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scientific knowledge, policies, or practices.
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bulletin
de Ja Société
Pathologie
Exotique
BULLETIN
de la Société
* V \
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
TOME VII — 1914
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Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît 10 fois par an
15 jours après chaque séance, qui a lieu le 2e mercredi du mois, sauf en août et
septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
Années iqo8 à 1912 — Prix de chaque volume broché : 15 fidtics.
SOMMAIRE DU NUMÉRO i
Séance du 14 janvier 1914
PAGES
Liste des membres . I
Correspondance . i
Présentations
P. Colombier. — Lésions osseuses précoces dans la lèpre constatées par
la radiographie . i
F. Mesnil et Roubaud. — Rapport sur la prophylaxie des trypanoso¬
miases . i
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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Pour cent ex.
7 fr.
9 fr.
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Les frais d’expédition se paient en plus.
Les auteurs sont priés d’indiquer sur leurs manuscrits le nombre
de tirés à part qu’ils désirent recevoir. Ceux qui habitent hors de
France, sont priés d’envoyer, avec leurs communications, le prix du
tirage à part. Les clichés de figures à insérer dans le texte sont à la
charge des auteurs.
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Par décision Ministérielle en date du 24 Septembre 1907,
j
et après avis du Conseil Supérieur de Santé, le Formiate de
Quinine Lacroix (Quinoforme) est compris dans la nomencla¬
ture des médicaments en usage dans les établissements hospi¬
taliers des Colonies Françaises.
rssrcr:
IV
PAGES
Roübaüd. — Exemplaire vivant de Glossina nwrsitans . 2
Election d’un membre titulaire . 3
Décès de M. Elmassian . ' . 3
Allocution du Président . 4
Rapport
L. R. Montel. — Le 3e Congrès de la Far-Eastern association of tropi¬
cal medicine . .
COMMUNICATIONS
G. Bouffard. — De quelques considérations d’ordre épidémiologique
sur le paludisme . 25
E. Chatton. — Le bouton d’Orient et le faciès rupestre du sol. ... 30
A. Conor et E. Calo. — Troisième cas de Kala-azar algérien .... 42
P. Delanok. — Variations de la virulence de Tryp. dimorphon ... 58
F. Heckenroth et M. Blanchard. — Etat des méninges et injections
intra-rachidiennes de néosalvarsan dans la trypanosomiase humaine 63
E. Jeanselme. — Leishmaniose cutanée à foyers multiples améliorée par
> le salvarsan . 36
A. Laveran et M. Marullaz. — Sur deux hémamibes et un toxoplasme
du Liothrix luteus . 21
A. Laveran et M. Marullaz. — Essais d’immunisation des souris con¬
tre le nagana expérimental . 33
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
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Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt après la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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VI
Liste des Membres
^ ■ ■ . > i .
de la Société de Pathologie exotique
au 1er janvier 1914
ABRÉVIATIONS.
MAS Membre de l’Académie des Sciences.
MAM Membre de l’Académie de Médecine.
M F Membre fondateur de la Société.
A T Armée de terre.
M Marine.
T G Troupes coloniales.
COMPOSITION DU BUREAU
Président .
Vice-Présidents .
Secrétaires généraux...
Trésorier-archiviste.. .
Secrétaires des séances.
MM.
A. La VER AN.
L. Martin et H. Vincent.
E. Marchoux et F. Mesnil.
E. ^Tendron.
C. Joyeux et C Levaditi.
Membres du Conseil. . MM. Chantemesse, Grall, Jeanselme, Wurtz.
Commission de Con¬
trôle .
MM. D yé, Pottevin et Prévôt.
— II —
MEMBRES HONORAIRES
MM.
E. L. Bouvier, MAS, Prof1' Muséum, 55, rue de Buffon, Paris, Ve,
MF.
Général Sir David Bruce, Royal Army medical College, Grosvenor
Road, Londres, S. W, en mission au Nyassaland.
W. T. Councilman, Prof1' Université de Cambridge, Etats-Unis.
B. Danilewsky, Profr Fac. Médecine, Charkow, Russie.
P. Ehrlich, Directeur Institut de Thérapie expérimentale, Francfort-
sur-le-Mein.
C. Finlay, Directeur Santé publique, La Havane.
B. Grassi, Profr Anatomie comparée, Université Rome, 91, via
Agostini Depretis.
L. Guignard, M AS, M A M, Directeur hon., Profr Ecole de Pharma¬
cie, 6, rue du Val-de-Grâce, Paris, Ve.
S. Kitasato, Directeur Inst, pour les maladies infectieuses, Tokio,
.Japon
Le Myre de Vilers, ancien Président de la Société de Géographie,
Président de la Sous-Commission française de la Maladie du Som-
>
meil, 28, rue de Surène, Paris, VIIIe.
Sir Patrick Manson, The Sheiling, Clonbur, Co. Galway, Irlande.
E. Metchnikoff, Sous-Directeur de l’Institut Pasteur, MF.
E. Perrier, MAS, MAM, Directeur du Muséum, 57, rue Cuvier,
Paris, Ve, M F.
E. Perroncito, Profr Université de Turin.
A. Railliet, MAM, Profr Ecole vétérinaire d’Alfort.
Sir Ronald Ross, Prof1' Université de Liverpool, 18, Cavendish Square,
Londres, W.
E. Roux, MAS, MAM, Directeur de l’Institut Pasteur, MF.
Th. Smith, !Tofr Université de Cambridge, Etats-Unis.
Vallin, MAM, anc. Médecin inspecteur A T, 17, avenue Bosquet,
Paris, M F.
A. Yersin, Médecin principal ire Cl. T C, Directeur des Instituts Pas¬
teur d’Indochine, à Nha-Trang, Annam.
MEMBRES TITULAIRES-HONORAIRES
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MM.
L. Bertrand, Médecin général de iIü Cl. M, io, rue Steffen, Asnières,
M F
A. Billet, Médecin principal ire Cl. A T, Direeteür Service de Santé,
Corps d’Occupations Macoc Oriental, MF.
R. Blanchard, MA U, ProF Parasitologie Fac‘. de Médecine, 226,
boulevard Saint-Germain, Paris, VIe.
A. Chantemesse, MAM, ProF Hygiène Fac. de Médecine, 3o, rue
Boissy-d’Anglas, Paris, VIIIe, MF.
Couteaud, Médecin général f2e Cl. M, Directeur Service de Santé
Cherbourg, M F. ;
Delrieu, ancien Médecin inspecteur T C, 10, rue J. M. de Hérédia,
Paris, M F.
Ch. Grall, Inspecteur général Service de Santé T C, Ministère des
Colonies, M F.
Granjux, Rédacteur en chef du Caducée , 18, rue Bonaparte, Paris,
VIe, MF.
Jeanselme, Agrégé Fac. Médecine, Médecin des Hôpitaux,’ 5, quai
Malaquais, Paris, MF.
A. Laveran, MAS, MAM, Prof1 Institut Pasteur, 25, rue du Mont¬
parnasse, Paris, VIe, M F.
A. Le Dentu, MAM, anc. Profr Fac. Médecine, 3i, rue de Lisbonne,
Paris, M F.
Lemoine, Médecin inspecteur A T, Directeur Service Santé ier’Corps
Lille, MF.
A. Lucet, MAM, Assistant au Muséum, 2, rue des Arènes, Paris, VIe.
Moty, anc. Médecin principal ire Cl.* A T, Agrégé libre du Val-de-
Grâce, 65, route d’Octeville, Sainte-Adresse, Seine-Inférieure.
Nimier, Médecin Inspecteur A T, Directeur Service Santé 14e Corps,
Lyon, MF.
J. E. J. Schneider, Médecin inspecteur A T, Directeur Service Santé
20e Corps, Nancy.
H. Vallée, Directeur Ecole vétérinaire d’Alfort, M F.
H. Vincent, MAM, Médecin principal ire Cl. A T, Chef du Labora¬
toire de Vaccination antityphique au Val de-Grâce, 77, boulevard
du Montparnasse, Paris, VIe, M F.
R. Wurtz, MAM, Agrégé Fac. de Médecine, Médecin des. Hôpitaux,
18, rue de Grenelle, Paris, VIe.
MEMBRES TITULAIRES
MM.
Achalme, Directeur labor. colon. Muséum, 55, rue de Buffon, Paris,
Ve, M F.
A.,Borrel, Prof1' Institut Pasteur, Paris, XVe, M F.
E. Brumpt, Agrégé Fac. Médecine, 1 5 , rue de FEcole-de-Médecine,
Paris, VIe, Profr Parasitologie Fac. de Médecine Saô Paulo, Brésil»
( / 2 février igo8) ( 1 ) .
E. Chatton, Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe (i3 mars
'9 1 -)• . . . - . ;
H. Darré. Médecin assistant Hôpital Pasteur (8 décembre 1 gog).
Ch. Dopter, Médecin major ire Cl. A T, Prof1 Val-de-Gràce, M F.
E. Dujardin-Beaumetz, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, M F.
L. Dyé, Médecin colonial Université Paris, 123, avenue de Wagram,
Paris (<V avril igo8).
F. Heim, Agrégé Fac. Médecine, Secrétaire perpétuel Ass. Agronomie
coloniale, 3q, rue Hamel in, Paris, XVIe, M F.
y
(\) Date de l’élection à la Société.
A. Henry, Chef Travaux pratiques Zoologie, Ecole vétérinaire, Alfort
( juillet ig 1 3).
Ch. Joyeux, Préparateur Parasitologie Fac. de Médecine (avril igi3).
M. Langeron, Chef Travaux Parasitologie Fac. de Médecine
(février iq 1 3).
A. Lesage, Médecin des Hôpitaux, 226, boulevard Saint-Germain,
Paris, M F.
M. Letulle, MAM, Profr Fac. de Médecine, Médecin des Hôpitaux,
7, rue de Madgebourg, Paris (g février igio).
C. Levaditi, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe (8 juil¬
let igo8).
E. Marchoux, anc. Médecin principal T C, Chef Service Institut
Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe, M F.
L. Martin, Médecin-Directeur Hôpital de l’Institut Pasteur, 205, rue
de Vaugirard, Paris, XVe, MF.
F. Mesnil, Prof1' Institut Pasteur, 96, rue Falguièie, Paris, XVe,
MF.
V. Morax, Ophtalmologiste des Hôpitaux, 28, boulevard Raspail,
Paris, VIL (1 2 février igo8 ).
L. Nattan-Larrier, chargé de Cours Collège de France, 60, rue
de Courcelles, Paris (/ 2 février igo8).
A. Pettit, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, 26, rue Dutot, Paris,
XVe (g juin igog).
Mme M. Phisalix, Chef-adjoint Travaux de Pathologie Labor. colo¬
nial Muséum, 62, Bd St-Germain, Paris, Ve (8 février iqi /).
E. Pinoy, Chef de Laboratoire adjoint Institut Pasteur, Paris, XVe,
MF.
H. Pottevin, Directeur-adjoint Office international d’Hyg. publique,
n, rue Valentin-Haüy, Paris (g décembre igo8).
A. Prévôt, Chef service adjoint Institut Pasteur, Garches (Seine-et-
Oise) (12 février iqo8).
J. Rieux, Médecin-major irc Cl. A T, Agrégé Val-de-Grâce (novem¬
bre igi3).
E. Roubaud, Chef Laboratoire Institut Pasteur, 96, rue Falguière,
Paris, XVe (janvier igi3).
J. Rouget, Médecin princ. 2e Cl. A T, Prof1' Val-de-Gràce, 6, rue du
Val-de-Grâce, Paris, Ve (1 2 février igo8 ).
Simonin, Médecin-principal ireCl.AT, ProfrVal-de-Gràce, rue Saint-
Jacques, Paris, Ve, MF.
Surcouf, Chef des Travaux de Zoologie Labor. colonial Muséum, 55,
rue de Buffon, Paris, Ve (1 2 février igo8).
E. Tendron, Directeur pharmaceutique Service des Sérums Institut
Pasteur (juin iqi3).
M. Weinberg, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe
(# avril igo8).
MEMBRES ASSOCIÉS
a) Français.
MM.
Th. Barrois, Prof1 Parasitologie Fac. Médecine, Lille.
F. Borel, Directeur Service sanitaire maritime, Le Havre, MF.
J. Brault, Profr Maladies des pays chauds, Fac. de Médecine, Univer¬
sité Alger.
A. Calmette, anc. Médecin inspecteur T C, Directeur de l’Institut
Pasteur, Lille, MF.
Clarac, Médecin inspecteur T C, Directeur Service de Santé de l’In¬
dochine, à Hanoï, Tonkin, MF.
De Brun, Prof. Fac. Médecine, Beyrouth.
Ducloux, Chef du Service de l’Elevage, Tunis.
J. Dupuy, Directeur Service sanitaire maritime, Pauillac (Gironde),
MF.
A. Le Dantec, ancien Médecin M, Prof1' Pathol, exotique, Fac.
Médecine, Bordeaux, MF.
Ch. Nicolle, Directeur Institut Pasteur, Tunis.
J. B. Piot, Directeur Service vétérinaire des domaines de l’Etat, Le
Caire.
E. Primet, anc. Médecin inspecteur T C, 82, Avenue de Breteuil,
Paris, M F.
P. Remlinger, Médecin-major A T (h. c.), Directeur Institut Pasteur
de Tanger.
Edm. Sergent, Directeur Institut Pasteur d’Algérie, Mustapha-
Alger, M F.
Et. Sergent, de l’Institut Pasteur de Paris, Médecin de colonisation
(h. c.), chargé de mission en Algérie, 4, rue Michelet, Alger-Mus¬
tapha.
P. L. Simond, Médecin inspecteur T C, Comité technique de Santé,
Ministère de la Guerre.
H. Soulié, Prof1' Faculté de Médecine, Université Alger.
A. Thiroux, Médecin-principal 2e Cl. T C, Profr Ecole d’application,
Marseille, M F.
Vaillard, MAM, Médecin inspecteur général A T, 2, rue Pierre-
Curie, Paris, Ve, M F.
J. J. Vassal, Médecin-major ire Cl. T C, Haïphong, Tonkin.
b) Etrangers.
MM.
A. Agramonte, Prof1' Bactériologie Université La Havane, Cuba.
A. Bettencourt, Directeur Inst, bactériol. Camara Pestana, Lis¬
bonne.
Van Campenhout, anc. Directeur, Prof1' Ecole de Médecine tropi¬
cale, q5, rue Marie-Thérèse, Bruxelles.
A. Castellani, Directeur Institut bactériologique et Clinique maladies
tropicales, Colombo, Ceylan.
O. Cruz, Directeur Institut de Manguinhos, Rio-de-Janeiro.
Ch. Firket, Profr Fac. Médecine, 8, rue Sainte-Véronique, Liège.
C. Golgi, Profr Université, Pavie.
W C. Gorgas, Directeur Service de Santé, Ancon, Panama.
S. Kartulis, Hôpital gouvernement égyptien, Alexandrie, Egypte.
A. Kopke, Profr Ecole de Médecine tropicale, Lisbonne.
Sir William B. Leishman, Prof' Royal Army Medical College, Gros-
venor Road, Londres, S. W.
A. Looss, Prof1' Ecole de Médecine, Le Caire.
N ocht. Directeur Institut fiir Schilfs u. Tropenkrankheiten, Ham¬
bourg.
F. G. Novy, Prof1 Université du Michigan, Ann Arbor, Mich., Etats-
Unis.
G. , H. F. Nüttall, Prof1' Université Cambridge, Longheld, Madîn-
gley Road, Cambridge, Angleterre.
A. Salimbèni, Chef Service adjoint Institut Pasteur, Paris, MF.
K. Shiga, Prof1 Institut pour les mal. infect., Tokio, Japon.
A. Theiler, Chefdu service vétérin. scientif., Pretoria, Transvaal.
J, L. T odd, Prof1 Parasitologie Université Mc Gill, Macdonald Col¬
lege, Sainte-Anne-de-Bellevue, P. Q., Canada.
H. Ziemann, Médecin principal de la marine allemande, 82, Gothe-
trasse, Berlin-Charlottenbourg.
MEMBRES CORRESPONDANTS
a) Français.
• MM.
J. Ai.lain, Médecin-principal 2e Cl. TC, Ministère des Colonies, Paris.
L. d’Anfreville, "Médecin de l’Hygiène à Saint-Louis, Sénégal, en
congé, 80, Bd de Courcelles, Paris.
J. Arlo, Médecin-major 2e Cl. T C, détaché à l’Institut Pasteur,
Lille.
P. Aubert. Médecin-major ire Cl. T C, Directeur de l’Institut Pasteur
de Brazzaville, Congo français.
A. Auché, Pharmacien irc Cl. M, Laboratoire central de la Marine,
quai de Billy, Paris.
A. Bartet, Médecin ire Cl. M, Résident Hôpital maritime, Rochefort.
J. Bauche, Vétérinaire inspecteur des épizooties. Hué, Annam.
E. Bellet, Médecin irc Cl. M, Prof1' Ecole de Médecine navale, Bor¬
deaux.
« »
G. Bellot, Médecin-général 2e Cl. M, Chef Service central de Santé,
Ministère de la Marine.
P. Noël Bernard, Médecin-major ire Cl. T C, détaché Institut Pas¬
teur, Paris.
L. Blaizot, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Tunis.
M. Blanchard, Médecin-major 2e Cl. T C, attaché Institut Pasteur,
Brazzaville.
G. Blin, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur Service Santé. Antilles,
à Fort de France, Martinique.
G. Bouet, Administrateur irc Cl. des Colonies, Inspecteur de l’Hy¬
giène en A. O. F., à Dakar.
G. Bouffard, Médecin-major ire Cl. T C, Prof1' Ecole d’application,
Marseille.
M. Bouilliez, Médecin-major 2e Cl. T C, Fort-Archambault, Terri¬
toire militaire du Tchad.
— VII —
G. Bourret,. Médecin-major 2e Cl. T C., Directeur Laboratoire Bac¬
tériologie, Hué, Annam.
L. Bréaudat, Pharmacien T C, attaché à l’Institut Pasteur de Saigon,
Cochinchine.
J, Bridré, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe.
V. Brochard, Médecin-major 2e Cl. T C, Résident Archipel Wallis,
par la Nouvelle-Calédonie.
Ch. Broquet, Médecin-major ire CL T C, ancien S. -Directeur Insti¬
tut Pasteur Saigon, en Congé.
J. A. Bussière, Médecin-major ire Cl. T C., Prof1' Ecole de Méde¬
cine, Tien tsin, Chine.
Cathoire, Médecin-major irc Cl. A T, Chef Labor. Hôpital milit.,
Toulou se.
L. Cazalbou, anc. Direct. Labor. Bactériologie de Ségou, A. O. F.,
Vétérinaire en icr, au 5oe d’Artillerie, Rennes.
H. Cazeneuve, Médecin ire Cl. M, sur le Magellan , Brest.
A. Chopard, Médecin de la 2e division à la Société de Construction
des Chemins de fer Indochinois, Keror, La Ciotat, Bouches-du-
Rhône.
F. Clair, anc. Médecin sanitaire maritime, 6, avenue Daubigny, Paris,
XVIIe.
Clarenc, Président de la Société médicale, Port-Louis, Ile Maurice.
M. Cognacq, Directeur Ecole de Médecine de l’Indochine, Hanoï,
♦ Tonkin.
L. Coi. lin, Médecin major 2e Cl. T C, Nouv. Calédonie.
A. Conor, Médecin-major ire Cl. A T, Chef Labor. Hôpital milit. du
Belvédère et Sous-Directeur institut Pasteur, Tunis.
F. Conseil, Chef Bureau municipal Hygiène, 6o, rue des Selliers*
Tunis.
L. Couvy, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire, Bassam,
Côte d’ivoire.
J. Crespin, Profr Hygiène Fac. Médecine, Médecin Hôpital Mustapha,
i, rue du Soudan, Alger.
Ch. Dassonville, Vétérinaire en ier, au 32e d’Artillerie, Orléans,
P. Delanoe, Médecin Assistance méd. indigène, Directeur Labora¬
toire, Bouaké, Côte d’ivoire
Denier, Médecin ne Cl. M, Sous-Directeur Institut Pasteur de Saigon,
Cochinchine. ■*
W. Dufougeré, Médecin-major 2e Cl. T C, Corps d’occupation du
Maroc.
R. Dumas, Médecin principal irft CL T C. Directeur Service de Santé,
Saigon, Cochinchine.
Emily, Médecin principal 2e CL T C, Directeur Service de Santé, Gui¬
née française, M F.
H. Foley, Médecin-major ire CL A T (h. c.), attaché à l’Institut Pas¬
teur d’Algérie.
Fontoynont, Directeur Ecole de Médecine, Tananarive, Madagascar.
•L. Gaide. Médecin principal 2e CL T C, Directeur Service de santé,
Hué, Annam.
A. Gauducheau, Médecin-major ire CL T C, Directeur de l’Institut
vaccinogène du Tonkin.
F. Gendre, anc. Médecin de l’Assistance médicale indigène en A. O.
F., lnsoecteur de l’Assistance publique à Angers, 14, rue Voltaire.
— VIII —
V. Gillot, Médecin Hôpital Alger-Mustapha, 21, boulevard Victor-
Hugo, Alger.
P. Gouzien, Médecin principal ire Cl. T C, Directeur de l’Ecole
d’application, Marseille, MF.
De Goyon, Médecin-major 2e Cl. T C, à Madagascar.
H. Gros, ancien Médecin M., Médecin de colonisation, Rébeval,
département d’Alger, en disponibilité à St-Chartier, Indre.
F. Heckenroth, Médecin-major 2e Cl. T C, sur l’affrété La Loire.
G. Irr, Vétérinaire, 8, place de l’Opéra, Paris.
H. J ouveau-Dübreuil, Médecin-major 2e Ci. T G, Directeur Labo¬
ratoire vaccinogène Tchen tou, Sé-Tchouen, Chine.
J. Kérandel, Médecin-major 1 re Cl. T C, Directeur Laboratoire Pnom-
penh, Cambodge.
A. Lafont, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur Laboratoire Bacté¬
riologie de l’A. O. F., à Dakar, Sénégal.
A. Lamouredx, Médecin-major 2e Cl. T C, au 5e Infanterie coloniale,
Lyon.
A. Lebœuf, Médecin-major 2e Cl. T C, en mission de Lèpre, Nouméa,
Nouv. Calédonie.
J. Legendre, Médecin-major 1^ Cl. T C, chargé de mission antipa¬
ludique, Tananarive, Madagascar.
A. Leger, Médecin-major 2e Cl. T C, au 22e Infanterie coloniale, Mar
seille.
M. Leger, Médecin-major 2e Cl. T C, Profr adjoint Ecole d’applica¬
tion, Marseille.
Lemaire, Médecin Hôpitaux d’Alger, Chef de Laboratoire Institut
Pasteur d’Algérie, 7, rue Ledru-Rollin.
Le Roy des Barres, Professeur Ecolede Médecine, Directeur de l’Hô¬
pital indigène, Hanoï, Tonkin.
J. Maille, Médecin ire Cl. M, Directeur Lab. Bactériologie Hôpital
maritime, Cherbourg.
Manaud, Médecin-major 2e Cl. T C, Conseiller médical au Ministère
de l’Intérieur, Bangkok, Siam.
L. Manceaux, Médecin-major 1 re Cl. AT, Directeur Laboratoire Bac-
tériol. VD corps d’armée, Cbâlons sur-Marne.
G. Martin, Médecin-major irc Cl. T C, Prof.Ecole d’Application. Mar¬
seille.
C. Mathis, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur Lab. Bactériologie,
Hanoï, Tonkin.
J. Matignon, Médecin-major T C(h. c.), Chef de laboratoire Pathol,
exot. Fac. Médecine Bordeaux, et à Châtel-Guyon (Puy-de-Dôme).
G. Merveilleux, Médecin-principal irc Cl. T C, Haïphong, Tonkin.
F. Monfort, Médecin-major 2e Cl. T C, détaché à l’Institut
Pasteur.
R. Montel, ancien Médecin T C, Médecin de la municipalité, 48 ter ,
rue Paul Blanchy, Saigon.
L. Nègre, Chef Laboratoire Inst. Pasteur d'Algérie, Alger.
Niclot, Médecin-principal 2e Cl. A T, Hôpital Villemanzv, Lyon.
Ch. Nicolas, à Bourail, Nouvelle-Calédonie.
F. Noc, Médecin-major irc Cl. T C, au 6e Infanterie coloniale,
Lyon.
Ortholan, Médecin-major irC Cl. T C, Directeur Seivice de Santé
Guyane.
— IX -
*
G. Pécaud, Vétérinaire A, T (h. c.) Chef Service zootechnique du
Tchad, à Fort-Lamy.
A. Pressât, Médecin de la Cie de Suez, Port-Saïd, Egypte.
A. Raybaud, Médecin de la Santé, 3 a, rue Lafayette, Marseille.
Raynaud, Chef du Service sanitaire maritime, 7, place de la Républi¬
que, Alger.
J. Ringenbach, Médecin major 2e Cl. T C, Mission de délimitation
Afrique équatoriale franç. -Cameroun, Ministère des Colonies, Paris.
A. Rodet, Profr Fac. Médecine, Directeur de l’Institut Bouisson-
Bertrand, 22, Cours Gambetta, Montpellier.
J. Roger, Vétérinaire en 2e, au 18e d’Artillerie, Toulon.
H. Rothamel, Médecin de l’Assistance de lTndo-Chine, à Vinhlong,
Cochinchine.
Salvat, Directeur Institut Pasteur, Tananarive, Madagascar.
A. Sarrailhé, Médecin-major 2e Cl. T C, détaché à l’Institut Pasteur.
H. Schein, Vétérinaire, Inspecteur des Epizooties de l’Indochine,
attaché à l’Institut Pasteur de Nha-Trang, Annam.
F. Sorel, Médecin-major 2e Cl. T C, au 23e Colonial, Paris.
L. Stévenel, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire Fort de
France, Martinique.
Stini, à Larnaca, Chypre.
J. Thézé, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire Cayenne,
Guyane.
R. Trautmann, Médecin-major 2* Cl. T C, Directeur Laboratoire
Bamako, Flaut-Sénégal et Niger.
Troussaint, Médecin Inspecteur A T, Directeur du Service de santé.
Ministère de la Guerre, M F.
G. Vallet, Médecin-major ire Cl. A T, Chef du Laboratoire milit.
de Bactériologie, Montpellier.
b) Etrangers.
MM.
L. Audain, Directeur du Laboratoire, Port-au-Prince, Haïti.
E. E. Austen, Conservateur British Muséum of Nat. History, Crom¬
well Road, Londres, S. W.
A. G. Bagshawe, Directeur Tropfcal Diseases Bureau, Impérial Ins-
titute, Londres, S. W
A. Balfour, Directeur Wellcome Bureau of Scientific Research,
Londres, W., Woodcote, Churt, Surrev, Angleterre.
J. Bequaert, Chef de mission scientifique, Irumu, district de l’Irati,
Congo belge.
Vital Brazil, Directeur Institut sérothérapique de Butantan, Etat de
St-Paul, Brésil.
A. Breinl, Directeur Inst. Méd. tropicale, Townsville, Queensland,
Australie.
A. Broden, Directeur Ecole Méd. tropicale, Parc Duden, Forest-
Bruxelles.
Mamerto Cadiz, Profr Faculté Médecine et Directeur Institut d’Hy-
giène, Santiago, Chili.
J. CANTACUzÈNE,anc. Directeur Santé publique, Profr Université. Buca¬
rest.
— X —
J. .Cardamatis, Prof. Mal. trop. Fac. Médecine, 26, rue Canaris, Athè¬
nes.
A. Carini, Directeur Institut Pasteur, Sao Paulo, Brésil.
C. Chagas, Chef de Service Institut O. Cruz, Manguinhos, Rio-de-
Janeiro.
A. J. Chalmers, Directeur Lab. Wellcome, Khartoum, Soudan.
M. Couto, Prof1' Fac. Médecine, Rio-de-Janeiro.
S. R. Christophers, Assistant, Central Research Institute, Kasauli,
Inde.
A. Ciuca, Chef des Travaux Ecole Vétérinaire, Bucarest.
C. W. Daniels, Lecturer London School of tropical Medicine et
London Hospital a. Medical College, 29, Harley Street, Lon¬
dres, W.
S. T. Darling, Chef Laboratoire Bureau sanitaire, Ancon, Panama.
W. H. Deaderick, Mariana, Arkansas, Etats-Unis.
C. Donovan, Prof1' Univ., Médecin Hôpital, Dunduan, Nugambakam,
Madras, Inde.
E. Escomel, Médecin de l’Asile Saint-Jean de Dieu, Arequipa, Pérou.
J. W. H. Eyre, Bactériologiste Guy’s Hospital, Londres, S. E.
H. B.’ F antham, Parasitologiste Liverpool School of tropical Medicine.
S. Fiæxner, Directeur de l’Institut Rockefeller, New-York.
C. França, Naturaliste Muséum Bocage, Ecole Polytechnique Lis¬
bonne, à Collares. Portugal.
F. Fülleborn, Prof1' Institut fur Schifts u. Tropen-krankheiten, Ham¬
bourg.
U. Gabbi, Chef division tropicale . Clinique médicale Université,
Rome.
C. M. Garcia, Médecin-inspecteur du Service contre la lièvre jaune,
La Vera-Cruz, Mexique.
L. Gedoelst, Prof1' Ecole Médecine vétérinaire, Cureghem-Bruxelles.
J. A. Gilruth, Gouverneur Territoire du Nord, Australie, à Dar¬
win.
O. Goebel, Médecin, Elisabethville, Congo belge.
E. D. AV. Greig, Central Research Institute, Kasauli, Inde anglaise.
W. M. H affkine, Laboratory Hospital Grounds, Bhawanipur, Cal¬
cutta.
M. Hartmann, Chef service protozool. Institut fiir Infektionskran-
kheiten, Berlin, N. 3g.
S. P. James, Officier Service sanitaire Inde anglaise, à Simla.
S. Kanellis, 24, rue Pinacoton, Athènes.
G. W. Kiewiet de Jonge, Kramat, Weltewreden, Indes néerlandaises.
Allan Ki nghorn, Mpika, Rhodesia septentrionale.
F. Kleine, Chef de la lutte contre la Maladie du Sommeil en Afrique
orientale allemande, Daressalam.
H. P. Lie, Chef du service de la Lèpre, Bergen, Norvège.
A. Lignos, Médecin Ile d’Hydra,. Grèce.
A. Lindenberg, Médecin Service dermatologique Hôpital Santa-Casa,
S. Paulo, Brésil. ’ ^ ■
J. J, van Loghem, Directeur Inst. Hygiène tropicale, Tijdeüjk Bureau,
Paviljoenstraat, 4, Amsterdam.
George C. Low, Lecturer, London School of tropical Medecine. King’s
.. College et West London Hospital, 6, Bentinck Street, Manchester
Square, Londres W.
XI —
A. Lutz, Chef de Service Institut * O. Cruz, Manguinhos, Rio-de-
Janeiro. ■
J. Macdonald, La Clinica, 18, calle Guente, Huelva, Espagne.
F. Percival Mackie, du Service médical de l’Inde, 18, Canynge Square,
Clifton, Bristol, Angleterre.
E. Martini, Médecin principal delà Marine allemande, Wilhemshaven.-
E Marzinowsky, Médecin Hôpital Paul Ier, Moscou.
U. Mello, Agrégé Ecole vétérinaire, Turin.
C. M ense, Directeur d 'Archiv für Schiffs u. Tropenhy giene , 28, Phi-
losophenweg, Cassel, Allemagne.
L. E. M igone, Prof1' Faculté de Médecine, Assomption Paraguay.
E. A. Minchin, Prof1' Protozoologie Univ. Londres. Lister Institute,
Londres, S. W.
R. E. Montgomery, Government veterinary bacteriologist, Nairobi,
British East Africa.
J. Moreira, Directeur Hospice national des aliénés, Rio-de-Janeiro.
C. S. Motas, Profr Ecole vétérinaire, Bucarest.
W. E. Müsgrave, Biological Laboratory, Bureau of Science, Manille.
D. Nabarro, Childrens Hospital, Gt. Ormonde Street, Londres, W. C.
W. S. Patton, King Institute of préventive Medicine, Guindy, Ma¬
dras, Inde.
M. Piraja da Silva, Profr Fac. Médecine, Bahia, Brésil.
A. Plehn, Médecin Hôpital am U rban, 22, Kleiststrasse, Berlin W. 62,
S. von Prowazek, Chef service zoologique Institut für Schiffs u. Tro-
penkrankheiten, Hambourg.
Mme L. Rabinowitsch-Kempner, 58a, Postdamerstr., Gross-Lichter-
felde, W., Berlin.
Colonel F. Raymond, Chef du service vétér. civil du Bengale, Royal
Veterinary College, Calcutta.
J. Rodhain, Directeur du Laboratoire, Léopoldville, Congo belge.
E. Robledo, Manizales, Colombie.
L. Rogers, Prof1' Medical College, Calcutta.
Ph. H. Ross, Government Bacteriologist, Nairobi, British East
Africa.
D Roedsky, attaché à l’Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe.
R. Row, Greylands, 2 New Marine Lines, Fort, Bombay, Inde.
C. Savas, Profr Fac. Médecine, Athènes.
Sgheube, ancien Profr Univ. Tokio. à Greiz, Allemagne.
C. Schilling, Chef de division Institut für Infecktionskrankheiten,
8, Platanen-Allee, Westend Berlin.
A. Splendore, anc. Directeur Labor. Bactériologie Hôpital S. Joa-
quim, S. Paulo, Brésil, i5q, via Sicilia, Rome.
J. W. W. Stephens, Professeur Liverpool School of tropical Medicine.
R. P. Strong, Prof1' Médecine tropicale, Univ. Harvard, Boston.
N. H. Swellengrebel, Zoologiste Institut Hygiène tropicale, 167,
P. C. Hoofstraat, Amsterdam.
Theobald, Wye Court, Wye, Kent, Angleterre.
Wollcrstan Thomas, Ecole Médecine tropicale. Manaos, Brésil.
Th. von Wasielewski, Chef de la division de Parasitologie, Institut
für Krebsforschung, Heidelberg.
Creighton Wellman, Profr Université Tulane, Nouvelle Orléans,
Louisiane, Etats Unis.
— XII —
C. M. Wenyon, Protozoologiste Ecole Médecine tropicale Londres,
7, Alexandra Park 7, Vallance Koad, N.
W. L. Yakimoff, Directeur laboratoire mal. tropicales, Taschkent,
Turkestan.
Zabolotny, Institut Médecine expérimentale, Saint-Pétersbourg.
Zammit, Laboratory Public Health Departm., Malte.
Les Membres de la Société sont priés de vouloir bien informer les Secré¬
taires généraux des modifications dans leurs titres et fonctions et de leurs
changements d’adresse.
\ i
1
Septième année
1914
N° 1.
BULLETIN
✓ ' * A ' '
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 14 JANVIER 1 9 J 4.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Correspondance
MM. Arlo, Ciuca, Monfort, Raybaud, Roudsky, Row et
Sarrailhé, élus membres correspondants à la séance de décembre,
adressent des remerciements à la Société.
*
* *
M. Robert, ne pouvant plus prendre part aux travaux de la
Société, donne sa démission de membre correspondant.
Présentations
M. M esnil offre à la Société un exemplaire du Rapport sur la
Prophylaxie des Trypanosomiases, que M. Roubaud et lui ont
présenté au Congrès international d’Hygiène et de Démographie,
qui s’est tenu à Washington en septembre 1912.
T
2 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
M. Roubaud présente à la Société un exemplaire femelle à l’état
vivant de Glossina morsitans. Cette mouche qui est la première
mouche tsétsé introduite en vie dans les laboratoires tropicaux
d’Europe, est issue à l’Institut Pasteur d’une pupe originaire de
la Province du Bas-Saloum, aux confins du Sénégal et de la
Gambie Anglaise. Cette mouche paraît devoir s’élever normale¬
ment en étuve à la température de 23-25 0 C.
Lésions osseuses précoces dans la lèpre
constatées par la radiographie
Par P. COLOMBIER.
M 'occupant, depuis quelques mois, de la radiographie du sque¬
lette des lépreux, j’ai eu dernièrement l’occasion de constater, au
laboratoire de radiologie de l’hôpital Boucicaut, des lésions osseu¬
ses que l’examen clinique des malades ne faisait pas prévoir. Il
s’agit d’une perte de substance à l’extrémité des phalangettes. Ces
petits os, au lieu d’être, comme à l’état normal, terminés par une
extrémité arrondie, sont nettement coupés en biseau comme s’il
s’agissait d’une intervention chirurgicale. Les radiographies que
je vous soumets permettent de se rendre facilement compte de ces
lésions. Dans l’un de nos deux cas (L...) le pied gauche (fig. 1)
surtout est atteint. Les orteils malades sont le Ier, le 2e et le 5e.
Du côté droit (fig. 2) le 2e et le 5e présentent de plus légères
atteintes. Dans le 2e cas (R...) le pied gauche ne présente une
altération nette qu’au 2e orteil. Par contre ce malade est porteur
d’une lésion de son squelette facial, siégeant sur les os propres
du nez. La radiographie indique à ce niveau une réduction nette
de la surface osseuse qui au lieu d’être losangique, affecte la
forme d’une mince épine.
Nous croyions être le premier à faire cette observation de trou¬
bles osseux précoces à l’aide des rayons X, lorsque nous avons
trouvé une indication bibliographique nous faisant connaître les
recherches de M. T. Miller (i) sur le même sujet. Nous croyons
néanmoins faire œuvre utile en présentant aujourd’hui les photo-
(1) Lancet y 2 6 juillet 1013. *
1
Planche I
P. Colombier
Fig. i. — Pied gauche.
Fig. 2. — Pied droit.
Séance du 3 4 Janvier 1914
3
graphies de ces malades, nous réservant d apporter d ici peu a la
Société des observations plus nombreuses que nous sommes en
train de recueillir.
Election d’un Membre titulaire
M. Sacquépée obtient 18 voix (élu).
M. Lagane, i voix.
Un bulletin blanc.
Décès de M. Elmassian
Le Président. — - J’ai le regret d’avoir à annoncer la mort de
M. Elmassian, Correspondant étranger de notre Société. M. El¬
massian, alors qu’il était Directeur de l’Institut bactériologique
du Paraguay, a étudié avec beaucoup de soin et de succès la ma¬
ladie des Equidés, connue sous le nom de mal de caderas, qui a
pris une grande extension dans l’Amérique du Sud, au Brésil,
en Bolivie, au Paraguay et dans la République Argentine. C’est
à M. Elmassian que revient l’honneur d’avoir découvert que cette
maladie était une trypanosomiase et d’avoir donné la première
description du trypanosome qui en est l’agent; ce trypanosome,
bien distinct des trypanosomes d’Asie et d’Afrique, est caracté¬
risé, comme on sait, par cette particularité que son centrosome
est rudimentaire.
Au nom de la Société de pathologie exotique, j’adresse à la
famille de M. Elmassian des condoléances bien sincères.
K
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
%
Allocution du Président
' T 4
Mes chers Collègues,
Comme les années précédentes, je crois devoir vous exposer,*
dans cette séance de janvier, l’état de notre Société et vous pré¬
senter un court résumé de nos travaux.
A la date du Ier janvier 1914, notre Société était composée
comme il suit :
Membres honoraires . 20
Membres titulaires-honoraires . 19
Membres titulaires . 32
Associés français . 20
Associés étrangers . 20
Correspondants français . 93
Correspondants étrangers . 86
290
Soit un total de 290 membres. Au ier janvier 1913, la Société
comptait 278 membres, la différence en plus pour 1914 est donc
de 12 membres.
Nous avons eu à déplorer la mort de M. Yvon, membre fonda¬
teur et trésorier-archiviste de la Société, mort qui a été pour nous
une perte cruelle. J’ai rappelé en son temps les grands services
que nous a rendus M. Yvon, homme de science à la fois et admi¬
nistrateur hors ligne. M. Tendron a bien voulu prendre la suc¬
cession de M. Yvon comme trésorier-archiviste de la Société;
nous lui en sommes très reconnaissants.
Nous avons eu également à déplorer la mort de deux Corres-,
pondants français, M. le Dr Salanoue et M. le Dr Audiau et d’un
Correspondant étranger, M. le Dr Elmassian.
Un Correspondant français, M. Robert, a donné sa démis¬
sion .
3 membres titulaires MM. Granjux, Le cet et Wurtz ont été
nom m és titillai res- honoraires.
MM. Henry, Joyeux, I angeron, Ri eux, Roubaud, Tendron
ont été nommés membres titulaires.
Séance du 14 Janvier 1914
V*
•y
MM. A r lo, Monfort, O^tholan, Râybaud, Sarrailhé pnt
été nommés Correspondants français; MM. Bequaert, -Ciuca,
Greig, Kjnghorn, Migone, Roudsky, Row, Wellman, Corres¬
pondants étrangers. 1
*
* *
Des questions d’un grand intérêt pour l’hygiène de nos Colo¬
nies ont été mises, en 1913, à l’ordre du jour de la Société.
La prophylaxie des maladies causées par les moustiques et celle
de la maladie du sommeil ont été l’objet de communications très
intéressantes.
Plusieurs de nos Collègues ont appelé l’attention sur les
grands services que le salvarsan peut rendre aux colonies dans la
prophylaxie de la syphilis ; un vœu formulé par notre Collègue
M. le Dr Jeanselme a été adopté, après avis d’une Commission
spéciale.
La Société avait émis l’an dernier des vœux au sujet de l’ex¬
tension de l’alcoolisme au Maroc, et M. le Résident général au
Maroc avait pris l’engagement de faire cesser un état de choses
très préjudiciable à l’hygiène comme à la moralité de la popula¬
tion marocaine. M. le Baron du Teil, Secrétaire général de la
Ligue nationale contre l’alcoolisme, nous a fait connaître la série
des mesures qui ont été prises au Maroc pour réprimer l’alcoo¬
lisme, conformément au vœu que nous avions émis; en lisant
l’arrêté du Grand Vizir, on se prend à regretter qu’il soit beau¬
coup plus difficile de réprimer l’alcoolisme en France qu’au
Maroc.
A la demande de votre Président, une Commission a été nom¬
mée pour étudier la question de l’opium qui intéresse non seule¬
ment l'hygiène de la population indigène de l’Indochine, mais
aussi l’hygiène des Européens qui, appelés à vivre dans cette
contrée, y contractent souvent ce vice déplorable : l’opiomanie
et le propagent.
M. le Dr Noël Bernard, rapporteur de la Commission, nous
a présenté, sur la question de l’opium, un rapport très docu¬
menté, très intéressant, dont les conclusions, adoptées par la
Société, ont été transmises à MM. les Ministres de l’Intérieur,
de la Guerre et des Colonies. M. le Ministre des Colonies a bien
voulu appeler l’attention de M. le Gouverneur général de l’Indo-
(
G Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ohine sur les vœux que nous avions émis, en l’invitant à recher¬
cher les moyens pratiques d’en assurer la réalisation.
J’ai transmis à la Commission chargée d’étudier les moyens
de défense de nos Colonies contre les maladies contagieuses de
nombreux documents qui m’ont été envoyés par M. le Directeur
du Service de santé au Ministère des Colonies.
Je me permettrai de donner un conseil à cette Commission qui
fonctionne sous la Présidence de notre éminent Collègue M. Le
Myre de Villers : si elle veut aboutir, qu’elle divise son travail
et qu’elle nomme des rapporteurs pour chaque question impor¬
tante en s’adjoignant, au besoin, de nouveaux membres. La divi¬
sion du travail est la grande loi du progrès en physiologie ; il
faut imiter la nature. Il serait, par exemple, intéressant d’exa¬
miner quelles sont les mesures à conseiller pour protéger nos
possessions d’Océanie et l’Indochine contre l’invasion de la fièvre
jaune, l’ouverture prochaine du canal de Panama devant modi¬
fier profondément les conditions de propagation de cette mala¬
die. Je signalerai à ce sujet un travail très bien fait du major
S. P. James, Correspondant de notre Société, sur la protection
de l’Inde contre la fièvre jaune, travail qui a été publié dans le
numéro d’octobre de Indian Journal of medical researck.
* *
Le nombre toujours croissant des communications faites à la
Société m’interdit désormais d’en donner même les simples
titres et je devrai me borner à signaler les questions qui ont fait
l’objet des travaux les plus nombreux ou les plus importants.
Comme les années précédentes, ce sont les communications
sur les maladies causées par des Protozoaires qui tiennent le pre¬
mier rang.
Trypanosomiases : distribution géographique de la maladie du
sommeil dans l’Afrique équatoriale; diagnostic différentiel du
Tr. rhodesiense et du Tr. Brucei ; réactions locales de début dans
la trypanosomiase humaine; l’atoxyl, l’arsénophénylglycine dans
le traitement ou la prophylaxie de la maladie du sommeil ; les try-
panotoxines, l’immunisation contre les trypanosomiases; l’évo¬
lution comparée des trypanosomes chez les glossines; l’évolu¬
tion de divers trypanosomes non pathogènes chez les puces ; le
surra de l’Annam.
Paludisme : mode d’action de la quinine sur les hématozoaires
Séance du 14 Janvier 1914
7
du paludisme ; prophylaxie du paludisme en Italie et en parti¬
culier sur l’utilisation des poissons pour la destruction des larves
de moustiques dans les rizières ; prophylaxie du paludisme et de
la fièvre jaune à Bassam ; paludisme et quinine d’Etat en Annam ;
épidémie de paludisme au Tonkin.
Piroplasmoses : piroplasmoses équine et bovine en Algérie,
leur traitement par le trypanbleu ; existence cV Anaplasma mar¬
ginale en Algérie.
Leishmanioses : infections du cobaye, du lapin et du chat par
la Leishmania infantum ; kala-azar indien et kala-azar méditerra¬
néen ; un cas de kala-azar à Asuncion (Paraguay) ; la leishma¬
niose naturelle du chien dans l’îLe d’Hydra, à Tunis, à Alger,
à Taschkent ; la leishmaniose américaine.
Toxoplasmoses : la toxoplasmose du gondi ; infections du lapin
par le T. gondii ; au sujet d’un toxoplasme des oiseaux.
Dysenterie amibienne : la dysenterie amibienne en Tunisie.
Le chlorhydrate d’émétine dans la dysenterie amibienne a été
l’objet d’une série de communications importantes.
Un nouveau Protozoaire observé chez un malade arrivant du
Brésil a été décrit sous le nom de Hœmocystozoon brasiliense.
Les travaux suivants sur les maladies bactériennes méritent
une mention spécile :
Tuberculose : diffusion de la tuberculose à Saint-Louis du
Sénégal ; prophylaxie de la tuberculose à la Martinique; la tuber¬
culose à Léopoldville (Congo belge). L’extension de la tubercu¬
lose dans les colonies tropicales africaines où elle était naguère
inconnue est aujourd’hui un fait avéré qui s’impose à l’attention ;
la prophylaxie de la tuberculose dans ces régions présente une
importance insoupçonnée par nos devanciers.
Lèpre : épidémiologie de la lèpre dans l’Archipel Calédonien ;
formule sanguine de lépreux; action défavorable de l’arséno-
benzol dans la lèpre.
Choléra : essais de traitement des porteurs sains du vibrion
cholérique par les lavements de sérum spécifique; toxines et anti¬
toxines cholériques.
La peste en Nouvelle-Calédonie.
La dysenterie bacillaire à Saïgon.
Les infections paratyphoïdes dans l’Afrique du Nord.
Un cas mortel de fièvre ondulante observé en Corse.
Les mycoses ont donné lieu à plusieurs communications inté-
8
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
• *
ressantes : sur un nouveau favus du cheval ; culture de Madu-
rella mycetomi ; un nouveau cas de blastomycose observé en
Tunisie ; traitement des mycétomes.
Les maladies parasitaires proprement dites sont représentées
par une série de communications sur les jilarioses, sur la bilhar¬
ziose, sur l 'helminthiase intestinale en Annam et au Set-
chouen, etc...
Je signalerai enfin un très intéressant travail sur les propriétés
vaccinantes du venin muqueux de la peau des batraciens contre
lui-même et contre le venin de la vipère aspic.
*
Cette énumération, quoique bien incomplète, donne une idée
de la variété et de l’importance des communications qui nous ont
été faites pendant l’année 1913; le tome VIe de notre Bulletin
forme un beau volume de 792 pages.
Une fois de plus je puis constater que notre Société, qui entre
dans sa septième année, est en progrès : le nombre de ses mem- .
bres n’a pas cessé de s’accroître et nos cadres seront bientôt au
complet ; notre Bulletin est très connu et très estimé dans nos
Colonies et à l’étranger; les travaux que nous publions sont ana¬
lysés dans un grand nombre de périodiques ; enfin le chiffre de
nos abonnés s’est accru de près de 50 en 1913 et j’espère que
notre trésorier, M. Tendron, nous dira, dans son Rapport annuel,
que la situation financière de notre Société est très satisfaisante.
L’année 1913 qui a été bonne pour notre Société a été bonne
également au point de vue des progrès généraux réalisés dans
l’étude des maladies tropicales.
Au XVIIe Congrès international des Sciences médicales, qui
s’est tenu à Londres au mois d’août dernier, une section spéciale
a été consacrée, pour la première fois, à la pathologie et à l’hy¬
giène tropicales ; l’affluence des Congressistes, venus de toutes
les parties du monde, a été grande dans cette section dont les
séances ont été bien remplies. Il est à désirer que les. membres des
Sociétés de pathologie exotique ou tropicale profitent des occa¬
sions que leur fourniront les Congrès internationaux des Sciences
médicales ou d’Hvgiène et de Démographie pour se rencontrer
et pour échanger leurs idées.
Le IIIe Congrès de l’Association de médecine tropicale de
l’Extrême-Orient a eu lieu à Saïgon du 8 au 15 novembre der-
Séance du 14 Janvier 1914
9
n.;er, sous la présidence de notre Collègue M. le Médecin Inspec¬
teur Clarac. Notre Collègue M. le Dr Montel, avait accepté la
mission de représenter notre Société, il a bien voulu nous en¬
voyer un compte rendu très intéressant des travaux de ce Congrès
qui a eu un grand succès par le nombre des savants qui y ont pris
part et par l’importance des communications qui y ont été faites.
Le nombre des Sociétés de pathologie tropicale augmente sans
cesse dans nos Colonies et à l’Etranger. Il faut applaudir à ce
mouvement qui aura pour effet de faciliter l’étude de toutes les
questions intéressant la pathologie et l’hygiène des pays chauds,
mais il n’est pas douteux que les nouvelles Sociétés absorberont
un certain nombre des travaux qui naguère nous étaient envoyés ;
redoublons donc d’activité, mes chers Collègues, pour enrichir
encore notre Bulletin, et pour garder la place si honorable que
nous occupons parmi les Sociétés de pathologie tropicale.
( Applaudissements .)
10
Bulletin de i.a Société de Pathologie exotique
RAPPORT
Le 3e Congrès de la Far-Eastern Association
of tropical Medicine
Compte rendu de L. R. MONTER.
Le 3e congrès biennal de la Far-Eastern Association oj Tropical
Medicine a eu lieu à Saïgon du 8 au 15 novembre 1913.
Je joins à ce court rapport diverses pièces imprimées qui per¬
mettront à la Société de se faire une idée de l’importance qu’a
prise cette réunion scientifique :
i° Un programme du congrès;
20 De nombreux imprimés, en plusieurs langues, des résumés
des diverses communications, qui étaient remis aux membres du
congrès avant la lecture des dites communications, pour faciliter
la discussion.
Plus de 110 congressistes étaient présents à nos réunions. Les
Gouvernements de la Sibérie orientale, du Japon, de la Chine,
de Kiaotchéou, de Hongkong, de Manille, des Straits settle-
ments, des Etats fédérés malais, du Siam, de Kuala Lumpur, des
Indes Néerlandaises, de l’Australie, de Colombo, des Indes an¬
glaises, du Tonkin, de l’Annam et du Cambodge s’étaient fait
représenter par un ou plusieurs délégués officiels. L’Université
de Hongkong, la Harvard medical School de Shanghaï, U
Deutsches Medicinschule de Shanghaï, l’Ecole de Médecine
d’Hanoï, l’Université de Manille, le Bureau of Science des îles
Philippines, l’Association médicale pour l’avancement des
sciences dans les Indes Néerlandaises, la Société des médecins
de Manille, la Société médico-chirurgicale de l’Indochine, avaient
également envoyé des délégués. M. le Dr Denier représentait
les Instituts Pasteur de l’Indochine.
J’avais l’honneur, en l’absence de M. Yersin, empêché, de re¬
présenter notre Société dont de nombreux membres étaient pré¬
sents.
t
Séance du 14 Janvier 1914 H
L’Académie de Médecine avait délégué M. Yersin qui, retenu
à Nhatrang, n’a pu assister à la réunion.
Les résumés que je vous envoie ne sont pas au complet, les
séances du congrès ayant épuisé les exemplaires des résumés d’un
grand nombre de communications. Aussi bien ai-je cru pouvoir
joindre à mon envoi une collection du Courrier Saigonnais, jour¬
nal local qui a rendu compte de nos travaux.
Deux séances ont été consacrées à la Dysenterie ; une commu¬
nication très intéressante de M. E. L. Walker, de Manille, sur
les expériences d’absorption par l’homme de cultures pures
d’amibes, a apporté de nouvelles notions sur la spécificité des
diverses espèces d’amibes et leur action pathogène dans la dysen¬
terie. Amœba coli s’est montrée dépourvue de tout pouvoir pa¬
thogène. Loschia ietragena et Entamœba histolytica ont au con¬
traire donné la dysenterie en expérience. M. Walker a été
amené à considérer ces deux amibes comme des formes d’une
même espèce ; cette dernière conclusion a été confirmée par les
travaux très intéressants de M. Kuenen, du laboratoire de Medan.
M. Küenen a apporté une très intéressante étude de la dysen¬
terie bacillaire chez les coolies de Deli. Le travail de M. Denier
a établi d’une façon définitive l’existence de la dysenterie baciU
laire à Saïgon et constitue une étude complète de cette affection
et des différents microbes qui y donnent lieu dans notre colonie.
M. le Dr Bourret a étudié la dysenterie à Hué (Annam).
Le Dr Brau a montré l’influence aggravante des parasites
intestinaux dans la dysenterie et déterminé la part qui leur revient
dans l’étiologie de cette affection.
Il a étudié avec M. le Dr Nogije la diarrhée de Cochinchine
et l’anguilliulose intestinale, apportant ainsi une grande clarté
dans la détermination des affections intestinales dysentériformês.
M. E. L. Walker a étudié la baîantidiose humaine et porcine
à Manille.
Toutes ces études ont contribué à une division plus nette dans
les affections intestinales des pays chauds ; fixant leurs symptômes
et leur étiologie, elles permettront au clinicien de se diriger avec
une précision presque définitive dans la voie du traitement.
A ce point de vue, l’étude de M. le Dr Martel, résumant ses
travaux et les travaux des médécins saigonnais, a apporté à
l’action thérapeutique de Wmétine une contribution de la plus
haute importance.
%
12
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
*
L’action merveilleuse de ce spécifique a été confirmée sur tous
les points en ce qui concerne la dysenterie amibienne. Des obser¬
vations convaincantes d’abcès du foie au début, guéris par les
injections massives d’émétine, ont été apportées par l’auteur.
♦ •
La posologie de ce médicament doit être, d’après les praticiens
saïgonnais, un peu modifiée et les doses utiles devront atteindre
au minimum 6 cg. et au maximum 15 cg. pro die.
L’action antithermique du médicament a été signalée pour la
première fois, je crois, par M. Damon. La dose de 10 cg. par
jour est employée couramment à Saïgon. S'il y a menace d’hépa¬
tite, cette dose devra être continuée pendant plus d’une semaine.
MM. Yersin, Bréaudat et Lalüng-Bonnaire ont extrait le
principe actif du simarouba et présentent sous le nom de « Sima-
roubine » un produit injectable qui est encore à l’étude, mais qui
aurait déjà donné des résultats comparables à ceux de l’émétine
dans la dysenterie.
Le béribéri a fait l’objet de communications intéressantes
•
parmi lesquelles les travaux de M. Bréaudat tiennent le premier
rang. A la lumière des recherches de M. Bréaudat, l’accord -pour¬
rait, peut-être, se faire entre les contagionistes et les partisans de
la théorie exclusivement alimentaire. M. Bréaudat montre, en
effet, que le riz ou plus exactement les amylacés en général, ne
sont producteurs de béribéri que s’ils ont subi une désintégration
moléculaire favorisant une intoxication acide. Cette désintégra¬
tion serait due à une bactérie produisant la fermentation des dits
amylacés.
L’accord s’est fait sur ce point que le riz imparfaitement décor¬
tiqué protégeait contre le béribéri. La commission du béribéri de
la Far-Eastern Association of Tropical Medicine a décidé d’en-
voyer une circulaire dans ce sens à tous les Gouvernements
d’Extrême-Orient.
La question de la fièvre tvphoïde et des fièvres non classées
en Extrême-Orient a été étudiée par divers auteurs. 11 a été fait
justice de l’ancienne conception que la fièvre typhoïde serait
d’importation européenne ; dans nos régions de nombreux cas de
fièvre typhoïde ont été constatés chez des enfants (Monter,
Clark) et il y a lieu de penser qu’une étude plus attentive mon¬
trera sa très grande fréquence dans les milieux indigènes.
M. le Dr Schüffner apporte de nombreuses observations d’une
fièvre non classée rappelant, par ses symptômes, le typhus abdo-
13
Séance m 11 Janvier 1914
minai et due à la piqûre d’un insecte; il fait de cette fièvre, ob¬
servée à Sumatra, une variante bénigne de la fièvre de Ivedani,
du Japon.
La fièvre des rivières du Yantsé a été étudiée par M. Chastang,
médecins de la marine et la fièvre miliaire cristalline Ban-Bach
des Annamites a été de nouveau signalée (Montel).
La question des parasites intestinaux a été étudiée un peu par¬
tout. , Lindsay Woods à Hongkong (Ankylostomiase), Yoko-
gawai à Formose ( Paragonimus Yokogawaï et Stroriogyloïdcs
stercoralis ), Brau en Cochinchine, ont apporté d’intéressantes
>. •
contributions à cette branche de la parasitologie.
• *
Le traitement du pian par le salvarsan et par le galyl, et le
traitement de la fièvre récurrente par le néosalvarsan ont été
exposés par MM. Rothamel, Le Roy des Barres, Vassal.
Dans ces affections plus encore que dans la syphilis, les arsenicaux
se sont montrés des médicaments héroïques. Le traitement' de la
fièvre récurrente, réduit autrefois à une thérapeutique purement
symptomatique, est devenu véritablement spécifique.
La salvarsanothérapie de la syphilis a fait l’objet de plusieurs
communications.
Le Dr Chastang, en exposant les merveilleux résultats des
(( mesures préventives contre les maladies vénériennes » dans
l’escadre d’Extrême-Orient, a confirmé les qualités préventives
de la pommade de Metchnikoff judicieusement employée. Le
Dr M. Bourges montre dans une étude d’ensemble les ravages
que font les maladies vénériennes dans nos troupes Européennes
en Indochine; de nombreux congressistes étrangers apportent
dés faits de même nature concernant leurs colonies.
Le Dr Aldo Castellani, de'Ceylan, apporte des observations
du plus haut intérêt de protozoaires nouveaux trouvés dans l’in-
testin de l’homme et produisant de la dysenterie, et d’un nouveau
parasite du sang (protozoaire) trouvé dans le sang et la rate d’un
homme atteint de fièvre avec prostration et splénomégalie. Cer¬
taines formes de ce parasite se rapprochaient des toxoplasmes.
Le même auteur apporte une étude sur la vaccination anti¬
typhique et un long mémoire sur le tokélau (symptômes, parasi¬
tologie, cultures, inoculations, traitement), trop important pour
être succinctement analysé.
Le Dr B obe au, ‘ de Saïgon, présente une note préliminaire
sur la fréquence des affections mycosiques en Cochinchine au
14
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sujet de certaines tumeurs de la verge très fréquentes ici et opé¬
rées comme épithéïiomas qui guérissent par un traitement ioduré.
Il a trouvé des filaments mycéliens en abondance dans la paroi
intestinale, dans les veines mésaraïques et dans la paroi d’abcès
du foie chez les malades ayant succombé à la dysenterie compli¬
quée d’hépatite suppurée.
Cazaux, du Tonkin, apporte des observations intéressantes de
spargmose oculaire et une étude sur la cécité au Tonkin. Von
Gravestein, Indes Néerlandaises, étudie le daltonisme chez les
indigènes javanais. Talbot, du Tonkin, apporte une étude très
documentée sur le trachome et ses ravages dans notre colonie du
Nord.
Monte l, de Saigon, signale la fréquence extrême, 30,1 %, du
diabète sucré chez les Hindous du sud de l’Inde en service dans
la police municipale de Saigon. Le fait est confirmé par les méde¬
cins étrangers présents exerçant dans l’Inde du Sud, sans qu’une
explication suffisante puisse en être donnée.
La question de la lèpre a été traitée par Barbézieux (Tonkin),
Hostalrich (Saigon), A. T. Stanton (Etats fédérés malais) : Le
bacille de la lèpre a-t-il été cultivé? (réponse négative), — et
John Preston Maxwell (Chine) : traitement de la lèpre par la
William ’s Leprolin (résultats satisfaisants).
La fréquence des otomycoses en Cochinchine est signalée par
Damon (Saigon) avec de nombreuses observations à l’appui.
J. L. Mathis (Tonkin) signale les erreurs de diagnostic qui
peuvent être faites entre la filariose et le béribéri au Tonkin, il
apporte de nombreux cas de filariose diagnostiqués cliniquement
béribéri.
Le Roy des Barres, Degorce, Sambuc apportent d’intéres¬
santes contributions à la pathologie exotique chirurgicale dans la
partie clinique et dans la partie technique opératoire.
La communication de Degorce constitue une véritable mono¬
graphie des tumeurs chez les indigènes du Tonkin ; c’est le pre¬
mier document de ce genre appuyé sur des observations microsco¬
piques.
De nombreux travaux d’épidémiologie sur la peste, le choléra,
le paludisme ont apporté une intéressante contribution à l’étude
clinique et à la prophylaxie de ces endémies.
Les œuvres d’assistance en Indochine ont donné lieu à d’in¬
téressantes communications. Le Dr Boyé (Tonkin) a parlé, des
Séance du 14 Janvier 1914
15
médecins indigènes, de leur formation et de leur utilisation dans
1/ assistance médicale en Indochine ; les Drs Castueil et Montel
ont présenté les résultats de la campagne entreprise pour la lutte
contre la mortalité infantile, la prophylaxie du tétanos et la puéri¬
culture en Cochinchine.
Dans cette énumération, je m’en suis tenu aux principales com¬
munications. Les nombreux et intéressants travaux, dont l’ana¬
lyse dépasserait le cadre de ce court exposé, trouveront leur place
dans le volume des comptes rendus qui sera publié dans quelques
mois. Vous le recevrez dès sa publication.
L’application en Extrême-Orient de la Convention sanitaire
internationale de 1912 a été discutée au sein d’une commission
spéciale. Certains Gouvernements d’ Extrême-Orient n’ont pas
voulu adhérer à cette convention qui leur paraissait insuffisante
et difficile à appliquer en raison des contingences sanitaires de
l’Extrême-Orient. 11 a été décidé qu’une Commission internatio¬
nale serait réunie pour examiner les conditions dans lesquelles la
convention sanitaire de 1912 pourrait être appliquée en Extrême-
Orient et les modifications qu’il y aurait lieu de lui apporter
pour la mettre en rapport avec les nécessités locales. Le Gouver¬
nement des Indes Néerlandaises a pris l’initiative de la convoca¬
tion de cette commission qui se réunira à Batavia.
Sur l’initiative du Dr Neeb, des Indes Néerlandaises, une com¬
mission s’est réunie pour instituer une Fédération des labora¬
toires et des Instituts d’Extrême-Orient. Vous trouverez ci-joint
9
ses conclusions qui ont été votées à l’unanimité.
L’importance de ces discussions d’ordre général et leur intérêt
pratique n’échappera pas à nos collègues qui seront très heureux
certainement d’être mis au courant de l’heureux développement
de la vie scientifique en Extrême-Orient.
Annexée au congrès, une Exposition avait été organisée ; les
maisons Brown, Doss, de Londres, Burrough’s et Well¬
come, de Londres, Parke et Danis, de Calcutta, exposaient des
instruments de chirurgie et des produits pharmaceutiques ; les
maisons françaises avaient toutes décliné mon invitation malgré
mes pressants rappels.
Le Dr Clarac, Président du Congrès, avait organisé une expo¬
sition de l’assistance médicale de l’Indochine avec cartes, gra¬
phiques, brochures, qui a beaucoup intéressé nos visiteurs.
L’Institut bactériologique et antirabique d’Hanoï exposait de
IG
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
merveilleuses planches microscopiques de pathologie tropicale.
La collection des Bulletins de notre Société que vous aviez bien
voulu m’envoyer a été souvent feuilletée. Cette publication uni¬
versellement connue est appréciée par tous les travailleurs qui
touchent de près ou de loin à la pathologie exotique.
De nombreuses fêtes et excursions ont jalonné le séjour des
congressistes à Saigon. Ils ont* pu visiter nos hôpitaux et nos
œuvres d’assistance : ils ont été étonnés et émerveillés par le
développement pris chez nous par les œuvres d’assistance aux
indigènes et surtout par celles qui s’adressent à la femme en¬
ceinte et au nouveau-né (dispensaires, maternités). Ils ont em¬
porté de Saigon un souvenir satisfait et ce ne sera pas un .clés
moindres résultats du congrès que l’impression favorable pro¬
duite sur nos confrères étrangers par notre belle colonie active,
prospère et pleine d’avenir.
Il ne m’appartient pas de faire l’éloge du président de notre
congrès, M, le Dr Clarac, Inspecteur général des services sani¬
taires et médicaux de l’Indochine; il me sera cependant permis
de dire que le brillant succès du 3e congrès de la Far-Eastern
Association of Tropical Medicine est dû pour la plus grande part
à son activité inlassable dans la préparation et à la façon dont il
a mené à bien la tâche délicate de présider nos réunions.
A l’issue du Congrès, sur la proposition cle M. de Vogel, délé¬
gué des Indes Néerlandaises, l’envoi d’un télégramme à M. Roux
a été voté à l’unanimité pour exprimer un hommage respectueux
au successeur de Pasteur et apporter un tribut de reconnaissance
et d’attachement à la grande maison de la rue Dutot.
Le prochain congrès biennal aura lieu à Batavia en juin 1916.
Séance du 14 Janvier 1914
17
COMMUNICATIONS
Emploi du vaccin sec en Afrique
Equatoriale française (Moyen Congo)
Par J. RINGENBACH.
Au cours d’une tournée médicale dans la Circonscription des Ba-
kongos, en juin 1912, nous nous trouvâmes en présence dans la
région de Banza-Baka d’une épidémie très meurtrière de variole :
au moment de notre arrivée dans cette contrée, la morbidité y
atteignait 70,09 % et la mortalité 22 %. Il était de toute urgence
de vacciner la population de la région contaminée et des régions
voisines.
Comme la colonie du Moyen-Congo se trouvait momentanément
dépourvue de pulpe vaccinale (1), nous eûmes recours à du vac¬
cin en poudre qui nous fut obligeamment remis par les médecins
du Congo Belge, à Léopoldville. Ce vaccin provenait de l’Office
Vaccinogène Central de l’Etat Belge, à Bruxelles, et avait été
expédié d’Europe le 22 janvier 1912. Il était donc vieux de cinq
mois quand nous l’employâmes, et se trouvait dans la Colonie de¬
puis plus de quatre mois, conservé sans aucune précaution spé¬
ciale dans le tiroir d’une table d’un laboratoire. Le mode d’em¬
ploi fut celui indiqué sur les boîtes de vaccin ; addition à 25 cg.
de poudre de vaccin (dose pour 100 vaccinations) de 1 g. d’eau sté¬
rile et de 2 g. de glycérine neutre, chimiquement pure.
Le pourcentage de réussite fut de 32 % sur 480 sujets vacci¬
nés.
Nous ne voulons pas rappeler ici tous les essais de vaccination
déjà faits dans d’autres colonies avec du vaccin desséché (2), mais
(1) La colonie du Moyen-Congo ne possède pas de parc vaccinogène, en rai¬
son des difficultés qu’y présente l’élevage du bétail décimé par la trypanoso¬
miase animale ; elle reçoit son vaccin, sous forme de pulpe glycérinée, de
France ou du Dahomey.
(2) Philipp H. Ross, Bull. Soc. Patli. cxot., t. IV, p. 283-285 ; M. Lecer,
Bull. Soc. Path. cxot., t. IV, p. 285-286.
■%
2
18
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
cette proportion de résultats positifs de 32 %, obtenue avec un
vaccin en poudre datant de cinq mois et conservé au Congo depuis
4 mois sans aucune précaution spéciale pour le mettre à l’abri de
la température relativement élevée de ce pays, nous a paru inté¬
ressante à signaler.
Ce fait est à rapprocher des constatations faites en Guinée en
1909 par JOYEUX (i), à la Côte d’ivoire en 1911 et 1912 par SOREL
et ARLO, avec l’emploi du vaccin sec de l’Académie de Médecine de
Paris, préparé par M. CAMUS et mis à leur disposition par M. le Pro¬
fesseur WURTZ. SOREL et Arlo ont notamment constaté qu’un
échantillon de ce vaccin expédié de Paris à Bouaké, au mois d’août
19 1 1 par la poste, et qui, enfermé dans le sac du courrier ordinaire,
fut porté pendant trois semaines sur la tête d’un indigène, au
soleil, sans la moindre précaution, donna, après une inoculation à
une génisse, une pulpe qui fournit 70 % de résultats négatifs.
Il est évident que dans notre ca,s, il s’agissait d’un vaccin beau¬
coup plus vieux, ce qui explique le pourcentage de réussite moins
élevé qu’il nous donna ; mais il n’en est pas moins vrai que le
vaccin sec peut être appelé à rendre des services dans les pays
tropicaux, comme la colonie du Moyen-Congo, où il est difficile
de préparer sur place de la lymphe jennérienne ou d’en conserver
en pulpe glycérinée sans que sa virulence soit atténuée.
Etude microbiologique des conjonctivites
observées à Alger
Par L. NÈGRE et F. GAUTHIER.
L’étude des ophtalmies contagieuses a été déjà faite dans
l’Afrique méditerranéenne par Morax, Lakah et Khouri, Mul¬
ler, de Wecker, Meyerhof, en Egypte, Cuénod en Tunisie, et
Foley dans le Sahara Oranais.
Nous avons pensé qu’il serait intéressant de faire une enquête
analogue à Alger. Suivant les conditions de climat et de milieu,
les microorganismes qui déterminent les conjonctivites peuvent
trouver des conditions plus ou moins favorables à leur dévelop-
(1) C. Joyeux, C. R . Soc. Biol., 1909, t. LXVII, p. 624.
Séance du 14 Janvier 1914
19
peinent. Il était utile de voir dans quelles proportions se répar-
tissaient les divers agents bactériens qui provoquent ici des con¬
jonctivites. Cette étude peut donner des renseignements intéres¬
sants au point de vue de leur étiologie, de leur prophylaxie et
aussi de leur traitement.
Nos recherches ont porté sur 249 cas, tous observés à la con¬
sultation municipale opthalmologique de la rue Bruce. Les
malades qui viennent à cette consultation sont tous des habi¬
tants des quartiers de la Casbah, de la Marine et de Bab-el-Oued,
Arabes, Européens surtout Espagnols et juifs.
Chaque prélèvement était étalé sur deux lames : Tune était
colorée au Giemsa, l’autre était colorée au Gram, si cela était
nécessaire.
Nous avons examiné 249 conjonctivites, elles sont classées dans
le tableau suivant d’après la nature de leur agent microbien.
Nous avons adopté le classement de Foley (i).
' Conionct. à bacilles de Weeks . . 88
i° Conjonctivites dues à un > Conionct. à pneumocoques. . . . 35
seul microorganb me . . j Conionct. à diplobacilles de Morax . 23
v Conjonct. à gonocoques . 17
( Conjonct. à bacilles de Weeks et diplo-
V bacilles de Morax . 4
20 Conjonctivites dues à des ) Conjonct. à bacilles de Weeks et pneu-
associations microbiennes 1 mocoques . 1
f Conjonct. à diplobacilles de Morax et
^ pneumocoques . 2
30 Conjonctivites indéterminées . 74
40 Conjonctivites diverses . 5
Total . 249
Nous avons classé comme Foley dans les conjonctivites indé¬
terminées tous les cas où nous n’avons pas trouvé d’éléments
microbiens ou dans lesquels nous avons constaté seulement la
présence du bacille du xerosis.
Dans les conjonctivites diverses, se trouvent les infections à
agents qui n’ont pas été déterminés : diplocoques, cocci, etc...
Les conjonctivites se répartissent de la façon suivante d’après
l’âge des malades.
(1) H. Foley, Annales d’Oculisitque, avril 1913
20
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ces tableaux nous permettent de faire les remarques suivantes:
• i° A Alger comme dans le Sahara Oranais, il existe une pré¬
dominance marquée des infections conjonctivales dans l’enfance.
Les 4 A de nos cas ont été observés chez des enfants au-dessous
de iô ans.
Pour la conjonctivite gonococcique, cette prédominance est
particulièrement marquée. Excepté deux cas. trouvés chez des
adultes, elles ont toutes été obserxrées chez des enfants âgés de
4, 8, 9, io, 15, 20 et 30 jours, 1, 7 et 8 mois, 2 ans, 27 mois,
3 ans, 5 ans et 6 ans ;
20 Les affections mixtes ont été trouvées beaucoup plus rare¬
ment à Alger que dans le Sahara Oranais.
Foley a trouvé 85 conjonctivites dues à des associations micro¬
biennes sur 530 cas, soit 16 %.
Nous n’en avons rencontré que 7 sur 249 cas, soit 2,8 %.
Pour la conjonctivite épidémique à bacilles de Weeks, les
mois, qui pendant deux années consécutives nous ont fourni le
plus grand nombre de cas, sont ceux de septembre et surtout
d’octobre et novembre.
» * -
La conjonctivite à pneumocoques nous a paru particulièrement
fréquente au printemps, pendant les mois de mars, avril, mai
et juin : 20 cas sur 35 ont été observés pendant ces 4 mois-là.
La conjonctivite gonococcique semble plutôt prédominer dans
la saison chaude. 12 cas sur 17 ont été observés pendant les mois
de juin, juillet, août et septembre.
Il semblerait donc, d’après nos résultats, qu’à Alger la con¬
jonctivite pneumococcique aurait un maximum printanier, la con-
Séance du 14 Janvier 1914
21
jonctivite gonococcique un maximum estival et la conjonctivite
weeksienne un maximum automnal.
Ces constatations sont en accord avec celles qui ont été faites
' en Egypte par Lakaii et Khouri pour la conjonctivite gonococci¬
que et à Tunis par Cuénod pour la conjonctivite weeksienne.
Elles diffèrent, pour la conjonctivite weeksienne. des obser-
* vations faites dans le Sahara oranais par Foley, qui a montré
l’existence de deux maxima, l’un en juin, l’autre en novembre.
Nous pensons comme lui qu’il y a une relation évidente entre
les conditions climatologiques et la répartition mensuelle des cas
de conjonctivites. Le climat d’Alger se rapprochant beaucoup
plus de celui de Tunis que de celui du Sahara Oranais, il n’y a
rien d’étonnant à ce que la conjonctivite weeksienne évolue a
Alger comme à Tunis. Le maximum observé en automne pour
la conjonctivite Aveeksienne sur le littoral méditerranéen de
l’Afrique du Nord, doit dépendre des conditions de température
et d’humidité qui caractérisent cette saison dans ces pays.
(. Institut Pasteur d’Algérie et Clinique
municipale ophtalmologique de la
rue Bruce).
À
Sur deux Hémamibes et un
Toxoplasme du Liothrix luteus
Par A. L A VE R AN ^ et M. MARULLAZ.
Nous a\rons trouvé récemment, dans le sang de l’oiseau qui est
connu, à Paris, sous le nom de rossignol du Japon, plusieurs
hématozoaires endoglobulaires et un trypanosome. D’après la
détermination que nous devons à M. le Dr Troues s art, profes¬
seur au Muséum, le rossignol du Japon est le Liothrix luteus
(Scopoli) qui habite la Chine et une partie de l’Inde; il n’est dit
du Japon, nous écrit M. Trouessart, que parce que les Japonais
aiment à le garder en cage ; l’oiseau a un joli plumage et il chante
fort bien.
Sur 7 Liothrix achetés à Paris, au mois de décembre dernier,
Bulletin de la Société de Pathologie exgtiole
y)
3 avaient des hémamibes paraissant appartenir à deux espèces ;
2 de ces oiseaux avaient en outre des hématozoaires du type
Toxoplasma ; chez un des oiseaux nous avons vu de très rares
trypanosomes.
Les Hémamibes nous ont paru être de deux espèces : petite
hémamibe du type H. relicta = Proteosoma , grande hémamibe
du type H. Ziemanni.
1° Petite hémamibe. — Les figures l à 5 représentent différents
aspects de cet hématozoaire. L’hémamibe, presque toujours incluse
dans des hématies, se rencontre quelquefois à l’état libre ; il n’est pas
rare qu'une même hématie renferme plusieurs parasites. Les plus pe¬
tites hémamibes mesurent 1/2 u à 1 u de diamètre, les plus grandes,
souvent allongées, vermiformes, 4 à 5 g de long, sur 1 g de large envi¬
ron. Le protoplasme se colore en bleu très clair, il contient parfois
quelques grains de pigment noir. On distingue nettement, dans chaque
élément, un karyosome arrondi qui se colore fortement en violet par
le Giemsa.
Fig. i, 2, 3, 4, 5, différents aspects de Hœmamœba tennis. — 6, 7, 8, peti¬
tes formes de H. liotliricis. — 9, gamète femelle ; 10, gamète mâle de la mê¬
me hémamibe. — 11, 12, Toxoplasma liotliricis libres; 13, 14, mêmes toxo¬
plasmes dans des leucocytes. Grossissement : 1900 diamètres environ.
Les formes de multiplication ne sont pas rares, le karyosome d’un
élément sphérique se divise en 2 puis en 4 (fig. 4) ou en un plus grand
nombre de parties ; le protoplasme se segmente ensuite ; la figure 5
représente une hématie qui contient 6 petites hémamibes issues appa-
ramment d'une segmentation.
Les hématies-hôtes sont, en général, peu altérées, probablement en
raison du petit volume des hématozoaires, elles sont parfois un peu
déformées, les noyaux sont refoulés, non hypertrophiés.
Séance du 14 Janvier 1914
23
Nous avons trouvé quelques leucocytes mélanifères dans les prépa¬
rations du sang des Liothrix infectés.
Nous désignerons cette petite hémamibe sous le nom de
H. tenuis.
2° Grande hémamibe. — Cette hémamibe se rencontre surtout sous
la forme de gamètes femelles ou mâles dont l’aspect, dans les prépara¬
tions de sang colorées au Giemsa, est caractéristique.
Gamètes 9 (fig- 9). Le parasite, d’ordinaire sphérique, mesure 7
à 8 g de diamètre ; il a parfois une forme ovalaire et mesure 8 à 9 g
de long, sur 5 g de large environ. Le protoplasme qui se colore forte¬
ment en bleu, est constitué par de grosses granulations, on ne distin¬
gue pas de pigment noir. Le noyau arrondi ou ovalaire, petit et bien
circonscrit, se détache en rose sur le fond bleu du protoplasme.
Gamètes ç? (fig. 10). Ces éléments, de forme sphérique ou ovalaire,
ont les mêmes dimensions que les gamètes femelles. Le protoplasme
se colore très faiblement en violet clair, il est homogène ou finement
granuleux, non pigmenté. Le noyau, volumineux, de forme souvent ir¬
régulière, à contours mal délimités se colore en rose clair.
Nous n’avons vu de flagelles ni dans le sang frais ni dans les pré¬
parations colorées.
Autour des gamètes, les noyaux hypertrophiés des cellules-hôtes
forment des croissants ou des cercles presque complets (fig. 9 et 10) ;
il arrive que la chromatine, qui se colore en violet foncé, se divise en
deux masses distinctes. Le protoplasme des éléments-hôtes a parfois
disparu complètement, d’autres fois, il se montre autour du noyau,
sous l’aspect d’une zone homogène, transparente, colorée en rose très
clair, et limitée par une ligne très fine. Nous n’avons pas vu les élé¬
ments très allongés, effilés aux deux extrémités qui sont si caracté
ristiques des déformations produites par certaines hémamibes du
type H. Ziemanrii ; le contour des éléments est plus ou moins réguliè¬
rement arrondi ; une seule fois nous avons noté un petit éperon d’une
cellule-hôte entourant une hémamibe (fig. 8). En raison de l’aspect
homogène du protoplasme des cellules-hôtes, et de ses réactions aux
colorants, nous croyons pouvoir dire que ces hémamibes parasitent
des hématies qui subissent rapidement des altérations profondes.
Les hémamibes sont parfois entièrement libres dans le sang, le pro¬
toplasme et les noyaux des éléments-hôtes qui les encerclent d’ordi¬
naire ayant disparu.
C’est dans les frottis des poumons que les hémamibes se trouvent en
plus grand nombre. Nous n’avons pas vu de forme de schizogonie,
mais nous avons constaté plusieurs fois, dans ces frottis, l’existence
de petits éléments représentant évidemment des formes jeunes. Ces
éléments (fig. 6, 7 et 8), de forme sphérique, mesurent de 2 à 4 g de
diamètre ; au milieu du protoplasme qui se teinte en bleu clair par le
Giemsa, on distingue un karyosome arrondi qui se teinte en rose. Le
noyau hypertrophié et très déformé de l’élément-hôte encercle d’ordi¬
naire chaque parasite, le protoplasme de cet élément a disparu (fig. 6
et 7) ou bien il est représenté par une zone très pâle, à contour irrégu¬
lier (fig. 8) .
Nous désignerons cette hémamibe qui est voisine de H. Zie~
24
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
manni (Laveran) (i) et de H. majoris (Laveran) (2) sous le nom
de H. Hothricis.
Danilewsky a employé, en 1889, le mot Leucocytozoa pour
désigner d’une façon générale les parasites ayant leur siège dans
les leucocytes, sans créer sous ce titre un genre bien défini (3).
Depuis lors, on a appliqué la dénomination de Leucocytozoon à
des Protozoaires qui appartiennent à des -genres différents :
Hémamibes des oiseaux et Hémogrégarines des Mammifères
parasitant des leucocytes, et on a attribué à des genres différents*
des hématozoaires de même genre, suivant qu’ils parasitaient des
hématies ou des leucocytes (H émogrégarines des Mammifères) ;
il est démontré que certains hématozoaires des oiseaux classés
comme Leucocytozoon parasitent des hématies et que, chez cer¬
tains animaux à sang froid, la même hémogrégarine parasite
tantôt les hématies et tantôt les leucocytes. La confusion est donc
complète. Dans le cas particulier, en suivant les errements de la
classfication actuelle, il faudrait classer comme Leucocytozoon
l’hémabibe parasite des hématies que nous venons de décrire,
alors cpie le toxoplasme, parasite des leucocytes, dont nous allons
nous occuper, ne rentrerait pas dans ce genre.
La conclusion à tirer de ces faits est que les hématozoaires endo-
cellulaires ne doivent pas être classés suivant les cellules qu’ils
parasitent, mais d’après leurs caractères morphologiques et évo¬
lutifs et que le genre Leucocytozoon dont la création a été attri¬
buée à tort à Danilewsky, ce nous semble, n’a pas sa raison
d’être. Il en est de même pour le genre Leucocytogregarina créé
par Miss Porter pour les hémogrégarines des Mammifères qui
parasitent des leucocytes (4). Il n’y a pas de motif suffisant pour
classer dans des genres différents ces hémogrégarines suivant
qu’elles siègent habituellement dans les hématies ou dans les leu¬
cocytes.
3° Toxoplasme. — Cet hématozoaire qui a Une grande analogie avec
les toxoplasmes du moineau, du padda, etc. (5), se rencontre quelque-
(1) A. Laveran, Soc. de Biologie, 2 mai et 16 mai 1903.
(2) A. Laveran, Soc de Biologie , 18 octobre 1902.
(3) B. Danilewsky, Nouvelles recherches sur les parasites du sang des Oi¬
seaux, Kharkoff, 1889 ; Danilewsky donne le nom de Polimitus major au leu-
cocvtozoaire de la chouette.
(4) Miss Porter. Science Progress, octobre 1909.
(5) A. Laveran, Soc. de Biologie , 13 janvier 1900. — M. Marullaz, Soc.
de pathologie exotique, 14 mai 1913.
Séance du li Janvier 1914
lois à l’état libre dans le plasma ; le plus souvent il parasite des leu-
eocvtes.
Les toxoplasmes libres ont l’aspct de vermicides (fig. 11 et 12) ; ils
mesurent 5 à 7 g de long'sur 2 y 5 à 3 y de large ; l’une des extrémités
est grosse, arrondie, l’autre est légèrement effilée. Le protoplasme se
colore en bleu pale par le Gicmsa ; le noyau qui est volumineux, de
forme ovalaire plus ou moins allongée, est constitué par un agglomérat
de grains de chromatine.
Les toxoplasmes inclus dans des leucocytes mononucléaires ont le
même, aspect vcrmiculairc que les parasites libres (fig. 14), ou bien ils
se présentent sous l'aspect d’éléments de 3 à 6 y. de long, sur 2 à 3 u
de large, assez régulièrement ovalaires, souvent accolés au noyau de
l’élément-hote dans lequel ils s’enfoncent plus ou moins profondément
(fig. 13). Le protoplasme se teinte en bleu et le noyau en violet ; quel¬
quefois le noyau est divisé en deux ; la multiplication paraît donc se
faire par bipartition.
Nous désignerons ce toxoplasme sous le nom de T. liothricis.
♦
De quelques considérations d'ordre
épidémiologique sur le paludisme
Par Gustave BOUFFARD.
A la dernière séance de la Société, M. Malouvier a décrit une
grave épidémie de paludisme décimant la population indigène
de la province tonkinoise de Son-tay. 11 incrimine comme .cause
d’infection d’une région réputée saine, où l’index endémique est
nul (Mathis et Leger), la venue de paludéens descendant des
villages fortement infectés, situés sur les pentes du Mont-Bavi,
ou échelonnés le long de la Rivière Noire. Cette hypothèse me
paraît très vraisemblable; mais si l’arrivée d’une centaine de por¬
teurs de gamètes peut rendre infectieux un certain nombre d’Ano-
phèles, je crois que l’infection massive de ces insectes, nécessaire
pour faire éclore une épidémie aussi sévère, est due à l’apparition
précoce de gamètes dans le sang des néo-impaludés.
Je schématiserais volontiers le paludisme pernicieux en le pré¬
sentant sous deux grandes variétés : la forme sanguine, entraî¬
nant, sans accès de fièvre fréquente, une déglobulisation intense,
• >
une anémie profonde, un amaigrissement très accusé, et se tra¬
duisant au point de vue microscopique par une abondance de
gamètes dans la circulation périphérique; la forme organique qui
26
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
est le résultat d’une schizogonie tellement active que les parasites
extrêmement nombreux arrivent à obturer les capillaires de cer¬
tains organes tels que le cerveau, le cœur, les reins.
Ces deux perniciosités peuvent survenir dès les premières se¬
maines qui suivent le début de l’infection malarienne. Le fait
s’observerait dans certains foyers endémiques de P Afrique du
Nord; il est plutôt rare en Afrique occidentale française.
Le classique accès pernicieux n’est dangereux que pour le
malade, tandis que la perniciosité sanguine revêt un caractère de
gravité exceptionnelle puisqu’elle est à la fois un danger pour l’in¬
dividu et la collectivité. L’individu se trouve, en effet, porteur des
formes parasitaires les plus rebelles à la quinine, pouvant évo¬
luer vers la schizogonie régressive et engendrer de violents
accès de fièvre. Quant à la collectivité, elle est menacée, par cette
formation rapide d’un important réservoir à virus, d’une forte
poussée épidémique en saison favorable à la reproduction des
Anophélines.
En lisant la note de M. Malouvier je suis porté à croire que
la gravité de l’épidémie de Son-tay tient à l’apparition précoce
de nombreux gamètes dans le sang des malades. Cette hypothèse
paraît logique pour expliquer une diffusion si rapide d’un virus
capable de frapper en 3 mois 3.500 Annamites. Elle n’a, en tout
cas, rien d’invraisemblable, et, si elle me vient à l’esprit, c’est
que j’ai eu, au cours de ces dernières années, l’occasion d’ob¬
server des cas typiques de gamétogonie précoce chez des palu¬
déens rapatriés du Maroc.
L’hôpital militaire de Marseille reçoit la majeure partie des
soldats des troupes coloniales, évacués de cette colonie pour rai¬
son de santé. De nombreux paludéens trouvent asile dans nos
salles coloniales et c’est chez eux que j’ai rencontré cette abon¬
dance de croissants dans la circulation périphérique, s’accom¬
pagnant toujours d’un mauvais état général et d’une anémie
profonde. J’ai étudié en octobre 1911 et en septembre 1912 une
trentaine de ces malades rapatriés au cours d’une première cam¬
pagne coloniale. Tous étaient cachectiques, très amaigris, extrê¬
mement anémiés. Partis de France fin juin, ils avaient pour la
plupart vu survenir leur premier accès de fièvre à la fin de juillet,
et, deux mois après, l’examen de leur sang révélait de nombreux
croissants. Il est donc tout naturel d’admettre que l’Annamite sé¬
dentaire de la province de Son-tay, vivant en pays indemne de
Séance du 14 Janvier 1914
27
paludisme, puisse réagir à l’infection de la même façon que nos
jeunes soldats au Maroc. Peut-être également les épidémies des
hauts plateaux malgaches, infestés d’ Anophèles, trouveraient-elles
leur explication dans un fait analogue.
Pourquoi la perniciosité palustre se manifeste-t-elle en cer¬
tains pays (Maroc) par une anémie profonde avec abondance de
gamètes dans le sang périphérique, alors qu 'ailleurs (Afrique
occidentale française) elle se caractérisera plutôt par une schizo¬
gonie intense, jetant dans la circulation un nombre considérable
de parasites capables d’obturer les capillaires cérébraux, rénaux
ou cardiaques? Les raisons de ce déterminisme m’échappent.
Quelques auteurs incriminent chez les troupes en campagne, rapi¬
dement décimées par la cachexie, la fatigue, le surmenage, la
mauvaise alimentation. Voici une observation qui est loin de tran¬
cher la question ; elle est suffisamment intéressante pour mériter
d’être publiée.
Un ingénieur du chemin de fer Djibouti-Harrar, dont je savais l’état
de santé parfait, va pour la première fois séjourner une semaine en
pays palustre. Quinze jours après son retour à la côte, il m'appelle
en consultation et je me trouve en présence d’un véritable cachectique
aux muqueuses décolorées, au faciès pâle et amacié, très amaigri :
son sang était très parasité, et on n’y rencnntrait qu’une seule variété
d’hématozoaire, la forme en croissant. La température était normale ;
il n’avait, jamais eu de frisson et prétendait que le thermomètre, mis
matin en soir sous l'aisselle, n’avait jamais accusé plus de 37°. Je n’ai
trouvé dans l’interrogatoire de ce malade, et dans son examen cli¬
nique aucune raison expliquant cette gamétogonie rapide et abondante
avec son cortège de symptômes graves.
La genèse des épidémies est toute autre dans les foyers endé¬
miques; il n’est pas nécessaire d’en chercher l’explication dans la
constitution rapide d’un réservoir à virus. Ce réservoir existe en
tout temps et on le rencontre chez l’enfant indigène qui, sous des
apparences de bonne santé, héberge dans son sang gamètes et
schizontes.
Je me permettrai de rappeler à ceux qui discutent sur l’unicité
ou la pluralité des hématozoaires que cette infection de l’enfant,
c’est-à-dire l’index endémique, se caractérise dans les foyers palu¬
déens de l’A. O. F. réputés les plus insalubres par une prédomi¬
nance de Plasmodium malariæ. Au Soudan où pendant quatre
ans j’ai trouvé un index toujours supérieur à 8o, le sang de 6o %
des enfants parasités ne montrait que les schizontes et gamètes
de quarte. Or je n’ai jamais observé de Plasmodium malariæ chez
28
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
les Européens, et mes examens ont porté sur environ deux cents
malades. Tous présentaient dans leur sang les petites formes an¬
nulaires de Plasmodium prcecox et je n’ai jamais rencontré dans
leur paludisme vieilli de parasites de quarte.
Dans ces foyers à endémicité* palustre, c’est à la saison des
pluies, où les Anophèles se voient en très grand nombre, qu’éclate
l’épidémie. Elle épargne évidemment la population indigène, im¬
munisée dans l’enfance, pour frapper l’Européen, éminemment
sensible; son importance découle naturellement de celle du grou¬
pement étranger nouvellement arrivé.
En 1896, en deux ou trois semaines l’épidémie remplissait nos
formations sanitaires du Soudan, imposait au service de santé
l’obligation d’aller de casernement en casernement injecter de la
#
quinine aux fébricitants que l’on ne pouvait, faute de lits, rece¬
voir à l’hôpital.
En 1906, bien que l’usage fort répandu de la quinine préven¬
tive, eût amélioré l’état sanitaire, je pus étudier une petite épi¬
démie sévissant sur un groupement militaire ne prenant pas de
quinine. Son casernement se trouvait à proximité d’un village
indigène dont l’index endémique était de 100. Dans les mousti¬
quaires, relevées au-dessus du lit et transformées maladroitement
en cage, digéraient un certain nombre d’Anophèles porteurs de
sporozoïtes dans la proportion de 25 %.
L’abondance des Anophélines dans toutes nos colonies où
l’index endémique atteint 40, rend l’infection inévitable pour
toute personne sensible qui n’a pas recours à l’heureuse associa¬
tion des prophvlaxies médicamenteuse et mécanique.
On a rrive même, dans les régions où l’index dépasse 86, à éviter
à coup sûr la maladie en prenant quotidiennement , au repas de
midi , o g. 25 de chlorhydrate de quinine , et en se mettant le soir
sous une bonne moustiquaire à l’abri des piqûres d'Anophèles.
La seule prophylaxie mécanique n’est efficace qu 'autant qu’on
l’utilise aussitôt le coucher du soleil, et elle ne me paraît pratique¬
ment applicable qu’aux jeunes enfants, qu’il sera d’ailleurs sage
de soumettre à la quinine préventive dès qu’ils pourront avaler
un comprimé. Les coloniaux qui redouteraient une action néfaste
de la quinine sur ces jeunes organismes n’auront qu’à appliquer
sévèrement à leurs enfants la prophylaxie mécanique, en les en¬
fermant dès le crépuscule. S’ils veulent leur éviter cette anémie
que beaucoup prétendent relever du facteur chaleur humide, et
1
Séance du 14 Janvier 1014
20
que 4 années de pratique à la côte des Somalis, où elle n’existe pas,
me font considérer comme toujours d’origine parasitaire, qu’ils
renoncent à les faire promener le soir à la fraîcheur, à l’heure
où les Anophèles commencent à piquer. S’ils estiment que cette
promenade est nécessaire à leur santé, qu’ils les soumettent sans
la moindre hésitation à la quinine préventive.
Pour toute personne sensible au virus la dose minimum doit
être de o g. 25 ; on n’a pas à se préoccuper de l’âge. Cette dose
me paraît être un minimum dans les foyers à index endémique
supérieur à 40 où la proportion des Anophélines infectés est
très élevée, parce que je crois que la quinine détruit les spp.ro-
zoïtesen,se fixant sur eux. Si l’infection éclate, quand la prophy¬
laxie mécanique fait défaut, c’est que la quantité de \rirus inoculé
est considérable, qu’une partie seulement est détruite, et que
l’autre se développe, déterminant après 15 jours d’incubation
un accès de fièvre. Si la reprise immédiate des deux prophylaxies
n’arrive pas à éviter l’accès, c’est que la majeure partie de la
quinine est fixée par les sporozoïtes inoculés chaque soir et que
la quantité disponible est insuffisante pour arrêter la schizogonie
en voie d’évolution.
L’échec de la seule prophylaxie médicamenteuse chez nos Sol¬
dats en campagne de guerre au Maroc ne doit point nous sur¬
prendre. Ces hommes couchaient sans moustiquaire dans des
régions à index endémique probablement très élevé. Les colo¬
niaux de l’Ouest africain auraient grand tort de s’alarmer des
• faits publiés à ce sujet en 1912. L’expérience des 15 dernières
années n’est-elle pas là pour les rassurer et les convaincre que les
régions les plus insalubres de l’Afrique occidentale peuvent être
habitées sans danger d’infection palustre par ceux qui adjoignent
à une excellente moustiquaire la prise quotidienne d’un com¬
primé de o g. 25 de quinine au déjeuner de midi.
La genèse des épidémies de paludisme se résume donc toute
entière dans l’existence, en saison favorable à la reproduction des
moustiques, d’un important résen^oir à virus, où viendront s’in¬
fecter les Anophélines. Ce réservoir, pour entraîner une diffusion
rapide de la maladie, devra être constitué, en pays indemne, par
l’apparition précoce des formes sexuées chez les néo-impaludés.
Dans les foyers endémiques, il existera en tout temps chez l’enfant
indigène et l’épidémie éclatera quelques semaines après l’arrivée
d’un groupement européen sensible.
30
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Dans ta majeure partie de nos colonies, aussi bien dans celles
où la culture du riz. est nécessaire, que dans celles où fleuves et
plaines inondées font naître d’immense gîtes à larves d’Ano-
phélines, que l’on peut dire indestructibles, il ne faut point songer
à s’attaquer à l’insecte qui cultive le virus. D’autre part, on ne
peut espérer stériliser des porteurs de gamètes très résistants à
la quinine. Nous ne connaissons pas encore de substance chimi¬
que capable de détruire ces formes sexuées en 24 heures et l’on sait
que les croissants peuvent résister 12 jours à un traitement continu
par les injections de quinine à la dose de 1 g. par jour. On pour¬
rait conseiller l’isolement des malades sous moustiquaire; cette
mesure me paraît d’une application bien difficile en milieu indi¬
gène.
On en arrive donc fatalement à préconiser l’association des
prophylaxies médicamenteuse et mécanique poui éviter l’infection
en foyers épidémique ou endémique.
Le Bouton d’Orient (clou de Gafsa) dans le Djerid
Ses relations avec le faciès rupestre du sol
Par Edouard CHATTON.
C’est une notion à peu près établie maintenant que le Bouton
d’Orient, se localise dans l’ancien inonde, surtout en bordure des
grandes régions désertiques : bordure septentrionale et méridio¬
nale (Agadès, Zinder) du Sahara, ceinture du désert de Syrie,
(Bagdad, Beyrouth, Alep), du désert du Thar (Delhi), etc. Les re¬
cherches poursuivies en Tunisie depuis l’occupation française sur
cette affection, qui y a été diagnostiquée microbiologiquement la
première fois par Ch. NICOLLE et CATHOIRE en 1905, ont montré
qu’elle se trouvait localisée dans le sud de la Régence. Le 35e degré
de latitude qui coupe la Tunisie un peu au Nord de Lenana pour¬
rait être considéré d’après les documents actuels comme la limite
septentrionale de la région infestée. Il se pourrait cependant qu’on
découvrît au nord de cette limite des foyers de Bouton d’Orient,
puisque celui-ci est connu en Algérie à Tebessa et même dans le
Séance du 14 Janvier 1914
31
Tell, où dans les environs immédiats d’Alger, GROS (1909) et CAM-
BILLET (1909) en ont fait connaître plusieurs cas autochtones.
La région infestée de la Tunisie qui se continue ainsi directe¬
ment vers l’ouest et le nord-ouest par celle des oasis et de l’Atlas
Région du Bouton d’Orient en Tunisie méridionale.
Le trait noir discontinu, à gauche, indique la frontière algérienne. Les
montagnes n’ont été qu’incomplètement figurées. Il en résulte que Midès?
Tamerza et Chehika, oasis suspendues, paraissent situées en plaine. 11 en est
de même de Feriana.
L’importance relative des agglomérations est mal exprimée.
sahariens, a une limite orientale éloignée du littoral de 50 à 80
kilomètres et que l’on peut grossièrement considérer comme se
confondant avec le 7e degré de longitude est qui passe entre Sened
et Maknassy. L’apoellation régionale de Clou de Gafsa exprime
32
Bulletin de la Société, de Pathologie exoiioue
donc une réalité géographique. Gafsa, ou plus exactement Met-
laoui est le centre du foyer du Bouton d’Orient en Tunisie.
L’étude des causes de cette localisation est intimement liée à
• »
celle de l’étiologie de la maladie ; la distribution topographique
du Bouton doit être un des guides dans la recherche des agents de
transmission et de conservation du virus.
/ é '
Dans le foyer même de Gafsa-Metlaoui, la distribution du Clou
n’est pas uniforme. BADER (1909) exprimant les constatations et
les idées de Charles NICOLLE distingue entre le Chott Djerid et le
parallèle de Feriana, deux zones : une zone dite des oasis de mon¬
tagne et une zone des oasis sahariennes. Elles ont pour limite la
chaîne formée par les Dj-Blidji, Dj-Zerf, et Dj-Orbata. Dans la
première zone se trouvent des oasis suspendues à population exclu¬
sivement indigène et d’ailleurs peu nombreuse : Tamerza, Midès,
Chebika, des oasis situés au pied des montagnes : Feriana, El-Guet-
tar, El-Aichia, Gafsa, cette dernière à forte population européenne,
et enfin les centres miniers où les européens constituent un bon
tiers de la population : Metlaoui et Redeyef. Il y a enfin les douars
épars dans le bled, les gares et les bordjs de garde du chemin de
fer Rass-el-Aioun, Tabeditt, Henchir Souatir, etc.). La zone des
oasis sahariennes — ou plus brièvement le Djerid — comprend de
grosses et prospères agglomérations indigènes. Tozeur avec une
cinquantaine d’européens, Nefta, les villages de l’oasis d’El-Ou-
diane, Degache, Kriz, Seddada, et enfin El-Hamma.
L’existence du Bouton d’Orient a été reconnue dans toutes les
agglomérations de la zone septentrionale, aussi bien dans celles
qui sont nées en moins de quinze années des gisements de phos¬
phates en des lieux dépourvus de toute végétation spontanée, où
l’eau est amenée par conduites (Metlaoui) ou par wagons-citernes
(Redeyef) que dans celles séculaires qui vivent des oasis et où l’eau
abonde. La maladie passe au contraire pour inexistante dans les
oasis du Djerid où somme toute les conditions d’existence de
l’homme sont identiques à ce qu’elles sont dans les oasis de la
zone septentrionale. Il y avait là les données d’un problème dont
je ne pouvais me désintéresser.
L’automne de 1913 se montrait particulièrement propice à une
enquête sur la distribution régionale de la maladie. L’été avait été
particulièrement chaud et long, les cas éclosaient nombreux par-
Séance du 14 Janvier 1914
33
tout. A Metlaoui (i), le Dr CoiGNERAY, Médecin de la Compagnie
des phosphates m’en faisait voir plus d’une vingtaine. A Redeyef,
le Dr RENARD également médecin de la Compagnie, en observait
aussi. A Gafsa, les docteurs MARTIN, médecin de la garnison, et
le Dr AUBERT, médecin du gouvernement, assistaient à une éclo¬
sion exceptionnelle dans ces dernières années. J’en découvrais
moi-méme dans les bord j s du chemin de fer entre Souatir et Met-
laoui.
Il convenait tout d’abord de s’assurer de la présence de la ma¬
ladie d’une part dans les oasis suspendues de Tamerza, Midès et
Chebeka, et de vérifier son absence des oasis du Djerid. A Tozeur
(23 novembre) le Dr ARROUX, médecin du Gouvernement me dit
n’avoir point observé de cas dans sa cité. Il voulut bien néanmoins
faire convoquer spécialement par publication tous les porteurs de
lésions cutanées. Il se trouva parmi ceux-ci un indigène porteur de
Clou, venu de Tebessa (foyer algérien de Bouton d’Orient) depuis
moins d’un mois. Ce cas selon toute probabilité non autochtone,
n’était pas à retenir. A Nefta (22 novembre), M. ARROUX et moi
trouvâmes aussi un porteur de bouton, également étranger au
pays ; c’était un jeune étudiant venu de Tatahouine par la rive
nord du Chott qu’il y a, nous le verrons, tout lieu de considérer
comme infestée. Un résultat négatif de cette sorte méritait con¬
firmation ultérieure. M. le Docteur ARROUX a bien voulu depuis
mon départ de Tozeur rechercher tout spécialement les porteurs
de Bouton. Il m’écrit le 9 janvier n’en avoir plus rencontré.
Dn 25 au 27 novembre, j’accompagne le Docteur ARROUX
dans sa tournée de vaccination à Tamerza, Midès et Chebika.
A Tamerza, nous trouvons dans une enquête très rapide trois
porteurs de boutons, et un à Midèè. A Chebika, nous n’avons pu
voir qu’une dizaine de malades, dont aucun de leishmaniose cuta¬
née. Mais mon enquête restait encore incomplète. Le village d’El-
%
* ' . 1
(i) La Compagnie des Phosphates de Gafsa m’a offert, durant mon séjour
à Metlaoui, l’hospitalité, les ressources de son laboratoire de chimie et toutes
facilités pour mener à bien mon travail sur place et mon enquête le long du
chemin de fer.
Je prie M. le Directeur Bursaux, M. Bauge, sous-directeur, MM. les Drs
Coigneray et Renard, médecins de la Compagnie, d’agréer ici tous mes re¬
merciements. Je dois au Dr Coigneray de très nombreux et très précis ren¬
seignements sur les conditions d’éclosion et d’évolution du Bouton d’Orient
dans la région de Metlaoui, et la connaissance de tous les cas qu’il a observés
durant l’automne de 1913.
3
34
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Hamma n’avait pas été visité non plus que les villages de l’oasis
d’El-Oudiane. Ce dernier point m’intéressait tout particulière¬
ment ; il me paraissait devoir être une première clef du problème
dont je poursuivais la solution : Tozeur, Nefta, sont des oasis saha¬
riennes typiques noyées dans le sable et qu’il est nécessaire de
défendre contre les dunes ; elles sont éloignées de plus de io kilo¬
mètres de toute éminence rocailleuse. Degache, Kriz, et surtout
Seddada, sont au contraire adossées au flanc sud, abrupt et
rocailleux des collines qui constituent l’extrémité occidentale de
Ja chaîne qui borde le Chott au nord. Le flanc nord-ouest de
4
ces collines beaucoup moins incliné est couvert de dunes fixes.
Là se trouve l’oasis d’El-Hamma éloigné de quatre kilomètres en¬
viron de la région rocailleuse. C’est une oasis dans le sable,
comme Tozeur et Nefta. El-Oudiane présente au contraire une
situation analogue à certaines des oasis de la zone des monta¬
gnes, Gafsa par exemple. Le 2Q novembre, le Docteur ARROUX
et moi (i), visitons El-Hamma sans y découvrir de porteurs de
Clou. Le 30, nous visitons Degache, Kriz et Seddada. Nous
trouvons à Degache quatre porteurs de Clou, et cinq à Seddada,
neuf en tout, dont cinq ont montré des Leishmania dans leurs
lésions. Aucun d’eux n’avait quitté El-Oudiane depuis moins de
six mois. Ce sont tous des cas autochtones.
Le Bouton d’Orient existe donc dans le Djerid. Ni le voisinage
du Chott, ni la température de cette région de quatre ou cinq de¬
grés plus élevée en toute saison que celle des oasis de montagne,
ne sont défavorables à la conservation et à l’évolution du flagellé
et de ses hôtes. Une seule condition paraît dans le Djerid néces¬
saire à l’éclosion de l’affection chez l’homme ; l’existence, à pro¬
ximité des agglomérations humaines, à moins d’un ou deux kilo¬
mètres, d’un sol rocailleux. La notion de relief a ici peu d’impor¬
tance (à Degache, il n’y a que des affleureurements de couches),
c’est la notion de faciès ou de structure qui importe (2).
b) Te tiens à remercier ici le Dr Arroux, médecin du Gouvernement à To-
zeur. du concours qu’il a bien voulu me prêter au cours de mon enquête en
mp guidant dans toutes les localités de sa circonscription médicale et en
ucanr, nour rassembler les malades et les amener à supporter l’opération, sou-
vpnt douloureuse, du prélèvement de tissu aux lésions, du prestige qu’il s’est
acauîs dans les milieux indigènes.
'tT C’est en quoi cette conception diffère de celle déjà très précise de Ch.
V toi. le, qui considère le bouton d’Orient comme une maladie de montagne.
35
Séance du 14 Janvier 1914
Le Bouton d’Orient me paraît lié au faciès rupestre. Comment
concevoir ce lien? Le sol rupestre abrite une faune spéciale qui
comprend soit l'insecte hôte intermédiaire, soit plutôt quelque
vertébré réservoir de virus. Il est par exemple un animal,
exclusivement rupestre, dont l’existence est certaine par¬
tout où sévit dans le sud Tunisien le Bouton d’Orient, c’est le
Gondi, Ctenodactylus gundi. Ce rongeur est déjà connu des para¬
sitologues. C’est chez lui que Ch. NICOLLE et MANCEAUX ont dé¬
couvert le premier toxoplasme. Il est aussi l’hôte du Piroplasma
quadrigeminum , Ch. Nicolle (1907). Il est peu probable qu’il
soit aussi l’hôte de Leishmania tropica. Celle-ci y aurait été vue.
Au surplus la distribution du Gondi ne coïncide pas, même en Tuni¬
sie avec celle du Bouton. Elle est beaucoup plus étendue. Mais le
Gondi est, dans le Sud Tunisien, le meilleur indicateur de l’exis¬
tence de cette faune rupestre qui peut-être recèle un des hôtes de
Leishmania tropica.
Je ne puis avoir la prétention d’étendre les conclusions auxquel¬
les j’aboutis ici, à la suite d’un enquête conduite sur un terrain
restreint, à tous les foyers du Bouton d’Orient, aussi ces conclu¬
sions ne doivent-elles être comprises que comme questions posées
aux médecins ou aux biologistes qui pourraient nous fournir, ce
dont nous leur serions reconnaissant, des renseignements infir-
matifs ou confirmatifs de ces conclusions.
Bibliographie
ïçoç Bader (R.). — Contribution à l’étude du Bouton d’Orient
en Tunisie. Thèse de médecine, Montpellier.
ïçoç Cambillet. — ■ Un cas de Bouton d’Orient à Flatters (Alger)
(Bull. Soc. Path. exot., II p. 388-391).
VQ09 Gros. — * L’ulcère à Leishmania (Bouton d’Orient) sur le
littoral algérien (Bull. Soc. Path. exot.y II, p. 298-300).
J7905 Nicolle (Ch.) et Cathoire. — Note sur un cas de bouton
de Gafsa. Le Caducée , n° 10, 20 mai.
Mission des Instituts Pasteur de Paris et de Tunis
pour V étude du bouton d’Orient.
36
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Leishmaniose cutanée à foyers multiples
et à marche extensive très améliorée
par le salvarsan et le néosalvarsan
(Présentation du malade).
Par E. JEANSELME.
Le malade qui fait l’objet de cette observation est un jeune
médecin auxiliaire qui vient de séjourner, pendant une année,
dans les oasis du Sud-Algérien ; à Djemaa, Ourlana, Moggar,
où il soignait les disciplinaires et les tirailleurs qui, presque tous,
étaient atteints de bouton d’Orient.
A Tougourt, il eut un violent accès de fièvre et fut évacué sur
l’hôpital de Biskra. Il y entra le 6 septembre, à l’époque où l’en¬
démie saisonnière se réveille, chaque année, et il en soirtit le
8 octobre pour rentrer en France.
Il débarque à Marseille le io octobre. Douze A quinze jours
plus' tard, appâraît le bouton initial situé sur le pavillon de
l’oreille gauche. Puis, dans l’espace de deux mois, une dizaine de
foyers se disséminent sur le tégument.
Il est facile d’étudier sur ce malade tous les stades du bouton
d’Orient depuis le jeune élément qui vient de poindre, sorte de
plateau saillant foré d’une ulcération « en trou de ver », jus¬
qu’aux grands éléments ulcéreux encadrés d’une aréole papu¬
leuse ponctuée de pustules-filles. Plusieurs de ces boutons sont le
point de départ de poussées lymphangitiques douloureuses (i).
Outre les foyers superficiels, il existe quelques noyaux sous-
cutanés dont l’existence ne me paraît pas a\roir été signalée jus¬
qu’ici dans la leishmaniose cutanée.
Sur le versant externe de la jambe gauche, au voisinage
d’une traînée de lymphangite, mais sans connexion apparente
avec elle, le malade nous fait remarquer un nodule érythémateux,
du volume d’une noisette, encastré dans le derme et l’hypoderme ;
ce nodule, assez bien délimité d’abord et quelque peu sensible à
(i) Pour la description détaillée* de ces différents foyers, voir E. Jeanselme.
Bull, de la Soc. franc, de Dennat. et de Syph., 8 janv. 1014.
Séance du 14 Janvier 1914
37
la pression s’est résorbé en quelques jours. Un autre nodule de
nuance rosée, gros comme une noisette, siège dans le tissu cellu¬
laire du dos du pied droit. La peau de la paupière supérieure
droite, au voisinage d’un bouton de moyenne taille, est soulevée
par un nodule sous-cutané qui roule sous le doigt. Ce nodule
s’accroît constamment ; en une vingtaine de jours, il a passé du
volume d’un grain de plomb à celui d’un noyau de cerise et il
paraît sur le point de se ramollir.
Comme aucun de ces nodules ne s’est ouvert au dehors, je ne
puis dire s’ils contiennent des Leishmania.
Le diagnostic qui n’offrait aucune difficulté fut confirmé par
l’examen microscopique. Un frottis fait le 20 décembre par
M. Langeron avec un fragment de bourgeon charnu provenant
d’un bouton ulcéreux et coloré par la méthode panoptique de Pap-
penheim montra de nombreuses Leishmania , toutes volumineuses,
les unes libres, les autres incluses dans le protoplasma de grands
mononucléaires. Avec un autre fragment de tissu, prélevé dans la
même séance, les frottis obtenus furent beaucoup plus pauvres et
ne renfermaient que de rares parasites. L’examen de la sérosité
louche qui s’écoulait des ulcérations fut complètement négatif (1).
*
* *
- - « ( , , , .
On sait que l’évolution du bouton d’Orient est fort lente et
qu’il résiste aux traitements les plus divers. Aussi M. Laveran,
à l’occasion d’une note communiquée ici-même, en 1909, par
MM. A. Bussière et L. Nattan-Larrier (2) concluait-il « que
les boutons auxquels on ne touchait pas étaient ceux qui guéris¬
saient le plus facilement et avec le£ moindres cicatrices » (3).
Sans doute, l’excision totale faite largement et de telle sorte
que la plaie opératoire ne puisse pas être inoculée, a donné d’excel¬
lents résultats. Dans un cas que j’ai fait opérer, les fils furent
enlevés le neuvième jour, la réunion par première intention était
parfaite et la guérison fut définitive (4). A. Bussière et Nattan-
(1) Comme le malade assurait n’avoir jamais eu la syphilis et qu’un exa¬
men minitieux ne faisait relever sur lui aucun signe de cette infection, il m’a
paru intéressant de rechercher si la réaction de Wassermann était positive.
Cette réaction pratiquée par H. Vernes a été complètement négative.
(2) A. Bussière et Nattan-Larrier, Essais de traitement du bouton d’Orient,
Bull, de la Soc. de Pathol, exotiq ., 1909, no b, p 301.
(3) Laveran, Ibid., p. 304.
(4) E. Jeanselme, Cours de Dermatologie exotique , Paris 1904. p. 206.
38
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Larrier sont aussi partisans de L’excision et ils considèrent qu’elle
est souvent la méthode de choix. Mais les indications du traite¬
ment chirurgical sont évidemment restreintes au cas où le bouton
d’Orient est solitaire; il ne peut être question d’y recourir quand
la leishmaniose cutanée a des foyers multiples.
D’autre part, il y a heu de stériliser le plus promptement pos¬
sible des ulcérations qui peuvent semer la contagion dans l’entou¬
rage du malade, et d’enrayer l’extension des boutons qui laissent
une cicatrice, toujours disgracieuse, et parfois meme vicieuse.
Ainsi, l’élément situé sur la paupière supérieure du malade, aban¬
donné à lui-même, pourrait par rétraction cicatricielle produire un
ectropion.
*
* *
L’expectation n’est donc qu’un pis-aller. Aucune médication
interne ne semblait avoir d’action spécifique sur la leishmaniose
cutanée, lorsque MM. Ch. Nicolle et L. Manceaux ont essayé
de traiter le bouton d’Orient par la méthode d’EHRLiCH (i). Les
résultats fort encourageants qu’ils ont obtenus m’ont engagé à
recourir à la médication arsénicale.
Le 22 décembre 1913, le malade reçoit une première injection
intra-veineuse de 0,45 cg. de néosalvarsan. Il n’éprouve aucun
malaise. La température ne dépasse pas 37 °4-
Le lendemain, 23 décembre, les éléments sont affaissés, flétris,
de consistance moins ferme, et leur sécrétion est notablement di¬
minuée.
Le 24 décembre, l’amélioration s’accentue, mais le 25 décembre
l’évolution régressive subit un temps d’arrêt.
Le 26 décembre, il est fait une seconde injection intra-veineuse
de 0,60 cg. de néosalvarsan et une troisième injection de 0,75 cg.
le 31 décembre. A la suite de ces deux dernières injections, on
n'observe pas d’amélioration appréciable. Bien plus, trois élé¬
ments nouveaux apparaissent, la plupart des anciens restent sta¬
tionnaires, quelques-uns même tendent à s’accroître.
Le néosalvarsan ne paraissant plus agir, il est fait, le 6 janvier
(1) Ch. Nicolle et L. Manceujx, Application de l’Arsénobenzol au traite¬
ment du bouton d’Orient. Bull, de la Soc. de Path. exotiq.. ion, p. 185.
Je ne connais pas d’autres essais de traitement du bouton d’Orient par l’ar-
senobenzol. Ehrlich, dans son livre intitulé « A bhandlungen ueber Salvar-
san », Munich iqi 1, ne signale pas la leishmaniose cutanée parmi les malades
justiciables du 606.
Séance du 14 Janvier 1914
39
1914, une première injection intra-veineuse de o,jo cg . de sal-
varsan . Le lendemain, on ne relève aucune modification, mais,
le 8 janvier, le malade remarque, en faisant son pansement, que
les compresses n’adhèrent plus, comme par le passé, aux ulcéra¬
tions.
Le 9 janvier, après avoir détaché les croûtes qui sont d’ailleurs
moins adhérentes, on constate que les boutons ne suppurent plus.
Le fond de chaque ulcération est tapissé de bourgeons secs, fer¬
mes, ne saignant pas et recouverts par place d’îlots d’épiderme.
Cependant, après quelques minutes d'exposition à l’air, on voit,
çà et là, sourdre quelques gouttelettes de sérosité claire des
aréoles entourant les ulcérations.
Le 10 janvier, l’amélioration constatée la veille persiste et
même s’accentue. Le malade reçoit une seconde injection intra¬
veineuse de 0,40 cg. de salvarsan.
Le ij janvier , la sécrétion des boutons est presque tarie. Néan¬
moins la croûte qui coiffe l’ulcération initiale du pavillon de
l’oreille ne s’est pas encore détachée.
*
* *
J’ai prié M. Langeron de rechercher si les Leishmania subi¬
raient des modifications pendant la durée du traitement. Il a con¬
signé ses remarques à ce sujet dans la note suivante :
« Le 22 décembre, dans un produit de grattage prélevé par le
Dr Brumpt, les parasites sont peu nombreux.
Les jours suivants, jusqu’au 9 janvier 1914, des examens sont
pratiqués tantôt quotidiennement, tantôt avec des intervalles de
deux ou trois jours. Les prélèvements sont faits sur les bords
d’une ulcération de la cuisse droitê, après enlèvement de la croûte
et lavage soigneux de 1* ulcération. Ces prélèvements deviennent
de plus en plus difficiles à cause de la dureté des tissus qui résis¬
tent au grattage et saignent très facilement. Pourtant, on arrive
toujours à trouver dans les frottis quelques rares parasites libres
ou inclus dans de grands mononucléaires. Le 2 janvier, il a été
impossible de trouver des parasites dans les frottis.
Le 9 janvier les prélèvements ont été effectués au niveau d’une
petite ulcération de la jambe et l’examen a été positif.
Les parasites observés dans tous les frottis sont volumineux, de
forme arrondie. Le noyau est le plus souvent marginal, le blé-
pharoplaste est très net, en forme de bâtonnet, quelquefois arqué.
40
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le protoplasme est très peu abondant et très ténu ; il se présente
sous forme d’un mince revêtement marginal bleuâtre,, ou de
tractus de même couleur, traversant le parasite.
Les essais de culture sur milieu Novy-Neal-Nicolle sont
restés sans résultat ; le matériel a été prélevé dans le bourrelet
périphérique de la lésion de la jambe, par ponction avec une
aiguille aseptique, faisant l’office d’emporte-pièce et ramenant
un peu de sang et de fragments de tissu. Le produit des ponctions
fut réparti dans les tubes de culture. »
(Il résulte donc des examens réitérés de notre collègue M. Lan-
geron que les parasites ne subissent aucune modification sous
* _ * M
V influence du traitement d’EHRLiCH. Mais ils deviennent de plus
en plus rares à mesure que les ulcérations se cicatrisent.
En somme, le remède d’EHRLiCH n’agit pas en tant qu’agent
spécifique sur la leishmaniose cutanée. Il ne tue pas les Leishma-
nia du bouton d’Orient comme il tue les Tréponèmes de la sy¬
philis (i).
*
•* *
i
Peut-être dira-t-on que l’évolution régressive est due, non pas
OJ Depuis la rédaction de cette note, j'ai eu connaissance d’un travail de
O. von Petersen. Die Salvarsanhandlung der Orientbeule, contenu dans les
« Abhandlungen ueber Salvarsan de hhrlich, T. III, p: 415-429, Munich 1913.
Voici la statistique de cet auteur :
Sur 36 cas traités,
S 16 ont été guéris.
4 ont été presque guéris.
1 1 ont été améliorés rapidement mais non suivis.
2 ont -été traités sans résultat.
3 n’ont pu être suivis.
Chez la plupart des malades une seule injection de o, 4-0,6, a été faite ; il
n’y a eu 2 injections que dans deux cas.
La guérison a eu lieu en 14 jours pour 6 malades.
6 * — - 3 — •
8 — 2
10, 1 1 , 19, 30 — 1 —
' Conclusions :
1. Le Salvarsan est un médicament spécifique pour le bouton d’orient : il
doit être employé en injections intraveineuses à la dose de 0,4-0, 6. Les applica¬
tions externes sous forme d’huile ou de pommade doivent être étudiés de nou¬
veau. ' f ’
.-2. S’il n’y a pas d’amélioration en 2 semaines, il faut répéter l’injection
autant de fois .qu’il est nécessaire, toutes les deux semaines,
’ 3. Il est probable que les formes rebelles et non ulcéreuses ont besoin d’injec-
t ions répétées.
41
Séance du 14 Janvier 1014
au traitement mais au iretour du malade en Europe. Je crois que
cette objection ne serait pas valable. Il faut remarquer en effet
que l’évolution toute entière, depuis le bouton initial, s’est dérou¬
lée en France, dont le climat est généralement considéré comme
, défavorable au développement de la leishmaniose cutanée. Or
celle-ci n’a cessé de progresser, et de créer de nouveaux foyers.
On en comptait une dizaine lorsque la médication arsenicale fut
instituée.
Dès la première injection la rétrocession fut manifeste, et à plu¬
sieurs reprises des améliorations ont été constatées à la suite des
injections.
L’action du traitement à donc été évidente, mais il serait exa¬
géré de dire que la guérison est radicale et définitive.
Existence de la leishmaniose canine à Marseille
Par E. PR INGAU LT.
Depuis la découverte de la leishmaniose canine par Ch. Ni¬
colle, divers savants ont signalé l’existence de cette infection sur
presque toute l’étendue du bassin méditerranéen.
A Marseille, l’examen clinique d’un enfant Italien hospitalisé
à la Conception et présentant tous les signes de la leishmaniose
infantile, avait donné l’idée à M. Mattéi, interne du Professeur
d’AsTROS, de confirmer les présomptions cliniques par la ponc¬
tion de la rate et la culture sur milieu N. N. N.
Malheureusement, au moment où nous nous présentions pour
pratiquer la recherche, l’enfant était clandestinement enlevé par
ses parents. Sur les conseils de M. Ch. Nicolle, auquel nous
avions communiqué l’observation clinique précitée, nous entre¬
prîmes l’examen systématique des chiens asphyxiés à la fourrière
de Marseille.
Du rant le mois de décembre 1913, nous avons examiné cin¬
quante chiens. Nos recherches ont été effectuées dans les condi¬
tions. suivantes : i° nous pratiquions une petite incision à la peau
pour mettre à nu le fémur; 20 nous trépanions l’os à l’aide d’un
petit foret, mû par un porte-foret.
Ce procédé a l’avantage de ne pas abîmer la peau du chien
42
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
et nous a toujours, donné assez de moelle pour faire un bon
frottis.
Nous avons constaté une fois déjà la présence des corps de
Leishman (13 décembre). L’autopsie n’a pu être faite. Il s’agis¬
sait d’un chien mâle, adulte, très maigre; les parasites étaient
très nombreux dans la moelle osseuse.
La leishmaniose canine existe donc à Marseille; le Kala-Azar
infantile doit y être systématiquement recherché. -
( Institut Pasteur de Tunis et Laboratoire d’anatomie
pathologique de VEcole de Médecine de Marseille ,
Professeur M. Alezais).
Le troisième cas de Kala-azar d’origine algérienne
Par A. CONOR et F- CALO.
Le premier cas de Kala-Azar d’origine algérienne fut signalé
en 1 9 1 1 par Lemaire (i). Il s’agissait d’une fillette de quatorze
mois, dont la nationalité n’a pas été indiquée, habitant Man-
soura, près de Bordj-Bou-Areridj, arrondissement de Sétif,
département de Constantine. Il n’est pas possible de retenir
l’autre cas cité dans la même communication, la ponction de la
rate n’ayant pas été pratiquée.
La deuxième observation (2) concerne une petite Espagnole de
deux ans, née et ayant toujours habité au Frais-Vallon, hameau
de la commune d’El-Biar, dans la banlieue immédiate d’Alger.
Dans la même maison, Edm. et Et. Sergent, Lombard et Qui-
lichini trouvèrent un chien et un tout jeune chat infectés de
leishmaniose.
Le hasard nous a mis en présence du troisième cas de Kala-
Azar algérien.
Francesca C. . . âgée de trois ans, née à Tunis de parents italiens.
Lorsqu’elle avait trois mois, la famille alla s’établir à Cavallo, hameau
de la commune de Djidjelli, arrondissement de Bône, département de
Constantine. L’enfant est restée en bonne santé jusqu’à l’âge de deux
(1) Académie de Médecine , 6 juin 1911, et Soc. de Pathologie exotique,
ïi octobre 1 9 1 1 , p. s 54-
(2) Soc. de Pathologie exotique, 14 février 1912. p. 93.
Séance du 14 Janvier 1914
43
ans et demi. Elle présenta à ce moment, c’est-à-dire six mois avant
notre examen, une fièvre à marche irrégulière qui parut céder à la
médication antithermique. Une éruption, non déterminée, aurait apparu
alors et duré une dizaine de jours. Mais la fièvre se manifesta de nou¬
veau et n’a pas cessé depuis. En même temps, le ventre de la petite
malade se mit à grossir et l’état général s’altéra profondément. Les pa¬
rents se décidèrent à venir à Tunis, afin de consulter un médecin.
Nous voyons l’enfant le 22 septembre 1913 et constatons une pâleur
extrême de la peau avec décoloration des lèvres et des conjonctives et
une légère bouffissure de la face. L’amaigrissement est considérable
et fait ressortir le volume du ventre. La rate, très hypertrophiée, rem¬
plit la moitié gauche de l’abdomen. 11 n’existe pas d’œdèmes des mem¬
bres.
Une ponction de In rate , pratiquée ce même jour, montre la pré¬
sence de nombreux corps de Leishman.
Les parents et la fillette sont repartis pour Cavallo et nous n’en avons
plus eu de nouvelles.
Il nous a paru intéressant de relater ce cas d’odgine algérienne.
Les observations de Kala-Azar humain sont, jusqu’à présent,
restées très rares (trois) en Algérie, alors qu’en Tunisie la mala¬
die a été observée déjà dans trente-quatre cas.
( Institut Pasteur de Tunisie).
Troisième cas de guérison de
Kala-azar infantile observé à Hydra
Par Antoine LIGNOS.
Dans une note communiquée àia Société à la séance du ii juin
dernier, nous disions que, de 13 enfants atteints de Kala-Azar
à Hydra, dans le courant de l’année 1911, un a été guéri et un
autre était encore en vie.
Cet enfant, nommé Théodore Vrontissis, fut, au mois de décembre
1911, à l’âge de trois ans et sept mois, atteint de plusieurs accès de
fièvre, tantôt quotidienne, tantôt tierce.
En janvier 1912, il resta apyrétique.
A partir du mois de février, la fièvre réapparut sous forme d’accès
quotidiens.
C’est le 15 février que le petit malade nous fut présenté pour la pre¬
mière fois. Son état paraissait très bon, le teint était de couleur rose,
des plus beaux, mais à l’examen nous constatâmes que la rate dépassait
de cinq travers de doigt le rebord costal ; le malade était atteint de
fièvre.
44
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le lendemain 16 février, l'examen du sang retiré par ponction de la
raie, nous démontra l’existence des corps de Leishman.
Depuis lors, nous avons eu l’occasion de voir le malade un grand
nombre de fois.
Du 16 février au 15 mars, la fièvre très forte et s’élevant à 39° et
à 40° se présentait une fois par jour, mais non à heure fixe. Tantôt
elle se déclarait dans la matinée, tantôt dans l’après-midi ou la nuit,
et s’abaissait au milieu de sueurs, sans cependant tomber tout à fait.
Dans les intervalles des accès, la température rectale oscillait toujours
entre 37° 1 et 37°3.
Dans les premiers jours du mois de mai, les gencives supérieures
commencèrent à s’ulcérer et à saigner.
Devant cet état et sur notre conseil, les parents menèrent le 15 mai
l’enfant à la campagne d’où on nous la ramenait de temps en temps.
Le 10 juin le petit malade était très pâle et avait beaucoup maigri ;
de plus îes deux incisives médianes supérieures étaient tombées, les
gencives inférieures ulcérées, et la bouche exhalait une odeur repous¬
sante.
Nouvelle visite le 2 juillet. Quel fut notre étonnement de voir le
petit malade transformé en mulâtre. Le visage, le cou, la face dorsale
des mains étaient comme enfumés. A part la bouche, les autres parties
du corps l’étaient à un degré beaucoup moindre. On aurait dit un
Adissonien.
Depuis quelques jours, on avait remarqué quelques légères épistaxis
et trois accès rie lièvre en 24 heures, sans complète apyrexie dans les
intervalles.
Le 5 juillet, l'enfant fut atteint de diarrhée qui dura une semaine ;
les selles étaient muqueuses et teintées de sang, tandis qu’il présentait
des œdèmes aux membres inférieurs. Le teint noir persistait.
16 août. La fièvre depuis 7 jours s’était transformée en fièvre con¬
tinue, mais modérée. L’enfant tousse et à l’auscultation on perçoit des
signes de catarrhe. La pigmentation noire persiste, la rate reste tou¬
jours grosse*
15 septembre. Après une apyrexie complète de 20 jours, la fièvre
a réapparu depuis 7 jours. Elle se déclare trois fois dans les 24 heures
avec une durée de 1 à 2 heures, puis retombe à la normale, au milieu
de sueurs profuses et de diurèse abondante. Le teint noir persiste. Là
rate remplit la moitié gauche de F abdomen, le foie descend aussi jusqu’à
la crête iliaque droite.
S octobre. La fièvre s’est lé
se prolonge pendant 24 heur
de la rate. s’est réduit, elle ne dépasse le rebord costal que de 4 tra¬
vers de doigt. L’haleine n’est pas aussi repoussante qu’auparavant. Le
feint noir n'est pas aussi prononcé qu'avant. L'état général est meil-
gèrement atténuée, l’apyrexie quelquefois
es. Le foie est toujours gros ; le volume
leur.
8 décembre. Pendant tout le mois de novembre, l’enfant resta apyré¬
tique. 11 est atteint depuis 3 jours de Fièvre élevée et de toux ; à l’aus¬
cultation il présente des signes de pneumonie à gauche. Le foie tou¬
che à la crête iliaque droite. La rate est à trois travers de doigt du re¬
bord costal. Trois dents supérieures et deux inférieures manquent.
A partir
rarement,
de janvier 1913 l'enfant va mieux. La fièvre n’apparaît que
le volume du foie diminue ainsi que celui.de la rate, la-
Séance du 14 Janvier 1914
45
quelle au mois de mars est à peine perceptible à la palpation. La pig¬
mentation noire a disparu peu à peu.
Mais au mois d’avril l’enfant est pris de nouveaux accès de fièvre
quotidienne. La rate et le foie augmentent de nouveau et un réseau vei¬
neux apparaît pour la première fois sur le ventre.
10 mai. La fièvre revient de temps en temps. L’enfant est très mai¬
gre, la rate dépasse le rebord costal de quatre travers de doigt, le
réseau veineux persiste. Quatre dents supérieures et deux inférieures
sont tombées, des gencives saignent et dégagent une odeur repous¬
sante. Le teint noir s’est effacé.
4 juillet. Apyrexie. L’enfant a repris sa couleur normale rose, mais
il est maigre et faible, la rate est à peine perceptible à la palpation, le
foie est encore gros. Cinq dents supérieures et deux inférieures man¬
quent, d’autres sont cariées et dénudées, les gencives correspondantes
saignent. La bouche exhale une odeur insupportable.
1er octobre. L’enfant se porte bien. La rate n’est plus perceptible a
la palpation. Les dimensions du foie sont normales. Les dents conti¬
nuent à tomber.
1er décembre. L’enfant complètement guéri, mais édenté.
Conclusion.
i° La guérison du Kala-Azar infantile n’est point rare, puis¬
que, sur 6 enfants atteints à Hydra en 1910, nous avons constaté
un cas de guérison (1), et sur 13 autres atteints dans le courant
de l’année 1911 nous comptons deux guérisons (2).
20 La pigmentation noire dans le Kala-Azar infantile n’est
pas rare non plus, car, sur 19 cas observés à Hydra en 1910 et
t 9 1 1 , nous Lavons observée deux fois (3)
De l'époque de l’apparition du Kala-azar à Hydra
A
Par Antoine LIGNOS.
Il était intéressant de savoir si le kala-azar à Hydra se présente
indifféremment à n’importe quelle époque de l’année, ou s’il ap¬
paraît à une époque déterminée.
La liste ci-dessous, qui contient les cas que nous avons observés
de 1910 à 1913, classés dans l’ordre de la date de l’invasion, va
nous donner la réponse.
. . . -c ‘ *• »
' - - . • . ... >-/.•- *
(1) Ce Bulletin , février 1912, p. 92.
(2) Ce Bulletin , juin 1913, p. 430, et présente note.
(3) Ce Bulletin , février 1913, p. 114, et présente note.
46 Bulletin de la Société j>e Pathologie exoiique
1910 Mai . 2 cas
Octobre . 2 cas
Novembre . 2 cas
1911 Janvier . 1 cas
Février . 4 cas
Mars . . i . 2 cas
Avril . 1 cas
Juin . . 1 cas
Octobre . 1 cas
Décembre . 3 cas
1912 Février . 3 cas
Mars . 3 cas
Mai . 1 cas
Juin . 1 cas
Octobre . 2 cas
1913 Janvier . 2 cas
Février . 3 cas
Avril . 1 cas
Mai . 1 cas
Juin . 1 cas
D’après cette liste, on voit que, généralement la maladie fait
ses premières victimes au commencement de la saison froide.
C’est au mois de février qu’elle est au summum ; après ce mois
elle se fait de plus en plus rare pour disparaître complètement
pendant la saison d’été.
Un deuxième cas de Leishmaniose cutanée
observé au Dahomey et traité par
l’arsénobenzol Billon en lavements
Par P. WAGON.
Le sergent IJ...... envoyé à l’ambulance de Cotonou le
28 octobre 1913, pour se faire traiter, en outre d’hémorrhoïdes
procidentes et douloureuses, pour des lésions cutanées dont histo¬
rique et description suivent :
Durant son séjour au Zinder où il est arrivé cependant par
le Dahomey via Gaya, Dougoudoutchi, le sergent D... n’a pré¬
senté aucune lésion cutanée. C’est seulement au retour du Zinder
— d’011 il est parti le 15 mai via Tessaoua et Madaoua, où il sé¬
journa du Ier juin au 10 août, puis Dougoudoutchi du 19 au
29 août, après son départ de Gaya (sur le Niger) où il resta du
Séance du 14 Janvier 1914
47
30 août au 10 octobre, — qu’apparurent les débuts des lésions au
nombre de trois.
i° au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes du
5e et 40 doigt de la main droite,
20 au milieu du bord cubital de l’avant-bras droit ;
30 au niveau du coude, près de la pointe de l’olécrane.
Ces lésions ont suivi l’évolution des boutons d’Orient:
i° Papule. 20 Papule surmontée de vésicule. 30 Papule large
et élevée surmontée d’une pustule. 40 Papule recouverte d’une
croûte au-dessus de Laquelle apparaissait une surface bourgeon¬
nante avec écoulement de sérosité ; la papule grandissant pro¬
gressivement en surface et en hauteur tandis que l’ulcération attei¬
gnait, pour les deux premiers, sous une forme ovalaire, les
dimensions intermédiaires entre une pièce de 1 franc et une pièce
de o fr. 50.
A l’arrivée à Cotonou on note 3 boutons d’Orient :
i° A la main une ulcération superficielle recouverte de croûte,
grande comme une pièce de o fr. 50 sur un fond rouge légère¬
ment surélevé et irrégulièrement étoilé, atteignant le diamèîrq
d’une pièce de 2 francs;
20 La 2e ( au bord cubital) présente les mêmes aspects et dimen¬
sions un peu plus grandes ;
30 La 3e se réduit à une petite papule de 4 mm. recouverte d’une
croûte.
Examen des frottis . — On prélève, par grattage de la partie
périphérique de l’ulcère de la main, un peu de sérosité et de
pulpe qui, étalées et fixées à l’alcool-éther, colorées au Giemsa
pendant 24 heures, permettent les constatations suivantes :
Parmi des hématies et des leucocytes plus ou moins détruits,
apparaissent des corps de Leishman caractéristiques, ovalaires de
4-5 g de long sur 2-3 p de large, ou circulaires d’environ 4 y de
diamètre, à différents stades évolutifs, isolés ou rassemblés dans
des macrophages plus ou moins leucolysés.
Le 29 au soir, le sergent D. . . . reçoit un lavement de 0 g. 60 d'arsé-
nobenzol Billon dissous dans l’eau bouillie chaude neutralisée et
clarifiée par la solution de soude normale, avec et, par la bouche,
XX gouttes de teinture d’opium.
Dans la nuit, le malade a des coliques et est obligé de se rendre aux
W.-C. à 2 heures du matin. Néanmoins le 30 les boutons commencent à
s’affaisser.
4 novembre , au niveau des lésions de la main, il ne paraît pas qu’il
4S
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
y ait un progrès très accusé, cependant les croûtes enlevées ne se re¬
produisent pas et le « Bouton » est le siège d’un prurit intense.
La lésion cubitale est nettement en voie de guérison, aplatie et ne
présente plus de croûte.
La lésion du coude est complètement affaissée.
Le 5 novembre nouveau lavement d’arsënobenzol précédé d’une prise
de XX gouttes de teinture d’opium et suivi de 10 g. d’élixir parégo¬
rique.
Le 7 novembre, l’ulcère de la main est cicatrisé, mais le fond pré¬
sente un aspect lymphangitique.
La lésion de l’avant-bras présente une décoloration progressive, elle
est indolore à la pression.
8 novembre. 1° à la main la lésion reste rouge, garde le même aspect
lymphangitique.
2° à l’avant-bras la lésion est indolore, une croûte légère s’est for¬
mée qui, enlevée, laisse apparaître une surface épidermisée , rosée.
3° au coude, au-dessous de la croûte légère qui s’est formée, on ne
note aucune trace de lésion, l’épiderme est normal.
9 novembre. La lésion de la main est plus pâle, l’ancien ulcère est
entièrement cicatrisé.
A l’avant-bras et au coude les lésions sont entièrement cicatrisées.
Ainsi donc, on peut dire que le malade est spécifiquement guéri en
10 jours.
' Le 17 novembre, au niveau de la lésion de la main restée un peu
rouge, apparaît une petite pustule qui est ouverte ; un pansement anti¬
septique est appliqué.
Le 21 novembre. Le malade est entièrement guéri de ses lésions. Sa
lésion de la main ne présente aucune tracé de pigmentation, laquelk
est notable aux bords ancins de l’ulcère cubital.
Cette observation s’ajoute à celles de Stévenel, de Benoit-
Gonin et de nous-même, pour démontrer l’existence de la Leish¬
maniose cutanée en Afrique occidentale française.
Nos deux observations personnelles semblent se rapporter plus
spécialement à une infection opérée vers le Niger.
Notre dernière observation s’ajoute à notre première pour
montrer l’efficacité de l’action de l’arsénobenzol Billon dans le
traitement de la Leishmaniose cutanée.
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• * '' : * ' ■ r \ % / •, m c, ^ *• ••> • . , » • . .
Ce dernier cas peut permettre d’espérer que le Salvarsan,
d’usage limité s’il devait n’être employé que par voie veineuse,
étant utilisable en lavement, pourra être d’un usage généralisé
en raison de la simplicité du mode d’emploi, et de son efficacité
comparable à celle observée avec l’injection intra-veineuse, puis¬
qu’il guérit de cette façon en îo jours.
Séance du 14 Janvier 1914
49
0.
Expériences de transmission des trypanosomes
humains d’Afrique par les moustiques des
habitations (Stegomyia fasciata)
Par E. ROUBAUD et A. LAFONT.
Pendant le cours de l’hivernage dernier, le Dr Dupont, chargé
de la direction du service municipal d’hygiène de Dakar, a bien
voulu mettre à notre disposition les nombreuses larves de mous¬
tiques recueillies par ses agents dans les intérieurs européens ou
indigènes de la ville. A l’aide de ce matériel précieux noirs avons
pu faire un élevage intensif et sensiblement pur de Stegomyia
fasciata , avec lequel nous avons essayé de reprendre en grand
les expériences de transmission de Trypanosomes, déjà amor¬
cées, au Congo, par la mission française de la maladie du som¬
meil, et reprises récemment avec succès à- Brazzaville par Blan¬
chard et Heckenroth (i) avec les Mansonia, mais dans des cages
dé petites dimensions. Nos élevages étaient faits dans de larges
bocaux de verre placés à l’intérieur d’une vaste cage-moustiquaire
de 2 m. de hauteur sur i m. 50 de largeur et de profondeur. Les
moustiques adultes allaient et venaient librement à l’intérieur de
cette cage. Ils s’y reproduisaient. Une porte à tambour permet¬
tait de pénétrer dans la cage et d’y introduire les animaux d’expé¬
rience, en évitant l’échappement des moustiques à l’extérieur.
L’opérateur muni d’un voile qui entrait dans la moustiquaire,
avait soin de n’en sortir qu’ après avoir capturé à l’aide d’un filet
fin tous les moustiques qui avaient pu pénétrer à sa suite dans
le tambour. Une fois par jour, on plaçait dans la moustiquaire
les animaux destinés aux expériences, enfermés dans des cages
de fer, et plus ou moins dénudés sur le dos. Les moustiques s’in¬
troduisaient d’eux-mêmes dans les cages des animaux à travers
les intervalles des barreaux, pour se gorger de sang.
Nos expériences ont duré près de trois mois. Elles ont porté
sur les deux types de virus humains d’Afrique : T. gambiense
(virus Gy de M. Mesnil (2) ou virus recueilli directement au
h) Bull. Soc. Patli. Exot., t. VI, no C\ 11 juin 1913.
(2) Bull. Soc. de Path. Exot.. t. V, ru 6, 12 juin 1912.
oO
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Sénégal) et Tr. rhodesiense (ex ire origine amenée en Europe)
provenant du laboratoire de M. Mesnil.
Nous avons fait varier autant que possible, dans les conditions
de nos expériences, la nature des animaux, la durée d’exposition
aux piqûres, la distance relative des animaux neufs vis-à-vis des
porte-virus. Le nombre des moustiques présents dans la cage
au cours des expériences a constamment dépassé la centaine. Lis
appartenaient pour la très grande majorité à l’espèce Stegomyia
fasciata. Quelques exemplaires de Culex 5 fasciatus Theob.,
C. decens Theob. étaient mélangés aux Stegomyia , mais leur
faible nombre ne nous permet pas de penser qu’ils ont j<jué un
rôle actif dans nos expériences.
Le détail de nos expériences est donné ci-après. Nous notons
l’abondance relative des trypanosomes dans le sang des porte-
virus par les abréviations suivantes : Tn. = très nombreux;
N. = nombreux; An. = assez nombreux ; R. = rares; Tr. = très
rares ; o = absents. Chacune des notations correspondant à une
journée d’expérience, leur ensemble exprime l’état du sang des
porte-virus pour chaque jour de l’expérience.
Expérience I. — Tr. gambiense. — Porte-virus : Un notas infecté
au virus Gy de l’Institut Pasteur, un rat blanc et un patas infectés de
virus locaux,
A. — Cages placées en contact immédiat avec les cages des animaux
Porte-virus. — Un patas neuf n° 1 est placé pendant 48 heures au
contact des cages du Patas-virus Gy (tryp. An. et An.) et du Rat blanc
Virus local (Tryp. Tn. Tn.). Résultat : Négatif.
Un cobaye neuf n° 3 est placé pendant 4 jours au contact de la cage
d’un rat blanc — virus local (Trvp. Tn.. N. N., Tn.), et d’un patas
- — virus local (Tryp. Tr. Tr. Tr. Tr.). Résultat : Négatif.
B. — Le virus est retiré depuis au moins 24 heures. — Les porte-
virus ayant été retirés de la cage, et les moustiques soumis au jeûne,
le Patas neuf n° 2 et le cobaye neuf n° 2 sont introduits 24 heures après
dans la moustiquaire. Ils y restent 24 heures, au contact des mousti¬
ques ayant piqué au moins 24 heures avant les animaux infectés. Ré¬
sultat : Négatif.
Expérience IL — Tr. rhodesiense. — Porte-virus : un cobaye (Tryp.
Tn. pendant toute la durée de l’expérience). Les animaux neufs sont
placés, l'un (cobaye neuf n° 4) dans une cage à proximité immédiate de
celle du Porte-virus, l’autre (cobaye neuf n° 5) dans une cage à 1 m.
de celle du Porte-virus. Durée de l’expérience 10 jours. Résultat :
Positif pour le cobaye placé à proximité immédiate du porte-virus,
Négatif pour le cobaye placé à 1 111. du porte-virus.
Expérience III. — Tr. gambiense. — Porte-virus utilisés : singe
« Boubakar » Patas infecté de gambiense local (Trvp. : An. N. R. R.
ou O. pendant la durée de l’expérience) et un cobave infecté de Gy
(Tryp. : N. R. N. Tn. pendant la durée de l’expérience).
Seance du 14 Janvier 1914
51
A. — Cages placées en contact immédiat avec les cages des animaux
Porte-virus. — Un patas neuf n° 3 est placé pendant 2 jours au con¬
tact immédiat de la cage du porte-virus Boubakar (Tryp. An. N. N
R. R.). Résultat : Négatif.
Un cobaye neuf n° 6 et un petit rat blanc n° 1 sont placés pendant
2 jours à proximité immédiate de la cage des porte-virus : singe Bou¬
bakar (Tryp. N. R. R.) et cobaye Gy (Tryp. Nr. Nr.). Résultat .
Négatif.
Un singe « Sélé Fall » (Patas neuf n° 6) est placé pendant 42 heures
à proximité immédiate de la cage du porte-virus : cobaye Gy (Tryp.
An. N.). Résultat : Négatif.
Un cobaye neuf n° 7 est placé pendant 5 jours à proximité immé¬
diate du porte-virus : cobaye Gy (Tryp. Tn. Tn. Tn. Tn.). Résul¬
tat : Négatif.
Un jeune chat (n° 1) est placé pendant 30 heures à proximité du
porte-virus Boubakar et cobaye Gy (Trvp. R. O. et N. Tn.). Résultat :
Négatif.
B. — Cages placées à 1 m. de distance des cages des animaux Porte-
virus. — Un Patas neuf n° 4 est placé pendant 4 jours à 1 m. du porte-
virus Boubakar (Tryp. An. N. N. R. R.). Résultat : Négatif.
Un jeune chat (n° 2) et un Patas neuf n° 7, sont placés l’un pendant
2 jours, l’autre pendant 3 jours, à 1 m. du porte-virus cobaye Gy (Tryp.
N. Tn Tn.). Résultat : Négatif.
Expérience IV. — Tr. rhoclesiensc. — Porte-virus utilisés : un
cobaye (Tryp. Tn. et T. Tn. pendant toute la durée de 1‘ expérience) et
2 rats blancs (Tryp. Tn. pendant toute la durée de l’expérience).
A. — Cage placée au contact immédiat de celles des animaur porte-
virus. — Un cobaye neuf n° 8 est mis en expér. pendant 3 jours. Porte-
virus cobaye seuk Résultat : Positif.
B. — Cage placée à 1 mètre de distance des Porte-virus. — Un co¬
baye neuf n° 9 est mis en exp. pendant 6 jours, à 1 m. des porte-virus
cobaye et rats. Résultat : Négatif.
G. — Le virus est retiré depuis 3 jours au moins. — Un singe neuf
« Sélé Fall » et un singe neuf « Sanghor » sont placés pendant 3 jours
dans la cage moustiquaire, les moustiques jeûnant précédemment de¬
puis trois jours. Résultat : Négatif.
Expérience V. — Tr. gambiense. Virus Gy seul. — Porte-virus
utilisés : Rats blancs.
A. — Animaux placés à proximité immédiate des porte-virus. — Un
rat neuf n° 4 est placé pendant 2 jours dans la même cage que les
deux rats porte-virus (Trvp. N. N. Tn. Tn.). Un cobaye neuf n° 10 est
placé dans une cage au contact des deux porte-virus pendant 2 jours.
Résultat : Négatif.
Deux rats blancs (nos 5 et 6) sont placés pendant 2 jours dans une
cage à proximité immédiate de celle des porte-virus (2 rats Gy. Tryp.
Tn. et T. Tn.). Résultat : Négatif.
Le rat blanc n° 4 est replacé pendant 2 jours encore dans la même
cage que le rat porte-virus (Rat Gy Tryp. T. N. T. N). Un cobaye neuf
n° 10 est placé dans une cage au contact de celle du rat porte-virus.
Résultat : Positif (1) pour le rat n° 4, Négatif pour le cobaye n° 10.
(i) Le résultat positif obtenu avec le rat est d’ailleurs douteux, cet animal
ayant été placé dans la cage même du rat porte virus et bayant mordu.
b2
Ri lletix dit i.a Société de Pathologie exotique
B. — Cages placées à 0 m. 30 des Porte-virus. — Un palas neuf
n° 5 et un palas neuf n° 0 sont placés pendant 5 jours à 0 in. 30 des
porte-virus (2 rats Gy : Tryp. N. N. iM. Tn. Tn.) et pendant 2 jours
à 0 m. 30 d'un rat Gy (Tryp. Tn. Tn.). Résultat : Négatif.
C. — Le virus est retiré depuis au moins 24 heures. — Le virus étant
retiré et les moustiques jeûnant depuis 24 heures, les 2 patas neufs
nos 5 et 6 sont placés dans la moustiquaire pendant deux jours. Résul¬
tat : Négatif.
Expérience VI. — XV. rhode siense. — Porte-virus utilisé : chat
(Tryp. An. R. R.) jeune rat blanc (Tryp. Tn. Tn. Tn.). «
Un patas neuf n° 7 est placé pendant 3 jours à proxi
proximité îmme-
patas neui n / est place penci
diate des porte-virus: Résultat : Négatif.
Le virus ayant été retiré ce patas est maintenu pendant 2 jours en¬
core au contact des moustiques. Résultat : Négatif.
Comme on le voit la transmission des virus n’a pu se produire,
malgré le grand nombre des moustiques utilisés, que dans les cas
où les animaux ont été placés tout à fait au voisinage de porte-
virus renfermant de très nombreux trypanosomes dans leur sang.
Les moustiques, livrés à eux-mêmes, n’ont diffusé les virus que
d'une façon mécanique tout à fait immédiate. Un écartement de un
mètre à suffi pour protéger les animaux offerts aux piqûres libres
des moustiques. Nous ferons cependant observer que dans ces
expériences le grand nombre des résultats négatifs n’exprime pas
la vérité absolue, pour la possibilité de transmission à l’homme
des trypanosomiases, dans la nature, par les moustiques. Les ani¬
maux utilisés, rats, cobayes, de très petite taille et garnis de poils,
sont beaucoup plus difficilement atteints par les piqûres que les
hommes, surtout les indigènes peu vêtus. Les singes utilisés
(patas) n’étaient vulnérables que suivant des régions du corps arti¬
ficiellement dénudées, peu étendues. Nos expériences confirment
le rôle toujours possible des moustiques d’habitations, comme
vecteurs mécaniques des trypanosomiases en enceinte limitée.
Elles démontrent également la non conservation du virus actif
par ces moustiques au dehà de 24 heures.
(Laboratoire de Bactériologie de V Afrique
oc ci d en taie fra n ç a ise , D a h ar).
Sé.vxcl' du li J.WVIRR 1914
5:5
P
Essais d’immunisation contre le
nagana expérimental des souris
Par A. LAVERAN et M. MARULLAZ.
Rondoni et Goretti (i) ont cherché à immuniser des souris
contre le nagana à l’aide de trypanosomes vivants traités par le
salvarsan. 11 résulte des recherches de Gonder (2), confirmées
par celles de Castelli (3), que, sous l’action in vitro, d’une solu¬
tion de salvarsan de titre déterminé, Tr. Brucei perd le pouvoir
de se multiplier, tout en conservant ses autres caractères vitaux.
Rondoni et Goretti emploient une race de nagana qui tue en
3 ou 4 jours les souris. Le salvarsan est mélangé au virus de
manière à obtenir une dilution comprise entre 1/20.000 et
1 /50.000.
Un rat en pleine infection de nagana est sacrifié; son sang,
mélangé à du bouillon citraté, est légèrement centrifugé; le
liquide qui surnage les hématies èt qui contient les trypano¬
somes est additionné d’une solution fraîche de salvarsan, de
manière à obtenir une dilution du médicament à 1/40.000. Le
mélange est conservé à la température de la chambre pendant
une demi-heure, pour assurer l’action du salvarsan sur les try¬
panosomes, action qui se manifeste par un ralentissement de
leurs mouvements ; on procède alors à une centrifugation éner¬
gique. Le culot est additionné d’eau physiologique et injecté,
par la voie intra-péritonéale, à des souris. Les souris traitées avec .
des doses de o cm1 2 3, 5 à 1 cm3 du vaccin ainsi préparé, ne s’infec¬
tent pas. Si on les inocule avec du virus actif 7 ou 10 jours plus
tard, 40 à 50 % des souris montrent une immunité absolue contre
de petites doses de trvpanosomes. Chez quelques individus qui
s'étaient montrés ainsi protégés, Rondoni et Goretti ont observé,
après 1 ou 2 mois, un affaiblissement de l’immunité; c’est-à-dire
que si on inocule de nouveau les souris, après une incubation
(1) P. Rondoni et G. Goretti, Zeitschrift. /. Immunitœtsforsch. uiid e.vpe-
riment. Tlierapie , Bd XVIlI, Heft 5, 17 juillet 1913.
(2) R. Gonder, Ibid., Origin., Bd XV, pp. 257-292 ,1912.
(3) G. Castelli, Zeitschrift, f. Chemotherapie, Origin., I, p. 122, 1912.
U
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
un peu plus longue qu'à l’ordinaire, la mort survient entre le
6e et le 9e jour.
Nous avons répété ces expériences avec une race de Tr. Brucei
{nagana ferox d’EjTRLiCH) dont la virulence est sensiblement la
même que celle du nagana dont Rondoni et Goretti se sont
servis. Nous avons fait 8 expériences portant chacune sut 6 sou¬
ris, pour nous rendre compte de l’action du salvarsan en dilu¬
tions à un taux variant entre i/i.ooo et 1/40.000. Nous donnons
le protocole de 4 expériences et nous résumons brièvement les
autres.
Expérience 1. — Le 17 octobre 1913, un gros rat infecté de nagana
et ayant des trypan. très nombreux, est saigné. Le sang est mélangé à
20 cm3 de bouillon citraté à 2 °/„, puis légèrement centrifugé. Le li¬
quide trouble qui surnage les hématies est recueillit ; on ajoute une
solution fraîche de salvarsan, de manière à avoir une dilution du mé¬
dicament à 1/1.000. Il se forme dans l’éprouvette un précipité blan¬
châtre qui entraîne la plupart des trypan. ; le mélange présente une
réaction légèrement acide. Après 1 h. et 10 in., les mouvements des
trypan. sont devenus très faibles ; beaucoup paraissent immobiles. On
centrifuge fortement ; le culot, dilué dans de l’eau physiologique, est
inoculé à 6 souris par la voie intra-péritonéale.
Souris /. — Reçoit, le 17 oct. à 10 h. du matin, 0 cm3, 5 du vaccin ;
du 18 au 24, examens du sang négatifs. 24 oct. la souris est inoculée,
sous la peau, avec du sang très dilué de rat infecté de nagana ; du 25
au 28, examens du sang négatifs ; 29, trypan. rares ; 30, trypan. nom¬
breux ; la souris meurt dans la nuit du 30 au' '31 ; elle pèse 22 g., la
rate 35 cg.
Souris 2. — Reçoit, le 17 oct. à 10 h. du matin, 1 cm3 du vaccin.
Elle se comporte absolument comme la souris 1. Elle pèse 20 g., la
rate 25 cg.
Souris 3. — Reçoit, le 17 oct. à 10 h. du matin, 0 cm3, 5 du vaccin ;
du 18 au 24, examens du sang négatifs. 24 oct. la souris est inoculée,
sous la peau, avec du sang très dilué de rat infecté de nagana ; du 25
au 28, examens du sang négatifs ; 29, trypan. très rares ; 30, non
rares ; 31, nombreux ; la souris meurt dans la nuit du 31 oct. au 1er
nov. ; elle pèse 20 g., la rate 25 cg.
Souris 4. — Reçoit, le 17 oct. à 10 h. du matin, 1 cm3 du vaccin.
Elle se comporte absolument comme la souris 3. Elle pèse 20 g., la
rate 15 cg.
Deux souris neuves sont inoculées le 24 oct. comme témoins dés
souris 1, 2, 3, 4 ; 26 oct. trypan. rares ; 27, nombreux ou'très nom¬
breux ; 28, mort des 2 souris.
Souris 5. - — Reçoit, le 17 oct. à 10 h. du matin, 0 cm3, 5 du vaccin ;
du 18 au 31 oct. examens du sang négatifs. 31 oct. la souris est inocu¬
lée, sous la peau, avec du sang très dilué de rat infecté de nagana ;
du 1er au 4 nov. examens du sang négatifs ; 5, trypan. très rares ;
6, très nombreux ; la souiis meurt dans la soirée ; elle pèse 21 g., la
rate 20 cg.
Séance du 14 Janvier 1914
55
Souris 6. — Reçoit, le 17 oct. à 10 h. du matin, 1 cm3 du vaccin ; du
18 au 31 examens du sang négatifs. 31 oct. la souris est inoculée sous
la peau, avec du sang très dilué de rat infecté de nagana ; du 1er au
15 nov., examens du sang négatifs ; 17 nov., la souris est réinoculée
sous la peau, avec du sang très dilué de rat .infecté de nagana ; du 18
au 21 nov., examens du sang négatifs ; 22, trypan. non rares ; la
souris meurt dans la nuit du 22 au 23 ; elle pèse 22 g., la rate 30 cg.
Une souris neuve est inoculée, le 31 oct., comme témoin des souris
5 et-6 ; 2 nov., trypan. non rares ; la souris meurt le 3 nov. avec des
trypan. très nombreux.
Expérience 2. — Le 22 oct. à 2 h. du soir, un gros rat infecté de
nagana, et ayant des trypan. très nombreux, est saigné. Le sang est
mélangé à 20 cm3 de bouillon citraté à 2 °/0, puis légèrement cenrifugé.
Le liquide trouble qui surnage les hématies est recueilli ; on ajoute
une solution fraîche de salvarsan, de manière à avoir une dilution du
médicament à 1/5.000. Après 1 h., les mouvements des trypan. sont
très ralentis ; on centrifuge énergiquement. Le culot est dilué dans un
peu d’eau physiologique ; les mouvements des trypan. sont très fai¬
llies. A 4 h. 1/2, on inocule 6 souris par la voie intra-péritonéale.
Souris 1. — Reçoit, le 22 oct., 0 cm3, 5 du vaccin, 24-25, examens du
sang négatifs ; 26-27, trypan. très rares ; 28, nombreux ; 29, très
nombreux ; la souris meurt à 10 h. du matin ; elle pèse 14 g., la rate
20 cg.
Souris 2. — Reçoit, le 22 oct., 1 cm3 du vaccin. 24, examen du sang
négatif : 26, trypan. très rares ; 27, nombreux ; la souris meurt dans
la nuit du 27 au 28 ; elle pèse 15 g., la rate 26 cg.
Souris 3. — Reçoit, le 22 oct., 0 cm3, 5 du vaccin ; du 24 au 31, exa¬
mens du sang négatifs ; la souris est inoculée sous la peau, avec du
sang très dilué de rat infecté de nagana ; du 2 au 5 nov., examens du
sang négatifs ; 6, trypan. non rares ; la souris meurt dans la nuit du
6 au 7 ; elle pèse 18 g., la rate 20 cg.
Souris 4. — Reçoit, le 22 oct., 1 cm3 du vaccin ; 24-25, examens du
sang négatifs ; 26, trypan. très rares ; 27, non rares ; la souris meurt
dans le nuit du 27 au 28 ; elle pèse 15 g., la rate 20 cg.
Souris 5. — Reçoit, le 22 oct., 0 cm3, 5 du vaccin ; du 24 au 31, exa¬
mens du sang négatifs ; 31 oct., la souris est inoculée, sous la peau,
avec du sang très dilué de rat infecté de nagana. 2 nov., examen du
sang négatif ; 3, trypan. très rares ; 4, nombreux ; la souris meurt dans
la nuit du 4 au 5 ; elle pèse 18 g., la rate 35 cg.
Souris 0. — Reçoit, le 22 oct., I cm3 du vaccin ; du 24 au 31, exa¬
mens du sang négatifs : 31, la souris est inoculée sous la peau, avec
du sang très dilué de rat infecté de nagana, 2 nov., trypan. nombreux ;
la souris meurt dans la nuit du 2 au 3 ; elle pèse 20 g., la rate 20 cg.
Une souris neuve inoculée le 31 oct., comme témoin des souris 3,
5, 6, meurt le 3 nov. avec des trypan. très nombreux.
Expérience 3. — Le 25 oct. à 9 h. du matin, un gros rat infecté de
nagana, et ayant des trypan. très nombreux, est saigné. Le sang est
mélangé à 20 cm3 de bouillon citraté
Ô O o/
d ^ / o ?
puis légèrement centri¬
fugé. Le liquide trouble qui surnage les hématies est recueilli ; on
ajoute une solution fraîche de salvarsan de manière à obtenir une
dilution du médicament à 1/5.000. Après I lu 5 m. les mouvements des
30
Bulletin de la Société de Pathologie ^xotioue
trypftn. sont très ralentis ; on centrifuge énergiquement. Le culot est
additionné d’eau physiologique ; les trypan. sont immobiles ou très
faiblement mobiles. On inocule 6 souris, par la voie intra-péritonéale.
Souris 1. - — Reçoit, le 25 oct., 0 cm3’ 5 du vaccin ; du 27 oct. au 2
nov.. examens du sang négatifs ; 2 nov., la souris est inoculée, sous la
peau, avec du sang très dilué de rat infecté de nagona ; du 4 au*16r
examens du sang négatifs ; 17, la souris est réinoculée avec du sang
très dilué de rat infecté de nagana ; du 18 au 22, examens du sang né¬
gatifs ; 23, trypan. très rares ; 24, non rares ; 25, examen du sang
négatif ; 27, trypan. non rares ; 28, très nombreux ; la souris meurt
dans la matinée ; elle pèse 22 g., la rate 40 cg.
Souris 2. ■ — Reçoit, le 25 oct., 1 cm3 du vaccin ; 27-28, examens du
sang négatifs ; 29, trypan. rares ; 30, nombreux ; la souris meurt dans
la nuit du 30 au 31 ; elle pèse 10 g., la rate 40 cg.
Souris 3. — Reçoit, le 25 oct., 0 cm3, 5 du vaccin ; 27-28, examens du
sang négatifs ; la souris meurt dans la nuit du 28 aü 29 d’un phleg¬
mon de la ({ueue.
Souris 4. — Reçoit, le 2 5oct., 1 cm3 du vaccin ; du 27 oct. au 2 nov.,
examens du sang négatifs ; 3 nov., trypan. très rares ; 4, nombreux ;
5, très nombreux ; la souris meurt dans la matinée ; elle pèse 22 g.,
la rate 30 cg.
O ,
Souris 5. Reçoit, le 25 oct. 0 cm3. 5 du vaccin ; 27-28, examens
du sang négatifs : 29, trypan. très rares ; 30, nombreux ; la souris
meurt dans la nuit du 30 au 31 ; elle pèse 17 g., la rate 40 cg.
Souris G. — Reçoit, le 25 oct., 1 cm3 du vaccin ; du 28 oct. au
2 nov., examens du sang négatifs ; 2 nov., la souris est inoculée, sous
la peau, avec du sang très dilué d’un rat infecté de nagana ; 4 nov.,
trypan. très rares ; 5, non rares ; la souris meurt dans la nuit du 5 au
6 ; elle pèse 17 g., la rate 25 cg.
Une souris neuve inoculée le 2 nov., comme témoin des souris 1 et 0,
montre, le 4 nov., des trypan. assez nombreux, et meurt le 6 nov.
Expérience 4. — Le 23 nov. à 9 h. du matin, un gros rat infecté de
nagana et ayant des trypan. très nombreux, est saigné. Le sang est
mélangé à 20 cm3 de bouillon citraté à 2 °/0, puis légèrement centri¬
fugé. Le liquide trouble qui surnage les hématies est recueilli ; on
lui ajoute une solution fraîche de salvarsan de manière à obtenir une
dilution du médicament à 1/2.000. Après 1 h., les mouvements des try¬
pan. sont seulement ralentis ; on ajoute de la solution du salvarsan de
manière à obtenir une dilution à 1/1.000. Après J 5 m., soit 1 h. et quart
après la première addition de salvarsan, les mouvements des trypan.
étant on général très ralentis, on centrifuge énergiquement ; le culot
est dilué dans un peu d’eau physiologique ; il renferme encore quel¬
ques trypan. bien mobiles. On inocule G souris par la voie intra-péri¬
tonéale.
Souris /. — Reçoit, le 23 nov., 0 cm3, 5 du vaccin ; du 24 au
30
examens du sang négatifs ; 30 nov., la souris est inoculée sous la peau,
avec du sang très dilué de rat infecté de nagana ; 1-2 déc., examens
du sang négatifs ; 3, trypan. non rares ; 4, très nombreux ; la souris
meurt dans la matinée ; elle pèse 18 g., la rate 20 cg.
Souris 2. — Reçoit, le 23 nov., 0 cm3, 5 du vaccin ; elle se comporte
absolument comme la souris 1 ; elle pèse 19 g., la rate 18 cg.
Séance du 14 Janvier 1914
57
Souris S. — Reçoit, le 23 nov., 0 cm3, 5 du vaccin ; elle se comporte
absolument comme les souris 1 et 2 ; elle, pèse 15 gr., la rate 15 cg.
Une souris neuve inoculée le 30 nov., comme témoin des souris 1, 2,
3, a le 2 déc., des trypan. très rares, le 3, des trypan. non rares et meurt
le 4. déc. dans la matinée ; elle pèse 14 g., la rate 20 cg.
Souris 4. — Reçoit, le 23 nov., 0 cm3, 5 du vaccin ; du
24 nov. au
2 déc., examens du sang négatifs ; 2 déc., la souris est inoculée, sous
la peau, avec du sang très dilué de rat infecté de nagana ; 4 déc., try¬
pan., rares ; 5, nombreux ; la souris meurt dans la nuit du 5 au 6,. avec
des trypan. très nombreux ; elle pèse 18 gr., la rate 30 cg.
Souris 5. — Reçoit, le 23 nov., 0 cm3, 5 fin vaccin ; elle se comporte
comme la souris 4 et meurt le 0 déc., dans la matinée, avec des trypan.
très nombreux ; elle pèse 19 g., la rate 20 cg.
Souris 0. — Comme souris 5 ; elle pèse 20 g., la rate 15 cg.
Une souris neuve inoculée le 2 déc., comme témoin des souris 4, 5, 6,
a, le 4 déc., des trvp. non rares et meurt le 6 déc. : elle pèse 17 g., la
rate 15 ce.
Dans une expérience (5) d'immunisation par un vaccin, préparé con¬
formément aux indications de Rondoni et Goretti, comportant une
dilution du salvarsan à 1/40.000 et contenant des trypan. très peu mo¬
biles, toutes les souris traitées sont mortes entre le 3e et le 4e jour, avec
des trypan. nombreux.
Dans une expérience (0) avec salvarsan à 1/20.000 et trypan. à
mouvements simplement ralentis, toutes les souris sont mortes en
36 à 65 li. avec de nombreux trypan.
Dans une expérience (7) avec salvarsan à 1/10.000 et trypan. à
mouvements très ralentis, toutes les souris sont mortes en 4 à 5 jours,
avec de nombreux trypan.
Enfin dans une expérience (8) avec salvarsan à 1/5.000 et trypan.
presque tous immobiles, 5 souris sur 6 sont mortes du 5e au 7e jour
avec de nombreux trypan. Nous résumons l’iiistoire de la sixième sou¬
ris de cette expérience.
La souris reçoit, le 20 oct, 1 cm3 de vaccin (salvarsan à 1/5.000).
par la voie intra-péritonéale ; du 21 au 29, examens du sang négatifs ;
29 oct., la souris est inoculée, sous la peau, avec du sang très dilué
d’tm rat infecté de nagana! 31 oct. -1er nov., examens du sang négatifs ;
2 nov., trypan. très rares ; 3, non rares ; 4, très nombreux ; la souris
meurt dans la soirée ; elle pèse 20 g., la rate 25 cg.
Une souris neuve inoculée comme témoin le 25 oct., meurt le 2 nov.
Les résultats que nous avons obtenus en appliquant le procédé
de Roxdoxi et Goretti diffèrent notablement de ceux publiés
par ces auteurs; sur 48 souris traitées, aucune n’a montré une
immunité durable; 30 ont présenté une infection plus ou moins
rapide consécutive à la vaccination ; 18 sont restées indemnes
après la vaccination ; 16 d’entr’elles se sont infectées et sont
mortes à la suite de l’inoculation de virus actif; les 2 souris qui
avaient résisté à une première inoculation ont succombé à une
seconde, faite peu de temps après la première (souris 6 de l’expé¬
rience 1 et souris 1 de l’expérience 3).
58
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le ralentissement des mouvements des trypanosomes n’est pas
un critérium suffisant pour juger de l’action du salvarsan sur les
trypanosomes (expériences 5 et 7). Le salvarsan employé à une
dilution de 1/20.000 à 1/50.000 s’est montré inefficace pour la
préparation d’un vaccin avec notre virus. En le faisant agir à un
taux variant de 1/10.000 à 1/5.000, on observe, en général, un
simple retard dans l’incubation. Enfin, en employant des vaccins
préparés avec du salvarsan à 1/1000 ou 1/2000, on obtient des
résultats analogues à ceux que donnent les trypanosomës morts ;
les souris restent indemnes, mais succombent à l’inoculation viru¬
lente ; exceptionnellement, une réinoculation est nécessaire, l’im¬
munisation, quand elle se produit, n’est que relative et de très
courte durée.
Des variations du pouvoir infectieux
et de la virulence du Trypan. dimorphon,
à partir d’infections naturelles présentées
par les boeufs et les moutons
NOTE PRÉLIMINAIRE
Par P. DELANOË.
Depuis le mois de juin de cette année, les troupeaux, de pas¬
sage à Bouaké, pour le transit commercial, sont systématique¬
ment examinés : en principe, seuls peuvent descendre vers la
Basse-Côte les animaux reconnus indemnes de trypanosomiase
après un examen microscopique du sang fait entre lame et
lamelle.
J’ai été ainsi amené à examiner, en moins de six mois, du
10 juin à fin novembre, plus de 3.000 bœufs et moutons, prove¬
nant des points les plus différents du Haut-Sénégal et Niger.
Les seuls virus que j’ai rencontrés, après de très nombreux exa¬
mens de sang faits soit entre lame et lamelle, soit sur frottis
colorés, sont ceux que mes prédécesseurs ont signalés. Je cite
par ordre de préférence : T . Cazalboui, T. dimorphon et T.
Pecaudi. Ce dernier trypanosome ne se constate d’ailleurs qu’ex-
Séance du 14 Janvier 1914
59
ceptionnellement à l’examen du sang. Le plus souvent, pour
déceler sa présence chez un animal naturellement infecté, j’ai dû
inoculer à un rat une ou plusieurs gouttes de sang infectieux.
Je rapporterai ici, de façon aussi brève que possible, me réser¬
vant de les publier plus tard en détail, les résultats de mes recher¬
ches relatives à T. dimorphon.
J’ai fait avec ce trypanosome sept séries d’expériences diffé¬
rentes. Six fois le virus provient d’animaux destinés au transit
commercial. Une fois il provient d’une génisse de race Baoulé,
recrutée dans le Cercle du Baoulé-Nord, et destinée au service de
la vaccination.
Sur sept expériences différentes, cinq fois (en partant de trois
bœufs et de deux moutons du transit commercial), T. dimorphon
ne fut inoculable d’emblée ni au rat, ni au cobaye ; une fois (en
partant d’une génisse du Baoulé-Nord), T. dimorphon fut inocu¬
lable au rat seulement, le cobaye étant réfractaire ; une fois enfin
(en partant d’un bœuf du transit commercial), T. dimorphon fut
directement inoculable à la fois au rat et au cobaye.
Il paraît donc plus facile, avec un T. dimorphon pris en quel¬
que sorte (( au départ ;>, d’infecter le rat que le cobaye; mais il
n'en reste pas moins vrai qu’il est plutôt exceptionnel, en partant
de bœufs et de moutons naturellement infectés, d’avoir affaire
à un virus susceptible d’être inoculé d’emblée au rat.
T. Casalboui n’étant jamais inoculable au rat, et T. dimorphon
ne l’étant qu’exceptionnellement, il en résulte que l’isolement de
T. Pecaudi sur cet animal se fait, à Bouaké tout au moins, avec
une facilité vraiment étonnante. J’ai pour ma part bien des fois
isolé ce virus alors que je ne le cherchais pas. Je reviendai d’ail¬
leurs ultérieurement plus en ^détail sur cette donnée.
Voici le résumé de mes différentes recherches. Je rappelle, une
fois pour toutes, que les examens du sang des animaux en expé¬
rience ont eu lieu très régulièrement tous les deux ou trois jours
en moyenne.
A. — Exemples de T. dimorphon inoculable d’emblée
NI AU RAT, NI AU COBAYE,
Expérience 1 : Le 17 juin, j'examine un bœuf de race Baoulé ve¬
nant de Ivatiola (Tagouana). Ce bœuf, très bien portant en apparence,
' présente dans le sang de rares trypanosomes qui me paraissent très
nettement à l’examen microscopique, fait entre lame et lamelle, être
T. dimorphon. Les examens des frottis colorés ne donnent rien, les
ou
Hn.i.ETiN in: la Société de Pathologie: exotique
trypanosomes étant trop rares dans le sang. Sur ce bœuf, un rat d'en-:
viron 00 g. et un cobaye d’environ 300 g. sont inoculés avec plusieurs
gouttes de sang prises à l’oreille du bœuf. Trois mois après, le rat et
le cobaye, en excellente santé apparente, ne se sont pas infectés.
Expérience 2 : Le 28 juin 1913, j’examine un troupeau de 15 bœufs
sans bosse venant de Gaou (Lobi) et appartenant à Saïdou Diallo. L’un
de ces bœufs présente dans le sang de nombreux T. Cazalboui et de
rares trypanosomes sans flagelle libre que j’identifie à T. dimorphon.
L’examen du trypanosome n'a pu être fait qu’entre lame et lamelle,
les recherches sur frottis colorés n’ayant rien donné. Sur ce bœuf, un
rat et un cobaye adultes sont inoculés avec plusieurs gouttes- .de sang
prises à l’oreille : six mois après /’ inoculation, ces deux animaux, en
excellente santé apparente, ne se sont pas infectés.
Expérience d : Le 4 août 1913, j'examine un troupeau de 42 mou¬
tons appartenant à la femme Aïssa Toussé. Ces moutons ont été ache¬
tés sur le marché de Bouaké. L’un d’entre eux présente dans le sang
de nombreux trypanosomes sans flagelle libre. Je l’identifie à T. di¬
morphon. Les examens des frottis colorés ne font que confirmer cette
opinion. Sur ce mouton, deux rats (de 90 et 180 g.) et deux cobayes
(dq 480 et, 530 g.) sont inoculés, et reçoivent quatre grosses gouttes de
sang dans le péritoine. Plus de quatre mois après, ces animaux, en
excellente santé apparente, ne se sont pas infectés.
Expérience 4 : Le 12 juillet 1913, j'examine un troupeau de vingt-neuf
bœufs appartenant à deux indigènes : Biraima La et Sayni Diallo.
Ces bœufs viennent de Bobodioulasso. Ils sont venus à Bouaké par la
rou,tc de Koroko. L’un de ces bœufs présente dans le sang de très
nombreux trypanosomes, environ 30 à 40 par champ microscopique
(objectif n° 5). Tous ces trypanosomes paraissent identiques : sans
flagelle libre, mobiles sur place seulement, s’accolant entre eux plus
ou moins parallèlement en paquets d’importance variable. J’identifie
immédiatement ce virus à T. dimorphon. Les examens des frottis colo¬
rés ne font que me confirmer dans cette opinion. Sur ce bœuf, un rat
blanc d’environ 75 g. est inoculé dans le péritoine avec plus d'un cen¬
timètre cube de sang puisé dans une des veines de l’oreille du bœuf.
Ce rat, examiné, tous les jours, pendant 58 jours, ne s’infecte pas.
En même temps que le rat, un cabri de 16 kg. est inoculé sous la peau
du cou avec seulement une goutte de sang du bœuf : cet animal s’in¬
fecte abondamment. Il présente une infection double et très grave
due à T. Cazalboui et à T. dimorphon. Sur ce cabri, à des moments
divers, un cobaye, trois rats blancs, quatre rats sauvages d’un gris
uniforme (1), un rat sauvage d'une autre espèce sont inoculés dans le
péritoine avec plusieurs gouttes de sang infectieux : aucun animal ne
s’infecte .
Expérience 5 : Le 18 septembre 1913, j’ai à examiner un troupeau
de 16 moutons appartenant à Sidi Coulibaly. L’un de ces animaux
présente dans le sang de nombreux trypanosomes sans flagelle libre
que j’identifie à T. dimorphon après examen du sang pratiqué entre
lame et lamelle et sur frottis colorés. Sur ce mouton, un rat de 150 g.
et un cobaye de 550 g. sont inoculés dans le péritoine, à trois reprises
différentes, avec plusieurs gouttes de sang infectieux. Les deuxième
(i) Àrvicanthis sp. voisin d'A.niloticus richavdi Noack(Détermination faîte
par le professeur Troukssart du Muséum).
Séance du 14 Janvier 1914
(il
« 1
et troisième injections sont faites 46 et 78 jours après la première.
94 jours après la première inoculation,* et par conséquent 16 jours
après la dernière, le rat et le cobaye ne se sont pas infectés.
Un jeune cabri inoculé avec le sang du mouton s’infecte abondam¬
ment. Sur ce cabri, deux rats et deux cobayes adultes sont inoculés
à quatre reprises différentes avec plusieurs gouttes de sang infec¬
tieux, les inoculations étant séparées par un intervalle de huit jours
en moyenne. U es deux rats et ces deux cobayes, 48 jours après la pre¬
mière injection, ne se sont pas infectés.
Vingt-deux jours après être inoculé dans la veine jugulaire avec
deux centimètres cubes d’un mélange, fait environ à parties égales,
de sang de cabri et d'eau cit ratée, un cobaye adulte ne s’est pas infecté.
Dans ce mélange, les T. dimorphon étaient très rares : 1 à 2 trypa¬
nosomes environ par goutte étalée entre lame et lamelle. Un cobaye
inoculé dans le péritoine avec JO cm 3 de ce mélange ne présente pas
d’infection vingt-deux jours après.
Les expériences nos 4 et 5 sont particulièrement intéressantes.
Elles montrent que V immunité naturelle du rat et du cobaye à
T égard de T. dimorphon peut dans certains cas être aussi com¬
plète que possible. On n’arrive pas à la vaincre en multipliant
dans le péritoine les injections de sang infectieux faites à raison
de quelques gouttes, ou encore en pratiquant en une fois des
injections massives soit dans le péritoine, soit dans la veille.
B. — Exemple de T. dimorphon inoculable d’emblée au rat
SEULEMENT, LE COBAYE ÉTANT RÉFRACTAIRE.
Expérience G : Le 21 septembre, j’examine le sang de la génisse
n° 31, entrée le 6 septembre au Parc Vaccinogène pour les besoins du
service de la Vaccination (1). Dans le sang de cet animal, à l’examen
entre lame et lamelle, je trouve de rares trypanosomes sans flagelle
libre que j'identifie à T. dimorphon: Les trypanosomes sont si rares
que je 11e peux les retrouver sur frottis colorés. Un rat de 120 g. et un
cobaye de 400 g. sont inoculés le 21 septembre avec plusieurs gouttes
de sang prises à l'oreille de la génisse. Trois mois après , le cobaye
ne s'est pas infecté. Le rat, dont l’état de santé est excellent et dont
l’engraissement se fait comme normalement, na montré de très rares
trypanosomes dans le sang qu'à deux reprises différentes , 21 et 81 j.
après l’inoculation. Le reste du temps, les examens du sang ont été
négatifs.
T. dimorphon , dans certaines conditions naturelles, est donc
susceptible d’infecter d’emblée le rat, tout en n'ayant pour cet
animal aucune action pathogène. Chez ces sortes de virus, il y
pour ainsi dire, dissociation du pouvoir infectieux et du pouvoir
pathogène.
(1) Je répète que cette génisse provient du Baoulé-Nord. Propriétaire, Tanon
Y ao u ; Village, Auko ; tribu, Drénoi.
62
1)1 LLETIX DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
C. — Exemple de T. dimorphon inoculable d’emblée
AU RAT ET AU COBAYE.
Expérience 7 : Le 30 juillet 1913, j’examine un troupeau de 22 bœufs
appartenant à Baba Sango. Les bœufs viennent de Safané (à côté de
Bobodioulasso), par la route de Koroko. L’un de ces bœufs présente
dans le sang d’assez nombreux trypanosomes, sans flagelle libre ou
avec un flagelle très réduit, mobiles sur place ou avec des mouve¬
ments de translation très peu accentués. Après l'examen du sang pra¬
tiqué entre lame et lamelle et sur frottis colorés, j’identifie ce virus à
T. dimorphon. L'injeciiondu bœuf, à /’ examen microscopique , parait
simple et due seulement à T. dimorphon. J'inocule plusieurs gouttes de
sang de cet animal à deux rats, à deux cobayes, et à une chèvre, celle-
ci étant au préalable reconnue indemne de trypanosomiase par inocu¬
lation de 3 cm3 de sang à un rat blanc.
Cj
Les rats et un cobaye seulement s'infectent. L'infection présentée
par ces animaux est double et due à la fois à T. dimorphon et «à
T. Pecaudi.
La chèvre, soit par immunité acquise , soit par immunité naturelle ,
présente une infection simple due à T. dimorphon seulemcnl. Un rat
blanc, 5 rats gris des champs ( Arvicanlhis sp.), 2 cobayes sont inocu¬
lés sur cette chèvre soit directement, soit après un passage par rat.
Tous ces animaux s’infectent abondamment.
• - < /
Pour rendre plus claire notre pensée, nous la donnons sous
forme de tableau :
Bœuf du troupeau de Baba Sango. souche du virus. Infecté à la fois
par T. dimorphon et T. Pecaudi. A l’examen direct du sang, on ne
reconnaît que T. dimorphon. Sur ce bœuf, sont inoculés :
Deux rats blancs qui
présentent une infec¬
tion double causée
par T. Pecaudi et par
T. dimorphon. Morts
survenues sans crise
trypanolytique, avec
de très nombreux try¬
panosomes dans le
sang, au bout de 17
et de 24 jours.
Une chèvre (16 k ), qui
contracte une infec¬
tion simple causée par
T. dimorphon seule¬
ment. Encore en in¬
fection plus de 3 m 1/2
après l’inoculation.
Sur cette chèvre, dès
le début de l’infection
par T. dimorphon,
est inoculé
Deux cobayes adultes.
Un seul cobaye s’in¬
fecte. Infection dou¬
ble causée par T. di¬
morphon et T. Pecau¬
di. Mort survenue,
sans crise trypanolv-
tique, avec de très
nombreux trypanoso¬
mes dans le sang, au
bout de 28 jours.
T
Un rat blanc , qui contracte une infection simple due à T. dimorphon
seulement. Mort survenue en iq jours, avec de très nombreux trypa¬
nosomes dans le sang. Pas de crise trypanolytique. Sur ce rat sont
inoculés :
Cinq rats pris des champs , Arvican-
this sp. Ces 5 rats s’infectent sé¬
vèrement. Morts survenues avec
de très nombreux trypanosomes
dans le sang, sans crise trypanoly¬
tique, au bout de 10, 12, 13, 14 et
1 5 jours.
Deux cobayes. Les deux cobayes
s’infectent. Infection sévère. Morts
survenues avec de très nombreux
trypanosomes dans le sang en 12
et 21 jours.
Séance du 14 Janvier 1914
03
11 résulte de ces expériences, que ce T. dimorphon s’est montré
ci’emblee susceptible non seulement d’infecter le rat et le cobaye,
mais encore de déterminer chez ces animaux une infection sévère
suivie de mort à brève échéance.
Je n’ai pas cru devoir établir des différences spécifiques entre
trypanosomes sans flagelle libre directement inoculables au rat
et au cobaye, et trypanosomes sans flagelle libre pour lesquels
ces rongeurs présentent une immunité naturelle des plus com¬
plètes : entre les nus et les autres , il n' existe aucune différence
morp h o logiqu e esse nlielle.
Je montrerai en outre, dans une publication prochaine, qu’il
m’a été possible de rendre inoculable au rat le virus de l’expé¬
rience 4 pour lequel cet animal paraissait avoir au début une
immunité naturelle quasi absolue. Ce qui prouve, une fois de plus,
qu’on ne doit affirmer l’immunité naturelle d’une espèce animale
pour un virus donné qu’après s’être minutieusement entouré des
plus grandes précautions expérimentales.
En réalité, il m’apparaît de plus en plus qu’il existe dans la
nature, toutes faites, à la suite de conditions déterminantes que
nous ne connaissons que très imparfaitement encore, des races
de T. dimorphon. Ces races se différencieraient entre elles juste¬
ment par la plus ou moins grande sensibilité de différentes
espèces animales à leur égard. Il doit cependant être possible de
prouver leur étroite parenté par des expériences d’immunité
croisée.
(Travail du Laboratoire de Bouaké , Côte d’ivoire).
Etat des méninges et injections intra-rachidiennes
de néosalvarsan dans la trypanosomiase humaine
Par F. HECKENROTH et M. BLANCHARD.
Au cours d’essais thérapeutiques divers dans la maladie du
sommeil, nous avons parfois remarqué qu’une ou deux injec¬
tions intra-veineuses de salvarsan et de néosalvarsan, déterminant
chez certains malades une stérilisation définitive du sang, n’em¬
pêchent cependant pas révolution plus ou moins lente, mais
64
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
4
fatale de la maladie. Il s’agit toujours d’individus dont le liquide
céphalo-rachidien présente une forte lymphocytose et contient
des trypanosomes sur lesquels le médicament n’a aucune action.
Cette observation nous a amenés à faire les remarques sui¬
vantes sur l’état des méninges des trypanosomés au point de vue
de leur perméabilité et sur les injections intra-rachidiennes de
néosalvarsan.
1. — Etat des méninges au point de vue de la perméabilité .
On admet qu’à l’état normal, les méninges sont imperméables
de dehors en dedans et plusieurs travaux ont montré que cette
propriété disparaît lorsque ces enveloppes sont lésées par diverses
infections. C’est ainsi que W. Mestrezat et GaÙjoux (i) ont
constaté la perméabilité des méninges aux nitrates dans la ménin¬
gite tuberculeuse. Le passage des hémolysines du sérum dans le
liquide céphalo-rachidien au cours de la paralysie générale pro¬
gressive, a été noté par Weil et IvOFKA (2) et l’on sait combien
sont comparables à plusieurs points de vue les lésions déve¬
loppées par les parasites de la syphilis et de la trypanosomiase.
Dans la trvpanosomiase, meme dès le début, les méninges
sont en état de réaction comme le montre la lymphocytose du
liquide céphalo-rachidien, et les lésions de méningite qu'on ren¬
contre à l’autopsie constituent la principale et souvent l’unique
manifestation macroscopique de cette maladie. Ces lésions ne
déterminent cependant pas la perméabilité de ces enveloppes à
divers médicaments et aux hémolysines anti-mouton normalement
contenues dans le sérum humain. Nous l’avons constaté de la
façon suivante :
i° Imperméabilité à Vio dure de potassium. — Trente-sept ma¬
lades, dont 9 en bon état, 22 en état médiocre, 6 en très mauvais
état, ont absorbé par la bouche 2 g. d’iodure par jour* pendant
cinq jours. Le sixième jour, ponction lombaire de 10 à 12 cm3.
La recherche de l’iode dans le liquide céphalo-rachidien a été
négative dans tous les cas.
20 Im perméabilité à Vatoxyl, à V émétique et au salvarsan,
constatée en employant la souris comme réactif biologique (3). -
.*..*«* * ", • * . •
■ fi) C. R. Soc. Biol., T. -LXVf; mars, avril k)oq.
(2) 1 Vieil, klin. Woch., mars 191 j, p. 33^.
(3) Procédé de Saumon et Browne pour la recherche du néosa1var=an dans
burine, C. R. Soc. Biol., 19'octobrè 1912.
Séance du 14 Janvier 1914
05
Ce procédé n’a évidemment pas la précision d’une analyse chi¬
mique, il ne peut déceler de très faibles doses, mais il a l’avan¬
tage de montrer la présence ou l’absence du médicament à dose
thérapeutique (i).
Nous nous sommes d’aborcl assurés que le liquide céphalo¬
rachidien de ces malades ne contenait pas les anticorps protec¬
teurs qui existent dans leur sérum : non protection de la souris
par i cm1 2 3 4 de liquide céphalo-rachidien de ces malades contre la
dose étalon de Laveran et Mesnil (2). Les médicaments ont été
ensuite donnés de la façon suivante. Pour l’atoxyl, quatre mala¬
des ont reçu chacun deux injections de 1 g. par injection 48 et
24 heures avant la ponction lombaire. Pour l’émétique, deux
malades ont reçu 0,10 chaque jour pendant quatorze jours et deux
autres 0,10 pendant trois jours jusqu’à la veille de la ponction
lombaire. Pour le salvarsan, quatre malades ont reçu deux doses
de 0,60 chaque, l’une 48 et l’autre 24 heures avant la ponction
lombaire.
Un cm3 de liquide céphalo-rachidien de chacun de ces malades
a été ensuite mélangé à la dose étalon de virus (3) et laissé en
contact pendant un quart d’heure à la température du laboratoire
avant d’être injecté sous la peau d’une souris. Les douze souris
ainsi traitées se sont infectées et sont mortes en même temps que
le témoin ; la marche de l’infection n’a été en rien modifiée. Avant
d’injecter le mélange liquide céphalo-rachidien 4- virus, nous
avons constaté que les parasites n’avaient subi aucune modifica¬
tion morphologique, ils étaient aussi mobiles que ceux contenus
dans la simple dilution de virus. Cette absence d’action trvpa-
nocide est surtout intéressante annoter avec le liquide céphalo¬
rachidien des malades traités à l’émétique. On sait en effet que
ce médicament tue les trypanosomes in vitro à des dilutions
extrêmement étendues, jusqu’à 1/500.000 (4), il est donc certain
que les liquides céphalo-rachidiens examinés, n’en contenaient
pas.
Tl convient enfin d’ajouter que le liquide céphalo-rachidien de
quatre de ces malades, dont trois traités au salvarsan et un à
(1) Sicard et Bloch ont trouvé, après une injection de 0.50 de salvarsan,
2 à ^ milligrammes d’arsenic par litre de liquide céphalorachidien. — Résul¬
tat cité dans la Miinch. inedi 7. Wochenschrift du 23 juillet 1912.
(2) Laveran et Mesnil. Trypanosomes et trypanosomiases, page 142.
(3) Virus I Gy. Bull. Soc. Path. exot., t. V, 1912, p. 575.
(4) Broden et Rodiiain. Kapp. sur les trav. du Labo, de Léopoldville, 1908.
5
66 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’émétique, contenait des trypanosomes vivants au moment où il
a été recueilli pour ces expériences. Ces parasites ne peuvent être
une cause d’erreur dans la recherche de la protection, car l’infec¬
tion qu’ils pourraient déterminer chez la souris est cPune mar¬
che entièrement différente de celle que produit le virus gam-
biense Gy , bien adapté à cette espèce animale.
3° Imperméabilité aux hémolysines antimouton normales du
sérum et au complément. — Nous avons examiné à .ce point de
vue le liquide céphalo-rachidien de 17 malades à diverses périodes
de la maladie et dont le sérum à la dose de 1/10 de cc. détermi¬
nait l’hémolyse complète de 1/10 de cc. de la dilution de glo¬
bules de mouton à 5/100. Le liquide céphalo-rachidien recueilli
ne doit pas contenir de traces de sang ; on s’en assure facilement
par l’examen microscopique.
Dans une première expérience, nous avons constaté que le
liquide céphalo-rachidien très frais de chacun de ces malades,
aux doses de 1/10 et jusqu'à 1 cc., n’ hémolyse pas cette même dose
de 1/10 de globules après une demi-heure de contact à l'étuve
à 37°. Nous avons ensuite ajouté à 1/10, puis à 1 cc. de liquide
céphalo-rachidien, 1/10 de cc. de complément de cobaye dilué au
cinquième, puis 1/10 de cc. de globules à 5/100 : pas d’hémolyse
après une demi-heure d’étuve, donc pas d’ambocepteur hémoly¬
tique. Enfin l’absence de complément a été mise en évidence en
constatant le manque d’hémolyse dans le mélange suivant : i/ro
de cc. liquide céphalo-rachidien-}- 1/10 d’ambocepteur antimouton
titré H- 1 / 1 o de globules à 5/100.
II. — Injections inir a-rachidienne s de nèosalvarsan .
Le traitement des formes avancées de la maladie du sommeil
par les injections intra-rachidiennes de médicaments divers a été
essayé par plusieurs auteurs avec un complet insuccès. Ayres
Kopke (1) en particulier a constaté que le salvarsan et le néosal-
varsan donnés par voie rachidienne à la dose de 6 cm3 d’une solu¬
tion à 6/1000 sont inefficaces et occasionnent même des paralysies
de la vessie, des vomissements et la mort.
Malgré ces essais peu encourageants, nous avons tenu à faire
quelques injections intra-rachidiennes de nèosalvarsan à quelques
malades en très mauvais état et depuis longtemps traités, afin
(1) Congrès internat, des sciences médic. Londres, août 1913.
/
Séance du 14 Janvier 1914 67
d’observer si l’inactivité de ce médicament, donné par voie vei¬
neuse, se rattachait, soit à l’imperméabilité aux doses thérapeu¬
tiques, que nous avions constatée, soit à une résistance spéciale
au médicament des parasites du liquide céphalo-rachidien. Il était
en effet possible d’admettre que les trypanosomes contenus dans
l’axe cérébro-spinal étaient soumis, par le fait d’une imperméa¬
bilité méningée relative, c’est-à-dire indécelable par notre réactif,
à l’action prolongée de très faibles doses de médicament et deve¬
naient ainsi résistants (i) aux doses thérapeutiques de ce même
médicament. Cette constatation d’une imperméabilité relative a
été faite dans la syphilis par Wechselmann (2) qui a vu qu’une
très faible dose de néosalvarsan donné par voie intra-veineuse,
peut pénétrer dans la liquide céphalo-rachidien, mais qu’elle est
insuffisante pour tuer les tréponèmes.
Nous avons donc injecté par ponction lombaire, à neuf mala¬
des, des doses de néosalvarsan, variant de 1 cg. 3 à 2 cg., dissous
dans 3 cc. d’eau distillée stérilisée. Avant de pousser l’injection,
on laissait écouler 10 cm1 2 3 de liquide céphalo-rachidien qui était
centrifugé et examiné : il présentait chez tous ces malades une
lymphocytose considérable et contenait des trypanosomes en plus
ou moins grande abondance.
Une seconde ponction lombaire a été faite huit jours après
l’injection. Dans tous les cas le liquide recueilli ne contenait
plus de parasites et, fait intéressant, la lymphocytose avait entiè¬
rement disparu. Cette disparition de la lymphocytose était si
manifeste qu’elle était même visible macroscopiquement. Le
liquide céphalo-rachidien de la première ponction avait en effet
abandonné par centrifugation ujne couche épaisse de leucocytes,
tandis qu’après l’injection, il n’y avait plus de culot visible au
fond du tube à centrifugation.
Ces résultats se maintiennent depuis cinq mois chez un de nos
malades; pour les autres la date de l’injection est trop récente
ou la survie a été insuffisante pour qu’il soit possible de juger.
Mais si nous avons constaté que les injections intra-rachidiennes
de néosalvarsan étaient bien supportées, sans jamais occasionner
les accidents signalés par Ayres Kopke (3), nous devons dire
— •
(1) Races résistante^ aux médicaments. Laveran et Mesnil, p. 21 1 du
traité « Trypanosomes et trynanosomîasec ».
(2) Deutsche medi^inische Wochenschrift, ic,‘ août 1912.
(3) Wechselmann avait déjà constaté « qu’on pouvait injecter le néosalvar-
08
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
qu’elles n’ont pas été suivies d’une amélioration notable dans
l’état général. Il s’agissait,' il est vrai, de malades en très mau¬
vais état. Ouatre d’entre eux sont morts sans modifications des
' s-**/
symptômes de quinze jours à un mois après l’injection ; un a pris
la fuite et n’a pas été revu; les quatre survivants ont été passa¬
gèrement améliorés (reprise de la marche et d’une légère activité
physique), mais ils continuent à décliner et à présenter, soit des
troubles mentaux, soit des périodes de sommeil invincible comme
auparavant.
*
»
* *
Ces faits peuvent expliquer les insuccès thérapeutiques qu’on
observe, quel que soit le médicament employé, chez les malades
indigènes dont les centres nerveux sont infectés, même si l’état
général n’est pas trop atteint au moment où le traitement est com¬
mencé. En effet, l’examen des observations de nombreux mala¬
des, traités à l’Institut Pasteur de Brazzaville depuis plusieurs
années, nous a montré qu’aucune guérison ne s’est produite dans
les cas de cette catégorie. * -, 1
Les réactions méningées au cours de la trypanosomiase chez
l’Européen doivent être différentes de celles que nous avons
observées chez l’indigène, puisque L. Martin (i) a constaté de
la perméabilité méningée chez plusieurs malades dont les trypa¬
nosomes du liquide céphalo-rachidien ont été influencés par des
injections sous-cutanées d’atoxyl. , ?
: L’insuccès des injections intra-rachidiennes de néosalvarsan
montre enfin qu’à partir d’une certaine période les lésions mé¬
ningées sont irrémédiables, malgré un traitement capable de
stériliser le liquide céphalo-rachidien et de faire disparaître la
lymphocytose, indice de l’infection des centres nerveux.
( Travail de V Institut Pasteur de Brazzaville).
M. Louis Martin. — MM. Heckenroth et Blanchard rap-
w , A 1 ■ * •• ■* A •* \ V
pellent que nous avons signalé la perméabilité des méninges aux
médicaments. Nous avons dit, en effet, que très souvent on trou-
t
san dans le sac lombaire sans le moindre inconvénient et cme ce. médicament
n’est ni neurotrooe, ni neurotoxique » (Deutsche medi f. lUoc/z. du u»’ août
1912).
■ (1) Annales de V Inst. Pasteur . t. XXL p. r c> 2 .
A
Séance du 14 Janvier 1914
m
vait de l’albumine dans le liquide céphalorachidien contenant des
trypanosomes, que dès lors les méninges étaient lésées et par
suite pouvaient être perméables.
Mais ce qui nous permet d’affirmer cette perméabilité, c’est
que des malades qui ont eu des accidents cérébraux (somnolence)
ont guéri et sont bien portants depuis plus de 5 ans.
11 y a croyons-nous une grande différence entre nos malades
blancs et les malades noirs de MM. Heckenroth et Blanchard.
Les Blancs sont suivis et traités pendant des mois et des années
et ils sont soumis à un traitement très prolongé, seul suffisant
pour guérir les malades, qui ont des trypanosomes dans le liquide
céphalo-rachidien. Je ne crois pas qu’il soit possible de suivre
les Nègres pendant un temps très long et, par suite, il est difficile
d’étudier chez eux les faits que nous avons observés chez les
Blancs.
M. RlNGENBACH. — Avec le Dr Gustave MARTIN, nous avions déjà
remarqué à Brazzaville, dans les cas avancés de maladie du
sommeil où le liquide céphalo-rachidien présentait une lymphocy¬
tose nette et des trypanosomes, que ce liquide, alors qu’il était
souvent modifié (diminution de la lymphocytose et disparition des
trypanosomes) à la suite d’un traitement par injections sous-cuta¬
nées d’atoxvl, n’était nullement amélioré par des séries d’injec¬
tions intraveineuses d’émétique de potasse en solution physiolo¬
gique : ces séries comprenaient 10 injections de o g. 10, à rai¬
son d’une injection par jour. Aussi, en 1909, eûmes-nous l’idée
de rechercher s’il était possible de traiter ces formes de trypano¬
somiase concurremment avec des injections intraveineuses d’émé¬
tique de potasse, par des injections sous-arachnoïdiennes de ce
médicament, en remplaçant 10 cm3 de liquide céphalo-rachidien re¬
tiré par ponction lombaire (et qui était centrifugé et examiné) par
2 ou 3 cm3 d’une solution physiologique d’émétique de potasse à
4 00/00.
Notre premier essai fut fait sur un cas très avancé, à pro¬
nostic fatal. Le résultat fut analogue à ceux obtenus plus tard par
KOPKE, chez les malades qu’il a traités de la même façon avec du
salvarsan et du néosalvarsan : l’injection fut suivie de vomisse¬
ments, de manifestations épileptiformes, de paraplégie des mem¬
bres inférieurs, de coma et de mort. Devant ce résultat, nous re¬
nonçâmes à faire une seconde tentative.
«
70 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
»
»
d ■ . . , . # ;
Existence d’une Filaire et d’une Microfilaire
chez le Caméléon de Madagascar
Par F.-W. SULDEY.
Des Filaires et surtout des Microfilaires ont déjà été .signalées
chez un assez grand nombre d’espèces de Reptiles.
Examinant au microscope le sang d’un Caméléon à l’Hôpital
de Diégo-Suarez, il nous fut donné d’y constater la présence d’une
Microfilaire.
Cette Microfilaire présente approximativement les caractères
suivants : gaine très développée, longue, non striée, facilement
colorable, à l’intérieur de laquelle l’embryon se déplace avec
agilité ; mouvements de reptation onduleuse très rapide à l’état
frais; ondulations très larges et régulières; dimensions attei¬
gnant sur les préparations desséchées environ 8-10 y de large
sur 120 à 150 y de long; noyaux embryonnaires assez volumi¬
neux. Nous n’avons pas pu étudier avec profit la répartition des
taches embryonnaires.
Il est facile de suivre l’évolution de la microfilaire depuis
l’ovaire et l’œuf chez la Filaire et d’observer les différents stades
de la division et de la répartition de la chromatine.
Ayant recherché la Filaire, nous l’avons découverte, en effet,
dans le tissu cellulaire sous-cutané du cou de l’animal. De colora¬
tion jaunâtre, d’aspect transparent, elle atteint des dimensions
notables, 2 mm. en largeur sur 3 à 12 cm. de longueur. Nous
n’avons pas pu différencier les formes mâles des formes femelles.
En brisant l’utérus d’une Filaire sur lame, on est étonné de voir
à quel point il est gonflé d’embryons en quantité colossale.
Sur une trentaine de Caméléons examinés par nous, 25 présen¬
taient des filaires et des microfilaires pouvant être constatées
directement et facilement sur frottis ; 2 présentant une ou deux
filaires sous-cutanées offraient un sang dépourvu de microfilaires
à l’examen sur frottis.
Ce sont surtout les Caméléons adutes qui sont infectés, et cela
d’autant plus qu’ils sont plus âgés. Si chez les jeunes l’examen
du sang est parfois négatif, il n’en est pas de même chez les vieux
individus : chez ces derniers les microfilaires peuvent exister
Séance du li Janvier 1914
71
en quantité considérable dans le système sanguin (plus de 50 par
champ, Obj. 2, Ocul. 6). Par suite de ce parasitisme exagéré, le
sang change d’aspect, devient noirâtre, fluide et s’étale mal sur
la lame; le frottis alors fait au niveau de n’importe quel organe,
même peu vasculaire comme les corps jaunes, donne immédiate¬
ment de nombreuses microfilaires. L’organisme de ces malheur
reuses bêtes est à ce point infesté qu’on se demande si elies ne
meurent pas finalement de microfilariose.
Quant à la Filaire, on la découvre facilement sous la peau du
cou, et on la reconnaît immédiatement à sa coloration jaunâtre :
le plus souvent il existe dans cette région de 2 à 3 jusqu’à 20 ou
25 Pilaires pelotonnées et enroulées dans le tissu cellulaire. Aussi
le moyen le plus sûr pour savoir si un Caméléon est infecté
est-il de rechercher la Filaire, laquelle n’existe pas ailleurs qu’à
la région cervicale.
Les moyens dont nous disposons ne nous permettent malheu¬
reusement pas une étude plus approfondie de la question, et
notamment celle du mode de contagion, aussi reprendrons-nous
ce sujet d’une façon plus détaillée, si nous en avons l’occasion (1).
O
Helminthiase intestinale de la Guadeloupe
Par M arcel LEGER et Ch. SAUVET.
Profitant de l’arrivée à Marseille des recrues originaires de la
Guadeloupe, nous avons estimé qu’il était intéressant et utile de
pratiquer systématiquement l’examen de leurs selles, de manière
à avoir une idée de l’index helminthologique de notre colonie
antillaise.
Le seul document microbiologique que l’on possède sur le para¬
sitisme intestinal dans 1 ’ Ile a été apporté ici même, il y a 6 mois.
Stévenel (i), envoyé en mission temporaire à la Guadeloupe, eut
l’occasion d’examiner les matières fécales des fonctionnaires
créoles ou de leur famille, venus le consulter pour des affections
diverses.
ü) Les F.iiaires adultes, conservées dans la glycérine, ont été remises, pour
détermination, à MM. Railliet et Heney.
(2) C. Stevenel. Quelques observations et examens microbiologiques faits
à Pointe à Pitre, Bull. Soc. Path. exotique. «0:3, t. VI, p. 356.
72
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Il a trouvé 28 fois des trichocéphales, 17 fois des ascaris, 9 fois
des ankylostomes, 2 fois des anguillules. Dans 18 cas, les exa¬
mens ont été négatifs.
L’auteur n’indique pas le nombre total des sujets étudiés.
Comme d’autre part, il est inadmissible d’admettre que chaque
individu n’était parasité que par une seule sorte de nématodes,
nous sommes renseignés par Stévenel sur la fréquence relative
des divers helminthes, sans être fixés sur le degré exact d’infesta¬
tion des Guadeloupéens.
Nos statistiques portent sur l’examen des selles de 158 soldats,
récemment incorporés.
156 de ces jeunes gens, soit une proportion de 98,7 %, hébergent
des parasites intestinaux : Ascaris, Trichocéphales, Ankylos¬
tomes.
Nous n’avons examiné pour chacun d’eux qu'un seul échan¬
tillon des fèces, nous contentant de 3 préparations. Nos pourcen¬
tages, si élevés qu’ils soient, ne représentent donc que des chiffres
minima.
Chez 46 Guadeloupéens, les selles contiennent les œufs d’une
seule espèce de nématodes : Trichocéphale, 26; Ankylostome,
14; Ascaris, 6 fois.
75 possèdent un parasitisme intestinal double : Trichocé¬
phale -b Ankylostome = 53; Ascaris 4- Trichocéphale = 16;
Ascaris + Ankylostome 4- 6.
Les 3 nématodes coexistent chez les 33 autres.
Au total, chez les 158 sujets (dont 2 seulement ne sont pas
infectés), nous avons compté :
130 fois des œufs de Trichocéphale, soit 82,28 %;
108 fois des œufs d’Ankylostome, soit 68,35 % 1
67 fois des œufs d’ Ascaris, soit 42,40 %.
L’infestation totale est de 190 % (305 parasites pour 158 indi¬
vidus).
— Nous n’avons pas tenu compte dans nos pourcentages des
anguillules trouvées chez deux sujets.
Nous n’avons rencontré dans ‘les selles- n‘f œufs de Ténias ni
œufs d’oxyures. On ne peut conclure de là à l’absence, chez les
Guadeloupéens, de ces deux sortes d’helminthes, mais simple¬
ment à leur rareté. On sait, en effet, que les cucurbitins des ces-
todes sont souvent expulsés intacts, et que le diagnostic d’oxyu-
rose se fait plus souvent parla constatation du ver lui-même que
.par la présence des œufs dans les matières fécales.
Séance du 14 Janvier 1914
73
*
Bien qu’il ne nous ait pas été donné de recueillir des spécimens
-adultes, nous croyons cependant que les ankylostomes qu’hé¬
bergent les Guadeloupéens appartiennent à l’espèce Necator
americanus et non à l’espèce Ankylostomum duodencile. Nous
avons mensuré un grand nombre d’œufs, leurs dimensions varient
de 65 à 75 y pour la longueur, de 36 à 42 p. pour la largeur, se rap¬
portant par conséquent à celles de l’espèce américaine.
Les 158 sujets que nous avons examinés proviennent des diver¬
ses localités de la Guadeloupe. Notre colonie antillaise comprend
en réalité deux îles fort dissemblables, séparées par un bras
de mer large seulement de 30 à 120 mètres : l’une, dite Grande
Terre , plate et sablonneuse; l’autre appelée [Guadeloupe propre¬
ment dite , très accidentée et de nature volcanique. A la première
appartiennent 116, à la seconde 27 des 158 sujets examinés.; En
plus, la Guadeloupe comprend un certain nombre de petites Iles,'
qui en sont les dépendances : 15 de nos soldats sont originaires
de ces Iles secondaires. ‘ •-* ■' • : » r,
RÉPARTITION DES PARASITES SUIVANT LES LOCALITÉS
74
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le parasitisme intestinal, comme le montre le tableau précé¬
dent, est assez régulièrement distribué. Il n’v a pas prédo¬
minance marquée d’une espèce de nématode dans une des parties
constituant de la Guadeloupe» Les citadins de la Pointe-à-
Pitre ou du Moule hébergent des parasites en nombre aussi élevé
que les villageois des autres localités. C’est à Sainte-Anne, sur
la Côte méridionale de la Grande Terre, que la proportion des
ankylostomés est la plus forte : les 16 sujets examinés sont
infestés.
L’infestation parasitaire est plus intense à la Guadeloupe qu’à
la Martinique, l’Ile-sœur, la seconde des Antilles françaises. En
1909 et 1910, Noc (1) examina les selles de 225 créoles qui s’étaient
présentés pour troubles gastro-intestinaux au Dispensaire annexé
au laboratoire de bactériologie. Il trouva 100 porteurs d' Ascaris
lumbricoïdes (44 %), 86 porteurs de Trichocephalus dispar
(38 %), 83 porteurs de Necator américaines (36,8 %).
L’infestation totale des Martiniquais est donc de 1 19 ; celle des
Guadeloupéens n’est pas loin de 200 %. Cette dernière, sans attein¬
dre les chiffres de 226,16 %, trouvés par C. Mathis et M. Lé¬
ger (2) chez les Indigènes du Tonkin, se classe parmi les plus
fortes que l’on connaisse. Elle dépasse notamment celles indi¬
quées pour Porto-Rico par Ahsford, King et Gutierez (3)
(139,72 %), pour l’Annam par N. Bernard et Koun (4) (121,72 %),
pour la zone du canal de Panama par Darling (5) (111,30 %).
Un tel degré de parasitisme intestinal mérite l’attention. Nos
jeunes soldats créoles paraissent bien tolérer leurs hôtes intesti¬
naux. Mais l’helminthiase crée certainement un état de moindre
résistance propice aux infections. La morbidité considérable, voire
même la mortalité élevée, que l’on observe chez les recrues Gua¬
deloupéennes, peuvent être, en partie, attribuées à cette infesta¬
tion excessive.
Une autre question se pose. Ne peut-on craindre à la caserne,
où une hygiène scrupuleuse est impossible à appliquer, la conta¬
mination des recrues provenant d’autres régions de la France?
(1) F. Noc, Bull. Soc. Path. Ex., 1911, t. IV, p. 390.
(2) C. Mathis et M. Lecer. Bull. Soc. Path. Ex., 1909, t. II, p. 488 et
Recherches de Parasitologie et de Pathologie au Tonkin , 1911, Masson.
(3) Ahsford, King et Gutieres, Report of the Connu, of the Study of-
« Anœmia » in Porto-Rico, 1904.
G) N. Bernard et Koun. Bull. Soc. Path. Exotique, 1913, t. VI, p. 343.
(5) Darling. Bull. Soc. Path. Exotique , 1911, t. IV, p. 334.
Séance du 14 Janvier 1914
7 o
Le climat de Marseille est suffisamment chaud pendant l’été pour
permettre le développement des œufs d’ankylostomes. Même en
hiver, par une température de 6 à ro degrés centigrades, les œufs
(nous l’avons observé à plusieurs reprises) donnent naissance
aux larves mobiles en moins de 24 heures. Des mesures sérieuses
de prophylaxie devront être édictées par les médecins régimen¬
taires.
( Ecole cV application du Service de Santé
des Troupes Coloniales, Marseille).
Les porteurs de bilharzies (Schistosomum
Mansoni) à la Guadeloupe
Par Marcel LEGER.
Nous ne possédons encore que des données fort incomplètes
sur la Bilharzie à la Guadeloupe, et les seuls documents publiés
se rapportent à des sujets atteints de troubles dysentériques.
En 1906, à l’hôpital de Fort-de-France (Martinique), La-
hille (1) constata la présence d’œufs de Bilharzie à éperon latéral
dans les matières fécales de deux noirs, originaires de la Guade¬
loupe, en traitement pour dysenterie. Comme ces sujets résidaient
depuis un certain nombre de mois à la Martinique, il est impossi¬
ble de savoir si l’infestation s’est produite dans une ou l’autre des
deux colonies-sœurs. ■*
Le premier cas de Schistosomiase, contractée avec certitude à
la Guadeloupe, a fait l’objet d’un intéressant travail de C. Mathis
et Baujean (2), paru en 1910. L’infestation remontait à plus de
8 ans et le trématode révélait encore sa présence par des crises
pseudo-dysentériques très douloureuses.
Un second cas, mortel celui-là, de Bilharziose d’origine Guade¬
loupéenne a été rapporté par Courtois-Suffit, Gay et Jac-
(1) A. Lahille, Ann. Hyg. et Méd. Col., 1906, t. IX, page 262.
(2) C. Mathis et Baujean, Bull. Soc. méd. chirurg. de ITndochine , nno,
tome I, page 174.
70
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
qu et (i). Il a trait à un enfant de 12 ans, né pn France mais ayant
habité la colonie pendant 18 mois.
Stévenel (2), dans sa statistique des parasites décelés par
l’examen microscopique des selles, fait entrer le Schistosome.
Il a trouvé 7 sujets, qui en hébergeaient sur un nombre total, qu’il
ne fixe pas, mais qui est certainement bien inférieur à 100. Ces
sujets étaient des fonctionnaires créoles venus à la consultation de
l’hôpital militaire. Il n’est pas fait mention des troubles pré¬
sentés. L’auteur ne dit pas non plus si les œufs de Bilharzie
étaient à éperon latéral ou terminal.
Au cours de nos recherches sur l’Helminthiase intestinale chez
les soldats d’origine guadeloupéenne nouvellement incorporés à
Marseille, l’examen systématique des matières fécales nous a
permis de rencontrer des œufs de Schistosome, et nous avons été
amené à rechercher la proportion des sujets, en apparence sains,
hébergeant le trématode.
158 jeunes soldats ont été examinés. Chez 16 d’entre eux, nous
avons trouvé, des œufs de Bilharzie, soit une proportion de plus
de 10/100.
Ces militaires ne souffraient d’aucun trouble intestinal. Les
matières fécales étaient normales d’aspect et de consistance, sans
apparence de mucosités ou de sang.
Les œufs étaient généralement en nombre peu élevé, un ou
deux par préparation. Deux fois seulement ils étaient nombreux,
20 à 25 par préparation .
Tj s’agissait toujours de la forme Schistosomum Mansoni et non
de Schistosomum hœmatobium ou de Schistosomum japonicum.
L’œuf possédait, sur tous les spécimens, un éperon latéral.
Il importe de remarquer que l’éperon de Schistosomum Man¬
soni n’apparaît pas forcément sur le contour de la coque se déta¬
chant en pointe acérée de la périphérie. Suivant la position de
l’œuf dans les matières, l’épine peut être placée sur sa convexité
antérieure ou sa convexité postérieure. Dans le premier cas, elle
n’est pas visible quand on fixe le contour de la coque ; il est néces¬
saire de mettre au point pour la voir apparaître, et alors elle
semble détachée de> l’enveloppe, simplement superposée, avec
une obliquité et une largeur variables suivant l’angle d’inci¬
dence. Quand l’épine est sur la paroi postérieure, elle est très
difficile à voir, même quand on a soin de faire varier le point.
(r) Courtois-Suffit, Gay et Jacquet, Bull Soc. méd. Hôp. Paris , 16 mai
ïQUi.
(2) Stévenel, Bull. Soc. Path. Exotique , 1913, t. VI, page 363.
77
Séance du 14 Janvier 1914
A un -examen rapide, l’œuf de Schistomum Mansoni, dans
certaines conditions, semble donc ne pas posséder d’éperon, ou
posséder un court éperon polaire, une de ses extrémités étant plus
effilée que l’autre. On a là l’explication de bien des cas de dysen¬
terie bilharzienne dans lesquels on a décrit la présence simultanée
d’œufs à éperon latéral et d’œufs à éperon terminal ou sans
éperon.
Le pourcentage de îo des porteurs de Schistosomum Mansoni ,
relevé chez les Guadeloupéens, est certainement de beaucoup infé¬
rieur à la réalité. Il eût été nécessaire, pour se rapprocher de la
vérité, d’examiner à plusieurs reprises les selles d’un meme indi¬
vidu. De plus, nous nous sommes occupé uniquement de mili¬
taires âgés de 20 à 21 ans; une enquête similaire portant sur des
gens d’âge mûr et des vieillards décélérait assurément une pro¬
portion plus élevée d’infestés. Enfin, il est vraisemblable que,
chez certains individus, les œufs n’apparaissent dans les selles
que par intermittences, coïncidant avec des crises de pseudo¬
dysenterie. Le fait se produisait dans l’observation de C, Mathis
et Baujean. Nous l’avons également observé : un des noirs"; dont
les selles normales ne renfermaient qu’un nombre extrêmement
restreint d’œufs, présenta quelques jours plus tard une débâcle
intestinale ; dans les mucosités sanguinolentes, évacuées à ce
moment-là, les œufs du Schistosome étaient très nombreux.
Aucun des sujets porteurs de Bilharzie ne présentait de trou¬
bles vésicaux; aucun n’avait émis antérieurement des urines san¬
guinolentes.
Les différentes parties de la Guadeloupe sont infestées. Nous
avons trouvé des parasites chez des originaires de la Grande-
Terre (Pointe-à-Pitre, Gosier, Sainte-Anne, Saint-François, Anse
Bertrand, Port-Louis, Petit Canal, Morne à l’eau), de la Guade¬
loupe proprement dite (Baie Mahault), des Dépendances (Marie-
Galante). Ce sont les habitants de la ville de la Pointe-à-Pitre qui,
toutes proportions gardées, sont les plus parasités.
La Guadeloupe constitue donc un foyer important de Bilhar¬
ziose intestinale. On pouvait s’en douter puisque les îles voi¬
sines, anglaises ou françaises, du groupe des Antilles, ont été
reconnues infestées.
La Bilharziose intestinale a été, en effet, observée par Manson,
en 1903, chez un homme ayant vécu à Antigua. Gunn a signalé
des cas à Porto-Rico, Hqlcomb à Vièques.
78
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A la Martinique, Noc (i) a trouvé le Schistosomum Mansoni
37 fois sur 225 chez des sujets atteints de troubles gastro-intes¬
tinaux et a pu ainsi préciser l’origine des accidents constatés.
Dans un pensionnat où plusieurs élèves présentaient des symp¬
tômes dysentériques, 32 chez 45 enfants hébergeaient des Bilhar-
zies. Comme à la Guadeloupe, la Bilharziose de la Martinique
n’atteint jamais l’appareil génito-urinaire, et frappe aussi bien les
habitants des villes et des bourgs que ceux de la campagne.
*
* *
En résumé, la Guadeloupe constitue un foyer important de
Bilharziose intestinale : la forme, dont certains auteurs font l’es¬
pèce Schistosomum Mansoni , existe seule, à l’exclusion de Schis¬
tosomum hœmatobium et de Schistosomum japonicum.
Le dixième au moins de la population juvénile héberge le tré-
matode. Cette proportion élevée mérite qu’on y prête attention.
Certaines précautions devront être prises pour que les recrues
créoles ne contaminent pas à la caserne, durant l’été, le contin¬
gent fourni par la métropole.
( Ecole duplication du Service de Santé
des Troupes Coloniales , Marseille).
Sur les Helminthes de l'Eléphant d'Asie
1. Trématodes et Cestodes
Par A. RAILLIET, A. HENRY et J. BAUCHE.
En raison de l’importance croissante qui s’attache au rôle des
vers intestinaux dans la production des maladies, il est intéres¬
sant de dresser, pour chacune de nos espèces domestiques, la liste
aussi complète que possible des Helminthes qui la parasitent.
Dans un Mémoire publié en 1882 et demeuré fondamental (2),
Cobbolt) avait ainsi fixé l’état des connaissances concernant les
h) Noc, Bull Soc. Path. exotique , 1910, t. 1 1 1 , p. 26 et 1911, t. IV, p. 390.
(2) T. Sp. Cobbold, I he parasites of Klephants. Transcict. Linn. Soc. Lon¬
don. Zoology, vol. II, part. 4, march. (882, p. 223-258, pl. 23-24.
Séance du 14 Janvier 1914
79
parasites des Eléphants, connaissances qu’il avait du reste nota¬
blement contribué à étendre.
Depuis lors, de nouvelles espèces ont . été décrites, et l’un de
nous, au cours de deux autopsies d ’Elephas indiens effectuées à
Hué les io décembre 1910 et 9 janvier 1913, n’en a pas recueilli
moins de trois nouvelles, indépendamment de nombreuses formes
déjà connues. Aussi nous paraît-il nécessaire de dresser à nou¬
veau le catalogue des Helminthes de ce Proboscidien, en insis¬
tant bien entendu sur les types inédits. Ce travail fera l’objet de
plusieurs notes; la présente a trait exclusivement aux Trématodes
et aux Cestodes.
Trématodes.
Quatre espèces appartenant à ce groupe ont été signalées :
1. Fasciola Jacksoni Cobbold, 1869 ( Distomum Elephantis
Diesing, 1858, nom. nud. ; Fasciolopsis Jacksoni Looss, 1899).
— - Canaux biliaires et duodénum.
(Les mentions relatives à la présence de Fasciola hepatica chez
les Elephas sont douteuses).
2. Pseudodicus Hawkesi (Cobbold, 1875) ( Amphistoma Haw-
kesii Cobbold, 1875, non Piana et Stazzi, 1900; Pseudodiscus
Hawkesi Sonsino, 1895). — • Gros intestin.
3. W atsonius ornatus (Cobbold, 1882) ( Amphistoma ornatum
Cobbold, 1882; Pseudodiscus ornatus Sonsino, 1895; Amphis¬
toma Hawkesi Piana et Stazzi, 1900; Hawkesius Hawkesi
Stiles et Goldberger, 1910; W atsonius ornatus Railliet et
Henry, 1912). — Intestin.
Le gros intestin de l’Eléphant mort le 10 décembre 1910 nous
a fourni un assez grand nombre d’exemplaires de ce Trématode,
qui était déjà représenté dans les collections d’Alfort par une
cinquantaine de spécimens envoyés de Lahore, en 1903, par
Pease.
4. Pfenderius papillatus (Cobbold, 1882) ( Amphistoma papil-
latum Cobbold, 1882 ; Pfenderius papillatus Stiles et Goldber¬
ger, 1910). — Gros intestin.
Cestodes.
1. Echïnococcus veterinorum Rur)., 1810. — Bonvicini (i) a
fi) A. BovvrciNi : Mecroosia cli una elephantps?a. Cistî d’echinococco neî
fegato e nei polmoni. Bologne, 1897.
80
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
signalé, en 1S97, la présence d’Echinocoques dans le foie et les
poumons d’un Eléphant indien mort à Bologne. C’est jusqu’à
présent, croyons-nous, la seule observation se rapportant à un
Cestode.
2. Anoplocephala manubriata n. sp. — L’Eléphant autopsié
le 10 décembre 1910 nous a fourni deux exemplaires d’un Cestode
adulte dont voici la description :
Les deux spécimens — après conservation dans le formol — présen¬
tent les dimensions suivantes : le premier est long de 2 cm. 66 et large
de 1 cm. G ; le second, long de 1 cm. 5 et large de 1 cm. 2. Mais ces
Gestodes entiers sont accompagnés, dans le flacon où ils ont été re¬
cueillis, d’assez nombreux proglottis mûrs, soit isolés, soit réunis par
groupes de 3 ou 4. Or, parmi ces proglottis, il s’en trouve dont la lar¬
geur atteint jusqu’à 4 cm., ce qui permet d’admettre que la largeur du
ver doit être de beaucoup supérieure à celle que nous venons de men¬
tionner.
Le scolex forme une masse volumineuse, tétragone et déprimée d’a¬
vant en arrière fil mesure 6 mm. à 7 mm. dans le sens transversal et
5 mm. 5 à 6 mm. dans le sens dorso-ventral.
Il ne porte, bien entendu, ni rostre ni crochets et paraît constitué
uniquement par quatre grosses ventouses marquées à la surface de
stries parallèles, ventouses séparées les unes des autres par deux sii-
ions cruciaux, dont l’un, dorso-ventral, est plus accusé ; sur le plus
grand des spécimens, ce sillon se prolonge même su-' les deux faces
de la chaîne et s’y termine, après un trajet de 3 mm. environ, par une
petite fossette longitudinale.
Il n’existe pas de cou : un simple pli sépare le scolex de la chaîne.
Celle-ci augmente assez rapidement de largeur pour atteindre son
maximum à 1 cm. ou 1 cm. 5 du scolex. A ce niveau, elle présente une
sorte de ressaut latéral, plus marqué du côté gauche, et change brus¬
quement d’aspect : sa largeur est moindre, mais les anneaux sont plus
longs et moins épais.
Dans les deux exemplaires, la face ventrale de la chaîne est concave
et la face dorsale convexe ; mais peut-être s’agit-il là d’un phénomène
de rétraction dû au mode de conservation. L’épaisseur moyenne est de
2 mm. 5 à 3 mm.
Les segments sont d’abord très courts ; à 1 cm. du scolex, on en
compte encore cinq pour 1 mm. ; les derniers atteignent 600 à 800 g..
Comme on’ l’observe fréquemment dans le genre Anoplocephala , les
anneaux ne sont unis que par leur zone centrale, la périphérie repré¬
sentant une lame foliacée' qui recouvre en grande partie l’anneau sui¬
vant.
Aperçu de /’ organisation. — Du système aquifère, nous n’avons re¬
connu que deux troncs longitudinaux ventraux, réunis dans chaque
anneau par une lacune transversale postérieure, mais les lacunes des
anneaux successifs sont reliées entre elles par un système important
d’anastomoses longitudinales.
Les filets nerveux latéraux sont simples et très rapprochés des lacu¬
nes marginales, qu’ils suivent en. dehors.
Les organes génitaux sont tout à fait développés à deux centimètres
environ du scolex, mais à ce niveau l’utérus ne contient pas encore-
d’œufs.
Séance du 14 Janvier 1914
81
Fig. i. — Anoplocephala manubriata ; Or. 2.
Fig. 2. — Schéma de l’organisation de YAnopl. manubriata; Gr. 2
G
82
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les testicules, petits et très nombreux, sont répartis dans la région
dorsale de l'anneau sur presque toute sa largeur, la zone testiculaire
s’arrêtant à un millimètre cinq environ de chaque bord. Le spermiducte
parcourt toute la largeur de J’ anneau dans la zone testiculaire. En réa¬
lité, il existe deux spermiductes très inégaux qui s’abouchent à peu de
distance du bord poral ; de leur point de réunion part un spermiducte
impair qui aboutit à une vésicule terminale offrant plusieurs circonvo¬
lutions. La poche du cire, fusiforme, mesure 1.500 à 1.800 g de long
sur 250 à 280 g de large. Le canal éjaculateur, avant d’aboutir à l’ex¬
térieur, décrit une ou deux boucles.
Le pore génital, situé vers le tiers antérieur du bord gauche de cha¬
que anneau, présente la forme d’une petite capsule dirigée en avant.
Nous n'avons pas observé le pénis évaginé ; mais,, d’après la struc¬
ture de la paroi interne du canal éjaculateur, nous pouvons affirmer
qu'il est revêtu de cils.
Le germigène s’étend, autour du vitellogène, sur une largeur de
1.500 g environ et occupe sensiblement la région moyenne de l’anneau
dans sa moitié postérieure.
Le vagin offre sur son trajet un réceptacle séminal assez volumineux,
situé à 3 millimètres du bord poral.
L'utérus est encore vide dans les derniers anneaux de la chaîne ; il
est formé par un tronc transversal assez large offrant en avant et en
arrière des diverticules multiples.
Mais, sur les segments isoles et mûrs, cet organe n'est plus repré¬
senté que par une bande transversale de petites poches arrondies bour¬
rées d’œufs.
Ces œufs, à contour irrégulièrement circulaire ou vaguement penta¬
gonal, parfois même hexagonal, ont un diamètre de 70 à 80 g ; ils
contiennent un appareil pyriforme long de 50 à 55 g, renfermant lui-
même un embryon de 17 à 22 g.
Par l’ensemble de ses caractères, ce ver semble bien se rap¬
porter au genre Anoplocephala E. Blanch. ; cependant il pré¬
sente une particularité d’organisation qui tendrait à l’en éloigner.
11 s’agit de la situation des glandes génitales.
La diagnose du genre Anoplocephala comporte en effet :
« Glandes génitales dans le champ médian : testicules vers le
côté antiporal du segment, glandes femelles vers le côté poral ».
Or, dans le parasite de l’Eléphant, les testicules sont répartis à
peu près uniformément en avant et en arrière, à droite et à gau¬
che ; quant aux glandes femelles, leur situation est presque exac¬
tement marquée par la ligne médiane du segmfent.
On connaît déjà, du reste, une espèce qui possède ces mêmes
caractères : c’est V Anoplocephala spatula Linstow, 1901, de
Y Heterohyrax mossambica . Janicki s’est demandé toutefois si
cette forme n’appartiendrait pas au genre Inermicapsifer Jan.,
1910, qui appartient aux Linstowiinœ, c’est-à-dire aux Anoploce-
phalidæ dont l’utérus se résout en capsules ovifères.
Séance du 14 Janvier 1914
83
En ce qui concerne le Cestode de T Eléphant, et bien que nous
manquions des éléments de comparaison nécessaires, il ne nous
semble pas qu’on puisse le rattacher à ce genre, attendu que,
d’une part, il ne nous a pas montré les ventouses situées au fond
de poches musculeuses, et que, d’autre part, les cavités dans les¬
quelles sont amassés les œufs nous sont apparues comme de sim¬
ples renflements des diverticules utérins primitifs.
Nous croyons donc devoir le laisser provisoirement dans le
genre Anoplocephala , sous réserve de modifier quelque peu la
diagnose de ce groupe.
Et, en raison du rétrécissement postérieur de la chaîne, qui
donne à l’ensemble l’aspect d'une lancette pourvue d’un manche.,
nous proposons de le dénommer Anoplocephala manubriata n. sp.
Parasitisme chez les reptiles du Phlebotomus
minutus Rond. var. africanus Newstead
Par E. RO ü 13 AUD.
La variété africanus , du Phlebotomus minutus Rondani, ré¬
cemment distinguée par Newstead (i) est une petite forme de
Phlébotome caractérisée par les 2e et 4e articles des palpes plus
longs que ceux de l’espece type, et par la forme plus aiguë des
ailes à l’extrémité. Newstead mentionne cette nouvelle variété
comme provenant de régions diverses de l’Afrique tropicale :
Gold Coast, S. et N. Nigeria, Soudan Anglo-Egyptien, N. E. de
la Rhodesia, Nvasaland, etc. 'Je l’ai observée également à la
Basse Côte d’ivoire (Bingerville) (2) et viens de la retrouver tout
dernièrement au Sénégal, dans la région de Dakar (Station d’agri¬
culture de Hann). Il s’agit donc d’une race bien franchement
africaine dont la dispersion géographique est largement étendue
dans la zone tropicale, l’espèce type paraissant localisée dans la
région méditerranéenne et l’Inde, avec la variété niger d’Annan-
dale (3) pour cette région.
J’ai signalé récemment (4) un curieux cas de parasitisme sur
•
(1) Bull. of. Entomol. Research , vol. I J T . Héc. 1912, p. 361-365.
(2) Bull. Soc Path. Exot ., t. VI, no 2, 12 février 1913, p. 126-128.
(3) Rec. Ind. Mus. IV, 1911, p. 320.
(4) L. c:t.
84 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
un reptile, du Ph. minutus africanus à la Côte d’ivoire. A Bin-
gerville, j’ai observé pendant la nuit, un lézard ( Agama colo-
norum) endormi sur une charpente dans un endroit obscur, et
dont le corps était littéralement couvert d’une infinité de petits
Phlébotomes. Les uns (mâles) couraient avec agilité sur les
écailles de l’Agame, cherchant à s’accoupler, les autres (femel¬
les) immobiles se gorgeaient de sang en toute tranquillité. L’ab¬
domen des individus repus, distendu à éclater, figurait comme
des gouttelettes de sang perlant à la surface du corps du lézard.
Enfin, jalonnant les contours de ce dernier, des femelles en cours
de digestion recouvraient la charpente, formant comme une sorte
d’éclaboussement de sang tout autour de l’Agame.
Cette observation isolée pouvait paraître accidentelle. La sui¬
vante que j’ai pu faire ces mois derniers au Sénégal démontre
que le Phlebotomus minutus africanus est coutumier d’qn tel
genre de vie et doit être considéré comme un parasite particulier
des reptiles.
Le directeur de la Station forestière de Hann, près de Dakar,
conserve depuis longtemps en captivité un volumineux Python,
de l’espèce regius. Pendant cinq mois consécutifs, j’ai pu cons¬
tater la présence constante de très nombreux Phlébotomes appar¬
tenant exclusivement à l’espèce envisagée, sur le dos du serpent.
A chaque examen de l’animal, je pouvais voir les mâles et les
femelles parcourir avec agilité et dans tous les sens le corps de
l’hôte. Quand le reptile n’était pas inquiété, il se tenait au repos,
lové dans un coin de la cage : les Phlébotomes paraissaient vivre
à demeure sur lui, en ectoparasites typiques, s’accouplant, se
gorgeant de sang, ou digérant à loisir mais sans s’écarter. Ja¬
mais le serpent ne semblait être importuné par leur présence. Lors¬
qu’on obligeait le reptile à se déplacer dans sa cage, on voyait
les Phlébotomes se retirer momentanément dans les coins obscurs
de celle-ci pour reprendre, peu de temps après, leurs ébats habi¬
tuels sur le dos du Python redevenu immobile.
J’ai vainement recherché les larves dans les déjections accumu¬
lées au fond de la cage; il est cependant probable que le dévelop¬
pement se fait dans le voisinage de l’hôte. Je n’ai pas observé
non plus chez les femelles un développement quelconque d’héma¬
tozoaires provenant du sang du reptile.
Ce mode de parasitisme sur des reptiles h l’état de repos offre
pour l’espèce en question un caractère habituel des plus nets.
85
Séance du 14 Janvier 1914
Tout récemment d’ailleurs Howlett (i) vient de mettre en évi¬
dence un comportement analogue, pour l’espèce type Ph. minutas
dans l’Inde. Dans cette région le Ph. minutas vit d’une façon
courante aux dépens des Lacertiens tout particulièrement des
Geckos. Il existe une association constante entre ces reptiles et
les Phlébotomes à tel point que l’on peut considérer les premiers
comme les hôtes naturels des seconds. Il apparaît bien qu’une
telle adaptation parasitaire soit propre à l’espèce en question ou
ti ses variétés. Toutefois, il y aura lieu de rechercher des faits
analogues dans la biologie des autres espèces en particulier du
Ph. pappatasi. Peut-être la prophylaxie de la Fièvre méditerra¬
néenne, pourra-t-elle quelque jour tirer parti de ces indications
biologiques.
( i ) The I nd i ail Journal of méd. Research, vol. i, n° i, juillet 1913, p. 34-39-
86
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
* # 9 . * * i . * * • - 1
American journal of tropical diseases, t. I, nos 5, 6.
Annals of tropical medicine and parasitology , t. VII, n° 4.
Archiv für Sclüffs und Tropen-Hygiene, t. XVII, n° 24.
Briiish medical Journal , nos 2763 à 2767 du 13 décembre 1913
au 10 janvier 1914.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de V Indochine, t. IV,
nos 8, 9.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar,
t. VI, n° 2, 1912, t. VII, n° 1, 1913.
Bulletin agricole du Congo Belge , t. IV, n° 3, avec documents
pour le service de P agriculture et des colons.
Indicin journal of medical resecirch, t. I, n° 2.
Internationales centralblatt fur Tuberkulose-Forschung, t. VIII,
nos i, 2.
Journal of Royal-Army medical corps, t. XXI, n° 6, t. XXII.
n° 1 .
Journal of tropical medicine and hygiène, t. XVI, n° 24,
t. XVII, n° 1.
Memoirs of the départaient of agriculture in India, t. Il, n° 2.
Pediatria , t. XXI, n° 11.
s
Philippine journal of science, t. VIII, n° 5.
Proceedings of canal zone medical association, t. V, n° 1.
Revicw of applied entomology Agricultural Medical and Vete-
rinary .
Revue scientifique, 20, 27 décembre 1913, 3, 10 janvier 19T4.
Transactions of Society of tropical medicine and hygiène .
t. VII, n° 2.
Tunisie médicale, t. III, n° 11.
Séance du 14 Janvier 1914
87
VOLUMES ET BROCHURES.
H. W. Acton et R. Knowles. 3 brochures.
Annual report of the working of the public health department,
Malta, 1912-1913.
B. Nocht. Behandlung der vorwiegend fremdlandischen In-
fektionskrankheiten.
Transactions of the second congress of the far Eastern Asso¬
ciation of tropical medicine, Hongkong, 1912.
Ed. B. Vedder. Béribéri. 1 vol. de 427 pages.
88
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine.
American Society of Tropical Medicine.
Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archiv fiir Schiffs und Tropenhygiene .
Archivos de Hygiène e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protosoologique du Concilium bibliographicum.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands-Indië.
Indian Journal of medical research.
Internationales Centralblatt fiir die Gesamte Tuberhulose-
Forschung.
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galle du Sud.
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
(Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical veterinary bulletin.
Veterinaria e sootechnia.
Le Gérant : P. MASSON.
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RÉCOMPENSES
r Exposition Internationale d’Hygiène . PARIS 1904.
IDAILLES D’OU ) Exposition d’Agriculture Coloniale. . PAKIS 1905.
I Exposition Universelle . . . . MILAN 1900.
DAILLE D’ARGENT : Exposition Universelle . . . LIEGE 1905.
1RS CONCOURS, MEMBRE du JURY. BORDEAUX 1907. FRANCO BRITANNIQUE 190?.
’LOME D’HONNEUR et MÉDAILLE D'OR : Exposition Internationale BRUXELLES 1910.
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xi
PAGES
M., Leger. — Les Porteurs de bilharzies venant de la Guadeloupe . .
M. Leger et Ch. Sauvet. — Helminthiase de la Guadeloupe ....
A. Lignos — Troisième cas de guérison du Kala azar infantile observé
à Hydra . * .
A. Lignos. — Epoque d’apparition du Kala-azar à Hydra .
Louis Martin. - Etat des méninges et leur perméabilité. Discussion .
L. Nègre et F. Gauthier. — Etude microbiologique des conjonctivites
algériennes . . .
E. I'ringault. — Existence de la leishmaniose canine à Marseille . .
A. Railliet, A. Henry et J. Bauche. — Helminthes de l’éléphant d’Asie
1 Trématodes et Cestodes . . .
J. Ringenbach. — Emploi du vaccin sec aii Congo .
J. Ringenbach. — Emétique par voie sous-arachnoïdienne. Discussion .
E. Roubaud. — Parasitisme chez les reptiles du Phlebotomus minutus
a fric anus . . .
E. koubaud et A. Lafont. — Expériences de transmission des trypano¬
somes humains par le Stegomyia fasciata . ' .
E. W. Suldey. — Filaire et microfilaire chez le caméléon de Madagas¬
car . . .- . .
P. Wagon. — 2e cas de leishmaniose cutanée au Dahomey. Traitement
par l’arsénobenzol en lavements . . . . . .
Ouvrages reçus .
Liste des échanges . . : .
75
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 2
Séance du 1 1 février 1914
PAGES
CORRESPONDANCE
Présentation
Cardamatis. — Traité des fièvres palustres (en grec) 8q
COMM UNI CATION S
M. Blanchard. — Inoculations expérimentales de l’ulcère phagédénique
tropical . . y6
J. Brault. — Note à propos de l’énantiothamnose . po
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ture des médicaments en usage dans les établissements hospi¬
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PAGES
C. BrgOüeï. — - Paludisme et culicides au Petchili . no
E. Brumpt. — Reduvides de l’Amérique du Nord capables de transmet¬
tre le Tryp. Cruçi . 132
E. Brumpt. — Enantiothamnose. Discussion . gi
A. Carini et J. -J. Maciel. — Infections de toxoplasmose et de paralysie
bulbaire infectieuse par les muqueuses saines . 112
E. Conseil. — Le galyl et le ludyl dans le traitement de la fièvre récur¬
rente . .... 101
P. Delanoe. — Existence chez un saurien, Agama colonorum, d’une
filaire et d’une microfilaire sanguines . 121
R. Dumas. — Action de l’émétine sur la dysenterie bacillaire pure . . 140
H. Foley, C. Vialatte et R. Adde. — hxistence dans le Sud-Marocain
(Haut-Guir) du bouton d’Orient à l’état endémique . 1 1 4
A. Laveran. — Au sujet d’échantillons de liqueurs de traite . 136
J. Legendre. — Le paludisme à Tananarive . . . 103
M. Leger et R. Le Gallen. — Fréquence de Filaria Bancrofti chez
des guadeloupéens ne présentant ni éléphantiasis, ni accidents lym-
phangitiques ... 125
M. Marullaz. — Contribution à l’étude des trypanosomes d’oiseaux.
Deux espèces nouvelles . 115
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Art. ig. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt apres la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue :,i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression. '
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J9£4 -
N° 2.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU II FÉVRIER I914.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Correspondance
MM. Greig, nommé membre correspondant à la séance de
décembre, et Sacquépée, nommé membre titulaire à la séance de
janvier, adressent des remerciements à la Société.
Présentation
M. A. Laveran. — M. le Dr Cardamatis d’Athènes m’a chargé
de faire hommage à la Société de son Traité des fièvres falustres
qui a paru en 1909. Notre Collègue, ayant pris connaissance des
communications faites par MM. Rieux et A. Billet, me prie de
signaler spécialement les pages 526 à 530 de son Ouvrage relatives
au mode d’action de la quinine sur l’hématozoaire du paludisme.
7
90
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Note à propos de Ténantiothamnose
Par J. BRAULT.
Au mois de janvier 1911, j’ai observé sur la fesse gauche, chez
un Arabe, trois tumeurs saillantes, bien en ligne et ombiliquées,
rappelant un peu par leur configuration générale le « molluscum
contagiosum » ; elles étaient toutefois d’assez forte taille et avaient
environ le volume d’une petite cerise.
Des prélèvements pratiqués aseptiquement en plein tissu fermé,
en plein cœur de la tranche de la tumeur, après cautérisation, me
permirent d’isoler le parasite et donnèrent d’emblée, à l’état de
pureté, un champignon identique à celui que j’avais répéré dans
de nombreuses coupes de ces p seudo-molluscuni (1).
J’ai pu sur un nombre considérable de milieux, soit à l’étuve
à 370, soit en dehors d’elle, cultiver le microorganisme en ques¬
tion ; le bouillon présentait un voile; sur milieux solides, j’ai
obtenu des cultures grasses que j’ai décrites avec des détails, dans
lesquels je ne saurais entrer à nouveau aujourd’hui.
Car, en ce moment, je ne veux pas revenir sur l’étude histo-
bactériologique et expérimentale de cette mycose dont le cham¬
pignon a été classé par M. le Dr Pinoy, à qui j’ai envoyé des
cultures et des coupes montrant le champignon en place dans
les tissus.
Ainsi que je l’ai toujours écrit, dans mes cultures, le mycélium
cloisonné avait une largeur de deux y et un dixième ; la largeur
de ce même mycélium cloisonné, dans les coupes des tumeurs,
était de un y et quatre dixièmes en moyenne, et de deux n pour les
parties renflées.
Indépendamment du mycélium, j’ai signalé de petites sphérules
parfois très abondantes le long des filaments.
(1) Voir dessins in Bulletin de la Société de Chirurgie iqii, page 405. Lors
de ma première communication, cette dernière était d’ailleurs accompagnée
de coupes montrant le champignon dans les tissus, et de cultures.
Séance du 11 Février 1914
9t
J’insiste tout particulièrement sur ces mensurations (i), car c’est
le but unique de cette note. En effet, dans la deuxième édition de
son Précis de parasitologie M. Brumpt indique que j’ai décrit dans
les coupes « des filaments cloisonnés de un à quatre p de large,
présentant sur leur trajet ou à leur extrémité des renflements de
deux u » (2).
Il y a là une erreur de transcription, je tiens à dire que je n’ai
jamais parlé de semblables dimensions; ainsi que je viens de
l’expliquer tout à l’heure, ce n’est pas un à quatre p qu’il faut lire,
mais bien un n et quatre dixièmes (3).
M. Brumpt. — Je remercie M. Brault d’avoir bien voulu
signaler cette erreur de transcription dont je tiendrai compte dans
la prochaine édition de mon ouvrage.
A propos de la prophylaxie de la Lèpre
Les léproseries des îles Comores
Par Laurent MOREAU.
*
La lèpre est particulièrement florissante dans l’Archipel des
Comores. Chacune des îles qui le composent : Mayotte, Anjouan,
Mohéli, Grande Comore, a sa léproserie relativement isolée. Mal¬
gré que cet isolement réalise une importante mesure prophylacti¬
que, on se rend compte qu’il y a beaucoup, sinon tout à faire, tant
au point de vue des léproseries et des lépreux qui les habitent,
qu’à celui non moins intéressant de la surveillance sanitaire de
chaque île. Examiner, avec celle des îles, la situation particulière
des léproseries, montrer quelles difficultés soulève, en l’état
actuel, cette question de prophylaxie, rechercher jusqu’à quel point
peuvent être applicables, en ces pays trop abandonnés, les mesures
(1) Voir Bulletin de la Société de chirurgie, 1911, p. 405 et Annales de der¬
matologie, 1 9 1 1 , p. 595.
(2) Brumpt, Précis de parasitologie, 2e édition, p. 926.
(3) Pour tous les détails se reporter au Bulletin de la Société de chirurgie :
séances des 22 mars, 10 mai et 14 juin 1911 et aux Annales de dermatologie,
novembre 191 1.
92
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
édictées en 1909 par la Société de Pathologie exotique : tel est
le but de cette courte note.
i° Mayotte. — Mayotte, dont la capitale Dzaoudzi, s’isole sur
un rocher, envoie ses lépreux dans l’îlot de Dzambourou, situé
à plusieurs milles de distance. Il y a peu de chances pour que ces
malheureux s’échappent, mais cet éloignement est un obstacle
à la visite des léproseries. L’unique médecin de Mayotte, qui
réside à Dzaoudzi, n’a guère à sa disposition pour ses tournées
sanitaires qu’un simple canot à l’aviron tout à fait insuffisant
pour ces déplacements. Outre que le service médical est très chargé
tant à Dzaoudzi que sur la grande terre, où sont nécessaires des
visites aux colons et aux indigènes qu’ils engagent, le médecin ne
peut perdre deux journées entières à effectuer ce voyage, et ne se
rend que fort rarement à Dzambourou. Les lépreux sont donc, à
tous les points de vue, isolés.
Lorsque nous eûmes l’occasion de les voir, les lépreux de Dzam¬
bourou étaient au nombre de quarante-cinq. Nous n’en pûmes
compter qu’une vingtaine, car les autres, les plus gravement
atteints, avaient été relégués par leurs camarades eux-mêmes à
l’autrç extrémité de i’ile.
La colonie est sous les ordres d’un chef, chargé de transmettre
ses doléances à l’Administration. Elle a à sa disposition un certain
nombre de pirogues, au moyen desquelles les lépreux vont pêcher
le poisson, qui, avec le riz qu’envoie de loin en loin Dzaoudzi,
constitue la nourriture commune. Un puits leur fournit une eau
rare et saumâtre.
Les lésions observées ressortissaient à la lèpre mutilante (am¬
putations spontanées des extrémités) et plus rarement à la lèpre
tuberculeuse (lépromes nodulaires ou en nappe, masque léonin).
Des plaies, pansées avec des linges sordides, creusaient les chairs
atrophiées des membres.
Les femmes étaient assez nombreuses, mais nous n’avons pas
remarqué d’enfants.
20 Mohéli. — Les lépreux de Moliéli sont déportés dans l’île de
Djimadjini. Ils avaient été, pendant un certain temps, isolés sur
la presqu'île de Numa-Choa, mais ils communiquaient trop faci¬
lement, en l’absence de toute surveillance, avec les villages voi¬
sins. Lors de notre passage, nous en comptâmes seulement dix,
le onzième étant mort quelques jours auparavant. Ces lépreux
étaient mécontents de leur sort, et récriminaient vivement contre
Séance du 11 Février 1914
93
l’indifférence qu’on montrait à leur égard. Chaque île des Co¬
mores entretenant sa léproserie avec son propre budget, Mohéli,
à cause de sa moindre importance, ne pouvait lui sacrifier que
Surveillant indigène de la léproserie de Djimadjini (Mohéli)
huit cents francs par an. Deux balles de riz, un peu d’eau douce
#
étaient envoyés chaque mois. L’ile n’offrait aucune ressource :
les bananiers que l’on avait plantés avaient été arrachés par les
Pêcheur lépreux (lèpre mutilante' de l’île de Djimadjini.
lépreux, l’unique source avait été asséchée, au cours d’une violente
manifestation.
Le nombre des lépreux isolés était certainement très inférieur
à celui des lépreux avérés de Fîle. 11 n’v existe aucun médecin, et
»
*
94
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
les Européens, même à Fomboni, siège de l’Administration, y
sont très rares. C’est au cours seulement des tournées sanitaires
effectuées par le médecin d’Anjouan que les cas bien confirmés
sont dirigés sur la léproserie. Or ces tournées, fatalement irrégu¬
lières et souvent même impossibles, ne sont soumises à aucune
réglementation.
Nous avons noté à Djimadjini les mêmes lésions de lèpre muti¬
lante qu’à Dzambourou, auxquelles s’ajoutaient plus constamment
des infiltrations massives de la face.
Le nombre des hommes était égal à celui des femmes ; les uns et
les autres vivaient dans la plus absolue promiscuité.
3° Anjouan. — L’île des lépreux, située à plusieurs milles de
Mutsamudu, résidence du Sultan, donne asile à vingt-sept mala¬
des, que l’on ravitaille avec plus de régularité qu’ailleurs en vivres
et en eau douce. Chacun d’eux peut disposer journellement d’une
provision d’au moins quatre litres d’eau. Le médecin européen de
Mutsamudu les visite et leur donne ses soins de temps en temps.
. 4° Grande Comore. — Il n’y a plus ici de léproserie isolée sur
un îlot. On a utilisé, pour servir de refuge aux lépreux, le fond
d’un des nombreux cratères qui recouvrent l’île, près de Maroni.
L’isolement est ainsi loin d’être parfait, car les lépreux peuvent
communiquer avec les agglomérations voisines. Mais, d’autre
part, ils reçoivent des soins plus assidus du médecin de Moroni,
qui plus fréquemment peut se rendre auprès d’eux.
On voit, par ce bref exposé, qu’un seul point du programme
prophylactique : l’isolement, est observé bien incomplètement
d’ailleurs, aux Comores. Cette mesure est illusoire, si elle est
trop tardive. Ne sont envoyés aux léproseries que les cas très
avancés qui ont été décelés fortuitement ou qui ne donnent lieu à
aucun doute. Il ne faut pas laisser aux administrateurs, qui ont
pourtant seuls le droit de décréter l’isolement, le soin de découvrir
les indigènes suspects. Des inspections sanitaires fréquentes, telles
que celles préconisées par la Commission de la Société de Patho¬
logie exotique, sont absolument nécessaires pour une prophylaxie
vraiment efficace; il conviendrait d’examiner individuellement les
indigènes de chaque village, de rechercher systématiquement les
nodules lépreux, les taches achromiques, au besoin de pratiquer
des examens biopsiques. Le personnel médical actuel est insuffi¬
sant pour cette tâche; nous avons même indiqué que l’île de
Mohéli n’avait pas de médecin. Mstis rien m’empêcherait de dési-
95
Séance du 11 Février 1914
♦
A ê
gner pour ces inspections sanitaires, à défaut de praticiens plus
compétents, des médecins indigènes sortis de l’Ecole de Tananar
rive. On en a répandu un peu partout sur la côte et au centre de
Madagascar ; plusieurs d’entre eux ne seraient pas de trop aux
Comores, où, malgré que la pathologie ordinaire du pays soit
d’une remarquable luxuriance, certains devraient être les instru¬
ments exclusifs de la campagne anti-lépreuse. C’est dans les
léproseries des îles où le service médical est assuré, que les
lépreux sont le plus nombreux (Anjou an, Mayotte, Grande ‘-Co-
more). Ces médecins hovas auraient, en outre, une influence con¬
sidérable pour instruire, ainsi que le demandait la Commission
de la lèpre, les populations décimées par l’endémie. Ils les initie¬
raient, mieux que nous ne saurions le faire, aux dangers de la
promiscuité, de la malpropreté, à la nécessité de déclarer les cas
suspects, au lieu de les cacher pour leur éviter la léproserie. La
native insouciance de ces races est un obstacle que l’on ne pourra
vaincre que lentement. Isoler est bien, mais encore faut-il, chose
que l’on ne fait pas, mettre en observation les membres des
familles contaminées, détruire par le feu ou désinfecter avec grand
soin la case qu’elles occupaient. Pour ce qui est des léproseries,
il conviendrait de ne point les laisser dans un tel état d’abandon ;
si l’on ne peut y attacher à demeure un médecin ou un infirmier
malgache, qu’au moins on confie à leur chef une quantité suffi¬
sante de médicaments et de pansements pour préserver les plaies
de l’infection. Quant à l’isolement lui-même, il doit être absolu,
et il ne faut pas que sur la même île soient reléguées deux caté¬
gories différentes de malades en observation, des lépreux, par
exemple, et des fous, comme nous l’avons vu à Madagascar sur
1 ’ îlot Sakatia. Toute prophylaxie, qui se rend coupable de telles
défaillances, est obligatoirement vouée à la stérilité.
96
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Inoculations expérimentales de
l’ulcère phagédénique tropical
Par M. BLANCHARD.
L’association fuso-spirillaire, décrite par Vincent-Le Dantec,
est généralement admise comme cause de l’ulcère phagédénique
tropical, mais la pathogénie de cette affection est encore pleine
d’incertitude.
Pour Le Dantec (i), deux conditions paraissent indispensables
au développement du phagédénisme : l’existence d’une solution
de continuité de la peau et l’exposition de cette plaie aux souil¬
lures du sol humide. Toute éraillure des téguments, quelle que soit
la région où elle se produise, peut ainsi devenir le point de départ
d’un ulcère phagédénique. D’après de nombreux cas cliniques, il
admet la contagion directe malgré l’échec répété des inoculations
expérimentales.
Castellani (2), au contraire, conclut à la non contagion de la
maladie par contact direct. Il est probable, dit-il, qu’elle est trans¬
mise par un insecte ou un ver suceur de sang et il cite des cas.
d’ulcères observés à Ceylan à la suite de morsures de sang*sues.
Tous les auteurs sont d’accord pour admettre, dans l’éclosion
du phagédénisme, l’influence prédisposante d’un mauvais état
général quelle qu’en soit la cause : un climat chaud et humide,
la misère physiologique, la cachexie tuberculeuse (Vincent) ou
paludéenne. Vincent a également attiré l’attention sur le pouvoir
favorisant qu’exercent localement plusieurs microbes vis-à-vis de
l’infection phagédénique.
Au point de vue expérimental, les essais d’inoculation n’ont
généralement pas été suivis de résultats positifs. Le Dantec (3),
dans un seul cas, a pu produire chez le cobaye un ulcère rappe¬
lant par son aspect L’ulcère phagédénique ; ce résultat avait été
obtenu en plaçant sous la peau de la région dorsale une écharde
de bambou souillée avec de la terre de Cochinchine. Mais tous les
(t) Précis de Path. exot .. 1911, t. IJ, p. 519, 520, 523.
(2) Manuel de médecine tropicale , 1913, p. 1562.
(3) Précis de Path. exot., 1311, t. Il, p. 520.
Séance du 11 Février 1914
97
autres essais d’inoculation à l’homme (Blaise) (i), au cobaye
(Blaise, Jourdeuil, Gayer) (2), à l’orang-outan, au Macacus
cynomolgus (Halberstàdter) et à la souris (Lebœuf) (3), ont été
suivis d’insuccès.
L’ulcère phagédénique du Congo, qui a servi aux essais sui¬
vants, présente tous les caractères cliniques et microbiologiques
des descriptions classiques. L’association fuso-spirillaire se ren¬
contre toujours dans les couches profondes de l’ulcération et on
l’obtient facilement à l'état de très grande pureté en ayant soin
de déterger toute la zone sphacélée de la surface, qui contient une
grande quantité de germes morphologiquement très variés.
I. — Inoculation a l’homme. — Le matériel a été prélevé de
la façon suivante, sur un malade porteur d’un ulcère non traité
de la région externe de la jambe. Tout le sphacèle superficiel a
été enlevé à la pince et la surface fongueuse sous-jacente fortement
nettoyée par quelques raclages au bistouri et des tamponnements
au coton imbibé d’eau physiologique.
Un fragment de tissu, du volume d’une lentille, a été ensuite prélevé
dans le fond de l’ulcération, près d’un des bords, et divisé en plusieurs
parties : l’une a servi à faire des frottis qui ont montré, comme espè¬
ces microbiennes, une abondance extrême de bacilles fusiformes et de
spirochètes avec de très rares diplocoques ; les autres parties ont été
inoculées en peau saine dans la région deltoïdienne, d’abord par sca¬
rifications au bistouri et par insertion dans le derme et sous la peau.
Ces inoculations, au nombre de sept, ont été faites intentionnellement
hors des régions qui sont le siège habituel de l’ulcère phagédénique
de façon à éviter le plus possible toute chance d’infection spontanée,
étrangère au matériel inoculé.
Dans aucun cas, il ne s’est produit de réaction ; toutes ces petites
incisions, se sont cicatrisées en trois ou quatre jours sans trace d’ul¬
cération. En prélevant chaque jour une goutte de sérosité au niveau
de ces points inoculés, on voit que les spirochètes disparaissent en
moins de vingt-quatre heures et que les bacilles fusiformes sont très
rapidement phagocytés.
l
Cette constatation était à rapprocher des faits cliniques suivants :
pour une même région, les pieds et les jambes par exemple, exposée
à des traumatismes variés et à des causes de souillure égales, on
voit que le phagédénisme n’atteint généralement pas les plaies
à bords nets, non contus, par exemple celles que déterminent les
(1) Gatf. hebd. de méd. et de chir., octobre 1897.
(2) Archives de médecine navale , 1898.
(3) Bull. Soc. Path. exot., 1908, p. 340.
J
98
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
éclats de verre et qu’il envahit au contraire celles qui contiennent
des tissus plus ou moins écrasés ou sphacélés, quelle qu’en soit
la cause : heurts contre les aspérités du sol, pénétration de chi¬
ques, nécrose par une infection microbienne quelconque.
Ces faits nous ont paru expliquer l’échec des inoculations expé¬
rimentales du phagédénisme en peau saine et nous ont conduit à
essayer sa transmission dans des conditions de résistance cutanée
atténuée. Cette atténuation a^été réalisée par nécrose aseptique de
façon à éliminer le mieux possible toute intervention microbienne
étrangère au matériel inoculé.
Deux gouttes de solution très concentrée de potasse ont été dépo¬
sées, à dix centimètres environ l’une de l’autre, sur la peau de la ré¬
gion deltoïdienne et laissées en contact pendant une heure.
Cinq jours après, l’un de ces points nécrosés, ne présentant aucune
trace d’infection, a été inoculé de la façon suivante, l’autre restant
comme témoin. Le disque de peau mortifiée, très adhérent au plan pro¬
fond, en a été légèrement détaché au niveau du bord et un fragment
de pulpe ulcéreuse, prélevée dans les mêmes conditions sur le malade
qui avait servi aux premiers essais, a été inséré dans la petite plaie
qui fut aussitôt recouverte d’un pansement sec.
Le lendemain il se produit du gonflement soulevant peu à peu toute
la plaque cornée qui bientôt se perforait, laissant échapper un pus
épais, de coloration grisâtre, très fétide, et contenant en très grande
abondance le bacille fusiforme, des spirochètes et de rares diploco-
ques.
Trois jours après, la plaque gangrenée tombe, mettant à nu une
plaie ayant tous les caractères cliniques et microbiologiques de l’ul¬
cère phagédénique ; l’association fuso-spirillaire est extrêmement
abondante dans le pus, qui contient également de nombreux micro¬
bes ; elle existe au contraire à l’état de pureté presque absolue dans
les couches profondes où on note une prédominance très nette des
spirochètes sur les bacilles fusiformes (1).
La lésion gagne rapidement en peau saine et, au dixième jour, il
faut intervenir. Les spirochètes ont disparu les premiers sous l’in¬
fluence du traitement et la lésion, dans laquelle on ne retrouve plus ni
spirochètes ni bacilles fusiformes, est en voie de cicatrisation rapide.
Cette expérience s’est complétée par l’inoculation spontanée
du point de nécrose témoin qui était resté indemne de toute infec¬
tion jusqu’au huitième jour de l’évolution de L’ulcère voisin. L’in¬
fection a été sans doute déterminée par le frottement du bord
souillé du pansement qui recouvrait cet ulcère.
II. — Inoculation au cobaye. — Cette inoculation a été faite
par le même procédé eq nécrosant à la potasse quelques points de
(i) Remarque déjà faite par Lebœuf, Bull. Soc , Path. Exot., 1908, p 341.
Séance du 11 Février 1914
99
la peau de la région dorsale préalablement épilée. Le matériel
inoculé a été prélevé dans F ulcère expérimental précédent. Le
résultat de cet essai a été négatif. Une ulcération à sphacèle et
odeur infecte s’est bien développée dans tout le foyer de nécrose
chimique, mais elle était due à des germes étrangers au phagédé¬
nisme ; on n’y observe plus ni spirochètes ni bacilles fusiformes
dès le deuxième jour qui suit l’inoculation.
Ces expériences montrent que l’ulcère phagédénique tropical
peut se transmettre par contagion directe d’homme à homme.
Son développement nous a paru indépendant de l’état général
du sujet, mais entièrement subordonné à l’état local des plaies.
Le sphacèle est une condition importante de cet état local : d
entrave la phagocytose et réalise un milieu anaérobie indispensa¬
ble au développement des deux germes qui constituent l’associa¬
tion fuso-spirillaire.
(Institut Pasteur de Brazzaville).
M. Vincent. — 1/ Ulcère phagédénique des pays chauds, comme
la Pourriture d’Hôpital, comme l’Angine ulcéro-membraneuse,
le Noma, etc., est sous la dépendance de l’infection due au bacille
fusiforme et au spirochète, dont la première description a été faite
par moi le 28 janvier 1896, à l’Académie de Médecine, j’ai publié
en septembre, la même année, dans les Annales de VInstitut Pas¬
teur , un mémoire où ont été exposés l’étiologie, la pathogénie,
l’anatomie pathologique et les résultats de l'inoculation à l’homme
et aux animaux.
Ces travaux ont été suivis et confirmés par ceux de Coyon
(novembre 1896); Matzenauer' en 1900; Brabec, en 1904; Fon-
toynont et Jourdran (id.), L. Raynaud, Legrain, Rona, etc., etc.
Il ne me paraît pas équitable que M. Blanchard ait associé, à
mon nom, dans la forme où il l’a fait, le nom de M. Le Dantec,
de manière à laisser croire que mon honorable Collègue de Bor¬
deaux y a participé. M. Le Dantec n’a jamais décrit les carac¬
tères si particuliers de Pnfection fuso-spirillaire. Il n’a pas signalé
l’aspect morphologique si spécial du Bacillus jusiformis aminci
à chaque extrémité, ce qui le fait ressembler à un fuseau, mesu¬
rant en moyenne, 8 y, présentant communément des vacuoles irré¬
gulières dans son protoplasma, se multipliant par segmentation et
ne donnant pas de spores. Il n’a pas davantage observé le Spiro-
100
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
chète qui lui est associé, et dont le rôle pathogène est si important,
puisque c’est l’exemple le plus remarquable qui existe d’une sym¬
biose microbienne.
Mes publications, portant sur 47 cas à forme parfois très grave ou
mortelle, sont donc les premières qui aient fait connaître l’étio¬
logie, les caractères bactériologiques et les principaux points de
la pathogénie de l’infection que j’ai appelée « fuso-spirillaire ».
L’Ulcère des pays chauds n’en est que l’une des manifestations.
Je m’excuse encore de rappeler que j’ai fait, en 1895, des expé¬
riences d’inoculation, d’abord sur moi-même (scarifications intéres¬
sant toute l’épaisseur du derme, puis recouvertes de puirilage pro¬
venant de malades, où foisonnaient le bacille et le spirochète). J’ai
renouvelé ces expériences sur deux Européens et sur trois Arabes.
Fait remarquable, toutes ces inoculations ont été sans résultat.
Il en a été de même chez les animaux sains, inoculés en grand
nombre.
Par contre, j’ai signalé que, par analogie avec ce qu’on observe
pour le tétanos, il est très facile de réaliser les lésions d’ulcère
phagédénique en associant, au virus inoculé, des microbes favo¬
risants (staphylocoque, streptocoque, B. coli, Bac. pyocyanique,
bac. de Friedlander, etc.). Il se forme des ulcérations profondes
avec fausse membrane molle et épaisse, bords décollés, écoulement
putride. Les coupes histologiques décèlent dans les tissus une mul¬
tiplication extraordinaire de Bac. fusiformis et de Spir. Vincenti .
Difficile à obtenir expérimentalement sur la peau du sujet sain,
ce processus ulcéro-infectieux est cependant aisément inoculable
sur la muqueuse buccale, chez les sujets déjà atteints d’Angine
ulcéro-membraneuse, fuso-spirillaire. J’ai souvent déterminé la
production d’un ulcère de l’amygdale ou du pilier sains, en exco¬
riant la muqueuse avec une aiguille de platine. L’association fuso-
spirillaire s’y ensemence très rapidement.
Pourquoi cette différence dans lés effets de l’inoculation, suivant
qu'elle porte sur la peau ou sur la muqueuse buccale ? C’est que la
bouche abrite normalement un nombre très élevé de bactéries
pathogènes, qui s’y multiplient d’une manière incessante et jouent,
pour cette symbiose si curieuse du Bacillus fusiformis et du spiro¬
chète, le rôle d’agents favorisants.
Dans l’Ulcère des pays chauds, la symbiose fuso-spirillaire se
superpose d’abord, se substitue ensuite à la lésion ou à l’infection
initiale : plaie banale infectée, syphilome, piroplasmose cuta-
Séance du 11 Février 1914
101
née, etc., et la maladie prend alors la physionomie du Phagédé¬
nisme à marche lente ou plus rarement aigue.
Les mouches sont l’une des causes d’apport des germes de cette
lésion.
Le Galyl et le Ludyl dans le traitement
de la fièvre récurrente*
Par E. CONSEIL.
La thérapeutique d’aucune maladie n’a vraisemblablement fait
de progrès aussi rapides et aussi brillants que celle de la fièvre
récurrente depuis quelques années.
L’arsénobenzol permit d’obtenir dans la plupart des cas la
therapia sterilisans qui est le but poursuivi dans toutes les ma¬
ladies , infectieuses. Le néosalvarsan parut réaliser un nouveau
progrès en diminuant la réaction violente, habituelle avec le
6o6 (i). La technique des injections intraveineuses de néosalvarsan
en solution concentrée, selon la méthode de Ravaut, a rendu ce
traitement facile et applicable, même dans les points les plus
éloignés de nos colonies.
Cependant, s’il est possible de compter obtenir dans la majorité
des cas l’arrêt rapide et définitif de l’infection, des échecs ont été
signalés. Sur 52 malades traités, Inversen (2) constata 4 rechutes ;
Paucot (3) sur 8 cas en observa 2 ; sur 201 malades, Smiroff (4)
eut 17 récidives; nous-même, sur 12 cas, avons eu un échec.
En outre, il est fréquent (5) de voir des malades soumis à ce
traitement, présenter, du 6e au 15e jour, une petite rechute fébrile,
sans symptômes généraux et sans apparition de spirilles dans le
sang.
M. Mouneyrat avant fait connaître deux nouveaux composés
(1) Conseil et Bienassis, Traitement de la fièvre récurrente par le néosal¬
varsan, Bull Soc. path. exotique , 1912, n° 7.
(2) Inversen : l'eber die Wirkung- den neden Arsenprôparates Erlichs bei
rekurens, Munch. medi 7. Woch ., 1910. n° 5.
(3) Paucot, Bull. Soc. Med. chirurg. de V Indo-Chine , 1911, n° 8.
(4) Smiroff, Die Anwendung des Salvarsans bei febris récurrents, Dents,
medi'q. Woch., 18 avril 1912.
(5) E. Conseil, Chimiothérapie de la fièvre récurrente, Archives de l’Insti¬
tut Pasteur de Tunis, fasc. II, 1913.
102
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
arsenicaux désignés sous les noms de 1116 ou galyl et 1151 ou
ludyl, dont les propriétés trypanocides et spirillicides étudiées ex¬
périmentalement (1) paraissent être au moins égales à celles des
composés arsénicaux cI’Ehrlich, il nous a paru utile d’en vérifier
l’action sur la fièvre récurrente humaine.
La fin de l’épidémie étant survenue peu après le début de nos
essais, il ne nous a pas été possible de réunir un grand nombre
d’observations. Nous n’avons pu traiter que 10 malades,- mais l’ef¬
ficacité du traitement fut assez nette pour qu’il soit possible d’en
juger déjà la valeur.
Nos premiers malades ont été traités pair des injections intra¬
veineuses en solution diluée de 0,30 à 0,50 g. du composé arsénical
dans 100 cm3 d’eau distillée.
Plus tard, M. Mouneyrat voulut bien mettre à notre disposition
des ballons pour injections concentrées permettant de réaliser
l’injection avec une seringue de 20 cm. selon la méthode employée
pour le néosalvarsan.
Tous les cas nous ayant fourni des résultats absolument sem¬
blables, nous ne rapporterons que trois de ces observations.
Observation 460. — Ot. ben A. quarante ans, 73 kilos. Entre à la
Rabta le 14 juin 1913 dans un grand état de prostration, ne pouvant
Juin • DI?
fournir aucun renseignement précis sur le début de sa maladie. La
température est de 40°4. On trouve une défense très nette à la pression
au niveau de la rate et du foie, qui ne sont cependant point très hy¬
pertrophiés. Le lendemain matin, se produit la crise de défervescence
caractéristique. Après une période complètement apyrétique de 13
jours, on assiste, le 29 juin, au début de la rechute. Un petit frisson
(i) De Beurman, Mouneyrat et Tanon, Soc. Médicale des Hôpitaux de
Paris, 24 janvier 1913.
Tanon et Dupont, même Société, 9 mai 1913.
Laveran et Roudsky, Société de Path. exotique , juillet 1913.
Séance du 11 Février 1914
103
marque ce début. On trouve aussitôt des spirilles dans le sang. Trois
heures après le début de l’accès, on injecte 0 g. 45 cg. de Galyl, dis¬
sous dans 125 cm3 d’eau distillée. Quelques heures après, le malade
est un peu abattu, vomit à trois reprises, a une selle en diarrhée, puis
la température commence à baisser, la crise de sueurs débute six
heures après l’injection et le calme complet revient. Le sang prélevé
six heures après l’injection ne montre plus de spirilles,
Le malade observé pendant trois semaines ne présente aucune re¬
chute fébrile.
Observation 472. — Ahmed ben L. 45 ans. Est évacué d'un chantier
contaminé de fièvre récurrente le 13 juillet 1913 ; il est malade depuis
trois jours déjà et présente au moment de son entrée à l'hôpital les
symptômes caractéristiques de la fièvre récurrente : céphalalgie in¬
tense, douleurs articulaires, insomnie, hypertrophie douloureuse du
foie et de la rate. On trouve dans le sang de très nombreux spirilles.
La température s’élève le second jour de son entrée, où apparaissent
du subictère et des vomissements bilieux.
On fait le 15 juillet une injection intraveineuse de 0,40 de Ludvl. La
température qui était de 40 degrés au moment de l’injection, s’élève
pendant quelques heures à 40°2.
Environ 2 heures après l'injection, surviennent quelques vomisse¬
ments et deux selles en diarrhée, puis une crise de sueur très abon¬
dante coïncidant avec la chute rapide de la température. 6 heures après
l’injection, l’examen de sang ne montre plus de spirilles.
Le malade très courbaturé dort profondément toute la nuit et se ré¬
veille le matin avec une sensation de bien-être qui le fait se déclarer
guéri. Il réclame avec insistance une alimentation plus considérable.
Les urines restent ictériques pendant deux jours, mais sans albu¬
mine. Le malade reprend très vite ses forces et pendant les trois se¬
maines oïi il reste en surveillance, il ne présente plus aucune élévation
de température.
Observation 468. — Said ben Kh. 20 ans. Employé sur le même
chantier que le malade de l’observation précédente, il a présenté un
accès fébrile de 7 jours pendant lecpiel on a constaté des spirilles dans
le sang. Il entre au lazaret le 27 juin ayant déjà fait sa crise de défer¬
vescence. Cependant pour essayer de prévenir la rechute, nous lui
104
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
faisons, en période an ''re lique, une injection de 0,45 de Galyl en so¬
lution diluée.
La réaction consécutive au traitement est absolument comparable à
celle que nous sommes accoutumés à voir lorsque le traitement est
fait au moment de la spirillémie (quelques vomissements et un peu de
diarrhée). Le malade est gardé en observation à l’hôpital pendant trois
semaines sans présenter la plus petite élévation de température.
Au total nous avons employé 6 fois le Galyl et 4 fois le Ludyl;
à des doses variant de 0,30 à 0,50 g.
Deux fois, le traitement est intervenu à la fin du premier accès
fébrile; 4 fois au début et 3 fois à la fin de second cycle fébrile,
une fois pendant la période apyrétique.
La réaction consécutive au traitement est comparable à celle
qui suit l’emploi des composés cLEhrlich. Elle serait plutôt moins
vive qu’après l’injection d’arsénobenzol et un peu plus forte
qu’après celle de Néosalvarsan. Cette réaction est cependant tou¬
jours supportable et nous avons pu sans inconvénient pratiquer
une injection de 0,45 de Galyl chez un malade âgé, que la pre¬
mière poussée fébrile de fièvre récurrente, accompagnée d’ictère,
avait laissé dans un état critique.
„ La réaction se traduit ordinairement par une augmentation de
la fièvre durant environ 2 heures, puis surviennent des vomisse¬
ments et de la diarrhée. Le malade accuse habituellement au
début une sensation de vertige, puis une courbature généralisée
qui persiste jusqu’au lendemain. La sécrétion urinaire ne paraît
pas influencée par le traitement. La douleur locale est nulle lors¬
que l’injection est bien faite dans la veine.
Après chaque injection, nous avons vu les spirilles disparaître
complètement de la circulation périphérique en moins de 9 heures.
L'ne seule fois, la dose étant insuffisante (0,30), les spirilles ont
mis plus de 12 heures à disparaître définitivement. La chute de
la température s’est toujours produite parallèlement à la dispari¬
tion des spirilles. Nous surveillons l’effet du traitement en exami¬
nant le sang et la température toutes les 3 heures. Dans deux cas,
il nous est arrivé de ne plus trouver de spirilles déjà 3 heures après
le traitement.
Il est intéressant de noter, surtout à cause des déductions qu’on
en peut tirer pour d’autres maladies comme la syphilis, que l’ac¬
tion est la même, que le traitement soit appliqué pendant la période
de spirillémie ou pendant la période de repos.
L’activité des deux composés nous a paru à peu près sem-
Séance du* II Février 1914
105
blable (le Ludyl donne une réaction générale un peu plus vive
que le Galyl). Chez aucun de nos malades traités, nous n’avons
eu de récidive, mais le nombre de nos observations était encore
trop faible pour que nous puissions en conclure à une supériorité
des nouveaux composés arsénicaux sur les précédents.
Cependant, la stérilisation de l’organisme a toujours été obtenue
plus rapidement qu’avec l’arsénobenzol ou le néosalvarsan et
surtout d’une façon plus radicale.
Enfin, dans aucun des cas traités avec le Galyl et le Ludyl,
nous n’avons constaté cette rechute passagère, marquée par une
courte élévation thermique, sans spirilles dans le sang, qui était
presque la règle dans les cas traités par les autres composés arsé¬
nicaux. Il nous a donc semblé que les composés de Mouneyrat
constituaient un nouveau progrès dans la thérapeutique de la
fièvre récurrente.
(' Travail de V Institut Pasteur de Tunis et du lazaret
de la Rabta).
Le Paludisme à Tananarive
Par J. LEGENDRE.
«
Arrivé il y a quelques mois en Emyrne où le paludisme sévit
avec une intensité inquiétante depuis une dizaine d’années, je me
suis livré à Tananarive et dans le voisinage, sur les conditions du
développement du fléau malarique, à des investigations dont
j’apporte aujourd’hui les premiers résultats.
Index endémique. ■ — Pour établir l’index paludéen, j’ai exa¬
miné les enfants de huit écoles situées dans divers quartiers afin de
connaître pour chaque quartier le degré d’infestation; j’ai pris,
naturellement, la précaution de n’examiner dans chaque école
que les enfants nés dans le quartier oü l’habitant depuis au moins
deux ans. L’âge des écoliers varie de 7 à 14 ans.
J’ai visité, en outre, les enfants de tout âge, jusqu’à 15 ans,
d’un gros village, Nosipatrana, et les enfants de tout âge des
tirailleurs du régiment malgache.
En raison de la nécessité d’aller vite, j’ai dû donner la préfé-
8
106
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rence à Y index splénique, la recherche de l’hématozoaire de
Laveran dans le sang d’un nombre aussi considérable de
sujets n’étant pas possible avec les moyens dont je dispose. La
valeur de l’index splénique est, d’ailleurs, bien démontrée par ce
fait que les enfants de 6 mois à un an sont splénomégaliques dans
la proportion de 64,2 % dans un groupe dont l’ensemble des
hypertrophiés de la rate pour tous les âges est de 72 %.
Voici les chiffres obtenus pour les différents quartiers à la fin
de la saison salubre.
i° Groupes soumis à l’influence des rizières de plaine, irriguées
par des canaux dérivés des cours d’eau.
20 Groupes soumis à l’influence des rizières de colline en gra¬
dins, arrosées par des sources et par les pluies.
Dans ce groupe, Ankadivato et Ambanidia doivent à leur éloi¬
gnement relatif des rizières d’avoir un index moins élevé que
Betongolo et surtout que le village cl’Ambohimiandra sis au bord
même des rizières.
La lecture de ces tableaux appelle la conclusion que les rizières
de plaine sont beaucoup moins malarigènes que les rizières de
colline. Ce fait est bien mis en évidence par les index respectifs
de Nosipatrana (30 %), îlot surélevé de quelques mètres au-dessus
de la grande plaine irriguée, et Ambohimiandra (100 %), bordé
uniquement par des rizières en gradins.
Séance du 11 Février 1914
107
Il faut entendre par rizières de colline, non seulement les
rizières en terrain ascendant, les plus nombreuses de cette caté¬
gorie, mais aussi les rizières en terrain plat sans communication
avec les cours d’eau et le système hydraulique de la plaine.
NORD
SUD
I
Ce n’est pas a priori, mais après des recherches pratiquées quo¬
tidiennement pendant plus de deux mois, que j’ai pu attribuer aux
rizières îa production presque exclusive des larves d’ Anophèles
et, par suite, de ia fièvre paludéenne à Tananarive et dans les
environs. Il est exceptionnel, au moins depuis le début de la saison
rizicole jusqu’à rpi-décembre, de rencontrer des larves d’ Ano¬
phèles dans les collections d’eau autres que les rizières. Ce point
établi, il restait à déterminer pourquoi certaines rizières sont plus
dangereuses que les autres. L’étude de la topographie de la région
108 Bulletin de la Société de Pathologie exoiioue
et du système hydraulique des rizières m’en fournit l’explication.
Les rizières de la grande plaine, dénommée Betsimitatatra, irri¬
guées par des canaux dérivés des cours d’eau, renferment des
poissons, cyprins dorés, en assez grand nombre. Les rizières de
collines, en gradins, arrosées par des eaux de source et par les
pluies, sont entièrement dépourvues de poisson, parce qu’elles
n’ont aucune communication avec les cours d’eaux et parce que
les indigènes n’ont pas l’habitude de déverser des poissons dans
leurs champs de riz.
Les insectes aquatiques destructeurs de larves d’ Anophèles
(dytiques et leurs larves, larves de libellules, d’éphémères, noto¬
nectes), semblent en nombre égal dans les deux catégories de
rizières; leur présence ne peut d’ailleurs amener une réduction
appréciable dans l’énorme quantité de larves d’ Anophèles gîtant
dans les rizières. En dehors de l’absence des poissons je n’ai
trouvé aucune autre cause à laquelle attribuer la majoration dou¬
ble ou triple de l’index paludéen chez les groupes humains vivant
à proximité des rizières de colline. La situation de la plupart de
ces villages sur les sommets devrait même être pour eux une sauve¬
garde relative contre le paludisme. Mais l’élévation perd ici son*
efficacité à cause de l’existence des rizières en gradins. La
démonstration en est frappante dans certains cas. A Fenoarivo,
situé^à io kilomètres de Tananarive, les enfants du village de
Fenoarivo élevé de quelques mètres seulement au-dessus de la
plaine irriguée par les canaux, ne présentent qu’un index de 34 %
tandis que les enfants des villages situés sur les hauteurs voisines
ont un index de 71 %.
Entre Nosipatrana et Soanierana, distants de 3 kilomètres et
situés à la même hauteur par rapport à la plaine, la différence des
index est de 34 % (30 à Nosipatrana et 64 à Soanierana). Nosi¬
patrana est entouré de rizières de plaines alors que Soanierana
est à proximité, sur la moitié de son pourtour, de rizières en gra¬
dins ou en terrain plat dépourvues totalement de poisson. C’est
ce qui explique l’intensité du paludisme dans les groupes mili¬
taires européens casernés à Soanierana. Tout le couloir qui s’étend
du N.-E. au S.-E. de Tananarive, vallée principale et vallées
secondaires, est placé dans une situation identique ou pire par
suite des conditions où s’y fait la riziculture. Même la vallée prin¬
cipale, à cause de son élévation au-dessus de la grande plaine, ne
pourra participer au grand système d’irrigation.
Séance du 11 Février 1914
109
Pour l'assainissement de cette région j’ai proposé des mesures,
assèchement périodique des rizières ou empoissonnement, accep¬
tées en principe, dont j’attends la mise en application.
De ce qui précède il résulte qu’à Tananarive et aux environs
le paludisme est intimement lié à la riziculture. Malgré qu’il soit
très développé dans la grande plaine (Betsimitatatra) il n’y sévit
j:as au même degré que dans les terrains élevés où on établit des
rizières en gradins» Or, ces conditions, désastreuses au point de
vue malaria, se rencontrent dans d’immenses régions de l'Emyrne.
Pour la seule province de Tananarive, sur 45.000 hectares de
rizières, la moitié au moins sont des rizières de colline.
Partout où se rencontre cette catégorie de rizières, l’index palu¬
déen est extrêmement élevé. Il ne faudrait pas croire que dans
ces rizières l’eau soit stagnante; elle y circule et se renouvelle fré¬
quemment grâce à la fréquence et à l’abondance des pluies en
saison rizicole, mais les larves d’Anophèles savent se maintenir
dans les rizières où le troubleau les récolte en très grande quantité,
malgré qu’on n’en soit encore, à la mi-décembre, qu’à la
deuxième génération d’Anophèles de la saison.
La situation indique le remède, les expériences de prophylaxie
antipaludique qui vont être entreprises à Tananarive, permettront,
je l'espère, de déterminer, suivant les conditions du terrain et le
tempérament de l’indigène, la meilleure façon de réaliser les me¬
sures antilarvaires dans ces rizières.
Pour la pisciculture en rizière on aura recours au cyprin doré
( Ccirassius auratus ) qui se rencontre en abondance dans les
rivières et les canaux. D’introduction récente à Madagascar, il a
conservé, vis-à-vis des lairves de moustiques, les habitudes ali-
, jâ
mentaires qu’011 lui connaît en Europe. In vitro , il se montre d’une
voracité extrême pour ces insectes ; des alevins de 15 mm. dévorent
des larves de 5 à 6 mm. ; des cyprins de 2 cm. détruisent les larves
de toute taille.
110
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Paludisme et Culicides au Petchili
Par Ch. BROQUET.
Le climat du Petchili (Chine du Nord) présente deux saisons :
une saison glaciale de novembre à avril et une saison chaude de
mai à septembre ; avril et octobre sont des mois de transition,
mais on ne peut pas différencier un printemps et un automne.
Dès les mois de mai et juin les pluies inondent la plaine aux
environs de Tien-Tsin et la transforment en marais stagnants
sous des températures qui, en juillet et août, peuvent présenter des
maxima de 38 et 40° et des moyennes de 32 0 2 et 33 0 2 (chiffres
de l’année 1912).
Les Troupes françaises occupent un ancien arsenal chinois,
l’Arsenal de l’Est (1), situé à 6 kilomètres de la ville de Tien-Tsin
dans cette plaine inondée où pendant la saison chaude sont réunies
toutes les conditions voulues pour l’éclosion de la malaria.
Cazeneuve a étudié l’hibernation des moustiques au Petchili
dans la région côtière de Chin-Van-Tao. Il a montré que pendant
les hivers rigoureux où, d’octobre à avril, la température moyenne
est de — 50 en novembre, — ii° en décembre et janvier avec des
minima de — 32 °, de — 70 en février, de — 20 en mars, la conser¬
vation des moustiques a lieu par la conservation des œufs dans
l’humus glacé des marais. Il a signalé dans cette région les mani¬
festations cliniques endémiques et épidémiques du paludisme (2).
Il en est de même près de Tien-Tsin et dans cette plaine qui
jusqu’au mois d’avril est couverte de glace, dès la fin des pluies
en juillet et dès l’apparition des grandes chaleurs, nous avons
observé l’apparition des mouches et d’essaims de culicides.
Les espèces que nous avons recueillies et que Theobald a obli¬
geamment déterminées sont : Culex biroï, Theobald, C. pseudo-
infuja Theobald semblable à l’espèce qu’il a décrite comme
provenant de Pasuruan, Java et Pamarang et dont le type est au
Muséum d’Amsterdam.
(1) La superficie de l'Arsenal est de 1.885.000 mq. La superficie approxi¬
mative des terrains inondés à la fin de l’hiver 1912-1913 était de 750.000 mq.
(2) L’hibernation des moustiques dans la Chine du Nord par A.-I. Caze¬
neuve, Bull. Pathol, exotique , n° 3, 1910.
Séance du 11 Février 1914
111
Une nouvelle espèce de Grabhamia dont Theobald a donné
les caractères dans The Entomolo gist (i) de juin 1913. Elle est très
nettement caractérisée par les lignes du thorax, les raies de cou¬
leur blanche et argileuse apicales et basales des tarses des jambes,
et l’ornementation de l’abdomen. Theobald a noté que chez les
3 femelles qui servirent à sa détermination la couleur des yeux
variait dans les 3 expériences. Elle était noire chez l’une, rouge
cuivre chez l’autre et argentée chez la troisième. Cette espèce
aurait quelque ressemblance avec sollicitans, Walker. Depuis,
Theobald a pu reconnaître le même Grabhamia dans un spéci¬
men qu’il a reçu de Tam-Sui dans l’île de Formose.
Mais les culicides les plus nombreux appartiennent à l’espèce
Myzorhynchus sinensis, Wiedemann. Bien qu’ayant des tailles
différentes, ils présentent tous les mêmes caractères. Les femelles
attaquent et piquent avec voracité à toute heure du jour, aussi
bien à l’aube, qu’au milieu ou à la fin du jour.
v Avec l’apparition de Myzorhynchus on constate l’apparition de
la Fièvre bénigne parmi les européens et les indigènes. Le sang
des malades contient en abondance Plasmodium vivax avec des
formes annulaires jeunes mesurant environ 1/3 du globule, des
formes amiboïdes de différentes tailles jusqu’aux volumineux
Schizontes adultes de 12 à 15 y et au delà, des gamètes abondants
et des rosaces fréquentes dans le sang périphérique, rosaces pré¬
sentant de 13 à 22 mérozoïtes, en général de 15 à 16. Les globules
considérablement hypertrophiés, présentent des grains de Schüff-
xer très abondants, très bien mis en évidence par la méthode de
La VER AN.
Le diagnostic dès l’arrivée du malade était fait au moment de
l’accès par l’examen à l’état frafs à la lumière du jour qui permet
de voir les plasmodes pigmentés. Dans les préparations colorées,
on notait 2 ou 3 générations de parasites.
Sur un effectif moyen de 1.237 Français, il y eut 1 7 1 entrées
à l’hôpital, et il faut ajouter à ce chiffre un nombre au moins égal
de cas non déclarés. Le chiffre le plus élevé des cas fut de 56 en
septembre, mois de l’apparition des premiers froids et de la dis¬
parition de Myzorhynchus et des autres culicides. En octobre la
température descendit au-dessous de zéro et il y eut encore 35 en¬
trées. En novembre où le minimum fut de - — 8°, il y eut encore
(1) A new mosquito from Northern China by Fred., V. Theobald, H. À.,
F. E. S., etc,
112
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
14 entrées. En décembre nous notons encore 6 cas et ensuite on
ne rencontre plus que des cas isolés.
Le camp de l’Arsenal de l’Est n’a à son voisinage immédiat
qu’un petit groupement de 186 marchands chinois, il n’y a pas
d’enfants. Dans le camp même, 287 Chinois adultes sont employés
comme boys, palefreniers, coolies, etc. Nous avons pu constater
chez ces adultes la présence de Plasmodium vivax et des accès
cliniquement identiques à ceux de nos hommes. Un grand nombre
de ces Chinois provenaient de la région de Yang-Tsoun, région
de marais, au Nord de Tien-Tsin, région inondée tout l’été et
connue par les indigènes comme étant paludéenne. Nous n’avons
pas noté de différence entre les plasmodes des Européens et ceux
des Asiatiques.
Tous les moyens prophylactiques usuels, grillages métalliques,
désherbage, faucardage, pétrolage, quinine préventive ont été
mis en œuvre avec succès en 1913, mais le meilleur remède à cette
situation, qui depuis 14 ans est provisoire, sera l’installation de
nos troupes dans la Concession française, dans la ville même de
Tien-Tsin où sont déjà casernées confortablement et hygiénique¬
ment dans leurs concessions respectives les troupes anglaises,
américaines et allemandes.
Infections de toxoplasmose et de paralysie
bulbaire infectieuse par les muqueuses saines
t
Par A. CARI NI et J. J. MACIEL.
L’on connaît depuis assez longtemps des germes qui ont la
propriété de pouvoir traverser les muqueuses saines des animaux
sensibles, et déterminer des infections généralisées. On sait, par
exemple, qu’il suffit de déposer sur la conjonctive oculaire d’un
rat des traces infinitésimales d’une culture virulente de bacille
de la peste, pour voir se développer une infection mortelle.
Mais dans ces derniers temps, l’attention a été attirée de plus
en plus sur ce mode de pénétration des germes; l’on a vu que le
nombre des virus qui jouissent de la propriété de traverser les
muqueuses saines est considérable, et que cette voie de pénétra¬
tion n’a pas seulement un intérêt théorique, mais qu’elle joue
Séance du il Février 1914
1.13
vraisemblablement un rôle important dans la propagation natu¬
relle de bien des maladies, comme la peste, la pneumonie, la
méningite, la rage, la tuberculose (i), la fièvre récurrente (2), les
trypanosomiases (3-4), etc.
Il nous a donc paru intéressant de voir comment se compor¬
taient, à ce point de vue, le virus de la paralysie bulbaire infec¬
tieuse et les toxoplasmes.
Les recherches de Zwick et Zeller, Carini et Maciel avaient
déjà prouvé que le virus de la paralysie bulbacie infectieuse peut
traverser la muqueuse buccale ou gastro-intestinale du chien et
du chat ; en effet, on réussit assez facilement à infecter ces ani¬
maux en leur donnant à manger les organes d’animaux ayant suc¬
combé à la maladie.
Nous avons obtenu des résultats positifs par la voie oculaire chez
les lapins. Si l’on dépose dans le cul-de-sac conjonctival d’un
lapin une goutte de matière virulente (sang ou émulsion d’or¬
ganes), l’animal meurt dans le délai ordinaire, présentant les
symptômes de la paralysie bulbaire infectieuse (5).
Pour les expériences sur la Toxoplasmose, nous nous sommes
servis d’un toxoplasme provenant de deux cas d’infection natu¬
relle du chien. Avec ce toxoplasme, nous avions déjà réalisé plu¬
sieurs passages sur les pigeons.
Nous avons constaté que ce toxoplasme peut traverser la mu¬
queuse buccale ou gastro-intestinale du pigeon (6). En effet, en
badigeonnant la muqueuse buccale d’un pigeon avec une émuL
(1) Calmette, Guérin, J. Grysez, infection tuberculeuse expérimentale du
cobaye par la conjonctive oculaire, C. R. Soc de Biol., vol. LXXIV, 1913,
p. 310.
(2) Edm. Sergent, infection de fièvre récurrente par les muqueuses chez
l’homme, C. R. Soc. de Biol., vol. LXXV, 1013, p. 185.
(3} h. Brumpt, Pénétration du S chicot ryp anum Crup à travers la muqueuse
oculaire saine, Bull. Soc. Path. exot., 1912, p. 723.
(4) A Neiva, Penetraçâo do Trvpanosoma equinum, evansi, atravez da con-
junctiva sâ da cobaja, Brapl-Medico, 22 août e 8 sept. 1913.
(5) Au cours de ces observations, nous avons constaté que les lapins atteints
de paralysie bullaire infectieuse deviennent souvent aveugles ; la cécité doit
donc être comptée parmie les symptômes de la pseudo rage.
(6) Mesnil et Sarrailiié ont déjà démontré, en expérimentant sur les spu-
ris, que le Tox. gondii traverse les muqueuses non lésées, en particulier la
muqueuse vaginale [V. ce Bull., 1913, p- 468, et surtout les Comptes Rendus
de la Société de Biologie , t. LXXivq 21 juin 1913, p. 1325).
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sion contenant de nombreux parasites, nous avons vu l’animal
mourir en 16 jours, présentant dans les organes de nombreux
toxoplasmes typiques.
Egalement, si l’on dépose sur l’œil une goutte de matière viru¬
lente, la mort du pigeon est la règle.
Conclusion. — Nos expériences prouvent que chez certains
animaux les muqueuses saines peuvent servir de porte d’entrée
au virus de la paralysie bulbaire infectieuse et au Toxoplasma
canis.
Existence dans le Sud-Marocain (Haut-Guir)
du bouton d’Orient à l'état endémique
« •
Par H. FOLEY, C. VI AL ATT E et R. ADDE.
Les seuls centres endémiques de bouton d’Orient connus jus¬
qu’à présent dans l’Afrique du Nord sont ceux de la région de
Gafsa en Tunisie et de la région de Biskra en Algérie. En dehors
de ces deux régions, les seules observations appuyées par la décou¬
verte des Leishmania sont relatives à des cas erratiques : celui de
Gros dans la vallée du Sebaou (Kabylie) et ceux de Cambillet
dans la zone littorale près de Ténès. Mais ces observations, rele¬
vées clans le Tell algérien, ne se rapportent qu’à des cas isolés de
leishmaniose cutanée. On a pu soupçonner que d’autres régions
de l’Algérie (Mila, département de Constantine) ont été infectées
par le bouton d’Orient; mais la preuve microscopique n’en a pas
été faite, et les cas, s’il en existe, y seraient rares.
Grâce à la bonne obligeance de notre camarade, le Dr Toinon,
que nous remercions vivement, nous avons pu vérifier l’hvpothèse
que nous avions formée, d’après les renseignements cliniques qui
nous étaient parvenus, de l’existence du bouton d’Orient dans la
région de Bou-Anan, dans la vallée du Haut-Guir (Sud-Maro¬
cain). sous le 6° de longitude ouest, et le 320 de latitude nord.
Nous avons facilement pu trouver sur des frottis de boutons les
Leishmania tropica .
Ces clous sont fréquents dans la région de Bou-Anan. Les offi-
Séance du 11 Février 1914
115
ciers européens et les indigènes algériens qui y viennent tenir gar¬
nison, sont atteints en grand nombre.
En résumé, le dernier centre endémique de bouton d’Orient,
vers l’ouest, connu jusqu’ici, était celui de Biskra. Il faut en
compter un nouveau dans le Haut-Guir, à près de dix degrés à
l’ouest de Biskra. Le foyer de Bou-Anan est séparé de celui de
Biskra par des régions bien connues et fréquentées depuis long¬
temps par des médecins, sans qu’aucun centre endémique de bou¬
ton d’Orient y ait jamais été signalé.
Les recherches que nous poursuivons nous montreront l’exten¬
sion du centre endémique du Sud-Marocain.
(. Institut Pasteur d’ Algérie).
J _
Contribution à l'étude des trypanosomes
des Oiseaux, deux espèces nouvelles
Par M. MARULLAZ.
Trypan. lagonostictœ . — J’ai pu constater la présence de try¬
panosomes dans des frottis de foie et de poumon d’un Lagonos -
ticta senagala, oiseau originaire de l’Afrique O. Eq., communé¬
ment appelé amarante, chez lequel l’existence de ces parasites n’a
pas encore été signalée. Les trypanosomes, très rares, n’ont pas
été vus à l’examen du sang frais. L’oiseau ayant péri deux jours
après son arrivée au laboratoire, je fis des frottis de viscères, sans
me préoccuper de la recherche des trypanosomes dans la moelle
osseuse, qui m’eût peut-être fourni des préparations intéressantes.
Je n’ai observé qu’un seul type de parasites. Ce sont des éléments
de forme assez trapue, mesurant de 22 y à 25 y de long (flagelle
libre, de 2 y à 3 y. y compris) sur 5 y à 7 y de large. La partie
postérieure se termine en pointe acérée. Le noyau a un diamètre
moyen de 3 y, et se colore bien par le Giemsa. Le centrosome
est très apparent; on en voit partir le flagelle qui borde la mem¬
brane ondulante étroite et légèrement plissée. Le protoplasme a
une structure finement granuleuse; dans la partie prénucléaire on
peut noter l’existence de 4 ou 5 stries granuleuses foncées, con¬
vergeant vers l’extrémité antérieure. Autour du noyau et du cen-
116
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
»
trosome, le protoplasme se teinte faiblement et forme un halo
bleu-pâle après coloration par le Giemsa.
J’ai pu compter une dizaine de trypanosomes dans les frottis
de poumon, et deux dans ceux du foie. Je n’en ai point vu dans
les frottis de rate. J’ai examiné à plusieurs reprises le sang frais
de six autres amarantes, sans pouvoir retrouver ce parasite, pour
lequel je propose le nom de Trypanosoma lagonostic-tœ .
Trypan. lagonostictœ , grossissement 2000 D environ.
Trypan. liothricis. — Dans une note présentée à la séance du
14 janvier 1914 (1), nous avons mentionné, M. Laveran et moi,
l’existence d’un trypanosome dans le sang d’un Liothrix luteus
(rossignol du Japon). Malgré plusieurs examens, je n’ai pu voir
qu’un seul de ces parasites, représenté par un grand trypanosome
à membrane ondulante large et bien plissée, et animé de mouve¬
ments relativement lents. Ces trypanosomes devaient être très
rares, car je n’ai pas pu en retrouver un seul dans les nombreux
frottis de viscères et de moelle osseuse, que j’ai faits, après avoir
sacrifié l’oiseau. Deux tubes de milieu de Novy simplifié, large¬
ment ensemencés avec du sang cardiaque, m’ont permis d’étudier
les formes de culture. Le trypanosome pousse très vite et avec
abondance; le repiquage donne, en 12 ou 15 jours, des cultures
très riches en éléments très mobiles, de dimensions et de formes
très variables; les colonies en rosace sont relativement peu
nombreuses. On trouve de petites formes mesurant 21 y (fla¬
gelle compris) sur 4 y, 5 ; des formes moyennes de 30 y sur
3 ; de grandes formes, trapues, de 34 y sur 6 y, ou allongées, de
(1) A. Laveran et M. Marullxz. Soc. de path exotique , 14 janvier 1914.
Séance du 11 Février 1914
117
4 2 y sur 2 u. A l’état frais, on distingue dans le protoplasme, de
nombreuses et grosses granulations, fortement réfringentes, qui
ne prennent pas les colorations vitales. Ces granulations disparais¬
sent par la fixation à F alcool-éther, et sont remplacées par des
vacuoles claires, dans les frottis colorés par le Giemsa ; ce qui
permet de les considérer comme étant vraisemblablement des élé¬
ments de réserve de nature grasse. Après coloration on peut, en
outre, constater l’existence de granulations chromophiles en nom¬
bre variable, localisées plus spécialement dans la partie antérieure.
Le protoplasme présente une structure finement granuleuse entre
les vacuoles ; le noyau et le centrosome se colorent bien et ont des
contours très nets. D’après la position du centrosome par rapport
au noyau, les éléments du type Crithidia sont de beaucoup les
plus nombreux.
Trypan. liothricis, (culture) 1 et 2, grandes for nés ; 3, forme moyenne;
4, petite forme: 5 et 6, formes de multiplication. Grossissement 2000 D envi¬
ron.
J’ai essayé, sans succès, de produire l’infection expérimentale
de 4 autres Liothrix* en leur inoculant, par voie intra-péritonéale
ou intra-pleurale, des doses très fortes de trypanosomes (o cm3, 25
de liquide de culture très riche). J’ai obtenu les mêmes résultats
négatifs avec 3 paddas, 1 amarante et 1 combassou.
( Travail du laboratoire de M. Laveran).
*
118
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Inoculation positive de Trypanosoma Cazalboui
à un Cercopithecus patas
Par R. T R AU TM AN N .
Le Trypan. Cazalboui, agent de la Souma, n’infecte, en règle
générale, que les Ruminants et les Equidés. On a cité seulement
quelques faits d’infection fugace du rat et du lapin. En consé¬
quence, il nous a paru intéressant de relater un cas d’infection
d’un singe. Le virus provenait d’un bovidé dont voici l’obser¬
vation.
Le 8 septembre, un jeune veau de huit à dix mois, me fut amené
par un boucher désirant l’abattre et le débiter au marché de Bamako.
L’animal était maigre, présentait des ganglions inguinaux très nets :
je refusai l’abatage.
Le 6 octobre à 5 h. du soir le même veau me fut apporté agoni¬
sant.
Examiné à diverses reprises entre les deux dates précitées (simple
examen d'une goutte de sang et de liquide ganglionnaire), il n’avait
jamais présenté de trypanosomes.
Le 6 octobre, les trypanosomes étaient nombreux dans le sang.
L’animal me paraissant en imminence de mort, j'inoculai à 5 h. 1/2
du soir, le premier animal que je trouvai sous la main, un Cerco¬
pithecus patas.
Voici l’observation du singe :
/ i
Mâle adulte de grande taille, reçoit 5 cm3 de sang virulent dilués
dans 5 cm3 d’eau citratée. L’inoculation est pratiquée sous la peau de
la cuisse droite.
7 octobre. — Aucun phénomène objectif. Le singe étant très mé¬
chant et très fort, a été mis dans une cage à chien ; sa température
ne peut être prise.
8 octobre. — Examen du sang négatif. Pas d’agglutination.
9 octobre. — Le singe paraît légèrement déprimé. Examen du sang
négatif. Agglutination nette
10 octobre. — Même état du singe qui s’intéresse moins aux phéno¬
mènes extérieurs. Mange et boit bien. Impossible de prendre la tem¬
pérature. ,
Examen du sang négatif, mais agglutination très prononcée.
11 octobre. — Auto-agglutination moindre que la veille. Le singe
est abattu. Essai infructueux pour lui prendre la température.
Examen du sang négatif le matin. Le soir, agglutination très nette,
pas de trypanosomes.
12 octobre. — Le matin, agglutination forte. Apparition des trypa¬
nosomes ; il sont extrêmement rares (un par lame). L’animal est plus
Séance du 11 Février 1914
119
abattu que la veille ; il a les yeux fiévreux, somnole constamment, se
défend moins, se laisse piquer par les stomoxes et ne réagit pas.
Les rares trypanosomes vus sont extrêmement mobiles, avec mouve¬
ments en flèche ; ils traversent avec la plus grande facilité le champ
du microscope. Le soir, l’examen du sang est négatif.
13 octobrè. — Au matin, le singe paraît mieux que la veille ; il est
plus éveillé, s’intéresse à ce qui se passe autour de lui. Cependant il
ne mange pas (il n'a pas mangé et a à peine bu depuis le surlendemain
de l’inoculation).
Examen du sang négatif, auto-agglutination moins prononcée que
la veille. A 2 h. de l’après-midi, le singe n’a pas touché au repas (riz
cuit qui constituait sa nourriture habituelle) ; il n’a pas bu. Il paraît
plus affaissé que le matin.
Le soir à 5 h., même état du singe qui, cependant, a mangé un peu
de riz et bu de l’eau.
A l’examen du sang (plusieurs lames), un seul Trypanosome est vu,
qui présente les mêmes caractères de mobilité que ceux du 12.
14 octobre. — Le singe est toujours abattu ; il mange à peine.
Examen du sang négatif matin et soir. L’auto-agglutination persiste.
15 octobre. — Au matin, examen du sang négatif. Mauvais état
général du singe.
Avec son sang dilué dans de l’eau citratée sont inoculées :
Un mouton à laine du Macina . 4 cm3
Un chien indigène . 4 cm3
Un cobaye très jeune . 3 cm3
L’après-midi, à 2 h., examen du sang négatif. Température du singe
40°4 à 5 h. du soir.
Inoculation de son sang citraté à :
Un singé cynocéphale . 4 Cm3
Deux rats gris du Soudan . . 1 cm3
Un lapin . . '> cm3*
16 octobre. — Le singe est plus affaissé qu’hier ; de plus, observé
ce matin très attentivement pendant une heure consécutive, d est re¬
connu dormir, somnoler plutôt, une grande partie du temps, tantôt
couché sur le flanc, tantôt assis sur le train de derrière, la tète entre
les membres antérieurs, les yeux glos ou mis-clos.
Temp. : 40° 05.
A 5 li. du soir, le singe à 41 °5 de temp. Il reste couché tout l’après-
midi ; on constate un grand abattement, une parésie des membres
postérieurs, du tremblement convulsif des paupières et des globes de
l’œil, sans nystagmus vrai, une exagération manifeste de la sensibilité
tant osseuse que musculaire ; hyperesthésie de la peau ; le moindre
contact fait pousser un cri plaintif à l’animal. Les pupilles sont moyen¬
nement dilatées et régissent mal à la lumière.
Examen du sang : agglutination moins forte qu’hier et ce matin.
Pas de trypanosomes.
17 octobre. — - Etat aggravé ; le singe ne bouge plus et reste couché
sur le flanc gauche, quoi qu’on fasse. Examen du sang : un seul Try¬
panosome vu sur plusieurs lames examinées.
A 11 h. 1/2 du matin, mort.
Autopsie. — Tout le système ganglionnaire est hypertrophié ; on
constate de nombreux et volumineux ganglions mésentériques. Le
120
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
'foie est 1res développé, il pèse 240 g. : il est porteur d’un cysti-
cerque lenuicollis , déjà ancien, de Tœnia marginata. La rate pèse
9 g. et n’est pas friable. Reins hypertrophiés : le droit pèse 18 g., le
gauche 17 g. Cœur plein de caillots de sang. Poumons normaux, mais
congestionnés.
L’autopsie a été pratiquée 2 h. après la mort de l'animal.
Lexamen (fait 4 h. 1/2 après la mort) du sang citraté centrifugé à
montré quelques rares trypanosomes désorganisés.
Un ganglion mésentérique prélevé a été examiné et n’a pas montre
de trypanosomes.
La mort a eu lieu en 10 jours 1/2.
Résultats des inoculations faites avec le sang du Cercopi-
thecus patas. — Le chien indigène, le cobaye, le cynocéphale, le
lapin, inoculés le 15 octobre, n’ont pas réagi.
Examinés quotidiennement pendant 2 mois, puis 2 fois par
semaine par la suite, ils n’ont jamais présenté de Trypanosomes.
Du 18 au 25, le lapin a été très affaissé et la proportion des leu¬
cocytes s’est élevée, dans son sang, d'une façon considérable, puis
tout est rentré dans l’ordre.
Les deux rats n’ont jamais présenté de Trypanosomes, mais
ont eu, eux aussi, une hyperleucocytose prononcée et persistante.
L’un d’eux est mort brusquement le 27 octobre au matin, soit
11 jours 1/2 après l’inoculation, le second le 3 novembre, soit
18 jours 1/2 après l’inoculation.
Le mouton s’est infecté le 23, c’est-à-dire 8 jours après l’inocu¬
lation, et a contracté une maladie chronique. Son sang contenant
des Trypanosomes nombreux, a servi à inoculer :
Deux cercopithèques patas.
Un lapin.
Un cobaye.
Un cabri.
Les quatre premiers animaux, pourtant sévèrement inoculés,
n’ont pas réagi.
Le cabri a contracté la souma et est mort en 20 jours exactement.
Identification du Trypanosome. — Elle a été faite à l’Institut
Pasteur, à l’examen de lames colorées du sang du veau, par M. le
Professeur Mesnil, qui a reconnu un Cazalboui non douteux.
Conclusion. — Contrairement à ce qui est la règle, le Tryp.
Cazalboui a été inoculé positivement à un Cercopitlieciis patas.
Séance du 11 Février 1914
121
L’ incubation a été de cinq jours et demi ; l’infection a été rapide,
puisque la mort est survenue en dix jours et demi.
Les Trypanosomes se sont toujours montrés extrêmement rares
dans le sang.
Neuf jours après l’inoculation, le sang du singe s’est montré
virulent pour le mouton.
Deux autres cercopithèques inoculés avec le même trypanosome
n’ont pas pris la maladie.
Une série d’inoculations à un chien, des cobayes, des lapins,
n’a donné aucun résultat.
A la prochaine occasion, il sera expérimenté si le Tr. Cazâlboui,
provenant du veau , présente une virulence particulière qui lui
permet, comme dans l’expérience ci-dessus relatée, d’être nocif
pour le cercopithèque.
(Laboratoire de Bamako , Haut-Sénégal et Niger).
Au sujet de l’existence chez un saurien,
Agama colonorum Dum. et Bibr., d’une
filaire et d’une microfilaire sanguines
-À* > A
Par P. DELANOË.
Au mois de mai 1913, je rencontrais dans le sang d’un « mar-
gouillat » adulte cf, capturé dans fa cour de l’Ambulance à Bouaké,
de nombreuses microfilaires à gaîne : environ 4 à 5 par champ
microscopique (obj. n° 5).
Ce « margouillat » fut conservé en captivité pendant près d’un
mois. Durant tout ce temps je n’ai noté aucune périodicité chez
les microfilaires : elles étaient aussi nombreuses la nuit que le
jour.
Sur 7 (( margouillats » examinés (4 mâles, 3 femelles), je n’ai
rencontré qu’une fois ce parasite. Il paraît donc moins répandu
qu’il, agamee Lav. et Pett., que j’ai trouvé chez trois ani¬
maux sur sept. Notons en passant qu’ü. agamæ L. et P. paraît
plus répandu à Bouaké qu’à Saint-Louis du Sénégal. Laveran
122 Bulletin de là Société de Pathologie exotique
Grossissement : Fig. 1-25, 620 D. environ — Fig. 26, 50 D.
E.A, extrémité antérieure ; B. bouche ; C, cuticule ; V, vagin.
\
\
Séance du 11 Février 1914.
123
°et Pettit ont signalé que, sur 19 agames envoyés du Sénégal à
Paris, un seul présentait des hémogrégarines (1).
A l’état frais, entre lame et lamelle, la gaine, difficilement
perceptible le long du corps de la microfilaire, est très nettement
visible à ses deux extrémités. La microfilaire, dans sa gaine, pré¬
sente sur place des mouvements assez vifs. Elle est parcourue par
des ondulations qui vont de l’extrémité antérieure à l’extrémité
postérieure. Les mouvements de translation sont peu accentués
jusqu’au moment où la microfilaire arrive à se débarraser de la
gaine. Alors elle se déplace en s’insinuant entre les hématies.
L’extrémité antérieure porte un dard dont les mouvements rapides
de projection et de rétraction se distinguent nettement. C’est à
l’aide de ce dard que la gaine est perforée. Les mouvements du
prépuce qui couvrent et découvrent le gland sont moins rapides
que ceux du dard. Sur les frottis du sang, il y a des gaines sans
filaires et des filaires sans gaine. Généralement, les microfilaires
possèdent une gaine.
Sur les préparations colorées, la microfilaire porte des striations
transversales très nettes et très régulières. La gaine n’est jamais
striée, au contraire de M. Bancrofti dont la gaine, en cas de pré¬
parations bien réussies, peut être striée tout comme la microfilaire
elle-même.
Les microfilaires mesurent en moyenne 190 y de long sur 6 y
de large.
Les noyaux embryonnaires sont sur 2 ou 3 rangées. Au niveau
de l’extrémité postérieure, les noyaux ne sont que sur une seule
rangée. Il y a des noyaux jusqu’au niveau de l’extrémité posté¬
rieure.
A
Les taches sont très inconstantes. Souvent la tache céphalique
n’est pas nette. Sur les trois exemplaires que nous avons dessinés
(fig. 1, 2 et 3), on voit mal cette tache. Les microfilaires des
figures 1 et 2 montrent très nettement une tache caudale, large
respectivement de 6 u et de près de 8 y. La microfilaire de la
figure 3 n’a pas de tache caudale. Pour bien montrer ces diffé¬
rences d’aspect, nous avons dessiné à part les extrémités caudales
de 2 microfilaires (fig. 4 et 5).
Sur les préparations colorées au Leishman, les taches quand
elles existent sont plus apparentes que sur les préparations colorées
(1) Bulletin de la Soc. de Path. Exotique , séance du 13 oct. 10,09.
124
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
au glychémalun. De même les noyaux paraissent plus gros. La
gaine n’est jamais colorée par le Leishman. Elle l’est toujours
par le glychémalun.
Indépendamment des microfilaires, j’ai rencontré dans le sang
des formations spéciales que représentent les figures. 6, 7, 8 et 9.
Elles se composent d’une sorte de vermicule, légèrement incurxTé,
absolument immobile, contenu dans une gaîne très nettement
visible à l’état frais. Sur les préparations colorées, à. l’une des
extrémités de ce vermicule, on distingue un petit corpuscule qui
ne prend pas le Leishman, mais qui, au glychémalun, se colore
comme un noyau. Ces formations sont certainement de nature
parasitaire. Je les ai rencontrées en grand nombre sur les frottis
faits avec les filaires adultes femelles. Je les considère comme des
œufs frappés d’atrophie, incapables de développement, et qui sont
passés dans la circulation en même temps que des microfilaires
complètement développées.
• On ne rencontre dans le sang que des microfilaires arrivées à
complet développement ou des œufs atrophiés. En d’autres termes,
#
les Cellules ovulaires, rencontrées dans la grande circulation, sont
incapables de développement.
A l’autopsie du « margouillat », j’ai rencontré huit filaires
adultes, toutes des femelles (1), enchevêtrées entre elles et formant
peloton dans le tissu hépatique qui ne montrait aucune trace appa¬
rente de dégénérescence. Ce peloton était si volumineux qu’il
faisait hernie en un point à travers le tissu hépatique.
Les filaires adultes femelles mesurent 12 à 13 cm. de long, sur
o mm. 275 de large : filiformes, d’un blanc laiteux. Montées entre
lame et lamelle dans de la glycérine ou de l’huile de vaseline, on
distingue très nettement par transparence l’arbre sexuel entière¬
ment bourré de microfilaires à des stades divers d’évolution. En
faisant des frottis colorés avec des segments de l’arbre sexuel
coupés de proche en proche, j’ai pu suivre en quelque sorte pas
à pas cette évolution.
Les figures 10, 11, 12 et 13 représentent des œufs au stade de
début. La membrane ovulaire, comme on peut s’en rendre compte,
est donc à l’origine plus ou moins développée. Le noyau est situé
à l’un des pôles de l’embryon. La cellule primitive commence par
se diviser en 2 (fig. 14, 15); puis en 4 (fig. 16, 17); puis en 6
(1) 11 est donc à présumer que les mâles et les femelles n’habitent pas au
même endroit.
Séance du 11 Février 1914
125
(fig. 18). Le nombre des cellules de division devient ensuite plus
élevé (fig. 19). Après quoi toute trace d’organisation cellulaire
disparaît : on n’a que des noyaux multiples plongés dans une
masse protoplasmique commune (fig. 20). Cette masse est entamée
par une profonde incisure (fig. 21). Ainsi prend naissance une
sorte de boudin protoplasmique plurinucléaire. Pour devenir mi-
crofilaire parfaite, ce boudin n’aura qu’à s’allonger et en quelque
sorte s’étirer. Dans les figures 22, 23, 24 et 25, nous n’avons des¬
siné que les contours du parasite en voie d’évolution.
La figure 26 représente l’extrémité antérieure d’une filaire
adulte femelle. Tout à l’extrémité, la bouche, inerme, sans papil¬
les. A 525 ja environ en arrière, sur le côté, le pore sexuel par où
s’ouvre le vagin et par où, normalement, s’échappent les micro-
filaires et les œufs avortés.
Les filaires adultes femelles ont une cuticule lisse. Elles s’effi¬
lent également aux extrémités, en pointes obtuses. A la partie
moyenne du corps, la largeur d’une filaire adulte est de 287 y
environ. A l’extrémité antérieure, elle n’est plus que de 160 y, soit
127 j x de différence.
Rodhain, en 1906, a décrit, chez un Agama colonorum de l’Ou-
bangui, une filaire à embryons sanguicoles. Ces microfilaires,
à gaîne comme celles que nous venons de décrire, en diffèrent par
leurs dimensions en longueur : 89 ja seulement pour la gaîne,
et 66 ja pour le parasite. De plus, les adultes (tous des femelles)
que Rodhain n’a pu étudier, ont été trouvées dans le tissu sous~
cutané, entre la peau et les muscles.
( Travail du Laboratoire de Boualzé, Côte d'ivoire).
Y0'
Fréquence de Filaria Bancrofti chez
des sujets de la Guadeloupe ne présentant
ni éléphantiasis ni accidents lymphangitiques
Par M. LEGER et R. LE GALLEN.
La question est encore très controversée des relations qui exis¬
tent entre l’infestation par Filaria Bancrofti , et la lymphangite
(1) Rodhain, Centralbl. f. Bakter.. I, Origin., t. XLÏI, 1906, p. 545.
126
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
endémique des pays chauds ou l’éléphantiasis arabum. Le Néma¬
tode a-t-il le rôle pathogène que lui attribue PatricÉ Manson ?
les agents bactériens (streptocoques, dermocoques de Le Dantec,
lymphocoque de Dufougeré), sont-ils seuls à incriminer ou sont-
ils les facteurs surajoutés indispensables?
Le problème est loin d’être simple. Sa solution nécessite, à
notre avis, une enquête préalable, établissant V index filarien dans
les pays où sévissent la lymphangite à répétitions et l’éléphan¬
tiasis. La Guadeloupe et la Martinique offrent, à ce point de vue,
un champ d’investigations des plus favorables. Nous avons donc
pensé qu’il y avait quelque utilité à ajouter de nouveaux docu¬
ments aux données encore très lacunaires que nous possédons
sur les porteurs sains de microfilaires dans nos colonies d’Amé¬
rique.
L’embryon de Filaria Bancrofti a été depuis longtemps recherché
par certains confrères, exerçant aux Antilles, dans les urines chyleuses
ou le sang de leurs malades. Mais ces observations (1) anciennes, ra¬
res d'ailleurs, sont restées pour la plupart inédites.-
Plus récemment à la Martinique, Dufougeré (2) a constaté l’exis¬
tence d’un cocco-diplocoque, ne prenant pas le Gram, dans tous les
cas de lymphangite endémique ; celle-ci n’aboutissait à l’éléphantiasis
que chez les individus porteurs de filaires. Dans le sang prélevé sur
53 éléphantiasiques, l’auteur aurait trouvé 43 fois des embryons du
nématode, tous, « morts » et le plus grand nombre à l’état de « dé¬
bris » ; il les aurait identifiés 11 fois à Micro filaria noctürna et 32 fois
à Microfilaria Demarquayi.
Dufougeré n'a pas déterminé la fréquence des porteurs de microfi¬
laires ; il indique seulement que, chez 3 sujets, sains en apparence,
il a constaté l’existence de microfilaires dont l’une semblait devoir être
rapportée à Filaria Bancrofti.
Noc et Stévenel (3) sont au contraire arrivés à des résultats très dif¬
férents : sur 4.000 Martiniquais, venus de 1909 à 1913 à la consultation
du Dispensaire annexé à l’Institut d’Hygiène, 88 étaient atteints d’af¬
fections lymphatiques (73 cas de lymphangite endémique, 15 cas d’é-
léphantiasis : aucun de ceux dont le sang fut prélevé, de jour ou de
nuit, ne fut trouvé porteur de Maires.
D’autre part, chez 73 sujets, en bon état de santé, la présence de
Microfilaria noctürna dans le sang périphérique prélevé la nuit fut
constatée 4 fois (soit 5,47 °/„). Les auteurs mentionnent expressément
qu’ils n’ont pas rencontré Microfilaria Demarquayi.
Nous sommes encore moins bien renseignés sur la filariose à la
(1) G. Houllier, P>e la Filariose et en particulier de l’hémato-chylurie endé¬
mique des pays chauds, Thèse , Montpellier, 1893.
(2) W. Dufougeré, L’éléphantiasis. Ses rappors avec la lymphangite endé¬
mique des pays chauds. Paris, Maloine, 1907.
(3) F. Noc et L. Stévenel, Filariose, lymphangite et éléphantiasis a la
Martinique, Bü li. Soc. Path. exotique, 1913, t. VI, p. 663. f
Séance du 11 Février 1914
127
Guadeloupe. Stévenel (1), en 1913, a consigné les résultats de quel¬
ques examens hématologiques pratiqués à la Pointe à Pitre sur des
fonctionnaires venus à la consultation de l’Hôpital militaire. Il a ren¬
contré 4 fois sur 12 des microlilaires, toutes pourvues de gaine et à
périodicité strictement nocturne. Deux des sujets examinés ne présen¬
taient aucun trouble pouvant être rapporté à la présence du parasite ;
les deux autres étaient atteints de chylurie avec abondance d’embryons
dans les urines.
Cette étude intéressante de Stévenel porte malheureusement sur
un nombre trop restreint de cas pour qu’il soit possible d’en déduire,
même approximativement, un index filarien.
Pour établir un pourcentage plus précis, nous avons profité
de la présence, à Marseille, des recrues guadeloupéennes nouvel¬
lement arrivées.
Grâce à l’amabilité des docteurs Thiroux et Marty, des
Troupes coloniales, il nous a été permis de prélever des échantil¬
lons de sang à un certain nombre des malades de leurs salles, des
noirs pour la plupart.
Des 150 sujets examinés, 23, soit 15,33 %> présentaient dans
la circulation périphérique des microfilaires. Les dimensions des
embryons, leur aspect sur préparation colorée, la présence cons¬
tante d’une gaine permettent de les identifier à Microfilaria noc-
turna. La périodicité était d’ailleurs nocturne; dans aucun frottis
prélevé dans la journée, il n’a été possible de déceler des micro¬
filaires.
Les porteurs de Filaria Bancrofti étaient à l’hôpital pour les
maladies les plus variées, mais n’ayant aucun rapport avec la
filariose. En particulier, ils n’avaient jamais présenté antérieure¬
ment de poussées de lymphangite ou émis des urines chyleuses.
Ils n’étaient pas porteurs de lésions éléphantiasiques.
Nous avons noté sur nos frottis une assez forte éosinophilie,
mais n’avons pas jugé utile d’établir la formule leucocytaire, tous
nos sujets étant porteurs de parasites intestinaux (2), l’augmen¬
tation de polynucléaires acidophiles ne saurait être attribuée à la
seule filariose.
Comme le montre le tableau ci-dessous, les sujets examinés pro¬
viennent des diverses parties de la colonie. Il semble que l’infes¬
tation parasitaire ne soit pas également répartie. C’est dans F îlot
(1) L. Stévenel, Bull. Soc . Vatli. exotique , 1913, t. VI, p. 357.
(2) M . I ecer et Ch. Sauvet, Helminthiase intestinale à la' Guadeloupe,
Bull. Soc. Path. exotique , 1914, t. VII, no 1.
128
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de Marie-Galante et dans la ville de Pointe-à-Pitre que le pour¬
centage des filariés est le plus élevé.
Tableau indiquant la répartition par localités.
Nous possédons, grâce à Low (1) des renseignements importants
sur l’index filarien de la plupart des Antilles anglaises, et il nous pa¬
raît intéressant de résumer les travaux du savant microbiologiste.
Tableau . — Index filarien des Antilles Anglaises.
Low fait remarquer la proportion sensiblement différente des para-
(i) Low, The unequal Distribution of Filariasis in the Tropics, The Journ.
of trop. Med. a. Hygiene, 1908, t. XI, p. 59.
129
Séance du 11 Février 1914
t \
sités dans des îles très voisines. Les conditions telluriques et clima¬
tiques paraissent pourtant identiques, et à la Grenade, où Filaria Ban-
crofti paraît inexistante, on retrouve, aussi nombreux que dans les
autres îles, Culex fatlgans , reconnu comme étant l'un des plus impor¬
tants facteurs de dissémination du nématode.
Si nous comparons nos chiffres à ceux de Low et de N oc, nous
voyons que l’index filarien de 15,33 classe, jusqu’à plus ample
informé, la Guadeloupe au deuxième rang des Antilles Anglaises
et Françaises.
%
La Guadeloupe est donc très infestée par Filaria Bancrofti. Elle
l’est peut-être encore plus que ne le révèlent nos statistiques :
nous n’avons opéré que sur des jeunes gens de 20 ou 22 ans
reconnus aptes au service militaire ; une enquête portant sur des
sujets d’âge mûr et des vieillards décèlerait, selon toute vraisem¬
blance, un pourcentage plus élevé.
De la présence si fréquente de microfilaires dans le sang de
sujets sains en apparence, il résulte que nos compatriotes guade¬
loupéens doivent entreprendre une lutte sérieuse contre les mous¬
tiques, agents de transmission de la filariose. La double méthode
prophylactique doit être mise en œuvre : l’offensive par les me¬
sures anti-larvaires, et la défensive, par l’emploi de la mousti¬
quaire.
(Ecole d’ application du Service de Santé des Troupes
Coloniales, Marseille).
Sur les Helminthes de l’Eléphant d’Asie
11. Nématodes. A.
Par A. RAILLIET, A. HENRY et J. BAUCHE.
Ce sont les Nématodes qui constituent la majorité des Helmin¬
thes rencontrés chez les Eléphants, et si la plupart d’entre eux
appartiennent à la famille des Strongylidæ, il en est quelques-uns
qui se rattachent aux Ascaridœ, aux Spiruridœ et aux Filariidæ.
Ascaridæ
1. Ascaris lonchoptera Diesing, 1851 ( Strongylus elephanti
Rud., i8iq, nom. nud.). — Canaux biliaires et duodénum.
130
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Strongylidæ
. i 0 . „ ,, *s
On sait que les représentants de cette famille (ancienne sous-
famille des Strongylinœ ) se laissent grouper en plusieurs tribus
dont les plus importantes, en ce qui concerne les parasites des
Mammifères, sont celles des Œsophagostomeœ, Bunostomcœ,
Strongyleœ et Cylicostomeœ. Seules les. trois dernières de ces tri¬
bus se trouA^ent représentées chez l’Eléphant d’Asie.
Bunostomeæ :
1. Bathmostomum Sangeri (Cobbold, 1882) ( Dochmius Sangeri
Cobbold, 1882 ; Uncinaria Sangeri Railliet, 1896, non Alessan-
drini, 1905; Uncinaria os-papillatum Piana, 1900 ; Bathmostomum
Sangeri Railliet et Henry, 1909). — Intestin.
2. Grammocephalus clathratus (Baird, 1868) (Scier ostoma
clathratum Baird, 1868; Strongylus clathratus Cobbold, 1882;
Nématode n° 1 : Uncinaria? des canaux biliaires de l’Eléphant
indien, Evans et Rennie, 1910; Grammocephalus clathratus
Railliet et Henry, 1910). — Canaux biliaires et intestin (trouvé
également chez Elephas af rie an us).
3. Bunostomum (s. 1.) foliatum (Cobbold, 1S82) ( Uncinaria
Sangeri Alessandrini, 1905, non Railliet, 1896). — Tumeurs de
la paroi stomacale; intestin.
Nous ne classons ce parasite qu’à titre provisoire dans le genre
Bunostomum ; il est appelé vraisemblablement à devenir le type
d’un nouveau genre.
Strongyleæ :
1. Evansia Renniei Railliet et Henry, 1913 (Nématode n° 2
de l’Eléphant indien, Evans et Rennie, 1910). — Estomac et peut-
être canaux biliaires.
2. Strongylus adclilictus n. sp. — Le corps, cylindroïde et rigide, est
quelque peu atténué aux deux extrémités, dont l’antérieure est tron¬
quée ; il présente une teinte générale grisâtre sur laquelle tranchent
les deux champs latéraux, parcourus par de fines bandes longitudi¬
nales brun rougeâtre. La cuticule est striée en travers ; au niveau de
la terminaison de l’œsophage l’écartement des stries atteint environ
Il à 13 o. La bouche, circulaire, au lieu de s’ouvrir directement en
avant comme dans les espèces de Strongylus jusqu’à présent décrites,
se trouve dirigée, très légèrement il est vrai, vers la face dorsale. Elle
est garnie d’une coronule formée de très nombreuses et très fines
lamelles. La capsule buccale est subglobuleuse, longue de 500 g sur
une largeur maxima de 450 g atteinte en son milieu ; sa parpi, relati¬
vement épaisse, présente un bord antérieur renforcé en dehors par un
Séance du 11 Février 1914
431
1
bourrelet assez large, découpé au niveau des lignes latérales et sub¬
médianes, pour le passage des six papilles céphaliques. Le tunnel
dorsal est dépourvu d’anses latérales ; on remarque au fond de la cap¬
sule deux dents subventrales hautes d’environ 160 g.
L’œsophage (mâle) en forme de massue, est long de 1 mm. 750 ; il
présente sa plus grande épaisseur, 500 g, vers le quart postérieur, et
sa plus faible épaisseur, 225 g, est réalisée dans presque toute sa moi-
lié antérieure, qui est presque cylindrique ; son extrémité postérieure
est pourvue de trois valvules bilobées.
Mâle. — Le mâle est long de 20 mm., épais de 1 mm. 4 environ ; la
bourse caudale est du même type que celle des autres Strongyleæ ;
cependant, par la disposition de ses côtes postérieures, elle semble
se rapprocher de celle des Ankylostoma plutôt que de celle des Slron-
gylus : ces côtes offrent en effet un tronc commun très long, alors que
la partie libre est peu développée. Les spiculés, longs de 2 mm. 3 à
2 mm. 450, sont assez épais à leur origine, mais deviennent très grêles
à quelque distance.
Femelle. — La femelle est longue de 18 à 24 mm., épaisse de
1 mm. 4 à 1 mm. 6 en avant de la vulve et de 1 mm. 3 à 1 mm. 4 en
arrière. Il y a donc un rétrécissement assez brusque au niveau de cet
orifice, qui se trouve situé en arrière du milieu du corps. Chez pres¬
que tous les exemplaires examinés, il répondait aux deux cinquièmes
postérieurs, et se montrait recouvert d’un produit de sécrétion, comme
on en trouve souvent chez les Strongylidés. Le vagin se dirige en avant,
mais après un court trajet il se perd dans les nombreuses circonvolu¬
tions des tubes génitaux, de telle sorte que nous n'avons pu observer
les ovéjecteurs. Les œufs sont ellipsoïdes, à coque mince, à contenu
peu segmenté au moment de la ponte ; ils mesurent 65 à 74 g sur 42
à 45. L’extrémité caudale est en cône très obtus ; l’anus s’ouvre à 300 g
de la pointe.
Fig. 3. — Extrémité antérieure de Strongylus additicius ; Cr. 80.
La particularité ia plus intéressante à relever dans l’organisation
de ce Nématode est offerte par la capsule buccale.
La présence de deux’ dents subventrales complète en effet la
132 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
série des quatre combinaisons qui peuvent être réalisées dans le
genre Strongylus avec les anses du tunnel dorsal (dents subdor¬
sales) et les dents subventrales, à savoir :
1° anses du tunnel dorsal et dents subventrales présentes ;
2° anses du tunnel dorsal présentes, dents subventrales absentes ;
3° anses du tunnel dorsal et dents subventrales absentes ;
4° anses du tunnel dorsal absentes, dents subventrales présentes ;
Les trois premières combinaisons se présentaient respective¬
ment chez Strongylus equinus , St. vulgaris, St. edentatus, para¬
sites des Equidés; la dernière, qui n’avait pas encore été consta¬
tée, se trouve réalisée chez le parasite de l’Eléphant ; c’est pourquoi
nous proposons de lui donner le nom de Strongle complémentaire :
Strongylus additicius n. sp.
Ce parasite a été recueilli dans le gros intestin de l’Eléphant
autopsié le 9 janvier 1913.
Réduvides de l'Amérique du Nord
capables de transmettre le Tryp. Cruzi
Par E. BRUMPT.
Le Trypanosoma Cruzi a été trouvé à l’état spontané chez le
Conorhinus megistus par C. Chagas, il a été trouvé également à
l’état spontané chez Conorhinus inf estons et C. sordidus. En étu¬
diant un virus venant de Bahia j’ai eu l’occasion de montrer que le
Trypanosoma Cruzi évolue chez des Punaises diverses ( Cimex
lectularius , C. rotundatus et C. Boueti) et chez un Ixodidé
P Ornithylorus mouhata.
Avec Gonzalez-Lugo j’ai eu l’occasion de démontrer que le
Rhodnius prolixus est capable de servir de convoyeur au Trypa¬
nosome ; depuis notre publication j’ai pu constater que cet Hémip-
'tère présente une infection durable.
Tout récemment Neiva a montré que le Rhipicephalus san-
guineus peut servir d’hôte intermédiaire.
Les Conorhinus que je présente aujourd’hui sont originaires
du Texas (U. S. A.), ils m’ont été envoyés, grâce à l’obligeance
Séance du 11 Février 1914
133
de M. L. O. Howard, par M. Y. D. Mitchell, clu laboratoire
de Dallas (Texas).
Les Conorhinus envoyés du Texas ont tous succombé en route,
mais il y avait dans la boîte quelques œufs que le Dr Ch. Joyeux
a bien voulu élever pendant mon séjour au Brésil.
J’ai eu à ma disposition deux jeunes larves qui se sont infectées
dès leur premier repas sur une Souris infestée avec les déjections
d’un Rhodnius prolixus.
Les exemplaires que je présente à la Société ont des déjections
qui renferment des cultures pures de Trypanosoma Crusi méta-
cyclique, il est probable que l’infection sera durable, c’est ce que
nous indiquerons ultérieurement.
Quelques cas de fièvres d origine indéterminée
simulant le paludisme en Nouvelle-Calédonie
Par Ch. NICOLAS.
D’un précédent séjour en Nouvelle-Calédonie nous avions gardé
cette impression qu’il pourrait bien y avoir dans ce pays, où il n'a
pas encore été signalé, du paludisme ou tout au moins des fièvres
intermittentes y ressemblant fort.
Cependant n’ayant résidé alors qu’aux îles Loyalty parmi des
indigènes, puis sur la côte Est desservant parfois des circonscrip¬
tions de 180 kilomètres nous faisions beaucoup plus d’équitation
et de records que de médecine et ne pouvions suivre avec fruit
les malades. Souvent néanmoins nous avions recherché des Ano¬
phèles soit adultes, soit larves, mais toujours sans succès.
Aujourd’hui (janvier 1914), après un séjour de 3 mois à Bourail
centre le plus important, à population plus dense, cette impres¬
sion se précise davantage. Nous n’avons rencontré aucun Ano¬
phèles, ni pu déceler aucun parasite, mais nous avons vu 4 cas
de fièvre ayant toutes les allures du paludisme. En outre nombre
de colons interrogés nous ont dit « qu’il y avait des fièvres »
dans le pays, ou dans leur entourage, ou dans leur famille. De
ces commémoratifs et des 4 cas rencontrés, il semble résulter que
ces fièvres sont généralement bénignes, sauf cependant le cas que
134
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
je vais relater spécialement; elles apparaissent dans la seconde
moitié de la nuit ou dans la première partie du jour, avec fris¬
sons, sueurs profuses, température, revenant parfois plusieurs
jours de suite, puis disparaissant. -
Nous croyons savoir que certains de nos confrères de Nouméa,
tant civils que militaires, ont observé depuis quelque temps eux
aussi des fièvres d’allure paludéenne, mais sans avoir jamais ren¬
contré d’hématozoaires dans le sang.
En ce qui nous concerne nous venons de voir : le jeune E., vallée de
la Pouéo, enfant tuberculeux il est vrai, mais qui aurait dû, s’il se fût
agi de fièvre hectique, faire ses accès le soir, et qui va mieux d’ailleurs.
La jeune C., vallée de la Néra, qui a vu ses accès de fièvre, légers
d’aiileurs, céder à la quinine.
Le nommé H., route de la Taraudière. Agé de 28 ans, il souffre d’ac¬
cès fébriles intermittents, irréguliers, auxquels il avait prêté jusqu’ici
peu d’attention, se manifestant à la fin de la nuit ou vers 10-11 h. du
matin et qu’il appelle « les fièvres ». Il leur donne l’origine suivante :
à 21 ans, il a fait son service à Nouméa ; il avait dans sa chambrée
des coloniaux sujets à des accès de paludisme ; c’est là qu’il prétend
s’être contagionné. Sa rate, assez volumineuse, déborde les fausses
côtes de deux travers de doigt ; elle est molle et douloureuse quand
il monte à cheval où se fatigue aux travaux des champs. La quinine a
paru jusqu’ici sans effet.
Le jeune C., neveu du précédent, âgé de 18 ans est grand et maigre
pour son âge ; parents et grands-parents vivants et bien portants :
troisième enfant d'une famille de 5 enfants dont les autres sont vi¬
vants et en bonne santé ; mère robuste n’ayant jamais fait de fausse-
couche. Ce malade pas plus que les autres, ni personne dq sa famille
n’est allé aux Hébrides pays de fièvres. Il aurait eu, à 10 ans, la fièvre
fièvre typhoïde ; depuis cette époque aurait eu souvent disent ses pa¬
rents des fièvres qui l'ont grandement anémié. Dans cette vallée basse,
appelée taraudière, il y aurait eu en 5 ans, au dire des gens, de nom¬
breux cas de fièvre graves qui auraient été étiquetées fièvre typhoïde.
Cependant les colons sont très éloignés les uns des autres, ils boivent
les uns de l’eau de rivière, les autres de l'eau de puits et ces puits
sont éloignés de plus de 500 mètres entre eux et de la rivière, les habi¬
tants de cette région disent eux aussi qu'il y a souvent « des fièvres ».
Première phase. — Le jeune C. se présente à notre consultation
fin octobre, anémié, muqueuses décolorées, teint pâle et légèrement
jaunâtre. Il se sent fatigué depuis quelques jours, a eu un saignement
de nez, des sueurs et frissons dans la nuit et la journée ; il est apyré¬
tique ; aucun organe ne paraît atteint sérieusement ; un peu de rudesse
respiratoire à gauche et d’assourdissement du rythme cardiaque. Des
toniques lui sont prescrits.
Le 4 octobre je suis appelé chez le malade. Depuis 4 jours il y a de
la fièvre, la température est de 38°5 au moment de ma visite ; la veille
et l'avant-veille il a eu deux et trois selles par jour, dont une souil¬
lée de matières noires comme de la poix ; le matin même il a eu une
épistaxis ; inappétence, langue blanche, rosée à la pointe* et sur les
bords ; rudesse du bruit respiratoire : gargouillement dans la fosse
iliaque droite ; foie normal en avant, sa matité semble augmentée en
Séance du 11 Février 1914
135
arrière. Matité splénique plus étendue que normalement ; on définit
mal le contour inférieur de la rate, sa matité semble se continuer avec
celle du côlon descendant qui serait rempli de matières. Quelques ta¬
ches rosées.
Le lendemain ascension à 39° et le 7 novembre à 39°6 ; je diagnos¬
tique une lièvre typhoïde de moyenne intensité et je mets le malade au
traitement classique. Malheureusement le séro-diâgnostic pratiqué se¬
lon la méthode de Ficher est négatif ; négative également la réaction
de Widal que veut bien pratiquer mon distingué confrère le Docteur
Leboeuf. La défervescence cependant se fait en lysis du 14 au 18 nov.
La température n’avait été prise que le matin et le soir et j’étais con¬
vaincu avoir eu affaire à une paratyphoïde légère malgré deux anoma¬
lies cliniques ; dès le 7, la constipation avait remplacé les selles mol¬
les et liquides, et les 8 et 9 la température s’était inversée (plus élevée
le matin que le soir).
Deuxième phase. — Après une journée d’apyrexie le malade, dès
le 19, voit sa fièvre remonter ; le 22, elle atteint 39°2 à midi'. Les
mêmes symptômes se reproduisent moins les taches rosées, le malade
a de fréquentes épistaxis ; dans la fosse iliaque gauche, je note de la
matité et, au palper, une masse pâteuse que je prends encore pour l’S.
iliaque, confusion d’autant plus facile qu’il y avait constipation. Je
ne pouvais songer à une rechute de fièvre typhoïde, mais pensant a
une maladie infectieuse autre, je donne du collargol par voie hypo¬
dermique les 23, 24, 25, 26 et 27, et dès le 22 je fais prendre la tem¬
pérature plusieurs fois par jour, ce qui me donne un maximum à midi.
Je songe alors au paludisme et, dès le 24, je donne de la quinine à la
dose de 1 g. 20 en 3 prises, d’abord à 5, 9 et 12 heures, puis à 3, 5 et
7 heures. Les températures décèlent en effet un maximum à 12 d’a¬
bord puis à 9 heures ; à ce moment le malade a des frissons suivis
d’une sudation abondante. Sous l’influence de la quinine par voie
buccale la fièvre de 39°5 descend entre 38° et 37° où elle oscille du
26 nov. au 3 décembre.
Entre temps un examen plus attentif de la fosse iliaque gauche
donne au palper une sensation de dureté ligneuse et à la percussion
une matité absolue qui se continue sous les 3 dernières côtes avec
celle de la rate. Le tout s’étend jusqu’à une bon centimètre au delà de
la ligne blanche dans la fosse iliaque droite. La rate énorme, de molle
et flasque qu’elle devait être au début où je l’avais méconnue, était de¬
venue en un mois plus volumineuse encore et plus dure ; on sent
dans la fosse iliaque droite son "bord net avec son encoche, et son
contour se dessine à travers une paroi maigre surélevée par elle
jusqu’à l’épigastre en haut, à l’épine iliaque et l’arcade de Fallope
en bas.
Deux prises de sang successives au moment des accès ne révèlent
aucun hématozoaire ; le Dr Leboeuf à qui je confie deux lamelles, en
fait lui aussi en vain l’examen approfondi.
Rien ne me permettant de songer au kala-azar si ce n est la spléno¬
mégalie, et la température remontant les 1, 2 et 3 décembre malgré la
quinine « per os », je pratique les 4, 5 et 6 décembre trois injections
sous-cutanées de 0,50 bi-chlorhydrate de quinine.
Le 7, apyrexie relative ; mais dès le 8, malgré une petite dose quoti¬
dienne de 0,25 quinine, la fièvre remonte chaque jour avec un maxi¬
mum très net vers midi. MalgréA’augmentation de la dose, de quinine,
elle dépasse 39° les 17 et 18. L’état général est si mauvais le malade
4
136 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
si pâle, si anémié et émacié que j’envisage et laisse entrevoir aux pa¬
rents une issue fatale. Entre temps une ponction de la rate avait été
pratiquée le 12 ; mon confrère le Dr Leboeuf, Directeur de l’Institut
microbiologique à Nouméa, n’y avait absolument rien décelé.
En désespoir de cause, je pratique le 18 après-midi une injection
intra-veineuse de 30 cg. de néo-salvarsan. Dès le lendemain, l’apyrexie
est complète, la fièvre descendue brusquement au-dessous de 37° s’y
maintiendra ; quatre jours après la rate a diminué de 5 cm., est moins
dure, mains saillante ; elle occupe encore une grande moitié de la
fosse iliaque gauche. Le 27 elle a diminué de moitié encore et dépasse
seulement de deux travers de doigt le rebord des fausses côtes. Je pro¬
cède à une seconde injection intra-veineuse de néosalvars^n.
Le résultat acquis se maintient ; le malade a recouvré l'appétit* son
teint pâle a disparu, il est moins émacié et capable de faire des pro¬
menades à pied ; sa rate a encore diminué de volume et n’est plus
douloureuse. Chaque poussée fébrile était en effet acompagnée de
douleurs spléniques. La guérison aujourd’hui semble complète.
Comment étiqueter ce cas d’allure grave, et les 3 autres plus
bénins que j’ai signalés rapidement, et cette maladie que certains
habitants disent exister dans le pays et qu’ils appellent tout bonne¬
ment <( des fièvres »? Je n’ose commettre l’hérésie de l’appeler du
paludisme sans hématozoaires ou à hématozoaires dissimulés.
Au sujet d’échantillons
de traite
Par A. LAVE R AN.
A la demande de M. le Président de la Commission coloniale
de la Ligue nationale contre l’alcoolisme, M. le Gouverneur géné¬
ral de l’Afrique occidentale française a bien voulu me faire
adresser des échantillons de liqueurs de traite pour être soumis
à l’analyse. Certains échantillons provenaient de prélèvements
opérés par le service des douanes à l’arrivée dans la colonie de
la Côte d’ivoire, d’autres avaient été achetés dans différentes
maisons de commerce de Grand-Bassam.
L’envoi fait, dans d’excellentes conditions, par M. le Lieute¬
nant-Gouverneur de la Côte d’ivoire m’est parvenu au mois d’août
dernier; il se composait de 11 échantillons de spiritueux vendus
couramment aux indigènes, savoir : 5 de genièvre ou schiedam, 1 de
gin, 1 de whiski, 3 de rhum, 1 de cognac. Il n’y avait pas d’échan¬
tillon d’absinthe, la vente de cette liqueur aux indigène étant heu-
Séance du 11 Février 1914
137
reusement Interdite, dans la( colonie de la Côte d’ivoire, deptiis
le mois d’avril 1913.
A la demande de M. le Professeur Gabriel Bertrand, M. Xavier
Rocques, chimiste-expert, a bien voulu se charger de faire l’ana¬
lyse de ces échantillons ; je remercie bien sincèrement M. X. Roc¬
ques ; sa compétence bien connue dans l’expertise des boissons
alcooliques donne un grand intérêt à la note qui suit.
Analyses d’échantillons de spiritueux
provenant de Grand Bassam
Par Xavier ROCQUES, Chimiste-Expert.
Les tableaux suivants donnent les résultats des analyses des
1 1 échantillons de spiritueux provenant de Grand-Bassam qui
m’ont été remis par M. le Dr Laveran.
10
138
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
Degré alcoolique à -{- i5° .
Extrait sec, par litre .
Acidité ( Totale .
(évaluée en acide 7 Fixe
acétique. ( Volatile
Acides totaux ....
Aldéhydes .
Ethers .
Alcools supérieurs .
Furfurol
Total ou coefficient non-alcool
Conclusion
/i) Peu agréable, eau de-vie partiellement rectifiée.
(2) Eau-de-vie presque complètement rectifiée, odeur presque neutre.
(3) Schiedam d’assez bonne qualité, assez agréable, légèrement sucré
Whisky. Provenance anglaise
Soc. comm. de l'Ouest africain
Degré alcoolique à i5°
Extrait sec, par litre .
Acidité ( Totale
(évaluée en acide \ Fixe .
acétique.) ( Volatile
23° 7
o, 3o
o. o48
o, 012
o, o36
/ Hectolitre d'alcool à ioo° renferme les substances suivantes :
Acides totaux .
Aldéhydes .
Ethers .
Alcools supérieurs .
Furfurol. .......
Total ou coefficient non-alcool .
20. 2
traces
26, 3
32,5
traces
79> 0
Conclusion
Eau-de-vie presque complètement rectifiée, assez agréable.
Séance du 11 Février 1914
139
Cognac provenance française
Prélèv. adminislr.
Degré alcoolique à -{- i5°
Extrait sec, par litre .
Acidité ( Totale .
(évaluée en acide 1 Fixe ....
acétique.) ( Volatile. . t
44°, 6
o, i5
O, 2o4
O, 012
o, 192
i Hectolitre d'alcool a ioo° renferme les substances suivantes :
Acides totaux .
Aldéhydes .
Ethers . .
Alcools supérieurs .
Furfurol. ... . .
Total ou coefficient non-alcool .
45,7
27,2
36.9
675. o
4,8
789,6
Conclusion
Composition anormale pour un cognac. Ce produit n’a d'ailleurs nulle¬
ment les caractères organoleptiques d'un cognac. Il a une odeur rappelant
celle de l’alcool amylique. C’est une mauvaise eau-de-vie.
4
140 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En résumé, les 7 échantillons de genièvre ou schiedam, de gin et
de whisky sont des alcools plus ou moins bien rectifiés, mais
d’une manière générale assez purs. Leur teneur en non-alcool est
faible. L’un d’eux même est de l’alcool complètement rectifié et
sensiblement neutre. Sauf un schiedam de Hollande qui contient
un peu de sucre, ces divers spiritueux ne renferment pas de sub¬
stance solide en solution ou n’en contiennent que des traces. Le
degré alcoolique de ces spiritueux est faible. Le whisky n’a que
230 7; deux échantillons seulement ont plus de 40°.
Sur les trois rhums, un seul (de provenance anglaise) est de
bonne qualité ; on ne peut que critiquer une addition d’aromates
(cannelle, girofle). Le rhum de provenance allemande est un très
mauvais produit n’ayant aucun des caractères du rhum. Quant au
troisième échantillon, il s’agit d’alcool rectifié, ce n’est pas du
rhum; il n’a guère comme goût que celui du caramel qui a servi
à le colorer ; il est très réduit comme degré.
Le cognac est une mauvaise eau-de-vie qui n’a pas les carac¬
tères du cognac.
Action de l’émétine sur la dysenterie bacillaire pure
Par R. DUMAS.
i° L’émétine n’a aucune action sur la Dysenterie bacillaire
pure. Tous les cas sérieux de Dysenterie bacillaire pure, notam¬
ment ceux du Cap Saint-Jacques, sont restés absolument réfrac¬
taires à l’action de l’alcaloïde de l’ipéca.
20 Sauf épidémie, la dysenterie bacillaire est à Saïgon d’une
extrême bénignité; elle guérit très facilement avec n’importe quel
traitement, un simple régime, un purgatif au calomel, etc., rien
du tout même.
Qu’arrive-t-il alors? S’il s’agit d’une dysenterie mixte, l’émé¬
tine agit sur l’amibiose intestinale, mais pas sur la dysenterie
bacillaire, jamais sur la dysenterie bacillaire. Celle-ci guérit toute
seule. Un exemple : l’année dernière une épidémie de dysenterie
bacillaire pure sévissait sur les artilleurs du quartier Virgile. Il
Séance du 11 Février 1914
141
n’y eut ni sérum, ni émétine et pourtant on fut frappé de la
bénignité de la maladie et de la rapidité de la guérison.
Ces conclusions ne sont que provisoires.
L’étude de la dysenterie bacillaire se poursuit en Cochinchine,
mais l’opinion que nous venons d’émettre est partagée par l’una¬
nimité des médecins de Saïgon : Brau, Martel, Denier, etc.
1 42
Bulletin1 de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
O
/
Amibiase et émétine
/
Par Ch. DOPTER.
Les diverses communications qui ont été faites à la Société de
Pathologie exotique lors des séances précédentes, à propos de
gagnent à vous présenter le résultat des observations que j’ai pu
recueillir sur cette importante question.
Voilà environ un an que je traite par ce nouveau moyen les
malades ayant contracté cette affection parasitaire, soit 57 sujets
atteints de dysenterie amibienne, et n atteints d’hépatite sup-
purée de la même nature.
Nos constatations ont été les suivantes :
Dans la dysenterie amibienne, le chlorhydrate d’émétine est
doué d’une efficacité incontestable sur la crise dysentérique. Dans
tous les cas que j’ai observés, son action est douée d’une rapidité
rernarouable. Oue l’atteinte soit récente ou ancienne (j’ai traité
J SJ
des malades dont la dysenterie remontait à 15 ans), la détente
commence à s’effectuer le jour même de l’injection sous-cutanée
du produit; quelques heures après l’intervention, les coliques
diminuent puis disparaissent, et déjà, au bout de 24 heures, le
chiffre des selles se réduit d’une façon remarquable; en même
temps, le mucus est moins abondant et les selles redeviennent nor¬
males si rapidement qu’habituellement, au bout de 48 heures,
ies malades ne se présentent plus qu’une fois à la garde-robes ; les
selles sont alors moulées, recouvertes parfois de quelques frag¬
ments glaireux qui ne tardent pas à disparaître; l’examen micro¬
scopique montre, en ce qui concerne la présence des amibes, la
diminution graduelle de leur nombre; elles sont bientôt rem¬
placées par les kystes, qui eux persistent parfois, nous le verrons,
assez longtemps dans les matières, même redevenues normales.
L’état général bénéficie largement de cette amélioration locale;
l’anémie disparaît, l’appétit devient impérieux, le poids augmente
Séance du II Février 1914
143
progressivement. Certains sujets entrés à l’hôpital dans un état
squelettique, deviennent méconnaissables par l’embonpoint qu’ils
prennent après la cure d’émétine.
Dans l 'abcès du foie d’origine amibienne, les effets ne sont pas
moins remarquables ; mars la guérison définitive ne peut être
obtenue qu’à une condition essentielle : l’évacuation de la poche
abcédée, que cette évacuation soit provoquée (empyème ou ponc¬
tion) ou spontanée (vomique).
Des ii cas d’hépatite suppurée que j’ai observés, un seul a dû
subir un empyème d’urgence, tant l’atteinte était grave. La cure
d’émétine instituée immédiatement après, à tari complètement
en 8 jours l’écoulement purulent qui avait pris l’aspect d’un pus
d’apparence banale.
Dans 6 cas, la cuire d’émétine a été précédée de l’évacuation
par simple ponction ; en ces cas, la fièvre tombe bientôt, les dou¬
leurs disparaissent rapidement, l’état général se relève, la radio¬
scopie montre que le volume du foie diminue pour revenir en
quelques jours à l’état normal ; la guérison est donc très rapide.
Chez trois autres malades, j’ai suivi la marche inverse ; la cure
d’émétine a été instituée tout d’abord, sans évacuation préalable
de la poche abcédée.
Chez le premier d’entre eux, le foie était volumineux et dépas¬
sait les fausses côtes de 4 travers de doigt ; la palpation révélait, en
outre, vers la région de la vésicule biliaire, une tuméfaction répon¬
dant à l’abcès. Sous l’influence de quelques injections quotidien¬
nes de o g. 04 à o g. 08 de chlorhydrate d’émétine, le volume du
foie s’amoindrissait, les vives douleurs éprouvées par ce sujet dimi¬
nuaient d’intensité; seule persistait une douleur profonde réveillée
par la palpation un peu forte aq niveau de la région abcédée. En
même temps l’appétit renaissait, l’état général s’améliorait, les
forces et l’embonpoint se relevaient. L’amélioration était donc
considérable, mais malgré la continuation du traitement à l’émé¬
tine, la guérison complète n’était pas obtenue; le foie débordait
toujours les fausses côtes et la douleur profonde persistait. A tra¬
vers une boutonnière dans la paroi, on pratique alors une ponction
évacuatrice qui retire 300 g. d’un pus grisâtre ayant perdu la
teinte chocolat du pus hépatique et ayant pris l’apparence d’un pus
de suppuration banale; on place un drain. Deux jours après
l’écoulement purulent était tari : toute douleur avait disparu, et
le malade était complètement guéri.
144 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Chez le deuxième malade, le diagnostic d’abcès du foie, cepen¬
dant très net au point de vue clinique ne put être confirmé par
les ponctions qui restèrent blanches. En désespoir de cause, le
traitement par l’émétine est institué. Les douleurs hépatiques ne
tardent pas à disparaître, la fièvre cède progressivement en 5 jours.
Au 10e jour le malade se levait, son état général était excellent; il
ne se plaignait plus que d’une douleur profonde au niveau du
rebord inférieur du foie, quand un soir, il est pris assez brusque¬
ment d’une vomique qui évacue un pus épais, grisâtre; nullement
comparable au pus hémorragique que l’on constate dans les vomi¬
ques habituelles. Le pus évacué, le malade s’endort pendant
4 heures, puis se réveille, ne ressentant plus la moindre douleur,
n’éprouvant qu’une légère fatigue qui ne l’empêche d’ailleurs
nullement de sortir toute la journée. La guérison était complète.
'Je souligne d’une façon spéciale l’allure vraiment insolite de cette
vomique qui s’est effectuée si simplement et dont la sécrétion s’est
tarie immédiatement.
L’observation de ces deux sujets montre à l’évidence que sur un
abcès hépatique' non ouvert, l’émétine en injections sous-cutanées
détermine un arrêt manifeste dans la marche du processus ami¬
bien ; elle transforme assurément, comme je l’ai déjà exprimé
ailleurs, un abcès vivant en un abcès mort. Mais elle est incapable
d’assurer la résorption du pus collecté. Pour que la guérison soit
complète, l 'évacuation du pus est donc nécessaire, qu’elle soit pro¬
voquée par une ponction ou qu’elle s’effectue spontanément (vo¬
mique ou ouverture dans un viscère). Ce qui le prouve, c’est
l’observation du troisième malade rentrant dans la catégorie des
deux précédents, et dont voici l’observation résumée.
Il s’agissait d’un sujet porteur d’un abcès du foie, et chez
lequel, outre les symptômes douloureux et autres, la radioscopie
montrait une voussure assez considérable du dôme hépatique. Une
cure d’émétine amène en quelques jours la rétrocession de tous
les symptômes ; tout élément douloureux avait même totalement
disparu ; l’état général était redevenu parfait, la courbe du poids
était progressivement ascendante. Mais la radioscopie montrait
toujours la même voussure du lobe droit du foie. Des ponctions
multiples furent effectuées sans qu’on puisse ramener la moindre
goutte de pus. Sur sa demande, le malade sort de l’hôpital, mais
la guérison n’est certes pas obtenue : son abcès est mort sans doute,
.mais toujours présent., et la guérison ne pourra être acquise que
Séance du 11 Février 1914
145
grâce à l’évacuation du pus par des ponctions plus heureuses, ou
une vomique.
Ces résultats si favorables sont bien de nature à montrer la
haute efficacité du chlorhydrate d’émétine dans le traitement de
l’amibiase dans ses localisations intestinale et hépatique. Quand
on les compare avec ceux qu’on obtient avec les méthodes classi¬
ques, même celle de l’ipéca à la brésilienne, on ne peut s’empê¬
cher de proclamer son inconstestable supériorité. Et c’est à juste
titre que L. Rogers a pu déclarer que l’émétine est douée d’une
spécificité remarquable vis-à-vis de L’amibe dysentérique, spéci¬
ficité comparable à celle de la quinine pour l’hématozoaire du
paludisme.
Toutefois, d’après plusieurs auteurs, cette loi comporte des
exceptions, isolées il est vrai, mais qui les ont engagés à émettre
des doutes sur les avantages de la méthode. On a signalé, en effet,
quelques cas où les injections d’émétine n’ont produit qu’une
amélioration relative, et n’ont pu faire disparaître complètement
non seulement les kystes amibiens, mais aussi les amibes à forme
végétative. Parmi ces cas, il en est où les doses d’émétine utili¬
sées ont été trop minimes, ou abandonnées dès que l’amélioration
n’était qu’amorcée. En d’autres, il est vrai, le traitement a été bien
conduit, et les parasites ont néanmoins persisté pendant quelque
temps. Je viens d’en observer un récemment. Mais quelle est la
méthode, si active et si spécifique soit-elle qui peut avoir la pré¬
tention de ne pas connaître d’échecs même relatifs? Quand bien
même ils seraient absolus, les quelques cas négatifs que l'on
connaît ne sauraient diminuer la valeur des nombreux cas positifs
qui ont été rapportés. Et puis, ces échecs ont peut-être une cause
que l’expérience nous apprendra sans doute à connaître ultérieure¬
ment. Toutes les variétés d’amibes dysentériques ne sont peut-
être pas également sensibles à l’action de l’émétine; ce serait un
point à déterminer. Et ne faut-il pas tenir compte encore de la
qualité de l’émétine employée, de l’ancienneté de sa préparation,
de sa conservation insuffisante, etc. Si le médicament n’est pas
doué, pour ces raisons, de propriété amibicides suffisantes, ce
n’est pas une raison suffisante pour proclamer l’inefficacité de la
méthode. Enfin, il faut peut-être aussi tenir compte d’un certain
degré d’émétino-résistance (Chauffard)? Je suis assez disposé à
l’admettre.
L’expérience acquise sur la valeur de ce traitement a fait con-
146
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
naître les. limites de son efficacité; elles demandent à être bien
mises en évidence :
i° L’action de V émétine ne s’exerce que sur les lésions provo¬
quées par l'amibe dysentérique . — L’émétine, en eflet, reste tota¬
lement inefficace sur les affections intestinales étrangères à l’ami¬
biase. La diarrhée de Cochinchine, les diarrhées des pays chauds,
les ulcérations dysentériques du cancer de l’intestin, les colites
dysentériformes, etc., ne retirent aucun bénéfice de ce traitement.
Tout au plus l’état hémorragique observé au cours de ces der¬
nières est-il capable de s’amender sous son influence; il en est
de même de la dysenterie bacillaire, sur laquelle je reviendrai
dans un instant; bien plus, l’émétine est inefficace vis-à-vis des
troubles diarrhéiques qui accompagnent le processus amibien, ou
lui survivent, et persistent malgré la disparition complète des
amibes de la flore intestinale. M. Chauffard a constaté un fait
analogue dans un cas d’hépatite suppurée où l’abcès était mort et
ne contenait plus d’amibes.
Revenons sur le cas de la dysenterie bacillaire.
L. Rogers avait déclaré que la dysenterie bacillaire n’était pas
justiciable du traitement à l’émétine. J’avais fait des constatations
identiques. Cependant, à l’avant dernière séance M. Nogué a
déclaré que l’émétine agissait non seulement sur les dysenteries
mixtes à amibes et à bacilles dysentériques, mais encore sur les
dysenteries bacillaires pures. Je suis cependant arrivé à des con¬
clusions inverses : l'été dernier, en effet, j’ai dû traiter une ving¬
taine de dysenteries bacillaires développées dans la garnison de
Paris. J’ai essayé sur 6 de ces cas (atteintes de moyenne intensité)
les injections de chlorhydrate d’émétine à la dose de o g. 04 à
o g. 08 par jour; or je n’ai constaté aucun résultat appréciable,
sauf peut-être, une diminution légère de l’état sanguinolent du
mucus dysentérique émis. De plus, en novembre dernier, un soldat
colonial venant de Fez entre dans le service de mon collègue,
M. Raymond, avec le diagnostic « dysenterie ». Le cas était grave
(90 à 100 selles par 24 heures); il fallait agir rapidement, pensant
en raison du lieu d’origine de l’affection, qu’il s’agissait d’une
atteinte amibienne, on lui injecte 0,08 d’émétine; cette dose ne
produisit aucun effet; sur ma demande M. Raymond l’évacue
dans mon service ; dès son arrivée, et avant même de pratiquer
l’examen bactériologique, je lui réinjecte le lendemain matin
o g. 10 du même médicament. Dans la soirée, aucune amélioration
Séance du 11 Février 1914
1 47
ni sur le nombre des selles, ni sur leurs caractères habituels. Je
pratique alors un examen microscopique direct des selles entre
lame et lamelle,
Il me révèle aussitôt les constatation cytologiques habituelles
de la dysenterie bacillaire et pas d’amibes dysentériques. J’injecte
immédiatement 50 cm3 de sérum antidysentérique : dès le lende¬
main une détente se produisait, suivie d’une guérison complète
en quelques jours. Entre temps, l’examen bactériologique complet
qui fut pratiqué, permettait d’isoler un bacille du type Flexner.
Le même fait se reproduisit récemment encore dans un cas isolé
de dysenterie bacillaire grave, chez lequel une première injection
d’émétine non seulement n’améliora pas la situation, mais encore
ne s’opposa pas à son aggravation, qui ne fut jugulée que du
jour où le sérum spécifique fut employé à hautes doses.
Ces faits me paraissent éloquents. J’ai voulu cependant les
contrôler par l’expérimentation.
J’ai voulu me rendre compte tout d’abord de l’action bactéricide
que pouvait exercer in vitro le chlorhydrate d’émétine sur une
culture de bacille dysentérique.
A une série de tubes de cultures en bouillon de bacilles de Shiga,
âgées de 24 heures, on ajoute des quantités croissantes de chlorhy¬
drate d’émétine depuis o g. 01 jusqu’à o g. 20 ; on laisse en con¬
tact pendant 24 heures à l’étuve à 57°. On réensemence; toutes
les cultures ainsi traitées poussent abondamment. Ces expériences
répétées avec le bacille de Flexner et de Hess ont donné des
résultats identiques. Par conséquent, le chlorhydrate d’émétine
ne possède aucune action bactéricide sur le bacille dysentéri¬
que (1).
J’ai cherché ensuite quelle pouvait être l’action du même médi¬
cament sur la dysenterie bacillaire expérimentale du lapin.
A un lot de 10 lapins de 1.700 à 1.800 g., j’injecte sous la peau
5 cm3 d’une culture de bacille de Shiga. Deux d’entre eux, devant
servir de témoins, reçoivent cette seule inoculation. Aux 8 autres
j’injecte, immédiatement après, également sous la peau, mais en
(1) On peut répéter l’expérience en sens inverse ; on additionne des tubes de
bouillon (contenant 3 cm3 du milieu) de doses agissantes de ^chlorhydrate
d’émétine, mais à partir de 0 g. 02, le bouillon se trouble, un précipité se
forme, manifestation évidente d’une modification chimique que je n’ai pu déce¬
ler. On ensemence ensuite chaque tube avec une anse de platine trempée dans
une culture. Après 24 heures de séjour à l’étude à 37°, tous les tubes poussent
jusqu’à celui où le précipité chimique inconnu s’est formé.
148
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
un point différent, des doses de chlorhydrate d émetine variant
entre o g. 005 et o g. 02 de chlorhydrate d’émétine, doses énormes
si on les compare à celles qui chez l’homme ont le pouvoir de
juguler la crise dysentérique amibienne.
Voici les résultats : Tous les animaux, ayant reçu ou non le
chlorhydrate d’émétine, succombent entre le 3e et 6e jour, présen¬
tant les symptômes (diarrhée, paralysies) et les lésions anatomo¬
pathologiques de la dysenterie bacillaire expérimentale, telles que
je les ai décrites autrefois avec M. Vaillard.
La question me paraît donc jugée; Le chlorhydrate d’émétine
n’est doué d’aucune efficacité vis-à-vis de la dysenterie bacillaire;
. son action se limite aux seules lésions provoquées par l’amibe
dysentérique.
20 L'émétine qui jugule si rapidement la crise dysentérique ne
met pas les malades à l'abri des rechutes d' amibiase intestinale . —
Sur les 57 cas que j'ai ainsi traités depuis près d’un an, 15 ont
déjà présenté des rechutes ; 3 sont survenues 28, 30 et 35 jours
après la guérison apparente due à une première série d’injections
d’émétine; 3 sont apparues après 3 mois, et 5 après 5 mois,
4 après 8 mois. Lin de nos malades a présenté 2 rechutes en 4 mois.
M. Chauffard a signalé récemment 4 de ses malades qui ont
présenté des rechutes; Pun d’eux en a présenté deux. Bairmnan
et Heinemann ont fait des constatations analogues dans 22 cas
observés à Sumatra.
Il semble d’ailleurs que dans les régions tropicales, les rechutes
soient beaucoup plus fréquentes que dans nos régions. Je sais par
un dysentérique venu de la Réunion que dans ce pays les rechutes
sont considérées presque comme la règle, et qu’elles surviennent
en général 8 à 15 jours après la disparition de la crise dysentéri¬
que, même traitée! par l’émétine.
30 L’émétine ne met pas les dysentériques paraissant guéris à
l’abri d’un abcès du foie . — J’ai recueilli, en effet, l’observation
d’un soldat colonial que j’avais traité en juin 1913 pour une dysen¬
terie amibienne, que le chlorhydrate d’émétine (o g. 04 pendant
6 jours consécutifs) semblait avoir guéri complètement. Deux mois
après, sans avoir présenté de nouvelle crise dysentérique inter-
calaire, il revenait dans mon service pour un abcès hépatique qui,
quelques jours plus tard, s’ouvrait dans les bronches. L’examen
des selles, négatif au point de vue de la présence des amibes et
des kystes amibiens après son premier séjour, montrait à cette épo-
Séance du 11 Février 1914
149
que l’existence d’amibes enkystées. Il est difficile d’affirmer de
quand datait le début de l’abcès. Existait-il déjà lors de la dernière
crise dysentérique, ou s’est-il développé ultérieurement? Il est
impossible de le déterminer.
4° L’ émétine appliquée au traitement de l’abcès du foie ne met
pas toujours à l'abri d’une rechute de V hépatite suppurée. —
Témoin l’observation d’un soldat colonial, traité en mars 1913
pour un abcès du foie, et dont la guérison fut obtenue très rapide¬
ment par l’empyème et les injections d’émétine. La radiographie
pratiquée à cette époque avait montré que le foie avait recouvré
son volume normal. En décembre suivant il revenait dans mon
service atteint d’un nouvel abcès hépatique qu’il évacuait par
vomique (L’examen radiographique révéla alors une voussure
considérable du dôme hépatique). En présence de cette rechute,,
il était permis de supposer que le malade évacuait un abcès qui
avait été gémellé au premier lors de l’atteinte initiale et qui était
passé inaperçu. Mais les caractères du pus expulsé n’étaient pas
ceux d’un abcès « mort » comme on les observe après traitement
par l’émétine, même quand la cavité abcédée n’a pas été ouverte;
le pus avait bien l’aspect chocolat et même hémorragique d’un
abcès en évolution produit par des amibes en état de vie active.
Ce deuxième abcès s’était-il développé sur place, et les amibes
hépatiques n’ayant pas été tuées par la première cure d’émétine,
ou bien avait-il pris naissance à la suite d’une émigration nou¬
velle d’amibes parties de l’intestin, issues de kystes restés logés
dans la paroi. Il est impossible de donner une opinion ferme sur
ce point. Remarquons toutefois que l’examen des selles ne révéla
l’existence d’aucun kyste.
Que penser de ces faits concernant les rechutes de dysenterie,
les déterminations hépatiques et les rechutes d’abcès du foie sur¬
venant malgré l’action du chlorhydrate d’émétine qui paraît cepen¬
dant si énergique ?
Tout d’abord on est en droit de penser que ces rechutes de
dysenterie, que les déterminations hépatiques malgré la dispari¬
tion de la crise dysentérique sont dues à la résistance des kystes
amibiens à l’action de l’émétine. Celle-ci aurait rapidement raison
de la forme active du parasite, mais resterait inefficace sur sa forme
enkystée. Cette dernière n’étant plus sous l’influence de l’émétine,
donnerait naissance à de nouvelles générations d’amibes capa¬
bles de provoquer à nouveau des lésions spécifiques.
150 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Certains auteurs ont tiré parti de ces guérisons incomplètes
pour déclarer que l’ellicacité de l’émétine sur l’amibiase en géné¬
ral! est fort limitée, et que ce nouveau mode de traitement ne cons¬
titue pas le progrès immense que l’on avait espéré.
Assurément, le chlorhydrate d’émétine ne jugule pas définitive¬
ment l’amibiase et n’amène pas d’emblée une guérison radicale.
Et à cet égard, ce nouveau médicament ne diffère pas essentielle¬
ment des substances, dont on vante cependant la haute spécificité
en d’autres affections. Dans une clinique récente, M. Chauffard
établissait en effet à cet égard le parallèle entre l’émétine et la
quinine qui jugule les accès palustres, mais n’évite pas les rechutes
de paludisme, il rappelait aussi les reprises d’accidents syphiliti¬
ques malgré une cure énergique à l’ arséno-benzol. Il montrait
que « pour toutes ces affections à spirilles et à protozoaires la
rechute est un fait presque général... Dans aucun de ces cas, la
rechute ne doit faire écarter la spécificité de la thérapeutique em¬
ployée... ».
Ces faits donc ne sont pas suffisants pour faire refuser à l’émé¬
tine le caractère de spécificité dont elle est douée ; ils nous enga¬
gent seulement à utiliser ce médicament d’une façon rationnelle,
et à instituer pour le nouveau venu la méthode des traitements
successifs que M. Laveran a préconisée pour le paludisme (Chauf¬
fard).
Ces cures successives semblent devoir avoir pour effet d’arrêter
le développement des amibes jeunes, nées des kystes restés dans
les tuniques intestinales, au fur et à mesure de leur naissance.
Mais comment alors se rendre compte du moment où il faut insti¬
tuer une nouvelle cure d’émétine? Comme l’a dit M. Chauffard,
on peut se baser sur la présence des kystes amibiens dans les
selles des sujets qui paraissent guéris après une première série
d’injections d’émétine. Mais outre que cette recherche réclame
l’usage d’un laboratoire et d’un œil exercé, elle ne semble pas
toujours devoir donner des indications pronostiques exactes sur
l’éventualité, ni l’imminence d’une rechute, car en plusieurs cas
de reprises de dysenterie, les selles, examinées durant cette der¬
nière, ne véhiculaient pas d’amibes enkystées; en ce cas ces der¬
nières restent peut-être cantonnées dans les tuniques intestinales
profondes et ne sont pas expulsées dans la lumière intestinale.
Il est donc assez difficile de fournir des renseignements exacts
sur l’intervalle qu’il faut établir entre les cures successives d’émé-
Séance du 11 Février 1914
loi
tine. Tout semble dépendre du malade et de la région où sévit la
dysenterie ; en certains pays en effet les rechutes sont très rap¬
prochées, et surviennent déjà 8 à io jours après la disparition de
la crise précédente.
En thèse générale, je me rallierai donc à la proposition de
M. Chauffard, en la modifiant légèrement:
Après la première cure d’émétine, en faire une seconde 15 jours
après, en abaissant ce délai à 10 ou même 8 jours suivant les cas ;
faire une troisième cure trois semaines après la seconde, au be¬
soin une quatrième au bout du même temps après cette dernière.
Dans les cas très anciens, il sera bon de faire chaque mois pen¬
dant 5 à 6 jours'une série d’injections, l’ensemble du traitement
pouvant alors durer de 4 à 6 mois.
Comme M. Chauffard, je crois que les traitements successifs
doivent finir par avoir raison de ces rechutes si fréquentes de
dysenterie ; ils arriveront à guérir complètement cette affection
si rebelle. En tout cas, avant de connaître le résultat de ces cures
successivement appliquées et même dans l’état actuel des choses,
on peut déclarer hautement, quoiqu’on en ait dit, la supériorité
incontestable du chlorhydrate d’émétine sur toutes les méthodes
anciennes dans le traitement de l’amibiase intestinale et surtout
hépatique.
M. Broquet. — J’ai eu l’occasion de voir une cinquantaine
d’opérations ou autopsies de 5 abcès du foie et j’ai pu noter que le
pus était très rarement de couleur chocolat. J’ai vu à Tien-Tsin
trois abcès du foie dont le pus n’avait aucun caractère chocolat, un
malade traité par l’émétine guérit après opération. Un de nos col¬
lègues atteint d’abcès de la face convexe du foie eut une vomique
dont le pus n’était pas couleur chocolat.
Je pense donc qu’il n’est pas possible de conserver cette notion
autrefois classique du pus chocolat dans les abcès du foie amibien
en Indochine.
M. Brumpt. — Aux moyens préconisés par M. Dopter dans
le cas où le chlorhydrate d’émétine est insuffisamment actif, il
y aurait lieu d’ajouter le traitement des malades par la simarou-
bine essayée récemment par MM. Yersin, Bréaudat, et Lalung-
Bonnaire.
Peut-être que l’association de l’émétine et de la simaroubine
152
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rendrait des services aussi considérables que les associations médi¬
camenteuses dans le traitement de la syphilis, de la maladie du
sommeil, etc.
%
. r
M. Vincent. — Il n’est peut-être pas inutile de faire remarquer
(ce qui résulte d’observations personnelles faites sur de très nom¬
breux malades atteints de dysenterie amibienne) que l’on aide
beaucoup à leur guérison en les traitant simultanément par la qui¬
nine en injections ou en cachets. Non que la quinine ait la moindre
influence sur le processus amibien, mais parce que l’on combat
ainsi l’infection palustre dont la plupart de ces malades sont
atteints, sous une forme latente ou non. C’est là un point de pra¬
tique que je considère comme important.
* i _
Le fonctionnement du service de
prophylaxie à Bouaké (Côte d'ivoire)
à l’égard des trypanosomiases animales,
du 10 juin au 3i déc. 1913 (1)
Par P. DELANOË.
Depuis le 10 juin 1913 fonctionne à Bouaké le service de pro¬
phylaxie à l’égard des trypanosomiases animales. J’ai inauguré
ce service, mais je n’ai pas l’honneur de l’avoir institué (2).
Les nouvelles mesures sanitaires ont consisté cette année dans
l’examen systématique du sang du bétail en transit. En principe,
seuls les animaux reconnus non trypanosomés après un examen
microscopique peuvent descendre vers la Basse-Côte. Les animaux
reconnus trypanosomés sont retenus dans la région de Bouaké .
S’ils sont suffisamment gras, ils servent pour la boucherie.
Un Parc d’isolement vient d’être construit. Les animaux try¬
panosomés y seront isolés et mis en surveillance active.
Les examens du sang ont été pratiqués chaque matin, à partir
(1) ^apport annuel adressé à M le chef de service de santé de la Côte
d’ivoire.
(2) L’article 37 de l’arrêté du Gouverneur Général du 18 janvier 1906 justifie
officiellement l’installation de ce service.
Séance du U Février 1914
153
de io heures. Ils ont duré jusqu’à ce que les troupeaux présents
à la visite fussent complètement examinés.
. Le Bétail en transit a été formé presque uniquement de bœufs
et de moutons. Je n’ai eu à examiner que 3 ou 4 chevaux.
Ces bœufs et ces moutons proviennent pour la plupart du Haut-
Sénégal et Niger. La Côte d’ivoire n’a fourni que très peu de
bétail.
Sur un total de 4.086 animaux, 214 seulement proviennent de
la Côte d’ivoire : le cercle du Baoulé-Nord a fourni 46 anmiaux
(31 bœufs et 15 moutons); le cercle de Kong 23 bœufs recrutés
tous dans la région de Katiola ; le cercle de Boundoukou 15 bœufs
recrutés à Bouna ; et enfin le cercle de Koroko 130 têtes de bétail
{37 bœufs, 93 moutons) recrutés à Tiébengué, Soubaniendougou,
Prékésedougou et Niangaramadougou.
La différence, soit 3.872 animaux, provient du Haut-Sénégal et
Niger.
* • ♦
Les bœufs et les moutons venus du Soudan sont achetés à
Bouaké par des intermédiaires, soit des dioulas qui vont revendre
le bétail vers la Basse-Côte, soit des bouchers d’Abidjean, de
Bingerville, de Bassam, de Dimbokro, venus à Bouaké par le,
train. Il est exceptionnel que les troupeaux soient conduits jusqu’à
la Basse-Côte par leurs propriétaires d’origine. Bouaké est donc au
sens rigoureux du mot un centre de trafic pour le bétail.
De Bouaké, le bétail est dirigé vers des endroits très différents
de la colonie. Il va vers Bouaflé, Daloa, du côté du Libéria; vers
Adzopé, Aboisso, du côté de la Gold-Coast. Plus fréquemment,
il est dirigé vers le sud. Ce sont les villes situées sur le Rail ou
desservies par lui qui absorbent le plus de bétail : Bassam, Bin¬
gerville, Abidjean, Dabou, Agboville, Dimbokro. Bon nombre
d’animaux sont également dirigés par voie routière sur Toumodi
et Tiessalé, dans le cercle du Baoulé-Sud.
La vente du bétail à des intermédiaires n’a lieu qu’après la
visite sanitaire passée par le Médecin. J’ai personnellement encou¬
ragé les acheteurs à agir de la sorte. Les conducteurs arrivés du
Soudan, commencent par mener leurs troupeaux à la visite
sanitaire. Après quoi, la vente se fait. Les animaux sont marqués
au fer rouge B ou M, suivant qu’ils sont reconnus bons ou mau¬
vais pour le trafic.
154
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Seul le bétail marqué B peut descendre vers la Basse-Côte (i).
Le poids des mesures sanitaires prises à Bouaké pèse donc prin¬
cipalement sur les propriétaires des troupeaux venus du Soudan.
Nous avons dit que les animaux marqués M, quand leur état
général est bon, sont le plus souvent utilisés à Bouaké ou dans
les environs pour la consommation locale. Mais ces animaux se
vendent plus difficilement et à plus bas prix que les autres. Toutes
choses étant égales d’ailleurs, un bœuf marqué M coûte de io à
15 francs moins cher qu’un bœuf marqué B (2).
Il est entendu que le bétail peut être refusé soit pour trypano¬
somiase soit pour trop grande maigreur. Pour économiser le
temps, le sang des animaux refusés pour maigreur excessive n’a
pas été examiné au microscope.
Des bœufs maigres et même cachectiques peuvent ne pas avoir
de trypanosomes dans le sang. Par contre, des bœufs gras, ayant
toutes les apparences de la santé, peuvent avoir dans le sang de
très nombreux trypanosomes. Ce fait s’explique très simplement
par des variations, au cours de la maladie, du nombre des para¬
sites dans la circulation. Dans certains cas, et ce sont générale¬
ment ceux où les symptômes cliniques sont les plus nets, les
trypanosomes sont si rares qu’on ne peut les constater à l’examen
microscopique du sang.
La viande des bœufs gras, mais trypanosomés, est excellente
et ne diffère en rien de celle des animaux indemnes.
Du 10 juin au 31 décembre 1913, 4.086 têtes de bétail, soit
2.* 'ii 5 bovidés et 1.971 ovidés, se sont présentés à la visite sani¬
taire.
Sur ce nombre, pour des raisons indépendantes de ma volonté,
t 75 animaux n’ont pu subir l’examen microscopique du sang.
Restent 3.91 1 têtes de bétail pour lesquelles les examens du sang
ont été rigoureusement pratiqués.
(1) Exemple de laisser-passer .
Laisser-passer la compagnie Française de l’Afrique Occidentale allant, par
rail, à Abidjean, avec un troupeau de neuf (9) bœufs à bosse reconnus indem¬
nes de trypanosomiase à l’examen microscopique du sang. Ces bœufs portent
à l’une des épaules la lettre B marquét au fer rouge.
Ce laisser-passer ne pourra être modifié au gré du commerce que durant
quatre jours. Passé ce délai, toute modification du laisser-passer entraînera
une nouvelle visite sanitaire.
Bouaké, le 6 août 1913..
Dr P. Delanoë.
(2) Ce renseignement m’a été fourni par le dioula bien connu Samba-Diallo.
Séance du 11 Février 1914
55
Sur 2.1 15 bœufs, 445, soit 21 % en moyenne, ont été refusés
comme trypanosomés ; 99, soit environ 4,6 %, ont été refusés
comme trop maigres. Au total, pour trypanosomiase et pour mai¬
greur, 25 % des bœufs présentés à la visite ont été refusés, soit un
bœuf sur quatre.
Sur 1.971 ovidés, 206, soit en moyenne 10, 4%, ont été refusés
comme trypanosomés et 16, soit seulement 0,8 %, ont été refusés
comme trop maigres. Au total, pour trypanosomiase et pour mai¬
greur, 11 % des moutons présentés à la visite ont été refusés. Le
nombre des moutons refusés à donc été plus de deux fois moindre
que celui des bœufs.
Le tableau suivant indique l’importance par mois du bétail en
transit.
(1) Sur ce nombre, le sang de 4o bœufs n’a pas été examiné microscopique¬
ment. J’étais, en effet, alité les 17 et 18 juillet.
(2) Pour le même motif que précédemment, le sang de 89 moutons n’a pu être
éxaminé au microscope.
(3) Appelé à donner mes -soins à une malade de Dabakhala, le sang de 46
bœufs n’a pu être éxaminé du 27 au 3i décembre.
Les quantités de bétail ont diminué durant les mois de septem¬
bre et d’octobre, sans doute à cause des pluies diluviennes qui ont
eu lieu cette année pendant l’hivernage.
Le bétail en transit est eh augmentation sensible pendant le
mois de décembre.
Il ne serait donc pas juste d’affirmer que les mesures sanitaires
prises à Bouaké ont empêché tout commerce.
Le bétail soudanais est venu principalement cette année du
cercle de Dédoiigoü (anciennement cercle de Koury), du cercle de
Jf
15(3 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Bobodioulasso, du Lobi, du cercle de Sikasso, du Mossi, du cercle
de San, du Macina, des cercles de Koutiala et de Bougouni.
Exceptionnellement, j’ai eu à visiter des troupeaux de bœufs
qui venaient de Tombouctou, de Gombou, et même de Nioro en
marge du Sahel !
11 n’y a, à mon avis, aucun intérêt pour la Côte d’ivoire à ce
que les bœufs viennent d'aussi loin. La route est trop longue à
parcourir et les chances de contamination durant ces longs par¬
cours sont trop multiples pour que le bétail puisse arriver en bon
état à Bouaké.
J’ai pu avoir des renseignements certains sur la provenance
de 2.839 animaux du Soudan sur 3.872 qui se sont présentés à la
visite sanitaire. >
Le cercle de Dédoügoü a fourni 653 têtes de bétail (367 bovidés,
286 ovidés) recrutés à Koury, Dédoügoü, Safané et Boromo. Le
village indigène de Safané produit de plus en plus de bétail.
Le cercle de Bobodioulasso â fourni 642 têtes de bétail (410 bovi¬
dés, 232 ovidés) recrutés à Bobodioulasso, Banfora et Karaboro.
• Le Lobi a fourni 575 têtes de bétail (258 bovidés, 317 ovidés)
recrutés surtout à Gaou ou Gaoua, et à Diébougou. Loropénin et
Lorenzo sont des centres de moindre importance.
Le cercle de Sikasso a fourni 242 têtes de bétail (1S0 bovidés,
62 ovidés) recrutés à Sikasso, Zignanso, à Kinian, à Daméla.
Le Mossi a fourni 209 têtes de bétail (35 bovidés, 174 ovidés)
recrutés à Ouagadougou et à Ivoudougou.
Le cercle de San a fourni 199 têtes de bétail (136 bovidés et
63 ovidés).
Le Macina a fourni 147 bovidés recrutés à Djenné, Mopti, Ban-
diagara et Saraféré.
Le cercle de Koutiala a fourni 67 bovidés recrutés soit à Kou-
,tiala, soit à Bendougou.
Enfin le cercle de Bougoumi a fourni 55 bovidés recrutés à
Bougoumi.
Les animaux venus du Lobi passent pour venir à Bouaké par
une route pour ainsi dire constante, celle de Kong-Dabakhala.
Les troupeaux venus de Gaoua passent à Lokhosso, Kong,
Dabakhala, Satama. Les troupeaux venus de Diébougou rejoi¬
gnent la route précédente entre Lokhosso et Kong (1).
(1) Ces renseignements m’ont été fournis très aimablement par M. l’Admi¬
nistrateur Chartier, que je suis heureux de remercier ici.
!
i
Séance du 11 Février 1914 157
Les troupeaux venus du Mossi, des cercles de Dédoügoü et de
Bobo, passent généralement par Banfora, Tafiré, Darakolon-
dougou et Katiola. Leurs conducteurs évitent de plus en plus
Koroko où il y a un Médecin chargé de l’Hygiène et, partant,
de la surveillance du bétail. Plus rarement, ces troupeaux passent
par Bobodioulasso, Banfora, Kong, Dabakhala.
Les troupeaux venus de Bougoumi, de Koutiala, de San, du
Macina, passent indifféremment par la route de Sikasso, Koroko,
Darakolondougou, Katiola, ou par celle de Bobo, Banfora,
Tafiré, Darakolondougou.
J’ai représenté sur la carte, par des flèches, pour mieux les
faire ressortir, les différentes routes que suit le bétail pour arriver
jusqu’à Bouaké.
Bouaké n’est pas le seul marché de bétail de la Côte d’ivoire.
Il y a des troupeaux qui descendent directement vers Bondoukou
et Aboisso, en suivant l’ancienne route des grandes caravanes
plus ou moins parallèle à la Gold-Coast. Il y en a d’autres qui,
de la région de Bougouni, descendent vers Odienné, Touba, Sé-
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
guéla, Daloa, c’est-à-dire vers le pays des Gouros où se font des
échanges entre le bétail et les noix de kola.
Le marché de Bouaké est de beaucoup le plus important. Il est
le seul qu’on s’efforce de surveiller scientifiquement.
11 vient du Soudan 3 espèces de bovidés, des bœufs à bosse ou
bœufs porteurs, de grande taille, encore appelés Zébus ; des bœufs
sans bosse, les plus petits; et des bœufs à petite bosse (1), plus
grands que les bœufs sans bosse, mais plus petits que les Zébus.
Les bœufs à bosse sont les plus fréquemment trypaoosomés.
La sensibilité des Zébus pour les diverses trypanosomiases ani¬
males est d’ailleurs bien connue. Ce sont également ceux qui
supportent le plus difficilement les « voyages au long cours ».
J’ai vu des troupeaux entiers de Zébus dans un véritable état de
maigreur squelettique. Certains animaux étaient si maigres qu’une
fois tombés par terre ils ne pouvaient même pas se relever. Je
rapporterai les deux exemples les plus typiques.
Premier exemple : Silamanka Taungara, venant de près de Tom¬
bouctou, par Bobo-Banfora, présente le 24 juillet à la visite sanitaire
un troupeau de 26 Zébus. 11 animaux sont dans un véritable état
squelettique. 13, encore que moins maigres, présentent dans le sang
de très nombreux T. Cazalboui. Deux animaux seulement sont dans
un médiocre état.
Deuxième exemple : Samba-Ba, venant de Mopti , par Koroko, pré¬
sente à la visite sanitaire, le 19 décembre, 27 zébus. Tous ces animaux
sont dans un état si lamentable que je les refuse en masse.
Le recrutement des bœufs à bosse, sans doute à cause des me¬
sures sanitaires, s’est d’ailleurs beaucoup amélioré. En ce moment,
ces animaux arrivent à Bouaké en aussi bon état que possible.
Les meilleurs bœufs, j’entends par là ceux qui sont le moins
souvent maigres ou trypanosomés, sont ceux du Lobi, qui n’a
fourni que des bœufs sans bosse (15,4 %) (2), de la région de
Koroko (16,2 %), du Mossi (17,1 %), des cercles de Bobodioulasso
(19,4 %) et de Dédoügoii (20,4 %).
Ce sont les bœufs du Macina qui ont fourni de beaucoup
le pourcentage le plus élevé d’animaux refusés : 52,9 %. A cela
rien d’étonnant puisqu’ on sait que le Macina est une région où la
souma sévit de façon intense.
(1) Au dire de M. Cimrtter, Administrateur Commandant le cercle de
Dabakhala, ces bœufs seraient particulièrement abondants dans le pays Nié-
négué entre Bobodioulasso et Boromo. Ce renseignement m’a été donné par
M. Chartier, à Dabakhala.
(2) J’indique, entre parenthèses, le pourcentage des bœufs refusés tant pour
trypanosomiase que pour maigreur.
f
Séance du 11 Février 1914 159
Les moutons à laine ont été l’exception. Parmi les moutons
sans laine, les moutons de race Peuhle, hauts sur pattes, avec
souvent au-dessous du cou deux lobules graisseux symétriques,
m’ont paru le plus fréquemment trypanosomés et les moins résis¬
tants. j’ai eu à refuser en masse, le 23 juillet, un troupeau lamen¬
table de 36 moutons de race Peuhle, tous infectés par T. Gazai -
boni (1).
Les seuls virus que j'ai rencontrés dans le sang du bétail en
transit à Bouaké sont ceux que mes prédécesseurs ont signalés, je
cite, par ordre de fréquence, T. Cazalboui Laveran, agent de la
souma, T. dimorphon Laveran et Mesnil, et T. Pècaudi Lave¬
ran, agent de la baléri.
T. Pecaudi est le trypanosome qui se constate le moins fré¬
quemment à l’examen microscopique. Sur 8g bœufs reconnus
trypanosomés pendant les 27 premiers jours de décembre, 3 fois
seulement nous avons constaté T. Pecaudi à l’examen du sang.
Ce trypanosome est cependant beaucoup plus répandu que ne
le laisserait penser l’examen du sang au microscope. J’ai, pour
ma part, fréquemment isolé ce virus à l’état de pureté sur rat,
alors que l’examen du sang n’avait pas décelé ce parasite.
Cet isolement de T. Pecaudi sur rat est possible parce que
T. dimorphon, à partir des infections naturelles présentées par les
bœufs et les moutons, n’est qu’exceptionnellement inoculable au
rat (2), au contraire de T. Pecaudi qui paraît toujours apte à
infecter d’emblée cet animal qui contracte toujours une infection
mortelle.
T. Cazalboui m’a paru prédominer de façon très manifeste chez
les troupeaux qui viennent des régions du Macina, de San, de
Koutiala, de Sikasso. Il n’est pas rare d’avoir affaire à des trou¬
peaux de bœufs du Macina oit tous les animaux trypanosomés
le sont par T. Cazalboui. On peut trouver là une confirmation
du rôle épizootique joué par les stomoxes dans la propagation
de la souma (Bouffard).
_ •
T. dimorphon m’a semblé plus répandu que T. Cazalboui chez
les troupeaux qui viennent du Lobi et de la région de Bobodiou-
fi) Propriétaire : Niananbaké Kêïta. Je crois que ce troupeau venait de Nia»
mey sur la portion descendante de la boucle.
(2) Voir à ce sujet ma récente communication ; Bulletin de la Société de
Pathologie Exotique , séance du 14 janvier 1914. On sait que T. Cazalboui
n’est pas inoculable au rat.
1G0 BüLLEnM DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
* ’ •
♦
lasso. Il est au moins aussi répandu que T. Cazalboui chez les
troupeaux qui viennent du cercle de Dédotigoü (i).
L’Autorité administrative a vivement critiqué les mesures sani¬
taires prises à Bouaké à l’égard des troupeaux en transit com¬
mercial. Elle ne voit dans ces mesures qu’une entrave au libre
commerce. Il sera cependant impossible de ne pas reconnaître avec
nous, en dehors de toute considération prophylactique, que la
surveillance active exercée à Bouaké a amélioré considérablement
la qualité du bétail.
(' Travail du Laboratoire de Bouaké).
Traitement de la trypanosomiase humaine
au Sénégal par le ludyl et le galyl
/
Par A. LAFONT et V. DUPONT.
Après les travaux de Mouneyrat, de Beurmann et Tanon (2), de
Balzer, de Tanon et Dupont (3), de Laveran et D. Roudsky (4),
Dupont (5), Le, Roy des Barres (6) d’Hanoi, Troisfontaines de
Liège (7), sur ces deux corps arsénicaux nouveaux dus à Mou¬
neyrat et leurs diverses applications thérapeutiques, nous conden¬
sons dans cette communication les résultats de nos traitements
chez l’homme :
I. — Par le ludyl;
IL — ■ Par le galyl;
III. — Par galyl et ludyl alternés.
(1) En 1907, dans le Cercle de Kourv, Bouffard et Dupont ont observé
une trypanosomiase due à T. dimorphon qui causait une forte mortalité chez
les chiens. Dupont a constaté, dans le même cercle, des infections du bœuf
et du cheval dues à T. dimorphon.
(2) Société médicale des Hôpitaux de Paris, 24 janvier 1913.
(3) Société médicale des Hôpitaux de Paris , 9 mars 1913.
(4) Bulletin de la Société de Pathologie exotique, 1913, no 7, p. 502 et Bul¬
letin Institut Pasteur, n° 23, p. 1666, 1913.
(5) Traitement de la syphilis et de la maladie du sommeil par deux dérivés
arsenicaux nouveaux le « galyl » et le « ludyl », 1913, Moderne Imprimerie,
Paris.
(6) Paris clinique et thérapeutique (20 décembre 1913) Le galyl dans le trai¬
tement du Pian.
(7) Presse médicale, 1e1' novembre 1913. Le galyl antisyphilitique.
Séance du 11 Février 1914
Nos malades, tous indigènes, s’élèvent à 36 : 4 fillettes, 5 &ar“
çons, 8 femmes, 19 adultes. De ce nombre nous défalquons 2 en
instance de traitement (1 homme et 1 femme); 1 évacué sur S or
avant tout traitement (fillette à la période ataxique) ; 2 traités par
Dupont, i au ludyl 1 au galyl, mais revus au Laboratoire,
l’un 40 jours, l’autre 8 mois après les traitements et paraissant
en bon état ; 5 autres sont au début du traitement. Nos observa¬
tions vont du 8 mai 1913 au 31 janvier 1914.
Tous les malades ont été traités par la voie endo-veineuse. La
plupart, avant tout traitement, ont montré de F hémo-agglutina¬
tion. Les trypan. une fois constatés, le traitement commençait
aussitôt. La bilatéralité des ganglions cervicaux a été au point de
vue clinique la règle dans tous nos cas. Nous notons succinctement
symptômes et particularités observés. Les 3/4 des traités présen¬
taient un faciès caractéristique : atone, anxieux ou hébété, avec
tendance au mutisme, à la torpeur, parfois au sommeil. Dans
quelques cas, il y avait tics et grimaces, agitation incessante,
hypéresthésie suraiguë, rendant le traitement très difficile et les
ponctions lombaires impossibles.
Dans d’autres (rares) des phénomènes de gâtisme, salivation
incessante, etc., ont été observés.
I. — Traitement au ludyl.
Ils s’élèvent à 13, dont les derniers en voie d’exécution.
1° Fillette Marietou Diop. Sérère, 7-8 ans. Poids 25 kilogs, du village
Hyen (Sénégal) ; gros ganglions cervicaux bilatéraux à nombreux trypan. ;
serait malade depuis plus d’un an.
Le 9 mai 1913 reçoit 0 gr. 25 ludyl en milieu carbonaté : les 14, 20, 24
sérum physiologique sous la peau (Etude d’une seule dose de ludyl ou d’un
centigramme par kilogb L’atténuation et la disparition des parasites sont
passagères. Repart d’elle-mème dans son pays ainsi que sa mère.
2° La mère, Yaciem Diop, 30 ans. P. 52 kilogs. Cou déformé et gros
ganglions cervicaux à trypan. rares, il > a des ganglions partout aux
points d’élection ; serait malade depuis moins d'un an.
Les 9 14 20 et 24 mai reçoit en centigrammes
ludyl . . . 33 50 60 et 40 cgr. = 1 gr. 83 en 4 injections et
16 jours ou 3 cgr. 5 par kilog, les ganglions fondent en partie, le poids se
relève de 52 à 57 kilogs.
3° Fillette Seignabou Diaye (laobée), 9-11 ans. P. 21 kgs 500, de
Ilombo près Nianing (Sénégal). Pléiade de ganglions cervicaux à trypan.
non rares ; hydarthrose du genou droit, démarche titubante ; amaigrisse¬
ment, pas de tremblement: serait malade depuis 8 10 mois.
Les 16- 20 24 mai, 1er et 6 juin
ludyl . . . 25 25 30 25 et 30 cgr. = 1 gr. 35 en 5 injec¬
tions et en 22 jours ou 6 cgr. par kilog.
162
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
41 jours après cessation du traitement, contrôle chez unPatas avec 60 cc.
sang dans péritoine ; ce contrôle est négatif jusqu'ici (1914). Grosse amé¬
lioration de la petite malade. Autorisée à repartir fin juillet avec sa mère.
4° La mère Selama Samba, 30 ans. P. 57 kitogs ; ganglions cervicaux
petits, pasdetrypan. Trypan. dans le sang (centrifugation) ; amaigrisse¬
ment. Serait malade depuis 5 mois et après sa fille.
Les 16 20 24 mai, 1er et 6 juin
ludijl ... 40 50 50 66 et 60 cgr. = 2 gr. 66 en 5 injec¬
tions et 22 jours ou 4 cgr. 5 pnr kilog. Contrôle chez un Patas de 4 kilogs,
25 jours après cessation du traitement avec 90 cc. sang péritoine. Négatif.
Avant de venir au Laboratoire les nos 3 et 4 avaient reçu la veille en
ville (Dr Dupont) chacun une injection intramusculaire de 15 cgr. et 30 cgr.
de 4.000 en solution huileuse (corps nouveau (Mouneybat) ayant l’appa¬
rence de la résorcine).
Cette unique injection n'a pas empêché de retrouver les trypan. soit
dans les ganglions chez la fille, soit dans le sang chez la mère.
5° Amadi Soov (IL laobé), 40-45 ans. P. 65 kilogs. De M’Bour, mais a
séjourné à Nali Songko près Nianing. Pléiade ganglionnaire cervicale à
trypan. nombreux; serait malade depuis 10 mois. Céphalées, douleurs
articulaires au moment des poussées fébriles. Les ganglions remonteraient
à 5 mois. Tremblements fibri 1 laires accentués de la
langue et
des mem¬
bres supérieurs.
9 cgr. par kilog. A reçu en plus 25 cc. sérum d’un autre malade traité par
leludyl. Autorisé à rejoindre son village le 25 septembre. L’état général
est excellent, le malade est gai, éveillé et p'ise 66 kilogs.
6° Garçon Demba Dioum (laobé), 5 6 ans. P. 21 kilogs, du village Deunn
(Sébikotane). Aurait pris le mal à Nali ; gros ganglions cervicaux à
trypan. non rares; ventre saillant, rate grosse ; malade depuis l’hiver¬
nage dernier.
Les 23 29 juillet; 4 12 20 26 août
ludijl. . . 25 25 25 27 30 30= 1 gr. 62 en 6 injections
et 35 jours ou 7 cgr. par kilog. Parti le 1er septembre sans permission.
7° Garçon Faouba So (laobé), 3 4 ans. P. 15 kilogs, de Matargaye ; a
pris le mal à Nali il y a un an, affirme le père. Gros ganglions sous-maxil-
laires et cervicaux ; ces derniers à trypan. non rares, gros ventre,
hypersplénie.
Les 23 30 juillet
ludijl . . . 20 20 = 0 cgr. 40 en 8 jours ou 2 cgr. t/2 par kilog.
Le 4 août 5 cc. sérumde son père, traité au galyl. ltevu après 22 jours
sans traitement (Refus du père de laisser piquer son enfant) avec persis¬
tance des ganglions, diminués, mais encore gros comme des noisettes,
tandis que dans les traitements réguliers la régression atteint 7/8.
Remmené par le père dans son village.
8° Niamati Gadiaga (laobé). H. 35an$. P. 68 kilogs de Thassep près
Thiès ; s’est contaminé à Niali Songko il y a un an, les ganglions son^
venus un mois après. Pléiade de ganglions cervicaux assez gros à ponc_
Séance du 11 Février 1914
163
tions négatives, mais les trypan. sont non rares dans une goutte de sang
prise an doigt.
Léger tremblement fibrillaire, a eu des céphalées terribles et des diar¬
rhées au début.
Les 7 12 29 août, 2 6 12 septembre
ludyl . . . 30 40 50 50 50 50 = 2 gr. 70 en 6 injections
et 35 jours ou 6 cgr. 9 par kilog. A reçu en plus 25 ce. sérum d’un autre
malade soigné au ludyl. A la 3e injection, les ganglions ont presque entiè¬
rement fondu, sauf à la partie supérieure des sterno-cleido -mastoïdiens
où il y a sensation d'infiltration.
Retourne travailler dans son pays « parce que sa femme et ses enfants
n’ont rien à manger, dit-il ».
9° N’Goui Diagne (Ouolof). F. 36 ans. P. 50 kilogs. S’est contaminée à
l’hivernage à Nianing pendant un séjour de trois mois. Ganglions partout,
les sous-maxillaires plus gros que des œufs de pigeon. Trypan. longs et
très mobiles dans les ganglions cervicaux. Amaigrissement, asthénie,
démarche mal assurée, torpeur.
Les 28 septembre, 4 9 16 29 octobre, 3 9
ludyl. . . 20 30 40 50 50 50 60
Les 20 30 novembre, 11 décembre, 5 et 19 janvier.
ludyl. . . 60 60 50 40 35 = 5 gr. 45 en
120 jours et 12 injections ou 10 cgr. 1/2 par kilog.
Le poids reste à 51 kilogs. Cette femme, malgré son traitement, travaille
constamment à Dakar (blanchisseuse).
10° S. (Bambara). F. 25 ans. P. 45 kilogs, s’est contaminée au Congo.
Erythème circiné intense (corps et face), ganglions cervicaux à trypan.
non rares, hébétude et mutisme, asthénie, tremblement, etc., ulcère pro¬
fond au pied droit.
Les 12 17 22 29 octobre, 5 18 novembre, 10 18
ludyl. . . 25 35 40 45 50 55 55 55 et
21 décembre.
ludyl . . . 50 = 4 gr 10 en 10 injections et 74 jours.
Amélioration remarquable avec fonte des ganglions, disparition de
l’éruption, du mutisme et de l'asthénie. ,
11° Samba Soov (laobé) H. 30 ans. P. 61 kilogs, habite Taiba près
Tivaouane. Contaminé à Mourroov, près de la mission Poppinguine ;
serait malade depuis 1 an 1/2. Ganglions cervicaux à trypan. non rares.
Amaigrissement, asthénie, tremblement fibrillaire généralisé ; démarche
mal assurée.
Les 20 26 novembre, 3 9 16 23 décembre, 3 13janv.
ludyl ... 40 50 60 60 60 65 60 60 =
4 gr. 55 en 8 injections et 55 jours ou 7 cgr. 5 par kilog.
Reçoit en plus sous la peau 5-6 heures après l’injection veineuse et en
7 fois 20 cc. de son sang (autothérapie prolongeant l’action médicamen¬
teuse). Cette pratique paraît avoir eu une influence favorable. Autorisé à
rejoindre son village ; manifeste sa joie de son retour à la santé en exécu¬
tant une danse mouvementée. P. 63 kilogs.
12o S. S. (indigène) 25 ans. P. 57 kilogs, contaminé au Congo où il a
subi ponctions lombaires et traitement inconnu. Tremblement fibrillaire
intense, démarche titubante, aggravée par une ankylosé du genou gauche,
164
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
faciès grimaçant, gros ganglions cervicaux persistants, mais stériles. Try-
pan. dans le liquide céphalo-rachidien.
Les 24 28 décembre, 3 10 janvier
ludgl . . . 30 40 50 55 = 1 gr. 75 en 4 injections et
18 jours ou 3 cgr. par kilog. »
Le 27 décembre reçoit dans le canal rachidien 10 cc.de son propre sérum,
non chauffe, récolté le 24 six heures après la première injection. Nous n’osons
injecter le remède en solution dilué en raison des résultats négatifs avec
atoxyb Salvarsan et néosalvarsan (1913. AyresKopkede Lisbonne) (1). Le
1Q janvier température 40°5 avant l’injection qui, vu la gravité du cas est
faite quand même ; même température le soir. Deux jours après est évacué
aux isolés en pleine variole confluente. A noter qu’une dose de 0,55 ludyl,
à période d’invasion de la variole n’a rien enrayé et a été supportée. La
maladie a ensuite évolué avec une bénignité remarquable.
13° S. T. (Indigène) 20 ans. P. 70 kilogs, contaminé et traité au Congo
(traitement inconnu). Ponctions ganglionnaires et lombaires négatives.
Trypan. non rares à la centrifugation du sang. Est triste, déprimé et a de
la contraction intermittente de la face, des douleurs partout.
Les 12 19 26 31 décembre, 5 12 19 et 27 janvier
ludijl. . . 30 40 50 60 65 65 70 75.*
Malade redevenu gai, pesant 78 kilogs (traitement en cours).
II. — Traitement au galyl.
Au nombre de 7 (2 enfants : 1 fillette et 1 garçon et 5 hommes).
14° A r. ass ane Diouf (Sérère). IL 30 ans. P. 67 kilogs, habite Cep, cercle
de Thiès. S’est contaminé dans les Niayes, il y a un an, en faisant du char¬
bon de bois et du vin de palme. Est inquiet depuis 3 mois du gonflement
de ses ganglions rétro-cervicaux sous-mentonniers et cervicaux. Ces der¬
niers à trypan. non rares. Amaigrissement, douleurs rénales ; abcès du
pied au cours du traitement. Est en plus absinthique.
Les 26 28 juin, 5 12 16 juillet, en centigrammes
galyl ... 40 45 45 30 30 — 1 gr. 90 en 5 injections et
24 jours ou 2 cgr. 8 par kilog. .
Les deuxièmeet troisième injections secouent fortement le malade (médi¬
cament en ampoules). Mais à la deuxième, les trypan. ont disparu des
ganglions qui ont diminué beaucoup. Pris de nostalgie pour la culture de
son « lougan », part sans autorisation
15° Galgon Dioun, père de Demba Dioum (laobé) 35 ans. P. 75 kilogs,
de Nali, malade depuis un an, s’est fait enlever une partie des ganglions
cervicaux par un marabout (6 pour 15 francs, dit-il). Les traces d’ablation
persistent, mais dans les ganglions cervicaux présents, trypan. non rares.
Etat général médiocre et plaie à la jambe gauche.
Les 22 29 juillet, 4 8 20 31 août en centigr.
galyl. . . 45 45 45 40 45 45 = 2 gr. 70 en 5 injections
et 40 jours ou 3 cgr. 9 par kilog. Les premières injections ont secoué le
malade et la température a parfois monté de 2°. Retourné avec sa famille
dans son pays surveiller ses intérêts.
16° Quite Soov (père du petit Eaouifa Soov). 40 ans.. P. 66 kilogs ; a
(1) Médicina Contemporanea, 14 sept. 1913.
4
• t <
Séance du 11 Février ^1914 165 *
pris le mal à Nali. Gang, lions cervicaux à trypan non rares. Ventre très
gros (ascile). Etat général mauvais.
Les 23 et 29 jui'let, 4 et 20 août,
galyl. . . 45 45 45 50 =,1 gr. 85 en 4 injections et
28 jours ou 2 cgr. 8 par kilog.
Reparti brusquement dans son village.
17° DiguenNour. petite fille sérère. 13 ans. P. 33 kilogs, du village Vou-
hou près Rufisque, où elle se serait contaminée. Habite actuellement M’Bour.
Fortes chaînes ganglionnaires cervicales à nombreux trypan. grands et
rapides, faciès étonné, asthénie, agitation incessante et démarche en step-
pant légèrement depuis 8 mois. Peau ichtyosique. La mère serait morte
depuis peu de la même maladie
Reçoit un traitement intermittent, 17 août, première injection
20 cgr. galyl.
La malade repart dans son pays chercher de quoi manger et revient le
20 septembre présentant un pied bot varus droit qu’elle n’avait pas avant ; .
la marche est cliflici le ; les ganglions persistent et l’on y retrouve un seul
trypan.
Les 21 27 septembre, et 2 octobre
galyl ... 25 25 26 = 0 gr. 96 en 4 injections ou
3 cgr. par kilog, mais répartis sur 45 jours.
Repart sans autorisation, dès qu’elle se sent mieux.
18° Petit Babax Kar Gaye, 6 ans (laobé). P. 20 kilogs, de M’Bour,
serait malade depuis trois ans, chaînes ganglionnaires cervicales à trypan.
non rares; marche en traînant légèrement le pied, asthénie. Un passage
de 40 cc. sang dans le péritoine d'un singe le tue en un mois.
et 78 jours ou 10-11 cgr. par kilog.
Traitement bien supporté et grosse amélioration. Le père vient chercher
son fils, se déclare très satisfait et promet de le ramener dans 4 mois.
19° S. U. 25 ans. P. 74 kilogs. Contaminé au Congo. Ganglions cervi¬
caux à trypan. non rares, éruption cutanée, asthénie, mauvais état psy¬
chique.
Les 12 17 23 et 29 octobre, 5 et 24 novembre 1913.
galyl ... 30 40 45 50 55 55
Les 2 10 18 et 26 décembre, 12 et 19 janvier 1914.
galyl . .. 60 60 60 60 50 40 = 6 gr. 05,
en 12 injections et 127 jours, ou 8 cgr par. kilog.
Du 5 au 23 novembre ne veut pas du traitement. Est absinthique. Dimi¬
nution rapide des ganglions, relèvement de l’état général et moral meil¬
leur.
20° S. V. 30 ans. P. 60 kilogs. Traité au Congo (traitement et durée
inconnue). Présente des trypan. rares dans les ganglions cervicaux ; pté-
rygion de l'œil droit, conjonctives injectées ; alcoolique.
Les 12 18 25 novembre, 4 11 26 décembre.
galyl ... 30 50 55 50 55 55
Les 12 19 et 26 janvier 1914
galyl ... 45 35 25 = 4 gr. en 9 injections et 74 jours ou
6 gr. 1/2 par kilog.
i
«
166
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En bon état à la fin du traitement.
21° Petit Abdou Gaye, 5-6 ans de Sébikotane. P. 20 kilogs. Est présenté
par sa mère allaitant un enfant de 5-6 mois à gros ganglions cervicaux
où les trypan. n’ont pas été vus, en même temps qu’une fillette de 7-8 ans;
chez cette dernière les ganglions ont été extirpés par un marabout; on ne
trouve rien dans le sang ni dans les petits ganglions, mais l’enfant a des
mouvements choréiques incessants. Abdou Gaye a de gros ganglions cer¬
vicaux à trypan. non rares, le faciès bouffi, de l’ascite, de P hypersplénie,
un mauvais état général. Traitement incomplet.
Les 11 et 24 novembre
gcilijt. . . 20 et 25
liepart amélioré dans son village sans achever le traitement.
III. — Traitement par « galyl » et « ludyl » alternés
ou réciproquement .
Ils sont au nombre de 6 : i enfant, 2 femmes et 3 hommes dont
2 ayant reçu ailleurs un traitement inconnu et ayant récidivé à
Dakar.
22° Petit Alassane Gaye (Sérère), 10-11 ans. P. 30 kilogs de Rufisque.
S’est contaminé aux environs de M’Bour. Ganglions cervicaux à trypan.
non rares; faciès bouffi, air hébété, bave continuellement et présente des
plaies herpétiques aux lèvres. Gros ventre (ascite), hypersplénie, asthénie.
galyl .
ludyl .
soit 2 gr. 75 galyl-ludyl en 12 injections et 77 jours ou 9 centigrammes
par kilog.
Au cours du traitement accès paludéens avec hématozoaires assez nom¬
breux de la tropicale maligne et présence d’œufs bilharziens dans les uri¬
nes et les selles, protozoaires ciliés et amibes dans les selles.
Autorisé à se retirer à Rufisque pour travailler avec son père. Part très
amélioré.
23° Oura Gadiac.a (F.), 25 ans (laobé). P. 63 kilogs, de Deun (canton de
Sibékotane). A pris la maladie à Nali à l’hivernage dernier; allaite son
enfant âgée d’un an et très chétive qui est indemne. A chaîne ganglion¬
naire cervicale dont l’examen le 23 juillet est négatif et positif le 24
(ponctions méthodiques et trypan. rares). Amaigrissement, asthénie.
Les 24 juillet, 4 20 août
galyl. 30 35 45 = 1 gr. 10
Les 29 juillet, 11 26 août
ludyl 25 35 40 = 1 gr.
soif 2 gr. 10 galyl-ludyl en 6 injections et 33 jours ou 3 cgr. 3 par kilog.
Le poids tombe à 60 kilogs au cours du traitement et se relève à 67 à la fin.
Reçoit en plus 20 cc. sérum de son mari Galgou (observations 15 galyl).
Retourne dans son village sans permission.
24° BANA(Vieille femme), 65 ans (laobé). P. 57 kilogs, de Matargaye (cer¬
cle de Thiès). S’est contaminée à Nali, malade depuis un an. Ganglions
rétro-cervicaux et cervicaux. Dans ces derniers, trypan. nombreux. Fort
Séance du 11 Février 1914
167
amaigrissement, vitiligo aux mains, douleurs rhumatismales qui l’empê¬
chent de marcher. A perdu sa fille de cette maladie il y a 4 mois ; a sa
petite fille de 18 mois prise également, mais ne l’a pas emmenée. Trypan.
dans le sang centrifugé, le culot injecté à 2 rats blancs les contamine l’un
en 8 jours, l’autre en 22 jours.
Le grand âge et l’état de la malade rendent le traitement très inter¬
mittent.
Les 25 juillet, 26 août, Les 4 août, 15 septembre
galyl . . 30 25 ludyl . . 25 30
soit : 1 gr. 20 galyl-ludyl en 4 injections et 50 jours. Reçoit en plus 15 cc.
de sérum d’un autre malade traité au ludyl. A failli succomber à Dakar.
Repart d’elle-même très améliorée, alors qu’on pensait ce cas sans aucun
espoir.
25° Demba dioum (II.) Laobé, 40 ans. P. 73 kilogs, de N’Digoum près de
M’Bour. Maladedepuis l’hivernage dernier (1 an). Vient de M’Boundou près
Bakel où il est allé consulter un sorcier en renom.
Cou proconsulaire et face œdématiée. Faciès hébété, regard fébrile. Infil¬
tration générale du tissu cellulaire. Forte asthénie. Trypan. rares et très
mobiles dans les ganglions cervicaux, masqués par l’œdème.
A eu douleurs partout, fièvre, céphalées et diarrhées.
Les 17 26 août, 6 17 27 septembre,
ludyl. . . 30 35 40 45 50 = 2 gr.
Les 21 août, Ier 12 septembre, 6 et 11 octobre
galyl. . . 30 35 40 50 55 = 2 gr. 10.
soit 4 gr. 10 ludyl-galyl en 10 injections et 55 jours ou 5 cgr. 6 par kilog.
En plus 4 injections sous la peau de 20 cc. sang du malade, pris 5-6 heu¬
res après l’injection médicamenteuse (Autothérapie à effet favorable).
A la 4e injection, l’amélioration est telle que le malade manifeste sa joie
en dansant. Autorisé à repartir dans son village où il travaille.
26° S. U. 25 ans (indigène). P. ?
Trypanosomé et traité au Congo (traitement inconnu). Démarche ataxi¬
que commençante. Examens sang et ganglions négatifs. Trypan. dans le
liquide céphalo rachidien à leucocytes assez nombreux. Traitement ludyl-
galyl en cours.
27° S. U. 22 ans (indigène). P. ?
Trypanosomé et traité au Congo (traitement inconnu). Mauvais état géné¬
ral, tremblement fîbrillaire, asthénie. Leucocytes et trypan. dans le liquide
céphalo-rachidien.
Traitement ludyl-galyl en cours.
28° Oulhiata Diaye (F.) 25 ans (laobé). P. 63 kilogs, du village Guirao,
en face Poppinguine. A pris le mal à Sali' (Petite Côte). Au débuta eu fièvre
et coliques. Chaîne ganglionnaire cervicale à 8 à 10 ganglions depuis 6 mois
au moins à trypan. très nombreux, ganglions axillaires assez nombreux et
gros; inguinaux moins accentués ; un seul rétro-cervical et de gros gan¬
glions sous-mentonniers. Le sang centrifugé(trypan. non rares) est injecté
à deux rats blancs pour conserver le virus.
Pouls à 90. Température à 37°4. Albumine 15 à 20 cgr. par litre dans
les urines avant tout traitement. Faciès triste inquiet.
1914. Les 13 21 janvier
ludyl. . . 30 40
16 26 janvier
galyl. . . 25 30
f
è * f .
• »
f
108 Bulletin de la Société de Pathologie exotique ,
Après la 3e injection les ganglions diminuent, et la femme a le regard
plus vif et redevient gaie.
y
Conclusions.
• «
Trois complications sont à retenir dans nos observations ainsi
que quelques points secondaires.
i° L'albuminurie chez les 4/5 de nos malades, constatée avant
tout traitement; l’albumine varie de quelques centigrammes à
un gramme et plus ; les urines sont souvent hyperacides..
La cause nous en échappe (toxine des trypan., altération du
filtre rénal par les trypan. ou les hématies détruites). Le paludisme
coexistant parfois, peut créer cette albuminurie ; mais la trypano¬
somiase à elle seule, joue un rôle, car chez nos animaux trypano-
sornés, canidés, capridés, équidés, bovidés, singes patas, l’albu-
' minurie est la règle.
A noter que la présence de l’albumine n'est pas une contre
indication aux injections intra-veineuses. A la fin des traitements,
à mesure que l’organisme se relève, nous avons vu bien des fois
l’albumine se réduire ou disparaître, fait déjà constaté par
Dupont.
Par mesure de prudence, les analyses fréquentes d’urines sont
«
faites et règlent l’augmentation et l’espacement des doses.
20 Coexistence d'autres maladies : filariose, paludisme, bilhar¬
ziose, éruptions cutanées variées, syphilis, etc. Certains de nos
malades sont sous ce rapport de vrais musées pathologiques. Le
ludvl et le galyl sont sans action marquée sur les miorofilaires
à gaînes dont les mouvements seraient ralentis après les injections ;
leur action curative dans la syphilis est connue; elle reste à pré¬
ciser pour les autres affections rencontrées. Pour le paludisme,
les doses courantes de ludyl et galyl paraissent sans action sur
l’hématozoaire.
30 L'état du myocarde. — C’est la seule contre indication vrai¬
ment sérieuse aux injections intra-veineuses selon nous (altéra¬
tions par les maladies antérieures et péricardites concomitantes
des trypanosomiases trop avancées),
La température avant et après les injections sera un guide
précieux; une élévation thermique trop prolongée doit rendre
très circonspect dans la marche ou la persistance du traitement.
40 Provenance de nos malades. — Sur 28 traités, 21 proviennent
du Sénégal (environs de Rufisque, région des Niayes et Petite
Séance du il Février 1914
m
Côte), et sont venus spontanément au Laboratoire de Bactério¬
logie de Dakar, à peine installé, après une tournée du Dr Dupont
dans la zone contaminée. Ces malades ont voyagé et se sont nourris
à leurs irais et souvent très mal, d’où conditions très défavora¬
bles pour les traitements, ils diagnostiquent eux-mêmes la ma¬
ladie du sommeil et la savent mortelle (villages décimés au Séné¬
gal). Sur 23 qui se sont présentés s’en déclarant atteints, 2 seu¬
lement ont été éliminés par nos examens.
50 Etat des malades traités. — Tous ont bénéficié des 3 traite¬
ments institués. Amélioration passagère avec les doses trop fai¬
bles ou insuffisamment prolongées.
Amélioration permanente quand les doses ont atteint 5 à 10 ctg.
par kg. avec fonte totale ou résorption considérable des ganglions
qui dans certains cas deviennent durs comme des noyaux et
inponctionnables ; résorption des œdèmes, relèvement des forces,
maintien ou augmentation légère du poids, meilleur état psychi¬
que, des malades reprenant goût à vivre et se croyant guéris, et
enfin reprise rapide du travail et de la vie active ; tels sont les
résultats obtenus.
Les 3/4 de nos malades ont fait savoir de leurs nouvelles
jusqu’en décembre et ont envoyé d’autres trypanosomiés. Des
contrôles sévères chez les Patas (60 à go cc. sang péritoine) 30 et
40 jours après la fin des traitements ont été négatifs. Il y a lieu
d’attendre plusieurs mois pour de nouveaux contrôles.
6° La trypanosomiase sévit au Sénégal par foyers familiaux. — -
Nos observations ont permis cette constatation. Voyez les observa¬
tions 1 et 2 ; 3 et 4 ; 6, 15, 23, 24 ; 7 et 16. Nous pensons à d’autres
facteurs que la tsé-tsé dans la dissémination de la maladie. Des
recherches faites avec Roubajjd, au Laboratoire de l’A. O. F.,
permettent d’incriminer les moustiques à une certaine époque de
l’année et sous certaines conditions (Confirmation des expériences
de transmission du Laboratoire de Brazzaville) (1).
70 Les injections intra-veineuses , leur pratique. — Elles s’élè¬
vent à 1 S 1 et ont été faites en milieu carbonaté (Voir les travaux
antérieurs).
Pour le ludyl mettre 1 fois 1/2 son poids de carbonate de soude
pur desséché dans 10 à 20 cc. d’eau stérilisée et ajouter le ludyl.
(1) Voir le Bulletin de janvier.
170
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
. Pour le galyl mettre 3 fois son poids de carbonate dans 20 a
30 cc. d’eau stérilisée et ajouter le galyl.
Les deux solutions sont jaunes; le ludyl s’agglomère en pâte
autour de l’agitateur mais se dissout assez vite; le galyl reste en
grumeaux fins et se dissout plus lentement, en solution trop
concentrée à 1/20 il a la couleur de la purée de pois (1).
11 y a intérêt à injecter rapidement. Nous injectons le malade
à jeun, assis, le bras immobile sur un coussin et le faisons cou¬
cher après.
Se servir de préférence d’une seringue en verre et d’aiguilles
de platine, ces solutions altérant très rapidement les pistons et les
rondelles de .caoutchoucs et les aiguilles en acier.
Les deux corps en nature ou en solution tachent le linge d’une
façon indélébile comme le pyrogallol.
Chez ies enfants et les femmes grasses, les injections sont par¬
fois très difficiles, se servir d’aiguilles très fines. L’enfant sup¬
porte des doses relativement plus fortes que l’adulte.
8° Incidents de ces injections. — Les malades ne sont pas se¬
coués comme ils le sont parfois par le Salvarsan ou 606 et ]e
Néosalvarsan ou 914 dans la maladie du sommeil. Les incidents
se réduisent à peu de choses : très rares alertes chez des sujets
pusillanimes et élévation passagère de la température (en général
ire et 2e injection seulement), infiltration de quelques gouttes de
la solution dans le tissu périvasculaire, déterminant une vive
douleur parfois; « çà chauffe trop » dit le malade et l’on est
aussitôt prévenu que l’aiguille fait fausse route. Il vaut mieux
reprendre une autre veine pour achever l’injection. La solution
infiltrée détermine une induration des tissus analogue aux indu¬
rations provoquées par les antimoniaux (les émétiques en solution)
ou les injections de quinine trop concentrées.
Cette induration disparaît assez vite sans complication ; mais
par une bonne technique et du doigté, il vaut mieux l’éviter.
Avec le ludyl , le patient la plupart du temps n’éprouve que la
sensation de pénétration d’un liquide froid. On y peut parer en
tiédissant la solution.
Avec le galyl, le malade souffle bruyamment et fait la grimace.
Il sent une odeur spéciale au niveau de la pituitaire et croit res-
(1) Dans l?eau tiède, la dissolution est plus rapide. Elle est presque instanta¬
née avec les corps pulvérisés.
: Séance du 11 Février 1914 i"l
pirer l’odeur d’une allumette qu’on enflamme. 11 peut s’agir de
dégagements gazeux à odeur de phosphore.
En résume nos applications de traitement intra-veineux chez
nos trypanosomiés, par le ludyl, par le galyl ou l’association des
deux, donnent des résultats nettement encourageants et peuvent
être poussés à des doses élevées sans phénomènes d’intolérance
sous la réserve de suivre les traitements.
Elles complètent et confirment les travaux antérieurs sur la
question.
Dans quelques cas des essais de sérothérapie humaine ou 1
d’autosérothérapie ont paru favoriser les traitements ci-dessus.
Le ludyl et le galyl, seuls ou associés, méritent donc pleine¬
ment d’entrer dans la thérapeutique de la maladie du sommeil
pour stériliser l’organisme.
Certes, il serait prématuré de se prononcer sur le sort définitif
de nos traités. Mais n’en est-il pas de même chez les trypano-
somés stérilisés par l’atoxyl, les émétiques ou leur association, par
le salvarsan, l’arsénophénylglycine, le néosalvarsan, le dernier
venu, qui reviennent du Congo faire leur rechute plus ou moins
éloignée à Dakar où j’ai eu l’occasion de les observer et de les
noter ?
C’est même dans ces cas antérieurement traités et offrant des
récidives qu’il y a également indication impérieuse d’employer
ces corps nouveaux pour tâcher de sauver ces malades.
Dans des communications ultérieures, nous ferons connaître :
i° les résultats éloignés de ces traitements ainsi que les contrôles
sévères chez les Patas, après 6 mois à un an de cessation de
traitement.
2° Nos essais de traitement chez divers animaux infectés avec
des virus fixes, très virulents,"* ainsi que les traitements compa¬
ratifs par d’autres produits utilisés déjà en pathologie humaine
et animale.
3° La toxicité comparée de tous ces produits dans la série ani¬
male ainsi que les autres particularités intéressantes que nous
pourrons observer.
(Travail du Laboratoire de bactériologie de VA. O. F
à Dakar).
172
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Archiv fur Schiffs und Tropen Hygiene, t. XVIII, nos 2, 3.
Archiv o du Sociedade de Medicina e Cirurgia de Sâo Paulo,
t. IV, nos 8, 9.
British medical Journal, nos 2768, 69, 70, 71.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine, t. IV,
n° 10.
Geneeskundig Tijdschrifi voor Nederlandsch-Indiè, t. L11I,
n° 6.
Journal of the Royal army medical corps, t. XXII, n° 2.
Journal of tropical mcdicine and hygiene, t. XVII, nos 2, 3.
Medeleelingen van den Burgerlijken Geneeskundigen Drenst in
Nederlandsch-Indië, t. II, n° 2.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus, t. V, nos 2 et 3.
Pediatria, t. XX1L n° 1.
Propaganda antimalarica, t. VI, n° 6.
Protozoen-literatur, 1 905- 1913.
Review of applied entomology, série A, t. II, n° 1, série B,
t. II, n° 1.
Revista de V eterinaria e zootechnia, t. III, n° 6.
Revue Scientifique, 17, 24, 31 janvier, 7 février 1914.
Transactions of Society of Tropical medicine and hygiene,
1. VII, n° 3.
Tunisie médicale, t. III, n° 12.
VOLUMES ET BROCHURES.
E. BRUMPTet Alex. Pedroso. Recherches épidémiologiques sur
la Leishmaniose forestière américaine dans l’Etat de Sâo Paulo
(Brésil).
J. D. E. Holmes. A description of the impérial bacteriological
laboratory, Muktesar.
J. D. E. Holmes. A note on the M. Fadyean staining reaction
for anthrax bacilli.
Leishamaniosi umana in Italia.
Nairobi laboratory reports, 1912.
Le Gerant : P. MASSON.
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PAGES
L. Moreau. — A propos de la prophylaxie de la lèpre. Les léproseries
des îles Comores . 91
C. Nicolas. — Quelques cas de fièvres d’origine indéterminée simulant
le paludisme en Nouvelle-Calédonie . 133
A. Railliet, A. Henry et J. Bauche. — Sur les Helminthes de l’éléphant
d’Asie. II. Nématodes, A . 129
Xavier Roques. — Analyses d’échantillons de spiritueux provenant de
Grand Bassani . 137
R. Trautmann. — Inoculation positive de Tryp. Cyalboui à un Cerco-
pithecus patas. . . 118
Vincent. — Ulcère phagédénique Discussion . 99
MEMOIRES I
44
C. Broquf.t. — Pus chocolat. Discussion . 15 1
E. Brumpt. — Simaroubine. Discussion . 151
P. Delanoœ. — Le fonctionnement du service de prophylaxie des trypa¬
nosomiases animales à Bouaké (Côte d’ivoire) . 152
C. Dopter. — Amibiase et émétine . . . . 142
A. Lafont et A. Dupont. — Traitement de la trypanosomiase humaine
au Sénégal par le ludyl et le galvl . 160
Vincent. — Dysenterie et quinine. Discussion . 132
Ouvrages reçus. . . .* . 172
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 3
Séance du 11 mars 1914
A PROPOS DU PROCÈS-VERBAL
PAGES
A. Lavkran. — Au sujet d’un cas de leishmaniose canine signalé à Mar¬
seille . 273
CORRESPONDANCE
Lettre de l’Association internationale pour la destruction des rats. . . 174
Raillïet et Henry. — Filaria furcata . 175
Roule'. — Charnœlco oustaleti . 275
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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et ?près avis du Conseil Supérieur de Santé, le Formiate de
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ture des médicaments en usage dans les établissements hospi¬
taliers des Colonies Françaises.
IV
iii
PAGES
Election . . 175
COMMUNICATIONS
Noël Bernard. — Recherches sur la pathogénie de l’ulcère phagédéni-
que des pays chauds . 176
J. Brault et J. Montpellier. — Meladrodermie physiologique des
muqueuses en Algérie . 216
L. Collin. — Le pian ou « Tonga » aux îles Loyalty . 180
A. Conor. — Essais de transmission de la bilharziose . 202
J. Danysz. — Traitement du surra par les composés arsenicaux et arsé-
no-argentiques. Rapports entre les doses tolérées et les doses cura-
tives . 200
Gedcelst, — Note sur un genre nouveau d’Œstride . 210
A. Leger. — Le paludisme dans le Haut-Sénégal-Niger. Index endémi¬
que de la ville de Bamako . . * 181
G. Lemaire, Edm. Sergent et Lheritier. — Spécificité de la kératite
observée chez les chiens atteints de leishmaniose naturelle. ... 193
Lignos. — La mortalité par Kala-azar à Hydra en iyfi . 193
F . Mesnil et M. Blanchard. — Sur l’identification du virus d’un cas de
trypanosomiase humaine de laboratoire . 196
A. Railliet, A. Henry et J. Bauche. — Sur les Helminthes de l’éléphant
d’Asie III. Nématodes B . 206
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EXTRAIT DU RÈGLEMENT
Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt après la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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VI
J
Septième année
I9I4
N° 3.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU II MARS 1 9 1 4.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
A propos du procès-verbal
Au sujet d'un cas de leishmaniose canine
signalé à Marseille
Par A. LAVERAN.
Dans la séance du 14 janvier dernier, M. E. Pringault a com¬
muniqué à la Société une note qui a pour titre : « Existence de
la leishmaniose canine à Marseille ». L’auteur rapporte qu’il a
examiné 50 chiens asphyxiés à la fourrière de Marseille et que la
présence des Leishmania a été constatée dans la moelle osseuse
d’un des chiens; il en conclut que la leishmaniose canine existe
à Marseille. Cette conclusion ne s’imposerait que s’il était démon¬
tré que le chien infecté avait contracté la leishmaniose à Marseille ;
or la provenance du chien est inconnue; il s’agissait peut-être
d’un chien venant d’Italie ou de Tunisie, c’est-à-dire de pays où
la leishmaniose canine n’est pas rare et qui sont en relations jour¬
nalières avec Marseille.
Prohiber l’entrée en France des chiens provenant des régions
i3
174
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
où la fréquence de la leishmaniose infantile et de la leishmaniose
canine a été constatée serait, je crois, une mesure prophylactique
très utile.
11 serait nécessaire aussi d’appeler l’attention des vétérinaires
du littoral méditerranéen de la France sur la leishmaniose canine
afin que la maladie soit recherchée, non seulement sut des chiens
asphyxiés à la fourrière, d’origine inconnue, mais aussi sur des
chiens autochtones, d’origine connue.
Correspondance
M. Kinghorn, élu membre correspondant à la séance de décem¬
bre, adresse des remerciements à la Société.
^ *
* *
La Société a reçu de V Association internationale pour la des¬
truction rationnelle des rats, dont le siège est à Copenhague,
K, Cort Adelersgade 8, divers documents accompagnés d’une
lettre d’envoi. Nous donnons ci-dessous le texte de la circulaire
de propagande de cette Association :
« Le but de l’Association Internationale pour la destruction
rationnelle des rats est de favoriser tous les efforts pour V exter¬
mination des rats et de réunir dans tous les pays l’appui de toutes
les individualités , collectivités, et autorités pour atteindre ce but.
« L’ Association Internationale étudie toutes les questions
relatives à la destruction des rats;
répand la notion des moyens de destruction des progrès et
réformes d’intérêt général pour le but de P Association ,
recueille périodiquement les résultats obtenus et l’opinion des
personnes compétentes sur les questions à l’étude;
prépare par des délégués aux différents congrès d’hygiène
l’adoption de mesures et dispositions internationales propres
à atteindre le but proposé ;
réunit et résume les vœux présentés et cherche à les faire adop¬
ter par les autorités et pouvoirs législatifs des différents pays ;
Séance du 11 Mars 1914
I/o
publie des brochures servant d’organe et de lien entre les adhé¬
rents et les sociétés affiliées à l’Association Internationale.
« La cotisation de chaque membre est fixée à io francs par an.
« La cotisation des Institutions et Associations affiliées est de
30 francs par an.
« L’Association Internationale est dirigée par une Commission
internationale et un Comité exécutif et consultatif siégeant et per¬
manence à Copenhague (Danemark). »
*
MM. Railliet et Henry ont examiné les Filaires adultes re¬
cueillies par M. Suldey sous la peau du cou du Caméléon de Ma¬
dagascar (séance du 14 janvier, p. 70). Il s’agit de la Fiiaria fur-
cata von Linstow, 1899, signalée par von Linstow chez un
Chamœleo sp., également de Madagascar, mais sans indication
de siège.
L’espèce de caméléon porteur des filaires signalées par M. Sul¬
dey, a été déterminé, par les soins de M. Roule, professeur au
Muséum d’ Histoire naturelle, Chamœleo Oustaleti Mocq. L’hôte
de Fiiaria jure ata se trouve ainsi précisé.
Election d’un Membre titulaire
M. Bridré est élu à l’unanimité (19) des votants.
176 ‘
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Recherches sur la pathogénie de Tulcère
phagédénique des pays chauds
Par P. Noël BERNARD.
"S *
La note de M. Blanchard (i) sur les inoculations expérimen¬
tales de l’ulcère phagédénique, au Congo, me détermine à pré¬
senter, dès maintenant, bien qu’elles soient incomplètes, quelques
observations faites à Hué (Annam) en 1912 sur une des formes
de début de la meme affection.
L’ulcère phagédénique constitué revêt en Indochine les carac¬
tères cliniques et microbiologiques communs aux ulcères phagé-
déniques de tous les pays tropicaux. Il représente essentiellement
une plaie cupuliforme ou serpigineuse, à bords saillants, irrégu¬
liers dont le fond est constitué par un exsudât diphtéroïde, pul¬
peux, de couleur verdâtre ou grisâtre, très adhérent, d’odeur
fétide. La surface contient un grand nombre de microbes variés.
Dans les couches profondes l’association fuso-spirillaire est tou¬
jours dominante.
Les malades se soumettent d’ordinaire à l’examen lorsque
l’ulcère a revêtu cet aspect caractéristique. Quelquefois, cependant
on peut observer, au centre de la surface cutanée qui sera le siège
de l’ulcération, une sorte de bulle dont la rupture marque le début
apparent de la lésion.
Ce fait n’avait pas échappé aux médecins qui se succédèrent
en Côchinchine pendant les premières années de l’occupation
(1858-1872). En 1870, C. Thorel (2), membre de la mission d’ex¬
ploration du Mékong, assimile cliniquement, le premier, Vulcus ■
tropicum constitué à la pourriture d’hôpital. La même assimila¬
tion, au point de vue bactériologique, devait être faite plus tard par
H. Vincent. Mais il constate que « si la maladie envahit surtout
(1) M. Blanchard, Bulletin Soc. Path. Exot.. 1914, p. 96.
(a)C. Thorel, Notes médicales du voyage d’exploration du Mékong et de
Côchinchine, Thèse, Paris, 1870.
J
«
«
i
Séance du* 11 Mars 19^4 U7
les plaies, elle peut se montrer sur la peau parfaitement intacte ».
(( Douze ou quinze heures après l’apparition de vives démangeai¬
sons, on constatait, dit-il, de nombreuses petites vésicules, iné¬
gales, contiguës ou distinctes, qui laissaient promptement écouler
un liquide, d’abord limpide et incolore, puis purulent et fétide.
A la place de ces premières vésicules on trouvait une plaie recou¬
verte de fausses membranes caractéristiques ». 11 décrit quatre
formes principales de l’affection : i° forme vésiculo-papuleuse ;
2° forme ulcéreuse; 30 forme pulpeuse; 40 forme hémorrhagique.
« Ces quatre formes, ajoute-t-il, procèdent en àe transformant gra¬
duellement l’une dans l’autre avec une vitesse très variable ».
En 1905, Fontoynont et Jourdran (i) donnent une description
analogue des formes de début de l’ulcère malgache. « Ce qui
frappe tout d’abord, écrivent-ils, c’est que l’ulcère n’a pas à ses
débuts le caractère d’une lésion spécifique toujours identique à
elle-même... Tantôt, il évolue comme complication d’une plaie ou
d’une simple éraillure de la peau... D’autres fois, et l’un de nous
l’a observé sur lui-même, apparaissent des bulles accompagnées
de sensations de brûlure. Les bulles rapidement se crèvent et
laissent à leur place une ulcération. »
De T904 à 1906, j’avais remarqué sur les chantiers de chemin
de fer du Haut-Tonkin (ligne de Yenbav à Laokay), ces mêmes
formes initiales de l’ulcère. Je dois à l’obligeance du Dr Flo¬
rence d’en avoir observé trois cas à l’hôpital de Hué.
Dans l’un d’entre eux il s’agit d’un Annamite de 18 ans por¬
teur d’un vaste ulcère phagédénique typique à la jambe droite.
Quinze jours après son entrée à l’hôpital, il présente sur le dos du
pied gauche une bulle de la grosseur d’un pois, limitée par un
liseré blanchâtre. La peau périphérique molle et flasque donne
la sensation de fluctuation sur un espace de un centimètre de
diamètre environ autour de la bulle médiane. L’incision de la
bulle laisse écouler quelques gouttes d’un liquide louche dans
lequel flottent des flocons blanchâtres et qui provient en partie du
décollement sous-cutané auquel est due la sensation de fluctua¬
tion. Un stvlet introduit par cette ouverture permet de constater
que ce décollement s’étend sur un diamètre de quatre centimètres
environ. Abandonnée à elle-même cette lésion revêt en quelques
jours l’aspect d’un ulcère intéressant tout le décollement cutané
(1) Fontoynont et Jourdran, L'ulcère malgache. Presse médicale , 1905.
178
Bl LLETIN DE LA SoCtÉTÉ l.)E P ATITOLOGIE EXOTIQUE
et constituant d’emblée le type cupuliforme et circulaire dont les
fausses membranes contiennent avec une flore microbienne très
variée, l’association fuso-spirillaire.
Une ponction effectuée préalablement dans les culs-de-sac du
décollement cutané, avait permis de pratiquer un prélèvement
aseptique de son contenu. Des frottis de ce liquide louche mon*
trent exclusivement la présence de quelques cocci groupés en
diplocoques et en courtes chaînettes. Ce microbe isolé, suivant les
méthodes ordinaires, répond aux caractères qui sui\Tent.
Caractères morphologiques. — Il se présente sous la forme
d’un coccus immobile dont les grains sont disposés souvent en
diplocoques ou en courtes chaînettes. Certains éléments sont légè¬
rement réniformes. Les éléments accouplés se regardent par leur
face concave. Ils mesurent un millimètre environ dans leur grand
diamètre.
Coloration. — Il se colore facilement par les couleurs d’aniline.
Il prend le Gram.
Culture. — Strictement anaérobie il se développe à 1a. tempéra¬
ture optima de 36° à 38°.
Bouillon ordinaire. — Le bouillon se trouble vers la dixième
heure. Après 24 heures on voit monter dans le tube de nombreuses
bulles qui forment à la surface une mousse abondante.
Gélose ordmaire. — En gélose ordinaire, par ensemencement
en couche profonde de Veillon, vers la dixième heure des traînées
nuageuses blanchâtres se développent; elles s’arrêtent à un centi¬
mètre de la surface. Entre la 15e et la 24e heure les, bulles de gaz
étoilent la gélose. Si l’ensemencement est abondant la colonne
de gélose est sectionnée en deux ou trois fragments séparés les
uns des autres par un espace libre de plusieurs millimètres. Les
cultures ont une odeur désagréable sui generis.
Géloses sucrées. — - Ce microbe donne des gaz abondants et
fait virer au rouge la teinture de tournesol en géloses glucosée,
lactosée, saccharosée, galactosée, maltosée, dextrinée, mais sur¬
tout mannitée. Il fait virer au jaune serin la gélose glucosée au
rouge neutre.
Les colonies ont la forme de petites boules de coton sphériques
qui peuvent atteindre 2 millimètres de diamètre.
Milieu de Tarozzi. — Sur Tarozzi à la bouillie de viande, la
culture part très lentement. Elle atteint son plein développement
et mousse entre le 5e et le 8e jour. Dans une série de tubes ense-
Séance du 11 Mars 1914
179
mencés de la même manière il arrive que quelques tubes ne cul¬
tivent pas.
Le blanc d’œuf coagulé n'est pas attaqué.
Maladie expérimentale. — Inoculé au cobaye sous la peau, ce
microbe donne en cinq à six jours un abcès de la dimension d’une
noisette avec induration à la base, d’où l’on retire un pus conte¬
nant en suspension des flocons blanchâtres. La peau se ramollit,
s'amincit. Il semble qu’elle va se sphacéler sur toute la surface
de l’abcès. Mais elle ne cède que sur un point, le pus s’écoule
par un étroit pertuis et la cicatrisation se fait en une dizaine de
jours.
La souillure de la plaie formée par l’ouverture de l’abcès, l’in¬
troduction dans ha poche vidée, de putrilage recueilli sur un ulcère
humain typique, n’a jamais retardé la marche normale de la cica¬
trisation.
L’inoculation intrapéritonéale est restée négative.
L’inoculation sous-cutanée au lapin donne les mêmes lésions
que chez le cobave.
Des cultures de ce microbe, ensemencées à Hué, n’ont pu être
repiquées à Paris deux mois plus tard.
Cette étude devra donc être reprise. Je me borne pour le moment
à appeler l’attention sur les formes de début encore mal définies
de l’ulcère phagédénique. Il sera intéressant de voir si le microbe
anaérobie qui vient d’être décrit est un facteur constant du phagé¬
dénisme et de rechercher si certains microbes ne produisent pas
dans l’infection naturelle la nécrose préalable réalisée aseptique-
ment, par M. Blanchard, au moyen de la potasse, nécrose qui
serait nécessaire au développement de l’association fuso-spirillaire
et de la flore microbienne complexe du phagédénisme confirmé.
( Travail du laboratoire de microbiologie de Hué , Annam).
J
I
180 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
, Le pian ou “ tonga ” aux îles Loyalty
Par L. COLLIN.
L’endémie pianique antérieurement signalée (Noc, Nicolas)
semble s’être accrue à Lifou — 5-586 habitants — dans des pro¬
portions inquiétantes.
Le tonga frappe surtout les enfants. Comme nous venons de le
constater au cours de notre tournée de vaccination antivariolique,
presque aucun d’eux n’y échappe. Dans certains villages (Nat-
cham, Doking) plus de la moitié des enfants sont couverts d’érup¬
tions parfois sévères et affectant en général le type syphiloïde.
Bien que le tonga vive sur sa vieille réputation de /bénignité
et persiste à être considéré par les indigènes comme une maladie
nécessaire et utile à la santé de leurs enfants, il n’est pas moins
vrai qu’il semble à Lifou comme ailleurs (Congo) être un des
principaux facteurs de mortalité infantile. Avec les plaies tégu-
mentaires étendues qui l’accompagnent et qui sont en s’éternisant
autant de portes d’entrée pour des infections secondaires, les
. enfants ne tardent pas à être débilités et ceux qui succombent à la
toxhémie où à une affection consécutive (tuberculose) ne sont
pas rares.
Il est un fait que la dépopulation de Lifou s’accentue. Il y a
donc urgence à imposer aux Canaques (par l’agent délégué de
l’Administration à défaut de médecin) des mesures de prophy¬
laxie immédiate dont la principale serait l’hvgiène la plus élémen¬
taire de la peau et du vêtement. L’indigène des îles, très retarda¬
taire malgré ses apparences de fausse civilisation, se refuse à
reconnaître la propreté comme nécessaire aussi bien pour se pré¬
server du tonga, que d’autres affections cutanées parasitaires très
répandues (gale, tokélau) ou d’autres maladies plus redoutables
comme la tuberculose (autre grand facteur de mortalité) et la
lèpre (1,65 % Lebœuf).
Il nous paraît intéressant de noter d’autre part qu’au cours de
notre mission, nous n’avons eu à relever aucune action réciproque
de la vaccine sur le tonga h l’encontre de ce que pensent certains
auteurs (Neer, Keelan). Tous ceux de nos pianiques vaccinés,
que nous avons revus, présentèrent des suites normales.
i
Séance du 11 Mars 1914
181
é
Le paludisme dans le Haut-Sénégal et Niger.
Index endémique de la ville de Bamako
« A
Par André LEGER.
Le paludisme continue à sévir avec intensité dans notre tolonie
africaine du Haut-Sénégal et Niger : c’est de toutes les maladies
endémiques ou épidémiques celle qui entraîne de beaucoup la
morbidité la plus élevée parmi nos colons, nos fonctionnaires et
nos militaires. D’autre part, il est hors de conteste que le réservoir
de virus est constitué. par les enfants indigènes infectés, et qu’une
mesure énergique s’impose, l’éloignement des villages nègres de
tout groupement européen.
Pour nous faire une idée exacte du danger, nous avons, durant
les deux années passées au laboratoire de bactériologie de Bamako,
examiné systématiquement le sang de tous les enfants qu’il nous
a été possible d’approcher. Nos éléments d’appréciation, basés
sur un nombre élevé d’observations, nous permettent en outre de
comparer les index endémiques de la colonie en igu et 1912 à
ceux signalés en 1905 et 1906 par Thiroux et d’Anfreville et en
1907 et 1908 par Bouffard.
Thiroux et d’Anfreville (i), qui ont réuni des documents im¬
portants sur le paludisme au Sénégal, ont rapporté incidemment
la oroportion de porteurs de Plasmodium qu’ils ont trouvée dans
le Haut-Sénégal et Niger chez des enfants de Kaves et de Médine.
04 jeunes sujets ont été examinés, 52 étaient parasités, soit plus
de 55 %. '
Bouffard (2), notre prédécesseur au Laboratoire de Bamako,
a repris la question, et ses statistiques s’appuient sur des chiffres
Ain peu plus élevés. II a examiné le sang de 347 négrillons, 132 en
juillet ou octobre, 215 durant les mois de décembre, janvier ou
avril. Les index endémiques trouvés ont été de 100 durant la sai¬
son pluvieuse (132 parasités sur 132 examinés) et de 61,39 %'
(433 parasités sur 215) pendant la saison sèche. Les frottis avaient
• — " • : r—”/
» 4 -
"70 A Thiroux et L. d’ Anfrrvtlur. — Le Paludisme au Sénégal pendant
les années iqqe; et 1006. tqoS. Baillière. Paris.
Bouffard. — Prophylaxie du paludisme chez l’européen dans le Haut-
Sénégal et Niger. Bull. Soc. Path. exotique , 1909, t. II, p . 34.
182 Bulletin de la Société de Pvthologie exotique
été recueillis dans divers centres assez éloignés les uns des autres
comme Ivayes, Bamako, Koulikoro, Ségou. L’auteur ne donne
malheureusement pas le détail de ses operations, de soTte qu il
est impossible de se faire la moindre idée de la répartition du
paludisme dans les diverses régions de notre colonie. Il n’indique
pas non plus d’une façon précise l’âge des jeunes sujets examinés.
Nos recherches ont porté sur 1.721 enfants, dont 707 âges de
moins de 3 ans et 1.014 de 3 15 ans»
Nous avons profité des séances de vaccination jennérienne
pour pratiquer les prélèvements de sang. Les sujets habitaient
tous Bamako où les villages circumvoisins.
Nos index endémiques sont basés uniquement sur l’examen du
sang. On sait, en effet, que la mégalosplénie d’origine paludéenne
est peu appréciable chez les nègres d’Afrique, et que l’index basé
sur la palpation des rates ne pourrait donner qu’une idée inexacte
de l’intensité de l’endémie palustre. Tl nous a été permis de véri¬
fier ce fait, déjà signalé par nombre d’auteurs. Il nous a semblé
en outre que c’est presque uniquement chez les enfants infectés
par le parasite de la tierce bénigne que l’augmentation du volume
de l’organe splénique est décelable.
Le tableau suivant donne le résultat de nos recherches aux diffé¬
rentes saisons, et aux différents âges.
La proportion des enfants parasités, déjà considérable durant
la saison sèche (décembre à mai), s’élève encore pendant la sai¬
son des pluies (juin à novembre). C’est ainsi que l’index global
monte de 62,20 à 90,53 %. Des observations du même ordre
avaient été faites par Thiroux et par Bouffard. Il y a donc dans
le Haut-Sénégal et Niger une véritable poussée épidémique au
moment où les degrés thermique et hygrométrique sont à leur
I
183
Séance du 11 Mars 1914
maximum. Mais les index des mois secs et relativement froids,
mesurant, ainsi que le dit Marchoux (i), a le pouvoir latent de
l’infection », sont encore très élevés puisqu’ils dépassent 62 %.
Le pourcentage des porteurs d’hématozoaires chez les tout jeu¬
nes enfants est supérieur d’un tiers environ à celui relevé chez
les enfants de 3 à 15 ans.
Dans les deux tableaux suivants, nous indiquons aux deux
saisons de l'année les espèces ou variétés de Plasmodium 1 ren¬
contrées.
i° Saison des pluies
20 Saison sèche
Dans l’ensemble, nos résultats concordent avec ceux trouvés
par les. différents auteurs qui ont établi l’index endémique du
paludisme dans le Haut-Sénégal et Niger.
La remarque faite par Thiroux, puis par Bouffard, que la
proportion d’infection par Plasmodium malariœ est très élevée
chez les nègres du Soudan s’est trouvée absolument vérifiée. C’est
(1) E. Marchoux. — Bull. Soc. Path. exotique, 1909, t. Il, p. 583.
4'
184 * Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ainsi que Bouffard indique un pourcentage de 47, certainement
au-dessous de la réalité, puisqu’il n’a tenu compte que des cas
où il a vu « un globule parasité de grandeur normale, des schi-
zontes en quadrilatère, un pigment à gros grains et des rosaces
avec 8 à 12 mérozoïtes ». L’auteur dit que dans 33 % des cas,
en présence de petits corps annulaires, il n’a pas su s’il avait
affaire à PL prœcox ou à PL malariœ.
D’après nos examens, il y aurait comme proportion globale
58,88 %,de quarte pendant la saison des pluies et 49,53 % durant
la saison sèche, le pourcent chez les enfants au-dessus de trois ans
étant toujours aux deux saisons légèrement supérieur à celui des
enfants de 1 mois à 3 ans.
La proportion de Plasmodium prœcox reste à peu près la même
toute l’année.
Plasmodium vivax est relativement rare à Bamako chez les
enfants' indigènes. Comme l’avaient remarqué Thiroux et d’An-
f re ville, il y a une augmentation assez appréciable des formes
de tierce pendant la saison fraîche ; c’est ainsi que leur proportion
globale pour nos examens monte de 4,04 % à 15*90 %•
- Les documents que nous apportons montrent donc que le palu¬
disme sévit dans la capitale du Haut-Sénégal et Niger avec une
intensité particulière. Malgré les excellentes mesures prises par
notre prédécesseur au Laboratoire de Bamako l’index endémique
en iqit et 1912 est à peu près aussi élevé qu’en 1906 et 1907.
Bien plus que la lutte antilarvaire, la prophylaxie médicamen-
‘ teuse ou mécanique, le moyen vraiment efficace pour la protection
de l’européen devra être l’éloignement des villages indigènes
constituant un réservoir de virus éminemment dangereux.
Séance du 11 Mars 1914
r
185
Recherches sur les maladies tropicales
humaines et animales au Turkestan
1. Répartition de la leishmaniose
canine au Turkestan
* •
Par W. L. Y A Kl MO FF et N. 1. SCHOKHOR (i).
D’avril à septembre 1913, nous avons examiné au Turkestan
647 chiens et nous en avons trouvé 157 (24,26 %) infectés par la
leishmaniose.
Voilà le tableau de la distribution de d’infection de la leishma¬
niose dans ce pays :
En outre, nous avons trouvé 31 cas de leishmaniose chez
l’homme (27 cas chez les enfarîts et 4 chez les adultes). La descrip¬
tion détaillée de ces cas suivra.
(1) En collaboration avec MM. les docteurs Alperowitsch, (Joby et Dyl-
nitz, MM. les médecins-vétérinaires Koselkin et Paroïsky, les étudiants en
médecine Demidoff, Karpoff, Novikoff, Semenoff et Weniaminoff, les étu¬
diantes en médecine Mlles Iwanoff, Kolpakoff et Saikowitsch et Mlle Ko'r
niloff.
180
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
11. La leishmaniose cutanée (bouton d’Orient)
spontanée du chien du Turkestan
Par W. L. YAKIMOFF et N. 1. SCHOKHOR (i).
Jusqu’à Fan dernier la question du bouton d’Orient spontané
chez les chiens n'était pas résolue positivement, quoique plusieurs
auteurs le soupçonnaient (Carter, Murray, Wortabet, Hirsch,
HÈidenreich, etc.)- Wenyon vient de rapporter que Neligan, en
Perse, avait découvert des Leishmania dans des lésions cutanées
des chiens.
Ch. Nicolle et Manceaux, Laveran, Wenyon, ont obtenu
expérimentalement les boutons typi¬
ques après inoculation du virus et
des cultures dans la peau (du nez,
des oreilles, etc.).
Dschunkowsky et Luhs (Trans¬
caucasie) ont vu un chien, très
amaigiri et anémique, qui a eu des
ulcères sur la peau et les muqueu¬
ses ; mais sur les frottis de ces lé¬
sions les auteurs n’ont pas constaté
de Leishmania , bien que les or¬
ganes internes renfermassent de
nombreux parasites.
Dans l’été 1913, nous avons eu
à Faschkent un chien, très amaigri,
avec les poils très rares et une sécré¬
tion purulente des yeux. Sur le
corps il y a deux ulcères : sur le
dos (fig., 11) et sur le côté droit du
cou, les dimensions sont 7 x 5 y et
8 x 5 y- De fond des ulcères est
rempli de granulations rouges.
Nous avons fait des frottis des deux lésions et, après colora¬
tion par le Giemsa, nous avons trouvé des Leishmania typiques,
mais plusieurs individus ont de grandes dimensions — 7 y 85 x
2 y 35 (le noyau, 3 y 14). Rappelons que les dimensions des
Séance du 11 Mars 1914
187
Leishmania des boutons d’Orient au Turkestan, d’après nos
observations, sont : Leishmania tropica var. minor (Boukhara)
3 P 92 x3 P H et L. tropica var. major (Termese), 5 p 49x3 [^92.
Nous donnons à cette sous-espèce de Leishmania le nom Leish -
mania tropica var. canina .
111. Les trypanosomiases des chameaux
et des ânes au Turkestan
Par W. L. YAKIMOFF et N. I. SCHOKHOR (1).
Nina Kohl- Yakimoff et Yakimoff ont depuis longtemps soup¬
çonné l’existence au Turkestan de la trypanosomiase des cha¬
meaux.
D’avril à septembre 1913, nous cherchions cette maladie dans
les différents points du Turkestan où notre Mission travaillait.
Nous avons trouvé le premier cas de cette maladie chez un cha¬
meau du marché de Taschkent, par examen du sang périphérique.
Nous avons trouvé ensuite des animaux infectés à Samarkande,
Boukhara, Askhabad, Kouchka et Termese ; et enfin deux à la
frontière russo-afghane.
Le tableau ci-dessous donne le pourcentage des animaux
infectés :
Ces chiffres sont sans doute inférieurs à la réalité, parce que
(1) En collaboration avec les étudiants en médecine Demidoff, Karpoff,
Novikoff. Srmenoff et Weniaminoff et les étudiantes en méd. Mlles Ivanoff,
Kolpakoff et Saïkowitsch.
♦
188 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
les chameaux infectés par les trypanosomes peuvent être malades
sans montrer de parasites à l’examen direct au sang.
Avec le sang périphérique de chameaux des marchés de Bou¬
khara, Térmese, Samarkande, Askhabade et Taschkent, nous
avons inoculé des cobayes; tous se sont infectés.
Le trypanosome est du type nagana-suna.
* Nous n'avons pas eu l’occasion d’étudier la maladie naturelle
des chameaux. Mais d’après les indigènes, la maladie aes cha¬
meaux au Turkestan est caractérisée par l’œdème du ventre, de la
poitrine et des membres, par l'amaigrissement et par 1 anémie
plus ou moins profonde. Peut-être, cette trypanosomiase est le
surra de l’Inde.
Dans les différentes localités du Turkestan, nous avons exa¬
miné le sang périphérique d’ânes et de mulets et nous n’avons
jamais trouvé de trypanosomes sur les frottis. A Boukhara nous
avons pris le sang périphérique (1-3 gouttes de chaque animal)
de 216 ânes, nous l’avons dilué dans le sérum physiologique et
nous l’avons inoculé sous la peau d’un cobaye; l’animal s’est
infecté ; le type du trypanosome est le même que pour les cha¬
meaux. L’infection à Askhabade n’a rien donné.
' Nous poursuivons les études avec ces virus.
O
IV. Les microfilaires des animaux
domestiques au Turkestan
Par W. L. YAKIMOFF et N. I. SCHOKHOR (i).
Nous avons examiné au Turkestan le sang des bovidés, des
ânes, des mulets, des chiens, des moutons et des chèvres. Chez
quelques-uns de ces animaux, nous avons trouvé des microfilaires.-
Le tableau suivant donne les pourcentages par localité :
(1) En collaboration avec les étudiants en médecine Demidoff, Karpoff,
Novikoff, SEMENOFFet Weniaminoff et les étudiantes en médecine Mlles Iva-
noff, KolPakoff et Saïkowitsch et Mlle Korniloff.
m
]
Séance du 11 Mars 1914
V. La microfilariose des chevaux au Turkestan
Par W. L. Y A Kl MO FF, N. I. SCHOKHOR,
P. M. KOSELKINE, W. W. WINOGRADOFF
et A. P. DEMIDOFF.
Personne n’a trouvé en Russie (d’Europe et d’Asie) de micro-
filaires dans le sang des chevaux.
Au Turkestan, nous avons trouvé ces microfilaires chez les che¬
vaux de la 3e batterie de montagne qui est venue à Taschkent du
Termese. Ces chevaux étaient en mauvais état et ont attiré l’atten'-
tion commune.
L’examen du sang périphérique de ces chevaux a montré que
41 individus sur 109 (soit 37^6 %) sont infectés par les micro¬
filaires. '
Nous avons examiné ensuite les chevaux dans toutes les loca¬
lités où a travaillé notre Mission et nous avons constaté la grande
distribution de la microfilariose équine.
I! semble que l’amaigrissement est le principal symptôme de la
microfilariose des chevaux. Le deuxième symptôme est les grat¬
tages de la peau jusqu’à dépilation. Toutefois il y a les œdèmes
légers sur la poitrine, sur le ventre et sur les membres. Chez
quelques chevaux existe la dyspnée. Peut-être les tendo-vaginites
des chevaux qui existent à Kouchka sont-elles d’origine filarienne
(comme l’onchocercose).
ï4
#
190
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La formule leucocytaire des chevaux à microfilaires est la sui¬
vante : lymphocytes : 28,6-48,8 %, — grands mononucléaires ;
0-1,4 %, — formes de transition : 1,7-4, 3 %> — polynucléaires
neutrophiles: 40,0-56,1 %, — éosinophiles 5, 1-1 1,7 %, —
formes de TÜRK : 0,5 %, — myélocytes : 0,8 %.
Les microfilaires ont une gaine. A la colonne cellulaire, il y
a 3 (quelquefois 2) taches blanches :
1) initiale, à l’extrémité antérieure, presque ovale, longueur
5,68-10,65 y;
2) transversale, grandeur 1,42-7,10 y; siège 38,34-53,25 y de
l’extrémité antérieure ;
3) irrégulière-ovale ; occupe toute la largeur du parasite ; siège
à 142-172 y de l’extrémité antérieure. Quelquefois absente.
Longueur des microfilaires avec la gaine — 270,45-323,76 y;
— sans la gaine — 158, 98-266, g6y.
Largeur : avec la gaine — 7,10-11,56 u; — sans la gaine
— 4,24-9,94 y.
*
Séance du 11 Map s 1914
19!
La gaîne à la queue est libre. Sa longueur (de la fin de la cuti¬
cule de la microfilaire) = 4,20-78, 10 y. Toutefois la gaîne à l’extré¬
mité antérieure est libre, sa longueur (un cas) = 21,30 y.
Au point de vue de la périodicité de cette microfilaire, nous
avons examiné 3 chevaux à Termèse et nous n’avons pas noté le
phénomène.
Nous avons inoculé du sang riche en microfilaires sous la peau
d’un âne et de deux moutons. Le résultat a été négatif (examen
pendant un mois).
A un cheval renfermant un grand nombre de microfilaires,
nous avons fait l’injection intraveineuse du salvarsan (4,5 g.) et
nous avons observé une légère diminution des parasites. Peut
être est-il nécessaire d’injecter une plus forte dose.
La microfilaire des chevaux du Turkestan est-elle nouvelle ?
'Divers auteurs ont observé des microfilaires dans le sang des
chevaux :
Balfour (Soudan), chez le poney d’Abyssinie ; 115-180 1^x4 y :
nombre des taches 4 ; il n’est pas question de gaîne ; nom : Micro -
filaria sanguinis equi;
Dermagnac : chez un cheval douriné ; 200-250 y ;
Lingard (Inde) : 188 y X 5 y (en moyenne); il n’y a pas de
gaîne ;
Martini (Berlin); chez un barbaponey (de l’Afrique); 100-
150 y x 4 y ; il existe des taches dont le nombre n’est pas indi¬
que; nom : Micro filaria sanguinis equi africani;
Manuel (Allemagne) ; cheval allemand ; 235 x 7,5 ; la gaîne
existe ;
Mazzanti (Allemagne); 10-180 y x 2,85-5,8 y; il n’y a pas de
gaîne ;
Wirt (Autriche-Hongrie) ; cheval de1 Galicie ; 250 y x 5 ; il n’y
a pas de gaîne.
Dimensions des embryons et des larves des filaires qui ne sont
pas trouvés dans le sang: Filaria hœmorrhagica Railliet : 220-
230 y x 9- 11 y; F. irritans Rivolta, 3 mm., et F. equina Abild :
280 y x 7 y.
Notre microfilaire se rapproche de celle de Mandel, mais l’au¬
teur n’a pas donné la description détaillée de son parasite. Cepen¬
dant nous n’observons jamais au Turkestan le chylurie que
Mandel a vue.
î92 Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
La maladie provoquée par ces microfilaires du Turkestan ne
ressemble pas au bursati de l’Inde décrit par Lingard.
Autrefois Sonsino et Wedl ont examiné le sang des chevaux
dont le péritoine héberge des filaires adultes (F. equina Abildg.),
mais aucun auteur n'a signalé les symptômes que nous avons
vus au Turkestan.
Nous croyons que la microfilaire du Turkestan peut être une
espèce nouvelle et nous lui donnons provisoirement le nom de
Microfilaria Ninœ Kohl-Y akimovi et la maladie, le nom de
Micro filariose du Turkestan.
VI. La formule leucocytaire du sang des
malades renfermant “ Filaria medinensis ”
Par W. L. YAKIMOFF.
Nous avons examiné à Boukhara le sang de plusieurs indi¬
gènes atteints de rischta ( Filaria medinensis). Voici le tableau :
( Travaux du laboratoire de la Mission pour les recher¬
ches des maladies tropicales humaines et animales
du Turkestan , envoyée par le Georg Speyerhaus
à Francfort-sur-Mein ( Directeur M. le Prof. P.
Ehrlich), V Institut impérial de médecine expéri¬
mentale et le Département vétérinaire de V Intérieur
(Chef de la Mission W. L. Yakimoff).
Séance du 11 Mars 1914 .
m
La mortalité par kala-azar à Hydra
pendant Tannée 1911
Par Antoine LIGNOS.
D’après les registres de l’état civil de la mairie de l 'île cl’ Hydra,
la mortalité infantde pour l'année 1911, s’est élevée à 36 enfants,
d’un âge inférieur à 6 ans; 14 sont morts de Kala-Azar confirmé
par l’examen microscopique, les autres de maladies diverses.
Constater, dans une île qui ne compte pas plus de 6.000 âmes,
que 14 enfants sont morts de Kala-Azar dans un an, c’est déjà
beaucoup, mais noter que 39 % de la mortalité infantile est due au
Kala-Azar, c’est effroyable.
Aucune autre maladie ne figure dans le registre mortuaire de
P île avec tant de victimes et nous ne connaissons aucun endroit
des rives de la Méditerranée qui soit aussi éprouvé par cette
maladie.
L’île d’Hydra est, sans conteste, le foyer principal du Kala-
Azar méditerranéen, que l’on ne pourrait essayer d’éteindre par
aucun autre moyen qu’une loi ordonnant la destruction de tous
les chiens de l’île.
Par cette mesure hygiénique on pourrai t obtenir deux choses :
démontrer d'une façon irréfutable que le chien est ou n’est pas
la source incontestable de l’infection, et puis, dans le premier cas,
sauver la vie de tant de jeunes existences.
Spécificité de la kératite observée chez les
chiens atteints de leishmaniose naturelle
Par G. LEMAIRE, Eu. SERGENT et LH ER IT1E R
Les lésions oculaires que l’on rencontre parfois chez les chiens,
dans les milieux infectés de leishmaniose, ne sont pas sans avoir
déjà retenu l’attention de quelques observateurs.
h '
194
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
Nicolle (i) a signalé la cécité chez une chienne recueillie dans
l’habitation de son premier malade, puis chez une autre.
Mais depuis cette époque, soit que ces lésions cornéennes n’aient
pas été rencontrées, soit plutôt qu’on ne leur ait pas attribué d’im¬
portance spéciale, nous ne les voyons plus mentionnées par les
auteurs qui ont observé la maladie naturelle du chien (Nicolle et
ses collaborateurs, Yakimoff à Tunis, Basile en Italie, Carda-
matis en Grèce, Seunevet, Sergent, Quilichini, Lombard à
Alger).
Cependant, dès notre première observation algérienne, nous
avons trouvé dans l’entourage du malade, un chien amaigri, pré¬
sentant des lésions suppurantes de l’angle interne des yeux et une
kératite double (2), et nous avions dès lors attaché une grande
importance a cette observation.
Notre opinion n’a fait que se fortifier, à la suite de trois obser¬
vations semblables sur des chiens atteints de leishmaniose natu¬
relle, que nous avons pu suivre assez longtemps.
L’une d’elles est relative à un chien trouvé dans un milieu très
infecté (chien, chat, enfant) (3). Les deux autres concernent des
chiens trouvés à la fourrière d’Alger, et dont les lésions oculaires
mêmes nous ont fait soupçonner la leishmaniose, qui fut ensuite
démontrée.
Poursuivant nos recherches dans ce sens, nous avons pratiqué
des coupes histologiques dans la cornée de l’un des deux derniers
chiens. Celles-ci nous montrent des lésions de kératite interstitielle
avec présence de parasites.
C’est donc avec raison que M. Laveran (4), qui avait constaté
des lésions de kératite chez deux chiens inoculés dans les veines
avec des cultures de Leishmcinia, se demandait s’il n’y avait pas
analogie entre ces lésions, et celles observées dans les trypanoso¬
miases et les toxoplasmoses, étudiées par M. Morax et considé¬
rées comme spécifiques.
Nos coupes nous ont permis de faire les constatations sui¬
vantes :
(1) Arch. de VI. P. de Tunis , iqo8.
(2) Chien observé à Mansoura. Photographie reproduite dans la Revue médi¬
cale d’ Alger, janvier 1914.
(3) Ed. et Et. Sergent, Lombard, Quilichini, Soc. de Pathologie exotique ,
février 1912.
(4) Bull, de la Soc. de Pathologie exotique, 9 juillet 1913 ; Laveran et Ni¬
colle, Rapport au Congrès de Londres, 1913.
Séance du 11 Mars 1914
195
L’épithélium antérieur de la cornée n’est pas sensiblement
modifié dans sa structure. Il est seulement un peu inégal d’épais¬
seur et le siège d’une desquamation notable. 11 n’y a pas d’ulcé¬
rations à proprement parler.
Immédiatement au-dessous de l’épithélium, on aperçoit des amas
cellulaires importants et des néovaisseaux.
A première vue, la cornée nous apparaît composée de lamelles
stratifiées, isolées les unes des autres par une ou plusieurs ran¬
gées de cellules foncées ou par un exsudât peu riche en cellules.
L’exsudât est plus abondant dans la partie moyenne de la
cornée, où les lames sont dissociées en fines fibrilles. Dans chaque
maille se trouvent une ou plusieurs cellules, parmi lesquelles des
lymphocytes et de grandes cellules parasitées, baignant dans
l’exsudât.
Cette dissociation se poursuit dans toute l’épaisseur de la cornée,
et l’on peut voir, entre les lames antérieures, un nombre consi¬
dérable de cellules parasitées et de lymphocytes.
La membrane postérieure anhiste est nettement visible.
La membrane de Desmet est épaissie, mamelonnée, irrégulière,
par suite de la présence de cellules rondes et de grosses cellules
parasitées. La région iridocornéenneest le siège d'une infiltration
intense.
Lorsque le processus est plus ancien, les lamelles cornéennes
se tassent par suite de la disparition des exsudats et des cellules
interposées, et subissent la transformation fibreuse. Les néovais¬
seaux que l’on voit jusque dans les couches profondes peuvent
disparaître à leur tour.
Nulle part, nous ne trouvons de polynucléaires, de -traces d’in¬
fection secondaire ; nous pouvons donc affirmer que les lésions
de kératite interstitielle que nous venons de décrire, sont bien dues
à la présence des cellules gorgées de Leishmania et qu’elles sont
bien des lésions spécifiques de l’infection présentée par le chien.
Ces lésions offrent donc un très grand intérêt pour le diagnostic
soit actuel, soit même rétrospectif d’une infection du chien ; car
l’infection naturelle peut guérir, on le sait, spontanément. Les
lésions de kératite, si elles rétrocèdent parfois, laissent le plus
souvent une opacité, plus ou moins marquée et définitive, de la
cornée, et permettront, dans certains cas, de dépister l’origine
canine de la leishmaniose observée chez l’enfant.
Lorsqu'on fait des ensemencements d’organes de tels chiens.
196 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
il peut arriver, en effet, qu'ils soient guéris, ou ne présentent plus
qu’un nombre infime de parasites et les cultures peuvent rester
stériles.
La spécificité de la kératite chez les chiens atteints de leishma¬
niose en fait un signe de haute valeur.
(. Institut Pasteur d’Algérie).
Sur l’identification du virus d’un cas de
trypanosomiase humaine contractée au laboratoire
Note préliminaire
Par F. MESNIL et M. BLANCHARD.
Au début de mai 1912, l'un de nous était consulté sur le cas du
Professeur Lanfranchi, de l’Ecole vétérinaire de Parme, chez le¬
quel on venait de diagnostiquer une trypanosomiase. On appelait
notre attention sur ce qu’il n’existait et n’avait jamais existé, au
laboratoire de Parme, que des virus animaux, nagana et surra.
M. le Professeur Lanfranchi nous a précisé depuis qu’il est per¬
suadé s’être infecté avec le virus qui était encore à son laboratoire
en mai 1912. A notre demande, le Professeur Finzi nous envoya
de suite ce virus. Nous l’avons appelé « Parme A » (A, animal).
Trois semaines plus tard, le Professeur Lanfranchi vint lui-
même à Paris. A son arrivée (19 mai), il présentait d’assez nom¬
breux trypanosomes dans la circulation. Nous pûmes faire de suite
des frottis et inoculer 2 souris. A l’entrée à l’Hôpital Pasteur,
le lendemain, les trypan. n’avaient pas dimipué dans la circu¬
lation. MM. Martin et Darré inoculèrent 3 cobayes et l’un d’eux
nous fut confié. Telle a été l'origine du virus que nous avons
appelé « Parme H » (FI, humain) (1).
Nous nous proposons aujourd’hui de faire brièvement con¬
naître nos résultats concernant l’identification des 2 virus « Parme
H » et (( Parme A ».
(1) MM. Martin et Darré ont présenté ici-même ( Bulletin , t V, p. 883) l’ob¬
servation du malade. A cette occasion (v. p. 890) et plus tard, en parlant du
pouvoir protecteur du sérum des malades trypanosomes ( Bulletin , t. VI. p. /| 4 7 ) ,
nous avons déjà fait connaître quelques-uns de nos résultats en rapport avec
l’identification du virus.
Séance du il Mars 1914 197
/ *
Actions protectrices croisées des sérums (i). — Vis-à-vis
du Parme H comme du Tr. gambiense , les sérums du malade,
des cobaves et des chèvres infectés de Parme H , les sérums
d’hommes, de chèvres, d’un porc infectés de Tr. gambiense, ma¬
nifestent, en général, un pouvoir protecteur. Il y a donc action
protectrice croisée de ces divers sérums.
Nous avons noté quelques insuccès avec le virus hétérologue qui
ne se présentent pas avec le virus homologue, Il v a parfois des
différences de degré entre l’action sur le virus homologue et celle
sur le virus hétérologue ; mais elles ne sont jamais marquées. En
revanche, un même sérum agira à la même dose à la fois sur les
2 virus (homologue et hétérologue).
L’action des sérums humains (malade en question et mahides
du Congo) est particulièrement nette. En effet, le sérum humain
normal est sans action sur le Parme H, même maintenant que ce
virus est au laboratoire depuis près de 2 ans. Il agit surtout
quand il est frais sur notre Tr. gambiense (Mesnil et Ringen-
bach) ; mais il n'est pas plus actif qu’il y a 2 ans. De plus,
nous avons toujours eu soin de n’employer nos sérums de try-
panosomés qu’après un temps de conservation à la glacière assez
long pour éliminer toute erreur d’interprétation de ce chef.
Les sérums des cobayes infectés de Parme A, des chèvres infec¬
tées de nagana ou de surra, se sont montrés sans action sur le
virus Parme H ; ceux des chèvres en question ont aussi été, comme
on pouvait le prévoir, sans action sur le gambiense. En revanche,
le sérum des cobayes Parme A a presque toujours montré une cer¬
taine action sur le gambiense.
Il y a incontestablement là une bizarrerie, car, d’après toutes
les autres réactions, le Parme A n’a rien à faire avec le gam¬
biense ; l'action protectrice croisée des sérums, pour ce qui re¬
garde ce virus, s’exerce avec le surra. En effet : i° les sérums des
chèvres et du porc infectés de gambiense sont sans action sur
le Parme A (2); 20 les sérums d’une chèvre surrée, d’une chèvre
surrée puis naganée, agissent sur Parme A. Réciproquement,
le sérum des cobayes Parme A agit au moins aussi bien sur le
surra que sur le virus Parme A.
(1) Pour la technique, voir Laveran et Mesnil, Trypanosomes et tnyano-
somiases, Paris, Masson, 1912, p. 1 4 r .
(2) Rappelons que ce sérum de porc agissait aussi bien sur le rhodesiense
que sur le gambiense (v. ce Bull., t. V, 1912, *p 4(.)‘d-
198
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Donc, de par l’action protectrice croisée des sérums, Parme H =
gambiense ; Parme A = evansi. Il en résulte que les virus Parme A
et Parme H sont différents; il n’y a d’ailleurs entre eux aucun t
action protectrice croisée des sérums (i).
La méthode basée sur l’action protectrice des sérums ne révèle
aucun rapport entre le Parme A et le nagana ou le Tr. togo-
lense.
Immunité active croisée. — Les expériences dont nous venons
de rendre compte, et qui ont été répétées un assez grand nombre
de fois pour ne permettre aucun doute sur les résultats, nous ayant
orienté sur l’identification de nos virus, nous avons fait, dans les
directions indiquées, des essais d’immunité active croisée.
Nous avons inoculé deux chèvres 4 et B de Tr. gambiense et
une troisième C de Parme H. Toutes les trois ont contracté des
infections identiques, avec réactions fébriles, qui n'ont probable¬
ment pas duré plus de 3 mois, et qui ont été décelées par inocula¬
tion positive du sang des chèvres à des souris. Ce sang, n'infec¬
tant plus ni souris ni cobayes, les chèvres ont été considérées
comme guéries, et éprouvées chacune avec le virus qui avait servi
à l’infecter (la chèvre A a même été éprouvée 2 fois à 5 mois
d’intervalle). Aucune d’elles ne s'est réinfectée. L'expérience
croisée a alors pu être réalisée. Voici les résultats.
Ch èvre A est inoculée avec le virus Parme PI (1 cc. sang dilué
de souris). Pas de réaction thermique. Le sang de la chèvre, 8 jours
plus tard, n'est pas infectant pour les souris. Rééprouvée ulté¬
rieurement au gambiense, elle a encore l’immunité.
Chèvre B est inoculée avec le virus Parme H (1 cc. sang dilué
de souris). Il n’y a pas de réaction thermique. Son sang, pris
7 jours plus tard, est infectant pour les souris; il ne l’est plus au
bout de 17 jours.
Une nouvelle inoculation de Parme H est pratiquée 2 mois
après la première ; toujours pas de réaction thermique ; mais il y
a encore une certaine persistance des trypan. ; une souris inoculée
(1) Le fait suivant, que nous avons noté au cours de nos recherches, corro¬
bore la valeur à attribuer à ces actions protectrices pour le diagnostic diffé¬
rentiel des trypanosomiases, (v. en particulier Laveran et Mesnil, C. R. Acad .
Sciences , 20 juin 1906 : Mesnil et Brimont, Ann. Inst. Pasteur, t. XXIII, fé¬
vrier 1909). Nous avons possédé à notre laboratoire, pendant des années, à la
lois du surra d’origine indienne et du surra d’origine mauricienne ; or en
I9I2-I91^* l’identité, indiscutable, des 2 virus était encore révélée par l’action
protectrice croisée des sérums. ■
Séance du 11 Mars 1914
199
avec le sang de la chèvre, 14 jours après, s’infecte avec une lon¬
gue incubation, alors qu’un cobaye ne s’infecte pas. Une réino¬
culation ultérieure avec le gambiense amène aussi une certaine
persistance des trypan. : infection de 2 souris avec du sang pris
9 jours après la réinoculation.
Chèvre G est inoculée de Tr. gambiense. Il y a une réaction
thermique qui n’atteint pas 40°. Au point de vue des parasites,
la chèvre C se comporte comme la chèvre B inoculée de Parme H ;
son sang, pris 7 jours plus tard, est infectant pour les souris ; il
ne l’est plus au bout de 17 jours. Deux nouvelles épreuves au
Tr. gambiense indiquent cette fois une immunité parfaite (plus de
réaction thermique ; inoculation du sang aux souris négatives).
Donc, immunité croisée parfaite dans le cas de la chèvre A,
imparfaite dans le cas des chèvres B et C ; mais il n’y a indication
d’aucune différence permettant de séparer spécifiquement gam¬
biense et Parme TI.
Une chèvre, ayant l’immunité pour le surra, a été inoculée
avec le Panne A ; il n’en est résulté ni mouvement fébrile ni in¬
fection ; ce qui est bien conforme à la thèse de l’identité des deux
virus. La chèvre a alors été inoculée avec le Parme H. Elle a con¬
tracté une infection qui a duré 5 mois environ, c’est-à-dire plus
longue que celle de la chèvre neuve C.
Parme A et Panne H se sont donc comportés comme deux virus
spécifiquement distincts.
Constatations diverses. — Nous devons signaler quelques
constatations divergentes. Dans les quelques expériences de try-
panolyse et d’attachement que nous avons réalisées, nous avons
été frappés du fait suivant : le sérum du malade en question s’est
montré trypanolytique et attachant, d’une façon spéciale, pour le
trypan. du surra, alors qu’il n’agissait pas sur le virus que nous
avons appelé Parme A. Les sérums de 3 trypanosomés du Congo
se sont montrés trypanolytiques sur le Tr. gambiense , alors qu’ils
ne déterminaient qu’une agglutination du Parme H.
MM. Martin et Darré, en donnant l’observation clinique du
cas qui nous occupe, ont fait remarquer que l’affection était com¬
parable à celle que détermine chez l’homme le Tr. gambiense ,
mais qu’elle présentait cependant quelques particularités. Nous
insisterons de notre coté sur : i° l’abondance relativement grande
des parasites dans le sang périphérique, rarement observée à ce
200
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
degré dans les infections à Tr. gambiense; 2° la sensibilité du
cobaye, et surtout de la souris, à l’inoculation directe des parasites
du sang du malade (nous ne connaissons p£is d’exemple de virus
humain aussi actif pour la souris au sortir du corps du malade) ,
3° le monomorphisme remarquable du trypan. observé chez
l’homme ou les premiers animaux de passage, souris ou cobaye.
On sait que le Tr. gambiense, dans les mêmes conditions, est
généralement dimorphe ou pléomorphe, présentant en particulier
des formes trapues, sans flagelle libre, que nous n’avons pas
observées dans notre cas.
En résumé, les épreuves croisées d’immunité active, d’action
protectrice des sérums, — dont la valeur paraît bien établie pour
l’identification des trypanosomes pathogènes, — amènent à la
conclusion que le Parme H ne diffère pas du Tr. gambiense et le
Parme A du Tr. evansi. Ces 2 virus de Parme seraient donc diffé¬
rents, ou bien il faudrait admettre une transformation d’espèces,
fait qui serait en désaccord avec nos connaissances actuelles sur
les trypan. pathogènes. Nos autres constatations amènent à for¬
muler quelques réserves sur l’identité absolue du virus humain
de Parme avec le Tr. gambiense. Uniquement par mesure d’ordre
nous accolerons à ce virus le qualificatif Lanfranchii, sans y atta¬
cher de signification spécifique.
Traitement du Surra par les composés
arsenicaux et arséno-argentiques. Rapports
entre les doses tolérées et les doses curatives
Par J. DANYSZ.
Les souris infectées de Surra peuvent être guéries par toutes
sortes de composés arsénicaux et arséno-argentiques et notam¬
ment par Vatoxyl , Y arsèno-phéiiylglycine, le chlorhydrate de
dioxydiaminoarsènobenzol et le sulfate de dioxy diaminoarsénO'-
benzolate bromoargentique.
Il m’a semblé intéressant d’établir avec précision à quelle dose
il faut employer ces produits pour guérir les souris avec certitude
par une seule injection et quel est le rapport entre cette dose sûre-
Séance du 11 Mars 1914
201
ment curative et la dose encore tolérée. Voici les résultats de mes
expériences :
Enp . 1 . — Atoxyl
Essais de toxicité :
Doses : 3 mgr. souris n° 1 malade, mais guérie.
» 1 cgr. » 2 morte en 24 h.
» 2 » » 3 » 10 1).
Traitement curatif . — Les souris sont injectées 48 h. après l’infection.
Trypanos. peu nombreux.
Doses : 0,3 mgr. souris n° 1 morte en 3 jours.
1 » )> 2 récidive après 9 jours.
2 » » 3 » 1 1 »
3 » » 4 » 27 »
Dose tolérée : 4 à 3 mgr.
Dose curative : 3 à 4 »
Rapport 1:1.
Exp. 2. — Arsénophénylglycine
Essais de toxicité :
Doses : 1 cgr. souris n° I bien supporté.
» 2 » » 2 morte en 1 G h.
» 3 » » 3 » 10 b.
Traitement curatif . — Les souris sont injectées 18 h. après l'infection.
Tr. peu nombreux.
Doses : 0,3 mgr. souris n° I morte en 3 jours.
» 1 » » 2 » 1 0 »
» 2 » » 3 récid ivea près 21 j. morte après 24 j.
» 3 ><
Dose tolérée : 1 cgr. )
Dose curative : 3 mgr. )
4 guérie.
Rapport 3 : 1
Exp. 3. — Chlorhydrate df. dioxydiaminoarsénobenzol (GOG)
Essais de toxicité :
Doses : 3 mgr. souris n° 1 malade mais guérie.
»
»
)>
4 ». » 2 + en 20 h,
3 » » » + en 16 b.
1 cgr. » » 4- en 4 b.
Traitement curatif. Les souris sont injectées 48 b. après l’infection.
Trypanos. peu nombreux ■*
Doses : 0,1 mgr. souris n° 1 morte en 3 jours.
» 0,2 » » 2 rechute après 13 jours.
» 0,2 » » 3 » 21 »
» 0,3 » » 4 guérie.
Dose tolérée : 2.3 mgr.
Dose cu ra vive : 0,3 »
Exp. 4. — Sulfate de dioxydiaminoarsénôbenzolate
BROMOARGENTIOUE (88")
Essais de toxicité :
Doses : 2 mgr. souris n° 1 bien portante.
Rapports : J.
»
»
»
2,o »
3 »
3 »
»
»
»
2 »
3 »
4 morte en 24 b.
202
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Traitement curatif :
Doses : 0,04 mgr.
» )) h
» 0,06 »
» » »
» 0,07 »
» » »
souris n° 1 récidive après 13 jours.
» 2 guérie.
» 3 récidive après 9 jours.
» 4 guérie.
» 5 guérie.
» 6 guérie.
Dose tolérée : « 2,3 mgr.
Dose curative : 0,07 »
Je me suis assuré par de nombreuses expériences que le produit
88 peut être injecté à plusieurs reprises sans aucun inconvénient.
Il résulte donc de ces expériences que pour le surra (du labora¬
toire de Mesnil) le produit arsénobromoargentique est 4 fois plus
actif que le 606, 10 fois plus actif que Parsénophénylglycine et
près de 35 fois plus actif que l’atoxvl.
Essais de transmission de la bilharziose
Par A. CONOR.
Un fait domine Pétiologie de la bilharziose : Peau est indispen¬
sable à P éclosion de l’œuf et à la vie du miracidium. Bilharz
admettait la contamination par la voie digestive. Lortet, Via-
leton, Looss essayèrent d’infecter par cette voie des cobayes et
des singes, sans aucun résultat. Si la théorie de l’infection par
l’estomac semble peu probable en raison de l’action nocive sur
les miracidia d’une solution, même très étendue, d’acide chlorhy¬
drique, l’examen des faits ne plaide pas non plus en faveur de
eu te hypothèse.
Dans nos enquêtes en Tunisie, nous avons vu que les Arabes
seuls étaient atteints; nous n’avons rencontré aucun cas dans les
populations européenne et israélite. L’eau bue par tous les habi¬
tant a pourtant la même provenance, mais les musulmans seuls
pratiquent des ablutions rituelles; ce sont eux surtout qui mar¬
chent pieds et jambes nus et fréquentent les piscines thermales
des centres contaminés.
D’après toutes les observations, la théorie de Looss semble la
plus vraisemblable : le Schistosomum peut directement, sans
hôte intermédiaire, infecter l'organisme humain; cette infection
Séance du 11 Mars 1914
203
se fait par la voie cutanée. Les expériences récentes de Katsu-
rada et Hashegawa ont pleinement démontré la réalité de cette
hypothèse, en ce qui concerne Schistosomum japonicum.
Nous avons cherché à réaliser la contamination des animaux,
de diverses façons. Nous ne parlerons pas ici de nos essais d’in¬
festation par la voie digestive, elles ont eu les mêmes résultats
négatifs que celles des auteurs cités plus haut. Nous ne relate¬
rons que nos expériences faites en utilisant la voie cutanée et la
voie intrahépatique.
Le matériel provenait d’un malade originaire de Gafsa que
nous avions fait venir à Tunis et qui émettait depuis plusieurs
années des œufs de Schistosomum hœmatobium.
La technique consistait à recueillir de l’urine fraîchement
émise, à la centrifuger plusieurs fois dans de l’eau ordinaire, afin
de faire sortir les embryons ciliés et d’éliminer la plus grande
partie de l'urine. A la mort des animaux, nous examinions soi¬
gneusement le contenu de la vessie, de l’intestin, le foie, le sang
de la veine porte, ainsi que la paroi cutanée qui avait pu servir
de porte d’entrée.
I. — Inoculation sous-cutanée.
A. — Singes. — i° Un magot dont le sang présente la for¬
mule : Pplvn. 64, Monon. 30, Eosinophiles 3, reçoit, le 8 avril
1910, sous la peau du thorax, un demi cent, cube d’eau conte¬
nant de nombreux embryons libres et vivants. Cette inoculation
est renouvelée six fois du 14 avril au 26 mai. Le 18 triai, la for¬
mule leucocytaire montre : Polyn. 52, Monon. 43, Eosinophi¬
les 5. Cet animai n’a présenté aucun trouble; il a servi à d’autres
expériences et est mort en 1912, Rien à l’autopsie.
20 Bonnet chinois . — ■ Formule leucocytaire : Polyn. 65,,
Monon. 34, Eosin. 1. Du 8 avril 1910 au 26 mai, cet animal
reçoit sous la peau de la cuisse sept injections de miracidia en
suspension dans de l’eau. L’examen du sang montre respective-^
ment les 18 mai et 2 août : Polyn. 61 et 57, Monon. 37 et 39,
Eosin. 2 et 4. Mort de diarrhée le 23 août suivant : autopsie
négative.
3° Bonnet chinois atteint d’entérite grave. Inoculé sous la peau
de la cuisse les 26 et 28 mai. Mort le 30. Rien dans la vesèie,
l’intestin et la veine porte. Au point d’inoculation, on trouve dans
204
BulLetin de la Société de Pathologie exotique
le tissu cellulaire sous-cutané trois coques d’œufs et un œuf con¬
tenant un embryon immobile.
4° Cynomolgus. — Formule leucocytaire : Polyn. 70, Monon.
* •
28, Eosin. 2. Inoculé à la cuisse les 7, 18 et 26 mai. Le 18, for¬
mule leucocytaire : Polyn. 68, Monon. 28, Eosin. 4. Mort un an
après. Autopsie négative.
B. — Moutons. — Huit animaux, dont deux agneaux, reçoi¬
vent cà plusieurs reprises sous la peau 2 cc. d’eau renfermant des
miracidia . Les moutons, sacrifiés de 2 à 10 mois après la der¬
nière inoculation, n’ont montré aucun parasite dans L’intestin, la
vessie, le foie, le sang de la veine porte.
C. — Lapins. — Deux lapins adultes sont, le 2 mai 1910, ino¬
culés sous la peau. Mêmes inoculations les 5 et 26 mai, 9 juillet.
La formule leucocytaire a montré :
Sacrifiés le 2 août; rien à l’autopsie.
D. — Cobayes. — Trois animaux reçoivent une injection sous-
cutanée les 4 et 7 mai. Leur formule leucocytaire a été :
Ces cobayes, morts fin juin à la suite d’injections intrapéri¬
tonéales de sang de tyTphiques, n’ont montré aucun parasite à
l’autopsie.
Séance du 11 Mars 1914
205
E. — Rat. — Un rat blanc est inoculé sous la peau les 5 et
27 mai. Sacrifié le 7 juin; autopsie négative.
II. — Depot d’embryons sur la peau.
Un bonnet chinois, atteint de diarrhée, reçoit sur la peau rasée
de l’abdomen, ainsi que sur le gland, de l’urine diluée renfer¬
mant de nombreux miracidia. Ce dépoL est pratiqué quatre fois,
à une demi-heure d’intervalle. L’animal est trouvé mort le len¬
demain. La peau des régions contaminées est disséquée et la
face interne râclée ; le produit de râclage du tissu cellulaire sous-
cutané montre la présence de quatre embryons morts, nettement
reconnaissables.
Un autre bonnet chinois malade est contaminé de la même
façon. Mort le soir; examen négatif.
III. — Injection dans le foie.
Lapin 1. — On découvre le foie par laparotomie et on injecte
dans le tissu hépatique un quart de cm3 de suspension de mira¬
cidia. La formule leucocytaire a été :
Sacrifié le 135e jour; rien à l’autopsie.
Lapin 2. — Opéré et inoculé dans les mêmes conditions. Mort
de péritonite le deuxième jour. Aucun parasite dans le foie, la
veine porte, l’intestin, la vessie. Les coupes du foie montrent une
coque d’œuf entourée de cellules embryonnaires.
IV. — Bains.
Un bonnet chinois et un Macacus rhésus attachés sur une
planchette tenue verticalement afin d’éviter toute contamination
par la bouche, sont placés pendant une demi-heure dans de
l’eau à 30° additionnée un quart d’heure auparavant de l’urine
206
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d’un individu atteint de bilharziose. Ces bains sont renouvelés
quotidiennement pendant huit jours.
Les animaux ne présentent aucun trouble. Ils meurent plu¬
sieurs mois après ; autopsie négative.
I g
De ces essais, il semble résulter que la pénétration du parasite
à travers la peau est difficile à réaliser, du moins dans les con¬
ditions dans lesquelles nous avons expérimenté.
, Pourtant, s’il n’y a pas eu erreur, c’est-à-dire si nos instru¬
ments de dissection n’ont pas été souillés par la surface cutanée
du singe (voir par. Il) sur laquelle nous avions déposé des mira¬
cidia, le fait d’en avoir, le lendemain, trouvé quatre à la face
interne de la peau, prouverait qu’ils ont pu la traverser. Mais
il serait nécessaire de répéter l’expérience, ce que nous nous pro¬
posons de faire lorsque nous aurons un malade à notre dispo¬
sition.
Les singes, baignés dans de l’eau contenant de l’urine para¬
sitée, n’ont pas été infectés. Pratiquée au laboratoire, cette ten¬
tative de contamination artificielle ne représente pas exactement
les conditions que l’on rencontre dans les foyers de bilharziose.
Il sera indispensable de recommencer cette expérience à Gafsa
même, dans les piscines cl’eau chaude où les indigènes parais¬
sent se contaminer en prenant des bains. La composition et les
propriétés de ces eaux peuvent, en effet, exercer une influence
sur la pénétration du miracidium dans l’organisme, la maladie
étant rigoureusement limitée à certains foyers et son transport
en d’autres régions de la Tunisie n’ayant point été observé.
Sur les Helminthes de l'Eléphant d’Asie (i)
111. Nématodes B.
Par A. RAILLIET, A. HENRY et J. BAUCHE.
Strongylidæ (fin).
Pour terminer l’étude de cette famille, il nous reste à passer
en revue les Cylicostomeœ.
(i) Voir les Bulletins de janvier et février.
Séance du 11 Mars 1914
207
Cylicostomeæ :
Cette tribu est représentée, chez l’Eléphant d’Asie, par toute
une série de formes qui diffèrent entre elles par des caractères
si nettement accusés qu’on sera sans doute amené par la suite à
en faire des types de genres particuliers.
Pour l’instant, nous nous bornerons cependant à les classer
dans le genre Cylicostomum Looss ( sensu lato), à l’exception
d’une seule, cpie la forme de sa capsule buccale en écarte d’une
façon trop évidente.
Choniangium nov. gen.'^wV/j, creuset ; styysïov, capsule). — Cylicostomeæ
à extrémité obliquement tronquée, de sorte que la bouche regarde en avant
et en haut. Capsule buccale subinfundibuliforme,plus large enavant qu’en
arrière, où sa paroie est épaissie ; possédant un tunnel dorsal ; dépourvue
de dents internes, mais montrant des bosselures irrégulières. Bouche
limitée par une coronule formée de lamelles longues et minces. Bourse
caudale à côtes postérieures quadridigitées, la digitation postérieure ou
interne réunie à celle du côté opposé de manière à constituer un tronc
commun, les deux digitations intermédiaires également réunies en un tronc
commun, l’externe isolée et plus longue que l’intermédiaire externe (1).
Spiculés longs, tubuleux, grêles, eftilés et arqués à l’extrémité libre, pas¬
sant dans une pièce accessoire ou gorgeret (gubernaculum). Vulve très
rapprochée de l’anus. OEufs en segmentation au moment de la ponte.
Espèce type : Scier os tonium epistomum Piana et Stazzi, 1900.
1. Choniangium epistomum (Piana et Stazzi, 1900). — • Côlon.
Des exemplaires assez nombreux de cette espèce ont été récoltés
dans le gros intestin de l’Eléphant mort le 9 janvier 1913.
2. Cylicostomum sipunculiforme (Baird, 1859) ( Sclerostoma
sipunculiforme Baird, 1859; Nématode n° 4 Evans et Rennie,
1910). — Intestin.
3. Cylicostomum falciferum (Cobbold, 1882) (Strongylus fal-
cifer Cobbold, 1882; Nématode n° 3 Evans et Rennie, 1910;
Cylicostoma falcifer Mitter, 1912). — Intestin, estomac.
Quelques représentants de cette espèce se trouvaient dans le
gros intestin de l’Eléphant mort le 9 janvier 1913.
D’autre part, M. le professeur Dechambre nous en avait trans¬
mis,. il y a quelques années, un certain nombre d’exemplaires
(1) Ce type assez spécial de côtes postérieures se laisse facilement ramener
au type tridigité des autres Cylicostomeæ , en considérant la digitation inter¬
médiaire externe, qui est du reste relativement courte, comme un simple
rameau de l’intermédiaire interne. Il est à remarquer en effet que la ramifica¬
tion des côtes postérieures est très fréquente dans ce groupe. — Piana et
Stazzi ont omis de figurer la côte postérieure externe.
208
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
recueillis par M. Douarche à l’autopsie d’un Eléphant du Jardin
Zoologique d’ Hanoï.
Notons en passant que cette espèce doit être inscrite, en outre,
sur la liste des parasites de VElephas africanus : nous l’avons
trouvée dans les riches collections qu’a rassemblées M. Brumpt
au cours de la mission du Bourg de Bozas. C’est vraisemblable¬
ment à elle que fait allusion M. Brumpt lorsqu’il mentionne des
Nématodes d’Eléphants se nourrissant d’infusoires, car nous
avons trouvé régulièrement son tube digestif rempli de ces Proto¬
zoaires.
4. Cylicostomum pileatum nov. sp. — Le corps est cylindroïde, légère¬
ment atténué aux extrémités. La cuticule montre une striation transver¬
sale très grossière ; ainsi, au niveau de l’œsophage, l’écartement des stries
atteint environ 30 a. En certains points, et particulièrement dans la partie
postérieure du corps, cette cuticule présente des sortes de boursouflures
sur lesquelles apparaît une large striation, qu’on doit considérer comme
un système de marques secondaires, entre lesquelles apparaît la véritable
striation, qui au contraire est très délicate.
La bouche, légèrement elliptique, à grand axe dorso-ventral, s’ouvre
directement en avant. Elle est limitée par une coronulc externe formée de
36 lamelles convergentes dont la partie terminale représente une dent
longue d’environ 10 a.
La capsule buccale atteint seulement une longueur de 40 u. ; son diamè¬
tre antérieur est de 98 <x, son diamètre postérieur, de 128 \j .. Le bord anté¬
rieur présente une coronule interne formée de denticulations en nombre
égal à celui delà coronule externe; le pourtour du fond présente égale¬
ment une dentieulation beaucoup plus fine, qu’on pourrait décrire comme
une troisième coronule.
L’œsophage offre une constitution assez spéciale : il est très court et
formé de deux renflements subsphériques, le postérieur un peu plus gros
que l’antérieur. Des mensurations effectuées sur deux exemplaires femel¬
les ont fourni les chiffres suivants : longueur totale 570-600 ; 1er renfle¬
ment : longueur 240-250 u-, diamètre transversal 290-300 u , 2e renfle¬
ment : longueur 330-350 a, diamètre transversal 330 a. La face interne de
l’organe est fortement chitinisée et sa lumière se dilate en entonnoir dans
la partie antérieure, de façon à communiquer largement avec la capsule
buccale. La paroi externe du 1er renflement œsophagien, ainsi qu’une fai¬
ble portion antérieure de celle du second renflement, est comme coiffée par
une coque épaisse de 16 u et striée transversalement. C’est là une parti¬
cularité que nous n’avons encore observée chez aucun autre Strongylidé.
Les parois intestinales sont fortement pigmentées en noir, surtout dans
la région antérieure.
Mâle. — Le seul exemplaire que nous ayons eu à notre disposition est
long de 9 mm. 5 et large d’environ 400 u. Il se caractérise d’emblée par
une languette terminale très allongée, qui représente le lobe postérieur de
la bourse caudale. A une faible distance en avant de cette bourse, la
cuticule forme, sur la face ventrale, un renflement vésiculeux. Les spi¬
culés, grêles, nous ont paru très longs (2 mm. 7 environ) ; mais, en raison
Séance du 11 Mars 1914
209
de l’insuffisance du matériel, nous n’avons pu en apprécier la longueur
d’une façon précise.
Fig. 4. — Extrémité antérieure de Cyl. pileatum ; Gr. 100.
Fig* 5- — Extrémité postérieure du mâle de Cyl. pileatum ; Gr. }o.
Femelle. — Elle mesure 11 mm. 5 à 14 mm. de long, sur 550 à 630 u de
large. La queue se termine par un appendice conique sur lequel appa¬
raissent les boursouflures tégumentaires précédemment signalées. L’anus
et la vulve s’ouvrent respectivement à 450-500 u et 700-725 u de l’extré¬
mité caudale. La vulve présente l’aspect d’une fente transversale longue
de 60 ix. Le vagin est très long et se dirige directement en avant pour se
diviser en deux ovéjecteurs parallèles, vers le quart postérieur du corps.
Les œufs, ellipsoïdes, à coque mince, mesurent 67-73 a de long sur
42-45 \j. de large. Au moment de la pente, ils sont à la phase de morula
échancrée.
Ce parasite a été recueilli en petit nombre dans le gros intestin des
deux Eléphants examinés à Hué.
Spiruridæ.
Lme seule espèce paraît se rapporter à cette famille :
Spiroptera Smilhi (Cobbold, 1882) ( Filaria Smithi Cobbold,
1882, non Filaria Smithi Sambon, 1907). — Tuniques de l’esto¬
mac, dans des tumeurs communiquant par un orifice avec la
cavité de l’organe.
11 s’agit certainement, non pas d’une Pilaire, mais d’une espèce
210
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de la grande famille des Spiruridœ, à laquelle nous appliquons
le nom générique caduc de Spiroptera en attendant son classe¬
ment définitif. A notre sentiment, elle devra prendre place dans
un genre intermédiaire entre les Spirura et les Acuaria.
Filaria Smithi Sambon, 1907, est une Microfilaire du sang du
Grouse (La go pus s cotic us).
Filariidæ.
A signaler seulement ici une Microfilaire trouvée par Evans et
Rennie dans la circulation périphérique.
Note sur un genre nouveau cTŒstride
Par L. GEDŒLST.
En 1S93, R. Blanchard a décrit une larve recueillie dans le
sinus frontal d’un Boselaphus (Bubalis) Lichtensteini tué en
Afrique, au cours de l’expédition de Livingstone dans le bassin
du Zambèze. Tout en reconnaissant les caractères très particu¬
liers qui mettent cette larve à part dans la famille des Œstrides
et en font un type nouveau et intéressant parmi* les Œstrides
cavicoles, il ne crut pas devoir créer pour elle un genre nouveau
et se botrna à la désigner sous le nom de « larve de Kirk ».
Avant eu la bonne fortune, grâce à l’extrême obligeance de
M. Surcouf, — nous tenons à lui en exprimer ici toute notre re¬
connaissance, — d’étudier la collection des larves d’Œstrides du
Muséum d’ Histoire naturelle de Paris, nous y avons rencontré
une larve qui présentait les plus étroites affinités avec la larve
de Kirk. Elle provenait des sinus d’un Bubale et avait été re¬
cueillie en 1903 dans la région du Chari au cours de la mission
Chari-Tchad, par le docteur J. Decorse. Elle diffère principale¬
ment de la larve de Kirk par une spinulation plus abondante.
Plus récemment, M. le docteur Roubaud, de l’Institut Pasteur,
a bien voulu nous soumettre des larves rencontrées dans les sinus
frontaux de Bubalis major par le docteur Dramard à Boromo
(Haut-Sénégal-Niger). Celles-ci ont montré des caractères ana¬
logues à ceux que nous avons observés sur les larves du docteur
Decorse, dont elles ne diffèrent que par des particularités de
Séance du 11 Mars 1914
211
valeur secondaire. Nous nous proposons de donner de ces diffé¬
rentes larves une description complète dans un travail ultérieur.
Dans la présente note nous nous bornerons à mettre en lumière
ies caractères qui font de toutes ces larves un type bien particu¬
lier dans la sous-famille des (Estrinés, comme Blanchard le re¬
connut dès l’abord :
Forme du corps rappelant celle d'Œstrus; bourrelets anten-
naires pourvus de trois points oceîliformes ; bourrelets para-
buccaux inermes ; spinulation exclusivement ventrale consistant
en rangées d’épines disposées au bord antérieur des anneaux
3 à 12 et en petits groupes linéaires composés généralement de
4 à 6 épines, disposés latéralement au bord postérieur des anneaux
5 à n ; stigmates postérieurs construits sur le type des stigmates
d '(Est rus, la suture qui unit le faux-stigmate au bord interne de
la plaque stigmatique abordant celui-ci obliquement vers son
quart inférieur.
Par ces caractères, ces larves se différencient nettement des
larves d 'Œstrus, Rhinœstrus et Gedœlstia et constituent un type
parfaitement distinct de ces trois genres. Contrairement à l’opi¬
nion de Brauer (1896), nous croyons pouvoir en faire un genre
nouveau, auquel nous proposons de donner le nom de Kirkia,
pour rappeler l’appellation que Blanchard avait donnée à la pre¬
mière forme observée. On peut se demander s’il est légitime de
créer ainsi un genre nouveau pour une larve dont l’aclulte est
peut-être connu d’autre part; Blanchard s’est prononcé pour la
négative. Nous ne partageons pas sa manière de voir, tout au
moins pour le cas présent. Si nous considérons, en effet, le genre
Gedœlstia dont l’adulte se différencie si nettement des genres
voisins, alors que la darve accuse des différences si peu accen¬
tuées, on peut prévoir que l’adulte de Kirkia, dont la larve pré¬
sente des caractères si tranches, se différenciera au moins tout
aussi largement des adultes actuellement connus. Si nous tenons
compte, en outre, du fait que nous connaissons beaucoup plus de
formes larvaires d’Œstrides que de formes adultes, il y a tout
lieu de prévoir que l’imago de Kirkia n’a pas encore été observé.
La création du genre Kirkia nous paraît donc légitime. Nous
y distinguons actuellement au moins deux espèces : la larve de
Kl rk décrite par Blanchard, originaire du bassin du Zambèze
et que nous proposons de désigner sous le nom de Kirkia Blan-
c-hardi , et les larves recueillies par les docteurs Decorse et Dra-
212
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mard dans la région qui s’étend du Sénégal au Soudan et que
nous proposons de dénommer Kirkia Surcouji en hommage au
savant diptérologiste du Muséum, auquel nous devons de si re¬
marquables travaux sur les diptères du continent africain.
Œstrides gastricoles et cavicoles
de l’Afrique Occidentale
française
Par E. ROUBAUD.
Indépendamment de l’Œstre des Moutons dont nous avons
antérieurement avec Bouet signalé les ravages en Afrique occi¬
dentale (i) sur les chèvres et les moutons, nous avons pu réunir,
grâce aux échantillons recueillis par les docteurs Dramard et
Bouet, quelques éléments touchant les principaux types d’Œstri-
des gastricoles et cavicoles de l’Afrique occidentale. Nous espé¬
rons que la publication de cette première étude sera susceptible
de provoquer des recherches nouvelles sur ce sujet.
1. — Qistrides gastricoles.
Nous rapportons au Gastrophilus asininus Brauer, la majo¬
rité des larves d’Œstres rencontrées en Afrique occidentale dans
Pestomac des chevaux. Cette espèce n’est pour nous qu’une
forme géographique du Gastrophilus intestinalis d’Europe. Si¬
gnalée par K ing (2) au Soudan Anglo-Egyptien nous la retrou¬
vons au Soudan Français, d’où le Dr Dramard nous en a fait
parvenir un exemplaire recueilli par lui à Boromo (Haut-Sénégal-
Niger). C’est évidemment à cette forme que se rapportent les
larves, identiques en tous points à celles du G. intestinalis , qu’on
rencontre si souvent en Afrique occidentale dans l’estomac des
équidés. Le Dr Joyeux a également rencontré des larves de
G. nasalis L. dans la Haute-Guinée.
Dans l’estomac des Eléphants Bouet a recueilli dans la Haute
Côte d’ivoire, à Odienné, des larves de Cobboldia que je rapport»*
à C. loxodontis.
(1) Bull. Soc. Path. Exot., t. V, n° g, 1912.
(2) Fourth report Wellcome Res. Lab. Kharloum, 1911.
Séance du 11 Mars 1914
213
IL
Œstrides cavicoles.
A Boromo, dans les sinus frontaux et les cavités de la base
des cornes de Bubalis major Blyth., le Dr Dramard, médecin
de l’Assistance indigène, a pu recueillir de nombreuses larves
d’Œstrides. Sur notre conseil il a même tenté et réussi l’éducation
de quelques-unes d’entre elles; il en a obtenu des adultes.
De l’examen de ces intéressants documents, de ceux qu’a re¬
cueillis également Bouet dans la Haute Côte d’ivoire, il résulte
que trois espèces d’Œstrides cavicoles au moins parasitent les
sinus frontaux du grand Bubale de l’Afrique occidentale.
i° Œstrus variolosus Lw. — Deux adultes de cette espèce
décrite par Lœw en 1863, ont été obtenus par le Dr Dramard des
larves du Bubalis major de Boromo. Ces individus ont été soumis
par nous à M. Austen qui a bien voulu les comparer aux exem¬
plaires du B rit. Muséum, prOA’enant de l’Afrique orientale. Au
Soudan Anglo-Egyptien, H. King (i), a obtenu cette espèce en
abondance d’une bubale non spécifié de la région du Nil Bleu.
Il a donné une figure de la larve, mais sans l’accompagner de
description. Celle-ci est restée, jusqu’alors inédite.
C’est à VŒ. variolosus que je rapporte les larves les plus
abondantes recueillies par le Dr Dramard. Ces larves se distin¬
guent de la figure donnée par King par des aires de reptation
épineuses d’apparence un peu plus larges, et par l’absence de
bourrelets intermédiaires ventraux, mais nous ne pensons pas que
ces différences soient dues à autre chose qu’à des aspects de con¬
servation ou de dessin.
Nos larves se différencient de celle de 1 f Œstrus Macdonaldi
Gedœlst (2), du Bubalis lelwel Jacksoni (3) par des aires de rep¬
tation moins larges, et plus régulièrement atténuées sur les côtés,
par l’absence d’incurvation également de la bande du 12e anneau
sur les côtés. Ces différences sont bien réelles et distinguent
l’Œstre du Bubale du Katanga de celui du Soudan.
Ces deux larves appartiennent cependant au même groupe
(s. g. œstroïdes de Gedœlst) caractérisé par l’anneau céphalique
purvu dorsalement d’une spinulation légère en arrière des renfle-
fi) L. cit.
ta) Rev. Zool . africaine, vol. ï. fasc. 3. mars 1912.
(3) ou Bubalis Lichtensteini Pet. ex Rodhain et Bequaerl : Rev. Zool. Afr.,
vol. Il, fasc. 2, 1913. p. 172.
214
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ments antenniformes et par l’absence de tubercules sur la face
ventrale des anneaux.
Voici la description de la larve que nous rapportons à VŒ.
variolosus Lw.
Larve du 3e stade. — Long. 18 à 23 mm. en pleine extension.
Face ventrale nettement plane, dorsale convexe, à 8 champs intermé¬
diaires dorsaux. Segment céphalique pourvu dorsalement, en arrière des
bourrelets antenniformes, d'une spinulation courte clairsemée, peu distincte
en plusieurs rangées. Les autres sesments inermes dorsalement. Bourre¬
lets parabuccaux inermes. Pas de tubercules latéraux à la face ventrale.
Armature épineuse augmentant de largeur aux cinq premiers segments,
réduite aux deux derniers. Deux rangées d’épines irrégulières sur les
côtés du premier segment postcéphalique ; une seule sur la ligne médiane;
2 ou 3 rangées au deuxième ; 4 ou 5 rangées aux suivants les plus larges.
Les aires de reptation épineuses forment des bandes régulièrement amin¬
cies aux deux extrémités latérales, et occupant la moitié de la largeur du
segment dans la partie moyenne du corps. La dernière bande ne s’incurve
pas en arrière, au dernier segment. Pas de champs intermédiaires ven¬
traux. Enines en forme d’écailles à base large, incolore, à extrémité aiguë,
noire. Quelques-unes, en 2 ou 3 rangées, au bourrelet médian post-anal.
Aires stigmatiques larges, à bord interne parallèle, la suture au quart infé¬
rieur.
D’après Dramard tous les Bubales de la région de Boromo
présentent des iarves d 'Œstrus dans les sinus. Il suffit de laisser
pendre les cornes après les avoir séparées du crâne, pour les re¬
cueillir. La durée d’évolution nymphale est d’environ un mois.
Des larves que je n’ai pu différencier des précédentes et que
pour cette raison je rapporte également à VŒ. variole sus Lw.
ont été recueillies par Bouet à Odienné (Haute Côte d’ivoire)
chez Bubalis major.
2° Gedœîstia cristata. — Plusieurs exemplaires adultes de cette
remarquable espèce découverte par Rodhain et Beouaert (i) au
Katanga chez le Bubale de Lichstenstein, ont été éduqués par le
Dr Dramard à Boromo, en partant des larves recueillies chez
Bubalis major. L’aire d’extension de cet CEstride, jusqu’alors
limitée au Katanga, se trouve donc notoirement accrue par ces
nouvelles données. D’un autre côté, Bouet a recueilli les larves
de cette espèce dans la Haute Côte d’ivoire, à Odienné, toujours
chez Bubalis major. Enfin, un grand nombre de larves recueillies
en IQ03 dans le Pays Gouro (Côte d’ivoire) par le même observa¬
teur chez une grande Antilope indéterminée (probablement Colnis
dejassa Rüpp.) appartiennent à la même espèce. Cet Œstride dont
(1) Rev. Zool. africaine, vol. II, fasc. 2. février 1913.
Séance du 11 Mars 1914
215
l’extension dans l’Afrique tropicale est sans doute considérable,
n’est donc pas un parasite spécifique des Bubales.
3° Kirkia Surcoufi Gedœlst. — Un grand nombre de larves de
cette nouvelle forme décrites ici-même par M. le Professeur
Gedœlst à l’autoirité de qui je les ai soumises, ont été recueillis
par les Drs Dramard et Bouet, dans les mêmes localités que les
précédentes espèces (Boromo, Odienné, Pays Gouro) sur Bubalis
major et sur la même Antilope indéterminée ( Cobus defassa?)
Deux exemplaires au deuxième stade figurent parmi ces docu¬
ments. A ce stade la larve ne diffère guère que par ses dimen¬
sions de la larve au stade III. Les stigmates postérieurs, sembla¬
bles à ceux des larves d 'Œ strus au 3^ stade, sont pleins, non
échancrés, à bord interne parallèle, la suture atteignant le faux
stigmate obliquement vers son quart inférieur; la spinulation en
petits groupes linéaires latéralement situés au bord postérieur des
anneaux de 5 à 11, est également visible. Comme au 3e stade, ces
larves se différencient tout de suite de celles des larves d 'Œstrus.
par un bourrelet médian postanal simple, fortement saillant,
hérissé d’épines en plusieurs lignes, et dépourvu de renflements
coniques latéraux.
Kirkia Surcoufi n’est pas un parasite spécifique des Bubales.
Il est probable qu’on le rencontrera chez diverses grandes espè¬
ces d’Antilopes.
Son extension géographique apparaît considérable, mais pro¬
bablement limitée aux régions soudanaises (centrale et occiden¬
tale). Dans la région orientale, c’est sans doute l’espece voisine
Kirkia Blanchardi Ged. qui prévaut. Il en est probablement cle
même pour les deux espèces d'Œstrus des Bubales signalées plus
haut : VŒ. variolosus, et VŒ. Macdonaldi ; le premier étant
répandu au Soudan septentrional, le second dans l’Afrique méri¬
dionale.
Le nombre des espèces non douteuses d’Œstrides cavicoiles
actuellement décrites chez les Bubales de l’Afrique entière s’élevant
à 6, on voit que le Bubale de l’Afrique occidentals, en héberge
au moins la moitié pour sa propre part, peut être davantage. Il
est à désirer que des documents nouveaux nous mettent à même
de connaître les adultes encore inconnus des Kirkia , et les nom¬
breuses larves cavicoles qui existent certainement encore en Afri¬
que occidentale française, chez les grands mammifères.
216
Bulletin de la Société de Pathologie exotioue
«
Mélanodermie physiologique
des muqueuses en Algérie
Par J. BRAULT et J. MONTPELLIER.
Frappés maintes fois, par la fréquence de la mélanodermie des
muqueuses buccale et conjonctivale, principalement chez les indi¬
gènes, nous nous sommes décidés dernièrement à examiner à cet
égard, tous les malades hospitalisés dans nos salles à Mustapha.
Notre statistique porte sur 120 sujets dont 100 du sexe masculin.
Ces 100 malades atteints d’affections diverses (syphilis, blen¬
norragie, maladies cutanées), sont répartis de la manière sui¬
vante :
Indigènes . ? . 57
Français . 24
Espagnols . 12
Divers . 7
Sur les 57 indigènes , nous en avons trouvé 30 porteurs de pig¬
mentation nette des muqueuses, soit buccale, soit conjonctivale.
•Cela fait un pourcentage brut de 52 %. La proportion s’abaisse
à 33,33 %, si l’on ne tient compte que de la mélanodermie buccale
seule.
Sur les 43 autres sujets de nationalités diverses, nous n’avons
rencontré cette même pigmentation que deux fois.
Nous ne rapporterons pas nos observations qui sont exacte¬
ment superposables (1) à la description d’ensemble que donne
Sabaréanu dans la Revue de Médecine de 1908, sous le titre de
a Mélanodermie physiologique des muqueuses ».
C’est la muqueuse buccale et surtout les joues, qui sont le plus
fréquemment atteintes. Les gencives, les lèvres, le sont à un degré
moindre.
La conjonctive l’est assez souvent, présentant une pigmenta¬
tion surtout localisée aux extrémités des axes horizontaux de la
cornée.
fi) Sauf en ce qui concerne la teinle. qui n’a pas élé, comme chez les mala¬
des de Sabaréanu, constamment de couleur marron sur les diverses muqueu-
Séance du 11 Mars 1914
217
Deux lois seulement le gland présentait une tache noirâtre, et
une seule fois nous avons trouvé la voûte palatine pigmentée .(i).
La teinte de cette mélanodermie est presque constamment bleu¬
tée sur la muqueuse buccale, marron plus ou moins foncé sur les
conjonctives.
D’après nos observations, un rapport constant existe entre le
degré de cette pigmentation et la teinte de la peau. Des relations
très étroites existent également entre cette mélanodermie et l’âge
du sujet. Chez nos indigènes, au-dessous de 20 ans, nous avons
trouvé un pourcentage de 16 % ; — de 20 à 30 ans, il a été de 33 % :
— de 30 à 40 ans, 52 % ; — de 40 à 50 ans, S8 % ; enfin, au-dessus
de 50, de 100 % (2).
On sait qu’autrefois la pigmentation de la muqueuse buccale
était attachée à la maladie d’AüDisON, à la cirrhose hypertrophi¬
que pigmentaire à la pédiculose, etc.
Actuellement, quelques auteurs, entre autres Sabaréanu et
Bonnet, ont fait de cette pigmentation dite symptomatique, une
Mélanodermie physiologique des muqueuses.
Nos observations nous paraissent concluantes. A côté de la pig¬
mentation des muqueuses, due à certaines affections comme la
maladie d’AüMSON et les autres maladies précédemment citées,
existe une pigmentation analogue, infiniment plus fréquente chez
les gens de couleur; — pigmentation purement physiologique,
et dont la variabilité de fréquence et de degré dépend des carac¬
tères ethnologiques du sujet.
(1) Toutefois, en dehors de celte statistique, nous retrouvons dans nos no¬
tes, un autre cas de mélanodermie de la voûte palatine chez un indigène
adulte de 3o ans, présentant également une mélanodermie très accentuée des
joues et des gencives.
(2] Gomme dans ces chiffres il ne s’agit que d’indigènes, il est néanmoins
nécessaire de faire quelques réserves sur l’Age exact des sujets.
218
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
La lèpre en Nouvelle-Calédonie
Par A. LE BŒUF et E. SALOMON.
1. — Nombre et distribution
géographique des lépreux
La Colonie de la Nouvelle-Calédonie et Dépendances com¬
prend :
i° La Nouvelle-Calédonie proprement dite (ou Grande-Terre);
2° L’île des Pins;
3° Les îles Bélep ;
4° Les îles Loyalty (Maré, Lifom et Ouvéa).
Les chiffres que nous donnons ci-après représentent les résul¬
tats du premier recensement complet des malades de Hansen qui
ait été fait dans la Colonie.
I. — Elément autochtone. — Dans les grandes lignes, les
indigènes, communément appelés Canaques, appartiennent sur
la Grande-Terre au type Mélanésien, aux Loyalty, à un type
Polynésien modifié.
A. — Grande-Terre.
Tribu de Saint-Louis .
Tribu de la Conception .
Tribu de Bourail (Ny, Poté, Aza-
4,5 % de lépreux
6,oo % de lépreux
reux, Bouérou)
Tribu de Boréaré . .
Tribu de Unia
Tribu de Touaourou
Tribu de Goro ....
Tribu de l’île Ouen
4,oo % de lépreux
4,00 % de lépreux
4,7 % de lépreux
3,6 % de lépreux
3,00 % de lépreux
7,4 % de lépreux
Séance du 11 Mars 1914
2
Région de Houaïlou :
District de Néouyo . 3,05 % de lépreux
District de Wairaï . 3,21 % de lépreux
District de Nindien . 4, 15 % de lépreux
Région de P onerihouen :
Tribu de Goa . . ... . 2,68 % de lépreux
Tribu de Monéo . 2,31 % de lépreux
Région de Poindimié . 2,19 % de lépreux
Région de Touho :
Tribu de Touho . 2,30 % de lépreux
Tribu des Poyes (chiffres incer¬
tain) . 2,22 % de lépreux
Tribu de Tiwaka . 3,48 % de lépreux
Région de Hyenghène . 2,00 % de lépreux
Région de Onbatche :
Tribu de Balade . 1,36 % de lépreux
Tribu de Pouébo . 3,40 % de lépreux
Tribu des Pemboas . 3,57 % de lépreux
Tribu des Ouébias . 1,5 % de lépreux
Région de Ouégoa :
Tribu d’Arama . 2,9 % de lépreux
Tribu de Bondé . 0,28 % de lépreux
Tribu de Nénémas . 3,44 % de lépreux
A
Région de Koumac . 0,87 % de lépreux
Région de Téoudiè . 1,7 % de lépreux
Région de V oh (chiffre incertain), 1,00 %. de lépreux
Région de Koné . .• . 4,00 % de lépreux
Région de Muéo . 2,48 % de lépreux
Région de Moindou . 2,25 % de lépreux
Région de la F oa . 3,51 % de lépreux
Région de Bouloupari . 0,8 % de lépreux
220
Bulletin de la Société de Pathologie exciioue
%
Région de Tomo . 0,00 % de lépreux
Région de P ait a . 1,76 % de lépreux
Région de Canada .
Tribus de Canala . 3,5 % de lépreux
Tribus de Nakety . 4,02 % de lépreux
Tribus de Kouaoua . 1,06 % de lépreux
Région de Thio :
Tribus de Saint-Philippo . 3,39 % de lépreux
Tribus de Brandy . 2,25 % de lépreux
B. — Ile des Pins . 3,33 % de lépreux
C. — Ile Art (Bélep) . 3,36 % de lépreux
D. — Iles Loyalty :
Ile Maré . 4,17 % de lépreux
« Ile Lifou . 1,63 % de lépreux
Ile Ouv éa :
District de Saint-Joseph . 5,34 % de lépreux
District de Mouli . 2,57 % de lépreux
District de Fayaoué . 0,87 % de lépreux
» «
En somme, actuellement, il existe dans la Nouvelle-Calédonie
et ses Dépendances un total de 715 lépreux indigènes, dont 298
pour les îles Loyalty et 417 pour la Grande-Terre (y compris les
petites îles des Pins et Art). Ces chiffres sont excessivement
voisins (à quelques dizaines près) de la réalité; dans l’état actuel
des choses le maximum de précision a été atteint et ne saurait
être dépassé.
Les pourcentages d’ensemble seraient donc en chiffres ronds,
pour une population totale d’environ 28.000 indigènes, dont
11. 000 pour les Loyalty et 17.000 pour la Grande-Terre :
Loyalty . 2,8 %
Grande-Terre . 2,4 %
Ensemble . 2,6 %
IL — Elément d’importation. — Constitué en très forte ma¬
jorité par la race européenne (gens libres et sujets d’origine
pénale), plus des Arabes transportés, des Japonais, des Tonki-
Séance du 11 Mars 1914
221
nois et des Javanais introduits comme main-d’œuvre. Les Japo¬
nais et -les Javanais ne peuvent donner des chiffres de quelque
valeur en raison des mouvements incessants qui se produisent
parmi eux. 11 existe à la léproserie deTîle aux Chèvres un Japo¬
nais et deux Tonkinois (d’ailleurs ils ont aussi bien pu se conta¬
miner dans leur propre pays qu’en Nouvelle-Calédonie).
En ce qui concerne les Européens ou métis reconnus (que l’on
doit administrativement classer ensemble) et les Arabes (ces deux
dernières catégories fournissent, pour des raisons faciles à com¬
prendre, une proportion relativement élevée de malades), le nom¬
bre des Hanséniens reconnus jusqu’à ce jour est de 211, qui doit
être considéré comme fort voisin de la réalité, du moins en ,ce qui
concerne les lèpres « cliniques » (car aucune enquête systématique
n’étant possible dans la population européenne, sauf dans l’élé¬
ment pénal, les lèpres « extra-cliniques » de l’élément libre res¬
tent inconnues dans l’immense majorité des cas).
Sur ces 21 1 malades, 107 appartiennent à l’élément pénal (con¬
damnés, relégués et libérés) et 104 à la population libre et aux
réhabilités. Or la population libre est deux fois plus forte que
l'élément pénal.-
De la comparaison de ces données, il tombe immédiatement
feous le sens que l’élément pénal est- deux fois plus contaminé
que la population libre, d’ailleurs dans ces derniers temps, c’est
le premier qui a le plus contribué à la dissémination de la lèpre
parmi le second.
En somme, et pour conclure, le pourcentage maximum doit
être de 2 à 2,5 % dans l’élément pénal (5.500 sujets environ), de
t à 1 , 1 % dans l’élément libre (11.500 personnes environ).
Dans les années qui vont suivre le nombre des cas enregistrés
diminuera sensiblement, car beaucoup des malades sont des vieil¬
lards ; presque tous les isolés pénitentiaires notamment ont
dépassé la soixantaine et un grand nombre d’entre eux ne vivent
encore que par une sorte de miracle.
Remarquons enfin que, dans l’élément libre, l’immense majo¬
rité des cas appartiennent aux classes inférieures de la société et
que dans l’ensemble, l’élément féminin est beaucoup moins
atteint que l’élément masculin.
222
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
11. — Marche de la maladie dans l’archipel
A. — Elément indigène. — On peut estimer que P introduction
de la lèpre en Nouvelle-Calédonie remonte à 60 ans environ.
Pour exprimer la situation actuelle la formule générale suivante
s’impose : dans la plupart des points qui ont été le plus ancien¬
nement touchés par la maladie, l’affection est en pleine décrois¬
sance notamment dans l’Extrême-Nord de la Colonie ou la dimi¬
nution est considérable. En quelques points de la Grande- 1 erre,
rares d’ailleurs, la maladie est stationnaire; dans l’ensemble,
régression des plus nettes. Aux Loyal ty, prises après la Calédo¬
nie, Maré et Lifou sont stationnaires, ou même plutôt, sur
la voie de la diminution ; Ouvéa ou le premier cas s’est déclaré
seulement en 1894, a vu le nombre de ses lépreux augmenter sui¬
vant une • progression régulière jusqu’à cette année.
Quelques exemples,' choisis parmi les régions sur lesquelles
nous possédons des données antérieures de quelque valeur, feront
nettement comprendre ces propositions.
Région de Oubatche. — Population : 1.204 indigènes divisés
en quatre tribus d’importance inégale. Nous avons sur deux de
ces tribus (Balade et Pouébo) des renseignements d’une grande
précision provenant du docteur Legendre (1890) et du docteur
Bec (1901). Ces données se résument dans le tableau suivant et
montrent clairement quelle a été la décroissance de la lèpre dans
ces régions.
Région de Ouègou. — Population : 737 indigènes répartis en
trois tribus. Comme pour la circonscription du Oubatche nous
possédons des données très exactes sur la marche de la lèpre en
cette région grâce également aux travaux du docteur Legendre
Séance du 11 Mars 1914
223
(1890) et du docteur Bec (1901). Nous condensons leur travail et
le nôtre dans le tableau ci-joint.
Cette diminution considérable du nombre des Hanséniens à
Arama et surtout à Bondé est bien connue des vieux habitants
de la région, pères missionnaires ou colons, c'est tellement net
qu’il n’y a pas eu la moindre discordance dans les renseignements
historiques fournis sur place au docteur Salomon à cet égard.
Région de Canala. — Notre inspection de 1913 a donné les
résultats suivant :
Canala . 31 lépreux 3,5 % de lépreux
Nakétv . 12 lépreux 4,02 % de lépreux
Kouaoua ...... 5 lépreux 1,06 % de lépreux
et dans l’ensemble :
1.491 indigènes 48 lépreux 3,21 % de Hanséniens.
En 1889 le docteur Legrand enregistre 119 malades à Canala
(chiffres partiels exactement contrôlés pour les tribus de Gélima
et Kaké, approximatifs pour Nondo et Nakétv). Or, si l’on songe
qu’à cette époque le docteur Legrand ne se servait pas du micros¬
cope et ne posait de diagnostics que sur des cas cliniques indis¬
cutables, il en résulte que ce nombre de 119 lépreux représentait,
pour l’époque, un chiffre que l’on ne peut même pas qualifier de
minimum et il n’est pas exagéré de penser qu’il existait au moins
200 malades pour toute la circonscription.
En avril et mai 1890, le docteur Vivien fut chargé du recense¬
ment des lépreux à Canala; sur les 2.000 Canaques que comp¬
taient alors ces tribus, il eut l’occasion d’en visiter 1.60a sur
lesquels.il trouva 260 lépreux avérés , soit une proportion minima
de 16,2 %.
224 Bulletin de là. Société de Pathologie exotique
En . novembre 1901, le docteur Vallet, rapporte avoir constaté
à Nakéty la présence de 27 lépreux.
, Donc le fait brutal est le suivant : en 1S89 les tribus de Canala
donnaient sans enquête systématique un pourcentage général de
lépreux de 7,6 %; en 1890, après enquête systématique sur 1.600
Canaques, un minimum de 16,2 % ; en 1913 elles ne possèdent
plus dans l’ensemble que 3,21 % de Ilanséniens; il nous semble
inutile d’insister; les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Ile Art ( Bèlep ). — En 1906 cette tribu, pour une population;
un peu plus faible que celle d’aujourd’hui possédait 21 lépreux.:
soit 6,1 %. En 1 912 nous y trouvons 12 malades, soit 3,36 %.
Iles Loyalty. — - Ces îles ont été prises plus tardivement que
la Grande-Terre. Maré et Lifou ont été contaminées à peu près
à la même époque, il y a environ 30 à 35 ans. On peut dire que
depuis 13 ans la lèpre est à peu près stationnaire à Maré; elle
y paraît même actuellement en voie de régression. A Lifou égale¬
ment depuis 13 ans la maladie stationne et paraît même diminuer.
Par contre dans 1 ’ île Ouvéa infectée à une époque beaucoup
plus récente, les choses se passent fort différemment. La lèpre
y était inconnue en 1893 ; le premier cas fut constaté en 1894 sur un
indigène habitant le district de Saint-Joseph, venu de la Grande-
Terre, et autour duquel se forma le foyer originel.
En janvier 1899, le docteur Hebrard constata la présence de
1 1 cas de maladie de Hansen qui appartenaient presque tous à la
tribu de Saint-Joseph. En 1907 et 1908, au cours de trois visites
médicales faites à Ouvéa, le docteur Nicolas passa très minutieu¬
sement la visite de tous les Ouvéens que le Délégué de l’Adminis¬
tration dans l’île, les chefs et l’opinion publique désignaient
comme suspects. Il trouva ainsi 39 malades se répartissant de la
façon suivante :
District de Saint-Joseph . 34
District de Fayaoué . 2
District de Mouli . 3
En octobre 1912, le docteur Lebœuf et le docteur Javelly exa¬
minèrent toute la population d’Ouvéaet enregistrèrent 56 lépreux,
40 pour Saint-Joseph, 8 pour Fayaoué et 8 pour Mouli. Donc le
nombre des lépreux de Saint-Joseph n’a que peu augmenté depuis
5 ans; ce district doit être bien près de posséder son .maximum
I
*
Séance du 11 Mars 19,14 225.
• * r , «
possible de malades. Pour les autres districts, pris postérieure¬
ment à Saint-Joseph, l’augmentation proportionnelle de 1907 à
1912 a été incomparablement plus marquée, environ 300 % pour
Fayaoué et 260 % pour Mouli. >
En somme tout se passe comme si au début de l’introduction
de la maladie de Hansen dans une région neuve et où l’hygiène
est inconnue, il se produisait une poussée épidémique atteignant
en peu de temps tous les individus d’une sensibilité marquée
à l’égard du Bacillus leprœ ou plus exactement ne présentant que
peu de résistance à ses attaques. Par la suite agissent pour res¬
treindre la contagion : i° l’isolement, si imparfait soit-il, pratiqué
dans certaines tribus, mais qui n’en a pas moins une influence
des plus nettes ; 20 l’évolution du type pathologique qui, presque
exclusivement tubéreux au début, évolue peu à peu, du moins
<c’est ce qui s’est observé ici, dans le sens des formes dites ner¬
veuses ou anesthésiques (infiniment moins contagieuses que les
formes tuberculeuses).
Les tribus où la lèpre a le moins diminué sont celles où la
malpropreté est la plus, marquée, et où la prostitution (élément
de contamination au premier chef) et l’alcoolisme (le facteur le
plus important de déchéance organique pour les Canaques)
régnent en maîtres.
B. — Elément européen. — Le premier cas chez l’Européen a
été officiellement constaté en 1889. Mais il demeure évident que
cette constatation ne marque pas l’origine du développement de
l’affection dans la race blanche, car presque simultanément, il
fut découvert d’autres malades dont beaucoup fort avancés, chez
lesquels, par conséquent, la maladie évoluait déjà depuis de Ion-
, ■*
gués années.
Depuis lors le nombre des cas a été sans cesse en augmentant ;
dans ces trois dernières années le chiffre des malades officielle¬
ment enregistrés a fait un véritable bond ; mais cela tient à ce
qu’il a été pratiqué une enquête régulière et suivie qui, à côté
de quelques malades récents, en a fait enregistrer un beaucoup
plus grand nombre qui traînaient leur lèpre depuis très long¬
temps.
Il apparaît plutôt, si on ne se tient qu’aux cas réellement récents,
que la maladie ait tendance à diminuer d’intensité, depuis trois
226 Bulletin de la Société de Patiïologïé exotiqIjE »
ou quatre ans (sauf en un point). Il ne saurait d’ailleurs en être
autrement et cela pour diverses raisons :
i 0 Les conditions d’existence s’améliorent peu à peu en Calé¬
donie, diminuant ainsi la saleté et la misère physiologique ;
2° L’isolement des malades se pratique de plus en plus, puis¬
que- actuellement il existe i6i isolés sur 21 1 lépreux reconnus (le
centre qui continue à se contaminer, est justement celui où, pour
diverses raisons, il a été jusqu’à présent impossible d’obtenir
l’isolement des malades).
30 La contamination par la domesticité indigène deviendra im¬
possible en raison du fonctionnement du service d’inspection des
tribus ;
40 Enfin la proportion des lèpres nerveuses, par suite peu con¬
tagieuses, augmente dans des proportions sensibles.
*
111. — Organisation de la prophylaxie
L’organisation de la prophylaxie de la lèpre en Nouvelle-Calé¬
donie appartient à l’Institut de microbiologie de Nouméa sous
l’autorité et le contrôle du Directeur du Service de Santé dans la
Colonie, l’exécution des mesures proposées qui ne sont pas d’or¬
dre purement technique revenant à l’autorité administrative.
A. — Lieux d’isolement. — Suivant leurs conditions sociales
les lépreux se divisent en trois catégories :
Première catégorie. — Les personnes de condition libre pro¬
prement dite, les réhabilités, les libérés de 2* section et les relevés
de la relégation. Suivant les cas, domicile privé (mode d’isole¬
ment prévu par le décret du 20 septembre 1911) ou léproserie de
l’île aux Chèvres.
Deuxième catégorie. — Les sujets relevant directement de
l’Administration Pénitentiaire, c’est-à-dire les malades d’origine
pénale astreints à la résidence dans la Colonie, savoir : les con¬
damnés, les relégués collectifs et individuels et les libérés de pre-
# mière section. Léproserie pénitentiaire de la baie de Undu (pres¬
qu’île Ducos).
Troisième catégorie. — Les immigrants de couleur et les indi¬
gènes. Ile aux Chèvres (immigrants de couleur, Canaques des
Séance du 11 Mars 1914
227
Nouvelles-Hébrides et certains Canaques des tribus calédonien¬
nes) et villages d’isolement.
Il est probable que la presqu’île Ducos, lieu actuel de déporta¬
tion, sera rendue à la Colonie (sauf la baie de Undu réservée à la
léproserie pénitentiaire) dans le courant de l’année 19141 aussitôt
toutes dispositions doivent être prises par l’ Administration pour
y opérer le transfert des malades de l’île aux Chèvres. Les sujets
d’origine libre et les réhabilités seront installés dans la baie de
M’Bi, les libérés de deuxième section et les relevés de la reléga¬
tion dans la baie de Numbo.
Les « villages d’isolement » actuellement créés ou en formation,
sont alimentés en partie par les tribus dont ils dépendent, en par¬
tie par l’Administration locale. Il n’y a pas de meilleur système
à employer. L’idée d’une léproserie centrale pour les Canaques
doit être radicalement abandonnée, du moins pour le moment,
car l’indigène ne se voit pas sans terreur transporté loin de son
sol, loin de sa famille. Dans la crainte d’un pareil transfert la
plupart des lépreux se cachent et seules les dénonciations per¬
mettent d’en réunir à peine la moitié. De la sorte les cas récents
échappent et continuent d’autant mieux l’œuvre de contagion
que seuls leurs proches les connaissent. Au contraire, si l’on
promet que les malades resteront dans la zone d’action fami¬
liale (ce que nous avons fait), les résistances diminuent considéra¬
blement, les visites se passent à peu près sans incident, et l’on
arrive à connaître l’immense majorité des malades.
Nous croyons fermement qu’en poursuivant méthodiquement
avec beaucoup d'esprit de suite et une grande fermeté l’œuvre
des villages d’isolement on arrivera à d’excellents résultats. En
certains points ces institutions 'fonctionnent déjà d’une manière
des plus satisfaisantes ; il peut et il devra en être de même partout.
B. — Surveillance médicale, statistique et classement des
lépreux. — Le classement et la statistique des lépreux sont assu¬
rés désormais par un système de fiches qui permet d’avoir le
dossier des malades tenu à jour dans la mesure du possible.
Chaque sujet possède une fiche où sont notés, du jour où il est
reconnu lépreux, toutes les indications nécessaires, aussi bien
administratives que médicales et à laquelle on joint successive-
228
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
men£ toutes les pièces (ou copies de pièces) qui peuvent se rap¬
porter au malade depuis le moment où sa fiche a été établie.
Chaque fiche possède un numéro correspondant au même
numéro d’un registre-répertoire alphabétique. Il existe, pour les
lépreux, trois de ces registres-répertoires, l’un destiné aux Euro¬
péens, aux Arabes et aux immigrants de couleur, le second où
sont enregistrés les indigènes des îles Loyalty et le troisième
réservé aux Canaques de la Grande-Terre.
Il est tenu un quatrième registre-répertoire auquel correspond
une série spéciale de fiches se rapportant à la catégorie dite des
« suspects ». Ce sont des sujets ne présentant pas de signes soit
cliniques, soit microscopiques suffisants pour pouvoir être
classés lépreux. Ils sont purement et simplement inscrits dans
cette catégorie d’attente dans le but de permettre au médecin-
visiteur de ne pas les perdre de vue et de suivre à chaque inspec¬
tion de tribu les modifications susceptibles de s’être produites
dans leur état.
La surveillance technique générale des villages d’isolement a
été assurée par l’arrêté local du Ier juillet 1913 lequel prescrit,
outre certaines dispositions relatives à l’enregistrement des décès,
que :
i° Aucun indigène ne pourra être placé dans un lieu d’isole¬
ment sans l’avis conforme du Directeur de l’Institut de micro¬
biologie ;
20 Aucun indigène ne pourra être déclassé d’un lieu d’isole¬
ment à l’usage des lépreux, soit pour guérison, soit pour tout
autre motif, sans l’avis conforme du Directeur de l’Institut de
microbiologie.
Le premier recensement général des lépreux de la Nouvelle-
Calédonie vient d’être terminé : cela permettra, à dater de 1914,
de tenir1 la carte annuelle des nouveaux cas : c’est là une des meil ¬
leures manières, quand on la poursuit d’une façon continue de se
rendre compte de la marche de la lèpre dans un pays.
G. — Recherche des lépreux dans les tribus indigènes. —
Chaque tribu indigène devra être visitée une fois par an par un
des médecins de l’Institut de microbiologie.
Nous. avons opéré cette année de la façon suivante (qui, en l’es¬
pace, est la meilleure) : le médecin en tournée recueille les fiches-.
Séance du 11 Mars 1914
229
cliniques et les préparations microscopiques puis les adresse à
r Institut de microbiologie pour y être examinées.
%
• • • *
D. — Mesures prophylactiques générales. — Dans le cours
de l’année, il a été publié une petite brochure renfermant des
notes succinctes sur la lèpre et sa prophylaxie, rédigées spéciale¬
ment en vue de l’éducation antilépreuse de la population néo-
calédonienne, d’après le plan suivant :
i° Ce qu’est la lèpre?
2° Comment se propage la lèpre?
3° Peut-on traiter la lèpre?
4° Comment se défendre contre la lèpre ?
Dans le même ordre d’idées, nous avons établi un projet d’affi¬
che résumant en quelques propositions très simples et très claires
les données de la brochure dont il vient d’être question et destinée
à être placardée dans tous les endroits publics (mairies, casernes,,
écoles, etc.). Cette affiche est actuellement à l’impression.
Nous avons achevé l’étude des points de concentration destinés
à recevoir les lépreux indigènes et indiqué, dans chaque cas par¬
ticulier, à l’Administration les dispositions qu’il y avait à prendre.
En ce qui concerne les Loyal ty, voici où en sont les choses :
A Maré tout est actuellement organisé, les dépenses nécessaires
ayant été faites ; d’après le rapport du docteur Salomon qui vient
de faire une tournée dans cette île, la léproserie de Betseda est en
plein et parfait fonctionnement : <( Les lépreux, dit-il, y sont
<( concentrés et installés, il y existe des cases confortables et pro-
« près, des plantations étendues et fertiles. De chaque côté de la
« route carrossable qui mène à la léproserie, le terrain est dé-
<( broussé, planté en maïs, canne à sucre et ignames. Les malades
<( se soignent et, en conséquency, en les voyant assemblés, on n’a
« pas la vision répugnante de la « cour des miracles » horrible
a que le public s’attend à trouver quand il est question de cette
« maladie. »
La léproserie de Boné est moins bien entretenue et moins bien-
gouvernée. De Betseda dépendent 82 malades, et 60 de Boné.
A Lifou, l’œuvre est commencée et poursuivie, ainsi qu’à*
Ouvéa, au fur et à mesure des disponibilités budgétaires. Toutes
les installations doivent v être terminées dans les premiers mois'
de 1914. De même sur la Grande-Terre l’organisation se précise,
mais il faudra encore compter au moins dix-huit mois avant que
230 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
toutes les parties de l’organisme soient au point et que les divers
rouage (syndics, chefs indigènes, etc.) aient cessé de grincer, et
toujours sous la condition que l’Administration locale y tienne
sérieusement la main.
En ce qui concerne les Européens et les Arabes il existe actuel¬
lement 21 1 malades reconnus. Sur ces 21 1 lépreux, 161 sont isolés
dans les établissements hospitaliers, savoir :
Ile aux Chèvres . 82
Léproserie pénitentiaire . *9
Les autres malades se répartissent ainsi : 9 autorisés à s’isoler
a domicile, 36 dont la situation est en voie de régularisation admi¬
nistrative et 8 dont il n’a pas encore été possible d’obtenir l’isole¬
ment, véritables « anarchistes de la lèpre ». Il est à espérer que
l’ar/rêté qui vient d’être pris à la date du 13 septembre 1913 les
obligera à s’isoler où du moins restreindre singulièrement leur
nocivité si toutefois on l’applique. En effet cet acte administratif
édicte ce qui suit :
Article premier. — L’exercice des professions suivantes est
interdits aux sujets atteints de lèpre :
Boulanger, cuisinier, pâtissier.
Aubergiste, restaurateur, débitant.
Boucher.
Marchand au détail.
Tailleur, couturier, modiste.
Fripier.
Conducteur de voiture.
Blanchisseur, repasseur.
Coiffeur, barbier.
Equipage de navires ou d’embarcations.
Domestique.
Nourrice.
La même prohibition s’étend aux personnes appartenant aux
professions ci-dessus désignées qui auraient chez elles un lépreux
non isolé pour une raison quelconque.
Article 2. — Les contrevenants aux dispositions du présent
arrêté sont passibles des peines édictées à l’article 25 du décret
du 20 septembre 1911...
Nous avons demandé l’achat d’un cotre pour effectuer commo¬
dément le transport des sujets demandant à être isolés dans un
Séance du 11 Mars 1914
231
établissement hospitalier, car la Compagnie de navigation du tour
de l’île, l’U. C. N. C., a refusé à plusieurs reprises d’accepter les
lépreux à bord de ses navires, malgré demande motivée du Conseil
Colonial d’ Hygiène, lequel avait estimé que ces passages, faits
dans des conditions nettement déterminées (cabine de pont démon¬
table et désinfectable) n’offraient aucun danger pour la santé
publique. Il y a là un exemple de certaines difficultés auxquelles
on peut se heurter dans l’organisation de la lutte contre la maladie
de Hansen : les, personnes qui ont une crainte immodérée et irrai¬
sonnée de la lèpre sont en fait parfois plus dangereuses que celles
qui ne s’en soucient nullement.
Pour éviter la mise à la disposition du public, comme domes¬
tiques, des indigènes chez lesquels la lèpre aurait pu se déclarer
entre deux inspections, ou qui auraient, par hasard, échappé à la
visite, un arrêré local a prescrit que tous les indigènes venant des
des Loyaltv pour servir sur la Grande-Terre seraient examinés
au point de vue lèpre à l’Institut de microbiologie. Il a égale¬
ment été arrêté que les Canaques des Lovalty retournant dans leur
archipel en fin d’engagement seraient également examinés au
point de vue -lèpre de façon à pouvoir être dirigés sur les léprose¬
ries de leurs districts aussitôt débarqués dans leur île.
Une série de mesures analogues vont être proposées en ce qui
concerne les indigènes de la Grande-Terre venant servir à Nou¬
méa.
Un des facteurs les plus importants de dissémination de la ma¬
ladie de Hansen dans l’élément européen libre a été et est encore
dans une certaine mesure, les libérés et relégués individuels ou
relevés de la rélégation. Une dépêche ministérielle du 9 décembre
1912 a prescrit de soumettre la population pénale à une visite
médicale annuelle dans le but d’enrayer la propagation de la
lèpre. Le 10 juin 1913 ont paru deux arrêtés en vertu desquels
les libérés des deux sexes astreints à l’obligation de la résidence
perpétuelle ou temporaire, ainsi que les relégués individuels des
deux sexes sont soumis à une visite médicale annuelle (malheu¬
reusement les libérés de deuxième section et les relevés de la relé¬
gation ne peuvent légalement être astreints à cette mesure). A
Nouméa et dans ses environs cette visite a eu lieu ; dans les cen¬
tres de l’intérieur un médecin de l’Administration Pénitentiaire
doit passer à époques fixes. Le médecin qui sera chargé de ce
service spécial, lequel exigera chaque année une tournée de 5 à
232 Bulletin de l\' Société de Pathologie exotique
6 mois dans la brousse, a été demandé par M. le Directeur du
Service de Santé, mais n’est pas encore arrivé dans la Colonie.
( Institut de microbiologie de Nouméa).
(Décembre 1913).
S ' • / .
Notes sur la toxoplasmose expérimentale (1 J
Par A. SARRAILHE.
Dans l’exposé qui va suivre, nous nous sommes proposé d’étu¬
dier le mode de résistance du Toxoplasma gondii hors de l’or¬
ganisme, placé en milieux stériles variés, à des températures
échelonnées entre o° et 37 °, ou bien encore soumis à l’action no¬
cive de divers agents physico-chimiques tels que : le chauffage
au delà de 40°, ou l’influence de l’eau distillée.
Nous avons recherché ensuite si certains sérums hétérogènes
présentaient une action empêchante vis-à-vis du toxoplasme au
point de contrarier ou de retarder son développement chez des
animaux sensibles.
Nous avons enfin établi le coefficient propre d’infectiosité du
toxoplasme en expérimentant sur les animaux, par des voies de
pénétration diverses, avec des dilutions très étendues du virus
dans l’eàu physiologique.
Résistance hors de l’organisme. — - Les expériences qui font
l’objet de ce chapitre sont nées d’essais infructueux de culture
du Toxoplasma gondii. Le virus, prélevé dans le péritoine de
souris en cours d’infection, était réparti dans l’eau de condensa-
(1) Ces recherches ont été exécutées avec le virus de passage par souris,
obtenu à l’Institut Pasteur de Tunis, et que M. Ch. Nicolle envoya, il y a un
an, à M. Mesnil. Elles ont été commencées en collaboration avec M. Mesnil.
(Voir, pour certains résultats, Mesnil et Sarrailhé, Toxoplasmose expérimen¬
tale de la souris : passage par les muqueuses; conservation du virus dans le
cadavre. C. R. Soc. Biologie , t. LXXIV, 21 juin 1918,, p. 1 34) et continuées
sous sa direction.
Publications relatives au virus utilisé par nous : Ch. Nicolle et M. Conor,
Bull. Soc. Path. exot., t. VI, mars 1913 et Arch. Inst. Pasteur de Tunis,
1913, I-Il; — Laveran. et Marullaz, C. r. Acad. Sciences , 25 mars et 28
avril '1913, et Bull. Soc. Path. exot. t. VI, avril et juin 1913 ; — Miss Pixell,
Proc. Roy. Soc., B t. LXXXVII, 1913.
Séance du 11 Mars 1914
233;
tion cle tubes de gélose-sang, de gélose-ascite, de gélose salée de
Nicolle, ou bien encore en ampoules stériles scellées à la lampe
et placé soit à l’étuve à 370, soit à la glacière, soit à la tempéra¬
ture du laboratoire. Après un séjour plus ou moins long dans ces
milieux, le virus était .inoculé à des souris, dans le péritoine. Les
expériences ont porté sur 22 souris et nous en avons réuni le
détail dans le tableau ci-joint :
D’après ce tableau, on voit que le séjour à l’étuve à 37 0 détruit
l’activité du virus après 24 heures et que ce virus, laissé à la tem¬
pérature du laboratoire, peut se révéler infectieux après 17 jours.
234 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Résistance dans le cadavre. — Dans un travail précédent (i),
nous avions étudié la résistance du toxoplasme dans P organisme
des animaux infectés, après leur mort , et déterminé que les para¬
sites pouvaient se retrouver vivants et garder leur virulence
30 heures après la mort de l’animal porteur.
Comme suite à ce travail et dans le cadre des présentes recher¬
ches, nous avons repris ces expériences sur d’autres souris, en
augmentant la durée du séjour du parasite dans le cadavre.
On a prélevé de la sérosité péritonéale d’une souris environ
50 heures après sa mort. L’animal avait été placé sur le dos, à
la température du laboratoire et la sérosité recueillie fourmillait
de microbes de la putréfaction. Une souris neuve inoculée dans
le péritoine avec une goutte de ce virus putréfié s’est infectée et
est morte en 10 jours. La sérosité péritonéale de cette dernière
souris, inoculée à un sujet neuf, l’a infecté et fait mourir en
5 jours. Nous avons répété l’expérience avec une sérosité péri-
tonéale prélevée sur une souris morte depuis 80 heures environ.
Ce virus inoculé dans le péritoine de 4 souris neuves, s’est mon¬
tré inoffensif et les souris ne se sont pas infectées.
Résistance du Toxoplasme au chauffage et essais d’immunisa¬
tion. — On a vu que les toxoplasmes perdaient toute infectiosité
pour la souris au delà d’un séjour de 24 heures à 370. Il était inté¬
ressant de déterminer de quelle façon ils supporteraient des tem¬
pératures supérieures, agissant pendant moins longtemps.
Les expériences ont porté sur 30 souris, dont 8 témoins, répar¬
ties en six lots et ont été instituées comme suit :
I) De la sérosité péritonéale riche en toxoplasmes, recueillie dans une
pipette effilée, a été placée dans une étuve à 45°. Au bout d’une demi-
heure, une parcelle est inoculée à une souris neuve. Après une heure de
chauffage, nouvelle inoculation à une autre souris. Après 2 heures, on
inocule le reste du virus à 2 souris. Une souris témoin est faite avec le
virus frais non chauffé.
1
La souris témoin meurt infectée le 5° jour.
La souris qui a reçu le virus chauffé 1/2 h. meurt infectée le 7e jour.
» )> » 1 h . » le 8e »
» » » 2 h . » le 1 0e »
» » » 2 h . » le 1 1° »
*
II) Trouvant que la sérosité péritonéale pure, très visqueuse et dense,
présente des grumeaux pouvant permettre aux toxoplasmes de résister à
ces températures, nous nous sommes servis cette fois de liquide pleural
1) Mesnil et Sarrailhé, /. c.
Séance du 11 Mars 1914
235
retiré par ponction d’une souris mourante et beaucoup plus clair que le
liquide péritonéal.
On inocule une souris témoin avec un peu de virus pleural frais. On
place la pipette, contenant le liquide restant, à l’étuve à 45° pendant 2 heu¬
res. Après ce temps, on inocule avec ce virus chauffé 2 souris neuves dans
le péritoine.
La souris témoin meurt infectée le 7e jour.
Les 2 souris traitées par le virus chauffé, meurent infectées, l’une le
13e, l’autre le 13e jour.
III) Nous avons alors varié le dispositif des expériences. La sérosité
péritonéale à toxoplasmes, diluée à 1 /2 dans l’eau physiologique, est aspi¬
rée dans une pipette et mise à déposer une heure en station verticale. La
pipette a été ensuite placée à l’étuve à 43° pendant 2 heures. A ce moment,
la partie supérieure claire du liquide est aspirée et inoculée à 2 souris
neuves. La partie inférieure trouble et granuleuse est inoculée à 2 autres
souris. Un témoin est fait avec le virus frais non chauffé.
La souris témoin est morte, infectée, le 5° jour.
Les 2 souris inoculées avec la partie claire du virus chauffé, sont mortes
infectées le 7e et le 9e jour.
Les 2 souris qui ont reçu dans le péritoine la partie trouble de ce même
virus chauffé, sont mortes infectées le 7e et le 10e jour.
IV) Du liquide péritonéal riche en toxoplasmes est prélevé par ponction
et réparti en 2 pipettes, l’une contenant du virus pur, l’autre du virus
dilué à 1/10 dans l’eau physiologique, le tout mis à l’étuve à 48°5 et
chauffé pendant 1 h. 30.
A ce moment on inocule une souris neuve avec la partie supérieure
claire du virus chauffé pur et une 2e avec la partie inférieure trouble. Deux
autres souris neuves sont inoculées, l’une avec la partie supérieure claire
du virus dilué à 1 / 10 et l'autre avec la partie inférieure trouble.
On fait 2 témoins neufs avec le virus pur et le virus dilué, frais, non
chauffés.
Les 2 témoins meurent : le 5e jour (virus pur) et le 6e jour (virus dilué).
Les 4 souris traitées par le virus chauffé 2 h. à 48°5 résistent et sont
encore vivantes 20 jours après l’inoculation ; à ce moment elles sont réino¬
culées avec du virus frais pour savoir si la première injection leur aurait
conféré une immunité quelconque. Elles meurent infectées 4 et 5 jours
après cette deuxième inoculation.
V) Même expérience que plus haut, avec virus pur et dilué à 1/10, chauf¬
fé 2 heures à 50°, portant sur 4 souris neuves et 2 témoins. Les témoins
traités par le virus frais meurent infectés en 4 et 5 jours. Les 4 souris en
expérience avec les virus chauffés résistent et sont encore vivantes 20 jours
après l’inoculation.
A ce moment, elles sont réinoculées avec du virus frais et meurent
infectées en 5 jours et 5 jours 1/2.
VI) Même expérience que ci-dessus avec virus pur et virus dilué à 1/5,
chauffés 2 heures à 52°5, portant sur 4 souris neuves et 1 témoin. Le
témoin meurt infecté en 4 jours et 1/2.
Les 4 souris traitées par les virus chauffés résistent. L’une d’elles meurt
accidentellement de diarrhée, le 12e jour, non infectée. Les 3 autres sont
encore en bonne santé 2 mois après l'inoculation. A ce moment, deux
d’entre elles sont inoculées avec du virus frais et meurent infectées en
236
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
5 jours 1/2. La 4e, inoculée de meme, au bout de 2 mois 1/2, meurt infec¬
tée en 5 jours.
1 Résistance du toxoplasme a l’eau distillée. — Une première expérience
à porté sur 8 souris dont une témoin. Nous avons fait agir une quantité
fixe de virus frais, riche en toxoplasmes (en l'espèce, I goutte), en pré¬
sence d’eau physiologique et d’eau distillée mélangées ensemble à des taux
divers.
Virus Eau Eau
pur pliysiolog. distillée
goutte gouttes gouttes
l N 0
I IX I
I VII III
I V V
La 1re souris a été inoculée avec.
La 2e » » » .
La 3e » » » .
La 4e » » » .
Les 51 et 6e souris avec des dilutions inversement proportionnelles d’eau
physiologique et d’eau distillée, soit de cette dernière : VII et IX gouttes.
La 7e a reçu l goutte de virus pur dilué dans X gouttes d’eau distillée.
Une souris témoin a reçu du virus pur. On a donc ainsi, avec la souris
inoculée avec le virus dilué au 1/10 de l’eau physiologique, deux témoins
de l’expérience.
Les dilutions sont restées en contact dans des verres de montre pendant
5 minutes et ont été ensuite injectées dans le péritoine des sujets. Les
3 premières souris et la souris témoin sont mortes infectées en 5 jours;
les 4 autres, en 6 jours, également infectées.
Il) On a répété l’expérience sur 3 souris nouvelles : la lre a reçu :
l goutte de virus pur et quantités égales d’eau physiologique et d’eau dis¬
tillée,. soit V gouttes de chaque. La 2° : I goutte de virus, IV gouttes d’eau
physiologique et VIII gouttes d’eau distillée. La 3e enfin : I goutte de virus,
XII gouttes d’eau distillée.
Cette fois on a laissé les mélanges en contact pendant 13 minutes, puis
on les a inoculés aux souris. Les 2 premières sont mortes, infectées, le
6e jour. La 3e était encore vivante 23 jours après et son péritoine ne mon¬
trait aucune trace d’infection par toxoplasmes.
Par comparaison avec ces résultats, nous avons repris ces expériences
sur des trypanosomes, dont la sensibilité à l’eau ordinaire est bien connue :
V à VI gouttes de sang de souris infectée de T. du Nagana (Ouganda),
mélangées à volume égal d’eau citratée stérile, ont constitué le virus à
éprouver : 3 souris ont été inoculées avec les mélanges suivants :
Eau Eau
Virus physiolog. distillée
La 1re reçoit dans le péritoine
La 2 e » »
La 3e » »
goutte
I
I
I
gouttes
Vf
IV
0
gouttes
vi
VIII
XII
Dans la l'e expérience, on laisse le mélange en contact pendant
15 minutes et on l’examine toutes les 3 minutes à l’état frais. Les trypa¬
nosomes gardent pendant tout ce temps leur mobilité et leur forme. Us
sont inoculés après 15 minutes dans le péritoine d’une souris neuve
Dans la 2e expérience, après la 3e minute, les trypanosomes ralentissent
leurs mouvements, se contractent en formes trapézoïdales et deviennent
granuleux. A la 10e minute, la plupart des trypanosomes sont morts. 11 en
Séance du 11 Mars 1914
237
reste quelques uns très rares, animés de faibles mouvements On fait l'ino¬
culation à la 10u minute.
Dans la 3e expérience, on constate la mort instantanée des trypanosomes
qui se déforment, se ratatinent et flottent inertes dans le liquide. On les
inocule après 5 minutes de contact.
La tre et la 2e souris s'infectent et montrent des trypanosomes dans leur
sang dès le 3e jour. La ire meurt le 0e jour. La 2e meurt le 15e jour.
La 3e ne présente aucun trypanosome dans son sang et survit
Recherche d’un pouvoir empêchant dans des sérums hétérogènes. —
1) Upe première expérience a porté sur 4 souris dont une témoin. Une
souris a été inoculée dans le péritoine avec un mélange d’I goutte de virus
riche en toxoplasmes (exsudât pleural) dans 3/4 de cc. de sérum humain.
Infection. Mort au 9e jour.
Une souris a reçu dans le péritoine : f goutte de virus dans 3/4 cc. de
sérum de cynocéphale. Infection. Mort au 8e jour.
Une souris a reçu dans le péritoine : I goutle de virus dans 3/4 cc. de
sérum de rat. Infection. Mort au 8e jour.
Une souris témoin inoculée avec du virus pur, s'infecte et meurt au
5e jour.
II) On a fait varier les conditions de l’expérience et fait agir le virus en
présence de sérum de chien infecté de toxoplasmes, pour rechercher si
l’animal était susceptible de faire des anticorps.
Avec une pipette débitant 100 gouttes au cc., on fait les mélanges sui¬
vants : I goutte de virus -f 1/2 cc. d’eau physiologique; I goutte de
~virus -f- I ce. — 1 goutte -f 1 cc. 1/2 — I goutte -f 2 cc., soit des dilu¬
tions de 1/50 — 1/100 — 1/150 — 1/200, inoculées dans le péritoine de 4 sou¬
ris neuves. Celles-ci s’infectent et meurent dans des temps variant entre
6 jours et 6 jours 1/2.
III) On refait une nouvelle série de 4 souris qu’on inocule avec une
dilution à 1/100 dans le sérum de chien infecté, à la dose de V, X, XX et
XXX gouttes respectivement Les 3 dernières souris meurent le 6e jour,
infectées. La lre succombe le 7e.
IV) Nous avons recherché comparativement comment se comportait le
toxoplasme dilué dans un volume notable de sérum de chien infecté d’une
part et d’eau physiologique de l’autre.
I goutte de virus pur est diluée dans 1 cc. d'eau physiologique : 1 / 1 00e.
Solution A . >
I goutte de la solution A est diluée dans 1 cc. de sérum de chien:
1/10.000. Solution B.
1 goutte de la solution A est diluée dans 1 cc. eau physiologique :
l/l 0.000. Solution C.
4 souris neuves sont inoculées dans le péritoine avec 1/4 de cc. de la
solution B. Elles s’infectent toutes : une meurt le 6e, une autre le 7e et les
2 dernières le 8e jour.
2 souris neuves sont inoculées dans le péritoine avec 1/4 de cc. de la
solution C. Elles s’infectent et meurent le 6° jour.
Une souris témoin faite avec 1 goutte rie virus pur, meurt le 5e jour.
Dans U expérience ci-dessus, nous avons observé que le toxo¬
plasme gardait son infectiosité pour la souris à la dilution consT-
*7
238
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dérable de i/io.oooe. Nous avons poussé plus loin la dilution,
en nous servant désormais d'eau physiologique.
On dilue du virus pur à 1/100 — 1/10.000 — 1/100.000. De chacun de
ces mélanges, on inocule 1/4 de cc. dans le péritoine de souris. Cette expé¬
rience a été répétée trois fois sur des animaux neufs. En voici les résultats :
Dilution à J/lOO : Les 3 souris s'infectent et meurent en 5 jours,
6 jours et 6 jours 1/2.
Dilution à 1110.000 : Les 3 souris s’infectent et meurent en 6 jours,
7 jours et 8 jours.
Dilution à 1/100.000 : Les 3 souris s’infectent et meurent en 7 jours 1/2,
9 jours et 10 jours.
Jusqu’à présent toutes les expériences exposées dans ces notes
ont porté sur un seul mode d’inoculation : l’injection intra-péri¬
tonéale. Nous avons recherché si les autres voies de pénétration
du virus dont nous avions précisé l’action ou démontré l’existence
au cours d'un travail antérieur (i), révéleraient vis-à-vis du toxo¬
plasme une sensibilité analogue à celle du péritoine.
Une souris a été inoculée dans les fosses nasales avec quelques gouttes
d’une dilution de virus à 1/100 dans l’eau physiologique. Elle meurt
d’infection généralisée le 10e jour.
Une 2e souris est inoculée dans chaque œil avec 2 gouttes d’une solu¬
tion à 1/10.000. Elle ne s’infecte pas.
Deux souris sont inoculées avec quelques gouttes d’une solution au
1/100.000 la lre dans les 2 yeux et les fosses nasales, la 2e dans le vagin.
Ni l’une, ni l’autre ne s’infectent dans la suite.
Environ 25 jours après cette expérience, 2 des souris restées indemnes
sont inoculées dans le péritoine avec du virus pur et meurent infectées en
6 jours ! /2.
Comme, au cours des nombreuses autopsies que nous avons
pratiquées sur des animaux soumis à des expériences diverses
d’infection par le Toxoplasma gondii, nous avons rencontré
assez rarement le parasite dans le sang circulant, nous avons cher¬
ché s’il était possible d’infecter des sujets sensibles par l’inocula¬
tion du sang d’un animal en cours d’infection. Pour cela, nous
avons sacrifié une souris arrivée à la dernière période de l’infec¬
tion, ouvert son thorax et prélevé avec une pipette stérile du sang
du cœur, après cautérisation préalable de sa paroi.
aXX gouttes de ce sang ont été additionnées de Y gouttes d’eau citratée
stérile et on a inoculé dans le péritoine 3 souris respectivement avec : I,
Y et XV gouttes du mélange.
Les souris se sont toutes infectées et sont mortes la 1r0 le 10e, la 2e le 9e
et la 3e le 8e jour après l’inoculation.
(i) Mesnil et Sarrailhé, /. c.
Séance du 11 Mars 1914
239
Conclusions. — Les conclusions qui se dégagent de cette étude
peuvent être résumées comme suit :
r° Le Toxoplasma gondii est un protozoaire relativement très
résistant aux influences extérieures. Bien qu’à notre connaissance
du moins, il ne présente pas de formes kystiques dans son cycle
évolutif, il a pu rester vivant et garder son infectiosité après un
séjour hors de l’organisme atteignant jusqu’à 17 jours. Ces résul¬
tats ont été observés à des températures variant entre o° et 250.
Par contre, à la température de 37 °, le virus perd rapidement
sa vitalité et se montre inactif après 24 heures. Il résiste bien à
la concurrence vitale créée par les microbes de la putréfaction et
le virus a pu se montrer infectant après un séjour de 50 heures
dans le cadavre.
20 Le T. gondii supporte très bien des températures élevées,,
agissant pendant quelques heures. Le virus chauffé à 45° pendant
2 heures, s’est montré chaque fois infectant pour les animaux
sensibles, avec cette seule différence que l’évolution de la maladie
était retardée. Ainsi la durée moyenne de cette évolution avec le
virus pur étant de 5 jours, celle de la maladie conférée par les
virus chauffés a varié entre 7 et 15 jours, la moyenne s’élevant
à 9 jours et demi. Chauffé au delà de 450, à 4S°5, 50° et 52 0 5* pen¬
dant le même temps, le virus devient inactif et les souris ne s’in¬
fectent pas. Mais celles-ci n’acquièrent, du fait de cette injection,
aucune immunité et succombent à une inoculation ultérieure de
virus frais dans le même temps que des témoins neufs.
30 Le T. gondii mis en présence d’eau distillée résiste à son
action nocive lorsque le temps de contact n’atteint pas 15 minu¬
tes. Au delà, le virus est tué et son injection à un animal sensible
ne l’infecte pas. Comparativement, l’eau distillée détruit instan¬
tanément un virus à trypanosomes du nagana (Ouganda) et l’ino¬
culation d’un tel virus à un animal sensible, après un contact de
5 minutes, n’infecte pas cet animal.
40 Certains sérums hétérogènes mélangés à du virus frais n’ont
exercé sur lui qu’une action nulle ou très faiblement empêchante.
On peut attribuer le retard de l’évolution de l’infection, dans ces
cas, beaucoup plus à la dilution (1/750 environ) qu’aux sérums
eux-mêmes.
Le sérum d’animaux en cours d’infection (souris, chien) ne
jouit d’aucune propriété protectrice vis-à-vis des animaux sensi¬
bles inoculés avec des mélanges de virus-sérum, même à des
240 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
doses très élevées de ce sérum. Avec du sérum de chien infecté
notamment, on a pu établir que le virus s’est comporté comme
lorsqu’il est simplement additionné d’eau physiologique sous un
volume égal.
5° La recherche de la virulence du toxoplasme en dilutions
très étendues de sérum de chien a conduit à étudier l’action de
dilutions plus fortes. Une série d’expériences, positives chaque
fois, a démontré que le virus, meme dilué au i/ioo.oooe, se mon¬
tre actif pour la souris en injection intra-péritonéale.
Par contre, d’autres voies de pénétration du virus se sont mon¬
trées moins sensibles. On a pu infecter une souris par les fosses
nasales avec une dilution à i/iooe, mais on a échoué pour des
dilutions supérieures : de i/i 0.000e et de i/ioo.oooe, en emprun¬
tant les voies : nasale, lacrymale et vaginale.
6° Bien que le toxoplasme ne se trouve pas très fréquemment
chez les animaux infectés dans le sang circulant par l’examen
à l'état frais et sur frottis colorés au Giemsa, nous avons pu
infecter 3 souris qui ont reçu dans le péritoine I, V et XV gouttes
de sang du cœur d’une souris en cours de maladie.
( Laboratoire de M. Mesnil, à V Institut Pasteur).
Sur la nature des corps de Graham-Smith
Par A. LAVERAN et M. MARULLAZ.
Graham-Smith a décrit, en 1905, dans le sang de taupes cap¬
turées aux environs de Cambridge, des corps bacilliformes, endo-
globulaires, qu’il a considérés comme des parasites. Ces corps
existaient chez 10 % des taupes; le nombre des hématies altérées
variait de 1 à 3 % (1).
Après coloration au Giemsa, ces corps se présentent, dit
Graham-Smith, sous l’aspect de bâtonnets plus ou moins longs,
inclus dans les hématies, rarement libres dans le plasma, incur¬
vés, souvent renflés à l’une des extrémités ou aux deux extré¬
mités. Le protoplasme se colore en bleu pâle à la partie médiane,
(i) G. -S. Graham-Smith, Journal of Hygiène, octobre 1906, t. V, p. 453.
Séance du 11 Mars 1914
241
plus fortement aux extrémités. Dans les formes les plus longues,
on trouve parfois des corpuscules de chromatine, arrondis ou
ovalaires, situés d’ordinaire près d’une extrémité renflée. La plan¬
che du travail de Graham-Smith montre des éléments bacilli-
formes endoglobulaires, nombreux, contenant parfois i ou 2
noyaux de chromatine bien différenciée du protoplasme. La lon¬
gueur des éléments est de o y, i à i y ; leur nombre dans une
hématie varie de i à 79 ; il est le plus souvent de 6 à 20.
Graham-Smith estime avec raison que les corps observés par lui
n’ont rien à voir avec les Piroplasmes; il n’a pas essayé de faire
des expériences de transmission, en raison de la difficulté de
garder des taupes en captivité.
J.-D. Thomson qui a repris l’étude des corps bacilliforrhes
endoglobulaires de la taupe n’a rien vu de comparable à ce qui
est représenté dans la planche coloriée du travail de Graham-
Smith ; il a constaté que ces éléments se coloraient comme des
bactéries et ne prenaient pas le Gram (1).
La proportion des taupes ayant des corps bacilliformes a été
trouvée plus forte par Thomson, aux environs d’Elstree, qu’aux
environs de Cambridge où Graham-Smith avait fait ses recher¬
ches. Le sang des taupes ayant des hématies altérées a été ino¬
culé sans succès à un lapin, à un rat, à un cobaye et à une souris.
Thomson ne se prononce pas sur la nature des corps de
Graham-Smith.
En 1906, A. Balfour signale l’existence fréquente de granula¬
tions basophiles dans les hématies des gerbilles et celle de bâton¬
nets endoglobulaires semblables à ceux décrits par Graham-
Smith chez la taupe, dans le sang d’une gerboise ( Jaculus jaculus
ou /. Gordoni) (2).
Les corps de Graham-Smith sont très communs chez les taupes
du Portugal ; França a trouvé des éléments bacilliformes de
même aspect chez un campagnol ( Microtus incerius) et chez le
lérot vulgaire (Myoxus nitela = Eliomys quercinus) (3). Les expé¬
riences que j’ai faites sur les Microtus m’ont convaincu, écrit
França, qu’il s’agit de pseudo-parasites endoglobulaires. Les
(1) J.-D. Thomson. Journal of Hygiène, 1906. t. Vf, p. 574.
(2) A. Balfour, Second Report of the Wellcome research Laboratories ,
Khartoum 1906, p. in ; Fourth Report , 1 9 1 1 , vol. A, p. 110 et Aoc. de path.
exotique , 1911, t. IV, p. 660.
(3) C. França, Arch. do Inst, bacter. Carnara Peslana, 1911, t, III, p. 277.
242
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ensemencements dans différents milieux de culture et les inocu¬
lations à des Microtus du sang contenant ces éléments ont donné
des résultats négatifs. D’après le même observateur, il n’y a pas,
chez les taupes, de relation entre l’existence des éléments bacilli-
formes et l’anémie; des taupes fortement anémiées en étaient
exemptes.
Brumpt a trouvé, chez une taupe de Chantilly au mois de sep¬
tembre 19 1 p des corps de Graham-Smith qui, après coloration
au Giemsa, se présentaient sous les aspects suivants : éléments
bacilliformes de 1 y de long environ, sur o y, 20 à o y, 25 de
large, sphériques ou ovoïdes, d’un diamètre moyen de o y, 33.
Ces éléments se colorent uniformément ou bien les extrémités
prennent une teinte foncée, alors que la partie moyenne se colore
faiblement (1); il s’agirait, dans ce cas, de formes en division.
Les hématies contenant des corps de Graham-Smith étaient
acidophiles, non hypertrophiées; les hématies polychromatophi-
les étaient nombreuses.
D’après Brumpt, la nature parasitaire des corps de Graham-
Smith n’est pas douteuse : i° parce que ces corps semblent se
multiplier par division; 20 parce que les granulations basophiles
décrites jusqu’ici dans les hématies se décolorent par le tannin
orange de Unna, ce qui n’est pas le cas pour les corps de Graham-
Smith.
Sur la question de savoir si ces parasites sont de nature végé¬
tale ou animale, Brumpt ne se prononce pas ; il crée pour eux le
genre Grahamella.
A. Léger a constaté, chez des rats (Mus mciurus ), à Bamako,
l’existence d’éléments endoglobulaires analogues aux corps de
Graham-Smith de la taupe (2); les tentatives d’inoculation expé¬
rimentale de ces éléments ont échoué.
Prowazek a trouvé, dans les hématies de la souris jaune
( yellow mouse ), des éléments qu’il considère comme voisins des
corps de Graham-Smith de la taupe (3).
Herbert Henry signale (4) l’existence des corps de Graham-
Smith chez Microtus agrestis et chez la Musaraigne aquatique,
C rossopus fodiens = Neomys fodiens.
(1) E. Brumpt. Suc. de path. exotique, it oct. icpi, Bullet. U IV. p. 5i4-
(2) A. Lf.ger, Soc. path. exotique. 0 avril 1918.
G) S. v. Prowazek, Centralbl. f. Bakter I, Ori«\. 29 juillet 1913.
(4) Herbert Henry, Journ. of Path. a. Bacter octobre 1918.
Planche 11
Laveran et Marullaz.-
t à 12, hématies de taupes. — i3 à 18, hématies de gerboise de Tunisie. —
19 à 2 1 , hématies d une gerboise de Khartoum. — 22 à 24, hématies de Micro-
tus incertus (França). — 25 et 26, hématies d’une musaraigne. — 27 à 29,
hématies de lérot. — 3o, hématie de mulot. - 3i «à 35, hématies de rats nou¬
veau-nés. — 36 à 38, hématies d’une souris nouveau-née. — 39 à l\2 , hématies
de bovidés fortement anémiés à la suite d’une atteinte de piroplasmose. Gros¬
sissement 2000 diamètres environ.
«
V »
Séance du 11 Mars 1914
243
Joyeux, en Guinée française, a vu des corps de Graham-Smith
chez deux espèces de rats : Golunda fallax et Mus rattus (i).
Nous avons constaté, pour notre part, l’existence des coirps de
Graham-Smith chez des taupes, chez des lérots, chez des ger¬
boises et chez une musaraigne.
Sur 41 taupes ( Talpa europœa), provenant de Tournan (Seine-
et-Marne), 9 avaient des corps de Graham, 17 des trypanosomes,
18 des Elleipsisoma Thomsoni; l’existence des corps de Graham
a été constatée : 6 fois chez des taupes qui n’avaient ni trypano¬
somes ni Elleipsisoma ; 2 fois chez des taupes ayant des Elleipsi¬
soma ; 1 fois chez une taupe ayant des trypanosomes et des
Elleipsisoma.
Sur 6 taupes de Chantilly, aucune n’avait de trypanosomes,
des Elleipsisoma ont été trouvés chez une, et des corps de Graham
chez une autre.
Tout semble démontrer qu’il n’y a aucune relation entre les
corps de Graham de la taupe, les trypanosomes et les Elleipsi¬
soma.
Chez toutes les taupes ayant des corps de Graham, ces corps
ont été notés comme rares ou très rares.
Les figures 3 à 12 représentent différents aspects des corps de
Graham chez la taupe, dans des préparations de sang desséche,
fixé à l’alcool-éther, et coloré au Giemsa. Dans le sang frais, nous
n’avons pas réussi à distinguer ces corps.
Le nombre des éléments contenus dans une même hématie est
très variable, tantôt les hématies ne contiennent qu’un ou deux
corps de Graham, tantôt elles en contiennent 50 et plus.
La forme et les dimensions des corps de Graham sont égale¬
ment très variables; les éléments les plus petits sont représentés
par des granulations sphériques ou ovalaires qui ont souvent l’as¬
pect de diplocoques (fig. 4, 5, 6) et qui se colorent d’une façon
uniforme en violet par le Giemsa. Les éléments les plus grands
ont la forme de bâtonnets de 1 4 à 1 4, 2 de long, sur o 4, 2 à
o 4, 3 de large. Les extrémités des bâtonnets, parfois un peu ren¬
flées, se colorent fortement, tandis que la partie médiane reste
très pâle, si bien que l’aspect est celui d’un bacille en division
ou d’un diplobacille (fig. 7 à 12). Jamais nous n’avons réussi à
voir, dans ces éléments colorés en bleu ou en violet, les taches
, • * J ) 'T • • i - ‘ "
(1) Joyeux, Soc de path. exotique, 12 novembre 1 g 1 3.
244 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rouges représentées par Graham-Smith et assimilées par lui à des
caryosomes.
Dans le sang des taupes montrant des corps de Graham, nous
avons noté, à plusieurs reprises, l’existence d’hématies contenant
de gros grains de chromatine (fig. i et 2), reliquat très probable
des noyaux, et de la polychromatophilie.
Chez la gerboise, chez le Microtus incertus, chez la musaraigne,
chez le lérot, les corps de Graham se présentent sous les mêmes
aspects que chez la taupe.
Les figures 13 à 18 ont été prises dans une préparation de sang
d’une gerboise (jaculus orientalis) venant de Tunisie; les figures
19 à 21, dans une préparation de sang de gerboise ( Jaculus Gor-
doni) envoyée il y a quelques années de Khartoum à M. Laverax
par M. A. Balfour ; les figures 22 à 24, dans une préparation
de sang de Microtus incertus envoyée à M. Laverax par M. C.
França ; les figures 25 et 26 se rapportent à une préparation de
sang de musaraigne Sorex vulgaris ; les figures 27 à 29, à une
préparation de sang de lérot Myoxus nitela adulte; la figure 30,
à une préparation de sang de mulot, Mus sylvaticus .
Il était indiqué de comparer les éléments qui ont été décrits sous
le nom de corps de Graham-Smith aux granulations basophiles
des hématies des très jeunes animaux et des sujets anémiques (1).
Les figures 31 à 35 représentent des hématies mouchetées de
rats nouveau-nés ; les figures 36 à 38, des hématies d’une souris
nouveau-née ; les figures 39 à 42, des hématies de bovidés forte¬
ment anémiés à la suite d’une atteinte de piroplasmose.
Certains éléments trouvés dans ces hématies (fig. 34, 35, 37)
rappellent de très près les corps de Graham.
Les hématies mouchetées sont généralement associées aux hé¬
maties nucléées dont elles paraissent dériver.
*
* *
(1) L’étude de ces granulations a fait l'objet d’un grand nombre de travaux
qu’il nous est impossible de citer dans cette note. Deux opinions principales
ont été émises quant au mode de formation de ces granulations : pour les uns,
il s’agit d’une altération du protoplasme ; pour les autres, d’un reliquat des
caryosomes des hématies de nouvelle formation. (Voir à ce sujet, dans le
Traité d'histologie de Prenant, Bouin et Maillard, 1904, I, p. 563, la Fig. 497.
d’après Israël et Pappenheim, et la discussion qui a eu lieu en 1898 et 1899 à
la Société de médecine interne de Berlin sur la nature et la signification des
hématies à granulations basophiles).
Séance du 11 Mars 1914
245
Les corps de Graham sont-ils de nature parasitaire ?
Les auteurs qui ont résolu cette question par l’affirmative, se
sont basés surtout sur l’aspect des corpuscules décrits par Graham-
Smith. 11 est certain que si ces éléments se présentaient, dans
les préparations colorées au Giemsa, avec un caryosome très ap¬
parent, comme dans certaines des figures de Graham-Smith,
l’idée qu’il s’agit d’hématozoaires endoglobulaires s’imposerait,
mais nous avons dit plus haut que nous n’avions pas réussi à
voir les noyaux de chromatine colorés en rouge représentés par
Graham-Smith ; les autres observateurs qui ont étudié cette ques¬
tion n’ont pas été plus heureux que nous; on constate seulement
que les extrémités des bâtonnets se colorent plus fortement que la
partie moyenne.
D'après Brumpt, les formes ayant l’aspect de diplobacilles im¬
pliquent une division par bipartition, et constituent la preuve
principale de la nature parasitaire des corps de Graham. Si l’on
étudie comparativement le sang des animaux ayant des corps de
Graham, et celui d’animaux nouveau-nés ou fortement anémiés,
on est frappé de voir que les granulations basophiles, certaine¬
ment non parasitaires, trouvées chez ces derniers animaux présen¬
tent quelquefois des formes en diplocoques ou en diplobacilles
très voisines de celles des corps de Graham, Les granulations
basophiles des hématies se distinguent, d’après Brumpt, des corps
de Graham par ce fait que, dans les frottis colorés au Giemsa,
elles sont décolorées par le tannin-orange, ce qui n’a pas lieu pour
les corps de Graham. Ce procédé de différenciation est loin d’être
infaillible; nous avons constaté plusieurs fois que des hématies
mouchetées n’étaient pas décolorées par le tannin-orange.
Les corps de Graham ressemblent plus à des bactéries qu’à des
protozoaires, et le Bacillus Krusci fournit un exemple d’un ba¬
cille parasite des hématies. L’aspect des hématies de la Ranci
esculenta envahies par le B. Krusei est d’ailleurs bien différent
de celui des hématies contenant des corps de Graham ; les bacilles
se creusent des vacuoles dans le protoplasme, et l’examen du sang,
à Tétât frais, décèle leur présence ; ils sont animés de mouvements
rapides (i) ; rien de tel avec les corps de Graham.
Les essais d’inoculation des corps de Graham ont toujours
échoué, non seulement entre animaux d’espèces différentes, mais
(i) A. Laveran, Soc. de Biologie , i3 mai 1899.
246
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
entre animaux de même espèce ( Microtus incertus, França; Mus
maurus, Leger).
L’expérience est difficile à faire sur des taupes qui vivent peu
de temps en captivité. Nous avons pu cependant conserver pen¬
dant 14 jours une taupe à sang normal, qui avait été inoculée dans
le tissu conjonctif sous-cutané avec le sang d'une taupe ayant des
corps de Graham. L’examen du sang de la taupe inoculée a tou*
jours été négatif.
Des essais d’inoculation au rat et à la souris ont été également
négatifs.
Négatifs aussi des essais de culture.
*
* *•
Il nous paraît ressortir des faits exposés dans cette note que la
nature parasitaire des corps de Graham-Smith n’est pas démon¬
trée. Ces corps sont probablement de même nature que les granu¬
lations basophiles, si communes dans les hématies des animaux
nouveau-nés ou chez les sujets anémiques; ils paraissent provenir
de la désagrégation des noyaux des hématies de nouvelle forma¬
tion.
Le fonctionnement du Parc vaccinogène
de Bouaké du 10 mars au 3j décembre 1913
Par P. DELANOË (1).
Pendant l’année 1913, le Parc Vaccinogène de Bouaké, comme
Ls années précédentes, muni d’un outillage aussi réduit que pos¬
sible, a été constitué par quelques cases en paille, avec murs en
banco et sol battu. Il a pu néanmoins, sans grandes difficultés,
répondre aux besoins de la Colonie.
Du 10 mars au 31 décembre 1913, Je Parc Vaccinogène a délivré
468.800 doses de vaccin : en mars, 16.000 doses ; en avril, 29.600;
en mai, 77.450; en juin, 32.300; en juillet, 31.300; en août,
« • A • • t •
(1) J’ai officiellement pris la Direction du Parc à la date du 10 Mars 1913.
Cette publication est le Rapport Annuel que j’ai adressé à M. le Chef de ser¬
vice de santé. - - ■ v
Séance du 11 Mars 1914
247
26.500; en septembre, 62.500; en octobre , 77.500; en novembre,
89.950; en décembre, 26.300.
Nous avons délivré du vaccin à : Korogho, 71.000 doses;
Odienné, 30.000; Touba, 23.000; Boundoukou, 12.000; Daba-
kala, 31.000; Katiola, 20.000; Bouaké, 23.200; Béourni, 34. 3503
Tiébissou, 37.000; Sèguèla, 17.000 ; Man, 20.600 ; Daloa, 23.500 ;
Bouaflé, 19.000; Dimbokro, 9.400; Toumodi, 13.000; Zaranou ,
325; Soubré , 10.000; Tabou, 21.000; Sassandra, 3.000; Grand -
Lahou, 325; Dabou, 12.000; Abidjean, 1.000; Bingerville ,
29.000; Grand-Bassam, 600; Mfroisso, 7.000.
On peut donc rigoureusement dire que les points les plus diffé¬
rents de la Côte d'ivoire se sont cette année ravitaillés en vaccin
à Bouaké.
Sur la carte, les noms des différents Postes se trouvent indi¬
qués avec écrits en dessous les nombres de doses de vaccin qui
leur ont été délivrées.
Les demandes de vaccin ont été satisfaites dans le plus bref
délai possible, souvent le jour même où elles étaient formulées.
248
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
Mode d'envoi du Vaccin. — La pulpe vaccinale, finement
broyée au mortier, a été expédiée dans des tubes de verre aux
effilures fermées à la flamme d’un Bunsen à alcool.
Les tubes de vaccin ont été immergés dans un récipient rempli
d’eau et dont la porosité est au préalable vérifiée.
Au lieu d’envoyer le vaccin dans des gargoulettes, nous pré¬
férons l’expédier dans de petits canaris indigènes, d’une conte¬
nance de 5 à 7 litres. A cela plusieurs avantages : aussi poreux
que la gargoulette, le canari coûte bien moins cher : o fr. 75 au
maximum, au lieu de 3 fr. 80. IL est en outre muni d’une ouver¬
ture suffisante pour permettre l’introduction de la main. Il est
dès lors facile de ranger convenablement les tubes de vaccin
dans le fond du récipient entre une double couche de ouate hydro¬
phile et de les retirer sûrement intacts à l’arrivée.
A. Petit canari servant au transport du vaccin.
B. Le couvercle du canari vu en coupe transversale.
L’accumulation des tubes de vaccin dans une gargoulette à col
forcément étroit les expose à être brisés au moment où on les
retire par secousses plus ou moins brèves, et il y a trop de vaccin
perdu de cette façon. Il n’y a qu’une moyen pour retirer sûre¬
ment des tubes de vaccin d’une gargoulette, c’est de la briser.
Les porteurs chargés de transporter le vaccin quittent le Parc
à la tombée du jour. Ils ont l’ordre formel de ne marcher que la
nuit ou le matin avant que l’ardeur solaire se fasse sentir. A cha¬
que fois qu’ils rencontrent un marigot, ils doivent renouveler
l’eau du récipient.
Ces prescriptions ne sont malheureusement pas toujours obser¬
vées. Et des porteurs, malgré les rigueurs administratives, ne se
gênent pas pour marcher en plein soleil.
Séance du 11 Mars 1914
249
Nous avons l’habitude de placer le récipient à vaccin dans
une caisse complète, c’est-à-dire munie d’un couvercle suscepti¬
ble de se rabattre, avec des trous dans le fond et les parois de
manière à en faciliter l’aération. Ainsi sommes-nous certains
qu’en cours de route, en cas de négligence de la part du por¬
teur, les rayons solaires ne viendront pas échauffer directement
l’eau qui contient le vaccin.
Pour les Postes que le Rail rapproche de Bouaké, tels que
Dimbokro, Abidjean, Bingerville , Bassam, la caisse devient inu¬
tile et le vaccin peut parfaitement être expédié simplement dans
une gargoulette ou un canari.
Depuis le mois d’août, sur la demande de M. le docteur Blan-
quier, le vaccin est expédié à Touba, à io jours de marche envi¬
ron de Bouaké, sous forme de pustules entières, non broyées,
mélangées à leur poids de glycérine. Alors que M. Le Camp ion,
administrateur du Cercle de Touba, n’avait précédemment obtenu
que des résultats négatifs avec le vaccin expédié sous forme de
pulpe finement broyée, mon Collègue de Touba me fit officielle¬
ment connaître que le vaccin qui lui fut adressé au mois d’août
lui avait donné « gS % de succès » (i).
Par ces différences dans les résultats s’exprime l’importance
du mode d’envoi.
Sur la demande de M. le Chef de Service de Santé, du vaccin
fut dernièrement envoyé à Man , à 8 ou 9 jours de marche de
Bouaké, sous forme de pustules entières.
J’estime que cette pratique mérite d’être généralisée à tous les
Postes suffisamment éloignés de Bouaké.
La Vaccination chez les Bovidés du Baoulé-Nord. — Le
vaccin que nous avons délivré provient uniquement de récoltes
faites chez les génisses et les vaches du Cercle du Baoulé-Nord .
Le bétail bovin du Baoulé-Nord est constitué uniquement par
des bœufs sans bosse, de petite taille, trapus, remarquables par
leur rusticité et leur résistance aux trypanosomiases animales.
C’est à partir du mois d’octobre que j’ai utilisé les vaches
aussi bien que les génisses, et cela dans le but de faciliter la
tâche de l’administration qui a charge de fournir au Parc les
animaux qui lui sont nécessaires.
(1) J’ignore les résultats obtenus par M. le Docteur Blanquier avec les
envois ultérieurs de vaccin.
250
Bulletin7 de la Société de Pathologie exotique
La vache du Baoulé est aussi sensible que la génisse du Baouié
au virus vaccinal. Sur 26 vaches soumises à la vaccination, aucune
ne s’est montrée réfractaire. Sur 04 génisses, 7 n’ont pas donné
de récoltes (1).
La vache fournit Les récoltes les plus abondantes, la surface
abdominale susceptible d’être vaccinée étant chez elle plus éten¬
due. La récolte maxima obtenue chez la génisse a été de 80 g. ;
la récolte la plus élevée fournie par la vache a été de ï35 g •
Nous donnons sous forme de tableau les quantités moyennes
de vaccin obtenues par animal pendant les différents mois de
l’année, à partir de mars.
(1) Nous ajoutons que pendant le mois de janvier iqi4, 0 animaux (3 génisses
et 3 vaches) soumis à la vaccination ont fourni au total 3o5 grammes de vaccin,
soit 5o grammes en moyenne par animal.
Nous pouvons donc dire que, quels que soient les saisons et les mois, les
récoltes de vaccin sont toujours satisfaisantes à Bouaké. De plus, la tempéra¬
ture est si favorable qu’on peut fabriquer du vaccin à n’importe quel moment
de l’année.
Bouaké est bien un centre vaccinogène de premier ordre.
Les récoltes ont eu lieu 4 à 5 jours pleins après l’ensemence¬
ment. Plus rarement, 6 jours après. Une fois, la récolte eut lieu
( 1) Ces différences s’expliquent à mon avis moins parce qu’il y a des génisses
naturellement réfractaires au virus vaccinal que parceque des génisses se vac¬
cinent spontanément au Parc avant d’etresacrifiées. J’aî pu me rendre compte
bien facilement de cette vaccination spontanée. Une génisse est rasée le
6 Août. Six jours après, disséminées sur la surface de l’abdomen, de petites
pustules parfaitement caractérisées. Inutile de dire que cette génisse a été
constamment séparée des animaux en état de vaccination.
Séance Di 11 Mars 1914
251
3 jours après. 11 s’agit d’une génisse ensemencée le 9 juillet et
récoltée le 12. Produit de la récolte : 40 g. de vaccin (3e passage
par génisse).
Les scarifications sont faites perpendiculairement au grand axe
de l’animal. Elles sont longues de 8 à 10 cm. Nous avons adopté
le système des scarifications compliquées : 3 stries longitudinales
striées par le travers par une série de petites scarifications trans¬
versales parallèles les unes aux autres. Les scarifications sont
d’abord toutes faites ; après quoi, le vaccin y est inséré. Les scari¬
fications compliquées sont de beaucoup supérieures aux scarifi¬
cations simples : remarque qu’avaient faite avec moi MM. Sorel
et A rl o.
Les pustules quand elles viennent d’être récoltées sent mélan¬
gées à leur poids de glycérine. Le tout est placé dans des flacons à
large ouverture dont le bouchon de fermeture est paraffiné. Ces
flacons sont conservés immergés dans l’eau d’un canari. On peut
se rendre compte à la main que cette eau est constamment fraîche,
surtout en période sèche. N’ayant pas de thermomètre convena¬
ble, je regrette de ne pouvoir donner la température exacte de
cette eau.
Nous avons délivré du vaccin qui avait 15 à 20 jours de conser¬
vation en glycérine. Aux Postes éloignés comme Touba, nous
avons envoyé du vaccin récolté depuis aussi peu de temps que
possible, parfois du vaccin récolté le jour même : le vieillisse¬
ment en glycérine se fait en cours de route.
C’est à la partie interne des cuisses et au niveau de la région
inguinale que les lésions vaccinales évoluent avec le plus de rapi¬
dité et d’intensité. Aussi lorsque la semence est peu abondante,
c’est tout autour des plis inguinaux que nous faisons rayonner
les scarifications, de manière À obtenir le rendement maximum.
Lme fois les récoltes faites, les soins les plus minutieux sont
apportés, jusqu’à guérison complète, au traitement des plaies
cutanées provoquées par les scarifications. Nous avons l’habitude
de savonner chaque jour au savon de Marseille la région malade
et de la laver ensuite au lysol à 1 %. Sans ces précautions, des
lucilies, aux heures chaudes de la journée, viennent pondre sur
les plaies ; les larves se développent en nombre et causent de tels
dégâts que la mort peut en résulter.
\
Vaccin de Plessis-les-Tours. — Le Parc Vaccinogène reçoit
252 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
chaque mois du Plessis , près de Tours, 10 tubes.de vaccin qui
représentent ioo doses environ. Les io tubes parviennent d’abord
à Bingerville, qui les envoie immédiatement à Bouaké, par un
infirmier de service, dans une gargoulette pleine d’eau.
Ce vaccin, toutes les fois que la chose est possible, est porté
sur génisses dès le lendemain de sa réception. 11 convient, par
prudence, d’utiliser à la fois deux génisses, à raison de 5 tubes,
par animal. En n’utilisant qu’une seule génisse pour les 10 tubes,
on peut perdre la souche si l’animal ne donne pas de récolte : ce
qui nous est arrivé en mai .
17 génisses ont été ensemencées avec le vaccin du Plessis. Sur
ce nombre, deux génisses seulement n’ont pas donné de récoltes.
Les 15 autres génisses ont fourni au total 215 g. de vaccin, soit
14 g. environ par animal. On peut estimer que la récolte a été
28 fois plus abondante que la semence.
Ce résultat est d’autant plus remarquable qu’au dire de
MM. Sorel et Arlo le vacin est expédié du Plessis à la Colonie
par la Poste et sans précautions spéciales (1).
Les premières récoltes sur génisses, fournies par le vaccin du
Plessis , nous ont servi presque uniquement de semence. Trans¬
portées à nouveau sur génisses ou sur vache, elles donnent un
vaccin de deuxième passage qui est de tous points excellent. C’est
ce vaccin qui a fourni entre les mains de M. Blanquier « 98 %
de succès ». Essayé par moi à trois reprises différentes, il m’a
les trois fois fourni des résultats excellents : en avril, 9 résultats
positifs très nets sur 10 vaccinations; et en juin et juillet 10 ré¬
sultats positifs sur 10 vaccinations.
Passages intermédiaires. — Les envois mensuels de Plessis-
les-Tours contribuent à régénérer le vaccin. Les demandes ont
cependant été si abondantes que nous avons dû pratiquer des
passages intermédiaires soit par ânes, soit par chèvres.
Sur 10 ânes, 3 se sont montrés réfractaires. Les 7 autres ont
fourni 165 g. de vaccin, soit en moyenne 23 g. par animal.
Tous les ânes mis au service de la Vaccination étaient trypa-
nosomés et présentaient soit des trypanosomes dans le sang, soit
de l’ autoagglutination extrêmement nette des hématies (2). Il n’v
a d’ailleurs pas d’ânes non trypanosomés à Bouaké. Ces ani-
(1) Annales d’ Hygiène et de médecine Coloniales , 1912, n« 2, p. 325.
(2) Ce que M. Bouet désigne sous le terme de « plaquage » des hématies.
Séance du 11 Mars 1914
253
maux de bât proviennent du Haut-Sénégal Niger. Ils appartien¬
nent aux dioulas qui font le trafic des marchandises.
Je n’ai rencontré que très rarement des pustules typiques
chez l’âne. Les scarifications se recouvrent de croûtes jaunâtres
qui ne rappellent en rien les lésions vaccinales proprement dites.
Transporté sur génisse ou sur vache, ce vaccin d’âne donne pour¬
tant naissance à des lésions parfaitement caractérisées.
Il n’est pas toujours facile de se procurer des ânes. En hiver¬
nage notamment, les pluies empêchent la descente des animaux.
Ainsi nous fûmes amené à utiliser la chèvre.
Sur 16 chèvres, 2 se sont montrées réfractaires. 14 ont fourni
au total 187 g. de vaccin, soit 13 g. en moyenne par animal.
Les lésions vaccinales chez la chèvre produisent une lymphan¬
gite en général moins accentuée que chez la génisse. Cependant
au palper la chaleur de la peau paraît bien nette. Au-dessous des
croûtes qui recouvrent les scarifications, se trouve une lymphe
vaccinale toujours abondante. On la fait sourdre en plissant entre
deux doigts une scarification prise dans sa longueur : les croûtes
se craquellent et la lymphe apparaît abondante. Transporté sur
génisse ou sur vache, le vaccin de chèvre donne naissance à des
lésions parfaitement nettes.
Résultats. — En dehors de ce que je peux dire moi-même,
je n’ai eu que peu de renseignements écrits sur la qualité du
vaccin qu’a fourni le Parc de Bouaké. Et cependant, en pareille
matière, seuls, à mes yeux, les renseignements fournis par d’au¬
tres que par moi ont de l’importance.
M. le Chef de Service de Santé, par lettre officielle en date
du 16 août, s’exprime de la façon suivante : « Le vaccin que j’ai
« essayé ici et qui a été préhevé sur votre envoi destiné à Dabou
<( m’a donné de nombreux succès ».
M. le médecin-major de 2e classe Teste (i), qui spontanément
a bien voulu me tenir au courant des résultats de ses inoculations,
m’écrit par lettre du 13 septembre : « Pour le vaccin reçu avant
<( juin, je n’ai pas obtenu plus de 30 % de succès. Par contre,
« pour juin et juillet, les résultats ont été plus satisfaisants.
« J’ai enregistré une moyenne de succès de 72 %. Cette moyenne
« est très bonne si on considère que les populations sont ici très
(1) Du poste de Séguéla, à 5 ou 6 jours de marche de Bouaké.
18
254
Bulletin ou la Société de Pathologie exotique
u variolées et aussi variolisées ; ce qui peut créer un milieu d’im-
<( munité relatif ».
Dans sa deuxième lettre du 12 novembre, le docteur Teste
m’écrit : « Le pourcentage des succès vérifiés est toujours satis-
« faisant, mais forcément un peu variable suivant les régions
« visitées (de 50 à 80 %) » .
Je rappelle que M. le docteur Blanquier, du Poste de Touba ,
a obtenu 98 % de succès avec le vaccin qui lui fut envoyé non
broyé de Bouaké à la date du 27 août et que, par contre,
M. l’Administrateur Le Campion, commandant le Cercle de
Touba, n’a obtenu que des résultats négabfs avec le vaccin qui
lui fut expédié broyé, à deux reprises différentes, pendant les
mois de mars et d'avril.
M. de Ravel, chef du district de Bouaké, a bien voulu me
fournir sous forme de tableau les résultats suivants :
( Travail du Parc Vaccinogène de Bouaké).
Séance du 11 Mars 1914
255
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
American Journal of tropical diseases, t. I, n° 7.
Archiv fur Schiffs-und Tropen-Hygiene, t. XVIII, nos 4, 5.
Arquivos de Higiene et Patologia exoticas, t. IV.
British medical journal, n08 2772 à 2775 des 14, 21, 28 fév. ;
7 mars 1914.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de V Indochine, t. V,
n° 1,
Indian journal of medical research, t. I, n° 3.
Internationales Centralblatt fiir die Tuherkulose-Forschung ,
t. VIII, n3 3.
Journal of the Royal army medical corps , t. XXII, n° 3.
Journal of tropical medicine and hygiene, t. XVII, nos 4, 5.
Memotrs of the Department of agriculture in India, — Veteri-
nary, t. 1, n° 4.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus, t. V. n° 3.
Pediatria, t. XXII. n° 2.
Review of applied entomology. — Medical, t. II, n° 2. —
Agricultural, t. Il, n° 2.
Revue Scientifique, 14, 21, 28 février, 7 mars.
Tribuna medica (Rio de Janeiro), t. XIX, n° 23.
Tropical diseases bulletin, t. II, n° 12 et table, t. III, nos 1, 2,
3 5 4-
Tunisie médicale, t. IV, h 08 1, 2.
VOLUMES ET BROCHURES.
L. Cazalbou. Sur l’évolution culturale des dermatophytes.
A. J. Chalmers et W. R. O’Farrell. The Trichonocardiases.
Epidémie Trichonocadiasis.
H. Fraser et A. T. Stanton. Unpolished.rice and the préven¬
tion of béribéri.
Proceedings of the 3rd ali- India sanitary conférence.
Claus Schilling. 7 brochures.
256
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
i
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine.
American Society of Tropical Medicine.
Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archiv fur Schiffs und Tropenhygiene.
Archivos de ITygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana .
Bibliographie protozoologique du Concilium biblio graphicum.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Internationales Centralblatt fur die Gesamte Tuberkulose-
Forschung.
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Osivaldo Cruz (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
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Exposition d’ Agriculture Coloniale. . . PARIS 1905.
Exposition Universelle . . . MILAN 1906.
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HORS CONCOURS, MEMBRE du JURY. BORDEAUX 1907. ERANCO BRITANNIQUE 1908.
DIPLOME D’HONNEUR et MÉDAILLE D'OR : Exposition Internationale BRUXELLES 1910.
IX
PAGES
E. Roubaud. — Œstrides gastricoles et cavicoles de l’Afrique occiden¬
tale française . 212
W.-L. Yakimoff. — La formule leucocytaire du sang des malades de
Filaria medinensis . . . 192
W.-L. Yakimoff et Sciiokhor. — Recherches faites au Turkestan :
i. Réparlition de la leishmaniose canine . 185
il. Leishmaniose cutanée spontanée du chien. :..... 186
J IL Les trypanosomiases des chameaux et des ânes .... 187
IV. Les microfilaires des animaux domestiques . 188
W.-L. Yakimoff, N.-L Scfiokhor, P.-M. Koselkine, W.-W. Winogra-
doff et A.-P. Demidoff. — La microfilariose des chevaux au Turkes-
1
tan.
8q
MEMOIRES
P. Delanoë. — Fonctionnement du parc vaccinogène de Bouaké (Côte
d’ivoire) du 10 mars au 31 décembre 1913 . 246
A. Laveran et M. Marullaz. — Sur la nature des corps de Graham-,
Smith . ’ . 240
A. Lebœuf et E. Salomon — La lèpre en Nouvelle-Calédonie
I. Nombre et distribution géographique des lépreux
IL Marche de la maladie .
III. Organisation delà prophylaxie ......
A. Sarrailhé. — Note sur la toxoplasmose expérimentale
Ouvrages reçus .
Liste des échanges . .
218
222
226
232
2 55
256
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XII
Tome VII.
No 4.
I914
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 4
Séance du 8 avril 1914
a l’occasion du procès-verbal
PAGES
Ayres Kopke. — Injections sous-arachnoïdiennes de néosalvarsan
Heckenroth. — id.
*57
258
Alcoolisme en Afrique
CORRESPONDANCE
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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ture des médicaments en usage dans les établissements hospi¬
taliers des Colonies Françaises.
PAGES
Présentation
Patton et Cragg. — A text book of medical entomology . 259
Décès de M. A. Conor . 260
COMMUNICATIONS
Brau. — Traitement de l’amibiase par l’émétine à Sa*ïgon . 3o3
A. Carini. — L’émétique dans le traitement de la leishmaniose cutanée
et muqueuse . 277
A. Carini et J. Maciel. — Existence de la maladie de Chagas dans
l’Etat de Sâo Paulo . . 289
A. Carini et J. Maciel. — Distribution des Triatomes dans l’Etat de
Sâo Paulo . . 292
P. Delanoë. — Variation de la virulence de Trypanosoma dimorphon. 281
M. et Mme p. Delanoë. — De la rareté de Pneumocystis Carinii sur les
cobayes de Paris . 271
A. Distaso. — Sur l’étiologie de la Sprue . 268
Grall. — Traitement de l’amibiase. Discussion . 310
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
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EXTRAIT DU RÈGLEMENT
Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
• dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2, 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt apres la communication faite.
*
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue: i° pour les membres.de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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VI
Septième année
1914
N° 4.
■BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 8 AVRIL I914.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
A l’occasion du Procès-verbal
M. A. Laveran. — Notre Collègue M. le Dr Ayres Kopke
m’a écrit pour me demander de faire les rectifications qui suivent
au sujet du travail publié par MM. Heckenroth et Blanchard
dans le numéro de janvier de notre Bulletin. M. A. Kopke n’a
pas injecté sous l’arachnoïde 6 cm3 d’une solution à 6 p. 1000 de
néosalvarsan, mais 10 cm3 d’une solution à 1,5 p. 1000 de ce
produit. Il n’a pas dit que ces injections sous-arachnoïdiennes
avaient causé la mort; un de ses malades, le n° 113, qui avait reçu
l’injection sous-arachnoïdienne le 10 janvier 1913 est mort le
14 avril suivant; l’autre malade, le n° 114, qui avait reçu l’injec¬
tion le 24 décembre 1912 est mort le 7 mai 1913. Chez ce dernier
malade, une ponction lombaire faite le 26 avril 1913, quatre mois
après l’injection sous-arachnoïdienne, a révélé encore l’existence
de trypanosomes. Le travail complet de M. A. Kopke a paru
dans le numéro du 14 septembre 1913 de la Medicina contempo-
ranea ; MM. Heckenroth et Blanchard n’avaient eu probable¬
ment à leur disposition qu’une analyse incomplète du travail.
258 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
M. Heckenroth. — Au moment de la rédaction de notre note
à Brazzaville, nous n'avions pas encore entre les mains le mémoire
original de M. Kopke. Nous n’avions eu connaissance de ses
o
résultats que par une analyse des travaux du congrès internatio¬
nal de Londres.
Nous regrettons de nous être servi d’un document évidemment
inexact et nous prenons acte de la remarque de M. Kopke.
Correspondance
M. Bridré, nommé membre titulaire à la séance de mars,
adresse ses remerciements à la Société.
Alcoolisme en Afrique
M. A. Laveran. — Jai reçu deux documents très intéressants
au point de vue de l’alcoolisme chez les indigènes de l’Afrique
occidentale et de l’Afrique équatoriale française.
Le premier de ces documents qui est une publication du Gouver¬
nement général de l’Afrique occidentale française a pour titre :
Note sur /’ alcoolisme en Afrique occidentale française et sur les
mesures propres à restreindre la consommation des spiritueux.
L’Auteur de cette Note qui, en réalité, constitue un excellent
Rapport, passe d’abord en revue les déplorables conséquences
de l’abus des boissons alcooliques sur la population indigène :
diminution de la natalité, dégénérescence de da race, accroisse¬
ment du nombre des aliénés et de la criminalité, progrès rapides
de la tuberculose, dépopulation; il examine ensuite les mesures
à prendre pour lutter contre ce fléau. Parmi les mesures préconi¬
sées, il faut citer les suivantes : prohiber, dans toutes les colonies
où cette interdiction n’a pas été prononcée, la vente de l’absinthe
aux indigènes; constituer, dans toutes les régions où l’alcool de
.
Séance du 8 Avril 1914 259
traite n’a pas encore pénétré, des zones de prohibition absolue;
*
imposer des patentes très lourdes, même dans les centres Euro¬
péens aux boutiquiers détaillant de l'alcool.
La Société de pathologie exotique qui s’intéresse vivement à
cette question, vitale pour nos Colonies, de la lutte contre l’alcoo¬
lisme, apprendra avec plaisir que ce programme a reçu l’unanime
approbation du Conseil de Gouvernement de l’A. O. F. et que
M. le Gouverneur général a invité les Lieutenants-Gouverneurs
à le mettre aussitôt que possible en application.
Le deuxième document est une Pétition des Européens habitant
ie Gabon demandant au Parlement la prohibition de V alcool dans
la Colonie.
M. le Capitaine Bordage qui m’adresse cette pétition m’écrit,
qu’il est urgent d’obtenir la prohibition complète de l'alcool au
Gabon et dans toute l’Afrique équatoriale française; la popula¬
tion indigène disparaît avec une rapidité effrayante; le mal est
d’autant plus grand qu’il n’y a pas un habitant par kilomètre
carré dans l’Afrique équatoriale française ; il est à craindre que la
main-d’œuvre indigène, indispensable à la colonisation dans ces
régions, fasse bientôt défaut. Parmi les maladies qui assaillent
les indigènes, aucune, même la maladie du sommeil, n’est aussi
terrible que l’alcoolisme et, ce fléau, nous pouvons y mettre fin
immédiatement. La prohibition de l’alcool dans la Colonie du
Gabon s’impose. M. le Capitaine Bordage demande à La Société
de pathologie exotique d’appuyer la Pétition des Européens habi¬
tant le Gabon.
Je propose à la Société d’émettre le vœu que des mesures rigou¬
reuses soient prises dans l’Afrique équatoriale française pour
arrêter les ravages que l’alcoolisme fait dans la population indi¬
gène.
La proposition est adoptée.
Présentation
Le Secrétaire général. — J’ai l’honneur de présenter à la So¬
ciété, au nom des auteurs, le traité de W. S. Patton et F. W.
Cragg intitulé A Text Book of Medical Entomology.
2(i0 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ce beau volume de plus de 700 pages, illustré de figures nom¬
breuses, est un traité complet d’ Entomologie pratique à l’usage des
médecins et biologistes tropicaux. La systématique, la biologie,
l’anatomie, les procédés d’études et d’élevage des arthropodes
suceurs de sang ou convoyeurs d’affections tropicales, y sont
traités dans le détail. L^ne liste bibliographique annexée aux prin¬
cipaux chapitres permet une documentation plus étendue. Ce
livre rendra de grands services aux personnes non familiarisées
avec l’étude particulière des insectes.
Décès de M. A. Conor
Le Président. — J’ai le grand regret d’avoir à annoncer la
mort d’un de nos Correspondants; M. le D1' Conor, médecin-
major de ire classe à l’hôpital militaire du Belvedère, à Tunis,
Sous-Directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, vient de succomber
à une maladie infectieuse contractée au laboratoire; il n’était âgé
que de quarante-deux ans.
On doit au Dr Conor une série déjà longue de travaux qui ont
été publiés soit dans le Bulletin de notre Société, soit dans les
Archives de l’Institut Pasteur de Tunis; je devrai me contenter
de rappeler celles de ces publications qui présentent le plus d’in¬
térêt. ,
Notre regretté Collègue a étudié, dans plusieurs notes ou mé¬
moires, la répartition de la bilharziose en Tunisie et le mode de
propagation de la maladie ; il avait exploré avec soin les foyers
de Gafsa, de Nefzaoua et du Djerid.
Ses études sur la fièvre boutonneuse en Tunisie, sur la dysen¬
terie amibienne, sur la blastomycose humaine en Tunisie, sur ia
bactériologie de l’épidémie tunisienne de choléra en 1911, sur la
fièvre méditerranéenne chez différents animaux, sont très inté¬
ressantes.
En collaboration avec notre Collègue Ch. Nicolle, Conor a
fait d’importantes expériences sur le virus de la leishmaniose
naturelle du chien; et, en collaboration avec MM. Nicolle et
261
Séance du 8 Avril 1914
Conseil, des recherches de haute valeur, et d’une grande har¬
diesse, sur l’injection intraveineuse du vibrion cholérique vivant
et sur l’inoculation intraveineuse à l’homme des bacilles typhiques
morts.
L’année dernière, l’Académie de médecine a récompensé les
travaux de Coxor sur la pathologie tunisienne' en décernant le
prix Monbinne à leur auteur.
Le mois dernier, notre malheureux Collègue a été décoré de la
Légion d’honneur, sur proposition spéciale, récompense bien
méritée de son dévouement à la science.
Travailleur infatigable, observateur sagace, très instruit, et très
consciencieux, Conor semblait pouvoir envisager l’avenir avec
confiance au point de vue de sa carrière militaire et de son œuvre
scientifique, si bien commencée; la mort a ruiné hélas! un espoir
qui semblait si légitime.
Au nom de la Société de pathologie exotique, j’adresse des
condoléances bien sincères à la famille si éprouvée du Dr Conor
et à notre Collègue, le Dr Ch. Nicolle, Directeur de l’Institut
Pasteur de Tunis, qui perd, en même temps qu’un collaborateur
précieux, un ami dévoué.
T
2C>2
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Priorité de la découverte du bacille
du phagédénisme tropical et de
la pourriture d’hôpital
Par A. LE DANTEC.
Dans la séance de la Société de pathologie exotique du 1 1 fé¬
vrier dernier, M. Blanchard a fait une intéressante communica¬
tion sur les inoculations expérimentales de V ulcère pha^é dénique
tropical. Au début de sa communication M. Blanchard a rap¬
pelé que l’association fuso-spirillaire avait été décrite par Vincent-
Le Dantec. Immédiatement après la communication de M. Blan¬
chard, M. Vincent a protesté contre l’association de mon nom
au sien dans la découverte des microbes de l’ulcère phagédénique
des pays chauds. En réalité j’ai vu et décrit le premier le bacille
de l’ulcère phagédénique des pays chauds; M. Vincent a vu et
décrit le premier le spirille qui est à tort appelé en Allemagne
Spirochœta Schaudinni. Il est donc logique comme l’a fait
M. Blanchard d’associer les noms de Le Dantec et Vincent
pour désigner l’association bi-microbienne qui caractérise le pha¬
gédénisme tropical des plaies.
Je vais esayer dans cette note de dégager la vérité en exposant
simplement les faits. Une question préjudicielle doit cependant
être tranchée. Doit-on considérer le phagédénisme des pays
chauds comme identique à la pourriture d'hôpital? La très grande
majorité des auteurs répond oui ; cependant il n’y a pas una¬
nimité. Tenons cette identité comme un faif généralement établi
et faisons remarquer que les dénomination d’ulcère phagédé¬
nique des pays chauds , d ’ulcus tropicum étaient employées dans
la pathologie coloniale, tandis que le terme pourriture d'hôpital
était usité dans la pathologie métropolitaine. On comprend com¬
bien cette terminologie différente était propre à entretenir la con¬
fusion dans une question déjà embrouillée par elle-même.
Séance du 8 Avril 1914
263
Ce premier point étant établi, arrivons à la question cle la prio¬
rité de la découverte du bacille de l’ulcère phagédénique des pays
chauds. Il est bien entendu que le bacille étant seul en cause, je
laisserai complètement de côté l’étude du spirochète dont la re¬
cherche dans l’ ulcère phagédénique des pays chauds exige cer¬
taines précautions et l’emploi de forts grossissements dont nous'
ne disposions pas à cette époque lointaine de la bactériologie.
1) Découverte du bacille phagédénique à la Guyane. - — En
1884, il y a juste trente ans, me trouvant en service au péni¬
tencier du Maroni en Guyane française, j’eus la bonne fortune
d’assister à une véritable épidémie d’ulcères phagédéniques qui
sévissait sur les forçats. Je fus frappé de la présence d’un exsu¬
dât caractéristique à la surface des plaies et j’eus l’idée d’exami¬
ner cet exsudât au microscope, après coloration par les couleurs
d’aniline. J’y découvris une nuée de bacilles mesurant en moyenne
7 à 12 (u de long, mais on y voyait aussi des formes filamenteuses
mesurant jusqu’à 45 de long. Une piqûre faite à l’index me
démontra que le microbe n’envahit pas la circulation générale.
Comme ce bacille se rencontrait d’une façon constante dans les
♦
exsudats des plaies phagédéniques aussi bien au Maroni qu’à
Cayenne, je ne tardai pas à le considérer comme la cause proba¬
ble de la maladie. Je fis de nombreuses préparations et j’en adres¬
sai quelques-unes au Ministère ds la Marine (dont relevait alors
le Corps de santé exerçant aux colonies) en même temps qu’un ar¬
ticle destiné aux Archives de médecine navale. Mon article était
intitulé: Origine microbienne de V ulcère phagédénique des pays
chauds. Il fut publié dans le numéro des Archives de médecine
navale de juin 1885 et un compte rendu détaillé parut dans la
*
Gazette médicale de Paris du 20 mars 1886, p. 137.
2) Avis donné par M. Roux en 1885 sur mes préparations.
A la réception de mes préparations, on fut fort embarrassé au Mi¬
nistère de la Marine, car n’oublions pas que nous sommes au début
de l’ère microbienne clinique ; on prit le parti le plus sage, c’est
de demander l’avis d’un micrographe compétent. On soumit donc
mes préparations à l’examen du Dr Roux qui était alors, si je ne
me trompe, préparateur de Pasteur, au laboratoire de la rue
d’Ulm. M. Roux conclut en disant qu’il est très probable que
le bacille prédominant dans tous les cas d'ulcère est la cause de
la maladie; en tous les cas , en attendant que la preuve soit faite
264 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
t
par V inoculation de cultures pures , il est important de signaler la
présence de ce bacille.
Ne voulant pas abuser de l’hospitalité du Bulletin de la Société
de pathologie exotique, je renvoie le lecteur, pour plus amples
renseignements, à mon Précis de Pathologie exotique ou j’ai pu¬
blié in extenso mon travail original et la note de M. Roux ( Précis
de pathologie exotique, 3S édition, t. II, p. 509). On y trouvera du
reste aussi le travail de Vincent dont nous parlerons dans un mo¬
ment.
3) Présence du bacille confirmée dans d'autres colonies. — La
publication de mon travail dans les Archives de médecine navale
ne tarda pas à susciter des recherches de contrôle dans les autres
colonies françaises.
Clarac le premier constata la présence du bacille dans les ulcères
ph agédéniques de la Martinique. Il publia une courte note dans les
Archives de médecine navale (Note sur l’ulcère phagédénique.
Arch. méd. nav., 1886, p. 234).
« J’ai eu l'occasion, dit-il, de rencontrer un bacille qui semble être le
même que celui signalé par M. Le Dantec (examen fait avec l’objectif .3
Yérick et l’objectif 7 Ilartnack). Dans le premier cas les bacilles étaient
rares, la plaie avait déjà été traitée par les antiseptiques ; dans le second
cas, ils sont en très grand nombre. »
P. Petit apporte une nouvelle confirmation à Mayotte (Note
sur l’ulcère phagédénique des pays chauds, Arch. méd. nav.,
1886).
Voici comment débute le travail de P. Petit:
« La monographie récemment parue dans leDictionnaire encyclopédique
sur les ulcères due à la plume d’un de nos collègues, ne mentionne pas le
travail publié par le Dr Le Dantec dans les Archives du 15 juin 1885 sous
le titre Origine microbienne de l’ulcére phagédénique des pays chauds. Ce
titre constitue assurément à lui seul une conclusion insuffisamment
appuyée par fauteur ; nous tenons cependant à rendre justice à l’exacti¬
tude des faits qu’il avance, et bien que nous n’ayons encore pu remplir,
au sujet d’une question aussi intéressante, lçs exigences actuelles des
démonstrations bactériologiques, nous croyons bon de publier dès aujour¬
d’hui, tels quels, les résultats de nos propres observations. Tout en offrant
des particularités nouvelles, ils ont surtout pour avantage de vérifier à
Mayotte ce qui a été vu à la Guyane et d’encourager de nouvelles recher¬
ches en d’autres points de la zone tropicale. »
Boinet reprend la question au Tonquin et publie dans le Lyon
médical (3 février 1889, p. 157) un travail qui a pour titre: Recher¬
che sur le micro-organisme pathogène de Vulcère phagédénique
Séance du 8 Avril 1914
265
observé au Tonquin. L’article de Boinet commence par l’histori¬
que suivante :
Historique. — « Les premières recherches sur l’origine microbienne de
l'ulcère phagédénique des pays chauds remontent à Le Dantec ( Arch .
mèd. nav nov. 1885) qui signale dans le putrilage pris au fond des ulcè¬
res de transportés arabes à la Guyane un bacille variant du diamètre d’un
globule rouge à celui d’un globule de pus. »
Ainsi donc dans des points différents de la zone tropicale (Mar¬
tinique, Mayotte, Tonquin) on retrouve dans l’ulcère phagédéni¬
que un bacille qui ressemble à celui que j’ai décrit à la Guyane.
Tous les auteurs loyalement reconnaissent que j’ai été le prenWer
à signaler ce bacille dans l’ulcère phagédénique des pays chauds.
Travail de M. Vincent sur la pourriture d'hôpital. — En 1896,
à Alger, Vincent, rencontrant pour la première fois du phagédé¬
nisme tropical chez des convoyeurs arabes rentrant de la campa¬
gne de Madagascar, considéra l’affection comme étant de la pour¬
riture d’hôpital. Ainsi, ce que dans les colonies on appelait cou¬
ramment phagédénisme des plaies était dénommé pourriture d’hô¬
pital dans les pays tempérés.
Vincent décrivit comme bacille de la pourriture d’hôpital le ba¬
cille qu’il rencontra en quantité considérable dans les plaies. Ce
bacille mesure 4 à 8 y de long sur 1 g de large, mais il offre aussi
des formes plus courtes et des formes filamenteuses. Son aspect
rappelle un peu celui du vibrion septique ; toutefois les extrémités
du bâtonnet ne sont pas nettement carrées comme celles du vi¬
brion de Pasteur, elles sont amincies ou arrondies. Les formes d’in-
volution ne sont pas rares, surtout chez les malades soumis aux
pansements antiseptiques. Les bacilles vacuolaires et déformés en
fuseaux, à bouts amincis, sont alors assez semblables à une espèce
bacillaire non cultivable que l’on rencontre quelquefois dans cer¬
taines angines diphtéroïdes. A côté du bacille, Vincent signale
la présence fréquente (40 fois sur 47 cas) d’un spirille. (Ann. Inst.
Past ., 1896).
Travail de Keysselitz et Mayer sur V Viens tropicum. — De¬
puis le travail de Vincent, d’autres détails complémentaires ont
été signalés dans la structure du bacille phagédénique. Keysse¬
litz et Mayer (Arch. f. ScKiffs und Trop. Hyg., mars 1909),
employant le Giemsa dans la coloration des frottis, ont montré
qu’il existe, dans le protoplasma des bacilles, non seulement des
vacuoles, mais encore des grains rouges de chromatine. Les bacil-
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
260
•les fusiformes observés pour la première fois par Le Dantec dans
l’ulcère tropical, affectent, disent-ils, deux types distincts qu’on
reconnaît à leur forme et à leur capacité tinctoriale vis-à-vis du
Giemsa. Le type n° i est long de 3 à 12 y, il présente à sa par¬
tie moyenne un renflement en fuseau, il se colore en violet foncé
et présente dans son protoplasma des zones claires et des graines
de chromatine. Le type n° 2 est moins long et moins large que
le type n° 1. Le Giemsa lui donne une jolie coloration bleue avec
grains chromatiques à l’intérieur.
Telle est en raccourci l’histoire du bacille de l’ulcère phagédéni-
que que j’ai cherché à rendre le plus claire possible.
Conclusions. — J’espère avoir apporté des preuves démontrant
que j’ai été le premier à signaler dans l’ulcère phagédénique des
pays chauds la présence d’un bacille de grandeur variable, mais
mesurant de 7 à 12 y dans ses formes movennes. Ces bacilles sont
en nombre tellement considérable qu’ils forment de vraies nuées
(c’est l’expression dont je me suis servi) dans les préparations. Ils
étaient donc faciles à observer même à des faibles grossissements.
Mes descriptions, complètes avec les moyens dont on disposait à
cette époque, étaient incomplètes au moment où Vincent, onze
ans après, reprit la question avec des instruments et une technique
plus perfectionnés. De même le travail de Vincent nous paraît in¬
complet aujourd’hui que nous possédons des moyens de colora¬
tion plus délicats. Et demain quand on pourra rapidement culti¬
ver ces microbes, nos travaux d’aujourd’hui paraîtront enfantins.
N’est-ce pas là le propre de l’évolution de la science? Chacun ap¬
porte sa pierre à la construction de l’édifice. Cette pierre a été tra¬
vaillée avec les moyens propres à chaque époque, mais supprimer
cette pierre sous prétexte qu’elle n’est pas de l’époque contempo¬
raine me paraît souverainement injuste.
Je conclus en disant : si, comme tout porte à le croire, 4e phagé¬
dénisme des pays chauds et la pourriture d’hôpital ne sont qu’une
seule et même affection, je réclame la priorité de la découverte du
bacille spécifique.
M. Vincent. — Mon Collègue, M. Le Dantec, sait quelle haute
estime et quelle sympathie j’aî pour lui. Il me permettra cependant
de ne pas partager son avis dans la question de priorité qu’il a
soulevée. Tl y a lieu de se reporter au mémoire, le seul du reste,
qu’il a fait paraître en 1S85 dans les Archives de Médecine Navale.
Séance du 8 Avril 1914
267.
Dans celui-ci, il dit avoir observé, dans un certain nombre de cas
d’Ulcère phagédénique, « une nuée de bacilles, en nombre très
considérable, immobiles, quelquefois recourbés », dont les dimen¬
sions, de 7 à 12 atteignent, quoique moins souvent, 45 y. En
Même temps, il signale dans les préparations, ce qu’il appelle des
u spores » de ce bacille.
A cela — - et exclusivement à cela — se ramène sa description.
Je n’ai point manqué de rappeler précédemment son travail, et je
le fais encore aujourd'hui. Mais il convient de le ramener à ses
justes limites, il n’a défini aucun des caractères spécifiques du
microbe qu’il a observé.
La conclusion essentielle (au point de vue qui nous occupe) de
ce mémoire est, d’ailleurs, la suivante: « L’ulcère phagédénique
des pays chauds est probablement d’origine bacillaire ».
Je pourrais m’en, tenir là.
M. Le Dantec, qui, non seulement, n’a pas signalé les carac¬
tères tout à fait particuliers du Bacille fusiforme, prête, au bacille,
des dimensions qui n’ont jamais été observées, même exception¬
nellement. Enfin il signale (p. 450) des spores à ce bacille : or le
Bac. fusiformis n’a jamais de spores. Mon très estimé collègue n’a
donc donné aucune description de ce microbe; certains détails
morphologiques importants ne répondent même pas à celui du
Bac. fusiforme. Il n’a pas poursuivi, d’ailleurs, depuis cette épo¬
que, de nouveaux examens, il n’a pas fait d’essais de culture ou
d’inoculation à l’homme ou aux animaux.
Comment, dès lors, baser une revendication de priorité sur une
description vague et non conforme à la morphologie réelle du
bacille et sur la conclusion aussi restrictive qu’il a formulée :
l’ulcère des pays chauds « est probablement d’origine bacillaire? »
Il n’est point douteux que,* lorsque mes publications sur la
Pourriture d’Hôpital, l’Angine ulcéreuse, la Stomatite fuso-spiril-
laire, le Noma, etc. (1), ont paru. M. Le Dantec n’ait pensé à rac¬
corder avec ma description bactériologique, ce qu’il avait vu dans
ses préparations d’Ldcère phagédénique. On en trouve la preuve
dans les deux éditions de son excellent Traité de Pathologie exo¬
tique. Mais tout ce qu’il a noté avec précision dans ce dernier
ouvrage (coloration par la méthode de Gram, caractères du bacille,
(1) H. Vincent, Académie de Médecine, 28 janvier 1896. Id. Annales de
l’Institut Pasteur, 25 octobre 1896, etc., etc.
268
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
inoculations, essais de culture, etc.) n’est que le résumé de mes
propres recherches.
PTn autre côté de la question n’a d’ailleurs pas été soulevé, qui
est cependant, dans l’espèce, le plus important.
Contrairement à ce que dit M. Le Dantec, le bacille que j’ai
appelé fusiforme et qui appartient au genre Clostridium, n’est pas
à proprement parler, l’agent exclusif de la Pourriture d’ Hôpital.
Cette maladie, ainsi que celles que j’ai étudiées (Stomatite, An¬
gine, etc.), résulte de l’infection due à la symbiose très caractéris¬
tique de Spirochœta Vincenti avec Bacillus fusiformis. Le spiro¬
chète qui lui est associé et que j’ai également découvert, ne peut
pas se développer sans le secours du Bac. fusiforme dont j’ai éga¬
lement le premier donné la description. Le spirille ou spirochète
n’a pas été signalé non plus par M. Le Dantec. Or, ce spirochète
joue, dans l’étiologie de la maladie, un rôle aussi important que
le Bacille fusiforme. Il Lui est associé en nombre prodigieux et,
souvent, en quantité bien plus abondante que le bacille en fuseau.
Même alors qu’on le croit absent, les recherches nouvelles ont
montré que le spirochète pullule au fond de la plaie et dans les
tissus. Ainsi que je l’ai signalé, c’est surtout à ce germe qu’est dû
le processus ulcéreux et nécrosant. Cette symbiose fuso-spirillaire,
si spéciale, on pourrait dire unique, car elle n’a pas sa pareille en
pathologie humaine ou animale, est donc très caractéristique.
Mon très estimé collègue ne l’a pas davantage observée ni
décrite.
Il ne saurait donc être douteux que sa réclamation de priorité ne
peut être considérée comme fondée.
Sur l’étiologie de la Sprue
Par A. DISTASO.
*
il nous semble intéressant de signaler aux chercheurs les résul¬
tats obtenus par la vaccinothérapie sur un malade souffrant de
Sprue.
Tout en étant un cas isolé — on connaît les difficultés de se
procurer le matériel — il ne perd pas pour cela de valeur. Les
260
Séance du 8 Avril 1914
caractères cliniques étaient tout à fait classiques pour cette ma¬
ladie, les selles étaient acides, mousseuses (i).
Nous croyons important cependant de donner brièvement
une description d’un frottis de selles, coloré au Gram et à la
fuchsine. On y voit notamment le B. bifidus (il est en majorité),
des acetogencs et quelques rares, coccobacilles Gram-négatifs. Un
bactériologiste, ignorant la provenance de ces selles, les prendrait
pour celles d’un enfant nourri au sein.
Les ensemencements sur plaques de Drigalski donnent 'quel¬
ques rares colonies de Bacille coli et une grande quantité des
colonies appartenant à deux groupes très distants (2). L’un se
rattachant au groupe du Lactis aero gènes, l’autre à celui du
Fnedlander et dont les caractères sont les suivants.
Sur les milieux solides, l’aspect du Friedldnder. Dans les mi¬
lieux à glucose, lactose, mannite, raffinose, lévulose, il v a pro-
1
duction d’acide et de gaz.
Il est sans action sur les saccharose, dulcite et salicine. Le mi¬
lieu de Petruski est acidifié.
Le lait est coagulé, mais après quelques jours on voit que la
caséine a été digérée à la surface et qu’il y a des fentes le long
du coagulum. Il y a apparition d’un liquide trouble. Dans les
milieux au tryptophane, il y a production d’indol. Ce microbe est
immobile. Dans l’agar^rouge-neutre, il se produit de l’acide. et du
gaz. Quant à la fluorescence, elle est négligeable.
Nous avons préparé le vaccin avec ce microbe et le Dr Ham,
que nous remercions vivement, s’est chargé des injections au ma¬
lade. Après la première injection de 5 millions de microbes le
(1) Il n’y a que la Sprue qui a ce caractère particulier de la flore et
cette réaction très acide des selles. Il^y a bien d’autres troubles intestinaux se
présentant dans des conditions pareilles et donnant à l’ensemencement des
microbes semblables à celui que nous décrirons bientôt. Il est bien probable
que cet agent pathogène trouble tout d’abord le mécanisme des sécrétions di¬
gestives et principalement celui de l’absorption des sucres. Ainsi ces derniers
arriveraient inattaqués dans le gros intestin et il en résulterait, par consé¬
quence, cette flore caractéristique qui ressemble à s’y méprendre à celle que
Schiller et moi (C. r. Soc. biol , 4-1914) avons obtenue chez les rats au ré¬
gime du lactose.
Cette flore empêchante n’aurait dans ces cas aucun pouvoir désinfectant à
cause de la propriété de ce microbe, que nous croyons pathogène, de pousser
très bien dans des milieux très acides. «
(2) Prochainement nous donnerons dans un livre consacré à l’étude des
selles à l’état normal et pathologique, l’histoire naturelle des microbes de ces
groupes.
270
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
malade réagit d’une façon violente : il a 39 selles. Mais la réac¬
tion passée le malade va mieux ; 7 jours après on lui fait une
autre injection, qui fait disparaître tout symptôme de Sprue ;
même il se plaint d’être constipé. On lui fait encore deux injec¬
tions — en tout quatre. Un an après la dernière injection le ma¬
lade se sentait toujours bien; il n’a jamais eu de rechutes. Donc
il n’y a pas de doute que sa maladie, qui durait depuis 21 ans,
avait été complètement guérie. Un fait digne d’attention c’est que
avec l’amélioration, la flore intestinale prend l’aspect d’une flore
d’homme normal.
Nous croyons, donc, qu’il y a une relation étroite entre le mi¬
crobe décrit et la Sprue, relation de cause à effet. I u les carac¬
tères de ce microbe différents du B. de Frtedlànder nous l'appel¬
lerons provisoirement : Bacillus spruæ.
M. V incent. — Il est vraisemblable que la diarrhée chronique
des pays chauds débute par un processus infectieux aigu auquel
succède une atrophie rapide £le la couche épithélio-glandulaire,
ainsi que des autres couches de la tunique intestinale et même de
tout le tube digestif. 11 y a là, pour les éléments qui dérivent du
ieuillet interne du blastoderme, quelque chose d’analogue à la
lésion qu’on observe dans la pelade, dans laquelle la peau, les
lollicules pileux et les glandes sébacées subissent, après une pé¬
riode d’œdème inflammatoire, vraisemblablement infectieuse, une
régression et une atrophie parfois irrémédiables.
Cette atrophie massive explique l’extrême difficulté du traite¬
ment de la sprue. Outre le régime alimentaire sévère, l’opothé¬
rapie (HCl, pepsine, suc gastrique naturel, pancréatine) m’a
donné de bons résultats. Mais j’appellerai l’attention de nos col¬
lègues sur l’utilité de lui assicier la médication physique préco¬
nisée par M. le Professeur Simonin, du Val-de-Grâce. L’emploi
du chauffage électrique, par l’appareil Miraaiond de Laroquette,
dans lequel les lampes agissent non seulement par leur chaleur,
mais encore par leurs irradiations lumineuses, constitue un pro¬
grès important dans le traitement de cette maladie si rebelle.
Séance du 8 Avril 1014
271
De la raieté de Pneumocystis Carinii
chez les cobayes de la région de Paris.
Absence de kystes chez d’autres animaux
(lapin, grenouille, 3 anguilles)
/ Par M. et Mne P. DELANOË.
Sur io cobayes provenant de la Région de Paris, dont 2 inoculés
avec T. Pecaudi, deux avec T. rhodesiense, et six avec T. Cruzi,
nous n’avons rencontré qu’une seule fois des kystes pulmonaires,
extrêmement rares, mais très nets, avec huit vermicides en crois¬
sant, en tous points identiques à ceux que Carini a signalés chez
les rats infectés par T. Lewisi et que nous avons nous-même ren¬
contrés chez des rats neufs de l'élevage Borrel à Paris (i).
11 s’agit d’un cobaye inoculé avec T. Pecaudi par M. Ogawa.
qui travaillait alors dans le laboratoire du professeur Mesnil. Ce
cobaye, d’un poids de 650 g., fut inoculé le 11 avril 1912 et sacrifié
le 2 mai. Les trypanosomes étaient, au moment du sacrifice, très
nombreux dans le sang. Nous donnons ces renseignements sim¬
plement à titre de détails puisque, pas plus chez le cobaye que
chez le rat, P. Carinii représente un stade d’évolution des trypa¬
nosomes (2).
Ajoutons que, chez le cobaye comme chez le rat, nous n'avons
pas- constaté de kystes sur les frottis d’organes autres que les
poumons. Les frottis de rate notamment n’ont rien montré de par¬
ticulier, sinon des trypanosomes plus ou moins bien conservés (3).
Chez un lapin, infecté par T. rhodesiense , nous n’avons ren¬
contré de kystes ni sur les frottis des poumons, ni sur les frottis
des autres viscères'.
Chez une grenouille ( Rana esculenta L.), qui présentait une
triple infection à hémogrégarines, à Bacillus Krusei Lav., et à
(1) M. et Mme Delanoë, C. r. de VAcad. des Sciences, 7 oct. 1912, p. 658.
(2) C. Chagas, Brapl-medico, 15 juin 1913. p. 225; de Beaurepaire-Ara-
uao, Ibid., 15 juillet 1913.
(3) Dans la rate de cobayes inoculés avec T. Evansi, E. L. Walker a ob¬
servé des kystes qui ont généralement huit mérozoïtes, exceptionnellement
4 à 16 mérozoïtes. The Philippine Journal of Science, vol. VII, fév. 1912,
p. 53-62.
272 Bulletin de . la Société de Pathologie exotique
T. rotatorium Mayer, nous n’avons rencontré de kystes ni sur les
frottis des poumons, ni sur les frottis du foie, ni sur les frottis
de la moelle osseuse. Il y avait 4 à 5 trypanosomes adultes par
irottis de sang.
Chez 3 anguilles (Anguilla vuigaris), achetées vivantes sur le
marché de Paris, longues d’environ 25 à 30 cm., et dont le sang
contenait d’assez nombreux trypanosomes, nous n’avons rencontré
de kystes ni sur les frottis de foie, ni sur les frottis de rate, ni
sur les frottis de reins, ni sur les frottis de branchies. A signaler
seulement, sur un des frottis faits avec les branchies, un trypano¬
some à deux noyaux, non encore fissuré : ce qui laisserait penser
que T. granulosum est susceptible de se multiplier dans les bran¬
chies par division longitudinale. Les frottis du sang de ces 3 an¬
guilles ne contenaient, comme à l’ordinaire, que des trypanosomes
adultes.
Notons en passant que, chez une anguille, nous avons rencontré
de très rares trypanosomes (formes grandes) avec, dans la partie
du corps située entre le noyau et l’extrémité flagellée, des granula¬
tions grossières, bacilliformes, de même coloration que le blépha-
roplaste, et différentes des granulations arrondies signalées par
L* ver an et Mesnil, qui sont répandues dans toute l’étendue du
corps du trypanosome. Ces granulations, en forme de petits
bâtonnets, ont déjà été signalées par França (i).
(Travail du Laboratoire de M. Mesnil, à V Institut Pasteur).
Generalised Leishmaniasis induced in
a mouse wiîh the culture of Leishmania
tropica of Oriental sore
Par R. ROW.
#!,*-• • '
To C. Nicolle et Manceaux (2) of Tunis belongs the crédit
of first inducing a definite cutaneous lésion in the Bonnet mon-
key with the culture of Leishmania tropica of the Tunisian Orien¬
tal sore. Although the cultures of Leishmania tropica of the tro-
fi> Archives de ITnst. de Bactériologie Camara Pestana, 1907, t. II, p. 113,
(2) C. Nicolle et Manceaux : Annales de V Institut Pasteur , 1910.
Séance du 8 Avril 1914 273
pical sore of Cambay when injected subcutaneously or intracuta-
neously into a susceptible animal, e. g. Macacus sinicus, lias been
repeatedly found by the autlior (i) of this memoir to yield a néga¬
tive resuit, in contrast with the positive resuit invariably obtained
by him vvhile using the virus of the disease, the beautiful lésions
obtained by Laveran (2) in the monkey with the cultures of the pa¬
rasite derived from the same source, lias established the fact that
even a culture of Leishmania tropica (Cambay) behaves exactly
as the Tunisian virus in producing the typical lésion, at any rate
under certain experimental conditions. It may be taken as a well
established belief that this parasite produces only a localised lé¬
sion at the seat of infection and that it never généralisés itself in
the infected animais and this belief which is generally supported
by experimental results, lias been so strong that it is taken as an
important pathological land mark in enabling a differential dia-
gnosis between the two closely similar parasites viz. Leishma¬
nia tropica of the Oriental sore and Leishmania donovani of Kala
Azar ; and further it lias the clinical support of the two- well mar-
ked and distinct pictures of the disease produced by these two
parasites in man.
However, the interesting results recently recorded by Gon-
der (3) go to prove that Leishmania tropica cultures when admi-
nistered intravenously or intraperitoneally into mice, hâve always
yielded a partially internai infection (viz. of liver and spleen but
not bone marrow) preliminary to a localised infection periphe-
rally, at a later period. It is in this connexion that it is found
désirable to record the following observations on a mouse sub-
jected to an intraperitoneal injection of Leishmania tropica cul¬
tures.
The injection intraperitoneally of a Leishmania tropica culture
into mice in one dose, being âlways found to yield a négative re¬
suit it was found advisable to modify the method of infection and
administer the culture so as to produce an intensive effect on the
mouse by injecting the mater ial on three successive days and then
giving a final injection after 2 months. Here are the exact details
of the experiment.
(1) R. Row : British Medical Journal , seot. 1910.
<2) A. Laveran : Bulletin de la Société de Pathologie exotique, 1912.
(3) Richard Gonder : Arch. f. Schiffs. u . Trop. Hyg , 1913.
20
274
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mouse (2) Leishmania tropica sériés
Ist Injection intraperitoneally 9-4-13 1/2 c.c. 7 weeks old culture.
2nd » » 10-4-13 0.23 cc. of 4 weeks culture.
3rd » » 11-4-13 0.25 cc; of 4 weeks culture.
4tli » « 11-0-13 1 .23 cc. of 0 weeks culture.
Ail cultures were ricli in 0 bodies and contained hardly any motile
for ms.
The animal was thriving and appeared perfectly healthy till 22.1.14
when it was killed for observation — 9 montiis and 13 days after the tirst
injection.
Post mortem,tbe spleen appeared enlarged to 0 to 8 times and the liver
distinctly so. The other organs including the peritoneum appeared per¬
fectly healthy. Smears made from liver, spleen and bone marrow showed
an exceedingly rich infection. Cultures from each of tbese yielded pure
flagellâtes and lastly the heart blood when smeared revealed a peculiar
picture of large cocci hke dots occupying apparently the red blood cells
singly. Could these be a « pre-parasite » phase of the Leishmania ? That
they are not cocci is clear from their not growing on nutrient agar.
These facts while confirming Gonder’s observation that it is
possible to obtain a partial internai infection in mice infected in¬
traperitoneally with the Leishmania tropica cultures, go a step
further and show that Leishmania tropica cultures act exactlv as
Leishmania donovani cultures in the mouse and produce in this
animal a generalised infection of liver, spleen, bone marrow and
even of peripheral blood ( ?). The resuit of this experiment does
not however confirm the observation of the grave cutaneous lésions
he obtained in lus mice following a preliminary infection of onlv
liver and spleen (though not of bone marrow), nor does it fend
support to bis suggestion of the possibility of an unrecognised
splenic or hepatic infection preliminary to the development of a
cutaneous lésion. Ail one is impressed with, is the apparent well
being of the mouse so heavily infected. The post mortem appea-
rances and the microscopie examination of the organs and other
tissues of the mouse of this experiment infected with Leishmania
tropica cultures, being as they are identical with those of a mouse
infected with the parasite of Kala Azar, makes one feel that the
two parasites recognised to be so distinct from each other on ac-
count of the two markedly different clinical pictures each proclu-
ces in man, may be, after ail, the same parasite. In this connec¬
tion it may be interest ing to recal 1 the facts already recorded b y
the author (i) that although it is usual to induce a localisée! sub-
(i) R. Row : British Med. Journal, nov. tqi >. — Journal of Trop. Med.
a. Hyg., nov. 1912.
Séance du S Avril 1914
275
•cutaneous lésion in the Macacus sinicus hy a hvpodermic injec¬
tion of a culture of Leishmania donovani rich in o bodies, it is
sometimes possible to obtain also a generalised (i) infection follo-
wing a cutaneous lésion in the same animal. It mav also be poin-
ted out here that 1 hâve just completed the observation of a mouse
who was given a hvpodermic injection of a simikir Kala Azar
( Leishmania donovani) cuilture and who showed a verv heavy
generalised infection of the liver, spleen, bone marrow and even
of peripheral blood, 14 months after infection. From the above
it appears that no matter what parasite ( Leishmania donovani or
Leishmania trop ica) one deals with, it is possible to induce even
with cultures, a localised nodule or a generalised infection or
both. It is to be hoped that further experimental study will throw
more light on this subject.
( From F. D. Petit Laboratory , Byculla : Bombay.)
M. A. Laveran. — La communication de M. le Dr R. Row
présente un grand interet. Notre Collègue a constaté l’existence
d'une leishmaniose généralisée chez une souris dans le péritoine
de laquelle il avait injecté, à plusieurs reprises, des cultures de la
Leishmania tropica du bouton d’Orient. La souris, sacrifiée 9 mois
et 13 jours après la première' inoculation, avait des lésions du foie
et de la rate identiques à celles qu’on observe chez les souris infec¬
tées avec la L. Donovani. Les Leishmania typiques abondaient
dans la rate, le foie et la moelle osseuse. Le foie, la rate et la
moelle osseuse, ensemencés dans le milieu de Novv simplifié,
ont donné des cultures de flagellés caractéristiques.
Déjà Goxder avait obtenu des infections généralisées, chez des
souris, à la suite d’inoculations intrapéritonéales ou intraveineuses
de cultures de la L. tropica , mais ces infections s’accompagnaient
de graves lésions des téguments qui leur imprimaient un caractère
particulier (2); la souris dont le Dr Row nous envoie l’observa¬
tion n’a présenté aucune lésion tégumentaire.
En dehors de Gonder, tous les observateurs s’accordaient jus¬
qu’ici à reconnaître qu’en inoculant aux animaux (singes, chiens,
souris) des Leishmania tropica , provenant directement de boutons
(t) R. Row : Paper read before XVITe International Congress of Medicine^
1 0 1 3 -
(2) R. Gonder, Arch. f. Schiffs u. Trop. Hyy., juin 1913.
270 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d’Orient ou en culture, on ne produisait que des lésions locales.
J’ai souvent inoculé, pour ma part, des cultures de L. tropica
(de Tunisie ou de Delhi) à des souris, dans le péritoine ou dans
les veines, et jamais je n’ai observé d'infection généralisée. Le
Dr Row a fait des injections répétées dans le péritoine et il s’est
servi, non de cultures récentes, comme on fait d’ordinaire, mais
de cultures de 4 à 7 semaines dans lesquelles on ne voyait plus
que très peu ou point de formes flagellées ; peut-être le succès
qu’il a obtenu s’explique-t-il par cette dernière circonstance.
En présence de ce fait que l’on peut produire, chez la souris,
les mêmes lésions généralisées en lui inoculant, soit la L. Dono-
vani, soit la L. tropica, on doit se demander, comme le dit le
Dr Row, si ces parasites n’appartiennent pas à une seule et même
espèce.
Au point de vue de la clinique et de l’anatomie pathologique,
les différences sont évidemment très grandes entre le bouton
d’Orient et le kala-azar, mais ces différences n’excluent pas
l’unité de l’agent pathogène. Les différences cliniques et anatomo¬
pathologiques sont très grandes aussi entre des scrofulides de la
peau ou des muqueuses et la tuberculose généralisée, et cependant
l’agent pathogène est le même.
Au point de vue morphologique, on ne peut citer aucune diffé¬
rence entre la L. Donovani et la L. tropica ; au point de vue bio¬
logique, les 2 parasites présentent de grandes ressemblances ; ils
donnent, dans les mêmes milieux, des cultures identiques, ils
sont inoculables aux mêmes animaux,, et les inoculations faites
avec l’un des virus produisent parfois des lésions qui se rappor¬
teraient mieux à l’autre. R. Row a provoqué, chez des macaques,
par l’inoculation de la L. Donovani, dans la région frontale, la
formation de nodules cutanés se rapprochant des nodules, par¬
fois non ulcérés, que produit la L. tropica; Gonder et R. Row
ont observé des infections généralisées semblables à celles du
kala-azar chez des souris inoculées avec la L. tropica.
Dès 1907, P. Manson a appelé l’attention sur la connexité des
Leishmania du bouton d’Orient et du kala-azar et il a conseillé,
dans le but de trancher la question d’unité ou de dualité spécifique,
de rechercher si les sujets atteints de kala-azar avaient l’immunité
pour le bouton d’Orient (t).
(1) Patrick Manson, Transact. of the Soc. of trop. mcd. a. Hyg 1907-
1908, p. 44 (séance du 15 nov. 1907).'
Séance du 8 Avril 1914 277
La découverte de l’inoculabilité de la L. Donovani et de la
L. tropica à certains animaux a facilité les recherches suggérées
par P. Mans on.
C. Nicolle et L. Manceaux ont constaté que le virus du bouton
d’Orient conférait aux singes une certaine résistance contre le
kala-azar expérimental (i). Au sujet de ces expériences, Nicolle
écrit: « Une atteinte expérimentale de bouton d’Orient, vaccine
contre le bouton d’Orient, mais ne confère qu’un certain degré
de résistance vis-à-vis du kala-azar; une première atteinte du
kala-azar vaccine contre le kala-azar et contre le bouton d’Orient.
Dans ces expériences, trop peu nombreuses pour que leur signi¬
fication soit absolue, le virus du kala-azar semble se comporter,
par rapport à celui du bouton d’Orient, comme un virus fort par
rapport à un virus faible » (2).
Le fait nouveau qui nous est communiqué par le Dr Row cons¬
titue un argument d’une grande valeur en faveur de l’identité
spécifique des virus du kala-azar et du bouton d’Orient ; la Leish-
mania tropica serait une simple variété, de virulence atténuée, de
la L. Donovani qui ne produirait qu’à titre tout à fait exceptionnel
des infections généralisées.
L'émétique dans le traitement de la
leishmaniose cutanée et muqueuse
Par A. CAR INI.
On connaît le peu de succès thérapeutique obtenu avec les
nombreux traitements tentés contre la leishmaniose cutanée, tou¬
tefois, cette affection, en général, ne présente pas de gravité et
finit par guérir spontanément, après des mois. Mais il en est autre¬
ment lorsque les muqueuses sont attaquées; la maladie devient
alors très grave, et, jusqu’à ces derniers temps, on ne connaissait
pas un seul médicament capable de la guérir ou du moins d’arrêter
(1) C. Nicolle et L. Manceaux, Arch. de l'Inst. Pasteur de Tunis, 1909,
P- *93-
(2) C. Nicolle, Rapport au Congrès d’Hygiène et de Démographie de
Washington, sept. 1912 et Arch. de l’Inst. Pasteur de Tunis, 1912, p. 221.
278
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sa marche progressive. Les malheureux, atteints de cette affection,
étaient impitoyablement condamnés : défigurés, souffrants, ca¬
chectiques, ils allaient d’un hôpital à l’autre, cherchant inutile¬
ment un remède efficace à leur mal.
La leishmaniose des muqueuses, que nous avons été parmi les
premiers à signaler, n’est pas du tout rare au Brésil, et il semble
que les cas y soient de plus en plus nombreux. Elle est fréquente
aussi dans d’autres régions de l’Amérique du Sud (Pérou, Para¬
guay, Bolivie, Colombie, etc.).
Il était donc du plus haut intérêt de chercher à trouver une
médication active.
Vianna, encouragé par les bons résultats que l’on avait obtenus
avec l’émétique dans le traitement des trypanosomiases, eut l’idée
d’expérimenter ce remède chez quelques malades de leishmaniose
tégumentaire. Au congrès brésilien de médecine de Bello Hori-
zonte, il communiqua avoir obtenu des résultats très satisfai¬
sants (i).
Ayant essayé sur quelques malades le traitement par l’émétique,
nous nous sommes persuadé de sa réelle efficacité, et nous croyons
qu’il représente une véritable conquête thérapeutique. Ce traite¬
ment rendra de notables services, non seulement parce que, grâce
à lui, on guérira beaucoup de malades jugés incurables, mais
encore parce qu'avec la guérison de ces malades, on obtiendra
l’extinction de nombreux foyers d’infection, ce qui aura, sans nul
doute, une importance au point de vue de la prophylaxie.
Nous nous sommes servi du tartre émétique en poudre (Baiss’
Brothers & C°, Londres) en solution à i %, dans l’eau distillée
et non dans la solution physiologique, comme on le conseille géné¬
ralement. La stérilisation a été faite à froid, par filtration. Les
injections intra-veineuses sont pratiquées avec une seringue de
verre de io ce., et l’on injecte 5 ou 10 cc. tous les jours ou à jours
alternés, d'après la tolérance du malade.
La solution est caustique et irritante, mais absolument indolore
lorsqu’elle est introduite dans les veines : si le liquide est injecté
à côté, il cause des douleurs assez vives; il est donc nécessaire
de pratiquer les injections avec soin. Parfois, les malades sont
pris, pendant ou tout de suite après l’injection, d’accès de toux,
mais l’on évite cela assez facilement en introduisant la solution
(1) (jaepar Vianna, Arch. bras, de med., anno II, n. 3, p. 426.
Séance du S Avril 1914
279
très lentement. Certains malades se plaignent, quelques heures
après l’injection, de douleurs musculaires et articulaires souvent
très fortes et localisées à la région scapulo-humérale du côté
injecté.
Voici l'histoire des quelques malades que nous avons traités et
suivis assez longtemps pour pouvoir juger des effets du traite¬
ment employé.
Cas 1. — Lésions cutanées. C'est un capucin qui, pour la catéchisation
des Indiens, a voyagé dans la zone nord-ouest de l’Etat. Vers la fin de
juillet 1913, il revient à Saint-Paul et présente une ulcération au front et
trois boutons, un au sourcil et deux aux joues. Nous avons vu le malade
en décembre, et alors l’ulcère du front avait la largeur d’une pièce d'un
franc : les boutons étaient rouges, durs, entourés d’œdème. Dans les pré¬
parations faites avec du matériel retiré des boutons, on trouvait d’assez
n o m b r e u s e s Leishman ia .
Nous avons commencé le traitement le 15 déc. Après 12 injections,
l'ulcère du front est cicatrisé : l’induration, l’œdème, la rougeur des bou¬
tons ont notablement diminué : à l’examen microscopique, on ne trouve
plus de parasites.
Nous avons continué le traitement jusqu'au 19 janvier, en espaçant un
peu les injections qui furent, en tout, au nombre de 27.
Le capucin est reparti pour les mêmes régions de l’intérieur, complète¬
ment guéri, et il nous a écrit un mois après qu’il allait très bien
Cas 2. — Lésions muqueuses, chez un Italien, maçon, de 51 ans. En
1906, travaillant dans la forêt pour le transport de l’énergie électrique de
Paranahyba à Saint-Paul, il contracta un ulcère au cou, qui dura presque
une année. En 1907, lorsque cet ulcère était encore ouvert, le malade nota
l’apparition d’une petite lésion ulcéreuse à la narine gauche. Peu à peu,
l’ulcération s’est étendue à toute la muqueuse nasale du même côté, et
ensuite a gagné le pharynx et envahi toute la bouche.
Lorsque nous avons vu le malade, il avait le nez augmenté de volume,
rouge; de la narine gauche s’écoulait une sécrétion abondante. Toute la
muqueuse de la bouche et du pharynx était tuméfiée, hypertrophiée,
ulcérée, saignant facilement. Le malade se plainl de fortes douleurs, il ne
peut plus avaler que des aliments liquides, et avec difficulté : il est
maigre, pale, faible, depuis plusieurs mois incapable de travailler
Nous avons commencé le traitement le 21 nov. en lui injectant d’abord
tous les jours 10 cm3 d’émétique; ensuite, la dose fut réduite à 5 cm3 et
les injections espacées. Le malade a reçu jusqu’à présent 3 g. 55 d’émé¬
tique en 40 injections. Dès le commencement se manifesta une notable
amélioration, qui a toujours continué, de façon qu’aujourd’bui la gué¬
rison est complète. La muqueuse de la bouche est lisse et brillante il n’y
a plus de douleurs, la déglutition se fait normalement, l’appétit et les
forces sont revenus, le malade a repris son travail.
Cas 5. — Lésions cutanées et muqueuses. L. P., ouvrier, Italien,
65 ans. II a travaillé à Bauru et à ltapura, dans le nord-ouest du Brésil.
Il est malade depuis plus de trois ans et il présente au dos des mains deux
ulcérations de plusieurs centimètres de largeur. Un autre ulcère large et
profond siège au dos du pied droit. Le nez est gros, enflammé, rouge,
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
280
spécialement au bout : toute la muqueuse de la bouche est attaquée, les
dents sont tombées, le malade bave continuellement; il se traîne pénible¬
ment, et présente un aspect pitoyable.
Nous faisons la première injection le 22 nov. et le malade suit assez
régulièrement son traitement jusqu’au 24 déc , recevant 6 injections de
10 cm3 et 12 de b cm3 de solution d’émétique. A cette époque, les ulcéra¬
tions des mains sont cicatrisées ; de celle du pied il ne reste plus qu’un
petit trou. Le nez est diminué de volume, il n'est plus si rouge* , la
muqueuse de la bouche est moins tuméfiée, ne saigne plus, mais n’est pas
encore redevenue tout à fait normale, ce qui laisse croire que la guérison
n’est pas encore complète. Le malade dit se sentir très bien et se considère
déjà comme absolument guéri. Après plusieurs semaines d’absence, vers
la fin de janvier, il revient à l’Institut : son état général s’est beaucoup
amélioré; il a augmenté de poids, il mange avec appétit. Nous lui conseil¬
lons de continuer le traitement, mais le malade a quitté Saint-Paul quel¬
ques jours après.
A ces trois cas, nous pouvons en ajouter un autre, celui d’un
malade qui s’est présenté à l’Institut dans un état si grave, qu’il
a fallu le faire recueillir d’urgence à l’hôpital italien. Lèvre supé¬
rieure enflée et rouge, nez énorme, septum nasal détruit, orifice
couvert de croûtes qui tombent facilement et déterminent de fré¬
quentes hémorragies. Il respire avec grande difficulté et il semble
étouffer à chaque instant ; il est presque aphone et depuis des
mois il ne peut avaler que des liquides. Toute la muqueuse de la
bouche et du pharynx est tuméfiée, ulcérée.
Après quelques semaines de traitement, sont état s’est amélioré
de façon à étonner tous les médecins de l’hôpital.
Dans ce cas, ainsi que dans les autres observations 2 et 3, il
perdus depuis des années, sont guéris et ont repris le travail.
Dernièrement, Oscar d’Utra e Silva (i), disciple de G. Vianna,
dans une thèse bien documentée, a relaté une importante série de
cas de leishmaniose, traités à Rio, chez lesquels les résultats ont
été aussi des plus favorables.
Lindenberg (2) a voulu essayer la trixidine (émulsion dans
l’huile à 40 %, de trioxyde d’antimoine), recommandée par
Kolle (3) comme très active contre les trypanosomiases. Malgré
que son emploi soit accompagné de quelques inconvénients (réac-
(1) Oscar cI’Utra e Silva. Tratamento do Leishmaniose Tegumentar, Rio-
de- Janeiro, 1913.
(a) Lindenberg. Tratamento da Ulcéra de Bauru. Annaes paulistas demed.
e Cir. vol. 1, n. 5. déc. 1913, p. i5i.
(3'' Kolle, Ueber neue Prinzipien und neue Pràparate fur die Thérapie der
Trypanosomen-Infectionen. Deutsche med. Woch ., iqi3, n. 18.
Séance du S Avril 1914
œ t
281
tion très intense à l’endroit de l’inoculation, fortes douleurs, in¬
flammation et parfois suppuration), l’action thérapeutique de
l’antimoine s’est manifestée d’une façon très évidente, détermi¬
nant la cicatrisation rapide des ulcérations de la peau et des mu¬
queuses.
Nous croyons donc que l’on peut considérer comme suffisam¬
ment prouvé que l’antimoine représente un médicament très puis¬
sant contre la leishmaniose tégumentaire.
Il nous semble qu’il serait utile d’étendre les essais thérapeu¬
tiques aux leishmanioses viscérales, et de chercher d’autres com¬
posés d’antimoine, peut-être plus actifs, moins toxiques et de
facile application.
( Institut Pasteur de Scio P auto, Brésil ).
D
es variations du pouvoir infectieux
et de la virulence de Trypan.
dimorphon L. et M. (suite) (i)
Deuxième note
Par P. DELANOË.
Je vais, au cours de cette Note, rapporter longuement l'obser¬
vation d’un T. dimorphon qui, « au départ », c’est-à-dire à partir
d’un bœuf naturellement infecté, n’était absolument pas inocula¬
ble au rat blanc et au cobaye et qui a fini, à la suite d’une série
de tentatives infructueuses que>j’ai faites, par acquérir le pouvoir
d’infecter le cobaye (2), d’infecter et de tuer le rat blanc. Il
s’agit du T. dimorphon de l’exp. 4 de ma communication préli¬
minaire où j’indiquais déjà qu’il m’avait été possible de rendre ce
virus inoculable au rat, pour lequel cet animal paraissait avoir
au début une immunité naturelle quasi absolue. Depuis lors,
j’ai pu, avec le même virus, infecter également le cobaye.
Je rappelle en quelques mots les détails suivants:
(1) Voir Bull. Soc. Path. exot., t. VII, n° 1, 1914.
(2) Mes expériences sont trop récentes pour me permettre de dire si ce virus
est aussi susceptible de tuer le cobaye.
282
ETIN
DE
la Société de Pathologie
EXOTIQUE
Le 12 juillet 1913, j’ai à examiner un troupeau de 29 bœufs, présentés
à la visite sanitaire pour le transit commercial, qui appartiennent à
Biraima LA et à Sayni Diallo. Ces bœufs viennent de Bobodioulasso , par
la route de Ban fora, Tafirè. Daraholondougou et Kaliola.
L’un de ces bœufs présente dans le sang de nombreux trypanosomes,
environ 30 à 40 par champ microscopique (obj. n° 3). Tous ces try¬
panosomes, entre lame et lamelle, paraissent identiques : sans flagelle
libre, mobiles sur place seulement, s’accolant entre eux plus ou moins
parallèlement de manière à former des paquets parfois volumineux.
J’identifie immédiatement ce virus à T. dimorphon. La figure ci-dessous
représente ce trypanosome vu sur frottis colorés au Papenueim : la res¬
semblance morphologique avec T. dimorphon L. et M. ne fait aucun
doute. Longueur moyenne des trypanosomes 10 ; maxima 20 p- ; minima
13 |x. Largeur moyenne 2 à 3 a; maxima 3 ;j. 1/2 ; minima 1 g 1/2.
J’attire particulièrement l’attention sur les formes à extrémité posté¬
rieure obtuse, comme tronquée. Hixdle a déjà attiré l’attention sur ces
formes qu’il appelle « stumpy forms ». Les « stumpy forais » existent
réellement, et ne sont pas le fait d’artifices de coloration : je jes ai parfai¬
tement distinguées au cours d’examens du sang pratiqués entre lame et
lamelle.
Sur le bœuf de Biraima Là et de Sayni Diallo , j’inocule un rat blanc
d’environ 75 g. et un cabri de 10 kg.
Le rat blanc reçoit dans le péritoine plus d'un centimètre cube de sang
du bœuf, puisé dans une des veines de l’oreille. Ce rat \ examiné tons les
jours . pendant 58 jours, ne s’infecte pas. 11 n’y a jamais eu de trypano¬
somes présents dans la circulation.
Le cabri est inoculé sous la peau du cou avec seulement une goutte de
sang du bœuf. Ce cabri s’infecte abondamment et présente une infection
double due à T. Cazalboui et à T. dimorphon. Je dois ajouter qu’avant
d’être inoculé, ce cabri, examiné à plusieurs reprises, n’a pas montré de
trypanosomes dans le sang. De plus, un rat blanc de 1 13 g., inoculé dans
le péritoine avec 3 cm3 de sang de ce cabri, ne s’est pas infecté. Voici l’ob¬
servation détaillée du cabri :
Cabri. — Poids : 10 kg. Inoculé le 12 juillet 1913 avec une goutte de
sang du bœuf du troupeau de Biraima Là et de Sayni Diallo. Les 15, 19
et 20 juillet, pas de trypanosomes dans le sang. Le 22 juillet, 10 jours
•après l’inoculation dans le sang, des trypanosomes assez nombreux du
Séance du S Avril 1U 14
283
type i. dimorphon. Le 28 juillet, trypanosomes assez nombreux du type
T. dim. Le 31 juillet, tryp. rares. Le 2 août, tryp. assez nomb. Le 5 août,
tryp. nomb. Le 8 août, tryp. non rares. Le 10 août, tryp. nomb. Le
12 août, tryp. assez nomb. ; les uns du type T. dim., les autres du type
T. Cazalboui. Le 14 août, 33 jours après l’inoculation, pas de trypano¬
somes dans le sang. Le 16 août, tryp. très rares du type 7. Caz. Le 17,
tryp. rares, du type T. Caz. Les 18 et 19, tryp. nomb. du type T. Caz.
Les 20, 21, 22 et 23 août, fias de tryp. visibles à l’examen du sang. Le 24,
tryp. assez nomb , du type T. Caz. Le 25, tryp. très nomb. : les tryp du
type T. Cazalboui sont très nombreux ; les tryp. du type /’. dim. sont très
rares. Le 26, tryp. assez nomb. : les tryp. du type T. Cazalboui sont assez
nombreux; les tryp. du type T. dim. sont très rares. Les 27, 28 et 29 pas
de trypanosomes visibles h l’examen microscopique. Le cabri, étant resté
dehors dans la nuit particulièrement fraîche du 29 au 30 août, meurt le 30
au matin. L’autopsie montre que la mort est due à une double congestion
pieu ro-pulmona ire : à l’épreuve de l’eau, les poumons flottent. A la pal¬
pation, ils ne crépitent plus, sauf sur les bords. A la coupe, une spume
sanguinolente abondante. Bref, tous les signes anatomo-pathologiques de
la splénisation pulmonaire. La rate est un peu grosse, non déchirée. Le
foie est de volume normal, un peu dégénéré. Les intestins ne sont pas
congestionnés. Les muscles sont recouverts de graisse.
Sur ce cabri, à des moments différents, j’ai inoculé, avec plusieurs
gouttes de sang infectieux et sans aucun succès 3 rats blancs (de 80 g., de
95 g., et de 150 g.), 4 rats des champs d'un gris uniforme (Arvicanl/iis sp.
voisin d 'A. niloticus richardi Noack) (l), un rat sauvage d’une autre es¬
pèce (Golunda campanæ Huet), un cobaye, un lapin de brousse, deux rats
palmistes, une mère et son petit ÇXerus erytbropus Geoffroy).
vraiment affaire à T . dimorphon proprement dit, ou bien à un vi¬
rus qui, bien qu’ayant avec lui les ressemblances morphologiques
les plus frappantes, en serait cependant foncièrement distinct par
le fait qu’il ne serait pas susceptible d’infecter les petits rongeurs.
T. nanum Lav. n’est-il pas une espèce particulière de trypano¬
some justement parcequ’il n’est pas inoculable au rat et au co¬
baye ?
De là, toute une série de recherches systématiques que j’ai
entreprises dans le but de m’assurer s’il n’était pas possible d’ino¬
culer au rat et au cobaye un virus qui paraissait tout d’abord
n’être pas susceptible de les infecter.
Après bien des tentatives, j’ai pu, avec le trypanosome sans fla¬
gelle libre du bœuf de Biraima La et de Sayni Diallo, infecter et
tuer le rat, puis infecter le cobaye. De telle sorte qu’alors même
que je n’aie pu entreprendre jusqu’ici des expériences d’immunité
croisée entre ce virus et celui de l’expérience 7 de ma précédente
(1) Les déterminations zoologiques ont été faites par M. le professeur
Trouessart, du Muséum, que je suis heureux de remercier ici.
284 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
communication (i), il me semble qu’il n’y a plus aucun doute à
avoir : le trypanosome du bœuf de Bu aima La et de Sayni Diallo
est bien un T. dimorphon qui présentait comme particularités de
n’ètre pas, « au départ », inoculable au rat et au cobaye.
A. — • Le pouvoir infectieux pour le rat blanc est rendu au
T. dimorphon du bœuf de Biraima La et de Sayni Diallo après un
passage par cabri, et un passage par chien.
Avec le cabri, dont j’ai rapporté plus haut l’observation, j’inoculai deux
jeunes chiens de race indigène pesant 4 et 5 kg. et un porc pesant
environ 7 à 8 kg. : un chien seulement, le plus petit, s’est infYcté : infec¬
tion simple due à T. dimorphon seulement. Le chien le plus gros et le porc
se sont montrés réfractaires.
Voici l’observation du chien sensible au virus :
Chien 7i° 2. — Poids, 4 kg. Acheté le 26 juillet 1918. Examiné à deux
reprises différentes, ce chien n’a présenté ni trypanosomes dans le sang, ni
autoagglutination des hématies. Le 28 juillet, il est inoculé sur cabri et
reçoit dans le péritoine 5 à G gouttes de sang. Le 31 juillet, les 2, 4 et
5 août, pas de trypanosomes dans le sang. Le 8 août, pas de trypanosomes
dans le sang, mais légère autoagglutination des hématies (2;. Les 9 et
10 août, pas de trypanosomes visibles, mais autoagglutination persistante.
Le 12 août, trypanosomes non rares à l’examen microscopique; auto¬
agglutination nette : la période d’incubation a donc été de 15 jours.
13 août : pas de trypanosomes dans le sang. 14 et 15 août : tryp. très
rares. 16, 17. 18, 19 et 20 août : pas de tryp. dans le sang. 21 août : tryp.
très rares ; autoagglulination légère. Les 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28. 29, 30,
31 août : pas de tryp. à l’examen microscopique. Les 1er et 2 sept : pas
de tryp. visibles. 3 sept. : tryp. très rares. 5 et 7 sept. : pas de tryp. visi¬
bles 8 sept. : tryp. très rares, 9, 10, 11, 13. 14, 16, 18 20, 22, 25, 27,
29 sept. : pas de tryp. visibles. 3 oct. : tryp. très rares. 7, 12, 18 :
pas de tryp. visibles. Autoagglutination toujours nette. 24 oct. : pas de
tryp. visibles. Animal maigre, malade. 28 oct. : pas de tryp. visibles. Gra¬
vement malade. 2 nov. : très gravement malade. 6 nov. : autoagglutina¬
tion légère. Malade. 16 nov. : pas de tryp. visibles à l’examen direct.
Notable amélioration de l’état général. 23 nov : pas de tryp. visibles à
l’examen direct. Amélioration persistante. Il déc. : complètement remis.
Pas de tryp. visibles. Autoagglutination légère. 15 janv. : pas de trypano¬
somes visibles. Auloagglutination nette. 27 janv. : pas de tryp. visibles.
Autoagglutination presque nulle. Le chien, en parfaite santé, est vendu.
En somme, bien que le chien ait été un instant gravement ma¬
lade, on peut dire, à en juger par le nombre des trypanosomes
(1) Loc. cit.
(2) On notera cette apparition très précoce de l’autoagglutination des héma¬
ties. J’ai pu constater le même’ phénomène chez un autre chien d’un poids
de 7 kilos inoculé avec ce virus. L’autoagglutination se manifeste avant
même que les trypanosomes soient décelables à l'examen microscopique .
Chez les tout jeunes chiens, d'un poids de 4 à 500 g., l’autoagglutination
est beaucoup plus tardive.
Séance du 8 Avril 1914
285
présents dans la circulation, que l’infection qu’il a contractée a été
plutôt légère.
Avec ce chien, à deux moments différents, j’ai inoculé 3 rats blancs.
1° Le 12 août, 15 jours après que le chien a été inoculé, alors que les
tryp. étaient non rares dans la circulation, un rat blanc adulte est inoculé,
dans le péritoine, avec 2 à 3 gouttes de sang infectieux. Ce rat , examiné
régulièrement, pendant cinq mois, ne s'infecte pas.
2° Le 21 août, soit 24 jours après que le chien a été inoculé, alors que
dans la circulation les /’. dimorphon étaient très rares, deux rats blancs
adultes sont inoculés dans le péritoine avec 2 à 3 gouttes de sang infec¬
tieux. Les deux rats s infectent et contractent une maladie essentiellement
chronique .
J’ai donc pu, en quelque sorte, saisir sur le vif, dans l’orga¬
nisme du chien, la transformation du pouvoir infectieux de T. di¬
morphon pour le rat blanc.
Je rapporte les observations des deux rats qui se sont infectés:
Rat blanc n° 1. — Inoculé, le 21 août, dans le péritoine, avec 2 à
3 gouttes de sang du chien nu 2. Les trypanosomes étaient très rares dans
le sang du chien. Incubation : 26 jours; les trypanosomes apparaissant
très rares, pour la première fois, le 17 sept. — 19 sept. : tryp. très rares.
21, 23 sept. : tryp. rares. 27 sept. : pas de tryp. visibles. 29 sept. : tryp.
rares ; état général excellent. 3 oct. : tryp. non rares. 7, 10 oct. : pas de
tryp. visibles. 12 oct. : tryp. rares. 17 oct. : pas de tryp. visibles. 19 oct. :
tryp. très rares. 23, 28 oct. : tryp. rares. I'*1’, 7, 9, 15, 22 nov. : pas de
tryp. visibles. 29 nov. : tryp. très rares. 6 déc. : tryp. rares. 11 déc. :
tryp. non rares. 13 déc. : pas de tryp. visibles. Etat général excellent.
Poids : 230 g. 14 déc. : pas de tryp. visibles. 18 déc. : tryp rares.
25 déc. : pas de tryp. visibles. 5, 14, 15, 29 janv. : tryp. rares. 9 fév. :
pas de tryp. visibles. 22 fév. tryp. rares. 27 fév. : tryp. très rare ; le rat est
en excellente santé...
Rat blanc n° 2. — Inoculé le 21 août, dans le péritoine, avec 2 à
3 gouttes de sang du chien n° 2. Incubation : 23 jours. Les tryp. appa¬
raissent rares le 14 sept. — 15 sept. : tryp. rares 17 sept. : tryp. rares.
19, 21 sept. : tryp. rares. 23 sept. : pas de tryp. visibles à l’examen
microscopique. 27, 28, 29 sept. : tryp. rares, très bon état général. 3 oct. :
tryp. non rares. 6, 10 oct. : tryp. rares. 12 oct. : tryp. très rares. 17 oct. :
pas de tryp. visibles. 19, 23 oct. : tryp. très rares. 28 oct. : tryp. rares.
1 ier et 7 nov. : pas de tryp. visibles. 9, 15 nov. : tryp. rares. 22 nov. : pas
de tryp. visibles. 29 nov. : tryp. très rares. 6, 11, 13, 14 déc. : pas de
tryp. visibles. Très bon état général. 160 g. 25 déc. : tryp. très rares.
5 janv. : tryp. rares. 14 janv. : tryp. non rares. 29 janv. : tryp. rares.
9 fév. : tryp. rares. 22 fév. : tryp. non rares. 27 fév. : tryp. assez nomb.
Très bon état général.
En somme, il s’agit, dans les deux cas, d’une infection essen¬
tiellement chronique, si chronique qu’il semble même que le virus
soit dénué de tout pouvoir pathogène. Les trypanosomes, à l’exa-
28(5 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
men microscopique, ont été soit très rares, soit rares, parfois non
rares, exceptionnellement chez le rat n° 2 assez nombreux. Ils
n’ont jamais été nombreux ou très nombreux. D’autre part, les
deux rats sont en excellente santé apparente plus de six mois après
l’inoculation.
B. — Le pouvoir infectieux et le pouvoir pathogène pour le rat
sont rendus au T. dimorphon du bœuf de Biraima La et de Sayni
Diallo après un passage par cabri, un passage par chien et un
passage par rat blanc.
Avec le rat n° 1, j’ai inoculé le 11 décembre deux rats blancs
adultes.
Ces deux rats avaient d’ailleurs été inoculés par un T. dim.,
mais sans aucun succès : le 4 août 1913, je leur injectais dans le
péritoine plusieurs gouttes de sang d’un mouton dont le sang con¬
tenait de nomb. T. dim. (Mouton de la femme Aïs sa Toussé.
Exp. 3 de ma précédente communication) (1).
Voici l’observation de ces deux rats:
Rat blanc n° Y. — Inoculé le 4 août avec 3 à 5 gouttes de sang du
mouton de la femme A ïssa Toussé. Cette inoculation n’est pas suivie de
succès. Observé pendant 4 mois, le rat n’a jamais montré de tryp. dans
le sang.
Le 11 déc., ce rat, qui est en excellente santé apparente, est réinoculé,
dans ie péritoine, avec deux gouttes de sang du rat n° /. Il s'infecte gra¬
vement. 25 déc. : tryp. non rares. 4 janv. : tryp. non rares. 16 janv. :
trvp. très nomb. 24 janv. : tryp. excessivement nombreux. 30 janv., 6 et
10 fév., tryp. très nomb. Le rat meurt dans la nuit du 15 au 16 fév., un
peu plus de deux mois après T inoculation.
Rat n° 4. — Inoculé, comme le précédent, sans succès sur le mouton
d’ite Toussé.
Réinoculé, dans le péritoine, le 11 déc., avec 2 gouttes de sang du
rat n° 1. 25 déc. : tryp. assez nomb. à l'examen microscopique. 4 janv. :
tryp. assez nomb. 16 janv. : tryp. très nomb. 24 janv., 30 janv. ; 6, 10,
22 fév. : tryp. très nomb. A la date du 22 fév., le sang est décoloré,
comme rosé, tant les tryp. sont nombreux. Ce rat meurt le 5 mars à
5 h. 1/2 du soir. Rate très hypertrophiée. La rate pèse 5 g.
Ces expériences prouvent que, dès le 2e passage par rat, le
T. dimorphon isolé du bœuf de Biraima La et de Sayni Diallo est
susceptible de tuer cet animal.
Elles prouvent aussi qu’une infection de T. dimorphon, quand
elle n’est pas suivie d’ infection sanguine, ne fait pas naître chez le
(C L oc. cit.
>
Séance du 8 Avril J 0 1 i
287
rat une immunité active pour ce virus. J’aurai d’ailleurs l’occa¬
sion de revenir ultérieurement sur cette donnée.
C. — Le pouvoir infectieux ( et peut-être le pouvoir pathogène )
pour le cobaye est rendu au T. dimorphon du bœuf de Biraima
Lâ et de Sayni Diallo après un passage par cabri , un passage par
chien , un deuxième passage par cabri, et un passage par rat
blanc.
Avec le chien n° 2, dont j’ai parlé plus haut, j’inoculais un
jeune bouc de 7 k. 300 dont voici l’observation :
Jeune bouc. — Inoculé le 21 août 1913, sous la peau du dos, avec quel¬
ques gouttes de sang du chien n° 2. Incubation : 20 jours. 10 sept. : tryp.
assez nomb. 11, 13 sept. : tryp. non rares. 14 sept. : pas de tryp. visibles
à l’examen microscopique. IG sept. : tryp. très rares, 18, 20 sept. : trvp.
non rares. 23 sept. : tryp. rares. 25 sept. : tryp. nomb. A l’examen, à l’état
frais comme sur préparations colorées, nous ne voyons que T. dim .
27 sept. : tryp. très rares. 29 sept. : tryp. rares. 3 oct. : tryp. rares.
4 oct. : pas de tryp. visibles microscopiquement. 7 oct. : tryp. rares.
8 oct. : tryp. non rares. 12 oct. : tryp. assez nomb. 17 oct. : tryp. très
rares. 18, 23, 27 oct. : pas de tryp. visibles. 1er nov. : tryp. rares. 4 nov.:
pas de tryp. visibles ; maigre. 5, 7 nov. : pas de tryp. visibles. 9 nov. :
tryp. non rares.
Ce bouc meurt le 14 nov., vers 10 b. 1/2 du matin. Quelques infarctus
pulmonaires. Cœur feuille morte. Pas d’augmentation du volume de
la rate.
■*
Avec ce jeune bouc, à la date du 10 septembre, j’ai inoculé, dans
le péritoine avec T Y gouttes de sang un Rat blanc n° 5 dont voici
l’observation :
Rat n° 5. — Poids — 150 g. Inoculé le 10 sept, sur jeune bouc. Incuba¬
tion : 3 jours. 14 sept. : tryp. rares. 15 : tryp. très rares. 16, 17, 18,
19 sept. : pas de tryp. visibles. 21 sept. : tryp. très rares. 23 : tryp. non
rares. 27, 29 : pas de tryp. visibles. 3 oct. : tryp. non rares. 7 oct. : tryp.
rares. 12 oct. : pas de tryp. visibles. 19 : tryp. très rares. 25 : tryp.
rares. 28 : pas de tryp. visibles. 2 nov. : tryp. très rares. 7, 12, 16, 23,
30 nov. : tryp. rares. 18 déc. : tryp. non rares. Très bien portant. 25 déc. :
tryp. non rares. 14janv. tryp. nomb. 30 janv., lpr fév., 9 fév. : tryp. très
nombreux. Ce rat meurt dans la nuit du 16 au 17 fée., plus de cinq mois
après C inoculation.
Avec ce rat, j’inocule un cobaye dont voici l’observation incom¬
plète :
Cobaye /. — Poids : 275 g. Inoculé le 1er fév., dans le péritoine, avec
le sang prises à la queue du rat précédent. 22 fév. : tryp.
reux. 26 fév. : tryn. très nombreux. 3 mars : tryp. très nomb.
2 gouttes de
O
assez nombreux
bon état général...
Cobaye 2. —250g. Inoculé le 22 fév. sur le cobaye précédent. 26 fév. :
pas de tryp. visibles à l’examen. 3 mars : tryp. rares. Le cobaye est en
excellente santé apparente...
288
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Je résume les recherches que je viens de rapporter dans un
tableau d’ensemble :
Bœuf du troupeau de Biraima Là et de Sayni Diallo . souche du virus. En
transit à Bouaké le 12 juillet. Dans le sang de ce bœuf, de très nombreux
T. dim. visibles à l’examen microscopique. Sur ce bœuf sont inoculés :
Un rat blanc , qui reçoit, dans le
péritoine, un centimètre cube de
sang infectieux. Ne s'infecte pas.
Un cabri (iG (kg.), qui reçoit sous la
peau du cou une goutte de sang in¬
fectieux. Infection double par T. di-
morphon et T. Ca^alboui. Sur ce
cabri sont inoculés :
v
rats blancs, 4 rats gris , Arvi-
canthis sp?, 1 cobaye, 1 lapin de
brousse, 1 Golunda campanae, et
2 rats palmistes (Xerus erythro-
pus G.). Aucun animal ne s'in¬
fecte.
Un chien (n° i) et un porc qui ne s’in¬
fectent pas.
Un chien (n° 2), qui s’infecte. Infection
simple et légère, due à T. dim. seu¬
lement. Sur ce chien sont inoculés :
Uu jeune bouc (7 kg. 3oo), qui s’in¬
fecte et meurt en moins de 3 mois.
Infection due à T. dim. seule¬
ment. Sur ce bouc est inoculé :
Un premier rat
blanc qui ne
s’infecte pas.
Un rat (n° 2), qui
s’infecte. L’inocu¬
lation de ce rat
eut lieu en même
temps que celle
du rat no 1.
Un rat (n° 5) (i5ogr.) qui s’infecte
et meurt plus de cinq mois après
l’inoculation. Sur ce rat est ino¬
culé :
I
4;
Un rat (n* 1), qui s’infecte. Infection
chronique due à T. dimorphon seu¬
lement. En excellente santé appa¬
rente, plus de six mois après l’ino¬
culation. Sur ce rat sont inoculés :
Un cobaye (27b gr.) qui s’infecte
gravement et mourra peut-être.
Sur ce cobaye est inoculé :
Un cobaye (25o gr.) qui est
cours d’infection.
en
v
Un rat blanc
(n° 3) qui s’in¬
fecte et meurt
un peu plus
de deux mois
après l'inocu¬
lation.
I
\
Un rat (n° 4), qui
s’infecte grave¬
ment et meurt
près de 3 mois
après l’inocula¬
tion .
Séance du 8 Avril 1914
289
La conclusion de tout ce travail est qu’il est parfois difficile de
manifester la sensibilité du rat blanc et du cobaye pour T. dimor-
phon et qu’on est en droit d’affirmer qu’une espèce de trypano¬
some n’est pas pathogène pour une espèce animale qu’après des
essais renouvelés et variés.
(Travail du Laboratoire de Bouaké, Côte d'ivoire).
Existence de la maladie de Chagas
dans l’Etat de Sâo Paulo
Par A. CAR INI et J. M AGI EL.
La trypanosomiase humaine que Chagas a observée pour la
première fois dans l’Etat de Minas-Geraes n’est pas limitée à cette
région. Elle paraît, au contraire, avoir une extension géographi¬
que assez considérable qui, à la suite des nouvelles observations,
va en s’élargissant de plus en plus.
jusqu’à présent, le Trypanosoma cruzi a été constaté dans les
Etats de Minas-Geraes, Goyaz, Bahia, et dans la République
Argentine; à l’île Maurice, Lafont (i) a trouvé chez une réduve
( Triatoma rubrofasciata) un trypanosome très semblable, sinon
identique au Tryp . cruzi.
Persuadé que des cas de maladie de Chagas devaient se ren¬
contrer aussi dans l’Etat de Sâo-Paulo, nous avons voulu faire
quelques recherches. Nous avons commencé par nous procurer
des trîatomes, larves, nymphes et adultes, provenant de différentes
régions de l’Etat. Ces insectes, à leur arrivée à l’Institut, étaient
examinés pour voir si dans leur intestin on trouvait des flagellés.
Nous avons ainsi pu constater que les triatomes venant de cer¬
taines régions, hébergeaient dans leur intestin postérieur des
quantités de flagellés sous les formes Crithidia et Trypanosoma ,
présentant les mêmes caractères que le Tryp. cruzi en évolution
chez ces insectes.
Mais pour nous assurer qu’il s’agissait vraiment de Tryp.
cruzi et non de flagellés d’autres espèces, nous avons cherché à
(i) Lafont, Note sur un trypanosomide du Conorhinus rubrofasciatus et
son inoculation au rat et à la souris. C. R. Soc. Eiolog „ 191 2. vol. 72, p. 380.
21
290
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
infecter des animaux de laboratoire. Avec le contenu intestinal,
riche en trypanosomes, nous avons inoculé, soit par instillation
dans le sac conjonctival, soit par injection sous-cutanée, plusieurs
animaux, et nous avons réussi à infecter des cobayes, chats,
jeunes chiens, ouistitis et souris. Dans le sang de ces animaux,
nous avons constaté la présence de trypanosomes ayant tous les
caractères du Tryp. cruzi .
Les triatomes qui nous furent envoyés de l’intérieur de l’Etat
appartenaient aux espèces : infestans, megista et sordida, et de
chacune de ces espèces nous avons trouvé des exemplaires para¬
sités.
Il est intéressant de noter que l’infection des animaux de labo¬
ratoire nous a réussi aussi bien avec les trypanosomes du contenu
intestinal du megista que de V infestans. Chagas (i) et Astro-
gildo Machado avaient déjà vérifié P évolution du Tryp. cruzi
chez le Triatoma infestans, mais ils n’avaient pas réussi, en par¬
tant de Triatoma infestans parasités, à transmettre l’infection aux
animaux de laboratoire.
Les faits que nous venons de constater, c’est-à-dire la fréquence
de T. infestans naturellement parasités et la possibilité d’infecter
avec leurs déjections les animaux sensibles, viennent à l’appui de
l’opinion déjà émise par Chagas, que T. infestans est aussi un
transmetteur de la trypanosomiase américaine.
Pour la T. sordida, nous pouvons émettre des considérations
analogues. En effet, nous avons trouvé quelques rares exemplaires
naturellement parasités. Bien que ce soit la première fois que l’on
ait fait cette constatation, on avait déjà assez d’arguments pour
admettre que la T. sordida aussi peut transmettre la maladie de
Chagas. Neiva (2) avait déjà observé que des T. sordida nourris
sur des chiens infectés, présentaient, quelque temps après, des
flagellés dans l’intestin, et qu’avec leurs déjections on pouvait
alors infecter des animaux. Neiva avait en outre remarqué que,
dans certaines régions du Goyaz, où sont très fréquents les cas
de maladie de Chagas, on ne trouve que cette espèce de triatome,
et il était ainsi en droit de penser que c’est elle qui transmet
l’affection.
' \ _ • • > • *
(1) Chagas, Sobre um trypanosomo do tatu, transmettido pela 2 riatoma
geniculata. Brazïl-Medico , 8 agosto 1912.
(2) Nkiva, Da transmissâo do trypanosoma Cruzi pela Triatoma sordida.
Brazii Medico, 8 agosto 1913, p. 309.
Séance du 8 Avril 1914
2911
Les faits que nous avons relatés plus hauts nous permettaient
donc d’affirmer la présence du Tryp. cruzi dans l’Etat de Sâo
Paulo. Nous avons alors voulu visiter les endroits d’où prove¬
naient les triatomes parasités, pour y chercher des cas humains de
maladie de Chagas. Sachant que les triatomes par nous examinés
avaient été capturés à l’intérieur d'habitations, et connaissant la
prédilection que ces hématophages ont pour le sang humain,,
l’existence de personnes infectées nous semblait a priori fort pro¬
bable. Et en effet, à Pirassununga, Brotas et Annapolis, l’un de
nous (Maciel) a pu rencontrer plusieurs personnes présentant les
symptômes cliniques de la trypanosomiase américaine.
11 s’agissait alors de confirmer expérimentalement le diagnostic
clinique. Comme l’on sait, le diagnostic expérimental de la trypa¬
nosomiase américaine n’est pas sans présenter des difficultés. La
constatation microscopique directe des trypanosomes dans le sang
ne réussit que très rarement, et seulement dans des cas aigus. Mais
dans la grande majorité des cas que l’on observe, il s’agit de for¬
mes chroniques, et alors pour arriver à un diagnostic certain, il
est nécessaire de recourir à l’inoculation du sang du malade à des
animaux sensibles. C’est ainsi que, n’ayant pas à notre dispo¬
sition d’autres animaux, nous avons injecté des cobayes.
Ces animaux meurent en général quelque temps après l’inccu-
lation, sans qu’on puisse trouver dans leur sang, à l’examen mi¬
croscopique, des trypanosomes. Et alors il faut examiner un grand
nombre de coupes de muscles pour y chercher les formes de mul¬
tiplication décrites par Vianna. Nous devons encore remarquer
que, même dans les cas constatés de maladie de Chagas, l’inocu¬
lation de sang chez les cobayes n’est pas toujours suivie de résul¬
tats positifs.
Parmi les nombreux cobayes que nous avons inoculés avec le
sang d’individus cliniquement suspects, nous avons trouvé chez
l’un d’eux, dans les coupes des muscles, des formes très claires
de multiplication du Tryp. cruzi.
Le cobaye (n° 7) en question avait été inoculé à Brotas, dans
le péritoine, le 14 septembre 1913, avec 5 cc. du sang retiré de la
veine médiane de l’enfant Zulmira, de io ans, de race noire. Elle
habitait dans une cabane infestée par de nombreux Triatoma
infestons, parmi lesquels nous en avons trouvé plusieurs parasités.
L’enfant était très arriérée, présentait des signes d’une notable
anémie et avait les ganglions lymphatiques, spécialement ceux du
292
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tou, augmentés de volume. Le cobaye inoculé avec son sang est
mort le 19 octobre, trente-cinq jours après l’inoculation, et dans
les coupes d’un muscle de la cuisse, nous avons trouvé des grou¬
pements de trypanosomes en voie de multiplication, sous forme
de Leishmania. Dans nos préparations, on remarquait encore des
signes évidents d’une myosite très étendue. Cette lésion s’observe
souvent chez les cobayes ayant succombé à une inlection due au
Tryp. cruzi .
Notre observation prouve donc l’existence de la maladie de
Chagas dans l’Etat de Sâo Paulo. Nous croyons même qu’elle
n’est pas rare et qu’il existe de multiples foyers où l’on rencontre
de nombreux cas. En effet, à la suite d’une enquête que nous avons
faite, plusieurs médecins nous ont signalé l’existence de malades
chroniques présentant des symptômes très suspects.
(. Institut Pasteur de Sâo Paulo, Brésil).
D istribution des Triatomes dans
l’Etat de Sào-Paulo
Par A. CARI NI et J. MACIEL.
Au cours de nos recherches sur i 'existence de la maladie de
Chagas dans l’Etat de Sâo-Paulo, nous nous sommes posé les
questions suivantes :
i° Dans l’Etat de Sâo-Paulo, rencontre-t-on les triatomes ou
conorhines transmetteurs de la maladie de Chagas ?
20 Quelles sont les espèces les plus fréquentes?
30 Est-ce qu’on trouve des triatomes parasités par Trypanosoma
cr uzi ?
Pour pouvoir répondre à ces trois questions, nous nous sommes
adressés à un grand nombre de personnes demeurant dans les
principales villes et localités de l’intérieur de l’Etat, et, après leur
avoir fourni quelques renseignements sur l’aspect et les mœurs
des triatomes, on les priait d’en chercher et de nous en adresser
autant qu’ils pouvaient en capturer.
Pendant ces derniers mois, nous avons reçu de tous côtés de
Séance du 8 Avril 1914
293
294
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nombreuses lettres dont beaucoup accompagnées d’envois de tria-
tomes (i).
Nous avons ainsi récolté un matériel suffisant pour pouvoir
répondre aux questions que nous nous sommes posées. En nous
basant sur les indications que nous avons reçues, expurgées de
quelques erreurs, nous avons dressé la carte ci-contre, montrant
la distribution géographique des triatomes dans l’Etat. 11 est inté¬
ressant de voir que l’Etat peut être nettement divisé en deux zones,
l’une infestée par les triatomes, et l’autre qui en est encore in¬
demne. Cette zone indemne, qui comprend presque un tiers de
LEtat, correspond à une bande assez large de territoire suivant
tout le littoral (2).
La zone la plus infestée est celle du nord-est, qui confine à
l’Etat de Minas et qui est desservie par les chemins de fer des
compagnies « Mogyana » et <( Paulista ». La population y est plus
dense et c’est là où s’est développée spécialement la culture du
café et de la canne à sucre.
Les insectes hématophages en question se rencontrent de pré¬
férence dans les cabanes habitées par de pauvres travailleurs des
champs. Dans les nombreuses anfractuosités des parois et dans la
paille du toit, les insectes trouvent un abri très favorable où ils
peuvent se multiplier à leur aise. Il faut noter pourtant que même
les maisons les plus confortables et les mieux entretenues ne sont
pas complètement à l’abri des visites des triatomes. Ceux-ci sont
des insectes ailés et ils peuvent y pénétrer pour chercher leur nour¬
riture, spécialement pendant les nuits chaudes, lorsque toutes les
fenêtres sont ouvertes. Jetant un coup d’œil sur la carte ci-jointe,
il vient tout de suite à l’esprit la demande suivante : Est-ce que
les triatomes existent dans l’Etat depuis longtemps et sont au¬
jourd’hui en décroissance, en train de reculer devant les progrès
de la colonisation et de la civilisation ; ou est-ce qu’ils sont d’im¬
portation récente dans l’Etat, et en train de l’envahir ? La question
ne manque pas d’intérêt.
Nous n’avons pas de données exactes pour pouvoir répondre
d’une façon certaine à cette importante question, mais plusieurs
(1) Aux personnes de bonne volonté qui nous ont aidés dans cette enquête,
nous adressons ici nos meilleurs remerciements.
(2) Nous devons toutefois mentionner que Neiva a trouvé à Santos, sur le
littoral, un triatome (Trialoma rubro-fasciata).
Séance du S Avril 1914
295
personnes dignes de foi nous ont affirmé que, dans leurs fazendas,
il y a quelques années, on ne connaissait pas les chupanças (i),
qui aujourd’hui sont, au contraire, très fréquents. Ceux-ci ont
fait leur apparition depuis peu d’années, apportés par des familles
de colons ou de travailleurs nomades, provenant de localités déjà
infestées, principalement de Minas.
Il y aurait lieu, peut-être, de prendre des mesures pour empê¬
cher cette dissémination, mais l’on comprend qu’on doit se
heurter à des difficultés presque insurmontables.
Les triatomes que nous avons reçus appartenaient aux espèces :
infestans, megista et sordida (2). L’espèce qui paraît être de beau¬
coup la plus fréquente est V infestans ; vient ensuite la megista et
finalement la sordida.
Les exemplaires de Triatoma megista nous ont été envoyées des
localités suivantes : Bebedouro, Boa Esperança, Campo Alegre,
Dous Corregos, Franca, Ibitiuva, Jahu, Orlandia, Patrocinio de
Sapucahv, Sâo Carlos, Sertâozinho, Serrinha, Villa Bomfim.
Les exemplaires de Triatoma sordida provenaient de : Arara-
quara, Barretos, Igarapava, Ituverava, Jaboticabal, Ribeirâo
Preto.
Les Triatoma infestans nous ont été adressés des autres localités
marquées sur la carte ci-jointe, mais nous devons encore ajouter
que dans presque tous les endroits de l’Etat d’ou provenaient les
T. megista et sordida , l’on rencontre aussi V infestans.
De chaque lot de triatomes qui arrivait à l’Institut, on en choi-
sissait un certain nombre dont on examinait attentivement au
microscope le contenu intestinal, au point de vue de la présence
du Trypanosoma cruzi. Nous avons ainsi pu rencontrer des indi¬
vidus parasités des trois espèces. Les localités dans lesquelles
nous avons vérifié l’exitence de triatomes parasités sont marquées
sur la carte avec une double ligne pleine.
(. Institut Pasteur de Sdo Paulo, Brésil).
(1) Chupança, harbeiro, vinchuca, sont les dénominations populaires des
triatomes.
(2) Nous remercions M. le Dr Arthur Neiva, de l’Institut de Manguïnhos,
de nous avoir aidés dans la classification des triatomes.
$
290 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Par J. RINGENBACH.
Pendant notre dernier séjour au Congo, au cours des années
1912 et 1913, nous avons eu l'occasion d’examiner le sang et les.
organes d’un grand nombre d’Oiseaux et de Mammifères; nous
avons rencontré chez quelques-uns d'entre eux des parasites (try¬
panosome, microfilaires, plasmodium) dont nous jugeons intéres¬
sant de donner ici la description (1): ils viennent s’ajouter à la
liste déjà longue des hématozoaires trouvés chez les animaux
d’Afrique.
I
I. — Trypanosome d’oiseau.
Dans* le sang d’un oiseau, Bycanistes albotibialis (Cab. et
Reich.), appelé communément Calao, nous avons rencontré des
trypanosomes qui, à l’état frais, se montraient assez vivaces et se
déplaçaient dans le champ de la préparation par des mouvements
en vrille caractéristiques, tout en agitant violemment les hématies
de leurs flagelles.
Sur des préparations colorées, le corps protoplasmique, relati¬
vement large et trapu, se colore presque uniformément en bleu
violacé. Ses deux extrémités se terminent assez brusquement en
pointe. Le noyau, volumineux, arrondi ou ovalaire, occupe tan¬
tôt toute la largeur du corps, tantôt une partie seulement ; il se
trouve à peu près à égale distance des deux extrémités ; il se colore
en rouge vif et montre des grains chromatiques. Le centrosome
est unilobé, tantôt ovalaire, tantôt arrondi ; il se colore fortement
en rouge vif. La membrane ondulante est très élégamment plis-
sée. Le flagelle, qui possède une partie libre, incurvée et relative¬
ment courte, se teinte comme le centrosome.
» (1) Les préparations, recueillies au Congo, ont été étudiées à l’Institut
' Pasteur de Paris, dans le laboratoire de M. Mesnil. Des planches reprodui¬
sant ces parasites paraîtront dans le Rapport de la Mission de délimitation
Afrique Equatoriale Française-Cameroun.
Séance du 8 Avril 1914
297
Dimensions moyennes :
Longueur totale (mesurée au milieu du corps) . 53 \l
Largeur maxima . . 8 a
Distance du centrosome à l'extrémité postérieure . . . 5 a 7
Distance du centrosome au bord postérieur du noyau . . 14 ;x 3
Grand diamètre du noyau . 4 g 2
Flagelle libre . 8 a
Dutton, Todd et Tobey (i) ont décrit un trypanosome du By-
canistes buccinator du Congo, Minchin (2) en a rencontré un chez
Bycanistes subquadratus de l’Ouganda; enfin Zupitza (3), chez
Lophoceros fasciatus, Todd et Wolbach (4), chez Lophoceros na-
sutus, ont aussi décrit des trypanosomes. Aucun de ces parasites
ne se rapproche exactement par l’ensemble de ses dimensions de
celui que nous venons de décrire; mais ce n’est évidemment pas
là une raison suffisante pour déclarer que le trypanosome trouvé
dans le sang de Bycanistes albotibialis est une espèce différente,
car l’on sait combien les espèces aviaires de trypanosomes sont
sujettes au pléomorphisme (5).
t
II. — Microfilaires d’oiseaux
Microfilaire du Calao ( Bycanistes albotibialis Cab. et
Reich.). • Le sang de cet oiseau renfermait en même temps que
le trypanosome décrit précédemment, une microfilaire qui dans
les préparations à l’état frais (où elle était très rare) présentait l’as¬
pect d’un vermicule animé de mouvements extrêmement vifs, et
se déplaçait rapidement dans le champ du microscope par des mou¬
vements de reptation et de translation.
La coloration par l’hématéine-éosine montre que ce parasite, très
élégamment contourné et sinueux, est dépourvu de gaine; son
corps est foimé d’une masse diffuse teintée en violet foncé au mi¬
lieu de laquelle sont répartis çà et là de gros noyaux qui ont pris
très fortement l’hémaféine ; le corps s’effile vers l’extrémité cau¬
dale qui est assez brusquement arrondie.
La longueur totale du parasite mesure 234 g, sa largeur maxima
(1) Dutton, Todd et Tobey. Jauni, of medic. Research., t. XI, 1906, p. 65
et Ann. of trop. med. a Par., t. 1, 1907, p. 287.
(2) Minchin, Sleep. Sick. Connu. Roy. Soc., Report X. 1910, p. 73.
(3) Zupitza. Afch.f. Sch. n. Trop. Hyg., 1909. suppl. 3.
(4) Todd et Wolbach, Journ. of med. Res., t. XXVI, 1912, p. 195.
(5) Laveran et Mesnil, Trypanosomes et Trypanosomiases , Masson, 19-12,
édition, pp. 828-830.
298
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
3 y. Outre un long espace clair céphalique, le colorant met en évi¬
dence 4 taches :
a) h 17 y de l’extrémité céphalique une grande tache à grand
axe longitudinal et occupant toute la largeur de la microfilaire.
b) à 75 y, une tache plus petite, ovalaire, à grand axe longitudi¬
nal et n’occupant pas toute la largeur du corps.
c) à 145 [jl, une tache ovalaire et longitudinale, n’occupant pas
toute la largeur cki corps.
d) à 213 [a, une petite tache transversale et irrégulière.
A. Leger (1) a rencontré des microfilaires chez divers Calaos
du Soudan, mais par leur nombre, par leurs dimensions et la dis¬
position de leurs taches, elles semblent bien distinctes de celle
que nous venons de décrire et que nous nommerons Microfilaria
bycanisti.
Microfilaire du Touraco ( Schisorhis cristata Vieillot). —
Le sang de cet oiseau renfermait de très rares microfilaires qui se
déplaçaient lentement par des mouvements de reptation.
Après coloration par l’hématéine-éosine, le corps du parasite
apparaît renfermé dans une gaîne membraneuse large, mais guère
plus longue que lui : cette gaîne, qui ne dépasse pas l’extrémité
céphalique, s’amplifie à peine en arrière, en forme de bonnet de
coton. La longueur totale de la colonne granuleuse qui constitue le
corps proprement dit de la microfilaire, mesure 127 y, la largeur
maxima 3^7. A 36 y de l’extrémité céphalique, où existe un es¬
pace clair, on aperçoit un léger éclaircissement étroit et transver¬
sal de la colonne cellulaire. A 51 [J on observe une tache irrégu¬
lière et oblique, à 83 y et à 107 y deux grandes taches ovalaires à
grand axe longitudinal; cette dernière tache n’occupe pas toute la
largeur du parasite. La gaîne membraneuse a 136 ;j. de long sur
10 [J. de large.
Plimmer (2) a trouvé chez deux Touracos ( Turacus macrorhyn-
chus) provenant de l’Ouest-Africain, des embryons de blaires
« courts et étroits », mais cet auteur ne donnant aucun autre carac¬
tère morphologique de ces parasites, il nous est impossible de
chercher à leur identifier la microfilaire que nous venons de dé¬
crire et à laquelle nous donnerons le nom de Microfilaria schizo-
rhinos.
(1) A. Leger, Bull. Soc. Paih. exot t. VI, 1913. pp. 364-365.
(2) H. G. Plimmer, Proceedings of the Zoological Society of London, Juin
1912, p. 408.
Séance du 8 Avril 1914
299
III. — Plasmodium du singe.
Nous avons observé, dans le sang d’un singe ( Cercopithecus
cephus, appelé communément museau bleu), des parasites pig¬
mentés. A l'état frais, nous avons noté des corps sphériques, de
la dimension d’un globule rouge, à la périphérie desquels s’agi¬
taient des éléments spirochétiformes ; il s’agissait vraisemblable¬
ment de microgamètes du Plasmodium. Les préparations colorées
ont révélé la présence d’éléments sphériques, avec pigment brunâ¬
tre et noyau périphérique, que nous pensons devoir assimiler aux
microgamétocytes du Plasmodium Kochi (Lav.), bien connu
chez les singes africains.
( Mission de délimitation Afrique Equatoriale
F ranç aise-Cameroun).
A propos du mode d'action
des médicaments parasiticides
Par C. LEVADITI.
Dans son travail « Essais de chimiothérapie », publié récemment
dans les Annales de V Institut Pasteur (i), M. Danysz, s’exprime
ainsi au sujet du mode d’action des médicaments parasiticides
dans l’organisme infecté :
u On peut donc affirmer que les antiseptiques ne sont pas capa¬
bles de détruire à eux seuls tous les microbes d’un organisme
malade, que l’intervention de l’organisme est indispensable et que
cette intervention sera d’autant plus utile que la quantité de médi¬
cament employé sera plus éloignée de la dose toxique ». Et plus
loin : (( Les essais de traitement de plusieurs septicémies me don¬
nent à penser que les produits chimiques curatifs n’agissent pas
exclusivement comme antiseptiques dans l’organisme infecté; que
dans ce cas, comme dans le cas des sérums anti-microbiens, l’in¬
tervention de l’organisme, et en particulier des phagocytes, joue
•e rôle le plus important dans la destruction des microbes ».
(i) Danysz, Ann. Pasteur, 1914, n° 3, p. 238.
300
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Je suis heureux de constater que M. Danysz confirme ainsi la
conception que j’ai soutenue, dès 1907, au sujet du mode d’action
des médicaments trypanocides et spiriLlicides in vivo. Ses expé-
• riepces, réalisées avec le dioxydiamidoarsénobenzol argenticjue et
le B. typhi murium, viennent à l’appui de cette conception.
En 1907, dans un travail, fait en collaboration avec. Mc In-
tosh (1), j’ai montré que l’atoxyl, dont l’absence de pouvoir try-
•panocide in vitro a été démontrée par Mesnil et Nicolle (2),
amène la destruction des parasites (spirilles) d’une façon indirecte,
par l’intermédiaire de l’organisme infecté; il modifie cet orga¬
nisme, en ce sens qu’il rend l’infection légère, presque inapprécia¬
ble, et qu’il provoque une crise phagocytaire précoce, analogue
à celle qui met fin à l’infection naturelle. « Il agit en exagérant les
moyens que Vanimal emploie normalement pour se débarrasser
des spirilles au cours de la crise ». En 1908, j’ai montré avec
Yamanouchi (3), que le meme processus préside à la destruction
du Treponema pallidum, chez les lapins atteints de kératite spé¬
cifique et traités par l’atoxyl. Peu après, j’ai apporté, avec Yama-
noüchi (4), la preuve expérimentale directe de cette intervention
de l’organisme dans l’action des médicaments parasiticides in
vivo ; nous avons montré, en effet, que les cellules, en particulier
celles du foie, transforment, dans le tube à essais, l’atoxyl inactif
en un produit fortement trypanocide, le trypanotoxyl. J’ai étudié
les propriétés de ce dérivé actif et ses rapports avec les principes
albuminoïdes, dans un mémoire paru en 1909 dans les Annales de
V Institut Pasteur (5).
Enfin, dans le Bulletin de notre Société (6), j’ai publié en 1912
deux travaux dont les conclusions ne diffèrent guère de celles qui
terminent le mémoire de M. Danysz. Dans le premier de ces tra¬
vaux, fait en collaboration avec M. Arzt (7), je montrais que la
(1) Lkvaditi et Mc Intosi-i, C. R. de la Soc. de Biologie, 1907, t. LXII,
p. 1090. «
(2) Mesnil et Nicolle, Ann. Pasteur, 1906, t. XXII, p. 524.
(3) Lkvaditi et Yamanouchi, C. R. de la Soc. de Biologie, 1908, t. LXIV,
p. pu.
(4) Lkvaditi et Yamanouciii, C. R. de la Soc. de Biologie, 1908, t. LXV,
p. 23.
(5) Lkvaditi, Ann. Pasteur, 1909, t. XXIII, p. 604.
(6) Lkvaditi et Arzt, Bull. Soc. de Patholog. exotique, 1912, t. V, p.
320-
(7) Lkvaditi., Bull. Soc. de Patholog. exotique, 1912, t. V, n° 7, p. 524.
Séance du 8 Avril 1914
301
destruction des spirilles de la fièvre récurrente, chez les rats traités
par le 6o6, se traduit microscopiquement par une phagocytose
intense des parasites, exercée par les cellules de Kuppfer et les
macrophages spléniques; nos conclusions étaient: « ces constata¬
tions mettent en lumière l’intervention de l’organisme dans le pro¬
cessus de stérilisation engendré par le salvarsan dans la fièvre ré¬
currente du rat ». Le second mémoire concerne l’efficacité du trai¬
tement par l’arsénobenzol, appliqué à la même fièvre récurrente,
suivant que le médicament est administré au début de l’infection,
où à la fin, près de la crise spontanée. Je montrais que les ani¬
maux traités pendant la période pré-critique guérissent plus rapi¬
dement et avec des doses de 6o6 plus faibles, que les rats auxquels
on injecte le même médicament au début de l’infection. Ce phéno¬
mène, paradoxal en apparence, attendu qu’à la période pré-critique
il y a sensiblement plus de spirilles en circulation qu’au premier
stade de la maladie, s’explique par le fait qu’à cette période tar¬
dive <( l’organisme subit une préparation qui le rend apte à détruire
facilement et promptement les spirilles. En administrant le médi¬
cament à ce moment opportun , on provoque une crise précoce, on
force l’organisme â livrer d’ores et déjà le combat qui aboutit à la
destruction des parasites, avec les armes dont il se sert habituelle¬
ment, à savoir la phagocytose et peut-être aussi les principes spi-
rillicides des humeurs ».
• é . * «
Tous ces faits plaident donc en faveur de notre conception, la¬
quelle trouve un nouveau point d’appui dans les recherches
récentes de M. Danysz.
Parasitisme intestinal chez les Arabes du
Tell algérien. Présence d'Hymenolepis nana
Par L. PARROT.
Dans le but d’apporter notre contribution à l’étude du parasi¬
tisme intestinal des Arabes d’Algérie, de fixer, en ce qui concerne
les habitants des plaines alluvionnaires du Tell, la nature et l’in¬
tensité de ce parasitisme, nous avons procédé à l’examen microsco-
302
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pique de 767 matières fécales d’indigènes, adultes et de sexe
masculin.
Ces recherches coprologiques ont été poursuivies à Duzerville
(Constantine), pendant les mois de mars, avril, mai et décembre
1913, janvier et février 1914, en un milieu d’agriculteurs séden¬
taires. Nous en exprimons le résultat dans le tableau statistique
ci-contre et par les conclusions suivantes :
Parasitisme intestinal des Indigènes de Duzerville ( Constantine )
Tableau statistique
a) Sur 767 individus adultes, 245 sont porteurs de parasites
intestinaux, soit 32 %, en chiffre rond;
b) Le parasite le plus répandu est le Trichocéphale . L’examen
des fèces révèle la présence d’œufs caractéristiques 22 fois sur 100.
Sa fréquence reste sensiblement la même en toute saison. Il s’as¬
socie à l’Ascaris lombricoïde dans 4,3 % des cas;
c) L'Ascaris lombricoïde parasite 11% des Indigènes adultes
mâles. Sa fréquence saisonnière varie beaucoup : l’hiver, nous ne
l’avons rencontré que dans 6 % des examens;
d) L'Oxyure vermiculaire est rare : 0,4 % (nous avons trouvé
2 fois des femelles mortes dans les fèces et une fois des œufs).
Rareté toute apparente d’ailleurs et qui résulte des mœurs parti¬
culières de ce nématode. Nous considérons au contraire l’Oxyure
comme très répandu parmi la population adulte observée ;
e) Trois matières fécales contenaient des embrvophores de
Séance du 8 Avril 1914
303.
Taenia , Saginata vraisemblablement (0,4 %). Nous n’avons jamais
vu d’anneaux dans les fèces examinées en totalité. Cette constata¬
tion concorde parfaitement avec ce que nous savons des coutumes
culinaires des Indigènes qui se nourrissent surtout de viande de
mouton ou de chèvre et ne mangent la chair des bovidés qu 'après
une longue cuisson. D’autre part, la loi coranique interdit l’usage
du porc ;
/) L'Hymenolepis nana, signalé à Beni-Ounif (Sur-Oranais)
par H. Foley (i), est présent chez 1,5 % des Indigènes adultes
de Duzerville. Nous l’avons découvert 6 fois à l’état isolé, 5 fois,
en association avec le Trichocéphale ; 1 fois, il coexistait avec le
Trichocéphale et l’Oxyure (triple-parasitisme).
( Institut Pasteur d’Algérie).
Z1
Amibiase et émétine
Tableau résumant les observations faites à V hôpital de Saigon
Par B R AU,
\
Le traitement par le chlorhydrate d’émétine de l’infection ami¬
bienne (localisations intestinales et hépatiques), a été instauré à
l’hôpital de Saigon dès le mois d’avril 1913 et il a été continué
jusqu’au dernier mois de l’année/
Les observations suivies, en ce foyer d’endémicité amibienne,
portent sur plus de cent malades. Le tableau ci-dessous en donne
les résultats sommaires pour les malades traités au service des
dysentériques. Il y a lieu d’en rapprocher les observations dont
le résumé a été donné par le Dr Allain dans le Bulletin de la
Société (n° 10, 1913, p. 723).
(1) Cf. H. Foley. Parasitisme intestinal chez les Berbères sédentaires de
Figuig, in Bull. Soc. Path. exot , t. IV, n. 6.
305
Séance du 8 Avril 1914
306 Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
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310 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
M. Grall. — Les espérances que Rogers avait fondées sur ce
moyen de traitement se sont complètement réalisées ; les résultats
de la médication sont, en Cochinchine, aussi favorables qu’en
Europe et on peut dire que les indications, que les formes et les
formules à prescrire ne sont pas différentes. On trouvera du reste
confirmation des conclusions de nos camarades d’Indochine dans
le numéro spécial que Vlndian Medical Gazette (mars 1914) a con¬
sacré à l’émétine dans le traitement « de la dysenterie amibienne
et de l’hépatite y compris les abcès du foie ».
Malgré les succès incontestés de la médication, à Saigon comme
à Calcutta, tous les cas ne se sont pas terminés par la guérison,
mais ces résultats défavorables ne se sont guère présentés en
dehors de l’époque où s’établit l’endémo-épidémie annuelle. Cette
période commence à Saigon vers la fin d'avril, pour se continuer
jusqu’à la fin d’août; elle correspond, on le sait, avec le début de
la saison des pluies.
La dysenterie amibienne affecte, à cette saison, une forme et une
gravité qu’on ne retrouve pas les autres mois de l’année. Elle
s’accompagne de poussées fébriles que, pour notre part, nous con¬
sidérons comme la signature d’une bacillose intercurrente, dans
tous les cas où ne se constate pas de localisation évidente de l'ami¬
biase du côté du foie.
Chez ces malades, l’émétine, comme l’a indiqué Brau, quelle
que soit la dose prescrite, n’agit que tardivement : à la date où la
bacillose a fini son évolution et où la maladie relè\7e de l’infection
par le protozoaire. Cette bacillose peut entraîner une mort rapide.
Il ne faut pas voir dans ces échecs la faillite de l’émétine, mais
l’effet d’une complication contre laquelle ce remède, comme
l'ipéca, est inactif.
La dysenterie épidémique alors quelle n’entraîne pas la mort,
donne acuité à des déterminations amibiennes, qui, jusqu’à
son intervention, étaient restées torpides ou frustes; d’où l’indica¬
tion d’agir très efficacement contre cette virulence anormale de
l’infection amibienne quand la bacillose n’est plus en cause. Cette
considération justifie, dans une certaine mesure, la pratique sou¬
vent usitée à Saigon, de recourir au sel d’émétine dès l’hospitali¬
sation dans les dvsenteries mixtes ou même uniouement bacillaires
j *
pour peu que le passé du malade donne suspicion d’amibiase
antérieure.
Les médecins qui y exercent ont toujours admis que l’infection
Séance du S Avril 1914 311
amibienne persistait même au delà des paroxysmes dysentériques
ou hépatiques et était sujette à des rechutes; ils ont appris par
l’expérience de ces dernières années que la dysenterie épidémique
annuelle déterminait presque fatalement ces reprises de l’amibiase
sous une forme grave.
». »
En revanche dans les dysenteries franches la cure d’émétine fait
disparaître en 2 ou 3 jours la crise intestinale.
La guérison de la crise n’est pas celle de la maladie et en pays
d’endémicité, on assiste plus fréquemment qu’en France à des
rechutes souvent multiples et dont on n’empêche le retour que par
des stérilisations successives.
L’observation suivie à bord des transports de rapatriement a
confirmé la fréquence de ces rechutes chez des malades traités dans
la colonie par la médication spécifique.
Les doses utiles pour le traitement des déterminations intesti¬
nales semblent devoir être celles que Rogers a indiquées ij 2 grain
(3 cg.) à 1 grain pendant quatre à cinq jours; la médica¬
tion doit être reprise à la fin du second septénaire d’hospitalisa¬
tion ou de traitement à domicile sous la même forme et aux mêmes
doses.
Dans les cas où ce traitement ne donne pas dès le second jour,
où au moins le troisième une amélioration notable, on peut dire
qu’il s’est produit chez ces malades une association ou une com-
• plication .
Nous avons dit que ce pouvait être la bacillose; plus souvent
encore c’est la greffe hépatique.
Celle-ci peut être suspectée et doit être recherchée dès que s’élève
la température et que se produit la polynucléose avec hypo-éosi-
nophilie. Elle existe, bien avant que ne deviennent apparentes les
réactions locales et l’hypertrophie de l’organe ; elle doit être traitée
dès son premier stade.
C’est à ce moment que l’émétine est particulièrement active;
sous son influence l’hépatite rétrocède; les phénomènes congestifs
et la polynucléose disparaissent, la fièvre tombe.
Mais il en est de la greffe hépatique comme de la localisation’
intestinale : la rétrocession d’une crise paroxystique n’est pas la
guérison. La détermination hépatique procède, comme la dysen¬
terie, par paroxysmes espacés, mais qui se reproduisent fatalement. .
11 faut recommencer la cure à chaque tentative; il est recommandé
312
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de tenter la prophylaxie de ces reprises et il semble, d’après les
observations de l’hôpital de Saïgon, qu’on puisse y réussir.
Les doses d’émétine employées doivent être plus élevées que
dans les dysenteries franches : 2 grains à 2 grains 1/2 pro die
(12 a 15 cg.) pendant quatre à cinq jours ; on continue le traitement
par des doses décroissantes de 8 à 6 cg. ; la durée du traitement,
pour chaque paroxysme, doit être de 8 à 10 jours.
Le traitement ne doit pas être trop tardif ; il n’a pu dans certains
cas de Mauras être instauré que 2 à 3 jours avant la mort; il ne
semble pas qu’il l’ait retardée dans ces conditions.
Les observations suivies à Saïgon ont confirmé une autre donnée
qu’avaient établie les observations d’Europe. La stérilisation
d’une collection hépatique n’en assure pas la guérison, quand elle
est importante et par suite ancienne ; l’épanchement persiste et
peut par les réactions de voisinage qu’il occasionne amener un
dénouement fatal.
Voilà pourquoi on doit dans ces circonstances conclure à la
nécessité d’une intervention chirurgicale; à Saïgon on a utilisé
d'‘ préférence à la simple ponction recommandée par Rogers
l’hépatotomie d’après les procédés de Fontan.
11 importe de ne pas perdre de vue cette donnée et ne pas con¬
tinuer trop longuement le traitement spécifique parce qu’on cons¬
tate que l’organe hépatique ne reprend pas ses dimensions nor¬
males. Il est à craindre, et certains faits paraissent en avoir fourni
la preuve, que cette prolongation du traitement ne détermine à la
longue des phénomènes collapsifs dus à une accumulation des
doses chez des malades usés par le climat et îes endémies.
L’émétine n’agirait-elle pas, au delà de la destruction des
amibes, pour améliorer le terrain, comme le fait la quinine chez le
paludéen ? Il semble que la réponse doit être affirmative d’après
les observations suivies à bord des transports où les amibiens
rapatriés sont soumis à des cures successives, en vue de la pro¬
phylaxie de l’amibiase.
L’état général se refait rapidement chez eux, et ils sont rapide¬
ment débarrassés des accidents de dyspepsie et d’insuffisance
hépatique qui sont le lot obligé de ces convalescents.
Séance du S Avril 1914
313.
Mémoires
Notes sur le choléra à Constantinople
et en Thrace, de 1910 à 1913
Par P. L. SIMOND et PASTEUR VALLERY-RADOT
AVEC LA COLLABORATION DE Kl AM IL BEY
et Raphaël ASSEO.
Historique des épidémies de 1910 a 1913
Epidémie des troupes en manœuvres dans la Thrace en igio.
— Nous avons signalé dans une note précédente que l’origine de
l’épidémie qui sévit à Constantinople en 1912 devait être attribuée
aux mouvements des troupes recrutées en Anatolie et transportées
en Thrace (1). La même origine asiatique doit être assignée à l’épi¬
démie qui deux ans plus tôt avait atteint Constantinople après
avoir exercé ses ravages dans la région de Derkos et sur les bords
du Bosphore dans la banlieue de la capitale turque.
En 1910 l’armée turque fut exercée autour d’Andrinople à des
grandes manœuvres auxquelles prit part un régiment de Sinope.
Celui-ci présenta des cas de choléra en septembre 1910, avant de
rejoindre le terrain des manœuvres, pendant qu’il était campé à
Makrikeuï, à 12 kilomètres de Constantinople.
Quelques semaines plus tard, des cas cholériques se manifes¬
tèrent dans les régiments qui avaient séjourné avec les troupes
contaminées. La contagion gagnait promptement la population
civile du territoire avoisinant le lac de Derkos. Elle s’étendait
ensuite aux villages disséminés entre le lac de Derkos et le lac de
Buyuk Tchekmedjé, sur la ligne dite de Tchataldja, depuis lors
rendue fameuse par la résistance victorieuse des Turcs à la mar¬
che des Bulgares sur Constantinople.
(1) P.-L. Simond et Pasteur Vaut ery-R adot. Notes sur l’épidémie de cho¬
léra de Constantinople, nov -déc. 1912. Gardes hôpitaux, 21 janvier 1913,
no 8.
314
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le village de Djelep Iveuï, près du lac de Derkos, fut le pre¬
mier atteint. Des paysans de ce village avaient été requis le n no¬
vembre 1910 pour transporter les effets et les bagages des troupes
en manœuvres de Hademkeuï à un autre campement. Deux
d’entre eux contractèrent le choléra, l’un nommé Kiriasi mourut
au 8e jour et fut observé par le médecin municipal de la région,
le docteur Urmvshyadi. Le second nommé Yordi Nicoli guérit.
Lin habitant du village qui n’avait pas participé au transport des
effets militaires fut contaminé directement ou indirectement par
les malades précédents.
MER. de MARMARA
Carte des environs de Constantinople.
Après Djelepkeuï les villages de Miraho, Ayasma, Stranja,
Deliyonous, Hademkeuï, Tchilingir et Boaskeuï furent successi¬
vement atteints par le choléra.
A Hademkeuï où de nombreuses troupes étaient campées, i1
y eut environ 80 cas parmi les militaires et 15 seulement parmi
les habitants.
Le choléra fit des victimes dans ces villages pendant une
période d’environ un mois et demi, à la fin de la saison autom¬
nale. Il disparut lors des premiers froids, au cours de janvier
191 1 .
Les villages atteints avoisinant le lac de Derkos sont situés
en territoire marécageux; les eaux usagées s’écoulent à la sur¬
face du sol et, quand elles ne disparaissent pas par l’évapora¬
tion, elles se déversent dans le lac. Les habitations en pierres ou
, en bois n’ont en général qu’un rez-de-chaussée; quelques-unes
seulement ont un étage. Il n’v a pas de cabinets d’aisance. Les
ordures sont abandonnées dans le jardin, la cour ou les abords.
Dans les quelques maisons à étage il existe des latrines en saillie
Séance du 8 Avril 1914
315
sur la rue. Ces latrines sont dépourvues de conduites pour en¬
traîner les matières qui ainsi se déversent directement dans la rue.
La nuit, des matelas sont disposés sur le sol nu ou sur le plan¬
cher. Lorsqu’un habitant de là maison tombe malade, il est soigné
dans la pièce commune. Notons encore que dans certaines sectes
religieuses l’habitude existe de baiser les mains et les lèvres du
défunt.
Ces conditions, en particulier le dépôt des ordures en plein air,
sont assurément des plus favorables à la contagion cholérique.
Epidémie de Constantinople et de sa banlieue en igio-içi i .
En même temps que le territoire des manoeuvres, les villages des
rives du Bosphore et Constantinople furent atteints par le choléra.
11 nous a paru certain que la maladie s’était propagée par l'inter¬
médiaire des troupes et que les casernes et hôpitaux militaires
furent la source des cas constatés parmi la population civile. Du
13 septembre au 31 décembre on compta 1.284 cas avec 753 décès.
L’épidémie persista d’une façon discrète pendant l’année 1911.
C’est à partir du mois d’octobre qu’on vit les cas se raréfier, puis,
avec l’hiver, disparaître complètement de la capitale et de sa ban¬
lieue. Le choléra ne devait réapparaître qu’à l’automne de l’année
suivante, toujours importé de l’Anatolie par les troupes.
/
Epidémie de Trace en IQ12 pendant la guerre
turco-b a l kan ique .
Durant le printemps et l’été de 1912, en dépit de la cha¬
leur et de la sécheresse, aucune manifestation de choléra ne fut
enregistrée à Constantinople ni dans les environs.
Après la disparition de l’épidémie en octobre 1911, nous avons
cherché si le vibrion persistait chez les anciens malades ou les
diarrhéiques. Ces recherches, faites sur des selles provenant de
l’hôpital militaire de Yildiz, de l’hôpital civil « des Pauvres » et
d’un hôpital d’enfants, ne nous ont pas permis de déceler un seul
porteur de vibrions. D’autre part, le fait que les premiers cas.de
1912 se sont manifestés parmi les troupes campées en Thrace té¬
moigne que la maladie fut importée par des soldats provenant de
quelque foyer en activité. Si pendant le printemps et l’été de 1912
aucun cas n’avait été signalé ni à Constantinople, ni dans les au¬
tres localités de la Thrace, il n’en avait pas été de même en Tur-
316 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
quie d’Asie. En différentes villes d’Anatolie, Adana, Anjora,
Erzeroun, Trébizonde, le choléia avait fait quelques victimes pen¬
dant la saison chaude. C’est de ces régions que le choléra fut
apporté en Thraoe par les contingents de troupes actives ou de
féserve (rédifs) appelés sur le théâtre de la guerre.
Les premiers cas dans l’armée en campagne se seraient produits
vers la fin d’octobre parmi les régiments campés au voisinage de
Viza dans la région de Lui é- Bourgas. A ce moment les troupes
turques commençaient à reculer devant les Bulgares. C’était le
début de la misère et de la démoralisation. La déroute de Lulé-
Bourgas après la bataille des 30 et 31 octobre fut l’occasion du
développement intensif du choléra. Les approvisionnements fai¬
sant défaut, la famine et les privations de tous genres vinrent
aggraver le désordre de la retraite sur la ligne de Tchataldja.
Les hommes, exténués de fatigue et de faim, couchaient sur *a
terre nue et boueuse par des nuits fraîches. Ils se réveillaient avec
de la diarrhée, prêts à devenir la proie du choléra. Dans les
campements de la ligne d’Hademkeuï à Derkos, la contagion
alla progressant pendant la première moitié de novembre. L’épi¬
démie atteignit son maximum d’intensité du 20 au 30 novembre.
Pendant cette période les cadavres jonchaient le sol en tel nombre
qu’on ne pouvait les enterrer tous. Chaque jour les cas se comp¬
tèrent par milliers. 11 n’a pas été possible d’établir une statistique
des décès. Certains médecins militaires les ont évalués à une tren¬
taine de mille.
Quand vinrent le froid et la neige, en décembre, l’épidémie
cessa brusquement dans les campements atteints.
Le typhus exanthématique et la dysenterie
parmi les troupes en campagne .
Pendant la période aiguë de l’épidémie des camps de Hadem-
keuï, un grand nombre de malades furent évacués sur San-Ste-
fano, où ils furent parqués dans des baraquements. Quelques
médecins du service de santé ont émis l’opinion qu’il s’agissait
non de choléra, mais soit de dysenterie, soit de typhus exanthé¬
matique. Tl est exact que des cas de dysenterie aient été constatés
parmi les troupes pendant la période où sévissait le choléra, toute-
lois en proportion extrêmement faible. Ce que l’on observait fré¬
quemment, c’étaient des diarrhées bilieuses qui tantôt guérissaient
Séance du 8 Avril 1914
317
rapidement, tantôt se terminaient par une atteinte franche de
choléra.
Quant au typhus exanthématique, nos renseignements très
précis nous permettent d’affirmer qu’il n’a nullement été en cause
à et moment. Ce qui a pu occasionner la confusion, ce sont les
éruptions constatées dans un certain nombre de cas cholériques
à une période tardive de la maladie. Nous décrivons plus loin
cette complication qui n’a pas été rare.
Notons en passant que lorsqu’il s’agit de cas cholériques déjà
anciens, comme la plupart de ceux qui arrivaient à San-Stefano,
les symptômes cliniques ont fréquemment perdu de leur netteté ;
parfois les malades, émaciés et cachectisés, peuvent être aussi
bien pris pour des dysentériques à la dernière période que pour
des cholériques. L’examen bactériologique des matières et l’isole¬
ment du vibrion de Koch sont alors nécessaires pour éclairer le
diagnostic. En nous basant sur ces examens nous avons pu nous
convaincre que le choléra était seul en cause.
11 est cependant exact qu’une épidémie de typhus exanthémati¬
que se soit manifestée parmi les troupes ottomanes en campagne,
mais elle est apparue au printemps, environ deux mois après l’ex¬
tinction de l’épidémie cholérique. Elle s’est montrée assez peu
sévère et a cédé aux mesures de propreté visant particulièrement les
poux du corps qui parasitaient abondamment les soldats. Grâce à
l’obligeance des médecins militaires, nous avons eu l’occasion
d’examiner un certain nombre de ces cas de typhus exanthéma¬
tique. Ils évoluaient avec des caractères absolument classiques et
ne pouvaient être confondus cliniquement avec le choléra.
Epidémie de Constantinople en igi2.
La dissémination du choléra durant la fin de novembre 1912,
ne s’arrêta pas aux troupes. Gomme en 1910, l’épidémie gagna la
population des villages; toute la presqu’île comprise entre la mer
de Marmara et la mer Noire fut contaminée. Il était d’autant moins
possible de préserver Constantinople qu’un mouvement ininter¬
rompu d’émigration avait commencé en Thrace. De tous les
points du territoire ottoman, à mesure que l’armée bulgare
avançait, la population fuyait devant l’invasion. Les habitants
de chaque village plaçaient sur leurs primitifs chariots, attelés
de boeufs ou de buffles, leurs misérables hardes et les quelques
provisions qui leur restaient encore. Par dessus les objets entassés
♦
/
3 î 8
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
s’installaient pêle-mêle femmes et enfants et les convois lugubres
se déroulaient interminablement sur les routes conduisant à Cons¬
tantinople. Après des jours et des semaines de marche les émi¬
grants arrivaient aux portes de la ville. On les dirigeait sur l’Ana¬
tolie en leur faisant traverser le Bosphore, ou bien on les autorisait
à camper dans les vastes cimetières hors de l’enceinte de Constan¬
tinople, ou encore on les recueillait dans l’intérieur même de la
ville, selon qu’on disposait de mosquées ou de terrains vagues.
Les habitants des ports et villages côtiers de la Marmara arrivaient
de leur côté dans le Bosphore sur des barques. Tous ces émigrants
venant des régions infectées allaient disséminer le choléra.
Le premier cas de choléra enregistré à Constantinople fut celui
d’un émigré provenant par voie de mer de Rhodosto. Il se mani¬
festa le 5 novembre 1912 à bord d’un bateau d’émigrants qui
venait d’entrer en rade. Le malade fut isolé aussitôt. Mais, pres¬
que en même temps, d’autres cas éclataient dans les campements
de la ville et de la banlieue. L’épidémie était constituée. Elle
dura du 5 novembre à la fin de décembre et détermina 2.260 cas
avec 1.123 décès. La moitié de ces cas fut enregistrée parmi les
émigrés. Nous avons décrit ailleurs cette épidémie, nous ne revien¬
drons donc pas sur les détails de son évolution (1).
Deux hôpitaux ottomans furent affectés aux cholériques pen¬
dant cette épidémie, l’hôpital Gouirebba (ou hôpital de la Charité)
et l’hôpital de Démir Capou installé dans des baraquements en
planches.
En outre, un hôpital fut aménagé à l’ intérieur d’un bâtiment
approprié, dans le quartier de Chichi i, aux frais du conseil inter¬
national de santé, par les soins et sous la direction du docteur
Delamarre, délégué du gouvernement franchis à ce Conseil.
La majorité des malades appartenant à la population grecque
ottomane furent traités à l’hôpital grec de Yedi-Coulé situé à une
extrémité de Stamboul.
Voici la statistique de ces divers hôpitaux :
( 338 guérisons.
Hôpital Gourebba ) 243 morts.
041 cas t 65' transportés morts ou agonisants à
' l’hôpital.
Hôpital de Démir Capou . ( 424 guérisons.
919 cas ( 495 décès.
(1) P.-L. Simond et Pasteur Vallery-Radot. loco citato.
Séance du 8 Avril 1914
319
Hôpital de Ghichli
100 cas
Hôpital de Yédi-Coulé
443 cas
53 guérisons.
I 47 décès (la mortalité brute qui s’élève
ainsi à 47 0/0 se réduit à 41,66 0/0
I si l’on élimine les cas transportés
mourants) .
( 321 guérisons.
< 122 décès dont 15 cas transportés morts
( ou agonisants.
Parallèlement à l’épidémie qui faisait des victimes parmi les
émigrés et la population civile, une autre épidémie se manifestait
parmi les contingents militaires casernés ou campés dans la ville.
On peut considérer celle-ci comme distincte de l’épidémie urbaine
parce qu’elle est demeurée localisée dans les groupes militaires
qui avaient été isolés sous cordon dans des mosquées. Ces groupes
se composaient de soldats ayant fui du théâtre de la guerre ou,
pour des motifs divers, ayant été renvoyés dans la capitale. De
même que les émigrés, ils étaient contaminés avant leur arrivée en
ville. Une épidémie grave les décima.
Aucune statistique n’a été dressée concernant le nombre de cas
et de décès qui se sont produits dans les locaux où ils étaient
parqués. Il est toutefois certain que la mortalité a été fort élevée.
Les cas et les décès qui se sont produits dans ces groupes sont en
sus des 2.260 cas et des 1.123 décès enregistrés au cours de l’épi¬
démie urbaine.
Epidémie de Constantinople en iQij-
Il semblait après le mois de janvier que le choléra eût complète¬
ment disparu. Cependant au mois de mars Constantinople
éprouva une légère recrudescence de la maladie. Du 12 mars au
25 avril, quinze cas furent enregistrés dont cinq mortels. On est
porté à rattacher cette poussée à l’épidémie de 1913, bien qu’elle
en ait été séparée par un intervalle de deux mois au cours des¬
quels la tempéraure se maintint basse avec des chutes de neige
fréquentes. Dès que la température se releva, au mois de mars,
les cas réapparurent, mais ce ne fut qu’un reste d’épidémie sans
importance.
L’état sanitaire, au point de vue du choléra, à partir du 25 avril,
demeura excellent. Toutefois cette situation ne se prolongea
guère au delà de 3 mois. A la date du 2 août, on enregistra le
premier cas d’une nouvelle épidémie. A ce cas d’autres succédè¬
rent, mais à des intervalles peu rapprochés. Du 2 août au 7 sep-
320
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tembre, il s’en produisit 24 dont 13 mortels. Puis survint une
accalmie jusqu’en novembre. Pendant les mois de novembre
et décembre on observa encore quelques cas. Il semble qu’à la fin
de l’année le choléra ait disparu définitivement.
Comme on le voit, les manifestations du choléra en J9T3 ont
affecté l’allure de poussées épidémiques fréquentes et peu impor¬
tantes. Les cas pour la plupart ont été disséminés. Cependant un
foyer s’est constitué qui a fourni 14 cas. Cette petite épidémie
locale s’est manifestée du Ier au 8 septembre à l’Asile des aliénés
de Top-Tachi, dans la ville de Scutari, rattachée administrative¬
ment à Constantinople.
Cet asile est un très vaste établissement qui donne l’impression
d’une immense caserne, divisée en plusieurs quartiers parfaite¬
ment séparés les uns des autres. Ces quartiers sont affectés chacun
à une catégorie de malades : aliénés hommes, aliénées femmes,
aliénés dangereux, etc. Les aliénés des divers quartiers n’ont de
rapports les uns avec les autres que par l’intermédiaire du per¬
sonnel médical et du personnel infirmier. Le Ier septembre 1913
une femme musulmane présentait les symptômes du choléra. Elle
était immédiatement isolée. Dans la même salle, le 3 septembre,
deux autres femmes étaient atteintes et mouraient le jour même ; îi
se produisait trois nouveaux cas le 4 septembre, trois autres le 5,
puis trois autres encore le 6. Enfin un seul cas le 7 et un cas, le der¬
nier, le 8 septembre. Sur 14 cas, 8 ont été mortels, 6 seulement ont
guéri. Parmi les cas non mortels figure celui d’une infirmière
qui a été, comme nous le verrons plus loin, l’agent probable de
l’introduction du virus dans l’Asile.
L’un des caractères intéressants de cette poussée de choléra,
c’est que tous les cas se sont manifestés parmi les pensionnaires
d’une même salle; il ne s’en est pas produit un seul dans les
autres quartiers de l’Asile.
Une petite épidémie analogue s’était manifestée deux ans aupa¬
ravant dans le quartier de hommes. En septembre 1911 un aliéné
hospitalisé dans une salle du premier étage fut atteint de cho¬
léra. On ne se contenta pas d’isoler le malade, on évacua la
salle. Un second cas se produisait peu après dans une salle
du rez-de-chaussée rapprochée de celle où le premier cas s’était
manifesté, bien qu’il n’existât aucune communication entre les
malades des deux salles. Il n’v eut pas de contagion parmi les
aliénés logeant dans la salle où se produisit le deuxième cas, mais
Séance du 8 Avril 1914
321
•4
dans celle où le premier cas avait évolué plusieurs aliénés furent
atteints. L’épidémie se termina le 13 novembre.
Nous exposerons plus loin que dans ces deux séries de cas la
contagion paraît s’être exercée directement.
Epidémie de Thrace en IQ13.
11 ressort des faits que nous venons d’exposer qu’à de très
courts intervalles des poussées de choléra se sont succédées à
Constantinople pendant l’année 1913. 11 ne faudrait pas voir là
une suite ou une reviviscence de l’épidémie de 1912. A part les
quelques faits exceptionnels comme celui de l’Asile des aliénés,
les cas se sont manifestés sporadiquement dans les divers quar¬
tiers et dans la banlieue de la ville, c’est-à-dire dans ces nombreux
villages des rives du Bosphore qui continuent Constantinople
jusqu’à la mer Noire. Parmi ces cas, il y eut des émigrés atteints
à leur arrivée ou peu après leur arrivée en ville; les autres cas
paraissent avoir coïncidé avec les fréquents passages de troupes
provenant du théâtre de la guerre. Ces troupes, comme l’année
précédente, étaient infectées de choléra. Aussi longtemps que
l’armée turque, spectatrice de la guerre des alliés, se maintint sur
la défensive dans les campements où elle s’était solidement réorga¬
nisée et où les conditions d’hygiène laissaient peu à désirer K l’état
sanitaire fut satisfaisant, mais lorsqu’elle se mit en marche
pour se mêler de nouveau à la lutte et réoccuper Andrïnople, ce
mouvement en avant ne tarda pas à être suivi d’une recrudescence
ou plutôt d’une nouvelle épidémie. Les armées balkaniques traî¬
naient le choléra avec elles et certaines divisions bulgares en souf¬
fraient cruellement. Quand l’armée turque vint occuper dans les
environs d’Andrinople les positions évacuées par les Bulgares, les
campements étaient infectés de choléra. Les quelques habitants
demeurés dans les campagnes et la population d'Andrinople étaient
contaminés. L’épidémie s’étendit promptement dans l’armée tur¬
que et l’on put croire à un moment qu’on reverrait aux environs
d’Andrinople l’épouvantable spectacle qu’avait présenté, l’année
précédente, lia région de Hademkeuï-Derkos. Très heureusement
le fléau put être enrayé. Les efforts du Service de Santé pour
atteindre ce but furent favorisés par les conditions climatériques,
c’est-à-dire pat le refroidissement de la température.
.a
322 BuLLETrtÿ DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
Filiation des épidémies de Thrace et de Constantinople.
Du rapide exposé que nous venons de faire des épidémies
* qui se sont succédé de 1910 à 1913, soit dans l’intérieur de
la Thrace parmi la population civile et les troupes en campagne,
soit dans la ville de Constantinople et sa banlieue, il ressort avec
évidence qu’un rapport de cause à effet existe entre les épidémies
de Thrace et celles de Constantinople. Chaque fois que le choléra
s’est répandu dans Constantinople, il y a été propagé par des
militaires ou des habitants ruraux provenant des foyers de
Thrace. Cette filiation irréfutable pour les épidémies urbaines
de 1 91 1 et 1912 doit être, en effet, également adoptée pour celle
beaucoup plus discrète d’août à décembre 19T3.
Ces manifestations de choléra à Constantinople ont régulière¬
ment succédé à des épidémies graves dans les camps et les villages
de Thrace; que le mouvement d’émigration d’une part, le retour
des soldats blessés ou malades d’autre part, ont permis un
apport quotidien de sujets contaminés ; on ne peut donc attribuer
à des reviviscences le retour annuel de l’épidémie durant cette
période. A l’appui de cette opinion, nous devons invoquer aussi
le résultat de nos recherches; pendant les périodes interépidémi¬
ques nous avons fait pratiquer dans les hôpitaux des prélèvements
nombreux de selles provenant d’enfants ou d’adultes diarrhéiques
et aussi de sujets qui avaient été atteints de choléra quelques mois
auparavant. L’examen de ces matières n’a pas une seule fois
permis de déceler un porteur de vibrions.
Nous admettons donc que chacune des trois épidémies de
Constanlinople a été une épidémie d’importation, indépendante
des épidémies antérieures.
11 est plus difficile d’exprimer une opinion sur la filiation des
épidémies des camps et des villages en Thrace. Nous ne pouvons
douter que le choléra en 1910 ait été importé d’Anatolie alors
que toute la région de la Thrace était parfaitement indemne. Pen¬
dant les années suivantes s’est-il conservé à l’état endémique
parmi les populations ou bien des importations nouvelles, opérées
grâce à l’arrivée constante de nouveaux contingents provenant
d’Anatolie, ont-elles occasionné les retours offensifs de l’épi¬
démie ? La première hypothèse, celle de la conservation du germe
parmi les populations rurales et parmi les troupes, est possible,
mais il n’est pas douteux que maintes fois, au cours des années
Séance du S Avril 1914
1911, 1912 et 1913, il y ait eu des importations de choléra par les
recrues.
Conditions hygiéniques des milieux et mode de propagation
DU CHOLÉRA.
Il était particulièrement intéressant de rechercher, au cours
des épidémies cholériques que nous avons suivies, quels
étaient les moyens de propagation de la maladie, d’une part à
Constantinople, d’autre part dans les camps et les villages de la
Thrace.
Nous avons dit quelles conditions fâcheuses présentaient la
souillure du sol par les ordures et la malpropreté des habitants
dans les villages de la région de Derkos atteints en 1910. Il n’y a
guère de différence à établir entre les conditions d’hygiène de ces
villages et celles des autres localités de la presqu’île. Partout c’est
l’habitation misérable, l’absence de cabinets d’aisance dans les
maisons, le défaut d’évacuation des ordures, la souillure du sol
et des eaux à l’intérieur et aux abords des villages.
Les troupes campées en pleine campagne ou cantonnées dans
les villages durant les mois de la guerre se sont trouvées dans la
même situation. De plus, le contact nocturne des hommes entassés
sous la tente, le couchage sur le sol contaminé, la consommation
des eaux de ruisseaux où les pluies entraînaient toutes les souil¬
lures du sol ont été de déplorables conditions hygiéniques ; il faut
ajouter encore la prédisposition créée chez les soldats par la fati¬
gue, la faim, le froid et la démoralisation.
A Constantinople, rien de semblable. La situation de la plupart
des quartiers suspendus aux flancs de collines escarpées facilite
l’évacuation des eaux dans 4a mer de Marmara, dans la Coirne
d’Or, dans le Bosphore qui baignent le pied de ces collines. Cette
évacuation s’accomplit par un réseau d’égouts malheureusement
incomplet et par les canaux des rues en pente ; celles-ci sont lavées
par les eaux pluviales et transformées en torrents véritables cha¬
que fois que survient une de ces fortes averses fréquentes à cer¬
taines époques de l’année. Les ordures sont entraînées à la mer
par d’autres égouts, mais tous les quartiers n’en possèdent pas
et il reste encore beaucoup à faire pour assurer à ce point de vue
B assainissement d’un grand nombre d’habitations.
324
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Quoi qu’il en soit, les conditions topographiques de la ville la
garantissent dans une certaine mesure contre la stagnation de3
ordures à l’intérieur ou à l’extérieur des maisons.
L’encombrement des locaux habités n’existe pas dans les quar¬
tiers musulmans. En raison des prescriptions religieuses qui
règlent la vie de famille et obligent les femmes à résider à l’écart,
chaque famille musulmane est tenue d'habiter une maison entière
et non un appartement. L’encombrement n’existe que dans les
quartiers dévolus aux habitants de race grecque, arménienne ou
israélite. Encore les habitudes musulmanes ont-elles quelque peu
gagné ces éléments de la population, si bien que l’occupation
d’une maison entière est très répandue parmi les familles même
de la classe peu aisée.
La question de l'eau potable est des plus importantes à consi¬
dérer. L’eau est distribuée par des fontaines publiques extrême¬
ment nombreuses et par des robinets privés à l’intérieur de cer¬
taines maisons. Les eaux sont de diverses provenances, captées
loin de la ville. Ce sont en particulier les eaux de Derkos et les
eaux de la forêt de Belgrade.
L’eau de Derkos est amenée du lac de ce nom situé à une cin¬
quantaine de kilomètres de Constantinople, au bord de la mer
Noire, non loin de l’entrée du Bosphore. Le lac, jadis, commu¬
niquait avec la mer par une étroite ouverture et son eau était
saumâtre. Cette ouverture a été bouchée ; la nappe, alimentée
par les nombreux ruisseaux qui descendent des collines avoisi¬
nantes, est devenue parfaitement douce. Les ruisseaux traversant
des endroits habités et cultivés sont exposés, ainsi que le lac, à
recueillir toutes les souillures résultant du voisinage de l’homme.
En dépit de la purification naturelle importante qui s’accomplit
sur la vaste étendue d’eau par l’action de la lumière, de l’air et
de la décantation, l’eau du lac ne demeure pas moins suspecte.
A son arrivée à Constantinople, elle renferme toujours une pro¬
portion très élevée de bactéries, parmi lesquelles du coli en quan¬
tité notable.
L’eau amenée de la forêt de Belgrade est celle des ruisseaux
qui serpentent dans cette forêt. Pour la capter, on s’est borné
à établir des barrages en terre — ou b ends — qui déterminent en
amont des lacs artificiels d’où l’eau est dirigée par des canaux
à ciel ouvert puis par des conduits souterrains jusqu’à la capi¬
tale. Ces eaux relativement pures au point de captation, par
Séance du 8 Avril 1914
325
suite de l’absence d’habitations et de culture en amont des bends,
ne sont pas canalisées avec assez de soin et ne sont pas moins
souillées que celles de Derkos à l’arrivée en ville. Elles jouissent
néanmoins auprès des indigènes d’une grande réputation de salu¬
brité.
En plus de ces deux sortes d'eau potable, on apporte journelle¬
ment à Constantinople et l’on débite dans les rues de l'eau puisée
à diverses sources des environs. Cette eau serait plus pure que
celle des fontaines publiques. En dépit de son prix élevé, beau¬
coup de familles consomment exclusivement l’eau de ces sources.
Dans la banlieue de Constantinople qui comprend toutes les
agglomérations des deux rives du Bosphore et du fond de la
Corne d’Qr, l’origine des eaux potables est multiple : sources,
puits, citernes. Le faubourg populeux de Scutari est alimenté par
des eaux captées à des ruisseaux situés à une assez grande dis¬
tance et méritant les mêmes critiques que les eaux de Constan¬
tinople.
’ Dès l’apparition du choléra les eaux potables furent accusées de
véhiculer le vibrion. Notre attention s’est naturellement portée
sur ce point de l’épidémiologie cholérique et durant deux années
nous avons poursuivi l’étude de cette question. Nous avons été
amenés à conclure que l’eau potable n’avait joué aucun rôle dans
la propagation du choléra. Deux ordres de faits nous ont conduits
à cette conclusion : d’une part, les analyses tantôt hebdoma¬
daires, tantôt journalières que nous avons pratiquées sur l’eau
potable des divers quartiers de Constantinople et de Scutari,
d’autre part, les caractères particuliers qu’a présentés la propaga¬
tion du choléra dans la ville.
Les analyses d’eau ont été pratiquées à l’Institut Bactériolo¬
gique sous la direction de l’un de nous par un chef de labora¬
toire, M. Osman Nouri bey, spécialement chargé de ce service.
En se conformant aux règles en usage pour l’isolement du vibrion
cholérique, à aucun moment nous n’avons réussi à isoler des eaux
de la ville un microbe présentant les caractères d’un vibrion cho¬
lérique. Par contre, nous avons, à trois reprises, rencontré et isolé
des vibrions hydriques qui ne présentaient aucun des caractères
d’un vibrion cholérique vrai. On trouvera plus loin, dans un
tableau comparatif, les caractères de ces vibrions hydriques et
dés vibrions pathogènes provenant des malades.
La distribution des cas et l’évolution des épidémies ont été
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
constamment en opposition avec l’hypothèse d’une propagation de
la maladie par l’eau de boisson. Ce qui frappe tout d’abord dans
l’évolution des épidémies dont nous nous occupons, c’est l’ab¬
sence de foyer localisé dans un bâtiment, dans une rue, dans un
quartier (à une seule exception près, l’épidémie de l’Asile d’alié¬
nés de Scutari dont nous reparlerons plus loin). En somme, les
cas urbains proprement dits, c’est-à-dire ceux qui se sont mani¬
festés parmi la population civile de Constantinople, ont toujours
été des cas dispersés et la plupart du temps des cas isolés qui
n’ont pas fait souche dans leur voisinage immédiat.
Enfin on sait que l’on attribue aux épidémies d’origine hydri¬
que certains caractères particuliers : elles sont massives et frap¬
pent un grand nombre de personnes dans un même quartier
alimenté par l’eau infectée ; de plus, elles ont une évolution rapide,
atteignant en peu de jours leur point culminant, et s’éteignent très
rapidement. A aucun moment nous n’avons pu relever des faits
de ce genre. Sans doute, certaines maisons ont eu plusieurs ma¬
lades, mais ces faits ont été presque exceptionnels et se sont sur¬
tout présentés dans la banlieue et dans les quartiers bas où l’éva¬
cuation des ordures est le moins bien assurée ; d’autre part, la
contagion directe seule pouvait expliquer ces cas. S’il y a eu des
quartiers plus éprouvés que d’autres, il n’y a pas eu d’épidémie
massive de quartier.
Il est à noter encore que la population ottomane des diverses
races peuplant Contantinople a été la seule touchée. Les élé¬
ments européens étrangers, français, italiens, anglais, allemands,
russes, qui sont cependant extrêmement nombreux et consom¬
ment les mêmes eaux que les indigènes, n’ont pas été atteints par
le choléra, si ce n’est tout à fait exceptionnellement. Cette immunité
ne peut être rapportée, à notre avis, qu’aux conditions d’habitat,
de mœurs et surtout à l’absence de fréquentation des éléments
importateurs du choléra, militaires et émigrés.
L’évolution de chacune des épidémies de Constantinople a pré¬
senté un rapport étroit avec l’arrivée d’émigrés et de militaires
provenant des foyers cholériques de Thrace. En 1912, où ces
arrivées ont été multiples et si importantes qu’à partir du mois
d’octobre chaque jour des milliers d’émigrés et de soldats traver¬
saient la ville et souvent y séjournaient, l’épidémie urbaine a été
sérieuse. En 1911 et 1913 où cés arrivées ont été incomparable-
Séance du 8 Avril 1914
327
ment moins fréquentes, les cas urbains ont été en si petit nombre
qu’on peut hésiter à qualifier ces manifestations du nom d’épi¬
démies. On doit donc admettre que les contacts entre les arrivants
infectés et les habitants ont déterminé un très grand nombre de
cas, et pour la propagation d’habitant à habitant, c’est encore le
contact qu’on est obligé d’invoquer.
Le point du problème particulièrement difficile à résoudre est
celui qui concerne la nature des contacts propagateure. Assurément,
on est fondé à incriminer tout ce qui peut introduire dès vibrions
spécifiques dans les boissons et les aliments prêts à être consom¬
més ; encore est-il certain que, parmi les multiples procédés de
contamination, certains sont plus habituels et plus actifs que
d’autres. Nous avons envisagé avec une attention particulière le
rôle possible des mouches. La période à laquelle s’est manifestée
l’épidémie la plus importante, celle de 1912, n’est pas une saison
011 les mouches abondent ; cependant nous avons pu constater que
ces insectes n’avaient pas disparu pendant toute la durée de cette
épidémie. Ils sont devenus rares pendant les périodes fraîches
de la fin de l’automne, mais n’ont disparu que dans le courant de
janvier, quand le froid est devenu rigoureux. Le choléra s’est
éteint presque simultanément. Nous avons recherché systémati¬
quement dans le tube digestif de mouches domestiques, capturées
dans les cabinets d’aisance des hôpitaux de cholériques, les vibrions
de Koch. A diverses reprises, l’examen direct du contenu intes¬
tinal nous a montré des formes de vibrions. Après ensemencement
en eau peptonée on pouvait, dans les examens pratiqués après
douze heures, retrouver ces formes. Toutefois, il nous a été impos¬
sible de les obtenir à l’état de pureté. Dans les cultures sur milieux
solides faites en vue de l’isolement, toujours des bactéries à déve¬
loppement très rapide e? à culture foisonnante ont étouffé toutes
les autres espèces.
Nous avons tenté d’autre part l’élevage des larves de mouches
dans des milieux souillés par des déjections cholériques. Ces expé¬
riences ont été interrompues par l’abaissement hivernal de la
température. 'Foutes nos larves sont mortes quand la température
du laboratoire s’est abaissée à +40 .
. *
L’origine des deux petites épidémies qui ont frappé l’Asile
d’aliénés de Scutari en 1911 et 1913 est particulièrement intéres¬
sante. Certains médecins rendaient b’ eau responsables des cas
328
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
observés, antérieurement à ceux de l’Asile, parmi la population de
Scutari. Aussi la direction de l’Asile a-t-elle apporté le plus grand
soin à alimenter cet établissement avec de l’eau à l’abri de toute
suspicion pendant la durée de l’épidémie. Tous les robinets qui
fournissaient à l’intérieur de l’Asile l’eau de la ville ont été con¬
damnés. L’eau a été journellement puisée à des sources éloignées
du foyer épidémique et présentant les meilleures garanties. Ces
précautions n’ont pas empêché les cas de se manifester. Donc la
ville et l’Asile alimentés par des eaux de provenances diverses
ont eu des cas de choléra. Il est bien difficile d’admettre que ces
eaux différentes aient été contaminées simultanément. Enfin voici
un argument contre l’origine hydrique : les divers quartiers
de l’Asile, peuplés de cinq à six cents aliénés, ont été alimentés
avec la même eau ; or le choléra s’est cantonné chaque fois dans
un petit groupe de malades occupant une salle commune. Dans
un seul cas un sujet d’une salle voisine fut atteint.
Cette localisation de la maladie et l’obstacle apporté à la géné¬
ralisation de l’épidémie par les mesures d’isolement qui furent
prises sont deux faits en complète opposition avec l’hypothèse
cf’une propagation hydrique.
Notre enquête auprès du Directeur de l’Asile au sujet de l’ori¬
gine de ces deux petites épidémies nous a fait connaître que
l’une et l’autre avaient pour cause des contacts d’aliénés avec
des employés porteurs du germe : en 1911, avant l’apparition du
choléra dans l’Asile, dans des maisons avoisinantes, sept per¬
sonnes avaient été atteintes, parmi lesquelles l’économe de l’Asile
qui avait son bureau dans l’établissement, mais logeait à proxi¬
mité. On est fondé à admettre, qu’ avant de s’aliter chez lui il était
porteur de vibrions et qu’il a propagé l’infection en vaquant à son
service dans les salles d’aliénés. Son cas a été mortel.
La seconde manifestation épidémique, en 1913, semble due à un
fait du même genre : une infirmière de la salle contaminée avait,
quelque temps avant l’apparition du premier cas, obtenu la per¬
mission d’aller dans sa famille. Elle s’y était trouvée en contact
avec un soldat, son parent, atteint de choléra. Cette infirmière,
de retour à l’Asile, a pu y introduire le germe; elle-même a
éprouvé quelques jours après sa rentrée, une atteinte cholérique.
La propagation à l’intérieur des salles, dans l’une et l’autre épi¬
démie, s’est vraisemblablement opérée par le contact des indi¬
vidus sains avec des cholériques ou des porteurs sains de vibrions.
Séance du S Avril 1914
329
Cette contagion a pu être rendue facile pair les habitudes géné¬
ralement malpropres des aliénés. Nous croyons pouvoir attri¬
buer à ces habitudes le fait que la contagiosité semble plus forte
qu’en ville. Probablement y aurait-il lieu de rapprocher ces épi¬
démies de celle qui s’est produite en 1911 à l’Asile des aliénés de
Marseille; le vibrion cholérique aurait été trouvé dans un ruisseau
du voisinage et la propagation du choléra aurait été attribuée à
l’utilisation de l’eau de ce ruisseau. Il n’en est pas moins intéres¬
sant de constater au cours d’épidémies peu sévères, à la fois à Mar¬
seille et à Constantinople, que le choléra fait souche plus facile¬
ment dans les asiles d’aliénés que dans les maisons particulières.
1,1 paraît y avoir un rapport direct entre l’intensité de la propa¬
gation du choléra et les conditions qui facilitent la. souillure des
mains, des pieds et des vêtements par les déjections virulentes.
La contamination du sol et l’encombrement sur le terrain exposé
aux souillures sont des conditions particulièrement importantes,
à en juger par les faits qui se sont passés à Constantinople
et sur le territoire de la guerre. Nous avons signalé la contagio¬
sité vraiment extraordinaire du choléra dans les camps d’Hadem-
keuï-Derkos en novembre et décembre 1912. Le sol de ces
camps était inondé de déjections cholériques. Pour se préserver
du froid de la nuit les soldats dépouillaient de leurs vêtements
les cadavres. Malades et bien portants couchaient serrés les uns
contre les autres sur le sol infecté. Toutes les conditions se trou¬
vaient donc réunies pour qu’aucun homme ne pût éviter de souil¬
ler ses mains et par suite l’eau et les aliments qu’il consommait.
Sur une moindre échelle, les mêmes faits se sont reproduits à
Constantinople dans les campements de soldats établis à l’inté¬
rieur des mosquées de Saintes-Sophie et de Sultan Ahmed. Ces
soldats provenaient du territoire de la guerre où ils avaient subi
la défaite ; ils présentaient les mêmes conditions de misère et de
démoralisation que les troupes des camps d’Hademkeuï. Plu¬
sieurs milliers d’hommes avaient été enfermés dans l’enceinte des
deux mosquées dont les cours mesurent chacune plus d’un hectare
de superficie. En raison du désarroi qui régnait à ce moment, ils ne
reçurent ni tentes, ni matériel de couchage; leur nourriture était
à peine suffisante; ni fossés, ni lieux d’aisance n’avaient été éta¬
blis pour déposer les ordures. Dès les premiers cas de choléra
déclarés, la situation au point de vue de la contagion directe
330
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
se trouva donc identique à celle des camps. Le développement
de l’épidémie fut aussi le même : au bout de quelques jours
à peine, la mortalité atteignait un taux exorbitant. On relevait
les cadavres par vingtaine chaque matin dans les deux campe¬
ments. Il est possible que l’eau de boisson fût à Hademkeuï un
des agents de la propagation du choléra. Cette eau provenant des
ruisseaux qui avoisinaient ou traversaient les camps infectés pou¬
vait être contaminée par les déjections. Le fait toutefois n'a pas été
vérifié. Mais dans l’épidémie des mosquées de Constantinople,
on ne saurait incriminer l’eau d’avoir en aucune manière concouru
à la propagation. Les mosquées reçoivent l’eau de la ville et cette
eau est distribuée dans les cours par un grand nombre de robinets
pour permettre aux nombreux fidèles qui viennent à la prière de
faire leurs ablutions rituelles. Or ces robinets déversent l’eau non
dans des bassins, mais directement sur une dalle d’où elle s’écoule
dans les égouts. Il s’ensuit que les soldats ne pouvaient boire que
l’eau recueillie directement au jet du robinet et non l’eau de bassins
suspects d’être contaminés. Ces robinets courts placés à environ
i mètre au-dessus du sol ne pouvaient matériellement pas consti¬
tuer des intermédiaires de contagion. Il eut été indispensable que
l’eau fût souillée avant l’arrivée au robinet pour qu’elle pût pro¬
pager le choléra ; or, ainsi qu’on l’a vu, nos recherches démontrent
qu’à aucun moment, elle n’a renfermé des vibrions de Koch.
Cet exemple de propagation par contact parmi les troupes isolées
dans les mosquées nous parait avoir une certaine importance. On
peut en déduire que, dans les camps d’Hademkeuï-Derkos, c’est
aussi par les contacts entre malades et bien portants que la propa¬
gation s’est presque exclusivement opérée ; tout au moins, l’eau
n’aurait pas joué le rôle important qu’on serait tenté de lui attri¬
buer. On y trouve d’autre part la preuve que la transmission du
choléra par contact direct est particulièrement facile, surtout quand
le sol des locaux ou des campements est souillé par les déjections.
Sans doute, si ce danger du contact direct n’apparaît pas dans
W I» V . ,r » V
toutes les épidémies, c’est que pour produire son effet néfaste une
condition nécessaire n’est pas toujours remplie, l’état de réceptivité
du sujet qui subit le contact dangereux. Parmi les troupes des
camps d’Hademkeuï, comme parmi celles qu’on avait enfermées
dans l’enceinte des mosquées de Constantinople, tous les hommes,
pour les raisons que nous avons précisées, étaient en état de
•réceptivité. De là l’allure très sévère de l’épidémie.
Séance du 8 Avril 1914
331
Parallèlement à l’épidémie des mosquées, les groupes d’émigrés
campés dans le voisinage ou à l’intérieur de la ville ont été très
fortement atteints par le choléra. Là également la transmission
a été due au contact et la souillure du sol a joué son rôle dans cette
transmission. Toutefois, comme les émigrés occupaient de vastes
espaces où ils étaient disséminés, chaque famille ayant sa petite
installation p£irticulière autour du chariot qui remplaçait la mai¬
son, la contagion s’est exercée beaucoup plus discrètement que
parmi les troupes. Dans ce milieu, nous avons relevé des faits qui
démontrent encore le rôle du sol souillé par les déjections choléri¬
ques. C’est ainsi qu’un groupe d’émigrés campés dans un terrain
vague, près de l’hôpital Gourebba, en novembre 1912, fut sévère¬
ment atteint par l’épidémie tant que le défaut de latrines les obligea
à déposer les ordures sur le sol. L’installation de latrines dans
ce campement mit fin à l’épidémie.
En résumé, d’après les faits observés au cours des épidémies
récentes de Constantinople, le rôle de l’eau dans ces épidémies
a été nul, la transmission se serait opérée par les contacts directs:
contact avec des malades, contact avec des effets et objets souillés,
contact avec le sol imprégné de déjections. Le choléra nous a paru
constituer au premier chef une maladie des mains sales, des mains
souillées par des déjections virulentes fraîchement émises. C’est
la main qui aurait été le plus généralement l’intermédiaire entre
les objets souillés et les aliments ou les boissons pour véhiculer le
microbe du milieu extérieur jusqu’à la bouche.
Le rôle important que nous avons attribué à la souillure du sol
s’accorde avec certaines conditions qui se rencontrent dans les
régions où le choléra est endémique. Dans ces régions, la popu¬
lation est en général misérable et ignorante des habitudes de pro¬
preté : l’absence de cabinets d’aisance dans les maisons est de
règle ; c’est sur le sol, aux alentours des maisons que sont déposées
les ordures.
Mais si l’on admet le contact direct comme moyen exclusif de
propagation pour certaines épidémies, on ne s’explique pas des
faits tels que la cessation complète de l’épidémie à la suite d’un
froid quelque peu rigoureux. L’hypothèse de la propagation par
les mouches s’accorderait mieux avec un tel phénomène. Toute¬
fois, si des arguments nombreux ont été fournis en faveur de ce
mode de transmission, la preuve de sa réalité et de son impor-
332 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tance n’a pas encore été faite. Le problème de l’arrêt du choléra
en saison froide reste entier. Doit-on supposer que le froid exerce
une action sur les vibrions répandus dans le milieu extérieur, qu’il
gêne leur conservation ou modifie leurs caractères pathogènes?
Ajoutons qu’il ne semble pas que le lavage du sol par les pluies
abondantes suffise à enrayer la propagation. Les pluies survenues
en septembre et octobre 1913 dans la région d’Andrinople n’ont
pas mis fin à l’épidémie.
L’épidémiologie du choléra est encore remplie de points
obscurs parmi lesquels l’influence du froid sur l’arrêt des épi¬
démies est un des plus importants à élucider.
Recherches et observations bactériologiques
Diagnostic bactériologique. — Pendant les années 1911, 1912
et 1913, l’Institut bactériologique de Constantinople a été chargé
de toutes les observations concernant le diagnostic bactériologique
des cas de choléra. Durant cette période, plusieurs milliers d’ana¬
lyses se rapportant au choléra ont été effectuées dans cet établis¬
sement.
Les selles suspectes étaient envoyées par les hôpitaux civils
et militaires, par les municipalités ou par les médecins civils.
Elles arrivaient au laboratoire d’analyses, soit le jour même, soit
le lendemain du prélèvement. En général l’échantillon de ma¬
tières était contenu dans un tube à essai bouché, renfermé lui-
même dans un tube de fer blanc.
Tous les procédés connus de recherche du vibrion ont été
expérimentés ; celui qui a donné constamment les meilleurs résul¬
tats et qui a été employé presque exclusivement esl celui par le
gélo-pepto-sel de Metchnikoff.
La technique usuelle à l’Institut bactériologique est la sui¬
vante :
i° Examen microscopique des selles à l’arrivée.
Lorsque le résultat de cet examen est positif, c’est-à-dire quand
les selles renferment des formes vibrioniennes, on signale immé¬
diatement à l'envoyeur la probabilité d’un diagnostic positif en
remettant au lendemain la confirmation définitive.
20 Ensemencement en gélo^pepto-sel.
Suivant que les selles sont remiseslle matin ou le soir, on pré¬
lève le même jour ou le lendemain matin, après 10 à 15 heures
Séance' du S Avril 1.914
333
d’étuve à 37 °, un échantillon de la culture dans ce milieu pour
faire d’une part un examen direct sur lame, d’autre part un ense¬
mencement sur gélose en vue de l’isolement.
3° Quand on a obtenu le vibrion isolé sur gélose, on pratique
l’agglutination de ce vibrion par un sérum de lapin immunisé à
l’Institut au moyen d’un vibrion fixe choisi parmi les vibrions
isolés à Constantinople même.
Si l’agglutination est positive cà un taux élevé, 1/500 par exem¬
ple, on confirme le diagnostic. Dans les cas d’agglutination
faible, on continue l’étude du vibrion en effectuant la réaction de
Pfeiffer, la recherche de l’indol et enfin l’épreuve de virulence
pour le petit lapin par ingestion.
Caractères des vibrions du choléra de Constantinople . — Au
cours des épidémies qui se sont succédées depuis 1910, de très
nombreux isolements ont été pratiqués à l’Institut bactério¬
logique. Les vibrions obtenus ne nous ont pas présenté
de caractères qui les distinguent des échantillons considérés
comme classiques et conservés à l’Institut Pasteur de Paris,
par exemple le vibrion isolé à Marseille pendant l’épidémie
de 1 9 1 1 . Ils se distinguent de celui connu sous l’étiquette de
vibrion de Bombay par leur taux d’agglutination beaucoup plus
marqué en présence d’un choléra-sérum donné. Ils sont très peu
pathogènes pour les animaux de laboratoire par injection intra¬
péritonéale ; des doses très élevées sont nécessaires pour tuer le
cobaye par cette voie. Ils sont par contre très virulents pour le
jeune lapin par ingestion. L’étude d’un grand nombre d’échan¬
tillons des diverses épidémies de Constantinople a été faite à
l’Institut bactériologique ottoman par MM. Raphaël AssÉo et
I ch SAN ; elle a été répétée à l’Institut Pasteur de Paris par M. Rin-
genbach. On trouvera ci-après un tableau établi par M. Ringen-
bach qui résume les caractères de trois échantillons de vibrions
isolés à Constantinople en 1912 et 1913 provenant l’un (V. Mar¬
mara) d’un cas de Rhodosto, les deux autres (Vibrion A et Vi¬
brion B) de Constantinople. En regard, on a rappelé les caractères
du vibrion de Marseille considéré comme type.
Sur le même tableau, M. Ringenbach a noté les caractères de
deux vibrions hydriques A et B qui ont été isolés des eaux pota¬
bles de Constantinople et qui ne présentent nullement les carac¬
tères de vibrions cholériques. Voir ce tableau à la fin du travail.
334 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le vibrion dans les matières. — Dans la très grande majorité
des cas de choléra, à l’examen direct sur lame, nous avons cons¬
taté des vibrions. Dans certains cas cependant l’examen direct le
plüs minutieux ne permettait pas d’en déceler; parfois malgré cet
examen négatif le vibrion a pu être décelé après culture sur gélo-
pepto-sel ; d’autres fois, bien qu’il se fût agi de choléra diagnosti¬
qué cliniquement avec certitude, le vibrion n’a pu être constaté
d’aucune façon. Ces derniers cas ont été extrêmement rares.
q /-
Vibrions A (cholériques) et B (hydriques).
Les vibrions observés directement dans les selles ne présen¬
taient pas tous le même aspect : tantôt, et c’est le cas le plus
fréquent, ils étaient gros et bien arqués, tantôt on en voyait de
grêles, fins et à courbures moins prononcées. Après culture on
ne retrouve plus cette différence, du moins elle n’est pas aussi
marquée.
Association vibrio-spirillaire. — A l’examen direct, dans la
grande majorité des cas de choléra, existaient, outre les vibrions,
des spirilles. Ces spirilles se rencontraient par groupe ou isolés.
On pouvait en distinguer deux sortes, soit de fins spirilles ondu¬
leux de trois ou quatre tours de spire, très grêles, se colorant fai¬
blement par le Ziehl dilué et mieux par le Giemsa, ne prenant pas
le Gram, soit des spirilles plus gros et plus colorables. Les fins
spirilles étaient de beaucoup les plus fréquents.
Ces spirilles ne sont nullement comparables aux vibrions spi¬
ralés en S. Ils ne semblent pas être en rapport avec la gravité de
la maladie ; on les trouve dans les cas bénins comme dans les cas
mortels. Depuis que Kowalski en 1884 le décrivit dans les selles
de cholériques, de nombreux auteurs le retrouvèrent au cours
des différentes épidémies ; mais presque tous ont décrit de fins
spirilles. Margouliès (i) cependant a observé les deux sortes de
(1) M. N. Margouliès. Contribution à l’étude du V. cholérique, Roussky
Wratch. 1909, n° 52.
spirilles, avec une prédominance marquée des formes fines (80 %).
Ces spirilles ne sont pas particuliers au choléra. Non seulement
au cours d’entérites de natures diverses ils sont d’une constata¬
tion fréquente, ainsi que l’ont prouvé en particulier les travaux
de P. Teissier et Ch. Richet fils, mais encore les individus
sains peuvent en être parfois porteurs, comme nous l’ont montré
les recherches que nous avons faites en dehors même de foyers
cholériques ; chez les individus sains cependant, quand ils exis¬
tent, ils sont en très minime quantité.
Ces spirilles ont été interprétés différemment suivant les au¬
teurs. Pour notre part, nous pensons que ces germes sont des
'saprophytes de l’intestin qui, dans certains milieux, doivent
exister chez la plupart sinon chez tous les individus. Sous l’in¬
fluence d’un état inflammatoire de la muqueuse intestinale, en
particulier du choléra et de la dysenterie amibienne, ils peuvent
se multiplier d’une façon intense. Les faits que nous avons obser¬
vés, tant dans la dysenterie amibienne que dans le choléra, ne
nous permettent pas de considérer cette complication comme ayant
une haute gravité (i).
Vitalité du vibrion dans les matières conservées. — Nous avons
fréquemment constaté le vibrion dans les selles datant de plu¬
sieurs jours.
Ayant conservé à la glacière pendant trois semaines six échan¬
tillons de déjections, le 21e jour nous avons, dans trois d’entre
eux, constaté à l’examen direct des vibrions que nous pûmes
Dans les trois autres échantillons, la recherche à l’examen direct
et par culture fut négative.
De nombreuses observations du même genre ont été faites par
le Dr Kémal Mouktar à l’Institut bactériologique.
Persistance du vibrion dans les selles des convalescents. ■ —
A
Nous avons fait rechercher par MM. Osman Nouri et Gabrieli-
des à l’Institut bactériologique et dans les hôpitaux quelle était
la durée de la persistance du vibrion dans les selles de convales¬
cents. Sur 477 cas examinés, 91 fois les vibrions ont persisté plus
d’une semaine. Fréquemment, on les a retrouvés au 15e et quel¬
quefois jusqu’au 20e jour.
(1) Nous renvoyons à la thèse récente de M. Hassenforger (Contribution
à l’étude des microbes spiralés de l’intestin et de leur rôle pathogène. Paris,
1913-1914) et à la revue générale du même auteur dans la Ga 7. des Hop. du
31 janvier 1914.
336
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les porteurs de germes. — Du ier janvier au 31 octobre 1913»
les examens fait par le Dr Raphaël AssÉo à l’Institut bactério¬
logique ont porté sur 2.669 personnes ayant approché des cholé¬
riques et n’ayant présenté aucun symptôme de choléra. Le
vibrion fut constaté dans les matières fécales de 63 d’entre elles.
Dans la même année, le Dr Zia a examiné au lazaret de Clazo-
mènes (Smyrne) 2.000 émigrés bien portants parmi lesquels il a
trouvé un seul porteur de vibrion cholérique. Ce vibrion aggluti¬
nait au 1/2000 avec le sérum de Kraus.
Séro-diagnostic. — Nous avons recherché l’agglutination ma¬
croscopique du vibrion cholérique avec les sérums des malades.
L’agglutination est en général faible; cependant nous avons dans
quelques cas constaté des agglutinations au 1/100, au 1/200 et
même au 1/250. Dans la pratique, il ne faut tenir compte cpie d’une
agglutination positive au moins au 1/20, des individus normaux
pouvant agglutiner le vibrion au 1/10.
Le taux d’agglutination varie avec les échantillons employés :
la race dite Bombay agglutine à un taux relativement très faible
en présence du sérum de cholériques. Ce faible pouvoir aggluti¬
nant du vibrion Bombay se manifeste également en présence de
sérums d’animaux immunisés avec un vibrion de cette race ou
avec un vibrion d’une race différente. MM. Widal et Nobé-
. court ont, du reste, il y a longtemps déjà, constaté les variations
du pouvoir agglutinant d’un choléra-sérum avec des échantillons
différents de vibrion.
Dans les formes hypertoxiques du choléra, on peut voir l’agglu¬
tination faire défaut pendant tout le cours de la maladie. Le
D1' Kiamil Bey a suivi 2 cas chez lesquels l’agglutination fut cons¬
tamment négative.
Nous donnons ci-après, à titre documentaire, la statistique qu’a
dressée le D1' Kiamil de la moyenne du taux d’agglutination chez
un grand nombre de cholériques, aux différents jours de la ma¬
ladie. Le Dr Kiamil s’est servi comme échantillon d’un vibrion
isolé lors d’une épidémie précédente de Constantinople.
• r. ^ * *
Réaction de déviation du complément. — La réaction de
Bordet-Gengou nous a donné des résultats positifs avec les
sérums des cholériques ; mais, avec différents sérums normaux
pris comme témoins, nous avons obtenu également des résultats
Séance du S Avril 1914
337
positifs. On ne saurait donc s’appuyer sur cette réaction pour
faire le diagnostic du choléra.
Statistique des séro-diagnostics faits par le Dr KiàMIL Bey.
De ces recherches sur le séro-diagnostic et la réaction de Bor-
dei-Gengou, on peut conclure que c’est l’examen des selles qui
doit rester la base du diagnostic bactériologique du choléra.
24
338
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les hémocultures que nous avons pratiquées nous ont donné
des résultats négatifs.
Les ponctions lombaires ne nous ont pas montré de modifica¬
tions du liquide céphalorachidien.
La recherche des liémolysines dans le sang des cholériques
a été négative.
Recherches et observations cliniques.
Caractères des évacuations. — Dans un quart des cas environ,
les selles passaient par un premier stade de diarrhée banale,
durant quelques heures ou quelques jours, puis par un second
stade de diarrhée riziforme, caractéristique.
Dans un nombre assez restreint de cas, le premier stade n’exis¬
tait pas, les selles étaient d’emblée d’aspect riziforme.
Dans tous les autres cas, la maladie évoluait sans selles rizi-
formes ; pendant tout le cours de l'affection, les selles avaient un
aspect bilieux, verdâtre ou jaunâtre, ou bien avaient une appa¬
rence café au lait plus ou moins foncé.
Chez un malade du Dr Kiamil, la diarrhée aurait été remplacée
par de la constipation. Ce sujet mourut deux jours après son
entrée à l’hôpital. LTne culture des matières fécales prélevées à
l’autopsie mit en évidence le vibrion cholérique. C:est le seul
cas de choléra sec que nous ayons relevé.
*
Erythèmes cholériques . — Au cours de l’épidémie de novem¬
bre-décembre 1912, nous avons eu l’occasion d’observer un assez
grand nombre d’érythèmes cholériques.
Les érythèmes cholériques sont connus depuis fort longtemps.
Déjà Duplay en 1832 en faisait une étude détaillée et depuis de
nombreux auteurs en ont décrit au cours des diverses épidémies
de choléra. Un grand nombre de types ont été isolés, morbilli¬
forme, scarlatiniforme, purpurique, papuleux, polymorphe, etc.
Il est vraisemblable que certaines variétés d’érythèmes sont plus
fréquents au cours de certaines épidémies. A Constantinople,
c’est le type morbilliforme que nous avons rencontré presque
constamment. On conçoit combien la connaissance de ces érythè¬
mes au cours d’épidémies de choléra est importante, car on pour¬
rait les confondre avec des cas de typhus exanthématique.
La date d’apparition se fait au moment du stade de réaction,
Planche III
Simond et Pasteur Vallery-Radot
Erythème cholérique
'
Séance du 8 Avril 1914
339
entre le 8e et le 12e jour; dans cinq cas seulement, nous avons vu
apparaître l’éruption entre le 12e et le 18e jour et dans un cas nous
l’avons vue apparaître le 7° jour.
Etant donnée la date d’apparition de ces érythèmes, on com¬
prend que ce soit surtout dans les formes bénignes ou de moyenne
intensité qu’on les observe, ces formes passant plus facilement
que les formes sévères le stade dangereux de l’algidité.
Nous avons vu l’éruption débuter en des points variables; en
général, c’est aux membres supérieurs qu’elle commence à appa¬
raître. Dans quelques cas, l’éruption est d’emblée généralisée.
Dans tous les autres cas, l’éruption étant apparue se généralise
dans l’espace de 24 à 48 heures.
Généralisée, elle prédomine presque constamment sur les mem¬
bres supérieurs, le thorax, les fesses. Parfois, la face est res¬
pectée.
Dans les érythèmes à type morbilliforme, l’éruption ressemble
à s’v méprendre, à une éruption de rougeole: éléments plus ou
moins circulaires, plus ou moins saillants, de la dimension d’une
petite lentille à une pièce de 2 francs, de coloration rouge, s’effa¬
çant presque toujours complètement à la pression.
Ils peuvent, comme dans une de nos observations, avoir l’aspect
en cocarde.
Au toucher les éléments n’ont pas de caractère particulier, ils
ne sont ni doux, ni rudes. La peau est saine entre eux; exception¬
nellement elle a une teinte érythémateuse.
Les éléments augmentent bientôt de dimension et de nouveaux
apparaissent. Ainsi se forment en certains points des placards plus
ou moins vastes, de contours irréguliers. Les lieux d’élection
pour ces placards sont les endroits de frottement, tels que région
olécranienne, plis du coude, ^poignet, face postérieure du thorax,
fesses, genoux. Quand la peau a été frictionnée, il peut se déve-
lopper en ce point un placard érythémateux.
Ces caractères durent de 3 à 5 jours. Puis, à partir du 3e ou
5e jour, les éléments deviennent moins fortement teintés, violacés,
ils ne s’effacent plus par la pression ; en même temps, ils s’affais¬
sent. Les jours suivants, la teinte violacée se change en colora¬
tion brunâtre. Ces taches brunes durent un temps fort variable.
Dans la majorité des cas, une desquamation apparaît ; elle se
montre dès le 4e jour, quelquefois plus tardivement, desquamation
très variable d’allure, tantôt furfuracée, tantôt en larges squames;
340
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d’autres fois, la desquamation est mixte. Cette desquamation a
une durée très différente suivant les cas.
L’éruption s’accompagne parfois de prurit peu intense.
Quelquefois, en même temps que l’exanthème, existe un énan-
thème discret : rougeur diffuse ou piqueté du voile, ou bien rou¬
geur des conjonctives. Cet énanthème dure de i à 3 jours, puis
disparaît.
L’éruption ne s’accompagne d’aucune modification dans l’état
général du sujet, la courbe thermique en général ne change pas.
Telle est l’éruption, à type morbilliforme, que nous avons ren¬
contrée dans 24 cas sur 31 (77,41 %). Nous avons observé, en
dehors de ces érythèmes morbilliformes, un cas d’érythème papu-
ieiix, un cas d’érythème miliaire et 5 cas d’éruptions polymorphes.
La mortalité a été de 25 % dans les 24 cas que nous avons pu
suivre pendant toute leur évolution. Cette mortalité est un peu
plus élevée que celle mentionnée par la plupart des auteurs : la
statistique générale de mortalité au cours des érythèmes cholé¬
riques ne s’élève pas, en effet, à plus de 18,41 %. Cette mortalité,
relativement faible, s’explique par la date d’apparition de ces
érythèmes qui ne surviennent qu’au moment du stade de réaction.
Quant à l’érythème lui-même, il n’entrave en rien la marche de
la maladie et ne constitue pas une complication au sens propre
du mot.
On pouvait se demander si ces érythèmes étaient bien imputa¬
bles au choléra.
Un premier point est certain : ils surviennent chez les cholé¬
riques. Chez tous nos malades, nous avons fait l’examen des
selles et nous y avons constaté des vibrions ; enfin, chez six d’entre
eux, nous avons étudié les vibrions isolés de leurs selles; les
vibrions avaient les caractères que nous avons décrits précédem¬
ment. Ces malades étaient donc bien des cholériques.
Nous nous sommes assurés d’autre part qu’ils n’étaient pas
porteurs d’une autre affection, en particulier que le typhus exan¬
thématique n’était pas en cause.
Ces érythèmes ne sont pas d’origine médicamenteuse car cer¬
tains de nos malades ont vu les érythèmes apparaître avant
d’avoir reçu aucun médicament par voie buccale, par voie .sous-
cutanée ou par voie intraveineuse.
Ces érythèmes doivent donc rentrer dans le groupe des éry¬
thèmes décrits au cours de diverses maladies. Mais doivent-ils
Séance du 8 Avril 1914
341
être considérés comme dus à une infection secondaire? la courbe
thermique qui n’est que rarement modifiée et l’hémoculture,
restée négative dans trois cas où nous avons pu la pratiquer, nous
indiquent que vraisemblablement il ne s’agit pas d’érythèmes
dus à une infection secondaire.
• . %
Nous arrivons ainsi à cette conclusion cpie ces érythèmes sont
dus au choléra lui-même. Il nous semble que c’est la toxine cholé¬
rique qu’il faut invoquer dans leur genèse et le fait que ces éry¬
thèmes apparaissent au début du stade de réaction, alors que la
période diarrhéique est terminée, ou presque complètement ter¬
minée, conduit à se demander si à ce moment ne se produit pas
dans l’organisme une résorption des toxines cpii auparavant
étaient éliminées par les nombreuses évacuations.
Voici les observations résumées de ces divers cas d’exanthè¬
mes. Nous n’avons pas insisté sur les symptômes cholériques qui
n’avaient aucun caractère spécial. Nous nous sommes appliqués
uniquement à donner les caractères principaux des exanthèmes.
Observation I
Erythème morù illift orme
Mustapha, 33 ans, soldat évacué de Tchataldja.
Le 28 novembre. Choléra d’intensité moyenne.
Au 8e jour de la maladie l’éruption aurait débuté par les membres.
Aujourd’hui, 12e jour, l’éruption est généralisée, d’aspect morbilliforme :
éléments plus ou moins circulaires, de 5 à 10 mm. de diamètre, séparés
par des intervalles de peau saine.
Ces éléments nombreux, très rapprochés les uns des autres, sont très
légèrement saillants. Leur coloration est pâle ; en certains endroits, sur le
bras, la teinte est franchement rouge (il s'agit d’éléments plus jeunes). Ils
s’effacent par la pression. Pas de caractères spéciaux au toucher.
Pas de prurit.
Les yeux sont un peu injeclés.
Bon état général. Température rectale à 37°, non modifiée par l’érythème.
Le 29 novombre. L’éruption pâlit et devient moins saillante. Légère
desquamation furfuracée aux membres. Les yeux ne sont plus injectés.
Du 29 novembre au 2 décembre. L’éruption pâlit encore. La desquama¬
tion est très légère.
Le 2 décembre. L’éruption n'est plus visible. Etat général bon. Le
malade quitte l’hôpital.
Observation 1 1
Et nj thème m or b il l i for m e
Hussein, 33 ans, soldat évacué de Tchataldja.
Ae 28 novembre. Le malade ne peut préciser à quand remonte sa
maladie
342
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ce fut une forme grave.
Il y a o jours l’éruption a débuté par les membres supérieurs.
Actuellement éruption généralisée, d’aspect morbilliforme. Eléments les
uns circulaires, les autres irréguliers, de la dimension d’un grain de riz à
une lentille, peu saillants, de coloration pâle, s’elfaçant par la pression.
En certains points tels que le cuir chevelu, le poignet, les genoux, la face
postérieure du thorax, les lombes, les éléments ont tendance à la con¬
fluence.
Pas de prurit.
Pas d’énanthème.
Mauvais état général : faciès altéré, œil enfoncé dans l’orbite, cornée
plissée, lèvres cyanosées. Muguet à la face interne des joues. Amaigrisse¬
ment extrême. Le pouls est petit, misérable. La température rectale à 37û
m’est pas modifiée par l’éruption.
Le 2, 9. L’éruption pâlit davantage. L’état général s’aggrave.
Le 30. L’éruption est à peine visible au thorax et aux membres infé¬
rieurs. La cyanose s’accentue, le pouls n'est plus perceptible, agitation
extrême. Mort à minuit dans l’adynamie.
Observation II 1
Erythème morbilliforme
Ahmed, 3o ans.
Le 23 novembre. Le malade ne peut préciser la date du début de sa
maladie.
La forme fut grave.
L’éruption est apparue il y a deux jours; le malade ne peut dire où elle
a débuté Elle est actuellement généralisée, d’aspect morbilliforme : élé¬
ments irréguliers, de 5 à 10 mm. de diamètre, légèrement surélevés, de
coloration rouge foncé, s’effaçant par la pression. Les éléments sont sur¬
tout nombreux sur les membres, le dos, les lombes et les fesses.
En certains points ils ont tendance à la confluence et forment de petits
placards irréguliers.
Pas de prurit.
Piqueté rouge sur le voile du palais.
Etat général grave : refroidissement des extrémités. Pouls petit.
Le soir, agitation très prononcée. Mort à minuit.
Observation IV
Erythème morbilliforme
Ali, 26 ans, émigrant.
Le 29 novembre. La maladie remonte à 14 jours. Forme de moyenne
intensité.
Il y a 2 jours, au 12e jour de la maladie, l’éruption a débuté par les mem¬
bres supérieurs. Puis l’éruption a gagné les membres inférieurs, enfin le
thorax et l’abdomen.
Actuellement éruption d’aspect morbilliforme, généralisée, sauf à la face
palmaire des mains. Eléments de la dimension d’une lentille à une pièce
de I franc, assez régulièrement circulaires, légèrement surélevés, de colo¬
ration rouge, s’effaçant par la pression. Les éléments ont tendance à la
conlluence sur le thorax et les membres inférieurs.
Pas de prurit.
Séance du S Avril 1914
343
Le voile du palais est uniformément rouge.
L’état général ne semble pas mauvais ; cependant la face interne des
joues est parsemée de muguet. La température rectale à 37° n’est pas mo¬
difiée par l’éruption.
Du 30 novembre au 1er décembre . Les éléments éruptifs sont plus nom¬
breux, avec une coloration indiquant des stades variés de leur évolution.
Même état général.
Le 2 décembre. Brusquement l’état général a empiré. Le malade est très
adynamique.
Mort dans la nuit.
Observation V
Erythem e morb il Lifo rm e
Ibrahim, 40 ans.
Le 30 novembre. Début de la maladie il y a une vingtaine de jours.
Forme de moyenne intensité.
L’éruption aurait débuté il y a 6 jours, au 14e jour de l’affection. Le
malade ne peut préciser par où l’éruption a débuté,
Actuellement éruption généralisée, d’aspect morbilliforme. Eléments de
dimension variable, de la grosseur d’une lentille à une pièce de 2 francs,
de coloration très pâle, non surélevés, ne s’effaçant pas complètement par
la pression .
Sur le thorax et sur les membres, desquamation furfuracée.
Pas de prurit.
Pas d’énanthème.
Faciès très altéré. Profonde cachexie. Extrémités froides. Muguet sur la
muqueuse buccale.
Du 30 novembre au 2 décembre. Les éléments éruptifs s’affaissent et
pâlissent Mêmes symptômes généraux.
Le 3 décembre. Les symptômes généraux s’accentuent. Mort dans la
soirée.
Observation VI
Erythème morb il/ i forme
Mustapha, 15 ans.
Le 30 novembre. Le malade ne peut préciser quand sa maladie a débuté.
Forme d’intensité moyenne.
Ahjourd’hui même, une éruption apparaît, d’aspect morbilliforme,
d’emblée généralisée, avec prédominance au visage et aux membres supé¬
rieurs.
Eléments de la dimension d’une lentille en moyenne, légèrement suréle¬
vés, de coloration rouge accentuée, s'effaçant par la pression.
Voici comment se répartit cette éruption le premier jour :
Eléments très nombreux sur le visage et derrière les oreilles, nombreux
également sur la face antérieure du thorax, les bras et les avant-bras. Aux
mains on ne distingue que quelques taches sur la face dorsale.
Rares éléments à la face postérieure du thorax et aux lombes. Quelques
éléments sur l’abdomen. Nombreux éléments sur les fesses. Quelques élé¬
ments sur les cuisses. Rares éléments aux jambes. Aux pieds n’existent
que quelques taches sur la face dorsale.
344
Bulletin de la Société di: Pathologie exotique
A remarquer que, là où la peau a été frottée avec de la teinture
d’iode pour faire des injections, existent des placards érythémateux.
* Pas de prurit.
Pas d’enanthème.
Bon état général. La température rectale oscille autour de 37°5, comme
avant l’exanthème.
Les 1er et 2 décembre. De nouveaux éléments apparaissent.
Le 3 décembre. En certaines régions, face, cou, plis du coude, poignet,
dos et fesses, les éléments conlluent et forment de grands placards de con¬
tour irrégulier.
Certains éléments commencent à pâlir. Une légère desquamation furfu-
racée apparaît.
Un léger prurit se manifeste aujourd’hui.
Le b et le J décembre . L’éruption pâlit. Les éléments ne sont plus sail
lants. La légère desquamation et le prurit continuent.
Le 6 décembre. L’éruption a disparu. Plus de desquamation.
Le prurit n’existe plus.
Le malade quitte l’hôpital en bonne santé.
Observation VI I
Erythème populeux
Mehemed Merdjan, 27 ans, soldat évacué de Tchataldja.
Le 28 novembre. La maladie a débuté il y a 15 jours. Forme légère.
Le 10° jour de l’affection une éruption s’est manifestée sur les mains
et les pieds.
Actuellement elle est généralisée, sauf à la face. Eléments très nombreux
(sauf aux cuisses et aux jambes où ils sont discrets), de la dimension d’une
lentille à une pièce de un franc, populeux , de coloration rouge, s’effa-
cant par la pression.
Prurit.
Piqueté rouge sur le voile du palais.
Bon état général.
Le 29 novembre . Les éléments palissent sur les bras et sur le thorax.
Le prurit a disparu.
L’énanthème diminue d’intensité.
Le 30 novembre. Les éléments deviennent violacés. Ils sont moins sail¬
lants. L’énanthème a disparu.
Les 1(‘T et 2 décembre. Les éléments pâlissent encore et s’affaissent.
Le 3 décembre. Les éléments sont de coloration brunâtre, ne s’effaçant
plus par la pression. Ils ne sont plus du tout saillants. Pas trace de des¬
quamation.
Ée 8 décembre. 11 ne reste sur la peau que quelques taches brunâ¬
tres.
Le 9 décembre. Le malade quitte l’hôpital bien portant.
( )bservation VIII
Eryth èm e m or b il liform e
Hassan, 22 ans, menuisier.
Le 19 décembre. Début de la maladie il y a 13 jours. Forme de moyenne
Séance du S Avril 1914
345
intensité. L'éruption a commencé il y a 3 jours, au 10° jour de la maladie.
Le malade ne peut préciser le lieu de début de l’éruption .
Actuellement éruption généralisée, d’aspect morbilliforme.
Voici le détail de cette éruption : les membres supérieurs sont couverts
d’éléments de la dimension d’une pièce de 50 centimes environ, de colora¬
tion rouge peu intense, légèrement saillants, ne s’effaçant pas complète¬
ment par la pression ; aux coudes, aux poignets, à la face dorsale des
mains, les éléments sont confluents; pas d’éléments à la face palmaire des
mains.
A la face, les pommettes et les paupières sont uniformément rouges ; le
reste de la face, ainsique le cou, est recouvert d’éléments isolés.
Le crâne, chauve, est couvert d’éléments confluents.
Des éléments nombreux, confluents, couvrent le thorax.
Sur l’abdomen, les éléments sont rares.
Sur le dos et les fesses, ils sont confluents et forment de larges placards
irréguliers.
Sur les cuisses et les jambes, ils sont nombreux, nettement séparés les
uns des autres.
A la face dorsale des pieds, les éléments confluent. La face plantaire est
indemne.
Pas de. prurit.
Le voile du palais est érythémateux, sans piqueté.
Bon état général. La température rectale oscille autour de 36°7, comme
avant l’exanthème.
Du 20 au 23 décembre. L’éruption pâlit.
Le 26 décembre. Les taches éruptives ne sont plus saillantes, elles pren¬
nent une teinte brunâtre. Desquamation furfuracée du crâne, de la face,
du cou, du thorax (surtout face antérieure), des coudes, de l’abdomen là où
le malade porte un ruban.
Aux membres inférieurs la peau est rugueuse, mais ne desquame pas, si
ce n’est à la face dorsale des pieds.
Le 28 décembre. Desquamation en doigt de gant de la main droite.
Desquamation furfuracée delà main gauche.
A la face dorsale des pieds, desquamation par larges squames.
Partout ailleurs, la desquamation est furfuracée, très abondante. Llle
est généralisée; elle existe même maintenant, bien que moins abondante
qu’ailleurs, sur tout le membre inférieur, le droit aussi bien que le
gauche.
Le 3 ! décembre. La desquamation continue, avec des caractères diffé¬
rents suivant les régions.
Le malade quitte l’hôpital en bonne santé.
Observation IX
Erythème morbilliforme
Ahmed, gardien de quartier, 40 ans.
Le 19 décembre. La maladie a débuté il y a 14 jours. Forme d’intensité,
moyenne. 11 y a 4 jours, 10e jour de la maladie, l’éruption est apparue aux
membres inférieurs. Le lendemain elle gagnait les membres supérieurs,
puis se généralisait.
Actuellement éruption généralisée, sauf à la face, d’aspect morbilliforme.
Les éléments n’étant plus de date récente sont de coloration soit violacée
34(5
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
soit brunâtre; ils ont la dimension d’une pièce de 1 franc ; ils ne sont pas
saillants et ne s’effacent pas complètement par la pression. Il n’ont pas de
tendance à la conffuence, si ce n’est aux genoux et aux coudes.
Pas de prurit.
Pas d’énanthème.
Etat général bon.
Le 23 décembre. On constate encore plusieurs taches de coloration bru¬
nâtre. Pas de desquamation.
Le malade quitte l’hôpital en bonne santé.
Observation X
E ry t hé m e morb il lifo rm e
Ahmed, 30 ans.
Le 19 décembre. La maladie a débuté il y a 13 jours. Forme de moyenne
intensité 11 y a G jours, 7e jour de la maladie, l’éruption est apparue
sur les pieds. Puis les jours suivants, elle s’est généralisée, sauf au
visage.
Actuellement éruption d’aspect morbilliforme, formée d’éléments de
coloration violacée, ne s’effaçant pas complètement à la pression, non
saillants.
Pas de prurit.
Pas d’énanthème.
Etat général assez bon. Température axillaire oscille autour de 36°5.
Le 21 décembre. Les taches, brunâtres, ne sont plus qu’à peine percep¬
tibles.
Le malade quitte l’hôpital en bonne santé.
Observation XI
Eruption polymorphe ( morbilliforme , érythémateuse et miliaire)
Hassan, 30 ans, menuisier.
Le 9 décembre. La maladte a débuté il y a 1 1 jours. Forme grave.
L’éruption est apparue hier, au 10e jour, sur les avant-bras.
Aujourd’hui éruption généralisée, d’aspect morbilliforme.
Eléments de la dimension d’une tête d’épingle à une lentille, légèrement
saillants, rouges, ne s’effaçant pas complètement à la pression, surtout
nombreux à la face, au cou, aux membres supérieurs, à la face antérieure
et postérieure du thorax, avec tendance à la confluence. Les éléments sont
peu nombreux sur les cuisses et les jambes, nombreux aux pieds où ils
ont une teinte légèrement violacée.
Pas de prurit.
Pas d’énanthème.
Mauvais état général. Extrémités froides. Cyanose.
Le 1 1 décembre. Les éléments conlluent au cou, à la face antérieure du
thorax.
Les yeux sont injectés.
Le malade est plus adynamique qu’hier. La langue est sèche, les extré¬
mités froides, le pouls vibrant.
Le 12 décembre. Les éléments deviennent violacées.
Etat général meilleur. Diurèse abondante.
Le 13 décembre. La peau est uniformément rouge. Sur ce fond êryihè.
Seance du 8 Avril 1914
347
mateux tranchent les taches de coloration rouge violacé, légèrement
saillantes. Le fond érythémateux diminue d’intensité de couleur par la
pression.
Desquamation furfuracée de la face et du cou.
Etat général meilleur : langue humide, diurèse abondante.
Le 11 décembre. La teinte érythémateuse de la peau a disparu. Seuls
restent les éléments violacées.
Les yeux ne sont plus injectés.
Desquamation généralisée: à la face et au cou furfuracée, aux membres
supérieurs par larges squames (sauf les mains qui ne desquament pas; ; au
thorax, sous la desquamation furfuracée apparaissent des vésicules conte¬
nant un liquide clair. Aux membres inférieurs pas de desquamation .
Le 19 décembre. Desquamation furfuracée très abondante du cuir che¬
velu, de la face et du cou. Dans les autres régions, la desquamation est
restée telle que le 17.
Aux lombes et aux fesses est apparue une desquamation en larges squa¬
mes ; à l’abdomen et aux membres inférieurs, pas de desquamation.
L’éruption miliaire a disparu.
Le 21 décembre. Meme topographie de la desquamation.
Quelques squames apparaissent à la face interne des genoux.
Sur le thorax on constate quelques taches brunes, restes de l’érup¬
tion.
Le 24 décembre. Aux mains sont apparues de larges squames rappelant
la desquamation scarlatineuse la plus typique.
A la face dorsale des pieds, desquamation furfuracée.
Partout ailleurs, la desquamation est restée ce qu’elle était le 21.
Le 28 décembre. Desquamation en larges squames aux membres supé¬
rieurs, au cou, aux lombes, aux fesses, aux pieds. Partout ailleurs, face,
thorax ainsi que cuisses et jambes (où la desquamation a apparu mais
légère) la desquamation est furfuracée.
Le SI décembre. Les pieds et les mains ont entièrement desquamé.
Le malade quitte l’hôpital, en bonne santé, continuant à desquamer et
conservant quelques taches brunes.
Observation XII
Erythém e morb illifo rm e
Hassan, portefaix, 30 ans.
Le 16 décembre. La maladie a débuté il y a 9 jours. Forme bénigne.
Cette nuit l’éruption a commencé à apparaître. Actuellement éruption
d’aspect morbilliforme, portant sur la face, les membres supérieurs, le
thorax, les fesses. Eléments légèrement surélevés, de coloration rouge, de
dimensions variables, d’une pièce de 50 centimes à une pièce de 2 francs,
s’effaçant par la pression.
Pas de prurit.
Rougeur diffuse du voile du palais.
La température rectale est à 38°4.
Le 17 décembre. L’éruption a gagné l’abdomen et les membres infé¬
rieurs. Les éléments primitifs ont tendance à la confluence.
Le 19 décembre. L’éruption s’affaisse et pâlit, ne s’efface plus par la
pression .
La rougeur du voile a disparu.
348
Bulletin de ly Société de Pathologie exotique
Desquamation furfuracée localisée au nez.
La température rectale baisse à 37°5.
Le 21 décembre. Les éléments éruptifs ont une teinte brunâtre. La des¬
quamation localisée continue.
Le malade quitte l’hôpital en bonne santé.
/
Observation XII l
Erythème morbill i forme
Jlalit, 30 ans, portefaix.
Le 11 décembre. Le malade ne sait à quand remonte la maladie.
Forme adynamique.
Cette nuit a débuté une éruption morbilliforme, formée d’éléments delà
dimension d’une tète d’épingle à une pièce de 50 centimes, de coloration
rouge, légèrement surélevés, ne s’effaçant pas complètement par la pres¬
sion. Ces éléments siègent sur les membres supérieurs, le thorax, les
fesses. La face, le cou, l’abdomen, les membres inférieurs sont indemnes.
Les éléments continent déjà aux coudes, aux poignets, aux mains, aux
fesses et aux genoux : en ces régions ils forment des placards plus ou
moins grands.
Pas de prurit.
Pas d’énanthème.
Etat général grave.
Il meurt dans l'adynamie pendant la nuit.
Observation XIV
Eruption polymorphe ( morbilliforme , pustuleuse et papuleuse)
Osman, 35 ans, boucher.
Le 17 décembre. La maladie a commencé il y a 14 jours. Forme
bénigne.
Le 13* jour de la maladie, l’éruption a débuté par les avant-bras et les
mains.
Aujourd’hui, second jour de l’éruption, on constate une éruption d’as¬
pect morbilliforme, portant sur les membres supérieurs, la face, le cou,
le thorax, les fesses. Cette éruption est formée d'éléments de dimensions
variables, d’une pièces de 50 centimes à une pièce de 1 franc, saillants,
s’effaçant par la pression. La face, le cou et les membres supérieurs sont
rouges, recouverts d’éléments plus nombreux que le thorax et les fesses.
Dans les régions trochantériennes, taches rouges qui sont recouvertes en
leur centre de petites pustules.
Léger prurit.
Les yeux sont injectés.
Bon état général.
Le 1H décembre. Les éléments ont légèrement diminué d’intensité de
couleur et sont moins saillants. L’éruption reste localisée aux régions
signalées.
Le 19 décembre. Sur le thorax, le cou, les membres supérieurs, les
fesses et les lombes ont apparu des éléments populeux de colora¬
tion rouge franc, ne s’effaçant pas complètement par la pression. Sur les
cuisses, les jambes et les pieds ont apparu quelques éléments peu sail¬
lants. L’abdomen est indemne.
Séance du 8 Avril 1914
349
Les anciens éléments à la paume des mains et aux avant-bras forment
des placards irréguliers. Les pustules de la région trochantérienne se sont
affaissées.
Desquamation furfuracée sur le nez, le cou, le dos.
Le prurit a disparu.
Les yeux ne sont plus qu’à peine injectés.
Le 21 décembre. Les éléments deviennent violacés.
Desquamation furfuracée généralisée, sauf à la face. Seuls le pou et les
épaules desquament en placards.
Le 21 et le 24 décembre Les éléments prennent une teinte brunâtre. Ils
ne forment plus que des taches disparaissant peu parla pression.
La desquamation persiste.
Le malade quitte 1 hôpital en bonne santé.
Observation AV
Eruption polymorphe (morbilliforme, purpurique , érythémateuse )
Emin, 20 ans, étudiant en théologie.
Le 16 décembre . Début de la maladie il y a 11 jours. Forme de moyenne
intensité. Au 9e jour de la maladie, l éruption est apparue aux membres
inférieurs, formée d’éléments de la dimension d’une tête d’épingle à une
lentille.
Aujourd’hui l’éruption existe aux membres inférieurs, aux fesses, aux
omoplates. Dans ces deux dernières régions elle forme des placards plus
ou moins vastes. Elle apparaît discrète aux membres supérieurs. Les élé¬
ments sont formés détachés, un peu saillantes, rouges, de la dimension
moyenne d’une lentille. En certaines régions, telles que les poignets, les
taches ont en leur centre un point purpurique. Celles-ci seules ne s’effa¬
cent pas par la pression.
Aux genoux, grandes taches purpuriques ne s’effaçant pas par la pres¬
sion.
A la face, les pommettes sont uniformément érythémateuses.
Pas de prurit.
Le voile du palais et les amygdales sont rouges.
Bon état général.
Le 17 décembre. L'éruption reste localisée.
Les éléments, aux plis du coude, forment de larges placards:
Ae 18 et le 19 décembre. La coloration des éléments diminue.
A e2l décembre. Les éléments prepnent une teinte brun-violacé.
Desquamation furfuracée du nez.
Le voile du palais et les amygdales ne sont plus rouges.
Le 24 décembre. La peau ne desquame pas, mais elle est rugueuse.
Le 28 décembre. Desquamation furfuracée du nez, des lombes et des
fesses .
Encore quelques taches brunâtres.
Le 30 décembre. Le malade quitte l’hôpital en bonne santé, desquamant
toujours et ayant les mêmes taches.
Observation XVI
E ry thèm e m.orb i lit forme
Hassan, menuisier, 18 ans.
350
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le 16 décembre. La maladie a débuté il y a vingt jours. Forme d’inten¬
sité moyenne. Il y a deux jours l’éruption est apparue. Le malade ne peut
préciser la région la première atteinte. Actuellement éruption généralisée,
sauf à la face, d’aspect morbilliforme, formée d’éléments de dimensions très
variables, légèrement saillants, de coloration rouge, s'effaçant par la pres¬
sion. Ces éléments très espacés sur la face antérieure du thorax, sur
l’abdomen, sont confluents et forment des placards de la largeur d'une
paume de main environ aux coudes, aux poignets, à l’omoplate droite, aux
fesses, aux genoux.
Pas de prurit.
Pas d’énanthème.
Etat général assez bon. Température rectale est autour de 36°5.
Le 17 décembre . L’éruption commence à pâlir; elle prend une teinte
violacée.
Parotidite droite. Température à 39°.
Le 18 décembre. L’éruption pâlit de plus en plus.
Du 19 au 21 décembre. Les éléments ont une teinte brunâtre. La paroti¬
dite est suppurée ; on l’incise. La température baisse.
Le 24? décembre. Desquamation furfuracée généralisée.
Du 28 au 3i décembre. La desquamation est moins intense, si ce n’est
aux fesses.
Les taches brunâtres, restes de l’éruption, persistent.
Nous avons su que le malade avait quitté l’hôpital le 13 janvier en par¬
faite santé.
Observation XVII
Erythème morbilliforme
Yousouf, surveillant d’école, 44 ans.
Le 20 décembre. Maladie a débuté il y a quinze jours. Forme de moyenne
intensité. Cette nuit l’éruption est apparue. On constate un placard éry¬
thémateux sur la face antérieure du thorax où, dans la matinée d’hier,
une application de teinture d’iode avait été pratiquée. Sur les membres
supérieurs et sur les cuisses, éruption d’aspect morbilliforme, formée
d’éléments rouges, un peu saillants, très disséminés, de la dimension d’une
petite lentille, s’effaçant par la pression.
Le 21 décembre. Eruption généralisée, sauf à la face. Les éléments sont
nombreux, de la dimension d’une pièce de 50 centimes. Aux fesses, pla¬
cards érythémateux.
Léger prurit.
Langue rouge, vernissée. Rien au voile du palais.
Bon état général. Température rectale à 37°5.
Le 23 décembre. L’éruption devient violacée.
La langue est humide.
Le 24 décembre. Les éléments éruptifs ont une teinte brunâtre, ne s’effa¬
çant plus par la pression.
Le 28 décembre. On ne distingue plus que quelques taches brunâtres.
Pas de desquamation, sauf à la face dorsale du pied desquamation fur¬
furacée.
Le 30 décembre. Le malade quitte l’hôpital en bonne santé.
Séance du 8 Avril 1914
35 ï
Observation XVIII
Erythème morbilliforme avec des éléments en cocarde
Ali, tisseur de drap, 35 ans.
Le 23 décembre. Maladie a débuté il y a 10 jours. Forme bénigne. Hier
matin, 9e jour de la maladie, l’éruption a débuté d’emblée généralisée.
Actuellement éruption d’aspect morbilliforme formée d’éléments légère¬
ment saillants, delà dimension d’une lentille à une pièce de 1 franc, plus
ou moins réguliers Certains de ces éléments ont une teinte rouge, s’effa¬
çant par la pression ; d’autres, par régions, ont un aspect en cocarde : le-
centre est rouge framboisé et séparé par un intervalle de peau saine d’un
cercle moins rouge ; ces derniers éléments ne s’effacent pas complètement
par la pression.
L’éruption est généralisée, seules les paumes des mains sont indemnes.
Pas de prurit.
Les yeux sont un peu injectés. Le voile du palais est uniformément
rouge.
Bon état général.
Le 24 décembre. La température est montée de 37° à 38°.
Aux mains, aux avant-bras, au cou, les éléments ont conflué et forment
des placards. Les oreilles ont une teinte érythémateuse uniforme.
Le 25 décembre. Les éléments ont pâli et se sont affaissés.
Le 28 décembre. On ne remarque plus que quelques taches brunâtres
sur les bras et le thorax. Les autres taches ont complètement disparu. Pas
de desquamation. La température est redescendue de 38°3 à 37°5.
Le 29 décembre. Le malade quitte l’hôpital en bonne santé.
Observation XIX
Er ap tio n m il ia ire
Ahmed, soldat, 20 ans.
Le 21 décembre. La maladie a débuté il y a vingt jours. Choléra de
forme bénigne. On constate actuellement, sans que l’on puisse savoir
quand elle a commencé, une éruption sur le thorax formée de petites
vésicules de la dimension d’une tête d’épingle, très rapprochées les unes
des autres, ne confluant pas, contenant un liquide clair. Pas de taches éry-
mateuses. .
Sur les membres, aux lombes et aux fesses, on remarque une légère des¬
quamation furfuracée, ce qui indique qu’une éruption a dû y exister.
Pas de prurit.
Pas d’énanthème.
Bon état général.
Le 23 décembre. Les vésicules se sont affaissées.
Du au 27 décembre. La desquamation continue.
Le 28 décembre. La desquamation n’existe plus qu’aux lombes et aux
fesses où elle est abondante.
Le 30 décembre. Le malade quitte l’hôpital en bonne santé, mais des¬
quamant toujours aux lombes et aux fesses.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Observation XX
Erythème morbilliforme
Hussein, rôtisseur, 35 ans.
Le 28 décembre. Début delà maladie il y a 14 jours. Choléra de moyenne
intensité.
Il y a 4 jours, l'éruption a débuté, d’emblée généralisée, d’aspect mor¬
billiforme, avec les caractères habituels, sans prurit.
Le 2e et le 3e jour, les éléments avaient tendance à la confluence. Aujour¬
d’hui, taches disséminées sur tout le corps, non saillantes, de dimension
variable, irrégulières, les unes rouges, les autres violacées, ne disparais¬
sant pas par la pression. Sur les bras, le cou, le dos, les fesses, quelques
éléments ayant conflué forment des placards. Desquamation furfuracée
accentuée à la face, légère aux bras.
Pas de prurit.
Pas d’énanthème.
Bon état général.
Le 21 décembre. Les taches pâlissent. La desquamation furfuracée est
généralisée, accentuée surtout à la face, au cou, aux fesses.
Le malade quitte l’hôpital en bonne santé.
Observation XXI
Eruption polymorphe ( morbilliforme , papuleuse et purpurique)
Suleïman, ouvrier, 28 ans.
Le 28 décembre. La maladie a débuté il y a dix jours. Forme grave.
L’éruption est apparue cette nuit, généralisée, sauf à la face. Eruption
très discrète, si ce n’est aux paumes des mains où elle est très abondante,
formée d’éléments les uns légèrement surélevés, les autres nettement
populeux, de la dimension d’une tête d’épingle à une lentille. Certains des
éléments sont d’une coloration rouge peu intense, s'effaçant par la pres¬
sion ; d’autres ont un aspect purpurique et ne s’effacent pas.
Pas de prurit.
Conjonctives injectées.
La parotide gauche est grosse, non douloureuse.
Etat général assez bon, mais la température a monté de 37° à 38°.
Le 29 décembre . Les éléments au niveau des articulations forment des
placards.
Le 30 décembre. Les éléments prennent une teinte violacée. Pas de des¬
quamation. Les conjonctives ne sont plus injectées.
Le 31 décembre. Les éléments forment des taches bleuâtres à peine
visibles.
Le 2 janvier. Les éléments ne sont plus visibles. Légère desquamation
furfuracée.
Le 3 janvier. La température qui s’était maintenue au dessus de 38°
tombe à 37°.
Le 13 janvier. Le malade quitte l’hôpital, ne desquamant plus et bien
portant.
Séance du S Avril 1914
353
Observation XXII
(recueillie par le Dr Kiamil Bey)
Erythème morh illi forme
Yousouf, 30 ans.
Forme de moyenne intensité.
Au 10e jour de la maladie, une éruption a commencé à apparaître aux
membres inférieurs. Le lendemain elle s’est généralisée. Aspect mor¬
billiforme. Le 3° jour de l’éruption, les éléments ont tendance à confluer.
Pas de prurit.
Pas d’énanthème.
L’éruption a duré 5 jours. Pas de desquamation.
Observation XXIII
(recueillie par le Dr Kiamil Bey)
E ry thème m or b illif ’orm e
Salih Fessah, jardinier, 28 ans.
Le 9 janvier. Au 14e jour d’un choléra de moyenne intensité est appa¬
rue une éruption aux membres supérieurs. Le lendemain l’éruption était
généralisée, d’aspect morbilliforme. Les éléments sont confluents et for¬
ment des placards aux coudes, au cou et aux fesses. Partout ailleurs les
éléments sont très disséminés.
Pas de prurit.
Les yeux sont injectés. La gorge est rouge.
Etat général bon ; la température rectale est à 37°3 le soir.
Le 10 janvier. Les taches deviennent violacées. La température est à
37°1 le matin, 37°4 le soir.
Le 11 janvier. Les taches prennent une coloration brunâtre. Au visage
æt aux membres supérieurs il n’y a presque plus trace d’éruption. La tem¬
pérature est à 37°8 le matin, 37u4 le soir.
Du 12 au 15 janvier. 11 n’y a plus que quelques taches brunâtres. Pas
de desquamation. La température oscille entre 37°2 et 37°8. Le malade
quitte l’hôpital sur sa demande.
4 . / . . » .
Observation XXIV
f ( i i * ) ,
(recueillie par le Dr Kiamil bey)
Erythème morbilliforme
Nouri, 19 ans.
Forme grave. Au 8e jour de la maladie apparaît une éruption morbilli¬
forme généralisée.
Forte agitation . Mort dans la nuit.
Nous avons observé d’autres exanthèmes à l’hôpital de Démir Capou et
à l’hôpital de Chichli. Ces exanthèmes se répartissent ainsi :
Six érythèmes morbilliformes ayant les caractères que nous avons
décrits. Une éruption polymorphe, d’aspect papuleux en certains endroits
et urticarien en d’autres.
Ces cas n’entrent pas dans notre statistique.
■j5
354
Bulletin de là Société de Pathologie exotique
Culture en eau peptonée .
Culture sur gélose (strie)
Culture sur gélatine (piqûre)
Cils (voir figure, p. 334) . . .
Réaction indolnitreuse avec acide chlo¬
rhydrique. . .
Agglutination macroscopique — re¬
cherchée de 1/200 à 1/2000 — à la
température du laboratoire ; dernière
observation faite après 3 heures .
Phénomène de Pfeiffer. Inoculation à
un cobaye sain de 2 cmc. d’une émul¬
sion assez épaisse provenant d’une
culture sur gélose de 24 h. -f- 2 cmc.
de sérum anticholérique dilué à 1 0/0
dans de l’eau physiologique .
Action pathogène : Cobaye. Inocula¬
tion dans le péritoine de 1 cmc d’une
émulsion assez épaisse provenant
d’une culture surgélose de 24 heures
Deuxième expérience . Inoculation
dans le péritoine de 1 cmc. d’une
émulsion plus épaisse provenant
d’une culture sur gélose de 24 heures.
Vibrion Marseille
de l’épidémie de 1911
En G heures, trouble léger
qui ensuite s’épaissit en
même temps que se for¬
me un voile à la surface
du liquide ; ce voile
s’épaissit aussi.
Apparition au bout de
7 heures env. de petites
colonies arrondies, opa¬
lescentes , qui con -
fluent ensuite, en don¬
nant une glaire semi-
transparente, puis opa¬
que.
Caractéristique. — Déve¬
loppement, commençant
au bout de 24 h., de pe¬
tites colonies blanc-gris
le long de la piqûre.
Liquéfaction en cupule
avec formation de bulle
d’air, se développant en¬
suite en entonnoir.
Un cil .
+
+
1
2.000
+
Action pathogène . Petit lapin
28-2-14, avant inoculât.,
38°8. Inocul. à 10 h. 3o,
36°8, poils hérissés à
i4 heures.
i-3-i4, 38°q.
2
o
O-
2-3-
9
14 , inoculât
h. 4o ; 11 h..
i4 h. i5, 33o5, fi
14, inoculation
9 h. l\o : 11 h., 38°
i4 h. i5, fatigué, 33°2
17 h. 4o, 34°.
3-3-14, 16 h.. 38<>8.
Les vibrions cholériques sont trèsTpathogènes
48 heures, chez le jeune lapin de moins
Vibrion Marmai
Mêmes caractères t
culture du vibri
Marseille.
Mêmes caractères <
vib. Marseille.
Mêmes caractères <
vib. Marseille.
Un cil.
+
1
2.000
+
28-2-14, avant ii
tion, 38°9 ; inoci
à 10 h. 33. 3609.
hérissés à i4 heu
1-3-14, 38°6.
r
17 h. 4o, 33°6.
3-3-14, 16 heures,
Tableau comparatif des dif ,
Séance du 8 Avril 1914
355
>n cholérique A
caractères que
lture du vibrion
arseille.
caractères que
3. Marseille.
caractères que
). Marseille.
+
i
2.000
+
l, avant inocu-
i, 38°8 ; inocu-
i à io h. 35.
poils hérissés à
lures.
, 38°g.
inoculation à
Vibrion cholérique B
Mêmes caractères que
la culture du vib. de
Marseille.
Vibrion hydrique A.
to ; ii h., 37°7 ;
i5, 3402, fati-
17 h. 4o, 33°2.
16 h., meurt.
Mêmes caractères que
le vib. Marseille.
Mêmes caractères que
le vib. Marseille, sauf
que le développ. des
colonies a été moins
rapide ; ce retard est
sans doute dû à une
semence moinsabon-
dante employée dans
l’ensemencement.
Un cil.
+
+
2 000
+
28-2-14 , avant inoc .
39°, inoc. à 10 h. 38.
35°6, poils hérissés
à i4 heures.
i-3- 1 4, 38°7.
2~3-i4 , inoculation à
9 h. 4o ; 11 h., 39°3 ;
i4 h.i5, 38o 1 . 1 7 h.4o
38°.
3-3-14, 16 h., 38V 3
pin par ingestion. Une dose minime su
,es vihrions hydriques n’ont pas d’action
Le trouble n’apparaît
qu’au bout de 8 h.
environ ; il s’épaissit
dans la suite ; un voi¬
le apparaît à la sur¬
face du liquide, il
s’épaissit aussi, mais
bien moins que dans
les cultures des vibr.
précédents.
Mêmes caractères que
le vib. Marseille.
Vibrion hydrique B
Mêmes caractères que
le vib. hydrique A.
Mêmes caractères que
le vib. Marseille.
Développement au bout de 20 heures de pe¬
tites colonies blanchâtres, le long de la pi
qûre, mais pas de liquéfaction.
Un cil ou plusieurs. Un cil ou plusieurs.
8-2-14 , avant inoc.,
39°, inoculé à ioh.4o;
37°9, parait un peu
fatigué, poils légère¬
ment hérissés à i4 h.
-3-14, 38°8.
- 3-i4 , inoculation à
9 h. 4o ; 11 h., 39° 1 ;
i4h.i5, 38°3; 17b. 4o,
37°7.
-3-i4, 16 h., 38°6;
ffit pour déterminer
pathogène.
28-2-14, avant inocu¬
lation 38^7, inoc. à
10 h. 44) poils37<>i,un
peu fatigué à i4 h.
1- 3- T 4, 37°.
2- 3-14, inoculation à
9 h. 4o ", 1 1 h., 38°6 ;
1 4 h. 1 5, 35o, 2, fatigué;
17 h. 4o, 36°i.
3- 3-14, 16 h., 39°.
un choléra mortel en
is ( établi par J. Ringenb\ch).
356 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Essais de traitement
< ' * v • •
Différents traitements furent employés : huile camphrée à haute
dose, caféine, injections intraveineuses de sérum physiologique,
injections de sérum anticholérique, etc.
Le traitement par injections intraveineuses de sérum physiolo¬
gique a donné des résultats différents dans les divers hôpitaux où
il fut employé. A l’hôpital San-Stefano, sur 8 cas traités, on a
obtenu 7 guérisons. A 1 ’ hôpital Gourebba sur 33 cas d’appa¬
rence grave, il y eut seulement 7 guérisons.
Sans nier les améliorations signalées par beaucoup de méde¬
cins à la suite de ces injections, il ne nous paraît pas que ce traite¬
ment possède toute l’efficacité qui lui a été parfois attribuée.
Le sérum anticholérique de Dresde fut employé par le Dr Kia-
MiL dans 24 cas, graves ou moyens : 15 guérirent, g succom¬
bèrent.
Pour la plupart des malades qui font l’objet de cette statistique,
le traitement a été institué alors qu’ils étaient au 4e, 5e ou 6e jour
de la maladie, rarement plus tôt; pour une partie d’entre eux,
il est donc probable que la période dangereuse était déjà passée
et qu’ils étaient sur le chemin de la guérison. Cette contata-
tion enlève à ces essais thérapeutiques beaucoup de leur valeur.
On ne pourrait tirer de couclusion ferme d’essais semblables que
si le traitement était institué dès le premier jour de la maladie.
Ce sérum fut encore employé concurremment avec le sérum
physiologique dans 11 cas; il y eut 6 guérisons, 5 morts.
A l’hôpital Gourebba et dans le service du Dr Delama rre, que
nous remercions de l’obligeance avec laquelle il a bien voulu
mettre son hôpital temporaire de Chichli à notre disposition, nous
avons fait quelques injections de sérum de Salimbeni.
A l’hôpital Gourebba, dans un cas de moyenne intensité, nous
avons injecté par voie intraveineuse au 3e jour de la maladie
45 cc. de ce sérum. Dès le lendemain, l’état général était meilleur.
Guérison.
: Dans un autre cas grave, nous avons injecté au 3e jour 30 cc.
du sérum. Aucune amélioration. Le lendemain, nouvelle injection
cle 20 cc. Mort.
j A l’hôpital dé Chichli, nousT avons traité avec le Dr Dela-
Marre 5 cas. Ils se répartissent ainsi :
Trois formes légères : dans l’un de ces cas, une injection de
Séance du 8 Avril 1914
357
35 cc. du sérum fut pratiqué le soir du premier jour. Dans le
second cas, une injection de 40 cc. fut faite le 3e jour. Dans le
dernier cas, 30 cc. du sérum furent administrés le soir du premier
jour. Les injections étaient toujours faites par voie intraveineuse.
Ces 3 cas guérirent sans incident.
Une forme de moyenne intensité : Le 6e jour de la maladie,
injection intraveineuse de 10 cc. du sérum et injection sous-cutanée
de 20 cc. Guérison.
Une forme grave : Le 3e jour, injection sous-cutanée de 40 cc.
Mort.
Les cas traités par ce sérum sont trop restreints pour que nous
puissions tirer un jugement sur son efficacité dans cette épidémie.
Divers essais de traitement furent encore tentés sans succès
appréciable. De nos observations et de celles qui nous ont été
communiquées par divers médecins des hôpitaux de cholériques,
on ne peut conclure qu’un progrès évident ait été réalisé dans
ces dernières années pour le traitement du choléra.
358
Bulletin de la Société de Pathologie exqtioue
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
American journal of tropical discases , t. I, n° 8.
Archiv fur Schiffs-und Trop en- Hygiène, t. XVII, n03 6, 7.
British medical journal, n03 2776, 77, 78, 79.
Bulletin agricole du Congo Belge, t. 14, n03 2, 4.
Bulletin de la Société médicale de T Ile Maurice, t. 31, n° 34.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de V Indochine, t. V,
n° 2.
Geneeshundig Tijdschrift voor Nederlandsch-Indië , t. LIV,
n° 1.
Internationales Centralblatt fiir Tuberkulôse-Forschung ,
t. VIII, n° 4.
Journal of tropical medicine and hygiene, t. XVII, n° 6.
Pediatria, t. XXII, n° 3.
Propagande antimalarica, t. VII, n° 1.
Review of applied entomology. A : t. II, n° 3; B : t. II, n° 3.
Revint a Veterinaria e Zootechnia, t. IV, n° 1.
Revue scientifique, 14, 21, 28 mars, 4 avril.
Transactions of the Society of tropical medicine and hygiene,
t. VII, n° 4.
Tropical diseuses bulletin, t. III nos 5, 6.
Tropical veterinary bulletin, t. II, n° 1.
Tunisie médicale, t. IV, n° 3.
VOLUMES ET BROCHURES.
Isadore Dyer. Changing views on Pellagra.
Isadore Dyer. The dermatologie aspects of leprosv.
Manteufel. 12 Jahre Malariabekampfung.
Séance du 8 Avril 1014
359
Patton et Cragg. Medical entomology.
E. Rodenwaldt. Kryptogenetische Muskelabszesse in den
ïropen .
E. Rodenwaldt. Eine neue Mikrofilarie ein Blut des Menschen.
H. Ziemann. Weiteres liber die Ziichtung der Malariaparasilen
und der Piroplasmen.
H. Ziemann. Nachtrag zu vorig.
H. Ziemann. Eine neuere Problème der Tropen-Medizin.
360
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine .
American Society of Tropical Medicine.
Armais of Tropical Medicine and ’ Parasitology (Liverpool).
Archiv fur Schiffs und Tropenhygiene.
Archivos de ITygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologiqne du Concilium biblio graphicum .
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Internationales Centralblatt fur die Gesamte Tuberkulose-
Forschung.
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz (Rio-de-Janeiro).
Pcdiatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galle du Sud.
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
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Laveran. — Leishmaniose cutanée généralisée chez la souris. Discus¬
sion . 275
Le Dantec. — Priorité de la découverte du bacille du phagédénisme
tropical et de la pourriture d’hôpital . . 262
Levaditi. — A propos du mode d’action des médicaments parasiticides . 299
L. Parrot. — Parasitisme intestinal chez les Arabes du Tell Algérien . 3oi
J. Ringenbach. — Quelques hématozoaires du Congo . 296
R. Row. — Generalised Leishmaniasis induced in a mous with the cul¬
ture of Leishmania tropica of oriental sore . 272
Vincent. — Bacille du phagédénisme tropical et de la pourriture d’hôpi¬
tal. Discussion . 266
Vincent. — Sprue. Discussion . 270
MEMOIRES
P.-L. Simond et Pasteur Vallery-Radot avec collaboration de Kiamil
Bey et Raphaël Asseo. — Notes sur le choléra à Constantinople et
en Thrace, de 1910 à 1913 . 313
Ouvrages reçus . 358
Liste des échanges . 360
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Tome VII.
1914
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SOMMAIRE DU NUMÉRO ç
Séance du 13 mai 1914
a l’occasion du procès-verbal
A. Laveran. — Sur la virulence de Irvp. dimorphon
CORRESPONDANCE
PAGES
361
Lettre du Gouvernement général de l’Afrique équatorial au sujet de la
lutte contre l’alcoolisme . 362
Couvy. — Bacilles de Hansen dans les ganglionsde personnes apparem¬
ment saines . * . . 365
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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iv
£agbs
Présentations
Looss. — Maladies vermineuses-Bilharzicse . . . . 1 . 366
M. Leger et Arlo. — Le paludisme en Corse . 366
Sambon. Photographies concernant les maladies exotiques des Antil-
les, en particulier la pellagre . 367
COMMUNICATIONS
Ahmed Emin. — Une variété nouvelle du parasite de Laveran .... 385
R. Argaud et J. LjRAULT. — Contribution à l’étude de l’anaton ie patho¬
logique et de la pathogérfie de l’Ainhum . 371
A. Billet et M. Grenier. — Sur la fièvie récurrente au Maroc oriental 382
A. Carini et C. Boielho. — Sur quelques trypanosomes d’oiseaux du
Brésil . . 395
A. Le Dantec. — Priorité de la découverte du bacille du phagédénisme
tropical et de la pourriture d’hôpital . 376
A. Lubois et G. Corin. — Rapport sur une petite épidémie de Béribéri
à Bak'ala (Congo Belge) . . . . . 40a
R. Dumas. — Dysenterie et émétine à Saigon . 405
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EXTRAIT DU RÈGLEMENT
Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt après la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.-
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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VI
4
Septième année
1914
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 13 MAI I914.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
A l’occasion du Procès-verbal
de la dernière séance
M. A. Laveran. — Au sujet du travail de M. Delanoë sur Les
• •
variations du pouvoir infectieux et de la virulence de Trypan.
dimorphon (i), je rappellerai que j’ai signalé, dès 1909, pour le
Tr. dimorphon et le Tr. congolaise des faits identiques à ceux que
vient de publier notre Collègue.
J’ai constaté souvent que le Tr. dimorphon et le Tr. congolaise
ayant séjourné longtemps chez des cobayes perdaient en partie
leur virulence pour les souris et réciproquement; au sujet d’une
communication de notre Collègue M. Theiler, j’ai mis les expé¬
rimentateurs en garde contre les conclusions hâtives qu’on pourrait
tirer de la résistance apparente de certaines espèces animales à tel
ou tel trypanosome (2).
Ci) Bulletin de la Soc. de path. exotique, 14 janvier et 8 avril 19T4.
(2) A. Lweran, Bullet. Soc. path. exotique , 1909, t. II, p. 456 et p. 526.
2G
362 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Correspondance
M. le Dr Migone, d’Assomption, Paraguay, nommé membre
correspondant à la séance de décembre, adresse des remerciements
à la Société.
*
* *
Le Président. — Dans la séance du mois d’avril dernier, la
Société a émis le vœu que des mesures rigoureuses soient prises,
dans l’Afrique équatoriale française, pour arrêter les ravages que
l’alcoolisme fait dans la population indigène. J’ai transmis ce vœu
à M. le Gouverneur Général de l’Afrique équatoriale française
qui m’a adressé, à la date du 28 avril, la réponse suivante. La
Société apprendra avec satisfaction que des mesures ont été déjà
prises pour enrayer les progrès effrayants de l’alcoolisme parmi
les indigènes de l’Afrique équatoriale française et que M. le Gou¬
verneur Général se propose de prendre de nouvelles mesures pour
combattre efficacement ce fléau.
« Monsieur le Président,
(( Par lettre du 15 avril 1914 vous avez bien voulu me trans¬
mettre le vœu émis par la Société de Pathologie exotique dans sa
séance du 8 avril courant, invitant l’administration locale à pren¬
dre des mesures rigoureuses pour parer aux progrès de l’alcoolisme
en Afrique équatoriale française.
<( C’est avec le plus vif intérêt que j’ai pris connaissance de
votre communication et je puis vous donner l’assurance de tout
mon concours à l’œuvre si méritoire que vous tentez de réaliser.
<( Permettez-moi toutefois, Monsieur le Président, de vous
signaler que, depuis que j’ai eu l’honneur d’être appelé à diriger
le Gouvernement général de l’Afrique équatoriale française je ne
me suis jamais désintéressé de cette importante question et des
mesures qu’il y aurait lieu de prendre pour réglementer le com¬
merce de l’alcool.
« J’ai préféré une réglementation sévère à une prohibition abso¬
lue, car une interdiction complète aboutit finalement à la contre-
Séance du 13 Mai 1914
363
bande ou à la création de distilleries clandestines qui échappe¬
raient aux recherches, puisqu’en France même l’administration
des Finances ne peut abolir le privilège des bouilleurs de cru ni
en réprimer les abus.
<( Au surplus, sans aller jusqu’à une prohibition absolue, la
réglementation actuelle que j’ai établie en Afrique équatoriale
donne tous les moyens d’éviter et de réprimer au besoin l’abus de
l’absorption en quantité par les indigènes des boissons frelatées
ou fabriquées de manière défectueuse pour les rendre nocives. Un
arrêté du 21 septembre 1909 a interdit de vendre aux indigènes des
absinthes et des boissons alcooliques titrant plus de 6o°.
<( Mais, en dehors des mesures qui ont été ainsi prises en ce qui
concerne la quantité des alcools introduits dans la Colonie, des
textes récents ont mis entre les mains des Chefs des Colonies du
Groupe les armes nécessaires pour réprimer les abus de l’alcool
dans les Colonies placées sous leur direction. Ces hauts fonction¬
naires ont la faculté de limiter le nombre des débits dont ils auto¬
risent l’installation dans leurs Colonies respectives. Mais en outre,
l’arrêté sus-visé du 21 septembre T909 a donné la faculté aux
Lieutenants Gouverneurs d 'interdire temporairement la vente des
boissons de traite dans toutes les circonscriptions où cette mesure
serait rendue nécessaire. C’est ainsi que l'arrêté du 14 février 1910
portait interdiction de la vente aux indigènes des alcools de traite
dans la circonscription des Y anghérés pendant l’année 1910.
« Les Lieutenants Gouverneurs sont donc pleinement armés
pour prévenir les abus qui pourraient se produire.
(( Il faut remarquer d’ailleurs que le régime applicable aux im¬
portations d’alcool en Afrique équatoriale est plus rigoureux
encore qu’en Afrique occidentale. En Afrique équatoriale, l’al¬
cool paie 300 francs l’hectolitre et au Gabon , outre ces mêmes
droits, un droit spécial de douâne de 200 francs applicable aux
alcools d’origine étrangère porte à 500 francs l’hectolitre les droits
supportés par ces alcools.
« J’estime donc que le Gouvernement Général ne s’est à aucun
moment départi du rôle de tutelle qui lui incombe lorsqu’il s’agit
de protéger les populations indigènes contre l’abus des boissons
alcooliques.
<( Ces mesures ont d’ailleurs reçu l’approbation de la Ligue
Nationale contre l’alcoolisme qui a apprécié l’oeuvre accomplie
en Afrique équatoriale française depuis plusieurs années.
304 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
(( Je suis prêt à aller plus loin encore et à limiter de plus en
plus l’importation par une augmentation progressive de la taxe
d’importation et par l’application d’une réglementation plus rigou¬
reuse encore. J’ai donné d’ailleurs des instructions dans ce sens
à M. le Gouverneur Général par intérim de l’Afrique équatoriale
française par une lettre du 17 septembre 1913.
« J’ai demandé à l’Administration locale d’envisager l’établis¬
sement d’une surtaxe douanière sur les alcools étrangers au
Gabon. L’interdiction d’introduction et de vente des alcools et
absinthes m’a paru pouvoir être plus rigoureuse. Il serait possible
de prononcer l’interdiction : d’introduire des boissons de traite
d’un prix inférieur à 1 franc le litre au pays d’origine et de limiter
annuellement les quantités d’alcool à introduire; de fabriquer des
alcools sur place; de vendre des absinthes quelles qu’elles soient
aux indigènes ainsi que les boissons de traite pesant plus de 33 0
(( J’ai jugé qu’il y aurait lieu également de procéder à une
réglementation nouvelle des licences ; le taux en pourrait être mo¬
difié et relevé ; la réglementation des licences pourrait être rendue
plus sévère en exigeant que les débits soient tenus seulement par
des Européens; que le nombre en soit limité par escale ; qu’il y
ait un rayon de distance entre les débits et que les jours et heures
de vente soient fixés d’une manière précise.
« Enfin j’ai pensé qu’il y aurait lieu de prévoir une réglemen¬
tation du transport des boissons alcooliques d’une localité à une
autre et exiger l’établissement de zones d’interdiction provisoires
et permanentes. Des sanctions sévères : lourdes amendes, con¬
fiscation, retrait des licences et même prison en cas de récidive,
pourraient être prévues pour les délinquants, consommateurs,
transporteurs et débitants.
« Telles sont les diverses mesures que j’ai prié l’Administration
locale de mettre à l’étude; elles me paraissent de nature à assurer
une réglementation nouvelle qui s’inspirerait à la fois des condi¬
tions budgétaires et économiques auxquelles l’Administration ne
saurait cependant rester indifférente et du rôle de tutelle qui in¬
combe à l’Administration, lorsqu’il s’agit de protéger les popula¬
tions indigènes contre l’abus des boissons alcooliques, rôle dont
vous le voyez, elle ne s’est à aucun moment désintéressé.
« Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma
considération la plus distinguée.
1
« M. Merlin. »
Séance du 13 Mai 1914
365
Bacilles de Hansen dans les ganglions
de personnes apparemment saines
Par COUVY
M. Marchoux. — Dans une lettre que vient de m’adresser M. le
Docteur Couvy, directeur du bureau d’Hygiène de Grand Bassam,
je relève une observation que je crois intéressant de communiquer
dès maintenant à la Société.
« J’ai eu l’occasion d’examiner récemment un milicien, originaire
de Tombougou, atteint de lèpre. La maladie aurait débuté (?) au
commencement de 1913 par des taches et aurait eu une évolution
très rapide, puisque ce malade présente des ulcères à bacilles de
Hansen, un mal perforant plantaire, la main en griffe. Cet indi¬
gène a été isolé à la léproserie de Bingerville.
« L’examen de son entourage m’a fourni l’observation intéres¬
sante suivante :
« Sa femme qui vit avec lui depuis un an, semble parfaitement
indemne à l’examen clinique ; pas de taches sur la peau ; pas de
plaques anesthésiques ou hyperesthésiques ; pas de modification
des réflexes ; pas de nodosités perceptibles sur les trajets nerveux.
Elle n’aurait jamais eu de poussées fébriles.
« Elle veut bien se soumettre à des ponctions ganglionnaires.
L’aiguille ne ramène rien des ganglions cervicaux, épitrochléens,
inguinaux droits, inguinaux gauches (groupe inférieur). Mais on
trouve des bacilles de Hansen en petit nombre sur un frottis fait
avec la pulpe extraite d’un ganglion du groupe génital des ingui¬
naux gauches. La ponction avait été faite avec une grosse aiguille
et le ganglion fortement malaxé.
« Je n’ai pu recueillir aucun renseignement contrôlé sur les anté-
técédents héréditaires ou familiaux de cette femme. Mais, fait
important, son mari a eu, il y a six mois, une plaie à la verge.
Elle-même affirme n’avoir jamais eu de chancre, ni autre accident
génital.
(( Cette femme reste en observation. Je suivrai de près l’évolu¬
tion de l’infection. »
Cette observation est une nouvelle confirmation de l’hypothèse
366
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que j’ai émise de la contamination primitive des ganglions dans la
lèpre et de la similitude d’évolution de la lèpre murine et de la
lèpre humaine. Elle vient heureusement s’ajouter à celles de
Lebœuf (i), de Sorel (2), de Lebœuf et Javelly (3).
Présentations
M. Railliet. — Notre savant associé étranger, M. le professeur
Looss, du Caire, me prie d’offrir en son nom, à la Société, les
deux intéressantes publications suivantes :
i° Würmer und die von ihnen hervorgerufenen Erkrankungen ,
tirage à part de la 2e édition du H andbuch der Tropenkrankheiten
de Mense ;
20 Die Bilharziakrankheit (zoologischer Teil), tirage à part du
H andbuch der pathogenen Milzroorganismen de Kolle et Was¬
sermann.
Les questions traitées dans ces deux brochures sont mises au
point, avec une précision remarquable, par l’auteur certainement
le plus compétent en la matière.
*
* #
MM. Marcel Leger et Arlo, membres correspondants, offrent
à la Société la nouvelle brochure, Le Paludisme en Corse, que
vient de publier l’Institut Pasteur. Nos collègues y font con¬
naître les résultats de la deuxième campagne antipaludique de
V Institut Pasteur. M. Leger passe ensuite en revue les maladies
fébriles de Corse pouvant prêter à confusion avec le Paludisme .
(1) A. Lebœuf, Ce Bulletin , 1912, p. 569.
(2) F. Sorel, Ibid.., 1912, p. 698.
(3) A. Lebœuf et L Javelly, Ibid., 1913, p. 607.
Séance du 13 Mai 1914
367
Présentation de photographies concernant
les maladies exotiques des Antilles,
en particulier la pellagre
Par L. SAMBON
Le Docteur Louis Sambon, Professeur à l’Ecole de Médecine
Tropicale de Londres, présente à la Société de Pathologie exotique
une série de photographies prises au cours d’une mission scienti¬
fique aux Antilles Britanniques dont il a été chargé par le gouver¬
nement anglais. Il fait voir des cas fort intéressants de pellagre,
de lèpre, de pian, d’éléphantiasis, de pian-bois, de granulome
ulcéreux des organes génitaux, d’ainhum, de goundou, de chéloïdes,
d’albinisme, de vitiligo, de mviase ( Dermntobio ), de xéroderme,
de Tinea crans, d’ecthyma des cultivateurs de la canne à sucre et
de bien d’autres maladies et difformités des endroits visités.
Il insiste sur la distribution géographique et topographique
variée de ces maladies dans les différentes îles des Antilles et sur
l’importance qu’une connaissance exacte de cette distribution pour¬
rait avoir dans l’étude de l’épidémiologie, de l’écologie et de l’étio¬
logie de ces maladies.
Le paludisme est plus ou moins répandu dans les régions maré¬
cageuses du plus grand nombre des îles, mais il manque totale¬
ment à la Barbade, à Montserrat, et à Taboga, et son absence tient
à l’absence des Anophélinés.
Le Pian aussi, très répandu dans la plupart des Antilles, manque
absolument à la Barbade. Sa distribution, même dans les îles les
plus ravagées, est toujours bien limitée à certaines localités qui
offrent les conditions écologiques nécessaires. Une mouche, /ap¬
pelâtes, lui a semblé jouer un rôle qui mériterait d’être étudié.
La fièvre hémoglobinurique manque à la Barbade qui n’a pas
de paludisme, mais elle manque aussi à Antigua où il y en a pas
mal. Dans les autres îles, ainsi qu’à la Guyane anglaise et dans la
Caroline du Sud (Etats- LInis), elle est cantonnée dans des localités
bien circonscrites. A la Trinité, les foyers de fièvre hémoglobinu¬
rique sont Mayaro et Toko. La petite île avoisinante de Tobago
en est un centre bien connu.
La mviase à Dermatobia est fréquente à la Guyane anglaise et
368 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
à l’île de la Trinité, mais elle n’est pas connue à la Barbade. aux îles
Dominique, Grenade, Sainte-Lucie, Saint-Christophe et Antigua.
A la Trinité, les indigènes l’appellent « Mosquito-ivorm » et en attri¬
buent la cause aux moustiques. M. Uricii, entomologiste distin¬
gué de Port of Spain, a vu à plusieurs reprises des œufs de
mouche sur l’abdomen des Janthinosomes. Sambon en a vu aussi.
Ainsi les observations faites dans l’Amérique du Sud et qui sem¬
blaient bien extraoird inaires sinon invraisemblables sont confirmées
par l’expérience populaire et l’observation scientifique aux Antilles.
La myiase à Chrijsomyia macellaria est un véritable fléau de
l’île de Sainte-Lucie, elle est inconnue à la Dominique.
La Bilharziose intestinale ( Schisiosoma mansoni , Sambon) qui a
été signalée à la Martinique, à la Guadeloupe et à Saint-Christo¬
phe, ne semble pas connue dans les autres îles, mais on ne l’y a pas
recherchée d’une manière sérieuse. On en a vu un cas à la Domi¬
nique, mais le malade venait de Mozambique, un autre cas vu
à Antigua avait été à Saint-Christophe.
La Filariose qui est très fréquente à la Barbade, à Antigua, à
la Trinité et surtout aux îles de Saint-Christophe et Nevis, est peu
commune à Saint-Vincent, Sainte Lucie et surtout à la Jamaïque.
Le but principal du voyage était de rechercher et d’étudier la
pellagre. Le Docteur Sambon l’a trouvée à Panama, à la Guyane
anglaise, à la Jamaïque, à la Barbade, à la Grenade, à Montserrat,
à la Dominique, à la Trinité, à Sainte-Lucie, Saint- Vincent, Saint-
Christophe et Antigua. A Panama il en a vu aussi des cas prove¬
nant de la Martinique.
M. Sambon parle surtout de la pellagre, dont il s’occupe depuis
des années et qu’il a étudiée en Espagne, en France, en Italie, dans
le Tyrol, en Hongrie, en Roumanie et, tout dernièrement, aux
Etats-Unis sur l’invitation de la Commission Pellagrologique amé¬
ricaine. Il a le mérite d’en avoir démontré l’existence endémique
dans les Iles Britanniques où il en a vu à peu près cent cas répartis
en Angleterre, dans le Pays de Galles, en Ecosse, en Irlande et
dans les îles Shetland.
Elle est curieuse, intéressante et d’une importance bien grave
cette pellagre de l’existence de laquelle on a même douté. Facile à
reconnaître dans l’épanouissement de sa triple série de symptômes,
elle est souvent d’un diagnostic difficile. Elle échappe à l’observa¬
tion avec une facilité extrême ; c’est un véritable protée nosolo¬
gique. On la croyait jadis limitée au Bassin de la Méditerranée,
Séance du 13 Mai 1914
369
siégeant entre les Pyrénées, les Alpes, les Carpathes et le Sahara;
les recherches récentes nous la montrent d’une distribution très
vaste, comparable à celles de la lèpre et du paludisme. Considérée
comme d’origine récente, les recherches rétrospectives de M. Sam-
bon démontrent son ancienneté. Pline, nous dit-il, la signale déjà
aux temps de Tibère en Espagne, en Gaule, en Illyrie, en Italie,
surtout aux alentours de Rome et en Egypte « occupantem in
multis totos utique vultus, oculis tantum im muni bus, descendentem
ver o in colla , pectusque ac manus , fœdo cutis fur jure ». On savait
bien qu’elle menait à la mélancolie, au délire, au suicide, mais on
ne soupçonnait pas le grand rôle qu’elle joue comme cause de la
démence. On en croyait l’étiologie bien établie par la théorie maï-
dique, mais il n’en est rien. M. Sambon nous la montre en Angle¬
terre et ailleurs bien en dehors des régions à maïs. 11 la considère
comme une maladie endémique infectieuse à transmission indirecte
probablement par quelque insecte vecteur qui pourrait appartenir
aux familles des Simulidés et des Chironomidés.
M. Sambon rappelle la part que les Français ont prise à l’étude
de cette maladie. Ce fut un Français, le Docteur Thiéry, médecin
du Duc de Duraz, ambassadeur de Louis XV auprès de Philippe V
qui le premier, en 1755, décrivit la pellagre. Comme il avoue lui-
même, il en avait eu connaissance par Gaspar Casal qui venait de
la découvrir dans les Asturies. Thiéry la retrouva chez une femme
d’Alcarria et en indiqua l’existence dans la Nouvelle Castille à peu
près un siècle avant que le Docteur Mendez- Alvaro l’y fît con¬
naître sous le nom populaire de Flema salada.
Ce fut également un Français, le Docteur Abeille qui, en 1832,
le premier, reconnut la pellagre en Afrique. Ce fut encore un Fran¬
çais, le Docteur Billod qui, en 1865, en signala le premier l’exis¬
tence en Ecosse. En France même, la pellagre fut tout d’abord
reconnue dans les Landes, en f8i8, par Jean Hameau, médecin de
la Teste, petit village de pêche auprès du village d’Arcachon.
Hameau, auteur d’un livre intitulé Les Virus, était un savant re¬
marquable, un précurseur de Pasteur. Ses recherches sur la pella¬
gre sont de toute importance ; il la considérait comme une maladie
infectieuse et avait même soupçonné le rôle des insectes dans sa
transmission. La pellagre n’était alors en France, pas plus qu’ait-
leurs, une maladie nouvelle. Le Docteur Darthez qui pendant
les compagnes de Bonaparte avait étudié la pellagre dans le Pié¬
mont et le Milanais, l’avait déjà reconnue dans la plaine de Nav
370
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
(Landes) en 1800. En France, comme en Espagne et en Italie, la
maladie était bien connue des paysans par des noms populaires
très anciens.
M. Sambon fait remarquer qu’il en a vu au cours de ses propres
recherches dans les campagnes des Landes et de la région pyré¬
néenne. Il y a tout lieu de croire que, comme en Angleterre et aux
Etats-Unis, cette maladie y existe encore et qu’elle y échappe
aujourd’hui à l’observation des médecins II croit nécessaire de la
rechercher non seulement dans le Sud-Ouest de la France, mais
dans tous les endroits où l’enquête de Billod en avait autrefois
indiqué l’existence sous le nom de pellagre des aliénés.
Le Président. — Je remercie M. le Docteur Sambon de la com¬
munication si intéressante qu’il vient de nous faire et je le félicite
des documents de grande importance qu’il a recueillis au cours de
la mission qu’il vient de remplir en Amérique. Les belles projec¬
tions que nous venons d’admirer reproduisent, avec une grande
fidélité, des types remarquables de pellagreux, de lépreux, d’élé-
phantiasiques, de malades atteints de yaw, de Leishmania ame-
ricana ou d’autres dermatoses.
L’enquête que M. le Docteur Sambon poursuit depuis plusieurs
années, dans différentes parties du monde, sur la pellagre, sur sa
fréquence, sur sa répartition et sur son étiologie a déjà fourni des
résultats très curieux et d’un grand intérêt qui ruinent notamment
la théorie exclusive du zéisme.
Election d'un membre titulaire
M. Lagane est élu à l’unanimité des votants.
Séance du 13 Mai 1914
371
COMMUNICATIONS
Contribution à l'étude de l’anatomie
pathologique et de la pathogénie de Taïnhum
. Par R. ARGAUD et J. BRAULT.
Il est généralement admis, depuis les premières recherches
anatomo-pathologiques de Wucherer et surtout de Verneuil que
le sillon constricteur est le primum moyens de l’altération aïnhu-
mique, par le moyen d’une compression continue et progressive
des vaisseaux et des nerfs trophiques. D’après Wucherer, l’ar¬
tère digitale externe, en rapport avec le sillon, disparaîtrait même
entièrement, déterminant ainsi la dystrophie des territoires primi¬
tivement irrigués. Il faut arriver aux travaux de Guyot et de
Dupuy pour commencer à voir formuler l’hypothèse d’une étio¬
logie nerveuse ( altération des centres nerveux trophiques). Mais
c’est la théorie mécanique qui rassemble le plus grand nombre
d’adeptes. Fontan et Si chard sont d’avis que l’aïnhum est pro¬
voqué par un trousseau fibreux qui interrompt la circulation, la
sensibilité et le mouvement, pour produire ensuite la dégénéres¬
cence graisseuse. Quelques auteurs même, avec Rodriguez,
déclarent que l’aïnhum est le résultat d’une véritable mode étio¬
logique : « A la Havane , les noirs que leur travail oblige à passer
(( une partie de la journée , les pieds dans Veau, ceux que leur
« occupation expose à des changements brusques de température,
« pratiquent volontiers la constriction d’un ou de plusieurs orteils
« et le plus souvent du cinquième orteil »... [par mode] (Article
du Dr Rey, in Arch. de mèd. navale, 1883, page 314), etc., etc.
Notre note a simplement pour but de condenser brièvement
quelques recherches histologiques effectuées sur un doigt aïnhu-
mique prélevé à un stade non encore trop reculé de la maladie (1) ;
(1) Cet orteil a été prélevé à Alger. chez un tirailleur sénégalais. Cet homme
portait au cinquième orteil du pied gauche un sillon aïnhumique des plus ca¬
ractérisés.
Dans le pli digito-plantaire, on voyait une profonde fissure, se prolongeant
372 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ce qui nous a permis d’établir une genèse par trop méconnue. Le
doigt aïnhumique fut fixé par le bichromate acétique et coloré en
masse par l’hématoxyline cupro-ferrique. Les coupes sagittales
montrent nettement deux parties séparées Tune de l’autre par un
sillon profond. Pour une plus grande simplicité terminologique,
nous désignerons ces parties sous le nom de segment proximal et
de segment distal.
L’examen rapide, à un faible grossissement, témoigne tout,
d’abord cl’une atrophie osseuse très accusée, c’est ainsi que le
squelette digital est réduit à un petit nodule long de un demi-cen¬
timètre qui occupe la région moyenne du segment distal. Ceci dit,
étudions successivement : i° l’épiderme; 2° le derme et enfin
3° les portions osseuses.
i° Epiderme. — Dans le segment proximal, la couche cornée
atteint jusqu’à i mm. 5 d’épaisseur; le stratum granulosum est
disposé sur 3 ou 4 strates ( couches chromophile de Von Lyles).
Le corps de Malpighi et la couche de Rémy se prolongent dans
le derme en de longues crêtes qui s’infléchissent comme entraînées
par un courant vers l’extrémité de l’orteil.
Au niveau de l’étranglement la couche cornée devient extra¬
ordinairement épaisse et la couche génératrice s’aplanit. Enfin,
vers l’extrémité de l’orteil, l’épiderme reprend petit à petit ses
caractères normaux.
Il est important de noter les modifications morphologiques des
cellules génératrices. Au niveau des parties aplanies, l’épithélium
est tantôt régulièrement prismatique, tantôt quelque peu déman¬
telé. Les cellules écartées laissent voir leur déchéance dans l’état
sur la face dorsale et même sur la face externe, ici toutefois, la scissure était
moins accusée. L'orteil mobile en tout sens était renflé à son extrémité ; au
repos, il était écarté du quatrième orteil, il avait en outre comme pivoté sur
son axe et sa face dorsale regardait en dehors.
La sensibilité était conservée au niveau de l’orteil et du côté de l’ongle, il
n’y avait pas de troubles trophiques. Nous devons ajouter que le tirailleur en
question avait déjà eu de l’aïnhum au cinquième orteil droit et s’était amputé
lui-même. Par ailleurs, il n’y avait rien ni aux autres orteils, ni aux doigts.
Le malade en question ne connaissait pas du tout nctre langue et nous n’a¬
vons pu faire qu’un examen vétérinaire. Nous nous sommes toutefois livrés à
un examen très complet du sujet en question ; et en raison de certaines théo¬
ries qui ont cours sur l’aïnhum, nous avons surtout cherché à dépister le moin¬
dre signe de lèpre , à cet égard notre examen est resté absolument négatif,
nous n’avons trouvé aucun stigmate lépreux.
L’amputation pratiquée au-dessus du sillon aïnhumique, nous a facilement
permis l’étude de ce dernier.
Séance du 13 Mai 1914
373
pycnotique de leur noyau. Par endroit, la chromatolyse est com¬
plète (Von Eyles), tandis qu’en d’autres le noyau devient vacuo-
laire, presque transparent et semble avoir rassemblé toute sa sub¬
stance chromatique en une tache cyanophile ( nucléoïde ). Au
niveau des crêtes démesurément allongées, les cellules génératrices
ont participé à cette exagération de dimensions. Devenues fusi¬
formes, elles s’isolent de l’assise génératrice pour faire corps avec
le connectif dermique.
2° Derme. — Le derme présente une structure et une texture
normales ; la proportion des éléments connectifs est absolument
la même et il serait illusoire de chercher une diminution des fibres
élastiques en nombre ou en dimensions. Au niveau de l’étrangle¬
ment, le tissu cellulaire est simplement plus tassé qu 'ailleurs.
Quant à l’anneau fibreux décrit par les auteurs, au niveau de
l’étranglement, il n’existait pas dans nos préparations. Bien au
contraire, toutes les fibres affectent^ à cet endroit, la direction lon¬
gitudinale, tandis qu’en amont comme aussi en aval, les éléments
fibrillaires moins tassés deviennent flexueux et chevauchent dans
tous les sens, comme les fils d’un écheveau embrouillé. Nous
n’avons pas observé les modifications inflammatoires signalées
par Duhring, Wile et Moreira et considérées par eux comme
les manifestations d’un œdème inflammatoire du derme.
Ces auteurs ont déorit l’augmentation du calibre des vaisseaux
( artérioles et capillaires) avec obstruction presque complète par des
globules. Ils ont insisté en outre sur l’hypertrophie de la média
et la prolifération endothéliale. Dans toutes nos préparations, le
calibre des vaisseaux paraît normal, la limitante interne est très
nette et jamais, contrairement aux faits relatés par Scheube, la
lumière n’est obstruée par rendartérite.
A l’encontre des descriptions de Duhring et de Wile, les glan¬
des sudoripares, régulièrement disposées dans toute l’étendue du
derme superficiel, ne présentent aucune altération et leur peloton
glomérulaire ne s’enroule nullement au sein de tissu adipeux ; bien
au contraire, les cellules connectives fusiformes sont particulière¬
ment tassées au voisinage du peloton et groupées en faisceaux
qui s’agminent en tourbillons. Certaines cellules, intéressées trans¬
versalement par la coupe, en imposent pour des cellules inflam¬
matoires. 4
Il existe en revanche des altérations profondes qui, à notre
connaissance, ont échanpé à la plupart des histologistes. Toutes
374
Bulletin dl la Société de Pathologie exotique
nos préparations renferment des nerfs nettement pathologiques
(. sclérose interstitielle et atrophie). En plus de la sclérose qui les
dissocie, les fibres nerveuses ont un aspect moniliforme avec des
renflements diversement colorés. Les uns sont uniformément
teintés en noir par l’hématoxyline cuivrique; les autres sont inco¬
lores, d’autres enfin sont granuleux.
3° Squelette osseux. — La partie étranglée est complètement
dépourvue de tout squelette. La substance osseuse a été détruite,
de la surface vers la profondeur, à la manière d’un corps soluble
dans le dissolvant. En outre, l’ostéolyse s’est effectuée à la fois
de dehors en dedans par résorption primitive des lamelles les plus
externes et de dedans en dehors par l’action érosive des myélo-
plaxes. A vrai dire, les sels minéraux ont disparu tout d’abord ;
l’halistérèse a précédé l’ostéolyse. Il est facile d’observer des cel¬
lules osseuses libérées qui redeviennent morphologiquement des
ostéoblastes. Les uns se transforment en myéloplaxes par prolifé¬
ration nucléaire, tandis que les autres se multiplient et régressent
par mécanomorphose jusqu’à la forme fibroblastique. A mesure
que l’ostéolyse progresse, les parties primitivement osseuses font
place à du tissu fibreux dont les cellules fibroplastiques font pro¬
bablement tous les frais. On trouve encore ça et là, inclus dans le
connectif étroitement serré, quelques minuscules nodules osseux
en halistérèse, autour de ces derniers, tourbillonnent des fascicules
d’éléments fusiformes.
Les ostéoblastes les plus centraux, redevenus libres subissent
une transformation un peu différente ; un grand nombre de goutte¬
lettes graisseuses d’abord isolées puis confluentes envahissent leur
protoplasma, si bien que les cavités médullaires démesurément
agrandies sont comblées presque exclusivement par du tissu adi¬
peux parcouru par quelques capillaires.
*
* *
En résumé, il ressort de nos recherches que le squelette est la
partie la plus compromise dans l’affection aïnhumique. Le cas
que nous relatons offre ce notable avantage d’avoir été observé
à un stade moyen de la maladie, de telle sorte qu’il était facile
d’étudier tous les termes de passage entre les parties osseuses à
peine ostéolysées et celles déjà métamorphosées en tissu fibreux.
Il est très intéressant de remarquer que l’épiderme et le derme sont
normaux ; ni le tissu élastique, ni les organes’ glandulaires ne sont
Séance du 13 Mai 1914
375
altérés, la lésion initiale n'est donc pas cutanée. Encore une fois,
ce qui retient l’attention de l’observateur c’est la fonte squeletti¬
que. Quels en sont les facteurs? Y a-t-il eu compression continue
et progressive exercée sur l’os par un anneau fibreux? ou bien
rétraction cicatricielle à la suite de cette fissure cutanée si souvent
décrite par les auteurs ?
Mais l’anneau constricteur n’existe pas, et d’autre part, le
derme ne décèle aucun indice de sclérose.
Il est infiniment plus logique d’expliquer lé sillon transversal
qui marque l’étranglement comme le résultat et non pas la cause
de l’ostéolvse.
j
Le squelette disparaissant, le tissu mou qui l’entoure s’affaisse
localement et il est tout naturel de constater un étranglement à l’en¬
droit indiqué physiologiquement par un pli de flexion qui favo¬
rise et localise la rétraction.
Bien plus, les lésions nerveuses que nous avons décrites oeuvent
nous permettre d’érnettre l’hypothèse d’une altération médullaire
initiale. Ainsi l’aïnhum serait le résultat d’une trophonévrose à
point de départ médullaire, trophonévrose très limitée, absolument
symétrique et aboutissant aux mêmes altérations osseuses que dans
le tabès ( doigt de polichinelle).
Concurremment avec l’orteil aïnhumique, nous avons soigneu¬
sement étudié un doigt lépreux (i). Au point de vue histo-patholo-
gique, les lésions sont évidemment identiques (2). Mais faut-il en
conclure pour cela que l’aïnhum est une manifestation lépreuse?
N'est-il pas licite d’adopter encore ici cette opinion si fréquem¬
ment formulée : que des lésions identiques peuvent résulter de
causes différentes et, dans l’occurrence ne doit-on pas rester
fidèle à la définition de Silva Lima en acceptant, comme pathogno¬
monique de l’aïnhum, la localisation exclusive et symétrique aux
cinquièmes orteils?
(1) Pour cet aïnhum lépreux il s’agissait d’une amputation spontanée sur¬
venue chez un individu du service de l’un de nous, atteint de lèpre nerveuse,
déjà très ancienne datant de 15 ans environ.
Le sillon aïnhumique ici, était porté à son comble, puisqu’on n’avait eu
qu’à sectionner un pédicule filiforme, pour parfaire l’amputation. Il ne s’agis¬
sait plus d’un orteil, le sillon siégeait sur la phalangine de l’annulaire de la
main droite ; par ailleurs le malade, pour nous en tenir à cette seule région,
présentait des mains caractéristiques : atrophie des éminences thénar et hvpo-
thénar, extrémités digitales déformées, tassées, renflées.
(2) Toutefois l’ongle était dystrophique. -
376
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Priorité de la découverte du bacille
du phagédénisme tropical et de
la pourriture d’hôpital
Par A. LE DANTEC.
t
Je m’excuse auprès des membres de la Société de Pathologie
exotique de revenir sur la question de priorité de la découverte du
bacille phagédénique, mais je ne puis laisser passer sans réponse
quelques assertions émises par M. Vincent au sujet de mon travail
initial : Origine microbienne de V ulcère phagédénique des pays
chauds ( Arch . méd. nav., juin 1885).
L’argumentation de M. Vincent se réduit aux quatre critiques
suivantes auxquelles je vais répondre successivement :
Première critique. — Le Dantec prête au bacille des dimen-
sions qui n ont jamais été observées même exceptionnellement
45 P-
On lit dans mon mémoire la phrase suivante : les bacilles va¬
rient de 6 à 45 g. Les bacilles de cette dernière longueur sont
rares et les plus nombreux sont de 7 y. à 12 4.
Tout le monde sait qu'il existe dans l’ulcère phagédénique des
formes filamenteuses qui sont extrêmement longues. Keysselitz
et Mayer en ont figuré dans leurs planches, mais sans donner de
dimensions. J’ai consulté mes dernières préparations qui datent de
trois ans et qui sont colorées au Giemsa. Quoique la matière colo¬
rante se soit légèrement résorbée, on voit encore, grâce aux grains
colorés persistants, des formes longues qui ont au moins 45 a.
Deuxième critique. — Le Dantec signale des spores à ce ba¬
cille. Or le bacille fusiforme n’a jamais de spores.
Je n’ai jamais écrit que le bacille phagédénique contenait des
spores à l’intérieur de son protoplasma. J’ ai émis Y hypothèse (ce
mot n’est pas en italique dans le texte, mais je le souligne ici pour
appeler l’attention du lecteur) que les microcoques qu’on rencontre
dans les préparations pouvaient être des spores libres du bacille.
M. Roux va du reste faire justice de cette hypothèse. Je rap¬
pelle que mes préparations faites à la Guyane avaient été sou¬
mises par le Ministère de la Marine au contrôle de M. Roux.
377
\ .
Séance du 13 Mai 1914
Voici ce qu’écrivait l’éminent micrographe :
L’auteur semble incliner à croire que les microcoques qu'il rencontre,
en petit nombre, mêlés aux bacilles sont des spores de ces bacilles. Je ne
le pense pas : 1° parce que ces microcoques se colorent d'une façon intense
et qu’ils sont beaucoup plus gros que les bacilles ; 2° parce qu’ils sont
associés en points doubles et en chapelets ; 3° parce qu’on n’en voit point
de contenus dans les bâtonnets.
» ,
Est-ce catégorique ?
Troisième critique. — M. Vincent me reproche d'avoir donné
à mon travail une conclusion trop restrictive ; V ulcère des pays
chauds est probablement d'origine bacillaire.
J’estime au contraire que cette restriction était de saison et est
encore de saison aujourd’hui, tant qu’on n’aura pas reproduit
la maladie au moyen de cultures pures des microorganismes sup¬
posés pathogènes. Cette restriction a du reste été partagée par
M. Roux dans sa note au Ministère de la Marine :
Il est probable, dit-il, que le bacille prédominant dans tous les cas d’ul¬
cère est la cause de la maladie ; en tous les cas, en attendant que la preuve
soit faite par l'inoculation de culture pure, il est important de signaler la
présence de ce bacille.
Quatrième critique. — M. Vincent me reproche de n avoir
pas signalé le spirille.
Je pourrais répondre à M. Vincent qu’il s’agit du bacille et non
du spirille. Cependant je ne veux pas me dérober et je veux bien
expliquer pourquoi je n’ai pas vu le spirille. Tout le monde sait
aujourd’hui que pour rechercher les spirochètes dans l’ulcère pha-
gédénique il faut enlever le putrilage superficiel et aller puiser
dans le fond de la plaie la sérosité qui suinte après le raclage.
Quand, dans les ulcères non traités, on se contente d’examiner
l’exsudât superficiel, on ne trouve que le bacille.
Voici du reste une opinion émise par Vincent lui-même le
13 mai 1905 à la Société de biologie :
Il est démontré, en effet, depuis longtemps, par moi-même et par d’au¬
tres auteurs, en particulier Niclot et Marotte, qu’il existe des formes d’an¬
gine dues au fuso-bacille seul : je les ai dénommées formes pures ( Société
médicale des hôpitaux , II mars 1898 et Annales de /’ Institut Pasteur ,
25 août 1899). J’ai publié une figure représentant l’aspect microscopi¬
que d’une coupe de la fausse membrane. J’ajouterai que je possède un
grand nombre de préparations microscopiques d’angine et de pourriture
d’hôpital où le bacille fusiforme est seul, sans association des spirilles.
Pour éviter de prolonger cette discussion sur la priorité de ia
%
27
378
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
découverte du bacille phagédénique, je demande à la Société de
Pathologie exotique de vouloir bien reproduire dans son bulletin
la partie bactériologique de mon mémoire de 1885, cela permettra
à chacun de juger de la légitimité de ma revendication. Je prie
simplement le lecteur de ne pas perdre de vue que mon travail ini¬
tial a été fait il y a trente ans, à l’aurore de Père microbienne, à
une époque où l’objectif à immersion était inconnu et où nous
n’avions à notre disposition que des objectifs à sec et quelques
colorants.
Conclusion. — Lorsque Eberth vit le premier le bacille typhi¬
que sur une coupe de rate, il ne cultiva pas le microbe et ne l’ino¬
cula pas aux animaux et cependant le bacille de la fièvre tvphofde
s’appelle le bacille d’EBERTH. J’ai vu et décrit le premier en 1884-
1885 le bacille de l’ulcère phagédénique des pays chauds. Avant
la venue de Vincent en pathologie exotique ce bacille s’appelait
bacille de Le Dantec. Vincent a vu et décrit le premier le spirille.
Il est donc logique, comme l’a fait M. Blanchard dans sa com¬
munication du 11 février dernier, d’associer les noms de Le Dan¬
tec et Vincent pour désigner l’association microbienne qui carac¬
térise le phagédénimse tropical.
Origine microbienne de l’ulcère phagédénique des pays chauds
Par le l)r Le Dantec
(Arch. mèd. nav., juin 1885).
Dans le courant de l’année dernière, arrivait au Maroni, à bord du
Vigilant , un convoi de transportés arabes venant des îles du Salut. Je fus
frappé du grand nombre d’ulcères qui se présentèrent à la visite le lende¬
main et les jours suivants. L’ulcération faisait de rapides ravages et, dans
l’espace de quelques jours, il y eut deux entrées à l’hôpitaL et une ving¬
taine à l’ambulance.
J’eus la curiosité d’examiner au microscope une parcelle de putrilage
prise dans le fond d’un ulcère. A peine eus-je plongé ma lamelle dans
une solution de violet de méthylène qu’une nuée de bacilles firent leur
apparition. J’examinai successivement tous les autres ulcèfes et le même
bacille s’offrit à mes yeux, toujours identique à lui même. Au pénitencier
de Cayenne et au camp Saint-Denis, mêmes ulcères, même bacille.
Le procédé employé pour révéler la présence des bacilles est très simple
et ne difïère en aucune manière du procédé général de la recherche des
microbes : on prend une minime parcelle du putrilage de l’ulcère, on la
place sur une lamelle, on la dissocie au moyen de deux aiguilles, on place
une deuxième lamelle sur cette première et on appuie fortement de manière
à étaler la boue putrilagineuse, en une couche très mince; on fait glisser
les deux lamelles l’une sur l’autre, on a ainsi deux préparations On laisse
les lamelles sécher à l’air ou on les expose, pendant quelques secondes, à
la flamme d’une lampe à alcool. Cela fait, on arrose la lamelle avec quel¬
ques gouttes d’une
Séance du 13 Mai 1914
379
Solution alcoolique de violet de méthylène B. quelques gouttes.
Eau distillée . 500 grammes.
ou d’une
Solution alcoolique de fuchsine . quelques gouttes.
Eau . 500 grammes.
(Coloration rouge sang).
Il suffit de placer la lamelle sur une lame, sans éclaircir, pour voir dis¬
tinctement les bacilles. Si on veut conserver la préparation, après avoir
coloré, il faut sécher la lamelle, soit à l’air libre, soit en la déshydratant
avec l’alcool concentré, éclaircir à l’essence de girofle et monter au baume
de Canada. Dans les préparations un peu anciennes, les bacilles se frag¬
mentent légèrement. Mesurés d'après les deux procédés de la chambre
claire et du micromètre objectif, les bacilles varient de 6 à 45 g. Les bacil¬
les de cette dernière longueur sont rares et les plus nombreux sont de 7 à
12 g, c’est-à-dire variant du diamètre d’un globule rouge à celui d’un glo¬
bule blanc. Le bacille de l’ulcère phagédénique est droit, immobile, quel¬
quefois courbé quand il atteint sa plus grande longueur; il est en masse
ou dispersé dans les tissus, jamais dans les globules. Du sang pris dans
une piqûre de l’index n’a montré aucune trace de bacille, c’est donc une
infection purement locale, comme il était facile de le supposer.
On trouve, en même temps que les bacilles, des microcoques ronds ou
légèrement ovales, isolés ou en masses, très rarement en diplocoques ou
en chapelet, plus volumineux que les microbes de la suppuration, ils se
colorent plus fortement que les bacilles par le violet de méthyle et par la
fuchsine et sont encore visibles, alors que les bacilles sont décolorés. On
ne peut pas affirmer que ces microcoques soient des spores libres du
bacille phagédénique, mais telle est cependant l’hypothèse qui nous paraît
la plus vraisemblable. Lorsque la plaie est en voie de guérison alors que
les bacilles sont à peu près détruits, on rencontre encore des spores. Ne
sait-on pas que les spores de la bactéridie charbonneuse ont une vitalité
très grande et qu’elles résistent à des températures qui détruisent le bacille
anthracis. Les bacilles semblent dissocier les fibrilles conjonctives et il
est probable que leur marche envahissante se fait par les origines des
lymphatiques dans le tissu conjonctif.
Note additionnelle que la Rédaction des Archives de médecine
navale a publiée en même temps que le travail de M. Le Dantec :
« M. le Dr Roux, micrographe $i compétent à qui nous avions envoyé
les préparations adressées de Cayenne, par M. Le Dantec, en le priant de
vouloir bien nous faire connaître le résultat de son examen, nous a trans¬
mis la note suivante :
« Dans les préparations, on voit, en abondance, un bacille assez grêle
qui n’est accompagné que de quelques microcoques en points doubles ou
en chapelets. Il est très probable que le bacille prédominant dans tous les
cas d’ulcère est la cause de la maladie; en tous les cas, en attendant que
la preuve soit faite par l’inoculation de cultures pures, il est important de
signaler la présence de ce bacille.
« L’auteur semble incliner à croire que les microcoques qu’il rencontre,
en petit nombre, mêlés aux bacilles sont des spores de ces bacilles. Je ne
le pense pas : 1° parce que ces microcoques se colorent d’une façon intense
et qu’ils sont beaucoup plus gros que les bacilles ; 2° parce qu’ils sont
*
380 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
associés en points doubles et en chapelets; 3° parce qu’on n’en voit point
de contenus dans les bâtonnets. »
[La Rédaction).
Sur l'Actinomycose humaine au Pérou
Par E. ESCOMEL.
L’actinomycose humaine, rarissime au Pérou, n’a pas encore été
signalée à Aréquipa et je ne connais aucun autre cas que celui-ci
dans la littérature péruvienne, au moins avec un diagnostic mi¬
croscopique certain.
Sur les hauts plateaux, dans les fermes de la Sierra, le bétail
esr de temps en temps affecté par la maladie, mais soit par le
manque de médecins, soit parce que les Indiens ne descendent
pas vers les villes populeuses, c’est une rareté de pouvoir observer
un cas typique d’actinomycose.
Le cas qui fait l’objet de cette note est remarquable par Pétio¬
logie de la maladie.
Au mois de mai 1912, le malade N. N., âgé de 19 ans, employé, fut
atteint d’une grippe broncho-pulmonaire, suivie de prostration, de réci¬
dives, de poussées gastro-intestinales, etc., etc., qui rendirent la convales¬
cence longue et pénible
Je ne constatai dans les crachats que les bacilles de Pfeiffer, pas de
bacilles tuberculeux, pas de mycélium.
Etant donné cet état grippal prolongé, on décida d’envoyer le malade
au Cuzco, ville dans laquelle guérissent promptement les malades de ce
genre
Arrivé au Cuzco, il se rétablit rapidement et s’occupa à faire charger à
la gare des peaux de taureaux pour les envoyer en Europe.
Il est à remarquer que,» sur le bétail du département d’Aréquipa, il
n'existe pas jusqu’à présent d’actinomycose tandis que sur celui du Cuzco
il s’en présente fréquemment.
Tout en faisant son métier le malade recommença à tousser, à maigrir,
et la fièvre s’alluma en même temps qu’une douleur se faisait sentir sur
la partie postéro-inférieure du thorax, du côté droit, au niveau du 8e espace
intercostal.
, t
Se voyant dépérir, le malade se décida à retourner à Aréquipa où il
arriva le 23 novembre 1912.
11 était alors agité, fébrile (39^6), très pâle, cependant il marchait sans
douleur. La tumeur du dos commença à proéminer et à devenir fluc¬
tuante.
Les crachats ne donnèrent pas de bacilles de Koch
On fit une ponction de la tumeur et on obtint un liquide épais, gluti-
Séance du 13 Mai 1914
381
neux, couleur chocolat, qui ne décéla aucun organisme typique à l’ex -
men microscopique ; ce liquide fut inoculé dans le péritoine d’un
cobaye. Cet animal ne présenta aucun trouble dans les quatre semaines
qui suivirent l’inoculation, si ce n’est un léger malaise pendant les pre¬
mières 24 heures. A l'autopsie de l'animal on ne trouva rien de net.
Eliminé le diagnostic de tuberculose, nous incisâmes largement la tumeur
obtenant un pus épais, rouge brique d’un aspect tout à fait égal à celui
du pus hépatique.
Le doigt introduit par la plaie put pénétrer à travers l’espace intercos¬
tale et le diaphragme jusque dans une cavité du foie large comme une man¬
darine.
En faisant un lavage par la plaie, sans efforts, le malade commença à
tousser et cracha un peu du liquide de lavage.
L'abcès intéressait donc la base du poumon droit, la plèvre, le dia¬
phragme, le foie et le pus s’était dirigé vers la peau suivant les lois de la
défense organique.
Deux jours après nous nous aperçûmes que dans le pus qui sortait de
la plaie on voyait quelques petits grains de la grosseur d’une tête d’épin¬
gle, qui, examinés au microscope à l’état frais et après coloration au
Giemsa, montrèrent avec une netteté parfaite les grains de Y Actinomycose.
Dès ce moment nous portâmes un pronostic fatal en raison de l’envahis¬
sement du poumon et du foie.
En effet, malgré le traitement chirurgical le plus soigneux, les fistules
persistèrent, de nouveaux abcès se formèrent, et des infiltrations se pro¬
duisirent vers la cavité abdominale ; la communication cutanéo-pulmo-
naire persista jusqu’à la fin ; le malade dépérit de plus en plus et enfin
l’envahissement des reins entraîna la mort plus d’un an après le commen¬
cement de la maladie.
J’ai donné l’iodure de potassium de toutes les manières possibles sans
obtenir le moindre résultat favorable. J’ai fait ingérer le médicament par
le malade depuis la dose de 3 g. jusqu'à celle de 12 et 15 g. dans les 24 h.
pendant 2 mois, sans modification appréciable et sans déterminer les acci¬
dents de l’iodisme.
Le traitement ioduré, interrompu fut repris à haute dose avec le même
résultat négatif.
Rien, absolument rien, n’a pu arrêter la marche fatalement pro¬
gressive de cette actinomycose viscérale humaine, qui, étant le
premier cas bien contrôlé dafis la littérature péruvienne, m’a
semblé digne d’être signalée.
Aréquipa, 1914.
(
332
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Sur la fièvre récurrente au Maroc oriental
(Note préliminaire)
Par A. BILLET et M. GRENIER.
Depuis l’année 1902, époque où l’un de nous (1) a constaté, pour
la première fois, en Algérie, la présence de spirilles dans le sang
d’un indigène atteint d’une pyrexie à rechutes, la fièvre récurrente
a été contrôlée un peu partout dans nos possessions de l’Afrique
du Nord. Plus récemment MM. Edmond Sergent et Foley (2)
la dépistaient dans les Oasis du Sud-Oranais, à Beni-Ounif de
Figuig. Au Maroc Occidental elle a été également rencontrée par
plusieurs de nos camarades de l’Armée, en particulier MM. Pi-
GNET, HORNUS, ToURNADE, JOB...
Il était donc logique de penser qu’elle devait exister au Maroc
Oriental, c’est-à-dire dans cette région des Confins Algéro-Maro-
cains qui s’étend de la frontière algérienne à la Moulouya.
De fait, une recherche systématique nous a permis de la déceler
avec une fréquence qui a dépassé notre attente.
Du 31 janvier, date de la constatation du premier cas, jusqu’au
19 avril de cette année, nous avons enregistré 72 cas tant chez les
civils que chez les militaires.
11 est probable que ce chiffre ne représente qu’une partie res¬
treinte des malades atteints de spirillose, en particulier en ce qui
concerne la population indigène qui échappe à toute statistique
possible.
Par sa symptomatologie, la fièvre récurrente se rapproche d’au¬
tres affections avec lesquelles elle peut, jusqu’à un certain point,
être confondue, telles que : la fièvre typhoïde ou paratyphoïde,
certaines formes du paludisme, et le typhus exanthématique qui
se voient également au Maroc Oriental. Il était donc intéressant
de la dépister et de mettre les médecins militaires à même de la
diagnostiquer avec l’aide du microscope.
(t) A. Billet. Un cas de tvohus récurrent à Constantine, Archives de Méde¬
cine et de Pharmacie Militaires, 1Q02. p. 228.
(2) Ed. Sergent et H. Foley, Recherches sur la fièvre récurrente et son
mode de transmission dans une épidémie algérienne, Recherches éxpérimen-
tales sur la Pathologie Algérienne , Alger, 1910.
Séance du 13 Mai 1914
383
La fièvre récurrente s’est manifestée avec une intensité varia¬
ble sur sept points de la région, assez éloignés les uns des autres.
Guercif . 47 cas.
Ta ou ri rt . 8 »
Mérada . 4 »
Camp-Berteaux . 4 »
Mestigmeur . 4 »
Oudjda . 4 »
Taforalt . 1 »
Dans notre statistique, ne figurent pas les cas diagnostiqués
exclusivement par la clinique.
Au point de vue de la race, nos 72 cas se répartissent ainsi :
Européens . 20
Indigènes . 52
Notons, en passant, la forte proportion, jusqu’ici inusitée, d’Eu¬
ropéens atteints.
La fièvre récurrente africaine paraissait être jusqu’ici, à de rares
exceptions près rapportées surtout par MM. Lemaire, Ardin-
Delteil, Nègre, Raynaud et Soulié, une affection évoluant rare¬
ment en dehors du milieu indigène.
La répartition entre civils et militaires est la suivante :
Militaires. . . 08 (compris les convoyeurs indigènes
engagés pour 6 mois).
Civils. ... 14
Cette épidémie a été bénigne ; elle a évolué sans complications,
et n’a été marquée par aucun décès.
Tl est intéressant de noter qu’à Guercif et Mestigmeur la fièvre
récurrente et le typhus exanthématique ont sévi concurremment.
Quelques cas, compris sous le diagnostic de typhus exanthéma¬
tique, ont pu en être distraits, Et rattachés à la fièvre récurrente,
grâce à l’examen microscopique.
Au point de vue étiologique, la contamination s’est faite très
probablement par l’intermédiaire des convoyeurs indigènes, qui
ont disséminé l’infection de poste en poste. Elle s’est faite aussi
dans les cafés et les bains maures.
Sur tous les points où a sévi la fièvre récurrente, on a retrouvé
de nombreux ecto-parasites : puces, poux ou punaises. Un de nos
malades, il s’agissait en l’espèce d’un civil européen, était littéra¬
lement couvert de poux de la tête aux pieds, et présentait sur tout
le corps de nombreuses excoriations suite de grattage.
384
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pendant nos recherches sur la spirillose expérimentale, un de
nos infirmiers a contracté la fièvre récurrente de la façon suivante :
Au moment d’une inoculation pratiquée chez un lapin à l’aide
d’une seringue, par suite d’un mouvement intempestif de l’ani¬
mal, quatre ou cinq gouttes de sang spirillaire lui giclèrent au
visage sans toutefois toucher les muqueuses oculaires ou labiales.
Il alla sur-le-champ se désinfecter ; néanmoins, io jours après, il
présentait un accès avec spirilles dans le sang.
Ed. Sergent avait déjà rapporté un cas de contamination de
laboratoire dans les mêmes conditions ; mais l’infection s’était faite
par la muqueuse oculaire (i). Au contraire notre observation con¬
firme celles de M. Nattan-Larrier concernant l’infection par les
téguments (2).
La période d’incubation qui est en général de 8 à 10 jours a été
réduite à 4 jours chez un homme qui avait consenti à recevoir sous
la peau du flanc quelques gouttes de sang spirillaire.
Au point de vue du nombre des accès, nous n’en avons constaté
le plus ordinairement que deux, une fois trois, et une fois un seul
(cas du malade inoculé volontairement).
Il y a tout lieu de penser que le spirille auquel nous avons eu
affaire est le Spirochœta berbera Sergent et Foley.
Comme thérapeutique, l’insuffisance des antithermiques a été
manifeste. Seul, l’arsenic, sous forme de néo-salvarsan ou de
galyl, nous a donné d’excellents résultats. Mais la disparition des
spirilles n’a jamais été complète avant 12, 15 ou 24 heures, et non
point en 7 heures comme quelques auteurs l’ont signalé (Legen¬
dre).
Dans un mémoire ultérieur, nous nous proposons de publier la
relation complète de cette épidémie avec les résultats des expé¬
riences que nous avons pu entreprendre.
(■ Oudjda , laboratoire de Bactériologie).
(h) Société de Biologie, 26 juillet 1913.
{2) Bulletin Soc. Pathol, exotique , T. 1T. 1909, p. 239.
Séance du 13 Mai 1914
385
Une variété nouvelle du parasite de Laveran
Par AHMED EMIN.
Le lazaret de Camaran situé dans une île de la Mer Rouge qui
se trouve en face et à 40 milles de Hodeïdah reçoit environ de
40.000 à 60.000 pèlerins par an.
Ces pèlerins viennent de la Chine, des lies de la Sonde, de
l’Inde, de la Perse et de la Côte orientale Africaine.
Avant d’être autorisés à rejoindre Djeddah, où ils débarquent
pour se rendre à la Mecque, tous les passagers des bateaux spé
ciaux qui font le service des pèlerinages doivent être soumis à un
examen.
Suivant l’état sanitaire de leur pays d’origine, ils sont ou sou¬
mis à une simple désinfection ou gardés en observation pendant
une période de cinq à dix jours.
Ces 60.000 pèlerins passent à Camaran en quatre mois ou cinq ;
le personnel médical chargé du service sanitaire a donc à fournir
pendant cette période un travail intensif.
Nous nous sommes donné pour but pendant l’année de 1913
de rechercher quelle forme de Paludisme présentaient les nom¬
breux malades qui pour cette raison sont à chaque pèlerinage
dirigés sur l’hôpital.
La réduction du personnel de l’hôpital nous a empêché de
recueillir, comme nous l’aurions désiré, l’observation de chaque
paludéen en même temps qu’on lui retirait quelques gouttes de
sang pour en faire l’examen.
Nous regrettons d’autant plus cette lacune que l’examen des
lames, pratiqué à l’Institut Pasteur* nous révélait quelques carac¬
tères intéressants des parasites en cause, au sujet desquels nous
désirons faire à la Société une courte communication.
La grande masse des pèlerins que nous avons vus, étaient des
malades porteurs de Plasmodium vivax, un dixième environ ren¬
fermaient dans leur sang Plasmodium prœcox.
Nous n’avons pas vu de Plasmodium malariœ. Une partie de
nos malades, assez faible d’ailleurs, était porteur d’une double
infection- à vivax et à prœcox.
Le fait que nous croyons digne d’être signalé à la Société est
386
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
celui que nous avons observé chez six de nos malades. Ces palu¬
déens gravement atteints renfermaient dans leur sang en très
grande quantité un parasite qui à notre connaissance n’a pas
encore été décrit.
Les lames que nous avons examinées contenaient à la fois tous
les stades d’évolution de ce parasite ; de sorte qu'il nous a été
possible de reproduire le cycle entier dans la planche ci-jointe.
LÉGENDE
1. Cinq jeunes parasites dans un globule.
2. Etirement de la chromatine.
3-4-5. Trois stades de division précoce de la chromatine.
6-7. Formes amiboïdes très jeunes et très actives.
8. Parasite à demi-développement.
Toutes ces formes sont identiques à celles qu’on trouve dans la tierce mali¬
gne. Elles ne renferment pas de pigment , sauf en 8 où on peut reconnaître
des granulations très fines.
9. Rassemblement de la chromatine et du pigment disposé en demi cou¬
ronne.
10 à 28. Division de la chromatine et formation de rosaces de 4 à 10 élé¬
ments. Le globule n’est pas augmenté de volume, il renferme des grains de
Schüffner ou bien comme dans les figures 11, 12, 1 3, 14 des filaments aussi
colorés que la chromatine, mais siégeant dans le globule, en dehors du para¬
site. Après formation des mérozoïtes, il reste toujours un reliquat de proto¬
plasma important autour du pigment.
24 Macrogamète libre.
25. Macrogamète dans un globule.
26. Microgamétocyte.
De g à 26 le parasite présente des formes analogues à celles de la tierce
bénigne , avec cette différence que les rosaces renferment moins d’éléments
et que les globules ne sont ni décolorés ni augmentés de volume.
Les formes jeunes se rencontrent en grand nombre dans le
même globule ; souvent nous en avons compté cinq dans une seule
hématie. Les chiffres de deux ou trois sont presque la règle. Ils
sont représentés par un mince anneau de protoplasme et un grain
de chromatine. L’ensemble n’est pas plus grand que les anneaux
de la tropicale. Comme dans la tropicale le nucléole se divise d’une
façon précoce. On troLive deux même trois grains de chromatine
assez fréquemment. Le protoplasme est animé de mouvements
amboïdes très actifs.
Les formes plus âgées à demi-développement occupent environ
le tiers d’un globule rouge. Elles sont formées d’une masse proto¬
plasmique avec un noyau lâche dans une vacuole claire. On observe
dans le protoplasme quelques grains de pigment très fins.
Plasmodium vivax var. minuta.
■
'
-
Séance du 13 Mai 1914
387
La division commence de bonne heure. On voit des parasites
qui ne mesurent pas plus de moitié d’un globule ou même plus
petits encore dans lesquels la chromatine est déjà divisée.
La division continue rapidement et aboutit à une rosace qui
compte de quatre à dix mérozoïtes et qui comme taille ne dépasse
jamais le volume des trois quarts d’un globule rouge. La quantité
de pigment est toujours faible. Il est ressemblé en un point de la
rosace avec la plus grande partie du protoplasme qui reste comme
reliquat.
Les formes des divisions sont contenues dans la globule jus¬
qu’à maturité. Les globules parasités ne sont pas augmentés de
volume et ne sont pas décolorés. Ils renferment pourtant des
grains de Schüffner ou tout au moins des particules parfois aussi
intensément colorées que la chromatine et qui sont déposées au¬
tour du parasite. Parfois au lieu de se présenter sous la forme de
grains, ces corps affectent une disposition filamenteuse.
Les formes sexuées, mâle et femelle, arrondies, renferment du
pigment en bâtonnet et occupent généralement les trois quarts
d’un globule. On les trouve parfois libres.
A ce parasite, nous croyons devoir, pour le différencier des
autres, donner un nom qu’il nous semble mériter. Nous l’appelle¬
rons Plasmodium vivax, A^ariété minuta.
Ç Travail du Laboratoire du Dr E. Marchoux).
M. Laveran. — Notre collègue M. le Docteur Marchoux a
bien voulu me communiquer une préparation de sang palustre de
Camaran montrant les particularités sur lesquelles M. le Docteur
Ahmed Emin attire l’attention dans sa note. Aucune des formes
parasitaires qui se trouvent dans cette préparation n’est nouvelle ;
c’est l’association des formes qui est insolite. J'ai dit depuis long¬
temps ciue ies descriptions qui sont données en général des diffé¬
rentes espèces de parasites du paludisme sont trop schématisées et
que, dans la pratique, on rencontre des cas nombreux où ces préten¬
dues espèces sont associées ou bien se succèdent dans le sang d’un
même malade. Les observations faites par M. Ahmed Emin vien¬
nent montrer, une fois de plus, qu’entre les espèces admises par
bon nombre d’auteurs, il v a des formes intermédiaires, véritables
formes de transition, ce qui me paraît un puissant argument en
faveur de l’unité du paludisme.
388
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Epidémie de paludisme ayant sévi dans la
province de Sontay durant l’été de 1913
Par C. MATHIS.
Dans les premiers jours du mois de juin 1913, la Direction
locale de la Santé du Tonkin fut avisée qu’une maladie fébrile
sévissait, sous forme épidémique, dans plusieurs agglomérations
du huyên de Thach-That de la province de Sontay causant de
nombreux décès (1).
Le Directeur du laboratoire de bactériologie de Hanoï reçut
l’ordre d’aller sur les lieux pour déterminer la nature de cette
épidémie.
Le 11 juin, je me suis rendu dans les villages de Phung-Thôn,
Vinh-Loc et de Huu-Bang signalés comme les plus gravement
atteints par le fléau.
Des frottis de sang furent prélevés indistinctement sur des
adultes et des enfants en période fébrile et en apyrexie. L’examen
microscopique confirma le diagnostic de paludisme , porté déjà
par le Dr Malouvter, médecin des Services extérieurs de la pro¬
vince de Sontay.
Sur 70 sujets, pris au hasard, 20 montrèrent dans leur sang les
hématozoaires du paludisme. Les résultats se résument ainsi :
Village de Phung-Thon
Nombre d’individus examinés . 27
Nombre d’individus parasités . 8
Toutes les formes observées appartenaient au parasite de la
fièvre tropicale (tierce maligne) Plasmodium prœcox (Grassï
1891) ou Hœmamœba malariœ var. parva de Laveran.
Village de Vinh-Loc
Nombre d’individus examinés . 29
Nombre d’individus parasités ....... 8
Le parasite de la fièvre tropicale fut rencontré 6 fois et le para¬
site de la fièvre tierce : Plasmodium vivax (Grassï et Felettt
1896) ou Hœmamœba malariœ var. magna de Laveran, 2 fois.
(1) Voir la carte de la province de Sontay qui accompagne la note de Ma-
lou vier, t. VI, 1913, p. 745 de ce bulletin.
Séance du 13 Mai 1914 389
s é
Village de Huu-Bang
Nombre d’individus examinés . 7
Nombre d’individus parasités . 2
Il s’agissait dans les deux cas de l’ hématozoaire de la fièvre
tropicale.
Cette première enquête établissait donc d'une façon certaine
qu’il s’agissait bien d’une épidémie de paludisme.
Afin de déterminer l’intensité de l’épidémie de paludisme, je
me rendis de nouveau dans la province de Sontay, les 14 et 19 juin,
et visitai les villages de Phung-Thon, Vinh-Loc, Huu-Bang,
Quang-Yen, Phuong-Cach, Binh-Xa.
Les résultats des examens des frottis de sang, prélevés au cours
de ces deux tournées, sont consignés dans les tableaux suivants :
Prélèvements effectués le 14 juin 1913
des frottis de sang furent prélevés sur un certain nombre d’indi¬
gènes adultes.
A Phuong-Cach :
Nombre d’adultes examinés . 5
Tous examens négatifs.
A Ouang-Y en :
Nombre d’adultes examinés . 5
Nombre d’adultes parasités . 14
390
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A noter qu’au village de Quang-Yen des spirochètes de la fièvre
récurrente furent rencontrés chez trois malades.
Au total sur 245 Indigènes examinées 52 étaient parasités par les
hématozoaires du paludisme, soit une proportion de sujets infectés
égale à 21,22 %.
Sur les 245 sujets, il y avait 130 enfants âgés de o à 5 ans dont
25 parasités, ce qui donne un pourcentage de 19,23.
Sur les 52 sujets parasités, 9 hébergeaient le parasite de la
fièvre tierce, les autres étaient infectés par le parasite de la tro¬
picale.
En plus des lames de sang recueillies par nous, le laboratoire
reçut du Dr Malouvier un certain nombre de frottis.
Les résultats des examens microscopiques sont résumées ci-
dessous :
Village de Phung-Cach (prélèvement du 16 juin)
Sur 10 frottis : 6 examens positifs •
IV parasites de la lièvre tropicale
1 parasite de la fièvre tierce.
V illage de Ky-Oc (prélèvement du 16 juin)
Sur 10 frottis : 7 examens positifs :
6 parasites de la fièvre tropicale
1 parasite de la fièvre tierce.
Village de Bach-Loc (prélèvement du 30 juin)
Sur 9 frottis : 9 examens positifs :
Village de T ong-Lanh (prélèvement du 30 juin)
Sur 10 frottis : 5 examens positifs :
Parasites de la fièvre tropicale . 3
Parasites de la fièvre tierce . 2
Village de Quy-Mong (prélèvement du 30 juin)
Sur 10 frottis : 2 examens positifs :
Parasite de la fièvre tropicale . 1
Parasite de la fièvre tierce . \
* #
Un certain nombre d’Anophélines furent capturés dans les vil¬
lages contaminés, la plupart appartenaient aux espèces commu¬
nément répandues au Fonkin et inaptes à la propagation du palu¬
disme Myzorhynchus sinensis, pseudopictus et Myzomyia Rossi.
Quelques exemplaires appartenaient aux espèces reconnues
Séance du 13 Mai 1914
?'01
comme dangereuses Nyssorhynchus fuliginosus et Myzorhynchus
barbirostris.
Le soin de déterminer l’origine et la marche de cette épidémie
et d’appliquer les mesures nécessaires de prophylaxie appartenant
au médecin des Services extérieurs de la province de Sontay, le
rôle du laboratoire de bactériologie s’est borné à fournir les indica¬
tions indispensables pour préciser la nature de la maladie.
Hanoï, le 30 janvier 1914.
Leucocytozoon d’oiseaux du
4
Haut- Sénégal et Niger
Par André et Marcel LEGER.
Les oiseaux du Haut-Sénégal et Niger sont infectés dans une
proportion relativement élevée par des hématozoaires du genre
Leucocytozoon (1). Nous nous proposons, dans cette note, de
caractériser brièvement les parasites que nous avons rencontrés
chez douze espèces, appartenant aux familles suivantes :
àrdeidae : Ardea atricapilla. de l’ordre des Ciconiiformes ; Columbidae :
Turtur seneyalensis, de l’ordre des C h aradrii formes ; Cuculidae : Centropus
monachus , de l’ordre des Cuculiformes ; Corvidae : Corvinella corvina ,
Ploceidae : Hyphantornis culcullalus. Pyromelæna flammiceps , Laniidae :
Prionops plumatus, Pycnonotidae : Pycnonotus bar battis , de l’ordre des
Passer! formes ; Phasianidae : Numida meleayris, Francolinus bicalcara-
tus , de l’ordre des Gai li formes; Strigidae : ffubo lacteus , Coraciidae : Cora-
cias abyssiniens , de l’ordre des Coracii formes.
Tous nos examens ont porté sur des frottis de sang fixés à l’al¬
cool absolu et colorés au Giemsa.
Leucocytozoon de Arde^ atricapilla Afzélius. — Les macro¬
gamètes, arrondis ou ovalaire, ont un protoplasma se colorant
en bleu intense, * criblé de petites vacuoles, et un noyau très allongé
de 7 y 5 environ, avec présence fréquente d’un micronucléus par¬
fois relativement volumineux. Les microgamétocytes, de plus
petite taille, mesurent 10 p environ au lieu de 12 p.
Ce Leucocytozoon est logé dans une cellule arrondie, dont le
(1) L’un de nous a déjà fait connaître les Leucocytozoon trouvés chez Hy-
phantornis melanocephala , (L. Bouffardi). et chez Melierax Gabar. Voir ce
Bulletin , 19 1 1 , t. IV, p. 526, et 1912, t. V, p. 74.
392
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
noyau compact et simplement aplati épouse la forme arrondie du
parasite. Nous avons vu une forme adolescente n’occupant qu’une
partie de la cellule-hôte, dont le protoplasma colore en bleu gri¬
sâtre et le noyau à peu près intact rappelaient absolument les
mononucléaires non envahis.
Le Leucocytozoon de Ardea atricapilla se distingue de L. ardeæ , décrit
par IIodhain et ses collaborateurs dans le sang de Ardea Goliath , par sa
taille beaucoup plus petite et par son peu d’action de destruction sur le
noyau de la cellule parasitée.
Leucocytozoon de Turtur senegalensis Linné. — Comme
les Leucocytozoon de Turtur humilis Mathis et Leger 1909 et de
Turtur auritus M. Leger 1913, et contrairement à celui de Turtur
, s émit or quata Minchin 1911, l’hématozoaire de la tourterelle du
Haut-Sénégal et Niger est inclus dans une cellule toujours arron¬
die. Lin des oiseaux examinés avait une infestation massive telle
que nous n’en avons jamais vue : en moyenne 3 ou 4 parasites
par champ microscopique (Obj. immersion 1 / 1 5, Oc. compens. 4,
Stiassnie).
Les formes femelles, plus nombreuses, sont pour la plupart
déformées, portant les encoches produites par les globules voisins.
Elles mesurent, au maximum de leur développement, 8 à 9 y. Le
protoplasma est fortement vacuolaire ; le noyau, bien apparent,
contient presque toujours à son intérieur un grain chromatique.
Dans un grand nombre de cas, le noyau de la cellule-hôte entoure
à la façon d’un béret les 2/3 environ de la périphérie du parasite.
Il se colore toujours d’une manière intense.
Dans les frottis de foie, de rate, de rein, ainsi que dans les
coupes de ces mêmes organes, il ne nous a pas été permis de
déceler la moindre forme faisant penser à un stade schizogonique.
Leucocytozoon de Centropus monachus Rüppel. — De forme
toujours nettement globuleuse, l’hématozoaire mesure environ
13 y 5. Le protoplasme, granuleux et parsemé de vacuoles relative¬
ment grosses, se colore en bleu intense. Tl renferme un noyau
ovoïde, bien apparent, dans lequel nous n’avons distingué aucune
condensation de chromatine. La cellule-hôte, arrondie, est entière¬
ment occupée par' le parasite. Son noyau en forme de croissant est
refoulé à la périphérie, prenant bien la coloration.
Le Leucocytozoon de Centronus monachus nous paraît identique à ceux
déjà décrits chez Centropus sinensis om Mathis et Leger en 1911, Genlro-
pus senegalensis par Aubert et Heckenroth en 1911 , et Centropus supercî-
liosus par Rodhain en 1913.
Séance du 13 Mai 1914
393
Leucocytozoon de Passerifokm.es . — Tous les Leucocytozoon
* rencontrés sont du type arrondi.
Dans le sang de Corvinella corvina Shaw, les parasites mesurent
13 y 5 sur 15 y, prenant souvent une forme pentagonale. Dans leur
protoplasma très vacuolaire, apparaît un noyau allongé de 4 y 5
sur 2 25. La cellule-hôte est un leucocyte mononucléaire, dont
il ne persiste plus que le noyau, comprimé à la périphérie en une
lame bien colorée et sans bosselures, qui encapuchonné les 2/3 en¬
viron de l’hématozoaire.
Le Leucocytozoon de Hyphantornis cucullatus est identique à
celui décrit en 1911 par A. Léger et Husnot chez une espèce très
voisine, Hyphantornis melanocephala Linné.
Chez Pyromelœna flammiceps Swainson, nous avons trouvé un
Leucocytozoon mesurant 12 sur 10 [i 5, à protoplasme vacuo¬
laire, surchargé de grosses granulations pseudo-pigmentaires et
inclus dans une cellule arrondie, dont le noyau hypertrophié, très
déformé, retient mal la coloration. L'n certain nombre d’exem¬
plaires paraissaient libres dans le plasma.
Ce qui caractérise le Leucocytozoon de Prionops plumatus
Shaw, c’est sa grande variation de taille. A côté de spécimens qui
mesurent 12 u sur 10 y 5, quelques-uns vont jusqu’à 18 [J. sur 13 y 5.
Dans le premier cas, le noyau de la cellule-hôte est compact et peu
déformé ; dans le second, ce noyau hypertrophié, altéré, se teinte
de façon très irrégulière et inégale. Le Leucocytozoon décrit par
Rodhain en 1913 chez Prionops Talacoma du Congo belge ne
paraît pas avoir les mêmes caractères.
Chez les Pycnonotidœ, des Leucocytozoon ont déjà été décrits
par Mathis et Leger chez Ixus hainanus , par Ogawa chez
liypsipetes amaurotis et par Maya et David chez Pycnonotus sp.
Le Leucocytozoon de Pycnonotus barbatus Desfontaines est,
comme les précédents, inclus dans une cellule arrondie. Il exerce
sur le noyau de la cellule envahie une action destructive très mar¬
quée se révélant par la présence de dentelures nombreuses et l’iné¬
galité de là coloration. Les macrogamètes, le plus souvent rectan¬
gulaires, mesurent 12 u sur 7 y 5 ; leur noyau arrondi ou en
flamme laisse voir un grain chromatique intensément coloré. Les
microgamétocytes, de taille moindre, sont beaucoup moins nom¬
breux.
Leucocytozoon de Numida meleagris Linné. — Le Leucocy¬
tozoon de la pintade du Haut-Sénégal et Niger doit être rattaché
28
394
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
à Leucocytozoon Neavei, découvert en 1906 par Neave au Soudan
égyptien chez Numida ptiloryncha, et retrouvé chez la même es¬
pèce par Minchin en Ouganda, par Rodhain au Congo belge, et
chez l’espèce voisine Numida meleagris par Kérandel au Congo
français.
Leucocytozoon de Francolinus bicalcaratus Linné. — Kéran¬
del a décrit en 1909 chez Francolinus bicalcaratus un hémato¬
zoaire, L. jrancolini, inclus dans une cellule-hôte fusiforme, et
ressemblant beaucoup au Leucocytozoon signalé par Wenyon au
Soudan nilien chez une autre variété de francolin.
Nous avons retrouvé dans le sang des perdrix examinées ce même
Leucocytozoon. Mais la perdrix du Haut-Sénégal et Niger est en
outre parasitée par un Leucocytozoon inclus dans une cellule
arrondie. Le macrogamète, de forme globuleuse, mesure environ
12 y; dans le protoplasme, de structure aréolaire et parsemé de
granulations, se détache en rose un noyau arrondi mesurant 4 y
en moyenne. Le microgamétocyte, de taille sensiblement égale,
est plus fragile et plus déformable. Le parasite n’occupe pas tou¬
jours entièrement la cellule envahie ; le noyau de la cellule-hôte est
compact et peu développé.
Des trois francolins parasités examinés, l’un hébergeait seule¬
ment L. francolini, le second seulement le Leucocytozoon arrondi,
tandis que le troisième était porteur des deux Leucocytozoon
(infestation mixte). Nous avons là un nouvel exemple d’une même
espèce d’oiseau parasitée par les deux types de Leucocytozoon .
Leucocytozoon de Bubo lacteus Temminck. — La cellule-hôte
possède des prolongements polaires extrêmement développés et
peut arriver à mesurer jusqu’à 50 y. Son noyau étiré, aplati, se
renfle aux extrémités débordant le parasite; il rappelle ainsi celui
du globule logeant L. Simondi de la sarcelle du Tonkin. Le para¬
site a une forme grossièrement rectangulaire, à angles émoussés ;
il se teinte en bleu foncé et est surchargé de granulations pseudo-
pigmentaires, toujours en petit nombre, une vingtaine environ.
Le noyau est fréquemment perpendiculaire au grand axe de l’hé¬
matozoaire.
Leucocytozoon de Coracias abyssinicus Boddaert. — Nous
nous contenterons ici de signaler ce Leucocytozoon , dont nous
n’avons pu étudier que de rares spécimens. Les parasites sem¬
blent au premier abord inclus dans des cellules arrondies, mais
il s’agit en réalité de cellules fusiformes déformées, analogues à
Séance du 13 Mai 1914
395
celles figurées par Minchin pour un Leucocytozoon de Numida
piiloryncha et interprétées comme des déformations dues à une
mauvaise fixation.
(. Laboratoire de Bamako et Ecole d’ application
du Service de Santé des Troupes Coloniales
à Marseille).
«
Sur quelques trypanosomes d’oiseaux du Brésil
Par A. CAR INI et C. BOTELHO junior.
On connaît encore peu de trypanosomes des oiseaux du Brésil.
Un trypanosome a été rencontré par H. Aragao (i) chez le Soco
(Nycticorax gardénia).
Castro Cerqueira (2), en 1906, en a décrit un autre chez le
tié ( Tachyphornus ornata) et a fait remarquer que, chez les hérons
(. Ardea cinerea et candidissima), on trouve assez souvent des try¬
panosomes.
Splendore (3) a observé deux trypanosomes chez le tico-tico
( Zonoirichia pileata) et chez une sahira ( Schistochlamis capis-
tratus).
Les trypanosomes, chez les oiseaux du Brésil, ne doivent pas être
très fréquents; Lutz et Meyer (4), qui ont fait de longues recher¬
ches sur les hémoparasites des oiseaux brésiliens, disent avoir
rencontré une seule fois des trypanosomes.
Pour notre part, nous avons examiné à plusieurs reprises un
très grand nombre d’oiseaux de différentes espèces, et nous n’en
avons trouvé que trois qui hébergeaient des trypanosomes.
Les trois oiseaux parasités appartiennent à des espèces diffé¬
rentes (5) ; ils ont été tués à la chasse ; leur sang a été étalé immé-
(1) Cité par Castro Cerqueira.
(2) A. de Castro Cerqueira, Contribuiçâo ao estudo dos trypanosomas das
aves. Thèse, Rio de Janeiro, iqoô.
(3) A. Splendore, Tripanosomi di uccelletti e di pesci brasiliani, Revista da
Soc. Scient, de S. Paulo, vol. V, 1910.
(4) Lutz et Meyer. Hématozoarios endoglobulares, Revista medica de S .
Paulo , 1908, p. 177.
(5) Nous remercions M. von Ihering, le distingué directeur du Musée pau-
lista, de l’amabilité avec laquelle il a bien voulu déterminer les oiseaux para¬
sités.
39(5 * Bulletin de la Société de Pathologie exotique
• , t
»• \ t
diatement sur des lames qui ont été examinées après coloration au
Leishman; l’examen à l’état frais n’a pas été fait.
I. — Trypanosome du Piasa cayana macrura Cab. F. H. —
L’oiseau est vulgairement appelé « Alma de gato » ou « rabo de
palha » ; il appartient à la famille des Cuculidœ.
Le spécimen parasité a été tué en avril 1909, à Resaca, municipe
de Mogy-Mirim, dans l’Etat de Sâo Paulo.
Les trypanosomes sont assez rares dans le sang, mais sur cha¬
que lame on peut en trouver plusieurs exemplaires. On distingue
assez facilement deux types; l’un assez mince (fig. 1 a), l’autre
plus aplati et plus large (fg. 1 b).
Le hlépharoplaste, ovale ou rond, est presque terminal et tou¬
jours très apparent, En avant, on note une petite vacuole.
La membrane ondulante, assez étroite, est longée par un flagelle
très fin dont la partie libre est visible seulement dans les prépara¬
tions bien réussies.
m Fig. 1. — Trypanosome
3^ du Pia\a cayana.
a
Le protoplasme se colore intensivement en bleu et présente un
aspect finement aréolaire.
Le noyau, situé dans le tiers antérieur, occupe souvent presque
tout le diamètre du parasite.
Voici les dimensions du trypanosome :
De l’extrémité postérieure au centrosome ... 1 g
Du centrosome au noyau . 6,5-8 »
Noyau . 2-2,5 »
Du noyau à l’extrémité antérieure . 4-5 »
Flagelle libre . 6 »
Longueur totale (flagelle compris) . 19-23 »
Largeur maxima. . . . 2-3,5 »
20 Trypanosome du Batara cinerea Vieill. — Cet oiseau, vul¬
gairement appelé « seis horas » ou « borralhara » appartient à la
famille des Formicariidœ . Le spécimen parasité a été tué au même
endroit et à la même date que le précédent.
Séance du 13 Mai 1914
397
Le trypanosome rencontré chez cet oiseau ressemble beaucoup,
pour la forme et pour les dimensions, à celui que nous venons de
décrire.
Fig-. 2. — Trypanosome
du Bat ara cinerea.
Il est très rare dans les préparations et se présente aussi
sous deux formes : Tune plus large (fig. 2 a), l’autre plus étroite
(fig. 2 b).
Le blépharoplaste est gros, fortement coloré, situé très près de
l’extrémité postérieure, pointue; on note aussi la vacuole préblé-
pharoplastique.
Le noyau est situé vers le milieu du parasite, mais plus près de
l’extrémité antérieure.
Le protoplasme est aréolaire et se colore en bleu foncé.
3° Trypanosome du Pitangus sulphuratus maximiliani Gab.
et H. — Cet oiseau, appelé vulgairement « bem-te-vi », appartient
Fig. 3. — Trypanosome
du Pitangus sulphuratus .
à la famille de Tyrannidæ et il a été tué en décembre 1913, à
Iguape, sur le littoral de l’Etat de Sâo Paulo.
Dans nos préparations, le trypanosome était excessivement rare,
et nous avons pu trouver seulement deux individus, ayant une
forme un peu différente, l’un semblant un peu plus court et plat
(fig. 3 à) que l’autre (fig. 3 b).
Le blépharoplaste ovoïde, subterminal, se colore en rouge foncé.
La membrane ondulante paraît plus étroite dans la forme longue
398
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que dans la forme aplatie ; elle se colore faiblement. Le proto¬
plasme se colore en bleu avec une intensité moyenne ; on observe
deux vacuoles tout près du noyau, l’une en avant, l’autre en
arrière.
Le noyau, quelque peu diffus, est situé sur le tiers antérieur
et près d’un des bords.
Voici les dimensions du trypansome :
De l'extrémité postérieure au centrosome . . 1 1/2 g
Du centrosome au noyau . 8 »
Noyau . 2 1/2»
Du noyau à l’extrémité antérieure ... 5 »
Flagelle libre . 6 »
Longueur totale (flagelle compris) .... 23 »
Largeur ma xi ma . 2 1/2-4 1/2 »
Institut Pasteur de S. Paul (Brésil).
4 „ c
Le Larbish ou Œrbiss des Ouoloffs,
pseudo-myiase rampante sous-cutanée du Sénégal
Par E. ROUBAUD.
Bérangkr-Féraud dans son traité clinique des Maladies des
Européens au Sénégal a décrit sous le nom déformé de Larbish
une affection cutanée curieuse, dénommée Œrbiss par les Ouoloffs,
et qui sévit au Sénégal pendant les mois d’hivernage. L’affection
se traduit sur les membres ou sur le corps par la poussée d’une
sorte de petit canal filiforme de i mm. 5 de diamètre, paraissant
sous-épidermique mais en relief à la surface de la peau et rempli
d’une sérosité claire. Ce canal s’accroît constamment en longueur,
progressant souvent de plusieurs centimètres par jour, en un tracé
essentiellement capricieux et irrégulier. Les malades perçoivent
nettement à une sensation de brûlure plus ou moins vive, la pro¬
gression de leur sillon, surtout pendant la nuit. Ils ont l’impres¬
sion du cheminement dans la peau d’un parasite vermiforme. La
paroi extérieure du canal est très mince, d’apparence purement
épidermique et se crève facilement. Elle peut se distendre locale¬
ment, dans les parties anciennes et donner naissance à des cloques
Séance du 13 Mai 1914
399
plus ou moins étendues, qui se crèvent facilement et laissent
échapper la sérosité qu’elles renferment.
L’affection livrée à elle-même peut durer plusieurs mois. Sou¬
vent elle se résoud localement en ulcères qui envahissent plus ou
moins l’étendue de la surface infectée et terminent l’évolution
de l’affection. Les traitements antiseptiques locaux même éner¬
giques, l’injection de sublimé, de teinture d’iode, sont d’ordinaire
sans effets immédiats sur la progression du canal. Seul un cure¬
tage complet et soigneux aux parties initiales est susceptible de
suspendre radicalement la progression des sillons.
L’Œrbiss n’est pas rare au Sénégal. 11 est constant d’en rencon¬
trer chaque année, en hivernage, plusieurs cas dans la population
européenne des grands centres, à Dakar, Thiès et St-Louis. Sa pré¬
sence passe souvent inaperçue chez le noir, mais elle y est certaine¬
ment assez fréquente. Grâce à l’obligeance des docteurs Sautarel
à Dakar et Verdier à Thiès qui nous ont les premiers renseigné
sur l’existence de l’affection au Sénégal, il nous a été possible d’en
examiner une demi-douzaine de cas, dans ces deux localités, à la fin
de l’hivernage 1913. Les sillons siégeaient dans tous ces cas aux
membres, indifféremment aux jambes, aux pieds ou aux mains ;
ils pouvaient être multiples sur le même individu, placés ou non
sur les parties découvertes.
Contrairement à l’opinion de Bérenger-Féraud, d’après les
cas que nous avons pu voir, nous ne croyons pas que l’affection
atteigne de préférence les endroits du corps ayant été en contact
avec la terre humide. Elle nous paraît débuter au niveau d’une
piqûre ou d’une solution de continuité de l’épiderme. La plupart
des malades accusent comme point de départ de l’affection une
petite éruption provoquée par la piqûre d’un insecte.
L’Œrbiss existe certainement dans d’autres régions de l’Afri¬
que occidentale, mais les documents nous font actuellement défaut
pour l’affirmer. D’après les renseignements obtenus des indigènes
il se rencontrerait au Soudan.
A première vue, l’Œrbiss des Ouoloffs paraît devoir d’identifier
avec cette catégorie spéciale de Myiases, dite Myiase rampante ou
Myiase linéaire ( Hantmaulwurf , Creeping disease des auteurs
allemands et anglais, Volostik des russes). On sait que cette myiase
est due au développement aberrant sous la peau de l’homme de
larves d’Œstrides, tantôt de larves de Gastrophilus, tantôt de
larves d’Hypodermes. Ces larves qui cheminent sous la peau
400
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pendant un temps plus ou moins long (plusieurs mois d’après
Hœgh) ont été fréquemment rencontrées en Europe septentrionale,
principalement en Suède et Norvège, en Russie, en Sibérie, dans
des tracés épidermiques mobiles plus ou moins apparents.
Or, en aucun cas, aussi bien d’ après les recherches de Béren¬
ger- Féraud et ses collaborateurs, que d’après les nôtres, d’après
celles également des nombreux médecins qui au Sénégal ont eu
l’occasion d’ouvrir des sillons d’Œrbiss, il n’a été découvert de
larves ou d’autres parasites vermoïdes à l’intérieur de ces sillons.
Ces larves étant relativement faciles à voir, il est permis de penser
que l’CErbiss n’offre, en réalité, rien de commun avec la myiase
rampante d’Europe.
Il existe d’autre part dans la littérature plusieurs observations
d’affections cutanées tropicales dont les symptômes ne diffèrent
pas de ceux de l’Œrbiss sénégalais, et qui ont été constamment
identifiées sans preuves à la Mviase rampante. Dans aucune de ces
observations il n’est fait mention de larves ou de parasites quelcon¬
ques rencontrés dans les sillons.
Ainsi Fülleborn (i), dans les deux observations qu’il donne
d ' H aiitmaulwurf chez des Européens provenant de la Côte Occi¬
dentale d’Afrique (Sierra Leone et Libéria), n’a pu réussir à met¬
tre en évidence aucun parasite le long des fines galeries cutanées
très semblables à celles de l’Œrbiss qu’il décrit et figure. C’est
également sans faire mention du parasite que Medenbach (2) si¬
gnale la même affection à Sumatra, de même que Kulz (3) au
Cameroun. Waldow (4) antérieurement, pour des cas de Creeping
disease rencontrés dans ce dernier pays, avait incriminé sans
preuve des filaires ( Filaria loa ), mais il n’a point observé les para¬
sites dans les sillons eux-mêmes.
Au Brésil, les cas de Myiase linéaire relatés récemment par Odo-
rico de Moraes (5) à Ceara, sont étroitement superposables à ceux
de l’Œrbiss sénégalais. Mais pas plus que dans la précédente ob¬
servation de Fülleborn (6) relative à un tracé d ’ H autmaulwurf
chez un Européen provenant également de ce pays (Bahia et Rio),
(1) Beih. Arch. f. Schiffs u. Trop. Ht/ g., 6. 1908.
(2) Arch. f Schiffs u. Trop. Hyg.. iqio. p 130.
Cp Arch. f. Schiffs u. Trop. Hyg . XVIT, déc 1912.
(p Arch. f. Schiffs u. Trop. Hyg , XI !, 1903, p. 182.
(4 Norte Medico , Ceara , I, 4, 30 juin 1913.
(6) /. cit., p. 22.
Séance du 13 Mai 1914 . MM
il n’est fait mention, dans ces différents cas, de la découverte d’un
parasite quelconque.
Ces considérations nous amènent à penser qu’il existe, dans diffé¬
rentes régions tropicales, en particulier au Sénégal, à la Côte
Occidentale d’Afrique et au Brésil, un type d’affection cutanée
mal précisé, ressemblant dans ses manifestations extérieures à la
• Myiase rampante de l’Europe septentrionale, mais d’une nature
parasitologique tout autre. L’examen histologique des lésions
d’Œrbiss confirme d’ailleurs le caractère très spécial de cette affec¬
tion. Le Dr Verdier, de Thiès, a bien voulu prélever pour nous
un fragment de peau renfermant un sillon complet d'Œrbiss à ses
débuts, mesurant 2 cm. 5 de longueur. Dans les coupes, la lésion
essentielle qui peut être observée consiste dans une sclérification
remarquablement prononcée des vaisseaux du derme, accompa¬
gnée d’infiltration périvasculaire. La lumière de certains vaisseaux
se montre parfois presque complètement oblitérée par l’épaissis¬
sement de la paroi résultant de la prolifération des éléments histo¬
logiques vasculaires. Ces lésions d’allure chronique qui atteignent
la plupart des capillaires de la partie moyenne du derme ne sont
pas sans rappeler la sclérose vasculaire syphilitique (1). Parfois les
éléments cellulaires se montrent étirés en fuseaux allongés, comme
da Rocha Lima en a obsédé dans la Verruga (2).
Aucune trace appréciable de sillon produit par le passage d’un
parasite n’est visible dans les coupes, si ce n’est peut-être un sou¬
lèvement local de la couche cornée, bien plutôt dû, pensons-nous,
à une sorte de filtration œdémateuse qui produit en surface l’as¬
pect de sillon linéaire mobile caractéristique de l’affection. En pré¬
sence de lésions d’irritation chronique aussi évidentes, localisées
entièrement aux éléments vasculaires, il est impossible de songer
à l’action d’un parasite macroscopique mobile à l’intérieur de
peau. Pour nous l’Œrbiss sénégalais, et les diverses affections tro¬
picales analogues rangées dans la catégorie des Myiases ram¬
pantes, dans lesquelles aucun parasite macroscopique défini n’a pu
être mis en évidence, sont des affections spéciales, caractérisées
par une irritation vasculaire superficielle, due à des influences
inflammatoires chroniques non précisées. A ce titre il nous a paru
u+ile d’attirer sur ces singulières affections l’attention de la
Société.
(1) le remercie ici M. le Dr Pettit des intéressants renseignements qu’il a
bien voulu me donner à ce suiet.
(2) Verh. d. deutsch. Pathol. Gesellsch. Marburg., 31 mars 1913.
402
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Rapport sur une petite épidémie
de béribéri à Bokala (Congo belge)
Par A. DUBOIS et G. CORIN.
Il nous a paru intéressant de signaler cette épidémie, d’abord
vu la rareté des relations de béribéri au Congo belge, ensuite en
raison des particularités étiologiques de la présente épidémie.
Il s’agit de cas bénins (un cas de mort douteux) s’étant déclarés
à Bokala (poste agricole de la rive gauche du Kasaï).
Voici, brièvement, les symptômes clinique* des malades :
I. Isangila. — Entre le 17-10-13, à l'hôpital de Léopoldville. OEdèmes
des membres inférieurs. Marche difficile. Abolition des réflexes rotuliens.
Douleurs spontanées et à la pression, au niveau des mollets. Douleurs pré¬
cordiales. Pouls à 120.
h Guérison au début de décembre.
II. Tkolo. — Entre à l’hôpital, le 3-11-13. Parésie des membres infé¬
rieurs. Douleurs spontanées et à la pression au niveau des jambes. Aboli¬
tion des réflexes rotuliens. Pouls à 120.
ï Guérison au bout d’un mois et demi.
III. Yamaboka. — Entre le 26-11-13. Œdème des membres inférieurs.
Douleurs spontanées et à la pression depuis quatre mois. Réflexes patel¬
laires abolis.
Pouls à 120. Souffre d’oppression cardiaque depuis deux mois.
Sort, guéri, le 28-1-14.
IV. Moandja. — Entre le 9-12-13. Est malade depuis deux mois. Léger
œdème des jambes. Douleurs spontanées aux mollets. Paraplégie : la sta¬
tion debout et la marche sont impossibles. Abolition des réflexes rotuliens.
Pouls à 108. Léger souffle systolique au-dessus de la pointe.
Température oscille autour de 37°-37°3.
En moins d’un mois, les œdèmes disparaissent et le pouls redevient nor¬
mal. Mais, les réflexes rotuliens restent abolis ; la marche est impossible.
Ce n’est que dans le courant du mois de mars que le malade commence
à circuler péniblement.
Y. Piokolo. — Entre le 9-12-13. Malade depuis quatre mois. OEdèmes,
douleurs spontanées et provoquées aux jambes. Abolition des réflexes
rotuliens.
Douleurs précordiales. Pouls à 85.
Guérison, fin décembre.
VI. Lufungula. — Entre le 10-1-14. Malade depuis quatre mois. OEdè¬
mes et douleurs aux membres inférieurs. Réflexes rotuliens diminués.
Pouls à 100.
Est en guérison ; quitte l’hôpital, le 3-2-14.
Séance du 13 Mai 1914
403
VII. Mpiako. — Malade depuis quatre mois, est en guérison, lors de
notre séjour à Bokala (fin novembre 1913). Présente encore un léger
œdème des membres inférieurs; douleurs h la pression des mollets et des
bras. Réflexes rotuliens diminués. Pouls à 80.
Ne descend pas à l’hôpital de Léipoldville : est guéri au début de
décembre.
VIII. Bulieli. — Malade depuis cinq à six mois. A présenté de fœdème
des membres inférieurs et une grande difficulté de la marche. Douleurs
précordiales.
Au moment de notre arrivée à Bokala, le pouls est à 80. Les réflexes
rotuliens sont diminués.
En guérison ; ne descend pas à Léopoldville.
IX. Un malade ayant présenté des symptômes identiques (œdèmes,
paraplégie, douleurs) serait mort. Cas douteux.
Chez tous les malades, les urines ne renferment pas d'albumine.
Les selles contiennent des œufs d’ankylostomes ou d’ascaris. La
ponction lombaire est normale, sauf chez Ikolo que l’interroga¬
toire montre être un ancien traité pour trypanose.
Dans quelques cas examinés, le sang présente de la mononu¬
cléose ; mais comme Aubert et Heckenroth (i) le font remarquer,
et comme nous avons pu également L’observer, la mononucléose
peut apparaître chez le noir pour beaucoup de motifs (paludisme,
infections diverses).
En résumé, les symptômes observés sont : des douleurs provo¬
quées et spontanées aux membres inférieurs ; de l’œdème de ces
membres; l’abolition des réflexes rotuliens. La tachycardie et les
douleurs précordiales.
Ces symptômes d’une part, les caractères négatifs d’autre part
(absence d’albuminurie, de fièvre, d’altération du liquide céphalo¬
rachidien), enfin la forme épidémique, tout fait admettre le dia¬
gnostic de béribéri.
On ne peut attacher d’importance aux parasites intestinaux;
l’ankylostome surtout est le parasite régulier de presque tous les
noirs.
i
Etiologie. Cette épidémie très légère (8 ou g cas sur 19g tra¬
vailleurs au poste), ne présentant rien de bien saillant au point de
vue symptômes, nous a paru intéressante surtout par ses condi¬
tions étiologiques.
Les premières manifestations morbides se sont montrées en
juillet, août et septembre 1913 (fin de la saison sèche, début de la
(1) Aubert et Heckenroth, Formule leucocytaire des trypanosomiés, Bull.
Soc. Path. Exotique , 1912.
404
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
saison des pluies). Après évacuation des malades sur Léopold-
ville, il ne s’est plus produit de nouveaux cas.
»
Les sujets atteints étaient tous originaires du Lac Léopold II,
arrivés depuis environ un an, à Bokala, et n’ayant pas usé de riz
dans leur pays.
A Bokala, ils reçurent d’abord, outre une ration consistant sur¬
tout en manioc fermenté et cuit (chikwangue), additionnée de
viande (hippopotame, buffle ou antilope) au moins une fois par
semaine, deux verres de riz blanc tous les huit jours. Ce riz s’alté¬
rant, la distribution fut cessée en mars, quatre à cinq mois avant
l’apparition de l’épidémie.
La ration, à Bokala, est abondante : io kg. de chikwangue par
semaine, de la viande, du poisson, le maïs à bon compte ; les noirs
y ajoutent d’eux-mêmes différentes espèces de légumes ou de
fiuits. L’huile de palme est assez rare.
Bref, de l’avis même des travailleurs, la ration est beaucoup
meilleure et plus variée qu’à Léopoldville.
«
Il n’est donc pas possible de songer à donner au riz un rôle
semblable à celui qu'il a dans les épidémies d’Extrême-Orient, en
• »
constituant une nourriture monotone, privant l’organisme de cer¬
tains éléments importants.
Il n’est pas possible, toutefois, d’éliminer le rôle du riz comme
vecteur d’un agent infectieux ou toxique, et agissant alors comme
cause active et non comme cause privative. Il faut cependant
remarquer que la ration était identique pour tous les travailleurs
eL que, seuls, des voisins de case (voisins par sympathie de race)
ont été frappés.
Ce fait éveille plutôt l’idée d’un agent étiologique infectieux.
L’un de nous (Dr Dubois) essaya de reproduire l’affection chez
l’homme et chez l’animal :
Six noirs trypanosés, à la dernière période de la maladie, non
améliorés après divers traitements, mais ne présentant aucun
symptôme pouvant prêter à confusion (ni oedèmes, ni tachycardie,
ni douleurs aux j ambres, ni abolition des réflexes patellaires),
reçurent sous la peau de i à 2 cm3 de sang citraté de Isangila, le
2 décembre 1913, et de i à 2 cm3 de sang citraté de Moandja, le
13 décembre 1913.
Ces trypanosés habitaient un enclos spécial en dehors du poste.
Aucun ne présenta de symptômes suspects de béribéri ; un ma-
Séance du 13 Mai 1914
405
lade injecté mourut par suite des progrès de la trypanose, l’état
des autres reste mauvais.
, i *
Un cobaye reçut sons la peau io cm3 de sang; il ne présenta
d’autres symptômes que du manque d’appétit, pendant quelques
jours, et guérit sans suites.
Ces résultats négatifs concordent avec les expériences de plu¬
sieurs auteurs concluant à l’absence du germe hypothétique dans
le sang périphérique ; mais ils ne prouvent pas le caractère non
infectieux du béribéri : ou bien le stade infectieux est disparu
lorsqu 'apparaissent les symptômes, ou bien l’agent reste loca¬
lisé, dans le tractus digestif, par exemple.
( Laboratoire et Hôpital pour Noirs de Léopoldville).
/
Malades traités par l’émétine à Saigon et
au Cap Saint-Jacques pendant l’année 1913 (1)
Dysenteries amibiennes ou mixtes
Par R. DUMAS.
Désignation des
maladies
Total
des
malades
Guéris ou devant
être considérés
comme tels
cli niquement
Nombre
Pour¬
centage
Rechutes
Nom¬
bre
Pour¬
centage
Décès
Nom¬
bre
Saigon
Pour¬
centage
(1) Cette statistique a été établie pour l’ensemble des cas traités dans la
colonie ; la statistique de Brau, n° d’avril 1914, n’était que partielle.
406 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
i° L’action de l’émétine rapide sur la dysenterie amibienne est
nulle sur la dysenterie bacillaire pure.
2° Les maladies générales, telles que la tuberculose, la présence
de certains parasites dans le tube digestif semble retarder l’action
du médicament.
3° L’émétine ne met pas à l’abri des rechutes. Il est indispensa¬
ble d’instituer des cures d’émétine après la guérison, pendant la
convalescence et en cours de rapatriement.
4° Sur les complications amibiennes du foie (congestions aigues
ou suraigues), l’action du médicament est au moins aussi nette
que sur l’amibiase intestinale. On peut considérer l’émétine
comme une véritable pierre de touche des suppurations hépati¬
ques. On peut dire qu’elle jugule ces complications jusques et y
compris la période de nécrose. Son effet est moins certain sur
l’abcès.
Lorsqu’après un nombre suffisant d’injections d’émétine, la
lièvre, les symptômes de congestion ne tendent pas à disparaître,
il faut user de la ponction évacuatrice ou de l’hépatotomie.
5° Comme pour la dysenterie, des cures répétées d’émétine sont
nécessaires pendant la convalescence des congestions hépatiques
et après les opérations d’abcès du foie.
Sur l'absorption du rayonnement
solaire par la peau et son utilisation
dans l’économie animale
Par MIRAMOND DE LAROQUETTE.
Dans une note récemment présentée par M. le Professeur Lave-
ran à l’Académie des Sciences (i), j’ai rapporté des expériences
et des faits d’observation qui m’ont amené à penser que l’énergie
rayonnante du soleil est dans certaines conditions et dans une cer¬
taine mesure absorbée et utilisée par les animaux et par l’homme
lui-même, comme on sait que le fait normalement la plante.
Ce principe de physiologie générale et secondairement d’hy-
(i) Variations de la ration alimentaire et du poids du corps sous le rayonne¬
ment solaire, C. R. Ac. des Sc.t 23 fév. 1914,
Séance du 13 Mai 1914
407
giène et de thérapeutique que j’ai proposé pour la première fois
en 1912 dans une étude de l’action des bains de lumière n’avait
pas été précédemment, je crois, envisagé par aucun auteur ; il n’est
cependant pas en contradiction avec les données générales de la
biologie. Je vais montrer que pour ce qui est du moins de l’absorp¬
tion du rayonnement solaire il répond à des faits indiscutables.
Les expériences que j’ai rapportées concordent partiellement
avec les expériences calorimétriques de MM. Maurel, Lapic-
que (1), Lefèvre, de Bavière, Richet (2), Larguier des Ban-
cels (3), qui en élevant la température du milieu ont obtenu une
réduction de la ration d’entretien de divers animaux à sang chaud ;
mais ces auteurs ont vu là seulement et non sans raison le résultat
d’une moindre déperdition de la chaleur du corps.
Pour les homéothermes, en effet, l’élévation de la température
extérieure entraîne par moindre refroidissement une économie
d’énergie qui peut suffire à expliquer les observations pr'ses sur
des animaux à sang chaud placés à l’ombre ou en étuve à des tem¬
pératures plus basses que celle du corps.
Mais quand il s’agit de rayonnement solaire directement reçu
par les téguments, la déperdition moindre de calorique n’est plus
qu’un des éléments de la question et qui concerne seulement les
animaux à sang chaud. Pour tous les animaux quelle que soit leur
température et quelle que soit la température de l’air ambiant,
entrent alors en ligne de compte l’absorption et vraisemblablement
l’utilisation par les tissus d’une notable quantité d’énergie rayon¬
nante.
Le rayonnement lumineux pénètre en effet les corps transparents
quelle que soit leur température; les tissus de l’animal, surtout
la peau et le tissu graisseux sont transparents et comme je l’ai
montré (4), se laissent traverser jusqu’à 6 ou 8 cm. de profondeur
par le rayonnement solaire qui s’éteint en eux progressivement.
L’organisme animal reçoit ainsi nécessairement, passivement,
sans aucun travail, d’importantes quantités d’énergie.
Pour mesurer cette énergie et d’abord celle arrivant à la peau,
j’ai exoosé au soleil dans des cristallisoirs extérieurement isolés
des quantités d’eau noircie par addition d’encre. L’échauffement
(1) Laptcoue. Soc. de Biologie, 1893-1894. C, R. Ac. des Sc., 9 mars 1914.
(2) Richet, Soc de Biologie , 1902.
(3! Larguter des Bancels, Th. doct. Sciences , Paris, 1902.
(4) Absorptions des lumières, Paris médical . juillet 1912.
4U8
BüLL'iLLN DF. LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
et l’évaporation de l’eau en des temps donnés* et pour des surfaces
connues donnent approximativement en calories la valeur du
rayonnement reçu. Voici comme exemple un cas concret : le
3 avril, de 13 à 14 h., la température étant de 180 à l’ombre, de
32 0 au soleil au thermomètre noir et de 38° au thermomètre bril¬
lant, j’ai noté pour 200 g. d’eau additionnée de 2 cc. d’encre noire,
sous 105 cm2 de surface, un échauffement de 2.100 microcalories
(200 g. élevés de 220 à 32 0 5) et 8.074 microcalories de vaporisation
(11 g. 8 d’eau évaporée à 320), total 10.174 m. cal. absorbées en
une heure sous ro5 cm2, soit 97 m. cal. par cm2 de surface.
Suivant le jour et l’heure, j’ai trouvé au soleil à Alger de 10 à
15 heures des intensités variant de 60 à 150 m. calories par cm2 et
par heure.
Comme moyennes approximatives à Alger j’ai retenu les chif¬
fres de 107 m. cal. au printemps et de 139 en été.
En reportant ces chiffres à la surface du corps humain dont la
moyenne d’après Rübner est de 20.305 cm2 et en admettant que
2/ 5e de cette surface, soit 8.122 cm2, sont simultanément soumis
au rayonnement solaire direct, on voit que 869.054 m. cal. ou
environ 869 calories peuvent être reçus en une heure par un
homme à Alger au printemps, et 1.128 en été, non compté le
rayonnement diffusé ou réfléchi qui peut atteindre le reste du
corps. Pour mesurer le rayonnement qui pénètre les tissus, donc
le rayonnement absorbé, j’ai exposé au soleil à côté des cristalli-
soirs des segments de peau blanche ou à surface colorée en noir
et doublée de tissu graisseux et musculaire, un thermomètre étant
placé dans leur épaisseur. Pour se rapprocher des conditions des
tissus vivants les températures n’ont été retenues qu’à partir du
moment où celle de la peau a dépassé 32 °. J’ai trouvé que la
moitié environ du rayonnement reçu, traduit en calories, est
absorbé par la peau blanche et 65 % environ par la peau noire.
Ainsi pendant que la solution noire du cristallisoir absorbait
97 m. cal. par cm2, la peau blanche en absorbait 46 par cm2 et la
peau noire 62, le reste étant sans doute réfléchi.
Rapportés aux 2/5® de la surface du corps humain ces chiffres
donnent pour la peau blanche à Alger une movenne de 434 calo¬
ries absorbées par heure au printemps et de 564 en été, et pour
la peau noire une moyenne de 521 calories au printemps et de 676
en été.
Avec une insolation de 3 à 4 heures par jour pour les nègres
409
Séance du 13 Mai 1914
t
et de 5 à 6 heures pour les blancs, l’organisme reçoit ainsi plus
d’énergie qu’il ne serait nécessaire pour l’entretien de la vie s'il
n’y avait pas de déperdition (i).
Que devient cette énergie absorbée par la peau ? réduite vrai¬
semblablement en chaleur moléculaire après avoir produit dans
les tissus superficiels certaines actions biotiques encore indéter¬
minées, elle est sans doute véhiculée par le sang et répartie dans
tout l’organisme; diverses expériences d’insolation locale ou de
chauffage lumineux artificiel localisé m'ont donné la preuve de
cette diffusion de l’énergie ainsi absorbée. Ne peut-on penser
qu’elle s’ajoute et se confond même, pour les besoins de la vie,
à l’énergie libérée des aliments?
Cette idée cadre avec le principe de la conservation de l’énergie
et avec ce que l’on sait des multiples transformations d’énergie
qui s’opèrent dans l’organisme. On tend, il est vrai, à admettre que
l’énergie des aliments se transforme dans l’économie directement
en mouvement ou en travail organique; la chaleur ne serait qu’un
excretum, une énergie dégradée. Il en est peut-être ainsi le plus
souvent, mais rien ne prouve que le calorique qui charge les
tissus ne subit pas dans quelques cas des transformations inverses :
M. Meyer a dit que le muscle marche avec la chaleur1 2 à l’état nais¬
sant ; le refroidissement du muscle au début de la contraction peut
aussi s’interpréter dans ce sens. Un apport modéré de chaleur et
particulièrement comme je l’ai montré de chaleur lumineuse (2),
plus active parce que sans doute plus pénétrante, exagère toutes
les manifestations de la vie animale : sécrétions, circulation, mou¬
vements, croissance, génération. N’v a-t-il là qu’un phénomène
d’excitation ou n’est-ce pas plutôt un exemple d’absorption et
d'utilisation directe de l’énergie ambiante?
D’autres faits d’observation orientent l’esprit dans ce sens : le
(1) Sous des vêtements les conditions sont très différentes, une seule épais¬
seur de linge blanc réduit de 40 à 50 0/0 le rayonnement reçu. Sous plusieurs
épaîs-eurs et surtout sous les étoffes de couleur le rayonnement est complète¬
ment amorti réduit en chaleur obscure non pénétrante, peu ou pas absorbée.
Diverses exnériences m’ont montré que la peau et le tissu graisseux très per¬
méables aux rayons lumineux sont très résistants à la chaleur obscure, condi¬
tion très favorable à la conservation de la chaleur du corps, un segment de
peau exposé 30 min. au soleil et s’étant échauffé de 210 à 320,3 a mis ensuite
1 1 5 min. à l’ombre pour revenir à sa température première.
(2) Effets du surchauffage lumineux, Congrès international de Physiothéra¬
pie, Paris, 1910.
29
410
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lézard immobile sur la pierre chaude, la mouche entre deux vols
posée sur la vitre, la cigale qui douze heures durant bruit dans la
lumière, l’arabe qui tait la sieste au soleil, les convalescents, les
vieillards, les malades étendus dans les sanatoiria ne paraissent-ils
pas tous demander au soleil et trouver dans son rayonnement une
véritable recharge dynamique.
En 189S, pendant une disette dans une région d’Algérie, des
indigènes que j’interrogeais sur leusrs moyens de vivre et qui
malgré leurs privations et leur amaigrissement paraissaient bien
portants me répondirent : nous dormons au soleil.
La suppléance de l’énergie alimentaire par le rayonnement
solaire est certainement limitée par le besoin d’albumine et la
réparation des tissus, mais aucune impossibilité physiologique
ne s’oppose à l’utilisation fonctionnelle du rayonnement; et nulle
raison certaine n’oblige à distinguer dans le budget énergétique
de l’économie une chaleur fonctionnelle qui serait uniquement
d’origine alimentaire, et une chaleur de déperdition ou d’absorp¬
tion qui serait indifférente et inutilisable pour les fonctions
vitales.
L’absorption du rayonnement solaire par la peau et son utilisa¬
tion comme énergie par l’organisme donnent enfin des bienfaits
de l’Héliothérapie une explication simple qui supplée au moins
partiellement à l’insuffisance d’autres conceptions, notamment
celle basée sur l’action bactéricide de la lumière ou de l' ultraviolet
dont le rôle est en l’espèce bien restreint, puisque cette action ne
peut s’exercer sur les lésions profondes, notamment les tubercu¬
loses osseuses, péritoneales, pulmonaires, si bien guéries pourtant
par la cure solaire.
Depuis quelques années de nombreux travaux, notamment sur
les tropismes des animaux et des plantes ont de beaucoup réduit
les absolues différences que l’on établissait autrefois entre ces
deux catégories d’êtres vivants. On se trouve davantage encore
engagé dans cette nouvelle orientation des idées si l’on admet
l’absorption et l’utilisation du rayonnement solaire par l’orga¬
nisme animal, absorption et utilisation qui sont je crois mises en
évidence à la fois par l’expérimentation du laboratoire, par de
nombreuses observations biologiques et par les résultats cliniques
de l’Héliothérapie. Ainsi se trouverait, en effet, effacée une des
principales distinctions de principe qui paraissaient encore séparer
des végétaux l’organisation et l’économie animales.
Séance du 13 Mai 1914
4î 1
D cs enquêtes et de l'appréciation
des statistiques en matière de paludisme
Par NI CLOT.
Il m’a été donné pendant une quinzaine d’années de ma vie
militaire d’être chargé de laboratoires de Corps d’Armée, en
même temps que j’étais médecin-traitant d’un service hospitalier:
j ’ai souvent constaté des incongruences entre les prévisions de la
clinique ou de l’épidémiologie et les résultats recueillis par les
techniques adéquates, mais ces contradictions n’étaient d’ordi¬
naire qu’apparentes et chaque fois que les malades ou les groupe¬
ments épidémiques étaient à la portée de mon observation, j’ai
pu en éclaircir les causes. Il n’en va pas de même pour les colla¬
borations à distance, pour les prélèvements et les échantillons
reçus de loin, et s’il y a incohérence des résultats, demeurée sans
explication, cette incohérence est parfois imputée au passif de la
doctrine elle-même par nos correspondants étonnés. Dix ans de
recherches comparatives à l’Occident de nos possessions algé¬
riennes ou dans le Sud-Ouest de la France m’ont paru établir
qu’au moins dans ces régions l’abondance anophélienne témoi¬
gnait d’un présent ou d’un passé palustre. Aucune des enquêtes
que j’ai poursuivies personnellement n’a laissé la théorie en
défaut (i).
Nulle investigation ne vaut celle de l’expert qui sait conjuguer
et proportionner les divers moyens d’information : ne t’attends
qu’à toi seul.
A
Pour ne parler que de l’armée, c’est ainsi que des travaux du
plus haut intérêt rappellent les noms de Billet, dans la province
de Constantine, de Foley et Yvernault, dans celle d’Oran.
Dans cette dernière région, pendant une période quadriennale,
des envois de quinzaine m’étaient adressés de tous les postes, des¬
tinés à préciser la faune anophélienne locale : pour moins sûre
qu’elle soit, cette méthode a pourtant fourni des constatations
intéressantes. Elle a pu néanmoins, autre part, en cas d’expédi-
(i) Bullet. de la Soc. de Path. Exot., 8 juillet rqo8, p. 437, et 9 nov. 1910,
p. 663, etc.
412
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
teurs insuffisants dans leur rôle, par la rareté ou la déficience des
vérifications, permettre des conclusions erronées : ainsi Sergent
eut à rectifier jadis cette assertion inexacte qui contestait à Batna
la présence d’anophélines.
11 convient d’inviter le ban et l’arrière-ban à ces recherches
régionales, de répandre à profusion la propagande spéciale ; au¬
cun médecin civil, aucun camarade de l’armée ne devrait partir
en pays palustre sans justifier des connaissances élémentaires
indispensables en matière malarienne et sans être doté d’un de ces
nécessaires de laboratoire si peu encombrants que l’ industrie nous
prépare; mais il n’est pas légitime d’utiliser contre la doctrine, à
titre d’arguments, les tentatives imparfaites ou négatives de gens
qui s’essayent, ni d’utiliser officiellement, sans contrôle, les docu¬
ments qu’ils procurent. La compétence ne s’improvise point et ’a
distinction s’impose entre des témoignages d’une égale valeur.
Il serait aisé de citer telle erreur lourde, ayant dévoyé les mesures
préventives, reconnaissance à faux des hématozoaires, où il s’agis¬
sait des méfaits du typhosus, ou telle autre, procès-verbal de
carence dressé contre l’anephéline, par un cavalier en quête d’en¬
tomologie, alors qu’une bonne moitié des malades du village con¬
taminé, évacués sur ma division de fiévreux, décrivaient l’empla¬
cement où ils campaient, parmi les trous d’eau herbeux, sons des
tentes habitées de moustiques. Ce village ne laisse pas cependant
de figurer à titre d’exemple publiquement invoqué comme foyer
de paludisme dépourvu d’insectes vecteurs.
Les garanties les plus serrées seront donc exigées d’un compte
rendu qui entraîne des conséquences prophylactiques ou dont on
prend acte pour une publication scientifique.
*
* *
Pour exposer ces directrices nécessaires à l’ interprétation des
résultats, le milieu militaire est un objet d’études favorable; il est
du reste d’importance primordiale en pays colonial.
Les troupes sont en marche, en stationnement ou en garnison.
L’autorité a besoin d’être renseignée, dans chacune de ces situa¬
tions, sur les dangers que court le soldat.
Pour les périodes de marche, d’expédition ou de manœuvres.
1a notoriété d’insalubrité fournit d’ordinaire un premier appoint
précieux; on a conseillé de définir la morbidité indigène, surtout
Séance du 13 Mai 1914
413
chez les jeunes sujets ; enfin la préparation à loisir des opérations
comporterait des examens de sang et de moustiques dont on
pourra, le cas échéant, demander la détermination au laboratoire,
s’il est accessible. Ce sont des moustiques adultes qu’il faut re¬
cueillir, qu’on emballe par tous les procédés de fortune, comme
des logettes en carton ou du papier fin en feuillets superposés.
Quand j’opère sur place, qu’il me soit permis d’ajouter que je
préfère, sauf indication particulière, récolter des larves dont l’iden¬
tification est aussi probante et la chasse plus facile ; je les con¬
duis jusqu’à l’état adulte s’il demeure quelque incertitude sur la
taxinomie. Pour les conserver ou les envoyer à distance, les larves
et les moustiques sont reçus dans l’alcool absolu ou montés dans
le baume, qui a l’inconvénient d’enlever à ces derniers leurs carac¬
tères objectifs macroscopiques, aussi est-il préférable de les dis¬
poser à sec entre ces deux lames de verre, dont une excavée, qu’on
trouve dans le commerce à usage de vaccin. Après de nombreux
essais, ce dernier mode de protection m’a paru excellent de tous
points : dans une salle de cours, un échantillon d’insecte, visible
sous toutes ses faces, circule impunément sans être détérioré.
Les troupes en marche doivent apprécier non seulement le pays
traversé, mais connaître de leur propre état sanitaire : si la popu¬
lation indigène est la provendière habituelle de la graine palus¬
tre, il est inexact de supposer que celle-ci ne puisse être véhiculée
par le soldat lui-même, surtout s’il s'agit de tirailleurs ou de
légionnaires, Le refroidissement, les fatigues « battent le rappel de
la diathèse » et provoquent l’éclosion en masse d’accidents palus¬
tres, fièvre d’accès chez d’anciens impaludés ; on serait mal venu
d’accuser la région parcourue.
Les directeurs qui jugent sur pièces peuvent être trompés par
la surcharge de la statistique à ce propos, s’ils ne sont informés
par un avertissement des médecins de la colonne intéressée, et
croire à des fièvres de première invasion.
Enfin la statistique doit se préoccuper de l’application des me¬
sures prophylactiques : la quinine préventive, pour utile qu’elle
soit, ne saurait être continuée à un colon toute une vie ; son appli¬
cation est ici triomphale. Tels ont nié l’efficacité de la méthode
qui n’ont pas surveillé eux-mêmes et ont délégué à autrui l’admi¬
nistration du produit spécifique.
Les troupes en stationnement sont hors des lieux habités, dans
les camps, ou dans des cantonnements. En diverses publications.
4 1 4
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
j’ai insisté sur les conditions dangereuses qu’offrait maintes fois
aux futurs occupants la discussion incomplète de l’assiette choisie
pour rétablissement des camps : Chanzy, Adjroua, Lourmel,
Oudjda, en Oranie, Berkane, au Maroc, m’ont offert des argu¬
ments à l’appui de mes dires.
On tiendra compte, dans cette mise au point des lieux, tant des
anciennes données de l’étiologie que des nouvelles : il ne s’agit
pas de remplacer, mais de parfaire.
En ce qui concerne les moustiques, les tentes « Marabout » sont
des champs de capture merveilleux et se prêtent au mieux à cette
détermination.
Ces installations précaires en pays suspect sont le vrai plan de
campagne du médecin, la victoire de la discipline hygiénique,
édictée avec clairvoyance, ferme dans l’exécution, telle que les
Américains viennent de l’appliquer à Panama.
Si le paludisme est prédominant, les réserves nécessaires n’en
seront pas moins ménagées à son endroit, car si sa rubrique en¬
globe à l’hôpital maintes espèces étrangères, il en va de même en
épidémiologie, pour nombre d’infections typhoïdes : Maillot
s’est défendu déjà de semblable confusion.
Les garnisons sont moins souvent intéressées : ce sont des
centres que la culture est en train d’assainir et qui ne sont fié¬
vreux, au moins collectivement, qu’aux époques de grande endé¬
mie. Une tradition s’est créée autour d’eux qui en a fixé la répar¬
tition sur carte, et je ne connais point d’exception où le point
désigné comme palustre n’ait été en même temps anophélien.
A tout prendre, une objection reposant sur la formule inverse
serait plus spécieuse, telle zone m’ayant paru plus anophélienne
qu’elle n’était palustre, comme Arzew : mais Bordeaux, dont les
fièvres ont disparu, en conserve le souvenir sous forme de cette
même faune très richement développée.
Cette faune subit d’ailleurs une courbe multi-annuelle.
Pendant un lustre entier, j’ai procédé à l’inventaire estivo-
automnal, au niveau des gîtes que je connaissais, dans les envi¬
rons de Bordeaux, des larves rencontrées, et cette richesse s’est
montrée des plus variables. On ne doit donc tabler en matière de
statistique, que sur les faits positifs, les négatifs étant inopérants,
attendre le cycle de plusieurs années, multiplier les points d’exa¬
men, en appeler à des chercheurs compétents et se garder d’affir¬
mations prématurées : il m’est arrivé de ne plus trouver où j’avais
Séance du 13 Mai 1914
415
trouvé et vice-versa. 11 serait maladroit de juger du nombre habi¬
tuel des insectes de la contrée par le nombre reçu en un seul envoi,
mais il le serait encore plus de nier leur présence parce que l’on
n’a rien reçu.
Les enquêtes sont encore précieuses même autour de la plupart
des grandes villes d’Algérie et on y rencontre par places tel ma-
t
rigot dont l’écoulement suffirait à l’amendement d’un quartier
malsain .
Quant aux chiffres représentatifs du paludisme primaire et du
secondaire, le départ en sera longtemps encore des plus laborieux.
La fièvre d’accès débute parfois loin du point où le germe a été
contracté, sur le bateau de retour, en France. Les états numériques
publiés ne me paraissent mériter qu’une confiance discrète.
Enfin le médecin est en certaine occurrence complice involon¬
taire de Ferreur : à Waldeck-Rousseau, des exclus du pénitencier
de Mers-el-Kebir sont, au cours des travaux, atteints d’une prise
brutale de paludisme. Une partie est dirigée sur mon service
d’Oran : ils comptent comme paludisme primaire à l’hôpital
d’Oran.
L’exposition de ces quelques difficultés montre avec quelle pru¬
dence il faut se garder de couclure hâtivement, en ces matières,
d’après des données étrangères à ses propres constatations.
416 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Exploration scientifique du Sahara Constantinois
Oued Rir’ — Oued
Par Edm. SERGENT et H. FOLEY.
Continuant l’exploration méthodique du Sud-Algérien par les
méthodes pastoriennes, commencée en 1908 dans la vallée de la
'Saoura (Sahara oranais) (2), nous avons en 1912 dirigé nos in¬
vestigations vers les oasis du Sud Constantinois, Oued Rir’ et
Oued Souf [entre 3°30 et 4°30 Long. E. et 33° et 34° Lat. N.].
Ces deux régions voisines sont tout à fait dissemblables. L’Oued
Rir’ forme une cuvette allongée sur 150 kilomètres du Nord au
Sud entre Biskra et Touggourt, et dont l’altitude est très faible,
puisque certains points sont situés au-dessous du niveau de la
mer. Une nappe souterraine alimente un nombre toujours crois¬
sant de puits artésiens qui arrosent au moins 700.000 palmiers ré¬
partis dans 43 oasis. A cause de la faible altitude, les eaux sura¬
bondantes, ne trouvant pas d’écoulement, forment au voisinage
des oasis de vastes marécages. De plus, le sol étant fortement im¬
prégné de matières salines, les indigènes doivent creuser, pour
dessaler les terres, outre les rigoles d’irrigation qui répartissent
l’eau d’origine souterraine, des canaux de drainage plus profonds
(khandeg), et cette complexité du réseau de canalisations à ciel
ouvert augmente encore la surface des eaux croupissantes.
A cent kilomètres à l’est de l’oued Rir’, l’aspect du Sahara est
entièrement différent: c’est une mer ininterrompue de hautes du¬
nes de sable recouvrant la nappe souterraine de l’Oued Souf qui
n’émerge jamais à la surface du sol. Par un prodigieux labeur,
les habitants creusent dans ce sable de vastes entonnoirs, sembla-
(1) Mémoire présenté à la séance d’avril.
(2) Edm. Sergent et H. Foley. Exploration scientifique dans les vallées de
la Zousfana, de la Saoura et du Guir (Extrême Sud-Oranais, nov. 1908), Bull,
de la Soc. de Path. exot., 7, 13 juill. 1910, p. 471-483.
Séance du 13 Mai 1914
417
blés à de gigantesques gîtes de fourmis-lions dont la profondeur
atteint jusqu’à 12 mètres, au fond desquels ils plantent leurs pal¬
miers, dans un sol humide, à proximité de la rivière souterraine.
Tandis que dans les oasis de l’oued Rir’ le travail consiste à ame¬
ner l’eau jaillissante aux palmiers par des canaux d’irrigation,
dans le Souf, les indigènes rapprochent les palmiers de l’eau, et
s’occupent sans trêve à désensabler les jardins situés au fond des
entonnoirs que le sable des dunes envahit sans cesse.
418
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ainsi donc, contraste absolu entre ces deux régions voisines :
dans l’Oued Rir les eaux sont stagnantes partout; dans l’Oued
Souf elles n’affleurent nulle part.
Il nous a paru intéressant de faire une étude comparative de la
fréquence du paludisme dans ces deux régions où îes conditions
épidémiologiques (gîtes à Anophélines etc...) sont si différentes.
Nos recherches ont porté aussi sur le trachome et sur les ophtal¬
mies contagieuses dont on sait l’importance considérable dans la
pathologie saharienne.
Nous avons étudié l’ infection tuberculeuse dans les populations
autochtones de ces oasis, en la décelant, comme l’ont fait Cal-
mette et Metchnikoff, par les résultats des cutiréactions tuber¬
culiniques.
Nous rapportons entin les observations d 1 histoire naturelle que
nous avons faites en cours de route.
I. — PALUDISME,
i. — Oued Rir'.
Nos investigations ont porté dans 12 ksour différents sur un
ensemble de 918 individus.
Ces indigènes ont été examinés au commencement du mois
d’avril, avant le début de l’épidémie annuelle connue dans la ré¬
gion sous le nom de tehem. C’est donc V index préépidémique que
nous avons relevé.
Gîtes à Moustiques . — Ils sont constitués en très grand nombre
par les marécages étendus et profonds, appelés par les indigènes
bahr , qui sont alimentés par l’eau des puits artésiens, par les ca¬
naux d’irrigation, et surtout par les khandeg qui, creusés à un
niveau inférieur aux canaux d’irrigation, sont rarement à sec.
Toutes les larves que nous avons trouvées étaient des larves de
Culicines. L’eau des gîtes est toujours plus ou moins salée, mais
on sait que certaines larves de Culicines et d’Anophélines ( Pyre -
tophorus chaudoyei Theob.) peuvent vivre dans une eau dont la
teneur en sels est considérable (1).
(1) Jusqu’à 144 g. de NaCl par litre, pour les larves de Pyretophorus chau¬
doyei. Foley et Yvernault : Deuxième campagne antipaludique à Beni-Ou-
/
Séance du 13 Mai 1914
419
A partir de Mraïer, les Anophélines adultes étaient déjà très
nombreux. Nous en avons recueilli, dans nos chambres même, à
Mraïer (17 avril), à Djamà (18 avril). Ces Anophélines apparte¬
naient tous à l'espèce Pyretophorus chaudoyei Theob. trouvée et
étudiée pour la première fois dans la région de Touggourt par Bil¬
let et Chaudoye (i).
Les P. chaudoyei que nous avons recueillis à Mraïer présentent
quelques particularités dans la disposition des taches de l’aile.
A. Costa de l’aile. Type de Mraïer.
B. Costa de l’aile d’après F. V. Theobald.
Fig. 2. — Pyretophorus chaudoyei.
* ,
Type de Mrdier : 4 grandes taches noires, parfois aussi grandes ou plus
grandes que les taches claires qui les séparent. La première tache,
près de la base, très longue et ne s’étendant qu’en partie sur la première
longitudinale; les autres taches de plus en plus petites vers l’extrémité
de l’aile.
Type Theobald (2) : « Sur la Costa 5 ou 6 petites taches sombres, plus
petites que les intervajles jaunâtres, les 4 premières s’étendant également
sur la première longitudinale. La tache apicale de la costa petite, la sui¬
vante en général plus grande, mais sur certains spécimens très petite ; la
troisième tache est la plus grande, la quatrième est de la même dimen¬
sion que la seconde ; la tache basale est très petite. »
Réservoir de virus. ■ — Nous avons établi l’index endémique à
la fois par la palpation des rates et par la recherche des hémato¬
zoaires, en prélevant un frottis de sang sur chaque individu exa¬
miné.
Un premier fait nous a frappés, c’est que dans ces populations
qui ont des caractères négroïdes marqués, la réaction splénique à
l’infection palustre est analogue à celle des populations blanches
du Tell : la proportion des hypertrophies spléniques est nettement
supérieure à celle des individus parasités; l’index splénique en
nif de Figuif (Sud-Oranais), en 1908. Campagne antipaludique de 1 go8, Al¬
ger, Heintz, 1909.
(1) H. Chaudoye et A. Billet. Le paludisme à Touggourt en 1902 et des¬
cription des moustiques de 1 ouggourt. Archiv. de méd. et de pharm. milita
t. XLII, 1903, n. 1. — A. Billet, Soc. de 'Biol., t. LV, p. 565, 9 mai 1903, et
ïbid.y t. LVIII, p. 380. 25 février 1905.
(2) F. V. Theobald. A monograph of the Culicidœ or Mosquitos, t. III,
p. 69.
420
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tableau I
Index endémique des Ksour de V Oued Rir ’
Séance du 13 Mai 1914
421
422
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d’autres termes est supérieur à l’index plasmodique ; c’est l’in¬
verse de ce qu’on constate chez les noirs des régions tropicales.
Dans le tableau I (v. pp. 420 et 421) sont exposés les résultats
numériques de nos examens.
On constate d’un ksar à l’autre des variations assez considéra¬
bles de l’index plasmodique surtout: elles s’expliquent par la va¬
riété des conditions épidémiologiques locales, ces villages étant
assez éloignés les uns des autres.
Dans l’ensemble néanmoins, l’index préépidémique s’est trouvé
contre notre attente peu élevé: sur 918 indigènes des oasis de
l’Oued Rir’, 37 parasités (4,03 %) et 84 porteurs de grosses rates-
(9,15 %). Mais il est à remarquer que cette population est entière¬
ment composée de négroïdes analogues aux haratin du Sahara
Oranais, chez lesquels nous constatons depuis plusieurs années
une résistance manifeste à l’infection palustre qui atteint beau¬
coup plus sévèrement les blancs vivant à leur contact.
Etudes prophylactiques. — La prophylaxie antipaludique par
la quininisation est presque nulle, les habitants de ces ksour étant
éloignés de tout centre médical.
Une mesure d’ordre général, excellente en principe, est l’obli¬
gation qui a été récemment imposée par l’autorité administrative
d’abandonner les anciens villages aux maisons croulantes, aux
ruelles étroites et tortueuses qui étaient situés à proximité immé¬
diate des palmeraies et des marécages, et de les reconstruire ailleurs
sur un plan plus rationnel. Les nouveaux ksour ont été bâtis à dis¬
tance suffisante des gîtes à Anophélines, sur des mamelons quand
le relief du sol le permettait, avec de larges rues tracées à l’euro¬
péenne et des places bien ventilées. L’inconvénient qui résulte
pour les indigènes de l’éloignement plus grand de leurs cultures
et de leurs palmeraies est largement compensé par l’amélioration
des conditions hygiéniques, et ces déplacements onéreux, que l’ad¬
ministration n’a pu prendre à sa charge qu’en partie, ont été très
bien acceptés par eux.
Les officiers des Affaires indigènes (1) qui se succèdent dans le
commandement de la région ont poursuivi depuis plusieurs an¬
nées, avec une méthode et une continuité de vues qu’on ne saurait
trop louer, l’application de cette mesure prophylactique si intéres¬
sante (2).
(1) Capit-aine Flye Sainte-Marie. Assainissement de l’oued Rirh. Campa¬
gne antipaludique de IQOQ , Alger, imp algérienne, 1910.
(2) Schirmer écrivait déjà en 1893 • (< pourra sans doute assainir quel-
Séance du 13 Mai 1914
423
2. — Oued Souf.
Gîtes à Anophélines . — Nous n’avons pas découvert de gîtes à
Anophélines dans l’Oued Souf. Ils ne pourraient d’ailleurs y être
constitués que par de très rares puits éloignés des maisons, et
dont l’eau est fréquemment agitée. Des larves de Culicines (pro¬
bablement Theobaldia) ont été trouvées dans les bassins d’arro¬
sage du jardin des Affaires indigènes à El-Oued, que 8o kilo¬
mètres de dunes séparent des oasis de l’Oued Rir’.
Tableau II
Index endémique des Ksour de VOued Souf
Réservoir de virus . — Sur 240 individus examinés, un seul,
ques Oasis de l’oued Rirh, en dérivant les eaux stagnantes vers les dépres¬
sions voisines, en comblant les fossés des villes, en plaçant les villages en
dehors des jardins... ». H. Schirmer, Le Sahara, Hachette, 1893, p. 259.
424
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
âgé de iS ans, était infecté et porteur d’une grosse rate. Il est à
noter qu’un grand nombre des habitants du Souf émigrent ré¬
gulièrement vers le Tell algérien et surtout tunisien, et que cet
unique paludéen a pu s’infecter au cours d’un voyage (tableau II).
En somme, nos constatations confirment ce que l’on pouvait
aisément prévoir: l’existence du paludisme endémique dans
l’oued Rir’, pays de palmeraies irriguées et d’eaux stagnantes
(index plasmodique 4,03 %, index splénique 9,15 %) et son ab¬
sence à peu près complète dans l’oued Souf, pays de hautes dunes,
sans eaux de surface, (index plasmodique 0,4 % splénique 0,4 %).
II. — OPHTALMIES.
Nous ne pouvions faire en passant une enquête étendue sur les
ophtalmies contagieuses aiguës ou subaiguës qui ne deviennent
frequentes d’aileurs qu’au début de la période des chaleurs. Nous
nous sommes contentés de prélever pour l’examen microscopi¬
que les sécrétions conjonctivales des individus atteints de conjonc¬
tivite qui se présentaient à nous.
Nous avons trouvé, chez 24 sujets, en général des enfants, les
microorganismes habituellement rencontrés dans les régions sa¬
hariennes (bac. de Week s, diplob. de Morax, gonocoque, etc.).
Le trachome est extrêmement répandu dans les oasis de l’Oued
Rir’ et de l'Oued Souf: 87 % des enfants au-dessous d’un an
sont déjà porteurs de granulations. Cette proportion augmente
encore chez les individus plus âgés. Mais on observe dès l’en¬
fance des guérisons spontanées, et somme toute l’évolution du
trachome chez ces populations se montre bénigne. En regard de
la proportion très forte des granuleux, le pourcentage des indivi¬
dus atteints de complications palpébrales ou cornéennes est faible.
Cette bénignité de la maladie, le début précoce de la cicatrisation
spontanée, s’expliquent par une résistance particulière à l’égard
du trachome qui avait été signalée chez les nègres de l’Afrique
occidentale et que nous retrouvons dans les races négroïdes du
Sahara (1).
Les résultats d’ensemble de nos examens sont consignés sépa¬
rément pour les ksour de l’Oued Rir’ et pour ceux de l’Oued Souf
dans les 2 tableaux III et IV.
(1) H. Foley, Edm. Sergent. R. Mf.slin. Le trachome dans les régions
sahariennes. Immunité relative des races nègres. Bull, de la Soc. de Patli.
exotique , t. VI, n. 9, 12 nov. 1913, p. 634-637.
.
.
.
1 • .
.
<■
Planche V
Ed. Sergent et H. Foley
Fig. 3 — Mazzer-vieux.
Fig. 4. — Oughlana-vieux.
Villages anciens abandonnés par mesure prophylactique.
Planche VI
Ed. Sergent et H. Foley
Fig-. 5. — Sidi Khelill-neuf.
Fig. 6. — Tamerna-neuf.
Villages neufs bâtis loin des gîtes.
Examen des yeux dans les Ksour de l’Oued Kir’
Séance du 13 Mai 1914
425
!•
3o
Examen des yeux dans les Ksour de l’Oued Souf
426
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Séance du 13 Mai 1914
427
III. — TUBERCULOSE.
La tuberculose est relativement rare chez les indigènes des ré¬
gions sahariennes, où la pénétration européenne progresse lente¬
ment. Dans la région de Figuig (Sahara oranais) pour laquelle
nous avons les renseignements d/une pratique médicale de plu¬
sieurs années, la maladie n’occupe qu’une place peu importante
dans la pathologie locale, et la proportion des cuti-réactions tu¬
berculiniques positives, sur plus de 500 sujets soumis à cette
épreuve, ne dépasse pas 1 1 % chez les enfants de o à 15 ans et 35 %
chez les individus plus âgés.
Mais diverses relations de médecins qui ont exercé dans ce
pays attiraient tout particulièrement notre attention sur la région
d’El-Oued. Dans une étude médicale sur l’Oued Souf, publiée en
1886, le médecin aide-major Escard (i) ne mentionne pas la tu¬
berculose parmi les maladies qu’il a observées dans le pays. En
1893, Legrain, pendant un séjour de plus d’une année à El-Oued,
n’a rencontré que 4 cas indigènes de tuberculoses ostéo-articulai-
res ou ganglionnaires, et à signalé la « rareté de la tuberculose >>
dans cette partie du Sahara, rareté qu’il explique par « une quasi-
immunité des indigènes des régions sablonneuses » (2). En revan¬
che, en 1 9 1 1 , dans un intéressant rapport inédit adressé au Gou¬
vernement Général, le Médecin-major Cellerier fait ressortir
la fréquence de la tuberculose dont il a rencontré de nombreux
cas pendant un séjour de deux années.
La diversité de ces opinions nous engageait à vérifier le degré
de l’infection tuberculeuse dans la population indigène par l’é¬
preuve des cuti-réactions tuberculiniques. Les résultats de notre
enquête qui a porté à El-Oued même, sur 265 sujets de tout âge
et des deux sexes, sont résumés dans le tableau suivant :
(1) Escard. Etude médicale et climatologique sur le pays de l’oued Souf,
Archiv. méd. milit ., 1886, t. VII, p. 34-62.
(2) Em. Legrain. Notes sur la Pathologie spéciale des indigènes algériens .
Maloine (broch. sans date), p. 34-35-
428
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tableau V
Réactions tuberculiniques dans la population d’El-Oued
( Oued-Souf ).
La proportion des cuti-réactions positives dépasse donc ici très
notablement celle que nous avons indiquée plus haut pour la
région de Figuig (Lat. N = 32°, — Long. 3°30 O.) et celle aussi que
nous avons constatée dans des parties du Sahara plus éloignées
(oasis du Gourara et du Touat (entre 29°30 et 27 0 de Lat. N. et
20 et 50 de Long. O.)) au cours d’explorations récentes dont nous
publierons prochainement la relation.
A la différence de ce qu’on observe dans les autres régions sa¬
hariennes où nous avons fait avec le même matériel et la même
technique les mêmes investigations, l’aspect des réactions cuta¬
nées à la tuberculine chez les indigènes d’El-Oued se rapproche
de celui des cuti-réactions qu’on observe en Europe. L’inoculation
de tuberculine brute de l’Institut Pasteur au 1/4 déposée sur des
scarifications légères de l’épiderme, provoque, lorsqu’elle est po¬
sitive chez des Berbères et les négroïdes du Sahara Oranais, l’ap¬
parition de lésions discrètes sous la forme de papules assez rare¬
ment entourées, sur les peaux non pigmentées, d’une zone con¬
gestive peu étendue. Dans le Souf il est fréquent de rencontrer des
papules florides, largement surélevées, assez souvent couvertes de
vésicules, et presque toujours/ accompagnées d’une large zone
d’hyperémie réactionnelle.
Séance du 13 Mai 1914
429
Nous ne croyons pas que la fréquence de la tuberculose clini¬
quement décelable chez les populations du Souf et la prédomi¬
nance de l’infection bacillaire latente dans ce pays, comparative¬
ment à celle que nous avons constatée ailleurs, s’expliquent par des
questions de races. Elles ne tiennent pas non plus aux conditions
locales. El-Oued est une ville indigène isolée au milieu des sables,
dans un pays dont la climatologie se rapproche de celle des régions
sahariennes de même latitude. Mais les indigènes du Souf, les
Souafa, sont de grands migrateurs; bon nombre d’entre eux se
rendent chaque année pour leur commerce ou pour s’y employer à
des travaux divers dans les villes du Tell algérien et tunisien.
L’alcoolisme, d’autre part, malgré les efforts de l’administration,
s’il ne sévit pas dans l’ensemble de la population, fait du moins
des ravages individuels chez ceux des indigènes qui s’expatrient
annuellement et qui prennent souvent des habitudes d’intempé¬
rance au contact des Européens (i).
IV. — HISTOIRE NATURELLE.
Nous avons au cours de notre exploration fait quelques recher¬
ches de parasitologie animale ou végétale. L’examen du sang
des animaux suivants a été négatif :
Oiseaux :
Lucinia megaryncha Brehm ( tbakech ). Oued-Souf.
Lanius Senator Senator L. ( aglirin ). Oued-Souf.
Reptiles et Batraciens :
i Couleuvre indéterminée (Chegga).
i Lézard indéterminé (Erg. Souf).
3 Scincus officinalis Laur (id.) ( selgag ).
i Bufo vin dis Laur (Stah-el4iamraïa).
Végétaux. — La recherche de Leptomonas dans le suc de nom¬
breux échantillons d’Euphorbes variées (Ourmès, El-Oued, Mjaïr)
a été négative.
( Institut Pasteur d’ Algérie.)
(L Nous avons traversé dans l’oued Rir’ plusieurs Ksour. où au milieu
d’une population exclusivement indigène, vit un seul européen débitant de
boissons. Il suffit d’entrer dans un de ces débits pour se rendre compte que
le produit le plus en faveur est l’absinthe.
430
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Sur un Rhizopus pathogène de l’homme :
Rhizopus equinus (i) Lucet et Costantin 1903,
variété annamensis (2) P. Noël Bernard 1954.
Par P. Noël BERNARD.
On connaît à l’heure actuelle trois espèces pathogènes dans ie
genre Rhizopus (sous-famille des Mucorées, famille des Mucora-
cées, ordre des Phycomycètes) : i° le Rhizopus Cohni Berlese
et de Toni 1888, observé par Lichtheim (3) chez le lapin pour
lequel il s’est montré très pathogène; 2° le Rhizopus niger Cia-
glinski et Hewelke (4) 1893, rencontré chez l’homme dans un cas
de langue noire pileuse, inoffensif pour le lapin; 30 le Rhizopus
equinus Lucet et Costantin 1903, trouvé chez le cheval et très
pathogène pour le lapin.
J’ai isolé des expectorations d’un Annamite de Hué (Annam),
atteint de bronchite chronique, sur lequel le Dr L. Koun avait
appelé mon attention, un Rhizopus, qui fait l’objet de cette étude.
Les champignons du genre Rhizopus jouent d’ailleurs un rôle
qui n’est pas négligeable au point de vue industriel en Extrême-
Orient. Le Rhizopus orizœ intervient dans la fabrication de
l’Arack javanais. Le Mucor camhodja que Vuillemin considère
comme un Rhizopus, a été rencontré dans le levain cambodjien. Il
est distinct du Mucor Rouxianus (Amylomyces de Calmette). Le
Rhizopus japonicus a été trouvé sur un échantillon de Koji japo¬
nais. Le Rhizopus tonkinensis a été isolé d’une levure chinoise
provenant du Tonkin (5).
(1) Lucet et Costantin. Sur un Rhizopus pathog-ène. Bulletin delà Société
mycologique de France . XIX, p. 200. 1903.
(2) P. Noël Bernaud, Sur un Rhizopus pathogène de l'homme, Bulletin de
la Société mycologique de France , t. XXX, 1914, une planche.
(3I ^ ïchtheim, Zeitsch. f. klinische Med., VII, 148.
(4! Ciaglinski et Hewelke, Uber die Schwarze Zunge., Zeit. f. klin. Med.,
XII, no 6, 1893, p. 626.
(5) D’après Lucet et Costantin, loc. cit.
Séance du 13 Mai 1914
431
I. — Observation du malade (par le Dr Koun)
V., annamite âgé de 32 ans, infirmier à l’hôpital de Hué, se présente à
la consultation le 18 juillet 1911, se plaignant de tousser et de cracher
beaucoup. Ses crachats ont un aspect caractéristique : ils sont muqueux,
aérés et noirâtres comme mélangés de fines particules de charbon.
Examen du malade. — V. est légèrement amaigri, fatigué. Il présente
de fréquents accès de toux et un peu de dyspnée. L’examen de l’appareil
pulmonaire révèle une diminution de tonalité et d’élasticité dans toute
l’étendue du poumon gauche avec inspiration rude et expiration prolongée
au sommet et nombreux râles muqueux disséminés. A droite, rien d’anor¬
mal. Les autres appareils ne présentent aucune lésion apparente.
Evolution de la maladie. — V., dont le père est vivant et la mère morte
de maladie indéterminée, ne se souvient pas de ses antécédents avant 1 902,
date de son entrée au service d'infirmier. 11 déclare cependant avoir gavé
des pigeons avant cette époque en se remplissant la bouche avec des grains
de paddy (riz non décortiqué). i
Il aurait eu en 1903 de la bronchite avec fièvre et céphalalgie pendant
trois mois. Complètement guéri il se serait bien porté jusqu’en décembre
1909, époque à laquelle il entre à l’hôpital pour arthrite blennorhagique.
Il sort guéri le 5 janvier 1910.
Au début de septembre 1910, il tousse et est hospitalisédu 19 septembre
au 4 octobre. Aucune observation n’est prise à cette époque. Le malade se
rappelle qu’il ressentait un point de côté à gauche, qu il toussait et cra¬
chait abondamment. Ses crachats auraient eu le même aspect que main¬
tenant. 11 toussait encore à sa sortie de l’hôpital et ne s’est jamais rétabli
complètement. Une aggravation de son état constatée le 18 juillet 1911
nécessite une nouvelle entrée à l’hôpital du 5 août au 15 août. Il reprend
son service à cette date et continue le traitement institué antérieurement
(arsenicaux, iodures). Cette médication suivie très irrégulièrement ne pro¬
voque pas la guérison puisque, en décembre 1911, les crachats contien¬
nent toujours des stries noirâtres dues au champignon. L’état général est
satisfaisant, l’état local est stationnaire. A cette date le malade quitte le
pays.
II. — Recherche du champignon dans les expectorations
Les crachats muqueux, aérés, dont les stries filantes noirâtres
semblaient contenir de fines particules de charbon, manifestent, au
microscope, à l’état frais et après coloration, la présence de fila¬
ments mycéliens, de spores et de quelques sporanges. La recher¬
che du bacille de Koch est négative, ainsi que l’inoculation au
cobaye de fragments de crachats. Ces mêmes fragments, ense¬
mencés sur gélose de Sabouraud, donnent, en culture pure, un
champignon dont les sporanges et les spores sont identiques aux
formes observées dans les expectorations. Ce champignon est pa¬
thogène pour le lapin. Inoculé par voie intraveineuse ou périto¬
néale il tue cet animal en cinq jours. L’ensemencement d’une
432 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
*• v ... ‘ • * * #
goutte de liquide prélevée à l’autopsie dans le foie ou le rein du
lapin reproduit la culture initiale.
*
III. — Caractères morphologiques (i).
Ce champignon est très voisin de Rhizopus equinus Lucet et
Costantin 1903. Il en diffère surtout par la forme des columelles
et par les caractères culturaux.
Rhiqopus equinus var. annamensis . D’après P. Noël Bernard (/oc. cit.).
La columelle de Rhizopus equinus est le plus souvent oblongue.
Celle du Rhizopus qui fait P objet de cette étude présente la forme
d’une sphère dont un des hémisphères, celui qui fait suite au pédi-
(1) D’après la note parue clans 1 e Bulletin de la Société mycologique de
France, P. Noël Bernard, vol. XXX, 1914.
Séance du 13 Mai 1914
433
celle, serait fortement aplati et élargi, comme s’il avait subi une
pression de dehors en dedans au point même où se développe le
pédicelle (fig. 4).
Ce champignon, ensemencé sur divers milieux solides, présente
les caractères qui suivent : à la température optima de 36° à 38°,
il forme au début un mince duvet de filaments blancs qui envahis¬
sent complètement le tube en 3 ou 4 jours et constituent un feu¬
trage épais. Le cinquième jour apparaissent à la partie supérieure
du tube des fructifications à têtes noires. Elles forment une cou¬
che grise de 1 ou 2 cm. Quelques jours après, le tube est entiè¬
rement gris. Il prend une teinte brune ocracée pâle au bout de
quelques semaines. Cet aspect rappelle les caractères culturaux
de Rhizopus nigricans. Le Rhizopus e quinus donne sur tout le
milieu de culture un léger duvet au milieu duquel se montrent de
nombreuses petites têtes noires. Peu à peu les filaments mycéliens
se développent et remplissent le tube entier qui devient gris dans
toute sa hauteur. Dans les cultures âgées de six mois le feutrage
prend un aspect brun ocracé pâle.
On observe sur les mêmes milieux solides quatre types principaux de
fructifications.
1° Pédicelles fructifères isolés, sans rhizoïdes (forme mucor\ Lespédi-
celles mesurent de 72 g à 540 g de longueur et de 8 à 12 g de largeur. Une
des formes les plus fréquentes mesure 150 g de longueur sur 12 g de lar¬
geur.
2° Pédicelles groupés par deux à une faible distance l’un de l’autre, sans
rhizoïdes (forme mucor) (fig. 5). Les pédicelles sont parfois très courts,
l’un de 78 g de longueur sur 8 g de largeur. Les dimensions les plus fré¬
quentes sont : l’un des filaments 168 g de longueur sur 8 g de largeur,
l’autre 210 u de longueur sur 12 g de largeur. Espace entre les deux
pieds : de 30 à 45 g.
3° Pédicelles fructifères isolés sur un stolon pourvu de rhizoïdes (fig. 6, 7).
Ils ont les mêmes dimensions que les pédicelles isolés, forme mucor.
4° Pédicelles sporangiaux en bouquets de deux, sur un stolon droit ou
recourbé. Rhizoïdps (8, 9) La longueur des pédicelles est très variable.
Un type fréquent donne pour l’un des pédicelles 144 g de longueur sur 8 g
de largeur, l’autre 138 g de longueur sur 9 « de largeur. Maison trouve des
pédicelles qui mesurent jusqu’à 420 «et 780 g.
Les sporanges (fig. I, 2, 3). en forme de sphères légèrement aplaties
aux deux pôles mesurent de 48 « à 84 « de diamètre. Les columelle sont
de 18 g de hauteur à 24 g de lergeur jusqu’à 48 g de hauteur et 52 g de
largeur
La cutinisation s’étend aux pédicelles, aux rhizoïdes et aux stolons.
Elle est un peu moins accentuée sur les columelles.
Après la déhiscence du sporange il n’y a pas de collerette.
Ce champignon forme des chlamydospores intercalaires (fig. 10) ou
terminales (fig 11) de formes et de dimensions variables. Le plus fré¬
quemment elles mesurent, en citron 36 g de long sur 24 g de large, ron-
434 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
des de 30 y à 42 jx de diamètre, ovoïdes 60 \l sur 48 p. Ces chlamydos-
pores sont extrêmement nombreuses, même dans les parties aériennes.
Les spores arrondies, lisses ont 4 ^ de diamètre. Elles ne sont pas cuti-
nisées.
En résumé, sur l’avis de M. Pinoy, je donnerai la diagnose sui¬
vante :
« Rhizopus e quinus variété annamensis P. Noël Bernard.
« Forme constante Rhizopus à pédicelle sporangiaire en bou¬
quets de deux sur un stolon droit ou recourbé portant des rhi-
zoïdes. Forme mucor à pédicelles isolés sans rhizoïdes ; sporanges
en forme de sphères légèrement aplaties aux deux pôles de 48 4
à 84 u de diamètre.
« Columelle toujours surbaissée, de 18 y sur 24 y jusqu’à 38 y
sur 52 p.
(( Spores lisses arrondies 4 p de diamètre.
« Chlamydospores nombreuses. »
IV. — Propriétés biologiques.
Ce champignon qui avait été repiqué pendant plusieurs mois sur
gélose glucosée de Sabouraud où il donnait des cultures caracté¬
ristiques, a cessé brusquement de fructifier sur ce même milieu.
Il a produit alors en 48 heures un mycélium extrêmement touffu
qui s’est lentement affaissé sans avoir sporulé.
Sur carotte, sur pomme de terre glucosée, il a donné, à nou¬
veau, les cultures caractéristiques qui ont été décrites plus haut.
Fes conditions de température les plus favorables sont réalisées
de 370 à 390 : le mycélium a complètement envahi le tube le 3e ou
4e jour. Fe 5e jour les fructifications à tête noire forment à la partie
supérieure du feutrage mycélien une couche grise de 1 cm.
A 220 les fructifications n’apparaissent que vers le 8e jour, à
15 0 vers le 15e. Le champignon ne pousse pas à 50. Il donne de
42 0 à 450 une culture grêle.
Il est tué à ioo° en milieu humide en 15 à 20 minutes.
V. — Maladie expérimentale.
Animaux réceptifs. — L’inoculation des spores d’une culture
très riche de Rhizopus annamensis, en dilution dans l’eau physio¬
logique à 8 p. 1000, par la voie intraveineuse, ne provoque aucun
phénomène morbide chez le pigeon (Expériences faites en Annam),
Fe cobaye résiste à l’inoculation intrapéritonéale des spores de
Séance du 13 Mai 1914
435
deux à trois cultures sur carotte, diluées dans 5 cm3 d’eau physio¬
logique.
Une culture sur carotte tue le lapin en cinq jours, par inocula¬
tion dans la veine marginale de l’oreille ou dans le péritoine, des
spores diluées dans 3 cm3 d’eau physiologique. La mort survient
constamment entre le 5e et le 6e jour avec la dose massive que
représentent une culture entière, une demi-culture ou un quart de
culture. Un lapin inoculé avec dix mille spores a survécu dix jours.
Un autre inoculé avec cinq mille spores n’a pas succombé. L’ino¬
culation sous-cutanée est restée inoffensive.
Symptômes et lésions. — Pendant les quatre premiers jours qui
suivent l’inoculation, le lapin semble bien portant. Il a le poil
lustré, il s’alimente normalement. Au début du 5e jour il cesse de
manger ; il se pelotonne dans sa cage, le poil hérissé. Quelques
heures plus tard il est secoué par de violentes convulsions, puis
il se couche sur le côté, il ne réagit plus quand on le touche et il
meurt de 12 à 36 heures après le début apparent des accidents.
La nature des lésions anatomo-patholgiques macroscopiques
et microscopique est identique aux lésions déterminées par Rhi-
zo p 11 s e quinus (1).
L’autopsie montre que les organes atteints, congestionnés, pré¬
sentent à leur surface des tubercules miliaires isolés qui forment
un piqueté blanchâtre dont les points sont plus ou moins éloignés
les uns des autres suivant le degré de l’infection.
Le rein est l’organe constamment et le plus gravement atteint.
Il est congestionné et fortement augmenté de volume. Sa surface
est recouverte d’un fin semis de points blancs. A la coupe, les
fovers hémorragiques sont visibles à l’œil nu.
Le foie est volumineux et rouge foncé. Les granulations blan¬
châtres sont tantôt groupées par îlots, tantôt disséminées. Elles
sont parfois confluentes et constituent des taches jaunâtres qui
peuvent atteindre 1 cm2 environ.
La rate, augmentée de volume, présente le même aspect poin¬
tillé que le rein.
Les poumons présentent des zones de congestion. Dans un
seul cas, où les spores s’étaient agglutinées en petits amas au mo»
(1) d) E. Bodin et P. Savouré. Recherches expérimentales sur les mycoses
Archives de parasitologie, VI I T , p. no, 1004.
B) P. Savouré. Recherches expérimentales sur les mycoses internes et leurs
parasites, Archives de parasitologie, X, p. 5, 1905.
436
Bulletin de y \ Société de Pathologie exotique
ment de l’inoculation, le poumon avait l’aspect truffé dû aux
infarctus pulmonaires. Des taches noires de 3 à 4 mm. de diamètre
se détachaient sur la couleur rosée périphérique.
Dans ce tas l’ensemencement sur carotte à partir du poumon a
donné une culture pure de Rhizopus. Dans les autres cas l’inoou-
lation était restée négative. Au contraire, l'ensemencement à
partir du rein, du foie, de la rate a toujours été positif.
A la suite de l’inoculation intrapéritonéale, il n’y a pas d’épan¬
chement ; mais le péritoine est congestionné. Les ganglions mé¬
sentériques sont augmentés de volume.
Sur une coupe de rein passant par le hile et le bord convexe,
avant coloration et plus nettement encore après coloration au bleu
de toluidine, on voit que les tubercules de la surface du rein se
prolongent, en longues traînées, dans l’intérieur de l’organe qui
est pénétré de toutes parts. En outre de nombreux tubercules se
sont développés dans la substance médullaire et dans la substance
corticale.
Au microscope, les lésions tuberculiformes ne diffèrent en rien
des altérations décrites par E. Bodin et P. Savouré à la suite de
l’inoculation d’un grand nombre de champignons : Mucor corym-
bifer, Rhizomucor parasitions , Rhizopus e quinus, Aspergillus
fumigatus, etc., etc. « Cette ressemblance, d’après ces auteurs,
tient à ce qu’on ne rencontre jamais d’organes reproducteurs du
champignon dans les organes examinés au microscope; le crypto¬
game se présente toujours sous la forme de filaments plus ou
moins enchevêtrés et de diamètre variable suivant .les espèces,
mais ne portant jamais de têtes fructifères. »
A un faible grossissement, les lésions du rein apparaissent
comme des îlots en larges placards ou en boudins au milieu des
tissus sains.
A un fort grossissement, ces îlots sont constitués par un amas
de débris cellulaires, au milieu desquels on aperçoit des fragments
de mycélium. Le tissu normal a complètement disparu. Les fila¬
ments mycéliens suivent la lumière des tubes urinifères. Chacun
d entre eux émet des prolongements qui perforent la paroi du tube
et Denètrent dans les tubes voisins où ils continuent à progresser et
à s’entremêler. Des hémorragies se produisent ; les globules san¬
guins remplissent les interstices du feutrage réalisé par cet enche¬
vêtrement et remplissent les tubes sains à la périphérie des lésions.
Les altérations du foie, de la rate et des autres organes repro-
Séance du 13 Mai 1914
437
duisent ce même type : les filaments nés des spores, immobilisées
dans les capillaires, poussent, détruisent complètement les cellules
voisines qui forment les amas de débris cellulaires autour des frag¬
ments de mycélium.
Le pouvoir pathogène du Rhizopus annamensis semble donc
provenir dans la maladie expérimentale de ce que cet organisme
supprime la fonction des organes qu’il envahit, en détruisant
leurs tissus.
En terminant, je remercie M. Pinoy des conseils qu’il m’a
donnés pour la détermination de ce champignon et de l’ intérêt
qu’il a bien voulu porter à son étude.
( Travail du laboratoire de Hué ( Annam ) et de V Institut
Pasteur de Paris).
Les Leucocytozoon : leur dénombrement
et essai de classification
Par Marcel et André LEGER.
Depuis quelques années, l’étude des hématozoaires d’oiseaux
a suscité de multiples recherches et de nombreux Leucocytozoon
ont été rencontrés, en particulier dans les contrées tropicales.
Tandis qu’en 1908, Sambon (i) réunissait en quelques pages tous
les renseignements parus sur les 10 Leucocytozoon connus, une
étude similaire pourrait aujourd’hui difficilement être faite : elle
entraînerait un développement hors de proportion avec le sujet et
risquerait d’être dénuée d’intérêt.
Cependant il nous a paru utile de dresser une liste, aussi com¬
plète que possible, de tous les Leucocytozoon décrits ou simple¬
ment signalés, et d’en présenter ensuite un essai de classification.
Les oiseaux parasités ont été rangés d’après l’ordre zoologique
et en adoptant la classification de Hans Gadow, reproduite avec
quelques rectifications par Evans dans le volume Birds de The
Cambridge Natural History.
Notre tableau devient ainsi très comparable à celui dressé par
Laveran et Mesnil (2) pour les trypanosomes des Oiseaux.
(1) Sambon, Remarks on the avian Hæmoprotozoa of the genus Leucocyto-
f oon , Journ. of trop. Med. a. Hyg.. t. XI, 1908, p. 325.
(2) Laver an et Mesnil, Trypanosomes et Trypanosomiases, p. 819. 1912,
Masson, Paris.
438 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
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Abréviations :
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— Cellule hôte fusiforme.
442
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Deux faits principaux se dégagent de l’examen de nos tableaux:
i° Les Leucocytozoon ne sont pas l'apanage de quelques famil¬
les seulement d’oiseaux. Ces parasites sanguicoles ont été rencon¬
trés chez des oiseaux appartenant à peu près à tous les ordres. Si
certains, comme les Passeriformes et les Galliformes, paraissent
plus fréquemment infectés, c’est certainement parce que les spé¬
cimens sont plus faciles à se procurer et par cela même plus sou¬
vent examinés.
2° La classification, sur laquelle C. Mathis et M. Léger (i)
ont déjà insisté, en Leucocytozoon inclus dans des globules
arrondis et en Leucocytozoon à cellules-hôtes présentant des pro¬
longements polaires fusiformes, nous paraît devoir conserver, pro¬
visoirement, malgré son caractère physiologique (réaction de la
cellule-hôte), une importance primordiale. Elle a l’avantage de
présenter une assez grande concordance avec la classification, en
ordres, des oiseaux parasités. Ainsi les nombreux Leucocytozoon
décrits chez les Passeriformes sont tous, quelle que soit la famille
incriminée, du type arrondi. Il en est de même pour les Leuco¬
cytozoon des Cuculiformes, des Ciconiiformes et des Chara-
driiformes (à une exception près). Par contre, les parasites des
Ansériformes, des Falconiformes et des Coraciiformes sont à peu
près tous du type à cornes. Chez les Galliformes, les deux sortes
d’hématozoaires se rencontrent avec prédominance du type fusi¬
forme.
Samron, tout en reconnaissant que sa classification ne pouvait
être que provisoire, tenait compte, pour la distinction spécifique
des Leucocytozoon y uniquement de l’espèce parasitée. En l’ab¬
sence de connaissances précises sur le cycle évolutif du parasite,
nous pensons que l’on doit faire intervenir surtout la nature de la
cellule envahie, ainsi que les modifications imprimées au noyau de
celle-ci par son hôte (2).
(1) C. Mathis et M. Leger, Bull. Soc. Path. exotique , rqi2, t. V, p. 77.
(2) Sakharoff avait eu l’intuition de l’importance de ces altérations nucléai¬
res, quand il décrivit, en 1893, dans les Annales de V Institut Pasteur , ses para¬
sites du corbeau et du freux. Il montre que le premier, L. Sakharoffi de Cor-
vus corax est un véritable « karyophagfe », attaquant le noyau et le détrui¬
sant peu à peu, tandis que le second, celui de Nycticorax fragile gus, laisse
toujours intact le noyau.
Séance du 13 Mai 1914
443
Nous esquisserons donc la classification suivante :
1° LEUCOCYTOZOON AVEC CELLULE-HOTE A PROLONGEMENTS POLAIRES FUSI¬
FORMES.
Le premier a été décrit par Danilewsky en 1884 chez Syrnium aluco.
A. — Le noyau de la cellule parasitée est peu ou pas déformé, simple¬
ment refoulé et comprimé ; il reste compact et prend fortement la colo¬
ration.
Type : L Neavei (Balfour 1906) de la pintade.
Les parasites se rapportant à ce type sont de beaucoup les plus nom¬
breux. Citons : L. Lovali , Seligmann et Sambon 1907 de la grouse, L.
Sabrazesi Mathis et Leger 1909 de la poule domestique, L. Aiidieri Lave-
ran et Nattan-Larrier 1911 de l’aigle pécheur, />. Malhisi França 1912
de l’épervier.
B. — Le noyau de la cellule est très déformé, hypertrophié ; sa chro¬
matine est lâche, retenant mal et inégalement la coloration.
Type: L. Simondi Mathis et Leger 1910 de la sarcelle. Autres ex. L.
eurystomi Kérandel 1913 du rollier, Leucocytozoon de Bubo lacteus A. et
M. Leger, 1914.
2° Leucocytozoon avec cellule-hote arrondie.
Le premier a été décrit par Sakharoff en 1893 chez Corvus corax.
A. — Le noyau de la cellule-hôte, de taille normale ou en voie d’atro¬
phie, est peu déformé, rejeté à la périphérie, et revêt d’ordinaire la forme
d’un croissant; sa chromatine est dense, prenant bien la coloration.
Type.: L. Mesnili Mathis et Leger 1909 de la perdrix. Le premier
décrit est le Leucocytozoon du freux (Sakharotf 1 8°3) qui n’a pas été
dénommé.
Les parasites se rapportant à ce type sont les plus nombreux parmi ceux
inclus dans les cellules arrondies. Citons : L. Marchouxi Mathis et Leger
1910 de la tourterelle, A. Brimonti Mathis et Leger 1910 du boulboul,
L . fringillinarum Woodcock 1910 du pinson.
Le L. Caulleryi Mathis et Leger 1909 de la poule domestique rentre
dans ce type, mais ses caractères biologiques tout à fait spéciaux en font
une individualité propre.
B. — Le noyau de la cellule-hôte est hypertrophié, très déformé ; il se
colore mal et inégalement.
Type : L. Sak/iaroffi de Corvus corax.
Comme autres exemples : L. Seabæ Franca 1912 de Passer chloris , L .
Zuccarellii M. Leger 1913 de Corvus corone.
C. — Le noyau de la cellule-hôte est hypertrophié, bosselé, mais retient
bien la coloration.
Type : L. Gentili M. Leger 1913 de Fringilla pelronia.
Autres exemples : L. Dubreuili Mathis et Leger 1 9 1 1 de la grive, L.
ardeæ Bodhain 1913 du lléron géant.
En dehors des deux grandes catégories de Leucocytozoon que nous
venons d’établir, il faut faire une place à part au parasite décrit par Lave-
ran en 1902 chez Parus major sous le nom de Hemamæba majoris. L’hé¬
matozoaire de la mésange charbonnière se caractérise par la présence de
grains de pigment disséminés dans le cytoplasma. Ce Leucocytozoon pig¬
menté serait tout à fait exceptionnel. Seuls Cardamatis et França l’auraient
rencontré de nouveau. Cardamatis figure en effet du pigment dans certai-
444
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nés formes arrondies, aperçues sur frottis de moelle osseuse, de Athene
noctiia hébergeant L. Ziemanni et h rang a rapporte que la pigmentation
existait chez 1. Parus cœrul eus sur 15 mésanges infectées (5 Parus cœru
leus et 10 Parus major).
Tout en admettant qu’elle n’est elle-même que provisoire, la
classification, que nous proposons, paraît répondre à une nécessité.
Il n’est plus possible en effet de s’appuyer uniquement sur l’es¬
pèce d’oiseau parasitée pour baser une distinction spécifique entre
les Leucocytozoon. Il est indispensable de tenir compte de l’élé¬
ment sanguin parasité. La cellule-hôte à prolongements fusiformes
n’est certainement pas la même que celle conservant une forme
arrondie. Mais si ce point est accepté presque sans conteste, les
avis sont partagés quand il s’agit de rapporter à un type déterminé
de globule sanguin l’une ou l'autre des cellules parasitées.
Nous rangeant à l’avis de Danilewsky, de Sambon, de W enyon,
nous avons, dès 1911, avec C. Mathis (i), exprimé nettement
l’opinion qu’il s’agit, pour les Leucocytozoon h cornes, d’éry-
throblastes hypertrophiés et altérés. Ces éléments du sang des
oiseaux, nullement les analogues des hématoblastes des vertébrés,
des plaquettes sanguines de Bizzozero, se présentent comme de
petites cellules ovalaires, à noyau rappelant celui des érythrocytes,
mais plus déformables et à protoplasme dépourvu d’hémoglobine.
Dans le sang normal, un certain nombre de ces érythroblastes
ont des extrémités effilées faisant préjuger, comme le remarque
Wenyon, la forme du fuseau qu’ils prendront lorsqu’ils seront
envahis.
Certains auteurs pensent que les cellules à prolongements fusi¬
formes sont des hématies. França par exemple remarque, pour
appuyer son dire, que les formes jeunes de Leucocytozoon occu¬
pent des globules ovalaiies. On peut objecter que la déformation
de l’érythroblaste ne se produit qu’après un certain degré de déve¬
loppement du parasite.
Nous connaissons certes, sous l’influence de parasites autres
que le Leucocytozoon , des déformations des hématies, qui, s'al¬
longeant, arrivent à ressembler aux cellules-hôtes à prolongements
fusiformes. Rappelons le cas de l’hémogrégarine trouvée par
Laveran et Salimbeni chez Tupinambis teguixin du Brésil, et
celui de VHœmocystidium najœ, vu par Wenyon chez un cobra
(1) C. Mathis et M. Lfger. Recherches de Parasitologie et de Pathologie
humaines et animales au Tonkin, 1911, Masson, Paris.
Séance du 13 Mai 1914
445
d’Afrique. Mais toujours les cellules parasitées ainsi déformées
constituaient une exception au milieu des nombreuses autres
ayant conservé leurs formes normales.
L’action de karyolyse nucléaire du L. Simondi, la fragmenta¬
tion du noyau par L. Smithi, n’existent jamais avec les autres
parasites connus. Cette altération très spéciale ne se produit pas
avec les Plasmodium et Hæmoproteus des oiseaux, hémogréga-
rines des sauriens, des batraciens, etc., même lorsque les cellules
ont été très hypertrophiées et que les hématozoaires, arrivés à
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leur complet développement, ont refoulé complètement le noyau.
En outre, les réactions colorantes du protoplasma de la cellule-
hôte ne rapprochent pas cette dernière de l’hématie. La différen¬
ciation est particulièrement nette sur les frottis anciens, recueillis
depuis de nombreux mois, que l’on colore au; Giemsa. Les noyaux
des hématies deviennent polychromatophiles, c’est-à-dire ont ten¬
dance à se teinter en bleu, tandis que les noyaux des érythro-
blastes et des cellules-hôtes conservent l’électivité pour la colora¬
tion rouge violacé.
Les Leucocytozoon inclus dans les cellules arrondies sont des
parasites des leucocytes mononucléaires du sang. Sakharoff qui
le premier a vu et décrit les hématozoaires de cette catégorie (L. du
corbeau, du freux et de la pie), n’a pas hésité à les considérer
comme intraleucocytaires. L’opinion de Sakharoff est admise
par la généralité des observateurs, qui ont étudié les parasites
sanguicoles des oiseaux. La coloration du cytoplasme, toujours
dépourvu de granulations, la forme du noyau et la coloration prise
par celui-ci, sont les arguments qui ont été principalement évo¬
qués. L’observation de formes jeunes n’ayant pas encore envahi
toute la cellule a paru à C. Mathis et M. Leger particulièrement
convaincante.
L’accord ne s’est pas fait cependant de façon unanime. La cel¬
lule ronde parasitée a été considérée comme une hématie hyper¬
trophiée, dont le noyau a subi rapidement des altérations pro¬
fondes. Tel est par exemple l’avis de Laveran, en particulier pour
Leucocytozoon liothricis qu’il a décrit avec Marullaz dans le sang
du rossignol du Japon, Liothrix luteus. França considère aussi,
comme parasites des globules rouges, quelques-uns des Leucocy¬
tozoon à tvpe arrondi qu’il a décrits chez les oiseaux du Por¬
tugal (L. Legeri de Scolopax rusticola, L. Mirandæ de Merula
merula ), d’autres (L. Laverani de Garndus glandarius) étant des
mononucléaires.
440 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Un argument d’un autre ordre vient démontrer l’insuffisance
de la classification basée sur la spécificité de l’oiseau-hôte : la
même espèce d’oiseaux peut être parasitée par les deux sortes de
Leucocytizoon. C. Mathis et M. Leger en ont fait les premiers
la remarque, en trouvant successivement chez la poule communs
du Tonkin un Leucocytozoon du type arrondi et un Leucocytozoon
du type fusiforme. Leur interprétation a été grandement facilitée
par le très grand nombre de gallinacés (plus de 300) qu’ils ont
examinés : certains oiseaux avaient une seule des deux infections,
permettant d’en bien étûdier les caractères. L. Caulleryi, du type
arrondi, apparaît par crises dans la circulation périphérique et
disparaît complètement après un nombre variable de rechutes,
espacées sur une période ne dépassant pas 3 mois; L. Sabrazesi
au contraire, du type fusiforme, constitue une infestation perma¬
nente et de durée, sinon indéfinie, du moins très longue.
D’autres exemples ont été apportés d’une même espèce d’oi¬
seaux parasités par les 2 sortes de Leucocytozoon. C. Mathis et
M. Leger or t montré que c’est encore le cas de la perdrix du
Tonkin, Francolinus sinensis , parasitée par L. Mesnili arrondi
et L. Kerandeli à prolongements polaires.
L en est de même chez un rapace diurne du Haut-Sénégal et
Niger, Melierax gabar. A. Leger et P. Husnot ont vu un de ces
oiseaux parasité uniquement par un Leucocytozoon à cellule-hôte
effilée, tandis qu’un second oiseau montrait, à côté de parasites
de cette sorte, des Leucocytozoon arrondis, ceux-ci constituant la
très forte majorité.
Kerandel a signalé, chez l’engoulevent et le rollier, des Leuco¬
cytozoon qui se trouvent indifféremment dans des cellules fuselées
et des cellules arrondies; il les rattache à la même espèce.
Récemment Rodhain et ses collaborateurs signalent la pré¬
sence d’un Leucocytozoon du type arrondi chez Asturinula mono-
grammica, dans le sang duquel des Leucocytozoon fusiformes ont
été antérieurement décrits par Dutton et Todd, puis par Aubert
et Heckenroth.
Enfin nous-mêmes avons trouvé chez la perdrix du Haut-Séné¬
gal et Niger, Francolinus bicalcaratus, à côté de L. francolini
Kerandel du type à cornes, un Leucocytozoon du type arrondi.
En résumé, dans ce présent travail, nous avons voulu avant
tout dresser la liste aussi complète que possible des Leucocytozoon
Séance du 13 Mai 1914
447
décrits ou signalés, dans le but de faciliter la tâche de ceux qui
continueront à s’intéresser à l’étude de ces hématozoaires d’oi¬
seaux.
Nous avons aussi pensé qu’il importait de tenter une classifica¬
tion de Leucocytozoon, ne s’appuyant pas uniquement sur la
spécificité de l’oiseau-hôte. Notre classification doit être d’ailleurs
considérée comme provisoire. Elle cédera la place à une classifica¬
tion plus rationnelle quand on aura pénétré le secret de la schizo¬
gonie et surtout quand on aura découvert la partie de l’évolution
biologique des Leucocytozoon qui se passe chez les hôtes inver¬
tébrés, encore inconnus.
(Ecole d' application du Service de Santé des Troupes
Coloniales à Marseille).
Rapport sur la lutte contre le choléra en
Macédoine pendant la guerre Gréco-Bulgare
Par Jean P. CARDA M AT I S
Après la deuxième campagne militaire, commença la troisième
guerre, celle contre le choléra ; et, si nous prenons en considéra¬
tion la ligne de combat et l’étendue de l’épidémie, cette guerre fut
aussi une lutte, nullement insignifiante mais formidable.
*
*• *
Ce que nous avons fait, pendant la lutte contre le choléra, peut
se diviser en cinq chapitres, comme il suit :
i° Dans la vaccination par la vaccine anticholérique des indi¬
gents et des classes ouvrières de la ville de Salonique.
2° Dans la désinfection des Bulgares attaqués du choléra à Kil-
kich et dans la prophylaxie des personnes saines.
3° Dans la désinfection des cholériques qui demeurent dans
toute l’immense étendue de la Chalcidique et dans la prophylaxie
des personnes saines.
4° Dans la systématisation du travail de l’ambulance anticholé¬
rique dans la circonscription de Sérès et de Demir-Tssar.
5° Dans la désinfection et la prophylaxie des habitants de l’île
de Thasos.
448 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
»
/
Une grande crainte s’empara de nous tous, relativement à la
propagation de la maladie dans la capitale même de la Macédoine,
à cause de la quantité considérable de cas de choléra qui se produi ¬
sirent aux limites de la presqu’île Chalcidique dans les régions con¬
quises et occupées par les armées Bulgares et Grecques ainsi que
dans les communications fréquentes des habitants- entre ces lieux
et Salonique. C’est pourquoi M. P. Manoussos, médecin inspec¬
teur général de l’armée hellénique , aussitôt mon retour de la
Macédoine Occidentale, m’ordonna de procéder à une vaccination
préventive générale, au moyen du vaccin anticholérique, des
ouvriers et ouvrières, ainsi que des classes les plus indigentes de
la ville de Salonique sans distinction de race ou de religion, me
mettant à la tête d’une ambulance de huit médecins.
C’est le 20 mai que je commençai le travail et jusqu’au 13 juin,
nous avions vacciné, à tour de rôle, environ 21.000 personnes.
Au commencement nous employions comme vaccins ceux qui
provenaient de l’Institut de Dresde, ensuite, ceux de provenance
suisse, et plus tard, ceux préparés par le Professeur Dr Savas
dans le Laboratoire de Bactériologie d’Athènes.
Nous avons vacciné 4.703 personnes dont 2.570 pour la deu¬
xième fois avec les vaccins de provenance Allemande, 2.000 per¬
sonnes avec celles de provenance suisse deux fois, et 43.010 per¬
sonnes deux fois avec celles du laboratoire de M. le Prof. Savas.
Par suite, nous avons vacciné en tout environ 50.000 personnes,
ayant effectué ainsi 100.000 vaccinations de la façon suivante:
Circonscriptions Vaccinés
Kilkich . 375
Presqu’île Chalcicidique. . 13.956
Plia sos . 14.382
Salonique . 21.000
Total . 49.713
*
* *
Dans le but de prévenir le choléra nous procédions à des vacci¬
nations par le vaccin anticholérique, en règle générale, deux fois
sur la même personne; et l’un de mes collègues a même, sur mon
ordre, vacciné trois fois 1.500 personnes. L’espace de temps écoulé
entre la première et la seconde vaccination variait du sixième au
vingtième jour et dans des circonstances tout-à-fait exceptionnelle
jusqu’au trentième jour.
Séance du 13 Mai 1914
4-49
Selon l’âge de la personne nous injections les quantités suivantes
de vaccin anticholérique durant les périodes répétées de notre mis¬
sion.
*
* *
Nous exécutions la vaccination tantôt par injections hypodermi¬
ques, tantôt par injections intra-musculaires, selon les personnes
et les conditions dans lesquelles nous nous trouvions. Comme lieu
de prédilection nous avions choisi la région moyenne de la partie
postéro-externe du bras gauche. Pourtant à quelques femmes tur¬
ques nous avons pratiqué les injections, à titre exceptionnel, sur
l’avant-bras.
Pour désinfecter la région avant l’injection, nous nous sommes
bornés à y passer une couche de teinture d’iode. Afin de ga¬
gner du temps nous stérilisions les aiguilles des seringues, après
chaque injection, non en les faisant bouillir, mais en les frottant
simplement avec un peu de coton hydrophile imbibé d’alcool. En
outre, très souvent nous nettoyions à l’eau bouillante toute la se¬
ringue ainsi que l’aiguille. Ce procédé nous rendit de grands ser¬
vices. Nous y gagnions un temps considérable, et nous n’avons eu
aucun cas de suppuration sur un ensemble total de ioo.ooo- vacci¬
nations environ.
Comme seringues nous employions celles de Roux d’une conte¬
nance de 20 cm3 et de 40 cm3.
*
* *
Après, avoir organisé une ambulance anticholérique complète
comprenant des médecins, des infirmiers, des désinfecteurs, des
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
gendarmes et des marins, nous avons suivi le programme du tra¬
vail suivant :
Programme du travail.
i° Nous convoquions tous les habitants d’un village ou d’un
bourg sans exception, en y faisant sonner les cloches à toute
volée, sur le lieu le plus central (église, place ou école), après avoir,
au préalable, averti la veille les habitants, par des crieurs pu¬
blics de l’heure de la concentration, puis en les faisant avertir
une seconde fois, par des gendarmes, quelques heures avant notre
arrivée dans le village.
2° Nous rendions responsables de cette convocation les prêtres
et chef de communautés (Moukhtars) comme connaissant tous
les habitants par leurs noms, et il n’était même pas rare qu’ils
soient punis, lorsqu’il leur arrivait d’être négligents.
3° La concentration réalisée, parfois de vive force, je procédais
à une conférence en un langage simple et suffisamment compré¬
hensible sur le mode de propagation de la maladie, sur les moyens
de s’en préserver et sur la manière d’assainir le village.
4° Lecture des articles du code pénal y relatifs, qui prévoient
des peines applicables à ceux qui dissimulent des cas de choléra,
ou cachent des vêtements infectés, ou qui les vendraient etc., etc.,
tout en leur indiquant la possibilité de l’exécution immédiate de
cette peine l’état de siège étant en pleine vigueur.
5° Vaccination obligatoire anticholérique, de tous les habitants
sans exception.
6° Inscription sur un catalogue spécial des noms et prénoms
ainsi que de l’âge de toute personne vaccinée, afin d’intimider
les habitants par la soi-disant application de peines contre qui¬
conque aurait évité la vaccination.
7 Secours médical à tout cholérique.
8° Isolement rigoureux de -tout cholérique comme de toute
personne qui aurait communiqué avec lui.
9° Désinfection de tout foyer contaminé (maison, établisse¬
ment, magasin, église, école, etc., etc,.).
io° Formation d’une commission d’hygiène responsable de la
surveillance de la propreté du village.
il0 Inspection du village (sources, puits, réservoirs, fontaines,
maisons, établissements, magasins, rues, ruisseaux, torrents, ca¬
binets d’aisances, jardins, écuries, etc., etc.).
Séance du 13 Mai 1914
451
12° Indication et application, par la commission d’hygiène res¬
ponsable, des mesures nécessaires pour la prophylaxie de l’eau et
la propreté.
130 Création d’une garde municipale dans chaque village, qu’il
soit ou non atteint du choléra.
140 Indication aux gardes municipaux de leurs devoirs et ri¬
goureuse application des règlements relatifs à la zone sanitaire,
150 Organisation d’un service de renseignements sur l’état de
salubrité du village chargé d’informer les autorités responsables.
Telle fut la première partie du programme que j’appliquais ri¬
goureusement dans la Chalcidique et à Thasos, et que je re¬
commandais dans les circonscriptions de Serrés, Demir-Issar et
Langada. C’est ainsi que je posais les bases de la lutte contre
l’épidémie.
Les éléments de réussite les plus importants étaient les confé¬
rences ; c’est ainsi que je convertissais tous les principaux des vil¬
les et bourgs ainsi que les autorités policières locales dont beau¬
coup malheureusement n’étaient pas à la hauteur de leur mis¬
sion. Voilà comment, à la fin de chacune de mes conférences, après
avoir exposé aux paysans le mode de propagation du choléra et
sa prophylaxie, et la responsabilité qui leur incombait envers
l’église et la société, envers la loi, Dieu et les hommes, ces
paysans venaient en foule m’indiquer non seulement les malades
mais aussi les personnes suspectes ; tous les individus qui avaient
eu le choléra ou avaient été en rapport avec un cholérique se
pressaient et c’était à qui se ferait vacciner le premier. Lorsque
je quittais le village je laissais ces paysans, auparavant remplis
de préjugés, comme protecteurs de l’hygiène publique et comme
mes fidèles collaborateurs. C’est à leur infatigable intérêt qu’on
doit en grande partie la disparition si rapide de l’épidémie.
En outre des mesures prises ci-dessus, comme seconde partie
de mon programme je convoquais à certains jours et heures, au
chef-lieu de chaque circonscription, les médecins locaux que je
dus requérir dans un but de nécessité publique et devant eux :
i° Je délimitais topographiquement le rayon d’action de cha¬
que médecin.
2° Je leur indiquais leurs devoirs.
30 Je leur conseillais le mode d’action le plus convenable et le
452 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
plus précis pour exécuter, au plus vite, la vaccination obligatoire
des habitants.
4° Quelles étaient les mesures à prendre, tant générales que
particulières, dans une région infectée du choléra.
5° Quelle était la marche à suivre indiquée,' en cas de choléra
constaté isolément.
6° J’enseignais le chapitre de la désinfection en général, tout
en montrant tous les appareils et objets y relatifs, et j’entamais
une discussion sur les conditions diverses en présence desquelles
on peut se trouver.
7° Sur le traitement curatif des cholériques.
8° Sur l’organisation d’un service de désinfection destiné à
être attaché à chaque médecin.
Par ces moyens, en trente jours j’ai fait disparaître l’épidé¬
mie de choléra qui sévissait à Kilkich et dans la presqu’île Chal-
cidique et j’ai préservé les habitants de l’île de Thasos en y étouf¬
fant dans son berceau le choléra qui cinq fois y avait fait son ap¬
parition.
*
* *
Nous avons généralement procédé à la vaccination des habi¬
tants par le vaccin anticholérique dès la première enfance, à par¬
tir de trois mois, jusqu’à l’extrême vieillesse, évitant toutefois
d’inoculer ceux qui souffraient d’affections du cœur ou des reins
ainsi que ceux qui étaient atteints d’une insuffisance fonctionnelle
d’un organe ou de maladie aiguë. Pourtant, on a vacciné les per¬
sonnes atteintes de fièvres paludéennes, de rougeole ou de co¬
queluche ainsi que les femmes enceintes, et les accouchées, en
laissant passer douze jours après l’accouchement.
Nous résumons comme il suit les phénomènes de réaction de
l’organisme qui résultent de la vaccination.
Phénomènes locaux . — Nous avons remarqué, pour ainsi dire
d’une façon générale sur toutes les personnes vaccinées la pré¬
sence d’une réaction inflammatoire tantôt légère, plus rarement
plus ou moins vive, mais ne se développant jamais jusqu’à la
suppuration. Parfois nous avons constaté un gonflement qui occu¬
pait le tiers, quelquefois- les deux tiers et plus rarement toute
l’extrémité supérieure du bras gauche.
Dans quelques cas les phénomènes locaux se développèrent im¬
médiatement après l’injection, tandis que dans d’autres cas ils
Séance du 13 Mai 1914
453
survinrent après un espace de temps variant de i à 6 heures. Ils
durent le plus souvent de 5 à 10 et même jusqu’à 24 heures ;
exceptionnellement nous en avons observé qui se prolongeaient
même jusqu’à cinq jours. Parfois il subsiste au point d’injection,
une fois la réaction locale passée, une petite tuméfaction qui est
bientôt résorbée.
Phénomènes généraux. — Bien des personnes vaccinées éprou¬
vaient une demi-heure ou une heure après l’injection une diminu¬
tion des forces avec des étourdissements ou des nausées tandis
que d’autres ressentaient des frissons plus ou moins intenses et
de la fièvre. Cette fièvre, qui apparaissait une heure ou trois heu¬
res après l’injection, était tantôt faible (3 z7 0 5 ) , tantôt forte (39°5)>
Dans les 24 heures elle se dissipait ; dans quelques cas, tout à fait
exceptionnels, nous avons constaté que sa durée avait été de deux
jours et quelquefois jusqu’à trois jours.
Les manifestations les plus habituelles de la réaction générale
étaient une légère indisposition, des étourdissements, de l’abatte¬
ment, et un petit gonflement local et douloureux.
Nous avons rarement observé l’apparition consécutive d’une
diarrhée séreuse (2 à 6 selles en 24 heures) et encore plus rare¬
ment la gastro-entérite. De même, nous avons vu rarement des
coliques et des douleurs rhumatismales, même articulaires. Dans
des cas tout à fait rares nous avons constaté le développement
d’un exanthème ortié et encore plus rarement du vertige.
Nous avons observé que l’exanthème ortié s’est développé im¬
médiatement après l’injection chez trois personnes, après 16 heu¬
res chez un homme et après 28 heures chez deux femmes. Nous
avons même constaté, dans ces deux derniers cas, qu’en faisant
dix jours après la seconde injection avec une quantité de vaccin
moitié moindre l’exanthème ne^se produisait pas.
Les 9.435 vaccinations anticholériques bien étudiées se répar¬
tissent ainsi :
La proportion des différentes réactions organiques de ces vac¬
cinations a été calculée comme il suit par rapport à 100.
454
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Indisposition légère . 17 0/0
Légères douleurs au point d’injection ... 41 0/0
Vives douleurs au point d’injection. ... 4 0/0
Etourdissement ou mal de tète . 9 0/0
Mouvements fébriles . *. 15 0/0
Coliques d’intestins . 3 0/0
Diarrhée séreuse . 5 0/0
Gastro-entérite . 0,25 0/0
Douleurs rhumatismales . 10/0
Exanthème urticaire . 0,09 0/0
Vertiges . 0,01 0/0
Aucune réaction . 5 0/0
En faisant la comparaison de la réaction organique produite par
les injections de vaccin anticholérique de provenance Suisse,
Allemande et Grecque nous avons constaté que les réactions occa¬
sionnées par le vaccin hellénique, étaient non seulement plus fré¬
quentes, mais encore plus intenses. Cela est dû à ce que nous em¬
ployions une plus grande quantité de vaccin pour chaque per¬
sonne.
*
* #
Extension du choléra. — Le choléra, dans tous les lieux où il
a fait son apparition, s’est manifesté soit épidémiquement, soit
à l’état sporadique.
La propagation de la maladie à Kilkich est due à ce que les
Sœurs de Charité dissimulèrent les cas aux autorités et à ce que
les mesures de prophylaxie prises étaient imparfaites ; dans *sl
Chalcidique à ce que les réfugiés qui venaient du mont Pangée
n’ayant aucune notion du mode de transmission de la maladie la
propageaient par tous les lieux où ils passaient.
Si l’épidémie ne s’est pas étendue dans tous les endroits où elle
s’est montrée il faut l’attribuer, à notre avis, à ce que les eaux
n’étaient pas contaminées, car la plupart ou plutôt tous les villages
de la presqu’île de Chalcidique et de l’île de Thasos sont alimentés
par de nombreuses sources qui fournissent l’eau en abondance.
Il y a eu 109 cas à Kilkich, 600 dans la presqu’île de Chalcidique
et 5 à Thasos. Dans l’armée hellénique on en a compté 1.500. Mais
le nombre des cas qui se produisirent et dont l’existence n’a pas
été officiellement constatée a dû être bien plus considérable. La
foule des réfugiés du mont Pangée venus dans la Chalcidique (et
cela bien avant que nous nous fussions rendus sur ces lieux) dissi¬
mulaient les cas et enterraient en cachette leurs morts pendant la
Séance du 13 Mai 1914
455
nuit, sans permis d’inhumer de la police. En conséquence la cons¬
tatation exacte de la morbidité et de la mortalité dans la Chalc.idi-
que est une tâche difficile. Néanmoins sur 338 cas dûment cons¬
tatés, dans des circonscriptions définies, nous avons eu 185 morts:
soit une proportion de mortalité de 54,73 %, à Kilkich sur 109 cas
il y a eu 76 décès, soit une proportion de mortalité de 69,72 % et
dans l’île de Thasos, sur 5 cas on a eu 4 décès, soit une proportion
de mortalité de 80 %, et selon des renseignements du Me P. Ma-
noussos, médecin inspecteur général de l’armée Hellénique, sur
1.500 cas de choléra parmi des soldats Grecs 700 sont morts. De
sorte que d'après cela, sur 452 cas bien constatés il y a eu 265
décès, soit une proportion de mortalité de 57 %. C’est donc là une
épidémie de choléra très intense.
*
* #
Et maintenant quelle est la valeur prophylactique du vaccin
et quand commence son action préventive ?
On sait que sur ce point les opinions des observateurs sont va¬
riées ; certains pensent que la première injection protège après
15 jours et que son action se prolonge pendant 14 mois environ,
Haffkine soutient que l’immunité est acquise dès le cinquième
jour.
Parmi les personnes atteintes du choléra que nous avons soi¬
gnées dans la Chalcidique, 38 avaient été vaccinées une fois et
2 deux fois. Dans l’île de Thasos, sur les cinq cholériques, il y en
avait un qui avait été vacciné deux fois deux mois auparavant.
A Kilkich parmi les personnes qui avaient été vaccinées une fois,
il y en eut 20 d’âge différent qui furent attaquées du choléra ; U
plupart d’entre elles dans les trois premiers jours qui suivirent la
vaccination et deux après la seconde vaccination. Par conséquent,
la vaccination des hommes par le vaccin anticholérique en temps
d’épidémie de choléra, tout en avant une valeur prophylactique
incontestable, n’a pourtant pas une valeur absolue, puisque nous
avons des cholériques même après la seconde vaccination. Néan¬
moins on compte nombre de faits d’immunité acquise après la
seconde vaccination. Parmi les plus caractéristiques nous citons
les suivants :
Les sept enfants -d’un habitant à Liaringovis (Chalcidique) qui
furent vaccinés les 8 et 23 juillet n’eurent aucune manifestation de
456
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
la maladie. Ils étaient pourtant en rapports constants avec leurs
parents atteints de choléra et buvaient de l’eau du même vase en
bois.
Moi-même, après avoir été deux fois vacciné il y a deux mois et
avoir dormi sur le lit même d’une personne atteinte du choléra,
je n’ai jamais eu la moindre attaque.
Parmi les faits qui prouvent à la fois la grande valeur prophy¬
lactique de la vaccination ainsi que les résultats immédiatement
consécutifs à notre intervention on peut citer les suivants :
Nous avions à Ivilkich avant notre intervention, sur 400 Bul¬
gares 87 cas de choléra avec 64 décès. Après la première vaccina¬
tion effectuée sur 376 Bulgares, il y eut 20 cas de choléra avec
12 décès, après la seconde vaccination faite sur 35g Bulgares, il
n’y eut plus que 2 cas et pas un seul décès.
D’où l’on constate la proportion suivante :
Morbidité Mortalité
Avant noire intervention . 19,77 0/0 14.54 0/0
Après la première vaccination ... 5 31 0/0 3,19 0/0
Après la seconde vaccination ... 0,5 0/0
Nous avions encore dans la Chalcidique :
Avant notre intervention sur 14.256 habitants 300 cas dûment constatés
de choléra avec 170 décès.
Après la première vaccination faite sur 14.086 habitants 38 cas avec
15 décès.
Et après la seconde vaccination effectuée sur 14.071 habitants 2 cas
sans un seul décès.
En conséquence la proportion était ainsi :
Morbidité Mortalité
Avant notre intervention . 2,10 0/0 56,66 0/0
Ap, '‘ès la première vaccination . . . 0,26 0/0 39,47 0/0
Après la seconde vaccination. . . . 0.01 0/0
De sorte que d’après ce qui vient d’être exposé on peut sûrement
conclure que le vaccin anticholérique constitue un moyen puissant
pour assurer la prophylaxie de l’homme contre le choléra. Mais
nous devons aussi pour une large part attribuer notre succès au ri¬
goureux isolement des cholériques et de toute personne ayant com¬
muniqué avec eux ainsi qu’à la sévère application de la désinfec¬
tion :
i° A Kilkich nous fîmes totalement disparaître le choléra par
la vaccination générale des Bulgares au moyen d’injection de
vaccin anticholérique ;
Séance l>l 13 Mai 1914
457
berceau même, grâce à l’isolement et à la désinfection ;
3° Dans la presqu’île de Chalcidique nous avons aussi fait tota¬
lement disparaître le choléra par la vaccination générale des habi¬
tants et l’isolement accompagné de désinfection.
*
Observations. — Alors que nous procédions aux vaccinations
nous avons mis à l’étude les sujets suivants :
a') Quelle pourrait être l’influence exercée par la vaccination
sur les femmes lorsqu’elles ont leurs règles, quand elles sont en¬
ceintes ou qu’elles viennent d’accoucher ?
b’) Quelle est l’influence de la vaccination sur les personnes
atteintes de paludisme.
c’) Existerait-il un certain antagonisme ou le contraire entre
la vaccination anticholérique, la rougeole et la coqueluche ?
Voici les conclusions de nos études sur ces sujets :
Pendant la période des règles chez la femme nous avons vac¬
ciné, avec le vaccin anticholérique, 57 2 personnes. Parmi elles,
il y en avait 236 qui attendaient de moment en moment les flux men-
truel. Par suite nos observations portent sur les personnës chez
lesquelles l’apparition des règles était imminente et sur des per¬
sonnes qui étaient encore dans la période du flux menstruel.
Observations portant sur les personnes chez lesquelles la
période des règles était proche. — Dans cet état nous avons cons¬
taté les faits suivants :
a’) Sur les 236 personnes observées, il y en eut 6 chez lesquelles
J’apparition du flux menstruel tarda de cinq jours, et parmi ces
six femmes, il y en eux deux dont le flux menstruel produit fut de
petite quantité.
b*) Sur ces 236 personnes il y en eut encore 9 chez lesquelles
l’apparition du flux menstruel tarda de dix jours ;
cy) Sur les dites 236 personnes il y en eut 3 chez lesquelles on
constata l’apparition de quelques gouttes de sang dans les trois
jours qui suivirent l’injection, puis dix jours après les règles se
produisirent normalement.
dy) Il y a eu parmi ces 236 personnes 36 chez lesquelles le flux
menstruel ne fit nullement son apparition.
3 a
458
Bulletin de la Société de Pathologie, exotique
e’) Enfin sur ce nombre de 236 femmes on observa que chez 182
d’entre elle le flux menstruel ne tarda nullement à apparaître.
Par conséquent, il s’ensuit que la proportion :
Du retard produit dans l’apparition des règles fut de.
Celle d’un grand retard du llux menstruel fut de ...
Celle d’un retard momentané dans l’apparition de règle
fut de .
Celle d’un retard absolu dans leur apparition de ...
Et enfin celle du processus normal des règles fut de .
2,54 0/0
3,81 0/0
1,27 0/0
15,25 0/0
77,11 0/0
En conséquence, les troubles monstruels chez 231 femmes et
jeunes filles furent observés dans 54 cas, c’est-à-dire dans une
proportion de 22,88 %.
Observations portant sur les personnes durant la période des
règles. — Ces observations comportent un ensemble de 336 per¬
sonnes chez lesquelles on constata :
a ’) Le flux menstruel cessa de couler chez 3 femmes, pendant
les trois jours qui suivirent l’injection du vaccin anticholérique, et
entre le troisième et le quatrième jour quelques taches de sang ap¬
parurent, l’état se continuant ainsi, les règles devinrent normales
chez la première après six jours, chez la seconde après huit jours
et enfin chez la troisième après dix jours.
b*) Le flux menstruel se produisit abondant chez 6 femmes,
c’) L’injection ayant été faite de 1 heure à 20 heures après l’ap¬
parition des menstrues, le flux cessa brusquement dans 30 cas.
d’) L’hémorrhagie fut constatée dans 9 cas.
e ’) L’injection ayant aussi été faite chez 3 personnes trois jours
après l’apparition des règles, le flux menstruel cessa subitement.
/’) Chez 54 femmes il se produisit de vives douleurs dans la ma¬
trice après l’injection du vaccin anticholérique.
g’) Il y eut 56 femmes chez lesquelles survinrent de légères dou¬
leurs à la matrice.
h') Enfin rien ne se produisit dans 175 cas.
Par suite les proportions, sur cent cas, des observations ci-des¬
sus se répartissent ainsi
Diminution sensible des règles . 0,89 0/0
Augmentation des règles . . 1,78 0/0
Subite interruption des règles survenue lorsque f injection
du vaccin fut faite de 1 à 20 heures après l’apparition
des règles . 8.92 0/0
Augmentation des règles avec hémorrhagie . ... 2,67 0/0
459
Séance du 13 Mai 1914
Subite interruption des règles survenue lorsque l'injection
par le vaccin fut faite trois jours après l'apparition des
règles . 0,89 0/0
Vives douleurs à la matrice . 16,07 0/0
Légères douleurs à la matrice . 16^66 0/0
Développement normal des règles . 52,08 0/0
Il s’ensuit que sur 336 femmes avant leurs règles il se pro¬
duisit des troubles dans la menstruation chez 161 d’entre elles;
soit une proportion de 47,91 %.
Pour ce qui est de la grossesse et de l’accouchement, nous ne
pouvons rien dire, car nos observations ne sont nullement suffi¬
santes et n’ont pas été absolument contrôlées.
Quant à l’influence exercée par la vaccination, au moyen du
vaccin anticholérique chez les personnes atteintes de paludisme,
tout ce que nous avons«constaté c’est que les accès fébriles se
reproduisirent. Nous ne saurions pourtant affirmer que ces accès
qui se développent dans les trois stades caractéristique de la fiè¬
vre intermittente étaient bien réellement dus au paludisme, car
souvent nous ne pouvions procéder aux analyses du sang. Néan¬
moins la preuve de la nature paludéenne de ces accès nous est
fournie par l’efficacité de la quinine sur eux. En conséquence il
semble que dans le cas de récidive des accès paludéens la vacci¬
nation par le vaccin anticholérique aurait agi comme cause pré¬
disposante, comme toutes les autres causes, telle que le froid, la
fatigue, les abus, etc.
Pour ce qui est de la rougeole ou de la coqueluche, nous n’avons
constaté aucune action du vaccin anticholérique.
460 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
American journal oj tropical diseuses, t. 1, rios 9, 10.
Annals oj tropical medicine and parasitology, t. VIII, n° 1.
Archiv jür Schifjs und Tropen-Hygiene, t. XVIII, nos 8, 9.
British medical journal, 11, 18, 25 avril, 2, 9 mai.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine, t. V,
n. 3.
Cronica medica, nos 597 à 603.
Internationales Centrablatt fiir Tuberkulose-forschung , t. VIII,
n° 516.
Journal of the London school tropical medicine, t. II, index.
Journal of tropical medicine and hygiene, t. XVII, nos 7, 8, 9.
Journal Royal army medical corps, t. XXII, nos 4, 5.
Malaria, t. V7, n° 2.
Pediatria, t. XXII, nos 4, 5.
Philippine journal of science, t. VIII, n° 6.
Review of applied entomology, A et B, t. II, nos 4.
Revue scientifique, ir, 18, 25 avril, 2 et 9 mai.
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Tunisie médicale, t. IV, n° 4.
Yellow fever bureau, t. III, n° 2.
VOLUMES ET BROCHURES.
J. A. Cazoria. Algo sobre epidemiologia y profilaxia de la uta.
A. J. C halmers et R. G. Archibald. Two early eighteenth cen-
tury treatises on tropical medicine.
F. Fülleborn. Ueber die Lage von Mikrofilaria loa im Trocken-
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F. Fülleborn. Zur Technik der Mikrofilarienfarbung.
Lanfranchi. Travaux de laboratoire.
M. Leger et J. Arlo. Le paludisme en Corse.
A. Looss. Die Bilharziakrankheit.
A. Looss. Würmer und die von ihnen harvorgerufenen Fr-
krankungen. Extrait du Traité de Mense.
R. M< Carrison. Etiology of endemic cretinism congenita'
goitre and congénital parathyroid disease.
Le Gérant : P. MASSON.-
T.AVAL. - IMPRIMERIE L, . RARNEOT1!) ET Cle.
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E. Escomel. — Sur l’Actinomycose humaine au Pérou . 380
Eaveran. — Unicité du paludisme. Discussion . 387
A. et M. Leger. — Leucocytozoon d’oiseaux du Haut-Sénégal et Niger 391
Mathis. — Epidémie de paludisme ayant sévi, dans la province de Son-
tay durant l’été de 1913 . 388
Miramond de la Roquette. - Sur l’absorption du rayonnement solaire
par la peau et son utilisation dans l’économie animale . 406
Niclot. — Des enquêtes et de l’appréciation des statistiques en matière
de paludisme . 41 1
E Roubaud. — Le Larbish des Ouoloffs, pseudo-myiase rampante cuta¬
née du Sénégal . 398
MEMOIRES ' ‘.Sï'-.j
Noël Bernard. — Sur un Rhizopus pathogène de l’homme : Rhizopus
equinus Lucet et Costantin 1903, variété annamensis P. Noël Ber¬
nard 1914. 430
Cardamatis. — Rapport sur la lutte contre le choléra en Macédoine pen¬
dant la guerre Gréco-Bulgare . 447
M.et A. Leger. — Les Leucocytozoon ; leur dénombrement et essai de
classification . 437
Edm. Sergent et H. Foley. — Exploration scientifique du Sahara cons-
tantinois . . 416
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 6
Séance du 10 juin 1914
PAGES
A l’occasion DU PROCÈS-VERBAL
A. Laveran. — Sur les Leucocyto^oon . 461
CORRESPONDANCE
J. Legendre. — Lutte contre le paludisme à Madagascar . 462
Marzinorosky. — Bibliographie du paludisme . 462
Présentation
Looss. — Cycle évolutif de l’ankylostome . 463
Voir la suite du sommaire paye V de la couverture
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IV
PAGES
COMMUNICATIONS
M. Blanchard. — Porocéphales. Discussion . 501
BoNnefay et Maille. — Abcès du foie amibien avec association de bacil¬
les de Koch . 475
A. Boquet et L. Nègre. — Nature mycosique du parasitede la lymphan¬
gite épizootique . 464
J. Brault et J. Montpellier. — Présence du spirille de la hèvre récur¬
rente nord-africaine dans quelques Jiquides et excreta de l’économie 472
J. Brault et J. Montpellier. — Essai de traitement de la fièvre récur¬
rente nord-africaine par les injections intra-musculaires d’olarsol. . 473
J. Bridré et A. Boquet. — L’importation en France des moutons algé¬
riens et la protection des troupeaux métropolitains contre la clavelée 506
L. Collin. — Vaccine en Nouvelle-Calédonie et aux Loyalty .... 503
G. Corin. — Présence de larves de Porocéphales chez Tragelaphus scrip-
tus . 502
David. — htiolôgie et prophylaxie de la fièvre bilieuse hémoglobinuri-
que . 509
W. Dufouceré. — La méningite à pneumocoques des tirailleurs séné¬
galais . 466
H. Jouveau-Dubreuil. — Ulcère phagédénique à Tchentou (Chine). . 469
A. Laveran. — Leishmaniose canine à Marseille. Discussion .... 487
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Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt apres la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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vi
Septième année
1914
N° 6,
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 10 JUIN 1914.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
A l'occasion du procès-verbal de la dernière séance
Dans leur note sur les Leucocytozoon, MM. André et Mai el
Leger font figurer, comme nom spécifique du Leucocytozoon le
Attiene noctua: L. Ziemanni, Lühe, 1906 (Bulletin de , la Soc . le
Path. exotique , t. VII, p. 440). Or j’ai donné, dès 1902, le n n
de Hœmamæba Ziemanni. au parasite visé par MM. Leg R
(A. Laveran, Soc. de Biologie , 18 octobre 1902, t. 54, p. 112 ).
J’avais pu étudier ce parasite dans des préparations qui m’ava; it
été envoyées par notre Collègue le Dr Ziemann auquel reviem e
mérite d’avoir donné la première description de cette hémami
En 1903, j’ai décrit, chez Syrnium aluco, une hémamibe g 1e
j’ai assimilée à H . Ziemanni (Soc. de Biologie, 16 mai -190 p
t- 55» p- 620).
MM. Leger en écrivant (p. 443), à propos de l’hémamibe 1 p
mentée de la mésange : « Ce Leucocytozoon pigmenté serait f tt
à fait exceptionnel » paraissent mettre en doute l’exactitucl e
l’observation que j’ai faite et qui a été vérifiée par Cardam s
et França. L’existence de pigment noir chez Hœmamæba
joris n’est pas douteuse.
Au sujet de l’essai de Classification de MM. Leger, je h li
33
/
462 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
remarquer de nouveau (i) que les hématozoaires endocellulaires
devraient être classés d’après leurs caractères morphologiques et
évolutifs et non d’après les modifications qu’ils déterminent dans
les éléments parasités.
Correspondance
y
M. A. Laveran. — Notre Collègue M. le Dr J. Legendre qui
cherche à assainir les rizières de Madagascar par la pisciculture,
m’écrit qu’il a obtenu déjà des résultats très intéressants qu’il
communiquera prochainement à la Société et il me signale un
Arrêté réglementant la pêche sur le territoire de la commune de
Tananarive qui a paru dans le Journal officiel de Madagascar et
dépendances du 2 mai 1914. Comme il est dit dans les considé¬
rants de cet Arrêté, les poissons sont des auxiliaires d’une grande
utilité pour la destruction des larves des moustiques qui propagent
le paludisme, il importe donc de favoriser leur multiplication
dans les rizières qui, à Madagascar notamment, sont les princi¬
paux gîtes de ces larves. Il faut féliciter M. le Gouverneur général
Picquié d’avoir pris des mesures qui permettront à M. le Dr Le¬
gendre de poursuivre ses expériences dans de bonnes conditions
et qui, j’en suis persuadé, auront d’heureuses conséquences sur
l’endémie palustre de la commune de Tananarive.
*
* *
Notre collègue le Dr Marzinowsky informe la Société que la
Commission pour l’étude de la Malaria en Russie, organisée par
<( la Société des Médecins Russes en mémoire de N. L. Pirogoff »,
termine le catalogue de la littérature russe sur le paludisme jus¬
qu’en 1913 inclusivement. De pareils catalogues, étendus aux
leishmanioses, piroplasmoses, et autres maladies à protozoaires, et
embrassant toute la bibliographie sur ces sujets, paraîtront ensuite
annuellement.
La Commission sollicite l’envoi de travaux sur ces maladies et
(1) A. Laveran et M. Marullaz, *Soc. de path. exotique, 14 janvier 1914,
t. VII, p. 24. *
✓
Séance du 10 Juin 1914
463
enverra volontiers en échange ses publications. Adresse : Moscou,
Librairie de la Commission malarique, Povarskaia, io, 1. 3.
*
* *
M. Lagane, élu membre titulaire à la dernière séance, adresse
des remerciements à la Société.
Présentation
M. Railliet. — J’ai l’honneur d’offrir à la Société, au nom
de M. le Professeur Looss, du Caire, le second volume de sa
belle Monographie de l’Ankylostome : The anatomy and life his-
tory of Agchylostoma duodenale.
Ce travail, qui a pour titre : The development in the jree state,
est extrait du vol. IV ( 1 9 1 1 ) des Records of the School of Medi -
cine. Il constitue, avec son aîné, un élément fondamental pour
l’histoire du plus dangereux des Nématodes, en même temps
qu’un guide précieux pour l’étude des Nématodes en général.
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Sur la nature mycosique du parasite de
la lymphangite épizootique. Formation de
gouttelettes d’huile et de filaments
Par A. BOQUET et L. NEGRE.
Certains auteurs, Gasperini (i), Ducloux (2), Mori (3), Thi-
roux et Teppaz (4), ont mis en doute la nature blastomycétienne
du parasite de la lymphangite épizootique et ont cherché à iden¬
tifier le Cryptocoque de Rivolta avec un protozoaire.
L’un de nous a déjà montré, en collaboration avec Bridré (5),
que le Cryptocoque se comporte, dans la réaction de déviation
du complément, comme un champignon du groupe des levures.
Nous apportons dans cette note le résultat de quelques obser¬
vations qui nous paraissent préciser la nature mycosique du para¬
site de la lymphangite épizootique.
A l’examen de pus contenant des cryptocoques déposé en cou¬
che épaisse sur un milieu gélosé et conservé 8 jours à l’étuve à
24e, puis deux mois à la température du laboratoire, nous avons
observé les formes végétatives suivantes :
Au milieu de nombreuses formes en voie de bourgeonnement,
semblables à celles qui sont dessinées dans les figures 6, 7, 8 et 9,
certains éléments présentent un aspect très particulier : des cryp¬
tocoques augmentent de volume jusqu’à atteindre des dimensions
(1) Gasperini, Sur les microsporidîes de la lymphangite épizootique. Acad,
med. fisica Fiorent, 25 février 1905. — Nouvelles recherches sur la nature delà
lymphangite épizootique du cheval, Acad. med. fisica Fiorent, 13 février, 14 mai
1908.
(2) Ducloux, Sur un protozoaire de la lymphangite épizootique, C. R. So¬
ciété de biologie, t. LXIV, no 13, séance du 4 avril 1908.
(3) Mori, Clinica veterinaria, f. 4 et 5, 1908.
(4) Ihiroux et Teppaz, Sur le Leucocyto^oon piroplasmoïdes Ducloux de
la lymphangite épizootique, C. R. Acad, des sciences, 30 nov. 1908.
(5) J. Bridré et L. Nègre, Comptes rendus de Y Acad, des sciences , séances
du 18 avril et du 17 mai 1910.
Séance du 10 Juin 1914
465
doubles de leurs dimensions primitives et se chargent de goutte¬
lettes réfringentes ou de fines granulations. A leur extrémité
effilée, il se forme un prolongement cylindrique, du diamètre
de 2 y. Ces prolongements dont le protoplasme est granuleux,
s’accroissent peu à peu dans le sens de la longueur, tout en con-
g, gouttelettes graisseuses.
servant le même diamètre (fig. i, 2 et 3). Lorsqu’ils atteignent
8 à 9 y, ils se séparent de la cellule mère par une fine cloison
transversale (fig. 4). Le plus grand de ces tubes, que nous ayons
observé, avait une longueur totale de 18 y; il était formé de deux
segments égaux, de 9 y sur 2 y de diamètre, séparés par une
cloison transversale (fig. 5).
Les grandes formes arrondies ou ovoïdes identiques aux pré-5-
cédentes d’où émanent les tubes, apparaissent dans l’eau de con¬
densation des milieux les plus divers et dans le lait ensemencés
avec du pus de lymphangite; mais les cryptocoques n’y produi¬
sent pas de filaments.
466
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Dans le protoplasma d’un grand nombre de ces éléments hyper¬
trophiés, il existe des gouttelettes réfringentes que Tokishiga (i)
considérait comme des ascospores. Ces gouttelettes se présentent
sous la forme de petits globules sphériques à contour régulier;
très nombreuses au début, elles se fusionnent ensuite en corpus¬
cules plus ou moins volumineux situés au centre ou à la péri¬
phérie de la cellule et remplissant parfois presque entièrement le
cryptocoque (fig. io). Certaines sont extra-cellulaires.
Pour vérifier la nature de ces corpuscules, nous avons traité les
cryptocoques par une solution d’acide osmique à i %. Sous son
action, les gouttelettes ont pris une teinte brune qui nous fait
admettre, comme l'avait pensé Guilliermond (2), que ces forma¬
tions ne sont pas des ascospores, mais des gouttelettes d’huile.
Quant aux formes filamenteuses déjà observées par Tokishiga
en 1896, mais non décrites depuis, elles nous paraissent assez
caractéristiques pour affirmer de nouveau la nature mycosique
du parasite de la lymphangite épizootique.
i
(. Institut Pasteur d’ Algérie).
La méningite à pneumocoques
des tirailleurs sénégalais
Par W. DUFOUGERÈ.
La pneumonie est la maladie qui fait le plus de victimes parmi
les troupes noires du Maroc; alors que celles-ci résistent parfaite¬
ment au typhus, à la typhoïde, et surtout au paludisme, elles sont
extrêmement sensibles aux affections pulmonaires, particulière¬
ment à la pneumonie.
Mais ce qu’il importe de savoir c’est que le pneumocoque ne
concentre pas seulement son action sur le système pulmonaire ;
il envahit rapidement tout l’organisme et se fixe de préférence
sur le cœur et le cerveau. Le plus souvent cette généralisation
(1) Tokishiga, Ueber pathogène Blastomyceten, Centr. f. Bakt., t. XIX,
1 896.
(2) Guilliermond, Les levures, p. 475.
Séance du 10 Juin 1914
467
est consécutive à l’affection pulmonaire, mais il arrive parfois
que les symptômes pulmonaires échappent totalement ou font
défaut; les symptômes cardiaques dominent et s’accompagnent
d 'œdème sans albuminurie : on pense au béribéri ; d’autres fois
ce sont les accidents cérébraux qui provoquent la mort et l’on se
demande anxieusement s’il ne s’agit pas de méningite cérébro-
spinale. L’examen bactériologique peut seul lever les doutes.
Depuis notre arrivée au Maroc, et particulièrement pendant
l’hiver 1913-1914 nous avons pu observer plusieurs cas de ménin¬
gite pneumococcique chez les tirailleurs sénégalais. Le fait n’est
pas nouveau puisque Marchoux a relaté, au Sénégal, une véri¬
table épidémie de méningite pneumococcique qui en trois mois
a causé près de 200 décès. Néanmoins, nous croyons devoir attirer
sur ce point l’attention de nos confrères militaires du Maroc, car
ces accidents méningés sont loin d’être rares et leur diagnostic
précis est parfois des plus délicats.
Le plus souvent ces phénomènes cérébraux ne présentent au¬
cune gravité ; les malades atteints de pneumonie lobaire ont pen¬
dant leur maladie et même au cours de la convalescence, du délire
intermittent qui se manifeste surtout pendant la nuit. C’est un
délire calme ; le malade cause tout seul et bredouille, dans un
demi-sommeil, des phrases inintelligibles dont il ne se souvient
plus lorsqu’il est réveillé. Presque tous les malades de cette caté¬
gorie que nous avons soignés ont guéri.
Chez six autres tirailleurs, nous avons observé parallèlement
à l’infection pulmonaire des phénomènes méningés graves carac¬
térisés par un délire violent et une agitation telle, qu’il a fallu
mettre à ces malades la camisole de force. Deux d’entre eux ont
succombé et nous avons trouvé, à l’autopsie, dans les méninges,
un liquide jaunâtre, épais, renfermant de nombreux pneumoco¬
ques. Les quatre autres ont guéri, après une longue convales¬
cence mais leur intellect a été considérablement diminué. Tel
tirailleur qui était auparavant un infirmier intelligent et actif est
devenu, après sa maladie, un minus habens inutilisable. Tel autre
avait complètement perdu la mémoire de tout ce qui s’était passé
avant son entrée à P ambulance.
Enfin, nous avons été appelés à soigner des tirailleurs sénéga¬
lais qui ne présentaient aucune lésion de l’appareil pulmonaire;
par contre, les phénomènes méningés dominaient (céphalalgie
intense, raideur musculaire, opisthotonos, etc.), et laissaient sup-
468
Bulletin df. la Société de Pathologie exotique
poser qu’il s’agissait de méningite cérébro-spinale épidémique.
Ce diagnostic pouvait d’autant plus se poser que plusieurs tirail¬
leurs ont été simultanément atteints de la même affection. L’exa¬
men du liquide céphalorachidien, la présence du pneumocoque
dans ce liquide ont permis de lever tous les doutes; d’ailleurs;
dans la plupart des cas l’autopsie a révélé la présence dans les
méninges d’un pus verdâtre; l’examen bactériologique de ce pus;
où le pneumocoque abondait, a ainsi confirmé le diagnostic porté
après la ponction lombaire.
Voici d’ailleurs, à titre documentaire une observation de mé¬
ningite pneumococcique prise dans le service du médecin major
Lemoine à Kasbah Tadla:
Bobara Cira, tirailleur sénégalais, 22 ans. Entré à l’ambulance de
K. Tadla, le 9 avril, avec le diagnostic « Courbature fébrile ».
A son entrée à l’hôpital, on constate une température peu élevée
38°, 2. Pas de frissons. La langue est légèrement saburrale et le ma¬
lade se plaint seulement de céphalée. Constipation depuis 3 jours.
Rien aux poumons.
Le surlendemain la température atteignait 39°, le malade est affaibli
et se plaint toujours de la tête. A ce moment les phénomènes ménin¬
gés commencent à se manifester par une difficulté à rester assis.
Légère raideur de la nuque.
Le 4e jour, la raideur est plus accentuée ; il n’y a cependant pas d'o-
pisthotonos. Le réflexe rotulien est normal ; la sensibilité n’est pas
augmentée. Le pouls est petit. Aucun foyer de pneumonie ne peut
être décelé. Il n’y a qu'une légère congestion à la base du poumon
gauche.
La langue, à ce moment-là, devient sèche et rôtie ; les dents sont
fuligineuses ; la constipation est opiniâtre et résiste même à des
doses fractionnées de calomel.
Une ponction lombaire donne issue à un liquide clair renfermant
de rares globules blancs et quelques pneumocoques.
Le 16 avril, le malade commence à délirer ; le pouls devient très
rapide, mais la température se maintient à 39° ; dans l'après-midi,
le malade est très affaibli, il a de l'incontinence des matières fécales.
Le soir il meurt.
A l’autopsie, on ne trouve aucun foyer de pneumonie ; le poumon
droit est normal ; le lobe inférieur du poumon gauche est légèrement
hypérémié. Les deux poumons flottent sur l’eau.
Le péricarde renferme un peu de liquide ; mais le myocarde est
très friable ; le muscle est décoloré. La cavité cardiaque est remplie
de caillots qui ont un aspect verdâtre. Les valvules sont normales.
Foie. Rate. Reins normaux. Légère hyperhémie de l’intestin.
Après l’ouverture du crâne on constate sur toute la voûte cérébrale,
un exsudât jaunâtre incorporé à la pie mère. Pas de localisation, mais
il y a des granulations jaunes sur toute la surface et surtout au ni¬
veau de la fente du cerveau. Rien dans les ventricules.
L examen du pus recueilli dans les méninges permet de constater
la présence de nombreux pneumocoques.
Séance du 10 Juin 1914
469
Cette observation de méningite pneumococcique sans accidents
pulmonaires est loin d’être unique ; beaucoup de médecins seraient
tentés d’en faire des cas de méningite cérébro-spinale épidémi¬
que; certains se sont même demandé s’ils n’avaient pas affaire
au typhus exanthématique.
En présence de cette facilité avec laquelle le pneumocoque se
concentre sur les méninges on est en droit de se demander s’il ne
faut pas attribuer à l’infection pneumococcique les cas de « folie »
subite que l’on observe parfois chez certains Sénégalais, qui sans
motif plausible, alors qu’ils paraissent en bonne santé, se suici¬
dent ou se servent de leurs armes contre d’autres camarades ou
contre leurs chefs ; à ce point de vue il serait intéresseant de faire
l’autopsie de tous ceux qui se suicident. Cette infection des mé¬
ninges par le pneumocoque peut passer inaperçue et se déclarer
subitement ; Marchand a vu des tirailleurs sénégalais tomber en
pleine marche et mourir quelques heures après. Le diagnostic
d’insolation était reconnu erroné à l’autopsie car les méninges
contenaient du pus.
Le traitement symptomatique est le seul qui puisse être insti¬
tué ; cependant, partant de ce principe que la pneumonie est une
maladie infectieuse qui peut se généraliser, nous avons depuis
deux mois fait systématiquement à tous les malades de ce genre,
des injections intraveineuses de collargol et d’électrargol. Cette
méthode nous a donné des résultats merveilleux, même dans des
cas désespérés et nous la recommandons volontiers.
Ulcère, phagédénique à Tchentou
(Setchouen, Chine)
Par H. JOUVEAU-DUBREUIL.
Le phagédénisme tropical a été signalé pour la première fois au
Setchouen en 1909 par Assmy (i), qui l’a observé chez les malades
de l’hôpital allemand de Tchongking. Dans le pus de ces ulcères,
il a rencontré : i° un bacille fusiforme ; 20 un bacille court incurvé ;
(1) Assmy, Arch. f. Schiffs und Trop. H y g:, vol. XIII, 1969. — China
medical journal, nov. 1909.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
470
3° des spirochètes; 40 d’autres microorganismes. H. Jefferys et
J. L. Maxwell (i) rapportent cette description comme étant la pre¬
mière qui aurait été faite de cette affection dans toute la Chine.
En 1910, Guillemet (2) constate la présence de ce même ulcère
à 1 ’ hôpital français de Tchongking et le trouve en tout semblable
au point de vue clinique à celui qu’il a fréquemment observé
dans plusieurs points du Soudan.
Dans l’espace de quelques mois, nous avons eu l’occasion de
rencontrer à Tchentou cinq cas qui répondent tout à fait aux des¬
criptions d’AssMY et de Guillemet, c’est-à-dire au phagédé¬
nisme tropical, ou à la pourriture d’hôpital.
Ces ulcères présentaient les caractères suivants : quatre d’entre
eux siégeaient au pied ou à la jambe et avaient fait suite à de
simples égratignures de la peau ; un seul était situé à la main et
s’était développé après une morsure de cheval. Ils avaient aug¬
menté progressivement dans l'espace de vingt à quarante jours et
couvraient des surfaces variant entre une et quatre fois l’étendue
de la paume de la main.
Ils étaient recouverts d'une fausse membrane grisâtre, épaisse
de deux millimètres environ, friable, adhérente aux tissus sous-
jacents. En essayant de la décoller, on mettait à nu une surface
rougeâtre, saignant facilement et très douloureuse. La peau, le
tissu cellulaire, l’aponévrose, étaient complètement sphacélés. Les
muscles et les tendons n’étaient que superficiellement attaqués.
Les bords, violacés, un peu infiltrés, quelquefois de niveau avec
le fond de la plaie en de rares points 011 la guérison semblait avoir
commencé spontanément, étaient le plus souvent décollés sur
une étendue de plusieurs centimètres et recouvraient des amas de
pus grisâtre à odeur extrêmement fétide.
Ceux qui en étaient atteints étaient des gens pauvres, mal nour¬
ris, à état général mauvais.
A l’examen microscopique du pus pris avant tout pansement
antiseptique, et coloré au Giemsa, nous avons rencontré l’asso¬
ciation microbienne fuso-spirillaire décrite par Vincent et formée:
a) Du bacille fusiforme (Le Dantec, Vincent). Ce bacille
existe en nombre considérable sur les préparations. Il est renflé
(1) W.-H. Jefferys and J.-L. Maxwell, The diseases of China. Blakiston
son and O, Philadelphie, 1910. p. 417.
(2) Guillemet, Annales d'hy g. et de med. coloniales, 1910, n® 4, p. 586-591.
Séance du 10 Juin 1914
471
en son milieu et va en s’amincissant à ses deux extrémités qui
sont arrondies. Ses dimensions ont de 4 à 12 u de longueur sur
1 y d’épaisseur. Il se colore très fortement par le Giemsa; cepen¬
dant, les formes courtes que l’on observe après les premiers pan¬
sements antiseptiques prennent moins facilement la couleur. Il
présente quelques points fortement teintés en violet alternant
avec des espaces plus clairs. Ouelques-uns sont en voie de division
transversale et forment des chaînes de deux ou trois bacilles. Il
se décolore par la méthode de Gram.
b) Du spirochète de Vincent, en quantité assez considérable sur
les frottis, coloré en bleu par le Giemsa mesurant de 15 à 25 y de
longueur, ayant des ondulations à grande courbure.
Il existait aussi d’autres microorganismes de dimensions
variées.
Le traitement employé a été celui préconisé par Clarac :
grattage complet de la fausse membrane jusqu’à mise à nu des
tissus saignants sous-jacents, puis, application de pansement hu¬
mides au bichlorure de mercure à 1 g. pour 1.000.
Au bout de 48 heures les spirochètes avaient en général dis¬
paru du pus. Le bacille fusiforme persistait encore pendant quel¬
ques jours avec des formes courtes prenant plus difficilement le
colorant, puis disparaissait aussi.
Ces ulcères perdaient très facilement leur caractère phagédé-
nique. LTne semaine y suffisait. La guérison n’en était pas moins
longue à s’achever à cause de l’étendue des surfaces dénudées et
de la lenteur de l’épidermisation. Mais le pus qui s’en écoulait
ne montrait plus ni bacilles fusiformes ni spirochètes.
Des cicatrices épaisses et rétractiles ont suivi qui gênaient les
mouvements du membre atteint.
A
M. Vincent. — A propos de la communication de M. Jouveau-
Dubreuil, je tiens à rappeler que M. Le Dantec n’a nullement
décrit, le premier, le Bacillus fusiformis ni son aspect caractéris¬
tique, bien qu’il ait eu de fréquentes occasions d’étudier cette ma¬
ladie et de revoir ses préparations. En second lieu, le spirochète
associé au bacille en fuseau, existe non seulement dans la pro¬
fondeur des lésions, mais aussi dans les frottis du putrilage. Il
est facile de s’en assurer par la coloration simple avec le liquide
de Ziehl dilué.
La pourriture d’hôpital et les affections qui en sont les filiales
4-72 Bulletin de la Société de Pathologie exotiq^.
(angine de V., ulcère phagédénique, noma, etc.), sont dues, ainsi
que je l’ai établi, non au bacille fusiforme, mais à la symbiose.
de ce microbe avec le ■Spirochœte.
Note sur la présence du spirille de la fièvre
récurrente Nord-Africaine, dans quelques
liquides et excréta de l’économie
Par J. BRAULT et J. MONTPELLIER.
Au cours des nombreux cas de fièvre récurrente que nous
venons d’observer dans notre service de la Clinique des maladies
des pays chauds à l’hôpital d’Alger-Mustapha, nous avons
patiemment recherché les spirilles dans différents liquides et
excréta de l’économie (i). 11 nous paraît intéressant de rapporter
les résultats positifs de ces recherches : la présence de ce spirille
dans le liquide céphalo-rachidien et surtout dans la sueur et les
larmes.
Tous nos malades ont subi une ou plusieurs ponctions lom¬
baires au cours de leur hospitalisation. Le liquide céphalo-rachi¬
dien, toujours recueilli de telle manière qu’il ne pouvait contenir
de sang, fut centrifugé et examiné après différentes colorations
et en particulier après le « Tribondeau », procédé qui nous paraît
des plus recommandables pour la recherche des microorganismes
spirillaires. Nous avons rencontré le spirille deux fois sur une
vingtaine de cas. Nous sommes en mesure d’affirmer que, dans
ces deux cas, le liquide céphalo-rachidien ne présentait aucune
trace de sang. Cela n’empêchait pas les spirilles d’être, dans un
cas du moins, relativement nombreux. Nous avons déjà men¬
tionné ailleurs cette observation, en insistant sur ce fait que ni
l’examen du liquide céphalo-rachidien, ni la clinique ne tradui¬
saient l’existence de quelque réaction méningée chez notre malade.
Dans le second cas, il s’agissait d’un spirillaire, hospitalisé
d’abord pour érythème pellagroïde, et présentant des svmptômes
(i) Nous avons fait en outre des études hématologiques, voir Galette des
hôpitaux , 1914.
Séance du 10 Juin 1914
473
nerveux centraux nets qui ont survécu d’ailleurs aux accès ther¬
miques dus à la spirillose et qui n’ont disparu en partie que plus
tard avec les lésions d’érythème.
Au moment de la crise sudorale qui marque généralement la
chute de la température au cours de cette maladie, nous avons
recueilli de la sueur et parfois en assez grande quantité pour la
pouvoir centrifuger. Une seule fois nous avons pu y déceler
quelques spirilles, extrêmement rares, mais dont l’ identification
ne prêtait à aucune confusion. Nous devons dire que, dans ce cas,
la sueur fut prélevée par application directe et pression d’une
lame de verre sur la peau du front du sujet.
Enfin, dans un cas, nous avons rencontré des spirilles dans
les larmes. Il s’agissait d’un malade en plein accès, présentant
non pas une iritis bien caractérisée, mais une légère réaction
hyperhémique du côté des vaisseaux de l’œil, sans phénomène
douloureux, ni sécrétion purulente ou séreuse marquée.
Nous devons ajouter que dans les quatre cas que nous rappor¬
tons, les malades étaient, au moment du prélèvement, en plein
accès fébrile, et que les parasites abondaient dans le sang.
Essai de traitement de la fièvre récurrente
Nord-Africaine, par des injections
intramusculaires d’Olarsol
Par J. BRAULT et J. MONTPELLIER.
La thérapeutique de la fièvre récurrente a très heureusement
bénéficié de l’emploi des sels d’EHRLiCH en injections intra¬
veineuses, et des produits analogues, le ludyl et le galyl. Nous
nous sommes demandés dernièrement si le néosalvarsan, en injec¬
tion huileuse, d’un maniement plus simple, ne pourrait pas être
également appliqué au traitement de cette maladie.
Nous avons utilisé l’olarsol dans neuf cas de typhus récurrrent.
Rien de compliqué dans le manuel opératoire de l’injection,
que nous avons poussée, tantôt dans les muscles de la fesse,
tantôt dans les masses lombaires.
La quantité de sel injecté fut de 20 à 45 cg.
474 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Localement la réaction fut souvent très supportable, parfois
insignifiante, mais parfois aussi très marquée. Elle s’est montrée
particulièrement vive dans les cas où l’injection fut faite dans
les muscles fessiers. En règle générale, elle se montra beaucoup
moins prononcée lorsque l’olarsol fut injecté dans les lombes,
suivant la technique préconisée par Balzer. La douleur, nulle
au moment de l’injection, est apparue environ trois quarts d’heure
après, parfois le lendemain seulement. 11 faut noter que presque
toujours elle s’est montrée tenace, persistante, ne s’effaçant que
lentement au bout d’une huitaine de jours. Ces phénomènes dou¬
loureux, le plus souvent supportables, ont acquis parfois un tel
caractère de violence que le sujet s'en montrait très péniblement
incommodé. Enfin, nous devons ajouter que dans ces derniers
cas, la douleur s’accompagnait de tuméfaction marquée de la
région et de Contracture des masses lombaires.
Nous n’avons noté de réaction générale que dans deux cas.
Une fois, quatre heures après l’injection, le malade a présenté de
la céphalée, quelques vomissements bilieux et des selles diarrhéi¬
ques, le tout disparaissant dans les 24 heures. Dans le second cas,
il s’est agi d’œdème avec rétention chlorurée et albuminurie
légère apparaissant le lendemain d’une seconde injection de 25 cg.
d’olarsol.
En somme, la réaction générale, dans la grande majorité des
cas, fut absente.
Il faut bien avouer qu’il est difficile d’apprécier exactement
l’action de tout médicament au cours de cette affection, dont les
accès cèdent spontanément et qui d’autre part ne présente par¬
fois aucune rechute. N’oubliions pas, en outre, que le plus souvent
les malades entrent au dernier jour d’un accès fébrile qui au sur¬
plus est déjà parfois le second. De là, la difficulté d’interpréter
impartialement des résultats et le danger de les attribuer à une
thérapeutique qui en réalité est peut-être inactive.
Toutefois, nous croyons pouvoir affirmer, en nous basant sur
nos observations, que l’olarsol, du moins aux doses de 20 à 30 cg.,
n’a aucune influence sur l’évolution des accès en cours. Ces accès,
maintes fois, se sont poursuivis normalement deux et trois jours
après l’injection.
D’autre part, nous devons ajouter que l’action stérilisante du
mSédicament nous paraît très problématique ; contre elle nous
avons au moins une observation typique : chez un malade, deux
Séance du 10 Juin 1914
475
injections d’olarsol (15 cg. et 30 cg.) faites à cinq jours d’inter¬
valle, les Ier et 6e jour d’apyrexie après un premier accès, n’em¬
pêchent pas une rechute de se produire au 7® jour, avec présence
de spirilles assez nombreux dans le sang ; rechute qui dure trois
jours.
En définitive, l’injection de néosalvarsan en composé huileux,
ne nous paraît pas donner dans la fièvre récurrente les excellents
résultats que l’on est en droit d’attendre de ce même sel en injec¬
tions intraveineuses.
A priori, il fallait s’v attendre. L’infection spirillaire demande,
pour être victorieusement combattue, à être frappée fortement et
brusquement; c’est là, sans aucun doute, la première condition
de succès des injections intraveineuses de produits arsenicaux.
Or, l’olarsol, comme tous les composés huileux, n’est absorbé
que lentement ; d’où une action lente et continue peut être excel¬
lente pour le traitement d’autres affections, mais à coup sûr insuf¬
fisante pour stériliser rapidement un organisme, envahi par les
spirilles de la fièvre récurrente (1).
Abcès du foie amibien avec association
de bacilles de Koch
Par BONNEFAY et MAILLE.
Il est de notion classique que, dans les abcès du foie tropicaux
d’origine amibienne, le pus est généralement stérile, mais que,
parfois, sur la lésion initiale, provoquée par l’amibe, se greffe
une infection secondaire. L’amibe prépare le terrain sur lequel
des bactéries pyogènes aérobies ou anaérobies peuvent se multi¬
plier (Bertrand et Fontan).
Parmi les microbes le plus souvent rencontrés, on cite les
(1) Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que deux de nos malades-
ayant fait un typhus récurrent classique, ont eu leur premier accès, alors qu’ils
suivaient depuis 8 et 1 5 jours un traitement mercuriel sévère (inj. de Biiodure
de Hg.), pour des accidents syphilitiques tertiaires. Donc, non seulement la
contamination parait s’être faite alors que l’organisme était saturé de mer¬
cure, mais encore l’évolution de la maladie n’en fut nullement influencée.
476
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
staphylocoques et des anaérobies divers, et plus rarement le coli¬
bacille, le paracoli, le streptocoque, le pyocyanique.
Ayant eu l’occasion à l’Hôpital Maritime de Cherbourg de
trouver, dans un abcès du foie d’origine amibienne, du pus à
bacille de Koch, nous pensons qu’il y a lieu d’ajouter le nom de
ce bacille à la liste des microbes pyogènes antérieurement cités.
Observation
Le P..., quartier-maître de manœuvre aux Sous-Marins, 31 ans,
entre à l'Hôpital Maritime de Cherbourg le 10 mars 1914 pour : « con¬
gestion du lobe gauche du foie ; a eu la dysenterie antérieurement ».
Commémoratifs. — Le P..., a fait un séjour de 11 mois en Indo-
Chiné (Haïphong) 1908-1909, pendant lequel il aurait eu la dysenté-
rie, maladie pour laquelle il aurait été rapatrié. Actuellement revient
de campagne à Terre-Neuve sur le Descartes. Aurait depuis son séjour
en Indo-Chine, de temps en temps, la diarrhée
Il a dû se présenter à la visite, il y a six jours, se plaignant d’une
douleur très vive au creux de l’estomac et d’une douleur en bretelle
à l’épaule gauche.
Etat actuel. — Le P..., est amaigri, son faciès est bistré, terreux,
ses sclérotiques sont ictériques. La région épigastrique est très dou¬
loureuse à la pression, même légère. Voussure à ce niveau. Le foie est
augmenté de volume, surtout au niveau du lobe gauche. Fièvre : le
matin 37°3, pouls 80 ; le soir 38°5, pouls 92.
Il ne tousse pas, rien de particulier à noter à l’examen de la poï-
‘ trine. Les urines sont de teinte acajou, l’analyse y révèle des acides
biliaires et des traces d’indican. Urée 25 g. 50 0/00. Pas d’albumine ni
de sucre.
L’examen radioscopique pratiqué par M. le Médecin Principal Titi
montre qu’il n’existe rien de suspect ni aux sommets, ni aux champs
pulmonaires, ni au cœur. Pas d’adhérences ni à droite, ni à gauche,
au diaphragme. Les mouvements respiratoires ne sont gênés par rien.
L’examen particulier du foie avant et après ingurgitation d’un li¬
quide gazogène montre que la face supérieure est à la hauteur nor¬
male ; pas d’irrégularité de forme ; teinte uniforme dans la masse
hépatique. La face inférieure n’affecte plus une ligne droite et obli¬
que. Au niveau de l’entrecroisement formé par l’image de la colonne
vertébrale, on voit s’avancer vers la gauche une masse sombre (volume
d’une mandarine) qui se détache bien nettement à côté de l’image de
l’estomac distendu.
On pose le diagnostic d’abcès du foie probablement amibien et dès
le lendemain de son entrée à l’hôpital on commence une série d’injec¬
tions de chlorhydrate d’émétine. Le 11 mars 0,04 centigrammes, le
12 et jours suivants 0,08 cg. jusqu’au 19 où on revient à 0,06, le 20
0,04, ie 21 0,02 cg. Ce traitement amenait un grand changement dans
l’état général devenu meilleur ; la température et le pouls revenaient
à la normale.
Le 17 mars on notait que le lobe gauche du foie était seul augmenté
de volume, mais à peine douloureux à une pression forte. Le faciès du
malade était rosé, sclérotiques nacrées, urines de teinte normale et
les selles moulées, colorées normalement.
Séance du 10 Juin 1914 477
Sang. — ’ Formule leucocytaire. ' •' /
Polynucléaires neutrophiles . 75 %
Polynucléaires éosinophiles . 0
Mononucléaires grands et petits . 25 %
Une nouvelle radioscopie pratiquée le 1er avril indiquait qu’on obte¬
nait les mêmes renseignements que lors de la lre radioscopie.
Le malade eût à ce moment un volumineux abcès dentaire qu’on
incisa et traita.
Le 9 avril, cliniquement : on constatait encore une petite voussure
à la partie gauche du creux épigastrique, qui cédait facilement à la
pression, un peu douloureuse au centre. La matité du foie à ce (ni¬
veau était abaissée.
La radioscopie montrant une augmentation du volume du foie avec
abaissement de la face inférieure du lobe gauche, du volume apparent
d’une mandarine dont le centre serait situé à 4 travers de doigts de
l’extrémité inférieure de l’appendice xyphoïde et à 1 cm. en dedans
du rebord costal ; à ce niveau, après stova-cocaïnisation, on pratique
avec l’aiguille n° 3 de l’aspirateur Potain une ponction. L’aiguille
dirigée en haut et en arrière franchit la paroi abdominale et pénètre
dans une poche. Il vient 100 cm3 environ de pus, ayant les caractères
du pus d’abcès froid : jaunâtre, très fluide, grumeleux.
Examiné au Laboratoire, on trouve :
1° débris et cadavres d’amibes, pas d’amibes vivantes, cellules du
foie ;
2° chimiquement, réactions du pus hépatique (présence de bile, gly¬
cogène) ;
3° par trois méthodes différentes (Ziehl-Neelsen, Spengler. Ar-
loing-Biot), on trouve des bacilles acido-alcoolo-résistants, probable¬
ment des b. de Ivocn ;
< 4° on ensemencé sur milieux usuels aérobie et anaérobie. On n’ob¬
tient pas de culture après 48 heures ;
5° on inocule à un cobaye, sous la peau du flanc, un cm3 de pus.
Un mois après, on constate que l’animal a perdu de son poids et
qu’il présente à droite et à gauche du flanc, dans les aines, de gros
ganglions. Sacrifié, on trouve à l’autopsie : un gros ganglion caséeux,
comme un haricot, au niveau du point d’inoculation. Au-dessous, dans
l’aine droite, un ganglion un peu moins gros, dur. A gauche, deux
ganglions, comme des pois dont un à la coupe a son centre en voie
de caséification. Sur la rate quelques tubercules comme des grains
de semoule. Des frottis de ganglions montrent des bacilles de Koch
typiques.
Il s’agissait donc chez un dysentérique ancien d’un abcès du foie
amibien avec association de bacilles de Koch.
Après la ponction évacuatrice ont fit du 9 avril au 19 avril vingt
injections de chlorhydrate d’émétine, deux par jour, début par 0,02,
augmenter jusqu’à 0,08, descente jusqu’à 0,02.
Le 16 avril, une ponction au niveau de. l’abcès hépatique avec l’as¬
pirateur Potain ne ramène pas de pus, bien que l’aiguille suivant la
même direction ait pénétré à la même profondeur.
Le 23 avril, un examen radioscopique de la région hépatique, mon¬
tre que la face inférieure du foie ne. présente plus de saillie en forme
de mandarine. Cette image est très nette surtout quand le malade, par
la contraction musculaire volontaire de l’abdomen, refoule en haut
son estomac.
34
*■ • - * ' î;
478 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le 5 mai, le malade sort de l’Hôpital pour jouir d’un congé de con¬
valescence. Il a augmenté de poids, mais son état général s'est amélioré
lentement, ses muqueuses restent pâles et le poids normal n’a pas été
recouvré. L’auscultation des poumons indique un peu de rudesse au
sommet droit et bronchophonie peu marquée dans l’espace omo-ver-
tébral droit. A l’examen du foie, on ne note plus rien d’anormal ; la
paroi abdominale se laisse facilement déprimer, sans douleur, jusque
sur le rebord costal.
Dès le premier examen, nous avons posé, à cause des commé¬
moratifs surtout, le diagnostic d’abcès du foie amibien. Ce fût
une surprise de trouver, associé à l’amibe, le bacille de Koch, lors
de l’examen du pus évacué par la ponction.
Il ne s’agissait pas, à notre avis, d’un de ces abcès froids tuber¬
culeux du foie, dû à la fonte d’un tubercule, si bien étudiés par
Sergent, Jacobson, Lannelongue, Auvray, etc., car ces abcès
s’observent ou chez les enfants à tuberculose le plus souvent d’ori¬
gine intestinale, ou sont des surprises d’autopsie chez des tuber¬
culeux à lésions avancées. L’on trouve alors toujours le foie
entamé d’adhérences épaisses et nombreuses qui l’unissent aux
organes voisins.
Notre malade appartenait aux Equipages des Sous-Marins, per¬
sonnel choisi physiquement et soumis à une surveillance médicale
très étroite. Son état général était bon, puisqu'il avait pu assurer
encore son service six jours avant son entrée à l’Hôpital. Lors de
notre premier examen, il ne toussait pas et cliniquement il ne
présentait aucune lésion de bronchite ou d'induration d’un som¬
met pulmonaire; du reste la radioscopie n’indiquait rien d’anor¬
mal aux poumons. Il n’y avait aucune lésion tuberculeuse abdo¬
minale, . ganglionnaire ou osseuse apparente.
En même temps que sa dysenterie, en Indochine ou postérieu¬
rement, ce malade avait-il eu des lésions intestinales de ce que
Poncet appelle la tuberculose inflammatoire ? Des bacilles de
K'och, à cette occasion, se seraient-ils mis à pulluler sur le terrain
préparé par l’amibe? C’est probable.
Quoi qu’il en soit, le traitement par le chlorhydrate d’émétine
a paru nettement améliorer l’état de ce quartier-maître. D’une
part, la première série d’injections d’émétine fit revenir la tem¬
pérature à la normale, fit disparaître toute douleur; d’autre part,
après que la poche purulente fut vidée, la deuxième série d’injec¬
tions empêcha le pus de se reformer. Quand le malade est sorti
de 1 Hôpital si l’on n’avait pas constaté la présence de bacilles de
Séance du 10 Juin 1914
479
Koch assez virulents pour tuberculiser un cobaye, l’on aurait pu
croire à une guérison complète. Cet homme sera à surveiller et
à suivre ultérieurement.
(. Hôpital maritime de Cherbourg).
Chronique du Kala-azar en Tunisie
Par Charles NICOLLE.
Kala-Azar humain. — Depuis la publication de notre dernière
statistique (Arc hives de l'Institut Pasteur de Tunis, 1912, fasc. II,
p. 65, avec une carte) juqu’à ce jour, le nombre des cas de
Kala-Azar humain, relevés dans la Régence, qui était alors de
trente, est monté à 38. En outre, un cas y a été constaté par
MM. Conor et Calo sur un enfant infecté en Algérie.
Les huit cas tunisiens inédits concernent six garçons et deux fil¬
les ; l’âge, au moment où la maladie s’est déclarée chez les enfants,
était : 1 an une fois, 1 à 2 ans trois fois, 2 à 3 ans trois fois, 6 ans
une fois ; de ces enfants, sept sont italiens, le huitième français,
mais contaminé pendant son séjour en nourrice dans une famille
italienne. En ce qui concerne la répartition géographique, deux
cas appartiennent à la ville de Tunis, un à sa banlieue (Manouba),
un à Aïn-Relal, entre Tunis et Bizerte, un à la Mornaghia
(30 kilomètres à l’Ouest de Tunis), un à Bizerte, deux à Ouea*
Zargua (100 kilomètres de Tunis sur la ligne d’Algérie). A noter,
et c’est la première fois que nous constatons ce fait, que deux des
malades étaient frères.
Le Kala-Azar demeure, en Tunisie, une maladie assez rare,
inconnue avant l’âge de cinq mois et au-dessus de dix ans, sur¬
tout fréquente de la première à la troisième année (23 cas sur 37);
elle frappe de préférence les garçons (24 contre 14 filles) et, avec
une prédominance toute particulière, les enfants de race italienne
ou vivant dans le milieu italien (29 sur un total de 37). On ne
l’a observé jusqu’à présent que dans le nord de la Régence.
Leishmaniose canine. — Nous avons pratiqué, avec la colla¬
boration de M. A. Jannot, au cours de l’année 1913, l'examen
de 109 chiens de la fourrière municipale de Tunis, choisis , de
480
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
préférence, parmi les animaux maigres ou malades, c’est-à-dire
parmi ceux qui pouvaient être le plus justement suspectés de
Kala-Azar; six ont été trouvés infectés (quatre de façon intense,
deux médiocrement).
La répartition suivant les mois a été la suivante :
Janvier
Février.
Mars -
Avril
Mai
Juin
Septembre
Octobre
6 examens, pas d’infectés.
17 examens, deux infectés.
10 examens, aucun.
17 examens aucun.
13 examens, deux infectés.
5 examens, aucun.
36 examens, deux infectés.
5 examens, aucun.
Ce qui donne par trimestre : Ier trimestre : 2 infectés sur 33 exa¬
minés ; 2e trimestre : 2 sur 35 ; 3e trimestre : 2 sur 36 (nous négli¬
geons le quatrième trimestre, représenté par un nombre insuffi¬
sant d’examens). Soit sensiblement la même proportion suivant
les saisons et, au total, une proportion assez faible, 5,50 %, puis¬
qu’il s’agit, nous l’avons dit, de chiens choisis parmi les suspects.
Vingt chats de Tunis, examinés en septembre, n'ont fourni
aucun cas de leishmaniose.
Culture des Leishmania. — Nous entretenons sur milieu NNN,
par des repiquages bi-mensuels, cinq échantillons de Leishmania ,
provenant : deux, de cas de Kala-Azar de l’homme; deux, de
chiens naturellement infectés ; un, d’un cas de bouton d’Orient.
Ces cultures comptent actuellement : celles de la Leishmania
donovani humaine 100 et 56 passages ; celles de la Leishmania
canine 61 et 58 passages; celle de la Leishmania tropica 119.
L’isolement, pour cette dernière, date du mois de novembre
1909; elle présente donc actuellement quatre ans et demi de vie
saprophyte. Il ne s’est produit, en ce long espace de temps, aucune
modification morphologique des parasites.
Toutes nos cultures poussent facilement, sous forme de petites
colonies transparentes, à la surface de l’agar au sang.
Anémies spléniques infantiles de cause inconnue. — De nou¬
veau, nous attirons l’attention des médecins de l’Afrique Mineure
sur l’existence, en ce pays, de cas assez nombreux d’anémies
avec hypertrophie de la rate et dans lesquels la ponction de l’or¬
gane et l’examen du sang ne montrent cependant la présence
d’aucun parasite (hématozoaires, Leishmania ou autres). Ces
anémies spléniques se rencontrent en particulier chez les enfants
Séance du 10 Juin 1914
481
de quelques mois; or, on peut affirmer qu’avant la seconde moitié
de la première année, le Kala-Azar ne s’observe pas. biles sont
graves, sans cependant comporter un pronostic aussi sombre que
la leishmaniose.
En l’absence d’autopsie, il nous a été impossible jusqu’à pré¬
sent d’en entreprendre l’étude expérimentale. Il y aurait là un
sujet important de recherches et que nulle donnée n’éclaire actuel¬
lement.
(. Institut Pasteur de Tunis).
Difficulté de conservation du virus de la
leishmaniose canine par les passages
Par Charles NICOLLE et Marthe CONOR.
Il ne semble pas qu’il soit aisé de conserver par passages le
virus de la leishmaniose naturelle du chien. Déjà, dans une note
antérieure (Soc. de Pathologie exotique, juin 1912, pp. 35r-355)>
après avoir rappelé plusieurs essais négatifs, nous avions rapporté
l’histoire d’un virus qui, à la suite de deux passages, s’était mon¬
tré incapable d’infecter des animaux au troisième (Virus 2 ; pre¬
mier passage positif pour 2 chiens sur 2 inoculés par voie péri¬
tonéale, second passage positif pour 1 chien sur 3 et 1 singe sur 2,
troisième passage, essayé sur 2 chiens et négatif).
Nous avons tenté de nouveau deux séries d’expériences de
même ordre.
La première (virus 58) a échoué dès le premier passage, malgré
l’intensité de l'infection naturelle du chien (inoculation périto¬
néale à deux singes, sacrifiés les 69e et 71e jours).
La seconde, plus favorable (virus 15), ne nous a pas permis
cependant de pousser plus loin que le troisième passage. Nous la
rapporterons brièvement.
Le virus de cette expérience a été fourni par la rate du chien 15,
capturé à la fourrière de Tunis, sacrifié à l’Institut Pasteur le
20 février 1913 et atteint d’une infection généralisée assez in¬
tense. Une heure après la mort de l’animal, nous inoculons (1)
(1) Toutes nos inoculations ont été faites par voie péritonéale.
482
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
les chiens 104, 105 et 106 et quatre singes : les bonnets chinois 1
et II, le rhésus I, le magot I.
Premier passage
Chien 104, poids 3.500. Sacrifié le 44e jour, poids 3*3°°> non
infecté.
Chien 105, poids 2.700. Sacrifié le 60e jour, très amaigri (poids
2.170). La rate pèse 20 g., le foie 110, tous les organes sont déco¬
lorés et leur examen microscopique y montre la présence à la fois
et en grand nombre de Leishmania et de piroplasmes.
Avec le virus de ce chien (rate, foie, moelle osseuse mélangés),
on inocule le chien 107 et les bonnets chinois III et IV.
Chien 106, poids 3 kg. Sacrifié le 92e jour, poids 3.100. La moelle
des os est très infectée, la rate peu.
Avec le virus de ce chien (moelle osseuse), on inocule les chiens
108 et 109 et les bonnets chinois V et VI.
Bonnet I, poids 3.650. Maigrit légèrement et montre une rate
appréciable à la palpation vers le 60e jour de l’inoculation, puis
se rétablit ; encore vivant actuellement.
Bonnet II, poids 2.7S0. Même évolution que chez le précédent.
Sacrifié au 117e jour, il présente un léger amaigrissement, une
rate grosse (16 g.), mais pas de Leishmania dans ses organes
(contrôle par la culture).
Magot I, poids 5.200. Même évolution, le poids tombe à 4.265
vers le 100e jour, puis l’animal se rétablit; il est encore vivant
aujourd’hui.
Rhésus I, poids 2.120. Cet animal n’a présenté ni amaigrisse¬
ment, ni hypertrophie de la rate ; il est encore vivant.
Deuxième passage.
A) Avec le virus du chien 105.
Chien ioÿ, poids 2.400. Mort le 18e jour de piroplasmose
aigiie, sans Leishmania.
Bonnets III et IV. Ni amaigrissent, ni hypertrophie de la rate
secondaires à l’inoculation. Morts d’infection banale les 162e et
177e jour; ils ne montrent aucun parasite dans leurs organes.
B) Avec le virus du chien 106
Chien ioç, poids 4.500. Meurt le 44e jour de piroplasmose aigiie,
sans Leishmania.
Séance du 10 Juin 1914 ; 483
Chien ioç, poids 4.500, meurt le 44e jour de piroplasmose aigüe,
sans Leishmania .
Bonnet V, poids 2.920. Ce singe n’a pas maigri, mais il a pré¬
senté, vers le 150e jouir après l’ inoculation, une légère hypertro¬
phie de la rate qui a disparu en quelques semaines ; il vit encore
actuellement.
Bonnet VI, poids 2.060. Mort le 195e jour, très amaigri (poids
1.750). La rate pèse 12 g. Nombreuses Leishmania dans le foie,
la rate, la moelle des os ; absentes des reins, poumons et gan¬
glions mésentériques.
Le virus de ce singe (rate) est inoculé aux bonnets chinois VII
et VIII et aux souris 1 et 2.
Troisième passage (avec le virus du bonnet VI)
Bonnet 1 7 II, poids 2.390. Mort le 74e jour, très amaigri (poids
1.920). La rate, un peu molle, pèse 13 g., la moelle osseuse est
très rouge. Infection assez intense.
Avec le virus de ce singe, on inocule les bonnets IX et X et
le magot IL
Bonnet VIII, poids 1.885. Ce singe maigrit vers le 30e jour et
présente alors une hypertrophie de la rate, sensible à la palpation.
Une ponction de cet organe n’y montre cependant pas la pré¬
sence de Leishmania. L’amaigrissement continue, l’animal mon¬
tre des œdèmes, une gingivite ulcéreuse, il semble atteint de Kala-
Azar, lorsqu’il meurt dans la cachexie le 140e jour. A l’examen
cependant, absence totale de Leishmania.
Souris 1. Des examens de son liquide péritonéal, pratiqués
pendant la vie, les 6e, 10e et 14e jours, y montrent la présence de
Leishmania nombreuses. A l’autopsie, le 16e jour, on n’en ren¬
contre plus. A
Souris 2. Mêmes constatations pendant la vie. Les Leish¬
mania sont encore nombreuses dans le liquide péritonéal au
19e jour lorsqu’on sacrifie l’animal. Inoculation aux souris 3 et 4.
Quatrième passage.
A) Avec le virus du bonnet VI
Bonnet IX, poids 2.775. Ne s’est pas infecté; encore vivant.
Bonnet X, poids 2.095. A maigri légèrement au bout d’un
mois; sacrifié le 60e jour, non infecté.
484 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Magot II, poids 2.435. Maigrit rapidement et meurt dès le
18e jour de l’inoculation, pas de Leishmania dans les organes.
B) Avec le virus de la souris 2
Souris j et 4. Sacrifiées au bout de 28 jours, non infectées
En résumé, ce virus a déterminé :
Au premier passage, l’infection certaine (avec contrôle micros¬
copique) de 2 chiens sur 3 et probable (amaigrissement et hyper¬
trophie passagère de la rate) de 3 singes sur 4.
Au deuxième passage, au total, celle de 1 singe sur 4 et d’au¬
cun des 3 chiens inoculés; il est vrai que tous 3 ont succombé
à la piroplasmose, l'un trop prématurément (18e jour) pour qu’il
en soit tenu compte, les autres assez vite (30e et 44e jours).
Au troisième passage, L’infection des deux souris inoculées et
d’un singe sur deux.
Le quatrième passage, tenté sur trois singes et deux souris, est
demeuré négatif.
Nous étions accoutumés à rencontrer déjà de réelles difficultés
dans la conservation du virus du Kala-Azar humain sur les ani¬
maux de laboratoire sensibles (chiens, singes, souris); celui de la
leishmaniose naturelle du chien paraît d’un entretien plus incer¬
tain encore et il est curieux de constater que ce dernier virus se
montre moins actif pour le chien lui-même que le virus d’origine
humaine.
L’impossibilité où l'on se trouve en Tunisie de protéger les
chiens contre la piroplasmose complique encore le problème et
rend la conservation de ce virus plus ardue.
(. Institut Pasteur de Tunis).
f La Leishmaniose canine à Marseille
Par E. PRINGAULT.
L’existence de la leishmaniose canine signalée à Marseille par
nos récentes recherches, a suscité divers travaux (Ch. Nicolle (i),
Milhit (2)) attirant l’attention des médecins sur la possibilité de
(1) Ch. Nicolle, Presse médicale.
(2) Milhit, Galette des Hôpitaux.
Séance du 10 Juin 1914
485
leishmanioses infantiles dans le Sud-Est de la France notamment.
Il aurait été désirable que des recherches entreprises parallèle¬
ment aux nôtres dans les diverses villes du littoral en particulier
fussent venues apporter à l’étude des leishmanioses humaines et
canines des données et des observations nouvelles.
En ce qui nous concerne nous avons activement poursuivi nos
investigations bien que nous n’ayons pas trouvé autour de nous
une atmosphère toujours favorable à nos efforts.
Notre étude cependant a été fertile en résultats probants dont
nous allons donner le détail.
Nous avons examiné durant les mois de décembre, janvier,
février, mars, avril et mai, 310 chiens. Ces chiens appartenaient
à des races différentes, toutes banales à Marseille. 5 étaient por¬
teurs de Leishmania.
Chien 16 (13 décembre 1913). — Chien male, adulte, très maigre. - —
Robe en bon état. — Les corps de Leisiiman abondaient dans la moelle
osseuse. — L’autopsie n’a pu être pratiquée.
Chien 81 (21 février 1914). — Petit chien acajou, capturé près de
l’hôpital de la Conception ; d’aspect bien portant ; ni amaigrissement,
ni anémie apparente. Robe en bon état, sans perte de poils. — Corps
de Leishman en nombre considérable dans la moelle osseuse.
Chien 103 (9 avril 1914). — Femelle, poils ras, manifestement amai¬
grie. — A l’autopsie : hypertrophie de la rate et du foie. — Moelle
osseuse rouge. Tous les autres organes étaient normaux. — Corps
de Leishman très nombreux dans la moelle osseuse, la rate et le foie.
— Dans les frottis de sang, absence de corps de Leishman, quelques
piroplasmes.
Chien 221 (4 mai 1914). — Mâle, poils ras, légèrement amaigri,
quelques zones d’épilations. — Yeux larmoyants. — A l’autopsie on
note, une congestion intense des poumons et un liquide visqueux dans
la cavité péritonéale. — Les autres organes étaient normaux. — Moelle
osseuse rose contenant quelques rares parasites.
Chien 257 (12 mai 1914). — Mâle blanc tacheté de jaune, triste,
marche difficile. Corps de Lejshman en nombre colossal dans la
moelle osseuse. Autopsie n’a pu être faite.
Le pourcentage est de 1,61, sensiblement égal au pourcentage
tunisien et algérien.
Il est donc établi d’une façon qui nous paraît indiscutable qu’il
existe à Marseille des cas de leishmaniose canine en quantité aussi
considérable que dans les autres centres du littoral méditerranéen
où cette affection parasitaire a été recherchée.
. Nous désirerions établir, en même temps que l’existence de la
leishmaniose canine à Marseille, qu’il s’agit bien de cas auto-
486
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
chtones et pouir cela un rapide exposé de l’enquête à laquelle nous
nous sommes livré au sujet des chiens étrangers à Marseille,
apportera une confirmation de notre opinion sur l’origine auto¬
chtone de la leishmaniose canine à Marseille.
i° En ce qui concerne les Compagnies de Navigation, desser¬
vant l’Algérie, la Tunisie, l’Italie et le Levant, les conditions de
passage sont telles, que seuls sont admis à voyager les chiens de
luxe, pour lesquels les formalités et les frais de transit sont extrê¬
mement compliqués. Si l’importation commerciale des bestiaux
{bœufs, moutons, ânes, chevaux) d’une part est très active, si le
trafic des volailles est également considérable, il est extrêmement
rare, en dehors de certaines conditions très spéciales se rapportant
aux chiens de luxe comme nous l’avons dit, de voir arriver à Mar¬
seille des chiens étrangers.
Nous avons tenu à établir ce premier point, afin de bien démon¬
trer qu’il n’y a peut-être pas, parmi les chiens errants de Mar¬
seille, dix animaux pour lesquels on puisse raisonnablement sou¬
tenir qu’ils sont de provenance exotique.
Nos renseignements puisés auprès des commandants de divers
paquebots sont absolument affirmatifs sur ce point qui, d’ailleurs,
s’impose à la simple réflexion.
Un autre cas est celui des chiens de voiliers. L’examen minu¬
tieux de ce point nous a permis de préciser qu’en ce qui concerne
les chiens de voiliers ils ne sauraient entrer en ligne de compte
parce qu’il n’y a généralement qu’un chien par voilier (lorsqu’il
y en a un) et ces animaux qui répondent à bord à une nécessité
bien définie, étant des chiens de garde, sont généralement prison¬
niers du bord et étroitement surveillés par l’équipage au point
qu’il leur est difficile de descendre à terre: d’ailleurs l’accostage
des voiliers à quai se faisant rarement et ceux-ci prenant leur char¬
gement au milieu du port, il y a là une nouvelle condition, maté¬
rielle celle-là et non des moindres, grâce à laquelle nous considé¬
rons qu’on ne peut soutenir qu’il puisse y avoir là une voie
d’importation canine.
2° Poursuivant notre enquête, nous nous sommes rendu
compte que la seule provenance que l’on puisse invoquer pour les
chiens étrangers à Marseille est celle de l’intérieur du territoire
et cette considération-là n’est pas pour apporter un appoint favo¬
rable à la théorie du chien exotique.
Retenons que pour les chiens provenant de l’intérieur du terri-
Séance du 10 Juin 1914
487
toire, des renseignements très précis puisés près de l’autorité
préfectorale établissent qu'il existe un nombre infime de chiens
arrivant à Marseille par voie de terre. Ces chiens suivent des trou¬
peaux de moutons à leur retour du séjour estival dans la Haute
Italie ou dans la Savoie. Dans ces régions, l’absence de leishma¬
niose canine démontrée par des recherches analogues aux nôtres
établit bien que le nombre très infime de chiens pénétrant à Mar¬
seille par voie de terre, ne saurait se contaminer hors Marseille.
Or si nous ajoutons à ces quelques données, que les chiens, sur
lesquels nos investigations ont porté, étaient loin de présenter
les caractéristiques des chiens de luxe, et que la plupart d'entre
eux avaient été aperçus et répérés depuis longtemps par nous-
même dans les quartiers où ils ont été capturés, nous sommes
amené à conclure que la leishmaniose canine existe bien à Mar¬
seille, qu’elle est le fait de chiens marseillais, absolument comme
la leishmaniose observée à Rome, Tunis, Alger, est le fait de
chiens romains, tunisiens, algériens ; et nous ne voyons pas pour
quelle raison on incriminerait une ville quelconque aussi bien
parasitée ou moins que Marseille comme étant le lieu d’origine
des chiens atteints de Kala-Azar que nous avons observés.
(. Institut Pasteur de Tunis et Laboratoire dJ Anatomie
Pathologique, Ecole de Médecine de Marseille).
M. A. LAVERAN. — La première note de M. PRINGAULT sur l’exis¬
tence de la leishmaniose canine à Marseille a fait l’objet, dans
quelques journaux, de commentaires erronés et le bruit s’est ré¬
pandu qu’une grave maladie épidémique menaçait les enfants à
Marseille. Comme il est à craindre que la deuxième communica¬
tion de M. PRINGAULT, commentée par les journaux, alarme de
nouveau le public, je crois qu’il est utile de rappeler qu’aucun
cas de leishmaniose humaine n’a été observé jusqu’ici à Marseille
et que l’existence de la leishmaniose canine dans une ville n’impli¬
que pas celle de la leishmaniose humaine. A Rome, la leishmaniose
canine paraît très commune et cependant aucun cas de leishma¬
niose humaine autochtone n’y a été observé jusqu’ici. Il résulte
toutefois des faits signalés par M. PRINGAULT qu’une mesure pro¬
phylactique s’impose à Marseille et dans les régions voisines ; la
police des chiens errants devra être faite avec une grande sévé¬
rité ; d’autre part l’attention des médecins et des vétérinaires sur
488 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
la possibilité de rencontrer des cas de leishmaniose devra être en
éveil.
,
Hématozoaires des Reptiles
du Haut-Sénégal-Niger
Par Marcel et André LEGER.
Au cours d’une mission scientifique des plus fructueuses à tra¬
vers le Sénégal, le Haut-Sénégal-Niger, les territoires militaires
du Tchad, le Dahomey, la Côte d’ivoire, la Guinée, G. Bouet a
étudié d’intéressants hématozoaires chez les Reptiles de l’Afri¬
que occidentale française. L’un de nous, durant les deux années
passées au laboratoire de Bamako, a recueilli des frottis de sang
de tous les Sauriens, Chéloniens et Ophidiens qu'il a pu se pro¬
curer. Quelques-uns des parasites signalés par Bouet ont été
retrouvés; il serait inutile d’en refaire l’étude. Nous nous conten¬
terons, dans cette note, de décrire les hémogrégarines du varan
et du crocodile, le trypanosome du lézard offrant des points de si¬
militude avec Trypanosoma Boneti Martin, et le Plasmodium du
serpent cracheur qui doit être identifié à Plasmodium Mesnili
Bouet.
Hémogrégarine du varan. — Chez trois varans ( Varanus nilo-
ticus) sur sept, dont nous avons examiné le sang, il nous a été
permis de rencontrer des hémogrégarines, paraissant se rapporter
à deux types différents.
L’hématozoaire, chez deux des animaux infectés, revêt la forme
d’un vermicule incurvé de 12 à 14 y de long sur 2 y 5 de largeur,
avec une grosse extrémité nettement arrondie et une seconde plus
mince terminée en crochet (fig. 1). Le noyau, prenant fortement
la coloration rouge brique, est bosselé; situé dans l’axe du para¬
site, il occupe près des deux tiers de la longueur et environ la
moitié de la largeur ; il est en général placé du côté de la conca¬
vité de l’hémogrégarine et plus rapproché de l’extrémité en cro¬
chet. Le protoplasme prend une teinte bleu clair très faible, mais
à peu près uniforme. Aucune apparence de paroi kystique.
Les formes jeunes de cette hémogrégarine, très rares, sont
arrondies, avec un diamètre de 2 à 3 y seulement ; elles retiennent
Séance du 10 Juin 1914
489
à peine la teinte bleutée et présentent un amas de chromatine com¬
pact bordant en croissant le tiers environ de la périphérie (fig. 2).
L’hémogrégariné du deuxième type (fig. 3) est généralement
moins longue et toujours beaucoup plus large (10 à 12 \j. sur 4 u 5
à 5 jJt). L’extrémité effilée se recourbe sur le corps et s’y applique
sans rester en crochet. Le noyau, à peu près central, est constitué
par un amas de grains de chromatine assez denses à la périphérie
et traversant le centre sous forme de bandes laissant entre elles des
espaces clairs ; il ne se colore jamais aussi intensément que dans
le parasite du premier type; de forme ovalaire (5 à 6 y sur 4^5
à 5 y) ou arrondie, il occupe toujours la largeur entière du para-
•
site. Le protoplasme prend une teinte bleutée uniforme ; on y aper¬
çoit presque toujours quelques grains de chromatine sans locali¬
sation spéciale.
4-6, Hémogrégarines de Crocodilus niloticus.
' ' G = 1.800 D.
Dans les deux cas, l’hématie parasitée reste normale comme
volume, mais est tantôt élargie, tantôt allongée, suivant que son
noyau est refoulé sur un côté ou à une extrémité. Ce noyau n’a
aucune tendance à la karyolyse.
Nous n’avons jamais rencontré les deux types d’hémogrégarines
chez le même animal.
490
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’hémogrégarine clu deuxième type doit être identifiée à Hæmogre -
garina varani trouvé en 1905 par Laveran chez Vararius niloticus du
Transvaal et revu chez la même espèce en 1910 par França. C’est à
ce type que se ramènent toutes les hémogrégarines de varans décrites
ou figurées par Nicolle et Comte ( Varanus varius), par Bouet ( Va -
ranus arenarius), par Gilruth et Breinl ( Varanus varias), par Pro-
wazek ( Varanus bivittatus) (1).
Le parasite, que nous avons décrit en premier lieu, ne ressemble
pas aux formes jusqu'ici connues de Hæmogregarina varani. Nous ne
ne pouvons décider s'il s’agit d'une espèce nouvelle, ou simplement
d'une forme évolutive nouvelle de H. varani.
Hémogrégarine du crocodile. — Nous avons observé chez le
crocodile du Niger ( Crocodilus niloticus ) des hémogrégarines, les
unes endoglobulaires (fig. 4 et 5), les autres libres dans le plasma
sanguin (fig. 6).
Les premières occupent dans T hématie déformée, mais non
hypertrophiée, les positions les plus variables. Elles sont tantôt
médianes et dans l’axe du globule, tantôt occupant une position
absolument transversale. Le noyau de la cellule-hôte reste intact,
mais est toujours projeté à une des extrémités.
Arrivée à son complet développement, l’hémogrégarine intra-
globulaire, complètement repliée sur elle-même à l’intérieur d’une
paroi kystique, mesure 12 à 14 g en moyenne. La grosse extré¬
mité arrondie vient se placer sous la petite extrémité effilée.. Le
noyau, à peu près central, mesure environ 5 g. Dans son voisinage
s’observent des grains chromidiaux assez volumineux.
Les formes libres mesurent 18 à 21 g de longueur, avec une
largeur maxima de 2 g 50. Le protoplasme prend faiblement la
coloration. Le noyau de forme ovalaire (6 g sur 2 g 50) occupe
environ la partie moyenne du parasite. En arrière du noyau se
voient de nombreux grains de chromatine disséminés dans le
protoplasme. ;
Nous n’avons rencontré dans le sang aucune forme de repro¬
duction.
L’hémogrégarine du crocodile du Niger es! distincte de Hæmogre¬
garina Hankini Simond, de Gavialis gangelicus , de Hæmogregarina
crocodilinorum Borner, de Alligator mississipiensis et de Crocodilus
frontatus , ainsi que de Hæmogregarina caïmani Carini décrite chez les
crocodiliens des rivières de l’Amérique du Sud. Elle rappelle Hæmo¬
gregarina Pettiti Thiroux trouvée chez Crocodilus niloticus du Séné¬
gal, mais en diffère par sa taille plus grande (à l'état replié 12 à
* 1 - ^ \ , * • '4'
(1) Voir en plus le travail récent de S. B. Wolbach, Journal of Med. Re-
• search, t. XXIX, 1914, p. 473.
Séance du 10 Juin 1914
m
14 au lieu de 8). Elle correspond comme dimensions au parasite-
trouvé par Dutton, Todd et Tobey chez Crocodilus cataphractus du
Congo, et non dénommé. Elle nous paraît identique à l’hématozoaire
vu par Minciiin dans l’Ouganda chez un crocodilien non déterminé,,
et dont l’auteur donne d’excellentes figures. Nous ne nous considérons
pas en mesure de décider s’il s'agit d’une espèce nouvelle ou d’une
forme nouvelle d'une espèce déjà décrite.
Trypanosome d'un lézard. — Dans le sang d’un lézard à ventre
orangé, commun sur les rives du Niger, mais dont nous ne possé¬
dons malheureusement pas la détermination scientifique, nous
avons rencontré un trypanosome très particulier, qui, à l’état frais,
ressemble au Trypanosoma rotatorium des Batraciens.
Sur frottis colorés, le flagellé, presque arrondi, a un aspect
foliacé et mesure 22 à 25 y sur 18 à 20 y; le protoplasme finement
vacuolaire est parsemé de granulations bleu foncé ; le noyau tou¬
jours allongé, mesurant 8 à 9 g, revêt souvent la forme d’une
flamme, et sa chromatine peu dense prend une teinte rose claire ;
le centrosome arrondi est accolé au noyau, généralement près de
l’extrémité effilée; la membrane ondulante très étroite présente
une série de dentelures larges et peu profondes. Nous n’avons pas
vu de flagelle libre.
Ce trypanosome du lézard du Haut-Sénégal et Niger rappelle le
flagellé décrit par G. Martin chez un saurien de Guinée, Mabuia Rad -
donii et qu'il a fait connaître sous le nom de Trypanosoma Bouetir
mais il en diffère par ses dimensions qui sont moitié moindres. Iï
constituerait une variété parva du Trypanosoma Boueti.
Hémocytozoaire pigmenté du serpent CRACHEUR. — Depuis
que Bouet, puis Wenyon, ont décrit en 1909, à quelques mois,
d’intervalle, un parasite pigmenté du genre Plasmodium, le pre¬
mier dans le sang d’un serpent de la Côte d’ivoire ( Naja sp. ? ou
genre voisin Sepedon sp. ?), le Second chez Naja haje du Soudan*
nilien, aucun parasite semblable n’a été signalé, à notre connais¬
sance, chez d’autres Ophidiens.
Un des serpents cracheurs du Haut-Sénégal et Niger, Sepedon
hæmachotes, que nous avons examinés, renfermait dans son sang
des hématozoaires endoglobulaires répondant absolument à Plas¬
modium Mesnili Bouet.
Les gamètes mâles, de beaucoup les plus nombreux (10 (^envi¬
ron pour 1 Ç), arrondis lorsqu’ils sont encore de petite taille,
prennent une forme nettement haltéridienne quand ils sont arrivés
à leur complet développement. Dans le protoplasme, faiblement
492
Bulletin de La Société de Pathologie exotioue
teinté en rose violacé par le Giemsa ou le pan chrome de Pappen-
heim, se distingue un noyau arrondi (4 g de diamètre environ) ou
ovoïde, constitué par des grains ou des filaments de chromatine
peu tassés. Le pigment est généralement réparti à la périphérie.
Les macrogamètes, de taille sensiblement égale à celle des
microgamétocytes (18 à 20 g sur 9 à 12 g), se distinguent aisément
par leur protoplasma intensément coloré en bleu, et dans lequel
on voit quelques grosses vacuoles, par leur noyau compact forte¬
ment teinté en rose, et par leur pigment à grains volumineux,
arrondis ou en baguette, groupés en îlots répartis sans ordre.
Les hématies parasitées sont hypertrophiées. Leur noyau est
refoulé à la périphérie avant même que le parasite n'ait envahi
toute la cellule-hôte.
(Ecole d’application du Service de Santé des Troupes
Cola n ia les , Marsei lie).
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Séance du 10 Juin 1914
493
Thiroux. Les formes de reproduction... etc. Bull. Soc. Palh. exot.t
1913, p. 327.
Wenyon. 3e Report Wellcome Res. Labor., 1908 (paru en mars 1909).
v • • • • / . 17
Trypanosomes et Hæmoproteus
d'oiseaux du Haut-Sénégal et Niger
Par André et Marcel LEGER.
Le nombre des hématozoaires décrits chez les Oiseaux s’est
accru considérablement durant ces dernières années; c’est en Afri¬
que, semble-t-il, que la fréquence en est la plus grande. Pour notre
part, nous avons déjà fait connaître un certain nombre de ces
parasites sanguicoles du Llaut-Sénégal et Niger (voir ce Bulletin,
1911, t. IV, p. 526; 1912, t. V, p. 74; 1913, t. VI, p. 359;
1914, t. VII, p. 222).
Dans la présente note, nous nous proposons de donner une
brève description des trypanosomes et des Hæmoproteus rencon¬
trés dans la même colonie, aux environs de Bamako, la capitale.
I. — TRYPANOSOxViES
i° Trypanosome de Ardea atricapilla (ordre dus Ciconiifor-
mes). — Ce parasite paraît identique au trvpanosome décrit par
Mathis et Leger (i) chez Ardetta sinensis du Tonkin, et que ces
auteurs ont rattaché à leur Trypanosoma Calmettei de la poule
domestique. La morphologie générale, les dimensions, les rap¬
ports respectifs du centrosome et du noyau aux extrémités du para¬
site sont sensiblement les mêmes ; il existe ici, comme chez le
trypanosome du crabier tonkinois, une vacuole précentrosomique
presque constante.
Par contre, les formes observées chez Ardea atricapilla sont tout à
fait différentes de celles trouvées par Mathis et Leger chez une autre
espèce des Ardeidae, Ardetta flavicollis , et qu’ils ont fait connaître
sous le nom de Trypanosoma Chouqueti.
2° Trypanosome de Francolinus bicalcaratus (ordre des Galli-
(1) C. Mathis et M. Leger, Recherches de Parasitologie et de Pathologie
humaines et animales au Tonkin, 1911, Masson, Paris.
35
494
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
formes). — Les formes observées n’ont aucun point de commun
avec celles décrites par Kéeandel (i) chez un oiseau de la même
espèce au Congo. La longueur n’est que de 38 g sans le flagellé,
au lieu de 60 g environ. L’extrémité postérieure est obtuse. Le
centrosome est très petit. La membrane ondulante est peu plissée
et étroite. Il existe un flagelle libre.
Le trypanosome du francolin du Haut-Sénégal et Niger se rappro¬
che beaucoup de l'hématozoaire' d’un autre oiseau de la même famille
des Phasianidæ , Trypanosoma numidæ , décrit par Wenyon (2) chez
Numida ptilorhyncha du Soudan Egyptien.
30 Trypanosome de Glaucidium perlatum (ordre des Cora-
ciiformes). — Le corps du parasite est en général massif ; son
protoplasma fortement coloré est criblé de fines vacuoles ; le cen¬
trosome, pas très éloigné de l’extrémité postérieure tronquée, est
bacilliforme ; le noyau est perpendiculaire au grand axe du corps;
la membrane bordante présente trois ou quatre larges ondulations.
Ce trypanosome, qui mesure 30 g environ, sans le flagelle, très
difficile à colorer, ne ressemble à aucune des formes déjà décrites
chez les Strigidae. Sensiblement moins long, il n’a pas l’extrémité
postérieure effilée du Trypanosoma avium de Syrnium aluco ou du
parasite décrit par Kerandel chez Slrix (lammea trimaculata. Son
extrémité tronquée le rapprocherait plutôt du trypanosome de la
chouette tonkinoise, Athene cuculoïdes , dont il se distingue pourtant
par sa taille plus petite.
40 Trypanosome de Lanius auriculatus (ordre des Passeri-
formes). — Ce trypanosome, qui mesure 38 g sans flagelle et 43 g
comme longueur totale, présente une extrémité antérieure effilée
et une extrémité postérieure tronquée, avec centrosome subter¬
minal. Le protoplasma est strié dans le sens de la longueur, sur¬
tout dans la partie située en avant clu noyau. Une vacuole précen-
trosomique nous a paru constante. La membrane ondulante
présente des crénelures peu nombreuses mais bien marquées.
La forme observée chez Lanius tiuriculatus diffère totalement de
celle trouvée par Wenyon chez un autre Laniidæ , Laniarius cruenius.
Cette dernière, qui ne mesure que 28 g de long sur 3 g de large, est en
fuseau effilé aux deux extrémités, et possède un centrosome volumi-
lieux, en baguette.
50 Trypanosome de Nectarinia platyura (Passeriforme). —
(1) Kerandel, Ann. Inst. Pasteur, 1913, t. XXVII, p. 421.
(2) Wenïon, Report Wellcome Res. Labor., 1908 (1909).
Séance du 10 Juin 1914
495
D’une longueur de 26 y, il se caractérise surtout par sa largeur
relativement grande, son centrosome subterminal situé immédiate¬
ment en arrière d’une vacuole presque constante, son flagelle à
crénelures peu profondes au nombre de 4 ou 5 et se terminant t
par une partie libre très facile à mettre en évidence. Son noyau
volumineux occupe presque toute la largeur du corps. Il a beau¬
coup de ressemblance avec le trypanosome de Orthotomus suiorius
décrit par Mathis et Leger chez la fauvette couturière du Tonkin.
6° Trypanosome de Viduci principalis (Passeriforme). — Ce
trypanosome de grande taille mesure avec son flagelle près de
55 y. Sa faible largeur (4 y), ses extrémités très effilées, sa mem¬
brane ondulante étroite lui donnent un aspect particulièrement
élancé. Son centrosome bacilliforme est plus rapproché du noyau
que de l’extrémité postérieure. Le noyau volumineux est constitué
par un amas de granulations chromatiques. Il existe dans la
partie du corps situé en avant du noyau une striation longitudi¬
nale très apparente du protoplasma.
La forme observée chez Viduci principalis se rapproche des autres
trypanosomes décrits chez les oiseaux de la même famille, en parti¬
culier Trypanosorna paddæ Laveran et Mesnil 1904 de Pcidda oryzi
vora , Trypanosorna Bouffardi A. Leger et Blanchard, 1911 de Hy
phantornis melanocephola , et Trypanosorna viduæ Iverandel 1912
de Viclua serena.
70 Trypanosome de Hy phantornis cucullatus (Passeriforme).
— Par contre, la forme rencontrée chez cet oiseau ne ressemble pas
du tout à celles jusqu’ici signalées chez les oiseaux de la famille
des Ploceidœ. Il est par exemple tout à fait différent du trypano¬
some de Hyphantornis melanocephala. Le corps est trapu; l’ex¬
trémité antérieure effilée se replie volontiers le long du corps, la
postérieure se terminant brusquement en une sorte de mamelon. Le
centrosome, gros et arrondi, est absolument terminal. Sur aucun
des spécimens examinés, nous n’avons pu voir de flagelle libre.
8° Trypanosome de Lagonosticta minium (Passeriforme). —
Le parasite nous paraît identique à celui que Marullaz (i) vient
de décrire chez Lagonosticta senegala d’après des spécimens
trouvés sur frottis d’organes, et pour lequel il a proposé le nom
de Trypanosorna lagonostictœ.
(1) Marullaz, Bull. Soc. Path. exot., 1914, p. 1 15.
496 '
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
9° Trypanosome de Cynniris chloropygia (Passeriforme). —
D’une longueur de 27 y sur 6 y de large, le parasite se termine par
deux extrémités à peu près également effilées. Le centrosome est
beaucoup plus éloigné de l’extrémité postérieure que du noyau.
Celui-ci est volumineux et placé perpendiculairement au grand
axe du parasite. Le flagelle paraît étroitement appliqué au corps ;
nous n’en avons pas décelé de portion libre.
»
Mensurations des Trypanosomes décrits.
IL — Hæmoproteus
i
Séance du 10 Juin 1914
497
Nous avons inscrit dans le tableau ci-dessus les caractéristiques
des Hœmoproteus que nous avons trouvés chez divers oiseaux du
Haut-Sénégal et Niger, appartenant à l’ordre des Ciconiifor-
mes (i), des Falconiformes (i), des Cuculiformes (i), des Cora-
ciiformes (4) et des Passeriformes (8).
(Ecole d’ application du Service de Santé des Troupes
Coloniales, Marseille).
p Note sur Porocephalus moniliformis
Par René MOUCHET.
Porocephalus moniliformis, après avoir été déclaré un parasite
rare, est depuis quelque temps retrouvé fréquemment entre les
tropiques. Au Cameroun, Seiffert l’a vu chez l’homme à l’état
larvaire dans 17 autopsies sur 218, soit 7,8 %, Schaefer dans
19 autopsies sur 150, soit 12,6 %.
Au Congo belge, Broden et Rodhain, qui ont publié trois
monographies à ce sujet et en ont fixé le cycle évolutif d’une façon
précise, n’ont découvert qu’une fois sa larve chez l’homme sur
de nombreuses autopsies faites à Léopoldville, à Lusambo, et dans
l’Oubangi.
Au cours d’une série assez nombreuse d’examens post mortem
pratiqués à l’hôpital des noirs de Léopoldville en 1911-1912, il
m’a été donné de retrouver très fréquemment des larves de poro-
céphales sur les cadavres. Sur Ô33 cadavres d’adultes passés à la
salle d’autopsie, 30 en étaient atteints, soit 22,56 %. En outre,
sur 11 enfants de moins de 6 ans, un bébé de 2 ans 1/2 s’est mon¬
tré infecté. Sur la Lukuga, le seul cadavre que j’ai pu autopsier
était atteint. Les cas de Léopoldville provenant de régions très
diverses du Congo et l’observation du Bas-Katanga, semblent
nettement indiquer que le parasite est très répandu chez l’homme
dans la colonie belge et il est à supposer que sa dispersion y est
*
récente (Broden et Rodhain).
Dans aucun cas, le parasite n’avait occasionné de troubles per¬
ceptibles pendant la vie. Broden et Rodhain, qui l’avaient cru la
498
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
cause du décès dans leur unique observation (abcès de la rate et
une larve libre dans la cavité péritonéale), ont modifié cette opi¬
nion dans leurs publications récentes. Néanmoins il semble que,
dans des conditions exceptionnelles, il puisse provoquer de graves
désordres. Tel le cas réellement extraordinaire de Raediger qui,
chez un nègre sujet à des crises de folie furieuse, a trouvé des
larves libres dans les ventricules cérébraux.
L’infection larvaire chez l’homme est en général peu intense;
le nombre des larves dépasse rarement 10. Une fois nous en avons
compté plus de ioo. Dans un cas de Seiffert le chiffre dépas¬
sait 300.
Sur les 32 cas que nous avons pu étudier, nous avons recueilli
un total de 269 larves se répartissant comme suit :
Enkystées dans :
Foie, sous-capsulaires . 74
Foie, parenchyme . 69
Paroi intestinale . 25
Ganglions mésentériques . 26
Péritoine pariétal, rénal, splénique . 17
Grand épiploon . 17
Mésentère . 26
Poumons, parenchyme . 9
Poumons, sous-pleural . 1
Non enkystées :
Fixées par la tète au péritoine . 2
Libre dans un lympatique du mésentère . 1
Libres dans la cavité péritonéale . 2
La larve se présente généralement sous la forme d’un ver long
de 2 cm. en moyenne, de forme spiralée comme l'adulte, avec
l’extrémité antérieure assez grosse armée de crochets et une extré¬
mité caudale effilée. De coloration blanc jaunâtre, elle est enkystée
et enroulée sur elle-même, formant 1/4 de tour de spire. La coque
fibreuse mince et transparente permet de reconnaître la forme et
la disposition du parasite sans incision. Le kyste, aplati, a envi-
. ron 1 cm. de diamètre sur 3 à 4 mm. d’épaisseur.
Le parasite, avalé accidentellement avec de l’eau ou des ali¬
ments souillés d’œufs éliminés avec les excréments de l’hôte défi¬
nitif (Broden et Rodhain-Schaefer), perce la paroi intestinale
dans laquelle il peut se développer ou, la traversant, se répand
dans la cavité abdominale, pour se fixer sur les différents organes
y contenus. Le fait que la plus grande quantité des larves s’ob-
Séance du 10 Juin 1914
499
serve sous le péritoine confirme cette thèse. Pour expliquer la
pénétration des larves dans le parenchyme hépatique, Schaefer
admet la possibilité d’une pénétration par voie biliaire, mais
dénie la possibilité du transport par voie vasculaire, se basant
sur ce fait qu’il n’y a pas d’ulcérations intestinales pouvant
éroder les vaisseaux. Cette pénétration dans les vaisseaux lym¬
phatiques ou sanguins est cependant nécessaire pour comprendre
la présence de parasites en plein parenchyme pulmonaire et plus
encore dans le cas de porocéphalose cérébrale de Raediger. Au
surplus la pénétration vasculaire de parasites très petits (au début
et assez longtemps, les parasites ne dépassent pas i à 2 mm.) et
mobiles, peut parfaitement se produire sans ulcération.
L’évolution de la larve est très lente. Broder et Rodhain l’ont
suffisamment démontré. Dans une de leurs infections, au 161e jour,
les larves n’étaient pas encore entièrement développées. Ils esti¬
ment de 18 à 20 mois le temps moyen d’évolution.
J’ai pu constater, chez un cynocéphale infecté expérimentale¬
ment, qu’au 88e jour les larves n’avaient que 3 mm. de long et
étaient déjà enkystées dans les différents organes comme les
adultes.
Le parasite larvaire, arrivé à sa taille maxima et enkysté, sem¬
ble pouvoir, dans certaines circonstances, s’évader de son kyste
et émigrer. C’est ainsi qu'on trouverait des parasites libres ou
simplement fixés par les crochets céphaliques au péritoine; dans
«
une de mes autopsies, j’ai retrouvé une larve attachée par la tête
à la face inférieure du foie, le corps flottant libre sur le péritoine,
et fl existait, à une des franges graisseuses du mésentère, un kyste
vide parfaitement reconnaissable.
La terminaison naturelle de la larve chez l’homme semble être
la calcification. Il n’est pas rgue de trouver, à côté de larves
vivantes, des kystes en voie de calcification, des kvstes entière¬
ment calcifiés, dans lesquels la forme et la striation du parasite
sont parfaitement reconnaissables, enfin d’autres kystes calcifiés,
devenus ovoïdes ou sphériques et ayant perdu tout caractère par¬
ticulier. On peut se demander si une partie des nombreux petits
kvstes fibreux à contenu calcaire et de forme plus ou moins sphé¬
rique qu’on trouve fréquemment aux autopsies de nègres ne sont
pas d’origine porocéphalique. L’adulte, de forme analogue à la
larve (ver spiraloïde atteignant 12 cm. de long sur 1 cm. de large,
à tête armée de crochets et de coloration jaunâtre), vit dans le";
500
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sacs pulmonaires des grands serpents africains : Python sebæ
(Schaefer, Broden et Rodhain) et dans les bronches du lion.
J’ai eu l’occasion d’autopsier à Léopoldville trois pythons de
2 m. 50, 2 m. 80 et 1 m. 80. Les deux premiers portaient respecti¬
vement 1 et 70 porocéphales adultes, le 3e était indemne. A la
Lukuga, j’ai pu examiner un grand nombre de serpents d’espèces
diverses et de tailles différentes, jamais je ne l’ai retrouvé chez
des petits serpents, ni même chez un reptile de 2 m. 50 de long,
mais mince (3 à 4 cm. de diamètre).
Par contre, trois spécimens différents, de taille relativement
petite, 1 m. 50, 1 m. 40, 1 m. 25, d’un diamètre de 10 cm. envi¬
ron, en portaient 1,5 et 2 exemplaires. Il semble donc que, pour
le serpent, la possibilité de l’infection dépende non de sa taille,
mais de sa grosseur. Un léopard autopsié ne s’est pas montré
infecté. L’hôte définitif s’infecte en avalant l’hôte intermédiaire
ou un organe infecté de celui-ci. Quant à l’hôte intermédiaire il
est évident que l’homme n’est qu’un hôte accidentel; l’homme
au Congo n’est qu’exceptionnellement la victime du serpent. En
trois ans je n’ai pas eu connaissance d’un seul cas de mort due
aux reptiles. D’autre part on peut éliminer les tout petits animaux
tels que crapauds et rats formant l’alimentation des petits ser¬
pents. De nombreuses recherches que j’ai faites dans ce sens, ont
d’ailleurs été négatives.
Broden et Rodhain qui ont infecté différents animaux expéri¬
mentalement, ont trouvé que le singe et le rat sont susceptibles de
servir d’hôte intermédiaire (dans la nature le rat ne semble pas
jouer un rôle actif) ; le coq, le canard, le chacal, le chat se sont
montrés réfractaires.
Schaeffer donne comme hôte intermédiaire naturel, outre
l’homme, la girafe, le mandril, les singes, le cochon sauvage,
l’hyène et la mangouste.
Je pense que, comme l’homme, la girafe doit être éliminée du
cycle évolutif normal, et avec eux tous les animaux trop gros qui,
ne pouvant servir d’aliment aux serpents, ne constituent que des
hôtes accidentels.
J’ai pratiqué des autopsies nombreuses d’antilopes, de diffé¬
rentes tailles et espèces, de singes, de poules et de gros rongeurs
habitant les fonds à hautes herbes (repaire habituel des serpents),
et que les indigènes me signalaient comme aliment habituel des
reptiles. Je n’ai jamais retrouvé la larve chez aucun animal sau-
Séance du 10 Juin 1914
501
vage, alors que l’infection du serpent était de règle dans la région.
Je l’ai vue seulement chez une énorme truie importée d’Europe
et morte à Dolo (Moyen-Congo) un an après et chez un macaque
ayant séjourné longtemps au laboratoire (infection au début).
Peut-être y aurait-il lieu de voir si un autre mode de transmis¬
sion que l’absorption d’un hôte intermédiaire par l’hôte définitif
ne serait pas possible.
En résumé le porocéphale semble h l’heure actuelle très répandu
au Congo belge et l’homme en est fréquemment l’hôte accidentel,
sans en subir d’inconvénients en général. Ce parasite paraît avoir
dans la colonie belge pris une extension récente.
Mes échantillons adultes ont été déterminés comme Poroce-
phalus moniliformis par le docteur Eysell, de Cassel, qui a bien
voulu se charger de ce travail et à qui je tiens à adresser mes
remerciements.
Index bibliographique
1. Broden et Rodiiain. Contribution à l’étude de Porocephalus moni¬
liformis. Ann. of Trop. Med. and Parasilçlogy, 1908.
2. Broden et Rodhain. Id. Ibid., 1909.
3. Broden et Rodhain. Id. Ibid., 1910.
4. Seiffert. Ein Beitrag zur Kenntnis des P. moniliformis, Arch.
f. Schi.ffs und Tropenhygiene, Bd. XIV, Heft 4.
5. Seiffert. Weitere Funde von P. moniliformis in Kamerun.
Ibid., Bd. XIV, Heft. 16.
6. Schaefer. Ueber das Vorkommen von P. monilif. in Kamerun.
Ibid., Bd. XVI, Heft. 4.
7. Raediger. Geisteskrankheit bei einem Kamerunncger bedingt
durch Porocephallarven. Ibid., Bd. XIV, Heft. 6.
8. Sambon. Porocephaliasis in man. Journal of Tropical Medicine and
Hygiène, 1912, p. 321 et 371 ; 1913, p. 97.
(Laboratoire , de Léopoldville, Greinerville).
f M. M. Blanchard — Au cours de nombreuses autopsies pra¬
tiquées à Brazzaville en 1913, j’ai eu l’occasion d’observer sur
trois cadavres des larves de porocéphale : dans deux cas, elles
siégeaient sous la capsule du foie à la face convexe; dans l’autre
elles occupaient une frange épiploïque du colon transverse.
302
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Présence de larves de porocéphale chez
Tragelaphus scriptus (Antilope rayée commune)
Par G. CORIN.
De plus en plus nombreux sont les animaux reconnus comme
pouvant héberger des larves de porocéphales.
En ce qui concerne l’antilope, elles ont été signalées par Schâ-
fer (i) chez Cephalophus leucogaster. Lors d’un séjour à Bokala
{poste agricole de la rive gauche du Kasaï), en novembre 1913,
nous avons eu l’occasion de trouver des larves, en quantité con¬
sidérable, chez une autre espèce, l'antilope rayée commune ( Tra¬
gelaphus scriptus).
Il s’agissait d’une femelle, abattue dans les plantations du
poste. A l’ouverture du corps, tous les organes abdominaux appa¬
rurent recouverts d’un semis de larves, au nombre de 500-600.
Le foie et la rate en étaient littéralement lardés; au niveau des
parois abdominales, de l’intestin, de l’estomac, de l’utérus (gra¬
vide), le péritoine en renfermait un nombre considérable. Epi¬
ploon et mésentère étaient bourrés de parasites.
Toutes les larves étaient enkystées, et en grande majorité, vi¬
vantes, non calcifiées. Nous n’avons pas vu de parasites à l’état
libre.
Les organes thoraciques étaient indemnes. Malgré l’abondance
des larves, aucune lésion macroscopique n’était appréciable.
t
Quelques fragments d’organes ont été envoyés, pour examen,
au Dr B roden, directeur de l’Ecole de Médecine Tropicale de
Bruxelles. Nous n’avons pas encore de renseignements et ne
savons pas §’il s’agit de Porocephahis moniliformis ou armillatus
(d’ailleurs identiques d’après Looss).
Léopoldville, le 15 mars 1914.
(1) Arch. f. Schiffs u. Tropen-Hygiene, t. VI, f. 4.
Séance du 10 Juin 1914
503
Vaccine en Nouvelle-Calédonie et aux Loyalty
Par Léon COLLIN.
En raison de l’épidémie de variole qui vient de sévir en Austra¬
lie et particulièrement à Sydney, port qui se trouve en constantes
relations avec Nouméa, une décision du gouverneur a prescrit
f obligation de la vaccine pour tous les indigènes néo-calédoniens.
C’est à cette occasion, que de septembre à mars dernier, il vient de
nous être donné de parcourir : i° l’ensemble des tribus qui dépen¬
dent de la circonscription de Bourail ; 2° l’archipel des îles Loyalty,
qui se trouve par vapeur à une journée de Nouméa. En raison du
peu de résistance et du terrain vierge éminemment favorable que
les Canaques, ignorant de toute hygiène, offrent aux infections, il
était à redouter en effet que les ravages, que la variole pouvait
faire chez ces indigènes, ne soient considérables.
De notre rapport sur cette campagne de vaccine nous extrayons
les quelques observations ci-dessous :
La pulpe vaccinale, dont nous disposions, provenait du service
vaccinogène, institué par M. le médecin principal Primet, qui
fonctionne à l’hôpital colonial de Nouméa. Tout récemment récol¬
tée, sur des génisses choisies, cette pulpe, mêlée à parties égales de
glycérine, put être conservée suffisamment virulente, malgré les
fortes chaleurs qu’elle eut à supporter en janvier et février.
Répartie en faisceaux de tubes de verre minces et effilés conte¬
nant chacun environ 150 doses, cette pulpe était maintenue en per¬
manence à l’intérieur d’une gargoulette très poreuse à demi-remplie
d’eau et placée dans un courant d’air. Une gargoulette d’un litre et
demi à large encolure peut contenir ainsi deux ou trois faisceaux
de 20 tubes de pulpe glycérinée, soit environ 6.000 à 9.000 doses.
Constituant un dépôt, cette provision était laissée avec nos baga¬
ges à nos points de rayonnement. Pendant nos tournées à cheval,
nous emportions la quantité de tubes nécessaires, proportionnelle¬
ment à la population des villages à vacciner, dans un cylindre de
moelle de bananier, fréquemment humidifié et logé dans une saco¬
che de la selle avec notre matériel. Ce procédé connu nous paraît
toujours recommandable. La fraîcheur de la moelle mouillée reste
*
504
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
constante ; à l’abri des chocs, les tubes peuvent y voyager dans
d’excellentes conditions. La gargoulette, avec laquelle on obtient
des températures plus basses, est malheureusement impratique
pour les transports à cheval.
En combinant nos deux procédés comme ci-dessus, nous n’avons
enregistré que peu d’insuccès malgré des températures de 38 et 39°
à l’ombre. On sait en effet qu’à partir de 3O0le vaccin s’atténue pro¬
gressivement d’après Simond ; qu’il perd même totalement sa viru¬
lence à 40° d’après Calmette.
Sur un total de 7.312 vaccinations, nous avons enregistré :
En Calédonie. . . 96 0/0 de succès
A Lifou . 96,5 —
A Maré . 77 —
soit une moyenne de 91,3 0/0.
Il est à noter que la fabrication de notre vaccin ne remontait pas
à plus de trois mois, que nous avons utilisé toujours la partie des
tubes de consistance plus épaisse, par cela même plus virulente.
Le fait d’enfoncer la pointe du vaccinostyle de haut en bas, dans
la couche sous-épidermique, produisant une petite plaie légèrement
béante, nous paraît devoir assurer plus complètement l’inoculation.
Une pratique qui contribue à assurer au vaccinateur la confiance
des indigènes est la suivante : nous avions coutume, à l’arrivée dans
les villages, de débuter par une visite médicale suivie de distribu¬
tion de médicaments : de longs palabres, sur les effets redoutables
de la variole, sur la nature de la vaccine, etc., ne furent pas non
plus inutiles.
Il faut bien reconnaître que si certains indigènes se prêtent de
bonne grâce à la vaccination, certains firent preuve de mauvais
vouloir, fâcheusement influencés parles sorciers ou lakatas qui sont
légion dans les tribus canaques et se montrent toujours les pires
ennemis de nos pratiques médicales. Dans chaque village, les
« vieux )> sont plus ou moins consultés en cas de maladie. Leur
science se résume en application d’emplâtres faits d’herbes choisies
avec soin, à des époques données, réduites en bouillie par une
longue mastication et mélangées avec de la terre dont la nature et
l’origine varient suivant l’affection. L’habitude des mouchetures
que ces derniers pratiquent en général au front, aux mastoïdes et
sur les membres, n’inspira que peu de crainte aux indigènes vis-à-
vis de nos pratiques et fait comprendre le succès relatif que nous
avons pu remporter avec nos vaccinations.
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i Séance du 10 Juin 1914 505
• %
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Nous avons bien eu des fois à lutter contre l’influence de ces sor¬
ciers. Il arrive que les missionnaires, qui devraient condamner leurs
pratiques, les favorisent. Nous avons rencontré avec stupéfaction
à Houailou (Nouvelle-Calédonie) l’un d’eux, porteur d’un large
pansement d’herbes mâchées par une sorcière. On peut concevoir
combien cette méthode de salivations sur les plaies peut favoriser
la dissémination des infections chez ces races ou la tuberculose,
la lèpre ne sont pas l’exception.
Signalons aussi que dans certains villages à Ithassé par exem¬
ple, nous avons vu des indigènes vaccinés quinze jours aupara¬
vant, venir nous consulter en cachette pour des escharres qu’un
sorcier, naturellement impossible à découvrir, provoquait sur leurs
pustules vaccinales par ses procédés habituels de scarification et
d’emplâtre septique.
Comme suites de vaccination, nous avons relevé fréquemment
des réactions générales vives avec adénite axillaire et parfois des
symptômes de lymphangite. Ces réactions chez l’indigène nous ont
paru toujours beaucoup plus vives que chez les Européens vacci¬
nés. Rien de particulier quant à révolution de la vésico-pustule.
Vers le douzième jour, la croûte brunâtre se desséchait et tombait
normalement laissant à sa place une cicatrise grise, luisante qui
s’entourant d’un liseré plus sombre, devenait le siège d’une repig¬
mentation progressive. Quelques retards de cicatrisation chez les
enfants et dans tes villages écartés de la mer, étaient la consé¬
quence de la malpropreté et de l’infection secondaire des plaies
vaccinales.
L'état sanitaire des tribus des Loyalty est en général médiocre.
La lèpre qui se trouve relativement peu répandue à Lifou (1,65 0/0
Lebœuf) nous a paru être un danger moindre que la tuberculose qui
sous des formes très virulentes : ganglionnaire, cutanée, pleuro-pul-
monaire, osseuse, intestinale, exerce dans les villages des ravages
importants. En raison de la malpropreté courante, le tonga (dont
nous avons antérieurement signalé le développement), les affec¬
tions cutanées mycosiques et parasitaires sont extrêmement fré¬
quentes. ,
Dans l’île Maré, la lèpre semble s’accroître particulièrement.
Outre les 123 lépreux internés, nous avons pu découvrir dans les
différents villages — malgré le caractère nécessairement incomplet
et rapide de nos examens pratiqués avec la vaccination —
18 lépreux nouveaux bien caractérisés et 23 suspects, qui furent
' /
è v
4 * (
i . .
50 1>
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’objet de frottis envoyés à l’Institut microbiologique de Nouméa.
Le pourcentage de 5,29 0/0 donné en 1913 par notre camarade
Lebœuf pour Maré nous paraît devoir être encore bien inférieur à
ce qui est aujourd’hui.
Comme à Lifou, les affections cutanées sont courantes chez les
Maréens. Le tonga y est cependant beaucoup plus rare. La fré¬
quence de la tuberculose, des affections vénériennes (blennorrha¬
gie) contribuent beaucoup à la dépopulation et rendent nécessaire
la présence d’un médecin dans ces îles.
L’importation en France des moutons algériens
et la protection des troupeaux
métropolitains contre la clavelée
Par J. BRI DRE et A. BOOUET.
La clavelée est relativement rare en France grâce aux règle¬
ments sanitaires qui régissent l’importation ovine.
En ce qui concerne les moutons de provenance algérienne, on
exige que ces animaux soient préalablement immunisés contre la
clavelée. En outre, une visite sanitaire au port d’embarquement
et une seconde visite au port de débarquement permettent d’éli¬
miner les claveleux. On comprend que, dans ces conditions, la
clavelée n’apparaisse qu’exceptionnellement dans les troupeaux
de la métropole.
Dans ces dernières années, deux méthodes d’immunisation
étaient autorisées: la clavelisation et la sérothérapie préventive.
Depuis le Ier janvier 1913, la vaccination anticlaveleuse par virus
sensibilisé (1) a été substituée à la /clavelisation.
L'innocuité et l’ efficacité de la vaccination anticlaveleuse, dé¬
montrées expérimentalement, sont encore attestées par les faits
d’observation pratique : i° absence totale d’accidents sur un
chiffre de vaccinations qui atteint, à l’heure actuelle 2.300.000;
20 arrêt, en quelques jours, d’épizooties dont certaines avaient
(1) J. Bridké et A. Boouet, C. R. de Y Acad, des Sciences, 1912 et 1913. —
Annales de l’Institut Pasteur , oct. 1913.
Seaxce du 10 Juin 1914
507
une allure inquiétante (épizooties de Marnia, de Relizane, en
Algérie, de Foix, en France, notamment).
Au point de vue spécial de la protection des troupeaux fran¬
çais, on peut apprécier la valeur de la méthode en comparant les
saisies sanitaires opérées au cours de la campagne d’exportation
algérienne de 1913 avec celles des campagnes antérieures: la pro¬
portion d’animaux arrêtés comme claveleux, soit à la visite de
départ, soit à la visite d’arrivée, sert de terme de comparaison.
Le tableau ci-contre nous donne, pour chaque méthode prophy¬
lactique, le nombre d’ovins exportés chaque année avec le nombre
de claveleux arrêtés aux ports.
(1) 31 cas de clavelée furent, en outre, constatés aux abattoirs de Paris.
Les chiffres relatifs à la sérothérapie ne sont indiqués qu’à titre
de simple renseignement. La proportion élevée d’animaux arrêtés
tient à ce que les moutons traités au sérum peuvent être embar¬
qués dès le 7e jouir après l’injection préventive. On compte préci¬
sément sur la visite sanitaire du départ pour éliminer ceux qui,
s’étant trouvés en période d’incubation de la clavelée au moment
de l’injection du sérum, peuvent présenter, par la suite, des.
lésions claveleuses.
Les chiffres relatifs à la clavelisation et ceux qui se rapportent
à la vaccination anticlaveleuse sont, par contre, suceptibles d’être
comparés.
Ainsi, en 1913, 13 moutons seulement ont été arrêtés comme
claveleux sur un total de 1.027.726 vaccinés exportés, soit 12 pour
un million.
508 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
, «
Dans les années précédentes, la proportion des saisies par mil¬
lion de clavelisés exportés était de : 91 en 1908, 28 en 1909, 122
en 1910, 125 en 1911, 58 en 1912.
Nous n’avons pas de renseignements précis sur l’état sanitaire
des troupeaux algériens en 1909, année la plus favorable, mais
nous savons qu’il était relativement bon en 1912 et que la pro¬
portion assez faible de claveleux saisis est le résultat de la bonne
situation sanitaire.
En 1913, la clavelée a été, au contraire, très fréquente, princi¬
palement dans le département d’Oran où l'importation des mou¬
tons marocains créait de nombreux foyers d’infection. On voit,
d’ailleurs, que, sur une vingtaine de mille moutons clavelisés à la
fin de 1912 et expédiés en 1913, on a trouvé 6 claveleux, soit une
proportion de 240 par million ! D’autre part, la proportion des
claveleux parmi les « sérumisés » s’est montrée légèrement supé¬
rieure à celle de 1912.
On peut donc conclure de ces constatations que si la propor¬
tion des moutons saisis a atteint un chiffre aussi bas en 1913 sur
les vaccinés, ce résultat satisfaisant est dû à l’efficacité de la
méthode d’immunisation employée.
Théoriquement, les animaux porteurs de la. médaille de vacci¬
nation devraient tous être indemnes de clavelée récente, mais on
comprend qu’il en puisse être autrement dans la pratique : sur
plus d’un million de moutons soumis à la vaccination, il s’en
trouve un certain nombre qui échappent à l’injection vaccinale,
tout en étant porteurs de la médaille. Le chiffre total de ces
<( oubliés » atteint certainement plusieurs milliers et il ne faut pas
s’étonner que quelques-uns se trouvent infectés plus tard, dans
un pays où les chances de contamination sont fréquentes. Enfin,
l’immunité n’étant acquise que 48 heures après la vaccination,
quelques animaux contaminés pendant cette courte période peu¬
vent présenter des signes de clavelée au moment de rembarque¬
ment.
La clavelisation étant définitivement supprimée et la vaccination
largement appliquée dans le cas de clavelée constatée, la maladie
deviendra plus rare en Algérie. Avec la double visite à l’embar¬
quement et au débarquement, peu de moutons claveleux arrive¬
ront à franchir le filtre sanitaire et les dangers de contamination
des troupeaux de la métropole seront de plus en plus réduits.
Séance du 10 Juin 1914
509
Au surplus, une application rapide de la vaccination anticlave¬
leuse aurait vite raison d’une épizootie.
Sur l'étiologie et la prophylaxie de
la fièvre bilieuse hémoglobinurique.
Par DAVID.
Malgré les diverses théories émises par les auteurs pour expli¬
quer la pathogénie de cette affection, celle-ci continue à rester
obscure et les médecins sont souvent surpris de voir éclater cet
accident là ou ils s’y attendaient le moins.
Le seul point sur lequel la plupart des médecins sont d’accord
c’est que, lorsque cet accident se produit, il est presque toujours
précédé d’une prise de quinine.
Exerçant depuis quelques années dans un pays où la bilieuse
hémoglobinurique est fréquente, surtout dans certaines localités,
je me suis appliqué à faire une enquête profonde auprès des ma¬
lades et des médecins qui les ont soignés.
De cette enquête, il résulte que cet accident, pour être réalisé,
demande trois conditions principales :
i° Il faut un ancien paludéen ;
2° Il faut que ce paludéen ait été traité à diverses reprises par
des doses suffisantes de quinine;
3° Il faut que ce même malade soit resté sans quinine un cer¬
tain temps avant la dose déchaînante.
A) Il faut un vieux paludéen. 'C’est là une opinion unanime.
Un individu établi depuis quelques mois seulement en pays
atteint, n’a pas à craindre la bilieuse hémoglobinurique, quel que
soit le nombre des atteintes paludéennes par lui subies et quelle
que soit la quantité de quinine qu’on lui administre; à moins,
bien entendu, qu’il n’ait été atteint de paludisme avant d’arriver
dans la localité.
B) Il faut que ce paludéen ait absorbé, à diverses reprises, des
doses suffisantes de quinine. Cela résulte de mon enquête. Un
vieux paludéen, voire cachectique, qui n’a pas été auparavant
soigné systématiquement par la quinine n’a pas à craindre la
36
510 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
bilieuse hémoglobinurique, même après une forte dose de quinine.
Les arabes indigènes en Palestine se trouvent dans ce cas. Ceci
n’est pas affaire de race, car parmi les arabes établis près des
localités européennes et qui ont appris, par conséquent, à se soi¬
gner par la quinine, cet accident éclate quelquefois.
C) Il faut que le malade soit resté sans quinine un certain temps
avant la dose déchaînante. Cela résulte également de mon en¬
quête.
Cette opinion a d’ailleurs pour elle ce fait que les individus,
même anciens paludéens, soumis rigoureusement à la quininisa¬
tion préventive n’ont pas à craindre la bilieuse hémoglobinurique
(Salanoue Ipin, Pathologie tropicale , p. 160).
D’ailleurs on emploie aujourd'hui beaucoup, pour traiter les
malades prédisposés, la méthode dite cure de réaccoutumance a
la quinine. Gela prouve que le malade n’est plus accoutumé à la
quinine, en d’autres termes, il n’en a pas pris pendant un certain
temps.
De tout ce qui précède, il résulte clairement pour moi que la
fièvre bilieuse hémoglobinurique est un accident anaphylactique
dû à la quinine.
Je crois devoir tout d’abord répondre à une objection. Le Pro¬
fesseur Richet dans son livre L' Anaphylaxie déclare que celle-ci
ne se produit qu’avec les colloïdes en donnant comme explication
théorique que ceux-ci sont retenus longtemps dans l'organisme et
l’anaphylaxie est, pour ainsi dire, une réaction de défense de
l'espèce contre ces substances persistantes étrangères qui pour¬
raient la modifier. L’anaphylaxie ne se produit pas avec les cris¬
talloïdes qui ne font que traverser l’organisme.
A cela j’ai à répondre que Giemsa a montré, en ce qui concerne
la quinine, que le tiers seulement est éliminé par l’urine, les deux
tiers restants sont retenus par l’organisme pendant très long¬
temps. Théoriquement l’organisme doit donc présenter la défense
anaphylactique aussi vis-à-vis de la quinine.
D’autre part, s’il suffit d’une seule dose préparante de certains
colloïdes (sérums thérapeutiques, par exemple) pour créer l’état
anaphylactique, déjà pour d’autres colloïdes (sérum d’animal nor¬
mal, par exemple), il faut répéter les doses. On démontrera peut-
être un jour qu’on peut également dans certaines conditions,
créer l’état anaphylactique avec certains cristalloïdes en répétant
les dosés encore plus longtemps. D’ailleurs Richet et Lassa-
Séance du 10 Juin 1914
511
blière ont pu dernièrement déterminer un état anaphylactique
avec le chloroforme, substance non colloïde.
Enfin, que dans certains cas l'anaphylaxie puisse se manifester
par le syndrome ictéro-hémagiob in urique, cela résulte des travaux
de Vidal et Abrami qui ont montré que l’hémoglobinurie par¬
oxystique des pays tempérés, laquelle ressemble si bien à la
bilieuse hémoglobin urique, est un accident autoanaphylactique.
Faisons remarquer, en passant, que cette théorie explique bien
ce fait clinique que la quinine per os provoque plus souvent la
bilieuse hémoglobinurique, qu’en injection. L’absorption per os
se fait beaucoup plus vite qu’en injection (ouvr. cité, p. 144).
Dans ce dernier cas l’organisme a, en général, le temps de se
désanaphylactiser.
Mon opinion une fois établie, en ce qui concerne l’étiologie
de la fièvre bilieuse hémoglobinurique, j’ai naturellement pensé
qu’on pourrait éviter cet accident en employant la méthode de
Bezredka de vaccination désanaphylactisante. C’est-à-dire, quel¬
ques heures avant de donner une dose normale de quinine, injec¬
ter une toute petite quantité de la drogue (0,05) diluée dans quel¬
ques cm3 d’eau.
C’est ainsi que je traite depuis un an tous les vieux paludéens,
ou les paludéens qui ont déjà eu une ou plusieurs attaques de
bilieuse hémoglobinurique, en un mot tous les malades chez
lesquels j’ai tout lieu de craindre cet accident.
Je crois utile de rapporter ici trois observations des plus typi¬
ques :
Observation II
M. S..., 17 ans, établi depuis plusieurs années avec ses parents,
bouchers, à Bissau, où il a souffert du paludisme. A eu quatre fois
la bilieuse hémoglobinurique, chaque fois, d’après ses déclarations,
après une prise de quinine. La dernière attaque eut lieu le 4 décembre
1912. Je lui donnai alors mes soins. Depuis, il rra plus pris de qui¬
nine. Je le revois le 18 août 1913. Temp. 40, Rate atteint Fombilie.
Diagnostic : attaque de paludisme chez chronique. Je lui fais séance
tenante une injection de quinine 0,10 dilué dans 2 ce. d’eau. Après
3 heures je lui fais une injection d’un gramme. Le lendemain la Temp.
est normale. J’administre per os d’un g. à un g. et demi par jour.
Je n'ai observé rien de fâcheux.
Observation V
Demoiselle B..., 20 ans. A eu, il y a quelques années, deux attaques
de bilieuse hémoglobinurique. Les médecins qu’elle a consultés lui ont
défendu de prendre de la quinine. Cependant elle a des accès palu¬
déens de temps en temps. Je la vois le 20 décembre 1913. Temp. 39.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La rate dépasse les fausses cotes de trois travers de doigts. Dia¬
gnostic : accès de paludisme. Je lui administre 0,05 de quinine. Le
lendemain je lui donne 1 g.. 50 en trois fois. La malade a bien sup¬
porté la quinine par la suite.
Observation VII
Cette observation est, due à l’obligeance du docteur Ségal, médecin
de l’Hôpital Rothschild de Jérusalem, à qui j’avais communiqué les
résultats que j’avais obtenus. Il s’agit d’un jeune homme ancien palu¬
déen, qui a eu, à plusieurs reprises, des accès de bilieuse hémoglo-
binurique, chaque fois après une prise de quinine. Comme il présen¬
tait dernièrement des accès paludéens, les médecins de Jaffa, qu’il
avait consultés, craignant de lui donner de la quinine, l'envoyaient à
l’Hôpital Rothschild. Le docteur Ségal lui injecta 0,05 de quinine
et quelques heures après, le malade a pu absorber des doses normales
de quinine sans inconvénients.
Dans les cas que j’ai traités ensuite, et conformément à l’avis
du Dr Segal, je n’ai jamais dépassé 0,05 de quinine comme dose
vaccinante. Elle s’est toujours montrée efficace et c’est la dose
que je conseille chez l’adulte, bien entendu toujours en injection
hypodermique.
En résumé, il semble bien que la fièvre bilieuse hémoglobinu-
rique, lorsqu’elle survient après la quinine, est un accident ana¬
phylactique et que la vaccination désanaphylactisante, d’après la
méthode générale de Besredka, suffit à prévenir cet accident.
Par cette méthode on pourra dorénavant traiter par la quinine
tous les prédisposés, sans exception, sans crainte de voir éclater
ce syndrome redoutable.
A propos de la fièvre hémoglobinurique
en Palestine
Par Hillel YOFE.
Sans prétendre ériger en loi certaines généralisations, certains
sentiments, résultat de 23 ans de mon travail de médecin en Pales¬
tine (surtout dans certaines régions très paludéennes), je prends
la liberté d’en faire part devant cette vénérable assemblée dont
nous autres médecins praticiens des Colonies attendons l’inspi¬
ration et la direction scientifique ; au sujet de la très intéressante
Séance du 10 Juin 1914
51 a .
communication du docteur David, je me permets de faire les
observations suivantes :
1° Je puis confirmer ses deux premiers énoncés savoir :
a) Il faut qu’un individu soit en proie au paludisme, pendant
une période assez prolongée, avant d’acquérir la prédisposition à
la fièvre bilieuse hémoglobinurique ;
b) L’accès hémoglobinurique attaque seulement des personnes
qui avaient été déjà traitées par la quinine ;
Enoncés admis d’ailleurs généralement depuis longtemps.
2° Je ne puis pas confirmer le troisième énoncé, savoir que la
fièvre hémoglobinurique s’attaque seulement aux individus qui
n’ont pas été traités par la quinine pendant une certaine période
précédant la prise de quinine ayant déterminé l’accès. Je dois dire
pour ma part que je pourrais citer un certain nombre d’observa¬
tions absolument avérées où les individus ont eu la fièvre hémo¬
globinurique au cours du traitement régulier par la quinine (in¬
suffisant peut-être et peut-être trop fort).
3° Je ne puis pas me ranger à son avis, en ce qui concerne l’ana¬
logie avec les phénomènes d’anaphylaxie et surtout accepter les
conclusions pratiques ayant pour but de prévenir l’accès hémoglo¬
binurique à la suite d’absorption d’une dose suffisante de quinine,
par une injection de 0,05 de quinine préalable. De ce que l’ac¬
cès hémoglobinurique ne s’en est pas suivi dans quelques cas ob¬
servés par le docteur DAVID, il ne s’ensuit pas encore que dans
ces mêmes cas l’accès aurait eu lieu sans cette injection préalable.
40 Pour ma part je prends surtout en considération la prédispo¬
sition individuelle, familiale, saisonnière et enfin l’état d’immi¬
nence morbide particulier et passager, état que le praticien doué
d’un certain flair et sachant se faire guider par le malade déjà
éprouvé, découvre souvent. Je ^manie dans de pareils cas la qui¬
nine avec une extrême prudence, m’adressant aux injections intra¬
musculaires répétées de petites doses de quinine, puis au tannate
de quinine. Je lutte contre la prédisposition à l’hémolyse par le
chlorure de calcium et l’ergotine. Je cherche à décongestionner le
foie qui généralement dans ces cas présente un état anormal, si
cet état n’en est pas une des causes. Je me suis adressé à plu¬
sieurs reprises à l’injection d’atoxyl (0,10-0,15) répétée trois ou
quatre fois à intervalle de 3 jours. Sans pouvoir affirmer d’une
façon absolue l’efficacité de ces injections je dois constater que
j’ai eu l’impression d’avoir quelquefois par ce moyen conjuré la
514
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
marche de la malaria jusqu’au moment où l’individu a pu sans
danger prendre la quinine.
Dans un cas d’intolérance absolue à la quinine, j’ai pendant
trois ans pratiqué tous les mois trois injections d’atoxyl et ainsi
préservé de toute attaque de fièvre. J’ai publié cette observation
en 1912 dans la Revue de Médecine et d' Hygiène tropicales ; et de¬
puis, cette personne continue à se porter très bien (ayant cessé
déjà tout traitement depuis une année).
Et par-dessus tout, incontestablement, il faut placer la prophy¬
laxie quimque générale qui est le meilleur, le plus sûr et le moins,
aléatoire de tous les modes de traitement préventif des fièvres
bilieuses hémoglobinuriques.
Seulement c’est ici que se pose justement le dilemme angois¬
sant devant la nécessité et la crainte de la quinine, car il ne faut
pas tuer en sauvant. En effet, au début de l’institution de la pro¬
phylaxie qumique, il faut être prudent, il faut passer sur le tri,
pour ainsi dire, tous les habitants de la localité donnée, traiter
d’une façon spéciale les « prédisposés » avant de les verser au
tas si j’ose m’exprimer ainsi.
Dans les régions éminemment paludéennes où j’ai introduit ce
système, il n’y a plus d’accès hémoglobinuriques du tout, mais je
dois dire que quelques rares cas se sont produits au début (sur¬
tout quand la surveillance médicale exacte a manqué par ha¬
sard).
Je pense comme conclusion en ce qui concerne la prophylaxie
qui nique : a) que c’est le grand moyen de conjurer les fièvres
hémoglobinuriques; b) que la plus étroite surveillance doit être
exercée au début de toute campagne antimalarique ; c) que le
système de préférence (en vue des accès hémoglobinuriques) doit
être celui de l’absorption quotidienne de petites doses (0,25 à
0,40 suivant la saison). Donner, dans une région où les fièvres bi¬
lieuses existent, des doses de 1 g. à la fois, me paraît dangereux
comme mesure générale de prophylaxie. J’en ai vu d’ailleurs de
tristes preuves et pour ma part j’ai toujours protesté contre ce
système.
Séance du 10 Juin 1914
515
Anatomie comparée de la tête et
de l’ appareil venimeux chez les Serpents (s)
Par M"e M. PH1SALIX.
IL n’existe pas d’étude d’ensemble de l’appareil venimeux des
Serpents; les travaux d’ordre anatomique, ne portent que sur un
petit nombre de types pris individuellement, et tendent plutôt
à exalter les différences entre les Serpents venimeux et tous les
autres, qu’à montrer les rapports existant entre eux, et la com¬
plication graduelle de l’appareil inoculateur. C’est pourquoi j’ai
repris la question qui est importante et sert de base aux travaux
physiologiques, menés parallèlement.
La fonction venimeuse est localisée à deux familles d’ Ophi¬
diens : les Colubridæ et les Viperidœ. Dans la seconde de ces
familles, tous les représentants sont venimeux, avec un appareil
inoculateur des plus perfectionnés. La première, celle des Cohi-
bridœ se subdivise d’après la dentition en :
Aglyphes , inoffensifs . pour l’homme : coronelle , Tropinodo -
tes, Zamaris..., etc.
Opisthoglyphes , suspects : couleuvre de Montpellier, Dryophis.
Protéroglyphes , tous hautement venimeux : II y drus , Aàqa.
En ce qui concerne les rapports des Serpents avec l’homme
quelques Opisthoglyphes, les Protéroglyphes et les Vipéridés ou
Solénoglyphes sont seuls à redouter, et, pour ce motif anthropo¬
centrique, seuls considérés comme venimeux par beaucoup d’au¬
teurs anciens et modernes. Cependant on doit considérer comme
venimeux « tout animal qui sécrète du venin » qu’il puisse ou non
l’inoculer. *
En partant de cette définition, on constate que la fonction veni¬
meuse apparaît déjà chez ceux des Colubridés aglyphes qui ont
une glande parotide histologiquement distincte des glandes la¬
biales supérieures. C’est cette parotide qui sécrète le venin.
Les cas de venimosité observés chez les Aglyphes ne sont pas
jusqu’à présent très nombreux : Guelch en 1892 a vu des acci¬
dents survenir à la suite de la morsure d’une Couleuvre améri-
(1) Ann. des Sc. Nat.. %ool., 9e série, t. XIX, 1914, 1 14 p., 73 fig., 5 pi.
en couleur.
516
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
caine le Xenodon severus ; MM. Phisalix et Bertrand ont cons¬
taté que les Tropidonotus natrix et viperinus possèdent un venin
qui agit comme le venin de Vipère aspic; j’ai vu d’autre part,
également par l’expérience; que la Couleuvre lisse, Coronella
austriaca, sécrète un venin dont les effets rappellent ceux du venin
de Cobra, et foudroie le lapin inoculé dans les veines avec la ma¬
cération des glandes d’un seul sujet.
Ce dernier exemple est d’autant plus remarquable qu’il coïn¬
cide avec l’absence de toute modification dans la dentition; mais
l’inoculation de la salive s’effectue néanmoins très bien par les
nombreuses petites perforations que la herse dentaire palatine de
ces Couleuvres fait dans la peau de la proie, pendant la durée,
toujours assez longue, de l’engagement de celle-ci.
De l’ensemble de cette étude morphologique et de l’expérimfcn-
tation physiologique correspondante ressortent les conclusions
suivantes :
i° Chez les Serpents, comme chez les autres animaux veni¬
meux, la fonction venimeuse apparaît brusquement dans des or¬
ganes déjà existants, et avant une fonction propre ; c’est donc une
fonction secondaire, adjuvante dans certains cas de la fonction
primitive, et pouvant par surcroît servir à la défense de l’espèce.
2° La venimosité acquise par la salive parotidienne est totale¬
ment indépendante des modifications de l’appareil inoculateur
comme le montre l’exemple de Coronella austriaca; réciproque¬
ment cet appareil peut avoir un degré de différenciation très
affirmé, sans que la sécrétion parotidienne soit nettement toxi¬
que : genres Eteirodipsas, Ithycyphus.
3° Les modifications et les caractères tirés de l’appareil veni¬
meux ne peuvent être utilisés en taxonomie pour distinguer les
Protéroglyphes des Vipéridés, car il existe des formes de pas¬
sage ou les caractères considérés comme différentiels sont déjà
réalisés : Dendraspis angusticeps , Doliophis intestinalis, parmi
les Colubridæ ; Causus rhombeatus, parmi les Viperidæ.
4° Enfin, les deux facteurs de la fonction venimeuse : toxicité
du venin et perfectionnement de l’appareil inoculateur ne subis¬
sent pas une évolution parallèle ou de même sens : c’est jusqu’à
présent chez les Colubridæ que le venin s’est montré le plus toxi¬
que ; c’est chez les Viperidæ que l’appareil inoculateur atteint
son plus haut degré de perfection.
(Laboratoire d’ H erpétologie du Muséum ).
Séance du 10 Juin 1914
517
Note sur les précautions à prendre dans la
récolte, la conservation et l'envoi des animaux
venimeux et de leur venin
Par Mme Marie PHISALIX.
I. — Serpents
Manière de recueillir le venin sur le Serpent
qu'on veut garder vivant.
Immobiliser le Serpent en appuyant sur la tête l’extrémité
mousse d’un bâton.
Le saisir de la main gauche, par le cou, le plus près possible
de la commissure labiale, et abaisser de la main droite sa mâ¬
choire inférieure, tandis qu’un aide introduit dans la bouche un
récipient (verre de montre, cupule, soucoupe), qu’il place sous les
crochets, préalablement redressés au moyen d’un stylet.
Presser latéralement et modérément d’arrière en avant la ré¬
gion labiale supérieure le venin s’écoule limpide par l’extrémité
des crochets. On recommence une ou deux fois cette opération.
Dans cette manœuvre, tenir le Serpent verticalement queue pen¬
dante, et éviter qu’il ne puisse s’enrouler en prenant point d’ap¬
pui sur des obstacles, car ses muscles sont très puissants, et d’un
brusque mouvement il pourrait se dégager et blesser les opéra¬
teurs.
Lorsqu’on a affaire à de gros Serpents agressifs, il est bon de
les anesthésier préalablement pour éteindre leurs mouvements ac¬
tifs, et surtout pour assurer plifs de sécurité au moment, qui est
le plus dangereux, où on les remet dans leur cage. On les placera
donc dans un bocal de verre où se trouve un tampon imbibé de
chloroforme ou d’éther.
Un dispositif très simple, que j’emploie également dans les ex¬
périences de physiologie pour inoculer les Serpents, et qui per¬
met d’opérer seul avec plus de sécurité que si on employait un
aide, peut être réalisé avec un récipient quelconque : bocal, cage
ordinaire à Batraciens, à parois de verre. Le couvercle ou le toit
est percé d’un trou ayant à peu près le diamètre moyen du corps
des Serpents qui doivent y passer ; un disque plein de diamètre
518
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
plus grand, retenu au couvercle par l’un de ses bords, peut à vo¬
lonté démasquer ou obturer le trou. En ménageant au toit une ou¬
verture un peu plus grande, et au disque obturateur quelques ori¬
fices de diamètres différents, on pourrait utiliser le dispositif pour
des Serpents de toute tailles.
Quand, au moyen d’une pince, on a saisi le Serpent par le cou,
très près de la tête, on fait passer celle-ci par le trou du toit, et
on guide la pénétration du corps par une pression douce et conti¬
nue, s’il ne s’agit que d’enfermer le Serpent, en le maintenant au
lieu d’élection s’il s’agit de l’inoculer. Das ce dernier cas, le
Serpent retire de lui-même, dès qu’on ne la maintient plus, l’ex¬
trémité postérieure de son corps, et on fait glisser la portion
pleine du disque sur le trou.
On n’a déterminé ainsi que la réaction défensive minima, et on
n’a contusionné aucun viscère de l’animal, ce qui est très impor¬
tant pour l’observation exacte des symptômes consécutifs à l’ino¬
culation, ou même pour la simple conservation ultérieure de l’in¬
dividu.
Manière de recueillir le venin sur le Serpent mort.
Sacrifier le Serpent par décapitation, et se rappeler que l’ani¬
mal peut encore mordre avec efficacité au moins pendant une de¬
mi-heure.
Fixer la tête sur le côté au moyen d’épingles, en abaissant la mâ¬
choire inférieure, et disséquer la glande qu’on découvre après
avoir fait une incision sur le bord interne de la lèvre et relevé
celle-ci ; libérer la glande et son canal excréteur et sectionner
celui-ci vers la gaine de la dent.
Au moyen d’une pince, saisir la glande par le fond de l’acinus,
la transporter au-dessus d’une cupule de verre bien propre et qui a
été passée à la flamme (mais qui est refroidie), et avec une pince
à mors plats, faire écouler le venin qui s’étend en gouttelettes
limpides, de coloration généralement jaune et variable avec l’es¬
pèce de Serpent.
Dessiccation du venin.
Le venin obtenu sur l’animal vivant ou mort sera desséché aussi
rapidement que possible, à l’abri des poussières et de la lumière.
On reconnaît que le venin est bien sec quand l’enduit qu’il a
formé se fendille spontanément et se détache au moindre choc.
Séance du 10 Juin 1014
519
Le mettre en petits flacons de verre, bien fermer et conserver
dans des blocs en bois qui pourront servir à l’envoi,
• ' • , f *
Emballage des Serpents vivants.
Il doit être solide, simple, confortable pour le Serpent, et se
prêter à un déballage commode et inoffensif.
Toute caissette en bois, dont toutes les parois ont au moins
i centimètre d’épaisseur, peut être utilisée.
L’intérieur ne devra présenter aucune saillie et aucun ressaut.
S’il est besoin d’établir des séparations pour répartir les groupes
de Serpents et éviter qu’ils ne s’étouffent en s’entassant, on
creusera dans les parois latérales opposées des rainures pour les
cloisons mobiles, et on fera celles-ci en métal perforé ou en gril¬
lage métallique.
Deux parois opposées seront munies de trous percés à la vrille
pour assurer le passage de l’air à l’intérieur de la caisse.
Le couvercle sera vissé, et non simplement cloué, de façon que
dans les chocs possibles du transport, il ne soit pas exposé à être
partiellement décloué, et aussi pour qu’un déballage trop bruyant
n’excite pas les animaux, ce qui les inciterait à mordre et à perdre
leur venin.
Les Serpents seront introduits dans des sacs en toile forte et
perméable à l’air (les sacs à céréales conviennent très bien), et de
grandeur telle qu’ils puissent remuer facilement à l’intérieur. On
fermera par deux ligatures faites à quelques centimètres l’une de
l’autre.
Ne rien ajouter comme emballage, car tout ce qui pourrait ser¬
vir à éviter les heurts (foin, paille, copeaux...) est susceptible de
fermenter et risque d’asphyxier les animaux : le sac doit être
assez important pour suffire à remplir la plus grande partie du
A
compartiment.
Quant aux Serpents morts qui doivent servir à une détermination
exacte, les mettre indifféremment dans l’alcool à 8o° (après leur
en avoir introduit par les deux orifices du tube digestif) ou dans
l’eau formolée à 3 %.
II. — Batraciens.
Préparation du venin des pustules ou des parotoïdes.
Le venin des gros amas glandulaires qui se trouvent de chaque
520
Bulletin dé la Société de Pathologie exotique
côté de la tête ou sur la face dorsale du corps peut en être expri¬
mé directement au moyen d’une pince rainée à mors plats, et pro¬
jeté dans un godet de verre sur les parois duquel il* se concrète en
un coagulum laiteux, qui se dessèche en une masse cornée et
s’écaille assez facilement quand elle est bien sèche.
La conserver dans des flacons bien fermés en en attendant l’en¬
voi.
Préparation de la peau.
Déshabiller l’animal, en faisant une incision médiane sur la
peau du ventre, et deux incisions transversales au niveau des
membres, puis la retournant.
Etaler les peaux sur des planchettes ou sur des claies en les
fixant en extension, au moyen d’épingles et laisser sécher. Le
séchage est à point, lorsque la peau prend une transparence par¬
cheminée.
La conserver à l’abri de l’humidité jusqu’à l’envoi.
Emballage des Batraciens vivants.
Tous les Batraciens doivent être maintenus dans une atmosphère
humide, même quand ils sont complètement terrestres. La mousse
humide suffit pour les petits trajets.
Un dispositif pouvant servir au transport plus prolongé peut
être réalisé simplement par un seau en bois ou en métal, pourvu
d’un orifice servant à introduire de temps en temps un peu d’eau.
On établira à mi-hauteur une séparation perforée (un petit banc
dont la planchette de dessus est percée de trous, et qui présente
une encoche avec une planchette inclinée pour que les animaux
puissent passer à volonté du compartiment inférieur à l’étage su¬
périeur).
Les Batraciens terrestres ou les terricoles comme les Batraciens
apodes pourront être envoyés dans de la terre qu’on maintiendra
humide par le même procédé.
III. — Insectes, Arachnides et Myriapodes.
i° Insectes.
Ce sont surtout des Hyménoptères.
Tuer les animaux par les vapeurs d’éther ou de chloroforme. Le
nid tout entier sera à cet effet placé dans une cloche qu’on fer-
Séance du 10 Juin 1914
52 1
niera au moyen d’une plaque de verre aussitôt qu’on en aura dé¬
taché le pédicule, au moment où tous les animaux sont rentrés,
c’est-à-dire le soir.
S’il s’agit d’un nid trop profondément enfoui dans le sol, on
opérera le soir après le coucher du soleil quand tous les animaux
sont rentrés, et on tamponnera l’orifice avec du coton fortement
imbibé de chloroforme.
Le lendemain matin, on mettra au jour le nid et on récoltera
les individus à aiguillons ; puis saisissant chaque Insecte de la
main gauche, on tirera au moyen d’une pince sur l’aiguillon : à la
suite de celui-ci arrive le réservoir à venin et quelquefois l’extré¬
mité du rectum sur lequel sont accolés les deux fins tubes sécré¬
teurs de la glande.
Supprimer cette portion rectale, et, plaçant l’appareil sur une
plaque de verre bien propre et flambée avec une aiguille fine, per¬
cer le réservoir : le venin jaune clair qui s’en écoule sera séché ra¬
pidement, ainsi que l’appareil venimeux. On répartira le venin et
l’appareil en tubes séparés à l’abri de la lumière et de l’humidité.
2° Arachnides et Myriapodes (Araignées, Scorpions, Iules,
Scolopendres).
Ces animaux supportant très aisément le jeûne, le mieux est de
les envoyer vivants.
Toutefois, comme la plupart sont carnivores et n’hésitent pas
à s’entredévorer, il est urgent ae les isoler soit dans des boîtes
(les boîtes à allumettes sont commodes à cet usage), soit dans
des flacons fermés par un bouchon perforé.
Indications générales.
A
Envoyer de préférence les animaux vivants.
A défaut, joindre à l’envoi de leur venin un ou plusieurs échan¬
tillons, dans l’alcool à 8o° ou le formol à 3%, pour en permettre la
détermination exacte.
Joindre une note qui mentionne le lieu et la date de la cap¬
ture, les accidents causés par l’animal et la médication locale em-
f ..... r r ,n , 1 . ' f
ployée contre les effets de son venin .
(. Laboratoire d’ H erpétologie du Muséum ).
522
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Notes sur la géographie médicale du Ouadaï
Par F. MOTAIS, E. JAMOT et M. J. F. ROBERT.
L’Ouadaï et les petits sultanats limitrophes forment à l’Est du
bassin du Tchad l’extrême limite orientale de nos possessions
centre-africaines. Situés entre les 12e et les 15e degrés de latitude
Nord, et les 16e et 20e degrés de longitude Est : leur climat est
subdésertique; il est analogue à celui du Soudan et de toutes les
zones tropicales du continent africain.
La saison sèche s’étend d’octobre à juin. En octobre, en mars,
en avril et en mai les maxima atteignent 44, 46 et même 48°.
Les minima ne descendent pas au-dessous de 180. La très faible
tension de la vapeur d’eau et aussi les vents alizés qui soufflent
du N.-E., permettent de supporter cette température assez facile¬
ment.
En novembre, décembre, janvier, février, surtout en décembre et
janvier, le thermomètre monte fréquemment à 35 0 entre midi et
2 heures, pour tomber la nuit aux environs de o° Cette basse
température est encore aggravée par un vent d’Est très violent et
très froid.
L'hivernage y dure de juin à octobre ; les pluies très abondantes
dans les régions du Sud sont relativement rares dans les hauts
pays.
La topographie accidentée du Ouadaï, la nature généralement
perméable du sol, font que les eaux de pluies drainées par d’in¬
nombrables oueds n’y stagnent presque nulle part, que les mares
y sont très rares, et qu’elles tarissent très vite.
Les eaux d’infiltration se réunissent dans des poches souter¬
raines, indépendantes les unes des autres, qui alimentent les puits
creusés dans les alluvions des vallées et des plaines. Ces puits
fourniraient une eau excellente s’ils n’étaient constamment souil¬
lés par les puisettes malpropres dont se servent les indigènes et
par les déjections de toutes sortes que bêtes et gens déposent aux
Séance du 10 Juin 1914
523
alentours et qui sont entraînées par les eaux de ruissellement
pendant l’hivernage. Pas un seul puits n’a son orifice protégé.
Aucun recensement précis n’a permis jusqu’ici de déterminer
avec exactitude le chiffre de la population : certains l’évaluent
approximativement à un million d’habitants.
Elle comprend : 1 0 des tribus sédentaires dont les caractères
éthniques sont pour chacune d’elles assez particuliers.
20 Des peuplades nomades de Peuhls, d’Arabes, et de Ber¬
bères. Ces tribus de pasteurs, qui vivent exclusivement d’élevage,
parcourent avec leurs troupeaux le pays du Sud au Nord pendant
Thivernage, du Nord au Sud pendant la saison sèche, constam¬
ment à la recherche de points d’eaux et de pâturages.
30 Enfin dans les grands centres tels que Abéché et Goz-Beïda,
capitales respectives du Ouadaï et du Sila, on rencontre un grand
nombre de marchands caravaniers originaires du Fezzan, du Sou¬
dan Egyptien et de la Basse-Egypte.
Ces éléments climatériques, hydrologiques et ethniques com¬
mandent dans une large part la nosologie de ces pays.
Parmi les maladies cosmopolites, les affections pulmonaires
occupent une place très peu importante dans les pays qui nous
occupent.
La tuberculose et ses différentes manifestations s’v rencontrent
j
rarement.
Au cours des examens quotidiens que nous avons faits des ani¬
maux abattus pour la boucherie, nous n’avons pas constaté un
seul cas de tuberculose bovine.
Pour les tirailleurs qui font colonne pendant la saison fraîche
de novembre à février, les bronchites, les bronchopneumonies et
les pneumonies sont fort dangereuses. En deux mois l’un de nous
a perdu de pneumonie 4 hommes sur un effectif de 200 hommes.
Cela tient à la sensibilité du noir pour cette maladie et surtout
à la légèreté des vêtements de nos troupes indigènes. Il serait
à souhaiter que les tirailleurs opérant dans des contrées où la
température nocturne descend aux environs de o°, fussent munis
d’un gros tricot de laine où d’une couverture supplémentaire pour
dormir.
Nous n’avons pas observé de scarlatine ou de rougeole pendant
notre séjour. La variole , par contre, existe dans le pays. De nom¬
breux indigènes en portent des traces.
Les services de la vaccine ne fonctionnaient pas encore d’une
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
façon efficace, dans ces pays très neufs. Un centre vaccinogène
était installé à Abéché.
Nous eûmes quelques épidémies légères de varioloïde. C’est
à L’une d’elles que nous devons la perte de notre camarade Pouil-
lot, qui, mal renseigné et faisant fi de sa sécurité personnelle
se fit massacrer en accourant précipitamment d’Arada à Abéché
croyant avoir affaire à de la variole.
Quelques cas de tétanos , dipthérie, septicémie d’origine strepto-
coccique furent observés.
Deux cas de typhoïde vraie, contrôlés par l’ hémoculture, ont
été soignés à Abéché, chez des sous-officiers européens. Le pre¬
mier sous-officier atteint, tomba malade quelques jours après son
arrivée et contamina sans doute son camarade. La provenance de
ce bacille est donc très incertaine.
Un seul cas de cancer a été diagnostiqué cliniquement par l’un
de nous.
La folie semble rare, nous en avons rencontré cependant.
Les maladies vénériennes sont extrêmement fréquentes.
La syphilis est très répandue parmi les autochtones, les tirail¬
leurs et les européens. Cette maladie fut sans doute importée de¬
puis de longs siècles en cette contrée par les caravaniers qui, en
même temps que des marchandises, échangèrent des maladies.
La syphilis chez l’indigène nous a paru très bénigne. Nous avons
observé surtout des accidents cutanés : quelques gommes osseu¬
ses, et n’avons jamais vu d’accident nerveux ni parasyphilitique.
Les indigènes connaissent fort bien la vérole qu’ils appellent
« Djiguel » et n’y attachent que fort peu d’importance.
Les hernies , varicocèles , hydrocèles sont fort nombreux.
Les maladies des 'yeux apportent aux postes médicaux la plus
grosse clientèle. Les conjonctivites catarrhales et purulentes, la
cataracte, les kératites ci hypopion, ces dernières provoquées par
les traumatismes de la végétation épineuse, sont très fréquentes.
Mais le trachome et la variole font, dans ces pays, de grandes
quantités d’aveugles.
Il n’est pas de villages ou l’on ne rencontre de ces malheureux
suivant des enfants qui les conduisent avec un bout de bois.
En ce qui concerne les maladies plus spécialement exotiques :
les maladies cutanées sont surtout représentées par Vulcère pha-
gèdènique que nous rencontrâmes fort souvent. Les crawscraws
s’observent surtout chez les européens; d’ailleurs ces ulcérations
Séance .du 10 Juin 1914
525
africaines nombreuses qu'on englobe sous le nom de craws-craws
ont des manifestations assez variées ; elles auraient grand besoin
d’être étudiées et cataloguées par les dermatologistes.
L’aïnhum fut constaté plusieurs fois.
Les maladies intestinales de toutes sortes atteignent les habitants
du Ouadaï. Presque tous vivent avec le Tamia saginata dans l’in¬
testin. Les indigènes se nourrissent en effet de viande de bœuf
souvent crue.
Nous avons diagnostiqué quelques cas d ' ankylastomiase et de
géophagie chez des enfants.
La dysenterie , qui est fréquente, n’a généralement pas de ma¬
nifestations très graves. Elle se complique assez souvent d’hépa¬
tites suppurées. Sa nature amibienne a été constatée dans un cer¬
tain nombre de cas. Mais beaucoup d’examens à cet égard nous
ont donné un résultat négatif. Nous avons obtenu des cures re¬
marquables chez des dysentériques en leur donnant quotidienne¬
ment i g. 50 de poudre d’ipéca en potion jusqu’à la cessation des
symptômes.
La lèpre est à l’état endémique. Dans chaque village, l’enquête
assez complète que nous avons faite, nous a permis d’en déceler
un ou deux cas. Les indigènes n’ont pas pu nous dire si elle est
en croissance ou en décroissance. La grande quantité de nomades,
pasteurs et voyageurs, sera un obstacle très sérieux pour entre¬
prendre une lutte efficace contre cette maladie. Des camps d’iso¬
lement cependant pourraient être créés, ou à leur défaut des cases
d’isolement dans chaque village.
Les mycoses existent dans ces pays. Deux cas de mycétomes
furent déterminés par M. Pinoy : l'un à grains noirs ( Madurella
mycetomi Laverax), il siégeait au cou; l’autre à la jambe, était à
grains rouges ( Nocardia madurœ Vincent). D’autres furent dia-
, 1 . . ■*
gnostiques cliniquement.
La Filariose sanguine doit être rare au Ouadaï. 69 prisonniers
du poste d’Abéché furent examinés sans résultats à ce point de
vue. Dans le Sud du pays, l’un de nous pendant une tournée, a
pu constater l’existence de microfilaires dans le sang de 6 indi¬
gènes sur 43 qu’il a examinés. Etant donnés les moyens rudimen¬
taires qu’il avait à sa disposition, il n’a pu déterminer l’espèce
de cette microfilaire, l’examen fut fait vers 9 heures du soir ce
qui donnerait à penser qu’il se trouvait en présence de Bancrofti.
L 'Eléphantiasis n’est pas rare dans le Sud du Ouadaï.
37
526
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le Ver de Guinée est un des fléaux du pays. Durant toute Tan¬
née on en observe quelques cas isolés ; mais aux premières tor¬
nades sèches, vers le début de mai, ces parasites apparaissent chez
un très grand nombre d’indigènes et immobilisent pendant toute
la saison des pluies un tiers de T effectif de nos troupes.
Le traitement d’EMiLY, les injections intra ou extrafilariennes
de cocaïne, de chloroforme, d’éther, de substances antihelminti-
ques, etc., ne nous ont donné aucun résultat, et la méthode indi¬
gène complétée par des pansements humides non antiseptiques,
mais aseptiques nous paraît être la méthode la moins mauvaise.
Les complications phlegmoneuses furent très fréquentes ; mais
ces abcès laissent très rarement des suites fâcheuses, ils gué¬
rissent vite, à l’aide de petites incisions et.de pansements humi¬
des. Les grandes incisions, loin d’être utiles, infectent l’abcès de
microbes pyogènes et retardent la guérison.
Nous avons observé 5 ou 6 cas de dracunculose débutant par
un ictus apoplectique avec perte absolue de la connaissance et de
la motilité, avec dilatation pupillaire et strabisme supérieur. Cet
état, qui précédait l’apparition de la phlyctène, n’a duré que 2 jours
au maximum, plus souvent quelques heures et n’a jamais eu de
conséquences graves pour le malade.
La Bilharziose vésicale paraît assez fréquente surtout chez les
enfants. Nous l’avons constatée maintes fois notamment chez
4 enfants sur 5 dans la même famille. On la trouve dans les deux
grands centres d’Abéché et de Goz-Beïda, ainsi que dans les
villages de l’Est situés sur les routes de caravanes venant du Sou¬
dan Egyptien par le Dar Four et le Massalit. Nous ne l’avons
pas observée dans les villages du Nord qui se trouvent sur la route
de la Tripolitaine.
Des splénomégalies infantiles attirèrent plusieurs fois notre
attention au Sila. Il est très probable que le Kala-Azar existe là-
bas. Mais craignant des accidents qui auraient jeté sur nous le
discrédit parmi ces populations peu dociles nous n’avons pas cru
devoir ponctionner les rates de ces enfants.
Un grand nombre de fièvres ou d'accès de fièvre d’origine in¬
déterminée furent observés par nous pendant notre séjour. Au
poste d’Abéché en hivernage, coup sur coup 5 des prisonniers
du poste employés à des travaux de terrassement et de briquette-
rie, enchaînes par le cou les uns aux autres par des chaînes assez
lourdes, par conséquent ayant la circulation cérébrale un peu
Séance du 10 Juin 1914
527
gênée, perdaient subitement connaissance : leur température
s’éleva à 42e 5, 44 et même 44°2. Trois de ces prisonniers sont
morts. A l’autopsie le sang de l’un de ces malheureux était noir
et fluide ; le cœur gauche en systole, le sommet droit était très
congestionné, la muqueuse intestinale présentait quelques taches
ecchymotiques, le cerveau et le bulbe étaient normaux, nous avons
pensé à des coups de chaleur.
Quelques cas de fièvre sans parasites globulaires , durant des
mois entiers, de courbes très irrégulières, s’accompagnant de
troubles dyspeptiques, de congestions et de douleurs spléniques,
furent observés chez des indigènes et des et des européens.
Le Paludisme existe peut-être au Ouadaï, mais nous n’en som¬
mes pas convaincus. Des européens, venant d’autres colonies,
ont présenté des accès de fièvre que nous guérissions par la qui¬
nine et chez plusieurs d’entre eux, nous trouvâmes, en effet, des
hématozoaires, mais jamais ni les uns ni les autres n’avons pu
trouver de Plasmodium dans le sang des indigènes.
A Goz-Béïda la garnison était de 200 tirailleurs. Le pays et en
particulier le camp, placé sur une hauteur, n’avaient pas de
moustiques pendant 9 mois de l’année. Nous prenions nos mous¬
tiquaires à la fin de la saison des pluies plutôt par prudence que
par nécessité. Or en pleine saison sèche on fit faire aux tirailleurs
un fossé très profond autour du camp, le terrain était composé de
sable pur complètement sec, pendant ces travaux pas plus péni¬
bles que ceux qu’ils faisaient précédemment, des tirailleurs vin¬
rent fréquemment à la visite vers 9 heures du matin se plaignant
de maux de tête et de frissons, leur température était de 38° 5 et
390 5. Vers midi la céphalgie augmentait; vers 3 ou 4 heures des
sueurs profuses annonçaient la fin de l’accès. Jamais aucun de ces
malades ne revint se faire soigner les semaines suivantes. Dans
le sang examiné à tous les stades de l’accès, notamment au mo¬
ment du frisson, nous n’avons jamais pu déceler la présence d’hé¬
matozoaires soit à l’état frais, soit par la coloration au Giemsa.
Nous citons ces cas, car ils purent être soigneusement observés
dans un endroit restreint et chez des gens très surveillés. Mais
nous avons donné nos soins très fréquemment à des autochtones
atteints de fièvres du même genre et nos investigations microsco¬
piques furent vaines.
Dans ces pays où sont rassemblées les races fétichistes du Sud
qui servent de captifs, et les races du Nord de T Afrique qui
528
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
accompagnent les caravanes, il serait très intéressant, sans doute,
de pouvoir mettre au point la nosologie; malheureusement notre
, vie fort peu sédentaire, nos logements très rudimentaires et notre
matériel bactériologique des plus restreints ne nous ont pas per¬
mis de faire des observations microscopiques aussi précises que
nous l’aurions désiré.
Tableau des consultations données au poste médical d’Àbéchè
de juin ign à décembre igi2
Contribution à l’étude de la virulence
du Trypanosoma Lewisi et du Tr. Duttoni
pour quelques espèces animales
Par A. LAVÉRAN et D. ROUDSKY.
Rats. Souris. — j L’un de nous a montré qu’on pouvait obtenir
un virus renforcé de Tr. Lewisi inoculable en série à la souris et
un virus renforcé de Tr. Duttoni inoculable en série au rat (i),
d’où l’on doit conclure qu’il s’agit de variétés d’un même virus
adaptées à des espèces animales différentes ; nous ne reviendrons
pas ici sur ces -faits.
Les infections accidentelles que l’on produit chez les souris en
leur inoculant dans le péritoine du sang de rats infectés par le
Tr. Lewisi (2) sont passagères et peu intenses; d’autre part, lors-
f . . * * .
(1) D. Roudsky, Soc. de Biologie, set 12 mars 1910 et 10 février 1912 ; Acad,
des Sciences. 3 janvier' 191 1.
(2) Delanoe, Soc. de Biologie , 29 avril 1911.
Séance du 10 Juin 1914 529
qu’on essaie le passage en série par souris, le virus se perd rapi¬
dement.
D’une façon générale, lorsqu’on procède à des expériences du
genre de celles que nous résumons dans cette note, il faut avoir
grand soin d’examiner le sang des animaux auxquels on se pro¬
pose d’inoculer des trypanosomes afin de s’assurer qu’il n’y a
pas d’infection naturelle, cela est nécessaire en particulier quand
il s’agit de rats blancs.
Dès 1904, Laveran et Mesnil ont appelé l’attention sur ce fait
qu’il n’est pas rare d’observer, chez des rats blancs, des infec¬
tions naturelles par le Tr. Lewisi (1). L’un de nous a constaté,
au début de cette année, des infections naturelles par le Tr.
Lewisi chez 4 rats blancs provenant d'un même élevage et ayant
séjourné peu de temps au laboratoire, où certainement ils ne
s’étaient pas infectés.
Les différentes espèces de souris auxquelles nous avons inoculé
le Tr. Duttoni se sont montrées inégalement sensibles.
Chez 2 Mus morio qui nous ont été envoyés du Sénégal par M. le
Dr Thiroux l’infection a duré plus de 22 mois chez l’un, plus de 26
mois chez l’autre.
Chez des souris blanches, la durée moyenne de l’infection 11’a été
que de 3 mois (2).
3 souris grises (Mus musculus ), inoculées le 1er et le 3 décembre
1913, se sont infectées fortement (trypan. nombreux ou assez nom¬
breux) et ont encore, au bout de 6 mois, des trypan. non rares.
De 3 souris naines (Mus minutus), inoculées dans le péritoine avec
quelques gouttes du sang d’une souris fortement infectée de Tr. Dut¬
toni, la première 11e s’est pas infectée ; la deuxième a montré, 48 heu¬
res après l’inoculation, des trypan. très rares qui ont disparu complè¬
tement le cinquième jour après l’inoculation ; la troisième a montré,
48 heures après l’inoculation, des trypan. très rares qui ont augmenté
de nombre les jours suivants pour décroître ensuite; dans ce dernier
cas la durée de l'infection, incubation non comprise, a été de 8 jours.
Deux souris naines, inoculées clans le péritoine avec quelques
gouttes de sang d’un rat fortement infecté de Tr. Lewisi, ne se
sont pas infectées.
Mulot (Mus sylvaticus). — De 6 mulots inoculés dans le péri-
«
toine avec le sang de rats fortement infectés de Tr. Lewisi, ou
de souris infectées avec le même virus renforcé, 2 mulots ont
montré des trypanosomes non rares ou assez nombreux, 3 des
(1) A. Laveran et F. Mesnil,5oc. de Biologie, 22 octobre 1904. et Trypano¬
somes et Trypanosomiases, édit., p. 251.
(2) A. Laveran, Soc. de path. exotique, 12 novembre 1913, t. VI, p. 626.
3)30 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
trypanosomes rares pendant i à 2 jours après P inoculation ; chez
le sixième, l’examen du sang a toujours été négatif.
2 mulots inoculés avec le sang des mulots ayant des trypan. non
rares ou assez nombreux ne se sont pas infectés.
1 mulot inoculé, dans le péritoine, avec une culture de Tr.
Lewisi ne s’est pas infecté.
13e 3 mulots inoculés, dans le péritoine, avec le sang . de souris
fortement infectées de Tr. Duttoni ou de rats infectés avec le
n • < |
même virus renforcé, 2 ont montré 24 heures après l’inoculation
des trypanosomes rares (ils ont été sacrifiés pour inoculer d’au¬
tres mulots), le troisième ne s’est pas infecté.
2 mulots inoculés sur mulot, avec une forte dose de sang ne se
sont pas infectés.
Campagnol (Arvicola agrestis). — De 15 campagnols inoculés,
dans le péritoine, avec le sang de rats infectés fortement avec
le 7 y. Lewisi , 6 ont des trvpan. non rares ou assez nombreux
24 heures après l’inoculation ; les parasites diminuent rapidement
de nombre, puis disparaissent; 3 ont des trypan. rares ou très
rares pendant 1 ou 2 jours après l’inoculation ; 6 ne s’infectent
pas.
Sur frottis coloré du sang d’un campagnol ayant des Tr.
Lewisi assez nombreux on constate un allongement de l’extré¬
mité postérieure des trypanosomes.
De 4 campagnols inoculés, dans le péritoine, avec une forte
dose du sang de campagnols ayant, à la suite de l’inoculation du
sang de rats parasités par Tr. Lewisi , des trypan. non rares ou
assez nombreux, 2 ont montré le lendemain de l’inoculation des
trypan. très rares qui ont disparu au bout de 24 heures; les 2 au¬
tres ne se sont pas infectés.
Lérot (Myoxus nitela). — 3 lérots inoculés, dans le péritoine,
avec du sang de rats fortement infectés de Tr. Lewisi ont, au bout
de 24 heures, des trypan. rares ou non rares dans le sang. Chez
deux des lérots, les formes en division des trypan. sont assez
communes. Les trypanosomes disparaissent 3 jours après l’inocu¬
lation chez 2 des lérots, 4 jours après chez le troisième. Les 3 lérots
réinoculés avec Tr. Lewisi 5 jours après la disparition des trvpan.
ne se réinfectent pas. Un des lérots réinoculé pour la 2e fois
38. jours après la disparition des trypan. ne se réinfecte pas.
1 lérot inoculé, dans le péritoine, avec le sang d’une souris
lortement infectée de Tr. Lewisi (virus renforcé) montre,
au
Séance du 10 Juin 1914
531
bout de 24 heures, des trypan. non rares, au bout de 48 heures,
des trypan. assez nombreux; il est alors sacrifié pour inoculer un
lérot neuf qui montre, au bout de 24 heures, des trypan. non
rares qui disparaissent après 48 heures.
1 lérot et 2 rats blancs inoculés sur un lérot ayant dans le sang
des Tr. Lewisi non rares ou rares ne se sont pas infectés.
3 lérots inoculés, dans le péritoine, avec le sang d’une souris in¬
fectée de Tr. Duttoni, et ayant des trypan. non rares, ont montré,
au bout de 24 heures, des trypan. très rares qui ont disparu au
bout de 48 heures chez le premier des lérots, au bout de 3 jours
chez le deuxième, au bout de 6 jours chez le troisième.
Me ri on es ( Meriones Shawi, Rozet) (i). — 3 meriones, après
examen négatif de leur sang au point de vue de l’existence d’hé¬
matozoaires, sont inoculés le 4 mars 1914, dans le péritoine, avec
le sang d’un rat infecté de Tr. Lewisi. Chacun des meriones
reçoit 1/4 de cm3 de sang mélangé à de l’eau citratée ; les trypano¬
somes sont assez nombreux dans le sang du rat.
Le premier meriones a, les 5 et 6 mars, des trypan. très rares ; le
7 mars, des trypan. non rares ; le 9 mars, des trypan. très rares. A
partir du 12 mars, les examens du sang sont négatifs.
Le deuxième meriones a, du 5 au 9 mars, des trypan. très rares. A
partir du 12 mars, les examens du sang sont négatifs.
Le troisième meriones a, du 5 au 9 mars, des trypan. très rares. A
partir du 12 mars, les examens du sang sont négatifs.
Un quatrième meriones inoculé le 6 mars 1914, dans le péritoine,
avec quelques gouttes du sang du deuxième meriones, ayant des Tr.
Lewisi très rares, ne s’est pas infecté.
2 Meriones Shawi inoculés le 7 mars 1914, dans le péritoine,
chacun avec quelques gouttes du sang d’une souris grise forte¬
ment infectée de Tr. Duttoni , n’ont jamais montré de trypano¬
somes.
Gerbille ( Gerbillus hirtipes , 'Lataste). — 3 gerbilles, après
examen négatif de leur sang au point de vue de l’existence d’hé¬
matozoaires, sont inoculées le 3 mars 1914, dans le péritoine, avec
le sang d’un rat infecté de Tr. Lewisi ; chaque gerbille reçoit
1/4 de cm3 du sang mélangé à de l’eau citratée; les trypan. sont
assez nombreux dans le sang du rat.
fi) Ces petits Rongeurs ainsi que les gerbilles dont il sera question ci-après
nous ont été envoyés très aimablement par M. C. Nicolle, Directeur de l’Ins¬
titut Pasteur de Tunis M. le Dr Trouessart. Professeur au Muséum d’His-
toire Naturelle, a bien voulu déterminer nos meriones, nos gerbilles ainsi qu’une
gerboise. Nous le remercions de sa grande obligeance.
• ^ * *. d f *> r À . V' . J »
532
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La première gerbille a, du 4 au 9 mars, des trypan. très rares ; à
partir du 12 mars, les examens du sang sont négatifs.
La deuxième gerbille a, du 4 au 12 mars, des trypan. très rares, et
du 13 au 18, des trypan. extrêmement rares ; à partir du 21 mars, les
examens du sang sont négatifs.
La troisième gerbille a, du 4 au 12 mars, des trypan. très rares, et
du 13 au 16, des trypan. extrêmement rares ; à partir du 18 mars, les
examens du sang sont négatifs.
3 gerbillies de même espèce que les précédentes, après examen
négatif de leur sang, sont inoculées le 2 mars 1914, dans le péri¬
toine, sur une souris infectée de Tr. Duttoni. Chacune des ger-
billes reçoit, dans le péritoine, 1/4 de cm3 environ du sang de la
souris mélangé d’eau citratée, les trypan. sont assez nombreux
dans le sang de la souris.
Deux des gerbilles ne se sont pas infectées, la troisième a mon¬
tré, le 7 mars, des trypan. très rares, et le 14 mars des trypan.
extrêmement rares; à partir du 16 mars, les examens du sang ont
été négatifs.
Gerboise (Jaculus orientalis , Erxleben). — Une gerboise provenant
de Tunisie, et ayant des hémogrégarines très rares, est inoculée le
1er avril 1914, dans le péritoine, avec un demi-centimètre cube du sang
citraté d'un rat fortement infecté de Tr. Lewisi. — 2 et 3 avril, l’exa¬
men du sang est négatif. — 4, trypan. rares. - — 5, trypan. non rares ;
dans les préparations colorées du sang, on trouve à côté des formes
normales, de grandes formes en voie de division et de petites for¬
mes. — 6 avril, trypan. nombreux. — 7 avril, trypan. très nombreux,
de formes et de dimensions très variées, ce qui annonce une multi¬
plication active ; beaucoup de parasites sont en voie de division. —
9 avril, trypan. assez rares. — 11, trypan. très rares. — 13 au 23
avril, examens du sang négatifs.
Le 24 avril 1914, la gerboise est réinoculée, dans le péritoine, avec du
sang de rat très riche en Tr. Lewisi ; elle ne se réinfecte pas ; le
30 avril, la gerboise est inoculée avec le Tr. Duttoni sur souris, tous
les examens du sang faits du 2 au 11 mai sont négatifs.
Cette forte infection d’une gerboise par le Tr. Lewisi est bien
d’accord avec ce qui a été observé par Biot et Richard chez des
gerboises provenant comme la nôtre de Tunisie, mais apparte¬
nant à une autre espèce (1) ; d’après Biot et Richard, la virulence
du Tr. Lewisi serait exaltée, dans certains cas, par passage chez
les gerboises, ce qui serait contraire à la règle qui est que la viru¬
lence du trypanosome s’affaiblisse quand on l’inocule à d’autres
animaux que le rat.
(1) R. Biot et G. Richard, Soc. de path. exotique, 1912, t. V, p. 826,
Séance du 10 Juin 1914
533
Nous regrettons de n’avoiir eu qu’une gerboise à notre disposi¬
tion et de n’avoir pu, par suite, rechercher ce que donnaient les
inoculations en série chez cet animal.
Cobaye ( Cavia cobaya). — De 7 cobayes jeunes, pesant 70 à 140 g.
inoculés en 1910 et 1911, clans le péritoine, avec du sang de rat riche
en Tr. Lewisi, 2 ont montré des trypan. qui d’abord rares sont deve¬
nus assez nombreux pour disparaître au bout de 4 jours chez l’un et
de 6 jours chez l’autre ; 4 cobayes ont eu des infections légères avec
trypan. rares ou très rares pendant 2 ou 3 jours seulement ; le septiè¬
me cobaye ne s’est pas infecté.
3 cobayes jeunes, pesant de 90 à 100 g., sont inoculés le 26 avril
1914, dans le péritoine, avec le sang d’un rat fortement infecté de Tr.
Lewisi. 5 heures après l'inoculation, on trouve des trypan. très rares
dans le sang des 3 cobayes.
Chez un des cobayes, la présence des trypan. est notée pendant
6 jours après l’inoculation ; les parasites sont non rares les 3e et 4e
jours, après quoi leur nombre diminue.
Chez un autre cobaye, les trypan. sont assez nombreux dans le sang
2 jours après l’inoculation ; le cobaye est sacrifié et on inocule avec
de fortes doses de son sang, dans le péritoine, 2 cobayes et 1 rat
blanc. Les 2 cobayes ont des infections très légères, avec trypan.
très rares ; chez le rat, l’infection se produit dans les conditions nor¬
males.
Le troisième cobaye a, 24 heures après l’inoculation, des trypan.
très rares ; il est sacrifié pour inoculer 1 cobaye et 1 rat ; Je cobaye
a une infection très légère (trypan. très rares pendant 2 jours) ; chez
le rat, l’infection se produit dans des conditions normales.
2 cobayes de 200 g. inoculés le 3 mai 1914, dans le péritoine, avec
le sang d’un rat fortement infecté de Tr. Lewisi , à la suite d’une inocu¬
lation sur cobaye, ont eu des infections très légères, avec trypan.
très rares pendant 4 jours seulement.
Déjà Laveran et Mesnil avaient signalé qu’on pouvait obtenir
des infections abortives chez les cobayes en leur inoculant, dans
le péritoine, du sang de rats infectés par le Tr. Lewisi (i).
Lapin domestique ( Lepus cuniculus domesticus). — De g la¬
pins inoculés, dans le péritoine, avec de fortes doses de sang de
rats infectés de Tr. Lewisi, et avant des trvpan. nombreux, 2 ont
montré, 24 heures après l’inoculation, des trypan. non rares qui
avaient disparu 48 heures après l’inoculation ; 5 ont montré des
trypan. très rares pendant 1 à 2 jours; 2 n’ont pas montré de
trypan.
3 lapins inoculés avec le sang de lapins ayant des Tr. Lewisi
.rares ou non rares dans le sang ne se sont pas infectés.
(1) A. Laveran et F. Mesnil, Trypanosomes et trypanosomiases, ire éd.
1904, p. 69, 2e éd. 1912, p. 258.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
534
Musaraigne (S are x vulgaris). — 9 musaraignes provenant des
environs de Paris sont inoculées en 1913 avec le Tr. Lewisi;
chaque musaraigne reçoit, dans le péritoine, quelques gouttes du
sang de rats fortement infectés. 7 musaraignes ne s’infectent pas;
chez une musaraigne, morte 24 heures après l’inoculation, on
trouve d’assez nombreux trypanosomes vivants dans le sang du
cœur. Une seule musaraigne a présenté une infection bien carac¬
térisée, nous résumons son observation :
Une musaraigne, après examen négatif de son sang, au point de
vue des hématozoaires, est inoculée le 17 janvier 1913, dans le péri¬
toine, avec quelques gouttes du sang d'un rat sauvage fortement in¬
fecté de Tr. Lewisi. Du 18 au 20 janvier, on constate l’existence de
trypan. nombreux dans le sang de la musaraigne ; du 23 janvier au 7
février, tes trypan. sont assez nombreux ; du 9 au 17 février, ils sont
non rares ; le 20 février, très rares. La musaraigne est trouvée morte
le 21 février 1913.
Le premier jour de l’infection, les trypanosomes présentaient un
grand polymorphisme dans le sang de la musaraigne.
Deux rats blancs inoculés le 1er, le 30 janvier, le 2e le 17 février, avec
quelques gouttes du sang de la musaraigne, 11e se sont pas infectés
bien que, au moment où ces inoculations ont été faites, les parasites
fussent nombreux ou non rares chez la musaraigne.
Une musaraigne inoculée avec le Tr. Duttoni ne s’est pas in¬
fectée.
*
* *
11 résulte des faits résumés ci-dessus que lorsqu’on injecte dans
le péritoine de petits Rongeurs tels que les mulots, les campa¬
gnols, les lérots, les meriones, les gerbilles, les gerboises, les
cobayes, du sang de rats, riche en Tr. Lewisi, on provoque, en
général, des infections dont l’intensité est variable. Tantôt les
trypanosomes sont très rares dans le sang et disparaissent au
bout de 24 ou de 48 heures, tantôt on assiste à une infection bien
caractérisée par une phase d’augment, pendant laquelle les for¬
mes de multiplication des trypan. sont nombreuses, et par la per¬
sistance des parasites dans le sang. Même dans les cas abortifs,
on peut dire qu’il ne s’agit pas d’un simple passage des trvpano-
somes dans le sang mais de véritables infections, attendu que
les animaux acquièrent l’immunité pour le Tr. Lewisi.
Chez les Rongeurs, autres que les rats, les inoculations en
série du Tr. Lewisi ne réussissent pas, mais en parcourant les
observations relatives à l’infection expérimentale des mulots, des
campagnols, des lérots, des meriones, des gerbilles, des ger-
Séance du 10 Juin 1914
535
J’Jv •
boises, des cobayes, par le Tr. Lewisi, on a l’impression qu'il
ne serait pas très difficile d’obtenir des races de Tr. Leiüisi adap¬
tées à ces différents animaux par la méthode qui a permis d’ob-
V
tenir une race de Tr. Lewisi inoculable en série à la souris et une
race de Tr. Duttoni inoculable en série au rat.
Observations relatives au traitement
de la lèpre et notamment à l’action très
favorable exercée par Thuile de Chaulmoogra
chez les Canaques de l’archipel Calédonien
' v <• 4
Par A. LEBOEUF.
Au cours d’un séjour de plus de trois années dans l’archipel Ca¬
lédonien nous avons eu l’occasion d’observer de nombreux faits
relatifs à la thérapeutique tant médicale qu’hygiénique de la ma¬
ladie de HANSEN : nous voulons aujourd’hui donner une rapide vue
d’ensemble de celles de ces observations qui, à notre sens, pré¬
sentent le plus d’intérêt.
Avant d’entrer dans l’exposé de ces constatations, il nous
semble utile, pour éviter certaines objections, de faire la remarque
suivante. — La lèpre est, plus que toute autre, une maladie d’allu¬
res les plus capricieuses, qui procède par bonds, par à-coups : les
rémissions y sont fréquentes, et cela en dehors de toute interven¬
tion médicale active. Cette considération doit déterminer l’expé¬
rimentateur à la plus extrême réserve dans ses conclusions quand
il opère ses essais thérapeutiques sur un chiffre restreint de ma¬
lades. — Nous avons eu la bonne fortune de pouvoir suivre un
nombre considérable de sujets et, par suite, de nous rendre un
compte aussi exact que possible de la façon dont la maladie évo¬
lue, aussi bien quand on la laisse suivre sa marche naturelle,
que si l’on met en œuvre les ressources que l’arsenal thérapeutique
peut nous offrir dans le cas particulier.
Nous avons reconnu de la sorte que, parmi les traitements que
nous avons appliqués ou les substances que nous avons employées,
un certain nombre méritaient, bien qu’à des degrés différents,
d’être pris en considération. — Ce sont : comme composés chimi-
536 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
quement définis ou non ; l’huile de Chaulmoogra, l’iodure de po¬
tassium, l’iodoforme et l’acide phénique — comme agent physi¬
que : les applications de neige carbonique. — Enfin nous estimons
qu’à toutes les phases de la maladie, mais surtout, au début de
P affection et dans les formes frustes, le traitement hygiénique a,
comme dans la tuberculose (qui présente à certains égards de si
étroites ressemblances avec la maladie de HANSEN), une impor¬
tance de tout premier ordre.
Huile DE Chaulmoogra. — L’accord est loin d’être fait entre
les auteurs au sujet de la valeur thérapeutique de cette substance,
cependant en usage contre la lèpre depuis des temps immémo¬
riaux :• ces divergences d’opinion peuvent, ainsi que nous le ver¬
rons plus loin, trouver leur explication, du moins en partie. —
Quoi qu’il en soit, nous estimons que l’huile de Chaulmoogra judi¬
cieusement employée est un bon médicament contre la maladie de
HANSEN ; dans les soins à donner à tout lépreux, elle doit constituer
en principe le traitement de fond , sauf contre-indications prove¬
nant de l’intolérance des voies digestives et en particulier de l’es¬
tomac.
Chez l’Européen, même dans les cas cliniquement déclarés,
elle produit fréquemment de très intéressantes améliorations. —
Chez le Canaque de l’archipel Calédonien son action est infiniment
plus puissante (question de race évidemment) ; elle est surtout
marquée dans le cas de lèpre maculo-anesthésique où l’on ob¬
serve, par son emploi, des résultats réellement surprenants ; mais
dans presque tous les cas, même avancés, on note des améliora¬
tions marquées. — Le Docteur NICOLAS, le Docteur JAVELLY (i),
qui ont suivi de près son action en milieu indigène, sont entière¬
ment de cette opinion. — Le Docteur SALOMON (.2) a fait maintes
fois les mêmes constatations. — D’ailleurs les Canaques ont
promptement remarqué les bons effets de cette substance et de
toutes parts ils en demandent pour l’usage de leurs léproseries.
C’est là, croyons nous, un argument capital ; ces races primi¬
tives, encore dirigées à bien des points de vue par leurs Takatas
(médecins ou sorciers indigènes) ne se décident à consommer cou¬
ramment un de nos médicaments que lorsqu’ils se voient dans
l’obligation formelle de lui reconnaître une action thérapeutique
certaine. — C’est en somme le même fait que nous avons observé
(1) Communications orales.
(2) Rapports de tournées d'inspections.
À
Séance du 10 Juin 1914 537
4
f
dans les tribus au sujet de l’emploi de l’iodure de potassium (trai¬
tement des mycoses) dont les Néo-Calédoniens commencent à faire
une grande consommation pour en avoir reconnu les bons effets.
L’huile de Chaulmoogra est le médicament de choix à employer
dans les léproseries indigènes, tant à cause de la facilité que de
l’innocuité de son emploi. — La meilleure manière de la distribuer
aux Canaques est de la leur livrer sous forme de suspension hui¬
leuse, dont ils connaissent d’ailleurs maintenant tous l’emploi. —
Nous conseillons la formule suivante :
Huile d’olives ou d’arachides . 60 cc.
Huile de Chaulmoogra . 925 cc.
Soufre précipité . 15 g.
Le pharmacien VENTRILLON prépare à Nouméa, sous le nom
d’Aïouni, une émulsion huileuse qui renferme à peu près les mê¬
mes doses de Chaulmoogra et donne de fort bons résultats dans
la pratique.
Les doses de la formule indiquée ci-dessus sont de une à deux
cuillerées par jour pour un adulte. — La plupart des indigènes
supportent fort bien le Chaulmoogra donné sous cette forme. —
Il y a bien quelques susceptibilités individuelles, mais elles sont
moins nombreuses et, quand elles se manifestent, moins pronon¬
cées qu’avec le Chaulmoogra pur. Les Européens tolèrent cette
préparation moins bien que les Canaques, mais également ils sup¬
portent moins bien le Chaulmoogra pur.
On remarquera que la dose conseillée de i à 2 cuillerées par
jour pour un adulte correspond à 1-2 centicubes environ de Chaul¬
moogra pro die. Notre pratique de cette substance nous a mon¬
tré, en effet, qu’il n’était pas nécessaire, pour obtenir les résul¬
tats que l’on est en droit d’attendre de ce médicament, de re¬
courir aux fortes doses si fréquemment prônées. — Toutes les
améliorations, voire même quasi-guérisons, que nous avons obser¬
vées, l’ont été sans dépasser la quantité quotidienne d’huile de
Chaulmoogra sus-indiquée. — On y trouve, par ailleurs, l’avantage
de moins fatiguer les muqueuses du tractus digestif, de reculer
l’échéance de l’intolérance et de pouvoir ainsi prolonger l’emploi
du médicament qui doit être continué le plus longtemps possible ,
avec de temps en temps des intervalles de repos (ces considéra¬
tions s’appliquent bien entendu à tous les modes d’emploi de
l’huile : pure, en émulsion, en capsules, en salade, etc.).
538
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pour fournir un exemple de ce que peut donner l’huile de Chaul-
moogra nous citerons l’observation suivante :
« Fabiani Maio. — Canaque adulte de F île d'Ouvéa (Loyalty).
Pense avoir la lèpre ; vient à Nouméa, au laboratoire, le 26 février
1912, pour se faire examiner et être exactement renseigné sur son état
de santé.
Le malade porte sur le tronc, les membres supérieurs et les cuisses
une vingtaine de plaques infiltrées et légèrement saillantes, de teinte
rouge vineuse foncée, hypoesthésiques et thermonaesthésiques. —
Depuis la première constatation de l'apparition de ces plaques, leur
nombre et leurs dimensions ont été sans cesse en croissant (actuelle¬
ment la plus grande a la largeur d'une paume de main). Les frottis
de ces plaques décèlent de très beaux et très nombreux bacilles de
Hansen.
Nous lui ordonnons une cuillerée par jour d'émulsion de Chaul-
moogra : dix jours après, quand le malade retourna dans son île pour
s’isoler, les plaques commençaient à s’atténuer sensiblement.
Nous revîmes Fabiani le 11 mai 1912 : il n’avait pas cessé de pren¬
dre du Chaulmoogra. — Cliniquement l'amélioration était extrême¬
ment marquée ; les plaques étaient beaucoup moins infiltrées, leur
coloration vineuse à peine sensible, leurs troubles sensitifs moins pro¬
noncés, leurs dimensions fort réduites ; quelques-unes mêmes avaient
disparu. — Sur les frottis on constatait dans les lésions actuelles la
présence de bacilles de Hansen encore nombreux, mais la plupart gra¬
nuleux.
Fabiani fut examiné pour la troisième fois par le Docteur Javelly
et nous-même lors de notre inspection complète de la population de
l’île d'Ouvéa au mois d’octobre 1912 : il avait continué à prendre
régulièrement son Chaulmoogra, il ne présentait plus aucun symptô¬
me extérieur ; il n'avait aucune zone d’anesthésie, aucun groupe gan¬
glionnaire ponctionnable : les troncs nerveux étaient normaux ; les
examens bactériologiques restèrent négatifs.
Cet indigène fut visité à nouveau par le docteur Javelly en 1913 :
aucun changement ne s'était produit dans son état ».
Nous pourrions citer cle nombreux cas aussi démonstratifs. —
Nous devons signaler ici un sérieux inconvénient dans l’emploi
de l’huile de Chaulmoogra : tous les produits délivrés par le com¬
merce ne sont pas comparables entre eux. — Outre que certains
échantillons ne présentent pas un aspect physique identique, leur
activité thérapeutique est également loin d’être constante et les
malades eux-mêmes en font la remarque. Ils sont les premiers à
vous dire que telle fourniture ne vaut pas telle autre au point de
vue de l'action sur l’état général et particulièrement sur l’apti¬
tude au travail (ce que les lépreux canaques avancés expriment
en disant « l’huile nous redonne les forces que nous avions per¬
dues »). — D’autre part certaines livraisons déterminent des phé¬
nomènes d’intolérance stomacale beaucoup plus facilement que
Séance du 10 Juin 1914
539
j ■ *;, v>:
d’autres. — Il doit y avoir de fréquentes adultérations de cette
substance encore mal connue. — Falsifications du produit, d’une
part, diversité des races traitées, de l’autre, sont probablement
deux des raisons pour lesquelles l’action de l’huile de Chaulmoo-
gra a été si diversement interprétée.
Concurremment à son emploi « per os » le Chaulmoogra peut
être utilisé par la voie cutanée en frictions. — On peut l’em¬
ployer de la sorte soit pur, soit mélangé avec de la vaseline
en proportions variables, ou bien sous la forme d’une pommade
constituée par deux parties d’huile de Chaulmoogra et une partie
de savon noir. — Cette dernière pommade détermine fréquem¬
ment une desquamation intense ; on a recours alors aux frictions
de Chaulmoogra pur ou de Chaulmoogra vaseliné. — La prépara¬
tion à base de savon noir est la plus active. — Les frictions font
parfois disparaître rapidement certaines macules, ce dont on se
rend compte en prenant des macules témoins.
Nous avons utilisé le Chaulmoogra en injections sous-cutanées
ou intra-musculaires, soit pur, soit en recourant à diverses prépa¬
rations (formule de JEANSELME ou ses dérivées). Nous n’y voyons
d’autre avantage que celui d’éviter l’intolérance stomacale ; par
contre la difficulté de résorption de l’huile de Chaulmoogra n’est
pas sans offrir parfois de sérieux inconvénients : il y a à cet
égard des susceptibilités individuelles très marquées. — En som¬
me, tant que l’on ne possède pas une préparation parfaitement
résorbable dans tous les cas, il convient, croyons-nous, de re¬
courir le moins possible aux injections lorsque l’on doit assurer
à la fois le traitement d’un grand nombre de malades. — Nous
aurions voulu expérimenter dans cet ordre d’idées l’antiléprol
(éther éthylique du Chaulmoogra) : mais la commande que nous
en avions faite n’était pas encope arrivée lors de notre départ
de Nouvelle-Calédonie.
IODURE DE POTASSIUM. — Jusqu’en ces dernières années la plu¬
part des auteurs ont considéré comme nuisible l’emploi de l’iodure
de potassium dans le traitement de la maladie de HANSEN. — En
1905, SlEBERT (1) estime que l’on peut obtenir des améliorations
manifestes par l’usage prolongé de ce médicament. — En 1910,
E. MARCHOUX et G. Bourret (2) concluent qu’ « il semble que
(1) C. Stf.be rt. Reitragfe zur Kenntniss der lodreaktîon der Leprôsen,
Lepra., t., V, fasc. TV, 190c;.
(2) h. Marchoux et G. Bourret. L’iodure de potassium dans la lèpre, Bull.
Soc. Path. Exot p. 347. 1908.
540 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
<( l’iodure de potassium ait une action plutôt favorable, ne deve-
<( nant nuisible que si on ne limite pas la réaction ». — En 1911,
Montel (1) a administré l’iodure de potassium dans un but théra¬
peutique à deux malades et conclut que ce médicament a une ac-
tion nettement favorable sur l’évolution des symptômes de la
• lèpre.
Pour nous faire une opinion nous avons expérimenté l’action
de ce composé iodé sur un grand nombre de lépreux à tous les
âges de la maladie et sous toutes ses formes. Nous avons tout
d’abord constaté que, en ce qui concerne leur sensibilité à l’action
de ce médicament, les malades de HANSEN se divisaient en trois
grandes catégories bien nettes :
i° Les sujets qui ne réagissent pas quelles que soient les do¬
ses d’iodure absorbées ;
2° Les sujets qui, suivant la force des doses, présentent ou non
de la réaction fébrile ;
30 Les lépreux qui réagissent à l’absorption des plus faibles do¬
ses (1 à 2 cg. par jour).
Les malades appartenant à la première catégorie, que nous
avons rencontrés au cours de notre pratique, présentaient tous des
formes systématisées nerveuses ou des formes frustes : ils ont
été relativement rares. — Dans la troisième classe on rencontre
les formes les plus diverses, mais, en général, il s’agit de lépreux
très avancés chez lesquels l’élément tuberculeux prédomine.
De nos essais de traitement nous concluons que, dans certains
cas, l’iodure de potassium exerce une influence très favorable sur
la marche de la maladie, mais que son action demande à être sur¬
veillée de fort près. — En effet, un Hansénien réagira à l’absorp¬
tion d’iodure de potassium (quand il est sensible à l’action de ce
médicament) soit par de la fièvre, soit par des phénomènes d’exa¬
cerbation des manifestations cutanées (les mêmes phénomènes
qui doivent se produire au niveau des lésions des organes inter¬
nes échappant à notre investigation), soit par les deux à la fois
(il convient de remarquer que si l’on peut constater de la fièvre
sans manifestations particulières du côté du revêtement externe,
l’inverse ne se voit jamais), — Or cette réaction pour être favora¬
ble doit être avant tout limitée : limitée dans son intensité et li¬
mitée dans sa durée. — A notre avis l’on ne doit pas continuer à
(i) M.-L.-R. Montel, Notes de thérapeutique sur la lèpre, Bull. Soc. Path.
Exot., p. 48, 1911.
541
Séance du 10 Juin 1914
donner d’iodure de potassium à un lépreux qui fait, sous l’in¬
fluence du médicament, une élévation thermique de plus de 40°.
— D’autre part, si l’usage de cette substance semble pouvoir être
continué aussi longtemps qu’il paraît désirable chez les Hansé-
niens pour lesquels son emploi ne détermine pas de phénomènes
pyrexiques, nous estimons par contre qu’on doit en suspendre
l’absorption au bout de 10 à 12 jours en moyenne chez les sujets
qui présentent de la fièvre à quelque degré que ce soit. — Autant
que possible il faut en tâtant son malade par des variations de
doses (ce qui peut se faire rapidement en prenant 20 cg. comme
point de départ) chercher à rester au maximum dans les environs
de 390.
Les bons effets de l’iodure de potassium ne se font sentir que
très progressivement et très à la longue dans le cas de malades
qui ne réagissent pas à son emploi par des phénomènes clini¬
quement appréciables. — Dans l’occurrence inverse l’influence fa¬
vorable, quand elle doit se faire sentir, est presque immédiate :
à la période fébrile réactionnelle succède alors une phase de dé¬
tente des plus nettes, au cours de laquelle on assiste à l’affaisse¬
ment (lépromes), à l’atténuation ou à l’effacement (macules), à la
cicatrisation (ulcérations), etc., des lésions.
L’amélioration peut être très nette même dans des cas fort
avancés. — Nous en donnons comme exemple le fait suivant ob¬
servé chez une de nos malades qui présentait le faciès léonin dans
toute son horreur avec exagération considérable du volume de la
face, du cou, etc.
38
542
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le 4 mai, le cou, les oreilles et la face avaient diminué de moitié en¬
viron.
Notons ici que nous n’avons pas vu une seule fois la fièvre a
exacerbation vespérale disparaître dans le cours d’une série d’io-
dure de potassium tant que l’on continuait l’usage du médica¬
ment, du moment où l’état fébrile avait fait son apparition. —
La plupart du temps, quand un malade a réagi une première fois
à l’iodure, si au bout d’un certain temps, on recommence une
série iodurée, de nouveau la réaction se produit, parfois moins
accentuée, quelquefois plus intense. — Enfin, dans certains cas,
et ce sont à notre avis les plus favorables, il arrive, qu’après une
première série médicamenteuse à déterminations réactionnelles
prononcées, l’iodure redonné après un certain intervalle ne déter¬
mine aucun ébranlement. — Dans cet ordre d’idées nous citerons
le cas du javanais SÉRIM, d’ailleurs également intéressant à d’au¬
tres égards.
« Sérum. — Javanais n° 492.
Examiné par la Commission des Experts le 8 août 1909.
Présente comme tous symptômes une éruption de tubercules miliai¬
res sur la joue gauche : chaque point en saillie donne à la palpation
la sensation d’un petit grain de plomb ; les frottis révèlent la présence
du bacille de Hansen.
Le 22 février 1911 nous examinons, avec le Docteur Ortholan, le
malade (qui, dans l'intervalle, a pris du Chaulmoogra de manière fort
inconstante). — 11 est normal partout, sauf au niveau du lobule de
l'oreille gauche où l'on observe un épaississement excessivement lé¬
ger, long de 7 millimètres, très bien perceptible à la palpation, mais
appréciable à la vue seulement en comparant les lobules l'un à l’autre.
Rien dans le mucus nasal.
Bacilles de Hansen extrêmement nombreux et très beaux dans les
frottis de peau prélevés au niveau de l'épaississement précité.
Un premier traitement de 10 jours à l’iodure de potassium déter¬
mine chez ce Javanais de violents accès de fièvre (sans aucune mani¬
festation externe) et cela jusqu’au dernier jour d’administration du
médicament.
A la fin de cette série les bacilles, tout en étant encore très nombreux
O’
Sévnce du 10 Juin 1914
543
A dater du 25 mars ou donne au sujet 0 g. 50 d’iodure de potas¬
sium par jour : aucune réaction fébrile ; on continue jusqu’au 8 avril
date à laquelle la dose quotidienne est portée à 1 g. : aucune réaction.
En mai 1912, au lobule de l'oreille gauche, les bacilles sont deve¬
nus rares ; le plus grand nombre ne prend plus la coloration qu’aux
deux pôles, les autres sont finement granuleux. — On continue l'io-
dure à 1 g. par jour.
Le 22 janvier 1913 les bacilles sont très rares, presque tous colorés
seulement aux deux pôles.
A partir du 28 janvier pro die 1 g. 50 Kl
A partir du 31 janvier pro die 3 g. Kl
sans fièvre.
Le 7 avril 1913 prise de peau au point précité : bacilles excessive¬
ment rares, petits et granuleux.
Le 2 mai 1913 prise de peau au lobule de l'oreille gauche : bacilles
excessivement rares, à peine colorables.
Le 12 mai poussée fébrile violente : douleurs dans les pieds et les
mains ; les doigts sont enflés ; une élevûre érythémateuse au-dessus
du sourcil droit. — On cesse l'iodure ; antipyrine, salicvlate de soude,
frictions de pommade au Chaulmoogra.
Le 19 mai la température est redevenue normale. — Le 1er août il
ne reste plus trace de ces symptômes.
Le 18 août prise de peau à l'oreille gauche : bacilles excessivement
rares, presque tous granuleux ou bipolaires.
Le 5 septembre on recommence l'iodure de potassium à raison de
0 g. 50 par jour : pas de réaction.
A partir du 12 septembre
A partir du 29 septembre
A partir du 29 octobre
A partir du 13 octobre
A partir du 17 octobre
A partir du 24 octobre
Le 13 novembre 1913 le sujet ne
est examiné par la Commission des Experts
giques restent négatifs. — Sérim est mis exeat de la léproserie et di¬
rigé sur Java par première occasion ».
les examens bactériolo-
Nous avons expérimenté des capsules de Chaulmoogra iodé qui
nous furent adressées par M. FOURNEAU. — La plupart des mala¬
des réagissant à l’iodure de potassium firent de la fièvre en ab¬
sorbant ces capsules et par suite durent en cesser rapidement
l’emploi. — Or la première indication en matière de Chaulmoogra
est de continuer l’usage de cette huile le plus longtemps possi¬
ble. — Cette préparation mixte trouvera donc surtout son emploi
chez les sujets qui réagissent peu ou faiblement à l’iodure de po-
k
544 Bulletin df. la Société de Pathologie exotique
tassium. En effet, la proportion d’iode (20 %) contenue dans ces
capsules était trop forte ; il y aurait intérêt à essayer des cap¬
sules à teneur iodée moins élevée de manière à permettre leur em¬
ploi continu chez les lépreux qui ne réagissent que faiblement à
l’iodure (nous entendons par là les sujets qui ne commencent à
faire de la fièvre qu’avec une certaine dose du médicament et
gardent une température normale avec des doses inférieures).
IODOFORME. — L’iodoforme a été expérimené dans la maladie
de HANSEN avec des fortunes diverses. — Ces dernières années il
a donné des succès par injections sous-cutanées d’une suspension
du médicament dans l’huile d’olive entre les mains de DlESING (1)
et de MONTEL (2). — Nous avons expérimenté ces injections sur
de nombreux malades en employant une suspension d’iodoforme
à 10 % dans l’huile d’olives : l’iodoforme est dissous à chaud dans
l’huile, puis par la double action du refroidissement et de l’agi¬
tation avec une baguette de verre, on obtient un véritable lait
d’iodoforme qui passe sans difficulté par le canal des aiguilles que
l’on monte ordinairement sur les seringues dites de ROUX. — Ja¬
mais ces injections n’ont donné heu à des abcès.
Comme pour l’iodure de potassium il existe des malades qui
présentent des phénomènes réactionnels prononcés avec des do¬
ses très faibles de suspension iodoformée (1/10 de centicube) et
d’autres qui ne réagissent pas même à 4 ou 5 centicubes : entre
ces deux extrêmes on peut observer tous les intermédiaires. — Ici
encore il convient donc de tâter son malade. — Dans certains
cas on obtient par cette médication une action des plus favorables
dans le sens de la disparition de l’élément névralgique, de la ré¬
gression des anesthésies et de l’atténuation des macules.
Ce mode de traitement n’est à entreprendre que comme adju¬
vant du Chaulmoogra : son action générale inférieure à celle de
l’iodure de potassium, doit, croyons-nous, lui faire jouer dans la
plupart des cas, simplement le rôle d’auxiliaire. — Comme exem¬
ple de ce traitement mixte nous donnerons l’observation suivante :
« Marie-Rose M..., fillette de 8 ans.
Examinée par la Commission des Experts le 17 février 1913.
Cubitaux légèrement hypertrophiés et très douloureux à la pres¬
sion.
Disséminées un peu partout, grandes macules annulaires viola-
(r) Diesing. Arch. fur Scli. und Trop. Hyg., 1004. p. 564.
(2) M.-L.-R. Montel. loc. cit.
Séance du 10 Juin 1914
545
cées,' présentant une légère desquamation, un peu en relief, hypoes-
thësiques à la douleur et thermoanesthésiques.
Oreille droite infiltrée, violacée complétaient anesthésique.
Jambe droite asphyxique et squameuse.
Au talon gauche, crevasse sur hase indurée.
Mucus nasal = 0.
Frottis oreille droite = Bacilles de Hansen nombreux.
Admise aussitôt à la léproserie. — Au cours de la première semaine
de son entrée dans l’établissement, apparition d’un léprome dermi¬
que à la joue droite et augmentation très marquée du volume des cu¬
bitaux.
Traitement de début quotidien : frictions au Chaulmoogra sur les
taches et l'oreille ; une demi-cuillerée à soupe de Chaulmoogra dilué
(c’est-à-dire émulsion de Chaulmoogra dans l'huile d'olives).
28-2-13 Inject. sous-cutanée de 1 ce. huile iodoformée à 10 %.
7-3-13 » » »
10- 3-13 » » »
A cette date, dans le traitement quotidien, les frictions au Chaulmoo¬
gra sont remplacées par des frictions à la pommade de Chaulmoogra
et savon vert.
13- 3-13 Inject. sous-cutanée de 1 cc. huile iodoformée à 10 %.
24-3-13 » » »
28-3-13 » » »
A la suite d'une desquamation épidermique intense on reprend les
/fictions au Chaulmoogra ordinaire.
4-4-13 Inject. sous-cutanée de 1 cc. huile iodoformée à 10 %.
On ajoute au traitement quotidien 0 gr. 50 de teinture de kola (no¬
tons ici que tout malade de la léproserie du service local reçoit une
ration journalière de vin de quinquina).
7-4-13 Inject. sous-cutanée de 1 cc. huile iodoformée à 10 %.
11- 4-13 » » »
14- 4-13 » » »
18-4-13 » » »
21-4-13 » » »
25- 4-13 » » »
28-4-13 » » »
2-5-13 Inject. sous-cutanée de 1 cc. 5 huile iodoformée à 10 %.
23-5-13 » » »
Amélioration marquée ; les taches commencent à pâlir.
26- 5-13 Inject. sous-cutanée de 1 te. 5 huile iodoformée à 10 %.
30-5-13 Inject. sous-cutanée de 2 cc. 5. huile iodoformée à 10 %.
2-6-13 » » )'
6-6-13 » » >'
En plus, applications de neige carbonique sur les taches.
13-6-13
16-6-13
20-6-13
23-6-13
27-6-13
M.P
M.P
M.P
M.P
M.P
Les macules ont presque entièrement disparu : on cesse les appli¬
cations de neige carbonique.
7-7-13 Inject. sous-cutanée de 2 cc. huile iodoformée à 10 %.
14-7-13 » » »
546
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
18-7-13 Inject. sous-cutanée de 1 cc. 5 huile iodoformée. à 10 %.
21- 7-13 » » »
1-8-13 » » »
On reprend les frictions à la pommade de Chaulmoogra et savon
vert.
4- 8-13 Inject. sous-cutanée de 1 cc. 5 huile iodoformée à 10 %.
11- 8-13 » » »
18-8-13 » » »
22- 8-13 » » »
25- 8-13 » » »
La quantité quotidienne de Chaulmoogra dilué est portée à 3/4 de
cuillerée à bouche.
29-8-13 Inject. sous-cutanée de 1 cc. 5 huile iodoformée à 10 %.
5- 9-13 » » »
Les plaques ont complètement disparu ; le cubital gauche est nor¬
mal ; le droit est encore hypertrophié, mais a cessé d'être doulou¬
reux.
8-9-13 Inject. sous-cutanée de 1 cc. huile iodoformée à 10 %.
12- 9-13 ' » » »
15-9-13 » » »
Le cubital droit est presque normal.
22-9-13 Inject. sous-cutanée de 1 cc. huile iodoformée à 10 %.
26- 9-13 ‘ » » »
29-9-13 » » »
3-10-13 » » »
10-10-13 » » »
Extérieurement l'aspect de la fillette est absolument normal.
Frottis de peau de l'oreille droite : Bacilles de Hansen extrême¬
ment rares (un examen non approfondi n’aurait pas permis d’en dé¬
couvrir) ».
ACIDE PHÉNIQUE. — Nous avons tenté d’utiliser cette substance,
déjà essayée par divers expérimentateurs, dans le but de pou¬
voir associer un médicament au Chaulmoogra chez les sujets in¬
capables de supporter les injections iodoformées. — Nous avons
utilisé une solution d’acide phénique à 2 % dans l’eau ordinaire.
— La préparation est des plus simples : on introduit avec une pi¬
pette graduée stérile la quantité voulue d’acide phénique dans un
flacon renfermant un volume déterminé d’eau stérilisée à l’auto¬
clave. — Les injections ne donnent jamais lieu à aucun phéno¬
mène inflammatoire.
Suivant les cas nous avons injecté deux fois par semaine de
1/2 à 6 cc. de cette solution. — Ici encore il est nécessaire de
tâter son malade. Si, en effet, nous n’avons observé que très
rarement de l’élévation thermique après les injections phéniquées
(au contraire, nous estimons avec Ambrogio BERTARELLI (i)
(1) Ambrogio üertarei.lï, L’acide phénique dans le traitement de la lèpre,
Lepra, septembre 1Q12, p, 1.
Séance du 10 Juin 1914
547
qu’elles peuvent, dans certains cas, interrompre des séries pyré-
tiques dont il est impossible de se rendre maître par d’autres
moyens), par contre il est fréquent de se heurter à des phénomè¬
nes d’ordre nerveux, (excitabilité, insomnie, etc.) qui contre-in-
diquent l’emploi du médicament : — dans le cas particulier, et plus
encore qu’avec l’iodoforme ou l’iodure de potassium, on peut pres¬
que dire que chaque lépreux réagit à sa manière.
Comme exemple de traitement mixte avec association d’acide
phénique, nous citerons brièvement le cas du nommé P..., entré
à la léproserie pouvant à peine se tenir debout (pieds succulents,
jambes pseudo-éléphantiasiques) et couvert de placards viola¬
cés. — Admis quelques mois après à s’isoler à domicile, à son dé¬
part de la léproserie il portait des chaussures de sa pointure pri¬
mitive et marchait admirablement ; ses plaques avaient disparu.
— Le traitement suivi avait été : quotidiennement Chaulmoogra
« per os », deux injections de solution phéniquée par semaine
(doses variables) et des applications de neige carbonique.
NEIGE CARBONIQUE. — Nous avons expérimenté les applications
de crayons de neige comprimée provenant de la détente brusque
de l’acide carbonique liquide, au retour d’un voyage aux îles
Hawaï, au cours duquel nous les avions vu employer à la lépro¬
serie de Kalihi, où ce traitement fut mis en oeuvre pour la pre¬
mière fois contre la lèpre par le Docteur WAYSON. — D’après les
renseignements qui nous furent donnés sur place, ce dernier expli¬
quait l’action de la neige carbonique de la façon suivante : il y
aurait en quelque sorte auto-vaccination ; la résorption des pro¬
duits de désintégration des bacilles tués par l’action de la neige
carbonique amènerait la production d’anti-corps déterminant la
lyse des bacilles des autres points de l’organisme.
Jusqu’à quel point cette théorie peut-elle être exacte ? Nous
n’avons nullement l’intention de le discuter ici où nous voulons
seulement rapporter des données pratiques. — Les contre-indica¬
tions aux applications de neige carbonique paraissent excessive¬
ment rares (nous n’avons observé qu’un seul malade faisant de la
fièvre à leur suite), mais en revanche les indications paraissent
limitées, surtout si l’on veut les employer à l’exclusion de tout
autre traitement : elles ne peuvent alors être suivies d’améliora¬
tions marquées que chez de rares malades très peu atteints.
En associations elles pourront rendre d’intéressants services en
applications sur les macules (voir ci-dessus les observations de
548
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Marie-Rose M... et de P...). — Chez des malades très avancés
nous avons pu par des applications « loco dolenti » de neige car¬
bonique obtenir la cicatrisation d’ulcères qui avaient résisté à tous
autres traitements.
Nous croyons bon de donner ici l’observation résumée d’un Ja¬
ponais qui fut traité uniquement par cette méthode :
• t f ’ v .
« Tamagasuki. — Japonais adulte entré à la léproserie le 9 mai 1912.
Grande plaque de teinte vineuse en papillon sur la face.
Plaques vineuses infiltrées sur les avant-bras.
Vaste bande violacée circinée sur la région lombaire.
Bacilles de Hansen dans frottis de peau d’une plaque infiltrée de
F avant-bras.
Sous l’effet, des applications de neige carbonique les plaques s’at¬
ténuèrent régulièrement au fur et à mesure que progressaient les ap¬
plications.
Le 7 mars 1913, étant donné l’excellent état du sujet, le médecin
d’un steamer japonais consentit à le prendre à son bord pour le rame¬
ner au Japon.
Il fut à cette date examiné par la Commission des experts, laquelle
constata qu'il ne présentait plus que :
1° une petite plaque violacée sur l’avant-bras droit ;
2° un peu d’infiltration du front ;
3° des vestiges de la bande lombaire ;
4° cubital droit de grosseur d’un crayon ordinaire. Les examens
bactériologiques restèrent négatifs ».
i
Traitement HYGIÉNIQUE. — Nécessaire à toutes les périodes de
la maladie, mais plus particulièrement à la phase de début ou
dans les formes frustes, il se rapproche à tous égards de celui que
l’on emploie couramment dans le traitement de la tuberculose pul¬
monaire. Le repos doit être relatif : un lépreux fruste ou au début
de son affection a tout intérêt à se soumettre à un travail mo¬
déré, mais à la condition de ne ressentir aucune fatigue.
Les effets du simple traitement hygiénique se sont montrés,
dans notre pratique, particulièrement sensibles chez certaines re¬
crues lépreuses d’origme pénitentiaire, encore très peu atteintes
et qui, sous l’influence du repos et de la meilleure alimentation
de la léproserie, voyaient leurs lésions s’améliorer à vue d’œil.
Les toniques, les préparations ou médicaments fortifiants doi¬
vent être donnés « larga manu ». — Mention spéciale doit être
faite pour l’huile de foie de morue qui, excellente chez certains
de nos malades, ne pouvait être supportée par d’autres (plutôt
rares à la vérité) chez lesquls son absorption déterminait régu¬
lièrement l’apparition d’un mouvement fébrile sans bénéfice thé-
t- • . * •.
rapeutique appréciable faisant suite à ces accès (à l’inverse de ce
qui peut se produire avec l’iodure de potassium).
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A. et M. LEGER. — Trypanosomes et Hæmoproteus d’Oiseaux du Haut-
Sénégal-Niger . 493
M. et A. Leger. — Hématozoaires des Reptiles du Haut-Sénégal-Niger 488
R. Mouchet. — Note sur le Porocephalus moniliformis . 497
Ch. Nicolle. — Chronique du kala-azar en Tunisie ....... 479
Ch. Nicolle et Marthe Conor. — Difficulté de conservation de la leish¬
maniose canine par les passages . 481
Mme Marie Phisalix. — Anatomie comparée de 4a tête et de l’appareil
venimeux chez les Serpents . 515
Mme Marie Phisalix. — Note sur les précautions à prendre dans la
récolte, la conservation et l’envoi des animaux venimeux et de leur
venin . 517
E. Pringault. — La leishmaniose canine à Marseille . 484
H. Vincent. — Ulcère phagédénique. Discussion . 471
Hillel Yofé. — A propos de la fièvre bilieuse hémoglobinurique en Pales¬
tine . 512
MEMOIRES
A. Laveran et D. Roudsky. — Contribution à l’étude de la virulence du
Trypanosoma Lennsi et du Tr. Duttoni pour quelques espèces ani¬
males . 528
F. M ôtais, E. Jamot et M.-J.-F. Robert. — Note sur la géographie
médicale du Ouadaï . 522
A. Lebœuf. — Observations relatives au traitement delà lèpre et notam¬
ment à l’action de l’huile de Chalmoogra chez les Canaques de l’ar¬
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 7
Séance du 8 juillet 1914
A PROPOS DU PROCÈS-VERBAL
PAGES
Cardamatis. — Hémoglobinurie et anaphylaxie quinique
M. Leger. — Sur les leucocytozoon .
549
549
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Les auteurs sont priés d’indiquer sur leurs manuscrits le nombre
de tirés à part qu’ils désirent recevoir. Ceux qui habitent hors de
France, sont priés d’envoyer, avec leurs communications, le prix du
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tirage à part en un mandat au nom de MM. BARNEOUD et Cie
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taliers des Colonies Françaises.
IV
Î.W. ' ' ' . \
>
Présentation.
Election
4 4 4 *
PAGES
55°
55i
COMMUNICATIONS
H. Blanquier. — La lèpre dans le cercle de Touba (Côte d’ivoire) . . 559
P. Brau. — De Purobilinur ie dans les congestions hépatiques d’origine
palustre . . . . . 5p6
J. Brault et A. Viguier. — Les champignons des teignes à Alger . 554
L. Coilin. — Hygiène des indigènes des îles de la Loyauté .... 598
L. Collin. — Aperçus démographiques sur les îles de la Loyauté. . 600
L. Couvy. — Un cas de fièvre jaune chez un indigène de la Côte d’ivoire 552
Derrieu et M. Raynaud. — Dysenterie chronique à flagellé nouveau . 571
H. F oley et C. V ialatte. —Traitement de.la fièvre récurrente nord-afri¬
caine par le néosalvarsan et l’olarsol . . 5G9
M. Grenier. — Etude expérimentale de Spirochœta berbera .... 565
E. Jeanselme. — De l’uréthrite lépreuse . 557
Launoy. — Dérivé du diaminoarsénobenzène. Discussion . 595
A. Laveran et G. Franchini. — Contribution à l’étude des « Marginal
points » des hématies de Mammifères . 580
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
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AVIS IMPORTANT
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EXTRAIT DU RÈGLEMENT
Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt agrès la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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VI
Septième année
I9I4
N° 7.
■BULLETIN
• *
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 8 JUILLET 1 9 1 4.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
M. le Professeur Oswaldo Cruz, directeur de l’Institut de Man-
guinhos, membre associé, assiste à la séance.
A l’occasion du Procès-verbal
de la dernière séance
> •
M. Laveran. — Au sujet de la communication faite dans la
dernière séance par M. David sur l’étiologie et la prophylaxie de
la fièvre bilieuse hémoglobinurique, notre collègue M. le Dr Car-
d am ati s d’Athènes me prie de rappeler que, dans une note commu¬
niquée en 1912 à notre vSociété, il avait déjà émis l’hypothèse que
certains accès hémoglobinuriques provoqués par la quinine étaient
assimilables aux phénomènes d’anaphylaxie (Ballet. Soc. de path.
exotique, io juillet 1912, t. V, p. 521).
#
# *
J’ai reçu de notre Collègue M. le Dr Leger la lettre suivante.
39
550 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Marseille, 5 juillet 1914.
Monsieur le Professeur et très honoiré Président,
Vous avez présenté à la dernière séance de la Société quelques
observations relatives à notre note sur les « Leucocytozoon ; leur
dénombrement et essai de classification », paru dans le Bulletin
du mois de mai.
Nous reconnaissons pleinement P erreur commise au sujet du pa¬
rasite de Athene noctna, qui doit être dénommé Leucocytozoon
Ziemanni (Laveran, 1902) et non L. Ziemanni (Lühe, 1906).
Nous n’avons pas eu l’intention de mettre en doute l’exactitude
de votre observation concernant le Leucocytozoon de Parus major,
dont nous avons dit qu’il « se caractérise par la présence de grains
de pigment ». Le conditionnel de la phrase suivante visait la ra¬
reté de ces Leucocytozoon pigmentés, constatation qui peut être
modifiée par des observations ultérieures, s’ajoutant aux seules
faites, et que nous avons citées, de Cardamatis et de França.
La classification que nous avons proposée s’appuie sur des ca¬
ractères physiologiques et non morphologiques : nous en avons
fait la remarque, et elle ne doit être considérée que comme provi¬
soire. Mais, ne tenant pas compte exclusivement de la spécificité
de l’animal parasité, il semble qu’elle ne soit pas inutile d’autant
plus qu’elle cadre avec celle des Oiseaux-hôtes et qu’elle utilise
des caractères faciles à contrôler.
Nous vous demandons, si vous le jugez convenable, de trans¬
mettre ces remarques à la Société et nous vous prions, M. le Pro¬
fesseur et très honoré Président, d’agréer l’assurance de nos sen¬
timents respectueusement dévoués.
M. LEGER.
Présentation
Le Dr Edmond Sergent présente à la Société deux brochures du
Dr L. M. Parrot, médecin décolonisation en Algérie, intitulées:
Petit Manuel du paludisme, à l’usage des Ecoles primaires de
l’Afrique du Nord (Livre de l’élève et Livre du Maître) (1). Ces
(1) Paris, Vigot frères, éditeurs, 1914.
Séance du 8 Juillet 1914
551
brochures illustrées, qui sont distribuées dans les écoles d’Algérie
par les soins du service antipaludique, apportent une aide pré¬
cieuse à l’œuvre si nécessaire de la propagande antipaludique à
l’Ecole. L’auteur a parfaitement atteint son but de vulgarisation
dans ces petits livres clairs et exacts, qui sont fort appréciés des
Instituteurs algériens.
*
* *
Election d’un Membre titulaire
M. H. Violle est élu à l’unanimité des suffrages exprimés.
5 $2
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
• ' .»
Un cas de fièvre jaune chez un indigène
de la Côte dlvoire
Par L. COUVY.
Nous avons eu l’occasion de constater après le décès d’un indi¬
gène de la Côte d’ivoire, des lésions anatomo-patologiques qui
nous paraissent relever de la fièvre jaune. Comme il est rare de
faire de pareilles constatations en Afrique, nous croyons utile de
donner ici l’observation du malade et l’exposé des lésions consta¬
tées à l’autopsie.
Le nommé X..., nous était apporté le 10 avril 1914 à 12 h. 30.
11 habite le village Impérial, dit village de ségrégation, situé au nord
du marais qui longe la rive nord de la lagune, et est employé comme
boutiquier à la S. C. O. A.
Il a travaillé à la boutique de ses patrons jusqu’au 13 avril à midi. Ce
jour-là il se plaignait déjà d’ètre mal portant, sans avoir précisé aucun
symptôme.
Le 14 avril, il est pris de fièvre, s’accompagnant de rachialgie. 11 reste
couché. La fièvre dure plusieurs jours. Puis une amélioration sensible se
manifeste. Mais une rechute se produit rapidement. Le malade met .cette
rechule sur le compte d’un empoisonnement dû à un médicament indi¬
gène ? L’état général empire rapidement. Le malade aurait eu des selles
sanglantes et des vomissements contenant du sang rouge et du sang noir.
Un de ses boubous est en effet maculé d’un liquide sanguinolent.
Lorsque je vois le malade pour la première fois, son état général est des
plus mauvais ; il ne parle qu’avec peine et est incapable de donner le
moindre renseignement. Les conjonctives sont le siège d’une vascularisa¬
tion anormale, avec légères ecchymoses ; elles ne sont nullement de teinte
ictérique. La langue est blanche, un peu sèche. La palpation de l’abdomen
provoque de vives douleurs, et permet de percevoir des gargouillements.
Le malade n’a pas vomi depuis hier ; il n’a pas uriné depuis longtemps.
La sonde ramène à peine 5 cc. d’une urine trouble très fortement albu¬
mineuse.
Les symptômes persistent jusqu'à 18 h. 15, heure de la mort qui sur¬
vient doucement sans aucune crise.
L’autopsie est pratiquée le 20 à 9 h.
Les conjonctives ne sont pas colorées ; elles présentent des ecchymoses.
Le tissu conjonctif sous-cutané est fortement teinté en jaune ; cette teinte
Séance du 8 Juillet 1914
553
est particulièrement accentuée sur le feuillet pariétal du péritoine. Pou¬
mons et cœur normaux.
Le foie présente une teinte chamois très nette ; sa dégénérescence grais¬
seuse est très accentuée ; la face inférieure de cet organe est vivement colo¬
rée en vert foncé et contraste fortement avec le reste du viscère.
L’estomac a sa muqueuse très hyperhémiée et présente de fortes vas¬
cularisations. Cet organe contient un liquide noirâtre semé de petits grains
noirs ayant l’aspect caractéristique du marc de café.
L’intestin grêle est d’aspect noirâtre; il est fortement hyperhémié; il
est rempli d’un liquide noirâtre semblable à celui de l’estomac.
Le diagnostic de fièvre jaune semble s’imposer.
Le chef du service de santé a été immédiatement informé de ce
décès par téléphone.
La case habitée par le malade est au milieu du village Impé¬
rial, dans le quartier musulman. C’est une paillotte en ruine de 16
mètres de long. Habitaient dans la même case deux manœuvres,
la femme du décédé et son jeune fils. Aucun n’est ou n’a été ma¬
lade. Les cases voisines sont toutes proches de celle de X. Pas de
malades actuellement, ni depuis longtemps. Dans le courant du
mois d’avril pas de décès à Impérial, et en mars deux seuls ont
été déclarés et constatés ; l’un au début du mois pour béribéri pro¬
bable (oedèmes), l’autre à la fin du mois pour tuberculose pulmo¬
naire probable (émaciation extrême indiquant une maladie chro¬
nique; de plus ce malade toussait depuis longtemps).
A la S. C. O. A. où travaillait le malade on me confirme qu’il a
travaillé jusqu’au 13 avril à midi. Il n’a jamais été envoyé à bord
d’un navire venant du Sud. Du reste, dans ce cas, j’aurais été pré¬
venu, car il m’aurait été présenté par le service de surveillance. A
la S. C. O. A. pas de malades ni actuellement, ni depuis long¬
temps.
>
Il semble donc que nous ayons affaire à un cas sporadique né
sur place, après peut-être quelques atteintes légères passées ina¬
perçues chez des indigènes.
Les mesures de protection ont été prises immédiatement. Le
magasin de la S. C. O. A. oii travaillait le malade a été desin¬
fecté par les vapeurs de crésyl. La case où il habitait a été enro¬
bée par des bâches et sera dès demain soumise à la désinfection
par le crésyl. Cette même mesure sera appliquée aux cuisines
et cases environnantes. De plus, les habitants d’impérial vont
être soumis à une surveillance sévère, et en particulier les voisins
immédiats du décédé. De même surveillance stricte des employés de
la S. C. O. A.
554 B ÜLLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
Cette obervation date du 20 avril içiq. La désinfection culici-
dienne a porté sur 10 cases.
Il n'y a pas eu de cas suspect depuis cette époque.
Les champignons des teignes à Alger (i)
Par J. BRAULT et A. VIGUIER.
Dans ces derniers temps (2) à la clinique dermatologique de
l’hôpital de Mustapha nous avons fait systématiquement l’étude
complète d’un certain nombre de teignes, c’est-à-dire que nous ne
nous sommes pas bornés à l’examen clinique et microscopique,
mais que nous avons eu recours dans ces cas aux cultures en tube,
en matras, en goutte pendante, aux inoculations et aux rétro-
cultures.
Voici le résumé très succinct des observations que nous avons
pu faire.
Trichophyties
Depuis le mois de novembre 1912, depuis plus d’un an par con¬
séquent, nous avons fait l’étude complète d’un certain nombre
de Trichophyties. Voici le résultat de nos recherches. Nous le
répétons, tous les cas cités ont tous subi le contrôle des cultures
et des inoculations (1).
1
(1) Deux thèses ont été faites sur les teignes à Alger, une seule comporte
des études avec des cultures et des inoculations (thèse de Kopp), en voici le
résumé :
Dans la thèse de Kopp on considère quatre types :
Type n° 1. — Trichophyton violaceum : 6 observations.
Type n° 2. — Trichophyton à mycélium résistant, cratériforme ou céré-
briforme : 3 observations.
• w u ( 1 2 positive
Deux inoculations au cobave <
( 1 négative.
Type n° 3. — Une observation. Parasite ectothrix se rapprochant du
Trichophyton mégalospore d’origine animale. Inoculation à 2 cobayes ; ino¬
culation à 2 souris grises.
Type n° 4. — Trichophyton verrucosurn (Boidin) : un cas, animal (chien);
inoculation dont le résultat n’est pas donné ; — un cas, homme, soit douze
cas, dont un d’origine animale.
(2) De novembre 1912 à la fin de juin 1914.
Séance du 8 Juillet 1914
Cuir chevelu
T ondantes
Trichophytons endothrix
Trichophytons à mycélium fragile :
T. acuminatum 8 cas
T. violaceum (i) 4 cas.
Trichophytons à mycélium résistant :
T. craterijorme 2 cas.
Trichophyton ayant l’aspect du T. polygonum dans les cul¬
tures tout en étant néo-endothrix dans le cheveu, un cas.
Kérions
■ Trichophytons ectothrix
Trichophytons microïdes gypseum.
T. granulosum (2), un cas.
Trichophytons à culture faviforme.
Une nouvelle espèce isolée par nous le Trichophyton luxu-
rians, 2 cas.
Trichophytïes de la peau
Durant le même laps de temps, nous avons observé quelque
cas de trichophytie cutanée, notamment une trichophytie de la
paume de la main et une trichophytie de l’aisselle (3). Cette der¬
nière seule a été cultivée et inoculée.
Il s’agissait de Trichophyton acuminutum .
Epidermophytie
Si nous envisageons toujours la même période nous enregis-
(1) Pour le violaceum on sait que ces dernières sont négatives.
(2) i° Dans un but thérapeutique, nous avons inoculé le T. granulosum
sur les poignets de deux indigènes adultes porteurs de favus très anciens
du cuir chevelu, nos inoculations ont produit des papules aux points ino¬
culés, il n’y a pas eu de kérions, l’effet thérapeutique a été nul sur les
favus ; 20 un cobaye inoculé une première fois avec le T. granulosum le
25 février 1914 et guéri le 15 avril (repousse complète) a été inoculé le 22 mai
avec le T. crateri forme l’inoculation a été parfaitement positive, les poils
contenaient un trichophyton du type du cratériforme, toutefois, comme
rétroculture nous n’avons obtenu qu’un duvet pléomorphique.
(3) Un peu avant l’époque envisagée ici l’un de nous a publié une obser¬
vation de trichophytie du gland. Voir J. Brault, Dermatologisclie TUo-
chenschrift , t. 54, 1912, n° 21.
556
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
irons 15 cas d’épidermophytie 12 hommes et 3 femmes (1); les
aisselles étaient atteintes dans 4 cas.
Dans toutes ces observations, les lésions cliniques et l’examen
microscopique étaient suffisants pour assurer le diagnostic. Ce¬
pendant nous avons tenu à étudier à fond 4 de ces cas ; cultures
en tubes et en gouttes pendantes ont été absolument caractéristi¬
ques.
Achorions
De décembre 1912 à juin 1914, nous comptons 23 cas de favus
du cuir chevelu :
Indigènes : 15 garçons (2), 3 filles.
Européens : o garçon, 4 filles.
Ici les cultures ont été beaucoup plus difficiles à obtenir qu’avec
les trichophytons ou 1 ’épidermophyton, deux fois seulement nous
sommes parvenus à avoir des cultures pures d 'Achorion Schon-
leinii.
Tel est le bilan des teignes étudiées par nous à la clinique durant
cette dernière période (3).
Dans les tondantes à endothrix, les trichophytons à mycélium
fragile dominent, parmi ces derniers, c’est l’acuminatum qui a la
première place: 8 cas contre 4 ressortissant au violaceum.
Les tondantes à mycélium résistant sont représentées par : Tri¬
chophyton crateriforme : 2 cas et un trichophyton ayant l’aspect
du Trichophyton polygonum , en cultures, tout en étant néo-endo-
thrix : un cas.
En fait de Kérions, signalons le Trichophyton granulosum un
cas et une nouvelle espèce isolée par nous, le Trichophyton luxu-
rians 2 cas.
Dans les Trichophyties de la peau, nous comptons une observa¬
tion rare, une trichophytie de Vaisselle due au Trichophyton acn-
minatum.
L’épidermophyton se rencontre assez fréquemment et surtout,
semble-t-il, durant la période hivernale.
Enfin dans les achorions, à côté de l’ Achorion schonleinii très
répandu, nous possédons V Achorion Quinckeanum (4).
fi) Nos cas ont été relevés surtout en hiver et au printemps.
(2) Parmi ces quinze observés, nous comptons deux adultes.
(3) Ces choses seront étudiées avec tout le développement qu’elles com¬
portent dans un mémoire ultérieur.
(4) En effet, peu de temps avant la période envisagée ici, l’un de nous
Séance du 8 Juillet 1914
557
De l’Uréthrite lépreuse
Par E. JE ANSE LME.
Chez les sujets atteints de lèpre tégumentaire ou mixte, les tu¬
bercules du gland sont très communs. Il y a une quinzaine d’an¬
nées, j’avais constaté en Indo-Chine (1899-1900) que certains de
ces lépromes pouvaient intéresser la fosse naviculaire, et provo¬
quer une uréthrite lépreuse.
En 1902, dans une monographie écrite en collaboration avec
M. Marcel Sée, je disais: « Souvent le méat encastré au centre
d’un gros tubercule, semblable à un chancre, contient une goutte
de pus : dans celle-ci nous avons vu des myriades de bacilles » (1).
Malgré son importance, cette voie d’émission bacillaire ne pa¬
raît pas avoir retenu l’attention des léprologues. Leloir, dans son
Traité pratique et théorique de la lèpre (1886) signale la fréquence
des lépromes des organes génitaux, mais il ne mentionne pas un
seul cas d’uréthrite lépreuse.
J. Jadassohn (de Berne) (2) dans une monographie toute récente
dont la documentation est fort riche se borne à rappeler ce que
j’ai dit, en 1902, de l’ uréthrite lépreuse.
D’après le même auteur, MM. Hallopeau et Graxdcamp au¬
raient vu un cas analogue, auquel il m’a été impossible de me
référer, faute d’indication bibliographique (3).
Malgré des recherches étendues dans les ouvrages et les périodi¬
ques consacrés à l’étude de la lèpre, je ne puis citer qu’une seule
observation d’uréthrite lépreuse publiée, en 1903, par M. Thi-
roux. Elle concerne un malgache atteint d’uqe forme mixte. « Le
a donné la première observation d'Achorion Quinckeanum rencontré en
Algérie, il s’agissait d’un godet unique de la paupière inférieure chez une
femme, cette sorte de mycose n’avait jamais encore été observée en ce point.
Voir J. Brault, Société de Dermatologie, 7 mars 1912 et thèse de Masselot,
Alger, avril 1912.
(1) E. Jeanselme et Marcel Sée, La pratique dermatologique, t. III, Art.
Lèpre, p. 95, 1902.
(2) J. Jadassohn, Lepra, in Handb. der pathogenen Mikroorganismen
de W. Kolle A. von Wassermann, 1913.
(3) Ce fait n’est signalé ni dans le Traité de dermatologie de MM. Hallo¬
peau et Leredde, Paris, 1900, ni dans l'Exposé de Titres du premier de ces
auteurs, 1902.
5o8
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
méat, dit cet auteur, est rétréci, la miction douloureuse et le ma¬
lade nous déclare qu’il a une blennorrhagie chronique dont l’ori¬
gine remonte à la puberté. Les épaississements de la, muqueuse du
gland, ainsi que la goutte d’uréthrite chronique de ce lépreux con¬
tiennent des bacilles de Hansen » (i).
Cette rareté de l’uréthrite lépreuse est, à mon avis, plus appa¬
rente que réelle, et c’est pour cette raison que je crois utile de pu¬
blier l’observation suivante:
Il s’agit d’un homme de cinquante-cinq ans, né dans la Répu¬
blique Argentine où il a contracté la lèpre, il y a une quinzaine
d’années. Depuis deux ans, il a quitté son pays d’origine pour
venir résider en France.
La peau de cet homme est mouchetée de nombreuses taches
cuivrées et de gros tubercules anesthésiques. Des poussées suc¬
cessives de lépromes ont opacifié les deux cornées. Les nerfs cu¬
bitaux sont hypertrophiés et moniliformes. La rhinite lépreuse est
des plus évidente.
Jusqu’ici, ce cas n’offre rien que de très banal, mais le malade
attire mon attention sur un symptôme qui n’est pas habituel dans
la lèpre. Depuis six mois environ, la miction est difficile et le
jet d’urine est grêle.
Le gland mis à découvert est blindé de lépromes. L’un d’eux
s’est développé autour du méat ; il infiltre, sur plus d’un centimè¬
tre de hauteur, la paroi uréthrale et fait corps avec la fosse navicu-
laire. La consistance de ce noyau est assez analogue à celle que
donnerait un chancre du canal. Peu à peu ce léprome a déterminé
un atrésie du méat.
Par expression, il m’a été possible d’obtenir des gouttelettes
d’un pus grisâtre et visqueux dont j’ai fait l’examen microscopi¬
que (2).
(1) Thiroux, Contribution à l’étude de la contagion et de la pathogénie de
la lèpre, Ann. d’Hyg. et de Médecine coloniales, Paris, 1903.
(2) Le mode de coloration a été le suivant : Liquide de Ziehl, 10 minutes ;
Séance du 8 Juillet 1914
559
Le fond de la préparation est constitué par des polynucléaires
intacts très nombreux, des macrophages, et de volumineuses cellu¬
les épithéliales à grand noyau clair.
Sur chaque frottis on découvre très facilement des corps rouges
vifs tranchant sur le fond bleu. Chaque corps est arrondi et formé
par l’agglomération de bacilles rectilignes, homogènes, en pa¬
quets, dont l’ensemble a l’aspect typique de boule épineuse.
Il y a une dizaine de ces boules par gouttelette d’exsudat. Elles
sont accolées à des noyaux de polynucléaires et de macrophages.
Nulle part on ne trouve de bacilles isolés. Les bacilles ont gardé
le Ziehl avec une grande énergie malgré la décoloration nitrique
et alcoolique prolongée, ce qui, joint à leur mode de groupement
typique, évite toute confusion avec des bacilles de Koch, d’au-
treS' acido-résistants (Smegma) et les pseudo-acido-résistants.
De cette description et du dessin ci-joint, il résulte :
i° qu’il s'agit bien du bacille de Hansen et non d’un autre
acide résistant, tel que le bacille du Smegma ;
2° que les amas bacillaires sont très nombreux et constitués par
des bacilles uniformément colorés dans toute leur longueur ce qui
semble indiquer qu’ils sont vivants;
L’importance étiologique de cette uréthrite bacillifère est d’au¬
tant plus grande que ce malade, de son propre aveu, est encore
en pleine période d’activité sexuelle.
La lèpre dans le cercle de Touba (Côte d’ivoire)
Par H. BLANOUIER.
La lèpre est extrêmement répandue dans le cercle de Touba, la
contamination se fait aisément, le lépreux n’étant point un objet
d’horreur et participant à tous les actes de la vie commune ; et
c’est ici le point noir de l’avenir de la race. Au point de vue théra¬
peutique nous sommes entièrement désarmés ; seules les mesures
prophylactiques apparaissent comme capables d’amener l’amélio¬
ration nécessaire.
La contamination semble n’avoir obéi à aucune règle précise
que l’on puisse formuler.
Prenons pour exemple la répartition de la maladie dans des can-
décoloration prolongé par l’acide nitrique au quart ; puis par l’alcool absolu •
Ce le ration du fond au bleu de méthylène.
560
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tons où tous les habitants de chaque village ont été vus par nous :
Groupe de Guénémanzo (canton du Mahou )
Notons qu’alors que le village de Guénémanzo dont la popula¬
tion est de 807 habitants, compte seulement 5 lépreux, le village
de Godouma en compte 36 pour 266 habitants.
Canton du T ouradougou
Séance du 8 Juillet 1914
561
Canton du Zona
Un simple coup d’œil jeté sur ces tableaux nous permet de voir
que la maladie s’est répandue sans ordre apparent, qu’en certains
villages, les plus anciennement contaminés, le noyau lépreux est
devenu considérable, et tend à absorber le reste de la population.
Dès que ce noyau lépreux atteint une certaine importance la
contamination est rapide. La progression des cas de lèpre doit
être considérée comme étant d’ordre géométrique.
Les chiffres recueillis par nous sont parfois édifiants à ce point
de vue : très souvent au cours du recensement nous trouvons *e
tableau suivant :
X. .., chef de case . lépreux
Sa première femme . lépreuse
Ses trois fils . lépreux
Ses deux filles . lépreuses
Sa deuxième femme . lépreuse
Son fils . lépreux
Sa fille . lépreuse
Y. .., son frère . lépreux
Z. .., son deuxième frère . lépreux
Ainsi certaines familles forment des foyers d’infection. Quand
les trois filles de la première femme de X... se marieront, elles
auront des enfants lépreux, et ainsi de suite, et des cas sembla¬
bles porteront, pour un avenir proche, le nombre des lépreux du
village du simple au double. C’est le cas de tous les villages où le
nombre des lépreux est en disproportion absolue avec le nombre
des lépreux du village voisin.
La contamination du village non lépreux s’établira par les
alliances de village à village.
é s
*
* .
La lèpre ne paraît pas être originaire du pays : elle diminue
562
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sensiblement du nord au sud et paraît avoir été importée du nord
et de l’ouest.
Dans les massifs montagneux comme le Toura, où le mouve¬
ment commercial est nul, les villages étant isolés au sommet des
montagnes, le village le plus atteint, Mafala, est en plaine. Dans
le groupe de Guénémanzo, où la montagne est cependant moins
élevée, le village le plus atteint, Godouma, est encore situé en
plaine et sur la route Touba-Man. Dans le Zona, le village le plus
atteint est sur la route Koro-Tombougou-Sikasso, autrefois très
importante (gros marché à Koro) et maintenant encore très suivie
en saison sèche.
* *
Quel est le mode de contagion ? La lèpre dans ce pays se diffé¬
rencie nettement de la lèpre telle que nous avons pu l’étudier en
basse Guinée (Cercle de Mellacorée). Alors que là-bas les lèpres
ouvertes (plaies) sont très fréquentes, elles sont ici très rares.
La contagion paraît se faire surtout de la mère contaminée à
l’enfant, soit que des altérations placentaires permettent la conta¬
mination « in utero », soit qu’elle se fasse dans la première
enfance.
Le deuxième mode de contagion paraît être la gale : comme
nous le disions en un précédent chapitre, la plupart de ces popula¬
tions n’ont aucun souci des soins corporels, aussi la gale est-elle
fréquente.
Il convient encore d’incriminer la pratique des tatouages ob¬
tenus par simple scarification de la peau. Nous avons souvent vu,
dans les cantons où ce mode de tatouage existe (Zona, par exem¬
ple), des lésions lépreuses ayant pour centre les dites scarifica¬
tions.
Parmi les autres causes nous retiendrons simplement le coït
pratiqué avec une femme lépreuse, et l’infection possible par le
mucus nasal.
Les lésions lépreuses.
Elles diffèrent suivant l’époque de la contagion initiale et, par¬
tant, l’âge du sujet.
En opérant sur un grand nombre de cas, nous avons pu noter
l’âge du sujet présentant chaque ordre de lésion ; et en tirer l’en¬
seignement suivant : soit un ordre de lésions donné : un grand
Séance du 8 Juillet 1914
563
nombre de sujets d’âges divers peut présenter ce genre de lésion ;
parmi ces sujets, l’âge du plus jeune est noté en face de l’indica¬
tion de la lésion ; nous obtenons ainsi le tableau suivant, qui, dès
lors, nous donne en quelque sorte un classement des signes de la
lèpre et leur ordre chronologique d’apparition.
Age le pins bas
auquel la lésion
a élé observée
o a 2 ans.
2 ans.
6 ans.
io ans.
i5 ans.
20 ans.
25 ans.
35 ans.
!\o ans.
45 ans.
Description des lésions
Bouffissure de la face. Conjonctivite. Jetage nasal.
Différences de coloration de la peau. Taches hypochro¬
miques : la surface reste lisse; se rencontrent surtout
au visage.
Taches hypochromiques, avec autour liseré en relief
souvent de couleur rougeâtre ; aspect circiné ; plus ou
moins confluentes.
Aspect de cicatrices simples, plus ou moins rayonnan¬
tes, non chéloïd iennes et sans brides.
Tubercules divers, depuis la simple élevure jusqu’à
l’aspect éléphanliasique.
Taches achromiques.
Cicatrices chéloïdiennes avec brides (siège d’élection :
région sus-sternale et omoplates).
Peau luisante et d’aspect desséché.
Déformations diverses des extrémités (main de singe,
etc. . . ).
Mutilations diverses.
Il s’agit là bien entendu de lésions nettement visibles et de cas
non douteux. D’autre part, nous n’avons pas séparé les signes en
signes de la lèpre tuberculeuse et signes de la lèpre nerveuse.
Certes nous ne prétendons pas avoir obtenu ainsi un classement
parfait : il est probable qu’une plus grande quantité d’observa-
tion le modifierait. Néanmoins, tel quel, il nous paraît donner une
idée assez nette de l’ordre d’apparition des lésions lépreuses, telles
qu’elles se présentent dans ce pays, et pourra trouver quelque jour
une utile application.
La défense contre la lèpre. — La seule défense que nous ayons
contre la lèpre est, dans l’état actuel des choses, la ségrégation.
La création de léproseries aussi nombreuses que possible s’im¬
pose si nous voulons sauvegarder l’avenir de la race. Elle seule
I
564 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
a permis à l’Europe d’enrayer la marche du fléau. N’oublions pas
que plus de 20.000 léproseries furent créées et la ségrégation
pratiquée avec la plus extrême rigueur. Nous sommes bien loin
d’une telle systématisation de la défense contre la lèpre et d’une
telle rigueur. Cette défense n’a pas été toutefois d’une entière
efficacité, puisqu’elle a laissé subsister les foyers de France, ceux
de Norvège, etc.
Pour obtenir une action rapide et vraiment efficace, il faudrait
selon nous, adjoindre à la ségrégation une mesure complémentaire
et nécessaire, à savoir le retrait de l’enfant d’entre les mains
de la mère lépreuse et ceci dès l’accouchement.
Nous ne pouvons plus, à l’heure actuelle considérer la lèpre
comme héréditaire : en effet, le placenta normal ne saurait per-
mettre le passage du bacille de HANSEN par trop volumineux.
Nous devons donc admettre que dans toiis les cas où le placenta
est sain V enfant naît non lépreux.
Certes la mesure apparaît au premier abord draconienne, mais
le fait de laisser à la mère un enfant sam, sachant qu’il sera
fatalement contaminé par elle, et le condamner ainsi à devenir
lépreux, ne constitue-t-il pas un véritable crime ?...
Cette question de la lèpre est donc d’une extrême importance
et gravité. Certes la ségrégation complète sera difficile à obtenir,
mais le retrait de l’enfant la rendrait pleinement efficace et ra¬
pide, car il permettrait de tarir le fléau en une seule génération.
De gros crédits seraient évidemment nécessaires, mais au point
de vue pratique nous pouvons tout réduire à la proposition sui¬
vante : coûtera-t-il plus cher d’établir la ségrégation complète
que de conserver quantité d’êtres d’une part inutilisables dans
l’état actuel des choses, d’autre part, dangereux pour l’avenir et
l’utilisation pratique de la race ?
Au seul point de vue moral et civilisateur la question de la lèpre
ne se discute même pas !
»
Séance du 8 Juillet 1914
P Etude expérimentale de Spirochoeta berbera
Par M. GRENIER.
A l’occasion de l’épidémie de fièvre récurrente que nous avons
signalée tout récemment à la Société de Pathologie exotique (i),
nous avons étudié la réceptivité d'un certain nombre d'animaux de
laboratoire vis-à-vis de Spirochœta berbera.
Comme MM. Nicolle et Blaizot (2) nous avons rendu récep¬
tif le lapin adulte en utilisant la voie intra-veineuse, mais tandis
que 12 à 15 cc. de sang de singe infecté étaient employés par ces
auteurs, dans nos expériences, 5 cm3 de sang humain spirillaire
ont toujours été suffisants pour une infection certaine. Plusieurs
passages ont pu être faits.
Par injection directe dans le cœur, 2 cm3 de sang humain ont
suffi.
Le sang spirillaire était utilisé dès son extraction sans adjonc-
>*
tion de citrate.
Fait intéressant, le lapin qui est considéré comme réfractaire par
voie sous-cutanée a pu être cependant rendu réceptif. La condition
sine qua non est que l’animal soit très jeune. Nos lapins inoculés
avaient de 3 à 4 semaines. Ils recevaient 2 cc. sous, la peau de l’ab¬
domen.
Vingt-quatre heures après l’inoculation, en général, les spirilles
apparaissaient dans le sang. Certains animaux ont présenté une
réaction fébrile (39,2) pendant 2 à 3 jours. Toutefois ils conti¬
nuaient à manger sans sembler incommodés.
Les spirilles persistaient de 2 à 5 jours. Ils nous ont paru con¬
server leur morphologie, leur mobilité, leur colorabilité. Toutefois
nous avons observé fréquemment des formes courtes (2 à 3 tours
de spires). Toutes nos colorations ont été faites au Giemsa, à l’en¬
cre de Chine.
Avec du sérum humain obtenu par décantation de sang spiril¬
laire après 48 heures d’extraction, nous avons injecté avec succès
des lapins adultes par la voie intra-cardiaque et un lapin jeune par
voie sous-cutanée.
(1) Billet et Grenier, Soc. de Path. exotique, mai 1914.
(2) Nicolle et Blaizot, Soc. de Path. exotique, 1912.
4o
5G6
Bulletin de la Société de Pathologie exoiiqle
Séance du 8 Juillet 1914
o67
568
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Une seule souris est devenue spirillaire par injection à la base de
la queue.
Le dépôt de sang au niveau des muqueuses buccale, occulaire,
vulvaire, pénienne n’a pas été infectant.
Pas de résultats chez le cobaye adulte par voie intra-veineuse ni
chez le cobaye jeune (3 jours) par voie sous-cutanée.
La gerboise est réceptive par voie sous-cutanée.
Inoculés sous la peau des rats, des moineaux, des poules, des
hirondelles n’ont pas été infectés.
Le tableau ci-dessus d’ailleurs résume nos expériences.
I
f
Séance du 8 Juillet 1914
569
Traitement de la fièvre récurrente nord-africaine
par le Néosalvarsan et TOlarsol
Par H. FOLEY et C. VIALATTE.
Au cours d’une récente épidémie de fièvre récurrente nord-afri¬
caine observée à Beni-Ounif-de-Figuig (Sud Oranais), presque
exclusivement sur des indigènes, arabes, berbères ou négroïdes,
nous avons traité un certain nombre d’individus à différentes
périodes de leur maladie. Nous avons utilisé le Néosalvarsan soit
en injectons intra-veineuses suivant la technique de Ravaut (i),
soit en solution huileuse (Olarsol) administrée en injections intra¬
musculaires.
lo Malades traités par le néosalvarsan.
(i) Sous la forme présentée par Robert et Carrière.
570 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nous croyons inutile de résumer nos observations cliniques: la
symptomatologie est très uniforme; on observe le plus souvent
deux accès ; la maladie est bénigne quoad vitam (aucun décès sur
plus de 150 malades). Les résultats du traitement sont présentés
dans le tableau suivant :
Nous avons noté comme marquant la fin de l’accès non le mo¬
ment assez \7ariable et difficile à apprécier de la disparition des spi¬
rilles du sang périphérique, mais celui, généralement plus tardif,
où la température axillaire, prise toutes les 2 ou 3 heures à partir
du moment de l’injection, s’abaissait à 37 °.
Les doses de Néosalvarsan employées ont varié de 1/2 à 1 cg.
par kg. de poids du malade. Elles sont notablement inférieures à
celles qui ont été souvent utilisées. Elles nous paraissent suffi¬
santes; elles ont l’avantage de ne déterminer qu’une réaction insi¬
gnifiante, et il semble préférable de s’en tenir à ces doses sûrement
inoffensives, dans le traitement d’une affection où le foie d’une
façon constante et presque toujours le rein sont lésés.
Les différences assez sensibles suivant les cas que nous avons
observées, comme la plupart des auteurs, dans la rapidité de l’ac¬
tion spirill icide du Néosalvarsan tiennent moins, semble-t-il, à la
dose relative de médicament qu’à la période de la maladie où on
l’administre. Comme Levaditi l’a montré expérimentalement, en
étudiant l’efficacité du 606 sur les rats infectés de tick-fever, nous
avons constaté que la guérison est d’autant plus prompte que l’on
se rapproche de la crise qui met spontanément fin à la mala¬
die » (1).
Il y a donc avantage à administrer le Néosalvarsan au voisinage
de la période pré-critique puisqu’on obtient une guérison aussi
rapide avec des doses de médicament moindres.
Dans ces conditions, le Néosalvarsan nous a toujours donné
plein succès aux doses indiquées. Il supprime constamment les
rechutes (2). Il rend exceptionnelles les complications et diminue
remarquablement la durée de la convalescence qui est très rapide
chez les malades traités.
L’Olarsol en injections intra-musculaires, s’est toujours mon-
t
(1) C. Levaditi. Pull. Soc. Path. exot., t. V, 1912, pp. 524-544.
(2) La valeur de ce critérium est douteuse dans les régions où la fièvre
récurrente est endémique. Comme nous l’avons montré récemmnt avec
Edm. Sergent, il est de règle qu’on n’observe pas de rechute chez les malades
qui ont déjà été atteints antérieurement, même plusieurs années auparavant
(C. R. Soc. Biol., séance du 4 juillet 1914).
Séance du 8 Juillet 1914
571
tré inefficace aux mêmes doses, et sans action sur l’évolution de
l’accès comme sur la production des rechutes.
(. Institut Pasteur d’ Algérie).
Z Dysenterie chronique à flagellé nouveau
Par DERRIEU et M. RAYNAUD.
Dysenterie chronique avec état cachectique prononcé. — Phé¬
nomènes angiocholitiques au début. — Présence dans les selles
d’un infusoire flagellé non encore décrit. — Allure épidémique de
l’affection. — Inefficacité des médications classiques. — Cure
radicale par l’essence de térébenthine.
Le nommé Michel G..., âgé de 42 ans, caviste, demeurant à Oued-el-
Alleug (département d’Alger), entre à la clinique médicale, salle Trous¬
seau, le 1er décembre 1913, pour diarrhée chronique et faiblesse géné¬
rale.
Dans le courant du mois de février 1913, il fut pris subitement de
douleurs abdominales accompagnées d’une diarrhée abondante, fré¬
quente (7 à 8 selles dans les 24 heures), avec épreintes, mais sans rejet
de glaires ni de sang. Ces troubles disparurent au bout de 4 jours.
Vers le 30 mars, il se mit tout d’un coup à frissonner : ce frisson fut
suivi d’une élévation thermique (38°5) ; l’accès de fièvre se termina
par d’abondantes sueurs : mais il réapparut tous les deux jours pen¬
dant deux semaines. Le sujet se plaignait en outre de douleurs dans
l'hypochondre droit, d’anorexie, de nausées fréquentes, de vomisse¬
ments bilieux ; de l’ictère apparut avec des urines hautes en couleur
et deux selles jaune pâle liquides par jour.
Au bout de 15 jours, la fièvre tomba ; mais le malade restait tou¬
jours un peu jaune et souffrait du coté droit : de plus, les selles devin-
îent plus fréquentes (15 par jour), peu abondantes, muco-sanguino-
lentes : le malade souffrait de douleurs dans le bas-ventre et de
ténesme rectal. Il fit alors un séjour à l’hôpital de Blidah où après
une médication quinique il fut légèrement amélioré. Mais peu de temps
après sa sortie de l’hôpital, la diarrhée réapparut et elle n’a pas cessé
depuis.
Les antécédents du malade ne présentent rien de remarquable.
Le sujet est très amaigri ; il a perdu 28 kg. depuis six mois ; il est
très asthénié et présente une teinte terreuse des téguments, une peau
sèche, squameuse, de l’hippocratisme des doigts, du myoœdème.
Le malade se plaint d’avoir toujours soif ; il a une anorexie élective
pour les viandes et les graisses ; son haleine a une odeur acétonique.
sa langue est lisse, rouge, vernissée, un peu sèche. Ses digestions ne
sont pas très bonnes : il souffre de pesanteur épigastrique après le
repas ; il a parfois des nausées, des vomissements bilieux. Son
ventre, très souple, est un peu rétracté : on distingue les pulsations de
I
572
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’aorte dans la région épigastrique. La pression de la portion médiane
du colon transverse, de tout le colon descendant et sigmoïdien, est dou¬
loureuse.
Il a de 20 à 30 selles dans les 24 heures : il rejette une cuillerée
à soupe d’un liquide rosé, spumeux, renfermant un grand nombre
de glaires, en éprouvant une sensation de cuisson à l’anus très péni¬
ble. Le foie est un peu hypertrophié : le volume de la rate est normal.
L’examen des différents appareils ne nous montre rien de particulier,
à part une anémie notable s’accompagnant de troubles fonctionnels,
céphalée, vertiges, bourdonnements d’oreilles qui incommodent beau¬
coup le patient.
Examen du sang :
Pas de parasite.
Globules rouges : 3.540.000.
Globules blancs : 32.000.
Equilibre leucocytaire :
Polynucléaires . 78
Mononucléaires . 14
Lymphocytes . 6
Eosinophile . 1
Forme de transition . 1
le sérum du malade n’agglutine pas le bacille de Flexner, ni le bacille
de Chantemesse-Shiga.
Le malade est mis au régime lacté : on lui fait des injections de
sérum de Ouinton ; on lui donne 10 g. de sulfate de magnésie, tous
les matins et deux lavements d’ipéca.
Le 4 décembre 1913 : selles moins fréquentes, plus abondantes : le
sang a disparu mais il y a encore quelques glaires. Le ténesme et les
coliques ont diminué d’intensité.
Le 8 décembre 1913 : 6 selles dans les 24 heures, encore quelques
douleurs abdominales et quelques glaires. Le parasite se trouve tou¬
jours dans les selles. On donne au malade une alimentation plus subs¬
tantielle.
Le 10 décembre : coliques très vives, ténesme rectal, 10 selles dans
les 24 heures, avec des glaires et du sang.
Lavements de collargol à 1 g. pour 250 , un lavement par jour.
Le 13 décembre : 10 selles dans les 24 heures, même syndrome dou¬
loureux. On supprime les lavements de collargol et on fait des injec¬
tions d’émétine : 0 g. 04 pendant trois jours.
Le 16 décembre : 12 selles dans les 24 heures, on met le malade au
régime lacté et on essaye la médication alcaline. Sulfate de soude :
5 g. tous les matins. Bicarbonate de soude : 10 g. dans la journée.
Le 31 décembre : on donne au malade des purées et des œufs.
7 selles par jour, encore quekfues coliques ; outre le traitement alcalin,
on fait des lavages intestinaux au collargol.
Le 5 janvier 1914 : 10 selles par jour ; muco-sanguinolentcs, on sup¬
prime les médicaments donnés antérieurement et on prescrit l’urotro-
pine à la dose de 2 g. par jour.
Le 13 janvier : 10 selles par jour, l’examen des selles est toujours
positif
Le 15 janvier : 12 selles par jour ; on donne dans la soirée un lave¬
ment de 0 g 90 de néosalvarsan.
Le 17 janvier : 8 selles.
Skance du 8 Juillet 1914
573
Le 22 janvier : deuxième lavement de 0 g. 90 de néosalvarsan.
Le 25 janvier : 10 selles avec syndrome dysentérique au grand
complet.
Le 2 février : on institue le traitement préconisé par Escomel (1)
à savoir 2 g. de térébenthine par la bouche et 3 lavements quotidiens
ainsi formulés :
Essence de térébenthine . XX. gouttes
Laudanum . X gouttes
Jaune d'œuf . n° 1
Eau distillée . 250 cc.
Le 4 février : 3 selles liquides, jaunâtres, pas de ténesme, ni coli¬
que, le parasite n’existe plus dans les selles.
Le 10 février : 1 selle par jour bien moulée, le malade est com¬
plètement guéri et il suspend tout traitement.
Examen des selles
, i 0 A V état frais.
La platine chauffante n’est pas nécessaire : le simple examen
entre lame et lamelle est suffisant pourvu qu’il soit pratiqué aussi¬
tôt après l’émission des selles.
On voit des éléments mobiles, ovalaires, de la taille d’un leuco¬
cyte : leurs mouvements sont très actifs ; ils projettent de çi de là
les différents corps qu’ils rencontrent. Leur mobilité est si grande
au début, qu’on ne distingue ni flagelle, ni membrane ondulante ;
mais au bout de 15 à 30 minutes leurs mouvements se ralentissent
et il est assez facile de distinguer ces différentes formations ; d
est pourtant impossible de compter les flagelles, même à l’ultra¬
microscope.
Le corps de ces parasites se différencie en une masse centrale
arrondie et une zone périphérique plus claire. Chez certains indi¬
vidus le pôle postérieur s’effile en un prolongement en forme de
queue qui parfois adhère à des masses de matière fécales : le para¬
site se balance sur ce pédicule comme une feuille sur sa tige.
Ces organismes perdent leur mobilité et s’enkystent au bout de
20 à 30 minutes ; cependant nous en avons vu garder leurs mouve¬
ments pendant 2 et 3 heures.
Le nombre de ces parasites était considérable, dans certaines
selles nous en avons compté jusqu’à six par champ. Ils disparurent
complètement après le traitement térébenthiné. On ne trouve pas
♦
d’autres parasites dans les selles du malade.
(1) Escomel, Dysenterie à Trichomonas, Bull. Soc. Path. exot., 1910.
574
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
2° Après coloration au Giemsa.
L’étalement doit être très léger ; il ne faut pas sécher la prépa¬
ration et l’exposer aux vapeurs de brome pendant quinze minutes
environ. Ce fixateur préconisé par DANILEWSKI et ESCOMEL est
incontestablement celui qui nous a donné les meilleurs résultats.
Le parasite, de forme ovalaire, mesure de io à 15 y de long sur
9 à 13 y de large, et possède un noyau et un blépharoplaste. De
ce blépharoplaste, partent une membrane ondulante se terminant
par un flagelle et cinq flagelles d’une longueur variant de 10 à
17 y.
On distingue enfin dans le corps du parasite un axostyle curvi¬
ligne très net.
Nous nous trouvons donc en présence d’un parasite nouveau,
voisin du Trichomonas intestinalis, mais s’en distinguant par la
présence de cinq flagelles constants. Nous* donnerons ultérieure¬
ment une description plus détaillée de ce protozoaire, mais, d’ores
et déjà, nous proposons de lui donner le nom de Hexamastix
Ardin Delteili en l’honneur de notre maître M. le professeur
Ardin-Delteil.
Nous devons signaler le caractère épidémique de cette variété
de dysenterie. Notre malade nous a affirmé que les cas de diarrhée
dysentériforme étaient nombreux dans la contrée qu’il habitait :
certains de ses compagnons avaient gardé cette diarrhée pendant
plusieurs mois, mais aucun n’avait été aussi gravement atteint que
lui. Il nous a été impossible de faire une enquête sur place, à
cette époque ; elle aurait donné lieu très probablement à de curieu¬
ses constatations.
A noter l’inefficacité de l’ipéca, du collargol, du néosalvarsan,
de l’urotropine, du sulfate de soude. L’essence de térébenthine
semble être le médicament spécifique de cette affection.
(Travail de la clinique médicale de Vhôpital
de Mustapha, Alger.)
Séance du 8 Juillet 1914
575
Sur une hémogrégarine nouvelle,
parasite de Boodon fuliginosus Boïe, et
ses formes de multiplication endogène.
Par Mme Marie PHISALIX
Chez une couleuvre africaine, le Boodon fuliginosus Boïe, en¬
voyée du Soudan par M. le Dr Millet-Horsin, et morte un mois
après son entrée à la ménagerie du Muséum, j’ai trouvé, avec ses
formes de multiplication, une hémogrégarine qui n’a pas encore
été signalée chez cette espèce.
Le Serpent portait sur la peau deux sortes de parasites : de petits
gamasidés très nombreux, V Ophionyssus natricis Mégnin, qui re¬
couvraient presque toute la tête et le cou après la mort du sujet ;
et de gros ixodes très plats et très maigres : Aponema lœve Neu¬
mann, que j’avais déjà signalés en 1908 chez un Python regius.
De fins nématodes, encore indéterminés, se trouvaient en outre
dans l’œsophage et le tissu conjonctif périviscéral. L’anémie du
sujet était extrême, et les hématies restantes avaient perdu la plus
grande partie de leur hémoglobine.
Le sang du cœur et des vaisseaux périphériques contient le pa¬
rasite en assez grande abondance pour qu’on en rencontre toujours
plusieurs par champ (ob. 6 oc. 4 Stiass.); les formes de multipli¬
cation, absentes du sang du cœur, se rencontrent dans les capillai¬
res du poumon, du foie, du rein et de la rate-pancréas.
i° Formes endo globulaires . — Elles se présentent sous deux as¬
pects :
a) Les unes sont des vermicules de 14 à 15 y de long sur 2 à 3
de large, légèrement incurvés aux deux extrémités, un peu amin¬
cis à l’une d’elles, et appliqués sur le noyau de l’hématie. Autour
du parasite, on distingue une mince capsule qui reste incolore.
Le noyau forme une masse allongée quelquefois bilobée de 5 p
de long, et appliquée sur le bord convexe dans la moitié qui cor¬
respond à l’extrémité arrondie ; il est homogène et fixe fortement
les colorants. Le protoplasme est peu colorable, et homogène ;
on n’v distingue aucune inclusion.
Une même hématie renferme parfois deux parasites placés côte
570 ’ Bulletin de la Société de Pathologie exotique
à ,côte, ou bout à bout, ou dos à. dos, parallèlement au grand
axe, ou encore transversalement, toutes circonstances qui font va¬
rier les dimensions normales de 20 p x 10 pour les porter parfois à
22 et 25 [a de long sur 10 à 12 p de large. La structure ne subit
d’ailleurs aucune modification.
b) Dans une proportion moindre, on rencontre encore dans les
hématies des formes de même longueur, droites ou ovoïdes, diffé¬
rant des premières par plusieurs caractères ; elles atteignent 7 p
de large. Leur noyau est sphérique, ou annulaire, formé de fila¬
ments et d’épaississements chromatiques réunis par de fins tractus
parfois spiralés. Il se colore modérément et éparpille parfois des
granulations dans le protoplasme, qui reste incolore.
Sambon et Seligman (i) ainsi que d’autres auteurs (2) donnent à
ces différences morphologiques un caractère sexuel, et considèrent
les formes minces et incurvées comme des sporontes c?, les autres,
épaisses et ovoïdes comme des sporontes Ç .
20 Formes libres. — Elles présentent, chacune à chacune, le
même aspect, les mêmes dimensions, les mêmes réactions aux co¬
lorants que les précédentes ; quelques-unes d’entre elles correspon¬
dent en outre à des formes de désintégration lente du parasite.
La plupart ne sont mises en liberté que par l’altération de l’hé¬
matie qui perd d’abord le peu d’hémoglobine qui lui restait, puis
son stroma, de façon que l’une et l’autre des formes se trouve ac¬
colée au noyau de l’hématie hôte. Ce noyau dégénère concurrem¬
ment au parasite ; il se gonfle comme lui, formant une sorte de cou¬
ronne incomplète, qui prend de moins en moins les colorants. Au
dernier stade de son existence l’ hémogrégarine gonfle aussi ; alors
que les formes minces de la première espèce sont reconnaissables
a leur forme qui reste incurvée et amincie à un bout, les formes
épaisses restent telles et atteignent 17 p de long sur 7 de large.
Leur noyau occupe fréquemment l’une des extrémités et diffuse sa
chromatine dans le protoplasme qui devient granuleux et légère¬
ment Colombie, de la même teinte que le noyau ; puis ce n’est
plus qu’une masse estompée dont la zone périphérique capsulaire
incolore montre encore la forme et l’origine du parasite. Les pré¬
parations du sang et de tous les organes nous permettent d’assis-
(1) 1907. Sambon et Seligman, The Hemogregarines of the Snakes, Trans.
of the Pathol. Soc. of London, t. 58, p. 310.
L) 1914. M. et A. Legër, Hémogrégarine et Trypanosome d’un poissor
du Niger, Tilapia lata, C. R. Soc. Biol., t. LXXVII, p. 183.
t
Séance du S Juillet 1914 577
ter à cette mort progressive du parasite et à sa disparition dans le
plasma.
3° Kystes à macromérozoïtes . — On les rencontre dans le pou¬
mon, le foie, la rate et les reins. Ils sont peu nombreux, régulière¬
ment ellipsoïdes et contiennent le plus fréquemment 2 ou 4 mé-
rozoïtes, rarement 6. Ces derniers ont une longueur moyenne
de 12 y. Leur noyau fixe fortement les colorants, et leur proto¬
plasme se colore très nettement. Les plus petits mesurent 1745
de long sur 12 y 5 de large; les plus gros ne dépassent pas 30 3.
sur 20. Leur capsule n’est pas colorable, non plus que leur con¬
tenu, sauf les mérozoïtes. Il n’existe pas de stades plus jeunes de
ces kystes.
40 Kystes à micromérozoïtes . — Ils sont nombreux dans le pou¬
mon, le foie et le pancréas, tandis qu’on n’en rencontre pas dans
la rate et les reins. Les plus jeunes correspondent aux premiers
stades de la division nucléaire avec 2 ou 4 noyaux polaires conte¬
nus dans une masse colorante et granuleuse ; ils mesurent alors
25 4 de long sur 18 de large. Les plus développés sont bourrés de
petits noyaux ovoïdes longs de 1 y, fortement colorables et noyés
dans un résidu homogène ; ce sont les noyaux des futurs micro-
méro'zoïtes. Les kystes à ce stade mesurent 30 y sur 25 ; leur enve¬
loppe est très mince, et autour du plus grand nombre d’entre eux,
mais non de tous, on trouve une zone claire de retrait dont ils
n’occupent pas symétriquement le centre. Aucun de ces kystes
n’était encore en voie de rupture; et il n’existait pas de formes de
multiplication exogène.
En raison de l’hôte qu’il habite, nous proposons pour ce para¬
site le nom d ’ Hœmogregarina boodoni.
Laboratoire d’ H erpétologie du Muséum.
Insecte transmetteur et Réservoir
de virus du Clou de Biskra.
Hypothèse et expériences préliminaires
Par Edm. et Et. SERGENT, G. LEMAIRE, G. SENEVET.
L’observation épidémiologique du bouton d’Orient à Biskra
ne permet de mettre en cause, pour expliquer sa propagation, ni
578
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’eau, ni les facteurs atmosphériques ou telluriques invoqués autre¬
fois.
Il semble bien que seul un Insecte piqueur puisse être l’agent
transmetteur. En raison de ce que les parties découvertes du corps
sont le siège de prédilection des clous, cet Insecte doit être ailé.
Nous avons incriminé depuis 1904 les Phlébotomes (1), dont l’a¬
bondance dans des maisons infectées de boutons d’Orient nous a
frappés.
Après nous, d’autres auteurs ont accusé les Phlébotomes: Pres¬
sât (2) dessine un Insecte innominé « qui semble jouer un rôle im¬
portant dans la propagation du bouton du Nil », nous reconnais¬
sons en cet Insecte un Phlébotome (3). Wenyon pense aussi aux
Phlébotomes à Bagdad et à Alep, en 1911-1912 (4).
Le bouton d’Orient étant une affection locale (1* hypothèse d’une
maladie générale de Gonder (5) n’étant pas prouvée), il n’est guère
possible d’admettre que l’homme malade soit le réservoir de virus
qui fournit le Leishmania tropica aux Insectes inoculateurs.
Il faut donc chercher le Réservoir de virus parmi les animaux
que piquent les Phlébotomes.
Les Phlébotomes du groupe Phlebotomus papatasii Scop. pi¬
quent de préférence, ou peut-être exclusivement, l’Homme, mais
ceux du groupe Phi. minutus Rondani se nourrissent normalement
sur les Reptiles.
Le parasitisme sur d’autres Vertébrés que l’Homme, soup¬
çonné déjà par Rondani dès 1843 (6), a été prouvé par Eaton (7),
Lutz et Nieva (8), Townsend (9), Schannon (10), et surtout bien
mis en lumière par Roubaud ( r 1 ) et par Howlett (12).
(1) C. R. Soc. Biol., t. LVII, 8 avril 1905, p. 673 ; Bull. Soc. Path. exot.,
t. II, 21 juillet 1909, p. 390 ; Détermin. des Ins. piqu. et suç. de sang,
O. Doin, 1909, p. 37.
(2) Le paludisme et les moustiques, Masson, 1905, pl. III, fig\ 2.
(3) Bull. Inst. Past., t. III, 1905, p. 626.
(4) Parasitology , t. IV, 24 octobre 1911, p. 273 ; Journ. of London
Sch. of trop. Med., t. I, parties 2 et 3.
(5) Arch. f. Sch. u. Trop., t. XVII, 1913, p. 397.
(6) Ann. Soc. entom. de France, 1843, pp. 263-267.
(7) Entomologist monthly Magasine, 2e série, t. XV, Londres, 1904.
18) Mém. Inst. Osw. Cruz., t. IV, f. I, 1912, p. 86.
(9) Science, t. XXXVIII, 8 août 1913, pp. 194-195.
(10) Proceed. entom. Soc. Washington, XV, n° 4, déc. 1913, pp. 165-167.
(n) Bulletin Soc. Path. exot., t. VI, 12 fév. 1913, p. 126 et t. VII, 14 janv.
1914, p. 83
(12) Indian Journ. of med. Research, t. I, n° 1, juillet 1913, p. 34.
Séance du 8 Juillet 1914
579
A Biskra, les deux espèces existent: Phi. papatasii Scop. et
Phi. minutus Rondani var. africanus Newstead. Les Geckonidae ,
désignés par Howlett aux Indes comme « les hôtes naturels » de
Phi. minutus, sont « très communs dans toutes les maisons de Bis¬
kra » (i) (espèce Tarentola mauritanica L.).
Il nous a donc paru indiqué de rechercher si Phi. minutus afri¬
canus ne serait pas l’agent transmetteur du clo'U de Biskra et si la
Tarente, le plus domestique des Reptiles de Biskra, ne constitue¬
rait pas le Réservoir de virus.
La prédominance saisonnière du clou de Biskra (les premiers
cas apparaissent en automne) est à rapprocher du fait signalé par
Howlett: aux Indes Phi. minutus ne pique l’Homme que pen¬
dant la saison chaude, et il ne se nourrit, pendant la saison fraî¬
che, que sur les Tarentes hibernantes.
Nous avons commencé par vérifier qu’à Biskra Phi. minutus
africanus se nourrit sur la Tarente, mais qu’il pique aussi l'homme.
Nous poursuivons, depuis octobre 1913, des recherches expéri¬
mentales inspirées par la double hypothèse de Phi. minutus afri¬
canus Vecteur et de Tarentola Réservoir du virus. A l’heure ac¬
tuelle, ces recherches nous ont permis de constater que l’ensemen¬
cement des organes de Tarentes de Biskra donnait, dans 15,7 %
des cas, des cultures pures d’un Leptomonas semblable au Lepto-
monas des cultures du bouton d’Orient (2). L’intérêt du fait vient
de ce que les cultures de Leptomonas obtenues jusqu’ici d’organes
de Vertébrés provenaient toujours de Leishmania parasitant ces
Vertébrés.
Nous avons pensé qu’il était bon de communiquer notre hy¬
pothèse aux chercheurs engagés dans l’étude du clou de Biskra.
M
( Institut Pasteur d’ Algérie).
(1) Seriziat, Etudes sur V Oasis de Biskra, Challamel, 1875, p. 188.
(t) Nous avons également isolé des Leptomonas du sang de Tarentes de
Béni-Ounif-de-Figuig (Sud-Oranais).
En dehors du Leptomonas, les cultures du sang de Tarentes de Biskra,
donnent, dans 14,4 °/Q des cas, un Trypanosome à formes parfois crithidiennes,
toujours très distinct des Leptomonas et qui représente sant doute la forme
de culture de Trypanosoma plactydactyli Catouillard, qui est trouvé à
l’examen direct chez 10 °/Q des Tarentes de Biskra.
580
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Contribution à l’étude des « marginal points »
des hématies des Mammifères
Par A. LAVERAN et G. FRANCHINI.
Theiler a créé, en 1910, le mot Anaplasma pour désigner des
éléments presque toujours associés à des Piroplasma, chez les Bo¬
vidés, qui ont T aspect de granulations basophiles, endoglobulaires
ou libres ; ces granulations qui, d’après THEILER, représentent
des hématozoaires réduits aux noyaux, sans protoplasme (d’ou
Anaplasma) ou avec un protoplasme rudimentaire, seraient les
agents de l’épizootie des bovidés connue, dans l’Afrique du Sud,
sous le nom de gall-sickness ou de galziekte. Les Anaplasma des
bovidés dont le siège ordinaire est dans la zone marginale des hé¬
maties sont souvent désignés sous le nom de marginal points (1).
SMITH et Kilborne qui, dès 1893, ont noté l’existence de « peri-
pheral coccus-like bodies » chez les bovidés atteints de fièvre du
Texas, ont supposé que ces éléments représentaient une phase de
l’évolution des hématozoaires si bien décrits par eux, sans mécon¬
naître que, chez des animaux sains, on pouvait observer des élé¬
ments semblables (2).
L’anaplasmose des bovidés a été signalée par bon nombre
d’observateurs, sur différents points du globe : par SpREULL en
Afrique australe, chez deux veaux, par D. BRUCE et ses collabo¬
rateurs chez des bovidés de l’Ouganda atteints de piroplasmose
(fièvre de la Côte orientale) ; par CARINI à Sâo Paulo (Brésil) chez
un taureau venant de l’Argentine ; par SPRINGEFELD au Cameroun ;
par A. BALFOUR au Soudan ; par CARPANO chez les boeufs de la
Campagne romaine ; par KoiDZUMI à Formose ; par CAROUGEAU
à Madagascar ; par SERGENT et BÉGUET chez les bœufs d’Algérie.
SlEBER qui a étudié la maladie au Transvaal est arrivé aux mêmes
conclusions que THEILER.
L’existence d 'Anaplasma a été en outre reconnue chez beaucoup
(1) A. Theiler, Anaplasma marginale, Transvaal Dep. of Agriculture,
Rep. of the Gov. veterinary Bacteriologist for the ye.ar içoS-içoç, Pretoria,
1910.
(2^ I h. Smith et F.-L. Kilborne, Investigations into the nature, causation
and prévention of Texas or Southern cattle fever, Washington, 1893.
Séance du 8 Juillet 1914
581
d’animaux autres que les bovidés : par SCHELLHASE et par TRAUT-
MANN chez des moutons et chez des chèvres de l’Est africain alle¬
mand ; par BEVAN chez des moutons de Rhodesia ; par TiBADI
chez une brebis en Sardaigne ; par GlLRUTH, SwEET et Dodd à
Melbourne et par TiBADI, en Sardaigne, chez des porcs ; par
S, Dodd chez des Tragulidés ; par A. BALFOUR, au Soudan, et par
CARPANO, en Italie, chez des ânes ou chez des chevaux atteints
de piroplasmose ; par SCHELLHASE chez deux ânes atteints de piro¬
plasmose et traités par le trypanbleu ; par TiBADI chez un cheval,
en Sardaigne ; par D. BRUCE et ses collaborateurs chez de jeunes
rats (Ouganda) ; par W. JOWETT (Le Cap) chez des rats trypano-
somés ou sains ; par TiBADI chez le cobaye (Sardaigne) ; par
GlLRUTH, Sweet et Dodd (Melbourne), C. BASILE (Messine) et
TiBADI (Sardaigne) chez des chiens ; par W. JOWETT (Le Cap)
chez le chat, en particulier chez les jeunes ; par Gilruth, Sweet
et Dodd (Melbourne) chez io espèces de marsupiaux (sarigues,
kangourous, phascolomes) ; par Dodd chez des lémuriens et chez
plusieurs espèces de singes (i).
Nous avons constaté, pour notre part, l’existence d’éléments
ayant tous les caractères des anaplasmes chez bon nombre d’ani¬
maux sains, principalement chez des animaux jeunes. Sur io sou¬
ris blanches, de 2 à io g., examinées, 4 ont des anaplasmes non
rares, 6 des anaplasmes rares ; sur 3 souris blanches adultes,
une seule a des anaplasmes très rares. De 4 souris grises, 2 jeunes
ont des anaplasmes non rares, 2 adultes n’en montrent pas. 2 rats
blancs, de 20 g., ont des anaplasmes rares, tandis que des rats
(1) Consulter sur la question : J. Spreull, Journ. of compar. path. a.
ther., décembre 1909. — D. Bruce, Hammerton, Bateman et Mackie, Proceed.
of the R. Soc.y 1910, B, t. 82, p. 256. — H. Sieber, Berlin, tieràrztl. Woch.,
15 décembre 1910. — A. Carini, Revista med. di Sâo Paulo, 31 décembre
1910. — A. Balfour, 4e Rapport, Khartoum, 1911, t. A, p. 345 et Journ. of
comp. path. a. ther., mars 1911. — J. -A. Gilruth, G. Sweet et S. Dodd,
Parasitology , mars 1911. — W. Jowett, Journ. of comp. path. a. ther.,
mars 1911. — Springefeld, Berlin, tieràrztl. Woch., 6 avril 1911. — M. Car-
pano. Il moderno Zooiatro, 31 août 1912. — C. Basile, Pathologica, 15 juin
1912. — M. Koidzumi, Centralbl. f. Bakter., I, Orig., 17 juillet 1912. • —
W. Schellhase, Berlin, tieràrztl. Woch., 11 juillet 1912 et Zeistschr. f.
Infektions Kr. Parasit. Krankh. u. Hyg. d. Haust., juin 1913 et février 1914.
— W. Bevan, The veterinary Journal, juillet 1912. — Carougeau, Soc. des
Sc. méd. de Madagascar, 10 avril 1913, Bidletin, t. VII, p. 31. — S. Dodd,
Journ.' of comp. path. a. ther., 30 juin 1913. — O. Trautmann, Berlin .
tieràrztl. Woch., 14 août 1913. — Ed. Sergent et M. Beguet, Soc. de path.
exotique, 8 octobre 1913. — E. Tibadi, Pathologica, 15 mai 1914. — M. Car-
pano, Centralbl. f. Bakter., I, Origin., 11 février 1914, t. 73, p. 42.
4i
582 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
adultes n’en ont pas. 4 jeunes mulots ( Mus sylvaticus) exami¬
nés ont tous les quatre des anaplasmes non rares. Une souris naine
(Mus minutus) est dans le même cas. Nous avons trouvé encore
des anaplasmes, rares ou très rares, chez 6 jeunes lapins sur 6 ;
chez 5 cobayes nouveau-nés sur 6 ; sur des taupes adultes ; chez
2 chats âgés de 2 à 3 jours, sur 3 examinés ; chez 2 chiens âgés
de 10 jours ; chez 2 veaux sur 4 ; chez 2 chevreaux âgés de
3 jours; chez 2 porcelets; chez 2 ânons sur 4; chez 2 Macacus cy-
nomolgus sur 4 examinés.
*
* *
Les marginal points ne se voient pas dans le sang frais. Dans
les frottis de sang desséché, fixé et coloré avec la solution de
Giemsa, ils apparaissent, le plus souvent, à l’état d’inclusion dans
les hématies, parfois à l’état libre, sous l’aspect de granulations,
généralement sphériques colorées en violet foncé, comme les
noyaux des leucocytes.
On ne trouve d’ordinaire, dans une même hématie, qu’un mar¬
ginal point presque toujours situé à la périphérie de l’hématie, ce
qui s’explique : l’hématie discoïde des Mammifères étant très mince
au centre, une granulation un peu consistante, doit être nécessaire¬
ment refoulée dans la région marginale, plus épaisse.
Les marginal points mesurent de 1/2 y à 2 y de diamètre, rare¬
ment davantage, ils ont quelquefois une forme ovalaire et on dis¬
tingue, à côté d’un granule fortement coloré, ressemblant à un
noyau, une zone plus claire, colorée en rose ou en violet pâle,
limitée par un contour assez net. Cet aspect, commun surtout dans
les préparations qui ont été colorées faiblement au Giemsa (5 mi¬
nutes dans la solution à I pour 15), rappelle de très près celui
d’un piroplasme, avec cette différence que la partie représentant
le protoplasme est colorée en rose ou en violet clair, au lieu de
l’être en bleu comme cela est de règle pour les piroplasmes. Etant
donné que les zones pâles sont d’autant plus apparentes que la
coloration est moins forte, et qu’elles disparaissent en grande
partie dans les préparations fortement colorées, on peut supposer
qu’elles correspondent simplement à des parties dans lesquelles la
chromatine est en voie de résorption.
Les marginal points se colorent bien par la safranine, l’héma-
téine et le vert de méthyle.
Il est assez fréquent de trouver deux éléments accolés, en forme
Séance du 8 Juillet 1914
583
de diplocoque ; tantôt les éléments sont de même volume, tantôt
l’un est plus petit que l’autre ; rarement trois éléments sont
accolés.
Le sang contient souvent, en même temps que des marginal
points, des hématies mouchetées et, dans une même hématie, on
peut voir un anaplasme et de fines granulations basophiles (i).
Les éléments libres ont les mêmes aspects que ceux qui sont
endoglobulaires.
La fréquence des marginal points dans le sang est très varia¬
ble ; souvent nombreux ou assez nombreux dans le sang des bovi¬
dés atteints de piroplasmose ou de gall-sickness, et profondément
anémiés à la suite de ces infections, ces éléments ne se rencon¬
trent qu’en petit nombre dans le sang des jeunes animaux et ils
disparaissent d’ordinaire chez les adultes.
*
^ %
Il résulte de nos recherches, comme de celles de D. Bruce et de
ses collaborateurs, de W. JOWETT et de S. Dodd que des marginal
points paraissant identiques morphologiquement à ceux qui ont
été décrits par Theiler sous le nom à'Anaplasma marginale se
rencontrent souvent dans le sang de jeunes Mammifères, en de¬
hors de toute infection, et ne paraissent pas pouvoir être consi¬
dérés comme étant de nature parasitaire.
Plusieurs observateurs (D. BRUCE et collaborateurs, S. Dodd)
ont émis l’opinion que les pseudo-anaplasmes étaient des reli¬
quats de la chromatine nucléaire ; les réactions colorantes de ces
éléments et le fait qu’ils se rencontrent souvent chez les jeunes
animaux, rarement chez les adultes, plaident dans ce sens.
Il est à noter que J. JOLLY a signalé chez les jeunes porcs (de
4 jours à 14 mois) l’existence d’hématies nucléées et d’hématies
contenant des restes nucléaires véritables (2) ; il est bien certain
que ce sont ces mêmes restes nucléaires qui ont été vus par diffé¬
rents observateurs dans le sang de pcrcelets et signalés sous le
nom d’anaplasmes.
DlAS et DE BEAUREPAIRE ARAGAO ont observé des corpuscules
semblables aux points marginaux chez des animaux traités par le
(1) A. Laveran et M. Marullaz, Sur la nature des corps de Graham
Smith, Soc. de Path. exotique, 11 mars 1914.
(2) J. Jolly, Soc. de Biologie, 10 novembre 1906.
584
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nitrobenzol ou la phénylhydrazme (i) ; nous avons pu vérifier le
fait chez 3 cobayes et chez un rat, 4 ou 5 jours après 1* injection
sous la peau de ces animaux de très faibles doses de phénylhy-
drazme.
•’ •*’ • * »
L’existence de marginal points de nature non parasitaire,
ayant tous les caractères des Anaplasma , n’est pas douteuse, d’au¬
tre part il paraît ressortir des observations faites par SMITH et
KlLBORNE, D. Bruce et ses collaborateurs, W. Jowett, ScHELL-
HASE, KOIDZUMI, M. CARPANO que des éléments anaplasmiforrnes
peuvent représenter un stade de l’évolution de certains piro¬
plasmes.
Les Phlébotomes européens
Par G. MANSION.
J’ai décrit récemment (2) les faits principaux de la biologie d’un
nouveau Phlébotome : Ph. Legeri, capturé à Bastia pendant l’au¬
tomne de 1913. L’importance de la découverte de ce moucheron ré¬
sulte de ce que, jusqu’à ce jour, on n’a signalé que Ph. papatasii
en France et dans le bassin occidental de la Méditerranée. Ouelles
/w
sont les affinités de Ph. Legeri dont l’aire de dispersion semble
ainsi s’étendre sur celle de Ph. papatasii ?
On connaît actuellement en Europe les espèces suivantes : Phle-
botomus papatasii Scop. ; Ph. perniciosus Newstead ; Ph. minu¬
tas Rond.; Ph. nigerrimus Newstead; Ph. Legeri, n.s.p.
Ph. papatasii a été fréquemment rencontré: en Asie; en Afri¬
que ; à Malte [var. d’après Newstead et Marett] ; en Crète ; en
Roumanie [Léon] ; en Dalmatie-Herzégovine [Doerr, Franz et
Taussig] ; en Calabre, en Sicile, dans les Pouilles, à Rome, en
Toscane, à Parme, Venise, Pavie, Milan, Corne, en Lombardie ;
dans les Alpes-Maritimes [Rondani, Costa, Grassi (3)] ; à Brian-
(1) E.-C. Dias et H. de Beaurepaire Aragao, Brazil m~dico, 22 avril 1913.
(2Ï Mansion (J.), Les Phlébotomes en Corse, Bull. Soc. Pathol, exot.,
Paris, 12 novembre 1913, t. VI, n° 9, pp. 637-641, fig. — Mansion (J.), Dip¬
tères de Corse. Un novueau moucheron vulnérant, Bail. Soc. Sc. hist. et
natur. de Corse, Bastia, 4e trim. 1913, pp. 123-144.
(3) Grassi iB.), Ricerche sui Flebotomi, R. Accad. dei Lincei, Roma,
1907. Mem. délia Soc. ital. delle Scienze, sér. 3e, XIV, pp. 353-395.
Séance du 8 Juillet 1914
585
çon [Guebhard et Blanchard] ; en Savoie et Dauphiné [Rogers] ;
dans le canton de Vaud (Suisse) [Galli-Valerio et Rochaz de
Jough] ; à Saint-Cyr au Mt-d’Or (Rhône) [Langeron] ; à Montpel¬
lier [Mayet, et Villeneuve de Rambouillet, et, d’après les rensei¬
gnements manuscrits de M. F. Picard, à Toulouse [LesneJ.
Ph. minutus a été trouvé en Asie ; en Afrique; dans la Méditer¬
ranée orientale, à Malte, à Gozo, en Crète (Suda) [Newstead].
Ph. perniciosus a été découvert à Malte et à Gozo par News¬
tead.
Ph. nigerrimus, n’est connu à Malte [Newstead] que par deux
exemplaires femelles.
Ph. Legeri existe à Bastia (Corse) [Mansion].
C’est donc Ph. papatasii qui est le plus largement répandu dans
le bassin méditerranéen, l’Europe occidentale et la France; or
Ph. Legeri se distingue très nettement de cette espèce, ainsi que de
Ph. minutus ; il ressemble beaucoup, par les appendices génitaux
du mâle, à Ph. perniciosus. Cependant, on ne peut réunir sous le
même nom le Phlébotome de Corse et celui de Malte ; les dessins,
tableaux et mesures donnés ci-dessous font connaître les caractères
qui différencient ces espèces.
Caractéristiques des Phlébotomes européens. — Les poils de
l’abdomen des trois espèces: papatasii , perniciosus et Legeri sont
dressés ; ceux de Ph. minutus et nigerrimus sont couchés vers l’ar¬
rière. • ' : \ ■ ■
Le nombre et la position des épines sur la pince génitale du
mâle sont des données spécifiques. Les figures i, 2 et 3 représen¬
tent les appendices génitaux de Ph. papatasii, c?(d’après Grassi) ;
de Ph. perniciosus, çf ; et de P. Legeri, (1) (d’après Newstead) (T
— La pince supérieure de Ph. papatasii a 5 épines courtes, 3 termi¬
nales et deux sur la moitié distale du segment. La pince inférieure
à 2 épines courtes, terminales. La pince supérieure de Ph. perni¬
ciosus et de Ph. Legeri a 5 épines allongées. Ph. minutus pos¬
sède deux épines terminales et deux subterminales.
Comparaison des longueurs relatives des segments des palpes.
— N’ayant pas à ma disposition les longueurs réelles des segments
des palpes des diverses espèces, je n’ai pu comparer que leurs
(1) Newstead (R.), The papataci f lies ( Phlebotomus ) of the Maltese
Islands, Ann. of Trop. Med. and Parasit., Liverpool, Ier août 1911, t. V,
n° 2, p. 1539. Repr. fr. Bull. Entom. Research 1911, Vol. II, P. I, pp. 47-48.
586
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Fig. ï. — Armure génitale externe de Phlebotomus papyatasii çÿ ; sc, crochet
supérieur ; ic , crochet inférieur ; ed, conduit éjaculateur,
(d’après Newstead).
Fig. 2. — Armure génitale externe de Phlebotomus perniciosus çÿ; sc, crochet
supérieur ; ic, crochet inférieur ; ia, appendice intermédiaire ;
ed, conduit éjaculateur, (d’après Newstead).
Fi^.3. jtyi .^Cçfdri d* '. Û|vjvwuh ai ^eiutcuu(i,c«tf ’^ouuti
Séance du 8 Juillet 1914
587
valeurs relatives. En donnant au 4e segment la même longueur
pour les 4 espèces on obtient le diagramme suivant (fig. 4), d’où
se déduisent les formules des palpes (ordre des segments en lon-
■=âe^e^iJ % .
A-k-i-l-ï.
r — r
x
0,«f OAi 0,1 jt
0,\&
c
X
0.1,1
□
4-b-Jl-î-ç.
J
&3. ^ £
1^%. rn^ncUùJ J £
r.v. 'j.::z=
I-i -k-l-ï.
3
Fig 4 . \x^a£r** «U* -*S t^-?ne*v6
gueurs croissantes). Par suite de la longueur relativement faible
du 4 segment de Ph. p ap atasii et Legeti, les formules de ces deux
espèces sont voisines ; celle de Ph. perniciosus est caractérisée par
l’égalité des segments 2, 3 et 4.
Fi^.6. PA . Jiermciosus J <f \
Fig-7 PA.yiâjTldlâSiL J d*.
Les figures 5, 6 et 7, représentent les ailes des individus 9 de
trois espèces.
588
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ces données suffisent à montrer, qu’au point de vue des affi¬
nités, Ph . papatasii et Ph. minutus sont très différents et se sépa¬
rent également des autres espèces par les dimensions et la forme
de leurs organes et par les épines génitales qui sont des caractères
spécifiques très précis. Il ne reste qu’à distinguer les deux espèces
les plus voisines: Ph. perniciosus et Ph. Lcgeri.
Phlebotomus Legeri.
Longueur moyenne des articles de 3 individus Q (valeur réelle en mm.).
Long, du thorax : 0.65 — de l’abdomen : 1,4 — du proboscis (de
l’extr au bord antér. de l’œil) : 0,44 — Larg. de l’abdomen : 0,36.
Long, d’un palpe : 1er seg. : 0,055 — 2" seg. : 0,21 — 3e seg. : 0,195 —
4e seg. : 0,162 — 5e seg. : 6,47 — Total : 1,092.
Formule d’un palpe : 1-4-3-2-5
Long, de l'antenne : 1er seg. : 0,06 — 2e seg. : 0,06 — 3e seg. : 0,35 —
4e seg. : 0,123 — 5e seg. : 0,12... 16° seg. : 0,06 — Total : 1,67.
Dimensions de l’aile (Voir : fîg. 5) — Long. : 2,13 — Larg. 0,73 — a :
0,7 — b : 0,5 - c : 0,33 — d : 0,45 — e : 1,55 — / : 0,52 — g : 0,80 —
h 0,81.
Patte antér. : 3,36 — Patte moyenne : 3,68 — Patte poster. : 4,58 (Han¬
che : 0,39 — Cuisse : 1,00 — Jambe : 1,42 — Tarse 1 : 0,88 — Tarse 2 :
0,38 — Tarse 3 : 0,25 — Tarse 4 : 0,18 — Tarse 5 : 0,10).
Observations. — I. 11 y a des mâles et des femelles, de couleur claire ou
foncée.
2. Des touffes très nettes et dressées naissent sur le bord poslérieur de
chaque segment abdominal ; sur le milieu dorsal du segment des poils
plus courts sont inclinés vers le thorax.
3. La femelle a un abdomen cylindrique, tronqué à l’extrémité.
4. Le 3e segment de l’antenne est à peu près aussi long que les seg¬
ments 4, 5 et 6 réunis, et, comme pour P h. papatasii, le 3e segment a une
longueur égale à celle des 5 segments terminaux réunis. Chez le mâle, les
segments 3-7 portent deux épines géniculées ; les segments 8-15, portent
une seule épine. L’antenne du mâle est plus longue que celle de la femelle,
bien que celle-ci soit plus grande que le mâle.
5. Le palpe est un peu plus long chez la femelle, et souvent la formule
en est un peu modifiée chez le mâle (L4-2-3-5) ; mais toujours les seg¬
ments 2, 3 et 4 sont inégaux, 4 étant sensiblement le plus court. Le 5e seg¬
ment est plus petit que les 3 précédents réunis et plus grand que les deux
précédents réunis.
6. L’armature génitale est aussi large que l’abdomen. La pince génitale
supérieure du mâle a 5 épines mobiles, 2 terminales, puis deux épines
dorso-internes situées au quart distal du segment, et une épine ventro-
interne située au milieu de la longueur du segment, très éloignée des deux
précédentes ; cette disposition est constante. Les épines sont aussi longues
que le segment.
Le conduit éjaculateur a une position variable, sortant quelquefois du
pénis sur une longueur égale à celui-ci ou bien restant invisible dans le
pénis.
7. Les pattes sont plus longues que celles de Ph. papatasii. Longueur
moyenne de la patte postér. du mâle : 4 mm. 35 ; de la femelle : 4 mm. 58.
Séance du 8 Juillet 1914
589
8. La branche antérieure de la 2e nervure longitudinale de l’aile est tou¬
jours plus longue que le pédoncule de la fourche proximale.
Les points principaux de l’aile de Ph. Legeri et de Ph. papatasii sont
superposables. Il n’en est pas de même pour Ph. perniciosus .
9. Ph. Legeri a été trouvé, à Bastia, jusqu’au 20 octobre 1913 et à partir
du 22 mai 1914.
Phlehotomus perniciosus. Caractéristiques d’après les travaux (texte et
dessins) deNewstead.
1. La femelle est plus sombre que le mâle.
2. Les poils dressés de l’abdomen ne sont pas disposés en touffes très
nettes.
3. L’extrémité postérieure de l'abdomen de la femelle est conique.
4. Le 2e segment de l’antenne est beaucoup plus long que les deux sui¬
vants [Le 2e segment est toujours très court, sphérique; il est probable
qu'il s’agit du 31‘]. Divers segments portent une paire d’épines géniculées.
5. Les palpes du mâle et de la femelle sont semblables. Les segments
2, 3 et 4 sont égaux, et, ensemble, plus petits que le 5e.
0 L armure génitale est à peine plus grande que la moitié de la lar¬
geur de l’abdomen. La pince génitale supérieure du mâle a 5 épines :
2 terminales, puis une externe et deux internes placées un peu en avant
de l’externe. Ces trois dernières sont sur le quart distal du segment. Les
épines sont plus courtes que le segment.
Le conduit éjaculateur dépasse le pénis de la moitié de la longueur de
celui-ci
7. Les pattes sont plus courtes que celles de Ph. papatasii. Longueur
moyenne de la patte postérieure de Ph. papatasii : 4 mm. ; de Ph. perni¬
ciosus : 3 mm.
8. La branche antérieure de la 2e nervure longitudinale de l’aile est à
peu près aussi longue que le pédoncule compris entre la nervure transver¬
sale et la fourche proximale.
9. Ph. perniciosus existe de juillet à septembre sous le climat de Malte.
Malgré la ressemblance assez grande des appendices génitaux,
Pli. perniciosus et Ph. Legeri présentent donc un ensemble très
remarquable de différences: position des épines génitales, lon¬
gueur des pattes, formule des palpes, nervures des ailes, qui per-
mettent de considérer le Phlébotome de Corse comme une espece
géographique distincte.
En résumé, Ph. papatasii commun en Italie, n’est pas connu
en Corse; Pli. perniciosus fréquent à Malte n’a pas'été signalé en
Italie ; la Corse possède une espèce particulière, voisine de l’espèce
maltaise (i). Ces faits permettraient une conclusion analogue a
celle que l’on tire des travaux du Dr Forsyth Major, F. R. S.
(Reptiles et Mammifères), de MM. Wolterstorff (Batraciens),
Ferton (Hyménoptères).... : Au point de vue zoologique, la Corse
. 9 *
(i) La découverte de quelques individus, mâles et femelles, ressemblant
à Ph. minutas, que j’ai capturés au cours du mois de juin, vient accroître
la ressemblance des faunes corse et maltaise.
590
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
et la Sardaigne ont des rapports plus étroits avec l’Afrique septen¬
trionale, [Malte, l’Espagne et la Provence], qu’avec le continent
italien. Mais je pense que des conclusions, basées suir cette singu¬
lière répartition des Phlébotomes européens, sont prématurées ;
car, il est possible que Ph. papatasii existe en quelques points
inexplorés de l’île de Corse, et Ph. perniciosus a pu être méconnu
jusqu’à ce jour en Italie et en France, comme il l’était à Malte
avant les explorations de Newstead.
( Lycée de Bastia).
De l’existence de Stegomyia fasciata
(St. calopus) en Russie
Par E. I. MARZINOWSKY.
Il est actuellement établi que les moustiques jouent un rôle très
important dans la propagation des maladies causées par les para¬
sites du sang ; il est donc indispensable dans la lutte contre ces
maladies de faire non seulement l’étude des parasites pathogènes
encore inconnus pour certaines d’entre elles), mais encore celle des
insectes qui les propagent. A ce point de vue, il est intéressant de
noter en Russie l’existnce de Stegomyia fasciata dans la zone ma¬
ritime du Caucase. Faisant partie d’une expédition antipaludique
envoyée à Batoum par la Société Pirogoff, j’ai trouvé dans cette
région un nombre considérable de Stegomyia fasciata (i) et j’ai
été ainsi à même d’étudier la biologie de ce moustique.
Ne pouvant pas nous arrêter ici sur une description complète de
ce moustique, nous en donnons seulement des photographies et
un dessin demi-schématique.
A Batoum ce moustique se rencontre en grand nombre dans les
maisons. Ils attaquent l’homme surtout le jour, quelquefois la
nuit. Ils le font avec acharnement et une grande prudence. En
général, ils volent longtemps autour de leur victime et ne la pi¬
quent qu’après avoir fatigué son attention. Ils attaquent surtout
avec un grand acharnement les personnes arrivées d’autres loca-
(i) La même espèce a été trouvée plus tard à Poti par un autre membre
de l’expédition, le Dr Liakhovetsky.
Séance du 8 Juillet 1914
591
lités ; ainsi, des quelques personnes qui se trouvaient dans une
maison infestée par les mustiques, j’étais le seul nouveau-venu et
j’ai été le seul attaqué par les moustiques.
Le mâle attaque également mais pour sucer la sueur, sa trompe
n’étant pas suffisamment développée pour atteindre les vaisseaux
sanguins.
En captivité, Stegomyia fasciata vit très longtemps, de trois à
quatre mois.
Il serait intéressant de savoir depuis combien de temps ces
moustiques habitent le littoral de la Mer Noire et comment ils y
sont arrivés.
Clarac et Simond ont joint à leur très belle monographie sur
la fièvre jaune, une carte de répartition géographique de Stego¬
myia fasciata. Cette carte indique les régions ou ce moustique se
rencontre constamment, puis celles où son existence peut être pré¬
sumée par quelques indications indirectes et, enfin, des régions où
ces insectes n’apparaissent que pendant la saison chaude. En
examinant cette carte, on est frappé par l’extension de Stegomyia
fasciata dans les zones littorales.
En Europe, son existence est notée en Espagne, au Portugal, en
Italie, en Grèce et dans l’île de Crête. En général, ce moustique se
rencontre entre 40° de latitude nord et 40° de latitude sud. Cepen¬
dant, Batoum se trouve à 40°, de latitude nord et Poti se trouve
encore plus au nord à 42°,20.
Etant donné que ces insectes sont répandus exclusivement dans
les régions littorales et que d’autre part ils vivent très longtemps
en captivité, on peut affirmer que Stegomyia fasciata a été impor¬
tée par les bateaux dans les porfs de la Mer Noire, où il a trouvé
des conditions climatériques convenables pour son extension. On
connaît d’ailleurs d’autres exemples d’un tel mode de propagation
d’insectes.
Il faut de plus noter que ces insectes ont été surtout trouvés à
Batoum et à Poti, les deux ports de la mer Noire qui se trouvent
en rapport constant et fréquent avec l’ Amérique du sud, l’E¬
gypte, etc....
On est frappé par la facilité avec laquelle ces insectes s’adaptent
à des conditions climatériques défavorables. Ainsi, tous les au¬
teurs disent que Stegomyia fasciata vit exclusivement dans les
pays chauds et humides où la température oscille entre 22 et 350.
5(J2 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Or à Batoum, le thermomètre descend en hiver jusqu’à 6°6 ; à Poti,
l’hiver est encore plus rigoureux.
On ne peut pas invoquer ici l’importation périodique (saison¬
nière) du moustique dans ces régions. Ces insectes sont dans le
pays depuis longtemps, apparaissant au commencement de l’été et
disparaissant en octobre. Il est incontestable, comme l’ont égale¬
ment montré nos propres recherches, que les insectes ailés ne peu¬
vent pas supporter la température de l’hiver.
Il est évident que les moustiques passent l’hiver à l’état lar¬
vaire, les larves étant peu sensibles aux oscillations de tempéra¬
ture. Ainsi, Clarac a sou\Tent trouvé des larves de Stegomyia
fasciata dans l’eau froide, marquant à peine 5°. On peut admet¬
tre qu’elles supportent des températures plus basses. Malheureu¬
sement, nous n’avons pas trouvé de gîtes d’hivernage du mous¬
tique; nous n’avons pu ainsi faire d’observation sur l’hivernage
des larves.
Je me suis demandé si la fièvre jaune n’a pas été importé à
Batoum en même temps que le Stegomyia fasciata. On connaît en
effet des cas d’épidémie de fièvre jaune importés en Europe,
comme l’épidémie des îles Baléares, celle de Livourne, de Gênes,
de Marseille et de Plymouth.
Ayant fait une enquête auprès des vieux habitants ainsi qu’au-
près des médecins, j’ai pu découvrir que l’été 1884 a été marqué
à Poti par une épidémie violente de malaria, à mortalité excep¬
tionnellement élevée. Malheureusement je n’ai pas trouvé de rap¬
port sur cette épidémie dans les archives médicales du pays.. Il
m’a donc été impossible de me renseigner sur les caractères précis
de cette épidémie. Il est bien possible qu’en 1884 les moustiques
aient été importés avec la fièvre jaune, mais que cette maladie ne
soit pas devenue endémique à cause justement du climat froid de
Poti. Quoi qu’il en soit, l’existence constante de Stegomyia fas¬
ciata sur le littoral de la Mer Noire est un danger permanent pour
la Russie, car la fièvre jaune peut toujours être importée dans ces
pays par les bateaux venant de l’Amérique du Sud et de quelques
autres de ses foyers plus rapprochés.
D’autre part, il ne faut pas oublier que les rapports commer¬
ciaux avec les pays exotiques deviennent de plus en plus actifs
d’année en année. On projette même d’établir à Batoum un port
libre ; si ce projet était réalisé, le danger d’une épidémie de fièvre
* *
jaune serait encore plus grand.
Séance du 8 Juillet 1914
593
Les faits que nous venons de citer indiquent la nécessité d’une
étude complète de la répartition géographique de Stegomyia fas-
ciata, de la destruction des moustiques dans les localités indiquées
plus haut, ce qui permettra non seulement de prévenir le pays de
la fièvre jaune, mais diminuera considérablement le pourcentage
des cas de malaria puisque les deux maladies exigent la même
lutte préventive (i).
Sur un dérivé du diaminoarsénobenzène
Par A. LAVERAN et D. ROUDSKY.
'î - *
M. Fourneau, chef de service à l’Institut Pasteur, a bien voulu
nous confier l’examen, au point de vue thérapeutique, d’un nou¬
veau dérivé du diaminoarsénobenzène qui a été préparé, dans le
laboratoire de chimie thérapeutique de l’Institut Pasteur par
M. Oechslin.
Le nouveau produit, dénommé Oi par MM. Fourneau et
Oechslin, nous paraît se rapprocher beaucoup, au point de vue de
ses propriétés thérapeutiques dans les trypanosomiases, de l’arsé-
nophénylglycine et il présente, sur ce dernier médicament, quel¬
ques avantages très appréciables.
L’arsénophénylglycine dont la préparation est très difficile ne
se trouve pas dans le commerce et si on réussissait à s’en procu¬
rer, le prix de revient serait très élevé. Le Oi est d’une préparation
relativement facile et, par suite, il pourra se vendre moins cher
que l’arsénophénylglycine, ce qui importe beaucoup pour le trai¬
tement des gros animaux.
L’arsénophénylglycine est très instable, la poudre sèche doit être
conservée à l’abri de l’air et de la lumière et les solutions s’altè¬
rent rapidement; le Oi est beaucoup plus stable; la poudre, d’un
i
jaune clair, très soluble dans l’eau, se conserve bien dans des tubes
scellés, alors même que ces tubes contiennent un peu d’air; les
solutions aqueuses se conservent bien, pendant 8 jours au moins,
dans des ampoules scellées renfermant très peu d’air.
‘ ' ‘ V
(i) Lorsque ce travail était terminé, nous avons été informé que le
Dr Gourko a trouvé Stegomyia fasciata également à Tifli.s, où ce moustique
a pu très bien être importé de Batoum par chemin de fer.
594
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le Oi est moins toxique que l’arsénophénylglycine. Une sou¬
ris de 20 g. saine, supporte io mg. du produit, alors qu’une souris
du même poids est tuée par 8 mg. d’arsénophénylglycine. Confor¬
mément à une règle générale bien connue, les animaux trypano-
somés sont plus sensibles au médicament que les animaux sains.
Dans la pratique, il ne faut pas dépasser, pour une souris de
20 g. trypanosomée, 5 mg. ; pour un cobaye de 500 g. environ.
5 cg. ; pour un chien de 10 kg., 25 cg.
Contrairement à ce qui a lieu avec l’arsénophénylglycine, on
peut faire, sans danger, des traitements successifs avec. Oi chez le
même animal.
En injections sous-cutanées, les solutions sont irritantes ; elles
provoquent des œdèmes douloureux assez persistants et parfois
des gangrènes cutanées. La solution à 4 °/Q dans l’eau distillée, a
été injectée sans aucun inconvénient dans la veine saphène des
chiens.
La stérilisation dans l’autoclave augmente la toxicité du pro¬
duit ; nous avons filtré sur bougie les solutions destinées aux injec¬
tions intraveineuses.
Le composé Oi que nous avons employé dans les infections
produites par Trypanosoma Brucei, Tr. gambiense, Tr. rhode-
siense, Tr. dimorphon et Tr. congolense, chez la souris, le cobaye
ou le chien, a montré une activité tout à fait comparable à celle de
l’arsénophénylglycine. Chez des souris fortement infectées par
Tr. Brucei , par Tr. rhodesiense ou par Tr. dimorphon , les trypa¬
nosomes ont disparu en quelques heures à la suite d’une injection
sous-cutanée du produit et des guérisons ont été obtenues à la suite
d'une seule injection de 5 mg. ou de trois injections de 2 à 3 mg.
Pour ce qui concerne les cobayes et les chiens la disparition des
trypanosomes de la grande circulation a été très facilement obte¬
nue, mais nous ne savons pas encore si des rechutes se produiront
et dans quelle proportion.
L^n cobaye infecté avec une race de Tr. gambiense résistante à
l’atoxyl que notre collègue M. L. Martin a bien voulu mettre à
notre disposition a été traité avec succès par le nouveau produit.
Bien que nous ne soyons pas encore entièrement fixés sur la
valeur thérapeutique du produit Oi, nous avons pensé qu’il était
utile de le signaler à l'attention des médecins et des vétérinaires
qui, ne pouvant pas se procurer de l’arsénophénylglvcine, recher¬
chent un produit similaire.
Séance du 8 Juillet 1914
595
M. LaüNOY. — A la demande de M. OECHSLIN j’ai étudié l’action
cardio-vasculaire de son dérivé arsénical O1. Une étude prélimi¬
naire me permet de dire que : La dose thérapeutique, soit o g. 20
injectée par voie veineuse, à un chien de 12 kg. chloralosé ne pro¬
duit aucune action sur la pression carotidienne ; on note toutefois
une très légère diminution de l’amplitude des contractions cardia¬
ques ainsi qu’une augmentation de leur nombre ; ces phénomènes
sont passagers. La répétition de la même dose ou d’une dose
supérieure : o g. 30 ne produit aucune action appréciable. Donc,
pour au moins deux injections de la dose thérapeutique il n’y a
pas d’effets cumulatifs.
Ce n’est qu’avec une dose de o g. 50 (donc 1 g. injecté en 3 fois
à dix minutes d’intervalle) que nous pouvons constater une actioii
toxi-cardiaque, immédiate. Celle-ci s’apprécie nettement par une
grande diminution de l’amplitude des contractions, dont le nombre
est augmenté ; ce phénomène est durable. Il s’accompagne d’une
très légère diminution de la pression sanguine. Notons aussi, que
les mouvements respiratoires sont augmentés de nombre, mais
diminués d’amplitude. En résumé, la dose thérapeutique du dérivé
arsénical O1, injectée par voie veineuse, ne détermine, chez le
chien, aucune action toxi-cardiaque.
M. Mesnil. — J’ai dit, à la fin de ma note avec M. Ringenbach
(v. p. 618), que le Trypan. rhodesiense G, résistant à l’atoxyl, est
sensible à l’arsénophénylglycine et à un corps voisin préparé par
M. ŒCHSLIN, au laboratoire de M. FOURNEAU (1). C’est aussi un
dérivé du diaminoarsénobenzène, d’une autre série, dont M.
CCchslin aonnera prochainement les caractéristiques chimiques.
Ce corps, dénommé OK1, a, au point de vue de la stabilité, des
avantages analogues à ceux que M. Laveran vient de signaler
pour le corps O1. Nous avons constaté, M. MOTAIS et moi, l’acti¬
vité de ce composé sur le nagana des souris (pas de récidive au
bout de 30 jours, après injection unique de o cg. 3) et sur les
infections à Tr. gambiense des souris et des rats. Jusqu’ici, ii
(1) Sur les instances de notre collègue M. le D*' Aubert, Directeur de l’Ins¬
titut Pasteur de Brazzaville, qui désirait continuer ses expériences de pro¬
phylaxie chimique avec l’arsénophénylglycine, M. Fourneau, chef du service
de Chimie thérapeutique à l’Institut Pasteur, avait chargé M. Œchslin de
préparer ce composé. C’est au cours de ses recherches pour obtenir une arsé-
nophénylglvcine stable que M. Œchslin a préparé le nouveau composé dont
il est question ici.
596 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
paraît comparable comme action thérapeutique à l’arsénophényl-
glycine.
De l'urobilinurie dans les congestions
hépatiques d’origine palustre
Par P. BRAU.
A la suite de la lecture d’un article du Dr Roux (i) où l’on citait
parmi les éléments intéressants du diagnostic des complications
hépatiques de la dysenterie, la constatation de la présence de l’uro¬
biline dans les urines, nous avons entrepris systématiquement cette
recherche dans tous les cas de congestion du foie qu’il nous a été
donné de rencontrer pendant la durée de l’année i q 1 3 .
Les réactions étaient pratiquées avec la plus grande précision par
notre excellent camarade Lahille qui tenait à nous faire constater,
dans chaque cas évident l’existence de fluorescences très nettes.
Or ces cas ont été des plus rares, quatre à peine sur une tren¬
taine de sujets présentant des symptômes cliniques très nets de
congestion du foie en même temps qu’une gêne diaphragmatique
évidente, au cours d’examens radioscopiques.
Les sujets atteints d’urobilinurie ont présenté de plus des diffé¬
rences notables dans l’évolution de leur maladie. Ils ont pu être
différenciés ainsi assez nettement des 26 autres cas, franchement
négatifs.
Tout d’abord, nous avons constaté dans la première catégorie
de malades, une singulière inefficacité des piqûres d’émétine. Non
seulement les phénomènes congestifs locaux ne paraissaient nulle¬
ment amendés par des injections à la dose maxima journalière de
° g. ï5 c g., mais encore, des exacerbations thermiques se produi¬
saient manifestement.
Nous avons essayé alors, d’employer dans ces cas, plus rebelles,
des injections sous-cutanées de chlorhydrate de quinine à haute
dose (jusqu’à 1 g. 50 c g.) mais à raison de o g. 25 cg. seulement
par centimètre cube (2).
Dans notre pensée, la quinine était seulement employée comme
(1) Bulletin de la Société médico-chirurgicale de l’Indochine, t. III, 1912.
(2) En conformité des prescriptions de le Prof. Laveran.
Séance du 8 Juillet 1914
597
parasiticide antiamibien, en présence de l’échec évident de l’émé¬
tine, spécifique de choix, préconisé par Rogers. Nous ne pensions
nullement avoir affaire à des cas paludéens, car des examens répé¬
tés du sang périphérique ne nous avaient jamais fait constater la
présence d’hématozoaires. Les formules leucocytaires soigneuse¬
ment établies à plusieurs reprises indiquaient seulement un faible
excès de polynucléose (72 0/0 en moyenne), mais une hypoéosino-
philie assez marquée (de 0,8 à 1 0/0).
Par contre, il existait une assez forte proportion de gros mono¬
nucléaires (de 8 à 10 0/0 en moyenne).
Nous pouvions donc nous croire, d’après ces examens hématolo-
giques, assez autorisé à porter dans ces cas douteux les diagnos¬
tics de congestion hépatique survenant chez un sujet déjà débilité
par l’anémie palustre.
D’ailleurs une mononucléose moyenne est pour ainsi dire de
règle chez presque tous les sujets qui ont un certain temps de
séjour en Cochinchine.
Mais l’évolution clinique de ces quatre cas, déjà anormaux par
suite de la présence de l’urobilinurie, nous a fourni par ailleurs
d’autres différences sensibles avec les autres cas négatifs. Chez les
premiers, en effet, l’administration intensive de la quinine conti¬
nuée pendant quatre ou cinq jours, a fait baisser un peu lentement,
mais sûrement, la température et rétrocéder graduellement tous les
symptômes congestifs du côté du viscère (augmentation de volume,
douleur localisée, scapulalgie et gêne diaphragmatique).
Ne croyant toujours pas, du moins dans les débuts, qu’il pou¬
vait s’agir là de cas paludéens, nous avons cru pouvoir reprendre
les injections d’émétine quand la baisse thermique paraissait bien
établie.
Nous avons pu voir alors, contrairement à toutes nos prévisions,
la température brusquement remonter et une singulière exacerba¬
tion se produire qui paraissait bien être encore le fait de l’émétine.
Mais la quinine, heureusement, conservait aussitôt qu’elle était
reprise, toute son efficacité primordiale et rien dès lors n’enrayait
plus révolution assez lente vers une amélioration définitive.
En présence de constatations aussi nettes, nous nous sommes
demandé si nous n’étions pas là en présence de cas de congestions
d’origine purement palustre.
L'existence de ces congestions de nature « plutôt plastique que
suppurative » selon l'expression de Patrick Manson, semble bien
42
598
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
admise aujourd’hui par tous les auteurs, mais leur symptomatolo¬
gie et surtout leur diagnostic différentiel sont encore loin d’être
complètement élucidés.
Il nous a semblé dès lors que la constatation de l’urobiline pou¬
vait fournir un précieux symptôme de différenciation en faveur du
paludisme.
Mais avant de formuler à ce sujet des conclusions fermes, nous
tenons à réunir et à présenter un faisceau plus important d’observa¬
tions.
Il a fallu la lecture récente d’un article des Annales d' Hygiène
et de Médecine Coloniales (i) pour nous décider à hâter un peu
cette publication de la présente Note, destinée surtout à nous
faire prendre rang dans la question.
Cet article résume un travail paru dans le Journal of Trop. Med.
and Hygiene , du Ier août 1913, sous la signature du Dr Atkinson,
de Hong-Kong.
L’auteur utilisant la réaction de Schlesinger pour la recherche
de l’urobiline à l’aide d’une solution alcoolique d’acétate de zinc à
1 pour 10 a obtenu des résultats positifs pour toutes les urines de
paludéens, quelle que soit la forme de leur paludisme et même en
l’absence de la constatation de parasites dans le sang périphé¬
rique.
Ne connaissant nullement ses travaux nous sommes donc arrivés
à des conclusions identiques, du moins, dans le cas particulier des
congestions hépatiques d’origine palustre. On voit de quelle impor¬
tance peut être, pour leur diagnostic et leur traitement, la consti¬
tution de cet important symptôme : l’urobilinurie.
Hygiène des indigènes des îles de la Loyauté
Par L. COLLIN.
Des conditions hygiéniques déplorables dans lesquelles vit l’in¬
digène des Loyalty, découle, naturellement le mauvais état sani¬
taire que nous avons relevé dans presque tous les villages.
L’habitation est une case canaque, conique, en paille, le plus
(1) 1914, n° 1.
/
Séance du 8 Juillet 1914
599
souvent, à une seule ouverture qui est loin de suffire à l’aération
pourtant nécessaire. Durant le jour, mais principalement la nuit,
la case où gît la famille éparse sur des nattes crasseuses masquant
le sol, est soumise à un enfumage, méthodique, régulier. Dans la
fraîcheur, parfois très vive, du lever du jour, le canaque quitte
cette case enfumée et chaude, sans souci du refroidissement, pour
aller s’accroupir, immobile, dans les alentours, pendant des heures.
Le plus souvent, il tousse et crache pour ramoner de ses bron¬
ches, l’enduit noirâtre qui les tapisse.' On conçoit, aisément, com¬
bien ces pratiques produisant, à la longue, une véritable anthra-
cose, peuvent prédisposer l’indigène aux affections pulmonaires
qui le déciment.
Devant les cases, le sol est, en général, jonché de feuilles sèches
de cocotiers qui forment une sorte de tapis rarement renouvelé
où, pendant la journée, toute la famille sème ses parasites et les
germes infectieux des plaies. Des volailles maigres, affamées et
audacieuses, — des petits porcs gris, — des chiens étriqués plus
ou moins filariés rodent autour de la case, cherchant pitance. Des
trous béants, à portée d’homme, dans les troncs de cocotiers, sont
des réservoirs naturels d’eau de pluie : poussières, débris végé¬
taux, larves d’insectes en abondance (stégomyia) souillent cette
eau d’alimentation qui, primitivement recueillie par les branches
de l’arbre, s’était écoulée le long du stype, jusqu’au réservoir où
la guide une ceinture de branchages.
Les puits, creusés, pour la plupart, sur les indications des mis¬
sionnaires, sont nombreux à Lifou, plus rares à Maré qui possède
un plateau plus élevé. Leur grande profondeur (environ 30 m. à
Lifou), (40 m. à Maré) jointe à la paresse naturelle des indigènes
que tout effort un peu pénible rebute, fait que, dans chaque vil¬
lage, on tire à peine l’eau nécessaire à l’alimentation des bêtes et
des gens. C’est un spectacle curieux que de voir sur les places,
les chevaux s’insinuer parmi les indigènes, pour arriver les pre¬
miers au seau qui parvient à la margelle du puits. Malheureuse¬
ment, le plus souvent, cette eau est saumâtre, à peine potable.
Les animaux s’y accoutument cependant. Aussi voit-on, dans
certains points des îles (notamment à Maré) des citernes rudi¬
mentaires, entourées d’un large entonnoir fait de tôles ondulées.
En résumé, la rareté de l’eau douce contribue à entretenir chez
les indigènes, des habitudes de malpropreté. Les parasites abon¬
dent, à tel point, que les missionnaires catholiques font couper
600
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ras, les cheveux aux femmes. Les hommes ont pris l’habitude,
pour se débarrasser de leur vermine, de se passer les cheveux à
la chaux, dans un but, à la fois, d’esthétique et d’hygiène.
Plus accusée dans les villages de l’intérieur où la lèpre sévit d’ail¬
leurs, avec plus d’intensité (H’melck-Wuiwatoul à Lifou par exem¬
ple, d’après LEBŒUF), la malpropreté de l’indigène est moins
patente au bord de la mer. L’habitude des bains d’eau salée, avec
frictions de sable et de jus de citron remplacent mal le lavage
à l’eau douce avec savonnage énergique qu’il serait nécessaire
d’inculquer à ces populations. L’usage régulier du savon de Mar¬
seille sera pour le canaque des Loyalty, le plus grand des bien¬
faits.
Les mouches qui abondent aux îles de la Loyauté à certaines
saisons, ne contribuent pas peu à la dissémination des germes
microbiens. Attirées autour des cases, par des immondices
de toutes sortes qui en parsèment les abords, elles couvrent les
aliments ou les fruits suspendus, se traînent sur le visage des
indigènes endormis et des enfants, formant autour des yeux, de
la bouche, des collerettes noirâtres. De plus, se véhiculant de plaie
en plaie, on conçoit qu’elles arrivent à transmettre fréquemment
des éléments de lèpre et de tuberculose.
Quelques rares maisonnettes en maçonnerie possèdent deux
ouvertures ; ce sont, en général, celle du nata et du petit chef de
village. Exceptionnellement les grands chefs habitent de véritables
maisons européennes, baraquements aménagés où, sous les meu¬
bles et les lits, s’amoncellent une foule d’articles disparates. Mais
la case en pierre est pour la façade ; c’est la maison « à montrer ».
Le chef couche habituellement, tout comme ses sujets, dans la
paillotte indigène, bien enfumée, qu’il a fait construire derrière sa
demeure officielle.
Aperçus démographiques sur les îles de la Loyauté
Par L. COLLIN.
• • *\ >***'•’• * * • » *
s
Au cours de notre tournée médicale, dans les deux îles princi-
pales de notre archipel des Loyalty, nous avons noté, en dehors
de notre service habituel, des observations qui, quoique un peu
Séance du 8 Juillet 1914
601
hâtives et partant incomplètes nous semblent devoir intéresser au
plus haut point T avenir de cet archipel, dépendance de notre co¬
lonie du Pacifique.
A comparer les précédents recensements qui concernent la po¬
pulation indigène de ces îles, on trouve :
Il y a lieu de faire une légère réserve sur ces chiffres, car
certains villages, en effet (particulièrement à Lifou) possèdent plus
d’habitants que le dernier recensement n’en porte. Dans d’autres
points, au contraire, nous avons relevé, en tenant compte, évi¬
demment des absents réguliers, une population bien inférieure aux
chiffres donnés.
Des indices de dépopulation tout aussi importants nous pa¬
raissent être les suivants :
i° Affirmation des indigènes . — Une grande partie des chefs
de villages ou de districts (particulièrement à Maré) ne nous ont
pas caché leurs craintes de voir fondre peu à peu, la population
indigène.
2° La disparition totale on partielle de villages autrefois exis¬
tants. — Citons à Lifou : les villages de Caze, Nâtikemiwane,
Edheguen ; à Maré : les villages de Eage, Cureya, Ruet, Touo,
Ronane, Meurina, Carage, Naoulé, Nakud, Cakee, Chabadane,
Dadace, Wawekone.
Conclusion. — - De l’ensemble de ces signes, il ressort que la
dépopulation semble s’être accentuée, surtout à Maré, puis à
Lifou. La population d’Ouvéa paraît rester stationnaire.
Suivant nos recherches et l’enquête — un peu rapide — à la-
il nous fut possible de nous livrer, les causes de cette fonte pro¬
gressive de la population indigène des îles, résident dans la dimi¬
nution de la natalité par :
i° L 'exode des hommes adultes et des popinées sur la Grande
Terre où, soit bénévolement, soit sur l’ordre impératif des Chefs
agissant eux-mêmes sous l’impulsion des délégués de l’Adminis¬
tration, ou sur l’intervention d’entreprises privées, ils vont se
602
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
fixer, pour un temps plus ou moins limité, avec des emplois de
manœuvres, plantons ou domestiques.
Ouvéa et Lifou ont cessé, aujourd’hui, de fournir, des popinées
pour ne donner que des travailleurs, hommes; l’île Maré, seule;
continue à pourvoir les familles de la Nouvelle-Calédonie, de do¬
mestiques des deux sexes.
Nous avons encore noté, à l'île Maré, une minorité d’hommes:
i.ioi hommes pour 1.259 femmes vaccinés. Cette disproportion de
sexe est flagrante dans certains villages, par exemple:
Les indigènes d’Ouvéa qui jouissent de plus d’aisance, en rai¬
son d’une production de coprah plus élevée que dans les îles voisi¬
nes, se montrent aujourd’hui, assez rebelles à ces expatriations
dont ils ne sont pas sans ressentir les multiples inconvénients (in¬
troduction d’habitudes alcooliques, d’affections vénériennes, etc.)
20 La stérilité des ménages. — Il est difficile, en parcourant les
îles, de ne pas être frappé du petit nombre d’enfants rencontrés
dans les villages. Certains chefs plus avertis, s’en inquiètent visi¬
blement. Le grand chef du district de Guama (Maré) voyant là,
une menace grandissante, pour l’avenir de la race, insista auprès
de nous, à diverses reprises, pour en connaître la cause. Voici, à
titre d'indication, le pourcentage des ménages sans enfants relevé
dans certains villages:
Séance du 8 Juillet 1914
603
Si l’on rappelle que la stérilité varie chez la femme française de
14,3 à 16 % (Funck-Brentano), il n’est pas exagéré de penser,
que la stérilité des ménages à Lifou et à Maré se présente comme
un véritable danger social.
Ainsi documenté, nous avons, au cours de notre tournée dans
l’archipel, employé tous nos efforts à découvrir les causes d’un tel
coefficient de stérilité. Dans les nombreux examens médicaux (en¬
viron 530 à Maré et Lifou) que nous eûmes l’occasion de prati¬
quer, nous avons, dans ce but, chaque fois que cela fut possible,
procédé à des investigations, toujours délicates.
Grâce à l’autorité du Grand Chef Naisseline, nous avons pu
enregistrer l’examen aussi complet que possible, de 24 ménages
Maréens (6 de Menaku, 6 de Wabao, 12 de Netché et environs)
reconnus « coupables » de ne donner aucune descendance. Sans
entrer ici, dans le détail de nos observations, posons les constata¬
tions générales suivantes :
i° Absence complète d’hygiène générale chez la femme. Les
pratiques abortives assez répandues dans les tribus Néo-Calédo¬
niennes, nous ont paru être, ici, l’exception. Au contraire; la
popinée loyaltienne est, le plus souvent, désireuse d’avoir des en¬
fants.
20 Fréquence des métrites, périmétrites, salpingo-ovarites plus
ou moins chroniques, diagnostiquées (à défaut d'examen gyné¬
cologique plus complet) par des écoulements muco-purulents in¬
termenstruels, avec ou sans fièvre ; des points de côté, des douleurs
et de la pesanteur utérines; 17 femmes sur 24 examinées n'étaient
pas exemptes de ces signes.
30 La blennorrhée chronique chez l’homme est, pour ainsi dire,
la règle : 6 sur 6 au village de Menaku.
40 Constatation chez certains d’orchites anciennes d’origine trau¬
matique (2 cas), tuberculeuse (3 cas), blennorrhagique (3 cas).
Voilà déjà, semble-t-il, des raisons suffisantes pour expliquer
les coefficients de stérilité, anormalement élevés que nous ci¬
tions plus haut.
Il est établi, en effet, depuis longtemps, que la blennorrhagie
apportée dans le mariage par un des conjoints, est bien la prin¬
cipale cause (80 °/Q d’après Naegerath) de stérilité. Dans 827
cas de ménages stériles. Lier et Ascher ont trouvé, 121 fois la
blennorrhagie et Lawson Tait a posé, avec son indiscutable au-
(i04 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
r
torité que, « toute femme atteinte de périmétrie gonorrhéique est
vouée à la stérilité ».
Il n'est pas exagéré, non plus d’admettre que 25 °/Q de maria¬
ges stériles, aux îles de la Loyauté, le sont aussi par le fait de
l’homme porteur de testicules anciennement traumatisés, ou plus
souvent atteints d’infections antérieures (tuberculose, blennorrha-
gie).
On sait, en effet, avec quelle fréquence et quelle virulence la
tuberculose, sous toutes ses formes, frappe ces populations des
îles, Lebœuf prétend, à juste titre, qu’elle compte parmi les prin¬
cipaux facteurs de dépopulation (1). Nous avons, pour notre part,
relevé, en passant, dans les villages de Maré, environ 40' cas de tu¬
berculose apparente (ganglionnaire ou cutanée).
Signalons enfin que la mortalité infantile est, aux Loyalty, par¬
ticulièrement élevée, par suite du manque absolu d’hygiène qui
préside à l’élevage des enfants et fait d’eux, une proie indiquée
à la tuberculose, au tonga, et autres affections microbiennes cuta¬
nées, intestinales, ou pulmonaires qui foisonnent dans les villages.
En résumé à part la lèpre (stationnaire à Lifou, mais qui paraît
progresser à Maré) la blennorrhagie et la tuberculose nous parais¬
sent être, à l’heure actuelle, les deux grands ennemis qui vien¬
nent s’opposer au développement de la population des îles de la
Loyauté. Avec la présence constante sur les lieux, d’un médecin,
on pourra, seulement alors, arriver à vaincre les progrès de la
dépopulation en établissant la prophylaxie et le traitement de ces
redoutables et envahissantes affections.
(1) Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie, 1913.
Séance du S Juillet 1914
605
Mémoires
jgKg , .. • ; •
Infections de Mammifères
par des flagellés d’invertébrés
Par A. LAVERAN et G. FRANCHINI.
Dans des notes antérieures (i), nous avons montré que la souris
et le rat blancs peuvent s’infecter lorsqu’on leur injecte, dans la
cavité péritonéale, desflagellés de la puce du chien ou de la puce
du rat ( Herpetomonas ctenocephali ou H, Pattoni ), des flagellés
de Anopheles maculipennis ( Crithidia fasciculata ) ou encore des
flagellés de Melophagus ovinus (Cr. melophagi).
Nous avons observé des infections naturelles chez des souris et
chez des rats qui avaient séjourné dans un cristallisoir servant à
l’élevage des puces du rat, enfin nous avons constaté qu’il était
facile d’infecter des souris en leur faisant avaler des puces du rat
parasitées par des flagellés.
La figure I reproduit les principaux aspects sous lesquels se pré¬
sente Herpetomonas ctenocephali (2): éléments arrondis, mesurant
2 à 3 de diamètre, ou ovalaires, mesurant 2 à 4 ^ de long sur
1 y, 50 à 3 [J. de large, montrant après coloration au Giemsa,
comme les Leishmania, un noyau et un centrosome (1, 2, 3) ; élé¬
ments flagellés, souvent groupés en rosaces, ayant les caractères
des Herpetomonas et mesurant en moyenne, flagelle non compris,
10 y de long, sur 2 y de large; la longueur de la partie libre du
flagelle étant de 8 y environ (4, 5, 6, 7).
Les flagellés de la puce du rat Herpetomonas Pattoni (3) diffè¬
rent peu des flagellés de la puce du chien.
(1) A. Laveran et G. Franchini, Acad, des Sciences, Comptes rendus,
séances du Ier septembre et du 4 novembre 1913, du 16 février et du 16 mars
I9I 2 34-
(2) H. -B. Fantham, Brit. med. Assoc., Liverpool, juillet 1912 et Brit .
med. Journ., 2 nov. 1912. — W. Noller, Arch. f. Protistenk., 17 mai 1912.
(3) E. Chatton et P. Delanoë, Soc. de Biologie, 27 juillet 1912.
606
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
, j
Fig. 1. Différents aspects de Herpetomonas ctenocephali.
Gross. : 1.500 diamètres environ.
La figure II reproduit les principaux aspects sous lesquels se
présente Crithidia. fasciculata (i) de Anopheles macufipennis.
Chez les Anopheles d’Italie qui ont servi à nos recherches, les
formes Crithidia dominaient en général (fig. II, i), mais on trou¬
vait, mélangés à ces formes, des éléments ayant tous les caractè¬
res du genre Herpetomonas (fig. II, 2) et parfois ces dernières for¬
mes dominaient ( + ).
Le flagellé du mélophage dont l’existence fréquente dans le tube
digestif du Melophagus ovinus a été signalée, en 1895, par
L. Pfeiffer est aujourd’hui bien connu (2) sous le nom de Crithi¬
dia melophagi ; la forme Crithidia est ici la règle.
(1) Nous rappelons que, chez les Crithidia, il exite un rudiment de mem¬
brane ondulante à l’extrémité antérieure, tandis que, chez les Herpetomonas,
il n’y a pas trace de membrane ondulante.
(2) Voir notamment Ernst Pfeiffer, Zeitschr. /. Hyg., 19 mai 1905 ;
P.-C. Flu, Arch. fur Protistenkunde , 1908, et L.-D. Swingle, Journ. of
infect. Diseases, janvier 1909.
Séaxce du 8 Juillet 1914
607
Woodcock a émis l’opinion que le trypanosome du mouton re¬
présentait une forme de développement de Cr. melophagi (i).
Z
Fig. jll. Différents aspects du Flagellé de Anopheles maculipennis . —
1, éléments non flagellés et formes Crithidia. — 2, éléments non flagel¬
lés et formes Herpetomonas. Gross. : 1.500 diamètres environ.
L’infection des souris et des rats se traduit à peu près de la
même manière, qu’il s’agisse des flagellés des puces du chien ou
du rat, des flagellés de Anopheles maculipennis ou de Melophagus
ovinus.
On observe d’abord, dans les préparations de sang colorées au
Giemsa, de petits parasites endoglobulaires qui se présentent sous
l’aspect d’éléments ovalaires de i g, 20 à 2 g de long sur 1 ^ de
large ou sphériques de 1 g, 50 de diamètre en moyenne. Les plus
petits de ces éléments, ne possèdent qu’un noyau (fig. III, 2-4);
dans les plus gros, on voit, à côté du noyau principal, comme
dans les Leishmania, un blépharoplaste ou centrosome (5, 6). Un
certain nombre de ces éléments sont en division par bipartition.
Les formes Anaplasma (fig. III, 1) qui peuvent se rencontrer
dans le sang d’animaux neufs ne paraissent pas être de nature
parasitaire (2).
(1) H.-M. Woodcock, Quart. Journ. of microsc. Sc., novembre 1910.
(2) A. Laveran et G. Frànchini, Contrib. à l’étude des marginal points,
dans ce même numéro du Bulletin de la Soc. de Path. exotique.
608
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Lorsque l’infection est plus ancienne, on trouve souvent, dans
le sang, en plus des formes endoglobulaires, de rares parasites
libres, sphériques ou fusiformes ; les éléments fusiformes (non fla¬
gellés) mesurent 4 à 5 y de long, sur 1 y, 5 de large environ ; dans
le protoplasme qui se colore en bleu par le Giemsa, on distingue
un noyau et un centrosome.
Fig. III. I, forme Anaplasma dans une hématie de souris. — 2-6, parasites
endoglobulaires chez des soucis infectées avec les flagellés des puces
ou des Anopheles. — 7-14, parasites libres dans le sang, dans le foie, la
rate ou la moelle osseuse. — 15, 16, parasites libres envoie de division.
— 17-20, éléments flagellés. Gross. : 1.400 D environ.
Les infections des souris et des rats se terminent assez souvent
par la mort, bien que les parasites n’existent jamais en grand
nombre chez ces animaux. Lorsque les rats ou les souris ont sur¬
vécu un certain temps, on constate, à l’autopsie, une augmenta¬
tion de volume de la rate. Dans les frottis du foie, de la rate et
de la moelle osseuse, on trouve des parasites en nombre variable ;
contrairement à ce qui a lieu pour le sang, les formes libres, leish-
maniformes, dominent (fig. 7-16); dans quelques frottis du foie
nous avons noté l’existence d’éléments flagellés, toujours très ra¬
res ; ces éléments, ovalaires ou sphériques de 5 y de diamètre en¬
viron, ont un flagelle de 10 à 12 y de long; dans le protoplasme
bleu pâle, on distingue un noyau et un centrosome auquel aboutit
le flagelle (fig. III, 17-20); ces éléments sont parfois en division.
Les formes flagellées représentent évidemment un stade de l’évo¬
lution des éléments leishmaniformes.
609
Séance du 8 Juillet 1914
» *
*
* *
Depuis la publication de nos premières notes sur les infections
des souris et des rats au moyen des flagellés des puces, des Ano-
pheles ou de Melophagus ovinus, nous avons observé quelques
faits nouveaux sur lesquels nous désirons appeler aujourd’hui
l’attention.
A. Infection des souris par ingestion de fèces de puces du
rat. — Les observations qui suivent montrent qu’il est facile
d’infecter de jeunes souris blanches en leur faisant ingérer des
fèces de puces du rat parasitées par Herpetomonas Pattoni ; chez
la souris n° 4, les parasites ont été vus dans le sang dès le 3e jour
après l’ingestion des fèces. L’examen du sang des animaux en
expérience a toujours été fait avec beaucoup de soin avant de les
soumettre à l’inoculation ou à l’ingestion des flagellés.
1° Une souris blanche, du poids de 7 g., avale, à 3 reprises, les 13, 15
et 17 mars 1914, des fèces de puces de rat en suspension dans un peu d’eau
physiologique. — 18 mars, l’examen du sang de la souris révèle l’exi¬
stence de parasites endoglobulaires rares. — 20 mars, parasites endoglo-
bulaires rares, formes libres très rares. — 6 et 7 avril, parasites endoglo¬
bulaires non rares. — Le 9 avril, la souris qui paraît malade est sacrifiée ;
elle pèse 8 g., la rate pèse 6 cg. Parasites non rares dans le foie, la rate
-et la moelle osseuse.
2° Une souris blanche, du poids de 5 g., avale, à 2 reprises, les 16 et
18 mars 1914, des fèces de puces de rat. — 20 mars, l’examen du sang de
la souris révèle l’existence de parasites endoglobulaires rares et d’éléments
libres, leishmaniformes très rares. — 30 mars, parasites endoglobulaires
rares. — 2 avril, parasites non rares. — La souris qui paraît malade est
sacrifiée le 2 avril ; elle pèse 6 g. 50, la rate pèse 6 cg. Parasites non rares
dans le sang et dans le foie, très rares dans la rate.
3° Une souris blanche, du poids^de 7 £., avale, à 3 reprises, les 20, 23
et 26 mars 1914, des fèces de puces de rat. — 23 mars, l’examen du sang
révèle l’existence de parasites endoglobulaires très rares. — 26 mars,
parasites endoglobulaires non rares: parasites libres très rares. — 28 mars,
la souris qui paraît malade est sacrifiée ; elle pèse 5 g. ; la rate pèse 4 cg.
Parasites non rares dans le sang, rares dans le foie.
4° Une souris blanche, du poids de 12 g., avale le 14 avril 1914 des
fèces de puces de rat. — Les 17, 22 et 26 avril, l’examen du sang révèle
l’existence de parasites endoglobulaires rares. — Le 27 mars, la souris qui
est en bon état est sacrifiée pour un essai de culture des parasites; elle
pèse 12 g. ; la rate pèse 12 cg. Parasites rares dans le sang, très rares
dans le foie.
B. Infection du chien et du singe a l’aide de H. ctenocephali
et de H. Pattoni. — Nous avons publié déjà l’observation d’un
chien qui, inoculé à 3 reprises sur des souris infectées par H. cte¬
nocephali, a succombé à une complication, 50 jours après la pre-
610
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mière inoculation, et chez lequel des éléments leishmaniformes
existaient dans le foie, dans la rate, dans la moelle osseuse et dans
les ganglions axillaires, hypertrophiés ainsi que la rate ; un élé¬
ment flagellé a été vu dans un frottis de ganglion axillaire.
Deux autres essais d’infection du chien avec les Flagellés de
puces du chien ou du rat ont donné des résultats négatifs.
Chez deux Macacus cynomolgus, nous avons obtenu des infec¬
tions, très légères à la vérité, comme le montrent les observations
suivantes.
Un Mac. cynomolgus est inoculé le 11 février 1914, dans le péritoine,
avec le produit du broyage du foie et de la rate d’une souris qui s’est
infectée à la suite d’un séjour dans le cristallisoir servant à l’élevage des
puces du rat. — 1 8 et 19 mars 1914, l’examen du sang du macaque révèle
l’existence de parasites endoglobulaires rares et de parasites libres très
rares. — 23 mars, dans un frottis du sang du macaque, après coloration
au Giemsa, on trouve des parasites endoglobulaires rares et une forme
libre assez grosse avec 2 noyaux, un centrosome et un flagelle long et
mince partant du centrosome. — 26 mars, parasites endoglobulaires rares.
— Plusieurs examens du sang faits pendant le mois d’avril sont négatifs.
Le poids du singe n’a pas varié depuis le début de 1 expérience, il est
de 1 kg. 300.
Un Mac. cynomolgus est inoculé à trois reprises, les 23 et 24 mars et
9 avril 1914, avec le produit du broyage du foie et de la rate de souris
infectées avec Herpelomonas Paltoni ; une des inoculations est faite sous
la peau, les deux autres sont failes dans le péritoine.
Le macaque meurt le 14 avril 1914 ; on trouve des parasites libres, leish¬
maniformes, non rares dans le foie, très rares dans la rate.
C. Eléments leishmaniformes dans une lésion cutanée d'une
SOURIS INFECTÉE AVEC CRITHIDIA FASCICULATA.
Une souris blanche est inoculée le 20 février 1914 avec le sang du
cœur et le produit du broyage du foie d’une souris infectée avec les Fla¬
gellés de Anopheles maculipennis ; la souris qui fournit le virus a été ino¬
culée sur une souris infectée directement avec Crithidia fasciculala; elle
a des parasites leishmaniformes non rares dans le foie.
Le 7 avril, la souris inoculée le 20 février présente à la nuque une zone
de dépilation et un bouton déprimé au centre, la peau est épaissie, peu
hyperémiée ; on ne constate pas de croûte à la surface du bouton. Les
jours suivants, la zone de dépilation s’élargit ; le 21 avril, elle a l’étendue
d’une pièce de 50 centimes ; le bouton, toujours un peu déprimé au centre,
a augmenté de volume, il est le siège d’un léger suintement. Des frottis
faits avec le produit du suintement superficiel ne montrent, après colora¬
tion, aucun protozoaire. Dans les préparations faites avec le produit du
raclage du fond du bouton, on trouve au contraire des éléments parasi¬
taires semblables à ceux qui existent dans le sang, dans le foie et dans la
rate des souris infectées avec les Flagellés des puces ou de Anopheles macu¬
lipennis . Ces éléments, de forme ovalaire mesurent 1 y, 5 à 2 g, 5 de long
sur 1 u k 1 [x, 6 de large. Dans le protoplasme qui se teinte en bleu (frot¬
tis colorés au Giemsa), on distingue un noyau et parfois un centrosome;
les éléments ont alors une grande ressemblance avec les Leishmania ,
Séance du 8 Juillet 1914
011
cependant le centrosome est rarement bacilliforme comme chez L. Dono-
vani et L. tropica. On constate, le 21 avril, l’existence à l'épaule gauche
d’un très petit bouton avec croûtelle et zone de dépilation. L’examen du
sang fait les 21 et 22 avril est négatif ; il n’avait pas été fait antérieure¬
ment. — 23 avril, dans deux frottis faits avec le produit du raclage du
1 l 3 4 f , é
O O 0 Q Q S>
1 g . ? 40 41 11
4 d 0 d ® Q
Fig. IV. 1-6, éléments parasitaires trouvés dans les frottis du bouton de
la souris infectée avec les flagellés de A. maculipennis . — 7-12, élé¬
ments parasitaires dans une culture du sang d’une souris infectée avec
les flagellés de la puce du rat. Gross. 1.400 D. environ.
bouton de la nuque, légèrement incisé, on trouve des parasites plus rares
que le 21 . — 25 avril, l’examen du sang révèle l’existence de parasites
endoglobulaires très rares. — 28 avril, le bouton delà nuque paraîtêtre en
voie de guérison, les bords s’affaissent, la peau est moins épaissie» à ce
niveau ; le petit bouton de l’épaule gauche a disparu. La souris qui est en
bon état est sacrifiée le 28 avril 1914 Elle pèse 22 g. ; la rate pèse 12 cg.
2 souris inoculées, dans la région de la nuque, avec des parcelles de la
peau épaissie au niveau du bouton ne se sont pas infectées; des frottis faits
avec d’autres parcelles de cette peau contiennent des parasites identiques
à ceux qui sont décrits plus haut. Les frottis faits avec le sang du cœur
montrent de petits parasites endoglobulaires très rares. L’examen des
frottis de foie et de rate est négatif.
L’altération cutanée observée chez cette souris rappelle de très
près celle qui caractérise le bouton d’Orient.
D. Essais de culture. — Plusieurs essais de culture des para¬
sites dans le milieu de Novy simplifié ou dans le milieu de Bass
n’ont donné que des résultats très incomplets; les parasites n’ont
été trouvés qu’en petit nombre dans ces milieux (fig. IV, 7 à 12),
en trop petit nombre pour qu’il fût possible d’affirmer qu’il y avait
culture.
* *
Les résultats des expériences résumées dans cette note sont évi¬
demment favorables à l’opinion des auteurs qui supposent que les
Leishmania et les trvpanosomes des Vertébrés ont pour origine les
Flagellés des Invertébrés. Les éléments leishmaniformes que nous
avons trouvés chez les animaux infectés avec les Flagellés de pu¬
ces ou de moustiques sont très voisins de la Leishmania Dono-
vani ; une de nos souris a présenté une altération de la peau rap-
612
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pelant le bouton d’Orient. Les éléments flagellés qui ont été trou¬
vés très rarement il est vrai, autorisent à supposer que, dans des
Conditions particulièrement favorables, les Herpetomonas ou Cri-
thidia peuvent s’adapter chez des Vertébrés et se transformer en
trypanosomes. De véritables trypanosomes n'ont été vus chez
aucun des animaux mais, étant donné le nombre immense des in¬
fections naturelles de Vertébrés par des Invertébrés et la variété
des conditions qui y président, on peut concevoir que les résultats
obtenus dans un laboratoire, sur un nombre très restreint d’ani¬
maux, et dans un court espace de temps, soient très imparfaits à
côté de ceux que peut réaliser la Nature.
Sur le Trypanosoma rhodesiense et
ses affinités avec le Tr. gambiense
Quatrième Note
Par F. MESNIL et J. RINGENBACH.
Nous avons, des premiers, en 1911, étudié le Tr. rhodesiense et
nous nous sommes surtout préoccupés de le comparer au Tr. gam¬
biense. C’est ainsi que nous avons montré qu’un macaque, ayant
une solide immunité pour le Tr. garnb. de 2 origines congolaises,
s’infectait à la suite d’une inoculation de Tr. rhodes., mais avec
retard dans l’incubation et succombait moins vite que les maca¬
ques neufs infectés du même virus (1).
Laveran (2) a vu ensuite qu’un bouc, ayant acquis l’immunité
pour le Tr. gambiense après une infection assez légère, qui a
duré plusieurs mois, s’infecte par inoculation de Tr. rhode¬
siense et meurt assez brusquement au 35e jour, alors qu’une chè-
eue témoin, succombe en 43 jours après un affaiblissement gra¬
duel et des phénomènes morbides très accentués.
Comme on n’a pu jusqu'ici obtenir d'animaux guéris spontané¬
ment de leur infection à Tr. rhodesiense, il a fallu, à Mesnil et
Leger, pour tenter l’épreuve croisée, recourir à des souris guéries
par l’arsénophénylglycine de leur infection à Tr. rhodesiense,
k \ *■ » * •. ’ •
• • - » * ni»--. -
( 1 Mesnil et Ringenbach, C. R . Soc. Biologie, 29 juillet 1911.
(2) Laveran, ce Bull., t. V, 10 janvier 1912.
Séance du 8 Juillet 1914
613
et profiter de la courte période d’immunité qui suit la guérison.
Ces souris guéries ont montré une immunité assez marquée pour
le Tr. gambiense.
De tous ces faits, il y avait lieu de conclure que les deux virus
constituent deux espèces distinctes, mais voisines, en tout cas plus
voisines entre elles que d’autres espèces pathogènes.
Depuis lors, des Tr. rhodesiense d’autres origines humaines ont
été étudiés, en particulier en Afrique orientale; mais pour aucun
d’eux, la comparaison n’a été tentée avec le Tr. gambiense . Il
n’était pas, croyons-nous, sans intérêt, et de le faire, et même de
poursuivre les expériences d’immunité croisée avec le rhodes .
déjà étudié en 1911-1912, car à notre avis, en ce qui concerne l’im¬
munité croisée, les résultats négatifs sont moins probants que les
résultats positifs.
Nous avons donc saisi l’occasion d’étudier un Trypan. rhode¬
siense d’une autre origine, en priant notre excellent collègue
Wenyon, de nous procurer un des virus qu’il a fait connaître en'
collaboration avec Hanschell (i). Le virus, dont nous lui sommes
redevables, est noté G par les auteurs. L’observation du malade
qui a fourni le trypan. a été publié par Daniels (2) et Newham (3),
sous l’étiquette: Cas 16, W. G.
Le malade avait contracté son affection en Pdiodesia. Elle débuta
par de la fièvre le 25 septembre 1909, et le 2 octobre on trouvait des
trypanosomes. W. G... fut immédiatement traité jusqu’au 30 novem¬
bre par la soamine puis par l’atoxyL Ce traitement est repris le
10 février 1910 ; l’atoxyl administré aux doses courantes, ne faisant
pas disparaître les trypanosomes, on lui associa de l’émétine. Depuis
le 19 avril, le traitement est poursuivi, mais très irrégulièrement, sous
la forme d’injections d’atoxyl et d’émétique ; en octobre, on injecte
aussi une petite dose d’arsénophénylglycine ; mais à plusieurs reprises,
on retrouve des parasites. Le 6 novembre, on essaie alors une injec¬
tion intramusculaire de 606, mais les trypanosomes reparaissent le 22 ;
aussi, institue-t-on du 25 novembre au 10 décembre un traitement
uniquement à l’émétique, à raison d’une injection tous les deux ou trois
jours. Les parasites reparaissent le 10 janvier 1911 ; on donne alors
de l’atoxyl (3 grains) tous les trois jours ; mais de temps en temps
encore on retrouve des trypanosomes. Une injection intraveineuse de
salvarsan en juin reste sans succès ; on revient jusqu’au 31 octobre
1911 à un traitement mixte atoxyl-émétique. Vers la fin du mois d’oc-
(1) C. M. Wf.nyon et H. M. Hanschell, Journ. of London Sch. of Trop.
Med., t. I, p. 34 et t. II, p. 123.
(2) C. W. Daniels, Journ. of Lond. Sch. Tropic. Medic., Vol. I, Part. 1,
décembre 1911, pp. 73-79.
(3) H. B. Newham, Ibid., Vol. II, Part II, avril 1913, pp. 144-146.
43
614
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tobre 1912, l’état du malade est tiès médiocre : la marche est difficile,
11 éprouve de la céphalée, les réflexes rotuliens sont exagérés. On le
traite par des injections intramusculaires d’atoxyl ; on note des retours
périodiques de fièvre, pendant lesquels il y a augmentation du nombre
des trypanosomes dans le sang. L’état va en s’aggravant de jour en
jour, et le malade succombe le 14 décembre après une crise épilepti¬
forme.
Le trypan. a été isolé en 1912 à trois reprises du sang du mala¬
de. Il yr a donc, à l’heure actuelle, approximativement 2 ans que
le virus a quitté l’organisme humain. Chez ce virus G, les formes
à noyau postérieur, données par Stephens et Fantham comme ca¬
ractérisant le Tr. rhodesiense , sont, d’après Wenyon et Hanschell,
particulièrement rares. C’est dire qu’il est extrêmement difficile
de différencier morphologiquement ce virus du Tr. gambiense ; il
était donc intéressant de le comparer biologiquement.
Wenyon et Hanschell ont montré que le rhodes. G est assez
virulent pour le rat, qui succombe en un temps variable de 12 à 39
jours, moyenne 20 jours environ. Nous l’avons reçu sur rat le
12 novembre 1913 et l’y avons conservé par passage jusqu’à la fin
de mai 1914; il déterminait des infections intenses qui ont amené
la mort des animaux en des temps variables de 5 à 18 jours (excep¬
tionnellement 25 jours); la moyenne, 11 jours, n’a pas diminué
au cours des passages.
Chez la souris, sur laquelle nous avons porté le virus dès no¬
vembre 1913 et l’y avons maintenu par passage, la maladie a mon¬
tré une allure encore plus variable que chez le rat ; les animaux
ont succombé entre 4 et 25 jours. Quand la maladie dure plus de
15 jours, il y a de véritables crises, les trypan, n’étant plus pré¬
sents à l’examen microscopique du sang. Ces derniers temps, mal¬
gré le nombre des passages, le virus est moins actif pour la souris
qui résiste plus de 20 jours.
Notons encore que, de 2 cobayes inoculés avec ce virus G, l’un
(inoculation sous la peau) a succombé en 19 jours, l’autre (inocu¬
lation dans le péritoine) en 79 jours. Toujours même inégalité
d’action.
Le virus apparaît donc comme non fixé pour les rongeurs, alors
que le Tr. rhodesiense que nous avons depuis 1911 (à ce moment, il
y avait environ 1 an qu’il était isolé de l’homme), s’est toujours
comporté comme un virus à peu près fixe. A l’heure actuelle, il
tue régulièrement la souris en 4 jours. 2 cobayes inoculés en no¬
vembre 1913, en même temps que ceux dont nous venons de par-
Séance du 8 Juillet 1914
615
1er, ont succombé, celui inoculé sous la peau en 28 jours, celui
inoculé dans le péritoine en 22. [2 cobayes inoculés dans les mêmes
conditions avec le Tr. gamb., virus G. y. du laboratoire, ont suc¬
combé respectivement en 49 et 90 jours].
Il était intéressant de savoir comment le virus rhodes. G. se
comporterait vis-à-vis de la chèvre et de le comparer à cet égard,
au premier virus, que nous appellerons A, gardé deux nouvelles
années sur souris. L’expérience a porté sur 4 chèvres, 2 ayant
acquis l’immunité pour le Tr. gambiense (1) et 2 chèvres neuves.
Une chèvre immunisée et une chèvre neuve ont été inoculées avec
chacun des 2 virus rhodesiense.
I. — Chèvres inoculées avec le virus rhodesiense A.
i° Chèvre ayant V immunité pour Tr. gambiense (chèvre B). —
Rappelons que cette chèvre a contracté une infection légère par
le Tr. gamb. qui n’a pas duré plus de 3 mois ; il en est résulté une
immunité pour ce virus. Inoculée ensuite à 2 reprises par le virus
Lanfranchii, puis par le gamb., la chèvre n’a plus montré qu’une
persistance de quelques jours des trypan.
Inoculée sous la peau de l’oreille, le 5 décembre 1913, avec le
rhod. A , la chèvre s’infecte ; mais les trypan. sont rarement présents
à l’examen microscopique direct du sang ; on en voit de très rares les
3, 10, 17 et 30 janvier. Le sang est infectant pour la souris. Deux
souris, qui reçoivent le 16 décembre 1/2 cc. de sang, sont prises
21 et meurent le 22-23.
Fièvre d’invasion à deux secousses (dès le 6 et le 14) ; puis fièvre
à caractère nettement récurrent.
Au début de janvier, la chèvre paraît malade : amaigrissement léger ;
poils de la tête piqués ; œdème de la face.
L’état persiste tout le mois et la chèvre succombe le 11 février dans
la soirée. De 31 kg. le 22 décembre, son poids était tombé à 20 kg.
La rate un peu hypertrophiée pèse 135 g. ; le foie est légèrement
congestionné, à surface marbrée. La capsule de Glisson des reins ,
un peu mous, se détache facilement. Les poumons montrent de la con¬
gestion hvpostatique. Pas d’épanchement péritonéal ou péricardique.
Kératite simple et dacryocystite.
Durée de la maladie : 68 jours.
20 Chèvre neuve B' . — Chèvre adulte pesant 45 kg.
Inoculée en même temps que la précédente (5 décembre), la chèvre
(1) Ce sont les chèvres B et C qui ont servi à Mesnil et Blanchard pour
l’identification du virus Lanfranchii (v. ce Bull., séance de mars, p. 198).
616 Bulletin de la Société- de Pathologie exotique
s’infecte ; mais les trypan. sont également rarement présents à l’exa¬
men microscopique du sang ; on en voit de rares le 21 et le 23 décem¬
bre. les 3, 17 et 18 janvier. Deux souris inoculées le 16 décembre cha¬
cune avec 1/2 ce. de sang sont prises le 21 et succombent l’une le
21-22, l’autre le 22-23.
Fièvre d’invasion atteignant 40°6 le 9 décembre ; puis fièvre à
caractère récurrent peu accusé.
Dès le début de janvier, la chèvre paraît amaigrie ; les poils de la
tête sont piqués ; il y a un léger oedème de la face.
La chèvre succombe le 18 janvier après avoir été couchée les jours
précédents. Elle ne pèse plus que 30 kg.
La rate , un peu grossie, pèse 112 g. Les reins sont congestionnés ;
hémorragies de la zone corticale. La capsule surrénale droite est éga¬
lement congestionnée. Poumons sains, sauf une forte congestion
hypostatique Epanchements péritonéal et péricardique.
* Œdème sous le feuillet séreux viscéral du cœur ; ecchymoses du
myocarde externe : rien à l’endocarde (1).
Durée de la maladie : 42 jours.
IL Chèvres inoculées avec le virus rhodesiense G.
i° Chèvre ayant V immunité pour le Tr. gambiense (chèvre C).
— Cette chèvre a eu une infection légère, n’excédant pas 3 mois,
produite par le virus Lanfranchii; éprouvée au Tr. gambiense à
3 reprises, elle se montre immune.
Inoculée le 5 décembre 1913 sous la peau de l’oreille avec le rhod. G,
la chèvre s’infecte, mais l’examen microscopique du sang est négatif
presque jusqu’à la fin.
Le 16 décembre, deux souris reçoivent 1/2 cc. de sang ; elles sont
prises le 21 et le 22 et meurent dans la nuit du 26-27.
Le 6 janvier, deux autres souris inoculées, sont prises le 13 et le 14 ;
l’une d’elles présente une infection avec crises et résiste jusqu’au
8 février.
Le, 23 janvier, deux nouvelles souris inoculées s’infectent encore.
Le même jour, on note une paralysie légère du train postérieur.
Le 25 janvier, on observe un trypan. à l’examen direct du sang.
Fièvre d’invasion atteignant 41° le 9 décembre ; puis fièvre à carac¬
tère récurrent assez accusé persistant jusqu’à la mort.
Le 26 janvier, la chèvre, très malade, est paralysée du train posté¬
rieur ; elle reste couchée. Elle succombe dans la nuit du 27 au 28 jan¬
vier. De 47 kg., le poids était tombé à 34 kg.
La rate est nettement hypertrophiée (poids ■— 222 g.) ; la pulpe-
est congestionnée et les corpuscules lymphatiques sont notablement
hypertrophiés. Le foie , hypertrophié, a une surface marbrée ; il est
décoloré (aspect de foie de porc). Les reins sont mous, leur surface
est marbrée ; ils paraissent atteints de dégénérescence graisseuse
(1) L’étude histologique des organes de cette chèvre et de la chèvre C, sera
traitée dans un travail de M. Ciuca ; la dégénérescence des tubes urinîfères
surtout est profonde.
Séance du 8 Juillet 1914
617
aiguë. Les poumons montrent cle la congestion et de l’œdème hyposta-
tique à gauche. Le cœur est mou, décoloré (aspect de cœur lavé).
Durée de la maladie : 5J jours ij2.
2° Chèvre neuve C\ — Jeune chèvre pesant 34 kg.
Inoculée en même temps que la précédente (5 décembre), la chèvr
s’infecte ; mais l'examen microscopique du sang, fait à diverse
reprises, est toujours négatif
Le 16 décembre, deux souris reçoivent 1/2 cc. de sang ; elles sont
infectées le 21, et meurent le 25-26.
Le 6 janvier, deux autres souris inoculées sont prises le 11, l’une
meurt le 17, l’autre a une infection qui dure jusqu’au 27.
Fièvre d’invasion allant progressivement jusqu’à 41°2 (le 11 décem¬
bre) ; puis fièvre continue à caractère légèrement récurrent.
Le 23 janvier, deux nouvelles souris inoculées s’infectent encore.
Depuis le 1er février, la chèvre présente de la paralysie du train
postérieur ; amaigrissement prononcé ; rien du côté des yeux, pas
de larmoiement. Elle succombe dans la nuit du 3-4 février. De 34 kg.,
le poids était tombé à 20 kg.
La rate n’est pas hypertrophiée (poids = 82 g.). Rien du côté du
foie. Les reins sont légèrement mous, un peu congestionnés. Les
poumons sont sains. Pas d’épanchements péritonéal et péricardique.
Le cœur est un peu décoloré.
Durée de la maladie : 60 jours 1/2.
En résumé, on voit que les 2 virus rhodesiense sont très actifs
pour la chèvre, malgré la longue série de passages qu’a subie le
virus A, et le caractère non fixé du virus G pour les rongeurs.
Ces virus tuent les chèvres immunisées contre le Tr. gambiense.
Pour le virus A, il y a eu une survie notable sur le témoin (68 jours
au lieu de 42) ; mais pour le virus G, la chèvre neuve a eu une sur¬
vie de quelques jours (60 1/2 au lieu de 53 1/2). Ces nouvelles
épreuves sont donc en faveur deda conclusion que Tr. gambiense
et Tr. rhodesiense sont distincts. Il serait à souhaiter qu’on pût
inoculer le Tr. rhodes. à un caprin ayant acquis l’immunité pour
le Tr. gamb. à la suite d’une infection très grave.
Il est intéressant de mettre en parallèle la forte virulence du
Tr. rhodesiense pour la chèvre, mise en évidence par tous les au¬
teurs et qui se maintient, alors que le virus est conservé pendant
des années sur de petits rongeurs, — et la virulence bien moins
accentuée du Tr. gambiense, du Tr. brucei, du Tr. ougandæ .
qu’on a comparés au Tr. rhodesiense.
En raison de la mort assez rapide des chèvres, les expériences
de pouvoir protecteur croisé des sérums nous ont donné peu de
Uj O
018 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
résultats. — Le sérum des 2 chèvres neuves, infectées par les virus
rhodesiense , ne s’est jamais montré actif vis-à-vis du Tr. gam-
biense (Cf. nos observations de 1912). Les sérums des chèvres B
et; B’ s’est montré actif (même à 1/ cm3, protection complète) sur
Tr. rhodes. virus A, mais presque pas sur le virus G (retards de
quelques jours). Le sérum des chèvres C et C’ s’est montré assez
actif sur le virus G, mais très peu sur le virus A.
Nous avons signalé, en 1911, ce fait inattendu que le Tr. rhodes.
se comporte, au point de vue de l’action du sérum humain,
comme les trypan. animaux du type nagana. Il était intéressant de
savoir si cette propriété était propre au virus A que nous avions
alors entre les mains ou pouvait être donnée comme caractère d’es¬
pèce. Or, nous avons constaté que le virus G est presque aussi sen¬
sible à l’action préventive et curative du sérum humain que le vi¬
rus A.
On a dit, à diverses reprises, que les infections humaines à Tr.
rhodesiense profitaient moins bien du traitement à l’atoxyl que
les infections à Tr. gambiense. Il en est ainsi du malade G dont
l’histoire est résumée au début de ce travail; il est vrai que le
traitement a été assez irrégulier.
Pour le virus A, Mesnil et Leger ont vu, et nous venons encore
de le vérifier, que l’atoxyl agit aussi bien sur les infections des sou¬
ris que pour le Tr. gambiense.
11 n’en est pas de même pour le virus G; il est assez résistant à
l’atoxyl. Des doses fortes (o cg. 3 pour 20 g.) n’arrivent qu’à faire
baisser le nombre des trypan. de la circulation, et encore cette ac¬
tion est inconstante ; une fois, les trypan. ont disparu en plus de
24 h., mais la souris est morte intoxiquée. Le rapport de la dose
toxique à la dose curative est donc un peu inférieur à 1.
Ces infections des souris sont guéries à la dose de o cg. 3 pour
20 g. par l’arsénophénylglycine ou un corps d’une série voisine,
préparé par M. Œchslin, au laboratoire de Chimie thérapeutique
de l’Institut Pasteur, dirigé par M. Fourneau.
Séance du S Juillet 1914
619
La filariose dans les régions de la
nouvelle frontière Congo-Cameroun.
Observations sur la transmission de
Microfilaria diurna et de Microfilaria perstans
Par J. RINGENBACH et GUYOMARC’H.
L’observateur qui, en Afrique équatoriale française, se livre à
l’examen microscopique du sang des indigènes, est frappé de la
fréquence dans ce sang des embryons de filaires.
Il existe différentes variétés de ces parasites :
La Microfilaria nocturna, embryon de la filaire de Bancroft,
à laquelle certains accordent un rôle prépondérant dans l’étiologie
de l’éléphantiasis arabum, de la chylurie, de l’adénolymphocèle, a
été signalée au Congo dans la région de Brazzaville. Pour notre
part, nous ne pouvions songer à pratiquer couramment l’examen
du sang des indigènes pendant la nuit, sans nous heurter de leur
part à une répugnance marquée, alors que nous éprouvions déjà de
sérieuses difficultés à opérer au grand jour ; nous ne pouvons donc
pas affirmer que la Microfilaria nocturna n’existe pas dans les
régions que nous avons traversées ; pourtant, à différentes repri¬
ses, dans les postes administratifs, l’élément indigène (interprètes,
boys, prisonniers, femmes de tirailleurs) a pu être examiné pendant
le sommeil sans que nous puissions mettre en évidence le carac¬
tère de périodicité escompté de cette forme de filariose.
Concurremment nous avons relevé, entre la mer et l’Ivindo 5 cas
d’éléphantiasis dont 3 du scrotum et 2 des membres inférieurs ;
entre la Sangha et la Lobaye, 17 cas ont été notés dont 10 chez
l’homme et 7 chez la femme ; entre la Lobaye et l’Ouham 4 cas :
2 hommes et 2 femmes.
La Microfilaria diurna existe un peu partout au Congo, Brumpt
l’a trouvée chez 18 % des indigènes du bassin central. Tout récem¬
ment Ouzilleau, dans le Haut M’Bomou, l’a rencontré chez 16 %
des indigènes, et dans la même région « l’adulte loa est loin d’être
une rareté » (1). Nous-mêmes l’avons observée fréquemment et
(1) Ouzilleau, Annales d'Hygiène et de Médecine coloniales, 1913, n° 3.
020 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
»
nous donnons, d’autre part, sur ce point des chiffres significatifs.
La forme adulte est très connue des indigènes du Gabon ; les
Pahoums en particulier l’appellent Eva, et lorsqu’elle apparaît
dans l’œil, ils essaient d’en opérer l’extraction à l’aide de petits
morceaux de bois taillés en pointe. Pendant le séjour que l’un de
nous fit à l’hôpital de Libreville, il eut l’occasion de constater la
fréquence de cette aftection chez les M’Pongués de la côte du
Gabon et dans presque tous les cas la Microfilaria diurna existait
dans la circulation périphérique.
Au cours de la Mission de délimitation, nous avons pu recueillir
cinq observations de « filaires de l’œil » ; trois proviennent des
habitants mêmes de la région (Pahouins), la quatrième est celle
d’un porteur Loango, la cinquième celle d’un Européen de la pre¬
mière section ; dans deux cas seulement il existait dans le sang
des microfilaires à gaine. Chez les quatre indigènes, nous fûmes
assez heureux pour extraire le parasite qui se présenta chaque
fois entre la conjonctive et la sclérotique.
Après instillation dans l’œil de quelques gouttes d’une solution de
chlorhydrate de cocaïne à 2 0/0, le ver est saisi par une de ses extrémités
(la plus externe) à travers la conjonctive, une légère boutonnière est faite
à la muqueuse à l’aide de ciseaux fins, et une seconde pince pénètre par la
plaie opératoire et saisit l’extrémité restée libre du parasite. Il est préfé¬
rable d’agir seul et de ne pas confier à un aide, comme on l’indique en
général, la pince qui a saisi la filaire; le plus souvent, cet aide sugges¬
tionné par ce qu’il croit être la fragilité de l’œil, desserre inconsciemment
les mors de l’instrument et laisse échapper le parasite. Il est nécessaire
d’avoir des pinces et des ciseaux de petite dimension, de pratiquer à la
muqueuse une solution de continuité complète mais réduite, et d’opérer
rapidement car il se produit toujours une petite hémorragie, et le sang,
en s’étalant sur le globe oculaire, masque complètement le champ opéra¬
toire; il devient alors inutile de prolonger la manœuvre qui dans ce cas
reste le plus souvent stérile.
Chez l’Européen précité, le parasite se présenta tout à l’angle
externe de l’œil gauche, et il nous eût fallu un blépharostat pour
permettre l’ouverture maxima des paupières et opérer ainsi utile¬
ment ; la filaire disparut sans que nous ayons pu songer à l’ex¬
traire ; cet Européen présenta par la suite une série d’œdèmes qui
se localisaient surtout au niveau des régions péri-articulaires ; le
poignet, l’épaule, l’articulation tibio-tarsienne furent alternative¬
ment touchés ; ces œdèmes étaient généralement surmontés d’un
placard érythémateux de la largeur d’une pièce de cinq francs et
dont la teinte rosée allait s’accentuant du centre à la périphérie,
ile entraînaient avec eux une impotence fonctionnelle plus ou moins
Séance du 8 Juillet 1914
621
marquée, mais disparaissaient toujours au bout de quatre à cinq
jours sans laisser aucune trace. D’autres fois l’oedème ne durait
que quelques heures et ne s’accompagnait d’aucun exanthème ,
ces variations, croyons-nous, sont en rapport étroit avec la mobi¬
lité plus ou moins grande du parasite.
Cinq autres Européens, dont trois de la section Sud-Cameroun
et deux de la section Est-Cameroun, présentèrent également ces
œdèmes péri-articulaires et l’érythème décrit plus haut. Chez l’un
d’eux la localisation portait plus particulièrement sur la paume
de la main qui devenait le siège d’un gonflement volumineux et
douloureux persistant parfois 8 à io jours, un autre fut atteint au
niveau des bourses d’un œdème fugace qui disparut au bout d’un
jour. Depuis leur rentrée en Europe, ces manifestations se pro¬
duisent encore à intervalles plus ou moins rapprochés. Différentes
centrifugations du sang ont été faites sans qu’il soit possible de
déceler d’embryons filariens ; pourtant nous croyons fermement
que oes troubles sont imputables à la Filaria loa, car ils sont en
tous points semblables, à ceux présentés par le premier européen
pour qui l’apparition du parasite sous la conjonctive oculaire
permit de poser le diagnostic.
Les mêmes symptômes se retrouvent chez l’indigène et de nom¬
breux individus parmi nos tirailleurs et nos porteurs que nous pou¬
vions visiter chaque jour, vinrent nous trouver avec des œdèmes
siégeant en différents endroits du corps, mais le plus souvent à la
partie inférieure de la surface antéro-externe de l’avant-bras ;
nous insistons particulièrement sur cette localisation rencontrée
dans au moins 50 % des cas ; très fréquemment le sang des mala¬
des contenait des Micro filaria diurna.
La Microfilaria perstans est la plus commune des microfilaires
existant au Congo : BRUMPT l’a trouvée 47 fois sur 100 dans le
bassin central. OuziLLEAU, dans le Haut M’Bomou, donne une
moyenne de 70 % chez les individus âgés d’au moins dix ans. Elle
est un hôte habituel du sang de l’indigène des régions que nous
avons parcourues ; il l’héberge à son insu, et dans la plupart des
cas ne s’en trouve point autrement incommodé. Elle atteint aussi
l’Européen qui semble réagir davantage à l’infection ; il n’est pas
rare de noter chez lui des poussées d’urticaire, des crises de
prurit, parfois même de violents accès de fièvre qui peuvent avoir
un retentissement marqué sur l’état général. La forme adulte se
(322
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rencontre très rarement, nous ne l’avons pour notre part jamais
vue.
La Microjilaria perstans s’associe souvent dans le sang avec
d’autres microfilaires, 30 fois sur 100 avec M. diurna dans le
M’Bomou, dit OUZILLEAU, 10 fois sur 100 dans l’Ouellé, suivant
BRUMPT ; nous avons pu établir nous-mêmes une proportion pour
le Gabon ; nous en donnons les chiffres plus loin.
Une quatrième espèce, la Filaria volvulus, a été signalée pour la
première fois par BRUMPT sur les bords de l’Ouellé, 5 % des pê¬
cheurs et des voyageurs en seraient atteints, Récemment, Ouzil-
LEAU, dans une étude très documentée sur l’éléphantiasis dans le
M’Bomou (1), concluait que « tout individu éléphantiasique sans
exception est infesté par la Filaria volvulus : dans tous les cas on
rencontre des embryons dans ses ganglions inguinaux ; dans
44,3 % des cas on rencontre en même temps des kystes contenant
les adultes ; dans 55,7 % des cas l’adénite seule, présentant des
Microjilaria volvulus, peut être décelée ». L’un de nous, qui fit un
séjour dans la région des Sultanats du Haut-Oubangui, eut maintes
fois l’occasion de constater ces petites tumeurs à Filaria volvulus .
siégeant le plus souvent à la paroi thoracique ; nous croyons que
cette espèce de filaire existe aussi dans certaines régions du
Gabon ; au village de Bougouben près de l’Okano, au village
d’Akar sur les bords de l’Ouah, nous avons vu deux indigènes por¬
teurs de petites tumeurs intercostales absolument analogues aux
kystes à Filaria volvulus; ces kystes s’accompagnaient dans les
deux cas d’hypertrophie des ganglions inguinaux qu’il eut été
intéressant de ponctionner, mais il nous fut impossible de faire
accepter cette opération. Au surplus il ne nous fut pas donné de
constater dans cette région une recrudescence particulière de
l’éléphantiasis, affection relativement rare au Gabon ; par contre,
entre la Sangha et la Lobaye, entre la Lobaye et l’Ouham où cette
maladie est plus fréquente, il n’y eut aucune observation de kystes
à Filaria volvulus.
La contamination de ces différentes variétés de filaires a lieu
par l’intermédiaire d’insectes piqueurs ; le fait a été démontré pour
le Culex fatigans et la Filaria bancrofti. Sans aucun doute la
plupart des moustiques doivent jouer un rôle important dans la
propagation de ces affections : les glossines ont été accusées dans
(1) Ouzilleau, ce Bulletin, t. VI, 1913, et Annales d’Hygiène et de Méde¬
cine coloniales, 1913, n08 3 et 4.
Séance du S Juillet 1914
623
le cas de la Filaria volvuius. 11 existe au Gabon et au Moyen-Congo
entre la Sangha et la Motaba, une mouche très fréquente surtout
en saison des pluies et que les jPahouins dénomment Oseun ;
c’est un Chrysops ( Chrysops centurionis Austen) (i). Cette mou¬
che harcèle l’homme, ne l’abandonne que gorgée de son sang et
bien des fois nous avons retrouvé après dissection de l’estomac
de ce diptère des embryons de filaires à gaine identiques à
M. diurna et de filaires sans gaine identiques à M. perstans ; nous
étions dans des conditions défavorables pour étudier leur évolution,
mais nous n’en sommes pas moins convaincus du rôle primordial
que doit jouer cette mouche dans la diffusion de la filariose. Notre
observation est à rapprocher de celle qui a été faite dans la Sou¬
thern Nigeria par le Dr Leiper qui télégraphia de Calabar le 27 sep¬
tembre 1912 à l’Ecole de Médecine tropicale de Londres, qu’il
avait trouvé l’embryon de Filaria Loa dans les glandes salivaires
d’un Chrysops non spécifié. Les seules espèces de Chrysops con¬
nues dans la Southern Nigeria sont Chrysops dimidiata et Chry¬
sops longicornis ; c’est à l’une des deux que se rapporte l’observa¬
tion de Leiper (2). Le fourou, petit insecte ailé du genre Cerato-
pogon, dont l’activité se manifeste surtout au lever et au coucher
du soleil, ne nous a jamais montré de microfilaires dans ses
glandes salivaires ou son estomac.
Nous donnons ci-après l’index endémique de la Lilariose dans
les pays que nous avons traversés. De la Mer à l’Ivindo les indi¬
gènes ont été examinés systématiquement au point de vue de la
différenciation de$ parasites présentés. De l’Ivindo à la Sangha,
nous avons dû marcher très rapidement et l’hostilité des indigènes
ne nous a pas permis un examen méthodique. De la Sangha à la
Lobaye et de la Lobaye à l’Ouhâm, les observations ont été faites
à l’occasion des examens de sang nécessités par le diagnostic de
la maladie du sommeil qui était dans ces régions la question pri¬
mordiale ; tous les filariens ont été notés, mais le pourcentage
des différentes variétés de filaires n’a pas été établi. Les chiffres
produits correspondent à autant d’examens à l’état frais du sang
d’indigènes différents : hommes, femmes et enfants. Dans chaque
région tous les villages rencontrés ont été l’objet d’un certain
nombre d’observations ; ils se sont montrés parasités à peu près
(1) Nous devons la détermination de cette espèce à M. Roubaud, chef de
laboratoire à l’Institut Pasteur, que nous sommes heureux de remeercier ici.
(2) Bristish Medical Journal , 4 janvier 1912.
Index endémique de la Filariose.
624
Bulletin de
la Société
de
Pathologie exotique
Séance du 8 Juillet 1914
625
dans les mêmes proportions. Il nous a été possible d’établir sur
place une classification raisonnable ; mais pour plus de sécurité,
nous avons i apporté de nombreux frottis de sang fixés à l’alcool,
leur examen après coloration au Leishman ou à 1 ’hématéine-
éosine (i) nous a donné un pourcentage identique à celui que nous
avions établi d’après l’examen des préparations à l’état frais.
Ainsi, au Gabon, 74 % des hommes, 79 % des femmes ont été
trouvés porteurs de microfilaires. Si l’on tient compte de ce fait
que parfois, lors de notre examen rapide, l’embryon a pu passer
inaperçu, que d’autres fois cet embryon n’existant pas dans
• la goutte de sang recueillie, pouvait fort bien se mouvoir dans une
goutte voisine (on sait, et nous avons pu le constater maintes fois,
qu’il est souvent nécessaire de faire plusieurs examens consécu¬
tifs, et quelquefois même plusieurs jours de suite, pour trouver
des microfilaires), on peut admettre 80 % comme moyenne des
adultes parasités. Sous la rubrique « enfants » nous avons compris
tous les individus âgés de dix ans ; on constate qu’ils paient un
tribut moins lourd à la filariose puisque chez eux, 33 % seulement
sont atteints; nous avons aussi à plusieurs reprises rencontré le
parasite chez des nourrissons.
La Microfilaria perstans est de beaucoup la plus fréquente ; on
la rencontre 64 fois chez l’homme, 66 fois chez la femme, 30 fois
chez l’enfant. La Microfilaria diurna se remarque 23 fois chez
l’homme, 18 fois chez la femme, 6 fois chez l’enfant. Enfin tou¬
jours sur 100 examens. Mf . perstans et Mf. diurna s’associent
14 fois chez l’homme, n fois chez la femme, 4 fois chez l’enfant.
Nous n’avons pas de chiffres à fournir en ce qui concerne la
région située entre l’Ivindo et la Sangha ; des quelques examens
que nous avons pratiqués, nous pouvons cependant tirer à peu près
les mêmes conclusions que pour la région précédente : pourcentage
élevé d’individus filariés avec prédominance de la Filaria
perstans.
De la Sangha à la Lobaye, 57 % des indigènes ont été reconnus
parasités ; pour les raisons précitées, on peut élever cette propor¬
tion à 60 ou 65 °/Q ; la Filaria perstans est de beaucoup la plus fré¬
quente, elle coexiste souvent dans le sang avec la Filaria. diurna.
De la Lobaye à l’Ouham, la proportion des individus atteints est
un peu moins forte ; 44 fois sur 100, la filaire a été microscopi¬
quement reconnue, on peut admettre un pourcentage de 5° % >
626
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
les remarques faites au sujet de la Filaria perstans dans la région
précédente, sont également applicables ici.
(. Mission de délimitation Afrique Equatoriale Française-
Cameroun. Section française.)
L’action de quelques substances
médicamenteuses sur le pouvoir
alexique du sérum
Par M. CI UC A
Le mécanisme de la chimiothérapie dans les maladies à proto¬
zoaires trouvait jusqu’ici son explication d’une part dans l’action
des substances chimiques sur la formation des anticorps anormaux
ou spécifiques, d’autre part dans l’action stérilisante directe de la
substance, telle qu’on l’introduit dans l’organisme ou modifiée
plus ou moins par les albumines du corps.
Dans une série d’expériences, faites dans le but de chercher le
mécanisme de l’action de l’émétique sur les trypanosomiases, nous
avons étudié, entre autres, son action sur le pouvoir alexique du
sérum. Des recherches comparatives ont été faites avec le salvar-
san et l’atoxyl.
L’action des substances chimiques sur l’alexine a été étudiée par
Fenyvessy et Freund (i) qui, en injectant du CaCl2 dans la
veine des animaux, avaient constaté une augmentation du pouvoir
alexique du sérum, tandis que le même sel, in vitro , avait une
action anticomplémentaire évidente.
Weil et Dufourt (2) provoquent chez l’homme et le lapin une
augmentation du pouvoir alexique par des injections intraveineu¬
ses de bicarbonate de soude (2 à 4 cc. d’une solution à 4 %).
Tout dernièrement Walter Weisback (3) a constaté in vitro
une action accélératrice du salvarsan sur l’hémolyse et particuliè¬
rement sur l’alexine.
So (6), en injectant 0,30 cg. d’atoxyl sous la peau des lapins, ne
constate aucune influence sur l’alexine.
Nos recherches ont porté sur un grand nombre de lapins, co-
Séance du 8 Juillet 1914
627
bayes et rats normaux ou en pleine infection à trypanosomes (le
nagana d’Ouganda entretenu au laboratoire sur des souris). Nous
avons injecté dans la veine ou dans le péritoine (rats) de ces ani¬
maux des quantités de sels variant : pour V émétique de K de i à
5 mg. par ioo g. d’animal ; pour Vatoxyl jusqu'à 2 mg. par ioo g.
d’animal; pour le salvarsan i mg. 5 par 100 g. d’animal.
A partir d’une demi-heure après l’injection, on saignait les ani¬
maux à blanc, ou plusieurs fois, à des intervalles variables.
Avec le sérum dilué de 1/10 à 1/20, on cherchait à activer un
système hémolytique lapin-antimouton, titré préalablement.
D’après les tableaux ci-contre, on constate que le pouvoir alexi-
que du sérum augmente chez les animaux neufs , qui ont reçu une
injection intraveineuse d’émétique ou de salvarsan, tandis que V a-
toxyl provoque une baisse de ce même pouvoir.
L’effet antialexique de l’atoxyl est beaucoup plus accentué que
l’effet inverse que l’on obtient à la suite d’une injection d’émétique
ou de salvarsan. Cette action sur l’alexine dure encore 48 heures
après l’injection. Tous les sérums chauffés à 56° ne sont plus ac¬
tifs ; donc une intervention directe des sels chimiques sur l’hémo¬
lyse est exclue.
Pouvoir aleæique du sérum de lapin normal émétisé.
628 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
• N .«
♦
Action de l' émétique sur le pouvoir alexique du sérum des cobayes émé-
tisés. Effet causé par des saignées répétées le même jour chez le même
animal.
/ ~ . r , • .'i ■ •; . ,
Séance du S Juillet 1914
629
Action du salvarsan et de Vatoxyl sur le pouvoir alexique du sérum, des
lapins neufs. Saignées répétées 3 fois sur chaque animal : une i {2 heure ,
G heures et 48 heures après l'injection ( tableaux condensés).
Tous ces sérums chauffés //2 heure à 56 ° sont inactifs.
Sérum vieux de 15 h. dilués au 1/10.
SH = Globules rouges foitement sensibilisés (dose double d’hémolysine).
LN = lapin normal.
LS = lapin salvarsanisé (1 mg. 5 par 100 g. d’animal).
LA = lapin atoxylé (2 mg. par 100 g. d’animal).
-j — 1 — {-= hémolyse complète.
44
630
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’ augmentation du pouvoir alexique est particulièrement accen¬
tuée ches des animaux ( cobayes et rats) en pleine infection à trypa¬
nosomes. A cette période le sérum de ces animaux est habituelle¬
ment tout à fait dépourvu d’alexine. Ce fait, bien connu antérieure¬
ment, a été constaté aussi chez nos témoins.
Trois quarts d’heure après l’injection de salvarsan ou d’éméti¬
que, le sérum des animaux trypanosomés était capable d’activer
un système hémolytique, tandis que le sérum des témoins (ani¬
maux trypanosomés non injectés) ne l’activait qu’à peine ou pas
du tout. L’atoxyl qui fait baisser sensiblement le pouvoir alexique
chez les animaux non infectés, l’augmente chez les animaux try¬
panosomés. Cette augmentation est toutefois beaucoup moins
importante que dans le cas de l’émétique et du salvarsan.
Pouvoir alexique du sérum des rats normaux ou trypanosomés
injectés à V émétique .
Sérums chauffés 1/2 heure à 060.
Sérums vieux de 15 h. dilués 1/10.
RN = rat normal.
RFr= » trvpanosomé (7° jour de maladie).
RE = » normal émétisé ^3 rag. par 100 g. dans le péritoine).
ITrE = » trypanosomé » » » »
Séance du 8 Juillet 1914
634
Pouvoir alexique du sérum des cobayes trypanosomes ou normaux traités
avec de l’émétique ou avec du salvarsan ou avec de l’atoxyl.
Parmi les animaux neufs, ce sont les lapins et les rats dont le
pouvoir alexique est particulièrement sensible aux sels chimiques.
Dans nos premier^ essais nous prenions comme témoins le sérum
du même animal, saigné avant l’injection de la substance chimi-
632
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que. Les résultats peu nets et parfois inconstants étaient dus préci¬
sément à l’appauvrissement marqué du sérum en alexine, causé par
une saignée trop récente. Ce fait connu antérieurement est confir¬
mé par nos essais, au cours desquels nous avons constaté une
baisse du pouvoir alexique au quart du taux normal quand on sai¬
gnait ranimai deux fois de suite dans la même journée ou deux
jours consécutifs.
L’augmentation du pouvoir alexique est en rapport et suit la leu-
cocytose intense provoquée par des injections d’émétique ou de
salvarsan .
La baisse, provoquée par l’atoxyl chez les animaux neufs tient
probablement à l’affinité de cette substance pour les albumines
de l’organisme, condition essentielle pour le rendre actif (Levaditi
et Yamanouchi) (4 et 5). Chez les animaux trypanosomés il est bien
probable que le produit, nouvellement formé dans l’organisme, a
une action activante semblable à celle provoquée par l’émétique
et le salvarsan.
Conclusions : Line injection d’émétique de K ou de salvarsan
provoque chez les animaux normaux ou trypanosomés une aug¬
mentation du pouvoir alexique.
L’atoxyl qui diminue le taux alexique du sérum des animaux
normaux, l’augmente dans certaines limites chez les animaux en
pleine infection à trypanosomes. Ces données confirment encore
une fois le rôle de l’organisme dans la chimiothérapie des mala¬
dies à protozoaires.
(' Travail du laboratoire de M. le Prof-. Mesnil,
Institut Pasteur).
Bibliographie
1. Fenyvessy et Freund. Zeitschrift f. Im m u n i tæ ts forschung ., Orig. t.
18, 1913, p. 666.
2. Weil et DuFouRT.Com/1/e5 rendus Soc. Biologie, t. LXXIV, 1913, p. 802.
3. Walter Weisback. Zeitsch. f. Immuni la ts forschung. Orig. t. 21,
1914, p. 187.
4. Levaditi et Yamanouchi .Comptes rendus Soc. Biologie, t. LXV, 1908,
p. 23.
5. Levaditi, Comptes rendus Soc. Biologie , t. LXVI, 1909, p 33.
6 . So , Wiener Kl in . Voch ., 1911, p 433.
Séance du 8 Juillet 1914
633
Ambocepteurs et arsénobenzol
«
Par C. LEVADITI et ST. MUTERMILCH.
#
Dans une note présentée à la Société de Biologie (i), l’un de
nous annonçait des expériences en cours concernant la comparai¬
son entre les propriétés curatives des sérums simplement salvar-
sanisés et des sérums contenant à la fois des anticorps spécifi¬
ques et du salvarsan. Nous exposons dans le présent travail les ré¬
sultats fournis par ces expériences.
. Technique . — On infecte des lapins, par voie intra-veineuse, avec des
trypanosomes du Nagana et on les examine journellement jusqu’à l’appa¬
rition de la crise (spontanée ou provoquée par une petite injection de 606
— 0 g 03 par kg.). Le lendemain ou le surlendemain de la crise, les ani¬
maux sont divisés en deux lots : Au premier lot, ainsi qu’à des lapins
neufs, on injecte dans les veines 0 g. 1 à 0 g. 13 arsénobenzol (Billon) par
kg. dans les veines ; l’autre lot ne reçoit pas du 606. Tous les lapins sont
saignés à blanc de 1 h. 1/2 à 2 h. après l’injection du médicament. On
prépare ainsi trois espèces de sérums :
A : Sérum simplement salvarsanisè (lapin normal ayant reçu du 606) ;
B : Sérum contenant l'amôocepteur trypano lytique (lapins infectés et
sacrifiés après la crise) ;
C : Sérum salvarsanisè et renfermant V ambocepteur trypano lytique
(lapins infectés et ayant reçu du 606 après la crise).
Ces trois sérums servent à traiter des souris trypanosomiées : infection
sous la peau du ventre et injection du sérum sous la peau du dos. On
apprécie ainsi la force préventive des sérums, d’après l’évolution de l’infec ¬
tion chez les animaux traités.
Nous avons fait huit expériences d’après ce plan; cinq d’entre
elles ont fourni des résultats identiques à ceux que l’on constate
dans les exemples suivants :
Expérience I. — Le 23 janvier 1914 on infecte les lapins n° 73 et 74
(injection intra-veineuse de 0 cc. 3 d’une émulsion de sang de souris
riche en tryp.). Voici la marche de l’infection.
Le 28 janvier le lapin n° 73 et un lapin neuf n° 84, reçoivent dans les
(i) Levaditj, Marie et de Martel, C. R. de la Soc. de Biologie, 1914,
t. LXXVI, p. 168.
G 34
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
veines 0 g. 1 de salvarsan par kg. ; ils sont saignés à blancs, avec le lapin
n° 74, 1 h. 1/2 après l’injection du médicament. Les trois sérums sont
chauffés pendant une demi-heure à 55°.
Action préventive. — Le 31 janvier on infecte trois séries de 3 souris
chaque, avec 0 cc. 1 de sang trypanosomié, sous la peau du ventre. Peu
après on leur injecte des quantités décroissantes des trois sérums. Le
tableau I montre Ja marche de l’infection :
Tableau I
Expérience 11. — Le sérum ambocepteur et ambocepteur + 606 est
fourni par le même animal. Le 20 février on infecte le lapin nü 99; voici
la marche de sa trypanosomiase:
Tableau II
Séance du 8 Juillet 1914
635
Le 26 février on saigne partiellement (8 à 10 ce. sang) le lapin n° 99;
2 h. 1/2 après, on lui injecte dans les veines, ainsi qu’au lapin témoin N,
0 g. 15 salvarsan par kg. Les deux lapins sont saignés à blanc deux heures
après.
Le titrage du pouvoir curatif des sérums (tableau II) est fait le 6 mars.
Expérience III. — Le 14 février on infecte les lapins n° 94 et 95. On
provoque la crise chez le lapin 94, par une injection intra-veineuse de
0 g. 03. arsénobenzol par kg. Voici la marche de l’infection :
Le 20 février on injecte au lapin 94, 0 g. 1 salvarsan par kg. et on
traite de la même manière un lapin neuf. Les trois animaux sont saignés
1 h. 1/2 après l’injection de 606. Titrage des trois sérums le 21 février
(v. tableau III).
Tableau III
Ces expériences montrent que si l’on compare entre eux les sé¬
rums qui contiennent de l’ambocepteur seul, du 6o6 seul, ou du
6o6 + ambocepteur, on constate des différences manifestes au
point de vue de leur action sur l’évolution de la trypanosomiase
chez la souris.
Dans la plupart des cas, pour des doses de salvarsan correspon¬
dant à o g. i — o g. 15 par kg., le sérum salvarsanisé n’influence
pas d’une façon manifeste la pullulation des parasites chez la
souris et ne retarde pas de beaucoup la mort des animaux. D’un
autre côté, l’action préventive du sérum simplement trypanocide,
636 , Bulletin de la Société de Pathologie exotique
contenant exclusivement de l’ambocepteur, est faible; toutes les
souris sont, en effet, mortes avec des trypanosomes dans le sang.
Par" contre le sérum à la fois salvarsanisé et trypanocide a empê¬
ché la multiplication des parasites ; les souris qui ont reçu les doses
les plus fortes de ce sérum n’ont pas montré des trypanosomes pen¬
dant toute la durée de l’expérience (22, 23 et 37 jours).
Il en résulte que Y association du salvarsan et de V ambocepteur
trypanoly tique confère au sérum des propriétés trypanocides in
vivo qui dépassent sensiblement celles des sérums simplement try¬
panocides ou simplement salvarsanisé s.
Dans certaines expériences cependant (3 sur 8), les résultats ont
été différents des précédents ; les écarts tenaient à ce que les sé¬
rums salvarsan isés employés dans ces expériences étaient actifs
par eux-mêmes, de sorte que l’action favorisante de l’association
ambocepteur + 606 était moins apparente.
*
* *
«
Cette efficacité thérapeutique supérieure du complexe salvarsan-
ambocepteur une fois établie, nous avons essayé de préciser les
détails du phénomène. Notre premier soin a été d’apprécier in vitro
l’activité trypanocide des trois sérums, en choisissant, bien en¬
tendu, les cas où la supériorité de l’efficacité thérapeutique du
sérum salvarsanisé et trypanoly tique était le plus manifeste. Le
protocole suivant rend compte de cette action trypanocide appré¬
ciée in vitro (v. tableau IV) :
»
Tableau IV
Expérience IV. — Nous nous sommes servi du sérum n° 99 (portion «,
ambocepteur seul, portion ambocepteur + 606 (1)) et d’un sérum nor-
♦
1 %
, f , 1 c . * «-V n
* (1) Voir les détails de l’expérience II.
Séance du 8 Juillet 1914
K3.7
mal salvarsanisé (N 606). Les propriétés trypanocides de rambocepteur
étaient appréciées en présence de 0 cmc. 3 de complément de cobaye, idem
celles du complexe ambocepteur + 60b ; la trypanocidie due au 606 seul
était déterminée en absence de complément. Rappelons que tous les sé¬
rums’ étaient déjà chauffés à 56° pendant 30 minutes.
Cette expérience a été complétée en injectant à des souris (sous la peau)
les quatre premiers mélanges de sérum salvarsanisé et de trypanosomes
(colonne 1) ; voici les résultats de cet essai (tableau Y) :
Tableau V
Ces expériences ont été répétées plusieurs fois avec des sérums
différents et les résultats ont été les mêmes. Elles mettent en évi¬
dence les deux faits frappants que voici :
i° Si l’on compare l’action trypanocide in vitro du complexe
ambocepteur + 6o6 à la force trypanolytique de chacun des compo¬
sants de ce complexe, pris à part (ambocepteur d’un côté, 6o6 de
l’autre) on constate que la première ne dépasse pas de beaucoup
les secondes. Ainsi, la colonne 4 du tableau IV, montre que la
trypanolyse provoquée par le complexe amb. + 6o6 est complète à
1/500; la colonne 2 du même tableau montre que la trypanocidie
exercée par rambocepteur seul ( + complément, bien entendu) est
également complète à 1/500; enfin, la colonne 3 indique une des¬
truction presque complète des trypanosomes par le 606 , à 1 :roo.
Trypanolyse par le complexe ambocepteur -b 606 ... . 1 :5°°
‘Trypanolyse par rambocepteur seul . . . 1 :5°°
Trypanolyse par le 606 seul . 1 :ioo
Cette constatation prouve qu’m vitro , les fonctions trypanocides
de rambocepteur d’une part, du dérivé arsénié d’autre part, ne
s’ additionnent pas, ne s’ajoutent pas bout à bout. En effet, s’il en
était autrement, si les deux fonctions s’additionnaient réellement
638 Bulletin df. la. Société de Patholocie exotique
nous devrions constater, avec le complexe amb. + As. une trypa-
nolyse dépassant sensiblement celle réalisée par chacun de ces
constituants considérés séparément.
Il en résulte que Y ambocepteur et le 606 n agissent pas de la
même manière sur les trypanosomes, ne les touchent pas de la
même façon, ni an même endroit. En effet, si Les deux agents try-
panocides provoquaient l’intoxication des flagellés d’une maniéré
identique, nous devrions constater in vitro une addition marquée
des deux effets séparés, comme si à un même volume de liquide,
on ajoutait, en deux fractions successives, le même agent para-
siticide (le sublimé par exemple). Pour employer la terminologie
d’EHRLiCH, nous conclurons que V arséno-récepteur est différent
du récepteur sur lequel agit V anticorps tr y pano lytique.
20 Le tableau V montre qu’entre l’action du sérum salvarsanisé
in vivo (Exp. 1, 2 et 3) et le pouvoir trypanocide du même sérum
in vitro il y a des écarts frappants. Tandis que dans la plupart de
nos essais, ce sérum, injecté sous la peau des souris presque en
même temps que les trypanosomes, mais en un autre endroit, n’a
pas empêché l’éclosion et l’évolution mortelle de la trypanoso¬
miase, il a détruit, au contraire, les trypanosomes dans le tube à
essai (examen microscopique, tableau IV, et injection aux souris,
tableau V).
Cette différence d’action in vitro et dans l’organisme vivant ne
peut s’expliquer, à notre avis, que par les propriétés nouvelles
acquises par le 606, dès que ce composé arsenical, introduit dans
la circulation, est soumis à l’influence des cellules et des humeurs.
Pour nous, le 606 dans le sérum salvarsanisé n’a plus les mêmes
propriétés physico-chimiques que l’arséno-benzol initial; sa diffu-
sibilité change très probablement, et aussi son avidité pour les
tissus. C’est ce qui fait que le 606 du sérum salvarsanisé, tout en
étant fortement trypanocide dans tube à essais, n’arrive que dif¬
ficilement en contact avec les parasites, quand il est introduit loin
de ces derniers, dans le corps animal.
Il en est tout autrement, lorsque le dérivé arsenical se trouve
dans le sérum, associé à l’ambocepteur, et c’est ici que nous tou¬
chons au point principal de notre travail. Nous avons vu au début
de cette note, qu’au point de vue de la stérilisation in vivo, ce que
ne peuvent faire ni le sérum simplement salvarsanisé, ni le sérum
trypanocide, pris à part, est réalisé par le sérum qui renferme le
couple salvarsan + ambocepteur. Etant donné que d’une part, dans
la plupart des cas, le dérivé arsénié du sérum simplement sal-
Séance du S Juillet 1914
039
varsanisé. malgré ses propriétés trypanocides in vitro , ne réussit
pas à atteindre les flagellés; que d’autre part, ces flagellés sont
détruits dans les mêmes conditions in anima vili par le complexe
6o6-f-ambocepteur, force nous est de conclure que dans V orga¬
nisme vivant , un des composés de ce complexe facilite Vaction
de Vautre. Les parasites, attaqués des deux côtés, à la fois dans
leurs arséno-récepteurs et dans ceux de leurs récepteurs qui fixent
l’anticorps trypanolytique, succombent plus facilement.
De plus, il nous semble que cett^ action combinée des deux
agents trypanocides, agissant sur des récepteurs différents, doit
rendre plus difficiles les récidives par les races arséno- ou
anticorps-résistantes et amener ainsi la stérilisation complète.
En effet, si quelques rares individus échappent à l’influence
parasiticide de l’un de ces agents, il sera attaqué par l’autre
dans les récepteurs qui fixent ce dernier : les arséno-résistants
subiront l’influence toxiqge des anticorps trypanocides, et inver¬
sement. Ceci crée des conditions absolument défavorables aux
récidives et peut avoir des conséquences pratiques importantes.
Nous ne sommes pas éloignés de croire que dans les sérums à la
fois trypanolytiques et salvarsanisés, le dérivé arsenical et l’ambo-
cepteur sont attachés au même complexe protéique. Si cette hypo¬
thèse était rigoureusement vérifiée, on comprendrait mieux encore
l’action curative efficace de ces sérums, le même support protéïque
entraînant du même coup, vers les trypanosomes, des deux fonc¬
tions trypanocides, celle de l’As et celle de l’ambocepteur. Nous
avons tenté nous-même de vérifier cette hypothèse ; malheureuse¬
ment aucune de nos expériences ne nous a fourni des résultats ab¬
solument démonstratifs. Tout ce que nous pouvons affirmer c’est
que si l’on soumet le sérum salvarsanisé et trypanolytique à la
dialyse à travers des sacs en collodion ou des sacs de Schletcher,
l’ambocepteur traverse ces sacs en même temps que le dérivé arse¬
nical ; aucune séparation n’est possible dans ces conditions. D’un
autre côté, lorsqu’on précipite les albumines et les globulines d’un
tel sérum (CO2 et H2Ü distillée, alcool à 5 volumes) on constate
que le précipité jouit des deux fonctions trypanocides dues à l’am-
bocepteur et au 606. Ici aussi, pas de séparation nette. L’anticorps
et l’As se comportent comme s’ils étaient attachés au même com¬
plexe protéique du sérum ; mais ce n’est là qu’une simple supposi¬
tion, attendu que les données expérimentales précitées pourraient
être interprétées d’une autre manière (simple absorption et entraî¬
nement physique du dérivé As par les précipités).
640 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
• *
% « , «
Quoi qu’il en' soit. > nos expériences laissent espérer que l’emploi
des sérums à la fois salvarsanisés et trypanclytiques, pourrait ren¬
dre des services appréciables dans la pratique. L’un de nous a vu,
avec Marie et de Martel, et d’autres auteurs l’ont constaté aussi,
que l’injection intra-spinale et même sous-dure-mérienne de sérum
salvarsanisé est bien supportée chez l’homme. 11 serait donc indi¬
qué de traiter les malades du sommeil par des injections intra-
spinales de sérum contenant du salvarsan et de l’ambocepteur spé¬
cifique contre le Tr. gambiense.
Sur les résultats éloignés du traitement de
la maladie du sommeil par le Ludyl et le Galyl
Par A. LAFONT et V. DUPONT
*
L’un de nous a publié l’an dernier un certain nombre d’obser¬
vations de malades du sommeil traités, au Sénégal, par le Ludyl
et le Galyl, de juillet 1912 à mars 1913 (1).
Nous avons été assez heureux pour revoir récemment quelques-
uns de ces malades et pour recueillir sur les autres des renseigne¬
ments assez précis. Depuis 10 à 18 mois, ces malades n’ont suivi
aucun traitement ; il nous a paru intéressant de communiquer les
résultats déjà éloignés qu’ont donnés chez eux le Ludyl et le
Galyl, . . %
La statistique brute, que l’un de nous a publiée en 1913, compre- *
nait 34 cas, se rapportant à des malades pris à tous les stades de
la maladie, même à une période très avancée.
Sur ces 34 malades, 15 sont morts, 19 survivent, en bon état ap¬
parent.
Voici les observations résumées des 15 malades décédés:
b — Daba S., fillette, 37 kg , état très avancé (Obs. 20). *
Reçoit le 24 janvier 1913 15 cg. de galyl en injection intra-veineuse.
Pas d’amélioration ; meurt en mai suivant.
2. — Amadou N’D., garçon, 20 kg. 500, état très avancé (Obs. 1).
(1) Dupont, Traitement de la Syphilis et de Maladie du sommeil par deux
dérivés arsénicaux nouveaux le Galyl et le Ludyl, Paris, Moderne imprimerie,
1913. — Tropical diseases Bulletin, Vol. 2, p. 353, 1913. — Bull tin Institut
Pasteur, n° 22, p. 1065, 1913.
Séance du 8 Juillet 1914
641
8 août 1912. 15 cg. de ludyl en émulsion huileuse.
22 août 1912. 10 cg. de galyl dans la veine.
Amélioration légère; meurt en octobre 1912.
3. — Amadou M’B., garçon, 24 kg., état avancé (Obs. 4). *
Reçoit dans la veine, les 24 et 28 septembre 1912, 24 cg. de ludyl et
24 cg. de galyl.
Amélioration des plus nettes. 31 octobre, contrôle positif sur le singe
rouge. Etat aggravé en mars 1913. Mort depuis.
4. — Moussa M’B., garçon, 40 kg., frère du précédent, même état
(Obs. 5).
Reçoit dans la veine, du 23 septembre au 1er octobre, 120 cg. de galyl.
Amélioration. 21 novembre, contrôle négatif sur le singe avec 10 cm3 de
sang. Etat aggravé en mars 1913. Mort depuis.
5. — Fatou F., fillette, 40 kg., état très avancé (Obs. 8).
Reçoit dans la veine, du 13 au 22 novembre 1912, 130 cg. de ludyl.
Amélioration considérable. Contrôle positif le 28 décembre sur singe.
Meurt en mai 1913.
6. — Aissata C., femme, 61 kg., état avancé (Obs. 23).
Reçoit dans la veine, du 5 au 21 mars, 40 cg. de galyl puis 2 g. de
ludyl ; enfin, du 25 au 30 mars, 130 cg. de ludyl en émulsion huileuse.
Amélioration nette. Meurt vers septembre 1913.
7. — Bokahy D., 51 kg., état avancé (Obs. 28).
Reçoit dans la veine, du 5 mars au 1er avril 1913, 40 cg. de galyl et 290 cg.
de ludyl. Amélioration manifeste. Meurt en avril 1914.
8. — Ahouna F., garçon, 25 kg., état avancé (Obs. 33).
Reçoit dans la veine 50 cg. de ludyl du 11 au 16 mars 1913 et dans la
fesse 70 cg. de ludyl du 22 au 29 mars (émulsion huileuse). Très amélioré.
Meurt vers décembre 1913.
9. — Biram S., 75kg., état avancé (Obs. 12).
Reçoit dans la veine, du 14 janvier au 1 1 février 1913, 90 cg. de galyl et
380 cg. de ludyl. Amélioration considérable. 18 mars, contrôle négatif
sur le singe avec 10 cm3 de sang et 10 cm3 de liquide céphalo-rachidien.
Meurt en octobre 1913.
10. — Kadidja U., femme, 59 kg., état avancé (Obs. 14).
Reçoit du 11 janvier au 15 février' 1913 150 cg. de ludyl et 250 cg de
galyl. Amélioration considérable; 17 mars, contrôle négatif sur le singe
avec 10 cm3 de sang et 10 cm3 de liquide céphalo-rachidien. Meurt en
octobre 1913.
11. — Awa D., femme, 50 kg., état très avancé (Obs. 19).
Du 21 au 23 janvier 1913, 70 cg. de galyl dans la veine. Du 2 au
26 mars, 3 g. de ludyl en émulsion huileuse. Amélioration manifeste.
15 avril, contrôle positif sur le singe. Meurt en juin 1913.
12. — Maye S., femme, 50 kg., état très avancé (Obs. 22).
Du 23 février au 16 mars 1913, 280 cg. de ludyl en émulsion huileuse.
Amélioration manifeste. 18 avril, contrôle positif sur le singe. Meurt en
juillet 1913.
13. — Mamadou F., garçon, 14 kg., état avancé (Obs. 27)
Du 3 au 17 mars 1913. 60 cg. de ludyl en émulsion huileuse. Amélio¬
ration manifeste. Meurt en août 1913.
642 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
14. — Guibril N’D., garçon, 24 kg., état avancé (Obs. 16).
Du 18 janvier au 7 février 1913, 220 cg. de galyl par la bouche ; du
10 au 17 mars, 60 cg. de ludyl en émulsion huileuse. Amélioration légère.
Meurt en juin 1913.
15. — Birama D., garçon, 26 kg. 500, état peu avancé (Obs. 30).
Du 14 au 29 janvier 1913, 120 cg. de galyl par la bouche; du 7 au
24 février, 120 cg. de galyl dans la veine; du 6 au 13 mars, 70 cg. de
ludyl en émulsion huileuse.
Amélioration considérable. Retourne à l’école. Meurt en septembre 1913.
Des 19 malades survivants, et en bon état apparent, 12 ont pu
être revus au laboratoire de Dakar; sur les 7 autres nous n’avons
pu recueillir que des renseignements.
Voici l'observation de ces 7 derniers malades.
1 . — Alassan D., 58 kg., état peu avancé (Obs. 9).
Du 9 janvier au 3 février 1913, reçoit dans la veine 270 cg. de ludyl et
60 cg. de galyl.
Amélioration considérable. 18 mars, contrôle négatif sur le singe avec
10 cm3 de sang et 10 cm3 de liquide céphalo-rachidien.
N’a pu être revu au laboratoire ; il est en effet parti faire la traite des
arachides en Gambie. Est considéré comme guéri parles siens.
2. — Bandiougou D., 58 kg., état peu avancé (Obs. 11).
Du 11 janvier au 9 février 1913, reçoit dans la veine 2 g. de ludyl et
2 g. de galyl. Amélioration considérable. 17 mars, contrôle négatif chez
le singe avec 10 cm3 de sang et 10 cm3 de liquide céphalo-rachidien.
Nous fait savoir en avril 1914 qu’il se considère comme guéri, mais
qu’il ne peut venir à Dakar à cause d’une gale pustuleuse qui ne lui per¬
met guère de voyager.
3. — Boubakar D., 58 kg., était avancé (Obs. 13).
Du 14 janvier au 12 février 1913, reçoit dans la veine 150 cg. de ludyl
et 250 cg. de galyl.
Amélioration considérable. 18 mars, contrôle négatif sur singe avec
10 cm3 de sang et 10 cm3 de liquide céphalo-rachidien.
D’après les renseignements fournis, serait actuellement en très bonne
santé; travaille dans les escales du Saloum pendant la saison de la traite
des arachides.
4. — Ousman B., garçon, 32 kg. 500, état avancé (Obs. 24).
Du 5 au 28 mars 1913, reçoit dans la veine 25 cg. de galyl et 175 cg. de
ludyl. — Amélioration considérable. 25 avril, contrôle négatif sur le singe
avec 10 cm3 de sang et 10 de liquide céphalo-rachidien.
Actuellement, serait d’après les siens en très bonne santé ; parti travail¬
ler dans le Saloum pour la saison de la traite.
5. — A iss ata S., femme, 53 kg., état peu avancé (Obs. 32).
Du 11 au 30 mars 1913, 240 cg. de ludyl dans la veine.
Amélioration considérable. 21 avril, contrôle sur singe négatif avec
10 cm3 de sang et 10 cm3 de liquide céphalo-rachidien
Nous fait savoir qu’elle se trouve actuellement en très bonne santé,
mais qu’elle ne peut venir à Dakar, étant grosse de 6 mois.
6. — Y el D., 60 kg., état avancé (Obs. 37).
Séance du S Juillet 1914
643
Du 16 mars au 19 avril 1913 reçoit dans la veine 280 cg. de ludyl. Amé¬
lioration considérable. Actuellement, considéré par les siens comme
guéri. Parti travailler dans les escales du Saloum pendant la durée de la
traite.
7. — Mandaou S., 58 kg., état avancé (Obs. 34).
Du 18 mars au 20 avril 1913, reçoitdans la veine 265 cg. de ludyl. Amé¬
lioration considérable. Actuellement, considéré comme guéri par les siens.
Parti travailler dans les escales de la ligne pour la durée de la traite.
Voici maintenant les observations des 12 malades qui ont été
revus au Laboratoire de Dakar.
1. — Sélé F., 60 kg., état assez avancé (Obs. 38).
Du 16 mars au 19 avril 1913 reçoitdans la veine 310 cg. de ludyl. Amé¬
lioration considérable. 9 mai 1913, premier contrôle sur le singe avec
80 cm3 de sang ; ce premier contrôle est négatif.
30 mai, poids 61 kg. 500, air triste, force musculaire assez faible ;
second contrôle avec 85 cm3 de sang chez un Patas.
Le singe s’infecte aux
environs du 21 juin. Le 8 novembre 1913 ce singe est encore vivent. Il ne
meurt qu’en mai 1914.
Nous apprenons en mars 1914 que le malade, en bon état apparent, est
parti travailler sur la ligne pour la durée de la traite.
2. — P. Louis N’D.. 52 kg., peu avancé (Obs. 7k
Reçoit du 29 octobre 1912 au 8 novembre, 156 cg. de ludyl, dans la
veine. Amélioration considérable. Le 9 janvier 1913, l’état général est
excellent; un contrôle fait sur le singe avec 10 cm3 de sang et 10 cm3 de
liquide céphalo-rachidien est négatif.
Revu fin avril : état général toujours très satisfaisant.
4 octobre 1913, revu au laboratoire de Dakar ; bon état apparent ; mais
maigre et sans force ; pas d’hémoagglutination, mais paludisme sur sang
(examen direct) à l’état frais ; rétrécissement uréthral pour lequel il est
envoyé à l’hôpital de Dorée. Premier contrôle sur le singe avec 55 cm3 de
sang. Ce premier contrôle est nul, l’animal étant mortde septicémie (bles¬
sure de l’intestin). Le 9 octobre, second contrôle avec 95 cm3 de sang. Les
trypan. apparaissent dans le sang de l’animal du 10 au 18 novembre. Le
singe, non traité, meurt le 22 mai 1914.
1er novembre, le malade guéri dvun rétrécissement très serré, repart
travailler.
Avril 1914, revient au Laboratoire, amaigri, poids 53 kg.
A la centrifugation du sang, trypan. Néant.
Reçoit à nouveau 2 piqûres de galyl dans la veine puis disparaît. Revu
fin avril à Itufisque, en bon état apparent ; alcoolisme chronique.
3. — Anta N’D., femme, 48 kg., état peu avancé (Obs. 10.)
Reçoit du 11 janvier au 3 février 1913 220 cg. de ludyl et 60 cg. de galyl.
Amélioration considérable.
13 mars, premier contrôle sur le singe avec 10 cm3 de sang et 10 cm3
de liquide céphalo-rachidien ; ce premier contrôle est positif (apparition
des parasites au 27e jour).
Revu le 13 février 1914. Bon état apparent, poids 56 kg. ; mais asthé¬
nie, peau sèche, traces d’albumine dans les urines. Second contrôle
d’emblée sur le singe avec 55 cm3 de sang. D’autre part, à la centrifuga¬
tion, on trouve des parasites très rares. Ce second contrôle est aussi posi-
644
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tif ; ce singe meurt en juin. La malade, remise au traitement (galyl), repart
fin avril en excellent état, sous surveillance sanitaire. P. 52 kg. 500.
4. — Jacques S., 52 kg., peu avancé (Obs. 29).
Reçoit dans la veine, du 6 au 50 mars 1913, 295 cg. de ludyl
Amélioration considérable. Revu le 25 avril ; contrôle négatif sur le
singe avec 10 cm3 de sang et 10 cm3 de liquide céphalo-rachidien. Revu le
16 février 1914 ; ganglions inguinaux et cruraux volumineux ; volumineux
ganglions axillaires, surtout à gauche; quelques ganglions cervicaux;
légère trémulation de la langue ; force musculaire conservée ; pas d’albu¬
mine dans les urines.
Ras de trypanosomes dans le suc ganglionnaire ; forte hémoagglutina¬
tion. Second contrôle sur le singe avec 70 cm3 de sang positif; d’ailleurs
la centrifugation du sang avait montré des parasites en assez grand nom¬
bre. Poids du malade au 16 février 1914: 54 kg. 500. Remis au traitement
parle galyl. Le 16 juin le singe est toujours vivant, avec rares trypan.
Le malade, se prêtant à un traitement prolongé, est en bon état apparent
au point de servir comme boy.
5. — Bakary 1)., 64 kg., état peu avancé (Obs. 15).
Reçoit dans la veine, du 29 janvier au 10 février 1913, 217 cg. de galyl.
Revu le 17 mars, très amélioré ; contrôle négatif sur le singe avec 10 cm3
de sang et 10 cm3 de liquide céphalo-rachidien. Revu une seconde fois au
Laboratoire de Dakar le 21 février 1914. Bon état apparent ; forces con¬
servées ; poids : 68 kg. ; polymicroadénie axillaire ; 2 tout petits ganglions
cervicaux, gros comme un pois ; ganglions cruraux et inguinaux gros,
mais durs. Examen du sang. Hémo-agglutination légère, paludisme.
Examen du suc ganglionnaire : pas de trypanosomes. Pas de trypano¬
somes à la centrifugation. Contrôle sur le singe rouge avec 50 cm3 de
sang; 1 animal suivi 116 jours ne s’infecte pas (16 juin 1914).
6. — Cuira S., femme, 49 kg., état peu avancé (Obs. 21).
Reçoit da ns la veine, du 25 février au 24 mars 1913, 3 g. de ludyl. Amé¬
lioration considérable. Revue une première fois le 20 avril 1913. Contrôle
négatif chez le singe avec 10 cm3 de sang et 10 cm3 de liquide céphalo¬
rachidien. Revue une seconde fois le 21 février 1914 : pas de ganglions ;
un peu d’asthénie; peau sèche; poids: 55 kg.; hémo agglutination
intense et paludisme ; ponction ganglionnaire impossible; pas de trypa¬
nosomes à la centrifugation. Contrôle négatif sur le singe avec 75 cm3 de
sang (animal suivi 89 jours).
7. — Arietta D., femme, 54 kg., état peu avancé (Obs. 6).
Reçoit dans la veine, du 25 septembre au 7 octobre 1912, 54 cg. de
galyl et 108 cg. de ludyl. Amélioration considérable. Revue une première
fois le 10 janvier 1913 : contrôle négatif avec 10 cm3 de sang et 10 cm3 de
liquide céphalo-rachidien. Revue une seconde fois le 21 février 1914 : état
général excellent, pas de ganglions ; mère d'un enfant de 2 mois venu à
terme et en bon état. Pas de trypanosomes à la centrifugation ; contrôle
négatif chez le singe avec 50 cm3 de sang (animal suivi 116 jours). Poids
au 21 février : 65 kg.
8. -- Mampouya, garçon, 37 kg., élat avancé (Obs. 18).
Reçoit dans la veine, du 8 févrierau 16 mars, 170 cg. de galyl et 120 cg.
de ludyl. Amélioration considérable. Revu une première fois le 15 avril
1913. Contrôle négatif chez le singe avec 10 cm3 de sang et 10 cm3 de liquide
céphalo-rachidien. Revu une seconde fois le 2 mars 1914 : poids : 48 kg. ;
Séance du 8 Juillet 1914
645
quelques ganglions cervicaux, mais tout petits ; un peu d’hémo-aggluti¬
nation ; pas de trypanosomes dans le suc ganglionnaire ni à la centrifuga¬
tion ; inoculation au singe de 55 cm3 de sang; suivi 107 jours, l’animal
ne présente pas de parasites.
9. — Aldoulaye D.. garçon, 30 kg., état avancé (Obs. 17).
Reçoit dans la veine, du 30 janvier au 1er mars 1913, 2 g. de galyl. Amé¬
lioration considérable. Revu une première fois le 16 avril ; contrôle néga¬
tif sur le singe avec 10 cm3 de sang et 10 cm3 de liquide céphalo-rachi¬
dien. Revu une seconde fois le 2 mars 1914. Poids : 34 kg., syphilis
secondaire ; syphilides papuleuses sur le gland, sur les lèvres, plaques
muqueuses de la langue et de l’amygdale ; quelques tout petits ganglions
cervicaux à gauche ; quelques ganglions sous-mentonniers ; ganglions
axillaires, épitrochléens, inguinaux et cruraux. Pas d’éruption sur le corps.
Pas de trypanosomes dans le suc ganglionnaire ni à la centrifugation ; ino¬
culation de 50 cm3 au singe ; suivi 107 jours, l’animal ne présente pas de
parasites.
Ce petit malade, paraissant guéri de sa trypanosomiase, a contracté
l’avarie entre ses deux contrôles.
10. — Man F., fillette, 19 kg., état peu avancé (Obs. 31).
Du 17 janvier au 10 février 1913, 180 cg. de galyl par la bouche ; du 18
au 23 février, 45 cg. de galyl dans la veine ; du 8 au 15 mars, 60 cg. de
ludyl en injections intra-musculaires d’émulsion huileuse.
Revue le 21 avril ; état général bon ; pas de contrôle sur le singe. Revue
une seconde fois le 5 mars 1914 : état général bon. Poids 24 kg. ; quel¬
ques très petits ganglions axillaires, inguinaux et cruraux ; légère hémo¬
agglutination ; pas de ponction ganglionnaire possible ; pas de trypano¬
somes à la centrifugation ; contrôle sur le singe négatif avec 50 cm3 de
sang (animal suivi 107 jours).
11. •--- Raye N’D., garçon, 37 kg. ; état assez avancé (Obs. 2).
Contrôle sur le singe avec 10 cm3 de sang avant traitement : l’animal
s’infecte au 21e jour. — 25 août 1912, 35 cg. de galyl dans la veine;
8 septembre, contrôle négatif sur le singe avec 10 cm3 de sang ; le même
jour, seconde injection de 40 cg. de galyl. Amélioration remarquable.
Revu au laboratoire le 19 mars 1914 : poids : 44 kg. ; état général très
bon ; pas de trypanosomes à la centrifugation ; contrôle sur le singe avec
38 cm3 de sang ; suivi 90 jours, l’anitnal ne s’infecte pas.
12. — IIambaye S., 60 kg., état peu avancé (Obs. 26).
Du 5 mars au 2 avril 1913, reçoit dans la veine 48 cg. de galyl et
320 cg. de ludyl. Amélioration considérable. Revu une première fois le
21 avril 1913 ; état général très bon; contrôle négatif sur le singe avec
10 cm3 de sang et 10 cm3 de liquide céphalo-rachidien. Revu une seconde
fois le 23 mars 1914 : état général toujours très bon ; poids : 67 kg. ; pas
de trypanosomes à la centrifugation ; inoculation au singe de 45 cm:! ; suivi
86 jours, l’animal ne s’infecte pas.
En résumé , la statistique brute est la suivante :
Décédés: . 15, soit . 44 %.
Survivants, en bon état apparent: . 19, soit 56 °/Q.
Parmi les survivants, ou tout au moins parmi les 12 d’entr’eux
qui ont été revus au laboratoire, 4, soit 33 %, présentaient encore
4:.
046
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
des parasites; chez les 8 autres (66 °/0) l’examen le plus minutieux
n'a pas permis de déceler de trypanosome.
On peut donc admettre comme sensiblement exacte la statisti¬
que suivante :
Décédés . 44 °/Q
Survivants, mais non guéris . 19 °/Q
Survivants, chez lesquels il n’est pas possible de
déceler de parasites . 37 °/Q
D’autre part, nous avons divisé, un peu artificiellement à la vé¬
rité, nos 34 malades en malades dont l’état est très avancé, avancé,
assez avancé, peu avancé. Nous voyons qu’après un an en moyenne
de cessation de traitement, parfois beaucoup plus (observ. n° 11
(2) 21 mois).
Sur 5 malades « état très avancé » 5 sont morts ;
Sur 15 malades « état avancé » 9 sont morts et 6 survivent;
Sur 2 malades « état assez avancé » 2 survivent;
Sur 12 malades « état peu avancé » 1 est mort et 11 survivent.
En particulier, sur ces 12 malades « état peu avancé », nous re¬
levons 1 décès ; 3 survivants en bon état apparent, mais chez les¬
quels le trypanosome a pu être décelé ; 5 survivants, en bon état
apparent, et chez lesquels on n’a pu retrouver de parasites, de
plus, 3 survivants, en bon état apparent, chez lesquels la recherche
méthodique des parasites n’a pu être faite.
11 ressort de cet exposé que le ludyl et le galyl, soit en inges¬
tion, soit par injection huileuse intramusculaire, n’ont générale¬
ment pas donné de bons résultats et que, dans la maladie du som¬
meil, la voie endo-veineuse reste la méthode de choix.
La plupart des traités ne l’ont été ici qu’un temps très court. Il
est donc permis d'espérer que, par une heureuse mise au point de
la méthode (espacement, rapprochement ou renforcement des do¬
ses ; prolongation des traitements, institution de traitements suc¬
cessifs, alternance des produits, etc., etc. ; essais d’injections intra-
arachnoïdiennes, les résultats déjà très appréciables seront encore
meilleurs; surtout si l’on arrive avec le temps et l’expérience ac¬
quise, en soignant de nombreux malades, à préciser la période
minima des récidives et à l’enrayer à temps.
De plus, nous suivrons nos traités le plus longtemps possible,
il va sans dire.
En définitive, à côté de la méthode classique (atoxyl en injec¬
tion sous-cutanée seul ou renforcé par les injections intraveineuses
Séance de 8 Juillet 1914 647
d’émétique de potasse) (i) ; à côté des traitements par le salvarsan,
l’arsénophénylglycine, le néosalvarsan, il y a place fort honorable
pour les traitements au ludyl et au galyl, seuls ou associés, pro¬
duits dont l’action est remarquablement puissante dans la maladie
du sommeil, avec espoir légitime de guérison définitive. Cette
guérison nous paraît devoir être très rapide, surtout dans les cas
soignés à la première période.
Dans un troisième mémoire, nous ferons connaître une série de
cas nouveaux de trypanosomiase humaine, traités par cette mé¬
thode.
( Travail du Laboratoire de Bactériologie de VA. O. F.
à Dakar (Sénégal).
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
American Journal of tropical diseuses, t. I, n° n.
American society of tropical medicine, 1913.
Archiv fur Schiffs und Tropen-Hygiene, t. XVIII, nos 10, 11,
12, 13.
British medical journal, 16, 23, 30 mai ; 6, 13, 20, 27 juin ;
4 juillet 1914.
Bulletin agricole du Congo Belge, t. V, n° 1.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de V Indochine, t. V,
n° 4.
Cronica medica de Lima, 15 et 31 mars 1914, nos 605-606.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederla7ids-Indie, t. LIV, n° 2.
Journal of the Royal Army Medical Corps, t. XXII, n° 6.
Journal of tropical medicine and hygiene, t. XVII nos 10, 11, 12.
Memorias do Institute Oswaldo Crus, t. VI, n° 1.
Manoirs of the department of agriculture in India, t. II, nos 3, 4.
Pediatria, t. XXII, nos 6, 7.
Propaganda antimalarica, t. VII, n° 2.
Quinzaine coloniale, t. XVIII, nos 10, 11, 12.
(1) L. Martin et H. Darré, L’atoxyl dans la maladie du sommeil, Société
de Thérapeutique, mars 1914. — Darré, La maladie du sommeil ( Annales de
Médecine , t. I, n°, pp. 463 et suiv.).
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Review of àpplied entomology, série A, t. II, nos 5, 6; série B,v
t. II, nos 5, 6.
Revista de V eterinaria e Zootechnia, t. IV, n° 2.
Revue scientifique, 16, 23, 30 mai; 6, 13, 20, 27 juin; 4 juillet
I9I4*
Tropical diseuses bulletin, t. III, nos 7, 8, 9, 10.
Tropical veterinary bulletin, t. II, n° 2.
Tunisie médicale, t. IV, n° 5.
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munizacion.
G. Rincones. Révision del estudio de nuestros tripanosomas
(Caracas).
Stefko. La filariose des oiseaux de la Russie centrale.
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Bull. n° 6, page 515 :
A la 15e ligne : Zamenis au lieu de Zamaris.
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G. Mansion. — Les phlébotomes européens . 584
L. -L Marzinowsky. — De l’existence de Stegomyia fasciata en Russie 590
F. Mesnil. — Dérivé du diaminoarsénobenzène. Discussion .... 595
Marie Phisalix. — Sur une hémogrégarine nouvelle, parasite de Boodon
fuliginosus Boïe et ses formes de multiplication endogène. . . . 575
Edm. et Et. Sergent, G. Lemaire et G. Senevet. — Insecte vecteur du
virus du clou de Biskra . 577
MEMOIRES
M. Ciuca. — L’action de quelques substances médicamenteuses sur le
pouvoir alexique du sérum . 626
A. Lafont et V. Dupont. — Résultats éloignés du traitement de la
maladie du sommeil par le Ludyl et le galyl. ........ 640
A. Laveran et G. Franchini. — Infections de mammifères par des fla¬
gellés d’invertébrés . . 605
C. Levaditi et St. Mutermilch. — Ambocepteurs et arsénobenzol . . C33
F. Mesnil et J. Ringenbagh. — Sur le Trypanosoma rhodesiense et ses
affinités avec le Trypanosoma gambiense . 612
}. Ringenbach et Guyomarc’h. — La filariose au Congo . 619
Erratum . 648
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A partir de 1914 le prix de l'Abonnement est : Fiance . 18 fr. ; Union postale. 20 fr
SOMMAIRE DU NUMÉRO 8-9
Séance du 11 novembre 1914
Allocution du Président .
PAGES
649
COMMUNICATIONS
M. Béguet. — Essais de destruction du Staiironotus maroccamis Thun.,
en Algérie, au moyen du Coccobacillus acridiorum d’Hérelle. . . 65i
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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taliers des Colonies Françaises.
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PAGES
Ë. Ëscomel. — tin nouveau traitement de laUrichomoniase intestinale. 667
A. Laveran et D. Roudsky. — De l’inoculabilité du Trypanosoma Lewisi
au loir ( Myoxus glis ) . 654
Edm. Sergent. — Première note sur les Phlébotomes algériens. . . . ^660
MÉMOIRES
M. Rouilliez. — Exposé des travaux en cours au laboratoire de Fort-
Archambault (trypanosomiases, paludisme, bilharziose, goitre) . . 685
M. Ciuca. — Sur l’action protectrice et immunisante du sérum des ani¬
maux trypanosomés traités à l’émétique de potassium . . . . 670
H. Jofé. — Traitement des cachexies paludéennes . 678
A. Laveran. — Infections expérimentales de souris, d’un meriones, d’un
rat et d’un macaque par la Leishmania tropica . 663
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Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt agrès la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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VI
Septième année
1914
N° 8-9.
■BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU II NOVEMBRE I 9 I 4 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Allocution du Président
Mes chers Collègues,
Je suis sûr d’être l’interprète de la Société en adressant à nos
Collègues Belges, en même temps que l’expression de notre sym¬
pathie pour les dures épreuves que leur nation vient de subir,
nos félicitations sincères pour la gloire dont s’est couverte leur
armée dans sa lutte héroïque contre l’envahisseur. Puisse la Bel¬
gique être délivrée bientôt des hordes barbares qui, après avoir
violé sa neutralité, la martyrisent depuis plus de trois mois. Grâce
à la vaillance de ses soldats et des nôtres, grâce à nos puissants
alliés Anglais et Russes, la victoire finale du droit n’est pas dou¬
teuse ; la Belgique renaîtra de ses ruines plus belle, plus grande,
plus glorieuse que jamais.
J’adresse des condoléances bien vives et bien sincères à nos
Collègues M. le Médecin Inspecteur Vallin etM. le Dr Violle qui
ont perdu l’un son fils, l’autre un frère morts glorieusement à
l’ennemi.
46
650
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A ceux de nos Collègues qui se trouvent aux armées j’envoie
nos souhaits les meilleurs.
Plusieurs de nos Collègues étrangers m’ont adressé des lettres
dans lesquelles ils expriment des souhaits cordiaux pour le suc¬
cès de nos armées. J’ai été très sensible à ces souhaits venant de
lointains pays et accompagnés de considérations élogieuses pour
Ja France, sévères mais justes pour nos ennemis.
Le Conseil qui s’est réuni avant la séance a décidé d’ajourner
sine die les élections qui devaient se faire en fin d’année ; il y a
là un cas de force majeure, puisque, dans les circonstances actuel¬
les, il serait impossible d’obtenir le quorum nécessaire pour la
validité des élections.
Le Conseil estime qu’il y a lieu de laisser au Bureau la lati¬
tude de convoquer la Société tous les mois ou tous les deux mois
suivant le nombre des communications annoncées. Il importe
que notre Bulletin continue à paraître au moins tous les deux
mois; nous prions tous ceux de nos Collègues qui ne sont pas
mobilisés, ainsi que nos Associés et Correspondants étrangers,
de nous envoyer des travaux.
M. H. Violle, élu membre titulaire à la séance de juillet,
adresse des remerciements à la Société.
Séance du ii Novembre 1914
651
COMMUNICATIONS
Essais de destruction du Stauronotus
maroccanus Thun., en Algérie, au moyen
du Coccobacillus acridiorum cTHérelle
Par Maurice BÉGUET
Depuis deux ans des expériences sont faites, sur les hauts
plateaux du département d’Oran, pour étudier l’action du Coc¬
cobacillus acridiorum d’HÉRELLE sur le Stauronotus maroccanus
Thun., seul Acridien commettant des dégâts depuis quelques
années en Algérie.
Le Coccobacille que d’HÉRELLE isola au Mexique (i), et uti¬
lisa en Argentine (2), provenait du Schistocerca et il fallut, pen¬
dant une première campagne (3), au printemps 1913. procéder
à une longue série de passages par Stauronotes pour élever à
un degré suffisant la virulence du Coccobacille vis-à-vis de cet
Acridien. Aux premiers passages le virus tuait les criquets en
26-36 heures, et il fallut 70 passages pour faire tomber à
6 heures la moyenne de la durée de l’infection, et 100 pour la
faire tomber à 4 heures. Cette adaptation au Stauronote a per¬
sisté malgré l’affaiblissement de la virulence pendant la vie
hivernale in vitro et il a suffi cette année (4) de 6 passages pour
(1) F. cI’Hérelle, Sur une épizootie de nature bactérienne sévissant sur les
sauterelles au Mexique, C • R. de VAcad. des Sc., t. CLII, n° 21, 22 mars 1911,
p. i4i3.
(2) F. d’HÉRELLE, Sur la propagation dans la République Argentine de l'épi¬
zootie des Sauterelles du Mexique, C. R. de VAcad. des Sc., t. CLIV, no 9,
26 fév. 1912, p. 623 .
(3) Edm. Sergent et Albert Lhéritier. Essai de destruction des Sauterelles
en Algérie par le Coccobacillus acridiorum d’HÉRELLE. Ann. Inst. Past,.,
t. XXVIII, no 4, avril 1914, p- 4°8-
(4) Maurice Béguet, Deuxième campagne contre les Sauterelles ( Staurono¬
tus maroccanus Thun.) en Algérie, au moyen du Coccobacillus acridiorum
d’HÉRELLE (sous presse).
652 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
obtenir un virus tuant d’une façon constante un Stauronote par
inoculation intra-péritonéale en 3 heures en moyenne.
Au cours de la campagne, il est préférable de se servir d'une
souche de Coccobacilles que l’on isole d’Acridiens morts dans
les champs, plutôt que d’une souche isolée d’Acridiens tués par
inoculation au laboratoire.
Toutes nos expériences de contamination directe des Acri¬
diens au moyen de pulvérisation ont été effectués avec un bouil¬
lon de culture jeune (24-36 heures) de ce Coccobacille tuant en
3 heures un Stauronote par inoculation intra-péritonéale. Les
érisations ont été faites à la tombée de la nuit sur les prin¬
cipales pâtures des Acridiens, et en organisant des buissons
artificiels, avec des amas de feuillage, quand la végétation natu¬
relle semblait insuffisante. La quantité de bouillon utilisée par
hectare infesté était d'un litre en moyenne, réparti de place en
place pour créer des centres d infection.
La première expérience a porté sur une tache de criquets
jeunes couvrant quatre ou cinq hectares, très dense. Les cri¬
quets qui avançaient vers l’ouest à raison de quelques centaines
de mètres par jour, s’arrêtèrent, trois jours après la pulvérisa¬
tion, en même temps que l’on commença à constater la présence
de nombreux malades et même de quelques morts. Ces malades
se laissaient facilement capturer à la main, et on pouvait, par
une légère pression sur leur abdomen, faire sourdre une goutte
fécale noire caractéristique, dans laquel le on retrouvait le Coc¬
cobacille. Au bout de quelques jours, le coefficient de mortalité
fut de 20 à 3o morts par mètre carré, mais sans que ce nombre
parût diminuer sensiblement la masse des criquets. Peu à peu,
pourtant, ce coefficient se maintenant égal chaque jour, la
tache diminua beaucoup d’importance. Les taches voisines ne
furent pas contaminées.
Deux autres expériences semblables, portant non sur des cri¬
quets jeunes, mais sur des criquets au moment de la dernière
mue, et sur des sauterelles adultes, donnèrent les mêmes résul¬
tats, mais à un degré moindre.
Pour étudier la propagation naturelle de l'épizootie, nous
avons transporté au milieu d’une bande indemne ioo criquets
provenant d’une tache infectée. Au bout de trois jours, les symp¬
tômes que nous avions déjà observés dans les expériences de
contamination directe ont commencé à apparaître dans la bande
Séance du ii Novembre 19 i4
653
entière jusque-là vivace ; et on put constater chaque jour la pré¬
sence d’une cinquantaine de cadavres nouveaux dans toute
l’étendue de la tache, jusqu’au départ en masse des sauterelles
de la région.
Nous avons pu tirer de ces expériences les conclusions sui¬
vantes :
i° On peut exalter la virulence du Cuccobacillus acridioram
d’HÉRELLE vis-à-vis du Stauronotus maroccanas Tiiun. par des
passages en série par la cavité générale de cet Acridien. O11
arrive à tuer les Stauronotes par inoculation en 3-4 heures régu¬
lièrement.
20 La pulvérisation d’une culture virulente de Coccobacilles
crée dans les bandes de Stauronotes une maladie épizootique
caractérisée par une entérite.
3° L’épizootie est loin d’être foudroyante, peu d’individus sont
frappés à la fois, mais l’épizootie continue à se propager dans
une même bande, jusqu’à la fin de l’évolution des Acridiens.
4° Les bandes infectées ralentissent leur marche et quelque¬
fois s’immobilisent. •
5° L’infection s’opère surtout par l’ingestion des pâtures
souillées par les déjections des malades.
6° 11 existe en Algérie, pour le Stauronote, des conditions qui
gênent la propagation de l’épizootie : ces Acridiens 11e se dévo¬
rent entre eux que dans une minime proportion, et ils évoluent
dans des régions arides où la végétation clairsemée 11e favorise
pas la contamination des pâtures.
70 On peut espérer qus l’application de la méthode peu coû¬
teuse des pulvérisations de cultures coccobacillaires pourra con¬
tribuer à la lutte contre les Stauronotes en Algérie. Mais elle ne
pourra constituer qu’un moyen adjuvant des procédés mécani¬
ques déjà employés. Il faudra rechercher si, d’autre part, une
immunité acquise contre le Coccobacille ne se développe pas
chez les Acridiens.
La méthode biologique pourra être utilisée en particulier là
où les moyens mécaniques sont impossibles : dans les collines
pierreuses, désertes et éloignées de tout lieu habité, où se font
les pontes de Stauronotes. Quand l’invasion des criquets est
arrivée à la lisière des récoltes, celles-ci ne peuvent être sauvées
que par les moyens mécaniques.
Institut Pasteur d’Algérie .
654
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
De l’inoculabilité du T rypanosoma Lewisi
au loir (Myoxus glis)
/
Par A. LAVE 11 A N et D. ROUDSKY.
Dans une note antérieure, nous avons étudié la virulence du
Tr. Lewisi et celle du Tr. Duttoni pour quelques espèces ani¬
males (i). Nous avons montré que, chez un certain nombre de
petits Rongeurs, l’injection dans le péritoine de sang de rat riche
en Tr. Lewisi provoque, en général, une infection d’intensité
variable, à la suite de laquelle, même dans les formes abortives,
les animaux acquièrent l’immunité pour le trypanosome injecté.
Ces infections diffèrent de celles que produit Tr. Lewisi chez le
rat, ou Tr. Duttoni chez la souris, par leur courte durée et par
ce fait qu’elles ne sont pas inoculables en série chez les petits
rongeurs autres que le rat ou la souris.
Grâce à l’obligeance de M. le Dr Dujardin-Beaumetz qui a bien
voulu mettre à notre disposition 11 loirs, Myoxus glis, provenant
de Lugano (Italie), nous avons pu poursuivre nos recherches sur
ces petits Rongeurs qui sont très rares en France et dont nous
n’avions pas réussi jusqu'ici à nous procurer un seul spécimen.
On désigne souvent sous le nom de loir le lérot ( Myoxus nitela)
qui est très commun en France. La queue du loir est garnie
dans toute sa longueur de poils longs, divergents, tandis que la
queue du lérot, garnie de poils courts à sa base, ne porte un
pinceau de poils longs qu’à son extrémité; ce caractère permet
de distinguer, à première vue, les deux espèces.
Des ii loirs mis à notre disposition, 2 ont été inoculés dans le
péritoine avec le Tr. Duttoni et se sont montrés réfractaires,
les 9 autres ont servi aux expériences avec le Tr. Lewisi ; 2 ont
été inoculés sur rat avec succès, les 7 autres ont servi à faire des
passages de loir à loir; nous résumons les observations.
Ie (Jn loir est inoculé le 29 juin 1914, dans le péritoine, avec du sang
de rat, très riche en Tr. Lewisi; on injecte à 10 h. 1 cm3 de sang mélangé
à de l’eau physiologique citratée. Le 29, à 17 h., examen négatif du sang
du loir. — 30 juin et 1er juillet, trypan. très rares dans le sang du loir.
(1 ) Société de pcith. exotique , 10 juin 1914-
Séance du ii Novembre 1914
655
— 2 juillet, trypan. non rares. — Du 3 au 11 j uillet,, examens du
sang négatifs. — 11 juillet, le loir est réinoculé dans le péritoine avec
du sang de rat très riche en Tr. Lewisi, tous les examens du loir
consécutifs à cette deuxième inoculation sont négatifs. —15 août 1914,
le loir est réinoculé, dans le péritoine, avec du sang de rat très riche en
Tr. Lewisi , cette deuxième réinoculation donne un résultat négatif comme
la première.
2° Un loir est inoculé le 29 juin, à 10 h., dans les mômes conditions que
le précédent: à 17 h. l’examen du sang du loir est négatif. — 30 juin,
trypan. rares dans le sang du loir, — Ier et 2 juillet, trypan. non rares.
— Du 3 au 11 juillet, examens du sang négatifs. — Le loir est réinoculé,
sans résultat, avec le Tr. Lewisi une première fois le 11 juillet et une
seconde fois le 15 août 1914.
3° Un loir est inoculé le Ier juillet 1914, dans le péritoine, avec 1 cm3
du sang du loir n° 2 ayant des Tr. Lewisi non rares. — 2 et 3 juillet,
trypan. très rares dans le sang du loir. — 4 juillet, trypan. rares. —
5 juillet,- très rares. — A partir du 6 juillet, les examens du sang sont
négatifs. Le 11 juillet le loir est réinoculé, sans résultat, dans le péri¬
toine, avec du sang de rat très riche en Tr. Lewisi.
4° Un loir est inoculé le 3 juillet 1914, dans le péritoine, avec
20 gouttes du sang du loir n° 3 ayant des trypan. très rares. — 4 juillet,
examen du sang négatif. — 5, trypan. très rares. — 6 au matin, trypan.
rares; à 17 h. trypan. non rares. — 7, trypan. non rares. — 8, trypan.
très rares. — Du 9 au 16 juillet, tous les examens du sang sont négatifs.
— La 16 juillet, le loir est réinoculé, sans résultat, dans le péritoine, avec
du sang de rat très riche en Tr. Lewisi.
5° Un loir est inoculé le 6 juillet 1914, dans le péritoine, avec 20 gouttes
du sang du loir n° 4 avant des trypan. non rares; le sang est mélangé à
un peu d’eau physiologique citratée. — 7 et 8 juillet, examens du sang du
loir négatifs. — 9 juillet, trypan. très rares le matin, moins rares le soir.
— 10, trypan. non rares, sur les frottis colorés on voit des formes de
division. -- 11, trypan. très rares. — Les examens du sang faits du 12 au
18 juillet sont négatifs. Le loir est réinoculé, le 18 juillet, avec du sang
de rat riche en Tr. Lewisi , il ne se réinfecte pas.
6° Un loir est inoculé le 9 juillet 1914, dans le péritoine, avec 20 gouttes
du sang du loirn°5; le 10 juillet il est inoculé de nouveau avec une
dizaine de gouttes du sang du même animal ayant des trypan. non rares;
le sang injecté dans le péritoine est mélangé à un peu d’eau physiologique
citratée. L’examen du sang du loir n° 6 fait le 10 juillet au soir est
négatif. — 11 juillet, trypan. très rares. — 12, trypan. rares. — 15, trypan.
non rares. — 14, trypan assez nombreux. — Du 15 au 20 juillet tous les
examens du sang sont négatifs.
7° Un loir est inoculé le 1 1 juillet 1914, dans le péritoine, avec 20 gouttes
du sang du loir n° 6 ; il est réinoculé le 13 juillet, dans le péritoine, avec
le sang du même loir (20 gouttes 4- eau physiologique citratée) ; les
trypan. sont très rares le 11 juillet, non rares le 13, dans le sang du loir
n° 6. — 14 juillet, trypan. très rares dans le sang du loir n° 7. — 15,
trypan. rares. — 16, trypan. très rares. — Les examens du sang faits du
17 au 22 juillet sont négatifs.
8° Un loir est inoculé le 15 juillet 1914, dans le péritoine, avec 20 gouttes
du sang du loir n° 7 ayant des trypan. rares. — 16 juillet, examen du sang
056
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
négatif. — 17, trypan. très rares le matin, rares le soir. — 18 et 19,
trypan. non rares. — 20, trypan. assez nombreux. — 21, trypan. très
rares. — 22 au 27 juillet, examens du sang négatifs.
9° Un loir est inoculé le 17 juillet 1914, dans le péritoine, avec 20 gouttes
du sang du loir n° 8, et réinoculé le 19 juillet avec 20 gouttes du sang du
même animal qui a des trypan. très rares. — 20, trypan. rares dans le
sang du loir n° 9. — 21, trypan. très rares. — 22 au 27 juillet, examens
du sang négatifs. Le loir n° 9 a été inoculé ensuite, sans succès, avec le
Trypan. Bianchardi (du lérot).
Tous les loirs inoculés, soit sur rat soit sur loir, se sont
infectés; la durée des infections a été courte (4 à 5 jours), mais
les trypanosomes se sont montrés non rares ou même assez
nombreux dans le sang des loirs et les formes de multiplication
ont été vues dans tous les cas.
Contrairement à ce qui arrive, en général, dans les inocula¬
tions du Tr. Lewisi à de petits rongeurs autres que le rat, les
inoculations en série sur loirs ont toutes réussi ; nous avons dû,
faute de sujets, nous arrêter au 7e passage, il est bien probable
que nous aurions pu, sans cela, dépasser ce chiffre.
Les loirs guéris de l'infection produite par le Tr Lewisi
avaient acquis l’immunité pour ce trypanosome ; les loirs 1, 2,
3, 4, 5 ont été réinoculés sans résultats 7 à 8 jours après la dis¬
parition des trypanosomes de leur sang; les loirs 1 et 2 ont été
réinoculés en outre une deuxième fois, également sans résultat,
43 jours après la disparition des parasites de leur sang.
Au point de vue de l’inoculabilité du Tr. Lewisi *, le loir est à
rapprocher de la gerboise (1).
Chose curieuse, le lérot, si voisin d’ailleurs du loir, est
beaucoup moins sensible que ce dernier au Tr. Lewisi.
D’après Brumpt, le Tr. Lewisi n’est pas inoculable au lérot;
Laveiian et Roudsky (op. cit.) ont observé chez les lérots inoculés
sur rats des infections très légères; r lérot, inoculé sur lérot,
11e s’est pas infecté. Biot et Richard qui, en 1909, avaient cons¬
taté que le lérot était réfractaire au Tr. Lewisi , ont réussi en
1912 (o/j. cit.) à produire une forte infection chez un lérot ino¬
culé sur une gerboise; ce lérot est mort au 7e jour après l'ino¬
culation avec des trypanosomes rares; il nous paraît très dou¬
teux que la mort puisse être attribuée à l’infection due au Tr.
Lewisi.
(1) R. Biot et G. Richard, Soc. de path. exotique, 1912, t. V, p. 826. —
A. Laveran et D. Roudsky, même Soc., 1914» t* VII, p. 532.
Séance du ii Novembre 1914
657
Il est à noter aussi que le loir, sensible au Tr. Lewisi , s’est
montré réfractaire au Tr. Duttoni si voisin pourtant du pre¬
mier.
/
Un nouveau traitement
de la trichomoniase intestinale (i)
Par E. ESCOMEL
En faisant l’étude des protozoaires de l’intestin des gre¬
nouilles et des crapauds, nous avons observé que si l’on met en
contact avec les déjections de ces animaux une solution d’iode
à 1 pour mille, additionnée de deux pour mille d'iodure de
potassium, tous les Nyctotheras , Opalines, Trichomonas , Ilexa-
mitus , meurent instantanément , aussitôt que leur surface touche
le médicament.
En employant la solution d’iode à 1 pour mille, sans iodure,
le même résultat est obtenu.
En faisant les mêmes expériences avec les selles de malades
atteints de trichomoniase, les résultats in viti'o furent les
mêmes.
Due solution à 1 pour 2.000 laisse vivre les protozoaires
pendant un certain temps. Une solution à i/4ooo leur permet
une survivance de plusieurs heures ; il est donc nécessaire que
la solution soit à i/rooo ; il est indispensable en outre que la
solution soit fraîchement préparée avec de l’iode bi-sublimé,
extrêmement pur.
Je ne prescris aux malades atteints de trichomoniase qu’un
lavement chaque soir d’urî litre d’eau de fontaine avec un
gramme d’iode (L’eau n’a pas besoin d’être bouillie, car une
minute après l’addition d’iode elle est stérile).
On répète le lavement pendant trois jours consécutifs ; avant
le lavement iodé le malade doit prendre un lavement évacua-
teur d'eau bouillie.
Le malade est soumis à un régime hydro-carboné de farines
o «y
avec, comme boisson, la décoction de riz.
(1) Communication parvenue au Bureau de la Société en août.
658
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les résultats sont remarquables.
Le lavement iodé doit être injecté lentement, le malade étant
couché sur le côté gauche. Après son évacuation, qui est immé¬
diate, le malade ressent un certain malaise qui varie pour cha¬
que patient d’après sa sensibilité. Ce malaise disparaît par
l’emploi d’applications chaudes sur le ventre et sur l’anus. Au
besoin, un quart de lavement amidonné-laudanisé qui doit être
gardé, calme les douleurs.
Généralement le lavement iodé est très bien supporté; il n’est,
jamais aussi douloureux que le lavement au nitrate d’argent.
Presque toujours le Trichomonas disparaît des selles à partir
du deuxième jour de traitement, et les kystes à partir du troi¬
sième et la guérison est obtenue alors même que la maladie
durait depuis plusieurs mois.
Si, ce qui est fort rare, le quatrième jour il existe encore des
Trichomonas dans les selles, cela indique que ces protozoaires
ont envahi des zones très profondes ou très hautes de la mu¬
queuse intestinale.
Il faut alors instituer le traitement de la trichomoniase que
j’ai exposé au Congrès Médical de Lima en novembre r 9 1 3 .
Le malade prendra pendant les trois premiers jours la potion
suivante, par cuillerées, toutes les deux heures :
m. s. a.
On donnera matin et soir :
i° Un lavement de 2 1. de décoction d’Eucalyptus ( doucement,
lentement), lequel sera évacué immédiatement et le plus com¬
plètement possible ;
20 Un deuxième lavement de 60 g. d’eau bouillie, un jaune
d’œuf, dix gouttes de laudanum et quinze gouttes d’essence de
térébenthine, qui sera retenu de 4 à 12 heures.
Repos, diète hydro-carbonée exclusive et applications chau¬
des sur le ventre.
Ce traitement sera suivi jusqu’à ce qu’on ne trouve ni Tricho¬
monas ni kystes dans les selles. Il est très efficace et simple,
mais les Trichomonas mis en contact in vitro avec J’essence de
térébenthine la supportent pendant quelques minutes, les goût-
Séance du ii Novembre iqi4
659
tes de l’essence ne s’émulsionnant pas très complètement dans
les selles, tandis que la solution d’iode instantanément miscible
aux selles détruit les protozoaires plus rapidement et plus
complètement.
Traitement de la lambliase intestinale
J’ai eu l’occasion de traiter plusieurs malades atteints de lam¬
bliase intestinale ayant des symptômes dysentériques.
Cette affection est très rare à Aréquipa, j’ai vu surtout des
malades venus des vallées de Bolivie, de quelques vallées du
Pérou et un malade qui souffrait de diarrhée intermittente
depuis qu’il avait fait son service militaire en Allemagne et qui
ne pouvait pas guérir, faute d’un simple examen microscopique
des selles. Examiné et traité, il a guéri rapidement.
Le traitement est des plus simples :
Premier jour : régime lacté exclusif (3 à 4 1. de lait).
Deuxième jour : prendre à jeun un cachet de calomel o,4o à
o,6o cg.
Une demi-heure après, prendre : huile de ricin aromatisée
45 g.
Régime lacté absolu.
Le troisième jour tous les parasites avaient disparu.
Traitement de l’amibiase intestinale
Nous avons employé avec succès le traitement à la brésilienne,
depuis fort longtemps, assez prolongé et aidé par des lave¬
ments de protargol.
Depuis les communications de Rogers de Calcutta, nous
employons les injections d’émétine chez les malades qui ne peu¬
vent pas supporter la première méthode, et nous les continuons
jusqu’à ce que toutes les amibes, sous toutes leurs formes et les
kystes, aient disparu depuis 2 ou 3 jours. Sans cette précau¬
tion la rechute est presque certaine.
Traitement de l’amibiase hépatique
L’amibiase hépatique, très fréquente à Aréquipa, avec ou sans
dysenterie préalable, est due à l’ingestion journalière, par le
peuple, de grandes doses de piment (capsicum) très fort, avec la
060
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nourriture. Ce piment produit un état congestif du rectum et
du foie très propice à l’éclosion des amibes ingérées.
Quelquefois, des amibes en petit nombre parviennent au rec¬
tum, et sans produire une dysenterie, pénètrent dans les veines
et arrivent au foie par le système porte, tout cela favorisé par la
congestion capsicienne ; de là la fréquence à Aréquipa de l’ami¬
biase hépatique sans dysenterie préalable.
Le traitement de Rogers par les injections d’émétine sonnent
répétées et les ponctions des abcès du foie nous ont donné de
très beaux succès.
Il faut prolonger le traitement par l’émétine pour ne pas per¬
mettre la repullulation des amibes dans les abcès ponctionnés
du foie.
Pour toutes les études cliniques, j’ai eu le bienveillant con¬
trôle et les conseils de mon maître le D1' Hunter, et pour les exa¬
mens microscopiques, j'ai été bien secondé par mon aide de
laboratoire M. Maldonado.
Arequipci, juillet / cji j.
Première note sur les phlébotomes algériens
Par Edm. SERGENT
Nous avons signalé il y a 10 ans, et à plusieurs reprises
depuis lors(r), la présence de Phlebotomus papatasii Scopoli en
Algérie, et l’aire très considérable de sa distribution géographi¬
que depuis les ports méditerranéens jusqu’aux oasis saharien¬
nes, en passant par les hauts plateaux et les steppes élevées.
Nous avons incriminé en iqo4 les Phlébotomes comme agents
propagateurs de clou de Biskra (2). Ils transmettent peut-être
aussi en Algérie, comme dans le reste du bassin méditerranéen,
(1) C. R. Soc. Biol., t. LVIt, 8 avril iqo5, p. 678.
Bail. Soc. Path. exot .. t. II, 21 juillet 1909, p. 390
i)e 'ter mi nation des Insectes piqueurs et suceurs de sang. O. Doin, 1909,
p. 37.
Bull. Inst. Past., t. III, 1906, p. O26
Voir aussi H. Foley et H. Leduc, Bull. Soc. Path. exot., t. V, 10 juill. 1912,
p . 5 1 1 .
(2) Ibidem, et Bail. Soc. Path. exot., t. VII, 8 juillet 1904, p. 677 .
Séance du ii Novembre iqi4
60 1
la ■< fièvre de Phlébolomes » ou « fièvre de pappataci » (dengue,
fièvre éphémère, fièvre de 3 ou 7 jours). Des confrères algériens
nous ont aimablement communiqué des observations qui peu¬
vent être rapportées à cette affection. Mais nous estimons que
le diagnostic de « fièvre de pappataci » ne peut pas être posé
sur les données de la clinique seule, quand il s’agit de cas iso¬
lés. Il n’y a pas de réaction de laboratoire spécifique. Il serait
désirable qu’à défaut de la notion clinique nette que fournirait
une épidémie réunissant plusieurs cas, semblables entre eux,
marqués par des caractères saillants, on établisse la preuve de
l’existence de la fièvre de pappataci en Algérie parla transmis¬
sion d’un cas supposé de cette maladie au moyen de la piqûre
de Phlébotomes.
Les captures que nous avons faites j usqu’ici, jointes à celles
des docteurs H. Foley et L. Parrot, nous fournissent les ren¬
seignements suivants sur la répartition géographique des Phlé¬
botomes en Algérie.
LITTORAL
Phlebotomus papatasii Scopoli seul a été capturé. Présent
dans toutes les villes de la côte. Plus nombreux certaines
années.
Très communs en juillet, août et septembre.
hauts plateaux (altitude 800-1.000 m.)
Phlebotomus papatasii Scopoli.
Phlebotomus minutas var. africanus Nenvstead.
Phlebotomus perniciosus Newstead.
A Gambetta (département de Constantine), les captures du
Dr Parrot ont compris, ei } 19 i4, 45 0/0 de Phi. papatasii ,
3o 0/0 de Phi. perniciosus et 25 0/0 de Phi. minutas afri¬
canus.
Tous ces Phlébotomes n’ont paru qu’en septembre seulement
et surtout dans les trois premières semaines du mois.
SAHARA
Sahara Oranais. — Phlebotomus papatasii prédomine à Beni-
Ounif-de-Figuig où ses piqûres incommodent sérieusement les
662
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nouveau-venus (i). Les captures du Dr Füley ne comptent qu’un
Phlebotonuis minutas af ricanas pour 202 Phi. papatasii. On n’y
a pas encore vu Phi. perniciosus.
Epoque de la mi-mai à fin octobre.
Sahara constantinois. — A Biskra :
Phlebotomus papatasii.
Phi. minutas africanus.
Phi. perniciosus.
Phi. papatasii et Phi. minutus africanus paraissent à peu près
également nombreux dans les mêmes locaux.
Phi. perniciosus est plus rare.
Saison chaude avec prédominance automnale.
Institut Pasteur d'Algérie .
(1) H. Foley et H. Leduc, Phlébotomes dans le sud Oranais. Accidents sim¬
plement locaux dûs à leurs piqûres, Bull. Soc. Path. exot ., t. V, 10 juill.
1912, p. 5 1 1 .
Séance du ii Novembre iqi4
663
Mémoires
Infections expérimentales de souris,
d'un meriones, d’un rat et d’un
macaque par la Leishmania tropica ”
par A. LAVERAN.
J’ai montré, en 1912, que la Leishmania infantum pouvait pro¬
duire chez la souris des infections générales bien caractérisées
par la présence des Leishmania dans la rate hypertrophiée, dans
le foie et dans la moelle osseuse des animaux en expérience (1) ;
le fait a été vérifié depuis lors pour la L. Donovani , agent du
kala-azar indien, comme pour la L. infantum , agent du kala-
azar méditerranéen.
Il était intéressant de rechercher si la L. tropica , agent du bou¬
ton d’Orient, qui, au point de vue morphologique, ne peut pas
être distinguée des L. infantum et L. Donovani , avait chez les
souris une action pathogène comparable à celle de ces derniers
parasites.
Gonder a réussi à infecter des souris en leur inoculant, dans
les veines ou dans le péritoine, des cultures de la L. tropica
(virus de l’Institut Pasteur de Tunis). Il a obtenu des infections
généralisées avec Leishmania souvent en grand nombre dans la
rate et dans le foie ; plusieurs souris ont présenté des œdèmes
ou des gangrènes siégeant d’ordinaire à la queue, aux pattes ou
aux oreilles (2).
Row a observé une leishmaniose généralisée, sans accidents
cutanés, chez une souris qui avait été inoculée dans le péritoine
avec des cultures du bouton de Delhi (3).
J’ai institué depuis plusieurs mois des expériences dans le
(1) A. Laveran, Acad, des Sciences, 26 février 1912, et Soc. de pathologie
exotique , i3 novembre 1912.
(2) R. Gonder, Arch. f. Schiffs u. Tropen Hygiene, t. XVII, 1913, p. 397.
(3) R. Row, Soc. de pathologie exotique, 8 avril 1914.
664
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
but de contrôler les résultats obtenus par Gonder et par Row ; je
me suis servi d’un virus que M. le Dr Nicolle, directeur de l’Ins¬
titut Pasteur de Tunis, a eu l’obligeance de mettre à ma dispo¬
sition, c’est-à-dire d’un virus de même origine que celui employé
par Gonder ; le liquide de culture, recueilli dans des tubes du
milieu de Novy simplifié, était injecté, à plusieurs reprises, dans
le péritoine de souris blanches, aux doses de ocm3,25 à ocm3,5.
Je me suis servi, non de cultures jeunes, mais, suivant le con¬
seil de Row, de cultures de 4 semaines environ (i).
Sur 12 souris blanches inoculées, il y avait 8 mâles et 4 femel¬
les ; des 8 mâles, 6 se sont infectés, tandis que jusqu’ici il n’y a
eu, chez les femelles, qu’un cas d’infection.
On peut résumer comme il suit l’évolution de l’infection chez
les mâles : pendant les premiers mois qui suivent l’inoculation,
on n’observe rien d’anormal ; vers le quatrième mois, on con¬
state que les testicules sont augmentés de volume et indurés; les
testicules s’empâtent de plus en plus et il se forme, dans la
région abdominale inférieure, une tumeur oblongue, transver¬
sale par rapport à l’axe longitudinal du corps, plus ou moins
dure au toucher. De petites escarres cutanées se montrent sou¬
vent au niveau de la tumeur ou bien à la queue qui peut êlre
détruite en entier. Lorsque, à l’aide d’une pipette fine, on ponc¬
tionne la tumeur, on en retire facilement une goutte d’une séro¬
sité dans laquelle les Leishmania abondent. Chez les souris
sacrifiées à une période avancée de l’infection, les testicules sont
profondément altérés, hypertrophiés, déformés, indurés; la sub¬
stance testiculaire fait place à un tissu lardacé, et les testicules
sont plus ou moins englobés dans une masse néoplasique. A
l’examen histologique on trouve dans les testicules, comme dans
la masse néoplasique qui les enserre, des Leishmania en quan¬
tité prodigieuse. Ces parasites présentent tous les caractères de
la L. tropica ; ils sont tantôt libres, tantôt inclus dans des élé¬
ments anatomiques qui parfois en sont littéralement bourrés
(fig. I) ; ils mesurent de 2p. à 4p- de long sur ip, à 2p. de large;
les parasites ont d’ordinaire une forme ovalaire plus ou moins
allongée. Après coloration au Giemsa, on distingue un noyau et
un centrosome souvent bacilliforme ; je n’ai jamais vu de flagel-
(i) Les premiers résultats de ces expériences ont été communiqués à l’Aca¬
démie des Sciences dans la séance du 5 octobre 1 9 1 /| .
Séance du ii Novembre i 9 i 4
665
les même rudimentaires. Cdiez les 4 souris mâles dont les obser¬
vations sont résumées ci-dessous, je n’ai trouvé de Leishmanici
ni dans la rate, ni dans le foie, ni dans la moelle osseuse ; il est
à noter toutefois que la rate était fortement hypertrophiée, ce qui
semble indiquer qu’elle avait été touchée, au moins temporaire¬
ment, par l’infection.
Fig. I. — 1-5, éléments parasités dans un frottis fait avec le produit
d’une ponction d’un testicule chez une souris infectée par Leishmanici tro-
pica. 1, grand élément parasité. — 2-4, grands mononucléaires parasités;
les éléments 3 et 4 sont bourrés de Leishmania ; par suite, les noyaux ont
été refoulés à la périphérie. — 5, polynucléaire avec 3 Leishmania. —
6, grande cellule du tissu conjonctif parasitée, dessinée dans un frottis fait
avec le tissu cellulo-adipeux détaché au-dessus d’un testicule malade de
la même souris ; au milieu des éléments parasités on voit des Leishmania
libres. — Gross., 1.000 D environ.
*
l°Urie souris blanche, adulte, mâle, reçoit, dans le péritoine, les 18 et
22 mars, lRr avril, 1 1 mai, 31 juillet, 8 août et 4 septembre 1914 des injec¬
tions de cultures de la Leishmania tropica ; la quantité de culture injectée
chaque fois varie de 0 cm3 25 à 0 cm3 50. Jusqu’au mois de septem¬
bre 1914, la souris ne présente rien d’anormal. Le 25 septembre, je cons¬
tate qu’il existe, à la face ventrale, deux plaques brunâtres situées l’une
en avant de l’anus, l’autre en avant du pénis ; ces plaques qui ont l’étendue
de pièces de 20 centimes environ sont indurées, parcheminées; il s’agit
évidemment de foyers de gangrène sèche.
La souris est sacrifiée le 26 septembre 1914 ; elle pèse 18 g. : la rate,
fortement hypertrophiée, pèse 33 cg.;. au-dessous des plaqués gangré¬
neuses, on trouve un peu de pus caséeux dans lequel les Leishmania
sont très rares. Les testicules sous-jacents sont altérés tous les deux ; les
altérations du testicule droit sont plus marquées que celles du testicule
gauche; les testicules sont gros, fortement indurés, difficilement recon¬
naissables au milieu du tissu conjonctif et graisseux qui les enserre. Après
avoir incisé le testicule droit, je fais des frottis qui, colorés, montrent des
Leishmania typiques en nombre énorme, libres ou incluses dans des élé¬
ments anatomiques. Les parasites sont également très nombreux dans les
frottis faits avec un lambeau du tissu conjonctif induré détaché au-dessus
du testicule droit. Les Leishmania se montrent beaucoup plus rares dans
les frottis du testicule gauche que dans ceux du droit.
47
666
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Je m’attendais à trouver des Leishmania dans la rate qui était fortement
hypertrophiée ; cette attente a été déçue, je n’ai trouvé de parasites ni
dans les frottis de rate, ni dans ceux de foie et de moelle osseuse.
2° Une souris blanche, adulte, mâle, reçoit, dans le péritoine, les 1er, 8
et 15 avril, 16 mai et 21 juillet 1914, des injections de cultures de la
Leishmania tropica. La quantité de culture injectée chaque fois varie de
0 cm3 25 à 0 cm3 50. Jusqu’au mois de septembre 1914, la souris ne pré¬
sente rien d'anormal. Le 15 septembre, on constate une gangrène sèche
de la queue qui fait de rapides progrès. Le 25 septembre, la queue est
tombée en entier et il existe à la face ventrale, en avant de l’anus, une
plaque de gangrène sèche de la grandeur d’une pièce de 20 centimes envi¬
ron. Les poils sont tombés à ce niveau, la peau est brunâtre, sèche, par¬
cheminée, et l’on sent au-dessous une tumeur oblongue de consistance
assez ferme.
La souris dont l’état général ne paraît pas mauvais est sacrifiée le
25 septembre; elle pèse 24 g. ; la rate, fortement hypertrophiée, pèse
35 cg. Les testicules qui sont gros, indurés, infiltrés d’une matière caséeuse,
sont enlevés avec la plaque ventrale de gangrène sèche, à laquelle ils
adhèrent. Après avoir incisé les testicules, je fais des frottis qui, colorés,
montrent des Leishmania typiques en très grand nombre; les parasites
sont tantôt libres, tantôt inclus dans des éléments anatomiques. Je ne
trouve de Leishmania ni dans les frottis de la rate, qui cependant a subi
une forte hypertrophie, ni dans les frottis de foie ou de moelle osseuse.
3° Une souris blanche, adulte, mâle, reçoit, dans le péritoine, les 28 mai*
11 et 25 juin, 10 juillet et 25 août 1914, des injections de cultures de la
Leishmania tropica ; la quantité de culture injectée chaque fois varie de
0 cm3 25 à 0 cm3 50. Jusqu’au mois de septembre, la souris ne présente
rien d’anormal. Le 1er octobre, on constate l’existence, en avant de l’anus,
de deux petites taches brunâtres de la grandeur de lentilles ; la peau est,
au niveau de ces taches, dure, desséchée. En avant de ces points de gan¬
grène sèche se trouve une tumeur saillante, dure, transversale par rapport
à l’axe du corps, occupant l’emplacement normal des testicules.
La souris est sacrifiée le 1er octobre ; elle pèse 24 g. ; la rate, fortement
hypertrophiée, pèse 30 cg. Après avoir incisé la paroi abdominale, on met
à nu la tumeur qui est constituée par du tissu cellulo-adipeux très dense,
induré par places et, après enlèvement de ce tissu, on distingue les deux
testicules hypertrophiés, indurés, présentant une surface très irrégu¬
lière. Le tissu normal testiculaire a fait place, presque partout, à un tissu
lardacé, blanchâtre. Dans les frottis du tissu de nouvelle formation qui
recouvrait les testicules, et dans ceux des testicules, on trouve des Leish¬
mania typiques en très grand nombre, libres ou incluses dans des élé¬
ments anatomiques qui parfois en sont littéralement bourrés. On ne voit
de Leishmania ni dans les frottis de la rate, pourtant hypertrophiée, ni
dans les frottis de foie ou de moelle osseuse.
4° Une souris blanche, adulte, mâle, reçoit, dans le péritoine, les 28 mai,
6 et 25 juin, 10 juillet et 20 août 1914, des injections de cultures de la
L. tropica de 0 cm3 25 à 0 cm3 50 chaque. Jusqu’au mois de septembre 1914
on ne constate rien d’anormal. — 28 septembre, les testicules sont gros,
bosselés, indurés ; il n’y a pas de lésion cutanée. - — 7 octobre, les testi¬
cules sont dans le même état que le 28 septembre. — 11 octobre, on ponc¬
tionne le testicule droit et l’on obtient une gouttelette d’une matière blan¬
châtre, puriforme, qui contient des Leishmania en quantité énorme.- —
Séance du ii Novembre 1914
667
14 octobre, toute la région testiculaire s’empâte, on ne distingue plus les
testicules l'un de l’autre. Une goutte d’un exsudât sanguinolent obtenue
par ponction de la région testiculaire est ensemencée sur milieu de Novy
simplifié ; à la date du 24 octobre, on obtient une culture très belle de
flagellés typiques. La souris est sacrifiée le 15 octobre 1914, elle pèse
25 g.; la rate pèse 11 cg. Les testicules sont très gros, indurés, surtout
à leur partie inférieure; le tissu cellulo-adipeux qui entoure les testicules
est également épaissi et induré par places. Dans les frottis faits avec les
testicules, et avec le tissu cellulo-adipeux voisin, on trouvedes Leishmania
en quantité énorme, libres ou incluses dans des éléments anatomiques. Il
n’y a de Leishmania ni dans la rate, ni dans le foie, ni dans la moelle
osseuse.
La souris femelle qui s’est infectée a présenté, à la paroi abdo¬
minale, un bouton ayant une grande analogie avec les boutons
d'Orient ; elle a eu en outre une infection générale ; je résume
son observation.
5° Une souris blanche, adulte, femelle, reçoit, dans le péritoine, les
28 mai, 11 et 25 juin, 10 juillet et 20 août 1914, des injections de cultures
de la L. tropica. La quantité de culture pure injectée chaque fois varie de
0 cm3 25 à 0 cm3 50. Jusqu’au mois d’octobre 1914, la souris ne présente
rien d’anormal. Le 11 octobre, on note à la paroi de l’abdomen, au niveau
de la mamelle postérieure gauche, une induration de la grosseur d’un
grain de chènevis, avec un point blanchâtre; après avoir détaché l’épi¬
derme à ce niveau, on peut enlever une parcelle de matière blanche, d’as-
Fig. il. — Eléments dessinés dans un frottis fait avec la substance
puriforme fournie parla tumeur cutanée delà souris 5 infectée par Leish¬
mania tropica. — 1-4, grands éléments parasités ; dans les éléments 3 et 4
qui sont bourrés de Leishmania , les noyaux sont refoulés à la périphérie.
— 5, 6, 7, mononucléaires parasités. — 8, 9, 10, polynucléaires parasités.
Au milieu des éléments parasités, on voit des Leishmania libres. Gross.,
1.000 D. environ.
668
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pect caséeux, qui s’étale mal en frottis. Dans le frottis coloré, on voit des
Leishmania en nombre énorme, libres ou plus souvent incluses dans des
éléments anatomiques (Fig. II). — 15 octobre, l’induration persiste ; petite
crofite brunâtre à la surface. — 19 octobre, l’induration persiste; au-des¬
sous de la croûte, on trouve une goutte de liquide puriforme qui contient
encore des Leishmania beaucoup moins nombreuses que lors du premier
examen. — 29 octobre, la petite tumeur paraît être en voie de résolution,
il n’y a plus de suintement. — 2 novembre, il existe encore à la place de
la tumeur une induration marquée.
La souris est trouvée morte le 5 novembre 1914, elle pèse 19 g. ; la rate
pèse 12 c g. Le tissu cellulu-adipeux, situé dans l’abdomen, sur les côtés
de la vessie, présente des indurations et des épaississements. Un frottis
fait avec ce tissu montre des Leishmania en grand nombre, il en est de
même d’un frottis fait avec la peau épaissie et indurée, siège de la petite
tumeur abdominale, il existe des Leishmania nombreuses dans le foie,
non rares dans la rate, rares dans la moelle osseuse. La souris paraît
avoir succombé à l'infection générale.
En dehors des souris, j’ai inoculé, en suivant la même teclmj-
que, et avec le même virus de Leishmania tropica , trois Meriones
Shawi capturés en Tunisie; un de ces petits Rongeurs, un mâle,
a montré, 5 mois après la première inoculation, des symptômes
d’infection identiques à ceux observés chez les souris. Les tes¬
ticules volumineux, indurés, contenaient des Leishmania typiques
en très grand nombre. Les parasites faisaient défaut dans la rate,
dans le foie et dans la moelle osseuse. Les deux autres Meriones
qui étaient des femelles ne se sont pas infectés.
Ayant constaté que la L. tropica se développait avec une grande
facilité dans le testicule des souris, j’ai inoculé un rat dans un
testicule avec le virus fourni par une souris ; l’observation résu¬
mée ci-dessous montre qu’il y a eu, chez le rat, une infection
très nette localisée au testicule inoculé et au tissu cellulo-adipeux
voisin.
6° Un jeune rat blanc et noir est inoculé le 15 octobre 1914, dans le
testicule droit, avec le produit du broyage d’un testicule de la souris qui
fait l’objet de l’observation 4. A cet effet, le produit du broyage est délayé
dans un peu d’eau physiologique et on injecte, dans le testicule, un
dixième de centimètre cube du mélange. Le rat est trouvé mort le
30 octobre, il pèse 65 g. La raie estgrosse, elle pèse 95 cg, mais l’autopsie
démontre que le rat était infecté de Tr. Lewisi (infection naturelle), ce qui
explique l’hypertrophie de la rate. Le testicule droit a seulement la
moitié du volume du gauche et sa consistance est diminuée. Dans les
frottis faits avec le testicule droit, et avec le tissu cellulo-adipeux qui le
surmonte, on trouve des Leishmania typiques en très grand nombre,
libres ou incluses dans des éléments anatomiques. Les examens du testi¬
cule gauche, du tissu cellulo-adipeux voisin, de la rate, du foie et de la
Séance du ii Novembre iqi4 669
moelle osseuse sont complètement négatifs au point de vue de l'existence
des Leishmania.
Il est à noter que, dans ce cas, les altérations testiculaires
étaient très différentes de celles observées chez les souris, mais
il faut tenir compte de ce fait qu’il s’agissait, chez le rat, d’un
processus aigu provoqué par l’inoculation directe du virus dans
le testicule, tandis que, chez les souris, il y avait eu infection
chronique provoquée indirectement par injection de cultures
dans le péritoine.
Un rat inoculé directement dans un des testicules avec des cul¬
tures de L. tropica s’est infecté comme le rat de l’observation 6.
2 rats inoculés dans les testicules avec des cultures de L. Dono-
vani ne se sont pas infectés.
L’observation suivante montre que le le virus provenant des
souris infectées avec les cultures de la L. tropica, inoculé à un
macaque, s’est montré très aetif.
7° Un Macacas cynomolgus femelle, du poids de t kg. 990, est inoculé
le 15 octobre 1914 avec le virus fourni pas le testicule droit de la souris
qui fait l’objet de l’observation 4. Avec un vaccinostyle enduit de la
matière virulente, je fais trois piqûres à la tempe droite, et je pratique,
à la face externe de la cuisse droite, trois petites injections intra et sous-
dermiques avec le produit du broyage du testicule dilué dans un peu
d’eau physiologique. — 24 octobre, à la face externe de la cuisse droite,
deux des points d’inoculation, le supérieur et l'inférieur, sont le siège de
nodosités intradermiques du volume de grains de chènevis. Rien d’anor¬
mal à la tempe droite. — 27 octobre, les deux nodosités de la cuisse ont
grossi, elles se sont allongées suivant l’axe du membre ; leur volume peut
être comparé à celui de grains de blé. Les nodosités font une saillie très
apparente ; elles adhèrent à la peau qui a conservé son aspect normal.
A la tempe droite, on distingue à l’œil et au palper trois petites nodosités ;
les deux plus grosses ont le volume de grains de chènevis. Avec une
pipette fine je ponctionne une des nodosités de la cuisse droite et je retire
une parcelle d’une matière blanchâtre qui, examinée en frottis coloré,
montre des Leishmania en très grand nombre, libres pour la plupart, au
milieu de leucocytes mono ou p>olynucléés. — 1er novembre, les deux
nodosités de la cuisse droite continuent à augmenter de volume en s’éta¬
lant, elles ont maintenant la grosseur de petites amandes et, dans l’inter¬
valle, on distingue une troisième nodosité, plus petite, qui correspond au
siège de la troisième inoculation. Les trois nodosités de la tempe droite
ont augmenté un peu de volume. La ponction de la deuxième grosse
nodosité de la cuisse donne, comme celle de la première, une gouttelette de
matière blanchâtre contenant des Leishmania en grand nombre. —
3 novembre, les nodosités de la cuisse droite ont encore un peu augmenté
de volume, elles forment des saillies visibles de loin ; des croûtes com¬
mencent à se former à la surface, la peau brunit et se dessèche. Les
nodules de la tempe diminuent de volume, des croûtelles brunâtres se
sont formées aux parties saillantes; avec une de ces croûtelles que je
670 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
détache, je fais un frottis dans lequel je trouve, au milieu de globules
rouges et blancs, des Leishmania non rares. — 6 novembre, les boutons
de la cuisse se couvrent de croûtes brunâtres au-dessous desquelles suinte
un exsudât roussâtre, puriforme.
Il est à remarquer que chez ce macaque les 6 inoculations ont
donné lieu à des lésions cutanées comparables à celles du bou¬
ton d’Orient et que l'incubation a été très courte, puisque 9 jours
après l’inoculation on trouvait des nodosités au niveau des piqû¬
res. Le virus de la souris utilisé dans cette expérience s’est mon¬
tré plus actif que la culture de la Leishmania du bouton de . Delhi
que j’avais utilisée antérieurement pour des expériences sur des
singes (1) ; les altérations cutanées produites par les 2 virus ont
présenté d’ailleurs la plus grande ressemblance.
• ★
De ces recherches qui sont loin d’être terminées je me gar¬
derai de tirer une conclusion quant à l’identité ou la non-identité
de la L. infantam et de la L. tropica ; je dirai seulement que
jusqu’ici les résultats des expériences me semblent peu favorables
à l'identification de ces virus. Tandis que la L. infantam pro¬
voque des infections générales (rate, foie, moelle osseuse) sans
lésions cutanées, la L. tropica donne lieu à des lésions qui ont de
la tendance à se localiser à la peau, comme le bouton d’Orient,
et sur les testicules chez la souris. Dans un seul cas sur 9
(3 souris survivent des 12 mises en expérience) il y avait infection
générale en même temps que lésion cutanée.
/ M
Sur 1 action protectrice et immunisante
du sérum des animaux trypanosomes
traités à l’émétique de potassium
Par M. CIUCA.
Mme Marguliès croyait à une action du salvarsan sur la for¬
mation des anticorps chez les rats trypanosomés, traités avec
celte substance. D’après ses expériences, le sérum des rats neufs,
(1) A. Laveran, Soc. de pat/l. exotique , 9 octobre 1912, t. V, p. 073.
Séance du ii Novembre i 9 i 4
671
traités dans les mêmes conditions, serait tout à fait dépourvu
d’action trypanocide.
Des recherches ultérieures, faites par Ellts et Swift, attribuent
la propriété spirillicide du sérum des syphilitiques et des lapins
normaux, traités au salvarsan, à l’action directe de cette
substance. Ce fait est confirmé par les recherches de Levaditi et
Mutermilch. D’après ces auteurs le pouvoir trypanocide du sérum
des rats trypanosomés, injectés au salvarsan, est dû au passage
dans la circulation du médicament ou d’un produit de réduction.
Moldovan, tout en résumant les travaux antérieurs sur l’atoxyl,
faits par Ehrlich, Uhlenhcjth, Aggazi, Lipmann, Friedbergeii et
Nasuda, von Beck, etc., croit à une fixation de ce médicament
sur les trypanosomes, capable de leur faire dégager une
substance autotoxique.
A la suite de l’introduction de l’émétique dans la théra¬
peutique des trypanosomiases par Plimmer et Thomson, Mesnil
et Brimont, Laveran, etc., nous nous sommes proposé d’étudier
les propriétés trypanocides et immunisantes du sérum des ani¬
maux trypanosomés ou neufs, qui ont été injectés avec cette
substance. Des recherches comparatives ont été faites avec le
sérum des animaux, ayant reçu dans les mêmes conditions une
injection d’atoxyl ou de salvarsan. Nos recherches ont porté sur
des lapins, des cobayes et des rats, neufs ou injectés avec le
trypanosome du nagana de l'Ouganda.
O11 traitait les lapins et les cobayes toujours par voie intra¬
veineuse; pour les rats, on se servait de la voie péritonéale.
Nous avons utilisé l’émétique habituellement dissous dans
l’eau distillée ou l’eau physiologique. O11 se rendait compte des
propriétés trypanocides du sérum des animaux infectés, par des
essais in vitro en le mélangeant dans des proportions variées
avec le sang de souris infectées, dilué dans de l’eau citratée
(2 0/0). L’action protectrice du même sérum était jugée après le
résultat de l’injection de ces mélanges sous la peau des souris
neuves. Le mélange sérum-sang infecté était fait avant l’injection.
Voici un résumé des résultats de nos expériences : in vitro les
albumines du sérum di animal neuf ne changent pas la propriété
immobilisante qu exerce /’ émétique sur les trypanosomes pour des
solutions de é 0/00 à 1/20000. A partir de ce dernier titre, les
solutions, faites dans du sérum de cobaye, diminuent moins les
672
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mouvements des trypanosomes que les solutions au même titre,
faites avec de l’eau physiologique.
Si l’on fait agir in vitro l’émétique sur le sang total défibriné,
cette substance présente une légère action hémolytique si la pro¬
portion de sel dépasse un pourcentage de i o/oo.
On constate cette action légèrement hémolytique également
in vivo après une injection intraveineuse qui fait virer au rouge
clair la couleur du sérum. Cette nuance dure au moins pendant
les 24 heures qui suivent l’injection.
Le sang des animaux émétisés met trois fois plus de temps à
coaguler que le sang d’un animal neuf.
Des cobayes légèrement trypanosomés (au quatrième jour de
l’apparition des parasites dans la circulation) reçoivent dans la
veine par 100 g. d’animal des quantités d’émétique, variant de
la dose thérapeutique (1 mg. pour 100 g. d’animal) à la dose
toxique, qui tue le cobaye en trois quarts d’heure (9 mg. pour
100 g. d’animal). Cinq minutes après l'injection, le sang de ces
animaux, injecté dans le péritoine des souris neuves, n’est plus
capable de les infecter.
Des cobayes neufs, infectés avec la même dose d’émétique
ainsi que des cobayes non infectés, normaux ou trypanosomés
(au même jour de l'infection), étaient saignés en même temps.
On fait des mélanges in vitro avec des quantités variables de
sérum provenant de ces animaux (0,1 à 1 cc.) et du sang de
souris infectée, dilué eu eau citratée. Le contenu des tubes,
maintenus à la température de la chambre, était examiné toutes
les 3o minutes.
On ne constate pas de différence d'action entre le sérum des
animaux nouvellement infectés et traités à l'émétique et le sérum
des animaux témoins (cobayes trypanosomés non traités, cobayes
normaux traités, cobayes normaux non traités). Non seulement
on ne constate aucune action trypanocide in vitro , mais encore,
sous l’action du sérum de tous ces animaux, les mouvements des
trypanosomes se conservent mieux que dans la dilution en eau
citratée ou en eau physiologique de sang de souris infectée.
On connaissait déjà l’action favorisante du sérum d’animal neuf.
Il y a donc un contraste entre l’action stérilisante de l’émétique
in vivo , et le manque de propriétés trypanocides in vitro du
sérum des animaux traités.
Pour constater ce que devient l’émétique dans la circulation,
Séance du ii Novembre i g i 4
673
nous avons poussé la dose jusqu’à 12 mg. par roo g. d’ani¬
mal. Les animaux trypanosomés ou neufs, excessivement intoxi¬
qués, étaient saignés 5 m. après. On défibrinait le sang. Par
centrifugations fractionnées, on séparait le sérum des globules
rouges et des globules blancs. Ces éléments étaient ensuite redis¬
sous et macérés 24 h. à la glacière dans de l’eau distillée, en
ajoutant la quantité de NaCl nécessaire pour rendre le liquide
isotonique.
On constate que ni le sérum ni ces extraits n ont d'action immo¬
bilisante sur les trypanosomes in vitro.
On a répété la même expérience in vitro , cette fois-ci en pro¬
cédant de la manière suivante :
Des cobayes Irypanosomés ou neufs étaient saignés dans des
flacons à perles où on avait introduit préalablement la même
quantité d’émétique, calculée d’après le poids des animaux et la
quantité totale de sang. Après avoir défibriné, on sépare le
sérum des éléments qu’on prépare de la manière indiquée plus
haut : Le sérum ainsi que les extraits de globules rouges et de
globules blancs ont des propriétés trypanocides très nettes : les
trypanosomes sont immobilisés en moins de 5 m.
D’après ces expériences, on peut envisager les suppositions
suivantes : ou l’émétique in vivo aurait une action trypanocide
directe (pareille à celle obtenue in vitro ) et serait éliminé en
moins de 5 m., ce qui est difficile à admettre; ou alors il serait
peut-être transformé en un produit de réduction. Ce nouveau
produit, qui n’a plus d’action directe trypanocide (le sérum
n’immobilise pas les trypanosomes in vitro), agirait sur les try¬
panosomes comme un élément sensibilisateur qui les rendrait
plus abordables à l’alexine dont le pouvoir est augmenté, chez
les animaux émétisés.
Le sérum de tous ces animaux, dépourvu de toutes propriétés
trypanocides, manque tout à fait de pouvoir protecteur. Des mé¬
langes de sérum et de sang de souris infectée donnent constam¬
ment l’infection aux souris neuves, infectées sous la peau ou
dans le péritoine.
*
* #
Dans une nouvelle série d’expériences, nous nous sommes
servis d’animaux (cobayes et rats) très parasités, qu’on traitait à
l’émétique aux derniers jours de leur infection. Dans les deux
17 6.14.
A. — Action protectrice du sérum des animaux
Remarques. — Sg — sang souris infectée (10 paros. p. ch.). — 1. CN = cobaye normal. — 2. LN
100 gr. d’anim. chez les cobayes (veine) ; 4 mg. pour 100 gr. d’aniru. chez les lapins (veine) ; 3 mg.
22.6.14. B. — Action protectrice du sérum des animaux trypanosomés ou
1. Sg = sang souris infectée. — 2. LN = lapin normal. — 3. LNSi — salvarsanisé saigné après
trypanosomé. —7. LAi '= lapin injecté à l’atoxyl 30L — 8. LAs — lapin injecté à l’atoxyl 48 h. —
(
trypanosomés traités à V émétique.
= lapin. — 3. RN — rat. — 4 Animaux infectés au maximum. — 5. Doses d’émétique : 2 mg. 5 pour
pour 100 gr. d’anim. chez les rats (péritoine). — 6. sérums récoltés 30' après l’infection. — ©Mort.
normaux traités à V émétique ou au saluarsan ou à Vatoxyl.
30'. — 4. LNSa. = salvarsanisé saigné après 48 h. — 5. CN = cobaye normal. — 6. CTr — cobaye
9. Mêmes doses de médicaments que dans le premier tableau. — a = globules rouges agglutinés.
676
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tableaux ci-contre, nous présentons également des résultats
comparatifs, obtenus avec le salvarsan et Patoxyl. En dehors des
cobayes et des rats, nous nous sommes servis pendant ces expé¬
riences aussi de lapins neufs. — Les détails de ces essais sont
indiqués au bas des tableaux.
C. — Action directe in vitro du sérum des animaux trypanosomes ou normaux
traités à V émétique, ou au salvarsan ou ci Vatoxyl.
D’ap rès ces tableaux, on peut constater que le sérum des ani¬
maux neufs ( lapins , cobayes et rats), injectés à doses variables
dé émétique, et saignés 3o m. après /' injection, n a pas d'action
trypanocide in vitro. Il manque également de pouvoir protec¬
teur.
On obtient le même résultat avec Patoxyl.
Le sérum des lapins qui ont reçu une injection intra-veineuse
de salvarsan présente au contraire une action trypanocide nette
déjà 3o m. après l’injection. Si l’on saigne l’animal quarante-
huit heures après l’injection de salvarsan, son sérum moins actif
na d'action protectrice que si l'on emploie de grandes doses.
Le sérum des cobayes neufs ayant reçu la même dose de salvar¬
san par ioo g. d’animal, manque complètement d’action protec¬
trice.
Parmi les animaux fortement infectés (cobayes et rats) et non
traités, il n’y a que le sérum des rats, très parasités ( saignés au
7e jour de l' apparition des parasites dans la circulation ), qui pos¬
sède une action protectrice constante.
Séance du ii Novembre 1914
677
Les sérums des mêmes animaux ( cobayes et rats très parasités ),
qui avaient reçu une injection d'émétique , ou de salvarsan, ou
d'atoxyl , ont une action protectrice nette.
Des expériences in vitro avec ces mêmes sérums nous démon¬
trent qu'il ri y a d'action immobilisante immédiate que pour les
sérums salvarsanisés. Dans le sérum des animaux traités à l’émé¬
tique ou à Latoxyl, les mouvements des trypanosomes se conser-
x vent au moins 18 heures.
Toutes les souris traitées de la manière indiquée plus haut et
qui n’ont pas pris la maladie, ont reçu i4 jours après une injec¬
tion sous-cutanée de sang- de souris infectée avec le môme try-
panosome. Deux jours après, les trypanosomes apparaissent dans
la circulation , la maladie évoluant exactement comme chez les
souris-témoins. Donc le mélange : sérum d'animal traité 4- sang
de souris infectée , qui n'est pas capable d infecter une souris neuve ,
ne lui confère non plus une immunité active qui lui permette de
résister à une nouvelle infection.
Conclusions. — r. Le sérum d’un animal trypanosomé traité
à l’émétique ne présente d’action protectrice que dans le cas où
il aurait été très parasité.
2. Le mélange: sérum d’animal traité -f-sang de souris infec¬
tée n’a pas d’action vaccinante.
3. L’action protectrice du sérum émétisé ne peut pas être mise
sur le compte de l’action directe de l’émétique (comme pour le
salvarsan). Une condition indispensable est que celte substance
soit injectée à un animal fortement infecté. Le sérum d un
cobaye qui, dans ces conditions d infection , 11’a pas d action pro¬
tectrice, devient très actif 3o m. après une injection d’émétique
dans la veine.
(. Laboratoire de M. le Prof. Mesnil, à l' Institut Pasteur
de Paris).
M. Mesnil. — Cette communication est parvenue au bureau
de la Société le 20 juillet. C'est après la remise de son mémoire
que M. Ciuca a eu connaissance du travail de MM. Levaditi et
Mutermilch sur les anticorps et l’arsénobenzol, paru dans le
Bulletin de juillet, dont les résultats sont confirmatifs de ceux
obtenus par M. Ciuca avec les sérums émétisés, salvarsanisés et
atoxylés.
678
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Traitement des cachexies paludéennes (i)
Par Hillel YOFÉ
Il ne s’agit, bien entendu, dans cet article, d’aucune décou¬
verte nouvelle, ni du développement d’une théorie inédite. De
portée exclusivement pratique, il est destiné à exposer ma
manière d’user de différentes médications dans les cas de
cachexie paludéenne, médications auxquelles je me suis arrêté
après une longue pratique, dans les régions éminemment mala¬
riennes. Il s’agit en même temps de réhabiliter, jusqu’à un
certain point, le pronostic de ces cachexies.
Nous parlons de cachexie paludéenne quand il s’agit d’un
individu qui, à la suite d’attaques prolongées et répétées du
paludisme, présente un affaiblissement général extrême, une
anémie profonde, avec surtout hypohémoglobinémie, avec ce
sang pâle orangé sourdissant à la piqûre, faciès terreux, hyper¬
trophie considérable de la rate, oppression et mouvement irré¬
gulier de la température. L’augmentation modérée du foie,
l’albuminurie, l’ascite, les taches de pigmentation et les pété¬
chies viennent souvent compléter le tableau de la cachexie palu¬
déenne profonde.
Certainement, il existe un degré de cachexie paludéenne dont
on ne revient pas et où aucun traitement ni même la nature ne
peuvent rien ; mais j'ose affirmer;
a) Qu’il y a des cas de cachexie paludéenne que nous pouvons
parfaitement guérir ;
b) Que beaucoup de cachectiques palustres sont susceptibles
d’une grande amélioration prolongée, sinon définitive, avec
retour à la vie à peu près normale, au régime normal et au
travail.
Je crois en particulier à la possibilité de réduire beaucoup
les rates hypertrophiées à la suite du paludisme chronique,
même les rates hypertrophiées depuis plus de dix ans et très
dures. Je citerai, comme exemples, quelques observations
authentiques où le doute n’était pas permis sur le changement
de l’état général et de l’état de la rate. Et j’affirme que ces
(i) Ce mémoire est parvenu au Bureau de la Société le 23 juillet.
Séance du ii Novembre 1914
679
observations ne sont pas exceptionnelles ; bien d’autres obser¬
vations, où l’effet a été un peu moindre peut-être, me prouvent
que nous ne devons pas désespérer devant un cas de cachexie
paludéenne, ni surtout devant une grosse rate dure, incommode,
donnant de l’oppression, delà fatigue...
Observation I. — Isr. P. depuis 22 ans en Palestine, depuis 9 ans à
Atlitte, localité éminemment paludéenne. Un accès de fièvre hémoglobi-
nurique il y a dix ans. Dans sa famille, six accès de fièvre hémoglobinu-
rique dont un terminé par la mort (en 1909). L’examen fait en 1907
décèle une rate immense, très dure, dont le bord inférieur est distant de
la symphyse du pubis de trois travers de doigt. A ce moment, état général
mauvais, teint pâle terreux, faiblesse, oppression, toux. Fébricité faible,
mais a souvent des maux de tête, berlues, vertiges. Pas d’albumine, ni
pigments biliaires appréciables dans l’urine. Le foie déborde d’un travers
de doigt les fausses-côtes ; non douloureux. Rien de particulier au cœur,
signes de bronchite chronique légère, avec emphysème.
L’individu échappait au traitement systématique jusqu'à fin 1910
quand une série d’injections de quinine fut pratiquée (de 1,25 à 0,50), la
prophylaxie quinique régulière et bien surveillée, instituée en même
temps que nous prescrivions des pilules de bleu de méthylène avec ergo-
tine (0,30 par jour de chaque) et avec cacodylate de soude (0,10-0,12 par
jour). Ce traitement interrompu et recommencé alternativement pendant
trois mois, a déjà produit un bon résultat. L’état général s’est beaucoup
amélioré, la capacité de travail revenue, l’oppression un peu diminuée.
Nous avons, de temps en temps, revu en passant le patient qui se sentait
bien, n’avait point de fièvre et qui, surtout, voyait lentement fondre
sa rate.
Une année après, fin 1911, le bord inférieur de la rate n’atteignait plus
l’ombilic.
Depuis, le malade continue à se porter de mieux en mieux. 11 a eu
quelques rares accès de fièvre, généralement par suite de négligence dans
la quininisation, mais accès francs et ne durant jamais plus de quelques
heures. Et ces accès présentent ceci de bon : qu’ils attirent notre attention
spéciale sur lui en même temps que le patient devient plus maniable.
Quelques injections de quinine à la moindre alerte, puis traitement
arsenico-ergoliné avec ou sans bleu de méthylène (que nous donnons avec
précaution et d une façon passagère, à cause de l’irritation des voies
urinaires qu’il produit quelquefois) et quininisation régulière naturelle¬
ment.
Le dernier examen fait en mars 1914 nous a frappé. La rate n’était
palpable que dans la position couchée et à une très forte inspiration. Il
fallait vraiment de la bonne volonté pour la trouver.
Du côté des poumons une certaine amélioration, pas de toux, très peu
d’oppression. U y a bien une diminution du murmure vésiculaire, mais
peu de chose. L’individu est fort, bien portant et a parfaitement la
conscience du changement opéré.
Observation II . — Dav. D. actuellement âgé de 29 ans. En Palestine
depuis l’enfance. A Atlith près de huit ans. Déjà avant avait eu des fièvres
fortes. En 1908 a un accès pernicieux dont guéri après injection de
quinine de 2 g. 50. Après cette maladie, dont la période de convalescence
G80
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
a duré quelques semaines, se remet, retourne à Atlith, mais se plaint de
faiblesse. A ce moment, la rate est grosse (bord inférieur dépassant de,
un travers de doigt l’ombilic) et très dure. Très pâle, se plaint de bour¬
donnements qui ne peuvent pas être attribués à la quinine. Se soigne
régulièrement pendant quelque temps et puisse néglige de nouveau. En
11)00 et 1010 a des fièvres assez fréquentes et surtout en septembre,
octobre et novembre. Vertiges, inappétence, céphalées, faiblesse. En
novembre 1010 présente une rate dépassant un peu l’ombilic et excessive¬
ment dure, un peu douloureuse à la pression. Foie non augmenté Bien
de particulier au cœur, ni aux poumons. Traces d’albumine dans l’urine.
Depuis quelques semaines, suit un traitement (quinine, fer et arsenic).
On institue, après deux injeclions de quinine de 1 g , la quininisation très
régulière (0,40 par jour pendant deux mois et puis 0.25 par jour). Ergo-
tine et fer de temps en temps. Quelques mois plus tard il prend de nou¬
veau le fer avec ergotine, mais aussi du bleu de méthylène (dix jours de
suite, puis vingt jours de repos et dix jours de nouveau) ainsi quatre fois,
'puis vin de quinquina et, de temps en temps, pilules contenant de 1 ergo¬
tine, du fer et du cacodylate de sonde. Fin 1911 il présente un teint beau¬
coup plus frais, travaille, n'a point de fièvre , ni céphalalgies; il est encore
faible, un peu pâle, mais très dispos. La rate est beaucoup plus petite,
son bord inférieur est à trois travers de doigt au-dessous des fausses-
côtes.
En mars 1914, rate I c’est-à dire : palpable à l’inspiration. La percus¬
sion décèle une rate plus grosse que normalement, mais c’est une toute
petite rate relativement à ce qu’elle était il y a trois ans. L'individu est
fort, travaille bien, se porte bien ; il est encore pâle. Pas trace d’albu¬
mine. B. les deux dernières années il ne subissait aucun traitement
spécial, excepté l’absorption régulière (ou à peu près) de quinine, 0,25 par
jour .
Observation 111. — Haï. St., 45 ans, née en Palestine, depuis 25 ans
demeure à Yessode Ilamalat, la colonie la plus éprouvée par les fièvres
en général et les formes graves en particulier. Plusieurs cas de lièvre
hémoglobinurique dans la famille, mais pas chez la malade elle-même.
Je l’ai vue en consultation avec mon confrère, 1) Malkin, le il janvier
1915. A ce moment, elle se plaignait surtout d’épuisement, d’oppression,
de forte toux avec hémoptysies . température élevée, avec oscillations irré¬
gulières, œdème des jambes et léger ascite. C’était une femme de 46 ans
avec des traits étirés, faciès pâle terreux, parlant difficilement, présentant
une température de 39,6 ; pouls petit, mais résistant, régulier; ventre très
ballonné et contenant un peu de liquide, mais contenant surtout une rate
colossale. Le bord droit de la rate dépassait de deux à trois travers de
doigt le bord externe du muscle droit de l’abdomen du côté droit. La rate
descendait presque jusqu au pubis. De consistance dure, ligneuse, elle
n’était pas douloureuse à la pression. A l’auscultation, râles humides
disséminés partout, et au sommet gauche, soupçon de souffle. Anorexie
complète, état subjectif très mauvais ; on lisait presque le désespoir sur
sa figure. Avec cela fort œdème des extrémités inférieures et transpira¬
tions nocturnes. Albumine dans l’urine. Nous avons pris les crachats et
fait la ponction de la rate ainsi que quelques frottis de sang par piqûre
du doigt, mais nous n’avions pas le nécessaire pour faire l’examen sur
place. Et nous avions l’impression de nous trouver devant une tuberculose
pulmonaire venant terminer la cachexie paludéenne. Nous avons toutefois
681
Séance eu ii Novembre 1914
résolu de lutter, et tout en traitant la bronchite, tout en stimulant le
cœur, nous avons fait une injection de 1 g. de quinine, le lendemain une
autre de 1 g. 25 et deux jours plus tard 1 g. 50. C’est après cette dernière
injection, faite non sans anxiété, que l’amélioration s’est produite. Et
alors nous avons poussé la dose deux jours plus tard à 1 g. 75, puis nous
avons institué le traitement quinique régulier 0,50 et puis 0,25 par jour,
per os.
Nous avons, en même temps, prescrit les toniques, tantôt le fer, tantôt
noix vomique, kola-coca, cacodylate de soude. Plus tard, nous avons
donné les pilules de bleu de méthylène avec quinine, ergotine et arsenic
(à ce moment l’albumine a presque disparu et les hémoptysies aussi, la
toux a beaucoup diminué). Cette femme est revenue à la vie normale et
au travail peu à peu. Je l’ai revue en septembre travaillant sur l’aire, lors
du battage des céréales (son mari était mort entre temps). Elle était assez
forte, avait bonne mine, point d’œdème; elle toussait un peu. Point de
fièvre ni transpirations nocturnes , pas d’albumine. La rate, tout en
dépassant encore l’ombilic, est devenue étroite, empiétant à peine sur la
ligne blanche. Elle était au plus égale au quart de la rate vue en janvier.
En mars 1914, la même personne, qui continue à se porter bien, pré¬
sente une rate qui n’atteint pas l’ombilic (R. 11). Cette femme affirme (et
le Dr Malkin confirme le fait) que sa rate n’a pas sensiblement augmenté
pendant la grave maladie qui a failli l’emporter.
Pour clore l’observation, remarquons que nous n’avons pas trouvé de
bacilles de Ivoch dans les crachats ni de parasites malariens dans le sang
périphérique; en revanche, beaucoup de croissants et autres formes du
Plasmodium prœcox dans le sang pris à la rate.
Observation IV. — Jsein Abd., indigène, âgé de 24 ans, ouvrier à l’oran¬
gerie de Nezly, endroit où la Malaria sévit avec une intensité funeste.
Arrive dans notre hôpital en novembre 1908 avec une cachexie palu¬
déenne des plus caractéristiques. Faciès pâle, bouffi, terreux, yeux
excavés, épuisement complet. Abdomen très proéminent, ascite prononcé,
œdème des jambes, 38,2. Après ponction abdominale nous constatons une
sensible augmentation du foie et une énorme hypertrophie de la rate qui
remplit presque tout l’abdomen. Albuminurie.
Traitement régulier pendant six semaines. 2e ponction, injection de
quinine de 1,75 à 0,50, injection de cacodylate de soude, puis fer et qui¬
nine avec ergotine. Le malade sensiblement amélioré quitte notre colonie,
revient à son travail ; pendant quelques mois il se sent bien, prenant la
quinine assez régulièrement, puis^ il recommence à fébriciter, revient
chez nous, reçoit une série d’injections de quinine et puis des pilules de
méthylène avec quinine, ergotine et cacodylate de soude. Son état s’amé¬
liore beaucoup, pas d’ascite, traces d’albumine, pas de fièvre. Depuis,
nous le perdons de vue, mais nous apprenons qu’il se porte assez bien et
qu’il travaille régulièrement.
Nous le revoyons en 1910 à propos d’un accès de fièvre franche. Et, à
cette époque, il n’avait nul symptôme de véritable cachexie paludéenne.
La rate dépassait à peine l’ombilic. Le foie, presque normal ; pas d’albu¬
mine. Sur notre conseil, il a quitté Nezly et nous avons eu de ses bonnes
nouvelles encore pendant toute l’année 1910. Depuis nous avons appris
que, trop confiant dans sa santé et alléché par un salaire plus élevé, il
s’est engagé comme ouvrier dans une orangerie située dans un climat pire
48
682
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
encore que celui de Nezly, qu’il a été très malade en 1912 et qu’il est
mort ensuite avec ascite, œdème, etc. . .
t \
Je pourrais citer beaucoup d’exemples d’Arabes arrivant dans
un état qui, au début, me paraissait absolument inguérissable,
chez lesquels, après avoir entrepris un traitement presqu’à
contre-cœur, j’étais heureux, plus tard, de constater, sinon une
guérison complète, du moins une grande amélioration leur
permettant de vivre et de travailler régulièrement.
Il est certain que c’est à la quinine que revient le plus grand
mérite dans les changements opérés. Et ici j’insiste particulière¬
ment sur la supériorité des injections intramusculaires. Absor¬
bée lentement, mais sans interruption et régulièrement , la qui¬
nine, ainsi administrée, épargne et le système digestif et le foie,
ne passant pas par le système de la veine porte; elle est dosée,
tandis que la quinine administrée per os est en partie seule¬
ment absorbée sans que nous sachions au juste dans quelle pro¬
portion. Pendant les 23 ans de ma pratique en Palestine, dans
les régions très malariques, j’ai souvent vu des cas où les
malades traités par la quinine en ingestion restaient réfractaires
et où, après la première injection intramusculaire (de dose non
supérieure à celle prise antérieurement par la bouche), ils
guérissaient ou, du moins, présentaient une sensible améliora¬
tion.
Je répète les injections de quinine (même si toute élévation
de température a disparu) pendant 5 à io jours, mais avec doses
décroissantes et non quotidiennes. Puis sans cesser de donner
la quinine, je prescris du cacodylate de soude, de l’ergotine,
du fer, mais surtout du bleu de méthylène qui me paraît excel¬
lent comme adjuvant de la quinine. Beaucoup d’indigènes
envoient redemander instamment des « pilules bleues ». Bien
entendu ce remède doit être prudemment administré et surtout
pas pendant longtemps. Généralement, je donne le bleu de méthy¬
lène en pilules (avec ergotine, quinine et cacodylate de soude)
à la dose de o,3o par jour pendant io jours. J’interromps le
traitement pendant 16-20 jours en donnant le fer, la quinine et
l’ergotine et je recommence pendant io jours. Encore un inter¬
valle de i5 jours et enfin io jours de bleu de méthylène.
A p rès cela, suivant les cas, je laisse le malade avec la quinine
seule, ou bien je donne aussi quelques toniques (noix vomique,
kola, coca, etc.) ; mais je reviens au bleu de méthylène, ergotine
Séance du i i Novembre 19 i 4
083
et arsenic tous les 2 ou 3 mois. Bien entendu, s’il y a le moindre
signe d’intolérance, je laisse de côté le bleu de méthylène et
j’emploie le cacodylate, l’ergotine et la quinine seule ou avec
du fer... L’ergotine me paraît avoir une influence incontestable
sur la diminution de la rate. Pour ce qui concerne l’arsenic et
le fer, je ne pense pas devoir plaider pour eux dans les cas de
cachexie (s’il n’y a aucune contradiction).
Une des médications qui méritent une mention spéciale dans
certaines cachexies, sans œdèmes, mais avec débilité profonde
et cela surtout chez les enfants, est l’injection de sérum artifi¬
ciel. J’ai vu des cas de véritable résurrection après une ou deux
de ces injections. On a l’impression d’un changement radical
immédiat dans l'organisme, dans sa capacité d’assimiler les
agents nutritifs et thérapeutiques, et dans le relèvement du
tonus général.
Faut-il insister sur l’utilité du changement de climat? Evi¬
demment, le patient n’a qu’à gagner en se soustrayant aux nou¬
velles chances d’infection paludéenne. Il faut seulement que le
changement soit réel, c’est-à-dire que la localité choisie soit
indemne ou à peu près.
C’est que la croyance dans ri importe quel changement de lieu,
comme remède contre la malaria, est répandue non seulement
parmi les profanes, mais aussi parmi les médecins. D'ailleurs,
je ne considère pas ce changement comme urgent dans tous les
cas de cachexie. Je préfère même laisser le malade sur place,
sous une surveillance compétente et étroite, jusqu’au moment
où il récupère ses forces, et devient susceptible de traitement à
distance, et qu’en même temps le danger de réinfection devient
réel pour lui. Malheureusement la grande majorité des cachec¬
tiques paludéens ne peuvent pas^ se permettre le luxe de quitter
le pays, et c’est pour cela que j’insiste tant sur la possibilité et
sur la nécessité de guérir ou d’améliorer considérablement
l’état de pareils individus. Encore une fois, je crois fermement
à la possibilité de la guérison de la cachexie paludéenne, si les
altérations des organes essentiels ne sont pas trop avancées et si
le patient se pénètre de la nécessité d’observer les instructions
médicales et hygiéniques pendant des années. Les malades peu¬
vent même acquérir une immunité relative vis-à-vis du palu¬
disme, avec le temps.
684 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pour clore ce travail, nous allons encore nous arrêter à deux
points :
i° Danger de l’accès hémoglobinurique d’origine quinique ;
2° Indications et contre-indications, fournies par l’examen
héinatologique.
J’ai la conviction que le danger d’hémoglobinurie à la suite
du traitement par la quinine n’existe pas pour les individus
qui, auparavant, n’ont pas ou presque pas reçu de quinine. Je
crois aussi que les vrais cachectiques à grosses rates sont moins
prédisposés aux fièvres hémoglobinuriques que les personnes
encore assez fortes à rates moyennes, mais ayant souffert des
fièvres irrégulières, avec foie sensible, dyspepsie, etc.
Toutefois, il faut être prudent, surtout avec les patients qui
ont eu un accès hémoglobinurique avant, ou bien qui appar¬
tiennent à une famille dans laquelle la fièvre hémoglobinurique
a été constatée. Je donne volontiers du chlorure de calcium et
de Pergotine avant de faire une injection forte de quinine. D’ail¬
leurs, dans de pareils cas, il est préférable de procéder, par
tâtonnement, avec le traitement quinique, et avant tout de ne
pas donner de quinine par la bouche (i), au début du traite¬
ment.
En ce qui concerne le rôle de l’examen du sang dans le traite¬
ment des cachexies paludéennes, il est indiscutable, quoique
moins important que dans d’autres formes de la malaria. Dans
beaucoup de cas de cachexie paludéenne, on ne trouve pas de
parasites dans le sang périphérique, et plus d’une fois on en
voit apparaître après une forte injection de quinine. D’autre
part, un individu paludéen, cachectique, présente souvent des
parasites, surtout des gamètes et, en particulier, des croissants,
après un long traitement quinique et après que son état est très
amélioré, que sa rate a beaucoup diminué. Nous croyons toute¬
fois fermement à l’efficacité du traitement antipaludéen (quinine
et ses adjuvants) sur la disparition des croissants du sang péri¬
phérique et central. Nous en avons constaté plus d’un exemple.
Voici donc une indication précise : continuer le traitement tant
que l’organisme présente des parasites dans le sang. L’examen
cytologique a d’ailleurs encore son importance à d’autres points
(i) V. mon article dans la Revue de Médecine et d’ Hygiène tropicales , 1912:
Traitement préventif des fièvres hémogdobinuriques, et ma communication à
la Soc. de Pathol, exotique , juin 1914*
Séance du ii Novembre iyi4
683
de vue (lymphocytose, éosinophilie, leucocytose,...) et peut four¬
nir des indications spéciales.
La ponction de la rate est justifiée seulement si l’examen du
sang- périphérique est négatif et qu’il reste un doute sur le dia¬
gnostic (possibilité de Kala-azar, etc). Quoique je n’aie jamais
eu d’accident avec la ponction de la rate, j’évite cette pratique
quand elle n’est pas indispensable, à cause des observations
publiées ces temps derniers. Sans cette menace il serait très ten¬
tant de multiplier les examens du sang de la rate dans le cou¬
rant du traitement des cachexies palustres. J’espère que nous
trouverons un moyen de faire cet examen sans danger pour le
malade.
Exposé des travaux en cours au laboratoire
de Fort- Archambault (i)
(Trypanosomiases ; mouches piquantes ; paludisme ;
bilharziose ; goitre)
Par M. BOUILLIEZ.
t
Un petit matériel de laboratoire, payé grâce à la fondation
Reinach et aux libéralités de l’Institut Pasteur de Paris, trans¬
porté par les soins du budget du Territoire militaire du Tchad,
fut confié au médecin du poste médical de FortvAr.chambault, qui
devait surtout étudier dans cette région les différentes trypano¬
somiases, humaine et animales. Dans les lignes qui vont suivre,
nous avons l’intention d’indiquer 1 état actuel de nos recherches
encore en cours, et de signaler celles qui vont plus spécialement
faire l’objet de nos soins pendant l’année qu’il nous reste à pas¬
ser ici.
(i) Ce rapport n’a pas été envoyé pour la publication, l’auteur se proposant
de mettre au point les diverses questions abordées. Les circonstances rendant,
croyons-nous, ces projets irréalisables de quelque temps, nous avons cru
devoir faire connaître les premiers résultats obtenus par notre collègue le
Dr Bouilliez. — F. Mesnil.
686 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Trypanosomiase humaine
La circonscription de Fort-Archambault, limitrophe des cir¬
conscriptions du Haut-Chari et de TOuahme-Bœria, des territoi¬
res civils, dans lesquels sévit la maladie du sommeil, renfermait-
elle des foyers de trypanosomiase humaine ? C’était, croyons-nous,
la première question à régler et c’est aussi celle sur laquelle nous
sommes actuellement le plus avancé.
Nos deux prédécesseurs au poste médical n’avaient jamais
signalé cette maladie dans la région, il faut dire qu’ils n’avaient
pu se déplacer que rarement et dans de mauvaises condi¬
tions ; les quelques médecins venus avec des missions, ne fai¬
sant que passer et à une époque où les indigènes — encore
fort sauvages à l’heure actuelle — ne se laissaient aborder que
très difficilement, n’avaient non plus rien trouvé à ce sujet (i).
Dès notre arrivée et avant tout déplacement, nous avions cherché
des renseignements à ce sujet auprès des commandants de cir¬
conscriptions et de subdivisions, qui, après enquête dans cer¬
tains points plus particulièrement soupçonnés, furent toujours
négatifs.
Sur ces entrefaites, nous fut un jour amenée une femme, trou¬
vée mourante dans la brousse. C’était une ancienne femme de
tirailleur, que son mari avait abandonnée à cause de son carac¬
tère insupportable ; elle n’avait pas mangé depuis plusieurs
jours. Elle présentait quelques petits ganglions qui ne laissè¬
rent rien voir dans leur suc ganglionnaire, mais son sang agglu¬
tinait et, après plusieurs examens, nous permit d’y découvrir
quelques trypanosomes. Or cette femme née dans la région,
n’avait jamais quitté le pays compris entre Laï-Moissala-Fort-
Archambault ; c’est donc là qu’elle avait été contaminée.
En fin janvier, nous pûmes partir en tournée et visiter la
région de Moïssala, qui nous paraissait, avec la vallée du Chari,
remplir les meilleures conditions pour y trouver la maladie du
sommeil. C/était là aussi que la femme contaminée dont nous
venons de parler, était restée le plus longtemps et en dernier
lieu. De fait, si, dans aucun village le long de la rive droite du
Bahr-Sara, jusqu’à Moïssala, nous ne trouvâmes aucun trypano-
(i) Fort-Archambault est sur le ge parallèle N ; d’après la carte publiée par la
Mission française d’études de la maladie du sommeil au Congo, la trypanoso¬
miase humaine est limitée, dans cette contrée, au Nord, par le 7e degré.
Séance du ii Novembre i<ji4
687
somé, nous en découvrîmes dans un village de la rive gauche,
au sud de ce poste. De plus un interprète indigène, qui avait
habité la région de Mobaye et connaissait cette maladie, nous
affirma avoir vu des gens atteints dans d’autres villages de la
rive droite, également au sud de Moïssala, mais que le manque
de temps ne nous permît pas de visiter pendant ce voyage. Au
cours d’une seconde tou ruée en effet, nous trouvâmes de ce côté des
malades dans plusieurs villages, et enfin tout dernièrement, nous
en rencontrâmes beaucoup plus au nord, au confluent du Bahr-
Sara et du Chari. Il faut dire que ces derniers cas sont peut-être
originaires d’un autre endroit, mais toujours de la vallée du
Bahr-Sara et assez près du confluent, les villages qu’ils habitent
ayant émigré il y a trois ans et venant des environs de Daï. Nous
avons appris en même temps que, dans cette région de Daï,
existait un village du nom de Béko qui, en langue sara, veut
dire « endroit où l’on dort». Ceci prouve la difficulté des enquê¬
tes et des recherches dans ces pays, puisqu'il nous a fallu près de
huit mois pour en avoir connaissance, et cependant ce lieu est à
60 ou 70 km. à peine de notre poste. Nous irons très prochainement
pour nous rendre compte des lieux et du nombre des malades qui
peuvent s’y trouver. Mais en tout cas, cela suffit à prouver l’exis¬
tence de la maladie le long du Bahr Sara, existence déj à ancienne ,
puisque le village de Béko a ce nom depuis longtemps, et exis¬
tence de la maladie à V état endémique et non pas cas contractés
dans des déplacements, puisque la plupart des malades n’ont pas
quitté le pays, et que partout ailleurs : le long du Chari, sur
l’Aouk, dans les vallées qui constituent le Bahr Ko, nous n’avons
trouvé aucun autre cas, que deux ou trois dans les villages pro¬
ches de Fort-Archambault et chez des gens qui avouaient avoir
demeuré ou être allés dans les régions infectées de Crampel,
Sibut et Bangui. *
Il nous reste encore à voir la vallée du Logone, qui fera l’ob¬
jet d’une tournée en septembre prochain et deux ou trois villa¬
ges de pêcheurs le long du Chari, après quoi nous saurons d’une
façon certaine s’il existe d’autre foyer que celui que nous avons
découvert sur le Bahr-Sara.
Un autre danger est à craindre au sujet de la trypanosomiase
humaine : le transport du virus par les boys et employés indi¬
gènes venant du bas et surtout parles Bornouans et autres com¬
merçants qui vont et viennent du Nord au Sud et réciproque-
*
688 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ment, du territoire militaire au territoire civil. Le nombre de ces
derniers est considérable : il était nul en 1906 et 1907 ; dans
les six premiers mois de 1914, il a atteint, au poste de Fort-
Archambault, le nombre de 1808, et ce chiffre ne fera que croî¬
tre, tant en raison de l’augmentation du trafic que de la plus
grande surveillance des routes qui empêchera les négociants
de passer hors des postes pour éviter de payer les droits.
Dès notre arrivée, nous apportâmes tous nos soins à la visite
des passagers de toutes situations : boys, commerçants, tirail¬
leurs, gardes, etc. L’obligation du passeport sanitaire fut obser¬
vée avec sévérité et cela nous permit de dépister dans les trois
premiers mois, parmi les commerçants venant delà région Cram-
pel-Bangui, plus de 5 0/0 de trypanosomés, et nous 11e parlons
que des trypanosomés non reconnus à Bangui et Crampel ou
venussans passeport. En ajoutant les boys, gardes et tirailleurs,
nous sommes persuadés qu'on arrive chez les passagers venant
du bas, au chiffre de ro 0/0 de trypanosomés.
Suivant les cas, nous leur faisons une injection d’atoxyl et les
laissons aller, en signalant leur maladie sur le passeport sani¬
taire, ou nous les conservons un certain temps pour un traite¬
ment plus actif. Les plus malades sont en traitement à la forma¬
tion sanitaire, en attendant la création d’un village de ségréga¬
tion que nous allons demander au chef-lieu.
En l’état actuel de nos connaissances sur le traitement de la
trypanosomiase humaine, nous ne croyons pas en effet qu’il soit
possible de faire autre chose que d’essayer, par les injections
d’atoxyl, de rendre les malades le moins dangereux possible pour
leurs voisins.
Nous croyons d’ailleurs que, dans ce pays, où, comme nous le
verrons plus loin, les Gl. palpalis doivent être très rares, si
même elles existent, les malades offrent peu de dangers au point
de vue contagion. Dans tous les villages que nous avons visités,
et ils commencent à être nombreux, parmi toutes les personnes
que nous avons examinées, nous n’avons vu aucun cas qui pût
se réclamer de ce mode de contagion.
La trypanosomiase humaine, constatée dans la vallée du Bahr-
Sara est-elle la même que celle du Congo et de l’Oubanghi ?
Nous nous le demandons, car jusqu’ici nous n’avons trouvé
aucune Glossina palpalis. Il faut dire que la saison s’y prêtait
assez peu. La prochaine tournée que nous avons l’intention de
Séance du ii Novembre 1914
689
faire dans la région du Logone, nous permettra de suivre éga¬
lement le Bahr-Sara et d’y rechercher en pleine saison d’hiver¬
nage, donc au bon moment,, l’existence on non de la Gl. patpalis.
Des séries d’inoculations, encore au début, nous permettront
peut-être aussi de voir s’il existe dans la transmission et les for¬
mes de la maladie, des différences entre les virus. Elles feront
plus tard l'objet d’un travail particulier.
Trypanosomiases animales
\
Gros pays d’élevage dont les troupeaux de bœufs, de moutons
et de chèvres forment, avec les chevaux, la principale richesse,
le Tchad est d’autant plus intéressé à la question des trypano¬
somiases animales, que les pays voisins du sud sont complète¬
ment dépourvus de tout animal de boucherie et de chevaux par
suite de ces maladies. Fort-Archambault ne possède que des
chevaux et des ânes, les troupeaux ne descendant guère au-
dessous de 9°5 de latitude nord, et le poste est à 90 latitude nord
à peine. Il n’y a, en dehors des équidés, dans tout le pays, que
des cabris, sortes de chèvres, qu’on retrouve jusqu'à la côte et
qui paraissent très bien supporter les trypanosomiases animales,
en infection naturelle.
Notre étude a donc d’abord et surtout porté sur les chevaux,
dont beaucoup sont malades et meurent dès qu'on les sort de
certains points. Beaucoup de villages d’ailleurs n’en ont pas,
ces animaux n’y pouvant vivre. La trypanosomiase la plus com¬
mune dans la région et peut-être la seule, car nous n’en avons
pas trouvé d’autre j usqu’ici chez les nombreux chevaux exami¬
nés, paraît être due au Tr. Pecciudi. La forme des trypanosomes
semble clairement l’indiquer, de même que les caractères de la
maladie. Nous ne nous sommes pas contentés de ces indications
et nous avons fait des inoculations aux animaux que nous pou¬
vions avoir, à des chats en particulier; le résultat a confirmé,
autant qu’il était possible, notre diagnostic. Je donne ci-dessous
les résultats obtenus avec un virus provenant de mon cheval.
Cheval de taille petite, tombé malade au retour d’une tournée. Amai¬
grissement, mange peu, scrotum pendant et légèrement œdématié, quel¬
ques élevures en bouton. En marchant, l’animal traîne les pattes de der¬
rière. Examen du sang le 2 mai : nombreux trypanosomes avec formes
longues et minces, à flagelle libre, et formes courtes et larges, sans flagelle
libre.
690
Bulletin de la Société de Pathologie exoj ioue
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Séance du ii Novembre 1914
691
Cette expérience montre que le cabri du pays, s’il résiste à
l’infection naturelle, puisqu’on en trouve à peu près partout et
en grande quantité dans le pays, succombe rapidement à l’in¬
fection expérimentale du Tr. Pecaudi. D’autres cabris, en effet,
que nous avions inoculés, au début, avec le sang d’autres che¬
vaux également infectés de Tr. Pecaudi , mais morts d’infection
suraiguë, et avec lesquels nous avions voulu essayer d’avoir des
animaux immunisés, pour expériences d’immunité croisée, sont
morts aussi rapidement.
L’inoculation du second chat a été faite pour bien prouver que
le cabri était mort de Pecaudi , bien que ne présentant plus de
trypanosomes à l’examen microscopique.
Nous avons retrouvé le Tr. Pecaudi sur un grand nombre
d’ânes, mais les moutons, chèvres et bœufs, de passage, ou
importés, que nous avons pu examiner, ne nous ont rien mon¬
tré. Il faut dire que l’infection étant chez eux plus discrète, ce
n’est que par inoculation qu’il était possible de trouver quel¬
que chose et nous n’avions jusqu’ici que peu d’animaux à notre
disposition. Les rats sont très communs, mais infectés de
Tr. Lewisi, et de plus, fort sauvages et peu faciles à manier,
les cages nous manquant complètement. D’ailleurs la recherche
des trypanosomiases pathogènes des bovidés sera entreprise avec
plus de profit dans l’année qui va suivre, les singes et les chats
nous étant apportés depuis quelque temps en assez grand
nombre.
Un troupeau d’ânes de passage, venant du pays haoussa, nous
a permis, sur 22 individus, d’en trouver deux avec des trypa¬
nosomes d’un seul type, se mouvant très vite et qui nous ont
fait penser au Tr. Cazalboui. Aussi avons-nous acquis le plus
malade de ces deux ânes pour la modique somme de 5 fr. et
avons-nous pratiqué des inoculations dont voici les résultats.
19 juin. — Ane très maigre, mangeant peu, poils ternes, nombreuses
parties du corps dépilées. Marche pénible, flexion des reins à la moindre
pression. Yeux larmoyants. Pas d’œdème. Trypanosomes nombreux. Ino¬
culation d’un jeune chat et d'un singe ( Cercopithecus callitrichus) .
692
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
. -ANE
4'
22 juin : tryp. a. r.
4'
25 juin : tr. a. n.-> Inoculation d’un CABRI
* *
29 juin : tr. a. n, 29 juin : tr. rares
T 4'
13 juillet : tr. a. r. 13 juillet : tr. nombr.
4" L
23 juillet : tr. rares 23 juillet : tr. nombr.
4- F
28 juillet : O tryp. 28 juillet : tr. a. nomb.
CHAT
4'
22 juin : O tryp.
P
25 juin : O tryp.
P
29 juin : O tryp.
P
13 juillet : O tryp.
P
23 juillet : O tryp.
P
28 juillet : O tryp.
SINGE
I
1
4'
25 juin : O ti yp.
4'
29 juin : O tryp.
P
13 juillet : O tryp.
4'
23 juillet : O tryp.
P
28 juillet : O tryp.
La facilité avec laquelle le cabri a pris Pinfection, alors que
le chat et le singe sont restés indemnes, nous paraît prouver
l'identité du trypanosome, qui est bien le Cazalboui. Or le nom¬
bre d’ânes est très grand, qui accompagnent les caravanes de
Haoussas, quelques bœufs y sont aussi et nul doute que nous
ne retrouvions un jour ce virus sur des animaux domestiques
du territoire.
Tels sont actuellement les deux seuls virus pathogènes que
nous ayons trouvés jusqu ici sur les animaux domestiques.
Modes de transmission. — Insectes piqueurs
Dès notre arrivée, nous avons demandé au colonel, comman¬
dant le territoire, de vouloir bien faire recueillir dans tous les
postes les mouches et insectes piqueurs, qu’on pouvait y trou¬
ver. Il nous a paru qu’en comparant Paire des différentes trypa¬
nosomiases avec celle des différents insectes piqueurs, on pour¬
rait en tirer des conclusions au sujet du mode de propagation
de ces virus dans la nature. Nous-mème nous occupons plus
spécialement de la circonscription de Fort-Archambault, mais
les résultats obtenus actuellement sont encore trop insuffisants
pour être rapportés ici. Nous nous contenterons de signaler que,
au point de vue glossine, nous n’avons jusqu’ici trouvé dans
cette région que Gl. morsitans et Gl. tachinoïdes. Nous nous
réservons dans le courant de septembre de rechercher très
minutieusement le long du Bahr-Sara si la Glossina palpalis y
existe, et, le cas échéant, de rechercher par essai de transmis¬
sion les virus que peuvent y transporter GL morsitans et Gl.
tachinoïdes qui y sont très communes, même en saison sèche.
Nous devons ajouter qu’au moment du passage du Dr Kérandel,
de la mission Lenfant (1906-1907), ces deux espèces étaient
Séance du ii Novembre i 9 i 4 093
rares dans la région (Voir carte p. i45, in Maladie du sommeil,
G. Martin, Lebœuf, Roubaud).
Paludisme
Nous sommes en train de rechercher l’index endémique du
paludisme dans le Ghari. Nous croyons que personne jusqu’ici
ne s’est occupé de cette recherche dans la région, où courent les
renseignements les plus contradictoires sur l’intensité du palu¬
disme. Cependant, bien que nous n’ayons pu encore examiner
qu’un petit nombre des lames de sang recueillies, que ce sang
ait été pris sur des enfants dont les plus grands pouvaient avoir
5 et 6 ans (les indigènes ne connaissent pas leur âge) et par
conséquent dans des conditions moins favorables que dans la
plupart des recherches d’index endémiques où on ne prend
que des enfants de moins de trois ans, nous arrivons déjà à un
pourcentage de 79 0/0. Inutile de dire que les étalements ont
été faits avant l’hivernage. Les parasites rencontrés sont surtout
du type PL prœcox ; il y a un certain nombre de Plasmodium
uivax et quelques Plasmodium dont nous n’avons pu déterminer
exactement l’espèce ou variété.
Bilharziose
La bilharziose vésicale et la bilharziose intestinale existent
dans la région. Nous avons tenté des expériences de transmis¬
sion directe de la première de ces maladies sur des singes. Les
plus anciennes de ces expériences datent de près de trois mois,
les animaux sont toujours en vie et nous attendons, avant de
donner les résultats obtenus, leur mort et leur autopsie. Cette
dernière opération nous paraît en effet nécessaire pour savoir
si l’infection a eu lieu ou non.
Goitre
Une maladie intéressante, endémique dans toute une région
de notre circonscription où elle est presque générale : le goitre,
a attiré notre attention. Nous nous proposons de faire une
tournée dans les localités .où sont les cas les plus nombreux et
d’en rechercher la cause. D’ores et déjà nous pouvons dire que
le pays est plat, que les habitants y consomment, comme près-
694
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que partout ici, de l’eau de puits, enfin que des enfants en très
bas âge sont aussi atteints de goitre. Cette dernière constata¬
tion nous a fait penser à une origine parasitaire; des inocula¬
tions de sang d’enfants, récemment malades, ont été faites sur
de jeunes chiens et n’ont rien donné. Nous nous proposons de
recommencer ces expériences et de faire de nouvelles recher¬
ches à ce sujet, sur place. Bien entendu le sang des enfants a
été examiné : il ne présentait aucun parasite autre que du
Plasmodium et des Microfilaria perstans sur quelques lames.
La numération globulaire indique une éosinophilie marquée,
mais qui est très probablement due aux vers de toutes sortes si
communs chez les indigènes.
Telles sont les principales questions dont nous avons eu à
nous occuper et que nous allons essayer de mener à bien avant
notre départ. En tout cas, les documents que nous recueillons
chaque jour auront toujours l’avantage de déblayer le terrain
et de supprimer, à nos successeurs au laboratoire de Fort-
Archambault, les pertes de temps inévitables au début dans un
pays dont l’exploration scientifique méthodique n’a jamais été
faite.
Fort Archambault, le 3o juillet / g / j .
695
Séance du ii Novembre i g i 4
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
American Journal of tropical diseuses , t. I, n° 12, t. II, nos t,
3, 4*
Archio fur Schiffs und Tropen-Hygiene , t. XVIII, nos il\ et i5.
Arc/niuos do lnstituto bacteriologico Caniara Pestana , t. IV,
f. 2.
British medical Journal , n, 18, 25 juillet, Ier et 8 août 1914*
Bulletin agricole du Congo belge , t. V, n° 2.
Bulletin de la Société médico-chirurg icale de l' Indochine, t. V,
nos 5, 6, 7.
Cronica medica de Lima , i5 avril-3o juin 1 9 1 4? nos 607-612.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands-Indie , t. L1V, f. 3.
Indian Journal of medical Besearch , t. I, n° 4 et Supplément.
Internationales Centralblatt für die gesamte T uberkulose-Fors-
chung , t. VIII, nos 7 et 8.
Journal of the Bogal Army Medical Corps , t. XXIII, nos i-3.
Journal of tropical medicine and hy g iene, t. XVII, nos 1 3 - 1 4
Memoirs of the Department of Agriculture in India , t. II,
nos 5-7.
Pediatria, t. XXII, f. 8-1 1.
Philippine Journal of Science , B. Tropical Medicine , t. IX,
nos i-3.
Prensa medica argentina , 20 et 3o juin 1914.
Propaganda antimalarica , t. VII, nos 3 et 4-
Quinzaine coloniale, n° i3, 10 juillet 1914*
Beuista de Veter inaria e Zootechnia , t. IX, n° 3.
Revue scientifique, 11, 18, 25 juillet, icr août 1914*
Transactions of the Society of Tropical Medicine and If y g ie ne,
t. VII, n08 6, 7, 8.
Tropical diseases Bulletin, t. IV, nos 1-6.
Tropical veterinary Bulletin , t. II, n° 3.
Tunisie médicale , t. IV, n° 6.
Yellow Fever Bureau Bulletin, t. III, n° 3.
/
696
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
VOLUMES ET BROCHURES
Antsirabé. Station thermale radioactive à Madagascar.
Conseil. Rapport sur l’état démographique et sanitaire de la
ville de Tunis pendant l’année 1913 et la période quinquennale
1909-1914.
Dyer. The Duty of the government in Leprosy Care and Con-
trol.
— The treatment of Pella^ra.
Van Logiiem. Kontinuierliche and metaslatische Pestverbeir-
tung.
Van Logiiem et Swellengrebel. Zur Frage der Periodizitæt
der Pest auf Java.
Van Logiiem. The yellovv fever danger fur Asia and Australia .
— The différence between Vibrio choleræ and Vibrio El Tor.
Ovrego. La Paragonimiasis en el Pero.
de Rey Pailhade. Sur l’emploi du soufre en chirurgie et en
médecine et sur le champ bataille.
H. Schaumann. Die Aetiologie der Béribéri. IL
C. Seidl. La santé publique à Rio de Janeiro en 1912 et 1913.
Swellengrebel. Versuche und Beobachtungen über die Biolo¬
gie von Xenopsylla cheopis in Ost-Java.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET Cle.
Tome VII.
1914
No 10.
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de la Société
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A partir de 1914 le prix de l’Abonnement est : France , 18 fr. ; Union postale , 20 fr
SOMMAIRE DU NUMÉRO io
Séance du 9 décembre 1914
Présentation
pages
A. Layeran. — Chien inoculé avec succès au moyen de la Leishmania
tropica sur souris .
697
COMMUNICATIONS
E. Brumpt. — Importance du cannibalisme et de la coprophagie chez
Voir la suite du sommaire page V de la couverture
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ture des médicaments en usage dans les établissements hospi¬
taliers des Colonies Françaises.
PAGES
»
les Réduvidés hématophages (Rho^nius, Triai oma) pour la con¬
servation des] Trypanosomes pathogènes en dehors de l’iiôte ver¬
tébré . « . 702
E. Brumpt. — Le Xénodia^nostic. Applications au diagnostic de quel¬
ques infections parasitaires et en particulier à la Trypanosomose
de Chagas . 70G
E. Brumpt. — Trypanosomes humains. Discussion . 722
L. Martin et H. Darré. ■ — Documents sur la trypanosomiase humaine. 71 1
F. Mesnil et G. Bourret. — Sur un trypanosome humain du Sénégal . 716
F. Mesnil. — Xénodiagnostic. Discussion . 710
F. Mesnil. — Documents sur la trypanosomiase humaine. Discussion . 716
Ch. Nicolle et Ed. Ciiatton. — Longue conservation de la virulence
pour l’homme de la Leishmania tropica, en cultures . 700
Edm. Sergent, A. Lhéritier et A. Boquet. — Etudes sur les piroplas-
' moses en Algérie (Ve note). Infection par les piroplasmes de bovins
arrivant de France en Algérie, pendant l’hiver . G99
Ph. Soria. — Note sur le traitement de l’hématurie dans la Bilharziose. 722
Voir la suite du sommaire page XII de la couverture
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Art. 19. — Les communications ne doivent pas durer plus de quinze
minutes. Les observations et les réponses aux observations, ne doivent pas
dépasser chacune plus de cinq minutes.
Art. 2 3. — Ne sont insérés dans les bulletins que les notes ou mémoires
qui ont été présentés en séance publique.
Art. 24. — Les notes et mémoires doivent être remis aux Secrétaires
généraux aussitôt apres la communication faite.
Art. 25. — Les notes seront publiées dans le Bulletin du mois. Elles ne
doivent pas dépasser en étendue : i° pour les membres de la Société
(y compris les' membres correspondants), 4 pages d’impression ; 20 pour
les personnes ne faisant pas partie de la Société, 3 pages ;
Des mémoires pourront être publiés, après avis favorable du Bureau de
la Société, soit en entier, soit par fraction, autant que possible dans le
volume de l’année.
Art. 26. — Les observations faites en séance par les membres de la
Société seront publiées à la suite des notes qui y ont donné lieu. Elles ne
devront pas dépasser 2 pages d’impression.
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Septième année
1914
N° 10.
‘BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 9 DÉCEMBRE I 9 I Z|_ .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
9/
Présentation d’un chien inoculé avec succès
1
au moyen de la Leishmania tropica sur souris
Par A. LAVERAN
Dans la dernière séance, j’ai communiqué à la Société les
résultats d’expériences d’inoculation de la Leishmania tropica
à différents animaux. Le virus des souris inoculées dans le péri¬
toine avec des cultures de la L. tropica continue à se montrer
très actif. J’avais obtenu déjà de beaux boutons chez un
Macacus cynomolgus à l'aide de ce virus ; je présente aujour¬
d’hui un chien qui a été inoculé, le 3o octobre dernier, sur
souris et chez lequel on a vu se développer, à partir du
r3 novembre, des boutons typiques aux points d’inoculation.
L’un des boutons qui siègent à la base des oreilles a le volume
d’un gros pois, il est ulcéré et se recouvre de croûtes épaisses,
comme le bouton d’Orient chez l’homme. J’ai ponctionné deux
des boutons et j’ai constaté, dans le produit de la ponction,
l’existence de Leishmania en grand nombre.
Le mode d inoculation de la L. tropica le plus pratique chez
49
698
Bulletin de la Société de Pathologie exotîoue
le chien me paraît être le suivant : on rase la base d’une oreille
et, avec un vaccinostyle chargé de virus, on fait 2 à 3 piqûres
dans le derme.
Chez le singe, je fais les piqûres aux tempes et à la face
externe des cuisses.
Séance du 9 Décembre iqi4
699
COMMUNICATIONS
Etudes sur les piroplasmoses en Algérie
(Ve note)
Infection par les piroplasmes de bovins
arrivant de France en Algérie, pendant Thiver
Par Edm. SERGENT, A. LHÉRITIER et A. BOOUET
L’importation en Algérie des bovins européens porte pres-
qu’exclusivement sur des vaches laitières.
Il n’est pas rare de voir la piroplasmose éclater chez les ani¬
maux importés, très peu de temps après leur arrivée en Algé¬
rie, et même en hiver.
Delamotte rapporte en r 885 (i) l’histoire clinique de 3r va¬
ches tarentaises et de 6 hollandaises qui arrivent à Alger en
octobre et novembre 1880. Dès le 20e jour après le débarque¬
ment, on constate des cas de piroplasmose parmi elles, et, au
mois de janvier, 27 bovins sur 37 étaient morts de cette
maladie.
Claude et Soulié (2) ont relevé, en 1901, un cas survenu le
27 octobre chez une vache savoyarde débarquée en septembre.
Fraimbault signale également des cas de piroplasmose survenus
*
en décembre chez des vaches comtoises débarquées à Casablanca
en fin novembre (3).
Nous donnons ci-dessous le tableau résumé des cas de piro¬
plasmose que nous avons observés chez des bovins importés,
peu de temps après leur arrivée en Algérie.
(1) Aperça sur les épizooties de l'Algérie et sur la production animale de la
colonie. Alger, Fontana, 1882-1885, pp. 16-29.
(2) Bull. Soc. centr. Médec. vétér 26 déc. 1901.
(3) Bull. Soc. centr. Médec. vétér., 17 juill. 1913.
700
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’intervalle le plus court que nous ayons noté entre le débar¬
quement et l’apparition des premiers symptômes est de // jours
et il faut remarquer que c'était en hiver (décembre r 9 1 r ) . Cet
intervalle de temps, qui comporte'le délai de l’infestation par les
Tiques et la durée de l’incubation, semble très court, étant
donné surtout la saison. Nous avons ensuite noté 89 jours,
4o jours, 4i jours et 67 jours en hiver.
Le tableau clinique différait suivant les cas. Les parasites
variaient également de forme : bacilliformes, annulaires, piri-
formes.
Les bêtes atteintes étaient en stabulation semi-permanente.
On est amené à supposer que les larves de Tiques infectantes ont
été apportées par le fourrage.
On peut donc constater que:
i° La piroplasmose si commune en Algérie pendant la saison
chaude peut s’y montrer aussi en hiver.
20 Le délai nécessaire pour que les premiers symptômes d’in¬
fection apparaissent chez une vache importée peut descendre à
11 jours, même en hiver.
Institut Pasteur d’ Algérie.
Longue conservation de la virulence pour
l'homme de la Leishmania tropica , en cultures
Par Charles NICOLLE et Edouard CHATTON
La race de Leishmania, tropica , que nous avons utilisée, a pour
origine une culture, isolée par l’un de nous, le 2 novembre
Séance du 9 Décembre 1914
701
1909, chez un malade de Metlaoui (Sud tunisien), atteint de
bouton d’Orient de la main. Depuis cette époque, elle fut
conservée par repiquages successifs sur milieu de Novy sim-
Sa virulence avait été reconnue, dès les premières cultures,
par l'inoculation d’animaux sensibles : singes et chiens (Cf.
Nicolle et Manceaux, Annales de l' Institut Pasteur, 1910, p. 673).
Gonder (1913) et M. Laveran ( Comptes rendus , 5 octobre 1914, et
ce Bull., novembre 1914) ont noté la persistance de la virulence
des cultures de cette souche tunisienne pour la souris, chez
laquelle elles provoquent encore, après 4 ans et demi de vie sa¬
prophytique, des infections plus ou moins généralisées; nous-
mêmes, nous venons de confirmer ces constatations sur une
souris, inoculée par notre collaborateur G. Blanc les 3o, 3r juil¬
let et ier août et qui, morte le 18 novembre, présentait encore
des leishmania dans ses testicules.
Chez l’homme, l’un de nous avait déjà reconnu une activité
manifeste au 4e passage sur milieu Novy simplifié : reproduc¬
tion du bouton d’Orient par inoculation d’une goutte de culture
chez deux sujets sur quatre inoculés. Les cultures étaient âgées
de onze jours; l’incubation fut : dans le premier cas, de 6 mois;
dans le second, de dix mois et demi, l’évolution des boutons
typique et le diagnostic clinique confirmé par l’examen micro¬
scopique.
Nous avons réalisé une nouvelle inoculation humaine posi¬
tive sur l’un de nous avec une culture de même souche, à son
ii5e passage et après quatre ans et demi de vie sur milieux
artificiels.
Voici cette observation résumée.
L’inoculation a été pratiquée, le 20 avril 1914, à la seringue, dans
l’épaisseur de la peau de la partie inférieure de l’avant-bras, avec une
goutte d’une culture très riche, bien vivante et âgée de treize jours.
Réaction locale consécutive nulle et disparition très rapide du nodule
d’inoculation. Au début de juin, c’est-à-dire après une période silencieuse
d’un mois et demi, une petite induration se développe à la face profonde
de la peau, sans aucune modification de surface. Vers le milieu de juillet,
elle atteint les dimensions d’une lentille et fait une saillie d’un millimètre
à peine ; la peau rougit. En août et septembre, le diamètre de l’élément
est celui d'une pièce de cinquante centimes; à sa surface, l'épiderme est
rouge, luisant, sans squames. De petits éléments papuleux se montrent
sur un des côtés du bouton et jusqu’à une distance de deux centimètres de
lui. La lésion n’est le siège d’aucune douleur spontanée ; elle se montre
légèrement sensible à la pression.
702
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Vers le milieu d’octobre, la peau commence à desquamer ; une petite
croûte jaunâtre paraît au centre du nodule, puis deux ou trois autres à sa
périphérie. Le 29 octobre, la croûte principale se détache et laisse aper¬
cevoir à sa place un pertuis circulaire, par lequel s'écoulent deux ou trois
gouttes d’un liquide séro-purulent. provenant d’une petite cavité sous-
jacente; on sent à la palpation une induration profonde du tissu conjonc¬
tif, d’une étendue égale à celle d’une pièce de cinq francs. La lésion,
dans son ensemble, forme une saillie manifeste au-dessus des parties
avoisinantes.
Depuis cette date jusqu’à aujourd’hui, l’aspect est demeuré sensible^
ment le même; le centre du bouton s’est recouvert d’une croûte qui
obture le pertuis et sous laquelle s’accumule une sérosité qui s’écoule
brusquement de temps à autre. Les éléments secondaires ne se sont ni
multipliés, ni accrus ; la peau tend à devenir lisse et squameuse sur toute
sa surface. Le bouton est donc actuellement en pleine évolution et typique.
Une ponction, pratiquée le 1er décembre, a permis d’y déceler la présence
de leislimania.
Cette observation et celles que nous avons rappelées plus haut
prouvent que les cultures de la Leishmania tropica gardent
longtemps leur virulence ; elles constituent donc un matériel
excellent et durable pour l’expérimentation. Il est à supposer
que, dans la nature, quel que soit l’hôte réservoir du virus, la
leishmania peut y demeurer virulente pendant un temps égale¬
ment très long et cette donnée, jointe à la durée de l’incubation
du bouton d’Orient, n’est pas pour faciliter la solution du pro¬
blème si délicat de l’étiologie de cette curieuse maladie.
(. Mission des Instituts Pasteur de Paris et de Tunis
pour F étude du bouton d’Orient).
Importance du cannibalisme et de
la coprophagie chez les Réduvidés
hématophages T riatoma)
pour la conservation des Trypanosomes
pathogènes en dehors de Thôte vertébré
Par E. BRUMPT
La recherche des réservoirs de virus dans les maladies para¬
sitaires de l’Homme présente un intérêt considérable au double
point de vue scientifique et pratique. Il est indispensable de con*
Séance du 9 Décembre 191 4
703
naître tous les réservoirs de virus pour pouvoir prendre des
mesures prophylactiques sérieuses. Cette recherche des réservoirs
de virus est d’ailleurs une recherche des plus captivantes, mon¬
trant l’étroite union des sciences médicales et des sciences natu¬
rel 1 es. Dans l’étude des maladies parasitaires transmises par les
Ectoparasites, les moindres faits biologiques offerts par ces der¬
niers peuvent présenter un intérêt pratique très considérable.
C’est pour la raison ci-dessus énoncée que je crois bon de
signaler l’existence du cannibalisme et de la coprophagie chez
certains Réduvidés héinatophages.
Le cannibalisme des Triatoma semble avoir été signalé pour
la première fois par A. Machado (1), collaborateur de C. Chagas,
pour le T. megista. De mon côté j’ai observé assez fréquemment
ce phénomène chez Triatoma infestans. T. megista , T. Chagasi
et chez Rhodnias prolixus. Le docteur Torr.es, assistant de
C. Chagas à Lassance (Minas Geraes), m’a dit avoir constaté
assez souvent ce phénomène chez Triatoma sordida , fait que
j’ai pu observer également après lui.
Le cannibalisme est surtout fréquent chez les jeunes larves
écloses depuis quelques semaines ou ayant déjà effectué plu¬
sieurs repas normaux sur des vertébrés. Cette aptitude à sucer le
sang déjà pris par leurs congénères diminue avec l’âge. Le Tria-
tome cannibale suce généralement les animaux de son espèce
déjà bien gorgés de sang; parfois, l’animal sucé est peu incom¬
modé et continue son repas sur un vertébré quelconque. Je n’ai
jamais constaté la mort de l'animal piqué par un cannibale.
Le cannibalisme est évidemment un souvenir ancestral de l’en-
tomophagie normale chez les Réduvidés non suceurs de sang et
même chez quelques Réduvidés héinatophages comme le Triatoma
sanguisuga qui, d après les auteurs américains (J. D. Mitchell
de Dallas, etc.), suceraient volontiers les larves de Lépidoptères
(Moth), et le Triatoma rubrofasciata de ITle Maurice qui, d’après
Lafont, sucerait les Punaises des lits.
La copro pha gie, observée par moi dans le genre Rhodnias ,
n’était pas encore connue chez les Insectes piqueurs hémato-
pliages, Les Rhodnias prolixus sont doués d’un goût très pro¬
noncé pour leurs déjections. Peu de temps après avoir éliminé
leurs déjections noires ou hyalines, les Rhodnias se dirigent
(1) Neiva A. Revisâo do genero Triatoma Lap. Rio de Janeiro, de Rodri-
gues et CJe, édit., p. 8, 1 9 1 4 -
704
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
vers elles et les aspirent complètement. Ce fait banal chez les
Insecles non piqueurs, et favorisant chez eux les infections à
flagellés intestinaux, mérite d être signalé tout spécialement ici.
Il montre la possibilité pour les Rhodnius de s’infecter par les
déjections d’insectes renfermant des flagellés.
Qui sait si ce n’est pas grâce au cannibalisme et à la copro-
phagie qu’au cours des siècles se sont faites certaines adapta¬
tions et transformations de flagellés non pathogènes d’insectes
non piqueurs en flagellés pathogènes d’insectes piqueurs suceurs
de sang.
Cette adaptation progressive à un milieu sanguin en voie de
digestion a été peut-être le premier stade précédant l’adaptation
finale au milieu sanguin des Vertébrés.
★
* *
Le cannibalisme et la coprophagie peuvent donc permettre à
des Insectes n’ayant pas sucé de vertébré parasité de contracter
une infection en dehors de ce dernier. C’est un argument de
plus pour montrer que les infections à flagellés de l’Homme
semblent avoir plutôt comme origine l’invertébré que le ver¬
tébré.
La terrible guerre qui bouleverse l’Europe m’a obligé de quitter
brusquement mon laboratoire de Sâo Paulo et d’arrêter les expé¬
riences que je poursuivais sur les Rhodnius et Triatomes canni¬
bales. Par contre, je puis publier une expérience faite avec des
Punaises me permettant d’appuyer les hypothèses énoncées
ci-dessus.
Expérience 485. — Le 11 décembre 1912, du sang de bœuf
défibriné (1) est mélangé à des déjections de Triatoma megista
renfermait un grand nombre de Trypanosoma Cruzi métacycli-
ques, et semblant dépourvues de formes Crithidia.
Ce mélange renfermant environ 1 Trypanosome par 20 champs
de microscope (obj. 6 et oc. 9 de Stiassnie) est mis dans de la
peau de Souris fraîche et offert à un certain nombre de Punaises
( Ci/nex lectularius ) à l’état adulte ou à l’état larvaire. Presque
toutes les Punaises absorbent une certaine quantité de sang.
A partir de ce moment les Punaises sont élevées à la température
de 26° C. et nourries sur des Pigeons ainsi qu’un grand nombre
(1) Ce sang conservé en tube à la température du laboratoire est resté sté¬
rile.
Séance du 9 Décembre 1914
705
de témoins qui 11e présentent jamais aucun flagellé dans l’in-
testi n.
Voici les résultats obtenus :
Une Punaise disséquée 20 heures après le repas montre dans
l’estomac quelques formes métacycliques non transformées et
rien dans l’intestin.
Huit jours plus tard, sur quatre Punaises disséquées, une
seule est infectée ; elle présente quelques formes Crithidia dans
l’intestin.
Deux mois et six jours plus tard, sur deux Punaises examinées,
une seule est infectée et présente un grand nombre de Crithidia
dans l'intestin.
Deux mois et i4 jours plus tard, les sept Punaises qui restent
sont sacrifiées. Une seule est infectée ; elle présente dans l’esto-
mac les formes latentes habituelles, et, dans Pintectin, de nom¬
breuses formes flagellées : Crithidia et Trypanosomes métacy¬
cliques.
En résumé, sur i4 Punaises avant ingéré des Trypanosomes
métacycliques, 3 ont permis l’évolution du Trijpanosoma Cruzi.
Gomment expliquer un pourcentage si faible chez des animaux
qui permettent l’évolution des formes sanguicoles dans roo 0/0
des cas? Il m’est impossible d’affirmer que les Trypanosomes
métacycliques peuvent se transformer en Crithidia et évoluer,
car je n’ai observé aucun passage ; il est vrai que le nombre
d’exemplaires étudiés a été faible. Il est vraisemblable que ce
sont les formes Crithidia passées inaperçues lors de mes exa¬
mens qui ont pu évoluer chez les Punaises et donner lieu à une
évolution normale.
Cette expérience montre qu’en absorbant des formes évolutives
de Trijpanosoma Crazi provenant d’un Insecte, de nouveaux
Insectes ont pu s’infecter. II est certain que, dans des conditions
similaires, l’expérience aurait pu être reproduite indéfiniment.
Quelle est, dans la nature, l'importance du cannibalisme et de la
coprophagie ? C’est ce que de nouvelles expériences en cours
me permettront peut-être de déterminer (j).
( Travail du laboratoire de Parasitologie
de la Faculté de Médecine et de Chi¬
rurgie de Sao Paulo, Brésil).
(1) Dans certaines habitations rustiques du Brésil presque tous les Tria-
706
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le Xénodiagnostic. Application au diagnostic
de quelques infections parasitaires et en
particulier à la Trypanosomose de Chagas
Par E. BRUMPT
Je donne le nom cle Xénodiagnoslic (de çsvoç, hôte) au dia
gnostic pouvant être fait au moyen de l’hôte agent vecteur habi
tuel de la maladie parasitaire, ou à l'aide d’un hôte vicariant
pouvant assurer la culture et l’évolution du parasite. C’est en
somme une culture naturelle du parasite chez des hôtes favo¬
rables.
Le diagnostic des maladies parasitaires du sang est parfois
très délicat. Dans les trypanosomoses en particulier, aussi bien
chez l’Homme que chez les animaux les plus divers, on sait com¬
bien il est parfois difficile de déceler l’existence des Trypanoso¬
mes par l’examen direct. On peut alors employer, pour faire le
diagnostic, la centrifugation, l’inoculation aux animaux sensD
blés ou la culture sur certains milieux. Malheureusement, dans
bien des cas, ces moyens donnent des résultats négatifs.
Dès 1904, en étudiant l’évolution des Trypanosomes de Pois¬
sons, j’avais été frappé de l’apparition de cultures abondantes de
Trypanosomes dans l’estomac de Sangsues neuves ayant sucé des
Poissons indemnes de Trypanosomes à l’examen direct, ou ayant
montré seulement des Trypanoplasmes.
J’ai eu bien souvent l’occasion depuis cette époque de vérifier
des faits semblables. J’ai appliqué ce procédé de diagnostic par
les Sangsues neuves (1) à l’étude des Trypanosomes des Batra¬
ciens et des Serpents du Brésil.
Les Sangsues étudiées au Brésil appartenaient à deux espèces,
tomes sont infestés par le Trtjpanosoma Cruzi sans que les gens ou les ani¬
maux piqués par eux soient parasités Peut-être dans ce cas s’agit-il d’un
virus transmis d’insecte à Insecte par le cannibalisme ou par les déjections.
(1) Ces Sangsues sont utilisées, soit dès leur naissance, quand il est démontré
qu’elles ne présentent jamais d’infection héréditaire, soit après plusieurs
repas sur des animaux non infectés. Ce dernier procédé permet d’avoir des
Sangsues âgées plus volumineuses et suçant une plus grande quantité de
sang.
Séance du 9 Décembre 1914
707
La première est une espèce brésilienne, la Plcicobdella brasi-
liensis Brumpt 1914, commune sur les Grenouilles du Brésil et
hôte transmetteur du Trypanosoma leptodactyli Carini, ainsi que
j’ai pu le démontrer (1). La seconde est la Plcicobdella cateniyer a
Moq. Tandon, de la France méridionale, dont je poursuis l’éle¬
vage depuis 1906.
En taisant piquer des Grenouilles, considérées comme non
infectées après un ou plusieurs examens négatifs, par des Sang¬
sues neuves, j’ai eu des cultures abondantes chez ces dernières.
Le fait est facile à expliquer par l’excellence de l’hôte transmet¬
teur chez lequel l’évolution se fait dans 100 0/0 des cas et
aussi par la quantité de sang ingéré qui est de 10 à 5oo fois
plus grande que la goutte de sang susceptible d’être examinée
au microscope.
Au cours de travaux faits à l’Institut de Vital Brazil à Butan-
tan (Sâo Paulo), j’ai appliqué le xénodiagnostic à l’étude des
Trypanosomes des Serpents.
J’ai d’abord pu démontrer que les Trypanosomes (7 rypano-
soma Brazili Brumpt 1914 d’un Serpent aquatique du Brésil
(Helicops modesties (2)) évoluaient facilement et rapidement jus¬
qu’au stade de Trypanosomes métacycliques chez Plcicobdella
brasiliensis (3).
Le Trypanosoma Brazili ressemble beaucoup au Trypanosoma
leptodactyli adulte ; il évolue rapidement dans l’estomac de Pla-
cobdella brasiliensis et donne, en quelques semaines, des formes
métacycliques extrêmement nombreuses. Ces formes métacycli¬
ques ne passent pas dans la gaine de la trompe, même après
(1) Le Trypanosoma leptodactyli. de Carini, peut-être identique au T.innomi-
natum Pittaluga, est la forme jeune d’un grand Trypanosome du Leptodactylns
ocellatus . Le mémoire avec figures que je dois publier sur son évolution n’est
pas terminé. Je résume son histoire^en disant que la forme sanguicole se met
en boule, perd son llag'elle et se divise en deux dans l’estomac de la Sangsue ;
puis, après une évolution normale, il se produit des Trypanosomes métacy¬
cliques. Ceux-ci passent dans la gaine de la trompe et sont inoculés aux
Grenouilles.
(2) L’existence de Trypanosomes chez ce Serpent, m’a été signalée par mçn
ami le Docteur Yoao Florencio Gomes.
(3) J’espérais donner une description complète de Plcicobdella brasiliensis
n. sp. dans le mémoire que je comptais publier sur l’évolution du Trypano¬
soma leptodactyli. Mon brusque départ de Sao Paulo, pour la guerre de 1*914,
a changé mes projets. Je me contente de dire ici que cette Sangsue de cou¬
leur vert olive foncé présente sur certains anneaux de petites taches jaunes ;
elle peut atteindre 6 cm. de longueur et présente une consistance molle
708
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
plusieurs mois, et il est probable que le Serpent s’infecte en
ingérant les Sangsues parasitées. L’évolution de ce Trypanosome
s’effectue aussi chez P Jacob de U a catenigera.
En étudiant l’évolution, chez Placobdella brasiliensis , d’une
Hémogrégarine d’un autre Serpent vivant volontiers dans l’eau,
le B ad i nia Merremii , j’ai été surpris de trouver en abondance,
dans l’estomac des Sangsues, des flagellés et finalement des Try¬
panosomes métacycliques. C’est seulement à un cinquième exa¬
men à frais que j’ai pu trouver le Trypanosome de cet exemplaire
de Serpent dont l’existence m’était signalée par le xénodiagnos¬
tic. Ce Trypanosome ressemble beaucoup au Trypanosoma Bra-
zili.
Chez un Cobaye infecté avec le Trypanosoma Cruzi (virus de
Bahia),et n’ayant pas de Trypanosomes à l’examen direct, l’exis¬
tence des parasites a pu être démontrée en faisant piquer cet
animal par des larves au 3e stade de Triatoma ( Conorhinus )
megista.
En faisant piquer trois enfants atteints de maladie de Chagas
ancienne, les résultats ont été négatifs avec des nymphes de
T. megista. Les autres moyens de diagnostic avaient d’ailleurs
également échoué. Dans des cas de maladie de Chagas récents,
il est certain que l’infection se serait produite. Les Triatomes
sont en effet capables d'assurer la culture du Trypanosoma
Cruzi à tout âge, et, comme ils peuvent absorber de 10 à 5oo fois
plus de sang qu’il n’est possible d’en mettre entre lame et
lamelle, ils présentent un avantage considérable sur l'examen
direct. Ils sont également plus avantageux que les Cobayes dont
les leucocytes peuvent détruire les quelques rares Trypanosomes
inoculés avec le sang d’un malade.
comme Hemiclepsis tesselata. Contrairement aux autres Placobdelles, cette
Sangsue nage très bien et peut aller à la recherche de sa proie. L’élevage en
est facile ; avec un peu de patience j'en ai obtenu en France comme au Brésil
des milliers d’exemplaires qui m’ont servi et serviront, je l’espère, à de nom¬
breuses expériences. Cette Sangsue se nourrit facilement sur des Grenouilles
d’espèces diverses, sur les Crocodiles, Serpents, Tortues, mais refuse de
piquer les Poissons et certains. Crapauds. Au bout du sixième repas l’animal
devient adulte , l’accouplement est réciproque le plus souvent et les animaux
se déposent des spermatophores ; la fécondation est, comme d’habitude, effec¬
tuée par voie hypodermique. La ponte s’effectue sous le ventre ; les œufs
jaunes contenus dans des cocons hyalins sont accolés les uns aux autres.
Un animal peut pondre, suivant sa taille, de trente cent et quelques
œufs.
Séance du g Décembre igi4
709
Donc, pour le diagnostic de la maladie de Chagas, je crois
qu’il est bon de tenter le Xénodiagnostic avec des larves ou des
nymphes de Triatomes chaque fois que les autres moyens ne
seront pas applicables ou seront négatifs.
L’élevage des Triatomes est des plus simples. En partant
d’œufs on obtient des larves indemnes de parasites que l’on peut
nourrir sur des animaux sains ou réfractaires à l infection par
le T. Crnzi comme les Poules et les Pigeons.
Dans les expériences d’infestation que j’ai faites avec diverses
espèces de Triatomes (T. infestons , T.megista, 7 .Chagasi, 7 . sor-
dida) ou àeRhodnius(R.prolixas)f]&\ toujours obtenu iooo/o de
succès : ce pourcentage distingue ces merveilleux hôtes vecteurs
des Glossines q ui, dans la maladie du sommeil et d’autres trypa-
nosomoses animales, s’infectent dans une proportion minime.
Pour faire une étude systématique et géographique de la
maladie de Chagas chez l’Homme ou chez les animaux dômes-
i
tiques ou sauvages du Brésil, je crois que le xénodiagnostic
rendra les plus grands services.
En effet, dans les régions de l’intérieur du Brésil où habitent
des gens très hospitaliers mais peu familiarisés avec les pra¬
tiques médicales, il est déjà difficile, au cours d’une enquête,
de faire des frottis de sang en piquant les doigts des enfants.
D'ailleurs ces frottis de sang sont généralement inutilisables par
suite de la rareté et de la fragilité des Trypanosoma Cruzi.
L’examen direct du sang au microscope est difficile, car le
transport d’un microscope sur la selle d’un mulet présente des
inconvénients de toutes sortes, et l’examen entier d’une lamelle
fait perdre un temps précieux. Il serait meilleur et plus facile
théoriquement de prélever quelques centimètres cubes de sang
au malade et d’inoculer un Cobaye. Mais cette ponction ne serait
acceptée que bien rarement, £t, étant donné le manque d’assis¬
tance utile, pourrait présenter de gros dangers au cours d’une
expédition.
C’est en présence de ces difficultés d’ordre matériel que je pro¬
pose l'emploi anodin du Xénodiagnostic. Tous les malades con¬
naissent les Triatomes et peuvent consentir à se laisser faire une
ponction de sang naturelle par ces Insectes dont la piqûre est
indolore.
Les larves au troisième stade elles nymphes de Triatomes ou
de Rhodnius sucent beaucoup de sang. A jeun, une nymphe de
710
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
T. megista pèse o g. i3o ; bien gorgée, elle pèse i g. et suce donc
environ o g. 870 de sang. Une nymphe à jeun de T. infestans
pèse environ o g. 060, gorgée, elle pèse o g. 5o et suce par consé¬
quent o g. 435 de sang. La durée de la succion sur l’Homme est
d'environ 1 jk d’heure à 1/2 heure, il est d’ailleurs facile de faire
piquer simultanément plusieurs personnes ou animaux suspects
d’une même habitation. Les Triatomes gorgés sont ensuite mis
dans des tubes à part, étiquetés, et, au retour de l’expédition, mis
à l’étuve à 3o° où le développement des Trypanosomes s’effectue
rapidement. En nourrissant ensuite ces Insectes et en examinant
leurs déjections, ou bien en les disséquant, on peut facilement
déterminer ceux qui sont infectés et ceux qui sont indemnes.
C’est ainsi que peut se faire le Xénodiagnostic, moyen nouveau
d’investigation appelé à rendre de grands services quand l’hôte
vecteur d’une maladie parasitaire de l’Homme ou des animaux
est facile à élever et absorbe une bonne quantité de sang.
Sao-Paulo, 2 août 1914.
(. Travail du laboratoire de Parasitologie de la Faculté
de Médecine et de Chirurgie de Sao-Paulo).
f
M> Mesnil. — On peut rapprocher du xénodiagnostic, dont
M. Brumpt vient de nous entretenir, et qu’il applique depuis long¬
temps à la reconnaissance des infections à trypanosomes de ver¬
tébrés inférieurs, le procédé employé par les savants anglais de
la Commission de l’Ouganda pour savoir si le Tr. ganibiense
existe encore sur les rives abandonnées du lac Victoria : on
recueille un très grand nombre de glossines et on les fait piquer
sur un animal sensible.
Le même procédé a été employé par ces savants pour savoir si
les ruminants (bovidés, antilopidés) peuvent servir de réservoir
de virus au Tr. ganibiense : de nombreuses glossines sont nour¬
ries sur l’animal à infection latente soupçonnée et portées plus
tard, après le temps d’incubation convenable, sur des animaux
sensibles.
Ici le résultat est obtenu par l’infection du mammifère sensi¬
ble et non par constatation microscopique chez l’insecte (r).
(1) Voir en particulier Bruce, Hamerton, Bateman et Mackie, Proc. Roy.
Soc., B , t. LXXII, 1910, p. 480.
Séance du 9 Décembre 1914
711
Documents sur la trypanosomiase humaine
■jf
Par Louis MARTIN et Henri DARRÉ
Nous pensons intéresser la Société en rapportant d’une façon
succincte quelques faits qui précisent certains points de l’his¬
toire clinique de la maladie du sommeil.
Nous envisagerons successivement : la fièvre intermittente
trypanosomiasique et sa pathogénie ; la durée de la période
latente au cours de certaines trypanosomiases ; la longue durée
de la période des grands accidents nerveux chez quelques
malades ; les accidents du traitement par l’atoXyl.
Fièvre intermittente trypanosomiasique. — On sait qu’il est
fréquent de constater à la première période delà maladie du som¬
meil des accès de fièvre intermittente assez analogues à la fièvre
paludéenne, s’en distinguant seulement par la longue durée des
intervalles séparant les accès fébriles. Mais généralement on
constate en même temps un ensemble de symptômes (adénopa¬
thies, érythèmes, petits accidents nerveux, etc.,) qui facilitent
beaucoup le diagnostic.
Nous avons observé un cas dans lequel la fièvre intermit¬
tente a été, avec la splénomégalie, la seule manifestation de
la trypanosomiase. Le diagnostic avec l’infection paludéenne
aurait donc été très difficile, si nous n’avions recherché de parti-
pris les trypanosomes dans le sang ; la constatation de ces
parasites ainsi que V auto-agglutination des hématies, jointe à
l’absence de l’hématozoaire de Laveran, permettaient au con¬
traire très facilement de rapporter les accidents à la maladie
du sommeil.
Voici un rapide résumé de cette observation intéressante :
Jean B., trente ans, caporal, contaminé pendant le trajet de Fort-Lamy
à Bangui, vers le milieu de mars 1913, est pris brusquement le
25 mars 1913 de fièvre et d’amaigrissement sans aucun autre symptôme.
Le Dr Heckenroth constate le 15 avril 1913 des trypanosomes. Le malade
entre à l’hôpital Pasteur le 26 mai 1913 qu’il quitte bientôt le 30 mai. Il va
d’abord assez bien sous l’influence du traitement par l’atoxyl. Mais à par¬
tir du 15 juin, il présente tous les huit à dix jours d’une façon sensible¬
ment périodique, un violent accès de fièvre, durant 12 à 24 heures, qu’il
rapporte au paludisme. Les accès persistant malgré le traitement quini-
712
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
\
que, il se décide enfin à suivre nos conseils et à entrer à l’hôpital de nou¬
veau le 15 novembre 1913.
Nous constatons comme unique symptôme une spléno-mégalie moyenne
et des accès fébriles revenant tous les 8 à 10 jours, durant de 15 à 33 heu¬
res, avec une période de frisson, une période de chaleur, une période de
défervescence sans sueurs profuses.
Le malade reçut d’abord 0 g. 50 d’atoxyl tous les cinq jours mais sans
aucun résultat. On noia en effet un premier accès le 15 novembre 1913,
un second le 26 novembre, un troisième le 4 décembre. On institua alors
le traitement intensif par fatoxyl (0 g. 50 le 8 décembre, 0 g. 75 le
10 décembre, 1 g. le 12 décembre;, ce qui amena une amélioration, les
accès ayant complètement disparu pendant trente-trois jours. Mais un
nouvel accès apparut le 8 janvier 1914, suivi d'un nouvel accès le 19 jan¬
vier. Nous eûmes recours sans grand succès au produit arsenical argenti-
que de M. üanysz : un nouvel accès se produisit le 16 février, dix-sept
jours après la dernière injection. De nouveaux accès eurent lieu le
28 février et le 10 mars.
Nous instituâmes alors le traitement mixte par fatoxyl et les injections
intra-veineuses d’émétique de potasse. L’elfe t fut remarquable. Une pre¬
mière série d’injections d’émétique fut praliquée du 12 mars au 2 avril
(18 injections) ; une seconde du 4 mai au 30 mai (14 injections). Depuis
ce moment aucun accès fébrile ne s'est produit. Le malade a pu faire la
campagne de Lorraine en août. 11 est rentré à l’hôpital le 8 septembre et
n’a jamais présenté le moindre accès fébrile. Son état est satisfaisant,
mais le pronostic reste réservé comme dans toutes les formes tenaces qui
n’ont cédé que lentement au traitement.
Des examens répétés du sang nous ont montré que les accès
fébriles correspondaient au passage dans la circulation périphé¬
rique de très nombreux trypanosomes qui faisaient constam¬
ment défaut pendant les périodes d apyrexie.
Mais les parasites ne pouvaient être décelés dans le sang qu’au
début même de l’accès pendant les premières heures alors que
la température était encore peu élevée. Lorsqu’elle atteignait
son maximum (3g°5 à 4o°6), on ne trouvait plus un seul parasite
et la fièvre se prolongeait douze à vingt-huit heures après la dis¬
parition des trypanosomes.
Aussi avons-nous pensé que la fièvre correspondait bien à une
poussée proliférative parasitaire, mais était due surtout à la des¬
truction massive des parasites sous l’influence des anticorps
contenus dans le sang, en un mot qu’il s’agissait d’une fièvre
trypanolytique.
En effet, le sang du malade prélevé au moment des accès
fébriles avait un pouvoir trypanolytique très élevé aussi bien
in vitro qu’m vivo (inoculation dans le péritoine du cobaye qu’il
fut toujours impossible d’infecter avec un sang pourtant très
Séance du 9 Décembre 1914
713
riche en trypanosomes). De plus ces accès étaient identiques
aux accès fébriles provoqués par la première injection d’atoxyl
chez un sujet dont le sang1 contient de nombreux trypanosomes,
accès dont la nature trypanolytique est bien démontrée aujour¬
d’hui.
Un fait que nous avons observé chez un autre malade atteint
de trypanosomiase vient à l’appui de cette conception.
B..., missionnaire, atteint de trypanosomiase non encore traitée et dont
le sang fourmillait de parasites, avait cependant une température cons¬
tamment normale. La première injection de 0 g. 30 d’atoxyl détermine
une poussée fébrile intense coïncidant avec la disparition des trypanoso¬
mes du sang. Or 8 jours plus tard, le malade présente un accès absolu¬
ment analogue à celui de notre premier malade ; un nouvel accès se pro¬
duit 8 jours plus tard et il a fallu avoir recours au traitement par l’émétique
pour faire disparaître cette lièvre intermittente. Or pendant cette der¬
nière période, on ne trouvait de trypanosomes qu’au début des accès
fébriles.
Voilà donc an sujet qui n’avait pas de fièvre au moment où
le sang véhiculait de nombreux parasites constamment et qui en
a présenté ultérieurement, alors que, sous l’influence du traite¬
ment, les trypanosomes avaient cessé d'habiter d’une façon per¬
manente les vaisseaux périphériques et ne s’y montraient plus que
d’une façon passagère au début des accès fébriles. La présence
des parasites dans le sang ne suffit donc pas à déterminer la
fièvre; pour que celle-ci se produise, il faut que le sang soit
devenu fortement trypanolytique sous l’influence des anticorps
secrétés en abondance à la suite de la destruction parasitaire
déterminée par les injections d’atoxyl.
Tous ces faits nous conduisent à penser que la fièvre intermit¬
tente trypanosomiasique est due à la présence dans le sang des
produits toxiques résultant de la destruction, par les anticorps,
des parasites qui ont pénétré passagèrement dans le torrent cir¬
culatoire. C’est une lièvre trypanolytique, témoin de la réaction
de forganisme contre les parasites de la maladie du sommeil.
Durée de la phase latente chez certains malades. — On sait avec
quelle fréquence la maladie du sommeil, après avoir déterminé
des accidents insignifiants, reste latente pendant un temps plus
ou moins long pour se révéler ensuite par de graves accidents
nerveux d’un pronostic fatal. D’ordinaire cette phase latente
dure quelques mois (6 à 8 en moyenne); mais souvent elle se
prolonge plus longtemps. Déjà chez un de nos malades, la
5o
*
714
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
maladie était restée latente pendant deux ans et le malade
paraissait guéri lorsque survint une rechute nerveuse. Mais cette
durée peut être beaucoup plus longue ; dans un fait observé
récemment, elle a été de quatre ans.
D’O..., a été reconnu atteint de trypanosomiase à son retour du
Congo par le Dr Trautmann, qui a trouvé des trypanosomes dans le
sang, en janvier 1910. Le malade examiné par nous quelques mois plus
tard ne présente aucun signe de la maladie ; on ne trouve pas de para¬
sites ; l’auto-agglutination fait défaut. Aussi ce malade refuse de se traiter
et nous le perdons de vue. Sa santé reste parfaite pendant quatre ans.
En avril 1914, il est pris d’accidents nerveux graves (confusion mentale,
démence, tremblement, exagération des réflexes), on trouve des trypano¬
somes dans le liquide céphalo-rachidien. 11 succombe le 20 novembre 1914.
Des faits comparables avaient été signalés autrefois par Guérin;
mais en l'absence du diagnostic parasitologique, on ne pouvait
en affirmer l’exactitude, Notre observation confirme absolument
les faits cliniques si remarquablement observés par Guérin.
Durée maxima de la période des grands accidents nerveux. —
La période nerveuse de la maladie du sommeil abandonnée à
son évolution naturelle dure 6 à 8 mois et n’excède qu’exception-
nellement un an (Laveran et Mesnil). Sous l’influence du traite¬
ment se produisent des rémissions plus ou moins longues qui en
augmentent la durée. Néanmoins, la durée de cette période ne
dépasse guère un an et demi à deux ans.
Nous suivons depuis plusieurs années un malade, chez qui
cette période a été anormalement longue. En septembre 1910
quand nous l’avons vu pour la première fois, il avait déjà eu
une attaque apoplectiforme, il présentait de l'hypocliondrie
avec mélancolie anxieuse; le liquide céphalo-rachidien contenait
une quantité considérable de lymphocytes et de grands mononu¬
cléaires ; 011 y trouvait des trypanosomes. Or ce sujet est encore
vivant aujourd hui, ayant présenté, malgré un traitement assez
irrégulièrement suivi, plusieurs améliorations, suivies de
rechutes. La durée de la période nerveuse a donc excédé quatre
ans. Ce malade n’est plus soumis à notre observation ; nous
savons qu’il est vivant. Malheureusement il se refuse absolu¬
ment à laisser pratiquer de nouvelles ponctions lombaires ; aussi
nous est-il impossible de savoir si les symptômes psychiques
qu’il présente encore sont dus à des lésions encore actuellement
en évolution, ce qui cependant nous paraît vraisemblable ; car
on constate encore dans son état des phases alternatives d’amé-
Séance du 9 Décembre 191 4
715
lioration et d’aggravation. La durée exceptionnellement longue
de la période nerveuse dans ce cas méritait une mention parti¬
culière.
Accidents oculaires dus à l'atoxyl. — Jusqu’en ces derniers
mois, nous n’avions observé qu’une seule fois des accidents ocu¬
laires qui d’ailleurs avaient fini par guérir chez un malade
ayant reçu de très fortes doses d’atoxyl (7 g. 5o en l’espace d’un
mois). Cette année deux malades ont présenté des accidents de
névrite optique dus à l’atoxyl, comme l’ont indiscutablement
établi les examens pratiqués par M. Morax. L’un d’eux avait été
soumis à des doses très fortes (9 g. 26 en un mois et demi) ; il
s’agissait en effet du malade dont nous venons de rapporter
l’observation atteint d’accidents nerveux extrêmement graves et
rebelles au traitement, chez qui nous avions cru pouvoir en
raison de la gravité de la situation faire un traitement intensif.
Par contre, l’autre sujet a présenté des troubles après avoir reçu
seulement 3 g. en un mois, dose qui n’a rien d’excessif et qui
généralement est parfaitement tolérée. Faut-il incriminer une
sensibilité particulière du malade? Le fait est difficilement
admissible, car il a reçu à plusieurs reprises antérieurement
des doses aussi fortes sans présenter d’accident. Faut-il
incriminer Fatoxyl employé, qui serait particulièrement toxique?
Nous ne pouvons Paffimer, bien que nous ayons été frappé
cependant de voir ces deux accidents se produire en l’espace de
quelques mois alors que pendant sept années nous n’avons
jamais noté de faits semblables. Quoi qu’il en soit, il est intéres¬
sant de signaler ces cas qui montrent que parfois malgré un
traitement conduit avec la plus grande prudence, l’atoxyl peut
entraîner des accidents redoutables.
M. Mesnil. — En vue de l’enquête que nous poursuivons sur
la valeur exacte du pouvoir protecteur des sérums humains pour
le diagnostic et le pronostic de la maladie du sommeil,
MM. Martin et Darré nous ont aimablement procuré, à plusieurs
reprises, du sérum du malade n° 1 dont ils viennent de nous
tracer la très intéressante histoire.
Nous devons rappeler que nous nous servons, comme virus
test, d’un Tr. gambiense (race G. y), parfaitement adaptée à la
souris, mais qui présente une certaine sensibilité au sérum
humain normal. Nous ajouterons que cette sensibilité, que
716 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nous suivons depuis octobre r g 1 1 , nous a paru sujette à varia¬
tions. C’est un point que nous exposerons en détails, en insistant
sur son intérêt biologique. Mais ces oscillations ne nous ont
paru en rien affecter la sensibilité de ce même virus au sérum
de malades du sommeil. 11 faut seulement, pour que les résul¬
tats positifs soient probants, se servir d’un sérum conservé assez
longtemps à la glacière.
Des sérums du malade, même peu anciens, recueillis le 21,
le 23 et le 27 février, le 10 mars, c’êst-à-dire durant la période
des crises dont nous ont parlé MM. Martin et Darré, avaient
une action protectrice très faible ou nulle. Ces sérums se com¬
portaient comme de mauvais sérums normaux, à tel point qu’on
pourrait dire que le pouvoir protecteur normal se trouvait anni¬
hilé du fait de l’infection du sujet. Pendant la même période,
nos collègues notaient une action trypanocide du sérum; nou¬
velle preuve que ces propriétés 11e vont pas de pair.
En revanche, lorque les crises ont été conjurées, les sérums
sont devenus très nettement protecteurs.
Un sérum du 29 avril, utilisé au bout de 2 jours, a complètement pro¬
tégé les souris qui en ont reçu 3/4 cm3 en mélange avec le virus.
Un sérum recueilli le 22 mai et vieux de 4 et 8 jours, a protégé complè¬
tement les souris; vieux de 15 jours, il retardait lincubation de 8 jours et
la mort de 12. Vieux de 23 et 26 jours, il retardait encore la mort de 5 et
4 jours.
Jamais un sérum normal, aux mêmes dates, ne se montrait
aussi protecteur.
Nous nous contentons de signaler ces faits aujourd’hui,
comme contribution à l'histoire du malade de nos collègues,
nous réservant d’en tirer les conclusions qu’ils comporteront par
rapprochement avec d’autres que nous enregistrons.
/
Sur un trypanosome humain du Sénégal
Par F. MESNIL et G. BOURRET
L un de nous, au cours de ses recherches sur la maladie du
sommeil au Sénégal, a essayé Je pouvoir pathogène du trypano-
Séance du 9 Décembre 1914
717
some sur un certain nombre d’animaux (1); comme ses prédé¬
cesseurs (2), il a constaté une faible virulence; c’est d’ailleurs
souvent le cas pour des Tryp. gambiense d’autres contrées,
quand on cherche à les isoler de l’homme. Il a réussi néanmoins
à ramener le virus en France sur rots en mai 1912.
La découverte d’un second trypan. humain, le Tr. rhodesiense ,
a conduit à se demander s’il n’existerait pas encore d’autres
espèces différentes de gambiense , et, assez récemment, Macfie (3)
a cru devoir créer l’espèce nigeriense. Alors que Tr. rhodesiense
diffère surtout de Tr. gambiense par sa plus grande virulence,
Tr. nigeriense en différerait par sa virulence moindre. Malgré
que les travaux déjà anciens (4) aient conclu à l’unité des try¬
pan. humains de l’Afrique occidentale, du Congo et de l’Ou¬
ganda, il n’était peut-être pas inutile d’ajouter quelques faits à
ceux déjà existants.
Bourret a vu que son trypan. est sans action sur le cobaye
et la souris, qu’il infecte le rat, surtout quand on se sert de
très jeunes animaux, qu’il donne une infection chronique au
cheval et au mouton ; enfin que le patas est toujours sensible.
Cette sensibilité du patas, constatée pour la première fois par
Brumpt et Wurtz (5), a été heureusement utilisée par Thiroux
et d’ANFREviLLE (/. c.) d’abord, puis par Bouffard, Bourret lui-
même, Lafont et Dupont (6), soit pour diagnostiquer la maladie
du sommeil, soit pour se rendre compte de la marche d’un
traitement vers la guérison. Mais, dans ce dernier cas, comme
Thiroux et d’ANFREviLLE l’ont remarqué les premiers, et comme
Lafont et Dupont l’ont vérifié, il convient de ne pas tenir compte
des résultats négatifs obtenus par inoculation de sang prélevé
au cours du ier ou même du 2e mois qui suivent la cessation du
traitement.
Pour tenter des expériences d’immunité croisée, nous avons
inoculé un mouton (Lun de nous ayant reconnu la sensibilité
de cette espèce animale). Voici son histoire. Quelque incom-
(1) Bourret. Ann. et Méd. colon., t. XVI, 2« trimestre 1 9 1 3, p. 829.
(2) Thiroux et cI'Ankreville La Maladie du sommeil et les Trypanoso¬
miases animales au Sénégal, Paris, Baillère, 1911.
(3) Macfie. Ann. of trop. Med. a. Paras., L VII, 1913, p. 33p, et t. VIII,
i9i 2 3 4 5 64, p- 29.
(4) Voir dans Laveran et Mesnil, Trypanosomes et trypanosomiases, 2e édit.,
Paris, Masson, 1912.
(5) Brumpt et Wurtz. C R. Soc Biologie, t. LVI, 26 mars 190T p. 56p.
(6) Lafont et Dupont. Bail. Soc Path, e.rot., t. VII, fév. et juill. 1914*
718
Bulletin de là Société de Pathologie exotique
plète qu’elle soit, elle n’est pas néanmoins, croyons-nous,
dépourvue d’intérêt.
Un jeune mouton mâle, qui pesait 17 kg. le 8 juin 1912 et 22 kg. le
8 juillet, est inoculé le 27 juin 1912 , sous la peau du flanc avec XX gout¬
tes de sang dilué de rat contenant de très rares trypanosomes.
La température, prise journellement durant quelques semaines, à partir
du 27 juin, oscille légèrement au voisinage de 40°, sans dépasser ce chif¬
fre, sauf une poussée à 41°2 le 6 juillet, une autre à 40°2 les 11 et
12 juillet.
L’examen du sang, fait à diverses reprises, est toujours négatif.
Le 8 juillet, 2 souris inoculées chacune avec 1/2 cm3 de sang du mou¬
ton, ne s’infectent pas . Le 30 juillet, 2 rats reçoivent dans le péritoine
chacun 1 cm3 de sang : l’un d’eux succombe très vite sans trypan. mais
l’autre demeure vivant sans s’infecter. 11 en est de même de 2 rats ino¬
culés le 10 septembre dans les mêmes conditions.
Comme l’animal n’a cessé d’augmenter de poids (32 kg. le 19 septem¬
bre, 44 kg. le 29 novembre), et que d’autre part son sérum a montré quel¬
que action protectrice sur le Tr. rjambiense (v. infra), nous pensons qu’il a
contracté une infection légère déjà guérie, et nous le réinoculons le
18 décembre 1912 sous la peau avec 2 cm3 de sang citraté, assez riche en
trypan., de jeunes rats.
L’animal continue à se bien porter. En particulier, il a gardé son acti¬
vité sexuelle, car il couvre avec succès une brebis originaire du Dahomey.
Son poids, de 47 kg. le 10 février 1913, passe à 59 kg. le 2 mai. Il est
pourtant infecté. De 2 jeunes rats inoculés chacun avec 2 cm3 1/2 de sang
dans le péritoine, le 10 janvier 1913, l’un s’infecte après une longue incu¬
bation.
La difficulté de mettre en évidence l’infection persistante de notre mou¬
ton, en se servant du seul animal commun de laboratoire pour lequel le
virus avait une certaine adaptation, nous a donné l’idée de rechercher si,
en pareil cas, le Cercopithecus patas ne rendrait pas les mêmes services que
dans le cas de l’homme infecté.
Nous avons inoculé 4 patas, les 3 avril, 1er juin, 15 septembre et
9 décembre 1913. Nous n’avons pas réussi à nous en procurer ultérieure¬
ment. Voici l’histoire résumée de leur infection.
Patas 1 . — Reçoit le 3 avril 1913 dans le péritoine, 10 cm3 de sang du
mouton. Le 1er examen positif est le 14 ; les trypan. sont non rares. L’in¬
cubation a donc été inférieure à 11 jours. Les examens sont négatifs le 17
et le 19. Les trypan. assez rares le 21, sont nombreux le 23, jour de la
mort, soit 20 jours après /’ inoculation. Deux jeunes rats inoculés avec le
sang du patas le 23 ne s’infectent pas. •
Patas 2. — - Reçoit, le 1er juin 1913, dans le péritoine, 10 cm3 de sang
du mouton. Le 1er examen positif est le 16 ; les trypan. sont non rares.
L’incubation a donc été inférieure à 15 jouis. Trypan. nombreux le 21, le 23,
le 25. Deux rats inoculés le 21 avec le sang du singe ne s’infectent pas. Le
patas meurt le 30 juin, soit 29 jours après l'inoculation.
Patas 3. — Reçoit, le 15 septembre 1913, dans le péritoine, 10 cm3 du
sang du patas. L'examen est positif pour la première fois le 30 septem¬
bre : trypanosomes très rares ; donc, incubation 15 jours. \ partir de cette
date, l’examen du sang est généralement positif jusqu'au 8 décembre ;
mais les trypan. sont très rares, ou au plus rares.
Séance du 9 Décembre 191/j.
710
Du 9 décembre au 17 janvier, les examens sont en majorité négatifs ;
quand les trypan. sont présents, ils sont très rares. Les examens sont plus
souvent positifs que négatifs du 17 janvier au 18 février. Ils sont constam¬
ment négatifs du 20 au 28, positifs du 2 au 8 mars ; à partir de cette date
jusqu’au 21 avril, date de la mort du singe, les examens sont 0 fois posi¬
tifs contre 16 fois négatifs. L’animal a mis plus de 7 mois à succomber , et
encore rien ne prouve qu’il soit mort de trypanosomiase.
Patas 4. — Reçoit, le 9 décembre 1913, dans le péritoine, 10 cm3 de
sang du mouton. Dès le 19, il présente des trypan. non rares dans son
sang; donc incubation inférieure à 10 jours. C’est la seule fois où les
trypan. se soient montrés aussi nombreux. A tous les autres examens, ils
sont très rares. Du 22 décembre au 9 février, on compte 13 examens posi¬
tifs contre 10 négatifs. Du 11 au 26, examens négatifs. Du 28 février
au 8 mars, presque tous examens positifs ; puis jusqu’au 29 mars,
examens négatifs. Du 31 mars au 10 avril, 4 examens positifs contre
2 négatifs. A partir du 14 avril jusqu’à la mort, survenue le 11 mai, les
examens sont constamment négatifs L’animal succombe donc en plus de
5 mois, et probablement d’une autre cause que la trypanosomiase.
Aux temps de l’inoculation de ces divers patas, le mouton paraît en très
bon état. Son poids atteint 62 kg. le 20 octobre 1913. Vers cette époque,
il couvre encore avec succès la même brebis.
Pendant le premier semestre de 1914, l’état paraît continuer à être
bon; mais l’animal maigrit. Le 20 juillet seulement, il paraît malade. Le
23, la température est de 38°, 7 ; elle descend à 37°7 et 37°6 le 24 et le 23 ;
elle remonte à 39°4, le 27, pour redescendre à 38»2 le 29.
Durant cette période, en notre absence, l’animal a été observé avec
soin par notre collaborateur, M. le vétérinaire Pérard. Le mouton accuse
delà faiblesse, de l’hébétude, une respiration arythmique, R = 38 ; des
signes d’œdème pulmonaire ; le cœur presque imperceptible, P=100 — 120.
Même état le 24.
Le 26 on note des troubles cérébraux nets. L’animal « pousse au mur » ; il
lui arrive de tourner en cercle large ; il semble avoir perdu connaissance;
il reste souvent couché le nez dans la litière. Bruit respiratoire intense Le
27 juillet, même état. Le 28, l’animal est tombé sur la litière sur le côté
droit ; congestion cutanée ; hyperesthésie cutanée. Le 29, on note de
l’agitation des membres. Mort dans la nuit du 29-30.
L’examen très minutieux du sang, fait durant cette période, ne révèle
pas de parasites. Le 23 juillet, on inocule 3 cobayes, 3 rats et, à défaut de
patas ou d’autre cercopithèque, un Macacus sinicus, avec ce sang ; malheu¬
reusement rats et cobayes sont sacrifiées 10 jours plus tard, ils n’avaient
pas encore montré de parasites ; le macaque, encore vivant, ne paraît pas
s’être infecté.
Au moment de la mort, le bélier ne pesait plus que 36 kg. A l’autopsie,
on note une forte congestion du tissu conjonctif sous-cutané. Ni exsudât
péritonéal, ni exsudât pleural ; congestion de l’épiploon ; rate (P=66 gr.)
et foie d’apparence normaux ; rein volumineux ; poumons congestionnés
et œdématiés (cong. hypostatique du poumon droit) ; cœur volumineux,
fortement congestionné. Cerveau très fortement congestionné.
Le cerveau ayant été conservé dans le formol à 10 °/0, M. le Dr Ma¬
in ou é lia n a eu l’obligeance de pratiquer quelques coupes qui ont mis en
évidence l’inflammation de la pie-mère et /’ infiltration périvasculaire des
720 Bulletin de la Société de Pathologie exo'iiquiî
petits vaisseaux cérébraux, caractéristique de la maladie du sommeil. A noter
aussi de petits foyers hémorragiques dans la pie-mère et dans le cer¬
veau. Les cellules nerveuses sont peu altérées.
Nous ne savons donc pas, d’une façon certaine, si le mouton
était encore infecté au moment de la mort ; mais il paraît bien
avoir succombé à un z forme cérébrale de la trypanosomiase.
L’observation de ce mouton peut être rapprochée de celle
d’une chèvre infectée de Tr. gambiense (virus de l'Ouganda),
dont Laveran (i) a donné ici-même l'observation. Cette chèvre a
succombé en 25 mois, après avoir paru guérie; mais, dans ce
cas, les troubles ont été surtout d’ordre médullaire. — On peut
donc rencontrer, chez les ruminants, les deux formes nerveuses,
cérébrale et médullaire, delà maladie du sommeil humaine.
On a vu que le mouton a montré une infection chronique de
longue durée , qui ne paraît avoir en rien altéré sa santé pendant
de longs mois. Grâce aux patas, cette infection a pu être facile¬
ment reconnue : l’incubation chez ce singe s’est toujours montrée
inférieure à i5 jours. Mais l’infection a eu un caractère très
différent suivant les patas : les 2 premiers ont succombé vite
à une infection subaiguë ; les 2 autres ont contracté une infec¬
tion chronique et il est probable, surtout pour ce qui concerne
le second, qu’ils 11’ont pas succombé à la trypanosomiase. Ces
différences doivent, selon toute vraisemblance, être attribuées au
virus inoculé : peut-être parce qu’il était de plus en plus rare
chez le mouton ; peut-être, et c’est cette supposition que nous
retenons, parce que son pouvoir pathogène avait changé.
Il faut encore retenir que les tentatives pour garder sur rats
ce virus de patas, ont échoué. La virulence pour le rongeur avait
donc encore baissé chez le mouton.
Tous ces faits montrent que certains virus, naturellement peu
actifs pour les animaux, sont bien difficiles à conserver.
Il nous reste à parler de nos recherches du pouvoir protecteur
du sérum du mouton à diverses périodes de son infection.
Le sérum du mouton, avant l’inoculation, était inactif vis-à-vis du
Tr. gambiense.
Une seule fois, nous avons essayé son action sur le tryp. homologue.
Le sérum de la saignée du 10 janvier 1913. à 1/2 cc., a retardé de h jours
l’infection de rats de 10 gr.
Tous les autres essais ont porté sur des souris et des virus hétérologues.
(1) Laveran. Bull. Soc. Path. exot., t. IV, 1911 (voir chèvre III, p. 621).
Séance du 9 Décembre 1 9 1 4
721
Saignée du JO septembre 1912. — À 1/2 cm3, le sérum retarde de
2 jours 1/2 l’incubation et de 10 jours la mort, dans l’infection à
Tr. gambiense , — de 3 jours l’infection à Tr. rhodesiense ; il n’a pas
d’action sur le virus humain Lanfranchii (1).
Saignée du 10 janvier 19/3. — A 1/2 et 1/10 cm3, il retarde de 7 jours
une infection à gambiense , et il empêche une infection à Lanfranchii (le
virus, dans cette expérience, s’est montré peu actif); à 3/4 cm3, il retarde
de 3 jours 1/2 une infection à rhodesiense.
Saignée du 30 avril 1913. - A 1/4 cm3 il retarde de 2 jours 1/2 une
infection à gambiense ; à 3/4 cm3, il protège complètement contre une
infection à Lanfranchii, retarde de 4 jours une infection à rhodesiense, est
sans action sur les Tr. bruce i et evansi.
Saignée du 29 octobre 1913. — A 1/4 cm3, il protège complètement
contre le gambiense ; à 3/4 cm3, il ne protège pas du tout contre le rhode¬
siense ; en revanche, il retarde de 3 jours 1/2 une infection à Tr. ougandœ.
Nous avons aussi fait quelques expériences avec le sérum du
patas 3, recueilli le 2,5 octobre, c’est-à-dire 4o jours après l’ino¬
culation, au moment d’une crise.
Ce sérum, à la dose de 1/4 cm3, retarde de 9 jours une infection à
Tr. gambiense ; à 3/4 cm3, il retarde de 2 jours une infection à Tr. rho¬
desiense, et est sans action sur le Tr. brucei.
De tous ces faits et de leur comparaison, résulte que le trypan.
du Sénégal que nous avons étudié, se comporte, au point de vue
du pouvoir protecteur du sérum, comme étant de l’espèce gam¬
biense. Son action, inconstante d’ailleurs, sur le virus Lanfranchii ,
devient alors en concordance avec les résultats de Mesnil et
Blanchard sur ce virus. Ouant à sa légère action sur le rhode-
siense, elle est en parlait accord avec la conclusion que l’un de
nous a tirée de ses expériences diverses, à savoir que le rhode¬
siense est une espèce très voisine de gambiense.
L’espèce humaine nigeriense mériterait d’être soumise à un
contrôle semblable, plus complet si possible. Jusqu’à preuve du
contraire, nous la tenons, comme sir David Bruce (2), pour
identique à gambiense. L’exemple de notre virus montre, une
fois de plus, qu’il ne faut pas voir, dans la faible pathogénité
d’un virus humain pour les animaux, un caractère qui le dis¬
tingue du Tr. gambiense.
Au point de vue morphologique, le trypan. du Sénégal
montre, comme tous les gambiense fraîchement sortis de l’homme,
d’assez nombreuses formes trapues et sans flagelle libre à côté de
(1) Mesnil et Blanchard. Bull. Soc Puth. exot., t. VII, mars 1914? p. 196.
(2) Bruce. Trans. Soc. of trop. Med. et Hgg.-, séance de novembre 1914-
722 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
formes longues et effilées. Jamais nous n’avons vu de formes à
noyau postérieur.
M. Mesnil. — J’ajouterai que j’ai fait les memes constatations
morphologiques pour les divers virus humains venant de la
Casamance (Bouet), du Congo français (origines diverses), du
lvatanga (Rodhain). Jusqu’ici et malgré des recherches assidues,
je n’ai pu observer un seul Tr. gambiense à noyau postérieur.
M. Brümpt. — Le Cercopithecus ruber ou patas est également
l'animal le plus précieux pour l’étude du Trypanosoma Cruzi.
C’est grâce à cet animal que j’ai pu démontrer le rôle des
déjections des Triatomes ou Conorhines.
Note sur le traitement de l’hématurie
dans la Bilharziose
Par Plinio SOR1A
Je viens d’employer avec succès un procédé nouveau de trai¬
tement de l’hématurie sur un sujet atteint de bilharziose. Le
cas est intéressant, car il concerne précisément un malade
auquel le professeur Marion a consacré une de ses Leçons de
chirurgie urinaire. Nous lisons dans ce chapitre (i) les bons
résultats obtenus contre l’hémorrhagie bilharzienne par l'emploi
de l’uroseptine et des instillations de nitrate d’argent, mais
nous sommes sans renseignements sur la durée du traitement
qui a été nécessaire pour y parvenir. Si nous en devons croire
le malade lui-même, ce résultat n’aurait été atteint qu’après
plusieurs semaines.
J’ai eu l’occasion de soigner ce malade, il y a trois mois, à
l’occasion d’une crise rénale gauche, qui avait succédé à une
hématurie prolongée Les symptômes du côté du rein cédèrent
vite au traitement classique. L’examen cytoscopique m’ayant
démontré l’existence des lésions vésicales décrites par le pro¬
fesseur Marion, j’eus l’idée d’essayer contre l’hématurie le
(i) Marion. Leçons de chirurgie urinaire. Un cas de bilharziose, 1912.
Séance du 9 Décembre 191/1
723
traitement de l’enfumage iodé d’après la méthode de Farna-
yier (1). Ce procédé donne, on le sait, de bons résultats contre
le symptôme douleur dans la cystite tuberculeuse (2).
L’effet sur mon malade fut excellent et rapide. En l’espace de
quelques jours (une dizaine), les urines, de troubles et franche¬
ment sanguinolentes qu’elles étaient, devinrent transparentes
et ne présentèrent plus qu"u:i très léger état hémorragique,
qu on ne décelait pas au moment de l’émission, mais seulement
par dépôt dans le verre à calice, sous forme d’un mince liseré
rougeâtre.
Depuis ce premier essai, j’ai pu enrayer rapidement chez ce
malade chaque crise hémorrhagique par une ou deux séances
d’enfumage iodé. La sensibilité douloureuse du rein gauche a
s*
complètement disparu et, à l’examen cystoscopique, on note
une diminution manifeste des îlots rouges ecchymotiques.
Au point de vue de la technique suivie, je m’en suis tenu
d’abord à des doses minimes d’iodoforme (20 et 3o cg.) ; plus
tard j’ai employé jusqu’à 1 g. et demi de ce médicament. Ces
séances ont pu être rapprochées jusqu’au nombre d’une tous
les deux jours. D’autre part, me rappelant les accidents d’em¬
bolie gazeuse observés par Nicolich (de Trieste) et Marion (3),
je me suis contenté d’une faible distension vésicale (120 cm8 au
maximum).
✓
(. Hôpital italien de Tunis).
(1) Farnavier. ^L’enfumage iodé dans le traitement des cystites. Revue
d' Urologie , 1912.
(2) Normand. Contribution au traitement des cystites tuberculeuses par
l’enfumage iodé. Revue d' Urologie, 191/1*
(3) Marion. Morts par embolie gazeuse. Revue d Urologie , 191^*
724
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoire
L'immunité que confère souvent aux Caprins
une première atteinte de trypanosomiase
peut-elle être transmise héréditairement?
Par A. LAVE KAN
La question de savoir si les jeunes rats issus de femelles
immunisées contre le Trypanosomo Lewis i ont l’immunité paraît
résolue. Dans notre ouvrage sur les trypanosomes et les trypa¬
nosomiases, nous écrivons à ce sujet, M. Mesnil et moi : < Une
femelle immunisée par nous a eu deux portées successives ;
Punique survivant de la première a résisté à toutes les inocula¬
tions; en revanche, les 8 rats de la seconde portée se sont mon¬
trés aussi sensibles que des rats neufs. Tous les petits de deux
autres femelles se sont montrés sensibles. Enfin, de deux petits
d’une quatrième femelle immune, l’un a résisté à une première
inoculation, mais a pris, à la seconde, une infection très intense ;
l’autre a été sensible à la première inoculation. Ces quelques
faits indiquent que l’immunisation par voie placentaire et par
lactation est exceptionnelle, si elle existe réellement. Francis
a vu de son côté, en infectant 5 femelles pleines, que les petits,
nés sans infection sanguine, n’ont pas une résistance particu¬
lière à une inoculation subséquente » (i).
Pour ce qui concerne les trypanosomes pathogènes, nous
manquons de renseignements et cependant il importerait beau¬
coup de savoir si, dans les pays où règne une trypanosomiase
donnée, il y aurait intérêt à se servir, pour la reproduction, de
femelles ayant acquis l’immunité pour cette maladie. Une con¬
clusion par analogie avec ce qui se passe pour le Tr. Lewisi ,
tout en ayant pour elle de grandes probabilités, ne s’impose pas
nécessairement.
(i) A. Laveran et F. Mesnil Trypanosomes et Trypanosomiases , 2e édit.»
Paris, 1912, p. 295
Séance du 9 Décembre 1914
725
Depuis deux ans, plusieurs des chèvres servant à mes expé¬
riences sur les trypanosomes ayant mis bas, j'ai profité de cette
circonstance pour rechercher si les chevreaux des femelles
immunisées possédaient l'immunité. Mes expériences sont au
nombre de 6.
or
O
1° Une chèvre inoculée de surra le 25 mars 1912 a une infection très
rave et de longue durée, caractérisée par de nombreuses poussées fébri¬
les. une forte anémie, un amaigrissement très marqué, des tremblements
et une véritable ataxie. Malgré la gravité de ces symptômes, la chèvre se
rétablit peu à peu, elle peut être considérée comme guérie au mois de
mars 1913 : un chien qui a reçu le 20 mars, dans le péritoine, 30 cm3 du
sang de la chèvre ne s’infecte pas. Le 21 juin 1913, la chèvre qui est
pleine est prise de douleurs, la mise bas naturelle étant impossible,
M. Bkidré, vétérinaire attaché à l’Institut Pasteur, veut bien se charger
d’extraire un chevreau qui naît vivant, mais qui meurt peu après l’extrac¬
tion. Le chevreau est saigné au cœur aussitôt après la mort ; on laisse le
sang se coaguler et on recueille le sérum qui est un peu hémolytique.
Le 22 juin 1913, on inocule 3 souris, dans le péritoine, avec du virus
de surra très dilué ; la première souris reçoit du virus mélangé à 1/2 cm3
de sérum du chevreau ; la deuxième reçoit la même dose de virus que la
première, mélangée à 1 cm3 du sérum ; la troisième reçoit le virus pur,
à la même dose que les deux premières ; les 3 souris s’infectent en même
temps et meurent en 5 jours.
Le 30 juillet 1913, la chèvre est réinoculée de surra, elle ne se réinfecte
pas, elle avait donc une immunité complète pour le surra au moment où
elle a mis bas un chevreau dont le sérum était tout à fait inactif sur
le Tr. Euansi.
2° Une jeune chèvre, du poids de 23 kg., est inoculée de surra le
18 juillet 1912. La chèvre s’infecte, elle a plusieurs poussées fébriles
au mois d’août et des animaux inoculés avec son sang le 16 septembre et
le 15 novembre s’infectent. Le 15 janvier 1913. la chèvre est guérie et elle
possède l’immunité pour le surra ; elle pèse 40 kg.
Le 15 juin 1913, la chèvre met bas une chevrette en très bon état.
10 juillet 1913. La chevrette pèse 8 kg. — 11 juillet, la chevrette est
inoculée, sous la peau d’une oreille, avec quelques gouttes du sang d’un
cobaye infecté de surra. — Du 29 juillet au 3 août, poussée fébrile; la
température monte à 40°, 5. — 30 juillet, tous les examens du sang ont été
négatifs ; 2 cobayes reçoiventchacun. dans le péritoine, 5 cm3 du sang de
la chevrette ; ils s’infectent. — 3 septembre, la chevrette est en bon état ;
elle pèse 24 kg. — 14 septembre, la chevrette a des arthrites des genoux
qui ne lui permettent pas de se tenir debout. L’articulation du genou
gauche surtout est tuméfiée, douloureuse à la pression. — 15 au 19 sep¬
tembre, l’état de la chevrette va s’aggravant, fièvre (39° à 39°, 6) ; la tumé¬
faction du genou gauche augmente ; la chevrette se nourrit mal.
La chevrette est trouvée morte le 20 septembre 1913, elle pèse 15 kg.
La rate pèse 90 g. Le foie et les reins sont pâles. Les poumons sont con¬
gestionnés aux bases et à la partie postérieure. Rien à noter au cœur.
L’articulation du genou gauche contient une assez grande quantité d’un
liquide trouble dans lequel l’examen histologique révèle l’existence de
nombreux globules de pus et de bactéries.
726
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La chèvre, mère de la chevrette, réinoculée de surra le 30 juillet 1913,
ne s’est pas réinfectée ; elle avait donc une immunité complète pour
le surra quand elle a mis has la chevrette qui, inoculée de surra 26 jours
après sa naissance, s’est, infectée comme aurait fait un animal neuf.
La complication qui a entraîné la mort (arthrite purulente) ne paraît pas
devoir être rattachée à la trypanosomiase.
3° Une chevrette pesant 23 kg. est inoculée le 18 juillet 1912 avec la
variété acentrosomique du Tr. Evansi. La chevrette a une infection légère,
son sang n’est plus infectieux 4 mois après l’inoculation ; réinoculée avec
le même virus, elle ne se réinfecte pas.
Le 21 mars 1913, la chèvre est inoculée avec une forte dose du virus
normal du Tr. Evansi; elle ne se réinfecte pas. Le 1er mai 1913, la chèvre
pèse 44 kg. sa croissance s’est donc faite normalement.
Le 3 novembre 1913, la chèvre est inoculée avec le virus du debab, elle
s’infecte. Le 29 avril 1914, le sang de la chèvre n’est plus infectieux.
Le 2 juin 1914,1a chèvre met bas 2 chevrettes A et B en bon état;
le 28 juin, elle est réinoculée avec le virus du debab et elle ne se réinfecte
pas ; au moment où elle a mis bas, elle avait donc l’immunité pour le surra
et pour le debab.
A la date du 1er décembre 1914, la chèvre est en très bon état.
Chevrette A, née le 2 juin 1914. Le 3 juillet 1914, la chevrette qui pèse
5 kg. 900 est inoculée de debab. A cet effet on lui injecte sous la peau,
cà la base de l’oreille droite, une dizaine de gouttes du sang d’un cobaye
infecté de debab, mélangées à un peu d’eau physiologique citratée. La
chevrette ne présente pas de troubles morbides apparents à la suite de
l’inoculatio.n, mais la température n’a pas pu être prise. Tous les examens
histologiques du sang faits du 17 juillet au 5 octobre 1914 sont négatifs.
Le 1er août, on injecte à un chien, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la
chevrette, il s’infecte rapidement. Le 15 août, la chevrette pèse 7 kg. 100;
le Ier septembre, 12 kg. 100 ; le 1er octobre, 12 kg. 600. Le 15 octobre,
2 gros cobayes reçoivent chacun, dans le péritoine, 6 à 7 cm3 du sang de la
chevrette ; ils s’infectent. La chevrette pèse, le 2 novembre, 13 kg. et, le
2 décembre, 14 kg. La croissance est lente, retardée vraisemblablement
par la maladie.
Chevrette B, née le 2 juin 1914. Le 16 juillet 1914, la chevrette qui pèse
6 kg. 600 est inoculée de surra. A cet effet, on lui injecte, sous la peau,
à la base de l’oreille droite, une dizaine de gouttes du sang d’un cobaye
infecté de surra mélangées à un peu d’eau physiologique citratée. La che¬
vrette ne présente pas de troubles morbides apparents à la suite de l’ino¬
culation, mais la température n’a pas été prise. Tous les examens histolo¬
giques du sang faits du 27 juillet au 6 septembre 1914 ont été négatifs. Le
2 août on injecte à un chien, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la
chevrette, il s’infecte rapidement. Le 15 août, la chevrette pèse 6 kg. 900 ;
le 1er septembre, et le 1er octobre, 10 kg. 500. Le 16 octobre, 2 gros
cobayes reçoivent chacun, dans le péritoine, 6 à 7 cm3 du sang de la che¬
vrette ; ils s’infectent. La chevrette pèse, le 2 novembre, 11 kg. 300 et, le
2 décembre, 11 kg. 800. La croissance est lente, retardée vraisembla¬
blement par la maladie.
4° Une chèvre, du poids de 50 kg., est inoculée le 4 avril 1912 avec le
Tr. gambiense (virus de l’Ouganda conservé depuis 9 ans à mon labora¬
toire) sur cobaye, elle s’infecte. Les animaux d’épreuve, inoculés en mai
et juillet s’infectent. Un chien inoculé le 15 septembre 1912 sur la chèvre
Séance du 9 Décembre i <j i 4
727
ne s’infecte pas. Le 31 octobre, la chèvre est réinoculée avec une forte
dose du même virus que la première fois ; elle se réinfecte et les animaux
d’épreuve montrent que l’infection persiste au mois d’avril 1913. Un chien
inoculé le 18 juin 1913 avec 30 cm3 du sang de la chèvre ne s’infecte
pas. Le 2 août, la chèvre est réinoculée avec le Tr. gambiense. Le 12 août,
la chèvre met bas 2 chevreaux en bon état. Le 21 août, la chèvre est
très malade, elle meurt le 22 août 1913. L’autopsie démontre que la mort
est due à une infection puerpérale bien caractérisée. Un chien inoculé sur
la chèvre, le 21 août, est mort trop rapidement de septicémie pour qu’on
puisse affirmer que la chèvre ne s’était pas réinfectée, mais la chose
est très probable, à la suite de la longue infection par Tr. gambiense qu’elle
avait subie.
Un des chevreaux nés le 12 août 1913 est saigné le 12 septembre,
et j’essaie l’activité du sérum sur le Tr. gambiense. Les cobayes inoculés
avec le virus mélangé à 1/2 ou 1 cm3 du sérum s’infectent, comme
le témoin inoculé avec le virus additionné simplement d’eau physiolo¬
gique citratée, on observe seulement de très légers retards dans l’évolution
de l’infection chez les premiers cobayes.
Le 13 septembre 1913. le chevreau qui pèse 7 kg. est inoculé avéc le
Tr. gambiense ; le virus est de même origine que celui qui a servi à infecter
la mère en 1912 J’injecte sous la peau, à la hase de l’oreille droite, une
dizaine de gouttes de sang d’un cobaye infecté de Tr. gambiense, mélan¬
gées à un peu d’eau physiologique citratée. Le chevreau ne présente à la
suite de cette inoculation, comme symptômes morbides, que deux petites
poussées de fièvre, au mois d’octobre, qui auraient passé inaperçues si on
n’avait pas pris la température d’une façon suivie. Tous les examens
histologiques du sang faits du 26 septembre au 11 novembre 1913 sont
négatifs, mais un chien qui a reçu le 13 octobre, dans le péritoine, 20 cm’
de sang du chevreau s’infecte. Le 2 octobre, le chevreau pèse 17 kg. et,
le 3 décembre, 18 kg. Le 13 décembre, un chien inoculé avec 30 cm3 du
sang du chevreau ne s’infecte pas. Le 5 janvier 1914, le chevreau pèse
21 kg. ; le 27 janvier, il est réinoculé de Tr. gambiense sur cobaye. Le
4 février, la castration est pratiquée. Des chiens inoculés aux mois
de février, d’avril et de juin s’infectent. L’animal continue à augmenter de
poids ; il pèse, le 2 mars, 26 kg. ; le 1er mai, 32 kg. et le 4 juillet 39 kg.
Deux cobayes qui ont reçu chacun, dans le péritoine, le 25 septembre 1914,
6 à 7 cm3 du sang du bouc ne s’infectent pas. Le 2 novembre 1914, le bouc
va bien, il pèse 40 kg.
5° Une chèvre, du poids de 40 kg, qui a acquis l’immunité contre le
Tr. pecorum , est inoculée, le 11 %vril 1912, avec le Tr. congolense sur
cobaye. La chèvre s’infecte, elle a des poussées fébriles et, pendant les
mois d’avril, de mai et de juin, on constate à plusieurs reprises, dans son
sang, l’existence de trypan. rares. Des chiens inoculés le 17 juillet et le
18 septembre 1912 avec le sang de la chèvre s’infectent ; un chien inoculé
le 20 novembre avec 30 cm3 de sang ne s’infecte pas. — 19 janvier 1913,
la chèvre qui va très bien, et qui pèse 43 kg., est réinoculée avec le
Tr. congolense ; elle ne se réinfecte pas ; elle a donc acquis 1 immunité con¬
tre le Tr. congolense.
Le 11 juin 1913 la chèvre met bas un chevreau en bon état.
16 août 1913, la chèvre est inoculée de nouveau avec le Tr. congolense ;
le 1er septembre, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la
728
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
chèvre, il ne s’infecte pas ; l'immunité constatée au mois de janvier 1913
persiste donc au mois d’août.
Le 3 septembre 1913,1a chèvre a des convulsions et meurt brusquement.
L’autopsie révèle une néphrite double. Le rein droit est volumineux, il
pèse 145 g. ; l’aspect est celui du gros rein blanc, la surface est lisse, blan¬
châtre avec des marbrures rougeâtres sur la coupe ; la substance corticale
est épaissie, blanchâtre. Le rein gauche est au contraire atrophique, il ne
pèse que 42 g. et l’aspect est celui du petit rein rouge. L’urine est claire,
très fortement albumineuse. 11 n’y a pas d’œdèmes ni de thromboses des
veines abdominales.
11 paraît évident que la chèvre a succombé à une attaque d’éclampsie
consécutive à l’albuminurie.
Le chevreau né le 11 juin 1913 de la chèvre précédente est inoculé le
27 juin 1913 avec le Tr. congolaise. A cet effet on injecte sous la peau, à la
base de l’oreille droite, quelques gouttes du sang d’un cobaye infecté de
Tr. congolaise , diluées dans de l’eau physiologique citratée. Le chevreau
s’infecte. Un 16 juillet au 3 septembre 1913, tous les examens du sang
révèlent l’existence de trypan . d’abord rares, puis très rares. Les examens
histologiques du sang postérieurs au 3 septembre sont négatifs, mais des
cobayes ou des chiens inoculés de 2 en 2 mois, du 10 octobre 1913 au
9 juillet 1914, s’infectent.
A aucun moment le chevreau n’a présenté de symptômes morbides ;
pas de lièvre; la croissance s’est bien faite; le chevreau qui pesait 5 kg.
le 27 juin 1913 est devenu, au mois de février 1914, un bouc de bel aspect
qui pèse 23 kg. L’animal est châtré à ce moment ; le 2 juin 1914, il pèse
40 kg. et le lfir septembre le poids est le même. Le 9 octobre 1914, on ino¬
cule sur le bouc 2 cobayes qui s’infectent. Le 30 octobre le bouc ne paraît
pas malade ; dans la nuit du 30 au 31 octobre, il pousse des cris plaintifs
et on le trouve mort le 31 octobre 1914. L’autopsie ne révèle pas la cause
de la mort; qui paraît devoir être attribuée à la trypanosomiase. Le bouc
pèse 39 kg. ; la rate pèse 47 g.
6° Une chèvre neuve pesant 42 kg. est inoculée le 22 mai 1912 avec le
Tr . congolaise, sur cobaye. Pendant les mois de juin à août 1912, la chèvre
a plusieurs poussées de fièvre et, à diverses reprises, on constate dans le
sang l’existence de trypanosomes très rares. A partir du mois de septem¬
bre, les examens histologiques du sang sont négatifs, mais un chien inoculé
le 9 janvier 1913 avec 30 cm3 de sang s’infecte.
Un chien inoculé le 12 avril 1913, avec 30 cm3 du sang de la chèvre, ne
s’infecte pas.
La chèvre pèse, le 1er mai, 58 kg. ; le 27 mai, elle est réinoculée avec
le Tr. congolense, sur cobaye. Un chien qui a reçu le 27 juin, dans le péri¬
toine, 30 cm3 du sang de la chèvre ne s’infecte pas. La chèvre a donc
acquis l’immunité pour le Tr. congolense.
Le 19 juillet 1913, la chèvre met bas 3 chevrettes en bon état qui s’élè¬
vent bien. Au mois d’octobre, la chèvre a un abcès de la mamelle gauche
compliqué de phlébite; elle meurt de septicémie le 13 octobre 1913.
Une des chevrettes nées le 19 juillet 1913 est inoculée le 31 août sui¬
vant; à cet effet on lui injecte sous la peau, à la base de l’oreille droite,
une dizaine de gouttes du sang d’un cobaye infecté de Tr. congolense. La
chevrette a une poussée fébrile au mois d’octobre et, pendant les mois de
septembre et d octobre, on constate, à diverses reprises, l’existence de
trypanosomes très rares dans le sang. A partir du 5 novembre, les exa-
Séance du 9 Décembre 1914
1 29
mens histologiques du sang sont négatifs. Sous l’influence de l’infection,
la croissance est ralentie. La chevrette qui pesait 19 kg. le 3 septembre
ne pèse plus que 17 kg. le 2 octobre et 14 kg. le 2 novembre. A partir de
janvier 1914, le poids se relève.
Des chiens inoculés aux mois de décembre 1913, février, avril et juin
1914, s’infectent. Un chien inoculé au mois d’aout 1914 ne s’infecte pas; la
chevrette va bien, elle augmente rapidement de poids. De 17 kg. en janvier
1914, le poids monte à 20 kg. en mars, 24 kg. en mai, 33 kg. en juin,
37 kg. en juillet, 38 kg. en septembre. Le 25 septembre, la chevrette est
réinoculée avec le Tr. congolense ; elle ne se réinfecte pas. Le 2 décembre
1914, elle est en très bon état, elle pèse 34 kg.
Ces expériences peuvent se résumer comme il suit :
i° Une chèvre guérie d'une grave infection de surra, et possé¬
dant l’immunité contre cette trypanosomiase, met bas un che¬
vreau qui meurt peu après sa naissance. Le sang du chevreau
recueilli dans le cœur, aussitôt après la mort, donne un sérum
qui est sans action, en mélange, sur le virus du surra.
2° Une chèvre ayant acquis l’immunité contre le surra met bas
une chevrette qui, 26 jours après sa naissance, est inoculée avec
le Tr. Evansi. La chevrette s’infecte, elle succombe 71 jours
après l’inoculation à des arthrites suppurées qui paraissent être
sans relation avec la trypanosomiase.
3° Une chèvre ayant acquis l’immunité contre le surra et le
debab met bas 2 chevrettes. Une des chevrettes est inoculée, un
mois après sa naissance, avec le virus du debab, elle s’infecte et
la trypanosomiase (non terminée) suit chez elle sa marche nor¬
male ; l’autre chevrette, inoculée un mois et demi après sa nais¬
sance avec le virus du surra, s’infecte également ; chez elle aussi
l’infection (non terminée) suit sa marche normale.
4° Une chèvre guérie d’une infection par le Tr. gambiense met
bas deux chevreaux. Un des chevreaux, saigné un mois après
sa naissance, a un sérum inactif, en mélange, sur le Tr. gam-
biense ; inoculé avec le Tr. gambiense , ce chevreau s'infecte à
deux reprises.
5° Une chèvre ayant acquis l’immunité pour le Tr. congo¬
lense met bas un chevreau qui, inoculé avec ce trypanosome,
16 jours après sa naissance, s’infecte et présente une infection
de longue durée, terminée par la mort.
6° Une chèvre ayant acquis l’immunité pour le Tr. congo¬
lense met bas 3 chevrettes. Une des chevrettes, inoculée 43 jours
après sa naissance avec le Tr. congolense , s’infecte et la trypa¬
nosomiase a chez elle une durée normale.
5i
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
★
* *
Tous ces faits témoignent dans le même sens; ils montrent
que des chevreaux nés de chèvres ayant acquis l’immunité pour
une trypanosomiase donnée : surra, debab, infections par le
Tr. gambiense ou le Tr. congolense , ne possèdent aucune immu¬
nité pour cette trypanosomiase. On doit en conclure, ce me
semble, qu’il n’y a pas intérêt à choisir comme animaux repro¬
ducteurs, dans les pays où une trypanosomiase donnée est
enzoolique, des chèvres ayant acquis l’immunité pour cette
maladie; cette conclusion est vraisemblablement applicable aux
Bovidés comme aux Caprins.
M. Brumpt. — Les expériences précises du professeur Laveran
donnent l’explication de ce que l’on observe dans la nature.
En 1901, au cours de la mission du Bourg de Bozas dans le pays
Somali/j ai eu l’occasion de rencontrer des Trypanosomes de
TAïno en abondance chez de jeunes Chamelons vivant dans
des régions où tous les animaux s’infectent. Leurs parents
montraient des parasites rares ou n’en montraient pas, certains
d’entre eux avaient évidemment acquis l’immunité et pourtant
leurs jeunes s’infectaient presque dès leur naissance.
C’est évidemment ce fait qui explique la persistance des virus
dans les régions où on les rencontre. Par sélection naturelle il
doit néanmoins se fixer des races animales un peu moins sen¬
sibles aux Trypanosomes pathogènes que les races étrangères
venant de régions indemnes.
731
Séance du 9 Décembre 1914
Ouvrages reçus
PÉRIOÜIOUES
Agricultural Research Institute, Bull. n° 43.
American Journal of tropical diseases , t. II, n° 5, novembre
i9i4-
Gazeta medica da Bahia , t. XL VI, i-4, juill.-oct. 1914.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands-Indie,i. LIV, f. 4 et
5, 1 9 1 4-
Journal of the Royal Army Medical Corps , t. XXIII, n° 4,
octobre 1914*
Nairobi Laboratory Report ( Bacteriol . Section ) for the months
july-december 1913, t. IV, part. 2.
Pediatria, t. XXII, f. 12, déc. 1914*
Review of applied entomology , série A, t. I, titres et table ;
t. II, nos 7-1 1, juill.-nov. 1914; — série B, t. I, titres et table;
t. II, f. 7-1 r, juill.-nov. 1914*
Revista de Veterinaria e Zootechnia , t. IV, n° 4, août 1914.
Revue scientifique, 8 août-i4 nov., 21-28 nov., 5-12 déc. 1914.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene ,
t. VIII, n° 1, nov. 1914.
Tropical diseases Bulletin , t. IV, n° 7, i5 nov. ; n° 8 (numéro
sanitaire), 3o nov. 1914.
Le Gérant : P. MASSON.
I. A VAL.
IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET Cle.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS
LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
PENDANT L’ANNÉE 1914
PAGES
A
Abcès amibien du foie avec bacilles de Koch . .
Actinomycose humaine au Pérou .
Afrique. Alcoolisme . 258,
— Voir aussi Congo , etc.
Agama colonorum. Parasité parles phlébotomes .
— Fil aire et microfil aire .
Aïnhum. Anatomie pathologique et pathogénie. . • .
— au Ouadaï . . . ... . . . • .
Alcoolisme en Afrique . ", . . 258,
— Analyse d’échantillons de spiritueux provenant de Grand-
Bassam . 136,
Alexine. Action de quelques substances médicamenteuses sur le pou¬
voir alexique du sérum . ». .
Algérie. Microbiologie des conjonctivites .
— (Troisième cas de Kala-azar en — ) .
— Mélanodermie physiologique des muqueuses .
— Parasitisme intestinal chez les Arabes du Tell .
— Importation en France des moutons et préservation contre la
clavelée .
— Champignons des Teignes .
: — Destruction du Stauronotus maroccanus par le Coccobacillus
acridiorum .
— Phlébotomes .
— Infection par les piroplasmes de bovins arrivant de France
pendant l’hiver .
Allocution du Président . 4,
Ambocepteurs et arsénobenzol .
475
380
362
83
121
371
525
362
137
626
18
42
216
301
506
554
651
660
699
649
633
734 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Amibiase et émétine . 142, 303, 405, 659
— hépatique. Association de bacilles de Koch . 475
Anaphylaxie et liémoglobinuries . 509, 549
Anaplasma des hématies de mammifères; signification . 580
Anémie splénique infantile de cause inconnue . 480
Ane. Trypanosomiase au Turkestan . 187
Anguille. Absence de kystes de Carini . 271
Ankylostome à la Guadeloupe . . 71
Ankylostomiase. Traité de Looss . 463
Annam. Rhizopus pathogène de l’homme . 430
Anoplocephala manubriata n. de l’éléphant d’Asie . 80
Antilles. Photographies concernant les maladies exotiques .... 367
Antilope {Tragelaphus scriptus). Larve de porocéphale . 502
Arachnides. Récolte du venin . 520
Arsénicaux et nrséno-argentiques (composés). Traitement du Surra . 200
Arsénobenzol etambocepteurs . 633
— en lavement dans la leishmaniose cutanée . 46
Voir aussi Salvarsan.
Ascaris à la Guadeloupe . 71
— chez les Arabes du Tell algérien . 303
Association internationale pour la destruction rationnelle des rats . 174
B
« • U
Bacilles (diplo- de Morax) . 19, 424
— de Weeks . 19, 424
— spruœ . 268
Batraciens. Récolte du venin . 519
» e o » o •
Béri-béri. Epidémie à Bokola (Congo belge) . 402
Bilharzia à la Guadeloupe. . . 75
Bilharziose. Essais de transmission . 202
— Ouvrage de Looss . 366
— Traitement de l’hématurie . 722
— aux Antilles . . 367
— au O u ad a ï . 526
— dans la région de Fort- Archambault (Congo) .... 693
Bilieuse hémoglobinurique (Voir Fièvre).
Bouton d’Orient dans le Sud marocain (Haut Guir) ... . . . 114
— dans le Djerid. Relations avec le faciès rupestre du sol. 30
— Insecte transmetteur et réservoir de virus (?) . . . 577
Bovidés. Micro fil aire au Turkestan . . . . 188
— Infection par les piroplasmes de — arrivant de France en
Algérie pendant l’hiver . 699
Brésil. Maladie de Cliagas dans l’Etat de Saint-Paul . 289
— Distribution des Triatomes dans l’Etat de Saint-Paul . . . 292
* » •• • i * i «
— Trypanosomes d’oiseaux . 395
V * » i « j. » • ♦ .
Table analytique des Matières 735
* . i ■ .
C
» PAGES
Cachexie paludéenne. Traitement,. . 678
Caméléon de Madagascar. Filaire et microfilaire . 70, 175
Campagnol . Sensibilité aux Trypanosoma Lewisi et Dattoni . . . 530
Canaques. Traitement de la lèpre par l’huile de Chaulmoogra . . . 535
Caprins. L’immunité conférée par une première atteinte de trypanoso¬
miase peut-elle être transmise héréditairement ? . 724
Céphalo-rachidien (liquide). Présence du spirochète de la fièvre récur¬
rente . . . , . 472
Cercopithecus ruber ou patas comme réactif de la trypanosomiase
humaine chez le mouton . . 716
— Inoculation positive de Trypanosoma Cazalboui . . 118
Cérébraux.(accidents) dans. la. trypanosomiase . 716
Cestodes de l’éléphant d’Asie . 78
— des Arabes du Tell algérien. Présence d’ llymenolepis nana. 301
Chagas (maladie de). Voir Leishmaniose humaine brésilienne.
Champignons. Khizopus pathogène de l’homme . 430
— . . Nature mycosique du parasite de la lymphangite épi¬
zootique . . 464
— des teignes à Alger . 554
Chameaux. Trypanosomiase au Turkestan . . 187
— , Microfilaire au Turkestan . 188
Chaulmoogra (huile de). Traitement de la lèpre . 535
Chevaux. Microfilariose au Turkestan . . 189
Chien. Kératite chez, les chiens leishmaniés. . . 193
— Leishmaniose . .. . . „ . ... 41, 173, 183, 186
— Sensibilité au virus de la leishmaniose canine . 481
— Sensibilité aux inoculations de Leishmania tropica .... 697
Chine. Ulcère pliagédénique au Setchouen . 466
Choléra à Constantinople et enThrace de 1910 à 1913 . 313
— en Macédoine pendant la guerre gréco-bulgare . 447
Choniangium nov. gen . . . . . . . ...... ... 207
Clavelée. Importation en France des moutons algériens et protection
du troupeau métropolitain . 506
Cobaye. Rareté des \ystes de Carini chez les cobayes de Paris . . . 271
— Sensibilité aux Trypanosoma Lewisi et Dattoni .... 533
Coccobacillus acridiorum pour la destruction du Stauronotus maroc-
canus . 651
Comores (îles). Léproserie . 91
Congo. Hématozoaires . 296
— Petite épidémie de béri béri à Bokala (Congo belge) .... 402
— Porocéphales. . . . . , . 497, 502
— Filaire et microfilaire humaines . 619
^ — Trypanosomiases, mouches piquantes, paludisme, bilharziose,
goitre dans la région de Fort-Archambault, (Congo). . . . 685
— Emploi du vaccin sec . 47
736 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Congrès de la Far-Eastern Association of Tropical medicine ... 10
Conjonctivite. Etude microbiologique à Alger . 18
— dans le Sahara constantinois . 424
Conor (Eloge) . . . 260
X Conorhines. Distribution dans l'Etat de Saint-Paul . 292
— Voir aussi Red uvidés.
Côte d’ivoire. Fonctionnement du service de prophylaxie des trypano¬
somiases animales . 152
— Fonctionnement du parc vaccinogène de Bouaké . . 246
— Fièvre jaune chez un indigène . 552
— Lèpre .dans le cercle de Touba . 559
Critliidia fasciculata et melophagi. Infection de mammifères . . 605
Crocodile. Hémogrégarine . «r . 490
Culicides. Voir Moustiques.
Cylicostomum pileatum n . 208
D
Dahomey. Deuxième cas de leishmaniose cutanée . 46
Démographie aux îles Lpyajty . . . 598
Diagnostic, (Xéno-) d’infection à trypanosomes par l’emploi de l’hôte
invertébré . 706
Diarrhée de Cpchinchine. Etiologie. Vaccino thérapie . 268
Dysenterie bacillaire et émétine . 140
— 'amibienne et.émétine . 142, 303, 405
— mixte çt émétine . . 405
— au Ouadaï . . 525
— chronique à flagellé nouveau . 571
« *> •
«
» " *>
E
Elections. . . 2, 175, 370, 551
Eléphant d’Asie. Helminthes . 78,129, 206
Elmassian (Eloge) . . 3
Emétine dans la dysenterie bacillaire . 140, 405
— — — amibienne . 142, 303, 405, 659
Emétique dans le traitement de la leishmaniose américaine . . . 277
— Action sur le pouvoir alexique du sérum . 626
— Action protectrice et immunisante du sérum des animaux
trypanosomés traités par — 670
Enantiothamnose . 90
f*' Entomologie médicale. Présentation d’un traité . 259
Epidémiologie du paludisme . 25
— du choléra en Turquie . 313
Erythème cholérique . 338
Table analytique des Matières
737
F
PAGES
Fièvre hémoglobinurique. Etiologie et prophylaxie . . . 509,512. 549
— indéterminée au Ouadaï . 526
Fièvre jaune chez un indigène de la Côte d’ivoire . 552
Fièvre récurrente. Traitement par le Galyl et le Ludyl . 101
— — par les injections d’olarsol . . 473, 569
— — par le Néo-Salvarsan . 569
— au Maroc oriental . 382
— — — Elude du spirochète .... 565
— Présence du spirille dans quelques liquides et excreta
de l’organisme . 472
Fièvre simulant le paludisme en Nouvelle Calédonie . 133
Filaire du caméléon de Madagascar . 70, 175
— (Y Agcunci colonorum . 121
Filaria Bancrofti a la Guadeloupe . . 125
— loâ au Congo . 619
— médinensis. Formule leucocytaire . 192
— — au Ouadaï . 525
Filariose aux Antilles . . 367
— dans les régions de la nouvelle frontière Congo-Cameroun . 619
— au Ouadaï . . 525
Flagellé nouveau dans un dysenterie . 571
— d’invertébrés. Infection de mammifères . 605
Foie. Abcès amibien avec bacilles de Koch . 475
— Urobilinurie dans les congestions hépatiques d’origine palustre . 596
Fusiforme (bacille). Priorité de la découverte . . . 262,266,376, 471
Galyl dans le traitement de la f. récurrente .
— — de la trypanosomiase humaine . . . 160,
Ganglions dans la lèpre (présence du bacille) .
Géographie médicale de l’Ouadaï .
Gerbille. Sensibilité aux Trypa?iosoma Lewisi et Duttoni . . . .
Gerboise — — —
Glossina morsitans . Présentation d’un exemplaire vivant . . . .
Glossines dans la région de Fort-Archambault (Congo) . . . 688,
Goitre dans la région de Fort-Archambault (Congo) .
Gonocoque dans les conjonctivites . 19,
Graham-Smith (Nature des corps de) . .
Grenouille. Absence des kystes de Carini .
Guadeloupe. Helminthiase intestinale .
— Porteurs de bilharzies .
— Fréquence de Filaria Bancrofti .
101
640
365
522
531
532
2
692
693
424
240
271
71
75
125
738
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
H
PAGES
Hœmamæba tennis et liothricis du Liothryx luteus. . 21
Hœmoproteus d'oiseaux du Haut-Sénégal et Niger . 493
Hansen (Bacille de) dans les ganglions de personnes saines. . . . 363
— * — * dans l’uréthrite . 557
Haut-Sénégal et Niger. Paludisme à Bamako . . 181
— Leucocytozoon d'oiseaux . 391
— Hématozoaires de reptiles . . 488
— Trypanosomes et Hœmoproteus d’oiseaux . . 493
Helminthes de l’éléphant d’Asie . 78, 129, 206
— * Ouvrage de Looss . 366
Helminthiase intestinale de la Guadeloupe . 71
Hématies des mammifères. Etude des « marginal points ». . . . 580
Hématozoaires du Congo . 296
— Variété nouvelle du parasite de Laveran . 385
— * d’oiseaux du Haut-Sénégal et Niger .* . 493
— * des reptiles du Haut-Sénégal et Niger. . . . . . 488
Hématurie . Traitement dans la Bilharziose . 722
Hémoglobinuries et anaphylaxie . 509, 549
Hémoglobinurique (Fièvre bilieuse) . 509, 512
Hémogrégarine du Boodori fuliginosus . . . 575
— de reptiles ( Varanus niloticus et Crocodilus niloticus ) 488
Hérédité. L’ immunité conférée par une atteinte de trypanosomiase
peut-elle être transmise par — ? . 724
Herpetomonas des puces. Infection de mammifères . 603
IJexamastix Ardin Delteili . Flagellé nouveau dans une dysenterie
chronique . 571
Hydra. Cas de guérison du Kala-azar . 43
— Epoque d’apparition du Kala-azar . 45
— Mortalité par Kala-azar en 1911 . 193
Hygiène des indigènes des îles Loyalty . 598
Hymenolepis nana chez les Arabes du Tell algérien . 301
I
Immunisation (essais d‘) contre le nagana expérimental des souris. . 53
Immunité. L’ — conférée aux caprins par une atteinte de trypanoso- -
miase peut-elle être transmise héréditairement ? . 724
Insectes. Récolte des — venimeux . 521
Intestinale (helminthiase) à la Guadeloupe . 71
— — chez les Arabes du Tell algérien .... 301
— (maladies) au Ouadaï . 525
Table analytique des Matières 739
. K
pages
Kala-azar en Tunisie . 479
— Troisième cas algérien. . 42
infantile. Cas de guérison à Hydra . 43
— — Époque de l’apparition à Hydra . 43
— — Mortalité à Ilydra en 4944 . 493
» • lf r a m »
Kératite (spécificité de la) chez les chiens atteints de leishmaniose natu¬
relle . 193
— à hypopion au Ôuadaï . 524
Kirkia. Genre nouveau d’OEstrides . 210, 215
• a » • a a
L
Lambliase intestinale. Traitement . . 659
Lapin (réceptivité du) au spirochète de la F. récurrente nord-africaine 563
— Absence de kystes de Carini . 271
— Sensibilité aux Trypanosoma Lewisi et Duttoni . 533
Larbish, pseudo-myiase rampante sous-cutanée du Sénégal .... 398
Larmes. Présence du spirochète de la fièvre récurrente . 472
Leishmania. Culture à partir des organes de Tarente . 577
Leishmania infantum. Culture . 480
— — Difficulté de conservation du virus de la leish¬
maniose canine par les passages . 481
Leishmania tropica. Infection généralisée chez la souris .... 272
— — Infections expérimentales de souris, meriones,
rat et macaque . 663, 700
— — Présentation d’un chien infecté . 697
— — Longue conservation de lavirulence pourThomme
delà — -en culture . . 700
Leishmaniose américaine. Traitement par l’émétique . 277
— en Tunisie . 479
— canine en Tunisie . 479
— — à Marseille . 44, 473, 484
— — au Turkestan .* . 485. 486
— — Difficulté de conservation du virus par les pas¬
sages . 481
— — Spécificité de la kératite . 493
— cutanée à foyers multiples. Traitement . 36
— — au Dahomey (traitement par l’arséno-benzol) 46
— — du chien . 486
Leishmanioses . . 30, 36, 42, 43, 46, 577
Lèpre (bacille de la) dans les ganglions superficiels . 365
— Lésions osseuses précoces constatées par radiographie ... 2
— aux îles Comores. Prophylaxie . 94
740 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
PAGES
Lèpre en Nouvelle-Calédonie. Nombre et distribution géographique .
des lépreux . 218
— — • Marche de la maladie dans l’archipel . 222
— — Organisation de la prophylaxie . . . 22G
— au Ouadaï . 525
— dans le cercle de Touba (Côte d’ivoire) . 559
— Traitement par l'huile de Chaulmoogra, en particulier action
favorable chez les canaques. . 535
— Uréthrite lépreuse . . 557
Lérot. Sensibilité aux Trypanosoma Lewisi et Duttoni . 530
Leucocytozoon d’oiseaux du Haut-Sénégal et Niger . 391
— dénombrement et essais de classification. . 437, 461, 559
Liothryx luteus Ilémamibes et toxoplasme . 21
Loir. Sensibilité au Trypanosoma Lewisi . . 654
Loyalty (îles). Pian . 180
— Vaccine . 503
— Hygiène des indigènes . 598
— . Aperçu démographique . . 600
Ludyl dans le traitement de la f. récurrente . 101
— dans le traitement de la trypanosomiase humaine . . . 160, 640
Lymphangite épizootique. Nature mycosique du parasite . 464
* * <
M
Macaques. Sensibilité à la Leishmania (ropica . 663
Macédoine. Choléra pendant la guerre gréco-bulgare . 447
Madagascar. Paludisme à Tananarive . 105, 462
Maladie du sommeil. Voir Trypanosomiase.
Mammifères. « Marginal points » des hématies . 580
Maroc. Bouton d’Orient dans le sud marocain (Haut-Guir) .... 114
— Fièvre récurrente au Maroc oriental, . . 382
Marseille. Leishmaniose canine . 41, 173, 484
Mélanodermie physiologique des muqueuses en Algérie . 216
Mélophage. Infection de mammifères par le Crithidia melophagi . 605
Membres de la Société . 1
Méninges. Etat dans la trypanosomiase humaine . 63
Méningite à pneumocoques des tirailleurs sénégalais . 466
Mériones. Sensibilité aux Trypanosoma Leioisi et Duttoni .... 531
— Sensibilité à la Leishmania tropica . 663
Microfilaire du caméléon de Madagascar . 70
— d ' Ayama colonorum . 121
Microfilaires des animaux domestiques au Turkestan . 188
— d’oiseaux du Congo . 297
Micro filaria Ninœ Kohl-Yakimovi . 189
bycanisti . 297
— scIiLsorhinos . 298
Table analytique des Matières 7 41
PAGES
Moustiques. Expériences de transmission des trypan. humains ... 49
— du Sahara constantinois . 418
— Stegomyia fasciata en Russie . 590
— Infection de mammifères par Crithidia fasciculcita Ano¬
phèles maculipennis . 605
— • et paludisme au Petchili . T10
Moutons algériens et clavelée . . 506
— Sensibilité au trypanosome humain du Sénégal . 716
Mulot. Sensibilité aux Trypanosoma Leioisi et Dutloni . 529
Muqueuses intactes. Infection de toxoplasmose et de paralysie bulbaire. 112
— Mélanodermie physiologique des — en Algérie .... 216
Musaraigne. Sensibilité aux Trypanosoma Lewisi et Dultoni . . . 534
Myiase aux Antilles . 367
— (pseudo) sous-cutanée du Sénégal . 398
Mycétome au Ouadaï . 525
Mycose au Ouadaï . 525
Myriapodes. Récolte des — venimeux . 521
N
Nagana. Essais d’immunisation . 53
Nématodes de l’éléphant d’Asie . 129, 206
— chez les Arabes du Tell algérien . 303
Néosalvarsan. Traitement de la leishmaniose cutanée . 36
— Injections intra-rachidiennes dans la trypanosomiase
humaine . . 63, 257
Nouvelle Calédonie. Fièvre simulant le paludisme . 133
— Lèpre (Géographie, marche, prophylaxie) 218 et suiv.
— Vaccine . 503
O
Œrbiss, pseudo-myiase rampante sous cutanée du Sénégal .
Œstrides . Genre nouveau . .
— gastricoles et cavieoles de l’Afrique occidentale .
Oiseaux. Hæmoproteus .....' .
— Hémamibes et toxoplasme du Liothryx luteus ....
— Trypanosomes. . . 115,296,395
Leucoeytozoon .
Micro lilaires .
Ophtalmie. Voir conjonctivite.
— au Ouadaï . . .
Osseuse (lésions) précoces dans la lèpre .
Ouadaï. Géographie médicale .
Ouvrages reçus . . . ... . . 36, 172, 255, 358, 460, 647,
Oxyures chez les Arabes du Tell algérien .
398
210
212
493
21
493
391
297
524
2
522
695
303
742
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
P
• *
PAGES
• • ,
Paludisme. Epidémie dans la province de Sontay . 388
— . Epidémiologie et prophylaxie . 25, 462
— , en Corse . Brochure de Léger et Arlo . 366
— . à.Tananarive . . . .. 105
— . et moustiques au Petchili . 110
— Index endémique de Bamako . 181
— dans le Sahara constanlinois . 418
— dans la région de Fort-Archambault . 693
. Traité de Cardamatis . 89
— Enquêtes et appréciation des statistiques . 411
— (Société russe pour l’étude du) . 462
— . Variété nouvelle du parasite de Laveran . 385
— Etiologie et prophylaxie de la f. bilieuse hémoglobinuri-
que . . . . 509, 512
— au Ouadaï . 527
— Présentation d’un petit manuel . 550
— Urobilinurie dans les congestions hépatiques d’origine palus¬
tre . 596
— Traitement des cachexies paludéennes . 678
— (fièvre simulant le) en Nouvelle-Calédonie . 133
Paralysie bulbaire infectieuse (pseudo-rage) au Brésil. Infection par
les muqueuses saines . 112
Parasitisme intestinal chez les Arabes du Tell algérien . 301
Peau. Absorption dp rayonnement solaire . 406
Pellagre aux Antilles . . 367
Pérou. Actinomycose humaine . 380
Petchili. Paludisme et moustiques . . 110
Phagédénisme. Voir Ulcère.
Phlébotomes européens . 584
— algériens . 660
Phlebotomus minutus var. cifricanus. Parasitisme chez les reptiles . 83
— — — Insecte transmetteur du clou de
Biskra . 577
• * , •
Pian aux îles. Loyalty . 180
— aux Antilles . . 367
Piroplasmose bovine. Infection de bovidés arrivant de France en Algé¬
rie pendant l’hiver . 699
Plasmodium Kochi du Cercopithecus cephus . 299
— . Mesnili du serpent cracheur . 491
— vivax var. minuta n . ~r-~ . . 385
Pneumocoque dans les conjonctivites . 19
— . (méningite à) chez les tirailleurs sénégalais .... 466
Pneumocystis Carinii . . 271
Pneumonie dans l’Ouadaï . 523
Porocephalus moniliformis au Congo . . 497, 502
Table analytique des Matières 743
PAGES
Prophylaxie de la lèpre. . 91, 226
— de la maladie du sommeil . 1
• * • * ® • ^ • • » • »
— du choléra . . 447
* - ® « • «
— des trypanosomiases . 1 , 152
Puces. Infection dç mammifères par les flagellés des puces. . . . 605
Punaises. Importance du cannibalisme et de la coprophagie pour la
conservation des trypanosomes . 702
Q
Quinine et prophylaxie du paludisme
25
R
Rachidiennes (Injections intra-) dans la trypanosomiase humaine. 63,
Radiographie. Lésions osseuses précoces dans la lèpre .
Rat. Sensibilité 'aux T)'ypanOsoma' Lewisi et Duttoni • . *.
— Sensibilité à la Leishmania tropica .
— Association internationale pour la destruction rationnelle
Rayonnement solaire. Absorption par la peau et utilisation dans l'éco¬
nomie animale . .
Récurrente (Fièvre) au Maroc Oriental .
— — — — Etude du spirochète .
— * — traitement par l’olarsol . 473,
— — — par le Galyl et le Ludyl .
— — — par le Néo-Salvarsan .
— — Présence du spirochète dans quelques liquides
et excréta de* l’économie .
Réduvides transmetteurs de Tr/y/jan. Cruzi . . .
— Importance du cannibalisme et de la coprophagie pour la
conservation des trypanosomes \ \ ■. * .
— Emploi pour le xénodiagnostic de la trypanosomiase de
Chagas .
Reptiles. Parasitisme des phlébotomes .
— Hématozoaires des — du Haut-Sénégal et Niger .
— Hémogrégarine nouvelle de *8oodon fuliginosus .
— Tarentola mauritanica réservoir de virus (?) du clou de Biskra
— Fil aire et microfîlaire . 70,
Rhizopus equinus var. aünamensis pathogène pour l'homme .
Russie. Existence de Stegomyia fasciata .
257
2
528
663
174
406
382
565
569
101
569
472
132
702
706
83
488
575
577
121
430
590
S
• • * » • • r » • « t • •
Sahara constantinois. Exploration scientifique
416
744 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Salvarsan. Action sur le pouvoir alexique du sérum . 626
— et ambocepteurs . * . . 633
— Traitement de la leishmaniose cutanée . 36
Sangsues. Emploi pour le xénodiagnostic des infections à trypano¬
somes de vertébrés à sang froid . . • 706
Sauterelles. Destruction du Stauronotus maroccanus . 631
Schistosomum Mansoni à la Guadeloupe . 73
Schizotrypanum Cruzi . Réduvide transmetteur . 132
— — Importance du cannibalisme et de la copro-
phagie chez les Réduvidés pour la conserva¬
tion en dehors de l’hôte vertébré . . . 702
— — Xénodiagnostic (Diagnostic par examen de
l'hôte invertébré) ........ 706
Sénégal. Larbish ou OErbiss des Ouoloffs . 398
— Méningite à pneumocoques des tirailleurs . 466
— Etude expérimentale sur un trypanosome humain .... 716
Serpents. Anatomie comparée de la tête et de l’appareil venimeux . 515
— Récolte, conservation et envoi des — venimeux et de leur
venin . 517
— Voir aussi Reptiles.
Singes. Plasmodium Koc/ti . 299
— Sensibilité au virus de la leishmaniose canine . 481
— — d’un macaque à la Leishmania tropica. . . . 663
Souris blanches. Infection généralisée par Leishmania tropica . . 272
— — Sensibilité aux Trypanosoma Leioisie t Duttoni. . 528
— — — à la Leishmania tropica . 663
Spirochète de la lièvre récurrente nord-africaine . 565
Sprue. Etiologie. Vaccinothérapie . 268
Stegomyia fasciata. Transmission des trypanosomes humains d’Afrique 49
— — en Russie . 590
Strongylus additictus n . 130
Sueur. Présence du spirochète de la fièvre récurrente . 472
Syphilis dans l’Ouadaï . 524
T
Tarentola mauritanica réservoir du virus (?) du clou de Biskra . . 577
Teignes (champignons des) à Alger . 554
Ténias chez les Arabes du Tell algérien . 303
Tonkin. Epidémie de paludisme dans la province de Sontay . . . 388
Toxoplasma liothricis . 24
— gondii. Sensibilité aux facteurs extérieurs . 232
Toxoplasmose. Infection par les muqueuses saines . 112
— expérimentale . 232
Trachome dans le Sahara constantinois . 424
— au Ouadaï . . . 525
Table analytique des Matières 745
PAGES
Traitement de la fièvre récurrente par l'olarsol ..... 473, 569
— — par le Galyl et le Ludyl .... 101
— — par le Néo-Salvarsan . 569
— de la dysenterie par lemétine . . . 440,142, 303,405, 659
— de la leishmaniose cutanée parle Salvarsan et le Néo-Sal¬
varsan . 35
— — — par l’arsénobenzol en lavements 40
— — américaine par l’émétique .... 277
— de la lèpre par l’huile de Ghaulmoogra . 535
— de la trypanosomiase humaine .... 63, 160, 257, 640
— des trypanosomiases . 200, 593
— du Surra par les composés arsénicaux et arséno-argen-
tiques . . 200
— Mode d’action des médicaments parasitieides . 299
— Action de quelques substances médicamenteuses sur le pou¬
voir alexique du sérum . 626
— Ambocepteurs et arsénobenzol . 633
Action protectrice et immunisante du sérum des animaux
trypanosomés traités à l’émétique . 670
— de la trichomoniase intestinale ! . 657
— de la lambliase intestinale . 659
— de l’amibiase hépatique . 659
— des cachexies paludéennes . 678
— de l’hématurie dans la Bilharziose . 722
— Quelques particularités du traitement delaTryp. humaine. % 711
Trématodes de l’éléphant d’Asie . 78
Triatomes. Voir Conorhines
Trichocéphales à la Guadeloupe . 71
— dans le Tell algérien . . 303
Trichomoniase intestinale. Nouveau traitement . 657
Trypanosoma Brucei . .... 53
— Casalboui . Inoculation au Cercopithecus patas . . 1 1 8
— — . 691
— Cruzi . 132, 2S9
— — Importance du cannibalisme et de la copropha-
gie chez les Réduvidés hématophages pour la
conservation en dehors de l’hôte vertébré. . 702
— — Xénodiagnostic'(Diagnostic par examen de l’hôte
— — invertébré) . 706
— Duttoni. Virulence pour quelques espèces animales . 528
— dimorphon. Variation du pouvoir injectieux et de la
virulence . 58, 281, 361
— Evansi. Traitement . 200
— gambiense . 49
— — Affinités avec le Tr. rhodesietise. . . . 612
— lagonostictœ . 115
— Lewisi. Virulence pour quelques espèces animales. 528, 654
— liolhricis . . 416
52
746
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Trypano&oma Pecaudi . ........ 689
— rhodesiense . . 49
— — Affinités avec le Tr. gambiense , . . 612
Trypanosomes du Bycanistes albotibialis . 296
. — , d’oiseaux dix Brésil . 395
— — du Haut-Sénégal et Niger . 493
— d’un lézard du Haut-Sénégal et Niger . 491
— (Expériences de transmission des) par les Stegomyia . 49
— Xénodiagnostic (diagnostic par l’examen de l’hôte inver¬
tébré)' . 706
Trypanosomiases animales. Prophylaxie . i, 152
— des chameaux et des ânes au Turkestan .... 187
— dans la région de Fort-Archambault . 689
Trypanosomiase humaine. Etude d’un virus du Sénégal . . . . , 716
— — Prophylaxie . 1
— — dans la région de Fort- Archambault . . 686
— — Etat des méninges et injections intra-rachi-
diennes de Néo-Salvarsan . 63
— — Traitement par le Ludyl et le Galyl . 160, 640
— — Observation et traitement de quelques mala¬
des . 711
— — brésilienne. Existence dans l’Etat de Saint-
Paul . 289
— — — Xénodiagnostic . 706
— Identification du virus d’un cas contracté au
laboratoire . 196
— expérimentale. Traitement par un dérivé du diami-
noarsénobenzène . 593
— — Traitement par les composés arséni-
caux et arséno-argentiques. . . 200
— — L’immunité conférée aux caprins
par une première atteinte peut-elle
être transmise héréditairement ? . 724
— — Etude d’un virus du Sénégal . . . 716
— — Action de quelques substances médi¬
camenteuses sur le pouvoir alexi-
que du sérum . 626
— — Ambocepteurs et arsénobenzol . . 633
— — Action protectrice et immunisante
du sérum des animaux trypanoso-
més traités à l’émétique . . . 670
Tuberculose dans le Sahara constantinois . . 427
— dans l’Ouadaï . 523
— (bacilles de la) dans un abcès amibien du foie. . . . 475
Tunisie. Kala-azar . 479
Turkestan. Maladies tropicales humaines et animales. . . . 185 et suiv.
Turquie. Notes sur le choléra à Constantinople et en Thrace de 1910
à 1913 . 313
Table analytique des Matières
747
U
PAGES
Ulcère phagédénique. Inoculation expérimentale . 96
— au Ouadaï. ... . 525
— Pathogénie . . 176, 469
— Priorité de la découverte du bacille. 262, 266,
376, 471
Uréthrite lépreuse . . 557
Urobilinurie dans les congestions hépatiques d’origine palustre. . . 596
V
Vaccin sec en Afrique équatoriale . 17
— Fonctionnement du parc vaccinogène de Bouaké . 246
Vaccine en Nouvelle Calédonie et aux îles Loyalty . 503
Varan. Hémogrégarines . 488
Variole et varioloïde dans l’Ouadaï . 523
Venin (récolte et conservation du) . 517
— Anatomie comparée de la tête et de l’appareil venimeux chez
les serpents . 515
X
Xénodiagnostic . 706
*>
TABLE ALPHABETIQUE PAR NOMS D’AUTEURS
A
PAGES
Adde (R.). Foley (H.) et Vialatte (G.). Existence dans le Sud-Marocain
(Haut-Guir) du bouton d’Orient à l’état endémique .... 114
Ahmed (Emin) Une variété nouvelle du parasite de Laveran . . . 385
Arlo (J.) et Leger (M.). Le paludisme en Corse. Présentation . . . 366
Argaud (R.) et Brault (J.). Contribution à l’étude de l’anatomie patho¬
logique et de la pathogénie de l’Ainhum . 371
B
Bauche (J.), Railliet (A.) et Henry (A). Sur les Helminthes de l’éléphant
d’Asie. I. Trématodes et Cestodes . 78
— Sur les Helminthes de l’éléphant d’Asie. II. Nématodes. A . 129
— Sur les Helminthes de l’éléphant d’Asie. III. Nématodes. B . 206
Béguet (M.). Essais de destruction du Stawronotus maroccanus Thun
en Algérie, au moyen du Coccobacillus acridiorum d’HÉRELLE 651
Bernard (Noël). Sur un Rhizopus pathogène de l’homme : Rhizopus
equinus Lucet et Costantin 1903, variété annamensis P. Noël
Bernard 1914 . 430
— Recherches sur la pathogénie de l’ulcère phagédénique des
pays chauds . 176
Billet (A.) et Grenier (M.). Sur la fièvre récurrente au Maroc oriental. 382
Blanchard (M.). Inoculations expérimentales de l’ulcère phagédénique
tropical . 96
— Porocéphales. Discussion . 501
Blanchard (M.) et IIeckenroth (F.). Etat des méninges et in jections intra¬
rachidiennes de néosalvarsan dans la trypanosomiase humaine. 63
Blanchard (M.) et Mesnil (F.). Sur l’identification du virus d’un cas de
trypanosomiase humaine de laboratoire. . . .... 196
Blanquier (H.) La lèpre dans le cercle de Touba (Côte d’ivoire) . . . 559
Bonnefay et Maille. Abcès du foie amibien avec association de bacilles
de Koch . 475
Boquet (A.) et Bridré (J.). L’importation en France des moutons algé¬
riens et la protection des troupeaux métropolitains contre la
clavelée . 606
Boquet (A.) et Nègre (L.). Nature mycosique du parasite de la lymphan¬
gite épizootique . 464
Boquet (A.), Sergent (Edm.) et Lhéritier (A.). Etudes sur les piroplas¬
moses en Algérie. Infection par les piroplasmes de bovins arri¬
vant de France en Algérie, pendant l’hiver . 699
Botelho (C.) et Carini (A.). Sur quelques trypanosomes d’oiseaux du
Brésil . 395
750 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
PAGES
Bouffard (G.)- De quelques considérations d’ordre épidémiologique sur
le paludisme . 25
Bouilliez (M.). Exposé des travaux en cours au laboratoire de Fort-
Archambault (trypanosomiases, mouches piquantes, palu¬
disme, bilharziose, goitre) . . 685
Bourret (G.) et Mesnil (F.). Sur un trypanosome humain du Sénégal.. 716
Brau (P.). Traitement de l’amibiase par l’émétine à Saigon .... 303
— De l’urobilinurie dans les congestions hépatiques d’origine
palustre . 596
Brault (J.). Note à propos de l’énantiothamnose . 90
Brault (J.) et Argaud (R.). Contribution à l’étude de l’anatomie patho¬
logique et de la pathogénie de l’Ainhum . . . . 371
Brault (J.) et Montpellier (J.). Mélanodermie physiologique des
muqueuses en Algérie . 216
— Présence du spirille de la fièvre récurrente nord-africaine dans
quelques liquides et excréta de l’économie . 472
— Essai de traitement de la fièvre récurrente nord-africaine par
injections intra-musculaires d’olarsol . 473
Brault (J.) et Viguier (A.). Les champignons des teignes à Alger . . 554
Bridré (J.) et Boquet (A.). L’importation en France des moutons algé¬
riens et la protection des troupeaux métropolitains contre la
clavelée . 506
Broquet (C.). Paludisme et Culicides au Petchili . . 110
— Pus chocolat. Discussion ............. 151
Brumpt (E.). Enantiothamnose. Discussion . 91
— Reduvides de l’Amérique du Nord capables de transmettre le
Tryp. Cruzi . . ... . 132
— Simaroubine. Discussion . . 151
— Importance du cannibalisme et de la coprophagie chez les Rédu-
vidés hématophages ( Rfiodnius , Triatoma) pour la conserva-
rion des Trypanosomes pathogènes en dehors de l’hôte vertébré 702
— Le Xénodiagnostic. Application au diagnostic de quelques infec¬
tions parasitaires et en particulier à la Trypanosomose de Cha-
gas . 706
— Trypanosomes humains. Discussion ........ 722
— Non transmission héréditaire de l’immunité trypanosomique.
Discussion „ . . . . . . . . . . 730
G
Calo (E ). et Conor (A.). Troisième cas de Kala-azar algérien. ... 42
Cardamatis (J. P.). Traité des fièvres palustres (en grec). Présentation 89
— Rapport sur la lutte contre le choléra en Macédoine pendant
la guerre Gréco- Bulgare . 447
— Hémoglobinurie et anaphylaxie quinique. Discussion . . . 549
Carini (A ). L’émétique dans le traitement de la leishmaniose cutanée
et muqueuse . 277
Carini (A.) et Botelho (G.). Sur quelques trypanosomes d’oiseaux du
Brésil .......... . 395
Carini (A.) et Maciel (J. -J.). Infections de toxoplasmose et de paralysie
bulbaire infectieuse par les muqueuses saines . . . .. 112
— Existence de la maladie de Chagas dans l’état de Sâo-Paulo . 289
— Distribution des Triatomes dans l’état de Sâo-Paulo. . . . 292
Table alphabétique par noms d‘ Auteurs 751
PAGES
Çhatton (E.) Le bouton d’Orient et le faciès rupestre du sol. 30
Chatton (E.)et Nicolle (C.) Longue conservation de la virulence pour
l’homme de la Leishmania tropica , en cultures . ... 700
Ciuca (M .) L’action de quelques substances médicamenteuses sur le
pouvoir alexique du sérum-- . . . 626
— Sur l’action protectrice et immunisante du sérum des animaux
trypanosomés traités à l’émétique de potassium . 670
Collin (L.). Le pian ou « Tonga» aux îles Loyalty . 480
Vaccine en Nouvelle-Calédonie et aux Loyalty . 503
— uy giène des indigènes des îles de la Loyauté . 598
— Aperçus démographiques sur les îles de la Loyauté .... 600
Colombier (P.). Lésions osseuses précoces dans la lèpre constatées par
la radiographie . 2
Conor (A.). Essais de transmission de la bilharziose . 202
Conor (A.) et Calo (E.). Troisième cas de Kala-azar algérien .... 42
Conor (Marthe) et Nicolle (Ch.). Difficulté de conservation de la leish¬
maniose canine parles passages . 481
Conseille.). Le galyl et le ltulyl dans le traitement de la fièvre récur¬
rente . 101
Corin (G.) Présence de larves de Porocéphales chez Tragelaphus scrip-
tus . 502
Corin (G.) et Dubois (A.). Rapport sur une petite épidémie de béribéri
à Bokala (Congo belge) . 402
Couvy (L.). Bacilles de Hansen dans les ganglions de personnes appa¬
remment saines . 365
Un cas de fièvre jaune chez un indigène de la Côte d’ivoire . 552
D
Darré (H.) et Martin (L.). Documents sur la trypanosomiase humaine. 711
Danysz (J.). Traitement du surra parles composés arsenicaux et arséno-
argcntiques. Rapports entre les doses tolérées et les doses cura¬
tives . 200
David. Etiologie et prophylaxie de la fièvre bilieuse hémoglobinurique. 509
Delanoe(P.). Variations de la virulence de Trijp. dimorplion . . 58, 281
— Existence chez un saurien, Agama colonorum , d’une filaire et
d’une microfilaire sanguines . 121
— Le fonctionnement du service de prophylaxie des trypanoso¬
miases animales à Bouaké (Côte d’ivoire) . 152
— Fonctionnement du parc vaccinogène de Bouaké (Côte d’ivoire)
du 10 mars au 31 décembre 4913 . . 246
Delanoë (M. et Mme P.) De la rareté de Pneumocystis Carinii sur les
cobayes de Paris. Absence de kystes chez d’autres animaux . 271
Demidoff (A. P.), Yakimoff (W. L.), Schokhor (N. L), Koselkine (P. M.),
Winogradoff (W. W ). La microfilariose des chevaux au Tur-
kestan . . 189
Derrieu et Raynaud (M.). Dysenterie chronique à flagellé nouveau . . 571
Distaso (A.). Sur Pétiologie de la Sprue . 268
Dopter (C.). Amibiase et émétine . 142
Dubois (A.) et Corin (G.). Rapport sur une petite épidémie de béribéri
à Bokala (Congo belge) . . 402
Dufougeré (W.). La méningite à pneumocoques des tirailleurs sénégn-
. lais . . . . . 466
752 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
PAGES
Dumas (R.). Action de l’émétine sur la dysenterie bacillaire pure . . 440
— Dysenterie et émétine à Saigon . 405
Dupont (V.) et Lafont (A.). Traitement de la maladie du sommeil au
Sénégal par le ludyl et le galyl . 160, 640
E
(V _ .... ;
Escomel (E.). Sur l’aclinomycose humaine au Pérou . 380
— Un nouveau traitement de la trichomoniase intestinale. . . 657
F
Foley (H.) et Sergent (Edm.). Exploration scientifique du Sahara cons-
tantinois . 416
Foley (H.) et Vialatte (C.). Traitement de la fièvre récurrente nord-afri¬
caine par le néosalvarsan et l’olarsol . 569
Foley (H.), Vialatte (G.) et Adde (R.). Existence dans le Sud-Marocain
(Haut-Guir) du bouton d’Orient à l’état endémique .... 114
Franchini (G.) et Laveran (à.). Contribution à l’étude des « marginal
points » des hématies des mammifères . 580
— Infections de mammifères par des flagellés d’invertébrés . . 605
C
Gauthier (F.) et Nègre (L.). Etude microbiologique des conjonctivites
algériennes . 18
Gedœlst. Note sur un genre nouveau d’OEstride . 210
Grall. 'traitement de l’amibiase Discussion . 310
Grenier (M.). Etude expérimentale de Spirochœta berbera .... 565
Grenier (M.) et Billet (A.). Sur la fièvre récurrente au Maroc oriental. 382
Guyomarg’h et Ringenbach (J.). La filariose au Congo . 619
H
Hegkenrotii. Injections sous arachnoïdiennesde néosalvarsan. Discussion 258
IIeckenroth (F.) et Blanchard (M.). Etat des méninges et injections intra¬
rachidiennes de néosalvarsan dans la trypanosomiase humaine 63
Henry (A.), Bauche (J.) et Railliet (A.). Helminthes de l’éléphant d’Asie.
I. Trématodes et Cestodes . 78
— Sur les Helminthes de l’éléphant d’Asie. II. Nématodes, A. . 129
— Sur les Helminthes de l’éléphant d’Asie. III. Nématodes, B. . 206
Henry (A.) et Railliet . Filaire du caméléon de Madagascar .... 175
J
Jamot (E.), Robert (M.-J.-F.) et Motais (F.). Noies sur la géographie
médicale du. Ouadaï . . 522
Jeanselme (E.). Leishmaniose cutanée à foyers multiples améliorée par
le Salvarsan . 36
/
Table alphabétique par noms d’Auteurs 753
PAGES
Jeanselme (E.). De l’uréthrite lépreuse . . . . 557
Jouveau-Dubreüil (ïL). Ulcère phagédénique à Tchentou (Chine). . . 469
K
Kopke (Ayres). Injections sous-arachnoïdiennes de néosalvarsan. Discus¬
sion . 257
Koselkine (P.-M.), Winogradoff (W.-W.), Demidoff (A. -P.), Yaki-
moff (W.-L.) et Sghokhor (N.-I.). La microfilariose des chevaux
au Turkestan . 189
L
Lafont (A.) et Dupont (A.). Traitement de la trypanosomiase humaine
au Sénégal par le ludyl et le galyl . 160, 640
• Lafont (A.) et Roubaud (E.). Expériences de transmission des trypano¬
somes humains par le Stegomyia fasciata . . 49
Làunoy. Dérivé du diaminoarsénobenzène. Discussion . 595
Laveran (A.). Au sujet d’échantillons de liqueurs de traite .... 136
— Au sujet d’un cas de leishmaniose canine signalé à Marseille . 173
— Leishmaniose cutanée généralisée chez la souris. Discussion . 275
— Sur la virulence de Tryp. dimorphon. Discussion .... 361
— Unicité du paludisme. Discussion . 387
— Sur les Leucocytozoon . Discussion . . . 461
— Leishmaniose canine à Marseille. Discussion . 487
— Infections expérimentales de souris, d’un mériones, d’un rat et
d’un macaque par la Leishmania tropica. . 663
— Présentation d’un chien inoculé avec succès au moyen de la
Leishmania tropica sur souris . . . 697
— L’immunité que confère souvent anx caprins une première
atteinte de trypanosomiase peut-elle être transmise héréditai¬
rement ? . 724
Laveran (A.) et Franchini (G.). Contribution à l’étude des « Marginal
points » des hématies de Mammifères . 580
— Infections de mammifères par des flagellés d’invertébrés . . 605
Laveran (A.) et Marullaz (M.). Sur deux hémamibes et un toxoplasme du
Liothrix luteus . 21
— Essais d’immunisation des souris contre le nagana expérimen¬
tal . 53
- — Sur la nature des corps de Graham-Smith . 240
Laveran (A ) et Roudsky (D.). Contribution à l’étude de la virulence du
Trypanosoma Lewisi et du Tr. Duttoni pour quelques espèces
animales. . 528
— Sur un dérivé du diaminoarsénobenzène . . . 593
— De l’inoculabilité du Trypanosoma Lewisi au loir ( Myoxus
glis) . 654
Lebœuf (A.). Observations relatives au traitement de la lèpre et notam¬
ment à l’action de l’huile de Chaulmoogra chez les Canaques de
l’archipel Calédonien . 535
Lebœuf (A.) et Salomon (E.). La lèpre en Nouvelle-Calédonie :
— I. Nombre et distribution géographique des lépreux . . . 218
— IL Marche de la maladie . 222
754 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
PAGES
Lebœuf (A.) et Salomon (E ). III. Organisation de la. prophylaxie! . . ■ 226
Le Dan, teg (A.). Priorité de la découverte du bacille du phagédénisme
tropical et de la pourriture d’hôpital . 262, 376
Le Gallen (R.) et Leger (M.). Fréquence de Filaria Bancj'ofti chez des
. guadeloupéens ne présentant ni éléphantiasis, ni accidents lym-
phangitiques. . . . . . . . . 125
Legendre (J.). Le paludisme à Tananarive . . u . » . 105
— Lutte contre le paludisme à Madagascar ..... . 462
Leger (A.). Le paludisme dans le Haiit-Sénégal-Niger. Index endémique
de la ville de Bamako. . . 181
Leger (A.) et (M.). Leucocytozoon d'oiseaux du Haut-Sénégal et Niger . 391
— Les Leucocytozoon : leur dénombrement et essai de classifica¬
tion . 437
— Hématozoaires des reptiles du Haut-Sénégai-Niger .... 488
— Trypanosomes et Hœmoproteus d’oiseaux du Haut-Sénégal-
Niger. . 493
Leger (M.). Les porteurs de bilharzies venant de la Guadeloupe. . . 75
— Sur les Leucocvtozoon . Discussion. ........ 549
t /
Leger (M.) et Arlo. Le paludisme en Corse,. Présentation . f 366
Leger (M.) et Le Gallen (IL). Fréquence de Filaria Bancrofti chez des
guadeloupéens ne présentant ni éléphantiasis, ni accidents lym-
phangitiques . 125
Leger (M.) et Sauvet (Ch.). Helminthiase de la Guadeloupe .... 71
Lemaire (G ), Sergent (Edm.j -et Lhéritier. Spécificité de la kératite
observée chez les chiens atteints de leishmaniose naturelle. . 193
Lemaire (G.), Sergent (Edm. et Et.) et •Senevet (G.). Insecte transmet¬
teur et réservoir du clou de Biskra . . 277
Levaditi (G.). A propos du mode d’action des médicaments parasiticides 299
Levaditi (C.) et Mutermilch (St.). Ambocepteurs et arsénobenzol . . 633
Lhéritier (A.), Boquet (A.) et Sergent (Edm.). Etudes sur les piroplas¬
moses en Algérie. Infection par les piroplasmes de bovins arri¬
vant de France en Algérie, pendant l’hiver . 699
Lhéritier (A.), Lemaire (G.) et Sergent (Edm.). Spécificité de la kératite
observée chez les chiens atteints de leishmaniose naturelle. ,. • 193
Lignos (A.). Troisième cas de guérison du Kala-azar infantile observé à
Hydra .... 43
— Epoque d’apparition du Kala-azar à Hydra . 45
— La mortalité par Kala-azar â Hydra en 1911 ...... 193
Looss. Maladies vermineuses. Bilharziose . Présentation . 366
— Cycle évolutif de l’ankylostome . Présentation . 463
M
Maciel (J. -J.) et Carini (A,). Infections de toxoplasmose et de paralysie
bulbaire infectieuse par les muqueuses saines . 112
— Existence de la maladie de Chagas dans l’Etat de Saô-Paulo . 289
— Distribution des Triatomes dans l’Etat de Sâo-Paulo. . . . 292
Maille (J.) et Bonnefay. Abcès du foie amibien avec association de
bacilles de Koch . . v . 475
Mansion (G.'. Les phlébotomes européens. . . . . . 584
Martin (Louis). Etat des méninges et leur perméabilité. Discussion . . 68
Martin (L.) et Darré (IL). Documents sur. la trypanosomiase humaine. 711
Table alphabétique par noms d’ Auteurs
755
PAGES
Marullaz (M.) . Contribution à l’étude des trypanosomes d’oiseaux. Deux
espèces nouvelles . 115
Marullaz (M.) et Laveran (A.). Sur deux hémamibes et un toxoplasme
du Liothrix luteus , . . • . . , , 21
— Essais d’immunisation des souris contre le nagana expérimental 53
— Sur la nature des corps de Graham-Sjjwth . 240
Mathis (C ). Epidémie de paludisme ayant sévi, dans la province de
Sontay, durant l’été de 1913 . * . 388
Marzinowsky (E.-J.). Bibliographie du paludisme 462
— De l’existence de Stegomyia fa scia ta en Russie . . . , . 590
Mesnil (F ). Dérivé du diaminoarsenobenzène. Discussion . 595
— Xénodiagnostic, Discussion . . 710
— Documents sur la trypanosomiase humaine. Discussion . 715
Mesnil (F.) et Blanchard (M.). Sur l’identification du virus d’un cas de
trypanosomiase humaine de laboratoire . 196
Mesnil (F.) et Bourret (G.). Sur un trypanosome humain au Sénégal . 716
Mesnil (F.) et Ringenbach (J.). Sur Je Trypanosoma rhodesiense et ses
affinités avec le Trypanosoma gambiense . 612
Mesnil (F.) et Roubaud. Rapport sur la prophylaxie des trypanosomiases 1
Montel (L.-R.). Le 3e Congrès de la Far-Eastern association of tropical
medicine . ; 10
Miramond de la Roquette. Sur l’absorption du rayonnement solaire par
la peau et son utilisation dans l’économie animale . . . . 406
Montpellier (J.) et Brault (J.). Mélanodermie physiologique des mu¬
queuses en Algérie. . , 216
— Présence du spirille de la fièvre récurrente nord- africaine
dans quelques liquides-et excréta de l’économie . . . . '. 472
— Essai de traitement de la fièvre récurrente nord-africaine par
les injections intra-musculaires d’olarsol . 473
Moreau (L.). A propos de la prophylaxie de la lèpre. Les léproseries des
îles Comores . . . . 91
Motais (F.)? Jamot (E.) et Robert (M.-J.-F.). Notes sur la géographie mé¬
dicale du Ouadaï . . . . 522
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gite épizootique. . > . . 464
Nègre ^L.) et Gauthier (F.). Etude microbiologique des conjonctivites
algériennes . ...... V • 18
Niclot. Des enquêtes et de l’appréciation des statistiques en matière de
paludisme . . , . . . . 411
Nigolas(Ç1i.). Quelques cas de fièvres d’origine indéterminée simulant le
paludisme en Nouvelle-Calédonie . . . . - 133
Nicolle (Ch.). Chronique du kala-azar en Tunisie ....... 479
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756
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
P
PAGES
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— Petit manuel du paludisme. Présentation . 550
Pasteur Vallery-Radot et Simond (P.-L.) avec collaboration de Kiamil
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et en Thrace, de 1910 à 1913. . . 313
Patton et Cragg. A text book of medical entomology . 259
Mme Phisalix (Marie). Anatomie comparée de la tête et de l’appareil
venimeux chez les serpents . 515
— Note sur les précautions à prendre dans la récolte, la conserva¬
tion et l’envoi des animaux venimeux et de leur venin . . 517
— Sur une hémogrégarine nouvelle, parasite de Booclon fuligino-
sus Boïe et ses formes de multiplication endogène .... 575
Pringault (E.). La leishmaniose canine à Marseille . 41, 484
R
Railliet et Henry. Filaria furcata , du Caméléon de Madagascar . . 175
Railliet (A.) Henry (A.) et Bauche (J.). Helminthes de l'éléphant
d’Asie. I. Trematodes et Cestodes . 78
— Sur les helminthes de l’éléphant d’Asie. II. Nematodes, A. . 129
— Sur les helminthes de l’éléphant d’Asie. III. Nematodes, B. . 206
Raynaud (M.) et Derrieu. Dysenterie chronique à flagellé nouveau . . 571
Ringenbach(J. ). Emploi du vaccin sec au Congo . 17
— Emétique par voie sous-arachnoïdienne. Discussion .... 69
— Quelques hématozoaires du Congo . 296
Ringenbach (J.) et Guyomarc’h. La filariose au Congo . 619
Ringenbach (J.) et Mesnil (F.). Sur le Trypanosoma rhodesiense et ses
affinités avec le Trypanosoma gambiense . 612
Robert (M. J. F.),Motais (F.) et Jamot (E.). Notes sur la géographie médi¬
cale du Ouadaï . 522
Rocques (Xavier). Analyses d’échantillons de spiritueux provenant de
Grand Bassam . 137
Roubaud (E.). Exemplaire vivant de Glossina morsitans . 2
— Parasitisme chez les reptiles du Phlebotomus minutus afri-
cnnus . 83
— OEstrides gastricoles et éavicoles de l’Afrique occidentale fran¬
çaise . 212
— Le larbish des Ouoloffs, pseudomyiase rampante sous-cutanée
du Sénégal . 398
Roubaud (E.) et Lafont (A.). Expériences de transmission des trypa¬
nosomes humains par le Stegomyia fasciala. . 49
Roubaud (E.)et Mesnil (F.). Rapport sur la prophylaxie des trypanoso¬
miases. Présentation . 1
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du Trypanosoma Leivisi et du Tr. Duttoni pour quelques
espèces animales . 528
— Sur un dérivé du diaminoarsénobenzène . 593
— De l’inoculabilité du Trypanosoma Leivisi au loir ( Myoxus
9 Us) . .
A
654
Table alphabétique par noms d’Auteurs
757
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ture of Leishmania tropica of oriental sore .
S
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— II. Marche de la maladie. . .
— III. Organisation de la prophylaxie . . . .
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Sarrailhé (A.). Notes sur la toxoplasmose expérimentale .
Sauvet (Ch.) et Leger (M.). Helminthiase de la Guadeloupe.
Sénevet (G), Sergent (Edm. et Et.) et Lemaire (G.). Insecte transmet¬
teur et réservoir de virus du clou de Biskra .
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Sergent (Edm.) et Foley (H.). Exploration scientifique du Sahara cons-
tantinois .
Sergent (Edm.), Lhéritjer (A.) et Boquet (A.). Etudes sur les piroplas¬
moses en Algérie. Infection par les piroplasmes de bovins arri¬
vant de France en Algérie, pendant l'hiver .
Sergent (Edm.), Lhéritier et Lemaire (G.). Spécificité de la kératite
observée chez les chiens atteints de leishmaniose naturelle. .
Sergent (Edm. et Et.), Lemaire et Sénevet (G.). Insecte transmetteur
et réservoir de virus du clou de Biskra .
ScHOKHOR (N. I.), KoSELKINE (P.-M.), WlNOGRADOFF ( W . W.), DemïDOFF
(A. P.) et Yakimoff(W. L.). La microfilariose des chevaux au
Turkestan .
Schokhor et Yarimoff (W. L.). Recherches faites au Turkestan :
— I. Répartition de la leishmaniose canine .
— II. Leishmaniose cutanée spontanée du chien .
— III. Les trypanosomiases des chameaux et des ânes ....
— IY. Les microfilaires des animaux domestiques .
Simond (P. L.) et Pasteur-Vallery-Radot avec collaboration de Kiamil
Bey et Raphaël Asseo. Notes sur le choléra à Constantinople
et en Thrace, de 1910 à 1913 .
Soria (P.). Note sur le traitement de l’hématurie dans la Bilharziose
Suldey (E. W.). Filaire et microfilaire chez le caméléon de Madagascar.
Trautmann (R.). Inoculation positive de Tryp. Cazalboui à un Cercopi-
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africaine par le néosalvarsan et l’olarsol .
Vialatte (C.) Foley (H.) et Adde (R.). Existence dans le Sud-Marocain
(Haut-Guir) du bouton d’Orient à l’état endémique .
Viguier (A.) et Brault (G.). Les champignons des teignes à Alger . .
PAGES
175
272
218
222
226
367
232
71
577
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70
118
569
114
554
758
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
. PAGES
Vincent. Ulcère phagédénique et pourriture d’hôpital . Discussion 99,266 474
— Dysenterie et quinine. Discussion . . , r 452
— Sprue. Discussion . 270
W
Wagon (P.). Deuxième cas de leishmaniose cutanée au Dahomey . Trai¬
tement par Parsénobenzol en lavements ....... 46
WlNOGRADOFF (W. W.), DeMIDOFF (A. P J, YaKIMOFF (W. L.), SchOKIIOR
(N. I.) et Koselkine (P. M.). La microfilariose des chevaux au
Turkestan . 489
Y
Yakimoff (W. L.). La formule leucocytaire du sang des malades de
Filciria medinensis . . . 492
Yakimoff (W. L.) et Schokiior. Recherches faites au Turkestan :
— 4. Répartition de la leishmaniose canine ■. . . . . 485
— II. Leishmaniose cutanée spontanée du chien . 186
— lit. Les trypanosomiases des chameaux et des ânes . . . . 487
— IV. Les microfilaires des animaux domestiques . 488
Yakimoff (W . L.), Schokhor (N. I), Koselkine (P.M.), Winogradoff
(W . W.) et Demidoff (A. 4L). La microfilariose des chevaux au
Turkestan . 489
Yofé (Hillel). A propos de la fièvre bilieuse hémoglobinurique en
Palestine . 542
— Traitement des cachexies paludéennes . 678
Liste des Echanges
759
Liste des échanges
American Journal oj tropical diseases and préventive medicine .
American Society oj Tropical Medicine.
Annals oj Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archiv jür Schiffs und Tropenhygiene.
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium bibliographicum.
British medical journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale dy Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar .
Geneeskundig Tijdschrijt voor N ederlands-Indië .
Indian journal oj medical research.
Internationales Centralblatt jür die Gesamte Tuberkulose-
Forschung.
journal oj the London school oj tropical medicine.
journal oj Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal oj Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle- G aile du Sud.
Review of cipplied entomology .
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
^Londres).
Tropical Diseases Bulletin .
Tropical veterinary bulletin.
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MÉMOIRE
A. Laveran. — L’immunité que confère souvent aux Caprins une pre¬
mière atteinte de trypanosomiase peut-elle être transmise hérédi¬
tairement ? .
E. Brumpt. — Non transmission "héréditaire de l’immunité trypanoso-
miasique. Discussion .
OUVRAGES REÇUS .
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES .
TABLE ALPHABÉTIQUE PAR NOMS D’AUTEURS . .
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