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UNITED STATES
DEPARTMENT OF AGRICULTURE
LIBRARY
BOOK NUMBER
144075
448 . 9
Sol 3
G
1913
BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
r
J
i
BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
TOME VI - 1913
PARIS
MASSON & Cie, ÉDITEURS
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Tome VI.
N® i.
^ j ' N
144075
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BULLETIN
V
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de la Société****^
S*i
DE
Pathologie Exotique
SIEGE DE LA SOCIETE : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 8 janvier 1913
PARIS
MASSON & O', ÉDITEURS
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît io fois par an
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 6oo pages
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Années iqo8 à 1912 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
SOMMAIRE DU NUMÉRO i
Séance du 8 janvier 1913
PAGES
Liste des membres . i à xi
CORRESPONDANCE
Lettres du Ministre des Affaires étrangères et du résident général au
Maroc sur les progrès de l’alcoolisme au Maroc . i
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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Les auteurs sont priés d’indiquer sur leurs manuscrits le nombre
de tirés à part qu’ils désirent recevoir. Ceux qui habitent hors de
France, sont priés d’envoyer, avec leurs communications, le prix du
tirage à part. Les clichés de figures à insérer dans le texte sont à la
charge des auteurs.
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rien ne vaut le
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AUTORISÉ PAR DÉCISION MINISTÉRIELLE DU 24 SEPTEMBRE *1907
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Par décision Ministérielle en date du 24 Septembre 1907,
et après avis du Conseil Supérieur de Santé, le Formiate de
•*
Quinine Lacroix (Quinoforme) est compris dans la nomencla¬
ture des médicaments en usage dans les établissements hospi¬
taliers des Colonies Françaises.
/
}
mm
ÉLECTION .... »
Allocution du Président
'•«L
»
3
COMMUNICATIONS
R. Bëaujean. — Note sur le venin de Bitis arietans ou Vipère heurtante. 50
G. Bourret et N. Bourragué. — La diffusion de la tuberculose à
St-Louis (Sénégal) . .11
Brau et L. Bruyant. — Quelques notes sur les helminthes du porc en
Cochinchine . 41
V. Brochard. — Dix cas d’administration du 606 par la voie buccale . 20
A. Laveran. — Au sujet de l’historique du kala-azar méditerranéen. . 23
J. Legendre. — Destruction des culicides à l’aide du filet . 43
R. Mouchet et A. Dubois. — Le traitement du pian et de la syphilis
par le salvarsan dans la pratique indigène . 14
L. Nattan-Larrier. — Contribution à l’étude de l’action de la bile sur
les trypanosomes . 24
U. Paranhos. — Considérations sur le mai d'engasgo . 47
J. Ringenbach. — Contribution à l’étude de la distribution de la maladie
du sommeil en Afrique équatoriale française ........ 34
E. Roubaud. — Relations bio- géographiques des glossines et des trypa¬
nosomes . 28
Th. Zammit. — Vibrions cholériques isolés de l’eau de mer . 9
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
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Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt apres la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
a Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année. '
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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filariose sous cutanée du chien. Stegomyia fasciata hôte intermé¬
diaire de Dirojilciria repens . 89
R. Moucüet. — La tuberculose à Léopoldville (Congo belge) . . * . 55
F. Ouzilleau. — Les filaires humaines de la région du Mbomou j
(A. E. F.). Pathogénie de Péléphantiasis de cette région. Rôle de
la Filaria volvulus . 80
M. Paucot — Action de l’atoxyl et du salvarsan sur la fièvre récurrente. 68
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î
1
Liste des Membres
« «
de la Société de Pathologie exotique
au 1 “ janvier 1913
ABREVIATIONS.
MAS Membre de l’Académie des Sciences.
MAM Membre de l'Académie de Médecine.
M F Membre fondateur de la Société.
A T Armée de terre.
M Marine.
T C Troupes coloniales.
COMPOSITION DU BUREAU
Président . •. . . . MM. A. Laveran.
Vice-Présidents . Ch. Grall et E. Jeanselme.
Secrétaires généraux.. . E. Marchoux et F. Mesnil.
Trésorier-archiviste... P* Yvon.
»
Secrétaires des séances. E. Brumpt et C. Levaditi.
Membres du Conseil . . MM. Bertrand, Chantemesse, Le Dente,
Vincent.
■Commission de Con¬
trôle . MM. Dyé, L. Martin et Prévôt.
1
«
1
â
MEMBRES HONORAIRES
MM.
E. L. Bouvier, MAS, Prof1' Muséum, 55, rue de Buflfon, Paris, Ve,
MF.
Général SirD. Bruce, Royal army medical College, Grosvenor Road,
Londres, S. W, en mission au Nyassaland.
W. T. Councilman, Prof1 Université de Cambridge, Etats-Unis.
B. Danilewsky, Profr Fac. Médecine, Charkow, Russie.
P. Ehrlich, Directeur Institut de Thérapie expérimentale, Francfort-
sur-le-Mein.
C. Finlay, Directeur Santé publique, La Havane.
B. Grassi, Profr Anatomie comparée, Université Rome, 91, via
Agostini Depretis.
L. Guignard, M A S, M A M, Directeur bon., Prof1 Ecole de Pharma¬
cie, 6, rue du Val-de-Gràce, Paris, Ve.
Kitasato, Directeur Inst, pour les maladies infectieuses, Tokio,
Japon.
Le Myre de Vilers, ancien Président de la Société de Géographie,
Président de la Sous-Commission française de la Maladie du Som¬
meil, 28, rue de Surène, Paris, VIIIe.
Sir Patrick M anson, 5o, Welbeck Street, Cavendish Square, Lon¬
dres, W.
E. Metchnikoff, Sous-Directeur de l’Institut Pasteur, MF.
E. Perrier, MAS, MAM, Directeur du Muséum, 57, rue Cuvier,
Paris, Ve, MF.
E. Perroncito, Prof1 Université de Turin.
A. Railliet, MAM, Profr Ecole vétérinaire d’Alfort.
Sir Ronald Ross, Prof1 Université de Liverpool, 18, Cavendish Square,
Londres, W.
E. Roux, MAS, MAM, Directeur de l’Institut Pasteur, MF.
Th. Smith, Prof1' Université de Cambridge, Etats-Unis.
Vallin, MAM, 17, avenue Bosquet, Paris, MF.
A. Yersin, Médecin principal 2e Cl. T C, Directeur des Instituts Pas¬
teur d’Indochine, à Nha-Trang, Annam.
MEMBRES TITULAIRES-HONORAIRES
MM.
L. Bertrand, Médecin général de ire Cl. M, 19, rue Steffen, Asnières,
MF.
A. Billet, Médecin principal ire Cl. A T, Directeur Service de Santé,
Oran, MF.
R. Blanchard, MAM, Prof»- Parasitologie Fac. de Médecine, 226,
boulevard Saint-Germain, Paris, VIe.
A. Chantemesse, MAM, Profr Hygiène Fac. de Médecine, 3o, rue
Boissy-d’Anglas, Paris, VIIIe, MF.
III —
Couteaud, Médecin général 2e Cl. M, Directeur Service de Santé
Cherbourg, M F.
Delrieu, Médecin inspecteur T C, à Paris, MF.
Ch. Grall, Inspecteur général Service de Santé T C, Ministère des
Colonies, M F.
Jeanselme, Agrégé Fac. Médecine, Médecin des Hôpitaux, 5, quai
Malaquais, Paris, M F.
A. Laveran, MAS, MAM, Profr Institut Pasteur, 25, rue du Mont¬
parnasse, Paris, VIe, M F.
A. Le Dentu, MAM, anc. Profr Fac. Médecine, 3 1 , rue de Lisbonne,
Paris, M F.
Lemoine, Médecin inspecteur A T, Directeur Service Santé ier Corps
Lille, MF.
Moty, anc. Médecin principal ire Cl. A T, Agrégé libre du Val-de-
Grâce, 65, route d’Octeville, Sainte-Adresse, Seine-Inférieure.
Nimier, Médecin Inspecteur A T, Directeur Service Santé 14e Corps,
Lyon, MF.
J. E. J. Schneider, Médecin inspecteur A T, Directeur Service Santé
20e Corps, Nancy.
H. Vallée, Directeur Ecole vétérinaire d’Alfort, M F.
H. V incent, MAM, Médecin principal ire Cl. A T, Chef du Labora¬
toire de vaccination antityphique au Val de-Gràce, 77, boulevard
du Montparnasse, Paris, VIe, MF.
P. Yvon, MAM, 26, avenue de l’Observatoire, Paris, MF.
MEMBRES TITULAIRES
MM.
*
Achalme, Directeur labor. colon. Muséum, 55, rue de Buffon, Paris,
Ve, MF.
A. Borrel, Prof1 Institut Pasteur, Paris, XVe, M F.
E. Brumpt, Agrégé Fac. Médecine, 1 5, rue de l’Ecole-de-Médecine,
Paris, VIe (1 2 février igo8) (1).
E. Chatton, Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XV'! ( i3 mars
1912).
H. Darré. Médecin assistant Hôpital Pasteur (8 décembre igog).
Ch. Dassonville, Vétérinaire en ier, au 32e d’Artillerie, Orléans
(8 avril igo8).
Ch. Dopter, Médecin major ire Cl. A T, Prof* Val-de-Grâce, M F.
E. Dujardin-Beaumetz, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, AI F.
L. Dyé, Médecin colonial Université Paris, 123, avenue de Wagram,
Paris (8 avril igo8).
Granjux, Rédacteur en chef du Caducée , 18, rue Bonaparte, Paris,
VIe, MF.
F. Heim, Agrégé Fac. Médecine, Secrétaire perpétuel Ass. Agronomie
coloniale, 34, rue Hamelin, Paris, XVIe, MF.
(1) Date de l’élection à la Société.
— IV —
A. Lesage, Médecin des Hôpitaux, 226, boulevard Saint-Germain,
Paris, M F.
M. Letulle, MAM, Prof1 Fac. de Médecine, Médecin des Hôpitaux,
7, rue de Madgebourg, Paris {g février igio).
C. Levaditi, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe [8 juil¬
let igo8).
Lucet, MÂM, Assistant au Muséum, 2, rue des Arènes, Paris, VIe
(72 février igo8).
E. Marchoux, anc. Médecin principal T C, Chef Service Institut
Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe, M F.
L. Martin, Médecin-Directeur Hôpital de l’Institut Pasteur, 2o5, rue
de Vaugirard, Paris XVe, M F.
F. Mesnil, Prof1' Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe,
MF.
V. Morax, Ophtalmologiste des Hôpitaux, 28, boulevard Raspail,
Paris, VIL (12 février 19 °§'r .
L. Nattan-Larrier, anc. Chef de laboratoire Fac. Médecine, 60, rue
de Courcelles, Paris (72 février igo8).
A. Pettit, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, 26, rue Dutot, Paris,
XVe (g juin 7 909).
Mme M. Phisalix, Chef-adjoint Travaux de Pathologie Labor. colo¬
nial Muséum, 62, Bd St-Germain, Paris, Ve {8 février igi 7).
E. Pinoy, Assistant Institut Pasteur, Paris, XVe, M F.
H. Pottevin, Directeur-adjoint Office international d’Hyg. publique,
11, rue Valentin-Haüy, Paris (9 décembre igo8).
A. Prévôt, Chet service adjoint Institut Pasteur, Garches (Seine-et-
Oise) (72 février igo8).
J. Rouget, Médecin princ. 2e Cl. A T, Prof1 Val-de-Grâce, 6, rue du
Val-de-Grâce, Paris, Ve (7 2 février igo8).
Simonin, Médecin-principal 2cC1.AT, Prof' Val-de-Cràce, rue Saint-
Jacques, Paris, Ve, M F.
Surcouf, Chef des Travaux de Zoologie Labor. colonial Muséum, 55,
rue de Buffon, Paris, Ve (1 2 février igo8).
M. Weinberg, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe
(cV avril 1 g 08).
R. Wurtz, M A M, Agrégé Fac. Médecine, Médecin des Hôpitaux,
16, rue Bonaparte, Paris, VIe (8 juillet igo8).
MEMBRES ASSOCIÉS
a) Français.
MM.
Th. Barrois, Prof1 Parasitologie Fac. Médecine, Lille.
F. Borel, Médecin sanitaire maritime, Chef de la circonscription du
Havre, M F.
J. Brault, Profr Maladies des pays chauds, Fac. de Médecine, Univer¬
sité Alger.
A. Calmette, anc. Médecin inspecteur T C, Directeur de l’Institut
Pasteur Lille, MF.
— V —
Clarac, Médecin inspecteur T C, Directeur Service de Santé de l’In¬
dochine, à Hanoï (Tonkin), MF. •
De Brun, Prof. Fac. Médecine, Beyrouth.
Ducloux, Chef du Service de l’Elevage, Tunis.
J. Dupuy, i 88 , Bd Voltaire, Paris, XIe, M F.
A. Le Dantec, ancien Médecin M, Profr Pathol, exotique, Fac.
Médecine, Bordeaux, MF.
Ch. Nicolle, Directeur Institut Pasteur, Tunis.
J. B. Piot, Directeur Service vétérinaire des domaines de l’Etat, Le
Caire.
E. Primet, Médecin inspecteur T C, au Ministère des Colonies, MF .
P. Remlinger, Médecin-major A T (h. c.), Directeur Institut Pasteur
de Tanger.
Edm. Sergent, Directeur Institut Pasteur d’Algérie, Mustapha-
Alger, M F.
Et. Sergent, de l’Institut Pasteur de Paris, Médecin de colonisation
(h. c.), chargé de mission en Algérie, 4, rue Michelet, Alger-Mus¬
tapha.
P. L. Simond, Médecin principal ire Cl. T C (h. c.), Directeur Insti¬
tut impérial de Bactériologie Constantinople, 21, rue Mézarlik, au
Taxim.
H. S oulié, Profr Faculté de Médecine, Université Alger.
A. Thiroux, Médecin-principal 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire
Bactériologie à St-Louis (Sénégal), M F.
Vaillard, MAM, Médecin inspecteur général A T, 2, rue Pierre-
Curie, Paris, Ve, M F.
J. J. Vassal, Médecin-major ire Cl. T C, Haïphong, Tonkin.
b) Etrangers.
MM.
A. Agramonte, Profr Bactériologie Université La Havane, Cuba.
A. Bettencourt, Directeur Inst, bactériol. Camara Pestana, Lis¬
bonne.
Van Campenhout, anc. Directeur, Prof1' Ecole de Médecine tropi¬
cale, 4D, rue Marie-Thérèse, Bruxelles.
A. Castellani, Directeur Institut bactériologique et Clinique maladies
tropicales, Colombo, Ceylan.
O. Cruz, Directeur Institut de Manguinhos, Rio-de-Janeiro.
Ch. Firket, Profr Fac. Médecine, 8, rue Sainte-Véronique, Liège.
C. Golgi, Profr Université, Pavie.
Gorgas, Directeur Service de Santé, Ancon, Panama.
S. Kartulis, Hôpital gouvernement égyptien, Alexandrie, Egypte.
A. Kopke, Profr Ecole de Médecine tropicale, Lisbonne.
Sir William B. Leishman, Profr Royal Army Medical College, Gros-
venor Road, Londres, S. W.
A. Looss, Profr Ecole de Médecine, Le Caire.
Nocht, Directeur Institut fiir Schiffs u. Tropenkrankheiten, Ham¬
bourg.
— VI —
F. G. Novy, Prof1 Université du Michigan, Ann Arbor, Mich., Etats-
Unis.
G. H. F. Nuttall, Prof1' Université Cambridge, Longfield, Madin-
gley Road, Cambridge, Angleterre.
A. Salimbeni, Chef Service adjoint Institut Pasteur, Paris, MF.
Shiga, Profr Institut pour les mal. infect., Tokio, Japon.
A. Theiler, Chef du service vétérin. scientif., Pretoria. Transvaal.
J L. Todd, Profr Parasitologie Université Mc Gill, Macdonald Col¬
lege, Sainte-Anne-de-Bellevue, P. Q., Canada.
H. Ziemann, Médecin principal de la marine allemande, Duala,
Cameroun.
MEMBRES CORRESPONDANTS
a) Français.
MM.
Allain, Médecin-principal 2e Cl. T C, Hôpital mixte, Hyères, Var.
L. d’Anfreville, médecin de l’Hygiène à Saint-Louis, Sénégal.
P. Aubert. Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur de l’Institut Pasteur
de Brazzaville, Congo français, en congé, 2, place Bellecroix, Nîmes.
A. Auché, Pharmacien ire Cl. M, Laboratoire central de la Marine,
quai de B i 1 1 y , Paris.
Audiau, Médecin-major A T, 47e de ligne, St-Malo.
A. Bartet, Médecin ire Cl. M, 52, rue Grimaux, Rochefort.
J. Bauche, Vétérinaire inspecteur des épizooties. Hué, Annam.
E. Bellet, Médecin ire Cl. M, Profr Ecole de Médecine navale, Bor¬
deaux
G. Bellot, Médecin-général 2e Cl. M, Chef Service central de Santé
Ministère de la Marine.
P. Noël Bernard, Médecin-major 2e Cl. T C, engagé en France.
L. Blaizot, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Tunis.
M. Blanchard, Médecin aide-major ire Cl. T C, attaché Institut Pas¬
teur, Brazzaville.
G. Blin, Médecin-major ireCl.T C, à St-Laurent du Maroni, Guyane.
G. Bouet, Administrateur ire Cl. des Colonies, Inspecteur de l’Hy¬
giène en A. O. F., à Dakar.
G. Boitffard, Médecin-major ire Cl. T C, Prof1' Ecole d’application,
Marseille.
M. Bouilliez, Médecin-major 2e Cl. T C, détaché Institut Pasteur,
Paris.
G. Bourret, Médecin-major 2e Cl. T C., en Inde-Chine.
L. Bréaudat, Pharmacien T C, attaché à l’Institut Pasteur de Saigon,
Cochinchine.
J Bridré, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe.
V. Brochard, Médecin-major 2e Cl. T C, Résident Archipel Wallis,
par la Nouvelle-Calédonie.
Ch. Broquet, Médecin-major ire Cl. T C, ancien S. -Directeur Insti-
VII
tur Pasteur Saïgon, Chef Service santé Corps d’occupation de
Chine.
J. A. Bussière, Médecin-major ire Cl. T C., 17, boulev. Pasteur,
Paris, XVe.
Cathoire, Médecin-major ire Cl. A T, Chef Labor.- Hôpital milit.
Toulouse.
L. Cazalbou, anc. Direct. Labor. Bactériologie de Ségou, A. O. F.,
Vétérinaire en ier, au 5oe d’Artillerie, Rennes.
H. Cazeneuve, Médecin irH Cl. M, Hôpital Sainte-Anne, Toulon,
12, rue Mirabeau.
A. Chopard, Médecin de la 2e division à la Société de Construction
des Chemins de fer Indochinois, Keror, La Ciotat, Bouches-du-
Rhône.
Clair, anc. Médecin sanitaire maritime, 1 2, rue Jeanne d’Arc, St-Man-
dé, Seine..
Clarenc, Président de la Société médicale, Port-Louis, Ile Maurice.
M. Cognacq, Directeur Ecole de Médecine de l’Indochine, Hanoï,
Tonkin.
L. Collin, Médecin major 2e Cl. T C, Nouv. Calédonie.
A. Conor, Médecin-major ire Cl. A T, Chef Labor. Hôpital milit. du
Belvédère et Sous-Directeur Institut Pasteur, Tunis.
E. Conseil, Chef Bureau municipal Hygiène, 60, rue des Selliers,
Tunis.
L. Cou vy, Médecin-major 2e Cl. T C, détaché à l’Institut Pasteur,
Paris.
J. Crespin, Profr Hygiène Fac. Médecine, Médecin Hôpital Mustapha,
1, rue du Soudan, Alger.
P. Delanoe, Médecin Assistance méd. indigène, Afrique occid. franç.
Denier, Médecin ire Cl. M, Sous-Directeur Institut Pasteur de Saïgon,
Cochinchine.
W. Dufougere, Médecin-major 2e Cl. T C, Corps d’occupation du
Maroc.
R. Dumas, Médecin principal ir* Cl. T C. Hôpital militaire. Saïgon.
Emily, Médecin-principal 2e Cl. T C, 1 2, rue Pérignon, Paris VIL, M. F.
H. Foley, Médecin-major ire Cl. A T (h. c.), attaché à l’Institut Pas¬
teur d’Algérie.
Fontoynont, Directeur Ecole de Médecine, Tananarive, Madagascar.
L. Gaide. Médecin-major ire Cl. T C, Proi1' Ecole d’Application,
Marseille.
A. Gauducheau, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur de l’Institut
Vaccinogène du Tonkin.
E. Gendre, anc. Médecin de l’Assistance médicale indigène en A. O.
F., Inspecteur de l’Assistance publique à Angers, 14, rue Voltaire.
V. Gillot, Médecin Hôpital Alger-Mustapha, 21, boulevard Victor-
Hugo, Alger.
P. Gouzien, Médecin principal ire CL T C, Directeur de l’Ecole
d’application, Marseille, MF.
De Goyon, Médecin-major 2e CL T C, à Madagascar.
H. Gros, ancien Médecin M., Médecin de colonisation, Rébeval,
département d’Alger, en disponibilité à St Chartier. Indre.
Heckenroth, Médecin-major 2e CL T C, Directeur Institut Pasteur
de Brazzaville, Congo français.
'G. Irr, Vétérinaire, 8, place de l’Opéra, Paris.
— VIII —
H. J ouveau-Dubreuil, Médecin aide-major irc Ci. T C, Directeur
Laboratoire vaccinogène Tchen tou, Sé-Tchouen, Chine.
J. Kérandel, Médecin-major 2e Cl. T C, 8e infant, coloniale, Toulon.
A. Lafont, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur laboratoire Hôpital
militaire, Dakar, Sénégal.
A. Lamoureüx, Médecin-major 2e Cl. T C, à Majunga, Madagascar.
A. Lebœuf, Médecin-major 2e Cl. T C, en mission de Lèpre, Nouméar
Nouv. Calédonie.
J. Legendre, Médecin-major Cl. T C, 35, rue de Lübeck, Paris.
A. Leger, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur de l’Institut de bac¬
tériologie, Bamako, Haut-Sénégal et Niger.
M. Leger, Médecin-major 2e Cl. T C, Profr adjoint Ecole d’applica¬
tion, Marseille.
Lemaire, Médecin Hôpitaux d’Alger, Chef de Laboratoire Institut
Pasteur d’Algérie, 7, rue Ledru-Rollin.
Le Roy des Barres, Professeur Ecolede Médecine, Directeur de l’Hô¬
pital indigène, Hanoï, Tonkin.
J. Maille, Médecin ire Cl. M, Directeur Lab. Bactériologie Hôpital
maritime, Cherbourg.
Manaud, Médecin-major 2e Cl. T C, Conseiller médical au Ministère
de l’Intérieur, Bangkok, Siam.
L. Manceaux, Médecin-major 1 re Cl. AT, Directeur Laboratoire Bac-
tériol. VIe corps d’armée, Chàlons sur-Marne.
G. Martin, Médecin-major ie Cl. T C, Prof.Ecole d’Application, Mar¬
seille.
C. Mathis, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur Lab. Bactériologie,.
Hanoï, Tonkin.
J. Matignon, Médecin-major T C, Chef de laboratoire Pathol, exot.
Fac. Médecine, 7, place Fondaudège, Bordeaux.
G. Merveilleux, Médecin-principal ire Cl. T C, Haïphong, Tonkin..
R. Montel, ancien Médecin T C, Médecin de la municipalité, 109,
rue Paul Blanchy, Saigon.
L. Nègre, Chef Laboratoire Inst. Pasteur d’Algérie, Alger.
Niclot, Médecin-major ire CFA T, Hôpital militaire, Bordeaux.
Ch. Nicolas, 4, rue de Billancourt, Boulogne, Seine.
F. Noc, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Lab. Hygiène et Micro¬
biologie, Fort-de-France, Martinique.
G. Pécaud, Vétérinaire en second, Service zootechnique du Chari-
Tchad.
A. Pressât, Médecin de la Cie de Suez, Port-Saïd, Egypte.
Raynaud, Chef du Service sanitaire maritime, 7, place de la Républi¬
que, Alger.
J. Ringenbach, Médecin major 2e Cl. T C, Mission de délimitation
Afrique équatoriale franç. -Cameroun.
Robert, Pharmacien chef M., Cons. supérieur de Santé, Ministère
de la Marine, 39, Avenue Chevreul, Bois-Colombes, Seine.
A. Rodet, Profr Fac. Médecine, Directeur de l’Institut Bouisson-
Bertrand, 22, Cours Gambetta, Montpellier.
J. Roger, Vétérinaire en 2e, au 18e d’Artillerie, Toulon.
H. Rothamel, Médecin de l’Assistance de l’Indo-Chine, 108, rue Ber¬
trand de Goth, Bordeaux.
E. Roubaud, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, 96, rue Fal-
guière, XVe.
— IX -
H. Salanoue-Ipin, Médecin-principal 2e Cl. T C, au Ministère des
Colonies.
Salvat, Directeur Institut Pasteur, Tananarive, Madagascar.
H. S chein, Vétérinaire, Inspecteur des Epizooties de l’Indochine,
attaché à l’Institut Pasteur de Nha-Trang, Annam.
F. Sorel, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur du Laboratoire de
bactériologie, Grand-Bassam, Côte-d’Ivoire.
L. Stévenel, Médecin-major 2eCl. TC, Directeur Laboratoire Pointe
à Pitre, Guadeloupe.
Stini, à Larnaca, Chypre.
J. Thézé, Médecin-major 2e Cl. T C, détaché Institut Pasteur.
R. Trautmann, Médecin-major 2e Cl. T C, 7e infant, coloniale, Maren-
nes.
Troussaint, Médecin Inspecteur A T, Directeur du Service de santé.
Ministère de la Guerre, M F.
G. Vallet, Médecin-major ire Cl. A T, Chef du Laboratoire mil. de
Bactériologie, Montpellier.
b) Etrangers.
MM.
L. Audain, Directeur du Laboratoire, Port-au-Prince, Haïti.
* E. E. Austen, Conservateur British Muséum of Nat. History, Crom¬
well Road, Londres, S. W.
A. G. Bagshawe, Directeur Tropical Diseases Bureau , Impérial Ins
titute, Londres, S. W
A. Balfour, Directeur Labor. Wellcome, Khartoum, Soudan
égyptien.
Vital Brazil, Directeur Institut sérothérapique de Butantan, Etat de
St-Paul, Brésil.
A. Breinl, Directeur Inst. Méd. tropicale, Townsville, Queensland,
Australie.
A. Broden, Directeur Ecole Méd. tropicale, Bruxelles, place Quételet.
Mamert'o Cadiz, Profr Faculté Médecine et Directeur Institut d’Hy-
giène, Santiago, Chili.
J. Cantacuzène, anc. Directeur Santé publique, Prof1 Université, Buca¬
rest. .
J. Cardamatis, Proh Mal trop. Fac. Médecine, 26, rue Canaris, Athè¬
nes.
A. Carini, Directeur Institut Pasteur, Sao Paulo, Brésil.
C. Chagas, Chef de Service Institut O. Cruz, Manguinhos, Rio-de-
Janeiro.
Chalmers, Prof1 au Collège médical de Ceylan, Colombo.
M. Couto, Profr Fac. Médecine, Rio-de-Janeiro.
S. R. Christophers, Assistant, f entrai Research Institute, Kasauli
Inde.
C. W. Daniels, Lecturer London Schcol of tropical Medicine et
London Hospital a. Medical College, 5o, Welbeck Street, Lon¬
dres, W.
S. T. Darling, Chef Laboratoire Bureau sanitaire, Ancon, Panama.
W. H. Deaderick, Mariana, Arkansas, Etats-Unis.
— X —
C. Donovan, Prof' Univ., Médecin Hôpital, Dunduan, Nugambakam,
Madras, Inde.
M. Elmassian, ancien Directeur de l’Institut bactériologique du
Paraguay.
E. Escomel, Médecin de l’Asile Saint-Jean de Dieu, Arequipa, Pérou.
J. W. H. Eyre, Bactériologiste Guy’s Hospital, Londres, S. E.
H. B. Fantham, Parasitologiste Liverpool School of tropical Medicine.
S. Flexner, Directeur de l’Institut Rockefeller, New-York.
C. França, Naturaliste Muséum Bocage, Ecole Polytechnique Lis¬
bonne, Collares. Portugal.
F. Fülleborn, Profr Institut fiir Schiffs u. Tropen-krankheiten, Ham¬
bourg
U. Gabbi, Chef division tropicale Clinique médicale Université,
Rome.
G. M. Garcia, Médecin-inspecteur du Service contre la fièvre jaune,.
La Vera-Cruz, Mexique.
L. Gedoelst, Profr Ecole Médecine vétérinaire, Cureghem-Bruxelles.
J. A Gilruth. Profr Pathol, vétérin. Université Melbourne, Aus¬
tralie.
O. Goebel, Médecin, Elisabeth ville, Congo belge.
W. M. Haffkine, Laboratory Hospital Grounds, Bhawanipur, Cal¬
cutta.
M. Hartmann, Chef service protozool. Institut fiir Infektionskran-
kheiten, Berlin, N. 3y.
S. P. James, Officier Service sanitaire Inde anglaise, à Simla.
S. Kanellis, 24, rue Pinacoton, Athènes.
G. W. Kiewiet de Jonge, Kramat, Weltewreden, Indes néerlandaises.
F. Kleine, Chef de la lutte contre la Maladie du Sommeil en Afrique-
orientale allemande, Daressalam.
H. P. Lie, Chef du service de la Lèpre, Bergen, Norvège.
A. Lignos, Médecin Ile d’Hydra, Grèce.
A. Lindenberg, Médecin Service dermatologique Hôpital Santa-Casa,
S. Paulo, Brésil.
George C. Low, Lecturer, London School of tropical Médecine. King’s
College et West London Hospital, 0, Bentick Street, Lavendish
Square, Londres W.
A. Lutz, Chef de Service Institut O. Cruz, Manguinhos, Rio de
Janeiro.
J. M acdonald, La Cli n ica , 18, calle Guente, Huelva, Espagne.
F. Percival Mackie, du Service médical de l’Inde, 18, Canynge Square,
Clifton, Bristol, Angleterre.
E. Martini, Médecin principal de la Marine allemande, Chef du.
Lazaret du Gouvernement, a Tsingtau, Chine.
E. Marzinowsky, Médecin Hôpital Paul Ier, Moscou.
U. Mello, Agrégé Ecole vétérinaire, Turin.
C. Mense, Directeur d'Archiv für Schiffs u. Trop en hygi eue, 28, Phi-
losophenweg, Cassel, Allemagne.
E. A. Minchin, Profr Protozoologie Univ. Londres. Lister Institute,
Londres, S. W.
R. E. Montgomery, Government veterinary bacteriologist, Nairobi,.
British East Africa.
— XI
J. Moreira, Directeur Hospice national des aliénés, Rio-de-Janeiro
C. S. Motas, Prof1' Ecole vétérinaire, Bucarest.
W. E. Musgrave, Biological Laboratory, Bureau of Science, Manille.
D. Nabarro, Childrens Hospital, Gt. Ormonde Street, Londres, W. C.
W. S. Patton, King Institute of préventive Medicine, Guindy, Ma¬
dras, Inde.
M. Piraja da Silva, Prof1 Fac. Médecine, Bahia, Brésil.
A. Plehn, Médecin Hôpital am Urban, 22, Kleiststrasse, Berlin W. 62.
S. von Prowazek, Chef service zoologique Institut für Schiffs u. Tro-
penkrankheiten, Hambourg.
Mme L. Rabinowitsch-Kempner, 58a, Postdamerstr., Gross-Lichter-
felde, W., Berlin.
Colonel F. Raymond, Chef du service vétér. civil du Bengale, Royal
Veterinary College, Calcutta.
J. Rodhain, Directeur du Laboratoire, Léopoldville, Congo belge.
E. Robledo, Manizales, Colombie.
L. Rogers, Profr Medical College, Calcutta.
Ph. H. Ross, Government Bacteriologist, Nairobi, British East
Africa.
C. Savas, Prof1 Fac. Médecine, Athènes.
Scheube, ancien Prof1 Univ. Tokio, à Greiz, Allemagne.
C. Schilling, Chef de division Institut für Infecktionskrankheiten,
8, Platanen-Allee, Westend Berlin.
A. Splendore, anc. Directeur Labor. Bactériologie Hôpital S. Joa-
quim, S. Paulo, Brésil, i5q, via Sicilia, Rome.
J. W. W. Stephens, Lecturer, Liverpool School of tropical Medicine.
R. P. Strong, Directeur Biological Laboratory, Bureau of Science.
Manille.
N. H. Swellengrebel, Privât docent Protozoologie Faculté de Méde¬
cine Amsterdam, 167, P. C. Hoofstraat.
Theobald, Wye Court, Wve, Kent. Angleterre.
Wolferstan Thomas, Ecole Médecine tropicale. Manaos, Brésil.
Th. von Wasielewski, Chef de la division de Parasitologie, Institut
für Krebsforschung, Heidelberg.
C. M. Wenyon, Protozoologiste Ecole Médecine tropicale Londres,
296, Alexandra Park Road, N.
W. L. Yakimoff, Directeur laboratoire mal. tropicales, Taschkent,
Turkestan.
Zabolotny, Institut Médecine expérimentale, Saint-Pétersbourg.
Zammit, Laboratory Public Health Departm., Malte.
Les Membres de la Société sont priés de vouloir bien informer les Secré¬
taires généraux des modifications dans leurs titres et fonctions et de leurs
changements d’adresse.
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Sixième année
N° i
19 T3
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 8 JANVIER 191 3.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Correspondance
Le Président. — En réponse au vœu émis par la Société sur
la nécessité de prendre des mesures pour combattre les progrès
de l’alcoolisme au Maroc, vœu qui avait été transmis à M. le
Ministre des Affaires étrangères et à M. le Résident général
au Maroc, j’ai reçu les deux lettres suivantes:
Paris, le 28 décembre 1912.
Monsieur le Président,
A la date du iô de ce mois, vous avez bien voulu me faire
part d’un vœu émis par la Société de Pathologie exotique
tendant à combattre les progrès de l’alcoolisme au Maroc.
J’ai l’honneur de vous accuser réception de cette communi¬
cation que je n’ai pas manqué de faire parvenir à M. le Com¬
missaire Résident Général au Maroc, en attirant son attention
sur la nécessité de prendre des mesures énergiques en vue
d’enrayer les progrès du mal signalé par le groupement que vous
présidez.
Agréez, Monsieur le Président, les assurances de ma consi¬
dération ti;ès distinguée.
Le Ministre des Affaires étrangères.
2
Paris, le 22 décembre 1912.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous accuser réception du vœu de la So¬
ciété de Pathologie exotique sur les progrès de l’alcoolisme au
Maroc.
Je vous suis très reconnaissant de me l’avoir adressé. Je tiens
à vous dire que mon attention a été très vivement attirée sur les
graves inconvénients de la faiblesse des tarifs qui frappent les
alcools, et je prends des mesures pour qu’il y soit remédié dans
le plus bref délai.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mes
sentiments les plus distingués et dévoués.
Lyautey.
RH'-Tn — i
ij ,c
il i *1 .H il
Ces deux lettres nous donnent la certitude que le vœu émis
par la Société aura d’utiles conséquences.
*
k *
MM. B rault et Leishman, nommés membres associés, Bag-
shawEj Blaizot, Blanchard, Bouilliez, Cazeneuve, Delanoë,
Fantham, Lignos, van Loghem, Manceaux, Nègre et Thézé,
nommés membres correspondants, adressent des remerciements
à la Société.
Election
M. Roubaud est élu membre titulaire à l’unanimité des suf¬
frages exprimés (25).
P
•1
- 3
Allocution du Président
Mes chers Collègues,
»
Comme les années précédentes, je crois devoir, au début de
cette année, vous exposer l’état de la Société et vous présenter un
court résumé de nos travaux.
A la date du Ier janvier 1913, notre Société était composée
comme il suit : «
Membres honoraires . 20
Membres titulaires honoraires . 17
Membres titulaires . 30
Associés français . 20
Associés étrangers . 20
Correspondants français . 92
Correspondants étrangers . 79
278
Soit un total de 278 membres. Au ier janvier 1912, la Société
comptait 262 membres, la différence en plus, pour 1913, est donc
de 16 membres. •
Nous avons eu à déplorer la mort d’un des membres honorai¬
res de la Société, le Professeur Hansen, auquel ses travaux sur
la lèpre ont valu une juste célébrité, et celle d’un membre titu¬
laire, le ET G.-E. Schneider, auquel on doit d’avoir démontré,*
par des recherches faites en collaboration avec Buffard, que
l’agent de la dourine est un trypanosome. J’ai rendu hommage
en son temps à la mémoire de oes éminents et très regrettés col¬
lègues.
M. le Professeur Kitasato, membre associé, a été élu membre
honoraire en remplacement du Professeur Hansen.
M. Chatton a été élu membre titulaire.
M*. le Dr Brault, d’Alger, a été élu membre associé français, et
M. le Dr Leishman, déjà Correspondant de la Société, membre
Associé étranger.
MM. Bl anchard, Blaizot* Bouilliez, Cazeneuve, Delanoë,
Manceaux, Nègre, Thézé, Trautmann, ont été élus Correspon¬
dants français.
*
v
MM. Bagshawe et Daniels, de Londres; Fantham, de Liver-
pool; Hartmann, de Berlin; Lignos, de Grèce; Lie, de Bergen,
Van Loghem, d’Amsterdam ; Piraja da Silva, de Bahia, ont été
élus Correspondants étrangers.
Un membre titulaire a dû être considéré comme démissionnaire
par application de l’article XII de nos Statuts.
Le nombre des communications faites à la Société s’accroît
d’année en année; nos Bulletins de 1912 forment un beau volume
de 920 pages, le plus gros, que nous ayons publié jusqu’ici;
l’intérêt que présentent nos Bulletins est attesté par ce fait qife le
nombre de nos abonnés augmente régulièrement; notre dévoué
trésorier vous dira, je l’espère, dans son rapport annuel, que cette
augmentation croissante du chiffre des abonnés rend la situation
financière de la Société très propère.
*
* *
»
• •
Les questions intéressant l’hygiène de nos Colonies sont l’ob¬
jet des préoccupations constantes de la Société.
Je rappelle que, dans la séance du 13 décembre 1911, une Com¬
mission a été nommée pour étudier les moyens de défense des
Colonies contre les maladies contagieuses. Cette Commission com¬
posée de MM. Granjux, Jeanselme, Le Myre de Villers, Mar¬
choux et Primet a une lourde tâche à remplir, mais j’espère qu’à
la fin de cette année elle sera en mesure de nous apporter les ré¬
sultats^ au moiqs partiels de ses travaux.
* La destruction des moustiques, si importante au ptfint de vue
de la prophylaxie du paludisme et de la fièvre jaune, a été l’ob¬
jet d’une sériée importante de communications. L’emploi de la
quinoléine et celui de la vaporisation à chaud du crésyl ont été
préconisés tour à tour pour la destruction des moustiques dans
les habitations.
D’ intéressants travaux nous ont été présentés sur les résultats
de la lutte contre les moustiques à Saint-Louis du Sénégal et à
la Côte-d’Ivoire. A Bassam, d’après M. le Dr. F. Sorel, gfrâce
aux mesures prises' pour restreindre le nombre des moustiques et
à l’emploi préventif de la quinine, l’içdex paludéen des enfants
de l’école est tombé de 40 p. ioo, en 1910, à 13,9 p. 100, en
1911-
11 est à désirer que nos correspondants nous envoient de même
des renseignements précis sur les résultats obtenus dans nos au¬
tres colonies grâce à la mise en oeuvre des mesures de prophylaxie
rationnelle qui s’imposent aujourd’hui contre le paludisme et
contre la fièvre jaune.
M. le Dr Remlinger nous a apporté des renseignements attris¬
tants sur les progrès de l’alcoolisme au Maroc; en un an, l’im¬
portation des boissons alcooliques a doublé et, dans toutes les vil¬
les que nous occupons, les débits de boissons se multiplient avec
une rapidité effrayante; en 1907, au moment de l’occupation dé
Casablanca, le nombre des débits n’était que de 5 à 6 ; au mois
de janvier 1912, il s’était élevé à 161 et, depuis lors, il s’est en¬
core accru. Les indigènes, malgré les préceptes de Mahomet, .
s’habituent à boire comme les Européens et ils consomment sur¬
tout la plus dangereuse des boissons alcooliques: l’absinthe.
Vous avez pensé, Messieurs, qu’il y avait lieu d’appeler l’at¬
tention des pouvoirs publics sur cette situation lamentable et de
leur demander de prendre des mesures pour y remédier. Le vœu
que v($us avez émis a été transmis à M. le Ministre des Affaires
étrangères et à M. le Résident général au Maroc. Les réponses
que je vous ai communiquées au début de la séance nous donnent
la certitude que le vœu émis par la Société ne restera pas stérile.
Déjà, en 1909, notre Société avait signalé le danger de l’exten¬
sion de l’alcoolisme dans nos colonies et dénoncé l’alcool com¬
me l’agent le plus actif de la déchéance des populations indigènes
dont la prospérité nous intéresse, au point de vue économique,
comme au point de vue humanitaire.
*
é
* *
Les maladies produites par des trypanosomes ou par des héma¬
tozoaires endoglobulaires ont été en 1912, comme les années pré¬
cédentes, l’objet d’un grand nombre de communications.
Plusieurs de ces communications relatives à l’agent de la ‘rv-
panosomiase humaine dans la Rhodésia nord-est, désigné par
Stephens et Fantitam sous le nom de Tr. rhadesiense, ont con¬
tribué à démontrer que ce trypanosome est spécifiquement dis¬
tinct du Tr. gamBiense.
Parmi les autres notes ou mémoires concernant la maladie du
sommeil ou les trypanosomiases animales, je relève les titres sui¬
vants: La trypanosomiase humaine sur le Congo moyen et l’Ou-
— 6 -
>-
bangui ; — Sur la maladie du sommeil en Guinée française; —
Sur l’auto-agglutination des hématies dans la trypanosomiase hu¬
maine; — Essais de transmission du Tr. gctmbiense par la Gl.
morsitans * — Les trypanoses animales au Bas-Katanga et leurs
rapports avec lés glossines; — Expériences diverses de transmis¬
sion des trypanosomes par les glossines ; — Expériences de trans¬
mission des trypanosomiases animales de l’Afrique Occidentale
^française par les stomoxes ; — Etude comparative du debab et de
quelques autres trypanosomiases ; — Le surra en Basse-Coehin-
chine; — Au sujet du Tr. pecorum ; — Considérations d’ordre
prophylactique concernant le Tr. Cazalboui ; — Contribution
• au traitement des trypanosomiases animales; — Non-transmis¬
sion des trypanosomiases animales de la mère au fœtus; — Sur
un cas de trypanosomiase humaine contractée au laboratoire.
Le Sc-hizotrypanum Cruzi a été l’objet de plusieurs communica¬
tions : Existence du Schizotr. Cruzi dans la province de Bahia
(Brésil); — Evolution du Schizotr. Cruzi chez différentes espèces
de punaises; — Infection à Schizotr. Cruzi chez le cobaye et la
souris.
Parmi les principaux travaux relatifs aux hématozoaires endo-
globulaires, je citerai les communications relatives à la piroplas¬
mose bovine en Grèce et au Dahomey, à la piroplasmose asine
en Afrique occidentale ; aux Leucocytozoon des oiseaux du Por¬
tugal et aux hémogrégarines des lézards.
Les leishmanioses ont été l’objet de communications impor¬
tantes: Leishmaniose du chien en Grèce; — Sur la fréquence de
la leishmaniose canine à Alger; — LTn cas de kala-azar infantile
se terminant par guérison ; — La leishmaniose à Alger, infection
simultanée d’un enfant, d’un chien et d’un chat dans la même
habitation ; — Infection des souris blanches oar les cultifres de
Leishmania infantum ; — Expériences pratiquées avec le virus de
la leishmaniose naturelle du chien. Renroduction de la maladie
chez le singe; — Le kala-azar en Grèce; — Transmission de
Leishmania de chien à chien par piqûres de Pulex serraticeps ;
Infections des souris et des rats dues au kala-azar méditer¬
ranéen et au kala-azar indien : — Virulence des cultures de Leish¬
mania infantum. Sensibilité du chacal au virus du kala-azar tuni¬
sien; Contribution à l’étude de la espundia ; — Leishmaniose
avec localisations sur les muqueuses; — Présentation de maca-
ques1 inoculés avec succès au moyen d’une culture de la Lois li¬
mant ci du bouton de Delhi.
Sur les spirilloses, le choléra, la peste, la fièvre jaune, le ty¬
phus, la lèpre, la tuberculose, nous avons entendu avec beaucoup
d’intérêt les communications suivantes: Trois cas de fièvre récur¬
rente à la côte Ouest de Madagascar ; — Mode d’action du salvar-
san dans la fièvre récurrente expérimentale du rat; — Traitement
de la fièvre récurrente par l’arséno-benzol et par le néosalvarsan ;
— Intervention de l’organisme dans la guérison médicamenteuse
des maladies à spirilles; — L’épidémie de choléra asiatique de
l’asile Saint-Pierre, à Marseille, en 1911 ; — Le N’diank, choléra
du Sénégal, son agent pathogène; — La peste de Sin-lam, pro¬
vince de Ivouang-tong (Chine); — Le traitement de la peste par
le sérum antipesteux; — Epidémie de fièvre jaune survenue au
Dahomey pendant les mois de mai et juin 1912 ; — Résultats de
la prophylaxie du typhus exanthématique à Tunis de 1909 à
1912 ; — La lèpre est-elle toujours incurable ? — : La lèpre fruste
en Nouvelle-Calédonie; — La lèpre des rats; — Epidémiologie
de la tuberculose en Annam.
Les maladies parasitaires proprement dites sont très bien re¬
présentées dans nos Bulletins par une série de communications
sur les filaires, sur les amibes et notamment sur le phagédénisme
cutané amibien, sur les ankylostomes et sur le mycétome à grains
rouges.
*
4
* *
Si incomplet que soit ce sommaire de nos travaux, il suffit à
montrer que la belle activité scientifique dont notre Société a fait
preuve depuis sa fondation, ne se ralentit pas ; les communica¬
tions nous arrivent de toutes parts ; le nombre des travailleurs de
tous les pays qui tiennent à honneur de voir publier dans nos Bul¬
letins les résultats de leurs recherches s’accroît sans cesse, ce qui
est d’un bon augure pour l’avenir de notre Société.
En terminant, je tiens à vous rappeler, mes chers Collègues,
que le XVIIe Congrès international de médecine se tiendra cette
année à Londres, du 6 au 12 août, et que la .Section XXIe de ce
Congrès est consacrée à la pathologie et à l’hygiène tropicales.
Le président de la Section est notre éminent Collègue Sir David
Bruce. Ce Congrès fournira aux savants qui font partie des So-
— 8 —
ciétés de pathologie tropicale ou de pathologie exotique, une ex¬
cellente occasion de se rencontrer et d’échanger leurs vues sur quel¬
ques-uns des problèmes qui les occupent.
Les questions mises jusqu’ici à l’ordre du jour sont: la peste,
le béribéri, l’organisation sanitaire dans les régions tropicales, les
leishmanioses et les fièvres récurrentes.
Je souhaite que la Société de pathologie exotique soit repré¬
sentée à ce Congrès par un grand nombre de ses membres. ( Ap¬
plaudissements .)
«
i
COMMUNICATIONS
Vibrions cholériques isolés de l’eau de mer
Par Th. ZAMMIT.
Pendant P épidémie de choléra qui sévit à Malte du 15 octobre
au 20 décembre 1911, un important centre d’infection fut le vil¬
lage de Zeitun. Ce village, distant à peu près d’une lieue de la
baie de Marsascirocco, s’alimente de poissons et de coquillages
provenant de cette baie. Un cas de choléra qui n’avait pas été dé¬
claré, eut lieu à Marsascirocco, le 26 octobre et, peu de temps
après, l’épidémie éclata à Zeitun.
Les petites maisons du bord de la baie n’ont pas de système
d’égout et une bonne partie des dejecta et des eaux de ménage
sont jetés dans la mer toyte proche. Une petite source d’eau dou-
ce sert encore aux villageois pour laver le linge, et les draps
infectés des premiers cas furent, sans doute, lavés dans cet en¬
droit. On pêche dans la baie des coquillages et des crevettes, et
le poisson qui est pris en haute mer est lavé sur le quai et y
est recouvert d’algues avant d’être envoyé à Zeitun.
Tl était bien naturel que le bureau d’hygiène se préoccupât des
conditions hygiéniques de la baie aussitôt que les premiers cas
de choléra furent reconnus à Marsascirocco. La pêche dans la
baie fut défendue et des gardiens furent postés sur le quai jusqu’à
la fin de l’épidémie.
L’examen bactériologique de l’eau de cette baie a montré que
les orécautions prises n’étaient pas exagérées.
Deux échantillons de l’eau, pris le to novembre, l’un au quai
et l’autre à plusieurs mètres du rivage, nous ont donné des cul¬
tures abondantes du Vibrion cholérique. Un autre examen a été
fait le t6 novembre avec le même résultat.
A partir du 2q novembre tous les examens de l’eau, puisée
à plusieurs endroits de la baie, restèrent négatifs. Les examens
furent répétés plusieurs fois jusqu’au T2 décembre. Tve vibrion
ne fut pas isolé après cette date, ni des coquillages, ni des cre¬
vettes que nous avons examinés. »?
Nous avons encore fait l’examen d’échantillons d’eau de mer
puisés dans les baies de Sliema, M’sida, Marsa et dans le Grand-
Port. Des échantillons furent même pris tout près de la décharge
du grand égout au sud du fort Ricasoli, mais dans tous ces cas
les examens restèrent négatifs.
Nos observations montrent qu’il est possible qu’une grande
masse d’eau de mer soit infectée en peu de temps par le Vibrion
cholérique. Le vibrion peut disparaître également très vite.
L’examen de l’eau est aussi facile que celui des selles. Nous
avons opéré sur 50 cm3 d’eau additionnés du même volume d’eau
peptonée et mis à l’étuve de 3 à 4 heures. L’Agar de Dieudonné
nous a décélé le vibrion dans 1 cm3 d’eau, mais les contamina¬
tions sont fréquentes, car plusieurs microorganismes de l’eau de
mer poussent bien sur ce milieu.
Comme il était très important de s’assurer de la nature du vi¬
brion dans ce cas, j’ai prié mon ami le I)r Edmond Sergent,
Directeur de l’Institut Pasteur d’Alger, de vouloir bien l’exami¬
ner. Le Dr Sergent se. chargea très obligeamment d’étudier de
vibrion qu’il déclara avoir tous les caractères du vibrion choléri¬
que: sa forme est celle d’un vibrion typique de dimensions
movennes. Ensemencé en eau gélatinée salée, il donne un voile
superficiel précoce. Ensemencé en gélatine par piqûre, il la liqué¬
fie en formant une bulle d’air. Le lait est coagulé. La culture sur
pommes de terre forme un enduit crémeux. Ce vibrion fait de
* * — 1
l’indol, et transforme les nitrates en nitrites. Il est agglutiné par
le sérum spécifique de l’Institut Pasteur au i/ioe, au i/too®, au
1 /1.000e, il n’est pas agglutiné au 1/2.000® ni au 1/4.000®. Il pré¬
sente le phénomène de Pfeiffer en présence d’un sérum spécifi¬
que. Il n’hémolvse pas les globules rouges de mouton en 5 heu¬
res, commence à les hémolyser seulement après 24 heures.
La diffusion de la tuberculose à S^Louis (Sénégal)
Par G. BOURRET et N. BOURRAGUE.
Pour répondre à un appel de M. le Prof. Calmette, nous avons
procédé fin 1911 et commencement 1912 à une petite enquête sur
la diffusion de la tuberculose à St-Louis du Sénégal dont nous
croyons intéressant de communiquer les résultats à la Société.
Nos sujets d’études ont été: dans la ville, les élèves des écoles
publiques et un groupe d’adultes pris parmi le personnel manœu¬
vre de l’hôpital militaire; en dehors de la ville: i° les malades
qui se sont présentés les 16, 17 et 30 novembre 1911 à la visite au
dispensaire de Sor (faubourg de Saint-Louis séparé de cette ville
par le grand bras du fleuve Sénégal) ; 20 un certain nombre d’en¬
fants de Sor et du village de Khor (à 4 kilom. 500 de St-Louis, à
2 . kil . de Sor) fréquentant' pour la plupart l’école protestante de
Khor.
Suivant le conseil de M. le Professeur Calmette nous avons en¬
duit trois scarifications au bras gauche avec du vaccin de génisse
et deux au bras droit avec de la tuberculine. Le contrôle à été fait
d’une manière à peu près absolue aux 6e et 7e jours.
Nous nous étions demandés si, en raison du climat, il ne pour¬
rait se produire, dans les conditions de durée de la vésico-papule
des réactions positives, une modification empêchant la réaction
tuberculinique d’être vérifiée en même temps que la vaccination
jennérienne, c’est-à-dire au 6e ou 7e jour. Chez les sujets qui
étaient le plus à notre portée nous avons, dès le 4e jour et pendant
les jours suivants, observé ce qui se passait au niveau de la scari¬
fication. Dès ce moment nous avons, dans tous les cas positifs, vu
persister la vésico-papule avec la même intensité pendant au moins
cinq ou six jours, en sorte qu’il nous a paru qu’aucun résultat n’a
pu nous échapper lors de la vérification faite aux 6e et 7e jours. Si
celle-ci a été très facile dans les écoles de Saint-Louis, il n’en a pas
été de même à Sor et à Khor en raison de l’indolence de la popu¬
lation, et il nous a fallu aller de case en case chercher les sujets que
nous avions vaccinés. Beaucoup d’entre eux étant absents lors de
notre visite, nous présentons un chiffre d’opérations moins élevé
que nous l’aurions voulu, mais néanmoins assez considérable et
qui se décompose ainsi qu’il suit :*
Blancs Noirs ou métis (i)
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y:
(l) Les métis sont en proportion très faible, à peine 3 pour 100.
Si nous avons séparé les chiffres obtenus d’une part en ville et
d’autre part à Sor et à Khor, c’est que les résultats ont été sensi¬
blement différents dans ces deux groupes de population, en ce qui
concerne les enfants indigènes de 1 à 15 ans. Contre 12,50 % de
réactions positives pour les deux sexes dans la zone suburbaine,
nous avons 26,98 % chez les filles et 35,30 % chez les gardons à
SaiiU-Louis. L’écart est trop grand pour ne pas être souligné,
mais les raisons en sont difficiles à donner. L’alimentation est la
*
même de part et d’autre ainsi que la façon de se vêtir. Faut-il
admettre que le bacille tuberculeux garde moins facilement sa vi¬
rulence dans la banlieue où les cases sont assez espacées, où leur
aération et leur insolation sont très faciles, tandis que dans les
pièces presque toujours sombres et humides, véritables taudis en-
%
tassés surtout au Nord et au Sud de la ville, il trouve des condi¬
tions beauaoup plus favorables à sa conservation ? En l'absence
de toute statistique précise, l’hypothèse du moins paraît plausi¬
ble. Elle trouve quelque appui dans le fait que les enfants blancs
du même âge, vivant tous en ville, mais dans des conditions hy¬
giéniques satisfaisantes, ne donnent guère plus de réactions posi¬
tives que les enfants indigènes de la zone suburbaine. Chez les
adultes les résultats sont les mêmes des deux côtés ; peut-être pour¬
rait-on expliquer cette constatation en discordance avec les précé¬
dentes par le fait que presque tous les adultes de la banlieue ont
leurs occupations journalières en ville. Ils se trouvent ainsi pen¬
dant une grande partie de leur existence plongés dans le même
milieu que la population indigène de Saint-Louis.
Nous avons voulu, tout au moins au début, toutes les fois que
nous avons trouvé chez un sujet une réaction positive, savoir si,
dans sa famille ou dans son entourage, il existait des tuberculeux.
Nous avons dû y renoncer, l’indigène, aussi bien adulte qu’en-
fant, étant incapable d’établir une distinction entre une affection
pulmonaire aiguë ou chronique. «
Au s p jet de la fréquence de la tuberculose bovine nous ne pou¬
vons mieux faire que de citer l’opinion de M. le vétérinaire en
second Teppaz, chef du Service Zootechnique du Sénégal, qui s’ex¬
prime ainsi "qu’il suit dans une « note parue in Bulletin et Mé¬
moire de la Société des Sciences V étérihaires de Lyon, février 1911.
« La tuberculose n’a jamais été signalée par les vétérinaires ins-
* <c .pecteurs d’abattoirs des villes de la Colonie où il passe, cha-
« que année, un grand nombre d’animaux (Saint-Louis 3 à 4.000;
♦ . •
(( Dakar 5 à ô.ooo, etc.) et par les médecins civils ou militaires
« qui font l’inspection dans les postes de la colonie où il n’ÿ a pas
(( de vétérinaire ».
Dans la population indigène de Saint-Louis et environs aucun
enfant n’est alimenté au lait de vache, de brebis ou de chèvre,
seuls animaux laitiers du pays, pendant les premiers mois de son
existence. L’allaitement maternel est la règle absolue jusqu’à
6 à 8 mois ; il se continue jusqu’à 18 mois, chez les garçons et
2 ans chez les filles, mais mitigé par une quantité de plus en
plus grande de l’alimentation familiale. Celle-ci comporte, outre
le riz, le poisson frais ou sec et le mil, du lait cru, caillé ou non.
Ce n’est que tout au début de l’allaitement mixte que le lait est
quelquefois bouilli lors de la confection des bouillies au riz ou au
mil. On en arrive très rapidement à le donner cru.
11 n’est pas possible de savoir quelle est la proportion des décès
par tuberculose dans les milieux indigènes ; aucune statistique ne
l’indique pour la ville, à plus forte raison pour la zone suburbaine.
Quant à la fréquence de cette affection chez les enfants, nous
n’avons pu recueillir auprès du Docteur Pelletier qui dirige de¬
puis 7 ans l’hôpital civil de St-Louis que les impressions suivan¬
tes: on voit très peu de tuberculoses osseuses, ganglionnaires et
méningées en général et encore moins chez les enfants ; la tu¬
berculose pulmonaire est la forme la plus fréquente et présente
cette particularité d’évoluer presque toujours sur les indigènes
avec une rapidité extrême, que ce soit chez un enfant ou un adulte,
tant les conditions hygiéniques et les soins sont déplorables.
f x
Le traitement du Pian et de la Syphilis
par le Salvarsan dans la pratique indigène
Par R. MOUCHET et A. DUBOIS.
Nous avons eu l’occasion de soigner, à Léopoldville et dans les
régions voisines, bon nombre de cas de syphilis* et de pian chez
le noir.
La syphilis est assez fréquente à Léopoldville; elle est en rap¬
port avec l’intensité de la prostitution.
Quant au pian, nous l’avons trouvé abondamment dans la po-
; - O -
V
pulation indigène dans les points les plus divers du district. Il
paraît plus fréquent vers les rives du fleuve.
D’après les dires indigènes, les nodosités jgxta-articulaires,
signalées par Jeanselme en Indochine, auraient un rapport d'effet
à cause avec le pian.
Les nodosités articulaires sont très fréquentes à Balobo, où la
grande majorité des enfants est atteinte de pian. Un sujet adulte,
présentant des nodosités articulaires et du pian, fut traité au sal-
varsan. Le pian guérit, les nodosités diminuèrent de volume.
Un autre sujet, ayant été £itteint de pian dans sa jeunesse et
ayant des nodosités articulaires, fut traité au salvarsan. Les no-
J r • v ’
dosités diminuèrent de volume. Excisé peu après, un nodule
montra un ramollissement central. Ce ramollissement est d’ail-
*
leurs, de règle dans les grosses tumeurs.
Evidemment, cette question demanderait de nouvelles recher¬
ches.
Nous donnons ci-dessous les résultats curatifs obtenus dans le
pian et la syphilis par le salvarsan.
Comme on peut le voir dans les tableaux, la disparition des
lésions de pian est ordinairement obtenue dans les dix jours qui
suivent l’injection, souvent en moins.
La disparition des lésions syphilitiques, variable selon le genre
de lésions, est aussi fort rapide.
Nous n’avons pas observé jusqu’à présent, de récidives dans
les cas que nous avons traités. Mais nous avons traité un malade
atteint de pian qui disait avoir été injecté par le Dr Broden (ob-
serv. G, n° 12).
Observation. — Le 8.1,1912, Ivopa, 53 kg., pian au pied, ’arge lé¬
sion, également à diverses parties du corps. Tréponème +. Aurait été
injecté par le Dr Broden, un an auparavant. Les lésions auraient rapi¬
dement disparu et seraient réapparues rapidement.
Le 8.1.1912, 0,60 Salvarsan alcalin intraveineux.
Le 11.1.1912, amélioration, 0,60 Salvarsan alcalin intraveineux.
Le 19.1.1912. Les lésions du creux poplité et du piçd persistent.
Diverses petites lésions sont guéries, 0,60 Salvarsan, alcalin, intra¬
veineux.
Le 26.1.1912. Etat stationnaire, 0,60 Salvarsan, acide, intraveineux.
En grattant avec un vaccinostyle les lésions, on enlève une croûte
épaisse assez adhérente et on arrive sur un tissu blanc assez épais,
11e donnant que très peu de suc au raclage et d’aspect villeux. A un
raclage plus profond, sang ep abondance. Tréponème = 0.
Plus revu ultérieurement.
4
»
*
4
| Observ .
I. — Syphilis.
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
1 1
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
27
3i
34
Résultats
Guérison 5 jours
après la 2e dose.
Guérison en io jours.
Guérison en 8 jouis
après 2e injection.
Amélioration, déserté
2 j. après traitement
Guérison en moins
de i5 jours.
Pas revu.
Guérison en 4 jours.
Amélioration le 2e
jour, plus revue.
Guérison en io jours.
Guérison en une hui¬
taine de jours.
Guérison assez tar¬
dive.
Guérison en trois se¬
maines.
Amélioration, pas
revu.
Guérison en i5 jours.
Guérison en i5 jours.
Guérison en 8 jours.
Pas revu.
Guérison en i mois.
Amélioration nette,
déserté 4 j- après
la 3e injection.
Disparu.
Guérison en i5 jours.
Guérison en 5 jours.
Pas revue.
Perdue de vue.
Pas revu.
Guérison.
Guérison en une di¬
zaine de jours.
Guérison en 5 jours.
Guérison en 4 jours.
Amélioration. Guéri¬
son à la longue. .
Guérison 7 j. après la
dernière injection.
Guérison en une di¬
zaine de jours.
Perdu de vue.
Guérison en 7 jours.
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Résultats
Guérison.
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après la 2° injcct.
mélioration. Perdu
(1e vue.
Guérison en 3 jours.
» en i mois.
Pas revue.
))
»
»
»
»
en 17 jours,
en 5 jours.
en 5 jours.
perdue de vue.
.méliorat. notable,
puis perdu de vue.
Etat stationnaire.
Amélioration.
Guérison en <j jours.
» 10 »
Amélioration.
Guérison en 8 jours.
» 6 »
» 6 *.»
Guérison en 12 jours.
» 6 jours
Pas revue.
Guérison presque
complète en 2 jours.
Pas revu.
Guérison en 6 jours.
2
t
••
III. — Divers (Traitements T essai).
| y —
Le cas paraît remarquable par la résistance des lésions à
l'arsenic. Ordinairement la température des malades n’a pu être
prise, ceux-ci rentrant chez eux après l’injection. De la fièvre a
été observée (38° 5) après une injection pour pian (observ. n° iÇ.
Signalons aussi l’observation D, n° 3, où la fièvre paraît bien
due à l’action propre du salvarsan.
Observation. — Hakela, 45 kg., a reçu une première injection d’es¬
sai pour ulcère au pied résistant depuis 10 mois aux traitements lo¬
caux. Cette première injection a été bien supportée.
Dix-huit jours après, seconde injection de 0,60. Salvarsan, alcalin,
intrav., à 10 heures du matin. A 12 heures, la température atteint
38° G.
Ultérieurement, h ulcère n’a pas présenté d’amélioration.
Le médicament a été ordinairement bien supporté, même aux doses
élevées. O11 remarquera dans le tableau les cas où la dose a atteint
2 cg. au kg., et même presque trois. (P. nos 11.14.21.19 ; D. 11.12 ;
S. 1 8-. 19. 21. 25.26.37.38. 39. 40.42.43.47. 52. 53.63).
Une seule fois (observ. D, n° 12), un malade ayant reçu plus
de 2 cg. au kg. a présenté un état général très grave: douleurs
précordiales, dyspnée, coma. Ces phénomènes disparurent sans
suite après 24 heures.
L’observation S, n° 21, est à ce point de vue fort intéres¬
sante aussi. Ces trois fortes doses, à 8 jours d'intervalle chacune
ont été fort bien supportées. La technique la plus souvent em¬
ployée est l’injection intraveineuse de salvarsan dissous dans
l’eau physiologique et alealinisé à la soude caustique.
Pour 0,60 salvarsan, nous utilisons de 100 à 120 cm3 d’eau.
Les injections acides ont été faites en dissolvant le salvarsan
dans les proportions de 0,60 salvarsan pour 250 à 300 cm3 de
sérum artificiel.
Conclusions. — i° Le salvarsan est un précieux médicament
dans la pratique indigène. L’effet rapide est frappant, le nombre
restreint d’injections, l’absence de douleurs le font facilement ac^
cepter de l’indigène, rebelle aux longs traitements.
20 L’injection acide ne paraît pas présenter d’avantages. Son
emploi est moins pratique vu la masse du dissolvant.
3° Les fortes doses (2 à 3 cg. par kg.), quoique bien tolérées,
ne paraissent pas nécessaires. 1 cg. par kg. représente une dose
pleinement effective pour faire disparaître les lésions.
( Laboratoire de Léopoldville, 1912.)
Dix cas d’administration du 606 par la voie buccale
Par V. BROCHARD.
Les résultats que nous avons obtenus par ce procédé nous ont
paru dignes d’être signalés. Nos essais n’ont porté cependant que
sur un nombre encore fort limité de cas, et même, nous ne nous
sommes pas adressé à la syphilis, faute de sujets, dans cette île
lointaine, mais seulement au pian. Aussi bien s’agissait-il avant
tout de savoir si le « 606 », si bien supporté déjà, nous l’avons
confirmé, par le gros intestin, le serait de la même manière par
■j
l’intestin supérieur, et, en seconde ligne, si ce nouveau mode
d’administration influençait dans un sens ou dans l’autre la valeur
»
thérapeutique du précieux médicament. Tel est le double objet
de la présente étude.
L’admirable tolérance du gros intestin au « 606 », que l’on re¬
trouve jusque chez le nourrisson, l’absence complète , non seule¬
ment d’accidents, mais même du plus petit trouble, nous a déter¬
miné à tenter sur nous-même l’expérience en ce qui concerne l’in¬
testin supérieur. A la vérité, c’est une bien petite dose de « 606 »
que nous avons ingérée, o g. io seulement, dissous dans 1 ce. de
soude, et véhiculé dans ioo cc. d’eau de pluie. La préparation,
on le voit, est simple, et réduite à sa plus simple expression : c’est
Je but que nous poursuivions également, car, en cas de succès,
semblable simplification faciliterait singulièrement l’administra¬
tion du médicament dans les campagnes et les postes perdus des
colonies. Or les choses se sont parfaitement pasées.
Bien entendu, nous étions à jeun. Le liquide, d’un jaune d’or,
parfaitement limpide, non seulement n’a pas de goût désagréable,
mais encore en cherchant bien, on pourrait lui en trouver un plu¬
tôt agréable. Il est légèrement astringent. Ni sur le moment, ni à
aucun autre dans la suite, nous n’avons ressenti le plus petit ma¬
laise, local ou général.
Alors l’expérience fut reprise sur quelques sujets, cette fois at¬
teints de pian. Mais nous plaçant ici au seul point re vue de la to¬
lérance de l’estomac, nous avons retrouvé toujours les mêmes ré¬
sultats négatifs quant aux complications ou à l’intolérance de cet
organe. Pas une exception ne s’est produite. Les sensations des
malades à l’ingestion du « 606 » sont unanimes: pas de goût, ou
plutôt un goût agréable. Généralement, ils ne font même pas la
grimace. Pas de complications non plus dans la suite, jusqu’à
deux mois d’observation continue. Voici les cas, par ordre chro¬
nologique :
On voit donc que d’une manière uniforme, sauf dans les cas où
le malade 11’est pas à jeun, ou bien mange sitôt le médicament ab¬
sorbé, aucune complication d’aucune sorte ne suit l’ingestion du
« 606 )> par la voie buccale. Quelle est maintenant la valeur théra¬
peutique de cette méthode ?
Nous n’envisageons, bien entendu, que le pian, puisqu’on n’a
que cela sous la main dans cette île. Tous les cas de pian qui
figurent au tableau précédent ont été guéris au plus tard en un
mois, Vun (Kalala), en 2q jours.
, L’ulcère phagédénique n’a été influencé en aucune manière.
Voici comment les choses se passent, d’une manière quasi-uni¬
forme, en ce qui concerne le pian :
Le soir meme de l’absorption du médicament, la douleur au ni¬
veau des papules, surtout plantaires, disparaît pour quelques jours.
Mais il est presque de règle qu’elle revienne au moins au niveau d^
l’une des papules momentanément soulagée et cela, au bout de
quelques jours. Puis cette douleur disparaît graduellement, en
même temps que les papules commencent à se dessécher, et la
guérison, sans cicatrice vicieuse, est également la règle. Ce retour
de la douleur est curieux à signaler, parce qu’il est constant.
Que résulte-t-il de ces constatations? C’est que les résultats ob¬
tenus par le mode d’administration buccal sont exactement ceux
que nous avons eus précédemment concernant la pratique des la¬
vements.
Cette dernière réalisait déjà un progrès remarquable sur les mé¬
thodes à injections, surtout pour les enfants, presque toujours at¬
teints de pian, dans les pays où sévit cette affection.
La méthode buccale est donc encore supérieure a la précédente,
puisqu’elle la simplifie davantage.
Conclusions .
1° Le .« 606 » est impunément supporté par l’estomac, à condi¬
tion :
i° D’être absolument à jeun.
20 De s’abstenir de manger au moins deux heures après son
absorption.
3° De ne pas présenter les contre-indications ordinaires ar
médicament.
II0 Les effets thérapeutiques de l’administration du « 606 » par
la voie buccale sont identiques à ceux de l’administration de ce
médicament par les autres méthodes usuellement employées, du
moins en ce qui regarde le pian.
III0 II serait urgent de contrôler la valeur de cette méthode en
ce qui concerne le traitement de la syphilis, où elle nous apparaît
applicable, et susceptible, en conséquence, d’entraîner la géné¬
ralisation universelle de l’administration du a 606 », avec le mini-
mun de complications ,et la plus extrême facilité de prépara¬
tion (1).
(1) Nous avons employé d’une manière uniforme l’arseno-benzol Billon.
Au sujet de l’historique du kala-azar méditerranéen
Par A. LAVERAN.
Dans un travail récent (i) notre collègue le Professeur Gabbi
cité son compatriote PiaNese comme ayant publié le premier tra¬
vail sur le kala-azar méditerranéen ou infantile, or la première pu¬
blication faite à ce sujet par Pianese est de 1905 (2) et, dès 1904,
nous avions publié, M. le Dr Cathoire et moi, un fait très net de
kala-azar observé chez un jeune enfant à La Goulette, Tunisie ;
« . . * \
comme ce fait a été passé sous silence par le professeur Gabbi dans
le travail mentionné plus haut, et que d’autres observateurs ont
méconnu la part qui me revenait dans cette première observation
de kala-azar méditerranéen, je crois devoir rappeler ici la com¬
munication que nous avons faite en 1904, M. Cathoire et moi, à
l’Académie de médecine.
Au mois de mars 1904, M. le Dr Cathoire, alors médecin-ma¬
jor à La Goulette (Tunisie), m’adressait des frottis de rate, d’un
enfant de 7 mois, qui contenaient des éléments parasitaires sur la
nature desquels M. Cathoire me demandait mon avis. Les rensei¬
gnements précis sur l’évolution de la maladie faisaient défaut
M. Cathoire ayant été appelé près de l’enfant in extremis ; à
l’autopsie, faite 7 heures après la mort, la rate avait été trouvée for¬
tement hvpertrophiée
Dans la séance du 22 -mars 1904 de l’Académie de médecine, je
présentai une des préparations envoyée^ par le Dr Cathoire et
je donnai une description des parasites en signalant leur grande
ressemblance avec ceux du kala-azar indien découvert l’année pré¬
cédente par Leishman et Donovan.
« Sur les frottis de la rate colorés par mon procédé (bleu à
l’oxyde d’argent-éosine, tannin) les parasites se présentent, écri¬
vais-je, sous l’aspect d’éléments ovalaires ou arrondis, le plus sou¬
vent libres, mesurant 2 à 3 p de diamètre ; le protoplasme se co¬
lore très faiblement; on distingue à l’intérieur de chaque élément
un karyosome principal qui est arrondi et un karyosome acces-
(1) U. Garbi, Malaria e malattie dei paesi caldi, déc. 1Q12, 3e année, n» 12,
p. 336.
(2) G. Pianese, Ga^. intern di Medicina. Naples, 1905.
soire, arrondi omallongé en forme de bâtonnet, qui se colore plus
fortement que le karyosome principal. Les karyosomes sont par¬
fois divisés (formes de multiplication).
<( M. le Dr Cathoire a vu, dans le sang de la grande circulation,
quelques formes parasitaires semblables à celles trouvées dans les
frottis de la rate ».
Et je concluais ainsi: « La découverte faite par M. Cathoire
est très intéressante ; les médecins de la Tunisie et de l’Algérie
devront rechercher la maladie nouvelle et nous renseigner sur sa:
fréquence et ses manifestations cliniques. »
Il ressort de ces citations que je n’ai pas fait une simple présen¬
tation d’un travail de M. Cathoire, j’ai fait le diagnostic du pa¬
rasite vu par M. Cathoire et j’ai donné une description de ce pa¬
rasite, plus exacte même que celle de Pianêse, publiée en 1905,
puisque cet observateur ne parle pas du karyosome accessoire, si
caractéristique des Leishmania, non plus que des formes de mul¬
tiplication.
Une conclusion s’impose, ce me semble, c’est que le premier cas
de kala-azar méditerranéen ou infantile a été publié par Cathoire
et Laveran et non par Pianese.
Contribution à l’étude de l'action
de la bile sur les trypanosomes
Par L. NATTAN-LARRIER.
L’action de la bile sur les trypanosomes a été étudiée dès 1907
par Neufeld et Prowazek (1) et dès 1908 par Levaditi et Ro¬
senbaum (2) ; plus récemment St. Rosenblat (3) a consacré au
même sujet un intéressant travail où, après avoir analysé avec
grand soin le mécanisme de l’action trypanoly tique de la bile,
l’auteur relate des expériences sur le traitement des trvpanoso-
miases par les sels biliaires. La publication de cette étude nous a
décidé à présenter à la Société le résumé d’expériences que nous
O) Neufeld et Prowazek. Arb. a. d. Kais. Gesundh., t. XXV, 1907, p. 494..
(2) Levaditi et Rosenbaum. Ann. Inst. Pasteur , t. XXII, 1908, p. 323.
(3) St. Rosenblat. Arch. f. Anat. u. Physiol. 1912, n° 3-4, p. 188-190.
— 25 —
avons, entreprises en 1911, dans le laboratoire et. sous la directions
de M. Laveran.
Ces expériences ont été réalisées à l'aide de Tr. Brucei variété
acentrosomique Wbrbitzki. Le virus était inoculé soit à la souris,
soit mais plus rarement au rat. Les animaux étaient tués lorsque
leur sang contenait des trypanosomes extrêmement nombreux.
Ce sang était citrate, puis centrifugé, et la couche des trypanoso¬
mes était prélevée. Les trypanosomes, ainsi recueillis, étaient mis
en suspension dans de l’eau physiologique; on faisait une nou¬
velle centrifugation ; on décantait le liquide et le culot de centri¬
fugation était additionné d’eau physiologique, par partie égale.
La bile qui servit à nos expériences fut le plus souvent de la
bile fraîche de bœuf, filtrée sur bougie Chamberland. Seules, les
expériences d’immunisation furent faites à l’aide de bile dessé¬
chée, puis mise en solution dans l’eau physiologique.
A. — Action de la iule slr les trypanosomes.
Exp. I. ■*— Neuf tubes sont préparés. Dans les huit premiers on
met 2 gouttes de virus et 10 gouttes d’eau physiologique. Le premier
tube sert de témoin et ne reçoit pas de bile ; on ajoute au deuxième
tube 2 gouttes de bile, au troisième tube 3 gouttes de bile..., au hui¬
tième tube 8 gouttes de bile. Dans le neuvième tube on ne met que
2 gouttes de virus et 2 gouttes de bile. Les 9 tubes sont placés dans
r étuve à 38°.
Examen direct des tubes après 15 minutes. — Tube 1 : tr. non
mobiles ; tube 2 : résultats douteux ; tube 3 : de même ; tube 4 : de
même ; tube 5 : tr. non rares, immobiles ; tube 6 : tr. extrêmement
rares ; tubes 7, 8, 9 : pas de trypanosomes visibles à l’examen di¬
rect ; dans les tubes 7 et 8, très rares hématies.
Inoculation. — Tube 1 : inoculation de la totalité du mélange dans
le péritoine d’une souris : apparition des tr. dans le sang au bout de
94
heures
le 3e jour
tr. très nombreux au bout de 48 heures. La souris meurt
tube 8 : la souris meurt au bout de 48 heures sans s’être
infectée ; tube 9 : la souris survit et ne s’infecte pas.
Exp.* II. — O11 place entre lame et lamelle une goutte de sans d’une
souris très fortement infectée : on met sur l’un des bords de la lamelle
une goutte du mélange suivant : bile six gouttes, eau physiologique
dix gouttes. La préparation est laissée à la température du laboratoire.
Après 15 minutes : tr. mobiles et normaux : après 20 minutes ; les,
mouvements des tr. sont ralentis : après 25 minutes : les tr. ne sont
plus mobile, grosse vacuole postérieure : après 30 minutes : con¬
tours mal limités ; après 35 minutes : tr. gondolés et granuleux ; après
45 minues : même aspect.
Exp. III. — Même mélange que pour I’Exp. Il, fait en verre de mon¬
tre ; examen pratiqué aux mêmes intervalles, après fixation à l’acide
osmique et à l’alcool-éther ; coloration par le liquide de Giemsa.
t
— 26 —
«
lre préparai. : bon nombre de Ir. ont conservé leur morphologie nor¬
male, leur protoplasma se colore plus fortement ; noyau, membrane
ondulante et flagelle normaux. Globules rouges bien conservés.
Quelques tr. légèrement tuméfiés ou rétractés : aspect clair, vitreux
et lamelleux du protoplasma, coloré en rose pale ; membrane ondu¬
lante très nette montrant son bord épaissi très coloré ; noyau plus
clair et plus homogène.
2e préparât. : les tr. conservés sont moins nombreux, mais présen¬
tent la même morphologie. Globules rouges bien conservés.
Les tr. altérés ont le même aspect qu'au stade précédent ; leur pro¬
toplasme est cependant plus lamelleux et plus pale, leur noyau est plus
flou. Le bord épaissi de la membrane ondulante et le flagelle sont for¬
tement colorés.
3e cl Ie préparât. : les tr. bien conservés sont rares ; la plupart
d’entre eux sont très colorés.
Les tr. altérés se présentent sous le même aspect que précédem¬
ment.
5e préparai. : même aspect des tr. conservés, qui sont très rares.
Les tr. altérés ne sont plus formés (pie par un noyau plus ou moins
homogène, pale et irrégulier, souvent limité par des contours diffus ;
une sorte de tache pille, parfois très difficile à distinguer, représente
les restes du protoplasme : le bord épaissi do la membrane, ondulante
et le flagelle sont plus fins, plus rigides, plus irréguliers qu’au stade
précédent.
6e préparai. : quelques tr. à protoplasma très pâle et à noyau très
Liai r sont encore bien reconnaissables.
Les tr. altérés ne sont plus figurés que par un filament rigide, possé¬
dant la même longueur que le flagelle et la membrane ondulante ;
on y voit adhérer quelques débris vitreux et quelques taches cliroma-
tiniennes homogènes et irrégulières, qui doivent être considérées com-
mes les restes du protoplasma et du noyau.
IL Essais de traitement par la iule.
Nous avons soigneusement fait l’étude de la toxicité de la bile que
nous avons employée. Les recherches que nous avons pratiquées ont
montré (pie la mose de 0 cm3, 5. difficilement supportée par une souris
de 20 g., devait être considérée comme très voisine de la dose
toxique.
Exp. 1. — Trois souris de 20 g. sont inoculées avec la même dose
de virus (Surra), le 21 novembre.
Souris 1 (témoin). — 26 nov. : tr. non rares ; 27 nov. : tr. très
nombreux ; 28 nov , : tr. innombrables ; 29 nov. : mort.
Souris 2. 28 nov. : tr. non rares, reçoit 0 cm3, 50 de bile, meurt
2 heures plus tard ; les tr. n’ont pas disparu avant la mort.
Souris 3. — 27 nov. : tr. assez nombreux : 28 nov. : tr. nombreux,
• *
reçoit 1 cm3 de bile, meurt 3 heures plus tard ; les tr. ont persisté
jusqu’à la mort.
Exp. IL — Trois souris sont inoculées avec la même dose de virus
le 29 nov.
Souris l (témoin). — 2 déc. : tr. assez rares ; 3 déc. : tr. nombreux ;
4 déc. : tr. innombrables ; 5 déc. : mort.
Souris 2. — 29 nov. : tr. rares, reçoit 0 cm3, 50 de bile : les tr. ne sont
pas retrouvés au cours de la journée ; 30 nov. : mort.
27 —
Souris 3. — Tr déc. : tr.
1 r. assez nombreux : 3 déc.
4 déc. : mort.
très rares, reçoit 0 cm3, 25 de bile ;
: tr. très nombreux, reçoit 0 cm3, 25
2 déc. :
de bile ;
III. E SSA 1 S d’ I MMUN ISATION .
Exp. I. - — Le 12 octobre, dix-huit gouttes de virus (nagana Wer-
bitzki) recueilli suivant la technique déjà indiquée sont addition¬
nées de 3 gouttes de bile de bœuf, le mélange est laissé à l’étuve à 38°
pendant 15 minutes. Un témoin reçoit la même dose du même virus
non additionné de bile et meurt le 16 octobre ; trois souris inoculées
avec 7 gouttes de mélange de bile et de virus ne s’infectent pas.
23 octobre : les trois souris reçoivent 3 gouttes de virus additionné
de 2 gouttes de bile ; les souris ne s’infectent pas.
29 octobre : les trois souris reçoivent chacune 4 gouttes de virus ad¬
ditionné d’une demi-goutte de bile.
9 nov. : les trois souris reçoivent la même dose de virus traité de
la même façon.
16 nov. : chacune des trois souris reçoit en même temps qu’un té¬
moin de même poids une même dose de virus (nagana Werbitzki).
Témoin. — 1.7 nov. : tr. rares ; 18 nov. : tr. nombreux : 20 nov. :
mort.
Souris 1. — y 1 7 nov. : tr. rares ; 18 nov. : tr. nombreux ; 20 nov.
mort.
Souris 2. — 17 nov. : tr. o ; 18 nov. : tr. o ; 19 nov. : tr. o *
20 nov. ; tr. nombreux mort.
Souris 4. — 17 nov. : tr. rares ; 18 nov. : tr. nombreux ; 19 nov. :
tr. innombrables ; 20 nov. : mort.
Exp. U. — Cinq souris sont préparées comme pour l’expérience
précédente : 1re inoculation (17 octobre) : trois gouttes de virus et deux
gouttes de bile ; 2e inoculation (23 octobre) : quatre gouttes de virus
et une goutte de bile.
Le 4 novembre , la souris 1 reçoit, en même temps qu’un témoin,
une même dose du même virus (nagana Werbitzki).
Témoin. — 5 nov. : tr. non rares ; 6 nov. : tr. très nombreux ;
7 nov. : mort.
Souris 1 . — 5 nov. : tr. o ; 6 nov. : tr. rares ; 8 nov. : mort.
Les 4 autres souris sont inoculées le 12 novembre en même temps
qu’un témoin : deux d’entre elles se comportent comme le témoin. Les
deux autres sont infectées avec un retard de 24 et de 36 heures et meu¬
rent en 4 jours.
Exp. III. — Trois souris sont préparées comme pour les deux expé¬
riences précédentes : 7re inoculation (26 octobre) : quatre gouttes de
virus et une demi-goutte de bile^ ; 2e inoculation (7 novembre) : qua¬
tre gouttes de virus et une demi-goutte de bile.
Le 12 novembre ces trois souris reçoivent en même temps qu’un
témoin une même dose du même virus. Aucune d’entre elles ne se
1 1 îontre im munisée .
* *
En résumé, de même que Neufeld, Prowazek, Levaditi, Ro¬
senbaum, Rosenblat, nous avons facilement constaté l’action try-
panolvtique de la bile. Nous avons d’autre part noté, comme Ro-
4
f
— 28 —
«
t ♦ * .
senblat l’a fait pour les sels biliaires, que l’injection sous-cuta¬
née de bile de bœuf, filtrée sur bougie, ou mise en dissolution
dans l’eau physiologique après dessication, ne détermine pas la
guérison des infections dues à Tr. Brucei. Enfin, nous n’avons
jamais vu T inoculation des émulsions de trypanosomes traités par
la bile, conférer l’immunité aux souris.
(' Travail du Laboratoire de M. Laveran.)
4 •
Relations bio-géographiques
des Glossines et des Trypanosomes
1 •# . • . • ' . ■ * %
Par E. ROUBAUD.
Dès mes premières recherches sur l’évolution salivaire des try¬
panosomes chez les glossines, de 1906 à 1908, frappé de l’incons¬
tance et de la rareté de l’infection salivaire, j’ai été amené à conce¬
voir comment les circonstances climatériques locales de la capti¬
vité pouvaient, en agissant sur les Glossines, modifier les condi¬
tions physiologiques de leur milieu salivaire et le rendre impropre
a l’évolution des virus. J’émettais aussi l’hypothèse qu’il devait
s’établir ainsi dans la nature sous l’influence des conditions géo¬
graphiques, de véritables races de mouches caractérisées par des
propriétés différentes les unes des autres au point de vue de l’évolu¬
tion salivaire des trypanosomes (1).
En 1910 (2) j’ai soumis cette manière de voir au premier con¬
trôle de l’expérience en réalisant sur des G. palpalis captives, sou¬
mises à des conditions hygrométriques variées, des modifications
physiologiques les rendant impropres à l’évolution normale du
T. Casalboui. Malgré le petit nombre des mouches, ces expériences
justifient pleinement la conception première. Ultérieurement, au
cours d’expériences diverses faites dans le Haut-Dahomey avec
Bouet, nous avons constamment insisté à plusieurs reprises sur
des données analogues, et notamment sur la désinfection partielle
des Glossines sous l’influence des conditions physiques de la capti-
(1) La maladie du sommeil au Congo Français. Paris, 1909, p. 63o, et
thèse Paris, p. 254.
(2) C. Rend. Acad. Sciences , 24 oct. uuo.
vi té (i). Cette notion de l’influence climatérique sur le pouvoir in¬
fectant des Glossines est entrée, depuis, en considération auprès
des divers auteurs, notamment de Kinghorn et Yorke (2), de
Kleine et Fischer (3), etc. •
Je crois nécessaire de revenir encore sur cette question que je
considère comme capitale en y apportant quelques précisions.
i° La réceptivité des Glossines. — La pratique des expériences
d’infection de mouches montre rapidement que les Glossines sou¬
mises aux repas infectants ne contractent pas toutes d’infection
salivaire. Certaines d’entre elles, le plus souvent en petit nombre,
s’infectent; d’autres ne présentent jamais de parasites. Lorsqu’on
multiplie les repas infectants, il reste toujours des Glossines in-
demmes d’infection salivaire, mais certaines peuvent s’infecter qui
ne l’avaient pas fait une première fois. Ainsi, 2 lots de 10 mouches
(palpalis) ayant été nourris sur le même animal porte-virus ( casai -
boni) sensiblement dans le même temps, l’un pendant un seul
jour, l’autre pendant 3 jours (6 repas infectants), la proportion de
mouches infectées a varié de 1/10 pour le Ier lot, à 5/10 pour le
second. Les mouches ne sont donc pas en tout temps suscepti¬
bles de contracter d’infection. Il faut, pour que les Glossines
soient aptes à subvenir à l’évolution salivaire d’un virus, qu’elles
se trouvent placées en condition physiologique spéciale qu’on peut
appeler condition de Réceptivité. La réceptivité s’applique, dans
notre esprit, uniquement à l’infection salivaire; elle peut être in¬
dépendante de l’état d’infection du tube digestif et ne se manifester
que plus ou moins tard après le début de cette dernière, pour les
virus à évolution salivaire précédée de multiplication intestinale
( gambiense , dimorphon, congolaise, pecaudi). Elle peut être fu¬
gace et disparaître au bout d’un certain temps.
2° Variations de la réceptivité suivant les influences géographi
que s.
L’observation de l’état d’infection naturel des Glossines dans
les gîtes, nous a montré bien souvent que, suivant les régions, les
glossines des diverses espèces fréquentant un même gîte n’étaient
pas infectées dans les mêmes proportions ni de la même manière.
Dans le Bas-Dahomey, T. cazalboui prédominait chez longipalpis
(1) Bull. Soc. Path. Exoi., t. IV. 11 oct. 1911, p. 540-544. Voir aussi notes
antérieures, t. III. 1010, pp. 5qq et 622.
(2) Ann. trop. Med a. Parasit..v ol. VI, 1912; British. Med. Journ, 5 oct.,
1912.
13) Zeitschr.f. Hyg. u. Infektions-Krankh. Leipzig, 1912, t. LXXIII.
«
— 3o —
et palpalis; dimorphon chez longipulpis et tachinpïdes ; pecaudi
chez longipalpis. Dans le Haut-Dahomey, c’est T. pecaudi qui
prédomine chez les morsitans ; dans la Casamance T. dimorphon
est le plus répandu des virus, et s’observe surtout chez morsitans ^
Or, dans ces diverses régions, les animaux sauvages ou domesti¬
ques existent partout de la même manière; il ne pouvait être ques¬
tion;, dans cette spécialisation des virus sur certaines espèces de
Glossines, de faire intervenir le mode d’alimentation sur un réser¬
voir de virus particulier. Nous avons été amené à croire que cette
adaptation élective dé certains virus à certaines espèces de glossines
dans des régions déterminées, était le résultat des modifications
de la réceptivité des mouches, suivant les influences bio-géogra¬
phiques auxquelles elles sont soumises.
Les observations que nous avons pu faire au sujet des change¬
ments de réceptivité de G . palpalis vis-à-vis de T. cazalboui dana
les diverses régions, concordent manifestement avec cette concep¬
tion.
Ainsi, pour ce virus, la proportion des palpalis expérimentale¬
ment infectées dans les diverses régions où j’ai expérimenté a été:
Au Moyen-Congo (Brazzaville) de 4, 8 % (1).
Au Moyen-Dahomey (Agouagon) de 40 % (2).
En Haute Casamance (Kolda) de o % (3).
Pour le même virus ou un virus analogue, les chiffres donnés
par d’autres auteurs sont :
Au Soudan (Bamako, Bouffard) 38,6 % (4).
En Ouganda ( vivax , Bruce et collaborateurs) 20 % (5).
Les différences sont particulièrement accusées entre les palpalis
du Moyen-Dahomey et du Soudan (Bamako), qui s’infectent avec
une facilité extrême sensiblement dans les mêmes proportions, et
celles de la Haute-Casamance chez lesquelles, dans les mêmes con¬
ditions saisonnières (saison sèche), nous n’avons pu obtenir aucun
cas d’ infection malgré répétition des repas infectants sur animaux
divers (cabri, cheval).
(1) Moyenne portant sur un total de 41 mouches soumises à r seul repas
infectant. Virus divers.
(2) Moyenne portant sur des expériences très diverses, les chiffres variant
de 10 °/o pour un repas infectant unique à 70 °/0 pour plusieurs repas infec¬
tants.
D) Moyenne portant sur un total de 60 mouches, le nombre des repas-
infectants variant de 2 à 5.
( 4 ) Ann. I. Pasteur , t. XXIV, 1910, pp. 276-432.
(5) Rep. Sleeping sickn. comm. R. soc. 1911.
y
Or, ces différences remarquables de réceptivité expérimentale se
confirment absolument par l’examen des conditions d’infection na¬
turelle au Cazalboui des mouches prises dans la nature, dans les
mêmes localités. Alors qu’à Bamako et à Agouagon les palpalis
sont naturellement infectées dans une forte proportion (1/30 à
1/50 à Agouagon), à Kolda, sur 560 mouches capturées et exami¬
nées, un unique cas d'infection de la trompe a pu être noté. Ce¬
pendant, dans la région, la souma existe en tant que virus chez les
animaux domestiques ; elle y est même relativement fréquente
comme nous l’avons indiqué, mais sa transmission doit procéder
d’une autre espèce de giossine. On arrive aux mêmes conclusions
en comparant les résultats, des expériences diverses avec T. gam-
biensc. Sur 1.200 palpalis utilisées au cours de nos expériences
faites avec Bouet, au Dahomey et en Casamance, aucune n’a té¬
moigné de réceptivité vis-à-vis du virus. Or, au Dahomey ; la try¬
panosomiase humaine n'existe pas, et dans la haute Casamance
elle est peu répandue.
Kleine en Afrique Orientale, Bruce et ses collaborateurs dans
l’Ouganda ont obtenu au contraire, en général, des résultats rela¬
tivement faciles avec un nombre de glossines beaucoup moindre.
Ils ont pu obtenir jusqu’à 5 % de résultats positifs. On voit ainsi
combient diffèrent les résultats suivant les régions.
Kinghorn et Yorke (i) ont noté également des différences très
manifestes en Rhodésie, dans leurs résultats d’infection de G.
morsitans au T. rhodesiens e suivant les localités où ils ont opéré:
résultats positifs dans la vallée de Louangoua, chez r p. 534 mou¬
ches; et seulement chez 1 p. 1260 sur le plateau de N’Goa sur la
ligne de partage Congo-Zambèze.
Ki æine et Fischer (2) comparant leurs résultats difficiles d’infec¬
tion des morsitans au gambiense (2 succès sur 1.400 mouches) sur
les bords du lac Victoria, à ceux de Taute (3) sur les bords du Tan-
ganyika avec la même espèce (4 % de résultats positifs), considè¬
rent les conditions climatiques du lac Victoria comme peu favora¬
bles à l'évolution chez la mouche. Le chiffre obtenu par Taute
au Tanganvika est voisin du chiffre obtenu par la mission du Iva-
tanga (3) à Sankisia (4,76 %).
(1) I. cit.
(2) / cit.
(3) Zeitsch. f. Hyg., LXIX, 1911.
(4) Rodhain, Pons, Vandenbranden et Bequaert, Bull. Soc. Path. Eæot.y
V, no <), 1 ( ) r 2 .
< *
11 apparaît clairement, de ces données diverses, que la réceptivité
d’une espèce déterminée dé Glossine pour un ‘ virus donné n est
point une propriété uniforme, dans toute l’étendue de l aire d habi¬
tat de l’espèce. Les différences de localisation géographique des
mouches aboutissent, en vertu d’un retentissement physiologique
complexe, à la distinction régionale de races de glossines, diffé¬
rant les unes des autres par la valeur de leur réceptivité.
Il se délimite, dans la nature, des races réceptives et infectantes
douées d’une réceptivité plus ou moins marquée et des races ré¬
fractaires' ou indifférentes au point de vue de la transmission.
• 3° Non concordance géographique de la réceptivité chez les dif¬
férentes espèces. — Il est impropre d’écrire, avec la plupart des
auteurs, que les facteurs climatiques exercent» une influence sur
révolution des virus chez les glossines. Cette influence n’est qu’in¬
directe : les facteurs biogéographiques agissant sur les mouches'
entraînent chez elles des modifications physiologiques du milieu
salivaire qui devient, ou non, propre à l’évolution des parasites.
La démonstration de cette action indirecte des facteurs biogéogrrt-
phiques est donnée par le fait que, dans une même zone où existent
plusieurs espèces de glossines, comme nous l’avons montré au Da¬
homey, avec Boüet, certaines espèces sont favorables à un virus
alors que d’autres ne le sont pas. Les facteurs climatiques sont les
mêmes; ils agissent de la même manière; mais les Glossines, sui¬
vant les espèces, réagissent différemment ; leur réceptivité n’est
pas identique.
4° Limites biogéographiques des foyers d’ endémicité . Zones
d’ en dém icité ; zones de diff usion .
Toutes les glossines d’une même espèce n’étant pas aptes, par¬
tout, à subvenir à l’évolution salivaire d’un virus, on conçoit que
le maintien endémiologique du virus ne sera possible que dans
l’étendue des zones où existent des races réceptives. Les facteurs
bio-géographiques qui influencent la réceptivité des glossines
agissent par contre-coup de manière à restreindre le champ d’ac¬
tion des virus. La limite des zones d’endémicité sera définie par
celle de la réceptivité des différentes espèces de glossines.
En raison des migrations naturelles des mouches, migration qui
comme nous l’avons maintes fois montré sont surtout importantes
àu début de l’hivernage, il est clair que des échanges constants de
glossines vont se produire entre les zones de réceptivité et les zones
indifférentes. Les virus ainsi transportés par les mouches infectées
en dehors de leurs zones normales d’endémicité vont se diffuser
dans les zones voisines. C’est pour nous ce qui explique bien sou¬
vent l’existence de cas sporadiques de trypanosomiases, dans cer¬
tains territoires où, malgré le très grand nombre de glossines
dans des régions très giboyeuses, l’existence des virus reste ré¬
servée (Haute-Gambie et Haute-Casamance pour les trypanoso¬
miases humaines et animales). Dans ces sortes de diffusion nous
considérons les mouches infectées comme provenant, pour la plu¬
part de zones d’endémicité limitrophes (Gambie et Casamance cô¬
tière).
Dans de telles zones, non seulement le chiffre absolu des cas de
trypanosomiases est peu élevé, mais souvent on observe en outre
une tendance à une allure moins sévère dans les maladies consta¬
tées.
.C’est ainsi qu’en Gambie et en Casamance nous avons noté fré¬
quemment, chez les bœufs et les chevaux, une trypanosomiase
d’allure discrète, n’empêchant point encore un long service chez
les chevaux, partout ailleurs si sensibles. Nous en avons observé
également au moins un cas chez l’homme (i). On peut penser que
les influences géographiques agissant, dans une zone indifférente,
sur une Glossine infectée émanée des zones d’endémicité norma¬
les, sont susceptibles d’entraîner des modifications dans la viru¬
lence des parasites salivaires de cette mouche, et de l’atténuer sou¬
vent. Les mêmes influences doivent aboutir aussi à la désinfection
des mouches à la longue, comme on l’observe quelquefois chez
les mouches captives au laboratoire.
En résumé, l’étude des réactions bio-géographiques des glossi-
nes-hôtes sur leurs trypanosomes nous paraît tenir sous sa dé-
i • « %
pendance plusieurs notions nouvelles fort importantes sur lesquel¬
les doivent être orientées, croyons-nous, d’une façon toute par¬
ticulière, les recherches futures.
La notion de la réceptivité des glossines se rattache implicite¬
ment à celle de l’endémicité des virus. Pour pouvoir définir réelle¬
ment dans un territoire donné l’endémicité d’un virus, il faut tout
d’abord s’assurer de la réceptivité des différentes espèces de glossi¬
nes dans la zone considérée. La présence de glossines nombreu¬
ses dans une région, ne doit pas toujours a priori être considérée
comme foncièrement redoutable pour l’homme ou les troupeaux.
L’introduction d’un virus dans une zone à tsé-tsés où il n’existe
i (i) Bouet et Roubaud. Obs. I. Hitll. Path. Exot. , t. V, n° 3, 1012, p. 207-
34 -
pas, ne doit pas être nécessairement non plus envisagée
comme dangereuse. La vie des trypanosomes chez les mouches
n’est pas forcément compatible avec l’existence de celles-ci: elle
est liée à la nature de leur réceptivité qui varie suivant les circons¬
tances géographiques. Les chances d’extension des virus en de¬
hors des zones normales de réceptivité où on les observe nous pa¬
raissent très limitées. Nous ne pensons pas que les trypanosomia¬
ses menacent de s’étendre réellement en dehors de ces zones si les
facteurs bio-géographiques ne viennent, en se modifiant eux-mê¬
mes à la longue, modifier aussi la réceptivité des mouches.
L’extension discrète des virus dans les zones de diffusion des
Glossines nous paraît la principale forme du rayonnement naturel
des foyers d’endémicité. Ce rayonnement doit se limiter de lui-
même sous l’influence des conditions bio-géographiques.
%
Tout essai de lutte rationnelle contre les Glossines devra s’inspi¬
rer avant tout de ces données. C’est contre les zones de réceptivité
qu’il faut agir. Pour porter leurs fruits le déboisement et le dé-
broussaillement des gîtes à glossines devraient être précédés d’a¬
bord d’un examen expérimental des propriétés de réceptivité des
mouches, ou tout au moins d’une appréciation, par l’expérience,
de la valeur exacte de leur pouvoir infectant naturel.
Contribution à l’étude de la distribution
de la maladie du sommeil en Afrique
équatoriale française (pays Bakongo,
Bakongui et Loango) mai-juin-juillet 191 2
Par J. RINGENBACH.
Nous avons été chargé au mois de mai 1912, par M. le Gou¬
verneur Général de l’Afrique Equatoriale Française, de faire
l’étude médicale de toute la région qui serait traversée par le che¬
min de fer du sud du Congo. Cette voie ferrée, dont l’établisse¬
ment est en projet, relierait Pointe-Noire à Brazzaville; elle tra¬
versera: au Gabon, la circonscription du Kouilou, et au Moyen-
Congo la circonscription des Bakougnis et celle des Bakongos ;
la population de ces trois régions sera appelée à fournir la main
— 35 —
•d'œuvre nécessaire aux travaux à exécuter dans les parties du
tracé qui seront à proximité, à trois ou quatre jours de marche
au plus, de leurs villages. Nous n'avons pas, au cours de notre
mission, suivi le tracé même de la future voie ferrée qui, dans sa
plus grande partie, longe la route des caravanes; les indigènes,
en effet, s’écartent des voies parcourues par les Européens, et
actuellement, on ne rencontre sur la Route des caravanes que de
très rares villages.
Nous croyons intéressant de présenter à la Société le résultat
de notre enquête en ce qui concerne l’extension de la maladie du
sommeil. Elle vient s’ajouter sur la carte de la distribution de la
maladie du sommeil en Afrique Equatoriale Française, aux ob¬
servations faites dans l’Alima par G. Martin et Roubaud ; sur
une partie de la Route des caravanes par Roubaud, dans la
Haute-Sangha par Heckenroth, Ouzilleau, puis Aubert et
Monfort, dans l’Oubanghi et le Haut-Oubanghi par Lebœuf,
puis Heckenroth, et dans la N’Goko, le Djouah (Haut-Ivindo)
et les Hauts-Plateaux batékés par nous-même.
i. Circonscription des Bakongos . — Sur 30 villages que nous
avons visités, nous avons pu examiner 1.393 individus; nous en
avons trouvé 17 trypanosomés, ce qui, comme morbidité totale
pour cent par rapport à l’effectif examiné, donne 1,21. Nous ré¬
sumons dans le tableau ci-après les résultats de nos investiga¬
tions. A part deux cas constatés à Renévilie chez des travailleurs
récemment engagés par la Compagnie des Mines du Djoué, nous
n’avons trouvé des cas de maladie du sommeil que dans les vil¬
lages situés près de la Foulakary, comme Kihinda, ou près des
rives du Congo, comme Boko et Lemba, ou enfin près de Banza-
Baca, dans les villages de Tchikonimba et Kibemba, qui nous ont
donné respectivement 15,38 % et 13,33 % de morbidité.
Nos diagnostics n’ont été portés qu’après le résultat positif de
l’examen microscopique direct du sang ou de pulpe ganglion¬
naire recueillie par ponction: nous n’avons pu faire de centri¬
fugation du sang ou de liquide cérébro-spinal, les indigènes ac¬
ceptant difficilement une ponction veineuse ou rachidienne, et
cette méthode de diagnostic ayant l’ inconvénient de demander
trop de temps, par conséquent peu pratique A utiliser au cours
d’une tournée rapide.
Roubaud a parcouru, en 1907 une partie du pays Bakongo,
notamment les régions de Kimpanzou à Banza-Baka, de Manyan-
— 36 —
ga à Banza-Baka, et de Comba (i). Les jeunes garçons qu’il a
trouvés trypanosomés dans les villages de Banda et de M’Balou,
des environs de Banza-Baka, sont décédés en 1909; enfin le vil¬
lage de Comba, très contaminé, où sur 5 indigènes qu’il a exa¬
minés il en a trouvé 4 trypanosomés, a dû être évacué depuis en¬
viron trois ans.
2. Circonscription des Bakougnis. — Nous avons examiné
dans la circonscription des Bakonguis, dans 31 villages, 1.063 in¬
digènes; 54 ont été reconnus atteints de trypanosomiase, ce qui
donne comme morbidité totale pour cent par rapport à l’effectif
examiné 4,98.
Deux centres ont fourni un pourcentage assez élevé: entre
Bouende et Boko-Songho, le village de Bokoundouli qui a don¬
né 19,47 %, et les villages de la région de Madingou qui, -sur
289 indigènes examinés, en ont montré 0,30 % de trypanosomés:
Les cas de maladie du sommeil que nous avons trouvés, con¬
cernent' des indigènes dont les villages sont situés près de la
Loudima et de ses affluents, et près du Niari.
Près de Bouende, à Kimbenza, est venue s’installer l’ancienne-
mission catholique de Bouenza, qui avait dû abandonner les
bords du Niari devant les ravages qu’y causait la maladie du
sommeil. Avec elle, elle a amené les enfants indigènes qu’elle
avait déjà à Bouenza. Roubaud avait eu, en 1907, l’occasion
(1) Rapport de la Mission d’Etudes de la maladie du sommeil au Congo-
français, pp.
3 7 —
d’examiner les jeunes garçons de la mission de Bouenza (i). Sur
16 individus, il en avait trouvé io trypanosomes; depuis cette
époque, 1 1 de ces indigènes sont décédés de maladie du sommeil ;
ce sont les nommés: M’Babu, M’Baku, Pelé, N’Kouelo, Bom-
bi, Mikambu, Lubaki, Mampassi, Bikoïe, Kimpina, Mafuku (les
huit derniers avaient été trouvés infectés par Roubaud) ; des 5 qui
restent à la mission de Kimbenza (Bienghilla, Kaïe, Simba,
Nzeiti, N’Guala), 2 montrent des tryp. dans le suc ganglion¬
naire, ce sont les nommés Bienghilla, trouvé trypanosomé par
Roubaud, et Kaïe, qui était indemne en 1907 ; parmi les 3 autres
qui sont en bon état, mentionnons le cas de Simba qui, reconnu
trypanosomé par Roubaud, est cinq ans après en excellent état ;
il est vigoureux et ne présente pas de ganglions ponctionnables,
l’examen du sang est négatif et ne montre pas la moindre auto¬
agglutination des hématies ; il aurait été intéressant de pouvoir
pratiquer une centrifugation du sang et une ponction lombaire.
Néanmoins nous attirons l’attention sur ce cas; il peut s’agir
d’une guérison spontanée, car les 10 indigènes trouvés trypano-
(1) Rapport de la Mission d’Etudes de la maladie du sommeil au Congo
français, p. ()3 .
38 —
somés par Roubaud, à Bouenza, n’ont été à aucun moment l’ob¬
jet d’un traitement (i).
Parmi les autres jeunes garçons de la mission, sur 55, nous en
trouvons 4 atteints; trois d’entre eux proviennent de villages
voisins du Niari où la maladie est fréquente. Or, dans la région
de Bouende, nous n’avons, en dehors de Kimbenza, rencontré que
3 cas de maladie du sommeil sur 107 individus examinés; cette
affection peut donc y être considérée comme une rareté. L’im¬
portation dans cette région, à peu près indemne, d’indigènes ma¬
lades, présente donc des dangers pour sa population robuste, qui
s’approvisionne en eau dans les ruisseaux coulant au fond des
ravins voisins des villages et où les glossines ne sont pas rares (2).
Le village de Kimanga, chef Bokoundouli, nous a présenté
(r) Ces malades n’avaient pu alors être traités, la mission française d’étu¬
des venait d’arriver au Congo et ne pouvait encore établir aucune règle de
traitement.
(2) Dans mon rapport, j’ai attiré l’attention du Gouverneur Général sur ce
fait r des instructions ont dû être données au médecin du poste de Lou-
dima pour qu’au cours de ses tournées dans la circonscription, son atten¬
tion se porte sur le personnel de la mission de Kimbenza. pour que tout
individu atteint soit traité de suite et ne constitue plus un danger pour les
populations voisines, et enfin pour qu’il soit aussi tenu au courant de l’état
de santé des indigènes recrutés par la mission dans l’intervalle de ses tour¬
nées.
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O
— 3y —
une particularité intéressante: de véritables cas d’épidémie de
famille.
Ce village est situé dans une vallée, entre Bouendé et Boko-
Songho, sur la rive gauche et à une cinquantaine de mètres de
distance de la rivière Inda, affluent de la Soudima. Les cases
dont il se compose sont éparses çà et là au milieu d’une grande
bananeraie ; spacieuses et assez bien tenues, elles possèdent une
toiture en chaume, et leurs parois sont faites en paille ou en feuil¬
les de palmiers tressées. Moustiques du genre Mansonia et du
genre Anophèles et Glossinà palpalis, ne sont pas rares, quoiqu’il
n’existe pas à proximité de Kinanga de brousse épaisse; c’est la
savane, les rives de la rivière Inda sont bordées de hautes her¬
bes. Sur 82 individus examinés (18 hommes, 35 femmes et 29 en¬
fants), nous en avons trouvé 16 de trypanosomés (6 hommes,
7 femmes, 3 enfants), et parmi ces malades se trouvaient :
1° Une femme du chef du village.
2° Une autre femme du chef et sa fillette âgée de 8 ans.
3° Le fils du chef et sa femme.
4° Une femme et son mari.
5° Une femme et son petit garçon.
6° Une fillette âgée de 11 ans dont le père était décédé, il y avait
deux mois, de maladie du sommeil.
De tels faits semblent montrer nettement que les cas de conta¬
gion de familles existent et sont fréquents, et ils expliquent la
disparition de villages entiers, ainsi qu’on a pu l’observer en cer¬
tains points de la Sangha et dans la région de Kimbedi-Bouenza.
Nous avons cru intéressant de les citer, car ils viennent à l’appui
des faits signalés en 1907 par la Mission française d’ Etudes de
la maladie du sommeil.
3. Circonscription du Kouilou. — Notre itinéraire nous a con¬
duit dans 33 villages où, sur 592 individus examinés, nous en
avons trouvé 21 atteints, ce qui donne comme morbidité totale
3)57 %•
A part quelques cas observés non loin de !a Loubomo (entre
Kimongo et Tchimpèze), on peut dire que la maladie est rare dans
le Mayumbe où les glossines existent le long des rivières, mais
où les relations entre les divers villages sont peu fréquentes.
Dans la région de Loango et de Pointe-Noire, où la maladie du
sommeil a sévi autrefois, on peut considérer cette affection com¬
me rare; et même, pour les cas observés chez les hommes, on ne
peut préciser le pays où la maladie a pu être contractée, ces indi-
— 40 —
gènes, au cours de leur existence, avant traversé les contrées les
O ' J J ‘4
plus variées.
Nature des Insectes piqueurs. — Sur notre itinéraire, de Braz¬
zaville à Pointe-Noire, nous avons rencontré partout, le long des
rivières, des glossines, de l'espèce palpalis ; nous les avons ob¬
servées particulièrement au voisinage des villages, aux endroits
habités des cours d’eau et aux passages des sentiers indigènes;
*
leur nombre était relativement faible, les glossines étant plutôt
rares pendant la saison sèche.
Parmi les autres insectes piqueurs que nous avons observés,
citons les moustiques (genres Anophèles , Stegomyia, Mansonia
et Myzomyia ), les Ceratopogon , notamment près de Boko et Lem-
ba dans le pays Bakongo, et dans le massif du Mayumbe de
Kimongo à la Loémé, et un peu partout, dans les cases mal tenues,
les vers de cases (larves, suceuses de sang, de Auchmeromyia lu -
teola), et enfin les puces chiques (St. penetrans), les punaises et
les poux.
è
41 2
Quelques notes sur les helminthes
du porc en Cochinchine
Par BRAU et L. BRUYANT.
i° Trématodes. — En 1911, C. Mathis et M. Leger présen-f
talent à la Société de Pathologie exotique une note sur l’existence
du Fasciolopsis Buski au Tonkin (1). Ils y signalaient à la fois la
rareté du parasite chez l’Homme et sa fréquence chez le Porc.
Chez ce dernier, en effet, 6 % des sujets examinés aux abattoirs
d’Hanoï hébergeaient le Fasciolopsis (2). Et les auteurs, rappe¬
lant les observations de Barrois et N oc, qui démontrent la fré¬
quence de ce parasite chez l’Homme en Cochinchine, écrivaient
en terminant :
« Il serait à désirer que des recherches fussent faites aux abat¬
toirs de Saïgon pour déterminer la fréquence de F. Buski chez
les Porcs de Cochinchine ».
Pour répondre au désir ainsi exprimé, l’un de nous a, du
20 juillet au 31 décembre 1911, examiné minutieusement le tube
digestif de 100 Porcs à l’abattoir de Cao-long-an, le principal
établissement de ce genre à Saïgon.
Or, chez aucun sujet, la présence de la Douve cherchée n’a été
constatée.
Ce résultat, singulier si on le compare à ceux publiés par Ma¬
this et Leger, ne l’est pas moins si on le rapproche des consta¬
tations de Barrois et Noc, ultérieurement vérifiées par l’un de
nous: Ainsi, tandis que F. Buski est commun chez l’indigène en
Cochinchine, il y paraît au moins fort rare chez le Porc domesti¬
que, alors qu’au Tonkin, c’est précisément l’inverse qui se
trouve réalisé. Nous nous bornons à constater le fait sans cher-
•
cher à lui fournir d’explication.
(1) Mathis et Leger. Fasciolopsis Buski nn Tonkin. Son extrême rareté
chez l’homme, sa fréquence chez le porc. Bull Soc Pathol, exotique, îqit,
p. 200.
(2) A Hué. M. Bauche a recueilli des Fasciolopsis chez 1 à 2 °/0des porcs
examinés. MM. Railliet et Henry pensent qu’il s agit de F. Rathouisi. La
dualité spécifique de F. Buski et de F. Rathouisi n’est pas admise par tous
les auteurs (Voir Raili.iet et Henry, Bull. Soc. Pathol, exotique, 1911,
p. 69a).
«
A défaut de la grande Douve intestinale, les examens prati¬
qués ont mis en évidence un Trématode fort intéressant.
Chez 5 % des Porcs examinés, il existait en effet des Am-
phistomes présentant tous les caractères du genre Gastrodiscus
Leuckart, Aucun Amphistomidé n’ayant été encore, à notre con¬
naissance. signalé chez le Porc, les parasites furent soumis à une-
détermination soigneuse.
Or, leurs caractères tant morphologiques qu’histologiques ne
nous permettent pas de les séparer du Gastrodiscus hominis (Le¬
wis et Mac Connell, 1876). Les dimensions concordent dans les
deux cas ; quant à la couleur, rouge cerise chez nos Gastrodiscus
vivants, elle est devenue noirâtre dans le liquide conservateur
(eau formolée à '4 %). Les faibles différences notées (fins plis¬
sements tégumentaires, aplatissement plus marqué de la partie
antérieure du corps), paraissent dues à l’état de contraction des
parasites, et nous semblent absolument insuffisantes pour auto¬
riser la création d’une nouvelle espèce.
En Cochinchine donc, le Porc paraît héberger dans une pro¬
portion assez considérable (5 % dans nos observations), le Gas¬
trodiscus hominis.
Ce Trématode n’avait jamais été signalé jusqu’aujourd’hui
ailleurs que chez l’Homme, bien que son existence chez l’animal,
et spécialement chez un animal domestique, ait été soupçonnée
par divers auteurs. Notre observation vient confirmer cette hy¬
pothèse.
Nous rappelons à ce propos que nous avons nous-mêmes fait
connaître l’existence du G. hominis chez l’Homme en Cochin¬
chine (1). La présence de ce parasite à la fois chez l’Homme et
chez le Porc dans la même région, mérite d’être notée et contri¬
buera peut-être à élucider le cvcle évolutif du Gastrodiscus.
A cc>té des échantillons présentant les caractères habituels du
G. hominis , il existait en outre chez les Porcs de Saïgon une for¬
me identique mais beaucoup plus petite (3 mm. sur 1 mm. 5 en¬
viron) et de teinte plus pâle. Tl s’agit là seulement d’une forme
jeune du parasite.
20 Cestodes. — Le Tœnia solium semble peu fréquent en Asie,
et, en Cochinchine en particulier, il n’avait pas été signalé jus¬
qu’à ce jour. Or, M. Donnadieu, directeur de l’Ecole Normale de
(rï Brau et L. Bruvant. Présence du Gastrodiscus hominis chez l'homme
en Cochinchine. Bull. Soc. Pathol exotique . 191 t. p. 488.
Guadihn, a remis à l’un de nous une pièce curieuse: Il s’agit d’un-
cœur de Porc littéralement farci de cysticerques. La dissection
de ceux-ci et l’examen microscopique ont permis de constater
qu’il s’agissait bien du Cysticercus cellulosœ.
3° Nématodes . — Les examens effectués pour la recherche du
Fasciolopsis Buski ont permis de recueillir dans l’estomac et dans
l’intestin du Porc des Nématodes appartenant à quatre espèces*
Celles-ci sont énumérées ci-dessous avec le pourcentage des cas
où elles ont été rencontrées :
Œsophagostoma dentatum (Rud., 1803), dans 95 % des cas,-.
Arduenna strongylina (Rud., 1819), dans 2 % des cas ;
Arduenna dentata (von Linstow, 1904), dans 2 % des cas ;
Trichuris crenatus (Rud., 1809), dans 3 % des cas.
Nous devons la détermination précise de ces Nématodes à l’obli¬
geance de MM. Railliet et Henry, d’ Al fort, à qui nous adres¬
sons ici tous nos remerciements.
5 %. seulement des Porcs examinés n’ont présenté aucun hel¬
minthe au niveau du tube digestif.
Destruction des culicides à l’aide du filet
Par J. LEGENDRE.
De tout temps l’homme a dû s’efforcer de se mettre à l’abri des
piqûres des moustiques. Aussi longtemps qu’on a ignoré leur rôle
dans la transmission de plusieurs affections exotiques graves, la
lutte contre ces insectes est restée une question secondaire et
d’ordre privé. On éloignait les Culicides pour éviter leur piqûre
qu’on trouvait désagréable, mais qu’on ne croyait pas dange¬
reuse.
Aujourd’hui qu’il est démontré que le paludisme, la fièvre jaune,
la filariose et la dengue sont inoculées par les moustiques, la lutte
contre ces parasites est devenue en outre, une question d’hygiène
publique, d’importance capitale.
Jusqu’ici. l’effort sanitaire a consisté presque uniquement dans
l’application de mesures antilarvaires, sauf en cas de typhus ama-
ril où il est nécessaire de supprimer d’urgence les Stegomyias adul¬
tes dans les habitations contaminées, ce qu’on fait exclusivement,
44 —
à l’heure actuelle, par le moyen de gaz ou de vapeurs obtenus par
‘ la combustion du soufre, du tabac ou du pvrèthre, pour ne citer
que les substances le plus communément employées.
A ces procédés chimiques, d’une efficacité reconnue et que je
ne conteste pas, j’ai pensé ajouter un procédé nouveau, d’ordre
physique, dans la prophylaxie d’urgence de la fièvre jaune et cfe
la dengue par la destruction des moustiques, non seulement dans
les habitations contaminées, mais aussi dans celles du voisinage
et, au besoin, dans tous les quartiers de la ville contaminée.
11 s’agit du filet à moustiques, que j’ai imaginé et que j’ai décrit
en ces termes, dans le Bulletin de la Société de Pathologie Exoti¬
que , 1910, page 457.
« L’instrument que j’ai fait confectionner se compose d’un man-
« che plus ou moins long et rigide, continué par une raquette sur
« laquelle on fixe une gaze, un tulle de moustiquaire ou une étoffe
« légère quelconque. La poche est conique, profonde, allongée en
« pointe au lieu d’être ronde comme dans le filet à papillons. Il
■<r en résulte cet avantage que les insectes capturés vont se loger
« dans le fond du sac et n’en bougent plus, de sorte qu’on peut
<( manœuvrer l’instrument sans désemparer pendant toute la
v durée de la chasse.
« Les dimensions à donner au filet pour en faire un engin pra-
<c tique sont de o m. 50 et o m. 30 respectivement pour le grand et
<( le petit axe de la raquette, o m. 70 à o m. 80 comme profondeur
(( de la poche ; longueur du manche ad libitum ».
En utilisant cet engin pendant plus de deux ans à Hanoï, à l’hÔ4
pital militaire et à mon domicile, pour la destruction de mousti¬
ques innombrables, je me suis rendu compte qu’il constituait un
bon moyen de lutter contre le danger et l’inconfort causés par ces
Insectes. A l’effet de déterminer sa valeur dans la désinfection culi-
cidienne de locaux contaminés par exemple en cas de fièvre jaune,
j’ai institué les expériences suivantes pour lesquelles je me suis
servi de moustiques, Culex pour la plupart, pris au piège, n’ayant
subi aucun choc capable d’amoindrir leur vitalité ou leur aptitude
au vol; j’ai opéré à une époque où ces diptères sont au Tonkin
particulièrement nombreux et agressifs.
Les expériences ont été faites à l’hôpital, dans une chambre de
contagieux indigène, à fenêtre et porte à tambour grillagées, cu¬
bant 47 m3 et meublée d’un lit avec sa moustiquaire, d’une table
de nuit et d’un tabouret. L’intérieur de la pièce était blanchi à la
chaux, sauf à la partie inférieure peinte en noir jusqu’à une hau¬
teur de o m. 50 au-dessus du sol.
La porte et la fenêtre étaient simplement fermées, non calfeu¬
trées.
lre Expérience. — -12 avril 1912. — Un lot important de moustiques
est lâché dans la pièce, puis un infirmier indigène est mis en posses¬
sion d’un filet pourvu d’un manche assez long pour atteindre au pla¬
fond. En une demi-heure il a capturé tous les insectes, ce dont je
m’assure par une inspection minutieuse du local.
2e Expérience. — 13 avril. — Des moustiques pris le matin même
dans deux boîtes-pièges sont lâchés. L’opérateur chargé de la démous-
tiquation la pratique en 40 minutes.
Venant après lui pour le contrôle, en agitant un éventail sur tout le
pourtour du soubassement noir et en promenant le balai dans les par¬
ties hautes de la chambre, il m’est impossible de faire lever un seul
moustique ; il n’en reste plus. Le filet est vidé, il renfermait 360 Culi-
cides.
3e Expérience. — 16 avril. — Effectuée dans les mêmes conditions
que les précédentes, la désinfection dure 50 minutes ; 376 moustiques
sont capturés. Le contrôle de l’opération démontre qu’aucun mousti¬
que n’a échappé.
4e Expérience. — 35 minutes sont employées pour la capture de
137 moustiques. Le contrôle permet de constater que la démoustiqua-
tion est complète.
Il résulte de ces expériences la possibilité de capturer facilement,
au moyen du filet, tous les Culicides contenus dans une pièce fer¬
mée. L’engin doit être manœuvré sans hâte.
Conclusion. — Les bénéfices à attendre du filet sont donc de
deux ordres : assurer plus de tranquillité aux habitants des pays à
moustiques et contribuer à la prophylaxie des maladies transmis¬
sibles par ces insectes.
Dans la plupart de nos colonies les mesures antilarvaires sont
inexistantes ou très imparfaitement exécutées ; les personnes sou¬
cieuses d’hygiène et de confort sont donc dans l’obligation de se
défendre par leurs propres moyens. A ce point de vue l’instru¬
ment que je préconise constitue un réel progrès ; les serviteurs
indigènes s’en servent très volontiers pour leurs maîtres et pour
eux-mêmes. Des logements envahis par des moustiques venus
d’alentour ont dû à son usage d’être rendus habitables.
Que vaut le filet comme moyen de désinfection de locaux conta¬
minés, dans la prophylaxie de la fièvre jaune? Des expériences
que j’ai relatées on est en droit d’espérer de bons résultats dans
les habitations européennes où la lumière pénètre facilement et où
la recherche des moustiques est facile. Avant l’opération on pren-
- 4° —
•dra naturellement, la précaution de fermer les portes, les fenêtres
et autres issues ; mais il n’est pas besoin de calfeutrer. On démous-
tiquera toutes les pièces de l’habitation où on aura constaté un
cas de typhus amaril ; on conseillera aux occupants des immeu¬
bles voisins d’organiser chez eux la chasse aux moustiques. La sé¬
dentarité du Stegomvia commande d’agir ainsi; la crainte de la
fièvre jaune sera un stimulant pour chacun d’assister l’autorité
sanitaire dans l’œuvre de prophylaxie d’urgence.
S’il s’agit de désinfecter de vastes entrepôts, largement ouverts
à l’extérieur, comme dans le cas cité par Augé et Pezet (Bull,
de la Soc. de Path. Eooot., n° 8, 1912) la désinfection chimique ne
peut-être efficace, le bâchage et le calfeutrement de pareils locaux
étant impraticables. Ou les moustiques ne sont pas touchés par les
vapeurs ou ils s’enfuient. On pourrait dans ce cas effectuer, avec
le filet, une besogne prophylactique partielle, malgré les diffi¬
cultés.
Dans les cases indigènes, obscures et mal closes, la recherche
des moustiques paraît impossible, la méthode du bâchage est seule
indiquée en pareille occurrence.
Pour la désinfection des navires en cas de typhus amaril ou de
dengue, le filet ne pourrait être employé que dans les cabines et
autres locaux suffisamment éclairés pour permettre la chasse.
Pour les autres parties du bateau la sulfuration à l’aide des grands
appareils reste le procédé de choix, le gaz sulfureux ayant l’avan¬
tage de tuer, outre les moustiques, les rats et autre vermine qui
pullulent à bord.
Au cours de la démoustiquation d’un local infecté la contami¬
nation de l’opérateur n’est pas à craindre, les mouvements néces¬
sités par le maniement du filet suffiront à mettre l’homme à l’abri
des piqûres, il pourra d’ailleurs, s’il n’est immunisé, porter un
masque et des gants.
La durée de la désinfection ne sera jamais bien longue, car il
^est peu vraisemblable qu’on ait à capturer un nombre de mousti¬
ques aussi élevé que dans les conditions où j’ai expérimenté ; si
on veut démoustrquer rapidement, on emploiera plusieurs hommes.
Il n’est pas nécessaire de disposer d’une main d’œuvre ex¬
périmentée comme pour la désinfection chimique ; le filet peut
être confié â des individus quelconques auxquels on donnera la
consigne de saisir tous les insectes ailés pour éviter des méprises.
Un autre avantage de la démoustiquation par le filet est de ne
I
“ 47 —
pas exiger le déplacement du malade qu’on laissera dans sa cham¬
bre, ce qui est impossible si on emploie le soufre, le tabac ou au¬
tres produits.
Sans exagérer la valeur du filet je le crois capable de rendre des
/.services dans la désinfection des locaux occupés par des jauneux.
Il est à désirer qu’on l’utilise et qu’on précise ses indications.
Je ne prétends pas qu’il dispense d’isoler les malades en chambre
grillagée, je le présente simplement à titre de procédé nouveau
pour réaliser la prophylaxie d’urgence de la fièvre jaune par des¬
truction des Stegomyias adultes en attendant la résultat des me¬
sures antilarvaires.
Comme procédé de défense, chez soi, contre les piqûres des
moustiques, le filet est d'une grande efficacité. Aux mains de servi¬
teurs indigènes chassant par intermittences dans la journée, il a
rapporté quotidiennement, à certaine saison, à raison de 900 mous¬
tiques par gramme, des prises de 60.000 à 80.000 insectes. Pour
cette chasse une certaine connaissance des moeurs des Culicides,
sans être nécessaire est des plus profitable.
Considérations sur le mal d’engasgo
Par Ulysses PARANHOS.
Le <( mal d 'cngasgo » ou « entalaçâo » est une affection endé¬
mique dans certaines régions du Brésil, et caractérisée par la dif¬
ficulté d’avaler les aliments, difficulté qui va jusqu'à empêcher
complètement l’alimentation, en produisant dans ce cas l’inani¬
tion, qui peut causer la mort.
Le « mal d ’engasgo » est connu, depuis longtemps, dans les
Etats du Brésil. Il a été observé, d’après nos informations, dans
les Etats de Parahyba, Bahia, Minas, Goyas, Matto-Grosso et
Sâo-Paulo.
La maladie régnait autrefois dans l’Etat de Saint-Paul, dans
certains endroits voisins de la capitale: à Jundiahy, Campinas,
Limeira, Sâo-Simâo et Ribeirâo-Preto.
Avec la colonisation, la mise en culture des terrains, l’amelio-
xation des conditions hygiéniques, la maladie a reculé.
Il y a environ 15 ans, dans une excursion faite exprès pour etu-
f
* t
- 48 - .
•f •
dier la maladie, le Docteur Carlos Botelho l’a rencontrée dans
des endroits très éloignés des centres populeux, à quelques lieux
de Barretos.
Aujourd’hui, qui veut étudier l’affection doit pénétrer dans
l’intérieur du Brésil.
Lé Docteur Langard, ancien médecin qui a exercé à Campi-
* nas (Etat de Saint-Paul), a vu plusieurs cas, dont il a essayé le
.traitement. Plus tard, la maladie a été étudiée par Pereira Bar-
réto et Carlos Bothelo.
Nous avons observé quelques cas et, récemment, le Prof. Ru-
biao Meira a traité un malade dans sa clinique particulière.
Le malade, lorsqu’il est attaqué. du « mal de engasgo », sent
une grande difficulté pour avaler les aliments ; le bol alimentaire,
après la mastication, ne peut pas être conduit jusqu’à l’estomac.
Il y a dans l’œsophage un obstacle qui ne le laisse pas passer; le
malade demeure ainsi <c engasgado » ou « entalado », d’où le nom
populaire de la maladie, pour laquelle nous proposons provisoire¬
ment le nom de dysphagie tropicale.
La maladie apparaît ordinairement en accès qui durent des jours
ou des semaines.
Le malade se sent bien, et soudain, au moment de prendre une
simple tasse de lait ou un peu de potage, ou un aliment quelcon¬
que, l’attaque se produit. Il semble que le malade va mourir, il
agite les bras, il devient dyspnéique ; les yeux sortent des orbites,
la face se congestionne.
Le malade rejette les aliments après avoir mangé, mais il con¬
vient de remarquer qu’il n’y a pas de vomissements proprement
dits. Ce qu’il y a, et que les malades prennent pour le vomisse¬
ment, c’est une régurgitation de l’œsophage.
Toute cette symptomatologie se manifeste probablement en ver-
t
tu d’un spasme du cardia ou de la partie inférieure de l’œsophage,
qui empêche le passage du bol alimentaire.
Il n’y a pas de rétrécissement organique permanent de l’œso¬
phage, vu que, chez plusieurs malades, on a réussi à pénétrer
librement dans l’estomac avec la sonde.
L’examen radioscopique, fait dans un cas, n’a pas donné d’in¬
dications appréciables.
On observe presque toujours la dilatation de l’œsophage, cette •
dilatation arrivant quelquefois à atteindre des proportions énor¬
mes.
— 49 —
La maladie n’est pas d’un diagnostic difficile* et sa distinction
de la sténose organique de l'œsophage et du spasme hystérique est
aisée. Le pronostic est toujours mauvais. Presque tous les mala¬
des meurent de cachexie, par l’impossibilité de s’alimenter, ou
alors d’une affection intercurrente. La durée de la maladie varie
beaucoup, de quelques mois à quelques années.
Le traitement est complètement symptomatique.
Le Dr Pereira Barrëto conseille un traitement chirurgical, di¬
latation forcée de l’œsophage, qui n’a pas encore été essayé.
Pour les malades que nous avons observés, nous avons employé
les bromures alcalins, le chloral et l’opium, en ajoutant des injec¬
tions toniques (arsenic et fer).
Nous ne savons rien de positif sur la pathogénie du « mal
d 'engcisgo ». L’anatomie pathologique est toute à faire, puisqu’il
paraît que jusqu’à présent aucun malade n’a été autopsié. Dans
ces conditions, la pathogénie repose sur de pures conjectures. En
cherchant à savoir, parmi les médecins du pays, quelle est leür
manière de penser au sujet de cette curieuse maladie, nous avons
vu qu’il y a diverses opinions à cet égard.
Quelques-uns pensent que la dysphagie tropicale est une névrose
essentielle, névrose du cardia.
L’hypothèse d’une nature parasitaire a déjà assez de partisans.
Le Prof. Bouchard, vivement intéressé par la description que
lui fit du « mal d" engasgo » à Paris le Dr Bettencourt-Rodri-
gues, n’hésita pas à dire: « C’est singulier ! Tout ce que vous
me dites me fait croire que le « mal d ' engasgo » du Brésil est exac¬
tement la même maladie que nous avons ici, en France, mais qui
s’observe seulement chez les faisans et est due uniquement à la
présence de vers dans l’œsophage ».
Dernièrement, dans une conversation particulière, nous apprî¬
mes que quelques médecins pensent que le « mal d 'engcisgo »
pourrait être une variété clinique de la trypanosomiase de Chagas.
Cependant, à ce qu’il paraît, l’expérimentation n’a pas sanctionné
cette manière de voir, car jusqu’à présent, il n’a pas été possible
de démontrer la présence de trypanosomes dans le sang des ma¬
lades.
En réfléchissant à la pathogénie du « mal d "engcisgo » nous
nous nous sommes rappelé ce que nous avons lu au sujet de l’ac¬
tion toxique du manioc, et nous pensons qu’il ne serait pas im¬
probable qu’il y eût une relation entre l’alimentation par le ma¬
nioc et la dysphagie tropicale.
4
#
Le manioc est une euphorbiacée ( Jatropha Manihot L.), ori¬
ginaire de r Amérique Méridionale, où il est cultivé à cause de sa
racine très riche en fécule, avec laquelle on prépare une farine qui
constitue la principale nourriture des classes pauvres de certaines
régions du Brésil. La racine du manioc est formée de gros tu¬
bercules charnus et ovales, qui contiennent de l’amidon et un suc
aigre , volatile et vénéneux qui , d’après Boutron et Henry, est
constitué par une substance identique à l’acide cyanhydrique.
L’ingestion de ce suc provoque des perturbations motrices, dys¬
phagie, convulsions, faiblesse cardiaque, et la mort par l’arrêt de
la respiration.
Dans la farine de manioc destinée à l’alimentation, on détruit ce
suc vénéneux en soumettant la racine à l’action de la chaleur, par
la torréfaction. Cependant, quand celle-ci est mal faite, des traces
de principes toxiques restent dans la farine et sa consommation est
suivie de phénomènes d’intoxication. Il parait que la dysphagie
tropicale existe dans des zones où la farine de manioc constitue
la base de l’alimentation des classes pauvres, et c’est dans ces
classes que généralement on observe la maladie. De plus, le « mal
de engasgo » disparaît quand on améliore les conditions de l’ali¬
mentation et que les aliments sont plus variés.
Il nous semble que l’hypothèse d’une relation entre le « mal de
engasgo » et l’alimentation par la farine de manioc mal torréfiée
ou détériorée mérite d’être prise en considération, et, sur ce point,
nous appelons l’attention des observateurs.
( Institut Pasteur de la Sâo-Paulo, Brésil).
Note sur le Venin de Bitis arietans
ou Vipère heurtante
Par R. BAUJEAN.
M. le Pr Calmette, ayant reçu du Dr Fitz Simons, du Muséum
de Port-Elisabeth (Colonie du Cap), une petite quantité de venin
desséché de Bitis arietans ou Vipère heurtante ( P-uff Adder des
Anglais), a bien voulu nous confier l’étude des propriétés toxi¬
ques, protéolytiques, hémolytiques et coagulantes de ce venin.
Bitis arietans étant, d’après le Dr Simons, l’espèce de serpents la
plus répandue dans l’Afrique du Sud, cette étude présente à ce
titre un certain intérêt.
Voici les résultats que nous avons notés.
I. Action toxique. — La dose minima mortelle en deux heu¬
res, en injection sous-cutanée, est de o mmg. 2 pour la souris,
1 cg. pour le cobaye.
L' inoculation sous-cutanée, douloureuse, produit des lésions
•caractéristiques. Au point d’inoculation, œdème abondant, géla¬
tineux et rosé, parsemé de petites suffusions sanguines se réu¬
nissant souvent en vastes placards noirâtres. Piquetés hémorra¬
giques à la surface des grandes séreuses qui contiennent une cer¬
taine quantité de sérosité sanguinolente.
L' inoculation intra-péritonéale provoque un énorme afflux de
sérosité sanguinolente remplissant la séreuse.
L' inoculation intra-veineuse détermine un piqueté hémorra¬
gique généralisé à tous les organes et très intense.
Ce sont bien là les lésions caractéristiques produites par les
venins de Vipéridés, lésions que S. Flexner attribue à une subs¬
tance qu'il a dénommée <( hémorragine ».
Mais le venin de Bitis arietans est aussi, dans une faible me¬
sure, neurotoxique. Chauffé une demi-heure à ioo° en tube scellé,
il se montre encore toxique pour la souris lorsqu’il est infecté à
la dose de i centigramme . La mort, dans ces conditions, est due
à l’action neurotoxique, qui se manifeste encore malgré ce chauf¬
fage prolongé. En effet ;
i° On 11e constate plus, à l’autopsie des animaux, les lésions
locales hémorragiques si caractéristiques décrites plus haut.
20 L’inoculation intracérébrale de 1 cg. de venin ainsi chauffé
lue le cobaye en l’espace de 5 heures environ, et avec des symp¬
tômes analogues à ceux provoqués par les venins de Colubridés ;
•dyspnée, bouche baveuse, respiration saccadée à type diaphrag¬
matique, et finalement asphyxie, avec conservation jusqu’au der¬
nier moment du réflexe cornéen.
Il ne nous a pas été possible d’établir si le sérum antiveni¬
meux anti neurotoxique protège les animaux contre l’action toxi¬
que du venin ainsi chauffé. La quantité de venin dont nous dis¬
posions ne nous a pas permis d’entreprendre les expériences né¬
cessaires à cet effet, car il faut employer, même en opérant avec
la souris, des doses relativement considérables.
Le Dr vSimons a écrit récemment au Pr Calmette a que son
<( assistant à Port-Elisabeth Muséum avait failli perdre la vie à
« la suite d’une morsure de Puff Adder, au cours de la récolte
« du venin, et qu’il avait fallu lui injecter 50 cm3 de sérum anti-
<( venimeux pour le tirer d’affaire ». Il est donc probable que le
pouvoir neurotoxique du venin de Bitis arietans ne peut être neu¬
tralisé que par des doses assez fortes de sérum antivenimeux.
On admet généralement que « l’hémorragine » (Flexner) est
complètement détruite à 85°. Nous n’avons pas constaté le fait avec
le venin de Bitis arietans. Chauffé à 85° et même à ioo°, et injecté
à des souris à forte dose (5 mmg.), il tue les animaux en provo-
' quant, au point d’inoculation, des lésions hémorragiques typiques
et en tout semblables à celles précédemment décrites. En portant
simplement ce venin à ioo°, on ne détruit donc pas son pouvoir
hémorragique,- pour obtenir ce résultat, il faut que la température
de ioo° soit maintenue pendant une demi-heure.
Tandis que les venins de Yipéridés, injectés dans les veines,
provoquent généralement la coagulation massive du sang, nous
avons constaté à l’autopsie, pratiquée immédiatement après ’a.
mort des animaux tués par inoculation intraveineuse de doses
moyennes ou faibles de venin de Bitis arietans, la complète flui¬
dité du sang du cœur et des vaisseaux. De même, après l’inocu¬
lation sous-cutanée, le sang reste le plus souvent fluide; et, rare¬
ment, on rencontre quelques caillots dans le cœur.
II. Action protéolytique. — Elle a été étudiée sur la gélatine
et la fibrine. Nous avons opéré sur de l’eau gélatinée à 25 %,
stérilisée et thymolée, — et sur de la fibrine desséchée du sang-
de cheval.
Le venin de Bitis arietans s’est montré doué d’un pouvoir pro¬
téolytique marqué vis-à-vis de ces substances, 1 mmg. digère
complètement en 15 heures 1 cm3 de gélatine à 25 %, qui ne se-
solidifie plus par refroidissement. 1 c g. dissout complètement
3 c g. de fibrine sèche en moins de 24 heures, fl se place donc à
ce point de vue, dans l’échelle. dressée par Noc ( Annales de V Ins¬
titut Pasteur, 1904), entre le venin de Trimesurus R et celui de
Daboia Russellii.
*
III. Action sur la coagulation du sang in vitro. — Suivant le-
procédé employé pour obtenir du sang incoagulable, ce venin agit
d’une manière tout-à-fait différente.
Vis-à-vis du sang (de cobaye) citrate à i 0/0, oxalaté à 2 0/00,
fluoré à 3 0/00, magnésie à 10 0/0 (sulfate de magnésie), et chlo -
>3 -
ruré à 5 0/0, il se montre nettement coagulant , mais seulement à
faibles doses (o mmg. or à 1 mmg. par cm3 de sang). Au-dessus
d’une dose déterminée, variable suivant le sang employé, il perd
cette propriété. Bien plus, il supprime alors la coagulabilité du
sang qui ne se coagule plus même lorsqu’on y ajoute des doses
de chlorure de calcium pour les sangs citraté et oxalaté, d’eau
distillée pour les sangs chloruré et magnésié, suffisantes pour
provoquer la coagulation dans les tubes témoins. C’est le résultat
de l’action de la diastase protéolytique qui, lorsque le venin est
-ajouté à dose trop forte attaque le fibrinogène du plasma et em¬
pêche par suite toute possibilité de coagulation.
Chauffé à 8o°, le venin perd son pouvoir coagulant, au moins
en ce qui concerne le sang citraté sur lequel l’expérience a* été
faite.
Mélangé à du sang rendu incoagulable par l'extrait de têtes de
sangsiies, ce même venin ne manifeste aucune action coagulante
aux doses qui provoquaient la coagulation des sangs citraté, oxa¬
laté, fluoré, etc.
Mis en présence de plasma normal, recueilli en tubes paraffi¬
nés, alors que ce plasma, reporté ensuite dans des tubes ordinai¬
res, se coagule presque instantanément, on constate que celui qui
se trouve en contact avec le venin reste liquide avec la dose de
o mmg. 5 de venin pour 1 cm3 de plasma. Au-dessous de
o mmg. 5 de venin, le plasma se coagule, et il se coagule d’autant
plus vite que la dose de venin ajoutée est plus faible.
Cette action anticoagulante in vitro est comparable à ce que
nous avons constaté in vivo, car nous avons vu que l’inoculation
intraveineuse ne provoquait pas la coagulation clu sang.
Voilà donc un venin cpii, à faibles doses, coagule les sangs
citraté, oxalaté, fluoré, magnésié et chloruré, spontanément in¬
coagulables ; — et qui, aux mêmes doses, ne coagule pas le sang
à l’extrait de têtes de sangsues, et empêche la coagulation du
plasma normal.
IV. Action hémolytique . — A doses faibles ou fortes
(o mmg. 001 à 5 mmg.), seul ou en présence soit de lécithine, soit
de sérum de cheval chauffé ou non à 58°, le venin de Bitis arie-
tans s’est montré dépourvu de tout pouvoir hémolytique.
En résumé, le venin de Bitis arietans, comme celui de la plu¬
part des Vipéridés, se caractérise par l’intensité de son pouvoir
protéolytique, et par les lésions hémorragiques qu’il provoque
chez les animaux. Mais il présente les particularités suivantes à
noter :
i° 11 est dépourvu de toute action hémolytique;
2° Son pouvoir hémorragique n’est détruit qu’à la température
de ioo°, maintenue pendant une demi-heure;
3° Il n’est pas coagulant en injection intraveineuse; et il em¬
pêche la coagulation in vitro du plasma normal Mnsi que celle du
sang à l’extrait de têtes de sangsues, alors qu’il provoque au con¬
traire la coagulation des sangs citraté, oxalaté, fluoré, magné-
sié et chloruré (i).
(' Travail de V Institut Pasteur de Lille.)
•
(i) Nous remercions M. L. Massol, chef de laboratoire à l’Institut Pas¬
teur de Lille, des conseils qu’il a bien voulu nous donner au cours de l’exé¬
cution de ce travail.
I
55 —
Mémoires
La tuberculose à Léopoldville (Congo belge)
Par René MOUCHET (de Liège).
I. — Développement de la tuberculose.
Depuis quelques années, l’extension de la tuberculose dans les
colonies tropicales africaines s’est imposée à l’attention des méde¬
cins, De différents points on la signale et on constate la rapidité
de sa marche envahissante. Elle s’est montrée dans les colonies
allemandes du Togo, du Kamerun et de l’Afrique Orientale. Dans
cette dernière colonie, Peiper établit par des chiffres la continuité
de son extension. De o décès en 1905-1906, elle fournit 5 morts en
1906-1907, o en 1907-1908, 7 en 1908-1909, 15 en 1909-1910, 25 en
1 9 1 o- 1 9 1 1 .
Au Soudan, Archibald indique la tuberculose comme extrê¬
mement fréquente. Wagon la signale en Guinée et tout récem¬
ment Calmette réunit des observations faites dans les différentes
colonies françaises.
»
Le Congo belge n’échappe pas à la pénétration, et dans les
grands centres tout au moins, la tuberculose devient un sérieux
facteur de mortalité. Dans les statistiques de i’année 1911, dres¬
sées à l’hôpital des noirs de Borna, par le Dr Cammermeyer, rn
trouve 3 cas sur 256 décès (les morts dues à la trypanosomiase
étant décomptées).
A Léopoldville, la tuberculose était signalée dès 1907 par ie
Dr Rodhain, directeur de l’hôpital des noirs. En exceptant la
maladie du sommeil, ce praticien observait 5 décès dûs au bacille
de Koch, sur 63, soit 7,94 %.
En 1908, le même observateur signale 2 tuberculeux sur 66 dé¬
cès, soit 3,03 %.
En 1909, 9 sur 58 décès, soit 15,52 %.
En 1910, les statistiques du Dr Houssiau donnent 5 tubercu¬
leux sur 57 décès, soit 8,79 %.
La progression de la tuberculose avait, dès 1909, frappé le
Dr Rodhain qui, dans son rapport sur le fonctionnement de i’hô-
I
— 56 —
pital des noirs, écrivait : « Le fait saillant, c’est le nombre consi¬
dérable de cas de tuberculose sous ses différentes formes une
nous avons observés. Introduite d’Europe, cette maladie qui naine
et tue rapidement le nègre, est arrivée, en peu d’années, à occu¬
per une place importante dans le cadre nosologique de la ré-*
gion ». Cette phrase n’était que trop juste, et, à l’heure actuelle,
la tuberculose a pris à Léopoldville des proportions alarmantes.
En effet, nous avons eu l’occasion, en 18 mois, du Ier avr;l
1 9 1 1 au 30 septembre 1912, de faire à l’hôpital des noirs une série
d’autopsies, pendant cette période, on a eu à enregistrer 99 dé¬
cès et il a été fait 79 autopsies se répartissant comme suit:
DÉCÈS OBSERVÉS A L’HOPITAL DES NOIRS, I9II-I912.
Donc 29 cas de tuberculose sur 79 autopsies, soit 36,71 %.
Sur ces 29 observations, 27 fois la tuberculose avait occasionné
le décès. Dans tous les cas, l’examen microscopique post mor-
tem a révélé le bacille de Koch.
Nous insistons sur ce point que les autopsies ont été faites sans
choix préalable, en série, et n’ont été interrompues que lors de
nos absences de Léopoldville.
Nous avons, à dessein, séparé les décès dûs à la trypanoso¬
miase. En effet, pendant cette période de 18 mois, il est mort au
lazaret de trypanosomés de Léopoldville, 108 indigènes.
Mais la plus grande partie d’entre eux est constituée par des
malades venant de diverses régions (district du Stanley-Pool et
autres districts), et retenus à Léopoldville lors de leur passage.
Quant aux cas venant de la population ouvrière du chef-lieu
même, il est assez difficile d’en fournir le chiffre exact, certains de
ces malades étant dirigés sur le lazaret de leur contrée d’origine,
à l’expiration de leur terme de service. De plus, la majeure partie
des trypanosomés ouvriers de l’Etat, sont des travailleurs de la
- 57 —
marine, contractant la maladie du sommeil à bord des steamers
U long du fleuve.
Enfin, il est difficile de comparer la maladie du sommeil,
affection à évolution lente, chez des sujets traités, avec la tuber¬
culose, affectant, chez le nègre, une marche rapide.
La tuberculose, d’ailleurs, fait également des victimes chez ces
malades. Certains meurent d’affections intercurrentes et parmi
celles-ci se place la tuberculose. Sur 20 autopsies faites au lazaret,
nous avons trouvé 2 cas de tuberculose dont un avait nettement
occasionné la mort.
Au contraire, l’hôpital des noirs ne reçoit, d’une façon pres-
qu 'exclusive, que les malades de la population ouvrière de Léo-
poldville et environs immédiats. Presque tous se rendent à l’hô¬
pital et le chiffre des décès y enregistrés correspond presque exac¬
tement au chiffre général des décès. Il est, en effet, au dehors de
cet établissement, délivré peu de permis d’inhumer, exception
faite pour les enfants que l’indigène confie difficilement au méde¬
cin. Donc les statistiques de l’hôpital des noirs donnent avec une
grande exactitude, le tableau nosologique de l’agglomération.
Une remarque est nécessaire. La progression énorme que semble
avoir fait la tuberculose en 1911-1912, est certainement un peu
artificielle, en ce sens que les chiffres antérieurs devaient être
trop faibles.
En effet, l’autopsie a permis de déceler une tuberculose grave
dans certains cas où l’examen clinique avait fait poser d’autres
diagnostics, notamment celui de dysenterie ou de pneumonie.
Ceci s’explique d’abord par ce fait que les lésions pulmonaires
de la tuberculose chez le noir offrent parfois certains caractères
pouvant donner lieu à confusion avec les symptômes de percus¬
sion et d’auscultation de la pneumonie (voir étude anatomique),
ensuite par la possibilité qu’un malade tuberculeux, auparavant
entré pour pneumonie à l’hôpital, et après la terminaison de sa
pneumonie, y meure de sa tuberculose aggravée et rendue plus
rapide par l’affection respiratoire aiguë (voir plus loin). Enfin,
il faut aussi tenir compte de la difficulté de diagnostic que ren¬
contre le médecin dans la pratique indigène. Ceux-ci, en dehors
des plaies dont la vue les frappe, ne se rendent à l’hôpital que
gravement atteints, renseignent très mal sur les anamnestiques et
les symptômes qu’ils localisent à peine.
Spécialement au sujet de la tuberculose, il faut signaler la
— 58 -
rareté des crachats. Le Dr Corin, directeur de l'hôpital des noirs
en 1911-1912, nous a fait remarquer ce fait que le nègre pneu¬
monique ou tuberculeux, crache peu ou pas, et au lieu de l’expec¬
toration qu’on lui demande, remet de la salive. 11 n’est donc pas
fréquent de pouvoir retrouver le bacille de Koch.
Notons, d’autre part, que la dysenterie, fréquente dans la po¬
pulation indigèlne, peut masquer une tuberculose ‘intestinale,
même grave. Tous ces faits font évidemment supposer avec rai¬
son que des statistiques de mortalité tuberculeuse non basées sur
des résultats d’autopsies, doivent être en dessous de la vérité et
expliquent notamment l’écart énorme entre les chiffres de 1910 et
ceux de 191 1-1912.
Il résulte des faits actuels que la tuberculose se place à Léopold-
ville parmi les 4 grandes affections y décimant les noirs, avec la
trypanosomiase, la dysenterie, et la pneumonie; et alors que la
maladie du sommeil est, dans l’agglomération, en diminution
certaine, la tuberculose tend à venir se placer au premier rang, et
à constituer un réel danger qu’il importe de combattre aussi
énergiquement que possible pour essayer d’en arrêter l’extension.
II. — Anatomie pathologique. Evolution.
Répartition des lésions tuberculeuses sur 3i autopsies.
— ?9 —
Les lésions pulmonaires occupent donc le premier rang. Elles
se montrent sous deux formes assez différentes et également fré¬
quentes.
La première forme reproduit la lésion la plus habituelle de la
tuberculose en Europe ; foyers caséeux de taille différents plus
ou moins confluents et finissant par former des cavernes. Mais
alors que chez L Européen en général la lésion la plus ancienne
et la plus importante siège au sommet et que les lésions vont en
diminuant vers les bases, chez l’indigène du Congo, les lésions
sont beaucoup moins régulièrement disposées et bien que le som¬
met semble également un lieu de prédilection pour la tuberculose,
cette élection est beaucoup moins marquée que chez l’Européen.
De plus, les cavernes sont rarement énormes et les lésions sont
plus souvent disséminées.
Une fois nous avons observé les traces d'une hémoptysie ré¬
cente.
Un second type, très fréquent (50 % des cas) est constitué par
une infiltration œdémateuse jaunâtre du parenchyme pulmonaire
en foyers plus ou moins gros et plus ou moins cohérents, semés
de tubercules jaunâtres ou de traînées caséeuses. Ces lésions cor¬
respondent exactement à celles décrites par Kaufmann sous le
nom de: Glatte Pneumonie oder gelatincse infiltration. Au
microscope, on trouve les alvéoles remplis d’un exsudât lympha¬
tique tenant en suspension quelques leucocytes et des cellules épi¬
théliales alvéolaires: dans ce tissu, œdématié, existent des foyers
d’infiltration avec nécrose rapide et sans cellule géante. Néan¬
moins, les frottis de ces lésions monfrent souvent en grande
abondance le bacille de Koch. Ces cas, à infiltration pseudolo-
baire, pourraient peut-être parfois faire supposer une pneumonie?
Les adhérences pleurales manquent souvent et sont toujours peu
abondantes. Jamais nous n’avons eu l’occasion de trouver ces
adhérences résistantes obligeant, pour enlever le poumon, à cli¬
ver la plèvre pariétale comme cela se voit assez fréquemment chez
l’Européen. Une fois nous avons trouvé un pneumothorax oc¬
cupant toute la plèvre.
La tuberculose pleurale, en dehors des lésions miliaires, mon¬
tre également deux types distincts:
2 fois nous avons trouvé, occupant les espaces pleuraux, un
tissu lardacé volumineux, semé de traînées caséopurulentes et.
rappelant 1 ’ actinomycose.
6o
. - • y ■ . ■
\
3 fois nous avons vu des lésions en taches de bougie ou en
grosses granulations jaunâtres donnant exactement l’aspect de
la pommelière bovine. Dans ces cas encore, le bacille de Koch
était abondant et facilement décelable.
La tuberculose intestinale, comme on peut le voir sur le tableau
précédent, est également très abondante. Cette fréquence ne sem¬
ble pas due à l’infection de l’organisme par les voies digestives.
En effet, les lésions intestinales, bien que souvent très étendues,
paraissent plus récentes que les lésions pulmonaires. 11 faudrait
sans doute rapporter le nombre de tuberculoses intestinales, à
ce fait, que nous signalons au chapitre I, la rareté des crachats
chez le nègre, qui, probablement, les avale et facilite ainsi la con¬
tamination de ses voies digestives.
Les ulcères intestinaux ressemblent, quant à leur localisation
et à leur forme, à ceux qu’on observe chez les Européens: ils
sont surtout localisés à l’iléon, sont ovalaires, perpendiculaires au
grand axe de l’intestin; ou souvent arrondis; ont des bords irré¬
guliers montrant des tubercules; la face séreuse de l’intestin mon¬
tre à leur niveau des traces de lymphangite tuberculeuse nette.
On peut parfois trouver des ulcères dans le colon ascendant.
Mais tandis que chez l’Européen on peut suivre, pour ainsi
dire l’âge des ulcères, ceux-ci, plus grands vers la valvule de
Bauhin devenant progressivement plus petits vers les régions
plus élevées de l’intestin grêle, chez le noir cette gradation
n’existe pas, ou quand elle existe, elle est très peu marquée. Pres¬
que toujours on trouve des ulcérations d’un même diamètre ou à
peu près et disposées en série irrégulière sur l'iléon, des ulcères
plus petits suivant des plus grands et on peut trouver ainsi sur
une longueur de 2 mètres d’intestin une suite d’ulcérations de
5 à 20 mm. de diamètre donnant l’impression d'une série d’in¬
fections répétées à courte distance.
Les lésions de tuberculose hépatique et splénique signalées con¬
sistaient en gros nodules caséeux atteignant le volume d’une ce¬
rise (bacilles de Koch facilement retrouvés).
Les lésions rénales étaient analogues. Nous n’avons pas ob¬
servé de ces vastes tuberculoses rénales à larges cavernes ame¬
nant une destruction considérable de l’organe.
Les deux cas de tuberculose péritonéale, rappelaient sur le
péritoine les lésions de la pommelière déjà signalées pour la
plèvre.
Ül
*
La méningite tuberculeuse avait exactement les mêmes carac¬
tères que celle qu’on observe chez les Européens. La lésion pri¬
mitive consistait dans les ganglions médiastinaux, en la présence
d’un volumineux foyer caséeux.
Une fois aussi nous avons observé la présence d’une tumeur
jaunâtre formée d’un amas de végétations courtes ayant au total
les dimensions suivantes: *5 X 5 X 5 mm.; inséré sur la dure-
mère et déprimant le cervelet. Des frottis y révélaient le bacille
de Koch.
La tuberculose ganglionnaire périphérique atteignait surtout
les groupes ganglionnaires du cou, devenus énormes et ramollis.
En plusieurs points il existait des fistules suppurantes.
Nous avons également eu l’occasion d’observer deux cas de tu¬
berculose du cœur très nets (en dehors des tubercules miliaires).
Nous tenons à faire remarquer ces cas qui sont considérés comme
très râres chez l’Européen et que nous avons vu ici deux fois sur
une petite série d’autopsies. Ce nombre restreint d’examens post
mortem nous empêche d’ailleurs, de tirer des conclusions for¬
melles au point de vue de la fréquence de ces lésions. Dans lès
deux cas, elles siégeaient dans le cœur droit, une fois dans le
ventricule, et une fois dans le ventricule et l’oreillette. Elles
consistaient en de gros thrombus jaune-verdâtres formant des
masses arrondies allant du volume d’un pois à celui d’une noi¬
sette, formées d’une coque mince, souple, contenant du pus ver¬
dâtre. Au niveau de l’insertion de ces végétations, le muscle
était semé d’épaisses stries jaunâtres caséeuses. Les valvules
étaient libres. L’examen microscopique des frottis du pus révélait
rapidement l’existence de bacilles acido-résistants.
Histologiquement, la lésion consiste en foyers d’infiltration
avec nécrose centrale rapide, dissociant les faisceaux de fibres
musculaires souvent altérées. Nous n’avons trouvé dans ces
foyers aucune cellule géante.
Il nous faut aussi faire remarquer la fréquence de la tubercu¬
lose miliaire: 12 fois observée sur 31 autopsies. Enfin, nous ch
vons signaler que dans toutes les observations sauf une (cas XII,
enfant mort de paraplégie suite de variole et chez qui existait une-
petite ulcération tuberculeuse à l’intestin grêle sans autre lésion),
i1 y avait de gros foyers ganglionnaires caséeux mais non calci¬
fiés siégeant le plus souvent dans le médiastin ou dans les hiles
pulmonaires; parfois aussi dans le mésentère ou au devant de
la colonne vertébrale.
02
De ces constatations anatomiques nous pouvons tirer quelques
conclusions :
L’évolution lente et progressive de la tuberculose, cas le plus
fréquent chez l’Européen, est beaucoup plus rare chez l’indigène
du Congo.
La tuberculose se cantonnerait d’abord dans un groupe gan¬
glionnaire et de là, à l’occasion d’une diminution de resist ince
quelconque, prendrait une forme offensive et se développerait.
Les exemples suivants sont assez démonstratifs à ce sujet:
Gus. XV. — Méningite tuberculeuse avec ganglions caséeux du mé-
diastin.
Ons. XX. — Tuberculose pulmonaire rapide à la période de gué¬
rison d’une pneumonie : ganglions caséeux du bile pulmonaire et du
médiastin.
Ons. XXX. — Tuberculose miliaire pleurale au cours d’une pneu¬
monie au stade de transition entre l’hépatisation rouge et l’hépatisa-
lion grise ; foyers caséeux dans les ganglions du médiastin.
Ons. XXXI. — Enormes ganglions prévertébraux et médiastinaux
caséo purulents et petites lésions pulmonaires, chez un tryponosomé
mort probablement d’une intoxication par l’orpiment.
L’occasion de ce développement serait sans doute, en de nom¬
breux cas, la pneumonie, et ceci expliquerait le fait que des ma¬
lades entrés à l’hôpital avec le diagnostic de pneumonie, et qui
y décèdent, donnent, à l’autopsie, un tableau de tuberculose.
Mais une fois lancée, l’évolution de la tuberculose apparaît
comme rapide. La rareté des adhérences pulmonaires, la dissé¬
mination sans régularité des lésions respiratoires, la disposition
et l’aspect des lésions intestinales, l’abondance des bacilles dans
les lésions, jointe au petit nombre de cellules géantes, plaident
nettement en faveur d’une marche rapide ne donnant pas aux lé¬
sions la gradation d’âge, si fréquente chez les Européens, et fait
supposer une résistance moindre de l’indigène vis-à-vis de la
maladie.
La rareté des tuberculoses rénales pures et des longues tuber¬
culoses osseuses s’ajoute aux arguments précédents pour en con¬
firmer la valeur.
III. — Examen de la population.
La population de Léopoldville est très mêlée et parmi les indi¬
gènes mêmes, composée de nombreuses tribus. La tuberculose
est répandue dans toutes les catégories d’habitants.
— 63 —
Parmi les colons Européens, sans être très fréquente, la mala¬
die existe; elle est signalée dans la statistique des affections cons¬
tatées à l’hôpital des blancs à Borna. Différents cas ont été égale¬
ment observés à la Croix-Rouge de Léopoldville.
Elle a été également trouvée chez les Coastmen séjournant
dans la Colonie. Une de nos autopsies d’ailleurs concerne un
Sénégalais. établi depuis longtemps au Stanlev-Pool.
Parmi les mulâtres, encore assez rares, nous avons aussi trou¬
vé des cas de tuberculose, sans pouvoir constater s’il y avait des
différences d’évolution avec la maladie chez l’indigène (aucune
autopsie).
Quant à ce qui concerne la population ouvrière de la station
évidemment plus intéressante, à ce point de vue l’enquête était
plus difficile à mener.
Nous avons déjà parlé de la difficulté d’observer des cas au
début. De plus, les signes cliniques de l’affection, trop peu nets
ne pouvaient non plus constituer une base.
Nous nous sommes donc servis de la cutiréaction à la tuber¬
culine (tuberculine de l’Institut Pasteur de Lille, qui nous a été
•obligeamment remise par le Dr Aubert, directeur du laboratoire
de Brazzaville).
Ces essais ont porté sur la population paraissant en bon état ;
laissant de côté la clientèle de l’hôpital, parmi laquelle il y a des
tuberculeux avérés. Sur 91 enfants de l’école de la Mission ca¬
tholique, nous avons eu: 2 réactions légères, 81 résultats néga¬
tifs, 8 enfants non revus.
Sur 359 ouvriers (atelier du port), ïq ont présenté une réaction
très nette, 12 une réaction légère, 333 ont donné des résultats
négatifs.
Les 15 infirmiers noirs des établissements hospitaliers ont
donné: 1 réaction nette, 1 légère, 13 résultats négatifs.
A noter que les sujets présentant une réaction positive, don¬
naient l’impression, à la simple vue, d’être mal portants.
Il nous a été impossible de faire des recherches systématiques,
case par case, la population de chaque habitation étant trop va¬
riable.
Il était évidemment intéressant de comparer ces résultats avec
ceux que pouvaient donner la population d’un autre poste.. Nous
savons choisi ;
i° Le poste agricole de Dolo, éloigné de 10 km. de Léopold-
— t>4
ville, et qui est un établissement assez important d’élevage de
gros bétail.
Sur 75 travailleurs examinés, un seul a présenté une légère
réaction.
2° Le village indigène de Binza, situé à 2 h. 1/2 de marche de
Léopoldville : village où ne réside pas d’Européen et même très
rarement visité. Mais les indigènes viennent souvent au marché
du chef-lieu.
Sur 1 13 habitants nous avons eu 97 réactions négatives, 1 très
légère (?) et 15 non revus.
11 semble donc bien que Léopoldville constitue un foyer assez
intense de tuberculose; mais un foyer localisé et d’origine relati¬
vement récente. La population, en effet, réagit vis-à-vis de la
tuberculose comme le fait l’enfant chez l’Européen.
En effet, avec un pourcentage plutôt faible de morbidité (com¬
paré aux chiffres d’Europe), soit environ 7 % de réactions positi¬
ves à la tuberculine, la population montre une mortalité exces¬
sivement élevée.
Car, sur 31 cas de tuberculoses observés à l’autopsie, 28 avaient
nettement occasionné la mort.
Les trois autres étaient ;
1° Obs. VIL — Tuberculose intestinale chez un enfant mort des
suites de variole.
2° Obs. XXX. — Tuberculose miliaire de la plèvre éclosant pen¬
dant une pneumonie.
3° Obs. XXXI. — Tuberculose de ganglions mésentériques pulmo¬
naires et prévertébraux avec légères lésions pulmonaires chez un try-
panosé intoxiqué probablement par l’orpiment.
L’exemple de Léopoldville confirme donc l’opinion émise par
Metchnikoff, Calmette et Burnet, de la sensibilité considéra¬
ble des populations neuves vis-à-vis de la tuberculose.
IV. — La tuberculose chez les animaux.
La tuberculose n’existe pas, du moins d’une façon courante,
chez les animaux.
Dans les nombreux examens de viscères de bovidés que nous
avons pu pratiquer à l’occasion de l’ inspection des viandes de
boucherie, nous n’avons pas trouvé une seule fois des lésions tu¬
berculeuses. D’ailleurs, en dehors du poste d’élevage de Dolo,
le gros bétail n’existe pas cl’une façon permanente à Léopold-
*
!
t
— 65 —
i
ville: la viande de consommation est fournie par des troupeaux
amenés en général du Congo portugais, et ne séjournant à Léo-
poldville que le temps qui sépare leur envoi de leur abatage. De
même, chez les chèvres, animaux du pays, nous n’avons non plus
jamais trouvé de lésions suspectes, non plus que chez le mouton
(d’ailleurs très rare).
Mais nous avons eu plusieurs fois l’occasion de découvrir des
lésions de tuberculose chez le canard domestique. Ces lésions con¬
sistent, en général, en tubercules disséminés en nombre consi¬
dérable dans le foie et y formant parfois des masses caséeuses
atteignant le volume d’une noisette. Des frottis montrent des
bacilles acido-résistants en très grande abondance.
Enfin, nous avons observé également de la tuberculose chez un
petit macaque tenu en cage au laboratoire. Il montrait, à l’au¬
topsie, une tuméfaction énorme des ganglions mésentériques et
prévertébraux, qui étaient, en presque totalité, en ramollissement
caséo-purulent. Des trottis montraient également le bacille de
Koci-I. Les poumons étaient sains. L’intestin montrait seule¬
ment une tuméfaction accentuée des follicules clos des colons.
Quant aux lésions pulmonaires décrites chez les chameaux du
Soudan par le capitaine Archibald, dans le Fourth report Wel-
comes tropical research laboratory, nous ne les avons pas retrou¬
vées. D’ailleurs, les chameaux de Léopoldville, importés de
Ténériffe, ne sont pas nombreux et nous n’avons eu qu’une seule
fois l’occasion d’en faire l’autopsie.
V. — Contagion. Propagation.
Il ne peut être question dans la région que nous avons étudiée,
d’une transmission animale de la tuberculose. Outre d’ailleurs
l’absence de tuberculose bovine, la population ne se nourrit à
aucun âge de lait de vache, totalement inconnu dans la région.
Le cas du macaque est comme les cas d’infection des singes
des jardins zoologiques d’Europe, imputable au voisinage hu¬
main, de même que les cas de tuberculose des canards. En effet,
le noir vit pêle-mêle dans sa case avec ses poules et ses canards
et ceux-ci peu nourris et très voraces avalent tout ce qu’ils trou¬
vent, avec évidemment des aliments souillés des produits tuber¬
culeux des habitants.
Il est pour ainsi dire indiscutable, suivant l’opinion de Cal-
mette, que la contamination est exclusivement interhumaine et
fort probablement par inhalation. L’observation de tuberculose
intestinale au début chez un enfant, seule tend à faire admettre
une infection digestive, la Schmutzinfection en quelque sorte.
Quant à la prédominance réelle de la tuberculose chez l’adulte,
elle s’expliquerait par leurs plus grandes relations avec les blancs
et aussi, sans doute, par leur genre de vie. Les noirs, en effet,
dans la grande station industrielle qu’est Léopoldville, ont un
genre de vie très différent de la vie indigène. Mieux vêtus cer¬
tes, ils sont logés en grand nombre dans une agglomération
très dense, beaucoup plus peuplée que leurs villages. Ils sont
1.700 environ, ce qui, avec les boys, les femmes et les enfants,
constitue une agglomération de 4.000 âmes. De plus, se livrant
à un travail certainement plus dur que celui de l'indigène libre,
ils sont, la contrée étant pauvre, en général peu nourris. La ra¬
tion comprend, quotidiennement, 1.500 g. de chikwangues (pain
de manioc fermenté et bouilli) ou 600 g. de riz et 10 g. de sel.
En outre, 1 litre d’huile de palme par mois et à l’occasion (ap¬
proximativement, 1 fois par mois) de la viande d’hippopotame.
Certes, ils peuvent augmenter cette ration par leur salaire,
mais en général, le nègre préfère dépenser son argent pour sa toi¬
lette. Aussi est-il à craindre que la tuberculose ne se répande, et,
malheureusement, le nègre voyageant très facilement, cette pro¬
pagation dans toute la colonie est déjà en voie d’accomplisse¬
ment. Tous les passagers, passant dans n’importe quelle direction
par Léopoldville, doivent être examinés au point de vue de la
trypanosomiase. Il nous est arrivé, à cette occasion de voir pas¬
ser des tuberculeux avérés.
En outre, le Dr Girlings, de Boloro (Moyen Congo), nous si¬
gnale le passage à son hôpital de deux tuberculeux qui sont re¬
tournés mourir dans leur village d’origine. LTn d’entre eux venait
de Léopoldville où il avait séjourné longtemps et où il s’était fort
probablement infecté.
Le Dr Van Der Sloten a observé plusieurs cas de tuberculose
à Bula (Uélé) mais fort probablement d’introduction soudanaise.
Aussi est-il fort à redouter que la tuberculose peu ou pas
signalée au Congo Belge, ne devienne bientôt un facteur de mor¬
bidité sérieux pour toute la colonie.
- 67 -
VI. — Prophylaxie.
Malheureusement la tuberculose est une affection devant la¬
quelle aux colonies, nous nous trouvons presqu 'entièrement dé¬
sarmés. Peiper recommande, pour l'Afrique Orientale allemande
la surveillance des immigrants et l'isolement des malades.
Or, si pour la trypanosomiase, par exemple, il existe des
moyens de diagnostic assez rapides (et tout médecin ayant pra¬
tiqué en Afrique sait combien il est facile de laisser échapper un
cas dans le nombre des passagers attendant le passeport), ces
moyens nous manquent pour la tuberculose; l’examen des cra¬
chats est d'une utilité douteuse, ne révélant que les cas avancés;
l’examen clinique difficile et suspect, la cuti- ou l’ophtalmoréac-
tion trop longue pour un diagnostic rapide.
Quant à l'isolement des malades, les essais faits énergique¬
ment pour la trypanosomiase ont démontré l’impossibilité prati¬
que de le réaliser sérieusement. Les désertions sont toujours fa¬
ciles et les communications des internés avec la population saine,
constantes malgré les mesures les plus sévères.
Et tandis qu’un malade trypanosomé peut être rendu inoffen¬
sif par la stérilisation de son sang périphérique, nous n'avons
aucun moyen thérapeutique d’empêcher le tuberculeux de con¬
taminer son entourage.
L'hygiène personnelle du malade, déjà si difficilement atteinte
en Europe est ici totalement impossible à réaliser avec une popu¬
lation dont l’ éducation sociale est encore à faire entièrement. Il
ne reste donc qu’à appliquer les grandes règles de l'hygiène gé¬
nérale et à tenter d’augmenter la résistance de l’indigène vis-à-vis
de la tuberculose en lui fournissant des logements plus salubres
et surtout une nourriture substantielle.
I. — Burnet. — La tuberculose de l’enfant à l’adulte. Bulletin
de V Institut Pasteur , 1911.
IL — Calmette. — Enquête sur l’épidémiologie de la tuberculose
dans les colonies françaises. Rapportée dans Bulletin de
V Institut Pasteur , 1912.
III. — F ourth Report Welcomes tropical research Laboratory ,
vol. A.
IV. — Kaufmann. — Lehrbuch der speciellen pathologischen Ana¬
tomie, V, édition, 1909.
V. — Médicinal Bericht über die deutschen Schutzgebiele, 1909-
1910.
VI. — Metchnikoff, Burnet, Tarassevitch. — Recherches sur l’é-
— 68
pidémiologie de la tuberculose dans les steppes des Kal-
mouks. Annales de I Institut Pasteur , 1911.
VII. — Peiper. — Die Ausbreitung der Tuberkulose in Deutsch-
Ost-Afrika. Arch. f. Schiffs . u. Trop. Ilygiene, 1912.
VIII. — Wagon. — La tuberculose chez les noirs en Guinée Fran¬
çaise. Bulletin Soc. Pathol. Exotique , 1910.
(. Laboratoire de Léopoldville ,
Congo Belge, 1912.)
Action de l’atoxyi et
du salvarsan sur la fièvre récurrente
%
Par M. PAUCOT.
Dans le courant de l’année 1912, une épidémie de fièvre récur¬
rente a sévi à nouveau sur la prison de Nam-Dinh et dans les
villages de la province. Je décidais alors de continuer l’expéri¬
mentation du salvarsan (1) et de faire comparativement l’étude de
Patoxyl.
L’atoxyl a été employé en injections sous-cutanées à la dose de
0,50 cg. pro die. Pour étudier l’action du salvarsan sur la dis¬
parition des spirilles et sur la défervescence, j’ai fait des injec¬
tions sous-cutanées, et des injections intraveineuses. Toutes les.
injections sous-cutanées ont été faites à la dose de 0,20 cg. et les.
injections intra-veineuses aux closes de 0,10, 0,15, 0,20, 0,25,
0,30 cg. Après les injections, la température des malades a été-
prise de 2 heures en 2 heures, en même temps qu’une nouvelle
prise de sang.
Traitement par l’atoxyl.
Les malades traités par l’atoxyl ont tous reçu une injection
sous-cutanée de 0,50 cg. pro die jusqu’à défervescence et dispari¬
tion des spirilles, et toutes les rechutes furent traitées de la même
façon.
»
Obs N° 1. — Kien entre le 18 mars, 36 ans, 40 kg. Traité au pre¬
mier jour de la fièvre. Disparition des spirilles et défervescence le
(1) Traitement de la fièvre récurrente par Tarsénobenzol par le docteur
M. Paucot. Bulletin de la société médico-chirurgicale de VIndo chine »
10 septembre 191 1.
— 6q —
-3e jour. Rechute (1) le 14e jour, sans spirilles, durant 3 jours. Guéri¬
son;
Obs. N° 2. — Myen, entré le 18 mars, 24 ans, 38 kg. Traité au pre¬
mier jour de la fièvre. Disparition des spirilles et défervescence le
4e jour. Pas de rechute. Guérison.
Obs. N° 3. - — Son, entré le 19 mars au 2e jour de la fièvre, 32 ans,
43 kg. Disparition des spirilles et défervescence au 2e jour. Rechute
le 10e jour avec spirilles, durant 5 jours.
Obs. N° 4. — Due, entre le 19 mars au 2S jour de la fièvre, 40 ans,
39 kg. Disparition des spirilles et défervescence le 4e jour, pas de re¬
chute.
Obs. N° 5. — Ngo, entre le 18 mars au 2e jour de la fièvre, 24 ans,
38 kg. Disparition des spirilles et défervescence en 3 jours. Rechute
le 17e jour avec spirilles durant 7 jours. Guérison.
Obs. N° 6. — H u y, entre le 21 mars au 2e jour de la fièvre, 24 ans,
37 kg. Disparition des spirilles le 5e jour, pas de rechute. Guérison.
Obs. N° 7. — Dieu, entre le 21 mars au 1er jour de la fièvre, 30 ans.
Disparition des spirilles et défervescence le 2e jour. Guérison sans re¬
chute.
Obs. N° 8. — Loi, entré le 25 mars au 1er jour de la fièvre, 30 ans,
40 kg. Disparition des spirilles et défervescence le 2e jour. Guérison
sans rechute.
Obs. N° 9. — Duoc, entré le 5 avril au 1er jour de la fièvre, 18 ans,
38 kg. Disparition des spirilles et défervescence le 4e jour. Rechute
le 11e jour durant 3 jours.
Obs. N° 10. — Rong, entré le 5 avril, 1er jour de fièvre, 21 ans,
39 kg. Disparition des spirilles et défervescence le 4e jour. Guérison,
sans rechute.
Obs, N° 11. — Micii, entré le 6 avril, 1er jour de fièvre. Disparition
des spirilles et défervescence le 4e jour. Rechute le 14e jour avec spi¬
rilles durant 2 jours. Guérison.
Obs. N° 12. — Giai, 43 ans, 55 kg, sujet très fatigué entré au laza¬
ret le 9 avril, avec température 37°2 et nombreux spirilles, reçoit une
seule injection d’atoxvl, le malade se présentait vraisemblablement au
dernier jour de la fièvre ; rechute le 13e jour avec spirilles pendant
2 jours et demi. Guérison.
Obs. N° 13. — Duyen, entré le 10 avril, 1er jour de fièvre. Disparition
des spirilles et défervescence le 4e jour. Guérison sans rechute.
Au total, 13 cas avec 6 rechutes dont 4 avec spirilles, soit
46,1 pour 100 de rechute. Les spirilles ont disparu en un temps
variant de 2 jours à 5 jours. La convalescence des malades a été
longue, avec anémie prononcée, et asthénie prolongée.
%
Injections sous-cutanées de salvarsan.
Vu le grand nombre de malades et le peu de temps dont ot>
dispose, il est difficile dans la campagne tonkinoise de pratiquer
■des injections intraveineuses, aussi ai-je fait des injections
(1) La date des rechutes est toujours calculée à partir de la défervescence.
l 4 \
— 7o —
*
sous-cutanées de salvarsan en suspension dans l’eau dis¬
tillée: 0,60 c g. de salvarsan pour io cm1 2 3 d’eau distillée. La
dose injectée a été de 0,20 c g. de salvarsan. J’ai pratiqué l’injec¬
tion dans le tissu cellulaire sous-cutané de la région interscapu¬
laire entre l’omoplate et la colonne vertébrale; elle était peu dou¬
loureuse et bien supportée par les patients. Je n’ai eu aucun acci¬
dent consécutif à l’injection. Je n'ai pu suivre la disparition des
spirilles et la défervescence que dans le cas suivant.
Chong, 27 ans, 44 kg., entré le 1er avril au 1er jour de la fièvre. Dis¬
parition des spirilles en 19 heures. Défervescence en 40 heures (1).
Pas de rechute. Guérison.
J’ai fait en plus de ces cas 101 injections sous-cutanées, au total
102 malades traités, dont six morts. Deux à la suite de récurrente
bilieuse, injectés les 6e et 8° jour de la maladie; quatre atteints de
récurrente avec état typhique très prononcé, injectés au-delà du
sixième jour. Un autre malade atteint de récurrente bilieuse in¬
jecté au 7e jour de la fièvre a guéri. J’ai donc eu au total une
mortalité de 5,9 %, alors qu’en temps ordinaire la maladie évo¬
luant sans soins donnait de 50 à 75 % de décès.
Injections intraveineuses de salvarsan.
Injections de 0,10 cg.
Obs. N° 1. — Phuc, 29 ans, 46 kg., entre au lazaret le 18 mars (2).
Injecté au 1er jour de la fièvre. Spirilles disparus en 11 heures. Défer¬
vescence en 11 heures. Rechute le 17e jour sans spirilles. Nouvelle
injection de 0,10 cg. de 606. Défervescence en 6 heures, 2e rechute le
14e jour, sans spirilles. Injection de 0,15 de 606. Défervescence en
8 heures. Guérison.
Obs. N° 2. — Nguyet, 18 ans, 30 kg, entré le 3 avril 1912. Injecté au
3e jour de la fièvre. Spirilles disparus en 4 heures. Défervescence en
12 heures. Guérison.
Obs. N° 3. — Nno, 30 ans, 34 kg., injecté le 4 avril au 4e jour de la
fièvre. Spirilles disparus en 9 heures. Défervescence en 14 heures ;
rechute le 25e jour avec spirilles. Pas de traitement, durée de la
fièvre 48 heures. Le malade fait ensuite de la diarrhée, de la dysen-
(1) Dans le Bulletin de la Société médico chirurgicale de V Indochine de
septembre 191 1, j’ai montré que dans cinq observations d’injections sous-
cutanées de Salvarsan les temps de disparition des spirilles avaient été de
17, 22, 24, 3o et 48 heures.
(2) Pour éviter des redites au cours des observations dans tous les cas
cités, l’examen du sang a été fait à l’entrée et au moment de l’injection
intraveineuse. Après l’injection, une prise ^e sang a été faite de 1 en 2 heu¬
res ainsi que la prise delà température axillaire. Tous les malades ont été-
suivis pendant plus de 3o jours.
—
terie se cacliectise peu à peu et meurt le 8 juin, soit près de 2 mois
après le traitement.
Obs. N° 4. — S y, 60 ans, 40 kg., injecté le 2e jour de la fièvre le
8 avril. Spirilles disparus en 4 heures. Défervescence en 14 heures.
Rechute le 7e jour, sans spirilles, qui dure 3 jours. Traitement atoxyl
0,50 cg. pro clie.
Obs. N° 5. — Cong, 40 ans, 40 kg., injecté au 1er jour de la fièvre
le 8 avril. Spirilles disparus en 4 heures. Défervescence en 15 heures.
Rechute le 14e jour avec spirilles. Injection de 0,20 cg. de 606. Spi¬
rilles disparus en 6 heures. Défervescence en 8 heures. Guérison.
Obs. N° 6. — Thi Ba, femme de 19 ans, 35 kg., atteinte de syphilis
suivait le traitement mercuriel, était enceinte de 7 mois. Le 8 avril au
matin, température 39°. Spirilles nombreux. L’avortement débute à
3 heures de l’après-midi. Injection de 606 à 4 heures. Spirilles dispa¬
rus en 3 heures. Défervescence en 7 heures. Le 9 avril à 10 heures, la
femme met au monde un enfant vivant qui meurt 12 heures après la
naissance. Pas de spirilles dans le sang de l’enfant vivant. Pas de
rechute. Guérison.
Au total 6 cas avec 4 rechutes, dont 2 avec spirilles.
Iniectiàns de 0,15 cg.
Obs. N° 1. — Buy Tu y, 38 ans, 45 kg, injection au 2e jour de la
fièvre, le 2 mars. Disparition des spirilles et défervescence simulta¬
née en 8 heures. Pas de rechute. Guérison.
Obs. N° 2. — Liem, 25 ans, 40 kg, injecté le 1er jour de la fièvre, le
2 mars. Spirilles disparus en 6 heures, défervescence en 9 heures.
Guérison.
Obs. N° 3. — Thung, 25 ans, 35 kg., injecté le 2e jour de la maladie
au 18 mars. Spirilles disparus en 4 heures, défervescence en 8 heu¬
res. Rechûte le 16e jour, sans spirilles. Injection de 0,10 cg. de 606,
spirilles disparus en 10 heures, défervescence en 14 heures : 2e rechute
14 jours après sans spirilles. Aucun traitement. Durée de la fièvre
24 heures. Refait de la température à 38° du 29 avril au 3 mai sans
spirilles, mais a de la bronchite aiguë. Guérison.
Obs. N° 4. — Dy, 35 ans, 44 kg. Fièvre récurrente avec spirilles
nombreux, sujet extrêmement abattu, état typhique très prononcé,
température 40°, injecté le 3e jour de la fièvre, le 18 mars. Spirilles dis¬
parus en 6 heures ; défervescence en 10 heures ; dès la défervescence
l’état typhique disparaît. Guérison.
Obs. N° 5. — Hong, 34 ans, 45 kg., injecté le 1er jour de la fièvre,
au 18 mars. Spirilles disparus en 6 heures, défervescence en 12 heu¬
res. Rechute le 16e jour sans spirilles. Pas de traitement. Durée de la
fièvre 20 heures. Guérison.
Obs. N° 6. — Trente Bu, 22 ans, 40 kg., injecté le 2e jour, au 19
mars. Disparition des spirilles et, défervescence en 12 heures, rechute
le 14e jour avec spirilles, la fièvre dure 3 jours avec spirilles, état
typhique grave, à la fin du 3e jour, injection de 0,10 cg. de 606, dé¬
fervescence et disparition des spirilles en 12 heures, le lendemain
l’état général est parfait, vingt jours après rechute sans spirilles. Dé¬
fervescence spontanée en 24 heures. Guérison.
Obs. N° 7. — Vu Da, 28 ans, 45 kg., injecté le 19 mars au 1er jour
de la fièvre. Spirilles disparus en 8 heures ; défervescence en 12 heu¬
res. Rechute le 17e jour, sans spirilles qui dure 2 jours. Traitement
0,50 cg. atoxyl pro die. Guérison.
Obs..N° 8. — Thi Moc, femme cle 30 ans, 32 kg., injectée le 3 avril
au 1er jour de la fièvre. Spirilles disparus en 4 heures. Déferves¬
cence en 10 heures. Guérison.
Obs. N° 9. • — Nang, 45 ans, 39 kg., injecté le 3 avril au 1er jour
de la fièvre. Disparition des spirilles en 4 heures. Défervescence en
18 heures. Guérison.
Obs. N° 10. — 42 ans, injecté le 8 avril au 1er jour de la fièvre. Spi¬
rilles disparus en 4 heures. Défervescence en 12 heures. Guérison.
Obs. N° 11. — Nhuan, 44 ans, 39 kg., injecté le 9 avril au 1er jour
de la fièvre. Spirilles disparus en 4 heures, défervescence en 12 heu¬
res.
Au total 11 cas avec 4 rechutes dont une seule avec spirilles.
Injections de 0,20 cg.
Obs. N° 1. — Nyo, 25 ans, 63 kg., injecté le 15 mars au 1er jour de.
la fièvre. Spirilles disparus en 9 heures, défervescence en 11 heures,
rechute le 18e jour, avec spirilles nombreux. Nouvelle injection de
0,25 cg. de 606, disparition des spirilles en 7 heures, défervescence
en 18 heures. Guérison.
Obs. N° 2. — Soang, 38 ans, 44 kg., injecté le 15 mars au 1er jour de
la fièvre. Spirilles disparus en 8 heures, défervescence en 9 heures.
Rechute le 16e jour avec spirilles qui au 3e jour amenait un état typhi¬
que grave. Spirilles nombreux. Injection de 0,10 cg. de 606. Disposi¬
tion des spirilles en 6 heures. Défervescence en 9 heures. Guérison.
Obs. N° 3. — Due, 35 ans, 40 kg., injecté le 3 avril au 2e jour de la
fièvre. Spirilles disparus en 6 heures. Défervescence en 17 heures. Re¬
chute lë 17e jour avec spirilles nombreux. Injection de 0,20 cg. de
606.. Spirilles disparus en 6 heures ; défervescence en 18 heures. Gué¬
rison.
Obs. N° 4. — - Nyougen, 40 ans, 58 kg., injecté le 3 avril au 1er jour
de la fièvre. Spirilles disparus en 4 heures, défervescence en 9 heures.
Guérison.
Obs. N° 5. — Quan, 44 ans, 43 kg., injecté le 4 avril au 1er jour de
la fièvre. Spirilles disparus en 2 heures. Défervescence en 9 heures.
Guérison.
Obs. N° 6. — Kham, 59 ans. 45 kg., injecté le 4 avril au 1er jour de
la fièvre. Spirilles disparus en 2 heures. Défervescence en 9 heures.
Guérison.
Obs. N° 7. — Dao, 68 ans, 45 kg. Même observation que précédente.
Obs. N° 8. - — Tinh, 32 ans, 40 kg., injecté le 8 avril au 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 4 heures. Défervescence en 10 heures,
rchute le 14e jour avec spirilles nombreux. Injection de 0,20 cg. de
606 ; spirilles disparus en 4 heures, défervescence en 15 heures ;
nouvelle rechute 7 jours après sans, spirilles, durée de la fièvre
12 heures, pas de traitement. Guérison.
Obs. N° 9. — IIoa, 37 ans, 56 kg., injecté le 8 avril, 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 3 heures. Défervescence en 9 heures.
Guérison.
Obs. N® 10. — Thaï, 39 ans, 53 kg., injecté le 8 avril, 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 3 heures, défervescence en 4 heures. Re¬
chute le 14e jour avec spirilles, injection de 0,20 cg. de 606. Spirilles
disparus en 2 heures. Défervescence en 4 heures. Guérison.
Obs. N° 11. Duc, 30 ans, 45 kg., injecté le 8 avril, 1er jour de
— 7^ —
fièvre, disparition des spirilles en 3 heures, défervescence en 9 heures.
Guérison.
Obs. N° 12.* — Thi Nguyen, 32 ans, entré à l’hôpital le 11 mars pour
syphilis, reçoit les 29 mars et 6 avril 0,15 cg. de 606, et le 13 mars,
soit 7 jours après la dernière injection, présentait des spirilles dans
le sang, et une température de 39° (1). Reçoit le 14 avril au 2e jour de
la fièvre, 0,20 cg. de 606. Spirilles disparus en 3 heures, défervescence
en 12 heures. Trois jours après la température du matin est de
39°6 sans spirilles, ni hématozoaires. Injection de 0,50 cg, d’atoxyl.
La température s’abaisse à la normale en 12 heures. Guérison.
Obs. N° 13. — Tran, 27 ans, 42 kg., injecté le 13 avril au 2e jour de
fièvre. Spirilles disparus en 6 heures, défervescence en 8 heures.
Guérison.
Obs. N° 14. — Nhuan, 45 ans, 50 kg., injecté le 13 avril au 1er jour
de fièvre. Spirilles disparus en 4 heures, défervescence en 6 heures.
Deux jours après la température s’élève à 39° pendant 2 heures, ni
spirilles, ni hématozoaires. Guérison.
Obs. N° 15. — Nhon, 38 ans, 46 kg., injecté le 13 avril au 1er jour
de fièvre. Spirilles disparus en 6 heures. Défervescence en 6 heures.
Guérison.
Obs. N° 16. — Rui, 30 ans, 52 kg., injecté le 16 avril au 1er jour
de fièvre. Spirilles disparus en 4 heures, défervescence en 12 heures.
Guérison.
Obss. N° 17. — Sau, 22 ans, 37 kg., injecté le 18 aArril au 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 6 heures, défervescence en 10 heures.
Guérison.
Obs. N° 18. — Nha, 39 ans, 42 kg., injecté le 18 avril au 1er jour de
fièvre. Disparition des spirilles et défervescence en 5 heures.. Guéri¬
son.
Obs. N° 19. j — Khiem, 54 ans, 40 kg., injecté le 24 avril, 1er jour
de fièvre. Spirilles disparus en 4 heures. Défervescence en 10 heures.
Guérison.
Obs. N° 20. (Communiqué par le Dr Valette). — Nui, injecté le
12 mai au 2e jour de la fièvre , spirilles disparus en 7 heures. Déferves¬
cence en 9 heures. Rechute le 14e jour, sans spirilles, qui dure 48 heu¬
res. Traitement 0,50 cg. d’atoxyl pro die.
Au total 20 cas avec 8 rechutes dont 5 avec spirilles.
Injections de 0,25 cg.
• • V * (
Obs. N° 1. — Thu, 31 ans, 51 kg., injecté le 16 mars au 1er jour
de fièvre. Disparition des spirilles et défervescence en 4 heures.
Rechute le 17e jour avec spirilles qui dure 2 jours. Aucun traitement.
Guérison.
Obs. N° 2. — Kha, 40 ans, 44 kg., injecté le 6 avril au 3e jour de
fièvre, spirilles disparus en 3 heures, défervescence en 9 heures. Re¬
chute le 17e jour avec spirilles. Injection de 0,20 cg. de 606. Spiril¬
les disparus en 2 heures, défervescence en 6 heures. Guérison.
Obs. N° 3; • — Khai, 18 ans, 45 kg., injecté le 2 avril au 1er jour
de fièvre, spirilles disparus en 4 heures, défervescence en 15 heures.
Rechute le 20e jour avec spirilles ; injection de 0,20 cg. de 606 au
(i) Cette observation semble indiquer que le 6o6 n’a aucune action pré¬
ventive contre le tvphus récurrent.
— 74 —
'S n
2e jour de la rechute. Spirilles disparus en 4 heures, défervescence en
10 heures. Guérison. . . .
Ors. N° 4. — Can, 31 ans, 49 kg., injecté le 2 avril au 2e jour de
fièvre. Spirilles disparus en 2 heures ; défervescence en 12 heures.
Rechute le 18e jour avec spirilles ; injection de 0,15 cg^ de 606. Spiril¬
les disparus en 2 heures, défervescence en 6 heures. Guérison.
Ors. N° 5. — Hoy, 26 ans, 38 kg., injecté le 2 avril au 1er jour de
fièvre, spirilles disparus en 3 heures. Défervescence en l2 heures, re¬
chute le 18e jour sans spirilles qui dure 3 heures. Guérison.
Ors. N° 6! — The, 63 ans, 39 kg., injecté le 2 avril au 1er jour de
fièvre. Disparition des spirilles et défervescence en 3 heures ; re¬
chute le 16e jours avec spirilles ; injection de 0,15 cg. de 606, spirilles
disparus en 2 heures. Défervescence en 4 heures. Guérison.
Ors. N° 7. — Can, 32 ans, 40 kg., injecté le 3 avril au 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 4 heures, défervescence en 8 heures, re¬
chute le 16e jour à 38°3, pendant 3 heures, sans spirilles ; dix jours
après la température remonte à 39° sans spirilles pendant 2 jours,
0,50 cg. d’atoxyl pro die. Guérison.
Ors! N° 8. — Mv, 37 ans, 58 kg., injecté le 3 avril au 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 7 heures. Défervescence en 13 heures.
Guérison.*
Obs. N° 9. — San, 53 ans, 40 kg., injecté le 3 avril au 1er jour de
fièvre. Disparition des spirilles et défervescence en 2 heures, rechute
le 18e jour avec spirilles. Injection de 0,20 cg. de 606 au 2° jour de
la rechute. Spirilles disparus en 3 heures. Défervescepce en 6 heures
Guérison.
Ors, N° 10. — Thang, 39 ans, 43 kg., injecté le 3 avril au 1er jour
de fièvre. Disparition des spirilles et défervescence en 2 heures. Gué¬
rison.
Obs. N° Tl. — Tu, 31 ans, 50 kg., injecté le 4 avril au 1er jour
de fièvre. Spirilles disparus en 2 heures. Défervescence en 7 heures.
Guérison.
Obs. N° 12. — Tan, 36 ans, 45 kg., même observation que précé¬
dente.
Obs. N° 13. — Cung, 34 ans, 47 kg., injecté le 4 avril, 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 3 heures. Défervescence en 8 heures.
Rechute le 17e jour avec spirilles. Injection de 0,20 cg. de 606 au
2e jour. Spirilles disparus en 2 heures. Défervescence en 6 heures.
Guérison.
Obs. N° 14. — Khien, 50 ans, 45 kg., injecté le 8 avril au 2e jour
de fièvre. Spirilles disparus en 2 heures, défervescence en 10 heures.
Obs. N° 15. — Ltém, 39 ans, 52 kg., même observation que précé¬
dente.
Obs. n° 16. — : Korh, 49 ans, 45 kg., injecté le 8 avril au 2e jour de
fièvre. Spirilles disparus en 2 heures, défervescence en 10 heures.
Pas de rechute, mais fait de la dysenterie le 15 avril et décédé le
1er mai.
Obs. N° 17. — Dany, 40 ans, 40 kg., injecté le 8 avril, 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 2 heures. Défervescence en 10 heures.
Guérison.
Obs. N° 18. — Bien, 40 ans, 50 kg., injecté le 8 avril au 1er jour
de fièvre. Spirilles disparus en 2 heures ; défervescence en 6 heures.
Guérison.
Obs. N° 19. — Lien, 24 ans, 60 kg., injecté le 9 avril, 2e jour de
fièvre, même observation que la précédente.
Obs. N° 20. — Diem, 24 ans, 40 kg., injecté le 9 avril, 2e jour de
fièvre. Disparition des spirilles en 2 heures, défervescence en 0 heures.
Rechute le 20e jour à 39° avec épistaxis, pas de spirilles. Durée de
la rechute, 3 jours. Atoxyl 0,50 cg. pro die. Guérison.
Obs. N° 21. — Ouat, 45 ans, 44 kg., injecté le 16 avril au 2e jour
de fièvre, spirilles disparus en 2 heures. Défervescence en 6 heures.
Guérison,
Obs. N° 22. — Luri An, 37 ans, 42 kg., injecté le 16 avril au 2e jour
de fièvre ; spirilles disparus en 4 heures, défervescence en 10 heu¬
res. Rechute le 24e jour sans spirilles ni hématozoaires qui dure
2 jours. Atoxyl 0,50 cg. pro die. Deuxième rechute 21 jours après la
lre qui dure 36 heures sans spirilles. Atoxyl 0,50 cg. pro die. Guéri¬
son.
Obs. N° 23. — Mong, 34 ans, 46 kg., injecté le 16 avril au 2e jour de
fièvre. Disparition des spirilles en 4 heures. Défervescence en 8 h.
Guérison.
Obs. N° 24. — Huong, 31 ans, 47 kg., injecté le 16 avril au 2e jour
de fièvre. Spirilles disparus en 6 heures. Défervescence en 8 heures.
Guérison.
Obs. N° 25. — Dieu, 35 ans, 40 kg., injecté le 17 avril, 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 4 heures ; défervescence en 6 heures. Re¬
chute le 18e jour, avec spirilles qui dure 3 jours. Atoxyl 0,50 cg. pro-
die. Guérison.
Obs. N° 26. — Que, 54 ans, 44 kg., injecté le 18 avril au 1er jour de
fièvre. Disparition des spirilles et défervescence en 4 heures. Rechute
le 27e jour sans spirilles, ni hématozoaires pendant 48 heures. Gué¬
rison.
Obs. N° 27. — Tuyen, 70 ans, 48 kg., injecté le 26 avril, 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 8 heures. Défervescence en 10 heures.
Guérison.
Au total 27 cas avec 13 rechutes dont huit avec spirilles.
Injections de 0,30 cg.
Obs. N° 1. — Ky, 44 ans, 57 kg., injecté le 8 avril au 2e jour de
fièvre. Spirilles disparus en 2 heures. Défervescence en 10 heures. Re¬
chute le 21e jour avec spirilles qui dure 2 jours. Atoxyl 0,50 cg. pro-
die pendant la rechute. Guérison.
Obs. N° 2. — Hièu, 46 ans, 52 kg., injecté le 8 avril au 2e jour de
fièvre. Spirilles disparus en 2 heures. Défervescence en 10 heures.
Guérison.
Obs. N° 3. — Dang, 33 ans, 50 kg., injecté le 19 avril, 1er jour de
fièvre. Disparition des spirilles et défervescence en 4 heures. Re¬
chute le 21e jour, sans spirilles, qui dure 4 jours, toujours sans para¬
site. Nouvelle rechute à 39°, sans spirilles, 19 jours après la lr0, qui
dure 36 heures. Guérison.
Obs. N° 4. — Santii, 32 ans, 51 kg., injecté le 22 avril, 1er jour de
fièvre, spirilles disparus en 4 heures, défervescence en 6 heures. Le
5e jour la température remonte à 39° et se maintient 4 jours entre 38°
et 39°. Plusieurs examens de sang négatifs. Traitement 0,50 cg. d’ato-
xvl pendant rechute. Deuxième rechute le 13e jour, après la première
qui dure deux jours sans spirilles. Guérison.
Obs. N° 5. — Kha, 60 ans, 40 kg., injecté le 19 avril au 1er jour de
fièvre. Disparition des spirilles et défervescence en 4 heures. Rechute-
le 26e jour, sans spirilles, qui dure 2 jours et demi. Guérison.
— 7b —
Obs. N° G. — O u yen, 33 ans, 54 kg., injecté le 19 avril au 1er jour
de fièvre, disparition des spirilles et défervescence en 4 heures. Re-
■chute le 3e jour à 38°6 avec spirilles ; la température se maintient
G jours entre 38° et 39°. Traitement 0,50 cg. d’atoxyl pro die , 21 jours
après, 2e rechute à 39° sans spirilles qui dure 3G heures. Guérison.
Obs. N° 7. — Dy, 31 ans, 51 kg., injecté le 21 avril au 1er jour de
fièvre, disparition des spirilles et défervescence en G heures. Rechute
le 15e jour, sans spirilles, qui dure 12 heures. Guérison.
Obs. N° 8. — Thony, 36 ans, 40 kg., injecté le 22 avril au 1er jour
de fièvre. Spirilles disparus en 4 heures. Défervescence en 8 heures.
Guérison.
Obs. N° 9. — Ouyén, 48 ans, 46 kg., injecté le 22 avril au 1er jour
de fièvre. Spirilles disparus en .10 heures. Défervescence en 14 heures.
-Guérison.
Obs. N° 10. — Tu, 37 ans, 48 kg., injecté le 24 avril, 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 2 heures, défervescence en 10 heures.
Rechute le 8e jour, avec spirilles, qui dure 36 heures : une injection de
0,50 cg. d’atoxyl. 2e rechute 9 jours après avec spirilles qui dure
48 heures. Guérison.
Obs. N° 11. — Hoc, 28 ans, 52 kg., injecté le 24 avril, 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en G heures ; défervescence en 10 heures.
Rechute le 17e jour, avec spirilles, qui dure 3 jours, 0,50 d’atoxyl pro
die. Guérison.
Obs. N° 12. — Phao, 33 ans, 46 kg., injecté le 24 avril, 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 4 heures. Défervescence en 10 heures.
Guérison.
Obs. N° 13. — Ciiieu, 22 ans, 39 kg., injecté le 24 avril, 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en 4 heures, défervescence en 11 heures.
Guérison.
Obs. N° 14. — Chàng, 32 ans, 57 kg., injecté le 24 avril, 1er jour de
fièvre. Spirilles disparus en G heures ; défervescence en 10 heures.
Guérison.
Obs. N° 15. — Bui Ba, 40 ans, 45 kg., injecté le 25 avril, 1er jour
de fièvre*. Spirilles disparus en 4 heures ; défervescence en 8 heures.
Le 16e jour la température remonte à 38° sans spirilles. Pendant 8 j.
la température va osciller entre 37° le matin et 39° le soir. Il n’a été
fait qu’un examen du sang le 1er jour, qui fut négatif. Traitement
atoxyl 0,50 cg. pro die pendant la durée de la fièvre. Guérison.
Obs. N° 16. — Thung, 40 ans, 44 kg., injecté le 25 avril au 1er jour
de fièvre. Spirilles disparus en 6 heures ; défervescence en 10 heures.
Guérison.
Os. N° 17. — * Bay, 50 ans, 40 kg., injecté le 26 avril au 2e jour
de fièvre. Spirilles disparus en 6 heures ; défervescence en 10 heures.
Guérison.
Obs. N° 18. — (Docteur Valette). — I ran, 36 ans, injecté le 12 mai
au 1er jour de fièvre ; défervescence en 8 heures. Rechute de 48 heures
sans spirilles le 21e jour. Guérison.
Obs. N° 19. — Ctjong, 17 ans, injecté le 15 mai au 1er jour de fièvre ;
rechute de 48 heures le 18e jour sans spirilles. Guérison.
Obs. N° 20. — Hoa, 25 ans, injecté le 15 mai, au 1er jour de fièvre.
Rechute de 48 heures, le 17e jour sans spirilles. Guérison.
Obs. N° 21. — Thi Ca, f emiiie de 40 ans, injectée le 26 mai, 1er jour
de lièvre, défervescence en 12 heures. Rechute le 5e jour, sans spiril¬
les, qui dure 2 jours. Guérison.
77 —
Oüs. N° 22. — Tri, 56 ans, injecté le 27 mai, 1er jour de fièvre, dé¬
fervescence en 8 heures. Guérison.
Gbs. N° 23. — Luat, 33 ans, injecté le 28 mai au 1er jour de fièvre.
Guérison sans rechute.
Au total 23 cas avec 13 rechutes, dont 4 avec spirilles.
Les injections intraveineuses de salvarsan n’ont donné lieu à
aucun accident digne de remarque. Quelques rares malades ont
présenté de la céphalée et des vomissements suivis d'une ou deux
selles diarrhéiques. La mortalité a été de 2,3 % et ne peut être im¬
putée à la méthode thérapeutique, les deux malades ayant suc¬
combé à une dysenterie ayant évolué chez des individus affai¬
blis. Obs. n° 3 des injections à 0,10, et observation n° 16 des
injections à 0,25 cg.
Au point de vue des doses injectées j’ai remarqué que quelle
que soit la dose employée, j’ai eu un pourcentage assez élevé de
rechutes dont quelques-unes doubles.
Les injections à 0,10 cg. ont donné 66 % de rechute simple et
16 % de rechute double.
Des injections à 0,15 cg. ont donné 36,3 % de rechute simple
et 18 % de rechute double.
Des injections à 0,20 cg. ont donné 40 % de rechute simple
et 5 % de rechute double.
Des injections à 0,25 cg. ont donné 48,1 % de rechute simple
et 7,4 % de rechute double.
Des injections à 0,30 cg. ont donné 56,5 % de rechute simple
et 17 % de rechute double.
Sur un total de 42 rechutes il y en a eu 20 où des spirilles fu¬
rent constatés dans le sang des malades, soit un pourcentage de
47 %. La maladie évoluerait donc chez l’homme d’une façon diffé¬
rente que chez les animaux, puisque McIntosh a montré que chez
les rats infectés la maladie guérit après une seule injection de
0,005 rnmg. par 100 g. sans récidive. A la deuxième rechute, la
présence des spirilles n’a été constatée qu'une fois sur dix cas.
Avec le néo-salvarsan, Conseil et Bienassis signalent deux cas
de rechute, mais sans spirilles. On pourrait objecter que les cas
où la présence des spirilles est constatée sont des cas de réinfec¬
tion des individus, mais l’objection disparaît lorsqu’on voit des
rechutes non traitées se terminer en 48 heures par la guérison.
(Obs. n° 3 des injections à 0,10, Obs. n° 1 des injections à
0,25 cg.). Jamais un cas de typhus récurrent n’évolue spontané¬
ment en 48 heures, vers la guérison.
Tableau récapitulatif des observations
Premier
accès
Première
rechute
Deuxième
rechute
en
Injections de 0,10 centig.
Total.
Injections de 0,15 centig.
Total.
Injections de 0,20 centig.
Total.
Obs.
Déc,
Premier
accès
Première
rechute
t/3
Deuxième
rechute
Injections de 0,25 centig.
Total .
13
Injections de 0.30 centig.
T ntn I
Obs.
Déc.
Le 606 retarde d’une façon appréciable la date des rechutes,
et quelquefois celles-ci n’apparaissent qu 'au-delà du 20e jour,
au 25e, 26e, 27e jour. En général, ces rechutes ne présentent pas
de spirilles dans le sang si la dose de 606 a été suffisante ; avec
une dose de 0,10 cg. j’ai eu une rechute au 25e jour avec spiril¬
les. Il faut donc suivre longtemps son malade et lui imposer une
quarantaine de trente jours.
L’époque où la première injection est pratiquée ne paraît pas
avoir une grande influence sur la plus ou moins grande rapidité
de disparition des spirilles. Ainsi, dans certains cas, le malade
ayant reçu une injection au Ier jour de fièvre, voit disparaître ses
spirilles en 2 heures, alors qu'un autre malade traité au 3e jour
de la fièvre, ne les voit disparaître qu’en 3 heures.
Dans un seul cas, le traitement par le 606 n’a pas donné les
résultats escomptés, c’est dans le cas des observations n° 6 des
injections à 0,30 cg. où une rechute avec spirilles est apparue le
.3e jour et a duré 6 jours. Dans tous les autres cas, la guérison
a été rapide, immédiate, le malade passant sans transition de
l'état de maladie à l’état de santé.
Conclusions . — i° Le traitement à l’atoxyl doit être aban-
donné ; le malade n’étant pas assez vite stérilisé, la guérison étant
plus lente, la convalescence plus longue.
20 Le traitement par le salvarsan doit toujours être employé;
la voie intraveineuse est le procédé de choix, tant pour sa rapi¬
dité d’action que pour son innocuité absolue lorsqu’on ne dépasse
pas certaines doses.
30 Pour les Annamites dont le poids moyen est de 40 à 45 kg.,
la dose doit être fixée à 0,20, 0,25 cg., soit une moyenne de
0,005 mmg. par kilogramme. Cette dose n’a pas besoin d’être
dépassée puisque les doses de 0,30 cg. nous ont donné un pour¬
centage de rechute simple et de rechute double supérieur à celui
obtenu avec les doses de 0,20, 0,25 cg.
40 Les rechutes doivent être immédiatement traitées par une
nouvelle injection intraveineuse de 0,15 cg., dose qui stérilise ra¬
pidement les malades. Il est probable que dans les cas de rechute
sans spirilles, il existe cependant des spirilles dans les organes
comme la rate. Levaditi et Arzt ont, en effet, montré que chez
les rats infectés le sang peut avoir perdu sa virulence alors que
la rate renferme encore du virus pathogène pour la souris. Cette
nouvelle injection ne peut que tonifier le malade, et -activer sa
guérison.
5° Les injections sous-cutanées des mêmes doses de salvarsan
rendront de grands services dans les cas d’épidémie sévissant
dans des villages, où le médecin n’aura pas le temps matériel
de faire des injections intraveineuses. Bien faites ces injections
sont bien supportées.
Les Filaires humaines de la région du Mbomou
(Afrique équatoriale française). Pathogénie de
Téléphantiasis de cette région.
Rôle de la Filaria volvulus.
Par F. OUZILLEAU.
Dans la région du Mbomou (un des deux affluents de tête de
l’Oubangui), la proportion des éléphantiasiques varie de 0,3 % à
3 %, suivant les districts. Les différentes manifestations éléphan¬
tiasiques se réduisent à notre connaissance à l’éléphantiasis pro¬
prement dit du scrotum et de la verge, des grandes ou des petites
lèvres, au lympho-scrotum, à l’adénolymphocèle, à l’éléphantia-
sis localisé aux membres inférieurs. Nous reviendrons en détail
sur ces diverses localisations.
Nous voulons, dans cette note, chercher à mettre en évidence
le rôle causal de la Filaria volvulus dans la pathogénie de l’élé-
phantiasis de la région du Mbomou.
Brumpt qui, le premier, a donné de cette filaire une descrip¬
tion à laquelle il reste peu à ajouter, n’a pas cru devoir lui assi¬
gner quelque action pathogène. L’occasion que nous avons eue
de pratiquer pendant un an dans le Mbomou (régions de Wango,
Bangassou et Rafai) l’examen de nombreux indigènes et de leur
donner nos soins nous a permis de reconnaître qu’elle provoque
au contraire, beaucoup d’accidents, parmi lesquels l’éléphantiasis
est le plus frappant.
Dans la recherche de l’étiologie de l’éléphantiasis, les travaux
de Manson nous orientèrent de suite vers l’étude des filarioses
- 8i —
• *
locales. Nous aboutîmes vite à cette conclusion déjà tirée par
notre prédécesseur, le Dr Bernard, à savoir que :
a) Les filarioses humaines sont représentées ici par 3 espèces:
la Filaria perstans , la Filaria loa et la Filaria volvulus.
b) La Fil. bancrofti n’existe pas ou du moins n’a jamais été
rencontrée dans les 1.500 examens de sang que nous avons faits
de jour, dans les 400 que nous avons faits de nuit.
c) L’index endémique de la Fil. perstans est de 64 % chez les
indigènes du Mbomou, âgés d’au moins 10 ans. On peut facile¬
ment élever la moyenne à 70 % en tenant compte des examens
faits en l’absence momentanée des microfil. dans le sang. On la
trouve associée à la Micro f. loa dans la proportion de 30 %
(moyenne supérieure à celle établie dans i’Ouellé, par Brumpt, et
qui est de 9 à 10 %). Jamais nous ne l’avons rencontrée dans le
suc ganglionnaire pur. On la rencontre dans 45 % des cas chez les
individus atteints de Filaria volvulus, qu’ils soient éléphantiasi-
ques ou non. Nous n’avons jamais rencontré l’adulte.
d) L’index endémique de la Fil. loa est beaucoup plus faible
(16 %). Nous venons de voir que cette microf. est fréquemment
associée à la Mf. perstans (30 fois sur 100 cas de perstans). Chez
les sujets infectés par F. volvulus , on la rencontre dans 10 % des
cas. Par conséquent, il semble que l’infestation par la volvulus
exerce une influence défavorable sur l’infestation par la Fil . pers¬
tans et la Fil. loa, car on rencontre les microf ilaires de ces deux
dernières espèces en proportion plus forte chez les sujets cpii ne
sont pas infectés par la volvulus. On peut observer la Mf. loa
dans le suc ganglionnaire, mais très rarement. Le Dr Bernard
prétend qu’en faisant la ponction des ganglions inguinaux chez
5 sujets qu’il opéra de l’éléphantiasis (juillet 1912), il a « trouvé
« des filaires à gaine très nette (Mf. diurna ?) dont la présence
« s’expliquerait peut-être tout simplement par la présence d’un
x( peu de sang mélangé à la lymphe ». On verra plus loin que la
ponction des ganglions inguinaux pratiquée d’une façon métho¬
dique nous a donné de tout autres résultats.
L’adulte loa est loin d’être une rareté: cela tient sans doute à
ce que, contrairement à l’adulte perstans, qui vit, dit-on, dans
les organes profonds, cette filai re se plaît à voyager dans
les tissus superficiels: cela permet de l’observer sous la peau
et plus souvent sous la conjonctive, ou au voisinage de l’œil (ra¬
cine du nez) et de la . rencontrer aussi à l’occasion de plaies acci-
6
82
*
dentelles ou opératoires. Dans la région, le Dr Bernard ne l’a ja¬
mais observée dans l’œil et il a eu seulement l’occasion d’en trou¬
ver plusieurs spécimens, enkystés dans la vaginale, en pratiquant
des opérations d’hydrocèles et un autre dans le voisinage d’un
lipome (tumeur très fréquente). Dans tous les cas sauf un, il
trouva ces spécimens morts. Sans se prononcer, le Dr Bernard
émet l’hypothèse de l’origine filarienne de l’hydrocèle observée
ici (F. loa). Pour notre propre compte, nous n’avons jamais ren¬
contré de loa adultes que vivantes: une fois sous la conjonctive
(extirpation) et de multiples fois à l’occasion d’opérations sur les
organes génitaux (éléphantiasis, hydrocèles, hernies). Dans un
cas de hernie, nous n’en avons pas recueilli moins de 6 (il n’y
avait pas le moindre épanchement dans la vaginale). Dans ces
derniers cas, les loa adultes se trouvaient entre fibreuse et dartos,
soit au niveau du testicule, soit plus haut sur le cordon.
Il ressort de ces observations et des connaissances que nous
avons ainsi acquises au sujet de l’infestation par Fil. perstans et
Fil. loa , que nul rapport ne peut être établi entre ces deux variétés
de filariose et les manifestations éléphantiasiques de la région. Il
est à remarquer que l’on ne trouve que 45 % des éléphantiasiques
infectés par Filaria perstans , et que 10 % de ceux-ci infectés par
Filaria loa , alors que la moyenne chez les individus non porteurs
de troubles éléphantiasiques est de 70 % pour la perstans et de
16 % pour la loa.
D’ autre part, la distribution géographique de ces filarioses et
celle de l’éléphantiasis ne se superposent nullement. Ces filarioses
sont généralisées à l’Afrique Equatoriale tout entière; l’éléphan¬
tiasis au contraire y est plutôt rare et a une aire de distribution
excessivement limitée.
11 nous fallait donc chercher ailleurs l’agent causal de l’éléphan¬
tiasis. La Filaria volvulus seule restait à étudier dans ses rapports
avec cette affection et pouvait encore donner la clef du problème.
*
* *
Dès les premiers temps de notre arrivée dans la région, le
Dr Bernard avait éveillé notre attention sur ce point. Lui-même
avait écrit : « J’ai trouvé à Zémio et entre Zémio et Kadjéma, quel¬
ques cas de tumeurs à Fil. volvulus localisées surtout sur le thorax.
L’éléphantiasis paraît assez limité (il s’agit de la région de Zémio):
je n’en ai pas trouvé au-delà de Kadjéma- à l’Est, ni dans la
- 83 —
région de Goubéré; il est à remarquer que la distribution géogra¬
phique de cette affection correspond à celle de la Fil. volvulus et t
que la plupart des malades atteints d’éléphantiasis portent en
même temps des tumeurs à Fil . volvulus » (Rapport du Dr Ber¬
nard sur l’installation des effectifs dans la région de Zémio,
octobre 1 9 1 1 ) .
Plus loin (Rapport annuel pour 1911), le Dr Bernard dit :
« Comme autres filaires adultes (il s’agit de la loa), j’ai trouvé éga¬
lement, tant dans tout le pays Yakoma que dans le pays des Sul¬
tanats, de nombreuses tumeurs sous-cutanées à Fil. volvulus.
Sans chercher là une relation de cause à effet, j’ai signalé d’autre
part l’extrême fréquence de ces tumeurs chez les gens atteints
d’éléphantiasis ».
Notre impression personnelle du début n’avait cependant pas
été très en faveur de cette opinion. Si les kystes à Fil. volvulus
nous paraissaient bien avoir une aire assez restreinte et qui, à
Bangassou au moins, se superposait à celle de l’éléphantiasis,
nous ne pouvions nous empêcher de constater que tous les élé-
phantiasiques étaient loin de porter des kystes. Le pourcentage
que nous établîmes plus tard est, en effet, de 43,3 de kystiques
pour 100 d’éléphantiasiques.
11 s’agissait donc d’approfondir la question par un examen cli¬
nique minutieux de tous les éléphantiasiques et par l’examen
microscopique d’autres milieux que le sang, car les nombreuses
préparations que nous avions déjà faites de ce milieu, lors de nos
recherches concernant la F. perstans et la F. diurna, ne nous
avaient révélé la présence d’aucune autre filaire en dehors de ces
deux seules. Le hasard nous servit en l’occasion et il nous suffit
d’un examen heureux, celui d'un homme opéré d’adénolympho-
eèle, pour orienter nos recherches et nos observations du bon côté.
Du jour où, ayant réséqué une double tumeur inguinale en forme
de bissac (forme décrite plus haut) chez un homme qui était à la
fois porteur d’un gros éléphantiasis et sans doute de kystes à vol¬
vulus (que nous ne surprîmes d’ailleurs pas sur le moment), et
que nous fîmes des frottis de cette tumeur ganglionnaire (Sakq,
indigène gabou. Rafai, 30.7.12), nous eûmes la clef du problème.
Car nous découvrîmes des microfilaires en tous points sembla¬
bles à celles qu’on trouve dans les kystes à volvulus et qui ne pou¬
vaient être autres que celles-ci mêmes émigrées par la voie des
lymphatiques.
- «4 -
Les 79 exérèses d’éléphantiasis, d’adénolymphocèles ou de lym-
9
phoscrotums que nous avons faites depuis cette époque, ont plei¬
nement confirmé cette première observation. Les examens dont
les opérés furent tous méthodiquement l’objet nous permirent de
constater que « tout éléphantiasique ou porteur de tumeur de me-
« me genre est injecté par la Filaria volvulus ».
Cette infestation se diagnostique par la présence simultanée
des filaires volvulus adultes contenues dans les kystes situés à la
surface du corps de l’individu et des embryons qu’on rencontre
.généralement dans l’adénite inguinale concomitante, ou par l’un
de ces deux symptômes seulement.
Sur 79 sujets, nous en avons trouvé 35 qui portaient à la fois
des kystes à volvulus très apparents et des adénites inguinales à
Mj. volvulus.
44 ne portaient pas de kystes apparents, mais avaient de l’adé¬
nite inguinale à Mf. volvulus. (Nous verrons plus loin que les
,'kvstes peuvent passer inaperçus.)
Nous n’en avons trouvé aucun qui ait été porteur de kystes seu¬
lement (1).
Par conséquent, nous sommes en droit de conclure que tout
individu éléphantiasique sans exception est infecté par la Fila¬
ria volvulus: dans tous les cas , on rencontre des embryons dans
ses ganglions inguinaux. Dans 44,3 % des cas, on rencontre en
même temps des kystes contenant les adultes; dans 55,7 % des
cas, l’adénite seule, présentant des Mf. volvulus, peut être dé¬
celée.
*
* *
Recherche des Filaria volvulus adultes. — On les trouve dans
les kystes à F. volvulus. Ces kystes sont généralement superfi-
%
ciels et situés sous la peau qui est mobile au-dessous d’eux, mais
ils ont souvent d’étroites adhérences avec le tissu cellulaire et avec
tous les tissus voisins, avec les muscles et surtout avec les os:
c’est ainsi qu’ils contractent sur les côtes d’intimes adhérences
avec le périoste au point de faire corps avec lui et qu’à travers les
I - ‘
(1) Plus tard, dans les examensd’autres sujets non éléphantiasiques, nous
avons trouvé un cas de porteur de kyste, sans que nous ayons pu déceler
les microfilaires dans son suc ganglionnaire ou dans son sang (Rafai,
21. 9. 12).
muscles intercostaux on peut les suivre quelquefois jusque tout
près de la plèvre.
Ces kystes sont, en général, très apparents : en effet, ils sont
presque toujours (80 % des cas) situés sur les côtés du thorax.
Quelquefois très gros, du volume d’une pomme, ils apparaissent
donc au premier coup d’œil chez les noirs de la brousse qui ont
presque toujours le tronc découvert. Cependant ils varient beau¬
coup de volume et de situation.
Ils sont parfois très petits, presque imperceptibles et la vue ne
suffit pas toujours à les découvrir. Souvent on réussit à les trou¬
ver en regardant la peau à jour frisant: ils apparaissent alors sous
l’apparence de petites saillies semblables à des tubercules lé¬
preux. C’est ainsi qu’ils se présentent souvent à la partie externe
du sein dans le repli formé par le bord inférieur du grand pecto¬
ral. Mais il faut souvent employer la palpation et passer l’examen
de toutes les parties du corps pour les découvrir.
Généralement thoraciques, avons-nous dit, on peut les rencon¬
trer partout où des surfaces osseuses ou articulaires sont en con¬
tact avec la peau. C’est ainsi qu’ils se développent par ordre de
fréquence décroissante: sur la crête iliaque, le grand trochanter,
l’articulation du genou (tête du péroné particulièrement), l’arti¬
culation du coude (olécrane), la tête (frontal, pariétal, occipital,
apophyse mastoïde), la colonne vertébrale (apophyse épineuse).
Nous en avons enfin rencontré souvent au cours des opérations,
dans la partie interne du repli inguinal, sur la symphyse du pu¬
bis, le long des cordons même, toutes régions où ils peuvent être
facilement confondus avec des ganglions. Ils s’en distinguent à
la palpation par leur surface très lisse et d'une rénitence carac¬
téristique. Enfin, nous en avons observé sur la paroi abdominale
et nous ne serions pas éloignés de croire qu’ils affectent bien
d’autres régions du corps où nous ne pouvons les déceler. A
»
notre avis, les 55 % des cas où nous ne les avons pas trouvés chez
des individus porteurs de microfilaires, comprenaient les cas où
les kystes étaient ou trop petits pour être reconnus ou bien étaient
cachés à l’abri de saillies osseuses, ou encore étaient situés
plus profondément dans les cavités thoracique ou abdominale.
Cependant l’absence des accidents provoqués par les épanche¬
ments de lymphe (chylocéle, chylurie, etc.) qui s’observent dans
la filariose due à F. bancrofti, semblerait indiquer que la volvulus
et ses embryons ne se propagent guère aux lymphatiques pro-
fonds où ils ne manqueraient pas de provoquer les accidents qu’ils
produisent à l’extérieur (éléphantiasis, adénites, etc.).
Nous avons pratiqué une autopsie d’éléphantiasique porteur de
kystes thoraciques et de Mf. volvulus (homme Gabou, décédé le
ro.9.12, à Rafai) et infecté aussi par F. perstans. Nous n’avons
rien trouvé d’anormal: l’examen du suc des ganglions mésenté¬
riques et de la chaîne lombaire a été négatif. Pas de kystes in¬
ternes. Pas de F. perstans adultes.
11 résulte de ce que nous venons de dire que les kystes à volvu-
lus , situés au voisinage des articulations, ne se différencient guè¬
re à simple vue de ces tumeurs qu’on a nommées « nodosités
juxta-articulaires ». Ils s’en différencient si peu que l’erreur a été
sans doute commise bien des fois et qu’on a du souvent les con¬
fondre.
B rompt a observé un grand nombre de cas de ces nodosités
dans l’Ouganda et quelques cas sur l’Ouellé (l’Ouellé fait partie du
bassin de l'Oubangui et forme avec le Mbomou les deux affluents
de tête principaux de ce fleuve). Pour notre' part, toutes les fois
que nous avons vu ces nodosités, nous les avons ponctionnées et
toutes les fois nous y avons trouvé des Mf. volvulus et souvent
des fragments de volvulus adultes.
Recherche des Microfil. volvulus. — En dehors du liquide des
kystes où naissent les microfilaires, le lieu d’élection des embryons
de la volvulus est le réseau lymphatique inguino-crural. C’est
là qu’on les rencontre, très souvent dans les masses ganglionnai¬
res, quelquefois énormes (grosseur d’œuf de poule), de la ré¬
gion crurale, plus souvent encore, ou pour mieux dire, plus vite
dans les masses ganglionnaires plus petites du repli inguinal.
Il suffit de ponctionner ces ganglions et d’examiner le suc gan¬
glionnaire (technique semblable à celle de la ponction ganglion¬
naire dans le diagnostic de la trypanosomiase : procédé Broden)
pour trouver au premier examen, au deuxième seulement quel¬
quefois, à coup sûr au troisième, les Mf. volvulus nageant au
milieu des leucocytes.
Nous les y avons constamment rencontrées dans les 79 cas
d’éléphantiasis examinés à ce point de vue. Elles pullulent dans
les adénolymphocèles types.
En dehors de la région inguino-crurale, on peut trouver les
Mf. volvulus dans certains autres groupes ganglionnaires, mais
8; -
à l’état d’exception. Il est rare, en effet, de trouver dans la fila¬
riose à volvulus d’autres adénopathies que celle-ci ; jamais nous
n’avons vu d’engorgement des ganglions axillaires ou épitro¬
chléens : dans quelques cas très rares nous en avons trouvé dans
des tumeurs ganglionnaires situées en dedans de l’articulation
acromio-claviculaire et dans les chaînes ganglionnaires cervicales,
et la plupart du temps chez des individus qui n’avaient pas de
manifestations éléphantiasiques mais plutôt des troubles géné¬
raux.
Enfin, la Mf. volvulus peut se trouver dans le sang; mais ce
fait est extrêmement rare: sur quelques 200 examens de sang
que nous avons faits de jour ou de nuit, nous ne l’avons ren¬
contrée qu’une seule fois, le 13. 10. 12, à Bangassou. Il s’agit
d’une femme langba atteinte de troubles généraux (céphalée,
courbatures) et de bronchite avec quintes de toux très pénibles.
Un kyste thoracique à volvulus ayant attiré notre attention,
nous l’examinons et nous trouvons:
Examen du sang : Mf. volvulus en grand nombre.
Examen du liquide du kyste : Mf. volvulus.
Examen du suc ganglionnaire (inguinal) : Mf. volvulus.
Dans un seul cas seulement, nous n’avons pu trouver de Mf.
volvulus chez un individu porteur d’un kyste à F. volvulus tho¬
racique. En dehors de son kyste, l’examen du sang et du suc
ganglionnaire ne nous a rien montré. 11 s’agit d’un indigène
digo des environs de Rafai. Porteur d’un kyste thoracique à
volvulus. Atteint de lésions condylomateuses du scrotum et de la
marge de l’anus. Pas d’éléphantiasis. Adénites inguinale et cer¬
vicale double : vérole ? ?
Examen du sang : Mf. perstans.
Examen du suc ganglionnaire cervical : négatif.
Examen du suc ganglionnaire inguinal : négatif.
Examen du liquide kystique : Mf. volvulus et grains jaunes.
*
* *
Tout éléphantiasique ou porteur de tumeur du même genre
(adénolymphocèle, lymphoscrotum) est donc infecté par F. vol¬
vulus. Inversement tout individu infecté par F. volvulus est-il
porteur d’éléphantiasis ou tumeur du même genre?
Les nombreuses observations que nous avons pu faire à Ra¬
fai (juillet-septembre 1912) nous permettent de répondre à cette
question avec certains détails.
— 88 —
1. Tout individu infecté par F. volvulus n'est pas éléphantia -
si q ue et n'a pas tendance à le devenir.
2. Mais il est toujours atteint d' adenopathie ( à Mf. volvulus)
inguino-crurale qui le plus souvent se réduit à de l’adénite sim¬
ple, mais qui quelquefois se transforme en adénolymphocèle.
3. Cette adénopathie peut exister et persister longtemps sans
amener de troubles apparents dans la santé du sujet infecté*
Souvent au contraire, elle se complique de troubles généraux et
locaux plus ou moins importants, que nous étudierons dans une
prochaine note.
De cet exposé, nous concluons, en nous appuyant sur l’iden¬
tité de la distribution géographique de la Filaria volvulus et de'
l’éléphantiasis en cette région de l’Afrique, sur la présence cons¬
tante des volvulus chez les éléphantiasiques observés dans cette
meme région, sur la prédilection de ces microfilaires volvulus
pour les lymphatiques inguinaux et cruraux, que la Filaria volvu¬
lus doit être incriminée en tant qu agent pathogène de V éléphan-
tiasis local (M' Bomou) à Végal de la Filaria bancrofti dans Vélé-
phantiasis des Arabes.
Le mode d’action ne semble pas tout à fait identique à celui que
soupçonne Manson pour la Fil. Bancrofti, car les Mf. volvulus
sont toujours présentes dans l’appareil lymphatique (adénites)
des éléphantiasiques et des sujets infectés (les filaires embryon¬
naires de Bancroft disparaissent du sang des éléphantiasiques
d’après Manson) et on les y trouve toujours à l’état vivant, dé¬
pourvues de leur coque ovulaire. La stase lymphatique serait
donc due aux microfilaires vivantes (dans la filariose à bancrofti ,
elle serait due aux œufs) et elle serait le résultat de l’inflamma¬
tion des lymphatiques et de la transformation scléreuse qu’ils
subissent à l’occasion de la présence des microfilaires (action mé¬
canique, irritative, toxique peut-être).
11 nous semble que si des causes secondaires d’inflammation et
de lymphangite (agents microbiens, dermocoques, streptocoques,
staphylocoques, gonocoques même), peuvent avoir une influence
dans certaines poussées fébriles éléphantiasiques, point n’est be¬
soin de les faire toujours intervenir, la filariose suffisant parfaite¬
ment et par elle-même à provoquer l’inflammation locale et l’état
général fébrile.
- «9 -
« »
f> '
Conditions de propagation de la filariose
sous-cutanée du chien. ~ Stegomyia fasciata
hôte intermédiaire de Dirofilaria repens
f
Par P. Noël BERNARD et J. BAUCHE.
Dans les remarques dont ils ont bien voulu accompagner notre
communication sur « deux cas de filariose sous-cutanée du
chien », MM. Railliet et Henry font connaître les cas de cette
affection du chien domestique antérieurement signalés: Frco-
lani, 1875, deux observations; Rivolta, 1878; Vachetta, cité
par Riytolta; Grassi, 1888; Ninni, 1889; Galli Valerio, 1897;
Fettick, 1899 ; Fulleborn, 1908, deux cas ; Bonvici, 1910; enfin,
. Gôgel, 1910. Toutes ces observations, ajoutent-ils, se rapportent
très vraisemblablement à Dirofilaria repens ; nous n’en avons ce¬
pendant la certitude que pour les deux cas de Fulleborn (d’après
la description de cet auteur) et pour celui de Bonvici dont nous
avons pu examiner directement les parasites » (1). Il résulte de
cet historique que Dirofilaria repens Railliet et Henry est un
parasite exceptionnellement observé, surtout si on le compare
à Dirofilaria immitis Leidy, 1856, si répandu dans l,a plupart des
pays tropicaux.
Dans la région de Hué (Annam), la filariose sous-cutanée nous
est apparue comme une affection fréquente, tandis que la filariose
vasculaire est rare. Sur quatre cents chiens environ, dont le sang
a été examiné, nous n’avons pu faire le diagnostic de D. immi¬
tis. A l’autopsie, sur vingt-cinq chiens filariés, deux étaient at¬
teints à la fois de filariose vasculaire bénigne (4 parasites dans
le cœur) et de filariose sous-cutanée (30 parasites sous la peau).
L’évolution de 7). immitis a été déterminée par les travaux de
NoË (2). Bien que l’évolution d’une filaire du chien rapportée
(1) Bulletin de la Société de pathologie exotique , du 12 juillet 1911.
(2) Bibliographie in Neveu Lemaire, Parasitologie des animaux domes¬
tiques. 1912 :
a) Noè G. Sul ciclo évolution délia Filaria Bancrofti et délia Filaria
immitis. Ricerche di anatomia normale. Roma. iqoi .
b) Noè G. Ulteriori studi sulla Filaria immitis. Rendiconti Acad, dei
Lincei, ujoS.
t
— 9° ~
depuis à /). repens , ait déjà été obtenue par Fülleborn (i) à l’Ins¬
titut de Hambourg, nous avons utilisé le matériel expérimental,
que nous avions constitué, à la recherche des conditions de pro¬
pagation naturelle de la filariose sous-cutanée et du cycle évo¬
lutif de Dirofilaria repens.
Stegomyia fasciata hôte intermédiaire de
Dirofilaria repens.
Le nombre de chiens atteints de filariose sous-cutanée varie
d’une façon très sensible dans les divers quartiers de la ville.
Limité à deux pour cent dans les quartiers périphériques exté¬
rieurs aux remparts, il s’élève à ving-cinq ou trente pour cent
dans la ville indigène proprement dite, la citadelle, entourée de
toutes parts par de hautes fortifications.
Cependant les chiens sont, proportionnellement au nombre
d’habitants, aussi nombreux dans la banlieue que dans le centre
de la ville. Ils vivent de la même existence, destinés à la garde,
sans aucun dressage, errant dans la maison même, ou dans ses
environs les plus immédiats, n’accompagnant jamais les An¬
namites dans leurs allées et venues quotidiennes.
Les conditions d’insalubrité dues aux mares, aux eaux sta¬
gnantes, aux détritus organiques dispersés autour des cases, sont
les mêmes partout. Mais les maisons de la citadelle et de ses en¬
virons immédiats sont plus étroitement groupées, mieux abritées
contre les couds de vent et dans une certaine mesure contre les
variations de température. La population est plus dense.
Ces observations donnaient à supposer que l’agent de trans¬
mission de cette filariose canine trouvait, dans le milieu domes¬
tique, les conditions les plus favorables à son déveloooement.
Les Tiques (Ixodes ricinus) et les Hippobosques (Hippobosca
canina ), en raison de leur fréquence, ont attiré tout d’abord notre
attention. Certains animaux en sont littéralement couverts. Les
Taons, les Stomoxes, etc... ne piquent qu’exceptionnellement les
chiens. Nous n’avons observé dans l’organisme de ces divers pa¬
rasites aucune évolution des embryons sanguicoles.
Dans une vaste cage de 3 mètres de longueur sur 1 mètre de
largeur et t mètre de hauteur, fermée de toutes parts par des
(') F. Fülleborn . TJeber Versnche an Hundefîlarien und deren Ueber-
traçunç durch Mücken Arch. f. Sch. u. Trop. Hyg t. XII, suppl. 8,
nov. tqo8.
- 9* —
"vitres et de la toile métallique, nous avons établi deux comparti¬
ments séparés par du grillage à larges mailles, permettant aux
insectes ailés d’aller facilement de l’un à l’autre. Un chien fila-
rié a été placé dans le premier. Dans le second ont été réunis des
cristallisoirs contenant des larves de moustiques recueillies autour
des habitations annamites dans les quartiers les plus fortement
contaminés de filariose. Cette cage, placée sous une véranda,
mettait les insectes dans des conditions de milieu aussi proches
que possible de leur mode habituel d’existence dans les maisons
indigènes.
L’examen des moustiques ne tarda pas à montrer que si Cu~
lex et Anopheles (leur détermination sera étudiée ultérieurement)
absorbent le sang du chien en expérience, l’évolution de la mi-
crofilaire ne se produit que dans l’organisme du seul Stegomyia.
Ce moustique présente tous les caractères du genre Stegomyia
Theoeald, 1901, et les caractères principaux de l’espèce Stego¬
myia fasciata Theobald, 1901. 11 diffère des descriptions classi¬
ques de ce Stegomyia sur les points secondaires suivants:
♦
Stegomi/ia fasciata , d'après la
-description de R. Blanchard.
Antennes plus longues que la
trompe. Article basilaire noir avec
une tache d’écaillcs blanches à sa
face interne.
Trompe brune, presque noire à
la pointe, plus claire en son mi¬
lieu.
Abdomen brun noirâtre cerclé
de blanc à la base des segments ;
plus ou moins nettement annelé
de jaune au sommet des quatre
avant-derniers : le premier densé¬
ment orné d'écailles crèmes, bordé
de poils pâles.
Ailes plus longues que l’abdo¬
men.
Stec/omi/ia , hôte intermédiaire
de Dirofilaria repens.
Antennes plus courtes que la
l rompe. Article basilaire noir avec
deux taches d’écailles blanches,
une à sa face interne, une à sa
face externe.
Trompe uniformément brune.
Abdomen brun noirâtre cerclé à
la hase des segmeDs d’un mince
liseré jaune, sur !er”>el s’insèrent
des poils jaunes clairsemés. Sur
la face dorsale, chaque cercle est
orné d'une ligne d’^cailles blan¬
ches et crèmes. T. a face ventrale
est recouverte d’éca lies blanches,
Très denses au niveau des pre¬
miers segments, elles diminuent
de nombre vers les derniers et dis¬
paraissent complément au niveau
du dernier segment du lobe basal.
Ailes plus courtes que l’abdo¬
men .
M. A. Krempf, de l’Institut Pasteur de Nhatrang, a bien
voulu revoir notre description. A son avis, les caractères diffé¬
rentiels que nous signalons sont sujets à variation et ’e Stegomyia
4
— 92 —
- 93 -
Explication de la figure ci-conlre.
Evolution de l’embryon de Dirofilaria repens chez son hôte
intermediaire Stegomyia fasciala.
Dessin à la chambre claire. Grossissement = 200.
1 Embryon dans le sang du chien.
2 E. au moment de sa pénétration dans les tubes de Malpighi.
3 E. au 3e jour dans les tubes de Malpighi.
4 E. au 4e » »
5 E. au 3e » »
6 E. au 6e » v
7 E. au 7e » »
8 E. au 8e jour dans les tubes de Malpighi et les muscles thoraciques.
y Larve au 9e jour dans la trompe.
soumis à son examen est sans aucun doute le Stegomyia jas -
data Theobald, 1901 ( Stegomyia calopus Meicen, 1818), espèce
très répandue en Indochine.
D’allieurs, ce Stegomyia répond aux caractères biologiques
si bien étudiés de l’agent de transport de la fièvre jaune. Mous¬
tique citadin, suivant l’expression de Marchoux, il vit dans
les maisons à côté de l’homme. Il est beaucoup plus abondant
dans les quartiers populeux que dans la région suburbaine. Il se
développe surtout d’avril à août, mois chauds et humides à tem¬
pérature constante, sans brise. La femelle pique seule. Mais elle
pique jour et nuit, aussi bien pour satisfaire son besoin impérieux
de nourriture après la fécondation que pour les repas qui suivent.
D’autres moustiques interviennent sans doute dans la propaga¬
tion de la filariose sous-cutanée du chien. 11 semble que le Ste¬
gomyia fasciala en soit l’agent principal, cette maladie endémi¬
que, surtout urbaine, n’étant très répandue que dans les quar¬
tiers où le Stegomyia trouve les conditions les plus favorables
à son développement.
Evolution de Dirofilaria repens dans l’organisme de
St. fasciata.
Des larves de moustiques sont recueillies autour des maisons
annamites dans des cristallisoirs qui sont placés dans des volières
cubiques de o m. 50 de côté, à parois de verre et de toile mous¬
tiquaire. Leur métamorphose accomplie, les insectes parfaits
prennent leur vol, les femelles sont fécondées. Quarante-huit heu¬
res après leur éclosion, un chien filarié est introduit dans la cage.
Les femelles de Stegomyia l’attaquent avec voracité, se gorgent
- 94
V
de sang et vont se poser sur une des parois de la cage où il est
facile de les capturer.
Tous les insectes ayant piqué dans la même séance, sont réu¬
nis dans une cage où ils sont alimentés avec de l’eau et des bana¬
nes. La dissection quotidienne ou biquotidienne d’un certain
nombre d’entre eux permet de suivre les diverses phases de l’évo¬
lution de l’embryon sanguicole dans l’organisme du moustique. .
Dans les conditions les plus favorables, sous l’influence d’une
température oscillant, jour et nuit, entre 350 et 31 0 (température-
normale du laboratoire, en juin, juillet et août), cet embryon met
neuf jours pour passer du stade microfilaire dans l’estomac au
stade larvaire dans la trompe. Ses premières métamorphoses
s’effectuent dans les tubes de Malpighi, ainsi que les travaux de
Grassi et de NoÈ, confirmés par Bancroft, Sambon et Low,
l’ont montré pour Dirofilaria immitis. Puis, il traverse, très pro¬
fondément transformé, les muscles thoraciques et vient se loger
dans la trompe où il se comporte comme l’ont établi, pour Filaria
bancrofti chez les Cul ex et les Anopheles, les travaux de Max-
son, T. L. Bancroft, James, Daniels, Vincent et Low, Annett,
Dutton et Elliott, etc.
Nous décrirons les transformations observées toutes les 24 heu¬
res dans le temps minimum. La planche ci-contre réunit, à un
grossissement uniforme de 200 diamètres, les dessins obtenus à
la chambre claire des Pilaires mises en liberté après dissection,
entre lame et lamelle dans l’eau physiologique à 8 pour 1.000.
Figure 1. — Dans le sang du chien, la microfilaire, de 7 g à 8 g de
large, a une longueur qui oscille entre 300 g et 375 g. Son extrémité
antérieure est arrondie et son extrémité postérieure effilée. Elle ne
présente pas de gaine, se déplace en agitant vivement les globules
sanguins et sort rapidement du champ du microscope.
Au moment où ses mouvements se ralentissent, on observe à un fort
grossissement l’existence d’un prépuce recouvrant et découvrant al¬
ternativement l'extrémité céphalique qui se termine par un rostre punc¬
tiforme. Quand il se rétracte, ce prépuce forme une collerette, sans
dentelure, déprimée à sa partie médiane.
Figure 2. — L’estomac d’un Slegomyia élevé au laboratoire con¬
tient immédiatement après son premier repas sur le chien, des micro-
lilaires en nombre proportionnellement plus grand que le sang du
sujet piqué. Leur mobilité augmente après que les sucs digestifs ont-
laqué le sang et détruit ses éléments. La digestion d'un repas est effec¬
tuée en 48 heures. Dès la fin de la digestion, les microfilaires pénètrent
dans les tubes de Malpighi. A ce moment, à l’état vivant, elles ne-
paraissent modifiées que par T apparition, dans la colonne granu¬
leuse qui les compose, de quelques cellules plus réfringentes.
■ ; ' ' S. ' '
I r,
— yD —
Au commencement dn troisième jour, l’épaisseur de l’embryon aug¬
mente. La coloration, à l’état sec, par l’hématéine montre l’évolution
qui s’est accomplie depuis le moment de l’ingestion.
Microfilaires dans le sang du
chien.
Longeur de 300 g à 375 g.
Largeur de 6 g, 5 à 7 g.
Une tache céphalique.
Tache inconstante transversale
au 15 ou 18/100 de l’extrémité cé¬
phalique.
Tache ovalaire ou losangique à
28 ou 30/100.
é
Taché bilobée à 80/100 de la
longueur.
Embryon en évolution au com¬
mencement du 3e jour.
Longueur de 275 g.
Largeur de 10 g à 13 g.
Une tache céphalique avec un
orifice buccal en formation.
Tache oblique à 21/100 de l’ex¬
trémité céphalique.
Tache ovalaire à 27/100.
Tache centrale à 61/100.
Tache caudale à 68/100.
Tache terminale à 89/100.
Nous n’avons pas observé de gaine sur la microfilaire dans le sang
du chien. Nous avons contrôlé ce fait en ne constatant jamais l’issue
de la Filaire hors d’une gaine dans l’estomac du moustique, ni la pré¬
sence de gaines vides après la disparition des embryons de la cavité
stomacale. Or, à partir du troisième jour, lorsque les embryons en
évolution ont séjourné un certain temps dans l’eau physiologique sous
le microscope, il arrive qu’un tégument, ayant l’apparence d’une
gaine, se décolle et dépasse le corps granuleux de quelques g soit aux
deux extrémités, soit à l’une d’elles. Cette sorte de gaine est de plus
en plus visible, à partir de ce moment, dans toutes les phases de la
transformation.
Figure 3. — Les embryons en pleine évolution s’engagent de plus en
plus dans les tubes de Malpighi, qui se distendent et atteignent dans
les cas d’infection massive cinq ou six fois le volume normal. Ils ar¬
rivent jusqu’au cul-de-sac qui termine leur extrémité libre. A travers
les parois du tube devenues transparentes, on les voit s’agiter avec
une mobilité variable suivant le stade de leur métamorphose. A la fin
du troisième jour, l’extrémité caudale conservant son aspect primi¬
tif en fouet, l’animal se raccourcit et s’élargit (longueur 262 g, 5, lar¬
geur 12 g, 5). Sa mobilité diminue, limitée à des mouvements de
flexion, d’extension, d’enroulement, de contorsion.
Figure 4. — Le quatrième jour, la longueur n’est plus que de 126 g ;
la largeur, 25 g, a exactement doublé depuis la veille. C’est le « stade
saucisse ». L’extrémité caudale n’est pas modifiée. La bouche, l'oeso¬
phage, la partie moyenne du tube digestif, sa partie terminale se des¬
sinent. Sur le point de la cuticule où s’ouvrira l’anus, apparaît une
bulle, comparable à une bulle de savon. Elle se gonfle insensible¬
ment, vraisemblablement par osmose, jusqu’au moment où elle éclate
en laissant échapper quelques granulations. Une grande cellule ronde
apparaît du côté de la face ventrale, à la hauteur de l’extrémité cépha¬
lique de l’intestin. La mobilité reste la même.
Figures 5 et 6. — Pendant le 5e et le 6e jour, la forme « saucisse »
persiste, bien que le volume de l’animal augmente. (Le 5e jour, lon¬
gueur 312 g, 5, largeur 35 g. Le 6e jour longueur 512 g 5, largeur
35 g .
— 9Ô —
L'extrémité antérieure, est épaissie et arrondie. L’extrémité caudale
persiste avec ses caractères antérieurs. La mobilité ne change pas.
Le canal alimentaire se précise dans toute sa longueur ; bouche,
œsophage, intestin, dilatation préanale, anus. L’anus subterminal est
marqué par une bulle transparente qui gonfle et se rompt comme au
stade du 43 jour. Sur la lace ventrale, au niveau de la jonction de
l’oesophage et de l'intestin, se dessinent plusieurs cellules qui peu¬
vent être interprétées comme la première ébauche des organes géni¬
taux.
Figure 7. — Le 7e jour, une transformation très importante se mani¬
feste. La longueur atteint 700 g, la largeur 42 g, 5. L’extrémité anté¬
rieure est arrondie. L’extrémité caudale en fouet a disparu. Le corps
cylindroïde se termine par une pointe courte et massive. La larve
est contenue dans une gaine qui peut dépasser l’extrémité antérieure
de 32 g, 5 et l'extrémité postérieure de 100 g. Le tube digestif est
entièrement constitué. Le groupe de cellules apparu à la jonction cfe
l’œsophage et de l’intestin, a augmenté de volume. Les mouvements,
sans dépacemcnt du corps, ont une plus grande vivacité.
Figure 8. — La longueur s’est légèrement accrue : 800 g, la lar¬
geur a diminué : 30 g. J. a gaine dépasc l’orilice buccal de 5 g. La
bouché sous-cuticulairc est épaissie, la largeur du tube digestif dimi¬
nuée. L’extrémité antérieure du corps s'amincit. L’extrémité posté¬
rieure est arrondie. La larve s’agite vivement sur place et se meut très
lentement dans le champ du microscope. A ce stade, on la rencontre
dans les tubes de Mai. un. ni, dans la vacité générale et dans les mus¬
cles thoraciques.
Figure 0. — A la lin du neuvième jour, la dissection de la trompe
met en liberté une larve qui présente l’aspect d'un corps blanchà-
.tre, filiforme, de 937 g à un millimètre de longueur et 30 g de lar¬
geur, atténué à l’extrémité antérieure, brusquement terminé à l’ex¬
trémité ♦postérieure par une pointe mousse. L’extrémité céphalique ne
présente ni papilles, ni spinules d’aucune sorte. A un faible grossis¬
sement, la cuticule, les couches sous-cuticulaire et musculaire forment
une paroi épaisse. Le canal alimentaire, capable de contractions dans
la cavité cœlomique, commence à la bouche terminale et orbiculaire,
se continue par un oesophage de 246 g de longueur, un intestin qui
s’élargit à sa partie terminale pour se rétrécir brusquement et abou¬
tir à l’anus subterminal à 44 g de l’extrémité postérieure. Au niveau
de la jonction de l’œsophage et de l’intestin, sur la face ventrale,
quelques cellules différenciées forment une tache linéaire de 49 g de
longueur. Une tache de même nature, mais plus petite, apparaît sur
la face dorsale. Ces taches paraissent être un stade plus avancé des
cellules différenciées dès le 4e jour, interprétées comme l’ébauche des
organes génitaux. Au sortir de la trompe, cette larve est tantôt immo¬
bile, tantôt animée de lents mouvements de flexion et d’extension.
Toutes les microf ilaires ingérées par le Stégomyie dans un re¬
pas ne subissent pas la même évolution. Nous avons compté jus¬
qu’à 8o, 100 et 120 embryons en évolution dans les cinq tubes de
Malpighi. Quelques-uns arrivent le qe jour à leur dernier stade
dans la trompe. Le plus grand nombre des autres atteignent au
ioe jour le stade du 3e ou 4e jour. Certains conservent au 20e jour
97 —
l’aspect et la mobilité très vive qu’ils présentaient au moment de
leur sortie de l’estomac. Enfin, un nombre variable- succombent
pendant les 48 heures que dure la digestion et disparaissent avec
ses déchets. Il semble que l’évolution se rapproche d’autant plus
de la forme régulière que le nombre des parasites est moindre.
Nous n’avons jamais rencontré plus de 4 Pilaires dans la trompe
et de 4 ou 5 dans les muscles thoraciques sur un même insecte,
même dans les cas d’infection massive.
Il est facile de faire piquer plusieurs fois de suite le chien filarié
par les mêmes moustiques nourris avec des bananes, dans l’in¬
tervalle des repas, à la condition de laisser écouler trois ou quatre
jours entre chacun d’entre eux. Toutes les fois, les Stegomyia
attaquent le chien avec la même voracité en plein jour.
La durée de l’évolution de l’embryon dans l’hôte intermédiaire
dépend de la température ambiante. En juin, juillet et août, nous
avons obtenu la métamorphose complète en neuf jours, à la tem¬
pérature normale du laboratoire oscillant jour et nuit entre 31 0
et 350. Dans les premiers jours de septembre, au début de la
saison des pluies, brusquement, le thermomètre marquait de 31 0
à 230, dans les mêmes locaux. L’évolution complète n’était plus
réalisée même en 15 jours. Le nombre des moustiques infectés
était moindre. Les Pilaires restaient pour la plupart au stade
du 2e et 3e jour.
Nos expériences étant arrêtées par ce contretemps, nous avons
repris l’élevage et l’infestation des Stegomyia, devenus beau¬
coup plus rares, à l’étuve, à des températures variées, mais cons¬
tantes. Entre 34 0 et 37 °, l’évolution a repris sa marche normale
des mois de juillet et août. Entre 390 et 40°, les Stegomyia suc¬
combent en 24 heures. A l’étude réglée à 35 °, üs vivent aisément
un mois, nourris avec des bananes après plusieurs repas de sang.
Il paraît infiniment probable que la contagion de la filariose
sous-cutanée par le Stegomyia, s’effectue surtout pendant la sai¬
son chaude et humide, sans pluies abondantes, d’avril à août,
les conditions atmosphériques favorisent à la fois la vie prolon¬
gée des insectes infectés et la rapidité d’évolution du parasite
dans l’hôte intermédiaire. Ces deux conditions ne se réalisent
plus de septembre à mars, la. température moins élevée subissant
des variations brusques sous l’influence des pluies diluviennes,
du vent et des typhons.
- 98 -
Durée probable du passage de la filaire de l’état larvaire,
a l’état adulte dans le corps du chien.
Après avoir démontré: i° que l’évolution de l’embryon ne se
produit parmi les moustiques de la région, au moment de notre
observation, que, dans l’organisme du Stcgomyia fasciata ; 2° que
cette évolution est complète chez le Stcgomyia élevé au labora¬
toire et nourri sur un chien filarié ; 30 qu’elle ne s’observe pas.
sur les Stcgomyia qui ont piqué des animaux indemnes de fila-
rioses, — il restait à réaliser l’infection expérimentale d’un chien
par les Stcgomyia , éclos et infectés dans les conditions de nos.
précédentes observations.
Nous avons soumis à la piqûre des Stcgomyia , du 10e au
15e jour après le repas infectant, après avoir constaté sur des
témoins que l’évolution de la Filaire était normale, six jeunes
chiens, âgés de 10 jours, ne présentant pas de microfilaires dans
la circulation générale et nés de mères non filariées. Tous les
matins, pendant quinze jours, ces animaux étaient piqués par
4 ou 5 moustiques, qui se gorgeaient de sang, la succion se pro¬
longeant 5 minutes environ. Les chiens, placés dans la volière-
des moustiques, pour que ceux-ci choisissent librement l’endroit
de la piqûre, étaient ensuite enfermés avec leur mère dans une
grande cage grillagée. Six chiens témoins, du même âge, vi¬
vaient dans la même cage. Tous les chiens piqués ont succombé
dans les trente jours qui ont suivi l’infestation probable. Les té¬
moins ont survécu. A l’autopsie, on retrouvait dans le derme de:,
traces ecchymotiques des piqûres, mais pas de Pilaires en évo¬
lution.
Avant de reprendre cette expérience, qui, pour devenir démons¬
trative dans un pays où la filariose est endémique, demande de-
longues et minutieuses précautions, nous avons recherché à par¬
tir de quel âge les microfilaires apparaissent dans le sang des
chiens vivant en liberté dans les quartiers les plus gravement
infectés.
Sur plus de 300 chiens, les plus jeunes animaux infectés étaient
âgés d’un an. Les plus gravement atteints avaient plus de trois
ans. Or, il est probable que les jeunes chiens qui se défendent
mal contre les insectes piqueurs sont, dans les maisons indigènes,
une proie facile pour les Stcgomyia , moustiques domestiques..
Dans les quartiers où 30 % des chiens sont filariés, ce pourcen-
tage est relatif à l’ensemble des animaux de tout âge. En réalité,,
il y a 100 % de jeunes chiens au-dessous d’un an indemnes, et
50 à 60 % de chiens au-dessous d’un an infectés.
Si la Pilaire passait en quelques semaines du stade observé*
dans la trompe du moustique à l’état adulte à la période d’expul¬
sion des embryons dans la circulation générale, la proportion des
jeunes chiens filariés serait supérieure ou égale à celle des chiens
adultes. Il est donc vraisemblable que l’évolution de la Filaire est
très lente. Les jeunes chiens inoculés dans les premiers mois de¬
là vie ne présentent les microfilaires dans le sang qu’à l’âge
d’un an. La Filaire accomplit en neuf jours son évolution dans
l’hôte intermédiaire. Elle met 12 mois pour arriver au terme de-
son cycle évolutif dans l’hôte définitif. C’est sur cette base que
nous avons repris nos expériences d’infection expérimentale. Pour
être à l’abri de toute cause d’erreur, pendant une période d’obser¬
vation aussi longue, elles devraient être poursuivies dans une ré¬
gion où la maladie n’est pas endémique et où l’hôte intermédiaire-
n’existe pas en dehors du matériel expérimental.
Cependant toutes les Filaires n’évoluent pas avec la même len¬
teur. L’un de nous vient de constater l’existence d’une Filaire de
la chambre antérieure de l’œil du cheval (Forme jeune, d’après
Railliet et Henry, de Set-aria labiato-papillosa, Alessandrini,
1838), chez un poulain de quatre mois, et de deux femelles adul¬
tes de ce même parasite dans le péritoine d’un bufflon de trois-
mois.
*( Travail des Laboratoires de Bactériologie et des Epizooties *
à Hué.)
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Annals oj Tropical medicine and Parasitolgy , t. IV, n° 4.
Archiv für Schiffs-und Tropen-Hygiene, t. XVI, n° 24.
Archivo da Sociedade de medicina e cirurgia de Sâo Paulo ,
t. III, nos 9 et 10.
British medical Journal , nos 2712, 13, 14, 21, 28 déc.
Bulletin oj the Manila medical society, t. IV, n° 10.
Internationales Centralblatt für Tuberkulose-forschung, 30 sep¬
tembre 1912.
Journal of Royal Arrny Medical corps, t. XX, n° 1.
Journal of tropical medicine and hygiène, t. XV, n° 24, t. XVI,
n° 1.
Lepra, t. XIII, 11 0 2.
Philippine journal of science, t. VII, sec. B., n° 3, juin 1912.
Revue scientifique, 14, 21, 28 déc. 1912, 4 janv. 1913.
Sanidad y beneficencia, t. VIII, 1, 2, 3.
Transactions of the Society of tropical medicine and hygiene,
t. VI, n° 2.
Tropical diseases bulletin , t. I, n° 4.
Tropical veterinary bulletin, t. I, n° 1.
Tunisie medicale, t. II, déc. 1912.
VOLUMES ET BROCHURES.
Jemma et ses élèves, Cristina, Caronia et Cannata, 10 brochures
diverses.
Marie Phisalix. Modifications que la fonction \Ténéneuse impri¬
me à la tête osseuse et aux dents chez les serpents. An¬
des Sc. natur. Zoologie, extrait.
H. Werner. Ueber Naosalvarsan bei Malaria. Extrait de Deutsch.
medizin. Wochens.
Le Gérant : P. MASSON.
t-AVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET Cle
Tome VI.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 2
Séance du 12 février 1913
PAGES
Le Président . . . . ioi
A PROPOS DU PROCÈS-VERBAL
E. Jeanselme. — De la prophylaxie antisyphilitique réalisée par le sal-
varsan . 102
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
LES ÉTABLISSEMENTS
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Ëmily. — Saivarsari et syphilis. Discussion . . * . 104
Correspondance. *05
Election d’un membre titulaire . 105
Présentations. — Appareil pour administrer les médicaments aux bes¬
tiaux ..... 'i . 105
COMMUNICATIONS
R. Bayeux. — Efficacité des injections hypodermiques d’oxygène dans
les anémies tropicales . 130
J. Brault. — L’epithélioma chez les indigènes Arabes et Kabyles en
Algérie . J 33
E. Escomel. — Dysenterie à Trichomonas à Arequipa (Pérou1) ... 120
C. França. — Phlebotomus papatasii Scopoli et fièvre à Pappataci au
Portugal . . 123
A. Laveran. — Infections du cobaye, du lapin et du chat par la
Leishmania infcnitum . . 110
A. Lignos. — Un cas de fièvre réellement noire (kala-azar) observé à
Hydra . . . 114
A. Lignos. — L’infection par Leishmania des chiens de l’île d’Hydra . 117
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
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EXTRAIT DU RÈGLEMENT
Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
»
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt après la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
là Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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e, etc.
RÉCOMPENSES
r Exposition Internationale d’Hygiène . PARIS 1904.
BAILLES D’OU ) Exposition d’Agriculture Coloniale. . PARIS 1905.
( Exposition Universelle . MILAN 1906.
DAILLE D’ARGENT : Exposition Universelle . . LIEGE 1905.
RS CONCOURS, MEMBRE du JURY. BORD! AUX 1907. FRANCO BRITANNIQUE 1908.
LOME D'HONNEUR et MÉDAILLE D'OR : Exposition Internationale BRUXELLES 1910.
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L.-E. Migone. — Un cas de kala-azar à Asuncion (Paraguay). . . .118
R. Newstead. — Phlebotomus from West Africa . 124
Ch. Nicolle et L. Blaizot. — Courte durée de l’immunité dans la fièvre
récurrente expérimentale. L’épreuve croisée est sans valeur pour
différencier les spirochètes . 107
Ch. Nicolle, L. Blaizot et E. Conseil. — Du rôle négatif des poux
dans la transmission expérimentale de la fièvre des tiques .... 106
E. Roubaud. — Etudes biologiques sur les Auchméromyies . 128
E. Roubaud. — Quelques mots sur les Phlebotomes de l’Afrique Occi¬
dentale française . . . 126
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Sixième année
1913
N° 2.
BULLETIN
DE LA
\
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1 9 1 3 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Le Président. — Le nombre des travaux qui nous sont envoyés
augmente sans cesse ; il faut nous en féliciter, mais il faut recon¬
naître aussi que les communications qui nous sont faites dépassent
trop souvent l’étendue réglementaire; certains numéros de notre
Bulletin ont pris déjà un volume un peu exagéré, ce qui a eu pour
conséquence une augmentation sensible des frais d’impression.
Dans ces conditions, je crois devoir appeler l'attention de tous
les membres de la Société sur l’article 25 de notre Règlement, qui
est ainsi conçu :
« Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Iilles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression;
20 pour les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
« Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du
Bureau de la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que
possible dans le volume de l’année. »
Il ressort de cet article que nous ne sommes tenus à publier
dans le numéro du Bulletin du mois que les notes, présentées en
séance, qui ont l’étendue réglementaire. Quant aux mémoires dont
la publication a été autorisée, leur impression peut très bien être
ajournée, et les auteurs qui nous envoient des travaux dépassant
l’étendue réglementaire des notes ne doivent pas perdre de vue
que la publication de leurs travaux, alors même qu’elle est auto¬
risée par le Bureau, peut être différée.
A propos du procès-verbal
De la prophylaxie antisyphilitique
réalisée par le Salvarsan
Par K. JEANSELME. <
•L’intéressante communication de MM. Mouchet et Dubois
attire l’attention de la Société sur l’emploi du Salvarsan dans le
traitement de la syphilis et du pian.
Si, pour mettre à l’abri des récidives, les syphilitiques qui ont
dépassé le stade primaire, un traitement soutenu et étroitement
surveillé est indispensable, il suffit d’une série unique d’injec¬
tions faites a doses et intervalles convenables pour enrayer
l’évolution de la syphilis, quand elle ne se traduit encore que par
un chancre induré.
Treize syphilitiques, en période primaire, hospitalisés dans
mon service, ont reçu une quantité moyenne de 2 grammes de
salvarsan, répartie en 4 ou 5 injections intraveineuses faites de-
huit en huit jours. Ces malades ont été étudiés par tous les
moyens d’investigation dont la clinique et le laboratoire dispo¬
sent à l’heure actuelle. Durant une période d’observation qui n’a
jamais été moindre de cinq mois, et qui, pour certains, s’est pro¬
longée pendant 12, 13, 16, 17 et même 24 mois, il ne m’a pas été
possible de dépister le moindre indice pouvant faire supposer
que la svphilis est encore en activité.
Or, ces résultats ont été confirmés par la réaction de Was¬
sermann et la ponction lombaire faites en série, pendant des mois
et même des années.
* *
Mais le rôle prophylactique du 606 égale au moins son rôle
curateur. A la suite d’une seule injection de 0,30 à 0,40 cg. de
salvarsan, les syphilides érosives de la gorge et de la vulve se cica¬
trisent en 5 à 6 jours, les plaques hypertrophiques s’aplanissent
— io3
et se couvrent d’épiderme en une dizaine de jours. Or, ces acci¬
dents humides de la période secondaire sont, bien plus que le
chancre, les agents de dissémination de la syphilis.
Combien de temps faut-il pour que ces manifestations éminem¬
ment contagieuses cèdent à la médication classique? Environ 5 à
12 semaines. Et pendant ce laps de temps, il faut hospitaliser les
malades, les prostituées tout au moins, pour éviter qu’elles ne
sèment la contagion. Encore, beaucoup d’entre elles se soucient
fort peu des dangers qu’elles font courir à la population saine;
elles refusent de suivre un traitement aussi prolongé ou bien, après
l’avoir accepté, elles se ravisent pour un motif futile et réclament
leur exeat.
Il y a donc tout intérêt à « blanchir », à « stériliser » mornen-
tanément les prostituées. Par sa puissance et sa promptitude
d’action, le 606 est l’arme prophylactique par excellence. Il l’em¬
porte, sans conteste, sur tous les autres agents spécifiques.
Une longue expérience m’a appris qu’après une ou deux injec¬
tions de 606, les retours de virulence ne sont pas plus précoces
qu’à la suite d’une longue cure mercurielle. Il ressort de l’examen
de mes cahiers d’observations que la période d’inactivité ou de
silence consécutive à une injection de 606 est rarement moindre de
trois mois, et qu’elle est souvent de 6 mois, 1 an, voire de 2 ans.
Je ne saurais donc trop conseiller l’emploi du 606 aux médecins
qui sont chargés d’assurer la prophylaxie publique dans les colo¬
nies. Tous ceux qui savent combien la syphilis fait de victimes
parmi nos soldats, nos colons et nos fonctionnaires, seront de
mon avis, j’en ai la conviction.
&
Nul médicament antisyphilitique n'a sur la grossesse une ac¬
tion aussi bienfaisante. Loin d’en interrompre le cours, loin de
provoquer l’avortement, le salvarsan permet de mener à bien une
gestation qui, sans son emploi, se serait terminée presque 'infail¬
liblement par la mort du fœtus.
Cette conviction, je la puise dans ma statistique personnelle,
dont voici les conclusions :
i° Quatorze femmes mises en traitement par le salvarsan à des
époques variables de la grossesse ont toutes accouché’, sans ex¬
ception, d’un enfant vivant;
— 104 —
2° Ces enfants étaient tous en vie le huitième jour après leur
naissance ;
3° Quatre d’entre eux ont succombé dans la suite^ mais em¬
portés par d’autres maladies que la syphilis.
Or, il résulte des statistiques publiées par les accoucheurs, que
les femmes, en période active de syphilis, et soumises au traite¬
ment mercuriel ou mixte pendant la gestation, avortement ou don¬
nent naissance à des morts-nés dans la proportion de 74 %.
L’hérédo-svphilis est, avec la variole et le paludisme, l’un des
principaux facteurs qui limitent l’accroissement des races indigè¬
nes. Il en résulte une pénurie de la main-d’œuvre qui retarde la
mise en valeur de notre domaine colonial. Au point de vue éco¬
nomique comme au point de vue humanitaire, il est donc néces¬
saire d’assurer la prophylaxie antisyphilitique.
*
* *
Mais, je m’empresse d’ajouter que le 606 n’est pas un médica¬
ment qui puisse être utilisé dans la brousse. Y recourir en dehors
des centres coloniaux qui possèdent un Institut Pasteur ou tout
autre établissement similaire pourvu d’un laboratoire bien ou¬
tillé où la solution peut être préparée au moment même de l’em¬
ploi, serait exposer les malades à des accidents graves et peut-
être mortels. Il va sans dire que le praticien respectera les contre-
indications et qu’il possédera la technique assez délicate de l’injec¬
tion intra-veineuse.
Sous ces expresses réserves, je crois que le (>06 peut rendre
d’inappréciables services à la cause coloniale.
J’estime que notre Société ferait œuvre utile en discutant cette
importante question.
M. Emily. — J’ai eu l’occasion, étant médecin-chef de l’hôpi¬
tal de Dakar, d’injecter deux fois de l’arsénobenzol à des Euro¬
péens présentant des accidents syphilitiques primaires.
Ces deux malades étaient tous deux très impaludés et anémiés.
Ils ont néanmoins très bien supporté cette injection, et les ac¬
cidents qu’ils ont présentés (vomissements, frissons, fièvre)
n’ont eu aucune gravité. Les résultats ont été immédiats et très
heureux. Chez l’un et chez l’autre le chancre a très rapidement
disparu, et les accidents secondaires ne se sont pas produits du¬
rant leur séjour à l’hôpital.
— io5 —
Je n’ai jamais eu l’occasion d’employer le 606 sur des indi¬
gènes.
Correspondance
M. Kitasato, nommé membre honoraire; MM. Lie et Piraja
da Silva, nommés membres correspondants, adressent des remer¬
ciements à la Société.
Election d’un membre titulaire
M. Langeron est élu membre titulaire à T unanimité des suf¬
frages exprimés.
Présentation
M. Mesnil. — La communication, faite à la séance du 12 juin
1912, par notre collègue M. Pécaud sur le traitement des trypa¬
nosomiases animales, a attiré l’attention de M. le vétérinaire mi¬
litaire Meuleman, professeur à l’Ecole de Médecine tropicale de
Bruxelles. Il a été frappé des difficultés que M. Pécaud signa¬
le, concernant l’administration de l’orpiment chez les bovidés.
M. Meuleman m’a écrit et m’a envoyé un tiré à part de la com¬
munication que M. Derumier, médecin-vétérinaire à Bruxelles, a
publiée sous le titre: « Un procédé nouveau pour administrer les
médicaments aux chevaux et aux bestiaux » (1). M. Derumier
décrit un appareil destiné à porter facilement les substances médi¬
camenteuses sur la face dorsale du corps de la langue. Je présente
à la Société l’appareil qui m’a été envoyé par M. Derumier et
dont M. Meuleman dit le plus grand bien.
(1) Cette communication, présentée à la Société de Médecine vétérinaire
du Brabant, le 3 iuillet 1910, a paru dans le numéro d’août-septembre 1910
des Annales de Médecine vétérinaire.
COMMUNICATIONS
Du rôle négatif des poux dans îa transmission
expérimentale de la fièvre des tiques
Par Charles NICOLLE, L. BLAIZOT et E. CONSEIL.
Nos expériences de Lan passé ( Comptes-Rendus de V Academie
des Sciences, io juin et 26 août 1912) ont démontré le rôle joué
par les poux dans la transmission de la fièvre récurrente du Nord
de l’Afrique. Sept lots de ces insectes, nourris sur des hommes
malades ou des singes infectés, ont présenté d’une façon cons¬
tante, quoique sur un nombre variable d’individus, une même évo¬
lution des spirilles ingérés: désagrégation très précoce, aboutis¬
sant cà une disparition apparente totale en quelques heures; pé¬
riode silencieuse de sept jours environ, sans présence de parasi¬
tes décelables à l’ultramicroscope; -réapparition, vers le 5e jour,
dans la cavité lacunaire, de spirilles typiques, virulents pour
l’homme ou le singe; persistance de ces spirilles pendant 8 à
12 jours, suivie de leur disparition définitive.
11 était intéressant de chercher si‘ les poux jouaient un rôle
analogue dans la transmission des autres spirilloses humaines.
Grâce à l’obligeance de M. le Pr Mesnil, que nous sommes heu¬
reux de remercier ici, nous avons pu réaliser cette expérience
avec le virus de la fièvre des tiques.
Seuls, le sang de l'homme ou celui des singes peuvent être
utilisés pour la nourriture des poux; nous avons dû, par consé¬
quent, avant toute autre chose, obtenir l’infection d’un singe.
Cela nous a été assez difficile, le virus avec lequel nous opérions
ayant, du fait de passages répétés par souris, perdu presqu 'en¬
tièrement sa virulence pour tout autre animal. Nous y sommes
parvenus cependant en réalisant, par l’inoculation intraveineuse
du sang total de cinq souris, l’infection d’un jeune lapin et en
inoculant ir cm3 du sang de celui-ci dans la cavité péritonéale
d’un très jeune bonnet chinois.
Ce singe a présenté une infection grave d’une durée de trois
jours, suivie d’une cachexie mortelle.
Le premier jour de son infection alors que les spirilles étaient
très nombreux dans son sang, nous avons nourri sur lui, matin
et soir, un lot important de poux du corps. L’examen à l’ ultra¬
microscope des poux détachés du singe montrait la présence de
spirilles abondants; ceux-ci n’ont pas tardé à dégénérer; au bout
de deux heures, tous étaient devenus invisibles.
Les poux survivants, au nombre de ioi, furent nourris en¬
suite pendant 15 jours, matin et soir, sur une personne de bonne
volonté et conservés, dans l’intervalle des repas, en chambre hu¬
mide à 28°, suivant la technique indiquée par nous dans nos
notes précédentes.
Au 8e jour, date ordinaire de la réapparition des spirilles chez
les poux infectés avec le virus de la fièvre récurrente nord-afri¬
caine, nous en sacrifions quatre, que nous examinons à l’ultra¬
microscope ; aucun ne montre de spirilles. Mêmes résultats néga¬
tifs sur 6, puis 10, 8, 12 et 19 poux, sacrifiés les 9e, 10e, 11e,
12e et 15e jours. Au total, 59 poux (22 mâles, 37 femelles) exami¬
nés du 86 au 15e jour.
Cette expérience, exécutée dans les mêmes conditions que les
nôtres de l’an passé, semble prouver que le pou ne joue point de
rôle dans la transmission de la fièvre des tiques. 11 y a toutefois
lieu de remarquer que le virus employé par nous, très affaibli
dans sa virulence pour le singe, par suite de son long entretien
sur souris, n’est peut-être pas absolument comparable au virus
naturel de l’homme.
(. Institut Pasteur de Tunis.)
Courte durée de l'immunité dans la fièvre
récurrente expérimentale. Valeur nulle
de l’épreuve de l’immunité croisée pour
la distinction des spirochètes du
groupe “ Obermeieri
Par Charles NICOLLE et L. BLAIZOT.
L’épreuve de la vaccination croisée a été donnée comme un
moyen de distinguer les diverses races de spirochètes du groupe
Obermeieri . Nous avons déjà montré dans une note antérieure
(Soc. de Pathologie exotique , 1912, p. 475) le peu de valeur qu’il
convenait, selon nous, d’attribuer à ce procédé. Alors que, se
basant sur ses résultats, certains auteurs ont multiplié les races
de spirochètes pour une même région ou pour des régions tout
à fait voisines, Uhlenhuth et Haendel, puis Strong n’ont pu,
par son emploi, distinguer l’un de l’autre des spirochètes d’ori¬
gine manifestement différente: russe et amérisain (U. et H.), eu¬
ropéen, américain et hindou (S.). Nous-mêmes, d’autre part,
nous avons publié ( loc . cil.) l’observation d’un singe (bonnet
chinois T), réinfecté huit mois après la première atteinte expéri¬
mentale par l’inoculation d’un virus de même origine que le pre¬
mier (tripolitain). En outre, nous avions signalé, en même temps
que le nôtre, les résultats analogues obtenus déjà par Mathis
et Leger avec leur virus tonkinois, mais après des intervalles
sensiblement plus longs (20 et 23 mois).
Nous rapportons aujourd’hui plusieurs observations nouvelles
du même genre.
L’occasion d’un cas isolé de fièvre récurrente, observé sur un
Tripolitain à l’hôpital Sadiki de Tunis, en décembre 1912, nous
a permis d’éprouver l’immunité de plusieurs singes, infectés au
cours de nos recherches de l’été précédent, avec un virus de mê¬
me origine. (Tous les virus tunisiens, nous l’avons déjà montré,
sont d’origine tripoli taine).
Nous avons pratiqué l’inoculation du sang du malade à un pre¬
mier singe (Bonnet XXIV), puis nous avons fait un passage de ce¬
lui-ci à un second singe (Bonnet XXV) et, lorsque les spirochètes
sont apparus nombreux dans le sang de celui-ci, au 3e jour de l’in¬
fection, nous avons pratiqué sur lui une large saignée cardiaque
qui nous a permis d’inoculer des doses égales de 4 cm3 de sang
dans la cavité péritonéale de huit singes guéris depuis l’été passé.
Les résultats ont été les suivants (1):
Bonnet IL — lre inoculation, le 2G février 1912, avec G cm3 de sang
d’un malade. Infection moyenne, présence de snirillcs dans le sang
les 28 février, 1er et 2 mars; rechute d’une durée d’un jour, le 11 mars.
Inoculation d’épreuve, le 11 décembre 1912. Résultat négatif.
Temps écoulé du jour de la guérison de la première infection (dernier
(1) Le numérotage des animaux est celui de nos notes antérieures sur
la spirillose humaine (expériences 1912). On trouvera les courbes thermiques
de la première infection de la plupart de ces singes dans notre article des Ar¬
chives de ITnstîtut Pasteur de Tunis (1912, Fasc. IV, p. 201).
jour de la présence des spirilles) à celui de l’inoculation d'épreuve :
neuf mois.
Bonnet IV. — lre inoculation, le 30 mars, avec 5 cm3 de sang d’un
malade. Infection moyenne, présence de spirilles dans le sang du
31 mars au 3 avril.
Inoculation d’épreuve, le 11 décembre. Infection grave, présence
de spirilles du 12 au 15 décembre.
Temps écoulé du jour de la guérison de la première infection à
celui de l’inoculation d’épreuve : huit mois et demi.
Bonnet XVIII. — lre inoculation, le 27 avril, avec 4 cm3 de sang
d'un malade (rechute). Infection moyenne, présence de spirilles les
28, 29 et 30 avril.
2e inoculation, le 14 mai, avec 4 cm3 du sang très virulent du bon¬
net VI (témoin le bonnet XI infecté), soit 15 jours après la fin de la
première infection. Résultat négatif au bout de ce délai très court.
Inoculation d’épreuve, le 11 décembre. Infection intense, présence
de spirilles du 12 au 15 décembre.
Temps écoulé du jour de la guérison de la première infection à celui
de l'inoculation d’épreuve : sept mois et demi.
Bonnet VI. — lre inoculation, le 14 mai, avec 4 cm3 du sang d’un
lapin (10e passage par lapin). Infection grave, présence de spirilles
du 15 au 19 mai.
Inoculation d’épreuve, le I 1 décembre. Résultat négatif.
Bonnet XIX. — lre inoculation, le 16 mai, avec un pou reconnu at¬
teint de spirillose, au 15e jour après le repas infectant. Infection fai¬
ble, présence de spirilles les 20 et 21 mai.
Inoculation d’épreuve, le II décembre. Infection prave, présence
de spirilles du 12 au 16, cachexie consécutive et mort le 28 décembre.
Temps écoulé du jour de la guérison de la première infection à celui
de l’inoculation d’épreuve : moins de sept mois.
Bonnet XI. — lre inoculation, le 17 mai, avec 5 cm3 du sang du
bonnet VI (1er passage par singé après 10 passages par lapins).
Infection intense, présence de spirilles du 15 au 21 mai ; rechute d’un
jour le 29 mai.
Inoculation d’épreuve, le 11 décembre. Résultat négatif.
Temps écoulé du jour de la guérison de la première infection à
celui de l’inoculation d’épreuve : six mois et demi.
Bonnet XX. — lre inoculation, le 10 juin, avec 6 cm3 de sang du
bonnet XXI (8e passage par singes après 10 passages par lapins). In¬
fection intense, présence de spirilles du 11 au 15 juin.
Inoculation d’épreuve, le 11 décembre. Infection moyenne, présen¬
ce de spirilles les 12, 13 et 14, puis rechute grave avec présence de
spirilles du 23 au 27 décembre.
Temps écoulé du jour de la guérison de la première infection à
celui de l’inoculation d’épreuve : un peu moins de six mois.
Rhésus 11. — Le cas de ce singes est spécial. Inoculé avec
5 cm3 du sang d’un malade convalescent de fièvre récurrente, il avait
résisté à l’inoculation, pratiquée 20 jours plus tard, d'un virus très
actif (sang du magot I, 6e passage par singes après dix passages par
lapins).
Eprouvé le 11 décembre, soit après un délai de sept mois , il montre
une infection intense avec présence de spirilles les 12, 13 et 14 dé¬
cembre.
En résumé, si nous laissons de côté l’observation de ce dernier
singe, nous voyons qu’une première inoculation virulente a im¬
munisé trois singes sur sept contre l’inoculation d’épreuve d’un
virus de même origine, pratiquée à des intervalles de q, 7 et
6 mois et demi, tandis que les quatre autres singes, éprouvés avec
le même virus de contrôle, ont été infectés au bout des délais de
8 mois et demi, 7 mois et demi, moins de 7 et moins de 6 mois
après guérison de leur premèire infection.
Il nous a paru qu’une première atteinte avait d’autant plus de
chance de conférer une immunité durable que le virus était plus
actif, l’infection plus intense ou plus prolongée ou qu’elle était
suivie d'une rechute. Mais ces conditions sont loin d’être abso¬
lues et ne touchent en rien la conclusion formulée au début de
cette note. L’épreuve dite des immunités croisées ne saurait être
admise comme un moyen de distinguer des espèces dans le grou¬
pe des spirochètes du groupe O b crm ci cri.
Les courbes thermiques et les observations détaillées de nos
animaux d’expériences seront publiées dans un mémoire plus
complet à paraître dans les Archives de V Institut Pasteur de
Tunis.
( Institut Pasteur de Tunis.)
O
Infections du cobaye, du lapin et du chat
par la <r Leishmania infantum ’ '
Par A. LAVER AN.
1
Je me propose de résumer, dans cette note, l’état de nos con¬
naissances au sujet des infections produites par la Leishmania
infantum chez le cobaye, le lapin et le chat.
#
* *
Cobaye. — En 1909, nous avons montré, M. Pettit et moi,
qu’on pouvait provoquer chez les cobayes des infections légères
en leur inoculant, dans le péritoine, le produit du raclage ou du
broyage d’organes provenant d’animaux infectés de kala-azar (1).
59 jours après l’inoculation, on trouvait encore dans la cavité
péritonéale d’un, cobaye des Leishmania typiques, susceptibles de
donner des éléments flagellés dans le milieu de Novy simplifié.
Franchini a obtenu une infection générale chez un jeune co¬
baye après injection, dans le péritoine, de i cm1 2 3 4 de culture de
Leishmania de 8e passage et du 15e jour environ. L’animal, qui
avait beaucoup maigri, fut sacrifié 26 jours après l’inoculation
et, dans les frottis de la rate, du foie, de la moelle osseuse et du
sang, on trouva des Leishmania typiques, plus nombreuses dans
les frottis de la rate que dans les autres (2).
Mais, ; à côté de ces faits positifs, on peut citer des faits néga¬
tifs en plus grand nombre.
Ch. Nicolle a inoculé sans succès 4 cobayes avec de la pulpe
d’organes riches en Leishmania injantum (3).
Ch. Nicolle et L. Blaizot ont inoculé 4 très jeunes cobayes
dans la jugulaire externe avec des cultures de L. injantum ] les
cobayes sacrifiés du 15e au 80e jour après l’inoculation n’ont pas
montré de Leishmania (4).
Pour ma part, j’ai eu des résultats négatifs chez 2 cobayes ino¬
culés dans le foie avec la pulpe d’organes d’un chien infecté de
kala-azar, chez un cobaye inoculé, dans le péritoine, avec la séro¬
sité péritonéale d’un cobaye infecté et chez 4 cobayes ayant reçu,
dans le foie, dans le péritoine ou sous la peau, de fortes doses
de cultures de L. injantum. Un cobaye inoculé dans le péritoine
avec la pulpe d’organes d’un chien infecté de kala-azar a eu une
infection légère, localisée au péritoine.
*
* *
Lapin. — Volpino a réussi à provoquer, chez un lapin, une
kératite parenchymateuse en déposant, sur la cornée scarifiée, de
la moelle osseuse d’un chien infecté de kala-azar. Au bout de
3 mois, la cornée était opaque, d’un blanc rosé et, sur les frottis,
on vovait des Leishmania typiques, incluses dans de gros mono¬
nucléaires (5).
•
(1) A. Laveran et A. Pettit, Soc. de Biologie , 3 juillet 1909.
(2) G. Franchini, Paihologica, ier juin 1911, et München, mediz. Wo~
chenschr., 1911, n° 39.
(3) Ch. Nicolle, Ann. I>ist. Pasteur, 1909, t. XXIII, p. 441.
(4) Ch. Nicolle et L. Blaizot, Soc. de pathol. exotique, 13 novembre 1912.
{5) G. Volpino, Patholo'gica, ier février 1911.
I 12
Mantovani a obtenu une infection généralisée chez un lapin
auquel il avait injecté, dans la veine marginale d’une des oreil¬
les, i cm1 2 3 de culture de Leishmania infantum. L’animal, qui
avait beaucoup maigri, fut sacrifié 20 jours après l’inoculation et,
sur les frottis des organes, on trouva des Leishmania; les ense¬
mencements en milieu de culture donnèrent aussi des résultats
*
positifs (1). L’évolution de l’infection dans ce cas a été particuliè¬
rement rapide.
Ch. Nicolle ( op . cit.) a inoculé sans succès 2 lapins avec de la
pulpe d’organes d’animaux infectés de kala-azar.
Ch. Nicolle et Blaizot (op. cit.) ont inoculé à 4 jeunes lapins,
dans les veines, des cultures de Leishmania infantum ,* les la¬
pins, sacrifiés du 15e au 80e jour après l’inoculation, étaient in¬
demnes.
Deux jeunes lapins inoculés par moi dans le péritoine avec la
pulpe d’organes d’un chien infecté de kala-azar ne se sont pas
infectés.
11 en a été de même de deux jeunes lapins qui ont reçu chacun
dans la moelle osseuse, dans le foie ou dans le péritoine, 30 cm3
(en 4 fois) de cultures très riches de L. infantum , et de 2 lapins
qui ont reçu chacun, dans les veines marginales des oreilles, 5 in¬
jections de 1 à 2 cm3 de cultures très riches de L. infantum.
*
Chat. — Ed. et Et. Sergent, Lombard et Quilichini ont pu¬
blié, en 1912, une note intitulée: « La leishmaniose à Alger;
infection simultanée d’un enfant, d’un chien et d’un chat dans
la même habitation » (2). Le chat dont il est question dans ce
travail était âgé de 4 mois environ, il fut sacrifié et on trouva dans
la moelle du fémur de très rares Leishmania extra-globulaires.
C’est je crois le seul fait de leishmaniose naturelle du chat qui
ait été publié.
Nicolle rapporte que, sur 51 chats provenant de la fourrière de
Tu nis ou caoturés à Gafsa, aucun ne fut trouvé infecté de Leish¬
mania (3). Le même observateur a inoculé sans succès 4 chats
avec la pulpe d’organes d’animaux infectés de kala-azar.
(1) M. Mantovani, même Fec., 15 juillet 1912.
(2) Bullet. Soc. de Path. exotique, février iqt2, t. IV, p. q^.
(3) Ch. Nicolle, Ann. de VInst. Pasteur, juin 1909, t. XXIII, p. 467.
A plusieurs reprises, j’a essayé d’inoculer le kala-azar à des
•chats et les résultats des inoculations ont toujours été négatifs.
Le 6 mai 1909, 3 chats âgés de 8 jours environ sont inoculés
avec la pulpe du foie d’un chien infecté de kala-azar; chez un des
chats, la pulpe est inoculée sous la peau, chez les 2 autres l’ino¬
culation a lieu dans le péritoine et dans le foie. Les 3 chats restent
indemnes; chez le chat inoculé dans le péritoine, on n’observe
même pas le développement local des Leishmania, qui est com¬
mun chez d’autres animaux (souris, rats, cobayes).
3 jeunes chats inoculés au mois de mai 1912, chacun à trois re¬
prises, dans le foie, avec de fortes doses de cultures de Leishma¬
nia infantum , très riches en flagellés, ne se sont pas infectés. Non
seulement on ne voyait pas de Leishmania dans les frottis de
rate, de moelle osseuse et de foie, mais les tubes du milieu de
Novy simplifié ensemencés avec la moelle osseuse et la rate ou
le foie restèrent stériles.
Ch. Nicolle et L. Blaizot ont inoculé dans la jugulaire ex¬
terne d’un jeune chat le liquide fourni par 6 tubes de culture de
L. infantum ; le résultat de cette inoculation a été négatif (1).
Au mois d’août 1912, j’ai examiné le contenu de i2^puces
capturées sur un des chats inoculés, au mois de mai 1912, avec
des cultures de L. infantum, et chez lesquels je n’ai jamais cons¬
taté trace d’infection. Dans le frottis fait avec le contenu d’une des
puces appartenant à l’espèce Ctenocephalus canis (2), j’ai trouvé
des éléments parasitaires nombreux ayant la plus grande ressem¬
blance avec des Leishmania. Ces éléments, de forme arrondie ou
plus souvent ovalaire, mesurent de 2 à 6 y de long sur 2 à 4 y de
large, ils sont souvent groupés en rosaces. Dans le protoplasme,
qui se colore faiblement en bleu par le Giemsa, on distingue un
karyosome principal arrondi ou ovalaire et un karyosome acces¬
soire souvent allongé en bâtonnet. Je n’ai pas vu de formes mu¬
nies de flagelles, néanmoins il ne me paraît pas douteux que ces
parasites doivent être rapportés aux trypanosomides qui ont été
décrits chez différentes espèces de puces, notamment par Patton,
en 1908, chez Ctenocephalus felis, puce qui doit être probable¬
ment identifiée à Ct. canis, par A. Porter chez Pulex if ri-
(1) Ch. Nicolle et L. Blaizot, Soc. de path. exot., 13 novembre 1912.
(2) Détermination due à M. Roubaud.
tans (i) et par W. Nôller chez 12 % des Cl . canis examinés par
lui (2). Si le chat avait été infecté de leishmaniose, on eût été
évidemment tenté de supposer que les éléments parasitaires trou¬
vés chez la puce devaient être rapportés à L. infantum.
*
* *
Il résulte des faits exposés ci-dessus, que l’inoculation de la
Leishmania infantum au cobaye et au lapin échoue le plus sou¬
vent, mais qu’elle peut réussir dans des conditions encore mal
déterminées.
Laveran et Pettit ont déterminé des infections légères chez le
cobaye par l’injection dans le péritoine de pulpe d’organes pro¬
venant d’un animal infecté de kala-azar.
Franchini chez un cobaye, et Mantovani chez un lapin, ont
produit des infections généralisées en injectant, le premier dans le
péritoine, le second dans la veine marginale de l’oreille, 1 cm1 2 3
de culture de L. infantum. D’autres observateurs en employant
la même technique n’ont eu que des résultats négatifs, ce qui
s’explique probablement par ce fait que la virulence des cultures
de L. infantum varie avec le nombre des passages et avec l’âge
des cultures. Ces variations de virulence rendent fort difficile
l’étude expérimentale de L. infantum .
Chez le chat, l’infection naturelle par la L. infantum paraît ex¬
trêmement rare; l’infection expérimentale a toujours échoué.
lin cas de fièvre réellement noire
(Kala-azar) observé à Hydra (3)
» »
Par Antoine LIGNOS.
Dans les premiers jours du mois de décembre 1911, une petite
fille, nommée Métaxo Coquesa, âgée d’un an, fut atteinte de fièvre
continue, qui se transforma quelques jours après en fièvre inter¬
mittente quotidienne, dont les accès se déclaraient dans l’après-
midi et ne duraient que 5 à 6 heures.
(1) A. Porter, Parasitology, octobre 1911.
(2) \V. Nôller, Arch. /. Protistenkunde, 17 mai 1912.
(3) Kala-azar veut dire fièvre noire
L’enfant commença à devenir pâle; la rate, qui, les premières
semaines, n’était pas perceptible à la palpation, commença peu à
peu à augmenter de volume, et le 6 février 1912, elle dépassait le
rebord costal de quatre travers de doigt.
Une ponction de cet organe, faite le même jour, décela la pré¬
sence de très rares corps de Letshman. Mais, depuis ce jour, la fiè¬
vre devint continue et s’éleva fortement, tandis que l’enfant était
très agitée. Cet état nous fit craindre quelque accident dû à la
ponction, mais il n’en était rien, car le 11 février, un écoulement
de l’oreille gauche qui donna à l’enfant un peu de calme, vint dis¬
siper nos craintes.
Cependant la fièvre continuait, la rate devenait de plus en plus-
volumineuse, le foie commençait à grossir et l’enfant s’anémiait de
plus en plus. C’est ainsi que le 25 février, ayant procédé à l’exa-
* 0
men du sang, nous avons compté 1.300.000 globules rouges con¬
tre 8.125 globules blancs.
Le 5 mars, un écoulement
purulent et sanguinolent en même
temps s’est manifesté à l’oreille
droite.
A partir de ce jour la petite mala¬
de alla de plus en plus mal et l’état
qu’elle présentait le 10 mars, dé¬
peint en quelques lignes, était le*
suivant :
Le visage d’une extrême pâleur ;
les lèvres blanches, les pavillons
des oreilles également blancs; les
conjonctives d’un bleu foncé. On
eût dit une poupée en cire blanche..
L’écoulement de l’oreille, un écou¬
lement blanchâtre, persistait. Le
ventre était gros, mais ne présen¬
tait pas de réseau veineux. Le foie,
dont l’augmentation de volume
était énorme, touchait à la crête ilia¬
que droite; la rate descendait jus¬
qu’à la crête iliaque gauche (1); les
membres étaient œdémateux.
(1) Voir la photographie ci-jointe.
L’état général était des plus graves ; l’enfant, immobile dans les
bras de sa mère et les yeux continuellement fermés, était en proie
à une dyspnée continue (72 respirations et 150 pulsations par mi¬
nute).
7 *
Le 11 mars, nous avons constaté un phénomène des plus cu¬
rieux: l’enfant présentait au visage quelques reflets noirs; les
jours suivants le teint noirâtre du visage s’accentua de plus en
plus et s’étendit sur tout le corps, mais là à un degré moindre.
L’enfant offrait l’aspect que présente une bougie légèrement enfu¬
mée par sa flamme agitée par le vent; elle rappelait l’aspect que
présentent nos doigts lorsque nous grattons un crayon pour en
rendre la pointe fine.
Quelques jours après, la rate commença à se rétracter et à flé¬
trir, signe infaillible de l’approche de la mort qui, en effet, survint
le 20 mars, à 7 heures du matin.
A l’ouverture du cadavre, le foie dépassait le rebord costal de
trois travers de doigt; la rate le dépassait d’un travers de doigt
seulement. Les dimensions du foie prises sur sa face inférieure
étaient de 11 cm. dans le sens antéro-postérieur, 13 en sens trans¬
verse, et sa plus grande épaisseur était de 6 cm. La rate avait
comme dimensions 9 cm. en longueur, 6 1/2 en largeur et 4 1/2 de
plus grande épaisseur. Les reins étaient œdémateux, la lon¬
gueur du rein droit était de 8 cm., celle du rein gauche de 7 cm.
Pas de liquide dans le péritoine, ni d’ulcérations intestinales.
Dans les cavités pleurales, il existait une petite quantité de liquide
évaluée à 30 cm3 pour chacune. Dans le péricarde il existait éga¬
lement une petite quantité de liquide évaluée à 15 cm3. Les pou¬
mons en arrière et en bas étaient fortement congestionnés, mais
à la coupe, ils ne présentaient pas de foyers de broncho-pneumo¬
nie.
Les frottis de la rate, du foie et de la moelle du fémur conte¬
naient les corps de Leishman.
A l’autopsie exécutée à 8 heures du soir, et à la lueur d’une bou¬
gie, on pouvait très bien discerner la pigmentation noire, princi¬
palement au visage.
Nous avons cru intéressant de noter ce dernier fait, qui, il est
vrai, a été observé depuis très longtemps par les médecins (1)
(1) Voir Paiîissis et Tetsis. De l’île d’Hydra au point de vue médical, et
particulièrement du Tsanaki, maladie spéciale de l’enfance, Paris, 1881. Im¬
primerie Moouet.
— 1 17
«d’Hydra, mais, d’après ce que nous savons, n’a pas encore été
relaté par les auteurs qui s’occupent du kala-azar méditerranéen.
L’infection par Leishmania
des chiens de l’île d’Hydra
Par Antoine LIGNOS.
La population d’Hydra ne dépasse pas 6.000 âmes et le nom¬
bre annueLdes naissances n’est pas supérieur à 120. Cependant,
on constate tous les ans qu’une dizaine d'enfants sont atteints de
kala-azar, ce qui montre à quel point cette maladie y est répandue.
11 est hors de tout doute que la Leishmaniose infantile est plus
fréquente à Ilydra que dans tout autre pays à kala-azar.
Comme M. Charles Nicolle a démontré l’existence de cette
infection chez le chien et a admis l’origine canine de la maladie
infantile, il était intéressant de s’assurer si les chiens de l’île
d’Hyd ra étaient également infectés et dans quelle proportion.
Dans ce but, pendant la saison chaude de l’année dernière, nous
avons procédé à l’examen de 48 chiens.
Certes, le nombre des chiens examinés n’a pas été' suffisant
pour dresser une statistique, mais pour un pays aussi petit que no¬
tre île, il était considérable, car nous avons tué la moitié des
chiens de l’île.
Nous fûmes obligés d’ailleurs de cesser nos recherches, car les
habitants nous avaient menacé du même sort que celui que nous
avions infligé à leurs chiens.
Les chiens soumis à l’examen se répartissent comme suit:
Soit 1 6,66 pour 100 (1).
'(1) L’examen a porté sur la rate, le foie et la moelle du fémur.
s
V
- ii8 —
Un cas de kala-azar à Asuncion (Paraguay)
Par L. E. MIGONE.
«• ( % -
L’an dernier nous avons eu à l’hôpital de la Charité d’Asuncion
(Assomption), à la clinique du docteur Gasparini, un cas très
particulier, digne d’être noté sur les livres de notre Pathologie
Tropicale, encore très peu étudiée jusqu’à présent.
Ci-dessous l’historique du cas:
S. P., Italien, âgé de 47 ans, né à Padoue, parcourut toute
l’Italie comme journalier avant de s’embarquer pour l’ Amérique.
En l’année 1897, il vint à Santos (Brésil), où il resta plusieurs
années et où il se maria. Devenu veuf et sans famille, il partit de
Sâo Paulo en 1910; il trouva du travail dans la grande entre¬
prise de chemin de fer qui va de Sâo Paulo à Corumbà (capitale
de l’Etat brésilien de Matto Grosso, pays qui est situé au nord du
Paraguay Oriental).
Quand il était à Puerto Esperanza, il tomba malade pour la
première fois : frissons et fièvre, diarrhée ; il guérit très prompte¬
ment à l’hôpital de la Compagnie à Corumbà. Il cessa de travailler
au chemin de fer et il s’employa chez un fabricant de briques. En
février 1911, les frissons, la lièvre, la diarrhée et la fatigue le
reprirent. La fièvre revenait tous les jours l’après-midi; la diar¬
rhée l’opprimait et il commençait à sentir de la dureté au ventre.
Il entra de nouveau à l’hôpital de Corumbà, où il fut énergique¬
ment traité par la quinine. Comme il n’éprouvait pas de soulage¬
ment, il descendit à Asuncion.
11 arriva vers le milieu de mai 1911. Cet homme était déjà très
maigre, débile, très anémié, avec des taches sur la figure, le dos,
la poitrine, et le dos des mains ; le ventre ballonné et la respiration
pénible ; la langue chargée ; fièvre toutes les après-midi de 38 a
39 1/2, précédée de frissons; épistaxis; diarrhée dysentériforme
et ténesme ; le foie très gros ; rate hypertrophiée. Ces organes
étaient lisses, peu douloureux. Le système ganglionnaire très
peu altéré.
On le mit dans des conditions hygiéniques, c’est-à-dire à la
diète alimentaire correspondant au cas. Nous revînmes à le traiter
comme paludéen ; huit jours après, comme la quinine ne produi*
sait aucun résultat, nous décidâmes de mieux l’examiner. Nous
examinâmes l’urine, la matière fécale et le sang.
Dans l’urine, rare, nous ne trouvâmes rien de très particulier;
Dans la matière fécale il y avait des œufs de Trichoeephalus dis -
par. Nous avons apporté à l’étude du sang une attention toute spé¬
ciale et, ën effet, nous trouvâmes avec surprise un exemplaire de
Leishmania, ce qui nous décida à faire de nouvelles préparations
de sang, tiré directement de la rate et du foie. Dans ces prépa¬
rations, nous avons trouvé, plus fréquemment que dans le sang
périphérique, les corpuscules caractéristiques (colorations : Giemsa
et bleu Marine). Nous nous sommes ainsi convaincu, par la cons¬
tance des formes de Leishmania , qu’il s’agissait de kala-azar, et
non de cachexie palustre.
Nous nous décidâmes à faire des cultures avec le sang même
du malade, rendu incoagulable par le citrate de soude; le résultat
fut négatif. De plus, le malade se trouvant beaucoup plus mal,
un traitement arsenical fut institué sans délai.
Nous étudiâmes la formule sanguine, qui est la suivante:
Globules rouges
Globules blancs
Polynucléaires
Lymphocytes
Mononucléaires
Eosinophiles
On lui appliqua 0,60 g. de 606 Ehrlich, en injection intra¬
musculaire qui produisit une réaction violente avec fièvre plus
élevée que celle d’habitude, un peu de vomissement, etc., etc.
Cinq ou six jours après, on notait que la fièvre disparaissait, le
malade se montrait moins déprimé ; le foie cependant ne diminuait
pas, mais la diarrhée se calma. Quinze jours plus tard, le foie
et la rate reprenaient presque leur volume normal ; le malade com¬
mençait à manger et à s’alimenter, mais nous notions toujours
dans le sang les corpuscules de Leishmania , et de même dans la
rate. Un mois après, à la suite d’une rechute de diarrhée accom¬
pagnée de ténesme, la mort survint inopinément.
N’ayant pu pratiquer personnellement l’autopsie, nous ne pû¬
mes constater les lésions internes. Seul le gardien de l’hôpital put
extraire les organes 24 heures après la mort.
Cette observation est évidemment très incomplète. Elle suffit
cependant pour mériter l’attention des médecins praticiens uv
Amérique tropicale.
A la même époque où s’est présenté ce cas de kala-azar, nous
étions en train d’étudier les cas de Bouba à l’hôpital de la Charité
d’Asuncion (i) et nous fûmes frappé de la grande ressemblance
existant entre les corpuscules de Lcishmania de la Bouba et ceux
du kala-azar asiatique.
Mais pour moi, il y a une différence dans les dimensions du
parasite: celui du kala-azar est un peu plus gros; de plus, le sang
extrait de la rate du malade et inoculé sur le bras, ne produisit
aucune lésion ulcéreuse de la peau. Dans la Bouba, au contraire,
le parasite n’existe ni dans le sang ni dans les organes internes.
Sur la dysenterie à Trichomonas à Arequipa (Pérou)
Par E. ESCOMEL.
Dès l’année 1898, alors que j’étais étudiant en médecine, je vis
à Arequipa des selles dysentériques dans lesquelles abondait un
petit protozoaire flagellé très mobile qui n’était autre que le Tri-
c h 0 m o 11 a s i ntes t in a l i s .
La dysenterie était très fréquente à Arequipa depuis beaucoup
d’années, donnant une mortalité assez forte, d'autant plus qu’il
existait des cas dans lesquels le traitement par l’ipéca ne donnait
aucun résultat.
Je parvins à réunir 152 cas de dysenterie pure à Trichomonas ;
on observait aussi fréquemment la D. amibienne, et très rarement
la D. à Balantidium. La dysenterie mixte était aussi fréquente.
Le Trichomonas intestinaUs est d’un quart plus petit que le
Trichomonas vaginalis ; il est plus vif, plus rapide dans ses mou¬
vements, il agite tellement ses cils qu’on ne peut les apercevoir et
les compter que lorsque l’animal va mourir, ce qui n’arrive pas
pour le Tr. vaginaiis , dont les cils se comptent facilement.
Lorsque les parasites séjournent très longtemps entre lame et la¬
melle, ou lorsqu’ils sont sous l’action ,d’un agent destructeur,
leurs mouvements s’affaiblissent, puis disparaissent. Le parasite
(1) Ces cas feront l’objet d’une prochaine communication.
I 2 I
qui a pris la forme ovale, s’enkyste. En cet état il peut vivre long¬
temps avant de se diviser. Lorsque les conditions de milieu sont
favorables, la division s’opère et les jeunes Trichomonas s’échap¬
pent du kyste rompu.
Les préparations les meilleures sont obtenues après fixation pen¬
dant une minute par les vapeurs de brome, et coloration par le
Klaussner, qui fait très bien voir le noyau, les lacunes protoplas¬
miques, et les flagelles. Le Giemsa donne aussi de bons résultats.
Culture du parasite. — Le hasard m’a permis de cultiver le Tri¬
chomonas. Après avoir fait un essai de culture dans du bouillon
de tige de laitue commune, ne voyant que des Trichomonas en¬
kystés pendant plusieurs jours, j’abandonnai les tubes dans une
armoire. Au bout de 25 jours, j’examinai au microscope et j’eus
la surprise la plus agréable, car la préparation comptait des mil¬
liers de Trichomonas, avec tous les caractères de ceux qui se trou¬
vent dans les selles dysentériques.
J’ai fait avaler des déjections dysentériques au lapin, au co¬
baye, au chat et au chien. Le chien présenta une diarrhée qui
aura 7 jours et qui guérit spontanément, avec des Trichomonas
mobiles les premiers jours, enkystés les autres jours. Au bout
d’une semaine de guérison, je fis avaler à ce chien une deuxième
dose d’excréments avec Trichomonas ; il n’eut cette fois que trois
jours de diarrhée. Au bout d’une semaine de guérison de cette
rechute, il avala une troisième dose de Trichomonas vivants ac¬
tifs, et il n’eut plus rien, on ne voyait dans les excréments que des
kystes. Le chien avait acquis l’immunité vis-à-vis du Trichomo-
. nas .
Les mêmes résultats ont été obtenus par l’inoculation intestinale
de la culture de Trichomonas dans le bouillon de laitue, et de Veau
centrifugée renfermant des Trichomonas.
Le Trichomonas dysentérique dans Veau potable. — En faisant
l’étude des protozoaires des eaux potables de la ville d’Aréquipa,
en particulier dans un réservoir de distribution imparfaitement dé¬
fendu contre les contaminations d’un petit cours d’eau dans lequel
quelques femmes lavaient leur linge, j’ai trouvé un Trichomonas
tout à fait semblable à celui qui produisait la dysenterie. Ayant
été nommé inspecteur des eaux de la ville en mai 1912, j’ai fait
tout de suite nettoyer à fond ce réservoir, qui a été isolé complè¬
tement du cours d’eau cause de la contamination, et, depuis lors,
je n’ai plus constaté un seul cas de dysenterie à Trichomonas .
122
Traitement. — L’ipéca ne fait rien ou presque rien contre la
dysenterie à Trichomonas ; il en est de même du calomel, de la
créosote, des astringents. C’est mon maître, M. le Dr Hunter,
qui m’indiqua le traitement par l’essence de térébenthine.
Dans les préparations conservées à la température du labora¬
toire (22 à 26°), dans la chambre humide, les Trichomonas ne
meurent qu’au bout de 4 à 5 jours. Mis en contact avec des décoc¬
tions d’ipéca, des poudres d’ipéca, de calomel ou de paulinia, ils
résistaient plus ou moins longtemps. Mais, aussitôt qu’on intro¬
duit une petite goutte d’essence de térébenthine dans la prépara¬
tion, on voit les mouvements des parasites se ralentir puis cesser;
avant 10 minutes, tous les parasites sont morts, non seulement
ceux qui sont en contact avec les globules de térébenthine, mais
même ceux qui en sont éloignés.
Le traitement de cette maladie, si difficile, si long autrefois,
est devenu des plus simples; les cas les plus rebelles sont guéris
en 7 jours au plus. Lorsque le diagnostic de dysenterie à Tricho¬
monas a été bien établi à l’aide du microscope, on donne de 2 à
4 grammes de térébenthine par la bouche dans de l’émulsion de
Franck ou dans du julep gommeux, et 2 à 3 lavements par jour
(4 cuillerées d’eau bouillie, un jaune d’œuf, 10 gouttes de lauda¬
num et 15 à 20 gouttes d’essence de térébenthine).
Il faut examiner tous les jours les selles pour voir premièrement
les formes d’involution, et ensuite les kystes qui disparaissent à
leur tour.
Conclusions: La dysenterie à Trichomonas a sévi pendant très
longtemps à côté d’autres dysenteries à Aréquipa.
Le Trichomonas dysentérique vit dans l’eau sous la forme
adulte et sous celle de kystes.
La purification de l’eau de boisson a fait disparaître les cas de
dysenterie à Trichomonas.
Le traitement de cette forme de la dysenterie par la térébenthine
est très efficace.
— 123 —
Phlebotomus papatasii (Scopoli)
et fièvre à Pappataci au Portugal
i
Par Carlos FRANÇA.
La récente communication des Drs Marcel Leger et Segui-
naud, à la Société de Pathologie exotique (séance du 13 novem¬
bre) sur l’existence de la fièvre à Pappataci en Corse, me porte à
faire la présente communication à notre Société. Au mois de juil¬
let 1911, le Dr Arthur Neiva, de l’Institut Oswaldo Cruz, me de¬
mandait si on avait déjà reconnu l’existence en Portugal du genre
Phlebotomus Rondani. Il inclinait à croire que le genre pourrait
bien exister en Portugal d’autant plus que R. Blanchard venait
de signaler son existence dans le Midi de la France et dans les
Alpes-Maritimes. J’ai répondu à cette question en lui envoyant
quelques exemplaires de Phlebotomus, que j’avais capturés à Col-
lares et dont je ne pouvais pas faire la détermination spécifique,
ne possédant alors aucune monographie sur ce sujet. En octo¬
bre 1911, je recevais du Dr Neiva la diagnose spécifique des Phlé-
botomes que je lui avais envoyés. Il s’agissait du P. papatasii (1)
et il restait ainsi bien démontré la présence de ce diptère en Por¬
tugal (2).
Malgré mes recherches, c’est seulement à Collares que j’ai pu
trouver des Phlébotomes. Je n’ai encore pu trouver que des adul¬
tes, et uniquement pendant les mois d’août, septembre et octobre.
La découverte de ce petit diptère vulnérant n’est pas aisée et,
après les notables travaux de Doerr, Franz et Taussig, dans la
plupart des pays on a trouvé le Phlébotome après avoir reconnu
l’entité morbide dont il est le transmetteur. Il en a été de meme
en Portugal. Ayant vu à Collares un cas dont la symptomatologie
correspondait entièrement à celle de la fièvre de pappataci, j’ai
(1) D’après les informations de Neiva, l’existence du Phlebotomus dans
la péninsule ibérique, avait été vérifiée en 1856, par Rosenhauer, la détermi¬
nation de l’insecte ayant été faite par Loew.
(2) C. França, Sobre a existencia en Portugal do Phlebotomus papatasii
Scopoli, o transmissor da dengue. Com. à Acad, dos Sciencias de Lisboa,
20 de junho de T912.
Pereira dos Santos. Contribuiçâo para o estudo de febre de papatasii em
Portugal. Thèse de Fac. de Méd., novembre 1912.
— 124 -
appelé l’attention de mon collègue, le Dr Brandas de Vasconcsl-
los, sur la possibilité de l’existence de la maladie dans cette ré¬
gion et à bref délai il me communiquait avoir rencontré quelques
cas rappelant la fièvre transmise par les phlébotomes. C’est alors
que j’ai commencé à chercher des exemplaires de phlébotomes et
quelques jours après je. capturais ceux que j’envoyais à Rio-de-
Janeiro.
La symptomatologie des cas de Col lares est bien celle décrite par
tous les auteurs. L’inefficacité de la quinine a été observée dans
les différents cas et a été en meme temps la première indication qui.
nous a mis dans la bonne voie. La convalescence traînante et avec
une profonde dépression intellectuelle, contrastant avec la courte-
durée de la maladie, a été observée dans les cas portugais. Je
n’ai encore pu essayer la reproduction expérimentale de la ma¬
ladie à cause du petit nombre de phlébotomes que j’ai réussi a.
obtenir.
Collares, janvier 1913.
Phlebotomus from West Africa
by R. NEWSTEAD.
Phleboto mus ? duboscqui , Nev. Lem.
Dr. E. Roubaud, Institut Pasteur Paris, has sent me an exarn-
ple of a species of Phlebotomus bearing the following data:
<( Mauritanie Akjoucht », to wich specimen I hâve attached the
following. « N° 2-37, 6. XII. 12 ». I hâve mounted and examined
this specimen and find that tough imperfect in manv ways, it
is sufficientlv well preserved to enable one to examine some of
its salient morphological details. In the first place one sees that
it is clearly related to P. papatasii, Scop. in the form of the géni¬
tal armature of which 1 hâve appended on a sépara te sheet, atta¬
ched hereto, drawing of the various parts. On comparing the lat-
ter with those given by Neveu-Lemaire (Bull. Soc. Zool. de
h rance, Vol. XXXI, p. 65, figs 1-3, 1906), one cannot help think
ing that Mauretanian specimen is specificallv identical with
P. duboscqui X. L. and I feel that it should be recorded as such. I
— 125 —
hâve appended a comparative table setting forth the main charac-
ters of the armature of the two species, and also certain other
details which may be worthy of record.
Génital armature of the males of :
Infèrior
claspers.
Superior
claspers.
Ph. papatasii.
Pielatively long witli lu o
large terminal spines.
Central distal spine fain-
tly dilaled, latéral spi-
nes equal in length.
A bdominai
hairs.
Erecl.
Ph ? duboscqui (N° 2/57)..
Holatively short witli four
or more terminal spines.
Central distal spine broa-
dly spalhuliform. latéral
spines niarhedly une-
(jual in length.
Erect.
In regard to the number of spines at the distal end of the infe-
0
rior claspers in P. duboscqui onlv four arç présent in the example
submitted to me by Dr. E. Roubaud, but there are unmistakable
traces of one or two others having been broken away in the pré¬
paration, so that the total number may be five or six. Annax-
dale (i) States that the infèrior appendages (claspers R. N.) in Ph.
papatasii bear « about six short chitinous spines at the tip ». Now
it is perfectlv clear that his specimens were not Pli. papatasii as
the infèrior appendage in this species never has more than two
spines which are also stronger and more markelv dilated dis-
tally. Clearly therefore the material supplied to ànnandale as
Ph. papatasii must be referable to some other species.
Should the species herein referred to as Ph. dubosqui , prove
eventually to be a new and undescribed one I would venture to
propose the spécifie name Roubaudi.
Phlebotonius papatasii. Scop.
Ex coll. Pasteur Institute Paris. Dec. 1912. Newstead’s No. 1/37
6.XII.12.
Abdominal hairs chiefly recumbentj a few, however, were semi-
erect but these had evidently been displaced.
Phlebotomus n. sp.
Ex coll. Pasteur Institute, per Dr. E. Roubauü, « Aguagon
Dahomey ». Newstead’s No. 4/37. 6. XII. 12.
Abdominal hairs very much displaced by abdomen being dis-
(1) Records of the Indian Mus vol. IV, p. 52, 1910.
tended with blood. Their position is, therefore, doubtful. This
example is unfortunately much too imperfect to enable one to
draw up a correct diagnosis ; but it is apparently,a new and undes-
cribed species. The structural characters of the antennae clearly
indicate that it is a form intervening between those species posses-
sing very long segments to the antennae such as Ph. papatasii,
Ph. mïnutus, etc., and Ph. antcnnatus, Newst. which lias remar-
kably short antennal segments.
Wings relatively narrow and pointed. Antennae of 16 segments
third segment very short, about one and two thirds the length of
the fourth ; terminal segments with unusually hair-like scales.
Palpi with the third segment much longer than the preceeding;
terminal segment apparently short but these organs are so much
obscured that it is impossible to give a correct interprétation of
their morphological characters.
Phlebotomiis minutus var. africanus.
From the Pasteur ïnstitute, Paris, Dec. iqth. per Dr. E. Rou-
RAUD.
A male in very poor condition bearing the following data « Bin-
gerville (Côte-d’Ivoire) sur Agama colonorum a, Newstead’s No.
3/37. 6.XII.12.
Abdominal hairs recumbent.
I he tip of the wings of this specimen are somewhat more roun-
ded than in typical examples, but these organs are botli imperfect
in the example.
Quelques mots sur les Phlébotomes
de l’Afrique occidentale française
Par E. ROUBAUD.
M. le Pr Newstead, qui a bien voulu examiner les exemplai¬
res de Phlebotomus de l’Afrique Occidentale de la collection de
1 Institut Pasteur, les a rapportés à quatre espèces différentes,
dont il donne la liste et les caractères dans la note ci-jointe.
Le Ph. club o sc qui N. Lemaire, dont il s’agit, caractérisé par la
— 127 —
présence de quatre épines saillantes au crochet inférieur de l’ar¬
mature génitale mâle, a été recueilli en Mauritanie (Akjoucht) par
le Dr Couvy, au mois de mai, au début des fortes chaleurs. 11
existe aussi, en très grande abondance à Boutilimit. Dans aucune
de ces localités, le Dr Couvy n’a observé la fièvre à pappataci.
Le Ph. papcitcisii est très abondant dans la région de Tombouc¬
tou où il est connu sous le nom de mouche à banko. Les larves
se développent vraisemblablement dans les latrines et dans la
terre fraîchement gâchée, qui sert à la fabrication du pisé (banko)
dont sont construits les murs des habitations. On rencontre les
adultes de préférence dans les cases fraîches, nouvellement cons¬
truites. Ils piquent en plein jour pendant la sieste. Malgré l’abon¬
dance des Phlébotomes dans la région Tombouctienne, nous
n’avons pu trouver dans les rapports du Service de Santé aucune
indication concernant l’existence de la fièvre à pappataci dans la
région.
Il est intéressant de remarquer que c’est le Ph. papatasii qui
existe à Tombouctou, alors qu’a Hombori, dans l’intérieur de la
boucle du Niger, c’est le Ph. duboscqui.
Le Phlebotomus n. sp. du Dahomey (Agouagon) n’a été obser¬
vé qu’une seule fois. Il s’agit d’une femelle capturée gorgée de
sang un soir, à la lampe, parmi de très nombreux Psychodes.
Nous n’avons pas observé d’autre espèce de Phlebotomus au
Dahomey.
Le Phlebotomus minutus var. africanus a été rencontré à Bin-
gerville, dansTles conditions très spéciales. Nous avons observé
dans des latrines un lézard (Agama colonorum) immobile et en¬
dormi sur un des montants de bois du mur. En observant cet ani¬
mal de plus près, nous avons pu voir que son corps était couvert
d’une nuée de Phlébotomes femelles gorgés de sang et de mâles
venus sans doute pour s’accoupler. L’abdomen distendu par le
sang de ces insectes figurait sur le corps de l’animal autant de
gouttelettes de sang perlant sur les écailles. Tout autour du corps
de l’Agame, le mur était également couvert d’une nuée de Phlé¬
botomes repus. A aucun moment, l’animal n’a paru ressentir
les piqûres, ni chercher à se débarrasser de ces parasites. Cette
donnée éclaire d’une façon nouvelle la question des moyens de
nutrition, dans la nature, de ces intéressants Nemocères.
D’une façon générale, en Afrique Occidentale, les Phlébotomes
ne sont pas très répandus. Du moins, leur présence passe-t-elle
128 —
généralement inaperçue, sans doute parce qu’ils trouvent pour se
nourrir beaucoup d’autres hôtes que l’homme.
» * * ' ; *
Etudes biologiques sur les Auchméromyies
Par E. ROUBAUD.
L’ Auchmeromyia luteola Fabr., mouche adulte du Ver des ca¬
ses, et les Chœromyia , dont nous avons décrit deux espèces du
Soudan (i), représentent une petite tribu particulière de Cal li-
■ »
phorines caractérisées par Phématophagie larvaire et le parasi¬
tisme intermittent. Peu de choses précises ont encore été publiées,
sur les caractères biologiques de ces Muscides, qui sont tout à
fait spéciales, tant à l’état de larves qu’à l’état adulte. Nous résu¬
mons ici quelques-uns des aspects principaux cie la biologie de ces.
insectes, sur lesquels ont porté nos recherches. Leur étude plus
détaillée sera publiée ultérieurement.
I. Caractère biologique des adultes. — Les Auchméromyies
adultes sont obscuricoles ; elles redoutent la lumière et fuient le
grand jour. Dans les cages on les voit se placer toujours dans la
partie la plus obscure. Les Chœromyia sont plus nettement obs¬
curicoles encore que VA. luteola, puisqu’elles vivent dans la par¬
tie obscure des terriers de mammifères. Ce mode d’habitat paraît
général chez ces espèces. Nous avons découvert, en Haute-Gam¬
bie, que VA . ( Chœromyia ) prœgrandis Austen vivait dans les.
terriers d’Oryctérope, comme les Chéromyies du Soudan.
Toutes les Auchméromyies sont également sensibles à la cha¬
leur. Elles meurent rapidement au soleil, ou à l’étuve à 450 C.
Dans des cages inégalement chauffées, elles gagnent la partie la
plus fraîche.
Les adultes de toutes les Auchméromyies sont coprophages-
Une alimentation exclusive en jus sucrés permet de les maintenir
en vie pendant un certain temps, mais les rend incapables de
ponte. Les mâles sont remarquables par leur activité copulatrice.
On obtient facilement en captivité des accouplements croisés entre
Chœromyia et Auchmeromyia, mais qui sont stériles. Ces accou-
(1) C. R. Acad. Sciences , 11 sept. 1911.
129 ~
plements peuvent durer des journées entières. Les pontes des
Auchmeromyia sont multiples. Nous avons compté pour VA. ln-
teola au moins deux pontes successives séparées par un intervalle,
en captivité, de près d’un mois. Les œufs sont blancs, volumi¬
neux (i mm.), à chorion lisse. Leur forme est la même chez les
Chœromyia que chez VA. luteola. On en compte en movenne une
cinquantaine à chaque ponte. Wellman (i) a observé chez VA.
luteola, par dissection, 54 œufs. Nous en avons obtenu par ponte
jusqu’à 83 pour une seule mouche. Le nombre des œufs est plus
élevé à la première ponte.
IL Caractères biologiques des larves. — Les larves des Auch-
méromyies sont exclusivement hématophages. If lies n’absorbent
aucune matière alimentaire autre que le sang. Pour piquer elles
appliquent étroitement à la surface de la peau nue de l’hôte (hom¬
me, mammifères à peau nue), le bord libre de leur premier seg¬
ment post-céphalique. La tête, rétractée à l’intérieur, agit comme
un piston et lorsque l’adhésion s'est établie, la larve se redresse
"verticalement sur la région céphalique (position d’érection). Pen¬
dant le cours de la succion, qui dure une dizaine de minutes, des
pincements du corps se produisent, qui facilitent la pénétration
du sang dans toute l’étendue du tube digestif. Dans un seul repas,
une larve peut ingérer près de trois fois son poids de sang.
Les larves des Auchméromyies sont tout à fait remarquables
par leur faculté de résistance au jeûne. Dès la sortie de l’œuf, elles
peuvent, sans s’alimenter en milieu absolument sec, supporter un
jeûne de plus de trois semaines. Les larves plus âgées supportent
-aisément une période de jeûne de plus d’un mois.
Pour VA. luteola, nous avons noté une survie en milieu sec
.supérieur à deux mois (66 jours).
La durée totale de la vie larvaire, qui n’a été jusqu’ici appré¬
ciée par aucun auteur, est de 14 à 15 jours pour «des larves ali¬
mentées tous les jours. Deux mues se produisent, l’une vers le
-2e, l’autre vers le 6e jour. Lorsque les repas sont interrompus par
des périodes de jeûne de longue durée, la rapidité de l’évolution
larvaire est beaucoup moindre. Des larves d’d. luteola alimen¬
tées soit toutes les semaines, soit tous les dix jours, n’étaient pas
encore nymphosées au bout de deux mois et demi. Les retards
dans l’apparition des mues sont proportionnels à cette augmenta-
(1) Eut. News , p. 64-67, 1906.
— 1 3o —
lion de la durée de la vie. La sensibilité thermique des larves est
comparable à celle des adultes.
P ënodicité nycthémérale. — Dans la nature, les larves d'A. lu -
teola sont douées d’une périodicité nycthémérale caractérisée par
un réveil nocturne coïncidant avec la période de sommeil chez
l’hôte. Nous avons pu reconnaître que cette particularité biologi¬
que était un fait d’accoutumance physiologique à des heures ré¬
gulières de repas. Nourries le jour, les larves perdent leur périodi¬
cité nocturne. Elles la perdent également après plusieurs jours
de jeûne absolu jour et nuit.
Irritabilité thermique . Thermotropisme . — Les larves d’Auch-
méromyies enfouies et endormies dans le sol, manifestent une
sensibilité thermique particulière, qui est mise en jeu par le
rayonnement, dans les couches superficielles du sol, de la chaleur
émanée du corps de l’hôte. Sous l’influence d’un léger échauffe-
rnent du milieu ambiant, les larves se réveillent, entrent en acti¬
vité, et se dirigent vers la source chauffante. Le fait se reconnaît
aisément in vitro. C’est en vertu de ce thermotropisme que ces
parasites dispersés dans le sol sont guidés vers leur hôte et par¬
viennent à son contact. L’irritabilité thermique ne se manifeste
que chez les larves à jeun. Lorsqu’elles sont repues, les larves res¬
tent insensibles aux mêmes actions calorifiques.
Ces dernières particularités physiologiques, dont le détail per¬
met de comprendre les manifestations biologiques diverses des
Auchméromyies, feront prochainement l’objet d’un mémoire plus
détaillé.
Efficacité des injections hypodermiques
d’oxygène dans les anémies tropicales
Par Raoul BAYEUX.
On sait que beaucoup d’anémies tropicales affectent un carac¬
tère de gravité qui les rend réfractaires aux ressources de la thé¬
rapeutique ; il est donc intéressant de savoir que les injections hy¬
podermiques d'oxygène sont susceptibles de les guérir.
J'ai eu à soigner quatre cas de ce genre, et les bons résultats
— 1 3 1
que j’ai, obtenus par cette méthode nouvelle m’ont paru suscepti¬
bles d’intéresser la Société de Pathologie exotique.
Le premier cas concerne une jeune femme qui fut atteinte, dans
la campagne romaine, d’une fièvre maremmatique à forme ataxo-
adynamique, pour laquelle elle dut subir un traitement prolongé
pendant plusieurs mois ; elle revint à Paris dans un état d’anémie
profonde contre lequel on employa en vain les diverses méthodes
classiques, même le séjour à l’altitude. Je la trouvai dans un état
de dépression profonde, avec hypoglobulie à 3.400.000, leucopé¬
nie et lymphocytose; elle ne pouvait pas quitter le lit sans avoir
des syncopes, ne dormait pas, ne pouvait plus s’alimenter, ses
extrémités étaient froides, son pouls misérable, très rapide, sa
température abaissée,' avec une maigreur extrême.
En mai 1911, je commençai à lui injecter de l’oxygène avec
mon oxygénateur de précision, selon la technique que j’ai déjà
fixée; ces injections produisirent des effets rapides et, au bout de
trois mois, elle était guérie, ayant reçu trente injections.
Le deuxième cas fut celui d’un Français qui avait contracté, à
Lima, une fièvre pernicieuse, quotidienne, pour laquelle les mé¬
decins péruviens durent employer la quinine à doses fortes et pro¬
longées sans obtenir de résultat définitif; la fièvre récidivait aus¬
sitôt que la quinine était interrompue et on lui conseilla de reve¬
nir en Europe. Le voyage sur mer n’amena pas la sédation atten¬
due et il revint à Paris dans un état très grave : sa maigreur était
impressionnante, squelettique, son teint bistré, ses yeux caves, sa
peau froide et visqueuse; un tremblement permanent l’agitait, il
ne pouvait se tenir debout qu’au moyen de deux cannes, sa tem¬
pérature centrale ne dépassait pas 35°6, son pouls, arythmique,
battait à 124, ses jambes étaient œdématiées, et des plaques pur¬
puriques se voyaient en divers points de son corps.
Le 4 avril 1911, je commençai les injections hypodermiques
d’oxygène, et, dès la quatrième, il se sentait mieux: la tempéra¬
ture était à 3Ô°6, le pouls à 80, l’appétit avait réapparu, le som¬
meil également; il se sentait plus fort, et, au bout de neuf injec¬
tions, ses globules étaient revenus de 3.600.000 à 4.200.000.
Vingt-deux injections ont suffi à le guérir: son poids est rede¬
venu normal, son état général excellent, et, depuis près de deux
ans, aucune récidive n’a compromis ce bon résultat. Je dois ajou¬
ter qu’avant l’oxygène, on avait essayé en vain l’usage des diver¬
ses méthodes classiques : fer, arsenic (cacodylate), altitude, etc.
i- ;.-3*
132 —
Deux cas de dysenterie chronique avec anémie grave complè¬
tent cette statistique:
0 4 .
Le premier concerne une jeune femme qui fut atteinte à Chéfou,
de dysenterie aiguë, laquelle dura plusieurs mois et la mit aux
portes du tombeau. Elle eut même plusieurs hémoptysies, et, un
•accouchement, suivi d’hémorragies du post-partum, provoqua
une spoliation globulaire qui aggrava encore son état.
Au bout de plusieurs mois, elle revint en Europe dans un état
de cachexie avancée: la dénutrition était extrême, la faiblesse pro¬
fonde, avec des syncopes journalières au moindre effort; les rè¬
gles avaient disparu, le sommeil était nul, l’appétit également;
une entérite muco-sanguinolente persistait et les diverses tentati¬
ves thérapeutiques n’avaient eu qu’un résultat précaire.
Pour être bref, je dirai seulement que dix-neuf injections d’oxv-
gène ont à ce point modifié son état que, actuellement, elle a re¬
couvré l’appétit, l’activité, l’embonpoint, la régularité des selles,
•et le sommeil.
Elle fait des sorties journalières, même à pied, ses syncopes
ont presque disparu, et elle marche vers une guérison qui m’avait
paru improbable.
Enfin, je dirai quelques mots d’un dernier cas de dysenterie
contracté au Yunnam, qui, après avoir paru s’améliorer, s’aggra¬
va subitement à la suite d’une hémorrhagie intestinale abondante,
survenue en décembre [912. Dans ce cas, l’anémie fut plutôt un
accident aigu, ajoutant une déperdition globulaire à une série
de saignées intestinales.
Les injections sous-cutanées d’oxvgène ont eu rapidement rai¬
son de cette anémie et le malade est guéri.
En présence des échecs fréquents de la thérapeutique dans le
traitement des anémies tropicales, j'ai pensé faire œuvre utile par
la publication des bons résultats que je viens de relater.
/
— 1 33
L’épithélioma chez les indigènes
Arabes et Kabyles en Algérie
Par J. BRAULT.
Dans diverses publications, je me suis expliqué sur le cancer
chez les indigènes musulmans d’Algérie (sarcome et épithélio-
ma) (i).
Dans ces différents mémoires, je me suis appliqué à démontrer
surtout, que les épithéliomas cutanés ne sont pas rares chez les
Arabes et les Kabyles, constatation qui cadre bien avec la théorie
qui prétend que l’exposition aux rayons solaires (2) n’est pas
étrangère au développement du cancer sur les parties découver¬
tes (3).
Jusqu’à présent, dans mon seul service de clinique, j’ai pu réu¬
nir 45 cas d’épithélioma chez les indigènes (4). Dans ces neuf der¬
nières années, toutes les observations ont été prises et sur oc-s
33 derniers cas, 27 ont été contrôlés histologiquement, d’une façon
systématique (5).
Ces 33 cas se répartissent de la façon suivante :
Année 1904. ■ — Deux épithéliomas : 1 nez, 1 joue droite.
Année 1905. — - Trois épithéliomas : 2 épithéliomas des lèvres,
du plancher de la bouche et du menton, 1 épithélioma du nez.
(1) j Revue générale des Sciences, 15 décembre 1904, Pathologie et hygiène
des indigènes musulmans d'Algérie, Alger, 1905. Congrès des Sociétés sa¬
vantes, 2 avril 1905. Janus, juin 1905. Gaz. des hôpitaux, 3 août 1905. Janu .•>,
novembre 1905. Archiv. für Schijfs. und Tropen Hygiene, tome X, 1906, Géo¬
graphie des colonies françaises, Janus, 1907-1908. Province médicale, 6 jan¬
vier 1912.
(2) On sait, d’ailleurs, l’influence funeste de ces mêmes rayons »sur une
maladie qui se termine par les épithéliomas cutanés et que nous observons
de temps à autre chez les jeunes indigènes aussi bien que chez les jeunes
Européens.
(3) H me faut néanmoins signaler que, dans les colonies tropicales, les
jaunes, les mulâtres et les nègres surtout, paraissent relativement assez
réfractaires.
(4) Nous recevons aussi, bien entendu, des Européens, surtout depuis que
nous avons une installation de radiothérapie.
(5) A la face nous avons rencontré, tantôt des épithéliomas lobulés cornés,
tantôt des épithéliomas tubulés, l’épithélioma du vagin êt du col dont il est
fait mention en 1909, était nettement un épithélioma pavimenteux.
’9
Année 1906. — C'est une année chargée, nous relevons : 2 épithé-
liomas des joues et 5 épitliéliomas du nez et de la lèvre supérieure.
Année 1907. — Un épithélioma du vagin est observé sur une fem¬
me indigène; nous comptons, d’autre part, quatre cas intéressant
la face : 1 lèvre inférieure, 1 joue droite, 1 joue droite et nez, 1 joue
gauche.
Année 1908. — Quatre cas : un épithélioma de la joue droite avec
destruction de l'aile du nez du même côté, 1 épithélioma de l’angle
interne de l'œil gauche, 1 épithélioma de l’aile gauche du nez, et enfin
un épithélioma du dos de la main droite.
Année 1909. — Un seul cas a été observé, il s'agissait d'un épithé¬
lioma pavimenteux du vagin et du col chez une femme kabyle (1).
Année 1910. — Trois cas : 1 épithélioma du nez et 2 épitliéliomas
de la joue gauche.
Année 1911. — Quatre cas : 2 épitliéliomas de la lèvre inférieure,
1 épithélioma occupant presque toute la partie supérieure de la face
à droite et ayant détruit l'œil du même côté ; enfin 1 épithélioma du
nez.
Année 1912. — Quatre cas : 1 épithélioma du nez, 1 de la joue gau¬
che, 1 de la paupière inférieure gauche et 1 de la cuisse droite.
Bien entendu, dans cette nomenclature, il ne s’agit pas d’en¬
trées; chaque malade, même revenu plusieurs fois, ne compte que
pour une unité (2).
Comme on le voit, les épitliéliomas de la face sont tout à fait
prédominants; les malades nous ont été adressés, parce qu’on les
croyait syphilitiques et presque tous avaient suivi un traitement
spécifique sans la moindre amélioration.
Nous comptons seulement 4 femmes parmi nos porteurs d’épi-
thélioma, 2 avaient des épithéliomas du vagin.
Nos observés étaient tout aussi bien des Kabyles que des Ara¬
bes, nous avons eu soin de nous en assurer scrupuleusement par
l’interrogatoire ; il n’y a aucune différence à établir entre ces deux
catégories de sujets.
L’âge avoué par nos malades varie entre 45 et 80 ans, mais à
à cet égard, il faut toujours se montrer un peu réservé, car ils ne
connaissent leur âge que très approximativement.
Comme traitement, après désinfection et râclage, nous les sou¬
mettons à la radiothérapie, malheureusement nous n’obtenons pas
(1) Ce cas a été publié in extenso, Société de dermatologie, ier juillet 1909.
Neuf observations prises de 1904, au début de 1906, ont été publiées dans
Archiv. für Schiffs. und Tropen Hygiene. De nombreuses photographies ont
été reproduites, notamment dans la Province médicale.
(2) En dehors des 33 cas ici énumérés, nous comptons 12 cas antérieurs qui
se répartissent ainsi : 7 épithéliomas de la face, 1 épithélioma de la langue,
2 épithéliomas de la verge et 2 cas sans renseignements sur la localisation.
d’aussi bons résultats que chez les Européens, et voici pourquoi :
avec leur instabilité naturelle (i), après une ou deux séances de
ravons X, pressés de reprendre leur liberté, ils quittent le ser¬
vice (2).
(1) Il y a cependant quelques exceptions.
(2) Il en est aussi un certain nombre qui vient trop tard, pour être utile¬
ment traité.
t
s
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Archiv jür Schiffs-und Tropen-Hygiene, t. XVII, nÜS i, 2, 3.
British medical journal , nos 2715 à 1718, 11, 18, 25 janvier,
i et 8 février 1913.
Bulletin agricole du Congo Belge, t. III, n° 4, décembre 1912.
Bulletin de la Société des Sciences médicales de Madagascar,
Ier vol., 1909; 2e vol., 1910; 3e vol., 1911 ; 4e vol., 1911, 5e vol.,
1912.
Bulletin of the Manila medical Society, t. IV, n° 11.
Internationales Centralblatt jür die gesamte Tuberkulose-For-
schung, t. VII, n° 2.
Journal of the Royal army medical corps, t. XX, n° 9, fé¬
vrier 1913.
Journal oj Tropical medicine and Hygiene, t. XVI, noa 2 et 3.
Philippine Journal of sciences, t. VIT, sect. B, n° 4.
Revista de V eterinaria e Zootechnia, t. II, n° 6.
Revue médicale d'Egypte, t. I, n° 1.
Revue scientifique, n, 18, 25 janvier, 1 et 8 février 1913.
Transactions of the Society of tropical medicine and hygiene,
t. VI, n° 3, janvier 1913.
Tropical diseases bulletin, t. I, 1913, nos 5 et 6.
Tunisie médicale, t. II, nos 12 et 13.
VOLUMES ET BROCHURES.
]. D. E. Holmes. Report of the research work of the impérial
bacteriological laboratory Muktesar, during 1910 et
191 1.
J. Van Loghem. Ueber den Unterschied zweichen choiera und El-
Tor Vibrionen. Ext. du Centb.sf. Bakt., t. 67, n° 6.
LI. da Rocha-Lima. Beitrag zur Kenntniss der Blastomykosen.
Centb. f. bakt., t. LXVII, n° 4.
Schaumann. Zur dem Problem der Beriberiatiologie. Arch. fiir
Sch. und Trop. ITyg., t. XVI, 1912.
Le Gérant : P. MASSON.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO $
Séance du 12 mars 1913
A PROPOS DU PROCÈS-VERBAL
Primet. — Emploi du salvarsan aux colonies.
CORRESPONDANCE
PAGES
137
U. Gabbi. — Au sujet de l'historique du kala-azar méditerranéen. . . 141
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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Laveran. — lLaîa-azar. Discussion . 142
Ziemann. — Culture de l’hématozoaire du paludisme . 140
COMMUNICATIONS
P. Aubert et F. Heckenroth. — L’atoxyl dans la prophylaxie chimi¬
que de la trypanosomiase humaine . 184
Balfour (Andrew). — Nasal lésions in glanders and épizootie lymphan-
gitis . . • • • . . 145
J. Brault. — Note sur la pellagre en Algérie . 198
J. Brault. — Note sur une forme d’adénites subaiguës de l’aine, ren¬
contrée en Algérie . 201
E. Brumpt. — Evolution des trypanosomes chez les puces et les punai¬
ses . . 167
E. Brumpt. — Immunité partielle à Tryp. crup. Rôle régulateur des
hôtes invertébrés . 172
L. Bruyant et Ch. Joyeux. — Un nouveau rouget des animaux en Gui¬
née française . 202
S. -T. Darling. — The rectal inoculations of Kittens as an aid in deter-
mining the identity of pathogenic entamœbæ . 149
G. Franchini. — Un nouveau protozoaire parasite de l’homme prove¬
nant du Brésil . 156
A.-C.-H. Gray. — Leishmaniose naturelle du chien à Tunis . 165
A. Lamoureux. — Présence d’ Ornithodorus moubata dans un foyer de
fièvre récurrente à la côte ouest de Madagascar . 146
A. Laveran. — Nouveau protozoaire. Discussion . 158
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
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Art. ig. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt apres la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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( Exposition Universelle . MILAN 1906.
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HORS CONCOURS, MEMBRE du JURY, BORD! AUX 1907. FRANCO-BRITANNIQUE 1908.
DIPLOME D’HONNEUR et MÉDAILLE D’OR : Exposition Internationale BRUXELLES 1910.
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A. Laveran et L. Nattan-Larrier. — Au sujet des altérations anato¬
miques produites par le Toxoplasma cuniculi . . 1 58
A. Laveran et D. Roudsky. — Essais d’immunisation contre les trypa¬
nosomes pathogènes. — Trypanotoxines . 176
J. Legendre. — La prophylaxie des affections causées par les mousti¬
ques et la destruction des insectes adultes . 205
Ch. Nicolle et Marthe Conor. — La toxoplasmose du Gondi naturelle
et expérimentale . 160
Marie Phisalix. — Propriétés vaccinantes du venin muqueux de la peau
des Batraciens contre lui-même et contre le venin de la vipère aspic. 190
|. Rieux. — Mode d’action de la quinine sur Plasmodium vivax . . . 153
J. Rodhain. — A propos de Leptomonas pangoniœ et Tryp. Denysi . . 181
J. Rodhain, C. Pons, F. Vandenbranden et J Béquaert. — Note sur
des trypanosomides intestinaux d ' Hœmatopota au Congo belge . . 182
Ross (Philipp H.). — A further experiment with vaccine prepared
according to the method of Achalme- Phisalix . 144
R. -P. Strong et P.-C. Crowell. — The etiology of beri-beri .... 195
f.
MEMOIRES
G. Franchini. — Un cas de Leishmaniose américaine . 219
L.-E. Migone. — La buba du Paraguay, leishmaniose américaine . . 210
E Chatton et E. Roubaud. — Sporogonie d’une hémogrégarine chez
une tsé-tsé . 226
Ouvrages reçus . 234
Liste des échanges . 236
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Sixième année
I9I3
N° 3.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 12 MARS I 9 I 3.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
A propos du procès-verbal
Emploi du Salvarsan aux Colonies
Par PRIMET.
M. Jeanselme ayant à la dernière séance attiré l’attention de
ta Société sur l’intérêt qu’il y aurait, outre-mer, à recourir large¬
ment à l’emploi du 606 pour combattre les progrès de la syphilis,
j’apporte quelques faits tirés des rapports des chefs de service de
santé des colonies ; ils témoignent des efforts tentés dans cette
voie par nos médecins et montrent les résultats obtenus en 1912.
Madagascar. — A Tananarive, le Dr Clouard a fait plus de
300 injections intra-veineuses à la dose de 0,30 cg. et à intervalle
de 15 jours à trois semaines. Le pouvoir cicatrisant s’est toujours
montré merveilleux sur les lésions ulcératives qui ont été guéries
dans une moyenne de 8 jours.
11 conclut que ce médicament présente des avantages incompara¬
bles.
A Diégo-Suarez, le Dr Allain a pratiqué une centaine d’injec¬
tions intra-veineuses. Chez tous les malades atteints d’accidents
secondaires rebelles au traitement mercuriel, syphilides cutanées
en général, nous avons obtenu, dit-il, dès la première injection, une
atténuation des accidents et à la deuxième injection, leur dispari¬
tion totale.
Indochine. — De l’avis des médecins traitants (Drs Le¬
gendre, Dagorn, Le Dantec) qui l’ont expérimenté à l’hôpital de
Hanoï, ce produit est un excellent agent de stérilisation des acci¬
dents secondaires qui régressent très rapidement.
La voie employée a été la voie intra-veineuse.
Sur plusieurs centaines d’injections, aucun incident notable
n’est survenu, si ce n’est la fièvre, la diarrhée, les exanthèmes et
autres manifestations passagères déjà signalés par de nombreux
expérimentateurs.
Afrique. — Au Sénégal, au Gabon et surtout au Moyen-Congo,
à l’hôpital de Brazzaville, le salvarsan a été employé avec succès.
« La disparition si rapide des lésions syphilitiques et pianiques
« a donné au 606 une vogue considérable auprès de tous les indi-
(( gènes ».
Il est tout à fait exceptionnel que les noirs aient une réaction
fébrile, même légère à la suite d’une injection de 0,30 cg. de 606.
Deux injections ont toujours été des doses suffisantes pour amener
la guérison des lésions.
En ce qui concerne le Pian, les résultats tiennent du prodige
écrit le Dr Kerneis, je signalerai notamment écrit-il dans un de
ses rapport mensuels, le cas d’une femme en traitement depuis un
mois et demi à l’hôpital et chez laquelle de nombreux éléments de
pian se montraient chaque jour, malgré l’iodure de potassium et
le mercure. LTne seule injection de 0,30 de 606 a amené la guéri¬
son complète en trois jours.
Il n’y a jamais eu de réaction fébrile. Tout se passe si simple¬
ment qu’il n’y a pas lieu d’hospitaliser le pianique. Il suffit de
le maintenir quelques heures en observation après l’injection et
il peut retourner dans sa case.
Il est intéressant de rapprocher de cette observation celle que le
Dr Boye a faite à l’ambulance de Langson pour les syphilitiques
qu’il a eu à traiter à la consultation indigène.
<( Avec une bonne technique un malade peut parfaitement quel¬
ques minutes après l’injection rentrer chez lui et ne pas garder le
lit ».
Amérique. — A la Martinique, au Préventorium annexé à Tins-
titut d’hygiène de Fort-de-France dirigé par Noc, les injections
intra-veineuses de 606 sont d’usage courant. L’application de ce
médicament ne nous donne, dit-il, que des succès. Nous nous en
tenons aux préceptes d’EHRLiCH au cours de cette médication en
diminuant les doses injectées suivant le poids des malades, leur
force générale, et la gravité des lésions observées.
Il est à noter que les essais du 606 n’ont été tentés d’une fa¬
çon générale dans nos colonies que là où il existe des laboratoires
à défaut d’Institut-Pasteur. Le 606 n’est pas un médicament de
brousse. Cependant entre les mains de médecins instruits, au cou¬
rant de la technique, de ses indications et de ses contre-indications,
il commence selon les circonstances de temps et de lieu à étendre
son action hors des hôpitaux. En Indochine, la lutte contre la
fièvre récurrente a nécessité l’emploi de la médication dans les
provinces où des foyers d’épidémie étaient signalés. De même
qu’en Afrique équatoriale son usage paraît se généraliser dans ’e
traitement du pian.
Dans nos colonies où la syphilis est un des fléaux qui mena¬
cent la vitalité des autochtones, il y aurait un intérêt de premier
ordre à pouvoir leur opposer un traitement simple, facile, prati¬
que, qui tout en étant d’action rapide et sûre s’adapte à la menta¬
lité de l’indigène à ses mœurs, à ses habitudes.
En Afrique, comme en Indochine où les malades affluent aux
consultations, on s’adresse moins au médecin qu’au guérisseur. Ce
n’est pas un traitement dont ils 11e comprennent ni la complexité
ni la durée, qu’ils sollicitent de lui, mais le médicament qui guérit
et qui guérit vite.
Le 606 est-il ce médicament ?
Bien qu’il ait ses détracteurs et parmi les plus autorisés et qu’il
ne semble pas, pour l’heure, avoir réalisé toutes les espérances, il
faut tendre à en généraliser l’emploi dans nos colonies, malgré les
difficultés en milieu indigène.
S’il n’est pas démontré définitivement qu’il guérit et que les
tréponèmes soient à jamais détruits dans l’organisme, il est un
fait indiscutable, ainsi que le dit Jeanselme, que « en asséchant
et en stérilisant les accidents suintants et partant contagieux de
la syphilis, il est appelé à jouer, en matière de prophylaxie so¬
ciale, un rôle qui doit retenir toute l’attention de nos médecins
aux colonies ».
Le tout est de le rendre plus maniable, moins toxique tout en
conservant sa puissance d’action. Il semble que l’on soit déjà
entré dans cette voie avec le néo-salvarsan qui est plus soluble
que le 606 et d’une administration plus simple.
Correspondance
M. Langeron, élu membre titulaire à la séance de février,
adresse ses remerciements à la Société.
*
* *
L’Associatioin de médecine tropicale d’Extrême-Orient ( Far
Eastern Association of Tropical Médecine), tiendra son prochain
congrès à Saïgon du 8 au 15 novembre 1913. Notre collègue le
Dr Montel, secrétaire général du Congrès, invite notre Société
à s’y faire représenter et nous demande d’exposer une collection
de notre Bulletin.
*
* *
Le Président. — M. le Dr Strong, membre correspondant de
notre Société, en m’envoyant la note très intéressante sur le
béribéri qui vous sera communiquée tout à l’heure, m’annonce
qu’un département de médecine tropicale vient d’être créé à
l’Université Harvard de Boston ; M. le Dr Strong est le chef de
ce département. Je félicite l’Université Harvard et M. Strong
de cette création qui rendra certainement de grands services pour
l’étude des maladies tropicales en Amérique et je fais des vœux
pour que d’excellentes relations s’établissent entre la nouvelle
Ecole de médecine tropicale et notre Société.
*
* *
Notre collègue M. le Professeur H. Ziemann adresse à la So¬
ciété des tirés à part de deux travaux sur la culture de l’hémato¬
zoaire du paludisme, et il annonce qu’il a réussi à cultiver ce pa¬
rasite dans un cas de fièvre pernicieuse du Cameroun.
M. Ziemann annonce en outre qu’il a obtenu des cultures de deu¬
xième génération du Piroplasma canis. La technique employée est
semblable à celle qui a été préconisée par Bass. 11 est à considérer,
dit Ziemann : i° que Y optimum de température pour cette cul¬
ture est de 37° ; 2° que, pour les repiquages, il est bon de chauf¬
fer le sérum de chien pendant i heure à 45 °, dans le but de l’inac¬
tiver ; que l’on doit ajouter au sérum inactivé et dextrosé (o cm3, 1
d’une solution de dextrose à 50 p. 100, pour 8 cm3 de sang à piro¬
plasmes), de l’eau physiologique, citratée à 2 p. 100, dans la pro¬
portion de o cm3, 3 à o cm3, 4, pour 10 cm3 de sérum inactivé
de chien. L’élimination des leucocytes par centrifugation se fait
comme dans le procédé de Bass. On obtient de cette manière, dans
le liquide de culture, de très belles formes de mutiplication, avec
16 mérozoïtes et davantage, comme jamais ou presque jamais on
n’en observe dans le sang périphérique. Les cultures maintenues
à 40°, et celles qui sont gardées à la température du laboratoire,
donnent à peu près d'aussi bons résultats. L’accroissement des
cultures cesse au bout de 48 heures environ ; si ces cultures sont
maintenues à 40°, l’accroissement est plus rapide, mais la dégé¬
nérescence se produit aussi plus rapidement.
Au sujet de Thistorique du kala-azar méditerranéen
Par U. GABBI.
Je prie vivement mon éminent confrère le Prof. A. Laveran de
vouloir bien prendre note :
i° que dans mon travail: « Intorno al kala-azar. Il focolaio en-
demico di Bordonaro » publié dans le premier fasc. des « Studi in¬
torno ad alcune malattie tropicali délia Calabria e délia Sicilia »
(et dans la « Rivista Crit. di Clinica Medica 1909 ») à la page 28
on lit . 20) che (la Leishmania ) fu trovata a Tunisi,
nel 1904 e descritta corne Piroplasma da Laveran e Mesnil, 30)
che nel 1905 fu trovata da Pianese a Napoli.
20 que dans ma note: « A proposito délia discussione sut kala-
azar all’Acc. Med. Chir. » di Napoli, parue dans « Malaria e
Malattie dei Paesi Caldi, Aprile-Maggio, 1912, à la page 138 on
lit: « Quanto poi all’affermazione che egh (il Pianese) abbia sCo-
perto la Leishmania questo è vero solo quando si aggiunga la
— 142 —
parola : in Italia. Dopo Leishman e Donovan nel 1903 nell’India.
furono primi Laveran e Cathoire a parlare di Piroplasma Do-
no vani a Tunisi ».
30 que dans mon petit Manuel « Malattie tropicali dell’Itaüa
merid. e délia Sieilia >; (2e édition 1912) à la page 100 on lit à la
7e ligne: « Dopo la scoperta délia malattia nell’India essa venue
osservata . nel /904 da Laveran e Cathoire a Tunisi e
nel igo 5 da Pianese a Napoli. »
Tous ces travaux je les ai envoyés à M. le Prof. Laveran qui
m’a toujours courtoisement remercié. Je n’ai donc pas oublié sa
découverte: au contraire, je l’ai maintes fois citée dans mes pu¬
blications.
Dans la contribution scientifique à laquelle vient de se référer le
Prof. Laveran j’ai écrit ce qui suit: Pianese e Nicolle furono i
primi ad affermare l’uno la esistenza di una Anaemia infantum a
Leishmania corne malattia a sè e distinta dal kala-azar e l’altro
quella di un kala-azar infantile . et plus bas encore: « La
creazione di una nuova malattia separata quindi e distinta da
quest’ultimo (il kala-azar indiano) veniva fatta da entrambi dopo
lo studio di pochi esempi clinici »... Or il est évident que c’est à la
création d’une maladie indépendante du kala-azar indien que se
rapporte ma pensée.
A propos de la phrase, enfin, que « la découverte faite par
M. Cathoire est très intéressante : les médecins de Tunis et d’Al¬
gérie devront chercher la maladie nouvelle et nous renseigner sur
sa fréquence et ses manifestations cliniques », je dois faire obser¬
ver que cette maladie qui était nouvelle à Tunis était, au contraire,
déjà connue à Naples où Cardarelli la découvrit en 1880.
Pour la vérité historique il faut donc conclure:
i° que la maladie dans le bassin Méditerranéen a été clinique¬
ment découverte par Cardarelli et étiologiquement par Laveran
et Cathoire ;
20 que je n’ai pas du tout affirmé que Pianese ait été le premier
à découvrir le kala-azar méditerranéen.
M. Laveran. — Je regrette que ma note Au sujet de V historique
du kala-azar méditerranéen (séance du 8 janvier 1913) ait contristé
notre collègue M. le professeur Gabbi, mais la réponse qu’il fait
à cette note me paraît montrer une fois de plus qu’il était utile
— 143 —
d’appeler l’attention sur cet historique qui a été souvent fait d’une
manière inexacte.
Dans la réponse de M. Gabbi je lis que la Leishmania fut trou¬
vée à Tunis en 1904, et décrite comme Piroplasma par Laveran et
Mesnil. Il y a là une confusion regrettable. Les notes que nous
avons publiées, M. Mesnil et moi, sur le parasite de Leishman-
Donovan n’ont rien à voir avec la leishmaniose tunisienne, elles
se rapportent uniquement au kala-azar indien (préparations en¬
voyées par Donovan).
M. Gabbi dans sa réponse abandonne Pianese, mais c’est pour
conclure, au nom de la vérité historique, que le kala-azar méditer¬
ranéen a été découvert cliniquement par un autre de ses compa¬
triotes, le Dr Cardarelli. Malheureusement pour cette nouvelle
thèse, les symptômes du kala-azar infantile ne sont pas assez carac¬
téristiques pour que le diagnostic puisse être porté avec certitude
quand la présence des Leishmania n’a pas été constatée ; certaines
anémies infantiles avec splénomégalie n’ont rien à voir avec la
leishmaniose; il est donc impossible d’affirmer que les observa¬
tions de Cardarelli, publiées en 1880, avant la découverte des
Leishmania, se rapportent au kala-azar. Il me paraît évident que
la leishmaniose méditerranéenne n’a été découverte que le jour où
l’existence de Leishmania a été constatée dans les viscères des ma¬
lades.
COMMUNICATIONS
A further experiment with vaccine prepared
according to the method of Achalme-Phisalix
By Philip H. ROSS.
In a previous communication to the Society (may, 1 9 1 1 ), I des-
cribed a successful experiment with vaccine prepared according
to the method of Achalme-Phisalix. I hâve now to lay before you
the results of a further experiment with lymph prepared in this
manner.
In december 1912, I sent to Dr Lowsley, medical offioer at Fort
Hall, who had carried out the vaccinations for me in the previous
experiment, three tubes of dried lymph. The first tube had been
prepared on dec. 2çth. 1909, the second on jan. 6th. 1911 and the
third on nov. 2nd. 1911. It may therefore be said tliat these three
tubes were approximately three years, two years and one year old.
Dr Lowsley carried out the vaccinations on prisoners in the local
gaol and his results are shown in the following table.
Dr Lowsley notes that the patients were men (adults) and tirv-
refore not the most favourable material for such an experiment.
The tubes had been kept in a cardboard box on a shelf in the
Laboratory at room température.
I think that the results are extraordinary for lymph three years
old and that they strongly support my view expressed in my pre¬
vious communication, that stations far removed from centres
*
where glycerinated lymph can be procured should be supplied
— i45 —
with a stock of dried lymph in order to be prepared for an outbreak
of Smallpox. It is at the first appearance of the disease that vac¬
cination will most readily prevent or check its spread, and I think
that this experiment makes it clear that in dried lymph \ve hâve
vaccine in such a portable and stable form that it can be kept in
stock at the most distant and hottest out-stations.
(. Laboratory of Nairobi ).
Résumé. — L’auteur a constaté que du vaccin desséché par la
méthode Achalme-Phisalix et conservé depuis 3 ans, 2 ans et
1 an donnait 70, 82 et 81 % de succès. Ce mode de préparation du
vaccin convient donc parfaitement pour les pays chauds.
Nasal lésions in glanders
and épizootie lymphangitis
B y Andrew B AL FOUR.
I was interested in the communication regarding the presence
of nasal lésions in glanders and épizootie lymphangitis communi-
cated to the Société de Pathologie Exotique by M. Bridré and
appearing in the Bulletin of december nth., 1912.
Last May when returning in our floating laboratory from the
sleeping sickness area of what was un-til recently the Lado En¬
clave (now called Western Mongalla) in the far Southern Sudan,
I found at the post of Mongalla on the east bank of the Bahr-
El-Jebel, a mule presenting an appearance strongly suggestive of
glanders. There was a large swelling in the nasal région which
was diseharging a thick pus from the mouth of a sinus while pu¬
rulent fluid was trickling from the nostrils. On passing a probe'
into the external opening of the sinus I found the latter commu
nicated directly with the nasal cavity. There was no glandular en-
largement and nothing to point to épizootie lymphangitis. On
examining smears of the pus, however, I found a severe infection
with the Saccharomyces farcinosus of Rivolta while culture
only showed the presence of various pyogénie organisms and no
evidence of B. mallei . No mallein was available for the inocula-
-v
— 146 —
tion test. The mule was shot and I secured its skull. It shows
very well the effect of the severe ulcerative process which had
resulted in the absorption of a large portion of the left malar
boue. A small portion of the left nasal bone was also affected.
Without the microscopical and cultural examinations I do not
think it would hâve been possible to make a correct diagnosis in
this case.
The skull is now in the muséum of these laboratories.
( Khartoum Laboratory .)
Résumé. — L’auteur a observé un cas de lymphangite analo¬
gue à celui qui a été communiqué à la Société par Bridré. La
mule qui portait la lésion a été tuée. Sur le crâne on a constaté
une large résorption de l’os malaire et une lésion moins avancée
de l'os du nez à gauche. L’agent pathogène était le Saccharo-
myces farcinosus de Rivolta.
Présence d’Ornithodorus moubata
dans un foyer de fièvre récurrente
à la cote ouest de Madagascar
(Présentation de trois exemplaires)
Par A. LAMOUREUX.
Dans le Bulletin de la Soc. de Path. ex. du 8 mai 1912, p. 268,
nous avons signalé 3 cas de fièvre récurrente observés sur des
individus ayant voyagé par voie de terre à la côte ouest de Ma¬
dagascar entre Morondava et Majunga.
Depuis cette époque nous avons eu l’occasion d’observer sur
des individus ayant voyagé dans les mêmes conditions 22 cas
nouveaux de la même maladie.
Dans les archives de la salle de visite du bataillon sénégalais
de Madagascar et de l’hôpital militaire de Majunga, nous avons
relevé l’histoire d’un détachement de 29 hommes qui a voyagé, en
juillet 19 1 1 , dans les mêmes régions et dans les mêmes conditions.
Il présente à son arrivée 25 malades atteints de fièvre à rechûte,
H7 —
j\ ^Lcx/rn.
£ ÛuvlI^<3u>-ujU n\<n>XoXo_ k _
OAX1XU/H
étiquetée Paludisme sans examen hématologique, qui était vrai¬
semblablement de la fièvre récurrente.
Il y a plus de deux cents ans (1702-1720), R. Drury (i) dans
sa relation de voyage et de captivité à Madagascar (in collection
des ouvrages anciens concernant Madagascar par A. Grandidier,
Charles Roux, Ch. Delhorbe, H. Froidevaux et G. Grandi-
dier) se trouvant en pays Sakalava un peu au nord de Mahabo et
de Morondava sur les bords de la rivière Tsiribihina (côte-ouest
de Madagascar) dans un village habité par des Vazimbas, hom¬
mes d’une race différente de celle des Sakalaves, raconte que:
« Fort peu de ceux-ci consentent à séjourner dans les maisons
(( des Vazimbas par crainte d’un insecte semblable à la Tique
« des vaches, qui se rencontre fréquemment sur le bétail et que
« l’on appelle « Poroponjy »; cet insecte ne se trouve que chez
<( les Vazimbas qui l’élèvent à dessein pour que les Sakalaves
« n’entrent point dans leurs maisons.
« Or les gens qui sont mordus par les « Poroponjy » en sont
« malades pendant six semaines ou deux mois : Ces insectes s’at-
<( tachent à la peau ou même se glissent dessous ; mais une fois
« qu’on a été mordu et malade, on n’a plus à les redouter et on
<( n’en est plus incommodé par la suite, si nombreux qu’ils
a soient ».
Cette curieuse relation d’une maladie transmise par des tiques
et dont une première atteinte confère l’immunité, ne fait-elle pas
pressentir, de longue date, l’existence de la fièvre récurrente à la
côte Ouest de Madagascar.
N’est-il pas curieux aussi de remarquer dans la même citation
la confusion que semble faire R. Drury entre les tiques qui s’at¬
tachent à la peau et « d’autres insectes » qui « se glissent des¬
sous )> et ne serait-il pas permis de supposer qu’il a confondu
tiques et puces chiques. En ce cas Pulex penetrans aurait existé
à Madagascar avant l’arrivée des tirailleurs sénégalais auxquels
il ne faudrait plus adresser le reproche de l’avoir introduite.
Quoi qu’il en soit, nous avons l’honneur de présenter et d’of-
fir à la Société de Pathologie Exotique trois exemplafres d’un
acarien recueillis par un de nos malades au village de Mitsijo à
3 jours de Majunga, sur la route de Morondava.
(1) Cité par notre collègue, M. Tuézé, in Bail. Soc. Path. exot., 1911,
P- 5°9'
Cet acarien qui pourrait bien être le « Poroponjy » de
R. Drury présente tous les caractères d’ Ornithodorus Moubata
(Détermination faite par nos collègues MM. Chatton et Rou-
baud).
Déjà M. Thézé dans la première observation publiée d’un ca^.
de fievre récurrente à Madagascar, signale l’analogie morpho-
logique entre le Spiroch. Duttoni et le spirochète qu’il a observé.
Nous avons montré d’autre part que le spirochète de Madagas¬
car se différencie de Spiroch. Obermeieri par l’inoculation positive
d’emblée de l’homme à la souris.
L’existence d' Ornithodorus moubata dans la région de Mada¬
gascar où existe la fièvre récurrente ne donne-t-elle pas à pen¬
ser que cette maladie est la même que la « Tick fever d’Afri¬
que ? »
The rectal inoculations of kittens as an aid in
determining the identity of pathogenic entamœbæ
Bv S. T. DARLING.
J
On account of the divergent opinions held at présent as to the
identity of trophozoites of entamoebae found in cases of dysen-
tery it would seem that a study of the changes in the morpholo-
gical features undergone by entamœbæ in the colon of kittens
would do much towards bringing about sonie unanimity of opi¬
nion with regard to the cause of entamœbic dyséntery.
The writer has already shown (i) that trophozoites in tctragena-
dysentery undergo developmental changes when inoculated rec-
tally into kittens.
As the resuit of a study of experimental entamœbic dysenterv
which may be provOked with ease in kittens by the rectal injec¬
tion of fresh material from entamœbic stools, the writer can not
agréé with those who believe that degenerative changes in the
nucléus of entamœbæ occur more easily in the kitten than in
man. Material in either case should be as fresh as possible, for de-
(i) Proceedings XV International Congress of Hygiene and Demo-
graphy, 1912 ; Archives Internai Medicine, 1913, XI, Jan. 15, Chicago.
— i5o —
generative changes in trophozoites from tetra gêna- dysentery in
man hâve been not uncommonly observed.
When a person is infected with E. tetragena, and trophozoites
first make their appearance in the stools, they display certain
familiar features. The trophozoites are large, the nucléus relati-
vely small, while the cytoplasm is always free from chromidia
(crystalloidal substance? Chatton), and cysts are never seen. If
the individual is energetically or suocessfully treated, or in any
case recovers from the infection, trophozoites disappear from the
stools and the infection is at an end.
It is very important that the morphological characters of the
nucléus in such a case be noted. If wet-fixed préparations are
made and stained with haematoxylin, it may be noted that sligh-
tly different pictures may be obtained by using different fixati-
ves and different modifications of haematoxylin. For example, if
Schaudinn’s fluid is used, and iron haematoxylin, or iron hae-
matein, the picture is on the whole like that figured by Wer-
ner (i) for E. histolytica. The centriole is small and stains faintly
and the peripheral chromatin while présent, is often not pro-
nounced in amount nor in intensity of staining. The karyosome
may be invisible or appear as a very faint cloudy ring.
If Zenker’s or Flemming’s solution be used instead, and
Mallory’s phosphotungstic acid haematoxylin be used, a slight-
ly different picture is obtained, for in the latter case the centriole
is more densely stained, tliere frequently appears to be more peri¬
pheral chromatin often in round granules and staining intensely;
the karyosome, while faint, is usually very definitely stained.
A constant technique, therefore, must be used when comparing
préparations from various sources for diagnosis or study. The
writer recommends fixation in Zenker’s fluid, diluted one-fourth
or one-eighth, or in Flemming’s solution, staining in phospho¬
tungstic haematoxylin and differentiating with weak potassium
permanganate solution.
If one encounters a return case of entamœbic dysentery, or a
prolonged untreated case, one may find associated with, or ins¬
tead of the large trophozoites, described above, a génération
of trophozoites usually smaller in size. These may be found in
typical dyenteric stools with blood and mucus or in stools contai-
(i) Beiheft u Archiv f. Schiffs u . Tropcnkrankheiten, 1908.
ning bloody scybala, in diarrheal stools, or rarely even in well-
formed stools. There are several varieties of this « small généra¬
tion ». As seen in stools, they are frequently, though not always
refractile. When refractile, they stain very slowly intravitam with
Gentian violet, and hâve no doubt often been mistaken for
E. coli. When stained by the method mentioned above, one is
struck by two features, which characterize the smaller senile, or
precyst génération. First, the presence of more or less large
blocks of crystalloidal substance (Chatton (i) ) in the cytoplasm.
Second, the very prominent and densely stained karyosome. This
génération of trophozoites is the one that preceeds encystment. It
is also, I believe, the génération described so carefully by Elmas-
sian as E. minuta (2) and the génération described by others as
E. tetragena (3).
Between this génération and that of the large trophozoite,
there are varieties so far as the amount and shape of chromidia
and staining characters -of the karyosome are concerned.
In some of these cases of entamœbic colitis, associated with the
small or precyst génération, are small cysts containing one, two,
or four nuclei, and blocks of chromidia. Later, when the colitis
lias apparently entirely disappeared and the stools hâve becorne
more or less formed without a trace of mucus, it may be possi¬
ble to find few or many tetragena cysts, thus completing the life
cycle of E. tetragena in the intestinal tract of man ; and it may be
conceived that of the three phases mentioned : (a) the dysenterie
trophozoite ; (b) the precyst trophozoite and (c) the cyst. (a) re-
presents something analogous to adolescence and (b) to maturity
or senility.
It can be shown that these terms represent corresponding infec-
ting powers of the trophozoites in any given case of entamoebic
colitis. For, if kittens be inoculated rectally with material Tom
an adolescent or histolytica-like strain, the strain may be carried
on upon the death of the preceding kitten for four, five, or six
transfers, the strain thus taking about one month for its sejourn
in the colon of the kitten, but if, on the other hand, a chromidia
containing senile « tetragena »-like strain be injeoted rectally
(1) Chatton, Bull, de la Soc. de Path. Exot t, V, 180, 1912.
(2) Elmassian, Centralbl. f. Bakt., Parasitenk u. Infek., I, Orig., t. LII,
335- 1909-
(3) Craig, Jour, of Med. Research , XXVI, 1, Apr. 1912.
- 02 —
into kittens, it cannot be carried through more than one or two
transfers. Indeed, it may perish in the first kittens inoculated.
In other words, it soon fails to infect the kitten just as the rectal
injection of kittens with tetragena-cysts falls to infect them. It is
reasonable to suppose that strains intermediate in âge between
adolescence and senility will yield upon inoculation a number
of removes corresponding to the âge of the strain Werner (i),
lias noted the failure of some strains either to infect, or to be
carried on in kittens for more than one or two removes.
What happens to the senile strain in the colon of the kitten
when it lias, so to speak, run its course? It encysts.
The colon of a kitten (weight 500 to 700 g.), particularly the
caecum, approaches as nearly as we can at présent to a culture
tube for E. tetragena , and in the large bowel of kittens develop-
mental changes in the trophozoites may be observed to make
their appearance verv much as they do in an untreated case of dy-
sentery in man, but with this différence. On account of the
shorter duration of the disease in kittens, and the fatal issue, it 1s
necessary to transplant the culture to another kitten when the
host is dying or very soon after death. In this way only can the
âge of adolescent strains be prolonged and the appearances of
maturity observed. B y this means, it is possible to start with
an adolescent strain having histolytica-like characteristics, ana
through the successive removes note the réduction in size of the
trophozoite, the appearance of chromidial blocks in the cyto-
plasm and the prominent karyosome and centriole in the nucléus.
In other words, note the transformation of a histolytica-like tro¬
phozoite into a senile tetragena-like trophozoite. In the last re-
move, it may be possible to detect cysts in the material contai-
ning the precyst génération.
If then in any case of entamœbic. dysentery, there may be
doubt or disagreement as to the identity of the trophozoites in
question, and as it is of course inadvisable to withhold treat-
ment from the patient for the study of the entamœba, it is re-
commended that rectal injection of fresh material containing tro¬
phozoites be made into kittens, and wet-fixed stained prépara¬
tions of the trophozoite from remove to remove be made, to note
whether they correspond with E. tetragena or other form. If the
!
(1) Werner, loc. cit.
entamœba is E. tetragena, the phases outlined above will be
seen. In some of the préparations from the last remove patho-
logical forms of the trophozoites may be encountered. These ap-
parently are identical with the budding and other forms descri-
bed by Schaudinn and Craig and figured by Craig and Hart¬
mann.
The peculiar pathological changes to be noted in the tropho¬
zoites, are as follows ;
i° The appearance of buds of different sizes on the periphery
of the trophozoites in question. These buds of the ectoplasm are
sometimes elear and homogeneous and somestimes contain mas¬
ses of chromidia. Not infrequently a bud contains the nucléus.
2° The extrusion of chromidia, nuclei and portions of cyto¬
plasm. Dislocation of the nucléus, it taking up an extreme pe-
ripheral position in the cytoplasm, or attached by a slim pedicle
and frequently appears to be stuek on to the periphery. Globu-
lar portions of the cytoplasm (buds) are extruded.
The staining qualities of the nucléus in these forms are always
less sharp than in normal trophozoites and cysts nearby.
If the entamœba is E. coli, trophozoites will be found vegeta-
ting in the caecum or other part of the large bowel, and can
be differentiated from E. tetragena.
The writer believes that cases thought to be « histolytica »
dysentery will résolve themselves into infections by E. tetragena.
(From the Board of Health Laboratory, Ancon, Canal Zone).
Mode d’action de la quinine sur Plasmodium
vivax (var. magna du prof. Laveran) de la tierce
et de la double-tierce bénigne de rechute
Par J. RIEUX.
Il est classique que la quinine fait disparaître du sang périphé¬
rique l’hématozoaire du paludisme. Mais le mode de disparition
de cet agent n’est pas encore très connu. Nous avons entrepris
l’étude de ce point de la question du paludisme à l’occasion de
!
— 1 1>4 —
cas assez nombreux de tierce et de double «tierces bénigne, de
rechute, de provenance presque exclusivement marocaine, et trai¬
tés dans notre service du Val-de-Grâce.
Le sel de quinine employé a toujours été le chlorhydrate basi¬
que de quinine. Afin d’avoir des résultats toujours convenables
et aussi pour n’agir sur l’hématozoaire de la tierce (P. vivax,
var. magna de M. Laverax) qu’avec de faibles doses du sel em¬
ployé, la quinine a toujours été administrée à raison de o g. 25
en cachet, toutes les 6 heures (6 h. du matin, midi, 6 h. du soir,
minuit), pendant toute la durée de l’observation. La technique
employée a été toujours identique: fixation du sang étalé sur
lames par l’alcool éthylique absolu pendant 10 m., coloration
pendant 10 m. par la solution de Giemsa du commerce diluée à
s/10; lavage et séchage. Nous ne nous sommes jamais servi de
lamelles, ni de baume de Canada.
Voici, d’après ces conditions toujours semblables, la synthèse
de nos observations :
i° Examen du sang en plein accès fébrile dans les heures qui
suivent la quininisation fractionnée ayant débuté au moment de
l'accès et quelques heures avant V examen. — On observe tout
d’abord un arrêt dans l’évolution des schizontes nouvellement
nés de P. vivax, soit en totalité, soit en partie seulement; ces
schizontes se retrouvent non développés jusque 24 heures après
leur naissance et le début de la quininisation ; ceux qui se déve¬
loppent ne le font qu 'imparfaitement. Plus importante est une vé¬
ritable dégénérescence du plasmodium dans l’intérieur de l’héma¬
tie parasitée ; elle est exprimée par les caractères suivants : diffi¬
culté de coloration du protoplasma qui est parfois presque invi¬
sible, persistance de la chromatine nucléaire qui apparaît soit
S-
sous forme d’un grain très net, soit sous un aspect polymorphe
(doubles . grains accolés à la manière d’un diplocoque, accent
circonflexe, demi-cercle, raquette, forme d’y, ruban irrégulier, etc)
enfin disparition de la zone claire périchromatinienne. L’hématie
accuse parfois une décoloration marquée, soit totale, soit cen¬
trale ; mais souvent se montre à peu près normale. Ces schizon¬
tes, arrêtés dans leur évolution et dégénérés, disparaissent du
sang périphérique dans les heures qui suivent; cette disparition
est généralement totale 48 h. après leur naissance.
20 Examen du sang le lendemain d’un accès tierce, la quinisa -
tion fractionnée ayant commencé à ce moment . — Les schizontes
surpris par la quinine sont donc des schizontes à demi-adultes
avec leurs caractères connus. Eux aussi ont leur évolution arrê¬
tée; mais cet arrêt ne les atteint pas forcément tous et quelques-
uns peuvent continuer leur cycle jusqu’à la production de l’accès
du lendemain. Ceux qui sont tués montrent également les signes
de la dégénérescence : le protoplasma se colore mal, est parfois
invisible; ses contours sont flous; il est parfois segmenté en 2 ou
4 parties; plus rarement enfin il montre une vacuole. Le noyau
présente les mêmes altérations que nous avons décrites au jeune
schizonte. Le cytoplasme du globule est lui aussi souvent pâle.
Enfin les grains de Schüffner apparaissent plus fins et souvent
moins nombreux que normalement. Ces schizontes, ainsi dégéné¬
rés, disparaissent du sang dans les heures qui suivent, sans qu’on
puisse connaître les détails de cette disparition.
30 Examen du sang dans les heures qui précèdent V accès, la
quinisation ayant été commencée à ce moment. Ce sont alors les
sporocystes en formation qui sont touchés par la quinine. Ils
résistent généralement à l’action des faibles doses de quinine,
n’acusent aucune dégénérescence appréciable et continuent leur
cycle évolutif jusqu’à l’émission des mérozoites, provocatrice du
frisson et du début de la fièvre. Il est possible que la quinine
agisse sur ces mérozoïtes ; mais la constatation n’en a pas été
possible dans nos cas.
40 Reste une dernière question ; Les gamètes de P. vivax su¬
bissent-ils — et de quelle façon — l’action de la quinine? Cette
action est certaine, mais non moins certaine aussi est la résis¬
tance que les gamètes lui opposent. Ce sont eux, en effet, qui de
toutes les formes de P. vivax disparaissent les derniers du sang
paludéen. Mais sur eux aussi la quinine provoque une dégéné¬
rescence, qui ne diffère pas sensiblement de celle des schizontes :
protoplasma prenant faiblement les couleurs basiques, parfois
très réduit dans l’hématie, parfois vacuolaire ; filament clïro-
matinien toujours en peloton, rond ou allongé dans une fente
protoplasmique, mais plus fin, plus délicat ; grains de Schüf¬
fner plus rares, parfois même disparus, laissant voir plus net¬
tement que normalement les grains de pigment bruns qui im¬
prègnent le plasmodium. La dégénérescence est parfois si profonde
que la reconnaissance du gamète est très difficile et que sa con¬
fusion peut facilement être faite avec un schizonte demi-adulte dé¬
généré.
En résumé, la quinine agit sur P. vivax en déterminent sa
mort, puis sa dégénérescence et sa disparition du sang périphéri¬
que. Cette action est d’autant plus vive qu’elle s’adresse au schi-
zonte plus jeune ; elle est déjà infidèle sur le schizonte âgé de 24 à
30 h. ; elle l’est plus souvent encore sur le sporocyste. Quant au
gamète, sa résistance est plus grande que celle du schizonte ; il
subit cependant l’action de la quinine, quand elle est prolongée.
Un nouveau protozoaire parasite
de l’homme provenant du Brésil
Par G. FRANCHINL
Dans un cas d’infection chronique mortelle chez un sujet qui
avait séjourné longtemps au Brésil j’ai constaté, dans le sang
périphérique et dans le sang du foie, un parasite qui est je crois
nouveau.
Observation du malade. — Médecin italien, résidant au Brésil
depuis dix-huit ans, où il a joui d'une très bonne santé jusqu'à il y
a trois ans. A ce moment, il ressentit un malaise général qu’il ne
pouvait pas expliquer ainsi qu'un léger affaiblissement. En dehors
de cela il n’avait remarqué ni diminution d’appétit, ni amaigrisse¬
ment. Un an après, il s’aperçut d'une tuméfaction au cou, à la région
latérale cervicale droite, indurée, indolente, qui s’accrut progressi¬
vement jusqu’à la grosseur d’un œuf de pigeon ; elle adhérait légè¬
rement au tissu profond. Il fut opéré au Brésil mais la plaie ne se
ferma pas : elle donnait lieu à une sécrétion blanchâtre mais non
purulente. Après peu de temps, la tuméfaction se reproduisit à la
même place ; le malade revint alors en Italie en assez bon état de
santé mais, peu après, il commença à s’anémier ; la fièvre apparut
de temps en temps, à tel point qu’il fut obligé d’entrer dans une
maison de santé à Bologne. Là, bientôt, il fut atteint de douleurs
très accentuées aux membres inférieurs et dans la région sacrée.
La fièvre qui, au commencement, revenait de temps en temps,
devint presque quotidienne ; elle était précédée de frissons et suivie
de grandes transpirations. La rate était légèrement gonflée : le foie
qui, dans le commencement de la maladie, était normal, grossit jus¬
qu’à rejoindre le niveau de l’ombilic, et dans le lobe droit se forma
une espèce de kyste gros comme une orange, fluctuant. La ponction
donna un liquide très fluide et rougeâtre.
A 1 examen objectif du malade, on observa un amaigrissement et
une anémie très remarquables. A la région latérale droite du
cou, sur la cicatrice de la plaie chirurgicale il y avait une tumé-
faction indurée et grosse comme une noisette, indolente, non adhé¬
rente à la peau et en contiguité avec une glande lymphatique.
De la rate et du foie on a déjà parlé ci-dessus.
Les ganglions lymphatiques étaient normaux.
Les urines contenaient des traces d’albumine.
L’examen du sang montra une anémie très accentuée, avec leuco¬
pénie ; peu de temps avant la mort il y eut une légère leucocytose.
Pas d’éosinophilie. Réaction de Wassermann négative. Rien de par¬
ticulier à la ponction du rachis.
Examen microbiologique du sang. — Pas de parasites du palu¬
disme ni de Leishmania , pas de spores ni de champignons.
Négatif l’examen cultural du sang dans les milieux les plus appro¬
priés aux Blastomgces.
Dans de nombreux examens du sang obtenu par piqûre des doigts
ou pris dans les veines, on trouva un parasite spécial qui était très
souvent libre dans le plasma, quelquefois inclus dans les globules
rouges et très rarement dans les leucocytes. Le même parasite fut
trouvé dans trois ponctions du foie. Il était dans le sang périphé¬
rique seulement quand le malade avait la fièvre.
Dans le sang frais, les parasites étaient très peu visibles, ils ne
semblaient pas animés de mouvements.
Dans des frottis colorés avec le Giemsa on distinguait des élé¬
ments oblongs ou piriformes, pigmentés (pigment noir), .souvent
avec deux amas de chromatine, l’un grand et l’autre plus petit, dans
le protoplasme qui était en général coloré en bleu et contenait des
vacuoles et des granulations chromatiques.
Il y avait des parasites de la taille d’un globule rouge, ronds,
avec plusieurs masses chromatiques, un ou deux centrosomes et
qui, suivant toute probabilité, étaient des formes en division mul¬
tiple.
D’autres formes ! presque toujours rondes, évidemment encapsu¬
lées, étaient assez abondantes dans le sang de la ponction hépa¬
tique. Quelquefois, dans les globules rouges, on trouvait de très
petits parasites, ovalaires, avec un ou deux noyaux très colorés en
•rouge violet ; d'une façon exceptionnelle, il y avait des parasites
(probablement phagocytés) dans les globules blancs.
Nous avons vu deux parasites flagellés.
Il n’a pas été possible de cultiver le parasite ; dans l’agar-sang
Nicolle il vivait assez longtemps, mais on n’obtenait jamais de repi¬
quage. Nous avons inoculé des animaux avec le sang du malade
et nous attendons les résultats.
L’examen des coupes de la tuméfaction nous a montré un tissu
granulomateux typique ; quelques éléments ressemblaient à des
parasites.
Après de nombreux examens des frottis nous sommes convaincus
que le parasite décrit ci-dessus ne peut être identifié à aucun des
hématozoaires connus. Il s’agit certainement d’un protozoaire et
vraisemblablement d’un flagellé, car nous avons vu deux élé¬
ments munis de prolongements ressemblant beaucoup à des fla¬
gelles. Nous proposons de donner au parasite le nom de « Hae-
mocystozoon brasiliense ». Nous donnerons prochainement une
description plus complète du parasite.
Laboratoire de l’Hôpital Major de Bologne .
M. Laveran. — J’ai pu examiner les éléments parasitaires que
M. le Dr Feanchini décrit dans la note très intéressante qu’il vient
de nous communiquer. Je crois, comme lui, qu’il s’agit d’un nou¬
veau Protozoaire du sang. Certains éléments pigmentés rappellent
l’hématozoaire du paludisme, mais la plupart se distinguent nette¬
ment de ce dernier parasite avec lequel il me paraît impossible de
les confondre. Le nouvel hématozoaire brésilien est polymorphe et
son évolution sera probablement assez difficile à élucider si le para¬
site n'est pas inoculable à certaines espèces animales.
Au sujet des altérations anatomiques
produites par leToxoplasma cuniculi
Par A. LAVERAN et NATTAN-LARRIER
A la fin de l’année dernière, notre Collègue M. le Dr Splendore
a remis à l’un de nous des pièces anatomiques provenant d’un
lapin infecté de toxoplasmose.
La rate et le foie de ce lapin que nous avons l’honneur de pré¬
senter montrent, à un degré très avancé, les altérations macrosco¬
piques qui ont été très bien décrites pour la première fois par
Splendore en 1908. La rate fortement hypertrophiée et le foie
ont une certaine ressemblance avec la rate et le foie d’un animal
ayant succombé à une tuberculose miliaire aiguë. La surface d’un
brun foncé de ces viscères est parsemée de petites taches blanchâ¬
tres, de dimensions variables, qui apparaissent aussi sur les coupes,
mais moins distinctement qu’à la surface, et qui correspondent à
des nodules extrêmement nombreux et très visibles surtout dans
le foie de lapin que nous présentons. Les poumons sont aussi par¬
semés de petits nodules grisâtres.
Nous avons prélevé de petits morceaux de foie, de la rate et des
poumons afin de constater la nature des nodules et l’examen histo-
logique ne nous a laissé aucun doute sur l’origine des altérations.,
produites évidemment par le Toxoplasma cuniculi , et sur l’exac¬
titude des observations faites à ce sujet par Splendore (i).
Notre examen anatomo-pathologique a porté sur le foie, la rate et le
poumon du lapin. De ces trois organes, c’est le foie qui présentait les
lésions les plus étendues et les plus intéressantes. Le tissu hépatique est
parsemé d’îlots nodulaires, situés aussi bien sous la capsule de Glisson
que dans l’intimité même du parenchyme glandulaire : on les rencontre au
voisinage des espaces-portes, au contact des veines sus-hépatiques et,
plus souvent encore, dans la partie moyenne du lobule hépatique. Leurs
dimensions sont des plus variables : les plus lins sont formés aux dépens
de quelques cellules hépatiques, les plus gros atteignent près d’un milli¬
mètre de diamètre. A leur début, les nodules sont arrondis ; lorsque leur
évolution est plus avancée, ils sont limités par des contours irréguliers ou
se présentent sous la forme de bandes rameuses. L’examen microscopique
après coloration des coupes par l’hématéine-éosine ou par la thionine
phéniquée, permet d’observer le mode de formation des lésions : quelques
cellules hépatiques, tout en conservant leur ordination régulière, perdent
leurs réactions colorantes ; leur protoplasme prend un aspect vitreux;
leur noyau, d’abord plus faiblement teinté, cesse bientôt d’être visible;
les limites des éléments deviennent moins nettes, puis indistinctes. Au
contact de la trabécule altérée, les capillaires radiés restent perméables,
mais leurs cellules endothéliales se tuméfient. Aucun afflux leucocytaire ne
se produit. A une période plus avancée, les cellules hépatiques, complè¬
tement nécrosées, cessent d’ètre reconnaissables ; les capillaires sanguins,
qui les limitent, sont thrombosés ou comblés par la desquamation des
cellules endothéliales, auxquelles se mêlent quelques leucocytes éosino¬
philes. Lorsque la lésion a atteint son complet développement, son centre
est occupé par des tractus fibrinoïdes qui circonscrivent des espaces clairs,
traversés par de fins filaments fibrineux : dans les mailles de ce réseau se
répartissent des débris chromatiniens, des noyaux de cellules endothé¬
liales parfois bien conservés, et des amas de globules rouges. Au pour¬
tour de cette zone centrale, apparaît une bordure irrégulière, dans
laquelle on reconnaît des trabécules hépatiques, qui, très altérées, possè¬
dent, pourtant, encore des contours distincts ; les cellules endothéliales
avoisinantes sont toujours moins profondément lésées. Enfin, dans la zone
d’extension du nodule, des cellules hépatiques nécrosées s’entremêlent
avec des éléments glandulaires normaux.
Les colorants ordinaires permettent d’étudier la répartition des toxo¬
plasmes. En de nombreux points, les cellules hépatiques sont largement
envahies par Toxoplasma cuniculi. 11 n’est pas rare de voir une cellule
qui. pourvue d’un protoplasme encore normal, contient 8 ou 10 parasites ;
dans quelques cas même le nombre des toxoplasmes est bien plus considé¬
rable et atteint 20 ou 30; mais le protoplasme de la cellule devient alors
moins colorable et son noyau ne peut plus être décelé. Les capillaires, qui
entrent en contact avec ces éléments, restent normaux ou cessent d’être
perméables : dans ce dernier cas, ils contiennent d’innombrables parasi¬
tes, mais ceux-ci n’envahissent pas les cellules endothéliales. Les para-
(i) A. Splendore, Revista da Socied. scientif. de Sâo Paido, 1908, t. III,
n° 10-12 et 1909, t. IV, nos 5-7.
— i6o —
sites, inclus dans les cellules hépatiques ou situés en dehors d’elles,
peuvent se présenter sous l’aspect d’éléments arrondis ou ovoïdes, de 20 a
à 25 f i de diamètre, renfermant un nombre variable de karyosomes ; ce
sont certainement ces éléments qui ont été décrits par Splendore comme
les formes de schizogonie du Toxopl. cuniculi. La région centrale des
lésions nodulaires ne contient pas de toxoplasmes, mais on voit à la péri¬
phérie de ces altérations de nombreux parasites, qui se groupent en amas
plus ou moins serrés. Les lésions n’épargnent pas le tissu conjonctif des
espaces-portes qui, sans contenir des nodules isolés, est souvent mal Colo¬
mbie et parsemé de toxoplasmes.
Les lésions de la rate sont moins bien systématisées que celles du foie.
L’organe très congestionné et riche en pigment ocre, montre, dans un tissu
encore bien conservé des nodules dont le diamètre dépasse souvent un
millimètre. Au cenlre de ces îlots, on reconnaît des travées fibreuses
nécrosées et des réseaux fibrinoïdes, dans les mailles desquels se répartis¬
sent des débris chromatiniens, des globules rouges et des amas de pig¬
ment ocre A mesure que l’on se rapproche de la périphérie du nodule, les
poussières nucléaires se montrent plus abondantes et les cellules endothé¬
liales apparaissent plus nettes. A la limite de la lésion, se voient enfin des
capillaires dont la lumière, souvent comblée par des amasde toxoplasmes,
est parfois thrombosée. Ajoutons que dans les parties encore normales de
la rate, il n’est pas rare de trouver des toxoplasmes, englobés dans les
grands leucocytes mononucléaires.
Le tissu pulmonaire présente des lésions banales (œdème et con.œstion),
mais il offre aussi d’importantes altérations spécifiques. Les cloisons
alvéolaires épaissies contiennent des parasites qui s'y dispersent ou s’y
rassemblent en amas ; ça et là, on distingue, dans l’intervalle des alvéo¬
les, un capillaire, comblé par un thrombus parasitaire, ou de gros macro¬
phages bourrés de parasites. On trouve peu de toxoplasmes libres dans
les lumières alvéolaires, mais on y rencontre de volumineuses cellules à
poussière où les protozoaires paraissent se multiplier. Enfin it existe
dans le poumon des lésions nodulaires, qui par leur aspect et leur mode
de formation rappellent celles que nous avons décrites dans le foie et dans
la rate : il s'agit de foyers nécrobiotiques qui s’étendent de proche en
proche, sans provoquer aucun afflux leucocytaire.
La toxoplasmose du gondi
Maladie naturelle. Maladie expérimentale
Par Charles NICOLLE et Marthe CONOR.
Cette étude fait suite aux notes et mémoire, publiés par l’un
de nous en collaboration avec L. Manceaux (i), sur cette curieuse
(i) Comptes rendus de V Académie des Sciences, 26 octobre 1908 et 8 fé¬
vrier 1909, Archives de VInst. Past. de Tunis, 1909, IIe fascicule, pp. 97-
103 (avec une planche en couleurs).
infection, elle les confirme et fixe plusieurs points utiles et nou¬
veaux.
%
Infection naturelle du gondi. — Nous avons reçu, le 29 mai
1912, de M. A. Weiss, un lot de gondis, récoltés par lui à Mat-
mata et destinés à l’élevage. Matmata est ce même point du sud
tunisien, où la toxoplasmose du gondi avait été découverte en
mai 1907, puis retrouvée aux mois de juillet et novembre 1908.
Nos gondis de 1912 montraient à leur arrivée deux espèces
d’ecto-parasites : un ixode indéterminé, une larve indéterminable
d’un Trombidium ; ils en furent aussitôt et entièrement débarras¬
sés.
Pendant les deux mois qui suivirent leur entrée, la moitié en¬
viron de ces animaux périt ; tous furent autopsiés, aucun ne pré¬
sentait de toxoplasmes. La mortalité cessa en juillet; elle reprit à
la fin de septembre et tua de cette date au 2 janvier neuf animaux,
sur lesquels huit furent reconnus infestés de toxoplasmose. Deux
gondis, morts plus tard, les 5 et 28 février 1913, en étaient in¬
demnes.
La maladie, contractée en mai, antérieurement à la capture, est
donc apparue, dans notre élevage, fin septembre pour disparaître
en janvier.
Aucun symptôme avant les heures qui précèdent la mort. A
l’autopsie, l’animal est généralement gras; on constate le plus
souvent des lésions manifestes : épanchement pleural double et
clair, congestion ou hépatisation pulmonaires, rate hypertrophiée
(2, 3 jusqu’à 4 et 5 grammes au lieu de la normale 0,8 pour un
animal de 250 à 300 gr.) et moins consistante, foie un peu gros;
plus rarement, l’examen des viscères peut demeurer négatif et la
rate conserver ses dimensions ordinaires.
Sur les frottis, les toxoplasmes sont toujours abondants, mais
leur nombre varie suivant les organes : la rate en contient gé¬
néralement un chiffre colossal ; puis viennent le foie et le pou¬
mon très envahis ; les reins en montrent de rares ; le sang et la
moelle osseuse d’exceptionnels ou point.
Nous avons peu de chose à ajouter à la description du para¬
site, donnée antérieurement par N. et M.; les formes sont varia¬
bles (en arc, en larme, ovales, même rondes), les dimensions os¬
cillent de 2,5 à 6 y de longueur sur 2 à 3 y de large; en moyenne
5 yX2 y 5. LTn noyau unique, central ; s’il ne ’’est pas, l’extré-
IÔ2 —
miré qu’il avoisine se montre plus grosse et plus ronde que l’ex¬
trémité opposée, souvent effilée au contraire.
Les toxoplasmes sont ou libres ou englobés dans des cellules
/
qui sont tantôt et plus généralement des mononucléaires, tantôt des
polynucléaires, ou bien dans les débris protoplasmiques de ces
cellules (gangues). Les formes de multiplication sont très nom¬
breuses ; la division longitudinale est le seul mode que nous con¬
naissions, elle commence par le noyau. Intracellulaires ou libres,
les parasites peuvent se montrer isolés ou réunis par deux, trois,
quatre, même davantage (jusqu’à vingt à trente). Quels que soient
leur nombre et leur siège, ces amas ont tendance à revêtir une
forme sphérique régulière, ce qui leur donne l’aspect de kystes.
On rencontre ainsi des groupes pouvant compter jusqu'à 28 indi¬
vidus et atteignant 16 y de diamètre. Ce sont des éléments sem¬
blables que Splendore a décrits comme des kystes véritables dans
la toxoplasmose spontanée des lapins du Brésil. Nous avons com¬
paré les préparations de Splendore avec les nôtres, elles nous
ont montré des figures identiques. Si, contrairement à notre col¬
lègue, nous croyons y reconnaître des amas de parasites et non
des kystes, c’est que nous n’avons jamais vu de stade antérieur
à celui où chaque toxoplasme est nettement individualisé, que la
membrane d’enveloppe du kyste supposé fait défaut et que le
même aspect, aux dimensions près, est réalisé par des amas de
16, 10, 8, 4 et même 2 toxoplasmes.
Le groupement par quatre, en particulier, est très fréquent.
s
Infection expérimentale du gondi. — Nous l'avons réalisée
sur deux gondis par l’inoculation péritonéale de la moelle os¬
seuse, très pauvre en toxoplasmes, d’un gondi atteint de la ma¬
ladie naturelle. L’incubation a duré 8 et 9 jours. Lésions identi¬
ques à celles de la maladie naturelle ; de plus un épanchement
péritonéal visqueux et clair.
Répartition des toxoplasmes : Rate, nombre colossal de parasi¬
tes de toutes formes, libres ou englobés, assez souvent contenus
dans des polynucléaires ; pseudokystes. Foie et Poumons : nom¬
breux. Reins: assez nombreux chez l’un, rares chez l’autre.
Moelle osseuse et sang: rares chez l’un, absents chez l’autre. Li-
quide péritonéal : très nombreux, généralement englobés par des
mono ou polynucléaires qu’ils remplissent, on en voit aussi dans
l’intérieur des cellules de l’endothélium péritonéal.
— 1 63
Infection expérimentale de la souris. — C'est l’animal le plus
sensible avec le gondi. Elle ne contracte pas cependant comme
lui une infection générale, mais plutôt une culture locale avec
passage de toxoplasmes assez rares dans la rate et le foie. La voie
d’inoculation la plus commode est la cavité péritonéale, l’infec¬
tion est alors fatale et rapide, la durée de l’incubation ne dépasse
qu 'exceptionnellement 5 ou 6 jours. Les seuls symptômes sont
une perte de poids (celui-ci peut tomber de 20 à 15 grammes) et
l’ascite. A l’autopsie, on trouve un liquide péritonéal abondant,
visqueux, grisâtre, contenant des filaments ou des flocons, le foie
et la rate sont recouverts d’un mince voile membraneux, qu’il
faut avoir bien soin d’enlever lorsqu’on prépare des frottis de ces
organes sous peine de rencontrer sur les préparations des toxo¬
plasmes en réalité péritonéaux.
Répartition des toxoplasmes : Liquide péritoneal, parasites ex¬
trêmement nombreux, généralement de forme arquée typique, li¬
bres ou contenus dans des mononucléaires de toutes dimensions
(même des lymphocytes) ; presque tous en contiennent et sou¬
vent en sont bourrés. On rencontre également des toxoplasmes
dans les cellules de l’endothélium péritonéal et du mésentère. Le
mode de multiplication est la division transversale ; pas de kystes.
Rate, parasites rares. Foie, exceptionnels. Sang et moelle os¬
seuse, absents.
L’infection peut être réalisée par voie intramusculaire: 2 es¬
sais, 2 résultats positifs, incubation 6 et 8 jours. Oedème de la
région inoculée avec toxoplasmes nombreux ; envahissement de
la rate, qui en contient en assez grand nombre, présence dans le
foie, absence de la moelle, du liquide péritonéal, du sang.
Infection expérimentale du cobaye. — Réalisée une fois déjà
par N. et M. La seule voie qui ait donné des résultats est la voie
péritonéale, on doit s’adresser à de jeunes cobayes. Sur 17 ino¬
culés, nous n’avons obtenu que 4 résultats positifs, après des in¬
cubations de 4 à 6 jours. A l’autopsie, épanchement péritonéal
avec fausses membranes, riche en toxoplasmes ; les parasites sont
exceptionnels dans la rate et le foie, absents des poumons, de la
moelle osseuse et du sang. En somme, le cobaye est un réactif
inconstant, très inférieur à la souris; il se comporte comme elle,
lorsqu’il s’infecte.
'
1 \ ' - v ; • • \ ‘ *•
- 164 -
, «
INFECTION EXPÉRIMENTALE DU PIGEON. — SPLENDORE et CARINI
ont montré la sensibilité du pigeon au toxoplasme des lapins du
Brésil ; cette sensibilité se rencontre également vis-à-vis du para¬
site du gondi ; elle n’est pas aussi régulière que celle de la souris
et se traduit par une infection très différente, plus lente, mais
avec tendance à la généralisation. La seule voie efficace est la
péritonéale (18 inoculés, 11 morts du 9e au 31e jour avec présence
de toxoplasmes, 2 morts non infectés les 2e et 21e jour, 2 ayant
survécu indéfiniment, 3 sacrifiés du 20e au 46e jour et reconnus
alors non infectés). Chez les malades, la perte de poids est ex¬
trême; elle peut atteindre 130 g. pour un pigeon de 360 g.; les
derniers jours, on constate de la torpeur et une conjonctivite.
A l’autopsie, présence ou non de fausses membranes péritonéa¬
les, foie hypertrophié, très friable; rate non hypertrophiée, mais
de consistance plus molle. C’est le joie qui contient le plus de
parasites ; ceux-ci se présentent avec les mêmes caractères que chez
le gondi atteint de la maladie naturelle, ils y sont en nombre va¬
riable et dans certains cas colossal, plus fréquemment libres,
assez souvent contenus dans des mononucléaires ou réunis en
amas de 4-6 individus; la seule forme de multiplication est la di¬
vision longitudinale. Après le foie, viennent la rate, le poumon,
la 7noelle des os (chez un de nos pigeons par exception, c’était
l’organe le plus infecté) et ensuite les reins et le sang, où les
toxoplasmes peuvent être assez fréquents. Les fausses membraA
nés péritonéales n’en contiennent que chez les animaux qui meu¬
rent rapidement.
Animaux réfractaires. — Nous avons échoué dans cinq essais
d’infection du lapin par voie péritonéale, bien que nous nous
soyons adressés à de très jeunes sujets (poids 205 à 550 gram¬
mes). Sacrifiés après un mois, ces animaux montrent des fausses
membranes sur la rate et le foie, mais sans aucune forme parasi¬
taire à l’examen microscopique; les lapins sacrifiés à une date
plus tardive ne présentent même plus cette lésion.
Résultats entièrement négatifs sur dix rats blancs, un très jeune
chien, deux macaques, deux crapauds, deux grenouilles.
. . . * » , t
En résumé. — La toxoplasmose du gondi peut être conservée
-expérimentalement dans les laboratoires, grâce à la sensibilité de
I
- i6 $ —
la souris et du pigeon. Nous avons réalisé à ce jour quinze pas-
sages par voie péritonéale en combinant ces deux espèces (i).
Chez la souris, la maladie consiste essentiellement en une cul¬
ture locale, il n’y a que peu de tendance à la généralisation ; il en
est de même chez le cobaye, dont la sensibilité est infiniment
moindre.
K ... ,
L’infection chez le pigeon ne s’arrête pas au stade péritonéal,
elle se généralise et devient ainsi analogue à la maladie naturelle-
ou expérimentale du gondi.
La toxoplasmose du gondi tunisien paraît différente de celle
du lapin du Brésil ; notre virus, en effet, ne s’est pas montré pa¬
thogène pour cet animal.
Ajoutons que toutes nos tentatives de culture sur milieux arti¬
ficiels sont demeurées infructueuses.
Les détails de nos expériences seront publiés in extenso dans,
les Archives de V Institut Pasteur de Tunis.
( Institut Pasteur de Tunis).
Leishmaniose naturelle du chien à Tunis
Par le Capitaine A.-C.-H. GRAY.
Charles Nicolle et Ch. Comte, examinant les chiens de la
fourrière de Tunis pendant les mois de mars, avril et mai 1908,
en ont trouvé 4 infectés de kala-azar sur 222 examinés, soit une
proportion de 1,8 %. W. et N. Yakimoff, reprenant ces recher¬
ches, de janvier à mai 1911, constatèrent l’infection de 5 chiens
sur 299, soit une proportion de 1,6 % .
Depuis cette enquête, la leishmaniose canine a été rencontrée
deux fois en Tunisie, en dehors de toute enquête, la première par
C. Nicolle à Khéreddine près la Goulette en juillet 1911, la se¬
conde par M. Langeron à Tunis même en septembre de la même
année.
Sur les conseils de M. Nicolle, nous avons fait une nouvelle
(1) Le toxoplasme meurt assez rapidement dans le cadavre ; il est donc
nécessaire pour réussir les passages de les pratiquer dans un court délai'
après la mort des animaux.
— 1 66 — -
enquête, au cours de notre récente mission à Tunis, sur les chiens
de la fourrière de cette ville. 127 chiens ont été examinés par
nous du 16 octobre au 5 décembre 1912. Deux ont été trouvés
infectés, soit une proportion de 1,6 %, identique à celle des Ya-
KIMOFF.
Chien 4#. — Examiné le 30 octobre, 18 heures après la mort.
Ni amaigrissement, ni perte de poids. Rate ferme, double de la
normale; moelle osseuse rouge. Leishmania nombreuses dans
la moelle osseuse, rares dans la rate, exceptionnelles dans le foie.
Culture positive sur milieu NNN. Inoculation négative à deux
chiens.
Chien 99. — Examiné le 20 novembre, 20 heures après la mort.
Ce chien est petit, amaigri et présente des aires alopéciques. Rate
non hypertrophiée, un peu molle; moelle osseuse très rouge,
ramollie. Parasites très nombreux dans la moelle osseuse, la rate,
le foie ; rencontrés dans le sang de la veine porte. Culture néga¬
tive (impuretés). Inoculation négative à un chien.
Nous avons profité de notre séjour à Tunis pour étudier les ca¬
ractères des Leishmania en culture; nos constatations confirment
celles des auteurs précédents. Pour la coloration de ces formes,
nous nous sommes bien trouvés, après lavage et centrifugation
du liquide de condensation des tubes NNN, suivant la méthode
de Nicolle, de l'addition d’une goutte de sérum frais de lapin
au produit, immédiatement avant l’étalement sur lames. La co¬
loration obtenue avec cette préparation (méthode Giemsa) est
parfaite.
Les résultats détaillés de notre travail seront publiés par les
Archives de V Institut Pasteur de Tunis.
(Institut Pasteur de Tunis.)
— 1 6y —
Evolution de Trypanosoma Lewisi,
Duttoni, Nabiasi, Blanchardi, chez
les puces et les punaises. Transmission par
les déjections. Comparaison avec T. Cruzi
Par E. BRUMPT.
Le Trypanosoma Lewisi est facilement transmis de rat infesté
à rat sain par l’intermédiaire des puces (Rabinowitsch et Kemp-
ner, Sivori et Leclerc, Laveran et Mesnil), il est également
transmis, mais moins facilement, par le Pou de rat ( Hæmatopi -
nus spinulosus) (V. Prowazek, Nuttal, Baldrey, Manteufel,
Gonder, etc.).
L’étude complète de son évolution chez le pou du rat a été
faite par Prowazek. En 1905, cet auteur décrit des formes
mâles, femelles et une copulation. Des phénomènes similaires
auraient été vus par Flu chez Trypanosoma melophagi (Flu
1908). Ce dernier auteur considère comme formes mâles des Try¬
panosomes dépourvus de noyau. J’ai revu ces formes et je les
considère tout simplement comme les homologues des formes en
voie de dégénérescence sénile décrites chez les infusoires. Les
ookinètes de Flu sont des formes volumineuses atteintes d’une
façon précoce par le processus de l’enkystement. A l’heure ac¬
tuelle, aucune vraie copulation n’a été vue chez les Trypanoso-
midés.
Le cycle évolutif du T. Lewisi chez les puces a été étudié par
Minchin et Thomson et c’est à ces deux auteurs qu’on doit la
démonstration de l’existence de phénomènes cycliques comme
ceux déjà décrits pour les Trypanosomes de poissons, de batra¬
ciens, de mammifères. Cette même évolution a été suivie par
Swellengrebel et Strickland, Swingle, M^ller et moi-même.
L’évolution cyclique se résume en quelques mots: les trypano¬
somes sanguicoles se transforment dans le tube digestif des puces
d’espèces variées (1) en Crithidia, parfois en Herpetomonas ou
(1) Minchin et Thompson ont étudié l’évolution chez Ceratophyllus f as-
ci atus ; Swellengrebel et Strickland chez C. fasciatus et Ctenophtalwus
agyrtes ; Swingle chez Ceratophyllus sp. (lucifer ?) et Pulex brasiliensis ;
— j 68 —
en Leishmania, qui se divisent activement et qui donnent nais¬
sance, après un nombre de jours variables, à de petites formes try¬
panosomes qui donnent à coup sûr l’infection au rat et que je
propose d’appeler « Trypanosomes mêtacy cliques ».
Comment les puces donnent-elles l’infection au rat? Acciden¬
tellement, elles jouent un rôle mécanique; normalement, elles
jouent le rôle d’hôte intermédiaire véritable. Comment les Try¬
panosomes « métacyçliques » du rectum et que personne n’a pu
voir dans les glandes salivaires des puces peuvent-ils être inocu-
. lés au rat? Minchin et Thomson croient que les puces inoculent
•
les parasites avec leur trompe. Strickland et Swellengrebel,
tout en admettant l’inoculation par piqûre, constatent que l’on in¬
feste plus facilement les rats en leur faisant avaler des puces in¬
fectieuses écrasées avec du pain. Môller a fait faire un grand
pas à la question et n’a fait, d’ailleurs, que confirmer, pour ye
T. Lewisi, ce que j’ai démontré avec Piraja da Silva, pour le
T. Cruzi, à savoir le rôle pathogène des déjections. Mes expérien¬
ces, avec les puces d’hirondelle comme hôte intermédiaire, me
permettent d’affirmer la transmission exclusive par les déjections
des puces, ou, à leur défaut, par le contenu rectal des puces, à
condition que celui-ci renferme des trypanosomes « métacycli-
ques ». Les autres formes du cycle évolutif ne sont pas infectieu¬
ses et je n’ai eu que des résultats négatifs en faisant piquer des
rats par des puces conservées dans un tube et dont les déjections
étaient stérilisées à la surface de la peau du rat.
Je me permets donc d’affirmer que le Trypanosoma Lewisi,
comme le T. Cruzi , est exclusivement transmis par les déjections.
Ces déjections renferment les petits trypanosomes métacycliques
qui par leur morphologie et leur aptitude à traverser les mu¬
queuses saines sont totalement différents des T. Lewisi sangui-
coles (i).
Le Trypanosoma Lewisi évolue également chez les punaises
(C. lectularius). J’ai revu chez ces insectes les phénomènes décrits
par Strickland et Swellengrebel. Dès que les trypanosomes
Môller chez Ctenocephalus canis, Ctenopsylla musculi, C. fasciatus et moi
chez Ceratophyllus hirundinis (ou une espèce très voisine).
(i) Me servant du contenu rectal et des déjections de 5 puces ayant piqué,
sans l’infester, un jeune rat encore allaité par sa mère, j’ai pu infecter 3 petits
de la même portée en leur mettant un peu de liquide infectieux dans l’œil,
dans la bouche ou dans le péritoine. Des expériences faites sur des témoins
avec des trypanosomes sanguicoles dans l’œil, la bouche et la peau m’ont
donné des résultats négatifs.
169 —
ingérés ont pris une forme différente du Trypanosome sangui-
cole, ils ne sont plus infectieux. Dans un cas, j’ai pu infester un
rat en l’inoculant avec le contenu rectal d’une punaise infestée
pour la première fois depuis 38 jours et pour la seconde fois
depuis 6 jours ; il y avait eu certainement une évolution cyclique
•totale chez cette punaise. On sait que Patton a montré que Leish-
mania Donovani évolue chez les punaises (C. lectularius et C. ro-
tundatus), Wenyon, Patton que Leishmania furunculosa évolue
■aussi chez ces insectes; il est probable que les insuccès tiennent
•à ce que ces auteurs n’ont pas essayé d’inoculer les déjections
de leurs punaises infestées. Le kala-azar méditerranéen qui sem¬
ble être inoculé par les puces est vraisemblablement transmis par
les déjections de ces puces passant soit par la voie digestive pen-
dans le léchage (Nôller), soit par ce procédé ou par contamina¬
tion cutanée.
2° Trypanosoma Rabinowitschi, Brumpt 1906. Ce Trypano¬
some du Hamster ( Cricetus frumentarius) évolue, d’après Nôl¬
ler, dans le rectum de la puce du Hamster ( Typhlopsylla assi-
milis), chez Ceratophyllus fasciatus et Ctenocephalus canis. Les
petits trypanosomes métacycliques se rencontrent dans l’ampoule
rectale.
30 Trypanosoma Nabiasi, Railliet 1895. Ce Trypanosome,
trouvé d’abord en France dans le sang des lapins domestiques, a
été trouvé également en Angleterre (Petra) et en Sardaigne
(Manca) chez les lapins sauvages. A Chantilly sur 29 lapins de
garenne, âgés au moins de 6 mois, j’en ai trouvé 4 d’infestés
au mois de janvier dernier, ceux qui n’étaient pas infestés avaient
l’immunité (7 inoculations négatives sur 7 chez le lapin sauvage,
1 sur 1 positive chez un lapin domestique adulte). Ce trypano¬
some évolue exclusivement d’après nos expériences chez la puce
du lapin ; il y effectue un cycle identique à celui du T. Lewisi et
donne des formes métacycliques rectales tout à fait identiques.
On ne trouve rien dans les glandes salivaires des puces; il n’évo¬
lue pas chez la punaise (C. lectularius).
30 Trypanosoma Blanchardi, Brumpt, 1905. Le Trypanosome
du Lérot évolue chez la puce du Lérot ( Ceratophyllus Laver ani,
Ch. Roths.). En mettant des centaines de puces d’élevage sur
un Lérot infesté, j’ai pu suivre toute dévolution. Cette évolution
est identique à celle de T. Lewisi et T. Nabiasi , elle s’effectue en¬
tièrement dans le gros intestin, et les trypanosomes métacycliques,
12
170
identiques à ceux des précédentes espèces, vivent dans l’ampoule
rectale et se trouvent dans les déjections. Rien dans la glande sa¬
livaire. Ce trypanosome n’évolue pas chez la puce d’hirondelle,
ni chez la punaise.
40 Trypanosoma Duttoni (1), Thiroux 1905. Ce parasite évo¬
lue très facilement chez la puce d’hirondelle. L’évolution, qui s’ef¬
fectue exclusivement dans le gros intestin, est tout à fait compara¬
ble à celle des espèces précédentes. On ne trouve jamais aucune
forme dans les glandes salivaires. Chez la punaise (C. lectularius ),
on observe une évolution comparable à celle du T. Lewisi ; les
formes CrithicLia, Herpetomonas sont communes ; les formes
Leishmania sont assez rares.
Les souris se contaminent certainement en léchant les déjec¬
tions des puces quand elles se font leur toilette ou en mangeant
les puces, ce qui revient au même. Onze souris, âgées de 3 ou 4
jours, allaitées par leurs mères et n’ayant par conséquent pas de
lésions buccales comme pourraient en avoir les adultes, sont ex¬
périmentées : 7 reçoivent dans la bouche le contenu rectal de 7
puces différentes, les 7 s’infestent; dès le 6e jour les parasites
évoluent dans le sang ; 1 souris reçoit dans le rectum (2) des dé¬
jections renfermant des Trypanosoma Duttoni métaeycliques,
résultat négatif (3) ; 1 souris inoculée sous la peau ne s’est pas
infestée; 2 souris inoculées dans le péritoine ont présenté des
parasites dès le 6e jour, pas plus tôt que par la voie buccale.
L’ensemble des faits résumés ci-dessus montre:
i° Que tous les trypanosomes des petits rongeurs semblent
évoluer d’une façon constante chez des puces, certains sont ubi-
quistes ( Lewisi , Duttoni , Rabinowitschï) ; d’autres semblent n’é¬
voluer que chez une seule espèce ( Blanchardi , Nabiasï).
20 Que les trypanosomes « métaeycliques » ne se multiplient
plus; ils sont dans une phase d’attente comparable aux formes
enkystés de Trypanosoma melophagi ou des Crithidia et Herpe¬
tomonas.
3° Que ces trypanosomes évoluent dans l’intestin postérieur et
(1) Je dois ce trypanosome à l’obligeance de M. le pr Laveran et de
M. Roudsky auxquels j’adresse mes sincères remerciements.
(2) Ce procédé réussit à coup sûr avec les Trypanosoma Cray métacycli-
ques.
(3) Cette souris ainsi que la suivante ônt été infectées quelques jours plus
tard avec succès avec les tryp. sanguicoles de leurs congénères.
qu’ils sont évacués avec les déjections par l’intermédiaire desquel¬
les les vertébrés se parasitent exclusivement.
4° Les trypanosomes qui évoluent chez les puces sont mani¬
festement des parasites primitifs des puces ; ils ne diffèrent des
Crithidia et Herpetomonas trouvés chez une quantité de pu¬
ces (i) que -par la formation des trypanosomes métacycliques in¬
fectieux au lieu des kystes que forment les Crithidia et Herpeto¬
monas parasites habituels des puces.
4° Le fait que ces trypanosomes, ainsi que le T. Cruzi, sont
transmis exclusivement par les déjections, est encore en faveur
de cette thèse; il démontre que la maladie du vertébré est un
phénomène tout à fait accidentel et que ces trypanosomes sont
encore peu adaptés.
5° Le Trypanosoma Cruzi , qui ne se divise pas dans le sang,
est le trypanosome pathogène le plus récemment adapté à la vie
parasitaire. Les trypanosomes sanguicoles se conduisent en effet
comme les trypanosomes métacycliques, ils ne se divisent pas ;
beaucoup semblent avoir fini leur évolution. L’évolution de ce
trypanosome dans les viscères est très comparable à ce qui se
passe chez l’invertébré, il n’y a que des différences d’adaptation.
6° Les trypanosomes du type Lewisi, bien qu’identiques mor¬
phologiquement par leurs formes sanguicoles et métacycliques,
sont des « espèces naturelles » et par conséquent de bonne espè¬
ces, puisque dans la nature elles ne sont transmises qu’à l’hôte
qui l’ héberge.
7° La forme Leishmania , souvent prise par les trypanosomes
au cours de leur évolution chez l’hôte invertébré, forme que l’on
trouve dans l’évolution de presque tous les Herpetomonas et
Crithidia , montre la parenté de ces organismes et, de plus, per¬
met de considérer les Leishmanioses comme des maladies acci¬
dentelles dues à l’adaptation néfaste de parasites d’invertébrés
à notre organisme.
(i) Je donne au parasite de Ctenocephalus canis découvert par Nôller,
réétudié par moi et considéré par divers auteurs comme appartenant au cycle
évolutif de Leishmania injantum, le nom de Herpetomonas psetidoleishmania
n. sp. et à celui de la puce d’écureuil le nom à' Herpetomonas Debreuili.
,
- • , i
• ( 4 ^
- 172 —
♦
</ •
Immunité partielle dans les infections
* — .
à Trypanosoma Cruzi, transmission de
ce trypanosome par Cimex rotundatus.
Rôle régulateur des hôtes intermédiaires.
Passage à travers la peau.
1
Par E. BRUMPT
Un sujet infesté dans son enfance par le Trypanosoma Cruzi
peut-il être de nouveau contaminé à l’état adulte par des Cono-
rhinus ? Tel est le problème que j’aurais voulu résoudre avec des
Souris si cela m’avait été possible. Malheureusement le virus que
je conserve sur Conorhinus et qui tue certains singes adultes ne
donne d’infection qu’aux Souris âgées de quelques jours ou au
maximum de quelques semaines. Les Souris guéries devenues
adultes sont réfractaires, comme d’ailleurs les Souris neuves du
même âge.
Un point qui devait être résolu était celui qui consistait à savoir
si le virus provenant de Bahia était identique à celui isolé par
C. CHAGAS. Grâce à l’obligeance de M. F. MESNIL qui a bien voulu
me confier le virus de C. CHAGAS, je crois avoir pu résoudre ce
problème. Dix-neuf Souris gravement infestées dans les premiers
•
jours de leur vie en mai 1912, non hyperimmunisées, furent ino¬
culées les unes le 5 décembre, les autres le 20 du même mois avec
des doses considérables de virus de CHAGAS, en même temps que
30 témoins du même âge et du même élevage. Le résultat a été
relativement net : tous les témoins inoculés sont morts entre le
15e et le 25e jour avec 4, 10 et même 20 parasites par champ. Sur
les 19 Souris guéries de leur infection de Bahia, 9 sont encore
vivantes, bien que présentant toujours dans leur sang quelques
rares trypanosomes après n et 13 semaines. Les 10 Souris qui
sont mortes ont présenté une longue incubation de 2 à 4 semaines,
certaines ont eu des petits qu’elles ont élevés, leur mort est sur¬
venue la 4e semaine (Souris 167, 229), la 6e semaine (S. 163, 165,
197, 202, 205), la 7e semaine (S. 11, 5), la 8e semaine (170), la
9e semaine (201), le nombre des parasites a rarement dépassé 1
par champ, une fois 3 ou 4 par champ, généralement 1 seulement
par plusieurs champs.
Ces expériences prouvent qu’une première atteinte avec le
virus de Bahia confère une résistance assez grande à des doses
fortes de virus de CHAGAS mortelle pour les témoins. Il faut dire
que ce dernier virus semble avoir acquis une virulence très grande
pour la Souris.
j . I
Que devient le virus exalté de CHAGAS quand on le fait passer
par des hôtes intermédiaires. Une expérience faite avec 2 larves
neuves de Conorhinus ne m’a donné encore aucun résultat, je
n’ai pas trouvé de flagellés dans leurs déjections. De nom¬
breuses expériences faites avec des centaines de punaises
( C . lectularius et Cimex rotundatus) (1). Ces deux espèces de pu¬
naises se sont infestées dans une proportion considérable (8 sur
10 en moyenne), les déjections de ces insectes renfermant des
trypanosomes, métacycliques (2) ont été injectées à de jeunes
Souris de 3 ou 4 jours dont les frères et sœurs servant de témoins
étaient inoculés avec mon virus conservé sur des punaises. Les
résultats ont été très curieux : les Souris se sont infectées très
légèrement et ont guéri de leur infection en quelques jours comme
les témoins. La virulence, exaltée par passages, était tombée à
une virulence naturelle très atténuée pour ce rongeur et tout à
fait identique à celle du virus de Bahia. Je puis donc identifier
ces deux virus.
Les trypanosomes CRUZI métacycliques ont un pouvoir de péné¬
tration considérable. Des déjections de Conorhinus déposées dans
la bouche ou le rectum de Souris à la mamelle et n’ayant par con-
(1) Ces punaises proviennent de Bahia et de la Guadeloupe, je les dois à
l’ohligeance de MM. Piraja da Silva et Caere.
Cimex rotundatus est la punaise des lits du Brésil et des régions intertro¬
picales. elle doit jouer dans la nature un rôle peut-être aussi considérable que
les Conorhinus megistus. Fille jouera un rôle plus considérable que cet Hemip-
tère.dans la propagation de la maladie à distance. Pour voir si les punaises
pourraient acclimater cett** maladie en France, j’ai infecté un lot de ces insec¬
tes, je l’ai divisé en 2 parties; l’une, conservée au laboratoire, a montré 90 à
100 0/0 d'infectés. l’autre, conservée au grenier du laboratoire pendant cet
hiver, ne présentait aucun insecte infecté sur 20 disséqués après les avoir
conservés à l’étuve durant quelques jours.
(2) Ce terme de T. métacyclique mérite d’être adopté, il ne préjuge rien de
la place où se trouvent localisés ces trypanosomes 'gaine de la trompe, liquide
salivaire, glandes salivaires, tube digestif, etc , etc. ). Je l’oppose au terme de
Trypanosome sanguicole qui désigne les formes adaptées au sang des verté¬
brés.
I
— 174 —
séquent pas d’excoriations, les infectent à coup sûr. En déposant
des déjections sur la peau de il Souris âgées de 2 jours (Ex. 5°9)
suspendues par un fil, pendant 3 heures, dans une atmosphère
humide et soigneusement lavées à la fin de l’expérience j’ai eu
un succès sur 1 1 animaux. Ce fait établit le passage possible,
quoique rare de ces trypanosomes par la surface cutanée. C’est
d’ailleurs vraisemblablement par la muqueuse buccale que
l’homme est infesté. Les Conorhinus piquent généralement la fi¬
gure, les lèvres des individus endormis, d’où les noms de « bar¬
biers », de « kissing bugs » qui leur ont été donnés. Après leur
repas et souvent avant la fin de leur repas ces insectes évacuent
des déjections abondantes qui peuvent très bien entrer en contact
avec la muqueuse buccale et infecter le dormeur.
L’expérience signalée ci-dessus, montrant la perte de l’exal¬
tation d’un virus après son passage par un hôte intermédiaire,
mérite de retenir l’attention, car il s’agit d’un phénomène d’une
grande portée biologique et pratique.
Dès le début de ses recherches sur les races de trypanosomes
résistants aux médicaments, EHRLICH se demandait si dans la
nature ces races dangereuses, rendant toute thérapeutique vaine,
pourraient être fixées par les Glossines. MESNIL et ERIMONT ont
formulé une idée semblable, en se plaçant au point de vue de la
signification biologique des faits observés chez les hôtes inter¬
médiaires : les passages à travers les hôtes vertébrés sont faits
avec des formes asexuées shizogoniques ; il était intéressant de
savoir ce qui se passait après passage par l’invertébré chez
lequel des changements morphologiques, peut-être de significa¬
tion sexuelle, se produisent (1).
Je me suis également posé ces questions et je me suis efforcé
de les résoudre non seulement au point de vue physiologique
(virulence) mais encore au point de vue morphologique.
J’aurais voulu savoir ce que devenaient au cours de modifica¬
tions cycliques chez l’invertébré les trypanosomes acentrosomique
étudiés par WERBITZKI, Laveran et ROUDSKY. Un nouveau blé-
pharoplaste serait-il crée dans les trypanosomes métacycliques
au cours des remaniements morphologiques intenses qui se pro¬
duisent chez les hôtes intermédiaires. Un mauvais échantillon
d’Acridien que j’ai eu entre les mains ne m’a pas permis de résou-
(1) Ann. Inst. Pasteur, t. XXII, nov. iqo8.
dre ce problème des plus intéressant au sujet de l’origine des
espèces.
Une solution positive et intéresante a été apportée par GONDER
qui a montré qu’une race de Trypcinosoma Lewisi résistante à
l’arsénophénylglycine perd sa résistance par son passage sur les
poux de rat ( Hœmatopinus spinulosus). D’après cet auteur,
la perte de la résistance chez le poux s’effectue vers le 10e jour,
époque à laquelle se produirait une copulation. Les formes de
copulation signalées par VON PROWAZEK et revues par divers
auteurs sont fortement contestées par beaucoup d’autres (i),
Pour ma part, je n’ai rien vu de semblable dans le développement
des divers trypanosomes de vertébrés dont j’ai étudié l’évolution.
Néanmoins GONDER a constaté que les trypanosomes en culture
ne perdaient pas leur résistance. Reste à savoir si GONDER a
obtenu par ce dernier procédé des infections avec quelques try¬
panosomes sanguicoles non évolués, ou avec des formes méta-
cycliques, qui se rencontrent dans les cultures ainsi que DELANOË
l’a signalé. Ce dernier point est capital comme il est facile de le
comprendre.
En résumé, le passage par l’hôte invertébré fait perdre tous les
caractères physiologiques que des expériences de laboratoire
avaient fait acquérir.
C’est la raison par laquelle un certain nombre d’expériences de
laboratoire perdent de leur valeur. Il faudrait toujours opérer avec
des virus naturels, ce qui, je ne le conteste pas, est très difficile
avec la plupart des virus.
Les conditions naturelles présentent en efet une importance con-
dérable qu’il est impossible d’apprécier à priori. Les parasites
inoculés par les hôtes intermédiaires sont différents morphologi¬
quement et physiologiquement de ceux que nous inoculons de
vertébré à vertébré. Par exemple, les « petites formes métacycli-
ques a du Trypcinosoma Lewisi qui s’accumulent dans l’ampoule
rectale des puces, passent toujours à travers les muqueuses saines
des rats nouveau-nés (muqueuse buccale, oculaire), peut-être
même à travers la peau humide. Le Trypcinosoma Lewisi du sang
(i) T’adresse la même critique aux phénomènes interprétés par Flu comme
des phénomènes de copulation chez Trypanosoma melophagi. Les formes
qu’il considère comme des q* sont en réalité des formes dépourvues de noyau
et atteintes par une dégénérescence sénile ou autre. Je les ai rencontrées sou¬
vent dans mes préparations. Les prétendus zygotes sont des grandes formes
subissant, sous certaines influences, les premiers phénomènes de l’enkystement.
ne passe qu’exceptionnellement dans ces conditions. Pour ma
part, dans ce dernier cas, je n’ai eu que des échecs.
Le fait que divers animaux sont artificiellement sensibles à
un virus, ne prouve pas qu’ils puissent être contaminés dans la
nature par l’intermédiaire d’un hôte intermédiaire. En voici deux
exemples typiques. En 1906, j’ai montré que les grenouilles
rousses, très sensibles à l’injection du Trypanosoma inopinatum
sanguin, pouvaient être piquées par des centaines de sangsues
infectieuses pendant des mois sans être contaminées, alors qu’une
seule de ces sangsues suffisait pour faire périr une grenouille verte
dont le sang devenait virulent pour la grenouille rousse. En second
lieu, il est démontré qu’avec quelques artifices de laboratoire, on
peut parasiter la souris avec le Trypanosoma Lewisi du rcu
(ROUDSKY, DELANOË). Or, dans la nature, il n’en est pas ainsi. A
Paris, j’ai cherché en vain des trypanosomes chez des souris sau¬
vages vivant dans les mêmes localités que des rats fréquemment
parasités.
Cette différence de résultats tient probablement à ce fait que
les trypanosomes métacycliques des invertébrés n’ont pas les
mêmes propriétés infectieuses que les trypanosomes sangui-
coles.
ûf
Essais d’immunisation contre les
trypanosomes pathogènes. — Trypanotoxines
Par A. LAVERAN et D. ROUDSKY.
Braun et Tetchmann ont réussi à immuniser des souris, des
rats, des cobayes et des lapins - contre plusieurs trypanosomes
pathogènes, et notamment contre le TV. Brucei, par un des pro¬
cédés suivants :
i° On injecte dans la cavité péritonéale des animaux à immuni¬
ser des trypanosomes desséchés et pulvérisés en suspension dans
de l’eau physiologique (5 doses de 2 cg. chaque à 5 jours d’inter¬
valle chez les souris) ;
20 On immunise des lapins avec des trypanosomes desséchés et
le sérum de ces lapins, injecté dans la cavité péritoéale de souris,
— '77 ~
se montre préventif, non seulement contre le trypanosome employé
pour l'immunisation des lapins, mais encore contre d’autres trypa-
nosomes.
Les animaux vaccinés sont éprouvés avec un virus très faible
(o cm3, 1 d'une dilution de sang qui, examinée avec un fort objec¬
tif à sec, ne montre qu’un trypanosome par 2 à g champs).
Dans les expériences qui font l’objet de cette note, nous avons
suivi exactement, à une exception près, la technique assez compli¬
quée préconisée par Braun et Teichmann (j). Ces observateurs
stérilisent la poudre de trypanosomes à l’aide du toluène, avant de
l'injecter dans la cavité péritonéale, or le toluène est très toxique et
il tue les animaux s’il n’a pas été éliminé complètement avant l’injec¬
tion. Après avoir constaté, chez des souris, une série d’accidents
mortels dus au toluène, nous avons résolu d’injecter la poudre de
trypanosomes préparée aseptiquement, sans la stériliser avec le
toluène, et nous avons obtenu ainsi d’excellents résultats.
Le trypanosome qui a servi à nos expériences est le Tr. Brucei
du nagana ferox cTEhrlich.
I. Essais d’immunisation de la souris blanche avec
DES TRYPANOSOMES DESSÉCHÉS.
Souris /. 22 gr. Les 3, 8, 13, 18 el 23 novembre. 1912, la souris, reçoit,
dans le péritoine, 2 cg. de poudre de 7 r. Bruce i en suspension dans un
centimètre cube d’eau physiologique; ces injections sont très bien sup¬
portées. — 28 nov. La souris est inoculée sous la peau avec du sang très
dilué de rat infecté de Tr. Brucei; la dilution, examinée avec un fort
objectif à sec, ne contient qu’un trypan. pour 2 ou 3 champs. — 2 déc.,
trypan. rares. - 3, très nombreux. — Mort dans la nuit du 3 au 4 décem¬
bre. Poids : 20 gr. Poids de la rate ; 30 cg. 11 n’y a pas trace de péri¬
tonite.
Souris 2. 22 gr. Reçoit, dans le péritoine, du 3 au 23 novembre, 5 doses
de poudre de Tr. Brucei de 2 cg. chacune; le 28 nov., elle est inoculée
avec le Tr. Brucei virulent, comme la souris 1 — 2 déc., trypan. rares.
— 3. très nombreux. — Mort dans la nuit du 3 au 4 déc. Poids : 19 gr.
Poids de la rate : 25 cg. Il n y a pas trace de péritonite.
Souris 2 el 4 (témoins des souris 1 et 2). Les 2 souris sont inoculées le
28 nov., en meme temps que les souris 1 el 2 ; elles reçoivent, sous la
peau, la même quantité de virus que ces dernières. La souris 3 a, le
1er déc., des trypan. assez nombreux et meurt le 2 déc. au soir. Poids du
corps : 17 gr. 50; poids de la rate : 15 cg. La souris 4 a le Pr déc. des
trypan. assez nombreux el meurt le 2 déc. Poids du corps : 17 gr. ; poids
de la rate ; 20 cg.
Souris -7 et 0, pesant 22 gr. Reçoivent du 3 nov. au 3 déc. 1912, dans
(1) H. Braun et E. Teichmann, Versuche zur Immunisierung gegen
Trypanosomen, Iéna, 1912.
le péritoine, 8 doses de poudre de Tr. Brucei. Le 13 déc., les 2 souris
sont inoculées sous la peau avec le sang très dilué d’un rat infecté de
Tr. Brucei
La souris 5 a, le 18 déc., des trypan. non rares, le 19 des trypan. très
nombreux et meurt le 20 déc. Poids : 22 gr. ; poids de la rate 40 cg. Pas
de trace de péritonite.
La souris 6 a, le 18 déc. des trypan. non rares ; le 19, des trypan. très
nombreux et meurt le 20 déc. Poids : 25 gr. ; poids de la rate : 15 cg.
Souris 7 et 8, témoins des souris 5 et 6, inoculées le 13 déc. avec la
même quantité de virus que les souris 5 et 6, meurent le 17 déc. avec
trypan. très nombreux. Les souris pèsent 16 et 20 gr. ; les rates, 20 et
30 cg.
Souris 9 et 10. Pesant, la lre, 24 gr., la 2e, 22 gr. Reçoivent, du 21 nov.
au 11 déc., dans le péritoine, 5 doses de poudre de Tr. Brucei en suspen¬
sion dans l’eau physiologique. — 16 déc., les souris sont inoculées avec
du sang très dilué d’un rat infecté de Tr. Brucei. Trypan. très rares le
20 déc., très nombreux le 21 ; mort le 22. Poids des souris : 22 et 20 gr. ;
des rates : 20 et 35 gr. Pas de traces de péritonite.
Souris 11, témoin des souris 9 et 10, inoculée le 16 déc., comme les
souris 9 et 10. — 18 déc., trypan. très rares. — 20, trypan. très nom¬
breux. Mort le 21 déc. Poids : 14 gr., rate : 12 cg.
Souris 12 et 13 , pesant 23 et 25 gr. Du 21 nov. au 26 déc. 1912, les
souris reçoivent, dans le péritoine, 8 injections de poudre de Tr. Brucei ,
de 2 cg. chacune Le 2 janvier 1913, les 2 souris sont inoculées avec le
sang très dilué d’un rat infecté de nagana.
La souris 12 a, le 7 janvier, des trypan. très rares ; le 8, des trypan.
nombreux et meurt le 9 janvier. Poids : 27 gr. ; poids de la rate : 30 cg.
La souris 13 a, le 7 janvier, des trypan. très rares; le 9 janvier, des
trypan. très nombreux, et meurt le 9 janvier. Poids : 27 gr. ; rate : lOcg.
Pas de traces de péritonite chez les souris.
Souris li et 15, témoins des souris 12 et 13. Le 2 janvier 1913, les
souris reçoivent la même dose de virus que les souris 12 et 13 ; elles ont,
le 5 janvier, des trypan. non rares; le 6, des trypan. très nombreux et
meurent ce même jour. Poids des souris : 17 et 13 gr. ; poids des rates :
20 et 10 cg.
II. Essais d’immunisation du lapin avec des trypanosomes
DESSÉCHÉS.
Lapin n° 1, pesant 550 gr., reçoit du 4 au 25 déc. 1912, dans le péri¬
toine, 5 injections de Tr. Brucei desséchés et pulvérisés, de 5 cg. chacune.
— 30 déc. Le lapin est inoculé sous la peau avec le sang très dilué d’une
souris infectée de nagana. Du 6 au 18 janvier, les examens du sang sont
négatifs. — 25 janvier, œdème de la tête et de l’anus. — 28 janvier,
trypan . très rares dans le sang ; l’œdème de la tête a augmenté. — 31 jan¬
vier, trypan. rares dans le sang; tête fortement œdématiée. Mort le
3 février 1913. Poids : 1 kg.; rate : 2 gr. Pas de traces de péritonite.
Lapin n° 2 , pesant 700 gr., reçoit, du 23 déc. 1912 au 22 janvier 1913,
dans le péritoine, 7 injections de Tr. Brucei de 5 cg. pour les 3 premières,
de 8 cg. pour les autres. — 27 janvier, le lapin est inoculé sous la peau
avec le sang très dilué d’un rat infecté de nagana. — 9 février, trypan.
assez nombreux dans le sang du lapin; pas d’œdème. Mort le 10 février
1913. Poids : 900 gr. ; rate : 2 gr. 40 Pas de traces de péritonite.
— i79 —
Lapin n° 3 , témoin du précédent, reçoit le 27 janvier la même dose de
virus (nagana) que le lapin n° 2. — 9 février, trypan. très rares dans le
sang du lapin. — 16 février, œdème du museau et des paupières. —
21 février, œdème plus fort de la tête ; blépharo-conjonctivite double ;
œdème de l’anus et de la vulve; plaques d’érythème avec épaississement
de la peau dans la région dorsale. — 24 février, trypan. très rares dans
le sang. — 27, trypan assez nombreux; l’œdème de la tête a augmenté,
blépharo-conjonctivite purulente, jetage par les narines. — Mort le
28 février 1913. Poids : 1 kg. 100 ; rate : 5 gr.
III. Essais d’immunisation des souris avec le sérum de lapins
TRAITÉS PAR LES TRYPANSOOMES DESSÉCHÉS.
Un lapin du poids de 550 gr. reçoit, du 4 au 20 déc. 1912, dans le péri¬
toine, 4 injections de poudre de Tr . Brucei, de 5 cg. chacune. Le 27 décem¬
bre, !e lapin est saigné à blanc pour sérum. Pas de traces de péritonite.
Avec le sérum fourni par ce lapin on procède aux expériences sui¬
vantes.
Souris /, pesant 22 gr. ; 28 déc. reçoit, dans le péritoine, 1 cm3 du
sérum du lapin n° 1. — 1 29 déc., la souris est inoculée, sous la peau, avec
le sang très dilué d’un rat infecté de nagana, elle a, le 3 janvier 1913, des
trypan. rares ; le 4, des trypan. très nombreux et elle meurt le 5 janvier.
Poids : 22 gr. ; rate : 40 cg.
Souris 2, témoin de la souris 1, inoculée le 29 déc. comme cette der¬
nière, a des trypan. rares le 1er janvier 1913, des trypan. très nombreux
le 2. Meurt le 2 janvier.
Souris 3, pesant 20 gr. ; 28 déc. reçoit 1 cm3 du sérum du lapin n° 1,
dans le péritoine. — 29 déc., inoculée (peau) avec sang très dilué d’une
souris infectée de surra — 4 janvier 1913, trypan. non rares. — 6 janv.,
très nombreux. Mort le 7 janvier. Poids : 20 gr. ; rate : 40 cg.
Souris i, témoin de la souris 3, inoculée le 29 déc. de surra, dans les
mêmes conditions qus la souris 3. — 5 janvier 1913, trypan. rares. —
6, très nombreux. — Mort le 8 janvier.
Souris 5. pesant 20 gr., reçoit le 28 déc., dans le péritoine, 1 cm3 du
sérum du lapin n° 1. — 29 déc. La souris est inoculée (peau) avec sang
très dilué d’une souris infectée avec le Tr. congolense. — 5 janvier 1913,
trypan. très rares. — 7, nombreux — L’infection à marche lente suit son
cours régulier. La souris est encore infectée à la date du 21 février 1913.
Le 5 mars, examen du sang négatif.
Souris 6, témoin de la souris 5 ; inoculée le 29 déc. avec le Tr. congo¬
lense , dans les mêmes conditions que la souris 5. — 5 janvier 1913, try¬
pan., très rares. — 7, nombreux. — L’infection, à marche lente, suit son
cours régulier. La souris est encore infectée à la date du 5 mars 1913.
Lfn deuxième lapin a reçu, dans le péritoine, 7 doses de poudre
de Tr. Brucei , les trois premières de 5 cg., les quatre autres de
8 cg., son sérum ne s’est pas montré plus actif que celui du pre¬
mier. 2 souris traitées par ce sérum et inoculées, 24 heures après,
de nagana (virus très dilué) sont mortes en 4 jours, comme une
souris témoin. Inoculé à une souris, en mélange avec le virus du
nagana, le sérum s’est montré également inactif. Une souris traitée
i8o —
par le sérum, et inoculée de surra au bout de 24 heures, est morte
9 jours après l’inoculation, avant une souris témoin morte le
io" jour. Une souris traitée par le sérum et inoculée au bout de
24 heures avec le Tr. dimorphon (virus très dilué) est morte
10 jours après l’inoculation, avant une souris témoin, morte le
1 1 e jour.
En résumé, les procédés d’immunisation préconisés par Braun
et Teichmann nous ont donné des résultats entièrement négatifs.
Les souris et les lapins traités par la poudre de Tr. Brucei n’ont
pas été immunisés pour le nagana, l’évolution de l’infection n’a
même pas été ralentie chez eux. Le sérum des lapins traités s’est
montré complètement inactif.
Une conclusion s’impose, c’est que les procédés d’immunisation
au moyen de trypanosomes desséchés et pulvérisés (déjà expéri¬
mentés avant les travaux de Braijn et Teichm\nn) sont inefficaces,
au moins contre les infections produites par le Tr. Brucei que
nous avons employé. A outons que ces procédés sont peu prati¬
ques. Pour nos expériences qui ont porté sur 8 souris et 4 lapins,
nous avons dû sacrifier une centaine de gros rats; que serait-ce
s’il fallait recueillir la quantité de poudre de trypanosomes néces¬
saire pour immuniser de gros animaux.
*
* *
D’après Braun et Teichmann, les Tr. Brucei ne contiennent
aucune toxine ; ici encore nos observations ne concordent pas
avec celles de ces auteurs. Nous nous bornerons à reproduire les
deux expériences suivantes qui viennent à l’appui de faits publiés
antérieurement [i).
Une souris blanche pesant 18 g., et dont la température est de 37°,
reçoit, le 4 janvier 1913, à 8 h. 10 du matin, dans le péritoine, 6 cg.
de poudre de Tr. Brucei , en suspension dans 1 cm3 d’eau physiolo¬
gique. A 8 h. 25, un quart d’heure après l’injection, la souris est
très malade, elle se met en bonle, le poil hérissé ; la respiration est
fortement accélérée ; la température est de 32°4, c’est-à-dire qu’elle
s’est abaissée de 4°6 au-dessous de la normale. A 8 h. 50, la tempé¬
rature est de 34°4 ; à 9 h. 30, de 35°7. A 11 h. les troubles morbides
ont disparu, la température est remontée à la normale.
Chez cette souris, les troubles morbides provoqués par l’injection
se sont dissipés rapidement ; l’observation qui suit montre que la
mort peut se produire en hypothermie.
(1) A. Laveran et A. Pettit, Soc. de Path. exotique, 11 janvier 1911
Une souris blanche pesant 18 g. et dont la température est de
36°4, reçoit, le 3 janvier 1913 à 8 h. 20 du matin, dans le péritoine,
6 cg. de poudre de Tr. Brucei , en suspension dans 1 cm1 2 3 d'eau phy¬
siologique. Peu après l'injection, la souris donne des signes d’in¬
quiétude, elle s’agite puis se met en houle, le poil hérissé ; la
respiration est très accélérée et la température s’abaisse rapide¬
ment. La souris meurt à 8 h. 45 du matin avec une température
de 31 °4.
A l’autopsie, on ne trouve pas de lésion pouvant expliquer la
mort, il n'ÿ a pas d'hémorragie péritonéale.
<
11 s’en faut que la toxine du Tr. Brucei produise toujours la mort
des souris à la dose employée dans cette observation, mais les
troubles morbides signalés chez la première souris sont constants,
quand on injecte des doses de 6 cg. de poudre ou au-dessus, et
ils suffisent pour rendre manifeste l’existence d’une trypanotoxine-
A propos de Leptomonas pangoniæ
et Trypanosoma Denysi
Note rectificative.
Par J. RODHAIN.
Etant encore en Afrique, nous avons décrit sous le nom de
Leptomonas pangoniae un parasite flagellé qui infecte fréquem¬
ment dans le Bas-Katanga, le tractus intestinal de Pangonia in¬
fuse a Austen (i).
Depuis notre retour en Europe, nous avons reconnu que ce
trypanosomide se rattache au genre Crithidia , tel qu’il a été dé¬
fini par Patton et Strickland (2) et est reconnu par la plupart
des protozoologistes.
En conséquence, nous proposons de substituer à la dénomina¬
tion Leptomonas pangoniæ celle de Crithidia pangoniæ .
(1) J. Rodhain, C. Pons, F. Vandenbranden et J. Bequaert, Leptomonas
pangoniæ , parasite de Pangonia infusca. Société de Pathologie exotique,
1912, n° 8.
(2) W. S. Patton and C. Strickland, A critical review etc... Parasito-
logy, 1908, page 322.
182
A
*
* *
Dans une note publiée dans ce Bulletin le 9 octobre 1912, nous
avons rapidement décrit, sous le nom de Trypanosoma Denysi,
un parasite que nous avons découvert dans le sang d’un écureuil
volant du Katanga. Etant en Afrique, nous avons identifié par
erreur cet écureuil avec le Pteromys volant de l’Amérique. En
réalité, il s’agissait d’un Anomalurns species Fraseri.
Bruxelles le 28 février 1913.
Note sur des Trypanosomides intestinaux
d’Hæmatopota au Congo belge
Par J. RODHAIN, C. PONS, F. VANDENBRANDEN
et J. BEQUAERT.
Nous avons rencontré, au Congo Belge, des trypanosomides
dans le traetus intestinal de deux espèces d’ Hœmatopota. Fin
décembre 1910 à Kasongo (Maniema) sur 11 q d’ Hœmatopota
Duttoni (Newstead), 2 montraient dans leur rectum des for¬
mes flagellées et kystiques.
Les parasites mobiles, larges et trapus, rappelaient assez bien
les formes figurées par Bruce et ses collaborateurs (1) comme
parasitant Tabanus secedens.
Les kystes pyriformes ou ovalaires présentent la plupart l’as¬
pect de spermoïdes selon Chatton (2).
Bien différent de ces parasites, est le flagellé que nous avons
trouvé à Sankisia (Bas Katanga) chez Hœmatopota V andenbran-
deni n. sp., en octobre 1911.
Sur 39 Q disséquées, une seule était parasitée. Dans les frot¬
tis faits avec le contenu de l’intestin dissocié, nous avons ren¬
contré des formes flagellées et des kystes.
Les premières affectent l’aspect d’une Crithidia étroite et al¬
longée, dont l’extrémité postérieure s’effile en pointe et la partie
(1) Bruce, Hamerton, Bateman, Mackif. and Lady Bruce, Reports of
the Sleeping Sicknesscommission, n° XI, p. 181.
(2) . E. Chatton, Leptomonas de deux Borborinœ, C. R. Soc. Biologie ,
27 juillet 1912.
1 83
y
antérieure présente une membrame ondulante étroitement acco¬
lée au corps (fig. i a.).
Les dimensions des plus grandes formes vont de 45 à 50 y, le
corps même mesure 28 à 30 y et le flagellé libre 16 à 18 y ; la
largeur moyenne au niveau du noyau est de 1,2 y et ne dépasse
pas 2 y. Le noyau ovalaire est allongé et situé à 10 ou 14 y en ar¬
rière de l’extrémité antérieure du corps; il occupe souvent toute
la largeur du cytoplasme et ne présente pas de caryosome dis¬
tinct, mais peut montrer plusieurs grains chromatiques irrégu¬
liers.
Les dimensions vont de 2,18 y de longueur à 1,2 y de largeur.
Le blépharoplaste punctiforme est placé à 2 ou 4 y au-devant du
nucléus, il y aboutit un flagelle relativement épais, qui se di¬
rige en avant en décrivant le long du corps une ondulation large
et se terminant en une partie libre.
Le cytoplasme du parasite renferme fréquemment, dans la par¬
tie postérieure au noyau, quelques fines granulations métachro-
matiques; la partie antérieure se termine en avant en une mince
bande qui se rétrécit graduellement le long du flagelle, la mem¬
brane ondulante restant intimement accollée au corps.
A côté de ces grands flagellés, il existe des formes moins lon¬
gues, n’atteignant que 31 à 39 y dont 9 à 16 y pour l’extrémité
— 184 —
flagellaire libre; la largeur de ces parasites peut être également
diminuée et ne mesurer que 1 y.
Entre ces crithidia à flagelle et membrane ondulante et les
kystes formés, il n’existe pas la série intermédiaire des grégari-
niens à court flagelle.
Le kyste formé est entouré d’une mince gangue éosinophile et
se présente sous l’aspect d’un corpuscule ovalaire dont une extré¬
mité, légèrement élargie, renferme le noyau et à côté de lui ou
plus en arrière, le blépharoplaste (figure 1 c.). Ces kystes mesu¬
rent 5 ou 6 u de long sur 2 y de large, et peuvent même n’avoir que
.4 y de longueur.
A côté de ces kystes types, existent des formes sans flagelle
qui nous semblent représenter le premier stade de la condensa¬
tion protoplasmique, qui doit aboutir à la formation des kystes.
Ce sont des corps en massue raccourcie, pouvant atteindre 14 y
de longueur et 4 y de largeur à la base; ils montrent, dans une
enveloppe mince, le cytoplasme condensé fortement teinté en
bleu, renfermant le noyau reculé en arrière et le blépharoplaste
qui lui est intimement accolé (f ig. 1 b).
Nous proposons de nommer Chrithidia tennis ce flagellé qui
constitue probablement un parasite propre de VHaematopota
V andenbrandeni.
Bruxelles, école de médecine tropicale, 28 février 1913.
( Mission scientifique du Katanga).
L’atoxyl dans la “ Prophylaxie chimique
de la trypanosomiase humaine
Par P. ALBERT et E. HECIvENROTH
Avant d’aborder le sujet proprement dit de cette notei il nous
paraît nécessaire de préciser la façon dont nous devons compren¬
dre l’une des mesures qui ont été préconisées comme efficaces
dans la prophylaxie de la maladie du sommeil, le traitement des
malades.
Il y a lieu en effet, pour éviter toute confusion, d’établir une dis¬
tinction bien nette entre deux modes de traitement qui, bien
— 1 85 —
qu’utilisant les mêmes agents thérapeutiques, diffèrent cependant
par le but particulier que chacun d’eux se propose d’atteindre :
La thérapeutique curative est un mode de traitement qui vise, à
l'aide d’une médication prolongée, à obtenir la guérison définitive
des malades. Les indigènes se refusent généralement à accepter
une médication de ce genre. Elle n’est applicable par cela même
que dans des cas très limités et ne saurait ainsi constituer un fac¬
teur que nous puissions faire- intervenir avec quelque succès dans la
lutte contre la maladie du sommeil.
La thérapeutique prophylactique est, à l'inverse de la précédente,
un mode de traitement qui se propose, uniquement, de faire dis¬
paraître avec une médication rapide, bien acceptée de l’indigène,
pour une période de temps la plus longue possible, les trypano¬
somes de la circulation périphérique des malades.
Ainsi débarrassés de leurs parasites, ainsi momentanément sté¬
rilisés , ces malades cessent de constituer des réservoirs de virus auprès
desquels les glossines peuvent s’infecter. Les chances de contami¬
nation pour la partie saine de la population sont ainsi notablement
diminuées.
Dans une note précédente nous avons étudié l’orpiment dans la
prophylaxie chimique de la trypanosomiase et signalé les résul¬
tats peu satisfaisants quemous avons obtenus avec ce produit.
Nous présentons aujourd’hui le relevé des observations d’un
certain nombre de noirs trypanosomés qui ont reçu un nombre
variable d’injections d’atoxyl et chez lesquels nous avons noté, en
nous astreignant à de fréquents examens de sang centrifugé
(malades traités à Brazzaville), les périodes de stérilisation corres¬
pondantes :
I. — Malades ayant reçu comme « traitement prophylactique »
une seule injection d’atoxyl :
Au cours d’une tournée dans la haute Sangha, l’un de nous
reconnaît trypanosomés et traite dans le poste de Carnot 148 indi¬
gènes. Six mois après ce traitement ces indigènes sont examinés à
nouveau d’une façon très complète (1).
1 1 1 sont reconnus indemnes de trypanosomes, soit le 75 % ;
37 présentaient des trypanosomes, soit un pourcentage de ré¬
cidives de 25 % par rapport à l’effectif traité.
Une seule injection d'atoxyl a donc eu pour effet de stérili¬
ser pendant six mois. 75 % des malades traités, de réduire dans
cette même proportion par conséquent le nombre des réservoirs
de virus dans, le centre de Carnot.
(1) Nous prions M. le Dr Monfort d’accepter tous nos remerciements
pour avoir bien voulu, sur notre demande, contrôler les résultats de ces
<( essais de traitement ».
i3
1 86
II. — Malades ayant reçu comme « traitement prophylactique »
un nombre variable d’injections d’atoxyl :
Nous avons résumé dans les tableaux suivants les observations
de ces malades qui ont tous été traités à Brazzaville.
Nous regrettons seulement que des « fuites nombreuses » ne
nous aient point permis de constituer, comme nous le désirions,
des séries plus homogènes. Les difficultés que nous avons rencon¬
trées pour réaliser une expérimentation de ce genre, nous parais¬
sent en revanche donner à nos résultats une valeur pratique plus
considérable car elles nous ont placés dans les mêmes conditions
d’intervention auprès de l’indigène, qui seront celles de tout mé¬
decin traitant dans la brousse :
Tableau n° I
Malades ayant reçu un nombre d'injection variant de i à q (i).
Explication des abréviations : B =: bon état ; T. B. très bon état ;
]M. =r mauvais état ; Méd. zr médiocre état.
(i) La dose normale que nous injectons est de i gr. pour les adultes
pesant 50 kgs environ. La période de stérilisation est comptée du jour de la
ife i njection.
Nombre total des malades traités : 23, qui se répartissent en 19 à
la 2e période et 4 à la 3e période.
Durée moyenne de la stérilisation : 6 mois.
Nombre des malades stérilisés : 12, soit le 52 °/0.
Nombre des rechutes : 11, soit le 47 %.
Nombre des récidives par rapport à la période de la maladie : 9 a
la 2e période ; 2 à la 3e période.
Malades améliorés par le traitement : 8 : 8 à la 2e période ; 0 à
la 3e période.
Malades dont l'état est resté stationnaire : 10 : 8 à la 2e période ;
2 à la 3e période.
Malades dont l'état s'est aggravé : 5 : 1 à la 2e période ; 4 à la
313 période.
Décédés : 2 à la 3e période.
Tableau n° II
Malades ayant reçu un nombre d’infections variant de 5 à 6,
Nombre total des malades traités : 9 qui se répartissent en G à la
2e période et 3 à la 3e période.
Durée moyenne de la stérilisation : 9 mois.
Nombre des malades stérilisés : 4, soit le 44 %.
Nombre des récidives : 5, soit le 55 %.
Nombre des récidives par rapport à la période de la maladie : 2 à
la 2e période et 3 à la 3e période.
Malades améliorés par le traitement : 4 à la 2e période.
Malades dont l’état est resté stationnaire : 4, dont 1 à la 2e période
et 3 à la 3e période.
Malades dont l'état s’est aggravé : 1 à la 3e période.
Décès : 0.
— 1 88
Tableau n° III
Malades ayant reçu un nombre d'injections variant de 7 à 14.,
Nombre total des malades traités : 11, dont 9 à la 2e période et
2 à la 3e période.
Durée moyenne de la stérilisation : 13 mois.
Nombre des malades stérilisés : 10, soit le 90 °/0.
Nombre des récidives : 1, soit le 9 °/0.
Nombre de récidives par rapport à la période de la maladie : 1 à
la 3e période.
Malades améliorés par le traitement : 6 à la 28 période.
Malades dont l’état est resté stationnaire : 1 à la 2e période.
Malades dont l’état s’est aggravé : 4 : 2 à la 2e période ; 2 à la
3e période.
Décès : 0.
Les résultats d’ensemble des observations précédentes nous
donnent sur la valeur du « traitement prophylactique à l’atoxyl. »
des indications intéressantes.
Elles nous montrent la possibilité d’obtenir, avec un nombre res¬
treint d’injections, la réduction sensible des réservoirs de virus
humains et par répercussion, la diminution notable de la morbi¬
dité par trypanosomiase. Sur un chiffre total de 194 malades trai¬
tés, 141 accusent une période de stérilisation relativement longue
puisqu’elle est égale ou supérieure à 6 mois dans 72 % des cas.
L’action bienfaisante exercée par le traitement à Tatoxyl sur
l’organisme des trypanosomés est dans certains cas très apprécia¬
ble : 23 malades sur 46 (malades traités à Brazzaville) accusent une
sérieuse amélioration de leur état général.
Les récidives enregistrées doivent retenir notre attention.
O
Les unes, celles qui s’observent longtemps après la cessation du
traitement, doivent être considérées comme inévitables ; elles tra¬
duisent, d'après nous, la limite de l’action utile de la médication
^ • 4* •-»
prophylactique.
Quant aux autres qui se manifestent un temps très court après
la cessation du traitement, nous "avons à rechercher les causes qui
peuvent les déterminer. Les deux seuls facteurs que nous puis¬
sions incriminer sont : l’insuffisance du nombre d’injections admi¬
nistrées ; l’état de déchéance de l'organisme traité. Il nous faudra
tenir compte de ces deux facteurs dans la formule de traitement
prophylactique que nous allons maintenant préconiser.
Conclusions. — Dans la majorité des cas, un traitement prophy¬
lactique comprenant une série de 4 ou 5 injections normalement
•espacées, est suffisant pour obtenir une durée moyenne de stérili¬
sation de 8 à 10 mois environ.
Les malades en « mauvais état » seront soumis à un traitement
plus intensif.
Le traitement prophylactique doit être renouvelé. On pourra
prendre comme base de l’intervalle qui devra séparer deux traite¬
ments, le laps de temps minimum de la stérilisation escomptée à la
suite du 1er traitement. Un traitement prophylactique ainsi compris
ne nous paraît comporter aucune difficulté pratique insurmontable
dans son application aux indigènes, soit dans les postes médicaux,
soit au cours des tournées médicales effectuées à cet effet dans la
brousse. Nous avons constaté, par expérience, qu’en raison même
de la brièveté de sa médication, il était bien accepté de l’indigène.
Il peut dès lors être appliqué systématiquement à tous les noirs
trypanosomés. Nous sommes persuadés qu’il peut ainsi rendre,
associé aux mesures d’Hygiène générale, d’indiscutables servi¬
ces, dans la Prophylaxie de la maladie du sommeil.
( Institut Pasteur de Brazzaville).
— 190 —
Propriétés vaccinantes du venin muqueux
de la peau des Batraciens contre lui-même
et contre le venin de la Vipère aspic
Par Marie PHISALIX.
La grande analogie qui existe entre l’action physiologique de
la sécrétion des glandes muqueuses cutanées des Batraciens et
celle des sérums d’Anguille et de Hérisson, des venins d* Abeilles,
d’Araignée et de Vipère, sérums et venins qui, privés en tout ou
en partie de leur pouvoir toxique par un chauffage approprié, se
comportent comme des vaccins vis-à-vis de venin de Vipère lui-
même, pouvait faire prévoir que cette sécrétion muqueuse pos¬
séderait la même action immunisante contre elle-même et contre
le venin. Déjà en 1897, C. Phisalix (i) avait montré cette double
action pour le venin de la grande Salamandre du Japon ( Mega -
lobatrachus J aponie us, Temminck, en se fondant précisément
sur l’analogie d’action de ce venin avec le sérum d’Anguille, dont
il venait d’établir les propriétés vaccinantes.
Il avait constaté que non-seulement le venin de Salamandre
du Japon, chauffé pendant 20 minutes à la température de 50°,
vaccine la Grenouille contre l’action mortelle du venin entier,
mais encore que si on l’inocule à petites doses répétées au Cobaye,
il immunise celui-ci contre la dose mortelle de venin de Vipère.
Ces études, que j’ai étendues à la plupart de nos espèces indi¬
gènes et à un certain nombre d’espèces exotiques, m’ayant mon¬
tré que la sécrétion muqueuse cutanée des Batraciens manifeste
des propriétés physiologiques assez constantes dans les diffé¬
rentes familles d’ Anoures et d’Urodèles, j’ai recherché si la
propriété vaccinante qui parmi toutes les autres, présente le plus
grand intérêt au double point de vue des applications pratiques
et des mécanismes de l’immunité, n’appartiendrait pas égale¬
ment au mucus des autres Batraciens.
fi) C. Phisalix, Action physiologique du venin de Salamandre du Japon.
Atténuation par la chaleur et vaccination de la Grenouille contre ce venin,
C. R. Soc. Biol., t. XLIX, 1897, P- 723 î Propriétés immunisantes du venin
de Salamandre du Japon vis-à-vis du venin de vipère, ibid., p. 822.
A cet effet, j’ai essayé le venin muqueux de Salamandre ter¬
restre ( Salamandra maculosa, Gray), de Grenouille verte ( Renia
esculenta Günth) de Pelobate cultripède ( Pelobates cultripes ,
Günth), du Discoglosse peint ( Discoglossus pictus, Günth), du
Crapaud accoucheur (Alytes obstetricans , Günth) et de l’Axo-
•<
loti ( Siredon axolotl, Wagl.)
Technique. — Le venin muqueux a été employé ou bien tel qu'on
l’obtient par hypersudation ou macération de la peau ventrale du
Batracien dans l’eau stérilisée ; ou bien après avoir été chauffé.
Avant de le recueillir par sudation, il est nécessaire de vider la
vessie des sujets (ce qui s’obtient par simple pression d’avant en
arrière sur la région vésicale), de façon que le mucus ne se trouve
pas dilué ni modifié par burine dans le récipient où bon opère. De
plus, il faut débarrasser la peau des sujets de ses impuretés ou de
sa mue en bessuvant très minutieusement, et la rinçant à beau
stérilisée.
Quant à la sudation, elle est produite par simple agitation des
animaux dans un flacon en verre dont le col est fermé par un tampon
de coton imbibé d’éther ou de chforoforme. On arrête» l'exercice
avant que les sujets n’entrent en résolution. On les lave en introdui¬
sant un- peu d’eau distillée ou salée à 7,5 % dans le flacon, qu’on
agite à nouveau, et on recueille le liquide mousseux résultant du
lavage.
La quantité d’eau à employer varie entre 1 et 5 cm3 par sujet,
suivant l’activité de son venin.
Ce mode de préparation qui donne un venin à peu près pur et
qui convient très bien pour les adultes terrestres, ne saurait être
appliqué aisément aux têtards et aux larves qui sont aquatiques.
Dans ce cas, après avoir lavé les sujets dans beau stérilisée, on en
prélève la peau dans laquelle les glandes muqueuses seules ont atteint
leur maturité fonctionnelle, on la découpe et on la broie dans une
petite quantité d’eau distillée ou salée, et on abandonne la macération
pendant 2 heures dans une atmosphère chloroformique ou éthérée. Le
liquide de macération est ensuite exprimé à la presse ou dans un
nouet de toile fine.
Ce mode de préparation est d’ailleurs applicable aux Batraciens
adultes, pourvu qu’on n’utilise que la peau du ventre qui n'a que
des glandes muqueuses.
Le produit ainsi obtenu est en réalité un mélange des produits
solubles de toute la peau, mais où domine la sécrétion muqueuse,
car si on compare le liquide obtenu par sudation à celui qui est
obtenu par macération avec une même espèce adulte, on constate
(pie les deux produits possèdent les mêmes propriétés physiolo¬
giques caractéristiques.
Vaccination de la Grenouille verte ( Rana esculenta, Günth).
— J’ai précédemment montré que le venin muqueux fourni par
une seule Grenouile verte suffit à tuer, par injection intra-périto¬
néale, un sujet de même espèce plus petit, et que l’eau de lavage
de quatre ou cinq sujets tue l’un quelconque d’entre eux par inocu-
lation sous-cutanée, avec les symptômes caractéristiques suivants :
asthénie, paralysie précoce, mydriase, et arrêt du cœur, ventri¬
cule en diastole (i). Mais l’ébullition prolongée pendant 5 m.
fait perdre au venin muqueux de la Grenouille ses propriétés
toxiques, en même temps qu’elle met en évidence ses propriétés
vaccinantes, comme le montre l’expérience suivante:
Expérience. — - Une Grenouille verte reçoit dans le péritoine l’eau
de lavage d’une autre Grenouille plus grosse, mise en sudation, eau
de lavage préalablement maintenue, en pipette close, à la tem¬
pérature d’ébullition de l’eau pendant 5 à 6 minutes. Aucun autre
symptôme ne se produit, qu’un peu d’asthénie passagère, l’animal
se fatiguant rapidement après quelques sauts, refusant de se dépla¬
cer, criant et faisant le gros dos si on l’excite.
Après une seconde inoculation pratiquée 3 jours plus tard, d’une
dose double de mucus semblablement chauffé, l’immunité s’établit
en 36 à 48 heures, et le sujet peut alors être éprouvé par la dose mor¬
telle de mucus non chauffé, close à laquelle il résiste.
Bien plus, les animaux immunisés contre le venin muqueux
des Batraciens, le sont également contre celui de la Vipère aspic.
La Grenouille ainsi préparée résiste à la dose de 1 mg. de ve¬
nin de Vipère qui fait mourir le témoin en 5 heures.
Dans cette expérience et dans celles qui suivent, j’ai donné
les doses actives de mucus telles qu’elles ont été obtenues à un
moment donné ; mais ces doses peuvent varier du simple au dou¬
ble avec diverses circonstances, notamment avec la durée de capti¬
vité des sujets, avec la fréquence des lavages qu’ils subissent, et
aussi avec les phases de leur repos ou de leur activité organique,
circonstances que nous ne pouvons que signaler ici.
Vaccination du cobaye. — Elle a été réalisée avec du venin mu¬
queux d’ Axolotls longs de 16 à 18 cm. Comme la région dorsale
du corps possède déjà de nombreuses glandes granuleuses, il
n’a été utilisé pour la macération que la peau de ventre.
La dose de mucus mortelle pour un jeune Cobaye du poids de
10 g. correspond à la moitié de ce que fournit la peau du ventre.
(1) Mme M. Phisalix, Action physiologique du venin muqueux des Batra¬
ciens et en particulier des Discoglossid æ, Bull, du mus., 1908, t.XIV,
p. 306 ; Action physiologique du mucus des Batraciens sur ces animaux
eux-mêmes et sur les Serpents ; cette action est la même que celle du venin
de la Vipère ; Immunité naturelle des Batraciens et des Serpents contre
le venin muqueux des premiers et mécanisme de cette immunité, C. R.
Ac. des Sc., t. CL, 1910, pp. 415 et 636 ; Arch. de Physiol. et de Path. gén.,
n° 3, ï^o, PP- 326-330» 340-344-
1
Ce mucus chauffé devient un vaccin, comme le montre l’expé¬
rience suivante:
Expérience. — Un Cobaye femelle pesant 600 g. reçoit sous la
peau de la cuisse 0 cm3 75 de mucus, correspondant à la macération
du 1/3 de la peau du ventre d’un Axolotl, macération préalablement
chauffée en pipette close, pendant 15 <m. à 58°.
On n’observe aucun symptôme général ; seul se développe au
point d’inoculation un gonflement induré qui disparaît le troisième
jour.
5 jours après, le Cobaye, ayant perdu toute trace d’action locale
et récupéré son poids primitif, reçoit une dose double, soit 1 cc. 5
du même produit non chauffé, qui tue un témoin, dose à laquelle il
résiste- après avoir présenté un peu de stupeur passagère.
2 jours après, ce Cobaye vacciné contre la dose plus que mortelle
de venin d'Axolotl, est éprouvé par inoculation sous-cutanée de
1 mg. 2 de venin de Vipère, en solution à 1/1000, dose qui fait mourir
en 4 h. 30 un témoin de même poids.
On observe seulement l’action locale mais atténuée du venin ; une
rougeur marquée de la peau du ventre, mais qui n'aboutit pas à la
mortification. Pas de symptômes généraux, notamment cette hypo¬
thermie précoce et progressive qui accompagne l'envenimation vipé-
rique à terminaison fatale.
Vaccination du lapin. — L’immunisation la plus rapide s’ob¬
tient en inoculant la solution venimeuse directement dans les
veines; mais comme l’action du venin entier est dans certains
cas foudroyante: (venin d'Alytes obstetricans, de Discoglossus
pictus, de Rana esculenta...), il est nécessaire d’en éteindre le
pouvoir phlogogène et d’en diminuer la toxicité par un chauffage
approprié. 11 est commode également de n’emplover qu’un mucus
de toxicité moyenne, qui soit ainsi plus maniable, et qui ne pré¬
sente pas de variations trop étendues de cette toxicité. Celui de
la vSalamandre terrestre répond à ces conditions ; il a en outre
l’avantage de conserver ses propriétés après une demi-heure de
chauffage à ioo°, ce qui le rend aseptique sans lui faire perdre
son pouvoir immunisant.
D’après des expériences antérieures, il faut en moyenne la
quantité de mucus fournie par quatre sujets pour entraîner la
mort du Lapin en 2 ou 3 jours, mais lorsque ce mucus a été
chauffé, il ne manifeste plus que des propriétés immunisantes,
comme en témoigne l’expérience suivante dont les résultats sont
constants :
Expérience. — Un Lapin du poids do 1.590 g. reçoit dans la veine
marginale de loreille 3 cm3 de l’eau de lavage de 8 Salamandres,
mises en sudation par les vapeurs d’éther. (bette eau a été préalable¬
ment réduite de 16 à 3 cm3 par ébullition).
— J94
L’animal n’a manifesté aucun des symptômes qu’on observe par
l’injection du venin entier : asthénie, stupeur, paralysie, hypother¬
mie, mydriase. 11 se produit seulement des émissions vésicale et
rectale, comme après l’inoculation d’un liquide salin.
Deux jours après, il reçoit une nouvelle dose d'eau de lavage,
réduite seulement de 16 à 10 cm3, donc un peu moins atténuée, sans
manifester les symptômes passagers que provoque ce liquide sur
un animal neuf.
Trois jours après, l’immunité est essayée par une dose de mucus
bouilli qui est plusieurs fois mortelle pour un témoin (le venin de
Salamandre conservant sa toxicité après ébullition), dose qui corres¬
pond à 10 sujets en sudation.
Cette nouvelle inoculation n’a, comme les autres, d’autre effet,
qu’une décharge vésicale et intestinale.
Toutefois si dans les mêmes conditions, on emploie le produit
préparé par la macération de la peau du ventre, on peut observer
un crise convulsive légère et fugace après la première inocula¬
tion.
Enfin 5 jours après, le Lapin est éprouvé par injection intra-péri¬
tonéale de 10 mg. de venin de Vipère (en solution à 1/1000), dose
qui tue en 2 heures le témoin. 11 ne se produit au début qu’un peu
d’accélération respiratoire due à la douleur momentanée de 1 inocu¬
lation, mais aucun des symptômes généraux de l’envenimation vipé-
rique, symptômes qui sont voisins de ceux que provoque le venin
muqueux.
En* particulier, le Lapin, loin de manifester une hypothermie crois¬
sante comme le témoin, réagit comme les animaux vaccinés par une
hyperthermie immédiate de 1 à 1°5, suivie au bout de quelques
heures de retour à la normale.
On obtient les mêmes effets immunisants si l’on emploie, sans
chauffage préalable, des venins peu toxiques comme celui de
Pélobate cultripède, ou des venins plus actifs mais très dilués,
comme ceux d’Alyte, de Discoglosse ou de Grenouille verte ;
mais il faut dans ce dernier cas procéder avec grand ménage¬
ment; et aux premières inoculations, on a toujours les symptômes
atténués, il est vrai, mais manifestes, des solutions concentrées.
De plus, l’immunisation, commencée avec le venin muqueux
d’un Batracien peut être continué avec celui d’une autre espèce;
c’est ainsi que l’immunisation d’un des sujets commencée avec
le venin de Pélobaüe cultripède a pu être achevée avec celui de
Discoglosse peint, ce qui offre une certaine commodité au point
de vue pratique.
Des expériences en cours permettront de fixer pour les venins
muqueux les plus utilisables la durée de l’immunité qu’ils con-
— IÇP —
fèrent ; mais les premiers résultats font prévoir que la méthode
d’immunisation pourra être appliquée aux jeunes Chiens qui
souvent à leurs premières saisons de chasse sont mordus par les
Vipères, et y perdent tout au moins l’odorat.
Laboratoire cT H erpétologie d’n Muséum d'hist. naturelle.
The etiology of beri-beri
By Richard P. STRONG and P.-C. CROWELL.
Notwithstanding the large number of very valuable observa¬
tions <fhat hâve been reported in the literature on this subject du-
ring the past few years, at the présent time there is no theory of
the cause of beri-beri that has been entirely accepted.
While very extensive feeding experiments by numerous investi-
gators hâve been performed regarding the production of Polyneu-
ritis gallinarum (Eijkman) and while a few similar experiments
hâve been employed, even sometimes successfully, by several
investigators in relation to the production of a beri-beri like disease
in other animais, nevertheless there has been regarding the étio-
logy of beri-beri not a single experiment performed upon man
which from a scie n<t'i fie standpoint we can regard in any way as
a crucial test of the infections or non-infectious nature of this
disease , with the exception of that one of Fraser and Stanton
in 1907. At the close of their publication regarding this experi¬
ment these authors State that the resuit of their experiment lends
support to the view that beri-beri has, if not its origin in, at
least an intimate relationship with the consumption of white rice,
and justifies further research along these lines.
Experiments on fowls hâve been of very great benefit in eluci-
dating many problems relating to the etiology and cure of beri-
beri : nevertheless without similar observations on man the results
obtained with fowls would not be applicable to man.
The following feeding experiments which had in view the ob-
ject throwing further light upon the cause of beri-beri and of de-
termining whether the disease was of an infectious or non-infec¬
tious nature were begun late in the year 1909, but were not com-
pleted until the présent year. The experiments were performed
upon prisoners under sentence of death, who agreed to undergo
the tests. They were placed in locked cells under the closest. sur¬
veillance and divided in-to four groups which were fed largely as
follows :
Group I. — White (polished) rice + alcoholic extract of rice
polishings + spécial diet (duration of experiment 97-108 days.)
Group II. — White (polished) rice-f spécial diet (duration of
experiment 97-117 days).
Group III. — Red (unpolished) rice + spécial diet (duration of
experiment 97-117 days).
Group IV. — White (polished) rice-r spécial diet (duration of
experiment 75-101 days).
The spécial diet consisted of : coffee, bread, sugar, starch, lard,
bacon, onions and bananas. The experiments were continued as
long as practicable. The members comprising groups I, II, and
III were allowed to mingle freely wi<th one another during the
dav, but the members of each group were compelled to eat sepa-
rately under observation. A record was kept of -the quantity and
qualitv of food consumed b y each individual.
The results were as follows: In group I. one case developed ra-
ther marked symptoms of beri-beri and one some of the earlv
symptoms of the disease. These symptoms did not improve un-
tü the monotony of the diet was varied. In group II. four of thê
six individuals comprising the experiment developed beri-beri
and two early symptoms of the disease. In group IV. four
of the eleven developed beri-beri, one of whom died of the di¬
sease and two developed early symptoms of the disease. In
group III. one of the six developed marked symptoms of
beri-beri and one developed onlv slight cardiac symptoms.
The conclusions reached are that beri-beri is not an infectious
disease but has a true dietetie causation. The disease may be
produced b y depriving the individual for a considérable period
of time of certain substances necessary in some way for the nor¬
mal physiological processes of the body.
The substance, or substances, which prevent beri-beri when
partaken of in the food, are evidently présent in red unpolished
rice and in rice polishings and also in small amounts in the alco-
holic extracts of rice polishing, and when these articles are
added to what would appear to be an otherwise physiologicallv
proper diet, they usually prevent the development of symptoms
of the disease. In some instances, however, even when these subs¬
tances are constkuents of the diet, when the diet is without va¬
riation and composed of very few articles and the individual suf-
fers from loss of appetite and the assimilative functions appear
to be poor, and he loses markedly in weight, symptoms of béri¬
béri may develop. However, such symptoms may be dispersed by
causing a variation in the diet by the addition of other nutritions
substances to it.
Wheter the degenerations of the peripherial nerves in beri-beri
resuit directly from trie lack of these nutritious substances, or
whether these substances are to be regarded as activators or as
catalyzers, producing the synthesis of certain other nutritive bo-
dies, or whether they represent anti-bodies which neutralize the
injurious influence upon the nervous tissues of other metabolic
substances is not clear. But the préventive substance or substan¬
ces against beri-beri in whatever way they act are evidentlv pré¬
sent in such very small amounts in the alcoholic ex-trat of rice
polishings as to suggest that they are not identical with the nu¬
tritive substances, and that the nutritive substances are not inges-
ted as such in this extract, and further that if the lésions of beri-
beri are aetually forrned as the resuit of the lack of some nutrient
substance, this substance apparently either must be forrned syn-
thetically within the body, or be présent as such in other articles
of the diet ingested by the individuals undergoing our experi-
ments.
That the disease produced from these experiments was beri-
beri, was thoroughly confirmed by the pathological examination
of the fatal case. The incubation period of the disease is pro-
bably not less than sixty days, but it varies according to the cha-
racter of the diet and may be prolonged to even twice this period
of time.
Fraser and Stanton found that none of the rices conneeted
without breaks of beri-beri yielded more than 0,26 % of phospho-
rous pentoxide. Our experiments show that beri-beri in man may
be readily produced by a rice containing 0,37 % phosphorous pen¬
toxide, when it forms the stable article of a little varied diet.
For the complété report of these experiments see Philippine
Journal of Science vol. VII, N° 4, 1912 (now in press).
(Biological laboratory, Bureau of Science, Manila.)
— 198 —
Résumé. — Les auteurs ont fait des expériences sur des con¬
damnés à mort pour élucider l’étiologie du béribéri. Disposant
de 25 personnes, ils les ont partagées en 4 groupes. Au Ier, com¬
posé de 2 hommes, on a donné du riz blanc, de l’extrait alcooli¬
que de son de riz, associés à une diététique qui fut la même pour
tous. Le 3e groupe fut nourri avec du riz rouge, les deux autres
avec du riz blanc. Dans le groupe 1 il se produisit un cas de béri ¬
béri sévère et un autre léger. Dans le 2e groupe (6 individus) il y
eut 4 cas de béribéri net et 2 cas légers. Dans le 4e groupe sui
11 personnes, 4 prirent le béribéri sous une forme assez sevère
pour qu’un d’eux y succombât, 2 présentèrent des légers symptô¬
mes de la même maladie. Dans le 3e groupe deux personnes lu¬
rent atteintes l’une gravement, l’autre légèrement.
Note sur la Pellagre en Algérie
Par J. BRAULT.
Pour être moins fréquente, semble-t-il, qu’en Egypte, la pella¬
gre n’en existe pas moins d’une façon encore appréciable en
Algérie.
Comme je l’ai déjà fait remarquer dans plusieurs publica¬
tions (1), si en temps ordinaire, nous en observons seulement
un ou deux cas par an dans le service ; dans d’autres années,
la maladie présente des recrudescences et c’est ainsi qu’en 1907,
nous avons vu passer 7 cas de la plus haute gravité avec 5 décès,
un huitième malade atteint légèrement, n’a fait que traverser le
service (2). En 1906, nous comptons 3 cas, en 1909, 4 cas, en
191 1, 3 cas.
Si je consulte la statistique du service dans la période décen-
♦
(1) Société de Dermatologie, séances du 6 juin et du 7 novembre 1907,
Gazette des hôpitaux, 14 avril 1908. — Pellagre et érythème pellagroïde,
7 décembre 1911. Dans ma première communication à la Société de Der¬
matologie il s’est glissé des erreurs d’impression, une figure n’a pas été
reproduite ; tout a été remis au point dans les publications qui ont suivi ;
voir aussi la rectification au procès-verbal de la séance du 4 juillet 1907,
Société de Dermatologie.
(2) Ces années-là, l’affection semble prendre le caractère épidémique,
on voit des cas très graves, à évolution rapide.
— i99 —
nale du Ier janvier 1902 au Ier janvier 1912 ; je relève un cas pour
chacune des années 1902-1903, 1904-1905, 1906 nous fournit
3 cas, 1907, 8 cas; en 1908 nous ne voyons qu’un de nos resca¬
pés de 1907, qui rentre en raison de son délire persistant, nous
devons le garder plusieurs mois dans le service ; 1909 donne 4 cas,
1910, 2 cas, enfin 1911, 3 cas; ce qui fait un total de 24 cas.
Dans une précédente statistique, j’étais remonté jusqu’à 1898
et je notais 5 cas de 1898 à 1902, soit en somme: 29 cas, avec les
24 cas indiqués tout à l’heure.
Nos observés se répartissent de la façon suivante, au point de
vue de la nationalité et du sexe: Indigènes musulmans (13), Es¬
pagnols (7), Français (5), Italiens (2), Mahonnais (1), Juive (1),
soit 19 hommes et 10 femmes.
En ce qui concerne l’âge, nos sujets s’échelonnent de 20 à 60
ans, nous avons cependant eu une malade septuagénaire; au
point de vue de l’âge, je dois rappeler qu’ici on doit se montrer
très circonspect, soit chez les indigènes, soit chez les immigrés,
qui connaissent assez mal leur état civil.
Nos malades ont présenté la triade symptomatique de la pel¬
lagre, d’une façon très nette:
i° Eruptions cutanées avec la teinte (1), la desquamation (2)
et la topographie caractéristiques ; face, collier de Casai, dos des
mains et des pieds ;
20 Troubles digestifs: salivation, lésions de la muqueuse buc¬
cale et des lèvres, dysphagie, diarrhée profuse, incoercible;
30 Troubles du système nerveux; asthénie, démarche ébrieuse,
vertige, délire avec redoublement nocturne, tendances aux fugues
et au suicide (3), trémulations de la langue et des membres, par¬
fois trismus et crises convulsives.
Nous avons observé deux formes: l’une classique à évolution
plus lente, l’autre à type pemphigoïde avec troubles digestifs et
nerveux de la plus haute gravité.
Ces formes pemphigoïdes ne sauraient être confondues avec
l’érythème multiforme d’Hélua à forme grave (érythème pella-
groïde) (4). J’ai observé concurremment les 2 processus dans le
(1) Parfois plus foncée à la périphérie.
(2) Très nettement marquée au pourtour des placards.
(3) Quelques-uns de nos malades, après effacement de leur éruption, ont
dû être gardés dans le service, en raison de leur délire plus persistant.
(4) J. Brault, Pellagre et érythème pellagroïde, Société de Dermato¬
logie et de syph., 7 décembre 1911.
à
200
service. Dans nos cas d’érythème multiforme grave, les lésions
cutanées se sont établies beaucoup plus vite avec des localisations
moins nettes, une tendance plus grande à la généralisation, le
coloris n’était pas le même, le processus était plus bulleux, les
troubles digestifs, les lésions du côté de la bouche n’ont pas été
si marquées; enfin les symptômes du côté du système nerveux,
asthénie, vertige, délire avec redoublement nocturne (i), trémula¬
tions de la langue et des membres, crises convulsives, ne se sont
jamais montrés, ni avec la même continuité, ni avec la même in¬
tensité (2).
Nous avons parlé tout à l’heure des éruptions constatées chez
nos observés; chez quelques-uns, à côté de lésions classiques,
l’érythème pellagreux s’est montré avec quelques anomalies au
point de vue topographique. Dans certains cas, il s’agissait d’une
extension anormale de l’éruption au voisinage des lieux d’élec¬
tion: mains, pieds; d’autres fois, tantôt chez l’urq tantôt -chez
l’autre, nous avons vu des localisations anormales: vulve, cein¬
ture, aiselles, régions scapulaires, bras, coude, avant-bras,
cuisse, rotule. C’est bien entendu surtout au printemps que les
malades sont pris, on peut les voir à cette époque aux consulta¬
tions, mais ce n’est que plus tard que ces gens habitués à la mi¬
sère se font en général hospitaliser, alors que les lésions cuta¬
nées, les troubles digestifs et le délire battent leur plein (3).
Au point de vue étiologique, nous devons faire remarquer que
certaines des localisations observées chez nos malades jurent avec
la théorie de l’érythème solaire grave chez des prédisposés.
Nos observés étaient surtout des indigènes ou des immigrés,
des miséreux, pas mal d’entre eux étaient éthyliques, mais pas
tous.
(1) Nous n’avons jamais constaté la tendance aux fugues et au suicide
si fréquente dans la pellagre.
(2) Malgré la statistique de Lewin qui donne 10 décès sur 126 cas dans
l’érythème polymorphe, le pronostic est bien moins grave que dans la
pellagre. A l’étranger, d’ailleurs, on a peut-être eu parfois le tort de faire
rentrer dans l’érythème multiforme, des cas de pemphigus chronique,
maladie fatale:
(3) En ce qui concerne l’anatomie pathologique, je compte revenir sur
la question: Sur nos 5 décès de 1907, nous avons pu faire 4 fois l’autopsie
qui se, trouve annexée aux observations. Depuis nous n’avons eu qu’un
seul décès dans le service en 1909. Un autre décès s’est produit en 1910,
chez notre collègue M. Ardin Deltail (thèse de Huck, 1911) ; précédem¬
ment, un autre de mes collègues, M. Crespin, a également publié un cas
de pellagre avec autopsie.
— 201
En ce qui concerne l’intoxication par le maïs, nos malades
l’avaient pas mangé de ce dernier, ou n’en avaient mangé qu’ex-
ceptionnellement, et cela depuis longtemps (i).
Note sur une forme d’adénites subaiguës
de l’aine, rencontrée en Algérie
Par J. BRAULT.
Dès mon arrivée en Algérie, il y a vingt ans, dans les ser¬
vices de chirurgie, ou de vénériens, qui m’ont été confiés, j’ai
été frappé par une forme d’adénites subaiguës de l’ainé à ty¬
pe clinique et à substratum anatomo-pathologique bien spéciaux.
Tout en montrant la fréquence inusitée de ces sortes d’adénites
dans ce pays (2), je me suis tout d’abord efforcé par des recher¬
ches cliniques et histo-bactériologiques de les séparer de la tuber¬
culose ganglionnaire.
Je ne veux pas revenir ici, dans cette courte note, sur l’histoire
de ces adénites (3) ; sur leurs rapports avec les bubons climatéri¬
ques ; sur leurs trois variétés cliniques: subaiguë d’emblée (4),
prolongée, retardée; sur la façon dont elles prennent leur source
dans la sphère génitale (excoriations diverses, herpès, exulcéra¬
tions et ulcérations vénériennes; sur leur marche cyclique (5);
sur la nécessité de pratiquer de bonne heure leur extirpation (6).
(1) En dehors de la thérapeutique des symptômes, nous avons eu sur¬
tout recours à l’arsenic : atoxyl, hectine.
J 1
(2) Surtout dans la troupe.
(3) Bubons froids d’origine banale, Lyon médical, mai 1895 ; Semaine
médicale, septembre 1896 ; Archives générales de médecine, Les infec¬
tions localisées lentes {et atténuées, février-mars 1899 ; Bubons clima¬
tériques, Société de chirurgie, mai 1907 ; Bubons dits climatériques,
Gazette des hôpitaux, 5 août 190g.
(4) Correspondant au type clinique décrit par Nélaton et l’Hardy en
France.
(5) Débutant par le groupe interne pour faire parfois le tour de toute la
chaîne transverse et verticale (ganglions cruraux). Parfois les 2 aines
peuvent être prises.
(6) Lors de cette dernière se méfier des lvmphorrhagies et drainer. Les
îvmphatiques qui se rendent aux ganglions malades sont gros, épaissis,
friables, macroscopiquement ils ressemblent un peu à des artères.
i4
Mais je tiens à bien spécifier que dans toutes mes expériences,
je me suis adressé à des foyers qui n'avaient pas été ouverts et
cela en m’entourant de toutes les garanties classiques usitées en
pareil cas.
Ce faisant, si j’ai trouvé parfois des staphylocoques ou des
streptocoques très atténués poussant très mal ; dans un certain
nombre de cas, j'ai constaté que les abcès étaient absolument sté¬
riles.
En outre, en ce qui concerne les inoculations, soit avec du pus,
soit avec des fragments de ganglions, je me bornerai ici à répéter
qu’elles sont toujours restées négatives , au point de vue de la
tuberculose chez le cobaye. D’ailleurs à l’examen de ces gan¬
glions farcis d’abcès présentant aussi parfois des foyers hémor¬
rhagiques, je n’ai jamais décelé le bacille de Koch ou trouvé la
signature histologique de la tuberculose, telle qu’on la compre¬
nait à cette époque (follicules tuberculeux, cellules géantes, etc (i).
Mes constatations anatomo-pathologiques ont été d’ailleurs
confirmées plus tard par Pigeon et Tanton dans le mémoire qu’ils
ont consacré à la question (2).
u n nouveau rouget des animaux en Guinée
française (Microtrombidium guineense n. sp.)
Par L. BRUYANT et Ch. JOYEUX.
Au cours d’un séjour en Haute-Guinée française, à Kouroussa,
sur le Niger, l’un de nous a observé sur un certain nombre d’ani¬
maux (poules, singes), une larve de Trombididé fixée sur les tégu¬
ments à la façon des rougets de nos régions.
Cette larve qui n’a jamais été décrite, à notre connaissance, ap¬
partient au genre Microtrombidium Haller, caractérisée par son
écusson céphalothoracique orné de 7 poils, dont deux poils pseu-
dostigmatiques fins et plumeux. Voici la description succincte de
cette forme hexapode :
(1) Et au point de vue clinique et au point de vue anatomo-patholo¬
gique, il ne peut s’agir davantage de syphilis.
(2) Pigeon et Tanton, Archives générales de médecine, février 1908,
pp. 76 à 125.
- 20 3 —
Corps ovalaire, un peu aminci vers l’arrière. Dimensions de nos
échantillons : 450 à 550 g de longueur sur 250 à 350 g de largeur.
L’écusson céphalothoracique mesure 50 g sur 80 g. Coloration rouge
orangée.
Un seul écusson céphalothoracique dorsal (fig. 4), criblé de pores
très fins, vaguement pentagonal, plus large que long, nettement
convexe en avant, un peu concave latéralement ; cet écusson porte
cinq poils plumeux, épais, disposés comme dans les autres espèces
du genre Microtrombidium , et deux poils pseudostigmatiques fins,
plumeux vers leur extrémité distale. De part et d’autre de l’écusson
céphalothoracique,, deux yeux rapprochés sur un écusson en mas¬
sue, l’antérieur grand, hémisphérique, le postérieur moins bien
développé.
Poils du corps plumeux, assez courts, disposés en rangées trans¬
versales plus ou moins nettes.
Face dorsale. — Elle présente antérieuremnt, et latéralement par
raport aux deux paires d’yeux, un poil isolé de chaque côté du
corps ; plus en arrière, on trouve des rangées transversales comp-'
tant respectivement 8, 8, 6, 4, 4 et 2 poils (fig. 2).
LÉGENDE DES FIGURES
i . — Microtrombidium guineense n. sp., face ventrale.
2. — Face dorsale.
3. — Rostre vu par la face ventrale.
4. — Rostre vu par la face dorsale et écusson céphalothoracique.
Face ventrale. — Elle offre à considérer les G plaques coxales des
pattes, criblées de pores, et munies chacune d’un poil ; il existe deux
poils entre les plaques coxales de la deuxième paire, et deux autres
entre les plaques coxales de la troisième paire, enfin des rangées
transversales de poils disposées ainsi que le montre la figure .
(fig. 1) : nous comptons onze paires préanales et huit postanales.
— 204
Tous les poils de la face ventrale sont identiques à ceux de la face
dorsale.
' Le rostre ( fig. 3 et 4) présente ventralement la plaque maxillo-
coxale, finement poreuse, large, arrondie postérieurement et ornée
latéralement, et en arrière de l'insertion des palpes, de deux poils
plumeux. Les palpes sont armés, au niveau de leur avant-dernier
article, d’un ongle puissant auquel est annexée dorsalement une
griffe accessoire. Le dernier article, ovalaire, offre, autant qu il nous
a été possible de nous en rendre compte, un bâtonnet basilaire et
externe, 5 poils plumeux et une soie lisse. Vus dorsalement, les
palpes ont leurs deux premiers articles ornés d’un poil plumeux et
le troisième d’un poil simple. Les mandibules sont terminées par
une pointe acérée et entourées de galca transparente, lobée, por¬
tant deux poils lisses ; leur région basilaire et externe est arrondie.
Pattes assez courtes, robustes, terminées par des tarses armés de
l’appareil unguéal habituel du genre Microtrombidium , c’est-à-dire
de deux ongles forts interne et externe, et d’un ongle médian plus
long et plus fin. Outre le revêtement habituel par des poils iden¬
tiques à ceux de la surface du corps, et autant que l’état de conser¬
vation de nos échantillons nous permet de l’affirmer, il existe dor-
salement, sur les articles 4 et 5 de la première paire, deux poils
courts et lisses, deux autres sur l'article 5 de la seconde et un seul
sur l'article 5 de la troisième paire. L’article terminal porte un
bâtonnet au niveau des deux premières paires et une longue soie
lisse sur la troisième.
Habitat. — Sur la Poule domestique, et sur des Singes ( Cercopi -
thecus ruber et callitrichus) à Ivouroussa (Haute-Guinée française).
Nous proposons pour cette forme larvaire nouvelle le nom de
Microtrombidium guineense avec la diagnose suivante: écusson
céphalo thoracique presque pentagonal, convexe en arrière, œil
antérieur arrondi, mieux développé que l’œil postérieur. Poils dor¬
saux : 8, 8, 6. 4, 4, 2; poils ventraux : 22 préanaux et 16 posta¬
naux ; ongle des palpes avec une pointe accessoire postérieure ;
mandibules arrondies à leur partie postérieure et externe.
La larve que nous venons de décrire est excessivement com¬
mune : les hôtes qui la portaient vivaient en semi-liberté aux alen¬
tours des habitations. Il est vraisemblable qu’elle est assez
ubiquiste et qu’on la rencontrera éventuellement chez d'autres ani¬
maux et peut-être chez l’homme, lorsqu’on voudra la rechercher.
Son siège de prédilection est le pourtour de l’œil chez la poule et
le singe, et le lobule de l’oreille chez ce dernier. On l’a recueillie
sur ses divers hôtes depuis le 12 octobre 1911 jusqu’au 6 février
1912.
De même que pour beaucoup de larves parasites de Trombidi-
dés (rougets), la forme adulte octopode correspondant à M. gui¬
neense nous est inconnue. L’élevage en a été tenté sans résultats.
f
— 205 —
Dans la même région, on trouve en abondance une forme
adulte que nous avons identifiée à Dinotrombidium tinctorium ( Lin¬
né, 1758)= Acarus tinctorius , Linné, 1758. Cette dernière espèce,
tout à fait caractéristique par ses grandes dimensions (près de 1 cm.
de longueur) et son corps d’un beau rouge velouté, ne saurait être
considérée comme la forme parfaite de notre Microtrombidium :
en effet, les adultes connus comme appartenant à ce dernier genre
ont des caractères notablement différents de ceux du genre Dini-
trombidium .
A titre d’indication sur le D. tinctorium, nous noterons ici que
cet Acarien apparaît dans la période de début de l’hivernage, soit
généralement au moment des premières tornades, Ce Trombidium
sort de terre après la pluie et reste pendant .un nombre variable
d’heures à la surface du sol. Il cesse de se montrer lorsque l’hiver¬
nage est définitivement établi. Ainsi, pour l’année 1911, il est
apparu pour la première fois le 5 avril à la suite d’une tornade, et
a été revu pour la dernière fois le 19 juillet.
L’évolution du D. tinctorium étant inconnue jusqu’à présent,
l’élevage de cette belle espèce, dont la larve parasite certainement
quelque animal de la région, a été tenté, dans l’espoir d’en obser¬
ver la ponte et le développement; malheureusement, ces essais
n’ont donné jusqu’à présent aucun résultat.
(' Travail du Laboratoire de Parasitologie de la Faculté de
Médecine de Paris).
La prophylaxie des affections causées
par les moustiques et la destruction -
de ces insectes à Tétât adulte
Par J. LEGENDRE.
Depuis trois ans, j’ai insisté dans des publications successives,
dont la dernière figure dans le fascicule de janvier de ce Bulletin,
sur la destruction des moustiques adultes dans les habitations, a
laquelle j’attache une grande importance pour la prophylaxie des
affections transmissibles par ces insectes. La facilité avec la¬
quelle on peut capturer les culicides à l’aide du filet ou papillon-
nette , les chiffres invraisemblables d’insectes pris au vol ou au
posé m’ont amené à considérer la chasse aux moustiques adultes
comme un moyen pratique de lutter contre ces diptères.
Ayant lu récemment qu’à Panama on capturait les moustiques
dans les habitations, je demandai au Colonel Gorgas de m’indi¬
quer le procédé employé à cet usage dans l’Isthme. Fort aima¬
blement, il me fut transmis nombre de renseignements intéressants
desquels j’extrais les suivants:
(( Dans un travail de cette amplitude (percement du canal) où
on creuse de grandes excavations et où on recouvre d’eau de vas¬
tes étendues, il est quelquefois difficile de rechercher et de dé¬
truire les gîtes larvaires. C’est pour cette raison que nous avons
eu recours à la capture des moustiques dans les quartiers des
travailleurs. Des hommes dressés à cet effet, munis d’un tube
d’entomologiste de quatre pouces de long et d’un pouce de dia¬
mètre au fond duquel on a placé un petit tampon de coton hydro¬
phile, pourvus, en outre, d’un bouchon et d’un flacon de chlo¬
roforme, visitent les quartiers deux fois par jour. Les moustiques
qui ne peuvent être capturés avec le tube sont tués à l’aide du
« slapper » de M. Le Prince. Ceux qui se tiennent à portée sont
pris au tube dans lequel on verse de temps à autre quelques gout¬
tes de chloroforme ».
« Nous avons remarqué que dans certaines zones, où il était
impossible de supprimer les gîtes à larves, nous avons pu, grâce
à cette méthode , maintenir très bas le taux de la malaria. »
La chasse aux moustiques adultes est pratiquée dans les ha¬
bitations grillagées où ces insectes réussissent à s’introduire paf
la négligence des occupants qui ferment mal les portes. Ce
sont les anophèles qui mettent le mieux à profit ces erreurs.
Le « slapper » est formé d’un morceau de .toile métallique, à
maille carrée, de quatre pouces de côté fixé sur un bâton. On
l’emploie avec succès pour tuer les moustiques posés sur les
murs ou sur les vêtements sombres. « Mais si plusieurs anophèles
sont posés à quelques pouces de distance ou sur la même étoffe,
un ou deux seront probablement tués et les autres s’enfuiront,
ce qui limite l’usage de ce procédé.
a Le (( slapper » est utile quand les anophèles adultes sont
rares. Il est avantageux de le confier à des enfants dont les yeux
sont plus prompts que ceux des hommes à apercevoir les mous¬
tiques. On doit à l’usage de pièges et à la capture à la main des
moustiques, une part très importante dans la diminution de la
malaria dans la zone du canal. Là où on en fait un emploi con¬
venable chaque jour aux heures propices, on ne trouve pas pra¬
tiquement d’anophèles infectés dans les bâtiments. »
Des deux exemples cités par mon correspondant à l’appui de
cette déclaration je me bornerai à reproduire le suivant tiré du
travail de Ross, « La suppression de la Malaria ». « Un batail¬
lon de soldats de marine étaient casernés sur une colline, près
d’un marais, à trois milles de Panama. Ils dormaient dans des
logements grillagés. L’endroit était fortement infestés d’anophè¬
les. Au pied de la colline et plus près du marais était aligné tout
un cordon de wagons grillagés où vivaient des travailleurs de la
voie ferrée. Ces derniers laissaient les portes grillagées entrou¬
vertes ou même complètement ouvertes pendant la nuit. Pen¬
dant trente semaines, on pratiqua journellement la capture des
moustiques dans les habitations des ouvriers ; au camp des sol¬
dats on négligea cette précaution. La morbidité hebdomadaire
par paludisme atteignit 14 % chez les militaires, elle ne fut que
de 0,33 % chez les ouvriers, soit dans le rapport de 42 à 1. Ce
cas peut être exceptionnel, mais il montre bien la valeur de la
pratique de la capture quotidienne des anophèles. Pendant ces
trente semaines la moyenne des prises journalières fut de qua¬
rante anophèles. »
« Nous attirons l’attention sur le bien considérable qui peut
résulter de la mise en pratique de ces procédés dans les cam¬
pements d’ouvriers, les colonnes de police, les plantations, les
camps militaires. Il faut mentionner enfin la mise en train d’une
expérience en vue d’apprécier les résultats, de la chasse aux
anophèles dans les habitations non grillagées . Jusqu’à présent
les résultats sont satisfaisants, ils seront relatés en détail quand
il se sera écoulé un temps suffisant pour donner toute sa valeur à
l’expérience. »
Les avantages de la destruction des moustiques adultes sont
incontestables. Il est curieux que dans la presque généralité des
pays à moustiques on ne l’emploie pas, sauf dans les cas de dé¬
sinfection des logements occupés par des jauneux. Encore, en
cette occurrence, a-t-on recours exclusivement à des procédés
chimiques, d’une mise en train compliquée. Dans le travail déjà
cité, j’ai signalé l’utilisation avantageuse du filet sous certaines
conditions pour démoustiquer les habitations contaminées.
\
— 208 —
Le mous-tique à l’état d’imago a une telle réputation d’être
insaisissable qu’on a tendance à considérer la possibilité de sa
capture comme un fait exceptionnel. Il en est tout autrement.
Depuis trois ans que je pratique et fais pratiquer la chasse aux
moustiques, j'ai la conviction que j’ai cherché à répandre, que cet
insecte se dérobe fort mal aux poursuites et que rien n est plus
aisé que de le capturer au vol ou au repos. Les chiffres de pri¬
ses que j’ai cités ( Bulletin , N° 1, 1913) sont impressionnants et
fort démonstratifs. La chasse aux moustiques doit, à mon avis,,
être envisagée, non comme un moyen de capturer quelques insec¬
tes pour le laboratoire, mais comme un procédé pratique de
lutte contre le paludisme, la fièvre jaune, la dengue et la fila¬
riose. C’est un moyen individuel à la portée de tous, et n’exi¬
geant aucun apprentissage; la chasse est fructueuse dès le pre¬
mier jour. Aux colonies les européens chargeront un serviteur
indigène de la capture des moustiques qui devrait être une opé¬
ration aussi banale que le balayage de la maison. Que les mous¬
tiques soient rares ou nombreux, la capture au filet est de mise
en toutes circonstances. C’est une méthode élégante, facile, per¬
mettant de saisir d’un coup tout un lot de moustiques; propre,
ne souillant pas les murs ou les vêtements avec le sang contenu
dans l’abdomen des insectes.
Enfin elle n’est pas onéreuse, l’engin ne saurait coûter cher et
peut être confié avec avantage, si on ne dispose pas d’une main-
d’œuvre gratuite ou déjà rétribuée pour d’autres travaux, à des
enfants indigènes. La chasse, en effet, ne dure pas toute la jour¬
née, il suffit de la pratiquer deux fois le jour.
Le maniement du filet n’est pas un sport difficile auquel il faut
s'entraîner comme on le suppose à priori, il n’a, par exemple,
rien de commun avec la course au papillon qui exige du coup
d’œil, un geste prompt, le fonctionnement parfait de l’appareil
cardio-pulmonaire.
La chasse au moustique qui, à l’inverse de la précédente, se
pratique presque exclusivement dans les habitations, ne récla¬
me qu’un déplacement presque nul, des mouvements lents et
d’exécution facile ; c’est une occupation qui convient à des en¬
fants ou même à des vieillards s’ils jouissent de l’acuité visuelle
nécessaire. Pour que des Annamites s’y livrent si volontiers pen¬
dant leurs loisirs, il fau-t vraiment qu’elle ne comporte aucune
fatigue et même qu’ils y trouvent un certain attrait. Si j’insiste
»
— 209 —
autant sur ce sujet, c’est qu’on m’a plusieurs fois objecté la dif-
ficulté de l’opération; il suffit de l’avoir tentée une fois pour
être convaincu du contraire.
L’importance hygiénique de la destruction des moustiques adul¬
tes se comprend aisément, puisqu’on supprime les insectes déjà
infectés ou qui vont s’infecter sur le malade, c’est de la prophy¬
laxie directe à l’inverse des mesures antilarvaires qui ne consti¬
tuent qu’une prophylaxie indirecte puisqu’on laisse le mousti¬
que infecté libre de transmettre son virus et qu’on n’agit que
sur sa descendance. Pour bien apprécier la valeur de la destruc¬
tion des moustiques adultes, il faut noter que la suppression
d’une femelle d’anopheline ou de culicine équivaut à la suppres¬
sion d’une ou plusieurs centaines de larves. Quand, du fait des
mœurs des moustiques (anophélines), la recherche et la destruc¬
tion des larves sont difficiles ou même impossibles, l’importance
de la chasse aux imagos n’en est que plus considérable.
Les mesures antilarvaires ont fait leur preuve, la destruction
des moustiques adultes fera les siennes si on veut bien la mettre
en pratique. Toutes deux concourent au même but par des voies
différentes. Les premières sont surtout du ressort des pouvoirs
publics; la seconde est un procédé individuel ou collectif, à l'u¬
sage des particuliers et des groupes qui trouveront là3 une excel¬
lente méthode de « self-défense » et un moyen d’aider les au¬
torités dans les mesures de prophylaxie générale.
Au lieu de recommander uniquement aux gens la destruction
des larves qu’ils ne connaissent pas, il serait plus profitable de
leur conseiller en même temps la capture des moustiques adultes
que tout le monde connaît et de leur enseigner le moyen facile
de la pratiquer.
27 janvier 1913.
Mémoires
La buba (i) du Paraguay, leishmaniose américaine
Par L.-E. MIGONE.
Depuis longtemps, se développe, dans le Nord du Paraguay,
parmi les ouvriers des grands établissements industriels de ces
régions qui travaillent à l’exploitation de la yerba-maté, et parmi
les ouvriers qui travaillent dans la préparation des bois, une
maladie appelée « Buba », maladie ulcéreuse, de caractère chro¬
nique, à développement lent, qui attaque les parties découvertes
du corps, pieds, jambes, bras, cou et visage, et plus tard en¬
vahit les muqueuses nasales, pharyngiennes, laryngiennes, les lè¬
vres et le palais.
Très souvent cette maladie détermine l’invalidité, passagère
ou complète, pour le travail.
Cette maladie a pénétré, sûrement, dans ce pays par contami¬
nations successives des états brésiliens limitrophes au Paraguay,
où existait déjà la maladie du même nom depuis plusieurs an¬
nées, selon les auteurs Brésiliens et Européens qui s’en sont oc¬
cupés. Aujourd’hui, par une lamentable négligence de notre part,
cette plaie s’est développée dans nos régions de telle manière
que, d’après les malades qui en viennent, il n’y a pas de maison
dans laquelle un ou plusieurs individus ne soient attaqués du
mal.
Nous avons observé cette maladie parmi nos nationaux et les
étrangers, hommes ou femmes, vieillards et enfants au sein.
Il y a des années et des endroits où la maladie se fait sentir
terriblement: sur ioo ouvriers qui entrent dans les forêts, deux
mois après, il en sort 70 à 80 malades à la fois, avec une ou deux
plaies, avec 10 ou 12, avec 30 ou 40 chez quelques-uns, répar-
(1) Selon l’auteur brésilien Austregesilo le mot « buba » ou « bouba »
vient du mot africain « pouba ».
21 I
ties sur différentes parties du corps, ce qui oblige à suspendre les
travaux.
Plusieurs insectes sont accusés comme inoculateurs du virus :
ixodes, taons, moustiques, simulies, mais les plus incriminés
sont les premiers.
Au Paraguay, comme dans tous les pays où existe cette ma¬
ladie, on considère la buba comme identique à la syphilis, mars
rebelle au traitement spécifique ; il en résulte que son étude étio¬
logique est restée abandonnée; son traitement, toujours mal di¬
rigé, était infructueux et le mal progressait.
Les médecins praticiens qui, pour la première fois, examinaient
un de oes cas, sans avoir dans l’esprit la pathologie propre de
ces pays, pouvaient confondre avec beaucoup de facilité cette
maladie avec la syphilis, la sporotrichose, le lupus, le can¬
cer, etc., surtout si elle était dans un état avancé, attaquant déjà
les muqueuses du nez ou le fond de la bouche.
Certainement aujourd’hui il y a beaucoup de travaux publiés
sur cette maladie. Elle semble avoir été décrite dès l’année 1759
par Sauvage et Charluis sous les noms de framboisie tropicale
ei papilloma tropicum respectivement. Les Drs J. Moreira et
A. Austregesillo de Rio-de-Janeiro, et B. Sommer de Buenos-
Ayres, ont présenté au Congrès Latino-Américain de 1904, qui
a eu lieu à Buenos-Ayres, des travaux très importants sur cette
maladie.
Dans ces travaux il y a un historique de la maladie en Amé¬
rique et on y trouve de notables différences cliniques entre la
buba et la syphilis (1).
Les travaux du Professeur Achille Breda, de Padoue, ceux
de Majocchi et Bosettini, de Bologne (2), ceux de Fiocco Ver-
rotti (3), sont aussi connus. Dans tous on remarque les diffé¬
rences de la buba avec la syphilis.
D autre part, dans tous les traités classiques des maladies tro¬
picales, la buba figure comme identique au pian ou framboisie ,
ou yaws, ou confondue sûrement avec plusieurs ulcères des pays
(1) 2e Congrès Latino-Américain, 1904, Buenos-Ayres, t. III. —
Zanotti Cavazzoni, Anales de la Universidad del Paraguay, 1904.
(2) SulV Etiologia del Boubas, Bologne, 1900.
(3) Undesîma Riunîone de la Société Italiana de Dermatologia, Rome,
20 avril, Processi Verballi.
(4) Bulletin de la Société de Pathologie exotique, t. II et IV.
Explication de la planche ci-contre
Fie. i. — Ulcère initial datant de 2 ans.
Fie. 2. — Ça» de 5-6 ans. Lèvre supérieure hypertrophiée et ulcérée. Nez
aplati à la suite de la destruction de la cloison nasale.
Fie. 3. — Cas de 7 ans.
Fie. 4. — Cas de 13 a 14 ans.
chauds. Aujourd’hui, grâce aux études modernes, l’on peut dif¬
férencier ces maladies et unifier les différents noms que Ton a
donnés à la maladie en question.
Au Paraguay on lui donne le nom de buba, au Brésil, bouba,
en Bolivie, espundia, en Colombie, ulcère de Torrealba et je crois
que l’ulcère de Bauru, étudié par Carini et U. Paranhos, la
Leishmaniose de la muqueuse rhino bucco-pharyngée de Splen-
dore, Carini, etc., etc., sont toutes des manifestations de la
même maladie, à évolution lente, avec manifestations ulcéreuses
cutanées et autres manifestations muqueuses tardives, produites
par une même Leishmcinia.
Escomel (i) a donné une bonne description clinique de la es¬
pundia du Pérou; Laveran et Nattan-Larrter (2) ont décrit la
Leishmcinia, agent de l’infection sous le nom de L. tropica var.
americana. Laveran a proposé le nom de Leishmaniose améri¬
caine.
Au Paraguay nous avons eu l’opportunité d’étudier cette ma¬
ladie dans 'toute son évolution. Nous avons vu que, dans la pre¬
mière phase (phase cutanée), quand les plaies se trouvent à la
surface cutanée des extrémités, sur le cou ou à la face, elles onc
beaucoup de ressemblance avec le pian ou framboisie, avec le
bouton de Biskra, la syphilis, etc.
Généralement la maladie commence par un ou plusieurs éry¬
thèmes papuleux, très prurigineux, comme s’ils étaient produits
par des piqûres d’insectes, si abondants dans ces régions. Deux
ou trois jours après, il se forme, sur un ou plusieurs de cès
érythèmes, un point pustuleux, gros comme la tête d’une épin¬
gle, qui ne tarde pas à se vider. En se vidant, il laisse une pe¬
tite cavité profonde d’où sort un liquide lymphatique gommeux,
qui ne tarde pas à durcir et forme une petite croûte noirâtre.
Dans les régions où abonde le mal, il existe la croyance que
(1) Bull. Soc. Path. exot., t. IV, juillet 1911.
(2) Ibid., t. V, 1912, pp. 176 et 487.
Planche I
Migone
'
.
*
.
,
ce sont les piqûres de tiques qui les produisent et qui forment les
plaies. Deux variétés d’Ixodes (. Amblyomma ) (i) sont les plus
incriminées. En effet, presque tous les malades que j’ai examinés
accusent ces tiques d’être l’origine de leurs plaies.
Quand l’acarien est parvenu à faire pénétrer son rostre dans
la peau, il est difficile de le détacher sans que cette partie reste
incrustée dans la peau. Cètte piqûre cause une forte démangeai¬
son, le malade est obligé de se gratter continuellement et forcé¬
ment il s’abîme. Les ouvriers qui connaissent cette conséquence,
n’arrachent pas violemment l’ixode, mais avec la pointe d’une
cigarette allumée, ils le chauffent jusqu’à ce qu’il se détache de
lui-même. Certainement j’ai vu des plaies initiales qui se sont
développées sur le visage ou sur les oreilles, après la piqûre de
moustiques, taons, ou autres insectes. D’autres fois je les ai vues
se développer sur de petites écorchures de la peau, ou sur des
piqûres d’épines à la plante du pied. Jamais je ne les ai vues se
développer sur le cuir chevelu, comme si une solution de conti¬
nuité sur la peau était nécessaire pour que le mal commence.
Une fois l’ulcère formé, il croît, se couvre d’une croûte dure,
la peau environnante se fait rougeâtre, un peu œdémateuse; de
très prurigineuse qu’elle était au commencement, elle devient
douloureuse ou peu sensible. Si l’on presse avec un crayon le
centre de la croûte, il apparaît sur les bords un liquide séro-pu-
rulent avec une odeur fétide. Ces ulcères deviennent l’origine de
lymphangites, véritables cordons durs, rouges, sous-cutanés, qui,
à la pression, laissent sortir du pus de la pustule d'origine. Dans
le trajet de ces canaux lymphatiques, on voit apparaître quel¬
ques nodosités assez grosses qui s’ouvrent et forment de nou¬
velles plaies. vSur le malade, après quatre ou cinq mois, l’on
trouve quelquefois quarante plaies disséminées sur la surface
cutanée du corps et de différentes grandeurs.
Quand on lève la croûte d’une plaie, l’on voit un fond rouge,
charnu, boutonneux, sale, qui saigne avec la plus grande faci¬
lité; le bord est coupé à pic et il n’y a pas de décollement. Ce
bord a tous les caractères d’une blessure atonique: marges livi¬
des, hypertrophiées, plutôt renversées vers l’extérieur. Ces ulcè-
(i) M. Neumann, professeur à l’Ecole vétérinaire* de Toulouse, qui a
eu l’obligeance d’examiner ces tiques, y a reconnu des Amblyomma stria¬
tum Koch et jossum Neumann, adultes et, avec un léger point de doute,
des A. cajennense (Fab.) à l’état de nymphes.
214 —
%
res, au bout de 7 à 8 mois, guérissent spontanément, soit en
totalité, soit en partie, ou bien persistent tous. Ceux qui guéris¬
sent laissent des cicatrices profondes, ineffaçables, à bords plus
ou moins étoilés, irréguliers, à centre parcheminé, achromique,
laissant voir les petits vaisseaux néoformés. Cette cicatrice est ca¬
ractéristique.
Les ganglions lymphatiques régionaux sont douloureux au dé¬
but, puis la douleur disparaît; mais ils ne reprennent jamais
leurs dimensions naturelles.
Comme symptômes généraux, il faut noter la fièvre vespérale,
les douleurs articulaires, céphalalgie ou courbature, dont les ma¬
lades se plaignent généralement à cette période de la maladie.
Les ulcères qui restent, progressent lentement, quelques-uns
deviennent papuleux, s’élevant au-dessus du bord, ou bien char¬
nus et très suintants sans donner le temps de laisser se former
une croûte: c’est la buba lardacée humide . Ou bien ils devien¬
nent secs, croûteux, profonds, au-dessous du niveau de la peau,
sans sécrétion abondante: c’est la buba sèche.
Il y a des ulcères de la grandeur d’une pièce de 50 centimes,
de 1 franc, de 2 francs, de 5 francs, d’autres se développent beau¬
coup et couvrent tout le dessus du pied ou peuvent entourer la
jambe ou le bras. Au bout de deux ou trois mois de développe¬
ment de ces plaies sur le corps, ou quelquefois beaucoup plus
tard, huit mois ou deux ans après, que ces plaies soient ou non
guéries, débute la deuxième phase de la maladie: la phase mu¬
queuse , qui commence sur la muqueuse nasale.
Quand la plaie cutanée initiale est sur la peau de la face, la
muqueuse nasale souffre de ses conséquences. Dans des cas mal¬
heureux, après une plaie insignifiante au bras ou à la jambe,
la muqueuse nasale est infectée. En règle générale, on note les
premières manifestations muqueuses 8 à 9 mois après l’infection
cutanée.
Le malade éprouve une difficulté dans la respiration nasale, la
prononciation se fait du nez, un catarrhe séropurulent plus ou
moins teint de sang, apparaît. Si l’on examine la muqueuse, on
voit celle-ci infiltrée, rouge, couverte d’une petite croûte jaunâtre
sèche sur la partie plus enflammée qui est sur le septum nasal,
plus d’un côté que de l’autre, et dans cette partie la lésion s’ap¬
profondit, et il se forme un ulcère indolore, sans épistaxis, qui
perfore la cloison.
I
— 2 I 5 —
L’infiltration progresse, le malade ne tarde pas à éprouver de
la sécheresse du fond de la bouche, le voile du palais devient
, \
rouge; la luette s’épaissit, les amygdales, les piliers et le fond
de la bouche sont également atteints ; le malade a un peu de
douleur à avaler des aliments secs. Un peu plus tard, le ma¬
lade tousse et la voix se fait rauque : le mal est arrivé au pharynx
et au larynx ; tous ces organes sont infiltrés et œdémateux.
Toutes ces muqueuses s’hypertrophient plus tard et il y a
néo-formations granulomateuses.
Le septum nasal peu à peu est détruit, tout le nez devient
rouge, gros, la peau voisine du nez aussi devient rubiconde et
œdémateuse. La lèvre supérieure devient rouge et épaisse, les
poils se dressent et plus tard tombent.
Le nez, les pommettes et la lèvre supérieure sont hypertro¬
phiés, œdémateux et rouges. A cette période, une confusion avec
le lupus est possible. Sur ces parties infiltrées de la peau, se
développe la lésion granulomateuse des muqueuses. L’ul¬
cère, après avoir détruit la cloison nasale, apparaît sur la lèvre
supérieure et sur le bord du nez. La peau se détruit et il se
forme des grains complètement secs (cas de l’Italien, après cinq
ans de maladie, voir fig. 2). Le mal envahit progressivement de
l’extérieur jusqu’au pharynx et larynx.
L’infection de la lèvre supérieure passe à la lèvre inférieure,
qui, à son tour, devient épaisse, œdémateuse et avec elle Us
muqueuses labiales et gingivales s’érodent; de nouvelles gra¬
nulations se forment, lesquelles avec la salive constituent une
couche glaireuse fétide (cas de C. A., voir fig. 4).
Si l’on examine l’intérieur de la bouche, on voit que l’infiltra¬
tion œdémateuse se transforme en un tissu épais, granuleux ; le
palais devient dur; le voile du palais, la luette, les piliers, les
amygdales forment une masse commune, épaisse, lardacée et
friable; souvent, il n’existe presque plus de cavité.
Le malade a la gorge rétrécie, respire et s’alimente difficile¬
ment. Il devient presque aphone et éprouve de la difficulté à se
faire entendre. Jamais nous n’avons vu, meme dans les cas très
abandonnés, d’extension aux os de la face et à la langue. Comme
on le comprendra bien, le médecin praticien qui n’a pas observé
ces cas, confondra dans son développement, la buba avec le lupus
ulcéreux, avec la syphilis, avec la sporotrichose, le cancer, etc.
Cette deuxième phase de la buba est très importante pour la
rhino-laryngologie et mériterait un chapitre spécial de cette
branche médicale. Le malade, dans ce dernier état, souffre d’une
bronchite spéciale, avec fièvre, douleurs, s’alimente peu et, en¬
fin, meurt de consomption ou de n’importe quelle autre mala¬
die.
Jamais nous n’avons vu se développer de lésions des organes
internes.
Le Professeur Achille Breda (i) a décrit, à Padoue, cette mani¬
festation de la buba.
Ainsi meurent les bubatiques, s’ils ne sont pas soignés dès
le commencement, quand les ulcères sont encore localisés aux ex¬
trémités, à leur période initiale. Quand on voit un malade avec
une lésion du nez, du palais ou du larynx, presque toujours on
découvre une plaie ou une cicatrice profonde de la jambe ou
du bras qui a deux ou trois ans d’existence.
Etiologie. — Dans le cours de cette exposition, nous avons
dit que, selon les affirmations des malades, le mal leur était ino¬
culé par les Ixodidae (Amblyomma). Mais j’ai eu l’occasion de
traiter des malades dont les plaies s’étaient développées sur des
piqûres d’autres insectes (simulies ou moustiques) ou de petites
écorchures de la peau, comme si le germe était sur la surface
cutanée, attendant une solution de continuité de la peau pour
pénétrer. Examinant le pus qui sort de ces petites plaies, et co¬
lorant au bleu Marino ou par la solution de Giemsa, il est très
facile de constater la présence de Leishmania dans ce pus. Les
grosses cellules épithélioïdes sont celles qui en contiennent le
plus.
Les parasites ressemblent beaucoup à la Leishmania du bou¬
ton de Biskra, et je m’explique l’identité attribuée par Ulysse
Paranhos entre le bouton de Biskra et les ulcères de Bauru étu¬
diés par lui, lesquelles, d’après moi, ne seraient que la buba à la
première place de son développement.
Dans les cas anciens, il est très difficile de trouver les corpus¬
cules de Leishmania , mais l’on en trouve toujours. Dans le cas
de C. A. (fig. 4), avec lésions des muqueuses labiales très avan¬
cées, on pouvait en trouver facilement, en aspirant avec une se¬
ringue un peu de jus de T’intérieur. Ainsi je suis arrivé à trouver
•dans les cas de buba de mon pays les parasites décrits au Brésil
(1) Ann. de Dermatologie et S y phili graphie, nos g. g, igcq.
par Paranhos, Carini, Splendore, etc., dans des cas semblables
aux miens, à manifestation muqueuse. Ce que je n’ai pu réussir,
c’est l’inoculation aux animaux. J’ai essayé sur les chats, les
chiens et sur un singe ( Cebus libidinosus, Spix) et je n’ai pu ob¬
tenir sur eux aucune lésion importante. J’ai examiné des lésions
cutanées sur les chiens de chasse des ouvriers qui travaillent
dans les régions infectées, sans trouver de Leishmania sur eux.
Non plus dans le sang des chiens.
Chose particulière, digne d’être notée, c’es-t que dans le sang
des malades de buba, jamais je n’ai pu trouver un seul para¬
site.
J’ai cherché sans succès à obtenir des cultures par la mé¬
thode de Novy et Mac-Neal et aussi dans le sang citraté. Cela,
peut-être, est dû à un défaut de ma technique et j’espère plus
tard obtenir des résultats.
Histologie pathologique. — J’ai pratiqué la biopsie de quel¬
ques tumeurs à leur début et aussi des ulcères bien développés et
anciens.
Dans les deux cas, les lésions plus ou moins semblables se
réduisent à une lésion inflammatoire primitive du derme et en¬
suite une lésion épidermique. Si l’on étudie la peau saine, voi¬
sine ou contiguë à l’ulcère, on voit que le derme est œdémateux,
les papilles de Malpighi sont séparées les unes des autres, les
dilatations interpapillaires augmentent sûrement par l’œdème.
Ces papilles, à mesure qu’elles se rapprochent de la partie en¬
flammée, pénètrent davantage dans le derme, et dans celui-ci
on voit l’infiltration cellulaire composée de petites cellules mo¬
nonucléaires et de leucocytes polynucléés, comme si l’extrémité
des papilles renfermait le virus chimiotactique.
Peu à peu l’infiltration se fait épaisse, elle forme un vérita¬
ble nodule inflammatoire, la papille disparaît et on observe des
restes épithéliaux entre les cellules envahissantes et des glandes
sébacées et sudoripares entre les points de réunion des cellules
inflammatoires. La partie épidermique se détruit et l’ulcère reste.
Les vaisseaux capillaires et lymphatiques se gonflent et les cel¬
lules endothéliales se distinguent bien, quelques-unes contenant
des parasites.
Nous n’avons pas noté la formation de cellules géantes dans les
lésions bubatiques, même dans les lésions anciennes.
La méthode employée pour la coloration est: fixation dans la
liqueur de Schaudinn et coloration généralement par Giemsa, dé¬
colorant un peu de l’excès avec xylol-acétone en différentes pro¬
portions, mais sans arriver à des résultats brillants. Pour le dia¬
gnostic de Leishmania, il suffit d’aspirer un peu du liquide de la
lésion avec une seringue de Luer et de colorer au Giemsa.
Les lésions muqueuses anciennes présentent seulement une
infiltration abondante et diffuse dans tout le tissu néo-formé, le
chorion a presque disparu et il ne reste que quelques îlots épithé¬
liaux superficiels. C’est un tissu formé dans sa totalité par des
cellules conjonctives jeunes, vaisseaux et lymphatiques néo-for¬
més et des cellules endothéliales grossies.
Résumé nu traitement. — Quand le mal est à son origine, le
traitement est facile: caustiques, thermocautère et un peu d’io-
dure de potassium et d’arsenic par la bouche, sont suffisants.
Quand il est ancien, avec manifestations cutanées très avancées,
il est difficile de le guérir. Les cautérisations ignées et le 606 don¬
nent d'assez bons résultats, mais il est nécessaire de faire trois
ou quatre applications consécutives.,
Quand le mal a pénétré dans les muqueuses buccale ou nasa¬
le, il est très tenace. Le mal se modifie notablement avec l’heo
tine, avec le 606 ou avec l'orsoudan ou la soamine, mais la gué¬
rison se fait lentement et toujours il faut un caustique local. Les
granulations des muqueuses offrent peu de résistance au thermo
comme si elles étaient de beurre.
Il convient de noter, au cours de ces traitements, la présence
constante du parasite, même après trois ou quatre applications
de 0,60 g. de 60 6 ou de trois mois de traitement par la soamine,
comme si ces substances arsenicales n’avaient pas d’action des¬
tructive sur les protozoaires spécifiques.
Sur un cas de Leishmaniose américaine
Le premier cas en Italie avec la constatation du parasite.
Par G. FRANCHINI.
J’ai recueilli, en Italie, l’observation suivante que je résumerai
très brièvement.
Observation. — M. X... est un ouvrier italien qui a demeuré au Brésil
pendant plusieurs années. Dans les premiers temps de son séjour, il souf¬
frit d’une maladie cutanée caractérisée par des furoncles qui, localisés aux
bras, aux jambes et au tronc, arrivaient bientôt à suppuration et guéris¬
saient en quinze ou vingt jours.
Cette éruption revint presque tous les ans, au printemps, pendant sept
ou huit ans.
Le malade souffrit, en outre, de fièvres, qui d’abord reparaissaient tous
les deux jours, puis devinrent quotidiennes. Il s'agissait sans doute d’accès
paludéens qui déterminèrent un affaiblissement et une anémie très mar¬
quée.
Les débuts de la maladie actuelle remontent à trois ans. On observa
d’abord un petit furoncle dans le sillon qui sépare la fesse gauche de la
cuisse.
Ce furoncle, peu douloureux, occasionnait de grandes démangeaisons ;
la lésion fut traitée par des pommades qui ne donnèrent aucun résultat ;
bientôt elle s’agrandit, suppura et donna issue à un pus sanguinolent.
Peu de temps après survinrent trois ou quatre autres furoncles qui se
réunirent enfin pour former une grande ulcération. M. X... fut alors
opéré et huit jours après l’intervention la plaie était le siège à nouveau
d’une sécrétion sanguinolente et fétide. On vit de plus se former trois
autres ulcérations au voisinage de la première : toutes trois, d’ailleurs,
restèrent indolores et se couvrirent d’une croûte rougeâtre, très épaisse.
Pendant cette période, le malade n’eut pas de fièvre, son appétit ne dimi¬
nua pas, son état général resta bon, aucun signe d’anémie ne se montra ; il
continua même à travailler comme par le passé, mais dut seulement
renoncer à monter à cheval.
Il revint alors en Italie et le 25 janvier 1913 entra dans un hôpital de
Bologne. On apprit alors que, pendant son séjour au Brésil, il avait habité
des contrées malsaines ; la maladie actuelle fut contractée dans le centre
du pays, dans les forêts vierges où il était employé à la construction des
chemins de fer avec trois mille autres ouvriers : parmi ceux-ci plusieurs
séjournaient dans la région depuis longtemps et présentaient aux bras et
aux jambes des ulcérations tout à fait semblables aux siennes. Il n’existait
dans ce pays aucun animal domestique, et en particulier on n’y voyait
pas de chien. Les insectes piqueurs (puces, moustiques, mouches, punai¬
ses, tiques) étaient nombreux.
Mais M. X... insiste sur l’existence d’une espèce de mouche appelée
« cotunga » de couleur verdâtre; cette mouche piquait les hommes même
sur les parties couvertes du corps ; la piqûre donnait lieu à une ulcération-
qui guérissait à son centre, mais allait en s’élargissant à sa périphérie.
Un camarade du malade, qui dormait près de lui, fut ainsi atteint par
la mouche et présenta des ulcérations au siège de la piqûre. Dans aucun
des cas observés par le malade, la lésion ne s’étendit aux muqueuses de
la bouche, du voile du palais et du nez Ajoutons que M. X... prenait très
souvent des bains avec ceux de ses compagnons qui étaient contaminés
et qu’il dormait dans la même pièce que l’un d’eux atteint d’ulcérations
aux jambes.
La constitution générale de M. X... est normale et son aspect est floris¬
sant. L’examen de ses organes ne révèle aucune lésion. Sur la fesse
gauche, au-dessus du sillon qui sépare la fesse de la cuisse, existe une
très large lésion cutanée de la longueur de sept centimètres : elle est for¬
mée par de nombreux foyers dont les uns sont recouverts d’une croûte
d’un brun rougeâtre et dont les autres sécrètent un liquide sanguinolent
et fétide. Parmi ces lésions, quelques-unes sont comparables à des furon¬
cles de la grosseur d’un grain de maïs ; les unes sont enflammées, les-
autres sont suppurées mais non ouvertes. On remarque, en outre, un.
groupe de sept ulcérations, si proches les unes des autres qu’elles sem¬
blent n'en former qu’une seule. Sur la même ligne, à une distance d’en¬
viron trois centimètres, se trouvent quatre autres ulcérations plus peti¬
tes, mais également recouvertes d’une croûte très épaisse. Toutes ces-
ulcérations sont groupées au-dessous d’une ligne blanchâtre qui repré¬
sente la cicatrice de l’opération chirurgicale faite au Brésil.
Les bords de ces ulcérations sont un peu saillants, rouges et quelque¬
fois légèrement indurés ; l’ablation des croûtes permet devoir une surface
rouge, facilement saignante, où d’assez grosses granulations font saillie
sur un fond plat.
La peau, au pourtour de la plaie, est rouge et œdématiée; elle pré¬
sente des papules à une assez grande distance de la plaie.
A la fesse droite, il y a un petit furoncle en suppuration et de place en-
place quelques papules offrant le même caractère que celles déjà décrites.
Ouelques rares papules se voient encore dans des régions très éloignées-
de la partie malade, dans le dos par exemple.
La lésion de la fesse gauche, très peu douloureuse, peu sensible même
à la palpation, est le siège de démangeaisons; elle est très facilement
mobilisable et n’adhère pas aux plans profonds.
Dans les régions inguinales des deux côtés, il y a de petits ganglions
durs, mobiles, indolores.
Les urines sont normales.
L’examen du sang ne montre rien de particulier : on n’y trouve ni
Leishmania, ni hématozoaire du paludisme. Il n’y a pas de modification
de l’équilibre leucocytaire, ni d'éosinophilie locale. La réaction de Wasser¬
mann est tout à fait négative.
On ne trouve, dans le pus, ni spirochètes, ni amibes, mais quelques
rares spores banales. On y décèle également de très nombreux cocci.
Un second examen pratiqué en grattant là surface des ulcérations prin¬
cipales et leurs bords, permet de découvrir des Leishmania en petit nom¬
bre.
On en constata également, en assez grande quantité, dans la sérosité
recueillie au niveau des boutons en suppuration. Les résultats furent an
contraire négatifs pour le sang prélevé au voisinage de la plaie ainsi que
pour le furoncle et les papules de la fesse droite.
Examen microbiologique. — Parmi les frottis, les uns furent fixés dans
l’alcool méthylique et colorés avec le Giemsa ; les autres furent traités par
4e liquide de Schaudinn et colorés avec l’hématoxyline de Heidenhain.
Fig. i.
Dans les frottis provenant du fond et des bords des ulcérations, on
trouva un petit nombre de Leishmania typiques dont quelques-unes
étaient ovalaires, mais dont la plupart étaient rondes. Les mensurations
permirent de distinguer (fig. 4):
1° Des grandes formes rondes, en voie de multiplication dont le diamè¬
tre atteignait 5 g à 6 g, rarement plus. Leur protoplasme était coloré en
bleu ; on y reconnaissait deux noyaux et deux centrosomes disposés le
plus souvent aux extrémités opposées du parasite ;
2° Des formes moyennes, légèrement ovalaires ou presque rondes, du
■diamètre de 2 g à 3 g. 5. Dans ces éléments les noyaux et les centrosomes
-sont souvent situés au voisinage l’un de l’autre ou même accolés. Très sou¬
vent, le centrosome n’a pas la forme d’un bâtonnet et se présente comme
un petit noyau rond. Dans quelques parasites, les centrosomes partent
des bords ou de la masse nucléaire ; d autres fois, les noyaux semblent
fragmentés ou formés de petites masses chromatiques situées l’une auprès
de l’autre. En général le protoplasme est très fortement coloré en bleu
verdâtre et forme une sorte d’anneau plus foncé qui limite la Leisbma-
nia. Au centre du parasite, il y a très souvent une vacuole arrondie et
■quelquefois dans le protoplasme se trouvent des granulations chromato-
philes. Le noyau est presque toujours coloré en rose, il est rond et peut
mesurer 2 g. Le cen trosome est bleu violet et peut mesurer de 1 g jus¬
qu’à 1 g, 5 ou très rarement 2 g.
3° Des petites formes 1 g, 5 à 2 g ; elles sont très souvent ovales.
'Le noyau et le centrosome sont rarement éloignés l'un de l’autre ; ils sont
le plus souvent accolés et situés dans la partie la plus large du parasite.
Dans ces formes, il n’est pas rare de constater l’absence du centrosome.
Dans quelques rares parasites le noyau affecte la disposition décrite par le
parasite de la « Espundia » par Laveran et Nattan-Larrier : il présente
alors une forme excavée en faucille, et s’accole au bord du parasite.
Lorsqu’elles sont intracellulaires, les Leishmania sont situées dans les
grands mononucléaires où leur nombre ne dépasse pas trois ou quatre.
Les petites formes étaient rares dans le sang recueilli sur le bord de
tl’ulcération, plus abondantes dans le raclage du fond, très abondantes
— 222 —
dans le liquide de sécrétion. Dans la sérosité, recueillie ainsi, on trou¬
vait en outre des formes ovalaires ou rondes pourvues d’un gros noyau
situé à la périphérie du parasite. Surtout dans les frottis préparés avec
la sécrétion des ulcérations, le parasite se montrait entouré d’un espace
clair qui avait l’apparence d’une grosse vacuole.
L’examen du sang recueilli dans les environs de la lésion n’a montré
aucun parasite. Nous n’avons jamais rencontré de parasites allongé ou
pourxu d’un flagelle.
Culture. — Le sang pris avec une seringue Tursini au niveau du bord
des ulcérations a donné sur le milieu Novy modifié, à la température de
23° à 26°, et après six jours, des cultures très abondantes.
Dans cinq tubes, celles-ci étaient tout à fait pures ; un sixième tube
était contaminé par un coccus ; enfin, dans un dernier tube s’était cultivé
un champignon qui n’avait pas non plus fait obstacle au développement
des Leishmania.
Les repiquages donnèrent de nouvelles cultures après deux ou trois
jours ; nous sommes actuellement parvenus à obtenir des cultures de
b0 passage. Les préparations fraîches et non colorées montrent des para¬
sites très mobiles, quelquefois réunis en grands amas ou disposés en
rosaces. Des préparations fixées à l’alcool méthylique et colorées avec le
Giemsa ont permis d’observer des parasites allongés d’une longueur de
10 u à 15 y et d’une largeur de 1 g, 5 à 2 y. et 2 g, 5.
Le flagelle est quelquefois très long et peut atteindre jusqu’à 40 ^ ; il
est assez gros et présente souvent de nombreuses sinuosités ; il prend
naissance sur le centrosome, dans le protoplasme ou quelquefois même
sur le bord de la Leishmania; mais ces détails méritent d’être précisés
par de nouvelles observations.
Le noyau en général se colore en rose. Le centrosome se teinte en bleu
violet.
Au début de son développement le parasite est quelquefois rond ou
piriforme ; ces formes sont le plus souvent dépourvues de flagelle, leurs
contours sont très accentués, elles contiennent plusieurs masses chroma¬
tiques et des granulations chromatophiles, elles mesurent de 8 ^ à 10 y.
de diamètre.
Les cultures dont nous disposons actuellement, étant encore trop jeunes,
nous devrons attendre des examens ultérieurs avant de pouvoir faire une
étude complète de la morphologie du parasite.
Inoculation aux animaux des produits de raclage. — Le produit du
raclage des ulcération fut mis en suspension dans l’eau physiologique
citratée et inoculé à des cobayes, à des rats blancs, à des souris blanches
et à un chien.
Cobayes. — Trois cobayes présentèrent cinq jours après le début de
l’expérience, un foyer de suppuration au point d’inoculation; des frottis
du pus faits à ce moment montrèrent de très nombreux cocci ; le raclage
du fond de la lésion cutanée contenait des Leishmania très rares, mais
bien distinctes ; après neuf jours ces parasites avaient disparu.
Rats blancs . — Au neuvième jour chez un de nos rats blancs survint
au point d'inoculation un petit foyer suppuratif ; dans le raclage du
fond delà lésion, on trouva de très rares Leishmania assez nettes.
Tous les autres animaux inoculés ne présentèrent qu’une infiltration
dure et indolore au point d’inoculation. Cette réaction locale fut peu mar¬
quée chez le chien.
Inoculation des cultures. — Des cultures pures et abondantes furent
inoculées sous la peau du cobaye, du rat, de la souris et du singe. Dans
d’autres cas l’inoculation fut faite par scarification. Jusqu’à ce jour, rien
de spécial n'a encore été noté.
Examen histologique. — Des fragments furent prélevés au niveau des
bords de l’ulcération; ils furent fixés par l’alcool absolu, par la solution
aqueuse saturée de sublimé ou par le liquide de Schaudinn.
Les coupes furent colorées par l’hématoxyline et l’éosine; par l’héma-
toxyline et la fuscbine acide de Van Gieson. par Phématoxyline ferrique
de Heidenhain, par la méthode de Unna-Pappenheim pour les plasma-
zellen, par le bleu de toluidine pour les mastzellen ; par la méthode de
Weigert pour la fibrine, par la méthode de Giemsa modifiée par de
Schmorl ; par la troisième méthode de Nattan- Laurier pour la coloration
de Leishmania dans les tissus. Grâce aces techniques une étude complète
put être faite.
L’épiderme a disparu au niveau des ulcérations, ’en certains points, il
est remplacé par un tissu nécrotique, ou par une substance amorphe, où
l’on retrouve de la fibrine et des corps microbiens. Là, où l’épiderme n’est
pas ulcéré, ses cellules gontlées sont en voie de dégénérescence ; dans les
espaces compris entre elles, se trouvent des éléments leucocytaires. D’une
façon générale, d’ailleurs, l’épiderme est aminci et refoulé par l’infiltra¬
tion profonde.
Le derme présente des altérations très marquées : ses fibrilles connec¬
tives sont tuméfiées, en partie détruites et remplacées par un tissu de
nouvelle formation. Ce tissu s’infiltre dans toute l’épaisseur du derme où
il forme de gros nodules confluents. Il est formé par des cellules assez
volumineuses, irrégulières, arrondies, ovalaires ou oblongues qui. très
riches en protoplasme montrent un noyau pourvu d’un réseau chroma¬
tique abondant, mais parfois dégénéré. Parmi ces cellules, quelques-unes
sont pourvues de deux noyaux, d’autres sont en voie de division indi¬
recte. A coté de ces cellules s’en trouvent de plus petites dont le noyau
arrondi est en pycnose et dont le protoplasme est très peu abondant;
elles ressemblent à des lymphocytes et sont plus abondantes à la péri¬
phérie de la lésion.
A côté de ces deux types cellulaires principaux s’en trouvent d’autres
qui ne sont que des modifications des précédents. Il n’est pas rare de ren¬
contrer de vraies cellules géantes dont les noyaux très nombreux (entre 20
et 30) affectent une disposition radiée, se répartissent à la périphérie de
l’élément (fig. 2), ou s’y disséminent sans ordre. Quelquefois, le centre de
la cellule géante est nécrosé. Ces cellules se trouvent aussi bien dans la
profondeur qu’à la superficie de la lésion.
Les vaisseaux, en général très dilatés et remplis de sang, ne montrent
aucune altération de leurs parois. Les vaisseaux et les lacunes lympha¬
tiques sont très distendus; des endothéliums tuméfiés obstruent leur lu¬
mière.
La méthode pour la recherche des plasmazellen a montré un très grand
nombre de ces éléments qui jouent assurément le plus grand rôle dans
la constitution des nodules du granulome ; quelques-unes de ces plasma¬
zellen sont en karyokinèse La recherche des mastzellen fut négative.
La fibrine ne fut trouvée que dans les parties superficielles de la lésion.
Il n’y avait pas d’amas de pigment ocre dans les tissus.
En résumé il s’agissait d’un granulome où se voyait des éléments arri-
— 224 —
* ' $
vés à diverses phases de l’évolution cellulaire. Des fibroblastes, des plas-
mazellen, des éléments lymphoïdes, des polyblastes constituaient le tissu
néoformé où se voyaient, en outre, d’une part, des phénomènes de multi¬
plication cellulaire (karyokinèse), d’autre part, des phénomènes de dégé¬
nérescence. Ajoutons qu’il n’existait pas d’infiltration périvasculaire. Enfin
les leucocytes polynucléaires ne prenaient pas part au processus inflam¬
matoire qui était caractérisé par l’existence de nombreuses plasmazellen
ainsi que par prolifération de l’endothélium des lymphatiques ; les cellu¬
les composant les tissus granulomateux ne semblaient donc pas être des
éléments immigrés, mais représentant les éléments du tissu conjonctif
et du réseau lymphatique qui avaient subi une réaction inflammatoire.
F JG. 2.
Recherche des parasites dans les coupes. — Toutes les méthodes
employées permirent de retrouver les parasites, mais ils étaient surtout
nets dans les coupes fixées au sublimé et au liquide de Schaudinn et colo¬
rées avec la toluidineou l’hématoxyline ferrique de Neideinhain.
Les parasites n’étaient pas nombreux, ils étaient souvent situés en
dehors des cellules; lorsqu’ils étaient intracellulaires ils ne figuraient pas
dans les éléments au nombre de plus de 4 ou 5. Ils se retrouvaient aussi
bien dans les parties superficielles de la lésion que dans sa profondeur.
D’une façon générale, d’ailleurs, il était beaucoup plus difficile de trouver
les Leishmania dans les coupes que sur les froltis. Ajoutons que sur les
coupes comme sur les frottis, les parasites étaient quelquefois entourés
d’un espace clair et vacuolaire
En résumé la lésion cutanee que nous avons observée était
causée par une Leishmania. Notre cas est le premier décrit en
Italie, car les cas de Breda (i) et de Rho (2) qui rentrent sans
doute dans la même catégorie ne furent pas vérifiés par la
découverte de la Leishmania. Des études très importantes sur les
Leishmanioses cutanées et muqueuses ont été faites au Brésil
par Splendore (3), Carini (4) et Paranhos. Ces auteurs ont si¬
gnalé beaucoup de particularités que nous-même avons notées à
notre tour.
D’autre part Escomel (5), Laveran et Nattan-Larrier (6),
Seidelin (7), F lu, Wenyon (8) ont décrit des cas de Leishmaniose
provenant du centre et du sud de P Amérique.
Les descriptions données par ces divers auteurs, mettent en
valeur chez les Leishmania quelques caractères morphologiques
différents ; mais nous pensons que ces variations sont dues soit
à ce que le développement des parasites n’était pas le même, soit
à ce qu’ils avaient subi des conditions ambiantes différentes,
aussi croyons-nous que toutes ces formes de Leishmaniose cuta¬
née du centre et du sud de l’Amérique sont causées par le même
parasite.
Au contraire nous croyons, en nous appuyant sur la description
clinique de notre cas et sur la morphologie du parasite, que
(1) Breda, La buba al Brasile, Monografia Annili di Med. Naval,
novembre 1907.
(2) Rho, Trattato del Meuse, Volume IV, Casistica di buba brasiliana
studiata dal Breda.
(3) Splendore, Leishmaniosi con localizzazioni, nelle cavità mucose
{nuova forma clinica), Bulletin de la Société de Path. exotique, 12 juin
1912. 1
(4) Carini, Leishmaniose de la muqueuse rhino-bucco-pharyngée, Bulle,
tin de la Société de Path. exotique, mai 1911.
(5) Escomel, La Espundia, Bulletin de la Société de Path. exotique,
j uillet 191 1 .
(6) Laveran et Nattan-Larrier, Bulletin de la Société de Path. xotique,
mars 1912.
Laveran et Nattan-Larrier, Contribution à l’étude de la espundia
(V. notf), Bulletin delà Soc. de Path. exotique, juillet 1912.
(7) Seidelin Yellow fever bureau, Bulletin, 1912, p. 211.
(8) Wenyon, A case of Dermal, Leishmaniasis from S. America, The
Journal of the London School of Tropical Medicine, Volume I, par¬
tie 111, 20'-’.
22b —
notre Leishmania diffère du parasite ordinaire du bouton
d’Orient, tant par ses caractères propres que par les lésions
qu’elle détermine, altérations dans lesquelles les cellules
géantes sont si abondantes. Enfin le parasite de la Leishmania
cutanée américaine détermine des lésions très graves des mu¬
queuses ; or, suivant l’affirmation de notre patient, aucun des ma¬
lades observé dans la région où il était ne présentait de lésion
des muqueuses. En conséquence nous croyons donc très juste,
avec Laveran et Nattan-Larrier d’admettre l’existence d’une
Leishmaniose cutanée var. americana. En ce qui concerne la
transmission de la maladie rappelons que dans la région qu’ha¬
bitait M. X., les insectes piqueurs (puces, moustiques, mouches,
étaient nombreux; mais d’après le patient la propagation de la
maladie était due à une espèce de mouche appelée cotunga.
Quant au traitement, il ne put être entrepris par les méthodes de
Cardamatis et Mélissidis, de Row ni par les applications de per¬
manganate de potasse.
Le malade fut opéré, les tissus malades furent enlevés, des gref¬
fes cutanées furent faites et en deux jours la blessure était cica¬
trisée.
Je tiens maintenant à remercier chaleureusement le Docteur
Mantovani qui m’a si vaillamment aidé dans ces recherches.
( Laboratoire de M. Je Professeur Laveran).
Sporogonie d’une hémogrégarine chez
une tsétsé (Glossina palpalis R. Desv.)
Par Edouard CHATTQN et Emile ROUBAUD.
. / /
Dans la cavité générale de glossines capturées sur les bords de
la Casamance à Ivolda, l’un de nous a rencontré des kystes d’âges
divers et des sporocystes d’un sporozoaire que nous rapportons
au cycle évolutif cœlomique, chez la glossine, d'une hémogréga¬
rine non identifiée. Ces stades évolutifs n’ont été observés que
dans cette seule localité, et uniquement chez GL palpalis. Sur 465
mouches de cette espèce examinées à Ivolda, 4 seulement ont été
— 227 —
#
reconnues infectées. Détail à noter, le tractus intestinal de ces
quatre glossines était également infecté de Tr. Grayi.
Ces mouches, à jeun, se distinguaient des autres par leur ab¬
domen distendu, légèrement gonflé. En incisant les téguments
de l’abdomen, du thorax, ou de la tête à la région collaire, on
voyait immédiatement sourdre une masse pulvérulente de couleur
blanche, constituée par des sphérules d’inégales dimen¬
sions. Les plus grandes offraient un aspect morulaire; à leur inté¬
rieur se voyaient de nombreux kystes secondaires, contenant un
nombre considérable de sporozoïtes. Examinés à l'état frais dans
l’eau physiologique entre lame et lamelle, ces sporocystes ne
tardaient pas à éclater sous la simple pression de la lamelle ; on
voyait alors s’échapper des éléments vermiculaires animés de
mouvements propres assez lents de flexion et de translation. Ces
éléments rappelaient absolument l’aspect d’hémogrégarines libres
dans le sang.
Dans la cavité générale de la mouche les grands kystes sont
manifestement localisés dans la région sous-tégumentaire du
corps. On les voit fixés sous forme de grosses sphères blanches,
sous la chitine aux éléments musculaires et trachéens. Dans les
parties plus profondes, notamment dans l’abdomen, entre les
anses digestives, on rencontre plus particulièrement des sporo-
cvstes mûrs, libérés des grands kystes ; leur amas forme dans
l’abdomen un liquide pulvérulent répandu entre tous les organes.
Dans l’intérieur du thorax, entre les divers plans musculaires
nous n’avons point observé les parasites. On les trouve seulement
à la périphérie dans la région sous-tégumentaire. Enfin dans la
cavité générale de la tête il existe aussi des kystes et des sporo¬
cystes. Ces éléments font défaut à l’intérieur des pattes. Les parois
du tube digestif et des glandes salivaires de même que l’intérieur
de ces organes se sont constamment montrés indemnes d’éléments
kystiques ou de sporozoïtes.
Sur du matériel fixé au Bouin-Duboscq nous avons pu faire
l’étude plus précise des différents éléments du parasite et suivre
en particulier le mode de formation des sporozoïtes au dépens des
kystes et des sporoblastes. Les stades initiaux correspondant à
une copulation possible font jusqu’à présent défaut dans ce que
nous avons pu reconstituer de l’histoire du parasite chez la mou¬
che.
Le stade le plus jeune que nous a fourni l’étude des coupes est
228 —
Explication de la planche II (ci-contre)
1. Glossina palpalis dont la tête et l’abdomen ont été incisés, montrant les
kystes s’échappant. La poussière des sporocystes n’a pu être repré¬
sentée.
2. Segment abdominal isolé, vu par la face interne, montrant de nombreux
ookystes. Les éléments de petite taille sont des lobes du coi ps adi¬
peux.
3. Ookyste au stade de perlage (formation des sporoblastes ;.
4. Ookyste à sporoblastes (sporocystes) formés, non encore divisés en sporo-
zoites.
5 . Deux sporocystes à sporozoïtes.
un individu subsphérique uninucléé déjà volumineux II mesure
entre 50 et 75 p. Au centre d’un corps cytoplasmique compact,
protégé par une mince membrane kystique, il montre un très
gros noyau, constitué par un granulum oxyphile périphérique et
un caryosome central de structure complexe, amas de globes et
de grains énergiquement basophiles. Il est certain que cette image
nucléaire correspond déjà à un début de caryodiérèse.
De ce phénomène nous n’avons vu qu’une seule phase: une
douzaine de gros chromosomes plumeux à la place du caryosome,
et provenant certainement de sa substance. Nous avons l’impres¬
sion que les stades suivants, s’ils étaient connus, révéleraient
l’existence d’une de ces divisions nucléaires multiples observées
déjà chez un certain nombre de grégarines et de coccidies. Nous
pensons qu’elle se réalise par dissociation du gros noyau en au¬
tant de petits, qu’il contient de chromosomes. Il nous paraît peu
vraisemblable, étant donnée la taille de ces éléments qu’ils se
mettent au fuseau d’une manière normale. Et en fait nos stades
plurinucléés les moins avancés montrent une dizaine de noyaux
assez régulièrement groupés au centre du corps.
Ces noyaux se multiplient ensuite par mitoses binaires qui nous
ont paru être de mode haplomitotique, c’est-à-dire, plutôt du type
coccidien que grégarinien, autant que nous a permis d’en juger
l’état de notre matériel.
Ces noyaux devenus nombreux, d’abord répandus dans tout
le cytoplasme, vont se ranger côte à côte à la périphérie du
corps. Ils sont formés d’un gros caryosome entouré de grains
chromatiques.
1
Le parasite mesure à ce stade 100 y environ de diamètre.
2. V
r-'
Planche II.
C H ATTON-R OUBAUD .
— 2 29 —
Il est maintenant au terme de sa croissance. Il a présenté jus¬
que-là une particularité digne de remarque: le plissement de sa
surface qui se traduit sur les coupes par l’existence de crêtes et
même de grandes duplicatures de sa membrane kystique qui lui
font un contour des plus irréguliers. Il nous est difficile de déci¬
der si ce plissement est artificiel, produit de fixation ou au con¬
traire normal, utile au parasite en augmentant sa surface d’ab¬
sorption. Toujours est-il qu’aux stades ultérieurs toute croissance
terminée, le plissement s’efface. Fréquemment la membrane kys¬
tique se décolle du corps.
Le cytoplasme, de compact qu’il était, devient vacuolaire ; les
noyaux accrus, mais toujours périphériques font saillie sous la
surface générale. Ils seront bientôt contenus chacun dans un bour¬
geon légèrement pédieulé de cette surface. Tout le parasite sera
couvert d’une couche -très régulière de ces bourgeons qui lui don¬
nent sur le vivant comme sur les coupes un aspect très caractéris¬
tique analogue au « perlage » des grégarines.
Les bourgeons se détachent. De ce stade nous avons une prépa¬
ration qui montre sur l’une des faces du corps tous les bourgeons,
encore en place, ayant leur taille normale, et sur l’autre des bour¬
geons détachés, sphériques, uninucléés qui sont d’un volume
sensiblement double de celui des précédents (ro à 12 y de diamè¬
tre). La chûte du bourgeon s’accompagne donc ici d’une brusque
augmentation de volume.
Les bourgeons détachés sont des sporoblastes. Il subsiste après
leur chûte un très volumineux reliquat central dans lequel ils vont
se répandre et qu’ils vont digérer complètement en continuant
leur croissance. L’ayant épuisé, ils mesurent de 20 à 25 ;j. ; leur
cytoplasme s’est chargé de grains basophiles (trophochromi-
dies ?) qui seront résorbés pendant le travail de formation des
sporozoïtes.
Formation des sporozoïtes. — Le noyau du sporoblaste se di¬
vise, donnant naissance à un stade binucléé assez prolongé. Les
divisions ultérieures s’accélèrent. Elles paraissent être du type
coccidien, et sont très analogues aux mitoses sch-izogo niques de
Coccidium schubergi (Schaudinn), d’Adelea zonula (Moroff) :
gros chromosomes noueux avec centrodesmose centrale, sans
fuseaux ni plaques équatoriales.
Ces noyaux se placent d’abord à la périphérie du corps, puis,
leur multiplication terminée s’alignent en deux files, ou plutôt
— 23o —
Explication de la planche I 11 (ci-contre)
i
6. Individu uninucléé.
7. Individu uninucléé en caryodiérèse.
8. Distribution des noyaux à la périphérie.
g. Stade de perlage Formation des sporoblastes. Reliquat central.
10. Sporoblastes uninucléés au sein du reliquat en digestion.
11. Sporoblastes binucléés. Reliquat digéré.
12. Multiplication nucléaire dans les sporoblastes.
13. Formation des sporozoïtes dans les sporocystes.
14. Sporozoïtes isolés. Giemsa.
dans deux plans parallèles. Des lignes de scission se dessinent
perpendiculairement à ces plans qui divisent le contenu en autant
de sporozoïtes qu’il y a de noyaux, c’est-à-dire plus d’une ving¬
taine. Le sporoblaste s’est recouvert d’une membrane résistante;
i! est devenu sporocyste.
Le kyste total contient une centaine de ces sporocystes. Ceux-ci
mûrs sont mis en liberté par rupture de l’enveloppe et se ré¬
pandent partout dans la cavité générale de l’hôte. Ce sont eux,
avec les cellules du corps adipeux qui forment la poussière blan¬
châtre qui s’échappe avec les kystes du corps des tsé-tsés infec¬
tées. Mais ils peuvent faire défaut chez des mouches dont les pa¬
rasites n’ont pas encore atteint leur état de complète maturité.
Les sporozoïtes isolés ont été étudiés sur frottis secs colorés au
Giemsa. Ce sont de grands vermicules incurvés. Le noyau très
fortement teinté en rose est vers le tiers postérieur du corps, dont
l’extrémité est arrondie; l’autre pôle est aeuminé. En avant et
en arrière du noyau, ces sporozoïtes contiennent deux corps
colorables en violet intense par le Giemsa, l’antérieur beaucoup
plus volumineux que le postérieur. Sur les coupes de sporocystes
colorées au fer ou au Mann ces corps ne se colorent pas. Le noyau
apparaît moins compact que sur les frottis secs. Il est formé
d’un amas de gros grains très sidérophiles.
Affinités. — Nous avons dit plus haut que nous considérions
le parasite de Glossina palpalis comme représentant l’évolution
sporogonique d’une hémogrégarine. Nous justifierons sans peine
cette interprétation. Il est bien établi aujourd’hui par une série
de recherches récentes portant sur des hémogrégarines de types
variés que ces sporozoaires effectuent chez l’hôte vertébré seule¬
ment leur schizogonie et leur gamètogénèse, et chez l’hôte inver-
2 3
Planche III.
/
Chatton-Roubaud.
. .
. #r-r ••
- . . ...
'
.
tébré leur sporogonie. On connaît actuellement dans tous ses dé¬
tails essentiels la sporogonie des hémogrégarines suivantes :
Hepatozoon perniciosum Miller, leucocytozoaire du rat
blanc évoluant chez l’acarien gamaside Lœlaps echidninus. Les
gamètes à peu près identiques copulent dans l’intestin de l’aca¬
rien, forment un ookinète, qui traverse la paroi intestinale et se
développe dans la cavité générale en un gros kyste, d’abord uni-
nucléé (ookyste). Multiplication nucléaire, stade de perlage, for¬
mation des sporoblastes. Sporocystes à nombreux sporozoïtes (au
moins 16). Miller, 1908).
Le leucocytozoaire de la Gerbille Hepatozoon ( = Leucocyto-
zoon), Gerbilli Chrisjophers (1905), qui évolue chez le poux
Hæmatopinus stephensi et le leucocytozoaire du chien Hepato -
zoon ( = Leuc-ocytozoon) canis James, qui évolue chez l’Ixode
Rhipicephalus sanguineus, sont d’après les recherches de Chris-
tophers (1905, 1907) et de Wenyon (1912), du type H. pernicio¬
sum , avec cette seule différence que les sporocystes n’ont que
8 sporozoïtes. Chez H. Canis , Christophers (1907), a observé
que l’un des conjoints de la copula (microgamétocyte) se divisait
comme chez les Coccidies du genre Adelea en 4 microgamètes,
dont l’un seulement fécondait l’autre conjoint macrogamète. 11
est très probable que cette anisogamie existe aussi chez H. perni¬
ciosum, car elle est très générale, comme le montrent les observa¬
tions précises de Reichenow (1910, 1912) sur les hémogréga¬
rines de reptiles suivantes :
Hemogregarina stepanovi de la tortue Emys orbicularis Dani-
lewsky ; sporogonie chez la sangsue Placobdella catenigera. Co¬
pulation et fixation de la copule dans l’intestin de l’Hïrudinée.
Fécondation anisogame du type Adelea (4 microgamètes). Pas
d’ookinète. Pas d’ookyste. Un seul sporocyste à 8 sporozoïtes.
Karyolysus lacertarum Danilewsky de divers lézards ; sporo¬
gonie chez les nymphes des acariens de la famille des Derma-
nysidœ. Copulation dans l'intestin, fécondation anisogame du
type Adelea (deux microgamètes seulement). Ookinète passant
dans la cavité générale, ne formant pas d’ookyste, mais un seul
sporocyste à plus de 20 sporozoïtes.
Comme on le voit, le parasite de Glossina palpalis est certai¬
nement une hémogrégarine du tvpe Hepatozoon, plus proche
par ses sporocystes à nombreux sporozoïtes d’iL. perniciosum
que d AI. canis et d’FL gerbilii. Spécifiquement il se distingue
- 232
•
d'H. perniciosum par l’absence de lobulation du corps au stade
de perlage, lobulation très profonde chez le leucocytozoaire du
rat.
Hôte vertébré. — Le problème qui se pose ici, est l’inverse de
celui que tous les parasitologues qui se sont occupés d’hémogré-
garines ont eu à résoudre. La connaissance que nous avons de sa
sporogonie, qui mieux que tout autre caractère, permet l’identi¬
fication générique, et celle des mœurs de son hôte invertébré,
nous permettent-elles de présumer la nature de son hôte verté¬
bré?
Il faut tout d’abord remarquer que les hémogrégarines qui par
leur sporogonie sont du type Hepcitozoon sont des leucocyto-
zoaires de mammifères. Reichexow (1912), n’a pas hésité à in¬
verser cette donnée en la généralisant. Il a délibérément classé
Hepatozoon tous les leucocytozoaires de mammifères. Il n’ad¬
met point qu’il y ait chez les vertébrés à sang froid, de véritables
hémogrégarines leucocytaires. Pour lui tous les cas constatés
d' hémogrégarines dans les leucocytes relèvent de la phagocy¬
tose.
Toutes les hémogrégarines de vertébrés à sang froid sont donc
réparties dans les genres Hemogregarina, Karyolysus et Lan-
kesterella.
Il faut faire une place à part aux Leucocytozoon des oiseaux,
que l’auteur, se basant sur le cycle de L. zïemani teh qu’il a été
tracé par Schaudinn, avec son anisogamie très accusée, consi¬
dère comme des Hémogrégarines de souche eimerienne. Notre
parasite de Glossina palpalis s’en écarte complètement.
Tout récemment Beaurepaire Aragao a trouvé au Brésil chez
sept espèces d’oiseaux des hémogrégarines d’érythrocytes. Rien
n’est connu de leur sporogonie.
A n’en juger que d’après la distribution actuelle des genres
d’hémogrégarines chez leurs hôtes, il semblerait qu’il faille re¬
garder le parasite de G. palpalis comme un leucocytozoaire de
mammifères.
Mais les considérations d’ordre éthologique plaident mal en
payeur de cette attribution. Les Hepatozoon , comme les Karyo-
J>lysus infestent l’hôte vertébré par la voie digestive, lorsque ce¬
lui-ci avale son parasite invertébré. Le fait est bien démontré au
moins pour les hémogrégarines évoluant chez les Gamasides (Hep.
perniciosum , Karyolysus lacertarum.). Si l’infestation du
— 233 —
i
vertébré se fait pour le parasite de G. pcilpalis par la même voie,
ce qui paraît probable étant donnée la dispersion des sporocystes
dans l’ intérieur du corps de la mouche, où ils ne peuvent être
libérés que par destruction des téguments, on peut difficilement
songer à un hôte mammifère. Peu de ces animaux en effet, à part
peut-être les singes ou les chiens sont susceptibles de capturer
les glossines et de les ingérer d’une manière normale. Les condi¬
tions dans lesquelles ont été rencontrées les glossines infectées,
sur les bords de la Casamance dans une région très fréquentée par
les varans, les crocodiles, où abondaient aussi les lacertiens de
petite taille, nous font penser plutôt à ces derniers comme hôtes
définitifs du parasite des glossines.
En terminant, nous ferons remarquer que l’évolution de ce type
de parasite chez une glossine, qui accroît d’une unité nouvelle la
liste des protozoaires transmis par ces mouches, représente le
premier cas actuellement signalé d’évolution d’une hémogréga¬
rine chez un diptère piqueur. C’est le deuxième exemple d’in¬
secte intervenant dans le cycle évolutif de ces parasites sangui-
coles ; le premier ayant été signalé par Christophers : le pou de
la gerbille.
BIBLIOGRAPHIE
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Gov. of India, n. s. n» 18, Calcutta).
1907 Christophers (S. R.). — The sexual cycle of Leucocyto^oon canis in
the Tick (Sc. Mem. san. Dep. Gov. of India, n. s., n° 28).
1908 Miller (W. W.). — Hepato^oon perniciosum, n. g-., n. sp. ; a hem^gre-
garine pathogenic for white rats ; with a description of the sexual
cycle in the intermediate host, a mite (Lœlaps echidninus) (Bull.
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1910 Reichenow (E.). — Hœmogregarina stepanowi. Die Ent wicklungsges-
chichte einer Hæmogregarine (Arch. f. Protistenk , XX).
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1 9 1 1 Wenyon (C. M.). — Oriental sore in Bagdad, together with observations
on a gregarine in Stegomyia fasciata, the hæmogregarine of dogs
and flagellâtes of house Aies (Parasitology, IV).
16
t
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Archiv fiir Schifjs und Tropen Hygiene, t. XVII, n08 4 et 3.
Bristih medical Journal, 15 et 22 février, Ier et 8 mars.
Bulletin de la Société médicale de Vile Maurice, oct. nov. et
déc. 1912, 30e année, n° 30.
Bulletin de la Société médico-chirurgical de V Indochine, nos 10,
1912, i, 1913.
Bulletin of the Northern Terretory, n° 1, mars 1912, n° 1 a
juillet 1912.
Internationales Centralblatt fur die gesamte Tuberkulose-Fors-
chung, t. VII, n° 3.
Journal of the Royal Army medical corps, t. XX, n° 3.
Journal of tropical medicine and hygiene, t. XVI, nos 4 et 5.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus, t. IV, n° 1.
Revue scientifique, 15, 22, 29 février, 1913.
Sanidad y Beneficencia, t. VIII, nos 4-5.
Transactions of the Society of Tropical medicine and hygiene ,
t. VI, n° 4, fév. 1913.
Tunisie médicale, t. III, n° 2, fév. 1913.
— 235 —
VOLUMES ET BROCHURES.
L. Audain. L’organisme dans les infections, un volume de 417
pages.
J.-M.-R. Surcouf et R. Gonzalez- R incones. Essai sur les di¬
ptères vulnérants du Vénézuela.
Liste des échanges
American Society ôf Tropical Médiane.
Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool),
Arc hiv fur Schiffs und Trop enhy giene .
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar .
Bulletin of the Sleeping Sickness Bureau.
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-1 ndi'e .
Internationales Centralblatt fur die Gesamte Tuberkulose-
Forschung.
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences ).
Revue scientifique.
Sanidad y Beneficencia (La Havane).
Studies from the Zoological Laboratory, The University of Ne¬
braska.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
(Londres).
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No 4.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 4
Séance du 9 avril 1913
PAGES
CORRESPONDANCE
Escomel. — Première découverte de Leishmania tropica flagellée dans
le corps humain . 237
Eloge de M. le Dr Audiau, décédé . 238
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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Election d'un nlèmbre titulaire * «. > * . 239
Discussion sur l’emploi du Salvarsan aux Colonies : Primet, Jean-
selme, Marchoux, Granjux, le Président . 239
Nomination d’une commission . 241
COMMUNICATIONS
P. Aubert et F. Heckenroth. — L’arsénophénylglycine dans la prophy¬
laxie chimique de la Trypanosomiase humaine . 272
R. Bayeux. — Manuel opératoire des injections hypodermiques d’oxy¬
gène dans les anémies tropicales . 276
P. Brau. — De Y Anguillula intestinalis en Cochinchine et de son dia¬
gnostic hématologique . . 262
E. Brumpt. — - Le caoutchouc, sa conservation . 280
A. Conor et Arroux. — La bilharziose en Tunisie : le foyer du Djerid. 259
H. -F. Fantham. — Note on the spécifie name of the Herpetomonas
found in the dog-flea, Ctenocephalus canis, avec résumé français . 254
L. Gedoelst — Un type nouveau de Dicrocœliidé parasite des primates. 256
f . Heckenroth. — Réactions locales de début dans un nouveau cas de
trypanosomiase humaine chez l’Européen . 2(37
J. Kernéis, F. Monfort et F. Heckenroth. — Quelques remarques sur
le pian au Congo français. Emploi du 606 . 243
L. Lagane. — Pouls lent dans la trypanosomiase humaine . 269
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
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Art. ig. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt apres la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour *
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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r Exposition Internationale d’Hygiène . PARIS 1904.
ÆÉDA1LLES D’OK ) Exposition d’Agriculture Coloniale. . . PARIS 1905.
f Exposition Universelle . . . MILAN 1906.
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PAGES
A. Laveran. — Conservation du caoutchouc . 280
A. Laveran et M. Marullaz — Infection du lapin par le Toxoplasma
gondii . . . * 249
A. Leger. — Parasite des hématies, genre Grahamella (Brumpt)., de
Mus maurus (Gray) . 247
A. Leger. — Gastrodiscus polymastos , Leuck., 1880, chez les équidés
du Haut-Sénégal-Niger . 261
E. Marchoux — Conservation du caoutchouc . 280
F. Mesnil. — Toxoplasma gondii. Discussion . 254
Ch. Nicolle et L. Blaizot. — Deuxième note sur la courte durée de
l’immunité dans la fièvre récurrente . 242
Marie Phisalix. — Erratum . 241
A. Railliet, A. Henry et C. Joyeux. — Un nouveau strongylidé des
singes . . 264
» MEMOIRE
E. Roubaud. — Observations sur la biologie du Ver de Guinée. Infec¬
tion intestinale des Cyclops . 281
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XII
Sixième année
I9I3
N° 4.
■BULLETIN
DE LA
h
9
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 9 AVRIL 19 1 3 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Correspondance
M. Laveran. — Notre collègue M. le Dr E. Escomel m’écrit
d’Arequipa (Pérou), à la date du 19 février 1913, au sujet de la
note de M. Fr. La Cava, présentée dans la séance de la Société du
11 décembre dernier, sous le titre suivant: De la leishmaniose des
muqueuses et de la première découverte de Leishmania tropica
il âge liée dans le corps humain.
M. Escomel me prie de faire connaître que, dès le 6 septembre
1 9 1 1 , il a communiqué à la Sociedad medica d' Arequipa l’obser¬
vation d’un malade atteint d’ulcères cutanés multiples avec Leish¬
mania tantôt aflagellées, tantôt munies de courts flagelles.
Au mois de décembre 1912, et au mois de janvier 1913, notre
Collègue a présenté à la Sociedad medica d’ Arequipa deux autres
cas de leishmaniose cutanée chez l’homme, avec présence de
Leishmania flagellées dans les ulcérations.
En général, dit M. Escomel, la marche de cette leishmaniose
n’est pas celle de la espundia. Les muqueuses ne sont pas attein¬
tes et les ulcérations cutanées présentent un aspect circiné très net.
Dans les ulcérations de la espundia on ne trouve pas d’éléments
- 238 —
flagellés. M. le Dr Escomel pense qu’il y a lieu de décrire comme
une variété nouvelle la Leishmania qui se présente parfois, sur
l’homme vivant, sous la forme flagellée, et il propose de lui don¬
ner le nom de Leishmania americana var. flagellata.
11 est à remarquer que les malades chez lesquels La Cava a
trouvé des éléments flagellés étaient atteints de boutons d’Orient
ordinaires, avec ou sans localisation sur les muqueuses, et qu’ils
n’avaient pas séjourné en Amérique. Il paraît donc prématuré
d’attribuer à une espèce nouvelle les cas de leishmaniose cutanée
dans lesquels on trouve des éléments parasitaires avec de courts
flagelles.
Décès de M. le Dr Audiau
Le Président. — • J’ai le regret d’avoir à annoncer la mort d’un
de nos correspondants; M. le Dr Fr. Audiau, médecin-major au
47e régiment de ligne, a succombé cà Saint-Servan aux suites d’une
maladie contractée aux Colonies.
Le Dr Audiau appartenait à l’armée coloniale et il n’était affecté
à l’armée métropolitaine que depuis quelques mois quand il est
mort.
Le Dr Audiau avait posé sa candidature au titre de membre cor¬
respondant de notre Société en 1909, alors qu’il était adjoint au
Directeur de l’Institut antirabique et bactériologique de Hanoï.
Dès cette époque, il avait publié plusieurs travaux d’un grand
intérêt, parmi lesquels je citerai un Rapport sur l’hygiène des
Annamites en Cochinehine (Congrès colonial de 1904) et le Plan-
type d’un hôpital indigène en Indochine (Congrès colonial de
Marseille 1906).
Les maladies qui trop souvent hélas ! atteignent les médecins
des colonies, après avoir ruiné la santé du Dr Audiau, ont entraîné
sa mort et anéanti les belles espérances d’avenir qu’avait données
notre très regretté collègue.
J’adresse à la famille éplorée du Dr Audiau nos condoléances
bien sincères.
— 239 —
Election d’un membre titulaire
MM. Joyeux 12 voix, élu.
Henry, i voix.
Ri eux, 1 voix.
Discussion sur l'emploi du Salvarsan aux Colonies
M. Primet. — Pour faire suite à ma note de la séance précé¬
dente, j’apporte encore le document suivant relatif à l’emploi du
Salvarsan aux colonies.
M. Paucot, médecin de l’ Assistance indigène au Tonkin, m’a
remis une note sur l’emploi de ce remède non plus dans les hôpi¬
taux, mais dans la clientèle. Je lui laisse la parole.
(( En deux a-ns et demi j’ai ieu l’occasion de traiter par le 606
<( 1.650 personnes ainsi réparties:
Européens . 130
Chinois . 355
Annamites . 1.315
« Presque tous oes cas ont été traités en dehors de l’hôpital.,
<( l’indigène comme l’Européen voulant bénéficier du secret pro-
« fessionnel. Chaque malade a reçu quatre injections intravei-
« neuses de 606 dans l’espace d’un mois. La dose a varié suivant
(( le poids des malades de 0,25 cg. à 35 cg. J’ai publié en 1912,
<( dans la Revue médico-chirurgicale de V Indochine, l’observation
(( d’une femme chinoise atteinte d’accidents secondaires graves
(( traitée par le 606 au deuxième mois de sa grossesse ; la gros-
« sesse a été menée à terme sans incidents; l’enfant naquit in-
(( demne de syphilis; suivi pendant 2 ans, il 11’a jamais présenté
« d’accidents spécifiques. Je puis ajouter à cette observation
« cinq observations semblables où les enfants sont nés sains et
(( n’ont pas présenté d’accidents pendant 1 an 1/2, 9, 8 et 6 mois
« après la naissance.
« Dans tous les cas traités, la guérison des accidents a eu lieu
(( après la deuxième injection. 23 malades sont revenus me voir
/
/ ' - »
~ 240 -
• 1 •
« du 6e au 15e mois après le traitement pour des rechutes. Ils ont
« reçu à nouveau 3 injections intraveineuses de 606.
<( Les indigènes avaient si bien apprécié l’action rapide du 606
« qu’un conseiller anamite de Nam-Dinh avait émis le vœu dans
« une assemblée provinciale de faire venir une tonne de 606 tant
« pour le traitement de la syphilis que pour celui de la récur-
« rente. J’ai donc depuis longtemps fait de la prophylaxie anti-
<( syphilitique m’efforçant d’enrayer la propagation de cette ma-
« ladie, qui très rare dans les villages tonkinois, existe surtout
(( dans les centres de garnison, ou dans les agglomérations chi-
« noises. »
M. Jeanselme. — Le Salvarsan est déjà empoyé aux colonies,
nous le savons et M. Primet nous l’a confirmé dans la dernière
séance et à celle-ci. Mais, devant les avantages d’un procédé de
traitement qui réduit le nombre des jours d’hôpital, qui stérilise
rapidement les malades et diminue par conséquent la contagion,
j’estime qu’il y a lieu pour la Société de Pathologie exotique de
faire connaître son opinion et, si cette opinion est conforme à la
mienne, de le déclarer ouvertement, pour entraîner encore davan¬
tage les médecins dans une voie où ils se sont déjà engagés.
je proposerai donc à la Société d’émettre le vœu suivant:
La Société de Pathologie exotique considérant que le 606
amène la cicatrisation rapide des accidents qui propagent la sy¬
philis, — qu’il diminue considérablement le temps d’hospitalisa¬
tion des syphilitiques, — qu’il peut même guérir radicalement les
sujets traités dès la période initiale, — qu’il est bien supporté par
la femme enceinte et lui permet de mener à bien sa grossesse.
Emet le vœu que le 606 soit utilisé dans tous les centres colo¬
niaux où la solution pourra être préparée et injectée sans faire
courir de danger aux malades.
M. Marchoux. — Je ne songe pas à émettre une opinion op¬
posée à celle de M. Jeanselme sur les avantages du 606 ; au con¬
traire, je tiens à dire que je la partage. Mais je ne suis pas le
seul et je crois, si j’en juge par l'assentiment des membres ici
présents, que tous nos collègues non seulement de Paris, mais des
colonies pensent comme moi. M. Primet a apporté à la Société
des renseignements sur la pratique d’un certain nombre de méde¬
cins des colonies. Il aurait pu allonger encore la liste des prati¬
ciens qui font usage du Salvarsan dans les pays chauds.
Je crains donc qu’en acceptant le vœu proposé par M. Jean¬
selme, vœu contre lequel je n’ai d’ailleurs pas d’autre objection
à formuler, nous ayons l’air d’enfoncer une porte ouverte.
M. Granjux. — Je suis de l’avis de M. Marchoux; je crois
que le vœu de M. Jeanselme ne saurait être adopté. Il est inutile
puisque le 606 est déjà employé aux colonies. S’il était adopté,
il pourrait être dangereux parce que les termes « soit employé a
ont quelque chose d’impératif, dont l’autorité militaire pourrait
s’inspirer pour imposer ce traitement à ses médecins.
Le président émet l’avis qu’avant de voter sur le vœu présenté
par M. Jeanselme, il y aurait lieu de soumettre le débat à une
commission.
La Société nomme une commission composée de MM. Jean¬
selme, L. Martin, Primet, Vincent et Wurtz.
ERRATUM
N° 3, p. 192, dernière ligne, lire : 100 au lieu de: 10.
— 242 —
COMMUNICATIONS
Deuxième note sur la courte durée de l'immunité
dans la fièvre récurrente expérimentale
Par Charles NICOLLE et L. BLAIZOT.
Dans une note récente (Bull, de la Soc. de Pathologie exotique ,
février 1913, p. 107), nous avons rapporté les observations de qua¬
tre singes, infectés antérieurement de spirillose et chez lesquels
une inoculation d’épreuve, pratiquée avec un virus de même ori¬
gine, après des délais de 8 mois 1/2 à 6 mois, avait été suivie d’une
nou vel le i n fect ion .
L’un de ces singes a été depuis réinoculé par nous pour la
troisième fois, 2 mois et demi (exactement 74 jours) après la gué¬
rison de sa seconde spirillose, avec un virus de souche identique
(tripolitain). Il a présenté une troisième infection.
\
Au demeurant, voici son observation complète :
Bonnet chinois XX. — Première inoculation le 10 juin 1912,
avec six cm3 de sang du bonnet XXI (8e passage par singes,
après 10 passages par lapins). Infection intense, présence de spi¬
rilles dans le sang du 11 au 15 juin;
Deuxième inoculation le 1 1 décembre, soit un peu moins de
six mois après la disparition des spirilles, avec un virus tripolitain
passé par deux bonnets chinois. Infection moyenne, présence de
spirilles les 12, 13 et 14, puis rechute grave et présence de spi¬
rilles du 23 au 27 décembre 1912.
Troisième inoculation le 11 mars 1913, soit deux mois et demi
(74 jours) après la guérison de la seconde atteinte, avec un virus
d’origine tripolitaine, passé par un magot. Infection moyenne,
présence de spirilles les 13, 14 et 15 mars.
Par contre, deux autres bonnets chinois XI et XVIII, dont
l’observation a déjà été relatée et qui avaient résisté à des inocula¬
tions d’épreuve pratiquées six mois et demi et sept mois et demi
après guérison de leur première spirillose, n’ont pu être de nou¬
veau infectés avec le virus utilisé pour le bonnet XX.
%
— 243 —
L’observation de ce dernier singe renforce encore les conclu¬
sions de notre note précédente.
L’épreuve de la vaccination croisée ne saurait être admise
comme moyen de distinguer les diverses races de spirochètes du
groupe Obermeieri, puisqu’un même animal peut être inoculé
positivement jusqu’à trois fois à des intervalles si faibles avec un
même virus.
(. Institut Pasteur de Tunis.)
Quelques remarques sur le Pian au Congo français.
Pian et ulcères phagédéniques traités par le 606
Par J. KERNEIS, F. MONFORT, F. HECKENROTH
Dans cette note où nous rapportons succinctement les résultats
que nous a donnés le 606 chez les indigènes porteurs de lésions
pianiques ou d’ulcères phagédéniques,- nous trouvons une occa¬
sion de signaler les quelques remarques que nous avons faites sur
le pian en Afrique Equatoriale Française.
Les caractères du Pian au Congo. — Nous avons rencontré
cette affection parmi les populations de Brazzaville et des vil¬
lages échelonnés le long de la route des caravanes (Brazzaville-
Loango) ; dans la vallée du Bas-Congo et de l’Oubangui jusqu’à
Mobaye ; dans tout le pays de la Sanga et de la haute Lobaye ;
sur les rives de la N’Goko-Sanga.
C’est une maladie qui paraît exister depuis fort longtemps
dans toutes les régions où nous avons constaté sa présence et que
Bastion, médecin de marine, observait et décrivait au Gabon dès
1881 sous le nom d’ « Aboukoué ».
Les caractères généraux du Pian au Congo restent, dans l’en¬
semble, ceux que de nombreux auteurs ont décrits à cette affection
dans d’autres pays. 11 faut remarquer pourtant que la période
d’invasion du pian nous a rarement paru accompagnée de symptô¬
mes violents : la céphalée, la fièvre, les douleurs rhumatoïdes qui
sont considérées comme classiques, sont tellement atténuées dans
la majorité des cas, qu’elles passent fréquemment inaperçues de
l’indigène.
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Il n’est pas moins intéressant de constater que l’apparition des¬
éléments pianiques ne nous a pas toujours semblé précédée par
ces modifications spéciales de la peau au niveau des futures lé¬
sions, modifications consistant en des placards secs, plus ou
moins étendus et se couvrant bientôt de papules prurigineuses
furfuracées. Cet aspect « farineux » de la peau a été constamment
observé par l’un de nous chez les porteurs de pian en Indochine et
nous l’avons retrouvé quelquefois au Congo. Mais le plus sou¬
vent l’élément pianique se constitue d’emblée sur une peau pa¬
raissant normale par un semis de petites vésicules très fragiles,
onctueuses au toucher,, et particulièrement prurigineuses. Ce semis
de petites vésicules, qui donne à la peau une coloration légère¬
ment plus claire, dessine nettement des placards plus ou moins
. larges, habituellement ovalaires ou arrondis dont la dimension
peut être de 1/2 cm. à 3 cm. A ce moment la peau est souple, non
surélevée; il n’y a nullement apparence de papule.
Sous l’effet du grattage, les vésicules se rompent en laissant
échapper une sérosité claire jaunâtre qui, par dessiccation, forme
une petite croûte fréquemment arrachée par le malade. C’est alors,
seulement que la lésion tend à devenir papuleuse pour prendre
finalement l’aspect bien connu de la Framboisia.
Chez le même individu, les éléments sont le plus souvent assez
nombreux; ils peuvent atteindre la centaine : nous en avons
compté 120 sur un de nos malades. Au cours de la maladie, et au
fur et à mesure que de nouveaux éléments apparaissent, on peut
noter chaque fois les mêmes aspects successifs des framboisia
en évolution. Pourtant, au moment de la guérison (nous parlons
de la guérison spontanée qui dure plusieurs semaines), on remar¬
que que tous les éléments qui naissent n’évoluent plus de la même
façon. Un certain nombre de vésicules d’un même placard aussi¬
tôt rompues se dessèchent presque sans suintement et parfois
même elles s’effacent sans avoir été déchirées. Il en résulte de
petites squames facilement détachées d’un coup d’ongle et sous
lesquelles la peau est seulement décolorée. Les vésicules d’un
même semis qui n’avortent pas, donnent suivant leur nombre un
élément pianique plus ou moins développé. C’est ainsi que vers
la fin de la maladie on peut rencontrer des éléments en croissant,
circinés ou même présentant l’aspect des lésions croûteuses d’im¬
pétigo ou de gale chronique.
Le pian revêt assez souvent au Congo la forme ulcéreuse. Les
ulcères sont atones, à fond pâle et lisse, et suintent d’une façon
particulièrement abondante. Ils sont rares chez l’adulte, au con¬
traire très fréquents chez les enfants à la mamelle, du moins dans
rOubangui. Ils siègent surtout dans la région génitale et à la
face (commissures labiales et palpébrales). La sérosité qui s’en
écoule est d’odeur extrêmement nauséeuse.
Les lésions pianiques peuvent se rencontrer sur la plante des
pieds où elles sont particulièrement longues à disparaître. Nous
n’avons pas eu l’occasion d’observer comment elles débutent.
Pian et « 606 ». — Parmi les centaines de pianiques que nous
avons pu examiner, 51 ont été soumis au traitement par le Sal-
varsan en injections intraveineuses. Au fur et à mesure des modi¬
fications de technique conseillées par les syphifigraphes, ces
injections ont été faites avec du 606 en solution dans le sérum
physiologique à 8 0/00, puis à 5 0/00, enfin dans l’eau distillée
fraîche.
Bien que le « 606 » soit admirablement supporté par les noirs,,
nous n'avons donné que de faibles doses de ce composé arsenical..
Elles furent en moyenne de 0,005-0,008 par kg, répétées ou non,
à 7-8 jours d’intervalle.
Dans les 3/4 des cas les doses ont été répétées au moins une
fois; le reste des malades n’a reçu qu’une seule injection. Chez
ces derniers, la dose unique a toujours suffi à amener en une
dizaine de jours la disparition des accidents ; chez les autres, au
moment de la deuxième injection, les lésions touchaient à leur
fin.
L’action du 606 chez les pianiques se manifeste de la façon
suivante: au moment de l’injection ou quelques instants après,
on peut constater parfois une congestion très nette de certains
éléments; les vaisseaux deviennent apparents et de petites hé¬
morrhagies peuvent même se produire (nous n’avons observé
ce fait qu’avec les solutions de Salvarsan en sérum physiolo¬
gique à 8 0/00); 24 heures après l’injection, les douleurs et le
suintement disparaissent; 2 à 3 jours plus tard, les éléments sont
devenus secs et la croûte qui les recouvre se détache d’elle-même
dans certains points. Les lésions les plus petites peuvent, dès ce
moment, être considérées comme guéries ; elles sont affaissées
nettement et, sous la croûte que l’on peut arracher avec la plus
grande facilité, la peau est rosée et saine; la lésion est entière¬
ment cicatrisée. Les éléments plus développés conservent l’as¬
pect de la framboisia plus longtemps. Ce n’est que vers le 8-10*
— 246 —
jour que la croûte peut être enlevée; sous elle il n’y a plus aucun
suintement et la peau est saine, mais l'affaissement complet du
papillome peut demander 15 à 20 jours.
Voici le résumé de quelques-unes de nos observations:
1° Boubangui, 20 ans. race Bangala, se présente à nous le 26 octo¬
bre 1911. Eléments pianiqucs répartis plus particulièrement sur le
visage, le tronc et les bras. La première lésion apparue il y a deux
mois à l’aine gauche existe encore.
0,40 de 606 intraveineux.
24 heures après les lésions sont affaissées et 11e suintent plus. Le
prurit a disparu. 48 heures plus tard, les croûtes se détachent d’elles-
mêmes. Les gros éléments demandent 11 jours pour s’effacer com¬
plètement.
2° Yacoumba, fillette, 14 ans, race Sango. Très nombreuses lésions
de pian, sur la face et l'aisselle gauche.
23 nov. 1911, 0,25 de 606.
24 nov. Diarrhée. Les lésions ne suintent plus.
26 nov. Les petites lésions sont entièrement cicatrisées.
27 nov. Chutes des croûtes. Les gros éléments sont recouverts d’une
peau fine et rosée, lis mettront plusieurs jours à s’affaisser entière¬
ment.
3° S 1 b 1 , race Sanga-Sanga, 18 ans. Entre à l’hôpital au début
d'avril 1912, pour un élément de pian apparu au sein quelques jours
auparavant. Malgré le traitement à l’iodure de potassium et au mer¬
cure, de nombreux éléments se montrent en différents points du
corps.
28 mai. 0,30 de 606.
30 mai. Disparition du prurit et du suintement.
1er juin. La guérison est à peu près complète.
Sibi quitte l’hôpital tout à fait guéri sept jours après l'injection.
4° Yavoungourou, fillette, 10 ans. Race Sango.
24 nov. 1912. Lésions très douloureuses et très nombreuses à la
figure et au cou.
25 nov. 0,18 de 606.
26 nov. Amélioration remarquable.
27 nov. Les croûtes tombent.
30 nov. Guérison comolète.
La plupart des malades que nous avons traités au 606 ont été
perdus de vue et nous ne pouvons dire si des récidives sont fré¬
quentes.
Nous ne le croyons pas cependant, car nous aurions certaine¬
ment été à nouveau consultés par quelques-uns de nos anciens
malades.
Signalons toutefois le cas d’une femme qui a présenté une
éruption généralisée de pian 6 mois après une première atteinte
que 3 injections de vSalvarsan (0,40) à 8 jours d’intervalle avaient
fait disparaître.
— 247 —
Ulcères phagédéniques et 606. — Nous avons employé le 606
chez 8 indigènes depuis longtemps porteurs de vastes ulcères
phagédéniques. Ces ulcères siégeaient au niveau du cou de pied,
le long du tendon d’Achille, à la face interne du genou, à la
fesse. Ils avaient tous plusieurs centimètres de diamètre et) une
profondeur assez considérable puisque nous avons trouvé des
tendons mis à nu, et des muscles envahis.
Chez trois de nos malades, la dose de Salvarsan injectée (0,40-
0,30) ne fut pas répétée. Chez les 5 autres nous avons pratiqué
2 injections à 8 jours d’intervalle.
Dans tous les cas, les résultats apportés par le médicament fu¬
rent remarquables. L’amélioration apparut dès les premiers jours
du traitement et la guérison complète fut obtenue dans les 4-5 se¬
maines qui suivirent la première injection.
C’est là un résultat magnifique pour qui connaît la ténacité des
ulcères phagédéniques, dont la cause n’est pas toujours facile à
préciser.
Un ulcère récidive chez un de nos malades un mois après ia
guérison. Nous en eûmes facilement raison avec le traitement
d’EMILY.
Brazzaville le Ier mars 1912.
( Laboratoire de l'Institut Pasteur.)
Parasite des hématies, genre
Grahamella (Brumpt), de Mus maurus, (Gray).
Par André LEGER.
Depuis l’année 1905, où Graham Smith (i) décrivit à l’ inté¬
rieur des globules rouges de taupes des organismes particuliers et
très curieux, en forme de bâtonnets, dont il donna une excellente
description accompagnée de figures, mais sans en déterminer la
nature, un certain nombre d’auteurs ont retrouvé dans le sang
d’animaux du même ordre (Thomson (2) chez la taupe, Bal-
(1) Graham Smith. — Journal of hygiene, V, no 4, oct. 1905.
(2) Thomson. — Journal of hygiene, VI, oct. 1906.
248 —
A
four (1) chez la gerboise, França (2) chez le lérot et le campa¬
gnol), des corpuscules bacilliformes, endoglobulaires, en tous
points comparables à ceux vus par Smith. Plus tard, en 1911,
Brumpt (3) ayant rencontré dans le sang d’une taupe, capturée à
Chantilly, des hématies bourrées de ces fins bâtonnets revient sur
la question, et après avoir exposé les observations faites par lui
à ce sujet, considère qu’il s’agit là de vrais parasites, donnant bien
l’impression de protozoaires, et crée pour ces organismes spé¬
ciaux le genre Grahamella , avec deux espèces: Grahamella talpœ
pour le parasite de la taupe, et Grahamella Balfouri pour celui de
la gerboise. De son côté, Balfour (4), à la suite de la publica¬
tion de Brumpt, met en lumière que son opinion à ce sujet a tou¬
jours été réservée, et qu’il a toujours été enclin à considérer ces
inclusions comme de nature parasitaire.
Ayant eu l’oocasion d’examiner le sang d’un certain nombre
de rats très communs à Bamako, Mus maurus , Gray, nous avons
rencontré dans leurs hématies ces mêmes organismes sur une pro¬
portion assez élevée (28 fois pour 125 rats observés).
D’ une façon générale l’on peut dire que le globule rouge para¬
sité n’est jamais déformé et conserve tous ses caractères normaux
de grandeur et de coloration ; il est simplement plus ou moins
bourré de ces fines inclusions en bâtonnets, disséminées sans or¬
dre apparent à son intérieur. En aucun cas ces dernières ne don¬
nent l’impression d’être' contenues dans une gaine ou une cap¬
sule quelconque.
Le nombre de ces corpuscules endoglobulaires est ordinaire¬
ment élevé dans chaque hématie, variant le plus souvent entre 30
et 80 ; dans des cas plus rares il s’abaisse aux environs de 10 à 20,
et deux fois seulement nous en avons noté 6. Dans les frottis de
sang, faits après section de la queue, les hématies parasitées sont
en général très peu nombreuses, tandis que nous les avons trou¬
vées relativement fréquentes (une sur dix ou quinze champs envi¬
ron) sur les frottis pratiqués avec le sang du cœur.
Les dimensions de ces éléments chez Mus maurus sont identi¬
ques à celles signalées par Brumpt pour la taupe, 1 y de lon¬
gueur sur 1/4 de y de largeur environ.
Au point de vue de la coloration, le Giemsa-acétone à parties
fi) Balfour. — Rapport du laboratoire de Khartoum, 1906.
(2) França. — Arch. do Inst. Bact. Camara Pestana , t. 1IT, f. 2, 1910.
(3) Brumpt. — Bull. Société Path. exotique , oct. 1911.
(4) Balfour. — Bull. Société Path. exotique , déc. 1911.
— 249
égales, indiqué par Brumpt, nous a donné aussi de bons résultats»
Nous avons encore employé avec grand profit la simple solution
de Giemsa à i pour 10 pendant quinze minutes, avec très légère
différenciation à l’alcool absolu, ainsi que la thionine picriquée
suivant le procédé du Professeur Sabrazès (thionine phéniquée
une minute environ ; différenciation bien poussée à l’alcool ab¬
solu ; xylol ; ajouter au xylol un ou deux petits cristaux d’acide
pierique; agiter jusqu’à coloration vert-pré; laver abondamment
au xylol).
Dans certains globules parasités et à l’aide d’un très fort gros¬
sissement, il nous a été permis de voir le fait qu’a bien mis en
lumière Brumpt dans sa publication, de certains éléments dans
lesquels le milieu paraît nettement clair alors que les extrémités
prennent une teinte plus ou moins foncée par suite de la condensa¬
tion du protoplasma en ces endroits, éléments pour ainsi dire
étranglés par étirement, et que cet auteur considère comme en
voie de division binaire transversale.
Enfin, nous avons essayé de pratiquer quelques inoculations
expérimentales d’abord sur d’autres rats maures, mis auparavant
en observation pendant plus d’un mois et dont le sang examiné
tous les deux jours n’avait jamais présenté de Grahamella , puis
sur des cobayes et des lapins. Nos tentatives ont constamment
échoué malgré les voies d’inoculation différentes employées: in¬
traveineuse, intrapéritonéale, sous-cutanée.
( Laboratoire de Bamako , Haut-Sènégal-Niger.)
Infections du lapin par le Toxoplasma gondii
Par A. LA VER AN et M. MARULLAZ.
*
Dans la dernière séance, notre Collègue le Dr C. Nicolle et
Mme Conor ont communiqué à la Société une note très intéres¬
sante sur la toxoplasmose du gondi. Les auteurs décrivent très
bien l’évolution des infections produites par le Toxoplas?na gon¬
dii chez le gondi, chez la souris, chez le cobaye et chez le pigeon.
Pour ce qui concerne le lapin, ils écrivent: a Nous avons échoué
dans cinq essais d’infection du lapin par voie péritonéale, bien
que nous nous soyons adressés à de très jeunes sujets (poids 205
\
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— 25o —
à 550 gr.). Sacrifiés après un mois, ces animaux montrent des
fausses membranes sur la rate et le foie, mais sans aucune forme
parasitaire microscopique; les lapins sacrifiés à une date plus
tardive 11e présentent même plus cette lésion ». Le Dr C. Nicolle
et Mme Conor concluent de cet état réfractaire du lapin que le
Toxoplasma gondii diffère probablement du T. cuniculi (1).
Le Dr C. Nicolle ayant eu la grande obligeance d’envoyer à
l’un de nous 2 souris inoculées à Tunis avec le T. gondii, nous
avons pu étudier ce parasite à l'Institut Pasteur et constater des
faits qui, en ce qui concerne la sensibilité du lapin au virus, diffè¬
rent notablement de ceux observés à Tunis (2).
Nous résumons les observations des lapins auxquels nous avons
inoculé le T. gondii.
Lapin 1. — Pesant 830 g. Inoculé le 5 mars 1913, dans le péritoine,
avec l’exsudât péritonéal d’une souris infectée de T. gondii. — -
10 mars, le lapin va bien, la ponction du péritoine donne une goutte
d’exsudat visqueux dans laquelle on ne trouve pas de toxoplasmes.
— 13 mars, rien d’anormal ; le lapin est réinoculé sous la peau, sur
souris. — 21 mars, rien d’anormal, poids : 1 kg. 200.
Le lapin qui est en très bon état est sacrifié le 22 mars. La rate
pèse 80 cg., un peu d’exsudat péritonéal. Foie d’aspect normal. On
ne trouve de toxoplasmes ni dans l’exsudât péritonéal, ni dans le
foie, ni dans la rate.
Lapin 2. — Pesant 875 g. Inoculé le 5 mars 1913, dans le péritoine,
avec l’exsudât péritonéal d’une souris infectée de T. gondii. ■ —
10 mars, le lapin va bien ; la ponction du péritoine donne une goutte
d’exsudat visqueux dans laquelle ou ne trouve pas de toxoplasmes.
— 22 mars, le lapin pèse 1 kg. 170, il est en très bon état, on l’inocule
dans la veine marginale d’une des oreilles avec l’exsudât péritonéal
d’une souris fortement infectée de toxoplasmes. — 29 mars, le lapin
va très bien, il pèse 1 kg. 235. — 8 avril, le lapin, en très bon état,
pèse 1 kg. 345.
Lapin 3. — Pesant 550 g. Inoculé le 15 mars 1913, dans le péritoine,
avec l’exsudât péritonéal d’une souris infectée de T. gondii. — •
18 mars, la ponction du péritoine du lapin donne un exsudât non rare,
peu visqueux, trouble, qui contient de très rares toxoplasmes ; cet
exsudât est inoculé dans la cavité péritonéale de 2 souris qui s'in¬
fectent.
Le lapin est trouvé mort le 23 mars ; il pèse 550 g. Le péritoine
contient 60 cm3 d’un liquide peu visqueux, jaunâtre, trouble ; traces
de péritonite. A la surface du foie, quelques traînées blanchâtres. La
rate, augmentée de volume, pèse 1 g. 80. Cœur, poumons, normaux.
Des toxoplasmes très rares sont trouvés dans les frottis du foie, de
la rate, du poumon, de la moelle osseuse, du sang, et dans le culot
de centrifugation d’une partie de l’exsudât péritonéal.
(1) C. Nicolle et Marthe Conor, Soc. de Path. exotique , 12 mars 1913.
(2) A. Laveran et M. Marullaz, Acad, des Sciences, 25 mars 1913.
Lapin 4. — Pesant 580 g. Inoculé le 15 mars 1913, dans la veine
marginale cl’une des oreilles, avec l’exsudât péritonéal d'une souris
infectée clc T. gonclii, fortement dilué dans l’eau physiologique.
Le lapin est trouvé mort le 21 mars ; il ne pèse plus que 500 g.
Exsudât péritonéal très peu abondant. Foie, gros, pâle ; à sa surface
on distingue de petites taches blanchâtres correspondant à des nodu¬
les qui se voient également sur les coupes. La rate, fortement aug¬
mentée de volume, pèse 2 g. 60. Reins pâles. Les ganglions lympha¬
tiques ne sont pas hypertrophiés. Les lobes inférieurs des poumons
sont fortement congestionnés. Cœur sain.
Toxoplasmes nombreux dans les frottis du foie et de la rate, non
rares dans les frottis de moelle osseuse et des lobes inférieurs des
poumons, très rares dans les frottis du cerveau. Les examens du
sang et de l’exsudât péritonéal ont été négatifs.
Lapin 5. — Adulte, pesant 2 kg. 120. Inoculé le 22 mars 1913,
dans la veine marginale d’une des oreilles, avec l’exsudât péritonéal
d’une souris infectée de T. gonclii , dilué dans de l’eau physiologique.
— 26 mars, le lapin ne pèse plus que 1 kg. 760, il paraît malade, son
poil se hérisse. — 28 mars, diarrhée.
Mort le 29 mars. Poids : 1 kg. 610. Le péritoine contient 25 cm3
environ d'un exsudât sanguinolent. Le foie est volumineux, il pèse
125 g. : à sa surface on distingue un fin piqueté d’un blanc jaunâtre ;
il n’y a pas de gros nodules ni de traînées blanchâtres, comme sur
les foies des lapins 1, 6 et 7. La rate, fortement augmentée de volume,
pèse 6 g. Sang très pâle. Poumons et cœur normaux.
Toxoplasmes non rares dans les frottis de rate, rares dans ies
frottis de foie et de moelle osseuse.
Lapin G. — Jeune, pesant 480 g. Inoculé le 25 mars 1913, dans la
veine marginale d'une des oreilles, avec l’exsudât péritonéal d’une
souris infectée de T. gondii , dilué dans l'eau physiologique.
Mort le 29 mars. Poids : 460 g. La cavité péritonéale contient
3 cm3 environ d’un exsudât trouble, jaunâtre. Le foie est gros, pâle ;
nodules et traînées blanchâtres, à la surface et sur les coupes, don¬
nant au foie un aspect caractéristique. La rate, fortement augmentée
de volume, pèse 3 g. 10 ; quelques points blanchâtres à la surface de
la rate. Reins pâles. Sang très pâle. Poumons fortement congestion¬
nés aux bases.
Toxoplasmes nombreux dans les frotlis du foie et de la rate, libres
pour la plupart. Toxoplasmes non rares dans les frottis des poumons
et de la moelle osseuse. Les examens du sang et de l’exsudât périto¬
néal (culot de centrifugation) sont négatifs.
Lapin 7. — Jeune, pesant 510 g. Inoculé le 25 mars dans les mêmes
conditions que le lapin 6. Mort le 29 mars. Poids : 490 g. La cavité
péritonéale contient 2 cm3 environ d’un liquide jaunâtre, trouble. Le
foie, gros et pâle, a le même aspect que celui du lapin 6. La rate,
fortement augmentée de volume, pèse 3 g. Les poumons sont forte¬
ment congestionnés aux bases. Rien d’autre à noter au point de vue
des altérations macroscopiques.
Toxoplasmes nombreux, libres pour la plupart, avec beaucoup de
formes en division, dans les frottis du foie ; assez nombreux dans
les frottis de la rate, libres ou endocellulaires. Toxoplasmes non
rares dans les frottis des poumons, libres pour la plupart ; rares
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dans les frottis de moelle osseuse. Les examens du sang et, de l'exàu
dat péritonéal (culot de centrifugation) sont négatifs.
Lapin 8. — Pesant 1 kg. 100. Inoculé le 31 mars 1913, dans la
veine marginale d’une des oreilles, avec l’exsudât péritonéal d’une
souris infectée de T. gondii , dilué dans l’eau physiologique.
Mort le 5 avril. Poids : 995 g. Exsudât péritonéal en très petite
quantité. Le foie est gros, il ne présente pas de nodules ni de traînées
blanchâtres. La rate, augmentée de volume, pèse 3 g. Reins nor¬
maux. Poumons congestionnés, surtout aux bases. Cœur sain.
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Toxoplasmes assez nombreux dans les frottis du foie, de la rate et
des poumons, rares dans les frottis de moelle osseuse ; les examens
de l’exsudât péritonéal et du sang sont négatifs.
De 8 lapins inoculés avec l’exsudât péritonéal de souris infectées
de T. gondii, 3 ont été inoculés dans le péritoine, 5 dans les vei¬
nes.
Sur les 3 lapins inoculés dans le péritoine, 2 n’ont pas montré
trace d’infection (lapins 1 et 2, de 830 g. et de 875 g.), le troi¬
sième a succombé en 8 jours à une infection généralisée, mais avec
toxoplasmes très rares, notamment dans l’exsudât péritonéal; il
s’agissait d’un jeune lapin pesant 550 g.
Les 5 lapins inoculés dans les veines ont eu des infections aigues,
de 4 à 7 jours de durée, terminées par la mort. Un de ces lapins
était adulte, il pesait 2 kg. 120; les 4 autres étaient jeunes, ils
pesaient de 480 g. à 1 kg. 160.
Le lapin est donc sensible au T. gondii, mais l’infection se pro¬
duit chez lui plus difficilement par la voie intra-péritonéale que
par la voie intra-veineuse. C’est là évidemment le motif pour le¬
quel le Dr C. Nicolle et Mme Conor, qui ont employé exclusi¬
vement la voie intra-péritonéale, sont arrivés à conclure que le
lapin était réfractaire à la toxoplasmose du gondi. Il est possible
aussi que le lapin de France soit plus sensible à cette infection
que le lapin de Tunisie. Les jeunes animaux s’infectent plus ra¬
pidement et plus fortement que les adultes, mais ces derniers res¬
tent sensibles (lapin 5) à l’inoculation intra-veineuse.
L’amaigrissement est un symptôme constant de l’infection chez
les lapins; à la dernière période, on constate la perte de l’appétit,
les animaux, amaigris et anémiés, restent immobiles, le poil hé¬
rissé.
Chez les lapins inoculés dans le péritoine, il se produit parfois
un exsudât très abondant (60 cm3 chez le lapin n° 3), mais dans
lequel les toxoplasmes sont très rares ou font défaut.
Chez les lapins inoculés dans les veines, on trouve de l’exsudât
péritonéal en moins grande quantité ; les toxoplasmes sont très
rares ou, plus souvent, font défaut.
Les altérations anatomiques du foie sont un peu différentes
suivant qu'il s’agit de lapins très jeunes ou de lapins adultes.
Chez les animaux jeunes, on constate à la surface du foie et
dans l’épaisseur du parenchyme des nodules ou des traînées blan¬
châtres qui donnent à ce viscère un aspect caractéristique (lapins
6 et 7). Chez les lapins adultes, le ioie, augmenté de volume a un
aspect granité, sans nodules bien apparents et sans traînées blan¬
châtres. L’étude histologique montre qu’il s'agit d’altérations de
même nature, mais qui deviennent plus apparentes chez les ani¬
maux jeunes, parce que les foyers de nécrose acquièrent rapide¬
ment chez eux de plus grandes dimensions que chez les lapins
adultes dont le foie présente sans doute une plus grande résistance.
Chez les lapins inoculés dans les veines, les toxoplasmes sont
d’ordinaire nombreux ou assez nombreux dans le foie; ils siègent
souvent dans les cellules hépatiques. Les altérations sont les
mêmes que celles qui ont été décrites chez les lapins infectés par
le T. cuniculi (1), nous croyons donc inutile d’y insister. Les
toxoplasmes sont rarement assez nombreux au niveau des foyers
de nécrose en voie de formation pour qu’on puisse attribuer ces
foyers à l’irritation mécanique due à la présence des parasites;
il est probable que les toxoplasmes secrétent une toxine irritante
et nécrosante. C’est aussi à l’existence d’une toxine qu’il faut
attribuer, sans doute, les accidents qui entraînent rapidement la
mort.
La rate est toujours hypertrophiée ; chez des lapins de 400 à
500 g., elle pesait 3 g. (lapins 6 et 7), chez un lapin de 2 kg. 120,
elle pesait 6 g. (lapin 6). Les toxoplasmes sont nombreux ou assez
nombreux dans les frottis de rate. Sur les coupes histologiques de
la rate, on distingue souvent de petits foyers de nécrose.
Il existe, chez la plupart des lapins qui meurent de toxoplas
mose, une forte congestion pulmonaire, principalement aux bases
et, dans les frottis du poumon, on trouve des toxoplasmes assez
nombreux.
La moelle osseuse contient des parasites en plus ou moins grand
nombre.
On peut aussi en rencontrer dans les frottis du cerveau (lapin 4).
(1) A. Laveran et Nattan-Larrier, Soc. de Path. exotique , 12 mars roi 3.
La présence de toxoplasmes dans le sang n’a été notée que dans
un cas (lapin 3).
Le lapin 2, inoculé dans le péritoine, n'a pas présenté de signes
d’infection. Une deuxième inoculation, faite dans la veine mar¬
ginale d’une des oreilles, est restée aussi sans effet ; chose remar¬
quable, car tous les lapins neufs inoculés par ce procédé se sont
infectés et sont morts en 4 à 7 jours. Il est possible qu’à la suite
de la première inoculation le lapin ait eu une infection très légère,
infection latente terminée par guérison qui aurait suffi à procurer
l’immunité.
£
M. Mesnil. — Il résulte des faits que vient de nous exposer
M. Laveran, que la voie intraveineuse est la plus sûre pour réa¬
liser l’infection toxoplasmique. Les faits que nous avons eu l’oc¬
casion d’observer, M. le Dr Sarailhé et moi, chez la souris, avec
le même T oxo plasma gondii de M. Ch. Nicolle, sont de même
ordre. Alors que l’inoculation intrapéritonéale n’a occasionné la
mort de nos souris qu’en 5 à 10 jours 1/2, exceptionnellement
4 jours, en moyenne 6 jours (1), l’inoculation intraveineuse prati¬
quée par la veine de la queue à deux souris les a tuées en 3 j. 1 j2 et
4 jours. La rate était hypertrophiée (poids triplé: 22 cg. pour une
souris de 20 g.), le foie jaune paille, le poumon congestionné; l’in¬
fection toxoplasmique était généralisée aux organes au lieu d’être
presque localisée au péritoine; enfin une lame de sang circulant
d’une des souris, prélevée 12 heures environ avant la mort, nous a
montré de rares toxoplasmes, inclus dans des leucocytes.
Note on the Spécifie Name of the Herpetomonas
found in the Dog-Flea, Ctenocephalus canis
Bv H.-F. FANTHAM.
j
In the Bulletin of the Society for March 1913 (Vol. VI, N° 3,
p. 17 1) I)r Brumpt proposes a spécifie name for the Herpetomo¬
nas of the dog-flea, Ctenocephalus canis. He does this in a foot-
note at the end of his paper on the évolution of certain flagel¬
lâtes in fleas and bugs. A record of the occurrence of this para-
(1) Chiffres confirmatifs de ceux notés par Ch. Nicolle et M. Conor.
site was apparently first published by Marzocchi of Turin in
1 9 1 1 ( Pathologica , III, N° 62). However, .the parasite has been
seen by several workers, ineluding Nôller, in different countries
and is already named Herpetomonas ctenocephali. This name was
proposed by me at the meeting of the Tropical Section of the
British Medical Association held in Liverpool last July. I gave
the spécifie name Ctenocephali to the parasite in mv paper eivtit-
led (( Some Insect Flagellâtes and the Problem of the Transmis¬
sion ot Leishmania ». The paper was read on July 25th, 1912 and
published in abstract in several journals a few days later. The
full paper was published on November 2nd, 1912 in the British
Medical Journal, N° 2705, pages 1196-1197. The paper was sum-
marized in the Tropical Diseuses Bulletin, N° 7, page 557, pu¬
blished Feb. iqth, 1913. The occurrence of the parasite has also
been recorded by Wenyon in bis recent publications.
I first saw rounded (pre-flagellate) forms of Herpetomonas cte¬
nocephali in Cambridge in 1908. At varions times since I hâve
again found the Herpetomonaid in dog-fleas, and hâve seen its
early flagellate stages. More recently I hâve observed the fui1 v-
grown flagellate forms. For example, in the autumn of 1911 I
found 3 infected dog-fleas ont of 68 examined, and hâve since
observed 5 infected fleas out of 48 examined.
I may say that I ne ver considered that H . ctenocephali had any
relation to Leishmania infant uni, which does not occur in dogs in
If ngland. The blood of the dogs harbouring the infected fleas
was examined for Leishmania and other parasites in every case,
but always with négative results.
It is quite possible that it may be shown ultimately that the
Herpetomonas of the dog-flea is the same as Herpetomonads oc-
curring in varions other inseots, in which case its spécifie name
may hâve to be changed, but in any case the spécifie name
p seudoleishmania of Brumpt has not priority.
( Liverpool School of Tropical Medicine, 2 april, 1913.)
Résumé. — L’auteur fait remarquer que le flagellé de l’intestin
des puces du chien, nommé par Brumpt Herpetomonas pseudo-
leishmania, a été désigné préalablement par lui sous le nom de
H. ctenocephali .
Un type nouveau de Dicrocœliidé
parasite des primates
Par L. GLDOLLST.
Dans une note récente sur deux trématodes de primates, Rail-
liet, Henry et Joyeux ont signalé combien restreintes sont nos
connaissances sur ces parasites: sur 6 espèces renseignées jus¬
qu’alors dans la littérature, trois sont imparfaitement connues.
L’étude que nous faisons ici d’une forme nouvelle est appelée à
jeter quelque lumière sur l’un de ces trématodes douteux.
Le distomien dont la description suit a été recueilli par les
Drs Broden et Rodhain dans le pancréas d'un C ercocebus sp .,
d’origine non spécifiée, autopsié au laboratoire de Léopoldville
(Congo belge).
Le corps, tic forme générale lancéolée, comprend trois parties
bien distinctes : une partie antérieure conique se terminant en avant
par un contour arrondi ; une partie moyenne fusiforme qui s’élargit
notablement et dont les bords latéraux se découpent en une série
de denticulations au nombre d'une quinzaine environ ; et une partie
postérieure allongée', rétrécie, se terminant postérieurement en pointe-
mousse (lig. 1). Vu latéralement, le corps décrit un angle ouvert
dorsalement, dont le sommet est occupé par la ventouse ventrale, qui
est ainsi fort proéminente (fig. 2). Les chiffres suivants donnent les
rapports de longueur et de largeur des trois parties du corps : partie
antérieure, 1360 g sur 850 g ; partie moyenne, 1600 g sur 1490 g ;
et partie postérieure, 2160 g sur 830 g ; les largeurs étant prises au
niveau du milieu des trois parties. Le corps entier mesure en moyenne
4 à 5 millimètres de long.
Dans sa moitié antérieure, il est blanc grisâtre, orangé dans sa
moitié postérieure, coloration due à l’accumulation des œufs dans
cette partie du corps.
La ventouse orale subterminale est globuleuse, à orifice arrondi
s’ouvrant obliquement en avant ; elle mesure 304-352 g de diamètre
et son orifice 176-192 g. La ventouse ventrale, située à la limite entre
la partie antérieure et la partie moyenne du corps, mesure 416-512 ,-
de large sur 384-464 g de long ; son orifice mesure 112 g à 336 u de
diamètre suivant son état de contraction.
Le tégument est inermc et lisse.
A la bouche fait suite un pharynx globuleux, mesurant 144 g de
diamètre, qui se continue en un court canal étroit se dirigeant vers
la face ventrale et s’incurvant aussitôt en arrière pour former un
oesophage long de 400 g (fig. 3), qui se subdivise vers le bord anté¬
rieur de la ventouse ventrale dans les deux branches intestinales
2. G
Planche IV.
Gedœlst,
Brodenia serrctla n. sp.
— 2Dy
celles-ci sont simples, larges et se terminent en avant de la limite
entre la partie moyenne et la partie postérieure du corps.
Les testicules ovalaires, contigus sur la ligne médiane, sont dis¬
posés sur une même ligne transversale immédiatement en arrière de
la ventouse ventrale, leur bord antérieur étant recouvert par le bord
postérieur de la ventouse et débordé par la limite externe des anses
intestinales. Le volume des deux testicules est légèrement différent '
tandis que Fun mesure 768-832 g de long, l’autre n’atteint que 672-
720 g, leur largeur étant sensiblement égale (432-450 g). L’ovaire,
de forme nettement globuleuse (diamètre : 208-230 u), est situé immé¬
diatement en arrière des testicules, à droite ou à gauche de la ligne
médiane, mais toujours du côté du testicule le moins volumineux.
Les vitellogènes forment deux massifs fusiformes profondément
lobés, disposés latéralement et ventralement par rapport aux anses
intestinales ; de chacun de ces massifs part un vitelloducte trans¬
versal qui s’unit sur la ligne médiane à son congénère de l’autre côté
au niveau d’un petit organe globuleux (glande coquillière ?). L’utérus
s’étend en circonvolutions multiples dans toute la portion postérieure
du corps pour revenir en avant former un tronc médian rectiligne
passant ventralement par rapport au plan de contact des deux testi
cules et dorsalement par rapport à la ventouse ventrale et aboutir,
après avoir décrit encore quelques sinuosités en avant de cette ven¬
touse, à l’orifice vaginal situé sur la ligne médiane immédiatement
en avant de l’orifice mâle et. à environ 270 g du bord postérieur de
l’orifice de la ventouse orale. De l’orifice mâle oroémine un cirre
cylindrique, inerme, long de 272 g et épais de 112 g. La poche du
cirre est volumineuse et dirigée obliquement de manière à venir
placer son extrémité postérieure à droite ou à gauche du bord anté¬
rieur de la ventouse ventrale suivant que l'ovaire est lui-même placé
à droite ou à gauche de la ligne médiane (1). La poche du cirre est
piriformç, à grosse extrémité antérieure ; elle mesure 672 g de long
sur 240 g de largeur maximum. On y distingue une portion prosta¬
tique longue de 288 g et large au plus de 112 g et une vésicule sémi¬
nale longue de 304-320 u sur 112 g de largeur maximum. Les œufs
ovoïdes très abondants sont pourvus d’une coque épaisse, jaune bru¬
nâtre, à opercule peu distinct ; ils mesurent de 42 à 15 g de long sur
24 g de large.
Nous n’avons pu observer ni le canal de Lu nun ni l’appareil excré¬
teur.
Par ses caractères ce trématode se range naturellement dans la
(il Notre trématode montre un cas nouveau d’arrrnhitypie sexuelle Cette
particularité a été signalée surtout chez les Dierocœliidés et les Opisthorchii-
dés. Il nous a paru intéressant de rechercher chez notre espèce le rapport de
fréquence des deux types : sur 23 exemplaires, nous avons obcervé le type
droit chez 10 individus et le type gauche chez 10 autres individus, de sorte
que nous nensons pouvoir considérer les deux tvoes comme normaux Hol-
lack a déjà signalé un fait semblable pour le Dicrocœliurn lanceatum. Les
trois autres exemplaires doivent au contraire être envisagés comme anor¬
maux : l’un d’eux présentait la poche péniale à droite avec l’ovaire à gauche»
tandis que les deux autres offraient la disposition inverse, la poche péniale à
gauche avec l’ovaire à droite.
— 258
famille des Dicrocoeliidés, où il se place à côté du genre Platyno
somum Looss, 1907. Il en diffère par la forme du corps, par la
forme et la disposition des glandes génitales et par retendue des
anses intestinales, qu i se poursuivent presque jusqu’à l’extrémité
postérieure du corps dans le genre Platyno somum .
M. Railliet, notre savant collègue d’Alfort, a bien voulu atti¬
rer notre attention sur les affinités que notre trématode du Cer-
cocebus présentait avec le trématode découvert par Brongniart
dans le pancréas d'un Mandrill (. Papio Maimon L.). Ces affinités
sont évidentes: malgré l’insuffisance de la figure de De Blain-
ville, on y reconnaît la même forme particulière du corps, à par¬
tie moyenne élargie et denticulée sur les bords, la même dispo¬
sition des anses utérines dans la portion caudale conique et obtuse
du corps, avec retour sous forme d’un canal médian rectiligne
dans la région testiculaire; même disposition des ventouses, etc.
Notre espèce en diffère cependant par la taille, qui était chez le
parasite décrit par De Blainville d’un demi-pouce (13,5 mm.)
de long au moins, et par le nombre et le développement des den
ticulations des bords latéraux.
De Blainville (1820) avait dénommé le parasite du Mandrill
Fasciola laciniata; plus tard (1824) il proposa d’établir « pour
quelques espèces de fascioles cylindriques, avec une assez longue
queue, et qui ont des espèces d’ailes de chaque côté du corps )>,
le genre Alaire. Ce nom ne saurait être retenu sous sa forme fran¬
çaise ; il ne saurait l’être davantage sous sa forme latine, Alaria ,
ce nom étant préoccupé par Schrank, 1788, pour un genre
d’Holostomide. Nous nous croyons donc, autorisé à créer pour
notre trématode du Cercocebus un nouveau genre que nous dé¬
dions au Docteur Broden et que nous caractérisons comme suit :
Brodenia, g. n. : Dicrocoeliidae de forme lancéolée, présentant
en avant du milieu du corps un élargissement notable limité
latéralement par un rebord découpé en denticulations multiples ;
testicules symétriques et contigus; anses intestinales se termi¬
nant1 loin de l’extrémité postérieure du corps. — Parasites du pan¬
créas des primates.
Brodenia serrata, sp. n. : espèce de petite taille (4 à 5 mm. de
long), à denticulations latérales relativement nombreuses (environ
15) ; parasite du Cercocebus sp. (Congo belge).
Brodenia laciniata (De Blainville, 1820). — Syn. : Fasciola
laciniata De Blainville, 1820; Distoma laciniatum Dujardin,
1845; Distomum laciniatum Diesing, 1850. — Espèce de grande
259 —
taille (13,5 mm.), à denticulations latérales moins nombreuses
(7 à 8) et plus développées; parasite du Mandrill ( Papio Mai-
vio nL.) (Guinée).
/
La bilharziose en Tunisie : le foyer du Djerid
Par A. CONOR et ARROUX.
La bilharziose en Tunisie semble répartie dans un zone comprise
entre les 33e et 34e degrés de latitude. L’un de nous a publié les
résultats détaillés des enquêtes faites à Gafsa et dans le Nef-
zaoua. Il restait à explorer les régions de Gabès et de Matmata,
ainsi que le Djerid. Ce sont les premiers renseignements concer¬
nant ce dernier foyer que nous relatons aujourd’hui.
Le Bled ed Djerid, « le pays des palmes », est situé dans le
sud -tunisien, au midi de Gafsa, aux confins du Sahara, dans
l’isthme de sable qui sépare le Chott Djerid du Chott Rharsa.
On y compte environ un million de palmiers dont la culture
constitue l’occupation des habitants, la plupart sédentaires.
Les principales oasis sont celles de Tozeur, El Oudiane, El
Hamma et Nefta. Leur grande fertilité est due à l’abondance des
sources qui les irriguent. Ces sources sont en partie thermales
et, à El Hamma notamment, on trouve des piscines utilisées
par les Romains et actuellement très fréquentées par les indi¬
gènes qui y viennent de fort loin.
Les premières observations de bilharziose dans cette région
ont été rapportées en 1908 par Catouillard et Gobert : deux
à Tozeur et deux à Degache (oasis d’El Oudiane).
En quelques mois, nous avons pu facilement constater treize
cas ainsi répartis :
El Oudiane . 10 cas
El Hamma . 2 cas
Nefta . 1 cas
Dans sept autres, les individus affirmaient pisser du sang
d’une façon intermittente, mais nous n’avons trouvé dans l’u¬
rine ni hématies, ni œufs de Schistosomum .
(1) Archives de V Institut Pasteur de Tunis , 1910, I et 1912, III.
— 260
Toutes nos observations se ressemblent ; nous nous contenterons
de relater la suivante:
Au or ben Mohamed Sai.att, 35 ans, habitant El Oudiane où il est
né et qu'il n'a jamais quitté. Hématurie depuis quatre ans. Urine cinq
à six fois dans la journée, est obligé de se lever la nuit, douleur à
la fin de la miction. Le malade est amaigri, pâle, ses conjonctives
sont décolorées. Il a perdu ses forces et ne peut plus exercer son
métier de jardinier. Il a l'habitude de se baigner tous les quatre à
cinq jours dans les sources chaudes d’El Oudiane et d'aller tous les
deux à trois mois prendre des bains dans la piscine d’El Iiamma.
L’urine renferme de nombreux œufs à éperon terminal ainsi que
des globules rouges. La formule leucocytaire est :
Polynucléaires neutrophiles . 50
Grands et moyens mononucléaires . 14
Lymphocytes . 22
Formes de transition . 4
Polynucléaires éosinophiles . 10
Tous nos malades étaient atteints de bilharziose vésicale; nous
n’avons pas constaté de localisation intestinale.
Leur âge au moment de l’examen était:
de 13 à 30 ans . 5 cas
de 31 à 40 ans . 2 cas
de 41 à 50 ans . 2 cas
au-dessus de 50 ans . 4 cas
L’individu le plus âgé avait 70 ans.
Le début de la maladie s’est manifesté :
de 6 à 20 ans . 4 cas
de 21 à 30 ans . 3 cas
de 31 à 40 ans . 2 cas
de 41 à 50 ans . 1 cas
au-dessus de .50 ans . . . 3 cas
Au point de vue de la durée de l’affection, les malades pissaient
du sang depuis :
2 ans
4 ans
5 ans
6 ans
7 ans
8 ans
25 ans
1 cas
4 cas
1 cas
1 cas
2 cas
3 cas
1 cas
Chez tous, l’état général était profondément atteint et la plu¬
part avaient dû cesser tout travail. L’hématurie paraît plus abon¬
dante dans la saison chaude que pendant l’hiver.
- 26 1
Les indigènes appellent la filariose Riah Frab, ce qui signifie
(( vent du sable », et attribuent la maladie à l’ingestion de légumes
crus souillés de terre. Nous n’avons observé aucun cas chez les
européens ou les israélites.
Cette enquête rapide, que nous comptons poursuivre cette an¬
née, suffit à montrer que le Djerid est un foyer important de
bilharziose. L’existence de sources nombreuses, de piscines d’eau
chaude dans lesquelles les habitants viennent très fréquemment
se baigner, le travail dans les oasis, jambes nues, sur un terrain
très irrigué, constituent des conditions très favorables à l’infection
de l’organisme par le Schistosomum.
( Institut Pasteur de Tunis.)
Gastrodiscus polymastos Leuck., 1880
chez les équidés du Haut-Sénégal et Niger
Par André LEGER.
La présence de ce parasite dans le tube digestif des équidés de
notre colonie du Haut-Sénégal et Niger ne semble avoir été si¬
gnalée que rarement. Railliet, dans son Traité de zoologie médi¬
cale, note qu’un de ses élèves, Sarciron, en a recueilli cinq exem¬
plaires dans le cæcum d’un ânon à Ivayes. Cazalbou écrit dans
ses notes de Pathologie exotique que, sur un cheval mort à Tom
bouotou de Mbori, il a rencontré, en grande quantité, dans le cæ¬
cum et le colon replié, le Gastrodiscus Sonsinoi.
De notre côté, et sans recherche spéciale de notre part, nous
avons eu l’occasion en moins d’une année de le rencontrer trois
fois sur des chevaux à Bamako. Nous pensons que ce ver doit
assez fréquemment habiter le tube digestif des équidés de la ré¬
gion, et peut parfois provoquer en raison de leur nombre particu¬
lièrement grand des troubles graves et même mortels chez l’animal
parasité. Pareil fait aurait été signalé, d’après Railliet, sur des
mulets à la Guadeloupe.
Dans deux cas les vers étaient simplement expulsés par l’ani¬
mal avec le crottin, dans lequel il était facile de les voir grouiller:
aucune espèce de troubles morbides n’était relevée, ni diarrhée,
ni constipation, ni perte de l’appétit ou des forces, ni amaigrisse-
— 2Ô2 —
meut, les animaux continuant à faire leur service sans être moin¬
drement incommodés.
La troisième fois au contraire, nous avons eu l’occasion d’au¬
topsier un cheval trouvé mort un matin dans son écurie. Le pro¬
priétaire de la bête signale seulement que déjà à plusieurs reprises
depuis quelques mois il avait remarqué que son cheval semblait
« souffrir du ventre et comme atteint de légères coliques » ; depuis
8 à io jours l’animal paraissait plus fatigué et refusait sa nourri¬
ture. L’autopsie pratiquée dans la matinée ne montre aucune lé¬
sion organique importante pouvant faire soupçonner la vraie
cause de la mort ; l’examen du sang ne permet de voir aucun para¬
site pathogène. Seuls le cæcum et le gros intestin jusqu’au colon
transverse sont fortement distendus en comparaison de la partie
terminale de ce gros intestin ; ils sont mats, rénitents au toucher,
et donnent la sensation d’être entièrement occupés par un corps
étranger ou par un volumineux bol féral. A l’ouverture de la cavité
cæcale, on se trouve en présence d’un véritable bouchon, rem¬
plissant et obturant pour ainsi dire toute la lumière intestinale,
formé d’un nombre extraordinairement élevé de Gastrodiscus
polymastos , agglutinés, tassés pour la plupart les uns contre les
autres, tandis que ceux de la périphérie font prise à la muqueuse
au niveau de leur ventouse postérieure. Le gros intestin sur tout
son parcours est bourré de parasites. L’intestin grêle contient une
grande quantité de matières fécales mêlées à des gastrodisques
assez nombreux surtout au niveau de l’iléon. L’estomac, vide d’ali¬
ments, renferme seulement quelques gaz et un peu de liquide.
A noter enfin une apoplexie de tout le système vasculaire abdo¬
minal.
(Laboratoire de Bamako.)
De TAnguillula intestinales en Cochinchine
et de son diagnostic hématologique
Par P. BR AU.
Un intéressant travail de MM. Weinberg, Leger et Romano-
Witch en 1908 (1) a remis en lumière ce parasite un peu méconnu
pendant ces dernières années.
(i) Comptes rendus de la Société de Biologie, séance du 7 novembre 1908.
203 —
Au cours de notre pratique cochinchinoise, nous avons pu ren¬
contrer, depuis 1910, plusieurs cas de ce parasitisme. Mais la
recherche des larves dans les selles reste assez malaisée par suite
du très petit nombre de sujets observés (parfois un ou deux seu¬
lement: pour une douzaine de préparations).
Comme dans les cas des auteurs précités, nous n’avons en
effet jamais rencontré d’œufs dans les selles. Ce Nématode est
donc en somme d’un diagnostic plus malaisé que les autres hel¬
minthes, parasites des Européens dans les pays chauds.
Nous croyons cependant qu'il est plus fréquent qu’on ne pour¬
rait le croire et ce, en raison d’une constatation intéressante qu’il
nous a été donné de faire dans ces derniers temps.
Depuis longtemps déjà, au cours de nombreux examens héma¬
tologiques pratiqués journellement dans notre laboratoire de l’hô¬
pital militaire de Saigon, nous avions été frappé par l’existence
de certaines éosinophilies (jusqu’à 76,34 %) fournissant un pour¬
centage réellement exagéré et qu’aucun symptôme clinique n’ex¬
pliquait suffisamment (absence de tuberculose pulmonaire, etc.).
Les selles examinées ne récélaient pas d’œufs de parasites, pas
même d’Amibes. Elles contenaient seulement parfois quelques
rares Cercomonas.
De guerre lasse et sur l’avis d’un hématologiste très qualifié,
nous avions étiqueté ces cas: Leucémie (?) et n’avions trouvé
d’autre remède pour les malades que le rapatriement. Dans ces
derniers temps, il nous a été donné de pouvoir déterminer l’agent
causal de cette éosinophilie si anormale, surtout en Coehinchine
où l’ankylostomiase, à peu près nulle chez les Européens, ne sau¬
rait être invoquée pour comparaison.
Dans cinq cas récents présentant une éosinophilie aussi exagé¬
rée, nous avons pu, après des examens de selles réitérés, déceler
difficilement la présence du <( Strongyloïde intestinal ». Nous
appelons tout spécialement l’attention sur ce fait que, dans les
trois derniers cas, le diagnostic hématologique a précédé la décou¬
verte du parasite dans les selles. Le minimum de l’éosinophilie
observée a été de 25 % et le maximum de 69 %. L’Anguillule in¬
testinale semble donc bien avoir été la cause de cette modification
si singulière de la formule normale. Elle peut donc entraîner des
troubles beaucoup plus sérieux que ceux qu’on lui a imputés jus¬
qu’ici.
Nous avons constaté d'ailleurs chez tous nos sujets, une ané¬
mie progressive et une dvspepsie gastro-intestinale des plus accu-
264 —
r.
sées. Certains présentaient, sans dépérissement trop notable, des
diarrhées chroniques datant de plusieurs années et même, dans
un cas, de 10 ans.
Chez tous, un traitement énergique par le thymol a produit,
sinon la disparition totale des parasites, du moins une améliora¬
tion très nette des différents symptômes et un arrêt marqué du
dépérissement progressif.
Nous n’avons pas dépassé dans nos traitements par le thymol
la dose journalière de 6 gr.
14 février 1913.
Un nouveau Strongylidé des Singes
Par A. RAILLIET, A. HENRY et C. JOYEUX.
Dans le matériel helminthologique que l’un de nous a recueilli
en Hautè-Guinée française, se trouve une nouvelle espèce de Né¬
matode de l’intestin grêle des Cercopithèques.
Le ver en question appartient à la famille des Strongylidæ, à la
sous-famille des Strongylinœ et à la tribu des Strongyleœ .
Nous rappellerons tout d’abord les caractères de cette tribu :
Strongijleæ. — Bourse caudale à côtes antérieures fendues, moyen¬
nes profondément dédoublées (leur division étant plus profonde que
l’insertion de la côte antérieure externe), postérieures et postérieures
externes naissant d’un tronc commun, postérieures trifurquées. Vulve
au voisinage du tiers postérieur du corps : utérus à directions oppo¬
sées. Tunnel dorsal accolé à la paroi de la capsule buccale.
A l’heure actuelle, nous pouvons distinguer dans cette tribu
les cinq genres: Strongylus O.-F. Muller, 1780; Ankylostoma
Dub., 1843; Uncinaria Fr'ôlich, 1789; Chciracostomum Raill.,
1902 ; Evansia Raill. et Henry n. g. espèce type : Evansia renniei
n. sp. = Nématode n° 2 de l’Éléphant indien, Evans et R fn-
nie (i)].
Le nouveau Nématode des Cercopithèques appartient au genre
Chciracostomum dont voici les caractères :
Genre Chciracostomum Raill., 1902 [Globocephalus Molin,
(1) Evans et Rennœ, Notes on some parasites in Burma III. A few com-
mon parasites of Eléphants. The Journ. of Trop. Vet. Science, vol. V, iqio-
1 0 1 1 1 p. 243-246, figs. 7-12.
»
i86i, non Globicephalus Les son, 1828 (Mammif.) nec Globioce-
phalus Gray, 1864 (Mammif.) ; Cystocephalus Raill., 1895, non
Léger, 1892 (Grégarimes) ; Crassisoma G. Alessandrini, 1909].
— Strongyleœ à extrémité céphalique légèrement relevée vers
la face dorsale. Gapsule buccale subglobuleuse ou infundibuli-
forme avec tunnel dorsal accolé à sa paroi ; ni coronule, ni mâ¬
choires, ni dents à l’ouverture antérieure; fond de la capsule avec
ou sans lancettes.
Espèce type : Characostomum longemucronatum (Molin, 1861)
[Globocephalus longemucronatus Molin, i 86 1 ; Cystocephalus
longemucronatus Raill., 1895 ; Ankylo stomum longemucronatum
v. Linstow, 1897 ; U ncinaria longemucronata Galli-Valerio,
1898; Characostomum longemucronatum Raill., 1902; Crassi¬
soma urosubulatum G. Alessandrini, 1909J. — Intestin grêle du
Porc et Sanglier.
Le genre Characostomum s’éloigne des Ankylo stoma et des
U ncinaria par l’absence de mâchoires ou de dents à l’entrée de la
capsule buccale. Il semble plus voisin des Strongylus , dont i)
diffère surtout par la courbure de l’extrémité céphalique et l’ab¬
sence de coronule buccale.
Voici d’ailleurs un tableau permettant de se rendre compte des
affinités et des divergences des cinq genres de Strongyleœ.
Capsule buccale très courte ; bouche à coronule ; extrémité
antérieure droite . Evansia
bouche à coronule : ni mâchoires ni dents
antérieures; extrémité antérieure droite. Strongylus
Capsule buc-l
cale globu¬
leuse, s u b - Jbouche sans coro¬
nule ; extrémité
antérieure rele¬
vée vers la lace
dorsale.
ni mâchoires
antérieures
ni dents
gl ob u 1 e u se'
ou i n 1 u n d i-
buliforme .
ini â c h o i -
res anté¬
rieures
•f
avec d e n ts
en cro¬
chets .
sans dents .
Characostomum
Ankylostoma
LJ ncinaria
Characostomum asrnilium n. sp. — Le corps est cylindroïde, à
peu près également atténué ert avant et en arrière ; l’extrémité anté¬
rieure est relevée vers la face dorsale. La teinte générale est blanc
jaunâtre avec une tache brunâtre antérieure correspondant à la cap¬
sule buccale. La cuticule est striée transversalement ; au niveau de
la terminaison de l’œsophage, les stries sont écartées d'environ 6 u.
La bouche est elliptique à grand axe dorso-ventral ; elle ne présente
ni coronule, ni aucune autre armature. La capsule buccale est infun-
dibuliforme à parois très épaisses, fortement chitinisées et de colo¬
ration brune. Sa paroi dorsale est sensiblement plus courte que la
— 266
ventrale,- ce qui est une des causes de i'obliouité de son ouverture
antérieure. Son diamètre est de 120 à 100 u. à l’entrée, et de 80 à
85 g au fond, le maximum (140-150 g) étant atteint un peu en avant
Extrémité céphalique de Ch. asm ilium. Gr. 200.
du milieu. Sa bailleur est de ISO à 100 g du côté dorsal et. de 240 à
255 du côté ventral. Extérieurement, le pourtour antérieur de la cap¬
side présente 0 légers sillons longitudinaux servant sans doute à
loger les nerfs des papilles céphaliques ; mais celles-ci doivent être
assez délicates, car nous n'avons pu les mettre en évidence. A l'inté¬
rieur de la capsule, se trouve accolé contre la paroi dorsale un fort
tunnel dorsal. Le fond de la capsule ne possède aucune armature en
saillie. L’œsophage est remarquablement court et épais ; il mesure
575 g ( c0 à 630 g (9) de longueur sur 175 g (cf) à 225 g (9) de
largeur : son calibre est sensiblement le même sur toute son éten-
due ; c'est à peine si, au niveau du collier œsophagien et du pore
excréteur — situés un peu en avant de son milieu, — on remarque
un léger étranglement.
Le mâle est long de 4 millim. 750 à 5 millim. 200, épais de 260 à
300 g. La bourse caudale présente la disposition caractéristique,
précédemment rappelée, des Strongijleæ. Les spiculés, longs de 660 à
700 g, sont accompagnés d'une pièce accessoire grêle, mesurant
107 à 125 g.
La femelle est longue de 6 millim. 7 à 7 millim. 8, épaisse de
320 à 380 g. La vulve s’ouvre aux deux cinquièmes postérieurs du
corps. Les deux ovéjectours, opposés l’un à l'autre, sont distants
seulement de 35 à 10 g. L extrémité caudale est munie d'un mucron
remarquablement développé, long d'environ 36 g ; l’anus est à 180 g
de sa pointe terminale. Les œufs sont ellipsoïdes, à coque mince,
à contenu peu segmenté au moment de la ponte ; ils. mesurent 48 à
56 g sur 28 à 32.
— 267 —
De l’ensemble de ces caractères, il ressort que nous avons af¬
faire à une forme offrant les plus grandes affinités avec le Cha¬
racostomum longemucronatum (Molin), dont elle diffère sur¬
tout par l’absence de lancettes au fond de la capsule buccale. Le
nom de Ch. asmilium , que nous proposons, vise à rappeler ce ca¬
ractère.
Le Characostomum asmilium a été recueilli dans l’intestin grêle
d’un Cercopithecus patas Schreb. (48 spécimens: 13 (5 et 35 Ç ),
et dans celui d’un Cercopithecus caUiirichus E. Geoff. (i seui
spécimen c?)*
En outre, dans les collections du Muséum d’histoire naturelle,
figure un échantillon très incomplet et altéré d’un Nématode re¬
cueilli chez un Macacus cynomolgus et qui se rapporte très vrai¬
semblablement à cette espèce.
Allen J. Smith, Fox and White (i) ont signalé, il y a quel¬
ques années, un Globocephalus macaci de l’intestin du Macacus
nemesirinus ; ce parasite n’a en fait rien à voir avec notre espèce,
ni même a ver le genre Globocephalus ou Characostomum ; il s’a¬
git en réalité d’un T ernidens et probablement du Ternidens de -
minutus Raill. et Henry.
Réactions locales de début dans un nouveau cas
de trypanosomiase humaine chez l’Européen
Par F. HECKENROTH.
L’observation que nous rapportons ici est à rapprocher de celle
qu’ont publiée Broden et Rodhain dans leur rapport sur les tra¬
vaux du Laboratoire de Léopoldville, 1907-1908, et des observa¬
tions XII, XI et plus particulièrement V de G. Martin et Le-
lœuf (La maladie du sommeil au Congo français.)
On v retrouve en effet une période d’incubation très courte de la
maladie et ces accidents inflammatoires locaux et généraux déjà
signalés dans certains cas à la suite d’une piqûre infectante de
(1) Allen J. Smitii, Herbert Fox and C. Y. White, Contribution to syste-
matic helminthology. Universily of Pennsylvania Medical Bulletin , vol. 20.
n» 12, Febr. 1908, p. 59 du tir. à part ; pl. VIII.
tsétsé. 11 n’est pas douteux, à notre avis, que les tuméfactions dou¬
loureuses constatées par le malade tant sur le sommet de la tête
qu’au genou gauche ne peuvent être que le résultat de piqûres
que l’histoire de la maladie semble bien désigner comme le point
de départ de l’affection actuelle.
L’insecte en cause est fort probablement la tsétsé, car cette
mouche est abondante à M’Pokou où stationnait momentanément
notre malade.
On sait d’autre part que les piqûres de tsétsés ne sont pas tou¬
jours immédiatement douloureuses (surtout dans une région aussi
peu sensible que le cuir chevelu), et, dans le cas qui nous occupe,
elles ont pu fort bien passer inaperçues jusqu’au moment où la
douleur provoquée par la pression, puis l’œdème, ont retenu l’at¬
tention du malade.
G . , 42 ans, capitaine d’infanterie coloniale. Pendant toute la
période de séjour au Congo qui s’étend de mars 1911 à octobre 1912,
G . n'a pas une journée d’indisposition et c’est dans un état de
santé excellent qu'il entreprend un voyage pour Fort Crampel. Il
continue à se bien porter jusqu’au commencement de décembre 1912.
mais depuis cette date, il se sent très fatigué, fiévreux.
Il vient nous consulter le 14 janvier 1913, dès son retour à Brazza¬
ville.
Il raconte (pie, dans la nuit du 5 décembre dernier, au poste de
M’Pokou (près Fort-Sibut sur la rivière M’Pokou), il a été réveillé
par une sensation douloureuse sur le sommet de la tète, douleur qu’il
croit d’abord provoquée par les boutons de sa taie d’oreiller ; mais
il s’aperçoit (pie la pression du cuir chevelu eu ce point est doulou¬
reuse, que le frôlement de la main lui donne l’impression « des che¬
veux pénétrant la peau » et que le cuir chevelu est épaissi. Il pense
alors qu'il a sans doute été piqué par quelque insecte pendant son
sommeil.
Le lendemain, 0 décembre, il constate sur le sommet de la tête
une tumeur analogue à « celle qu’aurait produite un coup de bâton
violent », et remarque à la face interne du genou une deuxième tumé¬
faction, résultant sans aucun doute d’une piqûre, dit le malade.
Cette tuméfaction est rouge-jaunâtre, tendue, et occasionne à la
pression une légère douleur comparable à celle que le malade éprouve
. au niveau du cuir chevelu. Cette tuméfaction mettra une vingtaine de
jours à disparaître. G . passe une journée sans appétit et une nuit
très mauvaise.
7 décembre. L’œdème du cuir chevelu augmente considérablement
et envahit toute la nuque. La douleur que faisait naître la pression a
disparu ; une sensation de tension, de gêne, existe seule. L’inappé¬
tence, l’énervement, l’insomnie persistent.
8 et 9 décembre. L’œdème augmente ; la fièvre se déclare dans la
nuit du 9-10 (sueur et chaleur).
10 décembre. Il y a de l’infiltration œdémateuse des deux régions
parotidiennes, plus particulièrement marquée du côté gauche. Etat
fiévreux.
11 décembre. Même état.
12 décembre. Les œdèmes diminuent et G . constate sur le côté
gauche de la nuque un ganglion de la grosseur d'une noisette, non
douloureux spontanément. Ce ganglion existe encore.
13-14-15 décembre. L’œdème s’efface entièrement ; mais l’état
général reste mauvais. Une sensation de lassitude domine la scène ;
il y a une poussée fébrile chaque jour, et la quinine ne paraît pas
l’influencer. Pas d’appétit ; insomnie pendant la nuit.
20 décembre. Les accidents locaux résultant des piqûres ont à peu
près disparu entièrement.
Le reste de l'observation ne présente aucun intérêt spécial,
sauf la netteté du signe de Kérandel avec cette particularité que
le malade éprouve une douleur violente dans la racine des dents
quand il mastique une croûte de pain ou un morceau de viande.
Le diagnostic microbiologique de trypanosomiase est fait par
l’examen du suc d'un des ganglions cervicaux.
Cette observation doit appeler l’attention des Européens sé¬
journant au Congo sur cette réaction locale de début, qui doit
leur faire soupçonner la trypanosomiase et les engager à S3 pré¬
senter dans le plus bref délai possible au médecin.
(Institut Pasteur de Brazzaville.)
Pouls lent dans la Trypanosomiase humaine
Par L. LAGANE.
L’accélération du pouls est un phénomène classique dans la
ire période de la trypanosomiase humaine (i) et nous-même l’a¬
vons constatée en même temps que l'instabilité du rythme cardia¬
que, conformément aux descriptions des auteurs. Cette tachycar¬
die, qui peut atteindre 140 pulsations à la minute, existe aussi bien
pendant les poussées fébriles qu'en dehors d’elles. C’est un symp¬
tôme presque constant, d’une grande valeur diagnostique.
Cependant, nous suivons à l’hôpital Pasteur (service de M. le
(1) G. Martin et Lebœuf. La maladie du sommeil au Congo français , in
G. Martin, Lebœuf et Roubaud, p. 307. — Laveran et Mesnil. Trypanoso¬
mes et Trypanosomiases , 2e éd., p. 594. — L. Martin et H. Darré. La mala¬
die du sommeil, Journal méd. français, n° 2, février 1 9 1 1 , p. 61.
vj
Dr Veillon) deux malades’ qui présentent au contraire de la bra¬
dycardie.
i° L’un d’eux Ch. D..., 32 ans, a présenté ses premiers symp¬
tômes de trypanosomiase au Congo, en janvier 1907, et la maladie
a évolué depuis avec ses symptômes classiques. Nous l’avons vu
au début de l’année 1912, n’ayant encore suivi aucun traitement,
fatigué, extrêmement anémié, bouffi, porteur d’adénopathies mo¬
dérées, souffrant beaucoup de douleurs, à type radiculaire, occu¬
pant la région occipitale, la nuque et les épaules. Nous avons
trouvé des trypanosomes dans son liquide céphalo-rachidien, en
même temps qu’une grosse lymphocytose et qu’une mononucléose
marquée. Nous n’avons pas trouvé de parasites dans son sang,
à l’examen direct, ni dans son suc ganglionnaire. Il présentait le
phénomène de l’auto-agglutination des hématies.
Nous l’avons traité par des séries répétées d’injections d’atoxyl,
coupées par quelques séries d'émétique. Sous leur influence, son.
état général s’est amélioré; il n’a que rarement quelques légers
accès fébriles, il ne présente presque plus de phénomènes d’hy-
péresthésie, mais les douleurs aussi bien que la réaction méningée-
ont peu rétrocédé. Il présente quelques très légers troubles intel¬
lectuels et psychiques (perte partielle de la mémoire, émotivité,
accès de tristesse, insomnies).
Ce malade, depuis un an que nous l’observons, présente un
pouls lent permanent, oscillant entre les chiffres extrêmes de 50 a
58 pulsations par minute, avec variations minimes sous l’influence
de la fièvre, des émotions, des efforts. Ce pouls est régulier, égal,
bien frappé; il correspond à un nombre égal de contractions ven¬
triculaires. Le malade se rappelle avoir eu une fréquence nor¬
male du pouls avant sa maladie.
L’auscultation du cœur ne décèle rien d’anormal. La tension,
artérielle, mesurée à l’oscillomètre de Pachon est : maxima 1 5 r
minima 8. Son rythme respiratoire est sensiblement normal; 17
mouvements respiratoires par minute.
Le 15 février, nous avons pratiqué l’épreuve de l’atropine (r) et
injecté, sous la peau, un mmg. de sulfate d’atropine. Les puisa
tions, du chiffre de 56 avant l’injection, se sont élevées à 72 une
demi-heure après, 68 une heure, 60 deux heures après.
Plus tard, nous avons pratiqué l’épreuve du nitrite d’amyle (2).
(1) Diîhio. Deutsch. Arch. fiïr klin. medi 7., 1893, p. 74.
(2) Josué et Godlewski. — Soc. Méd. Hop., 24 janvier 1913, p. 212.
V ' , -
' \
• — 271 —
plus rapide, plus constante, plus nette que la précédente. Après
inhalation de quelques gouttes de nitrite d’amyle, le pouls du
malade, qui était de 56, a atteint après 2 m., 92 pulsations; après
5 m., 60; après 8 m., 56.
20 Aug. B..., 29 ans, a séjourné 5 ans au Congo et semble pré¬
senter des symptômes de trypanosomiase depuis 2 ans 1/2. Nous
le voyons à la fin de l’année dernière, ne s’étant jamais soigné
que contre le paludisme, bouffi, amaigri, anémié, avec des pla¬
cards d’érythème circiné, d’énormes paquets ganglionnaires,
un peu de parésie des membres inférieurs, un gros foie et une
grosse rate, enfin avec une surdité d’origine centrale. Une ponc¬
tion lombaire montre une très grosse lymphocytose du liquide
céphalo-rachidien, avec quelques mononucléaires. Nous ne pou¬
vons trouver de parasites ni dans le sang, ni dans le liquide cépha¬
lo-rachidien, ni dans le suc ganglionnaire, mais l’inoculation du
sang au cobaye est positive.
Le malade, traité par l’atoxyl et l’émétique, est très amélioré
en ce moment. Il a considérablement augmenté de poids, ses adé¬
nopathies ont disparu; son état somatique et psychique est satis¬
faisant.
Son pouls, moins lent que celui du malade précédent, varie de
50 à 62 pulsations par minute, avec variations en rapport avec
l’hyperthermie, les efforts, les émotions, pouvant atteindre 80 pul¬
sations ; c’est une bradycardie vraie, sans anomalies perceptibles à
l’auscultation du cœur. La tension artérielle est : maxima 19;
minima 8.
«
Son rythme respiratoire est normal: 16 à la minute.
L’épreuve de l’atropine (o gr. 001) montre: avant l’épreuve:
58 pulsations ; 1/2 heure après : 82 ; une heure après : 84 ; 2 heures
après : 84.
L’épreuve du nitrite d’amvle donne: avant: 56; 2 minutes
après ; 76 ; 5 minutes après : 60 ; 7 minutes après : 56.
Le moindre ralentissement et les variations du rythme du pouls
de ce malade le distinguent donc un peu du malade précédent.
Ces observations donnent lieu à quelques remarques :
L’existence de bradycardie dans la maladie du sommeil, assez
rare et s’opposant à la tachycardie habituelle, de mécanisme diffé¬
rent et associée parfois à de l’accélération du rythme respiratoire,
soulève une question de pathogénie intéressante. Grâce à l’étude
des contractions cardiaques, grâce aux épreuves de l’atropine et
du nitrite d’amyle, nous pouvons éliminer l’hypothèse d’une
272
bradycardie par dissociation auriculo-ventriculafre et admettre
celle d’une bradycardie nerveuse. Reste à localiser le point où
aurait lieu l’excitation du vague qui entraîne ce ralentissement
des contractions cardiaques. Peut-être, nous appuyant sur l’exis¬
tence des fortes réactions méningées et des douleurs persistantes
à type radiculaire de ces malades, pouvons-nous admettre une
irritation légère du nerf pendant son trajet dans les espaces
sous-arachnoïdiens et au niveau de ses enveloppes méningées.
Aussi, au point de vue clinique, faisons-nous de cette brady¬
cardie un symptôme de pronostic défavorable. Au contraire, sa
disparition sous l’influence du traitement avec retour d’un rythme
normal du pouls pourrait être considérée comme un signe d’amé¬
lioration.
L’arsenophénylglycine dans la prophylaxie
chimique de la Trypanosomiase humaine
Par P. AUBERT et F. HECKENROTH.
Dans une note préliminaire parue dans ce Bulletin (1), après
avoir rappelé la fréquence et l’intensité des réactions inflamma¬
toires locales consécutives aux injections sous-cutanées d’arséno-
phénylglycine, nous préconisions l’emploi des injections intra¬
veineuses de ce produit. Dans un nombre restreint de cas, ces
injections intra-veineuses, nous avaient en effet paru bien suppor¬
tées par les malades.
Depuis cette époque nous avons soumis un grand nombre d’in¬
digènes trypanosomés, une centaine environ, à un traitement qui
a compris une ou deux injections intra-veineuses d’arsénophé-
nylglycine.
Les observations de ces malades nous ont permis de recueillir
d’utiles indications sur la technique générale de ce mode de trai¬
tement ; elles mettent enfin bien en relief l’action stérilisatrice puis¬
sante de ce dérivé arsénical dont il faut souhaiter voir l’emploi se
généraliser dans la Prophylaxie chimique de la trypanosomiase
humaine.
(1) Prophylaxie de la trypanosomiase humaine et arsénophénylglycine en
injections intra-veineuses, B.S.P.E., t. IV, n» 6, p. 419.
— 273 —
L’arsénophénylglycine est un produit qui s’altère rapidement
au contact de l’air; aussi est-il livré dans des ampoules scellés
sous le vide. Il faut en conséquence s’assurer, avant d’utiliser le
produit, de l’existence parfaite du vide dans les ampoules et re¬
jeter le contenu de toutes celles dans lesquelles le vide n’aurait
pas été nettement constaté.
L’arsénophénylglycine se dissout aisément à froid dans l’eau*,
au début nous le dissolvions dans de l’eau contenant du sel marin
en proportions variables, de 6 g. à 9 g. 0/00. Il y a avantage à se
servir uniquement d’eau ordinaire, fraîchement distillée et stérile.
Les solutions d’a.ph.gl. doivent être préparées extemporané-
ment, car leur toxicité augmente en vieillisant. On les injectera
donc, aussitôt préparées, dans les veines, après les avoir, au préa¬
lable, filtrées.
Nos malades ont été soumis à des traitements prophylactiques
comprenant une ou deux injections d’a.ph.gl.
20 Nous avons constaté qu’il était préférable d’adopter cette
dernière méthode de traitement : car elle permet de constater, à la
suite de la ire injection, si les malades ne présentent point de
susceptibilités particulières vis-à-vis des arsenicaux.
20 La dose thérapeutique ,pour être plus exact, la dose que nous
estimons suffisante pour obtenir dans la majorité des cas chez les
trypanosomés une stérilisation d’une durée prolongée est de 0,045
centigrammes par kilog. de poids du malade.
%
Cette dose de 0,045 Par kg. sera prise comme base normale
pour les traitements prophylactiques à une ou à deux injections.
Les deux injections doivent être faites à un intervalle de 4 à 5
jours environ.
Il ne nous paraît pas utile d’employer des doses plus élevées
que celle que nous venons d’indiquer: Etant donné que nous ne
cherchons pas, dans le traitement prophylactique, à obtenir ±a
<( stérilisation définitive des malades », nous devons nous abstenir
d’administrer des doses de 0,055, °j°6 ctg. par kg., car ces doses,
impunément injectées dans certains cas, peuvent parfois provo¬
quer, comme nous en avons été témoins, des symptômes graves
d’intoxication.
Le degré de concentration des solutions d’arsénophénylglycine
est important à considérer.
L’apparition de certaines réactions générales de l’organisme
que l’on peut observer soit pendant soit immédiatement après
l’injection, telles que nausées, vomissements, oppression.... sont
liées vraisemblablement à des concentrations trop élevées de la
solution médicamenteuse.
Les résultats ci-dessous nous paraissent très nets à ce sujet :
IDans 5i injections la dose
d’a.ph.gd. est dissoute
dans ioo à 120 cc. de
liquide .
Dans 37 injections la dose
d'a.ph.gL est dissoute
dans 20 à 60 cc. de li¬
quide .
Il est donc indiqué de diluer convenablement les solutions d’ar-
sénophényglycine destinées à être injectées dans les veines, Quelle
que soit la dose de médicament utilisé, le volume de liquide in¬
jecté ne devra pas être inférieur à 100 ou 120 cc.
Dans le tableau suivant (1) nous avons résumés les observations
seules des malades chez lesquels il nous a été possible de contrôler
par des examens fréquents de sang centrifugé l’activité du trai¬
tement prophylactique. Ces malades sont au nombre de 37.
Les 37 malades qui figurent au tableau suivant se répartissent
de la façon suivante:
Malades en Bon Etat: 18 Malades en Mauvais Etat: 19.
Récidives. — Sur 37 malades traités nous enregistrons 11 ré¬
cidives soit le 29 % de l’effectif.
Ces 11 malades chez lesquels la rechûte s’effectue 4 mois en
moyenne après la cessation du traitement étaient :
4 des malades en bon état.
7 des malades en mauvais état.
Stérilisation. — La durée moyenne de la stérilisation notée pour
ces 37 malades est de 9 mois.
Malades améliorés par le traitement =20 soit le 54 %
Malades dont l’état est resté stationnaire = 12 soit le 32 %
Malades dont l’état s’est aggravé = 5 soit le 13 %
Du rée du traitement. De 1 à 5 jours.
Décès: Nombre 4. La survie pour les 4 malades décédés a
été de :
1 mois dans 1 cas ; de 2 mois dans 1 cas ; de 5 mois dans 1 cas ;
de 6 mois dans 1 cas.
(1) Les 7 premiers malades de ce tableau ont reçu l’a.ph.gl. en injections
sous-cutanées.
Réactions constatées = 1
Réactions constatées = 2G
/
— 275 —
3 des malades décédés étaient à la dernière période de leur af¬
fection au moment où ils ont été traités.
Il nous paraît intéressant de faire remarquer que 25 de nos
malades soit le 67 % des traités présentent une durée de stérilisa¬
tion égale ou supérieure à 6 mois. La durée moyenne de la stérili¬
sation pour ces 25 malades atteint le chiffre élevé de 12 mois.
Enfin quelques-uns de ces malades sont actuellement, dans un
/
— 276 —
état de santé tel, après 25, 24, 22, 18, 15 mois d’observation, que
l’on peut escompter leur guérison définitive.
Conclusions . — L’arsénophénylglicine est un médicament qui
possède un pouvoir de stérilisation énergique et prolongé:
Les injections intra-veineuses constituent la méthode de choix
pour l’administration de ce produit:
Ces injections effectuées suivant la technique et aux doses que
nous avons indiquées sont bien supportées et bien acceptées par
l’indigène.
Le traitement prophylactique par les injections intra-veineu¬
ses d’arsénophénylglycine, en raison même de la brièveté du
temps qu’il exige pour être effectué, de la stérilisation prolongée
qu’il permet d’obtenir chez les malades dont il améliore d’une fa¬
çon notable l’état général est un traitement précieux dont il faut
désirer voir l'emploi se généraliser dans la Prophylaxie chimique
de la trypanosomiase humaine.
(. Institut Pasteur de Brazzaville, 1912.)
Manuel opératoire des injections hypodermiques
d’oxygène dans les anémies tropicales
Par Raoul BAYEUX.
Les injections hypodermiques d’oxygène, dont j’ai été le pre¬
mier. à montrer les heureux effets dans le traitement de la tuber¬
culose (1), dans les crises asphyxiques de la coqueluche et du
croup (2), dans l’anoxhémie des altitudes (3), et dans les anémies
tropicales (4), comportent un manuel opératoire très-simple, pour¬
vu que l’on dispose d’une instrumentation convenable.
Les appareils de fortune dont on se servait autrefois et dont
je me servais moi-même en 1910 (ballons de caoutchouc reliés à
une aiguille de Pravaz, soufflerie de thermo-cautère, bocaux de
verre remplis d’eau dans lesquels on faisait entrer le gaz par as¬
piration pour le refouler ensuite sous la peau), ont été générale-
(1) Acad, de Médecine, 5 déc. 191 1. Congrès de Rome, avril 1912.
(2) Congrès de Pathologie comparée, Paris, 28 oct. 1912.
(3) Acad, des Sciences , 3 juin 1912.
(4) Soc. de Pathol, exotique, 12 février 1913.
ment abandonnés: on a reconnu qu’ils sont incommodes, en¬
combrants, dénués de toute précision et qu’ils exposent à de
fréquents échecs.
Depuis l’année 1911, je me sers de l’appareil que j’ai l’honneur
de présenter à la Société de Pathologie exotique et qui a été cons¬
truit avec une grande perfection par M. Jules Richard, de Pa¬
ris.
Cet appareil, que j’ai dénommé: oxygénateur de précision, a
déjà été présenté à l’Académie des Sciences par Cailletet (i),
puis par moi-même au Congrès italien de la tuberculose (2), au.
Ier Congrès de Pathologie comparée (3), à la Section scientifique
de l’ Aéro-Club (4), et à la Société de l’Internat des hôpitaux de
Paris (5).
Un certain nombre de Savants l’emploient journellement, et
près de trois mille injections d’oxygène ont été pratiquées avec
cet instrument. Je m’en suis servi pendant une de mes ascensions
au Mont-Blanc, et, ni la dépression barométrique, ni les grandes
variations de température que l’on subit dans la haute montagne,
n’ont troublé son fonctionnement.
Cet appareil se compose des organes suivants:
i° un petit récipient portatif à oxygène;
20 un détendeur-distributeur ;
3° une aiguille hypodermique spéciale.
Le récipient n’est pas plus volumineux que le manche d’une ra¬
quette de tennis; il est assez résistant pour supporter une charge
de 150 kg. par cm1 2 3 * 5 ; il contient alors 15 litres de gaz. Son poids est
minime (moins de 700 gr.).
Le détendeur-distributeur renfermé dans une petite boîte porta¬
tive comprend : deux détendeurs métalliques accouplés, à la sor¬
tie desquels la pression du gaz est réduite à 1/2 k. (cette pression
demeure constante quelles que soient les variations de la pression
dans le récipient); un robinet de haute précision mû par un dis¬
que qui porte des divisions représentant la vitesse de l’écoulement
en centimètres cubes à la minute; enfin, deux manomètres: le
plus gros indique la pression de gaz à Centrée, le plus petit mar¬
que la pression à la sortie.
(1) Acad, des Sciences, 20 nov. 1911.
(2) Rome, avril 1912.
(3) Paris, 28 oct. 1912.
R) Paris, juin 1912.
(5) Paris, déc. 1912.
278
On connaît ainsi : le volume du gaz dont on dispose, à quelle
vitesse ce gaz s'écoule, et sous quelle pression il entre dans l’or¬
ganisme. Ces trois données sont nécessaires et suffisantes pour
effectuer et surveiller une injection correcte d’oxygène.
L’aiguille est perforée d’un trou supplémentaire latéral, qui
assure l’écoulement du gaz, même lorsque l’orifice terminal se
trouve obstrué. Elle est montée sur un manche qui porte un dis¬
que dont le rayon a été calculé pour qu’elle s’incline à 45 0 dans
les tissus; cette disposition empêche la pénétration de la pointe
dans le derme ou dans les plans musculo-aponévrotiques profonds.
Oxygénateur du Dr Baveux, construit par Jules Richard.
Grâce à cette instrumentation, le manuel opératoire d’une in¬
jection hypodermique d’oxygène est des plus simples.
Il faut d’abord avoir rempli d’oxygène le petit récipient. Pour
cela, un raccord spécial, fourni par le constructeur, permet de
puiser le gaz sur une des grosses bonbonnes du commerce. Le ré¬
cipient étant plein, on le visse sur le tube fileté qui se trouve
auprès du gros manomètre du distributeur. On l’ouvre en dévis¬
sant légèrement la molette; aussitôt, le manomètre indique le vo¬
lume d’oxygène disponible. On adapte alors le tube de caoutchouc
sur l’ajutage du petit manomètre à travers l’orifice ménagé sur le
petit côté de la boîte.
On détermine la vitesse du débit en faisant tourner le disque du
robinet de manière à amener devant la pointe fixe le chiffre de ce
disque qui indique le nombre de centimètres cubes à l’heure
qu’on veut injecter. Enfin, ayant désinfecté la peau du malade,
à l’endroit convenable, on flambe l’aiguille, on l’adapte au tube
flexible, et on l’enfonce obliquement sous la peau.
Les points d’élection pour la piqûre sont les suivants, que j’ai
déjà indiqués dans mes précédentes communications :
1 0 la région fessière ;
2° la face externe de la cuisse;
3° la fosse iliaque externe;
3° la région lombaire.
Pour que l’injection ne soit pas douloureuse, sa vitesse ne doit
pas dépasser 50 cm3 à la minute.
11 suffit, en général, sauf dans les asphyxies aiguës, d’injecter
300 cm3 à chaque séance; l’injection dure donc 6 m. Si l’aiguille
se trouve bien dans le tissu cellulaire et si la piqûre ne saigne
pas sous la peau, le petit manomètre indique une pression infé¬
rieure ou égale à 50, (ce qui veut dire: 50 cm. d’eau). Sinon, il
faut enlever l’aiguille et recommencer la piqûre à un autre en¬
droit.
Dans les cas chroniques tels que les anémies, il est inutile de
renouveler les injections plus souvent que tous les trois jours:
le gaz met, en moyenne, 36 h. à se résorber.
En employant la technique que je viens d’indiquer, aucune
complication, générale ou locale n’est à craindre; mon appareil
renferme un filtre qui arrête les poussières.
L’application particulière de cette méthode au traitement des
anémies tropicales ne me paraît présenter aucune difficulté, même
au cours des expéditions coloniales: l’appareil comprend tous les
organes nécessaires aux injections et on pourra toujours emporter
dans les bagages une ou plusieurs grosses bonbonnes du com¬
merce, (celles de 500 1. pèsent 6 k. et contiennent assez d’oxygène
pour plus de quinze cents piqûres).
Les bons résultats que j’ai obtenus et dont j’ai entretenu la
Société de Pathologie exotique en février dernier me font espérer
que les injections sous-cutanées d’oxygène seront d’un grand se¬
cours dans les pays à malaria ou à dysenterie et permettront
aux médecins coloniaux, aussi bien qu’aux explorateurs, de lut¬
ter avec succès contre les anémies, climatiques ou infectieuses, qui
accablent si souvent les corps expéditionnaires et les caravanes.
28o —
M. Brumpt. • — Je crois qu’il serait intéressant de trouver un
dispositif particulier pour pouvoir conserver le caoutchouc en bon
état, il s’altère très vite dans les pays chauds à en juger par ceux
qui sont adaptés aux appareils photographiques.
M. Marchoux. — Je profite de l’ observation qui vient d’être
faite à M. Bayeijx par notre collègue M. Brumpt, pour commu¬
niquer à la Société une observation qu’il m’a été donné de faire
hier. Des ampoules de sang avaient été réunies en groupe par une
ligature de caoutchouc en 1907. Ce paquet d’ampoules mis à la
glacière à cette époque y est resté constamment jusqu’à aujour¬
d’hui. Le caoutchouc qui retient les tubes de verre est à peine
altéré et conserve encore toute son élasticité. La température assez
basse qui se maintient dans une glacière et sans doute aussi l’hu¬
midité qui y règne permettent donc au caoutchouc de garder ses
propriétés.
J’espère être utile à nos collègues des colonies en leur signa¬
lant cette observation.
M. Laveran. — Il n’est pas douteux que le caoutchouc s’altère
plus rapidement dans les pays chauds que dans nos pays à climat
tempéré. En dehors de la question de température, il y a une autre
cause d’altération des objets en caoutchouc qu’il est important
de connaître: ces objets s’altèrent d’autant plus vite qu’ils res¬
tent plus longtemps immobiles dans les boîtes fermées, c’est-à-
dire dans les conditions qu’on croit en général devoir être pré¬
férées pour leur conservation. Lhie poire en caoutchouc qui est
renfermée, et qui ne sert jamais, s’altère beaucoup plus vite
qu’une poire qui reste sur une table de laboratoire et dont on se
sert souvent; le caoutchouc durcit et se casse. Les approvisionne¬
ments du service de santé militaire ont eu beaucoup à souffrir de
cette cause d’altération des objets en caoutchouc renfermés pen¬
dant longtemps. La qualité du caoutchouc a aussi une grande
importance.
I
- 28i —
Mémoire
jy
Observations sur la biologie du Ver de Guinée
Infection intestinale des Cyclops
Par E. ROUBAUD.
Le Ver de Guinée est très répandu dans les diverses colonies de
l’Afrique Occidentale. Au cours de notre Mission Scientifique
nous l’avons observé avec Bouet dans la plupart des régions par¬
courues. Les rapports sanitaires le mentionnent partout et atti¬
rent fréquemment l’attention sur les dégâts qu’il occasionne, sur¬
tout dans les formations militaires. Bien que son histoire appar¬
tienne au domaine classique, il existe encore un certain nombre
d’obscurités dans les détails de son évolution chez l’invertébré.
J’ai effectué au Dahomey quelques expériences pour tenter d’élu¬
cider quelques-uns des points encore douteux de sa biologie.
Durée de survie des embryons libres dans Veau et dans la terre.
— Manson (i) indique que les embryons conservent leur vitalité
dans la terre humide pendant plusieurs semaines, et qu’ils sont
susceptibles d’une certaine résistance à la dessiccation. Je n’ai pu
confirmer ces expériences. Au Dahomey, à la température moyenne
/ de 25 0 C, les embryons extraits du corps des femelles n’ont guère
dépassé trois jours de survie dans l’eau. Dans la terre humide
leur survie s’est élevée jusqu’à quatre jours. Dans aucun cas je
n’ai vu d’embryons vivants le cinquième jour. Les chiffres don¬
nés par Leiper (2) à la Gold Coast pour la survie dans l’eau coïn¬
cident avec les miens au Dahomey. Je n’ai pu observer de révi¬
viscence des embryons, ni de résistance appréciable à la dessic¬
cation.
Mode d’infestation des Cyclops. — - L’infestation expérimentale
des Cyclops est facile. Après Ledtschenko elle a été réalisée avec
succès par Manson en Angleterre, par Leiper en Gold Coast, par
Wenyon au Soudan Anglo-Egyptien, etc. Au Dahomey je l’ai
(1) Lect. on trop. Diseases , Londres, 1905.
(2) Brit. med. Journ 19 janv. 1907.
— 282 —
obtenue avec une égale facilité en opérant soit sur des Cyclops
du type C. Leuckarti Claus provenant de localités où la dracon-
culose est endémique (Agouagon), soit sur des Cyclops d’espèces
différentes provenant des lagunes de Porto-Novo et du delta
de l’Ouémé, aux environs des villages lacustres dans lesquels l’af¬
fection ne paraît pas sévir (1).
D’autres petits crustacés d’eau douce (Ostracodes, Cladocères)
vivant avec les Cyclops, sont constamment restés rélractaires. En¬
fin j’ai cherché également à infester divers types de Copépodes
Calanides marins, de la lagune de Cotonou. Ces Copépodes ne
se sont jamais infestés.
Les Cyclops se parasitent à tout âge, aussi bien les Nauplius
que les adultes. Il n’est pas rare de rencontrer 6 à 10 larves dans
le même individu adulte, 3 ou 4 dans un seul Nauplius. Com¬
ment se fait l’infection ?
Selon l’opinion courante basée sur les observations de Fedts-
chenko au Turkestan la pénétration des embryons libres dans la
cavité générale se ferait par effraction à travers l’articulation ven¬
trale des segments du corps. Les embryons pénétrant dans le tube
digestif périraient. Wenyon (2) a confirmé ce mode de pénétration
et en donne même une figure.
Ce processus de pénétration qui est jusqu’ici généralement ad¬
mis semble différencier nettement dès le début l’évolution des
larves de la filaire de Médine, chez l’hôte intermédiaire, de celle
des filaires à embryons sanguicoles. On sait en effet que ces em¬
bryons sont .toujours ingérés par leur hôte avec le sang; ils par¬
viennent d’abord dans le tube digestif et se répandent ensuite
dans les diverses régions où ils doivent évoluer.
Or, c’est un fait admis, comme l’a fait observer Leiper (3), que
les embryons du Cucullanus ele geins infestent leur hôte, le Cy¬
clops, par la voie intestinale. Ces embryons sont si voisins de
ceux du Ver de Guinée qu’ils ont permis à Leuckart de souçon-
ner un développement analogue de ce dernier parasite chez ]e-
Cyclops. Leiper est le seul auteur qui ait mis en doute la notion
courante du mode de pénétration des embryons du Ver de Gui¬
née par effraction chez leur hôte Copépode. Il fait remarquer avec
(1) La détermination précise des espèces n’a pu être faite par suite de la
disparition dans un incendie de laboratoire du matériel utilisé.
(2) 3 9 Rep. Wellcome Res. Lab. Khartoum, 1908, pp. 132-5.
(3) L. cit.
283.—
raison que ces embryons ne sont point pourvus d’un organe
quelconque de fixation ou de perforation, et que leurs mouvements
rapides et réguliers de natation ne sauraient leur permettre d’agir
efficacement de cette manière ; que de plus la présence des Cyclops
ne semble point les attirer d’une façon particulière. Il émet comme
plus plausible l’hypothèse d’une pénétration intestinale, mais n’a
pu la vérifier.
Dans mes expériences, malgré des recherches nombreuses, je
n’ai jamais pu surprendre l’indice d’une pénétration active quel¬
conque des embryons, chez les Cyclops, à travers les téguments.
Lorsqu’on examine sous le microscope les mouvements des em¬
bryons mis au contact d’un Cyclops, on ne les voit jamais cher¬
cher à se fixer à lui, ni même manifester une attraction quelcon¬
que vis-à-vis de leur hôte. Quelquefois ils s’insinuent au hasard
de leur course entre les appendices du Copépode, mais celui-ci
s’en sépare rapidement d’un mouvement brusque. Rien ne peut
faire penser à la possibilité pour l’embryon de se frayer un che-
nin à travers la cuticule tégumentaire. D’autres recherches m’ont
au contraire amené à reconnaître que le mode de pénétration
normal des embryons est la voie digestive, ainsi que cela se pro¬
duit pour les Cucullanus .
Un lot de Cyclops très nombreux ont été mis en contact avec
des embryons de Pilaire en nuage épais dans l’eau. Au bout de
6 h., la plupart des Cyclops examinés montrent des pelotons volu¬
mineux d’embryons dans la région stomaca’e çf ig. 3). Ces em¬
bryons sont mobiles et ne paraissent nullement digérés. A l’état
frais je n’ai pas pu déceler l’existence, à ce stade, d’embryons
dans la cavité générale. Mais dans les coupes on peut reconnaître
qu’il existe déjà, dans certains cas, à côté du peloton stomacal,
quelques embryons dans la cavité générale. Chez les Cyclops exa¬
minés, 24, 48 heures après, on ne trouve plus trace d’embryons
dans le tube digestif ; ils sont tous passés dans la cavité générale
Si les embryons du peloton stomacal étaient digérés sur place on
devrait retrouver au moins après 24 ou 48 heures des traces de la
cuticule dans le contenu intestinal. Il n’en est rien.
Dans les coupes du peloton filarien stomacal des Cyclops, on .
trouve la paroi digestive du Copépode fortement distendue, et ré¬
duite à une assise de cellules aplaties, remarquablement mince. II
est extrêmement facile aux embryons de perforer à l’aide de leur
queue fine et aiguë cette mince paroi digestive et de passer dans
la cavité générale. Le séjour des embryons dans l’estomac du Cy-
- 284 -
clops ne dure que quelques heures, puisque déjà au bout de 6 h.
ils commencent à parvenir dans la cavité générale et qu’ils y sont
tous réunis 24 h. après.
Directement, sous le microscope, j’ai pu voir deux fois à Tom¬
bouctou un Cyclops se saisir d'un embryon de filaire, l’amener
à la bouche entre ses pattes mâchoires et faire des efforts pour
l’ingérer. L’embryon ayant été saisi par le milieu du corps se
prêtait mal à son introduction dans le tube digestif. Deux fois
j’ai pu voir le Cyclops reprendre son parasite, et après des essais
infructueux le rejeter. 11 est exceptionnel de pouvoir suivre ces
détails au microscope, car les Cyclops gênés par la lumière fuient
les régions éclairées de la préparation.
Nous pensons que les Cyclops doivent ingérer aussi les em¬
bryons morts. C’est sans doute des embryons ingérés à cet état
que Fedtschenko a vus dans l’intestin des Cyclops. Il en a déduit
à tort que ces embryons mouraient dans l’intestin. Pour nous, le
mode d’infestation normal des Cyclops est manifestement la voie
digestive. Dans ces conditions le début de l’évolution chez 1 ’ hôte
intermédiaire de la filaire de Médine se ramène au cas habituel
des embryons de filaires sanguicoles, tous ingérés par leurs hô¬
tes. Il perd son caractère aberrant.
Mues. — Les observations des auteurs ne sont pas absolument
comparables, touchant le nombre des mues chez les Cyclops et
les transformations morphologiques subies par les larves.
Fedtschenko décrit une mue à partir du douzième jour à la
suite de laquel’e la striation disparaît et la queue devient courte
et ramassée, terminée par trois courtes pointes. Mans on parle
de deux ou 'trois mues successives aboutissant à la formation d’une
larve cylindrique à extrémité postérieure trilobée.
Leiper, au cours de ses recherches, a constaté que vers le hui¬
tième jour en Gold Coast la cuticule striée des embryons disparaît
généralement. Deux jours plus tard cette nouvelle larve abandon¬
ne une très délicate pellicule enveloppante, et à partir de ce mo¬
ment jusqu’à la fin de l’évolution, il n’y a plus de nouvelle mue.
La larve acquiert simplement des organes définitifs et paraît mû¬
re au bout de 5 semaines.
Wenyon signale également une mue vers le huitième jour qui
libère une larve à queue courte terminée par deux expansions
l’une dorsale, l’autre ventrale.
Au Dahomey j’ai observé comme Leiper que la première mue
apparaît vers le huitième jour. C’est une date minirna qui n’est
- 285
' .
pas absolument fixe. Le dixième jour en effet on peut observer
encore dans un même Cyclops des larves qui ont conservé les ca¬
ractères de l’embryon primitif à côté de larves ayant subi leur
première transformation.
Fig. i, 2 et 3. — Développement du Ver de Guinée chez les Cyclops.
1. Larve de filaire au 2« stade extraite de la cavité générale d’un Cyclops,
le 14e jour de l’infection X 180.
2. Larve au 45e jour de l’infection ; même gross.
3. Coupe horizontale du corps d’un Cyclops, 6 heures après l’infection,
montrant le peloton filarien stomacal X 70 env.
Le 14e jour toutes les larves ont revêtu l’aspect du 2e stade.
La nouvelle larve (fig. 1) se caractérise par une extrémité posté¬
rieure (queue) courte et obtuse succédant au fouet aigu caractéris¬
tique de l’embryon libre. La striation de la cuticule est beaucoup
moins apparente que chez la larve primitive, mais cependant
encore visible.
20
— 286 —
La larve paraît cyclindrique, elle mesure omm,5 et est animée
de mouvements beaucoup moins rapides qu'au premier stade.
Le tube digestif s’étend régulièrement, en tube rectiligne, de la
bouche à la base de la queue conique qui mesure 23 y.
Les larves ne paraissent plus subir de changements importants
dans leur forme extérieure à partir de ce stade. Il est cependant
probable qu’il se produit encore au moins une deuxième mue.
Des larves observées le 42e jour après leur introduction chez le.
Cyclops sont en effet légèrement différentes des précédentes
(fig. 2). Leurs dimensions sont plus élevées (omm,6). La bouche
présente deux lèvres très nettes; la striation de la cuticule n’est
plus apparente. Des changements dans les organes internes se
manifestent également. Le tiers postérieur du corps se différencie
du reste par une coloration jaune brunâtre, qui tranche sur la
transparence générale.
Ces larves ont complètement perdu la vivacité des premiers sta¬
des. Dans le corps de l’hôte elles apparaissent peu mobiles, pelo¬
tonnées sur elle-mêmes. Extraites du corps du Cyclops et pla¬
cées dans l’eau, elles se déroulent, mais ne possèdent plus de
mouvements natatoires : elles se lovent et se détendent lentement,
incapables de nager. Ces larves nous paraissent parvenues au
terme de leur évolution chez le Cyclops. Nous ne les avons pas
suivies ultérieurement. Avec Leiper nous considérons des larves
de 5 à 6 semaines en Afrique comme des larves « mûres ».
A aucun des stades envisagés nous n’avons pu reconnaître aux
larves les trois pointes ou les trois papilles caudales de Fedts-
chenko ou de Manson. D’ailleurs Leiper ne les mentionne pas.
L’extrémité caudale de nos larves à la première mue comme celle
des larves de 6 semaines, les plus âgées que nous ayons suivies,
est simplement conique et non trilobée. On peut se demander à
quoi tiennent les différences morphologiques observées. Peut-être
sont-elles de nature sexuelle.
Essais d’infection. — J’ai réalisé des essais d’infection sur
trois singes ( Cercopithecus viridis). Le premier a reçu dans le
pharynx, à la pipette, une grande quantité d’embryons libres
dans l’eau, extraits de l’utérus; le 2e a ingéré douze Cyclops
infestés depuis 48 heures; le 3e quinze Cyclops infestés au
14e jour, tous ces Cyclops reconnus porteurs de larves. Aucun
de ces singes autopsiés après plusieurs mois ne s’est infecté.
Il ne m’a malheureusement pas été loisible de poursuivre l’ex¬
périence avec des Cyclops infestés de 6 semaines. L’échec de
— 287 —
notre expérience n° III, qui a porté sur des larves au 2e stade,
tendrait à prouver, si Ton en compare le résultat négatif au résul¬
tat positif obtenu par Leiper avec des larves de 5 semaines, qu’un
délai de maturation assez long chez le Cyclops est nécessaire
avant que la transmission au vertébré puisse se produire. Il
est permis de penser que les Cyclops infestés, ne deviennent in¬
fectants pour l’homme qu’après plus de deux semaines d’évolu¬
tion larvaire dans leur organisme.
Les facteurs saisonniers et les Cyclops dans V étiologie du
ver de Guinée.
Le mode et la durée de l’évolution des embryons du ver de
Guinée chez les Cyclops donnent à ces derniers le caractère né¬
cessaire d’un hôte intermédiaire. L’étiologie de la draconculose
gravite d’ailleurs indiscutablement dans la nature autour des
conditions qui favorisent l’infection des Cyclops et leur absorption
plus facile par l’homme. Dans les régions forestières humides
(Basse-Côte-d’Ivoire, Bas-Congo) où l’eau est abondante toute
l’année, où les indigènes boivent à l’eau courante, je n’ai jamais
observé la draconculose endémique. On n’observe guère que
des cas d’importation. Comme l’a signalé Blanchard (i) dans
le Haut-Sassandra, les cas s’éteignent d’eux-mêmes dans ces ré¬
gions. Si, par contre, dans les mêmes régions, à l’alimentation
en eau courante succède l’alimentation en collections d’eaux sta¬
gnantes réduites (trous d’eau, mares peu profondes), l’endémie
apparaît et peut prendre une forme épidémique comme l’ont si¬
gnalé Wurtz et Sorel (2).
Mais la véritable patrie du Ver de Guinée en Afrique Occiden¬
tale est constituée par les régions d’influence soudanienne où,
pendant la saison sèche, la récolte de l’eau se fait dans des mares,
des réserves, des trous peu profonds. On conçoit aisément que la
propagation du parasite par les Cyclops ne puisse pas se faire en
eau courante, car les Copépodes infectés seront entraînés ailleurs
et dispersés avant d’avoir pu devenir infectants pour l’homme,
étant donnée l’évolution assez lente des larves dans leur orga¬
nisme. En eau stagnante, dans les trous peu profonds où journel¬
lement vient boire et se baigner toute la population des villages,
l’infection des Cyclops est facile et ceux-ci restant sur place, celle
des hommes est beaucoup plus aisément assurée.
\ ■
(1) Bull. Soc. Path . Exot.. IV. 1911.
(2) Rev. de Médecine et d’ Hygiène tropicales , vol. VI II. n° 3.
Il existe dans la nature un équilibre remarquable entre la du¬
rée d’évolution du Ver de Guinée chez l’homme et la réappari¬
tion suivant un cycle saisonnier annuel des conditions de la vie
humaine qui favorisent la dispersion du parasite.
Leiper (i) a publié des courbes suggestives de la prédominance
saisonnière du parasite en Gold Coast : c’est en janvier, février,
époque ou la chute des pluies est minima, que les cas de Ver de
Guinée sont le plus nombreux. Il en est exactement de même au
Dahomey moyen qui participe au même régime climatérique:
Nous avons pu constater que la draconculose y est surtout fré¬
quente de décembre à février, pendant les mois les plus secs. C’est
précisément l’époque où les indigènes voient, dans nombre d’en¬
droits, leurs réserves d’eau réduites à des collections sans impor¬
tance, très circonscrites. Si, comme on l’admet aujourd’hui
d’après des observations précises, la durée d’évolution du ver dans
le corps humain est d’environ une année, on voit que l’apparition
du parasite à la surface de la peau se trouve réglée adaptativement
à longue échéance pour l’époque la plus favorable à la transmis¬
sion des embryons. Dans d’autres régions, au Tchad par exemple,
c’est au plein hivernage que prédominent les cas de draconcu¬
lose. Or d’après des renseignements fournis par notre collègue,
le Dr Bouilliez, l’époque des pluies est celle dans cette région
pendant laquelle les habitants des villages délaissent les puits
profonds, pour utiliser les cuvettes ou les petites mares à ciel
ouvert où se constituent temporairement des réserves d’eau. Des
conditions saisonnières différentes vramènent annuellement des
conditions biologiques identiques pour l’homme, dont s’accom¬
mode le parasite. La persistance de la draconculose à l’état endé¬
mique dans une localité nous apparaît ainsi comme le résultat
d’un équilibre complexe entre le temps nécessaire au développe¬
ment annuel du ver chez l’homme et le retour périodique régu¬
lier des conditions de saison, et des conditions de la vie humaine
qui favorisent sa transmission par les Cyclops. Nous pensons que
c’est cet ensemble de conditions qui intervient d’une façon pré¬
pondérante dans la limitation géographique du Ver de Guinée.
(i) Journ. trop. Med. and Hygiène, 15 juillet *911, p. 211.
Le Gérant : P. MASSON.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO $
Séance du 14 mai 1913
PAGES
CORRESPONDANCE
Lettre du baron du Teil. — Lutte contre l’alcoolisme au Maroc . . . 289
F. Noc. — Première conférence intercoloniale de la tuberculose réunie à
Port of Spain (Trinidad) . 290
G. Horvath. — Hémiptères des Euphorbes parasitées de Leptomonas
dcividi . 292
Présentations
Brumpt. — Un cas de dysenterie amibienne autochtone . 293
Brumpt. — A propos d’un cas de paludisme congénital . 293
Brumpt. — Grains rouges. Discussion . 295
Laveran. — Un chien infecté de toxoplasmose . 294
Laveran. — La régie de l’opium en Indochine . 296
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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PARASITICIDI
Pages
M. Leger. — Le paludisme en Corse • » »*»■**•**• . 293
. ■ » ’
Pinoy. — Grains rouges et grains noirs . 294
Thiroux. — Grains rouges. Discussion . 295
Décès de M. P. Yvon . 297
COMMUNICATIONS
P. N. Bernard et L. Koun. — Parasitisme intestinal en Annam . . . 343
A. Billet. — Action de la quinine sur les Hématozoaires du paludisme. 336
V. Brochard. — Le salvarsan en lavement pour le traitement du pian . '308
L. Cazalbou. — Note sur un nouveau Fàvus du cheval observé à Mada¬
gascar . J0°
A. Conor. — La dysenterie amibienne en Tunisie . 316
C. França. — Un cas de Chappa (?) . 35 1
G. Franchini. •— Nouvelle contribution à l’étude de Hcemocysto^oon
brasiliense . * . ; 333
F. Heckenroth et M. Blanchard. — Note sur la présence et l’endémi¬
cité d’une myase furonculeuse au Congo français . 33°
A. Laveran. — Au sujet de Tiypanosoma rhodesiense et du Tr. brucei. 340
A. Laveran. — Toxoplasma cuniculi. Discussion . 323
A. Laveran. — Hœmocysto^oon brasiliense. Discussion . 335
E. Marchoux. — Le chlorhydrate d’émétine dans la dysenterie ami¬
bienne . 3*3
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
LE PLUS PUISSANT ANTISEPTIQUE DÉSINFECTANT
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Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
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Art. 23. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt apres la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées daûs le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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PAGES
M. Marullaz. — Au sujet d’un Toxoplasme des oiseaux . 323
Marie Phisalix et A. Laveran. — Sur une Hémogrégarine de Laclie-
sis alternatus . 330
F. Roubaud. — Supplément à la répartition et à la variation géogra¬
phique des glossines . 347
A. Salimbeni et Orticoni. — Essais de traitement des porteurs sains de
vibrions cholériques par les lavements de sérum spécifique. . . . 306
A. Splendore. — Des formes flagellées et des gamètes dans le Toxo-
plasma cuniculi . 318
L. Stevenel. — Quelques observations et examens microbiologiques
faits à Pointe à Pitre . 356
E. W. Suldey. — Procédé simple de culture du bacille diphtérique et
diagnostic rapide .... 3°3 '
A. Tiiirüux. — Les formes de reproduction par schizogonie et sporo¬
gonie d’ Hœmogregarina Pettiti . 327
MEMOIRE
A. Leger. — Microfilaires sanguicoles de quelques oiseaux du Haut-
Sénégal-Niger . 359
Noc. — Prophylaxie de la tuberculose à la Martinique . 368
Ouvrages reçus . 375
H. -B. Fantham. — Erratum . 37.6
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XII
Sixième année
1913
N<
5-
■BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 14 MAI 1 9 1 3 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Correspondance
M. Joyeux, élu membre titulaire à la dernière séance, adresse
ses remerciements à la Société.
*
* *
« •
Le Président. — Dans la séance du n décembre 1912, la So¬
ciété a émis un vœu pour la répression de l'alcoolisme au Maroc.
Ce vœu a été favorablement accueilli par M. le Commissaire Ré¬
sident général au Maroc qui , dans une lettre communiquée à la
Société le 8 janvier 1913, a bien voulu m’aviser que des mesures
de répression allaient être prises.
Le Baron du Teil, Secrétaire général de la Ligue nationale
contre l’alcoolisme, nous a fourni récemment des renseignements
intéressants sur les mesures qui ont été prises au Maroc pour ré¬
primer l’alcoolisme conformément au vœu que nous avions émis;
je m’empresse de communiquer ces renseignements à la Société
qui sera certainement heureuse d’apprendre que son vœu n’a pas
été stérile.
' Parmi les dispositions les plus intéressantes d’un arrêté du
21
%
Grand Vizir réglementant l’exploitation des débits de boissons il
faut citer: l’interdiction pour les indigènes sujets du Makhzen
de tenir des débits ou d’y pénétrer, l’obligation, même pour les
tenanciers des débits déjà existants, de présenter des demandes
d’autorisation pour l’obtention desquelles de sérieuses garanties
de moralité seront exigées, la défense d’employer dans les débits
des femmes ou filles sans une autorisation qui sera toujours refu¬
sée aux mineures, autres que les parentes du débitant, la régle¬
mentation des heures d’ouverture et de fermeture des débits, l’in¬
terdiction d’en tenir dans les immeubles habous et à proximité
des mosquées, édifices consacrés au cultes, cimetières, hospices,
prisons, casernes et écoles, la défense de vendre des boissons al¬
cooliques dans les cafés maures et de donner à boire aux indi¬
vidus en état d’ivresse dans les débits ordinaires . le tout
sous de sévères pénalités (fermeture des débits, amendes, em¬
prisonnements, perte des droits civils et politiques, interdiction de
port d’armes).
Les droits d’entrée sur les spiritueux ont été relevés de 6, 25
à 12,50 p . 100, maximum toléré par les conventions internationa¬
les ,et on étudie la prohibition de l’absinthe.
*
* *
J’ai reçu de notre Collègue M. le Dr Noc la lettre suivante
qui donne d’intéressants renseignements sur les résultats de la
première conférence intercoloniale de la tuberculose qui s’est
tenue à Port-of-Spain (Trinidad).
Fort-de-France, le 15 avril 1913.
A M. le Président de la Société de Pathologie exotique, à Paris.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de porter à votre connaissance les résultats de la
Première Conférence intercoloniale de la Tuberculose qui s’est
réunie à Port-of-Spain (Trinidad) sous le patronage de S.-E. le
Gouverneur de Trinidad, du 25 mars au Ier avril dernier, et à la¬
quelle j’avais été envoyé comme délégué de la Martinique. Dix-
huit délégués assistaient à la Conférence à laquelle étaient repré¬
sentés la Grande-Bretagne, la Jamaïque, le Gouvernement de
Porto-Rico, les Bermudes, les Iles sous le vent, la Barbade, la
Grenade, la Guyane Anglaise, ia Guyane Hollandaise et la Co-
— 2y i
lombie. Les réunions, réceptions et excursions ont été remarqua¬
blement organisées sous la direction de MM. Dr Clare, Surgeon
General de Port-of-Spain et G. Masson, Secrétaire Général
de l’Association contre la Tuberculose à Trinidad.
La caractéristique de cette Conférence a été de s’occuper ex¬
clusivement de la Tuberculose à laquelle les populations des Indes
Occidentales paient un large «tribut et dont l’évolution est très
rapide chez les indigènes qui en sont atteints. Elle a été d’ail¬
leurs pour les délégués une occasion de suivre les progrès scienti¬
fiques et sanitaires d’une des principales îles des petites Antilles
et l’initiative du Gouvernement de Trinidad me paraît digne d’ê¬
tre signalée à notre Société en raison de l’intérêt qu’elle présente
pour le développement de l’hygiène tropicale dans ces anciennes
colonies. Dans ces régions où la malaria, la fièvre jaune et l’an¬
kylostomiase ont déjà été combattues avec succès, la tuberculose
reste au premier rang des ennemis redoutables de l’Européen
et. de l’indigène et reçoit un coup de fouet dans les villes tropica¬
les modernes où s’ajoutent souvent à la rigueur du climat chaud
et humide, le surmenage intellectuel et la vie en agglomération
dans des locaux insalubres.
La Conférence intercoloniale de Port-of-Spain a émis les vœux
suivants :
i° Que les colonies ou contrées représentées à la Conférence
comprennent parmi les mesures prises en vue du contrôle ad¬
ministratif de la tuberculose:
la déclaration,
la réforme du logement,
l’établissement de dispensaires antituberculeux ou autres ins¬
truments pour le dépistage, la prophylaxie et le traitement de
la maladie ;
2° Que des associations contre la tuberculose soient établies
dans les colonies des Indes Occidentales où elles n’existent pas;
3° Que des mesures soient prises dans les colonies et pays re¬
présentés pour déceler la tuberculose bovine et empêcher son
importation ;
4° Que l’enseignement de l’hvgiène et de la salubrité soit ré¬
pandu dans les écoles et prenne place le plus tôt possible dans les
programmes scolaires.
La Conférence a émis en Outre l’avis que la lutte contre la tu¬
berculose serait aidée très efficacement par l’adoption de l’en-
registrement des naissances, décès et mariages dans les localités,
on cet enregistrement n’existe pas.
Veuillez agréer, M. le Président, l’hommage de mon respec¬
tueux dévouement.
Dr Noc.
pf
Hémiptères des Euphorbes parasitées
de Leptomonas davidi
M. Mesnil. — J’ai reçu récemment du Dr G. Horvath, Di¬
recteur du Musée zoologique de Budapest, la détermination des
Hémiptères recueillis sur les Euphorbes de diverses parties du
monde, parasitées par le Leptomonas davidi. Comme les in¬
fections en question ont fait l’objet de communications à la
Société, je crois devoir donner ici les noms de ces hémiptères.
En Nouvelle-Calédonie, le Dr Lebœuf (i) a recueilli sur les
Euphorbes parasitées, deux représentants de la famille des Ly-
gœidœ : Nysius euphorbiæ Horv. (c’est l’espèce incriminée par
le Dr Lafont à l’île Maurice comme agent de transmission) et
P amer a nigriceps Dall.
A la Martinique, les Dr Noc et Stévenel (2) ont recueilli un
autre Lygœidæ, P amer a bilobata Say.
Enfin, du Portugal, le Dr C. França (3) a envoyé Stenocepha-
lus agilis Scop. (adultes et nymphes), de la famille des Coreidœ ,
Brachypelta aterrima Forst. (également adultes en nymphes), de¬
là famille des Cydnidœ. Le Dr Horvath fait remarquer que « ces
deux dernières espèces sont assez communes dans l’Europe cen¬
trale et méridionale. Le Stenocephalus vit sur les Euphorbes,
mais Brachypelta se trouve au pied des plantes, sous les feuilles
sèches, débris végétaux, etc. ; c’est évidemment par hasard sr
on l’a trouvé sur des Euphorbes. » Il est donc probable que c’est
le Stenocephalus agilis qui doit être incriminé dans la propaga¬
tion de la flagellose des Euphorbes du Portugal, et il sera natu¬
rellement intéressant de rechercher les flagellés intestinaux de ces
hémiptères dans les autres contrées d’Europe qu’ils habitent.
(t) Voir ce Bulletin , t. IV, iqn, p. 464.
Ci) Ibid., p. 461.
(3) Ibid., p. 538 et 669.
2y 3 —
Rappelons qu’à la liste de convoyeurs, tout au moins probables,
■de la flagellose des Euphorbes, il convient d’ajouter le Dieuches
humilis recueilli par MM. Bouet et Roubaud, sur les Euphorbes
parasitées du Dahomey.
Présentations
M. Brumpt. — J’ai l’honneur de déposer sur le bureau de la
Société deux travaux de nature à l’intéresser.
Le premier a pour titre: Un cas de dysenterie amibienne auto¬
chtone, il s’agit d’un cas observé chez un malade parisien n’ayant
pas fréquenté de coloniaux et étudié en collaboration avec le
Dr Galliard.
Le second travail a pour titre : A propos d'un cas de palu¬
disme congénital. Il s’agit d’une femme paludéenne ayant accou¬
ché à Neuilly en novembre d’un enfant qui à l’âge de 17 jours fut
atteint comme sa mère de fièvre à Plasmodium vivax ; c’est le
3e cas authentique relaté. Nous avons fait ce travail en collabo¬
ration avec le Dr Tissier.
M. Mesnil. — J’ai l’honneur de présenter à la Société une pu¬
blication de l’Institut Pasteur, intitulée: Le Paludisme en Corse.
Recherches microbiologiques . Etudes prophylactiques. L’auteur,
notre collègue, le Dr Marcel Léger, des Troupes coloniales, avait
été chargé par l’Institut Pasteur d’une mission en Corse au cours
de la saison fiévreuse de 1912. On se rendra compte, par la lecture
de la brochure que je présente, du succès avec lequel M. Léger
a accompli la mission qui lui était confiée.
Je présente aussi un exemplaire de la Revue intitulée: Mala¬
dies infectieuses et invertébrés transmetteurs, que j’ai publiée
•en mars dernier dans le Bulletin de Vlnstitut Pasteur et qui est,
avec quelques modifications, la reproduction du rapport qui m’a
été demandé pour le Congrès international d' Hygiène et de Dé¬
mographie qui s’est tenu en septembre 1912 à Washington.
Présentation d'un chien infecté de toxoplasmose
Par A. LAVERAN.
J’ai l’honneur de présenter un jeune chien qui a été inoculé le
14 avril dernier, dans une des veines saphènes, avec l’exsudât
péritonéal dilué de souris infectées avec le Toxoplasma gondïi.
Le chien pesait, à ce moment, 4 kg. 350.
A la suite de l’inoculation, le chien maigrit; le 30 avril, il pèse
3 kg. 750, et le 1 1 mai, 3 kg. 260.
Le 30 avril, la température est de 39°4 et, le Ier mai, de 39°6;
elle s’abaisse ensuite et se maintient aux environs de 390..
Le 6 mai, on constate que la cornée du côté droit s’est opacifiée
en grande partie; le 11 mai, l’opacité a augmenté, elle est pres¬
que totale ; pas d’hypopyon. Les yeux sont chassieux et les nari¬
nes sont le siège d’un écoulement muco-purulent.
A deux reprises, les 28 et 30 avril, nous avons constaté, M. le
Dr Marullaz et moi, l’existence de toxoplasmes rares dans le
sang; nous avons vu notamment, le 28 avril, un leucocyte qui
contenait 9 toxoplasmes ; la polynucléose est très marquée.
L’observation de ce chien nous paraît intéressante à deux points
de vue: elle montre que le chien est sensible au Toxoplasma gon-
dii, qui probablement doit être identifié au Toxopl. cuniculi et au
Toxopl. canis, et elle nous enseigne que la toxoplasmose canine
peut donner lieu à des opacités temporaires de la cornée, comme
certaines trypanosomiases.
Présentation de grains rouges et de grains noirs
Par PINOY.
J’ai l’honneur de présenter à la Société de pathologie exotique
des grains rouges et un grain noir provenant de deux cas de my-
cétomes observés par le Dr Jamot à Abéché dans l’Ouadaï. Ces
grains m’ont été aimablement remis par notre collègue M. le
Professeur Mesnil à qui M. le Dr Jamot les avait adressés par
l’intermédiaire du Lieutenant Duclos. L’envoi datait du 31 août
1912 et a été remis en mars 1913. Les grains avaient été mis secs
295 —
dans des tubes bouchés au coton. L’envoi à l’état sec, ainsi que
je l’avais indiqué dans une note sur la conservation des cham¬
pignons, est celui qui permet le mieux l’utilisation ultérieure des
matériaux provenant de mycoses.
S’il ne m’a pas été possible d’obtenir de culture à partir du
grain noir parce qu’il était infecté par des staphylocoques, j’ai pu
le faire à partir des grains rouges.
L’organisme obtenu en culture ne se différencie pas morpholo¬
giquement de Nocardia Maduræ Vincent. Les caractères de cul¬
ture sont les mêmes. On ne constate aucune différence appré¬
ciable avec Nocardia Pelletieri. En effet l’organisme isolé par
Thiroux pousse très bien sur pomme de terre glycérinée. Il ne
nous semble pas que Nocardia Pelletieri puisse être maintenue
comme espèce. Les grains rouges envoyés par M. le Dr Jamot
avaient été recueillis dans le liquide purulent qui s’écoulait d’une
tumeur fistuleuse du tiers supérieur de la jambe d’un Ouadaïen..
La tumeur existait depuis trois ans et était consécutive à une plaie
produite par un morceau de bois.
Le grain noir était constitué par de petits grains agglomérés.
Par sa morphologie, il correspond à la description des grains
noirs à Madurella mycetomi Laveran. Ce grain noir provenait
d’une tumeur fistuleuse du cou datant de 2 ans et consécutive à
une plaie produite également par un morceau de bois.
M. Thiroux fait observer que les cultures qu’il a obtenues de
Nocardia Pelletieri lui semblent différentes de celles de Nocardia
maduræ (Vincent). La pigmentation des cultures obtenues du
matériel qu’il a eu sous la main s’est montrée dès le Ier jour et
avec une très grande constance. D’autre part, dans ces cultures, la
fragmentation du mycélium en granules cocciformes se produit
très vite oar vieillissement.
Enfin la façon de se comporter dans les tissus des deux Nocar¬
dia est très différente : tandis que les grains jaunes de N. Ma¬
duræ sont constitués par un feutrage mycélien les grains rou¬
ges de N. Pelletieri sont composés exclusivement de granulations
cocciformes en zooglées semblables à celles qu’on observe dans
les cultures anciennes du parasite.
M. Brumpt. — Etant donné l’aspeot typique du grain du my-
cétome de Vincent dans les tissus, je crois qu’il y a lieu de con-
sidérer l’espèce à grains rouges comme une espèce particulière.
Les discomyces étant très difficiles à différencier par les cultures
in vitro, il est bon de tenir compte de tous les caractères morpho¬
logiques qu’ils présentent in vivo chez l’homme.
M. Pinoy. — Les caractères différentiels en-tre Nocardia ma-
S
durae et Nocardia Pelletieri ne nous paraissent pas suffisants
pour justifier une distinction spécifique.
L’aspect clinique des grains, leur coloration rouge ne saurait
suffire. Il peut s’agir de formes individuelles. Nous savons en
particulier que les pigments des champignons sont dus le plus
souvent à l’action d’oxydases sur des chromogènes phénoliques.
Suivant les individus le sérum empêche plus ou moins l’action
des oxydases; ceci peut nous expliquer l’existence de grains
blancs chez un individu et de grains rouges chez un autre.
La fragmentation des filaments en cocci qui serait plus ordi¬
naire dans les grains rouges ne saurait non plus servir de carac¬
tère. Dans l’actinomycose à côté de portions de tumeurs où les
grains montrent des filaments bien visibles, il en existe d’autres
où les grains sont constitués par des filaments entièrement trans¬
formés en cocci.
Au sujet de la régie de l'opium en Indochine
Par A. LAVERAN.
Il a été beaucoup question dans ces derniers temps de l’exten¬
sion déplorable que prennent les fumeries d’opium, non seule¬
ment en Indochine, mais dans certaines villes de France. Il est
avéré que l’habitude de fumer l’opium a pour conséquence des
tares physiques, intellectuelles et morales de la plus haute gravité
et cependant en Indochine l’opium, ce poison si dangereux, est
vendu par l’Administration comme le tabac. C’est en Indochine
que beaucoup d’Européens ont contracté la funeste habitude de
fumer l’opium. La régie de l’opium est à la vérité une source de
gros revenus pour l’Indochine mais cet argument ne me paraît
pas décisif et je pense qu’il ne convaincra aucun hygiéniste. En
dehors de la question humanitaire, remplir les caisses de l’Etat
en vendant des poisons me paraît être un calcul déplorable.
Le Japon et la Chine ont pris des mesures très sévères contre
les fumeries d’opium et contre la vente de ce poison, j’estime que
la France devrait imiter, en Indochine, l’exemple de ces pays; en
tout cas la Société de pathologie exotique me paraîtrait tout à
fait dans son rôle en étudiant la question, je propose de nommer à
cet effet une commission.
La proposition est acceptée. La Commission nommée se com¬
pose de MM. N. Bernard, Jeanselme, L. Martin, Pottevin et
Thiroux.
Décès de M. P. Yvon
Le Président. — Mes chers Collègues, nous venons de faire
une grande perte; M. Yvon qui était membre fondateur et tréso¬
rier-archiviste de notre Société est mort subitement le 21 avril;
ses obsèques ont eu lieu le 23 avril au milieu d’un grand concours
de ses collègues et de ses amis.
Paul Yvon était né à Selommes (Loir-et-Cher) le 18 janvier
1848. Après de brillantes études à l’Ecole de Pharmacie de Paris,
lorsqu’il eut terminé ses années d’internat, et conquis son diplôme
de pharmacien, il entra à l’Ecole vétérinaire d’Alfort en qualité
de chef des travaux physiques, chimiques et pharmaceutiques ;
ses relations avec les Maîtres de cette Ecole restèrent toujours ex¬
cellentes.
En 1876, Y von acquit la pharmacie Follet et, sous son habile
direction, la pharmacie de la rue de la Feuillade eut bientôt une
juste renommée; elle était réputée notamment, dans le monde
médical, pour l’exactitude de ses analyses d’urines et de liquides
pathologiques.
Tout en devenant le modèle des pharmaciens praticiens, Yvon
ne cessa jamais de poursuivre des recherches scientifiques et de
produire des travaux de haute valeur dont je ne pourrai citer que
les principaux.
Notre regretté Collègue a fait connaître de nouvelles prépara¬
tions pour les poudres de viande, la pommade mercurielle au sa-
298 —
von et l’extrait liquide de seigle ergoté; ce dernier médicament
renferme tous les principes actifs de l’ergot et il est inaltérable,
aussi a-t-il été généralement adopté.
On doit à Yvon l’intéressante découverte du protoiodure de
mercure cristallisé, des recherches remarquables sur les tartrates
de fer et d’ammoniaque ,sur le bromure et l’iodure d’éthyle, sur
le bromure de zinc, sur le salicylate de quinine, l’acétanilide, le
benzo-naphtol ; sur la toxicologie du cuivre et du plomb ; sur la
recherche de la fuchsine et de l’acide salicylique dans les vins,
sur le titrage de l’opium et sur l’essai du sulfate de quinine.
Les travaux d’YvoN relatifs à la chimie médicale et en particu¬
lier à l’analyse des urines sont de premier ordre; son procédé de
dosage de l’urée au moyen de l’hypobromite de soude a constitué
un grand progrès; l’uréomètre qui porte son nom est d’un emploi
général. Ses nombreuses observations sur l’analyse des urines
ont été résumées dans un Manuel qui a eu de nombreuses éditions
et qui est devenu classique ; on peut' en dire autant du Formulaire
thérapeutique qu’il a rédigé en collaboration avec Dujardin-
Beaumetz d’abord, puis avec Gilbert.
J’ajoute que notre regretté Collègue a été un des membres les
plus actifs de la Commission qui a préparé les deux dernières
éditions du Codex.
Yvon qui était d’une habileté manuelle surprenante, se repo¬
sait de ses occupations professionnelles en travaillant1 à construire
des appareils d’une grande ingéniosité; il s’occupait aussi avec
beaucoup de succès de photographie ; c’est lui qui fut chargé
d’installer le laboratoire de micrographie de la Faculté de méde¬
cine ; je puis témoigner de sa grande compétence dans cet art dif¬
ficile de la photographie microscopique, car je lui dois d’excel¬
lents clichés de différents hématozoaires.
En 1894, Yvon fut chargé, à l’Institut Pasteur, du service de-
la sérothérapie qu’il organisa d’une façon remarquable et dont le
fonctionnement n’a jamais rien laissé à désirer.
Yvon était membre d’un grand nombre de Sociétés savantes de
France et de l’étranger; en 1900, il avait été élu membre de
l’Académie de médecine.
En 1908, lors de la fondation de la Société de pathologie exo¬
tique, Yvon accepta d’être le trésorier-archiviste de la nouvelle
Société et vous savez tous, mes chers Collègues, avec quel dévoue¬
ment il s’acquitta de ses fonctions.
Dans le Rapport qu’il a présenté à l’Académie de médecine en
1900 mon savant Collègue, M. le Professeur Bourquelot, avec
sa compétence particulière, a très bien résumé l’œuvre d’YvoN
en disant : « Dans toutes les branches de la science appliquée à la
pharmacie, à la chimie biologique et à la thérapeutique, M. Yvon
peut1 revendiquer une large part des progrès accomplis au cours
de ces vingt dernières années ». ,
Modeste et affable, toujours disposé à rendre des services,
Yvon s’était fait de nombreux amis et sa disparition a causé
d’unanimes regrets.
Au nom de la Société de pathologie exotique, j'adresse à la
famille de M. Paul Yvon nos condoléances bien sincères avec l’ex¬
pression de nos sentiments de reconnaissance pour les grands ser¬
vices qui nous ont été rendus par notre très regretté Collègue.
(. Applaudissements unanimes) .
COMMUNICATIONS
Note sur un nouveau Favus du cheval
*
observé à Madagascar
Par L. CAZALBOU.
L’étude des Teignes exotiques a été jusqu’ici à peine effleurée.
Cependant, sur les animaux domestiques de nos colonies, tout au
moins, ces affections paraissent fréquentes. C’est ainsi que M. le
vétérinaire en second Sérisé, en service à Tananarive, a bien
voulu nous adresser des échantillons parasités de Teignes micros¬
copiques, trichophytiques et faveuses.
Nous désirons aujourd'hui faire connaître un Achorion relevé
sur un cheval de la brousse voisine de la capitale malgache. Dans
la note clinique accompagnant son envoi, M. Sérisé écrivait que
le malade (qui vient chaque mois à l’atelier de maréchalerie) mon¬
trait, au moment de l’observation, une assez grande quantité de
plaques sur la croupe et, qu’à leur niveau, existait un exsudât
assez abondant, origine de la formation de croûtes d’apparence
trichophytique. Il s’agi-t en réalité d’un Achorion qui présente
des analogies passez étroites avec V Achorion gypseum Bodin,
1907, mais qui, cependant, s’en sépare suffisamment pour cons¬
tituer une espèce distincte. Il offre les caractères suivants:
Dans le poil. — Presque tous les poils de l’échantillon reçu sont
largement parasités, ce qui accuse une Teigne à la période d’état.
Par la technique usuelle : action de la solution potassique et
chauffage, on ne peut que difficilement apercevoir les éléments
du parasite, mais des bulles d’air assez nombreuses sont cons¬
tatées. Après traitement successif et prolongé par l’éther, la po¬
tasse et l’ammoniaque, on se rend mieux compte de la disposition
du champignon. Autour de la partie radiculaire, les éléments de
la résolution mycélienne sont dissociés et rappellent tout d’abord
l’aspect microsporique, mais quelques filaments courts, non spo-
rulés, peu cloisonnés, existent çà et là. On voit souvent, à la sur¬
face, des spores disposées en amas, semblables aux tarses de VA.
Planche V.
L. Cazalrou
|Pig. 1. — Achorion Serisei plâtreux. Gélose pepto-maltosée, 25e jour.
Fig. 2. — Achorion Serisei plâtreux. Gélose pepto-glucosée, 25e jour.
Fig. 3. — Achorion Serisei pléomorphique primitif. Gélose
pepto-maltosée, 25e jour.
— 3oi —
Schonleinii ; des fragments mycéliens, légèrement sinueux, ram¬
pent parmi ces éléments. Dans l’intérieur de la racine enfin, des
spores et des rubans, plus ou moins nombreux, sont à signaler.
Les éléments sporulés ont des dimensions variables ; vague¬
ment polyédriques ou allongés, le protoplasma en est grisâtre et
peu distinct ; la membrane d’enveloppe se présente comme une
ligne simple, à peine plus foncée que le protoplasma qui rappelle
de très près celui des éléments de la cuirasse microsporique.
En cultures. — Sur les deux milieux d’épreuve Sabouraud, le
dermatophyte offre une teinte café au lait, un peu plus marquée
sur gélose maltosée que sur agar glucosé. Les figures I et II re¬
présentent ces cultures au 25e jour, à 25 °. Une marge périphérique
tomenteuse et blanchâtre, de 3-4 millimètres, se fond insensible¬
ment avec le restant de la culture plâtreuse et grenue. 11 existe des
plissements rayonnés, irréguliers et incomplets dans l’épaisseur;
mais, tandis que sur peptone maltosée, le centre est occupé par
des contournements saillants, de description malaisée, sur peptone
glucosée, cette même région forme un creux léger autour duquel
parfois la culture se déchire (fig. II). La face inférieure est jaune
d’or, plus marqué sur maltose ; en outre, les cultures isolées mon¬
trent à leur périphérie une partie tout à fait glabre, grisâtre et
immergée.
Dans les tubes d’ensemencement, l’apparition du pléomorphis¬
me est inconstante : quand le phénomène se produit, on voit naî¬
tre au centre une touffe blanche, légère et des plus délicates qui,
rarement, envahit toute la surface culturale ou qui peut rester en
l’état primitif. Dans les tubes où ne se produit aucune transfor¬
mation pléomorphique, la dessication convertit la culture en un
platras se détachant facilement du substratum.
Repiquée en flacons, cette culture duveteuse et blanche donne
l’aspect reproduit par la figure n° III. Mais, particularité à si¬
gnaler, elle ne tarde pas à se modifier ; la plus grande partie de
sa surface devient bosselée, tourmentée et elle prend une teinte
lie-de-vin qui se conserve indéfiniment. C’est, croyons-nous, le
premier exemple d’un pléomorphisme qui ne garde pas sa colo¬
ration blanche d’origine. Comme sur les milieux d’épreuve, la
face inférieure est jaune d’or.
Inoculations expérimentales . — Deux cobayes sont inoculés sur
le dos ; pour cela, on rase les poils et on dispose la culture par
légère friction. Sur l’un des animaux, on utilise la culture plâ-
— ?02
treuse ; sur l’autre, la culture duveteuse. Au cinquième jour, sur
les deux cobayes, on peut constater, à la loupe, l’existence de
nombreux petits godets paraissant formés au niveau des ouvertu¬
res folliculaires et qui ne tardent pas à se recouvrir de croûtes rela¬
tivement épaisses, empêchant toute observation ultérieure inté¬
ressante.
Sur l’homme, l’inoculation intra-épidermique à l’avant-bras gau¬
che, en un seul point, avec la forme plâtreuse, est suivie de la
formation, du 10e au 15e jour, d’une tache érythémateuse, sèche,
sans godets, arrondie ,de 7 à 8 mm. de diamètre et prurigineuse.
Après le 15e jour, il se constitue des squames rares qui finissent
par se détacher et dans lesquelles il est facile d’apercevoir le pa¬
rasite, sous forme de mycélium cloisonné et légèrement ramifié
de part et d’autre. Une deuxième inoculation semblable, faite à
l’avant-bras droit, un mois après la première, ne donne pas de
résultat.
Les rétro-cultures tentées avec les poils et les squames repro¬
duisent les échantillons primitifs.
Mycologie. — Dans sa partie jaunâtre, le champignon est for¬
mé de fuseaux en quantité considérable qui le constituent presque
en entier et qui lui donnent sa couleur. La marge tomenteuse
et blanchâtre qui la précède est surtout composée de ce qui a été
appelé, dans la plupart des autres espèces, « hyphes sporifères ».
Mais, comme nous avons pu nous en rendre compte, ces préten¬
dues spores se transforment rapidement en fuseaux qui se colo¬
rent bientôt et qui changent ainsi incessamment le tomentum pé¬
riphérique en culture plâtreuse.
Chaque fuseau adulte est de forme régulière; il peut atteindre
60 y sur 12 y ; il est cloisonné le plus souvent par 5 ou 4 septa, ou
seulement par 3 ; au niveau de chaque cloison, le fuseau est légè¬
rement resserré.
Nous désignerons ce parasite sous le nom d ’Achorion Serisei.
Avec VA. gypseum de Bodin, auquel il ressemble par sa colo¬
ration, il constitue, pour le dermatologiste, un groupe de Derma-
tophytes singuliers ; en effet, ils se présentent dans le poil comme
des Achorions, — dans leur constitution mycologique comme des
Microsporon, — et dans leur forme plâtreuse, comme certains
Trichophyton.
Nous ne donnerons pas ici d’autres détails mycologiques, nous
réservant de faire connaître plus tard les résultats auxquels a
donné lieu l’étude du développement cultural de l’espèce, de
faire connaître également combien nous ignorons encore les para¬
sites des Teignes de l’homme et des animaux.
Procédé simple de culture du bacille
diphtérique pour servir au diagnostic
bactériologique rapide
Par E.-W. SULDEY.
La culture du microbe de Klebs-Lœffler sur albumine d’œuf
coagulé est connue depuis longtemps et Saccharoff (i) le premier
a mis en relief les bénéfices que l’on peut tirer de l’emploi de ce
milieu, lorsqu’on ne dispose pas de sérum gélatiné.
L’albumine de l’œuf peut être ordinairement préparée de deux
façons principales :
f
1° Prendre un œuf frais, en flamber la pointe, y faire un trou avec
une tige métallique flambée ; par le trou introduire une pipette
stérilisée, aspirer le blanc ; répartir le liquide albumineux dans des
tubes à essai stérilisés ; coaguler à 70° comme pour le sérum ;
2° Faire cuire un œuf dur ; l'éplucher et le couper en morceaux
que l’on place dans de petits cristallisoirs à cloche ou dans des
boite de Pétri : stériliser les cristallisoirs ou les boîtes à 115°.
Ces procédés sont excellents lorsque l’on dispose d’un labora¬
toire permettant la stérilisation par la chaleur sèche et humide et
la possibilité d’une gélatinisation. Celui que nous indiquons
n’exige rien de tel. LTn autre avantage de la méthode que nous
préconisons est de pouvoir se passer d’étuve.
D’après les règles classiques, on doit porter le diagnostic bac¬
tériologique de la diphtérie toutes les fois que l’exsudât ense¬
mencé sur sérum donne en 18-24 heures de nombreuses colonies
de bacilles présentant F aspect et les réactions colorantes (Gram + )
du bacille de Klebs-Lœffler, les tubes étant placés à l’étuve à
350 ou 370. Il n’y a pas en effet dans la bouche à l’état ordinaire
de bacilles prenant le Gram qui, cultivés dans ces conditions,
donnent des colonies aussi rapidement.
(1) Saccharoff. Ann. Institut Pasteur , t. VI, 1892, p. 451.
— 3c>4 —
» v \ \ • p
La température de 35°-37° est l’optimum pour le Corynebacte-
■rium diphteriœ ; on doit noter cependant que, poussant très peu
à i8°, ce bacille se développe bien dès que la température s’élève
au-dessus de 20° pour cesser de croître vers 42 °.
La température dans la région de Diégo-Suarez oscille pendant
l’hivernage aux environs de 250 à 350 à l’ombre pour atteindre et
dépasser 42 0 au soleil. Il en résulte que les conditions thermiques
à l’ombre y permettront la croissance de la diphtérie dans des
conditions plutôt favorables. Ceci sera vrai par extension pour
toutes les régions en France et aux Colonies où la température
nycthémérale à l’ombre variera aux alentours de 25 0 à 37 °. Dans
ces pays l’usage d’une étuve à 35°-37° ne semblera donc pas né¬
cessaire pour porter un diagnostic bactériologique de la diphtérie:
on n’aura qu’à laisser le milieu ensemencé dans un local quelcon¬
que abrité contre la chaleur solaire.
Passons maintenant à la description de la méthode, telle que
nous l’avons employée.
1° Prendre une boite de Pétri, la laver soigneusement à l’acide
azotique au tiers, puis à l'alcool à 90° et enfin à l'eau distillée ;
2° Faire durcir un œuf par un séjour de 10 à 15 minutes dans de
l’eau bouillante. Puis le débarrasser de sa coquille, et à l’aide d’un
bistouri ou d’un couteau rigoureusement propre et passé à la
flamme, détacher 3 ou 4 tranches d’albumine coagulée. Ces tranches
doivent être aussi longues et aussi larges que possible et taillées de
façon que la section contourne le jaune sans jamais l’atteindre. Placer
les tranches dans la boîte de Pétri, les surfaces de section tournées
vers le haut.
Il convient d’opérer ces diverses manipulations avec la plus grande
propreté en évitant surtout de souiller la surface de section des
tranches d’albumine ;
■3° Avec un tampon de coton aseptique monté, prélever l’exsudât
• pharyngien au niveau des fausses membranes, puis ensemencer suc¬
cessivement la surface de section de chaque tranche d’albumine sans
recharger le tampon dans l’intervalle de chaque tranche ;
4° La boîte de Pétri refermée et entourée d’une compresse propre
est laissée à la température de la pièce, de préférence dans un
placard.
Au bout de 18-24 heures la surface de l’albumine est recou¬
verte d’un mince enduit blanc grisâtre d’aspect granuleux. A la
loupe on note des colonies papuleuses, rondes, mates et peu
transparentes. Au microscope on constate presqu’à l’état pur le
bacille diphtérique avec les mêmes caractèers et en presqu’aussi
grande quantité que le milieu sérum gélatinisé eût permis de le
faire.
— , 3o5
Ce procédé nous a donné un excellent résultat dans le cas sui¬
vant.
Un enfant d’une dizaine d’années entre à l’hôpital d’Antsirane dans
le service de M. le Dr Amigues, présentant tous les signes cliniques
■d’une angine à fausses membranes à allure grave, de nature diphté¬
rique (forte céphalalgie, violente fièvre, adénites cervicales énormes
avec cou proconsulaire, fausses membranes tapissant l’arrière-gorge,
raucité de la voix, ulcérations nasales avec jetage purulent, ulcéra¬
tions buccales, dyspnée intense, tirage sus-sternal, etc.).
La diphtérie étant d’une extrême rareté à Diégo-Suarez, et désirant
savoir la nature bactériologique de l'infection, je fais l’examen, sur
la demande de M. le Dr Amigues. Deux frottis colorés, l’un par le
bleu de méthylène, l'autre par le Gram, montrent, au milieu d'une
purée microbienne composée de diplocoques et de microcoques
divers, seulement de très rares paquets, en broussailles, de bacilles
prenant le Gram, ressemblant au Klebs-Lœffler.
Désirant mettre en évidence d’une façon plus exacte la présence
du Corynebacierium , surtout en vue des mesures de désinfection,
^d’isolement et de prophylaxie à instituer, et étant dépourvu de tout
.matériel de laboratoire, sauf d’un microscope et de quelques colo¬
rants, j'essaie le procédé ci-dessus exposé.
L'ensemencement du milieu eut lieu à 5 heures du soir ; le lende¬
main matin à 10 heures, soit 17 heures après, on constatait le déve¬
loppement d’un enduit granuleux blanc-grisâtre à la surface de
l’albumine d'œuf et l’examen microscopique révélait la présence de
bacilles diphtériques à l'état presque pur : bacilles courts et moyens,
de 2 à 4 u de long, à bouts arrondis, prenant le Gram, associés en
palissades en broussailles, en II, V, L, X, etc., de forme droite
ou courbe, parfois en massue ou en poire, rarement en navette.
A côté du bacille diphtérique, il existait de très rares diplocoques
prenant le Gram, quelques tétragènes, et surtout des diplocoques
un amas ne prenant pas le Gram du type Micrococçus catarrhalis.
L’enfant mourut en moins de 10 heures malgré l'injection de 20 cm3
de sérum antidiphtérique.
Ce procédé de fortune semble excellent autant que simple, du
moins quand les conditions s’y prêtent.
Le diagnostic bactériologique de la diphtérie peut donc être
fait par tout médecin : il suffit de disposer d’un récipient quel¬
conque en verre bien proprement aseptisé par un moyen de for¬
tune, contenant quelques tranches d’albumine d’œuf aseptique-
ment prélevées, pour pouvoir dans les 18-24 heures porter ce dia¬
gnostic. Point n’est besoin de laboratoire, mais seulement d’un
microscope, des colorants nécessaires pour le Gram et d’un local
dont la température pourra varier entre 250 et 37 0 (la meilleure
température étant celle la plus proche de l’optimum).
‘22
— 3o6 —
Essais de traitement des porteurs sains de vibrion
cholérique par les lavements de sérum spécifique
Par SALI MB EN I et ORTICONI.
! # ,
Au cours de l’épidémie de choléra qui a éclaté en 1911 à l’Asile
Départemental d’aliénés de Marseille (107 atteints, dont 49 dé¬
cès) 34 porteurs sains de vibrions, isolés parmi le personnel in¬
firmier et les malades de l’Asile, ont été traités par des lavements
de sérum anticholérique de l’Institut Pasteur d’après la méthode
suivante :
Tout individu reconnu porteur recevait un lavement évacuateur,
qui était immédiatement suivi d’un lavement de 50 cm3 de sérum
anticholérique dilué dans 200 cm. d’eau physiologique stérile. Les
lavements étaient administrés lentement, à l’aide d’une longue
canule, de façon à permettre au liquide de remonter le plus haut
possible dans l’intestin.
La présence du vibrion cholérique dans les selles était contrô¬
lée par des examens bactériologiques pratiqués au moment du
lavement évacuateur et à partir de 24 heures après le lavement
de sérum.
Si on retranche de ces 34 porteurs 9 sujets, chez lesquels îe
vibrion cholérique avait disparu au moment du lavement évacua¬
teur, on constate que le lavement de sérum donne pour les 25 res¬
tants les résultats suivants :
Chez 22 d’entre eux le vibrion cholérique disparut dans les
24 à 48 heures qui suivirent le lavement de sérum anticholérique;
chez 3 porteurs le germe persista de 3 à 6 jours, après le lavement.
La durée d’excrétion des germes chez les individus ainsi traités
a donc été très courte et pourtant quelques-uns de ces porteurs
n’étaient pas à proprement parler des porteurs sains, mais doivent
plutôt être considérés comme ayant été atteints de formes atténuées
de diarrhée cholérique, ainsi que l’ont montré Salimbeni et Dop-
ter dans leur communication du 8 mai 1912 à la Société de Patho¬
logie Exotique.
Aucun des porteurs de l'Asile traités par le lavement du sérum
ne devint cholérique, tandis que parmi les porteurs de la ville,
— 3o 7
isolés dans un pavillon spécial à l’hôpital de la Conception et
qui ne furent pas soumis à ce mode de traitement, plusieurs con¬
servèrent le vibrion dans leurs matières fécales pendant plus de
15 jours et au moins deux d’entre eux, à notre connaissance, suc¬
combèrent à des attaques typiques de choléra. Bien qu’il nous ait
été impossible d’obtenir à cet égard des chiffres statistiques précis,
malgré nos demandes réitérées à l’hôpital de Marseille, nous pou¬
vons affirmer l’exactitude des faits que nous avançons, car nous
les avons nous-mêmes consignés sur des notes sommaires prises
au cours de nos visites au pavillon des porteurs de la ville, isolés
à l’hôpital de la Conception.
vSans doute, il n’est pas permis, en présence du nombre limité
d’essais effectués, de' porter un jugement décisif sur la valeur de
la sérothérapie anticholérique préventive par la voie intestinale.
Nous savons très bien que le sérum antichoîérique, malgré sa ri¬
chesse en anticorps bactéricides, est à lui seul incapable de tuer
le vibrion cholérique; mais nous pensons que les agglutinines et
les sensibilisatrices spécifiques, qu’il renferme en si grande quan¬
tité, peuvent par leur action directe modifier les germes, en dimi¬
nuer la vitalité et hâter leur disparition en affaiblissant la con¬
currence vitale à l’égard des autres microbes si nombreux et si
variés de l’intestin.
De toute façon, comme il nous paraît désirable que ce mode de
traitement des porteurs de germes soit continué et systématique¬
ment poursuivi, nous nous sommes décidés à faire connaître les
résultats de ces premiers essais.
Au cours de nos recherches nous nous sommes demandés si
les anticorps spécifiques du sérum anticholérique introduits direc¬
tement dans l’intestin, peuvent traverser la muqueuse et se répan¬
dre dans l’économie, comme cela arrive en quelques heures, lors¬
qu’on injecte le sérum sous la peau de l’homme, sous la peau ou
dans le péritoine des animaux. En mettant en présence d’une
émulsion de vibrions des quantités variables de sérum d’individus
qui avaient été soumis au traitement sérothérapique par la voie
intestinale, nous n’avons jamais pu déceler la moindre trace d’ag¬
glutinine ou de sensibilisatrices spécifiques. Même résultat né¬
gatif dans plusieurs expériences sur des lapkns auxquels nous
injections directement dans une anse de l’intestin grêle, après la¬
parotomie, de fortes quantités de sérum anticholérique (15-20 cm3) ;
tandis que chez les lapins témoins, qui recevaient le sérum sous^
— 3o8 —
la peau ou dans le péritoine, le passage des anticorps dans le sang
se fait très rapidement (10-12 heures après l’injection sous-cuta¬
née; 1/2-1 heure après l’injection intrapéritonéale).
Les substances actives du sérum anticholérique ne sont pas
détruites par l’action du suc intestinal, chez le lapin tout au
moins; car si l’on injecte le sérum dans une anse de l’intestin
grêle entre deux ligatures, le liquide, qu’on y trouve encore au
bout de plusieurs heures, garde toute son activité spécifique. Dans
une expérience qui a duré 28 heures, nous avons trouvé l’anse
entre les deux ligatures presque vide ; et cependant le peu de li¬
quide que nous avons pu en retirer et la macération dans l’eau
physiologique de la muqueuse intestinale prélevée à ce niveau
et fortement altérée étaient très riches en agglutinine et sensibi¬
lisatrice spécifiques.
Lorsque le sérum est introduit dans l’intestin sans ligature il est
très vraisemblablement évacué en totalité, car au bout de quelques
heures on ne retrouve aucune -trace de ses substances actives ni
dans le liquide, ni dans les macérations de la muqueuse. Nous
p’avons pas davantage retrouvé les anticorps au niveau du foie
des animaux ainsi traités.
Le salvarsan en lavement
pour le traitement du Pian (j)
Par V. BROCHARD.
Le « pian » sévissant si abondamment aux îles Wallis que pres¬
que tous les enfants en sont atteints, nous avons pensé à utiliser
pour son traitement la méthode que Geley, d’Annecy a institué
en ce qui regarde la syphilis, c’est-à-dire, l’administration du
« 606 » par la voie rectale. Nous avons voulu vérifier si cette mé¬
thode, qui supprime déjà les inconvénients des injections intra¬
musculaires ou intraveineuses, si difficiles à pratiquer sur de pe¬
tits enfants, était applicable au traitement du pian, et réalisait
f 4 1 " ■ • 1
(1) Cette note devait précéder celle publiée dans le Bulletin de janvier et
relative à l’administration buccale du salvarsan ; mais l’envoi, fait en juin der¬
nier de cette note, n'est pas parvenu à M. Mesnil.
par sucroît la même therapia stérilisons magna depuis longtemps
reconnue au procédé ordinaire des injections.
La technique est beaucoup plus simple que dans celui-ci, ce qui
est encore un avantage important pour les médecins pratiquant
aux colonies. \Jne éprouvette graduée en dixièmes de cm3, munie
d’un robinet, un verre à expérience et un agitateur, constituent
tout le matériel. L’arsénobenzol Billon, tout dosé d’avance, et
la liqueur de soude normale à 40 gr. par litre, les ingrédients. Le
sérum artificiel est utile, mais peut être remplacé sans inconvé¬
nient par l’eau bouillie.
On dissout d’abord la dose voulue de médicament dans un peu
d’eau bouillie, en agitant; on verse ensuite goutte à goutte la so¬
lution de soude placée dans l’éprouvette: 1 cm3 en correspond
juste à o gr. 10 cg. d’arsénobenzol. Le précipité formé se redis¬
sout aussitôt. On ajoute alors une quantité de sérum ou d’eau
bouillie dans la proportion de 0,50 cm3 par o gr. 10 d’arsénoben¬
zol. Le lavement est prêt. Le véhicule doit être tiède.
Il n’y a dans ces dispositions rien qui ne puisse être le plus
aisément réalisé par n’importe quel médecin, n’importe où il se
trouve. Ceci acquis, quels sont les résultats obtenus?
Comme nous n’avons eu affaire au début qu’à de tout jeunes
enfants, âgés de quelques mois à un an, nous n’avons pas osé
dépasser tout d’abord la dose de o gr. 10 d’arsénobenzol. Cette
dose était manifestement insuffisante, quoique les améliorations
observées dès le second jour parfois, et plus tard, affirmassent
déjà éloquemment la valeur de la méthode. Cette période de tâton¬
nements passée, nous présentons une douzaine de cas traités à
des doses plus appropriées.
Observation 1. — - Catharina, 5 ans, pian de 3 ans.
Deux papules au bas de la jambe, large de 1/2 et 2 cm. respective¬
ment, recouvertes d’une croûte jaune, saillant de 1 et 2 mm., dou¬
loureuses, une autre de 1 cm. 1/2 de diamètre à la face externe
du bras. Cicatrices assez nombreuses d’anciennes papules.
Lavement de 0 g. 30 d’arsénobenzol dans 100 cm3 d’eau bouillie.
Le lendemain, l'enfant se sent mieux et joue avec ses frères. La dou¬
leur a disparu à partir de la nuit suivante. Au huitième jour, les
papules sont en voie de dessiccation. Le 28e jour, elles ont toutes
disparu, laissant à leur place une peau absolument saine, sans cica¬
trice, colorée en viole!.
Obs. 2. — Kapeliele, 3 ans, pian de 2 ans.
La bouche est entièrement garnie de papules à forme confluente,
les unes couvertes de croûtes, les autres excoriées, à liquide fétide.
Nombreuses papules sur le corps à divers degrés de croissance. Etat
général pas brillant, maigreur caractérisée.
Lavement de 0 g. 25 d’arsénobenzol. Dès le lendemain, l’enfant est
plus gaie et cesse de se lamenter autant qu’auparavant. Au 10e jour,
la dessiccation commence sur l’ensemble des papules. Le 15e, la
moitié est guérie, le 30e, il ne subsiste plus que trois papules en voie
de guérison, laquelle est définitive au 39e jour.
Obs. 3. — Paolo, 6 ans, pian 4 ans.
Eruptions isolées aux jambes, aux cuisses et aux pieds. Nom¬
breuses papules cicatrisées. Une papule de 4 cm. de diamètre au
creux poplité, recouverte de croûte, et dessous celle-ci, liquide jaune
baignant un papillome rosé, dont le frottis met en évidence des spi¬
rochètes par la méthode de l’encre de Chine et hultra-microscope.
Lavement de 0 cg. 30 d’arsénobenzol. L’amélioration commence
dès le troisième jour. Au 18e, les papules sont presque complètement
desséchées, sauf la grosse papule du creux poplité, qui met plus de
temps à disparaître. Malheureusement, l’enfant n’a plus été revu.
Obs. 4. — Joané, 15 ans, pian de deux mois.
Deux papules isolées à l’avant-bras, larges de 1 et 2 cm. Croûte
jaunâtre, suppuration. Présence de spirochètes.
Lavement à 0 cg. 40 d’arsénobenzol dans 200 cm3 d’eau bouillie.
Disparition absolue des papilles au 29e jour, avec une peau lisse,
saine, colorée en rouge violet, à leur niveau.
Obs. 5. — Kusitino, 5 ans, pian de 2 ans.
Papules autour de la bouche, au bras, à l'anus, au pied.
Lavement de 0 cg. 30 d'arsénobenzol. Guérison le 13e jour.
Obs. 6. — Maliéta, 2 ans, pian de 1 mois.
Une papule à l’index droit, large de 1 cm. Lavement de 0 cg. 25
d’arsénobenzol. Guérison complète au 9e jour.
Obs. 7. — Margarita, 4 ans, pian de 3 mois.
Une papule douloureuse au talon, une à la jambe, une au cou, de
1 à 2 cm. en général.
Lavement de 0 cg. 30 d’arsénobenzol. Guérison le 12e jour.
Obs. 8. — Lucia, 9 ans, pian de 1 an.
Deux papules de 2 cm. sous la plante du pied, excoriées et dou¬
loureuses : la malade boite.
Lavement de 0 cg. 40 d’arsénobenzol. Douleur va en diminuant
dès le lendemain, le 4e jour, la boiterie disparaît, et les lésions
le 27®.
Obs. 9. — Héléna, 5 ans, pian de 3 ans.
Deux papules de 2 cm. 1/2 et 1 cm. de diamètre respectivement à
l'aisselle et au pied ; papules autour de l’anus D'autres disséminées
un peu partout.
Lavement de 0,35 d’arsénobenzol. Guérison complète le 25e jour.
Obs. 10. — Sogato, 3 ans, pian de 2 ans.
Pian absolument généralisé , papules innombrables, d’un petit
pois à deux francs. Etat, général lamentable, maigreur considérable.
Insomnie, douleurs nocturnes, manque d’appétit, cris perpétuels.
Lavement de 0,30 d’arsénobenzol. Le lendemain, les parents nous
annoncent qu’ils ont remarqué un mieux inconnu chez l’enfant.
Bientôt, les cris cessent, l’appétit revient, la douleur disparaît. Au
8e jour, la suppuration a disparu complètement. Mais au 30e jour.
si la moitié des papules a guéri, il en reste encore qui n’ont pas l’air
de vouloir rétrocéder.
Nous attendons encore dix jours. La dessiccation est plus pro¬
noncée, mais c’est tout. Nouveau lavement de 0 cg. 10 d’arsénobenzol.
Douze jours plus tard, la guérison générale est obtenue.
Obs. 11. — Senio, 2 ans, pian de 1 mois.
Plusieurs papules de petite taille aux mains et aux pieds.
Lavement de 0,20 d’arsénobenzol, et guérison le 15e jour.
Obs. 12. — Malia, 10 ans, pian de 5 ans.
Lésions généralisées. Les papules, saillantes, varient de 1 à 3 cm.
de diamètre. Quelques-unes en voie de dessiccation. Les orifices
buccaux et nasaux sont particulièrement atteints.
Lavement de 0 g. 40 d’arsénobenzol. Dès le lendemain, mieux
général accusé. Le 8e jour, les papules sont réduites de moitié en
volume, quelques-unes ont déjà disparu, laissant à leur fdace une
tache rose, qui deviendra violette. Au 17e jour, il reste deux papules
seulement en voie de guérison, qui a lieu le 26e jour.
Obs. 13. — Catharina, 5 ans, pian de 3 ans.
Trois papules au niveau du pied, deux de 1. cm. et une de 2 cm.
de diamètre. Suppuration fétide, présence de spirochètes.
Lavement de 0,30 d’arsénobenzol. Mieux sensible aussitôt. Gué¬
rison définitive au 18e jour.
Les cas où la présence des spirochètes n’est pas mentionnée,
au nombre de io, comprennent 3 cas où il n’en fut pas trouvé, et
7 où il n’en fut pas recherché, en raison d’un manque d’installa¬
tion provisoire.
Conclusions. — Ces résultats se passent de commentaires. La
guérison radicale du « Pian » au moyen de la méthode de Geley
paraît acquise. Les avantages de celle-ci sur le procédé des injec¬
tions se résument ainsi :
1° Suppression des inconvénients d’ordre local ou général des
injections intramusculaires ou intraveineuses de « 606 » ;
II0 Facilité d’administration du lavement, surtout aux enfants,
• *
victimes ordinaires du « pian )> ;
III0 Absence complète d’accidents;
IV0 Rapidité et simplicité de la préparation du médicament;
V° Equivalence absolue des résultats obtenus.
C’est sur ce point que nous insistons pour terminer. La mé¬
thode de Geley appliquée au « pian » réalise exactement la même
Therapia sterilisans magna que celle des injections. Si nous ajou¬
tons que ces lavements sont admirablement bien supportés, même
de tout petits enfants, et faciles à administrer, on comprendra
qu’on a infiniment plus d’avantages à employer cette méthode que
3*2- —
la méthode actuelle. C’est probablement ce qui arrivera, en at¬
tendant .un mode nouveau d’administration du « 606 ».
Addendum
j ■ y * * , 1
Tels étaient nos résultats et conclusions au moment de la rédac¬
tion de cette note en juin 1912. Depuis lors, nous avons essayé
le traitement par voie buccale.
Voici les résultats en mars 1913.
Plusieurs malades ont pu être suivis jusqu’aujourd’hui. Quel¬
ques-uns ont guéri tout-à-fait, ou du moins n’ont plus rien pré¬
senté de nouveau jusqu’à ce jour, soit 9 mois après le traitement.
Mais d’autres ont eu des rechutes. Parmi ceux-ci, trois seulement
ont pu être examinés à nouveau. Il s’agit de lésions apparaissant
soit à la place, soit en dehors des lésions anciennes. Mais tou¬
jours, les lésions plantaires sont les plus difficiles à guérir, et
c’est à leur niveau que les rechutes sont le plus fréquentes. Il doit
s’agir probablement de réinfections , car il m’a été donné d’ob-
«*
server de nombreux cas de récidive du pian à des intervalles de
plusieurs années chez un même sujet.
Voici un cas typique de rechute du pian après le traitement
per os :
Setani, 28 ans. Une papule douloureuse et excoriée à la plante
du pied gauche. Le membre est enflé, la marche pénible entraîne la
claudication ; douleur fort vive.
Absorbe à jeun le 10 octobre 0,40 d’arsénobenzoh Supporte con-
* venablement l’épreuve ; est pris seulement une heure après d’une
petite céphalalgie et de maux de ventre qui durent peu. Mais était-il
vraiment à jeun ?
Dès le soir, les douleurs ont disparu. En deux jours le membre
revient à son état normal quant à l’inflammation, et la papule se
guérit après dessiccation en trois semaines.
La guérison se maintient trois mois ; la papule guérie existait
depuis 2 ans. Au bout de trois mois, une nouvelle papule se forme à
2 cm. de l’ancienne, et un mois plus tard, une autre apparaît à l’autre
pied.
Aujourd’hui, soit près de deux mois depuis leur début, l’affection
se maintient uniquement à ces deux lésions, mais la douleur croît
lentement, et un commencement de claudication légère en est la
conséquence.
Ce malade sera de nouveau soumis au traitement per os, et les
résultats obtenus seront publiés en leur temps.
3 1 3 —
1 Le chlorhydrate d'émétine dans
la dysenterie amibienne
i i « , %
Par E. MARCHOUX.
Depuis la communication de Vedder (i) au congrès de Hong-
Kong sur l’action toxique pour les amibes des alcaloïdes de l’i¬
péca, depuis les premiers essais de traitement faits par Ro¬
gers (2), de nombreux médecins ont employé l’émétine soit dans
la dysenterie, soit dans ses complications. Les résultats se sont
montrés constamment bons; aucun cas de récidive n’a encore été
signalé. Je veux communiquer à la Société deux observations qui
établissent que la disparition des amibes dans les salles ne suit
pas toujours immédiatement la guérison des accidents dysentéri¬
ques et montrent que les rechutes sont parfois à craindre.
Obs. I. — La première observation est celle d’un missionnaire qui
a contracté à Shang-Haï une dysenterie pour laquelle il a été rapa¬
trié. L’histoire de ce malade a déjà fait l’objet d’un article paru dans
le Bulletin médical le 29 février 1913 et publié par M. Laval, son
médecin traitant.
Ce missionnaire était très pale, très amaigri, lorsqu’il s’est pré¬
senté à moi de la part de M. Laval qui me l’envoyait pour examen. Il
avait, par 24 heures, de 10 à 15 selles dans lesquelles l’examen
microscopique, au milieu de mucus et de sang, permettait de cons¬
tater la présence de nombreuses amibes végétatives, quelques-unes
remplies de globules rouges.
Un traitement de plusieurs mois par desdavages intestinaux quoti¬
diens à l’eau bouilie a amélioré son état général, sans atteindre les
parasites qui, rares à certains jours, se montraient extraordinaire¬
ment nombreux à certains autres. Les lavements d’Atoxyl n’ont pas
eu plus de succès.
Sur mon conseil, M. le Dr Laval appliqua le traitement de Rogers,
Voici comment. Je cite son texte :
« Les premiers jours j’injectai 1 cm3 d’une solution à 0 cg. 60 de
« chlorhydrate d’émétine pour 20 g. d’eau, soit 0 g. 03. Le nombre
« des selles nocturnes tomba du coup de 10 à 2 et, depuis, ces der-
« nières finirent par êtrè supprimées.
« Les jours suivants j’injectai successivement et par jour : 0 g. 04r
(1) E -B. Vf.ddf.r. — An experimental studv of the action of Tpecacuanha
on Amœbæ. Far eastern Assoc. trop. med. Trans i* cong. held at Hongkong,
1912.
(2) Leonard Rogers. Brit. med. Journ ., 22 juin et 24 août (912.
»
— 3 1 4 —
« 0 g. 05 et même au bout de 8 jours 0 g. 06 par jour pendant plu-
« sieurs jours.
« Le sujet supporta admirablement ces doses ; il se plaignit seule-
« ment beaucoup de la douleur locale provoquée par les injections,
« — que ces injections, d’ailleurs, fussent sous-cutanées ou intra-
<( musculaires — douleur qui persiste plusieurs jours.
<( En même temps que les selles diminuaient, le sang disparais-
« sait, les amibes se faisaient plus rares, le poids augmentait (de
« 4 kg. en un mois).
« Au bout d’un mois (le traitement à l’émétine avait duré environ
« trois semaines) il n’y avait plus qu’une selle, demi-moulée, par
« jour ; certaines préparations révélaient quelques amibes, d’autres
« rien. »
Le missionnaire devant partir en convalescence dans le Midi vint
me faire une dernière visite. Ce jour-là, bien que l'amélioration per¬
sistât et qu’aucun trouble intestinal ne fût manifeste, les selles ren¬
fermaient un nombre d'amibes considérable.
Pendant son séjour au bord de la Méditerranée, de janvier à mai,
le malade ne suivit plus aucun traitement et continua à se remettre.
Il est venu me voir à son retour. Son état de santé était parfait,
il avait notablement engraissé.
Ses selles parfaitement normales comme consistance et comme
nombre, ne contiennent ni amibes, ni kystes.
Obs. IL — Le deuxième malade dont je veux rapporter l’histoire
est un sous-officier d’infanterie coloniale qui est revenu du Tonkin, il
y a deux ans, avec une dysenterie à laquelle il n’a d’ailleurs pas
attaché d’importance. Titulaire d’un congé de convalescence, il alla
le passer dans l'Aisne où il finit par se rétablir si bien que peu de
temps après son retour au corps, il était désigné pour aller servir
en Cochinchine.
Dans cette colonie sa santé se troubla bien vite et il dut entrer à
l’hôpital pour une rechute de dysenterie accompagnée de fièvre. Il
y fut radiographié et finalement, après 10 mois de séjour, présenté
au Conseil de Santé ; il fut rapatrié.
Je l'ai vu à son retour. Pâle, anémié, il avait tous les jours la
fièvre ; la température s’élevait peu et redescendait chaque matin
presque à la normale. Il présentait une voussure thoracique très nette
à droite. Une pression exercée sur le thorax, d’avant en arrière,
réveillait une gêne profonde. Pas de douleurs spontanées de la
région. Pas de gêne du côté de l'épaule droite. A l’auscultation, pas
de frottements. La percussion révélait une très légère augmentation
de la zone de matité, 13 à 14 cm. dans la ligne mamelonnaire.
M. Béclère a bien voulu pratiquer sur lui des examens radiosco¬
piques et radiographiques. L’ùn et l'autre ont permis de constater
une élévation notable du dôme diaphragmatique à droite. Deux
épreuves faites l’une de face, l’autre de profil, indiquaient que la
région la plus bombée et celle où siégeait l’abcès était la partie
lûoyenne de la face convexe du foie.
L’opération pratiquée à l’hôpital Laënnec par M. Lecène a consisté
à ouvrir i’abcès au travers du cul-de-sac pleural après suture des
deux feuillets. Elle a donné issue à un quart de litre environ de pus
dans lequel on n’a pas trouvé d’amibes.
En outre de cet abcès le sous-officier B... avait encore un reliquat
— 3 1 5 —
»
de dysenterie et de très nombreuses amibes végétatives dans ses
selles.
A ma demande, M. Lecène voulut bien lui faire des injections de
chlorhydrate d’émétine. Il en reçut 8, intramusculaires de 0 g. 05
chacune.
A partir du moment où ce médicament fut administré, la cicatri¬
sation de l’abcès marcha beaucoup plus vite et se termina eu une
semaine, alors qu’elle avait traîné depuis près d’un mois sans faire
de progrès bien rapides. Le nombre des selles diminua et bientôt il
ne s'en produisit plus qu'une par jour, tout à fait normale comme
consistance.
Après sa sortie de l’hôpital, le malade revint me voir au commen¬
cement d’avril. Il avait tellement engraissé qu’aucun de ses vête¬
ments ne lui allait plus. Ses digestions, comme son appétit, étaient
excellentes.
L'examen des selles permit d'y constater la présence de très nom¬
breux kystes d'amibes , qui n’avaient point diminué de nombre lors
d’un deuxième examen pratiqué trois semaines plus tard, au com¬
mencement de mai.
Aujourd'hui même 14 mai, un examen des selles permet de trouver
toujours des kystes nombreux et quelques amibes végétatives.
En somme, ces deux malades nous apprennent que si l’émétine
agit rapidement sur les amibes qui sont intraorganiques, c’est-à-
dire logées dans des anfractuosités de la muqueuse intestinale ou
dans le foie, elle n’a pas d’action sur celles qui sont extraorgani¬
ques, c’est-à-dire dans la lumière de l’intestin.
Le missionnaire paraît s’être spontanément débarrassé de ses
parasites devenus des commensaux. Les amibes persistent au
contraire chez l’autre.
L’un et l’autre vont bien, mais ni l’un ni l’autre n’a été privé
de ses parasites au moment de la disparition des accidents dont 11
était porteur.
Deux autres questions se posent à propos du sous-officier.
Pourquoi, au lieu d’amibes végétatives, n’a-t-il émis longtemps
que des kystes alors qu’on n’en voyait aucun dans ses selles avant
sa guérison ? Pourquoi continue-t-il à en émettre toujours ?
Il existe probablement en un point de l’intestin, sans doute très
haut, un foyer de multiplication des amibes qui s’enkystent en¬
suite avant l’expulsion. Ce foyer est-il extraorganique ou bien
persiste-t-il là un ulcère incomplètement guéri? Il m’est impossi¬
ble de me prononcer.
Comme les injections d’émétine sont très douloureuses le ma¬
lade hésite à s’v soumettre encore. J’espère cependant l’amener
à les acepter.
-- 3 1 6
I
En tous cas, tant qu’il aura des amibes dans l’intestin, il n’est
pas à l’abri d’une rechute qui s’annonce déjà peut-être, par l’é¬
mission dé protozoaires à l’état végétatif. De plus c’est un porteur
de germes qui peut faire courir des dangers à son entourage.
Ces 2 observations prouvent qu’il faut toujours pratiquer des
examens microscopiques des selles pour vérifier la disparition des
amibes après guérison de la dysenterie par l’émétine. Il y aurait
peut-être lieu de compléter la cure par un traitement local qui
atteigne les amibes restant dans l’intestin.
J .
La dysenterie amibienne en Tunisie
Par A. CONOR.
La dysenterie bacillaire existe en Tunisie où, à plusieurs re¬
prises, des épidémies furent signalées. Ch. Nicolle et Cathoire
isolèrent en 1905, pour la première fois dans l’Afrique mineure,
l’agent pathogène que, depuis, nous avons fréquemment décelé
dans les produits adressés au laboratoire militaire. Le bacille
dysentérique tunisien appartient au type Shiga.
La symptomatologie de certains cas, l’observation d’abcès du
foie chez des malades qui avaient antérieurement présenté le syn¬
drome dysentériforme, faisaient pressentir l’existence de la forme
amibienne. Elle semble toutefois assez peu fréquente. Dans les
troupes de la Division d’Occupation, d’après les statistiques an¬
nuelles, on en a signalé seize cas en 1911 et sept en 1912, diagnos¬
tiqués cliniquement. Il manquait la preuve microscopique et, à
notre connaissance, la présence de l’amibe pathogène n’avait pas
encore été reconnue dans la Régence.
Nous apportons aujourd’hui cette preuve
L’observation que nous résumons concerne un officier n’ayant
jamais séjourné aux colonies. Il fut atteint de diarrhée dysentéri¬
forme à Sousse où plusieurs cas de dysenterie s’étaient manifestés
dans la garnison. Les selles, au nombre d’une quinzaine par jour,
contenaient du mucus strié de sang et s’accompagnaient d’é-
preintes, de ténesme, sans élévation de température. Pendant un
séjour à Tatahouine, dans l’extrême sud, les crises devinrent de
plus en plus fréquentes, l’état général était profondément tou-
ché (perte de poids de quinze kilogr.). Le malade fut évacué sur
l’Hôpital du Belvédère, et nous eûmes l’occasion d’examiner plu¬
sieurs fois ses déjections, mais sans déceler la présence d’amibes
ou du bacille dysentérique. Nous fûmes plus heureux quelques
mois plus tard ; en septembre 1912, nous pûmes nous procurer
des matières très peu de temps après leur émission. L’examen
sans coloration d’un fragment de mucus montra des cellules des-
quamées, des globules rouges, des leucocytes et des amibes.
L’allure clinique était d’ailleurs celle d’une dysenterie amibienne.
Un traitement approprié, notamment des pansements rectaux et
l’ingestion de Kho-Sam, amenèrent une sédation des symptômes
et un relèvement de l’état général.
Les amibes, observées à l’état frais, mesuraient en moyenne de
25 à 35 y de diamètre. L’ectoplasme clair se différenciait nette¬
ment de l’endoplasme granuleux dans lequel on ne distinguait
pas le noyau. Les mouvements étaient très nets ainsi que l’émis¬
sion de pseudopodes; on voyait l’amibe glisser lentement dans
le champ du microscope. La plupart des parasites étaient bourrés
de globules rouges (de 6 à 10 en moyenne). Nous n’avons pas
observé de kystes. Les préparations colorées montraient le même
aspect ; le noyau, petit, était visible et occupait une position ex¬
centrique. Ces caractères sont ceux d’une amibe pathogène; iis
s’appliquent à Entamoeba histolytica plutôt qu’à E. tetragena.
Dans plusieurs autres cas, chez des militaires français ou indi¬
gènes revenus du Maroc, nous avons constaté, dans les matières
fécales, de nombreux leucocytes éosinophiles et des corpuscules
réfringents à double contour, de 8 à 10 y de diamètre, ayant l’ap¬
parence de kystes amibiens. Les selles avaient été examinées en¬
viron vingt-quatre heures après leur émission ; rien d’étonnant
que nous n’ayons pas rencontré de parasites vivants.
La dysenterie amibienne existe donc en Tunisie. Les rapports
fréquents des troupes de la Division d’Occupation avec le Maroc
où l’affection semble endémique, rendront vraisemblablement plus
nombreux les cas observés.
Le traitement et le pronostic de la dysenterie étant subordon¬
nés au diagnostic étiologique, on conçoit l’importance de l’examen
microscopique des selles dans un pays où évoluent côte à côte
les formes bacillaire et amibienne.
► r •. t * t
(Laboratoire de la Division d’ Occupation de Tunisie.)
— 3 1 8 —
/
Des formes flagellées et des gamètes
dans le Toxoplasma cuniculi
Par A. SPLENDORE.
Dans ma troisième notre préliminaire sur le Toxoplasma cuni¬
culi , communiquée à la Sociedade scientifica de S. Paulo dans
sa séance du 17 février 1910 et rapportée dans le Bulletin de V Ins¬
titut Pasteur, t. VIII, 1910, p. 687, j’ai déjà annoncé que cet
intéressant parasite, découvert par moi, peut, entr’autres pro¬
priétés morphologiques et structurales, présenter aussi une phase
flagellée. Cette opinion était basée sur l’observation de quelques
corpuscules caractéristiques (trouvés très rarement) qui, avec
leur forme plus ou moins arquée ou ovalaire déjà connue, présen¬
taient un long filament inséré à l’une des extrémités. Ce filament
libre avait toute l’apparence d’un flagelle.
Les conditions, dans lesquelles ledit filament fut trouvé, même
si elles pouvaient suffire à former dans mon esprit la conviction
qu’il s’agissait d’un flagelle, n’étaient pas assez démonstratives
pour pouvoir exclure, d’une façon absolue, une erreur d’obser¬
vation ou une altération quelconque du corps parasitaire.
11 s’agissait, malheureusement, de préparations qui n’étaient
pas bien réussies, colorées par la méthode de l’hématoxyline ferri¬
que de Rosenbusch ; dans un cas, le filament ne permettait point
de distinguer nettement son origine dans le corps parasitaire;
dans un autre cas, il ne montrait pas la coloration noire intense
du corpuscule basal, où il aboutit. Le filament, dans ce second
cas, à peine appréciable, était presque incolore, tandis que le gra¬
nule, où il prenait origine, situé dans le corps parasitaire, à une
petite distance de l’extrémité atténuée, était parfaitement noir
comme le centriole existant dans le caryosome du noyau corres¬
pondant.
L’existence certaine d’un blépharoblaste, vérifiée par moi dans
beaucoup de corpuscules et rappelant de très près celui que l’on
connaît dans le groupe des Binucleata de Hartmann, donnèrent
un nouvel appui à ma manière de voir en faveur d’une phase
flagellée du Toxoplasma cuniculi.
Cependant, je viens de rencontrer, dans une de mes prépara-
.ANCHE VI.
Splendor
* ©
Toxoplasma cuniculi.
Fig. 1. — Corpuscule flagellé du foie du pigeon.
Fig. 2. — Gamètes dans les muscles pectoraux du pigeon.
»
-
tions colorées selon la méthode de Giemsa, un autre corpuscule
très typique, dont le flagelle, d’une, parfaite netteté, ne peut être
mis en doute. Vu l’importance du cas et l’intérêt du nouveau type
parasitaire en question, je crois utile de mentionnner ici ma nou¬
velle observation, avant de publier un mémoire détaillé sur cet
intéressant parasite.
Le corps parasitaire en question a été trouvé dans un frottis de
foie d’un pigeon expérimentalement infecté de Tox. cuniculi. Tl
présente une forme légèrement incurvée (v. photographie, fig. i);
ses dimensions sont 5,5 y de longueur, 2,2 p. de largeur; une ex¬
trémité est arrondie, l’autre un peu atténuée. Le protoplasma se
montre légèrement aréolaire et coloré en bleu clair. Le noyau
présente une forme arrondie un peu allongée dans le sens trans¬
versal ; il occupe toute la largeur du corps, entre le premier et le
second tiers de la moitié correspondant à l’extrémité atténuée,
sur un espace de 1,5 y environ. Il semble être formé d’une zone
chromatique sans structure évidente, de couleur rouge-violet,
un peu pâle ; au milieu de ce noyau et précisément presque à la
limite sur le bord convexe du parasite, on remarque du côté de
l’extrémité atténuée, un caryosome formé d’un grain de chroma¬
tine assez gros, de couleur rouge-violet, plus foncée et plus intense
que celle de la zone nucléaire voisine ; de ce caryosome, on voit
clairement sortir un filament qui longe le bord convexe du para¬
site, décrit une petite courbe, traverse l’extrémité parasitaire atté¬
nuée et est libre sur une longueur de presque 14 [J-.
Sur son parcours extérieur, ce filament décrit quelques ondula¬
tions et, dès son origine, il paraît composé d’une série de bâton¬
nets de chromatine, plus ou moins rapprochés les uns des autres
et qui semblent être renfermés dans une faible enveloppe de pro¬
toplasma. Le bâtonnet chromatique qui se trouve au niveau de
l’extrémité parasitaire, semble un peu plus renflé que les autres. Tl
n’est pas facile, jusqu’à présent, de comprendre quelle est' la
signification de ce corps parasitaire flagellé.
Vu la structure du flagelle, qui rappelle jusqu’à un certain
point ce que Bignami et Bastianelli ont observé dans les gamè¬
tes de la malaria, on pourrait penser qu’il s’agit d’une forme
sexuée mâle ; mais il ne me semble pas que cette opinion puisse se
concilier avec celle que j’ai acquise en observant d’autres formes,
dont je vais parler et que je considère, sans aucun doute, comme
les vrais gamètes du Toxoplasma cuniculi.
- 320 -
J’ai trouvé ces autres corps sur des frottis de muscles pectoraux
du pigeon dont il est question ci-dessus et d’autres encore infec¬
tées de Tox. cuniculi. On observait dans ces pigeons, à la surface
de la dite région musculaire, quelques légères stries blanc-grisâ¬
tres, qui comme je l'ai déjà dit dans un autre travail, avaient 1 as¬
pect de sarcosporidies.
L’examen plus minutieux, auquel j’avais soumis ces stries en
dilacérant les fibres qui les contenaient, ne vérifia pas l’existence
des sarcocystes caractéristiques desdits sporozoaires, mais, au
contraire, je rencontrai une infiltration de Toxoplasma bien ca¬
ractéristiques, présentant souvent les phases connues de division
longitudinale. Cependant, au milieu de ces formes ordinaires, on
en trouvait d’autres un peu différentes, surtout par la position
du noyau, situé à l’une des extrémités du corps parasitaire.
A la coloration au Giemsa, ces formes spéciales se montrèrent
de volume égal ou parfois un peu supérieur à celui des formes
communes, mais d’aspect principalement fusiforme, avec proto¬
plasma bleuâtre, un peu plus foncé que d’ordinaire, au milieu
duquel on voyait souvent de petits globules colorés en bleu in¬
tense. Le noyau, généralement rouge-violet, était plus ou moins
arrondi ou en capuchon, formé d’une masse de chromatine, com¬
pacte ou granuleuse. Parfois on trouvait des formes que l’on pou¬
vait interpréter comme des phases de passage à partir des Toxo-
» , . •• * * • /< ■» •»
plasma ordinaires.
Ces observations remontent à l’été dernier. Ces derniers jours,
en me disposant à recueillir mes observations variées, j’ai voulu
de nouveau faire un examen systématique de mes préparations et,
dirigeant mes recherches surtout vers les susdites altérations mus¬
culaires du pigeon, j’ai eu la bonne fortune de rencontrer quel-
. ques frottis colorés au Giemsa, dans lesquels, autant que je puis
en juger, la nature du susdit corps est mis en évidence.
Ces frottis, venant de la musculature pectorale du pigeon,
avaient été faits avec le matériel pathologique, lequel, dans quel¬
ques préparations, fut directement étendu sur les lames porte-
objet, avec le suc musculaire ; pour d’autres il avait été d’abord
dilué dans une solution physiologique de chlorure de sodium.
Dans ce dernier cas, on les laissa sécher à l’air libre, avant de les
fixer dans l’alcool-éther. Dans les préparations faites de cette der¬
nière manière, on voit (fig. 2) que beaucoup desdits corpuscules
fusiformes ont subi des modifications de forme et de volume.
— 321 —
Plusieurs sont devenus plus ou moins ronds; leur diamètre atteint
io et plus, alors que les formes normales n’ont que 7-8 ^ de
longueur sur 2-3 jj. de largeur.
.Dans ces formes modifiées, on trouve une remarquable raré¬
faction du protoplasma, de sorte que quelques-unes se présentent
à peine teintées en bleu ou absolument incolores; en outre, on
remarque que beaucoup conservent, dans leurs corps, des globu¬
les colorés en bleu azuré. Le noyau, appuyé contre la paroi, pré¬
sente à l’un des pôles une structure souvent granuleuse. Souvent
on rencontre, dans le corps protoplasmique, un ou deux petits
blocs de chromatine, presque toujours situés vers le pôle opposé
.au noyau, et ceux-ci présentent généralement la forme de bâton¬
nets, courts et ramassés, colorés en rouge violet, dirigés longitu¬
dinalement, sans aucune structure évidente. Il faut aussi observer
que leur direction est généralement parallèle à celle des flagelles.
Ces petits blocs de chromatine pourraient être expliqués comme
des produits d’une épuration nucléaire, par le fait que le noyau
correspondant se trouve dans une phase de réduction. En effet,
on voit le noyau dans un certain degré de raréfaction, de divi¬
sion, et de rapetissement.
Quelques parasites présentent 2, d’autres 4 noyaux, de plus en
plus petits, et il est évident que ceux-ci sont les résultats des divi¬
sions successives du noyau primitif. Enfin on remarque un der¬
nier stade, dans quelques corps parasitaires, dans lequel ceux-ci
conservent à peine deux de ces petits noyaux fils, pendant que les
deux autres se trouvent en état de dissolution. Des deux petits
noyaux résiduels, prennent origine, respectivement, deux fila¬
ments chromatiques, qui après s’être éloignés de la région nu¬
cléaire, se croisent souvent à travers le corps parasitaire et arri¬
vent à la paroi opposée, qu’ils traversent souvent et dépassent
-sur une longueur de 3-4 ^ et même plus. Les dits filaments
aboutissent au petit noyau, chacun à un granule de chromatine.
On rencontre aussi quelquefois un corps parasitaire, dans lequel
les deux filaments décrits plus haut sortent d’une masse informe,
ne montrant aucun noyau bien défini. Il y a aussi des cas dans
lesquels les filaments mêmes sortent d’un noyau unique appa¬
remment indivisé ; mais alors la masse nucléaire se présente for¬
mée d’une zone chromatique légèrement colorée en rouge, au
milieu de laquelle on peut voir quatre ou cinq granules de chro¬
matine (? chromosomes) dont deux seuls- sont liés à l’origine des
filaments.
23
— 322 —
La constatation de ces faits très intéressants m’a porté à faire
des recherches sur des pigeons auxquels on n’avait pas fait d’in¬
jections de Toxoplasma ; mais je n’y ai trouvé rien de semblable.
En outre, dans les préparations des organes internes ou du tissu
musculaire des pigeons infectés, fixées immédiatement après le
frottis, c’est-à-dire sans aucun séjour à l’air libre et sans addi¬
tion d’un liquide spécial quelconque, les formes en fuseau, ex¬
ceptionnelles dans les organes internes, ne présentent aucune
modification. Il faut donc sans doute retenir que la production
des filaments chromatiques est survenue en dehors de l’orga¬
nisme vivant.
Vu l’analogie évidente avec le parasite de la malaria, il faut
admettre que les formes en fuseau du Toxoplasma cuniculi , avec
noyau à une extrémité, comme nous l’avons décrit plus haut,
n’ont d’autre signification que celle d’individus sexués. Peut-être
leur production dans les muscles superficiels du thorax des pi¬
geons, par le voisinage de ceux-ci avec le milieu extérieur, pour¬
rait expliquer les conditions de passage du parasite dans un
agent de transmission éventuel, étant donné que l’on sait que
la présence du Toxoplasma dans le sang circulant des verté¬
brés infectés, est exceptionnelle. La recherche de ces formes
dans les muscles superficiels du lapin infecté, serait très intéres¬
sante, mais malheureusement, par défaut de virus, cela n’est
pas possible pour le moment. En attendant, on doit admettre, par
l'analogie répétée avec les parasites de la malaria, que les for¬
mes qui ont produit les filaments, représentent des gamètes mâ¬
les, bien que le fait serait étrange, si les corps chromatiques aux¬
quels je me suis rapporté, représentaient effectivement le résultat
d’une épuration nucléaire.
Je ne saurais indiquer à présent d’une façon absolue quelles
sont les formes femelles; mais on pourrait supposer qu’elles sont
représentées par quelques-unes des mêmes formes en fuseau, qui
manquent de filament. Cela est vraisemblable, d’autant plus que,
dans quelques-unes de celles-ci, le protoplasma présente une
certaine coloration azurée, plus foncée qu’à l’ordinaire. En outre,
je n’ai point observé jusqu’ici de grandes différences morpholo¬
giques, que l’on pourrait considérer comme des différences de
sexe.
Ces suppositions ne pourront se vérifier avec certitude que
lorsqu’on sera arrivé à trouver le développement des formes
- 323 —
sexuées dans l’hôte invertébré, qui sans doute doit exister, que ce
soit le Stomoxys que j’ai incriminé, ou un autre insecte.
30 avril 1913.
(Institut d'anatomie comparée de V Université royale
de Rome. Directeur Prof. Sénateur B. Grassi.^
' M. A. Laveran. — Nous avons examiné depuis trois mois,
M. le Dr Marullaz et moi, un grand nombre de préparations
contenant des Toxoplasma gondii; les préparations avaient été
faites avec les exsudats ou les viscères de différents animaux (sou¬
ris, cobayes, lapins, oiseaux), et colorées à l’aide de la solution de
Giemsa ou par le procédé de l’hématoxyline au fer, et il nous a
été impossible de constater l’existence de centrosomes ou de fla¬
gelles.
Au sujet d’un Toxoplasme des oiseaux
Par M. MARULLAZ.
En 1900, M. le Prof. Laveran (i) signalait l’existence, chez les
Padda oryzivora infectés de Hæmamœba Danilewskyi, de para¬
sites trouvés dans la rate et dans la moelle osseuse.
« Ces petits éléments, écrit Laveran, ont une forme sphérique ou,
« plus souvent, allongée, ovalaire ; Us mesurent 2 à 3 g dans le plus
« grand diamètre ; ils paraissent libres, ou bien ils sont inclus dans
« des cellules de la rate ; souvent accolés aux noyaux de ces cellules,
« ils se trouvent quelquefois à l’intérieur des noyaux. Le noyau des
« parasites contient un karyosome entouré presque toujours par des
« granulations de chromatine qui se colorent en rouge violet comme
« le karyosome (par le mélange d’éosine et de bleu Borrel), mais un
« peu moins fortement. Le protoplasme a une teinte bleuâtre, il ne
« contient jamais, à ce qu’il m’a semblé, de granulations de pigment.
« Dans les frottis de rate, j'ai vu quelques éléments parasi-
« taires (très rares) dont le noyau m'a paru être en voie de segmen-
« tation. ».
Quelques années plus tard, Adte (2) décrivait chez des moineaux
de l’Inde, porteurs de rares H. Danilewskyi , des parasites du foie,
de la rate, de la moelle osseuse et du sang cardiaque, disposés par
(1) A. Laveran. Soc. de Biologie , 13 janvier 1900.
(2) J. R. Adie. The Indian medical Galette. n° 7, July 1907.
♦
groupes de 6 à 20 ou même 50 individus, libres ou inclus dans les
macrophages. Dans une note ultérieure, Adie (1) considère ces para-
sites comme différents de ceux de Laveran.
Plus récemment, H. de Beaurepaire-Aragao (2) a signalé, chez
plusieurs oiseaux du Brésil ( Sporophila alboglobularis, Brachyspiza
capensis , Atticora cyanoleucus , Sicalis flaveola , Tanagra palmarum,
Poroaria larvata, Rhamphocœlus brazilius, l’existence de proto¬
zoaires observés dans les leucocytes mononucléaires, et dont la mul¬
tiplication a lieu par schizogonie à l’intérieur des cellules épithéliales
du foie, du poumon, de l’intestin et de la moelle osseuse. Ces élé¬
ments présentent également une grande ressemblance avec ceux de
Laveran ; ils s’en distinguent toutefois par leurs dimensions qui
peuvent atteindre jusqu’à 8 g 2, et par leur mode de multiplication.
De Beaurepaire-Aragao les considère comme des hémogrégarines
(H. aiticoræ, H. ramphocœli , etc.) -et par analogie, propose les déno¬
minations Hœmogregarina paddæ , H . Adiei pour les parasites décrits
par Laveran et par Adie.
Sur le conseil de M. le Prof. Laveran, j’ai repris l’étude de ces
parasites chez des Padda oryzivora.
Pour mes recherches, j’ai examiné des frottis de sang, foie, rate,
poumon et moëlle osseuse, fixés soit par l’alcool-éther, soit par
l’alcool absolu, et colorés par la solution de Giemsa. J’ai obtenu
de bonnes préparations après fixation pendant quatre à six heu¬
res dans l’alcool absolu et coloration lente (six à dix heures) par
une solution de Giemsa fortement étendue d’eau distillée — deux
ou une goutte de colorant pour un cm3 d’eau. La fixation par les
vapeurs d’acide osmique m’a donné de mauvais résultats, de
même que la coloration par l’hématéine-éosine.
Je compléterai la > description de Laveran en ajoutant seule¬
ment que, sur les préparations colorées par la méthode de Giemsa,
le karyosome revêt rarement un aspect homogène ; il paraît formé
par des granulations de chromatine de dimensions variables, quel¬
quefois disposées très irrégulièrement au milieu du protoplasme.
Ces parasites, qui atteignent fréquemment 5 à 6 g de long sur
2 tS 5 à 3 g de large, peuvent également être observés dans le
foie et dans le poumon (soit à l’état libre, soit dans les leucocytes
mononucléaires), et aussi dans le sang cardiaque (toujours endo-
leucocytaires), quoique en moins grand nombre que dans la rate
et dans la moelle osseuse.
Le mode de multiplication est la bipartition longitudinale, déjà
signalée par Laveran. On peut voir les granulations du noyau
(il J. R. Adie. The Indian medical Galette, n« 5. May 1908.
(2) H. de Beaurkpaire- Aragao .Memot'ias do Instituto Oswaldo Cruç, 1911,
p. 54-64.
«
325 ---
/
se grouper en deux masses distinctes, qui se séparent complète¬
ment par la suite; cette segmentation du noyau est suivie de la
division du protoplasme, qui aboutit ainsi à la formation de deux
nouveaux éléments.
1, 2, 4, 5. Toxoplasma avium à l’intérieur de leucocytes mononu¬
cléaires. — 3. T. avium à l’état libre. — 6, 7, 8. Diverses phases
du processus de multiplication. — 9. T. avium libre en voie de
bipartition. Grossissement, 2.500 D environ.
En dehors du Padda oryzivora qui est très fréquemment in¬
fecté (35 oiseaux sur 37 examinés), j’ai pu constater l’existence
du parasite ou d’un protozoaire très voisin chez Estrilda phœni-
cotis, Lagonosticta senegala, Quele œrythrops, Pyromelona fran-
ciscana (1), passéridés originaires de l’Afrique O. Eq. indemnes
de Hœmamœba Danilewskyi , et chez le pinson de Paris ( Frin -
gilla cœlebs).
Les essais de transmission de padda à padda par inoculation
intrapéritonéale de sang citraté ou de rate broyée ne m’ont pas
donné de résultats appréciables. Il était impossible de juger par
l’autopsie et l’examen des frottis d’organes, si un padda inoculé
et porteur de parasites s’était infecté naturellement ou à la suite de
l’inoculation ; l’examen du foie ou de la moëlle osseusse avant l’ino¬
culation est impraticable, vu la fragilité des sujets.
Les tentatives de transmission par inoculation endoveineuse au
(1) Je dois la détermination de ces oiseaux à M. le Dr Trouessart, profes¬
seur au Muséum d’histoire naturelle, auquel j’adresse tous mes remerciements
de sa grande obligeance.
326 —
pigeon', oiseau non infecté naturellement, dans la règle, ont
échoué.
Je n’ai pas réussi à cultiver le parasite sur milieu de Novy sim¬
plifié ou dans la cavité péritonéale de la souris blanche.
Si l’on envisage les caractères du parasite qui fait l’objet de cette
note, sa présence chez des oiseaux totalement dépourvus d’H.
Danilewskyi et d’autres hématozoaires, son habitat endoleucocy-
taire, son mode de multiplication, l’absence de pigment, il ne pa¬
raît pas possible d’admettre qu’il représente un stade de l’évolu¬
tion d’une hémamibe des oiseaux; d’autre part son mode de
multiplication le différencie des hémogrégarines.
Par contre, sa forme, ses dimensions, ses affinités tinctoriales,
la structure de son noyau, son mode de multiplication (bipartition
longitudinale), sa présence habituelle dans les leucocytes mono¬
nucléaires des viscères et du sang, sont autant de caractères qui
permettent de l’assimiler aux parasites du genre Toxoplasma. On
sait, en outre, que T. cuniculi et T. gondii sont inoculables au
pigeon et à différents oiseaux, notamment au Padda oryzivora (i).
Chez ce dernier oiseau, j’ai pu constater la plus grande ressem¬
blance entre les parasites du foie et de la rate qui font l’objet
de cette note, et T. gondii. Il faut ajouter encore que T. cuniculi
a été observé par Carini (2) à l’état d’infection naturelle du pi¬
geon au Brésil.
Le parasite du padda se différencie de T. cuniculi et de T. gon¬
dii par l’absence de formes en croissant et en ce qu’il ne paraît
inoculable ni au pigeon, ni à la souris; je propose de le désigner
sous, le nom de Toxoplasma avium.
( Laboratoire de M . le professeur Laveran.)
fi) A. Laveran et M. Marullaz. Comptes rendus des séances de l’Acadé¬
mie des Sciences, 25 mars 1913.
(2) A. Carini. Société de pathologie exotique , 11 oct. 1911.
- — 327 —
i
Les formes de reproduction par schizogonie
et sporogonie d’Hæmogregarina Pettiti
(Thiroux, 1910) chez Crocodilus niloticus
Par A, THIROUX.
&
Nous avons décrit en 1910 une nouvelle hémogrégarine chez
un Crocodilus niloticus (1), capturé aux environs de Saint-Louis
du Sénégal. Nous n’avions pu à cette époque étudier les formes
de reproduction de ce parasite. Il nous a été donné de retrouver
dans la même région un nouveau Cr. niloticus parasité.
Nous n’ajouterons rien à notre description de 1910, concernant
H. Pettiti , si ce n’est que nous avons observé autour des hémo-
grégarines de nos préparations de sang, colorées au Giemsa,
une capsule dont nos préparations de 1910 ne nous avaient pas
permis d’affirmer l’existence. Les dimensions et la morphologie
des deux parasites n’autorisent pas d’ailleurs à penser qu’il s’a¬
git de deux espèces différentes.
Le foie du crocodile parasité renferme une très grande quantité
de kystesr point n’est besoin de broyage ni de centrifugation pour les
voir, soit à l'état frais entre lame et lamelle, dans le suc hépatique,
soit après coloration. Ils sont même proportionnellement beaucoup
plus nombreux que les parasites observés dans le sang. On ne les
rencontre ni dans le poumon, ni dans la rate, même après broyage.
On est tout d’abord frappé de ôe fait, qu’il existe manifestement
dans les préparations deux sortes de kystes.
Dans le suc hépatique, observé à l’état frais, on voit de grandes
cellules de 15 à 25 g, limitées par une membrane épaisse, et rem¬
plies de petites granulations très réfringentes, douées d’un mouve¬
ment brownien très rapide. On y distingue une et quelquefois deux
masses plus volumineuses, très réfringentes, constituant le noyau
de ces cellules, qui sont des kystes très jeunes (fig. IV A un état
plus avancé, les petites granulations réfringentes se réunissent en
quatre masses, telles que l’indique la figure 2 et dans lesquelles il
devient impossible d’apercevoir un noyau. On rencontre ensuite des
kystes renfermant quatre corps ovoïdes, à membrane épaisse, à
l’intérieur desquels on distingue de grosses masses réfringentes. Ces
corps ovoïdes constituent des kystes secondaires et de véritables
spores incluses dans la première enveloppe (fig. 3), qui doit être
(1) A. Thiroux. Une hémogrégarine de Crocodilus niloticus. — C. R .
Soc. Biologie, 17 déc. 1910, p. 577. ,
considérée comme lin oocyste. On retrouve aussi des kystes secon¬
daires ou spores, libres par suite de l’éclatement de l’oocyste. Tous
les corps que nous venons de décrire appartiennent manifestement
à un même cycle, aboutissant à la formation de spores.
Mais on rencontre aussi des kystes qui renferment, non plus-
quatre spores ovoïdes, mais huit masses très réfringentes dans toute
leur étendue et offrant un aspect différent (fig. 4). On pourrait les
prendre pour des sporozoïtes mis en liberté dans l’intérieur de
î’oocyste par la rupture de l'enveloppe des spores, mais on n’aper¬
çoit pas le reliquat de cette enveloppe, ce qui donne à penser que l’on
a affaire à des kystes d’une autre -espèce, renfermant des méro-
zoïtes nus et non des sporozoïtes.
Bæmogregarina Pettiii. Ses formes de reproduction par schizogonie
et par sporogonie.
1-2-3-4. Examen à l’état frais. — 1-2-3. Sporogonie. — 4. Schizo¬
gonie. — 5-6-7-8-9-10. Préparations colorées. — 5-6. Oocystes
renfermant quatre spores à deux sporozoïtes (sporogonie). —
9-10. Spores sorties de l’oocyste. — 7-8. Kystes renfermant huit
mérozoïtes (schizogonie).
Grossissement : 950 diam. environ.
Cette opinion est confirmée par l’observation des préparations
colorées. On y voit de gros kystes sphériques ou légèrement irrégu¬
liers de 15 à 25 u de diamètre, à membrane anhiste, difficilement
colorable, épaisse et formant un double contour blanc très net, Dans
l’intérieur de quelques-uns de ces gros kystes, on peut apercevoir
quatre corps ovalaires à deux noyaux. Ces corps possèdent égale¬
ment une membrane épaisse, difficilement Colombie et représentent
quatre spores à deux sporozoïtes (fig. 5 et 6). A côté des gros kystes,
on retrouve aussi dans les préparations colorées, libres ou souvent
accolés par deux, par trois ou par quatre, de petits kystes ovalaires
— 32y —
à deux noyaux, de 10 à 15 g de long sur 5- à 7 u de large (fig. 9 et
10), qui sont des spores, libérées par éclatement de l’oocyste.
On peut rencontrer exceptionnellement des oocystcs avec quatre
et six sporozoïtes, mais ils sont excessivement rares et la division en
huit, par le processus que nous venons d’indiquer, est la règle.
Cependant les figures que nous venons de décrire ne sont pas les
plus nombreuses dans les préparations colorées et dans la plupart
des gros kystes on trouve huit mérozoïtes, plus ou moins rétractés
à l’intérieur, sans qu’on puisse distinguer la trace d’une membrane
éclatée (fig. 7 et 8). Ces kystes à mérozoïtes font partie d’un cycle
schizogonique, parallèle à un cycle sporogonique, chez un même ani¬
mal infecté, comme cela s’observe chez les coccidies.
D’autre part, comme la sporogonie est d’ordinaire l’aboutissant
d’une conjugaison, on est amené à penser que toute révolution de
certaines hémogrégarines peut être complète sans le secours d’un
hôte intermédiaire, sous la forme d’un ectoparasite.
Hintze (i), après Schaudinn, a émis l’hypothèse que chez Lan-
kesterella minima (Syn. L. ranarum ), hémogrégarine de la gre¬
nouille, une conjugaison se produit dans la circulation sanguine
et que les oocystes se forment dans les cellules du canal intestinal.
Schaudinn a abandonné plus tard cette hypothèse, présumant
avec Lühe qu’une confusion s’était établie avec des coccidies (2).
Plus récemment Sangiorgi (3) a observé que, pour Leucocyto-
gregarina musculi, le cycle complet, schizogonie et sporogonie, a
lieu chez la souris.
A côté des' observations de cycles sporogoniques bien étudiés
chez des ectoparasites, pour d’autres hémogrégarines, telles que:
H. canis, schizogonie chez le chien, sporogonie chez Rhipice-
phalus sanguineus (Christophers, 1907); H. mûris ( Hepato -
zoon perniciosum de Miller), schizogonie dans le pou du rat,
sporogonie dans Lœlaps echidninus (Miller, 1908) ; H . stepa-
nowi , schizogonie chez Emys orbicularis, sporogonie chez une
sangsue, Placobdella catenigera (Reichenow, 1910), les phénomè¬
nes de reproduction que nous avons relatés chez H. Pettiti cons¬
tituent, après celle de Sangiorgi, la 2e observation de la coexis¬
tence chez le même hôte vertébré, sans passage par un invertébré,
fi) Hintze. Lebensweise und Entwick» lung v. L. minima. Zool. Jahrb .
Abt. Anat ., 1901, vol. XV. p 693.
(2) Nous avons nous même pensé à l’hypothèse d’une infection coccidienne
du çroçodile, mais les lésions hépatiques d.e la coccidiose sopt très facilement
reconnaissables, et il nous a été impossible d’en trouver des traces dans le
foie de Cr. niloticus.
(3) Sangiorgi. Leucocytogregarina musculi. Giornale d. R. A. di Med. di
Porino, avr.-mai 1912, p. 121.
— 33o —
de 2 cycles, l’un sporogonique, l’autre schizogonique, d’une
même hémogrégarine.
11 y a lieu de se demander si ce mode de reproduction n’est pas
plus fréquent qu’on ne l’a pensé jusqu’à aujourd’hui et si la dis¬
tinction que la plupart des auteurs ont faite de 2 espèces de kys¬
tes chez les hémogrégarines des reptiles ne correspond pas à cel¬
les que nous avons observées : kystes à sporozoïtes et kystes à
mérozoïtes.
(Travail du laboratoire de M. le Professeur Laveran et du
laboratoire de bactériologie de St-Louis (Sénégal).
Sur une Hémogrégarine nouvelle,
de Lachesis alternatus
Par Mme M. PHISALIX et A. LAVERAN.
Les parasites du sang de ces grosses Viperidæ : Lachesis alter¬
natus ( = Bothrops alternatus Dum. et Bib.) ont été recherchés en
•• * i
vain par Sambon et Seligmann (i) sur deux sujets du Jardin zoo¬
logique de Londres. Auparavant, Lutz (2) en avait signalé l’exis¬
tence chez plusieurs espèces de Bothrops non exactement déter¬
minées. Les Hémogrégarines trouvées chez eux ont été englo¬
bées par cet auteur avec d’autres d’Ophidiens sous le nom de
H. ser pentium.
Bien qu’on en connaisse dans les espèces L. mutus et L. lanceo-
latus , du même genre, nous n’avons rien trouvé dans la littéra¬
ture du sujet qui se rapporte à l’espèce L. alternatus. D’autre part
l’hémogrégarine que renferme en abondance une de ces Vipè¬
res nouvellement arrivée du Serpentarium de Butantan (Brésil),
diffère par ses caractères des formes correspondantes trouvées dans
les autres espèces ; nous sommes donc fondés à en faire une espèce
nouvelle; nous la dédions à M. le Professeur Roule, qui nous
a permis l’examen du sang des Reptiles de la ménagerie du mu¬
séum, et proposons de l’appeler Hœmogregarina Roulei.
Le sang de la veine caudale seul a été examiné jusqu’ici deux
(1) Proc. Pathol. Soc. of London , 1907.
(2) Centralb. f. Bakt. t. XXIX, 1901. .
fois à intervalle de 2 mois et demi. Le sujet, en apparence bien
portant, est très agressif; il mesure 1 m. 10 de long, sur 5 à 6 cm.
de diamètre dans la portion moyenne ; il ne porte aucun parasite
cutané, non plus que les deux sujets qui ont jusqu’à présent vécu
dans la même cage et dont le sang n’est pas parasité.
Nous nous proposons de tenir le Serpent en observation pour
suivre la marche et la durée de l’infection en dehors de toute
possibilité de réinfection par des parasites cutanés.
Un premier prélèvement de sang a été opéré le 24 février der¬
nier : il y avait alors 25 % des globules parasités et une propor¬
tion presque aussi importante de grandes formes libres.
Le deuxième prélèvement a été fait le 10 mai dernier; il a dé¬
celé des formes du parasite qu’on ne trouvait pas dans le sang
du premier prélèvement, avec un pourcentage de 38 % de formes
endoglobulaires et de 4 à 5 % de formes libres. L’infection a donc
progressé, d’une façon notable dans l’espace de deux mois et
demi.
1° Formes endoglobulaires. Elles sont de trois sortes :
' a) Petites formes. — Elles apparaissent comme des corps nucléés
J t <\ IJ U
1 : j .
Différents aspects de H æmogregarina Roulei, dans le sang.
1. Hématie normale dans laquelle pénètre comme dans 4 une petite
forme libre ; une autre n’est pas encore au contact ; 2, 3, 4, 5 petites
formes endoglobulaires ; 6 formes moyennes ; 7 petites formes et
Une grande ; 8 petite, moyenne et grandes formes ; 9 grandes for-
• mes ; 10 grande forme s’évadant ; 11 et 12 grandes formes libres.
Grossissement, 1.140 D. environ (d’après Mme Phisalix).
V t-
; w
- 332 —
ovoïdes ou comme de petits cylindres légèrement arqués et arrondis
«aux deux extrémités, de 7. à 8 g de long sur 2,5 à 3 g de large.
Le noyau est le plus souvent arrondi ou ovale, mais il présente
parfois des étranglements ou des saillies irrégulières, et occupe la
totalité de la largeur, du corps. Par le Giemsa, il se colore en bleu,
comme les quelques inclusions que Ton -rencontre dans le proto¬
plasme ainsi qu’à la périphérie. Le protoplasme reste clair et tranche
nettement sur la coloration rose-orangé du stroma de l’hématie para¬
sitée.
Un même globule contient généralement deux ou trois parasites *
mais il n’est pas rare d’en trouver 3, 4 et jusqu’à 5 (fig. 2 à 5).
Dans beaucoup de globules, ces formes jeunes sont associées à
d’autres plus grandes présentant toutes les tailles intermédiaires
entre. 8 et 15 g de long sur 3 à 2 g 5 de large, ce qui indique que
l'hématie a subi des invasions successives (fig. 6, 7, 8).
Ces formes jeunes, quand il n’en existe que 1 ou 2, ne modifient
guère leur hôte ; mais si le' nombre en augmente, les dimensions
de l’hématie augmentent aussi et passent 17 g 5 de long sur 10 de
large à 18 et jusqu'à 22 g 5 de long sur 12,5 de large.
b) Moyennes formes. — Au fur et à mesure qu’il s’accroît le para¬
site prend nettement la forme d’un cylindre arrondi aux deux extré¬
mités, avec un noyau ovalaire situé vers le milieu.
Son protoplasme devient plus colorable, et se teint uniformément
en violet pale par le Giemsa (fig. 6, 8).
c) Grandes formes. — Elles représentent le parasite .adulte, et se
montrent comme de minces vermicides arquées, plus recourbés et
plus amincis à l'une de leurs extrémités. Leur longueur est le plus
souvent de 15 g, quelquefois 16 ; leur largeur ne dépasse jamais
2 g 5, (fig. 7, 8, 9). .
Le noyau, formé par des granulations de chromatine agglomérées,
est le plus souvent placé dans la moitié amincie, sur le bord convexe
du parasite.
Le protoplasme homogène se colore en violet pâle par le Giemsa.
La périphérie est limitée par un mince liséré incolore qui repré¬
sente la membrane.
On trouve jusqu'à 4 parasites adultes dans le même globule
qui se trouve ainsi distendit' et dont le stroma es trédiiit à une mince
coque avec un noyau généralement hypertrophié et déformé.
I Sur quelques hématies, on assiste à l’évasion de ces grandes formes
(fig. 10).
2° Formes libres :
a) Petites formes. — Elles sont représentées par de petits vermi-
. cules cylindriques arrondis aux extrémités de 7 g de long sur 2 g 5 à
3 g de large. Le noyau arrondi, qui en occupe le centre ou l’une des
extrémités, fixe fortement les colorants : par le Giemsa, il se teint
en bleu, tandis que le protoplasme se colore en bleu violacé. On
trouve ces formes très jeunes, disséminées dans le plasma, souvent
en voie de pénétration dans une hématie normale ou déjà parasitée.
Elles ne se rencontraient pas dans le. sang du premier prélèvement
(fig. G 4).
b ) Grandes formes. — Ce sont tes hémogrégarines adultes évadées
des hématies. Elles atteignent 15 g 5 à 16 g de long sans dépasser
3 g 5 de large. Elles fixent plus fortement les colorants que lors-
I
— 333 —
quelles sont encore incluses dans les globules et ont pour eux la
même élection.
Le noyau se trouve dans la moitié amincie, et souvent appliqué'
sur le bord convexe. Les unes ont encore leur capsule et sont acco¬
lées au noyau de l'hématie qu’elles ont récemment quittée, les autres
sont nues et isolées.
Dans une de ces grandes formes libres se trouvaient deux noyaux.
Comme c’est la règle, nous n’avons pas trouvé de formes de
multiplication dans le sang de la circulation générale, et nous at¬
tendons la mort du sujet pour les rechercher dans les organes.
Cette infection n’est pas tant remarquable par le pourcentage,
cependant très élevé (38 %, non compris les formes libres), des
Hématies parasitées, que par le nombre de parasites (jusqu’à 5)
qu’elles peuvent abriter.
Nouvelle contribution à l’étude
de Hæmocystozoon brasiliense
Par G. FRANCHINI.
Dans une communication à la Société de Pathologie exotique
(séance du 12 mars 1913) et dans un travail accompagné d’une
planche paru dans les Annali di Medicina navale e coloniale ,
t. I, fasc. 2, 1913, j’ai donné les premiers résultats de mes recher¬
ches sur un nouveau parasite de l’homme, provenant du Brésil.
J’ai dit que ce protozoaire devait rentrer vraisemblablement dans
la classe des Flagellés.
Je n’avais à ce moment observé que de très-rares éléments pour¬
vus de prolongements flagelliformes ; le polymorphisme du para¬
site et l’existence des formes enkystées dans le sang périphéri¬
que m’avaient rendu plus réservé encore dans mes conclusions.
Depuis lors, j’ai examiné des frottis que je n’avais pas encore
colorés et j’y ai trouvé des formes d’une netteté si grande que je
puis préciser les caractères morphologiques du parasite.
des de la maladie avec du sang recueilli par ponction du foie.
Sur ces frottis, les parasites sont assez nombreux et ils se pré¬
sentent aux différents stades de leur développement: formes non
flagellées, formes flagellées et formes enkystées.
— 334 —
J’ai réparti ces formes en cinq groupes, représentés dans la
figure ci-jointe, qui me paraissent correspondre à différents sta¬
des de l’évolution de l’hématozoaire.
i° Parasites de forme ovalaire ou lancéolée, qui mesurent de
3 y à 6 y de long, sur i y à 2 yt 5 de large (fig. 1) ; le noyau très
net se colore en rouge violet par la solution de Giemsa ; le proto¬
plasme contient de fines granulations chromophiles. Le parasite
ne possède ni centrosome ni flagelle.
Ces aspects correspondent aux «formes les plus petites que
nous ayons observées.
20 Parasites ovalaires ou plus souvent lancéolés (fig. 2). L’une
des extrémités se termine en pointe. Ces éléments sont pourvus
presque toujours d’un centrosome très net situé à une distance
variable du noyau.
Différents aspects de Y Hæmocyslozoon brasiliense.
1. Eléments jeunes pirif ormes. — 2. Formes lancéolées ; formes de
multiplication. — 3. Formes flagellées du type Leptomonas. —
4. Formes de transition. — 5. Formes enkystées.
Grossissement, environ 1600/1.
Quelques-uns des parasites sont en voie de division ; on cons¬
tate l’existence de deux noyaux et de deux centrosomes. Les
noyaux se colorent en rouge violet par le Giemsa ; les centro¬
somes en violet plus foncé.
Le protoplasme qui se colore en bleu ou en rose, montre par^
- 335 —
fois une vacuole. Parmi ces éléments, il en est qui atteignent
16 [J- de long sur 3 ^ de large, beaucoup mesurent 12 ^ de long.
3° Formes flagellées (fig. 3). Le flagelle peut atteindre jusqu’à
20 [x de long. Il est très fin et se colore mal. Il prend naissance au
voisinage du centrosome.
Le centrosome ordinairement bien net, souvent bacilliforme,
manque quelquefois ou plutôt est difficilement colorable. Le para¬
site dépourvu de flagelle qui est représenté dans la figure 3 mon¬
tre un noyau coloré en rouge foncé et, dans le protoplasme coloré
en bleu, du pigment noir.
Si certaines des formes décrites ci-dessus sont identiques à celles
que j’ai déjà signalées dans le sang, les formes Leptovionas n’ont
été observées par moi que dans les frottis faits avec les produits
des ponctions du foie.
40 Les parasites qui n’ont plus de flagelles (fig. 4) sont de di¬
mensions et de formes variables. Parmi eux il en est qui, en
voie de division, sont pourvus de deux noyaux, de même forme et
de même volume; dans d’autres, la deuxième masse chromati-
nienne présente un volume beaucoup moins considérable que la
première et peut être interprétée comme un volumineux centro¬
some ; parfois on compte trois masses chromatiniennes ou même
davantage.
5° Il s’agit de parasites enkystés; nous en avons figuré deux
(fig. 5). L’un d’eux du volume d’un globule rouge, montre, dans
son protoplasme, deux amas de substance chromatinienne et de
nombreuses granulations chromophiles. Dans l’autre, on distin¬
gue plusieurs noyaux de formes différentes.
*
* *
De la description qui précède, je crois pouvoir conclure que le
nouvel hématozoaire appartient à la classe des flagellés. Il se
présente soit à l’état libre, soit à l’état enkysté.
Je n’ai jamais trouvé de formes du type Leishmania ordinaire,
soit libres, soit incluses dans des leucocytes.
Les détails morphologiques que j’ai donnés plus haut me dis¬
pensent d’insister sur le diagnostic différentiel du nouveau para¬
site avec les -trypanosomes.
(' Travail du Laboratoire de M. le Professeur L A VER AN j.
M. Laveran. — Dans cette seconde note, M. Franchini précise
— 336
4
d’une façon très heureuse les caractères morphologiques du nou¬
vel hématozoaire qu’il a décrit sous le nom d } Hœmocystozoon
brasiliense. Il n’est pas douteux qu’il s’agisse d’un Flagellé. Les
formes les mieux caractérisées ont l’aspect de Leptamonas et ne
peuvent pas être confondues avec des trypanosomes. J’ai vu très
nettement dans les préparations de M. Françhini, les différentes
formes qui sont représentées dans la figure jointe à sa note.
Action de la quinine
sur les Hématozoaires du Paludisme
Par A. BILLET.
La note très intéressante de M. Rieux, parue dans un des der¬
niers numéros de ce Bulletin (i), concernant l’action des sels de
quinine sur certaines formes d’Hématozoaires du Paludisme, est,
dans ses grandes lignes, en conformité avec les résultats que j’a¬
vais obtenus précédemment et qui ont été consignés dans un tra¬
vail jusqu’ici inédit (2).
Toutefois le résumé de ces recherches a été exposé par M. le
Médecin Ispecteur Général Grall dans le Traité de Pathologie
exotique publié sous sa direction et celle de M. le Médecin Ins¬
pecteur Clarac (3).
On me permettra de revenir ici, aussi brièvement que possible,
sur les principales constatations que j’avais relevées à cette épo¬
que.
Le sel de quinine employé était le formiate de quinine, autre¬
ment connu sous le nom de quino forme. Je l’avais essayé, à l’hô¬
pital militaire de Marseille, dans cinq cas de fièvre tierce béni¬
gne, dans un cas de fièvre tierce maligne ou 'tropicale et dans un
cas de fièvre quarte, chez des militaires rapatriés de diverses ré¬
gions palustres.
(0 J. Rieux. - M-ode d’action de la qûmine sur Plasmodium vivax
Bull. Soc. Path. exotique , 1913. no 3 p. 153.
. (2) A.. Billet. — Essais concernant le formiate de quinine. Rapport adressé
à M. le Ministre de la Guerre en iqoj.
(3) Ch. Grall et A. Clarac. — .Traité de Pathologie exotique, I, Palu¬
disme, 1910, p. 484.
Les cinq cas de fièvre tierce bénigne, comparables à ceux qu’a
étudiés M. Rieux, présentaient dans leur sang de nombreux Hé-
motozoaires du type Plasmodium vivax ( H . malariae var. magna
Laveran). Chez deux d’entre eux coexistaient deux générations
de ce parasite, donnant lieu, par conséquent, à de la fièvre double
tierce, se traduisant par des accès quotidiens.
L’action de la quinine a été étudiée en faisant des examens de
sang, heure par heure, à dater du moment de l’absorption du mé¬
dicament. La dose de formiate administrée n’a été que de o gr. 50
et même, dans deux cas, de o gr. 30. Dans un cas seulement elle
a été donnée en injection hypodermique. Dans tous les 'autres cas,
elle a été absorbée, en une fois, par la voie buccale et en cachet.
Cette étude a porté sur les altérations que fait subir la quinine
aux principales formes parasitaires et, en particulier pour le para¬
site de la tierce bénigne (qui, par ses dimensions se prête le mieux
à ces observations): i° sur les altérations du schizonte annulaire
jeune qu’on rencontre en fin d’accès fébrile, à la période des
sueurs; 20 sur celles du schizonte amiboïde, de forme hémogréga-
rienne, tel qu’il se présente pendant la journée d’apyrexie inter¬
calaire entre deux accès; 30 sur celles du schizonte adulte, de
forme plus ou moins arrondie et volumineuse qu’on observe quel¬
ques heures avant le début de l’accès, au moment où il se dispose
à entrer en schizogonie active ; 40 enfin sur les altérations des for¬
mes de reproduction sexuée, mâles et femelles, autrement dit sur
les microgamétocytes et les macrogamètes.
Les principales conclusions auxquelles je suis arrivé, sont les
suivantes :
1° La désagrégation protoplasmique des schizontes de la tierce
bénigne, altération qui est caractéristique de l’action de la quinine
sur ces éléments, commence parfois à se manifester dès la première
heure de l’ingestion du médicament. Elle est très avancée cinq heures
après cette administration, et, en général, complètement achevée en
dix ou douze heures.
Les éléments sexués ou gamètes, au contraire, résistent vingt-
quatre à quarante-huit heures, et quelquefois davantage, à son action.
Il est même probable que quelques-uns de ces éléments sexués,
arrivés à leur complète, maturité, résistent complètement à la quinine,
ainsi que Craig (1) l’a constaté et comme c’est la règle pour les
gamètes semi-lunaires ( croissants ) de la fièvre tierce maligne.
2° Les différentes phases de celte désagrégation des parasites par
la quinine, dont la plupart ont été décrites par M. Rieux, sont les
suivantes, d’après leur ordre d’apparition :
(1) C. F. Craig. — Studies on the morphology of malarial Plasmodia after
the administration of quinine . .., Journ. 0/ inf. Dis., VII, 1910, n» 2.
24
— 338 -
a) Déformation et rétraction du protoplasma ;
b) Disparition de la vésicule nutritive ;
c) Désagrégation progressive du protoplasma, dont les parcelles
plus ou moins déchiquetées et remplies de pigment malarique se
dispersent dans toute l'étendue de l'hématie ;
cl) Isolement et persistance prolongée du noyau dont la chroma¬
tine semble bien être l'élément noble par excellence, Yuttimum
moriens du parasite ;
e ) Finalement expulsion et dispersion dans le plasma sanguin
des débris du protoplasma qui sont absorbés avec leur pigment par
les grands mononucléaires du sang.
Les témoins de cette destruction parasitaire opérée par la qui¬
nine sont les hématies, quelques heures auparavant renfermant
des parasites intacts, et maintenant hypertrophiées, décolorées et
déformées, vides de leurs parasites, mais conservant encore leurs
granulations de Schüffner et parfois même des amas de pigment
malarique.
3° L’action de la quinine, comme du reste l’a noté M. Rieux, est
d’autant plus active et rapide qu’elle s’opère sur des schizontes plus
jeunes. Elle est très puissante sur les schizontes de forme annulaire
de quelques heures de formation, un peu moins prononcée sur ceux
de forme amiboïde, plus lente enfin sur les formes adultes sur le
point d’entrer en schizogomie active.
Cette constatation m’avait amené à formuler cette opinion, très
importante au point de vue de la question, toujours controversée,
du moment le plus convenable pour l’administration de la qui¬
nine, à savoir que le moment le plus propice pour obtenir le
maximum d’efficacité du médicament est incontestablement la fin
de V accès, alors que la défervescence est sur le point de se ter¬
miner. C’est en effet le moment où les parasites provenant de la
schizogonie des schizontes au stade de rosaces et qui viennent
d’infester de nouvelles hématies pour y effectuer un nouveau
cycle endogène de 48 heures, se présentent sous leur forme
annulaire, la plus jeune et aussi la plus vulnérable.
C’est la démonstration scientifique de l’excellence de la mé¬
thode ancienne de Sydenham, de Bretonneau et de Trousseau
qui donnaient la quinine à partir de la fin de V accès. La quinine,
du reste, ainsi que l’écrit M. Laveran, a est toujours mieux sup¬
portée pendant les intervalles d’apyrexie que pendant les accès de
fièvre; elle provoque moins souvent les vomissements, et l’ab¬
sorption du médicament est plus facile » (1).
(1) A. Laveran. — Traité du Paludisme, 2e édition, 1907, p. 463.
— 339 —
\
4° Le parasite de la fièvre tierce maligne ou tropicale (H. malariæ
var. parva Laveran, Plasmodium præcox de la plupart des auteurs
étrangers), dans le seul cas où nous ayons essayé sur lui Faction du
l'ormiate de quinine, a été également et rapidement détruit même à
la faible dose de 0 gr. 50. 11 y aurait lieu de poursuivre ces essais
sur cette forme très virulente d’ Hématozoaire dans les pays tropicaux
où elle détermine les formes les plus graves du Paludisme (fièvre
rémittente et fièvre subcontinue 'palustres, accès pernicieux, etc.).
5° L'Hématozoaire de la fièvre quarte (H. malariæ var. quartanæ
Laveran, Plasmodium malariæ des autres auteurs) nous a paru
plus résistant que le parasite de la fièvre tierce bénigne, tout en
montrant dans sa destruction, les mêmes phases successives que pour
ce dernier.
11 est enfin intéressant de signaler quelle faible dose de quinine
est suffisante, en général, pour assurer la désinfection du sang
pendant un espace de temps relativement assez long, tout au
moins en ce qui concerne le parasite de la fièvre tierce bénigne.
. En effet, sur les cinq cas précédemment cités, la seule rechute
observée, après P administration d’une seule et unique dose de
o gr. 50 et même parfois de o gr. 30 de formiate de quinine, ne La
été qu’au bout de 20 jours seulement.
Ces observations tendraient à démontrer que, pour la cure des
rechutes de tierce bénigne, il suffirait, dans la majorité des cas,
de n’administrer la quinine que tous les 10 à 15 jours et à faible
dose (ne dépassant pas o gr. 50) pour amener peu <a peu la des¬
truction complète des Hématozoaires et par suite fpour éviter le
retour des accès fébriles.
On éviterait par là même aussi l’intoxication quinique si fré¬
quente chez certains paludéens invétérés qui s’imposent parfois
une quinisation intempestive et exagérée, amenant souvent des
désordres gastro-intestinaux sérieux, sans parler de l’hémoglo¬
binurie «toujours possible.
/
O
/
s
Au sujet du Trypanosoma rhodesiense
et du Tr.
Brucei
Par A. LAVERAN.
En 1910, Low a émis l’hypothèse que le Tr. rhodesiense, Ste¬
phens et Fantham n’était autre que le Tr. Brucei, Plimmer et
Bradford, en s’appuyant principalement sur ce fait que les deux
trypanosomes étaient convoyés par la même Glossina, Gl. mor si-
tans (1).
En 1912, Sir David Bruce et ses collaborateurs ont conclu de-
leurs recherches métrographiques que le Tr. rhodesiense appar¬
tenait à une espèce voisine du Tr. Brucei (2).
Aujourd’hui, Sir David Bruce, D. Harvey, A.-E. Hamertox
et Lady Bruce vont jusqu’à identifier les deux trypanosomes, ils
écrivent : « Evidence is accumulating that T. rhodesiense and
T. Brucei (Plimmer and Bradford) are identical » (3).
Pour soutenir cette thèse, ces observateurs se basent principale¬
ment sur la concordance des tracés métriques qu’ils ont obtenus
en étudiant les deux trypanosomes, et aussi sur ce fait que le
noyau est parfois en position postérieure chez le Tr. Brucei, com¬
me chez le Tr. rhodesiense .
La conclusion des Auteurs anglais ne serait admissible que s’il
était démontré: i° que les moyens d’identification employés par
eux sont infaillibles à ce point qu’on peut se passer de tous les
autres ; 20 que le trypanosome qualifié par eux de Tr. Brucei est
bien le Tr. Brucei, Plimmer et Bradford; or ni l’un ni l’autre
de ces postulats n’est à l’abri de la critique.
Quand on songe à la difficulté de faire la mensuration exacte de
centaines de trypanosomes et aux variations qui se produisent,
sous l’influence de différentes causes, dans les dimensions d’un
même trypanosome, il est bien difficile de croire que la méthode
métrographique préconisée par Sir David Bruce soit infailli-
ble (4).
(1) G.-C. Low. Journ. of trop. med. a', hyg. , juillet 1910.
(2' Sir David Bruce. D. Harvey. A.-E. Hamerton, J. -B. Davey et Lady
Bruce. Proceed. of the R. Soc., août 1912.
(3) Proceed. of the R. Soc., 1913. B. t. 86, p. 302.
(4) A. Laveran et F. Mesnil. Trypanosomes et trypanosomiases, 2e éd.r
Paris, 1912, p. 233.
I
Duke qui a étudié la valeur des graphiques de Sir David
Bruce dans le diagnostic des trypanosomes, est arrivé à conclure
qu’on ne pouvait leur accorder qu’une importance limitée (i).
Duke fait remarquer que les dimensions d’un trypanosome
donné varient suivant le mode de fixation employé et suivant
le procédé de mensuration adopté par les observateurs ; que cha¬
que espèce de trypanosome comporte de nombreuses variétés ; que
la ressemblance qui existe souvent au point de vue des dimensions
•entre des trypanosomes d’espèces différentes augmente la diffi¬
culté du diagnostic métrique.
Muriel Robertson a montré, pour Tr. gambiense, qu’il existe
chez l’hôte vertébré un cycle du trypanosome, de durée variable,
pendant lequel le trypanosome se modifie constamment (2) ; des
préparations faites au hasard de l’évolution pourront donc conte¬
nir des trypanosomes qui, étudiés par la méthode de Sir David
Bruce, donneront des graphiques dissemblables.
Il est aujourd’hui démontré que chez plusieurs trypanosomes,
autres que Tr. rhodesiense , le noyau présente quelquefois la po¬
sition postérieure que Stephens et Fantham ont! signalée comme
un des principaux caractères du Tr. rhodesiense.
Sur 1 138 Tr. Pecaudi examinés, Wenyon a trouvé que le noyau
était voisin du centrosome 36 fois, postérieur au noyau 2 fois (3).
Laveran et Nattan-Larrier ont trouvé le noyau en position
nettement postérieure une seule fois sur 1575 Tr. Pecaudi exami¬
nés (4).
W. Yorke et B. Blacklock ont trouvé quelquefois chez Tr.
equiperdum le noyau au voisinage immédiat du centrosome (5).
La position postérieure du noyau chez quelques Tr. Brucei
n’autorise donc pas l’identification au Tr. rhodesiense.
Il est contestable que le trypanosome de l’Ouganda qui a servi
aux dernières recherches de Sir David Bruce et de ses collabora¬
teurs soit identique au Tr. Brucei , Plimmer et Bradford.
Dans la classification que j’ai faite des trypanosomes pathogè¬
nes, j’ai mis le Tr. Brucei au nombre des trypanosomes mono-
<i) H.-E. Duke. Proceed. R. Soc., 31 oct. 1912, B. t. 85, p. 363.
'(2) Muriel Robertson. Proceed. R. Soc., 11 oct 1912, B. t. 85, p. 527.
<3) C.-M. Wenyon. Journ. of trop. med. a. hyg., i*‘* juillet 1912.
<4) A. Laveran et F. Mesnil. Op. cit., p. 745.
i$) W. Yorke et B. Blacklock. Brit. med. Journ., 31 août 1912.
— 342 —
morphes, alors que le Tr. rhodesiense figure parmi les trypanoso¬
mes dimorphes (1).
Si ces deux trypanosomes appartenaient à la même espèce, on
comprendrait difficilement qu’un observateur ayant une certaine
compétence dans l’étude des trypanosomes ait pu commettre une
pareille erreur.
Stephens et Blacklock ont fait récemment un grand nombre
d’examens du sang d’animaux infectés avec le Tr. Brucei du
Zoulouland qui a servi aux recherches de Plimmer et Bradford
et à celles de Laveran et Mesnil (2), et avec le Tr. Brucei du
bœuf de l’Ouganda qui a servi , depuis 190g, aux recherches de Sir
David Bruce; ils ont constaté que le parasite du Zoulouland était
un type de trypanosome monomorphe, tandis que celui de l’Ou¬
ganda était un type de trypanosome dimorphe ; ils concluent que
ces deux trypanosomes ne doivent pas être identifiés, et ils pro¬
posent de donner au trypanosome de l’Ouganda le nom de Tr.
ugandœ (3).
Si le virus de l’Ouganda doit être identifé au Tr. rhodesiense ,
comme le pensent Sir David Bruce et ses collaborateurs, il sera
évidemment inutile de créer un nom nouveau pour le désigner,
mais je crois qu’il sera nécessaire d’ajouter aux preuves d’identité
déjà données quelques preuves nouvelles et je conseillerai en
particulier une épreuve d’immunité croisée.
Je rappellerai en finissant l’expérience suivante que j’ai publiée
en 1912 et qui me paraît ne laisser aucun doute sur la non identité
du Tr. Brucei Plimmer et Bradford et du Tr. rhodesiense : un
bélier et un mouton guéris d’infections produites par le Tr. Bru¬
cei (nagana ferox d’EHRLiCH, et ayant acquis l’immunité pour ce
trypanosome, ont été inoculés avec le Tr. rhodesiense, le premier
le 3 décembre, le second le 27 décembre 1911. Les deux animaux
ont présenté des infections aiguës, caractérisées surtout par une
fièvre vive et continue avec des températures qui ont atteint ou
même dépassé 41 °. Dans les deux cas la maladie s’est terminée
par la mort, en 54 jours chez le bélier, en 44 jours chez le mouton.
Les observations de ces animaux ont été communiquées à la So-
(1) A. Laveran, Ann. de I'Inst. Pasteur , juillet 1911 et A. Laveran et
F. Mesnil, Op. cit ., p. 245 et p. 247.
(2) A. Laveran et F. Mesnil, Ann. de I'Inst. Pasteur, 1902, t. XVI, p. 3.
Je me suis servi également du virus connu sous le nom de nagana ferox
d’Ehrlich.
(3) J.-W.-W. Stephens et B. Bkacklock. Proceed. of the R. Soc., 1913,
B. t. 86, p. 187.
3
— 343 —
ciété de pathologie exotique (i). Il n’a pas été possible de faire la
contre-épreuve parce que tous les caprins inoculés de Tr. rhode-
siense sont morts. Telle que cette expérience ne laissera, je crois,
aucun doute dans l’esprit des observateurs compétents sur la non
identité du virus qui a provoqué chez les deux animaux des infec¬
tions suivies de guérison, avec immunisation, et du virus qui,
inoculé aux animaux immunisés pour le premier virus, a donné
lieu à des infections rapidement mortelles.
pS
Parasitisme intestinal en Annam
Par P. Noël BERNARD et L. KOUN.
Les laboratoires de Cochinchine et du Tonkin ont publié, à plu¬
sieurs reprises, leurs statistiques sur le parasitisme intestinal.
Dans le but de poursuivre cette documentation, nous avons
réuni les observations que nous avons faites à Hué (Centre An¬
nam) sur les indigènes en 1911 et 1912. Nos examens ont porté
sur la présence d’œufs de parasites dans les échantillons de' selles
prélevés par les intéressés eux-mêmes. De trois à cinq prépara¬
tions ont été faites pour chaque échantillon. Le parasitisme réel
est très supérieur aux résultats obtenus par ce procédé.
449 échantillons proviennent de 300 malades entrés à l’hôpital
pour des affections le plus souvent externes, de 149 sujets en par¬
faite santé parmi lesquels figurent cinquante mandarins. Le grou¬
pement ainsi constitué réunit les conditions moyennes de santé
et de résistance physique de la population de la ville, toutes les
collectivités vivant d’une vie commune, troupes, milice, prisons,
écoles, ayant été écartées. i
40 échantillons sont fournis par des détenus ayant de 3 mois à
2 ans de prison.
Sur les 449 sujets les parasites se répartissent dans l’ordre de
fréquence suivant:
Ascaris . 271 fois, soit 60,35 fois °/»
Ankylostomes . 170 fois, soit 37,86 fois %
Trichocéphales . 87 fois, soit 19,37 fois °/„
Oxyures . 10 fois, soit 2,22 fois %
L) A. Laveran. Soc. de pathol. exotique , 14 février 1912.
1
Tœnia . 10 fois, soit 2,22 fois °J0
Douves . 0 fois, soit 0,00 fois °/<>
Il y a donc 548 parasites pour 449 sujets (soit 121,72 %) dont
387 parasités (soit 86,62 %) et 62 indemnes (13,80 %).
Groupés suivant le sexe et l’âge ils donnent:
266 individus hébergent un seul parasite (soit 59,25 %).
Ascaris . 159
Akylostomes . 80
Tricocéphales . 17
Oxyures . 10
91 hébergent deux parasites (2026 %).
Ascaris + ankylostomes . 51
Ascaris + tricocéphales • . 31
Ankylostomes -f tricocéphales . 9
20 hébergent trois parasites (4,44 %) ascaris -F ankylostomes +
tricocéphales.
10 hébergent quatre parasites (2,22 %) ascaris + ankylostomes
+ tricocéphales + tœnia.
Ce degré d’infestation totale (121,72 %) est faible si on le com¬
pare aux pourcentages obtenus au Tonkin (226,16 %. Mathis et
Leger). Il s’élève à 155 % si on considère les résultats fournis
par 40 prisonniers.
65 % d’entre eux présentaient des ascaris *
30 % d’entre eux présentaient des ankylostomes ;
55 % d’enlre eux présentaient des trichocéyhales ;
40 % d’entre eux présentaient un seul parasite ;
35 % d’entre eux présentaient deux parasites ;
15 % d’entre eux présentaient trois parasites.
Deux observations, relatives à la répartition des ankylostomes,
méritent de retenir l’attention, bien qu’elles ne permettent aucune
conclusion immédiate. Les indigènes qui vont toujours pieds
et jambes nus, satisfont à leurs besoins naturels dans les rizières,
dans les terrains vagues voisins de leurs habitations, où pendant
huit mois de l’année les œufs et les larves d’ankylostomes trou¬
vent un milieu favorable à leur évolution.
Parmi les prisonniers, couchés la nuit sur le même lit de camp,
alimentés de la même manière, mais employés aux corvées urbai¬
nes, la proportion pour cent des ascaris, par rapport à la popula¬
tion normale passe de 60 à 65, celle des tricocéphales de 19
à 55 ; la proportion des ankylostomes (30 %) reste inférieure à la
moyenne 37 %.
D’autre part, tandis que le pourcentage des ascaris et des tri¬
cocéphales est le même pour les gens du peuple et pour les
mandarins, la proportion des ankylostomes tombe pour ces der¬
niers, chaussés, mieux vêtus et étrangers aux travaux des riziè¬
res de 37 à 12 pour cent. L’infestation par les ascaris et les trico¬
céphales due à l’absorption buccale de leurs œufs semble suivre
une marche très différente de l’infestation par les ankylostomes,
déterminée à la fois par l’absorption buccale et la pénétration cu¬
tanée. N’est-il pas légitime de voir dans cette différence une
preuve nouvelle du rôle primordial joué par la pénétration cuta¬
née des larves dans l’infestation par les ankylostomes, tout en fai¬
sant les plus grandes réserves sur cette hypothèse jusqu’à con¬
firmation des faits sur une plus large échelle ?
Nos observations concordent entièrement avec celles qui ont
été faites en Cochinchine et au Tonkin en ce qui concerne la dé¬
termination des ascaris (Ascaris lumbricoïdes Linné, 1758), des
tricocéphales [ Tricocephahis trichiurus (Linné, 1771)] et les anky¬
lostomes. Les spécimens recueillis au cours de quelques rares
autopsies se rapportent à Necator americanus (Stiles, 1902). Il
n’est pas possible* d’affirmer; sur le seul examen dés œufs, que
Ankylostomum duodencle Dubini, 1843 ne se rencontre jamais.
Les tœnias sont très fréquents à Hué. Les œufs se trouvent
exceptionnellement à l’état libre dans les selles, la proportion
2,22 % donnée dans notre statistique est très inférieure à la réa¬
lité. En 1910, 66 malades se sont présentés à la consultation pour
tœnia; en 1911, 56 consultations sont enregistrées pour la même
cause. Dans les rares examens microscopiques qui ont pu être
pratiqués il s’agissait toujours de Tœnia saginata. La proportion
des porcs ladres abattus à Hué étant de 1 pour cent (Bauche),
— 346 —
Tœnia solium Linné, 1767, ne doit pas être cependant un parasite
très rare.
Parmi les documents recueillis sur l’helminthiase au Tonkin et
en Cochinchine un seul cas d’oxyurose est signalé par Jouveau-
Dubreuil à Hanoï (Bull. Soc. méd. chir. de V Indochine, .1910,
p. 447). Un indigène ayant attiré notre attention sur des traînées,
blanchâtres qui striaient la surface de ses selles et qui étaient
constituées par des œufs d ’Oxyurus vermicularis (Linné, 1767),.
nous avons fait connaître cette particularité et nous avons grou¬
pés dix cas semblables. La proportion de 2 % qu’ils appor¬
tent à notre statistique, est cependant très inférieure à la réalité.
Nous n’avons observé aucun cas de distomatose. Les Docteurs
Meslin et Sallet ont bien voulu nous envoyer des échantillons
de selles pris sur des Annamites et des Chinois suspects d’helmin¬
thiase grave à Faifoo et à Tourane (Centre Annam). Le résultat
est resté négatif. Noc et Brau ont montré la fréquence de Fas-
ciolopsis Buski, (Lankester, 1857) à Saïgon. Mathis et Leger
ont observé d Haïphong une seule fois ce même parasite. Au Ton¬
kin, tous les observateurs, après Grall, sont d’accord sur la
grande fréquence de Clonorchis sinensis (Cobbold, 1S75). Ce¬
pendant, à Hué, les animaux ne sont pas indemnes de distoma¬
tose. J. Bauche constate (communication orale) l’infestation très
grave de tous les buffles âgés par Fasciola gigantea (Cobbold,
1856), de 2 pour cent des porcs par Fasciolopsis Rathouisi (Poi¬
rier, 1887), parasites identifiés par A. Raillet et A. Henry, que
Brumpt après Odhner considère comme identique à F. Buski.
Etant donnée l’importance de l’élevage du porc dans le pays,
il paraît peu vraisemblable que l’Annamite du centre Annam
échappe entièrement à la contamination d'un parasite si fréquent
chez l’Annamite de Cochinchine.
— 347
Supplément à la répartition et
à la variation géographique des Glossines
< / " * 1
Par E. ROUBAUD. -
f
V *f/
Les nouvelles précisions apportées par les auteurs anglais dans
l’étude spécifique des Glossines m’ont amené à revoir sur les
mêmes bases, en même temps que les collections de l’Institut Pas¬
teur, celles du Muséum de Paris qui ont été libéralement mises à
ma disposition par M. le Professeur Bouvier. L’étude de ces ma¬
tériaux m’a permis d’augmenter de quelques données nouvelles
les renseignements que l’on possède actuellement sur l’aire de
répartition de quelques-unes des espèces récemment distinguées
par Austen et Newstead.
Parmi les Glossines des groupes fusca et brevipalpis un certain
nombre d’additions doivent être faites à la liste des espèces figu¬
rant pour l’Afrique équatoriale et l’Afrique Occidentale françai¬
ses.
La grande majorité des formes décrites dans notre carte de la
distribution géographique des Glossines au Congo Français (i)
appartiennent en réalité à l’espèce tabaniformis Westwood.
Cette espèce existe dans la Sangha, l’Ogooué, la Léfini, FAlima.
La véritable fusca paraît très rare au Congo (2). Je n’en ai retrouvé
qu’un exemplaire provenant de la Haute-Sangha (localité indé¬
terminée). Un autre exemplaire de la Collection du Muséum porte
la mention : Congo, Riv. San-Benito, 1885.
En Afrique Occidentale, Gl. fusca paraît surtout répandue à ld
basse Côte d’ivoire. De nombreux exemplaires on<t été recueillis
par Bouet dans l’Indénié, sur les bords du Comoé à Petit Bas-
sam, et Azaguié; par A. Chevalier dans le bas Sassandra et à
Bingerville. A signaler enfin pour l’Afrique Occidentale fran¬
çaise l’existence de GL nigrofusca à la basse Côte d’ivoire (Aza¬
guié, Bouet, 1906) et de GL medicorum dans la même région.
Cette dernière espèce se trouve aussi dans le bas Dahomey (région
(1) La maladie du sommeil au Congo Français, Paris, Masson, 190g.
(2) Il conviendrait de revoir de façon précise tous les exemplaires, rapportés
à Gl. fusca , qui ont été signalés du Congo.
348 —
«du Zou) où nous l’avons rencontrée dans la bordure forestière de
ce fleuve en même temps que palpalis et tachinoïdes .
Parmi le groupe morsitans deux exemplaires existent dans la
collection du Muséum de l’espèce récemment décrite par News-
tead (i) sous le nom de Gl. Austeni. Ces exemplaires ont été re¬
cueillis en 1906 par Vasse, au Mozambique dans la vallée du
Pongué à Guengué ; l’auteur, dès cette époque, les avait nettement
différenciées des véritables morsitans, ainsi qu’en fait foi l’éti¬
quette manuscrite annexée aux échantillons. L’aire de réparti¬
tion de l’espèce se trouve ainsi dépasser notablement la région du
Jubaland en Afrique Orientale anglaise d’où elle est originaire.
Indépendamment de ces espèces, l’étude des matériaux nom¬
breux que j’ai eus sous les yeux m’a permis de retenir, en tant que
notion formelle et indiscutable, celle de la variation géographique
d’une espèce déterminée suivant les régions. L’intérêt de ces
formes géographiques est considérable au point de vue de la
transmission des différents virus, puisque, comme nous l’avons
montré, il peut y avoir souvent plus de différences pour la récepti¬
vité vis-à-vis d’un virus donné entre deux formes géographiques
de la même espèce qu’entre deux espèces différentes. Ces formes
géographiques ne sont souvent guère appréciables à l’examen ex¬
térieur, aussi les particularités de détail les plus minutieuses qui
peuvent servir à les caractériser doivent-elles être soigneusement
prises en considération. A cet égard les caractères tirés de l’exa¬
men microscopique de l’hypopygium auxquels Newstead a fait
si largement appel nous paraissent d’une grande importance. J’ai
«examiné suivant la méthode de Newstead l’hypopygium de diffé¬
rentes morsitans provenant de l’Afrique Occidentale, du Tchad,
du Nyassaland (2) et de la vallée du Limpopo. Les Gl. morsitans
de l’Afrique Occidentale (Casamance, Haute-Gambie, Haut-Da¬
homey) comme celles du Tchad méritent bien d’être distinguées
de celles de l’Afrique Orientale et Australe, sinon comme espèce
au moins comme variété géographique. Le terme de sub-morsi-
tans proposé par Newstead (3) doit servir à caractériser la forme
^occidentale de l’espèce dont, indépendamment de caractères légè¬
rement différents de coloration, la structure du forceps de l’hvpo-
pygium est manifestement particulière.
(1) Ann. trop. med. and Parasit., vol. VI, n° 1 B. mai 1912 et Bull, of Ent.
Res., vol III, déc. 1912.
(2) Obligeamment communiquées par le Général Sir David Bruce.
(3) Ann. Trop. med. Parasit., IV, 1910 et Bull, of Entom. res., mai 191K
— 349
La distinction de ces deux sous-espèces géographiques corresr-
pond quoique à un degré moins élevé à celle qui existe entre l’es¬
pèce orientale, GL pallidipes, et l’espèce occidentale Gl. longipal-
pis, du même groupe. Ces deux formes qui sont séparées spécifi¬
quement le sont encore plus géographiquement.
Les Glossina palpalis sont aussi différenciées en formes géo¬
graphiques suivant les régions. Celles des régions forestières
humides occidentales (Gabon, Moyen-Congo, Basse Côte d’i¬
voire) sont le plus souvent de grande taille 9-10 mm. et de couleur
sombre. Certaines formes de la basse Sangha sont presque noi¬
res. Chez toutes, les crochets supérieurs de l’hypopygium sont
très développés. Les formes de l’Afrique Occidentale au voisi¬
nage du Soudan sont d’une façon générale de plus petite taille et
de couleur plus claire.
Dans le Bani, au voisinage du confluent, nous avons recueilli
des individus de 7 mm. 5 de coloration très pâle. La même forme
existe aussi dans le W du Niger entre Boumba et Kirtachi (130-
140 lat.) ; ces formes qui représentent l’avancée dernière d’une-
espèce forestière vers les régions subdésertiques sont remarqua¬
bles par leur teinte gris clair. Les crochets supérieurs de l’hypopy-
gium y sont beaucoup moins développés que dans l’espèce fores¬
tière, plus courts, de teinte également moins foncée ; les soies qu’ils
portent sont moins nombreuses. Les caractères de la forme de la
Haute-Casamance, réfractaire à Tr. Casalboui, sont intermédiai¬
res entre ces deux types extrêmes.
L’espèce décrite par Newstead sous le nom de fuscipes (1) peut
être considérée encore comme une forme géographique de pal-
palis. Cette forme paraît fréquente dans l’Ouganda (2). Elle est
représentée dans la collection du Muséum par plusieurs individus
recueillis par Cronier au Congo Belge (Volcans du Kivou ait.
1.500-3.000 m.). C’est également une forme bien caractérisée par
sa coloration, mais étroitement alliée aux palpalis des grandes
régions forestières par la morphologie des crochets hypopygiaux
des deux paires.
Nous estimons qu’étant donnée l’importance du problème des
races géographiques de Glossines pour la transmission des dif¬
férents virus, il n’est point superflu d’entrer dans ces détails
. . / V
'(1) Ann. Trop. med. a. Parasit., IV, p. 375, 1910.
(2) Voir Bull. Ent. Res., vol. HT, mai 1912, p. 59. Note de l’Ed. au mémoire
de Mac Connell.
1
— 35o —
morphologiques et d’insister sur ces variations locales qui peu¬
vent aider à comprendre des variations biologiques beaucoup
plus importantes.
Note sur la présence et l’endémicité
d’une myiase furonculeuse au Congo français
Par F. HECKENROTH et M. BLANCHARD.
Les observations faites par l’un de nous dans différentes ré¬
gions du Congo au cours d’un séjour de plusieurs années et les
renseignements recueillis auprès de médecins et de fonctionnaires
depuis longtemps en contact avec les indigènes, permettent d’é¬
tablir la rareté du ver du Cayor (ou espèce voisine) en Afrique
Equatoriale Française. Les deux seuls cas que nous ayons vus
de myiase furonculeuse semblent cependant montrer l’existence
de cette affection dans les régions de la Sangha et de la N’Go-
ko (i): l’un d’eux a été observé en 1907 à Nola (2) sur un Euro¬
péen qui était porteur de deux larves au bras gauche ; l’autre vient
d’être rencontré à Brazzaville par le Dr Kernéis qui a eu l’obli¬
geance de nous adresser le malade et les deux larves qu’il venait
d’extraire.
Il s’agit d’un européen qui s’est infecté à deux reprises à un
an d’intervalle dans la même région. Son observation présente
l’intérêt d’y montrer l’endémicité de l’affection.
M. N... arrive à Sembé dans la N’Goko en janvier 1911. Ses
déplacements ultérieurs se limitèrent à quelques tournées aux
abords immédiats de sa résidence. Dans les premiers jours d’oc¬
tobre 1 9 1 1 , il remarquait que son chien, un fox amené d’Europe,
avait sur la peau de l’abdomen et de la région antérieure du cou
des furoncles à cratères -multiples qui résistèrent à des lavages
antiseptiques jusqu’à ce qu’un indigène, qui avait déjà observé
(1) Nous n’attribuons qu’avec réserves ces cas de myiase furonculeuse au
ver du Cayor proprement dit. D’après les renseignements qu’a bien voulu
nous fournir M. Roubaud, il est possible qu’il s’agisse non pas des larves de
Cordylobia anthropophaga Blanchard, mais plutôt de l’espèce voisine C. Ro-
dhaini récemment décrite par Gedoelst. Cette espèce existe uniquement au
Congo belge, notamment à Léopoldville ; elle n’a pas encore été signalée au
Congo français.
(2) Observation du Dr Heckenroth.
— 35 1
des lésions analogues sur des singes et d’autres chiens de la ré¬
gion, eût pratiqué l’extraction des larves cause de l’affection.
Un mois plus tard M. X..., un autre européen et une femme
indigène vivant dans son entourage, étaient atteints simultané¬
ment de lésions furonculeuses identiques d’où ils extirpaient un
*
total de 13 larves, M. X... en ayant personnellement élevé 6 : 2 sur
la face postérieure du bras gauche, 4 sur l’abdomen dans la ré¬
gion ombilicale. Après un long séjour en France, M. X... et son
chien revenaient au Congo et allaient habiter Oiiesso (Sangha).
En janvier 1913 le chien est de nouveau infecté et dans les pre¬
mier jours de février, au moment de partir pour Brazzaville,
;M. X... constate sur lui-même au niveau du grand trochanter
gauche deux petits furoncles très prurigineux qui ne furent pas
•soignés en cours de route. Le 20 février, 2 larves en furent très
simplement extraites par pression après un léger débridement :
l’une du poids de 0,40 gr. mesurait 11 mm. atteignant 15 mm.
dans les mouvements de reptation; l’autre de 0,45 gr. avait dans
les mêmes conditions de 12-18 mm. de longueur. Ces deux lar¬
ves se transformèrent en pupes après 24 et 30 h. Ces pupes n’ont
pas éclos sans doute par suite de lésions des larves au moment de
leur extraction. Il nous a donc été impossible de préciser la nature
spécifique du parasite.
( Institut Pasteur de Brazzaville .)
Un cas de Chappa (?)
jvL. i . ^
Par C. FRANÇA.
Le cas qui fait l’objet de cette note a une grande analogie avec
la goutte et il a été classé comme tel par les différents médecins
/qui l’ont observé. Je crois qu’on peut l’identifier à une affection
décrite par Read sous le nom de Chappa.
Le malade, commandant A..., de l’armée d’Afrique, a vécu pendant
longtemps à Moçambique où il a eu plusieurs attaques de rhuma¬
tisme. Très faibles au commencement, ces attaques ont augmenté
-d’intensité et, en avril 1902, il a eu une crise très forte. Les douleurs
ont commencé au petit doigt de la main gauche qui montrait une
grande tuméfaction ; quelques heures après, les articulations des
membres supérieurs et inférieurs étaient toutes prises.
#
352 —
Les douleurs et le gonflement étaient très intenses. Comme le com¬
mandant était alors dans la brousse, et qu'il ne pouvait pas être
transporté à Lourenço-Marquès, il a été vu par un missionnaire
suisse qui lui a conseillé la liqueur du l)r Laville.
Au deuxième jour du traitement, il a eu une forte sudation et la
fièvre et les douleurs ont disparu ; la tuméfaction des arliculations
a persisté. Pendant le bain que le commandant a pris ensuite, les
domestiques indigènes lui ont fait remarquer que les cheveux étaient
couverts d’une substance blanche ayant l’aspect d'une graisse.
L’accès a duré pendant 21 jours et a eu comme reliquat la défor¬
mation du 59 doigt de la main gauche.
Au commencement de 1903, le commandant a de nouveau des
crises qui laissent l’annulaire de la main droite notablement
déformé.
En avril 1905, accès qui produisent des altérations dans les arti¬
culations des genoux et des pieds et des déformations dans les
doigts.
Les» différents médicaments qu'il a pris : iodures, salicylates,.
lycéthol et piperazine n’ont eu aucune action sur la maladie.
Les accès sont fréquents et plus violents au printemps et à l'au¬
tomne.
Main gauche du malade (1)
Comme la maladie semblait s’aggraver, le commandant quitte l’Afri¬
que en 1907 et, de retour au Portugal, il suit différents traitements
sans résultat ; seule l’aspirine le soulage un peu.
(i) Nous devons. cette photographie à l'amabilité de M. Edouard Costa, de
l’Ecole Polytechnique.
— 353 —
En 1909, accès très violent ; depuis lors le malade a seulement
des douleurs aux mains et aux pieds, de faible intensité, qui cèdent
rapidement à l’aspirine. Des nodules qui se forment sans douleur
ont apparu aux doigts des mains et des pieds. Ces nodules aug¬
mentent graduellement de volume, deviennent très mous et finale¬
ment, par mortification de la peau, donnent issue à une substance
blanche. Après la sortie de la substance, la plaie se cicatrise, sans
suppurer. Les déformations des mains et des pieds sont remarqua¬
bles. Tous les doigts de la main gauche sont déformés (fig. ci-jointe) ;
à la main droite, seul le cinquième doigt est encore normal.
Les déformations ont une double cause : les lésions articulaires
d’une part et d’autre part l’accumulation dans les tissus sous-cu¬
tanés d’une substance dont nous discuterons la nature.
Les lésions articulaires et osseuses sont très intenses comme le
montrent les radiographies. L’os est raréfié et les surfaces articu¬
laires sont, par endroits, rongées.
Cette corrosion existe dans quelques os non seulement dans ses
surfaces articulaires mais aussi dans la diaphyse. Dans les os les
plus atteints, on voit que le tissu compact a complètement disparu.
Il est clair que cette altération des os produit des déformations
remarquables et variées dans la configuration des doigts, mais c’est
l’accumulation d’une substance spéciale, dans le voisinage des arti¬
culations, qui donne à la maladie son aspect caractéristique par les
déformations qu'elle produit.
La présence de cette substance est dénoncée d’abord par un nodule.
Ce nodule tant qu’il est petit a une certaine consistance, mais bientôt
il devient mou et fluctuant.
Au niveau de cette lésion, la peau est lisse, brillante et rose, mais
dans le point où l'accumulation de la substance est plus forte la
peau présente une zone blanchâtre.
C’est au niveau de cette zone que la peau se mortifie et laisse sortir
une substance blanche et gluante. Le fover ainsi vidé, il reste une
ulcération de cicatrisation très difficile. Quelque temps après, au
même endroit, il se produit une nouvelle accumulation de substance
qui, lorsqu’elle a atteint un certain volume, sort de nouveau en lais¬
sant une ulcération.
Il existe une relation très étroite entre l’accumulation de cette
substance et les lésions osseuses.
On trouve la substance non seulement dans le voisinage des arti¬
culations des doigts mais aussi dans le tissu cellulaire d’autres
régions. Ainsi, dans le tissu adipeux des bras au niveau du coude, il
y a, de chaque côté, deux masses de la dimension d’un œuf. Dans les
cuisses, immédiatement au-dessus cle la région poplitée, on voit
également deux amas de la substance. Ces amas sont mous et, dans
quelques endroits, ils présentent de la fluctuation.
Nous avons cherché à connaître la nature de la substance qui s’ac¬
cumulait dans les tissus du commandant A...
La substance est blanche, pâteuse et gluante. En suspension dans
l'eau, elle rappelle le précipité de chlorure d’argent.
L’examen microscopique montre qu’elle est constituée exclusive¬
ment par des cristaux aciculaires, transparents, incolores, qui me¬
surent de 18 à 30 u.
La substance placée dans un tube bien fermé prend, en quelques
25
— 354 —
j
Jours, une odeur de colle forte et les pansements qui recouvrent les
ulcérations de la peau au niveau des lésions ont la même o.deur.
Insoluble dans l’eau, dans l’éther, dans le chloroforme, dans l’acé¬
tone, dans l'alcool, dans l’acide acétique et dans l'ammoniaque, la
substance est soluble dans la lessive de potasse à chaud, dans l’acide
chlorhydrique (lentement et en le colorant en jaune), dans les acides
azotique et sulfurique concentrés et à chaud. A la flamme, elle se
carbonise complètement ; elle disparaît sans laisser de résidu, sans
colorer la flamme et sans dégager une odeur quelconque. La substance
est neutre.
La recherche de la réaction de la murexide donne le résultat sui¬
vant : évaporée à siccité au bain-marie, la substance mélangée avec
quelques gouttes d’acide azotique donne un résidu jaune serin qui
devient brunâtre par la soude et jaune-ocre par l’ammoniaque. C’est-
à-dire que la réaction de la murexide est négative. Egalement néga¬
tives ont été la réaction de Raspail, celle du formol (Voisenet),
celles de Piria, de M cerner, de Bourqüelot, de l’eau bromée, de
Liebermann et de Reichl. Ces réactions négatives nous permettent
d’exclure : l'acide urique et les urates, le furfurol, la tyrosine et le
tryptophane.
Ont été positives les réactions du biuret (coloration violet franc),
la réaction de Millon (des flocons rouges), la réaction xanthopro-
téique, celles de Caventou, cI’Adamkiewicz, de Seegen, de Mikailow,
la réaction du soufre et celle de Molisch, ce qui nous permet d’ex¬
clure : les peptones, la gélatine, l'osséine, la chondrine et la kératine.
Ces réactions de coloration (1) démontrent que la substance accu¬
mulée dans les tissus de notre malade est une protéine. Nous avons
demandé à M. le Prof. Alfredo Bensaude d’étudier les cristaux et
il a eu l’amabilité de le faire. Voici le résultat de son examen : fibres
cristallines formant une sorte de feutre ; quoique très minces, elles
présentent les couleurs de biréfringence jusqu’au jaune de premier
ordre ; entre les niçois croisés, elles s’éteignent parallèlement et
perpendiculairement à l’axe. Elles ne peuvent donc appartenir qu'aux
système de cristallisation tétragonal, hexagonal ou rhombique.
Sur quelques points la protéine était associée à des urates. Ainsi,
la substance que nous avons observée une fois et qui provenait/ du
2Q doigt de la main gauche était constituée non seulement par des
cristaux de protéine, mais aussi par de nombreux globules de pus et
des granulations d’urate de soude ; son aspect était différent de celui
de la protéine pure, elle était brunâtre et contenait des particules
blanches assez dures. Les réactions chimiques étaient biens diférentes
de celles de la protéine (2). La réaction de la murexide était nette¬
ment positive. Evaporée à siccité au bain-marie avec de l’acide chlor¬
hydrique et un peu de chlorate de potassium la substance donne un
résidu qui soumis aux vapeurs ammoniacales prend une coloration
rose comme on l’observe avec la xanthine qui est, comme l’acide
urique, une purine.
Une autre portion de substance impure provenait du 5e orteil du
\i) Dans Tétude de ce cas nous avons eu la collaboration dévouée de
M. Horacio Pimentee.
(2) Le deuxième doigt de la main droite a toujours fourni de la substance
pure.
355 —
pied gauche. Examinée au microscope, elle montrait les cristaux
aciculaires de la protéine, et des cristaux plus rares d’urate de
sodium. En cherchant la réaction de la murexide, on observe que,
dans la capsule, après évaporation, le résidu présente deux zones,
une zone centrale de couleur jaune citron et une zone périphérique,
plus mince, d’un rouge orangé. D’ordinaire, comme nous l’avons
dit, la protéine accumulée dans les tissus sort par mortification de
la peau, sans suppuration. Là où la protéine est pure, on n’observe
jamais la suppuration même quand la peau est ulcérée et exposée aux
infections. Au contraire, là où la protéine est associée aux urates,
ceux-ci étant relativemement abondants l’ouverture de la lésion a
été précédée, chez notre malade, de suppuration. Ceci est en har¬
monie avec ce qu’on connaît sur les tophus d’urate qui fréquemment
suppurent et qui, par l’ouverture de l’abcès, donnent issue au pus
chargé de cristaux uratiques.
La maladie qui présente les plus grandes analogies avec le cas
décrit ci-dessus est celle qui fut signalée par Read en 1901, sous
le nom de Chappa (1). Cette maladie commence par de fortes dou¬
leurs dans les membres avec tuméfaction des articulations don¬
nant la sensation de la fluctuation. Peu après, de nombreux no¬
dules apparaissent sur différentes parties du corps ; la peau qui
recouvre ces nodules s’ulcère, sans formation d’abcès. Dans un
cas, Read a ouvert une articulation, en raison de la sensation de
la fluctuation, et il a vu sortir une substance fatty-tooking.
La Chappa finit par attaquer les os et désorganiser les articu¬
lations.
Le diagnostic différentiel avec la goutte est relativement facile
non seulement par l’analyse de la substance qui infiltre les tis¬
sus (une protéine), mais par la radiographie. Contrairement aux
tophus de la goutte (urates) les accumulations de protéine ont une
faible perméabilité aux rayons de Rontgen et dans les radiogra¬
phies, elles donnent une tache un peu foncée tandis que les urates
donnent une tache claire.
Collares, le 14 avril 1913.
(1) En 1886 les explorateurs portugais Capello et Ivens mentionnaient,
dans leur ouvrage « De Angola à Contra-Costa », vol. Il, p. 318, une mala¬
die nommée Mapêre , sévissant sur la côte orientale d’Afrique. La description
est très courte et elle ne nous permet pas d’assurer qu’il s’agit de la même
maladie qui a été décrite par Read. Cependant le Mapêre est caractérisé par
de profondes altérations dans les articulations et quelquefois par l’élimination
de quelques os de la main et même de l’avant-bras.
Quelques observations et examens
microbiologiques faits à Pointe à Pitre
Par L. STEVENEL.
Pendant le court séjour d’un peu moins de six mois passé en
mission à la Guadeloupe et malgré les occupations étrangères au
laboratoire qui nous accaparaient, nous avons pu faire environ
150 examens microscopiques qui nous ont fourni les résultats
suivants :
Les examens ont été faits dans la clientèle de l’Ambulance de
Pointe-à-Pitre c’est-à-dire surtout parmi les fonctionnaires et les
soldats; et il n’est pas douteux que des examens pratiqués sur
l’ensemble de la population donneraient moins de résultats né¬
gatifs.
L’hématozoaire du paludisme est plus fréquent qu’à la Marti-
nique (8 examens positifs sur 19). Nous avons surtout constaté de
grosses formes amiboïdes pigmentées analogues aux grosses for¬
mes de fièvre tierce quoique les malades aient toujours présenté
de la fièvre quotidienne; trois fois, il s’est agi de jeunes soldats
européens arrivés depuis peu à Pointe-à-Pitre qu’ils n’avaient pas
quitté depuis leur arrivée, et ayant séjourné auparavant au camp
oe Balata, indemne de paludisme, et qui indubitablement ont con¬
tracté leur fièvre à la caserne meme où les moustiques de toutes
espèces pullulent.
La recherche des microfilaires a toujours été pratiquée sur des
frottis de sang prélevés le jour et la nuit; nous n’avons jamais
trouvé de microfilaires dans les frottis prélevés le jour.
Dans quatre cas sur douze où nous avons trouvé des micro¬
filaires dans le sang; il s’agissait de microfilaires à gaine ( Micro -
filaria Bancrofti), deux fois chez des individus ne présentant au¬
cun symptôme morbide pouvant se rapporter à la présence de
filaires, deux fois chez des malades atteints de chylurie ; des mi¬
crofilaires ont toujours été trouvées dans les urines chyleuses ; un
de ces derniers malades avait présenté des alternatives de chylurie
et de lymphangite endémique, il s’agissait d’un employé des
postes intelligent. Son observation est intéressante dans l’état
actuel de la question des rapports entre la lymphangite endémi¬
que et la filariose et je crois bien faire de la rapporter ici briève¬
ment.
Jol.. A..., mécanicien des postes, a présenté une première crise de
chylurie en 1898 qui a duré une quinzaine de jours environ, mais
qui n’a plus reparu qu’en 1902.
En 1900, il fait cependant, la première semaine des mois de janvier,
février, mars et avril, des attaques de lymphangite caractérisées par
un frisson prémonitoire suivi de fièvre avec céphalagie : au cours de
cette fièvre apparaissaient sur diverses parties du corps des plaques
rouges érythémateuses, tendues, assez douloureuses ; dans l’inter¬
valle des crises, les parties atteintes reprenaient leur volume normal.
En 1902, en 1904 et 1906 il fait de nouvelles attaques de chylurie.
En 1908, il fait une forte attaque de lymphangite endémique avec
symptômes locaux cantonnés au niveau des bourses et des testicules,
cjui deviennent énormes et très douloureux. A la suite de cette atta¬
que, les bourses sont restées volumineuses avec l’hydrocèle double.
En juillet 1911, il fait une nouvelle attaque de chylurie qui sub¬
sistait au moment de notre examen, en février 1913. A ce moment
les urines étaient lactescentes, ne se coagulaient pas spontanément,
mais l’examen du dépôt après 12 heures, décelait de nombreuses
microfilaires à gaine (Micro filaria Bancrofti).
Le sang prélevé le jour ne contenait pas de microfilaires, le sang
prélevé la nuit vers 11 heures, contenait de nombreuses microfilaires
— 358 —
à gaine, environ 3 par champ de microscope, object. 3, oculaire
0 compensateur.
Les parasites intestinaux, les bilharzies en particulier, semblent
d’après nos examens, être plus fréquents qu’à la Martinique, sur¬
tout si on considère que ces examens ont porté presque exclusi¬
vement sur des fonctionnaires et leur famille, presque tous cita¬
dins, et non pas sur des agriculteurs. Ce fait n’a rien d’étonnant,
vu la saleté de Pointe-à-Pitre et de ses environs, et le manque
d’hygiène des habitants.
L’éléphantiasis et les lymphangites endémiques sont très com¬
munes à Pointe-à-Pitre, et nous estimons que 9 sur 10 au moins
des adultes en sont' atteints.
Les lépreux ne sont pas toujours envoyés à la léproserie de la
Désirade et on en rencontre par les rues qui font toutes sortes de
métiers, et qui doivent porter la contagion autour d’eux.
La fièvre inflammatoire y existe à l’état endémique, mais
moins fréquente et moins virulente qu’à la Martinique; nous en
avons observé deux cas typiques.
Nous n’avons pas eu l’occasion d’observer de cas de fièvre à
vomissements noirs des enfants.
Il existe aussi des fièvres indéterminées sans hématozoaires,
ne durant que quelques jours, classées sous la rubrique « palu¬
disme réfractaire à la quinine » par les médecins du pays. Quel¬
ques-unes de ces fièvres pourraient bien être des fièvres à Pappa-
taci, et les moucherons piqueurs appelés dans le pays « mou¬
ches à café » dont la piqûre laisse suinter une gouttelette de sang,
sont probablement des phlébotomes.
Rappelé subitement à la Martinique nous n’avons pas pu nous
procurer de ces insectes pour les faire déterminer.
— 359 —
Mémoires
&
Microfilaires sanguicoles de quelques Oiseaux
, du Haut-Sénégal et Niger
Par André LEGER.
La présence de microfilaires dans le sang des Oiseaux du Haut-
Sénégal et Niger est fréquemment constatée. Ainsi, à Bamako
ou dans ses environs immédiats, il nous a été donné d’en obser¬
ver chez 17 espèces différentes: l’épervier et la chevêchette perlée''
de l’ordre des Rapaces ; la pie-grièche rousse ,1e moineau, le merle
vert à longue queue, le merle métallique, la petite veuve, le petit
sénégali, le bengali cendré, et le pinson du Sénégal, de l’ordre
des Passereaux ; le calao, le calao nasique, le calao à bec rouge et
le coq de pagode de l’ordre des Picariés; la tourterelle à gorge
tachetée de l’ordre des Pigeons ; la perdrix de l’ordre des Galli¬
nacés; le pique-bœuf de l’ordre des Echassiers.
Les microfilaires de l’épervier ( Melierax Gabar) et du pinson
du Sénégal (H y p haut omis melanocephala) ont été précédemment
décrites par nous en collaboration avec Husnot et Blanchard
(voir Bull. Pathol, exotique, n octobre 1911 et 14 février 1912).
Deux fois seulement nous avons noté des embryons à gaine.
Nous avons déjà identifié la microfilaire de VHyphantornis
avec la Fil. opobensis de la Mission anglaise de Nigéria. Sans
prétendre que certaines de nos microfilaires n’appartiennent pas
à des espèces déjà décrites chez les Oiseaux d’Afrique (1), nous
devons dire qu’aucune identification ne nous a paru évidente.
Microfilaire de la Chevêchette perlée ( Glaucidium
perlatum Verreaux).
Dans le sang, à l’état frais, l’embryon très mobile, se déplace
(1) Dutton, Todd et Elliott, Report of the Malaria Exped. to Nigeria,
part. II, Liverpool, 1901 ; — S. Neave in 2e Report Wellcome Res. Labor.,
Khartoum, 1906; — Kérandel, Bull. Soc. Path exot., t. II, 1909.
■
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— 36o —
activement dans le champ du microscope ; ses mouvements sont
saccadés, quelque peu comparables à ceux d’un ressort qui se
détend ; pendant les périodes de repos qui sont en général fort
courtes, la microfilaire occupe une position rectiligne.
Sur des préparations colorées au Giemsa et à l’hématéine-éosi-
ne, elle apparaît dépourvue de gaine; son extrémité antérieure est
arrondie, et son corps assez trapu se continue jusqu’à l’extrémité
caudale obtuse. Elle mesure en moyenne 200 y de longueur sur
8 à 9 y de largeur. Le corps, dont la cuticule est finement striée
transversalement, est constitué par une colonne de cellules, très
rapprochées les unes des autres, mais toujours bien distinctes. Un
certain nombre d’interruptions de cette colonne nucléaire s’observe
le long de l’embryon; tout d’abord un large espace clair céphali¬
que, suivi d’une bande étroite oblique à environ 40 y, ensuite
une tache à l’union du 1/3 antérieur et des 2/3 postérieurs et une
grande tache longitudinale de 18 y de long environ située à 1 1 5
de l’extrémité céphalique, enfin un petit espace clair, irrégulier
du reste, à proximité de la partie terminale du corps.
Microfilaire de la pie-grièche (. Lanius auriculatus Muller.)
1
Sur 10 oiseaux examinés, un était parasité par des microfilaires
assez rares.
«
A l’état frais, l’embryon sans gaine est doué d’une grande agi¬
lité et de mouvements rapides lui permettant de sortir facilement
du champ microscopique. Après coloration, le corps, qui en gé¬
néral présente d’élégantes sinuosités, paraît rempli de noyaux
cellulaires disposés sur 2 ou 3 rangées, tassés les uns contre les
autres, mais malgré tout bien distincts, et se prolongeant jusqu’à
l’extrémité terminale. Cette colonne nucléaire offre plusieurs in¬
terruptions: une large tache céphalique, puis une étroite bande
oblique, toujours bien nettement indiquée à 90 environ de l’ex¬
trémité antérieure, enfin dans le tiers postérieur 2 ou 3 taches irré¬
gulières.
Le corps mesure 410 de long sur 9 à 10 u de large; il débute
par une tête arrondie pour se terminer en pointe effilée.
Microfilaire du moineau ( Passer diffusus var. gularis Smith.)
Cet embryon ressemble beaucoup à celui de la pie-grièche. A
peu près mêmes dimensions, 418 y de longueur sur 9 p. de lar-
36 1 —
geur ; même aspects sinueux, élégant sur les préparations colo¬
rées ; mêmes extrémités. La colonne nucléaire est formée de
noyaux très serrés, les rendant à peu près indistincts, mais laisse
voir les mêmes interruptions. Ici seulement, l’embryon possède
un central viscus, très nettement apparent, un peu en avant du
1/3 postérieur.
Microfilaire du merle vert a longue queue (Lampr otornis
caudatus Muller.)
C’est le seul embryon à gaine que nous ayons rencontré avec
celui de la perdrix; cet'te gaine, très serrée, dépasse le parasite en
arrière d’environ 40 y.
Le corps mesure 200 y de long sur 5 y 5 environ de large ; avec
sa gaine, la microfilaire atteint donc 240 y. Les deux extrémités
sont arrondies, et la largeur du corps est à peu près uniforme sur
toute son étendue.
Les noyaux cellulaires, fortement tassés les uns contre les au¬
tres, ne laissent voir qu’un espace clair céphalique, et une petite
bande transversale au milieu du corps.
Microfilaire du merle métallique ( Lampr ocolius
pur pur eus Muller.)
Dépourvue de gaine, cette microfilaire est aussi beaucoup plus
grande que la précédente ; elle mesure sur des préparations colo¬
rées au Giemsa 490 y de long sur 8 y 5 à 9 y de large. Son extré¬
mité céphalique est arrondie, tandis que la caudale s’atténue in¬
sensiblement en pointe effilée.
Les noyaux cellulaires, très serrés, indistincts, laissent voir,
outre une large tache céphalique, trois autres espaces clairs situés
au 1/4 antérieur, à la partie médiane, et au 1/4 postérieur du corps.
Deux merles métalliques sur 18 examinés étaient parasités par
cet embryon. Sur l’un d’eux, nous avons en outre eu l’occasion
de trouver dans la cavité abdominale un assez grand nombre de
filaires adultes, que nous supposons avoir des relations avec l’em¬
bryon décrit. Tous les exemplaires rencontrés étaient des fe¬
melles. . . . ..
Corps blanc, filiforme, subégal, atténué seulement au niveau
des extrémités. Tégument mince, transparent, non strié. Extré¬
mité antérieure arrondie, avec orifice buccal terminal, présentant
— 362 —
deux petites pièces chitineuses en trident et bien spéciales* La vulve
s’ouvre à 600 p de la bouche. Les œufs à coque épaisse et trans¬
parente mesurent 48 à 50 p de long sur 35 p environ de large.
L’anus vient se terminer tout près de l’extrémité postérieure qui
est arrondie et sans inflexion.
Cette filaire femelle du merle métallique nous paraît en tous
points comparables à Filaria ( Diplotriœna ) Ozouxi Railliet et
Henry, n. sp., trouvée et décrite par Henry et Ozoux (1) chez un
autre passereau, le foudi ( Fciudias madagascariensis Brisson.)
Microfilaires de la veuve ( Vidua principalis Linné.)
Sur une veuve après six examens négatifs, nous avons trouvé
une infection à microfilaires extrêmement sévère si l’on en juge
par l’abondance des embryons sanguicoles ; ceux-ci en effet, outre
leur nombre très élevé dans les frottis, étaient de cinq espèces nous
paraissant distinctes.
i° C’est tout d’abord une toute petite microfilaire, la plus petite
que nous ayons rencontrée sur nos oiseaux, après celle de VHy-
phantornis melanocephala . Le corps, dépourvu de gaine, mesure
80 p de long sur 4 p de large ; il est constitué par une colonne nu¬
cléaire extrêmement dense, à cellules distinctes, laissant apparaî¬
tre quatre petites taches claires arrondies, l’une à l’extrémité cé¬
phalique, et les trois autres occupant le tiers moyen. Les deux extré¬
mités sont arrondies, mais la postérieure est sensiblement moins
large ;
20 le second embryon, par ordre de taille, mesure 125 p de lon¬
gueur sur 6 p de largeur. Sur préparations colorées, il occupe une
position rectiligne, raide, sauf au niveau de son extrémité cau¬
dale qui forme toujours une sorte de crochet. Il est aussi dépour¬
vu de gaine. Le corps granuleux est constitué par de gros noyaux
cellulaires bien distincts, laissant voir une tache céphalique cons¬
tante, et deux autres taches irrégulières au niveau du tiers moyen.
L’extrémité antérieure est trapue et arrondie; au niveau du 1/6
postérieur environ, le corps se rétrécit nettement, et se termine
sans trop s’effiler, par un bout obtus;
3° sur nos préparations colorées, cet embryon présente toujours
une position caractéristique : il est enroulé sur lui-même, comme
pelotonné. Plus grand et. plus large que le précédent, il mesure
(1) Bull. Soc. Path . Exot., 10 nov. 1909.
363 —
150 y de long sur 8 y de large. Les noyaux cellulaires sont telle¬
ment tassés qu’il est impossible de les distinguer. Il n’existe pas
de taches. L’extrémité antérieure est arrondie ; la postérieure beau¬
coup moins large se termine par un bout obtus. L’embryon est
dépourvu de gaine ;
40 cette microfilaire est extrêmement abondante dans le sang de
notre oiseau. Dépourvue elle aussi de gaine, elle est plus longue,
mais sensiblement moins épaisse, 170 y de long sur 5 y de large.
L’extrémité céphalique es>t arrondie; la postérieure s’atténue très
nettement sans toutefois se terminer en pointe effilée. Les noyaux
cellulaires sont tassés, mais malgré tout distincts. Il existe cons¬
tamment 4 taches claires très nettes : une céphalique, la deuxième
et la troisième marquant respectivement le 1/3 antérieur et le 1/3
postérieur du corps, enfin la quatrième à 25 y environ de l’extré¬
mité terminale ;
5° ce dernier embryon, assez rare dans nos préparations, est de
grande taille : il mesure 260 y de long sur 8 y de large. Il est privé
de gaine. Son extrémité antérieure est arrondie tandis que la pos¬
térieure s’atténue brusquement en pointe mousse. Le corps est
rempli de gros noyaux disposés sur 2 ou 3 rangées et très dis¬
tincts; en dehors d’une large tache céphalique constante, la co¬
lonne nucléaire n’offre plus aucune interruption.
Microfilaire du petit sénégali ( Lagonosticta minima
Verreaux.)
Cet embryon sanguicole, de très grande taille, est' le plus long
que nous ayons rencontré sur les oiseaux du Haut-Sénégal et
Niger; il mesure 620 y de longueur sur 10 y de largeur.
Dans le sang à l’état frais, l’embryon dépourvu de gaine pos¬
sède des mouvements de reptation d’assez grande ampleur; son
extrémité antérieure est arrondie, la postérieure s’atténue sans
s’effiler en pointe fine.
Après coloration, le corps paraît constitué par de gros noyaux
celulaires serrés mais distincts, délimitant de nombreuses taches
claires: une céphalique, une autre marquant le 1/3 antérieur de
l’embryon, une troisième centrale, et enfin trois autres taches
irrégulières dans le 1/3 postérieur. Dans la première moitié de la
microfilaire, les noyaux apparaissent régulièrement tassés sur la
largeur du corps ; au contraire, dans la moitié postérieure, à partir
de la tache centrale, ils sont rangés le long des parois, délimitant
une sorte d’étroit canal médian et incolore.
- 364 -
Microfilaire du bengali cendré ( Œsïrüda cinerea Verreaux.)
Dans le sang de ce passereau la microfilaire rencontrée est
courte et trapue : longueur 150 [q largeur 8 y. Dépourvue de gaine,
elle possède une extrémité antérieure arrondie, et sa largeur reste
sensiblement la même sur .toute l’étendue du corps pour s’atté¬
nuer assez brusquement à l’extrémité caudale qui se termine en
pointe obtuse. La colonne nucléaire est formée de noyaux bien
distincts, placés sur 3 rangs, délimitant 3 espaces clairs très
nets, un à l’extrémité céphalique et les deux autres respective¬
ment situés à 50 ;j. et à 90 y.
Microfilaire du Calao ( Lophoceros semifasciatus Hart.)
.Très trapue, dépourvue de gaine, possédant ses deux extrémités
arrondies, la microfilaire du calao mesure 200 de long sur 11 t*.
de largeur. Elle possède une tache céphalique assez étendue, suivie
d’un autre espace clair à environ 35 y ; on observe en outre deux
autres taches irrégulièrement situées dans le 1 /s moyen du corps.
Les noyaux cellulaires sont gros, tassés les uns contre les autres
sur 2 ou 3 rangées bien distinctes.
Microfilaires du calao nasique ( Lophoceros nasutus Linné.)
Deux microfilaires différentes ont été trouvées dans le sang de
cet oiseau ; les deux espèces étaient nombreuses sur nos frottis, et
en proportion à peu près égale.
i° L’une longue et effilée, sans gaine, mesure 225 de long sur
7 y de large; elle possède une extrémité antérieure arrondie, tan¬
dis que la postérieure se termine en pointe très fine. Les noyaux
cellulaires sont très serrés mais distincts. Il existe un espace clair
céphalique assez étendu, et plus loin à environ 55 une bande
transversale étroite et constante ; enfin on observe encore à l’union
du 1/3 postérieur et des 2/3 antérieurs un espace clair arrondi
n’occupant pas toute la largeur de l’embryon.
20 l’autre, plus petite, mesurant 100 p. de long sur 6 de large,
à extrémité antérieure arrondie et postérieure effilée. Sans gaine,
son corps est constitué de noyaux cellulaires très tassés, indis¬
tincts, sauf à la partie antérieure. Quatre taches sont visibles le
long du corps: une céphalique, en général petite et très peu large*
1
les trois autres arrondies, et irrégulièrement placées dans les 2/3
postérieurs.
Microfilaires du calao a bec rouge ( Lophoceros
erythrorrhynchus Temminck.)
Ici aussi deux embryons distincts :
i° une petite microfilaire, en tous points comparable à celle que
nous venons de décrire chez Lophoceros nasutus ;
20 une autre, un peu plus grande, de 160 y de long sur 5 y de
large, sans gaine et à extrémité postérieure effilée. La colonne
cellulaire est à gros noyaux très tassés, mal distincts, délimitant
une tache céphalique étroite, puis une bande claire transversale à
l’union des 2/3 antérieurs et du 1/3 postérieur.
Microfilaire du Coq de pagode ( Centropus monachus
Ruppel.)
Dans le sang fixé et coloré, cet embryon paraît épais, trapu et
sans gaine ; il mesure environ 215 y de long sur 9 y de large. L’ex¬
trémité antérieure est arrondie, tandis que la postérieure se ter¬
mine en pointe effilée. Les noyaux cellulaires, gros, placés sur
trois rangées, sont nettement visibles dans le 1/3 antérieur du
corps; on distingue aussi très bien une rangée de noyaux à l’ex¬
trémité postérieure effilée qu’ils remplissent pour ainsi dire jus¬
qu’à l’extrême pointe; partout ailleurs, ces noyaux sont très ser¬
rés et fort indistincts. Il existe un large espace clair céphalique
et une bande oblique étroite à 60 y en arrière; on observe en ou¬
tre une interruption très nette, occupant toute la largeur de l’em¬
bryon, dans le 1/3 moyen du corps.
Microfilaire de la tourterelle ( Turtur senegalensis Linné.)
Cette microfilaire, longue, effilée, élégante, a été rencontrée
3 fois sur 10 oiseaux examinés.
A l’état frais, elle possède des mouvements de translation assez
rapides, mais ne sort pas du champ du microscope.
Après coloration au Giemsa, elle apparaît dépourvue de gaine
et mesure 340 y de long sur 5 y de large. Son extrémité antérieure
est arrondie, tandis que la postérieure se termine en pointe effi¬
lée. La colonne cellulaire est compacte, indistincte, sauf à la
366 —
partie antérieure du corps où les noyaux sont assez visibles.
Comme taches claires, on note d’abord une céphalique et une
caudale, puis une interruption constante un peu en arrière de la
partie moyenne, enfin une ou deux taches variables d’un exem¬
plaire à l’autre.
Microfilaire de la perdrix ( Francolinus bicalcaratus Linné.)
Pourvue d’une gaine serrée qui dépasse l’embryon en avant et
en arrière, cette microfilaire mesure sur nos préparations colorées
230 y de longueur sur 6 y de largeur, et avec sa gaine atteint une
longueur totale de 260 y environ. Ses deux extrémités sont nette¬
ment arrondies, et le corps paraît d’une largeur uniforme sur
toute son étendue. Les noyaux cellulaires placés sur deux rangs
sont bien distincts jusqu’à l’extrême bout postérieur, en laissant
toutefois trois interruptions constantes, une au niveau de l’extré¬
mité céphalique, les deux autres, étroites, transversales, marquant
en général la limite du 1/3 antérieur, et celle du 1/3 postérieur
avec le 1/3 moyen du corps.
Cet embryon se rapproche beaucoup de celui que nous avons
décrit plus haut chez Lamprotornis caudatus.
Microfilaire du pique-bœuf ( Bubulcus lucidus. Hasselquist.)
Deux sur sept oiseaux examinés étaient parasités par cette mi¬
crofilaire.
A l’état frais, l’embryon sans gaine est doué de vifs mouve¬
ments de torsion sur lui-même, mais se déplace peu dans le champ
microscopique.
Après coloration par le Giemsa, il mesure 120 ^ de long sur 4 y
de large, possède une extrémité antérieure arrondie, et une pos¬
térieure moins large mais non effilée. La colonne nucléaire est ser¬
rée et nettement distincte, remplissant le corps de l’embryon
jusqu’à sa partie terminale; cette colonne n’est interrompue que
par une tache céphalique toute petite et deux autres espaces clairs
arrondis, irrégulièrement placés dans la moitié postérieure du
corps.
*
* *
En terminant, nous pensons utile de présenter sous forme d’un
tableau d’ensemble les caractères principaux des mîcrofilaires que
nous avons rencontrées dans le sang des oiseaux du Haut-Séné¬
gal et Niger.
367
Prophylaxie de la tuberculose à la Martinique
(Résumé du rapport présenté à la conférence
intercoloniale de la tuberculose à Port
d'Espagne, le 27 mars 191 3)
Par F. NOC.
Depuis longtemps la phtisie exerce ses ravages à la Martini¬
que, surtout dans les classes pauvres de la société. A Saint-Pierre
le nombre des entrées à l’hospice pour la tuberculose était de
9,8 % du total des entrées, chiffre inférieur à celui des hôpitaux
de France, mais l’affection avait une marche très rapide et la mor¬
talité annuelle dans cet hospice par tuberculose pulmonaire était
de 75 % des entrées pour la même maladie (Dr Clarac).
La lutte contre cette maladie est d’ailleurs pleine de difficultés:
les gens des campagnes atteints de tuberculose n’aiment pas à
aller à l’hospice, car ils disent que c’est pour y mourir et ils pré¬
fèrent les soins des a magnétiseurs » ou « quimboiseurs » lors¬
qu’ils se sentent pris de la poitrine.
En 1906 une Ligue contre la tuberculose fut fondée à Fort-de-
France par le Dr Dufougeré, médecin-major des Troupes Colo¬
niales avec le concours de la plupart des médecins de la Martini¬
que. Elle réunit la somme de 21.000 francs, Mais, de 1907 à
1910, ses efforts furent interrompus par le départ des principaux
organisateurs. A la suite de la Mission d’études de la fièvre jaune
qui fut envoyée à la Martinique en 1908, j’organisai un Institut
d’hvgiène et de microbiologie pour l’étude de la prophylaxie et
le traitement de toutes les maladies infectieuses intéressant la
Martinique et je pris soin, en 1910, de m’assurer le concours de
la Ligue contre la tuberculose. Grâce à cette collaboration je pus
créér un Dispensaire de prophylaxie et un Préventorium spécial
non seulement vis-à-vis de la tuberculose, mais pour la prophy¬
laxie de toutes les autres malade transmissibles.
Fréquence et gravité de la tuberculose a la Martinique.
Les causes qui favorisent la contagion de la tuberculose à la
Martinique sont la promiscuité dans les maisons pauvres des
faubourgs par suite de la misère, de l’alcoolisme et des progrès
des maladies vénériennes qui augmentent les chances de conta¬
mination tuberculeuse et préparent le terrain à la maladie.
i° La consommation annuelle d’alcool par la Martinique va¬
rie entre 8 litres et 12 litres par habitant. Elle est cependant in¬
férieure à la consommation moyenne pour la France.
20 La malpropreté des gens pauvres dans les cases où les en¬
fants se roulent par terre parmi les ordures est une grande cause
de contamination.
30 Le lait ne peut être incriminé. La -tuberculose bovine est ex¬
trêmement rare. Les enfants sont nourris au sein et à la bouillie
de tolomane. Le lait de vache est toujours bouilli deux fois en
vue de conservation.
40 L’extrême fréquence de la syphilis héréditaire ou acquise est
constatée dans les antécédents de la plupart des cas de tuberculose
pulmonaire.
Les épreuves à la tuberculine par la cutiréaction ont donné les
résultats suivants (Dr Stévenel et Dr Cozanet) :
Enfants de 1 à 15 ans : 35,6 % infectés.
Adultes de plus de 15 ans : 57 % infectés.
Les observations faites à la Guadeloupe par M. le Dr Sauzeau
de Puyberneau concordent :
De 1 à 15 ans : 38 %.
De plus de 15 ans : 41,6 %.
La moyenne des sujets infec-tés est donc pour ces deux îles des
Antilles : 41 %.
La maladie évolue rapidement. Les malades pauvres ne se dé¬
cident à consulter le médecin que lorsque les lésions sont ouver¬
tes et les bacilles semés depuis longtemps au dehors.
Au Dispensaire de prophylaxie de l’Institut, nous avons fait les
constatations suivantes :
En somme, sur près de 5.000 consultants en -trois ans, 115 cas
de tuberculose en activité on-t pu être dépistés par la clinique et
la bactériologie associées, c’est-à-dire très exactement et un grand
nombre d’entre eux ont reçu des conseils, des médicaments et des
— 370 —
L’hospice civil de Fort-de-France reçoit de 30 à 35 cas de tu¬
berculose pulmonaire par an avec une mortalité de 50 %.
Bien qu’il soit très difficile de savoir le nombre exact des tu¬
berculeux des campagnes, on peut cependant estimer à 120 ou 150
les cas de tuberculoses pulmonaire qui se montrent par an dans
la colonie et on est frappé de la rapidité de la marche de l’affec¬
tion dans' cette contrée 'tropicale. Heureusement la natalité est
très élevée et la mortalité générale faible. Sur une population de
180.000 habitants nous avons les chiffres suivants en 1911 et
1912 (les morts-nés ne sont pas comptés).
II
Lutte contre la contagion.
Nous avons agi d’abord contre la contagion, nous avons envi¬
sagé ensuite les moyens de lutter contre la prédisposition et d’aug1-
menter la résistance des individus contre le germe tuberculeux.
Nous avons agi contre la contagion par la déclaration et la
désinfection, par la pratique de l’examen bactériologique des cra¬
chats, par les affiches recommandant de ne pas cracher par terre,
par la propagande avec les journaux, les avis imprimés distribués
sur la voie publique et les conférences et par la création d’un Pré¬
ventorium Spécial.
i° Déclaration et désinfection.
i
La déclaration est facultative à la Martinique. Cette mesure est
excellente, elle est adoptée par beaucoup de pères de famille, de
propriétaires et locataires et les désinfctions qui sont gratuites
sont souvent réclamées.
Sur 140 désinfections en 1911 et 1912 effectuées par l’Institut
d’hygiène, on compte:
Maladies diverses . 114
Tuberculose . 26
soit 22,8 % des désinfections effectuées au titre de la tuberculose.
Ces désinfections sont faites très minutieusement : sulfuration
pendant 24 heures, lavage au crésyl à 50 pour 1 .000, badigeon¬
nage à la chaux, exposition au soleil des locaux, linges, etc.
20 Pratique des examens bactériologiques.
Sur 213 analyses de crachats effectuées par le laboratoire de
l’ Institut, le bacille de Koch a été observé 135 fois. Les examens
de crachats sont entrés dans la pratique médicale. Ils sont de
première nécessité pour éveiller l’attention des sujets sur leur état
et instituer de bonne heure le traitement rationnel, car, à mon
avis, il faut que l’individu connaisse de bonne heure la cause
exacte de ses souffrances si l’on veut engager la lutte avec effi¬
cacité.
30 Affiches, publications, avis imprimés sur la voie publique.
Depuis deux ans des avis de ne pas cracher par terre sont affi¬
chés dans tous les locaux publics à Fort-de-France et dans toutes
les autres communes de la Martinique.
Avec le concours de notre association nous espérons prochai¬
nement placer dans les locaux publics des crachoirs antisepti¬
ques.
Plusieurs miliers de feuilles de propagande ont été distribuées
soft aux heures de consultation, soit sur la voie publique ; des avis
aux journaux et des conférences ont répandu la notion de lutte
contre la tuberculose dans le public.
40 Organisation du Préventorium Colonial.
Nos moyens étaient trop limités pour combattre seulement la
— 372 —
é
tuberculose avec les sommes d’argent recueillies par la Ligue
contre la Tuberculose. L’installation et l’entretien d’un Sanato¬
rium eussent été très coûteux pour la Colonie. Aussi ai-je pensé à
transformer la Ligue contre la Tuberculose, à intéresser toute la
population à la lutte pour l’hygiène générale et contre la plupart
des maladies contagieuses et -transmissibles. La Ligue contre la
tuberculose, devenue Société d’hygiène et de prophylaxie des ma¬
ladies contagieuses et transmissibles , a mis à ma disposition la
somme de 21.000 francs qu’elle avait recueillie, la Colonie s’est
alors intéressé à l’œuvre par une subvention annuelle de 10.000
francs et c’est ainsi que j’ai pu construire le Préventorium Colo¬
nial et ouvrir au public cet établissement le Ier avril 1912.
Le Préventorium Colonial est un instrument de prophylaxie,
d’assistance et de traitement. Sans remplacer l’hôpital et le Sa¬
natorium il présente toutefois sur les Dispensaires antitubercu¬
leux l’avantage de retenir le^ malades durant une ou plusieurs
semaines dans des pavillons spécialement aménagés avec simpli¬
cité qui les aident à faire leur éducation en vue de la prophylaxie
de la tuberculose. Il est en outre adapté pour appliquer le traite¬
ment de la syphilis par le salvarsan et pour recevoir des malades
atteints de toute maladie transmissible, même les plus contagieu¬
ses, comme le choléra ou la peste penumonique. Son installation
est en effet celle d’un petit hôpital Pasteur adapté aux conditions
spéciales de l’hygiène tropicale, c’est-à-dire facilités de lavage
et de désinfection des parois, facilités de nettoyage en quelques
minutes et protection contre les mouches et les moustiques.
Tous les excréta des malades, et les crachats des tuberculeux
sont envoyés, après séjour dans une solution de crésyl 12 à 24 h.,
dans une installation biologique d’épuration par fosse septique et
y ' * T
lit bactérien. • ' '
Le matériel de literie est simple et facile à désinfecter. Après le
départ de chaque tuberculeux, les matelas qui sont munis de bou¬
tonnières et faits de crin végétal, sont défaits et placés avec le linge
dans une cuve à désinfeotion au formol pour 12 à 24 heures, puis
le tout est séché rapidement au soleil et le lendemain le pavillon
désinfecté peut recevoir un autre malade. Ce système de pavillon
interchangeable est ainsi très économique.
Chaque pavillon est muni d’un lavabo et d’antiseptiques et les
malades apprennent à se laver les mains plusieurs fois par jour.
Le service total du Préventorium comprend :
La visite et le traitement des malades hospitalisés ;
La distribution de médicaments, désinfectants, crachoirs et se¬
cours aux tuberculeux assistés à domicile ;
Un service journalier de pansements antiseptiques pour les
blessures des indigents;
Un service de douches à bon marché;
Un service de brancard roulant à domicile pour malades et
blessés ;
La distribution d’imprimés de propagande sur la voie publi¬
que;
Des conférences et démonstrations d’hygiène.
Du Ier avril au 31 décembre 1912, cet établissement a rendu les
services suivants :
Malades hospitalisés . 227
Tuberculeux assistés . 32
Pansements distribués . 190
Douches à bon marché . 222
Imprimés de propagande . 918
Brancard à domicile . 17
Le Préventorium a coûté 30.000 francs, son installation inté¬
rieure 4.000 francs. Son budget est d’environ 10.000 francs par an
et son fonctionnement peut donner un rendement considérable à
. . , < > ' ,
la fois pour le développement de l’hygiène générale comme leçon
de choses et pour la prévention de la tuberculose, de la syphilis
et des principales maladies graves des Indes Occidentales. Mais
son rendement nécessite un personnel dévoué qui s’applique à
attirer les malades et à leur faire aimer l’hygiène: il doit repré¬
senter pour les malades pauvres le bureau de secours de la vie
humaine. ■'
III
Améliorations a apporter dans la lutte antituberculeuse.
Voici maintenant l’énumération du programme de lutte anti¬
tuberculeuse que nous sommes décidés à suivre et à conseiller
à la Martinique pour compléter notre organisation médicale et
hygiénique. Ce sont :
i° L’application d’une loi sur l’expropriation des habitations
insalubres. Un emprunt a déjà été réalisé pour transformer quel¬
ques quartiers autour de Fort-de-France;
— 374 —
2° L’assurance obligatoire contre la tuberculose sur le modèle
de l’œuvre si remarquable accomplie en Angleterre avec la loi du
sanatorium benef it ;
. 3° L’installation de colonies agricoles pour les enfants chétifs
ou issus de familles tuberculeuses;
4° La propagande anti-alcoolique dans les écoles et 1$ création
de classes spéciales d’hygiène de l’enfance particulièrement en
vue de l’éducation antituberculeuse.
Cet enseignement de l’hygiène de l’enfance devra comprendre
des leçons sur les dangers de l’alcool, les avantages d’une nourri¬
ture saine, le logement bien éclairé et bien aéré, les causes de
surmenage, la vie à la campagne, les joies du plein air et de la
pleine lumière, sur l’hygiène des candidats à la tuberculose par
le repos et le sommeil prolongé. Il comprendra aussi des leçons
pratiques sur le fonctionnement des Préventoriums et des Dispen¬
saires, véritables bureaux de secours contre la tuberculose, qui
doivent être placés sous la protection de la Société et des Pou¬
voirs publics ;
5° Enfin en ce qui concerne les petites colonies dont le budget
est très limité, il sera avantageux de renoncer aux Sanatoria coû¬
teux pour transformer dans chaque hospice une salle spéciale en
pavillon antituberculeux sur le modèle d’un pavillon de Préven¬
torium, transformation peu coûteuse et qui donnera d’excellents
résultats si le personnel attaché à ce service est d’abord éduqué
pendant plusieurs mois dans un Préventorium sous la direction
du médecin spécialisé dans la prophylaxie et le traitement de îa
tuberculose.
27 mars 1913.
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Aimais of Tropical medicine and parasitology, t. VII, n° i,
mars 1913.
Annual Report of the Bacteriological Laboratory for the year
191 1 .
Archiv fur Schiffs-und Tropen-Hygiene, t. XVII, nos 6, 7, 8
et 9.
British medical Journal, 15, 22, 29 mars, 5, 12 et 26 avril, 3 et
10 mai 1913.
Bulletin of the Manila medical Society, t. V, nos 1 et 2.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de V Indochine, t. III,
n° 8 ; t. IV, nos 2 et 3.
Gaseta me die a da Bahia, déc. 1912.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlandsch-Indie, t. LUI,
n° 1.
Internationales Centralblatt fur Tuberkulose-Forschung, tome
VII, noa 4 et 5.
Journal of the London school of tropical medicine, t. I, nos 1-
2-3, fév. 1913 ; t. II, f. 1, 5 avril.
Journal of the Royal army medical corps, t. XX, n° 4.
Journal of tropical medicine and hygiene, t. XVI, nos 6, 7, 8
et 9.
Lepra, t. XIII, n° 4 et t. XIV, n° 1.
Memoirs of the department of agriculture in India, t. I, nos 1
et 2.
Philippine Journal of tropical Medicine, t. VII, n° 5, oct. 1912.
Publications du service médical civil des Indes Néerlandaises,
la et t. II, f. 1, 1913.
Review of applied entomolo gy , séries A, n°2 ; séries B, n° 2.
Revista di V eterinaria e Zootechnia.
Revue médicale d'Egypte, fév. et mars 1913.
Revue scientifique, 8, 15, 22, 29 'mars, 12, 19 et 26 avril, 3 et 10
mai 1913. • ... • aj
— 376 —
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene ,
t. VI, n° 5, avril 1913.
Tropical diseases bulletin, t. I, n08 7, 8, 9, 10, n et 12, 1913.
Tropical veterinary bulletin, n° 3.
Tunisie médicale, 3e année, nos 3 et 4, mars et avril 1913.
Yellow jever Bureau, t. II, n° 3.
VOLUMES ET BROCHURES.
Secondall India sanitary conférence, t. I, general.
L. Audain. L’organisme dans les infections. Préface de Rénon.
Un vol. de 417 pages. Ma loi ne, 1912.
Ferran. Travaux sur la nouvelle bactériologie de la tubercu¬
lose.
Cazalbou. Observation d’un nouveau trypanosome chez le la¬
pin. Extrait du Recueil de Médecine vétérinaire, 15 mars 1913.
H o lme s. A note on some Interesting Results following the
Internai Administration of Arsenic in Canker and other Diseases
of the Foot in Horses. Extrait du Bull. n° 32. Agricultural Re¬
search Institute, Pusa, Inde.,
Touton. Darf Neosalvarsan ambulant angewandt werden ? Die
jetzigen Heilmittel der Syphilis und ihre Anwendung in der
Praxis. Extraits du Berliner klin. Woch., nos 11 et 13, 1913.
Touton. LTeber den Einfluss der modernen Syphilisforschung
auf die Syphilisbehandlung in Badeorten, Wiesbaden, 1913.
ERRATUM
Note de H.-B. Fantham, Bulletin d'avril , p. 254.
Lire H.-B. Fantham, au lieu de H. -F.
P. 225, 13e ligne, lire « page 357 », au lieu de « page 557 ».
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL.
IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET Cu.
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Tome VI.
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No 6.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 6
Séance du 11 juin 1913
PAGES
A PKOPOS DU PROCÈS-VERBAL
L. Brumpt. — A propos de Y Hocmocysto^oon brasihcnse de Franchini. 377
A. Laveran. — Discussion . 380
CO R R ES P O N DA N C E
Clarenc. — Lettre accompagnant l’envoi de deux rapports sur le choléra
et le paludisme à Î’île Maurice . 380
Présentations
E. Brumpt et Gonzalez-Lugo. — Présentation d’un réduvide du Véné-
zuela ( Rhodnius prolixus) chez lequel évolue Tryp. crup .... 382
A. Laveran et Thikoux. — Prophylaxie de la maladie du sommeil . . 381
Election . 384
Voir la suite du sommaire paye V de la couverture
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DÉSINFECTAI
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Rapports
Louis Martin. — - Sur l’emploi du salvarsan . .
P. Noël Bernard. — La question de l’opium .
COMMUNICATIONS
P. Aubert et F. Heckenroth. — Action de divers médicaments sur
MicrojUaria pcrstans et diurna . .
J. Brault. — Note sur les cultures de Madurella mycetomi .
Denier et Huet. — La dysenterie à Saigon .
F. Heckenroth et M. Blanchard. — Transmission de Tryp. gambiense
par des moustiques .
F. Heckenroth et Blanchard. — Recherches sur les propriétés du
sérum des malades du sommeil au Congo .
L. Lagane et P. Colombier. — Formule sanguine de lépreux séjour¬
nant en France .
A. Lamoureux. — Fréquence du parasitisme intestinal sur les habitants
de la grande Comore . ' .
Laveran. — Emétine dans les trypanosomiases. Discussion .
id. Propriétés du sérum des trypanosomés. Discussion .
Levaditi. — Piopriétés du sérum des malades du sommeil. Discussion .
A. Lignos. — Deuxième cas de guérison de kala azar infantile observé à
Hydra . .
F. Mesnil. — A propos de pouvoir protecteur du sérum des malades du
sommeil .
384
385
457
407
4*3
442
444
418
455
427
45°
447
430
447
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
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Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 23. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt agrès la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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PAGES
F. Mesnil. — Emétine dans les trypanosomiases. Discussion .... 427
J. Moldovan. - Sur le développement de Leacocyto^oon yemanni . . 428 X
H. Poitevin. — Toxine et antitoxine cholériques . 409 :
A. Railliet et A. Henry. — Un Hæmostrongylus des bronches du Léo¬
pard . 45 ï
E Roubaud. — Evolution comparée des Trypanosomes pathogènes chez
les glossines . 435 £
G. Roux et L. Tribondeau. — Action de l’émétine dans quelques for¬
mes spéciales d’amibisme et dans la syphilis . 424 X
A. Veillon et L. Lagane. — Action défavorable de l’arsénobenzol dans
la lèpre . 415
Nina Kohl-Yakimoff, W.-L. Yakimoff et N. -J. Schokhor. —
Leishmaniose canine à Taschkent . 432
Nina Kohl-Yakimoff, W.-L. Yakimoff et N. -J. Schokhor. —
Le trypanosome des bovidés au Turkestan . 434
Nina Kohl-Yakimoff, W.-L. Yakimoff et P.-W. Bekensky. — Le try¬
panosome des bovidés en Russie d’Europe . 433
MEMOIRES
A. Lavf.ran. — Prophylaxie du paludisme. Discussion . 476
A. Laveran et M. Marullaz. — Recherches expérmentales sur Toxo-
piasma gondii . 460
J. Legendre. — Prophylaxie du paludisme en Italie . 468
F. Mesnil. — Toxoplasme. Discussion . . . 468
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Sixième année
1913
N° 6.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU II JUIN 19 1 3.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
propos du procès-verbal
A propos de l’Hæmocystozoon
brasiliense de Franchini
Par E. BRUMPT.
Dans le Bulletin de notre Société, G. Franchini a signaié à deux
reprises un -flagellé qu’il est facile de ranger dans le genre Her-
petomonas et pour lequel il a créé le genre Hæmocystocoon qui
doit tomber en synonymie et disparaître de la nomenclature; l’es¬
pèce en question doit s’appeler Herpetomonas brasiliensis
(Franchini 1913) (1).
Dans la note présentée à la dernière séance, G. Franchini a
donné une description détaillée de ce flagellé.
Dans un frottis de sang pris à la veine du coude quelques jours
(1) Franchini (< b). Un nouveau protozoaire parasite de l'Homme, prove¬
nant du Brésil. Bull. Soc. Path. Exot., VI, 1913, p. 1 56 et 333.
(2) La parenthèse indique que Franchini a créé le nom spécifique, mais
qu’il avait placé cet animal dans un autre genre.
■n
avant la mort du malade et que G. Franchini a bien voulu me
laisser examiner, j’ai eu l’occasion de voir toutes les formes dé¬
crites par lui sauf les parasites flagellés.
La figure i donne les formes que j’ai eu l’occasion de voir et de
dessiner.
Fig. I. — Herpetornonas ùras iliemis . 1,2, 3, 4, formes communes ; 5 parasite
avec plusieurs blépharoplastes et des Microbes ; 0 à 13 aspect des divers
kystes ; 0, 8, 12 formation des grains périphériques qui forment la paroi
du kyste ; 7 kyste avec un micropyle.
Les aspects i, 2, 3, 4, ressemblent tout à fait aux formes évolu¬
tives de -certains Trypanosomes sanguicoles dans le tube digestif
des Insectes transmetteurs comme la figure II nous en donne
une bonne idée, ou encore aux formes évolutives de certains Her-
petomonas, Crithidia et Cystotrypanosomes d’insectes.
La forme représentée en 5 (fig. I) est encore un aspect banal
que l’on trouve au cours de l’évolution du Trypanosoma Cruzi
dans l’estomac des Punaises ou des Conorhines ; dans certains cas
on observe dans cette dernière espèce des masses morulaires ren¬
fermant 10, 15, 20 noyaux et un nombre de blépharoplastes plus
ou moins considérable.
Fig. IL — Trypanosoma Cruzi. Formes latentesule l'estomac : 1,2, 3, 4,
aspects habituels; 5, 0, 7 formes en voie dedivision. Grossi 1.800 fois.
Les kystes trouvés dans la préparation de Franchini sont assez
polymorphes, mais il n’y a pas lieu de s’en étonner; un coup
d’œil jeté sur la figure II I (11 à 16) nous montre le polymorphisme
des kystes rectaux du Trypanosoma melophagi de Melophagus
ovin us.
En résumé les formes signalées par G. Franchini sont tout à
fait comparables à celles qui ont été décrites par un grand nom¬
bre d’auteurs chez les Insectes piqueurs ou non; ce serait la pre¬
mière fois qu’un parasite sanguicole prendrait, chez le Vertébré,
tous les caractères morphologiques et physiologiques (enkyste-
ment) d’un flagellé intestinal d’insecte.
Fig. 111.— Trypanosoma melophagi. . 1 , tonne Crilhidia habituelle; 2, 3, 4,
5, tonnes en voie de division ; 6,7,8, 'J, 1 0, passages de la forme Cri thulia
à la forme Trypanosoma ; 11, 12, 13, 14, divers stades de la formation
du kyste ; 14, kyste avec un micropyle très net ; 15, forme anormale
montrant un parasite en voie de division ayant subi l’enkystement ;
16, kyste anormal provenant probablement de l’enkystement d’un indi¬
vidu tel que 17 atteint de dégénérescence sénile et considéré comme une
forme mâle par certains auteurs, (irossi 1.600 fois.
Un semblable fait qui renverse toutes les idées que l’on se fait
sur l’adaptation des flagellés à la vie sanguicole mérite d’être exa¬
miné de près.
Or un point reste obscur, sur lequel j’ai attiré l’attention de
M. Franchini : la préparation de sang qui renfermait les parasites
de la figure I était en même temps très riche en Microbes d’es¬
pèces variées, certains de ces Microbes étaient même ingérés par
le parasite 5 (fig. I); les leucocytes et les hématies de frottis
étaient en mauvais état et se coloraient mal.
Comme en temps normal, sauf dans le cas de charbon el de-
gangrène gazeuse, les Microbes ne se rencontrent, à l’examen
direct, que dans le sang altéré hors de l’organisme, on est en droit
de se demander s’il n’y a pas eu contamination du sang hors de
l’organisme, le développement de Microbes expliquerait la pré-
■i7
sence des flagellés et de leurs kystes qui auraient pu être déposés
I par des Insectes quelconques.
Si les parasites dont il est question évoluent dans le sang de
l’Homme, ils présentent des caractères morphologiques et biolo¬
giques en opposition avec tout ce que l’on sait actuellement sur
les Trypanosomides adaptés à la vie sanguicole. Ils nous mon¬
trent en partculier une formation de kystes, dont la signification
biologique est habituellement en désaccord avec les conditions
déterminant l’enkystement des flagellés.
f
M. Laveran. — Je regrette que M. Brumpt n’ait pas prévenu
M. le Dr Franchini des objections qu’il se proposait de lui adres¬
ser; il était cependant facile de prévenir M. Franchini qui tra¬
vaille tous les jours dans mon laboratoire à l’Institut Pasteur.
M. Brumpt a vu une préparation de M. Franchini et, dans cette
préparation, il a constaté l’existence de bactéries, il en conclut
à tort que toutes les préparations dans lesquelles le nouvel hé¬
matozoaire a été rencontré ont pu être souillées. Ces prépara¬
tions sont nombreuses, elles ont été recueillies dans des condi¬
tions très variées et je puis affirmer que celles qui contiennent
des bactéries forment de très rares exceptions.
Correspondance
Le Président. — J’ai reçu de notre Collègue M. le Dr Clarenc,
Président de la Société médicale de Plie Maurice, la lettre sui¬
vante :
Port-Louis, le 12 avril 1913.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous adresser par la voie du Consulat à Port-
Louis deux documents qui me paraissent de nature à intéresser
ceux de nos Collègues qui voudront faire des recherches sur le
choléra et la fièvre paludéenne à Maurice.
L’un d’eux est un rapport d’une Commission nommée pour
faire une enquête sur l’introduction du choléra à Maurice en
TS54.
L’autre est un rapport de feu M. Meldrum, de son vivant Di¬
recteur de l’Observatoire de Maurice, considéré universellement
comme une autorité en météorologie, sur les rapports existant
entre la quantité de pluie tombée et la fièvre paludéenne. Ce rap¬
port contient de nombreux extraits du rapport volumineux qui fut
fait en 1869 par une Commission nommée pour faire une enquête
sur l’épidémie de fièvre paludéenne qui sévit à Maurice en 1867.
J’aurais voulu pouvoir joindre à ces documents ce dernier rap¬
port lui-même, mais il m’a été impossible de m’en procurer un
exemplaire jusqu’ici.
Veuillez agréez, Monsieur le Président l’assurance de mon
entier dévouement.
Dr Clarenc.
J’adresse à M. le Dr Clarenc des remerciements sincères pour
les très intéressants documents qu’il vient de nous envoyer et que
je dépose sur le bureau.
Présentations
M. Laveran. — J’ai l’honneur de présenter un Rapport sur
La prophylaxie de la maladie du sommeil que nous ayons rédigé
M. le Dr Thiroux et moi pour le XVe Congrès international d’hy¬
giène et de démographie (Washington, septembre 1912). Nous
concluons comme il suit : « La lutte contre la maladie du sommeil
est engagée partout dans l’Afrique équatoriale ; des missions
allemandes', anglaises, belges, françaises, portugaises ont été en¬
voyées dans les pays les plus éprouvés pour étudier la maladie et
les moyens de la combattre ; les Sociétés de médecine tropicale,
créées de tous côtés dans, ces dernières années, ont mis la ques¬
tion à leur ordre du jour et ont élaboré des programmes pour la
lutte à entreprendre; dans tôutes les colonies intéressées, des
Arrêtés ou des Règlements sanitaires ont prescrit les mesures à
prendre ; des résultats partiels ont déjà été obtenus, mais une
direction générale fait défaut pour coordonner les efforts et les
rendre plus efficaces. Nous estimons que cette direction géné¬
rale ne sera obtenue que par une entente des Gouvernements in¬
téressés. »
#
• »
— 382 —
Présentation d’un Réduvide du Venezuela,
le Rhodnius prolixus, chez lequel
évolu Trypanosoma Cruzi
Par E. BRyMPT et GONZALEZ-LUGO.
Le Docteur Gonzalez-Guinau de Caracas a bien voulu nous
envoyer à deux reprises différentes des Rhodnius (i) capturés
aux environs de la ville de Valence (Vénézuela) dans des habi¬
tations d’agriGulteurs.
Le premier envoi ne renfermait à son arrivée à Paris que des
adultes et des nymphes morts et quatre œufs roses qui mis à l’é¬
tuve donnèrent quatre larves bien mobiles. Trois de ces larves
firent un premier repas non infectant le 23 mars, leurs déjections
examinées au moment du second repas ne présentaient pas de
flagellés ce qui permet d’éliminer la possibilité d’une infection
héréditaire. Le second repas fut fait sur un singe ( Cercop . patas)
atteint d’infection naturelle à Trypan. Cruzi (virus de Bahia),
le Ier avril. Le 19 avril, les animaux, conservés à l’étuve à 30°,
émettent des déjections renfermant des Trypanosomes; le 13 mai
les déjections renferment encore des Trypanosomes, un jeune Rat,
inoculé dans le péritoine, prend une infection normale. Le 9 juin
les déjections renferment toujours des Trypanosomes.
Le second envoi du Dr Gonzalez-Guinau renfermait un certain
‘nombre d’animaux morts et dix insectes vivants ainsi qu’un
assez grand nombre d’œufs qu’il fut impossible de faire évoluer.
Un adulte vivant disséqué n’a montré aucune infection à flagel¬
lés. Les déjections mélangées de deux ou trois Insectes au mo¬
ment de leur premier repas au Laboratoire ne montraient pas de
flagellés (13 mai 1913).
Les deux adultes et les cinq nymphes, nourries sur un Co¬
baye (2) et encore vivantes le 10 juin donnent les résultats sui¬
vants :
( o Cet animal se nomme Chipo ou Chinche de monte au Vénézuela.
(2) Ce Cobave, adulte actuellement, a été piqué un très grand nombre de
fois par des Conorhinus mêgistus infectieux et souvent souillé par leurs
déjections, et il n’a jamais montré ni microscopiquement ni cliniquement
des signes d’infection due au T. Crwpi. Il est néanmoins possible qu’il pos¬
sède une infection chronique qui ne pourrait être décelée que par l’inoculation
fie son sang à des animaux très sensibles.
— 383
!
Deux nymphes présentent dans leurs déjections des Trypano¬
somes et des Crithidia.
Un adulte femelle ne montre rien dans ses déjections.
Les autres animaux refusent de piquer, il est donc inpossible
d’obtenir des déjections.
*
* *
D’où proviennent les Trypanosomes éliminés dans les déjec¬
tions des nymphes de Rhodnius dont nous venons de parler?
S’agit-il d’une infection naturelle provenant du Vénézuela ou
d’une contamination accidentelle sur le Cobaye suspect dont nous
avons parlé ci-dessus, c’est ce qu’il nous est difficile d’affirmer
et ce que des recherches ultérieures nous permettront probable¬
ment d’établir.
Un fait bien établi c’est que les Rhodnius prolixus du Véné¬
zuela sont des hôtes intermédiaires permettant facilement l’évo¬
lution du Trypanosoma Cruzi.
Si les Rhodnius prolixus conservent leur infection indéfini¬
ment comme les Conorhinus megistus et non pas durant quelques
mois seulement (comme les Cimex lectularius et C. rotundatus ),
nous pourrions affirmer que ces Insectes sont encore plus à re¬
douter que les Conorhinus. En effet les déjections de ces Hémip¬
tères, qui seules semblent infectieuses,, sont émises par les Cono¬
rhinus quelques secondes ou quelques minutes après le repas, rare¬
ment pendant ce repas; les Rhodnius à l’état larvaire et nymphal
défèquent immédiatmeent après avoir retiré leur rostre, l’indi¬
vidu piqué aurait donc beaucoup plus de chances d’être souillé
par les déjections et par conséquent de contracter la maladie soit
par la pénétration des Trypanosomes à travers les muqueuses,
soit en s’inoculant lui-même les déjections pathogènes en se
grattant l’endroit piqué et souillé.
Comme les Rhodnius pullulent dans certains points du Véné-
zuéla, de la Colombie et dans les pays voisins, il serait intéressant
d’étudier sur place leur biologie et d’établir leur rôle pathogène
possible si la maladie de Chagas venait à être importée dans ces
régions.
Elections
D'an membre titulaire :
M M . T END r on , 2 o vo i x , élu.
Rieux, 2 voix.
Du
Trésorier-archiviste , en remplacement de M.
Tendron est élu à l’unanimité.
Yvon, de-
Sur l’emploi du Salvarsan aux Colonies
Rapport au nom d'une commission composée de MM. Jean¬
selme, Primet, Vincent, Wurtz, et
Louis MARTIN, rapporteur.
Dans la séance du g avril 1913 votre société a nommé une com¬
mission composée de MM. Jeanselme, L. Martin, Primet, Vin¬
cent et Wurtz. Cette commission a examine le vœu de M. Jean¬
selme ; étaient présents: MM. Jeanselme, Vincent et Louis Mar¬
tin, rapporteur.
Après discussion, la commission voulant éviter de recomman¬
der telle spécialité pharmaceutique a adopté la rédaction suivante,
quelle propose à votre approbation :
La Société de pathologie exotique estime que dans l’état actuel
de la thérapeutique, il y a lieu d’appeler l’attention des médecins
coloniaux sur les bons effets qu’on peut obtenir dans le traitement
du Pian et de la Syphilis avec les composés tels que:
Le Dichlorhydrate de dioxydiamido-arsénobenzol et le Dioxy-
diamido-arsénobenzol monométhvlène sulfoxylate de soude (1).
(1) Ces dénominations sont celles adoptées par M. Lermoyez dans son rap¬
port à l’Académie de médecine, séance du 20 mai 1913.
Le Président fait observer qu’il y aurait intérêt1 à ajouter les
noms commerciaux sous lesquels sont généralement connus les
médicaments visés par le projet de résolution.
M. JeanselME parle dans le même sens.
M. Pottevin propose de compléter la motion de la commission
par les mots suivants : <t mis généralement en vente sous les noms
de 606, arsénobenzol, salvarsan, néosalvarsan ».
La proposition, ainsi complétée, est adoptée par la Société.
»
Rapport sur la question de l’opium
présenté au nom d'une Commission composée de
MM. JEANSELME, L. MARTIN, POTTEVIN, THIROUX
et Noël BERNARD, rapporteur.
La question de l’opium en Indo-Chine, dont l’opiomanie qui
tend à se répandre en France n’est qu’une conséquence, se lie
étroitement à l’histoire de l’opium en Chine et en Extrême-Orient.
Le problème d’hygiène sociale qu’elle soulève comporterait une
solution immédiate, la condamnation absolue de tous les erre¬
ments qui favorisent une intoxication redoutable pour l’individu
et pour la société. Mais cette solution se heurte à des obstacles
économiques et politiques. Nous pouvons regretter la forme qu’ils
revêtent. Nous ne saurions les considérer comme négligeables,
puisque nous ne voulons pas nous borner à affirmer un principe
et que nous tenons à rechercher quelles sont les mesures les plus
efficaces à opposer au danger social de l’opiomanie coloniale et
métropolitaine.
I. — Brèves généralités sur l’opium et l’opiomanie.
Si l’on excepte son usage thérapeutique, l’opium est absorbé,
en raison de l’ivresse spéciale qu’il procure, par les mangeurs
(thériakis, affiondis) qui l’avalent sous forme de boulettes, par les
buveurs qui consomment la décoction fumante de capsules et de
graines de pavot, par les fumeurs qui inhalent en de profondes
— 386 —
inspirations la fumée que produit la combustion rapide du chan-
doo dans une pipe spéciale.
Les mangeurs d’opium appartiennent surtout aux populations
musulmanes de l’Inde, de la Perse de la Turquie et de l’Asie
Mineure. On en rencontre un petit nombre aux Etats-Unis et en
Angleterre. Ils sont relativement rares en Chine et en Extrême-
Orient. Les doses ingérées vont de quelques centigrammes à une
dizaine de grammes par jour. Les buveurs d’opium s’observent
généralement en Perse et en Turquie.
En Extrême-Orient, les indigènes de la Birmanie, du Siam,
des Etats-Malais, des Indes Néerlandaises, de l’Indo-Chine
française, les Chinois dans leur pays ou dans les colonies où ils
émigrent, font presque exclusivement usage de la pipe. Ils de¬
viennent opiophages lorsqu’ils ne se trouvent pas dans des condi¬
tions commodes pour fumer.
Les petits fumeurs brûlent une dizaine de pipes par jour, les
moyens une trentaine, les gros 50 à 100 pipes. Les grands intoxi¬
qués arrivent à 150 pipes. « Il vaut mieux, dit le Dr Gaide (i),
pour se rendre compte avec précision du degré de l’intoxication
journalière se baser sur le poids et la nature de la drogue em¬
ployée. La dose quotidienne est de 5 à 10 g. pour les petits fu¬
meurs, de 10 à 25 g. pour les fumeurs moyens , de 25 à 45 g. pour
les gros fumeurs, de 45 à 65 g. et au-delà pour les grand intoxi¬
qués. Dans les cas exceptionnels le poids de 100 g. peut être at¬
teint. »
L’opium fumé en Extrême-Orient provient surtout de la Chine
pays à la fois producteur et consommateur, de l’Inde qui exporte
à peu près toute sa production, de la Perse dont la Chine reçoit les
cinq sixièmes de la récolte totale, et de la Turquie pour une très
faible proportion. Les variétés qui la fournissent sont le Papaver
somniferum glabrum et le Papaver somniferum album.
Sa composition chimique est complexe et très variable. Au seul
point de vue de la teneur en morphine voici les différences données
par Pouchet, Brouardel et Jeanselme (2):
fi) Gaide. — Intoxication par l’opium, C. O. Traité de pathologie exoti
que de Grall et Clarac, tome V.
(2) Rog-er Dupouy. — Les opiomanes , d’après Y Encyclopédie britannique ,
article opium, vol. XVII. Cet ouvrage contient une bibliographie complète
de la question tant au point de vue scientifique que littéraire.
L’opium à fumer n’est pas employé cru. Il passe, pour être
transformé en chandoo , par une série de manipulations, ébullition,
brossage, grillage, fermentation, pasteurisation qui éliminent ses
impuretés et développent son arôme. Le résidu de la combustion
du chandoo dans la pipe porte le nom de dross ; ce produit, t'rès
riche en morphine peut être fumé une seconde fois. Tl constitue
un poison particulièrement nocif.
Les symptômes de l’opiomanie chronique sont décrits dans les
publications et les traités spéciaux; ils ne sauraient être dévelop¬
pés à propos de ces généralités succinctes.
L’usage très modéré ou intermittent de l’opium, s’il ne doit
jamais être conseillé, ne provoque, par contre, chez les indigènes
aucun trouble apparent, aucun phénomène morbide caractérisé.
Mais le fumeur est amené, pour retrouver les sensations qu’il re¬
cherche, à augmenter progressivement la dose quotidienne. Le
prix relativement élevé de la drogue est bientôt le seul frein qui
s’oppose à la tentation.
Le début de l’intoxication provoque une euphorie dont la durée
est plus ou moins prolongée. La mémoire et la volonté sont les
premières facultés intellectuelles atteintes. Selon la gravité des
cas, leur altération comporte tous les degrés depuis l’amnésie, les
inégalités d’humeur, les modifications du caractère, jusqu’à l’a¬
boulie absolue, l’incapacité de tout effort physique et intellectuel.
Une diminution progressive du sens moral accompagne cette dé¬
chéance rapide. Les troubles organiques varient suivant les réac¬
tions individuelles. Ils frappent surtout l’appareil digestif, le sys¬
tème génital et la sensibilité générale. Toutes les sécrétions sont
diminuées. Les vieux opiomanes, arrivés au dernier degré de l’a¬
maigrissement, tombent dans la cachexie la plus profonde, quand
ils ne succombent pas à une syncope ou à une affection inter¬
currente banale.
S’il arrive que le fumeur soit brusquement privé de son stimu¬
lant habituel, il éprouve un malaise indéfinissable qui, selon les
cas, peut aller de la simple inquiétude nerveuse à l’angoisse, d’une
vague lassitude musculaire à une sensation profonde d’inanition.
Cet état de besoin est l’écueil le plus redoutable pour les sujets
qui, par leurs fonctions, doivent être à toute heure en pleine pos¬
session de leur activité physique et de leur esprit de décision.
L’abus de l’opium entraîne donc à la fois la déchéance de l’in¬
dividu, de la famille, réduite à la misère, de la race, dégénérée. Il
nuit à la fortune publique par l’incapacité et l’incurie qu’il fait
naître chez les fonctionnaires, par la diminution des échanges
commerciaux. Enfin c’est à la substitution de la culture plus rému¬
nératrice du pavot à celle des céréales que sont dues les grandes
famines citées par le Dr Jeanselme (i) de 1871 et 1872 en Perse, de
1868 dans le Radjapoutana, de 1874 au Bengale, de 1875 dans
l’Orizza.
Mais les grandes calamités menacent surtout les régions qui
produisent presque exclusivement l’opium ou les Etats qui per¬
mettent par l’abaissement des prix de vente une consommation
excessive, tels que la Perse, l’Inde ou la Chine. En Indo-Chine
les conséquences de l’abus de l’opium ne peuvent pas se faire sen¬
tir au-delà de l’individu et de la famille, si les règlements en
vigueur sont exactement appliqués.
II. — Historique de l’opium en Chine (2)
Le pavot est décrit par les auteurs chinois à partir du vm® siè¬
cle. Vers le xne siècle Lin Hunc, signale pour la première fois la
possibilité d’extraire de la tête du pavot un suc dont trois autres
écrivains de la même époque vantent l’utilité dans le traitement
de la dysenterie. Il y a tout lieu de supposer que le procédé de
scarification de la capsule fraîche, de dessiccation au soleil du
suc ainsi obtenu, tels qu’on les pratique aujourd’hui, ont été in¬
troduits en Chine par les Arabes vers la fin du xve siècle.
(DE. Transelme. — Fumeurs et mangeurs d’opium, Revue Generale des
Science ?. k janvier 1007.
(2} D’aorès les documents suivants :
i° international Opium Commission . Shanghaï, 1909, vol. IT. Report of
the délégations, n. 44 et suivantes.
20 Roçmt- Dopouy, loc. cit d’après la thèse de Pluchov. De l’opium des
fumeurs. Synthèse de pharmacie . Montpellier. 1887.
30 Dr Jeanselme, loc. cit. et revue scientifique. 7 mai 1890. La question de
l’opium en Extrême-Orient à l’époque contemporaine.
Au commencement du XVIIe siècle les Espagnols firent connaî¬
tre l’usage du tabac. Bientôt après les Hollandais répandirent
l'habitude de fumer un mélange de tabac et d'opium. Aucun do¬
cument historique n’indique à quelle époque les Chinois com¬
mencèrent à fumer l’opium suivant le mode usité de nos jours.
Ce sont les Portugais qui importèrent au, commencement du
xviii® siècle les premières caisses d’opium étranger. En 1729 les
ravages sociaux et économiques de « la drogue qui guérit mais tue
comme un sabre » se montraient déjà assez menaçants pour jus¬
tifier la publication d’édits impériaux proscrivant formellement
son usage sous les peines les plus sévères (bastonnade, exil, mort).
Depuis cette époque le gouvernement chinois ne cesse de se
défendre contre l’envahissemnt de l’opium. En 1729, 200 caisses
avaient été importées. La Compagnie Anglaise des Indes ayant
obtenu en 1767 le privilège de l’importation de l’opium, 4.000
caisses sont débarquées en 1790 dans les ports chinois. Des édits
impériaux renouvellent la prohibition formelle de la drogue in¬
dienne en 1796 et en 1800. Mais l’importation augmente sans
cesse: 5.000 caisses en 1820, 16.877 en 1830. Le privilège de la
Compagnie des Indes arrive à expiration en 1837. Le gouverne¬
ment chinois en profite pour interdire formellement l’introduc¬
tion sur son territoire de tout opium étranger. En 1839, sur Ie
refus de navires anglais, à l’ancre dans la rivière de Canton, de
prendre le large, il s’empare par la force des 20.291 caisses d’o¬
pium dont ils sont chargés et dont la valeur s’élève à 62.500.000
francs et les jette à la mer. Cet acte d’énergie provoque la guerre
de l’opium qui se termine par le traité de Nankin (1842). Vain¬
cue la Chine cède à l’Angleterre l’ île de Honkong, s’engage à in¬
demniser les contrebandiers, et ouvre à nouveau ses ports au
trafic du poison. Mise dans l’obligation de fumer l’opium, elle
avait dès lors, un intérêt économique de premier ordre à étendre
sur son propre sol la culture du pavot pour tirer du vice qui lui
était imposé le plus grand bénéfice possible.
En 1858, elle frappe l’opium d’un droit d’importation de 30
taels par picul (60 kg. 45). Par la convention de Chefoo (1876),
le gouvernement britannique accepte en principe la proposition
d’une taxe sur la drogue qui s’ajouterait au droit d’ importation,
Cette convention est rendue effective le 18 juillet 18S5. L’impôt
total est fixé à 110 taels par picul, dont 80 taels de taxe et 30 taels
de droit d’importation.
ues conséquences du traité de Nankin sont très rapidement de¬
venues désastreuses. La production totale de la Chine a été en
1906 de 35*351.160 kg. d’opium, 3.271.372 kg. d’opium
étranger ont été importés sur son territoire. L’exportation s’est
élevée à 1.511.250 kg. La consommation totale a donc été en un
an de 37. 111.282 kg .
C’est le 20 septembre de cette même année que devait paraître
l’édit impérial tendant une fois encore, comme en 1729, en 1796,
en 1800, en 1837 à supprimer dans le Céleste Empire l’usage de
l’opium.
III. — Extension de l’opiomanie en
Extrême-Orient
ET DANS LE MONDE.
Les Chinois se sont répandus depuis des siècles dans tout l’Ex¬
trême-Orient. Leurs comptoirs étendent leurs ramifications jus¬
que dans les régions les plus éloignées des rivages de la mer sur
lesquels ils avaient d’abord pris racine. Partout, l’usage de fumer
l’opium qu’ils ont fait connaître a gagné les milieux indigènes.
Les Etats Malais, le Siam, les Indes Néerlandaises, les Philippi¬
nes, le Japon, l’ Indo-Chiné, l’Australie, le Transwaal sont deve¬
nus des pays consommateurs d’opium. Le trafic de ce produit de
luxe, d’un prix élevé, frappé de droits considérables, n’a pas tardé
de fournir aux gouvernements de quelques-uns de ces pays une
part importante de leurs ressources budgétaires. Pour eux, comme
pour la Chine et pour l’Inde, l’opium est devenu une préoccupa¬
tion économique de premier plan.
Le tableau suivant indique l’importance relative de l’importa¬
tion dans les pays non producteurs en Extrême-Orient.
QUANTITÉS DE KILOGRAMMES d’üPIUM IMPORTES DANS (l):
(i) International Opium Commission , Shanghaï, h»o(), vol. II. Annexes
statistiques.
La Consommation totale de ces divers pays est en réalité beau¬
coup plus considérable, en raison de la fraude, très rémunératrice
par suite des prix élevés de l’opium contrôlé.
L’Inde, le marché le plus important après la Chine, a exporté
de 1903 à 1907 en moyenne 4.000.000 de kg. par an. En 1895,
le revenu de l’opium représentait 14 % des ressources budgétaires
du pays. Actuellement ce revenu est descendu à 7 % (1).
Dans les Straits Settlements sur un revenu total de 10.117,263
dollars en 1907, 4.224.000 provenaient de l’opium (2).
Au Siam, il apporte une contribution moyenne de 10.204.820 de
ticaux sur les 50 millions de ticaux de recettes totales (3).
En Indo-Chine, le budget de 32 millions de piastres environ
(80 millions de francs) reçoit 5 millions de piastres (12.500.000
francs) de la vente du chandoo.
L’usage de l’opium, après avoir envahi tout l’Extrême-Orient,
menace aujourd’hui les nations européennes et l’Amérique, qui
n’ont pas secondé au moment propice le gouvernement chinois
dans sa lutte plusieurs fois séculaire contre le fléau, et qui ont été
conduites à équilibrer leurs budgets coloniaux avec le revenu de
la vente officielle d’un poison redoutable. D’Indo-Chine, des sta¬
tions d’Extrême-Orient, fonctionnaires civils, troupes coloniales,
équipages de la flotte, rapportent, depuis des années, l’habitude
de fumer dans les ports militaires et dans les grandes villes.
Cantonnée encore dans des milieux spéciaux que des mesures ri¬
goureuses peuvent facilement atteindre, elle pourrait si les pou¬
voirs publics n’interviennent pas avec énergie et sans retard, éten¬
dre ses ravages.
« Du reste, dit Jeanselme ( loc . cit.) la France n’est pas le seul
(1) (2) (3) Chiffres donnés par le D>' Jeanselme in Revue Scientifique du
7 mai i8()0. La question de l’opium en Lxtréme-Orient à l’époque contem¬
poraine.
pays où se soit introduite l’habitude de l’opium. On lume à
Londres et dans les ports d’Angleterre. On fume à San-Francisco
et en Californie. Il existe de nombreuses fumeries dans toutes les
grandes villes d’Amérique et même à New-York bien qu’une loi
de cet Etat interdise l’ouverture de ces établissements ».
iV. — La lutte contre l’opium en Chine.
Nous avons vu que la Chine avait essayé à plusieurs reprises de
secouer le joug de l’opium. Sous la poussée du parti réformiste,
la dynastie mandchoue agonisante lit connaître au monde, le
20 septembre 1906, qu’elle était décidée à un eflort décisil pour
^combattre le poison dont l’abus semblait retarder la Chine dans
l’essor puissant des peuples d’ Extrême-Orient vers la civilisation
occidentale.
Voici les articles essentiels du règlement du 21 novembre 1906,
interdisant l’usage de l’opium et la culture du pavot (1).
<( Un terme de dix années est fixé pour la cessation, non seule¬
ment de l’usage de l’opium, mais de la culture du pavot, avec
réduction proportionnelle de ijio chaque année pour les surfaces
cultivées. Si l’abolition de la culture est réalisée avant l’expira¬
tion des délais prescrits, les autorités locales recevront des récom¬
penses.
Des cartes spéciales seront distribuées aux fumeurs dont le
nombre atteint 30 à 40 pour 100 de la population. Nul ne pourra
acheter de l’opium s’il n’a été immatriculé. Nul ne sera autorisé
à en commencer l’usage après la publication de ces règlements.
A l’exception des gens ayant passé la soixantaine avec lesquels
on se montrera indulgent, tout fumeur devra diminuer d’année
en année sa consommation de 2 à 3/10®. Des peines sévères seront
infligées aux délinquants.
Un délai de 6 mois est fixé pour la fermeture des fumeries « à
lampe ouverte ». Les débits d’opium seront fermés progressive¬
ment dans un délai de dix années.
Les mandarins subalternes auront un délai de 6 mois pour se
déshabituer de la drogue.
Tous les professeurs, étudiants, officiers de terre et de mer,
(1) In Roger Dupouy, loc. cit., page 300.
— XJ.-. —
>
seront licenciés, s'ils n'ont pas, dans un délai de trois mois, re¬
noncé à l’opium.
Le Ministre des Affaires Etrangères se référera auprès du re¬
présentant de l’Angleterre en Chine, au sujet de la réduction an¬
nuelle de l’opium indien de façon que cette importation cesse dans
un délai de dix années. 11 en sera de même à l’égard des autres
puissances importatrices d’opium.
L’importation, la fabrication et la vente de la morphine et des
seringues qui servent à l’injecter est interdite en Chine, etc... »
Cette initiative inattendue obtint l’appui moral de toutes les
puissances occidentales et notamment de l'Angleterre dont le
concours était indispensable à la Chine pour mener à bien l’œu¬
vre entreprise. Depuis la guerre de l’opium, il existait en Angle¬
terre un parti abolitionniste qui n’avait cessé de faire campagne
pour la condamnation du commerce de l’opium. Ses efforts
avaient échoué contre la difficulté de combler le déficit que la
suppression de ce trafic devait creuser dans le budget de l’Inde.
Par l’accord du 27 février 1908 le gouvernement anglais accepta
de diminuer l’importation de l’Inde à raison d’un dixième par
année à condition que la production chinoise fût réduite dans la
même proportion.
La France, les Pays-Bas, la Perse, s’associèrent à ces mesures,
suivant les conditions économiques propres à chacune d’elles.
11 ne paraît pas douteux que la Chine a fait jusqu’au moment
où la révolution a éclaté un effort sincère dans le sens qu’elle avait
indiqué. Les contradictions qui existent entre les relations des
explorateurs et des européens résidant dans ce pays s’expliquent
par l’immense -étendue des territoires soumis à la réglementation
nouvelle. Si le Dr Legendre et M. Wilson (i) mettent en doute
l’efficacité des mesures prises au Se-Tchouen, la mission d’ÛL-
lone signale « le sérieux avec lequel les autorités chinoises pour¬
suivent la lutte contre l’opium. » Le Dr Mazzolani (2), le Doc¬
teur Talbot (3) témoignent de l’effort accompli au Yunnan pour
(1) Cités par le Dr Jeanselme. loc. cit.
(2) L. Jeanselme et A. Mazzolani. La lutte contie l’opium au Yunnam,
Revue de Médecine et d'hygiène tropicale , iqio.
(3) Talbot. L’opium au Yunnam. Annales d’hygiène et médecine coloniale ,
1 9 j 2 .
^4) International Opium Commission. Shanghaï, 1909, vol. LL
28
déraciner la passion de l’opium. 11 faut aussi taire entrer en
ligne de compte la .difficulté inouïe qu’a rencontrée l’administra¬
tion chinoise pour orienter en quelques années dans un sens aussi
imprévu, aussi contraire aux habitudes acquises, aux intérêts im¬
médiats du pays, un peuple de plus de 400.000.000 d’hommes.
Dans leur rapport à la conférence de Shangaï en 1909, les délé¬
gués de la Chine appellent l’attention sur les premiers résultats
obtenus; la production indigène avait atteint en 1906, 35.351.160
kil. Elle est tombée en 1908, deux ans après l’édit impérial, à
22.200.262 kil. L’exportation étrangère avait été en 1906 de
3.271,372 kil. Elle n’a atteint en 1908 que 2.925.598 kil. La con¬
sommation totale sur le territoire chinois avait été en 1906 de
37.111.282 kil. En 1908, elle ne dépasse pas 24,037.760 kil.
Depuis cette époque la révolution a profondément agité le
pays. Si les nouvelles venues de Chine sont exactes, il semble
que le pavot regagne sur les céréales et les plantes textiles le
terrain qu’il leur avait cédé. Les républicains ont-ils été détour¬
nés de la lutte contre l’opium par des préoccupations politiques
plus impérieuses? La misère générale, qui suit la guerre civile, les
incite-t-elie à fermer les yeux sur la reprise d’une culture rému¬
nératrice ? Au mois de mai 1912, le gouvernement anglais a été
amené à déclarer à la Chambre des Communes que si le nouveau
gouvernement chinois mettait la moindre mauvaise volonté à faire
siennes les obligations relatives à la suppression de la production
de l’opium, tous les arrangements passés entre l’Angleterre et la
Cnine, seraient naturellement remis en question. A l’heure actuelle
250 millions de francs d’opium indien resteraient en stock à
Shanghaï et à Canton. D’importantes réserves d’opium indi¬
gène se constitueraient au Yunnam et au Se-Tchouen. En janvier
1913, le président de la république chinoise a fait paraître un
nouvel ordre imposant l’application rigoureuse des mesures édic¬
tées contre l’usage de l’opium.
De tous ces faits, dont il convient d’attendre la preuve irréfu¬
table, se dégage l’impression que l’application des réformes en¬
treprises subit un temps d’arrêt de nature, peut-être, à compromet¬
tre les résultats escomptés.
V. — La lutte contre l'opium dans les autres
pays d'Extrême-Orient.
Tous les pays qui consomment de l'opium se sont efforcés
d’exercer sur leur territoire une action parallèle à celle de la Chine.
Aux Philippines (i) les Etats-Unis ont accordé un délai de
3 ans aux Chinois opiomanes en réduisant, jusqu’à privation abso¬
lue, de 15 % chaque mois la dose primitivement accordée à chaque
fumeur. Le 15 mars 1908, le résultat était atteint. L’importation
qui, jusqu’en 1905, avait dépassé 1 13.000 kil. tompe successive¬
ment à 77.081 kg. en 1907, à 23.021 kg. en 1908 et à 52 kg. en
1909. Le revenu de l’opium qui était en moyenne de 300.000 pias¬
tres par an est ramené en 1909 à 274 piastres. La douane a saisi
au cours de cette même année 1.388 kil. introduits en contre¬
bande.
Les Japonais ont réussi très rapidement par des mesures draco¬
niennes à prohiber l’usage de l’opium au Japon. Ils n’ont pas
hésité devant des condamnations à 25 ans de travaux forcés
contre les détenteurs d’opium, à 20 ans de la même peine contre
les fumeurs incorrigibles (Dr Jeanselme).
Dans î’île de Eormose (1), après des essais malheureux par des
moyens coercitifs de la plus grande énergie, ils en viennent
bientôt à la suppression graduelle à longue échéance. Pour être
maître de l’application de cette méthode nouvelle, le gouverne¬
ment est contraint d’établir, en mars 1907, le monopole de l’achat,
de la fabrication et de la vente de l’opium, placé sous l’adminis¬
tration du Monopoly office qui centralise les monopoles du cam¬
phre, du sel, du tabac et de l’opium. Un recensement provisoire
établit que le nombre total des fumeurs est de 180.000 environ.
Chaque fumeur est mis dans l’obligation de demander une auto¬
risation pour se procurer de l’opium. Les autorisations compor¬
tent 3 classes, suivant la qualité consommée, et les droits afférents
à ces licences sont payables mensuellement (3 yens par mois pour
la première qualité, 1 yen 50 pour la deuxième, 20 sens pour la
troisième).
(A International Opium Commission, Shanghaï, i<)o<), vol. 2. Conférence
internationale de l’opium, La Haye. 1912, vol. II.
(1) International Opium Commission, Shanghaï, 1007, vol. 2. Report of
opium en Formosa, p. 207.
— 3yü —
Ce système suscite des troubles si graves dans le pays que, en
mars 1898, il faut en atténuer la rigueur. Le prix des licences est
porté à 30 sens pour tous les degrés et payable pour toute une an¬
née à la délivrance du certificat d’autorisation. Le prix du chan-
doo est porté à 40 yens, il y eus et 7 yens, suivant la qualité, par
moule de ioo mommes (376 grammes), tandis que l’opium médi¬
cal est vendu 10 sens par momme. Les troubles continuent jus¬
qu’en 1900. A cette date un recensement médical très sérieux fixe
à 169.064 le nombre total des fumeurs. En février 1902, les ancien¬
nes licences sont supprimées et les nouvelles ne sont attribuées
qu aux opiomanes avérés. La police est renforcée et les infractions
aux règlements prohibitifs frappées avec rigueur. Mais on ne
tarde pas à reconnaître que ces moyens sont inefficaces e>t: que les
récidives incessantes des condamnés ne tarderaient pas à appor¬
ter un trouble intolérable dans les services de la police et de ta
justice. D 'octobre à mars 1905 des licences sont à nouveau ac¬
cordées aux individus qui avaient pris clandestinement T habitude
de lumer. En février 1908, on découvre que le nombre des iu-
meurs secrets augmente sans cesse. Une enquête sévère est faite
simultanément dans l 'île entière et les coupables sont durement
frappés. L’octroi des licences est réservé aux grands intoxiqués
reconnus incurables par les médecins.
Ces moyens aboutissent à une diminution annuelle, y compris
les décès, de 8.000 fumeurs environ.
Uans les documents présentés à la Conférence de la Haye en
1912, il n’est plus question de Formose, ce qui semblerait indi¬
quer que la question de l’opium est restée stationnaire.
L'histoire de la répression dans cette île montre quelles difficul¬
tés la prohibition de l’opium rencontre en Extrême-Orient. Ce¬
pendant les Japonais n’ont pas reculé devant des moyens coerci¬
tifs que l’Europe hésiterait à employer. En outre, les mesures ad¬
ministratives sont plus faciles à appliquer dans une île de 2 à 3
millions d’habitants que sur un continent. Il faut noter, enfin,
que la répression a commencé en 1895, au lendemain d’une guerre
victorieuse, qui augmentait le prestige de l’autorité auprès des
populations vaincues.
Aux Indes Néerlandaises, dans les Etats Malais, au Siam, les
gouvernements préparent la diminution graduelle de l’usage de
I ’ opium.
VI. — La question de l’opium en Indo-Chine.
4
L’Indo-Chine française s’est associée dès le premier jour à
l’œuvre poursuivie en Chine. Elle est d’ailleurs plus exposée
qu’aucun autre pays consommateur d’opium à subir les fluctua¬
tions de la lutte entreprise dans le Céleste Empire. Par ses vastes
frontières Nord du Laos et du Tonkin elle confine aux provinces
qui cultivent le pavot sur la plus large échelle. En 1906, le Yun-
nam a produit, en. effet, 4.715.100 kil. d’opium, le Se-tchouen
14.387.100 kil. et le Koei-tchéou 2.901.600 kil. Les montagnes qui
la séparent du Yunnam sont particulièrement favorables à la con¬
trebande d’un produit qui représente une valeur très élevée sous
un petit volume.
La culture du pavot est pratiquée en Indo-Chine sur des sur¬
faces absolument insignifiantes, dans les régions élevées du Haut-
Lac et du Haut-Tonkin, par des populations clairsemées. La
production totale connue des pouvoirs publics a été de 4.288 kil.
ê
d’opium, en 1907.
L’opium vendu dans la colonie est acheté à l’état cru dans
l’Inde et au Yunnam. Voici, par exemple, la proportion des pro¬
duits des deux origines de 1903 à 1907 :
1903. - 251.771
1904. — 193.099
1903. — 214.391
kg. dont :
170.880 provenant de l'Inde*;
80.891 — du Yunnam ;
kg. dont :
56.960 provenant de l’Inde ;
136.139 — du Yunnam :
kg. dont ;
56 960 provenant de l’Inde ;
157.631 — du Yunnam ,
1906 — 192.290 kg. dont :
21 .360 provenant de l’Inde ;
170.930 — du Yunnam ;
1907. - 137 929 kg dont :
49.840 provenant de l'Inde ;
88.089 — du Yunnam.
4
L’achat, la fabrication, la vente de l’opium constituent un mo¬
nopole dont l’exploitation est confiée, depuis le 7 février 1899, à
l’administration des douanes et régies de l’Indo-Chine.
Le produit net de ce monopole constitue un sixième du budget
de l’ Indo-Chine (environ cinq millions et demi de piastres sur un
budget général de 32 millions de piastres — soit 12 à 13 millions
sur 80). *
L’opium brut n’es-t vendu qu’en très petite quantité» L’admi¬
nistration fabrique dans sa bouillerie de Saïgon, le chandoo em¬
ployé par les fumeurs. La vente du dross est interdite.
Le gouvernement estime que les Chinois établis dans la colonie
représentent 70 % des fumeurs. En Cochinchine l’importance des
ventes est proportionnelle à l’importance de la population chi¬
noise. Parmi les Annamites, les fonctionnaires, les lettrés, les ri¬
ches propriétaires, les employés des européens fument seuls. Les
ouvriers et les paysans comptent très peu de fumeurs. Au Cam¬
bodge, exception faite des Chinois, i/iooe de la population fait
usage de la drogue. Au Laos et en Annam aucune estimation
n’est possible. ,
<( Au Tonkin, dit le Dr Gaide, le nombre des fumeurs est cer¬
tainement plus grand que dans les autres parties de l’Indo-Chine.
Leur proportion peut être indiquée approximativement par les
chiffres suivants (1) :
Chinois.
Annamites .
Muongs.
Thos.
Mans . .
Méos. . .
MO à 70 0/0
20 à 40 0/0
40 0/0
3M 0/0
30 0/0
10 0/0
(( En ce qui concerne la population européenne (1) de l’Indo-
Chine, ajoute le même auteur, il est beaucoup plus difficile d’a¬
voir des renseignements précis touchant la proportion des opio¬
manes. Cette dernière a été certainement exagérée par certains
médecins, voyageurs et journalistes. C’est ainsi que l’on a pu¬
blié qu’une moitié des intérieurs européens de Saïgon avait sa
fumerie et que les officiers et les fonctionnaires étaient tributaires
de la pipe d’opium dans une proportion d’au moins 50 %. Nous
pouvons affirmer que de pareils renseignements sont erronés et
que la plupart des Européens séjournant en Indo-Chine ne sont
pas opiomanes. Sans doute la proportion est encore assez élevée,
mais nous avons la conviction que l’opiomanie fait moins de ra-
(1) Pour les chinois et les annamites, ces chiffres se rapportent a la popula¬
tion ries grandes villes.
(2) Dr Gaide. Intoxication par l’opiunp in Pathologie Exotique de Orall
et Clarac. t. VI I,
— ?yg —
t
»
vages qu’autrefois, beaucoup d’Européens fument, en effet, par
intermittence ou à doses modérées, tout à fait insuffisantes pour
déterminer des troubles d’intoxication. Les gtaiids fumeurs sont
en tous cas plus rares qu’autrefois aussi bien parmi la population
civile que parmi l’élément militaire. On peut même dire qu’ils
sont l’exception aujourd’hui ».
Tous ceux qui ont fait de longs séjours en Indo-Chine au cours
des quinze dernières années souscriront à cette appréciation. Il
n’est pas douteux que la vie familiale, adoptée par un nombre de
coloniaux toujours plus grand, est le moyen d’action le plus effi¬
cace contre l’extension de l’opiomanie dans la population euro¬
péenne Indo-Chinoise.
Depuis fort longtemps les ethnographes et les romanciers ont
attiré l’attention sur l’usage et les abus de l’opium. Les études
remarquables de E. Martin (i) en 1892 et 1893, de L. Laurent (2)
en 1897 et 1902 précisent le danger.
En 1906, la 7e section du Congrès Colonial français (3), tenu à
Paris du 18 au 23 juin, sur la proposition de M. JeaNselme, consi¬
dérant (( que le nombre des fumeurs d’opium s’est accru d’une fa¬
çon inquiétante dans nos colonies d'Extrême-Orient, que le poi¬
son de l’opium rend impropre au commandement et à l’adminis¬
tration, et par conséquent indigne détenir une partie de l’autorité
civile ou militaire, ceux qui se livrent à cette funeste habitude.
* . \
Emet le vœu :
« qu’une surveillance active soit exercée à cet égard sur les
fonctionnaires de tout ordre ;
(( que ceux d’entre eux qui seront convaincus de fumer habituel¬
lement soient d’abord réprimandés, puis, en cas de récidive, pas¬
sibles de peines plus sévères ;
« que dans la métropole toute fumerie d’opium publique ou
clandestine soit fermée ;
<( que les vendeurs et détenteurs d’opium soient impitoyable¬
ment poursuivis conformément à la loi ».
( 1) E. Martin. L’opium, ses abus. Mangeurs et fumeurs d’opium. Morphi¬
nomanes, Paris, 1893.
(2) L. Laurent. Essai sur la psychologie et la physiologie du fumeur
d’opium, Paris. 1897.
(3) Congrès Colonial de 1906. Compte-Rendu de la Section, page 386.
A la suite de l’appel adressé aux puissances par l’édit impérial
chinois du 20 septembre 1906, le gouvernement général de l’In-
do-Chine coopère à la lutte si heureusement entreprise.
Le 19 juin 1907, un arrêté ministériel interdit l’ouverture de fu¬
meries d’opium sur tout le territoire de l’Annam et du Tonkin et
l’installation de fumeries nouvelles en Cochinchine et au Cam¬
bodge.
Le 22 août 1907, un arrêté nomme une commission qui propose
les mesures ci-après comme lui paraissant les plus susceptibles
d’amener la suppression progressive de l’usage de l’opium (1);
i° la majoration du prix de vente de l’opium manufacturé;
20 l’interdiction de la vente du dross ;
3° la réglementation en vue de la limitation de la vente de
l’opium dans les débits;
40 la fermeture graduelle des fumeries publiques en commen¬
çant par les centres les moins importants.
4
Elle a, en outre, recommandé les moyens préventifs suivants:
i° répandre dans les populations la connaissance des effets per¬
nicieux de l’opium ; se servir à cet effet d’affiches et d’images pla¬
cardées dans les écoles, les maisons communales, les places publi¬
ques, développer ces leçons de choses par des conférences aux
adolescents, représenter l’usage de l’opium comme un vice avéré,
comme une tare dont tout individu soucieux de son avenir, doit se
défendre soigneusement.
20 décider qu’à l’avenir les fumeurs ne pourront accéder aux
fonctions publiques, ni au grade du mandarinat.
Le 5 octobre 1907, le Gouvernement Général, sous* forme de
circulaire, interdit de la façon la plus formelle l’usage de l’opium
à tous les fonctionnaires employés et agents européens de tous
rangs et de tous services et prescrit des sanctions disciplinaires à
l’égard des fumeurs.
Le 19 juillet 1908, un arrêté interdit l’exportation de l’opium
préparé de l’Indo-Chine sur Hong-Kong.
Le 26 septembre 1908, un arrêté supprime en Cochinchine et au
Cambodge la vente de chandoo, dit du Yunnam, dont le prix est
le moins élevé.
La mesure la plus efficace est réalisée par l’accroissement inin¬
terrompu du prix de vente du chandoo par la régie. Fixé à un
chiffre variant, selon l’origine et la qualité, de 44 piastres à 88
piastres le kg. en 1903 (la piastre vaut en moyenne 2 fr. 50), il
s’élève en 1907 de 49 p. à 114 p., 40 le kg. Il atteint le 16 juin
1910 de 69 piastres, 30 à 192 piastres, 50. De 1907 à 1910 l’aug¬
mentation globale a été de 54 %.
En Cochinchine, au Cambodge, dans le delta du Tonkin, l’o¬
pium le plus généralement consommé, dit de Bénarès, vaut 154
piastres smt 385 francs le kg. et 38 centimes et demi le gramme.
Ce prix ne le rend abordable à des doses toxiques qu’à une mino¬
rité d’indigènes riches ou d’européens bien rétribués.
La courbe de la consommation a d’ailleurs été directement in¬
fluencée par cet accroissement ininterrompu, ainsi que l’indique
le tableau suivant:
En 1908 le total de la vente est de 107.341 kg.
» 1900 » » » 110.193 »
» 1910 » » » 77.741 »
» 1911 » » » 00 800 »
» 1912 » » » 38.000 »
Mais au moment où il serait légitime de se féliciter des progrès
réalisés dans la voie de la suppression graduelle de l’usage de l’o¬
pium, un danger nouveau apparaît, plus redoutable que l’opio¬
manie elle-même. La morphine et la cocaïne tendent à remplacer
l’opium soit sous forme d’injections hypodermiques, soit sous la
forme plus insidieuse des remèdes dits antiopium à base de mor¬
phine, cocaïne, héroïne, etc... Dès que le mal a été signalé, l’admi¬
nistration des douanes a reçu l’ordre de mentionner spécialement
l’importation dans la colonie de morphine, de cocaïne. Du mois
de mars 1912 au mois de mars 1913, 67 kg. de morphine,
10 kg., 250 g. de cocaïne ont pénétré ouvertement en Indo-Chine
alors que la consommation médicale de la colonie n’excède pas 2
à 3 kg. de morphine et 2 kg. de cocaïne par an. Il est permis
de supposer que des quantités considérables de ces poisons ont été
en outre importées sous de faux noms. Les progrès de la mor-
nhinomanie et de la cocaïnomanie ont été constatés aussi dans
l’Inde et la Chine.
Or, à l’exception des lois et règlements sur la pharmacie, l’In-
do-Chine ne possède aucun moyen de prohibition vis-à-vis de la
morphine et de la cocaïne.
En résumé, s’il est désirable, pour le rôle civilisateur de la
— 402
France en Extrême-Orient, de prévoir le moment où l’usage de
l’opium aura disparu de l’Indo-Chine sous son influence bienfai¬
sante, il serait illusoire de demander que cette disparition soit
immédiate et brusque. La prohibition du chandoo déchaînerait
sur toute la frontière de Chine une contrebande effrénée. La sus¬
ceptibilité des populations rendrait dangereuse pour la paix pu¬
blique la surveillance inquisitoriale et vexatoire que cette contre¬
bande imposerait au gouvernement. En outre, on ne peut prati¬
quement arriver à combler le déficit budgétaire de douze millions
qu’entraînerait la suppression du monopole que par étapes suc¬
cessives. Enfin il faut veiller à ce qu’aucune intoxication plus re¬
doutable ne vienne se substituer à l’opiomanie dont les ravages en
Indo-Chine sont particulièrement limités. La lutte contre l’opium
sur les territoires continentaux ne peut être vraiment efficace que
si elle est menée parallèlement avec une égale sincérité par tous
les états intéressés. Elle est, dès maintenant, nettement orientée
dans ce sens, par les Conférences internationales de Shanghaï
(1909) et de la Haye (1912) dont il nous reste à résumer les tra¬
vaux.
VIT. — L’entente internationale dans la lutte
CONTRE l’opium ET SES DÉRIVÉS (i).
La première Commission internationale de l’opium s’est réu¬
nie à Shanghaï sur l’initiative du gouvernement américain, du
Ier au 26 février I9O9. Elle s’est bornée à émettre des propositions
générales. Mais elle a eu l’utilité de grouper des documents pré¬
cis sur l’état de la question dans les différents pavs qui s’étaient
fait représenter: Etats-Unis, Autriche-Hongrie, Chine, France,
Allemagne, Angleterre* Italie, Pays-Bas, Perse, Portugal, Rus¬
sie et Siam.
Après avoir reconnu la sincérité inébranlable du gouvernement
Chinois dans ses efforts pour déraciner la production et la con¬
sommation de l’opium à travers l’Empire, elle a formulé des
vœux en faveur de la suppression graduelle de la pratique de
fumer l’opium, de la surveillance du transit, de l’adoption de me¬
sures draconiennes pour le contrôle de la vente de la morphine et
/n Documents. International Opium Commission . Shanghaï, i()Oo, 2 vol.
Conférence internationale de l’ooium. La Haye. T912, 2 volumes.
Dr G aide. Annales hygiène et médecine coloniale , 1912.
des autres dérivés de l’opium, de la prohibition du commerce et
de la fabrication de remèdes contre l’opium qui contiendraient de
la morphine ou un des ses dérivés, de l’application des lois euro¬
péennes sur la pharmacie dans les concessions européennes en
Chine.
Ses travaux ont! servi de base à la préparation de la Conférence
internationale de La Haye, qui s’est réunie du ier décembre 1911
au 23 janvier 1912, sur la proposition du gouvernement des Etats-
Unis), et sur l’invitation du gouvernement des Pays-Bas. Les
douze gouvernements suivants avaient envoyé des délégués plé¬
nipotentiaires et des délégués techniques : Allemagne, États-Unis,
Chine, France, Angleterre, Italie, Japon, Pays-Bas, Perse, Por¬
tugal, Russie et Siam.
La conférence définit l’opium brut, l’opium préparé, l’opium
médical, la morphine, la cocaïne, l’héroïne.
Elle déclare que les puissances contractantes édicteront des lois
pour le contrôle de la production, de l’exportation et de l’impor¬
tation de l’opium brut.
Les puissances contractantes prendront des mesures pour la
suppression graduelle et efficace de la fabrication, du commerce
intérieur et de l’usage de l’opium préparé, dans la limite des con¬
ditions différentes propres h chaque pays (chapitre II, article 6).
Elles prohiberont aussitôt que possible l’importation et l’expor¬
tation de l’opium préparé. Celles qui ne seront pas prêtes à pro¬
hiber cette exportation la réglementeront suivant un mode dont
le détail est indiqué.
Les puissances contractantes édicteront des lois ou des règle¬
ments sur la pharmacie, de façon à limiter la fabrication, la vente
et l’emploi de la morphine, de la cocaïne et de leurs sels respec¬
tifs aux seuls usages médicaux et légitimes. Elles coopéreront
entre elles afin d’empêcher l’usage de ces drogues pour tout autre
obiet (chapitre III, article 9).
Les puissances contractantes s’efforceront de contrôler ou de
faire contrôler tous ceux qui fabriquent, importent, vendent, dis¬
tribuent et exportent la morphine, la cocaïne et leurs sels respec¬
tifs, ainsi que les bâtiments où ces personnes exercent cette in¬
dustrie et ce commerce. Entre autres mesures elles exigeront des
fabricants et des intermédiaires, la consignation sur leurs livres
des quantités fabriquées, des importations, des ventes, de toutes
autres cessions de ces produits,
4
Cette règle ne s’appliquera pas forcément aux prescriptions mé¬
dicales et aux ventes faites par des pharmaciens dûment autorisés
(chapitre III, article ro).
Les articles suivants de la convention exigent une autorisation
pour tout trafiquant de ces drogues et réglementent ces autorisa¬
tions, étendent les prescriptions ci-dessus à l’opium médicinal, à
toutes les préparations à base de morphine, cocaïne, héroïne, à
tout autre alcaloïde de l’opium qui pourrait être découvert ulté¬
rieurement.
Les dernières dispositions règlent enfin l'aide mutuelle que les
puissances devront donner à la Chine et recevoir d’elle. Elle ad¬
met la possibilité pour les puissances non représentées à la Con¬
férence de signer ultérieurement la convention.
Ce résumé succinct d’une convention qui comprend 6 chapitres
et 25 articles, permet d’apprécier l’importance des résultats qui
seront obtenus si les gouvernements signataires réalisent sans
* défaillances le programme qu’ils se sont tracé.
VIII. — Conclusions.
Il résulte de cette étude que les deux questions de l’opium en
France et dans notre colonie d’Extrême-Orient, comportent mal¬
gré leur origine commune, des sanctions différentes.
En France l’opiomanie est répandue dans des milieux spéciaux
d’une surveillance facile. Elle ne trouve aucune excuse. Elle n’est
entretenue que par la violation constante des lois du pays. Elle a
pour conséquence la déchéance physique et morale de ceux qui
• s’y adonnent par curiosité d’abord, par affaiblissement de la vo¬
lonté et par besoin morbide plus tard. Aucune considération ne
saurait donc atténuer la rigueur des mesures de répression néces¬
saires pour empêcher, non seulement les foyers d’opiomanie déjà
existants de s’étendre, mais encore pour les supprimer définiti¬
vement.
En Indo-Chine, l’habitude de fumer l’opium, heureusement
de moins en moins fréquente dans le personnel colonial, est pro¬
fondément regrettable chez les Français, qu’ils soient susceptibles
de détenir une part de l’autorité civile ou militaire, ou que leur
. effort s’attache au développement de la richesse économique du
pays.
Les règlements en vigueur permettent de réprimer les écarts
\
— 405 —
des fonctionnaires de tous ordres. L intérêt primordial de leur
entreprise doit suffire à défendre les colons contre les tentations
du milieu.
Un ce qui concerne l’opiomanie indigène le problème est plus
complexe. Sans doute, l'influence civilisatrice de la France doit
avoir pour but aussi prochain que possible la desaffection des
populations indo-chinoises pour l’opium, qui, quoi qu'on en ait
dit, n'est jamais utile en dehors des usages médicaux. S’il est
peu nocif a doses très modérées, il est. toujours dangereux par la
tendance à l’abus qu’il entraîne, et qui crée un péril redoutable
pour l’individu, la îamiile et l’ordre social. Les conditions géogra¬
phiques de F indo-Chine, ses relations économiques, sa situation
politique l 'obligent à tenir compte, dans la voie de la suppression
de l’opium, de l’évolution de la Chine et des pays limitrophes. Le
< gouvernement doit donc poursuivre sans faiblesse la prohibi¬
tion graduelle de l’opiomanie. Il doit aussi combattre sans retard
le danger de la morphinomanie et de la cocaïnomanie dont la
réalité est dès à présent démontrée.
IX. — Vœux.
En conséquence votre Commission vous propose d’émettre les
♦
vœux suivants :
i° Que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires
pour empêcher l’extension de l’opiomanie en France et pour dé¬
truire dans les milieux bien délimités où ils se sont formés les
foyers déjà existants.
20 Que l’usage de l’opium soit interdit en France et dans les
colonies à tous les fonctionnaires, militaires et marins, sous peine
de sanctions disciplinaires efficaces.
30 Que le gouvernement de l’Indo-Chine prenne les dispo¬
sitions nécessaires pour la suppression graduelle de la vente de
l’opium au fur et à mesure que cette suppression sera réalisée
dans les pays limitrophes.
• 40 Que le gouvernement de l’Indo-Chine complète et développe
le plus activement possible les mesures qu’il a déjà prises, notam¬
ment :
a) par l’interdiction aux fumeurs indigènes d’accéder aux fonc¬
tions publiques et aux grades du mandarinat ;
— 406 —
b) par un enseignement scolaire et public faisant connaître les
dangers de l’opium ;
c) par des organisations hospitalières destinées à traiter les
opiomanes qui voudraient se débarrasser de leur funeste ha¬
bitude.
5° Que les gouverneurs coloniaux prennent les dispositions
nécessaires pour que la cocaïne, la morphine, les alcaloïdes dé¬
rivés de l’opium ainsi que les médicaments dits « anti-opium »
ne puissent être délivrés par le service des douanes qu’aux phar¬
maciens européens. Ces pharmaciens devront inscrire les entrées
et sorties de ces médicaments sur un registre spécial soumis à
l’inspection.
La discussion de ce rapport et le vote sur les vœux proposés
par la commission, auront lieu à la prochaine séance.
— 4°7 —
COMMUNICATIONS
Note sur les cultures deJWadurella mycetomi
Par J. BRAULT.
Depuis un peu plus de deux ans, j’entretiens des cultures de
Madurella mycetomi, isolé d’un mycétome à grains noirs observé
chez un jeune indigène de la région d'Orléansville.
Concurremment avec Madurella mycetomi, j’ai cultivé Madu¬
rella Tozeuri, les deux parasites se sont toujours maintenus avec
leurs caractères différentiels sur les divers milieux, en particu¬
lier sur gélose glycérinée glycosée, milieu des plus favorables.
Des cultures de Madurella mycetomi ont été repiquées avec in¬
tention à de longs intervalles, et ont très bien repris ; des cultures
du 17 août et du 16 septembre 1912, ont été notamment repiquées
avec succès le 19 avril 1913 ; le développement était très net au
bout de 48 heures, à l’étuve à 37 °.
Dans de précédentes publications (1), j’ai indiqué que j’avais
cultivé Madurella mycetomi sur: bouillon ordinaire, bouillon
d’alfa, de crin végétal, pomme de terre, carotte simple ou glycé¬
rinée, gélose diverses (ordinaire, de Sapouraud, glycérinée gly¬
cosée, etc.)
J’ai voulu par la suite cultiver le champignon sur divers végé¬
taux qui se Trouvent communément dans nos campagnes algérien¬
nes : roseaux, caroubiers, ficus, figuiers, palmier nain, cactus,
aloès, bois mort.
Les branches ont été fendues en deux par le milieu, les raquet¬
tes, les feuilles ont été débitées en lanières, tous ces milieux ont
été mis dans des tubes à pommes de terre et stérilisés. Dans cer¬
tains tubes nous avons laissé les milieux à sec, dans les autres nous
avons pris soin qu’ils baignent dans de l’eau par leur partie infé¬
rieure.
Toutes les cultures sur milieux secs ont échoué.
(1) Voir Bulletins et mémoires de la Société de chirurgie , séance du
12 avril, du 14 juin 1911 et du 28 février 1912. — Annales de dermatologie et
de syphiligraphie, 1 5 juin 1912.
Pour les autres tubes, voici les résultats:
Tantôt, le milieu a été ensemencé sur la partie écorce, tantôt,
sur le côté médullaire.
i j une taçon générale, les cultures faites sur l’écorce n'ont rien
donné; toutefois, sur ficus, quand l’ensemencement sur écorce a
été fait assez près des bords de T hémisection de la branche, on
voit survenir une faible culture sous forme d’un léger duvet qui
gagne le côté médullaire et s’y développe largement.
il ne nous reste plus maintenant à envisager que les cultures
sur la branche des divers milieux plus ou moins humidifiés.
Roseau. — Trois jours après l’ensemencement, on voit nette¬
ment une aréole duveteuse gris blanchâtre qui ira s’agrandissant.
Figuier. — Développement assez analogue.
Caroubiers. — Dans le même laps de temps, sur le caroubier
or» voit se développer autour du transplant un léger duvet gris
• blanchâtre.
Aloès — - figuier de Barbarie. — Seul l’aloès a donné lieu à
une culture, mais à développement médiocre, qui n’est devenue
appréciante qu au Douï d une semaine.
Tige et feuille de palmier-nain. — Développement nul.
Ficus. — C’est sur le ficus que le développement est de beau¬
coup le plus marqué; le troisième jour on relève des îlots duve¬
teux blanc grisâtre; à partir du quatrième jour, on observe un
développement presqu’aussi abondant que sur les milieux artifi¬
ciels. Les cultures jaunissent un peu en vieillissant. La culture
faite sur la tranche du bois finit par passer sur le côté écorce et
vers le onzième jour entoure le demi-cylindre d’une large virole
Bois mort humide et eau stérile. — Nous avons fait aussi des
cultures sur bois mort stérilisé et immergé par le pied, et aussi
dans de l’eau stérile.
Sur le bois mort, au bout d’une dizaine de jours, on constate
une auréole extensive autour du point d’ensemencement; vers le
dix-huitième jour, la culture entoure le fragment de bois en for¬
mant virole ; toutefois, la culture reste toujours plus grêle que
sur le ficus.
Dans l’eau stérile, trois jours après l’ensemencement, on congr
tate le développement de touffes duveteuses qui s’épanouissent et
deviennent bien fournies.
Repiquages. — Une culture sur ficus, datant de vingt-cinq
jours, a été repiquée avec succès, sur le même milieu.
— 409 —
*
V**
* *
A la fin de cette nomenclature, signalons particulièrement le
développement que prend le Madurella mycetomi dans l’eau et sur
les bois humides, principalement sur le ficus et le bois mort; ce
4
sont là peut-être des indications pour la recherche, d’ailleurs dif¬
ficile, du parasite dans la nature.
ê « • . ♦
J , * » - . -w- . ' . i f - • » , , •
Toxine et antitoxine cholériques
»
Par Henri POTTEVIN.
Dès l’origine des études bactériologiques, et en premier lieu
par R. Koch, le choléra a été considéré comme une maladie dont
l’évolution est liée à l’action d’un poison que secrète dans l'in¬
testin le vibrion spécifique.
L’étude de leurs propriétés toxiques, et la différenciation des
poisons qu’ils élaborent, semblait devoir fournir les bases d’une
classification des vibrions, à la fois très rationnelle, et très direc¬
tement applicable à la définition des espèces cholérigènes. D’au¬
tre part, la découverte de la sérothérapie antitoxique, et son suc¬
cès dans la diphtérie, devaient nécessairement faire naître l’es¬
poir qu’elle apporterait aussi le moyen de combattre l’intoxica¬
tion cholérique.
Les travaux publiés sur cefte double question sont devenus
extrêmement nombreux, sans pourtant qu’ils aient abouti, jus¬
qu’à présent, à une doctrine unique, tant sur les caractères mêmes
de la toxine cholérique, que sur la possibilité d’instituer une sé¬
rothérapie efficace du choléra.
La diversité des caractères attribués aux toxines élaborées
le vibrion de Koch, et par d’autres races vibrioniennes que
nous n’avons aucune bonne raison d’exclure du groupe choléri¬
que : poison endocellulaire, thermostabile et dépourvu de la qua¬
lité d’antigène (Pfeiffer, Wassermann), ou thermolabile (Mac-
fadyan) ; toxine soluble, thermolabile (Ransom, Roux, Met-
chnikoff et Salimbeni, Brau et Denier), ou fhermolabile
(Kraus, Huntemuller) ; témoigne que les savants qui ont tra¬
vaillé dans des conditions, et sur des races vibrioniennes, diffé-
29
4
rentes, n’ont pas eu entre les mains la même substance active.
Toutes leurs observations sont valables au même titre. Mais si
elles doivent servir de base à une classification rationnelle des
vibrions, ou à des inductions thérapeutiques ; elles appellent de
nouvelles recherches qui permettent d’en préciser la significa¬
tion, et de faire disparaître les contradictions apparentes.
En vue de recueillir des données pouvant être utilisées dans
ce but, j’ai examiné, au cours des épidémies de ces dernières an¬
nées, un assez grand nombre de vibrions isolés de cas de choléra.
J’en ai retenu, pour une étude plus approfondie, deux qui éla¬
borent des toxines solubles répondant à chacun des deux types
déjà décrits.
Les deux vibrions ont été isolés: l’un (vib. A) en Italie en
1910, l'autre (vib. B) à Constantinople en 1913. Ils présentent
tous les caractères du vibrion de Koch, sont agglutinables par
le choléra-sérum et donnent la réaction de Pfeiffer. Leurs sé¬
rums homologues agglutinent et bactériolysent les vibrions du
groupe cholérique. Concurremment avec ces deux races j’en ai
étudié une troisième déjà connue par des travaux antérieurs : la
race 70 de la collection de Berlin.
Dans les cultures en bouillon Martin, les races A et 70 se com¬
portent de façon identique. Elles donnent, en trois ou quatre
jours d’étuve à 37 °, une toxine présentant les caractères décrits
par Kraus et ses collaborateurs pour la toxine des vibrions de
Tor, et par Huntemuller pour celle du vibrion 70.
Injectée dans les veines, chez le pigeon ou \e jeune lapin, elles
déterminent une mort rapide qui, pour des doses suffisantes
(1,5 à 3 cc. en général), survient en quelques minutes. Les co¬
bayes inoculés dans le péritoine succombent en un délai qui
n’est jamais moindre que 5-7 heures, et qui, avec les doses sûre¬
ment mortelles, ne va pas au-delà de 18 heures. Les animaux qui
ont dépassé cette limite survivent généralement. Les toxines
sont fortement hémolytiques. Toxine et hémolysine sont égale¬
ment thermolabiles.
En ce qui concerne l’action de la chaleur, mes observations
m’ont fait voir que si un chauffage de 1 heure à 50°, ou de quel¬
ques minutes à ioo°, fait perdre au liquide de culture filtré tout
pouvoir hémolytique, et diminue dans une large mesure son pou¬
voir toxique, celui-ci n’est pourtant pas complètement aboli. La
fraction qui est conservée persiste malgré l’action prolongée de
ê
— 411 —
la, chaleur à ioo°. L’activité de ce poison thermostabile est, dans
mes divers essais de 4 à 8 fois plus faible que celle de la toxine
originelle, dont il se distingue encore par son innocuité pour le
pigeon, en injection intraveineuse.
La race B donne, dans les mêmes conditions de culture que
précédemment, une toxine présentant les caractères généraux
de celle décrite par Roux, Metchnikoff et Salimbeni.
En injection intrapéritonéale elle tue le cobaye dans les mêmes
conditions que la précédente ; en injection intraveineuse elle fait
périr le lapin, mais quelle qu’ait été la dose injectée, je ne suis
pas arrivé à déterminer la mort brusque, en quelques minutes.
Elle est dépourvue d'activité pour le pigeon. Elle est thermo¬
stabile.
Si la toxine du vibrion B peut supporter un chauffage, même
prolongé, à ioo°, elle subit dans les premières minutes un abais¬
sement du pouvoir toxique, qui se conserve ensuite sans chan¬
gement. Cet abaisement très faible pour certains échantillons
s’élève pour d’autres au tiers du pouvoir primitif.
Par injections sous-cutanées de cultures filtrées sur papier,
après précipitation par une petite quantité de lactate de chaux
qui donne un précipité floconneux facilitent beaucoup la filtra¬
tion, j’ai immunisé deux ânes, l’un avec la toxine du vibrion A,
l’autre avec la toxine du vibrion B. Le sérum normal d’âne est
dépourvu de pouvoir antitoxique. Celui-ci apparaît et s’élève
progressivement au cours de l’immunisation, sans qu’il m’ait été
possible de lui faire dépasser un certain taux (correspondant à la
saturation de deux doses mortelles de toxine par o cm3 02 de sé¬
rum), les animaux ne tolérant pas les injections répétées de fortes
doses de toxine. Chacun des deux sérums A et B neutralise, in
vitro, l’une et l’autre des deux toxines. Mais la neutralisation ne
s’exerce que sur leur élément thermolabile et ne s’étend pas à la
portion du pouvoir toxique qui résulte à l’action de la chaleur.
Cette particularité de l’action du sérum est surtout nette avec la
toxine du vibrion À, pour laquelle l’écart! est grand entre les acti¬
vités avant et après chauffage. Tant que la quantité de toxine
mise en œuvre n’atteint pas celle qui contient une dose mortelle,
après chauffage, la neutralisation par le sérum se fait régulière¬
ment, en suivant! la loi proportionnelle ; mais dès qu’on dépasse
notablement cette limite, on n’arrive pas à protéger les animaux
quelle que soit la dose de sérum ajoutée.
Quand on essaie l’action des sérums A ou B sur l’une ,ou
l’autre des toxines chauffées, on constate que tant que les doses
restent égales ou très peu supérieures à la dose mortelle, de petites
quantités de sérum suffisent pour préserver les animaux, mais
dès qu’on augmente la quantité de toxine, des doses même pro¬
portionnellement beaucoup plus fortes de sérum demeurent inef¬
ficaces.
Je n’ai jamais pu obtenir la neutralisation in vitro, d’une quan¬
tité de toxine, chauffée ou non, renfermant deux doses mortel¬
les après chauffage.
Dans toutes les expériences suivantes que je cite à titre
d’exemple, la toxine était constituée par des cultures en bouillon
Martin, filtrées sur bougie Chamberland.
Toxine du vibrion A. — a) Un essai préliminaire a fixé la dose minima
mortelle, pour le cobaye, à 0 cm3 5. Pour la même toxine chauffée 5 m.
à 100°, les animaux qui ont reçu moins de 4 cm3 ont survécu, celui
qui a reçu 4 cm3 est mort au bout de 3 jours, celui qui a reçu 6 cm3 est
mort en 12 h .
Deux doses mortelles de toxine sont neutralisées in vitro , après un
contact de une 1 /2 h. à 37°, par 0 cm3 02 de sérum A et ne le sont pas par
0 cm3 01 du même sérum, ni par 1 cm3 de sérum normal d’âne.
Une série de cobayes ont reçu des mélanges renfermant respectivement :
0 cm3 5. 1,2, 3, 4, 6 cm3 de toxine et 0 cm3 02, 0 cm3 04. 0 cm3 08,
0 cm3 12, 0 cm3 16, 0 cm3 24 de sérum. Les 5 premiers ont survécu, le
6e est mort comme le témoin qui avait reçu 0 cm3 5 de toxine, en moins
de 12 h.
Une série de cobayes ont reçu des mélanges renfermant chacun 6 cm3 de
toxine chauffée 5 minutes à 100° et respectivement, 0 cm3 24, 0 cm3 4,
1, 2 cm3 de sérum. Tous les animaux sont morts en moins de 24 h., de
même que deux témoins qui avaient reçu 4 et 5 cm3 de toxine chauffée.
b) La toxine de l’expérience précédente tue le pigeon, par injection
intra-veineuse, à la dose de 1 cm3. Des doses de 1 cm3 5 et 2 cm3 entraînent
la mort en 1 h. et en 5 m.
Deux doses mortelles de toxine sont neutralisées par 0 cm3 4 de sérum B.
Trois pigeons ont reçu dans les veines des mélanges renfermant respec¬
tivement : 2, 3, 6 cm3 de toxine ; et : 0 cm3 4, 0 cm3 8, 2 cm3 2 de sérum.
Tous les trois ont survécu, le témoin qui avait reçu 1 cm3 de toxine est
mort dans les 12 h.
g) Evaporée. sous pression réduite, à une température ne dépassant pas
37°, la toxine peut être concentrée au 1/5 de son volume sans rien perdre
de son activité. Celle qui a servi aux expériences qui précèdent a fourni
ainsi un liquide tuant le cobaye à la dose de 0 cm3 1 et le lapin (de 2.500 g),
par injection intrarachidienne, à la dose de 0 cm3 2. Le pigeon, qui suc¬
combait en quelques minutes à l’injection intraveineuse de 0 cm3 4,
supportait sans périr 2 cm3 du liquide chauffé 5 m. à 100°
Toxine du vibrion B. — a) La toxine chauffée tue le cobaye à la dose
de 2 cm3.
: .
— 41 3 —
» »
Une série de cobayes ont reçu des mélanges renfermant chacun 2 cm3 de
toxine chautîéeet 0 cm3. 5, 0 cm3 2, 0 cm3 1 de sérum 13 ou de sérum
normal. Tous les animaux ont survécu, sauf celui qui avait reçu 0 cm3 1
de sérum normal, qui est mort, comme le témoin, dans les 24 h.
Des cobayes ont reçu des mélanges contenant chacun 4 cm3 de toxine
chauffée et, l’un 2 cm3 de sérum A, l’autre 2 cm3 de sérum B. Les animaux
sont morts, comme le témoin qui avait reçu 2 cm3 de toxine chauffée dans
les 24 h.
b) La dose mortelle est, pour la toxine non chauffée, de l cm3, et pour
la toxine chauffée, de 1 cm3 5.
Une série de cobayes ont reçu des mélanges renfermant respectivement :
1, 2, 3, 4 cm3 detoxine et 0 cm3 02, 0 cm3 04, 0 cm3 06, 0 cm3 08 de
sérum A. Les 2 premiers ont survécu, les 2 autres sont morts dans les
24 h., de même que les témoins qui avaient reçu, l’un 1 cm3 de toxine,
l’autre 1 cm3 detoxine plus l cm3 de sérum normal.
c ) La dose mortelle est : pour la toxine non chauffée, de 1 cm3 5, et pour
la toxine chauffée, de 2 cm3.
Une série de cobayes ont reçu des mélanges renfermant respectivement :
1 cm3 5, 2, 4 cm3 de toxine et 0 cm3 4, 0 cm3 6, 0 cm3 8 de sérum B. Les
2 premiers ont survécu, le troisième a succombé dans les 24 h., comme le
témoin qui avait reçu 1 cm3 de toxine.
De ces observations se dégage la conclusion que les vibrions
étudiés laissent diffuser dans les bouillons de culture, une toxine
thermolabile et un poison thermostabile. Les animaux vaccinés
fournissent un sérum saturant, in-vitro, la toxine thermolabile.
Mais je n’ai pu mettre en évidence l’existence d’un pouvoir de
saturation vis-à-vis du poison thermostabile.
La dysenterie à Saigon
Par DENIER et HUET.
Continuant nos recherches, commencées en 1910, sur la dysen¬
terie bacillaire à Saïgon, nous avons examiné de mai à octobre
1912 les selles de 23 dysentériques. Nous avons isolé 7 fois un
bacille ayant les caractères du bacille dysentérique, soit une pro¬
portion de cas positifs de 30 % environ. Les bacilles n’ont été ren¬
contrés que dans des selles marquant le début de la maladie. Si
on ne tient pas compte des examens ayant porté sur des selles
émises après plusieurs jours de traitement, la proportion des cas
positifs s’élève à 41 %.
Le bacille du type Shiga a été isolé 3 fois au cours d’une petite
épidémie de dysenterie qui sévit durant 2 mois sur les soldats
habitant le nouveau quartier d’artillerie de Saigon. Le même ba¬
cille a été retrouvé chez un enfant de 5 ans arrivé depuis peu de
France. Le bacille type Flexner a été isolé une fois, chez une in¬
dienne, qui, à peine guérie de choléra, contracta une dysenterie
hémorragique dont elle mourut. Enfin le bacille Y de Hiss et le
bacille type Saigon (agglutiné par un sérum anti- Flexner, mais
sans action sur la mannite) ont été rencontrés dans les selles de
deux enfants de 4 ans.
Les différents bacilles isolés ont présenté tous les caractères
distinctifs des bacilles dysentériques (caractères morphologiques,
propriétés culturales, fermentatives et agglutinatives).
Nous n’avons pu pratiquer le séro-diagnostic que dans deux
des cas où le bacille de Shiga avait été trouvé. Le sérum des ma¬
lades n’a agglutiné ni le bacille isolé, ni un bacille (type Flex¬
ner. Dans un cas où il s’agissait d’une dysenterie légère; le pré¬
lèvement fut fait 13 jours après le début de la maladie. L’autre
cas concerne une dysenterie de longue durée et le sérum fut re¬
cueilli environ 6 semaines après l’examen des selles.
Nous n’avons constaté qu’une fois l’association du bacille dy¬
sentérique (type Flexner) avec l’amibe. Par contre, sur les 16
selles ne contenant pas de bacilles, 10 renfermaient des amibes
ayant les caractères de l’amibe de Schaudinn.
La sérothérapie ne fut appliquée dans toute sa rigueur que
chez la malade, convalescente de choléra, atteinte de dysenterie,
hémorragique. Les injections de sérum n’ont pas paru avoir
d’influence sur l’évolution de la maladie.
Chez un enfant de 4 ans, porteur de Shiga, atteint d’une forme
assez grave, le traitement par le sérum fut employé en même
temps que la médication par l’ipéca. Les symptômes aigus de la
maladie disparurent rapidement. Enfin, dans deux cas, il ne fut
fait qu’un essai timide de sérothérapie. A la suite d’une injection
de 10 cm3 de sérum, les coliques violentes qu’accusait un soldat
porteur de bacille de Shiga disparurent complètement; un enfant
de 4 ans dont les selles avaient donné sur boîtes de gélose lactosée
tournesolée une culture pure de bacille dysentérique, type Sai¬
gon, vit les symptômes toxiques qu’il présentait, agitation, fièvre,
diminuer rapidement à la suite d’une injection de 20 cm3 de sé¬
rum, Mais l’amélioration ne persista pas et le traitement par le
sérum fut abandonné.
Il est à remarquer que toutes les selles d’enfants que nous
avons examinées contenaient le bacille dysentérique, et en plus
grande abondance que celles des adultes.
Ces recherches, comme celles de Gauducheau, faites au Ton-
kin, montrent que la présence de la dysenterie bacillaire en Indo¬
chine mérite d’être prise en considération, et que tout traitement
de dysenterie doit être précédé de l’examen bactériologique des
selles.
(Travail de l'Institut Pasteur de Saigon.)
Action défavorable de l’arséno-benzol dans la lèpre
Par A. VIv IL LO N et L. LAGANE.
Le Salvarsan ou l’arséno-benzol ont été employés par divers
auteurs dans la lèpre et Jeanselme résume ces résultats en disant
qu’il ne paraît avoir aucun effet utile.
Lui-même n’a eu aucun résultat après une série de 4 injections
intraveineuses à assez hautes doses chez une malade couverte de
larges placards érythémato-circinés et en état d’amyotrophie très
avancée, après 2 injections chez un sujet souffrant de douleurs
névritiques intolérables, après 3 injections dans un cas de lèpre
nodulaire. Il a vu, pendant les heures qui suivaient l’injection les
exanthèmes maculeux devenir plus florides (1).
Gioseffi, Ehlers, Isaac, Senator et Benda pratiquèrent une
«
ou plusieurs injections chez 8 malades et ne constatèrent aucun
résultat favorable ou défavorable,
Cependant Monte-Santo (2) dit avoir obtenu la guérison d’un
cas à forme ulcéreuse sur 4 malades traités par le Salvarsan et
considère que les fortes doses possèdent: certainement une action
destructive sur le bacille de Hansen. F.-A. et F. L. de Ver-
teuil (de la Trinité) (3) dans 8 cas de lèpre tuberculeuse et 1 cas
de lèpre anesthésique, pratiquent des injections intra-musculaires
de Salvarsan et notèrent 2 mois plus tard un ramollissement et
(1) Jeanselme. Les nouvelles médications antilépreuses. Presse Med.. 2 dé¬
cembre 1911, p. 96 et Soc. de Dermatologie et syphiligraghie, 7 déc. 1911.
(2) Montf.-Santo. Miinich. Medi f. Wochenschr., 7 mars 1911, n° 10, p. 51 1. i
(3) British Med. Journ n° 2647, 23 sept. 1911, p. 655.
une diminution de volume des nodosités. Avec Ehlers, ils cons¬
tatèrent une dégénérescence granuleuse des bacilles.
Peyri Rocamora (de Barcelone) estime, sans fournir de con¬
clusions nettes, que le 606 apporte des modifications dans les ma¬
nifestations humides de la lèpre, des améliorations dans l’état
général et quelques changements dans la structure des bacil¬
les (1).
Par contre, pour compléter les données qu’il est utile d’avoir
sur l’action de ce médicament dans la lèpre, nous tenons à faire
connaître deux cas où nous l’avons employé et où les résultats
ont été nettement défavorables.
Chez l’un de ces malades, G. de Lad., 30 ans, atteint de lèpre
mixte dont le début remontait à 3 ans environ, et présentant des
troubles sensitifs avec infiltration légère mais généralisée des
téguments par tubercules, nous avons pratiqué du 4 novembre au
9 décembre 1912, 5 injections intraveineuses de 0,30, 0,50, 0,5.^
0,50 et 0,60 cg. d’arséno-benzol. Elles furent toutes très bien sup¬
portées et ne déterminèrent aucune réaction thermique.
Le 15 décembre, ce malade se plaignait de douleurs très vives
des membres inférieurs, douleurs à fleur de peau ; bientôt se ma¬
nifesta une énorme infiltration des téguments, surtout des mem¬
bres inférieurs par des tubercules presque confluents et la
température s’éleva, oscillant entre 37 °8 et 390. Le malade accu¬
sait un malaise général, maigrissait, n’avait aucun appétit. La
poussée thermique dura jusqu’à fin janvier.
L’état général de ce malade s’améliora ensuite peu à peu ; ses
téguments se désinfiltrèrent en partie, mais l’on put noter, som¬
me toute, une accélération rapide de l’évolution des lésions.
La réaction de Wassermann, faite à maintes reprises, resta
constamment positive avant ou après les injections.
La 2e malade, J. W., 37 ans, est atteinte de lèpre à forme
mixte, dont le début remonte à 5 ans environ. Elle présentait
sur les bras et les jambes des éruptions papulo-croûteuses, cir¬
cinées, anesthésiques. Elle présentait en outre de l’anesthésie
des avant-bras, des jambes et de certaines parties du menton et
du front.
A la suite de 2 injections intra-veineuses d’arséno-benzol à fai¬
bles doses (0,25 et 0,20 cg.). faites en janvier 1912 et qui détermi-
(1) VI fc Congrès international de Dermatologie et de syphili graphie .
Rome, avril 1912.
nèrent des nausées et une légère réaction thermique, elle eut une
poussée thermique (avec oscillations de i à 2°) qui persista 2 mois
et demi et s’accompagna d’affaiblissement et d’anémie très mar¬
qués. En même temps, des lésions cutanées, caractérisées par une
infiltration œdémateuse dure, douloureuse, de couleur rouge cui¬
vré envahissaient progressivement les membres inférieurs, les
membres supérieurs, et toute la face .
Ces lésions cutanées ont atteint leur maximum en 2 mois, —
ont ensuite un peu décru en même temps que l’état général rede¬
venait meilleur, mais l’activation du processus lépreux et l’in¬
tensité des lésions qui semblent avoir été mises en jeu par les in¬
jections d’arséno-benzol n’en sont pas moins des plus nettes.
Ici la réaction de Wassermann était et est restée négative.
Nous devons ajouter que 5 injections d’arséno-benzol aux do¬
ses de 0,50 cg. pratiquées dans les mêmes conditions à un troi¬
sième lépreux, atteint de forme nerveuse, avec multiples macules
rosées, anesthésiques, et assez près du début de la maladie (2 ans)
n’ont déterminé aucune réaction immédiate ou éloignée, et au¬
cune modification apparente de l’état général. Chez ce malade,
la réaction de Wassermann a toujours été négative.
Nous devons ajouter que ces deux premiers malades ont sem¬
blé bénéficier d’un traitement par les dérivés de l’huile de Chaul-
moogra (éhers de cette huile ou antileprol).
Il nous semble donc que le traitement de la lèpre par l’arséno-
benzol ne doit être employé qu’avec précaution ou même doit être
rejeté, car il ne semble pas avoir d’action favorable nette et des cas
tels que les nôtres montrent que son action peut être défavora¬
ble. Il est essentiel dans une maladie chronique, à évolution très
lente, comme la lèpre (et à moins de posséder un remède ayant
une action spécifique contre le bacille), de ne pas risquer de pro¬
voquer des réactions générales vives.
Faisons en outre remarquer que, de même que la réaction de
Wassermann n’a pas été modifiée chez le premier de nos mala¬
des, l’absence de réactions immédiates ne nous a pas permis de
prévoir l’intensité des réactions que nous allions provoquer. Au
contraire, chez le 2e malade, les injections déterminaient une
réaction immédiate très nette et cependant la réaction de Wasser¬
mann était chez lui négative.
— 4 1 S —
Formule sanguine de lépreux séjournant en France
Par L. LAGANE et P. COLOMBIER.
On sait toutes les divergences qui séparent les auteurs dans l’é¬
tablissement des formules hémo-leucocytaires de la lèpre.
MM. André et Marcel Léger les ont bien rappelées, ici même (i)
et nous les résumerons simplement en disant que les opinions
contraires ont été soutenues sur le nombre et la qualité des globu¬
les rouges et le pourcentage leucocytaire. On admet plutôt, cepen¬
dant, que le nombre des globules rouges est peu modifié chez
les malades qui se trouvent dans de bonnes conditions d’alimen¬
tation ; que l'hyperleucocytose est rare ou ne relève que de ma¬
ladies intercurrentes; que le nombre des éléments de la série
lymphoïde est augmenté; enfin, que l’éosinophilie, symptôme
d’importance pour certains, n’aurait aucune valeur diagnostique.
Avec les réserves que l’on doit faire, avec Bourret, sur la
variabilité de ces examens, nous avons jugé intéressant d’ap¬
porter à cette étude la contribution des examens du sang dans
8 cas personnels. Ce sont des malades vivant dans de bonnes con¬
ditions d’alimentation et d’hygiène, suivis pendant plusieurs mois
et indemnes d’affections intercurrentes. Nous rapportons exacte¬
ment la forme clinique et le degré d’évolution de leur maladie,
données qu’il serait intéressant de pouvoir toujours connaître avec
précision.
Voici le résumé de nos 8 observations dont 4 concernent des formes ner¬
veuses pures et 4 des formes mixtes :
Obs L — Val. Ma., 42 ans, entré à l’hôpital Pasteur le 5 août 1913. —
Français ; a contracté la lèpre aux îles Marquises où il a séjourné 16 ans ;
a remarqué il y a 3 ans, sur une jambe, une petite plaque d’anesthé¬
sie.
Actuellement, ne présente d’aulres symptômes que 3 petites plaques
anesthésiques sur la jambe droite, à hauteur de la malléole ; une biopsie
y montre des bacilles de Hansen. Très bon état général. Non traité.
Syphilis niée et non décelable.
Est en France depuis 2 mois.
(i) Bull, de la Soc. de Path. exotique, 1908, p. 489. Voir aussi, Bourret,
ibid., 1908, p. 56 et 1909, p. 22 et Pringault. C. R. Soc. de Biologie , 1912,
p. 586.
4!9
Examen du sang (7 avril 1913) (1).
Hémoglobine.
Globules rouges .
Globules blancs .
0,90
4 800.000
8.000
Pourcentage leucocytaire :
Lymphocytes ....
Mononucléaires ....
Grands mononucléaires .
Polynucléaires neutrophiles
Poly. éosinophiles .
Myélocytes .
Hématies nucléées .
1
16
7
66
10
2
0
24 0/0
76 0/0
Wassermann : -f-
Obs. 2. — André lien., 16 ans; entré à l’hôpital Pasteur en septembre
1912. Né à Tahiti de parents français. Atteint de lèpre à forme nerveuse
avec seulement comme symptômes quelques plaques d’anesthésie. Le
début apparent remonte à 4 où 5 ans. Bon état général. Pas de traitement
actuel.
Est en France depuis 9 mois.
Examen du sang (5 juin 1913).
Hémoglobine (Tallquist) . . 0,80
Globules rouges .... 3.650.000
Globules blancs . 14.400
Pourcentage leucocytaire :
Wassermann : +
Obs. 3. — Aron Z . ., 17 ans, entre à l’hôpital Saint-Antoine (service du
Dr Legry) le 1er novembre 1909. Le début apparent de sa maladie remonte
à 2 ans ; offre une lèpre à forme bulleuse, sans troubles de la sensibilité.
Bon état général. Non traité. En France depuis 3 mois. Syphilis niée ;
paludisme.
Examen du sang (7 janvier 1910) :
Hémoglobine (Sahli) .
Globules rouges .
Globules blancs . .
Pourcentage leucocytaire :
Lymphocytes .
Mononucléaires ....
Grands mononucléaires .
0,80
4.100.000
13.200
12 )
37 } 49 0/0 »
« %
a i
(i) Tous les examens de sang ont été faits à jeun.
«
— 420 —
Polynucléaires neutrophiles
Poly. éosinophiles . . .
Myélocytes neutrophiles .
Hématies nucléées .
4|
2
46 0/0
10
0
Wassermann : -f
Obs. i — Gaston P., 45 ans. Français ; a contracté la lèpre en OcéanieT
où il a séjourné 16 ans. Le début apparent de la maladie remonte à 6 ans,
environ. Actuellement, présente des troubles de la sensibilité des mem¬
bres supérieurs, de la face et des membres inférieurs. Présente, surtout
sur les membres, une éruption persistante de macules, rose vif, anesthé¬
siques. Une biopsie y montre des bacilles de Hansen . Bon état général.
Traite "par Fantiléprol (hôpital Pasteur).
Syphilis niée.
Est en France depuis un an.
' Examen du sang (21 mars 1913).
Hémoglobine.
Globules rouges .
Globules blancs .
17.000
Pourcentage leucocytaire :
Lymphocytes .
Mononucléaires ....
Grands mononucléaires .
Polynucléaires neutrophiles
Poly. éosinophiles .
Myélocytes .
Hématies nucléées \ .
Wassermann : — à multiples reprises.
Résistance globulaire normale (hématies déplasmatisées) : H1 = 0,40.
Obs. 5. — Jos. W., 37 ans. Française, a contracté la lèpre à la Guyane
où elle a séjourné 18 ans. S’est aperçu il y a 5 ans de la présence de pla¬
ques maculeuses sur ses membres inférieurs. Actuellement poussées réci¬
divantes de lésions en nappe des téguments de la face, de lésions circinées,
papulo-croûteuses des membres supérieurs et inférieurs. Périodes d’hyper-
therïïiié" prolongées avec amaigrissement. Troubles sensitifs des membres.
Traitée par arséno-benzol et dérivés de l’huile de Chaulmoogra (hôpital
Pasteur) .
Est en France depuis 5 ans.
Examen du sang le 14 mars 1913, en pleine période de poussée de
lésions tégumentaires et de fièvre :
Hémoglobine. .
Globules rouges.
Globules blancs.
0,80
2.900.000
6.000
Le 24 mars :
Hémoglobine.
Globules rouges . .
Globules blancs . .
0,80
2.800.000
5.600
Pourcentage leucocytaire :
Lymphocytes. . . .
Mononucléaires . . .
Grands mononucléaires
3 33 0/0
Polynucléaires neutrophiles .
Poly, éosinophiles . . . .
Myélocytes ......
Hématies nucléées . . . .
| 05 0/0
o ;
0
Anysocytose légère.
Fragilité globulaire (hématies déplasmatisées) : IP = 0,38.
Le 21 avril 1913, après la poussée précitée :
‘Hémoglobine . 0,70
Globules rouges. . . . 1.400.000
Globules blancs .... 5.000
r * .. r f f
Pourcentage leucocytaire :
Anysocytose marquée.
H1 = 0,36
W. : — à plusieurs reprises (une fois, au début, partiellement positif).
Obs. 6. — Geo.de La., 30 ans. Originaire de la Guadeloupe. Début
apparent de la maladie il y a 3 ans. Actuellement, troubles de la sensibi¬
lité peu marqués aux membres, mais téguments criblés de tubérosités
lépreuses, qui donnent le masque caractéristique. Cette infiltration des,
téguments par les lépromes s’est faite par poussées, accompagnées de
lièvre. Etatgénéral médiocre en voie d’amélioration
Traité par l’arséno-benzol et l’antiléprol (hôpital Pasteur).
Est en France depuis un an.
* «
Examen du sang : décembre 1912, au moment d’une poussée fébrile :
Hémoglobine . 0,80
Globules rouges. . . . 4.000.000
Globules blancs . . . . 16 800 •
i v . y . f
Equilibre leucocytaire:
Lymphocytes ...... 4 )
Mononucléaires . 5 > 52 0/0
Grands mononucléaires ... 43 j
1 f'. . . / . k •
Polynucléaires neutrophiles . . 47 ) ,Q (JO A;n
Poly. éosinophiles ..... I 1/2. f 48 /12 °/°
Myélocytes . 0
Hématies nucléées . 0 ,
Anisocytose légère.
Fragilité globulaire (hématies déplasmatisées : H1 =0,40.
Le 21 mars 1913 (après la poussée fébrile; état général meilleur).
Hémoglobine . 0,75
Globules rouges . . . . 3.0i0.000
Globules blancs . . . . 30.000
Pourcentage leucocytaire :
' I
« .
— 422
Lymphocytes. . .
Mononucléaires .
Grands mononucléaires . . .
Polynucléaires neutrophiles . .
Poly. éosinophiles .
Myélocytes .
Hématies nucléées .
Anisocytose.
Wassermann : -f à de multiples reprises.
Obs. 7. — L. de Ma., 33 ans (hôpital Pasteur). Originaire de Saint-
Domingue. Le début apparent remonte à 10 ans. Forme mixte, avec
infiltration des téguments par des tubercules et ulcérations de quelques-
uns de ces tubercules début de troubles trophiques. Cécité. Etat général
assez bon. Pas de fièvre.
Traité irrégulièrement par l’huile de Chaulmoogra.
Est en France depuis 10 ans.
8 3)
26^5 36,5 0/0
1,5 \
r { 64 0/0
O j
o
2 pour 100 leucocytes.
Examen du sang :
Anisocytose légère ; polychromatophilie.
Wassermann : -f-
Obs. 8. — (Due à la bienveillance de M. le professeur Gaucher).
X. . . 53 ans, hôpital Saint-Louis. Français. Début apparent de la maladie-
il y a 20 ans. Lèpre mixte, avec ulcérations, troubles trophiques marqués,
cécité.
Traité par l’huile de Chaulmoogra.
Est en France depuis 3 ans.
Examen du sang (8 mai 1913) :
Hémoglobine . 0,90
Globules rouges . . . . 2.800.000
Globules blancs .... 4.800
Pourcentage leucocytaire :
Lymphocytes. .
Mononucléaires .
Grands mononucléaires et for¬
mes de passage .
Polynucléaires neutrophiles . .
Poly. éosinophiles .
Myélocytes .
Hématies nucléées .
35 0/0
65 0/0
t
4
De l’ensemble de ces recherches, pratiquées sur des malades
séjournant en France, et pour la plupart en bon état de santé gé¬
nérale, nous pouvons tirer les conclusions suivantes :
La formule hémo-leucocytaire, extrêmement variable, comme
Font bien constaté les auteurs, ne se prête guère à des considéra¬
tions diagnostiques et même pronostiques.
On peut cependant noter, d’après nos cas, qu’il existe ordinai¬
rement un très léger degré d’anémie, sans diminution de la va¬
leur globulaire, mais que chez des malades dont l’infection est
relativement récente, les poussées évolutives de la maladie peu¬
vent s’accompagner d’une grosse déglobulisation (avec augmen¬
tation de la fragibilité globulaire dans 2 de nos cas).
Ces modifications du nombre et de la valeur des hématies sont
très légères pendant les premières périodes de la maladie; sont
aussi très légères si l’état général du malade est bon.
Le nombre de globules blancs est très variable; souvent il n’y
a pas de leucocytose ou il y a même leucopénie ; cependant une
hyperleucocytose appréciable (14.000, 18.000), s’est rencontrée
assez souvent soit dans des formes fébriles avec poussées, soit
même dans des formes nerveuses, peu avancées, légères, non
fébriles (obs. 2, 3 et 4). Dans ces cas, il n’y avait aucune infec¬
tion surajoutée appréciable.
La formule leucocytaire est variable : le nombre des éléments
mononucléés et non granuleux était, sur nos 8 cas, 4 fois su¬
périeur à la normale, 4 fois normal ou inférieur. Ces éléments
étaient surtout abondants dans les formes tubéreuses. Leur aug¬
mentation de nombre portait surtout sur les mononucléaires
moyens, une seule fois sur les grands mononucléaires (au moment
d’une poussée fébrile et ils disparurent rapidement). Cependant,
dans nos 2 formes avancées, mixtes, le nombre des grands mono¬
nucléaires était assez considérable (15 %).
Les polynucléaires éosinophiles ne semblent avoir aucune va¬
leur diagnostique. Ils manquaient ou étaient en proportion nor¬
male dans 5 de nos cas; 2 fois leur taux atteignait, mais d’une
manière intermittente, 4 % ; une seule fois, dans une forme au
début, il atteignait 10 %.
2 fois seulement sur 7 de ces cas, le Wassermann était négatif :
dans une forme nerveuse au début et dans une forme mixte (dans
ce cas, il a été une fois partiellement positif). Sur les 5 cas posi¬
tifs, 3 étaient des formes uniquement nerveuses, 2 des formes
mixtes.
— 42'4 —
Action de l’émétine dans quelques formes
spéciales cTamibisme et, par analogie avec
une d’elles, dans la Syphilis
Par G. ROUX et L. TRÏBONDEAU.
Le pouvoir amibicide de l’émétine est maintenant démontré
par des observations nombreuses et concordantes. Le remède fait
merveille dans la diarrhée amibienne banale et dans les abcès
amibiens du foie dont la guérison, après ouverture spontanée ou
chirurgicale, traîne en longeur. Nous venons d’en observer les
effets dans quelques formes un peu spéciales d’amibisme, à sa-
»
voir: deux cas de diarrhée dans lesquels les amibes étaient asso¬
ciées à d’autres parasites intestinaux (spirilles, Trichomonas va¬
gin alis), et un cas d’abcès multiples du foie.
• . •
1. — Dysenterie amœbo-spirillaire.
IL, artilleur colonial. N’a pas quilté la France, mais a cohabité avec de
nombreux artilleurs ayant vécu aux colonies. Il raconte que, depuis 1909,
il a été atteint à 3 ou 4 reprises de diarrhée avec coliques; les selles
étaient sanguinolentes et graisseuses ; mais chaque poussée finissait
spontanément en moins d une semaine. Quand nous le voyons, le 24 avril
1913, il a depuis 2 mois environ une diarrhée persistante, rebelle; les
selles, au nombre d’une dizaine par jour, sont toujours plus ou moins
liquides et contiennent du sang et des mucosités. Les matières évacuées le
jour de son entrée à l’hôpital de Lorient sont franchement diarrhéiques
et contiennent en très grande abondance des mucosités striées de sang;
ténesme, épreintes, abdomen douloureux à la pression.
L’examen microscopique des fèces, et plus spécialement des
mucosités qui s’y trouvent en suspension, décèle de nombreuses
amibes mobiles. Des frottis imprégnés à l’argent, suivant la mé¬
thode préconisée par l’un de nous pour la recherche des tréponè¬
mes dans les ulcérations syphilitiques, contiennent des quantités
considérables de fines spirilles, de faible longueur, à ondula¬
tions rares et irrégulières. U, ne préparation fraîche examinée à
F ultra-microscope montre la multitude grouillante des spirilles
vivantes avec leur forme vraie régulièrement ondulée et leurs
mouvements rapides. Ces spirilles sont analogues à celles décri-
• ' -, é
425 —
tes par le Pr Le Dantec dans la dysenterie spirillaire pure (i).
Formule leucocytaire du sang sensiblement normale (3 % seule¬
ment d’éosinophiles).
Dès le premier jour (24 avril) le malade est mis au régime lacté, et on
lui fait une injeclion sous-cutanée de 0 g. 03 de chlorhydrate d’émétine
qu’on renouvelle les 3 jours suivants (en tout 0 g. 09). Le 25 avril, il y a
déjà un changement considérable dans l’état du malade : il ne souffre
plus, et il n’a qu’une selle pâteuse, à demi moulée, où il existe à peine des
traces de mucus et de sang; toutefois, on trouve encore à l’examen
microscopique des amibes vivantes et des spirilles; on note seulement
une diminution très accusée du nombre de ces dernières. A la diarrhée
succède alors de la constipation ; un lavement administré le 27 ne pro¬
voque l’expulsion que de quelques mucosités, et, le 29, on doit recourir à
un purgatif. Les matières évacuées, fortement colorées en jaune, sont très
pauvres en mucus et ne contiennent pas du tout de sang; la recherche des
amibes y est négative ; les spirilles y sont très rares. Dans la suite, les
selles furent pâteuses, puis normales, et, tout symptôme normal ayant
disparu, le sujet reprit progressivement un régime alimentaire ordinaire.
Deux examens microscopiques complémentaires furent pratiqués le 3 mai
(pas d’amibes; spirilles d'une extrême rareté), et le 9 mai (ni amibes, ni
spirilles). IL a quitté l’hôpital, guéri, le 10 mai.
II. — Dysenterie a amibes et Trichomonas vaginalis.
B., ouvrier à l’arsenal de Lorient, a fait un long séjour aux colonies
(Nouvelle-Calédonie, 1899-1904 ; Tonkin, 1904-1911). La dysenterie ne se
serait déclarée qu’à son retour en France, en 1912; il en serait atteint
depuis près d’un an quand il entre pour la première fois à l’hôpital, en
avril 1913. A ce moment on constate 3 ou 4 selles pâteuses par jour, sans
mucosités ni sang; au bout de quelques jours, il n’y a plus qu’une selle
quotidienne, pâteuse, et le malade est mis exeatsur sa demande. Nouvelle
hospitalisation le 9 avril 1913. Les fèces sont maintenant franchement
diarrhéiques (aspect bouillon de lentilles légèrement rougeâtre), nom¬
breuses (une quinzaine par jour), riches en mucus. Douleurs intestinales
vives; anémie (hémoglobine = 50 à l’échelle de Tallqvist); formule leu¬
cocytaire du sang presque normale (éosinophilie très légère : 5,5 0/0).
A l’examen microscopique, on trouve dans les selles des hématies
en abondance, des amibes nombreuses, des Trichomonas vaginalis
en très grande quantité. Le traitement par l’émétine est institué
le 11 avril et continué jusqu’au 15; on administre, en tout, 0 g. 21
de chlorhydrate d’émétine, en 7 injections sous-cutanées de 0 g. 03
chacune (1 le 11 avril ; 2 le 12 ; 1 le 13; 2 le 14 ; 1 le 15). Très
rapidement, le ventre devient moins sensible ; le nombre des selles
diminue, les mucosités s’y font rares, leur coloration n’est plus . rougeâtre.
Mais, dans ce cas, la diarrhée persiste; les matières restent liquides. Un
examen microscopique pratiqué le 13 montre la disparition du sang et des
amibes ; mais les Trichomonas vaginalis existent toujours en très grand
(1) Il s’agit, croyons-nous, des organismes, observés et décrits par Le Dan¬
tec sous le nom de spirilles. M. Mesnil trouve que leur conformation rap¬
pelle surtout celle des spirochètes et estime, avis que nous partageons, qu’ils
doivent être rapprochés de ces derniers.
3o
JL
*
42Ô —
nombre. Ces parasites ont résisté à des médications diverses : potion au
sulfate de soude et à l’opium; lavements à l'émétine, au permanganate de
potasse, «à l’iode. Il semble qu’il faille leur attribuer la persistance de la
diarrhée (2 à 4 selles par jour, liquides), car la recherche des amibes a
toujours été infructueuse Ajoutons que le malade, très indocile, ne s’est
jamais soumis au régime lacté qui lui avait été prescrit dès le début, et se
nourrit actuellement à sa fantaisie.
III. — Abcès multiples du foie.
R., matelot clairon, a contracté la dysenterie à Shangaï en 1911, et a
eu, à la fin de la même année, une poussée de congestion du foie avec
températures élevées pendant un mois. Entré à Chôpital de Lorient, le
10 mars 1913, avec des signes non équivoques d'abcès du foie, il a été
opéré le 15 mars par le Dr Dorso qui ouvrit un abcès du volume d’une
grosse orange rempli de pus couleur chocolat. La température qui, les
joui's précédents, se maintenait, matin et soir, au-dessus de la normale,
et dépassait parfois 40°, tombe à 37° le soir de l’opération. Mais elle
remonte à 38° dès le lendemain, et oscille entre 37° et 39° jusqu’au
21 mars ; ensuite, on observe une période d’apyrexie du 21 au 27 mars,
pendant laquelle 1 état général et local s’améliore d’abord un peu, puis
s’aggrave progressivement ; la bile apparaît dans les sécrétions de l’abcès ;
cette cholerrhagie augmente; le malade va s’affaiblissant'; enfin, le
28 mars, la fièvre s’allume de nouveau et dépasse 39°. L’examen local et
les phénomènes généraux permettent de conclure à l’existence d’un, ou
peut-être plusieurs foyers inflammatoires, évoluant dans le foie en plus de
F abcès qui a été ouvert. Avant de se résoudre à de nouvelles ponctions
exploratrices, on essaie la cure d’émétine. Le 29 mars, injection sous-
cutanée de 0 g. 03 de chlorhydrate d’émétine; le 30 mars, 0 g. 03 sous
la peau, et 0 g. 00 dans la cavité de l’abcès; les 31 mars, 1er, 2 et 3 avril,
deux injections sous-cutanées quotidiennes (0 g. 03 le matin ; 0 g. 02 le
soir) et une injection dans l’abcès (0 g. 06); le 4 avril deux injections
sous-cutanées (de 0 g. 02) et une injection dans la plaie (de 0 g. 04) ; le 5,
deux injections sous-cutanées (de 0 g. 02) ; le G et le 7, une seule injection
sous-cutanée (de 0 g. 02) ; soit, en tout, 0 g. 38 d’émétine en injections
sous-cutanées, et 0 g. 34 en injections dans l’abcès. L’hyperthermie a
disparu en 4 jours après la marche suivante de la température : 29 mars,
M = 36°, 5 ; S = 38°, 9 — 30 mars M = 37° ; S = 39°, 4 — 31 mars
M = 37°, 6 ; S = 38° — 1er avril M = 37°,2 ; S — - 37°,7 — 2 avril
M = 36°, 8 ; S — 37°. Depuis le 2 avril jusqu’à aujourd’hui (18 mai), il n’y
a plus eu de fièvre. Entre temps, l’état local et général du sujet s’amélio¬
rait remarquablement : le foie devenait rapidement indolore ; la fistule ne
donnait plus issue, dès le 5 avril qu’à un léger suintement, et se fermait
le 5 mai ; le malade engraissait et reprenait des forces. Actuellement il est
permis de compter sur une guérison définitive.
Conclusions. — L’émétine, en plus de son action amibicide déjà
connue, paraît posséder un pouvoir spirillicide susceptible de ren¬
dre des services précieux dans les cas de dysenterie spirillaire
pure ou amœbo-spirillaire. Par contre, elle est impuissante con¬
tre les Trichomonas . Elle hâte, comme les observations de Chauf-
'■—"4*7 —
fard, Flandin et René Dumas, etc., Font déjà montré, la guérison
des abcès du foie ouverts, et peut, en outre, faire avorter des
foyers inflammatoires en voie de développement, propriété d’une
importance considérable puisque, le plus souvent, les abcès mul¬
tiples sont inaccessibles à l’intervention chirurgicale et entraî¬
nent la mort des malades.
La constatation de Faction spirillicide de l’émétine nous a sug¬
géré l’idée d’essayer ce médicament dans la syphilis:
IV. — Chancre syphilitique.
T., artilleur colonial, entre le 2o avril 1913 à l’hôpital pour chancre
induré du méat datant du 30 mars. Grâce à l’imprégnation par le procédé
Fontana-Triboxdeau, on colore dans les frottis de suc chancreux de nom¬
breux tréponèmes. Comme la réaction de Wassermann est déjà fortement
positive, nous jugeons pouvoir, sans inconvénient pour le malade, retarder
de quelques jours l’administration habituelle de néosalvarsan, et, sur
notre demande, notre camarade le Dr Plazy pratique, les 27 et 28 avril,
deux injections sous-cutanées de 0 g. 03 d’émétine. Après la première
injection, le patient a ressenti quelques démangeaisons au niveau du
chancre, et c’est tout; nous n’avons constaté aucune modification de la
lésion. De nouvelles préparations de frottis pratiqués le 29 avril ont
montré l’existence de tréponèmes, nullement altérés, et en nombre plus
grand qu’avant la tentative de traitement par l’émétine. Sans insister
davantage, on fit, le 30 avril, une première injection intra-veineuse de
914, et, dés le lendemain, la recherche des tréponèmes dans les frottis était
négative.
Cette expérience nous paraît prouver que l’émétine ne possède
pas d’action destructive sur les 4'réponèmes, ou, du moins, que,
si cette action existe, elle est très faible et nullement comparable
à celle du 914.
(. Hôpital maritime , Lorient ).
M. Laveran. — J’ai expérimenté l’émétine dans le traitement
de plusieurs trypanosomiases chez la souris, et j’ai constaté
l’inefficacité de ce médicament qui rend de si grands services
dans le traitement de l’amibiase.
M. Mesnil. — Au moment de nos recherches sur Faction thé¬
rapeutique de Y émétique dans les trypanosomiases (1907-1908),
nous avons, E. Brimont et moi, essayé Y émétine. Nous avons
employé un produit étiqueté « émétine brune », évidemment
impur, et constaté que, à dose tolérée par la souris, il ne débar¬
rassait pas cet animal de ses trypanosomes (nagana).
Sur le développement du Leucocytozoon
Ziemanni (Laveran)
Note préliminaire.
Par J. MOLDOVAN.
Le développement du Leucocytozoon Ziemanni (Laveran) dans
la chevêche Athene noctua est seulement en partie connu. Dans
le sang des oiseaux infectés on peut trouver régulièrement les
gamètes fusiformes ; mais sur la formation de ces gamètes
n’existe que le travail de Schaudinn, qui montre leur développe¬
ment après la piqûre de moustiques infectés. Des formes schizo-
goniques n’ont pas été décrites jusqu’à présent.
Ayant eu l’occasion d’examiner les organes de deux chevêches
mortes spontanément, qui étaient abondamment infectées avec
Halteridium noctuœ et avec Leucocytozoon Ziemanni nous
avons trouvé des formes qui appartiennent au cycle évolutif asexué
du Leucocytozoon. Nous avons fait des frottis des différents orga¬
nes (poumon, cœur, cerveau, foie, rein, moelle osseuse) qui, après
la fixation à l’alcool absolu, ont été colorés par le Giemsa. Nous
avons constaté dans ces préparations, à côté des gamètes typi¬
ques, des formes incluses dans des cellules mononucléaires (lym¬
phocytes ou érythroblastes), qui d’après leurs caractères devaient
être interprétés comme des schizontes jeunes du Leucocytozoon
Ziemanni. Sur certains frottis, surtout sur ceux du poumon
et du cerveau, se trouvaient toutes les formes de l’évolution schi-
zogonique depuis les formes jeunes jusqu’aux grandes formes con¬
tenant parfois plus de 30 noyaux.
Les parasites jeunes correspondent en général aux schizontes
décrits par Keysselitz et Mayer chez le Leucocytozoon de Gut-
tera pucherani Hartl et par v. Prowazek chez les poules de Deli
(Sumatra). Les formes les plus jeunes entrent déjà en relation
avec le noyau de la cellule parasitée, soit en s’accolant à lui, soit
en pénétrant partiellement à son intérieur ou en l’entourant sans
le déformer. A un stade de développement plus avancé d’un cer¬
tain nombre de ces trois variétés de schizontes, on trouve le noyau
du parasite en division. Les divisions nucléaires se succèdent rapi-
dement et on arrive à trouver des schizontes possédant, comme
je viens de dire, plus de 30 noyaux. Nous n’avons pas encore
constaté la formation de mérozoïtes.
Parmi les jeunes parasites, certains d’entre eux s’agrandissent
sans présenter de division nucléaire et on observe une différen¬
ciation de la structure de leur noyau et de leur protoplasma qui
permet de les considérer comme des phases de développement des
gamètes. Certains de ces jeunes gamètes possèdent un proto¬
plasma, riche en substances de réserve (coloré en bleu foncé par
le Giemsa) et un petit noyau clair, les autres sont constitués par
un protoplasma moins coloré renfermant un noyau plus grand.
Le noyau de la cellule parasitée, contenant les formes les plus dé¬
veloppées, est allongé, tandis que son protoplasma ou bien a dis¬
paru ou bien entoure le parasite comme un étroit ourlet. Nous
avons constaté parfois des formes qui semblent être les stades du
passage des gamètes fusiformes typiques.
Dans les mêmes frottis se trouvaient des trypanosomes bien
différenciés en formes femelles et mâles qui, par leur morpho¬
logie et par leur structure, correspondent aux flagellés qui ont
été décrits par Schaudinn comme les stades mobiles de l’évolution
des gamètes fusiformes.
Nous avons déjà dit que nos chevêches étaient infectées aussi
avec Halteridium et par conséquent on peut nous objecter que la
schizogonie décrite pourrait être considérée comme un stade de
développement de V Halteridium noctuœ. Mais cette objection est
insoutenable si l’on considère la forme et la structure des cellules
parasitées et des parasites avant la division et leur ressemblance
complète avec les formes trouvées par Keysselitz et Mayer et
par v. Prowazek chez les Leucocytozoon des poules.
Enfin il faut ajouter que cette schizogonie ne correspond pas à
celle décrite par Fantham pour le Leucocytosoon lovati.
(Travail du laboratoire bactériologique militaire de Vienne
et de V Institut tropical de Hambourg.)
— - 4?o —
Deuxième cas de guérison de Kala-azar
infantile observé à Hydra
Par Antoine LIGNOS.
Sur 6 enfants atteints de kala-azar à Hydra pendant l’année
1910, 5 sont morts et i a été guéri (i).
De 13 autres atteints de la même maladie, dans le courant de
l’année 1911, 11 ont succombé, 1 est encore en vie et 1 a été guéri.
Nous croyons intéressant de rapporter l’histoire de ce der¬
nier.
La maladie de cet enfant nommé Euthymios Calfatis, âgé de
11 mois et jouissant d’une parfaite santé, s’est déclarée subite¬
ment le 15 décembre 1911. Pendant les premiers jours elle a re¬
vêtu la forme de fièvre t'ierce, l’accès se déclarait dans l’après-
midi, durait toute la nuit et se terminait vers les premières heures
du matin.
Les allures de la fièvre nous avaient, tout d’abord, porté à
croire à une infection palustre, mais l’absence de l’hématozoaire de
Laveran, recherché à plusieurs reprises et l’inefficacité de la
quinine, nous avaient laissé le diagnostic en suspens.
Le Ier janvier 1912 la fièvre se transforma en quotidienne, et le
10 du même mois, nous pûmes, à la palpation, apercevoir la rate
affleurer à peine le rebord costal.
Le 25 janvier la fièvre revint plus forte qu’auparavant et à
partir de ce jour se transforma en continue ; la rate augmenta ra¬
pidement de volume, le petit malade maigrit, le teint devint pâle
et affecta le cachet du kala-azar. La maladie fut confirmée le
28 janvier par la constatation des corps de Leishman dans le sang
de la rate.
A partir de cette date, l’histoire de notre malade, à défaut
d’autres symptômes, se résume dans la fièvre (2). Quand celle-ci
devenait plus forte, l’état du malade s’aggravait, quand elle se
calmait, l’état s’améliorait.
(1) L’observation de cet enfant a été communiquée à la Société le 14 février
1912.
(2) Voir le tracé thermométrique ci-joint.
— 4^2 —
Après quelques périodes d’aggravation et d’amélioration mar¬
chant de pair avec la fièvre, au mois de mai, l’enfant reprit le
dessus.
Au mois d’août, les parents menèrent l’enfant à la campagne
d’où il revint en octobre dans un état très satisfaisant et sans
fièvre.
Depuis cette époque (octobre 1912) jusqu’en mai 1913, nous
avons revu l’enfant à plusieurs reprises et avons constaté qu’il ne
présentait plus de fièvre, et que la rate n’était plus perceptible
à la palpation. L’enfant est complètement guéri.
Le seul traitement auquel il a été soumis à partir du mois
d’août, était le séjour au grand air pendant toute la journée;
c’est à cette cure que nous attribuons l’heureuse issue.
Leishmaniose canine à Taschkent
Par Nina KOHL-YAKIMOFF (>fl), W.-L. YAKIMOFF
et N.-J. SCHOKHOR.
Au Turkestan, il y a de nombreux cas de Bouton d’Orient.
Deux d’entre nous (1) depuis longtemps soupçonnaient qu’en
Russie et surtout au Turkestan, existait la leishmaniose humaine
et canine. Le premier cas de leishmaniose infantile a été vu à
Vienne par Sluka et Zarfl chez un enfant venu de Taschkent.
Après ces auteurs, ont’ vu la leishmaniose en Russie, Marzi-
nowsky (chez un enfant du gouvernement de Wolynsk), Niki-
foroff (un malade de Taschkent), Kalatschnikoff (un malade
du gouvernement de Tobolsk) et Gourko (à Tiflis ; 4 malades :
2 enfants et 2 adultes).
En avril 1913, nous avons commencé les examens des chiens à
Taschkent. Jusqu’à présent nous avons examiné 76 chiens; 22
(ou 28,9 %) sont infectés par la leishmaniose.
Les symptômes cliniques des chiens infectés sont: l’amaigrisse¬
ment, l’anémie et la dépilation. Les lésions anatomo-pathologi¬
ques sont: l’hypertrophie de la rate et la présence de moelle os¬
seuse rouge.
(1) W.-L. Yakimoff et Nina Kohl-Yakimoff. Sur la question de la leish¬
maniose infantile, Kharkowsky medi^insky Journal (en russe), 1913.
Degré d’infection des chiens:
4- 4- 4- 4* • • •
4* 4* ~h
+ “h
4- •
+ peu . .
4- très peu
= 3 (13,6 0/0)
= 4 (18,1 0/0)
== 3 (13,6 0/0)
= 2 (9,0 0/0)
= 4 (18,1 0/0)
= 6 [21,2 0/0)
Le 25 avril 1913, nous avons vu, avec M. le Dr Stekolni-
koff, un cas de leishmaniose chez une fillette de 19 mois.
Nous décrirons ces cas à part.
Nous poursuivons nos recherches sur la leishmaniose au Tur-
kestan.
(. Travail du laboratoire de la Mission pour les recherches des maladies
tropicales au Turkestan , envoyé par Georg Speyerhaus à Franc fort-sur-
Mein (. Directeur M. le Prof. P. Ehrlich), de /'Institut impérial de
médecine expérimentale et du Département vétérinaire de /’ Intérieur ; Chef
de la Mission : W. L. Yakimoff).
Le Trypanosome des Bovidés (Tr. Theileri
ou du type voisin) en Russie d’Europe
Par Nina KOHL-YAKIMOFF (*), W.-L. YAKIMOFF
et P.-W. BEKENSKY.
Luhs est le premier qui ait vu le trypanosome des bovidés
(Tr. theileri) en Russie (Transcaucasie).
Après lui Doudoukaloff a vu ce trypanosome chez les bovi¬
dés en Transbaïkalie (Sibérie) et Stolnikoff dans le gouverne¬
ment du Don. Luhs et Doudoukaloff ont observé le parasite par
l’examen direct du sang périphérique, M. Stolnikoff par l’exa¬
men des frottis de rate des animaux sacrifiés aux abattoirs.
On sait que, avec la méthode des cultures en bouillon ordi¬
naire, on obtient des résultats meilleurs. Avec ce procédé, les
parasites ont été trouvés en Allemagne (Knuth et ses collabora¬
teurs), en France (Delanoë), à Alger (Ed. et Et. Sergent), à
Tunis (Nina Kohl-Yakimoff et W.-L. Yakimoff), en Hollande
(Swellengrebel), etc. En Russie, Doudoukaloff a obtenu la
culture du Trypanosoma theileri, mais il partait d’animaux mon¬
trant dans le sang périphérique des parasites nombreux.
Nous avons fait nos recherches à St-Pétersbourg avec les bovi¬
dés des gouvernements de Witebsk et de Pskow qui ne montraient
pas de flagellés dans le sang périphérique. Nous avons employé
le procédé de Ed et Et. Sergent.
De 14 animaux examinés, 5 ont donné des cultures.
Il a été très facile de faire passer la culture du bouillon sur le
milieu NNN et nous l’avons gardée sur ce milieu pendant plu¬
sieurs passages.
Enfin, nous avons inoculé les cultures en bouillon à un veau
qui s’est infecté.
( Travail du laboratoire vétérinaire de
V Intérieur à St-Pétersbourg.)
</
Le trypanosome des bovidés (Tr. Theileri
ou du type voisin) au Turkestan
Par Nina KOHL-YAKIMOFF (>£), W.-L. YAKIMOFF
et N.-J. SCHOKHOR.
Au Turkestan, les bovidés sont très infectés par le Theileria
mutans , mais nous n’avons jamais vu, dans le sang périphérique
de 154 animaux des abattoirs municipaux de Taschkent, le Try¬
panosoma theileri. Dans cette contrée, personne n’a vu ces fla¬
gellés..
En avril 1913, nous avons pris le sang de la veine jugulaire de
9 animaux et ensemencé les tubes de bouillon ordinaire à raison
de 4-5 cm3 par tube.
Avec le sang de 8 animaux nous avons obtenu les cultures.
( Travail du laboratoire de la Mission pour les recherches des maladies tropi¬
cales au Turkestan, envoyée par Georg Speyerhaus à Francfort-sur-Mein,
(directeur M. le Prof. P. Ehrltcii), — de l'Institut impérial de médecine
expérimentale et du Département vétérinaire de ITnté rieur , Chef de la Mis¬
sion , W.-L. Yakimoff.)
435
Evolution comparée des trypanosomes
pathogènes chez les Glossines
Par E. ROUBAUD.
La question si controversée du mode d’évolution des trypano¬
somes pathogènes chez les glossines est à l’heure actuelle sen¬
siblement résolue pour les différents virus. Nous voudrions ici
condenser tous les éléments du problème en une vue d’ensem¬
ble et le présenter sous l’aspect qu’il nous paraît comporter au
point de vue de la systématique générale des trypanosomes à
tsé-tsés.
Comme nous l’avons établi dans nos précédents travaux (i)
deux catégories de phénomènes doivent être distinguées chez les
glossines: phénomènes de culture, et phénomènes d’évolution.
Les premiers sont marqués par la persistance du virus sous la
forme trypanosome ; les seconds par la transformation cyclique
du trypanosome en forme crithidienne, puis en forme trypano¬
some typique (trypanosomes métacycliques de Brumpt) (2). Les
uns et les autres peuvent être temporaires (abortifs), ou durables.
Les phénomènes de culture temporaire sont caractérisés par
leur discontinuité. Ils se passent uniquement dans le tube di¬
gestif au niveau de l’intestin moyen (région postérieure), sous
une forme trypanosomienne modifiée, en général de grande taille,
et exclusivement dans- les produits de digestion du sang. La cul¬
ture ne dure guère plus de deux ou trois jours et disparaît avec la
masse sanguine ingérée. Je n’ai observé cette culture que pour
les virus suivants pour lesquels elle est constante: Tr. gambiense ,
Tr. dimorphon, Tr. congolense, Tr. pecaudi.
Je n’ai observé aucun phénomène de culture temporaire pour:
Tr. brucei (origine Zoulouland, I. Pasteur), Tr. congolense, Tr.
cazalboui, Tr. evansi.
On peut par conséquent à ce point de vue déjà, distinguer les
(1) La Glossina palpalis, in La maladie du sommeil au Congo Français,
Paris. Masson, iqoq; et C. R. Acad. Sciences , n° 24, 1910.
(2) Soc. de Path. Exot., t. VI, n° 3, iqi3, pp. 167-171.
— 436 —
virus Tr. brucei (origine Institut Pasteur) et Tr. cazalboui dans
un groupe à part différent de celui des autres virus à glossines.
La culture intestinale temporaire peut dans certains cas devenir
durable. Elle se caractérise dans ce cas par sa persistance dans
le tube digestif même à jeun. De l’intestin moyen postérieur elle
peut s’étendre à l’intestin moyen antérieur, et à l’intestin anté¬
rieur. Il n’y a jamais infection du rectum, jamais de kystes, ja¬
mais d’infection des tubes de Malpighi ; mais l’intestin antérieur
et moyen dans leur entier peuvent être envahis. C’est ce que j’ai
appelé Vinjection totale.
Alors que la culture temporaire de 24 ou 48 heures est cons¬
tante, la culture durable ne s’observe que chez un nombre res¬
treint de mouches, nombre qui varie selon les espèces de glossi¬
nes, selon la nature spécifique du virus et la localisation géogra¬
phique, et qui peut être parfois très faible. (Au Dahomey pour
T. dimorphon chez G. palpalis, la proportion observée n’a même
pas atteint 1 %).
L’infection durable du tube digestif des glossines doit bien
être conçue comme un phénomène de culture, car elle ne s’ac¬
compagne pas de modifications morphologiques importantes et
les formes y sont très semblables à celles des cultures artificielles.
Les figures données par Gordon-Thomson et J. -A. Sinton (i)
pour les formes des cultures des T. gambiense et rhodesiense
traduisent manifestement leur identité morphologique avec les
formes de culture intestinales que nous avons décrites chez G. pal-
palis.
Enfin les formes de cultures intestinales ne sont jamais inocu¬
lables au vertébré.
Les phénomènes d’ évolution sont caractérisés par une trans¬
formation crithidienne qui a son siège uniquement dans le milieu
salivaire. Ils peuvent être également temporaires (abortifs) ou
durables.
Les phénomènes de fixation salivaire que nous avons décrits
*
en 1908 (2) et 1909 (3) dans la trompe de G. palpalis pour T. con-
golense, brucei , gambiense , cazalboui , rentrent dans la première
catégorie. Caractérisés par une fixation immédiate et directe du
virus quel qu’il soit aux parois de la trompe, au cours de l’ab-
(!) Ann. trop. med. Parasit , t. VI. oct. 1Q12. pp. 321-356.
(2) E. Roubaud. C. R. acad. Sciences, CXLVI, ipoS.
(3) La Glossina palpalis . /. cit.
sorption de sang infecté, ils ne donnent lieu qu’à une infection
réduite de l’organe qui disparaît au bout de quelques jours avant
d’aboutir d’ordinaire à l’établissement du pouvoir infectant de
l’insecte.
Morphologiquement il y a cependant dans ces phénomènes fu¬
gaces limités à la trompe, comme nous l’avons déjà montré en
1909, tous les éléments d’une évolution cyclique caractérisée par
le passage de la forme crithidienne fixée, au stade trypanosome
type du sang.
Les phénomènes d’évolution salivaire durable, les seuls inté¬
ressants au point de vue de la transmission et de la conservation
des virus pendant toute la vie des glossines ne sont pas marqués
par d’autres phénomènes morphologiques essentiels, mais dans
leur mécanisme intime, ils revêtent trois modalités distinctes :
Fig. 1. — Evolution salivaire durable du T. Cazalboui. 1-2, trypanosomes
salivaires normaux de l’hypopharynx ; 3, forme crithidienne de pas¬
sage au trypanosome ; 4*0, formes crithidiennes courtes du labre ;
7, forme crithienne géante filamenteuse x 1 • 700.
i° Celle que nous avons appelée évolution par fixation directe
dans la trompe, qui n’est comme l’a vu Bouffard (i) que le pro¬
longement indéfini des phénomènes transitoires précédents. Au
cours de la succion du sang, les parasites se fixent aux parois de la
trompe sous une forme crithidienne courte. Cette forme se multi¬
plie sur place et donne naissance à des trypanosomes salivaires
métacycliques qui se logent dans l’hypopharynx.
Les phénomènes sont les mêmes que ceux que nous avions
(1) Annales de VInst. Pasteur, t. XXIV, 1910.
— 438 -
observés transitoirement au Congo mais ils sont permanents.
Nous avons pu les suivre dans leur détail au cours de nos recher¬
ches en Afrique Occidentale avec Boüet (i). La figure i rend
compte de la succession des principales formes;* les formes géan¬
tes filamenteuses n° 7 déjà décrites dans notre observation d’infec¬
tion transitoire au Congo sont des formes rares, presque excep¬
tionnelles pour ce virus. Les formes courtes nos 3-6 sont de beau¬
coup les plus fréquentes; elles se maintiennent identiques à elles-
mêmes pendant toute la vie de la Glossine.
Fig. 2. — Evolution salivaire du Tr dimorphon. 1-2, formes trypanoso-
miennes de culture intestinale parvenues dans la trompe; 3-8, formes
critbidiennes fixée au labre, courtes et géantes ; 9-10, trypanosomes
salivaires normaux de l’hypopharynx x 1.700.
20 L’évolution par fixation indirecte dans la trompe est un phé¬
nomène commun aux virus du type dimorphon et au T. pecaudi.
Son point de départ n’est plus fourni directement par les trypa¬
nosomes ingérés avec le sang au cours de la succion mais bien
par les formes de culture durable intestinale qui ont envahi pro¬
gressivement par infection totale tout l’intestin antérieur; ces for¬
mes trypanosomiennes de culture pénètrent du proventricule dans
la trompe et se fixent sous la forme crithidienne courte qui se
(1) Annales de l'Inst. Pasteur, t. XXIV, 1910.
— 43y —
multiplie au labre en donnant soit des individus végétatifs géants
de forme filamenteuse, soit des trypanosomes normaux métacy-
cliques qui se logent dans l’hypopharynx.
Les phénomènes tels que nous les avons observés pour T. di-
morphon et Tr. pecaudi sont superposables; les virus se distin¬
guent seulement par la forme des Trypanosomes de l’hypopha-
rynx, forme courte, sans flagelle libre pour Tr. dimorphon (fig. 2,
nos 9 et 10), forme longue et pourvue d’un flagelle (monomorphe)
pour Tr. pecaudi (fig. 3, n° 8).
Les figures 2 et 3 rendent compte des différences entre les
deux virus.
30 L’évolution par fixation indirecte dans les glandes salivai¬
res est propre aux virus humains, T. gambiense et rhodesiense.-
Elle procède également, d’après les observations très précises de
Miss Robertson (i), de la transformation crithidienne par fixa¬
tion dans la salive des formes de cultures intestinales d’infection
totale. Ses formes, comme précédemment, envahissent la trompe,
mais elles gagnent les glandes salivaires pour se fixer et se
transformer en crithidia, d’où procèdent ultérieurement des Try¬
panosomes salivaires métacycliques.
Fig. 3. — Evolution salivaire durable du Tr. pecaudi. 1-2, formes trypa-
nosomiennes de cnlture intestinale parvenues dans la trompe ; 4-7, for¬
mes crithidiennes fixées au labre; 8, trypanosome salivaire de l’hypo-
pharynx x 1 .700.
(1) Proc. R. Soc., B, t. LXXXVI, 17 déc. 1912 et Philos, trans. R. Soc.
série B, 203, Londres, 1913.
— 44° —
Ces différents phénomènes se ramènent tous physiologique¬
ment à un processus unique fondamental d’évolution dans la sa¬
live dont nous avons indiqué dès 1909 l’exclusive importance.
Au point de vue biologique il est intéressant de faire remar¬
quer que l’évolution par fixation directe limitée à la trompe corres¬
pond à un raccourcissement du cycle de passage chez la mouche,
qui tend vers la transmission mécanique. Le T. cazalboui dont l’é¬
volution est la plus simple est aussi celui de tous les virus à glossi-
nes qui paraît se transmettre le plus facilement par piqûres méca¬
niques en dehors de l’action des glossines. Son existence en Ery¬
thrée montre que ce virus peut déborder la zone d’extension de ces
mouches, et devenir comme le Surra un virus à transmission
mécanique.
Des virus semblables évoluent de la même manière chez les
différentes espèces de glossines. L’évolution durable dans la trom¬
pe seule, caractéristique de . notre Tr. cazalboui, a été observée par
Bouffard (i), chez palpalis et tachinoïdes, par Bouet et moi (2)
chez ces deux mouches, comme chez morsitans et longipalpis ; par
les membres de la mission belge du Katanga chez morsi¬
tans (3), etc.
D’autre part, Bruce et ses collaborateurs (4) l’ont observée éga¬
lement chez G. palpalis pour Tr. vivax, et chez morsitans (5) pour.
Tr. caprœ ; Fraser et Duke (6) pour Tr. uniforme. L’identité
absolue du mode de développement de ces virus considérés comme
différents plaide, croyons-nous, singulièrement en faveur de leur
unité spécifique.
L’évolution du Tr. dimorphon est la même chez palpalis, ta¬
chinoïdes, morsitans et longipalpis ; celle du Tr. congolense d’a¬
près nos observations au Congo, chez palpalis, et celles des sa¬
vants belges au Katanga (1912) lui est rigoureusement superposa¬
ble, ainsi que celle du Tr. nanum (Duke) (7), chez Gl. palpalis,
et du Tr. pecorum (Fraser et Duke, Miss Robertson (8). Les
formes figurées par ces derniers auteurs sont exactement les mêmes
(1) /. cit.
(2) /. cit. et Bull. Soc. Path. Exot ., t. III, 1910, t. IV, 1911, p. 539.
(3) Ibid , t. V, n° 5, 1912.
(4) Proc. Roy. Soc.,' B, t. LXXXIII, 1911.
(5) Proc. R. Soc.. 7 av. 1913, pp. 278-284.
(6) Rep. Sleep. Sickness Comin. R. Soc., n°XII, 1912.
(7) Proc. R. Soc., B., av. 1912.
(8) Rep. Sleep. Sickn. Connu. R. Soc., no XII, 1912 et Philos, trans. R.
Soc., B, 1913.
4
que celles que j’ai figurées en 1909 et que celles de la figure 2.
Ici encore la diversité spécifique de ces virus ne nous paraît pas
fondée en regard de l’identité absolue du mode de développement.
Enfin l’évolution dans les glandes salivaires qui caractérise
seule les deux virus humains aussi bien chez palpalis que chez
morsitans, rattache à un même type spécifique Tr. gambiense et
rhodesiense.
Il est désormais possible, par l’examen du mode d’évolution
durable chez une glossine quelle qu’elle soit, de caractériser qua¬
tre types fondamentaux de virus :
le type cazalboui-vivax ;
le type dimorphon-pecorum ;
le type pccaudi;
le type gambiens e-rho de siens e .
En présence de la grande multiplicité de virus distingués du¬
rant ces dernières années en Afrique et dont les noms diffèrent
suivant les frontières politiques des colonies, nous posons la
question de savoir si l’étude du mode de développement chez la
Glossine ne doit pas être considérée comme le véritable crité¬
rium d’identification rationnel, permettant1 d’unifier sous la même
appellation spécifique tous les virus à évolution semblable. Les
différences constatées par la morphologie dans le sang ou les
réactions d’immunité nous paraissent plutôt de nature à légitimer
des distinctions secondaires de races ou de variétés que des espè¬
ces.
L’étude du mode de développement chez la glossine donnera
dans tous les cas sa solution à l’importante question posée par
Bruce et ses collaborateurs (1) de l’identité du Tr. rhodesiense
et du Tr. brucei. En ce qui concerne le virus monomorphe type
de l’Institut Pasteur nous croyons que cette hypothèse ne se pose
pas, ce virus étant incapable de culture intestinale même tempo¬
raire.
3i
(1) Proc. R. Soc , B, vol. 86, 7 av. iqr^
442 ~
Transmission du Trypanosoma gambiense
par des moustiques (Mansonia uniformis)
Par F. HECKENROTH et M. BLANCHARD.
Les membres de la Mission d’Etudes de la maladie du sommeil
au Congo français, en attirant l’attention sur ce qu’ils ont appelé
« épidémies de familles et de cases », ont posé le problème de la
transmission du Tr. gambiense par d’autres voies que les glos-
sines. Ils ont surtout pensé aux moustiques domestiques (genre
Stegomyia) et aux Mansonia. Mais les circonstances ne leur ont
permis d’expérimenter qu’avec le Tr. brucei du Nagana. Ils en
ont aisément obtenu la transmission, de chat à chat, en plaçant
des Mansonia dans la cage qui renfermait ces animaux (i). Déjà
auparavant, Fülleborn et Martin Mayer (2) avaient montré que
les trypan. (espèce non précisée) peuvent être transmis par des
Stegomyia qui commencent leur repas sur un animal infecté et
le terminent sur un animal sain. Sur le conseil de M. Roubaud,
nous avons cherché à reprendre la question à Brazzaville avec le
Tr. gambiense et dans des conditions de liberté relative pour les
moustiques mis en expérience, en nous servant d’un virus de
l’Institut Pasteur de Paris, bien adapté aux rongeurs de labora¬
toire.
Nous n’avons pu que tout dernièrement obtenir un nombre de
moustiques suffisant pour commencer nos expériences de trans¬
mission ; encore, avons-nous dû utiliser des moustiques pris dans
la nature, notre élevage n’ayant pas marché.
Nous avons opéré de la façon suivante :
Exp. 1. — Une cage grillagée de 0,40 de hauteur sur 0,30 x 0,50 est
divisée en deux compartiments par une cloison en bois s’élevant à plus des
2/3 de la hauteur de la cage.
8 avril , 10 h. malin. — ■ Dans chacun des compartiments, on place
un cobaye épilé sur le dos. L’un est porteur de trypanosomes (t. n.);
l’autre n° 8 est sain. 64 Mansonia capturés au camp d’isolement et parais¬
sant à jeun sont introduits dans la cage et l’on peut les voir voler d’un
cobaye à l’autre. *
(1) Martin, Lebœuf et Roubaud, Bull. Soc. Path. exot., t. I, 1908, p. 355.
(2) Fülleborn et M. Mayer, Arch. f. Sch. u. Trop. Hj'g., t. XI, 1907,
P- 535-
— 44^ —
10 avril , 10 h. matin. — On retire le cobaye 8 de la cage. Durée du
contact 48 heures.
A la fin de l'expérience on trouve seulement 3 Mansonia vivants qui
sont disséqués. Aucune forme trypanosome n’est décelée.
Examen du cobaye 8 :
27 avril . 0 tryp.
28 avril . 0 tryp.
30 avril . -f tryp. très rares.
2 mai . 0 tryp.
5 mai . + tryp. non rares.
Exp. II. — Dans la cage précédente :
10 avril , 10 h. malin. — On introduit avec le cobaye porteur de très
nombreux trypanosomes de l’expérience I, 26 Mansonia à jeun pris dans
la nature.
11 avril , 10 h. malin. — Après 24 heures de contact avec les mousti¬
ques, le cobaye malade est retiré.
12 avril , 10 h. matin, soit 24 heures après, un cobaye sain n° 9 est mis
dans la cage au contact des Mansonia.
13 avril , 9 h. matin. — Après 23 heures de contact avec les moustiques
le cobaye 9 est retiré.
6 moustiques sont encore vivants et disséqués. Pas de trypanosomes.
Examen du cobaye 9 :
28 avril . + tryp. non rares.
2 mai . + tryp. non rares.
Observations météorologiques prises pendant les Expériences I et II.
Ces deux expérienceSj principalement l’expérience II qui met
en évidence la conservation du pouvoir infectant pendant 24 h.,
nous paraissent entraîner la confirmation des vues émises par les
membres de la Mission française, et spécialement par Rou-
baijd (1), sur le rôle spécial joué au Congo par les Mansonia dans
les cas de transmission épidémique de la maladie du sommeil.
Nous nous proposons de poursuivre et de multiplier ces expé¬
riences.
( Institut Pasteur de Brazzaville.)
(1) Voir Thèse Doctorat ès Sciences , Paris, 1909.
— 444
Recherches sur les propriétés
du sérum des malades atteints de
trypanosomiase au Congo français
Par F. HECKENROTH et M. BLANCHARD.
. ’ * • t i # r ».
Pour ce qui concerne spécialement les malades atteints de try¬
panosomiase, les propriétés en question ont déjà donné lieu à
quelques travaux, exécutés surtout avec le sérum des européens
trypanosomés. C’est ainsi que Thiroux a démontré (chez 2 nè¬
gres) l’existence de substances protectrices; Levaditi et Muter-
milch, Mesnil et Ringenbach, Laveran et Nattan-Larrier ont
recherché les propriétés attachantes ou trypanolytiques des
mêmes sérums.
Nous avons entrepris la recherche des mêmes propriétés à
Brazzaville sur un assez grand nombre de noirs trypanosomés et,
pour comparaison, non trypanosomés.
Les malades du sommeil ont été divisés en 4 catégories :
Sujets en bon état et traités,
Sujets en mauvais état et traités.
Sujets en bon état et non traités,
Sujets en mauvais état et non traités.
Nous nous sommes servis d’un virus, apporté par l’un de nous
du laboratoire de M. Mesnil, à l’Institut Pasteur de Paris (1).
Ce virus est bien adapté à la souris chez laquelle il évolue ré¬
gulièrement en quelques jours. Nous avons suivi les méthodes
recommandées par les auteurs cités (2).
Pouvoir trypanolytique. — Le temps de contact, à 37 °, en¬
tre le sérum frais et1 2 3 les trypan. n’a jamais été supérieur à 1 h.
Nous n’avons considéré comme positives que les trypanolyses
totales ou subtotales (3).
La recherche a porté sur T72 individus se répartissant ainsi:
(1) Virus G. y. Voir ce Bulletin , t V, p. 175.
(2) Voir in Laveran et Mesnil, Trypanosomes et trypanosomiases, Paris,
Masson, 1912. p. 146 et pp. 236-240.
(3) Avec le sérum de quelques malades, un très petit nombre de trypan. ont
persisté à la destruction des autres.
— 445 —
27 non trypanosomes qui donnent 5 réactions -f , soit 18 0/0.
2 cliniquement suspects qui donnent 1 réaction 4-
46 trypan. en bon état et traités qui donnent 21 réactions 4-, soit 44 0/0.
60 trypan. en mauvais état et traités qui donnent 30 réactions -f , soit
50 U/0.
23 trypan. en bon état et non traités qui donnent 18 réactions -P, soit
78 0/0.
14 trypan. en mauvais état et non traités qui donnent 13 réactions -b,
soit 93 0/0.
Le fait qui frappe d’abord à la lecture de ces résultats est
l’existence de 5 trypanolyses positives chez des sujets non trypa-
nosomés. Mais la proportion (18 %) est faible vis-à-vis de celles
rencontrées chez les diverses catégories de malades du sommeil,
allant de 44 et 50 % chez les malades traités à 78 et 93 % chez les
non traités. C’est dans les cas d’absence de traitement et quand
l’état général est mauvais que les proportions sont les plus éle¬
vées. Il y a même lieu de se demander si l’infection sanguine ne
serait pas une condition favorisante de la réaction. Cette hypo¬
thèse paraît justifiée par la constatation que nous avons faite de
25 réactions positives chez 26 malades non traités et présentant
des trypan. dans le sang au moment même de la saignée. De
même, chez 4 malades n’ayant pas eu de traitement depuis plu¬
sieurs années et faisant une rechute sanguine, nous avons cons¬
taté 4 trypanolyses positives.
Pouvoir attachant. — Le temps de contact, à la température
du laboratoire, entre le sérum inactivé, les leucocytes et les
tryp., était de 20 m. Seuls les attachements complets ont été
considérés comme positifs. Ils se répartissent de la façon sui¬
vante :
27 non trypanosomés qui donnent 0 réaction 4-, soit 0 0/0.
1 cliniquement suspect qui donne 0 réaction 4-.
46 trypan. en bon état et traités qui donnent 13 réactions 4-, soit 27 0/0.
57 trypan. en mauvais état et traités qui donnent 12 réactions -h» soit
21 0/0.
24 trypan. en bon état et non traités qui donnent 3 réactions -b, soit
15 0/0
13 trypan en mauvais état et non traités qui donnent 3 réactions -b, soit
23 0/0.
On voit que, dans les conditions assez sévères où nous nous
sommes placés, la proportion des réactions positives ne dépasse
guère 20 %. Elle est sensiblement la même quel que soit l’état du
malade. Nous pouvons ajouter qu’elle est encore la même si l’on
— 44<3 —
considère les cas où l’infection sanguine a pu être mise en évi¬
dence à l’examen direct du sang.
Pouvoir agglutinant. — Nous ne l’avons observé que 7 fois
sur 144 examinés, soit 4,8 % ; il n’a jamais été rencontré avec
le sérum de 50 indigènes non trypanosomés.
Pouvoir protecteur. — Nous nous sommes servis de sérums
conservés 10 à 12 jours à la glacière pour que l’action protectrice
que Mesnil et Ringenbach ont découverte chez les sérums hu¬
mains normaux vis-à-vis de la race de gambiense que nous avons
entre les mains, ait disparu. Ces sérums étaient employés à la
dose de 1 cm3 en mélange avec 2/10 cm3 d’une dilution de trvpan.
à 10 individus par champ (0 = 350 D.) ; le tout était inoculé dans
le péritoine de souris ou de rats.
Les sérums de 30 individus, dont 25 malades du sommeil, ont
été examinés :
5 sérums de non trypanosomés ont donné 0 protection.
5 sérums de trypan. en bon état et traités ont donné 5 protections.
3 sérums de trypan. en mauvais état et traités ont donné 3 protections.
6 sérums de trypan. en bon état non traités ont donné 6 protections.
11 sérums de trypan. en mauvais état non traités ont donné 10 protections.
On a donc eu, avec les sérums de trypanosomés 24 protections
sur 25 essais ; et encore, dans le cas exceptionnel, il y a eu légère
protection (2 et 5 jours) ; ce sérum était peut-être altéré.
Quel que soit l’état du malade, même si l’infection est encore
récente, on a une réaction positive. Ce sont les sérums de mala¬
des en mauvais état et non traités (quelques-uns à la phase finale
de la maladie) qui nous ont donné les protections les plus lon¬
gues (survie indéfinie). Chez les malades traités, le sérum est
moins actif : 2 fois seulement, nous avons eu une survie complète ;
dans 6 cas, il y a eu seulement retard allant de 7 à 19 jours.
Conclusions. — Si on examine dans leur ensemble les résultats
obtenus au cours de ces recherches, on arrive aux conclusions
suivantes :
Les propriétés protectrice, attachante et agglutinante sont spé-
01 tiques du sérum des malades du sommeil ; la trypanolyse est
plus fréquente avec le sérum des trypanosomés qu’avec celui des1
individus normaux.
Ces diverses propriétés n’ont jamais toutes coexisté dans un
même sérum ; cependant on observe simultanément la trypanolyse
et la protection avec le sérum des malades ayant des trypanoso¬
mes dans le sang au moment de la saignée.
— 447 —
Le sérum des trypanosomés est presque toujours protecteur,
fréquemment trypanolytique, assez rarement attachant et excep¬
tionnellement agglutinant.
L’existence de ces propriétés dans le sérum des trypanosomés
n’a aucune valeur pronostique et, seul, le pouvoir protecteur est
assez constant pour aider au diagnostic dans les cas douteux cfe
maladie du sommeil.
Nous présenterons tous ces faits, ainsi que la bibliographie,
plus en détail dans un mémoire ultérieur.
(. Institut Pasteur de Brazzaville .)
M. Levaditi. — Je constate que les auteurs confirment l’exis¬
tence dans le sérum sanguin de l’homme trypanosomé, de subs¬
tances attachantes, substances que nous avons décrites, les pre¬
miers, M. Mutermilch et moi. D’après leurs recherches, il y a
une différence manifeste entre la fréquence du phénomène de
l’attachement et de la trypanolyse, dans les mêmes conditions.
Cela semblerait prouver que les deux substances l’ambocepteur
et la substance attachante, ne sont pas identiques. Nous nous de¬
mandons cependant si cette différence ne tient pas plutôt à ce
que les auteurs n’ont considéré comme positives que les réactions
où l’attachement était total. Dans ce cas, ils ont été trop rigou¬
reux à l’égard de la réaction de l’attachement, attendu que les
attachements partiels et même faibles sont tout aussi spécifiques
que les attachements complets. Il' n’y a là qu’une simple ques¬
tion de richesse du sérum en principes attachants.
A propos du pouvoir protecteur des sérums
des malades du sommeil
Par F. MESNIL.
De nombreuses recherches, et en particulier celles de Laveran
et Mesnil (i), de Mesnil et Brimont (2), ont démontré, dans les
< 1 ) Laveran et Mesnil, Ann. Inst Pasteur , t. XVI, 1912, pp. 807-810; C.
R. Acad Sciences , t. CXL1II, 25 juin 1906, p. 1482.
(2) Mesnil et Brimont, Ann. Inst. Pasteur, t. XXIII, 1909, p. 129.
/
448 —
sérums des animaux guéris de leur trypanosomiase ou encore en
cours d’une infection chronique, l’existence d’un pouvoir protec¬
teur : le mélange de doses convenables de ces sérums et de trypan.
homologues n’est pas infectant pour les animaux (généralement
souris) auxquels on l’inocule.
Pour ce qui concerne le sérum des malades du sommeil, l’exis-
tence d’une pareille propriété a été mise en évidence pour la pre¬
mière fois, dans 2 cas, par Thiroux (i). Au cours des recherches
faites dans mon laboratoire pendant ces dernières années, et encore
tout récemment, nous avons eu l’occasion de vérifier la généralité
de cette réaction (2) et il nous paraît intéressant déplacer nos résul¬
tats à côté de ceux que viennent d’apporter Heckenroth et Blan¬
chard.
Nos recherches ont porté sur les sérums de 16 malades de l’Hô¬
pital Pasteur, venant du Congo, dont 13 ont été reconnus trypa-
nosomés ; 3 autres étaient suspects.
Voici, sur chacun de ces malades, quelques brèves indications
que nous devons, pour 13 d’entre eux, à MM. L. Martin et
Darré, pour 3 autres, à MM. Veillon et Lagane ; nos collègues
nous ont très aimablement procuré les sérums.
669 (M...r). — Infecté au Congo en janvier 1906 ; traité depuis septem¬
bre 1907. Etat général satisfaisant depuis le 1er janvier 1911 ; mort en 1912.
997 (R...1). — Infecté au Congo vers octobre 1910 et soigné depuis avril
1911. Etat général assez satisfaisant.
K. ..I. — Infecté au Congo en août 1907 et traité depuis novembre 1907.
Excellent état général depuis janvier 1909.
P...t. — Début en février 1910; accidents nerveux graves dès juin ;
entre à l’hôpital Pasteur en septembre; traitement améliore, sans empê¬
cher des rechutes graves.
F...e. — Entré à l’hôpital Pasteur le 25 janv. 1912, à la dernière période
de la maladie. Traité depuis le 20 février. Sort très amélioré en juin ;
succombe peu après.
D...d. - Début. en mai 1911. Quelques symptômes nerveux. Traitement
commencé en octobre ; amélioration notable.
S...n. — Début en sept. 1911. Forme d’intensité moyenne sans troubles
nerveux. Traitement commencé en avril 1912; amélioration considérable.
M...y. — Début milieu de 1910 (?). Traité depuis avril 1912; améliora¬
tion considérable.
L. ..s. — Début remonte à 2 ou H ans. Accidents nerveux graves. Traité
depuis décembre 19 1 2. Etat resté sérieux.
F...t. — Début en juin 1912. Traité depuis février 1913 ; forme légère.
D...n. — Probablement trypanosomé depuis janv. 1907. Traité seule¬
ment depuis le début de 1912; très amélioré.
(1) Thiroux, C. R. Soc. Biologie , t. LX, 5 mai 1906, p. 778.
(2) Quelques-uns de ces résultats ont été déjà publiés par Mesnil et Rin-
genbach ( C . R. Soc. Biologie , déc. 1911, p. 609).
449 —
B...n. — Probablement trypanosome depuis le milieu de 1910. Traité
depuis la tin de 1912 ; très amélioré (I).
M...n. — Syphilis secondaire ; pas de signes certains de trypanosomiase.
Traité par l’arsénobenzol.
T...d. — Troubles psychiques sans signes nets de trypanosomiase.
B. ..u. — Confusion mentale. Ainéloration par le repos de l’atoxyl, des
trypan. n’ont pu etre décelés.
L...i. — Date de l’infection incertaine. Traité
Le trypan. qui nous a toujours servi est le virus G... y dont
j’ai fait connaître l’histoire ici-même il y a un an. En raison de
la sensibilité au sérum humain que Ringenbach et moi lui avons
reconnue, nous ayons, en règle générale, opéré avec des sérums
conservés quelques jours à la glacière.
depuis mai 1912.
Nous avons examiné aussi les sérums de 3 malades suspects,
venant du Congo, chez lesquels on n’a pu aboutir au diagnostic
trypanosomiase.
t
L’un d’eux, M...n. a donné un sérum qui, 3 jours après la saignée, pro¬
tégeait complètement la souris à la dose de 1 cc., et au hout de 14 jours,
retardait encore l’infection de 4 jours. Ce serait un sérum extrêmement
actif comme sérum normal.
Les deux autres, T...d et B. ..u, ont donné un sérum sans pouvoir pro¬
tecteur particulier.
J’ajouterai à cette liste le cas L...i, infection de laboratoire,
dont la nature du virus n’est pas encore élucidée, et qui a fait
(1) Pour les malades D...n et B...n, voir Lagane, ce Bull., avril 1913,
p. 269.
— 45° —
l’objet à la Société, de la part de nos collègues L. Martin et
Darré, d’une communication que j’ai fait suivre de quelques
observations (i).
Au cours de nos recherches sur la nature de ce virus L...i, nous
avons constaté, le Dr M. Blanchard et moi, quelques faits qui
trouvent leur place ici.
Le sérum du malade, retiré les 20 mai (dès le début du traitement) et
20 juin 1912, protège complètement les souris de gambiense, à la dose de
1 ce., même quand ce sérum est conservé 10 jours à la glacière.
Le virus L...i (ainsi que nous l’avons déjà fait connaître) est tout à fait
réfractaire au sérum humain normal. Or, plusieurs de nos sérums de
malades du sommeil, essayés sur ce virus, ont montré une action très
nette. Par exemple, le sérum P. .t, à 1 ce., protège complètement la sou¬
ris ; le sérum S...n, s’est même montré plus actif vis-à-vis du virus L...i,
que du Tr. gamb. type. Ln revanche, pour divers sérums, l'action a été
moins intense sur le virus L...i, que sur le gambiense ; par ex., le sérum
L.. .s n’a donné qu’un retard de 3 jours (au lieu d’une survie définitive).
Nous pouvons encore noter que notre sérum F...e n’avait
qu’une activité restreinte sur le Tr. rhodensiense rendu réfrac¬
taire au sérum humain normal, alors qu’il avait gardé son acti¬
vité sur le gambiense ayant subi le contact du sérum humain nor¬
mal.
En résumé, et en nous bornant à l’action des sérums des mala¬
des infectés de Tr. gamb., sur ce même tryp., nous avons tou¬
jours constaté un pouvoir protecteur spécifique de notre sérum,
même chez des malades (K...1) guéris depuis longtemps; mais il
convient de noter que, dans certains cas (D. d., S. n.} D. n.),
l’action est peu appréciable.
M. Laveran. — Nous avons constaté maintes fois, M. Nattan-
Larrier et moi, que pour le diagnostic des trypanosomiases ani¬
males et de la trypanosomiase humaine l’épreuve du pouvoir
protecteur du sérum fournissait des renseignements beaucoup
plus constants et plus précis que les expériences d’attachement
et de trypanolyse. Si nous n’avons pas publié tous les résultats
de ces recherches, c’est qu’il nous a semblé que cette méthode
de séro-diagnostic était suffisamment connue (2).
(1) Bull Soc Path. exot, t. V, déc. 1912. pp. 883 et 890.
(2> V. notamment : A. Laveran, Ann. de l'Inst. Pasteur, 1911, t. XXV,
P- 503
M. Mesnil. — Je crois qu’il y avait intérêt à rechercher si la
réaction protectrice, dans le sérum des malades du sommeil pris
aux divers stades de l’infection ou du traitement, avait un carac¬
tère général.
lin Hæmostrongylus des bronches du Léopard
Par A. RAILLIET et A. HENRY.
Le Nématode dont nous donnons ci-après la description a
été recueilli par M. Brumpt, au cours de la Mission du Bourg
de Bozas, dans les bronches d’un Léopard ( Felis pardus L.) tué
au poste de Dongou (Congo belge), le io décembre 1902. Les
spécimens, assez nombreux, ont été conservés dans le formol.
Le corps est cylindroïde, à peu près également atténué aux deux extré¬
mités, de coloration presque uniformément grisâtre, mais laissant cepen¬
dant deviner un tube digestif plus coloré se contournant avec les organes
génitaux. La cuticule est finement striée en long; chez la femelle, on
remarque en outre, de place en place, des plis transversaux très délicats.
Par endroits, cette cuticule offre même des sortes de boursouflures ; mais
probablement s’agit-il de soulèvements accidentels, attribuables au mode
de récolte ou de conservation ; c’est ainsi que, sur la plupart des exem¬
plaires, on remarque à l’extrémité antérieure une boursouflure s’arrêtant
au niveau du pore excréteur et rappelant quelque peu le renflement cépha¬
lique des OEsophagostomes.
La bouche est entourée de six petits nodules (papilles ou lèvres?) d’ha¬
bitude non recouverts de renflements cuticulaires ; elle est suivie d’un
œsophage à peine renflé en massue dans sa région postérieure, et dont les
dimensions sont sensiblement égales dans les deux sexes : 290 à 335 g de
longueur, 58 à 68 g d’épaisseur maxima (vers le 1/6 postérieur), et 36 à
45 g d’épaisseur minima (un peu en avant de la moitié). Le collier ner¬
veux et le pore excréteur sont situés au niveau des 2/5 antérieurs de
l’œsophage. L’intestin débute avec un calibre à peu près égal à celui de
l'oesophage.
Le mâle est long de 10 mm. 5 à 12 mm. 4, épais dans sa région moyenne
de 260 à 290 g. Les côtes postérieures de la bourse caudale sont très cour¬
tes et s’insèrent sur un tronc large et assez long ; les moyennes et les anté¬
rieures sont fendues. 1! existe deux spiculés longs et grêles, striés en tra¬
vers, mesurant 780 à 940 a, non accompagnés d’une pièce accessoire.
La femelle est longue de 20 à 23 millimètres, épaisse en son milieu dé
460 à 525 g. La queue, conique à pointe mousse, présente à 35-45 g de
sa terminaison deux petites papilles latérales L’anus s’ouvre à 190-250 g
de l’extrémité. La vulve est située un peu en arrière du milieu du corps;
ainsi, sur une femelle de 22 mm. 3, elle se trouve à 12 mm. de l’extrémité
antérieure. Les utérus renferment des œufs à tous les stades et des
embryons éclos. Les œufs embryonnés mesurent 74 à 85 [x de long sur
45 à 54 de large ; les embryons, presque toujours enroulés sur eux-
mêmes montrent à l’extrémite antérieure une petite lèvre ventrale proé¬
minente et à l’extrémité caudale un appendice ondulé ; ils ont une lon¬
gueur de 250 à 270 [x et une épaisseur de 12 à 15 [x.
Il ressort de cette description que nous avons affaire à un Né¬
matode de la famille des Strongylidœ , sous-famille des Metas-
trongylinœ (ou, si l’on veut, au sous-ordre des Strongylatci, fa¬
mille des Metastrongylidœ).
On peut même le rapprocher d’emblée de V Hœmostrongylus
vasorum (Baillet, 1866), parasite du cœur droit et de l’artère
pulmonaire du Chien, dont il ne se distingue que par des carac¬
tères d’ordre tout à fait secondaire.
Fig. 1. — Bourse caudale à’ H. subcrenalus ; Gr. 250.
Fig. 2. — Extrémité caudale d’//. subcrenalus Ç ; Gr. 125.
C’est pourquoi, en dépit de son siège dans les bronches, nous
.
n’hésitons pas à en faire une simple espèce de ce genre, espèce
pour laquelle nous proposons le nom d' Hœmostrongylus sub-
crenatus n. sp., tiré des plissements transversaux de la cuticule,
qui rappellent ceux des Filaroides Van Ben. ou Crenosoma Mo-
LIN.
Voici, d’ailleurs, résumés dans le tableau ci-dessous, les prin-
- 453 —
cipaux caractères différentiels qui légitiment la création de cette
nouvelle espèce : * .
H. vasorum (Baillet)
A. Mâle.
Tronc commun des cotes postérieures :
court, à peine existant,
Longueur des spiculés :
360 à 440 g.
B. Femelle.
Forme de la queue :
arrondie.
Position de la vulve :
un peu en avant de l’anus.
Ponte :
œufs non embryonnés.
C. Habitat :
Cœur droit et art. pulmonaires,
Chien.
II. subcrenatus n. sp.
très développé.
780 à 940 g.
conique.
vers le milieu du corps.
embryons.
bronches.
Léopard.
L’introduction d’une nouvelle espèce dans le genre Hœmos-
trongylus permet de préciser comme suit les caractères de ce
genre :
Genre Hæmostrongylus Raill. et Henry, 1907. — Metastrongylidæ à
corps non capillaire. Bouche à six nodules ; tube digestif coloré se con¬
tournant avec les tubes génitaux. Bourse caudale à côtes antérieures et
moyennes fendues, à côtes postérieures courtes portées par un large tronc
plus ou moins allongé ; deux spiculés longs et greles, sans pièce acces¬
soire. Vulve en arrière du milieu du corps. Utérus... Ovipares ou vivi¬
pares. Parasites de l’appareil circulatoire ou de l'appareil respiratoire des
carnivores.
Espèce type : Hæniostrongylus vasorum (Baillet, 1866).
Q-uelques points nous paraissent intéressants à relever dans
l’histoire de ces Vers: il s’agit des rapports qui semblent exister
entre leur habitat et la rapidité de leur évolution.
L’H. vasorum vit dans le cœur droit et les artères pulmonai¬
res, où il pond des œufs à peine en voie de segmentation, qui
vont s’arrêter dans les plus fines artérioles pulmonaires ; c’est là
qu’ils achèvent leur évolution. Les embryons y éclosent, puis
émigrent dans les bronches, et sont éliminés par la voie diges¬
tive, comme il est de règle pour les parasites des voies respiratoi¬
res — notion très précieuse pour le diagnostic des affections para¬
sitaires des ces organes.
L’iT. subcrenatus habite à l’état adulte l’intérieur même des
bronches ; ses œufs évoluent complètement dans les utérus, et
ce sont des embryons que pondent les femelles.
»
Des rapports analogues se manifestent d’ailleurs entre d’au¬
tres Metastrongylidœ :
Les Synthetocaulus, qui vivent surtout dans les petites bron¬
ches ou même dans le parenchyme pulmonaire, pondent des œufs
en voie de segmentation.
Les Dictyocaulus, qui habitent les bronches de gros calibre,
pondent des œufs embryonnés.
11 semblerait donc que les Metastrongylidœ aient été primiti¬
vement des parasites de l’appareil circulatoire, mais que la plu¬
part d’entre eux aient abrégé leur séjour dans le milieu sanguin
pour se fixer dans l’appareil respiratoire et faciliter ainsi le pas¬
sage de leur progéniture dans le milieu extérieur.
Nous avons du reste fait connaître un Mêtastrongylidé (de
genre spécial, voisin de Dictyocaulus ), le Strongylus circumlitus
Raili..., 1899, qui peut se rencontrer à la fois dans les grosses
bronches et dans le cœur droit du Phoca vitulina.
Notons en terminant que, parmi les exemplaires d'Hœmo-
strongylus subcrenatus recueillis dans les bronches du Léopard,
se trouvaient deux jeunes Nématodes paraissant se rapporter au
genre Physaloptera. La présence, dans l’appareil respiratoire,
de ces Vers dont l’habitat normal est l’estomac ne serait-elle pas
l’indice également d’une évolution comportant le passage par les
voies sanguine et respiratoire ?
Dans le même ordre d’idées, on peut d’ailleurs rappeler les
observations de Florman et d’E. Yung qui ont signalé, le pre¬
mier la présence de V Hœmonchus contortus dans les bronches
du Mouton, le second celle du T richo strongylus retortœformis
dans le poumon des Lièvres. D’après ce que nous ont appris
les belles recherches de Looss sur l’évolution des Ankylosto-
mes, il serait permis de penser, dans ces cas, à une infestation par
la voie cutanée, et à un arrêt accidentel des parasites dans les
voies respiratoires.
Fréquence du parasitisme intestinal par
Ascaris lumbricoïdes et par Tricocephalus
i
trichiurus chez les habitants de la Grande Comore
«
Par A. LAMOUREUX.
A la suite d’un cas mortel d’Ascaridiase (i) survenu à l’hôpi¬
tal militaire de Majunga chez un jeune soldat originaire de la
Grande Comore et récemment arrivé à Madagascar, nous avons
été amené à rechercher les œufs de parasites dans les selles de
41 individus originaires du même pays et récemment incorporés
par l’autorité militaire à Majunga.
Voici le résultat des examens pratiqués :
Nombre de Comoriens examinés: 41.
Nombre de parasités: 39
soit 95, 1 %.
Les œufs de parasites observés ont été à l’exclusion de tous
autres ceux de :
Ascaris lumbricoïdes , Linné 1758 et Tricocephalus trichiurus ,
Linné 1771, tantôt séparés tantôt associés dans les proportions
. I • •
suivantes :
Parasités par Ascaris et Tricocéphales associés: 73,17 % des
individus examinés.
Parasités par Ascaris seul, 19,51 % des individus examinés.
Parasités par Tricocéphale seul, 2,43 % des individus exami¬
nés.
Ce pourcentage élevé du nombre des individus parasités ori¬
ginaires de la Grande Comore nous amène à chercher une com¬
paraison avec des individus originaires de Madagascar n’ayant
jamais séjourné à la Grande Comore et vivant à Majunga dans
les mêmes conditions d’habitat et d’alimentation que les recrues
comoriennne. Nous avons examiné les selles de 31 artilleurs du
régiment malgache dans lequel avaient été incorporées ces re¬
crues.
Voici le résultat de ces examens :
(1) V. ce bulletin, 11 décembre 1912, p. 842.
Nombre des individus examinés . . . 31
Nombre des individus rpar Ascaris seul . 2
parasités . . . ^par Ascaris e. . ico-associés. 1
N N j
Total des parasités . 3
soit 9,6 %.
Nous n’avons trouvé d’œufs d’aucun autre parasite.
Discussion et - conclusions :
Les Comoriens de nos observations ont été examinés à Ma-
junga plus de trois mois après leur arrivée dans cette localité.
Il est évident que dans ces limites de temps des œufs embryon-
nés d’ascaris et de tricocéphales ingérés à Majunga auraient pu
se transformer en vers adultes capables à leur tour d’émettre les
œufs que nous avons trouvés dans les selles (la transformation
de l’embryon d’ascaris en vers adul'te s’opérant en 5 ou 6 semai¬
nes et celle de l’embryon de tricocéphale en moins d’un mois
d’après Grassi et E. Calandruccio et Lutz cités par Brumpt
in Précis de parasitologie , 1910, pp. 335 et 402).
Toutefois, en raison de la disproportion considérable cons¬
tatée dans le pourcentage des parasites entre deux groupes d’in¬
dividus vivant chacun dans des conditions identiques : les tirail¬
leurs Comoriens d’uhe part et les tirailleurs malgaches d’autre
part, il ne nous paraît pas possible d’admettre que ceux-là aient
pu s’infecter à Majunga en aussi grand nombre à la presque ex¬
clusion de ceux-ci.
Force nous est donc de faire remonter l’origine de cette infes¬
tation à l’époque où les Comoriens habitaient leur pays d’ori¬
gine.
Bien que nos observations n’aient porté que sur un nombre
restreint d’individus, le pourcentage élevé (95,1 %) des Como¬
riens parasités nous a paru digne d’être signalé et nous avons
l’espoir qu’une enquête actuellement en cours nous permettra de
déterminer les raisons de l’intensité de cette variété de parasi¬
tisme.
Nota. — Les Comoriens dont nous avons examiné les selles étaient tous
des fébricitants avec troubles gastro-intestinaux.
Le sang périphérique de chacun d’eux examiné après coloration au
Giernsa ne présentait ni parasites du paludisme, ni spirochètes.
Ces états fébriles ont été fréquemment sujets à rechute. Nous n’avons
pas hésité à les attribuer au parasitisme intestinal quand nous les avons
vu céder à l’administration d’un médicament anthelminthique.
Cette remarque a son importance en pays paludéen où ces fièvres à
rechute diagnostiquées sans examen hématologique sont fréquemment
confondues avec des accès de malaria.
Action de divers médicaments sur
les Microfilaria perstans et diurna
Par P. AUBERT et F. HECKENROTH.
Au cours de nos divers essais de traitement chez des indigènes
trypanosomés porteurs de Microfilaria diurna ou perstans , nous
avions remarqué l’extrême variabilité du nombre de ces embryons
dans la circulation périphérique des malades .
Les résultats intéressants signalés par Thiroux (i), Thi-
roux et d’Anfreville (2), Lemoine (3) sur l’action de l’ Emétique
d’Aniline, l’Atoxyl, dans la filariose, nous ont engagés à pour¬
suivre ces essais thérapeutiques et à rechercher si les variations
observées étaient effectivement sous la dépendance exclusive des
agents médicamenteux utilisés:
A. — Malades porteurs de Microfilaires diurna et perstans trai¬
tés par l’Emétique d’Aniline en injections intra-veineuses:
Ces malades sont au nombre de 1 1 :
1° Moula. — Microfilaires perstans. Assez nombreuses àTexamen direct
du sang.
Reçoit du 31 mai au 30 juin 1910, 18 injections de 0,15 cg. d’émétique
d’aniline en 2 séries.
Au cours du traitement de nombreux examens directs de sang ne décè¬
lent la présence d’aucune microfilaire ;
Le malade continue à être observé jusqu’en février 1911 :
Août 1910 : Centrifugation de 10 cm1 2 3 de sang. 0 Microfilaire.
Sept. » — — . 1 Microfilaire
perstans.
Oct. » — — 0 Microfilaire.
Janv. 1911 : -- — 0 Microfilaire.
Fév. » — — 0 Microfilaire.
2° Sombé. — Microfilaires perstans. Rares à l’examen direct du sang :
Reçoit du 20 mai au 7 juillet 1911, 18 injections de 0,15 cg. d’émétique
d’aniline en 2 séries.
(1) Thiroux. De l’action de l’émétique dans la Filariose, B. S. P. E.,
1910, no 4, p. 205.
(2) Thiroux et d’Anfreville, Ibid., p. 407.
(3) Lemoine. Traitement de la Filariose par l’Atoxyl. Société médicale des
Hôpitaux , 1909.
3a
L’examen direct du sang pratiqué au cours du traitement, l’examen du
sang centrifugé effectué après le traitement en août, septembre, octo¬
bre 1911, janvier et février 1912, ne décèlent la présence d'aucune micro-
111 aire.
3° Ouenb.to. — Microfilaires diurna et perstans très nombreuses à l’exa¬
men direct du sang.
Reçoit du 2 janvier au 2 février 1911, 20 injections de 0,12 cg. d’éméti¬
que d’aniline.
Les microfilaires diurna et perstans persistent très nombreuses dans les
divers examens de sang centrifugé pratiqués pendant et après le traite¬
ment.
4° Kongoumbi. — Microfilaires diurnes : non rares.
Microfilaires perstans : rares à l’examen direct du sang.
Reçoit du 18 décembre 191 1 au 27 janvier 1912, 0 injections de 0,13 cg.,
fl injections de 0,12 cg. et 4 injections de 0.10 cg. d'émétique d’aniline :
Le contrôle de l’activité du traitement effectué dans des conditions iden¬
tiques à celles des malades précédents donne comme résultat :
Microfilaires perstans ■=. 0 ;
diurna : rares.
3° Boumba Tl I. — Microfilaires perstans et diurna. Nombreuses à l’exa¬
men direct du sang :
Reçoit du 2 janvier au 2 février 1912, 20 injections de 0,12 cg. d’émé¬
tique d’aniline :
Contrôle du traitement : aucune modification dans le nombre des para¬
sites observés.
0° Sidiki-Diaketé. — Microfilaires diurnes et perstans très nombreuses à
fexamen direct du sang :
Reçoit du 3 janvier au 3 février 1912, 20 injections de 0,12 cg. d’émé¬
tique d’aniline.
Contrôle du traitement : aucune modification dans le nombre des para¬
sites observés.
7° Lougangui. — Microfilaires diurna et pers tans. Très nombreuses à l’exa¬
men direct du sang :
Reçoit du 3 janvier au 13 février 1912, 20 injections de 0,12 cg. d’émé¬
tique d’aniline.
Contrôle du traitement : aucune modification dans le nombre des para¬
sites observés.
8° Kougoumbi. — Microfilaires diurna et perstans. Rares à l’examen
direct du sang.
Reçoit du 19 décembre 1911 au 27 janvier 1912, 20 injections de 0,13 cg.
d’émétique d’aniline.
Contrôle du traitement :
Le 29 janvier : Microfilaires perstans — 0.
» diurna — rares.
• Le 22 avril : Microfilaires diurna — 0.
» perstans — rares.
9°-l 1° Pitchialé, Bombou. Penda. Indigènes chez lesquels on observe
avant le traitement des microfilaires perstans et diurna , rares, rares,
assez nombreuses et qui reçoivent respectivement 13,8 et IG injections
d’émétique d’aniline, ne présentent également aucune variation du
nombre des parasites.
— 4^9 —
v * * t 1
B. — Malades porteurs de Microfilaires diurna et perstans trai¬
tés par l’atoxyl, l’arsénophénylglycine, le « 606 ».
Les Arsenicaux, dans nos expériences, n’ont exercé aucune ac¬
tion sur les microfilaires. Les essais de traitement effectués avec
l’atoxyl, l’a.ph.gl., le 606 chez des indigènes parasités par les
Microfilaria perstans et diurna , ont été nettement négatifs ; nous
nous dispenserons donc de reproduire les observations des ma¬
lades.
Conclusions. — Nous estimons avec Marchoux (i), — qui a
noté, comme nous, l’inactivité de l’émétique d’aniline sur la Mf.
diurna, — qu’il n’est pas possible, si l’on n’a fait qu’un petit
nombre d’examens, de préjuger de l’abondance des embryons de
Pilaires et même de leur disparition.
L’extrême variabilité du nombre des microfilaires (variabilité
locale, journalière, saisonnière) dans le sang périphérique des
malades, dont elles disparaissent parfois momentanément pour
réapparaître ensuite après un laps de temps variable, est un fait
d’observation qui doit nous imposer quelque réserve dans l’in¬
terprétation des résultats de nos interventions thérapeutiques.
En raison même de ces considérations et en nous appuyant
sur les observations de nos malades, nous ne pensons pas que
l’on puisse attribuer soit aux arsenicaux, soit à l’émétique d’ani¬
line, une action thérapeutique indiscutable dans la « Filariose ».
( Institut Pasteur de Brazzaville.)
(1) Marchoux. Bull. Soc. Path. c.xot., t. III, nov. 1910.
Mémoires
Recherches expérimentales sur
le Toxoplasma gondii
Par A. LAVERAN et M. MARULLAZ.
Nos recherches, faites avec le Toxoplasma gondii, Nicolle et
Manceaux (i), ont ponté sur les animaux suivants: souris, mulot,
campagnol, rat, lérot, lapin, cobaye, taupe, musaraigne, chien,
poule, pigeon, Padda oryzivora, lézard, grenouille.
Souris. — Comme l’ont annoncé C. Nicolle et Mme Co-
nor (2), la souris est très sensible au Tox. gondii.
40 souris blanches inoculées, dans le péritoine, avec l’exsudât
péritonéal, dilué dans l’eau physiologique, de souris infectées de
Tox. gondii , ont toutes contracté des infections mortelles^ la
durée de la survie a été en moyenne de 5 jours, 33 (maximum,
7 jours; minimum, 4 jours); il est donc très facile de garder le
virus dans les laboratoires en inoculant tous les trois jours une
souris dans le péritoine. Les inoculations sous-cutanées ou intra¬
musculaires réussissent également, mais l’inoculation intrapéri¬
tonéale a le grand avantage de fournir une source de virus d’un
accès facile sur l’animal vivant. La ponction de l’abdomen, à
l’aide d’une pipette, fournit, à partir du 2e jour de l’inoculation,
un liquide visqueux, trouble, dans lequel on trouve des toxo¬
plasmes en plus ou moins grand nombre. Les parasites sont plus
nombreux quand l’exsudât est peu abondant, nettement visqueux,
que dans les cas où il est abondant, séreux.
Nous ne reviendrons pas ici sur la description bien connue du
Tox. gondii (3).
Dans les frottis du foie et de la rate on trouve toujours des toxoplasmes.
(1) Nous rappelons que nous devons le virus qui a servi à nos recherches à
la grande obligeance de M. le Dr C. Nicolle.
(2) C. Nicolle et Marthe Conor, Soc. de path. exotique , 12 mars 1913.
(3) C. Nicolle et L. Manceaux, Acad, des Sciences , 26 oct. 1908 et 8 fé¬
vrier 1909. — C. Nicolle et Mme Conor. op. cit. — A. Laveran et M. Marul-
laz, Acad, des Sciences, 28 avril 1913.
Sur 25 souris examinées, les toxoplasmes ont été notés : pour le foie :
nombreux 3 fois, assez nombreux 18 fois, rares ou très rares 4 fois ; pour
la rate : nombreux 4 fois, assez nombreux 13 fois, rares ou très rares 8 fois.
Les parasites se voient sur les coupes histologiques, ce qui prouve qu’ils
n’existent pas seulement à la surface péritonéale des viscères. Les pou¬
mons, surtout au niveau des parties congestionnées, montrent aussi des
toxoplasmes plus ou moins nombreux. Sur 10 souris chez lesquelles la
moelle osseuse a été examinée, des toxoplasmes rares ou très rares ont
été notés 3 fois seulement. Sur 17 souris, l’examen du sang a été négatif
0 fois, positifs fois ; les toxoplasmes étaient toujours très rares.
Chez les souris qui meurent de toxoplasmose, la rate est d’ordinaire aug¬
mentée de volume. Pour 16 souris, du poids moyen de 15 g. 15, le poids
moyen de la rate était de lOcg. 50. Les poumons sont souvent conges¬
tionnés.
Trois souris grises inoculées dans le péritoine se sont infectées
comme les souris blanches.
Mulot (Mus sylvaticus, L.). — Deux mulots, inoculés dans le
péritoine sur souris, se sont infectés, et sont morts tous les deux
en 4 jours. Les toxoplasmes étaient nombreux dans l’exsudât pé¬
ritonéal des deux mulots, ainsi que dans la rate et le foie de l’un
d’eux, rares dans la rate et le foie de l’autre.
Campagnol (Micro tus arvalis, Pallas). — Six campagnols, ino¬
culés dans le péritoine sur souris, se sont infectés et sont morts
en 4 à 6 jours (4 jours, 33 en moyenne) avec toxoplasmes nom¬
breux dans l’exsudât péritonéal, non rares dans le foie et dans
la rate.
Rat. — Deux rats blancs inoculés, le premier dans une veine
de la queue, le second dans le péritoine, avec l’exsudât péritonéal
'de souris infectées de toxoplasmose, n’ont présenté aucun trouble
morbide. La ponction abdominale, pratiquée chez le second rat
3 jours après l’inoculation intrapéritonéale, a donné quelques
gouttes d’exsudat dans lequel il a été impossible de trouver des
toxoplasmes. Les rats, inoculés le 31 mars 1913, sont en très bon
état deux mois après.
C. Nicolle et Mme Conor ont inoculé sans succès 10 rats
blancs avec le Tox. gondii et L. Magnaghi a eu le même résultat
négatif sur les rats avec le Tox. cuniculi (1).
Lérot (Myoxus nitela, Schreber). — Un lérot a été inoculé,
dans le péritoine, sur souris, le 3 avril 1913. Des ponctions pé¬
ritonéales, pratiquées les 7 et 15 avril, n’ont pas donné une seule
(1) C. Nicolle et Mme Conor, op. cit. — L. Magnaghi, Soc. tncd. <s hirurg .
di Pavia, 15 juillet 1912.
goutte d’exsudat. A la date du 30 mai 1913, le lérot est en très
bon état.
Lapin. — Nous avons montré que le lapin était sensible au
Tox. gondii, comme au Tox. cuniculi, et que si l’inoculation
intrapéritonéale échouait assez souvent chez cet animal, comme
l’ont dit C. Nicolle et1 Mme Conor, l’inoculation intraveineuse
était toujours efficace (1).
5 lapins inoculés dans la veine marginale d'une des oreilles ont suc¬
combé en 4 à 7 jours ; 3 de ces lapins étaient jeunes (480 g. à 580 g.) ; les
2 autres étaient adultes (t kg. 160 et 2 kg. 120).
1 lapin adulte inoculé dans le tissu conjonctif sous-cutané est mort en
8 jours.
De 6 lapins inoculés dans le péritoine, 3 seulement ont eu des infections
mortelles, ils ont succombé en 7 à 8 jours ; l'un d’eux était jeune (550 g.),
les deux autres étaient adultes.
Des 3 lapins cpii ont résisté à l'inoculation intrapéritonéale, le 1er, du
poids de 830 g., a été réinoculé sans succès sous la peau ; sacrifié en bon
état, 17 jours après la première inoculation, il n’a montré aucune altéra¬
tion, aucun toxoplasme; le 2e, du poids de 875g., après l’insuccès de
l'inoculation intrapéritonéale, a été réinoculé à deux reprises dans la veine
marginale d’une des oreilles, il a très bien supporté ces injections toujours
mortelles chez les lapins neufs ; le 3e, du poids de 2 kg. 445, inoculé dans
le péritoine avec l’exsudât péritonéal d’une souris., très dilué et conservé
48 heures à la glacière, n’a présenté aucun symptôme morbide et il a bien
supporté une réinoculation faite dans la veine. Il ne paraît pas douteux
que ces derniers lapins se sont trouvés vaccinés à la suite d’une infection
légère, provoquée par l’inoculation intrapéritonéale.
L’amaigrissement est un symptôme constant de l’infection chez
les lapins.
Chez les lapins inoculés dans le péritoine, il se produit sou¬
vent un exsudât péritonéal très abondant, mais dans lequel les
toxoplasmes sont très rares.
La rate est toujours hypertrophiée; dans les frottis de rate,
on trouve des toxoplasmes d’ordinaire assez nombreux.
Le foie hypertrophié présente un aspect granité semblable à
celui qui a été décrit chez les lapins infectés par le Tox. cuniculi /
les altérations histologiques produites par les deux toxoplasmes
sont les mêmes.
Dans les frottis des poumons, souvent congestionnés, on trou¬
ve des toxoplasmes assez nombreux.
Les parasites sont rares dans la moelle osseuse.
Cobaye. — 3 jeunes cobayes de 132 à 207 gr. inoculés sur
(1) A. Laveran et M. Marullaz, Acad, des Sciences, 25 mars 1913 et Soc .
de path. exotique , 9 avril 1913.
— 403 —
souris, dans le péritoine, se sont infectés et sont morts en 3, 4
et 5 jours.
A l’autopsie, le péritoine contenait un exsudât abondant (de 8
à 15 cm3) dans lequel on trouvait des toxoplasmes. Dans les frot¬
tis du foie et de la rate, les parasites étaient rares chez un des
cobayes, nombreux ou assez nombreux chez les deux autres. Chez
deux des cobayes l’existence de toxoplasmes rares a été notée
dans les poumons. L’examen du sang a été négatif chez les 3
cobayes.
C. Nicolle et Manceaux n’on<t réussi à infecter que 1 cobaye
sur 12 inoculés par la voie péritonéale avec le Tox. gondii et C.
Nicolle et Mme Conor 4 cobayes sur 17. La réceptivité de nos
cobayes s’explique sans doute par leur jeune âge.
Taupe ( Talpa enropœa, L.) — 3 taupes inoculées dans le péri¬
toine sur souris se sont infectées et sont mortes en 2, 3 et 10 jours.
Chez les 3 taupes, les toxoplasmes étaient nombreux dans l’ex¬
sudât péritonéal. Chez les taupes mortes en 2 et 3 jours, les para¬
sites étaient assez nombreux dans le foie et dans la rate qui avait
un volume à peu près normal ; chez la taupe qui avait résisté pen¬
dant 10 jours, ils étaient très nombreux dans le foie et dans la
rate, fortement hypertrophiée ; poids de la taupe 70 g., poids de
la rate 45 cg.
Il était intéressant de constater que la taupe était sensible au
Tox. gondii. Prowazek a trouvé dans les frottis du foie d’une
taupe du Japon un toxoplasme pour lequel il a créé une espèce
nouvelle: Tox. talpœ. Ce parasite, par sa forme et sa structure,
rappelle de très près les toxoplasmes du lapin et du gondi, mais il
atteint des dimensions supérieures à celles de ces derniers para¬
sites : 7 à 10 y de long, sur 2 à 5 y de large (1).
Musaraigne ( Sorex vulgciris, L.) — 2 musaraignes inoculées
sur souris, dans le péritoine, ne se sont pas infectées. L’examen
d’une goutte de l’exsudât péritonéal fait chez une des musarai¬
gnes trois jours après l’inoculation a montré que les toxoplasmes
injectés avaient disparu, ces 2 musaraignes ont survécu. 2 autres
musaraignes, inoculées comme les premières, sont mortes toutes
deux 8 jours après l’inoculation. A l’autopsie, nous avons cons¬
taté de l’hypertrophie de la rate (poids des musaraignes, 7 g. 50
et 9 g. ; poids des rates, 20 cg et 40 cg.) ; les toxoplasmes étaient
rares ou très rares dans le foie, la rate et les poumons.
(1) S. v. Prowazek, Arch. f. Schiffs u. Trop. Hyg., 1910, t. XIV, p. 297.
Hérisson. — 3 hérissons ont été inoculés.
1° Un hérisson pesant 600 g. est inoculé sur souris, dans le tissu con¬
jonctif sous-cutané, le 22 avril 1913. Le 6 mai, le hérisson pèse 720 g., il
est réinoculé sur souris dans le péritoine. Le 30 mai, le poids est de 880 ;
l’examen du sang révèle des -toxoplasmes très rares. 10 juin, paraît guéri.
2° Un hérisson pesant 680 g. est inoculé le 28 avril 1913, sur souris,
dans le tissu conjonctif sous-cutané; il meurt le 29 mai. Des abcès de la
paroi abdominale ont contribué sans doute à amener la mort. Pas d’exsu-
dat péritonéal. La rate est grosse. Poids du corps, 540 g. ; poids de la
rate, 5 g. 50. Toxoplasmes rarés dans le sang, un leucocyte contient six
toxoplasmes ; les parasites sont très rares dans la rate et dans le foie
3° Un hérisson pesant G70 g. est inoculé le 28 avril 1913, sur souris,
dans le tissu conjonctif sous-cutané. Le hérisson est trouvé mort le
29 mai ; il pèse 730 g. ; la rate, fortement hypertrophiée, pèse 5 g. 50, ce
qui semble annoncer qu’il y avait infection, malheureusement le cadavre
est en voie de putréfaction, ce qui empêche la recherche des toxoplasmes.
Il n’est pas douteux, d’après ces faits, que le hérisson puisse
s’infecter par le Tox. gondii.
• Chien. — Nous avons inoculé 3 jeunes chiens par la voie vei¬
neuse, l’un d’eux, inoculé à trois reprises, n’a montré aucun symp¬
tôme morbide, et les examens de son sang ont toujours été né¬
gatifs, les deux autres chiens se sont infectés ; nous résumons
leurs observations (1). . ,
1° Un chien âgé de 3 mois environ, pesant 3 kg. 800 estinoculé le 2 mai
1913, dans Tune des saphènes, avec l’exsudât péritonéal, dilué dans l’eau
physiologique, d’une souris infectéede Toxoplasma gondii. — 6 mai, le chien
pèse 4 kg. 100. Examen du sang négatif au point de vue de l’existence des
toxoplasmes. — 15 mai, le chien maigrit, il ne pèse plus que 3 kg. 770.
Fièvre légère : 39° les 14 et 15 mai, 39°2 le 16. Examen du sang négatif.
— 18 mai, poids : 3 kg. 330. Rien aux yeux: un peu de jetage. — 20 mai,
maigreur extrême ; poids : 3 kg. 020. La cornée du côté gauche est à demi
opacifiée. Mort le 20 mai au soir.
Pas d’exsudat péritonéal. La rate pèse 10 gr. Foie, reins d’aspect nor¬
mal. Le lobe moyen du poumon droit est hépatisé; il existe dans le pou¬
mon gauche plusieurs foyers d’hépatisation. Des toxoplasmes rares ou
très rares existent dans les frottis de la rate, de la moelle osseuse et des
parties hépatisées des poumons ; les frottis faits avec les parties saines
des poumons ne montrent pas de parasites.
2° Un jeune chien, pesant 4 kg. 350, est inoculé le 14 avril 1913 dans
une des veines saphènes avec l’exsudât péritonéal dilué de souris forte¬
ment infectées par le Toxoplasma gondii. — 16 avril, poids : 4 kg. Exa¬
men du sang négatif, pas de toxoplasmes. — 22 avril, poids : 4 kg. 120.
— 25 avril, le chien maigrit, mange peu, poids : 3 kg. 920. — 28 avril,
poids : 3 kg. 850 ; toxoplasmes rares dans le sang, vu un leucocyte ren¬
fermant 9 parasites. — 30 avril, l’amaigrissement augmente, poids :
(1) Un de ces chiens, celui de l’observation no 2, a été présenté à la Société
de pathologie exotique dans la séance du 14 mai 1913.
3 kg. 750 ; un peu de fièvre, 39°4 le 30 avril et 39°G le 1er mai ; l’examen
du sang fait le 30 révèle l’existence de toxoplasmes très rares. — 2 mai,
amaigrissement très marqué, poids : 3 kg. 350 ; le chien mange très peu.
Pas de toxoplasmes à l’examen du sang, leucocytose marquée (polynu¬
cléaires) la température se maintient aux environs de 39°. — 6 mai, poids :
3 kg. 370. La cornée droite s'est opacifiée rapidement, dans une grande
partie de son étendue. Yeux chassieux un' peu de jetage. Pas de toxo¬
plasmes à l’examen du sang. — 7 au 11 mai. La température se maintient
aux environs de 39°. Le chien continue à maigrir, il ne pèse plus le 11 mai
que 3 kg. 260. L’opacité de la cornée droite a augmenté, il n’y a pas
d’hypopion. Yeux chassieux. Jetage de muco-pus dans lequel on trouve
de nombreux globules de pus sans toxoplasmes. Respiration gênée, toux.
- — 14 mai, poids : 3 kg. 370. L’opacité de la cornée a beaucoup diminué;
elle n’occupe plus que le tiers environ de la surface de la cornée. —
18 mai, poids : 3 kg. 450. L’opacité de la cornée a encore diminué; la
blépharo-conjonctivite persiste. — 24 mai, le poids augmente, il est
aujourd'hui de 3 kg. 500 ; la cornée a repris son aspect normal; la blé¬
pharo-conjonctivite est moins forte. — 26 mai, poids : 3 kg. 700. Le chien
paraît être en bonne voie de guérison. Depuis le 18, la température est
inférieure à 39°, c’est-à-dire normale. — 6 juin, le chien continue à aug¬
menter de poids, il pèse 3 kg. 900.
Il était important de démontrer que le chien pouvait être infecté
par le Tox. gondii; C. Nicolle et Mme Conor avaient inoculé
sans succès un jeune chien avec ce toxoplasme, et un chien inoculé
par Splendore avec le Tox. cuniculi, et devenu malade, n’avait
pas présenté de toxoplasmes à l’autopsie ; ces faits pouvaient être
invoqués par les observateurs qui ont attribué la toxoplasmose
du chien à un parasite autre que Tox. cuniculi et Tox. gondii.
En iqio, Mello a décrit, sous le nom de Toxoplasma canis, un
toxoplasme qu’il avait trouvé à Turin dans les viscères d’une
chienne de 4 mois, morte dans un état cachectique : amaigrisse¬
ment extrême, anémie avec mouvements fébriles (1). A l’autop¬
sie : rate légèrement hypertrophiée, foie grossi, parsemé de pe¬
tits nodules blanchâtres, reins congestionnés; muqueuse de l’in¬
testin grêle ulcérée ; poumons présentant des zones œdémateu¬
ses ; moelle osseuse rouge.
Les toxoplasmes qui étaient nombreux dans le foie, un peu
moins nombreux dans le poumon, la rate et l’intestin (au niveau
des ulcérations) avaient les caractères des Tox. gondii et Tox. cu¬
niculi, à cela près qu’ils étaient plus petits que ces derniers; les
plus gros mesuraient 1 y, 5 à 2 y de long, les plus petits o j*,5
seulement.
En 1911, Carini a observé à Sâo Paulo (Brésil), chez un jeune
setter, une infection naturelle par un toxoplasme qu’il a iden-
(1) U. Mei.lo, Bullet. Soc. path. exotique , 1910, t. III, p. 359-
tifié au Tox. cuniculi (2). Les toxoplasmes ont été trouvés en plus
ou moins grand nombre dans les frottis des poumons, de la rate,
du foie, des reins, de la moelle osseuse..
Un chien adulte, inoculé sur le chien infecté naturellement, ne
s’est pas infeot'é mais un jeune chien, inoculé sous la peau, est
mort en 12 jours avec des parasites dans le foie et dans la rate.
2 pigeons inoculés se sont infectés. Les toxoplasmes mesuraient
5 à 9 ^ de long.
M. et Mme Yakimoff ont constaté l’existence de la toxoplas¬
mose à Francfort chez un chien qui avait été inoculé avec le vi¬
rus tunisien de la Leishmania infantum (2). Les dimensions du
parasite étaient les mêmes que celles du Tox. gondii ; il n’est pas
impossible que la toxoplasmose ait été inoculée au chien en même
temps que la leishmaniose, cependant M. et Mme Yakimoff
concluent que le toxoplasme du chien de Francfort doit être iden¬
tifié, non au Tox. gondii ou au Tox. cuniculi , mais au Tox .
canis.
On ne peut invoquer à l’appui de l’existence d’un toxoplasme
spécial au chien que le fait de Mello, en raison des petites di¬
mensions assignées au parasite; encore faut-il faire remarquer
que, pour un même toxoplasme, les dimensions sont assez varia¬
bles (3).
L’infection produite, chez le chien, par le Tox. gondii est ca¬
ractérisée surtout par de l’amaigrissement; avec des poussées fé¬
briles. Les deux chiens qui se sont infectés ont présenté de l’o¬
pacité cornéenne, passagère chez l’un d’eux. Dans un des cas, la
maladie s’est terminée par la mort; dans l’autre cas ,1a toxoplas¬
mose, bien caractérisée par la présence des parasites spéciaux
dans le sang, a produit une cachexie qui, contre notre attente,,
s’est dissipée; le chien paraît être en bonne voie de guérison.
Chez le chien qui est mort avec des foyers de pneumonie, des
toxoplasmes ont été trouvés dans les frottis de la rate, de la
moelle osseuse et des parties hépatisées des poumons.
Oiseaux. — • Carini et Splendore ont montré que le Tox. cuni¬
culi est inoculable au pigeon et à divers passereaux (4).
fi) A. Carini, Bullet. Soc. path. exotique. 11 oct. rqn. t. IV. p. 518.
(2) W.-L Yakimoff et N. Kohl-Yakimoff, Soc. de path. exotique, 8 nov.
1911 et Arch. f. Protistènkunde, 1912.
(3'! A. Laveran et M. Marullaz, Acad, des Sciences, 1913, t. 156, p. 1299.
(4) A. Carini, Soc. de path. exotique , 13 oct. 1909. — A. Splendore, même
Soc., même séance et Pathologica , 15 janvier 1913. .
— \^7 —
C. Nicolle et Mme Conor ont réussi à infecter des pigeons
avec le Tox. gondii.
Nos recherches ont porté sur le pigeon, le Pcidda oryzivora et
la poule.
De 6 pigeons inoculés clans le péritoine ou clans les veines, sur souris,
un seul paraît s’être infecté ; il est mort 23 jours après l'inoculation, avec
des toxoplasmes très rares clans la rate.
Après de nombreux passages par souris, le Tox. gondii paraît perdre
sa virulence pour le pigeon ; à la date du 28 mars 1913, le l)r C. Nicolle,
écrivait à l’un de nous : « Actuellement, mon virus n’infecte plus le
pigeon ».
3 Padda oryzivora ont été inoculés, dans le péritoine, sur souris. Le
premier est mort 7 jours après l’inoculation avec des toxoplasmes très
nombreux dans l’exsudât péritonéal, assez nombreux dans le foie et la
rate ; le deuxième est mort 10 jours après l’inoculation avec des toxo¬
plasmes très nombreux dans l’exsudât péritonéal, rares dans le foie et
la rate ; le troisième a survécu et n’a présenté aucun trouble morbide
apparent.
3 autres paddas inoculés avec l’exsudât péritonéal ou le produit du
broyage du foie d’un des paddas infectés sur souris, sont morts en 5, 6
et 7 jours avec des toxoplasmes dans le foie et la rate.
Enfin 3 paddas, inoculés sur ces derniers, sont morts avec des toxo¬
plasmes non rares dans l’exsudât péritonéal, très rares dans le foie et la
rate. La virulence du toxoplasme pour ces oiseaux a été visiblement en
s’atténuant avec les passages.
Nous avons inoculé sans succès, dans le péritoine, sur souris, un Quelea
sanguinirostis et un autre Passéridé africain.
Une poule, inoculée dans la veine sur souris, ne s’est pas infectée. Chez
un coq, inoculé dans une des caroncules, il s’est formé au point d’ino¬
culation un épanchement de sérosité dans lequel des toxoplasmes ont
été retrouvés au bout de 5 et de 8 jours ; l’infection ne s'est pas géné¬
ralisée.
Grenouilles. Lézards. — Splendore dit avoir réussi à infec¬
ter quelques grenouilles de l’espèce Cystignatum acellatum avec
le Tox. cuniculi (i).
C. Nicolle et Mme Conor ont inoculé, sans succès, 2 grenouil¬
les et 2 crapauds avec le Tox. gondii ( op . cit.).
Nous avons inoculé 3 grenouilles ( Ranci esculenta) dans le pé¬
ritoine, dans le sac lymphatique dorsal ou dans les muscles et
2 lézards ( Lacerta viridis) ; aucun de ces animaux ne s’est infecté,
les toxoplasmes injectés dans la cavité péritonéale des grenouil¬
les, ou des lézards ont disparu rapidement. Chez une des gre¬
nouilles, l’existence de Drepanidium aurait pu faire croire à celle
de Toxoplasma.
(1) A. Splendork, Pathologica . 15 janvier 1913.
t
— 468 — ‘
*
* *
En résumé, nous avons inoculé le Tox. gondii: i° avec succès,
à la souris, au mulot, au campagnol, au lapin, au cobaye, à la
taupe, au hérisson, à la musaraigne, au chien, au pigeon, au
Paddq oryzivora ; 20 sans succès, au rat, au lérot, à la poule, à
plusieurs Passéridés exotiques, à des grenouilles et à des lézards.
Dans un travail antérieur, nous avons constaté que, au point
de vue morphologique, le Tox. gondii pouvait être identifié au
Tox. cuniculi (1); la même remarque s’impose pour ce qui con¬
cerne l’action pathogène. Les deux virus présentent cette curieuse
particularité d’être inoculables à des animaux appartenant à des
classes différentes (Mammifères et Oiseaux), alors que, de deux
espèces voisines (souris et rat par exemple), l’une peut être sensi¬
ble et l’autre réfractaire.
L’existence, en tant qu’espèces distinctes, du Tox. cuniculi,
du Tox. canis et du Tox. talpœ ne nous paraît pas démontrée.
M. Mesnil. — Nous avons reconnu aussi, M. Sarrailhé et
moi, au cours de nos recherches sur le même Toxoplasma, que le
rat était réfractaire même à l’inoculation intraveineuse; et nous
avons réussi également à infecter un jeune chien inoculé dans la
veine.
En poursuivant nos recherches sur les souris, nous avons dé¬
couvert que le Toxoplasma gondii traversait les muqueuses non
lésées, en particulier la muqueuse vaginale. Il peut même déter¬
miner une inflammation très intense de cette dernière muqueuse;
et on recueille dans le vagin un exsudât leucocytaire visqueux
contenant de nombreux toxoplasmes, vivants et virulents. Ces
recherches donneront lieu très prochainement à une note préli¬
minaire.
Prophylaxie du paludisme en Italie
Par J. LEGENDRE.
Au cours d’une mission en Italie pour l’étude de la prophy¬
laxie de la malaria dans les régions rizicoles, j’ai eu l’occasion de
<i) Acad, des Sciences, 1913, t. 136, p. 1302.
recueillir des documents pleins d’intérêt qu’il me paraît utile de
communiquer à la Société de pathologie exotique. Deux, au
moins, de nos grandes colonies: Madagascar et l’Indo-Chine
sont appelées à bénéficer largement de l’application de la mé¬
thode italienne d’assainissement des rizières par la pisciculture .
Les rizières de Lombardie sont comme nos rizières coloniales
<( le paradis des larves d’ Anophèles ». Primitivement limitée
aux bas-fonds où toute autre culture était impossible, la rizicul¬
ture en Lombadie en raison des profits qu’elle procure, s’est
étendue à tous les terrains qu’on pouvait recouvrir d’eau. Mal¬
heureusement la malaria a suivi un accroissement parallèle et a
fait à la rizière une réputation fâcheuse, mais justifiée, d’insalu¬
brité. Les découvertes de La ver an et de Ross ayant' ouvert la
voie à une prophylaxie rationnelle, la campagne antipaludique
qui s’engagea en Italie et qui dure encore comprit dans son pro¬
gramme l’assainissement des rizières, concurremment à la qui-
noprophylaxie et à la protection mécanique.
La défensive contre les moustiques ne donnant que des résul¬
tats inconstants on pensa à prendre V offensive par des mesures
antilavaires. C’est à Terni (i) que revient le mérite d’avoir pré¬
conisé le premier en Italie l’utilisation des poisons pour la des¬
truction des larves d’Anophèles et d’autres moustiques. Dès
1906 il recommanda l’émission dans les rizières de carpes,
de tanches, ou d’anguilles, c’est-à-dire de poissons ayant une va¬
leur alimentaire et prit parti contre le « million » des Barbades,
poisson minuscule, bon mangeur de larves, , mais sans intérêt
par ailleurs. On fit choix dans un but à la fois économique et hy¬
giénique de la carpe-miroir ( Cyprinus carpio , var. specularis)
qu’on fit venir d’Allemagne. Elle a sur la carpe commune l’a¬
vantage de se développer plus rapidement. Supino (2), directeur
de la station hydrobiologique de Milan, avec le concours de la
Société agraire de Lombardie et la collaboration de Lanzi com¬
mença en 1908 dans onze propriétés des environs de Milan des
expériences de carpiculture qui furent continuées les années sui¬
vantes. Je me bornerai à en indiquer succinctement la pratique et
les résultats.
On met en juin dans les rizières, à raison de 2.000 par hectare,
des alevins de carpes-miroir du poids de quelques milligrammes.
(1) Terni. — La piscicoltura nella lotta contre la malaria.
(2) Supino. — La carpa. Cenni biologici e pratici, Milan, 1913.
— 47°
La pose d’un treillis métallique à l’orifice d’entrée de l’eau dans
la rizière pour empêcher la sortie des poissons et le creusement
d’un sillon profond de o m. 25 sont les seules dispositions impo¬
sées à l’agriculteur par la présence des carpes. Les rizières que
j’ai visitées dans le Milanais sont à une seule bouche et forment
un véritable marais artificiel où l’eau stagne complètement; on
règle la hauteur d’eau d’après le développement de la céréale;
elle oscille, quand le riz a terminé sa croissance entre o m. 15 et
o m. 20 ; elle ne dépasse jamais o m. 20.
Les jeunes carpes passent environ trois mois dans la rizière
d’où elles sont retirées au moment de la récolte, qui se prati¬
que à sec. Grâce à la nourriture abondante que leur a fournie la
rizière, elles ont atteint le poids de 100 à 150 g. Elles passent
l’hiver dans un bassin où on leur jette de temps à autre quelques
débris de cuisine.
L’été suivant on les met à nouveau dans la rizière ; à la mi-sep¬
tembre, moment de la récolte, leur poids s’est accru considéra¬
blement et atteint 5, 6, 7, 8 fois, et même dans une expérience
14 fois le poids initial, c’est-à-dire celui qu’elles avaient trois
mois auparavant. Supino résume ainsi ses expériences avec les
poissons de 2e année. « Au printemps suivant on mit dans la ri¬
zière le reste des carpes, soit 1.445 individus du poids moyen de
130 g. chacun et du poids total de 200 kg. A peine deux mois et
deniti plus tard on en retira 1.362 carpes du poids moyen de
790 g. chacune et du poids total de 1 .075 kg. »
Quant au riz il se trouve bien de la présence des carpes; les
compartiments empoissonnés exigent moins de sarclage que les
compartiments témoins (or le sarclage est une opération coûteuse)
et le rendement en céréales est au moins égal ou même supérieur
de 2 à 6 quintaux par hectare.
« On peut déclarer aujourd’hui que la carpiculture est entrée
dans la pratique; ceci est prouvé par les bons résultats qu’elle
a procurés jusqu’ici et par les nombreuses demandes d’alevins
faites par les propriétaires et les fermiers de rizières. »
A la station expérimentale de riziculture de Vercelli on est
également en faveur de la pisciculture qu’on veut étendre à toute
la région. A Pavie où on fait de la carpe depuis deux ou trois
ans, les agriculteurs annoncent les mêmes résultats inespérés.
C’est qu’on avait jugé, jusqu’à présent, de l’accroissement de la
carpe d’après son élevage en étang; dans les rizières, le déve-
loppement est beaucoup plus rapide, grâce, peut-être, au peu
■d’épaisseur de la couche d’eau qui s’échauffe plus vite et devient
plus favorable à la petite faune aquatique dont se nourrissent les
carpes.
Après la 2e saison en rizière, à l’âge de 16 mois, la carpe est
consommée ou vendue à un prix très avantageux. La carpicul-
•ture, m’a déclaré un riziculteur, « est l’élevage le plus rémunéra-
reur ». Elle suscite, je puis le dire, un véritable enthousiasme
•chez ceux qui la pratiquent et qui dans le Milanais représentent
le dixième des riziculteurs.
Au point de vue de l’assainissement des rizières, les résultats
n’ont pas été aussi bien enregistrés; aucune expérience métho¬
dique n’a été conduite à ce sujet, les résultats économiques ayant
fait passer au second plan l’objectif hygiénique. Cependant,
Golgi, de Pavie, a reçu les déclarations spontanées de plusieurs
propriétaires qui, après avoir mis des carpes dans leurs canaux,
•étangs ou rizières, ont été débarrassés des moustiques qui les har¬
celaient dans leurs habitations. Un riziculteur de la banlieue
de Milan, possédant des rizières permanentes à proximité des
logements occupés par sa famille et son personnel, s’est mis à
pratiquer depuis deux ans la carpiculture ; comme conséquence,
on a supprimé les moustiquaires devenues inutiles. Dans cette
même propriété, le médecin a constaté au cours de la dernière sai¬
son, une disparition complète de la malaria, résultat qu’il attri¬
bue, les autres conditions n’ayant pas varié, à l’intervention des
poissons.
Terni, examinant le contenu stomacal de petites tanches prises
dans des rizières, y trouvait de 60 à So larves d’Anophélines et
de Culicines chez chacune d’elles.
Il n’est pas nécessaire, je pense, d’insister ici, sur les multiples
avantages que nos deux grandes colonies rizicoles, Madagascar
•et l’Indo-Chine, sont appelées à retirer de la pisciculture prati¬
quée comme en Lombardie: assainissement des rizières, amélio¬
ration du régime alimentaire des indigènes, trop pauvre en azote,
nouvelle et importante ressource apportée à l’agriculteur, pres¬
que sans peine et sans frais, conditions souvent exigées aux colo¬
nies. Ces raisons imposent d’autant mieux l’introduction de la
pisciculture dans ces deux possessions qu’il serait difficile ou
impossible pour des motifs politiques et climatériques d’appor¬
ter des restrictions à la culture du riz en créant des « zones de pro-
tection » autour des villes. Le moyen qui s’offre de concilier les
intérêts de l’hygiène et de l’agriculture ne doit pas être négligé,
puisqu’en Indo-Chiné et à Madagascar des programmes d’hy¬
draulique agricole sont prévus ou en train pour l’extension de la
riziculture.
La pisciculture n’a d’autre prétention que d’apporter une arme
de plus à opposer à la malaria, mais elle a l’avantage exception¬
nel d’être un moyen prophylactique directement et immédiate¬
ment rémunérateur.
En dehors de la question de l’assainissement des rizières qui
m’intéressait particulièrement en vue de son application dans nos
colonies, j’ai porté mon attention sur l’ensemble des mesures
adoptées en Italie pour la lutte contre la malaria: quinoprophy-
laxie et améliorations agricoles, protection mécanique.
Des deux méthodes de quinoprophylaxie : quinine préventive
(Celli) ou cure préépidémique (Golgi) la plus répandue est cer¬
tainement la première.
Méthode Celli. — On sait qu’elle consiste à distribuer des
comprimés ou dragées de chlorhydrate de quinine pendant la
saison malarique à toute la population, aux personnes saines
comme aux paludéens-. Pour les jeunes enfants on fait usage des
chocolatines au tannate de quinine . Dans 1 ’cigro romano les mé¬
decins de la Commune de Rome et ceux de la Croix-Rouge n’em¬
ploient guère que le procédé Celli.
Il a l’avantage d’être simple et de réduire au minimum le rôle
du médecin puisqu’on ne pratique en aucun cas l’examen du
sang, même en vue du diagnostic. Pendant la saison « inter-épi¬
démique » ou saison salubre, les médecins ne traitent que les
paludéens qui les font appeler, c’est-à-dire ceux qui sont atteints
de manifestations graves ; les autres se soignent eux-mêmes, la
quinine étant sur toutes les tables, à côté du sel, ou s’abstiennent
de toute cure à leur gré. Les mesures antilarvaires sont à peu
près généralement négligées, on a une confiance entière dans la
seule quinine préventive.
Sans nier la valeur dé la méthode Celli, je pense qu’elle offre
des lacunes et comporte certains risqués. Il est à craundre qu’au
cours de la saison dangereuse, celle où les Anophèles sont actifs,
les personnes déjà en puissance de malaria et ne risquant plus de
la contracter, omettent de prendre de la quinine.
Celli (i) attribue à la seule quinine les résultats obtenus dans
(i) Cellt. — La diminuzione délia malaria in Italia.
— 47 3 —
\
les exploitations agricoles de la campagne romaine où les fièvres
paludéennes ont beaucoup diminué. 11 est certain que l’usage de
la quinine préventive rendit de grands services aux « courageux
Lombards » qui vinrent coloniser les zones marécageuses de Va-
gro romano, mais il me paraît également rationnel d’attribuer
une bonne part dans le recul de la malaria aux travaux de drai¬
nage qui ont transformé les bas-fonds d’autrefois en terres à
céréales ou en prairies. Pour ne parler que de la France, l’his¬
toire des Charentes, des Dombes de la Sologne est là pour dé¬
montrer l’efficacité des mesures antilarvaires exécutées incons¬
ciemment dans ces régions par l’assèchement du sol, à une épo¬
que où on n’avait pas la quinine et où on ignorait le rôle des
Anophèles.
Quoi qu’il en soit, la quinine préventive, aidée par les moyens
que je viens d’indiquer, a rendu et continue à rendre de grands
services. On peut se demander toutefois à quelle époque on
pourra cesser d’y recourir si, comme l’affirme Celli, sans en ap¬
porter aucune preuve, l’hématozoaire de Laveran peut rester
pendant de très longues années à l’état de latence dans l’orga¬
nisme humain. Au moins quand les cas de malaria seront de¬
venus rares, il sera plus économique et plus pratique d’utiliser
l’autre méthode de quinoprophylaxie par destruction des « ré¬
servoirs de virus » ou méthode de Koch.
’ Méthode Golgi. — Grassi écrivait en 1900. « On peut affir¬
mer sans crainte d’être démenti que si la même quantité de qui¬
nine qui se consomme en Italie pendant la seconde moitié de
l’année était consommée pendant la première moitié, elle ferait
quasi disparaître comme par enchantement la malaria de notre
pays ». Cette phrase sert de préface à l’ouvrage où A. Ne-
gri (1) expose les résultats des expériences qu’il a poursuivies en
1908 et 1909 dans les provinces de Pavie, Novare, Cremone et
Milan pour l’application de l’autre méthode de quinoprophylaxie
que Golgi appelle « bonifica umana » ou cure préépidémique.
C’est la méthode de Koch, modifiée.
La cure prophylactique se fait naturellement pendant la saison
salubre où les moustiques hivernent ; elle comprend deux traite¬
ments d’un mois chacun, séparés par un repos d’un mois; pen¬
dant la première période (mi février à mi mars) la quinine n’est
(1) Sul valore de la bonifica umana corne mezzo di lotta contre la malaria,
Paris, 1910.
33
- 474 “
administrée qu’aux paludéens notoires reconnus tels par l'exa¬
men du sang ou par les anamnestiques ; pendant la 2e période
(mi avril à mi mai) toute la population des villages en expérience
est soumise à la cure afin d’être certain de ne laisser aucun ma¬
lade sans traitement. Au cours de la saison estivo-automnale on
se borne au traitement énergique des fébricitants dont le sang est
toujours examiné au microscope.
En 1908, on soumit à la cure préépidémique 1.908 habitants de
29 fermes situées dans 6 communes; l’année suivante on agit de
même sur 2.794 personnes appartenant à 64 fermes situées dans
13 communes; en 1910 la cure porta sur 3.259 individus de 20
communes; en 1911 sur 4.328 habitants de 45 communes.
Comme on le voit la « bonifica umana » gagne du terrain ; ce
n’est pas sans raison si on en considère les résultats. Sur les car¬
tes topographiques accompagnant le travail de Negri, le con¬
traste est saisissant ; les points rouges figurant les cas de mala¬
ria sont très rares ou absents dans les villages témoins.
Pour la cure préépidémique, les médecins emploient à leur gré
les comprimés, dragées ou chocolatines d’Etat ou bien la mix¬
ture Baccelli ainsi composée :
Sulfate de quinine . 0 g. 20 cg.
Tartrate ferrico-potassique . . 0 g. 10 cg.
Acide arsénieux pur ... 0 g. 001 mg.
Poudre inerte q. s. pour 1 pilule.
Aux adultes on donne une pilule la première semaine, puis
deux pilules la seconde semaine pour passer ensuite dans beau¬
coup de cas à trois pilules.
D’après Golgi la cure préépidémique ou « bonifica umana » a
désormais conquis les médecins et la population ».
Negri conclut de ses expériences que l’assainissement de
l’homme dans la lutte contre la malaria est une méthode de valeur
exceptionnelle et indiscutable.
Qu’il s’agisse de quinine préventive ou de cure préépidémique
dans l’un et l’autre cas le médicament est pris uniquement par
la bouche. Une autre méthode préconisée par Terni et Pizzet-
ti (1) en 1894 consiste à utiliser la quinine en suspension dans
l’huile de vaseline pour des injections intramusculaires. Depuis,
Darker (2) a attiré l’attention sur un procédé à peu près iden-
(1) Atti delta Academia Peloritania, Messîna, 1897.
(2) British med. Journal et Lancet , 1904.
tique pour la prophylaxie de la fièvre paludéenne chez les en¬
fants.
Terni au Brésil et Darker aux Indes ont réussi par l’emploi de
leur méthode à éviter les infections primitives ou les récidives
chez les personnes traitées.
Terni recommande à l’heure actuelle la formule suivante:
Chlorhydrate basique de quinine. 3 g.
Ethyluréthane . 2 g.
Huile de vaseline . 5 g.
Emulsionner à chaud.
Une injection intra-musculaire pour les adultes; 1/3 ou i42
pour les enfants, selon l’âge. Dans les localités où la malaria
est grave, on peut répéter chaque mois l’injection préventive.
<( Cette méthode mérite d’être prise en considératon principale¬
ment dans les colonies et pays d’émigration où il est impossible
d’établir une prophylaxie antimalarique rigoureuse par l’admi¬
nistration quotidienne de quinine ».
Travaux hydrauliques. — Pour l’amélioration des terres à
malaria par des «travaux hydrauliques l’Italie a dépensé 118 mil¬
lions de 1862 à 1900 et 148 millions de 1900 à 1912. Un autre
crédit de 237 millions a été voté dans le même but. Aujourd’hui
qu-’on possède la quinine et qu’on dispose de moyens multiples
contre le paludisme et son agent de transmission, l’emploi de
sommes aussi considérables ne se justifierait pas dans un but ex¬
clusivement hygiénique. En réalité, ce qu’on poursuit surtout
par l’exécution des grands travaux d’assèchement ou d’irrigation,
c’est la mise en valeur du sol ; il n’en est pas moins vrai que l’hy¬
giène et spécialement la prophylaxie antimalarique en bénéfi¬
cient.
Dans la Lombardie, les anciennes <( rizières permanentes » ont
presque partout cédé la place à la « rizière à rotation ». En outre
la pratique de la mise à sec de la rizière pour la récolte de la
céréale détruit sûrement les œufs et larves des Anophèles à l’é¬
poque où ils sont le plus nombreux. La pisciculture agit dans le
même sens quand la rizière est en eau.
Dans la campagne romaine les travaux de drainage ont trans¬
formé les bas fonds d’autrefois en terres à céréales et en prairies ;
les canaux de drainage où l’eau circule avec une certaine vitesse
constituent certainement pour les larves d’Anophèles des gîtes
moins favorables et moins étendus que les anciens marécages.
- 47° -
Protection mécanique . — Sauf dans les gares des voies ferrées
où le personnel est astreint à une certaine discipline, la protec¬
tion des habitations n’a donné que des résultats décevants et on
ne la préconise plus que pour les particuliers à l’aise, capables
d’imposer à leur famille et à leurs serviteurs la stricte application
de la méthode.
Cependant le règlement du 15 juin 1911 sur la riziculture dans
la province de Milan prévoit encore que toutes les ouvertures
des dortoirs où couchent les travailleurs de la rizière seront mu¬
nies de toile métallique contre la pénétration des moustiques.
Conclusion. — Malgré quelques divergences sur les méthodes
d’utilisation de la quinine et de défense contre les Anophèles,
on a partout l’impression en Italie d’efforts tendus de tous côtés
et sans trêve pour la suppression du paludisme. La mortalité par
cette affection est tombée en dix ans de 15.865 à 3.619; la mor¬
bidité, elle aussi, a considérablement fléchi. Après avoir été la
première à créer la quinine d’Etat, l’Italie continue par l’ensem¬
ble des mesures que je viens d'exposer sommairement, à servir
d’exémple aux nations européennes pour la lutte contre le fléau
paludéen chez elles ou dans leurs colonies.
M. Laveran. — On a constaté depuis trop longtemps les bons
effets de l’emploi à titre préventif de la quinine administrée à tous
les habitants des localités insalubres (i)3 pour qu’il soit admissible
de qualifier cette pratique du nom de méthode de Celli ; quant à
la méthode d’ailleurs mauvaise, qui consiste à traiter uniquement
les individus ayant eu les fièvres, de manière à éviter les rechû¬
tes, il conviendrait de l’appeler méthode de Koch et non mé¬
thode de Golgi.
O) A. Laveran, Traité du paludisme, ire édit., r 8q8, p. 417, 2e édit., 1007,
p. 580.
Le Gérant ; P. MASSON.
LAVAL.
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Tome VI.
7-
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 7
Séance du 9 juillet 1913
PAGES
Correspondance . . » . 477
Présentations
Langeron. — Précis de microscopie . 479
Laveran. — Présentation d’un chien atteint de leishmaniose et de kéra¬
tite . 477
Morax. — Kératites leishmaniosique et toxoplasmique . 478
Décès de M. Salanoue-Ipin . 479
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11
• 'f '$f ‘ .f ; ,
Election d’un membre titulaire . 479
Discussion du rapport et des vœux présentés par la Commission de
l’opium . . . 480
COMMUNICATIONS
J. Arlo. — Pied de Madura avec envahissement du triangle de Scarpa
et de la paroi abdominale . 485
A. Ciuca. — A propos de l’immunité active du chien vis-à-vis de la piro¬
plasmose canine . . 499
L. Gaide et P. Mouzels. — Note sur le traitement de la dysenterie ami¬
bienne par l’émétine . . 491
A. Gauducheau. — Exanthèmes de la variole et de la vaccine chez le
singe et le bufflon . , 488
A. Laveran. — Piroplasmose. Discussion . 501
A. Laveran et D. Routsky. — Le galyl dans les trypanosomiases. . . 502
A. Lebœuf et Salomon. — Note sur la lèpre des rats en Nouvelle-Calé¬
donie . . 484
J . Legendre. — Note sur les Stégomyias du Tonkin. ... ... 51 1
J. Legendre. — Destruction des culicines à l’aide du gîte-piège. . . . 513
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qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt après la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
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Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
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PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Correspondance
M. Tendron, élu membre titulaire, puis trésorier-archiviste à la
dernière séance, adresse des remerciements à la Société.
Présentations
M. I ^averan. — J’ai P honneur de présenter un chien qui a été
inoculé le io juin 1913, dans une des veines saphènes, avec une
culture de kalar-azar indien. J’ai constaté le 8 juillet que la cornée
gauche, normale au moment de l’inoculation, était devenue opa¬
que, sans cause apparente, sans -inflammation de la conjonctive.
Aujourd’hui, l’opacité persiste; elle est presque complète. Le
chien a maigri, ce qui permet de supposer qu’il s’est infecté. La
présence des Leishmania n’a pas encore été recherchée.
C’est la seconde fois que je vois survenir de l’opacité de la cor¬
née chez un chien inoculé de kala-azar.
34
- 478 —
U/n chien inoculé le 3 juin 1909, dans le foie, et infecté de leish¬
maniose (virus tunisien) a présenté, au mois d’avril 1910, un trou¬
ble très marqué des cornées et, au moment de la mort, l’opacité
des 2 cornées était presque complète. Des Leishm envia ont été
trouvées dans la rate et dans le foie.
Notre Collègue M. C. Nicolle a constaté 2 fois l’opacité des
cornées chez des chiens infectés de kala-azar.
J’ai présenté dernièrement à la Société un chien atteint de toxo¬
plasmose qui avait de l’opacité d’une des cornées et j’ai eu l’occa¬
sion d’observer, depuis lors, un autre exemple de cette com¬
plication de la toxoplasmose canine; on sait que l’opacité des
cornées est fréquente chez le chien dans les trypanosomiases ; la
même altération des cornées paraît devoir prendre place aussi
parmi les complications du kala-azar; la plupart des infections
générales à Protozoaires ont donc de la tendance à produire, chez
le chien, de l’opacité des cornées.
*
* *
M. Morax. — • Il est très intéressant de voir la fréquence des
lésions du segment antérieur de l’œil dans les différentes mala¬
dies parasitaires. Le chien qui nous est présenté est atteint d’une
kératite interstitielle typique. Cette teinte porcelinée de la cornée
rappelle absolument ce que l’on observe dans les trypanosomiases
expérimentales.
M. Laveran a bien voulu me confier le globe oculaire d’un chien
infecté par Toxopiasma gondii et qui présentait' un peu de trou¬
ble cornéen. L’examen histologique m’a montré l’existence de lé¬
sions ciliaires avec des exsudats cellulaires est albumineux dans
la chambre antérieure. L’exsudât cellulaire est constitué surtout
par des mononucléaires et prédomine au niveau de l’angle irido-
cornéen. Je n’y ai pas trouvé de toxoplasmes ce qui peut tenir au
stade évolutif de la lésion oculaire. J’ai montré que dans les in¬
flammation du segment antérieur chez les animaux atteints de try¬
panosomiase, la prolifération oculaire des trypanosomes était la
cause des lésions ; il a été établi aussi que ces lésions étaient carac¬
térisées surtout par une infiltration œdémateuse et lymphocytaire.
Cette réaction cellulaire persiste beaucoup plus que le parasite lui-
même. Il sera donc nécessaire de rechercher la présence des pa¬
rasites aux différents stades des inflammations oculaires.
479
# *
9
* *
M. Mesnil. — Notre collègue M. Langeron fait hommage
à la Société d’un exemplaire du livre qu’il vient de publier sous
le titre : Précis de Microscopie, dans la collection des Précis
médicaux édités par la librairie Masson. Tous ceux qui auront
à consulter ce livre apprécieront la sûreté, la précision et l’origi¬
nalité de sa documentation. Les pathologistes tropicaux y trou¬
veront des renseignements des plus utiles, surtout en ce qui con¬
cerne l’étude des hématozoaires qu’ils sont appelés à rencontrer,
et des agents de transmission de ces hématozoaires.
Décès de M. Salanoue-lpin
Le Président. — ■ J’ai le grand regret d’avoir à annoncer la mort
d’un de nos Correspondants, M. le Dr SalanoleMpin est mort
«
le 24 juin dernier, à Hué; depuis quelques mois il avait pris
la direction du service de santé de l’Annam et il venait d’être
promu au grade de médecin principal de ire classe des troupes
coloniales.
M. Salanoue-Ipin est l’auteur de plusieurs travaux très estimés
concernant les maladies exotiques, parmi lesquels je citerai seu¬
lement: ses recherches sur la vaccine au Soudan, sur le paludisme
au Tonkin, sur le béribéri, enfin un Précis de pathologie tropi¬
cale.
J’adresse à la famille de notre très regretté collègue des condo¬
léances bien sincères.
Election d’un membre titulaire
M. Henry est élu membre titulaire à l’unanimité des suffrages
exprimés (15) ; il y a 2 bulletins blancs.
— 480 —
Discussion du rapport de la Commission de l’opium
M. Noël Bernard donne lecture à la Société des conclusions
de son rapport.
Ces conclusions sont adoptées à l’unanimité.
Les vœux proposés par la commission sont ensuite mis en dis¬
cussion.
Après un débat auquel prennent part MM. Gauducheau, Jean-
selme, Laveran, Marchoux, Mesnil, Pottevin et Bernard,
rapporteur, les vœux de la commission sont adoptés avec la
seule modification que le vœu n° 4 paragraphe b) portera « par
des enseignements scolaire et public », au lieu de « par un ensei¬
gnement scolaire et public ».
En conséquence, les vœux adoptés par la Société sont les sui¬
vants :
i° Que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires
pour empêcher l’extension de l'opiomanie en France et pour dé¬
truire dans les milieux bien délimités oit ils se sont formés les
foyers déjà existants.
20 Que l’usage de l’opium soit interdit en France et dans les
Colonies à tous les fonctionnaires, militaires et marins, sous peine
de sanctions disciplinaires.
30 Que le gouvernement de l’Indo-Chine prenne les dispositions
nécessaires pour la suppression graduelle de la vente de l’opium
au fur et à mesure que cette suspension sera réalisée dans les
pays limitrophes.
40 Que le Gouvernement de l’Indo-Chine complète et développe
le plus activement possible les mesures qu’il a déjà prises notam¬
ment ;
a) par l’interdiction aux fumeurs indigènes d’accéder aux fonc¬
tions publiques et aux grades du Mandarinat ;
b) par des enseignements scolaire et public faisant connaître
les dangers de l’opium ;
c) par des organisations hospitalières destinées à traiter les
opiomanes qui voudraient se débarrasser de leur funeste habi¬
tude ;
• —481 —
5° Que les gouverneurs coloniaux prennent les dispositions
nécessaires pour que la cocaïne, la morphine, les alcaloïdes déri¬
vés de l’opium ainsi que les médicaments dits « anti-opium » ne
puissent être délivrés par le service des douanes qu’aux pharma¬
ciens européens. Ces pharmaciens devront inscrire les entrées et
sorties de ces médicaments sur un registre spécial soumis à l’ins¬
pection.
Ces vœux accompagnés du rapport de la Commission seront
transmis aux Ministres intéressés et au Gouverneur Général de
l’Indo-Chine.
— 482 —
0
COMMUNICATIONS
Transmission du choléra aux singes
par la voie gastro-intestinale
Par H. POTTEV1N et H. VIOLLE.
Nombre d’essais ont été faits, de divers côtés, pour infecter de
choléra les singes inférieurs, par absorption de produits virulents ;
sans qu’ils aient à notre connaissance, abouti jusqu’ici à un résul¬
tat positif. L’insistance de ces tentatives s’explique par l’intérêt
évident qu’il y aurait, au point de vue du développement ultérieur
des recherches visant la thérapeutique, la vaccination, et en gé¬
néral la prophylaxie du choléra, à pouvoir déterminer chez le
singe une maladie produite, et évoluant, dans les conditions de
la maladie humaine.
Nous nous sommes proposés de reprendre ces essais, en les
orientant dans une voie qui nous paraît assez différente de celles
qu’on avait précédemment suivies. Les caractéristiques essen¬
tielles de la technique que nous avons mise en œuvre dérivent
des considérations suivantes. C’est une remarque que l’on re¬
trouve à chaque pas lorsqu’on parcourt les relations des ancien¬
nes épidémies de choléra, que tout catarrhe intestinal, notamment
celui qui succède à l’administration d’un purgatif salin, favorise
l’éclosion du choléra. Au cours des épidémies récentes on a eu la
preuve expérimentale de l’action cholérigène des purgations.
L’observation ayant montré que des porteurs sains de germes qui
avaient cessé d’excréter des vibrions, pouvaient en excréter à
nouveau après l’administration d’un purgatif; on avait eu ten¬
dance à instituer systématiquement cette administration, avant
de libérer les personnes maintenues en isolement comme por¬
teurs. Cette pratique eut pour effet de provoquer des cas de cho¬
léra mortels.
Nous avons donc pensé qu’il serait indiqué de préparer les
singes auxquels devait être administré le vibrion cholérique, au
moyen d’un purgatif.
- 4$3 —
Comme vibrion infectant, nous avons utilisé l’espèce toxigène
isolée par l’un de nous en 1910, en Italie, vibrion qui a déjà fait
l’objet d’une communication présentée à l’une des précédentes
séances (1).
Nous avons infecté quatre singes Cynomolgus, qui ont reçu
les trois premiers la culture, âgée de 18 heures, développée sur
une boîte de Pétri, le quatrième la dixième partie de cette cul¬
ture. Tous les quatre sont morts dans un délai de 12 à 48 heures,
avec des lésions du choléra.
Pour nos deux premiers singes nous avions adopté une techni¬
que un peu compliquée, la troisième, plus simple, est la plus
intéressante. Deux singes, préparés par un jeûne de 24 heures,
ont reçu, à 9 heures du matin, dans l’estomac, par la sonde,
10 g. de sulfate de soude dissous dans 20 cc. d’eau. A 5 heures
du soir, les effets de la purgation étant évidents, on a donné à
chaque animal par la même voie o g. 4 de bicarbonate de soude,
dans 20 cc. d’eau. Puis au bout de 20 m., l’un des deux singes
étant conservé comme témoin, l’autre a reçu, toujours par la
même voie, la culture développée sur une boîte de Péiri, en
18 heures délayée dans 20 cc. d’une culture en bouillon, égale¬
ment de 18 heures du même vibrion. Le, témoin est à l’heure ac¬
tuelle vivant et bien portant le singe infecté est mort dans la
Notre quatrième singe est mort en 48 heures avec les symp¬
tômes et les lésions du choléra. Le lendemain de l’inoculation,
la température rectale était 35T le matin et 34°7 le soir. Le jour
suivant, quelques heures avant la mort, elle était tombée à 240.
A l’autopsie, l’intestin grêle de nos animaux se montre forte¬
ment congestionné, rempli par un liquide visqueux, décoloré,
contenant de nombreux flocons muqueux blancs ou jaunâtres;
le gros intestin est d’apparence normale, mais rempli d’un liquide
semblable à celui de l’intestin grêle. L’examen microscopique
fait découvrir dans les flocons muqueux et surtout dans le râclage
de la muqueuse de l’intestin grêle, une flore composée presque
exclusivement de vibrions. Les ensemencements ont donné: le
contenu intestinal, sur milieu Dieudonné, culture pure de vi¬
brions identifiés avec l’espèce infectante; la bile et le sang du
cœur, en eau peptonée, pas de culture. Le sang dilué dans l’eau
phvsiologique ne s’est pas hémolysé.
1. H. Pottevin, Toxine et antitoxine cholériques, Soc. Path. exot., 11
juin 1913.
* . ’ *
— 484 —
' . A • v
La nature du vibrion infectant joue, dans nos . expériences,
un rôle important. Un singe qui a reçu, en même temps et dans
les mêmes conditions que nos deux derniers animaux, la culture
entière de deux boîtes de Pétri d’un autre vibrion cholérique
non toxigène, n'a présenté aucun malaise.
Il nous a semblé que la Société de Pathologie Exotique pour¬
rait être intéressée par ces premiers résultats. M. le Président
ayant bien voulu nous confirmer dans cette pensée, nous vous les
apportons.
Nous vous présentons en même temps deux fragments de l’in¬
testin grêle de notre troisième singe, dont l’une est ouverte pour
montrer l’état du contenu; et une préparation microscopique du
dit contenu.
M. Morax. — Il serait important de faire une expérience de
contrôle en injectant au singe dans les mêmes conditions de jeûne
et de purgation la dose égale — et qui est relativement considéra¬
ble — de vibrions cholériques tués. Le nombre des vibrions con¬
tenus dans le frottis n’est pas très grand, de telle sorte qu’il
ne me paraît pas encore rigoureusement démontré que les acci¬
dents observés résultent d’une prolifération microbienne et non
d’une intoxication.
Note sur la lèpre des rats en Nouvelle-Calédonie
Par A. LEBŒUF et SALOMON.
En 1912 (Bull. Soc. Pathol. Exot., t. V, n° 7). Lebœuf a signalé
l’existence de la maladie de Stefansky chez les rats d’égout en
Nouvelle-Calédonie. Sur 99 rats examinés à ce sujet il avait
trouvé trois animaux présentant du Bacillus leprae murium : mais
ces trois rongeurs étaient tous au stade ganglionnaire de l’affec¬
tion.
Depuis lors les ganglions de’37 autres rats ont été examinés au
point de vue de leur teneur en acido-résistants: un seul d’entre'
eux fut trouvé porteur du bacille de Stefansky (les ganglions axil¬
laires, les plus atteints, avaient les dimensions d’un petit hari¬
cot).
La forme musculo-cutanée avait été recherchée jusqu’ici sans
succès sur 306 rats. Nous venons de la rencontrer chez un animal
§ '
qui la présentait à un degré extrêmement avancée : le tableau clini¬
que était au complet. Les plaques alopéciques occupaient plus de
la moitié de la surface cutanée : toutes les régions du tégument ex¬
terne étaient, à ce point de vue, aussi atteintes les unes que les
autres. La peau était de toutes parts littéralement bourrée de no¬
dules dont un grand nombre étaient ulcérés. Les divers groupes
ganglionnaires étaient énormes et en voie de dégénérescence ca¬
séeuse. Le foie renfermait des nodules lépreux visibles à l’œil
nu, ainsi que le sommet du poumon droit. Les pattes, surtout les
antérieures, présentaient des ulcérations et le cinquième doigt
de la patte gauche avait disparu (mutilation lépreuse ou acci¬
dent ?).
Toutes les parties de l’animal fourmillaient des bacilles acido¬
résistante de la lèpre murine.
La lèpre des rats existe donc à l’état complet en Nouvelle-Calé¬
donie — stade ganglionnaire et stade musculo-cutané et viscéral.
— Le premier stade est relativement assez fréquent ; le deuxième
est beaucoup plus rare, ainsi que cela a d’ailleurs été constaté par¬
tout où l’on a étudié la maladie de Stefansky.
Pied de Madura avec envahissement
du triangle de Scarpa et de la partie
inférieure de la paroi abdominale
Par J. ARLO.
Nous avons observé, pendant notre séjour à la Côte d’ivoire,
un cas de Pied de Madura, dont les particularités nous paraissent
intéressantes à relater ici.
♦
I. T...? 30 ans, commis de 6e classe du cadre local des P. T. T. Ori¬
ginaire d’Odienné, cercle de Touba, Haute-Côte d’ivoire, race dioula.
Entré à l’ambulance de Bonaké pour pied de Madura gauche le
3 septembre 1912.
La maladie aurait débuté il y a cinq ans environ pendant un déplace¬
ment sur Boudoukou, par une piqûre par écharde de bois à la face .
inférieure de la racine du 2e orteil gauche. A cette plaie aurait suc-
/
— 486 —
cédé un abcès qui aurait suppuré longtemps. Pendant ce temps le pied
se serait mis à gonfler peu à peu et à présenter une série de boutons et
d'abcès semblables au premier qui auraient gagné peu à peu tout le
pied, des orteils à la cheville.
Actuellement on constate que le pied gauche est fortement augmenté
de volume, uniformément globuleux, sans relief sauf les ouvertures
fistuleuses qui donnent issue au pus. La peau est foncée, couverte de
cicatrices de fistules anciennes, épaissie et tendue.
Sur le dos du pied, dans la région correspondant à la rangée ante¬
rieure du tarse et à l’extrémité supérieure des métatarsiens, sont dis¬
posées irrégulièrement une série de petites plaies à bords rouges,
saillants, épais, correspondant à des trajets fistuleux qui s’enfoncent
dans le pied.
La pression fait sourdre de ces trajets un pus grumeleux blan¬
châtre, mal lié, contenant en assez grande quantité de grains blancs 4
ayant la taille d’une moyenne tête d’épingle.
L’exploration des trajets au stylet est douloureuse et conduit dans
des trajets tortueux où l'on sent des fongosités. Il n’a pas été possible
de sentir des parties osseuses ou de grands foyers nécrosés.
La circonférence du pied à sa partie moyenne mesure 37 cm. contre
26 cm. au pied droit.
La jambe gauche n’est pas augmentée de volume. Sur sa face
interne le trajet de la saphène paraît un peu induré.
Le pli de Faîne gauche est plus déprimé que le droit et présente
quelques cicatrices et adénite suppurée.
Au-dessous du pli de l’aîne dans la moitié inférieure du triangle de
Scarpa, on sent une masse dure du volume d'une demi-orange, bien
détachée des plans profonds.
La peau adhérente en plusieurs points est épaissie. Çà et là une
dizaine de « furoncles » donnent du pus semblable à celui que l’on
trouve au pied. En d’autres points on ne sent que de la fluctuation.
Ce placard serait apparu depuis trois ans seulement aux dires du
malade.
Dans la région délimitée en dehors par le bord antérieur des os
iliaques jusqu’au pubis et en haut par une ligne horizontale passant
par le bord supérieur de ces os, on trouve à la palpation une série
de petites masses indurées dont quelques-unes adhèrent à la peau
et dont le volume varie de celui d’une noisette à celui d’une petite
noix. En certains points ces masses se sont ouvertes laissant une
fistule d'où coule du pus.
Au niveau de l’épine iliaque antéro-supérieure gauche, on sent un
placard induré de la largeur de deux paumes de main adhérent aux
plans profonds, sans ramollissement.
L’évolution de la maladie s’est accompagnée d’un peu d’amaigrisse¬
ment.
Pden de particulier aux différents organes ou appareils.
La marche est pénible et douloureuse. Le pied est souvent le siège
de douleurs violentes.
L’examen du pus prélevé en un point fluctuant non encore ouvert
donne les résultats suivants :
Les grains blancs écrasés sur une lamelle et colorés par le Ziehl
dilué ou le procédé de Gram paraissent constitués par une masse de
filaments très fins de 1 u à 2 g d’épaisseur ressemblant à un paquet
— 4^7
•de cheveux emmêlés. Ces filaments paraissent réguliers, sans ren¬
flements ni espaces moins colorés. Ils présentent des ramifications.
Il s’agit vraisemblablement du Nocardia maduræ.
Les examens de pus prélevé en différents points ont donné à l’exa¬
men les mêmes résultats.
Il ne nous a pas été possible de faire de cultures.
Un traitement à l’iodure de potassium à hautes doses (8 à 10 gr.
par jour) n’a amené aucune amélioration.
Il nous semble donc bien avoir été en présence d’un cas de Pied
de Madura avec généralisation à l’aine et à la paroi abdomi¬
nale.
La “ Tamné ”, myiase humaine des montagnes
sahariennes touareg, identique à la “ Thimni ”
«
des Kabyles, due à “ Œstrus ovis
Par Edm. et Et. SERGENT.
Nous avons signalé en 1907 (1) que l’Oestre du mouton, qui
passait pour ne pas attaquer l’homme, pond très fréquemment sur
les muqueuses conjonctivales ou nasales de l’homme, en certaines
régions très élevées de lia Kabylie, où la densité de la population
ovine est faible, relativement à la densité de la population hu¬
maine. Ces pontes occasionnent des troubles fort désagréables.
Les Kabyles appellent cet Oestre Thimni.
Le Père de Foucauld, que nous remercions bien vivement de
sa grande obligeance, veut bien nous signaler que dans les mon¬
tagnes de l’Ahaggar (Sahara central) les .populations touareg ha¬
bitant entre 1.500 et 2.600 mètres d’altitude, sont persécutées
au printemps par des mouches qui déposent leurs œufs (compa¬
rés par les Touareg à des œufs de Poux) sur la conjonctive et
sur la muqueuse nasale. Le nom targui de la mouche est Tamné ,
qui est le même mot que le nom kabyle Thimni, ainsi qu’a bien
voulu nous le confirmer M. le Prof. René Basset. On sait que
Touareg et Kabyles appartiennent les uns et les autres à la race
fi) T. a « Thimni » myiase humaine d’Algérie causée par « Oestrus ovis »,
Annales Institut Pasteur , mai 1907.
— 488 —
berbère. Les Touareg ne possédant pas comme les Kabyles le son
th le remplacent par le son T.
Les attaques de cet Oestre du mouton constituent pour les Toua¬
reg des montagnes une très grande incommodité du mois de mars
au mois de juin.
(. Institut Pasteur d’ Algérie.)
Exanthèmes de la variole et de la vaccine
chez le singe et le bufflon.
Par A. GAUDUCHEAU
On sait que M. Copeman eî E. de H AANont réussi la transforma¬
tion de la variole en vaccine en se servant du singe comme inter¬
médiaire. J’ai entrepris de mon côté, suivant la même méthode,
des essais qui ont été publiés dans le « Bulletin de la Société
médicc-chirurgicale de l’Indo-Chine » (iqii à 1913).
En poursuivant ces travaux, j’ai eu l’occasion de faire quelques
constatations qui me paraissent conduire à une interprétation uni-
ciste simple de la variole-vaccine.
I. — Quand on inocule la variole humaine au singe Macacus
rhésus , il se produit au point d’inoculation une pustule d’aspect
particulier et, après 7 à 8 jours, il apparaît un exanthème sur tout
le corps, mais plus spécialement sur la face et le périnée. Cet
exanthème peut être considérable, presque confluent mortel. Les
dessins et la photographie que je vous présente montrent un de ces
animaux peu âe temps après sa mort. Mais l’exanthème manque
fréquemment ou se réduit à quelques rares pustules.
Il y a donc chez le singe, avec un même virus variolique donnée
des réactions très variables, depuis la simple pustule d’inoculation
la plus réduite jusqu'aux manifestations exanthématiques les plus
violentes, accompagnées de conjonctivite, néphrite, etc.
D’une manière générale, lorsque la suppuration de la pustule
d’inoculation est précoce, l’éruption secondaire est faible ; lors-
qu’au contraire, le nodule est induré, volumineux, chancriforme
avec suppuration tardive, il survient de forts exanthèmes. Les
manifestations générales semblent influencées par le mode réac¬
tionnel local au point de pénétration du virus variolique.
II. - Lorsque ce virus variolique de singe est porté sur bufflon
il se produit après 24 heures, une vive rougeur autour du point
d’insertion, puis un nodule se développe. Ce nodule peut être
petit, fugace et se résorber rapidement ou au contraire volumi¬
neux et persistant pendant une semaine. Dans mon essai de 1911,
le premier nodule de bufflon ainsi obtenu, après un seul passage
sur singe d’un virus de femme adulte, montra une légère pellicule
suppurée à sa surface et fut l’origine d’une souche vaccinale légi¬
time. Dans mes autres séries, les réactions locales du bufflon ne
donnèrent point cette pellicule argentée, bien que par ailleurs, les
caractères de ces lésions locales fussent les mêmes : nodules ou
è
papules rouges, intransformables par passages. Ces observations
ont été faites sur de nombreux animaux : dans la seule troisième
série d’essais, j’ai employé 57 bufflons et 44 singes ; les passages
de ma souche variolique d’enfant ont duré environ 6 mois, du
7 octobre igi2 jusqu’au 23 avril 1913.
«
A la suite de la comparaison des résultats, il me paraît qu’un
commencement de suppuration superficielle du nodule variolique
du bovidé fut favorable à la transformation.
Il y a donc d’abord un facteur constant qui produit chez le
bovidé rougeur et nodule et un facteur pyogène secondaire qui
intervient à titre complémentaire associé et favorise l’évolution de
la variole vers la vaccine.
III. — A la suite de l’inoculation d’un vaccin sec vieux à deux
bufflons, j'observai des éruptions particulièrement fortes.
Chez le premier, il se produisit des pustules volumineuses sans
exanthème. Chez le deuxième, il y eut de petites pustules locales
tardives et huit jours après l'inoculation, il apparut un exanthème
énorme formé d’innombrables petites pustules dont je vous pré¬
sente une photographie.
Chez l'un à une forte suppuration au point d’insertion, corres¬
pondit l’absence de généralisation et chez l’autre, inversement, la
faible pustulation locale fut suivie de l’exanthème.
On voit qu’il peut se produire, même chez le bovidé, des exan¬
thèmes vaccinaux considérables, de sorte que l’existence ou l’ab¬
sence d’une généralisation cutanée ne saurait constituer une diffé¬
rence de principe entre la variole et la vaccine.
L’aptitude à provoquer l’exanthème est variable dans la variole
et dans la vaccine. Les exanthèmes paraissent subordonnés, au
moins en partie, à la nature de la réaction pyogène au point d’ino-
— 49° -
culation : la suppuration totale et précoce étant vaccinale, la suppu¬
ration nulle ou tardive et partielle étant variolique. Une forte
réaction phagocytaire au point de pénétration localiserait le virus.
L’absence, le retard ou le peu d’intensité de cette réaction permet¬
trait l’exanthème.
IV. — Les vieux vaccins ayant perdu la plupart de leurs pyogè¬
nes symbiotiques peuvent encore donner des pustules ; de plus j’ai
vu aussi qu’ils peuvent donner au bufflon des papules locales non
suppurées et se résorbant simplement en 7 à 8 jours. Ces forma¬
tions rappellent le nodule variolique non suppuré qui résulte de
l’inoculation au bufflon du virus variolique de singe. Donc, la
différence des réactions locales dans la vaccine et la variole n’est
point constante et fondamentale.
V. — Ayant ajouté à du virus variolique de singe, une culture
soigneusement isolée de staphylocoque cereiis , espèce normale
dominante du vaccin de bufflon, puis inoculé ce mélange à uu
singe et enfin passé les pustules de ce singe sur un bufflon, j’ob¬
servai que les lésions produites chez ce bufflon différaient considé¬
rablement des nodules varioliques ordinaires. Ces lésions consis¬
taient en des nodules qui blanchirent très nettement sur toute leur
partie centrale le troisième jour, de sorte qu’il était difficile de
faire une différence en ce moment entre ces formations et des pus¬
tules de vaccine légitime de même âge. Cependant, la fonte vacci¬
nale ne survint pas : il y eut résorption. La symbiose artificielle du
cereus et de la variole donna donc dans ces conditions un commen¬
cement de formation pustulaire, une transformation dans le sens
vaccinal.
Si l’expérience avait été faite avec du cereus de vaccin de singe
et de la variole vieille de singe, sur le singe, j’ai la conviction que
la synthèse de la vaccine aurait été obtenue du premier coup ; ce
sera l’objet de prochains essais.
CONCLUSION
Ces faits et ceux précédemment connus dans le domaine de la1 '
variole-vaccine suggèrent l’hypothèse suivante.
Le virus unique, commun, filtrant et invisible est en symbiose à
prédominance staphylococcique dans la vaccine et streptococcique
dans la variole ; l’évolution des maladies (exanthème ou non) paraît
déterminée parla nature de la réaction leucocytaire au pointde péné¬
tration du virus ; la transformation serait possible par variation des
— 49 1 —
proportions relatives et de l'activité des deux espèces pyogènes ;
les deux symbioses sont capables de produire l’exanthème, mais
l’état vaccinal étant plus fortement pyogène possède plus d’effet de
localisation et inversement pour la variole : les virus vieux puri¬
fiés constituent une souche commune et indifférente.
Cette hypothèse est un simple guide provisoire pour des recher¬
ches futures. Elle a l’avantage, à mon avis, de ne faire intervenir
aucune mutation, et d’être basée uniquement snr un phénomène
facile à constater.
Note sur le traitement de la
dysenterie amibienne par l’émétine
Par L. GAI DE et P. MOUZELS.
Comme suite au travail de M. Marchoux paru ici même, dans
le numéro du 14 mai, il nous a paru intéressant de publier quatre
observations qui, semble-t-il, viennent bien à l’appui de ses
hypothèses.
Observation I. — Dysenterie amibienne chronique à rechutes.
— Traitement par l’émétine. — Guérison apparente rapide à deux
reprises différentes. — Sort encore porteur de kystes.
C... E..., 25 ans, soldat d’infanterie coloniale, entré à l’hôpital de Mar¬
seille, retour d’Indo-Chine.
A contracté pendant son séjour colonial la syphilis (février 1912), du
paludisme et de la dysenterie (décembre 1912). Etat général franchement
mauvais. Taille 1 m. 71. Poids 54 kg. Sur la cuisse droite plaie atone et
décollée, à l’emporte-pièce, reste d’un abcès nécrotique, consécutif à une
injection hypodermique de quinine.
Le ventre est arrondi, mou et flasque, assez résistant à la palpation,
mais non douloureux; léger tympanisme abdominal.
Ilémorrhoïdes procidentes, peu volumineuses, mais irritées et doulou¬
reuses. Elles sont consécutives aux nombreuses selles quotidiennes
que le malade n’a cessé de présenter depuis sa première atteinte de
dysenterie.
Des examens répétés de selles démontrent la présence d’amibes mobi¬
les, caractéristiques, très nombreuses.
Le 10 mars. — G selles mucosanglantes. Amibes TTN. Emétine
0 g. 06.
Le 11 mars. — 6 selles mucosanglantes. Amibes TTN. Emétine
0 g. 04.
492
Le 12 mars — 6 selles pâteuses suivies d’un crachat mucosangiant.
Amibes rares. Emétine 0 g. 4.
Le 13 mars. — 0 selles pâteuses. Pas d’amibes mobiles, petits kystes. Le
soir nausées, douleurs épigastriques.
Les 14, 15. 114, 17, 18 — Môme état des selles. Les phénomènes nau¬
séeux n’ont plus reparu. Emétine chaque jour 0 g. U4. Persistance des
kystes amibiens, rares et petits.
Le 21 mars, l’état général est suffisamment remonté pour que l’on
puisse tenter la réunion par première intention de son abcès quinique,
dont les parois sont préalablement avivées, et la résection de ses hémor-
rhoïdes, tout cela sous chloroforme.
Le 26 mars, ablation des fils. Un examen des selles, pratiqué ce jour-
là, montre la présence de très nombreux kystes de Haiaulidium coti et de
parasites adultes non rares. Enfin, le malade présente une roséole de
retour qui nécessite la reprise du traitement antisyphilitique (hiodure
d’abord, calomel ensuite).
Jusqu'au 6 mai le malade a eu deux à trois selles par jour, pâteuses,
sans qu’il soit possible d’y déceler des amibes. Tout à coup ses selles
redeviennent mucosanglantes (10 dans la journée) et présentent de très
nombreuses amibes mobiles.
Reprise pendant 10 jours du traitement par l’émétine, amélioration tout
aussi radicale et rapide que la première fois, disparition des parasites qui
ne sont plus décelés h partir du 18 mai.
Le 31 mai malgré nos remontrances, ce malade demande impérative¬
ment à sortir. Un examen, pratiqué le matin même de son exéat, décèle
de nouveau la présence de petits kystes amibiens.
Observation II. — Dysenterie amibienne chronique ancienne.
— Retentissement sur le foie. — - Traitement par l’émétine. —
Guérison apparente rapide à deux reprises. — Persistance des
amibes.
K..., sergent infirmier. Provient de Saigon où il a contracté en 1912 la
dysenterie. Depuis lors n’a cessé de présenter delà diarrhée avec coliques
douloureuses et fréquentes rechutes de dysenterie vraie avec selles nom¬
breuses, mucosanglantes, ténesme.
Entré le 6 avril : 6 selles liquides, malodorantes, brunes, contenant de
très nombreuses amibes caractéristiques.
Etat général médiocre. Taille 1 m. 77. Poids 61 kg.
Est soumis immédiatement et exclusivement au traitement par
l’émétine :
7 avril. — Emétine 0 g 04. 6 selles liq uides avec mucosang. Ami¬
bes TTN.
8 avril. — Emétine 0 g. 04. 6 selles mêmes caractères.
9 avril. — Emétine 0 g. 04. 5 selles pâteuses. Amibes TN.
. 10 avril. — Emétine 0 g. 06. 4 selles liquides. Amibes TN toutes,
petites.
1 1 avril. — Emétine 0 g. 06. 3 selles demi-liquides. Amibes rares,
kystes.
12 avril-13 avril. — Emétine 0 g. 06. 1 selle demi-pâteuse. Kystes ami¬
biens AN.
«
— 49? —
14 avril-15 avril. — Emétine 0 g. 00. 1 selle pâteuse. Ni amibes, ni
kystes.
Amélioration continue et régulière jusqu’à la fin mai où les selles sont
à peu près normales, quotidiennes ; les coliques ont complètement dis¬
paru. Le foie, au moment de l’entrée à l’hôpital gros et sensible, est rede¬
venu normal.
Sort fin mai, sur sa demande, promettant de revenir à l’hôpital pour con¬
tinuer son observation.
Le 2 juin, sans cause notable (peut-être trop grand écart de régime),
rechute. Les selles contiennent à nouveau des amibes assez nombreuses,
caractéristiques, mobiles.
Reprise d’une nouvelle série aux mêmes conditions que la précédente
amenant la guérison apparente aussi rapide que précédemment Iv... pré¬
sentait encore, le 20 juin, des amibes mobiles non rares.
Observation III. — Dysenterie amibienne chronique ancienne.
— Traitement par l’éméfine. — Guérison apparente rapide. —
Rechute à brève échéance. — Persistance des amibes.
B..., sergent-major, Entré le 18 mai pour diarrhée chronique consécu¬
tive à une dysenterie contractée au Tonkin en 1907. 11 y a deux mois,
pendant la traversée, il a fait une rechute avec selles nombreuses san^
guinolentes qui ne s’est apaisée que chez lui où il était en congé de conva¬
lescence.
Actuellement il est très amaigri et présente une nouvelle rechute. Coli¬
ques et ténesme; 15 à 20 selles sanglantes dans les 24 heures, dont 5 la
nuit. Etat général mauvais, mélancolie. Amibes très nombreuses et mobi¬
les dans les selles.
Le 18 mai — Emétique 0 g. 04.
Le 19 mai. — — .6 selles sanguinolentes.
Le 20 mai. — — .4 selles moulées sanguinolentes.
Le 21 mai. — — .4 selles moulées sang et mucus.
Le 22 mai. — — .1 selle.
Le 23 mai. — — . Pas de selle.
Du 24 au 30, une selle quotidienne moulée, d’apparence normale. Le 30,
examen des selles : ascaris et kystes amibiens
Traité pour ses ascaris, présente une ou deux selles par jour, moulées,
mais de nouveau marquées de sang.
Est sorti, encore porteur d’amibes, sur sa demande formelle, le 3 juin.
Observation IV. — Diarrhée amibienne. — Traitement par
l’émétine seule, amélioration. — Traitement associé par l’émé¬
tine et par le sulfate de soude. — Guérison apparente. — Persis¬
tance des amibes.
M..., sergent d’infanterie coloniale. Provient du Maroc et entre à l’hôpi¬
tal pour diarrhée le 13 mai. Il a contracté son affection en octobre 1912 et
depuis lors n’a cessé d’avoir 4 à 5 selles diarrhéiques par jour. Etat géné¬
ral assez bon ; foie petit. Selles liquides, légèrement spumeuses, contenant
des amibes mobiles parfaitement caractérisées.
Subit une première série d’émétine : 0 g. 04 du 17 au 20 mai; 0,06 du
35
494 —
9
20 au 23; 0,04 du 23 au 23. Les selles tombent de trois à une et devien¬
nent pâteuses, mais contiennent toujours des amibes.
Le 29, meme caractère des selles qui présentent à l’examen microscopi¬
que, outre des kystes amibiens non rares, une grande quantité d’infusoires
(. Balantidium coli). " "4
Du 2 au 10 juin, nouvelle série d’émétine aux mêmes conditions que la
précédente et qui donne, tant au point de vue macroscopique que micro¬
scopique, des résultats analogues en ce qui concerne l’examen des selles.
Cependant l’état général se relève et le malade, de ce coté, tire un bénéfice
du traitement.
Du 14 au 22 juin, troisième série d’injections d’émétine (une injection
quotidienne de 4 cg.), avec association de sulfate de soude, à dosés pro¬
gressivement décroissantes. Amélioration très marquée et rapide des sel¬
les qui, de liquides, deviennent franchement pâteuses et presque moulées
et qui sont réduites, à une seule dans les 24 heures.
L’état général et le moral du malade sont devenus très satisfaisants,
mais persistance encore des amibes dans les selles.
Ce sous-officier est maintenu en observation à l’hôpital.
Remarques . — Comme dans les deux cas publiés par M. Mar¬
choux, nos malades ont été «tirés améliorés par le traitement.
Cette amélioration au point de vue de l’état général et des symp¬
tômes d’ordre intestinal fut rapide.
Au point de vue microscopique, tous sont restés porteurs d’a¬
mibes ; ils ne peuvent donc être considérés comme guéris.
Deux de ces malades, porteurs de Balantidium coli très rares
au début des examens, ont vu ces parasites s’accroître dans une
proportion énorme au cours de l’observation, sans que la marche
des phénomènes intestinaux soit sensiblement influencée.
Le malade qui fait l’objet de l’observation IV, malgré un trai¬
tement associé (chasses quotidiennes au sulfate de soude) et mal¬
gré une amélioration macroscopique très marquée des selles, pré¬
sente toujours des amibes mobiles (examen microscopique du 25
juin). Il ne nous est pas possible de donner une explication satis¬
faisante de ce fait.
Aucun de nos malades ne s’est plaint que les injections fussent
particulièrement douloureuses.
En résumé, il nous semble que le traitement par l’émétine, s’il
est une grande amélioration dans le traitement de la dysenterie
amibienne, n’est pas suffisant à lui seul pour en assurer la gué¬
rison. Il permet cependant d’espérer que ,par un traitement local
associé, dont la technique reste à trouver, on pourra débarrasser
l’intestin de ses parasites.
(Ecole d'application du Service de Santé des
Troupes coloniales , Marseille.)
\
Un cas de leishmaniose infantile suivi de guérison.
Formules leucocytaires dans la leishmaniose.
Par QUILICHINI.
Nous donnons ci-dessous la suite de l’observation de la petite
malade qui a déjà fait le sujet d’une communication à la Société
de Pathologie exotique , en collaboration avec Ed. et Et. Ser¬
gent et Lombard (i).
Après être arrivée au dernier stade de sa maladie et nous avoir
fait craindre une issue fatale, cette enfant a guéri assez rapide¬
ment, et sa guérison a coïncidé avec un traitement arsénico-iodé.
Dans les premiers jours de février 1912, la jeune R. S... semble
arrivée à la période terminale de sa maladie. La faiblesse et la dénu¬
trition n’ont fait que s’accentuer jusqu’à la cachexie malgré l’appétit
vorace dont l'enfant jouit. Elle est anémiée au plus haut point, ses
téguments sont d’une pâleur cireuse ; les muqueuses décolorées. On
constate une atrophie notable des parties molles des membres, du
thorax et de la tête dont la maigreur contraste avec Y abdomen volit-
mineux , tendu , luisant.
La rate est énorme et arrive presque au contact de la crête iliaque
débordant largement la ligne médiane et permettant de sentir nette¬
ment son bord tranchant, mais pas la moindre douleur à la pression.
Le foie dépasse les fausses côtes de quatre travers de doigt environ,
mais l’examen le plus minutieux ne permet pas de déceler la présence
de Yascile. Pas de circulation complémentaire. Aux plis de l'aine on
constate une pléiade ganglionnaire, véritable micro-poly-adénopathie
ainsi qu’au niveau des régions sous-maxillaires et rétro-cervicales.
Les malléoles sont légèrement tuméfiées par un œdème localisé ne
remontant pas sur les jambes où la pression ne détermine pas le
moindre godet.
Les cheveux sont tombés et eetle alopécie semble faire partie elle
aussi de la symptomatologie de cette déchéance organique.
Depuis quelques jours, l’enfant est en proie à une diarrhée pro¬
fuse parfois même dysentériforme. Les urines sont rares, troubles,
renfermant une quantité énorme de dépôt phosphatique, mais ne con¬
tenant pas la moindre trace ni d'albumine, ni de sucre, ni pigments
biliaires. L’auscultation des poumons révèle la présence de râles bron¬
chiques généralisés se traduisant par une toux sèche, quinteuse, quasi-
coqueluchoïde.
L’enfant a une fièvre élevée, avec des rémissions ; le pouls est
(1) La leishmaniose à Alger. Infeclion simultanée d’un enfant, d’un chien
et d’un chat dans la même habitation, Bull. Soc. Path. exot., t. V, n« 2, 1912,
P- 93-
— 496 —
accéléré ci en rapport avec la température. La nuit, le sommeil est
paisible et n'est troublé que par les cris de l’enfant qui réclame à
manger». .
Des sueurs abondantes durent une grande partie de la nuit.
Le tableau clinique est donc au complet : fièvre élevée , anémie
intense , splénomégalie énorme , hypertrophie clu joie très accentuée ,
amaigrissement considérable , le poids de 1 enfant étant à peine de
8 kilogs. . . .
L’aspect de l’enfant est celui d’un athrepsique à îa dernière peroide ;
son intelligence est parfaitement intacte, pas de prostration.
En présence d’un pareil état de dénutrition, nous nous attendions
d'un jour à l’autre à un dénouement fatal.
Devant l’insuccès obtenu par la médication quimnée, aussi bien en
ingestions qu’en injections intramusculaires, nous avons décidé d em¬
ployer le traitement arsénical.
Traitement. — Nous faisons tous les jours à 1 enfant une injection
intramusculaire d II ecline. Le poids de Tentant étant de 8 e. 500 g.,
nous injectons le premier jour 0,08 cg. d hectine. Nous augmentons
- 497 —
tous les jours d’un dcmi-cg. d'hectine jusqu’à la dose de 0,10 cg.
que nous maintenons pendant 1.0 jours.
La première série d’injections ne semble pas exercer une influence
notable sur l'évolution de la température qui se maintient toujours
élevée. On remarque déjà cependant une disparition sensible de l’hy-
perthopic polyganglionnaire et une légère diminution du volume de
la rate.
Malgré la parfaite tolérance de cet organisme délabré pour le trai¬
tement arsénical (pas de diarrhée, ni trouble digestif), nous jugeons
prudent d’interrompre les injections d’hectine pendant quelques jours.
Durant cette période intercalaire, nous instituons un traitement iodé
en injectant à l’enfant tous les jours un cg. par centimètre cube d’io-
done injectable Robin. Peu d'influence sur la température ; mais assez
manifeste sur les petits ganglions de Faîne qui, au bout de quelques
injections d’iodone, ont complètement disparu. La rate diminue sensi¬
blement, ne débordant plus que de trois travers de doigt. L’état géné¬
ral semble s’améliorer. Après 10 injections d’iodone, nous reprenons
une série de 10 injections d’hectine aux mêmes doses qu’à la première
série. La rate diminue à vue d’œil et, à la fin de cette série, ne déborde
plus que de deux travers de doigt.
La température qui s’était toujours maintenue assez élevée avec
des rémissions brusques, semblait aussi vers le 20 mars présenter une
diminution notable en plateau nous faisant espérer une chute pro¬
chaine. Mais après 3 ou 4 jours, de température a peu près normale
(du 20 au 2o mars), nous notons, le 26 mars, une brusque élévation
(41°2) avec augmentation notable du volume de la rate. Cet accès
hyperthermique a coïncidé avec une période de chaleur très grande
et semble avoir été occasionné par elle. Il y a là un point qu’il nous
a paru intéressant de signaler. La température a mis quelques jours
à tomber et après quelques poussées est revenue à la normale.
La rate est enfin réduite et disparaît sous le rebord costal. Le foie
est normal. Le poids de l’enfant augmente sensiblement (2 kg. en
l’espace d’un mois). Nous continuons encore le traitement alternatif
arsénical et iodé ; après trois mois de ce traitement, la température
tombe définitivement.
Dans les premiers jours d'avril 1912, l'apyrexie est complète et se
maintient définitivement. La rate échappe désormais à l’exploration la
plus minutieuse, le foie a repris son volume normal. L’enfant semble
être complètement transformée, les cheveux ont repoussé, elle
engraisse à vue d’œil, son abdomen n'est plus distendu par les organes
hypertrophiés.
Malgré cette guérison surprenante, nous persévérons dans notre
traitement et pendant 4 mois, l’enfant est soumis à des injections
d’hectine et d’iodone à intervalles de plus en plus longs.
En juillet 1913, c’est-à-dire quinze mois environ après l’améliora¬
tion complète de son état général et la chute de la température, la
guérison semble définitive, l’enfant n’ayant * présenté aucun signe
organique ou thermique de réveil de sa maladie. Elle se développe
normalement et son poids atteint à l’heure actuelle 20 kg.
Les cas de guérison de Leishmaniose étant particulièrement ra¬
res, voire même exceptionnels, il nous a paru intéressant de relater
t
— 49§ —
celle-ci où l’observation clinique a été sans cesse soumise au con¬
trôle des recherches de laboratoire.
Notre malade arrivée à la période cachectique et considérée, il y
a un an, comme vouée à une mort certaine, peut être aujourd’hui
considérée comme complètement guérie cliniquement — l’examen
hématologique venant aussi confirmer cette guérison. — De l’é¬
tude de ce cas, une conclusion semble se dégager : celle de la né¬
cessité d’un traitement intensif et surtout continu. La médication
quininée ne fournit aucun résultat appréciable; le traitement arse-
nico-iodé, par la stimulation puissante sur l’organisme, semble
avoir aidé fortement au rétablissement de notre petit malade.
*
* *
L’examen du sang périphérique de la petite malade ne montra
jamais de Leishmania. La numération qualitative leucocytaire a
montré les variations suivantes au cours de la maladie et après la
guérison.
Au cours de la maladie, il y a donc mononucléose au profit des
lymphocytes vrais petits), forte diminution du nombre des polynu¬
cléaires, et déviation à gauche de la formule d’ARNETH.
Au cours de la guérison, le nombre des polynucléaires au¬
gmente, la formule d’ARNETH revient lentement à la normale, le
nombre des lymphocytes rais petits diminue beaucoup, celui
des lympholeucocytes au contraire augmente très sensiblement et
est resté jusqu’à présent supérieur à la normale.
( Institut Pasteur d’ Algérie\.
«
— 499 —
A propos de l’immunité active du chien vis-à-vis
de la piroplasmose canine (Babesiose canine)
Par A. CI UC A (Bucarest).
Xocard et Motas (i) ont montré que les chiens guéris de piro¬
plasmose expérimentale ou naturelle, deviennent réfractaires vis-
à-vis d’une nouvelle infection et que l’immunité conférée par une
première atteinte est solide et durable (16 mois).
Ces observations ont été confirmées par Theiler (2) qui a cons¬
taté cependant que le sang des chiens immunisés reste longtemps
(un an) virulent pour les jeunes chiens.
Des faits contradictoires ont été publiés par Robertson (3), qui
a cité des chiens ayant présenté quatre récidives de piroplas¬
mose. Certains de ces chiens, guéris de la première attaque, sont
morts de réinfection au cours de la saison suivante.
Pour Nuttall et Graham-Smith (4) une crise de piroplasmose
ne protège pas sûrement le chien contre une nouvelle infection. Le
sang des chiens guéris de cette affection renferme pendant très
longtemps un petit nombre de parasites. Ces savants ont pu infec¬
ter les jeunes chiens avec le sang de sujets considérés comme gué¬
ris depuis 6 mois à 2 ans. Ces auteurs ont donc cru devoir con¬
clure que P immunité active du chien vis-à-vis de l’infection par
le Piroplasma canis, après disparition complète des parasites,
n’est pas démontrée.
L’observation d’un chien que nous allons résumer ici, vient
à l’appui de la manière de voir de Nuttall et Graham-Smith.
Observation. — Un chien de 3 mois a été infecté le 23 janvier 1911
par injection péritonéale de 16 cm1 2 3 4 5 de sang riche en piroplasmes
(virus du Tonkin de Mat ms) (5). Trois jours après, l'animal a pré-
(1) Annales de l’ Institut Pasteur, tome XVI, avril 1902, page 257.
(2) Centralbl. fur Bakteriol., /, Originale, t. XXXVII, 1904, pp. 401-405.
(3) Jour, of compar. Pathol, and Therap ., tome VI. 1906, page 110.
(4) Parasitology , vol. II, no 3, sept. 1909, pp. 215-228.
(5) C. Mathis et M. Legkr, Recherches de parasitologie et pathologie
humaine et animales au Tonkin, Masson, 1911, p. 335.
A. Ciuca , Recherches sur l’influence de la splénectomie totale sur l’évolu¬
tion de la piroplasmose canine, Bull . de la Soc. de Path. exotique, page 143,
vol. 5, 1912.
— 5 oo —
scnté de la fièvre ; les globules parasiés ont apparu dans le sang le
5e jour. La maladie a évolué d’une façon aiguë. Pendant 8 jours, le
sang était très riche en parasites, dont un certain nombre étaient
extra-globulaires. On ne retrouvait plus de parasites à l’examen
microscopique le 12e jour après l'inoculation du virus. L’examen du
sang était répété 30 jours de suite et toujours avec un résultat négatif.
Le 3 mars 1911 (26 jours après la disparition des parasites), l’exa¬
men du sang est négatif, mais un chien de trois mois injecté avec
20 cm3 de ce sang, prend l’infection et meurt en 10 jours.
Le 10 novembre 1911 (9 mois après la disparition des parasites),
l’examen microscopique est négatif, mais un chien âgé de 2 mois,
injecté dans le péritoine, fait une maladie aiguë non mortelle.
Le lec octobre 1912 (28 mois après la disparition des globules para¬
sités), 1* examen microscopique est négatif. L’injection de 20 cm3 de
sang dans le péritoine d'un chien âgé de 2 mois, n’est suivie d’aucun
phénomène morbide.
A partir de ce moment, notre sujet qui a eu si longtemps la maladie
à l’état chronique, pouvait être considéré connue définitivement guéri.
Par conséquent nous avons pu penser qu'il était en état d'immunité
active vis-à-vis d’une réinfection par les piroplasmes.
Pour vérifier s'il en était vraiment ainsi, nous avons essayé de réin¬
fecter notre chien par l’injection péritonéale de 5 cm3 de sang défi¬
briné provenant d’un autre chien porteur de virus de Nuttall (1).
Deux jours après, l’animal avait i0°6 et beaucoup de ses globules
rouges renfermaient déjà des parasites. Le nombre de globules para¬
sités s’accrut très rapidement et d'une façon considérable ; en même
temps, apparurent l’ictère et l’hémoglobinurie.
Le chien est mort 13 jours après l'inoculation et 11 jours après l'ap¬
parition de parasites dans le sang, ayant fait une crise de piroplas¬
mose aiguë, comme un chien neuf.
A l’autopsie on a trouvé toutes les lésions classiques de la piroplas¬
mose canine.
Cette observation montre: i° que notre chien, bien qu’en bonne
santé apparente, a été atteint de piroplasmose chronique pendant
les q mois qui ont suivi la crise aiguë de cette maladie ;
2° que la virulence de son sang a été faiblement atténuée vers
la tin de l’état chronique de la maladie ; il Infectait encore les jeu¬
nes chiens, mais sans leur donner une maladie mortelle;
3° et qu’enfin la guérison complète n’a pas empêché notre
chien de contracter à nouveau une piroplasmose, cette fois mor¬
telle.
(O Virus obligeamment envoyé à M. Mesnil par le Prof. Nuttall. Avec
ce virus nous avons fait 18 passages et il était aussi. actif pour les chiens
adultes que pour les jeunes. Tous font la maladie suraiguë mortelle, avec
fièvre, ictère et hémoglobinurie très intense. Injectés avec 2*5 cm3 de sang
dans le péritoine, les parasites apparaissent entre 24 h. et 4 jours; le maximum
et en général 4-6 jours après et les chiens meurent ayant la plupart des glo¬
bules parasités dans le sang périphérique.
Ainsi nous avons pu confirmer le fait observé déjà par Nuttall
et Graham-Smith, que la guérison apparente d’une crise aiguë
de piroplasmose, est suivie d’un état chronique latent de la mala¬
die. Il faut aussi insister sur ce fait, et c’est le point le plus inté¬
ressant de notre observation, que la guérison certaine de la piro¬
plasmose, démontrée doublement par la disparition complète des
parasites du sang et par la suppression de sa virulence, ne con¬
fère pas, au moins dans certains cas, l’immunité vis-à-vis d’une
nouvelle infection. Nous admettons 1 ’ identité spécifique du pa¬
rasite de Mathis (origine Tonkin) et de celui de Nuttall (ori¬
gine Afrique du Sud).
(' Travail du laboratoire du Professeur F. Mesnil
à V Institut Pasteur.)
M. Laveran. — J’étudie depuis plusieurs mois, avec M. Nat-.
tan-Larrier, un virus indigène de la piroplasmose canine et un
virus d’origine africaine. Les animaux qui ont résisté à l’infec¬
tion par un de ces virus jouissent, cela est certain, d’une immu¬
nité remarquable pour ce même virus ; on peut leut injecter de
fortes doses de sang virulent sans que les piroplasmes reparais¬
sent. Il n’en est pas de même quand on inocule, avec le virus
africain, un chien qui a acquis l’immunité pour le virus indigène
ou inversement. Les chiens ayant l’immunité pour le virus indi¬
gène se montrent nettement sensibles au virus africain qui pro¬
duit souvent chez eux des infections mortelles. Deux chiens
ayant l’immunité pour le virus africain se sont infectés par le
virus indigène; ils n’ont eu à la vérité que des infections légères.
On peut conclure de ces faits que les piroplasmes des deux ori¬
gines (indigène et africain) appartiennent, sinon à deux espèces,
au moins à deux variétés bien distinctes.
Le galyi dans les trypanosomiases
Par A. LA VER AN et D. ROUDSKY.
MM. de Beurmann, Mouneyrat et Tanon ont fait connaître deux
nouveaux composés arsenicaux, ayant des propriétés trypanomi-
cides et spirillicides, qu’ils ont désignés sous les noms de 1116
ou galyi et de 1151 ou ludyl. Ces composés se sont montrés très
actifs dans les infections expérimentales produites chez diffé¬
rents animaux par le Tr. gambiense (1).
Il était important d’essayer les nouveaux médicaments dans
d’autres trypanosomiases, c’est ce que nous avons pu faire grâce
à l’obligeance de M. le Dr Mouneyrat qui a bien voulu mettre à
notre disposition du galyi et du ludyl. Presque toutes nos recher¬
ches ont porté jusqu’ici sur le galyi.
Le tétraoxydiphosphaminodiarsénobenzène, surnommé galvl,
se présente sous l’aspect d’une poudre jaunâtre; le galyi est inso¬
luble dans l’eau mais on obtient facilement sa dissolution en ajou¬
tant, à l’eau distillée dans laquelle la poudre, finement broyée, est
en suspension, quelques gouttes d’une solution de carbonate de
soude.
Nous avons employé, pour les souris et pour les rats, une solu¬
tion de galyi à 1 pour 200, pour les cobayes une solution à 1 pour
100; toutes les injections ont été faites dans les muscles des cuis¬
ses. Les souris et les rats supportent bien les injections qui provo¬
quent seulement des tuméfactions légères et passagères; les co¬
bayes ont des réactions plus fortes, la cuisse qui a reçu l’injection
de galyi se tuméfie fortement et la tuméfaction, douloureuse à la
pression, persiste pendant plusieurs jours.
Pour des souris de 20 g., il ne faut pas dépasser les doses de
1 mg. 25 à 1 mg. 50.
Les souris neuves de 20 g. peuvent supporter une dose de galyi
» de 2 mg., mais les souris infectées de trypanosomes sont plus sen¬
sibles; une de nos souris qui avait des Tr. Evansi assez nom¬
breux, au moment où elle reçut 1 mg. 50 de galvl, est morte
(1) De Beurmann, Mouneyrat et Tanon, Soc. méd. des Hôpitaux de Paris,
24 janvier 1913. — L. Tanon et A. Dupont, meme Soc., 9 mai 1913.
intoxiquée. L action de La toxine mise en liberté par la destruc¬
tion rapide des trxpan. semble s ajouter a celle du médicament.
Pour les cobayes, la dose de galyl employée a été de i c g. envi¬
ron par 100 g. ou fraction supérieure à 50 g.
Nos recherches ont porté sur les trypanosomes suivants: Tr.
Brucei (nagana ferox, Ehrlich), Tr. Evansi, Tr. rhodesiense, Tr.
gambiense , Tr. soudanense, Tr. hippicum, Tr. dimorphon, Tr.
congolaise, Tr. pecorum.
1° Le 5 juin 1913, 4 souris de 20 g. sont inoculées, dans le péritoine,
avec le T r. Brucei (nagana ferox, Eiirlich), elles ont, le 6 juin, des
trypan. rares. Le 0 juin, à 9 h. 30 du matin, les souris reçoivent cha¬
cune, dans les muscles d’une des cuisses, 1 111g. 25 de galyl • à 1 h,
à la date du 7 juillet, ils
de l’après-midi, les trypan. ont disparu
n'ont pas reparu.
Chez 2 rats infectés de nagana, le galyl a fait disparaître rapide¬
ment les trypan. de la grande circulation, mais la maladie a rechuté.
2° Le 3 juin 1913, 4 souris de 20 g. sont inoculées, sous la peau,
avec le Tr. Evansi , sur cobaye. Le 8 juin, les 4 souris ont des trypan.
assez nombreux ; elles reçoivent chacune, à 9 h. du matin, 1 mg. 50
de galyl. A 4 h. du soir, les trypan. ont disparu chez les 4 souris.
L'une des souris meurt dans la nuit du 9 au 10 juin ; il n’y a pas
de trypan. dans le sang, la souris paraît avoir été intoxiquée par le
médicament. A la date du 7 juillet, les trypan. n'ont pas reparu chez
les trois autres souris.
3° Le 5 juin 1913, 4 souris de 20 g. sont infectées, sous la peau,
avec le Tr. rhodesiense , sur cobaye. Le 9 juin, les 4 souris ont des
trypan., rares chez deux d’entre elles, non rares chez les deux autres.
Le 9 juin, à 9 h. du matin, les souris reçoivent chacune, dans les mus¬
cles d'une des cuisses, 1 mg. 50 de galyl. Le 9, à 4 h. du soir, les
trypan. ont disparu du sang des 4 souris ; à la date du 7 juillet, ils
n’ont pas reparu.
Nous îv avons pas expérimenté le galyl sur des souris infectées
par le Tr. gambiense parce que le virus dont nous disposons ac¬
tuellement n’a pas sur ces animaux une action régulière. Nous
avons constaté que chez les cobayes infectés par le Tr. gam¬
biense, et traités par le galyd, les trypan. disparaissaient en quel¬
ques heures de la grande circulation.
4° Le 5 juin 1913, 2 cobayes sont inoculés avec le Tr. gambiense ;
le 24 juin ils ont des trypan., nombreux chez l'un, du poids de 475 g.,
assez nombreux chez l'autre, du poids de 450 g. Les cobayes reçoi¬
vent, dans les muscles des cuisses, le 1er, 5 cg. de galyl ; le 2e,
4 cg. 50. Les trypan. disparaissent en quelques heures de la grande
circulation ; à la date du 7 juillet, ils n’ont pas reparu.
510 Le 13 juin 1913, 2 souris de 20 g. sont inoculées, dans le péri¬
toine, sur un cobave infecté de Tr. soudanense. Le 16 juin, à 9 h. du
«/
— 504 —
*
matin, les souris qui ont des trypan. non rares reçoivent chacune,
dans les muscles des cuisses, 1 mg. 50 de galyl. Le 16, à 4 h. du soir,
les trvpan. ont disparu ; à la date du 7 juillet, ils n’ont pas reparu.
Le 19 juin 1913, 2 souris de 20 g. sont inoculées, dans le péritoine,
sur un cobaye infecté de Tr. soudanaise. Le 29 juin, les souris ont
des trypan. non rares ; l’une d’elles reçoit 1 mg. 50 de galyl, l’autre
est conservée comme témoin, ( liez la souris traitée, les trypan. dis¬
paraissent en quelques heures : à la date du 7 juillet, ils n’ont pas
reparu. La souris témoin meurt le 2 juillet avec trypan. très nom¬
breux.
6° Le 30 juin 1913, 4 souris de 23 g. sont inoculées, dans le péri¬
toine, sur un cobaye infecté de Tr. hippicum. Le 3 juillet, les 4 souris
ont des trypan. rares ou non rares. 3 souris reçoivent le 3 juillet, à
9 h. 30 du matin, 1 mg. 25 de galyl ; à 2 h. du soir, les trypan. ont
disparu de la grande circulation ; à la date du 9 juillet ils n’ont pas
reparu. La souris témoin meurt le 6 juillet avec trypan. très nom¬
breux.
7° Le 12 juin 1913, 4 souris de 20 g. sont inoculées, dans le péri¬
toine, sur une souris infectée de Tr. çlimorphon.
Le 16 juin 1913, à 9 h. du matin, les 4 souris qui ont des trypan.
assez nombreux reçoivent chacune, dans les muscles d’une des cuisses,
1 mg. 25 de galyl. L’examen du sang des 4 souris, fait le 16 juin au
soir, permet de constater que le nombre des trypan. a augmenté.
L’une des souris meurt le 17 juin, les autres meurent les 18, 19 et
20 juin. Chez les 4 souris, les trypan. sont très nombreux au moment
de la mort.
Le 17 juin 1913, 4 souris de 20 g. sont inoculées, dans le péritoine,
sur une souris infectée de Tr. dimorphon.
Le 19 juin, les 4 souris ont des trypan. non rares. 3 souris reçoivent,
dans les muscles d’une des cuisses, 1 mg. 50 de galyl ; la quatrième
est conservée comme témoin. Le 20 juin, les 4 souris ont des trypan.
nombreux ; elles meurent le 21 juin avec trypan. très nombreux.
L’évolution de la maladie a été la même chez les souris traitées que
chez le témoin ; les quatre souris sont mortes le 21 juin au matin à
très peu d’intervalle les unes des autres.
8° Le 17 juin 1913, 4 souris de 20 g. sont inoculées, dans le péri¬
toine, sur une souris infectée de Tr. congolaise.
Le 20 juin, les souris ont des trypan. non rares ; 3' souris reçoivent
chacune dans les muscles d’une des cuisses, 1 mg. de galyl, la qua¬
trième sert de témoin. Les trypan. ne disparaissent pas chez les souris
traitées ; ils sont assez nombreux chez les 4 souris le 21 juin, très
# nombreux le 22. Une des souris traitées meurt le 29 juin avec des
trypan. extrêmement nombreux ; les 2 autres souris traitées qui ont
fait une crise comme la souris témoin ont, à la date du 7 juillet, des
trypan. non rares (marche normale de l’infection chez les souris).
9° Le 18 juin 1913, 4 souris de 20 g. sont inoculées sur un cobaye
infecté de tr. pecorum. Le 24 juin, les souris ont des trypan. assez
nombreux. 3 souris reçoivent chacune, dans les muscles d’une des
cuisses, 1 mg. 50 de galvl, la quatrième sert de témoin. Les trypan.
ne disparaissent pas chez les souris traitées ; ils sont assez nombreux
le 25 chez les 4 souris, très nombreux le 28. La souris témoin meurt
le 28 juin ; 2 des souris traitées meurent le 2 juillet avec trypan. très
nombreux ; la troisième vit encore le 9 juillet, elle a des trypan. très
nombreux.
En résumé, le galyl s’est montré très actif dans les infections
dues au Tr. Bmcei, au Tr. Evansi, au Tr. rhodesiense, au Tr.
soudanense, au Tr. hippicum ; les souris infectées par un de ces
trypanosomes ont été guéries à la suite de l’injection d’une seule
dose du médicament ; les expériences faites sur des cobayes
infectés par le Tr. gambiense témoignent également de l’activité
du galyl sur ce trypanosome.
Par contre le galyl s’est montré tout à fait inactif dans les infec¬
tions produites par le Tr. dimorphon, le Tr. congolense et le Tr.
pecorum. Le ludyl est également inefficace contre le Tr. dimor¬
phon.
Il est connu que l’activité d’un médicament varie souvent d’une
espèce de trypanosome à une autre (i), mais il est exceptionnel
que la séparation entre les trypan. sensibles et les trypan. réfrac¬
taires soit aussi tranchée qu’elle l’est ici.
Le fait que le galyl n’agit ni sur le Tr. dimorphon, ni sur le
Tr. congolense, ni sur le Tr. pecorum montre une fois de plus que
ces trypanosomes sont voisins; il est à noter cependant qu’ils ne
se comportent pas toujours de même en présence des agents médi¬
camenteux. L’un de nous a montré que l’orpiment était beaucoup
plus actif dans les infections produites par le Tr. congolense que
dans les infections dues au Tr. dimorphon (2).
Au point de vue pratique, il est important de savoir que le galyl
ne peut pas être employé indifféremment dans toutes les trypano¬
somiases et qu’on ne doit pas le prescrire dans les infections pro¬
duites par les Tr. dimorphon, Tr. congolense et Tr. pecorum.
•
(1) A. Lweran et F. Mesnil, Trypanosomes et Trypanosomiases, 2 e édit.,
Paris, 1912, p. 199.
(2) A. Laveran. Soc. de path. exotique , 1910, t. III, p. 443.
Sur les Œsophagostomiens des Ruminants
Par A. RAILLI ET et A. HENRY.
Dans diverses publications antérieures, nous avons indiqué les
groupements qu’il paraît rationnel d’établir, en se basant notam¬
ment sur la disposition de l’appareil génital, dans les Strongyli-
dés à capsule buccale ou Strongylinœ.
Nous désirons revenir aujourd’hui sur l’un de ces groupements,
celui des Œsophagostomeœ, en nous attachant spécialement aux
formes qui vivent chez les Ruminants.
Après avoir rappelé les caractéristiques de la tribu et dressé le
tableau synoptique des genres qui la composent, nous cherche¬
rons à établir les affinités des principales formes du genre Œso-
phagostomum, en introduisant dans ce groupe une espèce nou¬
velle ; puis nous préciserons, avec quelques dessins à l’appui, les
caractères de l’unique espèce jusqu’à présent connue du genre
Agriostomum.
OEsophagostomeæ. — Bourse caudale à cotes antérieures et moyennes
fendues, postérieures et postérieures externes naissant d’un tronc com¬
mun, postérieures bifurquées. Vulve à peu de distance de l’anus; uté¬
rus opposés ; ovéjecteurs rapprochés. Fente ventrale plus ou moins
évidente.
Genres : OEsophagoslomum Molin, 1861 ; Chabertia Railliet et Henry,
1909 ; Ternidens IIailliet et Henry, 1909 ; Agriostomum Railliet,
1902 (1).
Clé pour la détermination des genres d 'Œsophagostomiens.
Bouche s’ouvrant directement en avant ; capsule
buccale cylindrique ; coronules . . .
| Vers la face ventrale ; capsule buccale
subglobuleuse ; coronules .
Bouche
s’ouvrant
obli¬
quement
vers
la
face
dorsale
i Capsule buccale subglobuleuse
avec des dents à son fond ;
coronules .
Capsule buccale cylindrique ;
lumière de l’œsophage en
large entonnoir; pas de co¬
ronules, mais bouche avec de
fortes dents en crochets . .
OEsophagostomum .
Chabertia .
Ternidens.
riostomum.
(i) Un groupe très voisin des Œsophagostomeœ ( côtes postérieures externes
— 5o 7 —
Les Ruminants hébergent des représentants des genres Œso¬
phagostomum, Chabertici et Agtiostomum ; nous laissons de
côté, dans cette note, le genre Chabertici.
Genre Œsophagostomum Molin, 1861. — Extrémité antérieure offrant
une brève saillie cuticulaire ( bourrelet pèristomique), séparé en arrière par
un sillon circulaire ( sillon céphalique ) d’un second renflement souvent
beaucoup plus ample ( vésicule céphalique ) qui, dans la région ventrale,
s’arrête brusquement au niveau d’une dépression transversale [fente ven¬
trale) existant même en l’absence de la vésicule. Bouche suivie d’une cap¬
sule buccale cylindrique, souvent de faible hauteur, pourvue d’un court
tunnel dorsal. Marge buccale garnie de lamelles ycoronule externe) ; bord
antérieur de la capsule buccale portant en outre de courtes languettes
( coronule interne). Six papilles céphaliques; deux papilles cervicales.
Mâles avec deux papilles prébursales. Femelles avec deux papilles cau¬
dales.
Type : OEsophagostomum dentatum Rudolphi, 1803, de l'intestin du
Porc et du Sanglier.
Les Œsophagostomes des Ruminants se répartissent en deux
sections :
Section A ( Hysteracrum n. s. -g.). — Ne diffèrent du type que par la
position des papilles cervicales reportées en arrière de la terminaison de
l’œsophage.
Section B (Proteracrum n. s. -g.). — Diffèrent du type par la vésicule
céphalique qui est peu ou pas renflée, et la présence, le long du corps, de
deux ailes latérales très développées. Les troisième et quatrième stades
larvaires produisent des nodules parasitaires de l’intestin.
La première de ces sections renferme les deux espèces :
Œsophagostomum venulosum (Rudolphi, 1809), du Mouton,
de la Chèvre, du Dromadaire,... ;
Œsophagostomum asperum n. sp., de la Chèvre, et dont nous
donnons plus loin la description.
La deuxième section renferme les deux autres espèces :
Œsophagostomum columbianum (Curtice, 1890) du Mouton,
de la Chèvre et du Bœuf ;
Œsophagostomum radiatum (Rudolphi, 1803) Œsophago¬
stomum biramosum Cuillé, Marotel et Panisset, 1911), du
Bœuf.
OEsophagostomum asperum n. sp. - Le corps est blanc jaunâtre, cylin-
droïde, atténué aux extrémités Le tégument est strié en travers; les
naissant isolément ; absence de fente ventrale,...) est représenté chez les
Marsupiaux par le genre Cloacina Linstow, i8q8 — Zoniolaiinus Cobb,
1898.
stries ont un écartement de 5 à 7 a. L’extrémité antérieure porte les
caractéristiques les plus essentielles de l’espèce, aussi devons-nous insister
sur sa description. Le bourrelet péristomique est très évident et à contours
assez régulièrement arrondis; il s’étend sur une longueur de 60 à 62 g..
La vésicule céphalique est régulièrement dilatée, et sa surface est très
finement chagrinée (ce que rappelle le nom donné à l’espèce). La fente
ventrale est située à 320-860 a de la bouche. Les deux papilles cervicales,
très fines et souvent dirigées en avant, sont insérées assez loin en arrière
Fig. 1. — Extrémité antérieure d '(Ms. venulosum. Gr. 200.
Fig. 2. — Extrémité antérieure d ’(Æs. asperum. Gr. 200.
de la terminaison de l'œsophage, environ à 1. 000-1. 125 ja de l’extrémité
antérieure. Les six papilles céphaliques sont relativement peu apparentes.
J, a marge de la bouche est découpée en douze festons arrondis ( coronule
externe) ; la coronule interne présente un nombre double de petites écailles
très évidentes. La capsule buccale possède une paroi épaisse, avec un sil¬
lon circulaire interne vers le tiers inférieur de sa hauteur, qui atteint 40
à 44 a; son diamètre intérieur est de 52 à 57 a, de sorte que la hauteur
offre environ les quatre cinquièmes de la largeur. La hase de la capsule
buccale se trouve sensiblement au niveau du sillon céphalique. L’œso¬
phage est en massue, long de 740 à 875 u, épais de 320 à 360 u. dans sa
partie la plus large, soit vers le quart postérieur; le collier nerveux occupe
le milieu de sa longueur La paroi intestinale est chargée de granulations
pigmentaires.
Le mâle est long de 11 mm., 5 à 13 mm., avec une épaisseur moyenne
de 420 à 480 a. Les caractères de la bourse caudale cadrent parfaitement
avec ceux des QFsophagostomes en général. Les spiculés sont longs de
1.350 à 1.620 -j..
La femelle est longue de 14 mm. à 17 mm. 5, sur une épaisseur maxima
de 510 à 620 u.. La queue est assez brusquement rétrécie, aussitôt après
l’anus, en un appendice conique aigu portant deux très petites papilles
latérales à 55-60 ;x de sa pointe. L’anus est distant de 140 à 165 u. de l’ex¬
trémité postérieure et la vulve de 320 à 385 tx. Le vagin est long de 650 à
870 u. ; le groupe des deux ovéjecteurs, disposé suivant le type habituel,
est long de 260 a. Les œufs mesurent 83 à 85 u sur 55 à 60 ; ils ont une
coque mince, ellipsoïde et sont en voie de segmentation au moment de la
ponte.
• Ce parasite a été récolté en petit nombre, en compagnie de
Y (Esophagostomum columbianum, dans l’intestin de deux Chè-
vres, a Ancon, par M. S.-T. Darling, Chef du Laboratoire du
Bureau sanitaire de la zone du, Canal de Panama.
Les différences essentielles qui existent entre VŒs. asperum et
VŒs. venulosum sont consignées dans le tableau ci-dessous :
OEs. venulosum.
Coronule externe :
18 festons.
Coronule interne :
18 écailles à deux racines.
Capsule buccale :
4 à 5 fois plus large que haute.
Logée à mi-parcours du bour¬
relet péristomique.
*
OEs. asperum n. sp.
12 festons.
24 écailles.
A peine plus large que haute.
S’étendant jusqu’au niveau du
sillon céphalique.
* *
Genre Agriostomum Railliet, 1902. — OEso phagos tome æ à extrémité
céphalique relevée vers la face dorsale; capsule buccale peu développée
remplacée par un élargissement en forme d’entonnoir de l’extrémité anté¬
rieure de la lumière de l’oesophage (comme cela s’observe dans d’autres
genres de Strongylinæ, tels que Gyalocephalus Looss, 1900 et Trachypha-
rynx Leiper, 1911). Bouche soutenue par un cercle chitineux orné de for¬
tes dents recourbées en crochets.
Espèce type et actuellement unique : Agriostomum Vryburgi Railliet,
1902.
Nous reproduisons la description primitive accompagnée de fi¬
gures propre à faire comprendre plus facilement les caractères
très spéciaux du genre Agriostomum.
11 est nécessaire de faire remarquer que A. Vryburg en
1907 (1), par suite d’une confuiorq a décrit et figuré comme
Agriostomum Vryburgi , le Bunostomum phlebotomum Rail¬
liet, iqo2.
Le corps est cylindroïdc, blanchâtre, légèrement atténué aux deux
extrémités, la striation du tégument est très fine, difficilement percepti¬
ble. Au niveau de l’anneau nerveux existent deux papilles cervicales très
faibles, composées chacune d’une courte pointe mousse surmontant un fut
cylindrique. L’extrémité céphalique est recourbée vers la face dorsale et
bien que le tégument ne forme, à proprement parler, aucun renflement
vésiculeux, on observe une « fente ventrale » tout à fait semblable à celle
qui se rencontre chez les autres OEsophagostomeœ.
La bouche est soutenue par un cercle chitineux armé de huit fortes dents
recourbées en crochets, symétriquement disposées de chaque côté, les deux
premières (ventrales) très rapprochées, les deux dernières (dorsales) se
(n A. Vryburg, Zwei neue Nematoden im Darmkanal des Rindes in Deli-
Sumatra. Centralblatt f Bakt., Par. und Inf ., I. Orig., t. XLV, 1907,
f . 4, pp. 327-331, Tab. 1 1 1 - V .
regardant par leurs pointes, et laissant un grand intervalle entre leurs
bases. La troisième de chaque côté paraît être la plus puissante, la qua¬
trième ou dorsale la plus faible. La capsule buccale est très courte ; le
côté ventral de sa paroi est à peu près deux fois plus haut que le côté dor¬
sal, ce qui contribue à reporter dorsalement l'ouverture buccale. L’œso¬
phage qui fait suite est renflé en massue. Sa lumière se dilate en avant en
un large entonnoir qui simule une capsule buccale et qui vraisemblable¬
ment doit en avoir les fonctions.
Fig. 3. -
- Extrémité antérieure d’Agr. Vryburgi . vue de côté.
Gr. 200.
Le male, dont jusqu’ici il n’a été possible de n’observer qu’un seul exem¬
plaire en mauvais état de conservation, est long de 9 mm. 2, et large de
300 u. Sa bourse caudale est courte, assez étroite, lobée ; ses deux spiculés
sont égaux, un peu renflés h leur base, ailés et striés transversalement,
longs de 840
La femelle est longue de 14 mm. 5 à 15 mm. 5, sur une largeur de
450 |j. vers le milieu. Sa queue est très courte, épaisse, mousse; l’anus est
situé à 150 u. de son extrémité, sur une éminence surbaissée, la vulve à
4-70 g, sur une saillie plus accusée. Autour de la région vulvaire, on
remarque souvent cette matière agglutinative, jaunâtre, qui est si com¬
mune chez les Strongylinés, et qui, très généralement, sert de substratum
à des végétations filamenteuses simulant un byssus génital. Les œufs sont
ellipsoïdes ou subcylindriques, longs de 170 à 195 a, larges de 60 à 92 g,
en segmentation au moment de la ponte.
Ce Nématode a été recueilli par M. A. Vryburg, à Déli (Suma¬
tra), dans le duodérnum d’un Zébu (Bibos indiens) qui hébergeait
en même temps dans le cæcum des Bunostomum phlebotomum et
était mort d’une anémie très avancée probablement causée par ces
deux Parasites.
Note sur les Stegomyias du Tonkin
Par J. LEGENDRE.
Le vStegomyia se rencontre au Tonkin, dans les habitations
pendant au moins huit mois de l’année. C’est en été et en automne
qu’il y est le plus abondant mais au printemps et même en hiver
il suffit de quelques journées chaudes pour qu’il fasse preuve d’ac¬
tivité ; je l’ai vu piquer en février qui est le mois le plus froid.
— 5 I 2 —
' -
On voit surtout les Stégomyias dans la journée ; les mâles vien¬
nent pomper la sécrétion sudo<rale et les femelles se nourrir du
sang des personnes au repos ; dans les jardins publics et privés,
ces moustiques s’attaquent avec ténacité aux grandes personnes
et surtout aux enfants qu’ils piquent de préférence aux jambes,
qui sont nues. Après le coucher du soleil, j’ai plusieurs fois cher¬
ché à voir des Stégomyias parmi les moustiques qui se nourrissent
la nuit; je crois qu’au Tonkin non seulement leur premier repas
de sang, mais aussi les autres, sont pris plus souvent de jour que
de nuit.
Les mœurs des Stégomyias tonkinois sont les mêmes que celles
des mêmes moustiques d’Afrique et d’Amérique, ils vivent et
gîtent au voisinage immédiat de l’homme dans les cours et jar¬
dins où ils recherchent les eaux claires pour y déposer leur ponte.
Cependant ils peuvent faire choix à l’occasion, de gîtes exception¬
nels, tels que la coquille vide d’escargots d’eau douce appelés pa-
ludines, le réceptacle de petite profondeur formé par une tige de
bambou coupée à 3 ou 4 cm au-dessus de son nœud. A la saison
où les pluies sont fréquentes, il peut, malgré l’évaporation, séjour¬
ner dans ces petits gîtes assez d’eau pour que les larves puissent
aboutir. Ces gîtes rares ont été observés dans un jardin privé où
la lutte a nd larvaire était régulièrement pratiquée. Malgré cela je
constatai un jour la présence dans les habitations de Stégomyias
adultes. Une recherche minutieuse ne permit pas de découvrir
le gîte à l’extérieur de la maison, il fut trouvé dans les water-
closets placés dans la maison ; une mince couche d’eau provenant
de l’égouttage du pinceau servant à rincer la cuvette et accumulée
dans le récipient où on déposait le pinceau avait suffi pour consti¬
tuer un gîte à défaut d’un autre plus conforme aux goûts du Sté-
gomyia.
Dans la collection d’eau séjournant à la base des feuilles de
deux arbres du voyageur ( Ravenala madagascariensis), poussant
dans le même jardin je n’ai jamais rencontré, malgré plusieurs
recherches, de larves de moustiques.
Au jardin botanique de Hanoï j’ai observé des larves et des pu-
pes de Stégomyia dans une petite cavité située à la fourche des
deux branches maîtresses d’un arbre ; quelques jours sans pluie
amenèrent la mise à sec du gîte et la mort des insectes, ce qui
démontre que les Stégomyias ne font pas toujours preuve de
discernement dans le choix du lieu de ponte.
t
— 5 1 3 —
Enfin, il m’est arrivé, pendant l’été de 1910 où les Stégomyias
lurent extrêmement nombreux, de rencontrer leurs larves dans
des rizières situées à proximité d’habitations.
Destruction des Culicines à l’aide du gîte-piège
Par J. LEGENDRE.
Comme suite au travail paru précédemment dans ce Bulletin
(n° 7, 1910), je donne ci-dessous le tableau des prises de « bateaux »
d’œufs de Culex dans les trois bassins de distribution de la station
*
d’épuration biologique de l’Hôpital de Lanessan à Hanoï, la
superficie de chaque bassin étant un peu supérieure à 2 m2.
La récolte des œufs était faite chaque matin par le gardien de
la station, qui employait pour cet usage une écumoire qui lais¬
sait passer l’eau et retenait les œufs.
C’est pendant' les cinq mois les plus chauds que le chiffre des
pontes est le plus faible ; à cette saison il survient fréquemment
la nuit de fortes pluies d’orage qui empêchent les femelles de Cu¬
licines de déposer leurs œufs. Selon l’heure plus ou moins tar¬
dive à laquelle se produit la chute d’eau, le nombre des « bateaux »
est plus ou moins élevé; quand la pluie survient vers 7 ou 8 h.
du soir et dure une grande partie de la nuit, il peut n’y avoir pas
de pontes.
Les coups de vent peuvent amener les mêmes résultats en empê¬
chant les femelles d’aborder le gîte ou de s’y maintenir.
C’est en saison chaude, c’est-à-dire à l’époque où la température
est le plus favorable à un développement rapide des larves que
les Culicines, exception faite pour les Stégomyias, sont le moins
nombreux. La raison en est que les gîtes naturels où ces mousti¬
ques ont l’habitude de déposer leurs œufs sont balayés par les^luies
diluviennes qui détruisent les larves; ce n’est que dans quelques
gîtes artificiels, très rares, comme les bassins de la station d’épu¬
ration, et dans les divers récipients où on conserve de l’eau pour
les usages domestiques, que les Culex trouvent la sécurité néces¬
saire à leur descendance. Mais, outre que l’eau limpide de ces
derniers récipients ne leur convient guère, ils y sont en concur¬
rence avec les Stégomyias.
Quand la saison des pluies torrentielles est passée, les Culicines,
n’étant plus soumis périodiquement à des destructions en masse,
augmentent progressivement de nombre tant que les conditions
leur restent favorables, jusque dans le courant de mai au Tonkin.
En mars, avril et mai les logements des hommes et des animaux
sont envahis par des essaims de moustiques.
Le gîte-piège, constitué dans notre cas par les bassins d’épu¬
ration, peut être utilisé pour détruire les Culicines ou pour se
procurer des larves dans les établissements de pisciculture où on
nourrit les poissons avec des larves de moustiques.
Mémoires
Hématozoaires d’Oiseaux de la Corse.
Par Marcel LEGER.
Dans le sang d’Oiseaux de la Corse, capturés sur la côte Orien¬
tale, au Domaine national de Casabianda, nous avons trouvé en
certain nombre de parasites appartenant aux genres Trypanosoyna,
Hœmoproteus, Microfilaria et Leucocytozoon .
Trypanosomes.
Nous avons rencontré des trypanosomes chez le pinson ( Frin -
grilla petronia L.) et chez l’engoulevent ( Caprimulgus européens
H
Trypanosome nu Fringilla petronia. — Le trypanosome de ce
pinson de Corse a été étudié seulement sur frottis colorés au Giem-
sa et au Leishman. Les hématozoaires étaient excessivement rares.
La proportion des oiseaux parasités est d’ailleurs faible, i sur 22.
Le trypanosome à l’aspect trapu: il n’a que 15 à 20 y de long
sans le flagelle, et présente cependant une largeur maxima de 6 y.
L’extrémité postérieure est obtuse, l’antérieure n’accompagne le
flagelle libre que sur un faible parcours.
Le protoplasme se colore en bleu foncé, la moitié distale du
corps étant fortement granuleuse. Des vacuoles sont presque cons¬
tantes en avant du noyau et dans la zone précentrosomique.
Le noyau, volumineux, un peu plus rapproché de l’extrémité
antérieure que de la postérieure, est perpendiculaire au grand
axe de l’hématozoaire; il prend une teinte rose pâle.
Le centrosome, absolument terminal, paraît même, dans cer¬
tains spécimens, faire saillie hors du parasite. Relativement très
gros, il est parfois en haltère.
La membrane ondulante est étroite et peu plissée ; elle est recon¬
naissable à une aire rose clair que borde un fin trait rouge.
Il existe un long flagelle libre que met bien en évidence le Leish¬
man et mal le Giemsa.
Les diminutions du trypanosome sont les suivantes :
De Text. post. au centrosome .
Du centrosome au noyau ....
Noyau .
Du noyau à Texte, antérieure
Flagelle libre . . .
Longueur totale .
, Largeur maxima .
non mesurable
8
3 r1
T 1»
10 g
28 g
6 p
Ce trypanosome de Fringilla petronia est voisin du Tryp. frin-
gillinarum (petites formes) étudié par Woodcock chez F.cœlebs.
Nous l’identifions à Tryp. Laverani, Novy-Mac-Neal du chardon¬
neret (Astragalinus tristis) dont les auteurs américains n’ont pro¬
bablement pas coloré le flagelle libre.
Trypanosome de Caprimulgus europœus. — Chez un engoule¬
vent blessé à mort, qui nous a été porté durant l’été 1912, nous
avons noté la présence dans le sang d’un trypanosome de très
grandes dimensions, à motilité relativement faible et capable de
se déplacer aussi bien l’extrémité antérieure que la postérieure en
avant .
Sur frottis colorés au Leishman les parasites sont rares; ils ont
tous sensiblement les mêmes dimensions et des caractères mor¬
phologiques identiques.
L’hématozoaire est en fuseau effilé aux deux extrémités; il se
replie volontiers sur lui-même, enserrant de son corps les globules
rouges de l’oiseau. Sa grande longueur lui conserve un aspect
élancé.
Le protoplasme peu granuleux, prend fortement la teinte bleue ;
des vacuoles presque constantes s’observent en arrière du noyau.
Celui-ci arrondi ou ovalaire se trouve à peu près exactement au
milieu du corps du parasite.
Le centrosome, rouge vif, est arrondi, toujours bien net et à
l’union du premier et du deuxième tiers de la distance séparant
l’extrémité postérieure du noyau.
De ce centrosome part un flagelle qui borde une membrane on¬
dulante serrée, à plis larges et peu nombreux, puis présente une
portion libre assez courte.
Les dimensions du trypanosome sont les suivantes :
De l’extrémité postérieure au centrosome .... 14 g
Du centrosome au noyau . 26 g 25
Noyau . 6 g
Du noyau à l’extrémité antérieure . 31, g 50
Flagelle libre . . . 7 a
Longueur totale . . . 84 g 75
Largeur maxirna . 8 g 75
Par sa forme générale, son extrémité postérieure effilée, l’éloi¬
gnement du centrosome de la partie terminale, cet hématozoaire
de Caprimulgus europœs rappelle quelques trypanosomes déjà
décrits, mais sans leur être identique.
C’est de beaucoup le plus volumineux des trypanosomes d’oi¬
seaux, mesurant 84 g sur 8 g 75.
Sa largeur est à peu près celle de Tryp. Mesnili de Buteo linea-
tus et du trypanosome de Eurystomus afer trouvé par Zupitz\
dans l’Ouganda. Mais il mesure en longueur une trentaine de g
de plus que ces parasites.
11 est aussi manifestement plus long et plus large que Tryp.
avium Danilewsky, variété majus Novy et Mac Neal, étudié en
particulier chez. le rollier.
Le trypanosome décrit par Kérandel chez Caprimulgus fossei
du Congo mesure 50 g ( sans le flagelle, qui est inexistant ou n'a
pas été coloré) sur 5 à 6 g. Le noyau est plus près de l’extrémité
postérieure (17 g) que de l’antérieure (25 g). Le centrosome, petit et
entouré d’une zone claire, est à moitié distance du noyau à l’ex¬
trême point terminal.
La même situation relative du noyau et du centrosome par rap¬
port au corps du parasite se retrouve chez Tryp. enrystomi Ké¬
randel de Enrystomus gularis. Ce parasite de rollier mesure 58 g
(dont 5 pour le flagelle) sur 7 g.
C’est du Trypanosoma catharistœ Mesnil et Brimont de
l’Urubu, que le trypanosome de Caprimulgus europœus se rap¬
proche le plus. Les deux extrémités du corps sont également
effilées. Le noyau est central et lexentrosome se trouve, au pre¬
mier tiers de la distance séparant l’extrémité postérieure du
noyau. Mais le trypanosome de F Urubu, même dans ses plus
grandes formes, est beaucoup plus petit, ne mesurant jamais plus
de 40 g ; sa largeur varie de 4 à 8 g.
Le trypanosome de Caprimulgus europœus constitue, à notre
avis, une espèce nouvelle que nous proposons d’appeler Trypa¬
nosoma Thiersi, le dédiant à notre excellent ami de Bastia, le
Dr J. Thiers.
— 5 1 8 —
Hœmoproteus
Hœmoproteus de Fringilla petronia. — Ce parasite est assez
fréquent. 6 oiseaux sur 22 en étaient porteurs. L’infection peut dans
certains cas être extrêmement légère et le hasard seul la fait décou¬
vrir. D’autre fois, surtout chez les jeunes sujets, la proportion
des éléments envahis est grande.
Le globule rouge parasité n’est ni hypertrophié ni déformé; il
peut être de teinte normale ou déshémoglobinisé. Son noyau reste
souvent à sa place ordinaire, quelquefois il est rejeté latéralement
et tout à fait accolé au bord; jamais il n’est refoulé à un des pô¬
les de l’hématie.
Les macrogamètes jeunes sont minces, allongés, hémogrégari-
niformes, avec noyau plus près d’une extrémité que de l’autre,
et grains de pigment gros, peu nombreux , irrégulièrement distri¬
bués.
Les parasites se développant tendent vers la sphéricité mais sans
l’atteindre. Ils sont alors ovoïdes à extrémités semblables; le
noyau n’est jamais central ; le pigment reste à grains rares et gros.
Les microgamétocytes sont beaucoup moins nombreux que les
macrogamètes (icf pour 8 ou 10 9)- Plus petits et surtout moins
larges, ils déplacent peu ou pas du tout le noyau de la cellule-
hôte. Le noyau diffus voisine une extrémité. Le pigment est rare;
les grains en sont gros et amassés aux deux pôles.
Hæmoproteus de Corvus corone. — L’infection de ia Corneille
examinée était excessivement légère. Nous n’avons pu rencon¬
trer sur nos frottis qu’une demi-douzaine de parasites, tous des
macrogamètes, se présentant sous forme d’ovoïdes orientés sui¬
vant le grand axe du globule rouge ; la masse nucléaire était tou¬
jours nettement colorée en rose ; les grains de pigment étaient très
gros et peu nombreux. Les hématies envahies n’étaient ni défor¬
mées ni hypertrophiées; les noyaux, absolument intacts, étaient
constamment projetés à un des pôles.
La Corneilde parasitée avait également dans le sang des Leuco-
cytozoon extrêmement nombreux.
Microfilaire.
Microfilaire de Fringilla petronia. — La microfilaire a été
vue chez deux pinsons. Elle ne possède pas de gaine.
L’extrémité antérieure est arrondie, la postérieure conique. L’em¬
bryon va en s’amincissant régulièrement de la tête à la queue.
— D I 9 —
Le corps est constitué par une colonne de gros noyaux, disposés
sans ordre et assez tassés. Au niveau de la tête, un espace clair
avec prolongement se dirigeant à l’intérieur, figure une sorte de
bonnet avec sa bride. Deux autres interruptions de la colonne cel¬
lulaire s’observent, l’une transversale au tiers antérieur du néma¬
tode, l’autre en demi-lune au cinquième postérieur.
La longueur de la microfilaire fixée et colorée est de 75 à 80 u.
La largeur est au niveau de la tête de 3 y 75, et dans la région
subterm inale de 1 ^75.
La filaire adulte a échappé à nos recherches.
Leucocytozoon.
»
Leucocytozoon de Fringilla petronia. — Ce Leucocytozoon se
trouve inclus dans des cellules-hôtes arrondies. C’est un para¬
site des leucocytes mononucléaires.
Les macro gamètes, arrondis ou ovalaires, mesurent 14 à 15 ;jl
sur 12 à 14 ;a. Par les colorants dérivés du Romanowsky, le proto¬
plasme vacuolaire se colore en bleu. Le noyau, compact, mesure
environ 5 ^ sur 3 Dans son intérieur on voit souvent un kinéto¬
nucleus de teinte plus foncée que la chromatine nucléaire.
De la cellule-hôte on ne perçoit, dans la majorité des cas, que
le noyau rejeté à la périphérie, déformé, bosselé, allongé et bor¬
dant le parasite sur un tiers ou même une moitié de sa périphérie.
Ce noyau conserve intactes ses propriétés tinctoriales.
Les microgamétocytes, en nombre bien plus faible (1 cfpour 15
ou 20 9), sont de taille moindre que les macrogamètes, 10 à 12 y
sur 7 à 8 y. Ils sont beaucoup plus déformables. Le protoplasme
est bleu cendré. Le noyau, diffus, est rose avec zone centrale plus
teintée. Pas de kinétonucleus.
Le noyau qui est le seul vestige de la ceLlule-hôte, est bien plus
déchiqueté et se colore moins bien que celui d’un mononucléaire
hébergeant une forme femelle.
Nous avons observé deux macrogamètes curieux. Dans l’un
existait un filament chromatique, sorte de flagelle rudimentaire,
qui, prenant naissance tout près d’un kinétonucleus juxtanucléaire
traversait en diagonale le noyau sortait du côté opposé pour se
perdre rapidement dans le protoplasma. Chez un autre spécimen,
on voyait également une sorte de flagelle rouge foncé au travers
de la masse nucléaire de teinte rose; il n’y avait pas de kinétonu¬
cleus.
Le Leucocytozoon de Fringilla petronia ne nous paraît identi¬
que à aucun des hématozoaires de ce genre décrits jusqu’ici chez
des Fringillidae : L. jringillinarum WoOdcock de Fringilla cœ-
lebs , L. Cambournaci França de Emberiza cirlus et L. Seabrœ
França de Passer ch loris. Nous le dénommerons Leucocytozoon
Gentili en l’honneur de notre excellent ami de Bastia, Louis
Gentil.
Leucocytozoon de Turtur auritus. — Le parasite était très rare
dans le sang de la seule tourterelle que nous ayons examinée.
Le macrogamète mesure 14 à 15 sur 12 à 13 ku. Son proto¬
plasma bleu foncé et vacuolaire est parsemé, dans certains spéci¬
mens, d’un semis de petites granulations violet foncé. Le noyau,
se colorant facilement, mesure 4 4 environ de diamètre. Nous n’a¬
vons vu aucun grain chromatique pouvant être assimilé à un kiné-
tonucleus, ni cette sorte de condensation de la chromatine nu-
cléaire, signalée par C. França chez certains spécimens de son
Leucocytozoon Cambournaci.
Le microgamétocyte, de taille moindre, est facilement déforma¬
ble.
La cellule-hôte, arrondie, reste presque toujours intacte. Le
protoplasma coloré en gris bleu par le Giemsa apparaît en bordure
du parasite. Le noyau, aplati et refoulé, se colore normalement ;
il est certainement atrophié mais non en karyolvse.
Deux Leucocytozoon de Columbidœ ont été déjà décrits, l’un
de la petite tourterelle du Tonkin (Turtur humilis) par C. Mathis
et nous-même, l’autre du « collar dove » de l’Ouganda ( Turtur
semitor quata) par Minchin. Le premier des hématozoaires est in¬
clus dans une cellule arrondie, c’est un parasite des,mononucléai •
res. La cellule-hôte du second, vraisemblablement un hémato-
b, faste, présente des prolongements polaires.
Nous rattachons à L. Marchouxi de Turtur humilis le Leucocy¬
tozoon de Turtur auritus de la Corse.
Leucocytozoon de Corvus corone. — Une corneille, âgée seu¬
lement de quelques jours, tombée du nid devant nous, et facile¬
ment capturée à la main, présentait dans son sang de très nom¬
breux Leucocytozoon. Deux autres corneilles adultes, abattues
au fusil un an auparavant en même saison, n’avaient pas été trou¬
vées parasitées.
França a fait remarquer à propos du Leucocytozoon du geai du
Portugal que « c’est chez les Oiseaux très jeunes, encore au nid,
qu’on trouve les infections les plus intenses ». Les frères Ser¬
gent au contraire ont rencontré des Leucocytozoon chez 9 chevê¬
ches adultes sur 18 et seulement chez 1 chevêche jeune sur 16. Il
importerait de multiplier les observations pour voir si l’infection
se fait en règle générale dans les premiers jours de la vie de l’Oi¬
seau.
De même que Leucocytozoon Sakaroffi Sambon de Corvus co-
rax, le L. de Corvus corone est contenu dans une cellule arrondie.
Il mesure environ 13 y sur 12 y (macrogamète) et 11 u sur 10 y
(microgamétocyte).
Certaines particularités du parasite en font à notre avis une es¬
pèce nouvelle.
i° En poussant fortement la coloration aussi bien par le Giemsa,
le Leishman que par la méthode de Laveran ou celle de Papen-
heim (May-Grünwald Giemsa), le protoplasma des macrogamètes,
sauf dans les très jeunes formes, est parsemé de granulations nom¬
breuses de teinte très foncée, qui, au premier abord, en imposent
pour du pigment.
Il ne s’agit1 pourtant pas de grains pigmentaires :
a) L’examen pratiqué à un éclairage intense montre une teinte
grenat foncé et non une teinte noire de ces granulations. Celles-
ci seraient à rapprocher des « granulations acidophiles » décelées
par André Leger et P. Husnot chez le Leucocytozoon d’un Ra¬
pace diurne du Soudan, le Melierax g abat , granulations mises en
évidence seulement sur lames colorées au Giemsa et surcolorées
au Leishman ;
b) Sur frottis intentionnellement peu colorés, les granulations
ne sont pas visibles. Le pigment se retrouverait quelle que soit
l’intensité de la coloration et apparaîtrait même mieux sur lames
faiblement teintées.
c) Les granulations sont d’aspect bien régulier ; les grains de
pigment seraient irréguliers de taille et de forme.
d) L’examen au polar imètre que nous n’avons pu pratiquer
montrerait l’absence de biréfringence des granulations cytoplas¬
miques. Cette épreuve nous a renseigné il y a quelques mois sur
la nature des granulations du Leucocytozoon mirandœ que
C. França inclinait à considérer comme du vrai pigment.
e) Tout doute sur la nature non pigmentaire des granulations du
Leucocytozoon que nous étudions a été levé par ce fait que, le
hasard nous servant à souhait, l’oiseau parasité était en même
/
— 522 —
temps porteur d 'Hœmoproteus. Les grains de pigment vrai de
ce dernier hématozoaire nous servirent de termes de comparaison ;
ils restaient par exempte identiques à eux-mêmes quels que fus¬
sent les modes de coloration.
2° Le Leucocytozoon de Corvus corone réagit de façon spéciale
sur le mononucléaire qui Phéberge. Le noyau de la cellule-hôte
n’est pas diminué de volume, compact et prenant bien la coloration
comme dans le cas de l’infection par L. Sakharoffi ou par le plus
grand nombre des autres Leucocytozoon. Chez presque tous les
spécimens, macrogamètes comme microgamétocytes, le noyau est
assez volumineux, diffluent, à contours estompés, à chromatine lâ¬
che, souvent filamenteuse, se colorant de façon faible et très iné¬
gale. Cette karvolvse nucléaire existe même dans le cas de para¬
sites de petite taille n’ayant pas atteint leur complet développe¬
ment.
Nous proposons de désigner le Leucocytozoon de Corvus corone
sous le nom de L. ZuccarelUi, rendant hommage à notre ami
P. Zuccarelli, Président de la Ligue Corse contre le Paludisme.
( Laboratoire de l'Ecole d’ application du Service de Santé
des Troupes Coloniales.)
BIBLIOGRAPHIE
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Biologie , 1909, t. 67, p. 169.
C. Franc — Contribution à l’étude des Leucocytozoon des Oiseaux
du Portugal, Bull. Soc. Palh. exotique. 1912, t. V, p. 17,
82 et 173.
Kérandel. — Sur quelques hématozoaires observés au Congo, Bull.
Soc. Palh. exotique , 1909, t. II, p. 204, et Ann. Inst. Pas¬
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Laveran et F. Messnil. — Trypanosomes et trypanosomiases , 2e éd.,
1912, Masson, Paris.
A. Leger et P. IIusnot. — Quelques hématozoaires d’un Rapace
diurne, Bull. Soc. Palh. exotique , 1912, t. V, p. 74.
C. Matois et M. Leger. — Leucocytozoon de la tourterelle du Tonkin
(Turlur humilis ), C. B. Soc. Biologie , 1910, t. 68, p. 118 :
Recherches de Parasitologie et de Pathologie humaines et
animales au Tonkin, pp. 273-318, 1911, Masson, Paris :
Nature des cellules-hôtes des Leucocytozoon , Bull. Soc. Path.
exotique , 1912, t. V, p. 77.
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1910.
Novy et Mac Neal. — On the Trypan. of birds, Journ. of ihf.
Diseuses , 1905, t. II, p. 256.
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cocytozoon, J. of trop. Med. a. Hyg ., 1908, p. 328.
Ecl. et Et. Sergent. — Sur les hématozoaires des Oiseaux d’Algérie,
G. R. Soc. Biologie , 15 janvier 1905.
Zupitza. — Tryp. des Oiseaux du Cameroun, Arch. f. Sch. u. Trop.
Hyg., 1909.
Woodcock. — Studies an avian Hæmoprotozoa, Ouat. J. of micr.
Sc ., 1910, t. 55, p. 641.
La fièvre récurrente de Madagascar
Considérations cliniques.
Le spirochète dans V organisme humain.
Essai de traitement par le ôoô.
Par A. LAMOUREUX.
Depuis la communication que nous avons faite dans ce Bulletin
(n° du 8 mai 1912, p. 268) de trois cas de « fièvre récurrente » à la
côte-ouest de Madagascar, nous avons eu l’occasion d’observer
dans le même pays vingt-deux cas nouveaux de la même maladie :
ce qui porte à vingt-six (en comptant le premier cas signalé par
M. Thézé) le nombre des cas connus à Madagascar jusqu’à ce
jour.
Nous avons pensé qu’il serait intéressant de tirer de ces obser¬
vations quelques considérations d’ensemble permettant de fixer la
physionomie clinique de cette « fièvre » et aussi quelques-uns des
états morphologiques et quelques-unes des conditions de présence
dans l’organisme humain du spirochète qui en est l’agent.
Incubation. — Invasion.
Tous nos cas ont été observés à l’hôpital militaire de Majunga
chez des individus adultes (23 hommes et 2 femmes) récemment
arrivés de différentes régions de la côte-ouest.
Nous avons montré par ailleurs (v. ce Bulletin , n° du 13 mars
1913, p. 146) que la cause de la maladie qui nous intéresse doit être
attribuée aux piqûres d’un acarien du genre Ornithodorus mou-
bata auxquelles ont été exposés nos malades pendant les étapes de
leur voyage.
— 524 —
r .
Les conditions de nos observations ne nous ont pas permis de
déterminer avec précision la durée de la période d' incubation.
Toutefois, il nous a paru à l’interrogatoire des malades qu’elle est
dans les limites de temps ordinairement observées dans les infec¬
tions aiguës à spirochètes (6-15 jours). Cette période n’est d’ail¬
leurs marquée par aucun trouble de l’état général, ni par aucun
symptôme particulier. Quand les malades se présentent à l’exa¬
men du médecin, la période d'invasion est commencée; la fièvre
est installée, et des spirochètes peuvent être vus dans le sang cir¬
culant.
Premier accès. — Marche de la température .
La fièvre qui n’est jamais accompagnée d'un frisson se mani¬
feste dès le premier jour par une température comprise entre 38°
et 40° C. (1). Rarement (3 cas sur 25) on la trouve d’emblée au-
dessus de 40° ; elle n’atteint jamais à 41 °. Quelquefois elle débute
entre 370 et 38° (4 cas sur 25).
La durée de la période hyperthermique est fort variable. Elle
est en général supérieure à 36 h. ; elle atteint fréquemment de
trois à quatre jours et demi ; dans un cas elle a duré six jours.
Assez souvent (5 cas sur 25) elle n’a pas dépassé 24 h.
Dans la plupart des cas, le maximum de la température est at¬
teint dès le premier jour. Sur nos 25 observations le maximum a été
compris :
r3 fois entre 40° et 41 °.
11 fois entre 390 et 40°.
1 fois entre 38° et 390.
jamais il n’a atteint 41 °.
Dans les cas les plus nombreux (20 sur 25) où la durée de la
période hyperthermique dépasse 36 heures, le graphique de la
température présente deux types différents:
l’un à oscillations quotidiennes régulières marquées par des ré¬
missions matinales qui ne descendent jamais jusqu’à la normale
(obs. XVI, fig. 1).
l’autre à marche continue successivement ascendante puis des¬
cendante sans rémissions (obs. VIT, fig. II).
Le premier type est le plus fréquent (13 cas sur 20); c’est aussi
celui dans lequel la fièvre dure le plus longtemps.
(1) La température a été prise sous l’aisselle deux fois par 24 heures.
Dans quelques cas, après avoir débuté par un ou deux jours
d’oscillations, le graphique du type I reste pendant quelque
temps stationnaire au-dessus de la normale sans rémissions ou
avec rémissions inversées (vespérales au lieu de matinales) pour
reprendre ensuite le mode oscillant (obs. X et XIV, fig. III).
4L
40.
39.
38
37
36
(les spiroch. n’ont été vus
qu’aux rechutes).
Fig. I. — Obs. XVI. Fig. II. — Obs. VII.
La chute de la température qui marque la fin de la fièvre s’éta¬
blit soit brusquement en 12 ou 48 heures (obs. VII et XVI) soit en
lysis (obs. XXI, fig. IV).
Symptômes.
A l’exception de quelques cas (5 sur 25) dans lesquels l’infec¬
tion ne détermine aucun trouble clinique autre que l’élévation de
la température, le début' de la fièvre est toujours marqué par des
symptômes variés et inconstants.
On note fréquemment de la céphalalgie ,de la rachialgie avec
courbature et état de prostration souvent très marqué ; de l’embar¬
ras gastro-intestinal avec constipation, jamais de diarrhée.
La rate et le foie sont touchés ensemble ou séparément dans la
moitié environ des cas (12 fois sur 25) et d’une façon qui vaut
d’être signalée.
Dans 3 cas, la rate et le foie ensemble, dans 4 cas, la rate seule,
dans 1 cas, le foie seul ont été trouvés gros et douloureux sponta¬
nément ou à la pression.
Dans 4 cas, la rate était douloureuse et non grosse, dans 1 cas,
37
— 526 —
la rate d’abord douloureuse et non grosse devint au troisième
jour de la fièvre grosse et indolore.
On a noté une fois de l’épistaxis et 2 fois des symptômes de
conges-tion pulmonaire aux deux bases.
Dans un cas (obs. XIV, fig. III) des symptômes internes de
rachialgie, céphalalgie, dyspnée ne sont apparus qu’au 3e jour de
la maladie coïncidant avec une élévation de la température et une
augmentation du nombre des spirochètes dans le sang circulant.
Par contre, dans un autre cas et au début (obs. I, fig. VI) on a
vu des symptômes très intenses de céphalalgie, rachialgie, splénal-
gie, prostration et démarche traînante coïncider avec une tempé¬
rature à peine élevée de quelques dixièmes de degrés au-dessus
de la normale.
Eutre les premiers accès et les rechutes se place une période
apyrétique de pseudo-convalescence marquée par un état >t'rès ac¬
centué de fatigue, de lassitude qui se maintient jusqu’à la re¬
chute.
Rechutes.
» *
Caractérisant cliniquement la « fièvre récurrente », les rechutes
ne se sont montrées que dans les 3/4 de nos observations et dans
les proportions suivantes:
Dans 1 1 cas on a observé 1 rechute,
Dans 1 cas on a observé 2 rechutes,
Dans 4 cas on a observé 3 rechutes,
Dans 1 cas on a observé 5 rechutes,
Dans 1 cas on a observé 6 rechutes,
7 cas ont été sans rechute.
On ne peut donner aucune règle de la date d’ apparition des
rechutes ou de leur ordre de succession.
Sur 18 cas, la première rechute est apparue dans l’ordre sui¬
vant :
7 fois le 6e ou le 7e jour après la fin du Ier accès.
2 fois le 3e jour après la fin du Ier accès.
2 fois le 5e jour après la fin du Ier accès.
2 fois le 11e jour après la fin du Ier accès.
1 fois le 4e jour après la fin du Ier accès.
1 fois le 8e jour après la fin du Ier accès.
1 fois le 9e jour après la fin du Ier accès.
1 fois le 12e jour après la fin du Ier accès.
1 fois le 15e jour après la fin du Ier accès.
«
— 527 —
Les rechutes suivantes apparaissent avec la même régularité^
les limites extrêmes ont été dans un cas le 2e jour et dans un autre
cas le 10e jour après la fin de la rechute immédiatement précé¬
dente.
Dans un même cas à plusieurs rechiites, celles-ci se succèdent
sans plus de régularité dans le temps (Ex. obs. XXIV, fig. V).
I
La ire rechute apparaît le 6e jour après la fin du Ier accès.
La 2e rechute apparaît le 3e jour après la fin de la rechute pré¬
cédente.
— 528 —
La 3e rechute apparaît le 8° jour après la fin de la rechute pré¬
cédente.
La 4e rechute apparaît le g6 jour après la fin de la rechute pré¬
cédente.
La 5e rechute apparaît le 3e jour après la fin de la rechute pré¬
cédente.
La 6e rechute apparaît le 4e jour après la fin de la rechute pré¬
cédente.
Il est important de noter que toutes les rechutes se sont pro¬
duites chez des malades en traitement à l’hôpital et certainement1 à
l’abri de toute réinfection par piqûre d ' Ornithodorus moubaia.
De plus, le malade de l’obs. XXIV n’était certainement point
parasité par l’hématozoaire du paludisme puisque, sans tenir
compte de l’examen microscopique, la 5e et 6e rechute apparurent
chez lui en pleine période d’un traitement quinique intensif (un
gramme par jour).
Dans les rechutes, la durée de la fièvre est aussi variable d’un
cas à l’autre que dans les premiers accès; mais considérée dans
l’ensemble des cas elle est moins longue. Les rechutes de moins
de 24 heures sont les plus nombreuses; cependant on en a vu de
3 et de 5 jours et même dans un cas de 8 jours et demi.
Considéré dans l’ensemble des cas} le maximum atteint par la
température est moins élevé dans les rechutes que dans les pre¬
mières atetintes; il se tient le plus souvent (18 fois sur 36 accès
de rechute) entre 390 et 40° ; il a atteint et dépassé 40° dans 6 cas
seulement; jamais il n’a atteint 410. On a vu souvent des rechutes
. à petite température 38°-39° (7 fois) et même 37°-38° (5 fois).
Dans les rechutes dont la durée dépasse 36 heures on constate
les mêmes irrégularités du graphique thermique que dans les pre¬
miers accès : rémissions matinales ou bien fièvre ascendante puis
descendante continue; invasion brusque ou lente, terminaison
brusque ou en'lysis.
Les symptômes morbides se sont montrés dans la plupart des
cas moins intenses aux rechutes qu’aux premiers accès.
On voit cependant des cas (obs. I, VII, XXI, XXIV, XXV)
où à un premier accès anodin succèdent une ou plusieurs rechu¬
tes très intenses.
On ne constate aucun rapport entre l’intensité des rechutes et
leur plus ou moins grand éloignement des premiers accès.
4
«
(irrégularité clans l’ordre de succession des rechutes),
(influence négative de la quinine sur les rechutes).
- 53o —
»
Diagnostic. — Spirochètes.
L’inconstance et l’irrégularité des symptômes cliniques d une
part; et d’autre part, l’absence de signe pathognomonique rendent
indispensable à rétablissement du diagnostic la recherche des
spirochètes dans le sang des malades.
Nous en avons trouvé dans chacune de nos 25 observations tou¬
jours au moment du premier accès à l’exception de deux cas
(obs. VII et XXIV) où ils n’ont été vus qu’à la première rechute
dans l’un et qu’à la 3e dans l’autre.
Fig. VI. — Obs. I.
Leur recherche dans le sang périphérique après étalement de
la goutte et coloration au violet de gentiane ou au giemsa nous a
toujours paru assez laborieuse, car on ne les rencontre jamais
qu’en petit nombre.
Dans les rechutes on n’en trouve pas toujours constamment.
Voici l’échelle que nous adoptons pour définir la quantité rela¬
tive des spirochètes observés dans 74 préparations (object.
imm. 1/15 oc. 1, tube 16 cent.).
40 fois les spirochètes étaient Très Rares (3-4 par préparation).
27 fois les spirochètes étaient Rares (i tous les 2 ou 3 champs).
4 fois les spirochètes étaient Assez Nombreux (1 ou 2 par
champ).
3 fois les spirochètes étaient Nombreux (5 ou 6 par champ).
Ils apparaissent dès le premier jour et on les voit pendant toute
la durée de la période fébrile tantôt en augmentation, tantôt en
diminution de nombre sur le premier jour. Il convient de remar¬
quer que ces évaluations numériques portant sur des quantités
toujours faibles ne peuvent nous fixer que très imparfaitement
sur la règle des variations de fréquence des spirochètes pendant
les périodes fébriles. Toutefois, dans un cas (obs. XIV) après
l’augmentation graduelle du nombre des spirochètes pendant les
trois premiers jours (T. R. — R. — N.) nous avons observé une
subite disparition de ceux-ci précédant d’une demi-journée la
chute brusque de la température et caractérisant très nettement le
phénomène de la crise. En somme la crise est généralement dif¬
ficile à apprécier.
Morphologie.
Les spirochètes ont été vus sous deux aspects différents:
i° longs (20-40 u), minces, à spirales nombreuses, serrées et ré¬
gulières ;
20 courts (8-15 ;b), épais à spirales rares, lâches, irrégulières ou
bouclés, entortillés.
Les secondes formes (ip sa g glutination de Chatton et Leger),
ont été les plus nombreuses. On les a rencontrées dans 49 prépa¬
rations sur 74 et toujours dans les cas ou les spirochètes étaient
T. R.
A l’exception du cas de l’obs. XIV cité plus haut, nous n’avons
pas pu établir de rapport entre l’intensité de la fièvre et le nom¬
bre des spirochètes.
c
Pronostic .
Sous la réserve de noter que toutes nos observations ont
été recueillies chez des adultes et aussi que nous ignorons
à quelle intensité d’inoculation ont été soumis nos malades par
les piqûres infectantes, on doit considérer comme bénigne la fiè¬
vre récurrente de Madagascar: la mortalité en est nulle.
Les conditions de nos observations ne nous ont pas permis d’é¬
tablir s’il existe une immunité vis-à-vis de cette maladie.
— 532 —
1
Traitement.
L’arsenic sous la forme de liqueur de Fowler, d’arrhénal ou
de cacodylate de soude nous a paru n’avoir aucune action sur la
maladie.
Nous avons vu plus haut (obs. XXfV) que la quinine n’a pas
empêché une rechute.
Essai du 606. — Dix cas ont été traités par une injection intra¬
veineuse de o g. 30 de salvarsan en une fois. Les résultats ont été
inconstants.
Action sur la température. — 5 fois l’injection fut faite en pleine
fièvre: une seule fois la température s’abaissa deux heures après
l’injection.
41
40
39
38
37
36
Fig. VIL — Obs. XV.
(influence négative du 606 sur les rechutes).
Quand le médicament est injecté en période d’apyrexie, l’opé¬
ration est toujours suivie d’une légère réaction fébrile.
Action sur les rechutes. — Dans 7 cas l’administration du mé¬
dicament n’a pas été suivie de rechute. Dans 3 cas elle n’a pas-
empêché les rechutes (5 cas non traités n’ont pas présenté de re¬
chutes).
533 —
Action sur les spirochètes. — Nous avons pu l’observer dans
huit cas :
i° Dans 3 cas, l’injection ayant été faite en période fébrile, au
moment où des spirochètes étaient visibles dans le sang circulant,
ceux-ci ont disparu en 15 heures dans 2 cas: ils ont persisté plus
de 48 heures dans le 3e cas. (Obs. Vil, IX, XVII).
20 Dans cinq cas, l’injection ayant été faite en période apyré¬
tique, le sang périphérique ne contenant pas de spirochètes :
a) ceux-ci n’ont plus reparu dans 3 cas;
h) ils ont reparu en même temps que la fièvre 15 heures après
l’injection dans un cas (obs. XI) et 10 jours après dans un autre
cas (obs. XV).
La conclusion de ces essais thérapeutiques par le 606 est qu’une
seule injection intraveineuse de o g. 30 n’empêche pas toujours
les rechutes et n’amène pas constamment la disparition des spiro¬
chètes.
Conclusions .
i° La « fièvre récurrente de Madagascar » observée jusqu’à ce
jour chez des adultes est une maladie bénigne.
2° Elle est due à l’infection de l’organisme par un Spirochète
inoculé par la piqûre d ' Ornithodorus moubata (probablement Sp.
duttoni).
'3° Le caractère récurrent de la température n’est pas constant
et on observe des cas d’infection spirochétienne à un seul accès
sans rechute.
Note sur le traitement des
trypanosomiases animales
Par R. MOUCHET et A. DUBOIS.
Nous avons soigné à Léopoldville un certain nombre d’ani¬
maux atteints de trypanosomiase. Nous avons rencontré le trypa¬
nosome décrit autrefois par Broden sous le nom de trypanosome
à courte forme ou congolense et le Trypanosoma angolense de
Broden qui paraît devoir être rattaché à Cazalboui-vivcix.
A. — Trypanosoma congolense.
Trypanosome ordinairement court, caractérisé à l’état frais par
des mouvements de translation peu étendus et une grande ten¬
dance à rester caché sous les globules rouges. Coloré, i! ne pré¬
sente pas de flagelle libre.
1° Cheval. Le 12-IX-ll un petit étalon du poids de 250 kg. montre
des trypanosomes à l’examen direct. L’autoagglutination est nette et
l’est restée pendant toute la durée du traitement.
Le 12-IX-ll, injection intramusculaire de 3 g. atoxyl.
Du 14 au 25-IX-ll, trypanosomes présents.
Le 25-IX-ll, injection sous-cutanée de 1 g. d’émétique de potasse.
Stérilisation en quelques heures. Rechute apparue entre le 9e et le
12e jour. Abcès à l’endroit de l’injection.
Le 6-X-ll, 5 g. d’orpiment, pas de stérilisation.
Le 10-X-ll , 10 g. arsénophénylglvcine intramusculaire (n° 97
d’EiiRLiCH), stérilisation, rechute au 14e jour.
Le 24-X-ll, 5 g. arsacétine intramusculaire, stérilisation. Rechute
au 8e jour.
Le 31-X-ll, 6 g. atoxyl intramusculaire. Stérilisation. Rechute au
8e jour.
Le 9-XI-ll, 0 g. soamine intramusculaire. Stérilisation. Rechute
au 7" jour.
Le 15-XI-ll, 10 g. arsénophénylglyeine. Stérilisation.
Le 22-XI-ll, 10 g. arsénophénylglvcine.
Le cheval est alors perdu de vue. D’après les renseignements d’un
vétérinaire, les trypanosomes auraient réapparu dans le sang péri¬
phérique. En tous cas l’état clinique s’est amélioré. Le cheval peut
servir, mais est assez faible. Revu le 27-11-12 pas de trypanosomes.
Le 29-11-12, trypanosomes. Le 1-111-12 examen négatif. Le 2 et le
4-1 1 1-12 examens positifs.
Du 4-1 II au 20-111, il reçoit une jnjection de 2 g. d’atoxyl tous les
2 jours (en tout 16 g.). Le 21-111-12, trypanosomes présents. Le 23,
absents. Le 25-1 II, 6 g. atoxyl intramusculaire. Rechute le 8e jour.
Le cheval est alors laissé à lui-même. L’état clinique est bon.
En novembre-décembre 1912 et janvier 1913, il a été fait 25 exa¬
mens de sang tous négatifs. L’état général reste bon. Le cheval paraît
donc en guérison ; mais il est évidemment impossible de déterminer
le rôle exact des médicaments dans ce résultat.
2° Bœufs. — En novembre 1912 éclate une épizootie de Tr. Ca¬
sait oui dans les bœufs de la station. Six bœufs sont soignés pour
cette affection. Chez deux d’entre eux nous voyons apparaître, à
la place du Cazalboui typique, un trypanosome qui est bien le
congolense.
Nous parlerons un peu plus loin de cette épizootie en détail
et étudierons là les thérapeutiques instituées pour ces deux espè¬
ces.
Là aussi le trypanosome présente cette grande résistance aux
médicaments qu’il a déjà montrée chez le cheval.
Ln janvier içp3 arrivent a Leopoldville, venant d’un poste d’é¬
levage, 17 bêtes bovines. Le trypanosome est trouvé à l’examen
direct chez 10 d entre elles. Ces betes étant destinées à être abat¬
tues, quelques essais seulement sont faits.
Bot'ui n° 1 (grand bœuf). — 25-1-13. — Tryp. congolaise.
27-1-13. 1 rUP • congolaise , 7 g. atoxyl intramusculaire.
29-1-13. — Tryp. congolaise.
Bœui n° 2 (grand bœuf). — 25-1-13. — Tryp. congolaise
27-1-13. Tryp. congolaise, 5 g. trypasafrol (de Brieger et
lv r au se) (ingurgité de force, en solution, au moyen d’un entonnoir
et tube) * .
29-1-13. — Tryp. congolense.
Bœuf n° 3 (petit bœuf). — 25-1-13. — Tryp. congolense.
2/ -1-13. — Tryp. congolense, 5 g. trypasafrol.
29-1-13. — Tryp. congolense.
Bœuf n° 4. — - 25-1-13. — Tryp. congolense.
27- 1-13. — Tryp. congolense, 10 g. orpiment (poudre).
29- 1-13. — Stérilisation.
1-11-13. — Mort. Intoxiqué par l'orpiment (voir, plus loin).
Bœuf n° 5. — 25-1-13. - — Tryp. congolense.
28- 1-13. — Tryp. congolense, eo g. poudre orpiment.
30- 1-13. — Stérilisation.
1-II-13. — Stérilisation, entérite, vendu et perdu de vue
Bœuf n° 6. — 25-1-13. — Tryp. congolaise.
28-1-13. — Tryp. congolense, 10 g. poudre orpiment.
30-1-13. — Stérilisation.
1-II-13. — Stérilisation, entérite, vendu et perdu de vue.
30 Chèvre. — Suspectant le rôle des stomoxes dans l’étiologie
de l’épizootie à Cazalboui, nous soumettons une chèvre, le
31-XII-12, 1-I-13, 2-I-13, aux piqûres de stomoxes sauvages
(Stomoxys ccilcitrans) pris en plein troupeau infecté de Cazal¬
boui (avec, croyons-nous, de plus rares infections à congolense).
Le 3-I-13 l’examen direct montre des Trypan. congolense et la
chèvre est fort abattue le 4-I-13. S’agit-il d’une infection par
stomoxes, nous n’oserions l’affirmer d’après ce seul fait?
Etant à la fin de notre séjour en Afrique, nous n’avons plus eu
l’occasion que de faire un essai sur cobaye, d’ailleurs négatif, avec
des stomoxes du même endroit.
La chèvre montre des trypanosomes les 4, 5, 6 janvier. Poids 19 kg.
Le 0 janvier, elle absorbe 1 g. de trypasafrol (de Brieger et
Krause) au matin, et 1 g. le soir.
Le 8 janvier, tryp. plus rares, 1 g. trypasafrol au matin et 1 g.
le soir.
/
Le 8 janvier, l’animal paraît mieux portant. Il avorte. Pas cle tryp.
Les 9 et 10 janvier, pas de tryp.
Le 11 janvier 1913, mort. Autopsie : bronchopneumonie. Vésicule
biliaire rose.
B. — Trypanosoma Cazalboui.
I) En novembre 1912, un troupeau appartenant à un importa¬
teur portugais est décimé par une épizootie qui ne fut pas soumise
à l’examen et qui se caractérisait, d’après des renseignements
ultérieurs, par des selles sanglantes et une mort rapide.
Le 28 novembre 1912, un bœuf du troupeau de l’Etat à Léopold-
ville, meurt en 24 h., avec des selles sanglantes.
L’animal avait paru abattu le jour précédent.
Le 30 novembre, un second bœuf meurt dans les mêmes condi¬
tions, son box est plein de sang.
L’autopsie montre de grandes ecchymoses sous-pleurales et sous-
péricardiques, hémorrhagies intestinales. Rate molle. Du sang du
cœur prélevé après la mort, inoculé à un cobaye sans résultat.
L’examen de six autres bœufs est pratiqué et montre un try¬
panosome très abondant, longue forme, à mouvements de trans¬
lation très étendus et rapides, membrane ondulante peu dévelop¬
pée. Coloré, il montre un flagelle libre et long. Un des animaux
(Dombe) a des selles sanglantes. Le tableau ci-joint résume les
nombreux examens faits et les traitements.
Deux cobayes et un singe injectés le 7-XII avec du sang de
. Dombe ne s’infectent pas.
Le traitement à l’Airsénophénylglycine se montre peu actif. La
stérilisation est nulle ou très courte. Au contraire, comme l’avait
déjà observé Broden, l’antimoine produit une longue stérilisa¬
tion. Chez deux animaux, Kasaï et Yenga, l’examen des rechutes
montre, au 11-XII, qu’il s’agit de Tr. congolaise.
Line inoculation faite le 25 au cobaye et au singe déjà employés
sont toutes deux positives. Le trypanosome est du type congo-
lense. Le cobaye meurt en 29 jours ; le singe, après un mois, mon¬
tre un grand œdème de la face d’un mauvais pronostic.
A partir de ce moment, on constate, chez le bœuf, la même ré¬
sistance aux agents chimiques et l’issue est fatale dans les deux
cas ; dans un cas, certainement, à la suite de radministàation d’or¬
piment. Il est difficile de dire si l’infection à Tr. congolense est
contemporaine de l’infection à angolaise ou bien postérieure.
Comme agent vecteur de trypanose dans ce troupeau, il nous
— 538 —
serait difficile de songer aux Glossines fort rares dans la station.
Les stomoxes étaient très fréquents ; en outre de divers diptères,
les bœufs portaient des tiques nombreuses.
2° Le 24, XII, nous constatons dans le troupeau d’un impor¬
tateur portugais, une maladie, causée par un trypanosome à lon¬
gue forme, à mouvements de translation assez étendus. Le try¬
panosome est très actif et montre, après coloration, un flagelle
long dans la plupart des cas. La membrane ondulante est par¬
fois assez développée. Ce trypanosome n’est pas tout à fait iden¬
tique à celui du troupeau précédent.
Un cobaye, injecté de sang, est resté stérile. Deux rats sont
morts rapidement sans montrer de trypanosomes.
Nous croyons cependant1 qu’il s’agit d’une variété de Cazalboui
vivax.
L’épizootie de ce troupeau ne paraît pas non plus imputable
aux glossines. Des stomoxes et des Tabanides ( Stomoxys calci-
trans, Tabanus pluto var. xanthomela ) sont très fréquents.
Le Kraal pourrait convenir aux Glossina palpalis, mais il n’en
a pas été pris à cet endroit. La dissection de quelques stomoxes a
montré l’infection de l’intestin par des trypanosomes chez un de
ces insectes. Evidemment, il serait téméraire d’n conclure à un
rôle actif de cet insecte.
Plusieurs bêtes sont mortes sans avoir eu de selles sanglantes.
Dans un but prophylactique, en attendant l’abatage, nous avons
fait des injections sous-cutanées d’émétique de potassium à treize
bêtes se montrant atteintes lors d’un examen rapide.
La stérilisation n’a pas excédé 15 jours.
D’autres bêtes se sont montrées infectées entre temps, il y a
encore eu des morts.
Nous devons insister sur les essais à l’orpimentî, médication con¬
seillée par le vétérinaire Rovere. La dose de 10 g. paraît en effet
pouvoir stériliser dans l’infection à Tr. congolense, mais elle a
des effets toxiques fort dangereux. Sur 5 bœufs traités, 3 sont
morts et 2 n’ont pas été revus, mais présentaient une violente en¬
térite.
L’autopsie des deux premiers montrait des lésions d’entérite
hémorrhagique et ulcéreuse graves. Lésions plus légères à la
caillette. Le 3e montrait des lésions plus discrètes. Tous sont morts
dans les 5 à 6 jours.
Les lésions constatées sont bien différentes des lésions hémor-
rhagiques de trypanose qui sont surtout sous-pleurales et sous-
péricardiques.
La mort ici survient chez des animaux stérilisés après un début
d’entérite. Les autres organes ne présentaient rien de spécial, la
rate était petite.
Conclusions.
Le Trypanosoma congolense est remarquable par sa grande
résistance à tous les médicaments. Le fait est assez connu. Nous
n’avons pas pu essayer le tryparosane qui a donné de bons résul¬
tats à Rodhain-Pons-Vandenbranden-Béquaert. Ce traitement,
chez des bovidés, serait dispendieux à l’excès.
Le Trypasafrol s’est montré tout à fait inactif chez le bœuf. Le
cas de la chèvre traitée à doses considérables) ne permet évidem¬
ment pas de conclure (i).
L’orpiment paraît doué d’une certaine activité, mais il est dan¬
gereux.
Le Trypanosoma Cazalboui résiste à l’arsenic, mais paraît très
sensible à l’antimoine. (En concordance avec de nombreuses
observations, en particulier, de Broden et Rodhain).
Le Trypasafrol a été essayé sans succès, mais à doses fort fai¬
bles.
L’Emétique, une ou deux injections ,peut amener des guérisons
apparentes de plus de deux mois. Nous serions d’avis, dans ces
cas, d’administrer de l’arsenic en même temps pour faciliter l’en¬
graissement et la conservation de la vigueur. On peut injecter,
.sans accident, 5 mg. au kilo par la veine et 7 1/2 mg. sous la
peau .
L’Emétique de Yvon (émétique triple du tableau) peut s’em¬
ployer à une dose un peu supérieure (6 mg. au kg.). B n’est pas
permis d’affirmer que ce produit — à base d’antimoine et d’arse¬
nic — soit plus actif que l’émétique ordinaire.
(Laboratoire de Léopoldville.)
(1) Le trypasafrol, produit de la série de la safranine. a été introduit dans
la thérapeutique par Brieger et Krause (cfr. Berl. klin. Wochenschr 1912,
no 3O qui ont obtenu des résultats favorables chez le cobave infecté de
Tr. Brucei. D’après Krause les essais fait à Léopolville n’ont pas été assez
prolongés, le médicament agissant graduellement et sans apparition de chi¬
miorésistance.
— 540 —
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Annals oj tropical medicine and parasitology, t. VII, n° 2, 10
juin 1913.
Archiv jür Schiffs-und Tropen-IIygiene, t. XVII, n03 11, 12
et 13.
Archiva da Sociedade de Medicina e cirurgia de Sâo Paulo ,
nov. déc. 1912.
Archivos brasileiros de medicina, t. III, n° 2.
Arquivos do Instituto bacteriologico Camara Pestana, t. IV,
n° 1 .
British medical journal, nos 2733 à 2741, 17, 24, 31 mai, 7, 14,
21, 28 juin, 5 et 12 juillet 1913.
Bulletin de la Société médicale de Vîle Maurice, janvier-lévrier-
mars 1913.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de V Indochine, avril
et mai.
Cronica medica de Lima, 15, 28 février, 15 et 31 mars 1913.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlandsch-lndië, t. LUI,
n° 2.
Internationales Centralblatt jür Tuberkulose-Forschung, t. VIT,
nos 6, 7 et 8.
Journal oj the Royal army medical corps, t. XX, n° 6 et XXI,
n° 1 .
Journal oj tropical medicine and hygiene, t. XVI, nos 10, n, 12
13, 15 mai, 2, 1,6 juin, Ier juillet 1913.
Memoirs oj the department oj agriculture in India, t. I, n08 1,
2, 3-
Philippine journal oj Science, t, VII, déc. 1912, t. VIII, fév.
1913, IIe rapport annuel, août 1912.
Proceedings oj the Canal 'zone medical association, 1908-1909-
1 9 1 o- 1 9 1 1 .
Propaganda antimalarica, t. VI, nos 2 et 3,
Revista de Medicina e hygiene pràticas de V alparaiso, t. I,
n° 10.
Revisla di V eterinaria e Zootechnia, t. III, n° 2.
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Tome Vi.
1913
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 8
Séance du 8 octobre 1913
PAGES
A PROPOS DU PROCÈS-VERBAL
F. Mesnil. — Pouvoir attachant du sérum des trypanosomés .... 541
F. Mesnil. — Guérison et immunité en piroplasmose . 541
CORRESPONDANCE
Lettres du ministre des Colonies et du ministre de la Guerre sur la ques¬
tion de l’opium . . 542-
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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LES MARQUES ET ÉTIQUETTES DE LA SOCIÉTÉ AINSI QUE LE NOM)
CRESYL-JEYES
II
PAGES
Congrès des Sociétés savantes . 544
Schilling. — Immunisation des rats contre le nagana . 555
Velez. — U ta et Espundia . . 555
Présentation
k N
Fülleborn. — Die Filarien des Menschen . 556
Election . . ' . 546
Laveran. — La section de médecine tropicale au congrès de Londres . 546
COMMUNICATIONS
Bizard. — Emploi de l’émétine, dans le traitement de la dysenterie ami¬
bienne et de l’hépatite . 564
M. Blanchard. — Epidémie ds spirochétose humaine à Bikié (Congo
français) . ■ . 559
M. Blanchard. — Variations spontanées de l’infection sanguine chez
quelques malades du sommeil . 581
F. Brau. — Amibiase intestinale-diarrhée noire . 567
A. Carini. — Alàstrim et variole . 549
A. Conor et C. Marchetti. — Nouveau cas de blastomycose observé en
Tunisie . 556
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Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt après la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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I Exposition Universelle . . MILAN 1906.
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A. Gauducheau. — Ltat parasitaire et rôle pathogène d’une petite amibe
F. Heckenroth et M. Blanchard. — Le néosalvarsan dans le traite¬
ment de la trypanosomiase humaine . . .
W. Itefko. — La filariose des oiseaux de la Russie centrale . . . .
A. Laveran. — Kala-azar méditerranéen et Kala-azar indien . . .
A. Lebœuf. — hpidémiologie de la lèpre dans l’archipel Calédonien .
G. Lemaire, h. Sergent et A. Lhéritier. — Leishmaniose du chien en
Algérie .
Ugo Mello. — Le Trypanosoma gambiense a-t-il une affinité pour le
testicule ? . * .
L. Monfort. — hssais de traitement des trypanosomiases expérimenta¬
les par l’arsénophénylglycine . * .
L. Moreau. — Prophylaxie du paludisme dans l’Afrique orientale alle¬
mande .
Ldm. Sergent et M. Beguet. — Anaplasmose chez les bœufs d’Algérie .
Edm. Sergent, A. Lhéritier et K. Ismert. — Piroplasmose en Algérie .
Thiroux. — Lmétine (discussion) .
Ouvrages reçus . • . . . .
Liste des échanges . . . .
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XII
Sixième année
i9r3
N° 8.
BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 8 OCTOBRE 1 9 1 3 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
A propos du procès-verbal
Par F. MESNIL.
I. — Sur le pouvoir attachant du sérum des malades
DU SOMMEIL.
A la séance de juin de la Société, notre collègue Levaditi a
-estimé que MM. Heckenroth et Blanchard avaient été trop
rigoureux en ne tenant compte que des attachements totaux. Nos
collègues ont répondu au désir de M. Levaditi en faisant con¬
naître les cas où l’attachement est incomplet (demi-attachement).
Les résultats sont ainsi modifiés:
46 trypanosomés en bon état et traités donnent 16 réact. =33 0/0
37 — mauvais — — 14 — =24 0/0
24 tryp. en bon état et non traités — 4 — =16 0/0
13 — mauvais — — 4 — =30 0/0
Le pourcentage d’ensemble est de 27 %. Ces chiffres restent
encore notablement inférieurs à ceux que donne la trvpanolyse.
IL — Sur la guérison et l’immunité en piroplasmose.
A propos de la communication de M. Ciuca, présentée à la
3t
séance de juillet, notre collègue le Prof. C. Schilling, en ce mo¬
ment à Daressalam, me prie de communiquer à la Société les
réflexions suivantes :
\ l
Il a observé un cas semblable à celui de Ciuca, qu’il a fait con¬
naître à la réunion de 1912 de la Société de Microbiologie.
Dans ce cas également, l’infectiosité a disparu et en même temps
l’immunité; le chien, déjà âg'é, a survécu à la seconde intection
comme c’est la règle chez les vieux animaux. Il y a lieu, pense
Schilling, de généraliser et de dire que, dans les piroplasmoses,
l’immunité est liée à la présence de l’infection latente ou mieux
labile. Aussi longtemps que des parasites sont présents, l’immu¬
nité persiste. Si les parasites disparaissent au cours d’une gué¬
rison graduelle et spontanée, l’immunité décroît rapidement et
disparaît. Il semble en être de même dans le Paludisme. Il en
serait autrement dans les theilérioses et (?) dans les trypanoso¬
miases. Dans ce dernier cas, se pose la question très intéressante
de savoir si les trypanosomiases du gibier sauvage guérissent et
si, malgré cela, l’immunité reste acquise.
Correspondance
M. Henry, élu membre titulaire à la séance de juillet, adresse
ses remerciements à la Société.
*
* *
Le Président. — En réponse à la lettre que je lui avais adressée
en même temps que le rapport sur la question de l’opium dont les
conclusions ont été adoptées par la Société, j’ai reçu de M. le
Ministre des Colonies la lettre suivante :
Paris, le 8 août 1913
Le Ministre des Colonies à M. le D1' Laveran, membre de l’Institut
et de l’Académie de Médecine, président delà Société de Patho¬
logie exotique à Y Institut Pasteur , Paris.
Monsieur le Président,
Vous avez bien voulu me donner connaissance, par votre lettre
du 26 juillet dernier, des vœux adoptés par la Société de Patholo¬
gie exotique comme conclusion de son étude de la question de
l’opium.
M’associant entièrement aux considérations hautement humani¬
taires et sociales qui ont inspiré ces vœux, je vais en transmettre le
texte au Gouverneur Général de l’Indochine en l’invitant à recher-1-
cher les moyens pratiques d’en assurer la réalisation dans toute la
mesure compatible avec les nécessités administratives et budgé¬
taires de notre grande Possession d’Extrême-Orient.
Il y aurait intérêt, dans ce but, à ce que divers services de l’Ad*
ministration coloniale fussent mis en possession du Rapport qui
était joint, en brochure, à votre lettre du 26 juillet et je vous serai
obligé de m’adresser, s’il vous est possible, quelques nouveaux
exemplaires de ce très intéressant document.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, les assurances de ma
considération très distinguée.
J. Morel.
J’ai adressé à M. le Ministre des Colonies 10 exemplaires du
Rapport en le remerciant d’avoir pris nos vœux en considération.
J’ai reçu d’autre part de M. le Directeur du Service de santé au
Ministère de la Guerre la lettre suivante :
Paris, le 22 août 1913
Monsieur le Professeur,
Par lettre en date du 26 juillet 1913, vous avez bien voulu atti¬
rer mon attention sur la question de l'opium et me transmettre
quelques exemplaires du rapport de la Commission qui l’avait
étudiée.
Je vous remercie vivement de cet intéressant travail dont les
conclusions serviront de base aux mesures à prendre contre les
fonctionnaires opiomanes.
Veuillez agréer les assurances de ma haute considération.
Pour le Ministre :
et par Délégation du Secrétaire général,
Le Directeur du Service de Sauté.
Parordre et pardilégation spéciale du Directeur :
Li Adjoint au Directeur,
- 544 —
*
* *
Le Président. — M. le Président du Conseil, Ministre de l’Ins¬
truction publique et des Beaux-Arts, me prie de faire connaître aux
Membres de la Société de pathologie exotique que le 52e Congrès
des Sociétés savantes de Paris et des départements s’ouvrira à la
Sorbonne le mardi 14 avril 1914.
Parmi les questions mises à l’ordre du jour de la section des
Sciences je citerai les suivantes qui nous intéressent particulière¬
ment :
ib° La tuberculose et les moyens d’en diminuer la contagion.
iq° Les sanatoria d’altitude et les sanatoria marins.
20° Les méthodes de désinfection contre les maladies contagieu¬
ses et les résultats obtenus dans les villes, les campagnes et les éta¬
blissements où la désinfection des locaux habités est pratiquée.
2i° Adduction des eaux dans les villes. — Études sur la pollu¬
tion des nappes souterraines.
22° La lèpre et la pellagre en France.
23° Les maladies à hématozoaires.
240 Du rôle des insectes dans la propagation des maladies con¬
tagieuses.
25° Hygiène de l’enfant à l’école.
Les manuscrits entièrement terminés, lisiblement écrits sur le recto
et accompagnés des dessins, cartes, croquis, etc. nécessaires,
devront être adressés, avant le 3i janvier igij, au 3e Bureau de
la Direction de F Enseignement supérieur. Il ne pourra être tenu
compte des envois parvenus postérieurement à cette date.
Il est laissé aux congressistes toute latitude dans le choix des
sujets traités, qu’ils aient ou non un lien avec le Programme dressé
par le Comité des travaux historiques et scientifiques. Toutefois,
l’inscription à l’ordre du jour du Congrès des communications
présentées sera subordonnée à l’approbation du dit Comité.
Ces prescriptions ne restreignent pas le droit, pour chaque
congressiste, de demander la parole sur les questions du pro¬
gramme.
Les personnes désireuses de prendre part aux travaux du Con¬
grès recevront, sur demande adressée à M. le Ministre, une carte
de congressiste donnant accès dans les salles des séances.
J’ai reçu du Professeur Schilling une lettre datée de Dar-es-
Salam le 22 août 1913 dans laquelle notre collègue me donne quel¬
ques renseignements nouveaux sur les résultats de ses recherches
relatives à l’immunisation des rats contre le nagana. On se rap¬
pelle que le Professeur Schilling a annoncé qu’il avait réussi
à immuniser des rats en leur inoculant des trypanosomes du
nagana tués par l’émétique (sans indication sur l’origine du
virus) (1) et que mes essais d’immunisation des souris par ce pro¬
cédé, avec le nagana ferox d’EHRLiCH, ont échoué (2).
M. Schilling m’écrit que les expériences d’immunisation qui
lui ont donné de bons résultats ont été faites avec un virus de
l’Institut de Hambourg et que les essais d’immunisation qu’il a
faits avec le nagana ferox ont au contraire échoué, comme les
miens.
Une remarque s’impose c’est que lorsqu’on expérimente sur
les trypanosomes, et en particulier sur le Tr. Brucei, il est indis¬
pensable de dire exactement de quel virus on se sert et quelle est
la provenance de ce virus.
*
* *
Dans une lettre datée de Trujillo (Pérou) le 25 juillet 1913,
M. le Dr Velez m’annonce qu’il a trouvé des Leishmania dans
une affection ulcéreuse qui est connue sous le nom de uta au
Pérou. Cette affection, assez commune chez l’homme, dans cer¬
taines régions des Andes péruviennes, était confondue jusqu’ici
avec le lupus tuberculeux. La courte description que l’auteur
donne des éléments parasitaires trouvés dans la sérosité des ulcé¬
rations des malades atteints de uta suffit à montrer qu’il s’agit
bien d’une leishmaniose; la Leishmania de l 'uta, à laquelle M. le
Dr Velez propose de donner le nom de L. peruviana, diffère-t-
elle de la L. tropica et de la L. americana, c’est là une question
plus difficile à résoudre et qui nécessitera de nouvelles recherches.
A priori, il semble probable que les noms de uta et de espundia
se rapportent à une seule et même maladie.
1 1 ) CI. Schilling, Deutsche med. Wochenschr 1912, no 1.
(2) A. Laveran, ce Bulletin, 1912, t. V, p. 877.
— 546 —
Présentation
M. Lavekan. — J’ai l’honneur de présenter, au nom de notre
Collègue le Professeur Fülleborn, de l’Institut de Hambourg un
travail qui a pour titre : Die Filarien des Menschen. 11 s’agit d’un
tiré à part du Traité de Kolle et Wassermann sur les microbes
pathogènes qui constitue une monographie excellente et très com¬
plète des Filaires de l’homme. La Société remercie M. le Profes¬
seur Fülleborn de cet envoi très intéressant.
Elections
La Société procède au renouvellement partiel de la Commission
des Correspondants. MM. Mesnil, Pinoy et Weinberg sont
nommés par la Société sur la proposition du Conseil.
La section de médecine tropicale
au congrès de Londres
Par A. LAVERAN
Mes chers Collègues, le XVIIe Congrès international des
sciences médicales qui s’est tenu à Londres du 6 au 12 août
dernier a consacré une heureuse innovation : pour la première
fois, une section spéciale, la XXIe, a été affectée à la patho¬
logie et à l’hygiène tropicales. L’importance toujours croissante
prise par l’étude des maladies exotiques rendait cette innovation
nécessaire.
La XXIe section du Congrès a fonctionné dans d’excellentes
conditions sous la présidence de notre éminent Collègue Sir David
— d47 —
Bruce. L’affluence des congressistes était grande et toutes les
séances de la nouvelle section ont été très bien remplies.
Je n’essaierai pas de résumer les nombreuses communications
qui ont été faites, je rappellerai seulement que les questions sui¬
vantes qui avaient été mises à l’ordre du jour du Congrès ont fait
l’objet de Rapports et de discussions :
i° Peste. Rapporteurs : le Professeur S. Kitasato de Tokyo et
le major W. Glen Liston du service médical indien.
2° Béribéri. Rapporteurs: le Professeur C. Eijkmann d’Utrecht
et le Professeur Nocht de Hambourg.
Les conclusions adoptées par la section sur les causes et la pro¬
phylaxie du béribéri sont conformes à celles qui ont été votées
naguère par notre Société à la suite de l’excellent Rapport qui
nous a été présenté par notre éminent confrère M. le Médecin-
Inspecteur Primet.
3° Organisation sanitaire dans les régions tropicales. Cette
question a fait l’objet d’une réunion commune à la XXe section
(Médecine navale et militaire) et à la XXI° section. Rapporteurs :
le Colonel P. Heiiir du service médical indien, le D1 Hintze de
Berlin et le Professeur Sir Ronald Ross de Londres.
4° Leishmanioses. Nous avions été chargés M. C. Nicolle et moi
de présenter un Rapport sur la leishmaniose méditerranéenne ou
infantile ; le Dr Leishman a fait une communication sur le kala-
azar indien et sur le kala-azar méditerranéen qui, d’après lui, appar¬
tiennent à deux espèces distinctes.
Les membres de la XXL section ont fait une visite intéressante
à l’Ecole de médecine tropicale de Londres sous l’aimable direction
du Dr Sandwith.
Au cours de cette visite, les représentants des Sociétés de mé¬
decine. tropicale ou de médecine exotique présents se sont réunis,
sous la présidence de Sir Patrick Manson, et ont été consultés au
sujet de la Société internationale de médecine tropicale fondée en
1908.
La majorité de la réunion a été d’avis que la création d’une sec¬
tion spéciale de pathologie et d’hygiène tropicales aux Congrès
internationaux de médecine permettrait désormais aux médecins
qui s’occupent de pathologie exotique de se réunir périodiquement
et qu’il n’y avait pas lieu d’organiser des Congrès particuliers ni
de maintenir une Société internationale de médecine tropicale.
Le 8 août, la plupart des Congressistes de la XXL section et les
membres de la Société de médecine tropicale de Londres, se sont
réunis dans un banquet à la fin duquel de nombreux toasts ont été
portés aux progrès de la pathologie tropicale ; j’ai salué au nom
de notre Société, les représentants de toutes les Sociétés de patho¬
logie tropicale présents au Congrès et j’ai émis le vœu que les rap¬
ports existant entre ces Sociétés qui ont tant contribué aux progrès
de la science se multiplient de plus en plus.
( Applaudissements ).
— -s49 —
COMMUNICATIONS
Encore sur J identité de l'alastrim avec la variole
Par A. CARINÏ.
Dans la séance du n janvier 1911, nous avons présenté à la
Société une note (1) dans laquelle nous avons cherché à démon¬
trer que la fièvre exanthématique contagieuse, qui sévissait à
l’intérieur de l'Etat de Saô Paulo et dans les Etats voisins,
n’était autre chose que la variole. Nous nous élevions contre l’opi¬
nion de ceux qui voulaient en faire une entité morbide à part, et
à notre avis il n’y avait aucune raison pour la baptiser de noms
différents, ni pour la séparer de la variole.
Quoique notre diagnostic eût été établi sur des données ana¬
tomo-pathologiques et expérimentales très précises, notre opi¬
nion n'a pas été acceptée tout de suite, et d’autres publications
ont suivi, les unes en faveur de l’identité des deux affections, la
plupart contre cette identité.
Il est probable que plusieurs de ceux qui ont suivi de loin la
question ont dû hésiter à accepter notre diagnostic, et, dans leur
esprit, il peut être resté le doute que l’alastrim, quoiqu 'ayant des
liens de parenté très étroits avec la variole, ne lui est pas iden¬
tique. Si l’épidémie s’était alors éteinte, il est à présumer que
chacun serait resté sur ses positions et que le doute persisterait.
Mais deux ans et demi se sont écoulés, l’épidémie a con¬
tinué, a gagné d’autres régions, et aujourd’hui l’opinion du corps
médical est radicalement modifiée. Beaucoup de médecins qui
n’avaient pas voulu se rendre aux démonstrations du laboratoire
se sont rendus en face des nouveaux faits qu’ils ont observés.
Tandis qu’au commencement la mortalité causée par cette
maladie était presque nulle, et que la plus grande partie des cas
évoluaient avec une surprenante bénignité, même lorsque les
( 1 ) Carini, A propos d’une épidémie très bénigne de variole. Bull. Soc .
Path. exot., t. IV, p. 35.
t
DD O
pustules étaient très nombreuses, nous avons assisté peu à peu
à une aggravation, et la mortalité s’est notablement élevée.
Dans la ville de Saô Paulo, pendant l’année 1912, ont été noti¬
fiés 1.641 cas d’alastrim-variole, avec 237 décès, ce qui fait une
mortalité de 14,44 %• Pendant la même période on a eu, dans le
reste de l’Etat, 825 décès causés par la même maladie. Nous
n’avons pas réussi à savoir combien de cas y ont été déclarés, de
manière qu’il nous est impossible de calculer le pourcentage de
mortalité, mais celui-ci ne doit pas avoir été très différent de celui
observé dans la capitale.
Il s’agit donc d’une mortalité qui est bien supérieure à celle
que l’on donnait au commencement pour l’alastrim et qui se rap¬
proche de celle que l’on observe souvent dans les épidémies de
variole (1).
On pourrait objecter qu’une épidémie de variole vraie est venue
se surajouter à celle d’alastrim, mais à cette objection facile, per¬
sonne n’a pu penser, pas même les partisans les plus acharnés
de la différence entre la variole et l’alastrim. Et cela, parce que les
cas graves se sont présentés de plus en plus nombreux, d’une façon
graduelle, sans coup brusque. Tandis que, dans certains endroits,
la maladie se manifestait sous une forme très bénigne, dans d’au¬
tres localités voisines, on avait des poussées graves; souvent, à
côté de malades de forme bénigne, on en observait d’autres très
graves, présentant tous les symptômes classiques de la variole
vraie. On a vu dans la même famille, infectée à la même source,
des cas très bénins, qu’on aurait pu appeler alastrim, et d’autres
très graves qu’il fallait reconnaître comme variole
Nous croyons que ces données épidémiologiques et la mortalité
assez élevée observée dans la ville et dans l’Etat de Saô Paulo
viennent à l’appui de notre opinion, et qu’elles doivent dissiper
les derniers doutes, s’il en restait, sur l'identité de l’alastrim et de
la variole.
Le bureau d’hygiène de la ville a, avec raison, abandonné la
désignation d’alastrim et enregistré les cas avec leur véritable
nom de variole.
( Institut Pasteur de Saô Paulo, Brésil).
(1) Rappelons qu’en Allemagne., de 1806 à 1910, on a signalé 3.584 cas de
variole, avec 488 décès, ce qui correspond à une mortalité de 13,62 0/0. Dans
l’armée française de 1875 à 1897 on a eu 8.762 cas de variole avec 706 décès,
c’est-à-dire une mortalité de 8 0/0. Fn Angleterre de 1888 à 1898 sur 11.964
cas, on a enregistré 1.026 morts, d’où une mortalité de 9,2 0/0.
Notes sur l’épidémiologie de la lèpre
dans l’archipel calédonien
. . • i * ■ * , .
Par A. LEBŒUF.
Depuis deux ans et demi j’ai opéré une série d’enquêtes dans la
moitié environ de la Nouvelle-Calédonie et dans toutes ses dépen¬
dances (archipel des Loyalty, îles des Pins, îles Bélep). J’entre¬
tiendrai très brièvement la Société des conclusions d’ordre épidé¬
miologique auxquelles m’ont amené ces enquêtes, surtout en ce qui
concerne le rôle que peuvent jouer certaines catégories d’ Arthro¬
podes (Insectes ou Acariens) dans la transmission de la maladie de
Hansen.
t *
Plusieurs diptères qui ont été incriminés à diverses reprises peu¬
vent être éliminés d’emblée. Tout d’abord les Simulidés. L’exem¬
ple de l’île Maré, du groupe des Loyalty, suffît à la démontrer
amplement : c’est en effet un bloc de corail mort, où il n’existe
K ►
aucune rivière, aucun ruisseau, pas la moindre trace d’eau cou¬
rante : les Simulies y sont inconnues. Or la proportion des lépreux
y oscillait en 1912 entre 4 et 5 o/o.
Il en est de même pour les Chironomidés ( Chironomus ou Cera-
topogon (i) lesquels n’existent pas dans l’île Maré. Je prends
encore ici l’exemple de cette île de préférence à celui de sa voisine
Lifou (qui a la même constitution géologique et où le régime des
eaux est identique) car c’est de tous les points de l’archipel calé¬
donien le plus contaminé pour son chiffrede population : 3.400 indi¬
gènes environ.
En ce qui concerne les Culicidés, la question doit être serrée de
plus près et ici encore je prendrai pour base d’appréciation l’archi¬
pel des Loyalty. Mais je ferai d’abord remarquer que l’exposé sui¬
vant ne se rapportera qu’à la sous-famille des Culicinés : les Ano-
phélinés sont en effet probablement inconnus dans tout l’archipel
calédonien et certainement aux Bélep, en Calédonie, à l’île des
Pins, à Lifou et à Maré, ce qui permet de les écarter dès main¬
tenant.
(1) Le seul genre qui pourrait nous intéresser ici, les Chironomus ne renfer¬
ment pas d’espèces hématophages.
— 552
Ici. quelques mots sur la constitution des Loyalty sont nécessai¬
res. Cet archipel composé de trois îles principales (Maré, Lifou et
Ouvéa), possédant une population d’environ 11.000 indigènes,
s’étend parallèlement à la Nouvelle-Calédonie et à une distance
d’environ 50 milles marins de celle-ci, depuis les récifs de l’Astro¬
labe au Nord, jusqu’au récif Durand et à l’îlot Walpole au Sud.
Maré et Lifou, entièrement formées de corail mort émergé et rela¬
tivement élevées au-dessus du niveau des eaux de l’océan Pacifi¬
que, ne possèdent aucun ruisseau, aucun lac , aucun étang. A Maré
près du village de Wabao,on trouve, par exception, un embryon
de marécage dont la surface est à peu près au niveau de la mer.
A Lifou, aux environs de Djoj-Luengani existe un point maréca¬
geux de très faible importance, à sec la moitié de l’année. Or Maré
mesure 65.000 hectares et Lifou en a 1 .*5.000. Ouvéa offre un
aspect sensiblement différent. Ici encore il s’agit de corail mort
émergé, mais la plus grande partie de cette masse madréporique,
d’une superficie de 16.000 hectares (tout en longueur, Ouvéa
étant excessivement étroite) ne domine que très faiblement le
niveau de l’Océan, et présente, parallèlement au grand axe de la
bande ouvéenne, des dénivellations marquées où s’accumulent les
eaux pluviales : celles-ci y persistent la plus grande partie de Pan-
née, formant même en certains points des marécages permanents,
notamment dans le Nord d’Ouvéa (tribu de Saint-Joseph).
Or la distribution des Culicinés dans les trois îles est la sui¬
vante :
Maré : Moustiques excessivement rares.
Lifou : Moustiques excessivement rares (sauf à certaines épo¬
ques de l’année à Djoj-Luengani).
Ouvéa : Moustiques excessivement abondants au moment de la
saison des pluies et cela dans toute l’étendue de l’île. Moustiques
un peu plus nombreux, ou pour parler plus exactement persistant
davantage pendant la saison sèche, dans la partie Nord de l’île, à
Saint-Joseph.
Ceci posé, l’on constate que c’est justement l’île Maré, où les
Culicinés sont le moins nombreux, qui possède le plus de lépreux.
D’autre part, dans l’île Lifou (qui compte, dans l’ensemble, 1 ,65 o/c
de lépreux) les villages les plus contaminés sont ceux de Wuiwa-
toul (qui a d’ailleurs toujours tenu la tête) et de H’Mélek (respec¬
tivement avec 3,960/0 et 4,9 0/0) : ces villages sont à plus de
25 kilomètres de la mare de Djoj-Luengani et aucun marécage
— 553 —
n’existe dans leur voisinage. D’un autre côté à Djoj-Luengani il
n’y a pas de lépreux malgré la présence de moustiques relative¬
ment nombreux pendant quelques mois de l’année.
Le premier cas de maladie de Hansen se produisit à Ouvéa en
1894 dans la tribu de Saint-Joseph. A cette date, un Ouvéen qui
était en seivice sur la Grande-Terre en revint atteint de lèpre :
c’est dans cette tribu que se déclarèrent les premiers cas. Les autres
tribus ne furent prises que plus tard. Or l’enquête que j’y ai faite
en 1912 avec le Docteur Javelly, a donné comme répartition de la
lèpre dans les trois districts d’Ouvéa :
District du Nord (Saint-Joseph) . . 5,34 °/°
District du Centre (Favaoué) . . . 0.88 0/0
District du Sud (Mouli) .... 2,84 0/0
Si nous examinons les chiffres d’une enquête faite parle docteur
Nicolas en 1907-08, nous constatons que, depuis cette époque, le
nombre des lépreux de Saint-Joseph est resté à peu près station¬
naire (passant de 34 à 40), alors que celui des malades de Favaoué
montait de 2 à 8 (progression de 300 0/0) ; et à Mouli de 3 à 8
(progression de 2700/0); ce qui fournit, étant données les popu¬
lations de ces districts, 0,88 c/o de lépreux à Fayaoué et
2,57 0/0 à Mouli. Or Mouli a moins de moustiques que Fayaoué.
Saint-Joseph, contaminé en premier, est maintenant à peu près
à son maximum possible de lépreux. Les deux autres tribus, prises
à une époque plus récente, voient également le mal se développer
parmi leurs membres ; mais beaucoup moins à Fayaoué (quoique
plus rapproché de Saint-Joseph) qu’à Mouli, car les Indigènes y
redoutent beaucoup la maladie et ont commencé à s’y défendre
d’eux-mêmes.
Donc qu’il existe des Culicinés en un endroit ou qu’il n’y en ait
pas, qu’ils y soient abondants ou au contraire très rares, cela ne
paraît pas (les expériences de laboratoire de Eiilers. Bourret et
With (1), de Donald Currie (2), de Lebœuf (3), concordent avec
cette donnée) avoir une influence sensible sur l’extension que la
lèpre peut être susceptible de prendre en un point si elle trouve
les éléments de développement nécessaires.
Les recherches de laboratoire sont restées négatives en ce qui
concerne les poux. Les observations épidémiologiques à faire à
(1) Bull. Soc. Path. Exot., n° 4, p. 239., 1911.
(2) Public. Health and Marine Hosp. Serv » U» S., sept. 1910.
(3) Bull. Soc. Patlu Exot. , no 8, p. 669, 1912.
leur sujet manquent un peu de précision ; néanmoins voici quel¬
ques faits qui, je crois, donnent d’utiles indications. Aux Loyalty.,
beaucoup d’hommes n’ont pas de poux ; d’autre part les femmes
des tribus catholiques doivent tenir leurs cheveux ras pour lutter
contre la vermine, les femmes des tribus protestantes conservent
toute leur chevelure. Or première constatation : que les femmes indi¬
gènes aient les cheveux coupés ou non, le résultat au point de vue
du nombre des lépreuses est exactement le même ; . deuxième
constatation : les femmes loyaltiennes qui ont en général beaucoup
plus de poux que les hommes, dont beaucoup sont indemnes de
toute vermine, ne sont pas plus touchées par l’affection, au con¬
traire.
Quant aux puces et aux punaises, on peut en trouver à peu près
partout et il est bien difficile de faire à leur sujet des observations
épidémiologiques de quelque valeur. On est obligé de s’en rappor¬
ter à l’expérimentation du laboratoire qui paraît répondre négati¬
vement en ce qui les concerne.
Je ne pense pas que l’Acare de la gale puisse jouer un rôle de
quelque valeur dans la transmission de la maladie de Hansen. Sur
les Européens que j’ai interrogés à ce sujet aussi bien dans la
population libre que dans l’élémentpénal, tant parmi les gens sains
que parmi les malades, nombreux étaient les individus indemnes de
lèpre qui avaient souffert de le gale, et nombreux également étaient
les lépreux qui ne l’avaient jamais eue. Cet Acarien ne me paraît
avoir aucun rôle actif.
Quant au Demodex foll iculor uni, accusé non sans raison par
Borrel (i) de convoyer le bacille de Hansen, il me paraît impossi¬
ble de rechercher la possibilité de cette transmission dans la nature.
Quant aux recherches de laboratoire, je ne possède pas encore
assez d’examens pour tirer des conclusions fermes. L’on peut trou¬
ver dans des comédons renfermant des bacilles de la lèpre (ce qui
paraît se produire seulement dans la très faible minorité des cas)
des Demodex qui sont par suite ainsi susceptibles de se charger
de microbes : c’est tout ce que je peux dire pour le moment.
En ce qui concerne les Mouches, j’ai déjà donné communication
à la Société (2) de certains faits que j’ai observés, ainsi que des
conclusions que j’en ai déduites : je n’ai rien à y changer au point
*• t
(1) A. Borrel, Annales dç l'Institut Pasteur , mars 1909.
(2) A. Lebœuf, Bull. Soc. Path. Exot.} n° 19, p. 86o4 1912..
DDD
de vue expérimental. Quant au point de vue épidémiologique il
m’apparaît que la conclusion à tirer de mes enquêtes relativement
au rôle des Acariens ou des Insectes c’est que seuls le Demodex
folliculorum et’ les Diptères du genre Musca (surtout la Mouche
domestique) pourraient peut-être se voir incriminer. En tout cas je
crois qu’il n’y aurait là qu’un mode de contagion plutôt qu’une
transmission à proprement parler.
En effet, tout en Calédonie intervient pour prouver que la conta¬
gion se fait directement du malade au malade ou indirectement
par certains objets souillés par lui (linge, etc.), mais dans des con¬
ditions très étroites , très limitées. Le rayon de dissémination pos¬
sible paraît très faible (ainsi que je l’ai déjà dit, le rôle possible de
la Mouche domestique n’est nullement en contradiction avec cette
donnée). Les lèpres de famille, excessivement fréquentes en Calé¬
donie, en sont une première démonstration.
Autre constatation importante : les agglomérations européennes
le plus atteintes (et de beaucoup) sont les centres provenant de la
colonisation pénitentiaire. Les centres d’origine exclusivement ou
à peu près exclusivement libres n’ont été que très peu touchés. Or
il est plus que suggestif de constater que ce sont ces derniers (je
l’exposerai en détail quand je donnerai dans quelques mois la
répartition de la lèpre en Nouvelle-Calédonie) qui sont le plus
entourés par les tribus canaques les plus nombreuses. Cette dispro¬
portion flagrante tient à ce que les Centres de la première catégo¬
rie ont été contaminés par les libérés, dont la plupart menaient
dans la brousse une existence exactement semblable à celle de l’in¬
digène, avec qui ils vivaient parfois complètement en commun.
La léproserie pénitentiaire des Bélep (île Art, baie d’Aoué) m’a.
permis de faire cette autre observation qui me paraît particulière¬
ment démonstrative. Depuis la fondation de cette léproserie, il est
passé dans l’établissement plus de 150 condamnés valides destinés
à en assurer les services généraux. Ces hommes sont fréquemment
en corvée dans l’enceinte réservée aux lépreux ; leurs cases sont à
100 mètres environ de celles des malades ; de plus les Moustiques
y abondent pendant plus de huit mois de l’année.
Malgré cela, sur tout cet effectif, il n’y a encore que quatre indi¬
vidus qui soient devenus lépreux, et encore leurs antécédents mon¬
trent-ils qu’ils ont pu tout aussi bien se contaminer en un autre
point que l'île Art. Or si l’on songe que la moyenne générale de la
556 —
lèpre dans l'élément pénal était de 2,5 0/0 environ (1), on voit
immédiatement que les conditions de vie de ces hommes à Aoué
n’ont guère augmenté pour eux les chances de contamination. Je
note que ces sujets sont presque toujours chaussés et ont en géné¬
ral l’habitude de se baigner quotidiennement à la mer.
Et je note en conclusion, sans développer davantage pour le
moment cette idée, qu’à mon sens l’un des meilleurs modes de
prophylaxie individuelle contre la lèpre est l’usage quotidien de
l’eau et du savon larga manu.
Dans des communications ultérieures, j’exposerai brièvement
sur quelles bases et de quelle façon s’organise la prophylaxie de
la lèpre en Nouvelle-Calédonie, la distribution de la maladie dans
l’élément européen (libre et pénal), dans l’élément indigène, ainsi
que la courbe de la maladie suivant les milieux considérés.
Je crois bon en outre de noter ici d’ores et déjà que la lèpre est
en train de changer lentement de type en Calédonie : les formes
tubéreuses, qui autrefois formaient l’immense majorité des cas
observés, deviennent de moins en moins fréquentes et l’on voit de
plus en plus apparaître des formes mixtes à prédominance ner¬
veuse, des formes trophoneurotiques pure et des formes frustes.
Institut de Microbiologie de Nouméa (Juin igi3).
u n nouveau cas de blastomycose
observé en Tunisie
Par A. CONOR et C. MARCHETTI.
L’un de nous a publié le premier cas de blastomycose constaté
en Tunisie, chez un enfant né de parents français (2).
L’observation que nous relatons aujourd’hui concerne un mili¬
taire indigène du 4e régiment de tirailleurs, entré à l’infirmerie-
hôpital de La Goulette le 10 octobre 1912. A ce moment, il présen¬
tait, à la face antérieure de l’avant-bras droit, une ulcération de
(1) bile commence à baisser maintenant.
(2) A. Conor et A. Bruch, Un cas de blastomycose humaine observé en
Tunisie. Soc. de / cithologie Exotique. 14 juin iqii ; et A. Conor, Sur une
levure pathogène, Arch. de /’ Institut Pasteur de Tunis , 1912, fasc. IV.
la grandeur d’une pièce de cinquante centimes, à fond granuleux
et grisâtre, à bords décollés. Cette lésion avait débuté trois semai¬
nes auparavant par un petit bouton traité au moyen de topiques
fabriqués par le malade. Dans le creux axillaire du même côté,
existait un abcès qui fut ouvert le jour même. Le malade était
apyrétique.
Malgré les pansements, l’administration d’iodure de potassium,
la suppuration de l’aisselle ne se tarit pas. On incise largement le
long du tendon du grand pectoral et on enlève deux ganglions
enflammés.
La lésion de l’avant-bras est cicatrisée au bout de deux mois.
La suppuration du creux axillaire persistait encore après six mois,
lors de l’envoi du malade dans ses foyers.
Avant l’ouverture de l’abcès de l’aisselle, l’examen du pus pré¬
levé avait montré la présence de formes de levures. L’inoculation
de ce pus dans le péritoine de deux cobayes permit l’étude expéri¬
mentale de l’organisme pathogène.
Morphologie. — Le parasite isolé de la rate de ces deux animaux se
présente exclusivement sous la forme de cellules sphériques ou très légè¬
rement ovoïdes, sans mycélium. Ces éléments, examinés à l’état frais entre
lame et lamelle, ont un diamètre qui varie entre 2 et 6 y. Les uns sont
isolés ; les autres sont réunis par deux et représentent des formes de bour¬
geonnement. On distingue, à leur intérieur» un protoplasma chargé de
fines granulations très réfringentes.
Cette levure se colore par les méthodes habituelles et prend le Gram.
Dans les cultures datant de plusieurs mois et encore aisément repiquables,
nous n’avons pas trouvé de modifications appréciables dans les caractères
morphologiques.
Caractères culturaux. — Notre levure pousse facilement sur les
milieux sucrés à la température de 20-22°. La culture reste très grêle après
séjour à 37°.
Bouillon ordinaire. — Développement insignifiant se manifestant par
la présence de quelques amas au fond du tube.
Gélose ordinaire. — La culture est lente et reste peu abondante.
Gélose glucosèe ( Sabouraud ). — Sur ce milieu, la levure pousse rapide¬
ment. Après vingt-quatre heures, le développement est très apparent et
prend, au bout de quelques jours, un aspect crémeux luxuriant.
Bouillons sucrés. — Le liquide reste clair, les éléments se déposent au
fond du tube. Dans les tubes datant de quelques jours, on aperçoit une
pellicule blanchâtre à la surface du bouillon et sur les parois du verre.
Pomme de terre. — Le parasite y donne une culture abondante soiis
forme d’un enduit brillant qui devient rapidement épais et mamelonné.
Au bout d’un certain temps, cet enduit se dessèche et prend une teinte
brun foncé. Après plusieurs mois, on aperçoit une couche écailleuse à la
surface de la pomme de terre racornie. Mêmes caractères sur carotte.
Pouvoir fermentatif.
Il est nul vis-à-vis du lactose, du lévulose et
39
— 558 —
de la mannite ; mais il existe vis-à-vis du saccharose, du maltose et du
glucose. Nous avons apprécié quantitativement le pouvoir fermentatif de
notre levure en ce qui concerne ces deux derniers sucres. Deux ballons
semblables contenaient la même quantité de liquide sucré : l’un était
ensemencé, l’autre servait de témoin Voici, calculés pour mille de solution
de sucre, les chiffres obtenus après dix jours à 22 degrés :
Milieu de culture Témoin Culture Différence
Solution de glucose. . . 53,5 49,5 4
— de maltose. . . 50,5 39 H, 5
Pouvoir pathogène. — Nous nous sommes servis de produits patholo¬
giques humains ou animaux, et de cultures.
Produits humains . — Deux cobayes sont inoculés dans le péritoine
avec le pus provenant du malade. Ns ne présentent aucun (rouble appa¬
rent. On les sacrifie deux mois après : rate très hypertrophiée, aspect de
pseudo tuberculose, nombreux nodules caséeux d’où on isole la levure en
culture pure.
Produits animaux. — Avec la pulpe splénique de ces cobayes, nous en
avons inoculé d’autres et avons pu facilement pratiquer ainsi plusieurs
passages. Certains animaux sont morts spontanément, les autres ont été
sacrifiés.
La maladie, chez le cobaye , évolue en trois mois environ. Les animaux
maigrissent, mais en' général ne présentent aucun autre symptôme ;
pourtant, dans un cas, nous avons observé la paralysie du train posté¬
rieur. Les organes atteints sont le poumon, le foie, la rate, qui est ordinai¬
rement très hypertrophiée (dans un cas, son poids atteignait 23 gram¬
mes). Les lésions sont celles d’une pseudo-tuberculose : les viscères
sont farcis de nodules jaunâtres renfermant une matière caséeuse d’où le
parasite est facilement isolé. Parfois, les capsules surrénales sont ramol¬
lies, les ganglions inguinaux hypertrophiés et caséeux. Le péritoine pré¬
sente aussi un semis de fines granulations ; chez un animal nous avons
trouvé un véritable gâteau péritonéal, de consistance fibreuse.
Nous avons examiné de nombreuses coupes d’organes de ces animaux.
Les lésions se présentent sous forme diffuse ou nodulaire : on y voit des
amas de levures dont quelques-unes bourgeonnent, de nombreux macro¬
phages et une réaction peu intense du tissu conjonctif.
Deux lapins ont été inoculés dans le péritoine avec de l’émulsion de rate
de cobaye. Ils sont morts au bout de deux mois, très amaigris. Les viscè¬
res ne présentaient aucune lésion.
Le lapin n° 1 était porteur, au niveau de la hanche droite, d’un volu¬
mineux abcès contenant environ 158 grammes d’un pus blanc et crémeux
qui donna des cultures de levure sur gélose glucosée.
Le lapin n° 2 était atteint de suppurations analogues au niveau de
l’épaule, du sternum et des muscles droits de l’abdomen (point d'inocula¬
tion).
Les résultats furent négalifs chez le rat blanc, la souris blanche et le
■pi ye on.
Cultures. — Quatre cobayes reçoivent dans le péritoine 2 cm3 d’émul¬
sion de culture sur milieu Sabouraud. On les sacrifie après quatre mois :
un seul présentait des lésions de la rate.
Un singe (bonnet chinois) est inoculé dans les veines avec 1 cm3 de cul-
- DD 9
ture ; il reçoit ensuite 3 cm3 dans le péritoine. 11 est bien portant après six
mois.
La levure semble, donc, après passage sur milieu artificiel, avoir perdu
une partie de son pouvoir pathogène.
(. Institut Pasteur de Tunis et Laboratoire
de la Division d' Occupation).
Epidémie de spirochétose humaine
à Bikié (Congo français)
ip Par M. BLANCHARD
En avril-mai 1913, le Dr Morachini, médecin de la circons¬
cription de Sibiti, signalait à M. le Directeur du Service de Santé
de VA. E. F. le mauvais état sanitaire du poste de Bikié: deux
européens et de très nombreux indigènes avaient été presque
simultanément obligés d’interrompre leur service pour de violents
accès de fièvre, des courbatures, surtout de la rachialgie, des
vomissements, etc... Ces troubles furent attribués à une recrudes¬
cence de paludisme consécutive à du surmenage, après une opéra¬
tion militaire. Mais la quinine, même en injections répétées, agis¬
sait mal ; des malades qui paraissaient guéris ne tardaient pas à
rechuter avec de fortes oscillations thermiques, des signes clini¬
ques très divers et plus ou moins fugaces, en même temps que
l’état général s’aggravait.
Le Dr Morachini soupçonna dans quelques cas la trypanoso¬
miase, puis à mesure que les Courbes thermiques se déroulaient,
il fut frappé de leur caractère oscillant, de ces périodes fébriles
alternant avec des semaines de pyréxie et il pensa au diagnostic
de Tick-Fever.
M. le Dr C AM ail, Directeur du Service de Santé, voulut bien
alors demander au Dr Morachini des étalements de sang prélevé
chez ses malades en période fébrile et me confier l’examen de ces
préparations.
Dans cinq étalements, provenant chacun de malades différents,
j’ai rencontré, après coloration au Giemsa, des spirochètes géné¬
ralement rares ; mais assez nombreux dans un cas. Le diagnostic
étiologique de cette épidémie se trouve ainsi confirmé.
— 56o
Un volumineux dossier de feuilles de clinique et de courbes de
température accompagnait ces préparations; il a été retourné au
Dr Morachini à qui seul appartient la relation complète de cette
épidémie dans tous ses caractères cliniques et épidémiologiques.
( Institut Pasteur de Brazzaville.)
Sur l’état parasitaire et le rôle pathogène
d'une petite amibe
Par A. GAUDUCHEAU
Certaines matières fécales pathologiques que j’ai observées
en Extrême-Orient (Hanoï et Canton), renfermaient, en nombre
parfois considérable, de petites cellules sphériques claires légère¬
ment granuleuses de 8 y environ. Traitées par une méthode de
coloration humide convenable (i), ces cellules présentent un
noyau de 2 u 5 avec caryosome de 1 u et membrane nucléaire,
nettement marquée. Traitées par fixation sèche et coloration de
Giemsa, on a un protoplasma bleu clair et un noyau rouge.
Ces cellules observées directement dans Vintestin de l'homme
sont rigoureusement semblables aux amibes de culture que j'ai
(1) Méthode de coloration humide convenable pour les petites cellules ami-
boïdes de l’intestin.
Fixateur agissant pendant 30 minutes :
Acide chromique . 1 g.
Acide acétique . 1 g-.
Sol. aq. d’ac osmique au 2/100 • . 15 cm3
Sol. aq. saturée de sublimé . 185 cm3
Laver à l’eau pendant 8 minutes, mordancer dans l’alun de fer à 2,5 0/0
pendant une heure, colorer pendant 15 minutes dans :
Hématoxyline . 1 g.
Alcool à 950 . . 20 cm3
Eau . 180 cm3
Décolorer par le mordant pendant 8 minutes.
Traiter par l’éosine aq. 1/400 pendant 20 secondes, et passer dans la série
des alcools, xylol et baume.
En se conformant bien aux temps indiqués, on n’a pas besoin de surveiller
la régression, la réussite est assurée pour la presque totalité des cellules.
Lorsque le fixateur est récent, le caryosome vient en rouge, ainsi que la
membrane nucléaire.
— 56 1 —
décrites sous le nom à" Entamoeba phagocytoïdes depuis
1907 (1).
Plusieurs auteurs se sont efforcés de prouver que les cultures
d’amibes ne présentaient aucun intérêt au point de vue de la
parasitologie. Ainsi Nâgler (2), Walker (3), etc., prétendent
que les cultures d’amibes proviennent de kystes d’amibes sapro-
zoïtes des milieux ambiants, ingérés avec les aliments ; les
amibes cultivées seraient simplement des amibes libres ayant
traversé le tube digestif sans s’y multiplier, mais capables de se
retrouver vivantes dans les selles.
Or, mon observation contredit cette manière de voir. Les
amibes du type cultural Entamoeba phagocytoïdes soçt bien
réellement des parasites de l’intestin humain, y vivent, s’y déve¬
loppent et s’y multiplient d’une manière qui peut être extrême¬
ment intense.
J’ai signalé dès içop la présence en grand nombre de ces pe-
Ptes amibes dans l’intestin de l’homme et j’ai constaté en même
temps leur présence dans les eaux.
Mes premiers essais de culture furent entrepris sur une souche
intestinale et sur une souche des eaux, parallèlement.
Or, j’observai cette particularité que l’adaptation de l’amibe
des eaux aux milieux de culture fut rapide, tandis que la souche
intestinale demanda plusieurs mois avant de s’adapter. Les cel¬
lules de cette dernière provenance se montraient rares, petites,
misérables dans les débuts.
Peu à peu cependant, elles s’adaptèrent à la symbiose mixte
pure qui a fait l’objet de mes études depuis cette époque. Rete¬
nons donc que l'amibe des eaux se cultiva beaucoup plus facile.»
ment que celle de l’intestin.
Je rappellerai que ces cultures mixtes pures doivent se faire
suivant la technique bactériologique la plus stricte et non point
sur des boîtes de Pétri exposées à l’air. Il ne s’agit point d’ami¬
bes de l’air, ni même de celles que l’on pourrait trouver dans,
l’intestin des mouches. Les critiques qui ont été faites dans cette
direction ne sont point applicables dans notre cas (4).
(1) Gaf. hebd. des Sciences médicales . Bordeaux, 1907. et Soc de Patholo¬
gie exotique, 1909. Soc. méd. chic, de V Indo-Chine, 1911 à 1913.
(2) Nægler, Arch. Hir Protistenkund , XV. 1909, pp. 1-53.
(3) Walker, Journal med. research, vol. XVII.
(4) R. -T. Wells, Parasitology, t. IV, pp. 204-218.
— 502
Dans les premiers temps, la culture provoquait chez le chien
par voie veineuse des crise de dysenterie aiguë, passagères.
Par la suite, cette propriété pathogène disparut presque com¬
plètement : on ne réussit plus qu’à provoquer un peu de ténesme
et quelques efforts de défécation chez le jeune chien.
La disparition du pouvoir pathogène et la difficulté de l’adap¬
tation en culture sont à rapprocher: elles montrent qu’une même
amibe, considérée dans les milieux extérieurs et dans l’intestin,
considérée au début de sa végétation en culture et après un grand
nombre de passages, présente des propriétés variables. Dans les
milieux extérieurs et dans les cultures anciennes, l’amibe est peu
pathogène et facilement cultivable; au contraire, dans l’intestin
et dans les cultures récemment isolées, il y a pouvoir pathogène
et difficulté de la végétation culturale.
La pullulation de ces petites amibes dans le gros intestin a
coïncidé avec des états diarrhéiques, aigus ou chroniques plutôt
qu’avec de la dysenterie pure.
Je n’examinerai pas dans ce travail la question du cycle pro¬
bablement complexe. Il me suffira de dire que j’adopte la thèse
de M. Billet (i) sur l’existence d’un stade flagellé chez les ami¬
bes. Je pense même d’après les préparations que j’ai recueillies,
que l’on devra étendre le polymorphisme et considérer l’exis¬
tence de termes de passages entre les formes du type tetragena
et les petites amibes du type phagocytoïdes, bien que, sur ce
dernier point, de nouvelles observations soient encore nécessaires.
En attendant de savoir si le stade flagellé de ces petites amibes
existe bien et s’il est Bodo, Trichomonas ou Tetramitus, on peut
laisser provisoirement dans le genre Entamoeba les parasites en
question, malgré les différences considérables qui existent dans
les états extrêmes entre ces éléments et, en raison, comme je
viens de l’ indiquer des formes de transition que l’on trouve dans
certains cas.
N’ayant point vu les promitoses décrites par Chatton (2) et
considérant d’autre part que la membrane nucléaire est beaucoup
plus accentuée chez nos amibes que chez Vahlkampfia, il ne me
paraît pas que l’on doive les placer pour le moment dans ce nou¬
veau genre, bien que les caryosomes dans les deux cas soient
• 4.
ü) Billet. Le Caducée , 1907.
(2) Chatton et Lalung Bonnaire, Soc. de Path. exotique . 1912, pp. 1 35-143.
- 563 —
chargés en chromatine, régulièrement sphériques et relativement
volumineux.
Je crois donc avoir démontré que ces petites amibes sont bien
réellement des parasites de l’intestin de l’homme et non des formes
libres dépourvues de toute possibilité parasitaire et provenant
simplement des feuilles de salade, comme on le publie partout.
Sur leur rôle pathogène, il en est de ces amibes, comme des
autres, il y a coïncidence entre leur pullulation et certains trou¬
bles intestinaux. Personne n’a fourni péremptoirement la preuve
de l’innocuité constante ou du pouvoir pathogène exclusif des
amibes parasites.
Les travaux de Schaudinn (i) ont montré qu’il existait au
moins deux espèces d’amibes parasites de l’intestin de l’homme,
mais n’ont rien prouvé touchant leur rôle pathogène: la conclu¬
sion sur ce point fut excessive. Aucune considération cytologique
ne peut permettre de conclure à l’affirmation ou à la négation du
pouvoir pathogène. L’expérimentation serait plus démonstra¬
tive.
En Indo-Chiné, on attribuait autrefois toute dvsenterie à
l’amibe. J’ai pu rencontrer le bacille de Shiga à Hanoï en iqii
et depuis cette époque, MM. Denier et Huet (2) à Saïgon ont vu
des bactéries de ce groupe dans plus de 30 % des cas. On ira
encore pobablement plus loin, attendu que l’on voit souvent dans
la dysenterie des coli qui n’ont sur le lactose qu’une activité
extrêmement minime ; les milieux ne restent roses que pendant
une journée. Il faudra voir quelles sont les relations de ces bac¬
téries avec l’organisme infecté.
Non seulement, il reste à déterminer le rôle des bactéries dans
les désordres hépatiques et intestinaux actuellement imputés trop
exclusivement aux amibes, mais encore il faudrait démontrer que
les figures cytologiques (3) données comme signes différentiels
permanents et caractéristiques ne sont pas modifiables suivant le
milieu (réaction et constitution bactérienne des matières fécales,
état de diarrhée, de constipation, d’hémorrhagie, etc.) et prouver
notamment que le stade à quatre noyaux de E. tetragena est bien
ultime.
(1) Sch \udinn, Arb. a. d. Kais. Gesundh Bd, XIX.
(2) Df.nier et Huet, Soc. Path. exot.. 1912-1913.
(3) Hartmann, in Kolle u. Wassermann, 1913.
Pour le moment tous les cycles évolutifs qui ont été proposés
-j
pour les amibes de l’homme ont été fermés arbitrairement.
L’attribution d’un pouvoir pathogène à Entamoeba tetragena
à l’exclusion d 'Entamoeba coli me paraît également, en l’état
actuel, arbitraire pour ce qui concerne au moins les amibes de
4’ïndo-Chine : Lune et l’autre peuvent être latentes, inoffensives,
l’une et l’autre peuvent coïncider avec des troubles intestinaux
sans qu’il soit toujours possible d’affirmer des relations de cause
à effet entre l’amibe constatée et la lésion produite.
Sur l’emploi de l’émétine dans le traitement
de la dysenterie amibienne et de l’hépatite
Par BIZARD.
L’émétine nous a donné, à bord du Latouche-Tréville, courrier
d’Indochine, des résultats encourageants dans le traitement de la
dysenterie et de l’hépatite. Nous résumons les observations des
cinq cas les plus typiques de nos malades coloniaux rapatriés.
Première observation. — Dysenterie amibienne chronique. — Mme R...,
36 ans. Atteinte depuis 6 mois d’une dysenterie qui a résisté à toutes les
médications (ipéca, simarouba, lavages à l’eau oxygénée, etc.), la malade
a maigri de 12 kg. Macroscopiquement, selles nettement dysentériques.
Microscopiquement, présence de très nombreuses Amibes très mobiles. De
20 à 22 selles par jour.
Le 22 juin injection hypodermique de Ocg. 03 de chlorhydrate d’émé¬
tine Poulenc. Le 23, deuxième injection. Dans les 24 heures suivantes,
trois selles moulées dont une très riche en Amibes. Plus' de mucosités.
Pour la première fois depuis 6 mois, la malade a pu passer une nuit
entière sans aller à la garde-robe. Le 24, troisième injection d’émétine :
une seule selle mi-pâteuse, mi-moulée. Le 25, quatrième in jection : une
seule selle moulée. Le 26, cinquième injection. Depuis lors, la dysenterie
n’a pas reparu.
Deuxième observation. — Dysenterie amibienne avec Infusoires ciliés. — ■
Raymond F..., 23 mois. Allaitement artificiel. A 12 mois, l’enfant prend
de la soupe, de la viande, du vin. A 20 mois première atteinte dysentéri¬
que : 7 à 8 selles par jour. Il guérit imparfaitement. A 23 mois, à son arri¬
vée à bord, le 28 juin 1913, une rechute se produit: 10 selles mucosan-
guinolentes par jour. Un régime sévère, des lavements à l’eau oxygénée
n’amènent aucune amélioration. L’examen des selles révèle la présence
d’œufs de Trichocéphales, d’Amibes de Schaudinn, d’infusoires ciliés.
Le 4 juillet, injection rectale d’un centigramme et demi de chlorhydrate
d’émétine dans lOOcc. d’eau physiologique. Dans les 24 heures le nombre
des selles tombe de 8 à 4. Le 5 juillet, deuxième injection rectale : 3 selles
sans mucosités. Le 6 juillet, troisième injection, 2 selles pâteuses. Le
7 juillet, quatrième injection. Guérison complète. Du 7 juillet au 8 août,
pas de rechute. L’enfant passe du poids de 10 kg. à 13 kg.
Troisième observation. — Dysenterie amibienne chronique. — T..., sol¬
dat, infanterie coloniale, 26 ans. Fait, en novembre 1911, 15 jours d'infir¬
merie pour entérite; en juillet-août 1912, 35 jours d’hôpital à Saigon
pour dysenterie. Il rechute en juin 1913. Rapatrié, il présente, à bord, le
8 juillet, 25 selles dysentériques par jour. Nombreuses Amibes de Schau-
dinn. Les traitements par l’ipéca et l’eau oxygénée ne donnent aucune
amélioration.
Le 13 juillet, injection hypodermique de Ocg. 03 de chlorhydrate d’émé¬
tine: 5 selles. Le 14, deuxième injection : 4 selles dont une caractérisée
par une quantité considérable d’Amibes. Température 39"4. Le 15, troi¬
sième injection : 2 selles pâteuses, température normale. Le 16, quatrième
injection : 2 selles pâteuses, une moulée. Le 17, cinquième injection : à
partir de ce moment, 2 selles par jour, pâteuses ou moulées. Du 17 juillet
au 8 août, pas de rechute. Plus d’Amibes dans les selles.
Quatrième observation. — Dysenterie amibienne chronique. — 11...,
adjudant d’infanterie coloniale. Le malade n’a cessé d’avoir la dysenterie
en Cochinchine du mois d’août 1911 au 20 juillet 1913, période pendant
laquelle il a fait trois séjours prolongés à l’hôpital de Saigon. Le nombre
des selles qui descendait à 3 ou 4 par jour pendant de courtes améliora¬
tions de deux ou trois jours, a atteint 15 à 20 par jour, dans les périodes
aiguës.
Le 20 juillet, à bord, nouvelle rechute : 10 à 12 selles par jour. Le 23,
première injection hypodermique de chlorhydrate d’émétine de Ocg. 03 :
5 selles. Le 24, deuxième injection : 4 selles. Le 25, troisième injection :
4 selles liquides. Fièvre, Le 26, quatrième injection : 5 selles liquides
avec caillots de sang et mucosités. Le 27, cinquième injection : 2 selles
dont une moulée. Le 28. sixième injection : 2 selles pâteuses. Le 29, sep¬
tième injection : 3 selles pâteuses. Les 30, 31 juillet et 1er août. 3 selles
pâteuses.
Cinquième observation. — Hépatite post-dysentérique. — A — soldat,
infanterie coloniale, 27 ans. Atteint de dysenterie le 15 mars 1913 (10 à
12 selles par jour). Ce malade est hospitalisé à Hanoï et rapatrié sur le
Latouche-Trèville le 28 juin. Il a 2 selles liquides par jour. 8 juillet, les
premières douleurs à la région hépatique se manifestent.
11 juillet. Ces douleurs s’accentuent, très vives à la pression et à la
palpation, avec maximum dans la région vésiculaire.
A droite, contracture du muscle grand droit. Pas de scapulalgie. Dou¬
leurs en ceinture et lombaires. Langue saburrale. Constipation. Inappé¬
tence. Le foie est nettement hypertrophié. La respiration est superficielle
et rapide. Une toux sèche et quinteuse réveille la douleur. Pouls : 100.
Température : 38°4.
Le 12 juillet. Température : matin : 38°4 ; 3 heures : 39°8 ; soir
Une injection hypodermique chlorhydrate d’émétine de 0.03
pratiquée à 4 heures du soir.
13 juillet. Deuxième injection d’émétine. Température : malin
soir : 38°4.
14 juillet. Troisième injection. Température: matin : 37°4 ; soir
per
38°4.
est
38°4
38°4
— 566 —
Les phénomènes douloureux ont beaucoup diminué, la palpation est
possible.
15 juillet. Quatrième injection. Température: matin: 3T°2 ; soir: 37°.
Les douleurs ont complètement disparu.
16 juillet. Cinquième injection. Température: matin : 36°7 ; soir: 36°9.
Tous les symptômes ont disparu. Selles moulées. Langue propre.
Appétit.
Formules leucocytaires
Avant le Après le
traitement traitement
Polynucléaires neutrophiles . . . 84,52
Eosinophiles . 1 ,00
Lymphocytes . . 7,52
Lymphocytes leucocytoïdes . . . 5,02
Lympho-leucocytes . 2,00
72,4
3,3
20,0
2,2
1,1
Conclusions.
Les rechutes de dysenterie sont très fréquentes à bord des na¬
vires qui rapatrient les convalescents coloniaux. L’émétine nous
est apparue comme une médication spécifique très active, néces¬
sitant une hospitalisation très courte, ne provoquant aucun acci¬
dent, très bien acceptée des malades. La voie hypodermique est
indiquée pour les adultes, la voie rectale pour les enfants.
L’émétine ne pourrait-elle pas devenir, dans les cas où l’examen
microscopique est impossible, à la fois un contrôle du diagnostic
clinique et un moyen de prophylaxie contre la dissémination des
Amibes dans le milieu ambiant?
Dès maintenant, il est donc indispensable que les navires fré¬
quentant les pays tropicaux soient approvisionnés en ampoules
de chlorhydrate d’émétine : 50 ampoules du prix total de 25 francs
suffiraient pour un voyage de quatre mois.
L’administration coloniale doit mettre, sans retard, à la dispo¬
sition des navires affrétés, les quantités d’émétine nécessaires
pour ses services de rapatriement.
M. Thiroux fait observer que l’injection rectale d’émétine, re¬
commandée par M. Bizard chez les enfants, a été au contraire dé¬
conseillée par le Prof. Chauffard, qui ayant essayé d’injecter de
l’émétine dans l’intestin d’un de ses malades, déjà amélioré par
des injections sous-cutanées, a vu se produire un flux intestinal
avec selles muco-sanglantes très nombreuses.
Il y aurait donc lieu de n’employer qu’exceptionnellement la
— 567 —
voie rectale, lorsqu’on se sert d’émétine et aussi avec la plus
grande circonspection.
Amibi ase intestinale — Diarrhée noire
Par P. BR AU.
L’Amibiase intestinale ne se décèle pas seulement cliniquement
par l’émission de mucosités sanguinolentes.
Déjà en 1886, M. le Dr Grall écrivait au sujet de nombreux
cas de diarrhée chronique observés par lui au Tonkin (1): « Les
« selles sont surtout bilieuses et non pas dysentériques. La gué-
<( rison s’obtient facilement, mais les rechutes sont fréquentes ».
Nous avons pu observer de nombreux cas de cette diarrhée
amibienne, très caractéristique, même en l’absence de tout exa¬
men microscopique, par sa coloration d’un noir d'enore, très
spéciale. Cette diarrhée survient souvent, comme l’a si justement
fait remarquer M. le Dr Grall, sans que le malade ait jamais pré¬
senté antérieurement autre chose que des alternatives de consti¬
pation et de diarrhée, ocre ou lientérique, ordinaires. Elle sur¬
vient aussi, souvent, comme un symptôme très sûr de rechutes
sanguinolentes presque imminentes dans les périodes de guérison,
que l’on pouvait croire certaines, de dvsenteries amibiennes.
A l’examen microscopique, voici les différentes formes qu’elle
présente alors dans l’un et l’autre cas.
Dans certains cas, ce sont les formes kystiques qui dominent.
Si l’on examine alors les préparations à l’aide d’un faible gros¬
sissement ( Obj . 3 Stiassnie par exemple ), on constate que les dits
kystes se détachent très nettement sur le reste de la préparation,
sous forme de petits espaces clairs, circulaires, nettement déli¬
mités, percés comme à l’emporte-pièce, de 10 à 12 y de diamètre.
En regardant ensuite à un grossissement plus fort (Obj. 9
Stiassnie ), on les voit se détacher encore mieux, disques d’une
opacité laiteuse, bleutée, régulièrement arrondis, parfois un peu
elliptiques sur le feutrage épais des matières fécales environ¬
nantes.
(1) Archives de Med. Navale , tome 45, fasc. 69.
568 -
Ces cas kystiques sont d’ailleurs, naturellement, les plus tenaces
et les moins faciles à modifier par les médications spéciales, y
compris la plus puissante jusqu’à ce jour, la médication émétinée
de Léonard Rogers.
Mais on rencontre le plus souvent, fort heureusement, une
grande activité de formes mobiles dont le diagnostic arrive à
devenir aisé et précis par l’examen, même à un faible grossisse¬
ment, des empreintes si caractéristiques qu’elles laissent dans le
milieu fécal, opaque et généralement très foncé ; pour la recherche
de ces amibes mobiles, nous recommandons, en effet, au cours
d’un examen préliminaire à un faible grossissement ( Objectif j.
Stiassnie) de se guider surtout sur les sillons que laisse dans la
gangue épaisse de matières fécales, le parasite présentant une
sorte de mobilité exaspérée. Sur le fond de la préparation colorée
assez fortement en jaune, virant au noir, par la bile, les trajets
amibiens se détachent avec la netteté d’aspect de thalles de mucé-
dinées. On y reconnaît souvent le parasite soit qu’il continue son
cheminement à l’extrémité du sillon, soit plutôt qu’il revienne
sur le chemin déjà parcouru. Quand les espaces clairs sont encore
plus élargis par l’activité désordonnée de flagellés coexistants, il
peut alors apparaître assez nettement même au grossissement 3
sous forme d’une petite masse allongée, d’un jaune citrin, émet¬
tant d’assez fréquents pseudopodes. Mais il vaut mieux, dès qu’on
a reconnu nettement l’existence de sillons caractéristiques exa¬
miner à un plus fort grossissement ( Obj . 9 par exemple).
En parcourant alors avec patience le sillon, on finit par aper¬
cevoir facilement le parasite avec son opacité bleutée, son proto¬
plasma granuleux et son ectoplasme, assez peu abondant encore.
Nous avons pu reconnaître qu’un régime un peu plus copieux
et souvent même, je ne dirai pas le moindre excès, mais la moin¬
dre prise de vin pouvaient suffire à provoquer cette débâcle noire
d’aspect macroscopique déjà si caractéristique. Nous avons pu
tirer un assez curieux parti thérapeutique de cette constatation.
Nous avons remarqué, en effet, que dans les cas riches en for¬
mes enkystées et, par conséquent, évoluant presque fatalement
vers la chronicité, les piqûres de chlorhydrate d’émétique, même
aux doses de o g. 15, n’avaient qu’une action des plus faibles.
L’émétine est au contraire d’une admirable efficacité dès que
l’amibe mobile pullule et que ses mouvements sont très actifs .,
En maintenant systématiquement nos malades au grand régime
et au vin dès les premiers signes de la débâcle, nous l’avons bien¬
tôt accrue et peuplée d’une activité presque anormale des amibes.
Mais alors sous l’action prolongée de l’émétine nous avons
vu tous ces symptômes promptement s’amender et les kystes
même disparaître, radicalement des selles. Nous avons ainsi pu
obtenir des guérisons que nous avons tout lieu de croire défini¬
tives.
Prophylaxie du Paludisme dans
l’Afrique Orientale Allemande
Par Laurent MOREAU
Lorsqu’il y a vingt-cinq ans, les Allemands s’établirent à Dar-
es-Salam, capitale aujourd’hui de l’Afrique Orientale Allemande,
leur premier souci fut, ainsi que le leur commandait la logique,
mais à l’encontre de la méthode suivie par plus d’un peuple colo¬
nisateur, d’assainir d’abord le pays qu’ils devaient habiter et
exploiter. Depuis lors, ils n’ont point cessé de lutter contre les
diverses endémies qui étaient une entrave à leur expansion, et
en particulier contre le paludisme si répandu le long de cette côte
orientale d’Afrique. C’est de la lutte contre cette dernière endémie
que nous croyons intéressant d’entretenir aujourd’hui la Société
de Pathologie exotique.
Nous ne dirons que quelques mots de la prophylaxie générale,
désirant nous appesantir surtout sur la prophylaxie individuelle.
L’Est Africain Allemand est une région manifestement insa¬
lubre. Nous y avons passé plusieurs jours, alors que nous étions
embarqué sur la canonnière « La Surprise » qui naviguait dans
les eaux de l’Océan Indien, et nous avons pu constater que, même
pendant la bonne saison, le climat y était particulièrement péni¬
ble et déprimant. Les travaux d’établissement de la ligne ferrée
de Dar-es-Salam à Tabora firent parmi les indigènes de nom¬
breuses victimes; mais, d’autre part, des entreprises d’assèche¬
ment, de terrassement et de drainage des marais furent exécutées
avec déjà de réels bénéfices. Le pétrolage, nous a-t-on dit, n’au¬
rait pas été très efficace ; aussi, en ce moment, les Allemands
— D7°
expérimentent-ils l’élevage de poissons destructeurs de larves de
moustiques.
C’est surtout par la prophylaxie individuelle qu’est absorbée
toute leur attention. La quinine préventive ne jouit point à Dar-
es-Salam d’une grande faveur dans le monde des colons et des
fonctionnaires :on n’en prend guère que lorsqu’on doit partir dans
l’intérieur en excursion. Par contre, les grillages métalliques sont
répandus partout à profusion : il en existe à toutes les ouvertures
des maisons, aux portes et aux fenêtres. Au bâtiment principal
d’un magnifique hôpital colonial tel que nous n’en avons jamais
rencontré de semblable, est annexé un pavillon spécial, où sont
traités les paludiques ; il est impossible qu’un seul moustique — -
et c’est là ce qu’ont cherché les Allemands — pénètre dans cette
enceinte grillagée de toutes parts et dont la communication avec
l’extérieur se fait par un couloir muni de trois portes. Il y a sou¬
vent dans cette peur du moustique le côté amusant : c’est ainsi
que la plupart des vérandas des maisons privées ont en un coin
une sorte de cage à mouches, où les buveurs de bière passent
leurs veillées à l’abri des anophèles.
Tous les lits sont naturellement pourvus de moustiquaires.
Mais ce qui constitue le point original de la méthode, c’est l’ex¬
tension de la prophylaxie individuelle aux indigènes eux-mêmes,
et la façon dont cette prophylaxie est appliquée. Les indigènes
sont considérés avec raison comme la source où viennent s’appro¬
visionner les moustiques pour entretenir et propager l’infection ;
tant que cette source ne sera point tarie, la malaria sera toujours
à redouter. Mais comment faire entendre à des noirs la nécessité
pour eux de se soumettre à des examens répétés et à une médica¬
tion dont ils n'entrevoient point le but utilitaire? Les Allemands
ne se sont point embarrassés pour si peu et n’ont point demandé
leur avis aux indigènes. Chaque semaine, des infirmières euro¬
péennes de l'hôpital effectuent des tournées sanitaires dans le
quartier des natifs, et prélèvent des échantillons de sang qui sont
examinés dans un Laboratoire. Si des hématozoaires y sont
découverts, on soumet les sujets à un traitement quinique inten¬
sif, même s’ils n’offrent point de réaction fébrile.
En sus de ce traitement correspondant à des examens hémato¬
logiques positifs, les indigènes sont tenus à des cures régulières
de quinine, dont la distribution leur est faite périodiquement.
A l’hôpital existe un plan du village noir, qui a été subdivisé en
vingt-deux groupements pour la commodité du repérage ; chacun
de ces groupements est visité à son tour, puis pointé; aucun
d’entre eux ne peut donc passer à travers mailles.
Mais r élément indigène est mobile; des caravanes vont et vien¬
nent de la côte à l’intérieur, plus dangereuses que les familles
sédentaires, car elles pénètrent au sein même du foyer de la fièvre.
Ces caravanes ont aussi leur police, et des examens sont pratiqués
tout le long de la route qu'elles suivent.
Ces moyens, mis en œuvre depuis une douzaine d’années sur la
proposition de Koch et d’OLWiG, ont-ils abouti à d'heureux résul¬
tats ? La mortalité qui, parmi les natifs, était de 50 %, aurait con¬
sidérablement diminué, ce qui coïnciderait avec la disparition,
constatée de l’hématozoaire dans leur sang. Les cas de paludisme
chez les Européens, qui de 40 % sont tombés à 10 ou 15 %, ne
revêtent plus la gravité d’autrefois: la fièvre bilieuse hémoglo-
binurique et les accès à forme pernicieuse ne s’observeraient plus-
que de loin en loin. Toutefois, de tels résultats ont encore besoin
de subir l’épreuve du temps avant d’être loués sans réserve.
Cette lutte, obstinée et onéreuse, qui ne peut être entreprise qu’à
l’aide d’un personnel nombreux et dévoué, ne saurait, en effet,
porter immédiatement ses fruits dans une région éminemment
malsaine, où l’hématozoaire se complique du trypanosome. Mais
il faut rendre hommage à cet esprit de méthode — servi par
une persévérance qui va jusqu’à l’entêtement — qui estime avec
sagesse que les questions d’hvgiène sont à la base même de toute
colonisation.
Etudes sur les piroplasmoses en Algérie
1. — Sur la piroplasmose équine en Algérie.
Guérison par le trypanbleu.
Par Edm. SERGENT, A. LHERITIER et R. ISMERT.
L’existence de la piroplasmose équine a été signalée par Roger
en Oranie, en 1906 (1).
(1) J. Roger. Note sur une piroplasmose équine observée en Algérie, BulL
Soc. cent. méd. vêt., t LXXXIlI, 28 février 1906, pp. 120 124.
Nous avons été témoin d’un nouveau cas qui s’est présenté en
juin 1913 dans une ferme des environs d’Alger (déjà infectée de
piroplasmose bovine), chez un cheval breton de 14 ans, n’ayant
pas quitté cette ferme depuis 7 ans.
Les premiers symptômes apparaissent le 15 juin 1913 : œdèmes très
considérables, sur le ventre, les membres postérieurs, le scrotum et le
fourreau. Ictère. Pétéchies conjonctivales et buccales. Température dépas¬
sant 40°. Dysurie. Locomotion difficile et douloureuse. Inappétence.
Abattement considérable. Etat général mauvais.
Le 21 juin le sang est examiné. On trouve^ OjO des hématies parasitées
par Piroplasma equi , un grand nombre d’hématies montrent de la méta¬
chromasie et de l’anisocytose.
Le même jour une injection de 5 g. de trypanbleu est faite sous la peau.
Le 22 juin l’état du cheval n'a pas changé. Les piroplasmes sont un peu
moins nombreux dans le sang : 1 0 0 des hématies sont parasitées. On
injecte encore 5 g. de trypanbleu, mais cette fois dans les veines.
Le 23 juin la température a baissé, ne dépasse pas 39°, l’état général
s’améliore. Le nombre des piroplasmes a diminué : 0,3 0/0 des hématies
sont parasitées. Un certain nombre de parasites sont vacuolaires, à forme
circulaire, et paraissent en voie de dégénérescence.
La température continue à baisser les jours suivants, du 24 au 27 juin,
en même temps que l’état général devient plus satisfaisant. L’appétit repa¬
raît, la vivacité renaît. Les œdèmes et les pétéchies s’effacent peu à peu.
Les mictions deviennent plus abondantes.
Le 24 juin, les piroplasmes ne parasitent plus que 0,2 O/O des hématies
et sont presque tous dégénérés.
Le 25 juin les piroplasmes ne sont plus retrouvés dans le sang périphé¬
rique.
Le 26 juin on en voit quelques-uns après une recherche attentive, mais,
à partir du 27 juin, ils disparaissent définitivement.
Les hématies ne montrent plus de métachromasie à partir du 25 juin,
l’anisocytose persiste un peu plus longtemps.
Le 28 juin le cheval est entré nettement en convalescence. La guérison
est complète en quelques jours.
En résumé, un cas aigu et fort grave de piroplasmose équine
a été constaté dans une région où la maladie n’avait 'pas encore
-été signalée, mais où la piroplasmose bovine est enzootique.
Ce cas a rapidement guéri après l’injection de trypanbleu dont
Uaction sur les parasites a paru manifeste.
(Institut Pasteur d’ Algérie).
Etudes sur les piroplasmoses d’Algérie
]]. — Existence cf Anaplasma marginale
Theiler chez les bœufs d’Algérie
Par Edm. SERGENT et M. BEGUET.
Les points marginaux décrits par A. Theiler en 1910 sous le
nom d 'Anaplasma marginale dans les hématies de bœufs de
l’Afrique australe atteints de Gall-sickness (1) ont été signalés
depuis dans un certain nombre d’autres régions.
Springefeldt les retrouve en 1911 au Cameroun (2).
Basile en 1912 étudie en Italie une anaplasmose chez un jeune
chien et la reproduit expérimentalement (3).
En 1912 Bevan observe des Anaplasmes chez les moutons du
Transvaal (4) et Schellhase chez ceux de l’Afrique Orientale
allemande (5).
En août 1912, Carpano décrit une épizootie d’anaplasmose
bovine dans la Campagne Romaine (6).
La même année Koidzumi discute la signification des points
marginaux qu’il trouve chez les bœufs de Formose (7).
Grâce à la bonne collaboration de MM. R. Ismert de Ché-
ragas, Mouneyrat de Saint-Denis-du-Sig, Aubreton d’Arzew,
Gavarry de l’Arba, nous avons observé en juillet 1913 un grand
(1) A. Theiler, Anaplasma marginale , Soc. Path. exot., 13 avril 1910,
P- i33 •
(2) Springefeldt, Anaplasma marginale und Piroplasma mutans æhnliche
Parasiten bei Kameroun Rinder, Berlin. Tierœr^t. Woch., no 14, 6 avril
19U, pp. 233-34.
(3) Basile, Suil Anaplasma canis , Pathologica, 15 juin 1912, pp. 358-360.
(4) W. Bevan, Anaplasmosis of sheep, The Veterinary Journal , juif. 1912,
page 400.
(5) Schellhase, Eine Beobachtung über das Vorkommen von Marginal
Points im Blut von Schafen in Deutsch Ost-Afrika, Berlin. Tierœr^t. Woch.,
11 juillet 1912. p. 5 1 1 .
(6) M. Carpano, L’anaplasmosi nei bovîni délia Campana Romana, Tl
Moderno Zooiatro , 31 août 1912, pp. 336-342.
(7) M. Koidzumi, On the nature of the marginal points occuring in the
flood corpuscles of Cattle, Çentralblatt. f. Bakter. Qrigin., t. LXV, 1912,
page 337.
4o
— D74
nombre de préparations de sang de bœufs présentant les symp¬
tômes de la piroplasmose.
Nous avons trouvé des Anaplasma marginale dans des prépa¬
rations provenant de Chéragas (dans le Sahel d’Alger), de la
plaine de l’Habra (Oranie) et de l’Arba (plaine de la Mitidja).
Un bœuf de la plaine de l’Habra présentait 8 hématies % para¬
sitées par Anaplasma marginale ; pas de piroplasmes. Symptômes
de piroplasmose.
Dans la région de Chéragas, cinq cas d’anaplasmose. Hématies
parasitées dans la proportion de 20 %, 4 %, 70 %, 12 %, 30 %.
Pas de piroplasmes. Symptômes de piroplasmose.
Dans la région de l’Arba, un cas d’anaplasmose. 15 % des
hématies montrent des Anaplasma marginale. Pas de piroplas¬
mes. Symptômes de piroplasmose.
Dans tous ces cas, nous notons de la polychromatophilie et de
la métachromasie des hématies, ainsi que de l’anisocytose.
En résumé, l 'Anaplasma marginale, dont la présence n’avait
pas encore été constatée en Algérie, a été trouvé chez des bœufs
présentant des symptômes analogues à ceux de la piroplasmose
dans les départements d’Alger et d’Oran.
(. Institut Pasteur P Algérie).
Kala-azar méditerranéen et kala-azar indien
Par A. LAVERAN.
Nous avions été chargés M. C. Nicolle et moi, de faire pour
la XXIe section du XVIIe Congrès international de médecine qui
s’est tenu au mois d’aout dernier à Londres un Rapport sur le
kala-azar méditerranéen. Dans la séance du 11 août, j’ai présenté
à la XXIe section du Congrès un résumé de ce Rapport en le com¬
plétant sur certains points. J’ai pensé que ce résumé pouvait inté¬
resser la Société, le voici.
Depuis que Leishman et Donovan ont montré que le kala-azar
indien avait pour agent le Protozoaire qui est connu sous le nom
de Leishmania Donovani, la question des leishman ioses a été tou¬
jours en s’élargissant et elle a pris aujourd’hui une grande impor¬
tance en pathologie, c’est donc avec raison qu’elle a été inscrite
— 5 7 5 —
au programme du Congrès. M. C. Nicolle et moi nous avons
pensé que si nous essayons de faire l’histoire générale des leish-
manioses, nous nous heurterions, nécessairement, à un des écueils
suivants : faire un rapport trop volumineux ou un résumé court
mais peu original, et nous avons pris le parti de limiter notre
exposé au kala-azar méditerranéen que nous connaissions bien.
Nous espérions que d’autres rapporteurs se chargeraient de résu¬
mer l’histoire du kala-azar indien et celle du bouton d’Orient.
Notre Rapport est divisé en cinq chapitres.
Après un court Historique, nous étudions, dans le chapitre II,
la répartition du kala-azar méditerranéen ou infantile. Depuis le
jour ou Laveran et Cathoire ont fait connaître le premier cas
de kala-azar tunisien, l’existence de la maladie a été constatée
dans un grand nombre de régions du bassin de la Méditerranée.
En dehors des principaux foyers endémiques de Tunisie (i), de
Malte, d’Italie et de Grèce, des cas ont été signalés en Algérie,
en Tripolitaine, en Espagne, en Portugal ; au kala-azar méditer¬
ranéen nous avons rattaché les foyers signalés au Caucase et au
Soudan anglo-égyptien. Kn même temps que la répartition du
kala-azar infantile, nous étudions celle de la leishmaniose canine
et nous montrons que la répartition des deux maladies est à très
peu près la même.
Le chapitre III est consacré à l’étude du kala-azar chez l’en¬
fant : évolution de la maladie, symptômes, complications, dia¬
gnostic, pronostic, anatomie pathologique, étude histologique
de la Leishmania infantum dans les tissus et dans les cultures,
traitement. En l’absence d’une médication spécifique, on est heu¬
reux de constater que la maladie peut se terminer naturellement
par guérison, contrairement à l’opinion qui prévalait naguère.
Les observations de kala-azar avec terminaison favorable se sont
multipliées dans ces derniers temps; l’organisme aidé par une
bonne hygiène paraît faire tous les frais de la guérison.
Dans le chapitre IV, nous étudions le kala-azar chez les ani¬
maux : technique des inoculations, leishmaniose naturelle ou expé¬
rimentale du chien, leishmaniose expérimentale du singe, de la
souris et du rat, etc. Nous concluons comme il suit : « Le kala-azar
(i) Aux faits concernant la Tunisie, signalés dans notre rapport, il faut
ajouter les suivants : en mai et iuîn rom. a nouveaux ras de kala-azar ont
été observés chez des enfants dont l'aîné était âge de 6 ans • deux des mala¬
des étaient frères ; ils appartenaient tous les quatre à la nationalité italienne
fC. Nicolle).
méditerranéen s’observe à l’état d'infection naturelle chez le chien
dans les régions où il est endémique ; un seul cas d’infection natu¬
relle chez le chat a été signalé jusqu’ici.
(( La maladie, assez facilement inoculable au chien, est inocu¬
lable aussi, mais à un moindre degré, aux macaques, à la souris
et au rat ; le virus s’affaiblit à la suite des passages par ces der¬
niers animaux. Il est exceptionnel que l’ inondation de la L. infan¬
tum au cobaye et au lapin donne lieu à des infections généralisées ;
tous les essais d’inoculation au chat ont échoué.
<( C’est le chien qui se prête le mieux aux inoculations en série
de la L. infantum ; encore ces inoculations, bien que faites avec
de fortes doses de virus, échouent-elles assez souvent ou bien
donnent-elles lieu à des infections légères, latentes, difficiles à
déceler; à la suite d’un certain nombre de passages par chiens,
le virus, loin d’acquérir une activité plus forte pour ces animaux,
s’affaiblit. » 1
Le chapitre V traite des rapports du kala-azar méditerranéen
avec le kala-azar indien.
Les différences qui ont été signalées entre les deux endémies
sont relatives à l’âge des malades, aux conditions de culture des
Leishmania des deux origines, à l’inoculabilité ou à la non-inocu-
labilité à différentes espèces animales, au mode de propagation.
Les premiers observateurs qui ont constaté des cas de kala-
azar dans le bassin de la Méditerranée ont été frappés par ce fait
que la maladie atteignait toujours ou presque toujours de jeunes
enfants, alors que le kala-azar indien était signalé comme une
maladie des adultes ; c’est pour cela que C. Nicolle a créé les
noms de kala-azar infantile et de Leishmania infantum. A mesure
que les faits se sont multipliés, on a constaté que la différence
existant au point de vue de l’âge, entre les deux endémies n’avait
rien d’absolu, que le kala-azar méditerranéen s’attaquait parfois
à des adolescents ou même à des adultes, et que, d’autre part, le
kala-azar indien était fréquent chez les enfants.
Les conditions de culture de la Leishmania Donovani ne dif¬
fèrent pas de celles de la L. infantum, comme on l’avait cru
d’abord ; Row a montré que la L. Donovani se cultivait aussi faci¬
lement sur le milieu de Novy simplifié que la L. infantum; je
puis confirmer ce fait ayant, dans mon laboratoire, des cultures
des deux parasites. Je dois à l’obligeance de M. le D7 Row, de
Bombay, une culture de L. Donovani qui m’est parvenue, après
un long voyage, en très mauvais état et dont les repiquages, sur
milieu Novy simplifié ont cependant parfaitement réussi ; ces
repiquages donnent aujourd’hui des cultures aussi belles, que
I celles de la L. infantum, et morphologiquement identiques à ces
dernières.
Les différences concernant la sensibilité ou l’état réfractaire de
différents animaux aux deux virus ont été en s’atténuant. Il est
aujourd’hui démontré que la L. Donovani peut produire des infec¬
tions expérimentales généralisées chez la souris, chez le rat, chez
certains singes et chez le chien, comme la L. infantum.
Nous rappelons dans notre rapport que Row a obtenu, avec la
L. Donovani, des infections locales chez 3 Macacus sinicus, une
infection généralisée chez un quatrième singe.de la même espèce,
des infections généralisées chez 2 souris blanches, et que Dono-
VAN, à Madras, a inoculé avec succès le kala-azar à un jeune chien ;
les Leishmania , nombreuses dans la moelle osseuse, manquaient
dans le foie et la rate.
Patton a inoculé, avec succès: 1 rat blanc, 3 singes et 2 chiens
au moyen de la pulpe splénique de sujets morts de kala-azar.
Mackie a réussi à infecter de la même manière: 1 souris blan¬
che (sur 13 inoculées), 1 Macacus rhésus (sur 2 inoculés) et
2 Galeopithecus volans (1).
Patton constate qu’il faut des doses énormes de virus du kala-
azar indien pour obtenir des infections chez le chien ; comme nous
le disons dans notre Rapport, pour infecter des chiens, des singes
ou des souris avec le kala-azar méditerranéen, il est nécessaire
aussi de leur inoculer des doses très fortes de virus; les cultures
de la L. infantum perdent rapidement leur pouvoir pathogène;
il est à supposer que les moyens naturels de transmission du kala-
azar, à l’aide de quantités très faibles du virus sont beaucoup plus
puissants que ceux dont nous disposons pour produire l’infection
expérimentale.
(P Proceed. of the third meeting; of the gener. malaria Commit, held at
Madras, nov. iqi2, Simla. 1913 — D’après un travail postérieur ( The indian
Journal of médical researeh , juillet T013, t. I. p. 185), Patton a inoculé avec
succès le kala-azar indien à 4 Macacus sinicus , à 4 chiens, à un chacal et à
un rat blanc ; la plupart de ces animaux ont eu de fortes infections avec
Leishmania en grand nombre dans la moelle osseuse, dans la rate et dans le
foie. Chez un des chiens, l’infection sanguine était remarquable, dans un
frottis du sang recueilli 3 jours avant la mort, on comptait plus de 500 Leish¬
mania. — J’ai réussi à infecter un chien et un singe ( M . sinicus) avec les
cultures du kala indien, il s’agissait dans les deux cas d’infections légères.
— 578 —
On n’a pas réussi jusqu’ici à constater aux Indes la leishma¬
niose naturelle du chien qui existe dans tous les foyers endémi¬
ques du kala-azar méditerranéen, mais elle a été notée par Cas-
tellani à Ceylan. En admettant que la leishmaniose naturelle du
chien n’existe pas aux Indes, cela ne prouverait pas que le kala-
azar méditerranéen et le kala-azar indien appartiennent à deux
espèces distinctes; il faudrait en conclure seulement qu’aux Indes
ij chien ne joue pas, dans la propagation de la maladie, le rôle
qu’il paraît jouer dans les régions méditerranéennes, rôle qui est
d’ailleurs encore contesté.
Nous avons résumé, au cours de notre Rapport, les faits qui
paraissent démontrer que les puces sont capables de transmettre
la leishmaniose de chien à chien et probablement de chien à enfant
ou d’enfant à enfant.
Basile a réussi à infecter un jeune chien en le plaçant dans
une cage voisine de celle d’un chien fortement infecté de leishma¬
niose et ayant de nombreuses puces qui émigrèrent en partie sur
le jeune chien.
Ed. et Et. Sergent, A. Lhéritier et G. Lemaire ont répété
cette expérience avec succès.
Basile a infecté 1 jeune chien et 3 souris avec le contenu intes¬
tinal de puces nourries sur des chiens atteints de leishmaniose (1).
Pour ce qui concerne la présence d’éléments leishmaniformes
ou flagellés dans les puces prises sur des chiens ou sur des enfants
infectés de kala-azar, il y a une grave cause d’erreur dans ce fait
que l’infection naturelle de la puce du chien et de la puce de
l’homme par des Herpetomonas ou Leptomonas qui n’ont rien
à faire avec les Leishmania est extrêmement commune. D’après
Basile, on pourrait distinguer, à l’examen histologique, les infec¬
tions des puces dues aux Leishmania de celles qui sont produites
par des Herpetom onas ; ce diagnostic me paraît au contraire dif¬
ficile.
Franchini a réussi à infecter des Anopheles avec le produit
de la ponction de la rate de sujets infectés de kala-azar et avec
des cultures de la Leishmania infantum ; ici encore la fréquence
des Flagellés dans le tube digestif des moustiques est une grave
cause d’erreur.
Patton qui a constaté que la Leishmania Donovani prenait sa
forme flagellée dans les punaises ( Cimex rotundatus et C. lectu -
(1) C. Basile, Travaux cités dans notre Rapport et R. Acead. dei Lincei*.
6 avril iqi 3.
larius) estime que ces insectes sont les véritables agents de trans¬
mission du kala-azar ; la démonstration de ce rôle des punaises
n’a pas encore été faite.
En résumé, comme nous le disons dans notre Rapport, M. C.
Nicolle et moi, plusieurs des barrières qui séparaient naguère le
kala-azar méditerranéen du kala-azar indien sont déjà tombées
et les autres sont, ébranlées, mais, avant d’identifier les deux mala¬
dies, il sera nécessaire d’éclaircir certains points encore obscurs
dans l’histoire du kala-azar méditerranéen, comme dans celle du
kala-azar indien, en paticulier la question du mode de transmis¬
sion de ces infections.
Recherches sur la Leishmaniose du Chien d’Alger
Par G. LEMAIRE, E. SERGENT et A. LHERITIER.
Nous étant proposé de rechercher, au courant d’une année,
sur les Chiens abattus à la fourrière municipale d’Alger, le nom¬
bre et la proportion des animaux infectés par les Leishmania ,
nous avons commencé au mois d’août 1912.
Pour des raisons indépendantes de notre volonté (cessation de
la capture, impossibilité matérielle), une coupure s’est produite de
décembre 1912 à avril J913.
Ces recherches peuvent être divisées en deux séries de quatre
mois chacune. Du mois d’août au mois de décembre 1912, nous
avons procédé à l’examen des frottis de rate et de moelle osseuse
(en tout quatre lames par animal) prélevés aussitôt après l’aba¬
tage. Les résultats peuvent être consignés dans le tableau sui¬
vant :
Pensant que le procédé de l’examen direct, après coloration
par le Giemsa, n’était pas suffisamment sensible, nous avons
modifié notre technique, en ne nous contentant plus des seuls
frottis et en ensemençant aseptiquement la moelle osseuse en
milieu N. N. N. fraîchement préparé (i). Pendant cette seconde
période, nous avons ensemencé la moelle osseuse de 253 chiens
abattus, auxquels il faut ajouter 19 autres chiens ponctionnés au
tibia, dans le but de rechercher des animaux infectés pour servir
à P expérimentation. Deux d’entre eux, soupçonnés cliniquement,
ont montré de nombreux parasites.
C’est donc sur un ensemble de 272 chiens qu’ont porté nos
recherches a.11 moyen de la culture. Les résultats peuvent être
consignés dans le tableau suivant:
Le pourcentage est donc certainement plus élevé pendant cette
seconde période ; on peut donc conclure que la leishmaniose peut
être constatée pendant toute l'année (voir aussi la statistique de
Sergent et Senevet (2), mais que le nombre des chiens infectés
est plus élev7é à la fin du printemps (avril-mai) et pendant l’été
(juillet-août).
Le pourcentage plus élevé de la deuxième période reconnaît plu¬
sieurs causes: tout d’abord le nombre absolu des chiens infectés;i
cjui est plus grand aux époques signalées, ensuite le plus grand !
nombre de chiens examinés (272 au lieu de 205) et enfin la sensi-
bilité des cultures. ; v
1 _ t ... . •
ii(i) Il est bon d’insister sur la nécessité d’avoir un milieu fraîchement pré¬
paré. car nous savons par expérience que les repiquages ne réussissent qu’à,
cètte condition.1 — Novy (ce Bulletin , 190g, 385) a insisté sur la méthode
céensemencement du sang ou des organes pour le diagnostic. Laveran et j
Pettit (même année, p. 584) ont montré l’importance de1 la méthode d’ense¬
mencement pour le diagnostic post-mortem. r:
(2) Edm. et ht. Sergent ^ Bull. Soc. Path. exot., t. III, n° 8, 12 oct. 1910*'
p. 510. — G. Senevet, Bull. Soc. Path. exot., t. V, n° 2, 4 févr. 1912, p. 89.
— 58 1
En effet, dans deux cas de culture positive (une en mai, une en
juin), nous n’avions pas vu de parasites à un premier examen des
frottis. Dans un cas nous n’avons pu trouver, sur un frottis de
rate, que deux cellules parasitées, contenant l’une 2, l’autre
6 corps de Leishman. Dans l’autre cas nous n’avons pu retrouver
de parasites.
La culture étant donc un procédé plus sensible, nous n’hési¬
tons pas à le recommander pour les recherches du parasitisme
chez le chien (cultures de moelle osseuse).
Au cours de nos examens, nous avons également fait une autre-
remarque. Parmi les chiens infectés, les uns présentent des lésions
de la peau, des yeux et des muqueuses, aboutissant à la cachexie
et à la mort après de longs mois. D’autres ne présentent pas trace
de lésions cutanées ou muqueuses ; ils sont seulement d’une mai¬
greur extrême, et leurs organes contiennent une quantité extra¬
ordinairement abondante de corps de Leishman.
Sans nous étendre plus longuement sur les caractères cliniques
de cette affection chez le chien, décrite par Basile, et sur lesquels
nous reviendrons dans une autre note, nous pouvons conclure
que, chez le chien, la leishmaniose peut se présenter sous deux
formes différentes, l’une chronique durant de longs mois, l’autre
aiguë, de courte durée, et sur laquelle nous ne sommes pas
1 _ 1 ,
encore exactement fixés.
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(Institut Pasteur dy Algérie).
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1
Variations spontanées de l’infection sanguine
i :
chez quelques malades du sommeil
Par M. BLANCHARD.
« * “ ■"
i ‘ :
| . . : . !
L. Martin et Darré (:i) ont depuis longtemps remarqué que les
» *
trypanosomes ne se comportent pas de la même façon chez tous
les individus. Ils se sont demandé si l’évolution des parasites
dans l’organisme des malades ne pourrait pas présenter des dif¬
férences suivant les cas, si tel trypanosome ne pourrait pas arriver^
plus vite au stade de multiplication que tel autre/. L’action de!
; ■ ' ! •!
i (1) Bull. Soc. Path. Exot., 1912, page 890.
l’atoxyl, disent-ils, dans la trypanosomiase, serait alors compara¬
ble à celle de la quinine dans le paludisme et il suffirait pour
éviter la pullulation des parasites de laisser entre deux injections
consécutives d’atoxyl un intervalle moins long que la durée du
cycle évolutif du parasite. Une telle notion conduirait donc à une
modification importante dans l’administration de l’atoxyl chez les
trypanosomés et fournirait une base solide pour le traitement
dans chaque cas particulier.
Cette expérimentation est malheureusement difficile car, pour
être précise, elle nécessite la suspension de tout traitement capable
de modifier la marche spontanée de l’infection sanguine. La ponc¬
tion veineuse répétée est en outre difficilement acceptée par les
malades. C’est pourquoi les examens suivants n’ont pu être pro¬
longés plus longtemps.
Ces quatre malades n’ont jamais été traités. Les trois premiers
sont en très mauvais état: trypanosomes dans le liquide céphalo¬
rachidien, somnolence, amaigrissement extrême. Le quatrième
est au contraire à la première période de la maladie, le diagnostic
n’a pu être fait que par la ponction ganglionnaire. Les parasites
ont été recherchés par centrifugation de io cm3 de sang:
- 583 —
11 n’est évidemment pas possible de généraliser les résultats
d’observations aussi peu nombreuses et de si courte durée; ces
faits montrent cependant combien l’intensité de l’infection san¬
guine est variable suivant le malade, même à une période de l’af¬
fection sensiblement identique pour les trois premières observa¬
tions. Aubert et Heckenroth (i) ont déjà fait ^remarquer qu’il
faut y songer dans l’interprétation de l’action stérilisante au
cours d’essais de médicaments.
Ces observations seront reprises et multipliées autant que pos¬
sible.
(. Institut Pasteur de Brazzaville.)
Le Trypanosoma gambiense a-t-il
une affinité pour le testicule?
Par Ugo MELLO (de Turin).
Dans une note récente, P. Uhlenhuth et E. Emmerich (2) ont
signalé que, chez les lapins inoculés avec le Tr. equiperdum et le
Tr. gambiense , la multiplication des trypanosomes est beaucoup
plus avancée dans le testicule que dans le sang. Cette mutiplica-
tion locale des trypanosomes a lieu, d’après ces auteurs, dans
les deux testicules, alors même que l’inoculation n’a été faite que
dans un seul testicule; elle se produit aussi dans le cas où l’injec¬
tion du virus est pratiquée ailleurs que dans le testicule (veine,
péritoine). Quel que soit le point d’injection des trypanosomes,
ces derniers apparaissent dans le testicule, en général, avant qu’on
puisse les déceler dans le courant circulatoire.
Les auteurs ont obtenu des résultats assez constants avec le
Tr. equiperdum et avec une race de Tr. gambiense. Ils concluent
de leurs recherches que ces deux trypanosomes ont une affinité
spéciale pour le tissu des organes génitaux.
Etant donné l’intérêt pratique que pourrait avoir ce fait dans le
diagnostic de la maladie du sommeil chez l’homme, nous avons
(il Bull. Soc. Path. Exot . 1Q12, page 292.
(2' Deutsche med. Wochenschr 1913, no 14.
entrepris des recherches pour vérifier les faits signalés par
f HLENHl’TH et EMMERICH.
Nous avons utilisé pour nos expériences le Tr. gambiense pro¬
venant du Laboratoire du Prof. Laveran (i).
Ces expériences ont porté sur 7 rats, 5 cobayes, 4 lapins et
t singe.
Expériences sur les rais . — 1° Rat de 160 g. : reçoit le 21, VIT. 1913 sous
la peau 1/2 cm3 de sang très dilué de Tr. gambiense. Du 21 juillet au
*Pr août, les examens du sang et des testicules sont négatifs ; 3, VIII, try¬
panosomes très nombreux dans le sang, 0 dans les testicules ; 7. VIII, try¬
panosomes nombreux dans le sang, non rares dans le testicule droit,
0 dans le testicule gauche; 8, VIII, trypanosomes nombreux dans le sang,
non rares dans le testicule droit, rares dans le testicule gauche ; 9, VIII,
trypanosomes nombreux dans le sang, nombreux dans le testicule droit,
rares dans le testicule gauche. Mort le 10, VIII. 1913.
2° Rat de 135 g. : reçoit le 23. VIII, 1913 dans le péritoine une goutte
de sang infecté de Tr. gambiense. Examens négatifs jusqu’au 27, VIII ;
28, VIH, trypanosomes rares dans le sang ; 0 dans le testicule droit : très
rares dans le testicule gauche (liquide de la vaginale) ; 18, IX, nombreux
dans le sang, 0 dans les testicules ; mort le 21, IX, 1913.
3° Rat de 142 g. ; inoculé le 14, IX, 1913 dans le péritoine avec une
goutte de sang d’un rat infecté par le Tr. gambiense. 18, IX, trypanoso¬
mes rares dans le sang, très rares dans le testicule gauche (sang dans la
préparation), 0 dans le testicule droit ; 23, IX, non rares dans le sang,
très rares dans les testicules (sang) ; 28, IX, sang : nombreux ; testicule
droit : très rares ; testicule gauche : non rares.
4° Rat de 130 g. reçoit le 14, IX, 1913 dans la cavité du péritoine une
goutte de sang infecté de Tr. gambiense ; 18, IX, trypanosomes très rares
dans le sang, 0 dans les testicules ; mort le 20. IX, 1913.
5° Rat de 148 g. ; inoculé le 14, IX, 1913 dans le testicule gauche avec
une goutte de sang d’un rat infecté de Tr. gambiense ; 18, IX, sang :
trypanosomes non rares ; testicules : 0. 23. IX, sang : non rares ; testi¬
cules : 0. 28, IX, sang : nombreux ; testicules : 0 (la préparation ne con¬
tient que des éléments cellulaires du testicule).
6° Rat de 150 g.; reçoit le 3, VIII, 1913, dans le testicule gauche, une
dilution de Tr. gambiense ; 4, VIH, examens négatifs partout ; 5, VIII,
trypanosomes très rares dans le sang ; 0 dans les testicules ; 6, VIII, non
rares dans le sang, très rares dans le testicule gauche, 0 dans le droit ;
8, VIII, trypanosomes : 0 dans le sang, 0 dans le testicule droit, très rares
dans le testicule gauche (œdème) ; 12, VIH, rares dans le sang, nombreux
dans le testicule gauche, 0 dans le droit; 18, VIII, nombreux dans le sang,
0 dans le testicule droit, rares dans le testicule gauche ; 23, VIII, très
nombreux dans le sang, rares dans le testicule droit ; nombreux dans le
testicule gauche, fortement œdématié. Mort le 24 VIII, 1913.
7° Rat de 150 g., reçoit dans le testicule gauche une goutte de sang
d’un rat infecté avec le Tr. gambiense (le 14, IX, 1913) ; 18, IX, sang:
trypanosomes assez nombreux, testicule gauche : rares (sérosité de la
vaginale), testicule droit : 0; 23, IX, assez nombreux dans le sang, très
rares dans le testicule gauche, 0 dans le testicule droit ; 28, IX, sang :
(1) Virus de l’Ouganda conservé depuis plusieurs années au laboratoire.
très 'nombreux ; testicule gauche : non rares (sang) ; testicule droit : très
rares (sérosité de la vaginale).
Expériences sur tes cobayes. — 8° Cobaye de 700 g., reçoit le 6, VIII»
1913, dans le péritoine. 1/2 cm3 d’un virus très dilué. Examen du sang et
des testicules négatif jusqu’au 11, VIII ; 12, VIII, trypanosomes rares dans
le sang, 0 dans les testicules ; 16, VIII, trypanosomes 0 dans le sang,
0 dans les testicules ; 19. VI 11. trypanosomes nombreux dans le sang,
nombreux dans le testicule gauche, assez nombreux dans le testicule
droit; 23, VIII, nombreux trypanosomes dans le sang et dans les testi¬
cules ; 30, VIII, trypanosomes très nombreux partout.
9° Cobaye de 750 g., reçoit dans la cavité péritonéale une goutte de
sang infecté de Tr. gambiense (le 14, IX. 1913) ; 18, IX, sang : trypano¬
somes rares ; testicule gauche : non rares (sérosité de la vaginale) ; testi¬
cule droit : rares ; 23, IX, trypanosomes rares dans le sang et dans les.
testicules ; 28, IX. sang : trypanosomes non rares ; testicule droit : non
rares (œdème) ; testicule gauche : rares
10° Cobaye de 710 g., reçoit dans le péritoine une goutte de sang infecté
de Tr. gambiense (le 14, IX, 1913) ; 18, IX, examen négatif ; 20, IX, try¬
panosomes très rares dans le sang, 0 dans les testicules ; 23, IX, sang :
trypanosomes très rares, 0 dans le testicule droit, rares dans le testicule
gauche (sang) ; 28, IX, trypanosomes dans le sang : nombreux ; dans le
testicule droit : rares ; dans le testicule gauebe, fortement œdématié :
nombreux
11° Cobaye de 800 g. inoculé le 6, VIII, 1913 dans le testicule gauebe»
avec 1/2 cm3 d’un virus dilué ; 8, VIII. trypanosomes : 0 dans le sang,
0 dans le testicule droit, rares dans le gauche ; 10, VIII, trypanosomes :
0 dans le sang, 0 dans le testicule droit, non rares dans le testicule gauche:
12, VIII, trypanosomes : rares dans le sang, rares dans le testicule gau¬
che, 0 dans le testicule droit ; 16. VIII. trypanosomes rares dans le sang»
rares dans le testicule gauche, nombreux dans le testicule droit (œdème) ;
19, VIII, rares dans le sang, assez nombreux dans le testicule gauche
(œdème), assez nombreux dans le testicule droit ; 30, VIII, trypanosomes
très nombreux dans le sang et dans les testicules (examen fait avec le
liquide d’œdème).
12° Cobaye de 830 g. reçoit le 14, IX, 1913 dans le testicule gauche, une-
goutte de sang virulent. 18, IX, trypanosomes : 0 dans le sang, rares dans-
le testicule droit, nombreux dans le testicule gauche; 20, IX, sang: très-
rares ; testicule droit : rares ; testicule gauche : très nombreux ; 23, IX»
sang : non rares ; testicule droit: rares ; testicule gauche : nombreux ;
28, IX, sang : non rares ; trypanosomes très nombreux dans les deux tes¬
ticules fortement œdématiés (examen du liquide d’œdème).
Expériences sur les lapins. — 13° Lapin de 2.050 g. inoculé, dans la
cavité du péritoine avec 1/2 cm3 d’une dilution de Tr. gambiense « le 6, VIII,
1913) ; examens négatifs jusqu’au 10, VIII, 1913 ; 12, VIII, trypanosomes :
0 dans le sang, rares dans le testicule gauche, 0 dans le testicule droit ;.
16, VIII, trypanosomes : 0 dans le sang, nombreux dans le testicule droit»
rares dans le testicule gauche (œdème du testicule droit ; congestion du
testicule gauche) ; 20, VIII. trypanosomes : 0 dans le sang, 0 dans le tes¬
ticule gauche, rares dans le testicule droit; 23, VIII, trypanosomes:
0 dans le sang, 0 dans le testicule droit, nombreux dans le testicule gau¬
che ; 30, VIII, même résultat Le 18, IX, 1913, le lapin est sacrifié. Try¬
panosomes : 0 dans le sang, non rares dans l’épididyme droit œdématié, très
rares dans le testicule droit sclérosé ; dans le testicule gauche (sclérosé)»
trypanosomes très rares ; pas de trypanosomes dans les organes internes.
14° Lapin de 2.150 g., reçoit dans la cavité du péritoine deux gouttes
de sang d’un rat infecté avec le Tr. gambiense (le 13, IX, 1913) ; 18, JX,
examen négatif ; 20, IX, trypanosomes : 0 dans le sang, rares dans les
testicules ; 23, IX, trypanosomes : 0 dans le sang, rares dans le testicule
gauche, nombreux dans le testicule droit. Le lapin est sacrifié. Les deux
testicules sont œdématiés (poids 9 g. et 9 g. 1/2). Les trypanosomes sont
surtout nombreux dans le liquide de la vaginale et dans les petits foyers
hémorragiques produits par les ponctions répétées; ils sont très nom¬
breux dans le tissu testiculaire lui-même ; assez nombreux dans le liquide
du péritoine ; pas de trypanosomes dans les organes internes.
15° Lapin de 2.070 g. reçoit le 14, IX, 1913, dans la cavité péritonéale,
deux gouttes de sang d'un rat infecté avec le Tr. gambiense. Il n’est ponc¬
tionné que le 28, IX, 1913 ; trypanosomes: 0 dans le sang, 0 dans les
testicules (non œdématiés) ; 30, IX, trypanosomes : 0 dans le sang et dans
les testicules.
16° Lapin de 2.220 g inoculé le 6, VIII 1913 avec 1/2 cm3 d’une dilution
de Tr. gambiense , dans le testicule droit ; 8, VI 11, trypanosomes assez
nombreux dans le testicule droit, 0 dans le sang, 0 dans le testicule gau
•che ; 10, VIII, trypanosomes rares dans le sang, nombreux dans le testi¬
cule droit, 0 dans le testicule gauche ; 14, VIII. trypanosomes : 0 dans le
sang, très nombreux dans le testicule droit, 0 dans le gauche ; 24, VIII,
trypanosomes : 0 dans le sang, assez nombreux dans le testicule droit,
rares dans le testicule gauche : 28, VIII, trypanosomes: 0 dans le sang,
assez nombreux dans le testicule droit, nombreux dans le testicule gauche
(œdème) ; 14, IX, trypanosomes : 0 dans le sang, non rares dans le testi¬
cule droit (en voie de sclérose), rares dans le testicule gauche (presque
atrophié). 18. IX, le lapin est sacrifié ; trypanosomes : 0 dans le sang, non
rares dans un peu de sérosité qu’on a retirée des testicules presque com¬
plètement sclérosés ; pas de trypanosomes dans les autres organes.
Expériences sur un singe. — 17° Macacus cynomolgus inoculé le 22.
VIII, 1913, sous la peau de la cuisse droite, avec 1 cm3 de sang de rat
infecté de Tr. gambiense ; 20, VIII, trypanosomes : 0 dans le sang, 0 dans
les testicules ; 28. VIII, trypanosomes nombreux dans le sang, rares dans
le testicule droit (sang), rares dans le testicule gauche (sang) ; 30, VIII,
trypanosomes nombreux dans le sang, non rares dans les testicules ; 8, IX,
trypanosomes très nombreux dans le sang, nombreux dans les testicules
(liquide de la vaginale, sang).
Mort le 12, IX, 191 3 ; les trypanosomes sont très nombreux dans tous
les organes.
On peut résumer comme il suit les résultats de ces expériences.
Rats. — Quelle que soit la voie d’inoculation, les trypanosomes
apparaissent d’abord dans lé sang; lorsqu’on réussit à retirer
d’un testicule, par ponction, chez un rat infecté par Tr. gam¬
biense, de la pulpe pure, on y trouve très rarement des trypano¬
somes, même dans les cas où l’inoculation a été pratiquée dans
le testicule ponctionné. Chez le rat qui fait l’objet de l’observa-
tion 6, les trypanosomes ont été notés comme nombreux dans un
des testicules qui était œdématié, à la suite de l’inoculation du
virus dans ce testicule, mais même dans ce cas les parasites se sont
montrés, au début de l’infection, plus nombreux dans le sang que
dans le testicule.
Cobayes. — Les trypanosomes n’ont apparu rapidement dans
les testicules que chez les cobayes inoculés directement dans ces
organes. Inoculés dans un des testicules (Obs. n et 12), les trypa¬
nosomes se multiplient d’abord dans l’épaisseur de cet organe;
la propagation au second testicule peut se faire avant que les
parasites n’apparaissent dans le sang. Les trypanosomes se mul¬
tiplient surtout dans la sérosité interstitielle des testicules épan¬
chée à la suite de l’inoculation et des ponctions, et dans la sérosité
de la vaginale.
Singe. — L’apparition des trypanosomes dans les testicules
n’a pas précédé leur apparition dans le sang; lors du premier
examen positif, fait le 28 août, les parasites étaient nombreux
dans le sang, rares dans les testicules.
Lapins. — Les expériences faites sur les lapins sont celles qui
confirment le mieux, au premier abord, l’opinion émise par
Uhlenhuth et Emmerich, puisque les trvpanosomes, très rares
dans le sang (ce qui est la règle dans les trypanosomiases du
lapin) ont été trouvés plusieurs fois en assez grand nombre dans
les testicules. Nous ne croyons pas que ces faits soient concluants,
en ce qui concerne l’affinité du tissu testiculaire normal pour le
Tr. gambiense. Il y a des causes d’erreur. C’est dans les testicules
œdématiés, à la suite des inoculations intra-testiculaires du virus
ou des ponctions répétées, que les trypanosomes ont été trouvés
en assez grand nombre; or M. le Professeur Laveran nous a dit
avoir constaté fréquemment que, chez les animaux trypanosomés,
ayant de l’œdème d’une partie du corps, les parasites se multi¬
pliaient souvent en plus grande abondance dans la sérosité de
l’œdème que dans le sang. D’autre part, quand on ponctionne
chez le lapin, avec une pipette, un des testicules, on retire souvent
de la sérosité provenant de la vaginale, et non du testicule lui-
même, et l’on conçoit que les trypanosomes soient plus nombreux
dans la sérosité de la vaginale que dans le sang, surtout chez les
animaux inoculés dans le péritoine, comme le lapin qui fait l’objet
de l’observation 14.
D’après ces résultats, il ne semble pas que la ponction testicu¬
laire qui présente d’ailleurs beaucoup plus d’inconvénients que la
588 —
ponction ganglionnaire puisse être utilisée pour le diagnostic de
la maladie du sommeil.
( Travail du Laboratoire de M. Je Professeur Laveran).
Essais de traitement des trypanosomiases
expérimentales par l’arsénophénylglycine
Par F. MONFORT.
D’une façon générale, aucun médicament ne paraît supérieur
à l’arsénophénylglycine dans la thérapeutique des trypanoso¬
miases, au point de vue de l’action stérilisante sur l’organisme.
Les travaux d’EHRLiCH, Wendelstadt, Schilling, Rôhl, l’ont
établi expérimentalement pour les agents de diverses trypanoso¬
miases animales. Mesnil et Kérandel ont étendu ces résultats au
Tr. gambiense dans des communications présentées à la Société
en juillet 190g et décembre 1910. Ils opéraient sur des rats et des
macaques. Depuis lors, en vue d'une comparaison des Tr. rhode-
siensc et gambiense, Mesnil et Leger (i) ont poursuivi cette
étude avec des souris infectées des deux virus.
Etant donné la résistance variable bien connue des diverses
espèces de trypanosomes à un même agent thérapeutique, il était
intéressant de continuer ces recherches en les étendant à d’autres
virus. C’est ce que nous avons entrepris de faire sur le conseil de
M. Mesnil.
Nos observations ont porté sur divers lots de souris adultes de
15 à 20 g., inoculées avec des virus humains et animaux de labo¬
ratoire entretenus sur souris: Tr. gambiense (2), Tr. rhode-
siense (3), Tr. dimorpkon (4), Tr. congolense (5).
(1) Mesnil et Leger. C. R. Soc. Biologie , t. LXXïI, p. 667.
(2) Virus Gy du laboratoire de M. Mesnil (v. ce Bulletin , t. V, p. 375b
gardé depuis 18 mois sur souris pour lesquelles la virulence est devenue bien
fixe.
(3) Virus type de l’espèce de Stephens et Fantiiam, gardé ici sur souris
depuis 2 ans 1/2.
(4I Virus type de l’espèce de Laveran et Mesnil, rapporté de Cambie par
Dutton et Todd gardé sur souris depuis de nombreuses années.
(3) Virus du Congo gardé sur souris depuis plusieurs années.
La dose d’a.ph.gl. employée en injection intra-musculaire a
généralement été de 3 mmg. en solution au 1/50®. Mais les souris
ont facilement supporté des doses de 6 et 9 mmg. sans présenter
de phénomènes d’intoxication.
Première série. — Le 10 juillet 1913, un lot de dix souris sont inoculées
de Tr. qambiense dans le péritoine. Le 12, elles présentent des parasites
en nombre variable de très rares à nombreux. Toutes, sauf un témoin,
reçoivent une dose uniforme de 3 mgr. d’a. ph. gl. La stérilisation est
obtenue très rapidement. Six de ces souris sont encore stériles ; trois sont
mortes sans avoir rechuté les 5, 12 et 16 août. Le témoin est mort le
5e jour après l'inoculation.
Deuxième série. — Un lot de six souris sont inoculées dans le péritoine
le 1 août 1913 avec du Tr. rhodesiense. Le 3 août elles présentent des
trypanosomes assez nombreux et nombreux : cinq d’entre elles sont trai¬
tées par l’a. ph. gl. aux mêmes doses et dans les mêmes conditions que
celles de la série précédente. Toutes guérissent et vivent encore sauf une
morte stérile le 2 octobre, Le témoin meurt le 4e jour après l’inocula¬
tion.
Troisième série. — Le 19 juillet 1913, six souris sont inoculées dans le
péritoine avec du Tr. dimorphon et présentent le 22 août des parasites
en nombre variant de non rares à nombreux. Un témoin est conservé et
les cinq autres reçoivent chacune 3 mgr. d’a. ph. gl. Une des souris
meurt stérile avec de la diarrhée le lendemain du traitement ; une autre
rechute le 1er août et meurt trois jours après : trois sont définitivement
guéries. Le témoin est mort le 4e jour après l’inoculation.
Quatrième série. — Un lot de dix souris sont infectées de Tr. cor g of en se
le 30 juillet. Le 3 août, toutes présentent des parasites en plus ou moins
grand nombre. Cinq d’entre elles sont traitées avec 3 mgr., une avec 6 mgr.
et une autre avec 9 mgr. d’a. ph. gl : les trois autres sont conservées
comme témoins. Dans tous les cas traités et quelle qu’ait été la dose de mé¬
dicament employée, la stérilisation fut peu appréciable : elle a été nulle
dans trois cas et de très courte durée dans les autres, la rechute s’étant
produite trois fois le 10e jour et, dans le cas le plus favorable, le 20e jour
après le traitement. Deux des souris traitées et un témoin meurent infec¬
tées les 13 août, 21 et 3 septembre. Les souris traitées ont, comme les
témoins, présenté de continuelles variations du nombre des parasites d’un
examen à l’autre.
De l’ensemble de ces observations nous pouvons conclure que
l’a.ph.gl. se montre très active contre les deux variétés humaines
de trypanosomiase africaine puisque, sur un ensemble de 14 essais
de traitement, nous n’avons pas relevé une seule rechute après
des périodes d’observation longues de 86 jours pour le gambiense
et de 64 jours pour le rhodesiense. La médication par l’a.ph.gl.
des individus atteints en Rhodésia doit donc être conseillée.
La sensibilité du Tr. dimorphon pour ce médicament est égale¬
ment considérable: sur 5 cas traités nous n’avons relevé en une
— 590 —
période d’observation de 75 jours, qu’une seule rechute. Par
contre, le Tr. congolense paraît presque complètement réfractaire
à l’action de l’a.ph.gl. qui, même employée aux doses considéra¬
bles de 6 et 9 mmg., n’a produit chez la souris qu’une stérilisation
de très courte durée.
Les infections à Tr. dimorphon et à Tr. congolense se compor¬
tent tout a fait à part au point de vue thérapeutique.
Wenyon (i) a vu que les couleurs bleues de benzidine, recon¬
nues actives dans diverses trypanosomiases par Mesnil et
Nicolle, sont à peu près sans action dans les infections à Tr.
dimorphon.
Le sérum de cynocéphale est 100 à 150 fois plus actif que les
trypanosomes du type Brucei que sur les Tr. dimorphon et con¬
golense (Mesnil et Lebœuf) (2).
L’atoxyl a une action très faible dans les infections à Tr. di¬
morphon (Wenyon, Laveran) (3), nulle dans celles à Tr. congo¬
lense (Laveran). L’arsacétine n’agit pas mieux (Laveran).
Tout récemment Laveran et Roudsky (4) ont eu également des
insuccès dans le traitement des Tr. dimorphon et congolense par
le galyl, tandis que ce produit nouveau a été reconnu par eux très
efficace dans le traitement des infections à Tr. gambiense, Tr.
rhodesiense , Tr. brucei.
En se servant de l’orpiment, Laveran (5) a vu les infections
à congolense des cobayes guérir facilement, au contraire des
infections a dimorphon.
L’a.ph.gl. nous donne un résultat inverse: le groupe dimor-
phon-congolense se trouve encore désuni, mais cette fois c'est
le dimorphon qui est touché.
(. Laboratoire de M. Mesnil, à V Institut Pasteur).
(1) Wenyon, Journ. of Hyg., t. VU, 1907, p. 273.
(2) Mesnil et Lebœuf, Comptes-Rendus Soc. Biologie, 12 nov. 1910.
(3) Laveran, Soc. de Path. Exotique , nov. 1909 et avril 1910.
<4) Laveran et Roudsky, Soc. de Path. Exotique , juillet 1913.
(5) Laveran, Soc. de Path. Exotique , avril et juillet 1910.
— 591 —
Le Néosalvarsan dans le traitement
de la trypanosomiase humaine
Par F. HECKENROTH et M. BLANCHARD.
Nous rapportons aujourd’hui les premiers résultats que nous
avons obtenus dans le traitement de la trypanosomiase humaine
par une seule injection de néosalvarsan ; d’autres essais de traite¬
ment par deux ou plusieurs injections de ce sel sont actuellement
en cours, mais quelques mois sont encore nécessaires avant de
juger leurs résultats.
Nous avons employé le néosalvarsan d’EHRLiCH, en injection
intra-veineuse, dissous dans la proportion de o g. 15 pour 25 cm:i
d’eau fraîchement distillée ; actuellement nous réduisons beaucoup
la quantité du dissolvant et nous injectons en moyenne o g. 45
pour 25 cm3 d’eau.
Le tableau suivant résume nos résultats :
Le néosalvarsan est généralement bien supporté par les Noirs,
aux doses où nous l’avons employé, 1,5 cg. par kg. en moyenne.
On note cependant dans quelques cas, de la fièvre, des vomisse¬
ments et de la diarrhée, quelques heures après l’injection.
On voit que, sur 25 malades, dont 16 en bon état et 9 en mé¬
diocre ou mauvais état, 4 n’ont plus été ré-examinés, 9 sont in¬
demnes de rechute sanguine après 4 mois et- demi en moyenne,
2 sont décédés après 3 mois et 1 mois et demi sans rechute, 10 enfin
ont rechuté après une moyenne de 2 mois et demi.
11 convient d’ajouter que si le néosalvarsan fait rapidement dis¬
paraître les trypanosomes de la circulation sanguine pour une
certaine période, il ne paraît pas agir aussi régulièrement sur les
trypanosomes contenus dans les ganglions : nous avons en effet
observé des parasites nombreux et bien mobiles à la ponction
ganglionnaire faite chez des malades ayant reçu 24 heures,
48 heures et 7 jours auparavant des doses de 1 cg. 7 par kg. de
néosalvarsan.
(. Institut Pasteur de Brazzaville).
La filariose des oiseaux de la Russie centrale
Par W. ITEFKO.
Marzinovsky (i) était le premier à découvrir des microfilaires
chez quelques-uns des oiseaux de la Russie Centrale (Corvus
cornix L., Corvus moned. L. et Luscina philomela). Les
investigations formant le sujet du présent article concernent sur¬
tout le Corvus frug. L. (hivernant parfois en Afrique septentrio¬
nale) et quelques autres oiseaux.
42,1 % des Corvus sont infectés. Les microfilaires ne se trou¬
vent que dans le sang des vieux freux (ayant fait des migrations) ;
les freux ( Corvus frug.) qui n’ont pas encore fait de migrations,
ne sont pas contaminés de filariose (pas un seul cas sur 41).
Le Corvus moned. L. en est infecté dans la proportion de
25 %, et dans ces cas-là, les microfilaires n’ont été trouvés que
chez des individus vieux.
(1) Marzinovsky, Communication faite à la 63e assemblée de la section de
bactériologie de la Société Impériale des Amateurs de Sciences Naturelles.
— 593 —
Nous voyons le même phénomène en étudiant la filariose chez
d’autres oiseaux (Lanius).
Description des formes de microfilaires.
Bien des formes de microfilaires trouvés dans le sang péri¬
phérique, dans celui du cœur (ventricule droit) ou des intestins,
sont assez analogues aux microfilaires décrites par A. Leger (i),
comme trouvées chez les oiseaux du Haut-Sénégal et Niger; il y
a, cependant, des microfilaires différant des formes décrites jus¬
qu’à présent (Dutton, Todd et Elliott, Neave, et autres).
Je ne donnerai qu’une courte description des formes étudiées.
La grande majorité des microfilaires du Corvus frug. sont sans
gaîne (2 cas à gaîne). Il v a de 1 à 5 taches claires sur le corps;
elles sont disposées sur le premier ou le second tiers du corps.
La longueur et la position des taches sont très variables.
Il y a des taches en forme de raies transversales ou longitudi¬
nales, de dirention soit droite, soit inclinée ; la forme en est aussi
quelquefois ovale. Les noyaux en sont rarement bien visibles,
les taches étant, le plus souvent, amoncelées (il y en a sans
noyaux).
Toutes les microfilaires ont l’extrémité antérieure arrondie,
l’extrémité caudale pointue.
Dans un cas (parmi tous) il a été trouvé une microfilaire dont
la partie antérieure laissait distinguer une division en deux,
pareille à celle qui a lieu dans la Dirofilaria repens (2).
Dans deux cas, des microfilaires ont été rencontrées parmi les
éléments du liquide cérébro-spinal et de l’encéphale. Un de ces
cas a donné des microfilaires à gaîne (trouvés dans le liquide céré¬
bro-spinal).
Une quantité minime de sang dans le liquide (un cas) y expli¬
que, probablement, la présence de microfilaires.
Les microfilaires sont disposées parmi les lymphocytes (lym¬
phocytose!) ; il y en a qui sont entourées de leucocytes (poly¬
nucléaires).
Les microfilaires dans le sang du Corvus moned. sont presque
analogues à ceux du Corvus frug.; il n’v a que le nombre de
(1) A. Leger, Microfilaires sanguicoles de quelques oiseaux du Haut-Séné¬
gal et Niger, Bulletin de la S. de P. E., n° 5, 1913.
(2) Dont l’étude a été faite par Bernard et Bauche, dans les conditions de
propagation de la filariose, etc. Bulletin dé la S. de P. E , no 1, 1913.
»
5cj4 —
taches claires qui soit inférieur, dans le sang du Corvus mone-
dula L., à celle des taches trouvées chez le Corvus frug. L. Ordi¬
nairement, il y a, chez le Corvus moned., deux taches s’étendant
transversalement ou le long du corps.
Toutes les microfilaires du Corvus monedula sont sans gaîne.
Les microfilaires du Garrulus glandarius.
On a trouvé, chez le Garrulus glandarius , une forme assez voi¬
sine de Microfilaria Ozzardi (Manson, 1897).
Plusieurs espèces du Lanius montrent des microfilaires en
forme de saucisse ; leurs corps sont divisés par des parois de plus
en plus rapprochées, en plusieurs segments ; quelques-uns ont le
corps formé par une série de cellules se succédant les unes les
autres.
La longueur des microfilaires atteignait 40 y et davantage.
Quant aux changements anatomiques, les oiseaux infectés de
filariose n’en montrent presque pas (excepté un cas de foie adi¬
peux, par suite de mauvaise nutrition).
Des kystes n’ont été trouvés que dans un seul cas (Corvus
frug.) ; il y en avait trois sur le foie.
Dans le sang périphérique de ce Corvus frug., il n’a pas été
trouvé de microfilaires (Fil. volvulus?)
Le contenu des kystes n’a pas été étudié.
Le Turdus pilaris L., le Ficus major L., la Talpa europea et
d’autres ne sont pas filariés.
Il n’a pas été trouvé une seule fois des filaires mûres.
— 595 —
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Revue médicale d’Egypte, t. I, n° 4.
Revue scientifique, 17, 24, 31 mai, 7, 14, 21, 28 juin et 5 juillet
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Transactions oj the society of tropical medicine and hygiene,
t. VI, nos 6 et 7.
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Tunisie médicale, t. III, nos 4, 5, 6.
VOLUMES ET BROCHURES.
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tion. Baillière, Tindall et Cox, Londres, prix 21 schillings.
Friedrichs. — Exotische und einheimische Fischarten alsVer-
tilger der Stechmückenlarven. — Ext. de Fischerei-Zeitung,
t. XV, n° 24. • . *
Grall et Clarac. — Traité de Pathologie exotique, t. VI,
Maladies parasitaires, peste, par Lecomte, Gaide, Mathis, Noc,
Léger, Angier, Duvigneau, Clarac, Lebœuf, Rigollet, Si-
mond. — J. -B. Baillière et fils. Paris 1913, prix 14 fr.
J. Guiteras. — Endemicity of Yellow fever.
H. Sikora. — Lhnser Susswaterpolyp : die Hydra.
5g6 —
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine .
American Society of Tropical Medicine.
Aimais of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archiv fur Schiffs und Tropenhygiene.
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Bulletin of the Slceping Sickness Bureau.
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Internationales Centralblatt fur die Gesamte Tuberkulose -
Forschung.
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences ).
Revue scientifique.
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Studies from the Zoological Laboratory, The University of Ne¬
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 9
. ï
Séance du 12 novembre 1913
Election d’un membre titulaire .
COMMUNICATIONS
PAGES
• 597
F. Aubert, F. Monfort, F. Heckenroth et M. Blanchard. — Le Sal-
varsan dans la prophylaxie et le traitement de la trypanosomiase
humaine . . 632
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Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt agrès la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ; -
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
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Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
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mes morbides . 622
JLdm. Sergent, A. Lhéritier et A. Boquet. — Ltude sur les piroplas¬
moses en Algérie. Essai de traitement par le trypanbleu .... 6i£
Edm. et Et. Sergent, M. Beguet et H. Plantier. — Observations micro-
scopiques au cours d’un accès pernicieux paludéen . ôifffl
E.-W. Suldey. — Nouveau procédé de culture et de diagnostic bactério¬
logique du tétanos . 60 c .ij
P. Wagon — Un cas de leishmaniose cutanée traitée avec succès par
l’Arsenobenzol . 624 I
MEMOIRES
P. Sorel. — L’hygiène à Bassam en 1912
64:
Ouvrages reçus
65.
Liste des échanges . 65H
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XII
Sixième année
19 13
N° 9.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 12 NOVEMBRE I913.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Election d’un Membre titulaire
M. Rieux, professeur agrégé au Val-de-Grâce, est élu à P una¬
nimité (20 voix) des suffrages exprimés.
COMMUNICATIONS
Les infections paratyphoïdes
dans l’Afrique du nord
Par E. SACQUÈPÈE.
Ayant étudié en 1912 les infections à forme typhoïde dans la
région oranaise, j 'ai été à même de constater la fréquence relative
des infections à bacilles paratyphiques.
Sur 14 malades présentant le tableau clinique habituel de la fiè¬
vre typhoïde, l’ensemencement de sang a permis de déceler 9 fois
le bacille typhique, 3 fois le bacille paratvphique B et 2 fois le
bacille paratyphique A.
Le nombre peu élevé des faits observés ne permet pas de tirer de
cette petite statistique des conclusions définitives. Mais ces obser¬
vations suffisent néanmoins à démontrer que non seulement les
infections paratyphoïdes existent dans la région oranaise, mais
encore que ces infections sont loin d’être exceptionnelles.
Au point de vue clinique, les infections paratyphoïdes B se sont
montrées plus graves qu'on ne le voit d’habitude en France. Si
aucune d’elles ne fut mortelle, leur évolution par contre fut sé¬
vère et calquée sur celle de la fièvre typhoïde éberthienne habi¬
tuelle.
Des deux malades atteints d’infection paratyphoïde A, l’un a
succombé ; l’ensemencement du sang avait donné naissance à deux
germes différents, le bacille paratyphique A et un bacille fluores¬
cent. Il est probable que cette association microbienne n’est pas
demeurée étrangère à la gravité de l’infection.
Les infections paratyphoïdes existent également au Maroc Occi¬
dental. C’est ainsi qu’il y a quelques mois j’ai été appelé à voir le
fait suivant: un officier est rentré du Maroc depuis déjà quinze
jours environ. Depuis son débarquement, il présente divers symp¬
tômes gênants (légère céphalée, asthénie, constipation ; tempéra¬
ture aux environs de 37 °5 à 38° 5), qui cependant ne l’ont pas
599 ”
obligé jusque-là à interrompre son service. Des symptômes iden¬
tiques ont déjà apparu, dit l’intéressé, au Maroc même, pendant
un séjour dans le bled ; ils ont duré environ un mois et ont cessé
quinze jours avant l’embarquement. Le médecin traitant, médecin
major Corste, pensant très justement à une maladie infectieuse
mal caractérisée, demande un examen bactériologique: l’ense¬
mencement du sang donne une culture de bacille paratyphique A.
Il s’agissait donc d’une infection paratyphoïde A, à forme am¬
bulatoire, provenant du Maroc, et ayant sans doute évolué en
deux phases : première poussée au Maroc, rechute dès le débarque¬
ment. Les rechutes sont d’ailleurs fréquentes dans les infections
paratyphoïdes A, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’indiquer.
De ces quelques remarques, on peut conclure que les infections
paratyphoïdes jouent dans la pathologie du nord de l’Afrique un
rôle nullement négligeable. Le fait est particulièrement remarqua¬
ble en ce qui concerne le bacille paratyphique A, dont l’interven¬
tion est tout à fait exceptionnelle dans les infections à forme ty¬
phoïde observées en France.
Comme on l’a déjà fait observer, il y a là une raison de plus pour
demander un diagnostic étiologique précis dans tous les cas de
fièvre continue, spécialement lorsqu’elles évoluent chez des sujets
antérieurement vaccinés contre la fièvre typhoïde.
La fièvre de Tanger ou tangérine
n’est pas une entité morbide
Par P. REMLINGER.
Si l’on en croit la presque unanimité des médecins qui exercent
leur art à Tanger, il existe dans cette ville une maladie qui lui est
spéciale et ne se rencontre en aucun autre point soit de l’intérieur
du Maroc, soit des côtes de la Méditerranée, du Détroit de Gibral¬
tar ou de l’Atlantique. Cette affection est caractérisée par une
fièvre continue avec élévation considérable de la température, un
léger état saburral et de la constipation. Quelquefois il y a un peu
de diarrhée ou de transpiration cutanée, mais jamais la maladie
ne présente ni les symptômes digestifs et nerveux de la dothié-
nentérie, ni les douleurs articulaires et l’orchite de la fièvre de
— boo
Malte, ni les accès et l’hypertrophie de la rate du paludisme. Le
malade jouit de la plénitude de ses facultés intellectuelles ; il se
lève, vaque même à ses occupations comme une personne bien por¬
tante. Il ne présente pas en somme « d’autre symptôme que la
fièvre ». La durée de celle-ci est irrégulière mais toujours lon¬
gue : trois, quatre, cinq semaines et parfois davantage. Toujours
ou presque toujours la maladie évolue sans complication et se ter¬
mine par guérison. Aucun médicament par contre ne saurait
avoir d’influence sur sa durée. En particulier, la quinine, l’anti¬
pyrine et les autres antithermiques sont toujours sans action. La
maladie ne serait pas contagieuse, mais pourrait se manifester
épidémiquement. C’est ainsi que six personnes, faisant partie
d’une même famille récemment arrivée du Brésil auraient con¬
tracté la maladie simultanément quelques jours après leur débar¬
quement.
Nous n’avons pas manqué, dès notre arrivée à Tanger, de
chercher à étudier cette curieuse affection qui, d’après les affir¬
mations de nos confrères, tenait une très large place dans la
nosologie locale, mais nous n’avons pas tardé à éprouver une bien
grande désillusion. Au point de vue clinique, chez les divers ma¬
lades censés ne pas présenter « d’autre symptôme que la fièvre »
et chez lesquels le diagnostic de Fièvre de Tanger avait été porté,
un examen même sommaire permettait toujours de déceler soit de
la céphalée, des vertiges et de l’insomnie, soit un peu de douleur
et de gargouillement de la fosse iliaque droite, soit de la bronchite
des bases, soit même des épistaxis et des taches rosées. Jamais il
ne nous a été donné d’observer l’ensemble symptomatique très
particulier qui nous avait été décrit et que nous avons reproduit
en commençant. Au point de vue bactériologique, il nous a été
bien facile de démontrer par la réaction agglutinante, par l’hémo¬
culture, par la recherche du bacille dans des suppurations surve¬
nus chez des convalescents, etc..., etc..., la nature typhique ou
paratyphique (Bacille A ou Bacille B) de l’affection. Par contre,
les mêmes recherches instituées dans le but d’établir sa nature
mélitococcique ont toujours fourni un résultat négatif.
Ayant attendu plus de deux années un cas légitime de Fièvre
Tangérienne et tous les prétendus cas qui nous ont été présentés
ayant fait la preuve de leur nature typhique ou paratyphique,
nous nous croyons en droit de conclure que la Fièvre de Tanger
ou Tangérine ne constitue nullement une entité morbide. Elle
n’est autre chose qu’une infection à bacille cI’Eberth ou à bacilles
paratyphiques, atténuée dans son expression symptomatique et
bénigne dans son pronostic. A priori du reste, l’existence à Tan¬
ger d’une affection qui ne s’observait ni à Algérisas ou à Gibral¬
tar, ni à Ceuta ou à Tétouan, ni à Arzila ou à Larache était bien
de nature à engendrer le septicisme et on ne pouvait que se
perdre en conjectures au sujet des conditions locales susceptibles
de causer sur un territoire aussi restreint que celui de Tanger, une
maladie si particulière.
(. Institut Pasteur Marocain, à Tanger.)
Un cas mortel de fièvre ondulante
observé à Ajaccio (Corse)
Par BARTET et DEFRESSINE.
Dans les premiers jours de mai 1913, nous avons reçu à Ajaccio
la visite de M. S..., gardien de la prison, âgé de 45 ans, qui venait
nous consulter pour les symptômes capitaux suivants : Fièvre de¬
puis décembre IQ12, transpirations nocturnes, troubles d’esto¬
mac, douleurs rhumatoïdes . Il avait déjà vu divers médecins et
même un pharmacien sans aucun succès ni au point de vue du
diagnostic, ni au point de vue thérapeutique. L’examen du sujet
nous ayant révélé l’intégrité clinique des principaux organes et
notamment des poumons, la tuberculose pulmonaire étant formel¬
lement éliminée, nous pensâmes à la possibilité d’une fièvre on¬
dulante, nous expliquâmes notre idée au malade et l’engageâmes
à se laisser prélever du sang afin de soumettre celui-ci à l’examen
d’un laboratoire qui, seul, dans ce cas, pouvait nous donner la
preuve de notre hypothèse et le diagnostic indubitable de sa ma¬
ladie. Le sujet y consentit. Après toutes les précautions antisepti¬
ques d’usage, du sang fut prélevé, à l’aide d’une ventouse scari¬
fiée, à la région lombaire et envoyé à l’examen du laboratoire de
bactériologie de l’hôpital maritime de Toulon, dont voici ia ré¬
ponse :
« Le sérum de ce malade a agglutiné le mélitocoque du laboratoire dans
des conditions qui ne permettent pas de douter du caractère spécifique de
la réaction. L’antigène provenant de l’Institut Pasteur, soumis à de nom-
Ô02
breuses épreuves de contrôle avec des sérums divers, n’est agglutiné que
par les antisérums spécifiques. La réaction a été macroscopiquement et
très nettement positive au 100° avec le sérum tel quel, de même qu’avec
le sérum chauffe (à 56° pendant 30 minutes, après 60 minutes à 37°. Essayé
au 30e sur du typhique et des paratyphiques A et B, le sérum n’a provo¬
qué aucune agglutination, même après une heure de contact (Defressine).
Une fois en possession de ce renseignement, nous en fîmes part
au malade qui revint se soumettre à un examen encore plus dé¬
taillé.
Antécédents personnels : Bien de particulier. Né à Sartène, il habite Ajaccio
depuis 1008 et n’a quitté cette ville que pendant 48 heures, en 1900. Ni pa¬
ludisme. ni syphilis'. - Antécédents héréditaires et collatéraux : Père (79) et
mère (78 ans) vivants et bien portants ; 4 frères et 3 sœurs en bonne santé.
Marié depuis 1803. Femme et 4 enfants bien portants, en a perdu un de
méningite probablement tuberculeuse ! — Symptomatologie : Présentait sou¬
vent depuis longtemps des malaises d’estomac, lorsqu en décembre 1912 ,
ceux-ci augmentèrent : gonflement du creux épigastrique après les repas,
douleurs, sensation de brûlures à la gorge, éructations (le soulageant) ; de
tout temps, selles molles. Puis il commença à décliner, fièvre et sueurs.
Dans les premiers temps, frissons, surtout après les repas. Actuellement
ces frissons ont disparu, mais une sensation de froid persiste, continue
pendant le jour. Le malade prend, sa capote et recherche le soleil avec
plaisir. La nuit, il n’a jamais froid; éprouve, au contraire une sensation
de chaleur désagréable. Dort mal depuis le début de sa maladie, et trans¬
pire beaucoup. Ces sueurs qui le prenaient d’abord vers minuit ou une
heure du matin sont maintenant plus uniformes toute la nuit. Ne trans¬
pire pas le jour Transpirait des pieds avant sa maladie ; depuis ne
présente jamais plus ce phénomène. Douleurs ayant débuté dans le coude
droit, puis ayant intéressé l’épaule droite elle membre supérieur G. (J’ai
souffert, dit-il, le martyre de ce côté, la douleur me semblait profonde,
osseuse). Souffre moins depuis que le temps est plus chaud. Sensation de
doigts morts à la main D.et pas à G.. Jamais de crampes dans les membres
inférieurs Ouïe intacte, mais bourdonnement continu quand la fièvre le
prend, et surtout la nuit. Quelquefois des étourdissements. Jamais de
céphalée, ni de vomissements, ni de constipation. Hèmorrhoïdes depuis
qu’il a de la fièvre, saignant quelquefois, ce qui le soulage. Examen des
organes : Cœur et poumons normaux ; foie : bord supérieur à la 6e côte,
bord inférieur ne débordant pas les fausses côtes; macroscopiquement et
cliniquement paraît donc sain ; rate , bord supérieur dans la 7e espace
intercostal, ne déborde pas les fausses côtes (0 m. 10 centim. en tous ses
diamètres). Un petit ganglion cervical sans signification étiologique spé¬
ciale, le malade l’ayant depuis son enfance.
Etiologie. — S... prenait, à son petit déjeuner, un peu de lait
acheté à une des laitières ou pour parler comme à Ajaccio à une
des bergères qui viennent vendre en ville soit du lait de vache, soit
du lait de brebis ou de chèvre, sa famille en consommait comme
lui et aucune des personnes de son entourage ne présente de symp¬
tômes analogues. Une fois en possession du diagnostic de sa ma-
— 6o3 —
ladie, S... en parla naturellement autour de lui et nous apporta
l’intéressant renseignement suivant qu’il ignorait au début et
qu’un de ses collègues lui a appris. La bergère qui lui fournis¬
sait son lait et qui habite la vallée de Saint-Antoine, aux environs
immédiats d’Ajaccio, aurait perdu en octobre-novembre 1912 (or,
il est tombé malade en décembre suivant) un certain nombre de
chèvres. Aucun vétérinaire n’a été appelé, mais en revanche, une
vieille femme experte, sans doute, en la matière, a été consultée.
(Après sa visite, les chèvres seraient mortes en moins grand nom¬
bre) ! ! Quoique le sujet soit le seul malade de sa famille, il n’en est
pas moins vrai que ce renseignement est très précieux pour l’étio¬
logie de l’affection. Le lait qu’il buvait et qui provenait de ces
animaux malades l’a très probablement contagionné. Y a-t-il ce¬
pendant quelque autre donnée qui nous échappe ? Notre collègue,
le Dr Marcel Leger qui a étudié la fièvre ondulante au cap Corse
et que nous avons vu à Ajaccio en juillet 1912 nous a dit que le
fait de donner la main à des personnes ayant les leurs souillées par
du lait ou des sécrétions d’animaux malades pouvait infecter un
sujet qui la porterait ensuite à sa bouche ou toucherait des ali¬
ments, sans s’être lavé. Cela ne nous étonne pas, car Guiart et
Grimbert signalent le danger du maniement des cultures de méli-
tocoque et plusieurs cas d’infection de laboratoire, la plus petite
piqûre souillée par le microbe pouvant donner la maladie. Du
bruccio (broutche) fromage de chèvre très estimé en Corse pour¬
rait, peut-être donner exceptionnellement encore la fièvre ondu¬
lante. Fait avec du lait bouilli, il est, en principe, inoffensif, mais
il pourrait être manipulé par des mains infectées ou arrosé de lait
cru provenant d’un animal malade.
Examens ultérieurs. Nous revîmes M. S... à plusieurs reprises jusqu au
14 juin. Il présenta de petites épistaxis une ou deux fois, des douleurs
dans l’hémithorax et le bras droits .'sans aucun signe pulmonaire ni pleu¬
rétique). Fièvre irrégulière, déséquilibrée, h nombreuses variations nychthé-
mérafes, tantôt disparaissant pendant 4 ou 5 jours, tantôt revenant à
certaines heures pour s’atténuer et même disparaître quelques instants,
puis remonter brusquement à un degré élevé. Insomnie et surtout inap¬
pétence, phénomène capital pendant les derniers temps. Etat constant
d' inquiétude, d' énervement. A besoin de mouvement et d’air.
Urines : examinées le 26 mai. Ni albumine ni sucre. Pouls : 92, le même
jour; Poids , (18 kilos (T6 antérieurement).
Le 6 juin, cesse son service. Le 14 part en congé à Aullène d'où il con¬
tinue à nous donner de mauvaises nouvelles de sa santé. Ne mange pres¬
que plus rien. « Que pourrais- j é prendre pour pouvoir manger et digérer,
nous écrit-il » ? Le 2 août, l'un de nous quittait la Corse, y ayant achevé
I
— 604 —
son temps de séjour réglementaire et ayant appris que S... ne se levait
plus depuis la fin de juin. Quelque temps après son retour sur le conti¬
nent, la nouvelle de la mort du malade lui parvenait. 11 paraît que le
médecin qui le vit dans le dernier jour aurait constaté de l'œdème et un
gros foie. Or ce dernier signe n'existait formellement pas au départ
d’Ajaccio.
Que s’est-il passé? Le cœur a-t-il lâché dans les derniers jours?
Y a-t-il eu quelque altération histologique du foie, des reins ou
des capsules surrénales? L’autopsie, seule, eût pu permettre de ré¬
pondre à ces hypothèses, la recherche du mélitocoque dans cer¬
tains organes et, en particulier, dans la rate, aurait pu apporter
une confirmation péremptoire du diagnostic in vivo.
Quoi qu’il en soit S... a dû succomber, vu cet œdème, à une
cachexie produite par la persistance de la fièvre pendant plu¬
sieurs mois. Je le répète, aucun des grands viscères ne présen¬
tait d’altération clinique encore le 14 juin. La fièvre ondulante
affirmée par les épreuves du laboratoire a causé la mort de notre
malade. C’est une nouvelle preuve de la gravité possible de cette
infection. La mortalité considérée comme rare (2 à 3 %) dans les
premiers temps d’étude de cette maladie est aujourd’hui esti¬
mée à 6 ou 10 % chez l’homme, maintenant que cette affection est
plus connue.
Notre observation vient s'ajouter aux cas de fièvre ondulante
déjà signalés en Corse par le Dr Do Bourguet, ancien médecin-
chef de l’hôpital militaire d’Ajaccio et par M. le Dr M. Loger au
cap Corse ( Bulletin de la Société de Pathologie Exotique du 15
février 1913).
Nous voudrions, avant de terminer, i° attirer l’attention sur les
erreurs de diagnostic que cette affection peut entraîner dans ses
débuts, puisque les divers médecins qu’avait vus le malade avant
de nous arriver n’avaient pas soupçonné la fièvre ondulante chez
le malade qui accusait surtout des troubles dyspeptiques ; 2 0 que
dans tous les pavs où règne la fièvre ondulante, et notamment
en Corse, puisque ce fait est bien prouvé aujourd’hui, les clini¬
ciens envisagent toujours la possibilité de se trouver en présence de
mélitococcie et n’hésitent pas à faire rechercher le s éro- diagnostic
chez tout malade présentant de la fièvre prolongée et des sueurs
et chez lesquels l’examen clinique et l’échec des traitements spéci¬
fiques éliminent la tuberculose, l’hépatite aiguë suppurée et le
paludisme.
Nous n’entrerons pas dans les détails du traitement qui, pour
nous comme pour nos confrères, a été uniquement symptomatique
et aussi décevant, puisque nous ne possédons pas malheureuse¬
ment encore de médication spécifique de la fièvre ondulante.
Nouveau procédé de culture et de
diagnostic bactériologique du tétanos
Par Ed.-W. SULDEY.
Tous les microbiologistes reconnaissent qu’il est parfois dif¬
ficile de faire le diagnostic bactériologique du tétanos chez
l’homme.
Notre but n’est pas d’examiner ici les différentes méthodes em¬
ployées à l’heure actuelle pour mettre en évidence le bacille de
Nicolaïer, mais seulement de signaler un procédé simple per¬
mettant la culture facile de ce microbe en vue de sa recherche mi¬
croscopique au niveau d’une plaie (la recherche du bacille sur
frottis direct étant souvent douteuse, sinon négative).
Le procédé que nous préconisons est le suivant : il se divise
en trois temps.
I. — Préparation du milieu.
4
Prendre un tube à essais aseptique : y verser environ deux tra¬
vers de doigt de sérum artificiel (NaCl pur à 7,5 0/00).
II. — Prélèvement et ensemencement.
Racler aseptiquement au niveau de la plaie suspecte tous les
débris cruoriques et purulents, en prélevant même un peu de tissu
sain (faire de préférence ce raclage au fond des anfractuosités) ;
porter directement tous ces débris dans le milieu ci-dessus indb
1
qué.
III. — Création de V anaérobiose.
Ajouter environ un demi-travers de doigt d’huile de vaseline (à
défaut de l’huile ordinaire ou de l’huile de coco) aseptique autant
que possible.
De la sorte nous réalisons un milieu riche et complexe en albu¬
mines, renfermant:
fl) le bacille tétanique recherché ;
b) des microbes d’association anaérobies et surtout aérobies.
Ce milieu est rapidement privé d’air et d’oxygène du fait de la
couche d’huile imperméable et de la présence des microbes asso¬
ciés aérobies.
Le tube ainsi préparé est laissé à la température du laboratoire
(25°-28° en moyenne). Au bout de 2 ou 3 jours, il se déclare un
trouble net qui peu à peu s’éclaircit, et vers le 79 jour le liquide
de culture de couleur jaune-brunâtre est clair, tandis que le fond
du tube est occupé par un dépôt assez abondant.
L’odeur de la culture est fortement nauséabonde et rappelle
l’odeur de corne brûlée considérée comme assez caractéristique du
tétanos.
L’examen microscopique fait avant le 7e-Se jour ne permet pas
un diagnostic sûr vu l’absence de toute trace de spore , mais à
partir de cette date la présence des formes spondées en grande
abondance permet d’affirmer l’existence indiscutable du bacille
de Nicolaïer. La coloration par le Gram met en évidence no¬
tamment :
a) des formes en épingle et en raquette classiques (bâtonnets
grêles prenant le Gram de 3 à 4 f* de long, renfermant une spore
nettement terminale ayant environ deux ou trois fois le diamètre du
bâtonnet) ;
b) de nombreux microbes associés prenant et ne prenant pas le
Gram ;
c) des bacilles pseudo-tétaniques (bacilles prenant le Gram, res¬
semblant beaucoup au Nicolaïer, mais présentant une spore nette¬
ment sub -terminale).
A partir du 15e jour, le milieu ne contient plus que des spores
libres.
\
Faisons remarquer que la température optimum pour le tétanos
étant 37°-38°, la sporulation serait plus rapide et permettrait un
diagnostic dans les 48 h. environ, si la dite température pouvait
être obtenue (chose facile lorsque l’on dispose d’une étuve).
Le procédé que nous venons d’exposer a été employé avec suc¬
cès pour affirmer le tétanos chez un malade atteint d’une plaie
contuse du crâne et mort au milieu de phénomènes tétaniformes
qui en imposaient soit pour de la méningite soit pour du tétanos.
Sur la présence de bacilles de Hansen dans les
ganglions superficiels de sujets sains en apparence
Par A. LE BŒUF et E. JAVELLY.
En 1912 (Bull. Soc. Path. Exot., oct. 1912, p. 569) l’un de nous
a rapporté avoir trouvé des bacilles de Hansen dans un ganglion
cervical d’un sujet d’apparence saine, présentant de l’hypertro¬
phie du cubital gauche.
La même année Sorel (Bull. Soc. Path. Exot., nov. 1912,
p. 698) rapporta avoir également recherché le Bacillus leprae dans
les ganglions de personnes saines et l’avoir rencontré dans un cas.
Nous avons pratiqué dans le même but des ponctions ganglion¬
naires chez divers sujets ayant vécu au contact direct de lépreux
dans l’île de Lifou. Nous n’avons pu ponctionner autant de grou¬
pes ganglionnaires que nous l’aurions voulu étant donnés la pusil¬
lanimité ou le mauvais vouloir des® sujets en cause.
Voici les résultats obtenus :
Paul, fils du lépreux Meit.
Aucun signe de lèpre.
Ganglion cervical = 0.
Léa, femme du lépreux Pasagat.
A habité 3 ans avec son mari. Aucun signe de lèpre.
Ganglion épitrochléen = 0.
Peamenu, femme du lépreux Waeane.
A habité 5 ans avec son mari. Aucun signe de lèpre.
Ganglion crural = 0.
Niawa, mari de la lépreuse Djoie.
Aucun signe de lèpre.
Ganglion crural droit = 0.
Waipio, femme du lépreux Güène.
Aucun signe de lèpre. A vécu 5 ans avec son mari.
Ganglion sous-maxillaire = o.
Wadawe, femme du lépreux Caeca.
Aucun signe de lèpre.
Ganglion cervical = 0.
Mêlante, femme du lépreux Bernard.
A vécu 3 ans avec son mari. Aucun signe de lèpre.
Ganglion sous-maxillaire droit = o.
Ganglion sous-maxillaire gauche = o
Ganglion inguinal droit = o.
Troea, 16 ans, sœur du lépreux Atane.
Aucun signe de lèpre.
Ganglion crural gauche = o.
Mango, io ans, sœur du lépreux Atane.
Aucun signe de lèpre.
Ganglion cervical gauche = o.
Ganglion inguinal gauche = Bacilles de Hansen, non
rares, des plus caractéristiques ( globies et cellules lépreuses .)
Ganglion inguinal droit = Bacilles de Hansen très rares.
Kecine, 8 ans, frère du lépreux Atane.
Aucun signe de lèpre.
Ganglion crural gauche = o.
Ganglion inguinal droit = o.
Ganglion cervical = o.
Même technique que celle exposée l’année dernière. — Il n’a été
examiné qu’une lame par ganglion.
Dans le cas de Raphaël rapporté en 1912, on pouvait objecter
que le sujet présentait de l'hypertrophie du cubital gauche : Mango
n’offre aucun symptôme de lèpre. — Les recherches de Sorel et
les nôtres concordent entièrement et nous concluons que chez
l’homme ainsi que chez le rat la lèpre peut exister cantonnée dans
les ganglions, y rester ignorée longtemps, et souvent même tou¬
jours.
Nous ne croyons pas avoir à insister longuement sur les consé¬
quences étiologiques de ces faits, elles s’imposent d’elles-mêmes:
c’est une preuve de plus à l’appui de la pénétration cutanée du ba¬
cille de Hansen, déjà indirectement indiquée par le rôle prophvlac-
tique considérable que joue dans la lèpre, la propreté corpo¬
relle.
( Institut de Microbiologie de Nouméa, août 1913.)
La Dysenterie amibienne et
le chlorhydrate d’émétine
Par A. ORTICONI.
Nous avons eu l’occasion de traiter par l’émétine un cas de
dysenterie amibienne dont l’observation nous paraît présenter
quelque intérêt.
Observation. — Le soldat M.... du Ge régiment d’Infanlerie coloniale,
ayant exercé avant son service militaire la profession de peintre en bâti¬
ments, entre à l’hôpital militaire de Nancy le 21 mai 1913 pour « dysen¬
terie chronique ». Cet homme, qui ne présente rien d’intéressant à signaler
dans ses antécédents héréditaires, n’a fait aucune maladie avant son ser¬
vice militaire ni pendant les trois années qn’il a passées dans un régiment
de France à Nancy. 11 contracte en 1910 un engagement dans l'armée colo¬
niale et au cours d’un séjour en Indo-Chine, il est atteint de dysenterie.
L’affection débute en juillet 1912 et présente tous les caractères classi¬
ques de l’accès aigu dysentérique, avec coliques, selles sanglantes, très
fréquentes, ténesme et épreintes douloureuses. — Elle nécessite un séjour
de 4 mois à l’hôpital de Saigon où le malade est amélioré, mais non guéri,
grâce à un traitement par des cachets de poudre d’ipéca et de naphtol.
En quittant Saigon, le 8 novembre 1912 pour rentrer en France, le
malade présente encore de la diarrhée glaireuse et sanguinolente; mais
l’affection s’aggrave pendant la traversée, le nombre des selles atteint 80
et 100 par jour et la gravité devient telle qu’elle nécessite l’entrée à l’hôpi¬
tal français de Suez le 1er décembre 1912.
Là, un traitement par des potions d’ipéca et des lavements d’eau oxy¬
génée amène une amélioration considérable. — Les matières fécales res¬
tent malgré tout diarrhéiques, mais cessent d’être glaireuses et sanglantes
et le malade peut rentrer en France le 8 avril dernier, où une nouvelle
aggravation de son état l’oblige à entrer le 21 mai à l’hôpital militaire de
Nancy, dans le service de M. le médecin principal Buy, où nous avons eu
l’occasion de traiter le malade pendant quelques jours.
A l’entrée, le nombre des selles est d’environ 20 à 25 par jour. Leur
émission, précédée de coliques violentes s’accompagne de ténesme avec
épreintes douloureuses. — Les matières sont glaireuses et sanguinolentes
et ont l’aspect typique des selles dysentériques. Le malade éprouve de
grosses difficultés pour uriner; l’urine ne contient cependant ni sucre, ni
albumine, — le foie est normal ; la rate n’est pas perçue. Rien au poumon,
rien au cœur ; le pouls paraît un peu ralenti (60) L’état général est assez
satisfaisant, l’anémie et la faiblesse sont peu marquées.
Un examen microscopique des matières fécales pratiqué quelques
minutes après leur émission nous permet de constater la présence de
nombreuses amibes dysentériques.
Le malade est immédiatement soumis au traitement par le chlorhy¬
drate d’émétine en injections sous-cutanées aux doses suivantes :
6io —
23 mai .
24 mai .
25 mai .
26 mai .
28 mai .
29 mai .
30 mai .
31 mai .
1er juin .
0.04 cg. chlorhydrate d’émétine
0.06 cg. —
0.08 cg. — —
0.08 cg. — —
0.08 cg. (1 ) — —
0.12 cg. — —
0.16 cg. — —
0.08 cg. — —
0.04 cg. — —
11 reçoit ainsi en 10 jours 0.74 cg. de chlorhydrate d’émétine.
La première injection a amené presque immédiatement une améliora¬
tion très notable. Dès le second jour du traitement les coliques ont dimi¬
nué, lesépreintes sont moins douloureuses, le nombre des selles tombe de
20 à 5 par jour, mais les matières rendues sont toujours glaireuses et san¬
guinolentes et contiennent encore de nombreuses amibes.
Après le 4e jour de traitement, les amibes disparaissent complètement
dans les matières; mais le nombre des selles ne descend pas au-dessous de
2 par jour. Puis, 20 jours après la tin du traitement par l’émétine, on voit
les amibes reparaître dans les selles qui recommencent à être glaireuses et
sanguinolentes et ont augmenté de fréquence. Le malade est alors soumis
à une nouvelle cure par le chlorhydrate d’émétine en injections hypoder¬
miques.
15 juin . 0 04
16 juin . ... 0.04
1 7 juin . . .... . . . 0.04
18 juin . 0.04
19 juin . 0 04
soit en tout 0 g. 20 de chlorhydrate d’émétine.
Le nombre des selles qui était de 9 à 10 par jour, tombe rapidement à
2 par jour après les premières injections.
La première selle de la journée est presque toujours moulée et d aspect
normal , alors que la seconde est toujours plus liquide , diarrhéique un peu
glaireuse et teintée de sang . D’autre part alors que la première selle ne
parait pas contenir d’amibes, l’examen microscopique permet de découvrir
des amibes dgsentériques dans les glaires de la seconde selle émise le même
jour.
L’état général est toujours excellent. Le malade qui a augmenté de
1 kilog. 500 depuis son entrée à l’hôpital, paraît au point de vue clinique
complètement guéri . 11 ne veut plus se soumettre à une nouvelle cure par
l’émétine et quitte l’hôpital le 21 juin 1913.
En somme, il faut retenir de cette observation que le chlorhy¬
drate d’émétine en injections hypodermiques, tout en amenant
très rapidement ce que l’on pourrait appeler la guérison clinique
de notre malade, n’a pas assuré ici la disparition complète et défi¬
nitive des amibes dans les selles. Malgré l’administration de doses
journalières qui ont été quelquefois assez élevées (o, 16 cg.) et qui
n’ont d’ailleurs jamais provoqué d’accidents même légers de
(i) L’injection du 27 mai n’a pu être faite, le médicament manquant à la
pharmacie.
— 6i i
collapsus, malgré l’absorption d’une dose totale de 0,94 cg, de
chlorhydrate d’émétine, en deux séries de piqûres, les amibes dy¬
sentériques n’ont que momentanément disparu et ont reparu dans
les matières fécales, quelques jours après la cessatioh du traite¬
ment médicamenteux.
Notre observation tendrait donc à laisser croire que si le chlor¬
hydrate d’émétine est un excellent moyen de traitement contre la
dysenterie amibienne, il ne saurait être considéré en tout cas
comme un moyen de cure radicale de cette affection, permettant
d’éviter toute rechute pour l’avenir.
Déjà à sa sortie de l’Hôpital Militaire de Nancy, en juin 1913
le soldat M..., avait encore des amibes dans ses selles, quoique la
guérison clinique obtenue parut aussi parfaite que possible. Nous
avons revu le malade un mois après à l’occasion d’une visite de
prolongation de congé de convalescence, l’excellent état général
constaté à la sortie de l’hôpital était resté le même. Le nombre des
selles ne dépassait pas deux par jour; mais un examen microsco¬
pique nous permettait de constater encore la présence d’amibes
dysentériques.
D’autre part, ainsi que nous l’avons déjà observé pendant le
séjour du malade à l’hôpital, la première selle de la journée est en
général moulée et d’aspect normal, tandis que la seconde, émise
l’après-midi, est presque toujours diarrhéique, un peu glaireuse
et sanguinolente.
Cela tendrait peut-être à prouver, comme le pense Marchoux,
« qu’il existe probablement en un point de l’intestin, sans doute
très haut, un foyer de multiplication des amibes », véritable nid
amibien qu’il n’est sans doute possible de détruire complètement
que par une cure très prolongée de chlorhydrate d’émétine en in¬
jections sous-cutanées ou par l’action locale d’un autre agent mé¬
dicamenteux.
Chez notre malade, 0,74 cg. de chlorhydrate d’émétine en injec¬
tions, n’ont amené qu’une disparition temporaire des amibes dans
les matières fécales, tout en provoquant une amélioration de l’état
général et une diminution des selles qui auraient pu en imposer
pour une guérison complète, mais quelques jours après, le sang
reparaissait dans les matières ainsi que les glaires et les amibes
dysentériques qui persistaient malgré une nouvelle dose de
0,20 cg. de chlorhydrate d’émétine.
Il est regrettable que notre malade n’ait pas voulu se soumettre
/
;
¥
- ÔI2 -
à une cure plus prolongée ; mais il avait l’impression d’être com¬
plètement guéri, et d’autre part, les injections d’émétine avaient
été pour lui assez douloureuses.
( Laboratoire de Bactériologie, Hôpital militaire, Nancy).
t
P
Note sur quelques Protozoaires sanguicoles
et intestinaux observés en Guinée française
Par C. JOYEUX.
*
J’ai eu l'occasion, en Haute-Guinée française, d’observer un
certain nombre de parasites de l’homme et des animaux. Ne pou¬
vant me livrer qu’à des études sommaires, j’ai simplement retenu
les parasites déjà connus et facilement déterminables, la présente
note ayant seulement pour objet de contribuer à faire connaître
leur répartition géographique et leur fréquence.
Animaux domestiques. — J’ai recueilli chez les Chevaux, Anes
et Bœufs un certain nombre de Trypanosomes, dont quelques-uns
ont été soumis à l’examen de M. le Professeur Mesnil, qui a
bien voulu les déterminer d’après leur aspect morphologique.
30 chevaux ont été suivis pendant un temps variable, avec exa¬
men de leur sang aussi fréquent que possible. 7 ont pu être ob¬
servés pendant deux ans, le sang de 4 étant constamment négatif,
et les 3 autres ayant montré des Trypanosomes non déterminés, à
des époques diverses, 7 autres sont morts de trypanosomose,
4 montraient des Trypanosomes non déterminés, les 3 autres por¬
taient T. Cazalboui, mélangé dans un cas à T. dimorphon : le
sang de ce dernier Cheval a été inoculé à un Chien, réfractaire,
on le sait à T. Cazalboui. L’animal a fait une poussée assez grave
de trypanosomose au 20e jour et paraissait complètement rétabli
10 jours après, les examens furent négatifs pendant un mois. A ce
moment il succomba à un empoisonnement aigu par l’acide phé-
nique. Pendant son intoxication qui dura 24 heures, les parasites
réapparurent très nombreux.
Des 16 autres chevaux, suivis pendant des périodes de temps
variables, 9 n’ont jamais montré de Trypanosomes, 7 ont montré
2 fois T. Cazalboui, 1 fois Dimorphon, 4 indéterminés.
— 6 1 3 —
J’ai de même suivi 19 ânes pendant 1 an : 4 n’ont jamais mon¬
tré de parasites, 4 autres sont morts de trypanosomose, dont un
montra T. Cazalboui et T. Pecaudi associés, avec prédominance
de Cazalboui, d’abord, puis, 5 jours après, de Pecaudi, les 3 au¬
tres n’ont pas été déterminés. Les 11 autres étaient parasités:
3 avec T. Cazalboui, le reste avec des Trypanosomes indéter¬
minés.
Les bœufs indigènes, nés au pays, originaires du Fouta-Djal-
lon, d’où ils sont importés depuis la pacification de la Haute-
Guinée, ne paraissent pas parasités. J'ai examiné 105 jeunes ani¬
maux sans jamais y trouver de Trypanosomes. Cette race, dite du
Fouta-Djallon ou N’ Dama, est de petite taille et brachycéphale, et
l’on sait que les petites races sont particulièrement résistantes aux
trypanosomes. D'après les statistiques d’ Aldigé, le troupeau a
doublé en cinq ans.
Les bœufs à bosse importés amenés du Haut-Sénégal-Niger,
montrent au contraire des Trypanosomes dans la proportion de
6 sur 50 ; 2 fois il s’agissait de T. Cazalboui, les 4 autres indéter¬
minés.
Cette différence de résistance a d’ailleurs déjà été notée par
divers auteurs : Martin, Cazalbou, Bouffard, Roubaud, en d’au¬
tres régions de l’A. O. F.
Le Mouton indigène paraît peu sensible au T. dimorphon : à
l'inoculaton il fait une poussée légère du 40e au 60e jour et
se rétablit parfaitement ensuite.
Singes. — J’ai examiné un certain nombre d’individus des di¬
verses espèces trouvées communément dans la région : Chimpan¬
zés, Cynocéphales, Cercopithecus patas et C. callitrichus . Ces
derniers seuls sont parasités, dans la proportion de 3 sur 9, par
un Plasmodium que je crois pouvoir identifier à P. Kochi La-
veran par comparaison avec les planches du travail de Berzn-
berg-Gossler (i). Je n’ai vu, la plupart du temps, que des ga¬
mètes mâles et femelles, émettant facilement des flagelles à l’état
frais et quelques rares jeunes formes de schizontes, qui ont aug¬
menté de nombre pendant 48 heures après une splénectomie faite
à un de ces animaux. Il m’a été impossible de provoquer une
schizogonie. 3 inoculations à d’autres C. callitrichus , dont un
préalablement dératé/ sont restées négatives. Les coupes et frottis
(1) Berenberg Gossler, Beitrage sur Naturgeschichte der Malariaplasmo-
dien . Arch. f. Protistenk., XVI, p. 245-280, igop.
43
— 6 1 4 —
d’organes (poumon, foie, rate, moelle osseuse) ne montraient de
parasites dans auqun cas.
Tortues. — La tortue terrestre (i) Cinixys belliana est fré¬
quemment parasitée (19 sur 34) par Plasmodium Roumei, décrit
chez ces Çhéloniens par Bouet (2) dont j’ai pu voir les aquarelles
inédites, grâce à la bienveillance de M. le Professeur Mesnil.
Comme Bouet, j'ai vu les gamètes mâles et femelles intraglobu-
laires facilement distinguables par leurs caractères de coloration
et de pigmentation. Il est aisé de provoquer leur mise en liberté
et l’émission de flagelles en plaçant la préparation en chambre
humide pendant quelques instants. Tl m’a été impossible de pro¬
voquer une schizogonie en plaçant ces animaux dons des condi¬
tions de température variée ou en les traumatisant. Divers sels
d’arsenic n’ont aucune action sur les parasites. L’injection à des
Cinixys belliana indemnes ou à Testudo ibera est restée sans ré¬
sultat. Les coupes et frottis d’organes ne montrent rien de para¬
sitaire.
Rats. — Fréquemment parasités par T. Lewisi (3 sur 5). J’ai en
outre trouvé sur Golunda fallax et Mus rattus des Grahamella
(Brumpt), récemment signalés dans la région, à Bamako, par
A. Leger, chez Mus maurus (3).
Protozoaires des selles. — En examinant systématiquement
les selles de tous les malades se plaignant de troubles intestinaux,
j’ai trouvé des Amibes dans la proportion de 14 %. Généralement
peu abondantes et difficiles à retrouver sur des frottis. Quelques-
unes cependant présentent les caractères de A. tetragena. J’ai ino¬
culé 7 fois de jeunes chats du pays. 2 fois seulement les animaux
(1) On trouve comme tortues en Haute-Guinée : Cinixys belliana Gray»
1835 : terrestre, parasitée exclusivement par P. Roumei. Notons qu’elle sert
souvent d’hôte à Amblyomma hebrœum v. splendidum Giebel, 1877. Sterno-
thœrus sinuatus Smith, 1838, dans les marais, a montré 3 fois sur 16 de rares
trypanosomes en nombre trop faible pour être vus en frottis. Bouet a trouvé
Trypanosoma Pontyi sur Sternothœrus derbianus dans une région voisine.
Tri onyx triunguis Forskal, 1775 et Cyclanorbis senegalensis Duméril et
Biberon, 1835. aquatiques. Les 3 dernières espèces hébergent souvent des
Hémogrégarines. On trouve sur leur carqpace des Hirudinées appartenant au
groupe Clepsine qui seront décrites ultérieurement. Je dois les déterminations
de ces Reptiles à l’obligeance de M. le Dr Pellegrin.
(2) Bouet, Sur deux hémocyt^zoaires pigmentés des Reptiles. C. r. Soc.
Biol., LXVI, p. 43. Sur quelques trvpanosomes des Vertébrés à sang froid
de l’Afrique occidentale française, ibid., p. 60g.
(3) A. Leger. Uarasite des hématies du genre Grahamella (Brumpt) de
Mus Maurus (Gray). Bull. Soc. Path. exot., VJ, p. 247-249, 1913.
ont montré des Amibes au 11e et 12e jour, et ont définitivement
guéri après une diarrhée de quelques jours. Cette longue période
d’incubation et le peu de gravité de l’affection tient peut-être à une
immunité des Chats indigènes.
Dans les selles d’un Cynocéphale, j’ai observé Balantidium
coli provoquant une légère diarrhée. En mélangeant les selles à
du noir animal, j’ai pu, au bout de 6 jours, infecter un 2e Cyno¬
céphale, qui a montré des Balantidium au 3e jour, mais j’ai échoué
en essayant d’infecter un autre Cynocéphale et deux Cercopiiher-
cus patas. Les Singes parasités ramenés en France ont perdu leurs
parasites au bout de quelques jours, sans doute sous l’influence
du régime alimentaire nouveau auquel ils étaient soumis. Cepen¬
dant les selles n’ont cessé d’avoir une réaction neutre tant à la
Colonie qu’en France.
Observations microscopiques au cours
d’un accès pernicieux paludéen
Par Edm. et Et. SERGENT, M. BEGUET et A. PLANTIER.
Nous avons été appelés, en septembre 1913, auprès d’un enfant
indigène de 3 ans, déjà dans le coma, et qu’une injection intra¬
musculaire de bichlorhydrate de quinine ne réussit pas à sauver.
Environ 30 % de ses globules rouges étaient parasités par les
petites formes annulaires du Plasmodium prœcox ( = Hæmamœba
parva Laveran). Son sang contenait de plus des croissants
non rares.
L’étude de ce sang nous fournit les observations suivantes, re¬
latives : i° à des lésions des hématies parasitées; 20 à des formes
particulièrement allongées présentées par les jeunes parasites.
1. — Nous avons décrit, en janvier 1905 (1), des corps particu¬
liers, auxquels nous avons donné le nom de corps en pessaire, et
• qui sont fréquents dans le sang de paludéens cachectiques, ainsi
1(1) Edm. et Et. Sergent, C. R. Soc. Biol., t. LVII, 14 janvier 1905, Ibidem
29 juillet 1905, p. 252. Annales Institut Pasteur, mars 1.905, p. 138. Ibidem,
avril 1906, p. 245 et pas sim dans les « Campagnes antipaludiques » publiées
chaque année dans les Annales Institut Pasteur.
que dans le sang d’hommes ou d’animaux atteints de maladies
cachectisantes, comme nous l’avons montré dès mars 1905 (1).
Nous avons attribué, dès 1905, la formation de ces corps en pessaire à
une déchirure d’un globule rouge. Celui-ci présente le plus souvent un
peu de métachromasie (fig. 1) (2). Les bords de la déchirure se rétractent
et prennent une couleur rouge intense comme s’ils s'étaient épaissis en
s’enroulant sur eux-mêmes (tig. 2). L’hématie a le plus souvent une teinte
rose à ce moment, plus accentuée à l’extérieur du corps en pessaire qu’à
son intérieur, ce qui s’explique par ce fait qu’à l’intérieur du corps en
pessaire, qui représente une perforation d’une des parois de l’hématie, on
ne voit que l’autre paroi de l’hématie, tandis que les deux parois sont
superposées partout ailleurs (tig. 2 et fig. 3).
Lorsque la déchirure s'étant agrandie, toute trace de globule rouge a
disparu, on trouve les formes : 4, 5, 6, fréquentes dans le sang.
Ces corps en pessaire ont été revus et étudiés par plusieurs auteurs (3).
L’accès pernicieux que nous avons observé en septembre 1913,
nous a montré des formes (fig. 6, 9, 10) qui rappellent les corps en
pessaire, mais qui relèvent d’un mode de formation tout à fait dif¬
férent.
Des formes analogues aux corps en pessaire, c’est-à-dire de cou¬
leur rose, et ayant un double contour (4), se montrent dans beau¬
coup de cellules parasitées par de jeunes Plasmodium ftrœcox,
et seulement chez elles, jamais dans des hématies non parasitées.
L’hématie ne présente pas de métachromasie, elle est simplement
plus pâle qu’une hématie normale (fig. 7), ce qui tient d’ailleurs à
ce qu'elle est parasitée. Parfois l’anneau rose suit les contours
exacts de l’hématie (fig. 9 et fig. 10). Cet aspect rappelle la des¬
cription par A. Billet des contours des hématies parasitées par
Plasmodium præcox, qui deviennent « plus accusés » (5). L’ex¬
cellente planche en couleurs que publie A. Billet montre à la
(1) Annales Institut Pasteur, t. XIX, mars 1905, p. 138 et Soc. Path. exot .,
1908, p. 251.
(2' Voir aussi les figures publiées in C. R. Soc. Biol., t. LV1I, 14 janvier
1905, p. 51.
(3) Stephens et Christophers, Practical Study of Malaria , p. 22.
C. Nicolle et C. Comte, C. R. Soc. Biol., 6 mai 1905, p. 760.
E. Brumpt, Soc. Path. exot., 8 avril 1908, p. 201. — Billet, Mesnil, La-
veran, lb., p. 206.
C. Nicolle et Manceaux, Soc. Path. exot., 12 mai 1908, p. 235.
A. Billet. Hématozoaires du paludisme. Traité du sang de Gilbdrt et
Weinberg, 1913, p. 647, planche en couleurs face page 644.
(4) Ces formes diffèrent en particulier par ce double contour des « anneaux
basophiles » décrits par Brumpt, Soc. Path. exot., 8 avril 1908, p. 202.
(5) A. Billet, Hématozoaires du paludisme, in Traité du sang de Gilbert
et Weinberg. Paris, 1913, p. 613. Planche face page 612.
Kl. S c eôent ,B<- Quel e’
• •
périphérie des hématies parasitées un liseré rouge foncé, mais qui
ne possède pas un double contour comme celui que nous avons
observé.
D’autres fois l’anneau rose est plus petit que la circonférence de
l ’hématie dont il est séparé par une bande circulaire présentant
la couleur normale de l’hématie (fig. 8).
II. — A côté des petites formes annulaires d’aspect classique
de Plasmodium relictum (fig. u), nous avons vu dans cet accès
pernicieux, un grand nombre de formes étirées de jeunes parasi¬
tes du même âge. La chromatine, au lieu de former une tache
rouge foncée, est étirée (fig. 12-16). Parfois le protoplasma a con¬
servé une forme à peu près annulaire (fig. 12), le plus souvent
il est étiré lui-même, soit parallèlement à la chromatine (figures
13, 15), soit dans le prolongement de la chromatine (fig. 14). Enfin
certaines formes montrent le noyau et le protoplasma tellement
étirés et effilés que l’aspect du parasite est tout à fait bacilliforme,
rappelant les piroplasmes bacilliformes (fig. 16).
Les mêmes formes allongées des jeunes Plasmodium præcox
ont été retrouvées dans trois autres cas de tierce maligne grave de
la même épidémie, qui a été très sévère comme morbidité et comme
mortalité. Nous avions déjà signalé en 1905 ces jeunes formes
« très allongées » des Plasmodium du paludisme (1).
En 1906, A. Billet a décrit une forme « vermiculaire » des
jeunes schizontes, mais dans la quarte (2). La même année
H. Ziemann (3) décrivant aussi des « formes rubannées » dans la
quarte, dit les avoir vues également dans la tierce maligne, 011 la
chromatine est très souvent en forme de bâtonnet dans les jeunes
anneaux.
( Institut Pasteur d' Algérie.)
(1) Annales Institut Pasteur,, t. XIX, mars 1905, p. 136.
(2) A. Billet, C. R. Soc. Biol , t. LVIII, 19 juin 1906, p. 1147 et Hémato¬
zoaires du paludisme, in Traité du sang de Gilbert et Weinberg, 1913, p. 631,
et planche face page 632.
(3) H. Ziemann, Malaria in Handb. d. Tropenk., t. III, PP* 291 et 294>
pl. IX et X, 1906.
— 6 1 8 —
9
Etudes sur les piroplasmoses en Algérie
111. — Essais de traitement de la
piroplasmose bovine par le trypanbleu
Par Edm. SERGENT, A. LHERITIER et A. BOQUET.
Le trypanbleu (Toluidine-f 2 molécules d’acide H), dont l’ac¬
tion sur les trypanosomes a été découverte et étudiée en 1906 par
M. Nicolle et F. Mesnil (i), a été essayé avec succès contre le
piroplasme du chien, en 1909, par G. -H .-F. Nuttall et S. Had-
wen (2). Les mêmes auteurs ont ensuite expérimenté le trypanbleu
dans la piroplasmose bovine. Leurs résultats (3) ainsi que ceux de
S. Stockman (4), qui opéra avec le même virus, ne sont pas abso¬
lument convaincants. Par contre A. Theiler se montre très satis¬
fait des résultats qu’il obtient en Afrique du Sud, en traitant par
le trypanbleu des bovidés piroplasmé (5). De même G. Mous¬
su (6) signale les bons effets qu’il constate après l'injection du
médicament coloré dans 12 cas de piroplasmose bovine française.
Fraimbault (7), expérimentant au Maroc, observe la guérison chez
11 bêtes sur 20, traitées à un état plus ou moins avancé de la
maladie.
Nous rapportons ci-dessus quelques exemples typiques parmi
les essais de médication par le trypanbleu dans la piroplasmose
bovine que nous avons tentés depuis 3 ans dans les environs
d’Alger.
Sans entrer dans les détails de la symptomatologie de la piro-
\i) Ann. Inst. Past., t. XX, juin et juillet 1906, pp. 417-448, pp 513-538.
(2) Royal Society , 24 juin 1909, Proceedings , B, t. LXXXI, 9 oct. T909,
PP- 348-350.
Parasitology , t. II, 13 juillet 1909. pp. 56-91 ; septembre 1909, pp. 215-228;
9 février 1910, pp. 409-434.
(3) Parasitology, t. II, sept. 1909, pp. 236-266.
(4) Jonrn. of comp. Path. a. Therap ., t. XXII, f. 4. décembre 1909,
pp. 321-340.
(5) Agriculture journal 0/ the Union of South Africa, novembre 1911.
Zeitschr. fiir Infekt. Krankh. der Hanstiere, t. XI, 1911, pp. 305-320.
(6) Rec. Méd. Vétérin . , t. LXXXIX, n° 3, 15 février iqii‘ pp. 77-88.
(7) Rec. Méd. Vétérin., t. XC, n° 14, 30 juillet 1913. pp. 287-293.
plasmose bovine algérienne, qui fera l’objet de notes ultérieures,
nous signalerons que, chez un certain nombre de malades, un ta¬
bleau clinique tout à fait classique de la piroplasmose aiguë
ou suraiguë coïncide avec la rareté ou même l’absence complète de
piroplasmes dans le sang périphérique et dans le sang des organes
profonds. Le diagnostic de piroplasmose est justifié, dans ces cas,
par le tableau clinique classique, par la constatation de cas contem¬
porains semblables, mais à piroplasmes, dans l’entourage immé¬
diat, ainsi que par l’élimination, grâce aux examens de labora¬
toire, du diagnostic des autres pyrexies (en particulier fièvre char¬
bonneuse, charbon symptomatique suraigu, septicémies hémor¬
rhagiques).
I. — Cas où l’injection de trypanbleu a paru utile.
«
Ce sont des cas de gravité moyenne ou des cas bénins.
N°8. — Génisse indigène de 110 kilos. Forme lente de piroplasmose. Piro¬
plasmes bacilliformes infectant 1,5 0/0 des globules rouges. Injection intra¬
veineuse de 1 g. 50 de trypanbleu dans 120 cm3 d’eau distillée. Amélio¬
ration progressive, qui est surtout manifeste après huit jours. x\ ce
moment, deuxième injection de 1 g. de trypanbleu dans 100 cm3 d’eau.
Le nombre d’hématies parasitées est de 1,5 0/0 le troisième jour après la
première injection, de 0,05 0/0 le sixième jour, de 0,001 0/0 le huitième
jour. Après la seconde injection les parasites disparaissent. On revoit un
seul parasite 22 jours plus tard. Guérison.
N° 10. — Bœuf croisé de 4-00 kilos. Forme aiguë. Piroplasmes (petites
formes annulaires) infectant 2 0/0 des hématies. Injection intraveineuse
de 1 g. 50 de trypanbleu dans 150 cm3 d’eau. Amélioration de l’état géné¬
ral. Nombre d’hématies piroplasmées = 0,005 0/0 3 jours après. Le même
jour, deuxième injection d’une égale quantité du médicament. Guérison*
Disparition des parasites du sang périphérique.
A0 12. — Bœuf croisé de 400 kilos. Forme aiguë. Piroplasmes annu¬
laires petits ou bacilliformes infectant 3 0/0des hématies. Injection intra¬
veineuse de 3 g. 20 dans 320 cm3 d’eau. Amélioration de l’état général .
Nombre d’hématies parasitées le deuxième jour après l’injection = 3 0/0,
le quatrième jour 1,5 0/0, le cinquième jour 1,6 0/0. Ce même jour deu¬
xième injection de 4 g. de médicament dans 400 cm3 d’eau. Guérison.
Nombre d’hématies parasitées le quatrième jour après la deuxième injec¬
tion = 0,05 0/0, le douzième jour = 0 0/0.
N° 74. — Bœuf indigène de 380 kilos. Forme subaiguë. Piroplasmes
annulaires petits et bacilliformes parasitant 0,5 0/0 des hématies. Injection
intraveineuse de 4 g. 50 dans 600 cm3 d’eau. Amélioration de l’état géné¬
ral. Nombre d’hématies parasitées = 0,1 0 0 le premier jour après l’injec¬
tion, 0,05 0/0 le cinquième jour. Les parasites disparaissent le sixième
jour. On les retrouve trois semaines plus tard : 0,05 0/0 des hématies para¬
sitées. Guérison.
N° 150. — Vache charolaise de 550 kilos. Forme lente. Piroplasmes
piriformes et annulaires petits parasitant 0,05 0/0 des hématies. Injection
6 20 —
intraveineuse de 4 g. dans 400 cm3 d’eau. Amélioration de l’état général.
Les parasites ne sont plus retrouvés le troisième jour après l'injection.
Guérison.
N° 114. — Vache bretonne de 300 kilos. Forme aiguë. Le sang de cette
vache, examiné depuis 6 mois, n’avait jamais présenté de piroplasmes.
Au moment où les symptômes de piroplasmose éclatent, 40 0/0 des héma¬
ties se montrent parasitées. Injection intraveineuse de 5 g. de trypanbleu
dans 400 cm3 d’eau. Amélioration de l’état général. Nombre d’hématies
parasitées = 60 0/0 le cinquième jour après l’injection, 80 0/0 le sixième
jour, 43 0/0 le huitième jour. Les parasites ont disparu du sang, examiné
le trentième et le soixantième jour après l'injection. Guérison.
II. — Cas où l'injection de trypanbleu a été inefficace.
Ce sont des cas graves :
A. — Cas où les parasites sont très nombreux.
N° 2. — Bœuf croisé de 400 kilos. Forme suraiguë. Piroplasmes annu¬
lait 'es parasitant 93 0/0 des hématies. Injection de 1 g 30 de trypanbleu
dans la veine et de 1 g. 30 dans la peau. Mort deux jours après, sans que
la couleur bleue ait diffusé.
N° 14. — Vache croisée de 300 kilos. Forme suraiguë, bête agonisant.
Piroplasmes parasitant 40 0/0 des hématies. Injection intraveineuse de
6 g. de trypanbleu dans 600 cm3 d’eau. Mort 5 heures plus tard.
N° 236. — Vache croisée de 300 kilos. Forme lente,
plasmes parasitant 30 0/0 des hématies. Injection de 3
dans 330 cm3. Mort quelques heures plus tard.
très grave. Piro-
g. de trypanbleu
N° 242. — Bœuf croisé de 423 kilos. Forme aiguë. Piroplasmes annu¬
laires petits parasitant 32 0/0 des hématies. Injection intraveineuse de
o g.
de trypanbleu dans 400 cm3 d’eau. Mort quelques heures plus tard.
B. — Cas où les parasites sont peu nombreux.
N° 290. — Vache franc-comtoise de 630 kilos. Forme aiguë hémoglobi-
nurique. Piroplasmes piriformes parasitant 0,2 0/0 des hématies. Injec¬
tions, intraveineuse de 6 g. dans 600 cm3 d’eau, et sous-cutanée de 6 g.
dans 600 cm3 d’eau. Pas d’amélioration. Deux jours plus tard, nombre
d’hématies parasitées : 2.3 0/0. Le même jour, injection dans les veines de
3 g. de trypanbleu dans 600 cm3 d’eau, et sous la peau de 3 g. dans
600 cm3 d’eau. Amélioration deux jours plus tard. La mort survient 4 jours
après la deuxième injection.
C. — Cas où les parasites sont absents.
N° 214. — Vache savoyarde du 700 kilos. Forme suraiguë hémoglobinu-
rique. Piroplasmes introuvables. Injection de 4 g. 30 dans 300 cm3 d’eau.
Mort quelques heures plus tard. Piroplasmes introuvables dans le sang,
la rate et le rein .
N° 288. — Vache franc-comtoise de 600 kilos. Forme suraiguë. Piro¬
plasmes introuvables. Injection intraveineuse de 10 g. de trypanbleu dans
330 cm3 d’eau tiède. Mort 24 heures plus tard.
N° 289. — Vache franc-comtoise de 600 kilos. Forme suraiguë. Piro-
plasmes introuvables. Injection intraveineuse de 10 g. de trypanbleu dans
350 cm3 d’eau tiède. Mort quelques heures plus tard.
Effet du trypanbleu sur la courbe de température.
Même dans les cas où le médicament a paru efficace, la tempe-
rature des malades n’est descendue que plusieurs jours après
l’injection.
Effet sur V hémoglobinurie .
Dans l’unique cas de forme hémoglobinurique guéri après l’in¬
jection de trypanbleu, l’urine n’a commencé à perdre sa coloration
rouge foncé que le 3e jour après l’injection.
Effet de coloration sur V organisme du bovidé.
L’organisme entier de la bête injectée dans les veines est teinté
en bleu au bout de quelques minutes. Les urines et le lait restent
bleus plusieurs jours. La décoloration s’opère différemment sui¬
vant les tissus ; les masses musculaires se décolorent très vite, en
15 jours au maximum. Les aponévroses et fes tendons sont les
derniers à se décolorer : nous avons vu la persistance de la teinture
après 4 mois sur le ligament cervical et les ligaments des articu¬
lations des membres (1).
Effet sur la morphologie des parasites.
Les bêtes que nous avons injectées présentaient des parasites pi-
riformes, ou annulaires petits, ou bacilliformes. Ces différentes
formes étaient le plus souvent mêlées, surtout les deux dernières.
Nous n’avons observé aucune modification dans la morpholo¬
gie des parasites, à la suite de l’injection du trypanbleu.
Conclusions.
i° Le trypanbleu ne nous a pas paru constituer, dans les cas de
piroplasmose bovine algérienne que nous avons traités, un re¬
mède héroïque: dans les cas graves il est resté inefficace. Dans
des cas de gravité moyenne et dans les cas lents, il a paru nette¬
ment agir. /
20 Un certain nombre de ces cas graves où le trypanbleu s’est
montré sans action, sont identifiables cliniquement à la piroplas¬
mose, mais ne présentent pas de piroplasmes dans le sang: on
peut émettre l’hypothèse qu’il s’agit alors de cas d’intoxication
O) Voir à ce sujet O. Bouffard. Injection des couleurs de benzidine aux
animaux normaux. Ann. Inst. Pasteur , t. XX, n« 7, juillet igof>. pp. 539-046.
-- Ô22
piroplasmique. Comme dans tous les cas d’intoxication, les corps
microbiens seraient rares. Il ne serait pas étonnant que le trypan-
bleu, médicament antimicrobien, soit sans action dans ces formes
toxiques.
3° Nos essais, étant opérés sur des cas se présentant dans la
pratique et non sur des cas d’infection expérimentale, ne compor¬
tent pas de bons témoins.
Il serait illusoire de comparer entre eux des cas d’infection natu¬
relle, proviendraient-ils de la même étable.
4° La technique que notre expérience de 3 années nous fait pré¬
férer est celle-ci :
a ) Intervention aussi hâtive que possible;
b) Doses=i gr. de trypanbleu par 100 kg. d’animal. Pratiquer
la dilution au 1/100 dans de l’eau distillée stérile tiède au moment
de l'injection ;
c) Injecter lentement dans la veine la dilution portée à la tem¬
pérature du corps. L’injection sous-cutanée a, entre autres in¬
convénients, celui de provoquer des abcès graves;
ci) Il semble utile, dans certains cas, de répéter l’injection 1 ou
2 fois dans un bref espace de temps, par exemple à 2 jours d’inter¬
valle.
En terminant ce travail nous sommes heureux de remercier
MM. les Vétérinaires Roig, Lagonelle, G. Mantout, Ismert,
T rouette, Combredet, Pons, pour leur bonne collaboration.
( Institut Pasteur d’ Algérie.)
Etudes sur les piroplasmoses en Algérie
IV. — Infection piroplasmique intense chez des
bovidés ne présentant aucun symptôme morbide
Par Edm. SERGENT et A. LHERITIER.
Grâce à l’obligeance de M. Roger Mares, Directeur des Ser¬
vices agricoles du Département d’Alger (1), que nous sommes
(1) Actuellement Inspecteur général de l’Agriculture en Tunisie.
— 623 —
heureux de remercier ici de son amicale et précieuse collabora¬
tion, nous avons pu suivre pendant plusieurs mois, par de fré¬
quents examens microscopiques du sang, un troupeau de vaches
bretonnes importées de France dans une ferme de la Mitidja.
Ces vaches bretonnes, à leur arrivée de France, étaient toutes
indemnes de piroplasmose. Nous avons vu apparaître, dans le
sang de quelques-unes d’entre elles, au cours de l’été qui a suivi
leur arrivée, des Piroplasmes, parfois très nombreux (parasi¬
tant jusqu’à 30 % des hématies), sans qu’aucun malaise apparent
coïncidât avec cette infection. Les gardiens, dont l’attention était
pourtant mise en éveil par une forte morbidité frappant des va¬
ches voisines, n’ont jamais constaté de signes de maladie cTiez
les vaches figurant au tableau ci-dessous. Cette infection piroplas-
mique a presque disparu chez toutes les vaches au bout de quel¬
ques semaines.
Pourcentage des hématies parasitées.
Les piroplasmes observés sont annulaires, petits, ou bacillifor-
mes.
A côté de ces infections piroplasmiques, intenses, sans mala¬
die, nous avons observé des cas (signalés dans la précédente
note) où les symptômes sont ceux d’une piroplasmose grave, et 1
où l’infection sanguine, périphérique et centrale, est faible ou
nulle. Ainsi, dans la piroplasmose bovine, les notions d’infection
et de maladie ne sont pas superposables.
( Institut Pasteur d' Algérie.)
Un cas de Leishmaniose cutanée traité
avec succès par l’Arsénobenzol (Billon)
Par P. WAGON.
Le Sergent Michaud, Joseph, venant de Niamey (sur les rives du
Niger), entre à l’ambulance de Cotonou le 24 juin 1913 pour
accès de fièvre paludéenne.
11 est examiné le 25 au point de vue de ses lésions cutanées dont
il raconte l’histoire comme suit:
Arrivé à Niamey le 5 novembre 1912, il a présenté de nombreux accès
de tièvre dès le 9 novembre, accès qui se reproduisirent durant 40 jours.
Notons que le sergent Michaud avait subi de nombreuses piqûres d’in¬
sectes (moustiques, et (?) petites mouches noires).
Le 15 décembre 1912, il présente, à la fesse gauche, une « sorte de
clou » dont la guérison survient vers la fin de mars.
En avril 1913, nouveaux accès de fièvre, d'abord tous les jours, puis
tous les deux et tous les trois jours, ces derniers précédés de stade de
frisson.
Le 12 mai 1913, il quitte Niamey.
1° Le 17 mai apparaît un « clou » (selon l’expression du malade) sur le
mollet gauche
2° Le 21 mai, sur la région antéro-interne de la jambe droite.
3° Le 30 mai, dans le creux poplité gauche.
4° Le 1er juin, sur la jambe droite en avant du tibia.
5a Le 15 juin, sur la cuisse gauche.
5b Et sur la main gauche (2 petits clous).
üa Le 17 juin, un petit clou au bras gauche.
6b Et trois petits clous au coude gauche.
7a Le 21 juin, un « clou » sur l’avant-bras gauche.
7b Et un sur l’avant-bras droit.
Actuellement :
1° Est représenté par une ulcération grande comme une pièce de 1 franc
à bords décollés, à fond rouge non purulent, où le grattage, en vue de pré¬
lever le matériel nécessaire à l’examen microscopique, détermine une vive
douleur ; la périphérie est rouge.
2° Comme 1°.
3° bouton à base rouge, ayant la forme d’un ovale irrégulier, avec pus¬
tule croûteuse.
4° bouton avec pustule croûteuse d’où s’écoule de la sérosité purulente ;
la base, rouge, est élevée, irrégulièrement étoilée avec exfoliation de l’épi¬
derme aux entours de la croûte.
5a Pustule petite sur base rouge large comme une pièce de 0 fr. 50.
5b Quatre boulons larges peu acuminés à base rouge avec pustules cen¬
trales (larges comme des pièces de 0 fr. 50 et 1 fr.).
6° Pustule sur base rouge légèrement élevée irrégulière et grande comme
- 025 —
line pièce de 2 francs. 3 pustules sur fond rouge acuminé de dimensions
allant de 0 fr. 50 à 2 francs.
7a Au pli du coude gauche petit bouton de 2 mm. de diamètre avec
petite pustule.
7h Petit bouton 2 mm. de diamètre, non pustuleux (gratte et fournissant
du matériel pour frottis).
On trouve à l’examen microscopique des frottis, colorés au
Giemsa (24 heures), des Leishmania caractéristiques formés de
corpuscules plus ou moins régulièrement arrondis ou ovalaires
avec un noyau violet et un centrosome en baguette, de coloration
rouge violacée; dans certains éléments on note un début de divi¬
sion du noyau avec ou sans division du centrosome.
L’état général du sergent est assez bon, il est anémié (numéra¬
tion globulaire non faite). La rate est grosse et dépasse les fausses
côtes; le foie paraît normal.
Le 26 juin, la température du matin est de 37T. à 2 heures de 37°.
A 3 heures on pratique une injection intra-veineuse 0 g. 30 de salvar-
san-Billon au coude gauche non loin des lésions du pli du coude. A 7 heures
la température est de 38°; le malade présente des vomissements sanglants:
il napas voulu boire ; l’absorption de thé lui permet d’évacuer des vomis¬
sements bilieux; à 10 heures le malade est calme, sa température est à 37°.
Le 27 juin, les lésions semblent s’affaisser partout; elles sont toutes
siège d’un prurit accentué.
Le 28, toutes les lésions sont nettement en voie de guérison, les sensa¬
tions prurigineuses persistent.
Le 30. Tous les boutons furonculeux sont aplatis, 'foutes les lésions sont
indolores, sauf celles du pli du coude lesquelles sont encore un peu
enflammées en raison de l'irruption sous-cutanée d’une petite quantité
d’arseno-benzol.
Le 7 juillet, toutes les lésions sont presque cicatrisées.
Le 10, le malade est entièrement guéri.
De cette observation, il résulte que :
i° Ainsi que Stévenel et Benoit-Gonin l’ont déjà constaté; le
Bouton d’Orient existe en Afrique occidentale Française. Cons¬
taté à Nguigmi près du Tchad (Stévenel), dans la région
Agadès-Taoua (Benoit-Gonin), il existe également sur les bords
du Niger ;
20 Comme l’ont déjà vu plusieurs auteurs, le Salvarsan est sus¬
ceptible de guérir la leishmaniose cutanée.
Ce résultat pouvait être prévu en raison: i° de l’action connue
de ce produit sur les trypanosomiases en général et ; 20 de la
parenté zoologique des trypanosomes avec les Leishmania.
Cotonou, 24 septembre 1913.
0
Au sujet des infections des souris
par le Trypanosoma Duttoni
Par A. LAVERAN.
A la fin du mois de mai 1911, je reçois 6 souris grises infectées
de Tr. Duttoni qui me sont envoyées très aimablement du Sénégal
par notre Collègue M. le Dr Thiroux ; 5 souris ont des trypanoso¬
mes non rares, la sixième en a de rares.
Les souris ressemblent beaucoup à la souris domestique Mus
musculus, il s’agit en réalité de Mus morio, Trouessart = Mus
mourus , Gray (i).
4 souris sont sacrifiées en 1911 pour inoculer des souris blan¬
ches ; les 2 autres souris sont conservées au laboratoire et exami¬
nées de temps à autre.
1° Mus morio. — Trypan. non rares au mois de mai 1911 , à l’arrivée. —
2 sept. 1911. trypan. non rares. — 19 janvier et 1er mars 1912, trypan.
assez nombreux. - Du 22 mai au 24 décembre 1912, le sang de la souris
est examiné tous les mois et les trypan. sont toujours trouvés non rares.
— 24 janvier et 24 février 1913, trypan. rares. — 13 mars, la souris est
malade, en boule, poil hérissé, mouvements convulsifs, trypan. non rares.
La souris meurt le 14 mars 1913 ; elle pèse 1 1 g. ; la rate, augmentée de
volume, pèse 15 cg. Le foie contient un gros cysticerque. La souris est très
maigre.
2° Mus morio. — Trypan. non rares au mois de mai 191 1, à l’arrivée ;
non rares le 2 septembre 1911. — 19 janvier et lei‘ mars 1912, trypan.
assez nombreux. — 27 juin, 20 juillet, 24 août et 24 septembre 1912,
trypan. non rares. — 25 octobre, rares. — 25 novembre, 24 décem¬
bre 1912, 24 janvier, 24 février et 24 mars 1913, trypan. non rares. —
24 avril, rares. — 24 mai et 24 juin, très rares. — 24 juillet, non rares.
La souris est trouvée morte le 25 juillet 1913 ; elle pèse 18 g., la raie ne
pèse que 10 cg. Aucune lésion n’explique la mort, la souris est probable¬
ment morte de vieillesse.
Je ne sais pas depuis quand les souris étaient infectées quand
elles ont été soumises à mon observation ; en tout cas, on peut
dire que l’infection a persisté pendant plus de 22 mois chez la
première souris, pendant plus de 26 mois chez la seconde.
Les 2 souris paraissent avoir succombé à la vieillesse sans que
les trypanosomes, toujours présents dans le sang et parfois assez
(1) Détermination due à M. le Dr Trouessart, Professeur au Muséum
d’histoire naturelle.
. — 627 —
nombreux, aient paru exercer une action pathogène. Cette lon¬
gue durée de l’infection produite par le Tr. Duttoni chez Mus
mono m’a paru intéressante à signaler.
Chez les souris blanches l’infection a, en général, une durée
plus courte, comme le prouvent les observations 3 et 4.
3° Une souris blanche, adulte, ç? est inoculée sous la peau, le 25 mars
1913, avec quelques gouttes du sang de la souris qui fait l’objet de l’ob¬
servation 2. — 4 avril, examen du sang négatif. — 8 avril, trypan. très
rares. — Du 11 avril au 24 mai, trypan. non rares. — Du 24 juin au 3 octo¬
bre, trypan. rares ou très rares. — A partir du 18 octobre, tous les exa¬
mens du sang sont négatifs.
4° Une souris blanche, adulte, p est inoculée dans le péritoine le 25 juil¬
let 1913 avec quelques gouttes du sang de la souris qui fait l’objet de l’ob¬
servation 2 ; elle est placée dans le même bocal que la souris 3. —
3 septembre, la souris a des trypan. rares ; elle a mis bas 5 petits en bon
état. — 14 septembre, 3 petits sontmorls, les deux autres sont en bon état.
— Les examens du sang faits les 3, 18 et 26 octobre sont négatifs. —
3 novembre, trypan. extrêmement rares (vu un seul). — 9 novembre, exa¬
men du sang négalif.
Les deux souris paraissent guéries après des infections légères,
de 7 mois de durée pour la première, de 4 mois et demi pour la
seconde.
Sur 8 souris blanches inoculées avec le Tr. Duiloni, dans mon
laboratoire, par M. Roudsky, la durée moyenne de l’infection, tou¬
jours légère, a été de 84 jours (maximum, 173 jours; minimum,
35 jours).
Les deux souris issues des souris 3 et 4, non infectées à leur nais¬
sance, ont été inoculées à l’àge d’un mois environ, avec le Tr. Dut¬
toni ; elles se sont infectées, comme le montrent les observations 5
et 6.
5° Une jeune souris issue des souris qui font l’objet des observations 3
et 4 est inoculée, le 3 octobre 1913, dans le péritoine avec quelques gouttes
du sang de la souris 3. — 18 octobre, trypan. assez nombreux ; après colo¬
ration des frottis du sang, on constate l’existence de quelques formes de
division des trypanosomes, mais ces formes sont très rares par rapport au
nombre des trypan. — 26 octobre et 3 novembre, trypan. nombreux. La
souris est trouvée morte le 6 novembre ; elle pèse 7 gr. ; la rate ne pèse que
5 cg.
6° Une jeune souris issue des souris 3 et 4 est inoculée, le 3 octobre 1913,
sous la peau avec quelques gouttes du sang de la souris 3. — 18 et 26 octo¬
bre, trypan. rares. — 3 et 9 novembre, trypan. non rares.
Les souris 5 et 6, issues de souris infectées, n’avaient pas l’im¬
munité ; chez la souris 5, inoculée dans le péritoine, l’infection a eu
une marche rapide et s’est terminée par la mort ; les trypanosomes
étaient nombreux dans le sang.
avec
Sur un cas de maladie du sommeil
chez l’Européen, avec
phénomènes cutanés particuliers
Par j. R T N G E N B A C H .
Quoique les observations de maladie du sommeil chez l’Euro¬
péen soient déjà fort nombreuses, il nous semble cependant inté¬
ressant de publier l’observation suivante, où quelques symptômes
cutanés méritent de retenir l’attention.
L. . 41 ans, lieutenant d’infanterie coloniale, a déjà fait un séjour de
deux ans etdemi an Congo, de juin 11)07 à janvier 1910, pendant lequel sa
santé était toujours restée parfaite. Il revient au Congo en novembre
1911, et sert dans l’Oubangui-Cbari, sur la route d’étapes, entre Fort-
Sibut et Fort-Crampel.
Il s’était toujours très bien porté jusqu’au 7 décembre 1912, date à
laquelle il ressentit un violent accès de fièvre, en même temps qu’il consta¬
tait vers le sommet de l’omoplate droite l’apparition d’un « gros bouton,
douloureux à la pression, dedimension d’une pièce de deux francs, et don¬
nant la sensation d’un furoncle naissant ». Le malade avait été piqué en
ce point quelques jours aupar avant, entre cinq et six heures du soir, par
un insecte qu’il n’avait pu apercevoir. Les accès de fièvre furent quotidiens
jusque vers le 1er janvier, éclatant surtout entre midi et minuit ; à deux ou
trois reprises la température a atteint 40°9. L’absorption de doses même
élevées de quinine n’a fait à aucun moment diminuer ces accès de fièvre
L. . . ne se rappelle pas vers quelle date exactement s’est produite la dis¬
parition du bouton qui avait apparu à l’épaule droite ; mais à aucun
moment il n’y eut de ce côté de tendance à la suppuration. Depuis le mois
de décembre. L. . . a maigri rapidement, il attribuait son amaigrissement
à l’inappétence que lui causait la fièvre persistante. Les accès de fièvre qui
avaientdisparu pendant tout le mois de janvier, reparurent pendant trois
ou quatre jours au début de février.
Vers le 15 mars, le malade constata sur chaque bras, au niveau de la
région deltoïdienne, l’apparition sur la peau d’un anneau complet de 6 cen¬
timètres environ de diamètre, à teinte rosée, ne s’effaçant pas complète¬
ment à la pression du doigt ; en même temps d’autres lésions semblables
et de dimensions variables apparurent sur les bras, la poitrine et le dos ;
elles ne disparurent jamais depuis ; tout au contraire, le malade estime
que leurs dimensions se sont accrues de jour en jour; il avait attribué
leur apparition à une intoxication alimentaire.
Les seuls points qui inquiétaient L . .. et pour lesquels il nous demanda
de l’examiner à la fin de mars, à notre passage à ldangui, étaient cet
amaigrissement progressif qui avait débuté au mois de décembre, et une
lassitude générale (Signalons qu’un autre officier d’infanterie coloniale
qui avait vécu avecL. . . pendant les mois de novembre et décembre 1912,
était tombé malade en même temps que lui et dans les mêmes conditions ;
redescendu à Brazzaville en janvier 1913, il y fut reconnu atteint de mala¬
die du sommeil).
Appareil ganglionnaire. — Les ganglions cervicaux et épitrochléens
sont légèrement hypertrophiés, les premiers atteignant le volume d’une
petite noisette. L’examen du suc ganglionnaire retiré par ponction d’un
ganglion cervical montre des trypanosomes rares.
Etal des téguments. — Les bras, la poitrine, l’abdomen, les épaules, le
dos et la région lombaire, sont le siège d’un érythème papuleux urticarien
(Darré), du type circiné , dont les éléments sont au nombre de dix-sept, con¬
stitués par des anneaux complets ou incomplets, de diamètre variant de
2 à 11 cm. ; la bande circulaire qui les constitue, large de 5 à 10 millimè¬
tres, est colorée en rose clair, légèrement violacé ; cetle teinte ne s’efface
pas complètement sous la pression du doigt, mais s’accentue sous
l’influence du froid, de la chaleur et de la sécrétion sudorale , et le malade
ressent alors, dans ces deux dernières conditions, des démangeaisons au
niveau de ces lésions. Ces érythèmes sont légèrement saillants : la saillie
qu’ils forment est perceptible à la vue et au toucher; à leur niveau, la
peau garde sa souplesse normale et ne présente pas de desquamation ;
leurs contours, qui sont à peu près nets à l’intérieur du cercle, ne le sont
pas à la périphérie, où ils se perdent peu à peu dans la peau saine envi¬
ronnante de coloration normale.
Au niveau du bras gauche, à la région deltoïdienne, se voit une lésion
caractérisée par un anneau fermé de 10 centimètres de diamètre environ,
ne formant pas de saillie au-dessus de la peau saine, colorée en rose foncé,
et rappelant l’aspect donné à la peau par l’application d’une ventouse
sèche ; cette lésion est semblable à celle que nous avons déjà eu l’occasion
d’observer en 1911, chez un malade trypanosomé, avec Nattan-Larrier (1).
A 10 centimètres au-dessus du sommet de l’omoplate droite, exacte¬
ment au point où a apparu le pseudo-furoncle signalé par le malade, se
voit une tache ovalaire, rosée, ayant les dimensions d’une pièce de deux
francs ; cet élément est insensible au toucher; l’épiderme à son niveau a
gardé toute sa souplesse normale.
Symptômes moteurs. — Il n’existe aucun trouble de l’équilibre ; il n’y a
pas de signe de Romberg.
Symptômes sensitifs. — 11 n'existe aucun trouble de la sensibilité, ni
anesthésie, ni hyperesthésie.
Asthénie. — Le malade se plaint de perte des forces, de lassitude
générale .
Réflexes. — Les réflexes plantaire, achilléen, pupillaires ; les réflexes
cutanés abdominaux, crémastériens, sont normaux. Le réflexe rotulien
seul semble légèrement augmenté. 11 n’existe pas de signe de Babinski en
extension, pas de signe de Kernig, ni de signe d’Argill-Robertson .
Etat mental. — Aucun trouble n'est à signaler ; pas d’amnésie, ni
d’apathie.
Appareil circulatoire. — Le cœur est normal ; le pouls est régulier et
donne 80 pulsations à la minute. L’autoagglutination des hématies est
forte. L’examen direct du sang ne montre pas de trypanosomes.
IA examen des organes ne révèle rien de spécial, sauf une légère douleur
au niveau du foie.
(i) L. Nattan-Larrier et J. Ringenbach, Soc.de pathologie exotique, 1912,
Bulletin, t. Y, pp. 187-192.
44
- 63o —
Température (31 mars 1913) : 38°3.
Poids, — L. . . , qui à son arrivée dans la colonie pesait 90 kilos et au
début de décembre 1912, 85 kilos, ne pèse plus que 74 kilos, à la tin de
mars 1913.
Le malade reçut dès le diagnostic posé une injection sous-cu¬
tanée de o g. 8o d’atoxyl, et fut dirigé sur Brazzaville où il
arriva dix jours après. L’érythème disparut quelques jours après
cette injection. Un examen direct du sang, pratiqué à l’Institut
Pasteur de Brazzaville, montra la présence de trypanosomes ; les
ganglions étaient imponctionnables ; le malade reçut une nouvelle
injection d’atoxyl, et prit de suite le courrier pour France; le mé¬
decin du paquebot lui fit pendant la traversée trois injections
d’atoxyl. Depuis son arrivée, L..., a été traité à l’hôpital Pasteur
par MM. L. Martin et Darré, à raison de o g. 50 d’atoxyl tous
les cinq jours. Sous l’influence du traitement, l’état général s’est
rapidement amélioré, les forces ont augmenté, la fièvre n’a plus
reparu, le poids est remonté, il atteignait 93 kg. le 10 novembre.
*
* *
De toute cette observation, il nous faut retenir quelques points
importants :
i° Les inflammations d’inoculation dans la maladie du som¬
meil n’ont été jusqu’à présent que rarement signalées. En effet,
P. Manson en a rapporté deux cas (1), et un 3e cas avec Da¬
niels (2), G. Martin et Lebœuf ont publié 4 observations en
1908 (3), enfin Heckenroth rapporte en 1913 le cas de l’officier
dont nous avons parlé plus haut et qui a été infecté en même
temps que L... (4).
Notre malade a présenté un accident initial, semblable à celui
qui s’est montré dans la plupart des cas relatés par ces auteurs,
c’est-à-dire « un furoncle sans tête », sans suppuration, doulou¬
reux seulement à la pression, cependant non accompagné d’œdè^
(1) P. Manson, Trypanosomiasis on the Congo, The Bristih medical Jour¬
nal , 1903, pp. 720-721.
Un de ces deux malades fut plus tard étudié par Broden (Les trypanoso¬
miases dans l’Etat du Congo. i° La trypanosomiase humaine. — Rapport sur
les travaux du laboratoire médical de Léopodville, II, de 1900 à 1905, p. 72.)
(2) P. Manson et Daniels, Remarks on a case of trypanosomiasis, The
British medical Journal , 1903, pp. 1249-1252.
(3) G. Martin et Lebœuf, Soc. de pathologie exotique , 1908, Bulletin, t. I,
pp. 402-406.
(4) Heckenrotii, Soc. de Path. exotique , 1913, Bulletin, t.VI, pp. 267-269.
— 63 1 —
me. Mais, point intéressant de notre observation, ce véritable
chancre trypanosomiasique, en disparaissant, a fait exactement
place à une tache rosée, de forme ovalaire, insensible, et qui per¬
sistait encore trois mois et demi après l’infection, et ne disparut
qu 'après la première injection d’atoxyl. Quelle signification don¬
ner à cette tache : lésion d’érythème maculeux, ou vestige de la
lésion initiale? En tenant compte du retard de l’apparition de
l’érythème circiné (trois mois après l’infection), de la coïncidence
vraiment étrange du fait que cette tache a remplacé au même
point le pseudo-furoncle, on à tout lieu de pencher vers l’hypo¬
thèse : vestige de la lésion initiale. Ce serait la première fois que
l’on aurait trouvé au bout d’un temps si long, les traces de la
lésion d’inoculation.
2° L’érythème circiné a déjà été signalé fréquemment chez
l’Européen trypanosomé (5) et on avait souvent observé que
l’éruption devenait plus nette sous l’influence du froid et qu’elle
ne provoquait pas de prurit. Chez notre malade, la teinte de l’éry¬
thème, qui ne s’effaçait pas complètement sous la pression du
doigt, s’accentuait non seulement sous l’action du froid, mais
aussi sous V effet de la chaleur et de la sécrétion sudorale, et dans
ces deux dernières conditions, le malade ressentait des démangeai¬
sons au niveau de ces lésions cutanées.
( Mission de délimitation Afrique Equatoriale
Française-Cameroun.)
M. Louis Martin. — Je désire appeler l’attention de la Société
sur un point intéressant: Le lieutenant L... dont vous avez en¬
tendu l’observation servait avec le capitaine G... En interro¬
geant le capitaine G... il m’avait paru que son infection remon¬
tait à une époque où il avait séjourné dans une case de passage
infectée. Or dans cette même case et le même jour le lieutenant L...
a été le compagnon du capitaine G.... Tous deux ont été conta¬
minés. Il y a je crois grand intérêt à conseiller de désinfecter les
cases de passage avant de les habiter, elles sont très suspectes.
(1) Voir à ce sujet la thèse de Géry, Paris, 1910.
— 632 —
Le Salvarsan dans la prophylaxie et le traitement
de la trypanosomiase humaine
Par P. AUBERT, F. MONFORT, F. HECKENROTH,
M. BLANCHARD.
Au cours de nos recherches sur la prophylaxie chimique de la
trypanosomiase humaine, nous avons expérimenté l’action du
Salvarsan sur un certain nombre de malades à divers stades de
leur affection. Nos premiers essais remontent à 1911, nous avons
cependant attendu jusqu’à ce jour pour en donner les résultats
car l’épreuve du temps est indispensable pour juger l’action d’un
médicament sur la trypanosomiase, dont on connaît les fréquentes
rechutes à longue échéance.
Nous avons employé le Salvarsan d’EHRUCH. Le sel était dis¬
sous dans la proportion de 10 c g. pour 50 cm3 d’eau distillée fraî¬
che. Les injections ont été faites dans une veine du pli du coude
avec la seringue de Roux de 50 cm3.
Les tableaux ci-dessous indiquent les doses employées par kilo¬
gramme et les résultats obtenus:
A. — Salvarsan chez les trypanosomes sans traitement antêrier.
— 633 -
B. — Salvarsan chez les trypanosomes ayant reçu antérieurement
un ou plusieurs médicaments.
Ces tableaux montrent que, sur un total de 51 trypanosomes
traités par des doses de Salvarsan variant de o c g. 5 à 1 c g. 7 par
kg. données en une ou plusieurs injections, 12 sont en fuite et
4 meurent au bout de quelques semaines sans avoir présenté de
trypanosomes dans le sang ou les ganglions, avant qu’il ait été
possible de juger de l’action du traitement; 20 ont rechuté en un
temps variant de 1 à 12 mois (4 mois en moyenne); 15 enfin sont
indemnes de rechute, mais il faut déduire de ce nombre ceux dont
l’observation n’est pas assez ancienne et ne tenir compte que des
stérilisations d’une durée supérieure à celle de la plus tardive des
rechutes (12 mois). On voit ainsi que 1 trypanosomé seulement a
été favorablement influencé par cette médication (pas de rechutes
après 16 mois).
Au point de vue prophylactique, on peut fixer à 4 mois au
moins la moyenne des stérilisations. Cette stérilisation se prolonge
nettement avec la répétition des doses.
Il convient enfin d’ajouter que le salvarsan a été généralement
bien supporté par les noirs. Il influence toujours très favorable¬
ment l’état général et il n’est pas rare de constater de notables
augmentations de poids malgré les rechutes. Dans deux cas ce¬
pendant avec o cg. 5 et 1 cg. par kg. nous avons observé des syn¬
copes avec algidité et pouls filant.
Nous devons enfin rappeler que Broden, Rodhain et Corin (i)
ont publié d’intéressants résultats sur l’action du salvarsantdans
la trypanosomiase humaine. Au point de vue prophylactique,
ils ont noté une durée de stérilisation moyenne de trois mois;
mais au point de vue de l’action curative, leurs résultats sont assez
différents des nôtres. Il faut vraisemblablement en chercher la cause
dans la différence des doses employées par les savants belges qui
ont pu faire supporter à leurs malades 2 cg. et même 3 cg. de sal-
varsan par kg.
(. Institut Pasteur de Brazzaville ).
Le Trachome dans les régions Sahariennes.
Immunité relative des races nègres.
Par H. FOLEY, Edm. SERGENT, R. MESLIN.
Au cours d’une observation prolongée pendant plusieurs an¬
nées dans la population des Ksour de Figuig (Maroc oriental),
nous avons constaté des différences très marquées suivant les
races dans l’évolution du trachome. Cette population est consti¬
tuée par des groupes ethniques bien distincts: Berbères de race
blanche, Arabes nomades sédentaires, Juifs, enfin Haratin (mu¬
lâtres).
Le trachome règne dans ce milieu à l’état pandémique. La con¬
tamination, favorisée par une étroite promiscuité, est habituelle¬
ment très précoce, et dès les premiers mois de la vie, la plu¬
part des enfants, chez qui les diverses conjonctivites aiguës sont
aussi extrêmement fréquentes, sont porteurs de granulations, —
à quelque race qu’ils appartiennent.
Mais le trachome ne tarde pas à revêtir suivant les races une
gravité bien différente.
Chez les blancs: Berbères, Arabes, Juifs, on trouve une propor-
(1) Le Salvarsan et la Trypanose humaine. Arch. ô Sch. u. Trop. Hy%.,
t. XVI, nov. 1912.
tion considérable d’enfants et d’adultes atteints de conjonctivite
granuleuse en évolution plus ou moins active. Les complica¬
tions cornéennes et palpébrales sont très communément obser¬
vées. Si la fréquence de la variole dans cette population ne per¬
met pas de rapporter au trachome la part exacte qui lui revient
dans la production des lésions de la cornée, le trichiasis et l’en-
tropion trachomateux affligent du moins un très grand nombre
d’individus. Une pince à épilation de fabrication locale fait par¬
tie des accessoires du vêtement de beaucoup de Ksouriens.
Chez les demi-nègres, les Haratin, au contraire, les complica¬
tions palpébro-cornéennes sont fort rares. La guérison spontanée
du trachome est la règle, et, dès la fin de l’enfance, il est excep¬
tionnel de rencontrer chez eux des porteurs de granulations en
période active.
Les conditions d’existence des divers éléments de la population
de Figuig étant absolument semblables, ces différences si frap¬
pantes ne paraissent pouvoir s’expliquer que par une résistance
particulière des individus de type négroïde, par une immunité de
race, analogue à celle que Swann Burnett, Chibret ont signalée
chez les Nègres de l’Afrique occidentale.
Pour en juger, nous avons, au cours d’enquêtes épidémiolo¬
giques poursuivies, en 1912, dans les Oasis de l’Oued R’ir et de
l’Oued Souf (Sud constantinois), et, en 1913, dans les oasis du
Gouraza et du Touat (Extrême Sud Oranais), examiné au point
de vue de la conjonctivite granuleuse plusieurs milliers d’indi¬
vidus de tout âge.
Dans les oasis du Gourara et de Touat, « toute la basse classe (celle sur
laquelle ont porté exclusivement nos investigations), et par conséquent la
partie la plus considérable de la population, est composée de Nègres ». Ces
Nègres se divisent en deux catégories : des esclaves d’origine soudanaise
amenés jadis aux oasis par la traite, et des Haratin, dont l’origine est plus
imprécise, et qui sont mal étudiés au point de vue ethnologique (1). Les
habitants de l’oued R’ir, les R’ouara, sont des négroïdes qui ressemblent
aux Haratin des oasis de Figuig et du Touat.
Quant aux gens du Souf, aux Souafa, ce sont probablement au contraire
des individus de race blanche, mais d’origine incertaine, ayant des traits
communs avec les fellahs d’Egypte. Ils ne figurent dans notre enquête
qu’en assez faible proportion (326 Souafa pour 865 R’ouara. Tableau 1).
L’examen systématique des conjonctives a été fait paupières
retournées, de manière à pouvoir déceler, aussi bien que les for-
(1) fc.-F. Gautier, Sahara Algérien , p. 265.
— 636 —
mes actives du trachome en évolution, les lésions cicatricielles
même discrètes auxquelles aboutit la guérison spontanée.
Les résultats de cette enquête sont consignés dans les tableaux
suivants :
Tableau I
Oasis de l'oaed R'ir et de V oued Souf.
En conclusion, l’examen de plus de 3.200 individus, apparte¬
nant pour la plupart aux races négroïdes qui peuplent les Oasis
de l’Extrême-Sud algérien, nous a montré qu’il existe dans ces
races une certaine immunité à l’égard du trachome.
Cette immunité contraste avec la gravité de la maladie dans les
Oasis plus septentrionales, peuplées en majorité de Berbères
blancs et d’Arabes. Elle se caractérise par l’évolution bénigne de
la conjonctivite granuleuse, par le début très précoce de la gué¬
rison spontanée qui aboutit, souvent dès la seconde enfance, à une
cicatrisation complète, enfin par la rareté des complications cica¬
tricielles palpébrales et des lésions cornéennes.
(1) On remarquera la proportion assez élevée des individus variolés dans le
Sud-Constantinois. Dans les Oasis du Gourara et du Touat. les vaccinations
pratiquées en masse par les médecins militaires dans une population plus faci¬
lement soumise aux mesures administratives, ont fait disparaître la variole
depuis l’occupation française (1901).
Tableau II
Oasis du Gourara et du Touat.
(. Institut Pasteur d' Algérie.)
Les Phlébotomes en Corse
Par. J. MANSION.
MM. Leger et Séguinaud (i) ont identifié à la Fièvre de pappa-
taci l’affection fébrile légère dont ils ont observé en Corse quel¬
ques cas durant l’été 1912. Parmi les diptères capturés, ils ont
recueilli à la plage de Toga, près Bastia, deux phlébotomes, qu’ils
ont rapportés à Phlebotomus pappatasii, sans en avoir fait l’étude
morphologique complète.
Sur les conseils de mon ami Marcel Leger, j’ai recherché l’in¬
secte inoculateur du virus de la Fièvre de pappataci. Mes efforts
(i) Leger (Marcel) et Séguinaud (J), Fièvre de pappataci en Corse, Bull.
Soc. Path. exotique , nov. 1912, t. V, n° 9, p. 7 10-7 14.
- 638 —
sont restés vains durant l’automne 1912, le printemps et la plus
grande partie de l’été 1913.
Les premiers phlébotomes ont apparu au début de septembre.
L’été avait été très sec; l’apparition de ces insectes a coïncidé avec
les premières pluies, je ne sais s’il est possible d’établir une rela¬
tion entre les deux phénomènes : éclosion des Phlébotomes et hu¬
midité de l’air, ou bien, si les individus capturés en septembre
constituent une deuxième génération estivale, la première ayant
échappé à mes recherches.
Voici le tableau de mes chasses à partir du 11 septembre.
Les captures les plus nombreuses ont été faites dans ma mai¬
son, située sur la colline, à l’Ouest de Toga, à 700 mètres de la
plage, à environ 80 m. d’altitude. Le lieu est assez sec, mais quel-
639
ques parties du jardin sont ombragées ou humides ; un égoût,
sans siphon, conduit les eaux usées de la cuisine à la terrasse voi-
vine.
Les phlébotomes ne pénètrent dans les maisons qu’au coucher
du soleil. Le temps de chasse ne dépasse guère 50 à 60 m., entre
17 h. 30 et 18 h. 30. Petits insectes grisâtres, ils viennent se poser
sur les vitres des fenêtres. Juchés sur leurs longues pattes, ils
ont les ailes toujours relevées et sont faciles à distinguer des
autres moucherons constituant la faune des fenêtres. Ils sont très
peu attirés par la lumière artificielle.
Le nombre des insectes capturés n’est pas considérable. Du
11 septembre au 20 octobre, j’ai trouvé 56 mâles et 19 femelles,
soit 3 mâles pour une femelle, ce qui n’indique pas nécessairement
une polyandrie normale. Les Phlébotomes ont, comme les mous¬
tiques, des migrations vespérales ; les femelles pénètrent dans les
maisons pour se nourrir de sang, et sortent le lendemain pour
pondre ; quant aux mâles, inoccupés, trois fois plus nombreux,
ils sont là pour affaires d’amour, sur le chemin suivi par les fe¬
melles.
Le tableau précédent montre encore très nettement l’influence
des conditions atmosphériques sur les captures, c’est-à-dire sur
la mobilité des Phlébotomes. Ils sont plus nombreux par temps
chaud et humide avec ciel couvert, conditions réalisées par le
sirocco lorsque le vent reste faible. Le vent violent de l’Ouest, le
Libeccio, empêche toute migration des Diptères. Au 23 octobre,
les Phlébotomes semblent avoir disparu.
Enfin les femelles seules, et dans quelques cas seulement, ont
•été trouvées pleines de sang.
*
* *
Le Phlébotome capturé à Bastia, possède plusieurs des carac¬
tères de l’espèce Phlebotomus pappatasii Scop., mais la pince gé¬
nitale du mâle, dont la structure est très importante pour la dé¬
termination (1) est tout à fait spéciale. (Voir la fig. ci-contre).
Les deux branches de la pince inferieure ( lamina subgenilale ) sont
dépourvues d’épines ou de palettes à leur extrémité. — Les pièces média¬
nes sont au nombre de deux de chaque côté : gonapofisi intermedia laté¬
rale ventrale (int. 1. v.) et gonapofisi inlermedia latérale dorsale (int. 1. d.) ;
(1) Voir pour comparaison : Grassi (Battista), Ricerche sui Flebotomi. —
Roma, Accad. dei Lincei , Memorie delta Soc. ital. delle Science, 1907,
Sér. 3 a, t. XIV, p. 353-394, pl.
celle-ci, allongée, chitineuse, est le fourreau de la verge. — Les deux
branches, droite et gauche, de la pince supérieure ( d : gonapofisi dorsale),
sont formées de deux articles : le segment proximal est plus court que la
pince inférieure ( lam .) ; le segment distal, un peu renflé, est court ; il
n’atteint que la moitié de la longueur du segment proximal. U est muni
de cinq épines falciformes. fortes et aussi longues que le segment lui-
même ; deux épines sont terminales ; deux autres sont insérées au quart
distal du segment; la dernière est fixée au milieu de la longueur du seg¬
ment.
o omm- i
I — I — 1 — 1 I , .1 I » I _ l_j
JpJilebotojnus jLe.ÿeri , n.sjo. Extrémité poster. vu de profil
Ces caractéristiques de la pince du mâle n’appartiennent à au¬
cun clés Phlébotomes connus jusqu’ici. Je propose pour cette
espèce nouvelle qui sera décrite complètement dans une publica¬
tion prochaine le nom : Phlebotomus Legeri, et je la dédie à Mar¬
cel Léger, professeur-adjoint à l’Ecole d’application du service
de Santé des Troupes coloniales, à Marseille, qui a été l’instiga¬
teur de ces recherches.
Les Phlébotomes capturés ont servi à faire quelques expérien¬
ces, dont je donne ici, en résumé (i), les résultats:
La durée moyenne de la vie des Phlébotomes en captivité est de
45 heures dans l’air sec, et de 88 heures dans l’air humide. J’ai
essayé vainement de me faire piquer par des mâles et des femel¬
les, soit après la capture, soit après plusieurs jours de captivité.
Je n’ai pas pu observer l’accouplement. J’ai essayé sans succès
de faire pondre les femelles possédant des œufs murs; j’ai échoué
également dans l’incubation des œufs extraits de l’abdomen de ces
femelles.
Le nombre moyen des œufs trouvés dans l’abdomen, après la
mort, est de 46 (maximum : 55).
Malgré de nombreuses recherches, je n’ai pu découvrir la larve
de ce Phlébotome.
*
* *
Les Phlébotomes femelles, à abdomen gonflé de sang, qui ont
été capturées dans la maison le Ier octobre, ont très probablement
piqué quelques personnes de ma famille. Dans la semaine du g
au 16 octobre, 4 personnes adultes ont présenté quelques symptô¬
mes de la Fièvre de pàppataci : maux de tête, nausées, courba¬
ture accentuée, légers accès de fièvre et sueurs nocturnes. Je ne
veux pas affirmer qu’il s’agissait de Fièvre de pappataci, mais
seulement suggérer que cette affection pourrait présenter des for¬
mes bénignes, passant facilement inaperçues et que les médecins
seuls peuvent caractériser.
Il est assez facile, je crois, de se mettre à l’abri des piqûres des
Phlébotomes en fermant portes et fenêtres au moment où le soleil
disparaît.
(1) Ces études seront publiées dans le Bull. Soc. Sc. hist. et natur. de Corse ,
Bastia, 4e trim. 1913.
— 642 —
Doses limites auxquelles le chlorhydrate
d'émétine et le chlorhydrate de quinine
peuvent être employés chez le Calfat
Par FLOURENS.
Devant les heureux résultats donnés par l’emploi du chlorhy¬
drate d’émétine dans le traitement de la dysenterie amibienne,
l’idée est venue à divers expérimentateurs d’essayer l’action de ce
médicament sur un certain nombre d’autres maladies et en parti¬
culier sur celles où l’agent infectieux appartient à la famille des
spirochètes.
Le 10 juin nous avons entrepris une série de recherches pour
déterminer quelle pouvait être l’action du chlorhydrate d’émé¬
tine sur l’évolution de la spirillose des poules à Spirochœta gal-
linarum. Profitant de ce qu’au même moment nous faisions une
série d’expériences sur la peste aviaire, nous avons employé le
chlorhydrate d’émétine au traitement de cette affection et concur¬
remment le chlorhydrate de quinine.
Pour avoir des sujets d’expérience à la fois très sensibles, ma¬
niables et peu coûteux, nous nous sommes adressé au Calfat
(. Padda orizwora). Ce passereau contracte à la suite de l’inocula¬
tion du sang d’une poule, infectée elle-même par la piqûre d’ir-
gas persicus, une maladie presque sûrement mortelle qui se juge
en 8 à 10 jours. L’injection d’une quantité impondérable du sang
d’une poule atteinte de peste aviaire le tue en trois ou quatre
jours en moyenne.
Notre premier soin a été de fixer la dose maxima qu’il fut possi¬
ble d’employer sans entraîner la mort. Trois décimilligrammes de
chlorhydrate d’émétine dissous dans un demi-centimètre cube
d’eau distillée, injectés dans la masse des muscles pectoraux n’en¬
traînent la mort que très exceptionnellement. Dès qu’on élève la
dose les décès deviennent plus fréquents et surviennent parfois
subitement.
Après injection de 3 décimilligrammes de chlorhydrate d’émé¬
tine le calfat présente d’abord un peu d’obnubilation. Parfois il
titube et a de la peine à se tenir perché, mais il ne tarde pas, en
— 643 —
général, à reprendre son apparence normale. L’injection de vingt-
cinq décimilligrammes de chlorhydrate de quinine dissous dans
un demi-centimètre cube d’eau distillée est douloureuse pour le
padda, elle provoque chez lui des cris et de l’agitation ; quand elle
est poussée avec lenteur, elle n’entraîne la mort qu’à titre d’ex¬
ception.
Dans la spirillose des poules, il nous a été possible d’observer
l’action du chlorhydrate d’émétine sur le Spirochœte in vitro. En
mélangeant à parties égales de l’eau distillée contenant en dissolu¬
tion six décimilligrammes de substance active par centimètre cube
et du sang de poule spirillée, on voit les spirochètes s’étendre, de¬
venir moins actifs et au bout d’un temps variable pour chacun
s’immobiliser pour la plupart.
Nos expériences ont porté sur trente-cinq calfats. Les uns ont
reçu en injection le médicament avant le sang infectant, les autres
ont reçu d’un côté le médicament et de l’autre le sang infectant
avant le médicament. D’autres encore ont reçu des mélanges de
médicament et de sang infectant préparés trois, six et douze heu¬
res à l’avance. Quelques-uns enfin ont reçu deux et trois jours de
suite après l’infection trois décimilligrammes de chlorhydrate
d’émétine.
Nos premiers essais, où nous avions fait usage d’un sang très
virulent et très riche en spirilles, pris au moment de l’expérience
à la poule infectée avaient été encourageants. Des calfats qui
avaient reçu d’un côté du sang de poule et immédiatement après
de l’autre côté du chlorhydrate d’émétine n’étaient morts qu’au
bout de 17 et 29 jours. Un calfat qui avait reçu du sang mélangé
depuis trois heures au médicament avait vécu 35 jours. Un autre
qui avait reçu ce même mélange six heures après sa préparation
avait survécu. Plus tard en employant du virus atténué, soit en
quantité, en se servant des dilutions de plus en plus fortes, soit en
qualité, en utilisant le sang de plus en plus tard après la saignée
de la poule, nous vîmes la mort survenir plus tard chez les témoins
sans que les animaux traités bénéficiassent de cet état de chose,
*
de telle sorte que parfois ce furent les témoins qui moururent les
derniers. En ce qui concerne le retard dans l’apparition des spiro¬
chètes dans le sang, leur moindre abondance, la précocité de leur
disparition, le médicament a eu une action certaine lorsqu’il s’est
agi de sang très virulent. Cette action ne nous a plus paru appré¬
ciable à nos moyens d’investigation lorsque nous nous sommes
— 644 —
adressés à du sang de moindre virulence. En résumé, le chlorhy¬
drate d’émétine fait périr un certain nombre de spirochètes puis¬
qu’il se montre capable d’atténuer les symptômes, de transformer
la maladie aiguë en une affection chronique, mais il en laisse
subsister la plus grande partie puisque, sauf en un cas, son emploi
n’a pas été suivi de guérison.
Dans le traitement de la peste aviaire le chlorhydrate d’émétine
ne nous a pas donné de meilleurs résultats. Cette fois encore les
premiers essais nous avaient laissé concevoir quelques espérances.
Les animaux traités vécurent un peu plus longtemps que les té¬
moins. L’un d’eux resta même en vie pendant un temps deux fois
plus long. Les essais suivants ne nous ont pas permis de dépasser
ce résultat. Ici étant donné les quantités infinitésimales de virus
qui suffisent pour entraîner la mort, il ne paraît pas s’agir de la
destruction d'un certain nombre des agents infectieux, mais bien
plutôt d’une atténuation véritable.
Le chlorhydrate de quinine ne nous a pas donné dans le trai¬
tement de la peste aviaire de fausses joies, avec lui le résultat fut
dès les premières expériences franchement mauvais.
Nos recherches ne nous ont pas permis de trouver un médica¬
ment utile au traitement de la spirillose des poules et de la peste
aviaire. Elles ne nous auraient pas paru dignes d’être rapportées,
si nous n’avions cru utile de faire connaître à leur propos les doses
limites auxquelles le chlorhydrate d’émétine et le chlorhydrate
de quinine peuvent être employés chez le calfat sans risquer d’en¬
traîner la mort. Le poids de cet oiseau étant avec les phanères de
20 g. en moyenne, ces doses représentent pour un kg. d’animal
quinze mg. de chlorhydrate d’émétine et 125 mg. de chlorhydrate
de quinine.
( Travail du laboratoire de M. Marchoux.)
6-P — -
Mémoires
L’Hygiène à Bassam en 1912
Par F. SOREL.
i° Prophylaxie de la Fièvre Jaune et du Paludisme.
20 Organisation hygiénique du Service de la Voirie.
30 Essai de création d'un rôle démographique pour le bureau
d’hygiène.
Ainsi peuvent se grouper les sujets dont le laboratoire de Bas¬
sam s’est occupé au cours de 1912.
Si dans cette ville quelques résultats ont été obtenus, je me
permettrai, au début de cette note, d’écrire que le plus grand
mérite doit en être reporté sur les deux hautes personnalités que
sont M. le Gouverneur Général Ponty et M. le Gouverneur An-
goulvant : en ouvrant des Crédits, ils ont aplani les difficultés
matérielles ; en manifestant leur bienveillance à celui qui s’occu¬
pait de l’œuvre d’assainissement, ils ont fait disparaître ies autres
obstacles de tout ordre. Qu’il me soit donc permis de leur expri¬
mer ici ma profonde gratitude.
i° Prophylaxie de la Fièvre Jaune et du Paludisme. — Sur ce
chapitre on ne peut guère faire œuvre personnelle, il serait même
téméraire de vouloir innover.
Envisageant les trois données du problème :a) l’insecte vecteur ;
b) les porteurs de virus (ségrégation et traitement) ; c) les sujets
qui peuvent se contaminer, nous avons essayé de mettre en vi¬
gueur les mesures qui appliquées à chacun de ces éléments disso¬
ciés diminuaient les possibilités de dissémination.
Lutte contre les moustiques. — Toute l’année une équipe de
cinq moustiquiers a fonctionné: le village était divisé en six sec¬
teurs visités à tour de rôle.
En plus du pétrole pour détruire les larves dans les eaux non
destinées à la boisson, je me suis servi avec succès du crésyl. Des
expériences de laboratoire nous avaient montré en effet que le
45
— 646 —
crésyl pur est toxique pour les larves (stegomyia et anophèle) à la
dilution de :
3 gouttes par 500 cm3 en 5 minutes environ.
2 gouttes par 500 cm3 en 8 à 10 minutes.
Les pupeSj en ce milieu, résistent plus longtemps (une demi-
heure à trois quarts d’heure) mais succombent aussi à la dose de
trois gouttes par 500 cm3.
Le crésyl, dans certains cas spéciaux, peut donc remplacer le
pétrole. Il faut, lorsqu’on s’en sert, agiter l’eau pour opérer le
mélange.
Le travail de l’équipe des moustiquiers est devenu de moins en
moins chargé ; nous sommes arrivés en trois ans à créer sinon en¬
core chez les indigènes, au moins chez beaucoup d’Européens,
des habitudes. A Bassam la plupart des directeurs de factoreries
ont préposé un de leurs employés à la surveillance de leurs im¬
meubles et dépendances; l’œuvre des moustiquiers s’est trouvée
réduite d’autant et leur rôle en général, quand ils visitent cha¬
que semaine les locaux habités et dépendances, se borne à en
constater la bonne tenue.
L’installation de nombreuses pompes , permettant la suppres¬
sion de gouttières et caisses à eau a diminué en grande quantité
le nombre des gîtes à larves.
11 resterait néanmoins encore des réservoirs recevant les eaux
pluviales. J’ai fait adopter pour tous le dispositif suivant:
La gouttière déverse ses eaux dans un entonnoir muni à sa
partie supérieure d’un treillage de fer galvanisé, et en bas d’une
(fine toile métallique. La partie inférieure du tuyau de gouttière
est mobile, si bien qu’au commencement des averses on peut
diriger en dehors du réservoir les premières eaux chargées des
souillures des toits.
Tout d’abord, je conseillais de faire adopter ce dispositif, cha¬
cun disait oui ; mais une heure après, la promesse était oubliée.
En pratique, il est préférable d’avertir le chef de maison qu’il
est nécessaire de protéger ses réservoirs et que Von va lui envoyer
un ouvrier qui fera le nécessaire. 11 n’a ainsi qu’à régler les frais,
très minimes d’ailleurs; cette manière de procéder qui enlève à
l’intéressé le tracas de chercher un ouvrier, d’expliquer le dispo¬
sitif, est toujours acceptée. De son côté, l’hygiéniste est certain que
la mesure prescrite est bien exécutée.
D’autre part, on a poursuivi le comblement des marécages
environnant la ville.
— 647
Mieux que toute description les trois schémas ci-contre permet¬
tront de suivre la progression des travaux,
Grâce à cette mesure d’ensemble, les anophèles et les stégomyias
ont à peu près totalement disparu. Néanmoins à certaines épo¬
ques, les brises du Nord rabattent sur la ville les moustiques
éclos dans les marais situés de l’autre côté de la lagune. Ces mous¬
tiques sont surtout des culex et des moustiques du genre Manso-
nia.
L’assèchement de ces terrains marécageux ne pourra être obtenu
que par des travaux qui sont du ressort de l’ingénieur. Si le pro¬
jet de Bassam-port se réalise, les dragages que l’on fera pour
approfondir le chenal, donneront des apports qui pourront servir
au comblement des terres inondées. En attendant il a été prévu
pour 1914 des plantations dans ces terrains d’eucalyptus et de
Taxodium distichum dont M. Ed. Sergent préconise l’essai pour
assécher les terrains marécageux.
Eloignement des porteurs de germes.
i° Segrégation. — • Il était nécessaire de prendre des mesures
pour éloigner du centre européen les noirs porteurs possibles des
virus amaryl et paludéen ; mais on devait aussi se montrer sou¬
cieux d’éviter ce qui pourrait troubler indûment la vie des indi¬
gènes et de rester vis-à-vis de tous dans la stricte légalité.
Déjà au cours de 1911, les indigènes salariés de l’administra¬
tion, ouvriers du wharf, avaient pu être transférés de l’autre côté
de la lagune. Pour cette catégorie de gens aucune difficulté ne
se trouvait soulevée: logés par l’administration à Bassam, il leur
était donné de l’autre côté de l’eau, des cases meilleures sur un
emplacement plus vaste et plus aéré.
Mais en outre de ces noirs, il se trouvait à Bassam diverses ca¬
tégories d’individus:
i° Indigènes ayant des titres de concession définitive et posses¬
seurs d’immeubles réunissant les conditions de salubrité suffisan¬
tes ;
20 Propriétaires à titre définitif; mais n’ayant construit que
des maisons insuffisantes ;
30 Occupants du sol sans titres.
Une même mesure n’était donc pas légalement applicable à tous.
Par arrêté, en date du 12 décembre 1911, le Gouverneur nom¬
mait une commission pour étudier ces questions. Il fut décidé en
substance que les indigènes de la première catégorie, propriétaires
légaux du sol, pourraient continuer d’habiter leurs immeubles, à
charge par eux, d’observer strictement les prescriptions des arrê¬
tés relatifs à l’hygiène.
Fig. i. — Bassam en 1910
Ceux de la troisième catégorie, occupants du terrain sans titre
légaliseraient indemnisés de la valeur de leur paillotte qu’ils
pourraient reconstruire de l’autre côté de la lagune ou dans un
village indigène voisin, si bon leur semblait.
649 —
Quant à ceux du second groupe, conformément aux prévisions
du décret de 1904, la commission dût les mettre en demeure ou
d’abandonner tous droits à leur terrain, ou de se soumettre aux en¬
gagements qu’ils avaient implicitement contractés en demandant
une concession : toute concession en effet, aux termes des arrêtés,
ne pouvait devenir définitive qu’autant que l’habitant aurait cons¬
truit un immeuble réunissant les conditions d’hygiène et de salu¬
brité nécessaires.
— 65o —
Après notification à chaque possesseur individuellement, des
décisions de la commission, des délais lui furent impartis pour
qu’il puisse, s’il se trouvait lésé, porter sa réclamation devant le
conseil du contentieux de la colonie.
Aucune revendication n’a été soulevée et presque tous ont pré¬
féré rester à Bassam. De suite, ils se sont mis à faire construire
des maisons, pour beaucoup d'un type un peu primitif, mais jugé
suffisant au point de vue de l’hygiène: toutes les cases neuves
furent plafonnées, on exigea des cloisons parfaitement jointes. De
plus, une entente avec les divers entrepreneurs permit d’obtenir
que toutes les ouvertures, portes et fenêtres, fussent construites
— 65 1 —
suivant deux ou trois types de mêmes dimensions. Il suffira donc
au service d’hygiène pour avoir, suivant la formule de M. Mar¬
choux, un appartement parfaitement étanche aux vapeurs de sou¬
fre ou de crésyl, de remplacer, au cas de désinfection nécessaire,
les portes et fenêtres persiennées, par des portes et fenêtres
pleines, construites d’avance suivant les gabarits existants.
Ainsi s’est substitué, en moins d’une année, un village bâti à
l’européenne, largement aéré et dessiné, à un fouillis de paillotes
entassées sans ordre, dans l’enceinte des terrains concédés.
Les ressources budgétaires ont permis d’appliquer ces mêmes
mesures d’hygiène aux locaux administratifs; et, une vingtaine
de mille francs a servi à la construction en briques d’un camp
pour les miliciens.
Nous sommes entrés dans ces détails au sujet de la ségrégation
pour montrer que cette opération qui, à première vue, semble de¬
voir conduire à des mesures arbitraires, peut s’accomplir sans sa¬
crifier les intérêts des particuliers à l’intérêt général.
Traitement de porteurs de germes.
La ségrégation intégrale étant chose irréalisable, le médecin
devait s’occuper de traiter méthodiquement les indigènes restant
dans le centre et qui pouvaient constituer des réservoirs de virus.
C’est à l’école seulement qu’il a été possible d’instituer des dis¬
tributions régulières de quinine; et, c’est naturellement aussi
sur ces enfants que, comme les années précédentes, l’index
paludéen a été établi ; certains de ces petits indigènes ont suivi le
traitement depuis le milieu de 1910; et l’index est tombé de 40 %
(examen en 1910) à 12 % (examen en novembre 1912).
Toutefois, il est, en dehors de l’école, des indigènes qui sem¬
blent avoir compris les bons effets de la quinine et de nombreux
noirs m’ont assuré qu’ils en prenaient et en faisaient prendre quo¬
tidiennement aux leurs.
Il est un fait certain, c’est qu’à Bassam, avec un mouvement de
population plus grand, le chiffre des consultants de 2.175 en
1910, est tombé et au-dessous de 2.000 en 1912.
Pour développer l’éducation de l’indigène, des affiches ont été
placardées dans la ville et quelques notes ont été imprimées et dis¬
tribuées, par les soins de l’administration, dans les écoles et à tous
les indigènes capables de les comprendre et de les faire compren¬
dre autour d’eux.
— 632 —
2° Hygiène et propreté de la voirie . — - En dehors des mousti-
quiers chargés de remblayer les petites dépressions, de surveiller
les alentours des concessions, de faire en un mot la police des
eaux stagnantes à l’intérieur de la ville, la propreté même des
voies publiques fut assurée par des équipes de prisonniers sous la
surveillance de miliciens; mais la propreté parfaite était au cours
des années précédentes difficilement obtenue. Jusqu’au début de
1912, les rues de Bassam étaient rudimentaires; l’artère principale
seule avait un terrain dur formé de coquilles pilées et d’un peu de
pierre, le tout aggloméré avec l’argile prise au bord de la
lagune. A la saison des pluies, ce mélange se détrempait, for¬
mait des trous et devenait glissant. En dehors de ces essais rudi¬
mentaires, on ne trouvait partout que du sable. Sans compter ce
qu’avait de déplorable cet état du sol au point de vue de la mar¬
che, il permettait de laisser facilement échapper à la surveillance
des boîtes vides, des tessons de bouteilles, des noix de coco demi-
en fouies et contenant de l’eau.
En 1911, j’avais proposé de construire des routes cimentées
comme à Rufisque; mais l’argent manquait. Ce fut seulement au
début de 1912 que M. l’administrateur chef Benquey fit un pre¬
mier essai de bétonnage. Les résultats obtenus furent excellents,
si bien que M. Benquey parti, ses successeurs n’eurent pour faire
œuvre parfaite, qu’à continuer ce qu’il avait commencé. M. Cec¬
caldi modifia d’une façon heureuse le procédé en recouvrant le
béton d’une couche de 2 centimètres de ciment. Les 1.800 mètres
de routes cimentées terminées à l’heure actuelle, donnent à Bas¬
sam l’aspect d’une ville extrêmement propre. La nature du sol
de la ville, qui n’est que du sable pur, a dispensé pour le moment ,
de construire sur les côtés de la chaussée des ruisseaux ou des
caniveaux, les eaux pluviales s’infiltrant presque immédiatement.
Il sera prévu en 1913, les crédits nécessaires pour l’étude géné¬
rale du nivellement de la ville. Ce travail préliminaire amènera
naturellement à l’étude des moyens d’écoulement des eaux pluvia¬
les vers la lagune.
J’ajoute comme améliorations communales au cours de cette
année, l’augmentation du nombre des W.-C. publics pour les
indigènes, le déplacement de l’abattoir qui, du milieu de la ville,
a été transporté de l’autre côté de la lagune.
30 Essai de création d’un rôle démographique pour le bureau
d’hygiène. — Au moment où se construisait le village, les indigè-
nés se sont vus, aux termes des arrêtés, obligés de soumettre au
Médecin de l’hygiène le plan de la maison qu’ils voulaient édifier.
Un exemplaire du plan de chaque maison a été gardé, et tout
immeuble nouvellement construit, à Bassam, a maintenant son
dossier au laboratoire.
L’administration doit s’engager à limiter pour chaque immeu¬
ble le nombre des habitants, ce qui d’ailleurs pourra servir beau¬
coup aux études de statistiques.
Le médecin, lui, aura à se préoccuper de constituer un casier
sanitaire des maisons ; et, il a été demandé à une séance de la
commission d’hvgiène de Bassam, que dans l’avenir, les indigè¬
nes soient tenus à la déclaration obligatoire des décès, et que
l’administration ne donne pas le permis d’inhumer, sans être en
possession du certificat de décès, fourni par le médecin.
L’importance de cette mesure qui peut permettre de dépister une
maladie épidémique, au premier cas, ne peut échapper aux pou¬
voirs publics.
Tel a été cette année à Bassam, l’effort du laboratoire pour la
lutte contre les maladies et l’essai d'amélioration des conditions
d’être générales.
On objectera peut-être que ce qu’a fait le laboratoire manque
d’originalité et n’est qu’une œuvre de vulgarisation ; mais sur
certains sujets peut-on mieux faire qu'imiter? Ce que j’ai cher¬
ché à mettre de réellement personnel dans cette œuvre, c’est le dé¬
sir ardent de faire triompher des idées utiles, ayant la conviction
profonde que la vérité n’est entière que si elle devient secourable
et fleurie d’espérance !
ERRATUM.
Dans le numéro précédent, l’auteur de la note intitulée « La
filariose des oiseaux de la Russie centrale » est M. W. Stefko et
non comme on l’a imprimé par erreur M. Itefko.
— 6i>4 —
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
American journal of tropical diseases, t. I, nos i, 2, 3, 4.
Armais oj tropical medicine and parasitology, t. VII, nos 3 A,
o n
o D •
Archiv fiir Schiffs und Tropen-Hygiene, t. XVII, nos 13, 14,
15, 16, 17, 18, 19, 20, 21.
Archivo da Sociedade de medecina e cirurgia de Sâo Paulo,
t. IV, nos 1 à 5.
Boletim da Sociedade brasileira de dermatologia, t. I, nos 1,
2 2
j o*
British medical journal, nos 2741 à 2758.
Bulletin de la Société Médicale de Vile Maurice, avril, mai, juin
1913*
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de /’ Indochine,
nos 6-7.
Cronica medica de Lima, nos 583 à 590.
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlandsch-Indië, t. LIII,
n° 3.
Indian journal of medical research, t. I, n° 1.
Internationales Centralblatt fiir die Tuberkulose-Forschung,
nGS 9, 10, 11.
Journal of the Royal Army medical corps, t. XXI, nos 2, 3, 4, 5.
Journal of Tropical medicine and hygiene, t. XVI, nos 14, 15,
16, 17, 18, 19, 20, 21.
Mémoirs of the department of agriculture in India, t. II, n° 1.
Memorias do Instituto Osïvaldo Crus, t. V, n° 1.
Philippine journal of science, t. VIII, nor 2, 3, 4 et rapport
pour 1912.
Propaganda antimalarica, 31 août 1913.
Revista de veterinariœ zootechnia, t. III, n0% 3, 4, 5.
Revue scientifique du 12 juillet au 8 novembre 1913-
— 655 —
Transactions of the Society of tropical medicine and hygiene,
t. VI, n° 8 avec table et Year book.
Tropical diseases bulletin , t. II, nos 4, 5, 6, 7.
Tropical veterinary bulletin, t. I, n° 4.
Tunisie médicale, t, II, nos 7, 8, 9.
Yellov fever bureau, t. II, n° 4.
VOLUMES ET BROCHURES.
Australian institute of tropical medicine.
Proceedings of the second sanitarv conférence at Madras, t. II
et IV.
Proceedings of the third meeting of the malaria committee.
Raybaud. — Dix brochures.
Schaumann. — Deux brochures.
Ziemann. — Trois brochures.
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine.
American Society of Tropical Medicine.
Aimais of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archiv für Schiffs und Tropenhygiene.
Archivos de ITygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale df Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Bulletin of the Slceping Sickness Bureau.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands-Indië.
Indian Journal of medical research.
Internationales Centralblatt für die Gesamte Tuberkulose-
Forschung.
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and ITygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science ( B . Medical Sciences).
Revue scientifique.
Sanidad y Beneficencia (La Havane).
Studies from the Zoological Laboratory, The University of Ne¬
braska.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
(Londres).
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Tome VI.
I9I3
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SOMMAIRE DU NUMÉRO io
Séance du 10 décembre 1913
PAGES
Correspondance . 657
Présentation
E. Brumpt. — Précis de parasitologie . 657
Elections . 658
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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ture des médicaments en usage dans les établissements hospi¬
taliers des Colonies Françaises.
Pages
COMMUNICATIONS
J. Bauche et P. Noël-Bernard. — Note sur le surra. d’Indochine à Hué. 690
G. Bourret. — La dysenterie à Hué . 678
J. Brault. — Deux cas d’épithélioma de la lèvre inférieure chez des
femmes indigènes en Algérie . 714
A. Carini et J. Maciel. — Toxoplasmose naturelle du chien . 68 1
H. Cazeneuve. — Ostéopériostite post-mélitococcique . 668
Léon Collin. — Petite épidémie de peste en Nouvelle-Calédonie . . . 660
A. Jannot. — Infection de la souris avec le virus de la leishmaniose
canine naturelle . . . 683
H. Jouveau-Dubreuil. — Helminthiase intestinale et hépatique dans
la population chinoise de 1 chentou . 704
C. Joyeux. — Contribution à l’étude des nodosités juxtaarticulaires . . 71 1
A. Laveran. — Trypanotoxine. Essai d’immunisation contre les trypa¬
nosomes . 693
M. Leger et Ch. Dominici-Urbani. — - Documents relatifs à l’extension
de la mélitococcie en Corse . 673
C. Levaditi et St. Mutermilch. — Recherches sur la production des
anticorps chez les animaux trypanosomiés et traités parle salvarsan 699
E. Marchoux. — Lymphangite à répétition. Discussion . 667
F. Mesnil. — Note sur le nagana de l’Ouganda . 685
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
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kiMtMKt \ BACTÉRICIDE 23.40 / sur le Bacille typhique
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iiAVOW BACTÉRICIDE a lANIOPOL 2°/.
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[mimons Sonlètè de i’ANIOOOI., 32. Bue dee Mathurins. Parie.— SE MÉFIER des CONTREFAÇONS.
AVIS IMPORTANT
EXTRAIT DU RÈGLEMENT
Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt agrès la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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Sixième année
1913
N° 10.
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DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU IO DÉCEMBRE 1 9 1 3 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Correspondance
M. Rieux, élu membre titulaire à la dernière séance, adresse
ses remerciements à la Société.
Présentation
M. Brumpt fait hommage à la Société de la 2e édition de son
Précis de Parasitologie (collection des Précis médicaux de la
librairie Masson.)
Elections
Renouvellement partiel du Bureau et du Conseil
et nomination de la Commission de Contrôle.
Sont élus sur la proposition du Conseil :
MM.
Vice-Présidents :
Louis Martin, Vincent.
Marchoux.
Tendron.
Un Secrétaire Général
Trésorier- A rch iviste :
Secrétaires des Séances:
Joyeux, Levaditi.
Membres du Conseil :
Grade, Jeanselme, pour 4 ans; Wurtz, pour 2 ans.
Comité de Contrôle :
Dyé, Pottevin, Prévôt.
*
* -*
Sont élus Membres titulaires honoraires (par application du
§ 3 des Dispositions transitoires des Statuts et Réglement de la
Société), MM. Granjux, Lucet et Wurtz, membres titulaires.
*
Sont élus :
* *
Membres . correspondants
a) Français
MM.
J. Arlo, Médecin-major de 2e classe des Troupes coloniales;
F. Monfort, Médecin-major de 2e classe des Troupes colo¬
niales ;
O RT h o LAN, Médecin-major de ire classe des Troupes coloniales ;
A. Raybaud, Médecin de la Santé à Marseille, chargé du labo¬
ratoire de bactériologie de la Santé ;
A. Sarrailhé, Médecin-major de 2e classe des Troupes colo¬
niales.
b) Etrangers
J. Bequaert, Entomologiste de la mission belge du Ivatanga;
A. Ci uc a, Chef de Laboratoire à l’Ecole vétérinaire de Buca¬
rest ;
E. D. W. Greig, Central Research Institute, Kasauli, Inde
anglaise ;
Allan Kinghorn, à Mpika, Rhodesia septentrionale ;
L. E. Migone, Professeur à la Faculté de Médecine d’Assomp¬
tion, Paraguay;
D. Roudsky, attaché à l’Institut Pasteur;
R. Row, à Bombay, Inde anglaise;
Creighton Wellman, Professeur à l’Université Tulane, Nou¬
velle-Orléans, Louisiane, Etats-Unis.
*
* *
M. Ch. Das SON VILLE, membre titulaire, étant appelé par ses
fonctions à résider à Orléans, demande à passer membre corres¬
pondant (art. 44 du Règlement).
COMMUNICATIONS
Petite épidémie de peste en Nouvelle-Calédonie
Considérations étiologiques et diagnostiques
Par Léon COLLIN.
Dans mon rapport sur la dernière épidémie de peste de Nou¬
méa — sept. 1912 à janv. 1913 (1) — j’écrivais « Il est désormais
à craindre, sans qu’un nouvel apport de germes soit nécessaire,
que la peste ne réapparaisse chaque année.... »
Le dernier cas de cette épidémie, dont la mortalité fut considé¬
rable, 61,29 %, remontait déjà à 10 mois, lorsque le 18 août je
fus appelé à visiter cinq jeunes popinées, élèves de l’école ca¬
tholique de la tribu canaque d’Azareu près Bourail, tombées ma¬
lades presque en même temps dans la case où elles couchaient.
La singularité de ces premiers cas d’une épidémie de peste, qui
semble aujourd’hui arrêtée mais qui pourrait renaître et se dé¬
velopper pendant la saison chaude, nous semble digne d’être
signalée. La tribu d’Azareu située dans la chaîne, sur le ver¬
sant Ouest, n’a jamais, à notre connaissance, présenté de cas de
peste. Elle est distante d’au moins 20 km. des villages indigè¬
nes de Gondé et de Nérin où 1 1 cas de peste à forme bubonique
furent signalés en décembre dernier. Gondé et Nérin sont sur le
versant Est. En -raison de cette situation géographique, les rela¬
tions avec Azareu sont exceptionnelles. Malgré une enquête mi¬
nutieuse, nous n’avons pu en effet établir comme faits étiologi¬
ques que les suivants: i° Notre première malade E. S. n° 1 s’est
rendue il y a cinq mois à la tribu de Karagreu, voisine de Gondé,
assurant n’en avoir rapporté aucun effet d’aucune sorte; 20 un
pilou-pilou, donné il y a quatre mois dans la tribu de Bouérou
— versant Ouest — ■ put mettre en contact pendant 2 ou 3 jours
(1) Annales d’hygiène et de médecine coloniales, n« 4, 191^.
des canaques d’Azareu avec des indigènes venus pour cette ré¬
jouissance des tribus du versant Est.
Voici le résumé des observations recueillies pendant cette épi¬
démie :
E. S. n° 1, 15 ans, 18 août : fièvre 39°, céphalalgie violente, pulsations
rapides, insomnie, délire intermittent, pétéchies punctiformes rares sur
les bras, le thorax, diarrhée ocre, gargouillements iliaques, aucune adé¬
nopathie, hypertrophie de la rate. Malade depuis 48 heures. A eu au début
deux épistaxis. Du 18 au 22 : aggravation, le 22 au soir la fièvre monte
à 41°1. Arthralgies vives, aucun bubon. A dater du 22 défervescence et
améliorai ion progressive avec cessation delà diarrhée. La malade est revue
le 25 : convalescente.
M. n° 2, 15 ans, malade depuis le 17 au matin. Même état général que
la précédente avec fièvre 41°, pas de diarrhée mais grosse angine érythé¬
mateuse, avec engorgement ganglionnaire cervico-parotidien. Aggrava¬
tion progressive jusqu'au 21 au soir où elle succombe.
F. n° 3. 15 ans environ, malade depuis le 17 à midi. Le 18 : fièvre 38°5,
délire, pétéchies, céphalalgie, ni diarrhée, ni adénopathie. S’améliore
très rapidement. Guérie le 23, sans avoir présenté d’autres symptômes.
J. S. n° 4, 11 ans et E. J. n° 5, 10 ans, forme encore plus atténuée
que n° 3. La première fait une fièvre de 5 jours, la seconde de 2 jours 1/2,
avec le même aspect typhique, adynamie, céphalalgie, insomnie, petit
délire.
Ces cinq malades furent, dès le 18, isolées dans une case spé¬
ciale et soumises à un traitement antityphique: purgatifs salins,
antithermiques, lotions et lavements froids. Les autres élèves
furent désinfectées — peau et vêtements — et gardées en obser¬
vation dans une autre case.
A dater du 25 août, l’épidémie semble terminée. Il semble qu’il
y ait eu là une série d’infections gastro-intestinales subites et
violentes — dans tous les cas la langue était blanche, très sabur-
rale — de nature éberthienne ou colibacillaire, survenues chez
de jeunes élèves d’une même école. Les épistaxis et les signes
gastro-intestinaux relevés chez n° 1, l’absence d’adénopathie
dans presque tous les cas nous inclinait à penser ainsi. Le bubon
cervical relevé chez n° 2, l’adynamie d’emblée très accusée, la
tuméfaction de la rate très nette dans les deux premiers cas lais¬
saient cependant quelques doutes.
10 jours après ces cinq premiers cas, F. n° 3, une de nos
malades retombe brutalement le 3 septembre avec fièvre vio¬
lente, céphalalgie, adynamie... et des adénites sous-maxillaires
et parotidiennes énormes. La mort survient en 30 heures. La
malade avait été gardée en observation. De nouvelles mesures
sévères de prophylaxie sont appliquées : incendie des cases sus¬
pectes, désinfections journalières des indigènes et de leurs habi¬
tations, isolement des élèves du reste de la tribu, mise en quaran¬
taine de la tribu etc. Les échantillons de sang envoyés au labo¬
ratoire ne donnent pas de résultat; la séro-réaction de Widal est
négative.
A nouveau se produit une trêve de 15 jours, puis le 18 septem¬
bre une des élèves isolées L. n° 6, 13 ans 1/2 meurt en 30 heures
de forme foudroyante sans avoir présenté aucun signe évident de
peste, mais hyperthermie violente, céphalalgie très vive, grands
frissons et convulsions, douleurs abdominales et... anurie et vo¬
missements bilieux. Hésitant encore sur le diagnostic, nous en¬
voyons derechef à l’analyse bactériologique sang et mucosités.
Par cultures et injections au cobaye, notre camarade Lebœuf
identifie le bacille de Yersin, cependant que le 25 septembre, une
nouvelle enfant de l’école, isolée et plusieurs fois déjà désinfectée
par bains savonneux et orésylés, lessivage des effets, J. j., n° 74
âgée de 9 ans, meurt en 2 jours avec le même tableau symptomati¬
que que F. n° 3 — bubon cervical.
Des vaccinations, des inoculations préventives sont immédia¬
tement entreprises dans la tribu. L’épidémie semble encore mo¬
mentanément jugulée. Aucune mortalité sur les rats n’a été jus¬
qu’à présent observée. Il est à prévoir qu’avec le développe¬
ment de la saison chaude favorisant l’éclosion des puces et la
dissémination des germes, d’autres cas se reproduiront et se mul¬
tiplieront.
Ces 7 cas paraissent en tous cas curieux et intéressants
comme cas assez atypiques de peste dont 4 à forme septicémique
foudroyante ou légère et 3 à bubons uniquement cervicoparoti-
diens.
Ils sont notables surtout:
i° par leur étiologie assez obscure;
20 par la difficulté qu’a présentée leur diagnostic en raison
des formes atypiques qu’ils ont revêtues: gastro-intestinale ou
septicémique, formes graves de toxinfection rapide avec ou sans
bubon primitif à côté de formes atténuées, abortives et sans bu¬
bon, localisation uniquement cervicale dans les 3 cas où exista
un engorgement ganglionnaire ;
3° par la récidive: de F. n° 3, évidemment anormale et si peu
663 —
en accord avec les principes de la vaccination et de l’immunité
acquise après une première atteinte;
4° par ce que ces faits démontrent une fois de plus toute la
nécessité qu’il y a, en présence de cas d’infections rapides et
foudroyantes, à prélever dès le début, à maintes reprises du sang,
de la sérosité ou des excréta pour arriver le plus vite possible à
déceler le germe pathogène par cultures, séro- réaction s et inocu¬
lations.
Cette nouvelle apparition de la peste en Nouvelle-Calédonie
nous porte à conclure que la maladie paraît être devenue endé¬
mique dans le pays. Comme nous l’avons établi dans notre rap¬
port sur la dernière épidémie de peste de Nouméa, le réveil de
l’endémicité est favorisé par les conditions climatériques spéciales
qui caractérisent l’époque de septembre à décembre en Nouvelle-
Calédonie. Nous pensons qu’il y aurait lieu de mettre en œuvre
désormais, à cette époque précise de l’année, toute la série des
mesures prophylactiques, principalement dans les régions anté¬
rieurement atteintes.
Filariose, lymphangite et
éléphantiasis à la Martinique
Par F. NOC et L. STEVENEL.
La question des rapports de la filariose, de la lvmphangite
endémique des pays chauds et de l’éléphantiasis est encore assez
obscure et l’opinion des médecins et des naturalistes sur le rôle
pathogène des filaires dans la production de l’éléphantiasis exo¬
tique, sur la nature même des filaires incriminées et sur l’inter¬
vention associée de microbes tels que le dermocoque de Le Dan-
tec-Dufougeré, associé ou non à des streptocoques, reste encore
basée sur des faits hypothétiques. Le problème est d’ailleurs dif¬
ficile en raison de la multiplicité des affections qui sont rappor¬
tées à la filariose et sans doute en raison de notre ignorance sur
la biologie des filaires. Nous nous contentons aujourd’hui d’ap¬
porter quelques notes de microscopie clinique comme contribu¬
tion à cette importante question, une étude plus complète per¬
mettant seule d’en tirer les conclusions définitivés.
I. — Sur 4.000 personnes (pour la plupart créoles de couleur
originaires des Antilles) qui se sont présentées au Dispensaire
de prophylaxie de l’Institut d’hygiène de 1909 à 1913, nous
avons constaté 12 fois l’existence d’affections filariennes, c’est-
à-dire d’affections où les symptômes pouvaient être rapportés
avec quasi-certitude à la présence de microfilaires dans les or¬
ganes.
Voici l’observation résumée de ces 12 cas certains de filariose:
1° C. IL, 60 ans, atteint de chylurie depuis 35 ans avec présence de
Microfilaria Bancrofti dans les urines (cas déjà observé avec MM. Simond
et Aubert, Bull. Soc. Pat/i. exol ., 9 juin 1909).
2° S. A., 58 ans, ascite filarienne enkystée. L’histoire de ce malade,
d’un grand intérêt, a été rapportée également à la séance de la Société du
9 juin 1909. Nous pouvons la compléter aujourd’hui. Le liquide de ponc¬
tion de cette ascite enkystée (il y a eu environ 126 ponctions en 27 ans)
renfermait en grand nombre Microfilaria Bancrofti alors que le sang s’est
toujours montré indemne de microfilaires. Une dernière ponction qui eut
lieu en décembre 1911 donna issue à un liquide citrin, légèrement
sanguinolent, qui se coagula rapidement et se montra également riche en
microfilaires. Or, au mois de janvier 1912, alors qu'on s’attendait à voir
l’ascite reparaître et que je me proposais de faire une nouvelle ponction
suivie d’injections salines concentrées, le sujet fut atteint d’une gastro-
entérite avec fièvre qui dura plusieurs semaines et au cours de laquelle
on constata la réduction progressive de la poche filarienne. Peu à peu,
celle-ci se rétrécit, devint dure à la palpation et vint s'étendre en fuseau
dans le ventre sans être douloureuse et sans qu’il en résultât une gêne
quelconque dans les fonctions intestinales. Il y eut plusieurs alternatives
de diarrhée et de constipation, mais ces symptômes se produisirent de
nouveau un mois après et pouvaient être attribués à de l’infection intesti¬
nale. 11 faut noter également un léger œdème du cou-de-pied concomitant
de la régression de la poche et qui dura environ trois semaines.
Les selles diarrhéiques ne montrèrent au microscope aucun œuf de
parasite, aucun organisme spécial.
Le sang prélevé de jour et de nuit ne montra dans la circulation géné¬
rale aucun embryon.
Le séro-diagnostic pour le bacille typhique fut aussi négatif. La for¬
mule leucocytaire montrait une légère polynucléose en rapport avec l’af¬
fection fébrile intercurrente, l’éosinophilie sanguine était de 2,5 p. 100.
S. A. a été revu à plusieurs reprises depuis cette époque, sa santé s’est
maintenue robuste et il se trouve heureux d’être délivré de la perspective
de nouvelles ponctions abdominales.
Il s’agit en somme d’une véritable guérison de l’ascite enkystée, attri¬
buable à la mort des fîlaires adultes. Leur disparition est-elle en rapport
avec l’affection gastro- intestinale qui rappelait une paratyphoïde? Est¬
elle survenue naturellement ? Nous ne pouvons l’affirmer.
3° X., n° 206, atteint d’hématochylurie avec présence de microfilaires à
gaine dans les urines et d’une grande quantité de masses ovoïdes granulo-
graisseuses de dimensions variant entre 8 et 60 y. L’examen du sang de
la nuit n’a pu être pratiqué.
/
4° A. E.. 12 ans, chylurie depuis 18 mois avec présence de Micro filaria
Bancrofti dans les urines. Le sang examiné la nuit renferme également
des microlilaires à gaine(5 ou 6 microf. par préparation). L’ingestion répé¬
tée de thymol à la dose de 1 g. tous les soirs pendant quelques jours n'a
montré aucune action sur le nombre des mierotîlaires du sang ou des
urines.
5° S. D., 60 ans, chylurie depuis de nombreuses années avec présence
de microfilaires à gaine. Pas d’examen du sang de la nuit.
6° de R., environ 45 ans, hématochylurie avec embryons de Filaria
Bancrofti. dans les urines. Pas d’examen du sang de la nuit.
7° E. P., 54 ans, chylurie depuis quelques semaines ; vu un embryon
mort dans les urines, présentant les caractères de M. Bancrofti. Le sang
ne renferme pas de microfilaire.
8° P. S. C., 71 ans. varices lymphatiques des régions inguinale et cru¬
rale des deux côtés, avec hypertrophie ganglionnaire; hypertrophie des
grandes lèvres qui sont molles et couvertes de petites vésicules leur don¬
nant l’aspect chagriné. Des lésions similaires existent au sein droit et aux
alentours du coude gauche La piqûre de ces diverses régions donne issue
. à un liquide séro-sanguinolent qui renferme des microfilaires à gaine.
9° X., n° 562, hématurie avec microlilaires dans les urines.
10° X., n° 723, chylurie avec présence de microfilaires. (Dans les trois
observations qui précèdent le sang n’a pu èlre examiné de nuit).
11° X., n° ' 1 54 1 , chylurie.
microfilaires.
Le sang examiné de jour ne renferme pas de
12° X., n° 2812, chylurie filarienne, sans invasion de sang le jour.
Dans ces deux observations, le sang n'a pu être examiné de nuit.
Une remarque générale concerne ces observations, c’est qu’au¬
cun des sujets ne s’est montré atteint au cours de son affection
ni de crises de lymphangite, ni de poussées éléphantiasiques.
Rappelons également que P un de nous a observé à la Guade¬
loupe un individu atteint de chylurie à Micro filaria Bancrofti
qui a présenté des crises de lymphangite alternant à intervalles
éloignés avec les crises de chylurie (i).
II. Pendant la même période de quatre années, et sur le
même nombre de sujets (4.000), nous avons observé 88 cas de
lymphangite endémique que nous classons provisoirement
comme suit :
Cas de lymphangite aiguë à répétition avec tendance
plus ou moins marquée à l’éléphantiasis . 73
Cas d’éléphantiasis confirmé avec retours fréquents des
accès de lymphangite aiguë . 5
Cas d’éléphantiasis confirmé sans retour des accès de
lymphangite . . . 10
(1) L. Stévekei., Bull. Soc. Penh, exot., n° 5, 1913, p. 357.
— 666 —
Nous avons pu constater avec facilité la persistance de l’œ¬
dème dur et indolore qui succède à l’érythème douloureux de
chaque crise de lymphangite endémique et qui conduit par pous¬
sées successives, lorsque les crises se répètent pendant des an¬
nées, à l’éléphantiasis confirmé des membres, du scrotum ou de
la mamelle. Cependant l’éléphantiasis n’apparaît pas dans tous
les cas, à la suite des crises de lymphangite, ou bien il ne sub¬
siste qu’un œdème très modéré.
Notre petite statistique est forcément incomplète, car un grand
nombre de malades atteints d’éléphantiasis, ayant essayé en vain
loutes sortes de traitements, ne se montrent plus au médecin.
D’autre part, elle ne comporte pas les cas d’éléphantiasis encore
assez fréquents dans la genèse desquels interviennent la syphilis
ou la lèpre par exemple.
Sur ces 88 cas d’affection lymphangitique, le sang de la cir¬
culation générale a été examiné chez 24 personnes le jour seu¬
lement, sans montrer de microfilaire et chez 14 de jour et de nuit
sans meilleur résultat.
III. Nous n’avons pu examiner la nuit que 73 individus
sains, sans lésion apparente de filariose ni de lymphangite et ici,
nous avons constaté 4 fois la présence de Microfilaria Bancrofti
dans le sang de la circulation générale.
Comme on le voit, ces résultats diffèrent notablement de ceux
publiés par W. Dufougeré (i) qui avait constaté 11 fois des
filai res à gaîne et 42 fois Microfilaria Demarquayi chez des élé-
phantiasiques. Nous nous sommes assurés que les microfilaires que
nous avons observées (et qui étaient toujours vivantes à l’excep¬
tion de 2 cas où les urines étaient altérées et les filaires mortes),
présentaient bien les caractères de M. Bancrofti et nous avons
été également frappés de l’absence des microf bâfres chez les
éléphantiasiques, fait qui concorde bien d’ailleurs avec les obser¬
vations de nombreux auteurs, en divers pays.
Une autre remarque s’impose: chez 8 de nos malades, en
pleine crise de lymphangite aiguë, avec fièvre élevée, rougeur,
gonflement douloureux des cordons lymphatiques, des examens
répétés des humeurs de la région atteinte, soit de jour, soit de
nuit, ne nous ont jamais montré de microfilaire et le taux des
(1) W. Dufougeré. L’éléphanf iasis, ses rapports avec la lymphangite endé¬
mique des pays chauds, Paris, Maloine, 1907.
r
— 667 —
éosinophiles était normal ou fort peu augmenté. Dans deux cas,
absence d’éosinophiles.
Le sang d’un individu atteint d’éléphantiasis ancien des deux
jambes a été en outre prélevé au cours de 7 nuits consécutives
sans qu’il y soit rencontré de microfilaire à l’examen microsco¬
pique.
IV. En ce qui concerne le dermocoque observé et cultivé par
Le Dantec et par W. Dufougeré et dont les caractères biologi¬
ques sont bien décrits dans le Manuel de pathologie exotique de
M. Le Dantec, il résulte de nos observations que:
i° on peut isoler assez facilement ce diplocoque du sang des
régions atteintes de lymphangite aiguë chez les malades des An¬
tilles ;
20 l’hémoculture en bouillon faite en partant du sang prélevé
aseptiquement dans une veine du pli du coude chez deux person¬
nes en plein accès a donné deux résultats positifs;
30 la culture en bouillon du suc d’un ganglion hypertrophié
prélevé aseptiquement a montré le même diplocoque;
40 sur les coupes d’un ganglion extirpé dans un cas d’adéno-
lymphocèle consécutive à des crises de lymphangite et un mois
après la dernière crise, on retrouve en grand nombre ce même
diplocoque dans le réseau lymphatique.
Tels sont les quelques faits que nous avons pu réunir sur cette
question des rapports de la lvmphangite et de la filariose. Di¬
verses circonstances nous ont empêchés d’établir l’index endémi¬
que filarien dans les Antilles: nous ne saurions trop attirer l’at¬
tention de nos camarades sur la nécessité de ce travail ainsi que
sur l’étude des filaires adultes que nous n’avons pu jusqu’ici
observer.
(Institut d'hygiène et de microbiologie de Fort-de-France .)
M. Marchoux. — A la consultation qui amène chaque jour à
mon laboratoire un certain nombre de malades coloniaux, j’ai
eu l’occasion de voir 8 cas de lymphangite à répétitions, 3 ve¬
naient de la Guadeloupe, 2 de la Martinique, 1 de la Guyane et
2 de Haïti. Pas plus que M. Noc et quelles qu’aient été mes re¬
cherches, je n’ai pu trouver d’embryons de filaires. Tous ces
malades avaient eu déjà de nombreuses crises, avec lymphangite
aiguë et fièvre élevée. Chaque crise avait laissé comme se-
quelle une augmentation de volume du membre atteint. Ces ac¬
cès se produisent plus rarement en France que dans les pays
chauds. Je n’ai jamais eu l’occasion d’en observer. Il m’a été im¬
possible de faire sur mes malades en crise les examens que j’au¬
rais désiré pratiquer pour tâcher d’élucider l’étiologie de cette
curieuse affection.
M. Vincent. — J’ai eu l’occasion, en 1892, de pratiquer l’exa¬
men bactériologique dans deux cas d’éléphantiasis des Arabes.
L’un d’eux avait été amputé et cet examen en était ainsi rendu
facile. Il n’existait pas de plaie ou d'ulcérations au niveau des
lésions. J’ai isolé, chaque fois, un streptocoque à l’état pur. Ce mi¬
crobe n’était pas pathogène pour la souris, le cobaye ou le la¬
pin. Je n’ai point voulu tirer de conclusion, et je n'en déduis pas
davantage aujourd’hui, de l'examen de ces deux seuls cas.
Ostéo-périostite post-mélitococcique
Par H. CAZENEUVE.
Des ostéo-périostites multiples peuvent apparaître au cours de
la fièvre méditerranéenne.
L’observation suivante en est l’exemple. Elle rapporte â
grands traits l’histoire d’une infection mélitococcique contrac¬
tée au Maroc et insiste plus particulièrement sur les détermina¬
tions osseuses, survenues durant la maladie.
Les accidents ostéo-périostiques de la fièvre méditerranéenne
ont été peu souvent décrits ; ils peuvent être rapprochés des os-
téopériostites typhiques.
Historique. — Le lieutenant C. . . . dont la constitution est très robuste,
n’a présenté jusqu’à 27 ans ni maladies, ni accidents syphilitiques ou blen¬
norragiques.
Il débarquait le 21 avril 1911 à Casablanca et contraclait durant la
marche rapide sur Fez, la fièvre méditerranéenne. Il se rappelle qu’il sta¬
tionna deux jours à Lalla-lto sur le Sébou, dans un douar infecté de crot¬
tins de chèvres, et qu’il but plusieurs fois du lait de ces animaux.
Quelques jours après, il éprouvait un malaise général, de la fièvre, des
frissons et un point de côté apparaissaient. Le 28 mai, il était hospitalisé
à Fez pour une pleurésie gauche, avec épanchement peu aboqdant.
L’épanchement se résorbait spontanément en deux semaines; les signes
- 669 ~
pleuro-pulmonaires disparaissaient progressivement, sans laisser de trou¬
bles fonctionnels.
Cependant malgré l’amélioration de l’état pulmonaire, la température
ne revint pas à la normale. Elle suivit au contraire, à partir du 20 juin,
une marche ondulante. Les ondulations de 8 à 10 jours de durée, étaient
formées d'oscillations quotidiennes, progressivement ascendantes et des¬
cendantes; elles étaient séparées par un ou deux jours d'accalmie. En
septembre, les périodes d’accalmie étaient plus longues, les ondulations
fébriles de plus courte durée. La fièvre tombait définitivement le 15 octo¬
bre, quelques jours après que le malade rentrant en France, eut quitté
Fez.
Les symptômes remarquables de cette période aiguë de l’affection furent
une constipation opiniâtre, des sueurs profuses, des fluxions périodiques
et intermittentes des gaines synoviales du poignet, du cou-de-pied, des
muscles de la patte d’oie ; des algies musculaires, tendineuses, osseuses et
articulaires. Les différents segments des membres, la colonne cervicale,
diverses articulations chondro-sternales subirent plusieurs atteintes sub¬
aiguës. L’affection prenait ainsi la forme d’un rhumatisme chronique
infectieux.
Vers le 20 août, une poussée inflammatoire plus vive se manifestait au
niveau du tiers supérieur de la jambe droite et du tiers inférieur de la
cuisse gauche : gonflement et tuméfaction de la région, peau luisante, ten¬
due, chaude et rouge; douleurs continues, profondes, exagérées par le
moindre mouvement et la pression ; le poids du drap ne pouvait être sup¬
porté. Les tissus peri-articulaires voisins du genou gauche et du cou-de-
pied droit participaient, mais à un moindre degré, à cette réaction. Cette
poussée aiguë s’atténuait en quelques jours. Elle laissait une tuméfaction
au niveau des parties osseuses atteintes. Le malade sentait nettement, fai¬
sant saillie sous les téguments, cette tuméfaction osseuse encore doulou¬
reuse. Elle lui rappelait les surros qu’il constatait parfois sur les canons
des chevaux ; il leur donne cette même dénomination.
L’évolution de ces surros, l’apparition d’exostoses semblables passent
désormais au premier plan dans la symptomatologie de l’affection et lui
imposent une caractéristique spéciale.
Successivement des exostoses se formèrent à la partie inférieure de la
face interne du tibia gauche, sur le rebord externe du plateau tibial droit,
sur la crête tibiale droite, au niveau de l’extrémité sternale de la troisième
et quatrième côtes droites au niveau d’une phalange de la main droite.
Leur apparition était précédée d’une reprise générale des algies muscu¬
laires, tendineuses, osseuses, avec des réactions inflammatoires discrètes
Le malade parvenait ainsi en décembre 1911.
En janvier 1912, le malade en convalescence à Alger, se croyait défini¬
tivement guéri; ses forces étaient revenues, les douleurs avaient disparu,
lorsqu’une nouvelle poussée inflammatoire très vive se produisait au
niveau des régions ossenses primitivement atteintes. Plusieurs articula¬
tions des membres inférieurs participaient à cette fluxion. Après deux
semaines de souffrance, les craintes de suppuration cessaient, les douleurs
s’atténuaient, l’amélioration générale s’affirmait; et le malade constatait
que les saillies osseuses du fémur gauche et du tibia droit avaient subi un
accroissement.
Durant cette crise le sérum du malade agglutinait le Micrococcus meli -
tensis à un taux qui fut déclaré spécifique. Cette réaction fut pratiquée
par M. le médecin-major Hornus.
— 670 —
Le malade reçut line injection de sérum anti-mélitococcique de M. le
docteur Edmond Ssrgent.
De mars en novembre 1912, période durant laquelle nous avons observé
ce malade à Toulon, plusieurs poussées semblables mais cependant de
moins en moins sévères se produisirent. Elles immobilisaient 8 à 10 jours
le malade, et se calmaient par simple repos.
Examen clinique , 25 mai 1912. — Au cours de ces poussées, les
régions osseuses tuméfiées étaient le siège de douleurs vives, exquises, qui
se produisaient spontanément. Elles étaient exagérées par la pression, par
le mouvement et subissaient des exarcerbations nocturnes. Une saillie
oblongue de 8 centimètres de long sur 4 centimètres de large faisait un
relief accusé à la partie supérieure et interne du tibia droit. La peau qui
qui la recouvrait était rose, chaude, œdématiée; les tissus sous-jacents
empâtés, adhérents vers la profondeur. Cette tuméfaction de consistance
dure avait comme substratum une néo-formation osseuse, à large base,
plaquée sur la face tibiale et faisant corps avec elle. Au-dessous, la sur¬
face tibiale présentait un état raboteux et mamelonné; la crête tibiale
était rugueuse.
L’extrémité inférieure de la cuisse gauche n’apparaissait pas déformée.
Sa prise en masse mettait sous la main un fémur régulièrement épaissi
dans son tiers inférieur.
Durant les périodes d’accalmie, les saillies osseuses conservaient une
csrtaine sensibilité qui rendait pénible tout service actif. L'exercice du
cheval était impossible, le port d’une botte molle et large intolérable.
L'examen de plusieurs clichés radiographiques . très obligeamment faits
par M. le médecin de première classe Douarre que nous remercions vive¬
ment, permet de préciser la forme des lésions osseuses. Elles procèdent
d’un processus (Y osièo-perioslose hyper trophian te et sont semblables sur le
fémur et le tibia.
La diaphyse présente un épaississement en forme de virole osseuse plus
haute sur le fémur que sur tibia, plus large sur la moitié antérieure que
sur la moitié postérieure de ces os. Au niveau des parties saines, le
périoste épaissi est séparé de la diaphyse par une ligne d’ombre ; les con¬
tours de l’os deviennent rugueux, flous et estompés. Ils dessinent plu¬
sieurs saillies mamelonnées, dont le tissu de nouvelle formation imprime
sur le cliché une légère opacité. Ces productions osseuses récentes sont
sessiles, larges à leur base et font corps avec la diaphyse. Elles sont sup¬
portées par une couche osseuse compacte et densifiée, qui projette sur le
cliché une ombre renforcée. Une lame de tissu osseux normal, à teinte
plus claire, sépare cette formation osseuse de la cavité médullaire régu¬
lièrement rétrécie.
L examen physique des divers appareils ne révèle pas de phénomènes
anormaux. Seule la rate présente une certaine sensibilité et déborde de
deux travers de doigt le rebord costal. Le foie n’est pas modifié dans
sa forme et dans son volume, les réflexes sont normaux. Il n’y a nulle
part d’hyperthrophie ganglionnaire.
Le malade présente un certain état d’amaigrissement, les téguments
sont pâles et les muqueuses décolorées.
Examen hèmatologique du sang du doigt prélevé par piqûre le 25 mai.
Numération globulaire
Globules rouges . . 4.200.000 par millimètre cube.
Globules blancs. . . . 4.300 par millimèire cube.
F o rm u le leuco cyt a i re
Polynucléaires neutrophiles .... 43 0/0
Polynucléaires éosinophiles .... 2 0/0
Grands et moyens mono-nucléaires . . 43 0/0
Lymphocytes . 12 0/0
Les hématies ont une affinité normale pour les colorants ; le plus grand
nombre ont une forme et une taille normales. On observe quelques héma¬
ties ovalaires, allongées et inégales. Sur aucune lame on ne constate la
présencede cellules normalement absentes du sang circulant.
En résumé : anémie légère, hypoglobulie, hypoleucocytose avec mono¬
nucléose.
Examen bactériologique. — La recherche des Micrococcus melitensis
dans le sang par hémoculture et dans les urines a été négative.
Le sérum dilué au l/30e n’agglutinait pas trois échantillons de Micro¬
coccus melitensis. Mis en contact avec une émulsion préalablement titrée
de ce micobe, il déviait le complément.
Le sérum dilué au 1 /30e n’agglutinait pas le bacille cI’Eberth.
La réaction de Wassermann plusieurs fois répétée a toujours été néga¬
tive.
La recherche de l’hématozoaire du paludisme est restée négative.
E évolution des diverses exostoses se poursuivit favorablement. En
novembre 1912 la plupart étaient insensibles; seules les exostoses plu&
volumineuses du fémur gauche et du tibia droit provoquaient une cer¬
taine gêne et quelques douleurs. Le malade dont l’état général était bon
put suivre une destination coloniale.
*
* *
11 ressort de cette observation que des ostéo-périostites peuvent
se développer au cours de la fièvre de Malte et durant la conva¬
lescence de cette affection.
Leur forme paraît être le plus souvent hyperostosante et plas¬
tique et aboutir par poussées successives à la production d’exos¬
toses et à l’épaississement irrégulier des os.
Ces exostoses bien distinctes des « vraies exostoses ostéogéni-
ques multiples » idiopathiques, distinctes des exostoses trauma¬
tiques, sont au contraire semblables aux <c fausses exostoses ostéo-
géniques » qui relèvent d’une infection.
De même les ostéo-périostites de la fièvre méditerranéenne
paraissent comparables aux ostéo-périostites des maladies infec¬
tieuses et en particulier aux ostéopathies typhiques. Leur évolu¬
tion de longue durée qui procède par poussées successives, leur
siège de prédilection sur la diaphyse des os longs, les vives dou-
leurs qu’elles déterminent sont des caractères communs aux for¬
mes sèches de ces ostéopathies.
La forme plastique, à allure chronique de l’ostéo-périostite
melitococcique rappelle encore les ostéo-périostites hyperostosan-
tes de la syphilis. Dix mois après l’incursus fébrile, le fémur et
le tibia de notre malade présentaient en effet des lésions osseuses
identiques aux « stigmates osseux » syphilitiques : même état
mamelonné de la face interne du tibia, mêmes rugosités sur la
crête tibiale, mêmes exostoses douloureuses avec exacerba¬
tions nocturnes. Le diagnostic n’était guère possible que par
l’anamnèse et les séro-réactions.
Les ostéites hvperostosantes de la fièvre de Malte ont été si¬
gnalées par plusieurs auteurs. Sur 172 méditerranéens observés
par Cantaloube (i) durant l’épidémie de Saint-Martial de Su-
mène, 9 présentaient des lésions osseuses. Toutes ces lésions évo¬
luèrent vers l’hvperostose.
MM. Gillot (2) d’Alger, Phocas (3) d’Athènes, Pieri (4) de
Rome ont cité des faits semblables.
M. J. Brault (5) d’Alger a rapporté l’observation avec autop¬
sie d’un cas de mélitococcie, dont toute l’histoire se résume dans
celle de plusieurs ostéites: ostéites hyperostosantes du fémur et
du tibia, ostéite diffuse du crâne qui entraîna la mort.
M. Vincent. • — Je ferai ressortir, après d’autres, l’inconstance
de la réaction d’agglutination comme moyen de diagnostic de la
fièvre de Malte. D’une part, le sérum de certains malades at¬
teints de tuberculose, de fièvre typhoïde, etc..., agglutine à un
taux parfois élevé le microcoque de Bruce. D’autre part, parmi
quatre cas que j’ai observés d’infection mélitococcique, il en est
deux pour lesquels le diagnostic était hors de doute, en raison
des symptômes morbides et de la marche ondulante de la fièvre
depuis plus d’un an, et chez lesquels le séro-diagnostic était ce-
(1) P. Cantaloube, La fièvre de Malte en France, 1911, Maloine, Paris.
(2) Gillot, Pseudo-coxalgie méditerranéenne. Assoc. franç. pour l’avance¬
ment des sciences, 1908.
(3) Phocas, De la fièvre de Malte au point de vue chirurgical. Assoc. franç.
de chirurgie, XXIIP Congrès, Paris, 3-8 octobre 1910.
(4) Pieri, De la fièvre de Malte au point de vue chirurgical. Assoc. franç.
de chirurgie, XXIIIe Congrès, Paris, 3-8 octobre 1910.
(9 J. Brault, Fièvre de Malte , Ostéite du fémur et du tibia gauches. Vaste
ostéite des os du crâne exo et endo-crânienne, Bulletin de l’Académie de Méde¬
cine, 7 juin 1910, Gazette des hôpitaux, 25 août 1910, p. 1335.
— 673 —
pendant tout à fait négatif. La ponction de la rate a permis d’i¬
soler le M. melitensis. 11 n’y a donc pas lieu d’accorder une im¬
portance trop grande à une séro-réaction négative. Pareille cons¬
tatation est commune dans nombre d’autres maladies infectieu¬
ses, notamment la fièvre typhoïde et les paratyphus.
Le traitement de la fièvre de Malte est fort décevant. J’ai tenté
de soigner un malade par la vaccinothérapie, suivant les princi¬
pes de Wright. Il n’en est résulté aucune amélioration. Mais
les injections de vaccin mélitensien avaient été faites pendant
l’une des phases pyrétiques de la maladie. Il me paraîtrait que
l’on obtiendrait peut-être de meilleurs résultats de la vaccinothé¬
rapie antimélitensienne si, au lieu de pratiquer les injections du
vaccin spécifique lorsque le malade est en période fébrile, on les
faisait, au contraire, dans la phase intercalaire apyrétique qui
sépare deux ondulations thermiques. A ce moment, les symptô¬
mes infectieux sont en rémission ; il existe une sorte d’immunité
partielle qui se traduit précisément par cette apyrexie et l’on
pourrait aider plus judicieusement à la guérison en renforçant
cette ébauche d’immunité par les injections d’antigène.
Documents relatifs à l’extension
de la Mélitococcie en Corse
Par Marcel LEGER et Ch. DOMINICLURBANI.
Nous avons ici-même signalé l’épidémie de Mélitococcie qui a
sévi durant l’année 1912 dans les cantons les plus septentrionaux
de la Corse (1). Il convenait de rechercher si l’importation de la
Fièvre méditerranéenne dans la région du « Cap » était toute
récente, ou si nous avons assisté au réveil d’une maladie depuis
longtemps implantée dans cette partie de notre département insu¬
laire. C’est le résultat de l’enquête, forcément incomplète, à la¬
quelle nous nous sommes livrés que nous nous proposons de faire
connaître, en même temps que nous attirons l’attention sur cer¬
tains faits épidémiologiques dont l’explication reste difficile, et
sur la diffusion actuelle de la maladie dans toute la Corse.
/T) M. Lïïggr et Ch. Dominici-Urbnni, Foyer de Mélitococcie en Corse. Bull.
Soc. Path. exotique , 1912, t. V, p. 657.
47
674 -
La Fièvre de Malte n'est pas nouvellement installée dans le nord
de la Corse. Elle aurait fait son apparition il y a un peu plus de
20 ans et depuis lors manifeste sa présence de temps à autre, tous
les 2, 3, 4 ou 5 ans.
Le docteur Simonpiétri a assisté (communication orale) en 1892
à une épidémie non douteuse de Mélitococcie, qui lui est restée
fidèlement dans la mémoire et qu’il identifia il y a seulement
quelques années lorsque les journaux médicaux signalèrent en
France l’infection à Micrococcus melitensis. Notre vénérable con¬
frère est très précis. Jamais, avant 1892, il n’a soigné d’infections
ressemblant à celle qu’il eut alors l’occasion de voir chez un cer¬
tain nombre de ses clients appartenant aux hameaux de Centuri
(canton de Rogliano) et de Pino (canton de Luri). Lui-même fut
atteint et garda 5 mois une fièvre ondulante, diagnostiquée à l’épo¬
que fièvre tuberculeuse.
Les renseignements du docteur Simonpiétri sont corroborés
par ceux que nous a fournis aimablement le docteur Franceschi,
qui, depuis 30 ans, prodigue ses soins éclairés aux habitants du
canton de Rogliano. L’estimé praticien fait remonter aussi à une
vingtaine d’années l’apparition de la Mélitococcie au Cap Corse.
Il observa dans sa clientèle des fièvres d’allures spéciales, décou¬
rageantes par leur ténacité, leur longue durée et le peu d’action
sur elles de la quinine ou des autres médicaments essayés. Ces
fièvres « indiagnosticables » sévirent certaines années seulement.
En 1902 elles furent nombreuses à Centuri, et le docteur Fran¬
ceschi possède dans ses papiers l’observation succincte de ma¬
lades qui conservèrent une fièvre à ondulations 5 et 6 mois, voire
même 12 et 16 mois.
A partir de cette époque, on retrouve plusieurs épidémies de
Fièvre de Malte, et l’un de nous, qui exerce dans la région depuis
1907, a eu l’attention attirée plusieurs fois sur ces fièvres, sur les¬
quelles au début il ne put apposer aucune étiquette clinique cer¬
taine.
C’est ainsi que, en 1904, le hameau de Poggio, de la commune
de Ersa, fut visité par le mal, pour la première fois très vraisem¬
blablement. Dans la famille F..., par exemple, 5 personnes furent
atteintes presque en même temps. La fièvre revêtit 3 fois la forme
ondulante et 2 fois l’allure rémittente. Deux des malades ressen¬
tirent des douleurs articulaires vives et chez l’une d’elles on pensa
à la coxalgie. La famille F... faisait usage assez fréquent du lait
— 675
des deux chèvres qu’elle possédait, et il avait été remarqué l’état
maladif (mammite, amaigrissement, avortement) d’un des ani¬
maux qui finit par mourir d’épuisement.
Au printemps 1909, à Ersa, 6 malades présentèrent des éléva¬
tions thermiques journalières pendant près de 2 mois (38° 5 le
matin, 3q°5 le soir), avec accompagnement de douleurs articu¬
laires ou sciatiques vives. La même année, à Centuri, la maladie
frappa 3 sujets d’une seule famille; chez deux d’entre eux vinrent
se greffer des lésions de tuberculose pulmonaire.
En 1910 et 1 9 1 1 un certain nombre de cas de la même affec¬
tion ont été observés à Pino. En 1912 a éclaté l’épidémie, que
nous avons relatée, dans les communes d’Ersa, Rogliano, Cen¬
turi et Tomino.
En 1913, il n’y a pas eu de nouveaux malteux dans les mêmes
localités, sauf au hameau de Granaggiolo (Ersa) quoique les trou¬
peaux aient été fortement éprouvés (très nombreuses boiteries,
mammites, kératites, avortements dans une proportion de 80 %).
Par contre la maladie a gagné les communes voisines: Morsiglia,
Luri, Piétra-Corbara.
Un fait épidémiologique est à relever dans T historique de la
Mélitococcie au Cap Corse. Pourquoi la Fièvre de Malte ne s’ins¬
talle-t-elle pas, de façon endémique, dans les localités qu’elle a
une première fois visitées? Comment expliquer le retour des épi¬
démies au bout d’un certain nombre d’années seulement? Les
troupeaux restent, suivant toute vraisemblance, constamment con¬
taminés. Quelle est donc la cause adjuvante qui vient favoriser
l’éclosion de l’épidémie humaine?
* *
L’introduction de la Mélitococcie en Corse coïncide avec l’im¬
portation dans 1 ’ île de chèvres étrangères et en particulier de
chèvres venues de Malte. Ce sont les propriétaires du Cap Corse,
ceux de Centuri surtout, qui auraient songé à faire venir des pays
voisins un certain nombre de caprins dans le but d’améliorer la
race du pays, et c’est vraisemblablement cette partie du Cap qui
a été la première infectée.
L’importation de chèvres de pays où la Fièvre de Malte sévit
à l’état endémique continue encore, mais sur une moins vaste
échelle, le croisement des races n’ayant pas donné les bons résul¬
tats escomptés. Nous devons à l’extrême obligeance de MM. Spas
— 6,6 —
et Serra, inspecteur principal et inspecteur divisionnaire des
Douanes, les renseignements suivants qu’ils ont pu nous pro¬
curer en compulsant les registres de leur Service . Ont été im¬
portés en Corse: en 1898, 5 chèvres; en 1899, 23; en 1900, 48; en
1901, 1 ; en 1902, 51 ; en 1904, 1 ; en 1906, 3; en 1911, 1. Ces ani¬
maux venaient, par ordre de fréquence, d’Italie, d’Algérie, de
Tunisie, d’Espagne, des Indes Anglaises.
Il est certain que ne sont pas seuls infectés les descendants des
bêtes étrangères, qui portent encore malgré le croisement des
caractéristiques de la race originelle. Les caprins corses eux-
mêmes, nous l’avons prouvé, véhiculent le germe de l’infection.
Surveiller l’introduction, d’ailleurs de plus en plus rare, des ani¬
maux étrangers à Elle doit donc, dans une prophylaxie ration¬
nelle, passer au second rang.
*
Si le Cap Corse est depuis une vingtaine d’années un foyer de
Mélitococcie, il ne s’ensuit pas que cette partie de l’île soit la seule
où l’on constate la présence de la maladie.
Kretz (i), dès 1897, a mentionné l’observation d’un médecin
Autrichien qui avait séjourné en Corse durant l’hiver 1896-1897
à Ajaccio, et qui contracta, une semaine avant sa rentrée dans
son pays, une affection fébrile bizarre qui dura 6 mois: tempéra¬
ture élevée, avec rémissions irrégulières et deux périodes apyréti¬
ques intercalaires ; céphalée, lassitude extrême, douleurs rhuma¬
toïdes. Les diagnostics de typhus, paludisme, tuberculose furent
successivement portés. Kretz eut l’idée de faire la séro-réaction
du malade, et trouva une agglutination positive très nette avec le
Micrococcus meliiensis .
Des 6 observations de du Bourguet (2), publiées en 1910, 4 con¬
cernent des militaires de la garnison d’Ajaccio. Les confrères du
chef-lieu, « devant une pyrexie de longue durée, évoluant sous
forme d’accès rebelles à la quinine ou de fièvre continue, sudo-
rale, et à rechutes », incriminaient le microbe de Bruce, mais
du Bourguet fut le premier à apporter la preuve microbiologique
qu’il sagissait de Mélitococcie.
Tout récemment, un nouveau cas de Fièvre de Malte, mortel
(U Kretz, Berliner klin. Wochenschrift , 1897. p. 1078.
(2) Du Bourguet, Bull. Soc. Palh. exotique , 1910, t. JIl, p. 773.
celui-là, contracté à Ajaccio, a été publié par
sine (i).
Bartet et
Defees-
Deux autres malades de du Bourguet s’étaient infectés l’un à
Piana, sur le littoral occidental, à 80 kilomètres au Nord d’Ajac¬
cio ; l’autre à Bonifacio, à l’extrême pointe méridionale de l’île,
dans l’arrondissement de Sartène. Le Sud de la Corse est donc
contaminé; c’est d’ailleurs là, à Sartène même, que le malteux
faisant l’objet de l’observation IV de Séguinaud et Leger (2), a
contracté, sans nul doute, son affection.
La Côte orientale de la Corse n’est pas indemne de Fièvre de
Malte. Le Dr Franceschi aurait observé plusieurs cas, il y a 5 ou
6 ans, dans la plaine d'Arena. En 1910-1911 à Furiani, l’infection a
sévèrement frappé un malade du Dr Thiers (examen du sang
positif fait en Italie). La ville de Bastia compte chaque année quel¬
ques infections mélitococciques. Séguinaud et Leger ont publié
4 cas autochtones soignés en 1912, et ont trouvé dans les archives
de l’Hôpital Militaire des observations, avec courbes thermiques
à vagues ondulations caractéristiques, sur lesquelles mentions
étaient portées de « paludisme », « paludisme avec orchite dou¬
ble », « fièvre typhoïde », sans que ces diagnostics aient reçu la
moindre confirmation ou infirmation d’un examen microbiolo¬
gique. La même année, l’un de nous avec le Dr Zuccarelli a vu
une famille de Bastia, consommant habituellement du lait de
chèvre, dont les 4 enfants avaient contracté en même temps la
Fièvre de Malte (séro-réaction positive à des taux assez élevés).
Depuis lors, nous avons connaissance de cas, confirmés par les
examens de laboratoire, sur la Côte orientale, à Casamosza et à
Folelli (Dr Zuccarelli) et dans l’intérieur de l’île à Carticagi,
près Corté (Dr Zuccarelli) et à Saint-Pierre de Venaco (Dr Car-
lotti). Le dernier malade, berger de son métier, se serait conta¬
miné dans la plaine orientale à Bravone , où il menait paître son
troupeau durant la saison fraîche. C’est au même endroit qu’a
dû s’infecter le gendarme de Fort Aléria que nous a montré en
juin 1913 à l’Hôpital Militaire le Médecin Major Rossignot.
*
* *
Il est de toute évidence que les animaux de race caprine paient
(1) Bartet et Defressine, Bull. Soc. Paih. exotique , 1913, U VI, p. 601.
(2) J. Séguinaud et M. Leger, Bull. Soc. Méd. militaire française , 1913,
t. VII, p. 10.
A
chaque année un dîme importante à la Mélitococcie, bien qu’au¬
cune mention n'en ait été faite avant notre communication signa¬
lant les épizooties du Cap Corse. Les amaigrissements rapides,
les avortements sine causa , les mammites, les boiteries sans lésions
apparentes, avaient été maintes fois remarqués dans certains trou¬
peaux. Les propriétaires réunissaient tous les états pathologiques
sous le nom local de Musinu, et les attribuaient à de l’anémie
consécutive au manque de soins et à une alimentation insuffisante,
principalement durant l’hiver. Durant ces dernières années, la
mortalité par Musinu dépassait dans quelques localités io %, et
les compagnies d’assurances ne voulaient plus assurer les ani¬
maux (renseignements dus à l’amabilité de M. Donati, Profes¬
seur d’agriculture). On comprend sans peine les ravages causés
par la Mélitococcie dans une île qui compte plus de 300.000 ca¬
prins, dont 29.000 pour le seul arrondissement de Bastia.
*
* *
En conclusion, la Fièvre de Malte ne constitue plus en Corse à
l’heure actuelle, de foyers limités. Elle prédomine sans conteste
dans le nord de 1 ’ île, où elle a été importée vers 1890 ou 1892,
mais elle a diffusé dans bien des points du département. L’émi¬
gration périodique des bêtes, qui paissent dans la plaine pendant
l’hiver et grimpent au centre de la Corse pendant l’été, entraînera
forcément un jour ou l’autre l’infection des parties non encore
contaminées. Des mesures énergiques, analogues à celles prises
en Algérie et en Tunisie, mériteraient d’être envisagées, et dans
un avenir le plus proche possible.
La Dysenterie à Hué
Par G. BOURRET.
Du commencement mai au 15 octobre de cette année, j’ai eu
l’occasion d’examiner au Laboratoire de Bactériologie de Hué les
selles de 18 dysentériques dont 15 Européens et 3 Annamites. De
se nombre, 14 étaient atteints de dysenterie aiguë et 4 (quatre Eu¬
ropéens) de dysenterie chronique.
679 —
Chez tous, j’ai trouvé à plusieurs reprises des amibes apparte¬
nant au genre Loschia de Chatton et Lalung-Bonnaire. Dans
sept cas, l’hématophagie de ces amibes m'a permis de les classer
dans l’espèce L. tetra gêna.
Je n’ai observé que trois fois des kystes; ils se rapportaient
à la même espèce. Il s’agissait de deux malades chroniques et
d’en malade aigu en convalescence chez qui il n’avait pas été
constaté d’hématophagie de l’amibe mobile. Cela porte à dix le
nombre des cas où L. tetragena a été déterminée d’une façon cer¬
taine.
J’ai pratiqué des essais d'inoculation au chat par la voie rec¬
tale dans sept cas. Une seule de ces inoculations a été positive,
mais non mortelle. Il s’agissait d’un malade chronique dont les
selles renfermaient de nombreuses amibes mobiles farcies de glo¬
bules rouges. Un autre cas de dysenterie chronique a donné, à un
moment ou il n’a été trouvé dans les selles que des amibes mo¬
biles, une inoculation positive, non mortelle également, sur un
macaque dont les selles examinées la veille ne présentaient pas
d’amibes.
Fréquemment, les amibes étaient associées à d’autres parasi¬
tes: cinq fois, à Blastocystis enterocola , Alexeieff ; quatre fois,
à des flagellés à membrane ondulante ( Trichomonas vraisembla¬
blement) ; une fois, à un infusoire de petites dimensions (7 à 8 y
de diamètre) resté indéterminé et une fois à des œufs d’ Ascaris
lombricoides.
J’ai recherché les bacilles dysentériques, par le procédé de l’iso¬
lement sur gélose lactosée tournesolée, dans six cas, dont deux
chroniques et quatre aigus.
J’en ai trouvé dans les selles d’un enfant Annamite de 5 ans
atteint d’une dysenterie aiguë assez intense depuis quatre jours
et chez lequel le Dr Guillon, médecin-traitant à l’Hôpital de
Hué à qui j’adresse mes vifs remerciements pour son obligeance,
avait remarqué une allure un peu particulière de la dysenterie :
fièvre élevée 390, 39°5 pendant plusieurs jours et inefficacité
presque absolue de l’émétine.
Le bacille isolé, en très grande quantité dans le mucus intes¬
tinal et qui s’y trouvait assicié à L. tetragena et des flagellés
nombreux, a tous les caractères des bacilles du type Shjga-
Kruse. C’est un bâtonnet de 1 à 3 y, assez trapu, immobile, dé¬
pourvu de cils, ne prenant pas le Gram.
— 68o —
Il cultive abondamment dans les milieux habituels; en don¬
nant une très légère odeur spermatique: bouillon (trouble uni¬
forme avec ondes moirées d’abord, puis dépôt glutineux au fond
et collerette adhérente à la partie supérieure du liquide), gélatine
(culture mince, opaline, à bords irréguliers, pas de liquéfaction),
gélose (culture mince, translucide, blanche opalescente, humide,
à bords légèrement découpés). Il donne sur pomme de terre un
loger glacis humide, vermissé ; il pousse en bouillon phéniqué à
0,75 P* 1000; il ne produit pas d’indol en eau peptonée ; il ne
coagule pas le lait,; il ne change pas la couleur de la gélose lac-
tosée, maltosée ou mannitée au tournesol ; il ne fait pas virer le
bouillon de Savage glucosé au rouge neutre.
Il ne pousse pas sur les milieux vaccinés par le bacille de
Ivruse ou de Flexner ; il est agglutiné à 1/40® par un sérum anti-
Ivruse agglutinant ce bacille au même taux.
Il n'est agglutiné à aucun titre par un sérum anti-FLEXNER (i)
agglutinant ce bacille à 1/500.
En injection sous-cutanée, à la dose de 1 cc. de culture en
bouillon de 24 heures par kg. d’animal, il a tué deux fois sur
deux le lapin en 48 heures, en produisant des troubles et des
lésions caractéristiques : diarrhée profuse et paraplégie des mem¬
bres antérieurs; congestion intense du gros intestin et de l’intes¬
tin grêle, du mésentère et de l’estomac, suffusions hémorrhagi¬
ques en placards sur la muqueuse du gros intestin. Chez le co¬
baye ,il n’a, à la même dose et par la même voie, déterminé
d’autre trouble qu’une fièvre passagère et peu intense.
Ce bacille doit donc s’identifier au bacille de Shiga-Kruse.
La présence du bacille dysentérique en Annam n’a au reste plus
de quoi surprendre après la découverte qu’en ont faite récem¬
ment, au Tonkin, Gauducheau (2) et, en Cochinchine, Denier
et Huet (3).
La recherche du bacille dysentérique pratiquée à deux reprises
sur le dépôt laissé à la surface d’une bougie en porcelaine de
500 cc. d’eau de la rivière et deux fois sur le très léger dépôt
(1) Ces sérums ont été obtenus en immunisant des lapins à l’aide de bacil¬
les Kruse et Flexner envoyés obligeamment de l’Institut Pasteur de Saigon
par le Dr Denier que j’en remercie.
(2) Gauducheau, Le bacille de la dvsenterie épidémique à Hanoï, Bul. de la
Soc. médico-chirurgicale de V Indochine, 1911, no 9, p. 691-698.
(g) Denier et Huet, La dysenterie à Saïgon. Bul. Soc. path. exot., 1912,
p. 263 et 1913, p. 413.
laissé par la filtration de 5 litres d’eau de conduite, est restée
négative. L’eau de la conduite est celle de la rivière livrée à la
consommation après épuration par une installation filtrante à
sable submergé.
J’ai recherché également en vain, l’amibe dysentérique ou ses
kystes, pour l’eau de la rivière deux fois dans le dépôt laissé par
la filtration de 500 cc. de cette eau et dix fois dans le culot de
centrifugation de 10 cc., et pour l’eau de conduite, 15 fois dans
le dépôt laissé par la filtration de cinq litres.
Sous les réserves qu’il convient de faire à propos de toutes
les recherches négatives, ces faits sembleraient indiquer qu’il
faut accorder, dans l’étiologie de la dysenterie, une grande im¬
portance à d’autres facteurs que l’eau de boisson. Parmi ces fac¬
teurs, il en est un, trop négligé jusqu’ici, qui paraît a priori
devoir jouer un rôle considérable, c’est la dissémination des ger¬
mes par l’emploi, très courant en Indochine, de l’engrais humain
dans la culture maraîchère.
( Travail du laboratoire de Bactériologie de V Annam).
X
Toxoplasmose naturelle du Chien
Par A. CARINI et J. MACIEL.
Depuis que Mello (i) de Turin a fait connaître, en 1909, le
premier cas de Toxoplasmose naturelle chez le chien, seulement
trois autres cas ont été observés jusqu’à présent. Deux furent ren¬
contrée à Sâo Paulo, Brésil [Carini (2), Migliano (3)], l’autre
en Allemagne (Yakimoff) (4).
Mello et Migliano n’ont pas cherché à reproduire l’infection
et n’ont pas pratiqué d’inoculations chez les animaux de labora¬
toire ; celles qui ont été faites par Yakimoff n’ont pas donné de
résultats, probablement parce que le matériel inoculé provenait
(1) Mello, R. Soc. e. Acad. Veter. Italiana, II, 12, 1909 et Soc. Path.
exot., 8 juin 1910.
(2) Carini, Soc. Path. exot., II, octobre 1911.
(3) Migliano, Brapl-Medico , 15, Juillet 1912.
(4) W.-L,. Yakimoff et N. Kohl Yakimoff, Soc. Path. exot., 8 nov. 1911.
682 —
d’un chien autopsié deux jours après sa mort. Seul, Carini, en
inoculant l’émulsion d’organes de son chien, a réussi à reproduire
expérimentalement la maladie chez les pigeons, les lapins et un
tout jeune chien. Carini a cru d’abord que le toxoplasme par
lui rencontré chez le chien était différent de celui de Mello,
lequel, d’après les indications de l’auteur, aurait dû être de beau¬
coup plus petit; plus tard Carini a su, par communication ver¬
bale de M. Mello, qu’il s’était trompé dans ses mensurations.
Le toxoplasme observé par Mello ne diffère donc en rien de
celui observé par Carini au Brésil et par Yakimoff en Allema¬
gne. La toxoplasmose du chien d’Europe est donc la même que
-celle d’Amérique. Carini, n’ayant pas noté de différences ni
•dans la morphologie, ni dans le pouvoir pathogène, entre le toxo¬
plasme isolé du chien et les T. cuniculi et columbæ, est d’avis
qu’il s’agit du même parasite, pouvant déterminer une infection
naturelle chez le chien, le lapin et le pigeon.
*
*•
Dans ces derniers mois, nous avions, dans notre chenil de l’Ins¬
titut Pasteur, plusieurs chiens, qui nous servaient pour des expé¬
riences sur le (( nambiuvû », une maladie des chiens encore peu
étudiée et déterminée par un parasite très voisin des piroplasmes.
Deux chiens qui avaient été inoculés quelque temps auparavant
avec le virus de cette dernière affection, ont succombé et ont mon¬
tré à l’autopsie,* dans les organes, de nombreux toxoplasmes,
tandis que les parasites du nambiuvû faisaient défaut. Les deux
chiens en question étaient nés à l’Institut, ils étaient âgés de quel¬
ques semaines, et sont morts à 15 jours d’intervalle.
A l’autopsie de ces deux petits chiens, pratiquée tout de suite
après leur mort, nous avons noté un léger exsudât séreux dans les
cavités thoracique et abdominale ; les poumons présentaient des
foyers de pneumonie; le foie et les reins étaient très hypérémi-
ques.
Les toxoplasmes étaient spécialement nombreux dans les pou¬
mons, mais se renconl raient aussi dans le foie, les reins, la moelle
osseuse, la rate, etc.
Avec une émulsion des organes de chacun des chiens, nous
avons injecté avec succès d’autres jeunes chiens et des pigeons.
Les chiens très jeunes sont fort sensibles et contractent une
— 683
\
infection très sévère qui les tue en 8-12 jours. A l’autopsie on
trouve les mêmes lésions que celles de l’infection naturelle.
Les chiens adultes résistent presque toujours, même après
injection d'assez grandes quantités de virus.
Les pigeons inoculés sont aussi morts en 12-19 jours, comme
s’ils avaient été infectés avec le Toxoplasma cuniculi. Chez les
pigeons nous avons déjà réalisé plusieurs passages et nous avons
parfois observé l’existence, déjà signalée antérieurement par l’un
de nous (1), d’un assez fort œdème des paupières et du cloaque,
avec présence de très nombreux toxoplasmes dans le tissus œdé¬
mateux.
Chez nos chiens morts, soit d’infection naturelle, soit après
inoculation, et chez les pigeons, la morphologie du parasite ne se
différencie en rien de celle des Tox. cuniculi et columbœ. Et puis¬
que le Tox. canis et le Tox. cuniculi présentent aussi le même
pouvoir pathogène, il nous paraît fort douteux qu’on puisse*con-
tinuer à les considérer comme des espèces distinctes.
( Institut Pasteur de Sâo Paulo, Brésil).
Infection de la souris avec le virus
de la leishmaniose canine naturelle
Par A. JANNOT.
MM. Laveran et Pettit (1909) ont montré les premiers que la
souris blanche était sensible à l’inoculation du virus du Kala-
Azar tunisien.
Dans une série ultérieure d’expériences, M. Laveran (1912)
sur 26 souris inoculées a observé 4 fois une infection généralisée
forte, 4 fois une moyenne, 13 fois une faible. M. et Mme Yakimoff
ont confirmé ces résultats. L’infection peut persister longtemps
(jusqu’à 138 jours chez une des souris de M. Laveran); toutefois
un tel fait est exceptionnel et la guérison, après 1 à 2 mois, la
règle.
Les passages par souris sont difficiles et s’arrêtent vite. Repre-
O Carini, Bull. Soc. de Pat. exot., 1909, p. 467.
— 68 1 —
nant ces expériences avec le virus du Ivala-Azar indou, Row
(1912) a observé des faits identiques.
Il était intéressant de répéter ces essais en employant le virus
de la leishmaniose naturelle du chien. C’est ce que nous avons
fait.
Le 5 septembre, nous inoculons, par voie péritonéale, avec un mélange
de la moelle osseuse de deux chiens de la fourrière de Tunis infestés natu¬
rellement, les deux souris 1 et 2.
Souris 1. — La présence de Leishmania nombreuses a été constatée par
ponctions péritonéales pendant la vie, les 13 et 16 septembre.
L’animal, sacrifié le 19 septembre (14e jour), montre une hypertrophie
notable de la rate, légère du foie, pas d'épanchement péritonéal. Sur les
frottis, on trouve des Leishmania nombreuses, englobées ou libres et en
voie de multiplication dans la sérosité du péritoine et dans le foie. La rate,
la moelle osseuse n’en montrent pas, mais la culture sur milieu NNN de
la pulpe splénique (pratiquée à travers la capsule après stérilisation de
celle-ci) est positive.
Trois souris (b, 6, 7), deux rats, deux gerboises, deux mériones
(M Shawi) ont été inoculés dans la cavité péritonéale avec le foie de la
souris l . Sacrifiée 24 jours plus tard, la souris 5 a montré la présence de
Leihsmania dans la sérosité du péritoine, pas ailleurs ; mais la rate a
donné une culture positive. Résultats entièrement négatifs (frottis et cul¬
tures) sur les deux autres souris sacrifiées au 35e jour, les deux rats (24e et
35e), les deux gerboises (25e et 35e), les deux mériones (même date).
Aucun passage n’a été tenté avec la souris 5.
Souris 2. — La présence des Leishmania a été constatée par ponctions
péritonéales pendant la vie les 13, 16 et 25 septembre.
L’animal, sacrifié le 3 octobre (28e jour), montre une rate hypertro¬
phiée, un foie normal, pas d’épanchement dans le péritoine. Sur les frot¬
tis, on trouve des Leishmania nombreuses dans la sérosité péritonéale ; le
foie et la moelle osseuse en présentent aussi; leur recherche est négative
sur les lames de rate et de foie, mais en culture la pulpe splénique donne un
résultat positif.
Des passages ont été faits avec le liquide péritonéal, pendant la vie, aux
souris 3 et 4 et avec le foie, après la mort, aux souris 8, 9, 10 et à
deux rats blancs.
Sacrifiées les 21e et 41e jours de l’inoculation, les souris 3 et 4 étaient
indemnes ; cultures négatives des organes. Il en a été de même des souris
9 et 10 et des deux rats sacrifiés ensemble le 48e jour. Seule, la souris 8
montre au 25e jour, lorsqu’on la sacrifie, la présence de Leishmania dans
la sérosité péritonéale ; les parasites sont absents des organes et les cultu¬
res négatives.
Il n’a pas été fait de passages avec la souris 8.
Ces expériences montrent qu’on peut réaliser chez la souris
blanche des infections généralisées de moyenne intensité par
l’inoculation péritonéale du virus de la leishmaniose naturelle
du chien et qu’un passage au moins de souris à souris est pos¬
sible.
.s--,,
— 685
Sur ces points, il y a identité de résultats entre ce virus et celui
du Kala-Azar humain (tunisien ou indou).
( Institut Pasteur de Tunis).
Sur le Nagana de l’Ouganda
Par Félix MESNIL.
On désigne sous le nom de nagana de l’Ouganda une maladie
produite par un virus isolé en 1909 du sang d’un bovidé par
Bruce, Hamerton, Bateman et Mackie, virus que ces auteurs,
après une étude morphologique approfondie, ont identifié au
Tr. brucei, Plimmer et Bradford, 1899, virus type du naga¬
na (1).
Bruce et ses collaborateurs ont étudié le virus de l’Ouganda
dans le sang d’animaux sensibles variés ; ils l’ont comparé au
virus que Bruce avait découvert 15 ans auparavant au Zoulou-
land, tel qu’il se présente dans les lames de sang de cette époque,
Colorées à la fuchsine phéniquée. D’excellentes figures de Lady
Bruce des diverses formes de ces trypan. sont données (on peut
se rendre compte en particulier que le flagelle est parfaitement net
dans les vieilles préparations à la fuchsine). Les auteurs ont
mis en évidence le polymorphisme des deux trypan. comparés et
ont obtenu des tracés biométriques assez voisins pour pouvoir
conclure à l’identité morphologique des virus.
Tout récemment, Stephens et Blacklock (2) ont repris cette
comparaison sur les mêmes bases morphologiques. Ils sont d’avis
que le Tr. brucei, virus type du nagana, tel qu’il existe dans les
laboratoires et tel qu’il existait déjà au temps où Plimmer
et Bradford l’étudiaient, est une espèce monomorphe (les for¬
mes trapues, sans flagelle libre, sont exceptionnelles), différente
à cet égard du trypan. polymorphe de l’Ouganda.
Les savants de Liverpool ont insisté sur la contradiction entre
(1) Bruce, Hamerton, Bateman et Mackie. Proc. Roy. Soc., B, t. LXXXIII,
1910, pp. 1-14.
(2) Stephens et Blacklock, Proc. Roy. Soc., B, t. LXXXVI, 1913, pp. 187-
J91.
— 686
les observations de Bruce de 1894-1896 et celles des autres sa¬
vants concernant le trypan. du Zoulouland. Ils penchent vers la
supposition que Bruce a travaillé au Zoulouland avec un trypan.
différent de celui apporté en Angleterre. Mais ils admettent aussi
comme possible que ce dernier était dimorphe à l’origine, soit
parce qu’il comportait un mélange de deux espèces, dont la forme
trapue a disparu plus tard, soit parce qu’une espèce dimorphe
peut se transformer en monomorphe (1). Sans trancher autre¬
ment la question, Stephens et Blacklock concluent à une diffé¬
rence spécifique entre le Tr. brucei (nom créé pour désigner le
virus transporté en Angleterre) et le trypan. de l’Ouganda pour
lequel ils proposent le nom de Tr. ugandce .
L’introduction de la biométrie dans l’étude des trypan. est un
progrès incontestable, car, comme l’ont fort bien dit Stephens
et Fantham, elle donne une expression graphique correcte à ce
qui, autrement, n’est qu’une impression. Mais il est connu
maintenant que le même trypan. présente, au point de vue de la
variété des formes, des différences importantes suivant l’animal
infecté (on a recommandé le rat comme animal étalon pour ces
études de biométrie), suivant la période de l’infection, et, j’ajou¬
terai, suivant le nombre de passages par petits animaux de la¬
boratoire qu’il a subis. J’indiquerai seulement ici, — comptant
y revenir prochainement, — que le virus de l’Ouganda que je
suis depuis avril 1911 (2), paraît en voie de perdre ses formes
courtes et trapues.
Il était donc utile de soumettre les deux virus dont l’identité
est en litige à d’autres critériums biologiques. L’intérêt de la
question est considérablement augmenté du fait que sir David
Bruce et ses collaborateurs du Nyassaland sont de plus en plus
partisans de l’identité du Tr. brucei (au sens large qu’ils lui
attribuent) et du Tr. rhodesiense. La ver an a examiné cette ques¬
tion ici-même, à la séance de mai dernier, d’un point de vue cri¬
tique et il a rappelé ses expériences montrant que deux moutons
ayant l’immunité active pour le nagana (var. ferox) sont aussi
sensibles au Tr. rhodesiense que des moutons neufs.
(U Dans un de ses mémoires récents, la Commission que sir David Bruce
préside au Nyassaland a fait connaître que Tiïeiler a recueilli au Zoulouland,
au point même où Bruce découvrit le nagana en 1894, un virus polymorphe
dont certaines formes trapues présentent un noyau postérieur.
(2) Je dois ce virus à l’obligeance du laboratoire de recherches de l’ Frôle de
Médecine tropicale de Liverpool, à Runcorn.
687 —
Dès septembre 1911, nous avions institué les expériences sui¬
vantes (1): 3 caprins sont inoculés l’un du trypan. de l’Ouganda,
l’autre du Tr. brucei type, le 3e du nagana ferox, dans le but de
comparer les deux premiers virus, et, accessoirement, de mettre
en évidence les affinités du nagana ferox et du nagana type.
Disons de suite que les deux premiers caprins ont succombé à
leur infection et ne nous ont, par conséquent, permis que des
expériences d’immunité passive croisée; le troisième seul a guéri,
non seulement de son infection à nagana ferox, mais encore
d’une infection à nagana type (ou infection mixte?) C’est donc
ce seul caprin qui nous a permis d’employer, pour établir l’iden¬
tité du virus de l’Ouganda, la méthode basée sur l’immunité
active.
Voici l’observation résumée des 3 caprins.
1. — Bouc et Virus de l’Ouganda
Histoire antérieure. — Bouc S a été infecté le 20 novembre 1007 avec
T. togolense. Infection d’une durée de b mois environ. Réinoculations
négatives le 31 juillet et le 18 novembre 1008.
Inoculation le 30 janvier 1000 avec surra de l'Inde. Infection d’une
durée de 5 mois environ. Réinoculation négative le 11 mai 1911.
Infection de C Ouganda. — Le 4 septembre 1011, le bouc, qui pèse
42 kg., reçoit sous la peau 1 cm3 d'une dilution de sang de souris infectée
de nagana de l’Ouganda. II contracte une infection qui dure 20 mois 1/2,
jusqu’à la mort, ainsi qu’en témoignent les faits suivants :
1 souris inoculée avec son san^ le 14-9-11
2 — - 19 9-1 1
2 — — 2-12-11
2 — — 13-1-12
2 - — 4-3-12
1 chien — 1 3-4- 1 2
— — 28-3 12
— 5-7 12
— — 23 9-12
— — 5 11-12
_ _ 2-12-12
— — 10-1-13
— — 28-3-13
— — 14 5-13
meurt infectée le 4-10-11
— 30-9-11
— 20 et 15-12-11
— \ 2 et le 4-2-12
ne s’infectent pas
meurt infecté le 7 5-12
— 3-7 1 2
— 29 7-12
— 21-10-12
►I« non infecté le 29-11-12
^ infecté le 11 12-12
— 29-1-13
— 125-4 13
— 23-5-13
L’examen microscopique du sang du bouc, poursuivi pendant près d’un
mois et demi, avait toujours été négatif ; il en a été de même pour les
2 chèvres suivantes.
Le bouc meurt le 20 mai 1013. Son poids, qui avait monté jusqu’à
50 kg. en mai 1012, et qui était encore de 45 kg. en janvier 1913, n’était
plus que de 30 kg. après la mort. Rate P = 74 grammes.
IL — Chèvre et Nagana
Une chèvre J qui a déjà passé par une infection de surra, qui en a
(1) Je remercie les Ors Ringenbach, M. Leger et M. Blanchard de la colla¬
boration qu'ils m’ont successivement prêtée dans ces expériences.
'
— 688 —
guéri, et avait encore l’immunité deux ans après la guérison, est inoculée
le 4-9-11 avec nagana du Zoulouland (1 cm1 2 3 sang dilué de souris de pas¬
sage à trypan. nombreux).
Souris inoculée avec 1/2 cm3 sang le 14-9-11 meurt infectée le 22-9-1 1
— — 24-10-11 — 31-10 11
- — 2-12-11 — 9-12-11
2 souris — 13-1-12 ne s’infectent pas.
Un chien inoculé le 6 février avec 30 cm3 de sang, n’était pas encore
infecté le 1 2 mars.
Vers le 20 février 19 12, la chèvre paraît malade. Pourtant sa tempéra¬
ture est normale. L'examen direct du sang ne révèle pas de trypan. De
2 souris inoculés avec 1/2 cm3 de sang le 6 mars, une seule s’infecte (mort
le 22).
La chèvre succombe cachectique le G mars 1912 (1). Pas de lésions à
l’autopsie. La rate, petite, ne pèse que 37 grammes.
lit. — Chèviie et Nagana
Chèvre grise inoculée le 4-9-1 1 avec nagana ferox (1 cm3 sang dilué de
souris infectée sous la peau). Souris inoculées avec son sangle 14-9-11, le
24-10-11, le 2-12-11, le 13 1-12, le 4-3-12, s’infectent; celles du 13-4-12
restent indemnes; un chien fait avec 30 cm3 le 1er mai ne s’infecte pas.
Héinoculée le même jour (1er mai) avec le même nagana ferox, la chè¬
vre se réinfecte, car un chien fait le 28 mai, montre des trypan. le 15 juil¬
let et meurt le 30.
Getle infection ne s'étant produite que très tardivement, la chèvre avait
été considérée comme immunisée et réinoculée le 12 juillet 1912 avec le
nagana ordinaire Zoulouland type. Des chiens faits le 30 juillet, le 23 sep¬
tembre, le 5 novembre, se sont infectées assez rapidement et ont suc¬
combé.
En revanche, 1 chien fait le 23 décembre et un autre le 28 mars ne se
sont pas infectés (2).
A partir de décembre 1912, la chèvre peut être regardée comme guérie
du nagana Héinoculée le 1 l juin 1913 avec le même nagana type, elle ne
s’infecte pas, car deux souris faites le 18 juin, un chien fait le 1er juillet,
suivis pendant longtemps, ne présentent pas d’infection.
On a donc le droit de conclure à une immunité pour ce na¬
gana.
El preuve Ouganda. — En conséquence, la chèvre est réinoculée le 8 sep¬
tembre 1913 sous la peau de l’oreille avec 1 cm3 sang dilué de souris de
passage nagana Ouganda. Elle contracte une infection sévère qui se ter¬
mine par la mort le 9 novembre, c’est-à-dire au bout de deux mois.
Des souris, inoculées chacune avec 1/2 cm3 de sang de la chèvre, s’in¬
fectent et succombent assez rapidement :
Celles du 17 septembre succombent le 2 et le G octobre.
Celles du 6 octobre succombent le 22 et le 24 octobre.
Celles du 29 octobre succombent le 11 et le 12 novembre.
(1) Laveran et Mesnil, dans leur Traité, notent que, sur io caprins ino¬
culés par eux de nagana, 7 ont succombé à l’infection.
(2) De cette expérience, on ne peut rien conclure au sujet des relations du
nagana ferox avec le nagana type, puisque la chèvre n’était pas complètement
guérie du premier virus quand on lui a inoculé le second.
- 689 —
Un cobaye, inoculé le 20 septembre avec 10 cm3 de sang, est infecté le
ler octobre et succombe le 31.
Dès le 15 septembre, la chèvre a présenté de la fièvre et la température
n'a cessé jusqu’à la mort d’osciller entre 38°6 et 40°.
La dernière quinzaine, l’animal paraissait fatigué et cachectique. Si
l’on compare son observation à celle du bouc (v. ci-dessus), il ne saurait
subsister aucun doute que l’animal n’avait aucune immunité pour le virus
de l’Ouganda.
En appliquant la règle que nous avons posée, M. Laveran et
moi, dès le début de nos recherches en trypanosomiases, on doit
conclure que le virus de l’Ouganda, dénommé nagana, . est dif¬
férent spécifiquement du nagana.
Les 3 caprins dont je viens de retracer l’histoire ont été sai¬
gnés un grand nombre de fois, et leurs sérums essayés sur le
trypan. homologue et les 2 trypan. hétérologues. Chaque sérum
était mélangé à chaque trypan. à la dose de 3/4 cm3 (ou moins
quand il s’agissait du trypan. homologue), et le mélange injecté
dans le péritoine de la souris.
Le sérum du bouc infecté du trypan. de l’Ouganda n’a pro¬
tégé qu’une fois contre les trypan. du nagana, alors que le bouc
était à la fin de sa vie ; dans tous les autres cas, la survie sur les
témoins était nulle. Inversement les sérums des 2 chèvres n’ont
pas protégé contre le trypan. de l’Ouganda, ou bien les survies
ont été très faibles (ce qui peut s’expliquer par le fait que le virus
de l’Ouganda n’est pas encore complètement fixé pour la sou¬
ris) (1). Lorsque la chèvre III a été infectée avec ce virus, son
sérum est devenu protecteur.
Notons incidemment que les réactions d’immunité passive croi¬
sée entre nagana et nagana ferox ont été en général positives,
ce qui est en faveur de la thèse de l’identité de ces 2 virus.
Les faits d’immunité passive corroborent donc la conclusion,
tirée de notre expérience d’immunité active, que le virus de
l’Ouganda est différent du nagana. Ce virus devra donc être
comparé au Tr. rhodesiense indépendamment du Tr. brucei.
U) En avril 191 1, le virus que nous recevions sur rat, tuait la souris en 5 à
22 jours ; en septembre-octobre 1911, en 5 à 13 j (moyenne 9) ; en septembre-
octobre 1912, en 7 à 14 j. (moyenne 11 j); en septembre-octobre 1913 en 6 à
10 j. (moyenne 7,5); ces derniers temps, la virulence a rebaissé et certaines
souris ont résisté 13 jours.
48
— 690
Notes sur le Surra d’Indo-Chine à Hué
Par J. BAUCHE et P. Noël BERNARD.
I. — Quelques particularités de la maladie naturelle.
La trypanosomiase des chevaux de l’Annam a été différenciée
du Surra de l’Inde par les travaux de Laveran et Mesnil. La-
veran en 1911 a donné à son agent le nom de Trypanosoma an-
namense. Elle se manifeste tous les ans à des époques variables
à Hué (Annam), où elle sévit à l’état enzootique sur les chevaux,
les bœufs, les buffles et les chiens. Ses caractères répondent aux
descriptions données par J.-J. Vassal (i) et H. Schein (2).
H. Schein a insisté sur le rôle joué par les ruminants comme
réservoirs de virus. Sur cinq cents bœufs, conduits à l’abattoir
en bon état de santé, nous avons trouvé à l’examen direct du sang
six animaux porteurs de Trypan. annamensc (soit 1,2 %). Les
résultats ont été négatifs sur 89 buffles examinés dans les mêmes
conditions.
Sur 300 chiens, infectés par Dirofilaria repens dans la propor¬
tion de 30 %, un seul présentait des trypanosomes. Deux ou trois
de ces animaux sont amenés chaque année à la consultation vété¬
rinaire pour trypanosomiase. Ils succombent tous en un mois
environ.
Nous avons observé que les chevaux trypanosomés ont tou¬
jours séjourné au moment de leur infection dans des endroits mal
défrichés, broussailleux ou boisés.
Au cours de deux épizooties dont la première a entraîné 9 morts
sur 48 bêtes, la seconde 100 morts sur 200 bêtes, tous les chevaux
recevaient les mêmes soins' dans des écuries voisines d’étables à
bœufs. Les lots de chevaux envoyés au pâturage dans les endroits
boisés ont fourni tous les malades. Les lots de chevaux nourris
sur des pâturages débroussaillés, ne sortant que la nuit ou pen¬
dant les journées fraîches sans soleil, maintenus à l’écurie pen¬
dant les heures chaudes, sont restés absolument indemnes.
h) L-J. Vassae. Trynanosomîa^e des chevaux de 1’/ nnam. Annales de l’Ins¬
titut Pasteur , 1906. r. XX, p. 256.
(2) H. Schein, Annales de V Institut Pasteur, 1907.
- 691 —
Il a suffi de rechercher méthodiquement les élévations thermi¬
ques des animaux, d’isoler les fiévreux suspects, de les abattre
après diagnostic microscopique de trypanosomiase, de placer les
survivants dans les conditions favorables que nous venons d’in¬
diquer pour arrêter l’extension de la maladie dans un délai maxi¬
mum de onze jours, durée moyenne de l’incubation.
Ces faits ne permettent-ils pas de supposer que le véritable
agent de transmission est une mouche vivant en pleine campagne
dans les endroits boisés, telle que le taon plutôt que les stomoxes
ou tout autre mouche sédentaire ou domestique ? Nos expériences
ne transmission sur des cobayes, au moyen de Tabanus annami -
tiens Surcouf, de stomoxes, de chrysops et de moustiques,
ont échoué. Elles nous ont montré seulement que les taons ne
vivent pas plus de 2 à 3 jours après leur capture et que, en
captivité, ils ne piquent pas spontanément les petits animaux
d’expérience.
II. — Maladie expérimentale du porc.
Baldrey pense, rapportent A. Laveran et F. Mesnil (i), que
le porc peut servir de réservoir au virus du surra ( Trypanosoma
Evansi). Un porc inoculé par lui sur un cheval s’est infecté. Le
poïc ne paraît pas souffrir de l’infection.
Au cours de recherches sur diverses maladies parasitaires, nous
avons examiné à l’état frais le sang de 2.000 porcs environ. Les
résultats ont toujours été négatifs au point de vue du Trypano¬
soma annamense .
Au contraire, l’inoculation de 1 cm3 de sang de chevaux,
mulets, cobayes, chiens porteurs de ce trypanosome h de jeunes
porcelets les a toujours infectés. 19 animaux âgés de 2 à 3 mois,
dont 6 inoculés sous la peau et 13 dans le péritoine, ont succombé
entre 10 et 75 jours.
Dans une même expérience le sang d'un chien trypanosomé
est inoculr dans le péritoine à 12 cobayes, 2 Macacus rhésus et
2 porcs.
Sur les 12 cobayes, un meurt en 52 jours, 8 entre 21 et 28 jours,
un en 18 jours, un en 16 jours, un en 13 jours.
Un singe meurt en 13 jours, le second en 26 jours.
(1) A. Laver. N et F. Mesnil. — Trypanosomes et Trypanosomiases , Pa¬
ris, iqi2.
692
Les deux porcs n 08 70 et 76 meurent en 80 jours environ. Deux
nouveaux porcs nos 80 et 94, inoculés avec 1 cm3 de sang du
n° 70 meurent en 48 et 24 jours. Les deux derniers porcs nos 96
et 100, inoculés avec le sang du n° 94 meurent en 24 jours et
10 jours.
Les trypanosomes apparaissent dans la circulation périphéri¬
que après 2 à 5 jours d’incubation à la suite de l’inoculation intra¬
péritonéale, après 7 à 11 jours à la suite de l’inoculation sous-
cutanée.
L’apparition des trypanosomes s’accompagne d’une élévation
thermique (400). Puis la température retombe à la normale et les
trypanosomes disparaissent. Plusieurs poussées de même nature
se produisent. Au moment de la mort, survenue au cours de l’une
d’entre elles, les trypanosomes sont extrêmement nombreux
dans le sang. Sur le porc n° 80 on comptait un trypanosome pour
20 globules sanguins.
Tracé thermomètrique du porc n° 80, inoculé dans le péritoine ,
de Trypanosoma annamense, le 24 septembre IÇ13, mort le
10 novembre içi3>
Les autres symptômes se limitent à un amaigrissement et une
cachexie progressifs sans œdèmes, sans paralysies ni troubles
oculaires.
A l’autopsie la rate hypertrophiée atteint le triple de son poids
normal.
Le fait que nous n’avons jamais trouvé de porcs porteurs de
Trypcin. annamense n’est donc pas une conséquence de l’immu¬
nité naturelle de ces animaux vis-à-vis de cet agent pathogène.
Il résulte plutôt des conditions d’élevage des porcs, qui, main¬
tenus dans des boxes étroits, obscurs, autour des maisons d’habi¬
tations, sont soustraits aux piqûres des mouches qui vivent en
pleine campagne, dans les endroits boisés où les chevaux s’infec¬
tent d’ordinaire.
Au point de vue pratique, le jeune porcelet que l’on trouve par¬
tout en Annam à un prix peu élevé (2 à 3 francs) est un animal
d’expérience commode pour la conservation du virus, dans un
pays où les petits animaux de laboratoire sont très difficiles à se
procurer.
/
Trypanotoxines. Essais d’immunisation
contre les trypanosomes
Par A. LAVERAN.
D’après Schilling et Rondoni, le chauffage à 370 des trypano¬
somes du nagana pourrait donner naissance à une toxine capa¬
ble de tuer les souris en 24 ou 48 heures. Je résume une des
expériences citées par ces observateurs (1).
Le sang d’un rat en pleine infection (nagana) est recueilli
dans 20 à 25 cm3 de bouillon citraté. Le mélange est centrifugé à
la main pendant 5 minutes. La colonne liquide qui ne contient
presque plus d’hématies est décantée et centrifugée électrique¬
ment. Le culot qu’on obtient ainsi est mélangé à 8 cm3 de bouil¬
lon et placé au bain-marie à 370. Après 1 heure de chauffage,
les trypanosomes sont devenus très peu mobiles, et les souris
inoculées avec le mélange ayant séjourné 1 heure 1/4 au bain
( I ) Cl. S CH I LU no et P. R ondoni, Zeitsclir. f. Immunitœtsforschr. und exper.
The?'., 26 juillet 1913-
marie ne s’infectent pas; après 2 heures 1/4, le mélange est de¬
venu assez toxique pour tuer les souris en 48 heures. La toxine,
produit de la trypanolyse, d’après Schilling et Rondoni, est
thermolabile; elle est détruite par un chauffage de 30 minutes
à 56° ; par contre, elle se conserve plusieurs jours à la glacière
en milieu stérile. En inoculant à des souris des doses faibles,
subtoxiques, du mélange chauffé à 37 0 on réussirait à leur don¬
ner l’immunité pour le nagana.
Dans le but de vérifier ces faits, j’ai entrepris des expériences
en me conformant exactement à la technique indiquée par Schil¬
ling et Rondoni, à cela près que j'ai dû augmenter la durée du
chauffage à 37 °, après avoir constaté que les trypanosomes sou¬
mis pendant 1 h. 1/2, 2 h. et même 3 h. à cette température pou¬
vaient être encore virulents. J’ai employé un virus du nagana ferox
d’EHRLiCH qui est conservé depuis longtemps, dans mon labo¬
ratoire, au moyen de passages par cobayes.
Je donnerai seulement les protocoles de deux des expériences.
Expérience 1. — Le 20 septembre 1913, un gros rat infecté de nagana,
et ayant des trypanosomes très nombreux, est saigné; le sang est mélangé
à 25 cm3 de bouillon citraté à 2 0/0 ; on centrifuge légèrement : le liquide
trouble qui surnage les hématies est alors recueilli et centrifugé fortement;
après décantation, le culot, mélangé à 8 cm3 de bouillon çst mis au bain-
marie à 37°. 6 souris sont inoculées avec le mélange chauffé de 2 à
3 h. 1/2.
Souris /. — Reçoit le 20 septembre, dans le péritoine, 0 cm3, 25 du
mélange chauffé pendant 2 heures et ne montrant plus de trypan. mobi¬
les. — 22 et 23 septembre, examen du sang négatif. — 25. le sang de la
souris montre des trypan. nombreux.— La souris meurt le 20 septembre;
elle pèse 20 g. ; la rate pèse 40 cg.
Souris 2. — Reçoit le 20 septembre, dans le péritoine, 0 cm3, 23 du
mélange chauffé pendant 2 b. 1/2.— 22 et 23 septembre, examen du sang
négatif. — 23, trypan. nombreux. — La souris meurt le 26 septembre ;
elle pèse 22 g. ; la rate pèse 45 cg.
Souris 3. — Reçoit le 20 septembre, dans le péritoine. 0 cm3, 30 du raé-
langechaulfé pendant 2 b. 1/2. — 22 et 23 septembre, examendu sang néga¬
tif. — 25. trypan. nombreux. — La souris meurt le 20 septembre ; elle
pèse 21 g. ; la rate pèse 00 cg.
Souris 4. — Reçoit le 20 septembre, dans le péritoine, 0 cm3, 25 du mé¬
lange chauffé pendant 3 heures. — 22 et 23 septembre, examen du sang
négatif. — 23, trypan. rares. — 20, trypan très nombreux. — La souris
meurt le 27 septembre ; elle pèse 20 g. : la rate pèse 40 cg.
Souris 5. — Reçoit le 20 septembre, dans le péritoine, 0cm3, 50 du
mélangé chauffé pendant 3 heures. — 22 au 27 septembre, lous les exa¬
mens du sang sont négatifs. — 27, la souris est inoculée, sous la peau,
avec le sang très dilué d'un rat infecté de nagana. — 29, examen du sang
négatif. — 30, trypan. rares le matin, assez nombreux le soir. — 1 rocto-
bre, trypan. très nombreux. — La souris meurt le 2 octobre; elle pèse
21 g. ; la rate pèse 50 cg.
Souris G. — Reçoit le 20 septembre, dans le péritoine, 0cm3, 25 du
mélange chauffé pendant 3 h. 1/2. — 22 au 27 septembre, tous les exa¬
mens du sang sont négatifs. — 27 septembre, la souris est inoculée, sous
la peau, comme la souris 5, avec le sang très dilué d’un rat infecté de
nagana. — 29, examen du sang négatif. — 30, trypan. très rares le matin,
non rares le soir. — 1er octobre, très nombreux. — La souris meurt le
2 octobre ; elle pèse 24 g. ; la rate pèse 75 cg.
Expérience 2. — Le 22 septembre 1913, un gros rat infecté de nagana,
et ayant des trypanosomes très nombreux, est saigné ; son sang est
mélangé à 20cm3 de bouillon citratéà 2 p. 0/0; on centrifuge légèrement;
le liquide trouble qui surnage les hématies est alors recueilli et centrifugé
fortement ; après décantation, le culot mélangé à 8cm3 de bouillon est
mis au bain-marie à 37°. 5 souris sont inoculées avec le mélange chauffé
de 2 h. 1/2 à 3 h. 1/2.
Souris /. — Reçoit le 22 septembre, dans le péritoine, 0cm3, 25 du
mélange chauffé pendant 2 h. 1/2 et ne montrant plus de trypan. mobiles.
— Du 24 au 29 septembre, tous les examens du sang sont négatifs : on ne
constate chez la souris aucun trouble morbide. — 29 septembre, la souris
est inoculée, sous la peau, avec le sang dilué d’un rat infecté de nagana.
— 1er octobre, examen du sang négatif. — 2 octobre, trypan. rares. —
3, trypan. très nombreux. — La souris meurt le 3 octobre; elle pèse 19 g.;
la rate pèse 25 cg.
Souris 2. — Reçoit le 22 septembre, dans le péritoine, 0 cm3, 25 du
mélange chauffé pendant 3 b. — Du 24 au 29 septembre, tous les exa¬
mens du sang sont négatifs ; aucun trouble morbide. — 29 septembre, la
souris est inoculée, sous la peau, avec le sang dilué d’un rat infecté de
nagana. — 1er octobre, examen du sang négatif. — 2 octobre, trypan .
très rares. — 3, nombreux. — La souris meurt le 4 octobre ; elle pèse
23 g. ; la raie pèse 45 cg.
Souris 3. — Reçoit le 22 septembre, dans le péritoine, 0 cm3, 50 du
mélange chauffé pendant 3 heures. — Du 24 au 29 septembre, tous les
examens du sang sont négatifs ; on ne constate aucun trouble morbide.—
29 septembre, la souris est inoculée, sous la peau, avec le sang dilué d’un
rat infecté de nagana. — 1er et 2 octobre, examens du sang négatifs. —
3 octobre, trypan. très rares — 4 octobre, très nombreux. — La souris
meurt le 5 octobre ; elle pèse 20 g. ; la rate pèse 50 cg.
Souris i. — Reçoit le 22 septembre, dans le péritoine, 0 cm3, 25 du
mélange chauffé pendant 3 b. 1/2. — 24 au 29 septembre, examens du
sang négatifs ; aucun trouble morbide — - 29 septembre, la souris est ino¬
culée, sous la peau, avec le sang dilué d’un rat infecté de nagana. —
1er octobre, trypan. très rares. — 2 octobre, rares. — 3, nombreux. — La
souris meurt le 4 octobre ; elle pèse 20 g ; la rate pèse 35 cg.
Souris 5. — Reçoit le 22 septembre, dans le péritoine, 0 cm3, 50 du mé¬
lange chauffé pendant 3 h. 1/2. — 24 au 29 septembre, examens du sang
négatifs; aucun trouble morbide. — 29 septembre, la souris est inoculée,
sous la peau, avec le sang dilué d'un rat infecté de nagana. — 1er octobre,
examen du sang négatif. — 2, trypan. rares. — 3, très nombreux. — La
souris meurt le 3 octobre ; elle pèse 21 g. ; la raie pèse 40 cg.
Une souris qui sert de témoin aux souris 1 à 5 reçoit le 20 septembre,
sous la peau, la même quantité de virus du nagana que ces dernières. — :
1er octobre, trypan. très rares le matin, non rares le soir. — 2 octobre,
trypan. très nombreux. — La souris meurt le 3 octobre , elle pèse 23 g. ;
la rate pèse 30 cg.
Sur 2g souris qui ont reçu, dans le péritoine, de o cm3, 25 à
. *. •
1 cm3 du bouillon chauffé de 1 h. 1/2 à 5 h. à.370, avec les try¬
panosomes du nagana en suspension, aucune n’est morte intoxi-:
quée, aucune même n’a présenté des symptômes morbides pouvant
être attribués à une intoxication légère. Dans aucun cas je n’ai
constaté le refroidissement très prononcé, suivi parfois de mort
qui s’observe chez les souris lorsqu’on leur injecte, dans le péri¬
toine, en quantité suffisante, des Trypanosoma Brucei ou des
Tr. gambiense, desséchés et pulvérisés, en suspension dans
l’eau (1).
Il résulte d’un post-scriptum du travail de Schilling et Ron-
doni que la propriété de créer des toxines à 37 0 serait particuliè¬
re à certains échantillons du Tr. Brucei, et qu’il s’agirait, sui¬
vant l’expression des auteurs, d’une propriété très labile. Bien
labile en effet, puisqu’elle disparaît d’un échantillon à l’aucre
du même trypanosome.
14 souris sont mortes de nagana, avec des trypanosomes très
nombreux dans le sang, après avoir reçu, dans le péritoine,'
o cm3, 25 à o cm3, 50 du bouillon chauffé contenant les trypanoso¬
mes en suspension. Il est à noter que la durée du chauffage à
370 nécessaire pour détruire la virulence des trypanosomes s’est
montrée assez variable; un chauffage d’une durée de 2 h. 1/2
à 3 h. a suffi parfois à cet effet, alors que, dans d’autres cas, un
chauffage d’une durée de 4 à 5 h. s’est montré insuffisant. Les
souris sont mortes en 4 jours (5 fois), en 5 jours (1 fois), en
6 jours (5 fois), en 7 jours (3 fois); la durée de la maladie chez
les témoins étant de 4 jours.
15 souris ont résisté à l’injection du mélange (bouillon et try¬
panosomes) chauffé à 370 pendant une durée de 2 h. 1/2 à 6 h. ;
toutes ces souris inoculées, au bout de 7 à 8 jours, avec le virus du
nagana très dilué se sont infectées, et sont mortes en 4 jours
(6 fois), 4 jours 1/2 (1 fois), 5 jours (7 fois), 6 jours (1 fois);
la durée de la maladie chez les souris témoins a été de 4 jours.
4 " ■ . uJi • mm ■ l|
(i) A L-weran et A. Pettit, Soc. de -pathologie exotique, n janvier 1911.
— A. Laveran, même Société, 13 décembre 1 9 1 1 . — Lweran et D. Roud-
sky, même Société, 12 mars 1013.
Ces résultats sont conformes à ceux qui ont été obtenus par.
la plupart des auteurs qui ont cherché à obtenir l’immunisation
contre une trypanosomiase donnée en inoculant des trypanoso¬
mes morts.
Laveran et Mesnil ont constaté, dès 1902, pour le nagana,
que l’inoculation de sang ayant perdu toute virulence (après plu¬
sieurs heures de chauffage à 40°, par exemple) n’empêche pas
l'infection par un virus frais de se produire (1).
R. Ross et Thomson ont essayé, sans succès, de vacciner des
rats contre le Tr. rhodesiense en leur inoculant du sang de rat,
riche en trypanosomes, chauffé à 55 0 pendant une demi-heure et
additionné de tricrésol (2).
Latapie a essayé de vacciner des rats contre le mal de caderas
par le procédé suivant : les trypanosomes, isolés par centrifuga¬
tion, sont broyés dans un appareil spécial, on fait macérer les
débris dans le sérum des animaux qui ont fourni les trypanoso¬
mes et on vaccine avec le produit ainsi préparé. Les animaux,
éprouvés après la 2e ou la 3e injection, s’infectent avec un léger
retard sur les témoins (3).
Laveran a essayé de vacciner un cobaye et deux souris avec
des Tr. gàmbiense isolés par centrifugation, desséchés dans le
vide et broyés ; le cobaye et les souris qui avaient reçu plusieurs
doses fortes de la' poudre de trypanosomes, délayée dans de l’eau,
se sont infectés par le Tr. gàmbiense, comme les animaux té¬
moins, et sont morts avant eux (4).
Schilling a réussi à immuniser des rats contre le nagana en
leur injectant des Tr. Brucei tués par l’émétique (5) ; mais des
expériences de contrôle faites par Laveran ont donné des résul¬
tats très peu favorables. 12 souris blanches ayant reçu chacune
à cinq reprises, dans le péritoine, des Tr. Brucei tués par l’émé¬
tique, inoculées ensuite avec du sang virulent très dilué, se
sont infectées et sont mortes avec un léger retard sur les témoins.
11 est vrai de dire que le virus de nagana employé par Laveran
était un peu différent de celui de Schilling (6).
Des souris inoculées 1 ou 2 fois, avec des Tr. rhodesiense tués
(c A ! avf.ran et F. vesnil. Ann. de ITnst. Pasteur , 1902. t. XVI, p. 812.
(2) '<. Ross et J Ci. Thomson. Proceed. of the R. Soc., B. t. 83, 1911.
(3) A. Eatapie, Soc. de Biologie , 22 juillet 191 1.
(4) A. Laveran, Soc. de pathol. exotique , 13 décembre t 9 t t .
(5) Cl. Schilling, Deutsche med. Wochenschr.. 1912, no 1.
T) Soc. de pathol exotique , 8 octobre 1913. t. V), p. 345.
par l’émétique, avant de recevoir le sang virulent, se sont infec¬
tées dans les mêmes conditions, à très peu près, que des témoins.
Des souris qui avaient reçu, à 3 reprises, dans la cavité périto¬
néale, des injections de Tr. rhodesiensc tués par l’émétique (ou
en très mauvais état au moment de l’inoculation) ont acquis une
immunité passagère qui avait disparu après 19 à 30 jours (1).
Braun et Teichmann ont immunisé des souris, des rats, des co¬
bayes et des lapins contre différents trypanosomes et notamment
contre le Tr. Brucei en inoculant à ces animaux, dans le péri¬
toine, des trypanosomes desséchés et pulvérisés, en suspension
dans de l’eau physiologique (5 doses de 2 cg. chaque à 5 jours
d’intervalle chez les souris) (2).
Ces résultats n’ont pas été confirmés. Des souris et des lapins
soumis par Laveran et Roudsky au procédé d’immunisation pré¬
conisé par Braun et Teichmann contre le nagana, et inoculés
ensuite avec le Tr. Brucei se sont infectés dans les mêmes condi¬
tions que des animaux témoins (3).
Aoki et K on am a ont essayé d’immuniser des lapins, des rais
et des souris avec des Tr. equiperdum tués par la formaline ; les
animaux ont reçu de 3 à 6 injections de trypanosomes morts;
les résultats ont été négatifs. Un autre essai d’immunisation fait
par les mêmes observateurs avec des trypanosomes chauffés pen¬
dant 20 h. dans une étuve à 37 °, desséchés, puis pulvérisés, n’a
pas mieux réussi que le premier (4).
Une conclusion s’impose, c’est que les essais d’immunisation
à l’aide de trypanosomes morts, quand ils n’ont pas abouti à des
résultats complètement négatifs, n'ont donné que des résultats
partiels et inconstants.
(1) A. Laveran, Soc. de pathol . exotique . 11 déc. 1912. ■
(21 H. Braun et E. Teichmann, Versuchê qur Immunisiernng gegen Trypa-
nosomen îéna, 1912.
(3) A. Laveran et D. Roudsky. Soc. de pathol. exotique. 12 mars 1913.
(4) K Aoki et H. Kodama, Zeitschr. f. Immunitætsforsch. u. exper. The-
- 699 —
HSi’L
Recherches sur la production des anticorps
chez les animaux trypanosomiés et
traités par le Salvarsan
Par C. LE VA DI TI et St. MUTERMILCH.
Nous avons entrepris en juin ign, une série de recherches
dans le but de préciser les conditions qui déterminent la produc¬
tion des anticorps chez les animaux trypanosomiés, soumis au
traitement par le salvarsan. Nous nous sommes demandés si l’in¬
jection d’un médicament qui provoque une destruction intense
et rapide des parasites circulants, et qui réalise ainsi une forte
mise en liberté d’antigène, influence favorablement la genèse des
anticorps.
Nos expériences sont restées inédites, mais depuis, Mme Mar-
gulies (i) d’une part. Elus et Swift (2) d’autre part, ont relaté
des recherches qui se rapportent aux nôtres; c’est ce qui nous
détermine de publier, à titre documentaire, nos observations, déjà
anciennes.
Mme Margulies injecte du salvarsan à des rats trypanosomiés
et recueille leur sérum quelque temps après la guérison. On
essaye le pouvoir curatif de ce sérum, dans la trypanosomiase du
rat, par comparaison avec le sérum des rats non infectés , mais
ayant reçu des doses équivalentes de 606. L’expérience montre
que le sérum des rats infectés, puis traités, jouit d’un pouvoir
curatif manifeste, et qu’un tel pouvoir est absent dans le sérum
des rats non infectés, mais seulement salvarsanisés. Mme Mar¬
gulies conclut en faveur de l’apparition d’anticorps chez les
animaux trypanosomiés et guéris par le 606.
Ellis et Swift constatent que le sérum des hommes ou des
lapins qui ont reçu du salvarsan en injection intra-veineuse, dé¬
truit les spirilles de la fièvre récurrente, in vivo. Cette action spi-
rill icicle est d’autant plus marquée que l’on se rapproche du
moment de l’injection médicamenteuse; elle persiste et même
\i) Mme Margulies, Russky Wratsch , 1912. n° 19.
(2) Elus et Swift, The Journ of experim. Med., 1913, juillet, p. 429.
f
s’exagère après le chauffage du sérum à 56° (pendant une demi-
heure). Ainsi que le montrent les expériences que nous résu¬
mons ci-dessous, nos résultats sont conformes à ceux de Ellis
et Swift.
Dispositif expérimental. — Des rats et des cobayes sont infec¬
tés, par voie péritonéale, avec quelques gouttes de sang de souris,
riche en trypanosomes du Nagana. Le sang est examiné quoti¬
diennement. A un moment donné de la maladie, on administre
aux animaux, toujours par la voie péritonéale, une solution de
salvarsan, à raison de o g. 01 par 100 g. d’animal pour le rat,
et de o g. 03 par kg. pour le cobaye. Le sérum des animaux ainsi
traités est éprouvé au point de vue de son pouvoir trypanocide
in vitro; l’action parasiticide est examinée avec le sérum frais,
le sérum chauffé une demi-heure à 56° et le sérum préalablement
chauffé, puis réactivé avec du complément de cobaye.
Voici les protocoles de nos expériences :
Expérience I
Rais infectés , puis traités par le salvarsan le troisième jour de l'infec¬
tion. — Le 13 juin 1911, on infecte par voie péritonéale six. rats; le
16 juin, trypanosomes très nombreux dans le sang A huit heures du matin
on injecte à tous les animaux 0 g. 01 de salvarsan (pour 100 g.) clans le
péritoine. La disparition des trypanosomes s'opère de la façon
suivante :
Tableau I
Les rats V et VI sont sacrifiés deux heures après l’injection du 606, le
ratl, trois heures et demie-, le rat III, six heures et demie, le rat IV,
douze heures et demie et le rat II, trente heures après.
Le sang est défibriné et une partie du sérum est chauffée à 56° pendant
une demi-heure. On essaye le pouvoir trypanocide du sérum frais, du
sérum chauffé à 56° et du sérum chauffé, réactivé avec du complément de
cobaye (o gouttes pour 10 gouttes de sérum).
— 7oi
Cette expérience prouve que si Von administre le 606 à des rais
le troisième jour de V infection, alors qu’ils montrent de très
nombreux trypanosomes dans le sang, le sérum devient trypano¬
cide deux heures déjà après V injection du médicament ; mais, ce
pouvoir trypanocide, au lieu d’augmenter au fur et à mesure que
d’on s’éloigne du moment où les trypanosomes disparaissent du
sang, diminue progressivement, pour devenir nul vers la tren¬
tième heure. Déjà ce fait prouve que cette propriété parasiticide
n’est pas due à de véritables anticorps, lesquels au contraire su¬
bissent un accroissement progressif dès l’instant qu’on les dé¬
cèle à l’état de trace dans les humeurs. A cela s’ajoute l’action
de la chaleur sur le pouvoir trypanocide du sérum. On voit, en
effet, que ce pouvoir, au lieu de disparaître après le chauffage à
■56°, persiste et même s’exagère, ce qui ne devrait pas avoir
lieu si les qualités trypanolytiques du sérum étaient dues à
des anticorps (ambocepteur-complément). Il en résulte que
très tôt après V introduction du salvarsan dans le péritoine,
le sérum acquiert des qualités trypanocides dues non pas à des
anticorps, mais à la présence dans le sang soit du médicament
lui-même, soit de quelque dérivé fabriqué par V organisme aux
dépens de ce médicament. Ces qualités trvpanocides diminuent
progressivement; elles s’atténuent vers la 12e heure, et disparais¬
sent complètement vers la 30e.
D’un autre côté, cette expérience prouve que, malgré la richesse
du sang en trypanosomes et la quantité considérable d’antigène
mis en liberté dans l’organisme par suite de l’action du salvar¬
san, les anticorps n apparaissent pas avant le cinquième jour , à
partir du moment de l’inoculation du virus.
Expérience 11
Bats infectés , puis traités par le salvarsan le troisième jour de T infection.
— Le 18 juin 1911 on injecte six rats par voie péritonéale ; le 21, au
matin, très nombreux trypanosomes dans le sang A ce moment, soit trois
jours après l’inoculation, on administre 0 gr. 01 salvarsan par 100 g., ce
qui provoque une disparition rapide des trypanosomes du sang (en une
heure) Ces rats sont sacrifiés 24, 48 et 02 heures après l’injection du mé¬
dicament. Voici la teneur du sérum en anticorps:
Tableau II
Il résulte de cette expérience que chez les rats qui reçoivent du
salvarsan le troisième jour de l'infection, alors qu’ils renferment
de nombreux trypanosomes dans le sang, les anticorps n’appa¬
raissent pas tout de suite après la destruction des parasites circu¬
lants ; le sérum n’est, en effet, trypanocide que le 5e jour à partir
de V inoculation du virus.
Expékience III. — Le 24 juin on infecte huit rats par voie péritonéale.
Le lendemain les animaux montrent des trypanosomes très rares dans le
sang. On répartit les rats en deux lots : les nos 1,2, 3 et 4 sont traités par
le 606, dès le lendemain de l’infection , alors qu'ils n'ont que de très rares
trypanosomes ; les nos 5, 6, 7 et 8, sont traités le troisième jour de l’infec¬
tion, à un moment où le sang contient de très nombreux parasites. Les
animaux sont sacrifiés à des intervalles réguliers après l’injection du sal¬
varsan, et on apprécie la teneur du sérum en anticorps ; les résultats sont
résumés dans le tableau suivant :
Tableau III
- 7oi
Cette expérience montre qu’au point de vue du moment où
apparaissent les anticorps dans le sang, il est indifférent de pro¬
voquer la disparition des trypanosomes circulants tout au début
de l’infection ( tryp . très rares), ou le troisième jour, alors que cette
infection atteint son point culminant (tryp. très nombreux). En
effet, quelle que soit la quantité d' antigène mis en liberté par suite
de cette destruction médicamenteuse des flagellés, les anticorps
apparaissent dans le sérum du qe au 5e jour (1).
Expérience IV. — Le 21 juin on infecte cinq cobayes par voie périto¬
néale ; à partir du troisième jour (24 juin), on injecte tous les jours un
animal avec 0 g. 03 salvarsan pour 1000. Les animaux sont saignés par¬
tiellement chaque jour, et on apprécie le pouvoir trypanocide du sérum
(sérum 56°+ complément cobaye). Le tableau suivant résume les résul¬
tats enregistrés :
Tableau IV
Les résultats de cette expérience, faite sur le cobaye, sont con¬
formes à ceux de l’expérience précédente, faite sur le rat. Ils mon¬
trent que quel que soit, par rapport au début de l'infection, le
moment où l’on administre le salvarsan, les anticorps apparais¬
sent au même instant, soit du 5e au 6e jour. Cet instant corres¬
pond à la crise spontanée, qui se traduit par la disparition des
trypanosomes circulants chez les cobayes non traités (voy cob.
N» 5). •
De l’ensemble de ces recherches, découlent les conclusions
suivantes :
i° Chez les animaux auxquels on administre le 606 dans la
cavité péritonéale, le sérum devient trypanocide in vitro très tôt
(1) A remarquer que le sérum frais agit en général mieux que le sérum préa¬
lablement inactivé à 560, puis réactivé avec du complément de cobaye.
— 704 -
après l’injection du médicament (2 heures). Ce pouvoir trypano-
cide n’est pas dû à de véritables anticorps, attendu que ce pou¬
voir, au lieu d’être inactivable par le chauffage à 55 °, s’exagère,
au contraire, après ce chauffage. 11 s’agit du passage dans le sang,
soit du salvarsan en nature, soit de quelque dérivé du 606. Cette
propriété s’atténue au fur et à mesure que l’on s’éloigne du mo¬
ment de l’inoculation du médicament, et disparaît complètement
vers la 30e heure.
20 Au point de vue du moment où apparaissent les véritables
anticorps dans le sang, il est indifférent d’engendrer la destruction
médicamenteuse des trypanosomes circulants au début de l’infec¬
tion, alors que les flagellés sont très rares, ou pendant l’acmé de
cette infection, lorsque les trypanosomes sont très nombreux.
Dans un cas comme dans l’autre, les anticorps font leur appari¬
tion à partir du 5e jour, date qui coïncide avec la crise spontanée
chez les animaux, susceptibles d’offrir une telle crise (le cobaye
ou le lapin par exemple). Tout se passe comme si, dès l’injection
du virus, l’organisme subit l’influence de l’antigène et se pré¬
pare à fabriquer les substances défensives, substances qui appa¬
raîtront après une période d’incubation toujours la même. Dans
ces conditions, la mise en liberté d’une masse considérable d’an¬
tigène par suite de la destruction médicamenteuse des trypanoso¬
mes circulants, n'influe guère cette genèse des anticorps: elle ne
la rend pas plus précoce et ne paraît pas en exagérer l’intensité.
Helminthiase intestinale et hépatique
dans la population chinoise de Tchentou
(Setchouen, Chine occidentale)
Par H. JÜÜVEAU-DUBREUIL.
La fréquence du parasitisme intestinal dans la population chi¬
noise de Tchentou a déjà été signalée par Bouffard (i) en 1901,
puis par A. Legendre en 1906 et Mouillac (2) en 1909 qui ont
(1) Rouffard, Ann. d’Hyg. et de Mèd. coloniales, 1901, t. IV.
(2) Mouillac, Ann. d’Hyg. et de Méd. coloniales, 1909, t. XII.
7o:>
constaté le grand nombre de cas qui sont soignés chaque année
à l’hôpital. Nous inspirant des recherches de MM. C. Mathis et
M. Leger (i) dans l’Indochine du Nord, nous avons voulu nous
rendre compte de la fréquence relative des parasites intestinaux
et hépatiques par l’examen microscopique des selles.
Cette enquête a porté sur les selles de 500 individus, tous Chi¬
nois adultes, à l’exclusion des femmes, des enfants et des nour¬
rissons. Parmi eux, 300 étaient des malades de l’hôpital français,
soldats, étudiants, commerçants pour la plupart ; les 200 autres
proviennent du Dispensaire gratuit où ne sont guère soignés que
des coolies. Commencés en mai 1911, ces examens ont été arrêtés
en septembre 1912, ils ont donc porté sur une période de dix-huit
mois. Pour chaque sujet, deux préparations d’une même selle
ont été examinées. Les affections pour lesquelles ces malades se
trouvaient à l’hôpital étaient les plus diverses, mais ceux atteints
de diarrhée ou de dysenterie ont été mis de côté. On n’a tenu
compte ni des anguillules ni des protozoaires intestinaux.
Quatre helminthes seulement ont été rencontrés, qui sont par
ordre de fréquence :
Ascaris . 86,60 0/0
Trie hoc èp haies . 41,00 0/0
Ankylostomes . 14,20 0/0
Oxyures . 9,40 0/0.
Sur les 500 sujets examinés, 17 n’étaient pas infestés, 249 héber¬
geaient 1 seul parasite; 195, 2 parasites; 30, 3 parasites; 8, 4 pa¬
rasites ; ce qui donne le pourcentage suivant :
Non parasités . 3,50 0/0
1 seul parasite . 48,60 0/0
2 parasites . 39,80 0/0
3 — 6,50 0/0
4 — . 1,60 0/0.
Le tableau suivant indique la nature et le nombre des diffé¬
rentes associations :
(1) C. M \tiiis et M. Lfger, Bull. soc. de path. exot... tome II, n° 8, 1909,
p. 483. — Ann d’hyg. et de Med . coloniales , t. XIII, 1910, no 3, p. 459 485. —
Recherches de parasitologie et de pathologie humaines et animales au Tonkin,
Paris, Masson, 1 vol. in-8., 451 pages.
49
— 7°6 —
Tableau des associations parasitaires .
Il y a donc eu 746 parasites pour 500 individus, soit une infesta¬
tion totale de 151,20 %, avec seulement 3,50 % de non parasités.
Ce chiffre est assez élevé quoiqu’il demeure bien inférieur à celui
du Tonkin (226,16 %, C. Mathis et M. Leger) où, de plus, tous
les sujets examinés étaient infestés.
Ce sont les Ascaris qui sont de beaucoup les plus fréquents:
86,60 %, chiffre qui est parmi les plus élevés qu’on ait relaté. Ils
appartiennent à l’espèce Ascaris lombricoïdes Linné 1758.
Les accidents dus à l’ascaridiose sont fréquemment observés
à l’hôpital: crises nerveuses chez les enfants, coliques, vomisse¬
ments avec rejet de vers chez les adultes. Une fois, nous avons
observé la perforation complète de la paroi abdominale au niveau
de l’ombilic avec fistule stercorale consécutive. L’impossibilité
absolue où l’on se trouve à l’heure actuelle de pratiquer des autop¬
sies sur les Chinois, rend cependant l’étude des méfaits presque
impossible. Au sujet du rôle étiologique qu’on lui a attribué, il
est à noter que nous n’avons jamais vu ici de fièvre bilieuse hémo-
globinurique, d’hépatite suppurée ni de diarrhée de Cochinchine.
Les Trichocéphales viennent en deuxième ligne: 41 %. Dans
les selles où ils se rencontrent, ils sont toujours en nombre consi¬
dérable.
Les Ankylostomes sont en proportion beaucoup plus faible :
14,20 %. Ce taux est peu élevé si on le compare à celui trouvé au
Tonkin (50 %).
Par contre les Oxyures sont relativement nombreux : 9,40 %.
Leur degré de fréquence en Chine est encore mal déterminé, mais
ils ont été signalés dans presque toutes les grandes villes. M. le
Dr Guillemet en a rencontré beaucoup à Tchongking.
Les œufs de Douves n’ont pas été trouvés une seule fois, quoi¬
qu’ils aient été systématiquement recherchés, en particulier ceux
de Clonorchis sinensis. Il ne nous paraît pas probable que ces
œufs d’un trématode que nous avons eu l’occasion de voir si sou¬
vent dans les selles des indigènes du Tonkin, nous ait échappé.
Nous nous sommes servis des grossissements ordinaires pour cet
examen (objectifs Stiassnie 4 et 6, oculaire compensateur 6).
Il semble donc que les douves sont au moins très rares à
Tchentou. Ce fait est assez curieux, car les douves en général et
Clonorchis sinensis en particulier, ont été signalés dans de nom¬
breux points de la Chine. Dans les pays voisins, on en trouve en
Corée, au Japon, à Formose, au Tonkin. Mais, comme le font
ressortir C. Mathis et M. Leger (i), dans l’enquête qu’ils ont
faite dans cette dernière région, le pourcentage des œufs dans les
selles varie considérablement dans des limites géographiques
assez restreintes. C’est ainsi qu’ils ont trouvé: 40,09 % dans le
delta, 4,34 % dans la moyenne région, 3,70 % dans la haute région
et 4,44 % pour le Nord-Annam (Thanh-hoa). P. Millous (2),
aussi à Thanh-hoa, n’en a pas trouvé un seul cas. Enfin à Hué
dans le Centre-Annam, P. Noël Bernard et L. Koun (3) n’en
ont pas rencontré sur 449 sujets. A Tchentou, les Chinois con¬
somment presque uniquement des mets cuits, et même dans les
basses classes, ils font usage comme boisson d’infusion de thé.
Les Ténias sont très rares au Setchouen. M. le Dr Mouillac,
dans l’espace de sept années, n’en a observé qu’un seul cas (T.
saginata ), chez un malade venant du Tibet. A Tchongking, M. le
Dr Guillemet n’en a jamais rencontré. La population mange de
la viande de bœuf et surtout du porc, mais toujours très cuite.
Les kystes amibiens n’étaient pas rares chez des malades non
soignés pour dysenterie; il n’y a là rien d’étonnant, cette maladie
étant très commune au Setchouen.
(1) C. Mathis et M. Leger, Bull. Soc. Medico-Chirurg . de l' Indochine, f. I,
1910. no 1, pp. 19-32.
(2) P. Millous, Bull. Soc. Médico-Chirurg. de V Indochine, t. IV, 1913,
n° 3, p. 1 S7-
(3) P. Noël Bernard et L. Koun, Bull, de la Soc. de Path. Exot., t. VI,
I9I 2 33» P- 443-
. - 7°8 —
Nous avons aussi rencontré fréquemment un flagellé qui nous
a semblé être le même que celui que nous avons observé en Indo¬
chine chez les indigènes, et que MM. C. Mathis et Leger (i) ont
décrit sous le nom de Prowazekia W embergi.
Flore intestinale du Stegomyia fasciata adulte
Par F. NOC et L. STEVENEL.
On a déjà signalé un certain nombre d’hôtes du tube digestif
du Stegomyia fasciata adulte, examiné dans le cours de sa vie
naturelle. Ce sont le plus souvent des champignons analogues
à des Mucor (Marchoux, Salimbeni et Simond), parasites qui
peuvent envahir tout le corps du moustique et amener sa mort,
et des Levures, signalées par les mêmes auteurs, différentes sui¬
vant le genre de nourrituire de l’insecte, miel, fruits ou autres
matières sucrées, et dont une espèce, un Saccharomyces apicu-
latus , a été une cause d’erreur (Parker, Beyer et Pothier) dans
les recherches sur le parasite de la fièvre jaune. MM. Marchoux,
Simond et Salimbeni ont signalé également et étudié des Micro-
sporidies du genre No sema et des Grégarines des tubes de Mal-
pighi dont la phase libre se rencontre dans le tube digestif. On
connaît le parasitisme des embryons de Filaria Bancrofti, ob¬
servés par Daniels, Vincent, Low, etc., et celui des embryons
de Diro filaria repens récemment étudiés par N. Bernard et
Bauche. Il faut ajouter à cette liste des hôtes du Stegomyia
adulte Leptomonas algeriense observé par Ed. et Et. Sergent
en 1906 et, dans le domaine expérimental, une évolution ou cul¬
ture de Leishmania tropica observée chez Stegomyia fasciata
par Wenyon (2).
L’étude des rapports des Stegomyias avec la fièvre jaune nous
a amenés à examiner un certain nombre de ces moustiques au
point de vue de leur flore intestinale. On se rappelle que certains
(1) C. Matiiis et M. I ecer, Bull, de la Soc. Méd. Chir. de V Indochine,
t. J, 1910, n° 8, pp. 471-477.
(2) Voy. F. Mesnil, 1 rypanosomes et Trypanosomiases, Paris 1912 et Bull
Inst. Pasteur Mal. infectieuses et invertébrés transmetteurs, t. XI, 15 e
30 mars 1913. — t.. Dyé, les parsites des Culicides, Arch. de parasitologie
1905.
— 709 —
auteurs, Patrick Manson notamment, ont émis l'hypothèse
que le parasite de la fièvre jaune, supposé protozoaire, pourrait
être visible chez le moustique alors qu’il est invisible dans le
sang humain. Schaudinn a même émis l’opinion que ce parasite
pourrait bien être un spirochète extrêmement petit, semblable
aux spirochètes dérivés du Plasmodium Ziemanni. Il nous a
semblé, dans cet ordre d’idées, que l’étude minutieuse de la
flore intestinale du Stegomyia fasciata adulte n’ayant pris aucune
nourriture ou nourri artificiellement devait précéder celle du
Stegomyia ayant piqué des malades atteints de fièvre jaune.
Les insectes, débarrassés de leurs ailes et de leurs pattes,
étaient dissociés dans une goutte d’eau stérile et le tube digestif
était porté sur une lame propre dans une nouvelle goutte d’eau
stérilisée et de là sur une nouvelle lame propre et sèche ou l’in¬
testin moyen et antérieur était rapidement étalé avec une aiguille
fine, dissocié, fixé à l’alcool absolu, puis coloré pendant 24 heu¬
res à l’aide de la solution de Giemsa diluée au 10e. Tous les
moustiques dont l’intestin n’avait pu être isolé en bon état étaient
rejetés.
Sur 30 Stegomyias femelles n'ayant jamais piqué et examinés à
divers moments après leur éclosion, 9 seulement ont montré
une flore intestinale visible. Nous avons observé :
une fois, un petit flagellé de 3 à 4 y de long sur 1 y 5 à 2 y
de largeur, rappelant les Crithidia trouvés par Léger dans l’in¬
testin des femelles d’Anophèles du Dauphiné (1).
une fois un Crithidia avec des bactéries sporulées,
deux fois des levûres,
une fois des levûres et des bactéries sporulées,
deux fois des levûres et de fins cocco-bacilles,
une fois un spirochète présentant les dimensions et l’aspect de
S p iro ch et a refringens,
une fois de fins cocco-bacilles, des corps ovalaires munis de
deux grains de chromatine, ayant une extrémité tronquée et
que nous n’avons pu déterminer et dans la même préparation à
la fois des spirilles fins et courts (un tour et demi de spire) et
des spirilles plus gros et courts (deux et quatre tours de spires) :
largeur o y 25 et o y 5, longueur 2 à 4 y. En outre de leur
finesse à l’état sec et coloré, et de l’existence de ces formes de
(1) L. Léger, C. R. Soc. de Biol., p. 354, 1902.
grosseur variable, nous avons noté la pâleur de leur coloration
après 24 heures de contact avec le Giemsa.
Les Stegomyias porteurs de levures et de bactéries sporulées
avaient été nourris au miel, le porteur de ces micro spirilles
était nouvellement éclos et n’avait pris aucune nourriture .
Les autres Stegomyias adultes n’ayant pas piqué, au nombre
de 21, n’ont pas montré de flore intestinale visible.
D’autre part sur 11 Stegomyias ayant piqué antérieurement
des malades de fièvre jaune ou capturés dans les chambres des
malades, nous n’avons rencontré qu’une flore intestinale banale
et dans cinq cas seulement, soit :
une fois des staphylocoques et une bactérie sporulée,
une fois les bactéries sporulées seules,
deux fois de nombreux bacilles fins,
une fois des levures.
Les six autres échantillons ayant piqué n’ont montré aucune
flore intestinale visible.
Il y aura intérêt à répéter ces observations sur la flore intesti¬
nale du Stegomyia fasciata adulte.
(.Institut d’hygiène et de microbiologie de Fort-de-France.)
Un traitement des Mycétomes
Par E. PINOY.
L’iodure de potassium qui donne des résultats vraiment remar¬
quables pour le traitement de l’actinomycose, de la sporotrichose,
de l’aspergillose paraît n’avoir produit aucun effet dans les my¬
cétomes qu’ils reconnaissent pour cause un parasite voisin de
celui de l’actinomycose ou de véritables champignons. Pourtant
nous devons signaler que dans des communications orales,
MM. Charles Nicolle, à Tunis, Misk, à Camaran, m’ont dit
avoir obtenu des guérisons par l’emploi de l’iodure de potas¬
sium à l’intérieur et des applications locales iodo-iodurées, l’un
dans un cas de mycétome à Madurella tozeuri, l’autre dans un
cas de mycétome à Madurella mycetomi?
Il est regrettable que ces observations n’aient pas été publiées.
D’après ce que nous avons constaté dans l’actinomycose (i),
comme le plus souvent les mycétones s’accompagnent d’un gros
œdème local, cette inactivité de l’iodure de potassium dans les
mycétomes peut très bien n’être qu’apparente et n’être due qu’à
une circulation sanguine ralentie au niveau des lésions si bien
que l’iodure est éliminé avant d’avoir pu agir. Aussi le but de
cette note est-il d’attirer l’attention de nos collègues, médecins
des colonies, sur un traitement qui permet de combattre l’œdème
local et de favoriser l’action de l’iodure. Ce traitement s’est mon-
; • efficace dans des cas d’actinomycose où l’iodure semblait ne
pas agir et récemment Orticoni qui le connaissait l’a employé
avec succès dans un cas de sporotrichose rebelle.
Il consiste à soumettre le malade au régime déchloruré et à
faire au niveau des lésions œdématiées des ouvertures profondes
au thermocautère. L’iodure de potassium sera donné à la dose
de 4 à 6 g. par jour. Si les malades se plaignent du régime
déchloruré, on peut saler leurs aliments avec de l'iodure, à con¬
dition de ne pas dépasser 2 à 3 g. par litre de bouillon ou par
livre de viande le goût de l’iodure est supportable.
Contribution à l’étude des nodosités
juxta-articul aires
Par C. JOYEUX.
Les nodosités juxta-articulaires, décrites pour la première fois
par Jeanselme en 1905, et depuis signalées en de nombreux points
du globe, ont été étudiées par divers auteurs qui se sont efforcés
d’en préciser l’étiologie.
Fontoynont et Carougeau (2), à Madagascar, ont eu l’occa¬
sion de biopsier quelques-unes de ces tumeurs; elles étaient
formées d’une coque conjonctive contenant un pus grumeleux
bourré de grains blancs où l’examen montra un feutrage de
filaments mycéliens formant une couronne rayonnante à la péri-
( 1) Annales de Dermatologie et de S y pli .. oct. 1913.
(2) M Fontoynont et J. Carougeau. Nodosités juxta-articulaires, mycose
due au Discomyces Carougeaui, Archives de Parasitologie , 13, p. 583-620,
1909. (Avec bibliographie de la question).
712
phérie. Le champignon fut rangé dans le genre Discomyces, et
nommé : Discomyces Carougeaui.
Au Sénégal, où elles portent le nom de Narïndé (dialecte tou-
couleur), une de ces nodosités a été étudiée par Neveux (i), qui
en a donné une description différente : « la tumeur est fibreuse
au centre, elle est entourée d’une première zone de structure
fibrillaire et d’une autre, plus externe, de nature conjonctive
avec des connexions musculaires. »
Récemment, Mouchet et Dubois (2), au Congo belge (Léo-
poldville et environs) en ont observé un grand nombre qu’ils
croient de nature pianique : le salvarsan les fait rétrocéder en
môme temps qu'il guérit le pian.
Pour Ouzilleau (3), qui les a observées dans la région du
Mbornou, ce sont des kystes à Filaria volvulus.
En Guinée, les nodosités juxta-articulaires paraissent avoir une
aire de répartition variable suivant les lieux et les races, point
sur lequel Brumpt avait déjà attiré l’attention pour l’Afrique
orientale. On les observe fréquemment dans le sud de la Haute-
Guinée, près de la frontière libérienne, chez les races Toma et
Guerzé, tandis qu’elles sont rares dans la Haute-Guinée souda-
nienne chez les races Malinké et Bambara. Elles sont surtout
fréquentes chez les vieillards, les deux sexes en sont également
ateints.
Voici le résumé de quelques observations que j’ai pu faire sur
ces tumeurs :
Observation 1. — N° 060. Homme Agé, atteint de coryza. Présente sur
les membres une éruption de petites pustules à peine surélevées et
paraissant enchâssées dans la peau. Se plaint de douleurs nocturnes dans
les membres inférieurs et dit avoir contracté la syphilis autrefois. Un de
ses enfants présente un aspect nettement hérédo-syphilitique. Les nodo¬
sités sont au nombre de deux ou trois sur chaque articulation du coude et
du genou. Elles sont dures, indolores, certaines adhèrent à la peau, d’au¬
tres roulent sous le doigt. A la coupe elles sont scléreuses. sans ramollisse¬
ment au centre. Les frottis par apposition et dilacération, à l’état frais et
colorés au Ziehl (recherche des B. de Koch et de Hansen), ne montrent
rien de parasitaire ni de microbien. l,e pus des pustules et le mucus nasal
(1) Neveux, Le Narïndé, fibromatose sous-cutanée des Toucouleurs du
Bourdou (Sénégal), Revue de Médecine ei d' Hygiène tropicales, IV, p. 183;
ibid., V, p 150, 1907.
(2) R. Mouchet et A. Dubois, Le traitement du Pian et de la Syphilis par
le Salvarsan dans la pratique indigène, Bulletin de la soc. de path. exot.,
VL p. 15. 1913.
(3) Ouzilleau. Ibid., p. 80 et Ann. d'Hyg. et de Méd. col., 1913, nos 2 et 3.
*
•< ► • . •
du coryza sont également négatifs à ce point de vue. A l’examen histolo¬
gique, la tumeur est presque entièrement formée de tissu sclérosé qui se
continue avec le derme sans ligne de démarcation ; en certains endroits,
on observe une réaction inflammatoire, surtout périvasculaire. I a couche
cornée de l’épiderme est très épaissie par places, avec formation de globes
épidermiques qui s’enfoncent dans le derme.
Le malade est traité à l’iodure de patassium à la dose de I g. 20 par
jour. Au bout de trois semaines, les douleurs des membres inférieurs sont
disparues ainsi que l'éruption. Les nodosités ont notablement diminué de
volume, les plus petites sont complètement fondues.
Obskh vation IL — N° 19. Homme d’une cinquantaine d’années. Aurait
eu il y a quelques années une poussée éruptive peut-être de nature syphi-
tique d après les renseignements fournis, à la suite de laquelle seraient
apparues les nodosités. Ces dernières siègent aux coudes, dans les régions
trochantériennes et à la pointe de l’acromion gauche. Elles ont les mêmes
caractères cliniques et anatomiques que dans le cas précédent ; l’examen
des frottis et des coupes histologiques montre les mêmes lésions : sclérose
et épaississement de la couche cornée de l’épiderme. Des fragments de
tumeur, prélevés aseptiquement, sont ensemencés sur milieux naturels :
patate et pomme de terre et sur les milieux préconisés par Saboubaud
pour l’étude des Champignons des teignes : peptone maltosée et peptone
simple, soit tels quels, soit rendus anaérobies par l’addition d’une couche
d’huile de vaseline. Ces cultures sont surveillées pendant deux mois sans
que rien ne se développe.
Ce malade n’a pu être traité.
Obsebvation Hl. — N° <802. Femme âgée. Pas d'antécédents. Les nodo¬
sités auraient apparu il y a trois ans. Existent aux coudes et aux genoux.
Elles possèdent les mêmes caractères que dans les deux autres cas. Comme
précédemment, les frottis et cultures sur milieux aérobies et anaérobies
sont négatifs ; l’examen histologique montre toujours des réactions ana¬
logues.
Le traitement à l’iodure de potassium. fait fondre les tumeurs en l’espace
d’un mois.
En résumé, dans ces trois cas qui se superposent assez exac¬
tement, ni l’examen des frottis et des coupes, ni l’ensemence¬
ment sur divers milieux n’ont pu déceler l’origine parasitaire de
ces tumeurs. Leur structure macroscopique diffère de celles dé¬
crites à Madagascar par Fontoynont et C A rougeau, dont jai pu
examiner les préparations au Laboratoire de Parasitologie de la
Faculté de Médecine. Les lésions observées se rapprocheraient
plutôt de la description de Neveux. Elles consistent en sclérose,
avec quelques foyers inflammatoires surtout .périvasculaires,
s’étendant jusqu’à l’épiderme, réaction des couches cornées avec
hypertrophie et quelques globes épidermiques s’enfonçant dans
l’épaisseur du derme. Seule l’efficacité du traitement ioduré
serait un argument en faveur de leur nature mycosique. Il est
difficile de les rattacher à une cause générale, les renseignements
7H —
fournis par les malades étant trop peu précis pour pouvoir être
pris en considération. Dans le premier cas, cependant, le malade
était vraisemblablement syphilitique.
Les nodosités jusxta-articulaires sont peut être un syndrome
clinique occasionné par des causes diverses.
Deux cas d’épithélioma de la lèvre inférieure
chez des femmes indigènes
Par J. BRAULT.
J’ai insisté dans de nombreuses publications et ici-même (T) sur
la fréquence des épithéliomas de la face chez les indigènes mu¬
sulmans d'Algérie, aujourd’hui je ne veux pas revenir sur cette
question.
On sait que les auteurs sont unanimes pour reconnaître que le
cancer de la lèvre inférieure est beaucoup plus rare chez la femme
que chez l’homme, les uns donnent la proportion de dix hommes
pour une femme, d’autres donnent des chiffres un peu moindres.
Malgré cette rareté relative, au cours du seul mois de juin
1913, nous avons été à même d’observer deux cas d’épithélioma
de la lèvre inférieure chez deux femmes indigènes.
Voici ces deux observations :
Observation clinique. — B. Iv., B. N..., femme kabyle, âgée de 45 ans,
veuve, vient d’Azeffoun où elle a toujours séjourné, elle entre à l’hôpital
de Mustapha dans notre salle Leloir, le 9 juin 1913, pour des lésions de
la lèvre inférieure.
F* La malade n’a jamais eu de maladies ou d’indispositions graves, elle a
eu dix enfants.
Il y a deux ans B K... vit survenir sur sa lèvre inférieure, à gauche,
une grosseur rouge, sèche, qui survint sans cause appréciable; comme la
grosseur en question était assez démangeante, la malade se gratta ; toute¬
fois, ce n’est qu’au bout de huit mois que l’affection qui avait acquis le
volume d'une noisette se généralisa à toute la lèvre; à ce moment B. K...
(1) Revue générale des sciences, 13 décembre 1904; Pathologie et hygiène
des indigènes mulsumans d’Algérie, Alg-er, 1905 ; Congrès des sociétés savan¬
tes, 2 avril 1905 ; Jarrus. juin 1905 ; Galette des hôpitaux, 3 août 1905 ; Jan-
nus, novembre 1905; Archiv. fiir Schiffs. und Tropen Hygiene , t. X, 1908;
Géographie des colonies françaises , Jannus, 1907-1908 ; Province médicale,
G janvier 1912 ; Société de Pathologie exotique , 12 février 1913.
prétend avoir eu des maux de tête et de la fièvre ; cette femme kabyle est
•d’ailleurs très difticile à interroger.
A l’entrée dans le service, nous constatons une labialite végétante,
framboisiforme, prenant la lèvre inférieure dans toute son étendue et
•empiétant sur la commissure gauche.
La lèvre au niveau du bord libre est très épaissie et très bourgeon¬
nante ; elle est, par place, recouverte de croûtes jaunâtres séborrhéiformes;
entre les bourgeons, il y a de petites vallécules ; sur la partie médiane de
la lèvre, mais un peu sur la droite, se trouve une rhagade assez profonde
qui sépare les masses bourgeonnantes en deux lobes inégaux, le gauche
•est prédominant. Le coloris est rouge rosé, les lésions sont sèches, il n’y
a pas d’ulcération à proprement parler ; quand on presse les masses bour¬
geonnantes on fait sourdre en plusieurs points une matière blanchâtre,
puriforme, si on insiste davantage, on arrive à faire saigner la lèvre.
On sent quelques ganglions sous- maxillaires et géniens gros et durs.
En somme, cliniquement, on pense à un épithélioma végé¬
tant.
L’état général est bon, les uirines ne contiennent ni sucre, ni
• albumine, la température est normale.
L’examen histologique montre qu’il s’agit bien d’un épithé¬
lioma corné de la lèvre inférieure.
Observation II. — K h.. A., B., R..., femme arabe, âgée de 65 ans, céli¬
bataire, née à Maison-Carrée, entré à l’hôpital, le 27 juin 1913, pour ulcé¬
ration occupant toute la lèvre inférieure.
D’après la malade, le début de l’affection remonterait à deux ans, à
cette époque, elle aurait eu un bouton rosé, dur, indolore, saignant peu ;
la petite tumeur avait le volume d’un pois chiche et siégeait sur la partie
gauche de la lèvre inférieure.
Depuis le processus devenu ulcéreux et saignant, a gagné de plus en
plus et des ganglions apparurent.
Actuellement, toute, l’étendue de la lèvre inférieure est profondément
ulcérée, les bords de l'ulcération sont très éversés, festonnés et bourgeon¬
nants, ils sont durs à la palpation. Le fond de l’ulcération est sanieux et
très saignant. Les ganglions géniens et sous-maxillaires sont gros et
durs ; à gauche, ces derniers sont très volumineux et donnent lieu à une
tumeur qui pointe ; au sommet, la peau est rouge, luisante, prête à
-s’ulcérer.
Examen histologique. — Ici encore, il s’agit d’un épithélioma
iobulé corné absolument typique.
Mémoires
Note sur Je traitement des abcès
du foie par l’émétine
! i . ’ ■ ! i • . • * * • -. *
Par L. GAI DE et P. MOUZELS.
Nous avons déjà publié ici même (tome VI, n° 7, 1913) une
note sur le traitement de la dysenterie amibienne par l’émétine.
Depuis lors nous avons eu l’occasion d’employer le même mé¬
dicament dans quelques cas d’hépatite suppurée survenue au
cours d’amibiases intestinales latentes.
Voici trois de ces cas :
0 b sk u v at ion 1. — Dysen lerie amibienne latente. Abcès unique du foie
traité par les ponctions évacuatrices et l'émétine, puis opéré Guérison
rapide. — T... Pierre, 30 ans, a fait quatre ans de service aux Bataillons
d’Afrique et depuis 1901 est passé aux T. C. A séjourné une première fois
à Tananarive de mai 1902 à juillet 1906. Rapatrié il est renvoyé dans le
même poste en juin 1908
Le 13 avril 1913 dysenterie aiguë pour laquelle il est hospitalisé. Traité
par l’ipéca à la brésilienne il sort, en apparence guéri, après douze jours
et reprend son service.
Le 3 juin, coliques et diarrhée, congestion douloureuse du foie qui
l'amènent d’abord à l’infirmerie, puis, en présence de phénomènes fébriles
continus et de son rapide dépérissement il est embarqué le 9 juillet. Il
arrive à Marseille le 30 et entre à l’hôpital le 1er août.
Aspect général mauvais, teint terreux, décoloration des muqueuses,
fièvre peu élevée mais continue. Pas de douleur spontanée.
Voussure très marquée à droite à la base du thorax. La peau y est lisse
et tendue, d’aspect œdémateux, les espaces intercostaux sont effacés, le
côté tout entier semble immobile et ne suit pas les mouvements respira¬
toires
• * i . . ■ . - 1. • • i ,
Godet persistant d’œdème à la palpation jusqu’au mamelon ; celle-ci est
douloureuse dès qu’elle devient profonde.
Le bord inférieur du foie dépasse les fausses côtes de deux travers de
doigt. La percussion vérifie ce dernier point. Elle accuse une matité abso¬
lue jusqu’au 4e espace sur la ligne mamelonnaire.
L’auscultation dénote, à droite, en arrière et en avant de la rudesse res
piratoire avec expiration prolongée au sommet ; de l’affaiblissement du
murmure vésiculaire à la base où Ton rencontre en arrière des râles fins
et des frottements râles, très nettement perceptibles pendant la toux. Les
vibrations sont augmentées dans toute la hauteur de ce poumon.
A gauche rien à signaler.
Toux fréquente sèche et quinteuse donnant quelquefois des crachats
nettement formés de pus hépatique.
Le ventre est mou et flasque, il n’est douloureux en aucun point.
Selles pâteuses, molles, verdâtres, une à deux par jour contenant de
grandes amibes mobiles rares.
Le malade aussitôt amené à la salle d’opération est ponctionné au point
culminant de sa voussure thoracique dans le sixième espace sur la ligne
axillaire antérieure. A 6 centimètresde profondeur l’aiguille ramènedupus
typique d’abcès du foie environ 350 g. Ce pus ensemencé n’a pas poussé.
Il ne contenait pas (?) d’amibes.
Dès le lendemain le traitement par l'émétine est institué à raison de
0,04 cg. de sel en injection intramusculaire, pro die. Il est continué sans
interruption du 2 au 20 août.
Le 8 août recrudescence de fièvre (39J), nouvelle ponction évacuatrice
qui donne encore 175 g de pus
Le 15 août vomique d’environ 300 g. qui se renouvelle moins abon¬
dante le 16.
Le 17 août la fièvre qui était définitivement tombée après le 10 remonte.
Recherche de l’abcès par ponction : elle est positive. Sucision au thermo¬
cautère à travers le 9e espace sur la ligne axillaire antérieure, le tout sous
chloroforme. Evacuation de 150 g. de pus environ, drainage.
La température tombe définitivement au-dessous de 37° le 19.
Le 23 l’examen des selles d’aspect normal ne montre plus d’amibes.
Les nuits se passent sans incidents. L’état général se relève rapide¬
ment, le drain est enlevé le 3 septembre, la cicatrisation de la plaie est ter¬
minée le 10 et le malade sort en excellent état le 12 septembre.
Observation II. — Dysenterie amibienne latente ancienne. Abcès uni¬
que du foie traite par la ponction évacuatrice et /’ émétine. Guérison. —
M .., 35 ans. Adjudant de la Section des Infirmiers coloniaux en instance
de retraite. A fait de nombreuses campagnes au Sénégal, en Chine, à
Madagascar, au Tonkin. A présenté de nombreuses atteintes de palu¬
disme En 1909 a eu une dysenterie sévère et de longue durée au Tonkin
dont, du reste, il se croyait complètement guéri.
De retour du Tonkin en juillet est tombé malade chez lui. 11 y a été
soigné pendant quarante jours pour pleurésie droite. Devant la persis¬
tance de la fièvre, du point de côté et de son affaiblissement progressif
demande à être hospitalisé le 5 septembre 1913.
Etat général mauvais, subictère, anémie, fièvre continue peu élevée. Le
point de côté droit a presque complètement disparu, mais il est remplacé
par une sensation pénible de plénitude.
Voussure considérable de toute la région du lobe droit soulevant le tho¬
rax qui est immobilisé. Les espaces intercostaux œdématiés sont tout à
fait effacés. Le foie remonte en haut au-dessus du mamelon, il déborde
les fausses côtes ne 2 cm. environ. Son bord est lisse et épais, la pression
y éveille une douleur vive, irradiée vers l’épaule.
Congestion de la base du poumon caractérisée par de l’augmentation
des vibrations, de la submatité et des râles fins.
Selles d'apparence normales, sauf quelques mucosités dans lesquelles le
microscope montre de non rares amibes grandes et mobiles.
— 7 ‘ 8 —
[lien par ailleurs,
Le 6. sous chloroforme, ponction dans le 8e espace au sommet de la-
voussure, entre les deux lignes axillaires, Aspiration de 300 g. de pus
Depuis le 10 la température n’a jamais dépassé la normale.
Des examens microscopiques du sang pratiqués le 7 et 9 sont restés
négatifs.
Du 6 au 14 injection intramusculaire quotidienne d’émétine 0,04 cg.,
pro die.
Le 9, le 15, le 20 sulfate de soude 15 g. A chacune de ces purgations,
examen microscopique des selles. Les amibes diminuent rapidement de
nombre pour disparaître à partir du 20, nouvel examen négatif le 30.
Du 10 au 25 thymol 0,25 cg. pour un cachet n° 3, par jour.
Le 11 octobre le malade tout à fait rétabli et en excellent état quitte
l’hôpital .
Observation 111. — Dysenterie amibienne subaiguë. Abcès du foie uni¬
que traite par la ponction èvacuatrice et /’ émétine. Guérison apparente
rapide. Rechute pendant la convalescence. Abcès multiples traités par les
ponctions èvacualrices , l' hépatotomie et l'émétine. Vomiques bronchiques ,
évacuation dans la plèvre , vomique stomacale. Guérison.
S... Jean-Edouard, 26 ans, sergent d'infanterie coloniale. Prend part
fin août 1911 à la colonne de Fez à la suite de laquelle il est hospitalisé
pour ictère catarrhal.
En novembre 1912 paludisme à Casablanca. En février 1913 dysenterie
à Sefrou.Sort incomplètement guéri au bout de 20 jours présentant encore
de la diarrhée.
Le 23 avril à Meknès douleurs hépatiques violentes avec fièvre et
dyspnée. Evacué sur Rabat y séjourne jusqu’au 25 mai. De là entre à
l'hôpital de Casablanca où il reste un mois au cours duquel on lui fait trois
ponctions exploratrices du foie sans résultat.
Arrivé à Marseille dans notre service le 28 juin avec le diagnostic :
paludisme et congestion du foie.
11 se plaint alors de douleurs spontanées dans la région hépatique,
vives, surtout aiguës en arrière au niveau de la 1 1e côte, irradiées vers
l’épaule, d’insomnie, de transpirations profuses, de fièvre surtout le soir
(température entre 37° et 39°) ; de perte totale de l’appétit et de diarrhée
légère.
Etat général mauvais, langue saburrale, teinte subictérique des tégu¬
ments, décoloration des muqueuses. Fièvre.
Voussure très apparente à la base du thorax à droite avec élargissement
et effacement des espaces intercostaux.
La matité hépatique remonte jusqu’au mamelon et déborde de trois
doigts le rebord des fausses côtes. Submatité marquée à la base du pou¬
mon, au-dessus de la matité hépatique, à ce même point diminution des.
vibrations.
— 7*9 —
La palpation du foie est partout douloureuse quand on peut atteindre
l’organe ; cette douleur est particulièrement vive dans le 10e espace en
arrière sur la ligne scapulaire, et en avant sous le rebord costal.
A la base du poumon droit respiration rude, expiration prolongée et
frottements râles très fins à la fin de l’inspiration.
Ni toux, ni expectoration.
Examen microscopique du sang négatif.
( Polynucléaires . 82
Formule leucocytaire < Mononucléaires et lymphocytes . 18
( Eosinophiles . 0
Les selles d’apparence normale contiennent de nombreuses amibes
mobiles et des kystes amibiens très reconnaissables.
Le diagnostic posé d’abcès du foie et confirmé le. même jour par des
ponctions exploratrices laites sous chloroforme. La troisième pratiquée à
travers le 10e espace, sur la ligne scapulaire donne d’abord issue à 200 g.
de pus hépatique franc, épais, chocolat puis à 100g. de liquide hépatique.
Le traitement à l’émétine est aussitôt institué : injection intramuscu¬
laire 0,04 cg. pro die ; il est continué jusqu’au 8 juillet.
Le 2. Sommeil bon Une selle abondante, pâle, moulée, contenant des
amibes et des kystes nombreux.
Le 3. Amélioration très grande De ce jour la température ne remonte
plus à 37°.
Le 4. Le malade demande à manger ; plus de douleurs dans le côté, ni
de dyspnée, plus de sudation exagérée.
Le 8. L’amélioration s’est régulièrement continuée. Diminution très
marquée de la voussure hépatique qui n’est presque plus appréciable. La
matité a diminué de un travers de doigt en haut et en bas. Les points
douloureux spontanés et provoqués ont disparu.
Le 9. Le malade se rend à pied de l’IIopital militaire à l'Hôtel-Dieu
(environ 2.000 m.) pour se faire radiographier dans le service de M. le
docteur Duperrai : opacité plus marquée du poumon droit que du gauche,
immobilité diaphragmatique droite avec voussure en dôme d’environ
10 cm. plus élevée qu’à gauche.
Le 10. Recherche systématique et méthodique de la poche purulente à
l’aide de ponctions, sous chloroforme. Huit ponctions réparties sur toute
l’étendue de l’organe restent sans résultat.
Le 12. Les selles contiennent encore d’assez nombreux kystes amibiens.
«y
Depuis lors l’état de S .. ne cesse de s’améliorer. Les examens de selles
pratiquées les 15, 20, 23 juillet sont restés négatifs. Mis exeat le 8 août
avec un congé de convalescence de trois mois. 11 a gagné plusieurs kilos
de poids, plus de troubles digeslifs Seul le foie est resté gros, il atteint en
haut la cinquième côte sur la ligne mamelonnaire et déborde de un tra¬
vers de doigt dans l’hypochondre. Submatité légère et obscurité respira¬
toire à la base droite.
L’examen radioscopique montre l’effacement du dôme hépatique.
( Polynucléaires .
Formule leucocytaire ' Lymphocytes
j Mononucléaires .
( Eosinophile .
57.14
31
9.52
1.80
— 720 —
Le 9 septembre ce malade vient consulter l’un de nous en si fâcheux
état qu’il est hospitalisé d’urgence.
Son état général rappelle ce qu’il était à son retour du Maroc : teint
cireux et pâle, faiblesse générale très grande. Douleurs continues dans le
coté droit présentant des crises paroxystiques dont une la veille de son
entrée avait duré quatre heures. Pendant ces crises le malade souffre d’un
point de côté aigu avec dyspnée et sensation très pénible d’étouffement.
L’exament direct ne laisse aucun doute sur l’existence d’un nouvel et
volumineux abcès : pâleur œdémateuse de tout le côté droit du thorax,
voussure considérable, effacement des espaces intercostaux, abolition des
mouvements respiratoires. La palpation même superficielle exaspère la
douleur, les doigts laissent une empreinte persistante. Le foie déborde
dans l’hypochondre de. 4 cm. environ suivant une ligne régulière paral¬
lèle au rebord costal. Le lobe gauche n'est ni augmenté de volume, ni
douloureux. La percussion dénote une matité qui atteint le mamelon.
A l'auscultation silence respiratoire à la base jusqu’au niveau de la
ligne de matité. Pas d’autres signes.
O O
Dans la nuit nouvelle crise douloureuse très vive.
Le 10. Sous chlorure d’éthyle ponction évacuatrice dans le huitième
espace sur la ligne axillaire antérieure, point qui correspond sensiblement
au sommet de la voussure. Evacuation d’environ 950 g de pus, que
l’aiguille rencontre à 4 centimètres de profondeur.
Il s’agit vraisemblablement d'un nouvel abcès et non pas d’une récidive
de celui qui fut traité pendant son premier séjour à l’hôpital, la situation
antérieure et si proche de la paroi semble bien l’indiquer.
Jusqu’au 17 état précaire stationnaire. Cependant la température reste
très basse.
Le 18. Examen des selles : kystes amibiens nombreux.
Le 19. Nouvelle crise douloureuse et dyspnée.
Le 20. Sous chlorure d’éthyle nouvelle ponction évacuatrice au même
point que précédemment qui donne 250 g. de pus semblant attester que le
volumineux abcès trouvé le 10 est en voie de régression. Neuf autres ponc¬
tions sont pratiquées sans résultat dans le reste de l’étendue du foie.
Le 23. Crise douloureuse extrêmement violente avec angoisse respira¬
toire et cyanose.
La ligne de matité s’arrête à un gros travers de doigt au-dessous du
mamelon.
L’auscultation ne montre qu’un peu de congestion de la base droite.
Examen microscopique du sang : pas d’hématozoaires.
Les 24 et 25. L'état général va s'aggravant très vite et le pronostic est
devenu fort sombre. Le cœur faiblissant est soutenu par des injections
d’huile camphrée et une potion contenant 20 gouttes de teinture de digitale
qui sera continuée six jours.
Le 25. Nouvelle crise extrêmement violente se terminant brusquement
par une vomique bronchique de 300 g. environ.
Le 26. Recherche de cet abcès et évacuation par hépatotomie sous chloro¬
forme. Incision à travers le neuvième espace au thermocautère, peu de
pus à environ 13 centimètres de profondeur. L’aiguille a suivi un trajet
sensiblement analogue à celui des 10 et 20 septembre. Tout porte à croire
que ce précédent abcès était guéri car il était très volumineux et tout à
— 721
fait voisin de la peau. Sans doute l’incision d’aujourd’hui abouti à la
poche vidée hier par vomique. Celle-ci est plate et peu étendue, elle
admettrait une orange à peu près.
L’état du malade est tel après cette très rapide intervention que nous
sommes obligés de remettre au lendemain des ponctions complémentaires
que nous comptions faire.
Dans la nuit nouvelle crise de dyspnée aiguë avec violent point de côté.
Epanchement pleural très net : matité à courbe relevée par la colonne ver¬
tébrale, remontant jusqu’au mamelon, exagération de la sonorité au som¬
met ; abolition des vibrations; souffle pleurétique. La ponction de la plèvre
(sixième espace ligne axillaire antérieure) ramène 350 g. de pus hépatique
très net.
, Le 30. L’état général persistant mauvais sans le moindre symptôme
d’amélioration, la lempéralure restant élevée nous soupçonnons une nou¬
velle collection et faisons sans anesthésie cinq ponctions. La dernière sur
la ligne axillaire postérieure dans le dixième espace ramène de 7 centimè¬
tres de profondeur 250 g. de pus environ.
11 nous semblait voir une légère accalmie lorsque subitement le 10 octo¬
bre les phénomènes généraux et locaux s’aggravent. La température
atteint 38°8 et le soir le malade éprouve une douleur vive dans l’épigastre
suivie de nausées et de vomissements. 11 rend ainsi sans grands efforts
environ 200 g. de pus hépatique provenant sans aucun doute de l’esto¬
mac.
Le même phénomène se renouvelle mais moins intense le 22.
Depuis l’évacuation de ce dernier abcès il n’est plus survenu d’accident
et nous sommes actuellement revenus à peu de chose près au point où
était notre patient lors de sa première sortie de l’hôpital.
Etat général bon et surtout en voie d’amélioration très rapide. Les plié-* »
nomènes fébriles et douloureux ont tout à fait disparu; l’appétit revenu est
excellent, les selles ont été examinées les 12, 13, 14, 15 et 16 novembre et
ne présentent plus ni amibes ni kystes amibiens. Du côté du foie l’organe
s’est considérablement rétracté et ne dépassé plus les fausses côtes. En
haut sa matité se confond avec la matité de la hase qui remonte jusqu’au
quatrième espace sur la ligne mamelonnaire, jusqu’au septième sur la
ligne axillaire antérieure et jusqu’au cinquième sur la ligne scapulaire.
Dans toute cette zone la respiration est lointaine et obscure pas de souffle,
de frottements ou de râles, pas de liquide à la ponction.
La radiographie n’a pas été faite.
Il est envoyé en congé de convalescence de trois mois le 17 novembre.
Traitement. — En outre du traitement chirurgical déjà relaté au cours
de l’observation le malade a suivi les prescriptions médicales suivantes :
Du 10 au 17 septembre : chlorhydrate d’émétine en injections hypoder¬
miques, 0,04 g. pro die.
Le 18. Sulfate de soude, 15 g.
Du 18 au 23. Thymol 0,25 cg. pour un cachet n° 5 pro die.
Le 23 Sulfate de soude 15 g.
Du 23 au 1er octobre. Teinture de digitale 20 gouttes en potion chaque
Les 23, 24, 25. Injection d’huile camphrée, 2 cm.
Du 2 au 10 octobre. Nouvelle série d’émétine 0,08 cg. deux jours,
0,06 cg. deux jours, 0,04 cg. six jours.
5o
#
«
Du 1 1 au 22. Ipéca 0,10 cg. pour une pilule n° G à prendre une pilule
toutes les deux heures jusqu’à nausée.
Du 22 au 31 . Nouvelle série d’émétine.
Températures
Remarques. — L’Obs. II ne saurait être considérée que comme
un cas très heureux. N’observait-on pas avant l’émétine de petits
abcès à marche lente guérissant sans hépatotomie après une
ponction exploratrice ?
L’Obs. III montre d’ailleurs clairement qu’il ne faut pas s’at¬
tendre dans tous les cas à un résultat aussi décisif. Elle démon¬
tre aussi, d'une manière frappante, le rôle actif du médicament.
Pour qui a observé aux colonies des cas comme celui-ci d’abcès
multiples volumineux, le pronostic ne saurait faire de doute, il
est presque inéluctablement fatal. Et de fait notre malade fut
bien près de la tombe. Aussi avons-nous dès maintenant décidé
de combiner les deux traitements comme nous le fîmes dans
l’Qbs. I convaincus que nous sommes de l’absolue nécessité qu’il
y a d’évacuer largement le pus si l’on veut obtenir de l’émétine
le maximum d’effet.
En résumé: l’émétine est un merveilleux agent de traitement
médical des abcès du foie ; il aide considérablement à la répara¬
tion des tissus et doit toujours être employé ;
Son action n’est toutefois pas suffisamment puissante pour que
l’on se croie en droit de ne pas intervenir chirurgicalement
quand l’aiguille ramène du pus. La vieille règle qui veut qu’une
collection purulente soit toujours ouverte et vidée conserve sa
rigueur tout entière.
(Ecole d' application du Service de Santé des Troupes
Coloniales, Marseille.)
Emploi du chlorhydrate d’émétine dans
les amibiases par les Médecins du corps
de santé des troupes coloniales
Rapports collationnés
Par J. ALLAI N.
Dès qu’elle eut connaissance de la découverte de Vedder aux
Philippines et de la pratique de L. Rogers dans l’Inde, l’Inspec¬
tion Générale du Service de Santé des Colonies donna les instruc¬
tions nécessaires pour l’envoi et la mise en expérience du chlor¬
hydrate d’émétine dans nos Colonies les plus atteintes par l’ami¬
biase et en particulier l’ Indochine.
De nombreuses observations sur l’emploi de ce médicament
dans les amibiases sont déjà parvenues au Ministère des Colo¬
nies, de MM. le Médecin Principal de 2e classe Martel, le mé-
dècm-Major de ire classe Brau, le Médecin-Major de r1-6 classe
Malirras et le Médecin Aide-Major de ire classe Hervier, le
Médecin Aide-Major de irfl classe Nogué (Hôpital de Saigon) ;
de MM. le Médecin Principal de 2e classe Gaide et le Médecin-
Major de 2e classe Mouzels, le Médecin-Major de ire classe Sé¬
guin (Hôpital Militaire de Marseille), de M. le Médecin-Major
de ire classe Guillemet du 23e régiment d’infanterie coloniale à
Paris (1).
Les observations de l’hôpital de Saigon ont été prises en avril,
mai et juin; toutes se terminent au 2 juillet 1913 jour du départ
du courrier pour France.
Le Médecin-Major de ire classe Brau a traité:
(1) Toutes les observations dont il est question dans cette note paraîtront
dans le no 4 des Annales d’ Hygiène et de Médecine Coloniales.
i 0 Dysenteries mixtes à forme grave avec prédominance de
bacille de Shiga et rareté extrême des amibes :
Résultats : 2 cas traités : 2 succès ;
20 Congestion du foie aiguë d’origine amibienne:
Résultats : 2 cas traités : 2 succès ;
30 Dysenteries amibiennes franches:
Résultats: 17 cas traités: 15 succès: 2 insuccès.
Brau fait suivre ses observations des réflexion^ suivantes:
<( Dans les deux insuccès les malades, qui ont conservé de la
« dyspepsie gastro-intestinale et des selles diarrhéiques peu
« nombreuses, présentaient une anémie suspecte et des sommets
« douteux. L’un d’eux paraît d’ailleurs à l’heure actuelle très
a amélioré par l’emploi du chauffage lumineux (observa-
a tion XVII).
a Nous avons suivi, pour ainsi dire, journellement tous ces
(( cas par des examens microscopiques répétés. Nous n’avons
« affirmé la guérison et mis les malades « exeat » que quand
« leurs selles parfaitement normales ne renfermaient plus de-
u puis plusieurs jours, ni kystes, ni amibes. Comme doses em-
<( ployées, nous n’avons pas hésité à employer dès le début des
« doses massives d’émétine (maximum o g. 15 en deux piqûres
« dans un jour), ayant depuis longtemps remarqué au cours de
« notre pratique Cochinchinoise que dans le traitement des dy-
« senteries amibiennes, il convenait surtout d’agir énergique-
« ment et d’agir vite. En procédant ainsi, trois jours de piqûres
« à o g. 15, o g. 10 et o g. 08 nous ont paru suffisants dans la
« plupart des cas pour assurer une guérison solide.
« Dans d’autres cas, quelques rechutes, d’ailleurs bénignes,
« constituées seulement par l’émission d’un peu de diarrhée
(( noire amibienne, se sont produites. Une deuxième série d’in-
« jections à o g. 10, o g. 08 et o g. 06, a suffi pour en venir
<( très promptement à bout sans que le régime du malade soit en
<( rien modifié.
<( Nous n’avons eu à traiter que très peu de cas de congestion
(( hépatique, deux seulement en tout, mais l’une de nos obser-
<( vations est absolument typique. Nous avons pu, croyons-
« nous, grâce à la méthode de Rogers, guérir un malade chez
« lequel, du moins dès le début, l’opération sanglante paraissait
« presque inévitable.
<( La guérison de la congestion a été accompagnée d'une véri-
<( table pluie d’amibes dans les selles — jusque-là le malade prê¬
te sentait seulement des selles dures avec quelques rares kys-
« tes. Il est rentré en France paraissant bien guéri de ses deux
<( affections.
« Les doses employées chez lui, en deux séries, ont été assez
<( considérables. Il a reçu en tout o g. 86 cg. d’émétine en 12 pi-
<( qûres.
<( Dans les cas de dysenteries mixtes, l’action de l’émétine a
<( paru peu marquée dès le début. Elle s’affirme surtout quand
« l’action bacillaire commence à fléchir. Son action évidente
« tend, selon nous, à prouver que dans la plus grande partie
« des cas, nos dysenteries locales sont amibiennes et qu’on doit
(( toujours penser à une coexistence possible de l’amibe, même
« dans les dysenteries bacillaires en apparence les mieux caracté-
« risées. »
*
* *
Du traitement de huit malades le Médecin Aide-Major de
ire classe Nogué tire les déductions suivantes: « i° Les injec-
« tions d’émétine paraissent devoir être faites à doses fréquem-
<( ment répétées. 6 cg. d’émétine injectés en une fois en 24 heures
« n’ont pas la même action que 3 cg. injectés le matin et 3 cg.
<( injectés le soir.
<( A la période aiguë de la dysenterie, à la suite d’une injection
« d’émétine, il y a presque toujours très grande atténuation ou
<c même disparition complète du syndrome dysentérique dans
« un laps de temps variant entre quatre et huit heures. Puis les
« selles dysentériques, au moins au début de la maladie, réap-
<( paraissent jusqu’à ce que l’on fasse une nouvelle injection
<( d’émétine. (Obs. I, II, III.)
a 20 L’émétine abaissant la tension sanguine, est contre-indi-
« quée chez les malades présentant de l’hypotension. (Observa-
« tion VIII). »
*
* *
De six observations de M. le Médecin Principal de 2e classe
Martel, il ressort que l’émétine fait disparaître rapidement le
syndrome dysentérique dans les dysenteries amibiennes graves.
Elle est sans action sur les kystes amibiens et dans ce cas
(Obs. V) le chauffage lumineux lui a donné comme à Brau de
• 1 1 •
bons résultats. Dans un cas de congestion aiguë du foie (Obs. II)
où la formule leucocytaire (polynucléaires 82 %) indiquait une
suppuration imminente, la guérison a été rapidement obtenue
au moyen d’une ponction donnant seulement issue à du sang et
des injections répétées d’émétine (en tout o g. 16 cg.).
Dans un cas de dysenterie mixte (Obs. III) (amibes et ba¬
cilles type Shiga) l’émétine a fait diminuer rapidement le nom¬
bre des selles.
*
•# *
Les observations de MM. Maurras et Hervier portent sur¬
tout sur l’amibiase hépatique.
Dans un premier cas d’hépatite suppurée l’opération est pré¬
cédée et suivie d’injections de chlorhydrate d’émétine. Le ma¬
lade guérit rapidement.
Dans trois cas d’hépatite suppurée, on ne commença les injec¬
tions d’émétine que un jour après l'opération (Ob. II et III) et sept
jours après l’opération (Obs. IV). Les malades qui succombent
présentent d’ailleurs (observations II et III) d’autres abcès que
celui opéré et qu’on trouve à l'autopsie. Dans les observations V,
VI et VII, la formule leucocytaire, une température elevee, les
symptômes cliniques etc... indiquaient une suppuration hépa¬
tique imminente; les seules injections répétées d’émétine, sans
aucun autre traitement, aux doses de o g. 06 à o g. 10 cg. ont
fait tomber la température et ramené le foie dans ses limites nor¬
males.
L’observation VIII de Maurras et Hervier concerne un cas
de dysenterie chronique guéri par le chlorhydrate d’émétine aux
doses de o g. 15 pendant 1 jour, o g. 10 pendant 3 jours, o g. 08
pendant 1 jour et o g. 06 pendant 3 jours, en tout o g. 87 cg.
d’émétine.
* #
Les observations de MM. Gaide et Mouzels, de Séguin ont été
prises à l’hôpital Militaire de Marseille.
D'après MM. Gaide et Mouzels « il est incontestable que les
« injections d’émétine rendent de grands services dans le traite-
« ment de l’hépatite suppurée et dans celui de la dysenterie ami-
h bien ne. »
Ils donnent deux observations d’hépatite suppurée. Dans l’ob-
servation I l’abcès vidé par aspiration était très petit et il a suffi
de trois injections d’émétine à o g. 06 cg. et de quatre injections
à o g. 04 cg., pour amener une guérison définitive de l’hépatite
suppurée, mais le malade présente encore de nombreuses amibes
mobiles dans les selles. Il est possible comme le disent Gaide et
Mouzels, que dans ce cas l’action de l’émétine ait été à peu près
nulle, les petits abcès du foie guérissant aux Colonies par la sim¬
ple aspiration.
Dans l’Observation II l’abcès est très volumineux. L’opération
est faite le 8 février. L’amélioration est très lente jusqu’au 10
mars; on commence à cette date les injections d’émétine aux do¬
ses de o g. 03 puis de o g. 02 cg. et dès la première injection le
pus change d’aspect et la guérison survient en quelques jours.
Gaide et Mouzels ont traité quatre dysenteries amibiennes
par l’émétine. Dans les quatre observations l’amélioration a été
très rapide. Le syndrome dysentérique disparaît, mais les kystes
amibiens persistent, ce qui rend les rechutes inévitables si on ne
recommence à temps un nouveau traitement à l’émétine.
*•
Le Médecin-Major de ire classe Séguin a traité quatre cas de
dysenterie amibienne par l’émétine. Dans l’observation I, le
malade est très amélioré, mais « les kystes amibiens persistent
dans les selles, dont l’aspect est normal, après deux séries de pi¬
qûres d’émétine, l’une de sept jours, l’autre de cinq jours ». Do¬
ses à o g. 04 et o g. 06 cg.
Dans l’observation II, après un traitement de neuf jours à
l’émétine à o g. 04 et o g. 06 cg., les kystes amibiens sont encore
assez nombreux dans les selles, bien que le malade en bonne voie
de guérison apparente ait augmenté de 5 kg.
Dans l’observation III, il s’agit d’une dysenterie amibienne
datant d’avril 1912 et traitée d’abord par les moyens habituels
au Tonkin et en France pendant un congé de convalescence.
2 séries d’injections hypodermiques d’émétine et des lavements
d’émétine à o g. 10 cg. n’arrivent pas à faire disparaître les
amibes des selles. Les lavements d’émétine ont d’ailleurs été
fort douloureux.
Dans l’observation IV, le malade après avoir subi pendant
9 jours un traitement à l’émétine et avoir reçu o g. 44 cg. de ce
produit présente encore des amibes dans les selles. Son état gé-
néral est d'ailleurs excellent et i mois et 1/2 après la cessation
du traitement il avait augmenté de 5 kg.
*
* #
L’observation du Médecin-Major de ire classe Guillemet con¬
cerne une malade atteinte de dysenterie au Tonkin en février
1912.
On commença le traitement à l’émétine le 5 juin 1913. Il a
fallu « à cette malade o g. 90 cg. de chlorhydrate d’émétine et
17 jours de traitement pour amener la disparition de l’agent pa¬
thogène ». Son état général ne s’est d’ailleurs guère amélioré par
le traitement ; pesant 44 kg. au début du traitement, elle n ’a ga¬
gné pendant le traitement que o kg. 800 g.
Et la disparition des amibes n’a été que momentanée « car
18 jours après son départ de Paris, le Docteur Marty, à Marseille,
découvre dans les selles de cette malade « quelques nouvelles
amibes en activité avec du pus presque pur sans bacilles de
Koch. »
# *
De cette série d’observations prises en Cochinchine et en
France, on peut tirer les conclusions suivantes:
i° Le chlorhydrate d’émétine fait disparaître rapidement les
syndromes dysentériques; sous son action le nombre des selles
diminue; les selles prennent l’aspect normal. La forme végéta¬
tive de l’amibe ne disparaît pas toujours, même après un traite¬
ment prolongé (observations III et IV de Séguin) et la forme
enkystée résiste à tous les traitements par l’émétine. Les lave¬
ments à l’émétine (o g. 10 cg.) sont douloureux et ne paraissent
d’ailleurs , avoir aucune action sur les amibes. (Observation III
de Séguin).
20 Dans ces conditions il est indéniable qu’un seul traitement
à l’émétine ne suffit pas dans la grande majorité des cas. Ce
traitement devra être fait à divers intervalles et jusqu’à ce que
l’on ait constaté la disparition des kystes amibiens. Le chauf¬
fage lumineux paraît être un adjuvant précieux dans le traite¬
ment des dysenteries rebelles à l’émétine (observation V de
Martel, XVII de Brau). «:
30 Brau, Martel, Nogué, à Saïgon ont retiré d’excellents
résultats de l’emploi de l’émétine dans les dysenteries mixtes
(Observation III, Martel, Observation II, Nogué 3 observations
de Brau) et même dans les dysenteries bacillaires pures (Obser¬
vation IV Nogué).
Cette action de l’émétine dans les dysenteries bacillaires s’ex¬
plique, par ce fait bien mis en évidence par Brau que « en Cochin-
chine on doit toujours penser à une coexistence posible de l’a¬
mibe, même dans les dysenteries bacillaires en apparence les
mieux caractérisées. « L’examen des selles fait par le Docteur
Denier, au laboratoire de Saïgon, en donne la confirmation. En
effet sur un total de 108 selles muqueuses ou séreuses et 77 sel¬
les fécaloïdes examinées en juin et juillet 1913, on obtient les ré¬
sultats suivants :
Selles muqueuses et séreuses:
Dysenteries amibienne pure . 43
Dysenterie bacillaire pure . 9
Dysenterie mixte . 27
Examens restés négatifs . 29
108
Selles fécaloïdes :
Dysenterie amibienne . 18
Dysenterie bacillaire . 9
Dysenterie mixte . 5
Examens restés négatifs . 45
b- bm
/ /
Les dysenteries bacillaires pures sont donc relativement ra-
rares en Cochinchine.
40 Dans tous les cas de congestion aiguë du foie à la période
présuppurative indiqué par les symptômes cliniques et la formule •
leucocytaire, le traitement par l’émétine donne des résultats sur¬
prenants (Observation II de Martel. Obs. V, VI et VII de
Maurras et Hervier. 2 obs. de Brau).
50 L’émétine dans l’hépatite suppurée est un précieux adju¬
vant de l’opération (Obs. I et II de Gaide et Mouzels) et il y
aurait intérêt à faire des injections d’émétine avant l’opération
(Obs. I de Maurras et LIervier).
6° L’émétine même employée aux doses élevées de o g. 15 cg.
n’apporte aucun trouble dans l’organisme. Elle ne paraît avoir
aucune contre-indication, car il ne semble pas qu’il faille tenir
compte de l’observation VIII de Nogué où, il s’agissait d’un
— 7 3o
malade très affaibli et dont il fallait d’abord évidemment relever
l’état général.
(. Documents de V Inspection générale du Service de Santé
au Ministère des Colonies.)
Paludisme et quinine d’Etat en Annam
pendant l’année 1912
Rapports des provinces collationnés
Par J. ALLAI N.
La quinine d’Etat a donné des résultats remarquables pour la
prophylaxie du paludisme surtout dans les provinces où la qui¬
ninisation méthodique et gratuite de certains centres malarigènes
a servi de « leçon de choses » aux indigènes, Binh-Dinh, Quang-
Nan, Laobao dans la Quang-Tri. Des rapports spéciaux ont ex¬
posé la méthode suivie pour ces quininisations qui ont été par¬
tout très efficaces. En huit mois, il a été vendu en Annam plus
de 100.000 tubes de quinine d’Etat dont 66.000 dans le seul Binh-
Dinh. En outre de nombreux tubes et quelques kilos de com-
* primés en vrac ont été envoyés aux provinces par le dépôts cen¬
tral pour les quininisations méthodiques et gratuites. L’œuvre
est en train ; elle se développera progressivement.
Province de Binh-Dinh (docteur Asselin, Médecin- Major de
2e classe des Troupes coloniales hors-cadres).
Paludisme. — Dès le début de l’année, le Huyên de Phu-My
était ravagé par le paludisme.
MM. Griscelli, Médecin Vaccinateur et Duran, Médecin de
la Province, firent le diagnostic microscopique de l’affection.
Le Service de la quinine d’Etat fut organisé d’abord dans cette
région et en mars, fut faite cette expérience de quininisation
dont il sera parlé au sujet de la prophylaxie.
En avril, l’état sanitaire de cette région devint meilleur. En
revanche, M. le Délégué de Bongson signalait dans sa zone de
nombreux cas de paludisme. Cette affection s’aggravait en mai
et en juin, elle s’étendait au Huyên de Hoai-An.
- 7il
L’expérience pratiquée dans le Huyên de Phu-My avait trop
bien réussi pour n’être pas renouvelée et un infirmier major fut
chargé d’établir un centre de quininisation dans un village du
canton de Kim-Son et de lutter là contre le paludisme comme
il l'avait fait à Phuthiên.
Comme dans le premier cas, l’amélioration de l’état sanitaire
fut très rapide dans le village ainsi traité.
L’endémie paludéenne a été en s’affaiblissant progressivement
vers la fin de l'année. Elle a causé en 1912 un très grand nombre
de décès. Il faut espérer que le développement rapide que prend
la vente de la quinine d’Etat, aura une heureuse influence sur
cette affection très meurtrière.
Cependant il serait bon de prévoir au Budget de l’assistance
une certaine somme destinée à l’achat de quinine devant être
distribuée gratuitement aux indigents et dans le cas d’épidémies
particulièrement graves.
En ce qui concerne plus spécialement la prophylaxie du palu¬
disme, la destruction des larves de moustiques et la vulgarisation
de la quinine d’Etat sont les deux grands moyens à mettre en
action.
En présence des ravages causés par le paludisme dans toute
la Province, spécialement dans le Huyên de Phù-My et à la
suite d’une enquête menée sur place par M. le Directeur local de
la Santé en Annam, un essai de prophylaxie de la malaria et de
quininisation systématique fut fait dans le village de Phuthiên.
Un Infirmier Major muni d’instructions précises et assuré du
concours des autorités indigènes, fut chargé de mener à bien
cette tâche. Il s’attacha à empêcher la multiplication des mous¬
tiques en détruisant les larves par l’assèchement de toutes les
mares dont l’écoulement est mal assuré, par la disparition de
tous les débris de poterie ou autres pouvant servir à l’élevage des
larves et en détruisant ou faisant détruire dans la mesure du pos¬
sible, des moustiques adultes. Par la persuasion, il s’efforça d’ob¬
tenir des habitants une propreté plus grande du village et des
habitations.
Mais surtout le but était la quininisation systématique des ha¬
bitants ; ils furent divisé en deux catégories:
i° malades,
2° non malades ou convalescents.
■
Les malades reçurent des doses de quinine allant de i g.
o g. 25 du Ier au dernier jour du traitement qui durait 12 jours, j
Les non malades et les convalescents prirent de la quinine ptu
dant deux périodes de 8 jours séparés par une semaine de rep< $
Les résultats de cette campagne antimalarique furent vraimé!
remarquables. Alors que dans toute la région, le paludisme a J
sait de nombreux décès, le hameau de Phuthiên était épargqj
A l’arrivée de l’Infirmier, ce village de 30 maisons qui compta
125 habitants avait 20 malades et 105 personnes en bonne sarB
ou convalescents.
Les 20 malades guérirent rapidement, un se:ul homme eut ufl
rechute au 10e jour du traitement.
Sur 105 indigènes non malades, 100 restèrent indemnes, 5 p|
sentèrent quelques accès de fièvre irréguliers et guérirent ra]H
dement. Aucun décès ne fut enregistré.
L’impression produite sur les indigènes fut excellente.
Ouinine d’Etat.
<v
Le service de la quinine d’Etat institué en janvier 1912 for-,
donne de la façon suivante:
L’hôpital de Quinhon constitue le dépôt central qui appil
visionne les dépôts secondaires de: i° Phumy, recette auxiliaé
des Douanes et Régies ; 20 Quinhon, comptable de la Rél
dence ; 30 Anthay; 40 Quangvan ; 50 Annoan ; 6° Bongsoi
7° Tamquan, recettes auxiliaires des Douanes et Régies; 8° CI -
don, garde indigène; 90 Anlao, garde indigène; io° Kontuil
délégation.
La quinine est vendue en détail par ces dépôts secondaires t
sourtout par les débitants d’alcool qui peuvent être plus faci -
ment surveillés afin d’éviter une hausse de prix.
Pendant l’année 46.290 tubes ont été vendus. On ne pouvait
s’attendre à mieux pour un début.
La quinine d’Etat qui passe par le dépôt central de Quinhti
n’est pas la seule qui soit vendue aux Indigènes: les missionnJ
res et les commerçants chinois en débitent également de grands
quantités et il n’y aurait qu’à s’en louer au point de vue de 1
prophylaxie si cette quinine n’était vendue trop souvent à ds
prix très élevés.
J’ai eu l'occasion d’entendre certaines critiques adressées à n-
tre quinine d'Etat par les Indigènes entres autres et surtout ï
urs,
H
rej
îin
.e
V
iP
;faut de passer dans le tube digestif sans que les comprimés
>ient modifiés ; j'ai pris dans divers envois io tubes de com¬
binés et les ai mis en expérience à l'hôpital. Dans aucun cas>
n’a été retrouvé de comprimés dans les selles des malades mis en
Dservation.
loi
Province de Hatinh (Docteur Georgelin, Médecin Aide-Ma-
>r de ire classe des Troupes Coloniales hors-cadres).
Paludisme . — La principale endémie de la Province est le pa-
idisme, affection redoutable, par les ravages incalculables qu’el-
: provoque en tout temps. Aucune région n’est indemne, même
as le littoral marin. Nous avons vu récemment une véritable
aidémie de paludisme contrôlée par l’examen bactériologique
ivirsuir un petit village situé au bord de la mer, isolé parmi les
unes de sables. De tels réveils de l’endémie palustre nécessi-
nt des mesures spéciales. Il a fallu, pendant une certaine période
u chef-lieu même, user de la quininisation préventive parmi les
risonniers. Les postes de la Garde Indigène paient également
n lourd tribut au paludisme.
Le système de la quinine d'Etat fonctionne normalement : il
lut encore attendre pour pouvoir en juger les résultats, mais
n peut prévoir qu'ils seront excellents quand l’extension sera
énérale.
) Province de Nghe-An (Docteur Hermant, Médecin de l’As-
I istance). — Le paludisme, les affections gastro-intestinales, les
ffections vénériennes, ont été les maladies le plus fréquemment
il bservées à Vinh en 1912 chez les Européens. Le paludisme sévit
: urtout à Benthuy où de nombreux cas ont été relevés dont plu-
ieurs chez des enfants nés à Benthuy et qui n’en étaient point
: ortis. On s’explique facilement d’ailleurs que ce port soit un
oyer actif de paludisme: il est fréquenté par de nombreux indi¬
gènes qui proviennent en grande majorité des régions monta¬
gneuses et boisées d’où ils ramènent non seulement du bois, mais
ncore de hématozoaires que les anophèles de Benthuy se char¬
gent de distribuer aux habitants. On n’entrevoit point comment
ls pourraient s’en défendre autrement que par l’usage de qui-
tine préventive et la protection mécanique contre les moustiques.
Le domaine du paludisme est naturellement vaste comme l’est
a région occupée par les montagnes. Et il exerce ses ravages
larticulièrement sur ceux qui n’habitent ces régions que d’une
— 7^4 —
façon intermittente, tels les commerçants, les bûcherons, les n
liciens, etc..., alors que les naturels de l’endroit ont acquis «
quelque sorte une certaine immunité. D’autre part des centr
qui par leur situation en pleine région cultivée et deltaïque p
raissaient devoir être indemnes sont devenus des foyers actifs »
paludisme et le demeurent par suite du mouvement considérât
des individus entre eux et la région montagneuse, mouveme
qui assure leur réinfection continue, alors que sans lui tr
vraisemblablement le paludisme y serait inconnu ; la citadelle <
Vin h en est un exemple typique. Constamment y arrivent des n
liciens, des prisonniers, des fonctionnaires indigènes provena
des régions montagneuses; or bien des personnes n’ayant jama
quitté la Citadelle sont impaludées gravement par l'intermédiai
de ces porteurs d’hématozoaires qui assurent aux anophèles i
approvisionnement suffisant pour infecter leurs victimes.
Contre cette impaludation progressive tous les moyens rest
ront vains, sauf la quininisation préventive. On s’étonne encore (
voir les illusions de bon nombre de confrères sur la possibili
de généraliser la lutte contre les moustiques et les moyens (
protection contre leurs piqûres. La lutte contre les moustiqu<
est possible dans les pays comme l’Egypte et l’Algérie où
pluie est extrêmement rare; c’est un rêve chimérique dans t
pays de crachin et de pluies continuelles.
En Italie où cependant il pleut bien moins et bien moins soi
vent qu’ici, on ne s’y est pas trompé, et l’on a eu vite abandonn
comme trop onéreux ou impossible à réaliser la destruction de
anophèles, et la généralisation de la protection mécanique pt
les grillages. Pourtant on ne saurait citer d’exemple plus pr<
bant de l’efficacité de la lutte antimalarique sur une vaste échel
cpie les résultats obtenus en Italie avec la quininisation préveil
tive généralisée. Gardons donc pour satisfaire quelques théor
ciens le principe de la destruction des anophèles, conseillons
la généralisation de la défense contre leurs piqûres par I’empl<
des moustiquaires et des grillages sans nous illusionner sur l’ir
suffisance de leur protection et généralisons le plus possible 1
diffusion de la quinine, le seul moyen pratique de lutte que not
ayons actuellement.
-
Dans les postes de la Garde Indigène nous réalisons la quin
nisation préventive par la distribution biquotidienne de 0,25 cp
de quinine par homme. A la portion centrale à Vin h nous dor
nons une égale quantité aux hommes nouvellement incorporés.
Les Chefs de poste sont d’accord pour constater une diminution
considérable des journées de maladie pour lièvre depuis six mois
que cette mesure est appliquée.
La vente de la quinine d'Etat primitivement restreinte à onze
bureaux de poste rurale a été généralisée à tous les bureaux de
la Province, au nombre de 22. Ce système a fonctionné sans à
coups durant toute l’année. La vente a progressé régulièrement
dans presque tous les bureaux, et a atteint près de 23 k. C’est
peu encore en comparaison des besoins considérables ; c’est beau¬
coup à notre avis, si l’on considère que la vente a été absolument
libre et qu’aucune pression n’a été faite ni sur les vendeurs, ni
sur la population. Le prix de revient de la quinine permet de
réaliser sur la vente un léger bénéfice qui couvre les distribu¬
tions gratuites dans les villages frappés par des épidémies de fiè¬
vre rémittente, dans les cas où cette dernière maladie s’ajoute à
un paludisme chronique. Le conditionnement de la quinine d'Etat
en tubes de 10 comprimés nous paraît toujours être le plus com¬
mode ; les mandarins provinciaux nous ont vivement conseillé
de ne pas les modifier ,et surtout de ne pas mettre en circulation
des tubes de différentes grandeurs, qui donneraient prétexte à
des abus de confiance quotidiens de la part des vendeurs. Les
tubes en verre vides ne sont jamais rapportés malgré la prime
offerte de 0,01 centime par tube; il paraît que les niacoués
(paysans) en sont très amateurs, et s’en servent comme étuis pour
ranger leurs aiguilles.
Province de Phanrang. (Docteur Thiery, Médecin de l’Assis¬
tance). Paludisme. — Le paludisme sous ses diverses formes a
fourni un grand nombre de malades. Outre les formes intermit¬
tentes et rémittentes bilieuses de beaucoup les plus fréquentes,
nous avons observé quelques accès pernicieux à forme comateuse
et quelques cas de cachexie palustre. Le paludisme chronique
avec splénomégalie est particulièrement fréquent chez les habi¬
tants d’un village catholique qui fait partie de l’agglomération
de Phanrang ; il est courant de trouver chez ces malades des rates
énormes descendant dans la fosse iliaque gauche et empiétant
même sur l’hypochondre droit. Chez les Européens, surtout ceux
qui habitent l’intérieur de la province, on observe une fièvre
palustre, à allure plutôt chronique, sans accès violents, cau¬
sant chez certains une anémie très marquée.
— 7 36 —
Cette endémie sévit en somme avec une assez grande intensité
dans la région de Phanrang, mais sous des formes le plus sou¬
vent bénignes; dans le reste de la Province et surtout dans les
régions qui avoisinent la chaîne montagneuse où se trouvent
des mares, un sol peu perméable et de la grande forêt, elle trouve
réunies toutes les conditions favorables à son développement et
fournit une mortalité très élevée. C’est surtout à la fin de septem¬
bre "et pendant les mois d’octobre, de novembre et décembre
qu’on observe chaque année une recrudescence de la maladie
dans les diverses régions de la province.
Ouinine d'Etat. — Le service des cessions de quinine d’Etat
est organisé depuis le commencement de l’année. Il a été créé,
outre le dépôt principal de Phanrang, dix dépôts secondaires à
Ninhchu, Mytuong, Vinhhy, Thai-an, Tourcham, Donggiang,
Dacnhon, Traica, Du-Khanh et Dalat (région moï). La création
de ces dépôts n’a pas été des plus faciles et les agents indigènes
des postes à qui on voulait les confier ont fait preuve en l’occur¬
rence d’une évidente mauvaise volonté. Sollicités directement
«
par le Chef de la Province, les uns n’ont voulu accepter qu’une
minime quantité de tubes, les autres ont refusé purement et sim¬
plement d’accepter le dépôt sous prétexte qu’ils ne possédaient
pas les fonds nécessaires pour avancer le prix du premier stock.
L’Administration des Douanes également ne nous a pas prêté
dans cette Province le concours sur lequel nous pensions pouvoir
compter; le receveur des Douanes de Phanrang s’est opposé bien
que ceux-ci soient tout disposés à assurer ce service, à ce que
ses agents soient dépositaires de la quinine d’Etat. Dans ces
conditions, le Résident s’est cru obligé de confier cinq de ces
dépôts à des Chefs de village. Je doute fort que cette façon de
procéder reflète exactement l’esprit des instructions reçues au
sujet de la vente de la quinine, mais je n’ai pu que donner, en la
circonstance, un avis qui n’a pas été écouté. Les résultats d’ail¬
leurs n’ont pas été très brillants; il avait été réparti entre ces dix
dépôts mille tubes ; or depuis le mois de janvier, aucun des dépo¬
sitaires n’a épuisé le faible stock qu’il avait accepté. Le dépôt
de Phanrang a livré à lui seul 2.000 tubes depuis le Ier janvier;
ce chiffre n’est pas bien élevé, mais il faut songer que le pays
n’est pas très peuplé et qu’à ce dépôt ne viennent s’approvision¬
ner que les habitants des villages immédiatement voisins.
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7^7 ~
ses vo)rages dans la délégation moï de Dalat, M. le Directeur
local de la santé a bien voulu mettre à notre disposition, pour
être distribués gratuitement aux paludéens de cette région, 2.000
tubes de quinine d’Etat. J’ai commencé les distributions au
cours d’une longue tournée de vaccine que j’ai dû faire en no¬
vembre et j’ai laissé une grande partie de cette provision entre
les mains du garde principal de Dalat qui plus que tout autre
est en contact avec la population de cette région. Les Mois de
la vallée de Da-ninh, où le paludisme sévit avec une grande in¬
tensité apprécient tout particulièrement le médicament ; la faci¬
lité avec laquelle ils peuvent se le procurer les incite à en faire
un usage constant et je suis convaincu que cet acte charitable
de l’administration ne pourra qu’augmenter notre influence dans
le pays et nous rapprocher davantage de cette population.
Province de Phantiet. (Docteur Pic, Médecin-Major de 2e classe
hors-cadres).
Paludisme. — C’est l’affection la plus fréquente chez les
Européens de la Province. Il paraît qu’avant les travaux du che¬
min de fer le paludisme était à peu près inconnu à Phanthiet.
Quoiqu’il en soit, nous avons observé que si les moustiques sont
nombreux, la plupart sont des culex et que les anophèles sont
rares. A Djiring et dans la région moï, c’est peine s’il y a quel¬
ques moustiques, mais ceux rencontrés étaient des anophèles, ce
qui explique les cas de fièvre tenace que nous avons été appelé
à soigner dans cette région qui passe pour saine aux Européens,
mais meutrtrière aux Annamites.
Il faut reconnaître que les Européens prennent peu de précau¬
tions contre la fièvre. L’usage rationnel de la moustiquaire est
rare et beaucoup considèrent cet objet plutôt comme l’ornement
indispensable d’un lit colonial. La quinine préventive n’est que
peu en usage. Depuis notre arrivée nous avons fait notre possi¬
ble ‘pour amener les Européens à cette coutume et ceux qui ont
voulu nous entendre s’en sont bien trouvés. La forme de fièvre
le plus souvent observée est la forme rémittente avec retentisse¬
ment du côté du foie et de l’estomac. La fièvre s’est montrée sou¬
vent tenace et malgré les injections de quinine a persisté une se¬
maine amenant rapidement chez les malades un grand état d’af-
faiblisement et d’anémie. Il nous a été donné d’observer un cas
de paludisme chronique. Le paludisme sous ses diverses for¬
mes est l’affection la plus courante chez les indigènes. Il y
5i
1
738 —
a eu 98 entrées et 28 décès et on peut évaluer à 1/5 le chiffre des
consultations pour cette maladie. Les décès sont dus soit à la
cachexie palustre, soit aux accès pernicieux. Il y a eu un seul
cas de bilieuse hémoglobinurique très grave chez un tonkinois
qui a guéri grâce aux injections de sérum. Les examens de sang
que nous avons faits nous ont permis de reconnaître souvent la
forme du Plasmodium prœcox de la tierce maligne ou du plas-
mode vivace de tierce bénigne. Les coolis de la voie ferrée vivant
dans des conditions plutôt mauvaises et le plus souvent en pleine
forêt sont les principales victimes. Mais les habitants de Phan-
thiet sont eux aussi souvent atteints et viennent quelquefois de¬
mander de la quinine. •
Nous avons dit que le système de la Quinine d'Etat ne fonc¬
tionnait pas encore dans la province. Nous faisons confection¬
ner à la Pharmacie de l’Ambulance des pillules de sulfate de
quinine à 0,25 cg. ; elles sont distribuées gratuitement à tous ceux
qui en demandent par 10 à la fois. Mais les demandes restent peu
nombreuses. Nous croyons cependant que la Quinine d'Etat qui
serait mise en vente dans les débits d’alcool et d’opium aurait
plus de succès. La gratuité n’est pas un moyen d’attirer l’an¬
namite de notre région. Tous les cas de paludisme hospitalisés
sont traités par les injections intra-musculaires de chlorhydrate
de quinine. Il y a eu de véritables résurrections, car la plupart des
entrants arrivent à toute extrémité et il n’y a pas lieu de s’éton¬
ner du taux des décès (1/4).
i %
Province de Quang-Nam. (Dr Meslin, Médecin-Major de
2e classe hors-cadres).
Paludisme, -r- Le paludisme a sévi à l’état épidémique aux
mois d’avril et de mai, dans les villages du canton de Viet-An,,
situés au pied du massif de Phu-Lam, et pendant les quatre der¬
niers mois de l’année dans les villages du delta de Quang-Nam ;
dans cette dernière région, l’épidémie est allée en prenant de
plus en plus d’extension du mois de septembre jusqu’au mois
de novembre, pendant lequel elle a atteint son maximum d’in¬
tensité, pour décroître peu à peu pendant le mois de décembre.
Le chiffre des paludéens traités à la consultation de Faifo permet
de se rendre compte de la marche de l’épidémie; 13 1 en septem¬
bre, 334 en octobre, 451 en novembre et 432 en décembre.
Les conditions climatériques de 1912 ont notablement différé
clé celles de 1 9 1 1 ; au cours de 1911, pendant la saison estivale le
vent d’ouest avait soufflé avec persistance pendant près de deux
mois et la saison des pluies ne s’était pour ainsi dire pas mani¬
festée. En 1912, pendant les cinq premiers mois de l’année, il a
régné une sécheresse persistante, et beaucoup de ruisseaux ali¬
mentant en eau de boisson la population de certaines régions, se
sont taris; ces circonstances ont; à mon avis* favorisé l’éclosion
de l’épidémie de paludisme qui a sévi en avril et mai dans le
canton de Viet-An. Dans le lit des ruisseaux, en effet, il n’exis¬
tait plus que de petits marigots cle place en place, sans écoule¬
ment et le fond des mares ne contenait' plus qu’une petite flaque
d’eau; insuffisante pour que des poissons y vivent et y détruisent
les larves des moustiques. D’autre part, pour se procurer de l’eau,
les habitants creusèrent des trous soit dans les lits des ruisseaux
taris, soit dans le sol asséché des rivières, éminemment favorables
pour la pullulation clés moustiques.
Mais elles sont insuffisantes pour expliquer les origines d’une
semblable épidémie. Il est curieux de constater que l’épidémie
s’est propagée en suivant les villages échelonnés le long des
rives des rivières du delta et en se rapprochant de plus en plius*
de la mer; au cours des derniers mois de l’année j’ai assisté à
cette propagation de la malaria dans les villages situés immédia¬
tement en amont de Faifo et il m’a été possible de prévoir que
l’épidémie allait gagner tel ou tel village, qu’elle avait jusqu’ici
épargné. Un vieux missionnaire, dont l’arrivée dans la province
remontait à une trentaine d’années m’a affirmé que la malaria
n’y sévissait avec une telle sévérité que depuis une dizaine d’an¬
nées. Or cette période coïncide avec une plus grande pénétration
des annamites dans la région montagneuse ; chaque année, le
nombre augmente des indigènes qui remontent le cours des ri¬
vières dans la montagne pour aller exploiter la forêt ou cultiver
le maïs. Le garde forestier du poste de Phu-Lac me disait que
2.000 bûcherons travaillaient à la fois dans la région cl’An-Diam ;
tous étaient frappés par la fièvre. Quoi d’étonnant à ce que ces
indigènes, qui sont allés s’impalüder dans la région monta¬
gneuse et qui reviennent au bout de quelques mois dans leurs vil¬
lages du delta, n’y rapportent avec eux et n’y propagent la ma¬
laria; une fois importée cette dernière n’a que trop de facilités
offertes pour gagner de proche en proche, d’homme à homme, de
village à village.
- 74° -
* „ * i
Contre une pareille extension du paludisme, la quininisation
constitue la seule méthode prophylactique pratique. En 1912 un
service de Quinine d'Etat a été organisé dans la province. Une
expérience de quininisation systématique a été faite au village
d’An-My, avec le concours de M. l’Inspecteur de la Garde indigène
Sogny, pour mieux montrer aux indigènes quels résultats on
pouvait attendre de la quininisation. Les annamites de la Province
ont vite compris quel bénéfice ils pouvaient tirer de la quinine
préventive et curative et le service de la Quinine d’Etat n’a pas
tardé à jouir d’une grande faveur auprès de la population indi¬
gène; pendant les derniers mois de l’année seulement, plus de
150.000 doses ont été ainsi vendues. On a pu noter des résultats;
certains villages du huyên de Quê-Son, comme Mong-Nghê,
Mong-Lanh, IIuong-Quê, qui l’an dernier avaient été particu¬
lièrement éprouvés par la malaria et qui ont été des premiers à
faire usage de la Quinine d’Etat, ont vu leur état sanitaire s’amé¬
liorer d’une façon considérable. Ces résultats consi ituent les
meilleurs moyens de propagande qu’il soit possible de souhaiter.
Le paludisme, à lui seul, a donné lieu à 349 entrées à l’hôpital
et à 6.173 consultations données à 2.239 malades. J’ai relaté plus
haut l’épidémie de paludisme qui avait sévi dans la province et
qui explique ce chiffre élevé de malades. Les examens microsco¬
piques du sang des malades ont été multipliés, beaucoup ont été
contrôlés au Laboratoire de bactériologie de Hué; ils ont tou¬
jours démontré qu’il s’agissait de fièvre tierce. Les atteintes ai-
* guës n’onf souvent cédé qu’à des doses élevées de quinine; dans
les cas les plus rebelles, j’ai institué un traitement mixte, qui¬
nine et arrhénal en injections qui m’a paru amener une déferves¬
cence plus rapide que le traitement quinique simple. Il est remar¬
quable de constater avec quelle rapidité les symptômes chroni¬
ques ont succédé aux atteintes aiguës chez les sujets qui ont né¬
gligé de se soigner au début de leurs manifestations fébriles.
Chez la plupart des sujets le foie a été aussi souvent touché que
la rate ; à une hypertrophie de la rate correspondait presque tou¬
jours une atrophie du foie. Il a été traité à l’hôpital de Faifo une
dizaine d’accès pernicieux. 10 décès, à l’hôpital, ont été imputa¬
bles à la malaria.
■ « • ' • \ * • . * *
Province de Quang-N gai. (Dr Martin, Médecin-Major de ire
. classe hors cadres.
741
La malaria est répandue dans tous les points de la province
de Quang-Ngai avec une intensité cependant plus grande dans
la partie montagneuse.
Elle se manifeste le plus souvent sous la forme de fièvre tierce
et détermine rapidement la cachexie. La congestion chronique
des viscères, de la rate en particulier, est de règle.
Les accès pernicieux ne sont pas rares et l’allure épidémique
qu’ils revêtent dans certains villages a pu, en maintes circons¬
tances, faire croire aux indigènes, à l’éclosion d’une épidémie de
choléra.
Les corps en croissants et les corps amiboïdes libres et pig¬
mentés constituent les formes d’hématozoaires qui se rencontrent
le plus souvent.
De larges distributions gratuites de quinine sont faites chaque
matin à l’ambulance et, par le médecin, au cours de ses tournées.
Les dépôts de quinine d’état ont été doublés ; des doses de qui¬
nine gratuite pour indigents ont été confiées aux Mandarins et"
Chefs de canton.
Malheureusement les autres mesures prophylactiques (usage
de moustiquaires, débroussaillement autour des maisons, meil¬
leure aération et éclairage des habitations, etc...) demeurent lettre
morte.
Dans la Citadelle de Quang-Ngai, le paludisme a été considé¬
rablement réduit par la mise en culture des terrains vagues qui
entourent les fortifications. Les moustiques ont presque disparu
pendant une grande partie de l’année.
Reste cependant une amélioration urgente qui a été demandée
par la Commission d’hygiène; c’est le drainage des fossés à la fin
de chaque saison des pluies.
Aucune partie de la Province n’est respectée par le paludisme
et les ravages occasionnés sont considérables. J’ai visité en sep¬
tembre un village de 300 habitants environ où il se produisait
journellement 2 et 3 décès et où chaque maison abritait 2 ou plu¬
sieurs malades. Pour remédier à cette situation, la commission
d’hygiène a demandé que les dépôts de quinine d’Etat fussent
multipliés (le nombre de ces dépôts était de 20).
Désormais un dépôt est établi dans chaque débit d’alcool. Une
affiche, écrite en Quôc-Ngu et en caractères chinois, indique ces
établissements et renseigne l’indigène sur le prix de chaque tube,
sur la posologie et sur la nécessité d’absorber de la quinine pen-
74- ~
dant plusieurs jours consécutifs en cas de fièvre. En outre, des
dépôts de quinine gratuits, à l’usage des indigents, sont établis
chez les Mandarins et les Chefs de canton.
L’institution de ces dépôts de quinine est récente dans ce pays.
Les débuts en ont été peu encourageants. Actuellement la vente
s’accroît progressivement et la confiance que .témoignent les in¬
digènes dans ce produit permet d’espérer qu’ils en retireront
grand profit.
Province de Thanh-Hoa. (Dr 'Perthuisot, Médecin de l’Assis¬
tance).
A certains moments de l’année le paludisme a fait certains ra¬
vages. Il a été distribué une gravure montrant le mode de pro¬
pagation du paludisme par le moustique dans les endroits de
réunion habituels des Annamites.
Toutefois le paludisme a sévi moins durement en 1912 que les
années, précédentes grâce certainement à la Quinine d’Etat.
Voici sur le fonctionnement de la quinine d’Etat en 1912, ce
que dit le Dr Millous (rapport de mai 1912):
Quinine d'Etat. — La vente de la quinine aux indigènes à un
prix fixé et peu élevé dite quinine d’Etat a été confiée au fermier
des alcools.
Celui-ci possède une organisation complète dans toute la pro¬
vince qui lui permet mieux que tout autre de multiplier les lieux
de vente (40 débits).
Aussi le succès de la quinine d’Etat a-t-il été grand. En un
mois deux kg. ont été vendus. Cet empressement des Annamites
à acheter le médicament antipaludique a été en grande partie dû
à la facilité d’acheter en détail. Tel indigène qui recule devant
la dépense des dix cents nécessaires à l’achat d’un tube n’hésite
pas à acheter les 4 comprimés dont il a besoin pour se soigner,
ou de dépenser 1 sou pour acheter ce qui , suffit à soulager son
enfant. Et le lendemain -il renouvelle sans peine cette dépense mi¬
nime.
L’avis de tous les paysans consultés est nettement que la vente
au comprimé est, préférable à la vente au tube.
«Le vieillissement des. stocks m’est ,pas. à, craindre puisque le ra¬
vitaillement fréquent fait en -même teipps ;que celui de l’alcool
permet de ne donner aux vendeurs que -la masse -nécessaire -à un
laps de temps très court (15 jours au -maximum).
f
- 74 3 —
Le gain du débitant dans la vente au comprimé n’étant pas
d’ailleurs négligeable, celui-ci devient un propagandiste de la
quinine d’Etat plus convaincu que celui guidé par la philanthro¬
pie et par le bénéfice trop modique que lui donne la vente en
tubes.
Aussi ne saurait-on trop encourager la vente au comprimé.
Tous les débitants consultés ont d’ailleurs fait justement remar¬
quer que .si on imposait le tube, ils seraient tout de même forcés
de détailler des comprimés contenus dans celui-ci sous peine de
ne plus vendre ou de ne presque plus vendre.
Or, afin d’éviter les abus qui naîtraient forcément si l’on con¬
fiait la vente aux annamites dépositaires de l’autorité, il est né¬
cessaire d’essayer d’intéresser à la quinine d’Etat le seul com¬
merçant qui offre toutes les garanties et qui possède une orga¬
nisation de dépôts qui couvre la province de son réseau.
Et en contentant ainsi le vendeur intermédiaire indispensable
et l’acheteur qui préfère acheter la quantité la plus petite on ne
peut que voir augmenter la vente et donc la prophylaxie contre
le paludisme. La fourniture aux vendeurs de flacons de ioo com¬
primés ainsi que cela vient d'être décidé par arrêté pour le Ton-
kin paraît donc être la manière qui offre le plus de chances de
succès.
En 1913 il n’en sera plus de même. Car des Instructions préci¬
ses reçues de l’autorité supérieure ont supprimé cette manière de
faire. A l’avenir, la quinine d’Etat ne pourra plus être délivrée
que par des tubes entiers de 10 comprimés. D’après tous les
renseignements reçus, il en découlera certainement une diminu¬
tion dans la vente. L’annamite qui n’hésite pas à dépenser 1 ou
2 cents, recule devant les 10 cents, partie ne sera pas utilisée et
sera perdue.
Province de T kua-Thien. (Dr Rongier. Médecin de l’Assis¬
tance).
Si le paludisme est rare ; en revanche il est observé et j’ai eu à
constater depuis moins de 3 mois plusieurs cas de cachexie pa¬
lustre chez des Linh-Giang qui nés à Hué n’avaient pas cessé
d’v demeurer.
Néanmoins un grand progrès a été réalisé par les mesures de
prophylaxie antipaludique prises au poste de Lao-Bao où la qui¬
ninisation méthodique a donné déjà d’excellents résultats.
- 744 —
Le traitement préventif a consisté à administrer le sulfate de
quinine à doses progressivement croissantes de 0,25 à 1 g. pen¬
dant 4 jours en augmentant de 25 cg. par jour; puis pendant
3 jours à doses décroissantes suivant la même progression, de
sorte que dans un mois le traitement quinique occupe 2 périodes
d’une semaine, suivies d’un repos d’égale durée.
La médication curative a été réalisée avec les doses suivantes :
Pendant les 3 premiers jours . 1 g. c,
Pendant les 3 jours suivants . 0,75 cg.
Aux 7, 8, 9e jours suivants . 0,50 cg.
Aux 10, 11, 12e jours suivants . 0,25 cg.
La bilieuse hémoglobinurique qui avait fourni 6 cas et 2 décès
de juin à octobre a complètement disparu.
La fièvre qui occasionnait chez les miliciens de 7 à 20 indispo¬
nibilités journalières sur un effectif de 60 hommes n’a pour ainsi
dire plus été observée. Au contraire les détenus du pénitencier
qui ne sont pas soumis au traitement préventif donnent encore
pour un effectif de 50 détenus un chiffre d’indisponibilités quoti¬
diennes pour paludisme de 5,23 soit plus de 10 % de l’effectif.
Il n’y a pas eu d’épidémie dans la province pendant l’année
1912.
Le service de la Quinine d'Etat a fonctionné depuis le mois
d’octobre.
(. Documents de VInspection générale du Service de Santé
au Ministère des Colonies.)
- 7-P
. 1
Une épidémie de paludisme auTonkin
Par MALOUVIER.
Introduction. — La partie cultivée du delta du Tonkin a été
tenue jusqu’à aujourd’hui pour peu ou point entachée de palu¬
disme, alors que la moyenne et surtout la haute région boisée ont
été de tout temps, quoique à des degrés divers éprouvées par
l’endémie.
Les recherches hématologiques de l’index paludéen et l’ento¬
mologie anophélienne de ces dernières années tendraient à le
prouver; mais de nouveaux faits cliniques et de plus récents tra¬
vaux semblent devoir donner une sérieuse atteinte à cette réputa¬
tion de salubrité du territoire sus-indiqué. Le paludisme des¬
cend des hauteurs et des forêts où il se localisait tout d’abord
et envahit la plaine, suivant les mêmes lois de contage, mais
à l’encontre de ce qui se passe à Madagascar dans les' hauts
plateaux de l’Emyrne qui subissent l’infection ascendante de la
basse côte. On rencontre çà et là dans le delta quelques cas de
paludisme qu’on pourrait appeler sporadiques; en d’autres en¬
droits ce sont comme de véritables bouffées d’explosion mala¬
rienne sur la nature desquelles les examens de sang lèvent tous les
doutes. Et en particulier l’épidémie qui a sévi en mai, juin, juillet
1913, dans l’intérieur de la Province de Sontay, une des plus
riches et même des plus connues dans la littérature exotique, est
la preuve de cette inquiétante diffusion du fléau : elle mérite, pour
la santé future des indigènes et des colons d’attirer toute l’atten¬
tion des pouvoirs publics.
L’historique et la découverte de ces foyers malariens, les détails
des tournées et de l’organisation de la lutte, d’intérêt purement
local seront passés sous silence pour ne retenir que les faits cli¬
niques, les méthodes de traitement employées et les mesures
de prophylaxie prescrites.
Clinique.
(A) La néo-infection palustre qui a uniquement sévi sur les
annamites se manifestait dans l’immense majorité des cas par une
f
- 74<> —
fièvre initiale continue, à type rémittent, d’une durée d’environ
dix jours. Température vespérale entre 390 et 40°, avec rémission
matinale vers 38° ; état infectieux, aspect typhique, adynamie
très prononcée, tendances au collapsus, peau sèche et rugueuse,
langue rôtie, oligurie.
Si la convalescence s’amorçait après cette décade ininterrompue
de fièvre, le malade était déjà un grand cachectique, émacié,
déglobulisé, pâle et saigné à blanc. La destruction globulaire
intense et rapide conduisait donc les cas les plus heureux à une
véritable cachexie aiguë.
L’état d’adynamie pendant les périodes de pyrexie, les signes
de grande infection, joints à la convalescence pénible et à l’ané¬
mie des malades, certaines courbes de température auraient pu
faire penser, sauf contrôle du microscope à des affections para-
typhiques ou à la récurrente; -en réalité, il s’agissait de paludisme
mais à forme rémittente typhoïde.
(B) Le type pernicieux comateux avec issue fatale rapide s’est
rencontré quelquefois au début de l’épidémie, avant toute quini¬
nisation, chez les miséreux physiologiques, indigènes de la plus
basse classe de la société annamite, manquant du nécessaire,
n’ayant pas le capital biologique et les réserves suffisantes pour
tenir le coup devant l’infection ; mais ii a semblé être plutôt une
complication de la forme précédente qu'une entité morbide dis¬
tincte.
(C) A côté de ces deux manifestations un peu atypiques, a pris
place un paludisme régulier, la malaria des régions tempérées,
je veux parler de la tierce bénigne. Les 4/5° de la mortalité géné¬
rale sont imputables aux premières variétés.
Ces divisions cliniques: paludisme malin atypique avec ten¬
dance à la perniciosité, et paludisme bénin typique régulier, sont
assises sur des examens hématologiques; ainsi sur cent prélève¬
ments positifs de sang, on trouve soixante fois l’hémamibe de la
tropicale ( Plasmodium ftrœcox, gamètes en croissant), et les qua¬
rante derniers décèlent les parasites de la tierce bénigne.
Endémo-épidémie palustre à retours saisonniers probables telle
paraît donc être jusqu’alors l’étiquette de l’affection qui nous oc¬
cupe. D’après les renseignements indigènes et les examens clini¬
ques et bactériologiques, il est raisonnable de penser que ce coin
du delta s’est infecté depuis peu de temps, deux à trois ans envi¬
ron, quoiqu’il existe des points très anciennement touchés, tels
— 747
ceux occupés par les villages bordant la Rivière Noire (voir carte
ci-jointe). Le commerce fluvial du bois, fonction du déboisement
de ces temps derniers, avec la haute région surtout Hoa-Binh a
contribué à propager le paludisme ; de nombreux marchands quit¬
tent en effet périodiquement leurs villages pour aller faire des
achats dang la haute rivière, ils s’y infectent et en rapportent le
poison .
Le mode de contage est donc facilement répéré ; reste le pro¬
blème de l'agent de liaison entre le réservoir importé en hémato¬
zoaires et les indigènes qui ne se sont jamais déplacés. La faune
anophélienne vectrice des parasites n’a pas été signalée dans la
Province de Sontay ; mais la chasse aux moustiques, continuée
par les soins du laboratoire, nous en démontrera sans doute pro¬
chainement l’existence.
Pourquoi ne pas admettre aussi jusqu’à plus ample informé
que les écorces de bois et autres objets analogues ont été les abris
flottants des anophèles, infectés et les ont introduits en pays neuf.
Quoi qu’il en soit, à n’en pas douter, l’intermédiaire existe et ses
inoculations sont d’autant plus faciles et dangereuses que la popu¬
lation est plus dense : c’est précisément le cas du delta Tonkinois
favorable plus que toute autre région à la dispersion des maladies.
Ce qui prouverait l’intrusion relativement récente de la malaria,
c’est tout d’abord la sensibilité extrême des annamites vis-à-vis
de l’agent infectieux, les formes graves par lesquelles la maladie
se manifestait, l’anémie profonde et aiguë dont étaient atteints très
rapidement les néo-impaludés. Peu de grosses rates chez les en¬
fants, pas d’accidents parapaludéens, pas d’hémoglobinuries,
habituel cortège du paludisme acclimaté ou vieilli.
Le fait indéniable de la contamination palustre de cette région
du Tonkin est analogue à ce qui a été observé ailleurs sous tous
les points du globe. Avec les bienfaits cde la civilisation occiden¬
tale qui multiplie les besoins et suscite les moyens de transport
plus faciles et plus fréquents dans le but de les satisfaire, nous
avons accru les chances de diffusion des fléaux qui se cachaient
d’eux-mêmes. C’est ainsi que la trypanosomiase a fait tache
d’huile sur les régions de nos {possessions africaines où elle était
inconnue avant nous.: et s’il «est juste de >dire que 4e paludisme •
recule devant la civilisation, on peut affirmer à un angle différent
que lia formule inverse est parfois conforme à la vérité.
— 748 “
Méthode de traitement.
Le médecin des services extérieurs de la Province de Sontay
ayant été détaché en mission spéciale au service exclusif de P épi¬
démie, et assisté d’un auxiliaire indigène a pu se consacrer uni¬
quement à la lutte antimalarienne pendant les mois de juin et
juillet. Laissant de côté l’administration buccale de la quinine,
d’efficacité quelquefois problématique, vu l’état constamment
saburral et inabsorbant des voies digestives, il s’était attaché à
la méthode de choix, thérapeutique d’hôpital plutôt que de
brousse: quinze cents injections intra-musculaires de chlorhydrate
de quinine ont été pratiquées et réservées aux malades en état de
pyrexie.
Les indigènes timorés au début en face de ce procédé un peu
douloureux l’eurent vite accepté et sollicité d’eux-mêmes devant
la sûreté de son action promptement reconnue : une forêt de bras
impatiente et désordonnée se dressait devant les aiguilles de
Pravaz et ne se retirait que dûment inoculée; cette quininisation
était prise par la masse pour des séances de vaccination spéciale
et comme le succès s’ensuivait là aussi, les malades venaient en
foule, les uns portés par leurs parents, les autres avançant à grande
peine vers la Pagode-Hôpital ; les alités étaient soignés à domi¬
cile.
On employait des solutions très diluées, 0,10 c g. de sel de qui¬
nine par centimètre cube; le seul inconvénient de cette méthode
était une tuméfaction un peu considérable dans le muscle injecté.
Mais ce degré de dilution qui peut paraître exagéré et qui avait
été antérieurement adopté en d’autres circonstances, a semblé
donner de meilleurs résultats que les injections à véhicule moins
allongé ; meilleurs s’entend par effets curatifs plus rapides et avec
risques minima d’infection. Souvent en effet avec les solutions
habituellement en usage de 0,25 cg. par centimètre cube, il se
forme suivant la région, l’adiposité des tissus, l’intensité de la
circulation lymphatique et veineuse, une sorte de petit kyste quini-
que, à résorption lente à causé de l’état poisseux dû à son degré de
concentration ; il épuise son action nécrosante sur les tissus am-
* biants, favorise les infections et enfin et surtout s’absorbe moins
bien et moins vite que dans les injections diluées. Malgré les pré¬
cautions antiseptiques fatalement incomplètes et souvent hâtives
de cette thérapeutique clinique adaptée à la brousse, simple badi-
*
«
— 749 —
geonnage iodé chez des gens à téguments sales et encrassés, il n’a
pas été observé un seul cas sérieux d’infection secondaire, aucune
plaque de gangrène ; les injections n’étaient pas toujours correcte¬
ment intramusculaires; on piquait quelquefois où l’on pouvait.
Tout le monde sait que plus longtemps et plus gravement l’anna¬
mite est malade, moins il se lave, de sorte que l’on pourrait pres¬
que préciser le début de l’affection et son importance par L’évalua¬
tion de la couche de crasse du malade. Nous n’avons pas à en
rire, certains préjugés de campagne en Europe sont encore de ce
goût-là. Et malgré ces circonstances défavorables, jointes au peu
de résistance des malades, les injections de quinine n’eurent que
le seuil résultat qu’on attendait d’elles: la chute de la tempéature
et l’abaissement de morbidité et de mortalité publiques. Il est
superflu d’insister sur l’excellence de cette méthode toutes les
fois qu’il s’agit de paludisme aigu ; mais devant une épidémie
son exécution est forcément liée à des disponibilités administra-
0
tives en personnel ; le médecin indigène résidait à demeure dans
les villages les plus éprouvés, sous la direction et le contrôle du
médecin Européen qui opérait en d’autres points.
Des crédits extraordinaires, uniquement destinés à des achats
de quinine, avaient été accordés et étaient employés à des distribu¬
tions gratuites du médicament: vingt-cinq kilos de comprimés ont
été dépensés.
Les effets de la quininisation générale ne se firent pas long¬
temps attendre; les allures épidémiques meurtrières du paludisme
prenaient fin vers la première quinzaine de juillet, mais après
avoir déposé un bilan de morts malheureusement élevé. Il avait
été déclaré officiellement en mai et juin 550 décès.
La sous-préfecture de Thach-That dont la population réguliè¬
rement inscrite est de 25.000 habitants a donné 3.500 malades
aussi bien chez les adultes que chez les enfants ; le fléau semblant
n’épargner ni le sexe ni l’âge et sévissant suivant le gré probable
des chances d’inoculation sensiblement égales chez les paysans
Tonkinois, à peu près tous travailleurs de rizières.
La préfecture de Quoc-Ai dont le chiffre est de 20.000 habitants
a eu 700 malades et 150 décès connus. Viennent ensuite les huyêns
de Phuc-Tho et de Bat-Bat dont les villages contaminés et les
décès ont été sensiblement moins nombreux.
J
I
Mesures de prophylaxie prescrites.
Devant ces faits cliniques nouveaux et la contamination palus¬
tre confirmée hématologiquement, une mesure administrative
s’imposait tout d’abord ;; faire déclarer malarienne la Province de
Sontay et y organiser le service de la quinine d’Etat, sur les pro¬
positions du directeur local de la. santé venu lui-même sur place,
le Résident supérieur au Tonkin classait comme moyennement
malarienne cette circonscription administrative (direction n° 1017
en date du 14 mai 1913).
L’enquête scientifique entreprise par le laboratoire de bactério¬
logie et les statistiques des prises de sang parasitées permettait
en même temps de préciser les points les plus dangereux et d’y
installer en plus grand nombre les dépôts de quinine.
L’essai de carte ci-dessus peut servir le cas. échéant de terrain
facile pour un champ de lutte sanitaire antipaludéenne en cas de
réveil de l’endémie endormie. Quatre principaux foyers malariens
- 7 5i -
sont dès maintenant à retenir. Il ne reste plus qu’à compléter
l'index paludéen au fur et à mesure des découvertes microsco¬
piques. Les taches hachurées ou ombrées indiquent à la fois les
centres de paludisme grave (fièvres tropicales) et de morbidité et
de mortalité à coefficient le plus élevé; les pavillons marquent les
dépôts de quinine d’Etat qui ont été disséminés partout en un
véritable réseau anti-infectieux ; il fallait d’abord assurer la garde
antimalarienne de la Rivière Noire, constante voie d’infection,
puis défendre Sontay et sa population Européenne, sans oublier
la route de Hanoï et la contamination possible de la capitale dis¬
tante de vingt kilomètres des foyers paludéens. C’est pour cela
que quatre dépôts de quinine ont été placés aux portes et sur la
route de Sontay ; les autres ont été disséminés suivant les besoins
de la morbidité et les facilités administratives.
Les agents des Postes et quelques débitants d’alcool ont été
institués dépositaires de la quinine d’Etat sous le contrôle du
médecin provincial.
Nul doute que cette quinine remboursable n’ait pas le succès
immédiat et constant des distributions gratuites de la première
heure; il n’y faudrait pas voir non plus un moyen très sérieux de
prophylaxie anti-paludéenne pour les centres d 'Hanoï et de
Sontay ; néanmoins après quelques hésitations inhérentes à la
mise en marche, le service fonctionne régulièrement et la vente
opérée de cette façon non onéreuse pour le budget sera en même
temps le manomètre de la morbidité publique et du degré de con¬
quête médicale.
Cette organisation actuelle avec la topographie des dépôts et
son modus faciendi n’est pas définitive; les circonstances ulté¬
rieures la modifieront utilement mais elle a semblé correcte et suf¬
fisante pour les besoins du moment.
Prophylaxie anti-paludéenne quinique telle a été la première et
unique mesure prise à cause de son efficacité et de sa facile appli¬
cation administrative. Il ne faudrait pas connaître les villages
annamites du delta pour préconiser sérieusement l’assèchement,
le colmatage, le pétrolage et autres moyens de défense qui visent
plutôt le moustique que l’hématozoaire.
Les mares font partie de l’existence mi-aquatique du paysan
Tonkinois qui sème, cultive et travaille dans l’eau: il n’est pas
question ici uniquement de la rizière qui entoure le village, mais
des flaques intérieures qui font partie de sa vie intime ; leur aspect
et leur physionomie originale en sont bien connus par le tapis à
feutrage serré de plantes verdâtres comestibles qui les recouvre
presque complètement. Ces eaux ne sauraient s’assécher, ni même
se pétroler ou se coaltariser d’une façon réellement pratique et
durable: ce serait en plus la faillite de l’élevage si répandu des
animaux domestiques et une mesure impolitique notoire.
Des ordres de propreté générale concernant les habitations, les
dépendances, les bâtiments publics ont été prescrits ; la régulari¬
sation du bord des mares dont les petites flaques d’eau marginales
sont d’excellents nids pour la ponte des moustiques ont été con¬
seillés par les autorités administratives. L’usage des moustiquaires
qui malheureusement n'est encore l’apanage que des gens aisés
tend à se généraliser de plus en plus. Mais toutes autres mesures
excellentes d’ailleurs sont encore prématurées et impossibles à réa¬
liser dans le delta; il a fallu s’en tenir à la quininisation officielle
pour le moment.
M. Bouffard. — La .relation de l’épidémie de Son-Tay que pu¬
blie M. Malouvier me donne l’occasion de signaler que le dia¬
gnostic microbiologique a été fait dès le mois le mars par l’aide-
major Henry. Ce jeune médecin trouva dans le sang des malades
de nombreux schizontes de Plasmodium prœcox ; son diagnostic
fut confirmé par M. Mathis, directeur du laboratoire de bactério¬
logie d’Hanoï.
4
Recherches épidémiologiques sur
la Leishmaniose forestière américaine
dans l’Etat de Sâo-Paulo (Brésil)
Par E. BRUMPT et A. PEDROSO.
» • „ r . . .
* -
L’affection à laquelle nous donnons le nom.de Leishmaniose
forestière américaine est connue depuis longtemps sous les noms,
de Pian-bois, Forest-yaws, Boschyaws, Bouton de Bahia, Ferida
brava, Ulcère d’Avanhandava, Bouba brasiliana, Ulcère de
Bauru, Ulcère du Nordoest, Espundia, Ul'cère de Torrealba, etc.
Cette leishmaniose est bien connue au point de vue clinique, cer-
- 753 -
taines formes bénignes ressemblent au Bouton d’Orient, mais les
formes malignes, qui se rencontrent dans environ io % des cas
dans 1 Etat de Sâo Paulo, permettent de considérer cette maladie
comme une affection bien individualisée.
Deux points pouvant éclairer le problème étiologique sont bien
connus : en premier lieu P aff ection se contracte dans les forêts
vierges ou récemment défrichées, en second lieu les ulcères se
montrent sur les parties découvertes et sont plus fréquents cer¬
tains mois de l’année (i).
Le mode de transmission de la leishmaniose forestière a été
beaucoup moins étudié que celui du Bouton d’Orient, aucune
etude de transmission naturelle n’a été tentée, par contre de nom¬
breuses hypothèses ont été émises. A Panama, DARLING (2) étu¬
diant un cas où le malade accusait un Tabanide (3) de l’avoir
piqué, émet l’hypothèse un peu large que l’affection peut être
propagée par des Tabanides, des Moustiques, des Puces, des
Ixodes, des Punaises, des Dermanysses, des Mouches domesti¬
ques, etc., etc.
A Manaois (Amazonie), A. de Matta accusie un Ixode, le
Dermacentor variabilis ( =D . electus); au Paraguay, d’après
MlGONE, les habitants incriment les Ixodes : Amblyomma stria¬
tum, A. fossum et A. cayennense ; P" lu, à Surinam, considère
les Ixodidés comme les vecteurs de l’affection ; un malade de
Franchini accusait une Mouche du Brésil nommée « Cotunga ».
De tous les animaux piqueurs ou non dont nous avons signalé
le nom ou dont nous parlerons dans un instant, quel est celui qui
est pathogène, c’est ce que nous chercherons à établir dans les
pages qui suivent.
Pour arriver à élucider le mode de transmission de la Leishma¬
niose forestière, nous avons parcouru du 8 au 30 septembre 1913
des régions où cette affection est plus ou moins répandue. Ce
court voyage préliminaire nous a permis d’étudier 65 cas et de
nous faire une idée des agents transmetteurs probables de cette
redoutable affection.
(1) A Surinam, d’après Flu, l’affection se contracte de novembre à avril.
(2) Darling S. -T., Oriental sore in P anama, The Archives of Internai Medi-
cine, VII, no 5, p. 581-597, Chicago, mai 1911.
(3) La piqûre des Tabanides ne laisse en général aucune trace sur l’Homme,
parfois elle peut se reconnaître quelques heures. De toute façon, la trace de
la piqûre doit avoir disparu près d’un mois avant l’apparition de l’ulcère.
52
Au cours de notre enquête nous avons surtout fait porter notre
attention sur les points suivants :
i° Etude de cas typiques. (Date d’apparition de la maladie;
localisation des ulcères sur le corps des malades; opinion des
malades sur l’origine de leurs ulcères, etc.).
2° Recherche des hôtes vecteurs.
3° Recherche du ou des réservoirs de virus.
4° Recherche des animaux inoculables.
5° Expériences à instituer pour résoudre le problème étiologi¬
que.
Nous ne parlerons dans les lignes qui suivent que des points
qui intéressent le mode de transmission naturel de la maladie.
*
* *
Recherche des Hôtes vecteurs. — La leishmaniose fores¬
tière est une maladie que l'Homme contracte en allant dans des
forêts vierges inhabitées avant son arrivée. C’est donc une ma¬
ladie qui existe à l’état endémique dans certains points de la
forêt soit sur certains Mammifères sauvages, soit dans le corps
de certains Insectes piqueurs qui l’inoculent accidentellement à
l’Homme ou aux animaux. Etant donné la distribution des ulcères
sur le corps de l’Homme, nous croyons qu’il est possible d’afhr-
mer que ces ulcères sont produits par un animal s’attaquant aux
parties normalement ou accidentellement découvertes.
Quel est donc l’animal transmetteur ? Est-ce un animal héma-
tophage, est-ce une Mouche quelconque non piqueuse pouvant
transporter mécaniquement le virus ?
Nous allons indiquer ci-dessous, en suivant l’ordre zoologique,
les animaux que nous avons rencontrés au cours de notre enquête
et les raisons qui nous font suspecter certains d’entre eux et
innocenter les autres :
A) Vers. — Les Sangsues terrestres du genre Hœmadipsa qui
attaquent l’Homme dans beaucoup de régions tropicales fores¬
tières sont totalement inconnues des malades que nous avons
étudiés. Les Sangsues terrestres du Sud du Brésil, assez com¬
munes dans les forêts, ne s’attaquent pas à l’Homme, elles se
nourrissent de Vers de Terre et de Mollusques (i). Les Sangsues
(i) Dans la belle collection d’Hirudinées forestières recueillies à Alto da
Serra (Sâo Paulo) par M. von Ihering et conservées au Musée d’Ypiranga il
n’y a aucun exemplaire à' Hœmadipsa. Des sangsues de ce genre existent pro¬
bablement dans les forêts du Nord du Brésil.
— 755 —
aquatiques s’attaquant à l’Homme sont rares au Brésil, elles ne
semblent pas exister dans les petits ruisseaux de la forêt, souvent
les malades ignorent l’existence de ces animaux qu’ils n’observent
pas davantage sur leur bétail. Ce point était intéresant à
étudier, car on pouvait penser au rôle pathogène des Sangsues
s’attaquant à la peau et aux muqueuses. L’absence de ces ani¬
maux nous peimet de nier leur rôle pathogène.
B) A cariens. — L’Homme est souvent attaqué dans la forêt et
dans les savanes par les larves hexapodes de divers Trombidium ,
connues sous le nom de « Muquï ». Ces larves, communes sur di¬
vers Rongeurs et en particulier sur l’Agouti ( Dasyprocta aguti )
dont le corps en est souvent couvert, se fixent sur l’Homme sur¬
tout au niveau des points où il y a des liens constricteurs, leur
localisation ne correspond pas à celle des ulcères.
Les Argasinés sont assez rares au Brésil1 2 ; les malades que nous
avons vus élèvent un peu de volaille, mais ignoraient l’exitence
de VArgas persicus , fréquent dans certains poulaillers du Brésil
Par contre les Ixodinés abondent et un grand nombre d’espèces
s’attaquent à l’Homme (i), certaines l’attaquent fréquemment
dans la forêt {Amblyomma cayennense ), d’autres exceptionnelle¬
ment quand l’individu, un chasseur, par exemple, dépouille un
animal de sa peau. Les gens qui dépouillent un Tapir, et nous,
pouvons par notre expérience personnelle nous en porter garants,
sont attaqués par plusieurs des espèces qui infestent cet animal.
Les Ixodinés piquent l’Homme sur divers points de son corps ;
comme ils sont en général très affamés quand ils atteignent
l’Homme, ils se fixent au premier endroit favorable qu’ils ren¬
contrent, c’est ce qui explique le grand nombre de piqûres sur
les jambes et les avant-bras. Plusieurs espèces piquent de pré¬
férence le scrotum et le pénis. La piqûre d’un Ixodiné quelconque
provoque une papule prurigineuse qui peut durer plusieurs semai¬
nes ou plusieurs mois.
Au premier abord, on est frappé de la localisation des piqûres
faites par les nymphes d’ Amblyomma cayennense (2), sur les
(1) Voici la liste des Jxodidés américains pouvant s’attaquer à l’Homme :
Ixodes bicornis, I. scapularis ; Rhipicephalus sanguineus ; Margaropus annu¬
lants microplus ; Hy alomma ægyptium ; Amblyomma amencanum, A. cayen¬
nense A. dissimile , A. maculatum, A. striatum, A. fossum , A. brasiliense ;
Dermacentor occident ali s, D. reticulatus, D. variabilis , D . venustus ; Argas
persicus ; Ornithodorus Megnini, O. turicata, O. conaceus , O. talaje.
(2) Ces Nymphes apparaissent en grand nombre en juillet, août et septem-
— 7^6 —
avant-bras et les jambes et les localisations des ulcères. En
serrant d’un peu plus près le problème et en constatant que le
Chien, qui semble très sensible à l’infection naturelle, présente
le plus souvent (3 fois sur 5) des ulcères sur le nez, endroit que
nous n’avons jamais vu attaqué par des Ixodinés, on est amené
à éliminer ces animaux. D’autre part, l’étude de certains malades
ayant présenté simultanément 7, 8, 15 ulcères, vraisemblable¬
ment produits par le même animal vecteur, conduit également à
éliminer les Ixodinés qui, à l’état ue larve, de nymphe et d’adulte,
ne changent jamais de place, ou, si le fait se produit, ce qui
est exceptionnel, l’animal se fixe dans le voisinage du premier
point piqué.
C’est l’observation de malades ayant présenté simultanément
de nombreux ulcères primitifs qui nous conduira, comme on le verra
plus loin, à accuser des animaux capables de piquer plusieurs fois
l’Homme et parmi ces animaux nous devons citer en première
ligne les Tabanides.
C) Insectes hémïpteres — Les Poux ( Pediculus ) de la tête ou
ceux du corps n’ont certainement aucun rôle dans la transmis¬
sion des ulcères, leur localisation sur le corps de l’Homme per¬
met de les éliminer.
Les Punaises des lits ( Cimex lectularius et Cimex rotnndatus )
sont des animaux beaucoup plus communs dans les villes que dans
les habitations forestières où ils font le plus souvent défaut ; pour
ces raisons nous nous croyons le droit de les innocenter.
Les C onorhinus (Triât onia) vulgairement connus sous le nom de
Barbiers sont des animaux redoutables qui transmettent à l’Hom¬
me la Maladie de Chagas. Ces animaux, vivent dans des maisons
mal tenues comme celles qui se trouvent dans la forêt, il était
permis de les suspecter d’être capables de transmettre les corps
de Leishman.
Au cours de notre enquête, nous avons recueilli quelques exem¬
plaires de C onorhinus infestans dans une région où la leishma¬
niose est inconnue, par contre nous n’avons trouvé aucun exem¬
plaire dans les maisons de nos malades. D’ailleurs la plupart
d’entre eux ignoraient ces animaux, ce dont nous pouvions faci¬
lement nous Convaincre en leur montrant des exemplaires piqués.
fore, époques qui ne correspondent nullement à celles d’apparîtion des ulcères.
D’ une façon générale, les Ixodinés sont plus communs sur le bétail et sur
l’Homme pendant la saison sèche.
D) Insectes Diptères. —■ Les Cerfs ( Mazama rufà) qui habitent
dans les forêts vierges, sont généralement parasités par un petit
diptère pupipare ( Lipoptena ?) qui peut occasionnellement piquer
l’Homme. Les Insectes de ce groupe recherchent le plus souvent
les parties couvertes ou velues, en particulier le cuir chevelu. Lés
localisations de leurs piqûres ne correspondent nullement à celles
des ulcères.
Les Puces , communes sur certains animaux de la forêt, recher¬
chent les parties couvertes, il nous est donc impossible de les
incriminer. Les Puces chiques ( Sarcopsylla penetrans) se fixent
surtout sur les orteils et la plante des pieds, rarement ailleurs,
leurs localisations ne correspondent pas à celles des ulcères.
Les T abanides sont des Insectes diurnes, rarement crépuscu¬
laires, qui s’attaquent à l’Homme et aux animaux. Tout le monde
connaît la rapidité de leur vol, leur ténacité quand ils s’attaquent
à un Cheval qu’ils piquent dix, quinze fois de suite si on inter¬
rompt leur repas et qu’ils n’abandonnent qu’au moment où ih
sont gorgés de sang. Ces animaux, dont on connaît un nombre
considérable d’espèces, s’attaquent de préférence à la tête et aux
membres, ils vivent le plus souvent dans les fôrêts, tout au moins
dans les régions tropicales.
Les caractères biologiques que nous venons de signaler rendent
ces animaux, certains d’entre eux, ou plutôt l’un d’entre eux tout
à fait suspects. Environ sept de nos malades, couchant assez loin
de la forêt, semblent bien avoir contracté leurs ulcères dans la jour¬
née, en travaillant dans la forêt. D’autre part, parmi les animaux
forestiers diurnes que l’on peut accuser, les Tabanides surtout
sont capables de mordre plusieurs fois de suite le même individu
et de lui inoculer en plusieurs endroits le virus dont nous recher¬
chons le mode de transmission. D’autre part, les Tabanides, sauf
quand ils sont portés par un animal pendant qu’ils se nourrissent,
voyagent peu, on rencontre toujours les mêmes espèces, peut-être
les mêmes individus chaque fois que l’on passe devant le même
massif d’arbres, devant telle localité. Ce caractère est encore
intéressant pour nous car il peut expliquer la fréquence des
ulcères dans une habitation, leur rareté ou leur absence dans une
autre peu éloignée. Dans les régions que nous avons étudiées,
certains Tabanides sont communs dans les habitations et piquent
avec la même ténacité les gens et les Chiens qui eux aussi sont sou¬
vent atteints d’ulcères typiques. Comme dans le cas de la maladie
— y58 —
du sommeil, il est probable que peu de Mouches sont infectées, par
le parasite, mais, quand elles le sont, elles doivent transmettre
l’infection à coup sûr, d’où la multiplicité des ulcères contempo¬
rains chez: un même individu et dans une même famille.
Un fait épidémiologique qui frappe également, c’est que tous
les points de la forêt vierge ne sont pas dangereux à habiter ; il
y a des endroits où la maladie est inconnue, d’autres où la maladie
-*se contracte (i). Dans ces derniers endroits on peut noter la pré¬
sence d’eau, de mares autour desquelles abondent certains Papil¬
lons jaunes et gris (? Piéridés) ainsi que certains Tabanides, et,
nous pourrions ajouter aussi certains Moustiques capables de
transmettre le paludisme (2).
On pourrait nous objecter que tout ce que nous venons de dire
pour accuser les Tabanides nous aurions pu le dire pour accuser
les Moustiques généralement nocturnes, mais, fréquemment diur¬
nes dans la forêt humide. Nous verrons plus loin les raisons pour
lesquelles nous considérons les Moustiques comme beaucoup
moins suspects que les Tabanides.
A côté des Tabanides nous pouvons signaler les Stomoxys et
les genres voisins qui s’attaquent aussi bien à l’Homme qu’aux
animaux. Nous ne les croyons pas pathogènes car ces Insectes
piqueurs sont relativement beaucoup plus rares dans la forêt que
dans les pâturages où la maladie ne se contracte jamais.
Il existe des Muscides non piqueurs que l’on a accusé de trans¬
mettre le bouton d’Orient, il suffit de constater l’absence de
transmission naturelle de Chien à Chien ou d’ Homme à Homme
(1) D’après les renseignements que nous avons recueillis de différents côtés
et en particulier du Docteur Luiz E>ARBOSA(de Miguel Calmon),les Indiens qui
vivent constament dans la forêt ignorent la leishmaniose. On ne peut admet¬
tre une immunité de race. Leur prétendue immunité tient d’après nous à ce
que les Indiens on dû conserver la tradition de régions saines qu’ils habitent
et de régions malsaines qu’ils se gardent de fréquenter. Le petit village de
Birigui sain et très prospère était un ancien campement d’indiens que les
derniers ne voulaient pas abandonner.
(2) hn Tunisie, les premiers boutons d’Orient apparaissent en septembre,
les derniers en janvier et février, comme l’incubation demande un ou deux
mois on peut admettre que la maladie se contracte à partir de juillet et d’août
(Ch. Nicolle). Etant donné les résultats négatifs obtenus par Ed. et Et. Ser¬
gent, Wenyon, Patton, etc. avec les différents Arthropodes piqueurs qu’ils ont
étudiés, nous croyons pouvoir incriminer aussi les Tabanidés dans l’étiologie
•de cette affection ; c’est en effet surtout de juin à octobre qu’ils se rencontrent
en Algérie. Certaines espèces qui transmettent le Debab ( Atylotus nemoralis
et At. tomentosus) apparaissent entre le 1er et le 15 juin et vivent environ 40
jours (Ed. et E.t. Sergent;.
dans les pays non forestiers par les Mouches domestiques et
d’autres espèces pour être autorisé à leur nier tout rôle patho¬
gène.
Les Diptères nématocères abondent dans la forêt tropicale et
tourmentent terriblement l’Homme, d’une façon continue ou seu¬
lement durant certaines saisons.
Les Simuïidés connus sous le nom de B orruchudos abondent
dans les forêts où se rencontrent des petits ruisseaux à eau cou¬
rante, ces parasites diurnes et nocturnes piquent l’Homme sur les
parties découvertes. Ces Insectes retiendraient notre attention
s’ils étaient localisés à la forêt, ce qui n’est pas le cas ; ils sont
aussi abondants dans les pâturages, au bord des ruisseaux où
ils se développent. Ce sont d’ailleurs des Insectes que le vent
emporte très loin, à des kilomètres de leur lieu de naissance,
fait qui n’expliquerait pas du tout les localisations géographi¬
ques de l’affection.
Les C ératopo goninés , connus sous le nom de Mauruim, sont des
Insectes minuscules, communs en forêt et en plaine ; ils piquent
les régions découvertes et en particulier la région frontale qui
n’est pas spécialement affectée par les ulcères.
Les Phïebotomus , connus sous le nom de « Birigui », étaient
bien connus de certains de nos malades qui les signalaient comme
les animaux les plus redoutables de la forêt, mais ces animaux
n’étaient pas connus par d’autres malades. En tous cas, les Phlé-
botomes sont des animaux franchement nocturnes et nous avons
dit pourquoi nous accusions plutôt un animal diurne. En Ama¬
zonie, C. CHAGAS vient de constater également qu’il ne semblait
pas y avoir de rapport entre la fréquence des ulcères et celle des
Phïebotomus .
Les Culicides sont les animaux qui, avec les Tabanides, doivent
retenir le plus notre attention. Nous avons vu plus haut que les
pays où les ulcères sont communs sont souvent aussi des pays à
paludisme, mais ce fait, pour être fréquent, est loin d’être général
et nous avons trouvé de nombreux cas d’ulcères là où il n’y avait
aucun cas de paludisme. Il est donc peu probable que les Ano-
phélinés transmetteurs de paludisme puissent être en même temps
vecteurs des ulcères forestiers. Quant aux autres Moustiques,
nombreux sont ceux qui attaquent l’Homme en plein jour dans
la forêt ; il semblent, d’après les observations d’un certain nom¬
bre d’auteurs, surtout abondants en décembre, janvier et février.
— 76°
Or nous savons que les ulcères sont nettement plus abondants en
mai et juin et que cette fréquence coïncide nettement avec celle
des Tabanides ou tout au moins de certains Tabanides.
*
* *
Comme il est facile de le constater par les lignes qui précèdent,
de tous les animaux piqueurs forestiers, ce sont les Tabanides
qui nous paraissent de beaucoup les plus suspects et ce sont vrai¬
semblablement les espèces les plus fréquentes en mars, avril et
mai, dans les endroits infestés qui transmettent la maladie.
•*
*
Recherche des Réservoirs de Virus. — Les malades que nous
avons observés et qui habitent la forêt sont en général de bons
chasseurs, ils connaissent bien les animaux sauvages et souvent
même quelques espèces d’Ixodinés qui les infestent. Nous avons
eu l’occasion d’étudier un Tapir ( Tapirus americanus ), un Cerf
( Mazama rufa) et un Agouti ( Dasyprocta aguti). Aucun de ces
animaux ne portait de plaie. D’après nos malades chasseurs il n’y
aurait jamais d’ulcères semblables aux leurs sur les animaux
sauvages. Cependant, deux fois on nous a parlé d’ulcères obser¬
vés sur l’Agouti ; dans un cas les ulcères étaient envahis par des
larves de Mouches, dans l’autre cas les ulcères étaient indemnes
de larves.
Dans de prochains voyages dans les régions à ulcères, nous
espérons pouvoir examiner un plus grand nombre d’animaux fores¬
tiers et en particulier des Chiens sauvages très difficles à chasser
et peu connus, mais vraisemblablement sensibles au virus qui
donne les ulcères (1).
Parmi les animaux domestiques le Chien seul semble pouvoir
présenter la maladie naturelle (2). Nous en avons observé cinq
cas et nous en aurions vu davantage si les Chiens avaient été plus
faciles à manier et moins farouches. Par contre, nous n’avons vu
aucun ulcère sur les chevaux, mulets, ânes, boeufs, moutons,
chèvres, chats, porcs assez nombreux qui appartenaient aux
( 1) Dans le musée d’Ypiranya M. Von Ihering a réuni sept espèces du genre
Canis habitant le Brésil ce sont : Canis jubatiis, Canis thous melampus , Canis
vêtu lus, C. brasiliensis, C. a^arœ, C. thous guaraxa, C. thous riogranden -
sis.
(2) Cet animal a été infecté expérimentalement avec des cultures par Wen-
yon.
65 malades que nous avons étudiés. Les Chiens domestiques sont
venus avec l’Homme dans la forêt inhabitée et grâce à leur sen¬
sibilité naturelle ils y ont contracté la maladie au. même titre que
leur maître. Les réservoirs de virus, s’il en existe, sont évidem¬
ment, des animaux sauvages, les animaux les plus suspects à cet
égard sont les représentants du genre Canis et les Agoutis.
On peut même émettre l’hypothèse qu’il n’existe pas de réser¬
voirs de virus, l’Homme et le Chien peuvent être victimes de
l’adaptation fortuite dans leurs tissus d’un Flagellé banal de
l’intestin de quelque Insecte. On sait que cette hypothèse, émise
pour les parasites sanguicoles par le professeeur LEGER, de
Grenoble, et appuyée par les recherches de nombreux auteurs en
ce qui concerne l’adaptation de parasites intestinaux à la vie
sanguicole (BRUMPT, NOVY, etc.), est dans l’espèce parfaitement
admissible.
*
* *
Expériences a instituer et études a poursuivre. — A. Etant
donné le rôle certain d’un Insecte piqueur, vraisemblablement
diurne, dans la transmission des ulcères à l’Homme, il est indis¬
pensable d’étudier toute l’année dans une maison contaminée
les Insectes piqueurs qui s’y rencontrent. Il faudra étudier ces
Insectes au point de vue systématique, biologique et parasitolo-
gique, en indiquant soigneusement les dates de récolte.
B. L’étude des 65 malades étudiés par nous, nous permet de
penser que l’ulcère est inoculé par la piqûre d’un animal, rare¬
ment infecté dans la nature, mais fortement infecté quand par
hasard il l’est. La multiplicité des ulcères contemporains chez un
même sujet nous permet d’éliminer la possibilité d’une contami¬
nation par les déjections de l’Insecte et rend infiniment probable
une contamination par la trompe.
Les parasites inoculés à l’Homme doivent donc exister dans la
trompe ou dans les glandes salivaires. Cette conception, si l’a¬
venir la démontre exacte, rendra plus faciles les recherches à
effectuer. Si en effet au cours de dissections d’insectes suspects,
on rencontre des flagellés parasites dans les organes que nous
venons de signaler, en particulier chez les Tabanides, on pourra
essayer leur rôle pathogène sur le chien qui est sensible à l’infec¬
tion naturelle (A. Pedroso ; Brumpt et Pedroso), ou expérimen¬
tale en partant de cultures (Wenyon).
— 762 —
C. L’étude de gîtes de Tabanides à l’état larvaire et nymphal
devra être entreprise systématiquement. Nous connaissons dès
maintenant quelques gîtes larvaires très riches.
D. Pendant que ces études de laboratoire seront poursuivies, il
faudra instituer, dans les régions où la maladie se contracte à
coup sûr, des expériences comparables à celles de la Commission
.anglaise pour l’étude du paludisme dans la campagne romaine.
Nous comptons pouvoir faire ces expériences avec des Chiens dès
le mois de février 1914. En protégeant les Chiens dans les cages
grillagées empêchant l’entrée des Tabanides, nous espérons pou¬
voir déterminer si ce sont ces Insectes à l’exclusion des autres
qui transmettent l’infection qui nous intéresse, infection qui cause
un grand préjudice à l’exploitation forestière en Amérique mé¬
ridionale.
(Travail du laboratoire de Parasitologie de la Faculté
de Médecine et de Chirurgie de Sâo Paulo (Brésil.)
— 763 —
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Archiv für Schiffs-und Tropen-Hygiene, t. XVII, nos 22, 23.
Archivo da Sociedade de medicina e Cirurgia de Sâo-Paulo ,
t. IV, nos 6-7.
British medical journal, nos 2759 à 2762.
Bulletin agricole du Congo belge, t. IV, n° 1.
Internationales Centralblatt für Tuberkulose - Forschung,
t. VII, n° 12.
Journal of the London school of tropical medicine, t. II, n° 3,
Journal of tropical medicine and hygiene, t. XV I, nos 22, 23.
Propaganda antimalarica, t. VI, n° 5.
Revue scientifique, 15, 22, 29 nov. 6 et 12 déc.
Transactions of the Society of tropical medicine and hygiene,
t. VII, n° 1.
Tropical diseases bulletin, t. II, nos 8, 9, 10, 11.
Tunisie médicale, t. III, n° 10.
Yellow fever bureau, t. III, n° 1.
VOLUMES ET BROCHURES.
P. Bellile. Etude sur la fièvre des phlebotomes.
A.-J. Chalmers et W.-R. O’Farrel. Bronchial spirochetosis.
P. Fülleborn. Loeber eine medizinische Studienreise nach
Panama, Westindien und den Vereinigten Staaten.
J.-E.-R. Mc Donald et R.-L.-M. Wallis. The chemistrv of
the leucocytozoon syphilidis and the host’s protecting cells.
Proceedings of the second sanitary conférence at Madras,
t. III.
Le Gérant : P. MASSON.
•LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET Cla.
%
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS
LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
PENDANT L’ANNÉE 1913
A
PAGES
Abcès du foie et émétine . 426
Acariens et lèpre . 531
— et leisbmanioses . 755
Accès pernicieux (Hématozoaires dans) . 615
Acido-résistant (bacille de Hansen) dans les ganglions superficiels. . 607
Adénite subaiguë (forme d’) de l’Aine (Algérie) . 201
Agouti et leisbmanioses . 732
Alastrim et variole . 549
Alcoolisme au Maroc . . 1,5, 290
Afrique équatoriale française (distribution de la Maladie du Som¬
meil en), pays Bakongo, Bakongui et Loango . 34
Afrique équatoriale française (filaires humaines de la région de
Mbomou) . 80
Algérie ( Epithelioma en) . 433
— (Pellagre en) . 198
— (Piroplasmose en) . 571,618, 622
Allocution du Président . 3
Amibe (sur une amibe de l’intestin) . 560
Amibes de la dysenterie . 313,413,424, 491, 614
— (diagnostic) . 149
— en Annam . 678
— et émétine . 313
— ét bacille dysentérique . 679
Amibiose intestinale . 567
Amibienne (dysenterie) . . 313, 316, 424 564
Anaplasma marginale (Theiler) . 573
Anémies tropicales (injections d’oxygène dans les) .... 130, 276
Anguillule intestinale en Cochinchine . 262
PAGES
Ankylostomiase . 343, 704
— à la Grande-Comore. . 455
Annam (parasitisme intestinal en) ... . 343
Anticorps chez animaux trypanosomés . 699
Arneth (image d’) dans Leishmanin infantum . 492
Arsénobenzol dans prophylaxie de la trypanosomiase humaine. . . 272
— dans les leishmanioses. . 624
— dans la lèpre . 415
— dans le nagana . 699
— dans le pian . 14, 243
— (traitement de la f. récurrente par) . 532
A rsénophénylglycine (traitement des trypan. expérimentales par). . 588
Attachement (réaction d’) dans les infections à T. gambiense . . . 445
Ascaris lumbricoïde . 343, 455, 704
Athenœ noctua (leucocytozoon d‘) . • 428
Atoxyl dans la fièvre récurrente . 68
— filariose . 457
— trypanosomiase humaine . 184
Auchméromyies (études biologiques sur les) . • 128
Audiau (éloge de) . 238
B
Bacille diphtérique (procédé de culture simple du) . 303
— dysentériques et amibes . 413
— de Hansen dans les ganglions superficiels . 607
— du tétanos (culture) . . 605
Balantidium coli . 615
‘ t J <L A4**
Batraciens (venin muqueux de la peau des' . 190
Béribéri . 195
Bile (action de la) sur les Trypanosomes . . 24
B las toc. y s tis enterocola . 679
Bilharziose en Tunisie . 259
Blastomycose en Tunisie . 55 8
Bouc infecté de Tr. de l’Ouganda . 685
Bovidés algériens parasités Anaplasma marginale . 573
— et piroplasmose . 618, 622
Buba . 210, 752
Bubons cervico-parotidiens dans la peste . . 660
Bufflon (exanthème de la variole et vaccine chez le) . . 488
C
Calfat (résistance au chlorhydrate d’émétine et de quinine) .... 642
Caoutchouc (conservation du) . 280
Cérébraux (accidents) dans le paludisme . . 615
Chagas (virus du) . 173
— 767 —
_ PAGES
Chappa . 355
Chat (infection par Leishmania infantum ) . 110
— (infection par Lœschia Tetragena) . 678
Chèvres et fièvre ondulante en Corse . 603, 673
— (nagana de l'Ouganda chez les). . 685
Chien ( filaria immitis) . 90
— et leishmanioses cutanées. . 683
— (filariose sous-cutanée du) . 89*
— (immunité active du) à piroplasmose canine ...... 499
— (infection d’un) par Toxoplasma gondii . 294, 460
Choléra . 482
— (porteurs de vibrions du) . 306
— (transmission aux singes du) . 482
— (toxine et antitoxine du) . 409
Cimex lectularius (évolution du Tryp. Lewisi , Duttoni, Blanchardi
chez) . 167
— — (transmission du Tryp. Cruzi par) .... 172
— rotundatus (transmission du Tryp. Cruzi par) . 173
Cobaye (infection du) parla Leishmania infantum . 110
— — par Toxoplasma gondii . 464
— inoculé de favus . 302
Cochinchine (helminthes du porc en) . 41
— (anguillulc intestinale en) . .* . 262
Commissions . 241, 296
Conférence intercoloniale de la tuberculose à Trinidad . 290
Congo belge (la tuberculose à Léopoldville) . 55
— français (spirochétose au) . 559
Congrès international des sciences médicales . 545
— des Sociétés savantes de Paris . 544
Conorhinus megistus (déjections de) infectant les souris et les rats
de Schizotryp. Cruzi . 173
— — (évolution du Tryp. Cruzi chez) . 173
Corbeau (leucocytozoon du) . 520
Cordylohia Rodhaini . 350
Corse (hématozoaires d’oiseaux en) . 515
— • (fièvre ondulante en) . 603
Corps en pessaire . 615
Côte d’ivoire (hygiène à la) . 645
Crésyl (destruction des larves par) . 646
Crithidia parasite des Stegomyia fasciata . 708
Culicides (destruction des) . . 43, 205, 518
— et lèpre . 551
Culture du bacille tétanique . 605
— maraîchère (agent de dissémination de la dysenterie) . . . 678
Cutanés (symptômes — dans la maladie du sommeil) . 628
Cycle évolutif de quelques trypanosomes . 167
Cyclops dans infection du ver de Guinée . 281
— ^68 —
D
PAGES
Déjections et Trypanosomes . 171
Dermocoque et elephantiasis . 667
Désinfection culicidienne . 43, 205, 513
Diagnostic des Amwba histolytica . 153
Diarrhée noire . 567
Dircrocæliidé , parasite des primates . 256
Dieudonné (milieu de) . . . . . . . 483
Dirofilaria repens . 93, 593, 690
Discomyces maditrœ . . 296
— carougeaui . 711
Discours d’ouverture . 3
Distomes parasites des primates . 256
Douves hépatiques à Tchentou . 704
Dysenterie à Saigon . 413
— amibienne et chlorhydrate d’émétine, 313, 424, 491, 564,
609, 716 723
— — en AnnanT . 678
— — en Tunisie . 316
amœbo-spirillaire . 424
— bacillaire et émétine . 723
— à Trichomonas . 120., 425
E
Eau de mer (vibrions cholériques isolés de 1) . 9
Ecureuil volant (à propos de T) . 182
Elections . 2, 105, 239, 384, 479, 546, 597, 658
Eléphantiasis et filaires. . 80. 663
Emétine (chlorhydrate d’) et abcès du foie . 426,716 723
— — et dysenterie . . . 313, 424, 491, 564, 723
— — et syphilis. . . . . 424
— — doses limites pour le Calfat . 642
Emétique dans trypanosomiases . . 539
■ 0
— d’andine dans filariose . . . 457
Engasgo (mal d’) . 47
Epidémiologie de la tuberculose au Sénégal. . 11
Epithelioma en Algérie . 133, 714
Euphorbes parasitées. . 292
Evolution comparée des trypanosomes chez les glossincs .... 465
Exanthèmes de la variole et vaccine. . . . 488
Extension de la fièvre de Malte en Corse . 673
'v'
Favus du cheval à Madagascar . .
Femmes (Epithélionia chez les) indigènes) .
Fièvre jaune (prophylaxie de la) . 43, 205,
Fièvre méditerranéenne ou ondulante 601, 668, 672
Fièvre récurrente à Madagascar , . . 146,
— — expérimentale (durée de l'immunité dans la) 107,
— — (son traitement par Arsénobenzol) .
— — ( — — Atoxyl) .
— — de Tanger . .
— — des tiques . .
— — des tiques (rôle négatif des poux dans la transmission
de la) . .
Filaires embryonnaires du sang des indigènes en Afrique Equatoriale
Française . .
— du chien dans la région de Hué . . . . •
— à la Martinique . . .
— et moustiques . .
Filaria Bancrofti . . 81, 357,
— Buski . * . '
4 — Demarquayi . .
— immitis .
— loa .
— perstàns . 81,
— volvulus . 81, 84,
Filarioses des oiseaux (Russie centrale) .
— — (Haut-Sénégal et Niger) .
— humaines de la région de Mbornou (A. E. F.) .
* — du chien . i .
Flagellé parasite du Stegomyia fasciala . .
Flore intestinale du Stegomyci adulte .
Formes flagellées, Toxoplasma cuniculi .
Formule leucocytaire dans la lèpre .
— , — dans la leishmaniose infantile .
— — dans la bilharziose .
— — dans Tostéopériostite post-mélitoeoccique
Frïngilla petronia (Leucocytozoon de) . . .
PAGES
300
714 ‘
645
673
523
242
532
68
599
106
106
80
89
663 ♦
93
664
41
666
90
81
457
711
592
359
80
89
708
708
318
418
498
260
668
519
G
Galyl (dans les Trypanosomiases) . * . 502
Gamètes (dans le Toxoplasma cuniculi) . . 318
Ganglions dans la lèpre (présence de bacilles de Hansen) ..... 607
— suppurés avec pus stérile . . 202
9
V
PAGES
Gastrodiscus polymastos (chez les équidés du Soudan) . . . . . 261
Gîte-piège (à Gulieides) . 543
Glossines (relations bio-géographiques des) et des Trypanosomes . 28
— (variations géographiques des). . 347
— (évolution des trypanosomes chez les) . . 435
Grahamella dans les hématies de Mus mnurus . ... 247
Grains rouges et grains noirs . 294
Grande Comore (parasitisme intestinal à) . 455
Guinée Française (protozoaires sanguicoles et intestinaux) ... * 612
— — (nouveau rouget des animaux en) . 202
H
Hœmogrogarina pettiti (formes de reproduction) . . 325
Hœmatopota (trypanosomides intestinaux d‘) . . 182
Hœmocystozoon brasiliense . 156, 333 377
* Hœmoproteus chez le pinson . 518
Ilœmostrongylus du léopard . 451
Halteridium noctuœ .... 428
Hansen (bacille de) . 555, 607
Hectine dans leishmaniose . . 496
Helminthes du porc en Cochinchine . 41
Hématozoaires du paludisme (action de la quinine sur) .... 336
d’oiseaux . 515
Hémiptères des euphorbes parasitées . 292
Hémogrégarine de la tortue . 231
— du crocodile . . 327
— de divers lézards ... . * 231
— de Lachesis alternatus . 330
— chez une tsé-tsé . 226
Hémolytique (pouvoir) du venin de vipère . 51
Hépatite et émétine . .... 464,716, 723
Hôte invertébré (Cycle évolutif des trypanosomides chez T) . . . 182
Uerpetomonas pseudo leishmania . 255, 578
— ctenocephali . * 255
Hydra (kala-azar) à . 114, 430
— (Infection par Leishmania des chiens de l’île d’) . . . 117
Hygiène à la Côte d’ivoire en 1912 . 645
!
Identification de trypanosomes . C85
Image d’Arneth dans la leishmaniose infantile ........ 498
Immunisation (essai d’) contre les trypanosomes pathogènes 176, 693, 699
9
771 —
« PAGES
Immunité active du chien pour la piroplasmose canine . 41)9
croisée pour distinction des spirochètes du groupe Obenneieri. 107
(durée de ]’) dans la fièvre récurrente expérimentale. 107, 242
— relative des noirs au trachome , . ... . . . . 634
Infection piroplasmique sans symptômes morbides. .... . 6:22
Infections expérimentales du lapin par Toxoplasma gondii . 250, 464
— — du chien et autres animaux par Toxoplasma
gondii . . . 294, 464
— — des souris . . 460
— — chez les singes du choléra . . . . - 482
— — des Gyclops par embryon de filaire . . 281
— ; — de moustiques par trypanosomes . 442
Infections paratyphoïdes dans l’Afrique du Nord . 598
Insectes hématophages et transmission de la lèpre . 555
— et leishmanioses . . , . . . > 752
Iodure de potassium dans les mycétomes . . 710
Italie (prophylaxie du paludisme en) . . ' . 468
J
Juxta-articulaires (Nodosités). . . .
, fé? .* *
K
Kala-azar (chien inoculé de) . . . * 478
— à Asuncion (Paraguay . . !. 118
à Hydra ... . 114, 430
— indien . . 574
— méditerranéen . 23,141,574. 683
— infantile terminé par la guérison . 495
— (transmission par déjections des puci s) . 165
Kératites dans le Kala-azar . 477
dans la toxoplasmose . .... 478
L
v' r y • i
i
Lapin (infection du) par Leishmania infantum . .
— ( — ) par le Toxoplasma gondii . 249,
— (sérum de — ) traité par trypanosoines*desséchés .
Leishmania infantum .... . 110, 430
_ — (Infection des animaux de laboratoire par
le) . . . . MO,
— — (inoculé au cobaye, rat, lapin) .
110
460
179
575
575
110
-* ♦ j
* . * | ' i '
« * .
i
• .* *
— 7 72 —
‘ . PAGES
Leishmania (transmission de) de chien à chien par Pulex serrnticeps. 578
Leishmania tropica . ' . i 545
— — , var . americana. . 545
Leishmaniose américaine . . 210,219, 752
— avec localisation aux cavités muqueuses . 237
— à Alger . . * 579
— au Pérou. . . 545
i
— canine dans l’ile d’Hydra . 117
— — à Tunis . 165
— — au Turkestan . 432
— canine naturelle ; . ' . 683
Leishmanioses, 110, 114, 117, 118, 165* 210, 219, 237 , 432, 495, 545,
574, 624, 683, .752
Léopard (Nématode du) . . 451
Lèpre (formule sanguine dans la) ... . . 412
— dans les ganglions superficiels . 607
— en Nouvelle-Calédonie . 551
— (Transmission de la) et insectes hématophages. .....' 555
— des rats en Nouvelle-Calédonie . : 484
— ,et arsénobenzol . 415
Leptomonas . . ' 578
— pangoniœ (à propos de) . • . 181
— davidi . . 292
* Lésions du nez dans lymphangite épizootique . 145
— ' de l’œil chez le chien infecté par Toxoplasma . 478
Lettre du ministre des Affaires étrangères relative à l’alcoolisme "au
Maroc . ‘1
— de M. le Commissaire-Résident général au Maroc sur taxes
.
des alcools au Maroc. . . 2
Leucocytaire (formule) dans la lèpre . 418
— — dans la Leishmania infantum . . . . 498
— — dans la bilharziose . 260
«
— — dans l’ostéopériostite postmélitococcique . . ’668
Leucycotozoon d ' Athenœ noctua . 428
— de Friiigilla petronia . 519
— de Turtur auritus . . . 520
— de Corvus corone. . . . ,• 520
— des oiseaux de Corse. . 515
— Ziemanni . 428
Lézards (infection) par Toxoplasma gondii ....... - 467
Locaux (phénomènes) produits par piqûres de la tsétsé . 628
Lœschia en Annam ...•••• . , 678
Lumière (traitement de la dysenterie par la chaleur et la) . . . . 723
Lymphangite épizootique (lésions nasales dans) . • • 145
— et éléphantiasis à la Martinique . 663
— à répétition . . 667
I # I
i
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* • *
1
O
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( y . ’ . . y 4 '*
PAGES
Macaques réfractaires au Toæoplasma gondii . 164
Madagascar (fièvre récurrente à) . 523
— ( Favus du cheval à) . . ....... 300
Madurella mycetomi (culture de) . . 407
— (traitement) . 1 710
Mal d’engasgo (considérations sur le) . . 47
Maladie de Ghagas . ...... 49'
Maladie du sommeil. Voyez Trypanosomiase .
— prophylaxie. . . 272, 381
Maroc (alcoolisme au) . . . 1, 290 4
Martinique (prophylaxie de la tuberculose à la) . / 368'
Méditerranéenne (fièvre) . . 601
Membres de la Société . . . ii
1
Merle métallique (microfilaire du) . . f 361
— vert — . 361
Microfilaires de quelques oiseaux . 359, 518, 592
— (action de médicaments sur les) . 457
— d e Fi'ingilla petronia . . 518
— du sang des indigènes en Afrique Occidentale française . 80
Moineau (microfilaire du) . 360^
Moustiques (destruction par le filet) . 205
— (destruction des larves par le.crésyl) . 646
t- à l’état adulte . . 205
et Tr . gambiense . . 442
Muqueuses intactes traversées par Toæoplasma gondii ... . 468
Mus maurus (parasite sanguin de) . 247
Myiase furonculeuse au Congo français . 350
— humaine du Sahara . , . . 487
Mycétome à grains rouges . 294
— (traitement du) . 710
Mycose (grains rouges et grains noirs) . . . 294
N
Nagana et virus de l’Ouganda . 685
Nègres (immunité relative au trachome) . . 634
Nématodes chez le léopard . 451
Néosalvarsan dans trypanosomiase humaine . 591
Nocardia Pelletier) . 295
— Madurœ 295
Nodosités juxta-articulaires . 86, 711
%
I
— 774 ~
0
PAGES
.7 *• r
Œil (lésions de 1’; chez un chien inoculé de kala-azar * . , ... . 477.
Œsophagostomiens des ruminants . .... 506
Œstre des moutons dans le Sahara touareg . 487
Oiseaux (microlilaires d’) au Haut-Sénégal . • • ... . • • 359
— (filaires des) Russie centrale. . . . 592
— (hématozoaires d’) . 545
Opium (régie de V) en Indo-Chine . 296
— (rapport sur la question de 1’) . 385, 480, 442, 443, 542
Ornithodorus inoabata (présence d’) à Madagascar . . . 146, 533
Orpiment dans le traitement de la trypanosomiase animale . . . 539.
Ostéopériostite postmélitococcique ........... 668
Ouvrages reçus . . . 100, 136, 236, 375, 540, 595
Oxygène (in jections d’) dans anémies tropicales . 130, 276
P
Paludisme (la lutte contre le) . 468,569,730, 745
— (épidémie à Son Tay) . 715, 752
Pappataci au Portugal . ... 123
— en Corse . 637
Paraguay. Cas de kala-azar à Asuncion . . . 118
Parasitisme hépatique en Chine . . . 704
— intestinal en Annam . . . 343
— — en Chine occidentale . - . 704
— à la Grande Comore . 455
Parasitologie (précisde) . .... . 657
Paratyphoïdes (infections) en Afrique du Nord . 598
Pellagre en Algérie . 198
Perdrix (microfilaire de la) 366
Peste en Nouvelle-Calédonie . 660
Pérou (dysenterie à Trichomonas au) . . . 120
Phlébotomes de l’Ouest Africain . 124
— de l’Afrique Occidentale . . . 126
— en Corse . 637
Phlebotomus papatasii au Portugal . . . . 123
— en Corse. . . * 637
Pian (traitement par le Salvarsan) . 14, 243
— -bois . .... 752
Pied de Madura . 485, 710
Pie-grièche (microfilaire de la) ... . 360
Pigeon (infection du) par ToæoplasmaGondii . 460
Pinson (trypanosomes chez le). . . 515
Piqûre de tsétsé produisant accidents locaux . 628
— 775 —
PAGES
Piroplasma canis ................ 499
— (culture du) . . 140
Piroplasmose bovine en Algérie . . G18, 622
— canine (immunité active des chiens vis-à-vis de) . . . 499
— équine en Algérie . . . . *, . 571
Plasmodium præcox . . 615
— vivax . . . . . 153
Pointe-à-Pitre (quelques examens microbiologiques à) . 357
Porc (helminthes du) en Cochinchine . 41
— et surra d’Indo-Chine . . 690
' Porteurs sains de vibrions cholériques (essais de traitement) . . 306
Pouls lent dans trypanosomiase humaine . 269
Poux (rôle négatif des) dans la fièvre des Tiques . • 106
Précis de parasitologie . . . . 657
Primates (distome parasite des) . 256
Prophylaxie de la fièvre jaune . 43,205,513, 645
— antisyphilitique réalisée par le Salvarsan . 102
— de la maladie dif sommeil . 184, 272, 632
— du choléra. . 306
— de la syphilis; . . ~ 102
— du paludisme .... 205, 468,513, 569,645,730, 745
— de la tuberculose . . 67, 291, 368
Protéolytique (action) du venin . 52
Protozoaires'parasites du sang . 156, 612
— intestinaux . 612
Provacekia- Weinbergi . 708
Publication des travaux, [notes et mémoires, dans le Bulletin . 101
Puces (évolution de trypanosomes chez les) . . 167
Pulex serraticeps transmettant la Leishmania de chien à chien . . 578
Punaises (évolution de trypanosomes chez les) . 167
— (transmission de Trypanosoma Cruzi par les). . . 172
Q
Quinine (action sur Plasmodium) . 153, 336
— (chlorhydrate) dose limite pour le calfat . 642
— d’Etat en Annam . 730
— et prophylaxie du paludisme au Tonkin . ' . 730, 745
. * /
R
#
Rat (infection du) par Leishmania infantum . 110
— — par Toxoplasma gondii . 460
' — (parasite des hématies du) . 247
— 776 -
PAGES
Réaction d’agglutination dans la fièvre de Malte . 675
Récurrente (fièvre) à Madagascar . 146. 523
— — traitement par l’arsénobenzol . '. . 532
— — arrhénal . 532
f. t
Réduve (présentation d'une) du Venezuela . 382
Relations bio-géographiques des Glossines et des Trypanosomes . . 28
Reproduction (formes de) d ' Ilœmogreyarina Pettiti . 327
Rhodnius proliæus (réduve du Vénézuela) . 382
Rouget (nouveau) des animaux . 202
Ruminants (OEsophagostomiens des) . 506
Russie d’Europe (trypanosomiase bovine en) . 433
J
•••• .' * 0 \* * ' * * •
* J *
S
Saigon (la dysenterie à) . 413
Salanoue-Ipin (éloge de) . . . 478
Salvarsan (administration du) par la voie buccale . 20
aux colonies . 14, 102, 137, 239, 243, 308, 384
— (traitement de la fièvre récurrente par) . 68
— — — maladie du sommeil paiq .... 632
— — du pian parle) . 243, 308
— et lèpre . , . 415
— et production d’anticorps chez des animaux trypanosomés . 699
Sangsues dans les leishmanioses . 752
Schistosomiases humaines . . 260
Schizotrypanum Cruzi . 167, 172, 378. 382
Sénégal (tuberculose à Saint-Louis) . 11
Sérum de lapin traité par trypanosomes desséchés . 179
— des trypanosomés . 444, 447
Singe (nouveau strongylidé du) . . 264
— (exanthème de variole et vaccine chez le) . 488
— Infection par vibrions cholériques . - . 482
— (Variole chez le) . 488
— et trypanosomiase . 587
— (transmission par voie gastrique du choléra aux) ..... 482
Société d’hygiène de la Martinique . . . 372
Souris blanches infectées avec Toxoplasma gondii . 163
— infections par Tryp. Duttoni . 626
— . infectées par leishmaniose canine naturelle . . . 683
Spirilles et poux . 106
Spirilloses expérimentales . 106, 107
Spirochètes du groupe « Obermeieri » . 107
— parasites du Stegomyici fasciata . 708
Spirochétose humaine au Congo . 559
Spirochœta Duttoni .... . . . 533
Sporogonie d’une hémogrégarine . 226
— 777 *
PAGES
•H , ■
Stegomyia fasciata et Dirofilaria repens . 89
— — (destruction des) . 43, 205, 513, 645
— du Tonkin . 511
— (flore intestinale du) . 708
Streptocoques dans Féléphantiasis . 663, 668
Strongylidé du genre Characostomum . 264
Suppuration des ganglions avec pus stérile . 202
Syphilis et Salvarsan . 14? 102
— et émétine . 424
T
Tamné myiase humaine du Sahara . . ‘487
Testicules et Tr. gambiense . . 583
Tétanos (diagnostic bactériologique du) . . 605
Tiques (fièvre des) . 106
Tonkin (stegomyas duj . 511
Tourterelle (mierofilaire de la) . 365
Toxine cholérique .... 409
Toxoplasma cuniculi . 159, 318, 462
Toxoplasmose du Gondi . 160, 249, 294, 460, 478
— naturelle du chien . . 681
Toxoplasme (un) des oiseaux . .... 323
Trachome des régions sahariennes . 634
Traitement de la fièvre récurrente par l'atoxyl . . . 68
— — J’arsénobenzol . . . 532
■ — — de Malte . 672
— du pian par le salvarsan . 14, 308
— de la dysenterie . 49 \, 564
de l’hépatite . . . 564
— des mycétomes . 710
— de la piroplasmose bovine . 618
— de la syphilis . 14
— des trypanosomiases . 27,533,588,591,693, 699
— des porteurs sains de vibrions cholériques . 306
Trichomonas vaginalis . . . 425
Tricocéphales ... . 343, 455, 704
Trypanbleu dans les piroplasmoses . 571, 618
Trypanosomes (action de la bile sur les) . . . 24
— (relations bio-géographiques des Glossines et des) . 28
Trypanosoma annamensc . 690
— Brucei . 28, 177, 340, 435, 502, 545, 590
— Blanchard i . 167
— Cazalboui . 435, 536, 613
— congolaise . . . 435, 503. 534, 588
— Cruzi . 167, 172, 378, 382
— Denysi . 181
— ,778 -
PAGES
Trypanosoma dimorphon . 435, 503, 588, 012
— Dultoni . 407, 026
— equiperdum . 341, 583, 698
— Evansi . ‘ . . 435. 502, 690
— yci?nbiense . 341, 435, 442, 581, 583, 588, 591, 697
— • kippicum . . 502
— Leiuisi ... 167, 475, 614
— Nabiasi . . . 167
— Ouyandœ . . 685
— Pecaudi . 341, 435, 613
— Pecorum . 440, 503
— rhodesiense . . . 340, 436, 502, 588, 698
— soudanen.se. . . . 503
— Theileri . 433, 434
Trypanosomes dans le sang des bovidés en Russie. ... . . 433
— — au T u rk est an .... 434
— et anticorps . . 699
— etglossincs. . .... 435
— et moustiques . . 442
— des lézards . . ... 595
— ■ d’oiseaux . ... 515
(essai d’immunisation avec) desséchés. . . 178, 693
— mélacycliqucs . . 168
— (parasites des puces) . . . 167
— (expériences de transmission des) par les punaises . 473
— (transmission des) par les déjections . 167
Trypanosomiases animales 167.433, 515, 516, 533, 583,626,685,690, 693
— expérimentales. . 167, 177,502.533.583,588, 699
— — (traitement des) . 588
humaine. 34, 18'*, 267, 269, 272, 340, 444, 447,
502, 58 1, 583, 628, 632
— — en Afrique équatoriale . 34
— — brésilienne 167, 172, 376
Trypanosomides d ' Hœmalopota . 182
Trypanotoxines . 176, 693, 699
Trypanosafrol . 539
Tuberculose à Saint-Louis (Sénégal) 11
— à Léopoldville (Congo belge) . 55
— (première conférence intercoloniale de la) . 290
— (prophylaxie de la) à la Martinique . 368
Tunisie (bilharziose en) . 259
— (dysenterie amibienne en) . 316
— (blastomycose en) . 556
Turkestan (leishmaniose canine au) . . 432
— (trypanosomiase bovine au) . . . 434
“ 779 “
U
PAGIîS
Ulcères phagédéniques (traitement par le 606) . 243
Uta (maladie du Pérou) . 545
V
Vaccin desséché . 144
Vaccine (exanthèmes de la) . 488
Variation spontanée de l’infection sanguine dans la maladie du sommeil 581
Variole . 488, 549
— (exanthème de la) . 488
Venin de Bitis arietans ou vipère heurtante . 50
— muqueux de la peau des Batraciens . 190
Ver de Guinée (biologie du) . 281
Vibrions cholériques isolés de l’eau de mer . 9
— — (traitement des porteurs de) . 306
Vipère heurtante (Le venin de la) . • . - 50
— aspic (Venin de la peau des batraciens contre-venin de la) . . 190
Virulence (variations de) du Tryp. gambiense . 581
Virus <le l'Ouganda et Nagana . 685
Y
Yvon. Eloge de . 297
TABLE ALPHABETIQUE PAR NOMS D’AUTEURS
PAGES
Allain (J.). Emploi du chlorhydrate d’émétinç dans les amibiases par
les médecins du corps de santé des troupes coloniales . ' 723
— Paludisme et quinine d’Etat en Annam pendant l’année 1912. 730
Arlo (J.). Pied de Madura avec envahissement du triangle de Scarpa
et de la paroi abdominale . • . 485
Arroux et Conor (A.). La bilharziose en Tunisie : le foyer du Djerid. 259
Aubert (P.) et Heckenroth (F.). L’atoxyl dans la prophylaxie chimi¬
que de la trypanosomiase humaine . 184
— L’arsénophénylglycine dans la prophylaxie chimique de la
Trypanosomiase humaine . 272
— Action de divers médicaments sur Microfilaria perstans et
d\urna . 457
Aubert (P. ), Monfort (F.), Heckenroth (F.) et Blanchard (M.). Le
Salvarsan dans la prophylaxie et le traitement de la trypa-.
nosomiase humaine . 632
• *
B
Balfour (Andrew). Nasal lésions in glanders and épizootie lymphan-
• gitis . •
Bartet et Defressine. Un cas mortel de fièvre ondulante observé
à Ajaccio .
Bauche (J.) et Bernard (P. Noël). Conditions de propagation de la
filariose sous-cutanée du chien, Stegomyia f as data hôte
intermédiaire de Dirofilaria repens . . .
Note sur le surra d’Indochine à Hué .
Bayeux (R.). Efficacité des injections hypodermiques d’oxygène dans
les anémies tropicales .
Manuel opératoire des injections hypodermiques d’oxygène
dans les anémies tropicales . . .
Beaujean (R.). Note .sur le venin de Bitis arietans ou \ ipère heur¬
tante . . . . .
Beguet (M.), Plantier (H.), Sergent (Edm.) et (Et.). Observations
microscopiques au cours d’un accès pernicieux paludéen. •
Beguet (M.) et Sergent (Edm.). Anaplasmose chez les bœufs
, d’Algérie .
Bekensky (P. W.), Kohl-Yakimoff (Nina) et Yakimoff (W. L.). Le
trypanosome des bovidés en Russie d’Europe .
Béouaert '(J.), Rodhain (J.), Pons (C.) et Vandenbranden (F.). Note
sur les trypanosomides intestinaux d 'Hœmatopota au Congo
belge . . .
Bernard (P. Noël). La question de l’opium .
i45
601
89
690
130
,276
5o
615
573
433
182
385
— 782 —
PAGES
Bernard (P. Noël) et Bauche (J.). Conditions de propagation de la
filariose sous-cutanée du chien, Stegomyia fasciata hôte
intermédiaire de Dirofüaria repens . 89
— Note sur le surra à Hué . 690
Bernard (P. N.) et Koun (L.). Parasitisme intestinal en Annain .... 343
Billet (A.). Action de la quinine sur les Hématozoaires du palu¬
disme . 336
Bizard. Emploi de l’émétine dans le traitement de la dysenterie ami¬
bienne et de l’hépatite . • 564
Blaizot (L.), Conseil (E.) et Nicolle (Ch.). Du rôle négatif des poux
dans la transmission expérimentale de la fièvre des tiques.. 106
Blaizot (L.) et Nicolle (Ch.). Courte durée de l’immunité dans la
fièvre récurrente expérimentale. L’épreuve croisée est sans
valeur pour différencier les spirochètes . 107
— Deuxième note sur la courte durée de l’immunité dans la
fièvre récurrente . 242
Blanchard (M.). Epidémie de spirochétose humaine à Bikié (Congo
français) . 559
— Variations spontanées de l’infection sanguine chez quelques
malades du sommeil . 581
Blanchard (M.), Aubert (P.), Monfort (F.) et Heckenroth (F.). Le
salvarsan dans la prophylaxie et le traitement de la trypa¬
nosomiase humaine . 632
Blanchard (M.) et Heckenroth (F.). Note sur la présence et l’endé¬
micité d’un myiase furonculeuse au Congo français . 350
— Transmission de Tryp. gambiense par des moustiques .... 442
— Recherches sur les propriétés du sérum des malades du som¬
meil au Congo . 444
— Le néosalvarsan dans le traitement de la trypanosomiase
humaine . 59 1
Boquet (A.), Sergent (Edm.) et Lhéritier (A.). Etude sur les piro¬
plasmoses en Algérie. Essai de traitement par le trypanbleu. 618
Bouffard. Paludisme à Somtay. Discussion . 753
Bourkagué (N.), et Bourret (G.). La diffusion de la tuberculose à
Saint-Louis (Sénégal) . 11
Bourret (G.). La dysenterie à Hué . 678
Bourret (G.) et Bourragué (N.). La diffusion de la tuberculose à
Saint-Louis (Sénégal) . 11
Brault (J.). L’épithélioma chez les indigènes Arabes et Kabyles en
Algérie . 133
Note sur la pellagre en Algérie . 198
Note sur une forme d’adénites subaiguës de l’aine, rencon¬
trée en Algérie . 201
Note sur les cultures de Madurella mycetomi . 407
— Deux cas d’épithélioma de la lèvre inférieure chez des femmes
indigènes en Algérie . 7T4
Brau (P.). De VAnguillula intestinalis en Cochinchine et de son dia¬
gnostic hématologique . 262
Amibiasè intestinale-diarrhée noire . 567
Brau et Bruyant (L ). Quelques notes sur les helminthes du porc en
Cochinchine . 41
Brochard (V.). Dix cas d’administration du 606 par la voie buc¬
cale . 20
— Le salvarsan en lavement pour le traitement du pian . 308
- 78J -
PAGES
Brumpt (E.). Evolution des trypanosomes chez les puces et les pu¬
naises . .
Immunité partielle à Tryp. cruzi. Rôle régulateur des hôtes
invertébrés . .
— Le caoutchouc, sa conservation .
A propos d’un cas de paludisme congénital .
— Un cas de dysenterie amibienne autochtone .
Grains rouges. Discussion . .
— A propos de YHœmocystozoon brasiliense de Franchini ....
Brumpt (E.) et Gonzalez-Lugo. Présentation d’un réduvide du Véné-
zuela ( Rhodnius prolixus) chez lequel évolue Tryp. cruzi . .
Brumpt (E.) et Pedroso (A.). Recherches épidémiologiques sur la
leismaniose forestière américaine dans l’Etat de Sâo Paulo
(Brésil) .
Bruyant (L.) et Brau. Quelques notes sur les helminthes du pcrc en
Cochinchine .
Bruyant (L.) et Joyeux (Ch.). Un nouveau iouget des animaux en
Guinée française .
c
Carini (A.). Alastrim et variole . 549
Carini (A.) et Maciel (J.). Toxoplasmose naturelle du chien . 681
Caseneuve (H.). Ostéopériosite post-mélitococcique . 668
Cazalbou (L.). Note sur un nouveau Favus du cheval observé à
Madagascar . 300
Ciiatton (E.) et Roubaud (E.). Sporogonie d’une hémogrégarine chez
une tsé-tsé . 226
Ciuca (A.). A propos de l’immunité active du chien vis-à-vis de la
piroplasmose canine . . . 499
Ci.arenc. Lettre accompagnant l’envoi de deux rapports sur le choléra
et le paludisme à Pile Maurice . 380
Collin (Léon). Petite épidémie de peste en Nouvelle-Calédonie .... 660
Colombier (P.) et Lagane (L.). Formule sanguine de lépreux séjour¬
nant en France . . 418
Conor (A.). La dysenterie amibienne en Tunisie . 316
Conor (A.), et Arroux. La bilharziose en Tunisie ; le flbyer du
Djérid . 259
Conor (A.) et Marchetti (C.). Nouveau cas de blastoinycose observé
en Tunisie . 55^
Conor (Marthe) et Nicolle (Ch.). La Toxoplasmose du Gondi natu¬
relle et expérimentale . 160
Conseil (E.), Nicolle (Ch.) et Blaizot (L.). Du rôle négatif des poux
dans la transmission expérimentale de la fièvre des tiques. . 106
Crowell (P. C.) et Strong (R. P.). The etiology of beri-beri . 195
D
Darling (S. -T.). The rectal inoculations of Kittens as an aid in deter-
minig the identity of pathogenic entamæbæ . 149
Defressine et Bartet. Un cas mortel de fièvre ondulante observé à
Ajaccio . . 601
Denier et Huet. La dysenterie à Saigon . 413
ï6 7
172
280
293
293
293
377
382
752
4i
202
\
- 784 — 1
. PAGES
Dominici-Urbani (Ch.) et Leger (M.) Documentations relatifs à l’ex¬
tension de la mélitococcie en Corse . 673
Dubois (A.) et Mouchet (R.). Le traitement du pian et de la syphilis
par le salvarsan dans la pratique indigène . 14
— Note sur le traitement des trypanosomiases animales . 533
E
Emily. Salvarsan et syphilis. Discussion . 104
Escomel (E.). Dysenterie à Trichomonas à Arequipa (Pérou) . 120
— Première découverte de Leishm ania tropica flagellée dans le
corps humain . 237
»
f
Fantham (H. -F.). Note on the spécifie name of the Herpetomonas
found in the dog-flea, Ctenocephalus canis, avec résumé
français . 254
Erratum . 376
Flourens. Doses limites auxquelles le chlorhydrate d’émétine et le
chlorhydrate de quinine peuvent être employées chez le
calfat . 642
Foley (H.), Sergent (Edm.) et Meslin (R.). Le trachome dans les
régions sahariennes. Immunité relative des races nègres • • 634
França (C.). Phlebotonins papatasii Scopoli et fièvre à Pappataci au
Portugal . . 123
— Un cas de Chappa (?) . . 35 1
Franchini (G.). Un nouveau protozoaire parasite de l’homme prove¬
nant du Brésil . . • • • 156
Un cas de Leishmaniose américaine . 219
— Nouvelle contribution à l’étude de Hœmocystoéoon brasi-
liense . 333
Fülleborn. Die Filarien des Mensehen . 55^
C
Gabbi (U.). Au sujet de l’historique du kala-azar méditerranéen .... 141
Gaide (L.) et Mouzels (P.). Note sur le traitement de la dysenterie
amibienne par l’émétine . 491
Note sur le traitement des abcès du foie par l’émétine.... 716
Gauducheau (A.). Exanthèmes de la variole et de la vaccine chez
le singe et le bufflcn . 48S
— Etat parasitaire et rôle pathogène d’une petite amibe . 560
Gedoelst (L.). Un type nouveau de Dicrocœliidé parasite des pri- .
mates . 256
Gonzalez-Luco et Brumpt (E.). Présentation d’un réduvide du Véné-
zuela ( Rhodnius prolixns) chez lequel évolue Tryp. cruzi . • 382
Granjux. Emploi du salvarsan. Discussion . . . . 239
Gray (A. C. H.). Leishmaniose naturelle du chien à Tunis . ’ 165
t
PAGES
H
Heckenroth (F.). Réactions locales de début dans un nouveau cas de
trypanosomiase humaine chez l’Européen . 267
Heckenroth (F.) et Aubert (P-)- L’atoxyl dans la prophylaxie chi¬
mique de la trypanosomiase humaine . 184
— L’arsénophénylglycine dans la prophylaxie chimique de la
Trypanosomiase humaine . 272
— Action de divers médicaments sur Microfilaria perstans et
diurna . 457
Heckenroth (F.) et Blanchard (M.). Note sur la présence et l’endé¬
micité d’une myiase furonculeuse au Congo français . 350
Transmission de Tryp. gambiense par des moustiques .... 442
Recherches sur les propriétés du sérum des malades du som¬
meil au Congo . 444
— Le néosalvarsan dans le traitement de la trypanosomiase
humaine . 591
Heckenroth (F.), Blanchard (M.), Aubert (P.) et Monfort (F.). Le
salvarsan dans la prophylaxie et le traitement de la trypa¬
nosomiase humaine . 632
Heckenroth (F.), Kernéis (J.), et Monfort (F.). Quelques remarques
sur le pian au Congo français. Emploi du 606 . 243
Henry (A.), Joyeux (C.) et Railliet (A.). Un nouveau strongylidé des
singes . 264
Henry (A.), et Railliet (A.). Un Hœmostrongylus des bronches du
Léopard . . . 45 r
— Sur les Oesophagostomes des ruminants . 506
Horvath (G.) Hémiptères des Euphorbes parasitées de Leptomonas
davidi . 292
Huet et Denier. La dysenterie à Saigon . 413
I
Ismert (R.), Sergent (Edm.) et Lhéritier (A.). Piroplasmose en
Algérie ... . 571
J
Jannot (A.). Infection de la souris avec le virus de la leishmaniose
canine naturelle . 683
Javelly (E.) et Lebœuf (A.). Sur la présence de bacilles de Hansen
dans les ganglions superficiels de sujets sains en appa¬
rence . 6°/
Jeanselme (E.). De la prophylaxie antisyphilitique réalisée par le
salvarsan . 102
— Emploi du salvarsan. Discussion . 239
Jouveau-Dubreuil (H.). Helminthiase intestinale et hépatique dans
la population chinoise de Tchentou . 7°4
Joyeux (C.). Note sur quelques Protozoaires sanguicoles et intesti¬
naux observés en Guinée française . 612
— Contribution à l’étude des nodosités juxtaarticulaires - 71 1
Joyeux (Ch.) et Bruyant (L.). Un nouveau rouget des animaux en
Guiné? française . 202
— 786 —
PAGES
Joyeux (C.), Railliet (A.) et Henry (A.). Un nouveau strongylidé des
singes . . . 264
K
Kernéis (J .)» Monforï (F.) et Heckenrotii (F.). Quelques remarques
sur le pian au Congo français. Emploi du 606 . 243
Kohi.-Yakimoff (Nina), Yakimoff (W. L.) et Bekensky (P. W.). Le
trypanosome des bovidés en Russie d’Europe . 433
Kohl-Yakimoff (Nina), Yakimoff (W L.) et Schokhor (N. J.).
Leishmaniose canine à Taschkent . 432
— Le trypanosome des bovidés au Turkestan . 434
IvotîN (L.) et Bernard (P. N.). Parasitisme intestinal en Annam... 343
L
Lagane (L.). Pouls lent dans la trypanosomiase humaine . 2O9
Lagane (L.) et Colombier (P.). Formule sanguine de lépreux séjour¬
nant en France . 418
Lagane (L.) et Veillon (A.). Action défavorable de l’arsénobenzol
dans la lèpre . 415
Lamüureux (A.) Présence d 'Ornithodorus moubata dans un foyer de
fièvre récurrente à la côte ouest de Madagascar . 146
— Fréquence du parasitisme intestinal sur les habitants de la
Grande Comore . 455
— La fièvre récurrente de Madagascar. Clinique . 523
Langeron. Précis de microscopie . 470
Laveran (A.) Au sujet de l’historique du kala-azar méditerranéen • • 23
— Infections du cobaye, du lapin et du chat par la Leishmania
infanium . 110
— Kala-azar. Discussion . 142
— Nouveau protozoaire. Discussion . 158
— Conservation du caoutchouc . 280
— Un chien infecté de toxoplasmose . 294
— La régie de l’opium en Indochine . 296
Toxoplasma cuniculi. Discussion . 323
Hœmocystozoon brasiliense. Discussion . 335
— Au sujet de Trypanosoma rhodesiense et du TV. brucei .... 340
— Hœmocystozoon brasiliense. Discussion . 380
— Emétine dans les trypanosomiases. Discussion . 427
— Propriétés du sérum des trypanosomés. Discussion . 450
~~ Prophylaxie du paludisme. Discussion . 476
— Piroplasmose. Discussion . 501
Présentation d’un chien atteint leishmaniose et de kératite .. 477
La section de médecine tropicale au congrès de Londres .... 546
— Kala-azar méditerranéen et Kala-azar indien . 574
— Infection des souris par T. duttoni . 626
— Trypanotoxine. Essai d’immunisation contre les trypano¬
somes . 693
Laveran (A.) et Marullaz (M.). Infection du lapin par le Toxoplasma
gondii . 249
rr~ Recherches expérimentales sur Toxoplasma gondii . 460
- 787 —
PAGES
Laveran (A.) et Nattan-Larrier (L.). Au sujet des altérations ana¬
tomiques produites par le Toxoplasma cuniculi . 158
Laveran (A.) et PhisÂlix (Marie). Sur une Hémogrégarine de La-
chesis alternatus . . 33 Q
Laveran (A.) et Roudsky (D.). Essais d’immunisation contre les try¬
panosomes pathogènes. Trypanotoxines . 176
— Le galyl dans les trypanosomiases . 502
Laveran (A.) et Thiroux. Prophylaxie de la maladie du sommeil . • 381
Lebœuf (A.). Epidémiologie de la lèpre dans l’archipel Calédonien. 551
Lebœuf (A.) et Javelly (E.). Sur la présence de bacilles de Hansen
dans les ganglions superficiels de sujets sains en appa- •
rence . 607
Lebœuf (A.) et Salomon Note sur la lèpre des rats en Nouvelle-
Calédonie . 484
Legendre (J.). Destruction des culicides à l’aide du filet . 43
— La prophylaxie des affections causées par les moustiques
et la destruction des insectes adultes . 205
— Prophylaxie du paludisme en Italie . 468
Note sur les Stégomvias du Tonkin . 51 1
— Destruction des culicines à l’aide du gîte-piège . 513
Leger (A.). Parasite des hématites, genre Grahamella (Beumpt), de
Mus m auras (Gray) . 247
Gastrodiscus polymastos , Leuck., 1880, chez les équidés du
Haut-Sénégal-Niger . 261
— Microfilaires sanguicoles de quelques oiseaux du Haut-Séné¬
gal-Niger . 35d
Leger (M.). Le paludisme en Corse . 293
— Hématozoaires d’oiseaux de la Corse . 515
Leger (M.) et Dominici-Urbani (Ch.). Documentations relatifs à l’ex¬
tension de la mélitococcie en Corse . 673
Lemaire (G.), Sergent (E.) et Lhéritier (A.). Leishmaniose du chien
en Algérie . 579
Levaditi. Propriétés du sérum des malades du sommeil. Discussion. 447
Levaditi (C.) et Mutermilch (St.). Recherches sur la production des
anticorps chez les animaux trypanosomiés et traités par le
salvarsan . 699
Lhéritier (A.), Boouet (A.) et Sergent (Edm.). Etudes sur les piro¬
plasmoses en Algérie. Essai de traitement par le trypanbleu. 618
Lhéritier (A.), Ismert (R.) et Sergent (Edm.). Piroplasmose en
Algérie . . 57 1
Lhéritier (A.), Lemaire (G.) et Sergent (E.). Leishmaniose du chien
en Algérie . 57e)
Lhéritier (A.) et Sergent (Edm.). Etudes sur les piroplasmoses en
Algérie. Infection piroplasmique intense chez les bovidés sans
symptômes morbides . 622
Lignos (A.). Un cas de fièvre réellement noire (kala-azar) observée à
Hvdra . H4
— L’infection par Leishmania des chiens de l’île d’Hvdra .... 117
— Deuxième cas de guérison de kala-azar infantile observé à
Hvdra . 43°
M
Mactel (J.) et Carini (A.). Toxoplasmose naturelle du chien . ô8i
— 788 —
PAGES
Malouvier. Une épidémie du paludisme au Tonkin . 745
Mansion (J.). Les phlébotomes en Corse . 637
Marchetti (C.) et Conor (A.). Nouveau cas de blastomycose observé
en Tunisie . . . 55b
Marchoux (E.). Emploi du salvarsan. Discussion . 239
Conservation du caoutchouc . 280
■ — Le chlorhydrate d’émétine dans la dysenterie amibienne . . 313
— Lymphangite à répétition. Discussion . . . 667
Martin (Louis). Sur l’emploi du salvarsan . * . 384
— Maladie du sommeil. Discussion . 631
Marullaz (M.). Au sujet d’un Toxoplasme des oiseaux . 323
Marullaz (M.) et Laveran (A.). Infection du lapin par le Toxoplasma
gondii . 249
— Recherches expérimentales sur Toxoplasma gondii . 460
Mello (Ugo). Le Trypahosoma gambiense a-t-il une affinité pour
le testicule ? . 583
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— Emétine dans les trypanosomiases. Discussion . 427
— A propos du pouvoir protecteur du sérum des malades du
sommeil . 447
— Toxoplasme. Discussion . 468
■ — Guérison et immunité en piroplasmose . 341
Pouvoir attachant du sérum des trvpanosomés . 341
— Note sur le nagana de l’Ouganda . 683
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— Choléra des singes. Discussion . 484
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— Note sur le traitement des trvpanosomiases animales . 533
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amibienne par l’émétine . apt
Note sur le traitement des abcès du foie par l’émétine .... 716
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anticorps chez les animaux trypanosomiés et traités par le
salvarsan . 699
N
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fièvre récurrente expérimentale. L’épreuve croisée est sans
valeur pour différencier les spirochètes . 107
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fièvre récurrente . 242
Nicolle (Ch.), Blaizot (L.) et Conseil (E.). Du rôle négatif des poux
dans la transmission expérimentale de la fièvre des tiques.. 106
Nicolle (Ch.) et Conor (Marthe). La toxoplasmose du Gondi natu¬
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à Port of Spain (Trinidad) . . 290
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Martinique . 663
— Flore intestinale du Stegomyia fasciata adulte . 708
0
Orticoni (A.). La dysenterie amibienne et le chlorhydrate d’émétine. 609
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de vibrions cholérique par les lavements de sérum spécifi¬
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leismaniose forestière américaine dans l’Etat de Sâo Paulo /
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peau des Batraciens contre lui-même et contre le venin de la
vipère aspic . I9°
— Erratum . 24x
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chesis alternatifs . 33°
Pinoy. Grains rouges et grains noirs . 294
— Un traitement des mycéfcomes . 710
Plantier (H.), Sergent (Edm.) et (Et.) et Beguet (M.). Observations
microseoniques au cours d’un accès pernicieux paludéen .... 615
Pons (C.), Vandenbranden (F.), Béouaert (T.) et Rophâin (J.). Note
sur les trypanosomides intestinaux d 'Hœmatopota au Congo
belge . T^2
Primet. Emploi du salvarsan aux colonies . T37
— Emploi du salvarsan. Discussion . 239
Pottevin (H.). Toxine et antitoxine cholériques . 4°9
— 79° —
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Poitevin (H.), et Violle (H.). Transmission du choléra aux singes
par la voie gastro-intestinale . 482
Q
Quiltciiini. Un cas de Leishmaniose infantile guérie. Formule leuco¬
cytaire . 495
R
4 , *
Railliet (A.) et Henry (A.) Un Hœmostrongylus des bronches du
Léopard . 451
— Sur les Oesophagostomes des ruminants . 506
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singes . 264
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entité morbiie . 599
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nomènes cutanés particuliers . 628
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sur les trypanosomides intestinaux d 'Hœmatopota au Congo
belge . 182
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Roubaud (E.). Relations bio-géographiques des glossines et des trypa¬
nosomes . 28
— Quelques mots sur les Phlébotomes de l’Afrique Occidentale
française . 126
— Etudes biologiques sur les Auchméromyies . 128
— Observations sur la biologie du Ver de Guinée. Infection
intestinale des Cyclops . . 281
— .Supplément à la répartition et à. la variation géographique
des glossines . 347
— Evolution comparée des Trypanosomes pathogènes chez les
glossines . 435
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une tsé-tsé . 226
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— Le galyl dans les trypanosomiases . 5°2
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mes spéciales d’amibisme et dans la syphilis . 424
S
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Salimbeni (A.) et Orticoni (A.). Essais de traitement des porteurs sains
de vibrions cholériques par les lavements de sérum spécifi¬
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Schokhor (N. -J.), Koiil-Yakimoff (Nina) et Yakimoff (W.-L.).
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— Le trypanosome des bovidés au Turkestan . . . 434
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Sergent (Edm.) et Beguet (M,). Anaplasmose chez les bœufs d’Algérie. 573
Sergent (Edm.) et (Et.), Beguet (M.) et Plantier (H.). Observations
microscopiques au cours d’un accès pernicieux paludéen .... 615
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Algérie. Infection piroplasmique intense chez les bovidés sans
symptômes morbides . 622
Sergent (Edm.), Lhéritier (A.) et Boquet (A.). Etude sur les piro¬
plasmoses en iUgérie. Essai de traitement par le trypanbleu. 618
Sergent (Edm.), Lhéritier (A.) et Ismert (R.). Piroplasmose en
Algérie .. . 571
Sergent (E.), Lhéritier (A.) et Lemaire (Ci.). Leishmaniose du chien
en Algérie . 579
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régions sahariennes. Immunité relative des races nègres • • 634
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Stévenel (L.) et Noc (F.). Filariose, lymphangite et elephantiasis à la
Martinique . 663
— Flore intestinale du Stegomyia fasciata adulte . 708
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Sui.dey (E.-W). Procédé simple de culture du bacille diphtérique et
diagnostic rapide . 303
— Nouveau procédé de culture et de diagnostic bactériologique
du tétanos . 605
T
Thiroux (A.). Grains rouges. Discussion . 295
— Les formes de reproduction par schizogonie et sporogonie
â'Hœmogregarina Peltiti . 327
— Emétine (discussion) . 566
Thiroux et Laveran (A.). Prophylaxie de la maladie du sommeil .. 381
Tribondeau (L.) et Roux (G.). Action de l’émétine dans quelques for¬
mes spéciales d’amibisme et dans la syphilis . 424
V
Vandenbrandf.n (F.), Béouaert (J.), Rodhain (J.) et Pons (C.). Note
sur les trypanosomides intestinaux d’Hœmatopota au Congo
belge . . .
Veillon (A.) et Lagane (L.). Action défavorable de l’arsénobenzol
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Velez. Uta et Espundia . 555
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— Méütccoccie. Discussion . . . . 672
Violle (H.) et PottevIN (H.). Transmission du choléra aux singes
par la voie gastro-intestinale . 482
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Y
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trypanosome des bovidés en Russie d’Europe . 43 3
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Leishmaniose canine à Taschkent . 432
— Le trypanosome des bovidés au Turkestan . 434
Z
Zammit (Th.). Vibrions cholériques isolés de l’eau de mer . q
Ziemann. Culture de l’hématozoaire du paludisme . 140
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Martinique . . 663
F. Noc et L. Stévenel. — Flore intestinale du Stegomyia fasciata
adulte . 708
E. Pinoy. — Un traitement des mycétomes . 710
Vincent. — Lléphantiasis. Discussion . : . . . . 668
Vincent. — Mélitococcie Discussion . 672
MEMOIRES
J. Allain. — Emploi du chlorhydrate d’émétine dans les amibiases par
les médecins du corps de santé des troupes coloniales . 723
I . . » llain. — Paludisme et quinine d’Etat en Annam pendant l’année 1912 730
•
Booffard. — Paludisme à Sontay. Discussion ......... 752
E. Brumpt et A. Pedroso. — Recherches épidémiologiques sur la leish'
maniose forestière américaine dans T Etat de Sâo Paulo-Brésil . . 732
L. Gaide et F. Mouzels. — Note sur le traitement des abcès du foie
par l’émétine . \ 16
Malouvier. — Une épidémie du paludisme au Tonkin . 745
Ouvrages reçus . . . . 763
Table analytique . . • . 765
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