maimon L.).
Une courte description de de Blainville et une figure exécutée d’après un
dessin de Brongniart sont les seuls documents que l’on possède sur ce pa¬
rasite, dont la position systématique nous paraît actuellement impossible à
fixer.
2. Amphistomum emarginatum Diesing, 1839. — Un seul exemplaire de
ce Ver a été trouvé par Natterer au Brésil, en 1828, dans l’intestin d'un
Callithrix noctivaga Natt. ( = Nyctipithecus trivirgatus Humb.). D’après
Fischœder, il s’agirait peut-être d’un Cladorchiiné ; mais on ne peut se
prononcer avec certitude, car, de l’unique exemplaire conservé au Musée de
Vienne, il ne reste qu’une ventouse.
3. Bilharzia magna Cobbold, 1859. — Cobbold a recueilli dans la veine
porte d’un Singe africain ( Cercocebus juliginosus E. Geoff.), un fragment
de Schistosome mâle qu’il a désigné tout d’abord sous le nom de Bilharzia
magna, mais qu’il a cru pouvoir identifier plus tard au Schistosomum
hœmatobium.
4. Phaneropsolus orbicularis (Diesing, 1850). — Natterer, en 1826 et
1828, avait recueilli, dans l’intestin grêle de deux Nyctipithecus trivirgatus
Humb., un Trématode qui fut décrit par Diesing sous le nom de Distomurn
orbiculare. Braun ayant repris, en 1901, l’étude de ce Ver d’après les ori¬
ginaux conservés au Musée de Vienne, l’a rapporté au genre Phaneropso¬
lus Looss, 1899.
5. Phaneropsolus longipenis Looss, 1899. — Espèce basée sur un seul
exemplaire recueilli dans l’intestin d’un Singe indéterminé mort au jardin
zoologique de Gizeh.
6. Athesmia foxi Goldberger et Crâne, 1911. — Cinq exemplaires recueil¬
lis par le Dr Fox dans le foie d’un Singe sud-américain ( Cebus capuci -
nus L.) mort au Laboratoire d’Hygiène de Washington.
Si l’on considère l’importance du groupe des Primates, ces
observations apparaîtront sans doute comme témoignant d’une-
exploration encore bien incomplète. Nous sommes toutefois en
mesure d’en apporter aujoud’hui deux nouvelles, l’une relative
à une espèce non encore décrite, l’autre avant trait à une forme
signalée seulement comme parasite de l’Homme. Nous en don--
nons ici une diagnose préliminaire.
— 834 -
I. Eury tréma brumpti n. sp.
Le corps est blanc grisâtre, tacheté de noir et de brun, foliacé, subova¬
laire. 11 est long de 3,5 à 4 mm. y sur une largeur maxima de 1,8 à 2,3 mm.,
atteinte vers le tiers postérieur. La ventouse orale est globuleuse, subter¬
minale, à ouverture infère ; son diamètre moyen est de 225 à 275 p. La
ventouse ventrale, placée à peu près au tiers antérieur du corps, mesure
de y o à 360 u. La cuticule est parsemée de très fines écailles, qui passent
facilement inaperçues si on ne les recherche pas systématiquement.
A la bouche fait suite un pharynx subglobuleux, long de 105 à 115 p, qui
se continue par un œsophage de 170 à 230 p ; celui-ci aboutit à deux bran¬
ches intestinales simples, étroites, faiblement ondulées, qui se terminent
vers les trois cinquièmes postérieurs du corps.
De l’appareil excréteur, nous n’avons bien observé que le tronc terminal
s’ouvrant sur la ligne médiane, à l’extrémité postérieure.
Eurytretna brumpti. Gr. 15.
Le pore génital se trouve en avant de la bifurcation de l’intestin. Les
deux testicules, à peine lobés, sont situés sensiblement à la même hauteur,
soit au niveau du bord postérieur de la ventouse ventrale ; ils sont très
écartés l’un de l’autre, mais demeurent toutefois en dedans des branches
intestinales, qui souvent décrivent une inflexion pour leur faire place. La
poche du cirre est longue, presque cylindrique, oblique par rapport à la
ligne médiane du corps ; elle prend naissance, en arrière, tantôt à gauche,
tantôt à droite, mais toujours nettement en avant du bord antérieur de la
termine par un petit renflement olivaire. Le germigène, petit, globuleux, est.
situé vers le milieu de la longueur du corps, et toujours reporté du côté où
prend naissance la poche du cirre. Les vitellogènes sont formés de 11 à 13
follicules dont l’ensemble occupe un .territoire presque circulaire ; ils sont
placés latéralement, en dehors des branches intestinales, un peu en avant
835 —
de leur terminaison et en arrière de l’ovaire. L’utérus décrit de nombreuses
circonvolutions qui occupent tout le tiers postérieur du corps, puis il se
dirige en avant, croise obliquement la ventouse ventrale et, avant d’aboutir
au pore génital, forme un nouveau groupe assez important de circonvolu¬
tions, du côté opposé à l’ovaire, en débordant la branche intestinale cor¬
respondante. Les œufs très nombreux contenus dans l’utérus sont pourvus
d’une coque ovoïde, épaisse, brunâtre, présentant un opercule à l’un des pôles ,
ils mesurent 42 à 48 u de long sur 23 à 27 u. de large.
Environ trois cents exemplaires de ce parasite ont été recueillis
par M. Brumpt dans les canaux hépatiques et pancréatiques
d’un Chimpanzé femelle adulte, provenant du Congo et mort, en
juillet 1912, au Laboratoire de Parasitologie de la Faculté de
Médecine de Paris, à la suite d’une inoculation expérimentale de
Try p an oso ma crusi .
Il est facile de reconnaître que cette forme appartient à la fa¬
mille des Dicrocœliidœ. En outre, la largeur relative de son
corps et le grand écartement des testicules permettent de la rap¬
porter au genre Eurytrema Looss, 1907.
Et si l’on compare, comme nous le faisons dans le tableau ci-
dessous, ses propres caractères à ceux des espèces déjà connues
de ce genre, on se rend immédiatement compte qu’il s’agit d’une
espèce nouvelle. Nous proposons de lui attribuer le nom d 'Eu¬
rytrema brumpti n. sp.
Conduits pancréatiques
Bovidés.
Long. 13 à 14 mm. 7 à 10 mm.
Larg. 6,5 à 7 mm. 4 à 5,5 mm.
Ventouses sensiblement égales.
Corps prolongé par un appendice cau¬
dal.
Pore génital en arrière de la bifurca¬
tion de l’intestin.
Poche du cirre s’étendant en arrière
au delà du bord ant. de la ventouse
ventrale.
Vitellogènes plus ou moins allongés.
Utérus passant à côté de la ventouse
ventrale.
Groupe utérin antérieur asymétrique
ne débordant pas la branche intes¬
tinale.
Vésicule biliaire
Viverra sibetha
2,7 a 3,3 mm.
1,6 mm.
Vent. post. plus
développée.
Pas d’appendice caudal.
Cond. biliaires et
pancréatiques
Chimpanzé.
3,5 à 4 mm.
1.8 à 2,3 mm.
Vent, égales.
En avant de la bifurcation de l’intes¬
tin.
Poche du cirre n'atteignant pas en
arrière le bord antérieur de la ven¬
touse ventrale.
Vitellogènes groupés en rond.
Utérus passant au-dessus de la ven¬
touse ventrale.
peu asymétrique
ne débord, pas
l’intest.
très asymétrique
débordant 1 intest.
On voit, par l’examen de ce tableau, que nous faisons rentrer
le Dicrncœliinn concinnum Braun, igoi, dans le genre Eury-
. tréma , bien que Looss, se basant surtout sur la présence de pe¬
tites épines cutanées, tende à en faire le type d’un groupe
intermédiaire entre les genres Dicrocœlium et Platynosomum
d’une part, et Eurytrema d’autre part. Un examen minutieux
nous a permis, en effet, de constater que ce revêtement épineux
existe aussi chez les Eurytrema des Bovidés.
II. Watsonius watsoni (ConynghaM, 1904).
Nous allons décrire sous ce nom, mais d’une façon très som¬
maire, un parasite trouvé dans le tube digestif d’un Callitriche.
Nous reprendrons, dans un travail plus étendu, tout ce cpii a trait
à l’organisation interne.
Le corps, dans les exemplaires conservés, est blanc grisâtre-, épais, ova¬
laire, un peu plus atténué en avant qu’en arrière ; la surface ventrale est
presque plane et séparée de la face dorsale, qui est fortement convexe, par
un très léger bourrelet. Sur un spécimen conservé sans artifice de préparation,
les dimensions sont les suivantes : longueur 5 mm. 8 ; largeur 4 mm. 2 ;
épaisseur 2 mm. 5. Les échantillons comprimés pour l’étude arrivent à me¬
surer 10 à 11 mm. 5 de long sur 6,5 à 7,5 mm. de largeur maxima, cette
dimension étant atteinte vers les trois cinquièmes postérieurs. Au quart an¬
térieur environ de la ligne médiane ventrale, apparaît une assez forte pa¬
pille saillante, au sommet de laquelle s’ouvre le pore génital. L’extrémité
postérieure du corps est occupée par la ventouse ventrale ou acetabulum.
Cette ventouse présente en fait un diamètre de 2,5 à 2,7 mm. ; mais elle
est si fortement encastrée dans le corps que, sur la face ventrale, elle est
loin d’apparaître avec une telle importance.
Le tube digestif débute au fond d’un infundibulum buccal plus ou moins
évasé, qui ne représente pas à proprement parler une ventouse ; immédia¬
tement après vient un pharynx pourvu de deux diverticules latéraux très
évidents ; puis un œsophage à parois renforcées par de nombreuses fibrilles
musculaires. L’intestin se bifurque au niveau du pore génital, et les deux
branches intestinales, épaisses, s’étendent en arrière presque jusqu’à l’aceta-
bulum.
Les testicules, peu volumineux, sont ^rès nettement lobules, presque ra¬
mifiés ; ils sont placés l’un au devant dé l’iutre dans la région moyenne du
c.orps. Le germigène et l’ootvpe sont situés presque au même niveau, à égale
distance du testicule postérieur et de l’acetaDulum. Nous n’avons pas observé
d’œufs dans l’utérus, les parasites étant sans doute incomplètement déve¬
loppés.
Six spécimens de ce Trématode ont été recueillis par l’un de
nous (C. Joyeux) dans le cæcum d’une vieille femelle de Calli¬
triche ( Cercopithecus callitrichus E. Geoff.) venant de la Guinée
française.
— 837 —
Il s’agit presque sûrement de l’Helminthe découvert par
Watson dans l’intestin d’un nègre de l’Ouest-Africain alle¬
mand, et auquel Conyngham, en 1904, a donné le nom d 'Am-
phistoma 11 atsoni. Classé successivement dans les genres CJa-
dorchis par Shipley (1905), Gastrodiscus par Verdun (1907),
Paramphistomum par Manson (1908), ce parasite est devenu
finalement le type d’un nouveau genre Watsonium Stiles et
Goldberger, 1910.
Il convient toutefois de relever les grandes affinités qui lient
le genre Watsonius au sous-genre Hawkesius établi par les mê¬
mes auteurs dans le genre Pseudodiscus Sonsino, 1895. Ce sous-
genre repose d’ailleurs sur une espèce de détermination dou¬
teuse (1); il nous semble donc appelé à se confondre, avec le
genre Watsonius.
Bilharziose au Dahomey et en Haute-Casamance .
Quelques observations biologiques
sur le miracidium bilharzien
Par G. BOUET et E. ROUBAUD.
Les observations, déjà nombreuses, de cas de bilharziose en
Afrique Occidentale, faites par Peyrot, Bouffard, Dupont, au
Soudan; Neveux, Neveu-Lemaire et Roton, au Sénégal et en
Guinée, se complètent par les données que nous avons recueillies
au Dahomey et en Casamance.
La bilharziose est fréquente dans le bas et le moyen Dahomey.
Chez des indigènes d’âges divers de Porto-Novo et d’Agouagon,
nous avons souvent rencontré des œufs à éperon terminal dans
les urines, alors qu’aucun malaise général ou local n’attirait
l’attention d’une façon spéciale sur cette affection. Nous avons
cependant observé chez un indigène à notre service, n’ayant en-
(1) Le sous-genre Hawkesius Stiles et Goldberger a pour type le Pseu¬
dodiscus hawkesi Piana et Stazzi, 1900, qui semble répondre non pas au véri¬
table Amphistoma kawkesi Cobbold, 1857, mais bien plutôt à VAmph. or -
natum Cobbold, 1882, en raison de ses plus petites dimensions et des pa¬
pilles relativement développées qui garnissent le pourtour de l’infundibu-
lum buccal.
— 838 -
core jamais quitté le Dahomey, une crise à forme intestinale sé¬
vère. Nous résumons ici cette observation :
A. Kolékouamé, d’Agouagon, se plaint de diarrhée violente accompagnée
d’urines sanguinolentes. L’examen des urines montre des œufs à éperon
terminal. Le malade déclare être atteint depuis trois ans des mêmes troubles
urinaires, accompagnés déjà une fois d’atteinte dysentériforme. Au moment
où il vient nous trouver les troubles intestinaux sont intenses, l’anémie pro¬
noncée, les urines hématiques s’accompagnent d’une légère douleur à la
miction et les envies d’uriner sont fréquentes. Peu à peu les symptômes dy-
sentériformes s’amendent, les forces reviennent et K... peut reprendre ses
occupations au bout d’une dizaine de jours. Suivi pendant près de deux ans,
les urines montrent constamment des œufs à éperon terminal ; jamais nous
n’avons observé de formes à éperon latéral. Les accès dysentériformes ne se
sont pas reproduits, mais le malade, habituellement normal, a présenté dans
le cours de la deuxième année et sans cause apparente des phénomènes d’en¬
gorgement des ganglions inguinaux et cruraux, de l’orchite épididymique,
qui sont peut-être à rapporter à la présence, dans le système porte, de vers
adultes, et à sa répercussion sur les lymphatiques de la région.
A Agouagon, sur une dizaine d’indigènes de tous âges exa¬
minés, nous en avons trouvé 6 atteints de bilharziose vésicale;
tous les œufs étaient à éperon terminal. La proportion des en¬
fants contaminés de cette région est élevée ; mais, chez la plupart,
l’affection tend à disparaître vers l’âge adulte, ou du moins, si le
parasite existe encore, sa présence ne provoque plus aucun trou¬
ble du côté de la miction. Chez un sujet examiné fréquemment
et qui nous disait avoir eu de l’hématurie 4 ou 5 ans auparavant,
nous n’avons jamais rencontré d’œufs.
Dans la Haute-Casamance, à Kolda, localité où nous avons
recherché systématiquement les cas de bilharziose, la proportion
de malades atteints était également considérable.
Notre attention avait été attirée sur cette affection par le cas
d’une jeune métis de 2 ans et demi, soumise à notre examen par
son père. Tl s’agissait d'une forme intestinale ayant déterminé
chez l’enfant des symptômes graves de dysenterie. Les selles
étaient muco-sanguinolentes et la médication employée par le
père n’avait amené aucune modification dans les selles ni dans
l’état général de l’enfant, qui, au moment de notre examen,
était très anémiée. L’interrogatoire de l’entourage nous apprit
que depuis 6 à 8 mois l’enfant avait eu deux crises aiguës de dy¬
senterie et que les crises coïncidaient avec des émission» d’urines
franchement sanguinolentes. Antérieurement l’enfant n’avait pas
eu d’hématurie. Les 2 symptômes avaient été concomittants. Il
nous fut facile, en centrifugeant l’urine, de retrouver les œufs
- 83g -
caractéristiques de Schistosomum hœmatobium à éperon terminal-
L’examen répété des matières fécales nous permit de retrouver
le parasite dans les caillots muco-sanguinolents qui enrobaient
les selles. Tous ces œufs étaient à éperon terminal.
La forme intestinale paraît fréquemment associée, dans la ré¬
gion, à la forme vésicale, car ultérieurement nous vîmes trois ma¬
lades chez lesquels les accès dysentériformes s’étaient présentés
plusieurs fois au cours de leur affection.
L’endémicité de la maladie dans la Haute-Casamance semble
nettement établie par le cas d’un indigène maçon originaire de
Saint-Louis, installé depuis i an et demi à Kolda, et qui présen¬
tait de nombreux œufs à éperon terminal dans ses urines.
D’après ce malade le début de l’affection remontait à 6 mois.;
il avait eu depuis cette époque, en dehors de ses émissions san¬
guinolentes, des atteintes fréquentes d’épistaxis.
En partant des œufs émis par la jeune métis de Ivolda dans les
urines et dans les selles, nous avons effectué quelques expérien¬
ces sur la biologie des miracidia.
I. Conservation des embryons dans V urine. — Des œufs pro¬
venant d’urine conservée de 12 à 20 heures à 25-250 C. ont libéré
leurs embryons mobiles dès qu’il ont été placés au contact de
l’eau. Nous n’avons pas observé de résistance plus prolongée
dans l’urine pure.
IL Conservation des embryons sur sable humide. — Les œufs
déposés sur du sable fin légèrement humide conservent leur vita¬
lité pendant au moins 30 heures. Des fragments de caillot conte¬
nant des œufs ont été partagés en deux lots, l’un placé au con¬
tact de l’eau pure, l’autre déposé sur du sable fin légèrement hu¬
midifié, à la température du laboratoire. Les œufs du caillot
placé dans l’eau pure ont libéré leurs embryons en moins d’une
heure; les œufs déposés sur le sable n’ont libéré leurs embryons
que lorsqu’ils ont été placés au contact de l’eau pure, 12, 24,
30 heures plus tard. En imbibant d’eau le pourtour d’une petite
couche de sable sur laquelle avaient été déposés des œufs depuis
24 heures, nous avons trouvé, six heures plus tard, soit 30 heures
après le dépôt des œufs, des embryons vivants dans l’eau qui
entourait la couche de sable.
Cette propriété de conservation des embryons à l’état latent sur
le sable humide pendant plus d’un jour, représente pour nous
un phénomène biologique important. On conçoit que lorsque
— 840 —
des œufs sont déposés au moment de la miction sur le sol hu¬
mide, au voisinage d’une nappe d’eau, comme c’est le cas le plus
général en pays noir, les embryons libérés au moment de la pre¬
mière pluie pourront ainsi, soit mécaniquement, soit par leurs
propres moyens, gagner la nappe liquide favorable. Nul doute
que la conservation de la vitalité des embryons dans les œufs prêts
à éclore, sur du sable maintenu dans des conditions d’humidité
favorables, ne dépasse notablement la durée de 30 heures cpie
nous avons observée.
III. Non résistance à la dessiccation. — Comme Conor (i),
nous avons reconnu que les œufs et les embryons meurent immé¬
diatement sous l’influence de la dessiccation. Des œufs mis à sec
quelques intants, soit à nu sur du sable sec, soit emballés dans
un caillot, ne libèrent plus leurs embryons. Des miracidia expo¬
sés à la dessiccation pendant quelques minutes à peine, ne se
raniment pas au contact de l’eau.
IV. Action de la chaleur. — Conor (2) a constaté que les mi¬
racidia bilharziens de Tunisie restaient bien vivants et très agiles
à 45° C., et ne mouraient rapidement qu’au-delà de 50° C. ; leur
optimum thermique paraissait compris entre 30 et 40° C. Répé¬
tant les mêmes expériences à l’étuve avec nos embryons de Casa-
mance, nous avons trouvé qu’à partir de 41 0 C. ces embryons
vivaient mal, et qu’ils mouraient tous en moins de 5 minutes à
450 C. A 410 C. beaucoup meurent au bout d’un quart d’heure;
un petit nombre ont résisté pendant une heure et quart, mais ils
se contractaient en boule et paraissaient peu actifs. En les rame¬
nant à température plus basse quelques-uns d’entre eux se sont
ranimés.
Les miracidia bilharziens de Casaman ce semblent, d’après ces
résultats, plus sensibles que ceux de Tunisie à l’élévation ther¬
mique de l’eau. Leur optimum ne nous a pas paru dépasser 30 à
350 C. On peut concevoir que la plus grande résistance des em¬
bryons tunisiens est peut-être la conséquence d’une adaptation
physiologique héréditaire de ces parasites à l’évolution première
dans les eaux thermales, la présence de sources d’eau chaude à
température parfois élevée (42 à 450 C. pour Gabès) dominant,
d’après Conor, la distribution de la bilharziose en Tunisie. Il a
pu se constituer dans cette région une variété géographique de
(1) Bull. Soc. Path. exot., n° 8, 1910, p. 533.
(2) I.oc. cit.
— 841 —
schistosome caractérisée par une résistance plus grande des em¬
bryons à la chaleur.
V. Action de l'acide chlorhydrique et du savon. — Comme Co-
xor nous avons constaté que des traces d’HCl ou de savon dans
l’eau entraînaient la mort rapide des embryons.
VI .Fixation des embryons dans l’eau additionnée de sérum. —
En ajoutant quelques gouttes de sérum de chien cà de l’eau renfer¬
mant des embryons mobiles et contenue dans un verre de montre,
nous avons constaté le singulier phénomène suivant: le liquide al¬
bumineux, par suite de l’évaporation, avant abandonné sur ses
bords un mince liseré solide de dessication, nous avons vu suc¬
cessivement tous les embryons arrivant en pleine course, s’arrê¬
ter brusquement au niveau de cette bordure légèrement vis¬
queuse, y insinuer leur extrémité antérieure à plusieurs reprises,
comme pour explorer la place favorable, et s’immobiliser èn
quelques secondes. Une minute environ après la fixation de l’em¬
bryon par l’avant, on constatait simultanément l’arrêt du mou¬
vement des cils périphériques et celui des flammes vibratiles.
Le phénomène, qui se produit aussi en diluant dans l’eau quel¬
ques gouttes d’urine sanguinolente, donnait absolument l’im¬
pression d’une fixation biologique telle qu’elle doit se passer au
début de l’évolution chez un hôte. Dans l’eau pure il ne se pro¬
duit rien de comparable, même au cours d’un dessèchement pro¬
gressif. D’autre part, le phénomène n’a rien de commun avec un
engluement des parasites au sein d’une matière visqueuse quel¬
conque : des embryons englobés dans du mucus s’agitent pen¬
dant de longs instants, cherchant à se dégager : même alors que
leur progression est entravée, le mouvement des cils se poursuit,
et lorsqu’il cesse à la longue, celui des flammes est encore pen¬
dant longtemps perceptible. Cette fixation spontanée et immé¬
diate au niveau d’un mince coagulum albumineux, s’accompa¬
gnant d’un arrêt simultané du mouvement ciliaire interne et ex¬
terne, est bien pour nous l’image de la fixation chez l’hôte.
Nous avons vainement cherché à revoir quelque chose d’ana¬
logue en plaçant des embryons soit sur des fragments de peau
et de muqueuses d’animaux (singes, rats, poulets), soit directe¬
ment sur le corps de petits rongeurs. Nous avons également tou¬
jours échoué en essayant d’infester directement des animaux
(rats, souris) immergés pendant de longues heures dans de l’eau
chargée d’embryons. Nous ne pouvons nous faire actuellement
— 842 —
aucune idée sur le mode d’infestation normal de 1 homme, soit
directement, soit d’une manière indirecte.
, ' :
Un cas d’ascaridiase mortel
Par A. LAMOUREUX.
Le 10 octobre 1912, au matin, entre à l’hôpital militaire de Ma-
junga (Madagascar), un jeune soldat originaire de la Grande-
Comore, et arrivé depuis trois mois à Majunga.
Il a été pris d'une syncope pendant la manœuvre et à son arrivée on le
trouve dans l’état suivant :
Température axillaire 39°5. Ventre tendu et très douleureux à la pression,
vomissements, céphalalgie et subdélire. Le soir, la température monte a
4°°5- . - •
Le lendemain, la température se maintient au-dessus de 390, les symptô¬
mes observés la veille ont persisté ; de plus, le faciès est grippé, la langue
saburrale au centre est rouge vif sur les bords, les lèvres sont desséchées,
les dents recouvertes d’un enduit fuligineux, à la base de chaque poumon
on trouve des signes de congestion. L’ensemble des symptômes rappelle en
un mot l’aspect d’un typhique au deuxième septénaire.
Le troisième jour, les symptômes persistent les mêmes et le malade rend
par vomissement deux ascaris lombricoïdes longs de 10 cm.
Le quatrième et le cinquième jours, sous l’influence d’un traitement anti-
helminthique au thymol, le malade évacue par l’anus dix ascaris longs de
10 à 15 cm. Mais les symptômes morbides ne s’amendent pas, le délire s’ac¬
centue, la faiblesse devient extrême, le pouls misérable, il y a émission invo¬
lontaire de fèces et d’urine.
Le sixième jour le malade meurt dans le collapsus.
A l’autopsie on fait les constatations suivantes:
Le tube digestif ayant été ouvert sur toute sa longueur, on
trouve un ascaris dans l’œsophage, rien dans l’estomac, non plus
que dans la première portion de l’intestin grêle. Dans la deu¬
xième portion de celui-ci et au-delà, on commence à trouver des
ascaris rassemblés en pelotons de 10 à 15 vers.
Le nombre de ceux-ci augmente à mesure qu’on se rapproche
de la valvule iléo-cœcale au voisinage de laquelle on trouve
d’énormes pelotons. Le gros intestin ne renfermait pas d’ascaris.
Le nombre total des vers extraits du tube digestif s’élevait à 132.
Malgré qu’ils se soient montré réunis en pelotons, ils ne for¬
maient sur aucun point de l’intestin de masse suffisamment com¬
pacte pour déterminer l’occlusion complète de celui-ci.
- 843
Au niveau des points où stationnaient les ascarides, on remar¬
que une série d’élevures faisant au-dessus de la muqueuse une
saillie en plateau haute de un millimètre.
La forme de ces élevures est tantôt circulaire, tantôt elliptique;
les bords formant ressaut brusque au-dessus de la muqueuse sont
réguliers, la surface lisse sans excoriations; leur couleur rouge
sombre les détache nettement sur le fond gris pâle de l’ensem¬
ble de la muqueuse; leurs dimensions varient de celle d’une
lentille à celle d’une ellipse longue de 5 à 6 cm., large de 2 ;
leur nombre est de 5 à 10 au niveau des pelotons vermineux; on
en compte à 20 cm. au-dessus de la portion terminale, plus de
30, à l’endroit où les ascaris sont les plus nombreux.
Au même niveau, on constate des adhérences péritonéales des
anses intestinales entre elles et avec la paroi.
Il n’y a pas trace de perforation intestinale. On ne trouve pas
d’ascaris erratiques dans la cavité péritonéale, non plus que dans
les organes splanchniques ou thoraciques qui paraissent macros¬
copiquement normaux.
Le Necator americanus en Haute-Guinée,
notes d’épidémiologie
Par Ch. JOYEUX.
Le Necator americanus est extrêmement fréquent en Llaute-
Guinée, ainsi qu’il est facile de s’en assurer par l’examen métho¬
dique des selles des indigènes qui fréquentent les consultations
médicales. Il importe, pour la recherche des œufs de ces para¬
sites, de tenir compte de la consistance de ces selles; il est évi¬
dent, en effet, qu’ils sont plus nombreux et plus faciles à trouver
dans un bol fécal concentré de constipation que dans le flux d’une
abondante diarrhée.
Dans les matières de consistance normale, de réaction généra¬
lement neutre au papier de tournesol, je l’ai trouvé 87 fois sur
100, en quantités variables, en faisant au maximum 6 prépara¬
tions par sujet ; dans les matières fécales liquides, de réaction
variable, 77 fois pour 100; très rarement dans les matières dysen-
tériformes alcalines ou neutres. D’ autres œufs d’helminthes se
voient aussi fréquemment, sur lesquels je reviendrai dans la
suite.
Au point de vue pathologique, il paraît y avoir beaucoup de
porteurs de Necator, mais peu de malades atteints d’ankylosto-
mose. Un grand nombre de sujets examinés ne semblaient nulle¬
ment souffrir de leurs parasites et venaient à la consultation pour
d’autres causes. Quelques-uns cependant présentaient les symp¬
tômes connus de l’anémie des mineurs d’Europe, plus ou moins
accentués: troubles intestinaux, accompagnés d’œdème, avec re¬
tentissement plus ou moins marqué sur l’état général, l’âge des
sujets ne paraissant pas jouer un rôle important dans la gravité
de l’affection.
Da ns les cas d’infection prononcée, l’éosinophilie est assez
intense; voici quelques formules leucocytaires:
Les larves paraissent se développer dans la boue qui se trouve
au bord des marigots avoisinant les villages. C’est généralement
là que les indigènes déposent leurs ordures et que les animaux
passent pour aller s’abreuver. Cette boue montre au microscope
de nombreuses larves de Nématodes à tous les stades, apparte¬
nant évidemment à des espèces variées, et paraît un excellent mi¬
lieu de culture. Le sable du bord des cours d’eau n’en montre
pas.
La température ne paraît gêner le développement des larves
que si elle atteint un certain degré, par contre la lumière tropi¬
cale les tue rapidement.
Des cultures en boîte de Pétri, au noir animal, exposées pen¬
dant les heures chaudes de l’après-midi, les unes directement au
soleil, les autres dans une boîte en carton, ne laissant pas péné¬
trer la lumière, ont donné les résultats suivants:
— 845
I. — Larves Strongyloïdes au 9e jour. Température de 430 à 38° cg.
Au bout d’une heure et demie : larves vivantes dans les deux cultures.
Au bout de deux heures : vivantes à l’obscurité, mortes à la lumière.
II. — Larves Strongyloïdes au 15e jour. Température 450 à 38°:
Au bout d’une heure et demie : vivantes dans l’obscurité, mouvements
ralentis à la lumière.
Au bout de deux heures et demie : mouvements un peu ralentis, quelques-
unes mortes à l’obscurité ; toutes mortes, excepté 2, à la lumière.
III. — La rves Strongyloïdes au 8e jour. Température analogue aux précé¬
dentes
Toutes tuées à l’obscurité au bout de 4 heures dans une boîte de zinc, dont
l’intérieur est plus chaud que celle en carton.
Le Cercopithecus palus peut être infecté expérimentalement.
Deux fois sur trois, j’ai réussi l’expérience en faisant ingérer
des cultures provenant des selles du même malade et très riches
en larves; l’une au 9e jour, l’autre au 55e jour. Dans le premier
cas, le Singe est mort au bout de 33 jours, présentant de très
nombreux Necator implantés sur toute la surface de son intestin
grêle, très fortement congestionné, et rempli de mucosités san¬
guinolentes. La mort peut certainement être attribuée aux para¬
sites. L’autopsie ne montrait pas d’autres lésions. Dans le second
cas, le singeest mort au bout de 37 jours, il n’avait dans, son intes¬
tin grêle que 30 Necator (7 c? et 23 9)- Le poumon gauche pré¬
sentait, en outre, une caverne étendue, qui a pu contribuer à la
mort, sinon la déterminer. Il est à remarquer cependant que la
durée de l’incubation est à peu près la même que dans le premier
cas. Les deux animaux étaient en ma possession depuis plu¬
sieurs mois, et l’examen des selles, fait fréquemment avant les
expériences, avait toujours été négatif, en outre ils avaient reçu
auparavant des antihelminthiques, enfin les Necator sont assez
rares à l’état spontané chez Cercopithecus patas de Guinée.
Une partie de la culture au cf jour, ingérée par le premier Sin¬
ge, avait été placée sur l’abdomen et la région inguinale d’un
autre Cercopithecus patas, dans le but d’essayer la pénétration
des larves par voie cutanée. L’animal a vécu pendant 129 jours
ensuite et n’a jamais montré d’œufs dans ses selles. A l’autop-
sie, son intestin grêle ne contenait aucun parasite.
J’ai essavé un grand nombre de traitements. Celui qui m’a
donné les meilleurs résultats est le thymol finement pulvérisé*
aux doses habituelles, en capsules de kératine, suivi d’une pur¬
gation énergique. Il m’est fréquemment arrivé, contrairement à
la règle classique, d’emplover pour cet usage l’eau de vie aile-
— 846 —
mande du Codex (30 cm3 pour un adulte), c’est-à-dire un liquide
essentiellement alcoolique, chez des adultes et des enfants ayant
absorbé préalablement 2 à 4 g. de thymol. Je n’ai jamais observé
d’intoxication médicamenteuse, et c’est même par ce procédé
que j’ai obtenu les meilleurs résultats. L’huile de ricin, égale¬
ment proscrite, m’a donné moins de succès, mais jamais d’acci¬
dents. Peut-être faut-il expliquer ces faits par des raisons ethni¬
ques, le traitement, à part une exception pour un sujet syrien,
originaire de Beyrouth, n’ayant jamais été employé que pour des
indigènes. En outre, la cure n’était pratiquée qu’une seule fois
pendant un jour, et non pas à plusieurs reprises, ainsi que cela
se fait en Europe pour l’ankylostomose des mineurs. La prophy¬
laxie étant, en effet, irréalisable pratiquement, je ne soignais
que les sujets souffrant d’un trop grand nombre de parasites et
seulement dans le but de leur en enlever le plus possible.
p
Essai de traitement de la dysenterie amibienne
par les lavements au sucre
Par Michel COHENDY.
Après avoir mis, sur une platine chauffante, des amibes patho¬
gènes (1) en contact avec des solutions d’antiseptiques, tels
qu’acide borique, créosote, permanganate de potassium, nitrate
chargent, alun, sulfate de cuivre, nous avons constaté, sous le mi¬
croscope, qu’à la dose maxima prescrite dans les lavements en
thérapeutique, ces antiseptiques étaient sans aucune action appa¬
rente sur la cellule amibienne. Certaines de ces solutions sem¬
blaient même retarder les effets produits couramment sur la mo¬
tilité et la forme de l’amibe par l’eau distillée avec laquelle ces
solutions étaient faites.
Sous l’action de l’eau distillée on voit, en effet, l’amibe bientôt
s’immobiliser et prendre une forme sphérique. Ces phénomènes,
causés vraisemblablement par le manque d’isotonie entre l’eau
distillée et le flux intestinal, nous firent penser, ainsi que les cons-
(1) Contenues en abondance dans les mucosités sanguinolentes mêlées aux
selles du malade n° 1.
- 847 —
tatations précédentes, qu’un corps soluble, inoffensif, agissant
comme agent physique et modifiant brusquement la densité de
la sérosité intestinale, pourrait, mieux qu’un agent chimique,
avoir une action empêchante sur la pullulation des amibes dans
l’intestin.
Après des essais infructueux faits avec divers corps, nous avons
expérimenté les solutions sucrées. Elles ont donné des résultats
favorables.
Technique du lavement. — Mélanger dans un bock à injection
vaginale 250 g. de sirop de sucre du Codex avec trois quarts de
litre d’eau bouillie portée environ à 6o° centigrades. Dans le cas
exceptionnel où l’intestin serait particulièrement intolérant, ajou¬
ter 6 gouttes de laudanum. Suivre ensuite la technique ordinaire
de tout lavement, c’est-à-dire : s’assurer que la température du
mélange est à 40° centigrades; faire coucher le malade sur le
côté droit; placer le bock à 20 cm. seulement au-dessus de la
hanche gauche du malade; lubrifier la sonde avec de la vase¬
line; laisser s’écouler par l’extrémité de la sonde quelques cm3
du mélange; introduire très doucement la sonde à environ 10 ou
15 cm. ; donner si possible la totalité du lavement.
Le lavement donné, le malade fera ses efforts pour le garder
pendant 20 à 25 minutes, en restant couché d’abord sur le dos,
ensuite sur le côté gauche.
Parfois ces lavements ne sont pas sans provoquer des douleurs,
coliques plus ou moins vives.
Prescriptions. — A moins de faiblesse excessive on pres¬
crira: au début du traitement, deux lavements au sucre par jour,
un le matin, un le soir; dès que le nombre des selles sera réduit
des deux tiers, un seul lavement, le matin ; cjuand les selles, de¬
venues pâteuses, ne dépasseront pas le nombre de 3 par 24 heu¬
res, un seul lavement tous les 2 jours, le matin.
On peut, s’il en est besoin, diminuer soit la quantité de sucre,
soit le volume du lavement. Par contre, l’intestin du malade tolé¬
rera très rarement sans gêne, soit une dose de sucre plus élevée,
soit un volume plus grand.
Durée du traitement . — Elle est en rapport avec la marche de
la maladie. En cas de guérison apparente il est bon de continuer
le traitement à raison de 1 lavement tous les 2 jours pendant les
10 jours qui suivent le rétablissement normal des selles.
Régime adjoint. — Viande de cheval ou noix de côtelette,
— 848 —
crues et râpées; képhyr n° 2. Repos au lit. Cure d’altitude à
plus de 1 .000 mètres aussitôt que l’état du malade le permet..
Action thérapeutique. — Les lavements au sucre portent nette¬
ment atteinte à la vitalité des amibes. Elles se raréfient dans l’in¬
testin ce pendant que diminue le flux intestinal. Ces solutions
fortement sucrées, d’une densité élevée, ont une action sur la cel¬
lule amibienne due vraisemblablement à des phénomènes d’hy¬
drolyse et d’osmose.
En général, dès le 2e jour du traitement, nous avons constate
une diminution de près d’un tiers du nombre des selles; vers
le 4e jour, elles deviennent pâteuses, se réduisent à 4 ou 5 par
jour. Les douleurs, le ténesme, les nausées, l’insomnie s’atté¬
nuent pour parfois brusquement disparaître et faire place à un
acheminement graduel vers la guérison. L’action favorable du
traitement est quelquefois plus incertaine; ce qui s’explique par
le fait que les amibes, dans les cas chroniques, se logent dans la
sous-muqueuse et au fond des glandes de Lieberkühn où elles
ne -peuvent être que difficilement atteintes.
Conclusion.
De nos observations personnelles — assez limitées, il est vrai
— nous concluons qu’indépendamment du régime adjoint et de
la cure d’altitude, le traitement de la dysenterie amibienne par
les lavements au sucre possède une efficacité qu’il nous a paru
utile de signaler.
1
Appendice.
Parmi les malades de dysenterie dite amibienne que de 1907 à 1912, il
nous a été donné d’observer, sept avaient en abondance des amibes dans
leurs mucosités intestinales. Us étaient grièvement atteints. Les uns, de race
hindoue, arrivaient de Bombay : les autres, de race française, étaient de
retour de nos colonies d’Indo-Chine.
Ces amibes ont été examinées par nous à l’état vivant sur la platine chauf¬
fante à 370 et après fixation au liquide de Brasil sur préparations colorées
soit à l’hématoxyline au fer de Heidexhain, soit à la safranine et lichtgrijn.
tamœba tetragena et — fait à noter — nous ne l’avons rencontrée seule
qu’une fois ; elle était accompagnée d’une ou deux autres variétés d’amibès,
apparemment du type Entamæba coli.
Dans 2 cas, les selles muqueuses sanguinolentes expulsées par les mala¬
des, furent injectées dans le rectum de tous jeunes chats. Elles ont provoqué
des entérites mortelles chez 2 chats sur 2 pour le Ier cas, chez 1 chat sur 3
pour le 2e cas.
Les déjections des petits chats contenaient également tetragena et les
amibes satellites observées chez nos malades.
I)e ces faits nous avons conclu que nous avions bien affaire à des dysen¬
teries entamibiennes types.
Nous ne relatons ici, et encore sommairement, que les observations de ces
7 malades porteurs d’amibes.
Le Ier malade, M. H. W,.., figé de 26 ans, fonctionnaire colonial, de re¬
tour de Cochinchine, après avoir été fort éprouvé pendant la traversée, se
met au lit dès son arrivée en France. Ce malade a de 30 à 40 selles par
jour ; selles sanguinolentes, presque entièrement muqueuses et littéralement
bourrées d’amibes. Sa dysenterie est rebelle à tous les traitements. Un seul,
celui des lavements à l’eau bouillie, conseillé par le Dr Marchoux, qui avait
bien voulu se rendre auprès de notre malade, apporte de courtes rémissions
à l’état des plus alarmants du malade. Au bout de 9 semaines il a perdu un
tiers de son poids habituel.
C’est à ce moment, que, pour la première fois, nous tentons sur lui le
traitement des lavements au sucre. Le 6e jour la plupart des phénomènes
douloureux ont cessé ; les selles sont au nombre de 3 à 5 par jour les jours
suivants. Son état s’améliore rapidement ensuite. Après une rechute, peu
sévère, il est au bout de 3 mois en bonne santé. Cependant le foie est encore
nettement hypertrophié ; aucune sensibilité abdominale à la palpation. Les
selles sont normales.
Au bout d’un an nouveau séjour en Cochinchine, le malade est opéré d’un
abcès du foie, bien que la dysenterie n’ait pas reparu pendant son séjour.
Le 2e malade, M. V..., Hindou des environs de Bombay, âgé de 20 ans,
est atteint d’une entérite amibienne grave. Les selles examinées sur
la platine chauffante ont un aspect très particulier. Les bactéries sont extrê¬
mement rares. A côté des 2 variétés d’amibes habituelles on remarque dans
le mucus une véritable invasion de globules blancs augmentés de volume
et quelque polynucléaires normaux. Les selles sanguinolentes, sont mêlées à
un liquide citrin, à peine trouble ; elles sont au nombre de 30 à 40 par
24 heures.
Le malade est très affaibli, très émacié ; il a de plus 1 à 2 hémorragies in¬
testinales par semaine. Ayant observé fidèlement sa religion il n’a de sa vie
mangé jusqu’à ce jour, ni œuf, ni viande, ni poisson.
Au 4e jour du régime de la viande crue, képhyr N° 2 et lavements au su¬
cre, les selles sont moulées. Le malade, après un séjour de 2 mois à 2.400 m.
reprend assez vite son poids et ses forces. Suivi jusqu’aujourd’hui, c’est-
à-dire depuis plus de 4 ans, il n’a souffert que de troubles intestinaux légers
relevant de la thérapeutique ordinaire de l’entérite muco-membraneuse.
Le 3e malade, M. R. C..., âgé de 28 ans, fonctionnaire colonial, souffre
pendant 2 ans de la dysenterie au Tonkin d’abord, puis à Saigon. Un seul
médicament pendant cette période, lui procurait quelques soulagements,
c’était le Kossam frais dont il mangeait 4 à 5 graines après les avoir expur¬
gées de leur huile. Rentré en France, il est pris d’une crise très violente après
un mois de séjour. Les lavages à la créosote, associés au Képhyr et au Yag-
hourt, traitement conseillé par le Dr Dopter, l’améliorent très sensiblement.
L’n an après, à la suite de grands écarts de régime, les selles bilieuses .réap¬
paraissent au nombre de 15 à 25, selles sans matières fécales, avec glaires
sanguinolentes. Elles s’accompagnent de douleurs, coliques, épreintes, con¬
gestion hemorroïdaire, battements de cœur, insomnies nausées.
A l’aide des lavements au sucre les selles deviennent pâteuses le 6e jour ;
elles sont au nombre de 5. Le malade se relève assez vite. De nouveaux
— 85o —
écarts de régime sont suivis de rechutes réduites à leur tour par le même
traitement. Le malade, par la suite, est atteint d’une entérite nuco-membra-
neuse, grave, sans amides, contre laquelle notre traitement au sucre ne peut
rien. Il est aujourd’hui, en bonne santé. Notre premier traitement fut ap¬
pliqué en décembre 1908.
Les 3 malades dont nous venons de donner l’observation sont les seuls
que nous ayons pu suivre de loin ou de près jusqu’à ce jour. Les autres ma¬
lades, dont la dysenterie présentait à peu près les mêmes caractères de gra¬
vité que celle de ces 3 malades, ont été perdus de vue par nous.
Le 3e malade, Hindou de Bombay, âgé de 33 ans, voit ses selles tomber
de 12 à 2, le second jour des lavements au sucre. Deux mois après il quitte
la France sans avoir eu de rechute.
Les 5e et 6e malades, tous les deux Français, 44 ans et 24 ans, de retour
en France, après un séjour en Indochine de 12 ans pour le premier, de
2 ans pour le second, regagnent la colonie avant que la guérison ne se soit
affirmée. Ayant eu de 10 à 12 selles par jour, celles-ci étaient réduites à 3 en
moyenne sous l’influence du traitement au moment de leur départ.
Enfin, le 7e malade, lieutenant d’nfanterie coloniale, âgé de 33 ans, atteint
de dysenterie grave à rechutes successives depuis 3 ans, n’a tiré aucun béné¬
fice appréciable des lavements au sucre pris avec assiduité pendant plusieurs
semaines.
Les maladies tropicales à Tripoli
(Première contribution)
Par Umberto GABBI.
En 1910, j’ai été chargé par mon Gouvernement (Ministère de
l’Intérieur, Direction Générale de la Santé Publique) d’étudier les
maladies infectieuses de nos colons en Tripolitaine. Avec le
Dr V isentini, j’ai pu constater la présence de la Fièvre méditer¬
ranéenne (non seulement chez les habitants, mais même chez les
chèvres maltaises et indigènes), la « Fièvre à pappataci », le
<( Bouton d’Orient » (cas importés d’Alep). Déjà le kala-azar
(ponction positive de la rate), et la « Fièvre récurrente » (pré¬
sence du Spirillum ( berbcra ou duttoni ?) dans le sang avaient
été découverts par le Dr Tashin Bey, médecin-major (1). J’ai pu,
même en 1910, observer et examiner le sang de beaucoup de
.soldats turcs à l’hôpital militaire souffrant de malaria, et cons¬
tater que c’étaient presque tous des cas de malaria tierce ( tropica ).
(1) Voir ce Bulletin, t. III, 1910, p. 511, et t. IV, 1911, p. 369. Le Dr T\s-
H!X a signalé aussi l’existence de la fièvre méditerranéenne.
Au mois de mars de cette année, j’ai été invité à continuer les
études au double point de vue de l’hygiène et de la pathologie
tropicale. La Commission que j’ai proposée était constituée: par
mon aide le D1' Scordo, leDrG. Rizzuti, capitaine médecin et par
moi. Nous avons confirmé la présence de la « Fièvre récurrente»,
déjà étudiée même au point de vue bactériologique par le Dr Gal-
lia, capitaine médecin. Mes collègues, les Drs Scordo et Riz¬
zuti, ont fait une série de recherches bactériologiques sur le ty¬
phus exanthématique, au point du sérodiagnostic. Ils ont étudié
aussi une épidémie « d’ictère infectieux, épidémique des armées
qui a éclaté dans la Tripolitaine et la Cyrénaïque; les résultats
de cette étude au point de vue bactériologique ont été presque
négatifs. J’ai soupçonné que l’agent infectieux avait pu pénétrer
dans l’organisme par inoculation et qu’il appartenait à la série
des virus ultra-microscopiques. J’ai observé deux cas de la « fiè¬
vre boutonneuse » observée pour la première fois à Tunis. J’ai
porté mon attention surtout sur les Arabes bédouins des grands
campements de concentration à la périphérie de Tripoli. J 'ai
étudié la malaria (formes cliniques et parasites) en examinant le
sang et ponctionnant la rate et j’ai constaté que l’on a presque
toujours des cas de fièvre tierce: la fièvre quarte est rare. J’ai
déterminé l’index splénique (54 %) chez les enfants. Même en
ponctionnant la rate de beaucoup de cas suspects de kala-azar, il
ne m’a jamais été possible de trouver un cas de kala-azar. Pas
même un cas de Bouton d’Orient. Parmi les maladies infectieu¬
ses j’ai porté mon attention sur la tuberculose et constaté qu’elle
est assez répandue parmi les Arabes surtout sous la forme pul¬
monaire .
Mais c’est principalement sur les maladies de la peau qu’en
collaboration avec le Dr Sabella, de la Clinique dermatologique
du Prof. Campana (Rome) que j’ai dirigé mes recherches; ces ma¬
ladies sont très fréquentes parmi les Arabes. Nous avons cons¬
taté des maladies parasitaires ( Scabia , Tinea, Pediculosis), des
lésions cutanées d’origine septique, la tuberculose et la syphilis
de la peau, etc., comme chez nous, et aussi des maladies propres
aux régions africaines tropicales ou subtropicales: Pian ou Fram-
boesia, Piosis trop ica, Ulcus tropicum, Ulcus infantum, Lich en
tropicum, Granuloma venereum, Tinea alba, Tinea nigra circi-
nata.
Les recherches cliniques relatives aux maladies tropicales de
l’appareil digestif ont conduit à constater la présence de la dysen¬
terie tropicale et de la diarrhée des pays chauds (. sprue ).
Les maladies observées à Tripoli ont été décrites dans Malaria
e malattie dei paesi caldi.
De cette première contribution à l’étude des maladies de la
I.vbie, il ressort que les Arabes de la côte présentent les mêmes
maladies que les habitants des provinces intérieures et qu’il faut
déterminer complètement la nosographie propre à la région et
aux différentes races pour indiquer les mesures curatives et pro¬
phylactiques à conseiller pour' défendre les natifs et les colons.
11 est naturel de trouver en Lybie les maladies tropicales, par
nous annoncées, si on réfléchit:
i° Oue les habitants de la Lybie sont presque tous des Arabes;
les Juifs se trouvent seulement dans les villes côtières;
2° Oue les Arabes des villes côtières sont en contact continuel
.avec les Arabes et les habitants des provinces de l’Intérieur (Fez-
zan, Nesciat, Bornou, Soudan, etc.) par le commerce caravanier,
ce qui implique un échange continuel d’hommes, d’animaux et
de marchandises;
3° Que les Arabes bédouins nomades sont des porteurs chro¬
niques de germes infectieux dans les oasis comme dans les villes
côtières ;
4° Qu’il était naturel de trouver en Lybie les mêmes maladies
que l’on a trouvées en Egypte, en Tunisie, en Algérie, car les
races sont les mêmes et les conditions climatiques diffèrent peu.
Cuti-réactions à la tuberculine chez
les indigènes de Duzerville (D* Constantine
région littorale 1911-1912)
Par L. PAR ROT.
Sur le conseil du Dr Edmond Sergent, nous avons mis à profit
les tournées de vaccination antivariolique d’automne 1911 et de
printemps igr2, pour pratiquer sur les indigènes de la région de
Duzer.ville — et en particulier chez les enfants de 1 jour à
Ô5 ans — un certain nombre de cuti-réactions, selon la méthode
de von Pi rouet.
C orhmune de Duzerville (Dép. de Constantme, région littorale).
Réactions positives (automne 1911 et printemps 1912) chez les indigènes.
F.
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Au total 67 réactions positives chez 269 sujets, soit 24,9 0/0.
854 —
Nous nous sommes servi de la tuberculine vétérinaire brute,
soit pure (1911), soit diluée au quart dans la glycérine (1912),
procédant par scarifications linéaires à l’aide du vaccinostyle du
Dr Mareschal. C’est ainsi que nous inoculions le virus vaccinal
au bras gauche, par exemple, la tuberculine au bras droit. Une
scarification-témoin était faite « à blanc », de ce même côté (1).
Les résultats ont été contrôlés du troisième au sixième jour.
La réaction locale positive a varié, suivant les individus, du sim¬
ple érythème à la papulo-vésicule. Elle nous a paru d'autant plus
intense que le patient était plus avancé en âge. Deux adultes,
inoculés avec de la tuberculine pure, ont accusé un léger ma¬
laise, un petit mouvement fébrile le deuxième jour qui suivit
la scarification... Trois fois, par suite d'une contamination se¬
condaire, opérée vraisemblablement par les doigts du patient, une
pustule vaccinale typique s’est développée au lieu même de la
cuti-réaction.
L’étude analytique des résultats obtenus — et résumés dans
le tableau ci-contre — suggère les réflexions suivantes :
a. L’infection tuberculeuse latente, telle qu’elle nous est révélée
par la cuti-réaction à la tuberculine, nous paraît beaucoup moins
répandue chez les indigènes de Duzerville que dans certaines ré¬
gions de la métropole ou de la colonie, en dépit des mauvaises
conditions d’hygiène où ils vivent ordinairement.
b. La fréquence de la contamination bacillaire semble propor¬
tionnelle à la fréquence du paludisme. Les douars les plus impa¬
ludés donnent les plus forts pourcentages de réactions positives.
Chez 98 enfants de 1 jour à 15 ans, habitant une région où l’in¬
dex endémique est élevé (bords du lac Fetzara et rive de la Sev-
bouse), il y a eu 26 résultats positifs, soit 26,5 %. Chez 146 en¬
fants de même âge, habitant des régions où l’index endémique
est faible, nous avons compté 26 résultats positifs, soit 17,8 %.
c. L’imprégnation bacillaire est nulle de 1 jour à 1 an (o réac¬
tion positive chez 32 enfants de cet âge) ; elle se manifeste très
faiblement au cours de la deuxième année (2 réactions positives
sur 26 inoculations) et de la troisième (3 réactions positives sur
fi) Il n’est peut-être pas sans intérêt de noter que ees inoculations contempo¬
raines de deux réactifs différents (virus vaccinal et tuberculine) à un même su¬
jet, ne modifièrent en rien les caractères objectifs des réactions locales corres¬
pondantes ainsi, les pustules vaccinales furent aussi belles chez les tuber-
culinisés réceptifs que chez les non-tuberculinisés.
— 855 —
27 inoculations). Elle s’accentue, au contraire, dès la quatrième.
Le pourcentage des cas positifs passe alors de n à 27, à l’âge
même où l’enfant indigène commence à circuler dans le douar
et à vivre de la vie commune.
d. Les sexes ne sont point égaux devant la tuberculine. 58 gar¬
çons, de 6 à 15 ans, donnent 18 réactions positives; 58 filles de
même âge en donnent 22, soit une différence de 5 pour 100, en
faveur des filles (1).
e. A âge égal, les enfants indigènes réagissent beaucoup moins
que les enfants européens. De 11 à 13 ans, le pourcentage des
cas positifs est de 56,5 pour les premiers, contre 61,5 pour les se¬
conds (2).
/. Le pourcentage des réactions positives se chiffre, • chez les
indigènes villageois, par 42,8; il n’atteint que 21,2 chez les indi¬
gènes ruraux (3). Ce sont donc les indigènes qui vivent le plus
au contact des Européens qui sont le plus infectés.
1
Tuberculose et alcoolisme à la Côte d’ivoire
Par F. SOREL.
En janvier dernier, pour répondre à une demande de M. l’Ins¬
pecteur Calmette, nous avions procédé, chez un certain nombre
d’indigènes, à l’épreuve de la cuti-réaction pour déterminer chez
eux la fréquence de l’infection bacillaire.
L’épreuve avait été faite au village de Mooussou, centre de
3.000 habitants sur les rives du Comoé, près de son embouchure,
à quelques kilomètres de Grand-Bassam.
Sur 405 individus soumis à l’épreuve de la. tuberculine, nous
n’avons trouvé que 12,4 % de résultats positifs.
(1) Cette différence résulte peut-être de la coutume musulmane qui veut
que les filles, à partir d'un certain âge, restent « consignées » au logis.
(2) Les essais comparatifs n’ont porté que sur des enfants de 11 à 13 ans...
La population européenne de Duzerville est fortement éprouvée par la tuber¬
culose pulmonaire.
(3) Les indigènes de la région de Duzerville, tous sédentaires, peuvent être
répartis en deux grands groupes : les villageois et les ruraux. Les premiers
habitent des locaux construits à l’européenne, mais exigus et insalubres. Les
seconds vivent sous le gourbi, déplacé deux fois l’an, au printemps et au
début de l’automne.
856 —
Plus tard, les chiffres que nous avions obtenus ont été compa¬
rés avec ceux de notre camarade Arlo à Bouaké, centre distant
de 350 kilomètres de la côte et où, à ce moment, le rail n’arrivaft
point encore. Or, Arlo n’obtenait que 2 % de résultats positifs.
En mars, nous avons repris à Bassarn même l’expérimentation
sur des indigènes adultes, travaillant: i° au warf, 20 employés
comme manœuvres pour l’Administration ou dans des factore¬
ries, 30 sur des hommes à l’ambulance pour affections chirur¬
gicales, et employés par les Européens sur les chantiers fores¬
tiers.
Nous donnons en un tableau les résultats obtenus:
Donc, à Bassarn, nous avons une moyenne chez le noir de
20,9 % de résultats positifs, chiffre qui tombe à 12 % à Mooussou,
et à 2 % à Bouaké.
Notre confrère Wagon, se livrant à une étude analogue chez les
noirs de la Guinée Française (S. Path. Ex., tome III, p. 21), éta¬
blissait à Kindia un pourcentage de 12 % de réactions positives.
Le noir est donc assez naturellement réfractaire à la tubercu¬
lose, mais je crois que d’ici quelques années il le sera beaucoup
moins; la cause est facile à trouver.
Consultons, en effet, une statistique fournie par le Service des
Douanes et nous donnant le total des importations d’alcool à la
Côte d’ivoire de 1901 à 1911.
Nombre de litres en alcool pur:
Année 1901, 1.406.433 litres.
» 1902, 1. 150. 291 »
» i9°3, I.I50-740 »
» 1904, 1.404.069 >>
» 1905- I.5II.I77 »
» 1906, 1.724.092 »
» 1907, 2.208.834 »
- 857
Année 190S, 1.245.380 litres.
» 1909, 1.252.875 »
» 1910, 1.781.423 »
» 19 1 1 , 2.263.582 »
L’abaissement brusque des importations en 1908-1909 est dit
à l’ application du décret du 30 février 1907, qui a porté le droit
d’entrée de 160 à 200 francs par hectolitre. Mais depuis cette
chute quelle régularité dans l’augmentation de la consommation!
Tant que le chemin de fer actuellement en construction, n’a
pas eu dépassé la zone forestière, l’alcool revenait dans le haut
pays à un prix tel qu’il n’était guère à la portée des bourses
indigènes. La plus grande partie de l’alcool importé était con¬
sommé sur la côte. Il fut un temps où, pour récompenser l’indi¬
gène, on lui donnait des gratifications en alcool de traite, tant
dans les centres urbains que sur les chantiers d’exploitation
forestière. LTne circulaire de M. le Gouverneur Angoulvant a
formellement interdit cette manière de faire vis-à-vis des indigè¬
nes salariés de l’Administration (mai 1910). Néanmoins, l’indi¬
gène a pris le goût et l’habitude de l'alcool, et ce que M. le
Dr Grognier écrivait en 1906: « L’indigène n’abuse de l’alcool
que par intermittence, aussi constate-t-on plus communément chez
lui des accidents aigus, que des cas d’alcoolisme chronique »,
n’est plus exact pour des centres comme Bassam, comme Abid¬
jan, comme Lahou et Aboisso ; en un mot pour toute la région
côtière.
A Bassam, les hommes employés au warf, boivent régulière¬
ment ; j’ai sous les yeux l’exemple des manœuvres employés au
nombre de 200 aux comblements imposés par l’hygiène, et qui
chaque fois qu’ils en trouvent l’occasion s’énivrent et, malheu¬
reusement, l’occasion se présente à eux plusieurs fois par mois
et en général plusieurs jours chaque fois.
L’œuvre d’abrutissement qui se ferait vite dans de telles con¬
ditions est certainement encore précipitée par la qualité des
alcools mis en circulation ! Ce sont surtout, en effet, des geniè¬
vres de Hollande, des rhums d’Angleterre et d’Allemagne, des
mixtures innommables, où, d’après des analyses de M. le Phar¬
macien des Troupes coloniales Finelle, on trouve en notable
quantité du furfurol et de l’aldéhvde ; tous ces alcools proviennent
de produits incomplètement rectifiés.
Et ces alcools de traite forment la plus grande partie du chif-
- 8d8 -
fre des importations. En 1911, par exemple, sur les 2.263.582 li¬
tres d’alcool reçus et consommés, l’alcool de traite entre pour
2.195.066.
Disons en passant que parmi les fournisseurs, la France
figure pour 7.291 litres seulement; l’Angleterre pour 394.444 li¬
tres; l’Allemagne pour 375-576 litres, et la Hollande pour
1.388.583 litres.
Il arrive à la Côte-d’Ivoire sous pavillon allemand des bateaux
appelés ici « Gin-boat » ; leur nom seul précise suffisamment la
qualité du chargement.
De cet empoisonnement systématique des noirs, les résultats
se font maintenant sentir. Sur toute la côte où les cargos débar¬
quent leur frêt, l’alcoolisme devient une habitude et là, comme
en Europe, un danger.
Ce danger frappe tous les yeux et les navigateurs côtiers vous
disent que la superbe race de la côte de Krou, où l’on recrutait
jadis les noirs pour les équipages, n’est plus que l’ombre de ce
qu’elle était il y a 30 ans, et que l’on ne trouve plus d’hommes.
Dans les centres on fait la même constatation désolante, et le
résultat est que chez ces noirs résistant à la tuberculose, où l’on
ne trouvait point d’alcoolique chronique, il y a dix ans, il y a
aujourd’hui 20 % de sujets jeunes en puissance de tuberculose.
Dans les points en dehors des centres européens, et où la popu¬
lation plus occupée à la pêche, à la culture, à l’exploitation pour
leur compte de la forêt, mais où néanmoins les relations assez
faciles avec les traitants, comme à Mooussou, la commodité d’ap¬
provisionnement par le chemin de fer, comme à Kindia (étude
dé M. Wagon) permettent aux indigènes de se livrer suivant la
coutume de l’ancienne école à Vebriari semel in mense ; le
pourcentage des hommes atteints de tuberculose reste à 12 %.
Quant aux points comme Bouaké, où, quand l’étude a été
faite (Janvier 1912), le chemin de fer n’arrivait point encore,
M. Arlo ne trouve que 2 % de réactions positives à la tuber¬
culine.
N’y aurait-il pas là une donnée dont les pouvoirs publics de¬
vraient tenir compte.
Ce que nous voyons en Europe nous montre combien il est
difficile de remonter un courant et de refréner des habitudes
existantes. Mais ne pourrait-on au moins empêcher le mal de se
développer là où il n’existe pas encore, en interdisant, comme
859 —
dans la Nigeria du Nord, le transport des alcools par les voies
ferrées ou en grévant ce transport d’un tarif prohibitif extrême¬
ment élevé.
On pourrait aussi je crois limiter le mal existant en interdisant
aux indigènes d’emporter l’alcool en dehors des factoreries où ils
l’auraient acheté; et en réglementant les quantités que pourraient
en un temps donné débiter les vendeurs.
C’est évidemment formuler une entrave à la liberté commer¬
ciale, mais n’a-t-on pas, et avec sagesse interdit totalement ici
la vente de la poudre et des armes aux indigènes, lorsque l’on
eut compris que c’était à ce prix seulement que serait obtenue la
pacification définitive du pays.
Par cette sage mesure on assurait la possibilité de mise en va¬
leur immédiate de la colonie; en faisant la guerre à l’alcool, on
envisagera le problème beaucoup plus important encore de son
avenir économique en sauvegardant la race même.
Enfin, on devrait interdire d’une façon totale dans nos pos¬
sessions l’importation des alcools de traite qui sont des poisons
dangereux.
(Laboratoire de Bactériologie de Grand-Bassam.
Août 1912.)
— 86o —
Mémoires
Dissémination du bacille de Hansen
par la mouche domestique
Par A. LEBŒUF.
(Mémoire préliminaire.)
Les premières recherches expérimentales sur la possibilité de
la dissémination du bacille de Hansen par les Diptères du genre
Musc a furent faites par la Commission de la lèpre, qui travailla
dans les Indes anglaises il y a vingt ans environ (i). Les mem¬
bres de cette Commission étudièrent io mouches placées sur des
ulcères lépreux à sécrétion très bacillifère: ils rapportent n’y
avoir trouvé aucun bacille de la lèpre.
Corredor (2) rapporte l’histoire d’un Indien vivant avec des
lépreux et sur qui venaient souvent se poser des mouches gor¬
gées sur les ulcères de ces malades: c’est de cette façon, estime-
t-il, que cet homme aurait contracté la lèpre qui évolua chez lui
par la suite.
Joly (3) pense que les mouches souillées par des sécrétions
lépreuses peuvent transporter le bacille à d’autres personnes.
Tucker (4) émet également l’hypothèse que les mouches
jouent un rôle dans la propagation de la lèpre.
Par contre, Smit (5), dans une étude sur la lèpre dans la Répu¬
blique Argentine, dit ne pas croire à la transmission par les
insectes en général.
En 1906, Romer (6) relate avoir trouvé fréquemment chez des
M. domestica prises dans des dortoirs de lépreux des bacilles de
(1) Report of the Commis, in India ( Lancet , 13 mai 1893).
(2) Corrkdor. Rev. Med. de Bogota, 1893, n° 201.
(3) Joly. Arch. de Méd. Nav., 1901. »
(4) Tucker. Indian Lancet, vol. 21, p. 380, 1903.
(5) Smit. Arch. f. Dermat. u. Syphilis, vol. 91, p. 389, 1906.
to) Romer. Cité par Jeanselme, in Lepra, fasc. 3, 1912.
la lèpre, soit isolés, soit groupés en faisceaux caractéristiques.
En 1907, Clift (i) reprend la question de la possibilité du
transport du bacille de Hansen par des mouches infectées sur
des ulcères lépreux.
L’année suivante Wherry(2) montra que M. domestica peut
absorber des bacilles de la lèpre des rats: ces microbes sont
tous rejetés peu de jours après l’ingestion. Il rapporte avoir
trouvé de nombreux acido-résistants semblables au bacille de
Hansen dans une mouche prise sur la figure d’un lépreux.
Duque (3), en 1909, exprime l’opinion que les mouches peu¬
vent convoyer la lèpre.
En 1910, Donald H. Currie, de la Station expérimentale de
recherches sur la lèpre aux îles Hawaï, publia un important tra¬
vail sur la question. Il a opéré avec Musca domestica,' Sarcophci-
ga pallinervis, Sxircophaga barbata, Volucella obesa et une
espèce indéterminée de Lucilie. Il a expérimenté avec le bacille
de Moeller et le bacille de Hansen, mais d’une façon quelque
peu artificielle, en faisant absorber aux mouches une émulsion
de ces bacilles ou en les nourrissant sur des ulcères produits mé¬
caniquement chez des animaux d’expérience et beurrés avec ces
microbes (4). Il a constaté la présence de nombreux bacilles dans
le tube digestif des mouches étudiées, ainsi que dans leurs excré¬
ments. L’expulsion des germes se fait pendant plusieurs jours,
mais en cpiantités décroissantes jusqu’à émission nulle.
Enfin T. Lindsay Sandes (5) rapporte avoir étudié 70 mouches
enfermées au contact d’une surface lépreuse ulcérée de l’avant-
bras et trouvé seulement deux acido-résistants dans l’intestin
d’une de ces mouches, et un acido-résistant dans le tube digestif
d’une autre.
A priori les résultats obtenus par la Commission des Indes et
par T. Lindsay Sandes paraissent un peu singuliers: un insecte
du genre Musca, placé sur un ulcère lépreux dont la sécrétion
est bacillaire, ne peut faire autrement, s’il se nourrit de cette sé¬
crétion, que d’absorber la totalité des éléments microscopiques
qui s’y trouvent contenus; il semble bien qu’il lui est impossi-
(1) Clift. Brit. Med. Journal, 20 avril 1907, p. 931.
(2) Wherry. Journal of trop. Diseases, vol 5, p. 507, 1908.
(3) Duque. Sanidad y Beneficencia Habana juin iqog.
(4) D.-H. Currie. Public. Health and Mar. IIosp Serv. U. S., septembre
1910. .
(5) T Lindsay Sandes. Lepra, fasc. 2, 1911,
— 862 —
ble de pratiquer une telle sélection et de laisser, si je puis m’ex¬
primer ainsi, les bacilles « à la porte ».
D’ailleurs, les constatations de Wherry, de Rômer, de Do¬
nald H. Currie, paraissent assez concluantes à cet égard et mon¬
trent bien, du moins tel est mon avis, que M. domestica peut se
charger de bacilles de Hansen.
Afin de prendre parti dans le débat, je me suis livré à une série
de recherches (qui ne sont d’ailleurs pas encore terminées) et
dont je donnerai, dans les lignes qui suivront, un exposé som¬
maire.
Tout d’abord, j’ai constaté ce fait que les mouches domesti¬
ques se posaient très fréquemment sur les ulcères lépreux lais¬
sés à découvert et cela surtout par les temps chauds et lourds.
Elles paraissaient se nourrir de la sécrétion de ces ulcères, il
était donc indiqué de rechercher quelles pouvaient être les con¬
séquences de ce fait.
Voici quelle a été la technique suivie dans une première série
d’expériences :
i° Vérification de la teneur en bacilles du pus ou de la secré¬
tion des ulcères.
C’est une opération très importante, qu’il ne faut jamais négli¬
ger au cours de semblables recherches, sous peine de s’exposer
à de graves mécomptes: car, s’il existe des pus ou sérosités, pro¬
venant de lépreux, fort riches en bacilles, il en est d’autres, ainsi
que j’ai pu le constater maintes fois (même chez des lépreux tu-
béreux), qui n’en renferment pas ou pour ainsi dire pas. Je n’ai
expérimenté directement que sur des ulcères reconnus constam¬
ment bacillifères.
2° Infestation et capture des mouches. — Pour me placer
d’aussi près que possible dans les conditions naturelles, voici
quel a été le modus jaciendi adopté. Ayant soigneusement repéré
un ulcère' bacillifère, on attendait que des mouches vinssent s’v
poser et on les y laissait tranquilles quelque temps ; puis ces
insectes étaient capturés à la main d’un mouvement rapide et
mis dans des tubes de verre de 35 mm. de haut sur 15 mm. de
large.
30 Dissection de la mouche. — Suivant les cas, frottis du tube
digestif seul, ou bien, en outre, de toutes les parties de l’insecte.
40 Examen des excréments. — J’ai suivi deux techniques.
La première consiste à gratter les excréments déposés sur les
— 863 —
parois du tube de verre avec une aiguille lancéolée, puis à diluer
.sur une lame dans une très faible quantité d’eau le matériel ainsi
-obtenu, sécher, fixer, colorer. Dans le deuxième procédé, mi
dilue l’excrément in situ dans une minime quantité d’eau, on
-aspire le produit de dilution dans une fine pipette, on le dépose
sur une lame et on termine comme ci-dessus.
5° Coloration. — Coloration à chaud à la fuchsine de Ziehl,
-décoloration à l’alcool-çhlorhydrique, recoloration du fond au
bleu de méthylène.
Dans l’exposé qui va suivre « mouche de x heures » signifiera
« mouche disséquée x heures après la capture ».
A) Mouches de 3 heures.
Mouche n° 1. — Bacilles de Hansen indiscutables (j’emploie ce qualifi-
• -catif une fois pour toutes ; il sera sous-entendu chaque fois que le-terme de ba¬
cille de Hansen reviendra au cours de cette étude) rares dans le tube diges¬
tif. — Excréments non examinés.
B) Mouches de 5 heures.
Mouche n° 2. — Bacilles de Hansen très rares dans le tube digestif. —
Excréments non examinés.
Mouche n° 3. — Bacilles de Hansen en excellent état (superbes globi) ex¬
trêmement nombreux. — Toutes les parties de cet insecte ont servi à faire
des frottis : je n’ai pu relever de bacilles de Hansen que dans le tube diges¬
tif. — Excréments non examinés.
Mouche n° 4. — Bacilles de Hansen excessivement nombreux et en par¬
fait état dans le tube digestif. — Excréments non examinés.
Mouche N° 5. - Pas vu de bacilles de Hansen.
Mouche n° 6. — Pas vu de bacilles de Hansen.
Mouche n° 7. — Bacilles de Hansen, rares dans le tube digestif — Ex-
•créments non examinés.
C) Mouches de 7 heures.
Mouche n° 8. — J’ai pratiqué l’examen méthodique avec la platine à deux
directions du frottis fait avec le contenu intestinal de cet insecte et j’ai
compté outre les bacilles isolés, 668 globi en parfait état (bacilles assez
nombreux). — Rien dans les frottis des autres parties du corps de l’animal
Les excréments de cette mouche renfermaient de nombreux bacilles de
Hansen en parfait état.
Mouche n° g. — Bacilles de Hansen rares dans le tube digestif. — Egale¬
ment bacilles rares dans les excréments.
Mouche n° 10. — Bacilles de Hansen, rares dans le tractus digestif.
D) Mouches de 8 heures.
Mouche n° 11. — Dans le tube digestif, bacilles de Hansen nombreux, en
excellent état (éléments isolés et surtout globi).
Rien dans les frottis faits avec les autres parties de la mouche. — Excré¬
ments non examinés.
Mouche n° 12. — Bacilles de Hansen assez nombreux dans le tractus di¬
gestif, non rares dans les excréments.
Mouche n° 13. — Bacilles de Hansen rares dans le tube digestif. — Excré¬
ments non examinés.
— 864 —
E) Mouches de 20 heures.
Mouche n° 14 — Bacilles de Hansen assez nombreux dans le tube digestif,
admirablement colorés. — Bacilles spécifiques non rares dans les excré¬
ments. — Rien dans les frottis faits avec les autres parties de la mouche.
Mouche n° 15. — Bacilles de Hansen excessivement nombreux dans le
tractus intestinal : j’ai compté jusqu’à 14 globi dans un champ d’immersion.
Les excréments renfermaient de très nombreux bacilles.
F) Mouches de 21 heures
Mouche n° 16. — Bacilles de Hansen assez nombreux dans le tube intes¬
tinal de cet insecte.
Bacilles spécifiques non rares dans les excréments.
Rien dans les frottis faits avec les autres parties du corps de la mouche.
Mouche n° 17. — Bacilles de Hansen assez nombreux dans le tube intes¬
tinal, assez nombreux dans les excréments.
G) Mouches de 24 heures.
Mouche n° 18. — Quantité énorme de bacilles de Hansen dans l’intestin.
Bacilles assez nombreux dans les excréments examinés.
Mouche n° 19. — Bacilles de Hansen nombreux dans le tube digestif, assez
nombreux dans les excréments.
Mouche n° 20. — Pas vu de bacilles de Hansen dans le tube digestif. —
Excréments non examinés.
Mouche n° 21. — Pas vu da bacilles de Hansen dans le tube digestif.
Mouche n° 22. — Bacilles de Hansen assez nombreux dans le tractus in¬
testinal. — Rien vu dans les frottis faits avec les autres parties du corps de
la mouche. — Excréments non examinés.
H) Mouche de 36 heures.
Mouche n° 23: — Bacilles de Hansen rares dans le tube digestif ; très nom¬
breux dans les déjections:
Dans une deuxième série d’expériences, je me suis proposé
d’étudier le contenu du tube digestif de mouches capturées au
hasard dans l’infirmerie de la section des libérés à l’île aux Chè¬
vres. Dans cette pièce, les deux jours pendant lesquels ont été
faites les captures, il y avait le malade qui a servi aux expérien¬
ces précédentes, plus trois sujets ayant un mucus nasal riche eu
bacilles.
Par ailleurs, même technique que pour les expériences rela¬
tées ci-dessus.
Mouche n° 24 — De 24 heures. — J’ai examiné systématiquement la pré¬
paration faite avec le tube intestinal de ce Diptère et compté 204 globi (caté¬
gorie « non rares ») — Bacilles également non rares dans les déjections.
- 865 —
Mouche n° 31. — De 10 heures. — Bacilles de Hansen asez nombreux
dans le tube digestif, un peu moins nombreux dans les déjections.
Mouche n° 32. — De 22 heures. — Pas vu de bacilles de Hansen.
Comme témoins pour ces expériences, j’ai disséqué et étudié
le tube digestif de 8 Musc a domestica capturées dans mon labo¬
ratoire à Nouméa: je n’ai pu y déceler aucun microbe ressem¬
blant au bacille de Hansen.
Dans une troisième série d’expériences pratiquées à la léprose¬
rie pénitentiaire des îles Bélep, j’ai examiné le tube digestif de
36 mouches domestiques capturées dans une pièce à usage d’in¬
firmerie, renfermant 4 malades excessivement avancés, dont cer¬
tains présentaient des ulcérations suppurées des orifices des fos¬
ses nasales (sur lesquelles M. domestica paraît tout particulière¬
ment se complaire). Dissection pratiquée immédiatement après la
capture.
J’ai enregistré 19 résultats positifs: dans 3 cas les bacilles de
H ansen étaient en nombre absolument formidable et en aussi bon
état que possible. Il est de toute évidence (si l’on se reporte aux
résultats de ma première série d’expériences) que ces insectes
eussent éliminé des matières excrémentitielles de la plus grande
richesse en B. leprae.
Je considère donc comme évident que M. domestica est un
aqent extrêmement actif de dissémination du bacille de Hansen.
Mais dans quelles conditions se fait cette dissémination, c’est-à-
dire: i° Quels sont les malades susceptibles de fournir aux mou¬
ches des éléments d’infestation? 20 A quelle distance l’insecte
paraît-il pouvoir pratiquement convoyer le bacille?
A la première de ces questions je crois pouvoir répondre très
affirmativement que seuls sont à craindre, dans cet ordre d’idées,
les lépreux présentant des lésions ouvertes, car, aussi bien dans
les pièces ne renfermant que des lepreux nerveux ou des malades
présentant seulement des macules bacillifères, mais à tégu¬
ments intacts, je n’ai pu capturer de mouches renfermant le ba¬
cille spécifique (29 examens).
Pour, tâcher de résoudre le deuxième problème, j’ai disséqué le
tube digestif de 23 mouches domestiques recueillies dans la
maison que j’occupais aux îles Belep, laquelle était situee a
150 mètres à peine des pavillons servant d’infirmerie (locaux
réservés aux lépreux très avancés). Chez aucun de ces Diptères
je n’ai pu déceler la présence du bacille de Hansen. Il semble
— 866 —
donc que la dissémination ne puisse se faire que dans un rayon
assez limité autour du malade.
Musca domestica a certainement une grande puissance de vol,,
mais il est probable que, du moment où elle s’est attaquée à un
lépreux présentant des ulcérations, elle reste dans ses environs
immédiats, le harcelant d’autant plus facilement que, la plupart
du temps, l’insecte peut se repaître sans que le malade, dont les
ulcères bacillifères sont presque toujours insensibles, puisse s’en
apercevoir.
a
D’autre part, il ne paraît pas y avoir multiplication à propre¬
ment parler du microbe dans l’intestin de la mouche: le nombre
de bacilles que l’on y rencontre doit être rigoureusement propor¬
tionnel au nombre des microbes absorbés. Dans des expériences
ultérieures je vérifierai ce point de façon précise et je recher¬
cherai si, comme le disent Wherry et Currie, l’élimination est
totale en peu de jours.
Une question des plus intéressantes à résoudre serait de déter¬
miner si les bacilles de Hansen observés dans le tube digestif des.
mouches et dans leurs excréments sont encore vivants. Tant que
la question de la culture de ce bacille n’aura pas été résolue d’une
façon définitive, il sera bien difficile de donner une réponse fer¬
me. Toutefois, l'excellent état extérieur des microbes, leur homo¬
généité, leur parfaite aptitude à la coloration et, plus encore, un
allongement de quelques éléments hors des globies , sorte de cul¬
ture en réduction, laissent à présumer qu’ils ont conservé toutes
leurs propriétés vitales.
S’il m’est permis de raisonner par analogie, je rappellerai que
JIeiser (i) a constaté que les bacilles de Koch trouvés dans les
excréments de mouches nourries sur des crachats tuberculeux y
étaient encore parfaitement vivants.
Tout semble donc plaider en faveur de la vitalité des bacilles
de Hansen observés dans les fèces de M. domestica nourries
sur des sécrétions lépreuses.
Je crois (il ne s’agit ici, je le répète, que d’hypothèses) que
l’on peut parfaitement concilier le rôle de la mouche domestique
comme agent d'e dissémination du virus lépreux avec les don¬
nées épidémiologiques. Il apparaît, en effet, que dans l’immense
majorité des cas (pour ne pas dire dans tous) la lèpre se contracte
(i) Report of Bur. of Philip. Islands, 190g..
— 867 —
dans le voisinage immédiat du lépreux. Or, je crois que la mou¬
che reste près du lépreux où elle trouve une facile et abondante
nourriture : ceci me semble bien confirmé par le fait, relaté ci-des¬
sus, que je n’ai pu trouver de bacilles de Hansen chez les Diptè¬
res capturés dans la maison que j’habitais à l’île Art.
Et pour moi (je passe ici sur de nombreux points de détail qui
seront discutés dans un mémoire plus complet) la contamination
pourrait se faire de la façon suivante: pendant le sommeil d’un
sujet sain, vivant à côté d’un lépreux à lésions ouvertes et bacil¬
lifères, des mouches infestées viendraient se poser sur ses mu¬
queuses (orifice nasal, etc.) ou sur des excoriations ou des plaies
cutanées et y déposeraient avec leurs déjections le bacille spéci¬
fique en même temps que les autres espèces bactériennes conte¬
nues dans l’intestin des mouches, lesquelles pourraient jouer un
rôle favorisant.
Ce mode de contamination n’exclut nullement, bien au con¬
traire, la contagion directe par contact immédiat avec le lépreux
ou un objet venant d’être souillé par lui.
Dans les deux cas, d’ailleurs, c’est toujours la même catégo¬
rie de malades, les hanséniens à lésions ouvertes, qui seraient à
redouter, et la prophylaxie resterait sensiblement la même, tout
en se précisant, c’est-à-dire en innocentant toute une catégorie
de lépreux.
Quoi qu’il en soit, et sans entrer pour le moment dans de plus
amples détails, le rôle de la mouche domestique serait parfaite¬
ment en rapport avec cette constatation épidémiologique que la
lèpre fuit devant le développement de l’hygiène générale et de
la propreté individuelle.
Il était à présumer que d’autres espèces du genre Musca pou¬
vaient se comporter de la même façon (cela semble bien découler
des recherches de Currie). Dans cet ordre d’idées j’ai disséqué
2 Lucilies, sp ?, prises sur le malade de la première série d’expé¬
riences: chez l’une j'ai trouvé 4 globi et chez la seconde, outre
des bacilles isolés, une vingtaine de globi en excellent état. Je
n’ai pas poursuivi davantage dans cette direction, me trouvant
assez fixé par cette constatation et, d’autre part, ayant remarqué
que les M. domestica constituaient l’immense majorité des Dip¬
tères volant autour des ulcères, du moins dans les conditions où
je me trouvais pour observer.
En conclusions:
— 868 —
i° Musca dôme stic a peut absorber d’énormes quantités de ba¬
cilles de Hansen en se nourrissant sur des ulcères lépreux bacilli¬
fères.
2° Les bacilles de Hansen peuvent se retrouver en abondance
et en excellent état apparent dans les déjections des M. domes-
tica ainsi infestées.
3° Il ne paraît pas y avoir à proprement parler multiplication
du bacille dans le tube digestif de M. doviestica, mais le microbe
ne semble pas y dégénérer.
4° M. doviestica joue peut-être un rôle important dans la pro¬
pagation de la lèpre en déposant ses excréments sur certaines
muqueuses ou des plaies de la surface cutanée de personnes sai¬
nes vivant au voisinage immédiat de lépreux présentant des lé¬
sions ouvertes et bacillifères.
Mission d’études de la lèpre en Nouvelle-Calédonie.
(Septembre 1912.)
0
Maladies voisines de la malaria en Russie
Kala-azar, fièvre de Malte, etc.
Par E. I. MARZINOWSKY.
On connaît actuellement, à côté de la malaria, quelques mala¬
dies qui lui ressemblent par leur aspect clinique et qui en diffè¬
rent néanmoins par leur étiologie.
On peut les diviser en 3 groupes: Dans le premier rentrent les
maladies à agents pathogènes inconnus, par exemple la fièvre
jaune, la pappataci et vraisemblablement quelques autres en¬
core. Le deuxième groupe comprend les maladies à protozoaires,
telles que trypanosomiase humaine, kala-azar, anémie splénique
infantile. Enfin, le troisième groupe est constitué par des mala¬
dies bactériennes dont l’unique représentant actuellement connu
■est la fièvre de Malte.
En Russie, quelques-unes des maladies précédentes ne se ren¬
contrent pas, comme par exemple la fièvre jaune. Pour les au¬
tres, on a signalé quelques cas isolés. On peut croire néanmoins
•que ces maladies sont plus fréquentes au moins dans la Russie
— 869 —
méridionale, et qu’elles ont pu échapper à l’observation parce
qu’elles sont inconnues des médecins. En effet, grâce à l’intérêt
qu'a suscité en Russie la malaria dans ces derniers temps, on a
commencé à publier de nouveaux travaux sur les maladies voisi¬
nes de la malaria.
On a des raisons de supposer que dans quelques localités du
sud et du sud-ouest de la Russie se rencontre 'a pappataci. Dans
la région du Caucase, il semble exister quelques cas isolés de try¬
panosomiase humaine. Ainsi, en 1904, nous avons trouvé des
trypanosomes dans le sang d’un malade atteint d’accès fébri¬
les (1). Nous n'avons pas étudié ce cas dans tous ses détails, par
suite de la disparition du malade. 11 est infiniment probable que
nous avons rencontré le trypanosome tout à fait par hasard ; ce¬
pendant, il n’est pas impossible que nous nous soyons trouvé en
présence d’un cas de maladie du sommeil à la période fébrile. Il
existe encore dans certaines localités du Caucase quelques des¬
cendants des nègres qui ont été amenés de l’Afrique à une épo¬
que très éloignée et qui ont pu apporter avec eux la maladie du
sommeil.
En laissant de côté la question de la trypanosomiase, qui doit
être rèservee, nous exposerons maintenant les cas de Leishma¬
niose signalés en Russie.
En 1903, Leishman a remarqué le premier sur les frottis de rate
d’un soldat mort de doum-doum la présence de parasites parti¬
culiers que Donovan a étudiés plus tard et qui sont connus ac¬
tuellement sous le nom de Leishmania Donovani. Pianese a trou¬
vé sur des frottis de rate d’un enfant atteint d’anémie splénique
infantile des parasites analogues, désignés plus tard sous le nom
de Leishmania infantum.
Nous n’avons pas à insister ici sur les détails cliniques de ces
deux formes de maladies. Signalons seulement que l’on connaît
actuellement des cas de Leishmaniose non seulement chez l’en¬
fant, mais encore chez l’adulte (Gabbi, Kalatchnikoff, etc.).
Nous pouvons en conclure que les leishmanioses s’observent à
tout âge. Les différences cliniques que l’on constate chez les ma¬
lades peuvent dépendre des réactions particulières de l’organis¬
me chez l’enfant et chez l’adulte.
Le kala-azar est connu depuis longtemps comme maladie endé-
(1) Les préparations du sang- de ce malade ont été présentées à la société
bactériologique de Moscou.
r*9
— 870 —
mique aux Indes et spécialement en Assam, aux pieds des monts
Himalaya. Il se rencontre également dans d’autres pays, comme
Ta Chine, Ceylan, le Soudan, etc.
L’anémie splénique infantile est décrite comme maladie para¬
sitaire en Italie, en Espagne, en Grèce, dans le nord de l’Afri¬
que et dans tous les pays où le kala-azar existe à l’état endémi¬
que.
Dans les départements du sud et du sud-est de la Russie, les
ras de splénomégalie fébrile dans lesquels on n’a pu trouver les
parasites de la malaria ont cléjà attiré l’attention des observa¬
teurs. Les travaux de Donovan et de Pianese ont donné une im¬
pulsion nouvelle aux recherches entreprises sur ces affections.
On a déjà signalé quelques cas de kala-azar en Russie. Nous
avons publié le premier cas; le professeur Nikoforoff le deu¬
xième. Le troisième appartient au Dr Ivalatchnikoff ; le qua¬
trième au professeur Petroff. Enfin, il existe quatre cas encore
inédits du Dr Gourko. Ajoutons encore ici un cas d’anémie splé¬
nique infantile signalé à Taschkent et qui a été décrit en Alle¬
magne par Sluka et Zarfl.
Il ne nous est pas possible de décrire en détail tous ces cas.
Nous n’étudierons ici à titre d’exemple qu’un cas personnel, en
ugnalant au passage les particularités des autres.
Chez notre malade, par l’interrogatoire de la mère et l'examen
de l’enfant malade, nous avons pu éclaircir les points suivants.
Malade Ch... N..., petite fille d’un an et g mois, troisième en¬
fant né à terme. La dentition apparaît à 1 an. Croissance nor¬
male pendant les quatre premiers mois. Vern le cinquième et
sixième mois on constate de légers troubles intestinaux, accom¬
pagnés de forte fièvre, disparus en quelques jours. Quelque
temps plus tard la mère remarque une augmentation progressive
du volume de l’abdomen.
En ce qui concerne les autres enfants, un des frères de la petite
malade est mort en 3 jours d’une fièvre typhoïde (?), un autre
a été gravement malade pendant un mois et demi ; il s’est ensuite
rétabli et ne présente actuellement aucun symptôme morbide.
La malade est chétive, se nourrit mal ; la peau et les muqueu¬
ses sont décolorées; l’enfant ne peut pas se tenir sur les jambes
et maintient difficilement sa tête. Les mamelons sont rétractés.
La dentition est retardée. Il existe en bas et du côté gauche, 2 in¬
cisives et 2 molaires; en haut une seule molaire. En un mot l’en-
Ç
— 871 —
faut semble avoir subi un retard dans son développement et ne
sait prononcer que trois ou quatre mots. L’abdomen est très dis¬
tendu. Les veines superficielles de l’abdomen et du thorax sont
fortement dilatées et sont très apparentes sur le fond pâle des
téguments. La rate hypertrophiée occupe presque toute la moi¬
tié gauche de la cavité abdominale (voir photographie) ; à la per¬
cussion, le bord supérieur de cet organe atteint la huitième côte;
l’inférieur descend jusqu’à trois travers de doigt au-dessous de
l’ombilic. A la palpation, la rate est ferme, ses bords sont régu¬
liers et sans bosselures. Grâce à l’atonie de la paroi musculaire
de l’intestin et à l’existence d’une faible ascite, la rate est per¬
ceptible dans toute son étendue.
Le bord inférieur du foie descend faiblement en .dessous du
rebord costal. La consistance du foie est ferme, sans bosselures.
Son bord supérieur est normal.
Les reins ne sont pas perceptibles.
Système circulatoire. — La zone de matité cardiaque n’est pas
augmentée. Les bruits du cœur sont assourdis ; pas de bruits
anormaux. On constate une tension faible du pouls ; 90 pulsa¬
tions par minute.
Système respiratoire. — Dyspnée légère. Pas de toux. Aux
deux bases du poumon quelques râles de congestion. Pas de suf¬
focation.
L’enfant va à la selle normalement, Urines normales.
L’examen microscopique du sang a révélé : hémoglobine.
58 %; érythrocytes, 2 millions 400.000; leucocytes, 1.660. Rap¬
port des leucocytes aux érythrocytes = 1/240. Index colorimé-
trique = 1.
Erythrocytes. — Faible poïkilocytose (peu de poïkilocytes),
quelques microcytes. Pas d’hématies nucléées.
Leucocytes. — Non modifiés; formule leucocytaire: polynu¬
cléaires neutrophiles, 50 % ; lymphocytes, 46 % ; formes de tran¬
sition, 3,5 % ; éosinophiles, 0,5 %.
Soupçonnant le caractère infectieux de la maladie, nous avons
fait une ponction de la rate. Dans ce but, l’enfant a été couché
sur le côté gauche et la rate immobilisée fortement contre la pa¬
roi abdominale. L’emplacement de la ponction a été soigneuse¬
ment désinfecté. Nous avons pratiqué la piqûre en dessous du
rebord costal. Après la ponction l’enfant est resté couché 1/2 h.
sur le côté pour que la rate appuyant ainsi contre la paroi abdo-
minale puisse arrêter -la faible hémorragie qui pouvait se pro¬
duire.
Dans le sang de la ponction nous avons rencontré un grand
nombre de parasites ressemblant à Leishmania Donovani et à
Leishmania trop ica, cependant de plus faibles dimensions. Ils.
étaient tantôt ovales, tantôt piriformes, avec une extrémité par¬
fois très effilée. Le protoplasme homogène et granuleux se colo¬
rait en bleu pâle après Giemsa. Le noyau d’un rouge violet, rond,
se trouve en général à la périphérie du parasite et du côté le plus
épais chez les individus piriformes. Le blépharoplaste est le plus
souvent des plus nets, prenant plus fortement la matière colo¬
rante que le noyau et se présente sous forme d’une petite sphère
ou d’un bâtonnet. Quelquefois, on trouve des formes en division ;
le parasite se divise directement en 2 parties égales. Peu de pa¬
rasites sont à l’état libre. La plupart sont inclus dans les mono¬
nucléaires ou les cellules endothéliales, où on ne peut les distin¬
guer qu 'après une bonne fixation et une coloration convenable.
Malheureusement, nous n'avons pas réussi des cultures de ce
parasite, la ponction n’ayant amené qu’une petite quantité de
sang. Le traitement pratiqué au moyen d’injections sous-cuta¬
nées d’atoxvl n'a pas donné de résultats appréciables et la fil¬
lette est morte au bout de 3 mois.
Quant aux autres cas observés en Russie, il faut d’abord noter
que cette maladie a été rencontrée à des âges très différents, 1 à
19 ans (cas du Dr Gourko). Les manifestations cutanées ont fait
défaut dans presque tous les cas et ce n’est que chez le malade du-
Dr Gourko que les 2 mollets étaient couverts de taches pigmen¬
tées, traces d’une éruption ancienne. La rate était toujours hv- .
pertrophiée et descendait parfois dans le petit bassin. Pour ce
qui est des parasites eux-mêmes, ils étaient plus petits comparés
aux autres espèces de Leishmania. Quelques frottis de rate mon¬
traient, en quantité notable, des parasites déjcà morts, mais recon¬
naissables encore, malgré la destruction complète de leur proto¬
plasme, à la disposition typique du noyau et du blépharoblaste.
Bien que cette maladie se rencontre en Russie dans des pays
très différents par leur situation géographique, son foyer prin¬
cipal est le Caucase et la région transcaspienne. Pendant le court
séjour fait par le Dr Gourko à Tiflis, ce dernier a pu observer
quatre cas de cette maladie.
— 873
Il y a des raisons de croire que cette maladie y est fréquente,
mais qu’elle est confondue avec le paludisme.
Bien que Ch. Nicolle ait montré que le chien joue un rôle
dans la propagation de cette maladie, nous ne devons cependant
pas nier le rôle des insectes dans la transmission de l’infection du
chien à l’homme. Contre cette dernière manière de voir parlent
les recherches de Franchi, d’après qui les Leishmania périssent
dans le tube digestif des puces, des poux et des punaises. Scor-
do note que les Leishmania périssent dans les milieux de culture,
si ils sont ensemencés soit avec les microbes du tube digestif des
poux et des punaises, soit lorsqu’on ajoute aux milieux du suc
intestinal de ces insectes. Cependant C. Basile a montré que la
leishmaniose est transmise de chien à chien par la piqûre des pu¬
ces ( Pulex serratipes). En effet, il a trouvé, dans le tube digestif
de ces insectes, tous les stades de développement des parasites
■que l’on rencontre chez eux non seulement au printemps, mais
encore en hiver. Cet auteur pense que la leishmaniose se transmet
d’homme à homme par piqûres de Pulex irritans, bien qu'il ne
soit pas encore arrivé à mettre en évidence chez ces insectes les
parasites en question.
Il est possible que l’homme s’infecte de leishmaniose par la
piqûre des puces du chien ( Pulex serraticeps).
La leishmaniose du chien a été décrite dans la Transcaucasie
par le vétérinaire Djounkowsky, et cette maladie n’v est pas rare
(les chiens malades se reconnaissent à leur maigreur malgré leur
grand appétit et même leur voracité. Quelquefois on rencontre
des plaies chez ces animaux). Il est vrai que l’on ne connaît pas
encore à quelle espèce de Leishmania appartiennent les parasi¬
tes des chiens, d’autant plus que dans cette localité (Elisabeth-
pol) le bouton d’Orient existe à l’état endémique. Actuellement
l’étude du kala-azar à Tif lis est à l’ordre du jour et pratiquée de
tous côtés et l’éclaircissement de cette question est très proche.
*
* *
Fièvre de Malte. — Jusqu’à ces temps derniers cette maladie
n’était pas signalée en Russie, mais il existe beaucoup de faits
qui permettent de croire que la fièvre de Malte sévit sur la côte
de Crimée et en Caucasie. Il est infiniment probable que les
quelques cas de fièvre épidémique signalés en Crimée appartien¬
nent à la fièvre de Malte. Nous avons décrit le premier cas indis-
874 —
cutable de cette maladie en Russie. Il s’agissait d’un journalier
du Gouvernement de Vologda, qui est entré à l’hôpital de l’Em¬
pereur Paul Ier, à cause d'un amaigrissement progressif et d’un
ictère des téguments. Il se croyait malade depuis deux ans et,
avant cette date, avait souffert à plusieurs reprises d’accès de
fièvre.
Voici le résumé de l’histoire clinique du malade, due à l’obli¬
geance du Dr Makhotixe. A part le teint ictérique de la peau, de
la sclérotique et des muqueuses, on note une hypertrophie nota¬
ble de la rate, qui est assez ferme et descend au-dessous de l’om¬
bilic. Le malade admis à l'hôpital le 5 mars, présentait un état
général assez bon bien qu’il fût inquiété un peu par la tempéra¬
ture élevée et les sueurs nocturnes. A l’examen du sang, fait à
plusieurs reprises, il n’a pas été décelé de parasites de la mala¬
ria. Le malade a été traité par injection sous-cutanée d’arsenic.
Le 21 mars, il a ressenti des douleurs très vives dans les articu¬
lations tibio-tarsiennes, lesquelles tout en diminuant quelquefois
d’intensité ont persisté jusqu’à la mort. Le 4 avril, les mollets ont
présenté des ecchymoses cependant que les douleurs au pied de¬
venaient si intenses que l’on a été obligé de soulager le malade
par des injections sous-cutanées de morphine. Le 27 avril appa¬
raît de l’ascite; le 3 mai, une tuméfaction du côté droit du pha¬
rynx, sans fausses membranes, et de l’œdème marqué de l'œil
droit. Le malade est mort le 3 mai avec des phénomènes de dé¬
faillance cardiaque.
La température ne présentait, pendant les premiers temps du
séjour du malade à l’hôpital, que des oscillations légères, de
370, 2 à 370, 4; parfois elle est montée et dépassait 37 °, 6. A par¬
tir du 6 avril elle était de 37°,2 le matin et de 38°, 5 le soir; les
3 derniers jours elle atteignait 39°,ô.
A l’autopsie on a fait les constatations suivantes: teinte ictéri¬
que de la peau et des muqueuses, dilatation et catarrhe de l’es¬
tomac, légère hypersplénie; la rate coupée est pâle à cause de
l’anémie; poids de cet organe: 720 g.; dimensions: 21 cm. de
long, 14 cm. de large, 5 cm. ,5 d’épaisseur. Altérations du mus¬
cle cardiaque, du foie et du rein. Sur les frottis de rate, on a
trouvé un grand nombre de petits cocc.i, en partie phagocytés;
on rencontre souvent des formes d’involution. Ce microcoque est
immobile, ne prend pas le Gram. Les cultures faites avec le sang
et la rate du cadavre n’ont rien donné, probablement parce que
l’autopsie a été faite trop tard (plus de 24 heures après la mort).
Le sérum de ce malade a agglutiné pi'esqu’ instantanément le
microcoque de la fièvre de Malte à 1/200®. A 1/500® l’agglutina¬
tion s’est faite en 15 minutes.
Les expériences de contrôle d’agglutination du microcoque
avec le sérum de sujets sains ou de sujets atteints de fièvre ty¬
phoïde ou de syphilis ne donnaient pas de résultats positifs au-
dessus de la dilution de 1/30®; des résultats analogues ont été
obtenus par L. Nègre et M. Raynaud, qui n’ont jamais noté
d’agglutination au-dessus de i/iooe. L’examen microscopique
des coupes de rate a montré surtout un développement très mar¬
qué de jeunes tissus inflammatoires. On y voyait un grand nom¬
bre de microcoques, tantôt réunis à l’état libre en amas, tantôt
englobés par les phagocytes.
Un grand nombre de grands macrophages renfermaient, dans
leur protoplasme, en plus des microbes, quelques érythrocytes
(8-10); ce sont les cellules globulifères de Carbone et Canaciolo.
Le résultat des examens bactériologiques et les lésions anatomo¬
pathologiques des organes internes ne laissent aucun doute que
nous avons affaire dans ces cas à la fièvre de Malte.
Nous avons communiqué ce cas au Congrès des médecins du
Caucase, tenu à Tiflis. Notons encore 2 cas de fièvre de Malte
observés par le b)r Ivramnik, dans la région transcaspienne. Le
sérum d’un de ces malades a agglutiné le microcoque à 1/50®;
celui du 2e à i/iooe. Bien que le titre de l’agglutination ne soit
pas très élevé, le tableau clinique de ces 2 cas nous permet de les
considérer comme deux cas de fièvre de Malte.
En résumé, nous sommes convaincus que l’attention attirée
chez nous vers l’étude du paludisme, provoquera également
beaucoup de recherches sur d’autres maladies de ce type, qui
ne sont certainement pas très rares en Russie.
Explication des planches.
Microphotographies faites d’après des préparations au Giemsa ; grossis¬
sement 1100.
1. Leishmania Donovani. (Kala-azar), frottis de rate, d’après une prépara¬
tion de Donovan. On voit 2 parasites dont un à l’intérieur d’un débris pro¬
toplasmique.
2. Anœmia splenica infantum. (Cas personnel).
3. Leishmania tropica. (Bouton d’Orient).
4. Leishmania infantum. Dans le sang obtenu par ponction de rate. Les pa¬
rasites se trouvent dans le protoplasme du macrophage.
5- Leishmania infantum. Frottis de rate (cas du Professeur Nikiforoff).
876 —
6. Leishmania infantum. Parasite du sang (ponction de rate) ; un parasite en
division.
7. Frottis de rate. Dans un cas de fièvre de Malte. Nombreux cocci dissémi¬
nés sur toute la préparation. On voit au centre un macrophage renfer¬
mant dans son intérieur des microcoques ; Gemsa.
8. Même cas. Coloration double au Gram et à la Fuchsine.
9. Coupe de rate. Développement intense de jeunes tissus inflammatoires ;
on voit au centre une tâche qui représente un amas de microbes autour
duquel les lésions inflammatoires sont très faibles. Giemsa ; grossissement
300.
10 et 11. Même préparation vue au fort grossissement 1100.
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E. I. Marzinowsky.
Planche XXIII.
Planche XXIV
E. I. Marzinowsky
Essais d’immunisation contre
des trypanosomes pathogènes
Par A. LAVERAN.
Les essais d’immunisation contre des trypanosomes pathogè¬
nes au moyen de trypanosomes morts n’avaient donné jusqu’ici
que des résultats nuis ou très imparfaits. Dans ces derniers
temps, Schilling d’une part, Braun et Teichmann d’autre part,
ont annoncé qu’ils avaient réussi, en modifiant la technique sui¬
vie par leurs prédécesseurs, à immuniser, par ce procédé, diffé¬
rents animaux contre plusieurs espèces de trypanosomiases. Les
expériences publiées par ces observateurs m’ont vivement inté¬
ressé et je me suis proposé de les répéter.
Dans cette première note, je résumerai les expériences d’im¬
munisation que j’ai faites en suivant le procédé préconisé par
Schilling; je donnerai ensuite les résultats d’essais d’immunisa¬
tion à l’aide de trypanosomes sensibilisés. Dans une note ulté¬
rieure, je résumerai des expériences en cours sur le procédé d’im¬
munisation de Braun et Teichmann.
T. — Essais d’immunisation des souris contre le Tr. Brucei
et le Tr. rliodesiense par le procédé de Schilling.
Schilling a emplové, pour ses expériences, des Tr. Brucei,
tués par l’émétique; dans une solution d’émétique à i p. 2.000
ces trypanosomes sont tués, dit-il, au bout de 2 heures.
Les rats dont le sang fourmille de trypanosomes sont saignés
dans du bouillon auquel on a ajouté 2 p. 100 de citrate de soude.
Dans ce liquide, les trypan. vivent pendant plusieurs jours, alors
que, dans l’eau physiologique citratée, ils meurent au bout de
quelques heures. On précipite les hématies en centrifugeant fai¬
blement au moven d’un centrifugeur à main. Le liquide trou¬
ble qui surnage est aspiré et mélangé, à parties égales, avec du
bouillon dans lequel on a dissous de l’émétique à la dose de
1 p. 700. On centrifuge au moyen du centrifugeur électrique; le
culot est mélangé à un peu de bouillon et, après deux heures au
moins, il est employé pour les vaccinations.
On injecte à des rats, dans le péfitoine, o cm3, 50 à 2 cm3, de ce
liquide et, dans les jours suivants, on constate une immunité non
douteuse contre les inoculations virulentes. Quand l’infection se
produit, c’est avec un grand retard sur les témoins. Chez la plu¬
part des animaux, une seule vaccination suffit pour donner l’im-
munité contre une série de réinfections.
Le sérum des rats immunisés protège les souris contre le na-
gana lorsqu’il est injecté dans le péritoine à la dose de 1 cm3, en
mélange avec le virus.
Schilling a expérimenté aussi sur le chien et sur le cheval.
Chez les chiens, après une seule injection de l’antigène (try¬
panosomes tués par l’émétique), on peut constater l’existence
d’anticorps; la durée de l’incubation et celle de l’infection sont
plus longues chez les souris qui ont reçu du sérum des chiens
traités, en même temps que du virus, que chez les souris té¬
moins.
J’ai expérimenté le procédé de Schilling dans les infections
produites par le Tr. Brucei et par le Tr. rhodesiense ; j’ai suivi
exactement ses indications, à cela près que j’ai dû augmenter la
dose d’émétique dans le bouillon et la durée de l’exposition des
trypan. à l’action de ce médicament, après avoir constaté que des
trypan. qui avaient séjourné pendant 2 heures dans une solution
d’émétique à 1 p. 2.000 étaient encore très mobiles. Dans un tra¬
vail postérieur à celui qui est cité plus haut, Schilling conseille
d’ailleurs d’employer une solution d’émétique à 1 p. 400, qui est
mélangée, à parties égales, au liquide tenant en suspension les
trypan. d’où une dilution à 1 p. 800 qui doit agir pendant
2 heures (2).
Les expériences d’immunisation que j’ai faites avec le Tr.
Brucei, ont donné des résultats très peu favorables.
12 souris blanches ayant reçu chacune à cinq reprises, dans le
péritoine, des Tr. Brucei en grande quantité, tués par l’éméti¬
que, inoculées ensuite sous la peau avec du sang virulent très
dilué, se sont infectées et sont mortes comme les témoins, en
général avec un léger retard sur ces derniers.
Le Tr. Brucei, qui a servi à mes expériences est le trypano¬
some du nagana, qui a été qualifié par le Prof. Ehrlich de fc~
(1) Cl. Schilling, Deutsche mecL. Wochcnschr. , 1912, N° 1.
(2) Cl. Schilling, Deutsche med. Wochenschr., 22 août 1912.
— 879 —
rox; Schilling n’ indique pas, malheureusement, de quel virus il
a fait usage.
Mes expériences avec le Tr. rhodesiense ont donné des résul¬
tats plus satisfaisants.
Première expérience. — Le Ier mars 1912, à 9 h. du matin,
un rat infecté avec le Tr. rhodesiense, et ayant des trypan. très
nombreux, est saigné. La sérosité trouble provenant d’une pre¬
mière centrifugation est mélangée à du bouillon émétisé et mise
à la glacière. Le Ier mars, à 3 heures du soir, on centrifuge le li¬
quide et le culot, mélangé à un peu d’eau physiologique, est ino¬
culé dans le péritoine de 2 souris.
Souris 1. — Elle ne s’infecte pas à la suite de la première inoculation pra¬
tiquée le ier mars. Deux autres inoculations sont faites les 9 et 14 mars, dans
les mêmes conditions que la première. Le 17 mars, la souris qui ne s’est pas
infectée est inoculée sous la peau avec du sang très dilué d’un rat infecté
de Tr. rhodesiense. Du 19 au 21 mars, les examens du sang sont négatifs ;
le 22, on note des trypan. très rares et le 24 des trypan. très nombreux. La
souris meurt le 26 mars.
Souris 2. — La souris est inoculée à trois reprises, les Ier, 9 et 14 mars,
comme la souris n° 1, avec des Tr. rhodesiense traités par le bouillon émétisé.
Le 17 mars, la souris qui n'a pas montré de trypan. est inoculée avec du sang
très dilué d’un rat infecté de Tr. rhodesiense ; elle ne s’infecte pas, alors
qu’une souris témoin qui a reçu, le 17 mars, la même dose de virus que les
souris 1 et 2 a, le 21 mars, des trypan. assez nombreux et meurt le 22 mars
avec des trypan. très nombreux.
Le 8 avril, la souris 2 est réinoculée avec le Tr. rhodesiense (sur souris) ; le
12 avril, on trouve dans son sang des trypan. assez nombreux et le 13 des
trypan. très nombreux. La souris meurt le 14 avril, elle pèse 22 g. La rate
pèse 30 cg.
Deuxième expérience . — Le 4 mars 1912, on saigne à 9 heures
du matin un rat infecté par le Tr. rhodesiense ayant des trypan.
très nombreux. Le sang mélangé à du bouillon citraté est cen¬
trifugé faiblement. Le liquide trouble qui surnage est mélangé à
du bouillon émétisé et mis à la glacière ; à 5 heures du soir on
trouve encore des trypan. très mobiles. Le 5 mars, il n’y a plus
que très, peu de trypan. mobiles et les mouvements sont très ra¬
lentis. On centrifuge fortement et le culot, dilué dans un peu
d’eau physiologique, est inoculé dans le péritoine des souris 3
et 4.
Souris 3. — Inoculée pour la première fois le 5 mars 1912 comme il vient
d’être dit, la souris ne s’infecte pas. Deux autres inoculations sont faites
les 10 et 17 mars dans les mêmes conditions. Le 20 mars, la souris qui ne
s’est pas infectée, est inoculée avec le Tr. rhodesiense sur rat. Du 21 mars
au 8 avril, tous les examens du sang sont négatifs. Le 8 avril, la souris est
réinoculée avec le Tr. rhodesiense sur souris ; le 11 avril, elle a des trypan.
— 88o —
non rares, et le 13, des trypan. très nombreux ; elle meurt le 13 avril. Poids
de la souris : 20 g. Poids de la rate : 30 c g.
Souris 4. — Elle est inoculée à trois reprises, les 5, 10 et 17 mars, dans
les mêmes conditions que la souris 3. Le 20 mars, la souris qui ne s’est pas
infectée est inoculée avec le Tr. rhodesiense , sur rat. Le 24 mars, on trouve
dans le sang de la souris des trvpan. très rares. Du 25 mars au 19 avril, tous
les examens sont négatifs, l’infection a donc été très légère. Le 19 avril,
la souris est réinoculée (sur souris) avec le Tr. rhodesiense ; le 22 avril, elle
a des trypan. rares et, le 25, des trypan. très nombreux. La souris qui
meurt le 25 avril pèse 24 g. ; sa rate pèse 40 cg.
Une souris témoin inoculée le 20 mars, a, le 25 mars, des trypan. rares;
le 28 mars des trypan. très nombreux, et meurt le 29 mars. La souris pèse
18 g. ; sa rate pèse 35 cg.
Les observations des souris 2, 3 et 4 montrent que des souris
qui ont reçu à 3 reprises, dans la cavité péritonéale, des injections
de Tr. rhodesiense tués par l’émétique (ou en très mauvais état
au moment de l’inoculation) acquièrent l’immunité, mais une im¬
munité très passagère, qui avait disparu chez les trois souris res¬
pectivement au bout de 22 jours, de 19 jours et de 30 jours.
Des souris inoculées seulement 1 ou 2 fois avec des Tr. rho¬
desiense tués par l’émétique, avant de recevoir du sang virulent,
se sont infectées à très peu près dans les mêmes conditions que
des souris témoins.
Je crois pouvoir tirer de ces expériences les conclusions sui¬
vantes: i° il est très difficile d’immuniser des souris contre le
Tr. Brucei (du nagana ferox) par le procédé de Schilling, puis¬
que sur 12 souris ayant reçu chacune 5 injections de trypan. tués
par l’émétique, aucune n’avait l’immunité; 20 l’immunité s’ob¬
tient plus facilement, par ce procédé, avec le Tr. rhodesiense,
mais il s’agit d’une immunité très passagère comparable à celle
qu’on observe chez les animaux trypanosomés traités, non assi¬
milable à l’immunité durable dont jouissent souvent les animaux
qui ont guéri spontanément d’une trypanosomiase.
ÏI. — Essais d’immunisation des souris avec des Tr. Brucei
et des Tr. Evansi sensibilisés.
Il était indiqué d’essayer contre les trypanosomes la vaccina¬
tion par les virus sensibilisés qui, découverte par Besredka, a
déjà été appliquée avec grand succès à différentes maladies mi¬
crobiennes (1).
(1) A. Besredka. Acad, des Sciences, 2 juin 1902. — Ann. de l’Inst. Pas¬
teur, 1902 — Bull, de ITnst. Pasteur, 1910, p. 241 et 1912, p. 529.
Mes expériences ont porté sur le Tr. Evansi et sur le Tr.
Brucei.
i° Expériences avec des Tr. Evansi sensibilisés .
Le 31 mai 1912 au matin, on met dans un tube en verre, stéri¬
lisé, o cm3, 50 de sang de cobaye infecté par Tr. Evansi, et
2 cm3 de sérum d’une chèvre infectée par ce trypan. ; l’activité
du sérum, en mélange, sur le Tr. Evansi a été constatée dans
une expérience antérieure. Le tube est conservé à la glacière.
Le ior juin, le contenu du tube est centrifugé, le culot, séparé
avec soin du sérum est additionné d’eau physiologique, puis
inoculé dans le péritoine des souris 1 et 2.
Souris 1. — Le 7 juin, la souris ne s’est pas infectée ; on fait une deuxième
inoculation avec des Tr. Evansi sensibilisés au moyen du même .sérum que
la première fois. Le 13 juin, on pratique une 3e inoculation dans les mêmes
conditions que les 1e1' et 7 juin. Le 21 juin, 4e inoculation avec des Tr.
Evansi sensibilisés qui, cette fois, sont injectés sous la peau. Le 23 juin, la
souris qui ne s’est pas infectée est inoculée avec du virus de surra très
dilué ; le 28 juin, elle a des trypan. rares ; le 29, des trypan. très nombreux
et elle meurt le 30 juin. Poids de la souris : 20 g. Poids de la rate : 30 cg.
Souris 2. — 1 Reçoit, dans les mêmes conditions que la souris 1, des Tr.
Evansi sensibilisés les ier, 7, 13 et 21 juin. Inoculée de surra le 23 juin elle
a, le 28 juin, des trypan. non rares, le 29 des trypan. nombreux et elle meurt
le 3 juillet. Poids de la souris : 25 g. Poids de la rate : 70 cg.
Une souris qui a reçu le 23 juin la même dose de virus, très dilué, que les
souris 2 et 3, a, le 28 juin, des trypan. non rares ; le 29, des trypan. nombreux
et meurt le 2 juillet. Poids de la souris : 19 g. Poids de la rate : 30 cg.
Souris 3 et 4. — Les souris sont inoculées à 5 reprises, les 7, 13, 21 et
29 juin, avec des Tr. Evansi sensibilisés. Le 4 juillet, les souris sont inocu¬
lées avec un virus du surra de cobaye extrêmement dilué, en même temps
qu'une souris témoin.
La souris 3 a, le 9 juillet, des trypan. non rares ; le 11, des trypan. nom¬
breux et elle meurt le 13 juillet. Poids de la souris : 32 g. Poids de la rate :
60 cg.
La souris 4 a, le 10 juillet, des trypan. rares et le 23, des trypan. très
nombreux ; elle ne meurt que le 15 juillet. Poids de la souris : 15 g. Poids
de la rate : 90 cg.
La souris témoin a, le 13 juillet seulement, des trypan. très rares ; le 23,
des trypan. très nombreux ; elle ne meurt que le 25 juillet. Poids de la-
souris : 25 g. Poids de la rate : 90 cg.
Il est à noter que, dans cette expérience, la souris témoin a ré¬
sisté beaucoup mieux que les souris ayant subi des inoculations
avec le virus sensibilisé.
20 Expériences avec des Tr. Brucei sensibilisés.
Le 10 juillet 1912, on inocule à deux souris, dans le péritoine,
les trypan. d’un rat fortement infecté de nagana qui ont été sou¬
mis à l’action d’un sérum de chèvre actif en mélange sur le Tr.
— 882 —
Brucei. La technique est semblable à celle employée dans l’ex¬
périence précédente. Les trypan. qui ont subi l’action du sérum
sont isolés par centrifugation, on élimine le sérum, et le culot,
mélangé a un peu d’eau physiologique, est injecté dans le péri¬
toine des souris 1 et 2.
Souris 1. — Le 15 et le 21 juillet, la souris qui ne s’est pas infectée est
inoculée à nouveau dans le péritoine, avec des Tr. Brucei sensibilisés.
Le 24 juillet, la souris est inoculée avec le sang-, très dilué dans de l’eau
physiologique citratée, d’un rat infecté de nagana. La souris a, le 29 juillet,
des trypan. nombreux et meurt le 30 juillet ; elle pèse 21 g. ; la rate pèse
20 cg.
Souris 2. — Les 15 et 21 juillet, la souris qui ne s’est pas infectée est inocu¬
lée à nouveau, dans le péritoine, avec des Tr. Brucei sensibilisés.
Le 24 juillet, la souris est inoculée de nagana en même temps que la sou¬
ris 1 et une souris neuve servant de témoin. Le 27 juillet, la souris a des
trypan. assez nombreux, elle meurt le soir. Poids de la souris : 15 g. poids
de la rate : 20 cg.
La souris témoin a, le 2 7 juillet, des trypan. très nombreux et meurt le
28 juillet ; elle pèse 15 g. ; le poids de la rate est de 15 cg.
Le 12 juillet 1912, on inocule à deux souris des trypan. d’un
rat infecté de nagana qui ont été soumis pendant 48 heures à
l’action d’un sérum de chèvre actif sur le Tr. Brucei et conser¬
vés à la glacière. Les trypan. sont isolés par centrifugation, on
élimine le sérum et le culot, mélangé à un peu d’eau physiologi¬
que, est injecté dans le péritoine des souris 3 et 4.
Souris 3. — La souris qui ne s’est pas infectée à la suite de l’inoculation
faite le 12 juillet, est inoculée de nouveau les 18, 26 et 30 juillet avec des
Tr. Brucei sensibilisés, dans les mêmes conditions que lors de la première
inoculation.
Le ier août, la souris qui ne s’est pas infectée est inoculée avec du sang
très dilué d’un cobaye infecté de nagana. La souris a, le 5 août, des trypan.,
nombreux et elle meurt le 6 août. Poids de la souris : 19 g. Poids de la rate. :
25 CS-
Souris 4. — Inoculée, avec des Tr. Brucei sensibilisés, les 12, 18, 26 et 30
juillet, comme la souris 3, la souris 4 ne s’infecte pas. Le ier août, inoculation
virulente de nagana. La souris a des trypan. nombreux le 4 août, elle meurt
le 5 août. Poids de la souris : 22 g Poids de la rate : 40 cg.
Une souris témoin des souris 3 et 4 inoculée le ier août meurt le 4 août
au soir.
Les trypan. sensibilisés ont été injectés aux souris alors qu’on,
ne trouvait plus à l’examen microscopique qu’un petit nombre
de trypan. mobiles et de motilité affaiblie.
Les résultats de ces expériences montrent qu’il y a peu d’es¬
poir de pouvoir appliquer aux trypanosomiases la méthode d’im¬
munisation à l’aide des virus sensibilisés.
— 883 —
O
Un cas de trypanosomiase humaine
contractée au laboratoire
Par Louis MARTIN et Henri DARRE.
L’observation de trypanosomiase humaine que nous rappor¬
tons présente quelques particularités intéressantes au triple point
de vue étiologique, clinique et thérapeutique. Au point de vue
étiologique, il s’agit d’une infection contractée au laboratoire en
étudiant les trypanosomiases animales; au point de vue clinique,
nous avons constaté, outre la plupart des symptômes habituels,
des signes de néphrite aiguë qui ont complètement disparu après
le traitement par l’atoxyl ; enfin, au point de vue thérapeutique,
la réapparition incessante des accidents malgré un traitement
régulièrement suivi nous a conduit à modifier notre méthode thé¬
rapeutique usuelle, non pa.s en augmentant les doses d’atoxyl
comme nous l’avions fait jusqu’ici, mais en rapprochant les in¬
jections sans changer les doses employées.
Voici l’observation résumée du malade:
L..., Alexandre, 34 ans, professeur, entre à l’hôpital Pasteur le 20 mai
1912. On ne trouve rien d’anormal à noter dans ses antécédents. Depuis ï8
à 20 mois, il maigrissait et se plaignait souvent de céphalalgie. En août et
septembre 1911, il eut de fréquents accès fébriles durant 2 ou 3 jours qui
furent attribués à la fièvre à papatacci, commune dans la région où il pre¬
nait ses vacances. En décembre 1911, il accusa souvent des frissons et un
léger mouvement fébrile vespéral, troubles qu’il attribuait à une intoxication
d’origine intestinale consécutive à une constipation opiniâtre. Le 15 mars
1912, après une période de surmenage intellectuel, il remarqua que ses
urines étaient foncées et rouges, il ne les fit pas d’ailleurs examiner. Dans
la deuxième quinzaine de mars, il dut encore fournir un gros effort intellec¬
tuel et son état général s’aggrava considérablement.
Le 2 avril 1912, il fut pris de frissons et d’une fièvre très vive qui per¬
sista les jours suivants ; la fièvre était très intense et continue, accompagnée
de sueurs profuses. Le médecin appelé pensa d’abord à une toxi-infection
d’origine intestinale, puis à une fièvre typhoïde, enfin, étant donné que le
sero-diagnostic de Widal restait négatif à une fièvre paratyphoïde. Ce dia¬
gnostic paraissait d’autant plus légitime que la rate était notablement
hypertrophiée, le foie gros. Cependant on ne notait pas d’état typhoïde, pas
d’abattement ; il n’y avait pas de troubles digestifs, pas de céphalée, pas
de bronchite. La fièvre dura 8 jours, puis cessa brusquement le 9e jour.
Après 4 jours d’apyrexie, la fièvre reparut avec les mêmes caractères, les
mêmes symptômes concomitants. Elle se prolongea pendant 7 jours. Cette
seconde poussée fébrile fut considérée comme une rechute de l’infection pa¬
ratyphoïde.
— 884.
Après une nouvelle apyrexie de 3 jours, la fièvre fit une nouvelle apparition.
On pensa alors qu’il s’agissait d’une fièvre récurrente et on se décida à faire
l’examen du sang ; on y trouva de très nombreux trypanosomes.
Le traitement par l’atoxyl fut alors commencé ; on injecta le 26 avriî
o gr. 50 d’atoxyl. Dès le lendemain, la température était normale, les gan¬
glions qui étaient très hypertrophiés commençaient à diminuer de volume, les
trypanosomes avaient complètement disparu du sang. Le 30 avril, on pra¬
tiqua une seconde injection de o gr. 60 d’atoxyl.
L’état reste excellent jusqu’au 2 mai : ce jour-là, on constate un oedème
généralisé plus accentué au visage et aux extrémités ; les urines sont albu¬
mineuses, rares ; en un mot, on constate des signes de néphrite aiguë qui
sont attribués à l’atoxyl.
Cependant le 6 mai, on se décide à pratiquer une troisième injection d’a¬
toxyl (o g. 85), qui n’aggrave pas les signes de néphrite. Le 13 mai, le mé¬
decin conseille de diminuer la dose d’atoxyl et on injecte o g. 20 sous la
peau ; le 16 mai, on pratique une cinquième injection (o g. 20).
Depuis le 27 avril, la température était restée normale, l’état général était
bon, l’examen du sang pratiqué d’abord tous les jours, puis tous les deux
ou trois jours ne révélait pas de trypanosomes ; lorsque le 16 mai, le jour
même de la dernière injection, la température remonte brusquement à 39°7 ;
le lendemain, on trouve dans le sang de nombreux trypanosomes et une
auto-agglutination des hématies très intense. La fièvre persistant, le ma¬
lade se décide à partir pour Paris et entre le 20 mai dans notre service.
Nous constatons la plupart des symptômes habituels de la trypanoso¬
miase africaine ; amaigrissement considérable, anémie, asthénie, hyper¬
trophie des ganglions cervicaux, axillaires et inguinaux ; hypertrophie de la
rate qui déborde de 3 travers de doigt les fausses côtes ; hypertrophie légère
du foie ; fièvre élevée (39°4) avec accélération du pouls (no) ; quelques
taches roséoliques peu marquées sur le tronc ; aucun symptôme nerveux (pas
d’hyperesthésie profonde, pas de modifications des réflexes, pas de troubles
psychiques). Mais nous notons des modifications urinaires importantes : les
urines sont rares (500 g. en 24 heures), foncées, riches en urates, contien¬
nent de l’albumine (o g. 50 environ par litre), du sang, des cylindres granu¬
leux et de nombreuses cellules rénales. 11 n’y a pas d’autres symptômes de
néphrite : pas de douleurs lombaires, pas de céphalée, pas d’œdèmes, pas
de modifications cardio-vasculaires. Le sang contient de très nombreux trypa¬
nosomes : le simple examen d’une goutte de sang prélevé au bout du doigt
permet de constater des parasites en très grand nombre : on en trouve plu¬
sieurs dans chaque champ microscopique. Les urines ne contiennent pas de
parasites.
Le 21 mai, nous injectons o g. 50 d’atoxyl sous la peau ; 4 heures après
on ne trouve plus un seul trypanosome dans le sang à l’examen direct ; seule
persiste 1 ’auto-agglutination des hématies qui est très intense.
Le 22 mai, la température est normale ; les urines sont encore albumineu¬
ses (250 g. en 24 heures). On fait une injection intra-veineuse de o g. 10
d’émétique de potasse.
Le 23 mai, l’albuminurie a disparu (500 g. d’urine en 24 heures), 2e injec¬
tion de o g. 10 d’émétique.
Le 24 mai, les urines sont plus abondantes (900 g. en 24 heures) ; on
injecte o g. 50 d’atoxyl dans la veine du pli du coude.
Les jours suivants, le taux des urines va en augmentant : 800 g. le 25,
1 1. le 26, 2 1. de 27 2 1. 700 le 28, 2 1. le 29, 2 1. le 30. Du 21 mai au
28 mai, le poids a passé de 62 kg. 200 à 65 kg.
On continue le traitement : du 22 mai au 14 juin, le malade reçoit en in-
885 —
jections intra-veineuses 17 injections de o g. 10 d’émétique, et 4 injections de
O g. 50 d’atoxyl.
Pendant tout ce temps, l’état était excellent, la température normale, le
pouls non accéléré, le malade engraissait à vue d’œil, l’anémie et l’asthénie
avaient complètement disparu ; on ne trouvait plus de trypanosomes dans le
sang.
Le 14 juin, jour de la dernière injection d’émétique, la température monte
le soir à 38°4 ; le malade- a quelques nausées et un peu de diarrhée ; le len¬
demain la température s’abaisse, mais on constate un peu d’albuminurie.
Le 17 juin, la température est normale, mais l’albuminurie persiste. Le
sang a été examiné dès le début de l’accès fébrile ; on n’a pas trouvé de
trypanosomes après centrifugation de 6 cm3 de sang. Le 17 juin, on injecte
sous la peau o g. 50 d’atoxyl, le lendemain l'albuminurie disparaît. Le 20
juin, on constate de nouveau de l’albuminurie ; on injecte aussitôt o g. 50
d’atoxyl ; le 21, l’albuminurie a disparu.
Une nouvelle injection est pratiquée le 24 juin, puis le 29 et ainsi de suite
tous les cinq jours. A partir du Ier juillet, on pratique en outre une injection
intra-veineuse quotidienne de o g. 10 d’émétique jusqu’au 11 juillet.
Le malade quitte le service le 13 juillet en parfait état, ayant engraissé de
près de 8 kg. (poids 70 kg.), en moins de 2 mois. 11 n’a pas d’albumine de¬
puis le 20 juin.
Nous lui avons conseillé de continuer le traitement par l’atoxyl (o g. 50
en injection sous-cutanée tous les 5 jours) et d’employer en même temps
les pilules d’orpiment suivant la méthode de M. Laveran. Mais il ne peut
supporter l’orpiment et emploie seulement l’atoxyl. La température est d’a¬
bord normale, cependant le 29 juillet et le 2 août, le pouls est accéléré (102,
106 pulsations). Le 3 août, la température monte à 38°6 et on trouve dans le
.sang quelques trypanosomes très rares ; le 5, la température redevient normale.
On constate de nouvelles poussées analogues, caractérisés d’abord par la
tachycardie, puis par une légère hyperthermie du 9 au 12 août, du 20 au
22 août, du 23 au 25 août et on constate des trypanosomes peu nombreux
•dans le sang à ce moment.
Nous conseillons alors au malade de rapprocher les injections et d’injecter
o g. 50 d’atoxyl tous les 4 jours. Il n’accepte pas cette solution, mais essaye
d’ajouter aux injections pratiquées tous les cinq jours des pilules d’orpiment
qu’il tolère cette fois ; son état s’améliore.
Mais une rechute légère survient vers la fin d’octobre. Nous insistons pour
que le malade prenne de- l’atoxyl tous les quatre jours. Depuis ce moment
•aucun nouvel accident n’est survenu.
Nous insisterons peu sur les conditions étiologiques. Ce. fait
de trypanosomiase contractée au laboratoire n’est pas unique;
toutefois, de telles observations sont heureusement fort rares.
Dans ce cas, il n’est pas possible de contester l’origine de l’affec¬
tion : le malade, professeur dans une université italienne, n’a ja-.
mais séjourné en Afrique. Il s’est occupé longuement de recher¬
ches expérimentales sur diverses infections à trypanosomes et
c’est certainement au cours de ses expériences qu’il s’est conta¬
miné. Il est à noter que le moment où s’est faite la contamination
n’a pas pu être précisé: il est donc vraisemblable qu’elle n’a pas
— 886
été la conséquence d’une piqûre par une aiguille chargée de
virus, ni d’une morsure par un animal infecté, ce qui aurait
immédiatement attiré l’attention et conduit à employer aussitôt
d’une manière prophylactique, le traitement atoxylique (injec¬
tion sous-cutanée de o g. 50), traitement que les recherches expé¬
rimentales et quelques faits observés par nous chez l'homme ont
montré réellement et complètement efficace. Dans ce cas, la con¬
tamination a dû se faire à la faveur de petites éraillures du tégu¬
ment, considérées comme sans importance : ce fait est donc ins¬
tructif et montre qu’au laboratoire on ne saurait prendre trop de
précautions quand on manie des animaux dont le sang fourmille
de parasites.
Nous devions nous demander par quelle espèce de trypanosome
était causée l’infection observée chez notre malade. Celui-ci
s’était surtout occupé du nagana et la question se posait de savoir
si ce parasite pouvait exceptionnellement être pathogène pour
l’homme. On comprend toute l’importance de cette question des
rapports entre la trypanosomiase humaine et les trypanosomiases
animales. Nous n’avons pas de documents suffisants pour la
trancher ; ce malade nons a été adressé par M. Mesnil, à qui nous
avons remis les animaux inoculés avec le sang de notre malade,
de façon à ce que l’identification du parasite puisse être indis¬
cutablement établie. Disons qu’au point de vue symptomatique
et évolutif, l’affection était comparable à celle que détermine
chez l’homme le Trypanosoma gambiense ; elle a présenté cepen¬
dant quelques particularités sur lesquelles nous voulons surtout
insister.
Un des points les plus intéressants de cette observation est
l’existence d’une néphrite aiguë, légère, d’ailleurs, qui est mani¬
festement due à l’action du trypanosome pathogène. Les modi¬
fications des urines, les œdèmes, ne permettent pas de mettre en
doute l’atteinte du rein. Comme ces symptômes n’ont été remar¬
qués que quelques jours après la première injection d’atoxyl, on
a tout d’abord attribué la néphrite à l’action de ce médicament,
qui, comme on le sait, touche souvent le rein. Mais cette hypo¬
thèse n’était pas exacte; car, d’une part, quelque temps aupara¬
vant, le malade avait déjà remarqué des modifications urinaires et
il est vraisemblable qu’à ce moment déjà, il a eu de l’albuminu¬
rie; mais surtout, loin d’avoir été causés par l’atoxyl, les signes de
néphrite n’ont disparu qu’à partir du moment où a été institué
- 887 -
un traitement mixte par l’atoxyl et l’émétique suffisamment in¬
tensif pour amener la disparition des trypanosomes qui fourmil¬
laient dans le sang circulant. Une rechute s’étant produite, l’al¬
buminurie a réapparu, et à deux reprises, nous l’avons vu dis¬
paraître, immédiatement après une injection sous-cu'tanée de
o g. 50 d’atoxyl. N’est-il pas intéressant de voir une néphrite
s’amender sous l’influence d’un médicament qui n’est que trop
souvent nocif pour le rein et n’est-ce pas la meilleure preuve que
la lésion rénale était due à l’action pathogène du trypanosome?
Ajoutons que sans cette action si nette du traitement spécifique,,
la cause de la néphrite serait restée obscure dans ce cas, car nous
n’avons pas trouvé de trypanosomes dans les urines.
Les complications rénales sont rares au cours de la trypano¬
somiase; nous ne les avions observées jusqu’ici que sur un seul
de nos malades arrivé à la période ultime de son affection. Nous
devons nous demander s’il n’existe pas une relation entre l’appa¬
rition de la néphrite chez notre malade et le nombre considéra¬
ble des trypanosomes contenus dans le sang. Il suffisait de pré¬
lever une goutte de sang, de l’examiner entre lame et lamelle
pour trouver de très nombreux parasites, ce qui est tout à fait
exceptionnel dans nos pays. La néphrite était-elle la conséquence
du passage des trypanosomes dans les glomérules et les tubes du
rein ou relevait-elle de l’action des trypanotoxines ? C’est ce qu’il
est impossible de préciser dans ce cas. Mais ce qui doit être re¬
tenu et nous ne craignons pas d’v insister, c’est qu’il existe une
néphrite causée par l’action des trypanosomes et curable seule¬
ment par le traitement spécifique (atoxyl ou atoxvl-émétique)
dirigé contre ces parasites. Cette néphrite aiguë trypanosomia-
sique est comparable à la néphrite aiguë syphilitique qui, elle
aussi, ne guérit souvent que par le traitement antisyphilitique
(mercure ou 606).
Au point de vue thérapeutique, notre observation comporte
des considérations importantes.
Nous devons d’abord souligner le peu d’efficacité de l’ atoxyl
chez notre malade. Des rechutes nombreuses, légères à vrai dire,
sont survenues malgré un traitement régulièrement suivi et mê¬
me malgré l’emploi de la médication associée par l’atoxvl et
l’émétique, qui cependant nous a fourni jusqu’ici d’excellents
résultats chez tous les malades soignés avant l’apparition des
grands accidents nerveux.
— 888 —
Peut-on admettre dans ce cas que le parasite est devenu atoxyl-
résistant? Cela nous paraît impossible. Tout d’abord, dès le
début du traitement, on a employé de fortes doses d’atoxyl
(og. 50, puis o g. 60, puis o g. 85, injectés en 10 jours), ce qui ne
cadre pas avec les. faits expérimentaux bien connus depuis les tra¬
vaux d’EHRLiCH. De plus, lorsque, à la suite de la première re¬
chute, nous avons injecté o g. 50 d’atoxyl sous la peau, les trypa¬
nosomes qui fourmillaient dans le sang ont complètement disparu.
Enfin, si malgré un traitement prolongé et régulièrement suivi
(o g. 50 d’atoxyl tous les cinq jours), de nouvelles rechutes beau¬
coup moins sévères se sont produites, nous avons pu arriver à
les faire disparaître en rendant le traitement atoxylique plus
intensif par l’emploi d’une méthode que nous indiquerons plüs
loin. Tous ces faits nous confirment dans cette idée que la no¬
tion de l’atoxyl résistance, si intéressante au point de vue expé¬
rimental, n’explique que bien rarement les échecs de la thérapeu¬
tique en pathologie humaine.
Faut-il incriminer la lésion rénale? On peut se demander si
elle n’a pas rendu plus rapide l’élimination de l’arsenic et dimi¬
nué ainsi sa valeur thérapeutique. On sait, en effet, que dans
certaines néphrites aigries, la perméabilité du rein vis-à-vis de
certaines substances étrangères à l’organisme (bleu de méthy¬
lène, etc...) est plus grande qu’à l’état normal, le filtre rénal se
comportant, suivant l’expression de Bard, tomme un filtre
troué. Cette hypothèse est plausible, mais insuffisante, car nous
avons plusieurs fois observé la même diminution d’efficacité de
l’atoxyl chez des trypanosomés qui n’avaient pas de lésions ré¬
nales.
Quelle que soit, d’ailleurs, la cause encore obscure de cette inef¬
ficacité de l’atoxyl, il convient avant tout au point de vue prati¬
que de chercher comment on peut la vaincre. Notre observation
nous a permis de faire à cet égard deux constatations intéres¬
santes.
Tout d’abord, elle nous a montré une fois de plus la supério¬
rité de l’atoxyl stérilisé par chauffage à no° à l’autoclave, sur
l’atoxyl stérilisé par filtration. Le malade avait d’abord été traité
par l’atoxyl non chauffé et malgré les fortes doses employées
(2 g- 35 en 20 jours), une rechute très sévère, avec forte hyper¬
thermie et pullulation extraordinairement abondante des trypa¬
nosomes dans le sang s’était produite, 20 jours après le début du
- 889 -
traitement. Lorsque le malade est entré à l’hôpital Pasteur, nous
avons employé l’atoxyl stérilisé à l’autoclave; à partir de ce mo¬
ment, nous n’avons observé que des rechutes extrêmement légè¬
res, survenant à intervalles beaucoup plus éloignés, au cours des¬
quelles il était difficile de trouver dans le sang quelques très rares
parasites décelables seulement par l’examen du culot de centri¬
fugation de plusieurs centimètres cubes de sang. Nous em¬
ployons d’ailleurs systématiquement l’atoxyl stérilisé par la cha¬
leur, qui nous a toujours donné d’excellents résultats et qui a tou¬
jours été bien toléré. Signalons en passant que l’atoxyl stérilisé
par la chaleur doit être conservé dans l’obscurité, car sous l’ac¬
tion de la lumière solaire, il peut se décomposer et se transformer
en corps extrêmement toxique, ainsi que nous avons pu nous
en rendre compte tout récemment (i)
Chez notre malade, l'emploi de l’atoxyl stérilisé par la chaleur
avait amélioré notablement la situation ; mais le résultat n’était
pas parfait, bien que nous ayons cherché à renforcer l’action de 1 2
l’atoxyl par deux séries d’injections intra-veineuses d’émétique.
Dans les faits comparables observés antérieurement, nous avons
obtenu de très bons résultats en forçant les doses d’atoxyl ; nous
employions généralement des doses progressivement croissantes
(o g. 50; deux jours plus tard 0,75 ou même 1 g.; deux jours
plus tard 1 g. ou même 1 g. 50), continuant ensuite à injecter
o gr. 50 tous les cinq jours. Dans le cas actuel, étant donné la
fragilité du rein, étant donné aussi l’éloignement du malade (2),
nous avons pensé qu’il était préférable d’injecter des doses
moins élevées, et de rapprocher les injections. Nous avons con¬
seillé au malade de pratiquer tous les quatre jours une injection
(1) Chez deux malades, l’injection de o g. 50 d’atoxyl modifié par la lu¬
mière a été suivie immédiatement d’accidents de la plus haute gravité :
pâleur de la face, état lipothymique allant chez l’un d’eux jusqu’à la syncope,
collapsus avec hvpotension artérielle et refroidissement des extrémités cya-
osées, face grippée, anxieuse, violentes douleurs épigastriques avec état
nauséeux et vomissements ; dans un cas, au niveau de la piqûre, on a note
une infiltration œdémateuse du tissu sous-cutané. Les accidents ont cédé à
l’emploi de l’éther et de l’huile camphrée, mais ils ont persisté pendant près
de 24 heures, et les malades n’ont retrouvé leur état normal qu’au bout
de quelques jours.
(2) Nous rappellerons que des traitements aussi intensifs ne doivent jamais
être employés sans avoir recours à de grandes précautions : les malades doi¬
vent être tenus au lit, au régime lacté ; ils doivent être l’objet d’une sur¬
veillance constante, le traitement devant être interrompu au moindre si¬
gne d’intolérance.
— 890 —
de o g. 50 d’atoxyl. Depuis qu’il a suivi ce conseil, les rechutes
ont complètement disparu. Nous avons fait ce même essai chez
deux autres malades. Ce traitement est bien supporté, n’a pas dé¬
terminé d’accidents. Les résultats en sont encore trop récents
pour que nous puissions les donner comme définitifs; mais nous
avons tenu à signaler dès maintenant cette méthode, qui pourra
rendre des services dans la pratique.
Ce n’est pas uniquement pour faire pénétrer dans l’organisme
une plus grande quantité d’atoxyl que nous avons imaginé cette
méthode. Notre malade avait remarqué à plusieurs reprises que
les trypanosomes réapparaissaient dans le sang le cinquième jour
après l’injection d’atoxyl. Nous avons pensé qu’il suffirait de
rapprocher les injections pour empêcher la multiplication des pa¬
rasites et les résultats ont été conformes à nos prévisions. Depuis
longtemps nous avons remarqué que les trypanosomes ne se
comportent pas de la même façon chez tous les individus et no¬
tamment que selon la provenance du virus les accidents n’ont pas
la même marche: c’est ainsi que les trypanosomiases du Niger
ont une marche beaucoup plus lente que celles du Congo. Nous
nous demandons si l’évolution des parasites dans l’organisme
des malades ne pourrait pas présenter des différences suivant les
cas, si tel trypanosome ne pourrait pas arriver plus vite au stade
adulte, c’est-à-dire an stade de multiplication que tel autre, et
s’il n'y aurait pas lieu de distinguer plusieurs types de trypano¬
somes en se basant sur ce caractère ; ce serait une analogie de
plus entre la trypanosomiase et le paludisme; au point de vue
thérapeutique, cette notion expliquerait bien les faits compara¬
bles à celui que nous rapportons; l’action de l’atoxyl dans la
trypanosomiase serait comparable à celle de la quinine dans le
paludisme et il suffirait pour éviter la pullulation des parasites
de laisser entre deux injections consécutives d’atoxyl un inter¬
valle moins long que la durée du cycle évolutif du parasite. Une
telle notion conduirait donc à une modification importante de
l’emploi de l’atoxyl chez les malades atteints de trypanosomiase
et fournirait une base solide pour régler le traitement dans cha¬
que cas particulier. Elle est encore toute hypothétique ; toutefois
nous avons voulu signaler cette hypothèse inspirée par l’obser¬
vation que nous venons de rapporter.
M. Mesnil. — Aussitôt que j’ai eu connaissance du cas dont
— 891 —
MM. Martin et Darré viennent de nous entretenir et des cir¬
constances dans lesquelles l’infection avait dû se produire, j’ai
prié M. le Dr Finzi de m'envoyer le virus qui servait aux expé¬
riences du Prof. Lanfranchi. J’ai pu, d’autre part, me procurer
le virus humain en question, grâce à l’inoculation que j’ai faite
d’un peu de sang à deux souris, et grâce à un cobaye inoculé
aussi avec le sang du malade par MM. Martin et Darré, et
que nos collègues m’ont très aimablement donné.
L’étude de ces deux virus, entreprise en collaboration avec le
Dr Maurice Blanchard, est encore en cours.
Pour le virus de laboratoire, très pathogène pour la souris, et
manifestement du type nagana-surra, les réactions d’immunité
passive croisée (pouvoir protecteur du sérum d’animaux, — co¬
bayes, chèvres, — infectés), l’éloignent des Tr. brucei et togo¬
laise et le rapprochent du Tr. evansi.
Quant au trypan. humain, il diffère notablement du précé¬
dent par ses réactions biologiques; ses affinités, telles que les
révèlent les actions protectrices des sérums (du malade lui-même,
de malades du sommeil, de cobayes et de chèvres), paraissent être
du côté du Tr. gambiense. Tl donne généralement à la souris une
maladie chronique. Il est réfractaire au sérum humain.
Il convient, croyons-nous, d’attendre les résultats d’immunité
active croisée avant de tirer n’importe quelle conclusion.
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Archiv für Schiffs-und Tropen-Hygiene, t. XVI, n° 22.
British medical Journal, 16, 23, 30 nov.; 7 et 14 déc. 1912.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de V Indochine ,
t. III, nos 8 et 9, oct. et nov. 1912.
Bulletin de la Société médicale de Vile Maurice, juillet, août
et septembre 1912.
— 892 —
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlandsch-Indië, t. 1 1 1 r
n° 5.
Journal of the London school of tropical medicine, t. II, n° 1,.
déc. 1912, et Supplément sur la bibliographie du dracontiasis.
Journal of the Royal Army Medical corps, t. XIX, n° 6, déc.
1912.
Journal of tropical medicine and hygiene, t. XV, nos 224 et 23.
Revista de Veterinaria e zootechnia, t. II, n° 5, oct. 1912.
Revue scientifique, 9, 16, 23, 30 nov. et 7 déc. 1912.
Sleeping sickness bulletin, 'table du tome IV.
Transactions of the Society of tropical medicine and. hygiene >
t. VI, n° 1, nov. 1912.
Tropical diseases bulletin, t. I, nos 1, 2 et 3.
Tunisie médicale, t. II, n° u, nov. 1912.
VOLUMES ET BROCHURES.
J. A. Gilruth. The introduction and spread of the cattle tick
and of the associated disease tick fever in Australia.
J. A. Gilruth and G. Sweet. Further observations on Oncho-
cerca gibsoni, the cause of worm-nodules in cattle.
C. Le Meur. Annual report on the medical and Health depart-
rnent.
C. Mense. Die Kosmetik im heissen Ivlima.
J. B. Piot-bey et F. E. Mason. Nouvelle contribution à l’étude
de la maladie de la mouche en Egypte.
IL da Rocha-Lima. Zur pathologischen Anatomie des Gilbfie-
bers.
Ueber das Veralten des Erregers der brasilianischen
Trypanosomiasis des Meuschem in den Geweben.
V. Sciiilling-Torgau. Erlàuterungen zur démonstration von
Innenstrukturen der Erythrocyte n und Blutplattchen.
— Ueber anamie nac.h Tropenkrankheiter.
— Chininprophylaxe und Leukozvten.
Government of India. Department of Education. Programme de
la Conférence sanitaire de Madras, novembre 1912.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET C1*.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS
LE BULLETIN DE LA SOCIETE DE PATHOLOGIE EXOTIQUE.
PENDANT L’ANNÉE 1912
A
PAGES
Acanthocheilonema (Filaircs du genre) chez les Carnivores. . . . 392’
Accidents locaux produits par des piqûres de phlébotomes. ... 511
Acido-résistants (bacilles) en boules . 13
Agglutination (réaction d") dans le diagnostic des trypanosomiases. 611
— des hématies dans la trypanosomiase humaine . (>86
Alcoolisme au Maroc . 7 '*7, 777
— à la Côte d’ivoire . 855
Algérie (Distribution géographique du goitre en) . 122, 299
Allocution du Président . 7, 163
Amibes de la dysenterie . 135, 216, 468
— en culture . 135, 180
— limax ( Vahlkampfia n. gen.) dans l'in I est i n humain. . . 135
— (Loeschia sp. ) et myxomycète chez un singe . 180
— provoquant du phagédénisme cutané . 216, 79!)
— et bacilles dysentériques . 263, 468
Amibienne (dysenterie). . . 263, 468, 565. 846-
Anaphylaxie et hémoglobinuries . 521
Ane (piroplasmose de T) en Afrique occidentale . 80(L
Ankylostomiase en Haute-Guinée . * 843
— • en Nouvelle Calédonie . 192
Argas et spirilles . 69, 796.
A rgas persicus en Russie d’Europe . 39, 120
— 894 —
PAGES
Argus et peste aviaire . 165
Arneth (image d’) et formule leucocytaire dans la bilharziose. . . 396
Arsénobenzol (Mode d'action dans la f. récurrente expérimentale du
rat) . 320
— (tiaitement de la f. récurrente par) . 339
— dans la lèpre . . 784
Attachement (réaction d’) dans les infections à T. gambiense et à
T. rhodesiense . 220
Ascaridiase (cas mortel d’) à Madagascar . 842
Asphyxie locale des extrémités d’origine paludéenne et éosinophilie. 342
Atoxyl dans la dysenterie amibienne . 565
Autoagglutination des hématies dans là trypanosomiase humaine . 686
B
Bacilles acido-résistants . 13
— dysentériques et amibes . . . . 263, 468
— de Hansen dans les ganglions superficiels . 466, 569, 698. 773
— — dans les mouches . . 860
— de la lèpre (nomination d’une commission d’examen) . . 774
Bacillurie provoquée dans la lèpre . 784
Bacillus daboscqi dans l’intestin de Golunda campanœ . 703
Bactéridie charbonneuse et moutons algériens . . 336
Bas-Katanga (trypanosomiases animales et glossines du) . 45, 281, 608
Bécasse (Leucocytosoon de la) . . • 19
Béribéri . 125, 334
— (Contagion du) . 514
Bilharziose (Formule leucocytaire et image d’Arneth dans la) . . 396
— à Ivouroussa (Guinée Française) . 505
- — au Dahomey et en Casamance. . . 837
Blastocystis enterorola . 136
— hominis et autres . 725
Bouton d’Orient . 537, 808
Bovidés portugais parasités de Trypanosomes . 603, 725
Buba . . 176, 411, 486
Bulletin de la Société d’Hygiène de la Martinique . . 572
C
Casamance (trypanosomes et glossines de la) . 204
(bilharziose en) . 837
Cellules hôtes des Leucoeytozoon . . 77
Cercopilhecus ruber ou pains comme réactif de la trypanosomiase
brésilienne . 725
Cérébraux (accidents) dans le paludisme . 713
Chacal infecté de Kala-azar . 721
- 895 -
Cliagas (maladie de) . . 22,
Chapa (Tonkin) (Fièvre paludéenne contractée à) .
Charbon chez les moutons algériens .
Chevaux (Ostéopathie des) en Nouvelle-Calédonie . . 519, 043,
Chèvres et fièvre méditerranéenne en Corse . 560,
- ( Tryp . rhodesiense chez les) . 30,
(Surra des) . .
Chien (fîlaria ïmmitis) à Calcutta . .
— (filariose sous-cutanée du). . . '•
— (Hémogrégarine du) . .
— (Infection des) par les cultures de Leishmania infantum .
— (Leishmaniose du) transmise par Pulex serrât, iceps ....
— ( Trypanosoma dimorphon chez le) dans la Haute Volta noire.
Chimpanzé (Infusoire nouveau, parasite du) .
Choléra à Java . .
à Marseille (asile St-Pierre). . . .
— du Sénégal (N’dianlc) . .
— en Oranie . 790,
— (Vibrions isolés dans une épidémie en Roumanie) ....
■Chrysomyin (Larves de) dans l’intestin humain .
— megacephala . .
•Cimex tectularius (Evolution de Tryp. cruzi chez) .
— boueti (Evolution de Tryp. cruzi chez) .
Cobaye (Présence d'un spirochète dans le sang d’un) . . . . .
— (Infection à Scldzotryp. cruzi chez le) .
Coçar (Peste de) au Brésil .
Colites à Tetramitus et à Trichomonas .
Commission d’étiologie de la lèpre . .
Congo-Moyen (La Trypanosomiase humaine sur le) .
Congrès des aliénistes . 1,
— d’Hygiène et démographie . . .
— international des sciences médicales .
— national du froid . 333, 453,
— de l’Association internationale de médecine tropicale de l’Ex¬
trême-Orient et Béribéri .
— international de Pathologie comparée .
•Conorhinus megistus (Biologie du) .
— (Déjections de) infectant les souris et les rats de
Schizotryp. cruzi .
— — (Evolution du Tryp. cruzi chez) .
Contagion du béribéri .
Cornée (inoculation de trypanosomes par la) .
Corps étranger du pharynx (poisson vivanl) .
Côte d'ivoire (Hygiène ;’i la) .
(Alcoolisme et tuberculose à la) .
Crésyl (Désinfection stégomycide par le) . 561,
Culicides (destruction des) . 556, 561, 627, 633, 637,
PAGES
723
345
336
697
657
105
31
731
622
16
355
595
278
499
5
294
753
792
265
508
737
360
360
589
598
576
725
774
403
54
1
53
567
334
365
261
360
514
723
41
150
855
627
739
— 896 —
PAGES
Curabilité de la lèpre . 204, 705
Cycle évolutif de Trypanosoma cruzi . 560
des trypanosomides dans l'hétc invertébré .... 365
D
Dahomey (Epidémie de fièvre jaune au) . 648
— (Bilharziose au . 837
Debab (Etude comparative du) et de/juelques autres trypanosomiases 274
Delhi (bouton de) inoculé aux Macaques au moyen de cultures . . 573
Dents (laquage des) en Indo- Chine . 401
Désinfection culicidienne .... . 556, 561, 627, 663, 739
Déviation du complément dans les trypanosomiases . 611
Diagnostic des trypanosomiases . 611
Dictyostelium rnucoroïdes coexistant avec une entamibe chez un singe. 180
Dieudonné (Milieu de) pour l’isolement des vibrions cholériques . . 267
Dirofilaria repens . 732
Discomyces madurœ . 709
Discours d’ouverture . 7
Dourine en Russie . . 822
— (Taher, Debab et) . 274
Dysenterie à Saigon . 263
— mixte (Un cas de) provenant de Shang-Uai . 468
— (traitement de la) amibienne . 565, 846
E
Ecureuil volant ( Trypanosoma denysi parasite de 1’) .
Elections . 162,575,
Elephantiasis et filai res . .
— du pied simulant un pied de Madura .
streptorocciques en Algérie . . .
— (Observations microbiologiqucs dans deux cas d’) .
— du scrotum au Sénégal .
— (traitement de 1") .
Emberiza cirlus ( Leucocytozoon de) .
Entamibe ( Loeschia sp.) et myxomycète d’un singe .
Eosinophilie locale dans la maladie de Raynaud paludéenne.
Epervier ( leucocytozoon de 1’) ... .
Epidémie de choléra asiatique à Marseille (Asile St-Pierre)
Epidémiologie de la tuberculose en Annam . .
Epidermophyton du singe .
Espundia . 176,411,
Evolution de Trypan. cruzi chez divers ectoparasites .
608
775
624
56
57
59
625
625
85
1 80
342
18
294
234
60
486
360
— 897 ~
F
PAGES
Ficus glabrata (latex parasiticide de) . 453
Fièvre de pappataci en Corse . 710, 780
Fièvre jaune au Dahomey . . 648
— (prophylaxie de la) . 150, 556, 561, 627, 633, 637, 739
Fièvre méditerranéenne au Pérou . . 454
— — en Corse . 566, 657
— — en Kussie . 868
Fièvre récurrente à Madagascar ..•••••••• 268
— — expérimentale du rat (Mode d’action du Salvarsan). 320
— — (son traitement par Parsénobenzol) . 339
— — ( — — le Néo-Salvarsan). . . . 476
Filaire de l'œil de la poule en Annam . 624
Filaires des Bovins annamites . »... 115, 623
— péritonéales des Carnivores et le genre Achanthocheilonema. 392
— embryonnaires du sang des indigènes en Afrique Occidentale
Française . ... . . 438
— du chien à Calcutta . 731
— d’Indo-Cbine . 624
Fi tari a Bancrofti . 438, 618, 624
— immitis à Calcutta . 731
— loa . 438, 506, 618
— perstans . 438, 618
— poeli . 115
Filarioses animales de l'Annam central . 622
— humaine dans le Haut-Sénégal et Niger . 618
— et athérome aortique du buffle et du bœuf . 109
Filtration du virus de la peste porcine à Alger . 781
Fixation du complément dans le diagnostic des trypanosomiases . 611
Formes aflagellées dans révolution de Tryp. undulans .... 99
Formule leucocytaire dans la vaccination jennérienne . 226
— — chez les Indigènes trypanosomes du Congo . . 284
— — dans la maladie de Raynaud . 342
— — dans la bilharziose . 396
G
Gambie (Haute-). Trypanosomes et glossines . 204
Ganglions dans la lèpre (présence du bacille) . . 466, 569, 697, 773
— suppurés dans la trypanosomiase humaine . 187
Gangrène de la bouche et du nez dans le Kala-Azar infantile . . . 270
Geai ( Lcucocytozoon du) . 17
Gerboises inoculées de Tryp. lewisi . 826
Glossinci morsitans et Tryp. gambiense . 762
- 8qS —
PAGES
Glossina palpalis h Koulikoro . 828
Glossines . 43, 157, 204, 281
et trypanosomiases animales du Bas Katanga. . . 45, 281
— (Expériences diverses de transmission des trypanosomes
par les) . 204
— et trypanosomes de la Haute-Gambie et de la Casamance. 204
Goitre endémique en Algérie (distribution géographique). . 122, 190
Golunda campanœ porteur de Bacillus duboseqi . 703
Grains rouges (Mycélome à) . 585
Granules de Leishman . 790
Guérison médicamenteuse des spirilloses et rùlc de l’organisme . . 524
Guinée Française (la trypanosomiase humaine en) . 014
— (Ankylostomiase en) . . 843
H
Hœmogregarina canis .
— rotundata . . .
Hæmoproteus danilewski chez Calhartes aura . .
— — (Infection des oiseaux par) .
— de Melieraæ gabar .
Hansen Armauer (éloge) . .
— (bacille de) . 13, 460, 569, 097, 773, 774,
Helminthes à Madagascar .
Hématies (Autoagglutination des! dans la trypanosomiase humaine.
Hématozoaires de lézards au Brésil .
— d’un rapace diurne ( Melieraæ Gabar) .....
Hémoglobinuries et anaphylaxie .
Hémogrégarine de Ameiva. surinamensis .
— de Bufo marinus .
— du Chien . .
— d 'Iguana tuberculata .
— de Lacerta ocellata. Var. pater .
— de Mus norvegicus . . .
— de reptiles .
Hémolyse dans le paludisme .
Hémolytique (pouvoir) des vibrions cholériques et paraeholériques .
Hôte invertébré (Cycle évolutif des trypanosomides chez l’j ...
Humaine (infection) par Tetramitus mesnili .
Hygiène à la Côte d'ivoire en 1911 .
Hypochlorites (action sur le vibrion cholérique) .... 109,
I
Identification des différents trypanosomes . . . 011
Image d’Arneth dans la bilharziose . 390
Immunisation contre des trypanosomes pathogènes . 877
10
10
71
171
74
104
800
842
080
592
.74
521
592
73
10
72
347
72
72
801
455
360
490
150
297
— 899 —
PAGES
»
Immunité croisée avec Tryp. brucei, Tr. brucei var. icerbitckii cl
Tr. rhôdesiense . 101
Immunité naturelle (Mécanisme de 1’) du rat cl du cobaye à l’égard
des cultures de Leishmania in f ontum . 358
Infections expérimentales à Schicotryp. crusi chez le cobaye et la
souris . 598
— — chez les singes . 469
— — des Macaques par Leishmania tropica d’o¬
rigine indienne . 573
— — par le virus de la Leishmaniose du chien . 351
— — par Leishmania infanlum . 355
— — produites par Tr y pan. rhôdesiense 2 13,241, 492
Infections secondaires et lèpre du rat . 466
Infusoire nouveau parasite du Chimpanzé. Troylody te/la abrassarti. 499
Insectes hématophages et transmission de la lèpre . 667
Ixodidés russes . 39, 120, 194
K
Kala-azar (culture de) . 218, 721
— (Absence des Leishmania n l'autopsie d’un enfant mort de). 349
— coexistant avec leishmaniose d’un chien et d’un chat . . 93
(déplacement de la rate dans un cas) . 217
— et mégalosplénies de cause inconnue en Grèce. . . . 489
(Gangrène ale la bouche et du nez dans le) . 270
— Infection des souris et des rats . 715
infantile terminé par la guérison . 91
— en Russie . 868
Katanga (Trypanoses animales du) . 45. 281, 608, 819
L
Lacerta ocellata (hémogrégarines de) . 349
Lait condensé et puériculture en Nouvelle-Calédonie . 231
Lapin (réceptivité du) au spirochète de la F. récurrente nord-afri¬
caine . 472
Laquage des dents en lndo-Chine . 401
Latex parasiticide de Ficus glabrata . 453
Larves cuticoles de Chrysomyia meyacephala . 737
Leishmania et punaises . 817
— donovani. Infection des animaux de laboratoire . . . 715
— infant um . 91
— — (Absence des) à l’autopsie d’un enfant mort de
Kala-azar . 349
— — (Infection des animaux de laboratoire par
le) . 218, 355, 715
— 900 —
PAGES
Jxishmania infantum (inoculé au chacal) . 721
— (Mécanisme de l’immunité naturelle du rat et
du cobaye à l'égard des cultures de) . . . 358
— (transmission de) de chien à chien par Pulex serra ticeps. 559
Leishmania tropica au Brésil (localisation aux cavités muqueuses). 176, 41 1
— — var. americana . 486
— — d’origine indienne infectant des macaques . . 573
— — flagellée dans le corps humain . 808
Leishmaniose américaine . 176, 411, 486
— avec localisation aux cavités muqueuses. . . 411, 808
à Alger . 93
— canine (fréquence et variations saisonnières à Alger) . 89
— — (Keproduetion de la) chez le singe .... 351
Leishmanioses 88, 89. 91. 93. 176, 270. 271, 349. 351, 355, 411, 486,
489, 573, 595. 715, 721, 808, 812, 868
— (c.onlagion des) . 93, 595
— identité des . 812
Léonin (Masque) dans la syphilis . 170
Lémurien infesté de Tri/p. rhodesiense . . 380
Lèpre (bacille de la) . 13
— Nomination d’une Commission . . . . 774
— (Bacillurie provoquée dans la) . . 784
— dans les ganglions superficiels . 466, 569, 697, 773
— fruste en Nouvelle-Calédonie . 578
— (sa curabilité) . 196, 705
— (Transmission de la) et insectes hématophages . . . 353, 787
— humaine et lèpre des rats . 569, 578
— des rats en Nouvelle-Calédonie . 463
— et mouches . 860
Leptomonas pangoniœ parasite de Pangonia infusca . 604
Lérot inoculé avec succès de T. lewisi . 826
Lésions de l’œil chez les poules trypanosomées . 213
Leucocytaire (formule) dans la vaccination jennérienne .... 226
— — chez les indigènes trvpanosomés du Congo . 284
Leucocytozoon d’A 1. h eues noctaa (formes pigmentées dans) . . . 333
et hématoblasles . 21
— de Melierax g a bar . 74
— des oiseaux du Portugal . 17,82, 173, 333
— (Nature des cellules-hôtes des) . 77
Linguatula serrata chez l’homme en Amérique centrale .... 118
Locaux (accidents) produits par les piqûres de phlébolomes . . . 511
Loeschia (Amibes du tube digestif des Vertébrés) . 141
— d’un singe coexistant avec un myxomycète . 180
Lumière (action de la) sur le vibrion cholérique . 167
Lymphangite épizootique (lésions nasales dans la) . 774
— 901
M
PAGES
Macaçus cyaomolgus tPhysaloptère du) . 390
Macaques (Tryp. rhodesiense chez les) . 379
— infectés par des cultures de Bouton de Delhi . 573
Madagascar (Fièvre récurrente à) . . . . 208
— (Ascaridiase à) . 8 42
Madura (pied de) au Maroc . 707
Maladie de Chagas . 22
Maladie du sommeil. Voyez Trypanosomiase .
— à Koulikoro . 828
— prophylaxie . . 2, 287, 403
Maladies tropicales à Tripoli . 850
— en Russie . 868
Masque léonin dans la syphilis . .... 170
Méditerranéenne (fièvre) . 454, 566, 657, 868
Mégalosplénies d’origine inconnue et Kala-Azar en Grèce . , . . 489
Melierax yabar (Hématozoaires de) . . 74
Melitococcie . 454. 566, 657, 868
Membres de la Société. . . x
Méningite aigue dans la trypanosomiase humaine . 187
Méningitiques (accidents) dans le paludisme . 713
Mésanges (Leucocytozoon des) . 82
Micrococcus t?ielitensis . 454,556, 657, 868
Microfilaires de Melierax gabar . 74
du sang des indigènes en Afrique Occidentale Française 438
— (déplacement des) dans le champ du microscope. . . 450
— du porc . . 623
Miracidium bilharzien (observations biologiques) . 837
Morve (lésions nasales dans la) . . 774
Mouches et lèpre . 860
Moustiques (destruction des) par la quinoléine . 556. 739
— — par le crésyl . 551, 527
— — dans locaux mal clos . 633
— (la lutte contre les) à Saint-Louis du Sénégal. . . . 637
— et lèpre . 669, 787
Moutons algériens et bactéridie charbonneuse . 336
— (OEsti*e des) du Sénégal . ... 733
Muqueuses intactes traversées par Schicolry panam ernzi . . . 723
— et Leishmanioses . . 176, 411, 489, 808
Myase intestinale chez l’homme . 508
— prévaginale de la vache . . 737
Mycétome à grains rouges (Culture du) . . . 855
Mycose brésilienne (Zymonématose) avec localisations buccales . . 313
Myxomycète ( Dictyostelium mucoroïdes) coexistant avec une enta-
mibe chez un singe . 180
fii
— 902
N
PAGES
N’Diank (Choléra du Sénégal) . ... 753
Necator americamis en Haute Guinée . 843
Nématodes vasculicoles des Bovins annamites . 115
parasites des Reptiles . 251
Nematodirus (genre de Strongylidés) . 33
Nocardia pelletieri . 589, 709
Nuttalliose de l’âne en Afrique occidentale . 800
O
Œil (lésions de 1’) chez les poules trypanosomées . 213
— (muqueuse de 1’) traversée par Schizotrxjp. cruzi . 723
Œstre des moutons du Sénégal . 733
Oiseaux (infection des) par YHalteridium de Danilewsky 4 174
Onchocerca armillata . 117
Oospora (nouvelle) pathogène. Oospora Pelletieri . 855
Organisme (intervention de 1') dans la guérison médicamenteuse des
spirilloses . 524
Ornithodorus moubata (Evolution de Tryp. cruzi chez) . 300
Orpiment dans la prophylaxie de la trypanosomiase humaine. . . 287
Ostéopathie des chevaux en Nouvelle-Calédonie . . . 519, 043, 097
Oubanghi (la trypanosomiase humaine sur 1’) . . 403
Ouvrages reçus . . .51, 100, 212, 200, 330, 451, 563, 094, 771, 891
Oxyspirura mansoni . 624
P
Paludisme (la lutte contre le) . 162
aigu . 713
— (Hémolyse dans le) . 801
— (Maladie de Raynaud avec éosinophilie locale dans le) . 342
— (Un cas de) contracté à Chapa (Tonlcin) . 345
Pangonia infusca parasité par Leptomonas pangoniœ . 004
Pappataci (Fièvre de) . 780
— en Corse . 710
Paralysie bulbaire infectieuse (pseudo-rage) au Brésil . 570
Pathologie exotique (Traité par Gkall et Clahac) . 335
Pérou (Pian au) . 69
Peste à Sin-lam (Chine) . 303
— et sérum antipesteux ... 459
Peste aviaire (essais de transmission de la) par Argas persicus . . 163
— de coçar . r . . 576
porcine â Alger . 781
— 9o3 —
PAGES
Phagédénisme cutané amibien . . . 216, 799
Phlébotomes . . • • . . . 780
— dans le Sud Oranais . 511
Pklebolomus papatasii en Corse . . 710
Physaloptère de Macacus cynomolgus . 390
Pian au Pérou . . 69
Pied bot artificiel d’une chinoise . 641
Piqûres de phlébotomes produisant des accidents locaux .... 511
Piroplasma bigeminum . 87, 482
— canis . 143
— mu tans . 87, 482
— parvum . 87
Piroplasmose bovine en Grèce . 87
— — au Dahomey . 482
— asine en Afrique occidentale . 806
— canine et splénectomie . . 143
Plantes médicinales de l’île Maurice et des pays intertropicaux . . 571
Plasmodium minasense . . . . . . . . . . 593
Poisson vivant corps étranger du pharynx . 41
Polynévrite des poules . 54
Porc (microfil aire du) . 623
Porcs (infection comparée des) par Tryp. gambiense et Tryp. rho-
desiense . 492
— (Peste des) à Alger . 781
Poux et lèpre . 684
Précipitation (réaction de) dans les Trypanosomiases ’ . 116
Primates parasités de Trématodes . . 833
Prophylaxie de la fièvre jaune . . . 150, 556, 561, 627, 633, 637, 739
— de la maladie du sommeil . 2, 287, 403
— de la peste . 303
de la Souma . 380
— du choléra . 4, 167, 297
— du paludisme . 162
— du typhus exanthématique . 744
Pseudo-rage au Brésil . 576
Puces et lèpre . 683
Puériculture el lait condensé en Nouvelle-Calédonie . 231
Pulex serraticeps transmettant la Leishmanie de chien à chien . . 595
Punaises et lèpre . 677
— et leishmania . 817
Q
Quinoléine (Désinfection culicidienne par la) . 556, 739
- 904 —
R
PAGES
Rat africain {Golunda campanæ) porteur de Bacillus duboscqi . . 703
Rate déplacée dans un cas de Kala-azar infantile. . 271
— (Hypertrophies de la) d’origine inconnue et Kala-azar .... 480
— et piroplasmose canine • . . 143
Rats (infection des) par Leishmània infantum . 336, 715
— (lèpre des) en Nouvelle-Calédonie . 403
— (Rôle des infections secondaires dans le développement de la
lèpre des) . 460
Raynaud (Maladie de) d’origine palustre avec éosinophilie locale . . 342
Réceptivité du lapin au spirochète de la F. récurrente nord-africaine. 472^
Récurrente (Fièvre) à Madagascar . 208
— — traitement par l’arsénohenzol . 330
— — par le Néo-Salvarsan . 476
Reptiles ( Iguana tuberculata et Testudœmys) parasités par des né¬
matodes . • • • • 251
Rhizoplaste des Leishmania . 812:
Rhumatisme infectieux dans la maladie du sommeil . 187
S
Saïgon (La dysenterie à) . 203
Salmonella dans la peste des porcs à Alger . 781
Salvarsan (Mode d’action dans la f. récurrente du rat) . 320
— ■ (Traitement de la f. récurrente par le) . 330
Schistosomiases humaines . 390, 505, 837
Schizotrypanum cruzi . 22, 261, 300, 598, 599, 723
Schneider (G. E.). Eloge . 215
Scrotum (Elephantiasis du) au Sénégal . 025-
Sérodiagnostic des infections à Tryp. yambiense et à T. rhodesiense. 220
Sérum humain (Résistance du Tryp. rhodesiense au) . 367
Sérum antivenimeux dans les phénomènes tardifs d'envenimation . 43
Setaria des bovins et des équidés . 023
Signe de Kernig dans la maladie du sommeil . 187
— — — le paludisme . 713
— ( E pidermophyton du) . 00
— porteur d’une entamibe et d’un myxomycète . 180
— (Reproduction chez le) de la leishmanoise naturelle du chien . 351
— ehstreptocoques . 60
— et infections expérimentales (choix de l’espèce) . 409
Singes parasités de Trématodes . . . 833
Societa fra i cultori delle malattie exotichc . 53
Société d’hygiène de la Martinique . 572
Souma (prophylaxie de la) . 380
— 9°5 —
PACES
Souris blanches infectées de Leishmania infanlum. . . 218,336, 715
— — — par Schizotryp. cruzi . 598
Spirilles des poules . . 03
— de la fièvre récurrente nord-africaine . 472
— et argas . 03, 790
Spirilloses expérimentales . 63, 320, 472
— (Intervention de l’organisme dans la guérison médicamen¬
teuse des) . 524
Spirochètes de la F. récurrente nord-africaine (réceptivité du lapin) . 472
— dans le sang d’un cobaye . 589
Spirochœta gallinarum . 03
Splénectomie et piroplasmose canine . 143
Stegomyia fasciatn (destruction des) . 150,530,501,627,633,037, 739
Stomoxes et Souma . 380
— (Expériences de transmission de trypanosomiases animales
par les) . 544
Streptocoques et singes . 00
Strongylidés du genre Nematodirus . 35
Sucre dans la dysenterie amibienne . 840
Suppuration des ganglions dans la maladie du sommeil .... 187
Surra des caprins . 31
— chez les Equidés et les Bovidés à Ceylan . 162
— (Debab, taher et) . 274
— en Basse-Cochinchine . 371
Syphilis (masque léonin dans la). . 170
T
Tetramitus mesnili (Infection humaine due à) . 495, 725
Tiques de la Bussie d'Europe . 40
Traitement de la fièvre récurrente par l’arséno-benzol . 339
— — le Néo-salvarsan .... 470
— de l’ankylostomiase . 843
— de la dysenterie . • 505, 846
— de la peste . 459
— de l’éléphantiasis . . 025
— des trypanosomiases. . . 45, 385
Trématodes de primates . * 833
Trichomonas intestinalis . 725
Tripoli (maladies tropicales) . 850
— (typhus exanthématique à) . • 778
Troglodytella abrassarti (Infusoire nouveau parasite du Chimpanzé). 499
Trypanolyss (réaction de) dans les infections à T. gambiense et à
T. rhodesiense . 220
Trypanosoma brucei . 101, 550, 011, 819, 877
— — var. werbitzkii . 101
— 9°6
PAGES
Trypanosoma cazalboui . 48, 281, 380, 543,
congolense . . 45, 281, 550,
— cruzi • • - , • • • -22, 226, 360, 598, 599,
— denysi .
dimorphon . 204, 278,
— equiperdum . 275, 611,
— evansi . 31, 164, 274, 371, 548, 550,
— gambiense . . . 26, 213, 220, 375, 492, 550, 614,
— hippicum (Atténuation de virulence d’une souche de).
— inopinahim .
— leicisi inoculé à d’autres animaux que le rat * . .
— . perroteti ..... .
— pecaudi . 545
— pecorum . 372
— rhodesiense 26, 101, 103, 213, 220, 244, 367, 379, 492
— soudanense . 274, 547
— theileri . 281
— undulans. (formes aflagellées) .
Trypanosomes dans le sang des bovidés portugais .... 603
— de l’Afrique du Sud .
— des lézards .
— et trypanosomiases .
— (Immunisation contre des) pathogènes ....
— (Expériences de transmission des) par les glossines
— (Expériences — — stomoxes
— (Identification des différents) .
— (Non-transmission des) de la mère nu fœtus.
— Pénétration par les muqueuses intactes .
Trypanosomiases animales 31,45, 204,274,278,281,380,385, 544, 819,
• — (diagnostic des) .
— et glossines du Kalanga .... 45,281,608,
— — de la Ilaule-Gambie et de la Casa-
mance .
Trypanosomiases expérimentales 105, 213, 241, 379, 492, 544, 550,
598,
. humaine 2, 22, 26, 157, 187, 204, 284, 287, 403,
614, 686, 762, 828,
— — de laboratoire . .
— — brésilienne .
— (non transmission des) de la mère au fœtus . .
Tuberculino-réaction . 234, 852,
Tuberculose (bacilles de la) .
— (épidémiologie de la) en Annam .
Typhus exanthématique en Tunisie .
— bactériologie et sérologie à Tripoli .
819
819
723
608
546
822
880
762
184
99
826
595
819
819
877
550
725
99
725
26
595
702
877
204
544
61 1
550
» 723
822
611
819
204
763
868
883
22
505
855
13
234
744
778
V
- 907 —
U
PAGES
Uncinariose en Nouvelle-Calédonie . 29
— en Haute Guinée . 849
V
Vaccin et formule leucocytaire . 226
Vaccination anticholérique à Java . 4
— - antipesteuse à Sin-lam (Chine) . 303
— jennérienne (Variations de l’équilibre leucocyt. dans la) 226
Vaginale (Myiase) de la vache . 737
Valkampfia (n. gen.) amibe limax dans l'intest . humain . . 135
Venin (récolte et conservation du) . 20
Vibrion cholérique (action de la lumière et des hypoclilorites sur le). 167
— isolés dans une épidémie de choléra en Roumanie. . . . 265
— — — d’Algérie ... . . 790, 792
— cholériques et paracholériques (Pouvoir hémolytique des) . 455
— du N’Diank . 753
Virulence (Atténuation dei d’une souche de Tryp. hippicum . . . 184
— (Variations de) du Tryp. yambiense de deux origines
humaines . 375
Virus filtrant dans la peste porcine à Alger . • 781
Vœu pour la répression de l’alcoolisme au Maroc . 777
Z
Zousfana (Mal de la) . 276
Zymonématose avec localisations buccales au Brésil . 313
Zymonena brasiliense . 313
I
TABLE ALPHABETIQUE PAR NOMS D’AUTEURS
A
PAGES
Abadie. Eléphantiasis streptococciquo. chez une Algérienne d’origine
espagnole . ? . 57
Anfreville (L. d’). Lutte contre les moustiques à Saint-Louis (Sénégal) 6 37
Arzt (L.) et Levaditi (A.). Mode d’action du salvarsan dans la fièvre
récurrente expérimentale du rat . 320
Aubert (P.) et Heckenroth (F.). La formule leucocytaire chez les indi¬
gènes trypanosomés du Congo . 284
Prophylaxie de la trypanosomiase humaine et orpiment.... 287
Augé (J.), et Pezet (O.). Epidémie de fièvre jaune au Dahomey . 648
B
Basile (C.). Sur l’identité des Leishmanioses et sur leur mode de
transmission . 812
Bauche (J.) et Bernard (N.). Filariose et athérome aortique du buffle
et du bœuf . 109
— Filarioses animales de l’Annam central . 622
Beguet (M.) et Crespin (J.). La courbe de l’hémolyse dans le palu¬
disme . 801
Belitzer (A. W.), Kohl-Yakimoff (Nina) et Yakimoff (W.). Trypano-
soma equiperdum en Russie d’Europe . 822
Benazet (L.) et Conor (A.). Formule leucocytaire et immage d’ARNETH
dans la bilharziose . 396
Béouaf.rt (J.), Rodhain (J.), Pons (C.) et Vandenbranden (F.). Les trv-
panoses animales au Bas-Katanga et leurs rapports avec
les glossines . 45
Les trypanoses animales au Bas-Katanga et leurs rapports
les glossines . 281
— Leptomonas pangoniœ . 604
- — Trypanoses animales au Bas-Katanga, rapport avec les glos¬
sines. Tr. denysi de l’écureuil volant . 608
Essais de transmission du Trypanosoma gambiense par la
Glossina morsitans . 762
Note sur les trypanoses animales du Haut-Katanga . 819
Bernard (N.) et Bauciie (J.). Filariose et athérome aortique du buffle
et du bœuf . 109
Filarioses animales de l’annam central . 622
Bernard (N.), Koun (L.) et Meslin (Ch.): Epidémiologie de la tuber¬
culose en Annam . 254
Bettencourt (A.) et Borges (I.). Trypanosome des bovidés portugais. 603
— Présence de trypanosomes dans le sang des bovidés portugais. 725
— 9°9 —
PAGES
Bienassis (E.) et Conseil (E.). Traitement de la fièvre récurrente par
le néosalvarsan d’EHRLicn . 47^
Biot (R.) et Richard (G.). De la possibilité d’inoculer Tryp. leivisi
à d’autres animaux que le rat . 826
Blaizot (L.) et Nicolle (Ch.). Nouveaux points de l’étude expérimen¬
tale du spirochète de la fièvre récurrente nord-africaine. Ré¬
ceptivité du lapin . 472
— Virulence des cultures de Leishmania infantum , sensibilité du
chacal au virus du Kala-Azar tunisien . 721
Blanc (G.) et Henry (A.). Le Physaloptère du Macacus cynomol-
* gus L . 39°
Blanchard (M.). Infection à Sch. cruzi . 598
Blanchard (M.) et Mesnil (F.). Infection comparée des porcs par
Tryp. gambiense et Tryp. rhodesiense . 492
Boouet (H.), Sergent (Edm.), Lhéritier (A.) et Denarnaud (P.). Epi¬
zootie de peste porcine avec présence de Salmonella à Alger.
Transmission expérimentale par virus filtré . 781
Borges (I.) et Bettencourt (A.). Trypanosome des bovidés portugais. 603
— Présence de trypanosomes dans le sang des bovidés portugais. 725
Bouet (G.) et Roubaud (E.). Expériences diverses de transmission des
Trypanosomes par les Glossines . 204
— Expériences de transmission des trypanosomiases animales
de l’Afrique occidentale française par les stomoxes . 544
— Désinfection stégomvcide par le crésyl . 627
L’œstre des moutons au Sénégal . 733
— Myase prévaginale chez la vache à Chrysomyia ( Pycnosoma )
megacephala. Fabr. en Afrique occidentale. Spécificité para¬
sitaire des larves cuticoles de cette mouche . 737
— La piroplasmose (Nuttaliose) de l’âne en Afrique Occidentale, 806
— Bilharziose au Dahomey et en Haute-Casamance . 837
Bouffard (G.). Quelques considérations d’ordre prophylactique concer¬
nant Tryp. cazalboui . 380
Bouffard et Dupont. Trypanosoma dimorphon chez les chiens de la
Haute- Volta noire (Afrique Occidentale française) . 278
Bourret (G.). La désinfection antimoustique au moyen de la quino-
ÏPine . 556
Brégf.at, Sergent (Edm. et Et.), Nègre (L.) et Vivien. Notes bactério¬
logiques relevées pendant l’épidémie cholérique de 1911 en
Oranie . 790
Bridrl (J.). Ostéopathie chevaline . 697
Lésions nasales dans la morve et dans la lymphangite épizoo¬
tique . 774
Brumpt (E.). Leishmaniose infantile et puces. — Discussion . 98
— Schiz. Cruzi à différentes phases de son cycle évolutif.... 261
— Le Trypanosoma Cruzi évolue chez Conorhinus megistus,
Cimex lectularius, Cimex boueti et Ornithodorus moubata.
Cycle évolutif de ce parasite . 360
— Pénétration du Schizotrypanum Cruzi à travers la muqueuse
oculaire saine . 723
— Colite à Tetramitus Mesnili (Wenyon, 1910) et colite à Tricho¬
monas intestinalis (Leucichart, 1879). Blastocystis hominis n.
sp. et formes voisines . . . 725
Brumpt (E.) et Joyeux (C.). Infusoire, nouveau parasite du Chim¬
panzé Troglodytella Abrassarti n. g. n. sp . 499
J
— 910 —
PAGES
Brumpt (E.) et Piraja da Silva. Existence du Schizotrypanum Cruzi,
Chagas, 1909, à Bahia. Biologie de Conorhinus megistus - 22
Bruyant (L.) et Verdun (P.)- Quelques documents pour servir à l’étude
de Filaria loa . 5°6
c
Cardamatis (J. -P.)- Piroplasmoses des bovidés en Grèce . 87
Leishmaniose du chien en Grèce . 88
— Quelques remarques sur l’infection des oiseaux par l 'Halte-
ridium de Danilewsky . 171
Formes pigmentées des Leucocytozoon . 333
— Le Kala-Azar est en Grèce une maladie sporadique. Méga¬
losplénies de cause ineonrîue . 4^9'
— Les hémoglobinuries chez les paludiques, comme celles occa¬
sionnées par la consommation des fèves fraîches, peuvent-
elles être des phénomènes d’anaphylaxie ? . 521
Carini (A.). Phagédénisme cutané amibien . 216'
Un autre cas de phagédénisme cutané amibien . 799
Carini (A.) et Maciel (J.). La pseudo-rage au Brésil . 576
Carini (A.) et Rudolpii (Max.). Hématozoaires de lézards au Brésil.. 592
Catiioire. Lettre sur le 2e Congrès du froid . 567
Cazeneuve (H.). Pied-bot artificiel d’une chinoise . 641
Cazeneuve (H.) et Defressine (C.). Le pouvoir hémolytique des vi¬
brions cholériques et para-cholériques . 455
Chatton (E.). Entamibe ( Lœschia Sinici, n. sp.) et myxomvcète ( Die -
tyosthelium mucoroldes Briîfeld) d’un singe...' . 180
Cycle évolutif des trvpanosomides chez l’hôte intertébré (Dis¬
cussion) . 365 et 367
Tetramitus mesnili (Discussion) . 499
Chatton (Ed.) et Lalung-Bonnaire. Amibe limax, Vahlkampfia n. g.
dans l’intestin humain, son importance pour l’interprétation
des amibes de culture . 135
Ciuca (A.). Recherches sur l’influence de la splénectomie totale sur
l’évolution de la piroplasmose canine . 143
Ciuca (M.) et Slatineano (A.). Recherches sur les vibrions isolés dans
la récente épidémie de choléra de Roumanie . 265
Clarac et Grall. Traité de pathologie exotique . 335
Cohendy (M.). Essai de traitement de la dysenterie amibienne par les
lavements au sucre . 846
Collin (L.). L’ankvlostomiase en Nouvelle-Calédonie . 192
Conor (A.). Action de la lumière et des hyochlorites sur le vi¬
brion cholérique . 167
Conor (A.) et Benazet (L.). Formule leucocytaire et image d’ARNETii
dans la bilharziose . 396
Conor (M.) et Nicolle (Ch.). Quelques expériences pratiquées avec le
virus de leishmaniose naturelle du chien. Reproduction de la
maladie chez le singe . 331
Conseil (E.). Résultats de la prophylaxie du typhus exanthématique
à Tunis de 1909 à 1912 . 744
Conseil (E.) et Bienassis (E.). Traitement de la fièvre récurrente par
le néosalvarsan d’EiiRLicn . 476
Couvy (L.) et Marchoux (E.). Argas et Spirilles . 63
— Argas et Spirochètes . 796
— 9 1 2 —
PAGES
Grall et Clarac. Traité de Pathologie exotique . 335
'Gauducheau (A.). Lettre relative aux résolutions du congres de Hong-
Kong pour le béribéri . 334
Granjux. L’alcoolisme au Maroc (Discussion) . 751
Guillier, Jeanselme et Mauclaire. La lèpre est-elle toujours incu¬
rable ? *9^
H
Heckenroth (F.) et Aubert (P.). La formule leucocytaire chez les
indigènes trypanosomés du Congo . 284
— Prophylaxie de la trypanosomiase humaine et orpiment - 287
Heckenroth (F.). La trypanosomiase humaine sur le Congo moyen
et l’Oubangui . 4°3
Henry (A.) et Railliet (A.). Observations sur les strongylidés du genre
Nematodirus . 35
— Nématodes vasculicoles des bovins annamites . 115
— Quelques nématodes parasites des reptiles . 251
— Filaria immitis (Discussion) . 732
Henry (A.) et Blanc (G.). Le Physaloptère du Macacus cynomolgus L. 390
Henry (A.), Lanceron (M.) et Railliet (A.). Le genre Achanthocheilo-
nema Cobbold, 1870 et les filaires péritonéales des carnivo¬
res . 392
Henry (A.), Railliet (A.) et Joyeux (Ch.). Sur deux trématodes de pri¬
mates . 833
Hindle (Edw.). Attempts to transmit Fowl pest bv .drgns persicus,
avec résumé français . 165
Huet et Denier. La dysenterie à Saigon . 263
Husnot (P.) et Léger (A.). Quelques hématozoaires d’un rapace diur¬
ne ( Melierax gabar) . 74
J
Jeanselme. Buba bresiliana (Discussion) . 489
— Lèpre ganglionnaire (Discussion) . 702
Guérison de la lèpre (Discussion) . 707
Jeanselme, Mauclaire et Guillier. La lèpre est-elle toujours incura¬
ble ? 196
Joyeux (Ch.). Note sur quelques cas de bilharziose observés à Kou-
roussa (Guinée française) . . • 5°4
Note sur le Bacillus Duboscqi, n. sp., de l’intestin d’un rat
africain Golunda campanœ . 7°3
— Necator americanus en Haute-Guinée . 843
Joyeux (C.) et Brumpt (F.). Infusoire nouveau parasite du chimpanzé
Troglodytella Abrassarti n. g. n. sp . 499
Joyeux (C.), Railliet (A.) et Henry (A.). Sur deux trématodes de pri¬
mates . 833
K
Kiewiet de Jonche. Vaccinations anticholériques à Java . 4
— Travaux de Griijns sur le béribéri . 54
Crespin (J.) et Bécuet (M.). La courbe de l’hémolyse dans le palu¬
disme .
D
Darling (S. -T.). Some blood parasites (. Hœmoproteus and Hœmogre-
garina) .
— A note on the presence of Linguatula Serrata in man in cen¬
tral America .
— Réduction of virulence in a strain of T. hippicum selected
from a guinea pig, avec résumé français .
Darütÿ de Grandpré. Plantes médicinales de l’Ile Maurice et des pays
intertropicaux .
Defressine (C.) et Cazeneuve '(H.). Le pouvoir hémolytique des vi¬
brions cholériques et para-cholériques .
Delanoë (M. et Mme). A propos de Sch. cruzi .
Denarnaud (P.), Sergent (Edm.), Liiéritier (A.) et Boqüet (H.)- Epi¬
zootie de peste porcine avec présence de Salmonella à Alger.
Transmission expérimentale par virus filtré .
Denier (A.). Un cas de dysenterie mixte provenant de Shang-Haï. . . .
Denier et Huet. La dysenterie à Saigon . . .
Dominici-Urbain (C.) et Léger (M.). Foyer de mélitococcie en Corse. .
Doftf.r. Milieu de Dieudonné. (Discussion) .
Dopter et Salimbeni (A.). L’épidémie de choléra asiatique de l’asile
St-Pierre à Marseille en 1911 .
Dubois (A.). L’autoagglutination des hématies dans la trypanoso¬
miase humaine .
Dupont et Bouffard. Trypanosoma dimorphon chez les chiens de la
Haute-Volga noire (Afrique Occidentale française) .
E
Escomei. (E.). Le premier cas de pian observé au Pérou .
F
França (C.). Leucocylozoon du geai, de l’épervier et de la bécasse....
— Contribution à l’étude des Leucocylozoon des oiseaux au Por¬
tugal .
Les formes aflagellées dans l’évolution d’un trypanosome de
batracien (T. undulans ) .
— Contribution à l’étude des Leucocylozoon des oiseaux du Por¬
tugal .
Franciiini (G.). Leishmania et punaises .
Fleury (A.), Tiiibout (A.) et Lhéritier (A.). Moutons algériens et bac¬
téridie charbonneuse .
Folf.y (H.) et Leduc (H.). Phlébotomes dans le Sud-Oranais .
C
Gabbi (U.). Les maladies tropicales à Tripoli .
Gasperi (F', de). Présence de spirochètes chez le cobaye .
gi3 —
PAGES
Kohl-Yakimoff Vina), Yakimoff (W.-L.) et Winogradoff (A. -A.).
Argas persicus persicus, Fischer- Waldiie-im en Russie d’Eu¬
rope . : . 39
Kohl-Yakimoff (Vina) et Yakimoff (W.-L.). Sur la question des Ixo-
didés de Russie . 194
Infection des souris blanches par les cultures de Leishma¬
nia infantum Nicolle (Ch.) . 218
L’infection des animaux de laboratoire par Leishmania infan¬
tum Nicolle (Ch.) 355
Kqun (L.), Meslin (Ch.) et Bernard (Noël). Epidémiologie de la tu¬
berculose en Annam . 234
La Cava (F.). De la leishmaniose des muqueuses et de la première
découverte de la Leishmania tropica flagellée dans le corps
humain . 808
Lagane (L.). Bacillurie provoquée dans la lèpre . 784
Lalung-Bonnaire (P.). Un poisson vivant, corps étranger du pha¬
rynx . 41
Lalung-Bonnaire et Ciiatton (Ed.). Amibe limax, Vahlkampfia n.
g. dans l’intestin humain, son importance pour l’interpréta¬
tion des amibes de culture . 135
Lamoureux (A.). Trois cas de fièvre récurrente à la Côte Ouest de
Madagascar. Inoculation positive à la s'ouris . 268
— Un cas d’ascaridiase mortel . 842
Landes (L.). Etude de quelques vibrions isolés au cours des poussées
épidémiqües du choléra de 1911-12 en Algérie . 792
Lanfranchi (A.). Diagnostic des trypanosomiases . 61 1
Langeron (M.), Railliet (A.) et Henry (A.). Le genre Achanthocheilo-
nema Cobbold, 1870, et les filaires péritonéales des carnivores. 392
Laurent (A.) et Martin (Noël). Tumeurs éléphantiasique du pied chez
un indigène algérien . 56.
Laveran (A.). Au sujet de Tryp. rliodcsiense, Stephens et Fantham. 26
— Expériences d’immunité croisée avec T. brucei, T. brucei
var. Werbitzkii et T. rhodesiense . 101
— Contribution à l’étucle des infections expérimentales produites
par le Trypanosoma rhodesiense . 241
— Orpiment et trypanosomiase (Discussion) . 293
— Au sujet de Trypanosoma pecorum . 372
— Présentation de macaques inoculés avec succès au moyen
d’une culture de la Leishmania du bouton de Delhi . 573
— Mycétome à grains rouges (Discussion) . 588
— Infections des souris et des rats dues au Kala-Azar méditer¬
ranéen et au Kala-Azar indien . 715
— Essais d’immunisation contre des trypanosomes pathogènes.. 877
Laveran (A.) et Mesnil (F.). Trypanosomes et trypanosomiases .... 702
Laveran (A.) et Nattan-Larrier (L.). Contribution à l’étude de la
espundia . 176
— Sero-diagnostic des infections à Trypanosoma gambiense et
à Tryp. rhodesiense . . . 220'
— Le Trypanosoma rhodesiense devenu résistant au sérum hu¬
main perd assez facilement cette propriété . 367
— Contribution à l’étude de la Espundia . 486
-- 914 —
PAGES
Lebœuf (A.). Existence de l.epra muriutn (lèpre des rats) en Nou¬
velle-Calédonie . 463
— Dans la lèpre chez l'homme comme chez le rat, on peut trou¬
ver des bacilles spécifiques dans les ganglions superficiels.... 569
— La lèpre fruste en Nouvelle-Calédonie . 578
— Recherches expérimentales sur le rôle de certains insectes hé-
matophages dans la lèpre . 667
La curabilité et les rémissions de la lèpre en Nouvelle-Calé¬
donie . 705
— Dissémination du bacille de Hansen par les mouches domesti¬
ques . 860
Leduc (H.) et Foley (H.). Phlébotomes dans le sud-Oranais . 511
Leger (A.). Maladie de Raynaud d’origine palustre avec éosinophilie
locale . 342
Filariose humaine dans le Haut-Sénégal-Niger . 61S
— Un petit centre d’endémicité de la maladie du sommeil à
Koulikoro . 828
Leger (A.) et Husnot (P.). Quelques hématozoaires d’un rapace diur¬
ne ( Melierax gabar) . 7^
Leger (M.). Leucocytozoon de la bécasse (Discussion) . 21
^ ariations de l’équilibre leucocytaire chez le bufflon au cours
de vaccination jennerienne . 226
Leger (M.) et Dominici-Urbain (C.)i Foyer de mélitococcie en Corse. 657
Léger (M.) et Mathis (C.). Nature des cellules-hôtes des Lencocyto-
zoon . --
Léger (M.) et Mesnil (F.). Documents relatifs au surra des caprins
et à leur immunité . «j
Léger (M.) et Séguinaud (J.). Fièvre de pappataci en Corse . 710
Legendre (J.). Affiche pour la lutte antipaludique en Indochine _ 162
Traitement de la fièvre récurrente par l’arséno-benzol . 339
Un cas de fièvre paludéenne contractée à Chapa (Tonkin).. 345
De la désinfection culieidienne par la quinoléïne . 739
Lemaire (G.), Sergent (Edm., Et.) et l’Héritier. Transmission de la
leishmaniose canine par la puce . t-q-
Levaditi. Streptocoques (Discussion) . go
Lkvaditi (A.). Intervention de l’organisme dans la guérison médica¬
menteuse des maladies à spirilles . -24
Levaditi (A.) et Arzt (L.). Mode d’action du salvarsan dans la fièvre
récurrente expérimentale du rat . „20
Lhéritier (A.), Fleury (A.) et Tiiibout (A.). Moutons algériens et
bactéridie charbonneuse . g
Lhéritier, Lemaire (G.) et Sergent (Edm. -Et.). Transmission ’ de’ là
leishmaniose canine par la puce . _ .
Lhéritier (A.) et Sergent (Edm.-Et.). Etude comparative’ du débàb ' 3
et de quelques autres trypanosomiases .
Lhéritier (A.), Sergent (Edm.), Boquet (H.) et DenarnIud (P.’)ï Épi’-
zootie de peste porcine avec présence de Salmonella à Alger.
Transmission expérimentale par virus filtré .
Lignos (A.). Un cas de kala-azar infantile se terminant par la g-uéri-
son . h
£%nrgrène de la ^uche et du nez dans le kala-aàar infan¬
tile d Hydra .
Déplacement de la rate chez un enfant atteint de kala-ààaà.’ .* 271
— 9 1 ^ —
PAGES
Lignos (A.)- Absence de Leishmania à l’autopsie d’un enfant mort de
kala-azar . 349
Lombard, Quiliciiini et Sergent (Ed. et E.). La leishmaniose à Alger.
Infection d’un enfant, d’un chien et d’un chat dans la même
habitation . 93
Lostie (L.). Surra en Basse-Cochinchine . 371
M
Maciel (J.) et Carini (A.). La pseudo-rage au Brésil . 576
Manaud (A.). Phénomènes tardifs d’envenimation guéris par le sérum
antivenimeux . 43
— Une observation de contagion du béribéri . 514
Manceaux (L.). Hémogrégarines du lézard vert Lacerta oceUata (var.
pater) . 347
Marchoux (E.). Formes d’involution en boules des bacilles acido-ré¬
sistants . *3
— Rôle des infections secondaires dans le développement- de la
lèpre du rat . 466
— Destruction des moustiques dans les locaux mal clos (Discus¬
sion) . 637
— Lèpre ganglionnaire . ■ . 773
— Bacilles de la lèpre . 774
Marchoux (E.) et Couvy (L.). Argas et spirilles . 63
— Argas et Spirochètes . 79^
Martin (Louis) et Darré (H.). Un cas de trypanosomiase humaine
contractée au laboratoire . 883
Martin (Noël) et Laurent (A.). Tumeurs éléphantiasique du pied chez
un indigène algérien . 56
Marzinowski (E. L). Maladies voisines de la Malaria en Russie.... 868
Mathis (C.) et Léger (M.). Nature des cellules-hôtes des Leucocyto-
zoon . 77
Matignon (J. -J.). Note sur le laquage des dents en Indochine . 401
Mauclaire, Guiluer et Jeanselme. La lèpre est-elle toujours incura¬
ble ? 196
Meslin (Ch.), Bernard (Noël) et Koun (L.). Epidémiologie de la tu¬
berculose en Annam . - . 234
Mesnil (F.). Tryp. rhodesiense (Discussion) . 30
— Lésions de l’œil chez les poules trypanosomées . 213
— Sero-diagnostic des trypanosomiases (Discussion) . 225
— Variations de virulence du Tryp. gambiense de deux origines
humaines . 375
— Cycle évolutif de Schizotrypanum cruzi (Discussion) . 364
— Stomoxes et Trypanosoma cazalboui (Discussion) . 385
— Tryp. rhodiense et sérum humain (Discussion) . 370
Déplacement des microfilaires dans le champ du microscope
(Discussion) . 450
— Piroplasmose (Discussion) . 485
— Rhizoplaste des Leishmania. Discussion . 812
— Trypanosomiase de laboratoire. Discussion . 890
Mesnil (F.) et Blanchard (M.). Infection comparée des porcs par
Tryp. gambiense et Tryp. rhodesiense . 492
— yi6 —
PAGES
Mesnil (F.) et Leger (M.)- Documents relatifs au surra des caprins
et à leur immunité . . 31
Mesnil (F.) et Ringenbacii (J.). Observation d’une chèvre infectée de
T. rhodesiense . io5
Mitter (S. -N.). Filaria immitis in Calcutta . 7M
Mouchet. Myase intestinale chez l’homme . 5°8
N
Nattan-Larrier (L.). Infection humaine à Tetramitns Mesnili . 495
— Non transmission des trypanosomiases de la mère au fœtus.. 550
Nattan-Larrier (L.) et Laveran (A.). Contribution à l’étude de la es-
pundia . J7^
— Sero-diagnostic des infections à Trypanosoma gambiense et
à Tryp. rhodesiense . 220
— Le Trypanosoma rhodesiense devenu résistant au sérum hu¬
main perd assez facilement cette propriété . 367
— Contribution à l’étude de la Espundia . 48^
Nàttan-Larrier (L.) et Ringenbach (J.). Sur un cas de maladie du
sommeil . . • • • i87
Nègre (L.), Sergent (Edm. et Et.), Brégeat et Vivien. Notes bactério¬
logiques relevées pendant l’épidémie cholérique de 1911 en
Oranie . 7*)°
Niclot. A propos de la fièvre à pappataci . 78°
Nicolas (C.). Puériculture et lait condensé en Nouvelle-Calédonie - 231
— Observation clinique d’une affection chevaline sévissant à Nin-
diah et Nindivin (Houailou) . .Si8
— Ostéopathie des chevaux en Nouvelle-Calédonie . 643
Nicolle (Ch.). De l’importance du choix strict de l’espèce dans les ex-
riences d’infection pratiquées chez les singes . 469
Nicolle (Ch.) et Blaizot (L.). Nouveaux points de l’étude expéri¬
mentale du spirochète de la fièvre récurrente nord-africaine.
Réceptivité du lapin . 472
— Adrulence des cultures de Leishmania infantum, sensibilité
du chacal au virus du kala-azar tunisien . 721
Nicolle (Ch.) et Conor (M.). Quelques expériences pratiquées avec
le virus de leishmaniose naturelle du chien. Reproduction de
la maladie chez le singe . 35 1
Noc (F.). Bulletin trimestriel de la Société d’hygiène de la Martini¬
que . 572
— Remarques et observations sur le rôle du moustique dans la
propagation de la lèpre . 787
Noc (F.) et Stévenel (L.). Masque léonin d’origine syphilitique .... 170
Nuttal (H. -F.). Russian Ixodoïdea . 120
0
Oi.dt (F.). La peste à Sin-lam district de Heung-Shan, province de
Kouang-tong (Chine), surtout au point de vue de la vaccina¬
tion, en anglais avec résumé français . . 303
Ouzilleau. Lavement d’atoxyl dans la dysenterie . 565
— 9*7 —
P
PAGES
t
Parrot (L.). Cuti-réaction à la tuberculine chez les indigènes de Du-
zerville (dép. de Constantine) . . . 852
Pécaud (G.). Contribution au traitement des trypanosomiases animales. 385
— La piroplasmase bovine au Dahomey . 482
— Ostéomalacie (Discussion) . 520
Pelletier (J.). Eléphantiasis du scrotum observé au Sénégal . 625
Pelletier (J.) et Thiroux (A.). Mycétome à grains rouges de la paroi
thoracique . 5^5
Pezet (O.) et Augé (J.). Epidémie de fièvre jaune au Dahomey . 648
Pinoy (E.). Epidermophyton du singe . 60
— Mycétome à grains rouges (Discussion . 589
Piraja da Silva et Brumpt (E.). Existence du Schizotypamim Cruzi
Chagas, 1909, à Bahia. Biologie de Conorhinus megistus . . . . 22
Phisalix (Mme Marie). Récolte, conservation et envoi des animaux ve¬
nimeux et de leur venin . • . 2
Pons (C.), Bequaert (J.), Vandenbranden (F.) et Rhodain (J.). Les
trypanoses animales au Bas-Katanga et leurs rapports avec
les glossines . 281
— Les trypanoses animales au Bas-Katanga et leurs rapports
avec les glossines . 45
— Leptomonas pangonice . 604
— Trypanoses animales au Bas-Katanga, rapport avec les glos¬
sines. Tr. denysi de l’écureuil volant . 608
— Essais de transmission du Trypanosoma gambiense par la
Glossina morsitans . 762
— Note sur les trypanoses animales du Haut-Katanga . 819
Primet. La théorie du phosphore organique (Discussion).* . 134
Q
Quilichini, Sergent (Ed. et E.) et Lombard. La leishmaniose à Alger,
Infection d’un enfant, d’un chien et d’un chat dans la même
habitation . 93
R
Railliet (A.) et Henry (A.). Observations sur les strongylidés du genre
N ematodiriis . 35
— Nématodes vasculicoles des bovins annamites . 115
— Quelques nématodes parasites des reptiles . 251
— Filaria immitis (Discussion) . 732
Railliet (A.), Henry (A.) et Langeron (M.). Le genre Achanthochei-
lonema Cobbold, 1870, et les filaires péritonéales des carni¬
vores . 392
Railliet (A.), Henry (A.) et Joyeux (C.). Sur deux trématodes de pri¬
mates . 833
Remlinger (P.). Un cas de Pied de Madura observé au Maroc . 707
— Les progrès de l’alcoolisme au Maroc . 747
Répin (Ch.). Distribution géographique du goitre en Algérie . 299
62
— 9l8 —
PAGES
Richard (G.) et Biot (R.)- De la possibilité d’inoculer Tryp. lewisi à
d’autres animaux que le rat . 826
Ringenbach (J.) et Mesnil (F.). Observation d’une chèvre infectée de
Tr. rhodesiense . 105
Ringenbach (J.) et Nattan-Larrier (L.) Sur un cas de maladie du
sommeil . 187
Rizzuti (G.) et Scordo (F.). Recherches bactériologiques et séro-dia-
gnostiques à propos du typhus exanthématique . 778
Robledo (E.). Latex parasiticide de Ficus glabrata . 453
Rodhain (J.), Pons (C.), Vandenbranden (F.) et Bequaert (J.). Lep-
— Les trypanoses animales au Bas-Katanga et leurs rapports
avec les glossines . ». . 45
Les trypanoses animales au Bas-Katanga et leurs rapports
avec les glossines . 281
tomonas pangoniœ . 604
— Trypanoses animales au Bas-Katanga, rapport avec les glos¬
sines. Tr. denysi de l’écureuil volant . 608
— Essais de transmission du Trypanosoma gambiense par la
Glossina morsitans . 762
— Note sur les trypanoses animales du Haut-Katanga . 819
Roubaud (E.). Désinfection antimoustique (Discussion) . 561
Lutte contre les moustiques à St-Louis (Discussion) . 640
Roubaud (E.) et Bouet (G.). Expériences d’iverses de transmission des
trypanosomes par les glossines . 204
— Expériences de transmission des trypanosomiases animales
de l’Algérie occidentale française par les stomoxes . 544
— Désinfection stégomycide par le crésyl . 627
— L’œstre des moutons au Sénégal . 733
— Myase pçévaginale chez la vache à Chrysomyia ( Pycnosoma )
megacephala, Fabr., en Afrique occidentale. Spécificité para¬
sitaire des larves cuticoles de cette mouche . 737
La piroplasmose (nuttalliose) de l’âne en Afrique occidentale.. 806
— Bilharziose au Dahomey et en Haute-Casamance . 837
Rudolph (Max.) et Carini (A.). Hématozoaires de lézards au Brésil.. 592
S
Salimbeni (A. -T.). N’diank. (Discussion) . 760
Salimbeni (A.) et Dopter. L’épidémie de choléra asiatique de l’asile
St-Pierre à Marseille en 1911 . 294
Schaumann (H.). Le béribéri, maladie de nutrition . 125
Scordo (F.) et Rizzuti (G.). Recherches bactériologiques et séro-dia-
gnostiques à propos du typhus exanthématique . 778
Séguinaut (J.) et Leger (M.). Fièvre de pappataci en Corse . 710
Senevet (G.). Sur la fréquence de la leishmaniose canine à Alger et ses
variations saisonnières . 89
Senevet (G.), Sergent (Edm. et Et.). Présence d ’Hœmogregarina ca-
nis en Algérie . 16
Sergent (Edm.). Observations microbiologiques sur l’éléphantiasis. . 59
Sergent (Edm.), Lhéritier (A.), Boouet (H.) et Denarnaux (P.). Epi¬
zootie de peste porcine avec présence de Salmonella à Alger.
Transmission expérimentale par virus filtré . 781
— y 1 9 -
PAGES
Sergent (Et.). Distribution géographique du goitre endémique en
Algérie . ' . 122
Sergent (Edm. et Et.) et Senevet (G.). Présence d 'Hœmogregarina
canis en Algérie . ^ . 16
Alger. Infection d’un enfant, d’un chien et d’un chat dans
la même habitation . . 93
Sergent (Edm. et Et.) et Liiéritier (A.). Etude comparative du de-
bab et de quelques autres trypanosomiases . 274
Sergent (Edm. et Et.), Lhéritier et Lemaire (G.). Transmission de
la leishmaniose canine par la puce . 595
Sergent (Edm. et Et.), Lombard et Quillichini. La leishmaniose à
Alger. Infection d’un enfant, d’un chien et d’un chat dans la
même habitation . 93
Sergent (Edm. et Et.), Nègre (L.), Brégeat et Vivien. Notes bactério¬
logiques relevées pendant l’épidémie cholérique de 1911 en
Oranie . 790
Slatineano (A.) et Ciuca (M.). Recherches sur les vibrions isolés dans
la récente épidémie de choléra en Roumanie . 265
Sorel (F.). L’hygiène à la Côte d’ivoire en 1911 . 150
— Recherche du bacille de Hansen dans les ganglions de person¬
nes saines vivant dans l’entourage des lépreux . 6q8
— Tuberculose et alcoolisme à la Côte d’ivoire . 855
Splendore (A.). Zymomematosi con localizzazione nella cavita délia
bocca, osservata in Rrasile, avec résumé français . 313
— Leishmaniosi con localizzazione nelle cavità mucose (nuova
forma clinica). Avec résumé français . 41 1
Stévenel (L.) et Noc (F.). Marsque léonin d’origine syphilitique .... 170
Sturgess (G. W.). Le Surra existe à Ceylan . 161
T
Thibout (A.), Lhéritier (A.) et Fleury (A.). Moutons algériens et
bactéridie charbonneuse . 336
Thiroux (A.). Les filaires embryonnaires du sang des indigènes de l’A.
frique occidentale française . 438
— Destruction des mustiques dans les locaux mal clos . 633
— Le N’Diank, choléra du Sénégal ; son agent pathogène .... 753
Thiroux (A.) et Pelletier (J.). Mycétome à grains rouges de la paroi
thoracique . 585
Todd. Plague treated with anti-pest sérum. Avec résumé français .... 459
Trautmann (R.). Maladie du sommeil en Guinée française . 614
y
Vandenbranden (F.), Rodhain (J.), Pons (C.) et Beouaert (J.). Les
trvpanoses animales au Bas-Katanga et leurs rapports avec
les glossines . 45
— Les trvpanoses animales au Bas-Katanga et leurs rapports
avec les glossines . 281
— Leptomonas pangoniœ . 604
— Trypanoses animales au Bas-Katanga, rapport avec les glossi¬
nes. Tr. dcnysi de l’écureuil volant . 608
— 92° —
PAGES
Vandenbranden (F.), Rodiiain (J.), Pons (C.), et Bequaert (J.). Essais
de transmission du Trypanosoma gambiense par la Glossina
morsitans . J62
— - Note sur les trypanoses animales du Haut-Katanga . . 819
Velez (L. R.). La fièvre de Malte existe au Pérou . 454
Verdun (P.), et Bruyant (L.). Quelques documents pour servir à l’é¬
tude de F il aria loa . 509
Vincent (H.). Pied de Madura (Discussion) . 709
— L’alcoolisme au Maroc (Discussion) . 751
V isentint (A.). Mécanisme de l’immunité naturelle du rat et du co¬
baye à l’égard des cultures de Leishmania infantum . 358
Vivien, Sergent (Edm. et Et.), Nègre (L.) et Bregeat. Notes bactério¬
logiques relevées pendant l 'épidémie cholérique de 1911 en
Oranie . 790
w
Winogradoff (A. -A.), Kohl-Yakimoff (Nina) et Yakimoff (W.-L.). Ar-
gas persicus persicus. Fischer- Waldheim en Russie d’Europe. 39
Y
Yakimoff (W.-L.), Kohl-Yakimoff (Nina). Sur la question des Ixodi-
dés . 194
— Infection des souris blanches par les cultures de Leishmania
infantum, Nicolle (Ch.) . 218
— L’infection des animaux de laboratoire par Leishmania infan¬
tum. Nicolle (Ch.) 355
Yakimoff (W.-L.), Winogradoff (A. -A.), KohlWakimoff (Nina). Argas
persicus persicus, Fisciier-Waldheim en Russie d’Europe.. 39
Yakimoff (W. L.), Kohl-Yakimoff (Nina) et Belitzer (A. W.). Try¬
panosoma equiperdum en Russie d’Europe . 822
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