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BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
• '
■
.
III —
Couteaud, Médecin général 2e Cl. M, Directeur Service de Santé
Cherbourg, M F.
Delrieu, ancien Médecin inspecteur T C, io, rue J. M. de Hérédia,
Paris, M F.
Ch. Grall, Inspecteur général Service de Santé T C, Ministère des
Colonies, M F.
Granjux, Rédacteur en chef du Caducée , 18, rue Bonaparte, Paris,
VIe, MF.
Jeanselme, Agrégé Fac. Médecine, Médecin des Hôpitaux, 5, quai
Malaquais, Paris, MF.
A. Laveran, MAS, MAM, Prof1' Institut Pasteur, 25, rue du Mont¬
parnasse, Paris, VIe, M F.
A. Le Dentu, MAM, anc. Profr Fac. Médecine, 3 1 , rue de Lisbonne,
Paris, M F.
Lemoine, Médecin inspecteur A T, Directeur Service Santé ier Corps
Lille, MF.
A. Lucet, MAM, Assistant au Muséum., 2. rue des Arènes, Paris, VIe.
Moty, anc. Médecin principal ire Cl. A T, Agrégé libre du Val-de-
Grâce, 65, route d’Octeville, Sainte-Adresse, Seine-Inférieure.
Nimier, Médecin inspecteur général A T, Directeur Service Santé
14e Corps, Lyon, MF.
J. E. J. Schneider, Médecin inspecteur A T, Directeur Service Santé
20e Corps, Nancy.
H. Vallée, Directeur Ecole vétérinaire d’Alfort, M F.
H. V incent, MAM, Médecin principal ire Cl. A T, Chef du Labora¬
toire de Vaccination antityphique au Val de-Grâce, 77, boulevard
du Montparnasse, Paris, VIe, M F.
R. Wurtz, MAM, Agrégé Fac. de Médecine, Médecin des Hôpitaux,
18, rue de Grenelle, Paris, VIe.
MEMBRES TITULAIRES
MM.
Achalme, Directeur labor. colon. Muséum, 55, rue de Buffon, Paris,
Ve, MF.
A. Borrel, Prof1' Institut Pasteur, Paris, XVe, M F.
J. Bridré, Chef Laboratoire Institut Pasteui, Paris, XVe ( mars
i9Jd)( 0-
E. Brumpt, Agrégé Fac. Médecine, 1 5 , rue de PEcole-de-Médecine,
Paris, VIe, Profr Parasitologie Fac. de Médecine Saô Paulo, Brésil
(12 février igo8).
E. Chatton, Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe ( i3 mars
nji2).
H. Darré, Médecin assistant Hôpital Pasteur (8 décembre igog).
Ch. Dopter, Médecin major 1 re Cl. A T, Profr Val-de-Grâce, M F. ■
E. Dujardin-Beaumetz, Chef Laboratoire Institut Pasteur, M F.
L. Dyé, Médecin colonial Université Paris, 1 23 , avenue de Wagram,
Paris (8 avril igo8).
(1) Date de l’élection comme titulaire.
— IV —
F Heim Agrégé Fac. Médecine, Secrétaire perpétuel Ass. Agronomie
'coloniale, 34, rue Hamelin, Paris, XV F, M F
A. Henry, Chef Travaux pratiques Zoologie, Ecole vetei tnati e, Alton
Ch. Joyeux, Préparateur Parasitologie Fac. de Médecine (avt il ig i3).
Lagane, Médecin assistant Hôpital Pasteur (mat igi4)- .
M. Langeron, Chef Travaux Parasitologie Fac. de Medectne
(février i q 1 3). . ~
A. Lesage, Médecin des Hôpitaux, 226, boulevard Saint-Germain,
Paris, MF. . .
M. Letulle, MAM, Prof1' Fac. de Médecine, Médecin des Hôpitaux,
7, rue de" Madgebourg, Paris (g février igio).
C. Levaditi, Chef Laboratoire Institut Pasteur, Pans, XVe (Xjutl-
let iqo8). .
E. Marchoux, anc. Médecin principal T C, Chef Service Institut
Pasteur, 96, rue Falguière, -Paris, XVe, MF.
L. Martin, Médecin-Directeur Hôpital de l’Institut Pasteur, 20b, rue
de Vaugirard, Paris, XVe, MF.
F. Mesnil, Prof1' Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe,
V. Morax, Ophtalmologiste des Hôpitaux, 28, boulevard Raspail,
Paris, VIIe ( 12 février 1908).
L. Nattan-Larrier, chargé de Cours College de France, ôo, rue
de Courcelles, Paris (12 février 1908).
A. Pettit, Chef Laboratoire Institut l asteur, 26, rue Dutot, Paris,
XVe (o juin 1 909). . T ,
Mme U. Phisalix, Chef-adjoint Travaux de Pathologie Labor. colo¬
nial Muséum, 62, Bd St-Germain, Paris, Ve (8 février 1 9 1 1).
E. Pinoy, Chef Laboratoire adjoint Institut Pasteur, Paris, XVe,
M F.
H. P ottevin, Directeur-adjoint Office international d’Hyg. publique,
11, rue Valentin-Haüy, Paris {9 décembre 1908).
A. Prévôt, Chef Service adjointHnstitut Pasteur, Garches (Seine-et-
Oise) (/ 2 février 1908).
J. Rieux, Médecin-major p« Cl. A T, Agrégé Val-de-Grâce ( novem¬
bre 19 1 3).
E. Roubaud, Chef Laboratoire Institut Pasteur, 96, rue Falguière,
Paris, XVe {janvier 1913).
J. Rouget, Médecin princ. 2e Cl. A T, Prof1' Val-de-Grâce, 6, rue du
Val-de-Grâce, Paris, Ve (1 2 février 1908).
E. Sacquépée, Médecin-major ire Cl. AT, Agrégé libre Val-de-Grâce,
Membre comité technique {janvier 19 14)'
Simonin, Médecin-principal ireCl.AT, ProF'Val-de-Grâce, rue Saint-
Jacques, Paris, Ve, MF.
Surcouf, Chef des Travaux de Zoologie Labor. colonial Muséum, 55,
rue de Buffon, Paris, Ve (72 février 1908 ).
E. Tendron, Directeur pharmaceutique Service des Sérums Institut
Pasteur (juin 1913).
H. Violle, Médecin M réserve, Préparateur Institut Pasteur, Paris,
XVe (juillet 1 9 1 4).
M. Weinberg, Chef Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe (8 avril
1908).
I
MEMBRES ASSOCIÉS
a) Français.
MM.
Th. Barrois, Prof1' Parasitologie Fac. Médecine, Lille.
F. Borel, Directeur Service sanitaire maritime, Le Havre, M F.
J. Brault, Profr Maladies des pays chauds, Fac. de Médecine, Univer¬
sité Alger.
A. Calmette, anc. Médecin inspecteur T C, Directeur de l’Institut
Pasteur, Lille, MF.
Clarac, Médecin inspecteur T C, Comité technique de Santé, Minis¬
tère de la Guerre, M F.
De Brun, Prof. Fac. Médecine, Beyrouth.
Ducloux, Chef du Service de l’Elevage, Tunis.
J. Dupuy, Directeur Service sanitaire maritime, Pauillac (Gironde),
MF.
A. Le Dantec, ancien Médecin M, Profr Pathol, exotique, Fac.
Médecine, 89, cours Victor Hugo, Bordeaux, MiL
Ch. Nicolle, Directeur Institut Pasteur, Tunis.
J. B. Piot, Directeur Service vétérinaire des domaines de l’Etat, Le
Caire.
E. Primet, anc. Médecin inspecteur T C, 82, Avenue de Breteuil,
Paris, MF.
P. Remlinger, Médecin-major A T (h. c.), Directeur Institut Pasteur
de Tanger, rentré en France.
Edm. Sergent, Directeur Institut Pasteur d’Algérie, Mustapha-
Alger, M F.
Et. Sergent, de l’Institut Pasteur de Paris, Médecin de colonisation
(h. c.), chargé de mission en Algérie, 4, rue Michelet, Alger-Mus¬
tapha.
P. L. Simond, Médecin inspecteur T C, Directeur Service de Santé
de l’Indochine, à Hanoï, Tonkin, M F.
H. Soulié, Profr Faculté de Médecine, Université Alger.
A. Thiroux, Médecin-principal 2e Cl. T C, Prof1' Ecole d’application,
Marseille, M F.
Vaillard, MAM, Médecin inspecteur général A T, 2, rue Pierre-
Curie, Paris, Ve, M F.
J. J. Vassal, Médecin-major ire Cl. T C, Haïphong, Tonkin, rentré en
France.
b) Etrangers.
MM.
A. Agramonte, Profr Bactériologie Université La Havane, Cuba.
A. Bettencourt, Directeur Inst, bactériol. Camara Pestana, Lis¬
bonne.
Van Campenhout, anc. Directeur, Prof1' Ecole de .Médecine tropi¬
cale, 45, rue Marie-Thérèse, Bruxelles.
— VI
A. Castellani, Prof1' Maladies tropicales Université, Naples.
O. Cruz, Directeur Institut de Manguinhos, Rio-de-Janeiro.
Ch. Firket, Profr Fac. Médecine, 8, rue Sainte-Véronique, Liège.
C. Golgi, Profr Université, Pavie.
VV. C. Gorgas, Directeur Service de Santé, Ancon, Panama.
S. Kartulis, Hôpital gouvernement égyptien, Alexandrie, Egypte.
A. Kopke, Prof1' Ecole de Médecine tropicale, Lisbonne.
Sir William B. Leishman, Prof1' Royal Army Medical College, Gros-
venor Road, Londres, S. W.
A. I _,ooss, Profr Ecole de Médecine, Le Caire.
Nocht, Directeur Institut fuir Schiffs u. Tropenkrankheiten, Ham¬
bourg.
F. G. Novy, Prof1' Université du Michigan, Ann Arbor, Mich., Etats-
U nis.
G. H. F. Nuttall, Prof1' Université Cambridge, Longfield, Madin-
gley Road, Cambridge, Angleterre.
A. Salimbeni, Chef Service adjoint Institut Pasteur, Paris, MF.
K. Shiga, Profr Institut pour les mal. infect., Tokio, Japon.
A. Theiler, Chef du service vétérin. scientif., Pretoria, Transvaal.
J L. Todd, Prof1' Parasitologie Université Mc Gill, Macdonald Col¬
lege, Sainte-Anne-de-Bellevue, P. Q., Canada.
H. Ziemann, Médecin principal de la marine allemande, 82, Gothe-
trasse, Berlin-Charlottenbourg.
MEMBRES CORRESPONDANTS
a) Français.
MM.
J. Allain, Médecin-principal 2e Cl. T C, Chef du Service de Santé,
Brazzaville, Congo.
L. d’Anfreville, Médecin du Service de Santé au Maroc, 80, Bd de
Courcelles, Paris.
J. Arlo, Médecin-major 20 Cl. T C, Directeur laboratoire Kindiah,
Guinée française.
P. Aubert. Médecin-major ire Cl. T C, Directeur de l’Institut Pasteur
de Brazzaville, Congo français.
A. Auché, Pharmacien ire Cl. M, Laboratoire central de la Marine,
quai de Billy, Paris.
A. Bartet, Médecin ire Cl. M, Résident Hôpital maritime, Rochefort.
J. Bauche, Vétérinaire inspecteur des épizooties, Hué, Annam.
E. Bellet, Médecin ire Cl. M, Profr Ecole de Médecine navale, Bor¬
deaux.
G. Bellot, Médecin-général 2e Cl. M, Chef Service central de Santé,
Ministère de la Marine.
P. Noël Bernard, Médecin-major ire Cl. T C, 22e Infanterie colo¬
niale, Marseille.
L. Blaizot, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Tunis.
M. Blanchard, Médecin-major 2e Cl. T C, Ministère des Colonies,
Paris.
— VII
G. Blin, Médecin-major ire Cl.T C, en France. , . . . - ,
G. Bouet, Administrateur ire Cl. des Colonies, Inspecteur de l’Hy¬
giène en A. O. F., à Dakar.
G. Bouffard, Médecin-major ire Cl. T C, Profr Ecole d’application,
Marseille.
M. Bouilliez, Médecin-major 2e Cl. T C, Fort-Archambault, Terri¬
toire militaire du Tchad.
G. Bourret, Médecin-major 2e Cl. T C., Directeur Laboratoire Bac¬
tériologie, Hué, Annam, rentré en France.
L. Bréaudat, Pharmacien T C, attaché à l’Institut Pasteur de Saïgon,
Cochinchine, en congé en France.
V. Brochard, Médecin-major ire Cl. T C, en France.
Ch. Broquet, Médecin-major ire Cl. T C, ancien S. -Directeur Insti¬
tut Pasteur Saïgon, 22e Infanterie coloniale, Marseille.
J. A. Bussière, Médecin-major ire Cl. T C., Profr Ecole de Méde-,
cine, Tien tsin, Chine.
Cathoire, Médecin-major ire Cl. A T, Chef Labor. Hôpital milit.,
Toulouse.
L. Cazalbou, anc. Direct. Labor. Bactériologie de Ségou, A. O. F.,
Vétérinaire en ier, au 5oe d’Artillerie, Rennes.
H. Cazeneuve, Médecin ire Cl. M, sur le Magellan, Brest.-
A. Chopard, Médecin de la 2e division à la Société de Construction
des Chemins de fer Indochinois, Keror, La Ciotat, Bouches-du-
Rhône.
F. Clair, anc. Médecin sanitaire maritime, 6, avenue Daubigny, Paris,
XVIIe.
Clarenc, Président de la Société médicale, Port-Louis, Ile Maurice.
M. Cognacq, Directeur Ecole de Médecine de l’Indochine, Hanoï,
Tonkin.
L. Collin, Médecin major 2e Cl. T C, en France.
E. Conseil, Chef Bureau municipal Hygiène, 60, rue des Selliers,
Tunis.
L. Couvy, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire, Bassam,
Côte d’ivoire.
J. Crespin, Profr Hygiène Fac. Médecine, Médecin Hôpital M ustapha,
1, rue du Soudan, Alger.
Ch. Dassonville, Vétérinaire en ier, au 32e d’Artillerie, Orléans,
P. Delanoe, Médecin Assistance méd. indigène, Mazagan, Maroc.
Denier, Médecin ire Q. M, Sous-Directeur Institut Pasteur de Saïgon,
Cochinchine.
W. Dufougeré, Médecin-major 2e Cl. T C, Corps d’occupation çlu
Maroc.
R. Dumas, Médecin principal irft Cl. T C, Directeur Service de Santé,
Saïgon, Cochinchine.
Emily, Médecin principal 2e Cl. T C, Directeur Service de Santé, Gui¬
née française, M F.
H. Foley, Médecin-major ire Cl. A T (h. c.), attaché à l’Institut Pas¬
teur d’Algérie.
Fontoynont, Directeur Ecole de Médecine, Tananarive, Madagascar.
L. Gaide, Médecin principal 2e Cl. T C, Directeur Service de santé,
Hué, Annam.
VIII —
A. Gauducheau, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur de l’Institut
vaccinogène du Tonkin.
E. Gendre, anc. Médecin de l’Assistance médicale indigène en A. O.
F., Inspecteur de l’Assistance publique à Angers, 14, rue Voltaire.
V. Gillot, Médecin Hôpital Alger-Mustapha, 21, boulevard Victor-
Hugo, Alger.
P. Gouzien, Médecin principal ire Cl. T C, Directeur de l’Ecole
d’application, Marseille, MF.
De Goyon, Médecin-major 2e Cl. T C, en France.
H. Gros, ancien Médecin M., Médecin de colonisation, Rébeval,
département d’Alger, en disponibilité à St-Chartier, Indre.
F. Heckenroth, Médecin-major 2e Cl. T C, Laboratoire Bactériologie
de l’A. O. F., à Dakar, Sénégal.
G. Irr, Vétérinaire, 8, place de l’Opéra, Paris.
H. Jouveau-Dubreuil, Médecin-major 2e Cl. T C, en France.
J. Kérandel, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur Laboratoire Pnom-
penh, Cambodge, rentré en France.
A. Lafont, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur Laboratoire Bacté¬
riologie de FA. O. F., à Dakar, Sénégal.
A. Lamoureux, Médecin-major 2e Cl. T C, 5e Infanterie coloniale,
Lyon.
A. Lebœuf, Médecin-major 2e Cl. T C, 21e Infanterie coloniale.
J. Legendre, Médecin-major ire Cl. T C, chargé de mission antipa¬
ludique, Tananarive, Madagascar, rentré en France.
A. Leger, Médecin-major 2e Cl. T C, 22e Infanterie coloniale, Mar¬
seille.
M. Leger, Médecin-major ire Cl. T C, Profr adjoint Ecole d’applica¬
tion, Marseille.
Lemaire, Médecin Hôpitaux d’Alger, Chef de Laboratoire Institut
Pasteur d’Algérie, 7, rue Ledru-Rollin.
Le Roy des Barres, Professeur Ecolede Médecine, Directeur de l’Hô¬
pital indigène, Hanoï, Tonkin.
J. Maille, Médecin ire Cl. M, Directeur Lab. Bactériologie Hôpital
maritime, Cherbourg.
Manaud, Médecin-major 2e Cl. T C, Conseiller médical au Ministère
de l’Intérieur, Bangkok, Siam.
L. Manceaux, Médecin-major ireCl. AT, Directeur Laboratoire Bac-
tériol. VIe corps d’armée, Châlons sur-Marne.
G. Martin, Médecin-major ire Cl. T C, Prof.Ecole d’Application, Mar¬
seille.
C. Mathis, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur Lab. Bactériologie,
Hanoï, Tonkin, rentré en France.
J. Matignon, Médecin-major T C(h. c.), Chef de laboratoire Pathol,
exot. Fac. Médecine Bordeaux, et à Chàtel-Guyon (Puy-de-Dôme).
G. Merveilleux, Médecin-principal ire Cl. T C, Haïphong, Tonkin.
F. Monfort, Médecin-major 2e Cl. T C. Directeur Laboratoire
St-Louis, Sénégal.
R. Montel, ancien Médecin T C, Médecin de la municipalité, 48 ter,
rue Paul Blanchy, Saigon.
L. Nègre, Chef Laboratoire Inst. Pasteur d’Algérie, Alger.
Niclot, Médecin-principal 2e CFA T, Hôpital Villemanzy, Lyon.
Ch. Nicolas, à Bourail, Nouvelle-Calédonie.
F. Noc, Médecin-major ire Cl.T C, Hôpital Saigon, Cochinchine.
— IX
Ortholan, Médecin-major i*e Cl. T C, Directeur Service de Santé
Guyane.
G. Pécaud, Vétérinaire A, T (h. c.), Chef Service zootechnique du
Tchad, à Fort-Lamy.
A. Pressât, Médecin de la Cie de Suez, Port-Saïd, Egypte.
A. Raybaud, Médecin de la Santé, 3 a , rue Lafayette, Marseille.
Raynaud, Chef du Service sanitaire maritime, 7, place de la Républi¬
que, Alger.
J. Ringenbach, Médecin major 2e Cl. T C, Mission de délimitation
Afrique équatoriale franc. -Cameroun, Ministère des Colonies, Paris.
J. Roger, Vétérinaire en 2e, au 18e d’Artillerie, Toulon.
H. Rothamel, Médecin de l’Assistance de l’Indo-Chine, à Vinhlong,
Cochinchine.
Salvat, Directeur Institut Pasteur, Tananarive, Madagascar.
A. Sarrailhé, Médecin-major 2e Cl. T C, en France.
H. Schein, Vétérinaire, Inspecteur des Epizooties de l’Indochine,
attaché à l’Institut Pasteur de Nha-Trang, Annam.
F. Sorel, Médecin-major ie Cl. T C, 23e Infanterie coloniale, Paris.
L. Stévenel, Médecin-major 2e Cl. T C, en France.
Stini, à Larnaca, Chypre.
J. Th ézé, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire Cayenne,
Guyane.
R. Trautmann, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire
Bamako, Haut-Sénégal et Niger.
Troussaint, Médecin Inspecteur A T, Directeur du Service de santé,
Ministère de la Guerre, MF.
G. Vallet, Médecin-major ire Cl. A T, Chef du Laboratoire milit.
de Bactériologie, Montpellier.
b) Etrangers.
MM.
L. Audain, Directeur du Laboratoire, Port-au-Prince, Haïti.
E. E. Austen, Conservateur British Muséum of Nat. History, Crom¬
well Road, Londres, S. W.
A. G. Bagshawe, Directeur Tropical Diseâses Bureau , Impérial Ins-
titute, Londres, S. W.
A. Balfour, Directeur Wellcome Bureau of Scientific Research,
Londres, W., Woodcote, Churt, Surrev, Angleterre.
J. Bequaert, Chef de mission scientifique, Irumu, district de l’Irati,
Congo belge.
Vital Brazil, Directeur Institut sérothérapique de Butantan, Etat de
St-Paul, Brésil.
A. Breinl, Directeur Inst. Méd. tropicale, Townsville, Queensland,
Australie.
A. Broden, Directeur Ecole Méd. tropicale, Parc Duden, Forest-
Bruxelles.
Mamerto Cadiz, Profr Faculté Médecine et Directeur Institut d’Hy-
giène, Santiago, Chili.
J. Cantacuzène, anc. Directeur Santé publique, Profr Université, Buca¬
rest.
— X —
J. Cardamatis, Profr Mal. trop. Fac. Médecine, 26, rue Canaris, Athè¬
nes.
A. Carini, Directeur Institut Pasteur, Sao Paulo, Brésil.
C. Chagas, Chef de Service Institut O. Cruz, Manguinhos, Rio-de-
Janeiro.
A. J. Chalmers, Directeur Lab. Wellcome, Khartoum, Soudan.
M. Couto, Profr Fac. Médecine, Rio-de-Janeiro.
S. R. Christophers, Assistant, Central Research Institute, Kasauli,
Inde.
A. Ciuca, Chef des Travaux Ecole Vétérinaire, Bucarest.
C. W. Daniels, Lecturer London School of tropical Medicine et
London Hospital a. Medical College, 29, Harley Street, Lon¬
dres, W.
S. T. Darling, Chef Laboratoire Bureau sanitaire, Ancon, Panama.
W. H. Deaderick, Mariana, Arkansas, Etats-Unis.
C. Donovan, Profr Univ., Médecin Hôpital, Dunduan, Nugambakam,
Madras, Inde.
E. E scomel, Médecin de l’Asile Saint-Jean de Dieu, Arequipa, Pérou.
J. W. H. Eyre, Bactériologiste Guy’s Hospital, Londres, S. E.
H. B. Fantham, Parasitologiste Liverpool School of tropical Medicine.
S. Flexner, Directeur de l’Institut Rockefeller, New-York.
C. França, Naturaliste Muséum Bocage, Ecole Polytechnique Lis¬
bonne, à Collares. Portugal.
F. Fülleborn, Prof1' Institut fuir Schiffs u. Tropen-krankheiten, Ham¬
bourg.
U. Gabbi, Chef division tropicale Clinique médicale Université,
Rome.
C. M. Garcia, Médecin-inspecteur du Service contre la lièvre jaune,
La Vera-Cruz, Mexique.
L. Gedoelst, Profr Ecole Médecine vétérinaire, Cureghem-Bruxelles.
J. A. Gilruth, Gouverneur Territoire du Nord, Australie, à Dar¬
win.
O. Goebel, Médecin, Elisabethville, Congo belge, rentré en France.
E. D. W. Greig, Central Research Institute, Kasauli, Inde anglaise.
W. M. Haffkine, Laboratory Hospital Grounds, Bhawanipur, Cal¬
cutta.
M. Hartmann, Chef service protozool. Institut fiir Infektionskrank-
heiten, Berlin, N. 39.
S. P. James, Officier Service sanitaire Inde anglaise, à Simla.
S. Kanellis, 24, rue Pinacoton, Athènes.
G. W. Kiewiet de Jonge, Kramat, Weltewreden, Indes néerlandaises.
Allan Kinghorn, Mpika, Rhodesia septentrionale.
F. Kleine, Chef de la lutte contre la Maladie du Sommeil en Afrique
orientale allemande, Daressalam.
H. P. Lie, Chef du service de la Lèpre, Bergen, Norvège.
A. Lignos, Médecin Ile d’Hydra, Grèce.
A. Lindenberg, Médecin Service dermatologique Hôpital Santa-Casa,
S. Paulo, Brésil.
J. J. van Loghem, Directeur Inst. Hygiène tropicale, Tijdelijk Bureau,
Paviljoenstraat, 4, Amsterdam.
George C. Low, Lecturer, London School of tropical Medecine. King’s
College et West London Hospital, ô, Bentinck Street, Manchester
Square, Londres W.
XI —
A. Lutz, Chef de Service Institut O. Cruz, Manguinhos, Rio-de-
Janeiro.
J. Macdonald, La Clinica, 18, calle Guente, Huelva, Espagne.
F. Percival Mackie, du Service médical de l’Inde, 18, Canynge Square,
Clifton, Bristol, Angleterre.
E. Martini, Médecin principal delà Marine allemande, Wilhemshaven.
E. Marzinowsky, Médecin Hôpital Paul Ier, Moscou.
U. Mello, Agrégé Ecole vétérinaire, Turin.
C. M ense, Directeur d 'Archivfür Schiffs u. Tropenhygiene , 28, Phi-
losophenweg, Cassel, Allemagne.
L. E. Migone, Profr Faculté de Médecine, Assomption, Paraguay.
E. A. Minchin, Profr Protozoologie Univ. Londres, Lister Institute,
Londres, S. W.
R. E. Montgomery, Government veterinary bacteriologist, Nairobi,
British East Africa.
J. Moreira, Directeur Hospice national des aliénés, Rio-de-Janeiro.
C. S. Motas, Profr Ecole vétérinaire, Bucarest.
W. E. Musgrave, Biological Laboratory, Bureau of Science, Manille.
D. Nabarro, Childrens Hospital, Gt. Ormonde Street, Londres, W. C.
W. S. Patton, King Institute of préventive Medicine, Guindy, Ma¬
dras, Inde.
M. Piraja da Silva, Profr Fac. Médecine, Bahia, Brésil.
A. Plehn, Médecin Hôpital am U rban, 22, Kleiststrasse, Berlin W. 62.
S. von Prowazek, Chef service zoologique Institut fiir Schiffs u. Tro-
penkrankheiten, Hambourg.
Mme L. Rabinowitsch-Kempner, 58a, Postdamerstr., Gross-Lichter-
felde, W., Berlin.
Colonel F. Raymond, Chef du service vétér. civil du Bengale, Royal
Veterinary College, Calcutta.
J. Rodhain, Directeur du Laboratoire, Léopoldville, Congo belge.
E. Robledo, Manizales, Colombie.
Sir Leonard Rogers, Proff Medical College, Calcutta.
Ph. H. Ross, Government Bacteriologist, Nairobi, British East
Africa.
D. Roudsky, attaché à l’Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe.
R. Row, Greylands, 2 New Marine Lines, Fort, Bombay, Inde.
C. Savas, Profr Fac. Médecine, Athènes.
Scheube, ancien Profr Univ. Tokio, à Greiz, Allemagne.
C. Schilling, Chef de division Institut fiir Infecktionskrankheiten,
8, Platanen-Allee, Westend-Berlin.
A. Splendore, anc. Directeur Labor. Bactériologie Hôpital S. Joa-
quim, S. Paulo, Brésil, via Andrea Vesaleo, Rome.
J. W. W. Stephens, Professeur Liverpool School of tropical Medicine.
R. P. Strong, Profr Médecine tropicale, Univ. Harvard, Boston.
N. H. Swellengrebel, Zoologiste Institut Hygiène tropicale, 167,
P. C. Hoofstraat, Amsterdam.
Theobald, Wye Court, Wyc, Kent, Angleterre.
Wolferstan Thomas, Ecole Médecine tropicale, Manaos, Brésil.
Th. von Wasielewski, Chef de la division de Parasitologie, Institut
für Krebsforschung, Heidelberg.
Creighton Wellman, Profr Université Tulane, Nouvelle Orléans,
Louisiane, Etats-Unis.
— XII —
C. M. Wenyon, Directeur Recherches tropicales, Wellcome Bureau
of scientific Research, 7, Vallance Road, Alexandra Park, N.
W. L. Yakimoff, Chef de service Labor. bactér. Départ, vétér. de
l’Intérieur, Pétrograd, Sabalkansky, 83.
Zabolotny, Institut Médecine expérimentale, Pétrograd.
Zammit, Laboratory Public Health Departm., Malte.
Les Membres de la Société sont priés de vouloir bien informer les Secré¬
taires généraux des modifications dans leurs titres et fonctions et de leurs
changements d’adresse.
1
Huitième année
N° i.
I9-i5
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU l3 JANVIER I <J I 5 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Correspondance
M. Rodet, ne pouvant plus prendre part aux travaux de la
Société, adresse sa démission de membre correspondant.
Présentations
Le Secrétaire général signale, parmi les ouvrages reçus, les
Comptes rendus des travaux du troisième Congrès biennal de
la « Far Eastern Association of Tropical Medicine », tenu à
Saïgon en 1913 et auquel notre Société s’était fait représenter.
Ces Comptes rendus constituent un important volume illustré,
de plus de 55o pages, qui dénote l’activité particulière de la
jeune Association médicale, à son premier Congrès en territoire
français. Nous rappelons que ce Congrès était présidé par le
Médecin-inspecteur Glarac, un de nos membres fondateurs et
2 Bulletin de la Société de Pathologie Exotique
associés, et qu’un des secrétaires était le Dr Montel, membre
correspondant de notre Société. Les Comptes rendus’ ont été
publiés par M. Montel. Il nous les a envoyés dès leur appari¬
tion, comme il nous avait envoyé, dès la clôture du Congrès, un
résumé sommaire des travaux présentés (i). Nos remerciements
particuliers lui sont dus à ce double titre.
x- x
M. Roubaud. — J’ai l’honneur d’offrir à la Société le premier
fascicule des « Etudes sur la Faune parasitaire de l’Afrique occi¬
dentale française. »
Ce premier fascicule, consacré aux résultats scientifiques des
missions G. Bouet et E. Roubaud, en Afrique occidentale fran¬
çaise, a trait à l’histoire des Agents parasitaires producteurs de
Mgiases ou d1 affections similaires chez les animaux et chez
V homme, A l’ensemble des insectes producteurs de myiàses, au
sens strict, ont été rattachés certains autres parasites reliés aux
précédents par des affinités de biologie, d’histoire ou de rôle
pathogène, comme le ver des cases ou le ver de Guinée. Le but
cherché a été non seulement de mettre en lumière bien des
points obscurs de l’histoire de ces agents, mais aussi de faire
ressortir l’intérêt de cette histoire, tant au point de vue écono¬
mique que pratique, d’en souligner les lacunes afin de provo¬
quer les recherches et de mettre à la portée de tous les méthodes
propres, soit à combattre ces agents, soit à en faire progresser
l’étude.
Le premier chapitre a trait aux agents ordinaires des myiases
de plaies cutanées, larves de muscides ( Sarcophaga , W oh! far lia ,
Lucilia , Pgcnosoma , etc.) se développant d’une façon plus ou
moins spécifique dans les ulcères. Si certaines espèces ne repré¬
sentent que des parasites occasionnels de plaies souillées, d’au¬
tres, comme le Pgcnosoma Bezzianum , sont devenus des para¬
sites cutanés spécifiques, produisant des plaies graves sur le
gros bétail en Afrique occidentale.
Le chapitre II est consacré aux curieuses mouches callipho-
rines à larves suceuses de sang, qui constituent la petite tribu
spéciale des Auch méromyies. Ces larves ne sont point comme
les précédentes aptes à vivre à la température du corps des
mammifères. Mais elles présentent une adaptation tout à fait
(i) Voir ce Bulletin, t. VII, janvier 1914.
tl
Séance du i3 Janvier 191 5
3
particulière à la succion du sang-. Les unes sont des parasites
rigoureusement exclusifs de l'homme (ver des Cases) ; les autres
ne vivent qu’aux dépens de gros mammifères africains dépour¬
vus de poils, tels que les Oryctéropes et les Phacochères (vers des
Terriers). L’histoire détaillée de ces parasites, à l’état de larves
ou de mouches adultes, fait ressortir les caractères intéressants
de leur spécialisation parasitaire. Tout permet de prévoir, au
sujet de leur rôle pathogène encore imparfaitement défini, des
acquisitions prochaines en raison des progrès des connaissances
biologiques à leur sujet.
Le ver da Caÿor, agent typique de la myiase furonculeuse en
Afrique tropicale, fait l’objet du chapitre III. Très voisin des
précédents, ce parasite vit en parasite permanent dans des
cryptes cutanées intradermiques, véritables galles animales.
Les conditions encore obscures de son mode de développement
ont pu être précisées expérimentalement. Il infeste les hôtes par
la voie directe et présente des affinités particulières pour
l’homme et pour certains mammifères (chiens, petits rongeurs)
qui constituent les réservoirs naturels de l’espèce. Les données
biologiques nouvelles mises en évidence dans ce chapitre per¬
mettent de fixer les mesures pophylactiques contre ce ver qui
constitue dans beaucoup de régions de l’Afrique tropicale un
parasite gênant.
Les larves de mouches, vivant dans les cavités profondes du
corps, appartiennent pour la plupart à la famille des Œstrides.
Plusieurs chapitres sont consacrés aux divers types d’Œstrides
rencontrés en Afrique occidentale. Si leur rôle parasitaire chez
l’homme n'est point encore démontré dans nos colonies tropica¬
les comme en Algérie et en Europe, leur action pathogène s'exerce
parfois d’une façon redoutable sur les troupeaux. Ainsi, le ver
des moutons, larve de VŒstrus ovis, produit au Sénégal des
dégâts importants sur lesquels il y a lieu d’attirer l’attention.
Les Œstrides des grandes antilopes, des dromadaires, des élé¬
phants, etc., ont un intérêt plus strictement biologique, mais
leur étude n’est encore qu’effleurée et permet d’entrevoir une
ample moisson de données nouvelles.
Les figures et planches qui illustrent ces chapitres, ainsi que
l’exposé des méthodes de recherche et d’éducation de ces diffé¬
rents parasites contribueront sans doute à élargir notablement
le champ des investigations scientifiques à leur sujet.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Un chapitre spécial a été consacré à la curieuse affection
connue sous le nom de Larbish ou Œrbiss au Sénégal. Cette
affection, qui sévit pendant l’hivernage chez l’Européen comme
chez l’indigène, n’est point sans rappeler par ses caractères exté¬
rieurs la Myiase Rampante d’Europe. Toutefois aucun parasite
n’a pu être mis en évidence dans les sillons cutanés d’Œrbiss.
De nouvelles recherches s’imposent pour fixer la nature de l’af¬
fection.
Le dernier chapitre de l’ouvrage a été consacré au ver de
Guinée. Bien que zoologiquement ce parasite n’offre aucun rap¬
port avec les agents des Myiases, son étude vient clore d’une
manière naturelle cette série de parasites vermoïdes de la peau.
La nature de l’évolution des embryons chez les Cyclops, celle des
conditions saisonnières et climatériques favorisant la transmis¬
sion, la discussion des facteurs secondaires nécessaires qui
interviennent dans la diffusion géographique du ver, sont parti¬
culièrement envisagées. Ainsi peuvent être établies les bases
rationnelles de la prophylaxie de la dracunculose qui fait tant
de ravages en Afrique occidentale.
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i*
Allocution du Président
Mes chers Collègues,
Depuis plus de cinq mois la guerre ensanglante une grande
partie de l’Europe et la couvre de ruines ; guerre formidable par
les effectifs des armées en présence, par la perfection des
moyens de destruction employés, par le nombre des tués et des
blessés ; guerre horrible par les excès de toute sorte et les crimes
de lèse-humanité que nos adversaires commettent journelle¬
ment, en invoquant la nécessité de faire triompher, par tous
les moyens, la culture supérieure qu’ils prétendent représenter.
Si le philosophe Nietzsche était encore vivant, il serait satis¬
fait de ses compatriotes, lui qui, dans un de ses ouvrages,
célèbre, comme un surhomme, le barbare, l’homme de proie
auquel la destruction de tout ce qui appartient à son ennemi,
de ses monuments, de ses églises en particulier, cause une véri¬
table volupté ; Nietzsche applaudirait à la destruction métho¬
dique, en dehors de toute nécessité militaire, de Louvain, de
Malines, d’Ypres, d’Arras, de Reims, et des admirables monu¬
ments qui étaient la parure et qui faisaient l’orgueil de ces
malheureuses villes. Mais les théories de Nietzsche ont fait heu¬
reusement peu d’adeptes en dehors de rAllemagne, et nos adver¬
saires ont dû s’apercevoir que leur méthode de faire la guerre,
renouvelée d’Attila, au lieu de nous terroriser comme ils
l’avaient espéré, avait pour effet de soulever l'indignation et le
dégoût de tous les peuples civilisés.
Dans ces tristes jours, nous avons heureusement de grandes
consolations. La France ne se trouve plus seule, comme en 1870,
en présence de son redoutable adversaire. Le militarisme alle¬
mand avec son orgueil insensé, sa mégalomanie, son culte pour
la force brutale, son mépris pour les faibles, a fini par révolter
la conscience des peuples; lorsque la guerre, voulue par l’Em¬
pereur allemand, a éclaté, et que les armées allemandes ont, au
mépris des Traités, envahi le Luxembourg et la Belgique, Anglais,
Belges, Français, Japonais, Monténégrins, Busses et Serbes se sont
levés avec le même enthousiasme pour la défense du droit et
de la liberté ; la liste des coalisés n’est probablement pas close.
G
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les Colonies anglaises, l’Inde et le Canada en particulier, ont
fourni d’importants contingents à l’armée du maréchal French ;
les indigènes d’Algérie, de Tunisie, du Maroc et du Sénégal ont
donné un magnifique exemple de loyauté en s’enrôlant en
grand nombre sous nos drapeaux, sans écouter les appels à la
guerre sainte venus de Constantinople, à l’instigation des Alle¬
mands ; comme en 1870, nos régiments de tirailleurs algériens
se sont couverts de gloire.
Déjà les armées allemandes et austro-hongroises ont subi, sur
le front Est comme sur le front Ouest du vaste théâtre de la
guerre, de sanglantes défaites qui ont brisé leur offensive.
L’Allemagne comptait s’emparer, à la suite d’une courte guerre,
de quelques riches provinces de France et de notre Empire
colonial tout entier, y compris l’Algérie et le Maroc. Ces rêves
du pangermanisme ne sont pas en train de se réaliser ; c’est au
contraire l’Allemagne qui a perdu la plupart de ses colonies.
Grâce à la vaillance admirable de nos soldats et de nos Alliés,
nous pouvons envisager l’avenir avec confiance ; pour que les
nations puissent vivre libres et marcher avec sécurité dans la
voie du progrès, il faut que le militarisme allemand cesse d’être
une menace permanente ; la victoire appartiendra, cela n’est
pas douteux, à la Triple Entente qui lutte pour le droit et pour
la liberté.
★
La guerre a nécessairement apporté un grand trouble dans
l’organisation de notre Société ; beaucoup de nos Collègues ont
été mobilisés et sont trop absorbés par leurs fonctions aux
armées pour qu’ils puissent nous envoyer des travaux ; en rai¬
son du petit nombre des membres de la Société présents à
Paris, nous avons dû décider que les élections de fin d’année
seraient ajournées. Malgré ces circonstances défavorables, votre
Bureau a pensé que la Société 11e devait pas suspendre ses
séances, ce qui aurait entraîné l'interruption de la publication
de notre Bulletin; jusqu’ici une seule séance, celle du mois
d’octobre, a été supprimée, et je puis vous apporter cette
année, comme les années précédentes, à cette séance de jan¬
vier, un exposé des travaux de notre Société qui ne se ressent
pas trop des mauvaises conditions dans lesquelles nous nous
sommes trouvés depuis le mois d’août dernier.
Séance du i3 Janvier i 9 i 5
7
L’état delà Société, à ce jour, diffère très peu de l’état exis¬
tant l’an dernier à pareille époque, en raison de l’ajournement
des élections de fin d’année ; il se résume ainsi qu’il suit :
Membres honoraires . 20
Membres titulaires-honoraires . . . 19
Membres titulaires . 36
Associés français . 20
Associés étrangers . 20
Correspondants français . 90
Correspondants étrangers .... 86
291
MM. Sacquépée, Bridré, Lagane et Violle ont été nommés
membres titulaires; M. Bridré appartenait déjà à la Société
comme Correspondant.
Un Correspondant français a donné sa démission.
Nous avons eu le grand regret d’enregistrer la mort de M. le
D1’ Conor, Sous-Directeur de l'Institut Pasteur de Tunis ;
M. Conor avait publié déjà une série de travaux d’un grand
intérêt sur la pathologie tunisienne, et il était un des plus zélés
parmi nos Correspondants.
* +
La question de l’alcoolisme aux colonies a été posée de nou¬
veau devant la Société à propos d’une pétition des Européens
habitant le Gabon, signalant les effets désastreux de l’alcoolisme
sur la population indigène, el demandant au Parlement de pro¬
hiber l’usage de l’alcool au Gabon. Nous avons renouvelé le
vœu, que nous avions formulé déjà, sur la nécessité de prendre
des mesures rigoureuses pour mettre fin aux ravages que l’alcool
exerce parmi les indigènes dans nos colonies, principalement
dans certaines régions de l’Afrique équatoriale.
En réponse à ce vœu, M. le Gouverneur général de l’Afrique
équatoriale française nous a fait connaître les mesures qui
avaient été prises déjà et celles qu’il se proposait de prescrire
pour enrayer les progrès de l’alcoolisme.
Des considéradtions fiscales erronées interviennent malheureu¬
sement presque toujours aux Colonies, de même que des considé¬
rations électorales en France, pour entraver la lutte contre le
fléau de l’alcoolisme.
8
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Comme les années précédentes, ce sont les maladies produites
par des Protozoaires : paludisme, leishmanioses, trypanoso¬
miases, amibiase, qui ont donné lieu au plus grand nombre de
communications ; je me contenterai d’énumérer les titres des
notes ou mémoires qui me paraissent avoir le plus d’intérêt.
Paludisme : Le paludisme à Tananarive et la pisciculture en
rizière au point de vue prophylactique ; paludisme et culicides
au Petchili ; le paludisme dans le Haut-Sénégal et Niger ; épi¬
démie de paludisme dans la province de Sontay (Tonkin).
Leishmanioses : un troisième cas de kala-azar d’origine algé¬
rienne ; chronique du kala-azar en Tunisie ; la mortalité par
kala-azar à Hydra ; spécificité de la kératite observée chez les
chiens atteints de leishmaniose naturelle ; la leishmaniose
canine à Marseille ; la leishmaniose canine au Turkestan ; le
bouton d’Orient dans le Djerid, dans le Sud Marocain ; l’émé¬
tique dans le traitement de la leishmaniose cutanée et mu¬
queuse ; leishmaniose généralisée chez une souris produite par
la Leislimania tropica ; infections expérimentales de souris, d'un
meriones, d’un rat et d’un macaque par la L. tropica ; insecte
transmetteur et réservoir de virus du clou de Biskra ; longue
conservation de la virulence pour l’homme de la L . tropica en
cultures.
La toxoplasmose expérimentale a fait l’objet de deux commu¬
nications.
A propos des hématozoaires endocellulaires, il faut citer encore
des travaux sur la nature des corps de Grahcim-S mith , sur les
marginal points des hématies de mammifères et sur l’infection
des Mammifères par des flagellés d’invertébrés.
\d amibiase et son traitement par l’émétine ont été l'objet de
plusieurs comm unications.
Trypanosomiases : Les trypanosomiases dans la région du
Fort-Archambault ; existence de la maladie des Chagas dans
l’Etat de Sâo Paulo; des variations du pouvoir infectieux du
Trypanosoma dimorphon ; sur l’identification du virus d’un cas
de trypanosomiase humaine contractée au laboratoire ; sur le
Tr. rhodesiense et ses affinités avec le Tr. gambiense ; sur la
virulence des Tr. Lewisi et Tr. Duttoni pour quelques espèces
animales ; essais d’immunisation contre le nagana expérimen¬
tal des souris; l’immunité que confère souvent aux caprins une
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9
première atteinte de trypanosomiase peut-elle être transmise
héréditairement? ; expériences de transmission des trypanosomes
humains d’Afrique par les moustiques des habitations ( Stego -
myici fasciatà) ; le fonctionnement du service de prophylaxie à
Bouaké (Côte d’ivoire) à l’égard des trypanosomiases animales ;
traitement de la trypanosomiase humaine au Sénégal par le
ludyl et le galyl et résultats éloignés de ce traitement ; traite¬
ment du surra par les composés arsénicaux et arséno-argen-
tiques.; ambocepteurs et arsénobenzol ; contributions à l’étude
des trypanosomes des Oiseaux.
Parmi les maladies d’origine bactérienne, la lèpre et le choléra
ont été l’objet de communications importantes.
Lèpre : La lèpre en Nouvelle-Calédonie ; la lèpre dans le
cercle de Touba (Côte d'ivoire); prophylaxie de la lèpre, les
léproseries des îles Comores ; observations relatives au traite¬
ment de la lèpre; de l’ 11 ré th rite lépreuse.
Choléra : Notes sur le choléra à Constantinople et en Thrace
de 1910 à 191.3 ; rapport sur la lutte contre le choléra en Macé¬
doine pendant la guerre gréco-bulgare.
Plusieurs notes ont été consacrées à l’étude de la fièvre récur¬
rente et de V ulcère phagédènique tropical.
Helminthiase intestinale : Helminthiase intestinale à la Guade¬
loupe; parasitisme intestinal chez les Arabes du Tell algérien ;
les helminthes de l’éléphant d’Asie.
B il h eu ’ ziose : Les porteurs de bilharzies à la Guadeloupe ;
essais de transmission de la bilharziose.
Filarioses : Fréquence de Filaria Bancrofti chez des sujets de
la Guadeloupe ne présentant ni éléphantiasis ni accidents lym¬
phatiques \ la filariose dans les régions de la nouvelle frontière
Congo-Cameroun.
Mycoses : Actinomycose humaine au Pérou ; Bhizopus patho¬
gène pour l’homme ; les champignons des teignes à Alger.
Les travaux suivants qui 11e rentrent dans aucune des catégo¬
ries précédentes méritent aussi d’être cités : Exploration scien¬
tifique du Sahara Constantinois ; note surla géographie médicale
du Ouadaï ; hygiène des indigènes des îles Loyalty et aperçus
démographiques sur ces îles; documents d’un grand intérêt pour
l’étude de la pellagre recuei II is par M. le Dr Sambon au cours d’une
mission en Amérique ; sur une petite épidémie de béribéri à
Bokala (Congo belge) ; le fonctionnement du parc vaccinogène
10
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de Bouaké ; vaccine en Nouvelle-Calédonie et aux Loyalty ;
essais de destruction du Stauronotas maroccanus en Algérie au
moyen du Coccobacillus acridiorum ; les phlébotomes européens
et les phlébotomes algériens ; anatomie comparée de la tête et
de l’appareil venimeux chez les serpents ; sur l’absorption du
rayonnement solaire par la peau et son utilisation dans l’éco¬
nomie animale.
Cette simple énumération des principales communications qui
nous ont été faites en 1914 montre que, au cours de cette année,
l’activité scientifique de notre Société ne s’est pas ralentie et que
le tome Vil de notre Bulletin sera digne de ses aînés. Le nombre
toujours croissant des abonnements souscrits démontre d’ail¬
leurs que le public médical s'intéresse de plus en plus à nos
travaux.
Je prie de nouveau tous nos Collègues français ou étrangers de
ne pas oublier que la Société de pathologie exotique fonctionne
normalement, et de nous envoyer des travaux.
J’adresse des souhaits sincères à ceux de nos Collègues qui se
trouvent aux armées et je renouvelle à nos Collègues de Bel¬
gique l’expression de notre sympathie et de notre admiration
pour l’héroïsme avec lequel l’armée belge a lutté et lutte tou¬
jours contre l’envahisseur. Une pensée doit consoler nos voisins
et alliés dans leurs dures épreuves, c’est que, depuis cinq mois,
la grande Allemagne s’est couverte d’opprobre, tandis que la
petite Belgique se couvrait de gloire. L’Histoire a déjà enre¬
gistré les faits qui le démontrent et la Justice immanente est en
marche ( Applaudissements unanimes).
Séance du i3 Janvier 1915 H
• . ^ ' I
COMMUNICATIONS
Mycétome du poumon chez l'âne
Par E. PINOY et P. MASSON.
Au cours de recherches sur le cancer chez les animaux tués aux
abattoirs, Césari rencontra une tumeur du poumon chez l’âne.
Cette tumeur renfermai t des grains blancs bien visibles à l’œi l n u .
L'examen de la pièce confié à Masson montra qu’il s’agissait
de grains parasitaires entourés de nombreux leucocytes.
L’étude de ces grains fit voir que l’on se trouvait en présence
d’un mycétome absolument comparable aux mycétomes blancs
ou noirs que l’on observe chez l’homme et dus à des champi¬
gnons cloisonnés. Les grains sont constitués en effet par une
gangue amorphe dans laquelle la dissociation et les coupes met¬
tent en évidence les filaments d’un champignon présentant des
renflements terminaux ou intercalaires à paroi plus ou moins
épaissie.
Les grains, les morceaux de tissus prélevés aseptiquement, les
uns conservés dans la pipette même qui a servi à les recueillir,
les autres ensemencés sur gélose de Sabouraud, donnèrent des
cultures pures d’un champignon appartenant au stirpe de VAs-
pergillus nidalans Eidam.
Il est intéressant de retrouver dans ce mycétome à grains
blancs de l'âne le même parasite que celui que C11. Nicolle et
Pinoy avaient décrit dans un mycétome à grains blancs de
l’homme observé en Tunisie.
Le champignon provenant de la tumeur de l'âne ne diffère en
effet que par quelques caractères de V Aspergillus nidalans
Eidam var. Nicollei Pinoy, de même qu’il diffère très peu aussi
de Y Aspergillus nidalans Eidam. C’est un champignon identi¬
que à celui que Grijns (i) a décrit comme Aspergillus f ami g atus
avec forme ascosporée.
(1) Grijns. Die Ascusform des Aspèrgillus fumigatus. Centralbl. f. Bakt
//, t. XI, 1903.
12
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En effet, tandis que dans Y Asper g illas nidalans Eidam l'exis¬
tence de stérigmates secondaires est presque la règle, de là que
Beaucoup d'auteurs le placent dans le genre Sterigmatocystis
Cramer, ici, surtout dans les cultures sur carotte, il n’est pas
rare de voir des têtes fructifères sans stérigmates secondaires.
En outre la membrane brunit rapidement, les stérigmates
peuvent s’insérer un peu plus bas sur la tête, si bien que si on
n’examine par plusieurs cultures on peut faire la confusion
qu’a faite Grijns avec les formes conidiennes de Y Aspergillus
fumigatus. Les périthèces sont ceux de Y Aspergillus nidalans
comme dans le champignon de Grijns. Les ascospores ont les
mêmes dimensions que celles données par Grijns 4 [G i sur 4 {G
au lieu de 5 y sur 4 p- pour Y Aspergillus nidalans Eidam.
Ainsi Y Aspergillus nidalans Eidam paraît être une espèce
variable.
Nous y trouvons plusieurs formes résumées dans le tableau
suivant :
Stirpe Aspergillus nidulans Eidam 1883.
Tête conidienne glaucescente, parfois brunâtre, conique, de 12 a sur
10 |j., hérissée de stérigmates primaires partant eux-mêmes de sté¬
rigmates secondaires produisant chacun une chaînette de conidies
verdâtres de 3 g. Périthèces dans un nid d’hyphes renflées contenant
des asques à 8 spores. Ascospores brun-pourpre de 3 à 4 g, portant
une gouttière circulaire leur donnant l’aspect d’une lentille biconvexe.
Trouvé dans 2 cas d’otomycose chez l’homme par Siebenmann.
a) forme versicolor Mirsky.
Conidies plus grosses 3 g 5, pas de périthèces.
Trouvé dans des crachats chez l’homme.
b) forme Nicollei Pinoy.
Conidies de 2 à 3 a, périthèces stériles, caractères de culture diffé¬
rents.
Trouvé dans un mycétome chez l’homme.
c) forme Cesarii Pinoy.
Conidies 3 g, périthèces fertiles, ascospores 4 g 1 sur 4 g. Souvent
les stérigmates sont simples et s’insèrent plus bas sur la tête coni¬
dienne.
Trouvé dans un mycétome chez l’âne.
Les formes versicolor et Nicollei sont stables, elles ont pu être
conservées plusieurs années clans les collections de laboratoire
en conservant les mêmes caractères. Il faut attendre pour pou¬
voir en dire autant sur la forme Cesarii.
Nous donnerons ultérieurement une étude sur l'anatomie
pathologique des lésions et sur l’action du parasite chez les ani¬
maux de laboratoire.
Séance du i3 Janvier 1910
13
Mécanisme de la résistance des Batraciens
et des Serpents au virus rabique
Par Mmc Marie PHISALIX
Dans une récente communication (1), j'ai montré, par l'expé¬
rimentation directe sur un certain nombre de batraciens et de
reptiles, que ces animaux sont réfractaires à la rage expérimen¬
tale communiquée par le virus fixe : quelle que soit en effet la
voie par laquelle on l'introduit, il ne se développe pas dans ces
organismes. En particulier, les couleuvres qui reçoiventl’émulsion
rabique dans l’œil ou sous les méninges à travers la membrane
occipito-atloïdienne, ne se montrent pas différentes de celles aux¬
quelles on a injecté un même volume d’eau salée physiologique,
et continuent à vivre comme les témoins.
Les exceptions concernant la salamandre terrestre et la vipère
aspic ne sont qu’apparentes et tiennent à ce que, pour ces espèces,
leur propre substance nerveuse de même que celle du lapin,
constitue ou développe un poison dont ils meurent indépendam¬
ment de toute autre cause. Cette interprétation est justifiée par
le fait que la salive, vérifiée rabique, n’a aucun effet sur la sala¬
mandre et la vipère.
A quoi tient la résistance de ces vertébrés inférieurs au virus
rabique ?
Il convient d’abord de remarquer qu’elle est complètement
indépendante de leur basse température et de ses variations, car
si on maintient les sujets inoculés avec le virus rabique à la
température de 35° qui se rapproche de celle des Mammifères,
grenouilles, crapauds, salamandres, orvets, couleuvres et vipères
se comportent exactement comme les témoins et comme eux sor¬
tent vivants de l’épreuve.
C’est un fait qui avait déjà été établi par Babès, puis par
Remlinger pour la grenouille, que Hogyès pensait avoir rendue
rabique dans les mêmes conditions d’expérience.
Le tissu nerveux ou le sang des animaux réfractaires auraient-
ils des propriétés rabicides?
Pour s’en assurer on peut employer la technique suivante :
i° Pour le tissu nerveux.
14
Bulletin df, la Société de Pathologie exotique
On prélève aseptiquement l'encéphale du sujet réfractaire et on le broie
avec un égal volume de virus fixe, en émulsionnant avec une petite quan¬
tité d’eau distillée stérilisée. Le produit est maintenu pendant. 24 h.. à la
température de la glacière, puis passé dans un nouet de toile fine, et ino¬
culé aussitôt dans le cerveau ou sous la dure-mère des lapins après leur
trépanation.
2° Pour le sang.
On prélève aseptiquement le sang du sujet réfractaire; on en laisse
séparer le sérum à basse température; on recueille ce dernier, et s’il est
toxique pour le lapin, on le chauffe en pipette fermée, au bain-marie, à
la température de 58° maintenue pendant un quart d’heure.
On immerge dans le sérum un petit fragment de virus fixe, et on aban¬
donne le tout à la température de la glacière pendant 24 à 48 b., suivant
l’espèce qui a fourni le sérum. On enlève le sérum en excès, et on broie le
fragment en l’émulsionnant avec une petite quantité d’eau distillée stéri¬
lisée. On passe l’émulsion à travers un nouet de toile fine et on l’inocule
aussitôt aux lapins d’expérience après leur trépanation.
Dans toutes les expériences, c’est le virus fixe de l’Institut
Pasteur de Paris qui a été utilisé.
En ce qui concerne le tissu nerveux, Hemlinger a vu que les
lapins qui reçoivent le mélange virus fixe -b cerveau de tortue
maaritanique meurent avec un retard insignifiant sur les
témoins (2). De mon côté, j’ai observé que les lapins auxquels
on inocule le mélange virus fixe -j- cerveau de couleuvre ou de
vipère meurent du 11e au 12e jour, en même temps que les
témoins, avec celte particularité d’un raccourcissement notable
de la phase paralytique, phase qui a été réduite à quelques
heures.
La substance nerveuse normale qui, dans le cas des mammi¬
fères, se montre, d’après Babès, légèrement atténuante vis-à-vis
du virus rabique, n’a donc en ce qui concerne les reptiles (tortue,
couleuvre, vipère), aucune action rabicide, et ce n’est pas à elle
que ces animaux doivent leur immunité.
Il n’en est pas de même pour leur sérum. Mais dans les essais
que l’on pratique avec ce dernier une précaution s’impose, pré¬
caution nécessitée par le fait que le sang des vertébrés inférieurs
est fréquemment toxique pour les vertébrés supérieurs, surtout
quand il est directement porté sur les centres nerveux, très sen¬
sibles aux poisons : c’est ainsi que les lapins qui reçoivent sous
la dure mère le virus fixe ayant séjourné pendant 2.4 lu dans
le sérum normal de vipère ou de couleuvre, meurent constam¬
ment en moins de 36 b., bien que la quantité de sérum intro¬
duite avec l’émulsion rabique soit excessivement petite.
15
Séance du i3 Janvier i<ji5
Kemlinger a vu d’autre part que, si le virus rabique a séjourné
pendant le meme temps dans du sérum de tortue mauritanique,
les lapins qui reçoivent ce virus meurent quelques heures avant
les témoins.
Le sérum normal de tortue est donc moins toxique pour le
lapin que le sérum de serpent puisqu’il n’avance que de quel¬
ques heures la mort des sujets, et il n’a aucune action empê¬
chante.
11 n’en est plus tout à fait de même si ou chauffe le sérum
avant de le mettre en contact avec le virus fixe ; ce sérum
devient plus ou moins empêchant suivant l’espèce : c’est
ainsi que les lapins qui ont reçu le mélange virus fixe + sérum
chauffé de tortue mauritanique ne manifestent les premiers symp¬
tômes rabiques que vers le i3c jour, et meurent du 22 au 28°,
avec un retard manifeste sur les témoins. Gomme cette action
s’exerce d’une manière permanente dans l’organisme de la tortue
vivante, elle peut suffire à assurer à cet animal son immunité.
L’action empêchante du sérum est plus manifeste en ce qui
concerne la vipère et la couleuvre : les lapins qui reçoivent le
mélange virus fixe -f- sérum chauffé de vipère ou de couleuvre
résistent pendant un temps qui varie avec la durée du contact
des deux produits. Lorsque le contact n’a duré que 24 h., la
vitalité du virus est déjà fort amoindrie, mais non détruite, car
les lapins qui ont reçu ce virus ne manifestent les premiers
symptômes rabiques que vers le Ô2C jour après l’inoculation, et
meurent tardivement vers le 62e jour.
11 faut et il suffit de 27 h. de contact du virus avec le sérum
pour que la vitalité du premier soit complètement détruite,
c’est-à-dire pour que le mélange ne développe plus la rage chez
les animaux auxquels on l’inocule. Mais ceux-ci n’acquièrent
pas l'immunité, car éprouvés par injection inlra-cérébrale de
virus fixe normal au bout de 1 à 4 mois, ils sont morts dans le
même temps que les témoins, sans que des injections intravei¬
neuses de sérum chauffé aient pu enrayer la marche des symptô¬
mes rabiques lorsque ceux-ci étaient déclarés.
Le sérum des serpents, vipère aspic et couleuvres tropidonotes :
couleuvre à collier, couleuvre vipérine, est donc rabicide ; il
détruit in vitro le virus rabique ; et bien qu’il soit nécessaire,
pour mettre en évidence celle action, de détruire le pouvoir toxi¬
que du sérum par un chauffage approprié, il est vraisemblable
If) Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que vipères et couleuvres doivent leur immunité naturelle au
pouvoir rabicide de leur sang-.
Mais il ne semble pas en être de même pour la salamandre
terrestre ; ou du moins la démonstration expérimentale n’en
peut être faite qu’à demi, car le sérum normal de salamandre
déposé sur le cerveau est toxique pour le lapin, et le sérum
chauffé ne possède aucune propriété rabicide : les lapins qui
reçoivent sur la dure mère l’émulsion virus fixe -J- sérum chauffé
de salamandre meurent effectivement du ii° au 12e jour, en
même temps que les témoins.
Peut-être la salamandre doit-elle son immunité contre le virus
rabique à son venin cutané muqueux:, dont j’ai montré la pré¬
sence dans le sang et en outre les propriétés immunisantes contre
le virus rabique (3, 4)-
Quoi qu'il en soit, ces faits montrent que c’est par des méca¬
nismes différents que les Vertébrés inférieurs résistent au virus
rabique, propriétés rabicides plus ou moins marquées (mais ni
préventives ni curatives) du sérum chez les uns : Testudo mau-
ritanica , Tropidonotus natrix , T ropidonotus viper inus, Viper a
aspis...; propriétés vaccinantes, mais non rabicides de leur venin
chez les autres, comme S alamandra maculosa ; et que ces deux
mécanismes peuvent même se superposer et se renforcer comme
chez Vipera aspis, dont le venin possède également des pro¬
priétés vaccinantes contre le virus rabique.
BIBLIOGRAPHIE
(1) Mme Phisalix. — Action du virus rabique sur les Batraciens et les
Reptiles. G. R. Ac. des Sc., t. 1 58, p. 276, 1914.
(2) P. Remlingek. — La tortue terrestre est réfractaire à la rage. G. R.
Soc . de Biol, t. 1, 1905, p. 27.
(3) Mme Phisalix. — Recherches histologiques, embryologiques et phy¬
siologiques sur les glandes à venin de la Salamandre terrestre.
Thèse de Doct. en méd. , Paris 1900.
(4) Mme Phisalix. — Vaccination contre la rage expérimentale par le
venin muqueux des Batraciens puis par le venin de la Vipère
aspic. C. R. Ac. des Sc., t. 158, p, 111, 1914.
[Laboratoire d' Il erpétologie du Muséum d’ Histoire
Naturelle ).
Séance du i3 Janvier 19 15
17
Recherches sur la vaccination préventive
contre le choléra asiatique
Par A. T. SALIMBENI.
La valeur prophylactique des injections sous-cutanées de cul¬
tures pures de vibrions vivants ou morts, préconisée en vue de
mettre l’homme à l’abri du choléra, fut dès le début et pendant
longtemps vivement discutée.
Une expérience bien simple avait donné à Ferran l’idée de
tenter par ce moyen la vaccination de l’homme contre le cho¬
léra. En 1 885 en éludiant la maladie provoquée par l’injection
de vibrions vivants sous la peau des cobayes, Ferran avait
constaté que les animaux ayant résisté à l’inoculation d’une
dose non mortelle de vibrions, pouvaient, quelque temps après,
supporter très facilement une dose sûrement mortelle pour des
cobayes neufs de la même taille. Or il faut reconnaître que la
preuve expérimentale de la maladie vibrionienne et de la vacci¬
nation du cobaye se prêtait a priori à une critique bien facile,
car l’infection provoquée chez le cobaye par l’injection sous-
cutanée de vibrions, n’a aucune ressemblance avec le choléra
intestinal de l’homme.
A cette objection, formulée dès le début, suivirent bientôt
des faits expérimentaux, qui tous semblaient plaider contre l’ef¬
ficacité de ce mode de vaccination. Plusieurs auteurs démontrè¬
rent en effet que les cobayes fortement immunisés contre les
vibrions vivants ou morts, ne possédaient aucune immunité con¬
tre le poison cholérique. Dès lors, étant donné que le choléra
chez l’homme est surtout un empoisonnement dû aux produits
toxiques que les vibrions qui pullulent en grandes quantités
dans l’intestin lancent dans l’économie; et que, par conséquent,
seule l’immunité antitoxique semblait pouvoir mettre l’homme
à l’abri de la maladie, comment admettre, disait-on, qu’une ou
deux injections de vibrions sous la peau, puissent lui conférer
cette immunité qu’on n’arrive pas à obtenir chez les cobayes avec
de nombreuses injections pratiquées plusieurs mois de suite?
D’autre part, et ceci était encore plus grave, Zabolotny, dans
18
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ses recherches sur le spermophile (petit rongeur qui prend très
facilement le choléra intestinal), et Metciinikoff, dans ses expé¬
riences sur le choléra intestinal des jeunes lapins à la mamelle,
constatèrent que les injections sous-cutanées de vibrions vivants
ou morts n’empêchent pas les animaux de contracter la maladie
par ingestion.
A toutes ces objections et aux insuccès expérimentaux, Ferran
d’abord qui. en 1 885, avait vacciné en Espagne 5o.ooo personnes
exposées à la contagion, et plus tard Haffkine qui, dès 1894 à
iqo3, avait vacciné aux Indes plus de 200.000 individus, répon¬
daient par les résultats pratiques obtenus et ils affirmaient que
les personnes inoculées se trouvent à un degré considérable à
l’abri de l’infection naturelle du choléra.
Depuis, étant donné l’innocuité des injections vaccinales, qui
ne déterminent que des troubles légers et tout à fait passagers,
et faute de mieux, la vaccination anticholérique a été générale¬
ment appliquée partout où la maladie a fait son apparition.
Ayant eu à plusieurs reprises l’occasion de suivre les diffé¬
rentes épidémies de choléra qui se sont succédées en Europe
depuis 1906, je m’étais proposé d’apporter, si possible, une con¬
tribution à la connaissance de cette importante question, par
l’étude comparative du sérum des cholériques guéris et des
individus qui avaient été préventivement immunisés contre le
choléra.
Les cholériques guéris sont, sans aucun doute, pendant un
temps plus ou moins long immunisés contre le choléra, car si
l’on connaît des cas, toujours relativement assez rares, d’individus
ayant eu deux et même trois fois la maladie, à quelques années
de distance, on n’a pas, que je sache, enregistré de cas de per¬
sonnes ayant eu deux atteintes de choléra bien caractérisé au
cours de la même épidémie. L’étude comparative des propriétés
du sérum des individus immunisés par une attaque de la mala¬
die et des individus soumis à la vaccination préventive, pouvait
donc donner des indications précieuses sur la valeur de la vac¬
cination elle-même et la consolider, le cas échéant, par des faits
expérimentaux bien établis.
J’aurais voulu, avant de faire connaître les résultats de mes
observations, les compléter par une série d’expériences chez les
animaux; expériences qui, en raison des risques auxquels le sujet
est exposé, ne sont guère réalisables chez l’homme. Malheureuse-
Séance du i3 Janvier i 9 i 5
19
ment les expérimentateurs qui sont jusqu’à présent arrivés à
reproduire le choléra intestinal chez les animaux adultes, par
les conditions particulières dans lesquelles ils ont été obligés
de se placer, n’ont fait que réaliser des curiosités de laboratoire,
et une méthode permettant de donner à coup sur aux animaux
adultes (singes, lapins, cobayes), une maladie comparable au
choléra humain, reste, à mon avis, encore à trouver.
Mes recherches commencées à Pétrograd en 1908, continuées
avec du matériel provenant d’Italie ( rgio) et de Marseille (191 1),
ont porté sur les sérums de 27 cholériques guéris et de 3r indi¬
vidus préventivement vaccinés. Les sérums des cholériques
guéris ont été prélevés à différents moments pendant la maladie
et jusqu’au 88* jour après la disparition des symptômes mor¬
bides ; les sérums des individus vaccinés entre le 5e elle 221e jour
après la troisième injection de vaccin. «
Dans tous les cas que j’ai étudiés, les individus vaccinés
avaient reçu, à 5 jours d’intervalle, 3 injections successivement
de 1 cm3, 2 cm3 et 3 cm3 d’une émulsion dans l’eau physiologi¬
que de vibrions tués par un chauffage de r heure à 60 degrés. On
sait en effet que l’emploi de vibrions vivants (méthode primitive
de Ferran et méthode modifiée par FIaffkine) a été complètement
abandonné depuis que Gamaleia a montré que les vibrions tués
par la chaleur peuvent, comme les vibrions vivant, vacciner le
cobaye vis-à-vis de la péritonite vibrionienne.
C’est par la recherche et le dosage de l’antitoxine, de l’agglu¬
tinine et du pouvoir préventif vis-à-vis de la péritonite vibrio¬
nienne du cobaye, que j’ai tâché de mettre en valeur les diffé¬
rences ou les analogies existantes entre le sérum des cholériques
guéris et des vaccinés.
Je dirai de suite que, dans aucun de ces sérums, je n’ai jamais
trouvé la moindre trace d’antitoxine; or comme l’état réfractaire
d’un cholérique guéri entre le 5e et le 88e jour ne peut pas
être contesté, le résultat ci-dessus montre que V immunité chez
les cholériques guéris ne tient pus ci la présence cl antitoxine libre
dans le sang.
Pour ce qui concerne le pouvoir agglutinant et le pouvoir
préventif, voici ce que j’ai trouvé.
Les divers sérums (6 cas) prélevés à différents moments au
cours de la maladie et immédiatement après la disparition des
symptômes morbides, se sont toujours montrés complètement
20
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
inactifs, ce qui semble prouver que la guérison dans le choléra
peut se faire en dehors de toute formation d' anticorps libres dans
le sang .
Ce n’est en général qu’à partir du 6e, 8e et parfois 12e et
i5e jour après la guérison, que le sérum devient agglutinant à des
titres variables dans les différents cas. Il augmente dans la suite
pour atteindre son maximum entre la troisième et la quatrième
semaine de convalescence. Dans la plupart des cas que j’ai étudiés,
le titre agglutinant variait entre un minimum de i/i5o et un
maximum de i/45o de cm3 pour r/20 de culture de vibrions sur
gélose mis en suspension dans 1 cm3 d’eau physiologique stérile ;
et, dans les deux cas que j'ai pu suivre, il n’a pas sensiblement
baissé jusqu’à l’extrême limite de mes observations, 72e et
88e jour. Dans quatre cas, j’ai vu le titre agglutinant du sérum
continuer à augmenter même au delà de la cinquième semaine
et atteindre des chiffres particulièrement élevés (r/900, r/r200,
r/r700, r/25oo).
Une expérience fort intéressante de Violle, postérieure à mes
observations, peut, je pense, donner l’explication de ce fait qui
m’avait au moment même fort étonné.
En injectant directement le vibrion dans la vésicule biliaire
du lapin, VroLLE a vu que le sérum de cet animal, qui , ne pré¬
sente d’ailleurs aucun trouble grave à la suite de l'opération,
devient agglutinant à des titres extrêmement élevés (r/6000 et
jusqu’à r/roooo). Or, comme il a été constaté que le vibrion
peut, chez l’homme aussi, se localiser au niveau des voies biliaires,
il est vraisemblable d'admettre que le titre agglutinant excep¬
tionnellement élevé du sérum, qu’on constate chez certains cho¬
lériques guéris, tient à ce mode de persistance du vibrion dans
l’organisme humain.
De toute façon, dans la formation des anticorps chez les cholé¬
riques guéris, la gravité de l’attaque ne semble pas jouer un
rôle prépondérant ; il m’est arrivé souvent de constater une
grande quantité d’agglutinine et un fort pouvoir préventif dans
le sérum d individus qui avaient supporté des formes assez
légères de choléra, alors que le sérum d’individus ayant eu des
formes graves et très graves, était relativement peu actif.
Il faut donc admettre que, dans la formation des anticorps,
c'est le facteur individuel qui joue le rôle principal : l’étude du
sérum des individus vaccinés ne fait d ailleurs que confirmer
Séance du i 3 Janvier iqi5
21
cette hypothèse, car mes observations sur le sérum, de 3i indi¬
vidus soumis tous aux trois injections vaccinales, parfaitement
comparables comme quantité et absolument fixes comme acti¬
vité (étant donné qu’il s’agissait de microbes tués), montrent que
le pouvoir agglutinant peut dans les différents cas varier entre
un minimum de 1/260 et un maximum de r/85o.
Dans tous les vaccinés sans exception, j’ai trouvé le sérum
doué de propriétés agglutinantes à partir du cinquième jour
après la troisième injection. Le pouvoir agglutinant augmente
dans la suite pour atteindre son maximum entre le r2e et le
i5e jour. Il baisse plus lard, bien qu’assez lentement, à partir du
deuxième mois après la vaccination ; dans les 7 sérums que j’ai
pu me procurer pendant le quatrième mois, le pouvoir aggluti¬
nant variait entre un minimum de i/5o et un maximum de
1/225 : un sérum examiné au bout de 186 jours était encore actif
à i/75; un autre au bout de 204 jours était complètement inac¬
tif, et un dernier, 221 jours après, agglutinait encore à r/25o.
Dans tous les cas, soit chez les cholériques guéris, soit' chez les
vaccinés, le sérum doué de propriétés agglutinantes s’est montré
préventif vis-à-vis de la péritonite vibrionienne du cobaye. Tou¬
jours cependant, ces sérums étaient plus agglutinants in vitro
qu’ils n’étaient préventifs vis-à-vis de l’infection vibrionienne
du cobaye, ce qui veut dire en d’autres termes que le pouvoir
préventif n’est pas fonction exclusive du pouvoir agglutinant.
De l'ensemble de ces observations, une seule conclusion se
dégage d'une façon irréfutable : les moyens d' investigation dont
nous disposons ne permettent pas de mettre en valeur une diffé¬
rence substantielle entre le sérum des cholériques guéris et des per¬
sonnes vaccinées contre le choléra. Dans les deux cas, l’antitoxine
fait défaut, tandis qu’ils possèdent dans les différents cas des
propriétés aggluti liantes et ils sont préventifs à un titre plus ou
moins élevé et pendant un temps plus ou moins long.
Pourrions-nous aller plus loin et conclure, en tenant en même
temps compte des bons résultats pratiques obtenus partout où
la vaccination a été appliquée, que l’immunité anticholérique
est assurée par les anticorps bactériens plutôt que par l’immu¬
nité antitoxique? Cela paraît probable et au point de vue théo¬
rique on conçoit assez facilement que ces anticorps bactériens,
en s’opposant au développement du vibrion localisé au niveau
de la muqueuse intestinale, puissent par cela même empêcher
22
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’évolution de la maladie cholérique. Mais la preuve expérimen¬
tale à l’abri de toute critique ne pourra être établie que le jour
animaux, on aura prouvé que ceux d’entre eux qui auront résisté
à une attaque de choléra, ne seront pas activement immunisés
vis-à-vis d'une dose sûrement mortelle de toxine cholérique.
Infections expérimentales de la souris
par des cultures de la Leishmania tropica
Par Edm. SERGENT.
M. A. Laveran a montré en 1912 que l’inoculation de la Leish-
mania infant uni , agent du Kala-azar méditerranéen, ou bien de
la Leishmania donovani , agent du Kalà-azar indien, provoque
chez la souris une infection généralisée caractérisée par la pul¬
lulation des parasites dans la rate, dans le foie et dans la moelle
osseuse (1).
Partant de ce fait, M. A. Laveran s’est demandé (2) « si la
Leishmania tropica , agent du bouton d'Orient, qui, au point de
vue morphologique, ne peut pas être distinguée des Leishmania
infantum et Leishmania, donovani , avait chez les souris une action
comparable à celle de ces derniers parasites ».
R. Gonder (3) avait obtenu, par l’inoculation intra-péritonéale ou
intraveineuse, à des Souris, de cultures de la Leishmania tropica , des infec¬
tions généralisées accompagnées habituellement de lésions cutanées,
œdémateuses ou gangréneuses, siégeant aux parties les moins poilues du
corps (Virus de l’Institut Pasteur de Tunis).
R. Row (4) avait observé une infection généralisée, sans lésions cuta¬
nées, chez une Souris inoculée dans le péritoine avec des cultures de la
Leishmania tropica (Virus d’un bouton de Delhi).
A. Laveran a inoculé des cultures de la L. tropica (Virus de l’Institut
Pasteur de Tunis) dans le péritoine de 12 Souris blanches. Sur 8 males,
(1) A. Laveran. C. R. Acad, des Sciences , t. i54, 26 février 1912, p. 55g, et
Bull Soc. Path. exot. ., t. V, i3 novembre 1912. p. 71b.
Voir aussi W.-L. Yakimoff (et N. Kohl-Yakimoff. Rail. Soc. Path. exot., t. V,
avril et juin 1912, pp. 218 et 355.
(2) A. Laveran. C . R. Acad, des Sciences . t. 159, 5 octobre 1914, p. 53g, et
Bult. Soc. Path. exot ., t. Vit. 11 novembre 191^, p. 663.
(3) R. Gonder. Arch f. Sch. 11. Tropenhi/g , t. 17, igi3, pp 3g7-4o3.
(4) R. Row. Bull. Soc. Path. exot., t. VII. 8 avril igi4, p. 272,
Séance du i3 Janvier 1910
23
6 ont présenté une infection limitée aux testicules et des lésions cutanées
(escarres, plaques de gangrène), 2 ne se sont pas infectés. Sur 4 femelles,
1 seule s’infecte : infection générale et lésions cutanées. 11 semble donc
que « si la Leishmania infantum provoque des infections générales (rate,
foie, moelle osseuse) sans lésions cutanées, la L. tropica donne lieu à des
lésions qüi ont de la tendance à se localiser à la peau, comme le bouton
d’Orient, et sur les testicules chez la Souris ».
A la dernière séance de la Société, Ch. Nicolle et E. Chatton ont si¬
gnalé une constatation semblable, faite avec le même virus.
Nous apportons comme contribution à cette étude expérimen¬
tale les observations ci-dessous.
Nous avons inoculé, au début de 1914, dans les veines ou
dans le péritoine de six souris blanches, des cultures d’un q Leish¬
mania tropica que nous avions isolée d’un bouton d’Orient à
Biskra au mois d octobre iqi3.
Aucune de ces souris 11’a présenté de lésions cutanées. Elles
furent toutes sacrifiées après 4 mois ; cinq d'entre elles ont montré
une infection généralisée, constatée par l’examen microscopique
et par la culture en milieu NNN ; la dernière était indemne.
1° Une Souris blanche est inoculée le 18 février 1914 dans le péritoine
avec le contenu d’un tube de culture âgée de 18 jours (8e repiquage). Dès
le lendemain la sérosité péritonéale retirée par ponction ne montrait plus
trace de parasites. Des phagocytes contenaient des débris chromatiques.
La Souris ne présenta jamais rien d’anormal. Elle est sacrifiée le 20 juin
(au bout de 4 mois). Sa rate et son foie contiennent des parasites. Ceux-ci
sont surtout nombreux dans le foie (forte infection). Pas de lésions cuta¬
nées.
2o Une Souris blanche est inoculée le 18 février 1914 dans le péritoine
avec le contenu d'un tube d’une culture âgée de 18 jours (8e repiquage).
La Souris ne montre ensuite rien d’anormal. Elle est sacrifiée au bout de
4 mois (le 20 juin 1914). On trouve des parasites dans le foie et surtout
dans la rate (forte infection). Pas de lésions cutanées.
3° Une Souris blanche est inoculée le 21 février dans une veine de la
queue et dans le sinus caverneux (1) avec un tube d’une culture de
4 semaines (7e repiquage). La .Souris ne présente dans la suite rien
d’anormal. Elle est sacrifiée 4 mois plus tard (20 juin 1914). Sa rate et
son foie contiennent des parasites (infection faible). Pas de lésions cuta¬
nées.
4° et 5° Deux autres Souris inoculées et sacrifiées dans les mêmes condi¬
tions que la précédente fournissent les mêmes observations, avec la seule
différence que les parasites présents dans la rate (infection faible) sont
absents du foie. Pas de lésions cutanées.
6° Une autre souris (inoculée comme les trois dernières) ne s’est pas
infectée.
(1) Suivant la technique de Pettit. VoirC. R. Soc. Biol., t. LXXIV, 4 jan¬
vier 1918, p. 11.
24
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ainsi que l’écrivait A. Laveran (i). « les divergences qui exis¬
tent entre les résultats des différents observateurs peuvent s’ex¬
pliquer par des différences dans la technique des inoculations
ou dans l’activité des virus employés ».
A l’analyse, nous avons relevé les différences suivantes entre
les virus et les techniques employés :
D’abord la différence d'origine :
Virus de l’Institut Pasteur de Tunis.
Virus. du laboratoire F. 1). Petit de Bombay.
Virus de l'Institut Pasteur d’Algérie.
Il faut peut être tenir compte aussi du temps depuis lequel les
Leishmania utilisées sont entretenues en culture artificielle à
Pétat de Leptomonas.
A. Laveran et B. Gondkr se sont servis d’un virus de même origine
(Institut Pasteur de Tunis), mais A. Laveran expérimentait en 1914.
II. Gonder avant 1913, et les cultures de R. Gondkr avaient déjà subi
beaucoup de repiquages en Allemagne.
Le virus de R. Row provenait d’un bouton de Delhi.
Nous avions isolé le notre en octobre 1913 d’un clou de Biskra et avons
inoculé aux Souris en février 1914 des cultures des 7e et 8e repiquages.
Au point de vue de l’àge des cultures employées, nous notons
les remarques suivantes :
Les cultures qu’a utilisées A. Laveran étaient âgées de 4 semaines en
viron.
R. Gonder accordait plus d’attention aux formes culturales et à leur
nombre qu’à leur âge : il déclare que les infections étaient plus faciles
avec des formes flagellées eftilées qu’avec les formes rondes ou ovales
agglomérées. Ses cultures devaient donc avoir environ 2 semaines.
R Row dans son unique cas inocula des cultures de 4, de 6 et de
7 semaines.
Les nôtres avaient 18 jours dans deux cas, 4 semaines dans les trois
autres cas.
Enfin, il faut considérer l'intervalle de temps écoulé entre
l’époque de l’inoculation des cultures et le moment où l’on cons¬
tate l’infection ou les lésions de l'animal.
R. Gonder observe quelques cas d'infection du foie après 1 ou 2 mois,
ils sont plus nombreux au bout de 3 et 4 mois. Les lésions cutanées
apparaissent après 4 mois, et plusieurs fois elles se montrent après la
disparition des parasites du foie et de la rate
R. Row aya.nl inoculé sa Souris 3 jours de suite, puis, 2 mois plus tard,
la sacrifie 9 mois et 13 jours après la 1re inoculation. Pas de lésions cuta¬
nées. Infection générale.
Laveran fait de 5 à 7 inoculations à ses Souris, elles sont sacrifiées
(i) C. R. Acad, des Sciences , t. 169, 5 octobre 1914, p.542.
Séance du i3 Janvier 1916
25
(l’une meurt) de 4 à 6 mois après leur 1re inoculation. Lésions cutanées et
infection du testicule. 1 seule fois infection générale.
Nous avons sacrifié nos Souris 4 mois exactement après leur unique
inoculation. Pas de lésions cutanées Infections générales.
On pouvait penser, comme R. Gonder, que Pinoculation
intra-péritonéale ou intra-veineuse de la Leishmania tropica à
des souris provoque d'abord une infection générale , que cette
infection générale régresse ensuite dans les organes hématopoié¬
tiques pour se localiser dans des lésions cutanées , ou, comme
Laveran La montré, dans les testicules chez la souris. Mais
les résultats de R. Gonder, R. Row, A. Laveran et les nôtres
sont trop discordants pour que l’on puisse déjà en tirer une con
clusion. De nouvelles recherches sont nécessaires.
Celles que nous avions entreprises on l été interrompues parla
guerre.
Institut Pasteur d Algérie.
Quelques nouveaux cas de guérison
de Kala-Azar infantile observés à Hydra
Par Antoine LIGNOS.
La guérison du Kala-Azar infantile étant considérée
très rare, nous croyons intéressant de communiquer à la
quatre nouveaux cas de guérison constatés parmi les
atteints de cette maladie à Hydra pendant l’année 1912.
comme
Société
enfants
D Athanase Mahuounis. — Au mois de février 1912 cet enfant, à l’âge
de 13 mois, fut atteint de quelques accès de fièvre de courte durée surve¬
nant tous les deux ou trois jours. Le mois suivant, les accès étaient quo¬
tidiens et la rate augmenta de volume.
Au mois d’avril, la fièvre prit le type continu et l’enfant devint pâle;
la rate dépassait le rehord costal de quatre travers de doigt et l’examen
démontra l’existence de Leishmania.
Au mois de mai le petit malade fut amené à la campagne où il a
séjourné jusqu’au mois d’octobre. Les premiers mois de son séjour à la
campagne, la fièvre se déclarait par accès quotidiens, puis elle devint
plus rare et moins élevée, et, au mois d’octobre, lorsque l’enfant fut ramené
en ville, la fièvre avail cessé. Peu à peu l’enfant se remit et depuis long¬
temps déjà il jouit d'une santé parfaite.
2) Hélène Bibi. — Pendant le mois de février 1912, à l’âge de 2 ans et
3 mois, cette fillette présenta quelques accès fébriles d’une durée de 4 à
26
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
5 h., sépares par des intervalles d'apyrexie de deux ou trois jours. Plu-
sieurs examens, faits dans le but de trouver l’hématozoaire de Lave h an,
restèrent négatifs.
Les premiers jours de mars, elle fut, de nouveau, prise de fièvre qui
dura 5 jours. Après une a pyrexie de 16 jours la fièvre s’installa définiti¬
vement ; la température, sans jamais tomber à la normale, s’élevait une
fois par jour jusqu’à 39° et 40°. La rate commença à augmenter de volume
et les derniers jours de mars, elle dépassait le rebord costal de quatre
travers de doigt. Cependant le teint du visage était bien rosé et l’état
général des plus satisfaisants. Devant cet état douteux nous procédâmes
le 29 avril à l’examen du sang de la rate qui nous permit de constater la
présence des Leishmania.
A partir de mai, l’enfant commença à pâlir et à maigrir ; la rate aug¬
mentait de plus en plus de volume ; le foie, de son côté, commença à
grossir ef la fièvre continuait
En juillet, elle présenta, au visage quelques reflets noirs et en août,
elle était transformée en mulâtresse ; cette pigmentation noire persista
intense jusqu’à la fin de septembre.
En octobre, elle a eu quelques légères épistaxis. La rate remplissait la
moitié de l’abdomen et le foie dépasssait le rebord costal de quatre travers
de doigt. La fièvre, sans jamais manquer, était moins forte, et la pigmen¬
tation noire, de moins en moins intense, s’effaça à la fin du mois.
En novembre et en décembre, quelques forts accès de fièvre.
En janvier 1913, la fièvre persistait, mais elle était légère. Par contre,
la rate devint énorme et son pôle inférieur se perdait dans le bassin. Le
foie touchait à la crête iliaque droite. Malgré tout, l’état général était très
satisfaisant et la couleur du visage était si belle qu’on avait peine à
croire que cette enfant était malade et même atteinte d’une aussi grave
maladie
En février et mars, la fièvre persistait, mais elle ne dépassait pas 37°6,
le foie et la rate étaient toujours volumineux. La teinte du visage était du
plus beau rose; on aurait dit que la santé de cette enfant était parfaite.
En avril, la fièvre avait cessé complètement, la rate était à quatre tra¬
vers -de doigt du rebord costal et en mai à trois; le foie avait repris ses
dimensions normales.
En février 1914, la rate était encore perceptible à la palpation, mais
l’enfant était complètement guérie.
3) Nicolas Voulgaris. — Vers la fin du mois de mars 1912, cet enfant,
à l’âge de 20 mois, fut atteint de fièvre légère et irrégulière. Peu de jours
après, la rate affleurait le rebord costal.
A partir du 19 avril, la fièvre se régularisa ; elle se déclarait deux fois
par jour, à minuit et à midi ; elle montait aux environs de 40°, elle durait
6 à 6 h. et elle tombait, au milieu de sueurs profuses, sans cependant
atteindre la normale. Avec la répétition des accès, la rate augmentait
rapidement de volume et le 28 avril dépassait le rebord costal de cinq
travers de doigt Malgré cet état, l’enfant conservait une si bonne mine
qu'en le voyant on n’aurait pas cru qu’il était malade. Cependant une
ponction de la rate faite le 28 avril nous a permis de déceler les corps de
Leishman ; mais ces corps étaient tellement rares qu’on n’en rencontrait
que 1 sur 30 ou 40 champs.
Jusqu’à la fin de juin, les accès de fièvre, toujours forts, continuaient à
revenir régulièrement deux fois par jour et la rate augmenta encore de
Séance dit i3 Janvier i 9 t 5
27
volume au point de dépasser la ligne médiane et d’atteindre la symphyse
pubienne; l’enfant, déjà assez pâle et amaigri, présentait le cachet du
Kala-azar.
En juillet, la fièvre diminua d'intensité et les derniers jours du mois,
elle ne dépassait pas 37°3. En août elle était assez forte ; elle montait par¬
fois jusqu’à 40°, mais elle ne se déclarait que tous les trois jours ; elle a
continué la même marche en septembre et en octobre. Vers la fin d’oc¬
tobre, le foie avait déjà augmenté de volume et il dépassait le rebord
costal de trois travers de doigt ; l’abdomen était parcouru de veinules, et le
petit malade présentait de l’œdème généralisé et fort prononcé; l’examen
des urines n’a pas été fait; car l’enfant était atteint d’incontinence; de
plus un écoulement de l’oreille gauche fit éruption. Quant à la rate, elle
devint si énorme que son pôle inférieur ayant trouvé obstacle vers le bas,
se recourba et se dirigea vers la fosse iliaque droite.
Les premiers jours de novembre, l’état du malade était lamentable; on
n’attendait que l’issue fatale lorsque le 9 novembre l’enfant se mit à uri¬
ner si abondamment que, en 48 h., l’œdème disparut totalement et on ne
voyait alors qu’un squelette. A partir de ce jour, la fièvre se modéra.
En janvier 1913, elle persistait encore, mais toujours très légère; la
rate était à la symphyse pubienne ; le foie avait repris ses dimensions
normales, mais l’enfant présentait un aspect squelettique et il avait une
pâleur de cadavre.
En février la fièvre était insignifiante ; l’état de l’enfant s’était un peu
amélioré; la rate touchait encore à la symphyse pubienne et l’écoulement
d’oreille était toujours abondant et fétide.
En mai, il persistait encore un mouvement fébrile de quelques dixiè¬
mes ; la rate était toujours volumineuse, mais l’état général s’était beau¬
coup amélioré.
En juillet, plus de fièvre; l’enfant allait bien .
En janvier 1914, l’enfant était très bien portant, mais la rate restait
volumineuse.
4) Hamatis Ivalmoukis. — Chez cet enfant âgé de 23 mois, la maladie
a fait son invasion en octobre 1912 — alors que la santé était parfaite —
par une fièvre continue avec des exaspérations vespérales. Quelques jours
après le commencement de la fièvre, la rate était perceptible sous les
côtes à chaque inspiration, et, en novembre, elle les dépassait de quatre
travers de doigt; une ponction de cet organe nous démontra la présence
des \jenhmania .
La fièvre continua, tantôt forte, tantôt modérée, jusqu’au mois de mai
1913. En juin et les deux mois suivants, elle était modérée et de plus en
plus rare ; la rate, en ce mois, était à trois travers de doigt du rebord
costal. En septembre, la fièvre cessa complètement et l’enfant guérit.
Selon l’avis des auteiirs qui se sont occupés du Kala-azar de la
Méditerranée, la guérison de cette maladie est exceptionnelle.
D’après l’observation de tous les cas qui se sont présentés à Hydra
pendant les années 1910-1912, confirmés par l’examen microsco¬
pique, la guérison survient dans une proportion de 24 sur 100,
car: sur 6 cas de l'année 1910, nous avons constaté un cas de
guérison ; sur i3 de l’année 19 13, deux cas de guérison, et sur
28
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
io cas de l’année 1912, les quaire cas dont nous venons de
retracer l’hisloire.
Il ne paraît pas qu'à la guérison, aboutissent seulement les
cas légers et de courte durée, car le cas, de guérison de l’an¬
née 1910, le second cas de l’année 191 1 et le troisième de l’année
1912, étaient extrêmement graves, et tous nos autres cas de
guérison ont été d’une durée assez longue.
Essais de traitement des Infections expérimentales
à Trypanosoma gambiense et dimorphon avec
des « Suspensions huileuses d’ Arsenic
et d'Antimoine » (Métoléine)
Par P. AUBERT et M. MICHELE
'Noie préliminaire
Sous le nom de « Métoléine », MM. les Drs Deguy et
Lesure (i) ont préconisé en thérapeutique l’emploi d’un certain
nombre d’agents médicamenteux constitués par des « suspen¬
sions huileuses de métaux ou métalloïdes finement pulvérisés»
et susceptibles d’être introduits dans l’organisme par la voie
i ntra-muscu laire.
Nous devons à l’obligeance de M. Lesure, qui a bien voulu
nous adresser une certaine quantité de Métoléine à l’arsenic et à
l’antimoine, d’avoir pu étudier leur activité thérapeutique dans
les infections expérimentales à Tryp. gambiense et Tryp. dimor¬
phon chez le cobaye (2), ajoutant ainsi quelques faits à ceux
déjà acquis dans celte voie.
Malgré que nos expériences aient été limitées par les faibles
quantités de produits mis à notre disposition, nous croyons
cependant intéressant d’en signaler les résultats.
(1) Dr Deguy. Sur une nouvelle méthode de Thérapeutique. Bulletin géné¬
ral de Thérapeutique . Janvier 1914. n° l\, p. 96.
Lesure. Suspensions huileuses de corps simples (métaux ou métalloïdes)
pour in jections intraXmusculaires Journal de Pharmacie et de Chimie. Juin
1914, p. 537.
(2) La Métoléine arsenic renferme 8 0/0 d’aésenic; la Métoléine antimoine
Séance du i3 Janvier i <j 1 5
29
Expérience 1. — ■ Tryp. yambiense. Virus T. (1) /Métoléine Arsenic).
Les cobiyes 51, 52. 53, reçoivent dans le péritoine le 15 octobre, 1 cen¬
timètre cube de sang citrate du Cobaye 50. (Tryp. nombreux).
le 12 novembre le Cobaye 51 présente : Tryp. a. nombreux
— Cobaye 52 — : Tryp. rares
. — Cobaye 53 — : Tryp. non rares
Le Cobaye 52 est pris comme témoin.
Cobaye 51.
Le 12/11 à 8 h. Tryp. a. nombreux, Inject. intr. -musculaire de 1/10 cm3
Métol. As.
Le 12/11 à 14 h. Tryp. a nombreux.
Le 13/11 à 7 h. Tryp. a. nombreux. Inject. intr. -musculaire de 3/10 cm3
Métol. As.
Le 14/11 à 7 h. Tryp = OT.
Le 15, 16, 17. 18( 19, 20, 21. 22, 23, 24, 25. 26, 27, 28, 29, 30/11 ; le
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11 et 12 décembre — O. T.
Cobaye 53.
Le 12/11 à 9 h. Tryp. non rares. Inject. intr. -musculaire de 1/10 cm3
Métol. As.
Le 12/11 à 14 h. Tryp. non rares.
Le 13/11 à 7 h. Tryp. rares.
Le 13/11 à 14 h. Tryp. rares. Inject. intr. -musculaire de 3/10 cm3 de
Métol. As.
Le 14/11 à 7 h. Tryp. = OT.
Le 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23/11 = OT. Mort le 23 sans trypa¬
nosomes.
Cobaye 52 (Témoin). Le 12 décembre. Trypanosomes très-très nom¬
breux
Expérience IL — Tryp. dimorphon. Virus M. A. (2) (Métoléine Anti¬
moine).
Cobaye 55 (inoculé de cheval M. A. le 30 septembre 1914). Les Cobayes
56, 57, reçoivent le 3 novembre, dans le péritoine, 1 cm3 de sangcitraté de
Cobaye 55 (Tryp. nombreux).
le 11 novembre le Cobaye 55 présente : Tryp. très nombreux
— Cobaye 56 — : Tryp non rares
— Cobaye 57 — : Tryp. a. nombreux
Le Cobaye 56 est pris comme témoin.
Cobaye 55.
Le 12/11 à 10 h. Tryp. t. nombreux, tnject. intr. -musculaire de 2/10
Métol. Antimoine.
20 o/o d’antimoine. L’excipient huileux est composé de : Lainine anhydre,
ii g. y5 ; Huile de vaseline. 88 g*. 25.
(1) V irus T. Un Cercopithecus patas est inoculé le 7 avril 1914 avec 10 cm3 de
sang de malade trypanosomé T.; Tryp. a. nombreux le 21 avril. Le Patas
meurt le 24/7. Le Cobaye 5o est inoculé le 24/7 avec sang Patas: Tryp. nom¬
breux le i5/io.
(2) Virus M. A Cobaye 55 reçut ledo/p 10 cm3sangde cheval M A. suspect
de trypanosomiase; tryp. rares le 26/10.
30
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le 12/40 à 10 h. Tryp. t. nombreux.
Le 12/11 à 14 h. Tryp. nombreux.
Le 13/11 à 7 h. Tryp. nombreux.
Le 13/11 à 14 h. Tryp. nombreux, lnject. intr. -musculaire de 1/4 cm3
Métol. Antimoine. ,
Le 14/11 à 7 h. Tryp. a. nombreux.
Le 14/11 à 16 h. Tryp. rares.
Le 15/Tl à 14 h. Tryp. = OT.
Le 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30/1 1 ; le 1, 2,
3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11 et 12 décembre. Trypanos. = OT.
Cobaye 57.
Le 11/11 à 10 h. Tryp. a. nombreux, lnject. intr. -musculaire de 2/10 cm3
de Métol. Antimoine.
Le 12/11 à 10 h. Tryp. a. nombreux.
Le 12/11 à 14 h. Tryp.- a. nombreux.
Le 13/11 à 7 h. Tryp. a. nombreux.
Le 13/11 à 14 h. Tryp. a. nombreux, lnject. intr. musculaire de 1/4 cm3
Métol. Antimoine.
Le 14/11 à 7 h Tryp. non rares.
Le 14/11 à 16 h tryp. = OT.
Le 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30/11 ; le
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 1 1 et 12 décembre. Trypanos. = OT,
Le Cobaye (Témoin) meurt le 25 novembre. (Trypan. nombreux)
Survie == 22 jours.
Conclusions. — Dans les infections expérimentales à Trypa-
nosoma gambiense et dimorphon , chez le cobaye, les Métoléine
arsenic et antimoine ont montré une action trypanocide mani¬
feste.
' Les injections i ntra-musculaires de ces deux produits n’ont
déterminé chez l’animal aucune réaction au niveau de l’injec¬
tion.
Les fines particules du métalloïde injecté dans les tissus sont
phagocytées par les grands leucocytes mononucléaires; cette pha¬
gocytose ne commence à s’effectuer que quelques heures après
l’injection, vers la quatrième heure environ. Le produit injecté
est résorbé très lentement. Chez un cobaye traité, la presque
totalité de la dose d’arsenic injectée existait encore dans les
tissus 96 heures après l’injection.
Ces constatations, l’activité trypanocide des Métoléines arse¬
nic et antimoine, la lenteur avec laquelle ces produits sont
résorbés et conséquemment éliminés hors de l’organisme, per¬
mettent d’espérer qu’ils pourront être utilisés dans la thérapeu¬
tique de la trypanosomiase.
(. Institut Pasteur de Brazzauilte).
Séance du i3 Janvier i<ji5
31
Le dérivé O i du diaminoarsénobenzène dans
les trypanosomiases du chien et du cobaye
Par A. LA VER AN.
J’ai fait connaître l’an dernier (i) les résultats que nous avons
obtenus, M. Roudsky et moi, dans le traitement des souris attein¬
tes de différentes espèces de trypanosomiases expérimentales,
au moyen du dérivé Oi du diaminoarsénobenzène. Je puis
ajouter aux renseignements que j’ai déjà donnés les résultats
obtenus dans le traitement des chiens et des cobayes.
5 chiens infectés de Tr. congolense , de Tr. gambiense ou de 77*.
soudanense ont été traités par des injections intraveineuses du
Or aux doses de 2 à 3 cg. par kilogramme. De 3 chiens infec¬
tés avec le Tr. congolense , 2 ont guéri après avoir reçu 6 à 8
injections; le troisième chien a fini par succomber après une
survie prolongée; les 2 chiens notés comme guéris sont en très
bon état, 5 mois après ia disparition définitive des trypanoso¬
mes et la cessation de tout traitement. Les chiens infectés avec
le Tr. gambiense et le Tr. soudanense n’ont éprouvé que des
améliorations temporaires sous l’influence du traitement. Ils ont
fini par succomber.
Si les résultats n’ont pas été meilleurs chez les chiens, cela
tient peut-être à ce que, au début, j’ai employé des doses trop
faibles du médicament (2 cg par kilogramme alors que le chien
supporte bien 3 cg.)
Chez les cobayes, je 11’ai pas pu poursuivre les expériences
commencées à cause des accidents locaux, souvent graves, pro¬
voqués par les injections du médicament dans le tissu conjonctif
ou dans les muscles; à la suite de ces injections, j’ai vu surve¬
nir des œdèmes inflammatoires, avec de larges décollements de
la peau, et des gangrènes. J’ai pu faire cependant une observa¬
tion intéressante chez un cobaye inoculé le 23 avril r g r 4, à
l’hôpital Pasteur, sur singe, avec un Tr. gambiense réfractaire
à l’atoxyl, cobaye qui m’a été remis par notre collègue,
M. L. Martin. Le 21 juin, le cobaye qui pesait 570 gr. avait des
(1) Soc. de path. exotique, 8 juillet nji/f.
32 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
* N J
trypanosomes assez nombreux, une injection de 5 cg. de Oi les
fit disparaître en 24 heures ; 4 autres i njections de 4 à 5 cg. furent
faites et les trypanosomes 11e reparurent que le 17 août, c’est-à-
dire 67 jours après la première injection. Le cobaye mourut le
22 août, après avoir mis bas 5 petits morts.
Le Tr. gambiense résistant à l’atoxyl s’est montré en somme
aussi sensible au dérivé Or du diaminoarsénobenzène que le Tr.
gambiense conservé sur cobaye à mon laboratoire.
Sur l'action trypanocide in vivo
d’un dérivé (OKi) du diaminoarsénobenzène
Par F. MESNIL et F. MOTAIS
A la séance de juillet dernier de la Société ( r ), nous avons dit
incidemment que nous étudiions Faction, sur les infections
à trypanosomes, d’un dérivé du diaminoarsénobenzène préparé
au laboratoire de M. Fourneau, à l’Institut Pasteur, par
M. Œchslin qui Fa dénommé OKt (2). Ces expériences ont
malheureusement été interrompues le 1e1' août dernier. Nos
résultats sont très incomplets. Nous pensons qu’il y a néanmoins
quelque intérêt à les faire connaître.
Nous avons opéré sur deux échantillons de poudre jaunâtre
qui se conserve bien, sans changement appréciable, à Pair. Cette
poudre est très soluble dans l’eau distillée et la solution ne
s’altère pas vite ; les inoculations sous-cutanées de doses non
toxiques sont bien supportées.
A la dose de 1 cg., ce produit tue une souris neuve de 20 g.
• en 12 h. ; et, à la dose de o cg. 75 en 36 h. A la dose de o cg. 60,
il fait disparaître les trypan. d’une souris naganée fortement
infectée ; mais l’animal succombe intoxiqué. Une autre souris
naganée, qui a reçu o cg. 5o, a guéri et a survécu.
Nous avons choisi o cg. 3 comme dose thérapeutique pour
une souris de 20 g. A cette dose, nous avons guéri toutes les
(1) Voir ce Bulletin , t. VII, pp 5y5 et G18.
(2) L’étude chimique de ce. composé OKi, voisin de J’arsénophénylgdycine,
qui a été interrompue ces derniers mois, est poursuivie en ce moment par
M. Œchslin qui espère en faire connaître bientôt les résultats.
Séance du i3 Janvier kji 5
33
souris (3) naganées et les souris (G) infectées de 77*. gambiense
(origine G. y), sur lesquelles nous avons expérimenté.
Parallèlement, nous faisions agir l'arsénophénylglycine à cette
même dose ; les résultats ont été les mêmes.
Ces diverses souris ont été gardées assez longtemps pour que
nous puissions affirmer que la guérison était définitive. Tou¬
jours les trypan. étaient nombreux dans la circulation quand
nous intervenions ; la stérilisation du sang circulant était obte¬
nue avec OK, entre 18 et 3G h., souvent un peu moins vite
qu'avec l’arsénophénylglycine avec lequel le même résultat
a toujours été obtenu en 18 h.
Les trypanosomiases à marche aiguë des souris étant relative¬
ment faciles à guérir, nous avons comparé notre produit à l arsé-
nophénylglycine chez le rat , qui est, à notre avis, un animal de
choix pour Y étude de médicaments que l'on sait être actifs, car
l’infection y est plus difficile à vaincre que chez la souris. C'est
ainsi que Mesnil et Kérandel (i) n’ont guéri définitivement par
l'arsénophénylglycine que 3 rats sur 6 infectés de Tr. gam¬
biense.
Nous avons essayé, dans deux séries d’expériences, le pou¬
voir curatif comparé de OKx et de l’arsénophénylglycine sur les
infections à Tr. gambiense des rats adultes, qui tuent les témoins,
à la suite de l’inoculation intrapéritonéale, en 5 à 7 jours.
Chacun des médicaments était employé à la dose de o cg. 3 par
20 g. d’animal, c’est-à-dire à la même dose que chez la souris.
Dans la première série, qui a porté sur des rats un peu cachec¬
tiques, il s’est produit, les premiers jours qui ont suivi le trai¬
tement, quelques morts par intoxication ; les rats traités, qui
ont survécu à cette période, n'avaient pas rechuté au bout d’un
mois, au moment où on les a sacrifiés. 11 en a été de même de
tous les rats (sauf un) de la seconde série, qui ont été traités soit
par l’arsénophénvglycine, soit par OhC (le rat qui a succombé
était atteint d'anasarque) ; l’un des rats, traité par OKn a mené
à bien sa gestation et a donné naissance à 5 petits bien vivants.
Le laps de temps de 1 mois n’est pas suffisant pour affirmer
qu’il ne se serait pas produit quelques rechutes. Il permet au
moins d’affirmer que Olv, n’est pas inférieur à l’arsénophénylgly-
cine. Il lui est en tout cas supérieur par sa stabilité au contact
(1) Mesnil et Kérandel, ce Bull t. III, p. 782.
3
34 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de l’air. Seuls, les essais sur l’homme, en vue duquel il a été
préparé à la demande de notre collègue le Dr Aubert, directeur
de .L'Institut Pasteur de Brazzaville, diront s’il peut lui être
substitué.
Rappelons en terminant que OK4 s’est montré actif sur un
Tryp. rliodesiense , résistant à l’atoxyl (i).
U *.-: • ->*.. t ’ 1 ‘ , \ ■ . * j ' m ' . .t . v > ^ i
t <* ‘ t ■ ■ • : • a . i • . ri . • *
Sur un essai d'élevage de Glossines
dans les laboratoires d’Europe
Par E. ROUBAUD.
En fin décembre 19 1 3, rentrant d’une mission scientifique au
Sénégal, j’ai ramené avec moi une vingtaine de pupes vivantes
de glossines appartenant aux deux espèces GL palpalis et Gl. mor-
sitans. Les grands froids, supportés par ces pupes au cours d’une
traversée d’hiver, ont provoque la mort des plus âgées d’entre
elles. Cependant les plus récemment formées ont pu résister d’une
façon suffisante et ont donné naissance, dans le laboratoire, à
l’Institut Pasteur, à un certain nombre de glossines adultes.
Ces mouches ont été, à ma connaissance, les premières du genre
introduites en Europe. Placées en étuve de Roux à une moyenne
thermique de 24-^5° C et nourries tous les jours sur cobaye ou
sur lapin, elles ont pu vivre et se reproduire d’une manière
satisfaisante.
Les pupes de Gl. palpalis, qui étaient originaires de la région
de Sangalkam près de Rufisque, 11’ont produit que deux indi¬
vidus mâles. Ces mouches, de petite taille, mais bien consti¬
tuées, ont survécu du 17 janvier au 26 février, mais l’absence de
femelles ne m’a pas permis de conserver l’élevage qui se faisait
normalement au voisinage d’une nappe d’eau.
Les pupes de Gl. morsitans provenaient des confins de la
Gambie anglaise, dans le Bas-Saloum. Elles ont donné naissance
à deux mâles et à six femelles. Sur ce nombre une seu le (9 A)
a pu fournir une descendance réduite de quatre pupes. Elle a
constitué la souche d’un élevage qui, maintenu à 24-25°, pour
(1) V. ce Bull., t. VII, p. O18.
Séance du i3 Janvier hji5
5o à 55 o/o d’humidité moyenne,
après une année, dure encore. Les
chiffres du tableau ci-contre donne¬
ront une idée du cycle biologique de
différentes femelles et de leurs capa¬
cités reproductrices.
Comme on le voit la succession des
pontes se produit à intervalles régu¬
liers, sensiblement tous les io à 11
Î jours à 24° C, quels que soient les
individus.
Nous ferons remarquer la longévité
particulière de la mouche B, qui a
atteint 5 mois 1/2 en donnant i5 pu-
pes. Cette productivité est à opposer
à une stérilité complète observée chez
les mouches C et E qui ont vécu, la
première du 7 avril au 3o mai sans
donner aucun produit, la seconde du
8 juin au ier juillet. A l’autopsie, la
femelle C n’a montré que des ovaires
peu développés, quoiqu’elle fût fé¬
condée.
» . .
La proportion des mâles et des
femelles paraît s’équivaloir. Signa¬
lons la durée de pupation générale¬
ment plus grande des mâles qui éclo¬
sent de 5 à 8 jours plus tard que les
femelles.
A ce propos, je parlerai de l’éclo¬
sion précoce d’un mâle que j’ai porté
chez M. le Dl> Comandon, à Vincennes,
et qui est éclos avorté avant terme,
le 12 juin. Chose curieuse, ce mâle
avorté, né avant terme, a pu vivre
9 jours sans s’alimenter : il a pris son
premier repas le 22 et s’est ensuite
nourri régulièrement jusqu’à sa mort
(3o juin).
36
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le tableau suivant donne quelques indications sur la durée
de la nymphose :
Les descendants de cet élevage de glossines issu d’une femelle
unique n’atteignent après une année entière qu'au chiffre actuel
de 20 mouches. Mais des pertes élevées et accidentelles se sont
produites en août et septembre derniers, par suite des pertur¬
bations imposées au service par la mobilisation. Il apparaît
cependant que le maintien prolongé et la multiplication des
glossines dans les laboratoires d’Europe sont possibles, dans des
conditions permettant des expériences prolongées. Les seules
précautions à prendre consistent, si l’on opère en étuve res¬
treinte, à adopter un dispositif permettant le renouvellement et
la circulation de l’air à l’intérieur. En atmosphère confinée,
l’éclosion des pupes s’effectue mal et le développement des ailes
des jeunes mouches est suspendu. Il convient d’éviter de plus,
pour G. morsitans , mouche xérophile , un degré hygrométrique
supérieur à 60 o/o.
Dans le courant de juin, quelques-unes de nos mouches ont
été soumises en serre froide à une exposition d’insectes vivants,
au Jardin d’Acclimatation de Paris. Elles s’y sont maintenues
normalement à des températures variant de io° à 27°C, pendant
plus d’une semaine. La survie des glossines, en France, pendant
les mois d’été, nous apparaît donc comme possible aux condi¬
tions habituelles de la température. Toutefois l’expérience que
nous avons faite de leur faible résistance au froid lors de l'in¬
troduction de nos pupes en Europe ne nous permet pas de sup¬
poser que ces mouches puissent jamais s’acclimater et se main¬
tenir dans nos régions d’une façon durable, dans les conditions
naturelles.
Séance du i3 Janvier 1910
37
Mémoire
Action comparée, in vivo, chez le rat blanc,
de Tatoxyl, du salvarsan, du néosalvarsan,
du galyl et du ludyl sur
Tr. gambiense et T r . rhodesiense
Par A. LA FONT et Y. DUPONT.
Nous nous sommes proposé de comparer Faction de l’atoxyl,
du salvarsan, du néosalvarsan, du galyl et du ludyl sur Tr. gam¬
biense et Tr. rhodesiense évoluant in vivo.
Gomme animal d’expérience, nous avons choisi le rat blanc.
Les virus infectants nous ont été apportés de Paris par Roubaud.
Ce sont : i° pour Tr. gambiense , le virus G. y de Mesnil ; 20 pour
Tr. rhodesiense , un virus provenant aussi du laboratoire de
M. F. Mesnil (virus A, première origine isolée en Europe).
Nos expériences ont porté sur un total de ii5 rats, dont
69 rats infectés par Tr. gambiense et 4b par Tr. rhodesiense.
Le protocole suivi dans nos expériences était le suivant : les
animaux étaient inoculés par séries de 5 ou 6, avec une même
dose d’un même virus (dilution dans l’eau citratée de sang de
rat infecté à trypanosomes très nombreux). On injectait les corps
arsenicaux dès que les parasites apparaissaient très nombreux
dans le sang. Les solutions médicamenteuses étaient faites dans
l’eau distillée additionnée de la quantité de soude ou de carbo¬
nate de soude nécessaire pour amener la dissolution parfaite. Le
titre des solutions injectées variait suivant les doses; il était
calculé de façon que l’animal reçoive un volume de liquide
variant de o cm3 5 à 2 cm3 3 en injection sous-cutanée.
Les résultats obtenus sont résumés ci-après :
38
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Expérience T. — Bats témoins infectés par Tr. gambiense
Moyenne 10 jours environ.
Gomme on le voit, les virus utilisés, rhodesiense aussi bien que
gambiense, étaient des plus actifs, et leur action assez régulière-
En règle absolue, dès que les parasites apparaissaient dans le
sang, leur nombre augmentait régulièrement jusqu’à la pullula¬
tion, précédant la mort. Jamais nous n’avons vu, avec ces virus,
dévolution cyclique, c'est-à-dire les trypanosomes disparaître
par intermittence de la circulation.
Expérience II. — Action de l'atoxyl sur les rats infectés far Tr. gam-
biense.
Poids du rat, 14 g. Quantité d’atoxyl injectée le 7e jour 4 mg. (3 cg.par
kg) (1). Le nombre des parasites diminue le lendemain et le surlende-
(i) Dans celte expérience comme dans les suivantes, la dose en centigram¬
mes par kg. d’animal est donnée entre parenthèses à la suite de la dose
absolue.
Séance du i3 Janvier 1915 39
main de l’injection pour s’accroître ensuite jusqu’à la pullulation. Mort le
14e jour.
Poids du rat, 175 g. Quantité d’atoxyl injectée le Ce jour, 10 mg. 5 (6 cg.).
Disparition des parasites; rechute le 11e jour. Mort le 18e jour.
Poids du rat, 100 g. Quantité d’atoxyl injectée le 7e jour, 12 mg
(12 cg.). Disparition des parasites; rechute le 1 8e jour. Mort le 21e jour.
Poids du rat, 95 g. Quantité d’atoxyl injectée le 6e jour, 17 mg.'(18 cg.).
Disparition des parasites ; suivi 81 jours, n’a plus présenté de parasites.
Guérison.
Expérience II bis. — Action de l'atoxyl sur les rats infectés par Th. rho-
desiense.
Poids du rat, 125 g. Quantité d’atoxyl injectée le 6e jour, 3 mg. 7 (3 cg.
par kg). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 13e jour.
Poids du rat, 110 g. Quantité d’atoxyl injectée le 6e jour, 6 mg. 5 (Ocg.).
Le nombre des parasites diminue le lendemain pour s’accroître ensuite
jusqu’à la pullulation. Mort le 16e jour.
Poids du rat, 70 g. Quantité d’atoxyl injectée le 4e jour, 7 mg. (10 cg.).
Disparition des parasites ; rechute le 11e jour. Mort le 17e jour.
Poids du rat, 120g. Quantité d’atoxyl injectée le 5ejour,15mg. (12cg. 5).
Disparition des parasites ; rechute le 21e jour. Mort le 33” jour.
Poids durât, 80 g. Quantité d’atoxyl injectée le 5e jour, 12 mg.(15 cg ).
Disparition des parasites; rechute le 11e jour. Mort le 18e jour.
Poids du rat, 100 g. Quantité d’atoxyl injectée le 6e jour, 20 mg. (20cg.).
Disparition des parasites ; rechute le 25e jour. Mort le 32e jour.
Expérience III. — Action du salvarsan sur les rats infectés par Tr. gam-
biense.
Poids du rat, 90 g. Quantité de salvarsan injectée le 6e jour, 0 mg. 45
(= 0 cg. 5 par kg.). Disparition des parasites ; rechute le 22« jour.
Mort le 30e jour.
Poids du rat, 95 g. Quantité de salvarsan injectée le 7e jour, 0 mg. 7
(=: 0 cg 75). Disparition des parasites; rechute le 47e jour. Mort le
52e jour.
Poids du rat, 160 g. Quantité de salvarsan injectée le 7e jour, 1 mg. 6
(— 1 cg.) Disparition des parasites ; suivi 80 jours sans parasites. Gué¬
rison .
Poids du rat, 180 g. Quantité de salvarsan injectée le 6e jour, 2 mg. 7
(= 1 cg. 5). Disparition des parasites ; suivi 80 jours sans parasites. Gué¬
rison .
Poids du rat, 150 g. Quantité de salvarsan injectée le 7e jour, 3 mg.
(= 2 cg.). Disparition des parasites ; suivi 80 jours sans parasites. Gué¬
rison.
Expérience III bis. — Action du salvarsan sur les rats infectés par Tr.
rhodesiense.
. Poids du rat, 180 g. Quantité de salvarsan injectée le 7e jour, 0 mg. 27
(= 0 cg. 15 par kg.) Les parasites continuent à pulluler. Mort le 18e jour.
Poids du rat, 110 g. Quantité de salvarsan injectée le 5e jour, 0 mg. 3
40
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
(— 0 cg.25). Diminution passagère des parasites ; puis, rapidement, pullu¬
lation. Mort le 17e jour.
Poids du rat, 80 g. Quantité de salvarsan injectée le 7° jour, 0 mg. 4
(= 0 cg. 50). Disparition des parasites ; rechute le 15e jour. Mort le
20e jour.
Poids du rat, MO g. Quantité de salvarsan injectée le 7e jour, 0 mg. 8
(= 0 cg. 75). Disparition des parasites; rechute le 38e jour. Mort le
45e jour.
Poids du rat, 100 g.* Quantité de* salvarsan injectée le 6e jour, I mg.
(= 1 cg.). Disparition des parasites ; rechute le 17e jour. Mort le 24e jour.
Poids du rat, 115 g. Quantité de salvarsan injectée le 8e jour, 1 mg.7
(= 1 cg. 5). Disparition des parasites ; suivi 80 jours sans parasites.
Guérison.
Poids du rat, 95 g. Quantité de salvarsan injectée le 5e jour, 1 mg. 9
2 cg.). Disparition des parasites ; suivi 80 jours sans parasites. Gué¬
rison.
Expérience IV. — Action du néo-salvarsan sur les rats infectés par Tr.
gambiense.
Poids du rat, 125 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 7e jour,
0 mg.6 (= 0 cg. 5 par kg.). Disparition des parasites ; rechute le 13e jour.
Mort le 20 jour.
Poids du rat, 85 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 6e jour,
0 mg. 65 (=0 cg. 75). Disparition des parasites ; rechute le 18e jour. Mort
le 23e jour.
Poids du rat, 160 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 7° jour,
1 mg 6 (= 1 cg.). Disparition des parasites ; rechute le 45e jour. Mort
le 5e jour.
Poids du rat, 115 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 6e jour,
1 mg. 7 (= 1 cg 5). Disparition des parasites ; suivi 80 jours sans para¬
sites. Guérison.
Poids du rat, 100 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 7e jour, 2 mg.
(= 2 cg.). Disparition des parasites ; suivi 80 jours sans parasites. Gué¬
rison.
Expérience IV bis. — Action du néo-salvarsan sur les rats infectés 'par Tr.
rhodesiense.
Poids du rat, 90 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 5e jour,
0 mg. 225 (— Ocg. 25 par kg.). Les parasites continuent à pulluler. Mort le
1 3e jour.
Poids du rat, 90g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 6e jour, 0 mg 45
(— 0 cg. 50). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 16e jour.
Poids du rat, 125 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 6e jour,
0 mg. 95 (— 0 cg.75). Disparition des parasites ; rechute le 23e jour. Mort
le 31e jour.
Poids du rat, 75 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 6e jour,
0 mg. 75 (= 1 cg.). Disparition des parasites; rechute le 28° jour. Mort le
38e jour.
Poids du rat, 130 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 7e jour,
1 mg. 9 (= 1 cg. 5). Disparition des parasites; suivi 80 jours sans para¬
sites. Guérison,
Séance du i3 Janvier r 9 i 5
41
Poids du rat, 90 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 4e jour, 1 mg.8
(= 2cg.j. Disparition des parasites ; suivi 80 jours sans parasites. Gué¬
rison.
Expérience V. — Action du galyl sur les rats infectés par Tr. gam-
biense.
Poids du rat, 125 g. Quantité du galy 1 injectée le 5e jour, 0 mg. 6
(= 0 cg. 5 par kg.). Disparition des parasites. Rechute le 24e jour. Mort
le 30* jour.
Poids du rat, 75 g. Quantité du galyl injectée le 7e jour, 0 mg. 55
(— 0 cg. 75). Disparition des parasites, suivi 80 jours sans parasites.
Guérison.
Poids du rat, 95 g. Quantité du galyl injectée le 7e j , Omg. 95(=lcg.).
Disparition des parasites, suivi 80 jours sans parasites. Guérison.
Poids du rat, 130 g. Quantité du galyl injectée le 6e jour, 2 mg.
(— 1 cg. 5). Disparition des parasites suivi 80 jours sans parasites. Gué¬
rison.
Poids du rat, 105 g. Quantité de Galyl injectée le 7° jour, 3 mg. 3
(— 2 cg.) Disparition des parasites, suivi 80 jours sans parasites. Guéri¬
son.
C . V n. I . ' • * ,
Expérience Y bis. — Action du gahjl sur les rats infectés par Tr. rl 1 0-
desiense.
Poids du rat, 85 g. Quantité du galyl injectée le 0e jour, 0 mg. 09
(— 0 cg. 10 par kg). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 9e jour.
Poids du rat, 160 g. Quantité de galyl injectée le 6e jour, Omg. 25
(— 0 cg.15). Disparition des parasites. Rechute le 8e jour. Mort le 16e j.
Poids du rat, 125 g. Quantité de galyl injectée le 5e jour, 0 mg. 3
(=0cg.25). Disparition des parasites. Rechute le 15e jour. Mort le 20e j.
Poids du rat, 80 g. Quantité de galyl injectée le 6e j, 0 mg.4 (=0 cg.50).
Disparition des parasites. Rechute le 19e jour. Mort le 29e jour.
Poids du rat, 95 g. Quantité de galyl injectée le 9ej,0mg.7(=0 cg. 75).
Disparition des parasites. Rechute le 34e jour. Mort le 39e jour.
Poids du rat. 100 g. Quantité de galyl injectée le 5e j,, 1 mg. (=1 cg.)
Disparition des parasites, suivi 80 jours sans parasites. Guérison.
Poids du rat, 135 g. Quantité de galyl injectée le 8e jour, 1 mg. 9
(= 1 cg. 5). Disparition des parasites, suivi 80 jours sans parasites. Gué¬
rison.
. Poids du rat, 85 g. Quantité de galyl injectée le 5e jour, 1 mg. 7
(— 2 cg). Disparition des parasites, suivi 80 jours sans parasites. Guéri¬
son.
Expérience VI. — Action du ludyl sur les rats infectés par Tr. gam-
biense.
Poids du rat, 75 g. Quantité de ludyl injectée le 7e jour, 0 mg. 37
(— 0 cg. 50 par kg.) Disparition des parasites. Rechute le 15e jour. Mort
le 20e jour.
Poids du rat, Oo g. Quantité de ludyl injectée le 8e jour, 0 mg. 5
(— 0 cg. 75). Disparition des parasites. Rechute le 22e jour. Mort le
30^ jour.
42
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Poids du rat, 115 g. Quantité de ludyl injectée le 7e jour> 1 mg. 15
(= 1 cg.) Disparition des parasites ; suivi 80 jours sans parasites. Gué¬
rison.
Poids du rat, 130 g. Quantité de ludyl injectée le 7e j., 2 mg. (=1 cg.5).
Disparition des parasites ; suivi 80 jours sans parasites. Guérison.
Poids du rat, 135 g. Quantité de ludyl injectée le 7e jour, 2 mg. 7
(— 2 cg.) Disparition des parasites ; suivi 80 jours sans parasites.
Guérison.
Expérience VI bis. — Action du ludyl sur les rats infectés par Tr. rho-
desiense.
Poids du rat, 290 g. Quantité de ludyl injectée le 6e jour, 0 mg. 45
(— 0 cg. 15 par kg.) Les parasites continuent à pulluler. Mort le 11e jour.
Poids du rat, 140 g Quantité de ludyl injectée le 5e jour, 0 mg. 35
(— 0 cg. 25). Disparition des parasites. Rechute le 12e j. Mort le 22e jour.
Poids du rat, 90 g. Quantité de ludyl injectée le 9e jour. 0 mg. 45
(r= 0 cg. 50). Disparition des parasites. Rechute le 14e j. Mort le 19'' jour.
Poids du rat, 170 g. Quantité de ludyl injectée le 6e jour, 1 mg. 25
(=0cg.75). Disparition des parasites. Rechute le 19e j. Mort le 25e jour.
Poids du rat, 80 g. Quantité de ludyl injectée le 6e jour, 0 mg. 8
(= 1 cg . ) Disparition des parasites. Rechute le 17e jour. Mort le 28e jour.
Poids du rat, 100 g. Quantité de ludyl injectée le 7e jour, 1 mg. 5
(= 1 cg.5). Disparition des parasites. Rechute le 36e jour. Mort le
47e jour.
Poids du rat, 02 g. Quantité de ludyl injectée le 5e jour, 1 mg. 25
(=2 cg.) Disparition des parasites, suivi 80 jours sans parasites. Gué¬
rison.
. 7. \
Si nous appelons close stérilisante la dose minima suffisante
pour amener la disparition définitive des trypanosomes, le tableau
ci-dessous résume ainsi les résultats :
Nous voyons donc : i° que Tr. rhodesiense est un peu plus
résistant que Tr. gambiense aux arsenicaux expérimentés ;
2° mais le point capital, indiscutablement démontré, est la supé¬
riorité d'action considérable des arsénobenzènes (sal varsan, néo-
salvarsan, galyl et ludyl) sur Latoxyl. Les arsénobenzènes appa¬
raissent en effet comme io à i5 fois plus actifs que l’atoxyl et
Séance du i3 Janvier iqi5
43
pourtant leur toxicité n’est qu’une fois et demie à 2 fois plus
grande que celle de Patoxyl.
3n Enfin, il semble bien que, des quatre arsénobenzènes expéri¬
mentés, le galyl soit le plus actif. Toutefois les résultats rassem¬
blés ci -dessus ne sont pas assez démonstratifs pour affirmer d’une
façon indiscutable la supériorité d’action d’un de ces produits.
Afin de préciser le dernier point : lequel est le plus actif du
salvarsan, du néosalvarsan, du galyl et du ludyl, nous avons
poursuivi nos expériences et recherches sur des rats blancs
infectés par Tr. gambiense', comment agissaient des doses de
o cg. 25, o cg. i5 et o cg. 10 par kg. de ces quatre dérivés arse¬
nicaux.
» Le protocole suivi était sensiblement le même que précédem¬
ment : les corps arsenicaux étaient injectés à l’animal dès que
les parasites devenaient très nombreux dans son sang; toutefois
nous n’avons utilisé cette fois que Tr. gambiense .
Voici résumés les résultats de cette seconde série d’expériences.
Expérience A. 6 liats. — Action du salvarsan sur les rais infectés par
Tr. gambiense.
Poids du rat, 150 g. Quantité de salvarsan injectée le 8e jour, 0 mg. 37
(0 cg. 25). Le nombre des parasites diminue le lendemain pour s’accroître
ensuite jusqu’à la pullulation. Mort le 10e jour.
Poids du rat, 115 g. Quantité de salvarsan injectée le 8e jour, 0 mg. 29
(0 cg.25). Le nombre des parasites diminue le lendemain, puis s’accroît à
partir du 17e jour jusqu’à la pullulation. Mort le 25e jour.
Poids du rat, 105 g. Quantité de salvarsan injectée le 6e jour, 0 mg. 26
(0 cg. 25). Disparition totale des parasites. Rechute le 15e jour. Mort le
27° jour.
Poids du rat, 95 g. Quantité de salvarsan injectée le 7e jour, 0 mg. 15
(0 cg. 15). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 18e jour.
Poids du ral, 55 g. Quantité de salvarsan injectée le 7e jour, 0 mg. 08
(0 cg. 15). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 19e jour.
Poids du rat, 100 g. Quantité de salvarsan injectée le 6e jour, 0 mg. 15
(0 cg. 15). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 16e jour.
Expérience B. 10 rats. — Action du néo salvarsan sur les rats infectés
de Tr. gambiense.
Poids du rat, 105 g Quantité de néo-salvarsan injectée le 5e jour,
0 mg. 26 (0 cg. 25). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 16e jour.
Poids du rat, 135 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 6e jour,
0 mg. 34 (0 cg. 25). Disparition totale des parasites, rechute le 13e jour.
Mort le 19e jour.
44 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Poids du rat, 70 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 7e jour,
0 mg. 17 (0 cg 25). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 9e jour.
Poids du rat, 100 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 7e jour,
0 mg. 25 (0 cg. 25). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 10e jour.
Poids du rat, 50 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 7e jour,
0 mg. 13 (0 cg. 25). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 12e jour.
Poids du rat, 145 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 7e jour,
0 mg. 36 (0 cg. 25). Disparition totale des parasites. Rechute le 15e jour.
Mort le 17e jour.
Poids du rat, 110 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 7e jour,
0 mg. 28 (0 cg. 25). Disparition totale des parasites. Rechute le 13e jour.
Mort le 19e jour.
Poids du rat, 140 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 5e jour,
0 mg. 21 (0 cg. 15). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 13e jour.
Poids du rat, 90 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 7e jour
0 mg. 14 (0 cg. 15). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 11e jour]
Poids du rat, 120 g. Quantité de néo-salvarsan injectée le 7e jour,
0 mg. 18 (0 cg. 15). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 13e jour.
Expérience G. 11 rats. — Action du galyl sur les rats infectés par Tr.
gambiense.
Poids du rat, 135 g. Quantité de galyl injectée le 5e jour, 0 mg. 34
(0 cg. 25). Disparition totale des parasites ; rechute le 14e jour. Mort le 21e
jour.
Poids du rat, 80 g. Quantité de galyl injectée le 6° jour, 0 mg. 2(0cg. 25).
Disparition totale des parasites; rechute le 11e jour. Mort le 20e jour.
Poids du rat, 125 g. Quantité de galyl injectée le 6e jour, Omg. 3 (0 cg. 25).
Disparition totale des parasites; rechute le 14e jour. Mort le 24e jour.
Poids du rat, 120 g. Quantité de galyl injectée le 5f jour 0 mg. 18 (Ocg. 25).
Disparition totale des parasites ; rechute le 8“ jour. Mort le 11e jour.
Poids du rat, 165 g. Quantité de galyl injectée le 8e jour, 0 mg.25 (Ocg. 15).
Disparition totale des parasites ; rechute le 16e jour. Mort le 25e jour.
Poids du rat, 75 g. Quantité de galyl injectée le 7e jour, 0 mg. 1 1 (0 cg. 1 5).
Disparition totale des parasites : rechute le 15e jour. Mort le 30e jour.
Poidsdurat, 100g. Quantité de galyl injectée le 7e jour, 0 mg. 15 (Ocg. 15).
Disparition totale des parasites ; rechute le 14e jour. Mort le 19e jour.
Poids du rat, 170g. Quantité de galyl injectée le 8e jour 0 mg. 22 (0 cg. 15).
Disparition totale des parasites ; rechute le 12e jour. Mort le 23e jour.
Poids du rat, 100 g. Quantité de galyl injectée le 7e jour 0 mg. 1 (0 cg. 10).
Les parasites continuent à pulluler. Mort le 15 jour.
Poids du rat, 85 g. Quantité de galyl injectée le 7e jour, 0 mg. 085
(0 cg. 10). Le nombre des parasites diminue le lendemain, pour s’accroître
ensuite jusqu’à la pullulation. Mort le 14e jour.
Poids du rat, 110 g. Quantité de galyl injectée le 7e jour, 0 mg. 11
(0 cg. 10) Les parasites continuent à pulluler. Mort le 13\jour.
Séance du i3 Janvier 19 i 5 45
Expérience D : 8 rats. — Action du ludyl sur les rats infectés par
Tr. gambiense.
Poids du rat, 170 g. Quantité du ludyl injectée le 5° jour, 0 mg. 42
(0 cg. 25). Disparition totale des parasites, rechute le 12e jour. Mort le
20e jour.
Poids du rat, 85 g. Quantité du ludyl injectée le 9e jour, 0 111g. 21
(0 cg. 25). Disparition totale des parasites, rechute le 12e jour. Mort le
18e jour.
Poids du rat, 82 g. Quantité du ludyl injectée le 8e jour, 0 mg. 2
(0 cg. 25). Les parasites nombreux encore le lendemain de l’injection,
disparaissent totalement du 11° au 14e jour pour pulluler ensuite très
rapidement. Mort le 15e jour.
Poids du rat, 75 g. Quantité du ludyl injectée le 7e jour, 0 mg. 19
f0 cg. 25). Les parasites, nombreux encore le lendemain de l’injection,
disparaissent totalement du 9e au 15e jour pour pulluler ensuite peu à
peu. Mort le 20e jour.
Poids du rat, 85 g. Quantité du ludyl injectée le 7° jour, 0 mg. 21
(0 cg. 25). Diminution passagère du nombre des parasites. Mort le
1 9e jour.
Poids du rat, 120 g. Quantité du ludyl injectée le 5e jour, 0 mg. 18
(0 cg. 15). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 11e jour.
Poids du rat, 95 g. Quantité du ludyl injectée le 6e jour, 0 mg. 14
(0 cg. 15). Les parasites continuent à pulluler* Mort le 13e jour.
Poids du rat, 145 g. Quantité du ludyl injectée le 7e jour, 0 mg. 22
(0 cg. 15). Les parasites continuent à pulluler. Mort le 11e jour.
Ainsi donc :
i° A la dose de o cg. i5 par kg., le salvarsan, le néosalvarsan
et le ludyl n’amènent aucune diminution des courbes des para¬
sites du sang; au contraire, à la suite d'une injection d’une
même dose de galyl, on observe la disparition totale des para¬
sites pendant un laps de temps variant de 4 à 8 jours.
20 Tandis que la survie, chez les rats infectés par Tr .gambiense ,
est en moyenne de 12 jours (Expérience 1) ; elle est de : 12 jours
chez les rats traités par o cg. i5 de ludyl par kg.; 12 jours chez
les rats traités par o cg. i5 de néosalvarsan par kg.; 18 jours
chez les rats traités par o cg. i5 de salvarsan par kg. ; 22 jours
chez les rats traités par o cg. r5 de galyl par kg. On peut donc
conclure que le ludyl et le néosalvarsan ont une action trypano-
cide sensiblement égale ; que l’action trypanocide du galyl est
nettement supérieure ; que celle du salvarsan est intermédiaire
entre celle du galyl et celles du néosalvarsan et du ludyl.
D’après ces données, il y aurait lieu de rechercher, notamment
pour le galyl , si des doses minima un peu plus élevées et suffi-
46
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
samment répétées ne favoriseraient pas la guérison, en se préoc¬
cupant d’une application possible en thérapeutique humaine
dans la maladie du sommeil (i).
(. Travail clu Laboratoire de Bactériologie de l’A. O. F.
à Dakar).
( i) Voir : io Le galyl dans la trypanosomiase par A. Laveran et D. Roudsky
(. Bulletin Société Pathologie exotique, 1913, n° 7).
2(> Même sujet : de Beurmann et Tanon ( Société Médicale des Hôpitaux ,
24 janvier 1913). L Tanon et A. Dupont (même Société , 9 mai 1913).
3° Contribution à l’étude de deux dérivés arsenicaux nouveaux, g’alyl et
ludyl, leur toxicité comparée à celle d’autres arsenicaux utilisés en thérapeu¬
tique, chez le rat noir, le rat blanc, le chevreau.
Action in vitro sur Tr. Cazalboui , rhodesiense et gambiense , par Lafont et
Dupont. Revue de Médecine et d' Hygiène Tropicale , 1914*
47
Séance du r3 Janvier 1916
Ouvrages reçus
PÉRIODIOUES
American Journal of tropical Dis cases and préventive Medicine ,
t. II, n° 6, décembre 19 1 4-
Armais of tropical Medicine and Parasitologg (Liverpool),
t. VIII, n° 3, i5 déc. 1914*
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Pediatria , t. XXIII, f. 1, janv. 1916.
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Transactions of the Societg of Tropical Medicine and Hggiene ,
t. VIII, n° 2, déc. 1914.
Tropical Diseases Bulletin, t. IV, n° 9, i5déc. 1914*
Tropical Veterinarg Bulletin, t. II, n° 4, 3i déc. 1914*
VOLUMES ET BROCHURES
Comptes Rendus des Travaux du 3° Congrès biennal de la Far
Eastern Association of Tropical Medicine, Saigon 1914.
Etudes sur la faune parasitaire de l’Afrique occidentale fran¬
çaise. — Fasc. 1. Agents producteurs de myiases ou d’affections
similaires chez les animaux et chez l’homme, par E. Roubaud.
Paris. 1914? Masson et Gie, Larose.
48
Bulletin de la Société de Pathologie enotique
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine
American Society of Tropical Medicine.
Ann ah of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archiv für Schifjs und Tropenhy giene.
Archivos de Hy giene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium biblio graphicum
Briiish medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar .
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Internationales Centralblatt für die Gesamte Tuberhulos
Forschung.
Journal of the London school of tropical medicine .
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Oszvaldo Cruz (Rio-de-Janciro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences ).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galle du Sud .
Review of cipplied entomology .
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine c id Hvgien
(Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical veterinary bulletin.
V eterinaria e zootechnia.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL.
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Tome VIII.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 2
Séance du 10 février 1915
PAGES
COMMUNICATIONS
P. Aubert. — Essais de traitement de la trypanosomiase humaine avec
un dérivé Oi du diaminoarsénobenzène . 74
G. di Cristina et G. Caronia. — Sulla terapia délia Leishmaniosi interna. 63
J. Kerandel. — Insectivore réservoir de virus de la peste au Cambodge. 54
A. Laveran. — Nouvelle contribution à l’étude du Toæoplasma gondii. 58
L. Nègre et A. Boquet. — Sur la culture du parasite de la lymphan¬
gite épizootique . 49
E. Pioubaud. — Hématopbagie larvaire et affinités parasitaires d’une
mouche calliphorine, Phormia sordida Meig., parasite des jeunes
oiseaux . 77
Voir la suite du som?naire page III de la couverture
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I
PAGES
P. Rousseau. — Sur la transmission de la lèpre . 57
Edm. Sergent, A. Lhéritier et L. Landes. — Absence d’immunité héré-
\
ditaire à l’égard du Try panosoma soudanense chez un chevreau
né d’une chèvre immunisée envers ce trypanosome . 73
Ch. Vialatte. — Rapport sur le fonctionnement du laboratoire de micros¬
copie de Béni Abbés en 1914 . 6G
Cu. Vialatte. — Au sujet, d’un trypanosome du chien observé dans le
Sahara-Oranais . 70
H. Violle. — Sur un nouveau milieu de culture de séparation pour le
vibrion cholérique (milieu sodo-glycériné) . 52
• MEMOIRE
P. Delanoë. — Au sujet des trypanosomes du type T. Lewisi Kent ren¬
contrés chez des muridés dans la région de Bouaké (Côte d Ivoire).
80
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i9r
N°
2,
“BULLETIN
< DE LA
Société de Pathologie exotique
, r «
SEANCE DU 10 FEVRIER KJ 10.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
COMMUNICATIONS
Sur la culture du parasite
de la lymphangite épizootique
p Par L. NÈGRE et A. BOOUET.
Dans une précédente note (i), nous avons décrit de grandes
formes arrondies, chargées de gouttelettes d’huile et des formes
filamenteuses du parasite de la lymphangite épizootique. Les
premières de ces formes avaient été observées dans le liquide de
condensation de divers milieux.
Nous avons poursuivi ces essais de culture en ensemençant
le pus farcineux dans Peau de condensation des milieux sui¬
vants : sérum de cheval ou de mouton coagulé glycérine à 6 o/o,
gélose au sérum de cheval, gélose peptonée ordinaire ou gélose
au haricot glucosée à 2 0/0, non neutralisées.
L’eau de condensation de ces milieux était additionnée de
(1) Bulletin de la Société de Pathologie exotique , t. VII, n° G, séance du
10 juin 1914*
HO Bulletin de la Sociéîé de Pathologie exotique
20 gouttes de bouillon de haricot non neutralisé, contenant 20/0
d’un des sucres suivants : glucose, lactose ou saccharose.
Ces nouvelles recherches nous ont permis d’obtenir une évo¬
lution plus complète du cryptocoque de Rivolta et de réaliser
sa culture en série.
Après ensemencement de ro-i5 gouttes de pus frais, dilué au
quart, dans une solution glucosée stérile, nous avons observé
que les cryptocoques évoluaient suivant deux modes différents.
i° Vers le deuxième ou troisième jour, un certain nombre de
cryptocoques augmentent de volume, s’arrondissent et présen¬
tent un protoplasma légèrement granuleux chargé d’un nombre
variable'de gouttelettes d’huile (fig. I). Quelques-unes de ces
grosses formes donnent naissance à un ou plusieurs bourgeons
qui se séparent du cryptocoque primitif par une cloison
(fig- H)-
Les bourgeons augmentent de longueur et forment une série
d’articles cloisonnés sur lesquels s’insèrent des hyphes secon¬
daires également cloisonnées (fig. III). La longueur des segments
varie entre 5 et i5 (exceptionnellement 20 à 3o p), leur largeur
entre 2 et 4 p-
Sur les filaments et les hyphes secondaires, on observe des
Séance du io Février 1916
51
renflements terminaux et intercalaires, sphériques ou ovoïdes,
plus ou moins réguliers, d’un diamètre de 5 à 10 ja.
Ces renflements, que nous assimilons à des chlamijclospores , et
les tubes mycéliens présentent une double paroi et un proto¬
plasma finement granuleux parsemé de gouttelettes d’huile.
Comme les cryptocoques, ils sont rebelles à toute coloration
(thionine, Giemsa, bleu coton Poirrier).
Les formations mycéliennes, déjà décrites par Marcone et
Tokishige, apparaissent dans les cultures à partir du quatrième
jour, en moyenne de 7 à i5 jours, après l’ensemencement. Nous
les avons obtenues jusqu’au quatrième passage en repiquant les
cultures tous les i5 à 20 jours (une ou deux gouttes de beau de
condensation). L’examen microscopique, pratiqué tous les 3 ou
4 jours depuis l’ensemencement, montre qu’il y a réellement
développement de filaments nouveaux et non simple conserva¬
tion du mycélium primitif.
Comme on rencontre en même temps des cryptocoques intacts
et de grosses formes à gouttes d’huile, il est probable que les
filaments des cultures des deuxième et troisième passages 11e
résultent pas de la multiplication du mycélium des cultures
précédentes, mais d’une végétation tardive de ces cryptocoques.
A partir du quatrième passage, les cryptocoques ont disparu
et nous n’avons plus observé de filaments.
20 D’autres cryptocoques, au lieu de se transformer en formes
à gouttes d’huile et mycéliennes, subissent les transformations
suivantes : 48 heures après l’ensemencement de pus, ils aug¬
mentent de volume et tendent vers la forme ronde des éléments,
limités par une double coque à contour irrégulier, ont un pro¬
toplasma légèrement granuleux dépourvu de gouttelettes d’huile
(fig. V). Leur diamètre est de 4 à 6 «a. Certains d’entre eux sont
divisés par une fine cloison (fig. VI). Ils résistent à toute colora¬
tion.
Dans les repiquages successifs (chiffre actuel : 12), ils appa¬
raissent, comme les filaments, 8 à i5 jours après l’ensemence¬
ment, quelquefois plus tardivement. Ils sont généralement
adhérents à la surface du milieu humecté, ou des fines particules
détachées de ce milieu, alors que les formations mycéliennes et
les chlamydospores qui s’en séparent (fig. IV) sont toujours
libres dans l’eau de condensation. Le nombre de ces petites for¬
mes ne dépasse pas 8 à 10 par champ à l’examen microscopique.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
32
Sur les milieux solides, il n’existe aucune colonie visible et
l’eau de condensation dans laquelle s’effectue la culture n’est
pas troublée.
Cette culture'est favorisée par une température de 20° à 3o°.
Les températures inférieures à i3° et supérieures à 35° lui sont
défavorables.
Conclusions. — I. Pour observer l’évolution du cryptocoque de
Rivolta, il faut ensemencer abondamment du pus farcineux
frais et dépourvu de microbes étrangers dans l’eau de condensa¬
tion de milieux sucrés maintenus à 24°-26° : Les meilleurs résul¬
tats sont obtenus avec le sérum de cheval ou de mouton, coa¬
gulé et glycériné.
IL Grâce à cette technique, on obtient régulièrement le déve¬
loppement du parasite de la lymphangite épizootique sous la
forme mycélienne et sous l’aspect de petites formes adhérentes
au milieu.
III. Jusqu’à présent, ces dernières formes, qui n’ont pas encore
été décrites, sont les seules dont nous ayons pu réaliser la cul¬
ture en séries.
Institut Pasteur d'Algérie.
Sur un nouveau milieu de culture de séparation
pour le vibrion cholérique (Milieu sodo- glycériné)
Par H. YIOLLE.
L’isolement du vibrion cholérique est généralement aisé lors¬
que ce germe est en abondance dans les selles, car il jouit de la
propriété de croître sur les milieux banaux de culture et d’y
croître très rapidement.
Par contre, lorsque ce germe est peu abondant, il peut passer
inaperçu, étouffé par la flore microbienne qui l’environne,
entravant son développement et l’annihilant.
Aussi s’est-on efforcé de faire des milieux ayant la propriété
soit de permettre le développement exclusif du vibrion, soit
de faciliter ce développement aux dépens des autres bactéries
handicapées. La gélose au sang de Dieudonné, et l’eau peptonée
représentent ces milieux d élection et de sélection.
Séance du io Février 1915
53
Le milieu que nous présentons paraît posséder les qualités
requises. Il est très fortement alcalinisé et contient en grande
proportion de la glycérine, se rapprochant par ce caractère des
milieux classiques de Roux et Nocard pour la culture du bacille
tuberculeux.
La formule de notre « milieu sodo-glycéri né » est la sui¬
vante :
Milieu nutritif :
Soit liquide : eau peptonée à 2 0/0.
Soit solide : gélose nutritive . . .
Glycérine .
Soude (solut. normale) c’est-à-dire 41 gr.
par litre .
87 0/0
10 0/0
3 0/0
A. Milieu solide. — Le milieu solide « sodo glycériné » est
préférable à celui, de Dieudonné à plusieurs points de vue :
1. Il est plus facile à préparer ;
2. Il peut s’employer extemporanément ;
3. Il se conserve beaucoup plus longtemps ;
4* II sélectionne bien les vibrions ;
5. Il est translucide, permettant aisément la recherche des
colonies de vibrions, qui apparaissent de bonne heure sous
forme de petites têtes d’épingles transparentes, légèrement
surélevées et arrondies. Les vibrions y sont peut être plus mas¬
sifs, plus courts, plus trapus que dans les milieux ordinaires,
mais ils sont cependant toujours facilement reconnaissables ;
leur mobilité est souvent atténuée ; leurs affinités colorantes
restent les mêmes.
Gomme substratum de milieu solide, nous employons la
gélose à la peptone Martin.
B. Milieu liquide. — Pour les milieux liquides, nous utilisons
comme substratum l’eau peptonée à 2 0/0 qui par elle-même
donne déjà d’excellents résultats dans la recherche des vibrions.
L’addition de soude-glycérine’augmente notablement l’efficacité
de ce milieu.
Voici un tableau donnant les raisons qui nous ont fait adop¬
ter, dans la constitution de notre milieu, les chiffres précédents.
Il est bon de faire remarquer, en ce qui concerne l’alcalinité du
milieu, que le substratum employé est neutre, et d’autre part que
d’un vibrion à l’autre, la dose limite d’alcalinité varie dans des
proportions parfois très grandes.
54 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nous conclurons en disant que le milieu sodo-glijcériné
paraît devoir rendre plus de service pour la recherche des
vibrions dans les eaux et dans les selles que les milieux géné¬
ralement usités.
Insectivore réservoir de virus
de la peste au Cambodge
Par J. KERANDEL.
Au mois d’octobre dernier, les coolies préposés au service
des désinfections antipesteuses à Phnôm-Penh m’apportèrent le
cadavre tout frais d’une musaraigne, qu’ils avaient découvert
dans une maison de la ville chinoise, où venait de se produire
un cas de peste humaine.
Cette musaraigne, appartenant à une espèce de grande taille,
Crociclura nuirina (Linné), mesurait environ 20 cm. de longueur.
Elle est assez commune à Phnôm-Penh où les Européens, qui la
distinguent mal des Muridés, la désignent vulgairement sous le
Séance du io Février 1915 55
nom de « rat musqué », à cause de l’odeur forte et désagréable
qu’elle répand.
Elle pénètre dans les maisons, attirée par les dépôts et réser¬
ves de bois, qui lui fournissent sans doute les insectes et larves
nécessaires à sa subsistance ; mais j’ai pu constater qu’en capti¬
vité elle se montre aussi carnivore, soit naturellement, soit à
défaut d’une nourriture meilleure. Elle se laisse souvent prendre
dans les pièges à rats, tentée par les appâts habituellement
offerts aux Muridés.
Le cadavre de la musaraigne trouvé chez le Chinois mort de
peste était en parfait état de conservation ; la mort remontait
à très peu de temps.
A l'autopsie existaient deux ganglions inguinaux grisâtres,
non suppurés, l’un à droite, l'autre à gauche. Tous les viscères
en général et en particulier la rate, le foie et les reins, présen¬
taient des signes de congestion. Le tractus intestinal était hyper-
émié. Les cavités pleurale et péritonéale contenaient une petite
quantité de sérosité claire.
A l’examen microscopique, les ganglions contenaient un
grand nombre de coccobacilles, morphologiquement identiques
au bacille de Yersin, arrondis aux extrémités, mesurant 1 à 2 u
de longueur, immobiles à l’état frais, se décolorant par la
méthode de Gram, fixant modérément les couleurs d’aniline et
montrant, avec la thionine phéniquée et la fuchsine de Ziehl
diluée, une coloration b i polaire très nette. Des coccobacil les iden¬
tiques existaient en abondance dans le foie et surtout la rate.
Ils étaient nombreux dans le sang à peu près au même degré
que chez le rat pesteux dans l’infection naturelle.
Le sang du cœur prélevé aseptiquement a été ensemencé en
bouillon et sur gélose ordinaires. Le bouillon ne s’est pas trou¬
blé. Au bout de 48 h. à 87°, il s’y est formé un petit dépôt granu¬
leux qui s’est accru lentement pendant les jours suivants.
Ce dépôt était composé de bactéries ovoïdes, immobiles, se
colorant uniformément par les couleurs basiques d'aniline et en
grande partie disposées en chaînettes.
La gélose ensemencée suivant la méthode de Veillon pour la
séparation des germes, a donné au bout de 48 h. à 37° des colo¬
nies isolées assez maigres, translucides, arrondies et très légère¬
ment dentelées sur les bords. Cette culture, qui paraissait pure
à l’œil nu, ne pouvait guère se différencier de celle d’un bacille
o6
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pesteux authentique. Elle contenait des coccobacilles d’inégale
longueur, dont quelques uns étaient plus fortement colorés aux
extrémités. Ici les caractères du bacille pesteux se sont montrés
avec plus d’évidence, grâce au polymorphisme qui s’est déve¬
loppé pendant le vieillissement de la culture : les bacilles étaient
progressivement remplacés par des formes d’involution allon¬
gées, très grêles ou renflées irrégulièrement, en massue, arron¬
dies ou ovoïdes comme des levures. Les grandes formes se colo-
CD
raient assez mal.
L’ensemencement en bouillon lactose carbonaté n’a donné
lieu à aucun dégagement gazeux, ce qui permet d’éliminer
sûrement l’hypothèse d’un colibacille virulent.
Deux sourisblanches ont été inoculées sous la peau, Lune avec le
sang de la musaraigne, l’autre avec une colonie isolée sur gélose.
Elles ont succombé au bout de 4o h. environ avec de la septi¬
cémie très accusée, des signes de congestion généralisée particu¬
lièrement évidents du côté de l'intestin, de la rate et du foie.
Un cobaye, également inoculé sous la peau avec une colonie
isolée sur gélose, est mort en quatre jours, présentant un œdème
rosé au point d'inoculation, de la congestion des organes et de
la septicémie.
Les bactéries, très abondantes dans les viscères et nombreuses
dans le sang de ces animaux, s’y retrouvaient avec les mêmes
caractères que chez la musaraigne, ou chez les souris et cobayes
infectés expérimentalement avec le bacille pesteux.
L’ensemencement de leur sang sur bouillon et sur gélose
a reproduit les caractères de culture décrits plus haut.
Je me proposais de compléter ces observations par l’étude
expérimentale de l’évolution de la peste chez la crocidure et de
sa transmission d’un individu à l’autre par les ectoparasites.
La difficulté de conserver cet insectivore vivant au laboratoire
pendant plus de deux ou trois jours, et mon brusque rappel en
France, motivé par les événements actuels, m’en ont empêché.
Cependant les faits observés paraissent suffisants pour con¬
clure au rôle joué par la crocidure dans la propagation de la
peste.
Le bacille trouvé chez elle présente un ensemble de carac¬
tères qui autorise à l’identifier au bacille pesteux, et ce germe
produit une septicémie assez intense pour déterminer l’infection
nécessaire chez un insecte piqueur comme la puce.
Séance du io Février 191,5
57
Or la recherche des ectoparasites de Crocidurci murina a mon¬
tré sur trois individus la présence de Lœmopsylla cheopis (J\.otws-
child) en proportion plus considérable même que chez les rats
capturés à Phnôm-Penh dans le même quartier.
En somme, il ne paraît pas douteux que Crocidurci murina
constitue au Cambodge un réservoir de virus de la peste, transmis¬
sible à l’homme dans les mêmes conditions que celui des rats.
Pénétrant dans les maisons jusqu’au centre même des villes, elle
constitue un danger réel dans les localités infectées de peste et
sa destruction devra être recommandée dans la prophylaxie
antipesteuse.
Sur la transmission de la lèpre
Par Paul ROUSSEAU.
Au cours d’une mission en Casamance et Haute-Gambie, qui
me fut confiée par M. le Gouverneur Général Ponty, j’ai pu
faire, comme précédemment en Orient, et concernant la lèpre
très répandue dans ces régions, des observations relatives à la
transmissibilité de cette maladie.
Bien que le mode de contagion soit fort peu élucidé, je ne
crois pas qu’un agent piqueur puisse être mis en cause. A mon
sens, la contagion, analogue à celle de la tuberculose, se fait
par les voies aériennes et par la voie gastro-intestinale. Il est à
remarquer que la lèpre sévit et se propage particulièrement
dans les pays exotiques où les individus se mouchent avec les
doigts et mangent avec les mains. Or si une partie du mucus nasal
expulsé est jetée par terre avec les doigts, ceux-ci, mal essuyés
(l’individu s’essuie instinctivement, mais vaguement à tout ce
qui est à portée de sa main) et encore gluants, portent encore
une partie du mucus dans l’écuelle commune où les individus
puisent (avec la même main droite) leurs aliments.
Dans un travail ultérieur j’essaierai de montrer qu’il semble y
avoir relation entre la forme, l’évolution de la lèpre et la façon
dont elle fut contractée, — je ferai connaître également le
résultat d’expériences en cours (singes à la nourriture desquels
seront mélangés des bacilles de Hansen, et singes qui auront
58
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
longuement inhalé des bacilles), bien qu’il ne faille nullement
conclure toujours de l’animal à l’homme.
[Mission en Afrique occidentale française).
Nouvelle contribution à l’étude
du Toxoplasma gondii
Par A. LAVE RA N.
Dans des notes antérieures, publiées en collaboration avec
M. le Dr Marullaz (r), j’ai étudié déjà plusieurs questions rela¬
tives à la sensibilité de différentes espèces animales pour le
T. gondii ’, à la morphologie et à l’évolution de ce Protozoaire.
Je suis en mesure aujourd’hui de compléter ces notes sur quel¬
ques points.
i° Sensibilité ou état réfractaire de quelques espèces animales
pour T. gondii. — Nous avons montré antérieurement qu’en dehors
de la souris qui est d’une grande sensibilité au T. gondii, et qui
se prête admirablement à la conservation du virus, on pouvait
infecter plus ou moins facilement le mulot, le campagnol, le
lapin (par inoculation intraveineuse principalement), le cobaye,
la taupe, le hérisson, le chien, le padda; le pigeon s’est montré
très peu sensible ; le rat, le lérot, la musaraigne, la poule, la
grenouille, le lézard se sont montrés réfractaires.
Dans le cours de l’année dernière, j’ai inoculé le T. gondii ,
avec succès, à des souris blanches, toujours très sensibles, à des
souris naines, à des mulots, à une gerboise, à des loirs ; sans
succès, à des lérots, à une musaraigne, à des pigeons. Je résume
les observations de ces animaux.
1° Une souris naine (Mus minutas) est inoculée le 9 août 1914, dans
le péritoine, avec l’exsudât péritonéal d’une souris fortement infectée de
toxoplasmes. — 11 août, la ponction du péritoine de la souris fournit un
exsudât abondant, louche, visqueux, riche en toxoplasmes libres ou endo-
cellulaires. — La souris meurt le 12 août, elle pèse 8 g. ; la rate pèse
3 cg. Toxoplasmes nombreux dans les frottis de l’exsudât péritonéal et du
foie.
(1) A. Laveran et M. Marullaz, Acad, (les Sciences, 2Û mars et 28 avril 1 9 1 3 ;
Soc. de path. exotique, 9 avril et 11 juin 1913.
(2) Virus de l'Institut Pasteur de Tunis.
Séance du io Février iqi5
59
2° Une souris naine est inoculée, le 9 août 1914, dans les mômes condi¬
tions que la souris précédente. — 11 août, la ponction du péritoine four¬
nit un exsudât abondant, louche, visqueux, riche en toxoplasmes, libres
ou endocellulaires. — La souris meurt le 12 août, elle pèse G g. ; la rate
pèse 2 cg. Toxoplasmes nombreux dans les frottis de l’exsudât péritonéal
et du foie.
3 mulots (Mus sylvaticus ) sont inoculés le 18 août 1914, dans le péri¬
toine, avec l’exsudât péritonéal d’une souris fortement infectée de toxo¬
plasmes.
Premier mulot. — L’exsudât péritonéal, examiné le 20 août, contient
des toxoplasmes assez nombreux. Le mulot meurt le 22 août, il pèse 12 g.,
la rate pèse 10 cg. Exsudât péritonéal avec toxoplasmes nombreux.
Deuxieme mulot. — L’exsudât péritonéal, examiné le 20 août, contient
des toxoplasmes peu nombreux. Le mulot meurt le 26 août, il pèse 17 g. ;
la rate pèse 37 cg., elle est fortement hypertrophiée ; on ne trouve de
toxoplasmes ni dans l’exsudât péritonéal (non rare), ni dans le foie, ni
dans la rate. La souris s’est donc infectée de toxoplasmes mais, sous
l’influence d’une infection bactérienne qui a entraîné la mort, les toxo¬
plasmes ont disparu.
Troisième mulot. — L’exsudât péritonéal, examiné le 20 août, contient
des toxoplasmes nombreux. Le mulot meurt le 23 août; il pèse 15 g. ; la
rate pèse 9 cg. Exsudât péritonéal abondant avec toxoplasmes nombreux ;
parasites assez nombreux dans le foie.
Une souris blanche, témoin, inoculée le 18 août, dans les memes condi¬
tions que les mulots, meurt le 23 août avec toxoplasmes nombreux dans
l’exsudât péritonéal et dans le foie.
Une gerboise {Jaculus orientalis) provenant de Tunisie est inoculée le
12 août 1914, dans le péritoine, avec l’exsudât péritonéal d’une souris
infectée de toxoplasmes. On inocule en même temps, et avec la même dose
de virus, une souris blanche servant de témoin. — 14 août, une ponction
du péritoine de la gerboise fournit un exsudât assez abondant, louche,
peu visqueux, contenant des toxoplasmes libres ou endocellulaires assez
nombreux. — La gerboise est trouvée morte le 10 août au matin ; elle
pèse 134 g. ; la rate pèse 10 cg. Exsudât péritonéal louche, assez abon¬
dant. Toxoplasmes nombreux dans l’exsudât péritonéal, ainsi que dans
les frottis du foie et de la rate. L’examen des frottis de moelle osseuse est
négatif.
La souris témoin meurt infectée le 15 août 1914.
1° Un loir (Myoxus ghs ) est inoculé le 9 août 1914, dans le péritoine,
avec l’exsudât péritonéal d’une souris fortement infectée de toxoplasmes.
— 11 août, la ponction du péritoine du loir fournit un exsudât peu abon¬
dant, louche, visqueux, contenant des toxoplasmes assez nombreux,
libres ou endocellulaires ; formes en voie de division non rares. Le loir
meurt le 12 août; il pèse 147 g.; la rate pèse 33 cg. Toxoplasmes très
nombreux dans l’exsudât péritonéal et dans le foie, nombreux dans la
rate.
2° Un loir inoculé le 9 août 1914, dans les mêmes conditions que le pré¬
cédent, est ponctionné le 11 août ; exsudât péritonéal peu abondant, lou¬
che, visqueux, contenant des toxoplasmes, libres ou endocellulaires, non
rares. Le loir meurt le 12 août, il pèse 132 g. ; la rate fortement augmen-
60
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tée de volume pèse 60 cg. Exsudât péritonéal très visqueux, très rare.
Toxoplasmes très nombreux dans l'exsudât péritonéal, nombreux dans le
foie et dans la rate.
1° Un lérot (Mijoxus nitela) est inoculé le 12 août 1914, dans le péri¬
toine, avec l’exsudât péritonéal d’une souris fortement infectée de toxo¬
plasmes. — 14 août, une ponction du péritoine du lérot donne une gout¬
telette d’exsudat qui contient des toxoplasmes très rares. Les jours
suivants le lérot continue à se bien porter et le 19 septembre 1914 il est
toujours en très bon état.
2° Un lérot inoculé le 12 août 1914, dans les mêmes conditions que le
précédent, ne s’est pas infecté davantage.
Les souris inoculées au mois d’août 1914, dans les mêmes conditions
que les lérots, sont mortes en 4 à 5 jours avec de fortes infections.
Une musaraigne (Sorex vulgaris) est inoculée le 11 août 1914, dans le
péritoine, avec l’exsudât péritonéal d’une souris infectée de toxoplasmes.
On inocule, en même temps et avec la même dose de virus, une souris
blanche qui sert de témoin. — 13 août, une ponction du péritoine de la
musaraigne ne fournit qu’une goutte d'un exsudât louche dans lequel on
ne trouve pas de toxoplasmes. — La musaraigne qui jusqu’au 21 août
avait paru se bien porter est trouvée morte le 22 août ; elle pèse 8 g/; la
rate pèse 12 cg. Dans les frottis de foie et de rate on ne trouve aucun toxo¬
plasme.
La souris témoin a, le 13 août, un exsudât, péritonéal très riche en
toxoplasmes et elle meurt le 15 août avec de nombreux toxoplasmes dans
le foie.
Un jeune pigeon pesant 265 g. est inoculé, dans le péritoine, le 20 août
1914, avec l’exsudât péritonéal d’une souris fortement infectée de toxo¬
plasmes. — 22 août, une ponction du péritoine du pigeon donne une
goutte d’exsudat avec toxoplasmes très rares. — 27 août, une nouvelle
ponction du péritoine donne une gouttelette d’un exsudât qui ne contient
plus aucun toxoplasme. — 9 septembre, le pigeon qui va très bien et qui
pèse 283 g. est inoculé dans la veine d’une aile avec l’exsudât péritonéal
d’une souris fortement infectée de toxoplasmes ; à la suite de cette inocu¬
lation, le pigeon ne présente rien d’anormal, il pèse le 23 septembre
310 g. Le pigeon sacrifié le 12 novembre ne présente rien d’anormal.
Un autre jeune pigeon a été inoculé dans les mêmes conditions que le
premier, d’abord dans le péritoine et ensuite dans la veine, il ne s’est pas
infecté.
Un troisième pigeon inoculé seulement dans la veine ne s’est pas infecté
non plus.
Toutes les souris témoins inoculées en même temps que les pigeons ont
eu des infections rapidement mortelles.
Notons, une fois de plus, cette curieuse particularité du Toxo-
plasma gondii d’être inoculable à des animaux appartenant à
des Classes différentes (Mammifères et Oiseaux), alors que des
animaux appartenant à des espèces très voisines (souris et rat,
loir et lérot) sont, les uns très sensibles au virus, et les autres
réfractaires.
Séance du io Février kji5
61
En 1 9 1 3„ le toxoplasme s’était montré très peu virulent pour
le pigeon, assez virulent pour le Padda ; aujourd'hui, à la suite
de nombreux passages par souris, il a perdu toute sa virulence
pour le pigeon.
2° Au sujet de la morphologie du T. GONDii. — Je ne revien¬
drai que sur deux points.
En 1913, nous avons montré, M. Marullaz et moi, que, dans
les frottis contenant de nombreux V. gondii , les parasites deve¬
nus libres à la suite de la destruction de l’élément anatomique
dans lequel ils étaient inclus restaient souvent accolés, ce qui
pouvait faire croire à la division multiple du noyau. Il existe une
autre cause d’erreur. Dans des frottis colorés par le procédé de
Fhématoxyline au fer, il m’est arrivé souvent de trouver des élé¬
ments contenant des toxoplasmes en nombre variable (fig. 4, 5,
6 et 8) qui semblaient renfermés dans une paroi kystique. En
réalité, il s’agit d’éléments anatomiques dont les noyaux qui se
sont décolorés sont devenus invisibles, en cherchant un peu,
dans les mêmes frottis, on trouve des éléments dont le noyau
est encore visible (fig. 7) et si on colore par le procédé de Roma-
nowsky des frottis de même provenance que les précédents, on
constate que tous les éléments parasités ont des noyaux plus ou
moins volumineux* (fig. r, 2, 3).
9 10 H n 15 ir }£ ^ \%
$ S ÎQQ 0 0 0 ù 6
1, 2, 3, leucocytes contenant des toxoplasmes dessinés dans une prépara¬
tion colorée par le procédé de Romanowsky. — 4 à 8, éléments
dessinés dans une préparation colorée par le procédé de Hei-
denhain ; Je noyau de l’élément 7 est seul coloré, les noyaux des
autres éléments se sont décolorés. — 9 à 18, différents aspects des
toxoplasmes libres, colorés par le procédé de Heidenhain. — 18,
un toxoplasme en voie de division. Gr. 1.600 D environ.
62
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le fait que le nombre des toxoplasmes est très variable dans
les éléments analogues à ceux représentés dans les figures 4, 5,
6, 8, indique d’ailleurs qu’il ne s'agit pas de kystes constitués à
la suite d’une division multiple du noyau.
Le seul mode de multiplication de T. gondii me paraît être la
bipartition (fig. 18).
J’ai cherché sur une série de préparations très bien colorées
par notre collègue M. Roudsky, au moyen de l’hémaloxyline au
fer, le centrosome ou blépharoplaste dont l’existence a été
admise par quelques observateurs. Dans ces préparations, le
noyau se dessine avec une netteté parfaite (fig. 9 à 17) ; à côté du
noyau, on distingue . parfois une ou deux fines granulations,
colorées comme le noyau, mais ces granulations s’observent trop
rarement pour qu’on puisse admettre qu’elles constituent un
caractère morphologique du parasite ; jamais je n’ai vu de fla¬
gelle, même à l’état rudimentaire, et j’ai examiné non seulement
des toxoplasmes fraîchement recueillis, mais des toxoplasmes
qui avaient été conservés 24 ou 48 heures à la chambre humide.
Examinés à l’état frais, dans l’exsudât péritonéal d’une souris
infectée, les toxoplasmes présentent des mouvements lents qui
m’ont paru consister surtout dans l’effilement d'une des extré¬
mités, suivi du retour à la forme typique normale, et ainsi de
suite. Ce mouvement doit évidemment faciliter la pénétration du
parasite dans les éléments anatomiques.
Le foie des souris infectées présente des altérations remar¬
quables, il est pâle, parfois blanchâtre, sa consistance est très
diminuée; par le raclage, on obtient des granulations réfrin¬
gentes, de différents volumes, qui ont les réactions de la graisse
et, au milieu de ces granulations, on voit d’ordinaire de nom¬
breux toxoplasmes. Sur les coupes histologiques du foie, il est
facile de constater que la plupart des cellules hépatiques ont
subi la dégénérescence graisseuse.
3e Essais de culture du T. gondii. — Nous avons essayé,
M. Roudsky et moi, d’obtenir des cultures du T. gondii dans les
conditions suivantes.
Des tubes du milieu de Novy simplifié, après addition de dex¬
trose, ont été ensemencés, soit avec l’exsudai péritonéal, soit
avec de petits lambeaux du foie de souris infectées ; les tubes
placés à l’étuve à 87° ou gardés à la température du laboratoire
n’ont pas donné de culture.
Séance du io Février kji5
63
Du plasma de lapin ensemencé avec un lambeau du foie de
souris infectée et mis à l’étuve à 37° n’a pas donné de culture ;
il en a été de même du sérum de lapin dextrosé, ensemencé dans
les mêmes conditions.
Du sang1 de souris normale citraté, ensemencé avec l’exsudât
péritonéal d’une souris infectée n'a pas donné de culture, il en a
été de même du sang citraté d’une souris infectée ayant des
T. gondii dans son sang (étuves à 220, à 37°, ou température du
laboratoire).
Ces essais infructueux montrent une fois de plus que la culture
du T. gondii présente de sérieuses difficultés.
Sulla terapia délia Leishmaniosi interna
G. di CRÏSTINA (Palermo) e G. CARONIA (Napoli)
Fin da quando si è iniziato Io studio délia Leishmaniosi
interna è noto corne sia grande la mortalità per questa malat-
tia. Anche le statisticlie migliori, riportate dalla scuola del
Prof. J emma (1), non segnalano clie una percentuale minima di
guarigioni (7 o/o-ii 0/0), e lutte spontanée, indipendenti cioè
da qualsiasi metodo curativo.
Data questa sua gravità, i danni che la malattia arreca alla
société non sono indifferenli nei paesi da essa colpiti, specie in
alcune parti délia Sicilia e dell’Italia méridionale, e più nelle
Indie dove interi villaggi vengono spopolati da vere epidemie di
Kala-azar.
Numerosi tentativi sono stati fatti per debellare il terri bi le
male, ma sempre cou esito assai sconfortante. 1 vari metodi
finora provati, sia immunoterapici (Di Cristina, Caronia, Row),
che chemioterapici (preparati arsenicali, fucsina, chinino, mer-
curio, jodo, ecc.), sono restati senza alcun risultato.
Recentemente perd sono venu te fuori le ricerche di Gaspar
Vianna (2) sulla terapia dell ulcera venerea dei tropici e dell’-
(1) Caronia. Sulla guaribilità délia Leishmaniosi infantile, Zeitschr. /.
Kinderheilk., t. VIII, n° 6, 1913.
(2) Memorias do Ist. O. Crac, n° 2, 1913. — liracil medico, n° 5, 1914* —
Annaes paulistas de Med. e Cir., n° 5, 191/b
64 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ulcéra cutanea de Leishmania del Brasile ; malattie in cui
quest’autore ha ottenuto ottimi risultati mercè l’uso per via
endovenosa di tartaro stibiato.
Noi, convinti che il parassita detreminante l’ulcera cutanea
da Leishmania del Brasile dovesse essere identico o per lo meno
affine al parassita délia Leishmaniosi infantile, abbiamo fin
dallo scorso Agosto intrapreso una sérié di tentativi, applicando
Puso del tartaro stibiato alla Leishmaniosi infantile. I risultati
finora ottenuti sono tali da spingerci a questa breve comuni-
cazione in proposito.
Il metodo da noi adottato è stato il seguenle :
Iniezione endovenosa a giorni alterni di una soluzione in
acqua distillata di tartaro stibiato all'i o/o, cominciando da una
dose minima di 2 cg. fino alla dose massima di 10 cg. Le vene da
noi prescelte sono State quelle délia piega del gomito, o le giu-
gulari esterne ed anche le temporali. Abbiamo adoperato sempre
un ago sottile per evitare stravasi di sangue e poter cosi utiliz-
zare più volte una stessa vena. Non è possibile far uso délia via
sottocutanea ed intramuscolare, perché si produce facilmente
necrosi dei tessuti con cui il farmaco viene a contatto. Non è
consigliabile cominciare con le dosi massime. perché si possono
avéré gravi fenomeni d’intossicazione da antimonio e risenti-
mento renale.
★
I casi fin ora da noi trattati sono 10. Di due di essi, venuti alla
nostra osservazione nel periodo finale délia malattia, non si
puo tenere conto, perché morti aU’inizio del trattamento, prima
che di questo si potessero vedere gli effetti. Negli al tri 8 casi si
ebbe in 5 la guarigione; 2 sono in via di guarigione ; uno,
migliorato in un primo periodo dai sintomi délia Leishmaniosi,
venue a morte per nefritcacula : non sappiamo inquest’ultimo caso
se la nefrite sia da attribuire al tartaro stibiato o ad altra causa.
Anche ammettendo perd che Tagente détermina sia stato l'eme-
tico, bisogna pensare ad una spéciale labilità renale, perché,
corne si vedrà dallo specchietto sotto riportato, la quantité com-
plessiva di tartaro stibiato i 11 ie t ta ta fu minore che il altri easi
venuti a guarigione.
Nei 2 casi in via di guarigione si tratta di bambini in cui da
poco si è iniziata la cura, ma nei quali il migliorare del 1 e con-
Séance du io Février iqi5
65
dizioni generali, il graduale ridursi di volume délia milza, la
diminuzione in essa del numéro dei parassiti e il progressivo
ricoslituirsi del sangue fanno ritenere sicura la guarigione.
I 5 casi guariti riguardano tutti bambini con forme gravi
délia malattia. In essi la durata délia cura oscillé dai i5 ai
4o giorni, la quantité di emetico iniettata ando da un minimo
di cg. 25 ad un inassimo di cg. 84. La guarigione fu potuta con
sicurezza constatare in base al miglioramento delle condizioni
generali, al ridursi del pallore e del tumore splenico, al ricosti-
tuirsi délia formola ematica ed alla scomparsa dei parassiti dal
suce o splenico.
Ecco in uno specchietto i casi presi in esame e i risultati otte-
nuti.
★
* *
Mentre ci riserviamo, continuando nei nostri tentativi, di dare
una statislica più nutnerosa, intanto, in base a questi primi
risultati, ci sentiamo autorizzati a concludere che il trattamento
da noi impiegato risponde perfettamente corne mezzo chemote-
rapico délia Leisbmaniosi interna.
Negl’infermi sotloposti all’uso protratto di tartaro stibialo
migliorano notevolmente e rapidamente sia le condizioni gene¬
rali che la crasi sanguigna, e corne risultato ultimo si ottiene
la sterilizzazione delForganismo dai parassiti di Leishman.
Non ci è ancora lien noto il meccanismo di azione di questo
farmaco ; ma possiamo fin da ora dire che dopo le prime inie-
zioni si osserva una deformazione del citoplasma del parassita,
che fa presumere un processo di lisi.
Su questa quistione, corne sui vari modi di rigenerarsi dei
parenchimi emopoietici durante la cura, ci proponiamo di riferire
5
66
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
quando avrerao raccolte più nu meï ose e complété osservazioni.
Per il momento abbiamo il clovere di additare nel tartaro sti-
biato, ai va ri ricercatori dei paesi infestati dalla malaltia, il
mezzo di terapia specifica délia Leishmaniosi interna*
(. Istituto di Glinica pediatrica délia R. Vniversita di
Napoli diretto dal Frof. R. Jemma).
i
Résumé. — En se reportant au tableau ci-dessus, on se rendra
compte facilement des intéressants résultats obtenus par les
auteurs, en traitant les cas de leishmaniose infantile par des
injections intraveineuses répétées d’émétique. Ces résultats sont
de même ordre que ceux obtenus dans la leishmaniose brési¬
lienne et qui ont été présentés ici même l’an dernier par
A. Carini. Les auteurs rappellent qu’on n’observait que 7 à
i4 0/0 de guérisons dans la leishmaniose infantile d’Italie.
Rapport sur le fonctionnement du laboratoire
de microscopie de Béni- Abbés en 1914
Par Cn. VIALATTE
Le laboratoire de microscopie récemment créé à Beni-Abbès,
sous la tutelle scientifique de l’Institut Pasteur d’Alger, fonc¬
tionne d’une façon régulière depuis le mois de mai iqi4-
Il n'existe pas d’infirmerie indigène à Beni-Abbès, le faible
nombre de la population n’ayant point paru nécessiter j usqu’à
présent l’installation d’un établissement hospitalier. Le labora¬
toire est donc annexé à l’infîrmerie-hôpital de la garnison. C’est
également à l’infirmerie-hôpital que viennent en consultation .
les indigènes du Ksar et de l’annexe de Beni-Abbès (ï) ; cette
clientèle se trouve complétée par les militaires indigènes de la
Compagnie Saharienne.
Les affections parasitaires du sang de l’homme et des ani¬
maux ont fait le principal objet des recherches du laboratoire.
(1) La population de Beni-Abbès est d’environ 680 habitants. Le population
totale de l’Annexe, dispersée sur un vaste territoire, n’atteint pas 7.000 habi¬
tants.
SÉANCE UU 10 FeVVIER [ (J 1 5
07
I. Hématologie humaine. — An cours des consultations quoti¬
diennes, 5r prélèvements de sang ont été pratiqués. Le sang- dé
tout malade en fièvre est, il va sans dire, examiné systématique¬
ment.
Sur 57 sujets examinés, l’hématozoaire du paludistne a été
trouvé 7 fois (5 du type tierce bénigne, 2 du type tiercemaligne) ;
le spirochète de la fièvre récurrente a été rencontré 8 fois.
Les cas de fièvre récurrente observés se répartissent chronolo¬
giquement ainsi :
Mois de mai ; ; 2
Mois de juin 1 4
Mois de juillet . t
Mois de décembre. ... 1
"T
Le dernier des cas du mois de juin était importé par un Doui-
Ménia venant de Colomb-Béchar. Lé cas du mois de décembre
provient du Ksar de Beni-Ikhlef (Oued Saoura).
L'origine de la filiation des autres cas n'est pas connue.
L’index endémique du paludisme a été établi pour le Ksar de
Beni-Abbès. Les examens de sang ont porté sur n3 enfants de
10 à i5 ans ; ils donnent les résultats suivants :
Un certain nombre de frottis provenant de l’Oued Saoura sont
éncore à l’étude.'
IL Examens divers. Conjonctivites. — Divers examens de pus,
de matières fécales, de sédiments urinaires, d’ulcères, etc., ont
été pratiqués. Mais du fait du grand nombre des malades atteints
de conjonctivites purulentes, ce sont les sécrétions conjoncti¬
vales qui ont donné lieu au plus grand nombre d’examens, La
sécrétion conjonctivale de tout individu souffrant d’une con-
68
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
jonctivite aiguë fait l’objet d’un examen microscopique immé¬
diat, suivant la méthode que nous avons vu appliquer à l’infir¬
merie indigène de Beni-Ounif. Cet examen, dont la technique
très simple (i), ne demande que quelques minutes, éclaire le dia¬
gnostic et guide avec sûreté la thérapeutique.
Dans les cas où l’affection paraissait due à un seul microorga¬
nisme, c’est le bacille de Weeks qui était le plus fréquemment
rencontré. Viennent ensuite le gonocoque, le diplobacille de
Morax, etc...
Mais l’affection oculaire la plus répandue est le trachome. La
proportion des conjonctivites granuleuses par rapport au nombre
total des conjonctivites observées est de 58,8i pour o/o. Chez
une jeune ksourienne de 16 ans, présentant des lésions ancien¬
nes de trachome : pannus, entropion, trichiasis, blépharo-
spasme, les culs de-sac conjonctivaux renfermaient de petites
masses de pus concrété, d’aspect caséeux, qui montra, au milieu
d’une flore microbienne variée, d’abondants éléments spiril¬
laires.
III. Hématologie animale. — Une épizootie de « debab » a sévi
en 1914 dans les vallées de la Saoura, de la Zousfana et du Guir
inférieur. Elle paraît avoir causé des pertes importantes parmi
les dromadaires et les équidés de ces régions. La Compagnie
Saharienne a subi de ce fait des dommages assez sérieux; il en
serait de même pour le makhzen d’Abadla.
Le tableau suivant donne le résultat des examens qu'il nous
a été permis de pratiquer sur une partie des méhara et des che¬
vaux de la Compagnie Saharienne.
Si l’on considère que la présence des trypanosomes dans le
(1) Fixage par l’alcool-éther ou la flamme. Coloration par le mélange de
Pick et Jacobson.
-
Séance du io Février i 9 i 5
09
sang" périphérique est inconstante chez des animaux connus
comme sûrement infectés, il ressort que le nombre déjà élevé
des dromadaires parasités (17,9 pour 0/0) est encore au-dessous
du chiffre réel.
L’observation clinique des chevaux infectés a attiré l’attention
sur la possibilité d’une contagion indirecte par les muqueuses,
en dehors de toute inoculation par le tabanide. Cette hypothèse
mérite peut-être d’être contrôlée expérimentalement.
Fait intéressant à signaler : une chienne de race française qui.
présentait depuis quelques semaines un mauvais état général,
de l’amaigrissement, de la tristesse, des poussées fébriles, a été
trouvée récemment parasitée par un trypanosome. Il est à noter
que cette chienne vivait en milieu épizootique et qu’elle avait
parcouru au début de l’été une région infestée de taons. Des
préparations colorées de sang parasité ont été adressées à l’Ins¬
titut Pasteur d’Algérie; en même temps on tentait de conserver
ce virus par inoculation au lapin (Voir la note suivante).
QÇ^aZ Coa,(U , . -Î2 cwv6 a, LULn-t do
Un essaide traitement de
tions sous-cutanées d’atoxyl
la maladie chez le cheval par injec-
n’a pas donné de résultats encou-
70
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Dans la pratique, il semble démontré que les moyens de pro¬
phylaxie que Ton peut proposer ne sauraient être d’une action
efficace, car leur stricte application est peu facile à réaliser. En
effet, la nécessité de trouver des pâturages empêchera souvent
d’éviter les régions à tabanides,ou bien des nécessités militaires
obligeront, par exemple, des pelotons de cavaliers ou de méha-
ristes à circuler dans ces mêmes régions pendant la saison dan¬
gereuse. C’est ainsi qu’en 1914, la Compagnie de la Saoura a dû
détacher des patrouilles dans la région de l’Oued Daoura, au
mois de juin, époque où les taons étaient déjà nombreux.
Tant que les expériences de l’Institut Pasteur d’Algérie rela¬
tives à la chimiothérapie du •< debab » et à l’immunisation des
animaux n’auront pas donné de résultat décisif, il sera bien
difficile de protéger contre cette sévère maladie les Dromadaires
et les Equidés du Sud-Oranais.
(. Laboratoire de la Compagnie saharienne de la Saoura dépen¬
dant de l'Institut Pasteur d' Algérie).
Au sujet d'un trypanosome du chien
observé dans le Sahara Oranais
Par Ch. VIALATTE.
Des renseignements oraux recueillis auprès d’officiers de la
Compagnie Saharienne de la Saoura avaient attiré notre atten¬
tion sur l’existence à Beni-Abbès (Extrême Sud-Oranais) d une
maladie du chien, de nature encore indéterminée, et à évolution
fatale, dont deux cas se seraient manifestés dans ce poste
depuis moins de deux ans.
Nous venons d’avoir l’occasion d’observer nous-même un
troisième cas qui nous a été présenté comme cliniquement iden¬
tique aux deux premiers.
L’animal malade était une chienne de chasse française, âgée d’environ
3 ans. Les premiers symptômes apparurent vers la fin du mois d’octobre.
On note alors ; perte de l’embonpoint, un état sec du poil qui perd son
lustre, de la tristesse, des accès de fièvre intermittente. Quoique l’appétit
soit assez bien conservé en dehors des périodes fébriles, la chienne s’amai¬
grit de plus en plus. OEil chassieux ; pâleur de la muqueuse buccale.
Avortement .
Séance du io Février iqi5
71
Après quelques semaines, les symptômes généraux se sont fortement
accentués ; l’animal est indifférent, abattu, reste parfois couché la journée
entière avec des frissonnements Les protubérances osseuses font saillie
sous la peau devenue flasque; la ligne des apophyses épineuses dessine
une légère voussure dorsale.
A la période terminale, parésie (1) du train postérieur. La cornée droite
est devenue complètement opaque.
L’animal, sacritié à la période agonique, ne présentera l’autopsie, aucune
lésion macroscopique, si ce n’est un peu d’infiltration du tissu cellulaire
de la région abdominale.
Lin premier examen de sang, pratiqué le i3 novembre, mon¬
tra, sur une préparation colorée par la méthode de Giemsa, des
Trypanosomes extrêmement rares, et des lésions histologiques
caractérisées par des corps en pessaire assez nombreux et quel¬
ques hématies polychromatophiles.
Dans la suite, d’autres examens montrèrent les Trypano¬
somes tantôt rares, tantôt nombreux, ou furent négatifs.
Des expériences ont été instituées pour la conservation et
la transmission ultérieure du virus.
★
4 4
Caractères morphologiques t — Le Trypanosome mesure le
plus souvent 18 p de long (minimum 17 p, maximum 2 1\ p) sur
1 p 5 à 2 p. La longueur de la partie libre du flagelle est assez
variable (de 3 p à 5 p 5),
Corps allongé, terminé par une extrémité postérieure souvent
obtuse, comme tronquée, toujours moins effdée que l’extrémité
antérieure. Le protoplasma renferme des granulations assez
abondantes, surtout dqns la moitié antérieure.
Noyau ovale vers la partie moyennne du corps. Centrosome
gros, bien visible, à une distance de 1 p5 à 3 p de l’extrémité
postérieure.
Multiplication par bipartition égale.
L'étude expérimentale de ce Trypanosome sur les différents
animaux de laboratoire est en cours d’exrécution.
iç
4 4
La question se pose de l’origine de la trypanosomiase sponta¬
née des chiens de Beni-Abbès : est elle une maladie propre aux
chiens ou bien est-elle la manifestation, chez le chien, d’une des
deux trypanosomiases pathogènes de l’Afrique du Nord, la dou-
(1) Dans l’un des deux ras signalés plus haut, le syndrome paralytique
aurait été très marqué.
72
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rine et le debab? La dourine est à écarter d’emblée, nous sem¬
ble-t-il (i). Nous pensons qu’il faut plutôt penser au debab.
On n’a pas encore signalé le debab spontané chez les chiens
de l’Afrique du Nord, mais on sait que la gTande trypanoso¬
miase à Tabanides, le Surra, a été observée « assez souvent »
chez les chiens (2). Le debab, inoculé expérimentalement aux
chiens, les tue habituellement en 4 ou 6 semaines. Le debab est
enzootique dans la région de Beni-Abbès où son existence a été
découverte par Szewzick et par Rennes (3). Sergent et Foley ont
trouvé, en 1908, 17 0/0 des dromadaires de Beni-Abbès infectés
(dans un peloton de méharistes 4 infectés 0/0, dans un autre
peloton 27 0/0) et 5,5 0/0 des Equidés (4).
Nous avons trouvé en 1914 que la proportion des dromadaires
parasités à Beni-Abbès était de 17,9 0/0.
D'autre part, le Trypanosome de notre chienne présente au
point de vue morphologique les plus grandes ressemblances
avec Trypanosoma soudanense var. berbera , agent du debab.
Les expériences en cours nous montreront par l’épreuve de
l'immunité croisée de Laveran et Mesnil si l'on peut conclure
à l'identité de ces deux Trypanosomes.
Si notre hypothèse se vérifie, il faudra admettre que le debab ,
trypanosomiase du dromadaire de l’Afrique du Nord, peut être
transmis non seulement aux équidés, mais aussi aux chiens.
Institut Pasteur d'Algérie .
(1) A. Laveran et F. Mesnil. Trypanosomes et Trypanosomiases. 2e édition
1912, p. 572. a Le chien ne contracte jamais la dourine naturelle. »
(2) A. Laveran et F. Mesnil. Trypanosomes et Trypanosomiases. 2e édit.,
1912, p. 356.
(3) Szewzick, Bull. Soc. centr. mèd. vétérin., 8e série, t. X, 3o avril 1903,
p. 220.
Rennes, Ibid., 3o septembre 1903, p. t\il\ ; 3o avril 1904, p. 248; 9 février
1905, p. p5.
(4) Edm. Sergent et H. Foley. Exploration scientifique dans les vallées de
la Zousfana, de la Saoura et du Guir (Extrême-Sud-Oranais, novembre 1908).
Bull. Soc. Path. exot., t. III, i3 juillet 1910, p. 478.
Séance du io Février 19 i 5
73
Absence d’immunité héréditaire
à l’égard du Trypanosoma soudanense
chez un chevreau né d’une chèvre
immunisée envers ce Trypanosome
Par Edm. SERGENT, A. LHÉRITIER et L. LANDES.
A. Laveran vient de montrer (r) que des chevreaux nés de
Chèvres ayant acquis l’immunité à l’égard d’une trypanosomiase
donnée : surra, debab, infections par le Tr. cjambiense ou le
Tr. conyolense , ne possèdent aucune immunité envers cette try¬
panosomiase.
Nous rapportons ci-dessous une expérience dont les résultats
concordent exactement avec ceux de A. Laveran, et qui a été
réalisée avec le Trypanosoma soudanense que A. Laveran avait
bien voulu nous envoyer.
Une chèvre est inoculée le 27 mai 1911 avec le Tr. soudanense (virus
conservé sur cobaye), elle s’infecte Le sang n’est plus infectieux 8 mois
après l’inoculation : le 1er février 1912, 130 cc. de sang inoculés dans le
péritoine d’un chien n’infectent pas celui-ci.
Le 26 mai 1912 cette chèvre met bas un chevreau dans de bonnes condi¬
tions.
La chèvre guérie avait acquis l’immunité à l’égard du Tr. soudanense,
car elle est abondamment réinoculée le 28 décembre 1912, et son sang
n’est pas infectieux pour des chiens inoculés le 5 février 1913, puis en
juillet, en septembre, en octobre, en novembre de la même année. La
chèvre est réinoculée une 3e fois avec Tr. soudanense le 22 janvier 1914;
son sang ne se montre pas davantage infectieux pour des chiens inoculés
le 11 mars 1914, puis en mai.
Le chevreau , né le 26 mai 1912 et ayant vécu avec la mère depuis lors,
est inoculé sous la peau le 13 août 1912 avec le sang riche en Tr. souda¬
nense d’un cobaye. Aucun trouble apparent de la santé. Le chevreau se
développe normalement. Son sang examiné au microscope tous les deux
jours pendant deux mois n’a jamais montré de Trypanosomes. Le 18 sep¬
tembre 1912, 60 cc. de son sang sont inoculés dans le péritoine d’un
chien. Celui-ci s’infecte, présentant des trypanosomes au bout de 12 jours.
Le 28 décembre 1912, 200 cc. de sang du chevreau infectent un chien
(15 jours d’incubation). Le 7 février 1913, 120 cc. de sang infectent un
chien (un mois d’incubation). Le 29 mars 1913, 110 cc. de sang infectent
un chien (3 semaines d’incubation).
Le 5 juillet 1913 le sang n’est plus infectieux (140 cc. inoculés dans le
(1) Bull. Soc. path. exot., t. VII, 9 déc. 1914, pp. 724*780.
74
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
péritoine d’un chien ne l’infectent pas). 11 en est de même le 9 septembre
1913 (110 cc. de sang), le 7 octobre 1913 (120cc. de sang), le 20 novembre
1913 (105 cc. de sang). Le chevreau a acquis l’immunité, car il est réino¬
culé le 22 janvier 1914 et son sang n’est infectieux ni le 11 mars (00 cc.
de sang) ni le 1er mai (140 ce. de sang).
Cette expérience peut se résumer ainsi :
Une Chèvre, ayant acquis l'immunité à l’égard du Tr. souda -
nense après une infection de 8 mois, met bas un chevreau qui,
inoculé avec ce Trypanosome 2 mois et demi après sa naissance,
présente une infection d’une durée égale à celle de Pinfection
de la mère. Comme sa mère également, il guérit et acquiert
l’immunité à l’égard du Tr. soudanense.
Le fait que nous rapportons s’ajoute à ceux de A. Laveran
pour montrer que des chevreaux issus de Chèvres immunisées
envers une trypanosomiase ne bénéficient pas d’une immunité
héréditaire.
Institut Pasteur d'Algérie .
Essais de traitements de la Trypanosomiase
humaine avec un dérivé O j
du Diaminoarsénobenzène
Par P. AUBERT.
MM. Laveran et Roudsky ont présenté récemment (1) à la
Société de Pathologie Exotique un dérivé du diaminoarséno¬
benzène préparé dans le Laboratoire de Chimie Thérapeutique
de l'Institut Pasteur par M. Œghslin. Ce produit nouveau,
dénommé Ou aurait, d’après Laveran et Roudsky, qui font expé¬
rimenté dans différentes trypanosomiases animales, ainsi que
dans les infections expérimentales à 1 rypanosoma gambiense,
une valeur thérapeutique identique à celle de l’arsénophényl-
glycine, tout en étant cependant plus stable et moins toxique
que ce dernier produit.
M. Fourneau ayant bien voulu nous confier une certaine quan¬
tité de ce dérivé O,, nous avons étudié son activité dans le traU
tement de la trypanosomiase humaine.
(1) Sur un dérivé du diaminoarsénobenzène. Laveran et Roudsky, ce Bulletin ,
t. Vit, p. 7. Voir aussi Laveran, Bulletin de janvier 1916, p. 3.
Séance du io Février 1910
75
Nous avons administré le dérivé 04 par la voie intravei¬
neuse : le produit était dissous dans Feau distillée stérile. Le
titre de la solution que nous avons utilisée était de i/3o.
Nos essais de traitement ont porté sur 17 malades trypanoso-
més dont i5 n’avaient jamais reçu de traitement antérieur. Les
résultats de nos observations sont consignés dans le tableau
ci-dessous.
(2) R signifie « réaction ».
(3) Cette dose est calculée d’après le poids du corps.
La dose minima du dérivé Ot susceptible de faire disparaître
les trypanosomes de la circulation périphérique et des ganglions
est de 1 cg. à 1 cg. 5 par kg.
Les trypanosomes du sang, du suc ganglionnaire, disparais¬
sent assez rapidement sous l’influence d’une seule dose de
76
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ï cgr. 5 par kg. Dans un cas, cette disparition était complète dès
la huitième heure.
Les doses de i cg. à i cg. 5 ont été bien tolérées par les
malades. Nous n’avons constaté aucune réaction immédiate ou
éloignée consécutive à l’administration des doses indiquées
chez onze de nos malades : Pierre, Bondza, Gassoundou,
N’Gala II, Tangué, Kobango, Massamba IV, Moutouki, Kouka,
Menoko et Kiba.
Les doses de 3 cg. par kg. ont été mal tolérées.
Dans deux cas (Bakary et Fakbia) sur trois (Iyapéla, Bakary et
Fakbia), l’injection d’une dose de 3 cg. par kg. a provoqué des
symptômes d’intoxication qui se sont manifestés chez Fakbia
par des nausées et une douleur très vive au niveau du creux
épigastrique, chez Bakary par des vomissements bilieux qui
n’ont disparu que le huitième jour après l’injection.
Fakbia, qui reçoit 78 jours après la première injection une
nouvelle dose de 3 cg. par kg., présente une réaction plus intense
que celle observée après la première injection. Vomissements
bilieux prolongés.
Les malades, Pierre, Bondza, Tangué, chez lesquels la pre¬
mière injection (aux doses respectives de 1 cg. 5 et 2 cg. par kg.)
avait été d’une innocuité absolue, présentent des symptômes iden¬
tiques à ceux déjà signalés, à la suite de la deuxième injection
à la dose de 3 cg. par kg.
Cette deuxième injection fut faite à 38 jours d’intervalle pour
Pierre, 24jours pour Bondza, 25 jours pour Tangué.
Le malade Kapéla enfin, qui ne présente aucune réaction à la
suite de la première injection faite à la dose de 3 cg. par kg., a
des nausées immédiatement après la seconde injection faite
26 jours après et à la même dose.
Deux malades, Boumba et Massamba Zolé, qui avaient déjà
reçu antérieurement un traitement arsenical, ont supporté sans
accuser de réaction des doses supérieures à 3 cg. par kg.
Le dérivé 04 ne nous a pas paru déterminer d u ne façon aussi
constante et aussi immédiate une augmentation du poids des
malades comme cela est observé avec l’atoxyl.
Sur i3 de nos malades, chez lesquels la courbe des poids a pu
être établie, six présentent, quelques semaines après le traite¬
ment. un poids sensiblement inférieur au poids initial, six, un
Séance du io Février i 9 1 5
77
poids légèrement supérieur au poids initial, le i3e un poids
identique au poids initial.
Cinq malades sur quinze, chez lesquels l’activité du produit a
été contrôlée par des centrifugations de sang, effectuent une
rechute peu de temps après le traitement. Parmi ces malades, il
y a lieu de noter : Kapéla, Fakbia, Moutouki, qui avaient reçu
des doses de 3 cg. par kg., doses qui, dans la majorité des cas,
se sont montrées toxiques.
(. Institut Pasteur de Brazzaville, janvier 191 5).
H ématophagie larvaire et affinités parasitaires
d’une mouche Calliphorine, Vhormia sordida
Meig., parasite des jeunes Oiseaux
Par E. ROUBAUD.
L’adaptation à la succion du sang, par parasitisme externe tem¬
poraire aux dépens des Vertébrés, peut être considérée comme
exceptionnelle chez les larves d’insectes et plus particulière¬
ment chez les larves acéphalées de mouches. Cette forme de
parasitisme n'est guère caractéristique que d’une petite tribu très
spécialisée demuscides africains, celle des Auchméromyies, dont
les représentants vivent en parasites à l’état larvaire, les uns aux
dépens de l’homme (Ver des Cases), les autres aux dépens de
mammifères à peau glabre. Les curieuses habitudes hémato-
phages du Ver des Cases, larve de l ' Auchmeromyia luteola , ont été
pour la première fois révélées en 1904 par Dutton et Todd.
Nous avons précisé (1) les conditions de la piqûre et de la
succion chez ce parasite et fait connaître des mœurs semblables
chez des Calliphorines voisines, les Chéromyies, qui parasitent
les Oryctéropes et les Phacochères. Cependant c’est à Léon
Dufour que remonterait, ainsi que La fait observer Surcouf (2),
à la suggestion de Villeneuve, la plus ancienne observation
tendant à prouver l’existence de l’hématophagie chez la larve
(1) E. Roubaud. Recherches sur les Auchméromyies. Bull, scientif. de la
France et de la Belgique , 3e série, t. XLVII, fasc. 2, 24 juin 1918.
(2) Diptères piqueurs de Venezuela, t. II, Paris, Maloine, 1912.
78
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d’une mouche calliphorine de nos régions» la Phormia sordida
Zett. En 1 844? L. Dufour observait que les larves de Phormia
azurea Meig* (— sordida Zett.), se développaient dans les nids
d’hirondelles* Ils constatent la présence dans leur tube digestif
d’une matière liquide de teinte rouge analogue à du sang. Cette
observation intéressante fut confirmée depuis par Du Buysson*
Bien que les larves de la Phormia sordida aient été maintes
fois rencontrées dans les nids d’oiseaux en Europe, et malgré
les probabilités très grandes existant en faveur de leur ecto¬
parasitisme aux dépens des jeunes, aucune observation précise
n’a été faite, à ma connaissance, sur le mode de vie et de nutri¬
tion de ces larves, et c’est chez un Ver africain qu’a pu être
définie la curieuse modalité biologique de l’hématophagie lar¬
vaire chez les MuScides.
Pendant le courant de l’été, j’ai reçu de M. H. Du Buysson un
lot de larves d e Phormia sordida provenant d’un nid de Mésange
charbonnière, dans l’Ailier. J’ai pu, sur ce matériel, me rendre
compte de l’exactitude des observations de L. Dufour et les com¬
pléter. A l’état vivant, ces larves offrent l’aspect classique du
Ver de cases ou des larves africaines de Ghéromyies. Aucun doute
ne peut subsister sur leurs habitudes hématophages» lorsqu’on
voit, chez les plus récemment gorgées, le sang non encore digéré
former une tache rouge vif au niveau de l’intestin antérieur*
Après un séjour de 4$ heures à l’étuve à 26°, C., il m’a été
facile de provoquer la piqûre des larves les moins âgées, sur un
cobaye, sur une poule et sur moi-même. Le mode de percée de la
peau par scarifications successives des crochets céphaliques est
identique à celui que nous avons décrit pour les larves d’Auch-
méromyies. L’adhésion à l’épiderme par le bord libre du premier
segment thoracique formant ventouse est également semblable.
Toutefois une différence importante dans l’habitus des larves
en cours de succion peut être notée* La larve de Phormia , pen¬
dant la piqûre, ne prend pas la position à’ érection comme les
larves d’Auchméromyies* Elle ne se dresse pas verticalement sur
la région céphalique, mais reste étendue à la surface de la peau
de l’hôte, cramponnée aux aspérités par son arrière* Autre dif¬
férence dépendant de la précédente et qui tient à une adapta¬
tion biologique différente : les larves de Phormia ne peuvent
attaquer la peau de l’hôte que lorsqu’elles sont maintenues
étroitement à son contact par l’appui d’un corps étranger. C'est
Séance du io Février 19 15 79
la trame dense des parois du nid qui joue normalement ce rôle
de soutien.
La quantité de sang que peuvent absorber les larves au cours
d une succion qui peut durer près d’une heure, est semblable à
celle que l’on observe chez les larves d’Auchméromyies.
Sur l’homme la piqûre est assez douloureuse, comparable à
celle des larves de Chéromyies, avec une réaction inflammatoire
un peu plus marquée.
Somme toute l’adaptalion parasitaire des larves de Phormia
sordida aux dépens des jeunes oiseaux dépourvus de plumes,
présente des analogies complètes avec celle qu’on observe chez
les Calliphorines africaines, parasites de l’homme et des mam¬
mifères dépourvus de poils ; elle offre cependant un caractère
un peu plus primitif.
Il nous paraît intéressant d’attirer l’attention des zoologistes
tropicaux sur ces parasites des nids d'oiseaux. L’observatiou
récente faite au Congo belge par Rodiiain (i), sur l’existence
d’une larve de Calliphorine hématophage dans le nid d’un Pas¬
ser (/ris eus, permet de croire à des découvertes nombreuses dans
cet ordre de faits.
(1) Revue soûl, africaine, nô 2, 20 janvier 1914-
/
80
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoire
r
Au sujet des trypanosomes du type
T. Lewisi Khnt rencontrés chez
des Muridés dans la région
de Bouaké (Côte d'ivoire)
Par P. DELANOË.
Pendant un récent séjour à Bouaké, j’ai été à même d’exa¬
miner le sang de près de 600 Rongeurs, d’espèces variées, cap¬
turés dans les champs de la région.
Si je n'ai pas noté l’existence d’hématozoaires chez i5 rats
palmistes ( Xerns erythropus E. Geoffroy), ifi lapins de brousse,
5 musaraignes, 24 souris [Mus musculoïdes Tenn.), 10 totos ( Crice -
tomys gambianus Wath.), 3 agoutys (. Aulacodus swinderenianus
Tenn.), et une centaine de rats blancs (1) achetés à des dyoulas,
— j’ai par contre rencontré des trypanosomes, dont deux espè¬
ces nouvelles, chez divers Muridés.
1. Le trypanosome des rats rayés, T. aruicanthi , variété de
T. Lewisi Kent.
Laveran et Mesnil, dans leur Traité (2). mentionnent, sans
plus de détails, que « l’existence de trypanosomes du type
« T. Lewisi a été signalée chez les rats rayés d’Afrique : Arvi-
« canthis pumilio Sparmann, et Arvicanthis barbarus pulchellus
« Gray. »
Sur 53 rats rayés, appartenant à 2 variétés différentes : Arvi¬
canthis barbarus et Arvicanthis barbarus pulchellus (3), sept,, soit
un peu plus de i4 0/0, étaient trypanosomés. Les rats rayés
infectés ont été capturés soit en période sèche, soit en période
humide. Cinq fois les trypanosomes étaient très nombreux ou
(1) Ces rats bien que non trypanosomés étalent le plus souvent couverts de
puces et notamment de Ceratophyllus fasciatm Bosc.
(2) Trypanosomes et Trypanosomiases, p. 243. Paris, Masson et C'e, édi¬
teurs, 1912.
(3) La détermination de mes animaux a été faite par M. Trouessart, profes
seur au Muséum, que je suis heureux de remercier ici.
Pl. I.
P. Delanoë
12 : formes adultes de T. armcanthidis dans le sang d’un rat rayé, natu¬
rellement infecté.
3i 21 : formes de multiplication de T. arvicanthidis dans le péritoine
d’un jeune Golunda campanæ Huet.
223 et 24 : formes adultes de T. Lewisi Kent.
G = 1000 D environ.
Pl. IL
P. Delanoë
Trypan. eburneense.
1, 2, 3 : formes adultes dans le sang d’un jeune rat palmiste. —
4, 5, 6 : formes de multiplication dans le péritoine d’un jeune rat
palmiste. — 7, 8, 9, 10 : formes adultes dans le sang d’un Mus coucha
Smith naturellement infecté. — 11,12, 1 3 : formes adultes dans le sang
d’un deuxième Mus coucha naturellement infecté. — 14, 15 : formes de
multiplication dans le péritoine d’un Golunda campanæ Huet.
T. Guisfhaui : 10 trypanosomes adultes rencontrés dans le sang de
« Rats Savanes » naturellement infectés. G = 1000 D environ.
Séance du io Février 1910
81
nombreux dans le sang; une fois, ils étaient rares. L’infection
naturelle n’a été constatée qu’à la période d’état, c’est à-dire
qu’à l’examen on ne voyait que des trypanosomes adultes.
Le trypanosome des rats rayés est très mobile. Il sort facile¬
ment du champ du microscope qu’il parcourt en flèche, flagelle
en avant. Cette mobilité est telle que l’observation du parasite à
l’état frais ne devient possible qu'au bout d’un certain temps de
conservation entre lame et lamelle. Ou s’aperçoit alors qu’on a
affaire à un trypanosome, muni d’un flagelle libre, beaucoup
plus long que large, relativement mince, à membrane ondu¬
lante étroite et si peu plissée que les plis 11e sont visibles que
par instants. Le cytoplasme est le plus souvent homogène. Quel¬
quefois de fines granulations, notamment entre le noyau et
l’extrémité postérieure. En tirant le tube du microscope de
manière à grossir le plus possible, la vacuole blépharoplastique
alors que le noyau n’est jamais apparent.
Sur les préparations colorées, le trypanosome des rats rayés
offre la ressemblance la plus grande avec T. Lewis i (v. pi. I). On
s’en convaincra facilement en comparant les figures 1 à 12, qui
représentent divers exemplaires adultes de ce trypanosome,
aux figures 22, 23 et 24 qui représentent 3 T. Lewisi (1).
T. arvicanthi mesure en moyenne, flagelle compris, 28 p. de
long sur 1 p. 8 de large (moyennes obtenues par la mensuration
de 20 trypanosomes adultes). Laveran et Mesnil indiquent,
comme moyennes, pour les formes adultes de T. Lewisi , flagelle
compris, 24 à 25 p. de long sur 1 p. 5 de large. Les 3 T. Lewisi
adultes que nous avons dessinés (fig. 22, 23 et 24) mesurent res¬
pectivement : 32 p., 32 p. et 29 p..
La longueur maxima de T. arvicanthi est de 3i p. 5 ; la lon¬
gueur minima de 25 p.. La largeur maxima est de 2 p. 5 ; la lar¬
geur minima de 1 p. 2.
La partie libre du flagelle de T. arvicanthi mesure près de
6 [jl en moyenne (maximum 8 p. 5 ; minimum 3 p. 5). Le flagelle
est mince et se colore difficilement. On sait que pour T. Lewisi
il en est de même.
L’extrémité postérieure de T. arvicanthi se termine en pointe
fine. Le blépharoplaste est situé en moyenne à 2 p de l’extrémité
t * . , * ,
(1) Ces 3 T. Lewisi ont été colorés au Giemsa, alors que les autres flagel¬
lés de la planche I ont été colorés par la méthode de Pappenheim.
G
82
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
postérieure. Il est de grosseur variable. Il fait parfois saillie sur
les côtés.
Le noyau est allongé dans le sens de la longueur du trypano¬
some. En ne tenant pas compte de la partie libre du flagelle, il
est situé soit vers le milieu du corps, soit à la jonction du tiers
antérieur avec les deux tiers postérieurs.
A l’autopsie des rats rayés, nous n’avons constaté aucune lésion
viscérale. La rate, même quand les trypanosomes dans le sang
étaient très nombreux, n’était pas hypertrophiée.
Nous avons inoculé 7. arvicanthi à 10 jeunes rats blancs,
d’un poids variant entre 25 et 4o g. Aucun de ces rats ne s’est
infecté. Même les injections massives de sang dans le péritoine
ou dans les veines n’ont pas été suivies d’infection. La résistance
des rats blancs à l’égard de T. arvicanthi est donc très grande.
Néanmoins elle ne paraît pas absolue. Ainsi 2 tout jeunes
rats blancs, pesant au maximum 5 g., sont inoculés dans le péri¬
toine, le 7 décembre 1918, avec une à deux gouttes de sang d’un
rat rayé, richement infecté. L’un de ces jeunes rats meurt
4 jours après et l’exarnen du liquide péritonéal pratiqué le
2e jour n’a pas montré de trypanosomes. L’autre jeune rat
meurt 5 jours après, en ayant montré le 4e jour dans le péri¬
toine de rares formes de multiplication ; le sang qui avait été
injecté ne contenait cependant que des trypanosomes adultes.
Le trypanosome des rats rayés paraît donc susceptible de se
multiplier dans l’organisme de tout jeunes rats blancs. Et peut-
être serait il possible de faire des inoculations en série chez des
rats blancs très jeunes et de rendre ainsi ce virus apte à infecter
des rats plus âgés. Quoiqu’il en soit, le résultat que nous avons
obtenu chez un tout jeune rat blanc nous porte à considérer le
trypanosome des rats rayés, non pas comme un trypanosome
spécifiquement distinct de T. Lewisi, mais simplement comme
une variété particulièrement adaptée à l’organisme de ces
mu ri dés.
Nous avons inoculé T. arvicanthi à 3 rats d’un gris uniforme,
couramment appelés par les indigènes « rats savane », apparte¬
nant à l’espèce Arvicanthis et voisins de Arvicanthis niloticus
richardi Noack. L’un de ces « rats savane » est mort 5 jours
après l’inoculation sans avoir montré de trypanosomes dans le
sang. Les deux autres rats se sont infectés, l’un légèrement,
Séance du io Février kji5
83
l’autre si gravement que la mort en est probablement résultée
27 jours après. Voici l’observation de ce dernier animal ;
Jeune Arvicanthis, pesant environ 50 g., inoculé le 7 décembre dans le
péritoine, avec une à deux gouttes de sang du cœur d’un rat rayé riche¬
ment infecté. Le 9, dans le péritoine, assez nombreuses formes de multi¬
plication. Le 11, dans le péritoine, formes de multiplication assez nom¬
breuses ; dans le sang, formes de multiplication rares. Le 13, dans le
péritoine, formes de multiplication très nombreuses; les rosaces sont non
rares; dans le sang, des trypanosomes adultes assez nombreux. Le 15,
dans le sang, des trypanosomes adultes assez nombreux. Les 18, 20 et
23 décembre, dans le sang, des trypanosomes adultes excessivement
nombreux. Le 26 décembre, dans le sang, trypanosomes nombreux. Du
27 décembre au 3 janvier, par suite d’une tournée à Dabakhala, le rat
n’est pas examiné. La mort survient dans la nuit du 3 au 4 janvier. L’au¬
topsie n’a pas été faite.
2 jeunes Golunda campanœ Huet (i), inoculés avec T. arvican¬
thi, ont contracté une infection de moyenne intensité terminée
par la guérison. Les trypanosomes, dans le sang, ont été non
rares ou assez nombreux. Ils n’ont jamais été nombreux. Dans
le péritoine, au contraire, les formes de multiplication ont été
très nombreuses. Les trypanosomes se sont multipliés d’abord
dans le péritoine, pour pénétrer ensuite dans la grande circula¬
tion.
Un jeune cobaye de 270 g. inoculé avec T. arvicanthi ne
s’est pas infecté.
Nous n’avons pas fait d’inoculations à des souris.
Wenyon (2), dans le Soudan Anglo-Egyptien, a rencontré
chez la souris (?) rayée, « striped mouse », un trypanosome qui
ressemble à T. Dattoni Thiroux et qu’il a appelé T. avicularis,
du nom de l’hôte vertébré Avicularis zebræ (3).
Wenyon donne trop peu de détails sur T. avicularis pour que
nous puissions savoir exactement si T. arvicanthi doit lui être
identifié. Ainsi Wenyon n’a pas fait d’inoculations expérimen¬
tales et il n’a mesuré quV//i trypanosome qui lui a fourni les
données suivantes : « de l’extrémité postérieure au blépharo-
« plaste 4 p 2 ; du blépharoplaste au noyau 7 u. ; longueur du
(1) Petits rongeurs, aux poils du dos roux fauve, aux poils du ventre
blancs, vulgairement appelés par les indigènes « biguili au ventre blanc ».
Avec leurs yeux saillants, leurs membres postérieurs développés, ces muri-
dés rappellent de loin l'aspect des gerboises.
(2) T/iird Report of the Wellcome Research Laboratories. 1908.
(3) Cette appellation est sans doute erronée. C’est probablement Arvican¬
this zébra qu'il faut lire.
84
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
« noyau, i p 5 ; du noyau à l’extrémité flagellée 7 pi ; flagelle
« 4 ^2; largeur au niveau du noyau 1 pi 5. ».
II. Le trypanosome de Mus concha Smith, T. ebiimeense n. sp.
(PL II, en haut).
Mus concha Smith est très répandu dans la région de Bouaké.
Les poils fins, souples, bien fournis, sont sur le dos gris cendré
(faune grise) ou roux (faune rousse). L’abdomen est gris cendré
ou plus rarement blanc. Les indigènes désignent sous le nom de
« biguili au ventre gris » les représentants les plus typiques de
cette espèce de rat.
Nous avons examiné 66 Mus concha Smith, capturés pendant
les périodes sèche et pluvieuse de l’année, et appartenant soit à
la faune grise, soit à la faune rousse de cette espèce de muridé*
Sur ce nombre, 9, soit 1 3,6 0/0, étaient infectés par un trypano¬
some nouveau du type Lewisi , et auquel, en souvenir de la Côte
d’ivoire, je donne le nom de T. eburneense n. sp. (1). Un seul
Mus concha avait dans le sang un trypanosome très nettement
différent de T. eburneense et d’ailleurs tellement rare qu’il ne pul
être observé qu’entre lame et lamelle.
Sur les 9 Mus concha infectés, 6 ont été capturés dans les
champs; un a été pris dans ma case le 16 mai 1913, et le der¬
nier a été pris dans ma cuisine le 6 février 1914*
Une fois seulement les trypanosomes furent non rares dans le
sang. Toutes les autres fois les trypanosomes étaient extrême¬
ment nombreux dans la circulation. C’était entre lame et lamelle
un véritable grouillement de parasites. Huit fois l’infection
était à la période adulte; une fois, à coté de trypanosomes
adultes, nous avons rencontré dans le sang de nombreuses for¬
mes de multiplication.
T. eburneense est très mobile. Il traverse facilement le champ
du microscope. Pour s’en rendre compte, il est bon de diluer le
sang’dans un peu d'eau citratée. Sans cette précaution, les trypa¬
nosomes sont si nombreux qu’on ne peut guère analyser les
mouvements qui leur sont propres. La membrane ondulante est
étroite et peu plissée. Pas de granulations dans le cytoplasme.
Le blépharoplaste, toujours très net, n’est pas saillant sur les
côtés. Dans la vésicule nucléaire, des granulations chromati¬
ques bien visibles.
(1) De ebur, eboris , ivoire.
Séance du io Février i 9 i 5
Sur les préparations colorées au Pappenheim, on distingue
dans le cytoplasme quelques rares et Fines granulations.
Nous avons mesuré 36 trypanosomes adultes provenant de
4 Mus coucha naturellement infectés (9 trypanosomes par rat) et
nous avons obtenu les mesures moyennes suivantes :
Longueur totale du trypanosome.
Longueur du corps protoplasmique .
Longueur de la partie libre du flagelle .
Distance de l’extrémité postérieure au
centrosome .
Largeur du corps protoplasmique au
niveau d’une ligne passant par le mi¬
lieu du noyau .
Longueur du noyau .
Largeur du noyau .
Distance de la partie postérieure du blé-
pharoplaste à la partie postérieure du
noyau .
Distance du milieu de la vésicule nu¬
cléaire à l’extrémité antérieure du
corps protoplasmique .
34 [X 9 (max. 38 [x, min. 32 p.)
27 g 8
6 g 9
5^
1 [X 8
2 (x S
1 (x 2
9 [x 4
10 JJL
Il résulte de ces données que T. eburneense est nettement plus
long que T. Lewisi.
T . eburneense est loin d’être dépourvu de toute action patho¬
gène. Il nous a paru susceptible d’occasionner la mort chez des
Mus coucha naturellement infectés. Ainsi, le i3 mars 1 9 1 nous
capturons un Mus concha en pleine infection trypanosomique.
Ce rat meurt le 17 avril après avoir eu constamment dans le sang
de très nombreux parasites. Dans ce cas nous pensons que la
mort doit être attribuée, non à la captivité (d’ailleurs très bien
supportée par les rats de cette espèce), mais bien à l’infection
par les trypanosomes. Nous n’avons malheureusement pas assez
suivi de Mus concha naturellement infectés pour savoir quel est
le pourcentage de la mortalité.
L’inoculation de 1 à 2 gouttes de sang infectieux dans le péri¬
toine de Mus concha Smith, reconnus au préalable non trypano-
somés, a entraîné la maladie 4 fois sur 4- Les trypanosomes ont
été extrêmement nombreux dans le sang. Deux fois la mort est
survenue 25 à 33 jours après l’inoculation péritonéale. Dans ces
deux cas, la mort nous paraît due à l’infection parasitaire.
Golunda campanœ Huet nous a paru très sensible à T. ebur¬
neense.
Sur 16 Golunda campanœ qui ont été inoculés dans le péri-
86
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
toine, un seul ne s’est pas infecté. Chez trois, l’infection trypa-
nosoinique fut de moyenne intensité, c’est-à-dire que les trypa¬
nosomes ont été dans le sang- non rares ou assez nombreux.
Chez ces 3 animaux, la guérison fut obtenue. Chez les 12 autres,
l’infection trypanosomique fut très grave : 4 furent sacrifiés en
pleine infection ; 6 sont morts au bout de 10, 19, 23, 26, 43 et
53 jours; deux enfin ont pu guérir. Chez ces 12 rats, la pullu¬
lation des trypanosomes dans la circulation finit par être telle
que le sang était nettement décoloré : devenu rosé au lieu d’être
rouge vif.
La sensibilité de Golunda ccimpanœ H. k T. eburneense est
d'autant plus remarquable que cette espèce de rat paraît ri être
jamais infectée spontanément par ce virus. Nous avons examiné
1 5 1 Golunda campanæ sans en rencontrer un seul trypanosomé.
Et cependant, dans les champs, Mus conclia Smith et Golunda
c
campanæ Huet voisinent de très près.
Trois rats rayés inoculés avec T. eburneense ne se sont pas
infectés.
Deux « rats savanes » inoculés avec T. eburneense ont con¬
tracté une infection très légère. Chez l’un d'eux, l’infection se
cantonna au péritoine où les formes de multiplication et notam¬
ment les rosaces furent abondantes.
Le rat blanc nous a paru réfractaire à T. eburneense. Nous avons
opéré sur six rats blancs d’un poids variant entre 3o et 85 g.
Les injections intra-péritonéales, sous-cutanées et intraveineu¬
ses n’ont rien donné. Même les injections intraveineuses faites
à doses massives (2 cm3 d’une dilution de sang infectieux dans
l’eau citratée où l’on rencontre de 1 à 4 trypanosomes par champ
microscopique), n’ont pas été suivies d’apparition de trypanoso¬
mes dans le sang.
Nous avons pu constater une multiplication péritonéale très
nette des flagellés chez un jeune cobaye de 23o g. qui avait été
inoculé dans le péritoine avec une goutte à deux de sang trypa¬
nosomé. L’infection resta limitée au péritoine. Deux cobayes de
170 et de 275 g. inoculés dans les veines avec 2 cc. d’une dilu¬
tion de sang infectieux (4 à 5 tryp. par champ), n’ont pas montré
de trypanosomes dans le sang.
3 jeunes rats palmistes (Xerus erythropus E. Geoffroy), inocu¬
lés dans le péritoine avec une goutte de sang infectieux, se sont
montrés nettement sensibles à T. eburneense. La présence des
Séance du io Février 191 5
87
trypanosomes dans le sang a duré 1 3 , r5, 16 jours. La guérison
a été suivie d’immunité. Chez les jeunes rats palmistes, nous
n’avons pas rencontré la double phase, nette chez les rats,
d'abord de pullulation péritonéale, ensuite de pullulation san¬
guine. Les microbes injectés dans le péritoine semblent passer
directement dans le sang : l’infection péritonéale et l’infection
sanguine vont de pair.
III. I jE TRYPANOSOME DES « RATS SAVANES » (l), T. Gllist' /iClüi N. SP.
(PL II, en bas).
Nous avons examiné 128 « rats savanes » capturés tous pen¬
dant l’hivernage de l’année K)i3 (mois de juillet et d’août). Sur
ce nombre, 16 rats, soit r 2 , 5 0/0, étaient infectés par T. Guisi'-
hcuii. i3 rats infectés sur 16 ont été capturés sur la place de
l’Ancien Marché, en face de la maison Duteil. II semble qu’il
y ait à cet endroit un foyer de pullulation de ce trypanosome.
Il convient de noter que, chez un Mus coucha Smith, sur
66 examinés, nous avons rencontré un trypanosome tellement
rare dans le sang que nous n’avons pu en faire l’examen qu’en¬
tre lame et lamelle, et qui nous a paru être identique à T. Guist'-
haui.
T. Guist'haui a toujours été soit très rare, soit rare dans le
sang : une goutte de sang, entre lame et lamelle, après bien des
recherches, ne montrait le plus souvent qu’un seul trypanosome.
Une seule fois les trypanosomes, plus nombreux, étaient au nom¬
bre de 3 ou 4 par goutte de sang placée entre lame et lamelle.
Nous n’avons observé que les formes adultes de T. Guist’haui.
T. Guist'haui est très mobile. On éprouve les plus grandes
peines à l’observer à l’état vivant, non seulement à cause de sa
mobilité, mais aussi parce qu’il est constamment placé dans les
amas globulaires où l’on ne reconnaît sa présence que par les
vifs mouvements qu’il détermine.
On ne peut observer T. Guist'haui que sur des frottis épais.
Gela tient à sa rareté dans le sang. Heureusement que par la
méthode de Pappenheim, il est possible d’obtenir des trypanoso¬
mes bien colorés même sur frottis épais. Le cytoplasme, quelque
peu granuleux, est bleu foncé, le noyau rose vif comme le fla¬
gelle, la membrane ondulante rose très pâle, le blépharoplaste
(1) Le « rat savante » est une espèce très voisine de Arvicanthis niloticus
Hic hardi.
88
Bulletin de la Société de Pathologie exoiiolje
violet foncé. Le flagelle est mince et délicat, la membrane ondu¬
lante toujours étroite, le blépharoplasle arrondi. Dans le noyau
il n'y a pas de granulations chromatiques. En ne tenant pas
compte de la partie libre du flagelle, le noyau est situé à peu
près à la jonction du quart antérieur avec les trois quarts posté¬
rieurs du corps protoplasmique.
Nous avons mesuré io trypanosomes adultes que nous avons
dessinés. Nous avons obtenu les résultats suivants :
T. Gaisfhaui n’est inoculable ni à de jeunes « rats savanes »,
ni aux rats rayés, ni à Golunda campanæ Huet, ni à de jeunes
rats blancs, ni à de jeunes rats palmistes.
Nous n’avons pas fait la culture de ce trypanosome.
Nous dédions ce nouveau virus à M. Guist’hau, ancien minis¬
tre, notre compatriote.
( Travail du Laboratoire de Bouaké , Côte d? Ivoire).
ERRATA
Au lieu de Trypan. arvicanthi, il paraît préférable de dire Trypan. arvi-
canthidis.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET C,e.
Tome VIII.
1Q15
No 3.
BULLETIN
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Séance du 10 mars 1915
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J
SOMMAIRE DU NUMÉRO $
Séance du 10 mars 1915
PAGES
COMMUNICATIONS
L. d’Anfreville de la Salle. — L Ilygicne au Maroc . 12 1
A. Carini. — Corps de Graham-Smilh dans les hématies du Mus decu-
manus . io3
L. Cazalbou. — Au sujet des travaux de MM. L. Nègre et A. Boquet
sur le parasite de la lymphangite épizootique du cheval. . . . 89
E. Dujardin-Beaumetz. — Méningite pesteuse. Discussion . qtV
E. Escomel. — Sur la Blaslomycose humaine au Pérou et en Bolivie. . 90
G. Francium et M. Mantovani. — Infection expérimentale du rat et de
la souris par Ilerpetomonas muscœ-domesticœ . 109
A. Lafont, A. Lecomte et F. Heckenroth. — - Une observation de ménin¬
gite cérébro-spinale à Dakar, causée par le bacille de Yercin . . 92.
A. Lanfranchi. — L’oftalmo e Fi n Ira pal pebro-reazzione nella diagnosi
e nella differenziazione di alcune tri panosomiasi, avec résumé
français . 112
A. Laveban. — Des Lacerliens peuvent ils être infectés par des Leis/i-
mania? . 104
IL Poitevin. — Instructions pour le prélèvement, l’envoi et l’examen
des fèces en vue de la recherche du vibrion cholérique . 98
Voir la suite du sommaire page III de la couverture
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A. Bailliet. à. Henry et J. Bauche. — Sur les Helminthes de l’Eléphant
d’Asie . . . 1 1 7
J. Kingenbacii. — L’opothérapie rénale dans la lièvre bilieuse hémo^lo-
bin urique avec anurie . n 9
A. T. Salimbeni. — Mcning'i-tc pesteuse. Discussion . 97
\ iïi.i . — La maladie de Fez, trypanosomiase des chevaux du Maroc. . ii5
MÉMOIRES
F. Ouzilleau. — Rapport d’ensemble sur la maladie du sommeil dans
le Bas-M’Bomou (1912-1918), 1 partie . 1 38
,1. Rixgënbach et GuyomarLii — La Lèpre et le Pian dans les territoires
parcourus par la Section française de la mission de délimitation
Afrique équatoriale française-camerou m en 1912-1913 . 124
E. Roubaud — Les zones à tsétsés de la Petite-Côte et du Bas Saloum
(Sénégal) . i3o
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IV
Huitième année
N° 3.
19 1 5
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 10 MARS KJ 10.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT,
COMMUNICATIONS
Au sujet des travaux de
MM. L. Nègre et A. Boquet
sur le parasite de la lymphangite
épizootique du cheval
Par L. CAZALBOU
Les premiers résultats des recherches entreprises par L. Nègre
et A. Boquet sur la nature du cryptocoque de Rivolta, offrent
le grand intérêt de classer, dès maintenant, le parasite étudié
parmi les champignons pathogènes.
Le deuxième travail des auteurs (n° de février 1 qt 5 du Bulle¬
tin) nous amène à formuler quelques réflexions, objet de cette
note.
L'aspect du parasite en évolution dans les milieux utilisés,
rappelle en tous points la morphologie de certains dermato-
phytes, surtout des Trichophyton à culture faviforme des Bovi-
90
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dés et des Equidés ; c’est le même mycélium tourmenté, souffre¬
teux, chlamydosporique. Mais nous savons que cette morpho¬
logie anormale tient à l’insuffisance des milieux et aussi, aux
méthodes de culture, d’une appropriation incomplète. En effet,
quand on se sert de bouillon Sabouraud au lieu de gélose peplo-
sucrée Sabouraud, l’aspect moniliforme du mycélium disparaît
pour faire place à l’hyphe régulière, ce qui permet de penser que
la forme chlamydosporique n’a aucune signification. Nous esti¬
mons donc que, tant qu’on n’obtientpas d’hyphes régulières, on
ne possède pas de morphologie normale.
Nous avons utilisé la méthode de la cellule directe dans l’étude
de l’évolution des Trichophyton à culture faviforme. Les recher¬
ches, interrompues par les événements actuels, nous ont permis
d’arriver, par l’une des espèces que nous avons fait connaître (i),
à une forme conidienne pouvant être rapprochée des organes de
même nature obtenus chez l’ Achorion Serisei et le Microsporon
equinum.
L’emploi de la même méthode permettra sans doute d’obtenir,
avec le cryptocoque de la lymphangite épizootique, le végétal
dont nous ne connaissions que la forme microbienne, j usqu’aux
recherches de MM. L. Nègre et A. Boquet.
Sur la Blastomycose humaine
au Pérou et en Bolivie
Par E. ESCOMEL
Sous le nom de Espundia, les habitants des régions chaudes
du Sud du Pérou et du Nord de la Bolivie, ont confondu une
série d’ulcères tropicaux dont la véritable nature est peu à peu
reconnue.
C’est ainsi qu’en 19 1 3 Laveran et Nattan-Larrier firent con¬
naître l’existence de Leishmania dans des frottis d’ulcérations de
Espundia. Des études ultérieures (Congrès de médecine de Lima
notamment) ont confirmé cette découverte.
(1) Contribution à l’étude des Tr. à culture faviforme. Revue Generale de
mêd. vét., iei‘ juillet 1914*
Séance du io Mars 19 15
91
Plusieurs malades, qui me sont parvenus avec le diagnostic
de Espundia, ont montré, au lieu de Leishmcinia , d’abondants
Blastomyces, sur presque toutes les préparations faites avec le
mucus des ulcères.
La maladie commence par un ulcère cutané (cou, avant-bras,
jambes surtout) qui dure fort longtemps. Secondairement, et à
un long intervalle en général, des lésions ulcéro-boutonneuses
ou miiriformes se développent sur les muqueuses du nez, du
pharynx, des amygdales, des piliers, du voile du palais, de la
langue, des joues, des gencives, du larynx et envahissent par¬
fois la peau de la face (lèvres, joues, nez, oreilles).
La maladie traîne fort longtemps sans altérer profondément la
santé générale ; elle s’étend de plus en plus ; un des symptômes
les plus persistants et les plus gênants est une salivation abon¬
dante qui ne laisse aux malades ni tranquillité pendant le jour,
ni sommeil pendant la nuit.
Ap rès 20 ou 3o ans, les malades succombent dans un état
cachectique.
Les Drs Splendore et Lutz ont décrit des cas analogues au
Brésil, mais la Blastomycose du Pérou et de la Bolivie nous
paraît différer un peu de celle du Brésil.
Les Blastomyces se présentent sous la forme d’éléments ova¬
laires, rarement sphériques, de 1 p 9 à 8 y de diamètre. Us ont
une membrane d’enveloppe ; dans le protoplasme il y a des amas
en nombre variable, qui prennent une couleur pourpre par le
Giemsa, tandis que le protoplasme se teinte en bleu.
Les parasites sont isolés ou associés par deux, conséquence du
mode de multiplication par bourgeonnement. Ni sur le vivant, ni
dans les cultures, on ne voit de mycélium.
Le Blastomyces que nous avons isolé se cultive très bien sur
les milieux de Sabouraud, en eau glucosée, en eau saccharosée,
dans le lait, sur la pomme de terre, la carotte, sur Y Arraca-
cha esculenta , V fpomœa batatas , YOxalis tuberosa , etc.
Les parasites conservent leur forme pendant plus de 6 mois
lorsqu’on place le muco-pus qui les contient dans de l’eau for-
molée à 5 0/0 ou dans la liqueur de Lugol ; par centrifugation
de ces liquides, on fait très bien le diagnostic au microscope,
même à l’état1, frais.
Le mucus desséché se conserve plus de 3 mois et il peut don¬
ner des cultures après ce long délai.
92
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Absorbés par les mouches, les champignons subissent des
phénomènes rapides de digestion (3 à 6 jours).
Les cultures, inoculées à des animaux, ont donné des ulcères
à Blastomyces ; à la suite des inoculations intrapéritonéales, la
rate et le foie des cobayes étaient remplis de nodules blastomy-
cosiques deux mois après l'inoculation.
L’anatomie pathologique se caractérise par une forte réaction
embryonnaire et par la présence de multiples nodules blastomy-
cosiques. A la surface des ulcérations, il existe un mucus abon¬
dant; l’épithélium plus ou moins altéré manque par places. Le
tissu embryonnaire remplit les espaces internodulaires. Les leu¬
cocytes et les mastzellen sont abondants; les parasites sont iné¬
galement répartis.
Les nodules blastomycosiq lies se caractérisent par une zone cen¬
trale bourrée de parasites; une zone moyenne à cellules dégéné¬
rées et une zone périphérique à cellules hlastomycosiques . Les
vaisseaux sont atteints d’endovascularite. Les glandes mucipares
sont très développées, d'où la salivation si fâcheuse.
Les observateurs qui ne connaissaient pas encore la blastomy-
cose dans les régions du Pérou et de la Bolivie, sont arrivés à
conclure, les uns que le 6o6 guérissait l’Espundia, les autres qu'il
était sans action sur cette maladie. Aujourd’hui tout s’explique :
laEspundia guérie par le 6o6 est la Leishmaniose de Laveran et
Nattan-Larrier ; les cas rebelles à ce médicament relèvent de la
Blastomycose, produite par un champignon sur lequel le 6o6 est
sans action.
Ce sont les iodures qui jusqu'à présent m’ont donné les meil¬
leurs résultats dans le traitement de la blastomycose.
Une observation de méningite cérébro-spinale
à Dakar, causée par le bacille de Yersin
Par A. LAFONT, A. LECOMTE et F. HECKENROTH.
Il n’est pas rare, au cours des maladies infectieuses, de voir
apparaître des symptômes méningés, parfois frustes, parfois
bruyants au point de dominer la scène.
Séance dtj io Mars i 9 i 5
93
Si la ponction est pratiquée, l’examen direct du dépôt du
liquide centrifugé et sa culture sur milieux appropriés, révèlent
assez souvent la présence de l’espèce microbienne, agent causal
de l’affection, et son passage dans le canal rachidien coïncide
généralement avec l’apparition des symptômes méningés.
L’un de nous, à l île Maurice, de 1907 à 1911, a rencontré sou¬
vent dans le liquide céphalo-rachidien, en dehors des cas à
méningocoques vrais, le pneumocoque, le pneumo-bacille de
Friedlænder, des diplo prenant le Gram, le streptocoque, des
cocco-bacilles de Pfeiffer, des bacilles mobiles indéterminés et
le cocco-bacille de Yersin.
Dans un de ces cas, le praticien qui nous envoyait l’échantil¬
lon, pensait avoir affaire à une méningite cérébro-spinale à ménin¬
gocoque , maladie endémique à Maurice.
Nous y trouvâmes du cocco-bacille de Yersin (examen direct
et culture) ; découverte qui révéla la nature pesteuse d’une affec¬
tion épidémique à syndrome méningé qui sévissait dans une
propriété du nord de l île, et à laquelle on put remédier aussi¬
tôt. L’éloignement des malades et d’autres circonstances défavo¬
rables empêchèrent de pousser cette étude plus avant.
De son côté, en 1912, le Docteur Ménagé a pu faire isoler le
bacille d’EBERTH du liquide céphalo - rachidien d’un malade
atteint de fièvre ty phoïde à syndrome méningé (1).
Il est à remarquer que la présence des microbes énumérés ci-
dessus a été notée à Maurice, chez des races colorées : indigènes
métis, indiens, malgaches, africains. C'est encore chez un indi¬
gène Guoloff que nous avons observé à Dakar le cas de méningite
cérébro-spinale pesteuse qui fait l’objet de cette note.
Observation clinique. — X..., de race Ouoloff, mais inconnu,
apporté à l’Hôpital Indigène de Dakar le 27 novembre 1914? a
été trouvé sans connaissance dans la rue où (renseignements
ultérieurs) il avait gémi toute la nuit. La face et les vêtements
sont souillés de terre si bien qu’on se demande s’il ne s’agit pas
d'un traumatisme. Coma. Membres inférieurs en résolution, con¬
tractions toniques des muscles des membres supérieurs, de la
tête, du cou et du tronc, contracture des maxillaires. Aucune
trace d’un écoulement sanguin, muqueux ou séreux, récent ou
(1) Bulletin Société Médicale de Vile Maurice , 2e série, n° 28, avril-mai-
]uin 1912, pages 32-3/f.
94
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ancien. Pas de contusion apparente. rtPlaie superficielle, d’ailleurs
ancienne, d’une jambe. Le malade a [uriné dans son pantalon.
Cependant pas de paralysie des sphincters, pas de vomissement.
Aucun ganglion appréciable au toucher ou douloureux.
Température 38°8; dyspnée. Respiration légèrement sterto-
reuse. Pas de toux ni d’expectoration. Cheyne-Stokes intermit¬
tent. Pouls petit à 92. Bruits du cœur mal frappés. De temps à
autre, gémissement n’ayant pas le caractère du cri encéphalique.
Exagération des réflexes, surtout aux membres supérieurs. Signe
de Kermg . Dissociation des mouvements des yeux : inégalité
pupillaire, photophobie qui se traduit par des soubresauts lors¬
qu’on écarte les paupières.
Puis, aggravation de l’état général, dyspnée plus intense
(48 respirations), quelques contractions cloniques des muscles
des yeux, persistance de la contracture des muscles de la nuque,
des membres supérieurs et de la face. Décès à 10 h. le 28.
L’autopsie n’est pas pratiquée.
Examens bactériologiques. — Cultures. — ^Expérimentation. —
Des examens prolongés du sang de notre malade prélevé au
moment de la mort, n’ont pas révélé la présence du bacille de
Yersin, tandis que nous l’avons souvent mis en évidence chez
d’autres pesteux, à cette période de l'affection. L’hémoculture
n’a pas été faite.
La formule leucocytaire donne 0/0 68,3 de polynucléaires et
3-i,7 de mononucléaires de toutes tailles (G M 6). Aucun éosino¬
phile n’a été rencontré. Les plaquettes sanguines sont extrême¬
ment abondantes et volumineuses.
Une première ponction lombaire pratiquée le 27 novembre
donne issue à du liquide louche, jaunâtre. Après prélèvement
nécessaire à Pexamen, on laisse écouler encore 25 cm3. Hyper¬
tension du liquide.
Le 28 novembre, nouvelle ponction qui ramène un pus jaune ,
épais, filant, qui ne vientdans l’aiguille que par aspiration.
Après centrifugation, le dépôt de la première ponction est
abondant; il renferme des polynucléaires très nombreux, des
lympho, de gros mono et de grosses cellules déformées parais¬
sant d’origine endothéliale. Il y a phagocytose active des formes
cocco-bacillaires par les polynucléaires. Flore microbienne libre,
non rare. Les microbes ont la forme de bâtonnets, rappelant
Séance bu io Mars i 9 i 5
95
celui du charbon ou de bacilles recourbés; immobiles, ne prenant
pas le Gram ; on note, soit phagocytées, soit libres, des formes
nettes du b. de Yersin. Les formes droites sont pour nous des
formes anormales ou d’involution du b. de Yersin, car nous ren¬
controns assez souvent ces mêmes formes dans nos cultures
vieilles de ce microbe.
Le dépôt de la deuxième ponction renferme des formes de b.
de Yersin non rares; les formes longues ont disparu.
Cultures. — Deux tubes de gélose sont ensemencés avec le
liquide de la deuxième ponction le 28 novembre.
Il se produit une contamination accidentelle; ce n’est que le
4 décembre que, par passages successifs, on trouve quelques
colonies grasses, présentant les caractères macroscopiques des
cultures de bacilles de Yersin. L’isolement en est pratiqué, les
réactions colorantes du bacille de Yersin sont obtenues et le
passage au rat confirme la nature pesteuse de la méningite.
Expérimentation. — Un rat de Dakar (71/ us alexandrinus mâle)
est frotté sur la peau du flanc droit, après épilation, avec la
culture pure du 9 décembre.
Il succombe en 3 jours et 6 heures, en présentant sur la peau
de nombreuses vésico-papules ressemblant à celles du vaccin jen¬
nérien chez le lapin; ces vésico-papules sont bourrées de bacil¬
les de Yersin à l’état de pureté. L’autopsie montre une congestion
intense de la peau et des zones ganglionnaires. Aux aines, gan¬
glions de la grosseur d’un petit pois. La rate, les reins, le foie,
hypertrophiés, congestionnés et friables, fourmillent de bacilles
pesteux. Dilatation énorme du cœur (partie auriculaire) ; lésions
de broncho-pneumonie et pleurésie double.
La culture est conservée au Laboratoire pour l’étude de la
virulence du bacille.
Conclusions. — Notre malade a présenté une méningite céré¬
bro-spinale, dont la symptomatologie ne laissait soupçonner en
rien la nature pesteuse.
Le Laboratoire, seul, a permis d’établir le diagnostic qui, en
l’absence de toute manifestation pesteuse cliniquement appré¬
ciable, restait fort délicat. Cette observation rappelle que le
médecin ne doit jamais perdre de vue la notion du milieu épi¬
démique.
Il semble donc que, à côté des accidents nerveux divers,
96
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
maintes fois signalés, et dus peut-être simplement à l’action de
la toxine pesteuse sur les centres cérébro-médullaires (mouve¬
ments choréiques (Maurice), méningisme, parésie, hémiplégie,
paralysies diverses), il y a place pour une forme rare de la mala¬
die : la méningite cérébro-spinale primitive.
Dans la bibliographie que nous possédons, cette localisation
est à peine indiquée. Le Docteur R. Pocn (i) parle de ménin¬
gites purulentes causées par le bacille pesteux; encore s’agit-il
là de méningites secondaires. Dans le cas présent, nous croyons
à une méningite primitive sans pouvoir toutefois l’affirmer
d’une manière absolue, en l’absence d’une autopsie qui aurait
permis de vérifier l’état des ganglions profonds.
Nous publions donc notre note dans l’espoir d'attirer Inatten¬
tion de ce côté et de provoquer la publication de nouvelles
observations.
(. Travail du Laboratoire de Bactériologie et de V Hôpital
Indigène de Dakar).
M. Dujardin-Beaumetz. — La méningite est en effet une com¬
plication qui survient rarement au cours de la peste. Les
auteurs anciens signalent bien les phénomènes cérébraux qui
accompagnent la peste tels que céphalalgie, prostration, délire,
troubles de la parole, etc., sans mentionner des signes manifestes
de méningite. Cependant Diemerbroeck (2), pendant la peste de
Nimègue ( 1 636), fait allusion à des malades atteints de contrac¬
tions tendineuses et musculaires. Mais les ouvertures de cada¬
vres étaient alors exceptionnelles pendant ces épidémies, d’où
la pénurie de renseignements anatomo-pathologiques et il faut
arriver à la peste de Marseille (1720) pour trouver dans les
nombreuses autopsies faites à cette époque quelques éclaircisse¬
ments sur les lésions de la peste; c’est ainsi que Soulier (3)
constate chez un pesteux devenu aveugle 24 h. avant sa mort
que « la partie postérieure de la dure-mère était presque toute
gangrenée ». A Alexandrie en i835_, Rigaud (4), sans pro-
(1) Rudolph Pôch in Hanibach der Tropenkrankheiten, t. II, page 4°9?
Leipzig, 1905.
(2) Diemerbroeck, Tractatas de peste. Amsterdam, i665, p. 98 et 102.
(3) Chicoyneau, Traité des causes, des accidents et de la cure de la peste.
Paris, 1744? P- 264.
(4) Clot-Bey, De la peste. Paris, 1840, p. 92.
Séance du io Mars i q i 5
97
noncer le mot de méningite, remarque que dans certains cas
« l’arachnoïde est adhérente par une transsudation blanchâtre
couenneuse » et que « le tissu cellulaire sous-arachnoïdien est
infiltré d’une sérosité quelquefois purulente ». C’est à quoi se
bornent dans les épidémies anciennes nos connaissances sur les
complications méningées de la peste.
Mais au cours de l’endémie actuelle, la littérature nous four¬
nit quelques observations de méningite pesteuse indubitable.
Dans l’Inde, Albrecht et Ghon (i) en rapportent un cas ; la Com¬
mission allemande (2) en signale trois autres; Clemow (3), sans
affirmer l’existence de la méningite, insiste tout particulière¬
ment sur les spasmes, contractures, opisthotonos, nystagmus
qu’il a observés chez les pesteux à Bombay et pense même à
établir une forme convulsive de la peste. J. Penna(4), deBuenos-
Ayres, cite un cas de méningite due au bacille de Yersin asso¬
cié au streptocoque et au pyocyanique. Enfin dans l’épidémie
d’Odessa (1910) Malinowsky, Zabolotny et Bulatoff (5) donnent
deux observations de méningite pesteuse chez des enfants.
Toutes les observations rapportées ici sont des cas de méningite
purulente survenant secondairement au cours d'une atteinte de
peste bubonique. Dans la communication de MM. Lafont,
Lecomte et Heckenrotii, il s'agirait d’un cas de méningite primi¬
tive sans engorgement ganglionnaire visible et c’est ce qui fait
l’intérêt particulier de cette observation. Cependant il est regret¬
table que l’autopsie complète n'ait pu être faite pour s’assurer
de l’absence de tout ganglion profond dont l’existence est si peu
rare dans la peste dite septicémique que cette forme devrait tou¬
jours porter le nom de peste sans bubons apparents, à moins
qu’il ne s’agisse de peste pneumonique.
M. T. Salimbeni. — Il n’est pas rare de constater des symp¬
tômes non douteux d’une réaction méningée plus ou moins
(1) Albrecht et Ghon, Benlenpest. in Bombay im Iahre 1897. Wien, 1898, p. 61 .
(2) Gaffky, Pfeiffer, Sticker, Dieudonné, Bericht über die Thatigkeit der zur
Erforschung dev Peut im Jahre 1897 nach in Indien Kommission. Berlin, 1899,
p. 101, 1 12, 125.
(3) F. G. Clemow, Des formes cliniques de la peste (trad. de l’angdais). Cons¬
tantinople, 1900, p. 42.
(4) J. Penna, Lecciones clinicas sobre la peste babonica. Buenos-Ayres, 1902,
p. 69.
(5) Malinowsky, Zabolotny et Bulatoff, La peste à Odessa 1910 (en russe).
St-Pétersbou rg, p. 49.
98
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
intense chez des individus atteints de forme grave de peste
bubonique. Chez les enfants surtout, on observe |fréquemment
de la raideur de la nuque pouvant aller jusqu’à l'opisthotonos,
un Kernig plus ou moins accentué, des secousses convulsives,
des vomissements, du délire. Les malades tombent assez rapi¬
dement dans le coma et ils meurent souvent en quelques
heures.
Dans ces cas. on trouve toujours à Tautopsie les méninges
fortement congestionnées et une légère augmentation du liquide
céphalo-rachidien dans les espaces sous-arachnoïdiens et dans
les ventricules cérébraux. Ce liquide est en général clair, trans¬
parent, parfois, mais assez rarement teinté, en rouge. A l’exa¬
men microscopique, on trouve de rares globules rouges, quel¬
ques leucocytes, quelques cellules de desq uammation de la
pie-mère et de l’arachnoïde. Jamais je n’ai constaté au micros¬
cope la présence du bac. de Yersin. Une seule fois l’ense¬
mencement sur gélose a donné lieu au développement de
quelques colonies du microbe de la peste. Je m’étais toujours
demandé si la localisation de ce microbe au niveau des méninges,
au cours de l’infection produite, n’était pas plus fréquente
qu’on le pense; et si le manque des lésions anatomiques de
cette localisation n’est pas dû à la mort qui, survenant assez
rapidement dans l’infection pesteuse, ne laisserait pas à la mé¬
ningite le temps nécessaire pour évoluer.
Instructions pour le prélèvement,
Tenvoi et l'examen des fèces en vue
de la recherche du vibrion cholérique
Par H. POITEVIN.
«
Les personnes mises en observation ont intérêt, pour abréger
leur isolement, à ce que leurs matières fécales soient examinées
dans le plus bref délai possible.
Prélèvement. — Dans le cas où une selle ne se produirait pas
spontanément dès les premières heures, on pourrait la provo-
Séance du io Mars 1915
99
quer par l’administration, au choix de l’intéressé, d’un léger
purgatif, d’un lavement d’eau bouillie, ou d’un suppositoire.
Pour l’examen, il suffira de prélever une petite quantité de
matière : le volume d’une noisette, si elles sont solides, ou 2 cc.
environ si elles sont liquides.
Le prélèvement sera fait, dans le premier cas, avec un court
morceau de bois taillé en spatule, dans le second cas, avec un
fragment d’éponge de la grosseur d’une noisette montée sur une
tige de bois.
La matière sera introduite et laissée avec l’objet qui a servi
à la prélever dans un petit flacon qu'on bouchera avec un bou¬
chon neuf et qu’on cachetera à la cire.
Le flacon, le bouchon, la spatule de bois, ou l’éponge montée,
auront été au préalable stérilisés.
Pour ce faire, on placera ces objets dans un récipient conte¬
nant de l’eau froide qu’on portera à l’ébullition et qu’on y main¬
tiendra pendant 10 minutes. Ils ne seront utilisés qu’après com¬
plet refroidissement.
Le flacon portera une étiquette sur laquelle seront inscrits un
numéro d’ordre et le nom de la personne de qui proviennent les
matières fécales.
Les selles seront envoyées par les moyens les plus rapides
(exprès, chef de train, service des postes), au laboratoire dans
lequel l’examen doit être fait.
La circulaire du 2 février 1912 prescrit les dispositions sui¬
vantes pour le transport par la poste de tous les prélèvements
destinés aux examens bactériologiques :
« i° Les matières et liquides prélevés devront être renfermés
dans un verre épais, fortement bouché et cacheté à la cire.
« 20 Le flacon sera inséré dans une boîte en métal solide après
avoir été entouré d’une couche d’ouate suffisamment épaisse.
« 3° La boîte métallique sera elle-même placée dans une
seconde boîte en bois parfaitement close.
« 4° Chaque envoi devra porter d’une manière très apparente
du côté de l’adresse la mention : Matières destinées à un exa¬
men bactériologique.
« 5° Enfin les envois de cette nature ne seront acceptés qu’à
destination de laboratoires se chargeant d’examens bactériolo¬
giques. »
Ces mesures, nécessaires pour offrir une complète sécurité
100
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
contre les suites des accidents susceptibles de se produire en
cours de transport, seront observées aussi pour l'envoi par un
exprès ou par un chef de train.
Examen. — Sans prétendre à imposer, pou r les opérations de
l’analyse bactériologique, une technique déterminée, on peut
recommander, à titre d’indication générale, le mode opératoire
suivant qui, dans la majorité des cas, permet d’assurer le dia¬
gnostic dans un délai de 24 heures :
a) Ensemencer i cm3 environ de fèces (préalablement délayées
dans quelques gouttes de bouillon, si elles sont solides) dans un
tube d’eau peptonée, ou mieux du milieu gelo-peptoné préparé
selon la formule suivante :
Peptone sèche. . . 1 gramme •
Sel marin . . 0,5
Gélatine . 2
Carbonate de soude cristallisé . 0.2
Eau distillée . 100
b) Après six heures de séjour à l’étuve, prélever en surface
une anse de culture et ensemencer une plaque de Dieudonné,
mettre à 87°.
[Le milieu de Dieudonné se prépare de la façon suivante : on
mélange parties égales de sang défibriné et de solution normale
de potasse, et on stérilise à l’autoclave (liq. A) on prépare, d’au¬
tre part, et selon la technique ordinaire de la gélose nutritive à
3o gr. de gélose par litre exactement neutre au tournesol (liq . B) ;
on mélange 7 parties de B pour 3 parties de A et on coule en
plaques.
Les plaques ne doivent pas être utilisées aussitôt après leur
préparation. 11 est recommandé de les maintenir 24 h. à 37°
ou de les chauffer 5 m. à 65°. On obtient un résultat équivalent
par une conservation de 48 h. à la température du laboratoire;
ainsi prêtes pour l’usage, les plaques doivent être utilisées dans
un délai qui 11e dépasse pas cinq ou six jours.]
c) Au bout de 12 h. examiner la plaque de Dieudonné. Si
aucune colonie ne s’est développée, l’examen peut être consi¬
déré comme donnant un résultat négatif.
S’il s’est développé des colonies, faire des préparations micros¬
copiques pour déterminer s’il s’agit ou non de vibrions ; dans
l’affirmative, ensemencer un tube de gélose ordinaire, dont la
Séance iju io Mars 1915
101
culture servira, après i5 à 18 heures d’étuve, à l’épreuve de
l'agglutination.
d) Celte épreuve se fait soit à titre préliminaire pour avoir
une première indication sur les colonies obtenues au cours de
l’isolement des vibrions, soit à titre définitif pour évaluer le
taux exact d’agglu tinabilité de l’espèce à essayer.
Epreuve préliminaire . — Pour avoir un résultat net en peu de
temps, il convient d’employer d’assez fortes doses de choléra-
sérum. Avec le sérum agglutinant de l'Institut Pasteur, par exem¬
ple, on opérera sur des dilutions à r/5oo. On peut procéder
simplement en délayant dans une goutte de la dilution sérique,
une petite quantité de culture prélevée sur la colonie suspecte
développée sur milieu Dieudonné. En quelques minutes, trente
au plus, à 1-a température ordinaire, on voit la goutte apparaître
comme constituée par un liquide clair, dans lequel les vibrions
agglutinés forment un réseau assez semblable aux mailles d’un
filet. Une goutte témoin d’eau salée physiologique ayant reçu
une quantité à peu près équivalente de culture, doit avoir con¬
servé son aspect uniformément trouble (Ce contrôle est absolu¬
ment indispensable, car nombre d’espèces microbiennes, surtout
en cultures très jeunes, se laissent mal délayer et peuvent pro¬
duire des apparences faisant croire à une agglutination).
Le phénomène s’observe sans difficulté à l’œil nu, mais on
peut aussi le suivre au microscope entre lame et lamelle, sous un
faible grossissement.
Si l’agglutination se manifeste nettement dans les conditions
indiquées, la colonie examinée est vraisemblablement choléri¬
que; dans le cas contraire, l’épreuve reste sans conclusion.
Détermination du titre agglutinatif. — On prépare une série de
dilutions de choléra-sérum dans l’eau salée physiologique, aux
taux de 1/200, i/5oo, 1/1.000, etc. On met dans de petits tubes à
essai 1 cm3 de dilution sérique, puis dans chacun d’eux on ajoute
1 cm3 d’une émulsion obtenue en délayant dans 2 «5 cm3 d’eau
salée physiologique stérilisée une culture sur gélose, âgée de
18 h., du vibrion à examiner. On met les mélanges à l’étuve à
37° et on observe les résultats au bout de 2 h. On considère comme
ayant donné un résultat positif, toute dilution dans laquelle les
vibrions sont réunis en grumeaux déposés au fond du tube, et
laissant au-dessus d’eux un liquide clair.
Il est indiqué de faire en même temps, dans les mêmes condi-
102
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tions, deux essais témoins : l’un avec la culture à essayer et du
sérum normal de cheval, l’autre avec le choléra-sérum et un
vibrion cholérique type.
Quand on fait l’essai avec des cultures très jeunes, il se pro¬
duit parfois, même dans l’eau salée physiologique, sans addition
de sérum, une pseudo-agglutination. On évite cet inconvénient
en n’utilisant que des cultures ayant au moins quinze heures
d’étuve. Si on voulait utiliser les cultures plus jeunes, il faudrait
se prémunir, par un essai témoin, contre cette cause d’erreur.
Pour obtenir sûrement la réaction d’agglutination, il faut
employer des cultures pures de vibrions cholériques; quand on
opère avec des cultures impures, elle peut ne donner lieu à
aucun phénomène appréciable.
On considérera comme cholérique tout vibrion agglutiné par
le choléra-sérum jusqu’à la dilution de i o/oo, correspondant,
dans l’essai pratiqué comme nous l avons indiqué, au mélange
de i cm3 de dilution sérique à i/5oo avec i cm3 d’émulsion
vibrionienne.
Conclusions. — i° Si dans deux selles prélevées à 24 h. d’inter¬
valle l’examen ne montre pas de vibrions, la suspicion de cho¬
léra peut être écartée et la personne mise en observation doit
être rendue à la vie normale.
2° Si l’examen a fait découvrir un vibrion, caractérisé comme
cholérique par l’épreuve d’agglutination, l’individu dont pro¬
viennent les fèces doit, quelque soit son état de santé apparente,
être isolé au même titre et dans les mêmes con ditions que s'il s’aqis-
sait d’un malade atteint du choléra .
3° L’examen des selles fait parfois découvrir un vibrion qui
présente les caractères morphologiques et culturaux du vibrion
cholérique, mais qui n’est pas agglutiné par le choléra-sérum ou
ne l’est que par de doses fortes, correspondant aux dilutions à
i/ioo, i/5o etc., la question peut paraître délicate mais si l’on
considère : a) que la présence d'espèces vibrioniennes dans les
fèces de l’homme est de constatation rare ; b) que certains vibrions
sur lesquels le choléra-sérum n’a pas ou n’a que peu d’action
au moment où ils viennent d’être isolés des selles, deviennent
agglutinables après un certain nombre de cultures successives
au laboratoire et sont bien des vibrions cholériques, on se rend
compte qu’il est indiqué d 'isoler tout porteur de vibrions comme
s’il était porteur de vibrions cholériques.
Séance du io Mars i 9 i 5
103
Dans le premier cas, le laboratoire répondra « négatif » ; dans
les deux autres cas, il répondra « positif ». Le nom et le numéro
d’ordre devront être simultanément rappelés dans la réponse
télégraphique.
Examens répétés clés porteurs de germes. — Pour les personnes
isolées comme porteurs de vibrions, on procédera à des prélève¬
ments et à des examens des fèces, répétés toutes les 24 heures.
Après deux examens négatifs, l’isolement cessera ipso facto.
Corps de Graham-Smith dans
les hématies du Mus decumanus
Par A. CARINI
Les’corpuscules de Graham-Smith, décrits pour la première fois
en 1905 dans les hématiesjde la d’au pe, ont été retrouvés ensuite
chez plusieurs autres animaux tels que : gerboise, lérot, cam¬
pagnol, rats (Mus maurus, Mus rattus et Golunda fallax), souris
jaune, musaraigne aquatique, etc. (1).
Leur nature est encore très discutée, et, tandis que Brumpt les
croit des parasites pour lesquels il a créé le genre Grahamella ,
d’autres* (França et Laveran) les considèrent plutôt comme un
produit d’altération des hématies, comparable aux granulations
basophiles.
Dans les hématies d’un gros rat (Mus decumanus ) tué le 22 jan¬
vier dans lejardin de l’Institut Pasteur de Saint-Paul, nous avons
trouvé les corps de Graham-Smith.
Les globules parasités ne présentent aucune altération, tandis
que dans le même^sang on observe d’assez nombreuses hématies
polychromatophiles’et d’autres contenant de gros grains, mor-
ph ologiquement assez semblables aux anaplasmes.
Les 'hématies "avec corpuscules de Graham-Smith sont un peu
plus nombreuses dans le sang des organes ici on trouve en
moyenne une hématie parasitée pour 5-io champs microsco¬
piques.
(1) Pour la littérature sur les corps de Graham-Smith, voir la note de Lave¬
ran et Marullaz, Bail. Soc. de Path. exot., 1914? P- 24°*
104
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le rat, chez lequel on trouva ces corpuscules, 11e montrait
pas d’anémie et semblait en très bon état de santé, quoique para¬
sité aussi par Ilœmogregarina mûris. Les corpuscules de Graham-
Smitii se présentent sous la forme de petits grains ovalaires ou
plus souvent de bâtonnets, inclus dans les hématies. Les grains
ressemblent à des cocci, les bâtonnets à des bacilles; dans les
préparations colorées par le Giemsa ou par le Pappenheim, ils
prennent une teinte bleue. La longeur de ces bâtonnets est d en¬
viron ijjl sur o,2o-o,3o de largeur; leur nombre dans une héma¬
tie varie en général de 6 à 20. Nous n'avons pas pu essayer des
expériences de transmission.
Les corps de Graham-Smith n’avaient pas encore été signalés
chez le Mus decumanus et c’est la première fois qu’on en trouve
en Amérique. S’il s’agit d’un parasite, nous proposons pour
celui que nous venons de rencontrer le nom de Grahamella
mûris.
Des Lacertiens peuvent-ils être
infectés par des Leishmania ?
Par A. LAVERAN.
Quelques faits tendant à montrer que le gecko d’Algérie
( Turentola mauritcinica) peut jouer un rôle dans la propagation
du Bouton d’Orient ont été publiés l’an dernier. Ces faits qui
semblaient de nature à éclairer une question encore fort obscure
ont éveillé l’attention de tous les observateurs qui s’intéressent
aux leishmanioses et qui seraient désireux de voir combler les
lacunes qui existent encore dans leur histoire.
II résulte d’une communication faite à notre Société par
Ed. et Et. Sergent, G. Lemaire et G. Sénevet (i), que l’ensemen¬
cement des organes des tarentes de Biskra (Algérie) a donné,
dans i5,7 0/0 des cas, des cultures pures d’un ïlerpetomonas
semblable aux Leishmania des cultures du bouton d’Orient. Les
cultures du sang de ces tarentes ont donné dans i/j,4 0/0 des
cas un trypanosome à formes parfois crithidiennes, toujours bien
(t) Soc. de pat h. exotique , 8 juillet 1914.
i
105
Séance du io Mars 19 i 5
distinct des Herpetomonas ; il s’agit sans doute de la forme de
culture du Tr. platydactyli que l'on trouve, à l’examen direct du
sang chez 100/0 des tarentes de Biskra.
Les auteurs supposent que la tarente sert de réservoir au virus
du bouton d’Orient et que le Phlebotomus minutas af ricanas,
qui est commun à Biskra et qui pique l’homme et la tarente,
sert au transport et à l’inoculation de la L. tropica.
Howlett a signalé que le Phlebotomus minutas de l’Inde se
nourrit constamment aux dépens des lacertiens et en particu¬
lier des geckos (1) ; Roubaud a confirmé le fait pour le Phlebo¬
tomus minutas africanus (2).
Chatton et' Blanc ont trouvé, dans le sang de 8 geckos de
Metlaoui (Tunisie), de petits éléments groupés dans une vacuole
occupant un des pôles du globule parasité dont le noyau est
refoulé à l’autre pôle. Les parasites, en forme de fuseau ou de
croissant, ont l’aspect de toxoplasmes, mais en dehors du noyau
médian on trouve, comme chez les Leishmania , un blépharo-
plaste ou centrosome. Le nombre des éléments parasitaires,
groupés parfois en barillet, dans un hématoblaste est de 5 à 10.
Le nombre des éléments parasités est peu élevé (3).
Ces corps leishmaniformes sont-ils le point de départ des
flagellés constatés par Ed. et Et. Sergent, Lemaire et Sénevet
dans les milieux de culture ensemencés avec les organes des
tarentes de Biskra? C’est là une question qu’il sera très inté¬
ressant d’élucider.
Au point de vue du rôle que les Reptiles peu vent jouer dans
l’étiologie des leishmanioses, le fait suivant, signalé par Lind-
say (4), est fort intéressant. Au Paraguay, c’est une opinion très
répandue parmi les travailleurs des forêts que la buba (leishma¬
niose de la peau et des muqueuses) est produite par la piqûre
d’ixodes ou de sim u lies (désignées sous le nom de mbariguies )
qui se sont nourris sur des serpents à sonnettes; quand on
trouve dans la forêt un de ces serpents enroulé, 011 observe
presque toujours une nuée de simulies au-dessus et, si on tue
le serpent, on constate que les Amblgomma striatum adhèrent
(z) Howlett, Indian Jl. of. med. Research, juillet 1913.
(2) E. Roubaud, Soc. de path. exotique, i4 janvier 1914*
(3) Ed. Chatton et G. Blanc, Soc. de Biologie , 25 juillet 1914.
(4) J.-W. Lindsay, Transact. of the Soc. of. trop. med. a.hgg ., juillet 1914,
t. VII, p. 25p.
8
106 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
en beaucoup de points à sa peau. Pour éviter les piqûres des
simulies, les péones s’enduisent les bras et les jambes avec de la
graisse de volailles.
J’ai pensé que si certains Reptiles servaient d’hôtes intermé¬
diaires aux Leishmania il devait être facile de les infecter expé¬
rimentalement avec ces parasites, à l’état préflagellé, tels qu’on
les rencontre dans les tissus des Mammifères, ou à l’état flagellé,
tels qu’ils existent dans les cultures.
Grâce à la grande obligeance de M. le Professeur Roule du
Muséum d histoire naturelle, et de notre Collègue Mme Phisalix,
j’ai pu entreprendre des expériences sur les geckos, bien qu’il
soit difficile de se procurer de ces animaux dans la saison d’hiver
où nous sommes encore. Ces expériences n’ont porté encore
que sur 3 de ces Lacertiens.
1° Un gecko ( Tarentola mauritanien), après examen négatif de son sang
au point de vue de l'existence d’hématozoaires, est inoculé le 16 janvier
1915, sous la peau du dos, avec le produit de broyage d’une tumeur
testiculaire de souris très riche en L. trop ica. Le 22 janvier, il n’y a pas
d’exsudat sous la peau du dos, j'injecte dans la cuisse droite un quart de
cm3 d’une belle culture de L. tropica. Le 4 février, l’examen du sang au
point de vue de la présence d’hématozoaires est négatif.
Le gecko est trouvé mort le 9 février, il pèse 4 gr. Pas de trace d’exsudat
sous la peau du dos ni à la cuisse droite. Les examens de frottis du sang,
du foie, de la rate et des poumons sont entièrement négatifs.
2° Un gecko de même espèce que le précédent, après examen négatif de
son sang, est inoculé le 16 janvier 19 5, sous la peau du dos, avec le pro¬
duit du broyage d’une tumeur testiculaire de souris très riche en L. tro¬
pica. Le 22 janvier, le gecko reçoit, dans la cuisse droite, un quart de
cm3 d’une belle culture de L. tropica. Le 26 janvier, il n’y a rien d’anor¬
mal aux points d’inoculation , des ponctions faites à l’aide de pipettes
fines sous la peau du dos et dans la cuisse droite sont complètement
sèches. L’examen du sang fait le 4 février, au point de vue de l’existence
d’hématozoaires, est négatif.
Le gecko est trouvé mort le 22 février 1915. Rien d’anormal aux points
d’inoculation, pas d’œdèmes. La recherche des Leishmania dans les frottis
du foie, de la moelle osseuse et des poumons, donne des résultats négatifs.
3° Un troisième gecko inoculé à 2 reprises, dans le péritoine, avec de
belles cultures deL. tropica est mort 10 jours après la première inoculation.
L’examen du sang, au point de vue des hématozoaires, négatif avant les
inoculations, est resté tel. L’examen de frottis du foie et des poumons a
été également négatif.
J’ai inoculé, de même sans succès, avec la L. tropica , 4
Lctcerta viridis dont je résume les observations.
1° Un Lacerta viridis provenant des environs de Clermont-Ferrand,
après examen négatif de son sang, est inoculé dans le péritoine le 25 octo-
Séance du io Mars 1916
107
bre 1914 avec un demi-centimètre cube d’une très belle culture de L. tro¬
pica. — 30 octobre, le lézard est inoculé de nouveau dans le péritoine avec
le produit du broyage d’un testicule de rat très riche en L. tropica. — Les
17 et 24 novembre et 2 décembre 1914, on pratique de nouvelles inocula¬
tions intra-péritonéales ; on injecte chaque fois un demi centimètre cube
de très belles cultures de un mois environ. — 31 décembre 1914, rien
d’anormal ; l’examen du sang du lézard fait au point de vue de l’existence
d’hématozoaires est complètement négatif.
Le lézard est sacrifié en bon état le 3 janvier 1915. Le péritoine contient
quelques gouttes d’un exsudât sanguinolent dans lequel on ne trouve pas
de Leishmania. La recherche des Leishmania dans le tissu cellulo-adipeux
abdominal, dans le foie et dans la rate donne des résultats complètement
négatifs.
2° Un L. viridis qui a de rares hémogrégarines est inoculé, dans le péri¬
toine, le 30 octobre 1914 avec le produit du broyage d’un testicule de sou¬
ris fortement infectée par L. tropica : les 23 novembre et 22 décembre 1914,
le lézard qui ne présente rien d’anormal est réinoculé, dans le péritoine,
avec des cultures très belles de L. tropica . L’examen du sang fait le
31 décembre 1914 révèle seulement l’existence de rares hémogrégarines,
constatées au début de l’expérience. Une ponction du péritoine faite le
1er janvier 1915 donne une goutte d’un exsudât, visqueux dans lequel on
trouve de nombreux leucocytes, sans aucune Leishmania. Le 12 janvier,
j;injecte, sous la peau du dos, 1 cm3 de belle culture de L. tropica sans
aucun résultat apparent. A la date du 8 mars, le lézard est en très bon
état.
3° Un L. viridis reçoit, dans le péritoine, les 2 et 22 décembre 1914 des
injections de belles cultures de L. tropica de 1 mois; on injecte chaque
fois 1/2 cm3 de culture. Une ponction péritonéale faite le 1er janvier 1915
donne une goutte de liquide visqueux qui ne contient pas trace de / ei.sh-
mania. Le 12 janvier 1915, le lézard reçoit, dans la cuisse droite, 2/3 de
cm3 de belle culture de L. tropica L’examen du sang, négatif au début de
l’expérience, est également négatif le 1er mars au point de vue de l’exis- :
tence d’hématozoaires. A la date du 8 mars le lézard est en très bon état.
4° Un L. viridis , après examen négatif de son sang au point de vue des
hématozoaires, reçoit, le 22 janvier 1915, 1/4 de cm3 d’une très belle
culture de L. tropica sous la peau du dos, et 1/2 cm3 de la même culture
dans la cuisse droite. Le lézard est trouvé mort le 29 janvier 1915. Il n’y a
pas trace d’exsudat aux points d’inoculation. L’examen de frottis du foie,
du sang et du poumon est négatif au point de vue de l’existence de Leish¬
mania.
Précédemment j’avais essayé d’infecter des Lacerta viridis avec
la L. infantum (1). Chez un lézard inoculé, dans le péritoine,
avec la pulpe des organes d’un chien fortement infecté de kala-
azar, on voyait encore au bout de 3o jours des Leishmania dans
les éléments cellulaires obtenus par ponction del abdomen, mais
(1) A. Laveran et G. Nicolle, Rapport au xvne Congrès internat, de Méde¬
cine de Londres 1 9 1 3 , xxiB section et A. Laveran, Les leishmanioses chez les
animaux, Ann. de ïfnst. Pasteur, 1914? t. XXVIII, p. 912.
108
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
* * ' ■"
les résultats des ensemencements dans le milieu deNovy simpli¬
fié étaient négatifs. Chez deux autres L . viridis , les Leishmania
ont disparu rapidement de la cavité péritonéale.
Ces recherches devront bien entendu être continuées, il serait
prématuré de conclure ; je constate seulement que j usqu’ici elles
sont peu favorables à l’hypothèse de Lacertiens hôtes intermé¬
diaires des Leishmania.
Dans les régions où le bouton d’Orient est endémique, les
.malades atteints du bouton ou d’ulcères consécutifs, constituent
déjà un important réservoir du virus; depuis longtemps il est
démontré que la maladie est transmissible d’homme à homme
directement ou indirectement (i ).
Les faits pour lesquels la transmission interhumaine directe
ou indirecte ne semble pas admissible, peuvent s’expliquer sans
qu’il soit nécessaire de faire intervenir un animal vertébré
jouant le rôle d’hôte intermédiaire ; d’autres hypothèses sont
admissibles.
Nous avons montré, M. Franchini et moi, que des Mammifè¬
res pouvaient être infectés avec des Flagellés des puces et des
moustiques et qu’on trouvait, chez les animaux en expérience,
des éléments parasitaires ayant une grande ressemblance avec
les Leishmania. Il s’agit d’infections légères dans les conditions
où nous nous sommes placés, mais on peut concevoir que la
virulence de certains parasites d’insectes soit exaltée dans d’au¬
tres conditions, et en particulier par la chaleur excessive des
étés des oasis du Sahara.
La fréquence des Simulies et des Phlébotomes dans les ré¬
gions où règne le bouton d’Orient a fait soupçonner ces insectes
de servir à la transmission de cette dermatose, comme à celle
de la verruga, et il se trouve précisément qu’ils sont souvent
infectés de Flagellés.
Dès 1909, J. Georgevitch a décrit un trypanosomide d’une
simulie de Serbie, sous le nom de Crithidia simuliæ (2).
Au cours de ses recherches sur le bouton d’Orient, Wenyon a
trouvé des Herpetomonas chez 6 0/0 des Phlebotomus qu’il a
examinés à Alep. Ces Herpetomonas à la phase préflagellée,
comme à la phase flagellée, présentent, dit Wenyon, la plus
(1) A. Lavaran, Contrib. à l’étude du bouton de Biskra, Ann. de dermatol.
et de syphiligr., 1880, 2e série, t. I, p. 178.
(2) J. Georgevitch, Soc. de Biologie, 10 novembre 1909.
109
Séance du io Mars i 9 1 5
grande ressemblance avec la Leishmania tropica telle qu’on l’ob¬
serve dans les tissus et dans les cultures (1).
F. -P. Mackie a trouvé aux Indes un Herpetomonas assez com¬
mun chez Phlebotomas minutas (2).
Wenyon et Mackie pensent que ces Herpetomonas sont des
parasites naturels aux Phlébotomes sans rapport avec le bouton
d’Orient, mais ils paraissent n’avoir fait aucune expérience pour
s’assurer que ces Flagellés sont dénués de toute action patho¬
gène. Il y aura lieu de procéder à de nouvelles recherches dans
cette voie, en même temps qu’on poursuivra l’étude des héma¬
tozoaires des geckos et d’autres Reptiles au point de vue de leurs
rapports avec les Leishmania.
Infection expérimentale du rat et de la
souris par « Herpetomonas muscæ domesticæ »
par G. FRANCHIN1 et M. MANTOVANI.
Laveran et Franchini ont montré qu’on pouvait provoquer
chez le rat et chez la souris des infections légères en leur ino¬
culant des Flagellés de puces ou par ingestion de ces parasites ;
des infections ont été aussi obtenues avec des Flagellés de Ano¬
phèles maculipennis et plus difficilement avec les Flagellés de
Melophagus ou inus (3).
Sur le conseil de M. le Professeur Laveran, nous avons
recherché si, avec le Flagellé de la mouche domestique, on pou¬
vait également produire des infections du rat et de la souris.
Sur un millier de mouches capturées dans des fermes des
environs de Bologne, nous avons constaté l’existence de Fla¬
gellés nombreux chez 3o, soit dans 3 0/0 des cas. Les mouches
capturées dans les maisons de Bologne n’ont jamais montré de
parasites. Les Flagellés de nos mouches étaient tantôt du type
Herpetomonas , tantôt du type Leptomonas , parfois ils se rappro-
(1) C.-M. Wenyon, Jl of the London Sch. of trop med., 1912, t. I, p. 98.
(2) F. -P. Mackie, Indian Jl. of. med. Research, juillet 1914? t* If p. 377.
(3) Laveran et G. Fkanchini, Acad, des Sciences, 1er septembre et
4 novembre 1913, 16 février et 16 mars 1914 et Soc. de path. exotique, 8 juil¬
let 1914.
HO
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
chaient du type Trypanosomci ; les formes rondes ou ovalaires,
sans flagelles, étaient rares.
6 rats moyens ont été inoculés, dans le péritoine, avec le con¬
tenu du tube digestif de mouches fortement infectées, dilué dans
un peu d’eau physiologique. 3 de ces rats sont morts de péri¬
tonite aiguë; les 3 autres ont survécu, nous résumons leurs
observations.
1°Rat inoculé, dans le péritoine, le 25 juillet 1914, avec les flagellés des
mouches. Le rat maigrit beaucoup et meurt brusquement le 13 octobre
1914. Poids du corps, 80 gr. ; poids de la rate, 96 cg. Dans les frottis
de la rate et de la moelle osseuse on trouve des hématozoaires non rares,
arrondis ou ovalaires, ressemblant tout à fait aux formes non flagellées de
H. muscæ domeslicœ; dans certains éléments cependant on ne distingue pas
le centrosome à côté du noyau. L’examen des frottis du foie est négatif.
2° Rat inoculé, dans le péritoine, le 25 juillet 1914, avec les flagellés des
mouches. L’examen du sang, fait le 3 août 1914, révèle l’existence de
parasites libres leishmaniformes. très rares. Un nouvel examen du sang, fait
le 17 septembre 1914, permet de constater, dans une préparation de sang
desséché et coloré, l’existence d’éléments leishmaniformes et d’un élément
flagellé.
Le rat est sacrifié, en bon état, le 10 novembre 1914; il pèse 120 gr. ;
la rate pèse 80 cg. Dans les frottis de la rate et de la moelle osseuse on
trouve des hématozoaires non rares (éléments leishmaniformes ou mon¬
trant un seul noyau, sans centrosome) ; parasites très rares dans les frottis
du foie.
3° Rat inoculé, dans le péritoine, le 25 juillet 1914, avec les flagellés des
mouches. L’examen du sang, fait le 3 août 1914, révèle l’existence de
parasites libres leishmaniformes rares. Un nouvel examen, fait le 3 sep¬
tembre 1914, donne les mêmes résultats.
Le rat qui est malade, amaigri, est sacrifié le 28 septembre 1914; il
pèse 96 gr. ; la rate pèse 1 gr. Parasites leishmaniformes, non rares dans
la rate et la moelle osseuse (les formes allongées prédominent), rares dans
le foie.
Des rats inoculés, dans le péritoine, avec le sang ou avec le
produit du broyage des viscères des rats parasités, se sont
infectés comme le prouvent les observations 4 à 8.
4°, 5°, 6° Trois jeunes rats, de 20 gr. environ, inoculés le 26 août
1914, dans le péritoine, respectivement avec le sang des rats 1, 2 et 3,
meurent le 26 septembre. Le rat 4 a des parasites non rares dans la
moelle osseuse ; l’examen des frottis de foie et de rate est négatif. Le rat 5
a de rares parasites dans la rate et la moelle osseuse. Le rat 6 a des para¬
sites non rares dans le foie, rares dans la moelle osseuse. L’examen de la
rate est négatif
7° Un jeune rat est inoculé le 25 septembre 1914, dans le péritoine,
avec le produit du broyage du foie, de la rate et de la moelle osseuse d’un
rat parasité par H. muscæ domesticœ ; l’examen du sang, fait à différentes
lit
Séance du io Mars 19 15
reprises, montre l’existence de parasites leishmaniformes rares. Le rat qui
a maigri est sacrifié le 11 février 1915; il pèse 120 gr. ; la rate pèse
80 cg. Dans les frottis de moelle osseuse, les parasites leishmaniformes
sont assez nombreux ; ils sont rares dans la rate, plus rares encore dans
le foie ; le centrosome est souvent accolé au noyau.
8° Un rat inoculé dans les mêmes conditions que le précédent, avec le
produit du broyage des viscères du rat 3, a montré pendant la vie, dans
son sang, des parasites leishmaniformes libres ou endoglobulaires et il
est mort, 3 mois après l’inoculation, avec des parasites non rares dans la
moelle osseuse, rares dans le foie et la rate.
LTn rat auquel nous avons fait avaler une culture impure de
H. muscœ domesticœ , datant de 12 jours et contenant de nom¬
breux parasites arrondis ou ovalaires, flagellés, et souvent en
voie de multiplication, s’est infecté. Sacrifié 2 mois 1/2 après
l’ingestion, il a montré des éléments leishmaniformes rares
dans le foie, très rares dans la rate et la moelle osseuse.
Du sang du rat 2 pris dans le cœur, ensemencé dans le liquide
de condensation du milieu de Novy (r partie), mélangé à une
solution de glycose à 3 0/0 (4 parties), a donné, au bout de
12 jours, une culture pure de petits hématozoaires ayant l’aspect
des anaplasmes, dans les frottis colorés. 2 souris inoculées avec
cette culture, dans le péritoine, ont montré à l’autopsie des
parasites leishmaniformes rares dans le foie. Les essais de repi¬
quage de la culture n’ont rien donné.
Avant de mettre rats ou souris en expérience, nous nous
sommes assurés que ces animaux n’avaient pas de puces et que
leur sang ne contenait pas d’hématozoaires.
De ces faits nous croyons pouvoir conclure qu’il est possible
de provoquer des infections légères chez le rat et la souris avec
le Flagellé de la mouche domestique, comme avec les Flagellés
des puces, des moustiques et de Melophagus ovinas.
( Travail du laboratoire de M. le Professeur Laveran).
112
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’oftalmo e Tintrapalpebro-reazzione
nella diagnosi e nella differenziazione
di alcune tripanosomiasi
Nota preventiva
pel Prof. Dott. Alessandro LANFRANCHI
E noto corne nelle diverse tripanosomiasi animali, non sia
possibile, nel maggior numéro dei casi, stabilire un diagnostico
sui dati clinici.
Diffico Ità e non lievi si riscontrano anche allorquando si
ricorra ai diersi metodi di diagnosi sperimentale.
Alcuni per esigere una tecnica spesso lunga e delicata non
sono possibili ad impiegarsi correntemente, mentre altri sono
finora di discusso valore.
Anche il metodo preconizzato nel 1911 dal Lange, in rap-
porto al morbo coitale, e controllato subito dopo dallo Iwich e
Winkler, da Uhlenhutii. etc... non è alla portata di tutti esem-
bra mancare di spécificité.
Detto metodo è basato sopra la propietà che avrebbero i
sieri di animali infetti da dourina di determinare in una emul-
sione omogenea di trip. equiperdum un’agglutinazione apprez-
zabile macroscopicamente.il siero normale non précipita Pemul-
sione ad una diluizione superiore a 1 : 00 — 1 : roo, mentre il
siero di cavalli infetti agglutina nelle proporzioni di 1 : 6.4oo
a 1 : 12.000.
Uhlenhuth ritiene che con Fagglulinazione si possa fare una
diagnosi précoce, quando cioè l’animale non présenta né sintomi
nè parassiti nel sangue.
Perd la reazione non è slrettamente specifica e lo stesso siero
che agglutina il trip. equiperdum , agglutina anche il B rucei,
nelle proporzioni 1 : 200 (Laveran e Mesnil).
La soluzione del problema di una diagnosi pronta e sicura non
è quindi ancora ottenuta, ed esso impone percid la ricerca di
un metodo semplice ed altrettanto sicuro e che possa corrispon-
Séance du io Mars 1916
113
dère ad un ’applicazione taie, da divenire di uso corrente nella
pratica.
A taie scopo 6 voluto ricercare se era possibile di ricorrere
all’impiego delloftalmo e dellintrapalpebro-rcazione.
Le mie ricerche sono state eseguite a tutt 6ggi solo in animali
(cavalli e cani) afifetti da surra. Corne controlli mi sono servito
di anima li délia stessa specie, sani ed infetti do Trypanosoma
Brucei :
L’antigeno fu oltenuto preparando deg'li estrattij; di Trypano¬
soma Evansi presi da ratti in piena infezione (con glicerina,
alcool, etere, cloroformio, acqua di sti 1 la ta ) secondo la tecnica
del Levaditi :
La tecnica impiegata per Foftalmo e l’intrapalpebro-reazione,
fu la stessa di quella che vienne usata negli animali infetti da
morva o da tubercolosi.
★
* *
Con Foftalmo-reazione allorchè si tratta di animali sani od
infetti da Brucei ; nei cani non si nota nessun falto realtivo,
nei cavalli, e solo in taluni soggetti, le manifestazioni reattive
sono assai limitate, appena apprezzabili, transitoire e scompai-
onoin 2-3 ore al massimo. Negli animali invece infetti da Surra :
nei cani notiamo, con Fimpiego dellestratto alcoolico e più
ancora con il glicerico, fatti di leggera congiuntivite (iperemia
délia mucosa, fuoriscità di piccola quantité di essudato siero-
mucoso) che si verificano dopo r-2 ore e che cessmao completa-
mente in 6-8 ore.
Nei cavalli invece, tratta ti con l’estratto alcoolico e più ancora
' in quelli trattati con il g-licerico ; dopo mezz’ora o un ora, si
hanno fatti reattivi più notevoli ; iperemia délia mucosa, tume-
fazione leggera délia palpebra inferiore, fotofobia, extropion
apprezzalâle, fuori ûseita dall’ angolo interno dell’ occhio in
primo tempo di un essudato mucoso, che diviene dopo due tre
ore muco purulento. I fatti persistone e leggermenle si accen-
tuano per 8-9 ore per poi gradualmente scomparire.
•k
Con l’intrapalpebro-reazione-nessan fatto realtivo apprezzabile
nei rani, anche in quelli infetti da surra. Nei cavalli, mentre
114 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
solo in taluno dei controlli ; comprendendo in questi anche quelli
infetti da nagana (sempre allorche si imprieghi l’estratto alcoo-
lico od il glicerico) si possono notare fatti locali assai limitati e
transitori che scompaiono in 2-4 ore ; quando si traita di soggetti
infetti col Tryp. Evansi : si verifica tutto il corteggio dei sintomi
che 6 riportati per l’oftal mo-reazione ; inoltre si ha in corrispon-
denza al punto dei T inoculazione, reazione rappresentata da un
edema manifesto bene apprezzabile gia dopo tre ore, che va
leggermente aumentando fîno aile 8-9 ore, per poi gradualmente
risolversi in uno eon tutti gli altri sintomi.
CONCLUDENDO :
Dai resultati di questo prime ricerche parrehhe che : Nei cani
fosse possibile con estratti glicerici od alcoolici dei tripanosoma
infettante, mediante l’oftalmo-reazione, fare diagnosi di surra
non solo, ma differenziare questa dalla nagana.
Neicavalli con gli stessi estratti si giungereble adeguali resul¬
tati, non solo con l’oftalmo ma anche con l’intrapalpebro-rea-
zione.
Mi riservo di prendere in esame se ed in quanto nei periodi
afebbrili in cavalli infetti sia possibile nelb intrapalpebro tener
conto di un rilievo termico diagnostico.
{Dair Jstiluto di Patologia e Clinica Medica Veterinarie
délia R. Universita di Bologna).
Résumé. — L'A. après avoir établi que les différentes métho¬
des proposées n'aboutissent pas à la solution pratique de la
question du diagnostic, a voulu essayer si l ophtalmo- et l’intra-
palpébro-réaction peuvent être utilisées dans le diagnostic et dans
la différentiation des trypanosomiases. Dans ce but il s’est servi
de chiens et de chevaux expérimentalement infectés de surra et
de nagana.
L’antigène a été obtenu suivant la méthode de Levaditi en
recueillant du virus Evansi chez des rats en pleine infection.
Les résultats obtenus dans une première série de recherches
ont amené LA. aux conclusions suivantes :
Cdiez les chiens, il est possible, avec des extraits glycérinés ou
alcooliques du trypanosome infectant, au moyen de l’ophtalmo¬
réaction (suivant la même technique déjà adoptée par tout le
monde dans le diagnostic de l’infection tuberculeuse et mor-
Séance du io Mars 191.5 115
veuse), de poser un diagnostic de surra, même en le différentiant
du nagana.
Avec les mêmes extraits chez les chevaux, on peut arriver aux
mêmes distinctions, soit en employant l’ophtalmo-réaction, soit
en employant la méthode de Pintrapalpébro-réaction que I A.
même a tout récemment indiquée pour le diagnostic de la morve.
La maladie de Fez,
Trypanosomiase des chevaux du Maroc
JSotz préliminaire
Par VELU.
Historique. — C est une maladie assez fréquente au Maroc,
signalée par Suty sous le nom de surmenage intestinal, puis
étudiée par Léger qui l’a considérée comme une « Typho-
anémie » due à un virus filtrant et en a fait le premier une des¬
cription un peu confuse (1).
Aire géographique. — Dénommée par Léger « Maladie de Fez »
sous forme d’épizootie sur les chevaux de Chasseurs d’Afrique,
elle est, en réalité, répandue dans tout le Maroc. Nous en avons
observé des cas isolés à Casablanca. II est probable qu elle existe
également au Tadla. Nous n’en connaissons encore ni l'impor¬
tance exacte, ni la répartition, ni le mode de propagation. Nous
pouvons cependant affirmer que le terme de « Maladie de Fez »
est impropre puisqu’il tend à faire croire que cette affection est
spéciale à une contrée alors qu’il n’en est rien.
Symptômes. — La « Maladie de Fez » revêt l’allure générale et
les principaux symptômes de toutes les Trypanosomiases. Son
début passe inaperçu. Sa marche est insidieuse ; puis elle se
traduit par la faiblesse progressivement croissante, l’amaigris¬
sement qui s'accentue lentement et peut devenir extrême, enfin
par la difficulté de la marche, et les troubles locomoteurs des
deux membres postérieurs.
(1) Léger. La maladie de Fez, in Revue Vétérinaire Militaire, igi3, p. 474*
116
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Quelques symptômes d’importance secondaire affectent le tube
digestif : l’appéti t est capricieux; on observe même de l’entérite
et parfois de l’ictère. Les pétéchies, signalées sur les muqueuses
comme ayant en certains pays une valeur diagnostique de tout
premier ordre, n’ont au Maroc aucune signification : On les ren¬
contre fréquemment sur des animaux ne présentant par ailleurs
aucun symptôme morbide.
De loin en loin, les malades ont de légers accès de fièvre de
peu de durée.
Nous n’avons jamais, observé aucun signe pathologique exté¬
rieur.
La maladie évolue lentement. Elle n’est pas fatalement mor¬
telle.
Agent pathogène. — Les recherches poursuivies depuis plus
d’un an au Laboratoire, nous ont permis de découvrir l’agent
causal : Gomme l’avait pressenti M. le Vétérinaire Principal
Fray (i), c’est un Trypanosome. II est peu abondant dans le sang
des animaux infectés. Nous n’avons jamais pu l’y observer.
Morphologiquement, il semble rappeler ceux du Nagana et du
Surra. Il mesure environ 20 p.. Son flagelle présente toujours une
partie libre. Le centrosome se colore très bien. Les formes de
division abondent dans le sang périphérique du lapin.
Etude expérimentale. — L’étude expérimentale en est à peine
ébauchée. Nous n’avons inoculé ce Trypanosome qu'au lapin qui
a réagi à l’inoculation comme à celle des autres trypanosomes
pathogènes des mammifères. La durée de la maladie a été de
22 jours. Les lésions extérieures sont l’œdème du fourreau et la
chute des poils au niveau des ailes du nez ; les lésions internes
sont peu accusées : la rate est à peine hypertrophiée. Rien au
point d’inoculation. Le Trypanosome était extrêmement abondant
dans le sang au moment de la mort.
Conclusion. — Gomme la détermination d’un Trypanosome est
impossible avec le seul secours du microscope en raison de
l’identité des caractères morphologiques de tous les Trypano¬
somes africains (les trypan. des types dimorphon et cazalboui
exceptés), l’identification de ce nouvel agent est encore à faire.
Il est évidemment différent de celui de la Dourine. Est-il le
même que celui du Mal de la Zousfana. ou que celui du Debab,
(1) Revue Vétérinaire Militaire , iqi3, page 479-
»
Séance du io Mars 1910
1 1 7
déjà trouvé à Casablanca dans le sang- d’un cheval par Belleval
et identifié par Sergent ? C’est ce que de nouvelles recherches
pourront peut-être démontrer.
Il importe pour cela :
i° De poursuivre les études expérimentales;
20 De se renseigner sur les connaissances des indigènes à ce
sujet ;
3° De déterminer par des recherches microscopiques le pour¬
centage des chevaux atteints ;
J »
4° D’identifier le Trypanosome par l’épreuve de Laveran et
Mesnil
( Travail du Laboratoire du Service Zootechnique
et des Epizooties).
Sur les Helminthes de l’Eléphant d’Asie
'Note complémentaire
Par A. RAILLIET, A. HENRY et J. RAUCHE.
Au moment même où nous établissions le bilan de nos connais¬
sances en ce qui concerne les helminthes de l'Eléphant d’Asie (1 ),
M. le Dr Clayton Lane, major de l’Indian Medical Service à Dar-
jeeli ng (Inde anglaise), préparait un travail sur les Stronqylidœ
de cet animal (2).
Notre collège, ayant eu en mains un grand nombre de parasites
récemment récoltés, a pu en faire une élude minutieuse et les
classer dans une série de genres dont nous n’avions pu en géné¬
ral que faire prévoir la création.
Par contre, en raison de son éloignement des centres scienti¬
fiques, il n'a pu prendre connaissance que d’une partie limitée
des travaux publiés sur ce sujet, de sorte qu’il a été porté à con¬
sidérer comme nouveaux une bonne partie des genres et des espè¬
ces dont il a donné la description.
(1) A. Railliet, A. Henry et J. Bauche, Sur les Helminthes de l’Eléphant
d’Asie. Bull. Soc. Pathol. Exot., t. VII, nos ï} 2, 3 (séances des i4 janvier,
11 février, 11 mars 1914)*
(2) Clayton Lane, Bursate Nematodes from the Indian Eléphant. The Jndian
Journal of Medical Research , vol. II, n° 1, July 1914? p* 380-398, pl. XLIX-LX.
118
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Il nous paraît donc nécessaire de passer brièvement en revue
l’ensemble de ces formes ou groupes afin d’en établir l’identifi¬
cation.
M. Clayton Lane décrit et figure huit espèces, dont six sont
considérées par lui comme nouvelles, et il les répartit entre six
genres, tous regardés comme nouveaux.
En réalité, deux des espèces seulement sont nouvelles, et
parmi les genres il n’y en a que quatre inédits.
Pour grouper méthodiquement ces formes, il convient de rap¬
peler que l’ancienne famille des Strongylidœ constitue en réalité
un sous-ordre des Strongylata ou, selon la nomenclature amé¬
ricaine, une superfamille des • Strongyloidea , se laissant diviser
en plusieurs familles : Strongylidœ s. str., Syngamidœ , Trichos-
tron gyl idœ , Me tas t non g y l idœ .
Les Strongylidœ comprennent les sous-familles des Strongy-
linœ , Bunostominœ , Œsophagostominœ , Cylicostominœ , Deletro-
cephalinœ , etc.
Or, deux genres de M. Clayton Lane : Decrusia. et Quilonia ,
appartiennent aux Strongylinœ , et les quatre autres : Eqainurbia ,
Asifia , Murshidia et Amira , se rattachent aux Cylicostominœ.
Nous les examinerons successivement.
i° Genre Decrusia. Espèce-type : D. decrusi CL Lane. — Cette
espèce est identique à celle que nous avons décrite sous le nom
de Strongylus additicius , et bien qu elle présente, ainsi que nous
l’avons fait remarquer, une bouche légèrement dirigée vers la
face dorsale, une bourse caudale se rapprochant de celle des
Ancylostoma , particularités auxquelles s’ajoute l'absence de gor-
geret, il serait peut-être excessif de la séparer du genre Stron¬
gylus. En tout cas, elle devrait s'appeler Decrusia additicia.
2° Genre Quilonia. Espèce-type : Qu. quilona Lane; autre espèce :
Qu. travancra Lane. — Le Quilonia quilona , trouvé dans le
cæcum de l'Eléphant d’Asie à Travancore, répond bien à YEvan-
sia renniei Raill. et Henry, 19 1 3, tel qu'il a été figuré par Evans
et Rennie en 1910. Le genre Quilonia est donc synonyme d ’Evan-
sia. Quant au Ou. travancra Lane, du cæcum (?) également, et
de la même localité, il paraît représenter réellement une forme
nouvelle, qui devra être dénommée Evansia travancra.
3° Genre Equinurbia . Espèce-type : E. sipunculifor/nis (Baird,
1869). — Il est à remarquer que ce genre, dont la création paraît
très justifiée, se rapproche, par la constitution de la capsule
Séance eu io Mars i y i 5
119
buccale, des Strongylinœ , alors que le précédent rappelle plutôt
les Cylicostominœ ; mais il ne faut pas oublier que l’importance
de la bourse caudale, comme élément de classification, est infini¬
ment plus grande que celle de l’appareil digestif.
4° Genre Murshidia. Espèce-type : Mur s h idia mtirshida Lane,
cæcum de l’Eléphant d’Asie. Autres espèces : M.falcifer (Cobbold,
1882), du même hôte, que nous avons signalé aussi comme
trouvé par Brumpt chez YElephas africanus , et M. recta (Lins-
tow, 1907), de YElephas africanus , peut-être identique au pré¬
cédent.
5° Genre Asifia . Espèce-type : A. vasifa Lane, cæcum de l’Elé¬
phant indien. — Cette espèce n’est autre que le Sclerostomum
epistomum Piana et Stazzi, 1900, dont nous avons fait le type du
genre Choniangium. Les noms générique et spécifique Asifia
vasifa doivent donc disparaître devant la désignation Chon.
epistomum.
6° Genre Amira. Espèce-type : A. onira Lane, cæcum de l’Elé¬
phant indien. — Cetle espèce est facile à reconnaître pour notre
Cijlicostomurn pileatum. Elle s’appellera par suite Amira pi/eata
(R., H. et B., 1914)-
En résumé, la faune parasitaire de l'Eléphant d’Asie s’est enri¬
chie, de par les recherches de M. Clayton Lane, des deux espè¬
ces : Evansia travancra et Murshidia murshida.
Quant aux genres établis par notre collègue anglais, deux ou
trois seulement sont à retenir : Equinurbia et Murshidia parmi
les Cylicostominœ , et, à la rigueur, JJecrusia parmi les Strongy-
linœ.
L'opothérapie rénale dans la fièvre
bilieuse hémoglobinurique avec anurie
Par J. RINGENBACH.
La fièvre bilieuse hémoglobinurique s’accompagne fréquem¬
ment de diminution de la quantité des urines, et V anurie , avec
phénomènes urémiques mortels, est la terminaison fatale de
beaucoup la plus commune dans cette maladie. Une des premiè¬
res indications thérapeutiques est de chercher à aider l’organisme
120
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
à se débarrasser des poisons hémolysants, quels qu'ils soient;
tout en respectant le rein qui est juste suffisant pour éliminer
l’hémoglobine dissoute dans le sérum sanguin. Mais souvent
l’intolérance gastrique est telle qu’aucune boisson diurétique
n’est tolérée.
Les expériences physiologiques de Brown - Séquard et de
Meyer ont montré qu’il est possible, au moyen d 'extraits de
rein , de retarder chez les animaux néphrectomisés l’apparition
des accidents urémiques ; l’opothérapie rénale, basée sur les
expériences de ces savants, semble donc d’une façon générale
devoir trouver son application dans tous les cas d’insuffisance
rénale avec parenchyme cependant pas trop désorganisé. Nous
avons essayé l’extrait rénal dans quelques cas de fièvre bilieuse
hémoglobinurique ; bien que nous ne possédions que quatre
observations, les résultats obtenus sont tels que nous estimons
intéressant de les présenter.
Nous nous sommes servi d’un extrait rénal appelé nèphrine
(néphrine injectable Chaix) préparé pour être administré en
injections hypodermiques ; c’est une solution faite à une partie
du tissu (rein de porc) pour deux parties de la solution physio¬
logique de sel marin. Ce produit nous avait été obligeamment
remis par notre collègue le Docteur Audiau, qui avait eu l’occa¬
sion de l’employer dans quelques cas de fièvre bilieuse hémo¬
globinurique ; mais il avait prescrit une médication mixte,
associant aux injections de néphrine des injections sous-cutanées
ou des lavements de sérum physiologique, des injections hypo¬
dermiques de caféine, etc., et il était dès lors difficile de juger
exactement l’effet attribuable à l’extrait rénal. Nos quatre mala¬
des, au contraire, n’ont reçu pour tout traitement qu’une seule
injection de néphrine (une ampoule de 2 à 3 cm3). I! s’agissait
de soldats d’infanterie coloniale arrivant de France et remontant
de Brazzaville à Banguisur un vapeur ; ils avaient déjà fait anté¬
rieurement des séjours coloniaux. Quand nous fûmes appelé
auprès d’eux, nous ne pouvions leur administrer aucune autre
médication, c’est ce qui explique le traitement exclusivement
limité à la néphrine que nous avons appliqué.
Dans les quatre cas, la fièvre bilieuse hémoglobinurique avait
débuté deux jours avant, à la suite d’un refroidissement causé
par une violente tornade. Nous résumons en quelques lignes les
observations de nos malades :
Séance du io Mars 1910
121
D..., se plaignait de céphalée, de courbature et de vomissements, il
n’avait pas uriné depuis 14 h. ; la température était à 40°2. Nous lui fai¬
sons une injection de néphrine à 9 h. du soir; de 1 h. à 7 h. du matin,
il urine à trois reprises. La température à 7 h. du matin était de 37°4, et
la céphalée avait disparu.
IL.., présentait les mêmes symptômes que le précédent ; il n’avait pas
uriné depuis 15 h., et la température était de 40°. 4 h. après l’injection de
néphrine, les urines reparaissent ; le lendemain matin la température était
de 37°3, et le malade accusait une sensation de bien-être très sensible.
D..., présentait aussi de la céphalée^ de la courbature, des vomisse¬
ments et de la fièvre (39°) ; il n’avait pas uriné depuis 16 h. Il urine 5 h.
environ après l’injection de néphrine, et la température est à 37°5 le len¬
demain matin.
V..., accusait les mêmes symptômes que ses camarades ; sa température
était de 39°8. et il n’avait pas uriné depuis 14 b. Les urines reparaissent
5 h. après l’injection de neplirine ; la température tombe à 37°3.
Nous ne pûmes observer ces malades que pendant la durée de
l'escale, c’est-à-dire pendant 10 h. environ; mais nous avons
appris que l’amélioration s’était poursuivie régulièrement, et
qu’ils avaient débarqué à Bangui hors de danger. Retenons donc
de ces quatre observations, qu'une anurie datant de i4 à 16 h.
cessa à la suite de l’injection d’une ampoule d’extrait rénal en
solution physiologique, en même temps que la température bais¬
sait notablement et qu’un bien-être général se faisait ressentir.
L’opothérapie rénale semble bien ici donner des résultats favo¬
rables, et il serait intéressant que des essais soient faits sur un
grand nombre de cas, ce qui nous renseignerait exactement sur
la valeur de cette médication dans la fièvre bilieuse hémoglobi-
nurique avec anurie.
L’Hygiène au Maroc
Par L. D’ANFREVILLE DE LA SALLE.
L’Hygiène publique n’existe que depuis peu de temps au
Maroc, aussi son organisation n’y est-elle pas tout à fait au
point. Il n’y a rien là qui doive étonner lorsqu’on songe aux
difficultés extraordinaires que dut vaincre l’administration fran¬
çaise pour réaliser les moindres progrès, dans cet ordre d’idées
comme dans tous les autres.
9
122 Bulletin de. la Société de Pathologie exotique
Le Protectorat était, avant la guerre, enserré dans le réseau
inextricable des liens tendus par l’acte d’Algésiras. La fermeture
d’un établissement interlope tenu par un sujet espagnol comme
la démolition d’une maison insalubre appartenant à un simple
protégé allemand, risquaient d’entraîner de telles complications
diplomatiques que les autorités responsables hésitaient le plus
souvent à tenter l’entreprise.
Si étrange que cela puisse paraître, la guerre aura donc, pour
une large part, contribué à l’assainissement matériel du pays, en
supprimant ces multiples entraves que les traités d’une part et
de l’autre, la crainte trop j ustifiée de complications internationa¬
les, apportaient aux plus légitimes désirs des autorités.
Pour facilitée qu elle soit aujourd’hui, la transformation de
l’hygiène publique au Maroc n’en demeure pas moins une œuvre
pénible, longue et coûteuse.
Rien n’existait, il y a quelques années, dans ce pays comblé
par la nature, mais gâté par l’insouciance musulmane et le despo¬
tisme séculaire. Les villes étaient des cloaques où les épidémies
faisaient rage. Les campagnes habitées par des tribus misérables
n’échappaient pas non plus à la contagion. L’administration
française a dû tout créer à la fois, en pleine période de con¬
quête.
Elle songea d'abord, comme c’était son devoir, à soigner les
nombreux malades, avant de pouvoir s’occuper de prévenir les
épidémies. La guerre achevée, la victoire certaine dès aujour¬
d'hui, nous permettra d assainir de toutes façons le Maroc. Les
nombreux et importants travaux publics entrepris dans toutes les
villes ont déjà fait sentir leur action.
Une épidémie de typhus très meurtrière sévissait l’an passé
sur les milieux indigènes. Elle frappait même les Européens. On
ne voit cette année rien de pareil, grâce surtout, il faut le dire, à
un concours heureux de circonstances climatériques et écono¬
miques.
La typhoïde qui fit naguère tant de victimes dans le corps
expéditionnaire, atténue, de plus en plus, ses ravages, grâce aux
nombreuses vaccinations effectuées.
N
Il en est de même delà variole.
Mais la peste visite ces régions, la syphilis se généralise, le
paludisme frappe lourdement jusqu’aux populations urbaines.
Que des conditions favorables surgissent et la fièvre jaune s’éten-
Séance du io Mars 19 15
123
dra le long1 du littoral où l’on constate chaque été la présence
de nombreux Stégomyia.
La préservation de la santé publique ne s était effectuée jus¬
qu’ici, pour ainsi dire, que d’une façon indirecte. La Police Sani¬
taire Maritime restait sous la dépendance du Conseil Sanitaire
International de Tanger. Elle va passer, comme la logique le
demandait, sous notre contrôle. La haute valeur du directeur du
service de santé marocain est une garantie que le protectorat ne
s’en tiendra pas là.
Déjà des médecins sont partout chargés de l’Hygiène publique,
mais la pénurie du personnel actuel fait qu’ils doivent s’occuper
concurremment de toute autre chose. C’est dire que leurs efforts
n’obtiendront pas tous les résultats désirables. L’expérience a
démontré en effet que l’hygiène publique 11e peut être sauve¬
gardée dans la plus large mesure possible, qu’aux conditions
suivantes :
ï° Il faut d’abord que les pouvoirs publics édictent des règle¬
ments bien faits et prévoient des sanctions efficaces pour préve¬
nir la violation de ces règlements.
20 II faut ensuite, et c’est là surtout le point délicat, que l’ap¬
plication de ces règlements soit confiée à des médecins, non
seulement instruits et énergiques, mais absolument débarrassés
de toute préoccupation de clientèle à satisfaire ou bien à ménager.
3° Un point important qu’il importe de ne pas passer non
plus sous silence ; les médecins d’hygiène doivent avoir la possi¬
bilité d’exprimer leur opinion dans de nombreuses circonstan¬
ces. On ne devrait entreprendre aucun travail public, ni promul¬
guer aucune réglementation concernant l’hygiène sans qu’ils
aient eu l’occasion de formuler un avis.
L’administration marocaine a souvent eu le courage et l’hon¬
neur d’innover en matière de réglementation administrative. Il
serait vraiment désirable qu elle précède également, en matière
d’hygiène, l’administration métropolitaine qui en est encore à
la loi boiteuse et insuffisante de 1902.
124
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
La Lèpre et le Pian dans les territoires
parcourus par la Section française de la
Mission de délimitation Afrique Equatoriale
Française-Cameroum en 1912-1913
Par J. RINGENBACH et GUYOMARC’H.
La pathologie des régions parcourues par la Mission de
délimitation Afrique équatoriale française-Cameroun (1912-1913)
n’était jusqu’à ce jour que peu ou pas connue. Si l’on avait
déjà étudié les affections dont sont atteintes les populations rive¬
raines des grandes rivières de l’Afrique équatoriale, l'Ogooué,
le Congo, la Sangha et l’Oubangui, il n'en était pas de même
en ce qui concerne les populations qui habitent loin de ces
grandes artères fluviales ; nous voulons parler : — au Gabon,
de toute la zone qui s’étend entre la mer et la Sangha, aux
environs du i° latitude Nord, — au Moyen-Congo, du vaste ter¬
ritoire enclavé entre la Sangha, l’Oubangui et la Lobaye, —
enfin, dans la colonie de l’Oubangui-Chari-Tchad, de la région
située entre Bangui et Goré et comprenant les bassins de la
M’Poko, de l’Ouham et du Logone.
C’est l’étude de la géographie médicale de ces diverses régions
qui touchaient la frontière théoriq ue déterminée par l’accord du
4 novembre 1911 entre la FYanceet l’Allemagne, que nous avons
faite au cours de la mission de délimitation ; ces régions s’éten¬
dent approximativement de la mer vers l'Oubangui, en longitude
du 7e au i5e degré Est, avoisinant en latitude le i° Nord ; de
l’Oubangui vers le Logone, elles sont comprises entre le i5e et
le 16e degré de longitude Est, et entre le Ier et le 7e degré de
latitude Nord.
Nous avons déjà communiqué en 1 9 r 4 à la Société nos notes
sur la distribution de la filariose dans les territoires que nous
Séance du io Mars 19 i 5
125
avons parcourus ; les événements survenus depuis ne nous ont
pas permis d’apporter plus tôt nos documents sur les autres
maladies.
LÈPRE
La lèpre a été signalée un peu partout en Afrique équatoriale
française : au Gabon, au Moyen-Congo, les médecins des postes,
dans leurs rapports mensuels, en dénoncent de nombreux cas ;
dans une étude médicale sur rOubangui-Cbari-Tchad, Rapuc
écrit en 1908 : « La lèpre est très répandue, les indigènes, nègres
et arabes, ne s’inquiètent guère de sa contagiosité et ne prati¬
quent pas l’isolement des personnes atteintes » (1).
C’est aussi une affection connue des populations que nous
avons visitées. Les Pahouins donnent à la forme ulcéreuse et
mutilante le nom de Okon N' Sam ; ils en font une maladie à
part, qui n’a rien de commun avec la forme tuberculeuse qu’ils
ont tendance à confondre avec l’éléphanliasis ( Okonoijon ). Les
Yassouas et les Yakingas la nomment N’Golo ; pour eux c’est la
maladie « qui fait grossir le nez, tomber les doigts, et disparaî¬
tre les lèvres ». Les Boca-Bongas l’appellent Matieba.
Nous avons noté des cas de lèpre dans chaque région ; nous
devons faire remarquer que ces cas concernaient toujours des
adultes, dans des proportions égales pour l’homme et pour la
femme ; cette constatation est en faveur de l’hypothèse qui veut
que la lèpre ne soi t pas une affection transmissible par l’hérédité :
la contamination ne se ferait donc que directement et l’incuba¬
tion pouvant être assez longue, l’individu atteint dans son jeune
âge ne présenterait d'accidents qu’une fois adulte.
Nous avions affaire tantôt à des cas isolés, tantôt à de vérita¬
bles petits foyers, tel celui d’Abié, où nous avons compté sept
malades. De la mer à l’Ivindo, sur 1 .5oo examens pratiqués, nous
avons 25 observations de lèpre, soit 1,66 0/0. De la Sangha à la
Lobaye, cette affection est retrouvée 24 fois sur 2.2Ôo individus
visités, soit une proportion de 1,06 0/0. De la Lobaye à l’Ouham,
elle est notée deux fois sur 200 examens, soit 1 0/0.
Le plus souvent, nous étions en présence de lèpre mixte, dans
laquelle les désordres nerveux s’associaient aux éléments érup-
(1) Rapuc, Annales d' Hygiène et de Médecine Coloniales , 1908, n° 4, pp- 4^6-
502.
126
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tifs. Les lésions présentées sont, par ordre de fréquence : la mor¬
tification des phalanges des doigts et des orteils, occasionnant
des mutilations susceptibles d’amener une impotence fonction¬
nelle notable, — les plaies ulcéreuses et térébrantes fouillant
jusqu’au tissu osseux, que le malade traîne pendant plusieurs
années et qui ne guérissent qu’après avoir provoqué une perte
de substance considérable ; elles siègent le plus souvent aux
membres ; le dos de la main, la face dorsale du pied, la région
antérieure de la jambe sont les lieux d’élection ; — puis vien¬
nent les taches achromiques anesthésiques, qu’il faut rechercher
soigneusement, car l’indigène n’en souffrant pas, ne s’en plaint
pas (elles nous ont permis dans quelques cas d’établir un dia¬
gnostic ferme), les tubercules lépreux siégeant aux ailes du nez,
aux oreilles, sur la main et l’avant-bras, les lésions oculaires qui
portent en général sur la cornée (kératites interstitielles). Nous
avons enfin noté, chez une vieille femme, de la névrite du cubi¬
tal gauche, avec attitude en griffe très nette de la main ; cette
lésion coexistait avec des tubercules au niveau du nez et des
oreilles, avec chute complète des cils et des sourcils.
Le diagnostic n'est pas toujours facile à faire, et bien souvent
nous nous sommes demandés si nous n’étions pas en présence
de lésions syphilitiques ou plus simplement de plaies phagédéni-
ques, si fréquentes aussi dans cette région : c’est qu’en effet la
syphilis, l’ulcère phagédénique entraînent parfois des mutila¬
tions analogues à celles provoquées par la lèpre ; ce n'est que
par une inspection sérieuse du tégument, un examen approfondi
de la sensibilité au niveau des taches d’aspect si varié que pré¬
sente ce tégument, une palpation minutieuse des nerfs superfi¬
ciels (tel le cubital, que dans un cas nous avons trouvé atteint
de petits renflements lui donnant l’aspect môniliforme), enfin
l’examen microscopique d’un frottis de tubercule ulcéré coloré
par le Zi eh 1, ce n’est qu'après toutes ces observations qu’il nous
a été possible d’éviter des erreurs de diagnostic. Au village
d’Abié, le mucus nasal des sept individus atteints fut examiné ;
chez deux d’entre eux seulement, il contenait le bacille de
Hansen.
Les indigènes ne semblent pas reconnaître le caractère conta¬
gieux de l’infection lépreuse ; ils ne pratiquent en aucune
façon l’isolement des individus atteints, dont les plaies, récepta¬
cles de bacilles virulents, constituent un danger menaçant
127
Séance du io Mars 1915
pour l’en tou rage immédiat. Ils n’applicjuent aucun traitement
spécial, se bornant à recouvrir les plaies lépreuses avec leur éter¬
nel mélange de poudre de bois-rouge et d’huile de palme.
Quoi qu’il en soit, il ne semble pas, jusqu’à présent, que la
lèpre prenne dans ces régions un développement considérable.
C’est une affection qui remonte chez les populations du Congo
aux temps les plus éloignés, et son état reste à peu près station¬
naire. Il y a dans son mode de propagation quelque chose qui
nous échappe, car il existe une contradiction flagrante entre
l’absence complète de prophylaxie et le peu d’ampleur de l’en¬
démie.
PIAN
Le pian ( Okon Mabara des Pahouins, Mobaka des Yassouas,
des Yakingas et des Indongos, Manfouta des Boca-Bongas), est
une affection que I on rencontre à chaque instant. Il en existe
des cas dans presque tous les villages, et dans certaines agglo¬
mérations au Gabon et au Moyen-Congo, nous avons noté jus¬
qu’à 10 individus atteints; le village de Kata N’Goye, dans la
Haute Likouala-aux-Herbes, renfermait au moment de notre
passage 19 individus avec des lésions pianiques sur une popu¬
lation de 128 habitants. Cette maladie est fréquente aussi dans
l’Oubangui-Chari, et Spire écrivait déjà en 1898 : « la maladie
qui cause la plus grande mortalité sur les petits indigènes dans
le Haut-Oubangui, est le pian » (1).
Le pian semble avoir une prédilection marquée pour les
enfants et les adolescents; ainsi dans le village de Kata N’Goye
que nous venons de citer, parmi les 19 sujets atteints de pian,
i5 étaient des enfants, et la population de ce village comprenait
un total de 4t> enfants ; donc plus du tiers d’entre eux étaient
infectés. Nous avons remarqué que chez eux la maladie affecte
surtout la forme généralisée. Nous avons observé à plusieurs
reprises des cas de contagion familiale, où le père, la mère et
les enfants étaient atteints.
C’est au visage et au voisinage des orifices naturels que l’on
rencontre le plus souvent les lésions pianiques, et l’aspect le
plus commun est celui du bouton hémisphérique de un à deux
centimètres de diamètre, recouvert d’une croûte épaisse sous
li) Spire, Annales d' Hygiène et de Médecine Coloniales , 1899, t. 2, p. 338.
128
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
laquelle on peut voir des végétations jaunâtres et suintantes*
Mais ces éléments peuvent augmenter de volume et constituer
de véritables nappes à contours plus ou moins irréguliers; nous
nous souvenons entr’autres d’un cas particulièrement remar¬
quable par l’intensité de l’éruption et le bourgeonnement des
divers éléments dont la confluence transformait le visage de la
jeune femme atteinte en une vaste plaie ; aux aisselles, dans le
sillon sous-mammaire, à la face interne des cuisses, à la vulve,
existaient aussi de larges placards croûteux.
Nous avons parfois retrouvé chez le jeune enfant la forme
nummulaire représentée par des éléments circulaires ou polycy¬
cliques dont le centre est desséché, et dans ces cas il n’est pas
toujours facile de les différencier de l’ecthyma syphilitique.
Nous devons enfin accorder une mention spéciale aux lésions
pianiques plantaires, très fréquentes dans la région du Gabon
que nous avons parcourue; elles sont constituées par une cou¬
che cornée très épaisse, inextensible, qui se crevasse au niveau
des plis cutanés, gênant considérablement la marche ; c’est à
notre avis une des formes les plus tenaces, elle est rebelle au
traitement et persiste souvent longtemps après la disparition
des boutons éruptifs ordinaires répartis sur les autres surfaces
du corps; ce fait peut d’ailleurs tenir jusqu’à un certain point
à l’irritation occasionnée par le frottement du pied sur le sol
pendant la marche.
Les indigènes n’ignorent pas le caractère contagieux du pian,
et au Gabon dans plusieurs villages existe un isolement relatif
des malades à éruption intense. C’est aussi et surtout dans cette
affection que le fameux onguent à l’huile de palme et à la pou¬
dre de bois rouge trouve son application ; le malade s’en couvre
l’épiderme, parties atteintes et parties saines; il masque ainsi
son mal et a un aspect moins repoussant; c’est le seul avantage
que nous puissions concéder à cette médication.
De la Sangha à l’Ibenga, nous avons fait une constatation
relative au traitement indigène du pian, vraiment curieuse et
qui mérite d’être signalée : dans toute cette vaste région, où
existent les groupements les plus différents (nous en avons
examiné six), la même thérapeutique est employée ; elle con¬
siste, après avoir lavé les lésions à l’eau chaude, à les recouvrir
d’un hachis de jeunes feuilles d’un arbuste dénommé différem¬
ment suivant les tribus ( Tingouka des Yassouas, Lingouka des
Séance du io Mars 19 15
129
Yakingas et des Indongos, Manfouta (1) des Boca-Bongas) ; cette
plante, qui aurait des propriétés caustiques, amènerait presque
régulièrement la guérison en l’espace de un à trois mois.
Nous nous sommes servis (et nous n’avons eu qu'à nous en
louer) d’une solution d acide chromique à 1 p. 10, en attouche¬
ment deux fois par jour ; l’amélioration ne se faisait pas atten¬
dre, les bourgeons s’affaissaient rapidement et chez les malades
que nous avons pu suivre, la guérison était complète vers le
quinzième jour. Au surplus, le pian guérit presque toujours
sans traitement au bout d’un temps plus ou moins long; nous
devons cependant ajouter que dans certains cas le phagédé¬
nisme vient compliquer les choses, occasionnant des pertes de
substance considérables auxquelles succèdent des cicatrices dif¬
formes que les Pahouins appellent Mitoughe.
Nous possédions dans notre matériel pharmaceutique quel¬
ques doses à’ Arséno-Benzol, « 606 de Ehrlich-Hata » ; nous
eûmes l’occasion d’administrer ce médicament en injections
intraveineuses, chez trois sujets présentant des lésions de pian
et chez trois autres individus porteurs d’ulcères phagédéniques
des membres inférieurs; nous nous sommes servis de sérum phy¬
siologique stérile en ampoules de 200 cm3 que nous avions fait
préparer avant notre départ de France. Nous n’avons pu con¬
naître les résultats de ce traitement. D’ailleurs tel n’était point
notre but : l’action thérapeutique du « 606 » dans les affections
cutanées est connue, et Ehrlich lui-même, en remettant aux
expérimentateurs et aux médecins sa remarquable préparation,
préconisait entre autres indications thérapeutiques, son emploi
dans le pian. Nous voulions seulement nous rendre compte si
l'emploi de ce médicament pouvait être fait dans la brousse, et
nous étions placés dans les meilleures conditions possibles pour
faire cet essai. L’application en a été faite sur des indigènes qui
nous servaient de porteurs ; les doses furent de o gr. 5o à
o gr. 60 ; elles furent parfaitement tolérées, au point que le len¬
demain matin du jour où le médicament avait été donné, les indi¬
vidus injectés portaient leurs charges aussi allègrement que
leurs camarades. L’arséno-benzol peut donc être employé dans
la brousse, mais il est nécessaire pour faire la solution et
(1) Les Bocas-Bongas ont donné la même dénomination à la maladie et au
médicament qu’ils emploient pour son traitement.
130
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l'administrer, de prendre toutes les précautions nécessaires.
Actuellement, l’emploi du médicament sous la forme de A éosal-
varsan pourra être rendu encore plus facile dans la brousse,
suivant le procédé d’injection en sol utions concentrées qui vient
d’être indiqué par le D1’ Paul Ravaut (i); le dispositif qu’emploie
notre confrère joint à l’avantage d’être très peu encombrant,
celui d’éviter les phénomènes dus à l’oxydation du médicament,
car l’injection peut être faite en quelques secondes, de permet¬
tre une Stérilisation sûre puisqu’il ne renferme pas d’appareils
à joints plus ou moins compliqués, et de supprimer virtuelle¬
ment l’influence néfaste de l’eau ; enfin il est possible, ce qui a
une grosse importance pratique dans une tournée médicale,
d’user sans danger d’eau distillée préparée quelques semaines
auparavant. L’emploi du Néosal varsan, suivant la technique et
le dispositif indiqués par Ravaut, permet donc maintenant de
faire dans la brousse la prophylaxie du pian, de la syphilis, et
de l’ulcère phagédénique, aussi facilement que la prophylaxie
de la Maladie du sommeil par l’atoxyl.
Les zones à tsétsés de la Petite-Côte
et du Bas-Saloum (Sénégal)
Par E. ROUBAUD
Les foyers de trypanosomiases des régions côtières du Sénégal
ont été déjà étudiés par Tiiiroux et ses collaborateurs. Je vou¬
drais revenir ici sur les caractères particuliers offerts par les
gîtes à Gl. pal pâli s de la Petite Côte, et préciser la nature encore
peu connue de la zone à tsétsés qui s’étendentre l’estuaire de la
Gambie anglaise et celui du Saloum.
I. Les gîtes a Glqssines de la Petite Côte. — Le plus important
foyer de trypanosomiases du Bas-Sénégal est celui de la région
de Nianing. Une tournée rapide effectuée l’an dernier suivant
l’itinéraire Thiès-Nianing-Ngazobil-Fatick, m’a permis de me
(i) Paul Ravaut, Nouveau procédé d’injection intraveineuse du néosalvar-
san. Société de Dermatologie , 7 février iqi/j, et Presse Médicale, 1er mars 1913.
Séance du io Mars iqi5
131
rendre compte de la nature spéciale de la zone infestée par les
glossines dans la région littorale de la Petite-Côte.
Je n'ai rencontré sur la Petite-Côte qu’une seule espèce de
gïossine, la G. palpalis. Thiroux et d'ANFREviLLE ( i) y signalent
aussi l’existence de la GL lofigipcdpis ; mais la présence effective
de cette mouche dans la région demanderait confirmation. Elle
serait au moins saisonnière.
La palpalis ne s’observe en abondance que dans la région de
Nianing. Elle disparaît à une dizaine de km. de ce centre en
allant vers Joal. Sa zone d’habitat, tout à fait spéciale, est une
bande de savane boisée littorale qui longe la mer à proximité
immédiate de la plage. Des marigots salés (tannes) ou d’eau
do uce coupent cette zone boisée de places en places. En arrière
de Nianing, s'étend un marigot d’eau douce, à peu près dessé¬
ché en saison sèche, mais qui explique l’abondance plus consi¬
dérable des palpalis au voisinage immédiat de ce village.
Le gîte à palpalis de Nianing constitue un type très différent
de celui des principales formations végétales fréquentées habi¬
tuellement par cette mouche. On sait que le gîte normal à pal¬
palis est un cordon forestier dense développé au bord immédiat
d’un cours d’eau : galerie forestière et couloir forestier au bord
des cours d'eau non salés; cordon de palétuviers , au bord des
cours d’eau saumâtres. Les gîtes de Nianing, types de tous ceux
de la Petite Côte, sont au contraire constitués par une zone de
forêt claire à végétation broussailleuse diffuse, développée en
bande peu compacte le long de la mer.
La zone à palpalis de Nianing est caractérisée par des essences
de savane-parc, telles que les baobabs, les ficus, les tamariniers,
les fromagers, les nettés, au milieu desquelles croit une végétation
broussailleuse, dense, à caractère mixte xérophileet halophile :
jujubiers, mimosées, acacias épineux, tamaris, etc.
En faisant pénétrer un cheval parmi ces broussailles, j’ai
reconnu partout la présence de la mouche, en abondance, aussi
bien à proximité du marigot desséché qu’à plus d’un kilomètre
de ses bords. La mouche y habite d’une façon diffuse des brous¬
sailles denses, à caractère xérophile prédominant. On ne la voit
(i) Thiroux et d’Anfreville, La maladie cl a Sommeil et les trypanosomiases
animales au Sénégal , Paris, J. B. Baillière, ïqii ; voir pp. i/p>-i48.
132
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
disparaître que dans les endroits particulièrement arides, où les
épineux subsistent seuls.
L’allure particulière des gîtes à palpalis de la Petite-Côte est
conditionnée d’une façon fondamentale par l’orientation géogra¬
phique de la région. Orientée N.O.-S.E., la Petite-Côte est pro¬
tégée contre les alizés qui font si vivement sentir leur action dans
la région côtière septentrionale du Sénégal, dite des Niayes.
Dans les Niayes, des dunes parallèles permettent entre leurs
plis, à la faveur de l’humidité du sous-sol, l’établissement d’une
végétation forestière à Elœis qui peut servir de gîte normal à la
glossine. Les bandes boisées des Niayes, soustraites à l'action
des vents de mer par les dunes, ne diffèrent pas du type habituel
des palmeraies-gîtes à palpalis. Au contraire, sur la Petite-Côte,
l’absence du vent entraîne l’absence des dunes. La végétation,
soumise directement à l’influence marine, se développe sans
entraves jusqu’à la mer. Elle y manifeste, en raison de la cons¬
titution géologique du sol, moins perméable que dans les Niayes,
un caractère xérophile. Cependant l’humidité marine entretient
dans son sein les conditions hygrométriques nécessaires à la
palpalis. C’est la mer elle-même qui joue, dans les gîtes de la
Petite-Côte, le rôle normal de la nappe d’eau indispensable aux
gîtes permanents de cette glossine.
Le pouvoir infectant des palpalis de Nianingest certainement
multiple. Indépendamment de la trypanosomiase humaine qui
existe dans la région comme dans les Niayes (maladie de Nia¬
ning), la mouche y transmet encore au moins deux trypanoso¬
miases animales. 60 mouches prises à Nianing même et mises à
piquer pendant trois jours sur un cabri, l’ont infecté de
Tr. Cazalboui. Je n’ai pu déceler sur ce lot de mouches l’exis¬
tence du T. dimorphon , mais c’est ce virus qui paraît dominer
dans la région. Sur les 7 chevaux existant à la résidence de Nia¬
ning lors de mon passage, i ont monté du T. dimorphon , et 1
du T. Cazalboui. D’une façon générale, les chevaux 11e passent
pas deux hivernages à Nianing.
11 serait important de tenter de détruire ce foyer de trypano¬
somiases qui cause un grand préjudice au commerce. La zone
à glossines ne paraît pas très étendue. Il nous semble qu’un
débroussaillement systématique y aurait assez facilement raison
de la permanence des mouches. Un essai limité sur une centaine
de mètres aux abords du marigot de Nianing, a bien été tenté,
133
Séance du io Mars 19 15
dans ce sens, mais il est trop notoirement insuffisant pour offrir
des résultats appréciables. Il faudrait débrousser largement toute
la zone comprise entre le marigot dans sa longueur et la mer.
On ouvrirait ainsi impunément aux caravanes les routes de Nia-
ning et de Ngazobil. La lutte contre le trypanosomiase humaine,
encore tout entière à organiser à la Petite-Côte, ne pourrait que
bénéficier de cette mesure.
IL Les zones a Glossines et trypanosomiases du Bas-Saloum. —
J’ai rencontré dans le Bas-Saloum deux espèces de glossines,
Gl. palpalis et Gl. morsitans (1).
Le palpalis s’observe dans tout le cordon de palétuviers du
Saloum, principalement dans les petits bras et les îles de l’es¬
tuaire. Elle abonde surtout aux environs de Foundiougne, dans
les îlots de l’estuaire. Race de petite taille, elle ne joue pas de
rôle pathogène intéressant dans ces régions peu habitées et où
l’élevage est soustrait à son influence.
Cependant la présence de la mouche pourra devenir dange¬
reuse si l’on concentre à proximité des rives des troupeaux
importants, comme à l’usine frigorifique des environs de Kao-
lack.
C’est la Gl. morsitans qui constitue le véritable fléau de la
région du Bas-Saloum. Elle infeste en effet la province dite du
Niom-Bato qui constitue un centre très important de trypanoso¬
miases pour le bétail.
Le Niom-Bato est une petite province côtière enclavée entre
l’estuaire de la Gambie Anglaise et celui du Saloum. Encore peu
parcourue, nouvellement ouverte au commerce et à la culture,
c’est essentiellement une zone de savane-parc non xérophile, où
dominent les caïlcédrats ( Kaya senegalensis ), les Sterculia cordi-
folia , les nettés, au sein d’une brousse à Andropogori et hautes
graminées de 3 m. de hauteur. Les villages sont rares surtout
dans la partie orientale ; la brousse, peu praticable en raison des
hautes herbes et peuplée de gros gibier, surtout de grandes anti¬
lopes (hippotragues, bubales, guibs, oreas, etc.). Mais ce qui con¬
fère au pays une physionomie toute spéciale, c’est l’existence de
nombreux marigots salés (tannes) soumis à l’influence de la
(1) Thiroux et (TAnfreville mentionnent la longipalpis sans nommer la
morsitans. C’est manifestement une erreur.
134 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
marée. La mer pénètre, en quelque sorte, au sein de la savane,
sous la forme de fjords étroits, de petits bras comparables à des
ruisseaux ou à des rivières, et dont le bord est garni de palétu¬
viers, figurant une galerie forestière. Parfois une végétation de
palmiers à huile, dans des bas-fonds marécageux, complète l’illu¬
sion. A mer basse, l’eau se retire plus ou moins complètement
des cours d’eau, et sur le fond exondé on voit courir des singes
ou des antilopes parmi les crabes.
En dehors de cette irrigation abondante, d’origine marine,
l’eau fait défaut au Niom-Bato. Les puits sont rares, souvent
éloignés des villages. Les animaux s’abreuvent aux flaques con¬
servées de l’hivernage dans les bas-fonds marécageux.
Malgré ses particularités maritimes, le Niom-Bato peut être
considéré comme un prolongement extrême occidental de la
savane à morsitans de la Haute-Gambie. Primitivement cette
savane à gros gibier devait s’étendre en bande continue jusqu’à
la mer. Disparue par le défrichement dans sa partie moyenne,
elle s’est conservée en îlot témoin dans le Bas-Saloum. Les indi¬
gènes de race Sossé, habitant le Niom, sont de même race que
les Malinkésde la Haute-Gambie ; leur dialecte est peu différent.
Dans l’un comme dans l’autre pays, les conditions de la vie
humaine sont d’ailleurs uniformisées d’une façon singulière en
raison de l’influence dominante de la GL morsitans. La brousse
du Niom-Bato comme celle du pays Malinké sont en effet par
excellence des flij-belts à morsitans.
En suivant la route de Foundiougne à Bathurst, route qui tra¬
verse le Niom dans sa région côtière du Nord au Sud, on com¬
mence à voir apparaître la mouche à la hauteur du village de
Sanguako à 20 km. sud du centre commercial de Sakone. Elle
devient de plus en plus abondante au furet à mesure que l’on se
rapproche de la Gambie anglaise. La zone de prédominance se
trouve dans la région de Messira-Koumbeng, proche de la fron¬
tière anglaise. Toute la brousse est envahie par elle. On la ren¬
contre au sein des hautes herbes, posée à terre le long des pistes
et des sentiers. Les indigènes en marche se protègent le cou et
les épaules comme en Haute-Gambie à l’aide de petits chasse-
mouches.
Au passage des marigots salés, les morsitans deviennent plus
rares ; elles cèdent alors souvent le pas aux G. palpalis. Les
différences fondamentales dans l’hygrophilie des deux espèces
Séance du io Mars ic)i5
135
apparaissent ici très nettement. On trouvera dans le tableau sui¬
vant le relevé de quelques observations, faites en fin-novembre
dans la région de Messira-Koumbeng, qui précisent les caracté¬
ristiques physiques des gîtes des deux espèces.
Les trypanosomiases du Niom-Bato. — Aucune trypanosomiase
humaine n’a été observée dans le Bas-Saloum. Il n'en est pas
de même pour les trypanosomiases animales. Gomme en Haute-
Gambie, la présence de la morsitans se traduit immédiatement
dans le Niom par l'absence presque complète d'animaux domes¬
tiques. On ne rencontre, dans toute la zone de la mouche, ni
chiens, ni chevaux, ni ânes, ni moutons, ni bovidés de grande
taille. La chèvre maure, si répandue dans le Sine et le Saloum,
n’existe plus ici. Dans les villages situés en dehors, mais à la
limite (20 km.) de la zone infestée, à Sokone, à Sandikolé, on
voit réapparaître les chevaux et les chiens. Mais leurs déplace¬
ments les exposent aux atteintes des mouches et la mortalité,
parmi ces animaux, est élevée. A Sokone, centre de traite impor¬
tant, beaucoup d’ânes et de chevaux meurent en hivernage. Plu¬
sieurs bêtes aperçues au passage présentaient des œdèmes carac¬
téristiques. Comme en Haute-Gambie, les indigènes ignorent les
effets meurtriers de la mouche. Ils attribuent la mortalité des
bêtes à une herbe particulière, comme les Malinkés au Tali.
Dans toute la zone d’action franche de la mouche, qui a son
centre à Messira, à une cinquantaine de kilomètres de Sokone,
136
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
les seuls animaux domestiques sont les cabris qui ne quittent pas
les villages, et les petits bœufs de la race du Fou ta. De mèmeque
nous Pavons signalé en Haute Gambie, dans le pays Malinké(i),
ces petits bœufs pâturent constamment dans la brousse parmi
les glossines. Il est très remarquable de retrouver ici, dans un
pays soumis d’une manière aussi rigoureuse à l influence domi¬
nante de la même espèce de glossine, la même race de bœufs
résistants aux trypanosomes, accompagnant le même type ethni¬
que indigène. Les Malinkés, qui ont colonisé le Niom, ont amené
avec eux leurs bœufs, petite race d’une valeur incomparable
puisqu’ils constituent les seuls animaux domestiques pouvant
vivre en contact incessant avec la mouche. D’après les renseigne¬
ments indigènes, ies bœufs du Niom-Bato seraient originaires
de la région de Kédongou. La race est bien identique à celle du
pays Malinké, mais les conditions des bêtes sont moins parfaites.
Le poil est terne, velouté. Les indigènes accusent quelques
pertes à l'hivernage, surtout chez les jeunes. Fait remarquable,
tandis qu’en Haute-Gambie les petits bœufs des zones à morsi-
tans servent couramment pour le portage, où ils remplacent les
chevaux et les ânes, dans le Niom, les indigènes évitent absolu¬
ment d’astreindre les mêmes animaux au travail, dans la crainte
de les perdre.
A quoi tient cette diminution de résistance? Sans doute,
croyons-nous, à l’insuffisance de l’eau douce qui entraîne pour
ces animaux des conditions de vie moins prospères. Peut-être
aussi au défaut de sélection. Cependant nous avons vu des tau¬
reaux en bon état vivant depuis. une dizaine d’années dans la
région.
Sur 3o bœufs examinés à Messira, j’ai rencontré 3 fois le
T. dimorphon. Les bêtes reconnues infectées ne se différen¬
ciaient pas des autres. Cet examen hématologique rapide ne peut
donner d’indications précises sur la proportion réelle des bêtes
infectées et la nature des virus prédominants. L’examen des
mouches m’a donné des indications plus positives. Sur un total
de i5 mouches capturées dans les deux localités de Messira
et de Koumbeng, 3 ont montré une infection totale typique à
T. dimorphon , soit une proportion très élevée de 20 0/0 de
(1) Bouet et Roubaud, Trypanosomiases et gdossines de la Haute-Gambie et
de la Casamance, etc. Bull. Soc. Patli. Eæof t. Y, 1912, p. 204.
Séance du io Mars i 9 i 5
137
• »
mouches infectées et infectantes. D’autre part, 80 mouches
recueillies au hasard dàns la région du Niom ont été nourries
sur un cabri neuf. L’animal s’est infecté de 77*. Cozalboui . Je n’ai
pu déceler l’existence comme en Haute-Gambie du Tr. Pecaudi,
mais il ne me paraît pas douteux que ce virus ne se rencontre
également dans cette zone à morsitans.
\ *
Gomme on le voit, la région du Niom-Bato constitue l’un des
plus importants foyers de trypanosomiases animales du Sénégal
côtier. Cette province, dont le développement commercial est
profondément entravé par le règne de la morsitans , fait tache
parmi les riches provinces de culture et d’élevage du Sine et du
Saloum. L’importante exportation de bétail qui se fait vers la'
Gartibie anglaise s’alimente toute entière dans les Provinces
Sérères. Malgré sa proximité immédiate avec la capitale de la
Gambie anglaise, le Niom-Bato ne participe en aucune manière
à ce commerce. Les troupeaux, venus du Sine et du Saloum, tra¬
versent rapidement le Niorp-Bato pour se rendre à Bathurst. Ils
doivent contracter au cours de ce passage une morbidité
effrayante.
Au point de vue économique, il serait très à souhaiter qu’une
lutte systématique contre les glossines soit entreprise dans la
savane vierge du Niom Bato. Les lly-belts du Niom, qui ne sont
plus.qu’un témoin de ceux qui ont dû exister jadis dans toute
la savane qui borde la Gambie, devront disparaître à la fois par
le défrichement et par la destruction du gros gibier, comme ils
ont disparu dans les régions riveraines du cours moyen de la
Gambie, désormais ouvertes à l’exploitation du chemin de fer de
Th iès-Kayes.
i-
O
138
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Rapport d’ensemble sur la maladie
du sommeil dans le Bas-M/Bomou
(191 2-1 91 3)
Par F; OUZILLEAU.
♦ >
APERÇU SUR LE PAYS ET SES HABITANTS
Limites géographiques. — La circonscription du Bas M Bomou,
entièrement située au nord de l’Oubangui et du M’Bomou qui la
séparent du Congo belge, est limitée à l’ouest par la Kotto et à
l’est par une frontière fort compliquée qui respecte les terri-
Séance du io Mars 1915
139
toires faisant partie du sultanat de Zémio à l’est et appartenant
à l’ouest au sultan Hetmann : grosso modo , cette frontière suit
la Oula ou Ouarra, affluent du M’Bomou et, à partir du confluent
de la Gangoua avec la Oula, la ligne de faîte entre la Gangoua
et la Bita, affluent de la Yovodo. Au nord la frontière suit la
ligne de partage entre le bassin du Nil et celui du Congo (fron¬
tière franco-anglaise) et elle chevauche le 8e degré nord.
L’étendue de cette circonscription est immense, malgré la
coupure qu’on lui a faite en 1911 en détachant à l’est le pays de
Zémio ; elle s’étend sur quatre degrés de latitude, du quatrième
au huitième degré nord et en longitude du 20 au 22e est et
couvre approximativement une superficie de 100.000 kilomètres
carrés. Ce vaste territoire est loin d’être homogène tant au point
de vue de sa constitution physique qu’au point de vue eth¬
nique.
Flore et faune. — Situé en dehors de la forêt équatoriale, il
offre du sud au nord toutes les formes de transition entre les
pays de forêt et la brousse soudanaise (bush des Anglais). La
région de Bangassou et de Rafaï (pays des N’Sakaras et des
Zandés d’HETMANN) présente cet heureux mélange de haute végé¬
tation touffue et de brousse naine et clairsemée qui lui donne
un si riant aspect; d'une part, de grandes franges de forêt qui
se détachent de la bordure nord de l’immense manteau de verdure
qui recouvre la région équatoriale et, d’autre part, des clairières
herbeuses et des plateaux dénudés qui partent des bords effran¬
gés de ce manteau et prennent de plus en plus d’importance à
mesure que l’on remonte vers le nord.
Aux environs du 6e degré, le pays est entièrement transformé
en petite brousse où croissent la plupart des arbres et des
plantes de la Guinée et du Soudan français (spondias, faux kari¬
tés ou lophtras ailés, Anonées, Combrétacées, Terminaliées,
Rub iacées, Naucléées (Scircocephalus esculentus ), Gardéniées ( Gar¬
dénia thumbergi ), Strychnées ( Strychnos innocua). La futaie ne
subsiste que sous forme de galeries forestières (grandes Légumi¬
neuses :Afzelia af ricana , Mimosées et Césalpiniées caïls-cédrats)
qui bordent les marigots.
Au-dessus du 7e degré, dn trouve la savane soudanaise avec
presque tous ses caractères. A partir d’une ligne allant de la
Zi ma, affluent de gauche du Dji, à Bangima, village situé non loin
140 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
du confluent du Vovodo et de la Bitta, le karité apparaît ; le
ta marin } Y Acacia cilbida , le Parkia biglobosa , qu’on voit déjà
vers le 5° degré, deviennent très communs. Cependant le pays
garde quelques caractères locaux qui résident principalement
dans l’absence du baobab, du Balanites d’Egypte et dans la pré¬
sence du bambou d’Abyssinie (environs du Dji à l’ouest, monts
de Zémongo à l’est).
La faune du pays est par endroits excessivement riche; cepen¬
dant, presque tous les grands animaux ont fui la partie sud de
la légion et se sont réfugiés dans les parties beaucoup moins
peuplées ou même complètement désertiques qui sont au nord
du 6e. On rencontre là l’éléphant qui, comme sur le Haut-
Mbari, le Haut-Chinko, le Vovodo, l’Ali, est encore à l’état de
troupeaux immenses ; le buffle, les grandes antilopes (Kobs,
élands, éland rayé ou Tragelaphus angasi , éland du Cap, le bu¬
bale ou hartebeest, l’antilope leucotis, Y Æpgceros melampus ou
tagba, Y Hippotragas eqainus ou koba), les petites antilopes
{Tragelaphus scriptus et gratas, les nombreux Cep/ialop/ias , les
fauves j lions (région du Vovodo), rhinocéros (Haut-Vovodo et
Haute-Bila), panthères partout répandues où il y a du gibier],
hippopotames et crocodiles dans les rivières, les singes (le colobe
ou manteau blanc, le cercopithèque de Brazza, le cynocéphale),
les potamochères à verrues et le phacochère aux grandes
défenses, puis toute la foule variée des petits carnivores, civettes,
genettes, hyènes, des fourmiliers (pangolins) et des rongeurs
(sorte de porc épie, Thryonomys calamophagus (sibissi).
La faune ailée n’est pas moins variée et tout essai de descrip¬
tion nous entraînerait trop loin.
Géologie. — Au point de vue de la constitution du sol, le
pays n’offre rien de très particulier; terrain argileux, mélangé
à beaucoup de silice et de sable fin qui le rend très meuble dans
certains endroits que les indigènes choisissent pour y établir
leurs cultures ; — terrain argileux, pur, plastique et lourd
qu’on rencontre surtout dans Je nord de la région ; — enfin
en beaucoup d’endroits, en particulier sur les collines et les
plateaux élevés, on trouve la latérite sous toutes ses formes :
soit à l’état de gravier mêlé à l’argile, soit à l'état de blocs
et de cailloux ou d’immenses tables ; celles-ci sont en beau¬
coup d’endroits, comme dans la région de Paoura, comme
Séance du io Mars 19 1 5
141
dans celle qui s'étend du Ghinko à l’Oula au sud de Derbi-
saka, et dans celle de Nimeri, complètement mises à nu ; de jour
en jour, les pluies les découvrent davantage de leur mince revê¬
tement de terre, et il s’est ainsi formé des plateaux qui s’étendent
sur plusieurs dizaines de kilomètres parfois et sur lesquels ne
poussent, entre les fissures du roc, que quelques Landolphici
souffreteuses, des arbustes très rares et très rabougris ; et là où
le rocher n’est pas encore complètement décapé, des graminées,
avoine et seigle sauvages, qui forment des champs très étendus
et à l’époque de la maturité donnent au voyageur l’illusion
d’avoir sous les yeux les blondes et riches récoltes de céréales
cultivées. Le kaolin gris, blanc, rose, existe en bien des endroits;
ces gisements sont ordinairement mis à découvert par les élé¬
phants et les phacochères qui, lentement, avec leurs défenses, y
creusent des cavernes ou, sur le bord de certaines rivières, les
transforment en larges et hautes falaises abruptes. Les affleure¬
ments de roches primitives (gneiss) se trouvent fréquemment
(Haut-Zako, Monts du Haut-Vovodo, etc.).
I
Les rages du pays. — Deux grandes tribus libres habitent ce
pays, et tiennent sous leur domination les tribus autochtones
qu’elles ont asservies et avec lesquelles elles sont d’ailleurs
actuellement en partie fusionnées. N’Sakaras et Zandès (ou
Niams-Niams) qui, venus du sud-est, ont conquis ce pays, les
uns en suivant le M’Bari, les autres en remontant le Ghinko,
n’existent plus aujourd’hui qu’à l’état de spécimens isolés qu’on
retrouve surtout dans les grandes familles régnantes de Ban-
GASSOU et d’HETMANN.
La plus grande partie des N’Sakaras et des Zandès actuels ne
sont que des métis de leur propre race avec les races autoch¬
tones langbas, yacpas, togbos, vatris, bangis, gabous, bilis,
karès, bandas, vidris, wasas, bayas, qui sont toutes ou presque
toutes des rameaux plus ou moins éloignés et isolés de la grande
famille Banda.
Les N’Sakaras sont groupés sous le commandement bien
amoindri aujourd’hui de Lanbassou, fils de Langassou, et occupent
la partie ouest de la circonscription entre Kotto à l’ouest et
Moï-Ganga M’Bari à l’est. Les Zandès occupent à l’est de la cir¬
conscription le pays compris entre ces dernières limites qui les
séparent du sultanat de Bangassou et la frontière de la Oula
142
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
(Ouarra) et la Gangoua qui les séparent du sultanat de Zémio.
Hetmann, fils de Rafaï, en est depuis 1900 le sultan très obéi.
Enfin la tribu indépendante des Yakomas (denais et digos
compris), qui s’échelonne sur la rive de l’Oubangui et du
M’Bomou, occupe dans la région une place importante qu’elle
doit à sa grande densité et à la main-d’œuvre qu’elle fournit aux
Européens.
Il ne faudrait pas conclure de ce rapide exposé que ce pays
est, non seulement très grand, mais encore très peuplé.
Densité générale de la population. — En réalité la région
est excessivement peu habitée, ou, pour mieux rendre compte
des faits, sa population est inégalement répartie. Toute la partie
sud, depuis l’Oubangui et le M’Bomou jusqu’au 6e (M’Bari-
Bingo, le Zako,Sango, l’Ali) abrite une population assez dense;
le sol est d’ailleurs fertile ; le climat (celui de Bangassou), doux
et humide ; l’irrigation du pays assurée par de nombreux mari¬
gots de débit à peu près constant (affluents et sous-affluents de
la Kotlto, de l’Oubangui, du M’Bomou, du M’Bari, du Ghinko, du
Oula ou Ouarra). Au-dessus du 6e degré, la population s'éclaircit
beaucoup. Entre le 6e et le 7e, il n’existe dans le sultanat de
Lanbassou que quelques groupements N’Zakaras (Chioro et nord
du Zako) et quelques milliers de Yidris et Wassas (2.5oo adultes
dispersés sur les affluents du Haut-M’Bari (Banguima, Pami) et
de la Haute-Kotto (Dji) ; chez Hetmann, il y a exactement 23 vil¬
lages (Siéka et Bogi à l’ouest, ligne de Derbisaka à Zémongo à
l’est) qui donnent un total de 1970 habitants et une moyenne de
un habitant par kilomètre carré.
Au-dessus du 7e, la région est presque absolument inhabitée.
Dans ce vaste espace triangulaire de 4o*ooo à 45. 000 kilomètres
carrés compris entre la frontière franco-anglaise au nord, le 7e au
sud de la Kotto à l'ouest, on ne connaît pour ainsi dire plus
aucun groupement. Depuis que cette région qui semble avoir été
le berceau de la race Banda a été évacuée par ses derniers repré¬
sentants (Yango et Saïd-Bandas, 1900-1902) qui, en lutte avec
Senoussi au nord et avec Rafaï et Bangassou au sud, se sont
réfugiés en territoire anglais, elle n’a guère été occupée ou plu¬
tôt parcourue que par des nomades, traitants d’esclaves et mar¬
chands d’ivoire. Au jourd'hui les derniers Bandas sont ou chez
les Anglais ou retirés au sud (région de Sango, Gangakourou) et
143
Séance du io Mars i 9 i 5
soumis à Hetmann. Les Krechs et les Bayas, issus des Bandas,
ont aussi en partie suivi leurs chefs chez les Anglais et il n’en
reste plus que de très rares représentants de Zémongo et dans le
bassin de la Bita.
Dans cet état de choses, il ne faut pas mettre d’autres facteurs
en cause que les guerres et les razzias dont ont été victimes les
autochtones de la part des conquérants du sud et du nord sur¬
tout. Le pays est loin d’être stérile, comme on a tendance à le
croire, et convient admirablement à la culture, beaucoup plus
certainement que certaines régions situées au sud, telles que
celles qui avoisinent le 6* et où l’on ne rencontre que des pla¬
teaux de latérite.
En résumé, désert entre la frontière franco-anglaise et le 7e,
population de un habitant par kilomètre carré entre le 6e et le
7e, population relativement dense entre le 6e et le M’Bomou.
C’est dans cette dernière zone qu’est pour ainsi dire condensée
toute la population de la circonscription : population des N’Za-
karas et des Zandès (y compris leurs tributaires) à laquelle vient
encore s’adjoindre celle des tribus riveraines de l’Oubangui et
du N’Bomou (Yakomas, Dendis).
Le pays N’Zakara et ses habitants. — La densité de ce pays est
loin d’être exactement connue ; on n’a pas d’autre base d’appré¬
ciation que les impressions rapportées des rares tournées qu’on y
a faites; on peut cependant assurer que c’est le pays le plus riche
et le plus cultivé de toute la région; c’est certainement aussi de
beaucoup le plus peuplé et on y trouve de nombreux et très grands
groupements, entourés sur plusieurs kilomètres de rayon de
magnifiques cultures. Aussi bien sur la rive droite du Noï, sur
les Youngous, dans l'ancienne chefferie de Bangassou-Ketté
(M’Bari) que sur le Kourou, le Sandigui, le Niakrékoua, le
Ivorogbo, le Bakiri, l’aspect du pays est remarquable : on y
trouve les villages les plus coquets qu'il soit permis de voir en
Afrique, d’autant plus propres, soignés et habités, qu’ils sont
ignorés et cachés : adossés aux galeries forestières des marigots,
les Zéribas ont ordinairement leurs façades entourées de haies
de rocouyers aux fleurs roses, de téphrosias aux grappes blan-
ch es, quelquefois d’euphorbes candélabres, de pourguères alter¬
nant avec des bouquets de bananiers et de ricins. A l’intérieur
des zéribas, se trouvent les cases : cases rondes, de dimensions,
144
Bulletin de’ la Société de Pathologie exotique
de solidité de construction, d’élégance et de confort réellement
remarquables; Faire de la case, de 8 à 10 m. de diamètre, est
affouillée de telle sorte qu’elle se trouve à 3o cm. environ au-
dessous du niveau du sol environnant ; la muraille qui l’entoure
atteint environ un mètre de haut à l’extérieur et a un mètre
d’épaisseur : le tout est recou vert d’une épaisse toiture en paille
qui repose sur des poteaux plantés à l’extérieur de la muraille ;
l’intérieur est occupé : au milieu, par le foyer au-dessus duquel
une double claie posée sur quatre forts piliers, soutient, soi¬
gneusement rangés et conservés dans d’énormes paniers, les
provisions, les grains et la farine; en avant, presque à l’entrée,
par une barrière de grands bois de chauffage renouvelée à
mesure qu’elle s’épuise; autour et tout le long de la muraille,
par une banquette de terre ; marmites de toutes dimensions,
vastes plats et immenses cuillers de bois destinées au pétris¬
sage de la pâte de manioc, instruments de chasse, bancs de bois,
lits de bambous, chaque objet occupant sa place respective
dans cet intérieur qui dénote le plus grand souci de propreté et
de confort.
Ainsi composé de io à 3o et même 5o cases semblables, sui¬
vant l’importance de la famille, du harem et du personnel
domestique de son chef, la zériba comprend encore ses locaux
et dépendances : tonnelles faites de plantes grimpantes où l'on
boit et l’on cause, cases à instruments de danse et de musique,
poulailler, bergerie pour les cabris, latrines couvertes et consti¬
tuées par une fosse en partie obturée par un bâti de bois et de
pise.
Le fond de la zériba donne toujours sur le marigot et lagalerie
forestière où ont été ménagées des allées qui mènent soit à
l’eau, soit à des bosquets où d’ordinaire les femmes préparent
les aliments. Chose généralement inconnue en pays noir, on
sent ici un air de luxe et le besoin de plaire aux yeux qui ne
laisse pas que de surprendre.
Le village N’Zakara est formé de hameaux ou zéribas ainsi
constituées et échelonnées le long des marigots, quelquefois sur
plusieurs kilomètres de long; chaque zériba est habitée par des
familles nombreuses et surtout par un personnel de captifs qui
cultivent avec soin et sous la direction ferme et intelligente du
chef, de vastes plantations de manioc, de maïs, d’arachides, de
sésame et de mil. En dehors de ces grandes cultures, le N’Zakara
Séance du io Mars i<ji5
145
donne encore ses soins à d’autres plantes vivrières : Coleus
dazo , Ili/ptis , différents Phaseolns , Coleus esculentus , patates,
ignames [Dioscorea alcita), Hibiscus esculentus , éleusines, courges,
différentes Daturées, célosies, etc...
Gomme ce pays ainsi habité et cultivé s’étend du 6e nord aux
rives du M’Bomou, depuis l’embouchure du Moï à celle duM’Bari
à partir de laq uelle la rive est habitée par des Yakomas, et depuis
la Kotto à l’ouest jusqu’au Moï, c’est-à-dire couvre au total une
superficie de 20.000 kilomètres carrés environ, on peut apprécier,
en restant plutôt au-dessous de la réalité et en estimant la den¬
sité de sa population à 10 habitants par kilomètre carré, qu’elle
est de 200.000 âmes au moins.
Le pays des N’Zakaras est donc très peuplé et riche ; il a l’heu¬
reuse chance encore, qu’il doit probablement d’ailleurs à sa
richesse, d’être sain et exempt des maladies que créent la misère,
la mauvaise alimentation et le manque d’hygiène.
Si la variole a passé sur lui comme elle passe partout, si les
maladies vénériennes fleurissent dans certains centres de prosti¬
tution comme Bangassou, si la lèpre l’éprouve beaucoup, on
peut dire néanmoins que sa morbidité est très inférieure à celle
des régions voisi nés, encore qu’il ne devrait cet état qu’à l’ab¬
sence complète de maladie du sommeil. Aussi passons et
arrivons de suite au pays des Yakomas et de leurs tributaires.
Pays Yakoma et ses habitants. — Son étendue d’est en ouest
est d’environ 100 kilomètres. En profondeur nord-sud, il a sui¬
vant les points considérés de dix à trente kilomètres, et on peut
lui assigner une superficie totale de 2.5oo kilomètres carrés. Il
confine à l’est, aux environs de l’embouchure du M’Bari (Bosegui),
au pays des N’Zakaras : à l’ouest, le pays Yakoma franchit la
frontière administrative de la Kotto (Nioubangui) et s’étend sur
l’Oubangui jusqu’aux rives Sangos de Guélorget. Au nord, le
pays Yakoma, dépendant delà circonscription du Bas M’Bomou,
est limité à quelques kilomètres de la rive par une bande de ter¬
rain désert de 20 à 3o kilomètres de large qui l’isole très heu¬
reusement du pays des N’Zakaras; on trouve seulement quelques
villages qui ont remonté les deux petites rivières de la M’Baranié
et de la N’Dri et se sont installés sur leurs rives. La limite sud
du pays Yakoma français est formé par la grande artère fluviale
elle-même du M'Bomou et de l’Oubangui qui constitue en même
146
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
temps la frontière franco-belge. Mais comme la rive belge est
habitée par des Yakomas qui sont de la même famille que ceux
de la rive française, le fleuve ne constitue qu'une barrière artifi¬
cielle et il existe entre les indigènes des deux rives, tous piro¬
guiers consommés, des relations constantes qui provoquent une
circulation ininterrompue d’une rive à l’autre.
Les indigènes qui habitent l’extrémité est du pays Yakoma ne
sont pas de race pure : à Ouango, ce sont des Dendis, gens mi-
terriens, mi-piroguiers, plutôt cultivateurs que pêcheurs. C’est en
raison de cela qu’ils n’habitent pas les rives du fleuve, qu’ils
ont établi leurs villages et leurs cultures sur les bords du Coaro
et dans le pays montagneux de Ouango à Gozobangui : villages
de Gagne, de N’Daye, de Plassa.
De Gozobangui à Boségui, on rencontre enfin les Digos qui
ont à peu près le même genre de vie que les Dendis ; quelques-
uns ont remonté la rive du M’Bomou jusque Ganapia et plus
haut encore.
Le pays Yakoma est certainement de beaucoup le plus peuplé
de la circonscription du Bas M’Bomou. En octobre 1913, nous
avons examiné, de l’embouchure de la Kotto à Ouango,
9.009 sujets, ce qui donne pour cette partie une densité de
87,5 habitants par kilomètre carré. C’est malheureusement aussi
le plus éprouvé par la maladie du sommeil, ainsi que nous le
verrons plus loin, et en cela il nous intéresse particulièrement.
Le terrain est, par sa situation, essentiellement humide; la rive
est assez surélevée au-dessus du niveau du fleuve pour que les
villages échappent aux inondations annuelles (sauf cependant
en certains endroits que les indigènes ont délaissés), mais comme
tout le long des fleuves africains, à quelque cent mètres de la
berge, le sol se déprime et forme une sorte de lagune de largeur
variable qui s’étend quelquefois fort loin jusqu'aux collines qui
limitent la vallée et qui en hivernage forme un immense marais
où pullulent les moustiques; les eaux de ce marais s’écoulent
dans le fleuve dès que son niveau baisse, par les marigots et des
canaux d’assèchement creusés par les indigènes (banziris) pour
prendre le poisson. Les rives de l’Oubangui sont en général nues
et herbeuses; mais cet aspect n’a rien de constant et on trouve
en certains endroits, comme à l’embouchure de la Kotto, une
galerie très large de haute forêt.
Les Yakomas ne sont pas agriculteurs, car en réalité ils
Séance du io Mars 1915
147
auraient pu tirer parti du terrain bas et nu qu’inonde annuelle¬
ment l’Oubangui ; ils préfèrent acheter à leurs voisins le manioc
et les différentes denrées dont ils ont besoin ou les obtenir en
échange des produits de. leur crû : le poisson devrait être leur
principal article d’échange ; en réalité il ne fait que suffire à
leurs besoins. L’industrie du fer semble être une source de
richesse plus importante ; tributaires, il est vrai, des Yakomas
belges qui détiennent les minerais riches dont ils ont besoin
(Garapoa), nos Yakomas n’en font pas moins de riches affaires
entre eux et avec leurs voisins N’Zakaras (fabrication de la mon¬
naie de fer de lance guinza, de sagaies, etc.). Presque tous papa-
yeurs, à tour de rôle s’engageant à terme dans le commerce ou
se louant par voyage, les Yakomas retirent de leur spécialité
des bénéfices considérables qui expliquent leur richesse, accrue
il est vrai en grande partie par le produit des vols nombreux
qu’ils commettent en rivière au préjudice des commerçants.
On pourrait penser qu’avec tant de cordes à son arc le Yakoma
s’est procuré le bien-être et vit heureux : il est pourtant facile
de constater que, malgré sa richesse en numéraire et en articles
européens d’échange, il vit chez lui dans un état misérable : la
maladie du sommeil a certes créé en partie l’état de choses que
nous déplorons et reste responsable du découragement et des
airs d’abandon qu’on remarque et qu’on remarquait sur¬
tout fin 1911 chez les malheureux habitants de ce pays. Mais ne
faut-il pas attribuer en partie la misère actuelle à la façon de
vivre qu'adoptait le Yakoma et l’en rendre ainsi responsable ?
N’est-ce pas sa façon de négliger son hygiène, sa nourriture et
ses conditions d’habitat qui ont appelé le fléau sur lui. Loin
d’améliorer son état, le Yakoma a vécu jusqu’ici misérablement :
très souvent hors de chez lui, à la pêche et surtout en voyages
sur l’eau pendant plusieurs mois, il vit pendant ce temps dans
des conditions déplorables, passe souvent les nuits, trempé,
sans feu et presque sans nourriture. Chez lui, n’ayant aucun
goût pour les cultures, et tributaire de ses voisins sous ce rap¬
port, il vit encore de privations, tant et si bien que la maladie
du sommeil, aussitôt apparue, s’est développée dans ce milieu
pauvre et sans résistance avec une rapidité foudroyante.
Sa propagation a été en outre favorisée par la densité de la
population de ce pays. Il est malheureusement hors de doute que
la maladie du sommeil est une maladie familiale, favorisée par
148 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
la cohabitation. Or, non seulement les Yakomas vivent par
familles, entassés dans les cases, mais les cases elles-mêmes, grou¬
pées à peu de distance les unes des autres, forment des villages
très denses qui laissent peu d’intervalles entre eux : de la Kotto
à Ouango, il n’y a pour ainsi dire, à part la petite zone d'inon¬
dation comprise entre Lazida et les Abiras, pas une seule place
de perdue; les villages se succèdent sans interruption.
Si l’encombrement existe aujourd’hui dans le pays yakoma,
que n’était-il pas il y a quelques années avant que la trypanoso¬
miase crée tant de vides et éclaircisse la tribu ? La case yakoma
type était alors conçue sur un modèle qui est aujourd’hui
presque abandonné, car il n’a plus sa raison d’être : case ronde
ordinaire avec toit de paille conique, elle comportait alors un
plafond fait de lianes serrées qui n’étaient pas à plus de i mètre
du sol et qui servait de premier étage. Ainsi, la nuit, toute la
famille pouvait-elle se blottir dans cet espace restreint, les
uns en bas, les autres en haut.
Mais l’épidémie arriva (vers iqo4), s’abattit sur la région sur¬
tout en aval de Ouanfo (Bito), décimant des villages entiers, por¬
tant les survivants au découragement et à l’abandon de tout
souci d'eux-mêmes : c’est alors que les villages prirent cet aspect '
si impressionnant de misère et de ruine, en face duquel nous
nous trouvâmes en 1912. Il n’existait alors que de très rares cases
convenables. Presque tous les villages étaient constitués de
huttes infectes émergeant à peine de la brousse et des hautes
herbes. Devant cet état de choses, et en présence de l’apathie
et de l’inertie des indigènes, le lieutenant Willeme et l'adj udant
Imbert les mirent en demeure forcée de refaire les cases et d’as¬
sainir leurs villages. Actuellement le pays Yakoma est littérale¬
ment transformé : sans être aussi dense qu’il a dû l’être, il y a
une dizaine d’années, il est encore, ainsi que nous l’avons dit, de
beaucoup le plus peuplé de la région : les indigènes semblent
avoir repris du courage et sous la forte impulsion qui leur a été
donnée à nouveau en 19 1 3 par l’adjudant Renaudet, ils ont
reconstruit des villages convenables, les cases sont propres,
leur entourage est débroussé.
Malheureusement, les plantations manquent toujours et ce ne
sera probablement pas de sitôt que les Yakomas consentiront à
se mettre à l’agriculture,
Séance du* io Mars iqi5
149
Le pays Zandé et ses habitants. — Les Zandés sont presque
tous groupés comme les N’Zakaras au-dessous de, 6° : c’est pres-
; que tout ce qu’ils ont de commun avec leurs voisins de l’ouest (i),
car, à nul autre point de vue, on ne peut rapprocher ces deux
tribus, peut-être .originellement semblables, aujourd’hui totale¬
ment différenciées.
• ■ ’ • .
La popu lation des N’Zakaras est dense et nombreuse ; les Zandés
forment, tributaires et captifs compris, une population de
20.000 âmes environ, c’est-à-dire qu’en retirant de ce chiffre les
2.000 habitants qui demeurent au-dessus du 6e degré, on arrive
à un chiffre de itf.ooo habitants pour une superficie totale de
i2.3oo kilomètres carrés, ce qui donne une densité approxima¬
tive de i,4 habitant par kilomètre carré.
Les N'Zakaras sont cultivateurs ou plutôt ils ont su mettre en
rapport de grandes étendues de terrain en dressant leurs cap¬
tifs aux travaux agricoles. Les Zandés aiment par-dessus tout la
chasse et la guerre ; ils ont d’ailleurs été dressés à ce métier et
à la forte discipline qu’il comporte, par de véritables chefs- de
guerre tel que Rafaï, leurs tributaires n’ont donc reçu d'eux
aucune impulsion vers la culture ; certaines de ces populations,
telle celle des Gabous, ont même souvent perdu, sous la domina¬
tion Zandé, les aptitudes qu’elles avaient pour les travaux des
champs.
Les N’Zakaras font un peu d’élevage (cabris, volailles, canards).
Le Zandé ne prête aucun intérêt à cette question, qu’occupent
seulement encore quelques-uns de leurs tributaires, tels que les
Bandas de Gangakourou.
Le N’Zakara ne se contente pas de se bien nourrir ; il s’offre
du bien-être, nous l’avons vu ; ses villages ne sont pas seule¬
ment confortables, ils sont coquets. Ceux des Zandés, avec leur
zériba entourée de palissades de bois mort ou de nattes en mau¬
vais état à la façon arabe, avec leurs cases rondes sans caractère
aucun, presque toujours en ruines, ne donnent qu’une impres¬
sion de tristesse et de saleté.
Enfin le N’Zakara, trouvant dans ses cultures la satisfaction
de ses besoins, ne se livre à aucun travail et vit indépendant ;
les Zandés au contraire, quand l’époque des guerres fut close,
(i) Zandés et N’Zakaras viennent sans doute de fOuellé, ils parlent des
dialectes qui ont de grands rapports entre eux.
150
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ne trouva pas d’autre satisfaction à ses goûts que celle de s’or¬
ganiser en année de travailleurs comme' ils l’avaient été en
armée de bazuiguers. Hetmann, leur chef, fit d’eux les plus
grands producteurs de caoutchouc de la région : le Zandé ou
tout tributaire ainsi nommé passe une grande partie de son
temps hors de chez lui, dans la brousse, à la récolte du latex de
Landolphia , délaisse ses cultures et néglige tous les soins
d’hygiène. D’où il s’ensuit tout naturellement que le N’Zakai;a,
vivant confortablement, ne connaît guère la misère et la mala¬
die alors que le Zandé famélique offre un terrain tout préparé
aux invasions morbides.
Le surmenage et la mauvaise alimentation font du Zandé un
être sans résistance vis-à-vis des maladies. Il faut ajouter encore
que l’alcoolisme les ronge, qu’ils s’empoisonnent d’arégui,
espèce d’eau-de-vie de grain distillée par eux, et que nous les
empoisonnons nous-mêmes d’alcool de traite et d’absinthe (lettre
au Lieutenant Gouverneur de l’O. G. T. n° 182, du 4 octobre
1912). C’est plus qu’il n’en faut déjà pour expliquer le peu de
résistance que ces populations doivent opposer aux maladies.
La situation troublée du pays jusqu’en 1897, 1 état de guerre
continuel, les tribulations constantes des conquérants et des
conquis, la continuation de la lutte soutenue depuis des siècles
par les autochtones contre les envahisseurs du nord d’abord
(derviches) et contre ceux du sud ensuite, les razzias des gens du
Darkouti, du Darfour et du Kordofan devaient particulière¬
ment favoriser l’éclosion de la maladie du sommeil en pays
Zandé.
Et défait, c’est ainsi que débuta la grande épidémie de try¬
panosomiase qui sévit encore et qui s’abattit en 1897 sur la val¬
lée de l’Ali. C’est à l’époque précise où le sultan RafaÏ, reve¬
nant de l’Ouellé (Djabir) où il s’était réfugié pour fuir l’invasion
des madhistes (i885), rapportant peut-être avec lui et sa suite
les germes du fléau, s’installa sur la rive gauche de l’Ali
(M’Bouma actuel) et se décida à soumettre la population jusqu’ici
irréductible des habitants de cette contrée, leGabous.
La vallée de l'Ali présente un aspect si spécial qu’il est néces¬
saire de la décrire. Cette rivière coule nord-est-sud-ouest vers la
Vovodo, légèrement au-dessous du 6e, dans une vallée complète¬
ment herbeuse ; du lit qu'elle occupe et qui a 10 mètres de large
Séance du io Mars i 9 i 5 151
%
au maximum, elle déborde en saison des pluies dans une vaste
cuvette oblongue doin elle suit à peu près le grand diamètre. et
dont les rebords, formés par des collines peu élevées, sont éloi¬
gnés de son lit, suivant les endroits considérés, de io à 20 et
25 kilomètres.
Le fond de cette cuvette est constitué en saison sèche par une
vaste steppe, transformée pendant la saison des pluies en un
immense lac ; quelques reliefs très faibles rompent la monoto¬
nie de ces lieux : ils sont généralement couverts d’éléis qui for¬
ment de véritables oasis au milieu de ce désert d’herbes et d’eau.
C’est à l’abri de ces palmiers qu’étaient établis tous les Gabous
avant qu’ils fussent conquis. Ils formaient alors une population
très dense à ce qu’il appert encore des nombreux vestiges de villa¬
ges et des sillons encore t>ien dessinés sur lesquels les Babous fai¬
saient leurs cultures. Et pour se défendre des moustiques qui
pullulent en tout temps dans cette plaine, et surtout lorsque les
eaux s’en retirent, ils avaient adopté un genre de construction qui
11’est plus guère rencontré aujourd’hui, car la plupart des Gabous
qui ont survécu aux guerres et à la maladie du sommeil se sont
retirés sur les collines.
Ces constructions, témoins celles des petits villages d’Abaou
et de Modri, sont constituées :
i° D’un terre-plein rond de 3 mètres de diamètre environ,
haut de 5o à 70 centimètres.
20 D’une véritable boîte en terre battue, ronde, large de 1 m.5o
environ, haute de 1 mètre, sur laquelle repose un couvercle en
paille qui la ferme complètement sans laisser aucun vide sur les
bords. Vers le tiers supérieur est ménagée en un point une sorte
d'œil de bœuf d’un diamètre de 3o centimètres environ par
lequel on entre tête et mains en avant dans la case ; un pieu
servant de marche-pied sert à se hisser à la hauteur de cette
ouverture. Une fois entré, on ferme hermétiquement au moyen
d’un tampon qu’on applique sur l’ouverture. C’est dans ce ter¬
rain particulier, marécageux et dénudé, peu propice aux surpri¬
ses par conséquent, que les Zandés durent opérer ; après de
longs mois de résistance et d’attaques nocturnes, les Gabous
furent cependant réduits.
Presque aussitôt la maladie du sommeil les frappa et les
décima par milliers. A l’époque de son apparition, elle fut d’une
lo2
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
violence inouïe, ainsi que le rapportent les survivants ; on mou¬
rait en quelques jours et non plus en quelques mois ou en quel¬
ques années comme aujourd’hui : c’est que sans doute le
« génie épidémique » agissait alors sur ces populations, jusque-
là indemnes et par conséquent très sensibles, avec toute la force
que lui donnait d’autre part une virulence encore neuve et qui
ne demandait qu’à s’exalter.
Notons aussi que l’éclosion de la maladie du sommeil en pays
Zandé fut précédée par l’apparition d’une épizootie rapidement
mortelle qui atteignit les buffles et qui en certains points s’éten¬
dit aux antilopes, aux singes et aux mammifères domestiques ;
la maladie tout aussi violente qui frappa les indigènes fut-elle
en relation avec l’épizootie ? Les indigènes le croient fortement
et ont été frappés de la simultanéité de ces deux épidémies. Ce
fait mérite d’être signalé, car il doit réellement s’agir là de try¬
panosomiase animale et il semble appuyer l’hypothèse de la con¬
servation du virus humain sur certains animaux.
Voici donc i5 ans environ que sévit le fléau sur la région des
Gabous concurremment sans doute, il envahissait l’est et le sud
est (paysWIe Zémio), par le Bakary, la Ouarra. Depuis lors il a
rayonné partout : au nord, jusqu’aux derniers villages qu’on
rencontre sur les routes du Soudan Anglo-Egyptien, au sud vers
Rafaï où les malades sont à l’heure actuelle assez nombreux ; à
l’ouest, le Ghinko lui a formé barrière pendant longtemps, mais
voici qu’il est apparu à Banima et que Boghi, qui vient avec tous
ses gens de Derbisaka, l’appporte sur le M’Barri.
X *
De ce qui précède il résulte donc :
i° Que la presque totalité de la population de la circonscrip¬
tion réside au-dessous du 6e parallèle nord et forme trois grands
groupes: le groupe N’Zakara, le groupe Yakoma et le groupe
Zandé.
2° Que, de ces trois groupes, le groupe N’Zakara seul jouit
d’une grande prospérité et est exempt de maladie du sommeil.
3° Que le pays Yakoma et le pays Zandé sont deux foyers
encore actifs de maladie du sommeil.
La connaissance de ces faits étant acquise, il importait d’agir
et de chercher les moyens de circonscrire le fléau et de l’em-
Séance du io Mars i()i5
153
pêcher de se propager à la région N’Zakara située entre les deux
foyers.
C’est ce que nous entreprîmes dès le mois de mars 1912,
en nous basant sur la croyance, fondée sur l’observation, que
1 homme malade est bien le principal réservoir de virus, qu’il
suffit de sa présence pour contaminer tout son entourage, et en
outre sur la stérilisation réelle et durable de la circulation péri¬
phérique réalisée par l’aloxyl.
Pour arriver à ce but, il fallait agir au plus vite, car tout
retard était marqué par une avance sérieuse de la maladie et de
ce fait devait rendre la tâche plus longue et plus difficile ;
ici encore, la difficulté de réussir ajoutait à la nécessité d’entre¬
prendre.
Si la tâche était ardue, elle ne semblait pas impossible :
i° La configuration du pays Yakoma, son étendue minime et
l’isolement dû à la barrière que forme au nord une zone non
habitée pouvait faire espérer sinon l’extinction, du moins la
limitation de ce foyer.
20 Si le foyer du pays Zandé ne semblait pas avoir des limites
aussi nettes que celui du pays Yakoma, il présentait cependant
cet avantage d’atteindre une population qu’il était possible, grâce
à son peu d’importance numérique, et ensuite à l’autorité que
nous avons sur elle par l’intermédiaire du Sultan Hetmann, de
visiter entièrement.
3° La trypanosomiase règne encore sur un groupe spécial qui
est constitué par tous les employés noirs du commerce et par le
personnel domestique des Européens. Dans le bas M’Bomou, les
employés et les boys sont surtout recrutés dans la région : ce
sont en général soit des Yakomas, soit des captifs de N’Zakaras ou
deZandès. Les Yakomas forment tout le personnel des pagayeurs
du commerce qui les emploie dans toute l’étendue de la région.
On voit le danger, qui a été maintes fois signalé, que fait courir
aux habitants des régions indemnes, celle des N’Zakaras par
exemple, l’introduction de ces éléments étrangers, en grande
partie contaminés. La classe de ces employés étant soumise direc¬
tement à l’autorité des commerçants européens, il devenait facile
de les visiter, de revoir et de traiter régulièrement ceux qui
étaient reconnus malades, et en évitant bien de prescrire leur
licenciement, celui-ci n’ayant que des inconvénients, en particu-
\u
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
• i > .
lier, celui délaisser échapper au traitement le groupe des indi¬
gènes qui peuvent y être soumis avec le plus de facilité, et celui
de créer parmi les travailleurs des vides qui doivent être immé¬
diatement comblés par des recrues nouvelles.
(/I suivre )
Séance du io Mars 1910
Iw »•
0.)
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
American Journal of tropical Diseuses and préventive Médiane ,
t. Il, n° 2, août 1914 ; nos 7 et 8, janv. et février 1916.
Annals of tropical Medicine and Parasitology (Liverpool),
t. VIII, n° 4, 29 janvier 1916.
1 3th Animal Report of the Institute for medical Research , Kuala
Lumpur , Federated Malay States.
British medical Journal , 16 jauvier-6 mars 1916, nos 2820-
2827.
La Cronica Médica , t. XXXÏ, nos 6 1 3-6 16, j uill.-oct. 1914.
Geneeskundig Tij dschrift voor Nederlandsch-ïn dië, t. L1Y, f. G,
1914.
Indicin Journal of medical Research, t. II, f. i-3, juillet et
octobre 1914^ janv. 1915. Suppl. 3d Ail- India Sanitary Confé¬
rence, t. Il-V.
Journal of the Royal Army Medical Corps, t. XXIII, nos 5 et 6,
nov. et déc. 1914*
Journal of tropical Medicine and Hygiene, t. XVIII, id janv.,
icr et i5 février, ier mars 1915, nos 2 à 5.
Pediatria, t. XXIII, f. 2 et 3, février et mars 191:3.
Propaganda antimalarica, t. VII, n° 6, 3i déc. 1914*
Review of applied entomology , sér. A et B, t. II, part. 12, déc.
1914 ; t- III, part 1 et 2, janv. et fév. 1915.
Revue scientifique, i6-23 janv., 3o janv. -6 fév., i3-20 février,
27 févr.-6 mars [9 15.
Transactions of the Congress of American Physicians and Sur¬
geons, t. IX, 1913.
Transactions 'of the Society of Tropical Medicine and Hygiene,
t. VII, nos 3 et 4, janv. et février 191 5.
Tropical Diseases Bulletin, t. V, nos 1 et 2, i5janv. et i5 févr.
iqi5.
156
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal oj tropical diseases and préventive medicine.
American Society oj Tropical Medicine.
Annals oj Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana .
Bibliographie protozoologique du Concilium bibliographicum .
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Geneeskundig Tijdschrijt voor Nederlands-Indië .
Indian Journal oj medical research.
Journal oj the London school oj tropical medicine .
Journal oj Tropical Medicine and Hygiene.
Mcmorias do Instituto Oswaldo Crue (Rio-de-Janeiro).
Pcdiatria.
Philippine Journal oj Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galle du Sud.
Review of applied entomology.
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine c:id Hygiene
f Londres).
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No 4.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 4
Séance du 14 avril 1915
PAGES
PRÉSENTATION
A. Laveran. — Les Leishmanioses chez les animaux . 1I/7
Décès de S. von Prowazêk . . . i5y
COMMUNICATIONS
P. Aubert. — Essais de traitement de la trypanosomiase humaine par
les dérivés du diaminoarsénobenzène O! et OKi . 169
A. Carini et J. Maciel. — Sur une hémogrégarine et un trypanosome
d’un Muridé (. Akodon fuliginosus) . 1O0
A. La font et F. IIeckenroth. — Un cas de leishmaniose canine à Dakar. 1G2
Cu. Nicolle. — Quelques points concernant le Typhus exanthématique. 1G0
A. Railliet et A. Henry. — Sur un Cénure de la Gerbille à pieds velus. iy3
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Il
PAGES
MEMOIRES
Ç França. • — Quelques observations sur le genre Leucocytozoon . . 22g
F. La Cava. — Sopra un caso autoctono di béribéri nell’ Italia méri¬
dionale avec résumé français . * . . . 21S
À. Laveran. — Rôle pathogène des Anguillules intestinales. Discus¬
sion du mémoire Noc . . 21 7 /
A. Laveran. — Sur les Leucocyiocoon. Discussion du mémoire França. 240
F. Mesnil. — Sur la ponction systématique des Hémosporidies. Discus¬
sion du mémoire França . 241
F. Noc. — Parasitisme intestinal en Cochinchine. Contribution à l’étude
des dysentenries indo-chinoises . 208
F. Ouzilleau. * — Rapport d’ensemble sur la maladie du sommeil dans
le Bas-M’Bomou (1912-1913) ( suite et fin) . 178
J. Ringenbach et Guyomarc’h. — Notes de géographie médicale de la
Section française de la Mission de délimitation Afrique équatoriale
française. Cameroun en 1912-1910 : Variole. — Paludisme. — Mala¬
dies vénériennes . 199
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Huitième année
N° 4.
i()i5
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU l4 AVRIL IIJIO.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Présentation
Lcishmanioses chez les animaux.
M. A. Laveran. — J’ai l’honneur de faire hommage à la Société
d’un travail intitulé : Les leishmanioses chez les animaux , qui a
paru dans les Annales de V Institut Pasteur.
J’étudie successivement, dans ce travail : la leishmaniose natu¬
relle du chien, les infections expérimentales produites par la
Leishmania infantuni et par la Leishmania Donouani, enfin les
infections naturelles ou expérimentales produites par la Leish¬
mania tropica.
A plusieurs reprises j’ai communiqué à la Société les résultats
de mes recherches sur ces questions, il m’a semblé que le
moment était venu de coordonner ces résultats.
Je suis arrivé aux conclusions suivantes.
« La leishmaniose naturelle du chien qui a été observée dans
toutes les régions où le kala-azar méditerranéen est endémique,
présente la plus grande ressemblance, au point de vue des symp¬
tômes, de l’évolution et de l’anatomie pathologique, avec la
158
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
leishmaniose que l'on provoque facilement chez le chien en lui
inoculant la L. infantum. La Leishmania de l’infection naturelle
du chien ne peut pas être distinguée morphologiquement de la
L. infantum.
« Toutes les probabilités paraissent donc être en faveur de
l’identité de la L. infantum et de la Leishmania de l’infection
naturelle du chien ; il n’est pas douteux cependant qu’il existe
encore des obscurités : le rapport de fréquence de la leishma¬
niose du chien et de la leishmaniose infantile est inconstant; il
est rare d’observer des chiens infectés de leishmaniose dans les
maisons où se trouvent des malades atteints de kala-azar ; enfin
le kala-azar indien étant inoculable au chien, comme Je kala-
azar méditerranéen, plus difficilement à vrai dire, on s’explique
mal pourquoi toutes les recherches faites dans l’Inde pour décou¬
vrir des cas d’infection naturelle du chien sont demeurées
infructueuses. Ces obscurités se dissiperont vraisemblablement
quand nous saurons comment se propagent les Leishmania.
« Les infections expérimentales du chien, des macaques et de
la souris blanche réussissent avec la L. Donouani comme avec la
L. infantum ; les mêmes procédés d’inoculation sont applicables
aux deux virus, et les infections provoquées présentent une
grande ressemblance. Pour contester l’identité du kala-azar
indien et du kala-azar méditerranéen, on ne peut donc plus
objecter que les animaux sensibles à la L. infantum sont réfrac¬
taires à la L . Donouani. Il y a lieu de noter toutefois que le chien
est moins sensible au virus du kala-azar indien qu’à celui du
kala-azar méditerranéen et qu’on a réussi à provoquer chez des
macaques, avec la L. Donouani , des lésions cutanées semblables
à celles du bouton d’Orient, alors que les essais d’inoculation de
la L. infantum dans la peau ou dans le tissu conjonctif sous-
cutané ont échoué jusqu'ici.
« Un M. cynomolcfus ayant l’immunité pour le kala-azar médi¬
terranéen a été inoculé sans succès avec le virus du kala-azar
indien, alors qu’un M. cynomolgus témoin contractait une infec¬
tion rapidement mortelle ; ce faitfournit un argument degrande
importance en faveur de l’identité des deux virus; l’expérience
qui est unique est malheureusement difficile à répéter.
« Il existe dans la science un certain nombre de cas de leishma¬
niose cutanée naturelle du chien qui paraissent relever de la
L. tropica. La question se pose, comme pour les leishmanioses
Séance du i4 Avril 191 5
159
cutanées de l'homme, de savoir si la Leishmania américaine
constitue une espèce à part ou si elle n’est qu’une simple variété
de la L. trop ica.
« La L. tropica qui est inoculable au chien, aux macaques, à
la souris blanche et à quelques autres petits Rongeurs, produit
d’ordinaire chez ces animaux des affections localisées qui, chez
le chien et chez les macaques, ont la plus grande ressemblance
avec le bouton d’Orient de l’homme. Chez la souris, il n’est pas
rare qu’on provoque par l’inoculation intrapéritonéale ou intra¬
veineuse de la L. tropica des infections générales, sans lésions
locales, identiques à celles qui peuvent être provoquées par la
L. infantum ou la L. Donovani ; comme d’autre part on a obtenu,
dans quelques cas, chez des macaques, au moyen du virus du
kala-azar indien, des lésions locales, assimilables à celles du
bouton d’Orient, sans infection générale, on doit se demander
si la L. tropica n’est pas une simple variété de la L. Donovani
ou de la L. infantum qui se serait adaptée à des conditions de
vie et de transmission différentes de celles de ces dernières
Leishmania.
« Il y aura lieu de poursuivre les expériences ayant pour but
de rechercher si des animaux qui ont acquis une immunité
solide pour la L. tropica peuvent être infectés par la L. Donovani
ou la L. infantum ou inversement.
« II y aura lieu également de poursuivre l’étude des parasites
des Lacertiens et celle des Flagellés et des autres parasites des
Insectes suceurs de sang (puces, moustiques, simulies) ; on
réussira peut-être ainsi à élucider la question encore si obscure
de l’étiologie des leishmanioses ».
Décès de M. S. von Prowazek.
Le Président. — J’ai le regret d’annoncer la mort d’un de nos
Correspondants étrangers.
M. le Dr S. von Prowazek, chef du service zoologique à l’Ins¬
titut des maladies tropicales de Hambourg, auteur d’un grand
nombre de travaux de Protozoologie, a succombé au typhus
exanthématique qu’il avait contracté dans un camp de prison
niers russes.
160
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Quelques points concernant
le Typhus exanthématique (')
Par Charles NICOLLE
I. Pour la première fois à Tunis, une année toute entière, l’an¬
née 1914, s’est écoulée sans qu’on y observe un seul cas autoch¬
tone de typhus exanthématique. La statistique médicale de la
ville pour 1914 porte bien trois cas de cette maladie, mais ceux-ci
concernent des personnes arrivées infectées à Tunis et contami¬
nées : l’une en Algérie, les deux autres au Maroc.
Ce remarquable succès est dû aux efforts persévérants du Ser¬
vice municipal d’hygiène dirigé par notre collègue le docteur
Conseil.
IL J’ai pu réaliser la conservation de deux virus exanthémati¬
ques par passages depuis les mois de mai et juin 1914 jusqu’à ce
jour.
Le premier de ces virus, recueilli en mai, a réalisé successive¬
ment les passages suivants : singe, cobaye, singe, poux, singe,
poux, singe, poux, singe, seize cobayes successifs, singe, cobaye.
Le second, recuei lli en juin, a réalisé d’autre parties passages:
singe, puis successivement vingt-deux cobayes (2). Au seizième
et au vingt-deuxième passage par cet animal, le sang s’est mon¬
tré virulent pour le singe (l’un des singes est mort, le second n’a
pas encore terminé sa maladie).
Le problème de la conservation du virus exanthématique
dans les laboratoires peut donc être considéré aujourd’hui
comme résolu par l’utilisation du cobaye.
Je rappelle que, pour obtenir à coup sûr des passages, il est
prudent de ne faire usage que de cobayes adultes , d’en inoculer
(1) Communication faite par l’auteur à la séance du 10 mars 191.5.
(2) Et, depuis la présentation de cette note, encore deux autres, soit à la
date du ier avril, pour ce virus, vingt-quatre passages successifs par cobaye.
Séance du i/j Avril i 9 i 5
161
deux ou trois à chaque passage (il s’en trouve parfois qui ne
réagissent pas) et de prendre avec soin, matin et soir, leur tem¬
pérature. La courbe thermique est le seul signe qui témoigne
de l’infection chez cet animal.
Les passages successifs par cobaye ne semblent pas augmen¬
ter l’activité du virus pour le cobaye lui-même ; ils paraissent
l’accroître pour le singe.
III. J1 avais déjà, il y a quatre ans, par une expérience réa¬
lisée sur moi-même, reconnu que le sérum sanguin d’un animai
infecté de typhus se montrait, pendant la période fébrile, inoffen-
sif à petite dose pour l’homme (1 cm! de sérum de singe, centri¬
fugé, inoculé dans la veine). J’ai répété depuis le même essai
sur une autre personne, avec un même résultat négatif.
En outre, sur une troisième, j'ai réalisé l'expérience suivante :
Une première inoculation sous-cutanée de 1/2 cm3 de sérum de cobaye
recueilli pendant la période fébrile, centrifugé, puis conservé un peu à la
glacière. Dix jours plus tard, inoculation identique, mais de lcm3 de sérum.
Dix jours après, troisième inoculation semblable, mais cette fois le sérum
est agité à sa sortie de la glacière, de façon à y mettre en suspension une
quantité appréciable deglobules blancs(les globules blancs représentent la
partie la plus virulente du sang). Ces trois inoculations n’ayant déterminé
aucun trouble, j’ai éprouvé, dix jours après la dernière, la résistance du
malade par l’inoculation sous-cutanée de 3 cm3 de sang d’un cobaye infecté
(résultat positif par inoculation de 3 cm3 du même sang dans la cavité
péritonéale d’un cobaye de passage). Le sujet, observé quarante jours, ne
s’est pas infecté.
J’ai démontré antérieurement qu'une dose élevée de virus était
toujours nécessaire pour produire l’infection chez les animaux.
J’avais établi aussi qu’une seule inoculation ineffective de virus
(dose faible, virus chauffé, mélange de virus et de sérum de
convalescent) ne déterminait pas l’immunité chez le singe.
Le résultat différent de l’expérience que je viens de rapporter
permet d’espérerque les inoculations répétées de petites doses de
virus seront capables de créer au contraire cet état de résistance
et qu’elles pourront être utilisées peut-être pour la vaccination
préventive du typhus exanthématique. Le sérum me paraît cons¬
tituer l’élément le plus maniable du sang.
( Institut Pasteur de Tunis )
1G2
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Un cas de leishmaniose canine à Dakar
Par A. LAFONT et F. FIECKENROTH
Depuis plusieurs années, le Laboratoire de Bactériologie de
Saint-Louis et, après son transfert à Dakar, le Laboratoire de
l'Afrique Occidentale Française, ont recherché les leishmanioses
soit chez l’homme, soit chez les animaux et particulièrement
parmi l’espèce canine. Ces recherches, forcément intermittentes
en raison de la difficulté de se procurer en abondance et d’une
façon suivie les matériaux nécessaires, n’ont pas été couronnées
de succès, du moins à notre connaissance.
En 1913-1914 nous avons examiné à Dakar une centaine de
chiens de toutes tailles, races et provenances (européenne, indi¬
gène ou métisse) qui nous ont servi pour les recherches de toxicité
de corps arsenicaux nouveaux : ludyl et galyl, ou qui nous ont été
envoyés à fins d’examens microscopiques. Dans un cas, chez une
chienne braque de provenance européen 11e, Trypanosoma climor-
phon a été rencontré en abondance dans le sang périphérique.
On avait pensé se trouver en présence de leishmaniose canine
tant les caractères habituels de cette affection : amaigrissement,
fièvre légère, diarrhée passagère, paraplégie et paralysie progres¬
sive, s’étaient trouvés marqués. Cette chienne qui s’était conta¬
minée dans la région des Niayes succomba très rapidement.
Chez d'autres chiens, des piroplasmoses ont été mises en évi¬
dence et ces animaux ont généralement succombé. Ils prove¬
naient le plus souvent de la fourrière de la Ville et se trou¬
vaient dans un mauvais état général avec amaigrissement pro¬
noncé.
La recherche des leishmanioses chez l’homme est aussi restée
négative chez les malades indigènes porteurs de rates énormes,
venant à la visite du Laboratoire, qu’on pouvait soupçonner
être atteints de kala-azar; le paludisme chronique était seule¬
ment en cause.
Malgré tous ces résultats négatifs, la découverte récente des
leishmanioses au Maroc faisait prévoir qu’on les mettrait en évi¬
dence un jour ou l’autre dans nos possessions du Sénégal.
Séance du i 4 Avril hji5
163
Cette prévision s’est réalisée fin 1914, époque où l’un de nous
a rencontré des Leishmania chez un chien du pays.
En voici l’observation :
Un chien adulte, de taille moyenne, et d’origine inconnue, ramassé dans
les rues de Dakar en période d’épidémie de peste, meurt à la fourrière le
6 décembre 1914. Ce chien, appartenant sans doute .à des noirs, est un
chien indigène mâtiné de chien d’Europe. Il n’a certainement pas été
importé dans le pays. Il est galeux avec poil rare et cassé, couvert de
vermine, de puces et de tiques notamment, et d’une maigreur excessive.
Autopsie. — A l’autopsie, on trouve un foie volumineux, lisse, friable,
de teinte feuille morte.
La rate, grosse, élargie surtout à sa partie inférieure, est de consistance
assez ferme. Sur le mésentère, on remarque de nombreux ganglions
hémorragiques dont la grosseur varie du volume d’un pois à celui d’une
amande. Dans la région inguinale, deux autres ganglions adhérents à la
peau, de la taille d’une petite noisette. La vessie est pleine d’urine. L’in¬
testin grêle, le gros intestin et les reins paraissent normaux. Pas de liquide
dans les différentes cavités séreuses. Le cœur est gros, dégénéré. Les pou¬
mons, pâles, sont farcis de granulations et de tubercules gris noirâtres, de
taille très variable, allant jusqu’à atteindre le volume d’un pois. Ces
tubercules contiennent un suc purulent qui montre à la coloration des
bacilles acido-alcoolo-résistants extrêmement nombreux, très granuleux
et atteignant 3-5 fois et plus la longueur d’un bacille tuberculeux humain.
Quelques-uns de ces bacilles sont ramifiés en Y.
Des étalements de sang ne présentent rien de particulier en dehors d’une
forte mononucléose. Rien de spécial à noter sur les frottis de ganglions
Raie et foie. — Les frottis de foie montrent quelques microfilaires. Ils
montrent en outre, comme les frottis de rate, de nombreuses Leishmania ,
plus abondantes dans la rate, le plus souvent arrondies ou ovalaires, quel¬
quefois aussi tellement déformées par l’étalement qu’elles ne sont plus
reconnaissables que par leurs noyaux.
Ces parasites ont un protoplasma faiblement coloré en géné¬
ral et parfois vésiculaire. Le noyau, assez volumineux, est pres¬
que toujours accolé par un de ses bords à la paroi du parasite.
Il peut atteindre le tiers et même la moitié du parasite tout
entier. Le blépharoplaste, plus intensément coloré que le noyau,
se présente ordinairement sous la forme d’un bâtonnet. Il est
tantôt accolé au noyau, tantôt, mais plus rarement, placé le long
de la paroi du parasite dans une position symétrique à celle du
noyau. Le plus habituellement, ce bâtonnet se trouve dans le
voisinage du noyau soit dans une position perpendiculaire à ce
noyau (c’est le cas le plus général), soit dans une position paral¬
lèle ou oblique. Ce blépharoplaste est quelquefois punctiforme
ou cocciforme.
Ces parasites, extrêmement abondants dans la rate, le sont
164
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
beaucoup moins dans le foie. Ils paraissent libres généralement.
Pourtant et surtout dans les frottis de foie, on les rencontre dans
les macrophages où I on peut compter jusqu’à 20-3o parasites.
Dans les cellules mêmes du foie, nous en avons exceptionnelle¬
ment trouvé.
Enfin nous avons noté, toujours dans les frottis de foie, quel¬
ques formes de multiplication se présentant sous l/aspect d’un
kyste à l’intérieur duquel on pouvait voir 2-3-io Leishmania. Ces
kystes, qui ont de i5 à 20 p, ne paraissent pas gonflés par les
parasites. Il est probable qu’une partie de ceux-ci en ont été
expulsés au moment de l’étalement comme on peut le constater
sur les éléments qui ne contiennent plus que 2-3 parasites.
Les parasites semblent groupés sans ordre à l’intérieur des
kystes. Libres ou enkystées, les Leishmania que nous avons ren¬
contrées chez notre animal ont bien la taille et les caractères de
Leishmania infantun mainte fois décrite. Nous n’avons pas à
insister sur cette description. L’objet de notre note est seulement
de faire ressortir l’existence en Afrique Occidentale Française de
la leishmaniose canine, maladie non encore signalée jusqu’ici à
notre connaissance, et d'attirer l’attention des cliniciens sur la
possibilité de l’existence du kala-azar infantile dans ce pays. Ce
n’est évidemment que par une étude méthodique et approfon¬
die que la présence de cette affection pourra être décelée d.’une
manière indiscutable.
Cette étude sera grandement facilitée grâce à la revue d’en¬
semble que vient de publier dans les Annales de V Institut Pas¬
teur, M. le Professeur Laveran (i).
{Travail du Laboratoire de Bactériologie
de VA. O. F. à Dakar)
Dakar, le 2 3 mars 19 15.
(1) A. Laveran. Les leishmanioses chez les animaux. Annales de l’Institut
Pasteur, 191/1, nos g 10-11-12 ; iç)i5, n°s 1 et 2.
105
Séance du \l\ Avril 19 15
|p: ■
Sur une hémogrégarine et un trypanosome
d'un Muridé [Akodon fuliginosus)
Par A. CAR INI et J. MACIEL.
Au mois d’octobre dernier, nous avons su que, dans les envi¬
rons d’Apiahy, petite localité du sud-ouest de l’Etat de Saint-
Paul, une quantité de petits rats avaient envahi les plantations
et les maisons et que l’on rencontrait beaucoup de ces rats morts.
Ayant jugé intéressant d’étudier la cause de cette mortalité, l’un
de nous (Maciel) s’est rendu à Apiahy. Une fois sur place, il ne
lui a pas été difficile de se rendre compte de cette brusque appa¬
rition de rats, et de s’assurer qu’ils ne mouraient pas par suite
d’une épidémie, mais tout simplement de faim.
Dans les environs de Apiahy, existent de vastes « taquaraes »,
ou bois de joncs sauvages. La « taquara », qui appartient aux
genres Chusc/uea et Merostachys, est une plante qui ne fleurit et
ne fructifie pas tous les ans, mais seulement à des époques très
éloignées. L’intervalle entre deux fructifications varie suivant les
espèces, les unes fleurissant tous les deux ans, les autres à des
périodes plus éloignées et quelques-unes seulement -de quinze
en quinze ans. Après la fructification, la plante meurt et se des¬
sèche, il n’en reste que les racines, dont naîtront l’année suivante
les nouveaux bourgeons. Lorsque la taquara fleurit et fructifie,
les animaux, qui se nourrissent de ses fruits, comme les rats et
les oiseaux, trouvent là pendant des mois un aliment très abon¬
dant, et se reproduisent d’une manière extraordinaire. Mais
lorsque la plante meurt et que les fruits sont épuisés, l’aliment
faisant défaut, les rats abandonnent en masse le taquaral et enva¬
hissent les plantations et les maisons avoisinantes. C’est la
« praga dos ratos », fléau des rats, déjà signalée au Brésil (ï).
Beaucoup de ces rats, ne trouvant plus de quoi manger, meu¬
rent de faim; ce fut la cause de la mortalité des rats constatée
à Apiahy.
Dans cette localité, nous avons attrapé quelques-uns de ces
(1) H. von Ihering, Zur Kenntniss der brasilianischen Mause und Mause-
plagen, Kosmos , i885, t. II. p. 423*427.
16G
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
petits rongeurs, qui appartenaient tous à l'espèce Akodon fuli -
g i no sus (i).
Ayant pratiqué de nombreux examens de sang de ces petits
rats, nous avons eu l’occasion d'y reconnaître la présence de
deux hémoparasites, d’une leuco-hémogrégarine et d’un trypa¬
nosome.
I. (Leuco-) Hæmogregarina akodoni. — Les parasites se présen¬
tent sous l’aspect d'éléments réniformes, à extrémités arrondies,
mesurant environ 10 a de longueur sur 3,5 de largeur. Ils sont
situés dans le protoplasme de grands mononucléaires, accolés
aux noyaux, et l’on remarque la tendance du parasite à fragmen¬
ter le noyau du globule. L’examen sans coloration du suc des
organes montre des parasites libres, avec leur noyau réfringent et
leur protoplasme hyalin ; ils paraissent doués de lents mouve¬
ments vermiculaires. Dans les préparations colorées parles mé¬
thodes deLEistiMAN,GiEMSA et Pappeniieim, le protoplasme, finement
aréolaire, se colore en bleu pâle, tantôt uniformément, tantôt
plus intensivement à la périphérie et aux extrémités. Le proto¬
plasme est limité par une mince membrane, visible seulement
dans les préparations fortement colorées. Le noyau assez volumi¬
neux, ovalaire, de 4X 2,5 a, situé au centre du parasite, se montre
formé de granulations chromatiques, écartées les unes des autres
ou agglomérées au milieu d’une zone achromatique bien évi¬
dente. Nous n’avons jamais pu constater la présence d’un
micronucléus.
Toutes les formes observées se trouvent au même état de déve¬
loppement. Rarement dans le même mononucléaire, il y a plus
d'un parasite. La cellule-hôte présente souvent une notable
réduction du protoplasme. Le nombre des cellules parasitées
varie beaucoup d’individu à individu ; parfois presque tous les
(i) Nous remercions M. le Dr von Ihering, le distingué directeur du Musée
Paulista, des informations qu’il a bien voulu nous fournir au sujet de la
classification de ces rats.
Akodon fuliginosus Wagn., de la famille des Muridés, sous-famille des
Sigmodontinés (qui comprend aussi le liamster), est un petit rat, dont le corps
mesure 77 85 mm. et la queue l\a mm., c’est-à-dire la moitié du corps. Il est de
couleur marron un peu rougeâtre et ressemble pas mal à une souris com •
rnune. Il se rencontre seulement dans le Sud du Brésil, de Minas à Rio
Grande do Sul.
Séance du i4 Avril i 9 i 5 167
mononucléaires sont parasités, dans d’autres cas les hémogré-
garines sont rares.
I lœmofi ref/ci rin a a ko don i .
Les petits rats, même lorsqu’ils étaient très parasités, ne don¬
naient pas de signes de maladie.
Nous avons examiné 12 individus, dont 4 avaient des hémo-
grégarines. Celles-ci se rencontrent spécialement nombreuses
dans les frottis des poumons, en nombre un peu moindre dans le
foie, la moelle osseuse et le rein.
Dans les coupes des organes attentivement examinées, nous
n’avons pas rencontré de formes de schizogonie, ni de cellules
parenchymateuses parasitées.
Le parasite que nous venons de décrire ressemble beaucoup
aux autres leucocylo-grégarines déjà observées chez plusieurs
autres animaux et nous proposons pour lui le nom de Hæmogre-
garina akodoni.
*
* *
IL Trypanosoma akodoni. — Dans le sang périphérique d’un
des petits rats, parasité par l’hémogrégarine décrite ci-dessus,
nous avons rencontré un trypanosome. Les flagellés n’étaient
pas très "nombreux, mais dans chaque préparation il y en avait
quelques-uns.
Examiné à l’état vivant, le trypanosome se montre doué de
mouvements très vifs.
Le blépharoplaste, situé très près de l’extrémité postérieure,
est assez gros, ovoïde et disposé transversalement. Le noyaq est
168
Bulletin de la Société de Pathologie exotique ,
ovalaire, de contours nets et placé presque à égale distance des
deux extrémités. Dans le protoplasme, il y a parfois quelques
granulations chromatiques. La membrane ondulante est assez
large et présente souvent deux ou trois plis.
Trypano&oma akodoni.
Les dimensions moyennes, prises sur les préparations colorées,
sont les suivantes :
de l’extrémité postérieure au centrosome
du centrosome au noyau .
noyau .
du noyau à l’extrémité antérieure
llagelie libre .
longueur totale (flagelle compris),
largeur maxima .
1 a
b, »
2 »
5-6,5 »
5 »
19 22 »
2-2,5»
Ce trypanosome présente certains caractères qui permettent
de le différencier facilement du Trypanosomci lewisi. D’abord le
blépharoplaste se trouve chez notre trypanosome plus près de
l’extrémité postérieure. En outre, tandis que le noyau du Tryp.
lewisi se trouve dans le tiers antérieur, chez le trypanosome de
F Ahodon, il est situé dans la partie centrale du tiers moyen.
La morphologie de notre trvpanosome se rapproche assez de
celle du Trypanosomci crazi , c’est pourquoi nous avons voulu
voir s’il était pathogène pour les animaux de laboratoire, en
inoculant un peu de sang du rat à des cobayes, rats et chats
nouveau-nés. Le sang de tous ces animaux a été examiné pen¬
dant quelques semaines sans y rencontrer des trypanosomes.
Nous avons aussi fait sucer du sang du rat parasité à quelques
larves de Triatomci in f es tans , élevées au laboratoire et par con¬
séquent indemnes d’infections. Le contenu intestinal de ces
Séance du i(\ Avril i 9 i 5
1 69
hémiptères a été examiné plusieurs fois sans y rencontrer des
flagellés.
Malheureusement nous n’avons pas essayé de cultiver notre
trypanosome.
A la liste, déjà longue, des trypanosomes des rongeurs, nous
devons ajouter cette nouvelle espèce pour laquelle nous propo¬
sons le nom de Trypcinosomci akodoni.
(. Institut Pasteur de Sao P auto , Brésil).
Essais de traitement de la trypanosomiase
humaine par les dérivés du
Diaminoarsénobenzène O i et OKi
Par P. AUBERT.
MM. Fourneau et Œchslin ont préparé, dans le Laboratoire
de Chimie Thérapeutique de l'Institut Pasteur, deux nouveaux
dérivés du Diaminoarsénobenzène qu’ils ont dénommés Oj et
OKt.
MM. les Professeurs Laveran et Mesnil, qui ont étudié, avec
leurs collaborateurs, 1 activité thérapeutique de ces deux dérivés
dans les infections expérimentales à Trypanosoma Brucei ,
dimorphon, congolense , rhodesiense et gambiense , ont signalé
dans ce Bulletin, les résultats encourageants qu’ils avaient
obtenus (1).
Ges auteurs ont en effet constaté, à la suite de leurs expériences,
que le 0A et le OK1( tout en présentant plus de stabilité et moins
de toxicité que l’arsénophénylglycine, avaient un pouvoir trypa-
nocide sensiblement égal à ce dernier produit.
Ces constatations nous ont engagé à reprendre avec le Ot et le
OK] les essais de traitement que nous avions entrepris avec
l’arsénophénylglycine et que pour des raisons diverses nous
avions du abandonner (2).
(1) A. Laveran et D. Roudsky. Sur un dérivé du diaminoarsénobenzène.
F. Mesnil. Discussion au sujet de cette note. Bull. Soc. Path. exot , t. VIII,
pp. 5g3 à 596. — A. Laveran. Sur le dérivé O,. Ibid., t. VIII, p.3i. F. Mesnil et
F. Mutais. Sur le dérivé OKj. Ibid., t. VIII, p. 32.
(2) P. Aubert et F. IIeckenroth. L’Arsénophénylglycine dans le traitement
170
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Chez tous les malades énumérés dans les tableaux qui suivent,
les produits O, et OK, dissous dans de beau distillée, stérilisée,
ont été injectés, après tiltration, par la voie intra-veineuse. Le
titre de la solution employée a varié de i/3o à i/4o.
Nous avons également injecté à un nombre restreint de mala¬
des ne figurant pas sur ces tableaux, le Oj et le OK, par la voie
sous-cutanée et intra-musculaire. En aucun cas, nous n’avons
observé de réactions locales comparables en intensité à celles
provoquées par l’arsénophénylglycine injectée dans les mêmes
conditions et aux mèmès doses.
Tableau 1
Malades trypanosomés traités par le dérivé Oj. (i)
de la trypanosomiase humaine. Prophylaxie de la trypanosomiase humaine et
arsénophénylglycine en injections intra-veineuses. Hall. Soc. Pcith. exot.,
t. IV, pages 4n à 420.
Nous avons publié à la séance du 10 février 1916 (Bail., p. 74) une première
note sur le traitement de la trypanosomiase humaine par le dérivé Oj.
(1) Pour les remarques et abréviations, voir au-dessous du tableau II.
Séance du i4 Avril 1910
171
Tableau II
Malades trypanosomés traités par le dérivé OKt.
Le Ch et le OKj sont manifestement plus stables que l’arséno-
phénylglycine. Nous avons pu utiliser, sans constater la moindre
altération du produit, le contenu d’ampoules ouvertes depuis
plusieurs jours et simplement fermées par un capuchon de
caoutchouc.
Les doses thérapeutiques de Ch et OhL sont celles qui corres¬
pondent à o gr. 02 et o gr. 020 par kilog de poids du malade.
Chez quelques-uns de nos malades, nous avons observé, soit au
cours de l’injection, soit immédiatement ou quelques heures
après des symptômes très marqués d’intolérance vis-à-vis du pro-
172
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
duit injecté. Ces réactions d’intolérance ont été plus fréquentes
et plus accusées avec le produit Ot qu’avec le produit OK^
C’est ainsi que, chez les malades Bondza, Bakary et Marque
qui ont reçu o,o3 ctg. par kilog du produit Ot, nous avons noté
des vomissements bilieux et une diarrhée bilieuse ayant per¬
sisté plusieurs jours, le ralentissement du pouls, des sueurs
profuses, des douleurs très vives dans la région épigastrique.
Le malade Pierre n’a présenté que des vomissements bilieux.
Avec le produit OK1? nons n’avons constaté, d’une façon géné¬
rale, sauf pour Okili, aucune réaction d’intolérance analogue à
celles signalées chez les malades Bondza, Bakary et Marque.
Aux doses thérapeutiques que nous avons indiquées, la vitesse
de disparition des trypanosomes des ganglions et de la circula¬
tion périphérique chez les malades traités par le Ox ou le OKj est
sensiblement égale. Elle est identique à celle observée avec Pato-
xyl administré à la dose de i gramme.
Les dérivés O, et OK^ ont manifesté une action particulière¬
ment énergique sur certains organes hypertrophiés du fait de
l’infection trypanosomiasique. Des ganglions volumineux ont
subi en quelques jours, sous l’influence d’une seule dose, une véri¬
table fonte qui est en général lente à se produire avec d’autres
arsenicaux tels que l’atoxyl et le 606. Dans un cas, chez le
malade Marque, qui avait une hypertrophie splénique considé¬
rable (paludisme concomitant), la régression complète de l’or¬
gane s’est effectuée en une semaine environ.
Par contre, on ne constate pas, chez les malades traités par le
Ot ou le OKl5 cette augmentation sensible de poids qui est presque
la règle chez les trypanosomés soumis au traitement aloxylique.
En cela le 0A et le OK, se rapprochent de l’arsénophénylglycine
et du salvarsan.
A doses égales, les dérivés Oj et OKj nous ont paru avoir la
même activité thérapeutique. L’observation prolongée des mala¬
des déjà traités, la multiplication des essais de traitement chez
l’homme, pourront seuls nous permettre d’apprécier si les déri¬
vés 04 et OKj pourront être ultérieurement utilisés avec succès
dans la thérapeutique de la trypanosomiase humaine. Les con¬
statations faites par MM. Laveran et Mesnil, celles que nous
apportons ici, sont de nature à engager à poursuivre l’étude des
produits nouveaux de MM. Fourneau et Œchslin.
( Institut Pasteur de Brazzaville , février 19 1 5).
Séance du i4 Avril iyi5
173
/
Sur un Cénure de la Gerbille à pieds velus
Par A. RAILLIET et A. HENRY.
M. le professeur Laveran a bien voulu nous remettre, pour
examen, un parasite recueilli, le 3 août r g 1 4, dans la paroi
abdominale d’une Gerbille de Tunisie ( Gerbillus hirtipes Lat.).
Il s’agi l d’un Cystique de forme irrégulièrement globuleuse
ou mieux subellipsoïde, mesurant 12 mm. 5 sur io mm. 5 à
paroi épaisse et opaque (ce qui est peut-être dû à l’action du
liquide conservateur), laissant voir à sa surface externe de légè¬
res bosselures (fi g. 1).
Fig. 1. — Multiceps glomeratus. Photographie d’ensemble. Gr. environ
2 diam.
L’ouverture de cette hydatide montre les bosselures en ques¬
tion beaucoup plus saillantes sur la surface interne, où elles for¬
ment des agglomérations très irrégulières, tantôt subglobuleu¬
ses, tantôt allongées (fig. 2). Nous avons mesuré de ces amas qui
présentaient 1 rom. 8 de diamètre, et d’autres qui atteignaient
6 mm. de long sur 2 mm. à 2 mm. 5 de large. Chacun d’eux com¬
prenait 4» b, 8, 10, 12 saillies secondaires pour la plupart ovoï¬
des, les unes mesurant 1 mm. ou 1 mm. 2 dans leur plus grand
diamètre, les autres jusqu’à près de 2 mm.
Il est très difficile d’obtenir de ces bosselures des préparations
i3
174 Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
assez transparentes pour se prêter à l’étude. L’opacité est due en
grande partie à ce qu’elles sont remplies de corpuscules calcai¬
res. L’action de l’acide lactique amène immédiatement un déga¬
gement intense de bulles gazeuses, dont l’abondance relative
révèle que les corpuscules calcaires, peu nombreux dans la paroi
même de la vésicule, se rencontrent au contraire en très grande
proportion dans les bosselures mêmes. En se servant de la créo¬
sote comme éclaircissant, on met en évidence ces corpuscules,
globuleux ou ovoïdes, de 10 à i5 p de long sur 9 à 1 1 de large.
Fig. 2. — Fragment de Multiceps glomeratus, montrant une agglomération
de scolex à la face interne de la vésicule cystique. Gr. 10 diam.
Après un traitement prolongé par ces divers réactifs, on arrive
à reconnaître, dans chacune des saillies secondaires, un scolex
de Cestode invaginé, avec une double couronne de crochets et
quatre ventouses arrondies. Mais l’observation de ces organes
exigeant une forte compression, il nous a été impossible de fixer
les dimensions normales des ventouses. Quant à la couronne de
crochets, d’une observation réellement difficile, elle nous a paru
comprendre parfois 18 crochets seulement, et d’autres fois jus¬
qu’à 34. Certaines couronnes nous ont d’ailleurs montré des cro¬
chets encore très incomplètement formés. Ceux qui nous ont
paru le mieux développés mesuraient, les grands io5 a, les
petits 65 [Ji (fig. 3). Tous ont une lame bien incurvée, un manche
relativement court et une garde assez saillante. Dans les petits
crochets vus de face, cette garde se montre assez large, quoique
pas très nettement bilobée.
De ces données, il appert que le parasite de la Gerbille est
un Cystique polysomatique et monocéphale, c’est-à-dire un
Cénure ( Multiceps Gœze, 1782 ; Cœnurus Rud., 1808).
Séance du i4 Avril 191 5
175
Les formes de ce groupe signalées jusqu’à ce jour ne sont pas
très nombreuses; en voici le relevé :
i° Multiceps multiceps (Taenia multiceps Leske, 1780; Hydati-
gena cerebralis Batsch, 1786; Cœnarus cerebralis Rud., 1808),
qui vit dans le cerveau ou la moelle épinière du Mouton et d’un
grand nombre d’autres herbivores domestiques ou sauvages.
A
Fig. 3. — Crochets du Multiceps glomeralus. A. Grand crochet. B. Petit
crochet. Gr. 400 diam.
20 Multiceps serialis ( Cœnarus serialis Gervais, i845 ; Cœnurus
Lowzowi Lindemann, 1867), du tissu conjonctif et des séreuses
des Lapins domestiques ou sauvages, des Lièvres et de divers
autres herbivores, Ecureuils (Cobbold, Stewart, Cagny), Cheval
(Stiles), Chèvre (Gaiger, Dey), Antilopes ? (Gough).
3° Multiceps sp. ( Cœnurus sp. Pagenstecher, 1877), du cou
d’un Myopotamus coypus ; probablement différent du précédent.
4° Multiceps lemuris [Crnurus lemuris Cobbold, 1861), du foie,
du poumon et de la plèvre d’un Lemur macaco.
5° Multiceps polytuberculosus ( Cœnurus polytuberculosus Mégnin,
1879), trouvé sous la peau de la cuisse d’une Gerboise.
6° Multiceps spalacis [Cœnurus spalacis Djesing, i 8 G 3 J, d’un
Géoryque Cricet ( Georychus capensis), de Port-Natal.
70 Multiceps ? tragelaphi ( Acephalocystis tragelaphi Cobbold,
1861), de YOuis tragelaphus.
On peut ajouter à cette liste deux Ténias adultes dont l’état
larvaire est encore inconnu, mais dont les crochets ont une cer¬
taine ressemblance avec ceux du type Multiceps , savoir le Tœnia
brauni Setti, 1897, du Chien (Erythrée) et le Tœnia hyperborea
Linstow, 1905, du Vulpes lagopus (Groenland).
176
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Il convient donc de comparer ces diverses formes avec celle
que nous venons de décrire. L’élément de comparaison le plus
sûr reposant sur les crochets, nous en donnons, dans le tableau
ci-dessous, le nombre et les dimensions :
au M. ? tracjelaphi , il était dépourvu de scolex.
Il est facile de constater que les Malticeps cerebralis et seria¬
lis ont des crochets trop grands pour entrer en ligne de compte.
Le Malticeps du Coypou est sans doute un peu plus rapproché
du nôtre, bien que Pagenstecher Lait assimilé au M . serialis (il
note que le manche des grands crochets et la lame des petits
sont plus courts que dans le M. cerebralis , tandis que la garde
est beaucoup plus grosse et plus arrondie) ; mais les dimensions
sont encore notablement trop élevées. Par contre, les crochets
du M. polytuberculosus sont beaucoup plus petits, sans compter,
comme dans les espèces précédentes, des différences morpholo¬
giques très accusées; au surplus, cette forme offre d’autres
caractères, tels que l’aspect tuberculeux de la surface externe et
l’absence de corpuscules calcaires.
Restent le M. lemuris et le Tænia brauni.
Il faut reconnaître que les crochets du M. lemuris ne sont pas
sans présenter quelque analogie avec ceux du Malticeps de la
Gerbille; toutefois, grands et petits ont un manche plus long
et de forme différente ; la garde des petits est également plus
saillante.
Quant au Tænia brauni — forme adulte qui méritait d’appeler
spécialement notre attention, puisqu’elle parasite un Carnivore
Séance du iZj. Avril 1915
177
africain — ses petits crochets sont en fait assez analogues à ceux
du Cystique de la Gerbille, mais les grands ont un manche plus
long et une garde toute différente, rétrécie en pointe.
On peut donc regarder notre parasite comme représentant une
espèce nouvelle. En raison du mode de groupement des scolex,
nous proposons de le dénommer Cœnurus ou MuJtïceps çjlome-
r nt ns.
178
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Rapport d’ensemble sur la maladie
du sommeil dans le Bas-M’Bomou
(1912-191 3)
[Suite et fin) (1)
Par F. OUZILLEAU.
LA VISITE DES VILLAGES. LE DIAGNOSTIC DE LA TRYPANOSOMIASE
ET LE TRAITEMENT DES MALADES
Quand 011 entreprend des tournées médicales en pays noir, il
ne faut pas s’imaginer être reçu partout à bras ouverts ; en réa¬
lité, on l'est généralement mal, surtout quand il s'agit d'imposer
à des gens, qui ne croient guère qu’aux procédés surnaturels,
une médication qui, comme celle de l’atoxyl en injection, ne
laisse pas que de surprendre les indigènes, de les rendre scep¬
tiques et de choquer leur mysticisme, tout au moins jusqu’au
jour où, l’ayant imposée, les résultats puissent leur apparaî¬
tre et leur donner confiance. La légère douleur que provoque
l’injection n’est pas non plus pour les attirer.
L’idée que se font les indigènes, qui ne sont encore qu’au
début de leur infection, d’être indemnes, et la crainte d'être
reconnus malades par le médecin, en éloignent enfin beaucoup.
En outre de leur mentalité qui les porte à tout concevoir, mala¬
die et médicaments, en particulier prœter naturam, en outre de
leur pusillanimité, il y a encore la crainte de se faire connaître
et recenser en se faisant soigner, qui éloigne certains indigènes
du médecin.
Comme, d’autre part, il importe, dans les premières tournées,
tout au moins, de faire une visite aussi complète que possible
(1) Voir le Bulletin de la séance du 10 mars, pp. 1 38- 1 54 -
Séance du i4 Avril 1910
179
des villages, visites générales qui devront d’ailleurs être renou¬
velées au moins tous les deux aus, il y a donc lieu d’employer
une façon de procéder qui permette d’arriver au but. Pour cela,
il faut d’abord s’assurer l'aide de l'administration sans laquelle
il n’v a aucune chance d’aboutir.
Dans tout le pays Zandé dépendant d’HETMANN, ces visites
nous ont été très facilitées. Grâce à l’appui de ce sultan, aux
ordres qu’il avait donnés, à la discipline et à l'obéissance abso¬
lue qu’il a su imposer à ses sujets, nous sommes arrivés à ce
résultat, remarquable pour le pays, de voir tout le monde. Sans
l’aide indirecte de l'administration, et l’aide immédiate d’HET¬
MANN, nous n’aurions eu aucune chance de réussir à cause de la
dispersion infinie des villages et de la facilité pour les indigènes
de fuir et de se cacher. Du joui' où Hetmann se rendit compte
que nous avions la volonté arrêtée de voir tous ses sujets, et
qu’ayant assez de temps à notre disposition, nous pouvions faire
notre inspection d’une façon méthodique, prenions ainsi con¬
naissance de chaque petit village de brousse, de chaque groupe
de cases, il donna l’ordre à ses hommes de nous écouter, de ne
pas fuir, et personne n’y transgressa : les difficultés que nous
rencontrâmes furent donc tout à fait exceptionnelles. Or quicon¬
que connaît ces régions croira à peine à ce résultat, tant il est
rare de trouver ici une autorité réelle et tant il est surprenant
de voir tous les habitants d'un pays qui s'étend sur 5o.ooo kilo¬
mètres carrés, s’incliner devant l’ordre d’un Chef, l’exécution de
cet ord re étant en l’espèce loin de satisfaire l’indigène pour les
raisons que nous avons données plus haut. Ceci revient à dire
qu’en l’absence de cette autorité, nous aurions éprouvé les plus
grandes difficultés à visiter, non pas tout le monde, mais seule¬
ment quelques hommes, et que si nous avions eu à faire le même
travail chez le sultan Labassüu, profondément éloigné de nous,
nous ne serions arrivé à aucun résultat.
La seule difficulté que nous rencontrâmes chez Hetmann, fut
l’extrême dispersion des villages. Au lieu qu’en pays Yakoma,
nous pûmes, en suivant la ri ve ouest en est, faire défiler devant
nous en l’espace de quinze jours 9.009 sujets, soit 600 par jour,
et en ne nous déplaçant que de 80 kilomètres, nous dûmes
voyager en pays Zandé pendant 111 jours pourvoir sur un par¬
cours de 1.460 kilomètres un total de 8.55o sujets, soit 76 sujets
par jour.
180
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L'aide administrative étant acquise, nous avons procédé à
l’inspection des villages en nous déplaçant de telle sorte qu’au¬
cun groupement ne puisse échapper: en paysYakoma, il suffit
de se déplacer sur la rive, car les villages situés à l’intérieur
sont très rares. En pays Zandé, nous avons fait d’autant plus
de détours que les villages sont très disséminés et que nous
voulions traiter les malades au moins trois fois. Pour arriver à
ce résultat, nous avons du suivre un itinéraire de près de
i.5oo kilomètres.
Itinéraire du 6 juin au 26 septembre 1 c)i 3
Km.
Ancien Sain à Siéka . 11
Siéka à Àdrouzal, en brousse sans sentier .... 90
Adrouzal à Nimeri par Zima et Agifendis sur Chinko. 90
Nimeri à Nangoupa . 45
Nangoupa à Modwa par Gangakourou Giyflnda et
Zikaré . .... 74
Modwa à Alwaza par M Baka et Sétiho . 45
Alwaza à Mbouma par Sahi . . 40
M’Bouma à Derbisaka par Zara et Bandasi s/ Ali . . 65
Derbisaka à Dergadi . 50
Dergadi à Bazingi s/ Oula par Randé et Calio ... 55
Bazingi à Abizoro par Giyanda sur Oulo Loumé Yayé. 75
Abizoro à Derbisaka par Yangle, Foura, Bazoundou . 50
Derbisaka à Mangoupa par' Sahi, Sango kété, Giyanda
s/ Oulai . 112
Mangoupa à Derbisaka par rive droite Ali .... 45
Derbisaka à Zémongo par Langba, Bouta, Zéboua,
Bagima . 190
Zémongo à Nimeri par Souleyman et Doubane. . . 150
Nimeri à Derbisaka par Alimasi, Bapanga, Langba. . 106
Derbisaka à Metkine par M’Bouma, N’Paka, Wango . 96
Meskine à Rafaï par Boni, Mogba . 70
Total.' . 1.459
Chez les Yakomas comme chez les Zandès, nous fûmes dans
nos différentes tournées accompagné soit du chef de subdivision,
soit de quelques tirailleurs qui rassemblaient devant nous les
villages et obligeaient tous les gens à se présenter.
A l’arrivée au village, tous les habitants étaient rassemblés,
rangés par sexe et par âge de façon à constituer 6 groupes :
Séance du i4 Avril 1915
181
hommes, femmes, jeunes gens, jeunes filles, petits garçons, peti¬
tes filles. Nous faisions ensuite le dénombrement par classe et,
ceci fait, l’inspection de chaque sujet. Vu la grande quantité
des sujets à examiner, nous avons été amené à nous fier à l’ins¬
pection et à la palpation seules pour déclarer atteints bon nom¬
bre de sujets. Cependant, sur un total de 100 individus recon¬
nus suspects, tous ne le sont pas au meme degré; il y en a
environ les 4/5 qui peuvent être rangés parmi les cas cliniques
et ne laissent subsister aucun doute sur la réalité de leur affec¬
tion : ce sont généralement tous les gens arrivés à la deuxième
ou à la troisième période, ceux qui ont le faciès type du som-
meilleux et qui sont ou non porteurs de ganglions cervicaux.
Il y en a par contre 20/ 100 qui constituent des cas cliniques
douteux : parmi ces gens, on trouve des ganglionnaires n’ayant
pas l’aspect du malade du sommeil, des enfants surtout atteints
d’adénite cervicale pouvant provenir d’origines diverses.
Les cas cliniques non douteux sont classés de suite dans la
catégorie des trypanosomés, sans autre examen. Les cas clini¬
ques douteux sont seuls soumis à l’examen microscopique. En
procédant ainsi à cette sélection entre gens sains et trypanoso¬
més, on commet certes quelques erreurs.
Ces causes d’erreurs se rencontrent :
i° Chez les enfants dont les 3/4 portent une microadénite cer¬
vicale due la plupart du temps au mauvais entretien du corps, à
la pédiculose, aux otites, à différentes dermatoses, impétigo, à
un mauvais état qui engendre d’ailleurs des troubles concomi¬
tants faciles à déceler : il faut savoir faire la part de ces affec¬
tions dans la réaction ganglionnaire, et si l’aspect clinique ne
suffit pas, — bouffissure du visage, œdème des paupières, con¬
tractions désordonnées du visage et surtout des lèvres, — il faut
recourir à l’examen microscopique;
20 Chez les adultes, la vérole, la filariose ( F il aria loa ), les der¬
matoses, surtout le pityriasis, 1 erythrasma, provoquent des
adémites qui peuvent tromper.
Cependant nous croyons qu’avec l’habitude on peut arriver à
acquérir un réel doigté, à connaître et à éviter les causes
d’erreur que nous avons énumérées et à s’appuyer sur un tel
ensemble de signes qu'on est en droit de porter un diagnostic à
peu près certain sur la plus grande partie des suspects (3o/ioo).
L’erreur qu’on peut commettre dans le diagnostic ne peut guère
182
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
atteindre plus de 2/100 de ces individus. Cette erreur consiste
la plupart du temps non pas à méconnaître des trypanosomés,
mais plutôt à reconnaître comme trypanosomés des gens qui
ne le sont pas et qui 11e sont souvent atteints que d’accidents
filariens.
Les cas cliniques douteux (en moyenne 20/100) sont plus ou
moins nombreux, suivant les villages, les races, leur entretien,
la présence ou l’absence de captifs. En général, les 6/10 de ces
sujets ne sont pas atteints de trypanosomiase et ne montrent pas
de trypanosomes dans leur suc ganglionnaire ou leur sang.
D’où il suit que le diagnostic de la trypanosomiase peut se
faire pour ainsi dire à l’œil dans 90/100 des cas, et que, sur un
total de 20/100 de suspects, dont on ne peut affirmer l’infection,
8 seulement sont trypanosomés, 12 sont indemnes ou déclarés
tels à l’aide de l’examen microscopique. Ici encore, on peut
faire des erreurs : elles consistent surtout à déclarer indemnes
des sujets qui ont des trypanosomes rares et que seuls des exa¬
mens répétés ou la centrifugation pourraient déceler.
Ainsi, sur un total de cent malades, notre façon de procéder
peut entraîner dans la première sélection (examen clinique)
2/100 de trypanosomés en trop, et dans le 2e groupe (cas clini¬
ques douteux) environ 4/ 100 de trypanosomés en moins. Au total
6/100 d’erreur.
Mais à défaut d'autre moyen de diagnostic pratique, il faut
bien se lier à celui-là, car il n’y a pas à penser employer les
examens répétés, ni la centrifugation, quand il s’agit d’examiner
un aussi grand nombre de malades.
Le tri étant fait des suspects et des individus sains, on congé¬
die ceux-ci et nous retenons les autres dont nous détachons les
cas cliniques douteux qui seuls subissent l’examen microscopi¬
que. Ceux parmi ces derniers qui ne montrent pas de trypano¬
somes sont éliminés et nous prenons les noms et la race des
malades des 6 classes. Le relevé nominatif des malades est abso¬
lument nécessaire si l’on tient à organiser une véritable pro¬
phylaxie et à instituer un traitement régulier, ce qui est loin
d’être impossible.
Lors des tournées consécutives à la tournée de recensement
des malades, ce système permet de revoir, sinon tous les trypa¬
nosomés, du moins une grande partie de ceux-ci. Chez Hetmann,
on se rendra compte de l’avantage de cette façon de faire, puis-
Séance du i4 Avril i 9 i 5
183
que, grâce à cela, nous avons pu revoir 1.529 malades sur 1.762:
sur ces 1 .529, 328 furent revus deux fois ; 62 r , trois fois ; 563, qua¬
tre fois; 17, cinq fois. En vérité, chez les Yakomas, il ne faut
pas songer à obtenir pareil résultat à cause de leur peu d’obéis¬
sance, des absences très longues que font parfois les hommes
engagés comme pagayeurs. Mais on est cependant arrivé, sur un
total de 4-474 yakomas malades, à en revoir 1.476 deux fois et
84o trois fois.
Quand le relevé nominatif est fait, la solution d’atoxyl à
10/100 est préparée, ce qui est d’ailleurs excessivement facile
et rapide : pour l’estimation du poids d’atoxyl, on se sert d’un
récipient de contenance connue en atoxyl La solution ayant
tiédi, les malades se lèvent et se rangent sur une ligne : on
les injecte sous la peau du flanc à l’aide d’une seringue de
20 cm3, les adultes recevant 10 cm3 et les enfants de 5 à 8 cm3,
suivant leur âge et leur force ; les jeunes enfants supportent de
hautes doses d’atoxyl sans être incommodés ; les malades dont
il faut le plusse méfier au point de vue de la résistance et de la
tolérance arsenicales, sont plutôt les vieillards et les malades,
atteints d'œdèmes importants, ou cachectiques. Les injections
sont en général assez bien acceptées des enfants ; d’ailleurs
elles ne sont pas très douloureuses. Pour contenter certains
malades (femmes enceintes), on peut les faire en d’autres régions
que la peau du flanc.
L’antisepsie, est il besoin de le dire, telle qu’on l’entend et
qu’on la comprend dans les circonstances ordinaires, 11’existe
pas ici, parce qu’elle ne peut exister et qu’il faut tout adapter
aux circonstances dans lesquelles on se trouve. Manque de
moyens (antiseptiques), pénurie extrême d’instruments (serin¬
gues et aiguilles), perte de temps, font que nous avons dû
abandonner presque tout soin de celte sorte : pas de prépara¬
tion spéciale de la région au point d’inoculation, pas de panse¬
ments ni de soins consécutifs : on se contente seulement de
passer 1 aiguille sur un tison toutes les fois qu’on a affaire à un
malade suspect de maladie contagieuse (lèpre, syphilis). Et cette
façon de faire n’a nul inconvénient : les abcès surviennent rare¬
ment (1 pour 5oo des sujets injectés); les précautions qu’on
pourrait prendre ne sauraient donc abaisser beaucoup le nom¬
bre de ces accidents. Quant aux risques de contamination syphi¬
litique ou autre par l’aiguille, ils sont bien minimes étant donné
184
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que la solution d'atoxyl qui accompagne la blessure est un bien
mauvais milieu d'ensemencement et doit gêner passablement le
développement des germes infectieux.
Quand les malades ont été injectés, nous voyons ordinaire¬
ment les autres indigènes qui désirent des soins; il est très
avantageux de procéder ainsi, car l’indigène, de ces régions du
moins, adore les drogues et serait très mécontent qu'on vînt
pour lui administrer seulement de l’atoxyl sans prêter attention
aux autres affections qui l’atteignent : il a en particulier l’obses¬
sion du ver intestinal qu’il voit non seulement dans ses selles
(ascaris), mais qu’il accuse de toutes ses douleurs et de tous ses
dérangements intestinaux (hernies, borborygmes, coliques) ; il a
des plaies, des ulcères, des douleurs, à tout cela il faut savoir
porter remède.
On profite de ce temps et de celui que l’on doit prendre à visi¬
ter le village, pour faire le palabre sur l’hygiène générale, sur
la propreté, la confection des cases, le débroussement, l'enlève¬
ment des récipients et des détritus, l’influence néfaste des mou¬
ches et des moustiques, du chanvre, de l’alcool, l’efficacité et la
valeur de l’atoxyl, la disparition après son injection des « nia-
makété » de la maladie du sommeil, et on profite aussi de ces
moments pour s’entourer de renseignements et recueillir des
documents. Cette harangue est utile, mais elle ne doit servir
qu’à expliquer ce que nous voulons et à indiquer le but moral
que nous poursuivons et qui consiste essentiellement dans la
sauvegarde de la race. Il ne faut pas s’illusionner sur ses résul¬
tats, ni sur des effets oratoires qui n’ont aucune répercussion
dans l'âme du noir : toutes les leçons, tous les conseils, tous
les rappels qu’on adresse à la raison ou aux sentiments, s'envo¬
lent sans laisser de trace. Donc, pour les mesures dont la réali¬
sation s’impose, et la médication atoxylique doit à l'heure
actuelle faire partie de celles-ci . puisque c’est une mesure d’inté¬
rêt public qui a fait ses preuves, il faut savoir en assurer l'exé¬
cution sans permettre la moindre hésitation ni le moindre
retard. Le noir comme l’enfant ne doit pas être admis à discuter
certains ordres ou certaine discipline qu’il n’est pas en mesure
de comprendre : il doit se plier et obéir. Très vite d’ailleurs, il se
rend compte et vous est reconnaissant de la fermeté qu’on a eue
envers lui.
Séance du i4 Avril i 9 i 5
185
Tournées chez les Yakomas. — C’est en procédant ainsi (à
partir d’octobre 1912, 2e tournée chez les Yakomas) que nous
sommes arrivé, non sans difficultés il est vrai, aux résultats
suivants :
En mars 1912, nous voyions G. 264 sujets et 1.037 trypanoso-
més (1) ; en octobre 1912, nous examinions 9.009 sujets et cons¬
tations 3.844 cas de trypanosomiase, augmentation d’examinés
et de malades que nous rapportâmes en partie aux mesures
énergiques prises par le Chef de subdivision et nous, et surtout
à la confiance que notre première tournée avait inspirée, ce qui
nous valait la présentation de malades qui nous avaient été pri¬
mitivement cachés. En janvier 1913, le caporal infirmier Deno-
geant vit 4.G43 sujets et reconnut 4°o cas nouveaux.
En mars 1914? 5.548 sujets furent à nouveau examinés et
23o cas nouveaux furent reconnus.
Au total, à partir du moment où nous avons adopté le sys¬
tème des listes nominatives qui nous a permis de revoir les
malades antérieurement reconnus atteints, nous avons soigné
3.844 sujets (octobre 1912), 4oo sujets (janvier 1913), 23o (mars
1913), soit 4 474 malades.
Sur ces 4*474 malades, 2.159 n’ont été injectés qu’une seule
fois, 1.475 ont reçu deux injections et 84o en ont reçu trois,
chiffres qui sont légèrement au-dessous de la réalité puisqu’il
n’est pas tenu compte des malades ( 1 .037) que nous avions vus
pendant notre première tournée (mars 1912) et vis-à-vis des¬
quels nous avions commis la faute de ne pas dresser une liste
nominative.
Au total, en trois tournées, il a donc été pratiqué : 2.159
H- ( 1 .475 X2 = 2.950) + (84o x3 = 2.520) = 7.629 INJECTIONS.
Pourcentage des malades en pays Yakoma. — Notre tournée
d’octobre 1912 nous avait donné du 42,°b p. 100. Les deux tour¬
nées suivantes ayant fait découvrir 63o trypanosomés nouveaux,
élevant le pourcentage à 49, ob p. 100. Ce dernier pourcentage
doit être légèrement supérieur à la réalité en raison du nombre
d'examinés nouveaux dont il 11’a pas été tenu compte, nombre
qui, ajouté à celui des 9.009 relevé en octobre 1912, doit porter
au moins l’effectif des examinés à 11.000 hommes, ce qui ramè¬
nerait le pourcentage au chiffre, probablement très voisin de la
réalité, de 4o p. 100.
I
(1) Archives d’hygiène et de médecine coloniales , octobre 1912.
186
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tournée chez les Zandés. — Nous n’avons fait qu’une seule
tournée eu pays Zandé, du 6 juin au 25 septembre iqi3. Nous
avons vu en cette longue tournée 8.56o sujets et reconnu 1.751
trypanosomes, soit 20, 4o p. 100. Nous avons choisi un itinéraire
qui nous a permis de visiter tous les indigènes habitant au-des¬
sus d’une ligne passant par Abizoro sur Oura,Bouma, Alouaza,
Baga, Nodoua, Neskin, remontant le Chinko jusqu’à Zima,
Adrouz&l, Siéka, c'est-à-dire que nous avons visité en détail les
deux tiers de la zone habitée du sultanat d’H etmann.
En déplaçant légèrement les malades que nous avons recon¬
nus et injectés et en les faisant venir par la suite dans des vil¬
lages que nous choisissions comme centres, nous avons pu pra¬
tiquer ainsi plusieurs injections à chaque malade. Sur 1.751
malades, 228 n’ont été injectés qu’une seule fois, 328 ont reçu
2 injections, 620 en ont reçu 3, 563 en ont reçu 4> et 17 en ont
reçu 5 : ce qui fait au total 5.079 injections ou près de 5 kgs
d’atoxyl (les enfants recevant moins d’un gramme). Nous espé¬
rions pouvoir terminer la visite du pays Zandé en janvier 1914
quand notre rappel nous obligea à abandonner le projet que nous
avions formé.
Prophylaxie chez les employés indigènes du commerce. — En
dehors des indigènes des villages, il existe dans chaque centre
commercial européen un personnel de travailleurs, pagayeurs,
clercks, qu’il importe de ne pas négliger d’autant plus que très
souvent ces employés ne sont pas autochtones dans le pays où ils
servent et que, dans les pays indemnes de trypanosomiase comme
le pays N’Zakara par exemple, ils peuvent importer de leur pays
d’origine le germe de la maladie. Les indigènes du Congo belge,
les pagayeurs et travailleurs yakomas en particulier, qui for¬
ment une grande partie de ce personnel, doivent être très sur¬
veillés et soumis à des examens fréquents. S’il est impossible
d’admettre que ce sont les Yakomas qui ont importé dans la val¬
lée de l'Ali la maladie du sommeil qui fit son apparition dès
1897 en pays Gabou et qui vint très probablement de l’Ouganda,
il n'en est pas moins vrai que les Yakomas, profondément atteints,
peuvent à l’heure actuelle l’importer partout où ils servent.
C’est pour cela que la visite des employés, lors de leur engage¬
ment, est nécessaire et qu’on ne doit pas négliger de revisiter ces
gens toutes les fois que l’occasion s’en présente.
Séance du i4 Avkil i 9 i 5
187
Dans les lieux de transit fluvial en particulier, à Boségui,
Ganapia, Rafaï, Combou, le pourcentage des trypanosomés, la
plupart originaires du pays Yakoma, oscille entre 4 et 16 p. 100 ;
Ganapia, 4 P- 100 ; Rafaï, 16 p. 100 ; Combou, 8 p. 100 et
12 p. 100.
Le personnel des travailleurs au contraire, qui est beaucoup
plus mélangé (sujets langbas, boubous, yakpas, yakomas, etc.),
est atteint dans la proportion de 2 à 5 p. 100 : à Bangassou
2 p. 47, à Bafaï 2 p. 60, à Sango 7 p. i3o (parmi les malades, un
N’Zakara évidemment contaminé par des employés du com¬
merce), à Sakiri 2 p. 8 (cette dernière proportion est anormale).
Tous ces employés furent suivis aussi longtemps que dura
leur engagement à la Société des Sultanats ; ils reçurent tous
une moyenne de quatre injections chacun.
Visite du personnel indigène des postes. — Nous avons trouvé,
au cours de notre séjour de vingt-deux mois, quatre trypanoso¬
més parmi les tirailleurs de la 2e Compagnie ; c’étaient trois
yakomas et un sénégalais ; les deux premiers, passés à la 6e com¬
pagnie, ont été signalés à Zémio et ont dû être suivis; les deux
autres, restés à Bangassou, ont été soumis du Ier octobre 1912
à octobre 19 1 3, à un traitement régulier par l’atoxyl et sont
actuellement en parfaite santé.
Quant au personnel indigène civil des postes (femmes, boys
et tilles, en grande partie yakomas), il est atteint comme le
personnel militaire dans la proportion de 4 à 6 p. 100 : c'est ce
qui devrait inciter les Européens à ne rien négliger pour s’assu¬
rer de l’état sanitaire de cet entourage : à Bangassou, le 3 octo¬
bre 1912, sur 122 femmes de tirailleurs, nous découvrîmes 5 cas
de trypanosomiase ; sur 1 63 boys, 6 trypanosomés, dont le cui¬
sinier, d’origine M’Baka, du Chef de circonscription qui n’avait
autorisé la visite qu’à contre-cœur.
Tous ces trypanosomés furent soignés aussi longtemps que
dura leur séjour dans la région; un seul succomba.
Trypanosomiase chez les Européens. — Pendant le séjour de près
de deux ans que nous fîmes dans le M’Bomou, nous n’avons décou¬
vert qu’un seul cas de trypanosomiase chez l’Européen. Encore
ne concerne-t-il qu’un sujet, très probablement contaminé en
dehors delà région, dans les environs de Krébedjé (Pouyamba)
188
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
où il séjourna de 1908 à 191 1. Pendant ce séjour, un décollement
de la rétine se déclara à l’œil gauche et à son retour en France
le malade se fit soigner sans qu'on reconnût l’origine vérita¬
ble de ce décollement et sans qu’il soit prêté attention à l’adé¬
nite cervicale dont il est déjà porteur. C’est à Boséqui, près de
Bangassou, qu’en octobre 1912 nous voyons cet européen et dia¬
gnostiquons son affection (adénite cervicale bilatérale très déve¬
loppée, hyperesthésie, exanthème marbré et nombreux trypa¬
nosomes dans le suc ganglionnaire). Malgré le caractère avancé
de l'affection qui semble remonter à 1909, c’est-à-dire à près de
trois ans, malgré les lésions oculaires (rétinite à gauche, irido-
choroïdite à droite), le malade ne veut pas rentrer en France et
nous nous décidons à le traiter par l’atoxyl. 11 a été soumis à ce
traitement d’octobre 1912 à octobre 1913 : il a reçu i3 grammes
d’atoxyl en i3 injections et il se porte aussi bien que possible.
Tous les symptômes ont disparu, l’adénite a presque entière¬
ment fondu; seules les lésions oculaires sont restées station¬
naires : c’est d’ailleurs tout ce qu’on pouvait espérer et l’atoxyl
n’a eu aucune action fâcheuse sur la vision à droite.
* +
Tel est l’exposé de la question de la maladie du sommeil dans
le Haut Oubangui et le M’Bomou. Elle se résume ainsi : deux
foyers de trypanosomiase, un à l’est se confondant avec celui de
Zémio, un à l’ouest s’étendant depuis Wango, sur tout le long
de la rive de l’Oubangui sans interruption, jusqu’au pays des
Bourakas, des Banziris et des Langouassis (Kémo). Le foyer de
l’est donne un pourcentage de 20 0/0 et le foyer de l’ouest
(Yakoma) un pourcentage de l\o 0/0 : le premier date de i5 à
18 ans; le deuxième est d’éclosion beaucoup plus récente (6 à
7 ans). Pour la seule circonscription de Bangassou, nous arri¬
vons à un total de 4-474 + r . 76 1 = 6.226 trypanosomés. En
ajoutant à ce chiffre un millier de trypanosomés environ pour
le pays qui reste à visiter de Wango à l’embouchure du Mbari,
et un deuxième millier pour le sud du sultanat d’HETMANN, nous
arrivons à un total approximatif qui dépasse 8.000 malades.
En présence d’un tel état de choses et de la menace qu'il fait
planer sur tout le pays, qu’importe-t-il de faire? Est-on armé
pour agir ?
Séance du i4 Avril 1916
1 89
LES REMÈDES. — L’ATOXYL
Il y a quelques années, on doutait encore de la valeur des
moyens thérapeutiques dont on disposait. Il semble que, devant
les résultats acquis, nous n’avons plus le droit de penser ainsi :
l’atoxyl fait ses preuves de jour en jour et apparaît actuellement
comme un agent trypanocide de premier ordre. La connaissance
exacte sur la réglementation de son emploi fait encore partielle¬
ment défaut, mais l’on est déjà à peu près fixé sur la façon de
l’administrer, la dose optima à employer, ses propriétés stérili¬
santes et en partie sur la direction du traitement.
i° Employé à dose suffisamment élevée, soit i5 mg. par kg., il
stérilise en quelques heures la circulation périphérique ; employé
à dose moindre, il réalise une stérilisation insuffisante. Cette
dose semble être la dose optima, sauf pour les vieillards, les
rachitiques et les porteurs de lésions rénales ou hépatiques.
J1 nous a été donné souvent de revoir au bout de douze mois
et quelquefois plus les indigènes trypanosomés qui n’avaient
reçu qu’une seule injection d’un gramme d’atoxyl. Nous n’avons
vu des trypanosomes à l’examen du suc ganglionnaire et du sang
que dans un seul cas : il concernait un yakoma pagayeur qui,
le 29 avril 1912, était arrivé à une période de décrépitude ne
laissant plus d’espoir de guérison; il présentait des trypano¬
somes excessivement nombreux. Le 22 juillet, il présentait
encore des trypanosomes : à la troisième injection, le 10 août,
le suc ganglionnaire était stérile. Nous revîmes cet individu un
an après, le 11 août 1918 (4° injection), dans un état de santé
excellent.
Si, au contraire, on opère avec des doses d’atoxyl moindres,
avec 5o cg. par exemple pour un adulte, il n’est pas rare de ne
pas obtenir la stérilisation complète; c’est ainsi que nous avons
vu des malades soignés en 1912 par le Dr‘ Bernard qui, manquant
d’atoxyl, usait de doses faibles ; sur r3 hommes injectés dans
ces conditions par lui le 8 mai 1912 à Zémio, 4 présentaient des
trypanosomes le 3 mai, 22 jours après la première injection.
Nous avons eu bien d’autres exemples de ce fait et nous nous
servons d’autant moins de doses faibles : a) que la dose efficace
de 1 cg. 1/2 par kilogramme est bien tolérée et qu elle ne provo¬
que d’accidents qu’à titre, tout à fait exceptionnel (chez les
individus cachectisés présentant des lésions dix foie ou des
14
1 90
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
reins cl chez les vieillards affaiblis) ; b) que cette dose efficace
permet d'éviter la formation de races résistantes de trypano¬
somes et l’obligation d’avoir recours dans la suite à des doses
très fortes.
2° L’atoxyl constitue un agent de prophylaxie excellent. Il est
prouvé en effet par l’observation que c'est l’homme qui est le
réservoir du virus de la maladie du sommeil et que celle-ci est
transmise indirectement de l’homme malade à l'homme sain.
L’atoxyl acquiert donc, de par ses propriétés trypanocides rapi¬
des, une valeur incontestable et il semble actuellement que ce
soit le seul moyen véritablement efficace de lutter contre la dif¬
fusion de la maladie du sommeil.
3° Son emploi renouvelé à la dose de i cg. i /2 par kilogramme
tous les i5 j. ou même seulement tous les mois pendant un an.
aboutit, dans la plupart des cas moyens, à donner au malade
un état de guérison clinique.
11 n'est guère possible à l’heure actuelle de parler de guérison
assurée attendu que les rechutes peuvent être très tardives et se
produire longtemps après l’interruption du traitement, et qu'on
ne possède aucun procédé pratique et sur de déclarer qu’un
individu trypanosomé est guéri. Mais il est commun d’assister
aujourd’hui, tant chez les européens que chez les indigènes, à
de telles améliorations, qu’on est tenté de les qualifier de guéri¬
sons. Et cet état s’obtient, la plupart du temps, en quelques
mois de traitement, dans quelques cas avec deux ou trois injec¬
tions : nous possédons des exemples innombrables d’individus
ainsi traités, c’est-à-dire qui ont reçu de trois à douze injections
et qui, après une interruption de un an de traitement, ont récu¬
péré toute leur force et jouissent d’un état physique et fonction¬
nel parfait.
Il est évident qu’on ne peut fixer aucune règle absolue de trai¬
tement, que tout dépend du caractère de la maladie, de l’état du
malade et d’un nombre incalculable de facteurs, mais il semble
qu’une quinzaine de grammes suffisent dans la moyenne des
cas à obtenir un état de guérison clinique.
Prophylaxie par l’atoxyl. Possibilité d étendre cette médica¬
tion a tous les malades. — Nous avons donné plus haut les
résultats auxquels nous sommes arrivés dans la circonscription
du Bas-M’Bomou. Nous avons en quelques mois, malgré un ser-
Séance du i4 Avril kji 5
1 H
vice général très chargé, visité un territoire, habité et infecté, v
d’une superficie de 20.000 km., examiné 20.000 sujets et soigné
7.000 malades environ.
Il nous aurait suffi de poursuivre pendant quelques mois
encore le travail qu’on 11e nous a malheureusement pas permis
de terminer, pour arriver à obtenir la stérilisation des quelques
8.000 malades qui existent dans cette circonscription.
Nous en concluons donc que la réalisation de la prophylaxie
de la maladie du sommeil au Congo est une affaire de volonté
et d’argent. II faut et il suffit de disperser dans toutes les régions
infectées un nombre de médecins suffisant pour qu’en quelques
années (2 ou 3 ans) tous les malades soient recensés et soignés.
Heureusement les 1.800.000 kilomètres carrés de l’A. E. F.
11e sont pas contaminés et on peut soustraire déjà à cette œuvre
de prophylaxie 800.000 kilomètres carrés de territoire indemne,
en particulier tout le Tchad. Il reste donc 1.000.000 kilomètres
carrés à visiter, dont, par une enquête et une observation très
brèves, on arrivera sans doute à éliminer encore beaucoup de
tranches de terrain non contaminées ou inhabitées.
L’organisation de cette prophylaxie pourrait être remise aune
vingtaine de médecins qui seraient uniquement employés à
cette œuvre. Le traitement et la stérilisation de tous ces malades,
réservoirs habituels de virus, seraient obtenus facilement dans
les conditions auxquelles nous sommes arrivés dans le M’Bo-
mou, c’est-à-dire que chacun pourrait recevoir cinq injections
de 1 g. par an.
Etant donné que la circonscription de Bangassou, qui a environ
100.000 kilomètres carrés de superficie, comprend au maximum
10.000 malades, on peut tabler sur elle pour estimer à une
moyenne de 100.000 trypanosomés le nombre des trypano-
somés de toute l’A. E. F. C’est-à-dire que la quantité d’atoxyl
nécessaire pour arriver à ce résultat serait de 5oo kg. par an,
pendant 2 ou 3 ans.
Y A-T-IL UNE AUTRE FAÇON DE CONCEVOIR LA PROPHYLAXIE PAR
o
l’atoxyl et de la pratiçuer ? — Nous avons vu employer au
poste de Yakoma belge, au confluent de l’Ouellé et du M’Bomou,
un tout autre système que celui que nous proposons et auquel
nous avons eu recours.
192
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que dans les cas urgents, et il est avant tout le Directeur admi¬
nistratif du Lazaret qu’on a installé dans ce poste. Ce Lazaret
reçoit tous les malades qui se présentent ou qu’on y apporte :
ils sont nourris et reçoivent le traitement atoxylique à la dose
de o,5ocg. (adultes). En outre, les malades qui, n’étant pas hos¬
pitalisés, veulent se faire injecter, s’y rendent tous les lundis.
Résultat : seuls les malades des environs bénéficient du traite¬
ment; beaucoup y échappent, les uns parce qu’ils sont trop éloi¬
gnés, les autres parce qu’ils ne le désirent pas.
Quelle sorte de malades voit-on au Lazaret ? Ceux qui ont été
reconnus par leur entourage, qui sont arrivés par conséquent à
une période avancée de Ja maladie et constituent une gêne
pour leur famille. Tous les malades au début restent ignorés.
En réalité cette façon de concevoir la lutte contre la maladie
du sommeil ne donne aucun résultat appréciable. Il n’a que
l’avantage d’être très peu pénible pour le médecin.
Le système des tournées est donc le seul avantageux, car il
permet de visiter tout le monde et de soigner tous les trypano-
somés sans distinction.
Ces tournées doivent être assez fréquentes pour permettre de
traiter le malade au moyen de 5 à 6 injections par an.
Tous les ans, on procédera à nouveau à la visite générale des
villages en éliminant les malades reconnus antérieurement et
qui sont en cours de traitement.
Enfin, au centre de la région d’action du médecin, il doit exis¬
ter une installation qui permette d’hospitaliser les malades qui
désireraient recevoir des soins plus réguliers. Ces malades ne
doivent pas être soumis à un régime de garde étroite qui n’a
aucun avantage et on doit autant que possible les mettre dans
leurs conditions de milieu habituelles et leur accorder toute
liberté possible.
AUTRES MOYENS DE LUTTE CONTRE LA MALADIE DU SOMMEIL
Ils sont trop connus et ils ont été trop souvent recommandés
pour qu il soit utile d’y insister : le débroussement des alentours
des villages, des rives des fleuves où sont établis les villages,
l'enlèvement des détritus et des récipients qui retiennent les
eaux de pluie et sont des nids à insectes et à moustiques, le
développement de l’hygiène qui comporte d’abord la construc-
193
Séance du i4 Avril 1916
tion de cases convenables, l’installation des villages en terrain
approprié, la culture des plantes vivrières, la prohibition de tous
les usages tendant à provoquer la déchéance de l’individu et de
la race et la diminution de la natalité, c'est-à-dire l’alcoolisme,
la traite, le cannibalisme, etc.
Nous ne pouvons à ce sujet passer sous silence les méfaits
occasionnés en ces dernières années par l'alcoolisme et nous
devons répéter ce que nous avons déjà dit au sujet des progrès
désastreux qu’a faits l’abus de l’alcool dans la région du M’Bomou
Cette passion des indigènes pour les liq ueurs fortes a été malheu¬
reusement entretenue et développée par les commerçants qui en
ont retiré des gains trop alléchants pour qu’on puisse songer à les
voir renoncer d’eux-mêmes à cette façon de faire. On a importé
dans le M’Bomou, pour ne parler que de la région qui nous
occupe ici, des quantités énormes d’absinthes et d’alcools fre¬
latés de toutes sortes, on a ouvert en pleine brousse des comp¬
toirs jouissant de licences régulières ! et c’est le cas de rappeler
ce que disait dernièrement le D1' Georges Clemenceau dans la
préface du livre de Louis Jacquet « ..., la loi de 1880, sous cou¬
leur de liberté du commerce, permet à tout venant l’ouverture
d’un débit de boissons sans que personne s’avise du danger
imminent. Aujourd’hui on commence à comprendre que la
liberté de l’empoisonnement ne peut avoir sa place légitime
parmi les conquêtes de la Révolution française ». Les termes de
la première phrase sont malheureusement intégralement appli¬
cables à la situation locale.
Il est de toute nécessité de mettre fin à ces procédés qui, à
côté des intérêts économiques qu’ils semblent servir, ne peuvent
cependant recevoir l’assentiment de ceux qui ont charge de l’in¬
digène et qui ont reçu mission de le protéger. Il faut à tout prix,
si l’on tient encore à sauvegarder la population trop dispersée
déjà de ces vasles territoires, défendre l’introduction de tout
alcool de traite, prohiber nettement la vente de l’absinthe aux
indigènes et en limiter l’introduction, et on ne peut l’interdire
complètement, élever le tarif des licences accordées et ne les
accorder, que dans certaines conditions sévères.
La traite a des conséquences non moins désastreuses. Si
l’époque des grandes razzias semble passée et s il n’y a plus lieu
de craindre les invasions des derviches et des marchands
d’esclaves de l’Egypte, qui ont d’ailleurs actuellement terminé
1 Dû-
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
leur œuvre dans toute la région comprise entre la frontière
anglaise et le 6° Nord qui n’est plus qu’un immense désert, la
pratique de la « traite perlée » persiste cependant encore : elle
est faite par les bandes d’Arabes de toutes origines qui viennent
acheter leurs esclaves sur le territoire des sultans du M’Bomou
et les exportent en territoire anglais suivant les routes de Saïn-
Saïd Bandas, de Nimeri-Zémongo-Badja ou de Kakatako-Dem-
Ziber.
Ce trafic a non seulement l’inconvénient de dépeupler la
région, mais encore celui de propager la maladie du sommeil
vers le Bahr-el-Ghazal. La ligne d’étapes de Bafaï vers Badja est
jalonnée par des villages qui sont tous jusqu’à Zémongo extrê¬
mement contaminés. Les Anglais ont signalé le danger (i) et
il importe que nous n’y restions pas indifférents.
Enfin, en dehors de cette traite « extérieure », il existe à
l’intérieur du territoire du M’Bomou une traite tout aussi
funeste pour le développement de la race et la préservation
morbide de l’individu. Elle est pratiquée au milieu des tribus
asservies, logbas, yagpas, boubous, karés et bilis, par les con¬
quérants N’Zakaras et Zandés et par les Yakomas. Ces tribus,
tout entières parfois, sont formées de captifs (Karés, presque
tous les Bilis et une grande partie de Gabous dans le territoire
d’HETMANx) qui travaillent sous la dure férule des maîtres.
D’autres tribus, telles que les tribus langbas, togbos, banguis,
forment encore des villages qui jouissent, sous la domination
des M’Zakaras, d une existence autonome, mais non indépen¬
dante : ils constituent des réservoirs où I on puise tout le mal¬
heureux contingent d’esclaves destinés à être vendus aux Arabes
et dirigés sur le Soudan Egyptien, ou bien à former dans cha¬
que village N’Zakara et Yakoma le clan dit des « captifs de
cases ». Ces captifs de cases ne sont aucunement à rapprocher
de ceux qui méritent ce qualificatif en A. O. F., car ils ne jouis¬
sent d’aucune liberté, sont asservis à tous les durs travaux, se
nourrissent eux-mêmes des déchets qu’ils trouvent et des pro¬
duits de leurs vols et n’ont aucune place à la famille : quelques-
uns, très rares, réussissent à s’affranchir et à se marier dans le
milieu des gens libres, mais la plupart restent esclaves et sont
souvent destinés à d’autres marchés, quelquefois aux sacrifices.
(i) Cariioll, voir Sleeping Sickness Bureau Bull., t. ÏI, 1910.
195
Séance du 1/4 Avril i 9 1 5
Tous paient aux maladies de misère un tribut très lourd : famé¬
liques et malingres, malpropres et dévorés de vermine, ils four¬
nissent, dans la zone infestée par la maladie du sommeil, un
contingent de 80 0/0 de trypanosomés.
C’est donc non seulement une œuvre humanitaire qu’on
accomplirait en luttant contre ces institutions et ce trafic hon¬
teux, mais c’est encore une œuvre de haut intérêt public qui
aurait pour résultat de diminuer ces deux grands facteurs de
dépopulation ; la misère et les maladies qui en naissent.
LA MALADIE DU SOMMEIL ET SON ÉPIDEMIOLOGIE. RAPPORTS AVEC LA
PRÉSENCE DE CERTAINS INSECTES PIQUEURS. EPIDEMIES DE CASES.
Sur la rive Yakoma de la Koto à Wango, si décimée par la
maladie du sommeil, on ne rencontre des glossines que très
exceptionnellement : cependant elles existent ( GL palpalis )
dans les galeries forestières qui avoisinent certains affluents de
l’Oubangui : la Koto, la Mbaragne, le Naré. En dehors de ces
quelques points très limités, il n’y a pas de glossines, jamais
on n’en voit dans les villages qui sont situés sur le bord du
fleuve, et, lorsqu'on voyage en pirogue, on n’en rencontre jamais.
Il n’y a pas de stomoxes. Par contre 011 trouve quelques tabani-
des et des moustiques en grande quantité ( Calex et Mansonia) :
les Mansonia pullulent dans certains villages très infectés
comme celui de Ngaké et dans les plaines marécageuses qui
s’étendent de Kangou à Garapwa. Les anophèles sont bien plus
rares et sont représentés par le genre Myzomijia . Les Stegomijia
n’existent pas.
Dans la région de Rafaï, on trouve partout jusqu’au 6e la
GL palpalis. Le Chinko, le Vovodo et leurs affluents en sont
abondamment garnis jusqu’à la hauteur de ce parallèle : l’Ali
qui se trouve par le 6e est peu infestée par cette mouche. A par¬
tir du 6e, on 11e trouve plus que Gl. morsitans : dans la région de
Sémongo, où la maladie du sommeil sévit sévèrement sur place,
depuis qu’elle y a été importée de Rafaï, on ne trouve pas de
Gl. palpalis ; l’endémie semble donc y être entretenue par GL
morsitans. Quant aux moustiques, Culex et Mansonia n’y sont
pas rares. Dans la vallée de la Haute Ali (Derbisaka), les Man¬
sonia foisonnent à tel point que les populations de ces maréca¬
ges avaient dû adopter un type de case spécial que nous avons
196
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
décrit. A Zima s/ Chinko, il y a des anophèles en quantité
(. Myzomyia ). La région indemne (r. N Zakara) présente la même
faune d insectes piqueurs : Gl. palpalis dans le M’Bari et ses
affluents jusqu’au confluent du M’Bari et du Kobou, puis
Gl. morsitans dans le Haut M’Bari (région du Dji). Peu de
moustiques qui sont représentés là encore par les Mansonia et
le Myzomyia.
Les autres insectes piqueurs de la région sont les stomoxes
(Rafaï),*les tabauides, les simulies (mbédou) très communes
sur le M’Bomou (Bozégui et Ganapia), et d’autres très petits dip¬
tères qui ressemblent aux Ceratopogon . Les hématopotes sont
abondants dans les savanes giboyeuses ; les chrysops existent,
mais ne sont nulle part très abondantes.
Ce qiPil y a lieu de remarquer, c’est que, si les glossines exis¬
tent dans la région de l’Oubangui et du M’Bomou, elles sont
cependant rares et quelquefois même n'existent pas du tout
dans les localités et dans les environs des localités où sévit la
maladie du sommeil à l’état épidémique : ainsi, dans les villa¬
ges situés en amont de la Ivoto, les tsétsés (mboko) ne sont con¬
nues que des gens qui ont quelque peu voyagé et qui sont sor¬
tis des limites de leurs déplacements habituels ; les femmes et
les enfants, qui n'ont pas eu l’occasion de s’éloigner de leurs
villages, ne les connaissent pas. Et cependant les uns comme
les autres, ceux qui ont été à même d’être piqués par les glossi¬
nes comme ceux qui sont restés chez eux, sont atteints sans dis¬
tinction et dans les mêmes proportions. Et de quelle façon terri¬
ble ! La maladie s’abat un jour sur une partie du village, sur un
groupe de cases et là fait place nette en quelques mois de tout
le monde, des parents et des enfants, épargnant seulement quel¬
quefois les vieillards, qui assistent ainsi à la destruction com¬
plète de la famille et survivent seuls à son anéantissement.
Il est de toute évidence que la glossine est bien innocente de
tous ces désastres et ne prend aucune participation à cette con¬
tagion familiale.
Dans la vallée de l’Ali, les grandes plaines marécageuses et
herbeuses que nous avons décrites ne sont nullement favorables
au développement des glossines et, de fait, on n’en voit pas, alors
que les moustiques y foisonnent. Que conclure de ces faits d’ob¬
servation ?
Il n’est pas trop osé de prétendre que, si le rôle de la tsétsé
Séance du i/| Avril iqi5
197
a pu être prépondérant et s’il est peut-être encore capital pour
maintenir l’endémicité de l’affection, il est nul dans la diffusion
spéciale actuelle de l’épidémie. Celte dissémination épidémique
semble uniquement due aux moustiques qui pullulent dans
ces régions et qui convoient le virus d’un individu à l’autre.
Les expériences récentes de Heckenroth et Blanchard (i), de
Roubaud et Lafont (2), ont étendu aux trypan. humains la possi¬
bilité d’être transmis d’un animal à l’autre par des moustiques
(Mansonia et Stegomyia). Elles apportent la conviction qu’il doit
en être ainsi dans la nature et même à fortiori lorsque des indi¬
vidus cohabitent pendant plusieurs mois et sont soumis dans
certains pays (marais découverts) à des millions de piqûres.
Nous restons donc persuadés que la trypanosomiase, dans cer¬
taines régions, est surtout convoyée directement d’homme à
homme par des insectes piqueurs parmi lesquels les différents
genres de moustiques doivent être incriminés en premier lieu.
TRYPANOSOMIASES ANIMALES DANS LE M’BOMOU
Trypanosomiase des bovidés. — Les bovidés domestiques for¬
ment dans le M’Bomou deux troupeaux, l’un à Rafaï et l’autre à
Bangassou, d’une trentaine de tètes chacun.
Les chevaux existent à l’état de très rares spécimens dispersés
dans les différents centres administratifs de la région et dans cer¬
tains villages commandés par des chefs importants. On rencon¬
tre aussi quelques ânes.
Tous ces animaux proviennent du Soudan Anglo- Egyptien
par les voies de Radja-Dem-Ziber ou Dem-Békir.
Jamais nous n’avons eu l’occasion de voir des chevaux trypa-
nosomés : mais le Dr Bernard en a vu plusieurs cas dans le
M’Bomou.
Par contre, à Rafaï, nous avons assisté à l’éclosion d’une épi¬
zootie de trypanosomiase qui s’est abattue sur le troupeau de
bœufs de ce poste et a en quelques semaines provoqué une morta¬
lité de 10 têtes sur 3o.
Nous avons constaté, par plusieurs examens faits en dehors
des crises trypanolytiques, la présence chez toutes les bêtes
(1) Bulletin Soc. Pathologie exotique , t. VI, iqi3, p. /j/j2.
(2) Ibidem t. VII, 191/4, P- 49-
198 Bulletin de l a Société de Pathologie exotique
malades et aussi chez plusieurs bêtes qui ne présentaient aucun
symptôme morbide, de Tryp. pecaucli. Les deux formes extrême¬
ment nettes ne permettraient acun doute sur le diagnostic.
La plupart de ces bêtes ont maigri et succombé, tandis que
certaines autres, tel un magnifique taureau qui avait survécu à
des épizooties antérieures, continuaient malgré leur infection à
jouir d’un excellent état.
A Bangassou, j'ai constaté la présence du même trypanosome
sur des ânes importés du Bahr el-Ghazal. Ils ont été abattus en
raison du risque de contamination qu’ils faisaient courir au trou¬
peau du poste qui était indemne. Grâce à cette mesure, il fut
sauvegardé et on possède aujourd’hui à Bangassou un très joli
lot de bœufs et de chevaux en excellent état. Il y a peu de taons,
peu de stomoxes, d’hématopotes et de chrysops ; le fourrage
semble nutritif ; les naissances y sont nombreuses et ont toutes
lieu à terme et sans incidents; deux juments ont mis bas en
l’espace d’un an et demi, l'une de un, l’autre de deux poulains.
En résumé, le poste de Bangassou semble pouvoir devenir un
des très rares centres d’élevage du Congo (le Tchad excepté) et
il échappe, actuellement du moins, aux maladies qui déciment
les troupeaux sous les latitudes inférieures, et aux épizooties qu1
sont répandues à des latitudes plus élevées (6e) par la Gl. morsi-
tans.
Mais si l’on tient à préserver les animaux de ce poste et à en
propager l’espèce, il faut, maintenant qu’on en possède un noyau
suffisant, interdire l’accès des bestiaux de provenance anglaise
qui sont ou arrivent contaminés dans la proportion de 60 o/o.
Dongou, le 3 décembre 19 13.
199
Séance du \!\ Avril iqi5
Notes de Géographie médicale de la
Section française de la Mission de
délimitation Afrique équatoriale française-
Cameroun en 1912-1913 (1).
Variole. — Paludisme. — Maladies vénériennes.
* r • l . « ‘ •
Par J. RINGENBACH et GUYOMARC’H
VARIOLE
De toutes les affections qui sévissent en Afrique équatoriale
française, à l’état endémique et épidémique, la variole est, avec
la maladie du sommeil, celle qui cause la plus grande morta¬
lité. Lecomte (2) écrivait déjà en 1899 : « les épidémies de
variole sont si fréquentes au Congo qu’on peut considérer cette
affection comme endémique dans cette région de l’Afrique; ...
ces épidémies, sans êtres graves par elles-mêmes, ont causé
cependant beaucoup de victimes par suite du manque absolu
d'hygiène chez les indigènes ».
Au Gabon, les cas sont relativement rares; la maladie n’y
sévit plus à l’état épidémique depuis plusieurs années.
Sur notre itinéraire, de la mer à la Sangha, nous n’avons pas
rencontré un seul porteur de cicatrices de variole. Faut-il en
déduire que cette maladie est inconnue ou que les épidémies
ont été tellement violentes que tous les indigènes frappés sont
morts? Nous avons interrogé de très près des vieillards en leur
décrivant les symptômes de la maladie ; ils nous ont tous
répondu par la négative et nous accordons crédit à leur parole ;
car il serait bien extraordinaire qu’une infection à grand fracas
comme la variole n’ait point laissé de souvenirs dans la mémoire
des indigènes de cette région, si elle y avait fait son apparition.
Ceci d’ailleurs s’explique par l’isolement dans lequel ont vécu
jusqu’à ce jour ces populations; il est cependant à souhaiter
(1) Voir pour les Filarioses, Bulletin de juillet 191/} ; pour la lèpre et le
pian, Bulletin de mars 1916. Un aperçu des régions visitées est donné dans
le Bulletin de mars h)i5, p. 124.
(2) Lecomte, Annales d’ Hygiène et de Médecine Coloniales , 1899, pp. 98-10!».
200
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
qu’elles soient soumises sans retard à la pratique de la vaccina¬
tion, car la variole peut devenir pour elles un fléau menaçant.
En effet, sous l'influence de l’occupation, les haines de village à
village se sont calmées, le Pahouin peut enfin sortir de son
domaine et se promener au loin sans risquer d’être saisi et
retenu prisonnier, et à mesure que les relations seront plus
faciles et plus étendues, les chances de contage augmenteront.
Au Moyen-Congo, au contraire, de nombreux cas de variole
sont signalés chaque année, tout particulièrement dans les cir¬
conscriptions des Bakongos, des Bakougnis, de la Mossaka et de
l’Ibenga-Motaba.
De la Sanglia à la Lobaye, nous avons relevé de nombreuses
traces laissées par celte affection, qui a fréquemment sévi sous
forme épidémique dans tout ce pays; il y a une vingtaine d’an¬
nées notamment, de violentes épidémies auraient eu lieu qui
auraient anéanti une grande partie de la population. Au moment
de notre passage à Ikelemba, sur la Sanglia, quelques cas
venaient de se déclarer parmi les habitants du village.
Les indigènes connaissent tous la maladie ; les Yassouas et
les Yakingas la désignent sous le nom de ijamoulou , les Boca-
Bongas la nomment fouia. Ils savent que c’est une affection des
plus contagieuses, et ils la redoutent plus que la maladie du
sommeil, en raison de son évolution rapide et de sa gravité;
aussi pratiquent-ils rigoureusement l’isolement de leurs mala¬
des dans une pai I lotte située à quelque distance du village;
seuls, les Boca-Bongas conservent les varioleux dans le village,
craignant que les panthères ne les attaquent s'ils sont isolés
dans la brousse. Le traitement qu’ils emploient consiste à per¬
cer les pustules au moyen d’un morceau de bois taillé en pointe,
puis, après en avoir exprimé la sérosité, ils lavent les régions
atteintes avec de l’eau chaude et les enduisent ensuite d’huile
de palme. Les Yakingas limitent seulement le traitement de la
variole à l’isolement des malades. Dans l’Ibenga, la Motaba et
la Lobaye, l’habitude serait aussi d’isoler les individus atteints,
et les meilleurs résultats thérapeutiques seraient obtenus avec
la méthode ci-dessus ; ouverture des vésico-pustules, suivie
d’une onction au moyen d’un corps gras.
La variole existe depuis très longtemps dans toute la colonie
de l’Oubangui-Chari-Tchad où elle a sévi à maintes reprises sous
forme épidémique. Elle s’est montrée sévère en 1904, puis ne
Séance du i4 Avril 191 5
20!
1909, dans le Chari-Logone, sur la route d’étapes nouvellement
créée du Tchad par la Bénoué, vraisemblablement venue du
Cameroun, importée par des commerçants haoussas. Les Moun-
dans de Léré la désignent mousna , et les habitants de Binder
dogga\ la dernière épidémie meurlrière dont ils eurent à souf¬
frir remonte à 1904 ou 1905 ; et à la même époque, vers 1904,
Laï fut décimé par la variole, « les habitants en parlent encore
avec terreur, déclare en 1909 le D1 2 3' Marque ; et comme cette épi¬
démie avait éclaté dans une période de disette, le nombre des
morts avait été considérable (1) ».
La race Laka, forte et vigoureuse, paie un large tribut à cette
maladie; quand une épidémie éclate dans un village, souvent
le tiers, quelquefois même la moitié de la population meurt;
les indigènes terrifiés abandonnent leurs cases et se disséminent
dans la brousse ; les malades sont portés à l'écart et abandon¬
nés (2). Enfin au Territoire militaire du Tchad, la variole sévit
aussi à l’état endémique ; elle y est surtout très fréquente pen¬
dant la saison sèche.
De Bangui à l’Ouham, nous avons rencontré beaucoup d’indi¬
gènes qui portaient sur la face des cicatrices, vestiges d une
éruption variolique ancienne. La plupart des villages connais¬
sent bien cette affection qui a sévi parfois avec violence sur
leurs habitants ; les villages de Bouka, notamment, ont été déci¬
més par la variole en 1904 ou 1906, et la plus grande partie de
la population succomba alors ; les seules traces de cette vérita¬
ble hécatombe résident dans trois cents tombes environ, recon¬
naissables chacune d’elles à une légère élévation du sol, vaste
cimetière sur lequel est installé le poste actuel de Bouka. Les
indigènes de toute cette région pratiquent l’isolement des vario¬
leux qui ne reçoivent des soins que d individus ayant déjà anté¬
rieurement contracté la maladie ; la contagiosité de l’affection et
l’immunité conférée par une première atteinte a donc été remar¬
quée de ces populations. De semblables constatations ont été
faites en 1906, par de Goyon dans le Haut-Oubangui chez les
Sanghas et les N’Sakaras (3).
(1) E. Marque, Annales d* Hygiène et de Médecine Coloniales ; 1911,
pp. 353-362.
(2) Moll, Rapport inédit de la Commission de délimitation Congo-Came¬
roun ( Section française), 1906.
(3) De Goyon, Annales d' Hygiène et de Médecine Coloniales, 1906, pp. 1 17-125.
202
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le traitement qu’ils appliquent, en même temps que lisole-
ment, consiste à percer les pustules avec une aiguille de fer ou
de bois, à les vider du liquide qu’elles contiennent, et à les laver
ensuite avec de l'eau chaude.
De la Fafa, l’épidémie de iqo4 atteignit les rives de l’Ouham
qu’elle ravagea; des villages entiers disparurent alors; sur la
rive gauche, le gros groupement d'Ouarra qui comprenait des
centaines d habitants fut particulièrement éprouvé, et c’est à
peine si quatre ou cinq personnes échappèrent à la mort. Il
semble que cette épidémie aurait pris naissance dans le Kouango,
d'où elle se serait progagée successivement dans les vallées de
la Kemo, de la Fafa et de l’Ouham. Depuis cette époque, dans
les villages, les indigènes ne groupent plus que très rarement
leurs cases : pour éviter la contagion, ils ont pris l’habitude de
vivre par familles et les groupes de cases sont séparés les uns
des autres par une distance qui varie généralement de ioo à
200 mètres.
En résumé, la variole existe donc à l’état endémique de la
Sangha à la Lobaye et de Bangui à l’Ouham, dans tout le pays
qui touche à la nouvelle frontière et qui n’a jamais été l'objet
dune tournée médicale régulière; quelques épidémies ont
notamment réduit les populations des rives de l’Ouham. On
conçoit donc la nécessité urgente d’introduire dans ces régions
la pratique de la vaccination jennérienne qui rapidement
enrayera et fera disparaître ce mal si redouté des indigènes, en
même temps qu elle sera auprès d’eux une indication de tous
les bienfaits que peut leur procurer notre occupation.
PALUDISME
Le paludisme est une des affections les plus communes que
l’on rencontre en Afrique équatoriale, où il existe à l’état endé¬
mique; il occasionne près de la moitié des entrées dans les
hôpitaux et près des deux tiers des journées d’hospitalisation.
Il n’alfecte que rarement les formes sévères que l’on rencontre
habituellement dans les colonies de la Côte occidentale. Les
accès pernicieux sont une exception. La maladie se montre le
plus souvent sous la forme larvée ; la fièvre intermittente, rémit¬
tente ou continue, est rare et fréquemment la cachexie s’installe
d’emblée. Au contraire, au nord de Bangui, les manifestations
Séa nce du i 4 A vr 1 r, i <) 1 5
203
du paludisme sont sévères, les accès éclatent plus franchement,
ils sont plus intenses et plus tenaces.
Nous avons recueilli au Gabon sur tout notre itinéraire des
moustiques du genre Anopheles ; dans le Moyen-Congo, nous
n'en avons rencontré que vers la Lobaye, et dans l’Oubangui-
Chari dans la région de la Fafa et de l’Ouham ; partout ailleurs,
nous n'avons eu affaire qu'à des Stegomyia et des Mcinsonia.
L'indigène ignore complètement la nature du paludisme qui
ne se manifeste à lui que par une hypertrophie de la rate ( okoti
m’ooum des Pahouins).
Notre désir était de fixer l’index endémique du paludisme
dans les villages que nous avons traversés ; et dans cette inten¬
tion, nous avions recueilli et rapporté en France de nombreux
frottis de sang ; nos prélèvements portaient sur des enfants de
moins de 5 ans et sur des enfants de 5 à 12 ans; ils ont été faits
de décembre 1 9 r 2 à fin mai 1913, c’est-à-dire pendant les pério¬
des dites petite saison sèche et petite saison des plaies. Malheu¬
reusement il nous a été impossible de tirer de ce matériel tout
le parti que nous désirions; malgré toutes les précautions que
nous avions prises pour les préserver de Fhumidité, il s'était
développé à la surface de nos préparations des filaments mycé¬
liens en telle abondance que souvent ils en masquaient com¬
plètement les détails; aussi n’avons-nous pu établir un index
endémique très précis. Néanmoins, d’après les préparations que
nous avons pu colorer et examiner, nous avons trouvé 67 0/0
d'enfants de moins de 5 ans parasités, et Or 0/0 de plus de
5 ans ; mais c’est là un pourcentage général ; de la mer à l’Ouham,
ce sont les villages de la Côte et ceux riverains des grandes
rivières qui ont donné le plus grand nombre d’enfants parasités ;
au contraire, les populations vivant loin des voies de communi¬
cation, comme les Boca-Bongas ou les Bocacas, ont montré un
nombre relativement faible d’enfants parasités. La forme d’héma¬
tozoaire la plus fréquemment rencontrée est le Plasmodium
malariœ (fièvre quarte), puis le Plasmodium prœcox (fièvre tierce
maligne) ; quant aux formes de Plasmodium uivax (fièvre tierce
bénigne), nous n’en avons pas noté.
Parallèlement, nous avons fait le pourcentage des grosses
rates chez les enfants de 1 à 5 ans, et c’est au Gabon que nous
avons trouvé le chilfre le plus élevé : sur 201 enfants examinés,
1 44 étaient atteints de splénomégalie, soit une proportion de
204
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
72 0/0 ; le Moyen-Congo el l’Oubangui nous ont respectivement
donné 5 7 0/0 et 68 0/0.
Nous avons eu l’occasion de ponctionner une femme atteinte
d’ascite volumineuse de l’abdomen avec augmentation considé¬
rable du volume de la rate et tuméfaction douloureuse du foie ;
nous avons rattaché cette ascite à une sclérose hépatique d’ori¬
gine palustre.
Le paludisme est la cause nécessaire, prédisposante de la
lièvre bilieuse hémoglobinurique ; il serait même pour certains
auteurs la cause nécessaire et suffisante. Si celte maladie est
inconnue des populations que nous avons examinées, en revan¬
che les cas observés chez les Européens ne sont pas rares.
MALADIES VÉNÉRIENNES
Les indigènes de l’Afrique centrale paient d’une façon géné¬
rale un lourd Iribut aux maladies vénériennes. C’est ainsi que
Rapuc écrivait en 1908 : « Les maladies vénériennes sont très
fréquentes surtout dans le Chari-Tchad : on peut dire sans la
moindre exagération que la population arabe est avariée dans
la proportion de 80 0/0. En raison de l’absence de tout traite¬
ment, les accidents deviennent vite très graves et évoluent vers
le tertiarisme (1) ».
Les régions que nous avons parcourues sont, elles aussi, assez
fortement touchées ; cela s'explique d’ailleurs par Pexlrème
liberté des mœurs, et si le noir de l’intérieur veille encore
jalousement sa femme, rendant minimes les chances de contage,
il n’en est pas de même au voisinage des postes administratifs,
des camps de tirailleurs et le long des grandes artères de com¬
munication, fleuves ou routes d’étape; là, la femme indigène,
tentée par l’espoir du cadeau, pagne ou pièce d’argent, parfois
même poussée par son mari, accorde volontiers ses faveurs. Au
fur et à mesure que la civilisation s’accomplit, la prostitution
s’établit ; ainsi s’entretient et s’accroît le fléau des maladies
vénériennes.
Syphilis. — La Syphilis est connue des Pahouins sous le nom
de Okon Ekala , mais ce nom 11e s’applique qu’à l’accident le
plus fréquent chez eux de la forme tertiaire, nous voulons parler
(1) Rapuc, Annales d' Hygiène et de Médecine Coloniales, 1908, n° l\,
pp. 486-502.
Séance du i4 Avril iyi5
205
de la syphilis du voile du palais et de la voûte palatine; ils
ignorent complètement la relation qui existe entre le chancre
initial et cette lésion buccale. Ils considèrent le chancre comme
une plaie simple, Mabarci , nom qu'ils donnent aussi au pian et
à toute solution de continuité du tégument; ils ne soupçonnent
aucunement le mode de propagation de la maladie; ils n’en
connaissent pas davantage la date d’apparition dans leur pays
où ils disent l’avoir toujours observée. Les Boca-Bongas la nom¬
ment Matiéba , et semblent ainsi la confondre avec la lèpre. Les
Yassouas de Kakassengué, les M’Bakas de la Lobaye prétendent
qu’elle est venue chez eux avec les premiers Européens et leurs
escortes.
Quoiqu’il en soit, entre la mer et l’ivindo, sur i.5oo examens
d’indigènes, nous notons 48 cas de syphilis, soi t 3,2 o/o ; entre la
Sangha et la Lobaye, sur 2.2ÙO indigènes, yo syphilitiques sont
enregistrés, soit 4 o/o ; entre la Lobaye et LOuham, 1 1 cas sur 200,
soit 5,5 0/0. Il est évident que ces chiffres ne correspondent
nullement à l’index syphilitique réel, car nos constatations ne
portent que sur les lésions visibles à l’œil nu : chancre induré,
plaques muqueuses, condylomes, syphilides osseuses et cuta¬
nées. Les lésions internes, les cas complexes échappent généra¬
lement à l’investigation du voyageur.
Ce sont surtout des accidents tertiaires qu i! nous a été donné
d’observer. Une seule fois, au Gabon, nous avons rencontré
l’accident primaire : chancre induré de la partie postéro-infé¬
rieure du gland. Au village de Bagandou, sur la Lobaye, nous
avons soigné un chancre syphilitique de la lèvre supérieure avec
plaques muqueuses bucco-pharyngées. Mais les lésions les plus
fréquentes sont celles de la face qui peut être le siège de déla¬
brements considérables : nécrose des ailes du nez, disparition
de la sous-cloison nasale, perforation de la voûte palatine avec
perte de substance énorme consécutive au processus phagédé-
nique d’une gomme spécifique ; cette dernière variété s’est pré¬
sentée 12 fois au Gabon, soit 1 fois sur 4- Les syphilides cuta¬
nées sont aussi une des manifestations les plus communes ; leur
aspect circiné est caractéristique; elles siègent très souvent à la
région cervicale et aux membres, principalement à la face
interne des cuisses, au scrotum ; les condylomes au niveau de
l’anus ont été rencontrés maintes fois. D’une façon générale,
chez le noir de ces régions, la syphilis est à manifestations
i5
206
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
externes; les manifestations viscérales, les localisations ner¬
veuses sont très rares : une seule fois, nous avons rencontré une
paraplégie des membres inférieurs que nous avons mise sur le
compte de la spirochétose. Nous n’avons pas enregistré d’acci¬
dents oculaires; l'iritis, si fréquent dans nos régions tempérées,
est relativement rare en Afrique équatoriale.
Chez l’enfant, la maladie revêt le plus souvent la forme de
syphilides circinées siégeant au visage, à l’anus, et que l’on*
confond parfois avec une éruption de pian ; nous avons relevé
un cas de pemphigus spécifique chez un nouveau-né. Les mani¬
festations héréditaires sont très. rares; nous n’avons jamais vu
de dents présenter le caractère décrit par Hutchinson ; nous
croyons que ce fait tient surtout à l’énorme léthalité qui sévit
dès les premiers jours sur la descendance des syphilitiques.
Comment se fait la contamination ? En premier lieu, par le
poït, sans aucun doute ; mais il faut aussi incriminer certains
usages en vigueur chez les indigènes : au moment du repas, ils
se réunissent autour du plat contenant les aliments qu’ils por¬
tent à la bouche à l’aide des doigts, et si l’un des convives est
atteint, par exemple, de plaques muqueuses, il infectera ses
doigts qui porteront à leur tour le germe au milieu du plat com¬
mun ; les noirs boivent au même récipient, la même pipe fait le
tour de toute une société, autant de circonstances propices à la
dissémination de la syphilis.
L'indigène est désarmé devant cette affection ; nous avons
bien vu certains malades remédiera la perforation du voile du
palais et au reflux des aliments dans les fosses nasales, par
l’application d’une sorte d’appareil de prothèse : masse de
caoutchouc ou tampon d’herbe sèche obturant l’orifice et retiré
après le repas ; mais ils ne connaissent pas de traitement général
efficace.
Blennorhagie. — La Blennorhagie est une affection que l'on
rencontre partout, mais elle est surtout florissante autour des
centres de commerce, le long de la Sangha, de la Lobaye, de
l’Oubangui, de l’Ouham ; il semble bien, comme le croient d'ail¬
leurs la plupart des autochtones, qu'elle n'ait fait son appari¬
tion dans le pays qu’avec la conquête, et ce qui tend à le prou¬
ver, c’est qu’au Nord du Gabon par exemple, cette affection
est relativement rare dans les villages qui n’ont que peu ou pas
de contact avec l’élément étranger, alors qu’au voisinage des
Séance du i4 Avril i 9 i 5
207
postes, elle acquiert un développement intense. Les Pahouins
l’appellent Okon-Moguologae , les Yassouas la nomment Sonia ,
les Boca-Bongas Massambi ; tous connaissent la contamination
d’homme à femme et de femme à homme, ils la constatent sans
pouvoir l’expliquer.
Toutes les complications peuvent se rencontrer, l’orchite, la
cystite, le rhumatisme; mais la plus commune est sans contre¬
dit le rétrécissement blennorrhagique qui est souvent la cause de
dégâts considérables : abcès urineux et fistules consécutives
dont personnellement nous avons observé trois cas. 11 faut
accorder une mention toute spéciale à la conjonctivite gonococ¬
cique qui fut notée 1 fois au Gabon et 9 fois de la Sangha à la
Lobaye ; les indigènes ignorent complètement le rapport intime
unissant l’uréthrite et cette affection de l'œil, ils 11e prennent
aucune précaution pour l’éviter et très souvent la perte de la
vision en est la conséquence.
Chez la femme, métrites et salpingites sont la conséquence
presqu'inéluctable de la blennorrhagie ; nous signalerons à ce
sujet dans le pays Pahouin, l’observation de deux femmes appar¬
tenant au même individu, qui quelques mois auparavant avait
contracté la blennorrhagie; ces deux femmes, se plaignant de
pertes et de douleurs au bas ventre, furent examinées : toutes
deux étaient atteintes de métrite et l’examen microscopique des
pertes révéla chaque fois l’existence de gonocoques. Eu de mul¬
tiples circonstances, la palpation abdominale nous a permis de
reconnaître chez la femme, dans une des fosses iliaques, un
empâtement douloureux qui n'était autre qu’une inflammation
des annexes, et bien souvent il y avait à l’origine une infection
gonococcique.
La thérapeutique indigène en ce qui concerne cette affection
varie à l’infini ; chaque guérisseur a la sienne, elle consiste sur¬
tout en ingestion d’infusions ou de macérations de plantes
diverses, sur la nature et l’efficacité desquelles nous ne sommes
pas fixés : le traitement local est nul.
Chancre mou. — Le chancre mou n’est pas rare, mais il n’est
pas toujours facile à reconnaître au premier abord, car il
coexiste souvent chez l’indigène de ces régions avec des lésions
de gale, chancre acarien, dont le revêtement croûteux peut prê¬
ter à confusion. Les Pahouins le connaissent sous le nom géné¬
ral de Mabara N' Ko un (littéralement : plaie de la verge), les
208
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Yassouas l’appellent Koua , les Boca-Bongas le nomment Itene.
Il se complique fréquemment de phagédénisme, et il nous est
arrivé de voir un cas où le gland avait été complètement déta¬
ché. Il s’accompagne enfin souvent d’adénite suppurée, les cica¬
trices que l’on rencontre dans la région inguinale chez beaucoup
d’indigènes en sont la preuve.
Le traitement du chancre mou, appliqué par les indigènes,
consiste, après lavage à l’eau chaude, eu l’application d’une
pommade qui comprend comme excipient de l’huile de palme et
comme principe actif, chez les Pahouins, la feuille cuite d’un
arbuste appelé Ewe, chez les Yassouas, le latex d’une liane appe¬
lée Nia, chez les Boca-Bongas, les feuilles écrasées d’une plante
appelée Mokouka.
Parasitisme intestinal en Cochinchine
Contribution à l’étude des dysenteries indo-chinoises
Par F. NOC.
Sous le titre « de V Anguillula intestinalis en Cochinchine et
de son diagnostic hématologique » (i) Brau a consacré à la
strongyloïdose intestinale quelques brèves remarques tendant à
réinvoquer le rôle de l’AnguilluIe intestinale, aujourd’hui aban¬
donné, dans les diarrhées chroniques de Cochinchine. D’après
cet observateur, une éosino philie sanguine élevée (jusqu’à 76,
34 p- 100) serait fréquente au cours de cette affection parasitaire
et permettrait de la déceler, même en l’absence des larves du
parasite dans les selles.
On a si souvent noté les variations des formules leucocytaires
(dont l’étude est d’ailleurs d’une utilité incontestable) et notam¬
ment de l’éosinophilie dans le cours des maladies parasitaires
que je n’insisterai pas sur cette question de diagnostic soulevée
par notre collègue : en raison des nombreuses causes d’éosino-
philie sanguine aux pays chauds, j’estime que les recherches
coprologiques et hématologiques doivent se prêter constamment
(1) Bull. Soc. Path. ejcot., n<> 4, 1913, p. 262.
Séance du i4 Avril i 9 i 5
209
un mutuel appui en pathologie exotique et que l’on doit garder
une certaine réserve en ce qui concerne le diagnostic des affec¬
tions à Strongyloïdes , en particulier, par l’éosinophilie sanguine.
Une question plus importante soulevée par le même observa¬
teur est celle du parasitisme anguil lu laire lui-même. Au Troi¬
sième Congrès de l’Association de Médecine tropicale d’Extrême-
Orient (Saïgon, novembre r 9 t 3 ) , Brau a repris, sans y joindre
d'ailleurs des observations complètes, l’exposé de ses idées sur
le parasitisme des Anguillu les.
Il distingue, notamment, parmi les troubles causés par cet
hôte de l’intestin, deux types pathologiques :
i° une diarrhée avec Anguillules ;
20 une Anguillulose essentielle.
Dans le premier, il reconnaît la coexistence, constante chez
les malades de Saïgon, de l’amibiase. L’association des Anguil¬
lules déterminerait des crises fréquentes de diarrhée noire, à
pronostic sévère. L’existence d’un tel type de diarrhée dans la
strongyloïdose ne me semble pas démontrée. L'infection ami¬
bienne peut à elle seule déterminer de la diarrhée noire ; on
trouve également celle-ci dans l’association amibiase-lombri-
cose : une telle coloration des déjections n’a rien de spécifique
et tient fréquemment à une certaine proportion de bile épaisse
mélangée aux mucosités sanguinolentes.
Dans le deuxième type décrit par Brau, il y a une constipa¬
tion opiniâtre ; les malades sont très anémiés, d’une pâleur
cireuse, en état de dénutrition. Ils présentent parfois des
tumeurs ganglionnaires « inguinales ou même abdomino-ilia-
ques ». On peut se demander si ces hypertrophies ganglion¬
naires sont indépendantes de la syphilis si répandue et souvent
méconnue en pathologie coloniale ou même d’affections micro¬
biennes des téguments ou de l’intestin, car la dysenterie ami¬
bienne ou bacillaire peut entraîner aussi des hypertrophies gan¬
glion n ai res.
Le problème de l’Anguillulose ainsi posé ne me paraît ni sim¬
plifié, ni résolu. Les Anguillules de l’intestin sont-elles ou non
pathogènes ? Y a-t-il dans certains cas une Anguillulose intesti¬
nale au sens clinique et anatomo-pathologique ?
II n’existe, dans la littérature médicale, qu’un petit nombre
de faits démonstratifs sur ce sujet. Weinberg, Leger et Bomano-
210
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
vi tc ii (i), à la suite cl’une enquête chez les mineurs du midi de
la France, ont bien attribué à l’Anguillule un rôle irritatif se
traduisant par des crises de diarrhée, mais sans apporter de
preuve à l'appui île cette hypothèse.
Brumpt (2) a fait justement remarquer que la même espèce
d’Angui 1 1 u le se rencontre en abondance chez les singes qui 11e
souffrent nullement de troubles intestinaux. J1 est vrai que
Weinberg et Romanovitch (3) ont constaté chez un chimpanzé
que le Strongy loïde intestinal ne se fixait pas sur la muqueuse
et ne produisait pas d’infiltration éosinophilique dans son voi¬
sinage.
Rappelons que le livre instructif de Bertrand et Fontan (1887)
sur l’entéro-colite des pays chauds renfermait déjà des observa¬
tions analogues à celles de Brumpt au sujet des Anguillules
qu’on trouvait encore chez l'homme alors que la diarrhée avait
disparu. Grassi, Leichtenstern, déniaient également un rôle
irritatif à l’Anguillule.
L’observation de Teissier (4) qui avait constaté en Guyane la
présence, dans le sang d’un malade atteint de diarrhée et de
fièvre, d’embryons de 200 à 4°o p de long attribués à l’Anguillule
stercorale, n’a pas été renouvelée.
Les travaux d’AsKANAZY (5) ont montré cependant l’invasion de
la muqueuse de l’intestin grêle par la femelle du Strongyloïde,
qui y dépose ses œufs et y prélève sa nourriture. Mais cette inva¬
sion détermine-t-elle un état pathologique à symptômes spé¬
ciaux ?
Darling (6), étudiant les infections à Strongyloïdes chez
l’homme et les animaux dans la zone du Canal à Panama, avait
noté que 20 p. 100 des aliénés de cette région étaient porteurs
de Strongyloïdes, mais 11e présentaient aucun trouble diarrhéi¬
que (54 cas observés). Darling rejette donc le Strongyloïde
comme cause de diarrhée.
En revanche il croit à la production d'un degré variable d’ané-
(1) C. R. Soc. biologie , 7 nov. 1908.
(2) Précis de parasitologie, Paris, 1913 (Masson et C*e).
(3) Rail. Soc. Path. exot., 11 mars 1908, no 3.
(4) C. R. Ac. des Sc., 1895 « De la pénétration dans le sang de l’homme des
embryons de l’Anguillule stercorale ; rapports de la présence de ces embryons
dans le sang avec certaines lièvres des pays chauds ».
(5) Centralbl. f. Bakt. u. Parasit Ite Abt. 1900. XXVII.
(6) Bail. Soc. Path. exot., no 5, 1911, p. 34 * -
211
Séance dit r/| Avril i 9 i 5
mie, encore qu'il soit difficile de déterminer la cause de celle
anémie dans une région où sont associées si fréquemment à la
strongyloïdose, l'ankylostomiase et le paludisme.
Le même auteur (1) a pu faire l’étude histologique d’un cas
de strongyloïdose. Il a noté l’infiltration leucocytaire du stroma
interglandulaire, la présence de larves et de femelles adultes
pénétrant dans la muqueuse, soit dans une crypte, soit dans une
glande de Brünner et il pense que les lésions ainsi produites
peuvent servir de porte d’entrée aux bactéries et à d’autres
microorganismes pathogènes* mais qu’il n’en résulte pas la néces¬
sité d’une parenté étiologique entre la strongyloïdose et certai¬
nes affections microbiennes.
Au congrès de médecine tropicale de Saïgon (nov. iqi3),
Sadamy Yokokawa (de Formose) (2) a exposé les résultats de ses
recherches histologiques sur l’intestin et d’autres organes d’une
personne morte de dysenterie amibienne et chez laquelle des
larves nombreuses d'Anguillule avaient traversé la paroi du
gros intestin ulcéré. On en trouvait dans la couche musculaire
et dans la sous-séreuse, entourées d’une infiltration inflamma¬
toire. D’autres larves avaient pénétré dans la paroi de l’iléon.
Enfin un certain nombre, qui existaient dans les vaisseaux san¬
guins et lymphatiques, avaient été transportées, l'hôte étant
encore vivant, dans le foie et dans la rate.
Les figures présentées par Yokokawa et que j’ai pu examiner,
grâce à l'amabilité de mon collègue et ami, le Dr Montée, secré¬
taire général du Congrès, sont très démonstratives. Cependant
elles n’indiquent pas un rapport étiologique entre l’invasion par
les larves de Strongyloïde et l’amibiase à laquelle succombe le
sujet.
En somme, malgré l’intérêt, des observations de Teissier,
d’AsKANAZY, de Darling et de Yokokawa, d’après lesquelles l'An-
guillule et sa larve sont capables de déterminer une réaction
leucocytaire dans les tissus, les caractères de cette réaction et
les troubles qui peuvent s'ensuivre ne nous autorisent pas encore
à définir les symptômes intestinaux qu’il faut attribuer à ce
parasite.
En Cochinchine, où sévissent, quelquefois sur le même indi-
(1) Journ. of experim. med., vol. XIV, n<> 1, 1 9 1 1 .
(2) C. H. du .9e Congrès biennal Saïgon, 1 9 1 3 , p. 329.
212
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
vidu, le paludisme, la dysenterie bacillaire ou amibienne, la
strongyloïdose, etc., une élude expérimentale de la question est
difficile à réaliser. En revanche, il peut être intéressant de com¬
parer quelques observations de maladies intestinales au cours
desquelles les Anguillules ont été observées. Je n’ai pu en réunir
que 4 pour l’année 1 9 r 4 sur près de l\oo cas de dysenterie ou de
diarrhée examinés attentivement soit par mon prédécesseur et
camarade Brau, soit par moi-même. Or, sur ces quatre obser¬
vations, il est arrivé que chaque fois que l’AnguilluIe était en
jeu, il y avait également autre chose et cette autre chose est soit
l'amibe , soit le bacille dysentérique. Les désordres causés par ces
deux derniers microorganismes étant bien connus, il reste bien peu
de troubles à mettre sur le compte du Strongyloïde intestinal.
Peut-être ultérieurement arrivera-t-on à exposer des cas où ce
parasite aura seul joué un rôle pathogène.
Obs. I. — Diarrhée avec Anguillules au cours d'une amibiase
intestinale.
R. J. canonnier, 5e régiment artillerie coloniale, 34 ans. Entré à l’hôpi¬
tal militaire le 10 février 1914 pour diarrhée : 7 ou 8 selles pâteuses ou
liquides tous les jours. Le premier examen microscopique pratiqué par
le docteur Brau a montré des Anguillules très rares. Traité au thymol
pendant 3 jours, puis à l’émétine, au benzonaphtol, au naphtol, il sort de
1 hôpital le 14 mars, avec une légère amélioration , mais encore I ou 2 sel¬
les pâteuses par jour.
Nouvelle entrée le 10 mai : 3, 4 selles par jour, légèrement acides au
tournesol et renfermant des Anguillules et des kystes d'amibes. Recherche du
bacille dysentérique négative.
Formule leucocylaire : Polynucl. 56 p. 100
Gds. mononu. 3 —
Moyens 10 —
Lympho. 19 —
Eosino. 12 —
Traité au thymol (1 gr. 50 par jour) et à l’émétine (0,04 centigr. par
jour) pendant cinq jours, le malade n’a plus qu’une selle pâteuse le matin,
avec persistance des Anguillules. Après un traitement de 12 jours, d’abord à
la santonine, puis au semen-contrà, les Anguillules disparaissent, la diar¬
rhée persiste et un nouvel examen du 22 juin signale de nouveau la pré¬
sence de kystes d’amibes (L. histolytica) et permet de déceler quelques
kystes de Lamblia.
Les selles restent pâteuses jusqu’au 24 juin, date à laquelle le malade,
devant être rapatrié, est mis exeat.
Dans ce cas, la diarrhée a persisté malgré la disparition momen¬
tanée des Anguillules. Il s’agit d’un porteur de kystes. On 11e
peut rien affirmer en ce qui concerne l’association des Lamblia , le
malade n’ayant pas été suivi assez longtemps.
Séance du i4 Avril 1910
213
Obs. II. — Diarrhée avec Anguillules chez an malade atteint
d'amibiase intestinale et hépatique.
Br. J. soldat, Ile Rég. d’Inf. col., 22 ans, entré une première fois à l’hô¬
pital en 1911, après deux mois de présence au corps, pour une atteinte de
diarrhée amibienne, améliorée par un traitement au simarouba et aux
pilules de Rogers.
Après 23 mois de séjour entrecoupés de traitements à l’émétine, le
malade rentre à l’hôpital le 30 août 1913 pour entéro-colite chronique.
Expulsion d'un lombric Sort très amélioré le 11 sept Nouvelle entrée le
27 juin 1914, toujours pour diarrhée, six selles liquides par jour.
Entéro-colite (douleurs sur le trajet du colon, etc.). Présence d' Anguillules,
d'œufs de Lombric et de Trichomonas intestinales dans les selles. Absence
de bacilles dysentériques. Absence d’amibes. Eosinophilie sanguine :
7,5 p. 100.
Ap rès quelques doses de semen-contrà, les Anguillules disparaissent.
Deux nouveaux examens révèlent leur absence. Un troisième, le 8 juillet,
montre la présence de kystes d'amibes. Le malade reçoit le traitement habituel
<à l’émétine et des lavages au borate de soude. 11 se produit une diminu¬
tion du nombre des selles, mais elles restent liquides, bilieuses, avec des
parties teintées en brun, légèrement sanguinolentes.
Cet état persiste jusqu’au 27 juillet où des symptômes de congestion du
foie se manifestent. Violent point de côté entre la 8e et la 9e côte droite.
L’état général est peu brillant. Il y a de la micropolyadénite inguinale et
épitrochléenne douloureuse. Un peu de congestion du sommet des pou¬
mons en arrière.
Une nouvelle série d’injections d’émétine fait disparaître le point dou¬
loureux et les selles se ramènent à deux par jour, moulées, à partir du
9 août. Les forces du malade ont été soutenues par des injections de sérum
de cheval, par du jus de viande. Une injection de sérum antidysentérique
a été faite par mesure de précaution. Les Anguillules n’ont plus reparu
dans les selles, non plus que les kystes d’amibes.
Le malade s’améliore de jour en jour. II est présenté au Conseil de Santé
le 29 août n’ayant plus qu’une selle par jour et rapatrié le 13 septembre
en voie de guérison .
L’affection a évolué ici comme une infection amibienne intes¬
tinale chronique ayant retenti sur le foie. Les Anguillules et les
Lombrics ne paraissent avoir été que des épiphénomènes.
Ors. III. — Pi ’ ésence d' Anguillules au cours d'une dysenterie
amibienne.
H... 2e canonnier servant, 5e Rég. artill. coloniale, 24 ans. Entré à l’hô¬
pital le 23 août pour dysenterie. Malade depuis cinq jours, avec 9 selles
par jour, mucosanglantes, bilieuses, alcalines. Présence d’amibes dysenté¬
riques et de larves d’AnguilluIes. Pas de bacille dysentérique. Gargouille¬
ments dans la fosse liaque droite, indolore à la palpation. Bon état général.
Eosinophilie sanguine 11 p. 100.
Le traitement consiste en 4 injections d'émétine à 0,06 centigr. et une
potion avec 6 gr. de semen-contrà pendant quelques jours.
214
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le 31, on note la disparition des amibes et la persistance des Anguillu-
les. On retrouve ces dernières le 4 septembre et le 7 septembre dans les
selles, sans que la diarrhée soit revenue.
Le malade sort en bon état de santé le 15 septembre.
En somme, les médicaments tels que le thymol, le semen-contrà,
n’agissent pas toujours sur les larves d’Anguillules, qui elles-
mêmes ne s’accompagnent pas toujours de diarrhée.
Ojbs. IV. — Dysenterie bacillaire chronique ( due à un bacille du
type F lexner) avec présence d' Amibes et d’A/iyu Ulules.
Laht. Ch., soldat 11e Rég. d’inf. col., 30 ans, entre à l’hôpital militaire
le 23 juillet. Séjour dans la colonie : 12 mois ; séjours antérieurs en Cochin-
chine et à Madagascar : 2 et 3 ans. Alcoolisme. Ltat général peu satisfai¬
sant : sujet très amaigri, très pâle, œdème des membres inférieurs. Serait
déjà malade depuis un mois, avec cinq ou six selles par jour; le chiffre
desselles est tombé à trois; il est resté quelque temps à l’infirmerie, puis
des rechutes sont survenues ; enfin, le jour de son entrée, il avait 12 selles
panachées, muco-bilieuses et mucosanglantes, renfermant au centre des
amas de mucosités purulentes. Le ventre est indolore, un peu ballonné; le
gril costal très apparent ; le foie, la rate ne sont pas hypertrophiés ; la
vésicule biliaire est indolore; la langue est dépouillée et rouge. Pas de
fièvre : temp., m. 36,7 ; s. 36,9.
Dans les selles, on note : amibes dysentériques immobiles et Anguil-
lules, larves enchevêtrées en véritables paquets par endroits de la prépa¬
ration .
Régime lacté. Traitement à l’émétine (0,06 cgr. par jour pendant six
jours) et au semen-contrà (3 gr. dans une potion). Injection de sérum de
Hayem tous les trois jours
Du 24 au 27 juillet, 6, 7 selles liquides par jour. Les Amibes et tesAnguil-
lules disparaissent. Leucocytes et acides gras en quantité notable dans les
selles. L’état général reste le même. L’œdème blanc des membres infé¬
rieurs remonte jusqu’au tiers inférieur de la jambe. Léger souffle anémi¬
que à la base du cœur. Pouls à 88. Toux sèche le matin. Rien aux pou¬
mons.
29 juillet : 7 selles liquides avec mucosités panachées, sans coliques.
L’analyse bactériologique (Dr Denier, Institut Pasteur) révèle la présence
d'un bacille dysentérique du type Flexner. Mêmes résultats au laboratoire de
bactériologie de l’Hôpital militaire. Formule leucocytaire :
. 7 6
. 4
. 2,5
. ll
. o,6
Les urines ne renferment ni sucre, ni albumine.
Poly. neutro,
Grands Mono
Moyens —
Lympho .
Eosino
100
— (Dr Millous).
Séance du i4 Avril i 9 i 5
215
30 juillet : 4 selles liquides, spumeuses. On note encore l’absence des
Amibes et des Anguillules. Le malade s’alimente un peu mieux : lait,
tapioca, bouillon, eau de Vichy. On injecte 10 cc. de sérum antidysenlérique
matin et soir. Théobromine.
31 juillet : 3 selles liquides ; 1er août : 3 selles avec parties pâteuses.
Disparition de l’œdème des membres inférieurs.
Malheureusement on doit suspendre l’emploi du sérum antidysentérique
qui fait défaut sur place. Malgré la diminution du nombre des selles
(2, 3 selles pâteuses par jour), malgré l’alimentation progressive (œufs,
bouillon de viande, tapioca au lait) et le sérum de Ilayem, le malade
s’affaiblit progressivement. Le poids, qui était de 53 kilogr. à son entrée,
est tombé à 42 kilogr. Des paquets de mucosités grisâtres, pyoïdes, se
trouvent au milieu des selles liquides.
Le 10 août, on peut injecter encore 10 cc. de sérum antidysentérique.
La langue reste dépouillée et rouge sur les bords.
Le sérum est continué le 12, le 13 et le 14 août. Le malade, qui est très
énergique, prend maintenant du jus de viande, de la bouillie de riz, des
œufs II reçoit également du sérum glucosé, de la caféine ou de la spar-
téine. Mais le 13 août, on constate encore 7 selles liquides ; le pouls est à
88, hypertendu ; quelques pétéchies sur les mains et les poignets.
14 août: 6 selles liquides. Présencede larves d’Anguillules nombreuses.
Aspect cachectique. Pouls très rapide.
15 août : affaiblissement marqué. Un nouvel examen du sang montre :
Globules rouges
Globules blancs
Poly. neu tro .
Grands Mono
Moyens —
Petits
Eosino
2.960.000 par mmc.
G.4oo —
77,5 p. 100
4 -
4,5 -
14 —
o (D>- Gautron).
Le 10 août, après avoir encore absorbé ses aliments, le malade a de la
dyspnée; le pouls est filiforme. Malgré les injections stimulantes (caféine,
éther, etc.), il succombe à 8 h. 15.
Autopsie pratiquée à 16 h. 15. Rigidité cadavérique. Amaigrissement
considérable du corps.
A l’ouverture, on note la teinte hortensia du mésentère au niveau de
l’intestin grêle et des adhérences pleurales à la face antérieure du poumon
droit.
Cavité thoracique. — Péricarde légèrement épaissi. Pas de liquide dans
la séreuse. Le feuillet interne portedes plaques laiteuses delà largeur d’une
pièce de un franc. Tous les vaisseaux coronaires sont élargis et entourés d’une
gaîne conjonctive très apparente ( sclérose coronarienne). Le poids du cœur
est de 140 gr. A la coupe, on note l’apparence grisâtre du myocarde
( myocardite interstitielle). Le sang de l’oreillette, demi-fluide, ne montre
au microscope aucun parasite.
Poumon droit : 300 gr. Anthracose pulmonaire. Pas de trace de tuber¬
culose.
Poumon gauche : 190 gr. ; même aspect. Pas d'hypertrophie des gan¬
glions médiastinaux.
Cavité abdominale. — Peu de congestion des vaisseaux. Pas de liquide
dans le péritoine. Foie: 1250 gr. Pas de congestion aiguë ; léger degré
216
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d'atrophie. Teinte cirrhotique générale provoquée par la présence de
petits îlots de sclérose Vésicule biliaire remplie de bile noirâtre, très
épaisse. Pas d’Anguillule dans ces organes, à l’examen microscopique.
Bâte : 140 gr. La capsule est piissée, l’organe paraît diminué de volume.
Pas d’Anguillule dans le suc splénique.
Rein droit : 180 gr. Teinte blanche de la substance corticale. Rein gau¬
che : 190 gr. La teinte blanche y est plus accentuée. Néphrite intersti¬
tielle .
Estomac : de capacité normale, présente des îlots de congestion de la
muqueuse, au niveau de la grande courbure. A l’examen microscopique
du chyme, on observe de nombreuses larves d’Anguillules. Le duodénum
présente également des îlots de congestion de villosités, avec présence de
larves d’Anguillules nombreuses. Elles deviennent plus rares à mesure
qu’on se rapproche du jéjunum; néanmoins, sur tout le parcours du tube
digestif, l’examen microscopique permettra de retrouver, même dans
l’appendice iléo-cæcal, quelques-unes de ces larves (toutes de la forme
rhabditoïde) entraînées avec le chyme.
Il n’est pas possible d’attribuer à la présence des Anguillules un rôle
actif dans l’évolution des symptômes, le fonctionnement de l’estomac et de
l’intestin grêle ayant paru normal au cours de la maladie. L’iléon présente
cependant un peu de congestion de la muqueuse (peut-être post-mortem).
Des lésions plus importantes s’observent sur tout le trajet du gros intes¬
tin. Depuis l’anus jusqu’à la valvule iléo-cæcale, la muqueuse est conges¬
tionnée, parsemée d’un piqueté hémorrhagique et le siège d’ulcérations
peu étendues en largeur, mais nombreuses, les unes superficielles, les
autres plus profondes, renfermant du pus, sans épaississement notable des
parois, sauf en ce qui concerne le rectum qui est peut-être un peu épaissi.
On ne trouve pas d’amibes dans le pus de ces ulcérations. On note de l’hy¬
pertrophie dans quelques ganglions mésentériques.
Etant mis en regard les résultats des examens pratiqués in vico , ces
lésions relèvent vraisemblablement de la dysenterie bacillaire chronique.
L’étude histologique du gros intestin a montré la rareté des amibes
dans la zone superficielle de la muqueuse dont une bonne partie des glan¬
des sont disloquées ou abrasées. Hypersécrétion muqueuse et dilatation
des culs-de-sac glandulaires. Absence d’amibes et d’Anguillules dans les
diverses couches de l'intestin. Çà et là, on découvre quelques bacilles courts
disséminés dans la tunique fibreuse. Sclérose marquée de toute la por¬
tion sous glandulaire. Les ganglions mésentériques, gonflés et ramollis,
ne présentent rien d’autre que de la sclérose des petits vaisseaux et des
altérations des globules rouges.
Au voisinage présumé des Anguillules adultes, dont le siège n’a pu être
mis en évidence dans le duodénum, on n’observe pas de lésion des glan¬
des ; les vaisseaux seuls présentent un léger degré de sclérose. II n’y^ a
pas d’éosinophilie intestinale. Les altérations des globules rouges dans le
système vasculaire sont identiques à celles qu’on observe dans le gros
intestin. On ne peut les attribuer à coup sûr à une sécrétion des Anguil¬
lules.
En somme, lésions macroscopiques et microscopiques de la
dysenterie bacillaire chronique. Je montrerai dans un travail
ultérieur que cette affection est loin d’être rare en Indo-Ghine.
Dans le cas présent, la maladie a évolué comme une entéro-
Séance du i4 Avril i 9 i 5
217
colite entraînant la mort par l'étendue de la surface ulcérée et
infectée. Lesamibes trouvées au début et à la surface des lésions
paraissent n’avoir joué qu’un rôle irritatif et il est possible que
les Anguillules aient joué un rôle semblable, mais secondaire
vis-à-vis des lésions qu’on observe assez fréquemment dans les
pseudo-dysenteries relevant de bacilles du type Flexner.
Conclusions
r
Les observations qui précèdent ont montré la présence des
Anguillules chez des malades atteints d'affections intestinales
diverses, présentant de la diarrhée, de la dysenterie ou des selles
normales. Malgré la présence des helminthes, ces affections
évoluent chacune avec ses caractères propres, amibiase intestinale
ou hépatique, ou bacillose intestinale. Les cas où les Angriillu-
les leur sont associées sont peu nombreux. Celles-ci peuvent être
une cause d’irritation intestinale, et, malgré leur pouvoir de
pénétration toujours possible, leur rôle pathogène ne paraît pas
revêtir un caractère général.
Saïgon, le Ier mars 19 1 5.
>;rM. A. Laveran. — Depuis que l’existence d anguillules a été
signalée par Normand dans l’intestin des malades atteints de
diarrhée ou de dysenterie de Cochinchine, c’est-à-dire depuis 1876,
on a discuté souvent la question de savoir si ces helminthes (qui
ont été retrouvés dans un grand nombre de régions autres que
la Cochinchine) étaient ou non pathogènes. Les notes de
MM. Brau et Noc montrent que cette question 11’est pas encore
complètement résolue. Il n’est pas douteux que les individus dont
l’intestin est normal, et qui sont porteurs d'angui 1 Iules intesti¬
nales en petit nombre, ne présentent aucun symptôme morbide ;
mais il n’est pas douteux non plus que les individus dont le tube
digestif est envahi par des milliers d’anguillules éprouvent sou¬
vent des troubles morbides, et que surtout l’état des sujets dont
l’intestin a subi déjà des altérations peut être aggravé par la
présence d’un grand nombre de ces helminthes.
J'ai publié, en 1877, l’observation d’un soldat qui avait
succombé à l’hôpital du Val-de-Grâce avec le diagnostic de diar¬
rhée de Cochinchine et dans l’intestin duquel les anguillules, et
leurs larves surtout, étaient en si grand nombre qu’il paraissait
218
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
impossible d'admettre qu’elles n’avaient joué aucun rôle patho¬
gène ( i).
M. Noc rapporte des observations dues à Darling et à Vokokawa
qui montrent que les larves danguillules peuvent pénétrer, non
seulement dans des cryptes de la muqueuse intestinale, mais
dans la musculeuse, sous la séreuse, dans les vaisseaux sanguins
et lymphatiques, dans le foie.
En dehors de l’action irritante, qu’elles produisent certaine¬
ment sur la muqueuse de l’intestin, les anguillules exercent
peut-être aussi, sur les individus fortement parasités, une action
défavorable par les toxines qu’elles élaborent.
En somme, il ne faudrait pas laisser s'accréditer cette opinion
que les anguillules sont des parasites tout à fait inoffensifs, les
malades qui sont porteurs de ces helminthes ont certainement
intérêt à s’en débarrasser.
Sopra un caso autoctono di béribéri
nelTltalia méridionale
Dr. Francesco LA GAVA
In varie mie pubblicazioni antecedenti ho avuto occasione di
richiamare Pattenzione degli studiosi sull’incessante diffondersi
delle malattie cosl dette esotiche in regioni sempre più Iontane
dalla loro primitiva sede. Ouesto fenomeno in parte è reale,
inquantochè l'aumento degli scambi e dei traffici coi paesi tro-
picali trasporta non solo gliuomini e le derrate, ma anche i
germi delle malattie proprie di quei luoghi ; in parte è appa¬
rente, inquantochè la migliore e più diffusa conoscenza dei
morbi e delle loro cause ci fa individualizzare delle forme mor-
bose le quali, benchè esistenti tra noi fin dagli antichi tempi,
pure molto tardi vennero riconosciute uguali a quelle descri tte
e studiate dapprima nelle zone tropicali Avvenne cosi délia feb-
bre Dengue, délia febbre dei tre giorni, délia melitense, délia
(i) A. Laveran, Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie , 1877,
2e série, t. XIV, p. /|2 et p. 1 16.
Séance du i4 Avril 19 î5
219
Leishmaniosi cutanea o bottone di Oriente, délia Leishmaniosi
interna o kala-azar, délia Anchilostomiasi, del Sokodu ecc.
Il compito di riconoscere nei nostri climi paratropicali le
malaltie cbe più specialmente infieriscono nei paesicaldi, viene
grandemente agevolato, quando esse appartengono al gruppo
delle infezioni di eu i sia conosciuto l’agente specilico. In questo
caso la diagnosi viene irrefutabi I mente assodata colle indagini
di laboratorio, che dànno il suggello délia certezza aile indu-
zioni cliniche fondate sui soli fenomeni rilevabili coi mezzi
ordinarii e classici délia semiologia. Ma quando si tratta di
denunziare nei nostri paesi la presenza di malattie ad agente
specifico incerto o sconosciuto, mancando il controllo delle
indagini di laboratorio, è necessario che il quadro clinico si
avvicini il pin che sia possibile a quello riscontrato nelle
regioni tropicali e che la diagnosi del morbo risulti évidente
non solo direttamente dall’esame dei segni morbosi, ma anche
indirettamente a traverso il criterio diagnostico differenziale
colle malattie più proprie dei nostri climi, e quindi più comu-
ne mente note.
E’questo il caso del Béribéri la cui diagnosi non puô essere
confermata in modo indiscul ibile da nessun reperto parassi-
tario. Ma quando l’esame dell'infermo rivela i segni caratteris-
t i ci délia malattia, e le indagini anamnestiche dimostrano pré¬
sente l’unica causa eliologica fin oggi conosciuta del morbo,,
cioè, il consumo abituale del riso corne alimento, la diagnosi di
Béribéri puô essere enunciata cou certezza, tanto più quando il
quadro morboso non puô essere attribuito a nessuna delle altre
malattie conosciute fra noî. Si comprenderà quindi la mia esi-
tazione a pubblicare il caso che mi occorse di osservare recente-
mente,ed in cui potei stabilire la diagnosi di Béribéri nascente
dall insieme dei sinlomi e da qualche sommaria indagine di
laboratorio che fu potula praticare. Mancô l’esame elettrico,
mancô l’autopsia ; ma queste gravi lacune délia storia clinica
che mi facevano esilante a rendere di pubblica ragione il primo
caso autoctono di Béribéri che a mio avviso sia conosciuto in
Italia, sono purlroppo giustificate dalle modalité del lavoro quo-
tidiano professionale, in una regione dove non esistono ospedali,
nè cliniche, dove i malati, sparsi in regioni montuose, giun-
gono alla fine délia loro malattia o délia loro vita senza aver
potuto vedere che poche volte il medico. Mancano purtroppo
220
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nella nostra regione i mezzi e le vie di comunicazione, e i
malati gravi non possono raggiungere alcun luogo dove poter
essere meglio studiati ecurati.
Mi decido, malgrado le suddette lacune, apubblicare la storia
clinica dell’inferma per le seguenti considerazioni : lesperienza
mi ha dimostrato che all’annunzio di una nuova forma morbosa,
quando Posservazione è esalta, non mancano le conferme.
Avvenne cosi per il bottone d’Oriente, per la Miasi oculare e
lulcera tropicale da me per primo annunziate in Ilalia e subito
confermate da al tri studiosi ed inoltre per la febbre Dengue per
il Sokodu ecc. ; ma la spinta maggiore alla pubblicazione me l'ha
offerta un altro caso délia stessa malattia contratto nei climi tro-
picali, ma svollosi e fortunatamente guarito in Italia. L’infermo,
un giovane e intelligente ufficiale de 1 1 e noslre truppe coloniali,
fu da me visto quando era già guarito del Béribéri, e la storia
clinica délia sua affezione, che qui oggi per brevità non rife-
risco, puô avéré imporlanza per confermare la presenza di questa
malattia nella Somalia Italiana, e per conteslare le attuali vedute
sulla etiologia del Béribéri, delle quali premetto qui una brève
e sommaria notizia.
E’noto che un grande numéro di microbi è stato a torto incol-
pato di provocare il Béribéri, ed in tutti in trattati di patologia
tropicale se ne discute ampiamente. Ricordo soltanto che spetta
a Scheube e Baelz il merito di avéré anatomo-patologicamente
dimostrato che il Béribéri è una nevrite periferica specifica
simile alla nevrite alcoolica e alla difterica. Successivamente
Glogner (i) e poi Rumpf e Luge (2) dimostrarono anche lesioni
nei muscolie caratterizzarono quindi il processo corne una poli-
neuromiosite. La conoscenza del rapporto tra ralimentazione
prevalente od esclusiva col riso e il Béribéri rimontaad osserva-
zioni antiche, ed erano State emesse varie ipotesi per spiegarla,
corne l’insufficienza di azoto e di grasso, sostanze rappresentate
assai scarsamente nei riso. Una scoperta che ebbe grande impor-
tanza in questo campo fu quella del Thézé (3), il quale nei
penitenziario di Poulo-Gondor, uno dei focolai più intensi e
più costanti di Béribéri neU’lndo-China, riusci ad arrestare
rapidissimamente una grave epidemia di Béribéri sostituendo
(1) Glogner, Virchow s Arch., t. CLXLI, p. 383.
(2) Rumpf e Luce, Deutsche Zeitschr. f. Nervenkrankh., t. XVIII, p. 63.
(3) Salanoue-Ipin, Précis de Pathologie Tropicale , p. 687.
I
Séance du i4 Avril iqi5
221
semplicemente nell’alimentazione dei prigionreri il riso rosso
incompletamente decorticato al riso bianco decorticato e
mondato. In questo modo ottenne non solo di preservare dalla
malattia quelli che non erano ancora stati colpiti, ma ebbe
anche la guarigione di tutti coloro che ne erano in quel momento
affetti. Il Thézé spiega questa azione preventiva e curativa del
riso rosso cou la forte proporzione di acido fosforico che esso
conterrebbe precipuamente in quella pellicola rossastra che
rimane aderente al grano di riso quando esso viene decorticato
a mano, e non a macchina. Secondo il Thézé adunque il Béribéri
sarebbe dovulo a un déficit di fosfati nell'alimentazione. In
questi ultimi tempi perd in seguito a studi ed indagini speri-
mentali pazienti ed accurate di clinici e di fisiologi, si è potuto
costituirc un nuovo gruppo di malattie la oui causa precipua
sarebbe rappresentata dalla incompleta alimentazione. Questi
studi menarono alla conclusione che non basta per la vita e lo
sviluppo di un animale assicurargli una quantité sufficiente di
acqua, di sali minerali, di albuminoidi, grassi e idrati di carbo-
nio, ma sono anche indispensabili delle speciali sostanze (vita¬
mine secondo Punk, attiva'tori secondo Schaumann, antiberibe-
rina, orizanina ecc.) il cui ufficio è ignoto, ma che potrebbero
avéré funzione distimolare il ricambio ele funzioni digestive ( i).
A questo gruppo di malattie da incompleta alimentazione od
avitaminosi (Punk) apparlengono il Béribéri, la pellagra, lo
scorbuto, il rachitismo infantile, il morbo di Barlow. Il Béri¬
béri secondo le vedute délia grande maggioranza degli scrittori,
sarebbe provocato dall alimentazione esclusiva o prevalente col
riso brillato, cioè liberato di quella eu ticola rossastra nella quale
appunto sarebbero contenute delle vitamine essenziali e indis¬
pensabili al nostro organismo. In quai modo la mancanza delle
vitamine dalla alimentazione determini gli speciali sinlomi delle
malattie da incompleta alimentazione noi non sappiamo. Tra le
ipotesipiù geniali riferisco quella del Punk secondo il quale « le
« vitamine rappresentano la soslanza di mossa perla formazione
c< di certi materiali necessarii al ricambio analogamente aquanto
« avviene per i fermenti e per gli ormoni. Egli non si mostra
« alieno dalPammettere lesistenza di evenluali relazioni fra le
(i) Ramoino. Gontributo allô studio delle alimentazioni incomplète. Patho-
logica, vol. VI, n° 1 44 •
16
099
— — U
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
« vitamine e le ghiandole a secrezione interna, nel senso che le
« prime stimolerebbero la funzione di queste. L’animale privato
« di vitamine, incapacedi fabbricarle sintelicamente, si rivolge-
« rebbe aile riserve accumulate nel suo organismo, e prima di
« tutlo aile masse muscolari e al tessuto nervoso provocando i
« disordini più gravi » (i).
E’ noto che il Funk enumera cinque gruppi di segni comuni a
lutte le avitaminosi : i° degenerazioni nervose con paralisi e
contratture. 2° Dilatazione del cuore destro, dispnea, cianosi,
oliguria. 3° Anasarca, idropericardio, idrotorace, ascite. 4°Scor-
buto con lesioni boccali emorragie cutanee e soltoperiostali,
lesioni ossee. 5° Sindrome délia pellagra, stomatite, lesioni gas-
troentericlie, eritema cutaneo, sintomi nervosi svariati. Ouesli
segni variamente aggruppali ed in proporzioni diverse costituis-
cono una spéciale fisionomia clinica per ciascuna avitaminosi.
STORIA CLINICA
Vigliante Francesca di anni 17 da Ferruzzano (Reggio Galabria) con-
tadina.
Anamnesi remota e precedenti ereditari. — Non ha alcun antecedente
morboso ereditario d’importanza. Nata a termine, fu regolarmente mes-
truata ail1 età di 12 anni. Non sofïerse alcuna malattia notevole, né la
malaria, ne il tifo, ne alcun’ altra infezione. Non fu proclive ad affezioni
reumatiche, e dalle più accurate indagini anamnestiche non risulta il
sospetto di sifilide congenita o acquisita. Non si mosse dal suo paese nativo,
dove meno vita grama lavorando in campagna a giornata. Dopo il terre-
moto del 23 ottobre 1907 che distrusse quasi completamente il suo paese,
fu costretta ad abitare colla sua famiglia una delle baracche di legno
costruite dal Genio Civile, in cui le condizioni igienicbe lasciavano molto
a desiderare. Non bevve mai vino nè liquori, e si alimenté poveramente
corne la maggior parte dei contadini. E’ notevole perd ed eccezionale il
fatto délia preferenza che essa dava al riso nella sua alimentazione. La
madré di lei riferisce che anche durante la malattia il riso costituiva l’ali-
mento prediletto e talvolta esclusivo dell’inferma. Tutto cio aveva colpito
l’attenzione dei famigliari ed era abbastanza strano, poichè il riso
figura pochissimo nelLalimentazione abituale del nostro contadino : e la
madré richiamando l’attenzione su questo fatto assicura che era quasi un
desiderio morboso quello délia fîglia di alimentarsi col riso.
Anamnesi prossima. — La sua malattia comincio nel novembre 1913 e il
primo sintomo fu il vomito accompagnato da gastralgia. L’inferma conti-
nuava a lavorare a giornata alla raccolta delle olive, ma spesso senza
alcuna ragione plausibile veniva colpita dal vomito che, non essendo
accompagnato da altro sintoma morboso, fu attribuito dalle compagne
del vicinato a gravidanza i 1 Ieaitti ma. Interrosato il medico çiudicô trovarsi
(i) Ramoino, /. a.
Séance du i/j Avril 1910
223
di fronte a qualche malattia gastrica, e prescrisse delle cure che non die-
dero benefico risultato. La malattia intanto progrediva e ai primi fatti
gastrici, nel febbraio 1914 si aggiunse uno stato di anémia clie ando gra-
data mente crescendo, e una febbre leggera che si manifesta va quasi ogni
giorno iniziandosi con leggerissimo brivido e intermettendo completa-
mente senza mai sudore. Dopo qualche tempo si aggiunse una stomatite,
e in questa circostanza la febbre présenté una spéciale elevazione che
ebbe una durata di tre giorni. Contemporaneamente f in ferma comincio
ad avvertire palpitazioni di cuore che sopravvenivano ad accessi e che
anche il più piccolo dei movimenti del corpo bastava a risvegliare, e
aggravandosi poco per volta la malattia, noto uno spéciale senso di stan-
chezza negli arti inferiori, quasichè le ossa delle gambe, secondo la sua
espressione, fossero vuote di midollo. Noto pure parestesie svariate in
ispecie aile parti più distali degli arti, non ebbe pero mai a notare dolori
spontanei a tipo lancinante 0 con speciali irradiazioni lungo il decorso dei
nervi; gli accessi di cardiopalmo non rivestirono mai il carattere di attacchi
dolorosi a tipo di angor pectoris. Si aggiunsero dei disturbi intestinal i
con stiticbezza e diarrea alternate, e nelle fecce fu riscontrato talvolta del
muco, mai sangue : il vomito insistente accompagné quasi tutto il decorso
délia malattia. NelPaprile comparve un edema aile regioni pretibiali, donde
in prosieguo lentamente e gradatamente si diffuse a tutto il corpo provo-
candoun vero e proprio anasarca. Per questa sua malattia fin ferma fece
le più energiche cure ricostituenti a base di ferro arsenico e china per via
ipodermica, ma senza alcun vantaggio. Nel mese di luglio 1914 ando
anche ai bagni di mare, ma ne fu danneggiata, pioché Pedema che esis-
teva già in modiche proporzioni, aumenté notevolmente, e non le rese
più possibile la deambulazione che pure prima era assai d i ffîcol ta ta . Gli
accessi di palpitazione diventarono frequentissimi. Il giorno 10 settembre
1914, essendomi recato a Ferruzzano io vidi per la prima volta questa
in ferma e raccolsi il segucnte :
Stato 'présente. Esame generale. — (iiovinetta di costituzione scheletrica
normale, di colorito pallido délia cute e delle mucose. Nulla d'importante
risulta aU’esamedeirappareccbio glandolare. E’ preferito il decubito latérale
sinistro. Présenta uno stato di anasarca notevohssimo che offre la spéciale
caratteristica di variare d’intensité a seconda délia posizione del corpo :
cosicché basta che l’in ferma decomba sopra un lato perché tutta la meta
corrispondente del corpo diventi immediatamente assai più edematosa
dell’altra. Le palpebre sono quasi completamente cliiuse daU’edema, e
l’inferma deve aprirsele con le dita per poter guardare. 11 solo punto del
corpo esente da edema è la sommité delle due spalle. Al volto è notevole e
caratteristico il doppio mento. Basta appena toccare anche Ieggermentc la
cute di qualunque parte del corpo, perché vi rimanga non solo la fovea
fatta dal dito ma anche Pimpronta digitale coi suoi caratteristici solchi
corne se si poggiasse il dilo sopra uno strato di ceralacca molle. Présenta
un respiro superficiale, frequente (48 respirazioni al nF). Il polso é fre¬
quente (136 al m’), ritmico, poco valido. La temperatura al momento
del P esame è di 37°6.
Esami locali. — Capo. — E’ una ragazza intelligente le cui facoltà psi-
chicheappaionocompletamente normali. Non accusaal momento dell’esame
alcun fatto soggettivo relalivamente al cranio che è di forma e sviluppo
regolare con normale impianto dei capelli.
Faccia. — 1 tratti mimici sono notevolmente deformati dall’edema : non
224 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sono dolenti spontaneamente nè al pigiamento i tronchi d’uscita del
V° paio. Non esiste alcun dato importante da rilevarsi a carico dei sensi
speciûci. A carico délia cavità orale, délia fonazione e délia deglutizione
non esistono anomalie degne di rilievo.
Collo. — Nessun dato importante a carico del fascio vascolare e délia
tiroide il cui volume non appare aumentato.
Torace. — L’esame del torace fa notare oltre l’edema notevolissimo di
cui abbiamo parlato per il quale le mammelle appaiono enormemente
sviluppate e i capezzoli affondati in una specie di incavo, la presenza di
un reticolo venoso sottocutaneo in rapporto délia fossa sopra e sotto-clavi-
colare sinistra. La paziente accusa un continuo senso di costrizione aile
pareti toracicbe, corne se un busto dalle stecche rigide (e la sua espressione)
le fosse stratamente applicato. lia inoltrevari colpi di tosse senza escreato.
Un esame sistematico dell’ apparato respira toria fa rilevare un abbondante
versamento liquido nel cavo pleurale che è piii accentuato a sinistra, dove
raggiunge posteriormente la spina délia scapola. Dalle comuni prove
esso appare libero ofïrendo spostamenti evidenti nei limiti délia ottusità.
L’ascoltazione non rivela alcuna lesione a carico dei bronchi e del paren-
chima polmonare.
Apparato circolatorio. — L’inferma cade facilmente in preda a sincopi
ed accessi di cardiopalmo e dispnea, che anche i piccoli movimenti del
corpo o il solo pensiero di doverli compiere bastano a risvegliare. Al
momento del l’esame la paziente si lamenta debolmente accusando una
sensazione dolorosa di angoscia precordiale. Non è visibile all’ispezione
l'itto délia punta nè è palpabile. Date le spécial condizioni délia cute
toracica riesce difficile la valutazione esatta délia figura cardiaca colla
percussione, ma i diametri cardiaci trasverso ed obliquo non si mostrano
aumentati. L’ascoltazione rivela i toni cardiaci alquanto cupi e profondi ;
non si odono rumori a significato patologico.
Addome. — La paziente accusa un senso doloroso alla regione epigas-
trica che si irradia bilateralmente agli ipocondri corne se una sbarra di
ferro vi soprastasse col suo peso. Sulle pareti che sono notevolmente
edematose non traspare alcun reticolo venoso : la cicatrice ombelicate
appare infossata. Colle comuni prove si mette in evidenza una notevole
quantità di liquido nel cavo peritoneale. A carico delle funzioni delTalvo
esiste presentemente una ostinata stitichezza.
La minzione è scarsa, ma regolarc
11 Fegato si délimita in alto nei confini Iisiologici, e in basso non si palpa
débordante dall’arcata costale sut prolungamento délia emiclaveare.
I suoi bordi e la sua consistenza, per quanto è possibile valutarli data la
raccolta liquida endo-addominale, non offrono anomalie.
La milza che si délimita in alto nei normali confini, non déborda in
basso dall’arco costale.
Colonna vertébrale. — Non è apprezzabile alcun fatto subiettivo nè alcuna
anomalia di forma o direzione délia colonna, ma il pigiamento lungo le
apofisi spinose e in ispecie aile lombari risveglia vivo dolore.
Arti. — Uno spéciale risalto alla ispezione offre lo stato edematoso
degli arti, e in ispecie degli inferiori. L’edema appare proporzionalmente
distribuito dalle parti più distali alla radice degli arti : La cute appare
liscia, lucente, notevolmente pallida, e non présenta alcun fatto eruttivo,
nè soluzionc di continuo. La paziente non accusa dolori spontanei agli
Séance du i l\ Avril i 9 i 5
arti. e solo i movimenti volontari, lentissimi e notevolmente ridotii ven-
gono compiuti con sforzo doloroso. Non è apprezzabile, dato lo stato délia
cute, il tono delle masse muscolari ; perd il pigiarnento del polpaccio preso
in piena mano 0 compresso eontro la tibia, risveglia vivissimo dolore in
ambedue gli arti. La pressione lungo il decorso dei tronchi nervosi nei
punti del Valleix dà una chiara reazione dolorosa lungo le diramazioni
dello sciatico e specie del tibiale nella doccia malleolare. Non sono acces-
sibili a una compressione diretta i nervi degii arti superiori, lo sciatico
nella sua parte alta e il crurale. Non è possibile eseguire la manovra del
Laségue. Agli arti inferiori i riflessi rotulei e achillei non sono provocabili
a sinistra e appaiono debolissimi a destra. E’ négative il segno di Babinski.
Non sono possibili la stazione eretta e la deambulazione.
Esame delta sensibilité). — Non esistono al momento dell’esame speciali
parestesie apprezzate subbiettivamente Un esame sistematico delle varie
forme di sensibilità rivela agli arti inferiori alcune zone di iperestesia
tattile e dolorifi cache appaiono simmetriche aile regioni delle sure. Esistono
pure nelle parti più distali alcune piccole zone di anestesia dolorifica.
Esami speciali. — L’orina fu quasi sempre scarsa, specie dopo happa -
rizione dell’anasarca ed esaminata parecchie volte sul posto diede sempre
risultato negativo per l’albumina. Siccome perô questo reperto sembrava
poco attendibi le poichè, dato l’anasarca, si pensa va con grande proba¬
bilité ad una lesione renale, il medico del luogo Dott. Messinô ne inviô un
campione per l’esame completo al Gabinetto di analisi cliniche del Prof.
Spagnolio in Messina, ed eccone il risultato : Quantité del campione cc.
200, colore : giallo citrino — aspetto : torbido — odore : caratteristico —
reazione : acida — peso specifico 1010 — sedimento : scarso con arenula
rosso mattone. — Albumina : lieve inalbamento — mucina, emoglobina,
glucosio, acetone, acido aceto-acetico : assenti — pigmenti biliari ed urobi-
lina : tracce — diazoreazione assente — urea : gr. 11,5 per mille — acido
urico : gr. 0,48 per mille — indacano, cloruri, solfati, fosfati, carbonati :
normali — urati : in aumento.
Esame microscopico — Abbondanti cristal 1 i di acido urico — rari leu-
cociti — qualche cellula vescicale — cilindri e cellule renali assenti.
La ricerca deH’albumina ripetuta anche da me col metodo delbacido
tricloroacetico a caldo (Beale) diede risultato negativo.
L’esame delle fecce non présenté nulla di note vole e fu negativo per le
uova di anchilostoma.
L’esame di alcuni strisci di sangue periferico non rivelo alterazioni
morfologiche dei corpuscoli sanguigni , non furono riscontrati parassiti
malarici. Non esisteva eosinofilia e nessun’altra évidente alterazione délia
formula leucocitaria.
Qualche giorno dopo questo esame obbiettivo l’inferma in uno dei
soliti accessi di palpitazione cardiaca e di dispnea mort. Io lo seppi dopo
alcuni giorni, cosicchè non mi fu possibile procedere all’autopsia, quand
’anche ne avessi ottenuta dalla famiglia la necessaria autorizzazione.
Procedendo ora alla discussione délia storia clinica richiamo
subito l’attenzione sulEunico dato anamneslico etioiogicamente
importante riscontrato nel mio caso, cioè l alimentazione preva-
lente col riso brillato. E’ d’uopo rilevare corne contrariamente
all’abitudine dei nostri contadini la ragazza preferiva il riso a
220
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
qualunque altro cibo, e durante la malattia aveva una spéciale
attrattiva per questo alimento. Abbiamo quindi una importan-
tissimo elemento etiologico in favore délia diagnosi di Béribéri.
Nella regione perd in cui ci troviamo, taie affezione non è stata
mai descritta, e questa ragazza d’altronde non si è mai mossa
dal suo paese nativo; nè per quante indagini io abbia fatte
casi consimili si vérificarono mai nei dintorni. Saremmo dunque
di fronte ad un caso sporadico, uno di quei casi sporadici che,
secondo il Manson (i) possono talvolta essere imbarazzanti dal
punto di vista diagnostico, sopratutto se si ha da fare con un
alcoolista, essendo noto che la sindrome del Béribéri assomiglia
molto a queila délia polinevrile alcoolica. II caratlere perd pi Ci
spéciale del Béribéri consiste nei dislurbi cardiaci e respiratori
legali alla nevrile del vago e del frenico.
Nei nostro caso si pud dire che non sia mancato nessuno dei
sintomi délia forma umida o idropica del Béribéri : dalPanemia
alla febbre, dalla stomatite al vomito ed alla stitichezza, dal
segno délia sbarra epigastrrca a quel senso di costrizione tora-
cica che fu chiamato corset Beriberico, dalla tachicardia aile
sincopi frequenli, dai punli dolorosi lungo la spina a quelle
situato nei decorso del tibiale, dall anestesia di alcune zone
cutanee degli arti inferiori alla mialgia dei polpacci, dalla abo-
lizione dei riflessi rotulei alla paresi degli arti, dalla oliguria
all’anasârca alFidrotorace e all’ascile. Da tutti questi sintomi
si delinea chiaramente il quadro di una polinevrite, in cui perd
nè lalcoolisino nè altre infezioni od intossicazioni corne la dif-
terite, la tubercolosi, la sifilide, la malaria, sarebbero in dis-
cussione. Sola causa etiologica nettamente rilevata Fabuso dell
ali mentazione col riso. El essendo il quadro clinico offerto
dalla giovinetta sino alla morte pei progressive disturbi délia fun-
zione cardiaca, uguale a quelle ben conosciuto in lutte le regioni
tropicali sotto il nome di Béribéri, posso senz’altro ritener
giustificata Fenunciazione di questa diagnosi per via diretta.
E’ ben vero che in alcuni Manicomi europei furono riscon-
trale delle vere epidemie a sindrone Beriberica da alcuni iden-
tilicate col Béribéri esotico, ma dalla grande maggioranza degli
autori esse furono ritenute assai diverse. Nella relazione délia
epidemia verilicatasi nelFAsilo di Sainte-Gemmes-sur-Loire^
(i) Manson. Mal. des pays chauds, p. 36o. Paris, Masson, 1908.
Séance du \f\ Avril 1910
027
•ml mmi I
Ghantemesse e Ramond (i) notarono, indispendentemente dalla
sindrome Beriberica dei disturbi trofici délia cute uguali a quel l i
délia pellagra, e lesioni anatomiche del midolo spinale. Isola-
rono inoltre dal liquido cefalo-rachidiano, dalla milza e d a 1
fegato uno spéciale bacillo che, inoculato sotto la pelle del 1'
orecchio dei conigli, riproduceva quasi esattamente il quadro
clinico délia malattia. Ma è chiaro che nel nostro caso non è
a parlare di questa spéciale forma che fu anche chiamata Béri¬
béri manicomiale.
Un anasarca cosi imponente corne nel caso nostro poleva far
pensare, quando si fossero trascurati tutti gli altri sintomi, alla
nefrite. Ma l’analisi delle urine ripetutamente praticata esclu-
deva senz’altro qualsiasi lesione renale.
Tra le mallatie che devono venir messe in discussione nel nos¬
tro caso abbiamo in prima linea la polinevrite alcoolica dell a q uale
ci siamo già occupati. Ci basterà quindi accennare al fatto che la
partecipazione nel nostro caso dei nervi vasomotori (anasarca e
versamento nelle sierose) quella del vago e del plesso cardiaco,
e d’altra parte la mancanza dell elemento etiologico (alcoolismo )
e di quegli speciali disturbi psichici che ne costituiscono una
frequente complicanza (psicosi polineuritica o sindrome di
Korsakoff) ci fanno escludere la diagnosi di polineurite alcoo¬
lica.
Nella polineurite reumatica la febbre nella fase iniziale viene
talvolta accompagnata da tu more di milza. Si notano inoltre
segni precedenti di attitudine aile afFezioni reumatiche nell’in-
fermo e nei suoi famigliari, e la forma morbosa è quasi costan-
temente mite. Mancano o sono scarsi gli edemi.
L’ipotesi dell’anchilostomiasi potrebbe affacciarsi pei disturbi
digestivi e per gli edemi cachettici che tavolta accompagnano
questa malattia. II Noc anzi voile atlribuire in Béribéri aile
tossine deü’anchilostoma var. Necator Americanus, ma le ulte-
riori indagini hanno dimostrato che nessun rapporto poteva
esservi tra l’anchilostoma che è un ospite quasi costante nellin-
testino degli indigeni di taluni paesi tropicali e il Béribéri. Nel
nostro caso l’esame delle fecce non dimostrd la presenza delle
caratteristiche uova, e l’esame degli st ri sci di sangue periferico
(1) Chantemesse et Ramond. Une épidémie de paralysie ascendante chez les
aliénés, rappelant le Béribéri. Ann. Institut Pasteur, 1898.
228
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
non rilevé neanche Peosinofilia cosi frequente nellanchilosto-
miasi. E d'altronde corne far entrare nel suo quadro un anasarca
cosi notevoie e i segni délia nevrite dei nervi periferici (aboli-
zione dei riflessi, mialgie dei polpacci, dolore alla pressione
lungo i tronchi nervosi) ?
Non ritengo necessario discutere altre diagnosi corne lo scor-
buto e la pellagra che, secondo alcuni (i), pure appartengono
allô stesso gruppo delle avitaminosi, perché la loro insostenibi-
lità nel nostro caso appare évidente anche ad un esame critico
superficiale délia sintomatologia. E diré lo stesso dei latirismo,
délia paralisi ascendente dei Landry, délia nevrite lebbrosa,
sifilitica e palustre, dei mixedema, ecc.
Credo quindi di poter concludere che, tanto dalPesame direlto
délia storia cl in ica, quanto dalPesame critico dei vari sintomi in
rapporto con altre possib il i forme morbose, la diagnosi di Béri¬
béri risulti évidente. Il casoda me descritto acquista imporlanza
solo dal fatto che viene risconstrato in Italia, dove ancora, per
quanto è a mia conoscenza, non esistono osservazioni di casi
identici. Ed allora è opportuno chiedersi corne mai si spieghi
Pinsorgenza diquesto caso sporadico di Béribéri in un villaggio
di Calabria, in una ragazza che non si è mai mossa dal suo paese
nativo. Per rispondere a questa domanda è necessario chiedersi
ancora : perché in questa giovinetta si manifesté una cosi irre-
sistibile tendenza a deviare dalPalimentazione comune dei suo
ceto, nulrendosi prevalentemente di riso ? Per spiegar cio non
vi è che una sola ipotesi ragionevole, quella di una nevrosi iste-
rica, délia quale il morboso desiderio di mangiare il riso abbia
costituito Punico sintoma (isterismo monosintomatico). La cl in ica
infatti registra esempi di isteriche le quali dalla loro spéciale
nevrosi furono tratte acibarsi di un soloalimento (monofagismo).
11 caso nostro pué benissimo entrare in questa categoria. Ed
allora il quadro clinico dell’inferma ci apparirà ben chiaro : la
giovinetta, spinta dalla sua nevrosi a nutrirsi prevalentemente
di riso, subi le conseguenze di questa alimentazione incomplela,
e si ammalé di Béribéri.
Bovalino (Beggio Calabria), Novembre 19 1 4-
N. B. — Per la bibliografîa recente dei Béribéri e delle avi-
(1) E’ noto che secondo TizzoNie De Angelis la pellagra è dovuta allô strepto
bacillo pleomorfo da loro scoperto.
Séance du i/j Avril 191 5 220
taminosi rimando il lettore all’importantissimo lavoro del Ramoino
citato nel testo.
Résumé. — L'A., après une brève discussion sur l’étiologie du
Béribéri, décrit l’histoire et l’examen objectif d’une jeune fille
chez laquelle il pose le diagnostic de Béribéri (forme hydro¬
pique). La maladie a débuté par de la faiblesse, de l’anémie et
une fièvre légère, le tout suivi de paresthésies et d’œdème tout
d’abord localisé aux régions prétibiales et qui a pris plus tard
la forme d’anasarque. La patiente se plaignait beaucoup de pal¬
pitations de cœur. À l’examen objectif, on remarquait un épan¬
chement liquide des deux côtés du thorax et dans le péritoine,
une douleur à la pression sur le rachis et sur les nerfs de la
jambe. La malade est morte sans qu’on ait pu faire l’autopsie ni
l’examen électrique des nerfs et des muscles.
L’A. conclut que, dans son cas, il n’existait ni paludisme, ni
alcoolisme, ni tuberculose, ni ankvlostomiase et il croit très
probable qu’il s’agit d’un cas de Béribéri (variété hydropique).
Ce serait le premier cas autochtone en Italie. Il est à remarquer,
quant à l'étiologie de ce cas, que la jeune fille préférait le riz
dans sa nourriture.
y
Quelques observations sur le genre Leucocytozoon
• • N
Par C. FRANÇA.
I. — Nature des cellules- hôtes des Leucoci/tozoon.
La plupart des Leucoci/tozoon sont connus par leurs formes
sexuées et, d’après l’aspect de la cellule-hôte, on peut distinguer
les deux grands groupes :
A. — Leucoci/tozoon à gamètes adultes de forme nettement
ovalaire et parasitant une cellule ayant des prolongements fusi¬
formes.
B. — Leucoci/tozoon dont les gamètes adultes ont une forme
arrondie et parasitant une cellule qui 11e possède pas de pro¬
longements polaires.
230
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’existence de cellules-hôtes dont les caractères sont si diffé¬
rents, a sans doute contribué largement cà la discussion encore
aujourd’hui si vive sur la nature des cellules parasitées par les
Leucociftozoon.
Quelques auteurs considèrent ces cellules comme étant des
hématies, d’autres comme étant des leucocytes, d’autres encore
comme des érythroblastes.
G. Matiiis et M. Leger qui ont décrit de nombreuses espèces
de Leucociftozoon , ont publié en 1912 un travail (1) dans lequel
ils ont résumé ce qu’on avait écrit sur ce sujet et où ils donnent
leur opinion personnelle. Cette opinion est bien traduite dans
la phrase suivante. « Les caractères morphologiques et de colo¬
ration permettent de rattacher la cellule-hôte fusiforme à un
érythroblaste, la cellule-hôte arrondie à un leucocyte mononu¬
cléaire. »
Plus récemment Marcel et André Leger (2) persistent dans la
même opinion. Us continuent à admettre que les Leucociftozoon
à cornes parasitent des érythroblastes hypertrophiés et altérés,
tandis que les Leucociftozoon inclus dans des cellules arrondies
sont des parasites des mononucléaires du sang.
Comme Matiiis et Leger le font remarquer, la plupart des
auteurs qui ont considéré la cellule-hôte des Leucociftozoon
comme un leucocyte, ont étudié des parasites arrondis, ceux qui
ont l’opinion que cette cellule-hôte est un érythroblaste ou une
hématie ont observé des éléments fusiformes.
Ainsi Danilewsky (3) qui a vu, chez les Rapaces nocturnes,
les premiers Leucociftozoon inclus dans des cellules à prolonge¬
ments fusiformes, a pris ces cellules pour des hématoblastes.
Sambon (4), examinant d’autres Leucociftozoon fusiformes (L.
lovciti, mansoni et macleani ), admet que les cellules-hôtes sont
des érythroblastes hypertrophiés et altérés.
Wenyon (5), qui a étudié un autre Leucociftozoon à cellule fusi-
(1) C. Matiiis et M. Leger, Nature des cellules-hôtes des Leucocytozoon.
Bail. Soc. Pat/i. Exotique, 1912, t. V, p. 77.
(2) Marcel et André Leger, Les Leucocytozoon : leur dénombrement et essai
de classification. Bull. Soc. Pat h. Exotique, 1914, t. VII, p. 437-
(3) Danilewsky, Développement des parasites malariques dans les leuco¬
cytes des Oiseaux, Ann. Institut Pasteur, 1890, p. 427.
, (4) Sambon, Remarks on the avian Hæmoprotozoa of the genus Leucocf/to-
zoon , J. of Trop. Med. 1908, p. 328 et 1909, p. 87.
(5) Wenyon, Leucocytozoon in Third Report Wellcome research Laborato¬
ries K h art oum, 1908, p. 157.
Séance du \!\ Avril 1910
231
forme (L. neavei ), considère aussi la cellule parasitée comme un
érythroblaste et il trouve que son opinion est confirmée par la
forme des érythroblastes (cellules à extrémités effilées) et par
l’absence de pigment chez les Leucocytosoon , les érythroblastes
n'ayant pas d'hémoglobine. Il n’est pas nécessaire d insister sur
la valeur de ces arguments.
Keysselitz et Mayer, ayant examiné un Leacocijtozoon d'une
pintade d’Afrique, considèrent aussi la cellule-hôte de cet héma¬
tozoaire fusiforme comme étant un érythroblaste.
Il existe cependant des observateurs qui ont émis une opinion
différente. Fantiiam (i), étudiant le L . lovati (parasite fusiforme),
admet qu il parasite un mononucléaire. Woodcock (2), en 1912,
dans un travail sur la structure nucléaire du L. ziemanni
Laveran, le considère comme parasitant un leucocyte. Etudiant
le Leucocytosoon de Accipiter nisus, nous avons vu qu’il est
parasite des hématies et Laveran et Nattan-Larrier en décrivant
le Leucocytosoon de Haliætus vocifer , dont les cellules ont des
extrémités allongées et effilées, le considèrent comme parasitant
des hématies, opinion déjà émise par Laveran pour le Leucocy¬
tosoon de Athene noctua (4).
On voit donc que la plupart des auteurs qui ont étudié des
Leucocytosoon du type A les considèrent comme habitant des
érythroblastes, d’autres soutiennent que les cellules sont des
hématies, d’autres enfin admettent que ces cellules sont des
mononucléaires.
Les opinions sur la nature des cellules-hôtes des Leucocyto¬
soon du type B sont également partagées. La plupart des parasi-
tologistes qui ont étudié ces Leucocytosoon , les considèrent comme
des parasites des leucocytes, ce qui a conduit Mathis et Leger à
dire « les observateurs qui ont soutenu que les Leucocytosoon
(1) H. B. Fantham, Observations on the Parasitie Prolozoa of lhe red Grouse
(Lagopus scolicus) with a note on the Grouse Fly. Proceedings of the soolog-
Society of London , 1910, p. 692.
(2) H. M. Woodcock, Notes on Sporozoa, IV, Thenuclear structure of Leuco¬
cytosoon and Halteridium, etc. The Quarterly J.of Microscop. Science, 1912,
vol. 58, part. 1, p. 2i5.
(3) A. Laveran et Nattan-Larrier, Sur un Leucocytosoon de l’Aigle Pêcheur
Haliaetus vocifer. Compt .rend. Soc. Biologie , 1911, t. LXX, p. 08(3.
(/l) A. Laveran, C. B. Soc. de Biologie , 1902, t. L1V, p. 1 1 2/1 cl 1903, t. LV,
p. O20.
1
232
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sont inclus dans des leucocytes mononucléaires avaient sous les
yeux des cellules-hôtes arrondies. »
Dans ce groupe des Leucocytozoon arrondis, il n’existe pas,
rent la cellule-hôte comme un leucocyte (Sakharoff, Berest-
neff, Laveran et Lucet, Woodcock), on en trouve d’autres qui
admettent que cette cellule est une hématie (Laveran, Laveran
et Marullaz, França).
Cette divergence d’opinions s’explique par la difficulté qui
existe à trouver les formes les plus jeunes du parasite et par les
altérations profondes que les Leucocytozoon produisent de bonne
heure dans la cellule envahie.
Pour étudier la nature des cellules-hôtes, nous avons choisi
deux parasites, un Leucocytozoon à cellule fusiforme, type A, le
L. mathisi França, parasite d ' Accipiter nisus , et un Leucocytozoon
à cellule arrondie, type B, de L. mirandæ França, parasite de
Merula merula.
Ayant vu, comme nous l’avons déjà dit (i), que chez le Leuco¬
cytozoon du geai ( L . laver ani ), les infections les plus intenses se
trouvent chez les oiseaux encore au nid, nous avons, dans notre
étude sur les Leucocytozoon des deux types A et B, examiné des
oiseaux très jeunes et non infectés par d’autres Hæmocytozoa .
Nous avons pu vérifier avec la plus grande netteté que les deux
Leucocytozoon parasitent des hématies, qu’ils sont des érythro-
cytozoaires et que leur action sur les globules est très rapide et
très intense.
Immédiatement après la pénétration du parasite, le globule
présente des altérations d’une intensité telle qu’il est difficile de
reconnaître dans la cellule envahie une hématie.
Des Hæmocytozoa que nous connaissons, aucun n'a une action
nocive aussi rapide sur les globules envahis que les Leucocyto¬
zoon.
En étudiant le parasite arrondi de Merula merula, on voit
qu’il entre dans le globule sous la forme d’un petit bâtonnet
dont le noyau occupe l’une des extrémités. Le parasite rappelle
alors certaines formes des Theileria. Les globules envahis par ces
éléments (qui ne mesurent qu’un micron), ont encore la forme
(i) G. França, Leucocytozoon du geai, de l’épervier et de la bécasse, Bull.
Soc. Path. Exotique , t. V, 1912, p. 17.
233
Séance du i4 Avril 1910
d’une hématie et ses caractères tinctoriaux, mais leur noyau est
déjà arrondi.
Plus tard le parasite devient piriforme et son noyau est situé
à l’extrémité la plus large. Les globules, parasités par ces formes
jeunes ayant de i,5 à 2,2 p, se montrent très pauvres en hémo¬
globine ; leurs noyaux sont volumineux et arrondis. Malgré ces
altérations, 011 peut reconnaître encore dans de tels globules tous
les caractères des hématies.
Dans les phases suivantes, le Leucocijtozoon s’arrondit et son
noyau occupe le centre du cytoplasma. Les formes, ayant seule¬
ment 2,8 à 3 p de diamètre, habitent des cellules déjà si altérées
qu’il n’est pas facile de les reconnaître. L’hémoglobine a presque
entièrement disparu et le cytoplasma globulaire prend une cou¬
leur bleu pâle et présente des vacuoles. Le noyau du globule est
tellement hypertrophié que, par sa morphologie et ses caractères
tinctoriaux, il ne rappelle plus le noyau des érythrocytes.
Les formes un peu plus développées sont rondes et elles s’ados¬
sent au noyau arrondi de la cellule-hôte dans lequel elles creu¬
sent une dépression.
Cette phase, déjà relativement avancée, est celle que les auteurs
donnent généralement comme étant la plus jeune et ainsi il est
bien naturel qu’ils inclinent à croire que la cellule-hôte des
Leucocijtozoon est un leucocyte. En etfet, à cette phase du déve¬
loppement, le globule rouge a perdu tous ses caractères. Sa
forme est arrondie, le cytoplasma a une teinte bleuâtre plus ou
moins uniforme et le noyau, fortement altéré, a des caractères
qui le rapprochent de celui des leucocytes. Le processus de
vacuolisation s’accentue de telle façon que, quand le Leucocijto¬
zoon a atteint son développement complet, du cytoplasme globu¬
laire il ne reste plus qu’une enveloppe très mince qui finit par
devenir invisible. Le parasite semble alors être seulement enve¬
loppé par le noyau de la cellule-hôte qui entoure la plus grande
partie de sa circonférence.
Le Leucocijtozoon arrondi de Merula merula est un érythrocy-
tozoaire dont l’action sur la cellule-hôte est si rapide et si intense
qu’il est très difficile de reconnaître la nature de cette cellule.
Les Leucocijtozoon , parasitant des cellules à extrémités allon¬
gées et effilées, sont aussi des parasites des hématies comme nous
avons pu le vérifier en étudiant des animaux infectés par les for¬
mes jeunes du L. mathisi.
234
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A peine infecté, le globule, quoique ayant encore de l’hémo¬
globine, présente déjà des altérations accentuées. L’hématie
augmente de dimensions et prend une forme arrondie. Son noyau
augmente aussi de dimensions, se colore moins intensivement et
se déplace vers la périphérie. Le parasite, à cette phase de son
développement, est arrondi et de forme irrégulière.
Ultérieurement le Léacocijtozoon s'allonge, il devient vermicu-
laire et s’incurve, sa concavité étant tournée vers le noyau de la
cellule-hôte. Le cytoplasma de l’hématie est alors bleuâtre, et
son noyau, énormément hypertrophié, de forme ovale ou irrégu¬
lièrement triangulaire, ne rappelle plus le noyau des hématies.
Le parasite en croissant a tendance à occuper tout l'espace com¬
pris entre la surface et le noyau du globule. A ce moment on
ne voit pas encore, d’ordinaire, les curieux prolongements du
globule qui caractérisent si bien les Léacocijtozoon du type A et
le cytoplasma a une teinte bleuâtre qui ne rappelle pas du tout
la coloration du protoplasme des hématies produites par le
Giemsa.
Plus tard, encore chez des formes jeunes, mais un peu plus
avancées dans leur développement, les prolongements coniques
de la cellule-hôte apparaissent. L’ensemble (cellule -f- parasite)
présente alors la forme d’un chapeau tricorne.
Le cytoplasma globulaire conserve dans la partie moyenne la
teinte bleue que nous avons déjà mentionnée et prend vers les
deux extrémités une teinte rose qui rappelle bien celle des éry¬
throcytes.
Finalement, quand les gamètes ont atteint leur développement
complet, leur corps occupe toute la largeur du globule. Les
extrémités de la cellule hôte qui étaient coniques deviennent
très longues et effilées et son noyau s’aplatit entre le parasite
et la paroi du globule.
Le genre Léacocijtozoon comprend donc des Protozoaires qui,
quoique ayant des espèces de deux formes entièrement différen¬
tes, sont des parasites d’une même catégorie de cellules, des
hématies.
11 nous reste à analyser l'action si différente que les Leucocy-
tozoon des groupes A et B exercent sur la même sorte de glo¬
bules.
La forme spéciale que prennent les Léacocijtozoon arrondis est
235
Séance du 14 Avril 19 1 5
due à deux facteurs : la forme arrondie des gamètes et la vacuo¬
lisation précoce du cytoplasme du globule envahi.
Quant aux Leucocijtozoon qui, comme ceux de Accipiter nisus ,
habitent des cellules à extrémités allongées et effilées, ils n’ont
pas une action vacuolisante sur le globule et les extrémités de
celui-ci s’allongent et s’effilent à cause de la forme spéciale que
le parasite prend de bonne heure.
E11 effet le Protozoaire allongé et vermiforme a sa concavité
tournée vers le noyau du globule et il se trouve parfaitement
enserré entre celui-ci et la surface de sorte que ses mouve¬
ments (1) doivent déterminer un allongement dans la direction
de l’axe et la formation de deux expansions coniques. Naturel¬
lement, en même temps, la nutrition du Leucocijtozoon doit pro¬
duire une déshydratation de la substance du globule et alors les
extrémités déjà allongées de la cellule-hôte deviennent excessi¬
vement effilées.
Une autre particularité qui semble paradoxale, le fait que ces
extrémités coniques se teintent en rose dans les phases plus avan¬
cées du développement, doit trouver son explication dans ce pro¬
cessus de déshydratation, l’hémoglobine qui reste, se conden¬
sant.
Analysant les rares cas où d’autres hématozoaires détermi¬
nent un allongement fusiforme de la cellule-hôte, on arrive à la
conclusion que l’explication que nous venons de donner, doit
être vraie. De ces cas, le plus typique est celui figuré par VYenvon
dans la planche XIV de son travail (2). YVenyon décrit et figure
un gamète femelle de Hœrnocjstidium najæ qui habite une
hématie qui a pris tout à fait la forme des cellules-hôtes des
Leucocijtozoon du type A. Examinant ce gamète, on voit que,
exceptionnellement, sa forme est allongée et incurvée comme
(1) Les mouvements des Leucocijtozoon ont été décrits premièrement par
Wenyon et constatés par von Prowazek chez L. schüff neri et par Rodhain,
Pons, Van den Branden et Bequaert chez un Leucocijtozoon fusiforme du Fran-
colin au Katanga. «... en dehors de petites déformations à peine apprécia¬
bles à la surface du cytoplasme, des contractions en forme de vagues qui,
débutant au milieu du corps, courent tantôt vers une extrémité, tantôt vers
l’autre (*) ».
(’) J Rodhain, G. Pons, Van den Bkandkn et J. Bequaeiit. Leucocijtozoon in Rapp.
Travaux Mission Scientifique Katanga , Bruxelles, 1913, p. 1 54*
(2) Wenyon, toc. ait . — Voyez aussi A. Laveran et Salimueni, sur une Hémo¬
grégarine de Tupinambis teguixin} Acad, des Sc., 18 janvier 1909.
<
236 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
celle des Leucocytozoon et que, comme chez ceux-ci, sa conca¬
vité est tournée vers le noyau du globule qui est déplacé contre
la paroi globulaire.
Tout ce qui précède démontre, comme nous l’avons déjà
affirmé (i), que ce n’est pas le cellule-hôte qui détermine la con¬
figuration du parasite ; c'est la forme du parasite qui déter¬
mine celle de Ja cellule-hôte.
Du reste, l’examen des figures de Fantham du L. lovât/ , les
figures de Laveran et Nattan-Larrier du L. audieri , celles de
Mathis et Leger du L. sctbrazezi et mes observations sur L. math isi,
auraient suffi pour conduire à la même conclusion.
En effet les formes jeunes de tous ces parasites, des formes
vermiculaires, occupent des globules qui n'ont pas leurs extré¬
mités effilées; celles-ci s’allongent et s’effilent plus tard, quand
le parasite est adulte.
II. — La schizogonie des Leucocytozoon
Fantham (2) fut le premier auteur qui découvrit le processus
schizogonique d’un Leucocytozoon , celui de L. lovati. Dans des
frottis de la rate de deux La/jopus scoticus infectés par L. lovati
(. Leucocytozoon parasitant des cellules ayant des prolongements
effilés), il a pu trouver des formes de schizogonie qu’il a figurées
dans deux de ses travaux.
Les schizontes sont ovales, légèrement plus petits que les
gamétocytes et présentent un cytoplasme moins alvéolaire que
celui des macrogamétocytes. Leur noyau est rond et central.
Chez ces schizontes, il se fait une multiplication nucléaire
par une série de divisions binaires rapides, comme Fantham le
croit, et les noyaux fils émigrent vers la périphérie.
Le cytoplasme se condense autour de ces noyaux fils et ainsi
se constituent I2à20 mérozoïtes, de forme vermiculaire, légère¬
ment incurvée, qui mesurent 7 à 8 p de long sur i,5 p de large.
Les mérozoïtes s’échappent ensuite de l'enveloppe très mince
du schizonte et ils deviennent libres. Ces mérozoïtes pénètrent
bientôt dans les cellulesque Fantham suppose être des leucocytes
•
(1) G. França, Contribution à l’étude des Leucocytozoon des Oiseaux du Por¬
tugal. Bull. Soc. Path. Exotique , t. V, 1912, p. 83.
(2) II. B. Fantham, On the occurrence of schizogony in an Avian Leucocyto¬
zoon, L. lovati , parasitic in the Red Grouse, Lagôpus scoticus. Ann. Trop.
Med. and Parasilology, 1910, p. 255.
Séance du i4 Avril i g i 5 237
ou des érythroblastes et là ils commencent la phase trophique de
leur existence.
Fantham explique par la rapidité du processus la difficulté
qu’on a à trouver la schizogonie de L. lovali.
En 1913, J. Moldovan (i), étudiant le développement de
L. ziemanni (Laverais), a pu voir des formes appartenant au cycle
évolutif de cet hématozoaire. Dans des frottis du poumon et du
cerveau, il a vu des schizontes très grands ayant plus de
3o noyaux. Moldovan n'a pas pu voir la formation des méro-
zoïtes. Ces processus de multiplication se rapportent à des Leu¬
cocijtozoon du type A.
En 1914, Coles (2) décrit la schizogonie du Leucocijtozoon que
nous avons trouvé chez Turdus musicus (3). Ce Leucocijtozoon est
du type B. Coles a trouvé, principalement dans des frottis du
poumon, des grandes formes ayant un grand nombre de noyaux
qu’il considère justement comme des schizontes en division.
Nous avons cherché pendantdes années le processus schizogo-
nique de quelques Leucocijtozoon du Portugal. Malgré les très
nombreuses observations faites pendant les différentes saisons,
chez des adultes et chez des jeunes, une seule fois nous avons
réussi à trouver quelques phases de ce processus.
Il s’agissait d’un jeune merle largement infecté par L. miran-
dœ , parasite du type B, c’est-à-dire arrondi. Dans des frottis
du poumon, nous avons trouvé, à côté de nombreux gamètes,
quelques schizontes très volumineux, de dimensions bien supé¬
rieures à celles des plus grands gamètes, ayant des noyaux aux
premières phases d’une division caryocinétiq ue. Nous avons vu
des formes avec plaque équatoriale très nette, d’autres ayant
déjà une double couronne équatoriale, et quelques rares exem¬
plaires ayant une double couronne polaire.
Ces schizontes mesurent 27 à 3o p de diamètre, le noyau ellip¬
tique en division mesure 11 p dans son plus grand axe. Dans
les autres organes de l’animal infecté, nous n’avons pas trouvé
de formes de schizogonie.
Tandis que nos observations sur L. mirandœ nous ont montré
(1) J. Moldovan, Untersuchungen über den Zeugungskreise des Leucocij¬
tozoon ziemanni (Laveran). Arc/i. f. Protistenk., 1 g 1 4? p- 1 2 349-
(2) Alfred Coles, Blood Parasites found in Mammals, Birds and Fisches in
England. Parasitotogy , vol. VII, 1914, P- 44-
(3) C. França, Contribution à l’étude des Leucocijtozoon des Oiseaux du
Portugal (Troisième Note). Bull. Soc. Path. Exotique , 1912, p. 173.
238 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
les premières phases du processus de schizogonie des Lencocijto¬
zoon , les observations de Fantham ont mis en évidence les der¬
nières phases et celles de Moldovan et de Coles ont fait connaî¬
tre les phases intermédiaires de ce même processus.
De ces différentes observations, nous pouvons conclure que :
a) la schizogonie des Lencocijtozoon se passe dans les organes
internes, la rate (Fantiiam) ou le poumon (Moldovan, Coles et
França), et qu'elle donne naissance à un grand nombre de
mërozoïtes (Fantham, .Moldovan et Coles) ;
b) que le schizonte ne possède pas de paroi kystique;
c) que le processus schizogonique se fait simultanément chez
tous les schizontes, de sorte que, chez un animal infecté et dont
les Lencocijtozoon sont en schizogonie, on ne trouve d’ordinaire
que les mêmes phases du processus de multiplication ;
d) l'augmentation périodique des gamètes du L. canlleriji dans
le sang phériphérique de son hôte, fait mis en évidence par
Mathis et Leger (i), a son explication dans ce processus schizogo¬
nique.
III. — Le genre Lencocijtozoon et ses caractères
La création du genre Lencocijtozoon est attribuée à tort à Dani-
lewsky. Ce savant a employé, en 1889, le mot Lencocijtozoon pour
désigner les parasites ayant leur siège dans les leucocytes, sans
créer, sous ce titre, un genre bien défini (Laveran). Dans une
publication ultérieure, Danilewsky emploie le mot Lencocijtozoon
pour les mêmes parasites aviaires qu’il avait décrits auparavant,
mais sans lui donner la précision d’une désignation générique.
Comme désignation de genre, il a été premièrement employé,
comme le dit Wenyon (2), par Ziemann en 1898. Ziemann en effet
décrit le parasite d'Athene noctua sous le nom de Lencocijtozoon
Danilewskyi , établissant ainsi que ce parasite est l’espèce type
du nouveau genre Lencocijtozoon.
Depuis lors, comme Laveran et Marullaz le font remarquer (3),
on a appliqué la dénomination de Lencocijtozoon à des Proto¬
zoaires qui appartiennent à des genres différents.
(r) G. Mathis et M. Leger. Recherches de Parasitologie et de Pathologie
humaines et animales au Tonkin. Paris, 1 9 1 1 , p 3o3.
(2) C. M. Wenyon. Sorne remarks on the genus Leucocytozoon. The Para-
sitoloqy , vol. III, 1910, p 63.
(3) A: Laveran et M. Marullaz. Sur deux Hémamibes et un Toxoplasme du
Liothrix tuteus . Bull. Soc. Path. Exotique , 1914, p* 23.
Séance du it\ Avril igi5
239
Les caractères de ce genre ne soiil cependant pas difficiles à
établir, ce qui prouve qu’il s’agit d’un genre qu’on doit conser¬
ver quoique le nom ait été mal choisi. Les règles de la nomen¬
clature zoologique ne permettent pas qu’il soit remplacé par un
autre plus approprié.
Les Leucocytozoon sont des Hœmocijtozoa aviaires présentant
un dimorphisme sexuel très net. Dans le sang phériphérique,
on observe seulement des gamètes adultes et des formes en voie
de développement.
Les gamètes adultes se présentent, selon les espèces, sous deux
formes bien caractérisées par leur morphologie et par l’action
qu’elles exercent sur la cellule-hôte : un des types donne au
globule parasité la forme arrondie, l’autre lui donne l’aspect
fusiforme.
Les caractères structuraux de ces deux types sont cependant
d’une grande concordance et ils peuvent être réunis dans la défi¬
nition du genre.
Les macrogamétocytes arrondis (type B) ou ovalaires (type A)
ont un protoplasma granuleux se colorant fortement en bleu
par la méthode de Romanovsky. Leur noyau arrondi est constitué
par un amas de granulations dont l’une, plus volumineuse, intra
ou extra-nucléaire, a, par ses dimensions et ses caractères tinc¬
toriaux, une grande analogie avec un blépharoplaste. Cette res¬
semblance a été sans doute ce qui a contribué le plus, comme
le dit Woodcock (i), à la théorie soutenue parScuAUDiNN et d'au¬
tres de la relation ontogénétiq ue entre quelques parasites endo-
cell ulaires et les trypanosomes.
Les formes masculines, les microgamétocytes , sont également
arrondies ou ovalaires, selon le type du Leucocytozoon ; il sont un
cytoplasme moins abondant et prennent par la méthode de
Romanovsky une teinte violacée. Le noyau allongé, assez volu¬
mineux et d’ordinaire elliptique ou irrégulier ne possède pas
de caryosome (blépharoplaste de Schaudinn) et n’a pas les gra¬
nulations de chromatine qu’on voit dans les macrogamétocytes.
Les Leucocytozoon sont dépourvus de pigment mélanique. La
seule exception q ui existe, cel le du L. majoris Laveran, n’infirme
pas la règle puisque cette espèce peut aussi n’avoir pas de pig-
(i) H. M. Woodcock. Noies on sporozoa, IV, The nuclear structure of Leuco¬
cytozoon and Halteridium, The Quarterly Journal Microscop. Science , 1912,
p. 23l.
240
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ment et d’ordinaire n’en possède pas. Chez i5 Parus infectés
par le Leucocytozoon de Laveran, nous avons trouvé des formes
pigmentées seulement chez un de ces oiseaux.
Les microgamétocytes des Leucocytozoon donnent origine à
des microgamètes fîagelliformes entièrement semblables à ceux
des Plasmodium.
Ces gamètes mâles vont féconder un gamète femelle qui se
transforme en zygote mobile, en oocinète (Schaudinn, Coles) qui
se distingue de celui des hématozoaires du paludisme par ses
dimensions et par l’absence de pigment.
Le processus schizogonique se passe, comme nous Pavons vu,
dans les organes internes et il donne origine à un grand nombre
de mérozoïtes.
Le genre Leucocytozoon a sa place dans la famille des Hæma-
mœbidæ Ross 1899 à côté des genres Plasmodium, Lcwerania ,
Hæmoproteus , Proteosoma , et Hæmocystidium. Tous ces genres
sont bien caractérisés et leur groupement dans la famille des
Hæmamœbidæ , de l’ordre Iiæmosporidia , s’impose.
Mars 1915.
Z'M. A. Laveran. — Je suis d’accord avecM. França sur plusieurs
points ; je crois notamment, comme lui, que l’hôte ordinaire des
hémamibes du type de H. Ziemanni est l’hématie; je l’ai écrit à
plusieurs reprises depuis 1902; mais je ne puis pas partager
l’opinion de notre collègue lorsqu’il dit que Phémamibe de
Athene noctua doit porter le nom de Leucocytozoon Danilewskyi.
M. França est, comme moi, d’avis que Danilewsky qui a
employé en 1889 le mot Leucocytozoa pour désigner, d’une façon
générale, les parasites ayant leur siège dans les leucocytes ( 1 ),
n’a pas créé le genre Leucocytozoon. D’après lui, et d’après
Wenyon auquel il s’en réfère, c’est H. Ziemann qui, dans son
ouvrage intitulé : U eber malaria und andere Blutparasiten , Iéna,
1898, aurait créé le genre Leucocytozoon et l’espèce L. Dani¬
lewskyi.
En me reportant à l’ouvrage de Ziemann, j’ai vu (p. 128) que
le titre du chapitre relatif à l’hématozoaire de Athene noctua est
suivi des mots : (Das sogenannte Leucocytozoen Danilewskyi ?),
entre parenthèses et avec un point d’interrogation, ce qui veut
(1) A. Laveran et M. Marullaz, fiullet. delà Soc. de path. exotique, 191/4,
t. VII, p. 24.
241
Séance du i4 Avril i g i 5
dire évidemment que l’auteur pose la question de savoir si le
parasite vu par lui est bien le même que celui déjà vu par Dani-
lewsky.
Page i3o, Ziemann écrit au sujet du parasite de Athene noctua ;
« Die spâtere Bezeichnung und Einreihung in das zoologishe
System wollen wir den Zoologen überlassen », ce qui prouve
bien qu’il n’a voulu créer ni le genre Leucocijtozoon , ni l’espèce
L. Danilewskyi.
En 1902, j’ai proposé de donner au parasite de Athene noctua
le nom de Hæmamœba Ziemanni qui, à mon avis, doit préva¬
loir (1) ; si même on conserve le nom, très mauvais, de Leucocy¬
tozoon , il faut écrire : L. Ziemanni { Laveran) et non L. Danilews¬
kyi (Ziemann).
•V . '
‘ * • ’ I * « . \ J. * . * ’ * * .. .
Sur la position systématique des Hémosporidies.
Par F. MESNIL
Le mémoire présenté par notre collègue França sur le genre
Leucocytozoon , qu’il termine en donnant son opinion sur la
position systématique de ce genre, m’incite à présenter quelques
remarques sur les Hémosporidies en général.
En Létat actuel de nos connaissances, je crois, comme França,
qu’il faut réunir dans une même famille, celle des Plasmodiidæ ,
les Leucocytozoon aux divers hématozoaires endoglobulaires pig¬
mentés, parasites de l’homme et de plusieurs mammifères, des
oiseaux, des reptiles.
Les genres Plasmodium (inclus. Laverania et Proteosoma) et
Hæmoproteus (Halte ridi uni) sont extrêmement voisins : Helen
Aoie (2), aux Indes, vient en effet de montrer que la sporogonie
de V Hæmoproteus columbœ chez les Lynchia ^que l’on sait être les
hôtes invertébrés de cet hématozoaire depuis les travaux de Edm.
et Et. Sergent, suivis de ceux de Beaurepaire-Aragao) est cal¬
quée sur celle des hématozoaires humains ou des Proteosoma
des moineaux. 11 y a néanmoins intérêt, croyons-nous, à conser-
(1) A. Laveran, C. R. Soc. de Biologie , t. 54, p- 1124 et t. 55, p. 620.
(2) Helen Adie, Indian Journ. of med Res., t. II, janv. 1 9 1 5, p. 671.
242
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ver Hæmoproteas au moins comme sous genre, en raison de l’ha¬
bitus si caractéristique dans le sang circulant de l’oiseau.
On est moins avancé en ce qui concerne le genre Leucocijtozoon
puisqu’on ne connaît, avec certitude, que le stade initial de la
sporogonie, l’ookinète. Mais, dans ce cas encore, l’habitus dans
le sang de l’oiseau rendra toujours utile la conservation de cette
coupure.
Quant au genre Hœmocystidium , créé pour désigner des héma¬
tozoaires pigmentés des Reptiles, et qui englobe tous ceux qui
ont été signalés à ce jour, il est, à notre avis, encore trop mal
connu pour qu’on soit fixé sur sa validité et en tout cas pour
être comparé aux genres précédents.
França parle de l’ordre des Hémosporidies ; il entend sans
doute par ce terme la réunion des trois familles Plasmocliidæ
(ou Hæmamœbidæ ), Hœmogregarinidœ et Piroplasmidæ. Je crois
que, en l’état actuel de nos connaissances, un pareil groupe¬
ment n'est plus possible.
La nature coccidienne des hémogrégarines est généralement
admise maintenant. Pour ce qui concerne les Plcismodiidœ , il y
a une tendance actuelle manifeste à abandonner la conception
de Schaudinn de relations ontogénétiques avec des trypanoso¬
mes, et à revenir à une conception plus ancienne, qui fut aussi
celle de Schaudinn, et que, pour notre part, nous avons déve¬
loppée en 1899 (r) • naîure coccidienne de ces organismes.
Or, avec les progrès de nos connaissances sur l’évolution des
Coccidies, on s’est rendu compte qu’en se basant sur les phé¬
nomènes sexuels, on arrivait à distinguer deux séries naturelles
suivant que la fécondation est du type Adelea (microgamétocyte
venant s’accoler au macrogamète et donnant généralement
quatre microgamètes trapus et peu mobiles), ou du type Eimeria
(= Coccidium) (microgamètes très mobiles se formant loin du
macrogamète). La dernière classification de Léger (2) est basée sur
ce principe. Les Hémogrégarines y figurent à la série Adeleidea,
comme famille caractérisée par une spore octozoïque. Gela n’est
vrai que pour l’espèce type du genre, H. stepanowi (d’après
Reichenow) et pour H. nicoriœ (d’après miss Robertson). 11
faudra sans doute élargir la conception de la famille pour y
(1) Mesnil, Revue générale des Sciences, i5 avril 1899; et Cinquantenaire
Soc. de Biol., vol. jubil., p. 258.
(2) L. Léger, Arch. f. Protistenk , t. XXII, 1911, p. 71.
Séance du i4 Avril i 9 i 5
classer des genres comme Karyolysus dont la spore unique
renferme 2o-3o sporozoïtes (cf. Legerellidœ ) et créer une famille
nouvelle pour les Hepatozoon (comprenant provisoirement
H . perniciosum, H. gerbilli, H. canis, l'hémogrégarine des tsétsés
décrite par Chatton et Roubaud), dont la fécondation est sans
doute aussi du type Adelea , mais où il y a n spores polyzoïques.
Si, maintenant, nous voulons englober dans les Coccidies les
Plasmo d iidœ , n o u s d e v o n s d’ a b o rd re m a rq u e r q u e 1 e u r f é co 11 d a ti o n
est du type eimérien. Ils ne font donc pas partie de la série Adelei -
deci comme les hémogrégarines, mais de la série Eirneridea et,
dans le système de Léger, ils formeraient une famille spéciale de
polyzoica à spore unique (1).
Les Plasrnodiidœ se trouvent donc assez éloignés des Llétno-
grégarines (2).
Il paraît en être de même des Piroplasmes si l’on s’en rapporte
aux travaux de Christophers pour les piroplasmes proprement
dits ( P . canis ) et à ceux de Gonder pour les Theileria. Le type
est spécial, ni eimérien ni adéléen, peut-être plus voisin de ce
dernier (3).
fi) Nous ne comprenons pas pourquoi Doflein, qui admet les affinités des
Hémosporidies et des Coccidies, et qui, dans la dernière édition ( 1 9 1 1 )
de son Lehrbuch der Protozoenkunde, adopte le système de Léger, place les
genres Hæmoproteus et Leucocytozoon à côté des Hémogrégarines, alors que
les autres genres comprenant des hématozoaires pigmentés, constituent un
sous-ordre de Coccidiomorpha , équivalent au sous ordre Coccidies. Reiche-
now, pour Leucocytosoon, parle d’hémogrégarines eimériennes (Handbuch
der Pcithogenen Protozoen , t. II.)
(2) Un certain nombre, au moins, d’hémogrégarines, ont, comme les Plas-
modiidœ , un stade ookinète. C’est là, à notre avis, un caractère purement
d'adaptation à l'existence d’un hôte invertébré dont les parois digestives sont
traversées par l’œuf fécondé.
(3) Puisque j’ai été amené à parler des Piroplasmes, on me permettra de
dire quelques mots d’une question de nomenclature et de priorité. Le nom
Piroplasma date de i8g5 ; il a été donné pour remplacer Pirosoma et Apio -
soma, préalablement proposés, mais qui étaient préoccupés. Pendant quel¬
ques années, Piroplasma a été universellement employé. Mais, en réalité,
d’autres noms de genres avaient été proposés antérieurement : Hœmatococcus
par Babes, qui a signalé dès 1888 les formes endoglobulaires, mais y a joint
des cocci de cultures impures, puis Babesia par Starcovici en 1893. Hœmato¬
coccus fut vile abandonné, car il désignait déjà une algue. A propos de
Babesia , nous écrivions en iqo3 {Bull. Inst. Pasteur , t. I, note de la p. 479) •
« Ce nom de genre a évidemment la priorité sur Piroplasma. Néanmoins,
comme ce dernier est, à l’heure actuelle, universellement adopté, non seule¬
ment par les zoologistes, mais encore par les vétérinaires et les microbiolo¬
gistes, il y aurait, à notre sens, grave inconvénient à le supprimer. » Depuis
lors, les auteurs ont les uns continué à employer Piroplasma , d’autres se
244 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En somme, les Hémosporidies, ou mieux Hémocylozoaires (ce
nom de Danilewsky étant le plus ancien et n’impliquant pas
l’idée d’un ordre de Sporozoaires comme Sarcosporidies), consti¬
tuent un ensemble hétérogène qui n’ont de caractères communs
que les caractères généraux des Goccidies. Ce groupement ne
peut être conservé dans le syslème des Protozoaires; mais on
peut continuer à dire hémocytozoaire pour désigner les proto¬
zoaires qui ont un stade dans les hématies (et ce groupement
comprendra par ex. : les Endotrypanum, qui ont une structure
crithidienne), commè on peut dire leucocytozoaire pour ceux
qui ont un stade in traleucocytaire (et les Leucocytozoon n’en
feraient pas partie s’il faut admettre, avec França, qu’ils sont
tous parasites des hématies), ou encore hémoprotozoaire, héma¬
tozoaire. Il sera seulement bien entendu que ces termes n’ont
pas de valeur taxonomique,
sont servis de Babesia. Or, récemment, Chalmers et Archibald (, Journ . of trop.
Med., 2 nov. 1914? p- 323) ont fait remarquer que le nom de genre Babesia
avait déjà été employé pour désigner des bactéries par Trevisan en 1889; ce
à quoi Leiper (même Journal, 1 janv. 1916. p. 7) a répondu que la nomen¬
clature zoologique étant indépendante de la nomenclature botanique, Babesia
pouvait encore désigner un protozoaire. On peut d’abord faire remarquer que
Babesia a été employé par Starcovici pour désigner un être intermédiaire
entre un végétal et un animal. Si l’on admettait l'opinion de Leiper, ce n’est
pas Babesia qui devrait avoir la priorité, mais JJœmatococcus qui n’a été
éliminé que parce qu’il désignait déjà un végétal. Pour ma part, j’estime
qu’il est préférable de ne jamais employer deux fois le même nom de genre
parmi les Protistes, même si l'un désigne un véritable protozoaire et l’autre
un véritable prolophyte. Cette opinion, que j’exprimais tout récemment, à
propos du nom de genre à donner au parasite de la syphilis, a été également
formulée, au sujet du même parasite, en 1912, par Duboscq et Lebailly. Nous
continuerons donc à dire Piroplasma.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO ç
Séance du 12 mai 1915
FAGES
A PROPOS DU PROCÈS-VERBAL
L. Bertrand — Parasitisme intestinal en Cochinchine . 245
COMMUNICATIONS
A Boquet et L. Nègre. — Sur l’évolution du parasite de la lymphangite
épizootique chez le cheval . 248
A. Dubois et F. Van den Branden. — La réaction de Boveri dans la try¬
panosomiase humaine . 261
E. Jeanselme et A. Vernes. — Réaction de Wassermann et réaction
d’Eitner chez les syphilitiques et les lépreux . 259
A. Laveran et G. Franchinl — Au sujet d’un Herpetomonas de Cteno-
psylla musculi et de sa culture . 266
Jean Legendre. — Destruction des poux de corps par le crésyl et le
brossage . 280
C. Mathis et R. Baujeàn. — La réaction de Wassermann dans la lèpre. 252
Voir la suite du sommaire page III de la couverture
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Il
C. MathispI P. Heymann. — La réaction de Wassermann dansle paludisme 258
Ch. Nicolle — Le rôle des moustiques dans la transmission du’paludis-
me suspecté en 1774 . . 279
A. Railliet et A. Henry. — Sur les Nématodes du genre Goezia Zeder. 270
J. Rodhaln. — Note sur la ponte des Œstrides des genres Gyrostigma et
Cobboldia . 275
Edm. Sergent et Jean Poujol. — L’infection tuberculeuse chez les indi¬
gènes de la région d'Aïn-Bessem (Tell Algérois). . . . » . . . 25o
Erratum : note Ch. Nicolle . 283
MÉMOIRES
P. Delanoë. — Des variations du pouvoir infectieux et de la virulence
de Trypanosoma dimorphon L. et M . . 3 1 4
A. Laveran. — Leishmaniose américaine de la peau et des muqueuses. 284
J. Ringenbach et Guyomarc’h. — Notes de géographie médicale de la
Section française de la Mission de délimitation Afrique équatoriale
française —Cameroun en 1912-1913 : Maladies du tube digestif; mala¬
dies cutanées: appareils locomoteur, circulatoire, nerveux, génito-
urinaire; affections des organes des sens; intoxications; envenima¬
tions; affections chirurgicales . 3oi
F. Van den Branden et A. Dubois. — L’Amibiase et son traitement par
l’émétine à l’hôpital des Noirs de Léopoldville . 332
R. Van Saceghem. — Expériences sur le traitement des trypanosomiases
animales . 339
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Huitième année
i 9 1 5
N° 5.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 12 MAI I (J I 5 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
A propos du procès-verbal
Parasitisme intestinal en Cochinchine (Note de M. Noc)
Par L. BERTRAND.
La statistique est le triomphe du « vice versa ».
La dysenterie et l’abcès du foie en sont un exemple, à l’ana¬
lyse de leurs relations pathogéniques :
Recherche-t-on combien de cas de dysenterie, sur n enregis¬
trés, sont compliqués d’abcès du foie, c’est tout juste si l’on
arrive au chiffre global de 25 o/o ; constatation qui fut celle
des médecins anglais de l'Inde et ne plaide pas en faveur de la
doctrine d’après laquelle la dysenterie serait la cause usuelle de
l’hépatite suppurée.
Renverse-t-on les termes du problème de statistique et prend
on pour point de départ, non le chiffre des dysenteries, mais
celui des abcès du foie, les choses changent :
Nous trouvons ainsi, Fontan. et moi, à l’hôpital Saint-Mandrier,
la proportion imposante de 77 cas 0/0 d’abcès hépatique pré-
18
246
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
cédés de dysenterie, coïncidant cliniquement avec elle ou por¬
tant « post mortem » sa signature intestinale.
Or, comme le font observer Kelsch et Kiener qui, par l’ana¬
lyse de 3 1 4 faits complets d’abcès hépatiques utilisables pour la
statistique, arrivent, de leur côté, au chiffre proportionnel de
75 0/0, c’est sur un rapport plus faible (5o à 60 0/0) que Bouil-
laud, dans ses célèbres recherches sur le rhumatisme articulaire
et le rhumatisme , a fondé la loi de la coïncidence et l’identité de
nature des deux affections.
Les observations de la note présentée par M. Noc à la « Société
de Pathologie exotique » dans sa séance du i4 avril dernier,
comportent une alternative de même ordre :
Sur environ 4oo cas de dysenterie ou de diarrhée, en Cochin-
chine, l’auteur et son camarade, M. Brau, ne rencontrent Van -
guillule de Normand, que 4 fois ; constatation qui, par elle-
même, est d’un médiocre intérêt au point de vue pathogénique.
Mais, dans chacun de ces 4 cas, soit 4 fois sur 4> 1 ’anguillule
s’est montrée accompagnée d 'amibes, d’où l’on peut conclure
qu’il 11’y a eu, dans aucun cas, parasitisme anguillulaire sans
infestation dysentérique concomitante.
Or tel est en l’espèce le point de vue auquel il convient de se
placer, la question étant de savoir s'il existe en Cochinchine une
diarrhée chronique fonction de la seule anguillule intestinale.
Ainsi serait fourni, par la parasitologie, un argument de plus
à la synthèse que, sous le nom d’ « entéro-colite chronique endé¬
mique des pays chauds », nous avons faite des affections dites
diarrhée et dysenterie chroniques de ces régions, synthèse fon¬
dée sur l'étude des commémoratifs, la clinique et l’anatomie
pathologique.
Normand, qui a découvert l’anguillule et la considérait comme
spécifique dans la diarrhée chronique de Cochinchine, 11e s’est
jamais, que je sache, préoccupé beaucoup de savoir, comme
nous l’avons fait ultérieurement, combien pour cent de ses
diarrhéiques cochinchinois étaient d’anciens dysentériques ;
mais il était trop bon observateur pour ne pas voir et noter la
fréquente apparition de selles mucoso- sanguinolentes avec ténes¬
mes au cours de la diarrhée chronique dont ces hommes étaient
réputés atteints. Ces accidents étaient, pour lui, moins des
manifestations dysentériques légitimes que des « crises dysenté-
Séance du 12 Mai 1910
247
riformes » ressortissant à une « colite » dont l’agent pathogène
serait, me disait-il, Yamœbe du colon.
II convient de remarquer, à ce propos, qu’à l’époque en ques¬
tion (vers i885), la doctrine moderne des dysenteries n’était pas
fondée; sans négliger de rappeler que notre ancien camarade
n’est pas seulement celui qui a découvert l’anguillule sous ses
deux états ( stercoralis et intestinalis ) : mais encore qu’il est,
après Loesch, dont il ignorait les travaux, le premier médecin
qui ait vu, dans les produits de l’intestin, l'amibe dysentérique.
Il a pris, il est vrai, pour des paramécies, les corpuscules
qu’il a décrits dans son mémoire de 1879 ( Note sur deux cas de
colite parasitaire. Arch. de méd. navale, septembre). Mais il a,
par la suite, reconnu son erreur et d’ailleurs les dessins dont il
a illustré le texte du mémoire en question sont absolument
démonstratifs. Il s’agit, bien réellement, d 'amibes.
248
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Sur l’évolution du parasite de la
lymphangite épizootique chez le cheval
Par A. BOOUET et L. NÈGRE.
Dans deux notes précédentes (i), nous avons exposé nos obser¬
vations sur la culture du cryptocoque de Rivolta. Poursuivant
ces recherches, nous avons tenté d’inoculer au cheval, par voie
sous-cutanée, intradermique et intraveineuse, des cultures pures
des septième et neuvième passages, renfermant exclusivement
les formes végétatives que nous avons décrites, mais nous
n’avons pu encore reproduire les lésions caractéristiques de la
lymphangite épizootique.
Toutefois,, nous avons obtenu un résultat qui comporterait
une vérification et des recherches plus approfondies, mais que
nous croyons devoir signaler dès maintenant en attendant que
nous puissions reprendre ces études interrompues par les évé¬
nements actuels.
Un cheval, n’ayant jamais présenté aucun signe de lymphan¬
gite épizootique, est soumis en divers points du corps à une
inoculation sous-cutanée et intradermique de culture. Aucun
symptôme n’ayant été observé dans les deux mois qui suivirent
ces inoculations, l’animal reçut dans la veine i cc. d'une même
culture (eau de condensation d’un tube de sérum coagulé, comme
précédemment). Trois semaines après, un œdème apparut sur
l’avant-bras, à i5 centimètres environ au-dessous d’un des points
de l’inoculation intradermique. Cet œdème persista pendant
six jours et après sa disparition on remarqua dans la même
région une légère dépilation et un soulèvement épidermique de
6 à 7 mm. de diamètre.
(i) Bail. Soc. Pat/i. exot., t. VII, n. G, io juin i g 1 4^ p- 4^4-
Bull. Soc. Path. exot., t. VIII, n. 2, 10 février iqi5, p. 49-
Séance du 12 Mai 1 9 1 5
249
L’examen microscopique de cet épiderme, broyé entre deux
lames de verre, décela les éléments suivants en petit nombre :
i° Des cryplocoques typiques caractérisés par leurs dimensions
de 3 à 4 leur forme en citron, le corpuscule mobile inclus
dans leur protoplasme, et leur double coque très réfringente.
20 Des formes arrondies de 5 à 6 p. semblables en tous points à
celles qui apparaissent au début de la culture du cryptocoque.
Ces formes se trouvaient réunies en amas de 10 à i5 éléments :
véritables colonies microscopiques telles qu’on les observe sur
les milieux artificiels. Certaines d’entre elles étaient en voie de
bourgeonnement.
3° De courts filaments mycéliens à protoplasma finement gra¬
nuleux, enveloppé d’une membrane à double contour et dont
l’une des extrémités était renflée en une grosse cellule identique
aux chlamydospores terminales des cultures.
Dans la suite, cette lésion épidermique se cicatrisa normale¬
ment, et, en aucun point de la surface de la peau, nous n’avons
pu retrouver les mêmes éléments.
Il serait prématuré d’établir une relation entre ces observa¬
tions et les inoculations pratiquées, étant donné surtout que les
cryptocoques n’ont pas gagné les tissus profonds, mais, de ces
constatations et de nos recherches antérieures, nous pouvons
tirer les conclusions suivantes :
i° Le cryptocoque se développe en culture d’abord sous la
forme de cellules rondes et de filaments mycéliens avec chlamy¬
dospores, puis sous la forme d’éléments de 4 à 6 de diamètre,
à contours irréguliers, limités par une double coque épaissie et
particulièrement réfringente, à protoplasma peu granuleux et
dépourvu de gouttelettes d’huile. Ces derniers éléments, les
seuls que nous ayons pu repiquer en séries, se multiplient par
division transversale et sont, de par les caractères précédents,
assimilables à des oïdies ou arthrospores.
20 Le parasite de la lymphangite épizootique se retrouve dans
l’épiderme du cheval sous la forme de cellules rondes et de
filaments mycéliens avec chlamydospores identiques aux éléments
qui apparaissent en premier lieu dans les cultures.
3° Le cryptocoque prend naissance chez le cheval par bour¬
geonnement des cellules rondes.
250
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Dans les conditions naturelles de l’infection, il est probable
que les formes levures issues des cellules rondes pénètrent à la
suite d’un traumatisme dans le réseau lymphatique superficiel où
elles se multiplient par bourgeonnement en déterminant les
lésions spécifiques de la lymphangite épizootique. L’agent causal
de cette maladie serait un champignon saprophyte répandu dans
le milieu extérieur, comme les agents des autres affections myco¬
siques. II ne manifesterait ses propriétés pathogènes que dans
des conditions que nous n’avons pas encore pu préciser.
[Institut Pasteur cT Algérie).
L’infection tuberculeuse chez les indigènes
de la région d’Aïn-Bessem (Tell Algérois).
Par Edmond SERGENT et Jean POUJOL.
L’Institut Pasteur poursuit une enquête, sur la répartition de
Tinfeclion tuberculeuse parmi les indigènes de l’Algérie, au
moyen de la cutiréaction à la tuberculine.
Dans le Tell , Edm. Sergent et Benoît trouvent des chiffres
variant de 32,6 o/o (dans les montagnes de l’Atlas) à 56, i o/o
(dans un gros bourg de la plaine européanisée de la Mitidja) ( i).
L. Parrot compte dans la plaine de Bône (Tell Constantinois)
24,9 0/0 cutiréactions positives (2).
Au Sahara, Sergent et Foley trouvent des pourcentages très
élevés chez les indigènes du Souf (Sud-Conslanlinois) qui sont
depuis longtemps en contact avec les Européens (5o,3 0/0 chez
les enfants, Si, 5 0/0 chez les adultes, 63,7 en moyenne) (3).
Mais ils constatent un pourcentage très bas chez les popula¬
tions sahariennes en contact depuis peu de temps avec les Euro¬
péens — 9,60/0 seulement dans la région de Figuig (Sud-Oranais
et Sud-Marocain) (4).
Nous avons procédé à la même recherche, et suivant la même
technique, parmi les populations indigènes, de langue arabe,
(1) fiu/t. Soc. Méd. Alger, 1912, n° 3.
(2) Bull. Soc. Path. exot., t. V, n° 10, 11 déc. 1912, p. 852.
(3) Bull. Soc. Path. exot., t. VII, n° 5, i3 mai 1914, pp. 41 2 3 47_429*
(4) Bull. Soc. Méd. Alger , 1912, ijo 3.
Séance du 12 Mai 1 9 1 5 251
qui habitent la région d’Aïn-Bessem. Cette région, située dans
le Tell, au Sud-Ouest de la grande Kabyüe, est formée de peti¬
tes montagnes qui atteignent 1.800 mètres, et de vallées peu
accidentées entre 600 et 800 mètres d’altitude.
Les indigènes soumis à la cutiréaction sont les clients de
notre infirmerie indigène, villageois et ruraux, agriculteurs
sédentaires des environs, hospitalisés pou r différentes maladies.
Le tableau ci-dessous donne les résultats des réactions tuber¬
culiniques classées suivant l’âge et suivant le sexe.
Les enfants ont réagi à la tuberculine dans la proportion
de 5o 0/0, les adultes dans celle de 69,4 0/0 (ensemble 67,7 0/0).
(Rappelons qu’à Lille il y a chez les enfants 58 0/0 de réactions
positives, chez les adultes 87,7 0/0).
Le sexe féminin présente une proportion d’infectés plus
élevée (70,1 0/0) que le sexe masculin (66, o3 0/0). Parrot a vu
aussi, dans le Tell Gonstantinois, que les filles étaient plus infec¬
tées que les garçons.
(. Institut Pasteur cl Algérie).
252
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La Réaction de Wassermann dans la lèpre
Par C. MATHIS et R. BAUJEAN.
L’application de la Réaction de Wassermann aux lépreux a
fait, depuis 1906, l’objet de nombreuses recherches et la majo¬
rité des auteurs, pour ne pas dire la presque totalité, s’accorde
à dire qu’elle est souvent positive chez ces malades.
Eitner (1906), Welchselmann et Meier (1908), Levaditi et
Yamanouchi (1908), les premiers, signalèrent que bon obtient
la déviation du complément avec le sérum des lépreux en
employant les mêmes antigènes que dans la réaction de Wasser¬
mann. Slatineanu et Danielopolu (i9o8),Meter et Bauer (1908),
Jundell, Almkvist et Sandmann (1908), Gaucher et Abrami ( 1908),
Brüch et Gessner (1909), EiiLERset Bourret ( 1909), Serra (1909),
Babes etc... constatèrent également la fréquence des résultats
positifs. Cependant Akerberg, Almkvist et Jundell (1910) décla¬
rèrent que la Réaction de Wassermann n’est guère positive que
dans i5 0/0 des cas chez les lépreux. Dans une revue sur ce
sujet, parue dans la Presse médicale du 27 juillet 1912,
p. 63 1 (1), Jeanselme, après avoir résumé les travaux de ses
prédécesseurs, conclut, en s’appuyant sur ses propres recher¬
ches faites en collaboration avec Vernes (7 lépreux examinés :
3 W 4 W — ) que la Réaction de Wassermann est ordinai¬
rement positive dans la lèpre. Les recherches plus récentes de
Photinos et Michaelides (1910) (examen de 204 lépreux crétois,
56,3 0/0 de résultats positifs), de Rocamora (1912), de Schüffner
(1912), de Lagane et Colombier (1913), aboutissent également à
la conclusion que la Réaction de Wassermann est fréquemment
positive dans la lèpre.
★
* *
Ayant eu, au Tonkin, de nombreux lépreux à notre disposi¬
tion, nous avons pratiqué, avec le sérum d’un certain nombre
d’entre eux, la Réaction de Wassermann selon la technique de
rinslitut Pasteur de Lille.
(1) On trouvera également dans le Bulletin de VJiistitut Pasteur (Années
1908 et suivantes) les analyses des nombreux travaux publiés sur cette
question.
Séance du 12 Mai 1 9 1 5
253
Dans cette technique, due à Calmette et Massol (i), on emploie
des doses croissantes d'alexine, la quantité d’antigène restant
fixe.
Sans entrer dans tous les détails de la technique (préparation,
titrage, dilution des réactifs), mentionnons q ue nous utilisons:
i° Gomme antigène : un extrait alcoolique de plusieurs foies
hérédo-syphilitiques, dilué dans l'eau physiologique dans une
proportion telle que o cc. 5 de la dilution contienne 5 unités ;
20 Le sérum du malade à examiner est inactivé par chauffage
à 57° pendant i5 minutes et on l'emploie à la dose de o cc. 5 ;
3° Des globules de mouton, lavés trois fois et ramenés au volume
du sang total. Ces globules sont encore dilués dans leur volume
d'eau physiologique. L'unité choisie est une goutte de cette
dilution ;
4° Gomme sérum hémolytique : du sérum de lapin préparé
contre les globules de mouton et inactivé par chauffage à 57°.
Nous l'employons en dilution dans l’eau physiologique, en
proportion telle qu’une goutte renferme dix doses minima hémo¬
lytiques ;
5° Gomme alexine : du sérum frais de cobaye.
Avant de procéder à une série de réactions, l’alexine est
titrée de façon à déterminer l’unité ou la quantité minimum
nécessaire pour hémolyser l'unité de globules en présence de
la dose choisie de sérum hémolytique, dans les conditions de
temps et de, température adoptées dans les expériences.
Le sérum de cobaye est ensuite dilué dans l’eau physiologique
en proportion telle que o cc. 1 contienne f unité d’alexine ;
o cc. 2, 2 unités; o cc. 3, 3 unités, etc...
Pour chaque sérum à examiner, on prend 7 tubes dans les¬
quels les réactifs sont répartis comme l’indique le tableau
(v. page suivante).
Le tube 4 ne montre aucune hémolyse si le sérum a bien été
privé de son alexine par le chauffage.
D’autre part, pour toute la série des sérums à examiner, on
fait trois tubes témoins antigène qui reçoivent respectivement
1, 2, 3 unités d’alexine (mais pas de sérum), puis le système
hémolytique. Dans ces trois tubes, il doit toujours y avoir hémo-
( i} Calmette et Massol. C. R. Soc. Biologie , i3 nov. 1909 ; i5 janvier 1910;
22 juillet 19 1 1 ; 28 octobre 19 1 1 ; G janvier 1912.
254
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lyse complète si l’antigène est employé, comme cela est indis¬
pensable, à une dose nullement anticomplémentaire. A la
rigueur, ces trois tubes témoins pourraient être supprimés, mais
il est préférable de les faire pour le cas où une erreur se serait
produite en faisant la dilution d’antigène.
Enfin il est bien entendu que pour toute la série des sérums à
examiner, on fait les tubes de contrôle nécessaires des éléments
du système hémolytique (globules; alexine -f- globules; ambo-
cepteur-f- globules).
Pour chaque sérum, la Réaction de Wassermann est positive
si le volume d'alexine dévié par le mélange sérum antigène
est supérieur à la somme des volumes d’alexine déviés séparé¬
ment par le sérum d’une part et par l’antigène d’autre part.
★
* *
Cette technique de l’Institut Pasteur de Lille, que nous
employons couramment pour l'examen du sérum des syphiliti¬
ques ou des sujets suspects de syphilis, nous a toujours fourni
les meilleurs résultats pour le diagnostic de la syphilis. f
Nous l’avons donc appliquée au sérum de 4i lépreux.
"Nous avons obtenu l[0 résultats nettement négatifs. Dans un
seul cas (malade 28), la réaction a été positive, il s'agissait
d’un lépreux également syphilitique.
Mentionnons, qu’à titre de contrôle, nous avons toujours eu
soin d’examiner, en même temps que les sérums lépreux, deux
ou plusieurs échantillons de sérums syphilitiques donnant une
réaction de Wassermann positive.
Séance du 12 Mai i 9 i 5
255
Signalons encore que nous avons constaté qu’un assez grand
nombre de sérums lépreux sont anticomplémentaires et parfois
à un assez fort degré. Certains sérums dévient sans antigène
jusqu’à 4 et 5 unités d’alexine. Avec de tels sérums, pour que la
réaction fournisse un résultat, il faut employer jusqu’à 4? 5, 6
et ... unités d’alexine.
★
* *
Nous donnons ci-après quelques renseignements cliniques (i)
sur les lépreux dont nous avons examiné le sérum. Chez tous
ces malades, l’examen bactériologique a révélé la présence du
bacille de Hansen. ;
Conclusion. — Contrairement à ce qui a été avancé jusqu’ici,
nous avons constaté que la Réaction de Wassermann est constam¬
ment négative dans la lèpre , en nous servant comme antigène
d’un extrait alcoolique de foie de fœtus syphilitique et en fai¬
sant intervenir des doses variables et croissantes d’alexine selon
la technique de l’Institut Pasteur de Lille.
Hanoï , octobre iç)i4-
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
1906. Eitner. Wien. klin. Wochensch ., 1906, n° 5 et 1908, n° 20.
1907. Gaucher et A r r ami. Soc médicale des hôpitaux de Paris , 6 nov. 1908.
» Jundell, Almkvist et Sandmann. Centralbl. f. inn. Med., 28 nov.
1908.
» Levaditi et Yamanouchi. Bull. Institut Pasteur, p. 959, 1908.
» Meier et Bauer. Wien. klin. Wochensch., t. XXI. 1908.
» S latine an u et Danirlopolu. G. B. Soc. Biologie, 23 et30 octobre 1908.
1909. Brück et Gessner. Berliner klin. Wochensch., 29 mars 1909.
» Ehlers et Bourret. Bull. Soc. path. exotique, 1909, p. 520.
» Eliasberg. Deutsch. mediz. Woch., p. 1922.
» Frugone et Pisani. Berlin, klin. Woch., p. 1530.
» Pasini. L’Ospedale Maggiore, t. IV, p. 1909.
» Recio. Sanulad y Beneficencia, t. II, sept. 1909.
» Serra. Policlino , Sez. med., 1909, f. 12.
1910. Akerberg, Almkvist et Jundell. Lepra, t. IX, p. 3.
» Rares. 77e Conférence de la lèpre, t. 111, p. 334.
» — Zeitschr. f. Immunitàtsf. 1 , Origin., t. VII, p. 578.
» Babes et Busila. C. B. Soc. Biologie, t. LXVIII, p. 181.
» de Haan et Grijns. Geneesk. Tijdschr. Ned. Indie!, p. 4, 1910.
» Meier. 7 7e Conférence de la lèpre, t. III, p. 334.
» Piiotinos et Michaelides. Lepra, t. IX, n° 4
» Thomsen et Bjarnhjedinson. Lepra, t. IX, n° 4.
(i) Nous remercions bien vivement notre confrère, M. le Dr Barbezieux,
Directeur des léproseries du Tonkin, qui, avec la plus grande obligeance, a
bien voulu mettre à notre disposition les malades ainsi que leurs observa¬
tions cliniques très détaillées.
25G
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Séance du 12 Mai 1910
257
Principales lésions présentées
par le malade au moment de la
prise du sérum.
lépromes aux oreilles, macules de la face,
ulcérations, nécrose d'un doigt,
lépromes disséminés sur tout le corps,
maux perforants plantaires, nécrose de
tous les orteils.
lépromes aux oreilles, main droite en
griffe.
lépromes aux oreilles, main droite en
griffe, atrophie du pied gauche,
peau épaissie, infiltration lépromateuse,
lépromes aux oreilles, maux perforants
plantaires.
lépromes aux oreilles, mains en griffe,
syphilides cutanées et effondrement du
nez.
lépromes aux oreilles, taches achromi-
ques, troubles de la sensibilité,
lépromes aux oreilles, taches achromi-
ques, maux perforants plantaires,
lépromes aux oreilles, nécrose de quel¬
ques orteils, troubles de la sensibilité,
lépromes aux orei I les, lésions oculaires,
maux perforants plantaires,
lépromes aux oreilles, taches achromi-
ques, atrophie musculaire des jambes,
maux perforants plantaires,
lépromes aux oreilles, macules, névrite
des cubitaux.
lépromes aux oreilles, nécrose d’un
doigt, névrite des cubitaux,
lépromes aux oreilles, ulcérations, mains
en griffe.
lépromes aux oreilles, ulcérations, taches
hyperchromiques.
lépromes aux oreilles, macules hyper¬
chromiques, main gauche en griffe,
lépromes aux oreilles, ulcérations, nécrose
des orteils.
lépromes aux oreilles, ulcérations, mains
en griffe.
lépromes aux oreilles, maux perforants
plantaires, nécrose de quelques doigts
et de quelques orteils.
1912. Jeanselme. Presse médicale., 27 juillet 1912, p. 631.
» Rocamora. Lepra, t. XIII, fasc. 1.
» Schüffner. Zeitschr. f. Hyfj. u. Infekt ., t. LXXll, p. 362.
1913. Lagane et Colombier. Bull. Soc. palk. exotique , t. VI, p. 418.
258
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La Réaction de Wassermann dans le paludisme
\
Par G. MATHIS et P. HEYMANN.
Peu cl e recherches ont été faites jusqu’ici, à notre connais¬
sance, sur l’application de la réaction de Wassermann au sérum
des paludéens. On admet généralement cependant que, dans le
paludisme, il n’est pas rare d’obtenir la déviation du complé¬
ment en se servant des antigènes utilisés dans le séro-diagnostic
de la syphilis.
Scuoo ( i ), sur 38 pal udéens, obtint 22 résultats positifs avec de
l'extrait alcoolique de foie de fœtus hérédo-syphilitique. Nanu-
Muscel et Vasiliu (2) n’eurent au contraire que des résultats
négatifs (12 paludéens aigus ou chroniques) en employant l’ex¬
trait éthéré de cœur humain. Mais Schüffner (3) a fait remarquer
que les résultats diffèrent suivant la nature de l’antigène utilisé.
Ainsi chez les paludéens, il a obtenu 79 0/0 de réactions posi¬
tives avec l’extrait aqueux de foie fœtal syphilitique et seule¬
ment 8 0/0 avec l’extrait alcoolique.
Cette dernière proportion est encore relativement élevée et
si elle est exacte, elle enlève beaucoup de sa valeur à la Réaction
de Wassermann appliquée à un paludéen suspecté de syphilis.
En est-il véritablement ainsi ?
Pour nous renseigner à ce sujel, nous avons examiné le sérum
de 22 paludéens, suivant la technique de l’Institut Pasteur de
Lille et en nous servant comme antigène d’un extrait alcoolique
de foie hérédo-syphilitique. Dans tous les cas, sauf un (il s’agis¬
sait d’un malade ayant des hématozoaires de la fièvre tropicale,
mais ayant en outre des antécédents syphilitiques), nous n’avons
eu que des résultats négatifs.
Sur les 21 paludéens (Européens ou Annamites) ayant fourni
(1) Schoo. Over posilieve reaclic van Wassermann by malaria. Nederl.
’/ijdschr. v. Geneeskunde , fasc. 1, no 5, iyio (analyse in Bail. Institut Pas¬
teur, 1910, p. 810).
(2) Nanu-Muscel el Vasiliu. C. R. Soc. de Biologie, t. LXVIII, 4 fév. 1910.
(3, Schüffner. Die Wassermannsche Reaktion bei Ulcus Iropicum und der
Wert der verschiedenen Antigene in den Tropen. Zeitschr. f. Hyg. u. Infekt.,
t. LXXII, 1912, pp. 362-370 (Analyse in Bulletin Institut Pasteur, iyi3, p. 98).
259
Séance du 12 Mai 1910
un Wassermann négatif, nous avons constaté qu’au moment du
prélèvement du sérum :
1 3 hébergeaient le parasite de la fièvre tropicale ( Plasmodium
prœcox).
5 » le parasite de la fièvre tierce ( Plasmodium
vivax).
3 » celui de la fièvre quarte ( Plasmodiam rnala-
riæ).
Chez certains malades, le paludisme était de date assez
récente ; chez d’autres, il remontait à plusieurs années.
Nous aurions pu faire un plus grand nombre d’examens, mais
nous avons pensé que ce serait sans aucune utilité et nous nous
croyons autorisés à conclure que, dans le paludisme comme dans
la lèpre, maladies fréquentes d ms les régions tropicales, la
Réaction de Wasserman n est constamment négative.
Hanoï , octobre
Réaction de Wassermann et Réaction d’Eitner
chez les syphilitiques et les lépreux
Par E. JEANSELME et A.
VERNES.
En 1912, nous avons publié dans la Presse Médicale (27 juillet)
les résultats que nous a donnés, d’une part, la recherche de la
réaction d’Eitner chez les syphilitiques, d’autre part la réaction
de Wassermann chez les lépreux (1).
I. — Sur 4o syphilitiques en activité, ayant tous un Wasser¬
mann positif, la réaction d’Eitner a été 32 fois positive ; 8 fois
seulement elle s’est montrée négative.
II. — Les réactions de Wassermann et d’Eitner, faites avec
des sérums, au nombre de 21, provenant soit de sujets sains,
soit de syphilitiques en période d’inactivité, ont été constamment
négatives.
(1) Comme antigène, nous avons utilisé un léprome, obtenu par biopsie,
qui fourmillait de bacilles de Hansen. Ce léprome, haché menu, fut desséché
dans le vide sulfurique, puis traité par un mélange élhéro-alcoolique dans la
proportion de 1 g. pour 26 cc. Au moment de l’emploi, il a été fait une
dilution au septième de cet extrait dans du sérum physiologique à 8,5 p. 1000.
Cet antigène a été employé à la dose moyenne de o cm3, 2
260
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
III. — La réaction d’Eitner, lorsqu’elle est positive chez les
lépreux, s’accompagne habituellement, mais non toujours, d’une
réaction de Wassermann positive. Ainsi, sur 6 lépreux, les trois
qui avaient des lépromes cutanés eurent l’un et l’autre réactions
positives. Les trois autres, du type maculo-anesthésique, eurent
le Wassermann et lEitner négatifs. Un autre de nos lépreux,
apyrétique et au déclin d’une poussée maculeuse, eut, par contre,
une réaction d Eitner positive et une réaction de Wassermann
négative.
Ainsi donc, l’antigène de Wassermann et l’antigène d’Eitner
peuvent donner, l’un et l’autre, la réaction dite de déviation du
complément, soit avec un sérum de lépreux, soit avec un sérum
de syphilitique. L’antigène d’Eitner reste toutefois plus sensible
vis-à-vis de la lèpre, et l’antigène de Wassermann vis-à-vis de la
syphilis. D’où il résulte que les substances des sérums sur les¬
quelles agissent ces deux antigènes ont des propriétés biologi¬
ques voisines, mais différentes.
On sait que les sérums des malades très chargés en unités de
poison syphilitique ( i) donnent une réaction posilive avec les anti¬
gènes les plus médiocres. Au contraire, les sérums des malades
pauvres en poisons syphilitiques ne donnent le Wassermann
positif qu’avec un antigène hypersensible. Cette loi se vérifie si
l’on considère les résultats du Wassermann chez les lépreux
lorsqu’on le pratique avec une gamme d’antigènes lépreux et
syphilitiques de valeurs différentes. Les sérums de lépreux très
sensibles le sont vis-à-vis des antigènes syphilitiques médiocres.
IV. — A l'heure actuelle, la relation d’Eitner ne peut être
d’aucune utilité pour établir le diagnostic différentiel entre la
syphilis et la lèpre. Par contre, la réaction de Wassermann,
faite en série, au cours d’un traitement d’épreuve, peut fournir
au clinicien de précieuses indications. Il est de règle que le trai¬
tement par l’arsénobenzol fasse fléchir, au moins momentané¬
ment, la réaction de Wassermann des syphilitiques, tandis qu’il
n’exerce pas plus d’action sur la réaction de Wassermann des
lépreux que sur les poussées de lépreux. Donc, quand, chez un
sujet dont le diagnostic reste hésitant, le Wassermann, après un
traitement énergique par l’arsénobenzol, reste irréductible , il y
a lieu de penser que le sujet est atteint de lèpre.
(i) Jeanselme et A. Vernes. Paris- Médical, 2 mars 1912.
V
Séance eu 12 Mai 1916 261
y'
La réaction de Boveri
dans la Trypanosomiase humaine
Par A. DUBOIS et F. Van den BRANDEN.
P. Boveri a signalé (1) une nouvelle réaction pathologique
du liquide encéphalo-rachidien qu’il croit applicable utilement
aux recherches cliniques.
Depuis plusieurs années, en particulier grâce aux travaux de
Broden et Rodhain, l’examen du liquide rachidien est entré dans
la pratique courante de la trypanosomiase ; son importance
diagnostique et pronostique est capitale. Dans la pratique, la
constatation de la lymphocytose a pris le tout premier rang.
L’étude des caractères organoleptiques, des propriétés physi¬
ques, même la constatation de l’albu minose ont passé au second
plan. La chambre de Fucus et Rosenthal permet l’examen rapide
de la lymphocytose et ne nécessite qu’une soustraction minime
de liquide, ce qui paraît diminuer les réactions chez le patient.
Il nous a paru cependant intéressant de vérifier l'existence de
la réaction de Boveri chez les trypanosés. En voici la tech¬
nique : dans un tube à essai de petit calibre, on verse 1 cm3 du
liquide céphalo rachidien à examiner et on ajoute 1 cm3 d’une
solution de permanganate de potasse à 0,1 pour 1.000, qu'on
fait couler lentement sur les parois du tube incliné. On met
ensuite le tube verticalement et on peut observer la coloration
à la surface de séparation des deux liquides.
Dans les cas pathologiques, on note, à la limite de séparation
des deux liquides, une teinte plus ou moins jaune. Cette réaction
« zonale » est moins nette que la réaction « globale », celle-ci
s’obtient en agitant un peu le tube de façon à mélanger les deux
liquides; le liquide change complètement de couleur en quel¬
ques secondes ou quelques minutes.
Si le liquide est pathologique, la coloration violacée du per¬
manganate disparaît et le mélange prend une teinte jaune claire.
Si le liquide est normal, la coloration violacée persiste.
(1) Münchener med. Woch ., 2 juin 1914. Résumé et quasi traduction dans
la Presse médicale An 27 juin 1914.
è
262 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La valeur de la réaction est proportionnelle à sa rapidité :
forte quand elle apparaît en moins de 2 m., moyenne en 3 ou 4>
faible en 5 à 6 m. Elle est négative au-delà de ces limites, car
tout liquide céphalo-rachidien réduit à la longue le permanga-
A «•
nate.
I. — Réaction de Boveri chez les Trypanosés
Remarques :
t. Nous indiquons seulement dans les tableaux les résultats de la réac¬
tion globale de Boveri. La réaction zonale est moins intéressante d’après
l’auteur. Elle est presque toujours négative dans nos essais.
2. La rubrique Traité I indique que le Trypanoséa été traité, et qu'il est
en bon état et à la première période de la maladie.
La rubrique Traité II que son état général est mauvais et qu’il est à une
période avancée de la maladie.
3. La lymphocytose est estimée par millimètre cube (Chambre de Fuchs-
IIosenthal). Lorsque les circonstances ont empêché la numération des
lymphocytes il est inscrit normal, anormal selon les cas. Douteux indique
des liquides à la limite de l’anormal.
Le .signe 00 indique une lymphocytose considérable (+ de 300).
4. L’albumine est dosée par précipitation par le réactif de Tsuiiiya.
Séance du 12 Mai 1916
263
II- — Réaction de Boveri chez les Trypanosés
Dans le tableau I, nous résumons les essais de la réaction de
Boveri faits avec des liquides rachidiens de trypanosés, pour
lesquels nous avons dosé en même temps l’albumine et noté
comparativement le degré de lymphocytose.
Le tableau II donne les réactions de Boveri faites avec des
liquides de malades trypanosés dont, seuls, les éléments cellu¬
laires ont été comptés.
L’examen de ces tableaux démontre que, sur 21 liquides qui
ont plus de 100 éléments cellulaires par mm3, 20 réduisent rapi-
2tU Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dement la solution de permanganate, un seul donne une réac¬
tion moyenne, alors que sur 8 liquides qui ont plus de 5o et
moins de 100 cellules par min3, 2 seulement donnent une réaction
forte, 4 une réaction moyenne et 2 une réaction faible.
Comparée au taux d’albumine que les liquides renferment,
nous voyons que la réaction de Boveri se produit forte 12 fois
sur 17 lorsque la quantilé d’albumine atteint o,4o 0/00; elle est
moyenne dans les cinq autres cas. Dans les quatre liquides où
la proportion des albumines totales dosées est en dessous de
o,4o, la réaction ne se produit pas une seule fois rapidement.
Nous pouvons ranger, dans cetle dernière catégorie de liquides,
tous ceux du tableau II provenant de malades non traités dont
la lymphocytose ne dépasse pas 3o par mm3 et les traités à
liquide normal : la réaction de Boveri n'y est jamais franche¬
ment positive.
Dans la Trypanose humaine, une lymphocytose dépassant
roo éléments par mm3 et une hyperalbuminose du liquide encé-
phalo-rachidien atteignant o,4o g. pour 1.000 coexistent en
général avec la présence de trypanosomes et sont en tout cas le
signe certain de la phase nerveuse de l’affection. Dans ces cas
où le liquide lombaire est très altéré, la réaction de Boveri est
positive. Mais, dans les liquides où la lymphocytose est moins
considérable, mais ne peut pourtant laisser aucun doute sur
l’invasion des centres nerveux parles trypanosomes, la réaction
deyient infidèle. Cela parce que la réduction du permanganate
est due avant tout aux substances albuminoïdes.
« Nous savons qu'au cours de la Trypanosomiase, en même
« temps que surviennent des altérations dans la composition
« cytologique du liquide, sa teneur en albumine augmente.
« Cette augmentation n’est pas pourtant en proportion directe
« du nombre des cellules. Un liquide riche en leucocytes con-
« tient en général beaucoup d’albumine, mais un liquide relati-
« vement pauvre en cellules peut en renfermer une proportion
« tout aussi considérable » (1).
Chez les malades traités, il se produit souvent une véritable
dissociation entre la lymphocytose et l’hyperalbuminose ; il se
constitue des liquides riches en albumine et relativement pau-
(1) Broden et Rodhain. Note sur les modifications qui se produisent dans
lacomposition du liquide encéphalo-rachid ien de la Trypanosomiase humaine.
Névraxe , vol. X, fasc. 2.
SÉANCE DU 12 Mai 1916
265
vres en éléments cellulaires. Dans ces cas, la réaction de Boveri
est positive et nous en voyons un exemple très net chez Kikuri
(N° 21, tableau I).
Quoique le nombre de lymphocytes 11e paraisse pas de par
lui-même un facteur important pour la réaction de Boveri, il
semble que, de plusieurs liquides renfermant la même propor¬
tion d’albumines, ceux qui ont un nombre de cellules plus con¬
sidérable donnent aussi des réactions plus nettes (10-12 i5*
16-17 du tableau I contre 5-19-20 du même tableau).
Afin de nous assurer de plus près de l’importance des lym¬
phocytes comme réducteurs, nous avons essayé la réaction de
Boveri dans une série de liquides avant et après centrifugation,
et nous avons mis en contact la solution de permanganate avec
les cellules en solution dans l’eau salée. Les résultats obtenus
jusqu’ici semblent indiquer que les lymphocytes n’interviennent
guère ou très peu dans la décoloration du réactif de Boveri.
II esta noter aussi que la présence d’hématies, petit accident
qui n’est pas toujours évité, ne semble pas être une cause néces¬
saire d’erreur.
La centrifugation ne modifie pas la réaction du liquide ;
celle-ci est donc due à des substances en solution.
Nous avons recherché quelles substances pourraient fournir
artificiellement cette réaction. Des solutions dans l’eau salée des
matières suivantes ont été essayées :
Liquide d’Hydrocèle'. 0,5 0/0 » faible.
» 0,25 0/0 » très faible.
» 0,175 0/0 » négative.
266
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Urée de 1 0/0 à 0,1 0/0 réaction négative.
Asparagine de 1 0/0 à 0,1 0/0 réaction négative.
Glycose de 1,5 0/0 à 0,15 0/0 réaction négative.
Il faut remarquer que des substances, voisines de certaines
de celles que nous avons essayées ou identiques, existent dans le
liquide céphalo-rachidien.
La réactivité des substances protéiques étrangères plaide en
faveur de l’attribution de la réaction aux molécules analogues
que nous savons exister dans le liquide rachidien pathologique.
La réduction finale du liquide par les liquides normaux doit
vraisemblablement aussi être attribuée aux substances protéiques
existant normalement dans le liquide rachidien. On s’explique¬
rait aussi que la réaction de Boveri reste souvent modérément
accusée dans la Trypanose en songeant que l’albuminose y est
généralement modérée.
Conclusions
1. La réaction de Boveri existe ordinairement dans la Trypa¬
nosomiase à la période nerveuse de la maladie.
2. Elle est ordinairement absente ou très peu accusée à la pre¬
mière période de l’affection.
3. La réaction de Boveri paraît devoir être attribuée à des
substances protéiques et peut-être à elles seules.
[Laboratoire de Léopoldville , le 5 avril iqi5).
Au sujet d’un Herpetomonas
de Ctenopsylla musculi et de sa culture
Par A. LAVE BAN et G. FRANCHINI.
Dans le but de poursuivre nos recherches sur l’infection de
Mammifères à l’aide de Flagellés des Insectes, nous avons pensé
qu’il serait intéressant d’avoir des cultures pures de quelques-
uns de ces Flagellés. A priori , il paraît difficile d’obtenir des cul¬
tures pures d’un Protozoaire qui vit dans le tube digestif d’un
insecte, c’est-à-dire dans un milieu qu’on se figure très riche en
bactéries de toutes sortes ; en réalité, lorsqu’on examine le con-
Séance du 12 Mai iqi5
267
tenu du tube digestif des puces, on est parfois frappé de cons¬
tater que les bactéries s'y trouvent en très petit nombre, ce qui
peut s’expliquer par le fait que ces insectes n’absorbent qu'un
aliment en général stérile, le sang.
Une expérience de YVenyon démontrait d’ailleurs qu'il était
possible d’obtenir des cultures pures des Flagellés d’insectes (1).
Cette expérience a porté sur une puce de l’homme Pulex irritans
dont les fèces contenaient des Herpetomonas en grand nombre
(éléments Ieishmaniformes et éléments flagellés). Les fèces de
cette puce recueillies sur des couvre-objets stériles, et portées
dans le milieu de Novy simplifié, ont donné, à l’état frais, des
cultures pures très riches ; après une dessiccation de 24 heures
des fèces, les flagellés se sont encore développés, ce qui prouve
que les formes enkystées qui passent dans les fèces résistent
quelque temps à la dessiccation. Les repiquages des cultures ont
réussi. Wenyon pense que les fèces de la puce qui a servi à son
expérience étaient stériles, au moins en ce qui concerne les bac¬
téries susceptibles de se développer sur le milieu de Novy sim¬
plifié.
Wenyon a répété la même expérience avec succès en se ser¬
vant de puces du chien Ctenocephalus canis (2).
Noller a essayé de cultiver Herpetomonas ctenocephali dans le
milieu agar-sang, il a observé un accroissement des flagellés
pendant la première semaine, mais il n’a pas réussi à obtenir des
cultures pures (3).
Nos recherches ont porté sur Y Herpetomonas de la puce de la
souris Ctenopsylla masculin cette puce diffère nettement de la
puce du rat Ceratophylfus fasciatus (4) et Y Herpetomonas qui
existe souvent dans son tube digestif diffère aussi de Herpeto¬
monas Pattoni.
Y! Herpetomonas que nous avons fréquemment rencontré chez
les puces prises sur des souris de l’Institut Pasteur se montre
sous les aspects suivants, dans les frottis faits avec le contenu du
tube digestif et colorés parle Romanowsky.
(1) G. -M. Wenyon, Jl.of London School of trop, med., 1912-1913, t. II, p. 2/j.
(2) C.-M. Wenyon, Transact. of the Soc. of trop. med. a. hyg., janvier 1914,
t. VII, p. 104.
(3) W. Noller, Arch. f. Protistenkiinde, 1914? t* 34, p- 3o4.
(4) Ctenopsylla musculi se distingue de Ceratophyllns fasciatus notam¬
ment par l'existence d’un peigne gênai composé de 4 épines qui n’existe pas
chez la puce du rat.
N
268 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
i° Des éléments leishmaniformes représentent la forme de
beaucoup la plus commune. Les plus petits de ces éléments
mesurent 2 à 4 p de long, sur 1 ;j. de large; ils sont ovalaires
comme les Leishmania auxquelles ils ressemblent beaucoup ayant,
en général, comme elles, un noyau et un centrosome ; on ne voit
pas de flagelles. Dans les plus petits éléments on ne distingue
souvent qu'un noyau.
20 Des éléments plus allongés, mesurant 5 à i5 y de long, sur
1 jji 5 à 2 tj.de large, ne sont évidemment qu’une formedes éléments
précédents, à une phase plus avancée de leur évolution ; l’une
des extrémités est arrondie, Pautre est plus ou moins effilée.
Dans le protoplasme, on distingue un noyau ovalaire et un cen¬
trosome qui se trouve du côté de l’extrémité arrondie, à une
distance variable du noyau, parfois très près de ce dernier.
Les éléments leishmaniformes sont souvent disposés en rosaces
composées d’un nombre très variable d’éléments.
3° Eléments semblables aux précédents mais flagellés; très
rares; le flagelle, toujours très court, se détache du centrosome
et se montre à l’extrémité arrondie qui, par suite, doit être con¬
sidérée comme l’extrémité antérieure. Quand les éléments para¬
sitaires sont disposés en rosaces, les extrémités arrondies sont
au centre, les extrémités effilées à la périphérie.
Il est fréquent de rencontrer des éléments en voie de division
avec 2 noyaux et 2 centrosomes.
Dans les fèces des puces parasitées, nous avons trouvé de
petits éléments sphériques leishmaniformes et quelques éléments
allongés, flagellés ou non ; nous n’avons pas vu de formes
enkystées.
Cet Herpetomonas, remarquable par la rareté des éléments
flagellés et par la petitesse des flagelles, nous paraît constituer
une espèce nouvelle que nous désignerons sous le nom de II. cte-
nopsyllæ ; nous allons voir que, dans les cultures, comme dans le
tube digestif des puces, les éléments flagellés sont rares.
Nos expériences de culture ont été faites dans les conditions
suivantes : des puces de souris, prises dans un élevage fortement
contaminé par IL ctenopsyllæ , ont été tuées par des vapeurs
d’éther ou de xylol et lavées une dizaine de fois dans de l’eau
physiologique stérile; les tubes digestifs ont été alors extraits,
avec les précautions d’asepsie nécessaires, et à l’aide d’un fil de
platine nous avons porté 1 ou 2 tubes digestifs de puces dans le
Séance du 12 Mai 1916
269
liquide de condensation du milieu de Novy simplifié; les cultu¬
res ont été maintenues à la température de 25° à 26°. Sur 6 tubes
du milieu gélose-sang- de lapin ensemencés de cette manière,
4 ont été souillés par des champignons ou des bactéries, 1 est
resté stérile, 1 a donné une culture pure d’ Herpetomonas ; nous
résumons cette dernière expérience.
Le 29 mars 1915, un tube (n° 1) du milieu de culture de Novy simplifié
est ensemencé, comme il est dit ci-dessus, avec l'intestin d’une Ctenopsylla
musculi. — 2 avril, examen négatif, on ne trouve dans le liquide de con¬
densation ni Herpetomonas, ni bactéries. — 6 avril, l’examen de la culture
à l’état frais révèle l’existence de protozoaires arrondis, très rares, non
mobiles. — 11 avril, à l’état frais, parasites allongés, non rares, souvent
disposés en rosaces, animés de mouvements lents ; les mouvements sont
marqués surtout à l’extrémité effilée des parasites qui, dans les rosaces,
est à la périphérie. Dans les frottis colorés au Romanowsky, après fixa¬
tion à lalcool-éther ou bien aux vapeurs d’acide osmique, les Herpeto¬
monas se colorent mal. — Deux tubes (n08 2 et 3) du milieu de Novy sim¬
plifié, ensemencés le 14 avril sur le tube 1, donnent au bout de 8 à 10 jours
de belles cultures pures de //. ctenopsyllæ. — 18 avril, le liquide de con¬
densation du tube 1 est centrifugé, le culot assez abondant est lavé à l’eau
physiologique, et avec le culot de 2e centrifugation, nous faisons des frottis
qui, fixés à l’état frais par l’alcool absolu, et colorés au Romanowslyy,
donnent de très belles préparations. — 19 avril, un tube(n° 9) ensemencé
sur le tube 2 donne, à la date du 27 avril, une belle culture pure d’ Herpe¬
tomonas (3e passage en culture). — Un quatrième passage a également
réussi.
Le parasite pousse abondamment et rapidement dans les cultures (sou¬
vent très belles dès le sixième jour), à la condition que le milieu gélose-
sang ait été préparé récemment; des tubes qui ont plus de 15 jours de
préparation sont impropres à cet emploi.
Dans les frottis des cultures, convenablement fixés et colorés,
H. ctenopsyllæ se présente sous les aspects suivants.
i° Petits éléments de 4 à 6 p de long sur 1 p de large environ,
arrondis à Lune des extrémités, un peu effilés à l’autre ; dans le
protoplasme on distingue un noyau, arrondi ou ovalaire, et un
centrosome situé entre le noyau et l’extrémité arrondie ; il n’y a
pas de flagelle; ces éléments sont isolés ou groupés en rosaces ;
les formes en division avec 2 noyaux ne sont pas rares.
20 Eléments allongés mesurant 7 à 20 pde long, sur 1 p à 2 p
de large, plus ou moins arrondis à l une des extrémités, effilés à
l’autre. La partie effilée est parfois si longue qu elle donne l’im¬
pression d’un flagelle ; on ne distingue pas de véritable flagelle
dans les préparations les mieux colorées, et c’est l’extrémité
arrondie qui paraît bien être l’antérieure. Le noyau, ovalaire,
est plus rapproché de l’extrémité obtuse que de l’effilée, le cen-
270
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
trosome arrondi ou légèrement allongé se trouve d’ordinaire
entre le noyau et l'extrémité arrondie, parfois très près du noyau.
Les éléments se groupent souvent en rosaces plus ou moins volu¬
mineuses avec leurs grosses extrémités au centre et leurs extré¬
mités effilées à la périphérie. Certaines cultures contiennent des
éléments sphériques, de 5 p. de diamètre environ, dans le proto¬
plasme desquels on distingue un noyau et un centrosome ; pas de
flagelle. Ces éléments dérivent évidemment des éléments allon¬
gés décrits ci-dessus, car on trouve toutes les formes intermé¬
diaires.
Les éléments allongés en voie de division par bipartition sont
communs ; ils se font remarquer par leur largeur insolite et par
l’existence, dans le protoplasme de chacun d eux, de 2 noyaux
et de 2 centrosomes.
3° Eléments minces et allongés pouvant atteindre jusqu’à
20 p. de long sur r p. de large à peine ; ces éléments étaient
beaucoup moins nombreux que les précédents, dans nos prépa¬
rations. Une des extrémités est légèrement arrondie, l’autre est
effilée et se termine par un flagelle fin, assez long. Le noyau,
ovalaire, est situé vers la partie moyenne du corps de VHerpeto -
monas , le centrosome arrondi se trouve entre le noyau et l’ex¬
trémité effilée.
Nous avons réussi en somme à obtenir une culture pure de
Herpetomonas ctenopsyllæ , facilement repiquable dans le milieu
de Novy simplifié ; il sera intéressant de rechercher si, sous cette
forme, le flagellé est inoculable aux Mammifères et s’il est
pathogène, c’est ce que nous nous proposons de faire.
Sur les Nématodes du genre Goezia Zeder
Par A. RAILLIET et A. HENRY.
Nous avons proposé, il y a quelques années, de grouper pro¬
visoirement, dans une sous-famille des Heterocheilinœ , les Asca¬
rides à cæcums œsophagiens ou intestinaux (1). Pour nous confor¬
mer à la nomenclature moderne, il conviendrait d’ériger ce
(1) A. Railliet et A. Henry. Quelques Nématodes parasites des Reptiles.
Iiul/et. Soc. Pathol, exot ., V, 1912, p. 266.
Séance du 12 Mai 19 1 5
271
groupe en famille, dans un sous-ordre des Ascaridata ou une
superfamille des Ascaroidea.
A cette famille des Heterocheilidœ , doivent d’ailleurs être
incorporés les deux genres Terranooa et Kathleena Leiper et
Atkinson, 1914? auxquels on peut dès maintenant ajouter Raphi -
dascaris n. g., pour les formes à appendice œsophagien glan¬
duleux dirigé en arrière, dont le type est Y Ascaris acns [Bloch,
1 779] Dujardin, i 845, du Brochet.
Mais il est un autre genre, déjà fort ancien, qui mérite de
rentrer dans le même groupe, du moins en ce qui concerne son
espèce type : nous voulons parler du genre Goezia Zeder, lequel,
après bien des vicissitudes, avait fini par être abandonné.
Ce genre, dédié à l'helminthologiste Goeze, a été établi pour
un Ver décrit et figuré en 1782 par cet auteur (1) sous le nom de
Cucullanus Ascaroides , Ver trouvé dans l’estomac du Silure
d’Europe (Silurus glanis). Goeze, en vérité, considérant l’ab¬
sence de valves buccales et la forte striation transversale du
parasite, doutait déjà qu’il s’agit d’un Cucullanus. Schrank (1788)
en fit un Ténia, sous le nom de Tænia Cucullanus . Et Zeder,
en 1800 (2), créa le genre Schraubenwurm ( Goezia ) à la fois pour
le Ver de Goeze (bewalfneter Schraubenwurm) et pour une nou¬
velle espèce (ànbewaffneter Schraubenwurm, Goezia inermis)
de l’estomac de l’Anguille.
L’année suivante, Rudolphi (3), bien que n’acceptant pas
volontiers l’emploi des noms d’auteurs pour la désignation des
genres, adopta pour la première espèce la dénomination de
Goezia armata.
Mais Zeder, pour complaire à son ami Rudolphi, remplaça le
nom de Goezia par celui de Cochlus (xoyVoç, escargot) qui visait,
comme celui de Schraubenwurm, la segmentation cuticulaire
supposée hélicoïdale (4). Les deux espèces devinrent ainsi
Cochlus inermis et G. armatus.
(1) Goeze. Versuch einer Naturgeschichte der Eingeweidewürmer thieris-
cher Kôrper, 1782, pp. 4o et i34, tab. VIII, fig. 1 1 - 1 4-
(2) Zeder. Erster Nachtrag zur Naturgeschichte der Eingeweidewürmer
von J. A. E. Goeze, 1800, p. IV, 90, 96 et 100.
(3) Rudolphi. Beobachtungen über die Eingeweidewürmer. Archiv. /.
Xool. u. Zoot., Bd. II, St. 1, 1801, p. 57.
(4; Zeder. Anleitung zur Naturgeschichte der Eingeweidewürmer, i8o3,
p. 5o.
272
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Puis Rudolphi (i), sans se soucier de celte condescendance,
changea de nouveau la dénomination de ce malheureux genre
en celle de Prionoderma , en n’y comprenant plus toutefois que
le Pr. ascaroides (Goeze). Et finalement (2) il l’abandonna, se
bornant à signaler le parasite sous le nom de {Verrais) Siluri
glanidis.
Mais la série n’était pas épuisée. En i83q, Diesing (3) créait
un genre Lecanocephalus pour un Nématode ( Lecanoc . spinu-
losus n. sp.) recueilli au Brésil, par Natterer, également dans
l’estomac d’un Poisson, le Vastres cuvieri, et qui était caractérisé
principalement par de multiples rangées circulaires d’épines. Et
ce genre s’augmentait ultérieurement de deux autres espèces :
Lee. Kollari Molin, i 858, de l'estomac de la Daurade ( Chri/so -
phrys aurata ), et Lee. annulatas Molin, 1860, de l’estomac du
Bar ou Loup de mer (, Labrax lupus) (signalé depuis par Linton
dans la cavité générale du Roccus lineatus et chez le Diplodus
holbrookii).
Or, l’a|pect extérieur de ces Nématodes est assez caractéristi¬
que pour que la simple comparaison des figures données par les
auteurs impose un rapprochement immédiat. Déjà, sur le vu des
dessins de Diesing, il nous avait été facile de reconnaître que le
Lecanocephalus spinulosus offrait de grandes analogies avec le
Cucullanus ascaroides. Mais cette impression s’est accusée d’une
façon absolument frappante lorsque nous avons mis en présence
la figure de Goeze (tab. VIII, fig. 12) représentant le mâle de Cuc.
ascaroides et celle de Hamann (taf. V, fig. 1) représentant le
mâle de Lee. annulatus (4). Sans doute, Goeze n’a pas vu les spi-
nules des anneaux du Ver, mais le fait tient au grossissement
limité dont il a fait usage, et Hamann ne les dessine pas davan¬
tage dans la figure sus-indiquée, quoique tous deux les laissent
deviner par la denticulation des bords. Bien plus, on distingue
aisément, dans le dessin de Goeze, le cæcum (h) qui prend nais¬
sance à l’origine de l’intestin et se dirige en avant.
(1) Rudolphi. Entozoorum seu vermium intestinalium historia naturalis ,
II, p. 2, 1810, p. 254, tab. XII, fig. 3.
(2) Rudolphi. Entozoorum synopsis, 1819, p. 19G et 667.
(3) Diesing. Neue Galtungen von Binnenwürmern nebst einrm Nachtrage
zur Monographie (1er Ampliistornen. Annal, cl. Wien. Mus., II, Febr. 1839,
p. 217, tab. XIV, fig. 12-20.
(4) O. Hamann. Die Nemathelminthen. Zweites Heft, 189.5, p. 43 85,
taf. V-X.
Séance du 12 Mai 1 9 1 5
27.3
II est donc permis de conclure dès maintenant que le Cuculla¬
nus ascaroides Goeze appartient au même groupe générique que
les Lecanocephalus annulatus et spiniilosus.
•
Reste à déterminer le nom qui doit être attribué à ce groupe.
Celui de Caciillaniis ne peut pas être retenu. Le genre Ciical-
lanus a été créé en 1777 par O. -F. Mueller pour les deux formes
G. cirratas et C. mutions , de l’intestin des Gades, réunies en 1779
sous le nom de C. marinas , et qui sont actuellement classées
dans le genre Dacnitis Dujardin. Le génotype étant représenté
par le C. cirratus , ce sont donc les Hétérakidés du genre Dacni¬
tis qui doivent prendre le nom de Cacullaniis. Par suite, comme
nous le montrerons dans une prochaine note, il devient néces¬
saire de constituer un nouveau genre, que nous appellerons
Camallanus , pour les formes du type Cucullanus elegans Zeder,
1800.
Vient ensuite le nom de Goezia. Stiles et Hassall(i) ont, en
ce qui le concerne, clairement résolu la question. Ils ont indi¬
qué, comme type par élimination, le Goezia armata Rud., 1801,
c’est-à-dire précisément le Cucullanus ascaroides Goeze, 1782.
Par conséquent, nous n’avons plus à retenir que ce nom de
Goezia Zeder, 1800, en laissant de côté, comme simples synony¬
mes, Cochlus Zeder, i8o3, Prionoderma Rud., 1810 (non Cuvier,
1817), Lecanocephalus Dies., i83q.
La diagnose du genre Goezia peut être provisoirement ainsi
résumée :
Goezia Zeder, 1800. — Corps cylindroïde, épais, atténué aux
deux extrémités. Tégument présentant une série d’anneaux
successifs garnis à leur bord postérieur d’épines dirigées en
arrière. Extrémité caudale arrondie et prolongée dans les deux
sexes par un appendice plus ou moins inerme. Tête (ou mieux
région buccale) séparée du reste du corps par une constriction
et offrant l’aspect d’une cupule à rebord antérieur assez saillant
en dehors. Bouche à trois lèvres portant chacune deux papilles.
Œsophage en pilon : légèrement rétréci vers le milieu, renflé
en massue en arrière, et émettant à sa partie postérieure un long
appendice glanduleux dirigé vers la queue. Intestin générale¬
ment coudé à son origine, où il émet un court cæcum dirigé en
avant.
(1) Stiles and IIassall. The détermination of generic types , iqo5, p. 109.
‘274
Bulletin df. la Société de Pathologie exotique
Mâle pourvu de deux spiculés légèrement inégaux.
Femelle à vulve un peu en avant du milieu du corps. Œufs
petits, globuleux.
Hab. — Estomac des Poissons. \
Espèce type : Goezia ascaroides (Goeze, 1782), estomac de
S Haras glanis.
Autres espèces : G. spinalosa (Dies., i83q) ; G . kollari (Molin,
i858) ; G. arma lata (Molin, 1860).
Il nous reste maintenant à classer la seconde des deux espèces
primitives du genre Goezia, savoir le G. inermis Zeder, 1800, de
l’estomac de l’Anguille, qui a pris successivement les noms de
Liorhynchus denticalatas Rud., 1809, Filaria denticalata Schnei¬
der, 1866 et Spiroptera denticalata von Linstow, 1909.
Le genre Liorhynchus Rud., 1801 paraît bien avoir pour type,
comme l’ont montré Stiles et Hassall (i), une espèce indétermi¬
nable, L. truncatus (Rud., 1793), de l’intestin du Blaireau (? Unci-
naria cr inif or mis , ? Oxyaris alata) ; il y a donc lieu de l’aban¬
donner.
Mais le Goezia inermis, offre les affinités les plus étroites avec
un Ver beaucoup plus récemment décrit, le S pinitectus ovijla-
yellis 'Fourment, i 883 (2), de l’intestin du Merlan, si bien qu’il
ne peut subsister de doute sur leur identité générique. Partant,
c’est dans le genre S pinitectus qu’il convient de le ranger.
Nous résumons ainsi les caractères de ce genre, qui doit
prendre place dans le sous-ordre des Spirurata ou la super¬
famille des S piruroidea :
S pinitectus Fourment, i 883 {Goezia /Zeder, iSoo, ex parte ;
Liorhynchus Rud., 1801, ex parte). — Corps grêle, cylindrique,
atténué aux deux extrémités. Tégument présentant une série
d’anneaux transversaux plus rapprochés en avant, et garnis à
leur bord postérieur d’épines dirigées en arrière, épines plus
faibles et plus écartées dans la région postérieure du corps.
Tète nue, très contractile. Bouche sans papilles distinctes.
Mâle à queue spiralée, mousse ; ailes caudales étroites ;
4 paires de papilles préanales et 5 ou 6 postanales ; parfois des
(1) Loc. cit ., p. 1 iG.
(2) L. Fourment. Sur les filaments ovalaires chez les Nématodes. Comptes
rendus Soc. biol., t. 35, 7 nov. 1 883 , p. 578. — Note sur un Nématode nou¬
veau, parasite du Merlan. Ann. Sc. nat. Zooi 6e sér., vol. 17, 1884, art. 5
(8 p.), pl. 16, fig-. 8-1 1 .
275
Séance du 12 Mai 19 i 5
»
crêtes dentelées en avant du cloaque ; deux spiculés très
inégaux.
Femelle à queue presque droite, conique, plus pointue ; vulve
dans la région postérieure du corps ; utérus à deux branches.
Œufs petits, ellipsoïdes, à coque épaisse et pourvus, au moins
dans certaines formes, de deux boutons polaires portant de
longs et fins filaments.
Hab. — Estomac et intestin des Poissons.
Espèce type : Spinitectus ovijlcigellis Fourment, i 883, intestin
du Merlangus vulgaris .
Autres espèces : Sp. cristatus nov. nom. ( Filaria serrata
Linton, 1901, non 1892), du P/iycis tennis ; Sp. inermis (Zeder,
1800), estomac de l’Anguille ; Sp. echincitus (von Linstow, 1878),
intestin de l’Ablette (probablement forme agame de la précé¬
dente).
Note sur la ponte des Œstrides
des genres Gyrostigma et Cobboldia
Par J. RODHAIN
t. Ponte de Gyrostigma.
Sjôstedt en 1910 (W iss. Ergebn. Schwed. Zool. Exp. Rili- i
mandjaro [1905-06], Bd. II, Abth. 10, 2) a reconnu que la mou¬
che Œstride à laquelle Corti avait donné le nom de Spathicera,
était l’insecte parfait des grandes larves gastricoles du Rhino¬
céros décrites antérieurement par Brauer sous le nom de Gyro-
stignici.
Nous avons récemment obtenu plusieurs mouches de pupes
de Gyrostigma recueillies chez Rhinocéros simus Cottoni Lyd.
dans rOuellé (Congo belge) et avons pu assister à la ponte de
Furie de celles-ci; ceci nous a permis d’identifier des œufs trou¬
vés attachés à la peau du pachyderme, élucidant ainsi une par¬
tie du cycle biologique de ce parasite.
Le Rhinocéros blanc ( Rhinocéros simus Cottoni Lyd.) se ren¬
contre au Congo belge, exclusivement dans la partie Nord-Est de
rOuellé ; son aire de dispersion ne dépasse pas au Sud la
276
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rivière Ouellé ; vers l’Est elle s’étend jusque près du Nil, tandis
que vers l’Ouest elle n’atteint pas le 28e méridien (Nous avons
rencontré des traces de ce pachyderme au Sud de la Duru, à
environ l\o kilom. Nord Est de Niangara).
Les larves de Gyrostigma , que nous avons pu étudier, provien¬
nent d’animaux tués au Nord-Ouest et au Sud du poste de
Faradjé ; de cette dernière localité, elles nous furent obligeam¬
ment fournies par M. Lebrun, administrateur territorial à Aba ;
cet excellent observateur nous envoya, outre trois pupes de
Gyrostigma , un tube renfermant une série de petits œufs qu’il
avait enlevés de la peau d’un Rhinocéros dont il avait préparé
la dépouille. Après avoir assisté plus tard à la ponte de notre
œstride, nous avons reconnu ces œufs comme étant ceux de
Gyrostigma et M. Lebrun nous adressa alors à leur sujet les
détails suivants qu’il est intéressant de reproduire : « J'ai récolté
les œufs que vous soupçonnez être de Spathicera, sur la peau
même du Rhinocéros, dans la région de la tête, au niveau des
oreilles, du cou et de l’épaule. Ces œufs, allongés les uns à côté
des autres et en nombre assez considérable (une cinquantaine)*
étaient fixés verticalement à la peau, dans l’interstice des sillons
si nombreux de celle-ci. Leur attache était forte et, pour les
enlever, il m’a paru qu’il fallait user de plus d’efforts que pour
détacher les Acariens caractéristiques du Rhinocéros ».
Nous avons pu revoir la dépouille de l’animal tué par M. Lebrun
et y avons trouvé encore adhérents quelques œufs disposés sans
ordre au niveau de l’épaule.
La durée du stade pupe des 3 mouches que nous avons obte¬
nues a été respectivement de 36, 3 7 et 38 jours. Une femelle éclose
le 23 juin au matin et gardée dans une petite cage, mourut le
24 au soir après avoir pondu 7,60 œufs qui étaient disposés sans
ordre partout sur les parois de sa prison ; ces œufs étaient iden¬
tiques à ceux recueillis par M. Lebrun sur une peau de Rhino¬
céros.
L’œuf (fig. 1) est d'un blanc crémeux, en ellipse très allongée,
d’environ 2 mm. de long sur un peu plus de o,5 mm. de large;
sa surface, lisse et opaque à l’œil nu, montre sous un fort gros¬
sissement une striation transversale fine et régulière. L’extré¬
mité par laquelle l’œuf est fixé est légèrement plus effilée que
l’autre et porte un appendice falciforme appliqué contre le sup¬
port; l’extrémité opposée libre est obliquement tronquée sur un
Séance eu Ï2 Mai i 9 i 5
277
des côtés; le rebord un peu saillant de la paroi de l’œuf y limite
un opercule fermé par un clapet; la troncature est orientée vers
le côté opposé à l'appendice falciforme. La forme générale de
bœuf rappelle donc celui de Gastrophilus equi , qui est aussi
finement strié et operculé obliquement au sommet.
La mouche dont nous avions observé la ponte n'avait pas été
fécondée, aussi ses œufs étaient vides d’embryons; mais dans
certains des œufs recueillis par M. Lerrun sur le Rhinocéros, on
pouvait distinguer nettement une larve minuscule au Ier stade :
celle-ci possède 12 segments distincts, les 2e à ioe déjà garnis
d’une double ceinture de fortes épines, les ceintures du ioc seg¬
ment étant incomplètes.
Une pression légère sur l’œuf permet d’assister à la sortie de
la jeune larve par l’opercule, le clapet se soulevant du bas vers
le haut. La plupart des œufs récoltés sur la peau du Rhinocéros
étaient déjà éclos et vides de larves; ils étaient attachés à l’épi¬
derme de l’hôte par l’appendice falciforme du pôle rétréci, l’ex¬
trémité tronquée operculée restant libre.
D’après la position de ces œufs et leur forte adhérence, il est
éminemment probable que, de même que chez les Castro Ph iles
du cheval, ce sont les jeunes larves écloses qui sont avalées par
les animaux lorsque ceux-ci se lèchent mutuellement; on peut
toutefois supposer qu’en rampant sur la peau, elles puissent
arriver à des endroits accessibles à la langue ou aux lèvres de
l’animal sur lequel les œufs ont été fixés.
20
278
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’insecte adulte femelle paraît avoir une existence très éphé¬
mère; les œufs pondus 36 heures après l’éclosion par la mouche
que nous avons éduquée, étaient normalement constitués; leur
nombre, comme nous l’avons dit. n’était pas inférieur à 760.
2. Ponte de Cobboldia.
Nous avons récemment obtenu d’éclosion les adultes des deux
espèces de Cobboldia qui habitent l’intestin de l’Eléphant d’Afri¬
que (. Elephas africanus Blum) et avons pu assister à la ponte de
l’une d’elles. Nos larves, provenant de l’Ouellé, se distinguent
à première vue par leurs dimensions et par la structure des
derniers segments; leur détermination exacte sera faite plus
tard.
Espèce A. — Larves petites, de i4 à i5 mm. de long sur 6 à
7 mm. de plus grande largeur; à la face dorsale, la spinulation
s’étend du 3e au 7e segment, les 8e à 12e étant inermes; à la face
ventrale, elle va du 3e au 9e, les 10e à 12e étant inermes. Les seg¬
ments 9 et 10 portent sur leur tubercule latéral ventral, près du
bord postérieur, une protubérance conique dirigée en arrière;
cette protubérance se retrouve sur le 11e segment sur le tuber¬
cule latéro-dorsal.
C’est de cette espèce que nous avons pu observer la ponte. Les
femelles à peine écloses acceptent le coït, parfois même avant
rétraction complète de leur ampoule frontale, et commencent à
déposer leurs œufs 3 jours après leur éclosion ; elles meurent,
en captivité du moins, 2 à 3 jours après la ponte ; les c? parais¬
sent vivre plus longtemps.
L’expulsion complète des œufs ne dure que quelques secon¬
des ; chaque ponte comprend de 89 à 172 œufs ; ils sont déposés
horizontalement à côté l’un de l’autre, en 4 à 6 séries linéaires
qui se touchent; l’ensemble forme un petit paquet d’œufs forte¬
ment accolés entre eux au moyen d’un liquide visqueux, sécrété
lors de la ponte et qui se dessèche rapidement. L’œuf, d’un blanc
crémeux, à contour elliptique, mesure 1 mm. de long sur
i/3 mm. de large; il présente sur l'un des côtés une face plane
par laquelle il est accolé à son support; sa surface est unifor¬
mément lisse et il n’existe pas de trace d’opercule.
Ayant remarqué qu’en captivité les mouches déposaient régu¬
lièrement leurs œufs sur des surfaces lisses, nous avons songé à
Séance du 12 Mai 191 5
279
les rechercher sur les défenses des éléphants ; nous y avons
retrouvé très aisément les paquets caractéristiques d’œufs, sur
la surface externe de la dent, près de la lèvre, où l’ivoire n’est
pas continuellement battu par les mouvements de la trompe.
Les œufs renferment une petite larve minuscule qui, à sa sortie,
est douée de mouvements de reptation très actifs ; comme les
larves éclosent à proximité de la bouche de l’animal, il leur est
très facile de gagner le tube digestif de leur hôte.
Espèce B. — Larves beaucoup plus grandes que les précé¬
dentes, de 20 mm. de long sur 8 mm. de plus grande largeur;
elles diffèrent en outre par l’absence de protubérances coniques
sur les tubercules latéraux des segments 9 à 1 1 et par des détails
de la spinulation sur lesquels nous n’insisterons pas ici.
Quoique nous ayons obtenu plusieurs mouches adultes ç? et
9 de cette espèce, nous n’avons pu réussir à la faire pondre.
Le rôle des moustiques dans la transmission
du paludisme suspecté en 1774.
Par Charles NICOLLE.
On lira peut-être avec curiosité ce passage du Voyage en Dal-
matie de l’abbé de Fortis (i), relevé au hasard d’une lecture:
« Tous les habitants de cette contrée (le cours inférieur de la
Narenta) dorment sous des pavillons pour se garantir des cou¬
sins; les personnes délicates passent même le jour pendant les
chaleurs sous des pavillons de gaze. Dans le temps de mon
séjour, le nombre de ces insectes incommodes était encore si
grand qu’il me devint insupportable. .. Un ecclésiastique... Cet
homme, d’un esprit vif, me dit qu’il soupçonnait que les fièvres,
dont les habitants de ce païs sont tourmentés , proviennent de la
piqûre de ces insectes qui, après avoir sucé un cadavre corrompu
ou une plante vénéneuse, vont sur les hommes.// n est pas impos-
(1) Jean-Baptiste de Fortis, littérateur italien, né à Padoue (1741), mort à
Bologne (i8o3). La première édition du Voyage en Dalmatie date de 1774;
traduction, que nous avons consultée, de 1778, Berne, Société typographique.
Le passage cité se trouve dans la lettre IV, tome IL pp. 216-217, à Mylord Fré¬
déric Harvvey, évêque de Londonderry et pair d’Irlande.
280
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sible que les miasmes se communiquent par cette voie\ la conjec¬
ture en est au moins ingénieuse. »
L’opinion de cet ecclésiastique anonyme témoigne en effet
d une certaine ingéniosité. Cependant, à ceux qui seraient ten¬
tés d’aller plus loin et de voir dans celui qui la rapporte un pré¬
curseur de la théorie anophélienne du paludisme, nous conseille¬
rons de méditer un autre passage du même livre (i) :
« Votre Excellence, écrit l’abbé, voudra bien convenir qu’il
m’est très permis d’admettre la foudre parmi les causes des vol¬
cans ».
Cette étrange hypothèse ne permet guère de considérer l’autre
comme très réfléchie ; elle fait douter de la solidité des concep¬
tions de notre auteur.
Destruction des poux de corps
par le crésyl et le brossage
Par Jean LEGENDRE.
Les procédés de destruction des poux de corps ou poux du
vêlement (Pecliculus vestimenti) sont nombreux; le plus efficace
actuellement connu consiste à soumettre les vêtements de
l’homme parasité à l’action de la vapeur d’eau pendant vingt
minutes ; lentes et poux adultes sont sûrement détruits. Mais ce
n’est pas un procédé pratique en campagne, puisqu’il exige
l’installation d’une chambre à vapeur.
Les appareils de fortune ingénieux, imaginés pour la produc¬
tion de vapeur, ont l’inconvénient de réclamer un matériel
assez difficile à se procurer et d’être d’un rendement trop faible
en raison du petit nombre d’effets qu’ils peuvent contenir.
Or, pour débarrasser complètement quelqu’un de ses parasites,
il faut soumettre à la désinfection, non seulement le linge de
corps, mais aussi les effets de dessus. Si les poux adultes se
tiennent pour la plupart dans les parties de l’habillement en
contact avec le corps, un certain nombre de parasites, et sur¬
tout les œufs, se trouvent dans les vêtements de dessus, de sorte
(i) Loc. cil., tome I, p. 58. Première lettre, à S. E. Monseigneur Jacques
Morosini, noble vénitien.
Séance du 12 Mat 1915
281
que si ces vêtements ne sont pas désinfectés en même temps que
le linge de corps, l’opération a été inutile, les poux restés dans
les effets de dessus et ceux qui écloront des œufs fixés sur les
mêmes vêtements ne tarderont pas à se multiplier.
Les œufs ou lentes sont de destruction plus difficile que les
poux adultes, le gaz sulfureux qui tue les derniers est sans
action sur les premiers. Or, les lentes ne se trouvent pas géné¬
ralement sur le linge, tandis qu’on les trouve en abondance à
l’intérieur de la vareuse et du pantalon, dans les plis de la
cravate, on en voit exceptionnellement sur les bandes molle¬
tières; la capote reste ordinairement indemne de parasites.
Si chaque homme a du linge de rechange, il a généralement
une vareuse et un pantalon uniques.
Pour ces raisons et vu la nécessité de déverminiser rapidement
un grand nombre d’homm es, j’ai cherché un procédé d’applica¬
tion facile sur le front.
Désinfection du linge de corps
Pour détruire la vermine dans le linge de corps, qui suppor¬
terait mal le brossage, j’ai eu recours au crésyl dont l’action
parasiticide, à l’état de vapeurs, a été démontrée par Bouet et
Roubaud contre les moustiques et les mouches. Par pne série
d’expériences, dont ci-dessous le détail, j’ai déterminé la solu¬
tion mini ma à employer pour obtenir, avec le minimum de
dépense, un effet parasiticide certain.
ire Expérience. — Dans une dilution de crésyline à 10 0/0, tremper trois
minutes une ceinture de flanelle couverte de poux adultes et larves bien
vivants (vêtement donné au moment même par un homme parasité).
Après cette immersion, rinçage immédiat avec deux eaux et exposition de
la ceinture au soleil. Les poux sont immobiles, n’adhèrent plus au linge
quand on les soulève : la suite confirme qu’ils sont bien morts. Ce n’est
que par l’immobilité prolongée qu’on peut à l’œil nu présumer la mort des
parasites.
2* Expérience. — Trempage de 6 minutes dans une dilution à 5 0/0
d’une chemise de flanelle couverte de vermine, rinçage immédiat comme
précédemment, exposition au soleil. Résultat immédiat confirmé dans les
heures suivantes.
3* Expérience. — Même technique, mais dilution à 3,33 0/0, immersion
de 10 minutes d’une chemise de flanelle. Résultat immédiat et complet.
4* Expérience. — Dilution à 2,5 0/0 obtenue en ajoutant de l'eau dans
le mélange à 3,33 0/0 préparé 20 heures auparavant, contact de 10 minutes.
Résultat complet et définitif.
5e Expérience . — Dans même mélange que pour les deux expériences
282
Bulletin de la Société de Pathologie 'exotique
précédentes, mais dilué à 2 0/0 et préparé depuis 24 heures, fait tremper
un jersey pouilleux pendant 5 minutes. Résultat incomplet, les parasites
ne sont pas tués.
Immergé 10 minutes dans même mélangé une chemise flanelle couverte
de poux. Certains sont tués, les autres résistent.
Le jersey dont il est question ci-dessus est trempé 5 minutes dans solu¬
tion fraîche à 8,33 0/0. Résultat définitif : tous parasites tués.
6e Expérience. — Dans mélange à 3,33 0/0 d’expérience 5, préparé
depuis 21 heures, immergé, 5 minutes, ceinture llanelle portant une
douzaine de poux. Résultat parfait.
7e Expérience. — Dans crésyline à 3,33 0/0 ayant servi à l’expérience
précédente et préparée depuis 48 heures ; trempé ceinture flanelle parasitée
pendant six minutes. Certains poux sont en état de mort apparente,
d’autres remuent.
Tremper à nouveau et immédiatement la flanelle pendant quatre minutes
dans la même solution. Cette fois tous les parasites sont en état de mort’
apparente, mais ils reprennent leur activité quelques heures plus tard.
Expérience. — Dans dilution à 2 0/0 fraîchement préparée, trem¬
page pendant 5 minutes d'une ceinture de flanelle; ensuite rinçage immé¬
diat. Résultat complet.
Conclusion. — La crésyline diluée jusqu’à 2 o/o (dilution en
volume) tue les poux de corps après quelques minutes de
contact. Je n’ai pas expérimenté avec des solutions plus faibles.
Le mélange ne paraît pas garder son efficacité au-delà de
2l[ heures.
La crésyline n’altère pas les couleurs des tissus mis à Cessai :
gris variés, bleu foncé, bleu horizon.
Le linge, rincé immédiatement après le passage à la crésyline,
ne garde pas longtemps Codeur du parasiticide.
Le produit n'altère pas le tissu.
C’est bien la crésyline qui détruit le parasite puisqu’une
immersion de vingt minutes dans l’eau ordinaire est sans action
sur lui.
Dans la pratique, je n’emploie que la dilution à 2 ojo et je
laisse le contact se prolonger pendant dix minutes afin de tuer
sûrement les œufs, au cas où il s’en trouverait sur le linge de
corps. Avec 1 litre de crésyl dans 5o litres cCeau froide (l’opéra¬
tion se fait toujours à froid), j’ai pu désinfecter le linge de
soixante-deux hommes, le linge retiré du crésyl étant tordu
pour récupérer le produit.
Désinfection des effets
Les lentes sont faciles à voir, les hommes apprennent de
suite à les reconnaître et à les rechercher aux points d’élection
\
I
Séance du 12 Mai i g i 5 283
«
où la femelle va les fixer. Par le’brossage à sec avec une brosse
à babils un peu dure ou avec une brosse en chiendent, on arrive
en quelques coups à les détacher de fétoffe, elles tombent sur
le sol où elles sont destinées â périr ainsi que les adultes qui
pourraient se trouver sur les effets qui sont brossés sur toute
leur surface intérieure et extérieure. Ce brossage, fait de façon
soigneuse et complète, ne demande pas plus d’un quart d'heure
pour tous les effets de dessus; il est pratiqué par l’intéressé.
★
* *
Il est évident que les deux opérations du crésylage et du
brossage se font simultanément, l'homme brosse ses effets
pendant que son linge trempe dans le crésyl. La dilution du
parasiticide est effectuée au moment de s’en servir. La simplicité
et la rapidité de ce procédé mixte sont très appréciées des
hommes.
«
ERRATUM
N° du i4 avril 19 1 5, note de M. Ch. Nicolle, page 16 1, ligne 16
(2e du petit texte), lire « un jour » au lieu de « un peu ».
284
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Leishmaniose américaine de la peau
et des muqueuses
Par A. LAVERAN.
Historique. — Depuis longtemps les médecins américains ont
signalé l exislence, dans certaines régions de l’Amérique du
Sud, de maladies caractérisées par des ulcérations de la peau et
des muqueuses, mais une grande confusion a régné dans le cha¬
pitre des maladies ulcéreuses tant que le diagnostic n’a pas pu
être basé solidement sur la connaissance des agents pathogènes.
Des dénominations différentes suivant les régions ont été adop¬
tées pour désigner la même maladie et, sous la même dénomina¬
tion, on a décrit souvent des maladies n’ayant entre elles qu’une
ressemblance symptomatique grossière. Il n’est pas douteux que
la leishmaniose américaine a été souvent englobée avec d’autres
maladies sous les noms de baba ou boubci , de boulon de B allia et
d 'ulcère de Bauru au Brésil ; sous les noms de uta et d ’espandia
au Pérou ; de pian-bois à la Guyane française ; de forest i/aws à la
Guyane anglaise et de boschyaws à la Guyane hollandaise. Sous
le nom de buba on a confondu des cas de frambœsia et de blasto-
mijcose avec des cas de leishmaniose ; sous le nom à' espundia, des
cas de blastomycose et de leishmaniose. Pour sortir de ce chaos,
il faut abandonner les noms anciens, au moins pour les mala¬
dies dont l’agent est aujourd’hui connu, et adopter des appella¬
tions rappelant la nature de cet agent. Je désignerai la maladie
que je me propose de décrire dans ce travail sous le nom de
leishmaniose américaine de la peau et des muqueuses et, pour
abréger, sous celui de leishmaniose américaine.
Je serai très bref sur les travaux antérieurs à 1909, en raison
de la confusion qui a régné jusqu’à cette époque dans l’histoire
des maladies ulcéreuses de l’Amérique du Sud.
En 1 885, A. Cerqueira constate l’existence, dans certaines
Séance du 12 Mai iqi5 285
régions du Brésil, d’une dermatose qu’il identifie au bouton de
Biskra (1).
En i8q5, J. Moreira publie des observations cliniques qui con¬
firment celles de Cerqueira (2).
La meme année, Adeodato donne une description du bouton
de Bahia qu’il assimile au bouton d’Orient (3).
En 1895 et 1896, Breda de Padoue décrit, sous le nom de
bouba brasiliana , une maladie, observée par lui en Italie, sur
des émigrants revenant du Brésil, qui paraît bien devoir être
identifiée à la leishmaniose américaine de la peau et des
muqueuses (4). Breda pensait que la maladie était due à un
bacille dont l’existence fut confirmée par Fiogga ; cet observa¬
teur crut avoir réussi à reproduire la buba chez de petits ani¬
maux en leur inoculant des cultures pures du bacille.
De Amigis confirma également les observations faites par
Breda (5).
En 1901, Darier et de Ciiristmas publient l’observation d’un
cas de pian-bois contracté à la Guyane et compliqué de lym¬
phangite nodulaire, ce qui induit les auteurs à supposer que
le pian-bois est une lymphangite de nature spéciale (6).
E. Jeanselme, dans son cours de dermatologie exotique, donne
une courte description du pian-bois qu’il ne confond pas avec
le boulon d’Orient (7). .
En 1909, plusieurs observateurs reconnaissent que l’ulcère de
Bauru (Brésil) et le pian-bois (Guyane française) relèvent de la
leishmaniose cutanée et assimilent ces dermatoses au bouton
d’Orient.
A. Carini et U. Paranhos décrivent des ulcères observés par
(1) A. -G. de Castro Cerqueira, Da leishmaniose tegumentar, Thèse de doc -
torat, Bahia, igi4-
(2) J. Moreira, Ann. da Soc. de Med. e Chir. da Bahia , n° 1, p. 6, Brazi'l
medico , Rio de Janeiro, t. XX, p. 100 et Monatsh. fürprakl. Dermatol ., 189G,
t. XXII, p. 692.
(3) I. Adeodato, Thèse de doctorat, Bahia, 1896.
(4) A. Breda, Giorn. italiano dette malattie veneree e delta pelle, nombreux
articles publiés de 1899 à 1912 ; X F7e Congrès internat, de médecine de Buda¬
pest, 1909, section XIII, Dermatologie. En lisant ce dernier travail on cons¬
tate combien la question était obscure encore en 1909.
(5) De Amicis, Congrès internat, de mèd. de Budapest , C. R. 1910, Section
XIII, Dermatologie.
(6) Darier et de Christmas, Ann. de dermat. et de syphil., 1901, p. 3o8.
(7) E. Jeanselme, Cours de dermatologie exotique, 1904, p. 227.
%
28G Bulletin de la Société de Pathologie exotique
• ^ *
eux chez des travailleurs employés, dans la zone de Bauru, à la
construction du chemin de fer nord-est du Brésil ; les frottis faits
avec des lambeaux de tissu détachés des ulcères ayant montré,
dans plusieurs cas, des Lois h mania du type de L. tropica , les
auteurs identifient l’ulcère de Bauru au boulon d'Orient (i).
A. Lindenberg donne une bonne description de l'ulcère de
Bauru ; il constate l'existence de Leishmania dans ces ulcères
qu’il identifie au bouton d'Orient et il propose de désigner la
maladie sous le nom de leishmaniose ulcéreuse (2).
En 1909 encore, Nattan-Larrier, Touin et Heckenroth
publient l’histoire d’un malade qui avait contracté un ulcère
(pian bois) à la suite d’un voyage aux environs de Kourou
(Guyane française) ; des Leishmania du type de L . tropica , en
petit nombre, existaient dans ce cas, comme dans les ulcères de
Bauru étudiés par Carini, ParaniioscI Lindenberg (3).
En 1910, Rao signale l’existence d’ulcères à Leishmania à
Manaos, Etat de l’Amazone (Brésil), région dans laquelle cette
maladie n’avait pas encore été observée (4).
Pedroso et P. Dias da Silva réussissent à obtenir des cultures
de la Leishmania de l'ulcère de Bauru dans le milieu Novy-Mc
Neal et ils donnent l’observation d’un malade qui était atteint
de 72 ulcères (5).
Bueno de Miranda signale des cas d’ulcères de Bauru compli¬
qués d’ulcérations de la muqueuse nasale et de la langue (6).
A. da Matta oublie 5 cas de leishmaniose-ulcéreuse observés
L
par lui à Manaos (Haut-Amazone, Brésil) (7).
Les localisations sur les muqueuses, si caractéristiques de la
leishmaniose américaine, font l’objet, en 1911 et 1912, d’impor¬
tants travaux.
A. Splendore appelle l’attention sur les affections ulcéreuses
des muqueuses nasale et buccale communes au Brésil ; parmi ces
(1) A. Carini et U. Paraniios, Revista mecl. de Sdo Paulo , 3i mars 1909 et
Soc. de pnth. exotique , 12 mai 1909.
(2) A. Lindenberg, Revista med. de Sdo Paulo , 3i mars 1909 et Soc. de pat h.
exotique , 12 mai 1909.
(3) Nattan-Larrier, Touin et F Heckenroth, Soc. de path. exotique , 8 décem¬
bre 1909.
(4) C. Rao, Revista med. de Sdo Paulo , i5 mai 1910.
(5) A. Pedroso et P. Dias da Silva, Revista med. de Sdo Paulo , i5 octobre
1910 et Arch. da Soc. de med. e cir. de Sdo Paulo , 1911.
(G) Bueno de Miranda, Revista med.* de Sdo Paulo, i5 octobre 1910.
(7) A. da Matta. Rev. med. de Sdo Paulo, 3o novembre 1910.
I
f
Séance du 12 Mai 1915
287
\
affections, les unes constituent d’après lui une forme nouvelle
de leishmaniose, les autres ont pour agent un Blastomyces (r) ;
il décrit ces deux affections et les parasites qui les produisent.
A. Carini publie l’observation typique d’un cas de leishma¬
niose de la muqueuse rhino-bucco-pharyngée, observé par lui
chez un Brésilien qui avait contracté la maladie dans l’Etat de
Saint-Paul (2).
Escomel donne, en 1911, une excellente description de la
maladie caractérisée par l’ulcération lente et progressive de la
muqueuse rhino-bucco-pharyngée qui est connue au Pérou sous
le nom de espundici (3).
Dans un lambeau de la muqueuse palatine ulcérée et dans des
frottis d’ulcérations de malades atteints d’espundia (envois du
Dr Escomel), Laveran et Nattan-Larrier trouvent des Leishmania
qui leur paraissent différer légèrement de la L. tropica, et qu’ils
proposent de désigner sous le nom de L. tropica var. ameri-
cana (4).
A la suite de ces observations, une conclusion s’imposait, c’est
que l’espundia était une leishmaniose ; il résulte toutefois d’une
nouvelle communication d’EscoMEL que sous le nom d’espundia
on confond au Pérou, comme sous celui de buba au Brésil, une
blastomycose avec la leishmaniose ulcéreuse (5).
Darling et Connor observent dans la zone du canal de Panama
plusieurs cas d’ulcères cutanés avec Leishmania qu’ils assimilent
au bouton d’Orient (6).
Werner décrit un cas de leishmaniose cutanée de Rio-de- .
*
Janeiro compliqué de lymphangite (7), et Piraja da Silva publie
de nouvelles observations concernant la même affection à
Bahia (8).
(1) A. Splendore, Arch. f. Sch. u. Trop. Hyg., 191 1, no 4, p. io5 ; Policlinico,
1 9 1 1 ; Soc. de path. exotique . 10 mai 1911.
(2) A. Carini, Soc. de path. exotique , 10 mai 1911.
(3) Ed. Escomel, Soc. de path. exotique , 12 juillet 1911.
(4) A. Laveran et Nattan-Larrier, Soc. de path. exotique, i3 mars et
10 juillet 1912.
(5) Ed. Escomel, Soc. de path. exotique , 10 mars 1916.
(6) S. -T. Darling, Proceed. of the canal zone Assoc., 1910-191 1 ; Tram. 0/
the Soc. of trop. med. a. hyg., décembre 1910 ; Arch. of inter n. med , mai 191 1
et Jl. of cutaneous diseases, décembre 1911. — Darling et R. -G. Connor, Jl.
amer. med. Assoc., 29 avril 1911.
(7) H. Werner, Arch. f. Sch. u. Trop. Hyg., 1911, t. XV, p. 58 1 .
(8) Piraja da Silva, Arch. de Parasitologie, 1912.
0
288
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En 1912, plusieurs cas de leishmaniose de la peau et des
muqueuses sont communiqués à la Société brésilienne de der¬
matologie.
Flu examine à Paramaribo (Guyane hollandaise) des malades
atteints de la dermatose connue dans cette région sous le nom de
boshyaws ou de boessie i/assi e t constate que les frottis faits avec
le produit du raclage des bords des ulcères montrent des Leish-
mania typiques (i).
Seidelin signale qu'au Yucatan les travailleurs indiens
employés à la récolte de la gomme sont souvent atteints d’ulcè¬
res qui siègent d’ordinaire sur l’oreille externe, d’où le nom de
eàr nlcer of the chicleros ; 4 fois sur 6 des Leishmania ont été
trouvées dans ces ulcères (2).
En 1 o t 3 et 1914? les observations relatives à la leishmaniose
américaine se multiplient. Rabello, Terra, Terra et de Freitas
Crissiuma, Gorga, Padesca, publient de nouveaux faits relatifs à
la leishmaniose de la peau et des muqueuses dans les régions de
Bahia, de Rio-de-.laneiro et du Haut-Amazone (Brésil) (3).
Bâtes signale le cinquième cas de leishmaniose ulcéreuse
observé à l’hôpital d’Ancon (zone du canal de Panama) ; le
malade était atteint d’ulcérations de l’hélix de chaque oreille et
de la muqueuse nasale (4).
D.-E. Anderson, Velez, R. -P. Strong et ses collaborateurs,
Rebagliati, Monge, étudient l’uta du Pérou et montrent qu’il
s’agit le plus souvent de la leishmaniose ulcéreuse (5).
Migone et Lindsay donnent de bonnes descriptions de la
leishmaniose au Paraguay où elle est désignée d’ordinaire, comme
(1) P.-C. Flu, Centrait)/, f. Bakter., 1, Orig-., 1911, t. LX, p. 624.
(2) H. Seidelin, Ann. trop. med. a. parasil., 3i juillet 1912 et Yellow fevèr
Bureau . Bulletin, octobre 1912, p. 21 1.
(3) Ed. Rabello, F. Terra, Boletim da Soc. brasileira de Dermatologia
ipi3, t. II, nos I? 2, 3. — F. Terra et de Freitas Crissiuma, XVIIe Congrès
intern. de médecine, Londres 1913, XXP section, part. 2, p. 187. — J. Gorga,
Itevista med. de Sdo Paulo, i5 février 1914- — A. Padesca, Arq. de Hig. e
Patol. exot., 3i octobre 1913.
(4) L -B. Bâtes, Jl. amer. med. ^Issoc*., 22 mars 1913.
(5) D.-E. Anderson, XVIR Congrès internat, de médecine , Londres, 19CL
sect. XXI, part. 2 — Velez, Soc. de path. exotique, octobre 19LL — B. -P.
Strong, E.-E. Tyzzer, C.-T. Brues .. Jl. amer. med. Assoc , 8 novembre 1913.
— B. Rebagliati, Cronica medica , Lima, i5 juin 1914. — C. Monge, même
Recueil, juillet à décembre 1914*
SÉANCE DU 12 Mai 1916
289
au Brésil, sous le nom de buba (r) ; de plus Migone fait connaî¬
tre un cas de kala-azar observé à Asuncion (Paraguay), le seul
connu jusqu’ici (2).
Nous avons vu précédemment que l’existence de la leishma¬
niose ulcéreuse avait été constatée dans la Guyane française et
dans la Guyane hollandaise. Minett et Field, qui ont étudié dans
la Guyane anglaise plusieurs cas de la maladie connue dans cette
région sous le nom de forest ijaws , ont réussi également à trou¬
ver des Leishmania dans les ulcérations (3).
Géographie médicale. — C’est au Brésil et au Pérou que se
trouvent les principales zones d’endémicité de la leishmaniose
américaine; la maladie a été observée, avec une moindre fré¬
quence, au sud du Brésil, au Paraguay et dans l’Uruguay ; au
nord du Brésil, dans les Guyanes ; enfin en Amérique centrale,
dans la zone du canal de Panama et au Yucatan (Mexique).
Brésil. — La maladie est désignée sous les noms de buba ou
bouba , d 'ulcère de Bauru , de bouton de Bahia , d 'ulcère d'Avan-
handaua , de feridas bravas.
On a cru d’abord que la leishmaniose ulcéreuse était limitée
aux Etats de Sâo Paulo, de Bahia et de Rio-de-Janeiro ; il est
démontré aujourd’hui que l’endémie a, au Brésil, une extension
beaucoup plus grande.
Parmi les zones les plus éprouvées, il faut citer : l’Etat de
Bahia (Moreira, Piraja da Silva, de Castro Ceroueira, op. cit .),
la région de Bauru dans la partie occidentale de l’Etat de Sào
Paulo (Lindenberg, op. cit.), et le Haut-Amazone (C. Rao, A. da
Matta, A. Padesca, op. cit.).
Dans ces régions, c’est surtout parmi les travailleurs employés
à l’exploitation des forêts vierges ou à la construction des voies
ferrées qui traversent ces forêts que la leishmaniose a été obser¬
vée. Les ouvriers employés à la construction de la voie ferrée
du nord-est, destinée à mettre en communication la ville de
Bauru et la ville de Cuyaba, capitale du Matto Grosso, ont été
atteints dans une forte proportion.
(1) L.-E. Migone, Soc. de path. exotique , 12 mars 1913, — J.-W. Lindsay,
Transact. of the Soc. of trop. med. a. hyg., juillet 1914, t. VII, p. 209.
(2) L.-E. Migone, Soc. de path. exotique , 12 février 1913.
(3) E.-P. Minett, JL of trop. med. a. hyg., ier août 1913. — E.-P. Minett
et F.-E. Field, même Recueil , i5 novembre 1913.
200
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
D’après A. -G. de Castro Cerqueira (Thèse déjà citée), des cas
de leishmaniose ulcéreuse ont été observés dans les Etats sui¬
vants du Brésil, mais en beaucoup moins grand nombre que
dans les Etats déjà cités : Para, Minas Geraes,, Goiaz, Matto
Grosso, Serjipe, Rio Grande do Norte, Alagoas et Pernambuco.
Pérou. — La leishmaniose de la peau et des muqueuses est
confondue, au Pérou, sous les noms de ata , espundia, juccuya,
i -jeep o , tiacc-araiia, avec différentes maladies ulcéreuses relevant
d’autres causes.
La maladie sévit surtout dans la zone centrale du Pérou, c'est-
à-dire dans la région des forêts à végétation luxuriante, dans
un climat chaud et humide. C’est sur les bords de la rivière
Madré de Dios et dans les régions de Carabaya et de Sandia
qu’EscoMEL a trouvé les plus beaux spécimens de l’espundia.
D'après Anderson, l’uta peut s’observer dans les hautes alti¬
tudes du Pérou, dans des régions froides et humides de 3.ooo à
8 ooo pieds au-dessus de la mer (Anderson, op. cit.).
Paraguay . — La leishmaniose de la peau et des muqueuses
est désignée en général au Paraguay sous le nom de buba ; elle
est commune chez les ouvriers qui travaillent à l’exploitation des
forets ou de la yerba-maté.
D’après Migone, la maladie a pénétré au Paraguay, à la suite
de contaminations successives, des Etats brésiliens limitrophes
du Paraguay. Aujourd'hui l’endémie a pris un tel développement
que, dans certaines régions, il n'y a pas de maison dans laquelle
il n’existe un ou plusieurs malades atteints de leishmaniose. Sur
ioo ouvriers qui entrent dans les forêts, 70 à 80 souffrent au
bout de deux mois d’ulcérations, parfois au nombre de 3o
ou réparties sur différents points du corps. Nationaux et
étrangers, hommes et femmes, vieillards et enfants au sein sont
atteints (Migone, op. cit.).
Lindsay qui a résidé, pendant i/f ans, dans le nord du Paraguay
constate la grande fréquence de la leishmaniose ulcéreuse chez
les travailleurs de la foret; il donne pour cela à la maladie le
nom de American forestal leishmaniosis (Lindsay, op. cit.).
Guyanes. — La leishmaniose ulcéreuse a été observée dans la
Guyane française où elle est connue sous le nom de pian-bois ,
dans la Guyane anglaise où la désignation ordinaire est celle
d e forest yaws, enfin dans la Guyane hollandaise, boshijcuvs des
Hollandais, boessie-yassi des Indigènes.
Séance du 12 Mai 1 9 1 5
2‘n
La maladie commence dans les Guyanes avec la saison des
pluies, et règne pendant toute cette saison, c'est-à-dire de novem¬
bre-décembre à mars-avril; elle atteint, sans distinction de races,
les hommes de couleur et les Européens que leurs occupations
obligent à séjourner dans les forêts.
En dehors des zones d'endémicité énumérées ci-dessus, des cas
de leishmaniose ulcéreuse ont été obsèrvés dans Y Argentine, dans
Y Uruguay, en Bolivie, dans Y Equateur et en Colombie (de Castro
Ceroueira, thèse citée).
Dans l’Amérique centrale, la maladie a été signalée dans la
zone du canal de Panama et au Yucatan.
Zone du canal de Panama. — Darling et Bâtes ( op . cil.) ont
publié les observations de plusieurs malades qui étaient atteints
de leishmaniose ulcéreuse contractée dans la zone du canal;
dans 2 cas les ulcérations siégeaient aux oreilles ce qui est la
règle, comme on va le voir, pour la leishmaniose du Yucatan;
dans un cas la muqueuse nasale était atteinte (cas de Bâtes).
Yucatan {Mexique). — Les travailleurs indiens qui récoltent la
gomme sont souvent atteints d’ulcérations qui siègent d’ordinaire
sur l’oreille externe et qui persistent pendant des mois, voire
même pendant plusieurs années ; la maladie est connue dans
l’intérieur du Yucatan, dans le Campèche et le Quintana R.00,
sous le nom de ear ulcer of the chicleros. Il s’agit, d’après les
recherches de Seidelin ( op . cit .), d’une leishmaniose qui est pro¬
bablement de même nature que la leishmaniose endémique au
Brésil, au Pérou et dans d’autres régions de l’Amérique du Sud.
Formes cliniques. Symptômes. Complications. — La maladie est
caractérisée tantôt par un ou plusieurs ulcères cutanés, tantôt
par des ulcérations des muqueuses du nez, de la bouche et du
pharynx qui ont été toujours précédées par des manifestations
cutanées; on peut pour la facilité de la description distinguer:
la leishmaniose cutanée et la leishmaniose des muqueuses.
A. Leishmaniose cutanée. — La maladie siège le plus souvent
sur les parties du corps qui sont d’ordinaire découvertes : jam¬
bes, avant-bras, face, oreilles ; quelquefois sur les parties cou¬
vertes : poitrine, fesses; elle débute par une ou plusieurs plaques
d’érythème prurigineux qui semblent produites par des piqûres
d'insectes. Au bout de 2 à 3 jours, on voit apparaître, sur la
plaque ou les plaques d’érythème, des pustules qui ne tardent pas
909
m* t/ —
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
à se vider en donnant lieu à une petite ulcération; le liquide
visqueux qui suinte de cette ulcération se concrète sous forme
d’une croûte brunâtre.
L’ulcère est généralement arrondi ou ovalaire ; ses dimensions
qui s'accroissent peu à peu atteignent celles de pièces de
5o centimes, de i, de 2 ou de 5 francs ; certains ulcères de
forme irrégulière couvrent tout le dessus du pied ou une grande
partie du pavillon de l’oreille, d autres font le tour de la jambe
ou du bras.
Les bords sont nets, saillants, violacés ; la peau environnante
est rouge, œdémateuse, peu douloureuse à la pression.
Le fond de l’ulcère est généralement couvert d’une croûte
brunâtre plus ou moins épaisse, sous laquelle on trouve un peu
de pus séreux, fétide, et une plaie rouge, bourgeonnante, qui
saigne facilement.
L’abondance de la secrétion est variable; parmi les ulcères,
dit Migone ( op . cit .), les uns, à fond surélevé, charnus et suin¬
tants, ne se couvrent pas de croûtes, c’est la buba lardacée
humide, d’autres deviennent secs, croûteux, profonds, sans secré¬
tion abondante, c’est la buba sèche.
Les ganglions lymphatiques régionaux sont douloureux au
début ; la douleur disparaît assez rapidement, mais les ganglions
11e reprennent pas leur volume normal.
Les ulcères se compliquent parfois de lymphangite nodulaire
su pp urée (1).
Généralement les ulcères sont peu nombreux chez un même
malade ; ils sont souvent au nombre de 2 ou 3 ; mais il arrive
aussi qu’on en compte une vingtaine ou même davantage; les
plaies, de différentes grandeurs, sont disséminées à la surface du
corps.
Gomme symptômes généraux il faut noter : la fièvre vespérale,
les douleurs articulaires, la céphalalgie ou la courbature. Ces
symptômes sont en général peu marqués ou même font défaut.
La marche est torpide ; les ulcères persistent pendant des
mois, voire même pendant une ou deux années.
La guérison est la règle quand la maladie 11e se complique
pas d’ulcérations des muqueuses. Après une durée de 7 à 8 mois
(1) Dariek et de Chiustmas, un cas de pian-bois (lymphangite nodulaire
suppurative et ulcéreuse de la Guyane). Ann. de dennat . et de syphil., 1901,
p. 3o8. — lt. Werner, Arch. f. Sch. u. Trop. Ilyg 1911, t. XV, p. 58i.
Séance bu Mai kji5
293
eii moyenne, les ulcères commencent à se cicatriser, les bords
s’affaissent et le tissu cicatriciel s’étend peu à peu de la péri¬
phérie à la partie centrale de l’ulcère. La cicatrisation est sou¬
vent interrompue par des rechutes.
Les cicatrices indélébiles sont caractéristiques ; leurs bords
sont étoilés, la partie centrale est parcheminée et décolorée.
Certains ulcères laissent des déformations très disgracieuses
quand leur siège est à la face, c’est ainsi que les ulcères localisés
à l’oreille peuvent avoir pour conséquence la perte partielle du
pavillon ; les cicatrices rétractiles des paupières ou des orifices
des narines peuvent aussi produire des déformations désagréa¬
bles et gênantes au point de vue fonctionnel.
B. Leishmaniose des muqueuses. — En règle générale, les ulcé¬
rations des muqueuses ne s'observent que chez des malades qui
ont été atteints d’ulcères cutanés ; Terra et de Freitas Grissiuma
admettent cependant que la leishmaniose peut débuter par la
muqueuse nasale; les ulcères cutanés sont souvent cicatrisés au
moment où commencent les ulcérations des muqueuses ; ces ulcé¬
rations ne sont pas la conséquence de la propagation d’un ulcère
des lèvres ou des ailes du nez aux muqueuses voisines, comme
cela arrive quelquefois pour le bouton d'Orient.
Carini, Escomel, Splendore, Migone ont communiqué à la
Société de pathologie exotique d’excellents travaux sur la
leishmaniose naso-bucco-pharyngée ; je ferai à ces travaux, et
en particulier à celui d’EscoMEL, de nombreux emprunts.
« La maladie, écrit Escomel (i), commence par un ulcère alo-
nique, suite d’un petit bouton, qui atteint parfois io cm. et plus
de longueur ; le siège de l’ulcère est sur les avant-bras, les
jambes, le cou, sur la poitrine, le dos ou les épaules, plus rare¬
ment sur la face ou les mains. C’est le chancre espundique.
« Cet ulcère granuleux, à bords arrondis, à surface bour¬
geonnante, pseudo-épithélioïde, secrète un pus épais, origine de
croûtes qui persistent souvent pendant des années malgré l’em¬
ploi des médications les plus énergiques.
« Après un temps variable, l’ulcère guérit laissant une cica¬
trice très apparente ; après un intervalle variable, de plusieurs
années parfois, se produisent des lésions des muqueuses nasales
et buccales.
(i) Bulletin Soc. path. exotique , 1911, t. IV, p. 4<jo.
21
294>
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
« Pendant ce temps, l’état général des malades ne paraît pas
souffrir.
« Les lésions commencent d’ordinaire par la sous-cloison du
nez et s’accompagnent d’un coryza chronique ; plus rarement
elles débutent parla bouche (voûte palatine^; les ulcérations se
propagent aux fosses nasales, au voile du palais, aux amygdales,
au pharynx, à la voûte palatine, aux joues, à la langue, aux
lèvres, au larynx, voire même aux lobes des oreilles et à la face.
L’évolution de la maladie peut durer 1 5, 20, 3o ans ou plus;
souvent une complication emporte le malade qui traîne une vie
misérable en raison de son aspect répugnant et de son haleine
fétide.
« L’élargissement du nez consécutif à l’affaissement de la
sous-cloison est caractéristique et permet de faire le diagnostic
à première vue.
« Lorsque la bouche est prise, l’aspect de la voûte palatine est
typique. On voit une muqueuse épaissie, suintante, granuleuse,
traversée dans tous les sens par des sillons plus ou moins
profonds qui séparent des lobes et des lobules ; parmi ces sillons,
j’en ai vu avec une grande constance deux qui se croisent à
peu près sur la ligne médiane et qui vont, l’antéro-postérieur
de la partie postérieure des incisives vers le voile du palais et,
le transversal, de la région molaire d’un côté vers l’autre. J’ai
dénommé ces sillons si caractéristiques, croix palatine de la
espundia.
« J’ai vu mourir, dit Escomel, un malade d’espundia sans
maladie intercurrente, ce qui est très rare ; il a succombé à
une cachexie pareille à celle que donne le cancer, avec dégéné¬
rescence amyloïde des organes; le malade avait eu la lésion
initiale ou chancreuse à l’avant-bras 32 ans avant sa mort. Les
lésions descendaient jusqu’à la trachée et à l'oesophage;
l’estomac et les bronches étaient indemnes. »
$
Laveran et Nattan-Larrier ont constaté, chez plusieurs
malades d'EscoMEL, atteints d’ulcérations de la muqueuse naso-
bucco-pharyngée, l’existence de Leishmania (V. Anatomie patho¬
logique).
La description donnée par Migone est conforme à celle d’Es-
gomel, je la résume.
La phase muqueuse commence, chez beaucoup de malades,
8 à 9 mois après le début de la phase cutanée ; les ulcères cuta-
I
Séance du 12 Mai i<ji,5 21)5
nés sont souvent guéris quand le médecin est appelé à voir le
malade, mais on trouve des cicatrices caractéristiques dont le
siège ordinaire est aux jambes ou aux bras.
La muqueuse nasale, en général atteinte la première, rouge
et infiltrée, est le siège d’un catarrhe séro-purulent ; des croûtes
jaunâtres se forment sur la cloison du nez qui s’ulcère et se
perfore; la respiration nasale est difficile.
L’infiltration s’étend peu à peu, le voile du palais devient
rouge, la luette s’épaissit ; les amygdales, les piliers du voile du
palais et le pharynx se prennent, ce qui rend la déglutition diffi¬
cile et douloureuse.
Le malade tousse et la voix devient rauque, ce qui indique
que le larynx est atteint.
Par suite de la destruction de la cloison nasale, le nez, rouge
et gros, s’affaisse ; la lèvre supérieure est rouge, épaissie, œdéma¬
teuse. La face ainsi déformée devient hideuse.
A la dernière période, la muqueuse buccale est transformée
en un tissu épais, granuleux ; le voile du palais, la luette, les
amygdales se confondent en une masse de tissu lardacé friable;
souvent il n’existe presque plus de cavité au niveau de l’isthme
du gosier; le malade respire et s’alimente difficilement; il
devient presque aphone.
La maladie ne s’étend ni aux os ni à la langue (Migone).
La durée est toujours longue. Les malades guérissent avec des
déformations plus ou moins considérables, ou bien ils succom¬
bent soit à la consomption, soit à des complications parmi
lesquelles il faut citer en première ligne la bronchite.
Anatomie pathologique. — A. Llcères cutanés. — Nattan-Lar-
hier, Touin et IIeckenrotii qui ont examiné des coupes histolo¬
giques d’un ulcère cutané (pian-bois) de la Guyane française
ont donné ( op . cit.), des altérations constatées par eux, une
description qui peut se résumer ainsi : granulome constitué
par des lymphocytes et des mononucléaires infiltrés parmi les
éléments du derme, cellules géantes abondantes, ne formant
jamais le centre d’un follicule leucocytaire avec nécrose cen¬
trale, comme dans les tubercules. Réseau vasculaire abondant ;
artérioles et veinules souvent atteintes d’endovascularile végé¬
tante. Leishmania peu abondantes, libres dans la sérosité œdéma¬
teuse ou incluses dans des cellules conjonctives, plus rarement
296 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dans des mononucléaires ; c’est au centre du granulome que les
parasites se trouvent en plus grand nombre. Les auteurs con¬
cluent que ces altérations diffèrent sensiblement de celles du
bouton d'Orient.
Laveran et Nattan-Larrieii qui ont examiné des frottis faits
par le Dr Escomel avec le produit de grattage ou avec l’exsudât
d’ulcères cutanés de malades atteints d’espundia, ont constaté
l’existence de Leishmania en plus ou moins grand nombre. Les
examens suivants se rapportent à un malade qui était porteur
d’un ulcère de l’oreille (lésion initiale), de plusieurs ulcères
cutanés sur différents points du corps, et d’ulcérations de la
muqueuse naso-bucco-pharyngée (i).
« Lésion de l’oreille. — Ce frottis, très riche en globules
rouges, contient de nombreux leucocytes polynucléaires, des
mononucléaires grands et moyens, des filaments de fibrine étirée,
peu de bactéries. Les Leishmania s’y montrent soit à l’état libre,
soit incluses dans les macrophages. A l’état libre, aussi bien
qu’incluses dans les leucocytes, les Leishmania possèdent des
contours très nets et se colorent bien. Leur forme est arrondie
plus souvent qu’ovalaire ; leur diamètre maximum varie entre
3 et 4 p- Leur noyau est nettement aplati et accolé à la paroi;
il mesure i p, 5 à 2 p de long sur o p, 3 à o p, 5 de large. Le cen¬
trosome occupe une position variable par rapport au noyau ; il
est assez souvent en contact avec lui. La forme du centrosome
est bacilliforme, plus rarement coceiforme.
« Lésion du nez. — Le frottis est pauvre en globules rouges, il
est formé de mucus et de sérosité dans lesquels les mononu¬
cléaires sont abondants (macrophages, grands et moyens mono¬
nucléaires) ; des bactéries, cocci et bacilles, forment çà et là des
amas épais ; les filaments fibrineux sont rares. Les Leishmania
se rencontrent dans des macrophages, des leucocytes polynu¬
cléaires, et enfin à l’état libre. Ou’elles soient contenues dans
les globules blancs ou libres, les Leishmania présentent, presque
toutes, les caractères que nous avons décrits à propos du frottis
de la lésion de l’oreille. »
L’existence des Leishmania est plus facile à constater dans les
frottis que sur les coupes, à la condition qu’on examine, non le
«
(1) A. Laveran et Nattan-Larrier, Ballet . Soc. path. exotique, 1912, t. V,
p. 487.
297
. I t
Séance du 12 Mai 1 g 1 5
1
pus qui se trouve à la surface des ulcères, mais le produit du
grattage des bords ou du fond.
Franchint qui a étudié les altérations de la leishmaniose cuta¬
née chez un malade qui avait contracté cette affection au Brésil
en donne une description qui diffère légèrement de la précé¬
dente. Les altérations ne sont pas les mêmes au début, à la
période d’état et à la période terminale de l’ulcère, il ne faut
donc pas s’étonner s’il n’y a pas une concordance parfaite entre
les descriptions d’auteurs qui souvent ont observé des ulcères à
des stades différents de leur évolution. Les Leishmania se voient
bien, dit Franchini, sur des coupes colorées avec le bleu de tolui-
dine ou l’hématoxyline ferrique, après fixation au sublimé ou
avec le liquide de Schaudinn. Les parasites, peu nombreux, sont
libres ou endocellulaires, ils se trouvent à la superficie comme
dans la profondeur des tissus altérés. D^s Leishmania ont été
trouvées dans le produit du grattage des ulcérations et dans la
sérosité recueillie au niveau des boutons en suppuration (t).
Migone, au Paraguay, a pratiqué la biopsie de quelques bou¬
tons au début et d’ulcères anciens (op. cit.). À la période initiale,
le derme œdémateux est infiltré de mono et de polynucléaires.
Les papilles de Malpighi pénètrent dans le derme. Peu à peu
l’infiltration devient plus épaisse et un nodule inflammatoire est
constitué. La partie épidermique est détruite et l’ulcère se
forme. Les vaisseaux capillaires sanguins et les lymphatiques
sont atteints par l’inflammation, les cellules endothéliales con¬
tiennent parfois des Leishmania.
D’après Mariani, les altérations anatomiques de la leishma¬
niose américaine sont identiques à celles du bouton d’Orient.
Le processus est le même : altérations à siège primitif der¬
mique consistant en une réaclion vasculaire et fibro-plastique
intense avec accumulation d’éléments d’infiltration. Les lympho¬
cytes, les grands mononucléaires, les cellules endothéliales et
les cellules géantes constituent les éléments essentiels de l’infil¬
tration, en rapports variables suivant la période à laquelle est
parvenue la lésion. L’épiderme réagit à la première période par
une hyperplasie plus ou moins marquée, il subit ensuite un
processus d’involution et d’ulcération. L’hypoderme est cons-
(1) G. Franchini, Soc. de path. exotique, 12 mars iqi3.
J
298
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tamment atteint. La guérison s’opère par substitution d’un tissu
connectif jeune aux tissus dégénérés (i).
B. Libérations des muqueuses. — D’après Escomel, la lésion
des muqueuses est constituée par un granulome à cellules
embryonnaires avec travées conjonctives et vaisseaux sanguins. Il
n’existe ni cellules géantes, ni artérites, ni foyers de ramollis¬
sement.
En 1912, le D1 Escomel m’a envoyé un morceau delà muqueuse
de la voûte palatine enlevé au gai vano-caulère sur un malade
atteint d’espundia depuis i5 ans ; nous avons résumé comme il
suit, M. Nattan-Larrier et moi, les résultats de l’examen histo¬
logique de cette pièce qui avait été conservée dans l’alcool.
« La lésion est constituée essentiellement par une infiltration
leucocytaire diffuse du chorion de la muqueuse, avec distension
des capillaires sanguins et lymphatiques et disparition de la
couche épithéliale à laquelle se substitue une fausse membrane
fibri no-leucocytaire.
« L’infiltration du chorion se répartit dans toute son épaisseur ;
plus marquée en certaines régions, moins intense en d’autres,
elle n’affecte aucune disposition nodulaire, et ne possède pas une
distribution systématique par rapport aux vaisseaux ou aux
glandes. L’afflux des leucocytes n’est pas plus net dans la cou¬
che superficielle que dans la couche profonde, il n’est pas plus
accentué au centre de la lésion qu’au niveau de ses bords. Les
éléments, qui se répartissent ainsi, sont des mononucléaires de
taille moyenne, à noyau central arrondi et riche en chromatine,
entouré d’une bordure protoplasmique régulière, d’apparence
normale ; à ces mononucléaires se mêlent, en proportion variable,
mais toujours assez forte, des plasmazellen, reconnaissables aux
caractères de leur noyau et à la réaction de leur protoplasme; ça
et là, enfin, se montrent des macrophages ; ces cellules, plus nom¬
breuses à la périphérie de la lésion, ne forment jamais des amas
confluents et ne possèdent pas des dimensions aussi considérables
que les éléments de même type, observés sur les coupes du bou¬
ton d’Orient. Les polynucléaires sont rares dans la profondeur de
la zone infiltrée ; ils 11e se rencontrent guère qu’à la superficie
du chorion ou au voisinage des ulcérations. Le stroma du gra¬
nulome est formé par un tissu conjonctif dissocié dont les fibril¬
les, mal colorables, s’interposent en minces bandes sinueuses
(f) G. Mariani, Malaria e malattie dei paesi caldi, sept. -déc. 1 g 1 4 •
Séance du 12 Mai 1 9 1 5
299
entre les éléments leucocytaires; les cellules conjonctives sont
nombreuses, volumineuses, et leurs noyaux, bien colorés, sont
toujours faciles à identifier. Les capillaires sanguins, dans la
région superficielle du chorion et dans sa partie profonde, sont
très distendus; leurs lumières, limitées par des endothéliums
tuméfiés, sont remplies de globules rouges mêlés à d’assez nom¬
breux leucocytes polynucléaires. Dans la zone moyenne de la
lésion, les vaisseaux sanguins écrasés par l'infiltration leucocy¬
taire qui les environne, n’offrent plus qu’une lumière étroite.
Il est toujours aisé de retrouver les vaisseaux lymphatiques : on
les distingue dans toute l’étendue de la lésion, aussi bien dans
la couche sous-épithéliale que dans la profondeur.
« Le processus ulcéralif se comprend sans peine. La couche
épithéliale, reposant sur le chorion infiltré et tuméfié, se laisse
distendre et s’amincit. Les cellules de la couche basale perdent
leur disposition en palissade et sont dissociées par l’afflux des
leucocytes polynucléaires. Les cellules épithéliales se creusent
de vacuoles et se nécrosent; dans leurs intervalles et dans leurs
lacunes s’accumulent des polynucléaires, qui forment parfois
de petits amas conglomérés. L’épithélium n'est bientôt plus
représenté que par des cellules rameuses intercalées entre les
globules blancs, et par une mince couche superficielle dont les
éléments allongés, tassés, lamelleux et mal colorables, finissent
par disparaître. La surface de l’ulcération est alors formée par
un réseau fibrineux, composé de fibrilles et de blocs découpés,
où s’enclavent des polynucléaires altérés, quelques mononuclé¬
aires et un petit nombre de globules rouges. La fausse mem¬
brane, ainsi formée, est riche en bactéries.
« Les coupes histologiques ne montrent qu’un petit nombre
de Leishmania ; on les trouve presque exclusivement dans les
parties superficielles et moyennes du chorion épaissi, sur hîs
bords de l’ulcération. Les cellules parasitées, peu nombreuses,
sont distribuées irrégulièrement. La plupart des éléments para¬
sités sont des mononucléaires de taille moyenne. Souvent ils ne
contiennent qu’une à deux Leishmania ; exceptionnellement ils
en contiennent plus de six. Sur quelques points, les parasites
paraissent logés dans le protoplasme d’une cellule conjonctive
tuméfiée. Les leucocytes polynucléaires sont rarement parasités,
néanmoins nous avons trouvé des éléments de ce type dans les
lumières des lymphatiques et dans l’intervalle des cellules
300
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
épithéliales. Nous n’avons vu aucune Leishmania nette dans la
fausse membrane » (i).
D’autre part l’examen des frottis faits avec l’exsudât recueilli à
la surface des ulcérations de la gorge d’un autre malade du
Dr Escomel, également atteint d'espundia, nous a donné les
résultats suivants.
« Dans l’intervalle des traînées formées par la fibrine, se dis¬
posent des filaments plus fins, des globules rouges, des noyaux
étirés de leucocytes désintégrés, de rares macrophages et polynu¬
cléaires intacts, enfin d’épais amas de bactéries de toutes espèces.
Les Leishmania libres sont rares; elles sont situées sur des fila¬
ments de fibrine, ou au voisinage de noyaux altérés. Les cellules
parasitées sont des macrophages et rarement des leucocytes
polynucléaires; les Leishmania y sont soit isolées, soit multi¬
ples; leur nombre ne nous a jamais, dans ce cas, paru dépas¬
ser 4- Les Leishmania intra-cellulaires sont souvent de dimen¬
sions inégales; à côté d’éléments de 4 p de diamiètre et plus, on
en trouve d’autres atteignant à peine 2 p, 5. Leur forme est
toujours arrondie et leurs contours sont bien nets. Les Leishmania
possédant un noyau arrondi ou ovalaire ne sont pas très rares.
Nous avons rencontré, à l’état libre et incluses dans les leuco¬
cytes, des formes de multiplication présentant une forme arron¬
die, un diamètre de 7 a, 5 à 8 p, montrant, accolés à la paroi,
des noyaux cupuliformes au nombre de 2 et même, dans un
cas, de 3 » (2).
Les lésions muqueuses anciennes sont caractérisées, dit Migone
(< op . cit.), par une infiltration abondante et diffuse; le chorion
a presque disparu et il ne reste que quelques îlots épithéliaux ;
des vaisseaux sanguins et lymphatiques de nouvelle formation
existent en plus ou moins grand nombre.
La recherche des Leishmania est souvent difficile dans les
lésions anciennes.
On ne trouve pas de Leishmania dans le sang des malades
(Migone) et il est douteux que la leishmaniose de la peau et des
muqueuses puisse se compliquer de leishmaniose interne. On ne
connaît qu’un cas de kala-azar observé dans l’Amérique du Sud ;
il s’agit d’un italien âgé de 47 ans qui paraît avoir contracté sa
(1) A. Laveran et Nattan-Larrier, Bullet. Soc. de path. exotique 1912, t. V,
p. 178.
(2) Bullet. Soc. de path. exotique , 1912, t. V, p. 487.
Séance du 12 Mai i 9 i 5
301
maladie en 1910, alors qu'il travaillait à la construction de la
voie ferrée de Sâo Paulo à Corumba, dans le Matto Grosso,
c’est-à-dire dans une région où la leishmaniose ulcéreuse est
endémique ; Migone qui soigna le malade à Asuncion (Para¬
guay) trouva des Leishmania très rares dans le sang, plus nom¬
breuses dans les produits des ponctions de la rate et du foie(i).
Le malade ne présentait aucune lésion cutanée ; les Leishmania
étaient un peu peu plus grosses que celles de la bouba. L’inter¬
prétation de ce fait unique est difficile ; en tout cas l'attention
des médecins de l’Amérique du Sud doit être attirée sur la possi¬
bilité de rencontrer des cas de leishmaniose interne dans les
régions où la leishmaniose de la peau et des muqueuses est
endémique. ( A suivre).
Notes de Géographie médicale de la
Section française de la Mission de
délimitation Afrique équatoriale française-
Cameroun en 1912-1913 (2)*
Maladies du tube digestif. — Maladies cutanées — Appareils
locomoteur, circulatoire, nerveux, génito-urinaire. —
Affections des organes des sens. — Intoxications.
— Envenimations. — Affections chirurgicales.
Par J. RINGENBACH et GUYOMARC’H
MALADIES DU TUBE DIGESTIF
Stomatites. — Les indigènes des régions que nous avons tra¬
versées offrent de nombreux cas de stomatite érythémateuse dus,
soit à la déplorable coutume qu’ils ont de se mutiler les dents,
provoquant ainsi une carie rapide, soit à l’alimentation forte¬
ment épicée en usage dans ces régions.
Helminthiase intestinale. — L Ascaris lumbmcoïdes est très
fréquent ; 011 nous en a montré de nombreux échantillons. Les
(1) L.-E. Migone, Soc. de path. exotique , 12 février r g 1 3 .
(2) Voir Bulletins de juillet 1 g 1 4 , mars et avril 1 g 1 5 . Lin aperçu des régions
visitées est donné dans le Bulletin de mars igi5, p. 12/4.
302 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
• • »
indigènes l’accusent des pires méfaits : « chaque borborygme,
chaque bruit insolite de l’abdomen est le fait de ce ver que les
Pahouins nomment misan , les Yassouas go, les Bocabongas
mosèmè , les Bocacas niono et les Kakas ndjio ; c’est lui qui pro¬
voque la hernie inguinale et cause tous les troubles intestinaux ! »
Nous n’avons noté aucun cas d’ascaridiose grave parmi les popu¬
lations que nous avons rencontrées.
Nous avons trouvé très fréquemment dans les selles des indi¬
gènes (enfants et adultes) des œufs d’Ankylostome, mais nous
n’avons pas eu l’occasion d’examiner des vers adultes, ce qui
nous aurait permis de fixer à quelle espèce ils appartenaient.
Nous n’avons pas eu à soigner d’états véritablement aigus, avec
anémie grave et selles dysentériformes. Ces états existent cepen¬
dant au Congo et nous avons rencontré un Européen qui avait
présenté des troubles graves à la suite d'une infection contractée
dans le Nord du Gabon ; Aubert (i) a noté, chez des indigènes
de la Sangha et du M’Bimou, des troubles gastro-intestinaux
intenses et parfois une déchéance physique prononcée, imputa¬
bles à une atteinte ankylostomiasique.
Le Trichocéphale ( Trichocephalus trichiurus Linné, 1771) est
très commun ; il est aussi répandu chez les enfants que chez les
adultes.
L 'Oxyure verrnicnlaire [Oxyurus vermicularis Linné, 1767) a été
"rencontré quelquefois et particulièrement chez l’enfant.
Nous n’avons pas trouvé d’œufs de ténias. Nous croyons que
les indigènes que nous avons visités n’hébergent pas cette caté¬
gorie d’helminthes; on sait en effet que le Tænia saginata pro¬
vient du cysticerque du bœuf et le Tænia solium du cysticerque
du porc; or ces animaux n’existent qu’à l’état sauvage et n’en¬
trent que pour une infime partie dans l’alimentation de l’indi¬
gène. Si d’ailleurs le tænia existait, la consommation presque
quotidienne des semences de courge que fait l’indigène au
Gabon et au Moyen-Congo, suffirait à le chasser.
L’indigène possède contre les helminthes une thérapeutique
assez variée, et l’écorce d’une multitude d’arbres est employée
comme vermifuge.
Dysenterie. — Si nous avons soigné de nombreux cas de
diarrhée simple causés par le refroidissement de la nuit, nous
(i) Aubert, Annales d'hygiène et de médecine coloniales, 1911, n° 4.
Séance du 12 Mai 1 9 1 5
303
n’avons en revanche observé qu’une seule fois le syndrome
dysentérique. Le cas se déclara chez un de nos porteurs, à
Boloto (Haute Likouala-aux-Iferbes) ; nous pensons, en nous
appuyant sur les caractères cliniques que nous avons notés
(début brusque, marche aiguë, rapide et courte), l’examen
microscopique des déjections (absence d’amibes, présence d’hé¬
maties et surtout d’un nombre considérable de leucocytes),
avoir eu affaire à un cas de dysenterie bacillaire ; nous avons
d’ailleurs confirmé notre diagnostic par la recherche de la for¬
mule hémoleucocylaire qui a montré une polynucléose marquée
(79 0/0J. Enfin, la guérison a été obtenue rapidement, en deux
jours, après une seule injection de 3o ce. de sérum antidysenté¬
rique, qui nous avait été obligeamment remis au moment de
notre départ par l’Institut Pasteur de Paris. Dès les premiers
symptômes, le malade avait été isolé pour éviter tout danger de
contage.
La dysenterie bacillaire existe d’ailleurs au Congo, où
Aubert (i) l’a signalée en igiodans le M’Bimou (Haute-Sangha).
Toute affection caractérisée par des selles liquides, abondantes
et douloureuses, est nommée indaye par les Boca-Bongas, bohë-
angia par les Yassouas et goambolo par les Yakingas. Pour les
premiers, le traitement consiste en un lavement d’eau dans
laquelle ils ont fait macérer les feuilles d’un arbuste qu’ils dési¬
gnent sous le nom de mokoaka et qui auraient des propriétés
astringentes; les Yassouas et les Yakingas emploient un lave¬
ment d’eau renfermant du piment écrasé.
Tumeurs. — Nous n’avons pas observé de tumeurs malignes :
néoplasmes de l’estomac, cancer du rectum, etc. Cependant nous
avons pu faire une fois l’autopsie d’un cadavre de jeune femme
décédée avec des symptômes d obstruction intestinale: la paroi
du cæcum était considérablement épaissie et montrait çà et là à
sa surface interne des ulcérations et des végétations ; la tumeur
était entourée de ganglions caséeux et la lumière intestinale très
réduite; en présence de lésions de tuberculose rencontrées dans
les poumons, nous posâmes le diagnostic de tuberculome hyper¬
trophique du cæcum ; d’après les quelques renseignements que
nous pûmes recueillir, la maladie remontait à plusieurs mois.
(1) Aubert, Annales d’ Hygiène et de Médecine coloniales 1911, u° 4»
PP- 783-793,
304 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
MALADIES CUTANÉES
Les maladies cutanées occupent une place importante dans la
pathologie des nègres du Congo ; le manque de vêtements, l’ab¬
sence d'hygiène corporelle, la déplorable habitude des indigènes
qui, dans un but d’esthétique, se recouvrent lépiderme d'ingré¬
dients divers, sont autant de causes favorables à l’éclosion et au
développement des affections de la peau.
Celles-ci sont représentées par de nombreux cas de Gale, les
enfants en particulier sont la proie du sarcopte et dans certains
villages la moitié de la population est atteinte; la localisation
se fait le plus souvent sur les mains et les fesses qui sont le
siège d’une série de petits placards croûteux ; il est très difficile
de déceler l’acare, les sillons typiques font défaut, ils sont rem¬
placés par de véritables pustules qui se distinguent à peine de
l’impétigo, ce sont en général des lésions de grattage qui cèdent
rapidement par le soufre. Les Pahouins donnent à la gale le
nom de Okon-Mitzan ; ils y remédient en appliquant sur la peau
un mélange de poussière de bois rouge et d’écorce râpée four¬
nie par un gros arbre appelé M'Bon. Les Boca-Bongas la nom¬
ment N’Kcina ; elle est chez eux un peu moins fréquente, ce qui
lient peut-être au fait que les indigènes s’enduisent le corps
d’huile de palme qui jouerait dans ce cas le rôle d’isolant. Les
Yassouas la nomment Talée t se servent pour la traiter des cen¬
dres d'une plante appelée djandjia ; ces cendres sont mélangées
à l’huile de palme et l’application de la mixture produit, paraît-
il, une sensation de cuisson assez prononcée. Enfin les Yaringas
désignent comme les Boca-Bongas, la gale sous le nom de Kana ;
ils la soignent au moyen de cendres de peaux de bananes dessé¬
chées puis calcinées.
L’Herpès circiné se rencontre à chaque pas et n’incommode pas
autrement l’indigène.
La Pjityriase sous toutes ses formes existe partout, les pagnes
en fibres de raphia donnent aux ectoparasites un excellent abri.
Les Pahouins, dans le cas de pediculi capitis, s’appliquent sur
les cheveux une mixture comprenant l’écorce râpée de diverses
plantes, alliée à un corps gras, et qu’ils maintiennent à l'abri
de l’air et de la lumière au moyen d’un véritable casque en
feuilles de bananiers; les autres noirs ne font rien pour s’en
débarrasser complètement, ils se contentent de tuer les insectes
(ju’ils peuvent saisir et se rendent ce service les uns aux autres.
Séance du 12 Mai 1915
m
La Puce-chique se retrouve dans chaque région ; elle est nette¬
ment saisonnière et atteint son maximum de fréquence pendant
la période sèche; les indigènes sont unanimes à faire remonter
son apparition à l’arrivée des Sénégalais dans la Colonie.
La Trichophytie du cuir chevelu est fort commune, elle affecte
le plus souvent la forme squameuse. Le Pityriasis frappe la plu¬
part des indigènes et chez certains il envahit la presque totalité
du tronc. Nous avons eu l’occasion de soigner deux cas de Zona,
l’un dorsal, l’autre facial ; dans les deux cas l’affection était uni¬
latérale.
Nous n'avons jamais vu au Gabon d’eczémas, de psoriasis,
d’ulcères variqueux ; entre la Sangha et la Lobaye, trois cas de
psoriasis ont été enregistrés.
Dans chaque village, le même cortège de plaies et d’ulcères
à tous les degrés se présente à nous. Les lésions affectent plus
particulièrement le membre inférieur, et cela se conçoit, car
l’indigène qui marche pieds et jambes nues dans des sentiers
semés d’obstacles, se blesse facilement ; sous l'influence de la
malpropreté, une égratignure légère peut se transformer en plaie
de mauvaise nature, le Phagédénisme apparaît et l’individu qui
en est atteint, traîne son affection pendant de longs mois ; elle
ne guérit d'ailleurs qu'après avoir provoqué des pertes de sub¬
stance parfois énormes, et nous avons vu fréquemment de véri¬
tables mutilations, des déformations permanentes du pied, impu¬
tables à une plaie insignifiante au début; d’autres fois, après
des lymphangites répétées et dans certains cas de chronicité,
le membre prend un aspect éléphantiasique. Les enfants sont
très souvent porteurs de ces plaies et ulcères au niveau des
orteils, et la puce-chique, si abondante en saison sèche, doit
dans la plupart des cas être considérée comme ayant occasionné
la porte d’entrée de l’ulcère; l’affection ne se termine le plus
souvent qu’après la chute d’une ou deux phalanges de l’orteil
atteint.
A côté de ces plaies et ulcères compliqués de phagédénisme,
se place l’ulcère phagédénique proprement dit, pour lequel il
est impossible de retrouver la porte d’entrée, une solution de
continuité des téguments si minime soit-elle. Nous en avons
soigné de nombreux cas, tant chez nos porteurs que chez les indi¬
gènes des villages. Une des localisations fréquentes est la face
dorsale du pied qui est d’abord le siège d’un gonflement doulou-
306
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
reux, puis dès le lendemain ou le surlendemain, la peau se sou¬
lève en un point bien déterminé et s’ouvre en donnant issue à
un contenu séreux; la perte de substance se recouvre alors d'une
membrane grisâtre, épaisse, fortement adhérente ; l’ulcère est
formé, et si un traitement intensif n’intervient pas, il va prendre,
en largeur et profondeur, un développement considérable,
mettant à nu les tendons, ne s’arrêtant qu’au tissu osseux. Nous
avons toujours évité ces accidents par de larges cautérisations au
thermo-cautère, suivies de l’application de pansements humides
chauds avec une solution de permanganate de potasse à
2 p. iooo.
Tout autre est le Cro-cro, nom que l’on donne à une cer¬
taine variété de plaies très fréquentes en Afrique équatoriale
française, et qui frappent aussi bien les Européens que les indi¬
gènes. Nous l’avons rencontré dans les différentes régions que
nous avons visitées, et plusieurs des Européens de la Mission en
ont éprouvé les symptômes. Au Congo, le cro-cro débute
toujours par une vésico-pustule qui se rompt et se couvre d'une
croûte sous laquelle stagne le pus; celle croûte enlevée laisse
voir une ulcération non bourgeonnante, à bords taillés à pic, à
fond couleur lie de vin, n’ayant aucune tendance à la cicatrisa¬
tion ; l’engorgement ganglionnaire est très rare, le phagédénisme
est l’exception. Cette affection siège au niveau des membres
inférieurs ; on l’observe après la marche dans les marécages.
Elle guérit après un temps plus ou moins long, quinze jours
ou un mois, laissant après elle une cicatrice brunâtre indélébile.
L’acide borique en paillettes, avec pansement renouvelé tous les
3 jours, nous a donné les meilleurs résultats dans le traitement
de celte affection.
Le cro-cro du Congo ne doit pas être confondu avec l’affec¬
tion décrite sous le même nom par O’Neill chez les nègres de la
Côte Occidentale ; celle-ci siège surtout aux parties découvertes,
mains, bras, visage; la vésico-pustule est ici remplacée par une
papule qui donne naissance à une ulcération à forme bourgeon¬
nante et se rapprocherait assez du Bouton d’Orient.
Nous ne ferons que signaler l’existence de Bourbouilles qui
atteignent la plupart des Européens sous les tropiques et se
retrouvent au Congo, de I’Erytiirasma dont nous avons recueilli
plusieurs observations, qui siège généralement au pli génito-
crural et qui cède rapidement à un traitement à l’acide chryso-
Séance du 12 Mai 191 5
307
phaniquc et à l’huile de cade. Enfin, TAlbinisme 11’cst pas rare;
nous en avons relevé six exemples au Gabon et deux dans la
Haute Likouala-aux-Herbes ; il existe en outre un peu partout de
nombreux cas de Vitiligo plus ou moins marqués, constitués,
les uns seulement par des cicatrices non pigmentées de brûlures,
syphilides ou plaies diverses, les autres par de larges placards
achromiques en relation, croyons-nous, avec une mycose dont
nous ignorons la nature, et faisant de l’indigène atteint un véri¬
table nègre-pie. •
APPAREIL LOCOMOTEUR
Les atteintes de rhumatisme sont communes, les douleurs
articulaires s’expliquent par la forte humidité de ces régions
dont l’état hygrométrique à 8 heures du matin varie de 96 à 100
et ne descend que très rarement à 4 heures du soir au-dessous
de 76. L’hydarthrose du genou, que l’on rencontre un peu par¬
tout, reconnaît comme cause soit un traumatisme, soit plutôt le
rhumatisme chronique. L’arthrite est souvent une complication
de la blennorragie ; enfin nous signalons au chapitre tuber¬
culose plusieurs cas de tumeur blanche.
APPAREIL CIRCULATOIRE
Nous n’avons pas enregistré de troubles se rapportant au
système vasculaire; il est possible cependant qu’ils soient passés
inaperçus car dans ce pays où le rhumatisme existe à l’état
endémique, il serait bien extraordinaire qu’il 11e s’accompagnât
pas quelquefois de troubles cardiaques.
APPAREIL NERVEUX
A parties troubles décrits à propos de la lèpre et de la maladie
du sommeil, nous n’avons rien de spécial à signaler au point de
vue du système nerveux : la chorée, l’épilepsie, l hystérie,
l’hémiplégie, les paralysies diverses n’ont pas été notées.
APPAREIL GÉNITO-URINAIRE
Nous ne reviendrons pas sur les affections vénériennes dont
il a été question précédemment; nous nous bornerons à signaler
la fréquence de l’hydrocèle de la vaginale dont nous avons
recueilli de multiples observations ; chaque fois que la ponction
308
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
a pu cire pratiquée, elle a donné issue à un liquide jaune ci t ri n ;
nous n’avons noté aucun cas d’hydrocèle chyleuse, et pourtant,
à part quelques cas d’origine traumatique bien déterminée,
nous croyons à l’étiologie filarienne de ces hydrocèles simples
(compression des veines du tissu périépididymaire par le parasite,
occasionnant un épanchement séreux progressif).
Chez la femme, nous avons relevé trois cas de fibrome utérin,
dont deux très volumineux s’accompagnant de symptômes
locaux de compression et de troubles généraux de dénutrition.
Nous n’avons jamais observé de néphrite ou de lithiase rénale.
AFFECTIONS DES ORGANES DES SENS
Audition. — A part de nombreux cas d'otites externes et
moyennes, fréquentes surtout chez l’enfant et dus à la malpro¬
preté dans laquelle vivent ces petits êtres, nous signalerons
seulement trois cas de surdi-mutité au Gabon, entre la mer et
Tlvindo.
Vision. — La conjonctivite catarrhale n’est pas rare; nous
avons observé quelques cas de conjonctivite granuleuse sur
l’Oubangui à Mongoumba. Nous ne reviendrons pas sur les cas
de conjonctivite gonococcique relatés au paragraphe des mala¬
dies vénériennes.
Les indigènes sont souvent atteints de lésions d’iritis d’ori-
gine traumatique.
La cataracte se rencontre fréquemment; le plus souvent, on
a affaire à de la cataracte sénile.
L’ectropion avec blépharite et dacryocystile s’observe aussi
chez les vieillards.
INTOXICATIONS
Alcoolisme. — Dans sa séance du mois d’avril 1914? la Société
de Pathologie Exotique a émis un vœu qui a été transmis à
M. le Gouverneur Général de l’Afrique Equatoriale Française,
pour que des mesures rigoureuses soient prises dans cette colo¬
nie pour arrêter les ravages que l’alcoolisme fait dans la popu¬
lation indigène.
Dès son arrivée au Congo, en 1909, M. le Gouverneur Général
Merlin s’était déjà vivement préoccupé de cette importante ques¬
tion et des mesures qu’il y aurait lieu de prendre pour régle¬
menter le commerce de l’alcool : le 21 septembre 1909, il faisait
Séance eu 12 Mai 1916
309
paraître au arreté interdisant la vente aux indigènes des absin¬
thes et des boissons alcooliques titrant plus de 6o°, et donnant
la faculté aux Lieutenants-Gouverneurs d' interdire temporaire¬
ment la vente des boissons de traite dans toutes les circonscriptions
où cette mesure serait rendue nécessaire. Avec juste raison, une
réglementation était ainsi établie, de préférence à une prohibi¬
tion absolue qui aurait finalement abouti à la contrebande ou à
la création de distilleries clandestines. M. le Gouverneur Général
Merlin, fermement résolu à combattre le fléau, a donné en
septembre 191 3 de nouvelles instructions pour limiter de plus
en plus l’importation de l’alcool en Afrique Equatoriale par une
augmentation progressive de la taxe d’importation, et il est
prêt à appliquer incessamment une réglementation plus rigou¬
reuse encore (1).
L’alcoolisme s’est effectivement établi dans les populations
indigènes partout où le commerce européen a pénétré, près des
voies de communication, sur la côte, sur les bords des rivières,
sur les routes d’étape. Il a été entretenu et développé par les
commerçants qui retirent d'importants bénéfices de la vente aux
indigènes d’alcools de traite et d’absinthes.
Mais si de telles constatations ont pu être faites dans les popu¬
lations riveraines de la Sangha ou de l’Oubangui, nous n’avons
relevé aucun cas d’alcoolisme dans les populations de l’inté¬
rieur, installées loin des centres de commerce.
Du fait de l’isolement relatif dans lequel il a vécu jusqu’à ce
jour, le Pahouin n’a pas encore été notablement touché par ce
poison, qui pourtant commence à faire des ravages dans la
région avoisinant Libreville. L’alcool que l’indigène appelle
alouyou 11’est connu que dans les villages de la baie de Mondah
et de la région qui s’étend de la mer à la Noya; de là jusqu’à
la Sangha, nous n’en avons pour ainsi dire pas retrouvé de
traces.
De la Sangha à la Lobaye, les indigènes n’ont pas encore
connu les alcools de traite. Mais du jour où ils les auront
goûtés, il n’est pas douteux qu’ils n’éprouvent une vive passion
pour les liqueurs fortes et ne deviennent à leur tour la proie de
l'alcoolisme, car ces population consomment déjà de grandes
(1) Bulletin de la Société de Pathologie exotique, 191/1, t. VII, pp. 362-364-
Lettre de M. te Gouverneur Général de V Afrique Equatoriale Française au
sujet de la Lutte contre V Alcoolisme.
310
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
quantités de vin de palme, dont la récolte est une des princi¬
pales attributions de l’homme. Il en sera de même pour les
indigènes des régions comprises entre l’Oubangui et le Logone,
qui commencent à s’empoisonner lentement par l’abus de bière
de mil et d’eau-de-vie de grain qu’ils distillent eux-mêmes.
Tabac. — L’usage du tabac est général ; chaque village en
possède quelques plants; chez les Pahouins il porte le nom de
Macouba, les Yassouas le nomment ndalakoua , les Boca-Bongas
mofembè , les Bocacas déléko , les Mbakas banga. Le plus géné¬
ralement ce produit est fourni à l’indigène .par la factorerie
voisine; il n’est utilisé que dans la pipe. Nous n’avons pas
enregistré de troubles pouvant lui être imputés.
Chanvre indien. — Les Loangos, les Bakongos, les peuplades
des bords de l’Oubangui prisent très fort cette plante qui arrive
à produire chez certains d’entre eux des troubles nerveux, des
accidents cardiaques graves. Les populations que nous avons
visitées ne semblent pas connaître le Cannabis indica.
ENVENIMATIONS
i° Par poisons animaux. — Les morsures de serpent sont
assez fréquentes, mais les accidents mortels sont rares, nous
n’en avons pas relevé d’observations, et l'interrogatoire des indi¬
gènes confirme le fait (i). Nous avons toujours employé avec
succès le sérum antivenimeux polyvalent de Calmette que nous
avons administré chaque fois à la dose de 10 cc. ; vers la fin de
notre séjour dans l’Oubangui, du sérum qui était âgé de treize
mois s’est encore montré très actif. Au nombre des animaux
pouvant provoquer aussi des accidents d intoxication, signalons
encore le Scorpion très fréquent au Gabon où il atteint parfois
12 et i5 centimètres.
2° Par poisons végétaux. — Un peu partout au Congo les
indigènes se servent du suc de certaines plantes (strophantus
ou strychnées) pour enduire l’extrémité des flèches utilisées
pour la chasse et la guerre. Le Pahouin emploie des flèches
trempées dans un liquide provenant de l’écrasement de feuilles
d’une plante qu'il appelle Aîné ; il arrive, par ce moyen, à
s’assurer même des grands singes anthropoïdes. Ces mêmes
(i) Nous donnons d'autre part la liste des espèces venimeuses que nous
avons rencontrées.
Séance du 12 Mai i <j i 5
3H
plantes sont utilisées par les fétichistes du Gabon et de l’Ou-
bangui dans le jugement par poison d’épreuve : suivant l’inten¬
sité de la dose, le patient succombe ou vit, est ou n’est pas
coupable.
AFFECTIONS CHIRURGICALES
Les affections chirurgicales ne présentent pas dans la région
que nous avons traversée,, d’intérêt particulier. Ce sont celles
que l’on rencontre d’une façon générale chez les populations de
l’Afrique Centrale.
La hernie occupe la première place ; chez l’enfant, c’est la
hernie ombilicale à des degrés divers depuis la grosseur d’une
noix à celle d’une mandarine; cette forme se rencontre aussi
chez l’adulte, mais la plus fréquente pour l’homme est la hernie
inguinale ; chez la femme âgée et qui a eu de nombreux enfants,
c’est la hernie abdominable consécutive à une éventration en un
point de moindre résistance de la paroi et constituant une tumeur
arrondie pédiculée pouvant descendre au-dessous de la crête
iliaque. L’indigène accuse les vers intestinaux de causer ces
désordres, et les gargouillements qui se produisent, quand par
exemple il fait rentrer l’intestin dans la cavité abdominale
sont pour lui « le cri des helminthes ». Il n’existe aucun appa¬
reil de contention, aucun traitement, aussi la tumeur prend-
elle des proportions énormes; elle 11e s’accompagne que rare¬
ment de phénomènes d’étranglement.
L’appendicite n’a pas été signalée.
Nous n’avons pas enregistré de tumeurs malignes, mais de
nombreux lipomes ont été observés : leurs lieux d’élection sont
la nuque, les régions deltoïdienne et tricipitale, l’angle inférieur
de l’omoplate et la face interne des cuisses; ces tumeurs grais¬
seuses se rencontrent plus souvent chez l’homme que chez la
femme ; une seule fois l’opération fut acceptée et l’ablation eut
lieu après insensibilisation à la cocaïne.
Les kystes sébacés sont rares; nous n’en avons relevé que deux
cas, l’un du cuir chevelu, l’autre du scrotum. Le kyste der¬
moïde fut observé une fois, il siégeait à la queue du sourcil. Les
kystes synoviaux sont plus fréquents, nous en avons recueilli
quatre observations et chaque fois ils intéressaient l’articulation
du poignet.
Le goitre fut rencontré deux fois au Gabon chez deux femmes
:ri2
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de la région des Monts de Cristal, dans aucun cas la tumeur
thyroïdienne ne s'accompagnait d’accidents de compression, il
n’y avait pas d avantage d’exophtalmie, de tachycardie. Cette
affection est beaucoup plus fréquente dans la Lobaye où elle
fut notée douze fois (chez cinq hommes et sept femmes).
Les abcès et phlegmons sont communs; quand ils arrivent à
maturité, l'indigène donne issue au pus; mais au début, quand
le phénomène douleur domine, il pratique au point atteint
quelques scarifications ou se sert comme révulsif de piment
écrasé, ou de résine d’Okoumé mélangée à une herbe appelée
Megoumana (vocabulaire Pahouin).
Les fractures sont rares au Gabon ; un seul cas y fut remarqué,
il s’agissait d'une fracture du corps de l’humérus chez une
vieille femme ; l’accident s'était produit à l’occasion d’une chute
dans une des nombreuses fosses que creuse l’indigène pour la
capture du gibier; il remontait à trois semaines environ, la
réduction avait été faite parfaitement et les deux fragments
étaient maintenus au contact à l’aide d’un appareil formé de
petites lames de raphia d'une longueur de i5 centimètres pla¬
cées parallèlement, reliées les unes aux autres par des cordes et
fixées autour du bras par des lianes.
Chez les Boca-Bongas et les M’Bakas, les fractures sont plus
fréquentes; elles ont en général pour cause les chutes que font
les indigènes lors de la récolte du vin de palme, et si la fracture
est simple comme dans le cas précédent, la guérison s’opère
dans de bonnes conditions après réduction et contention dans
un appareil analogue à celui décrit ci-dessus ; mais dans les cas
complexes, la consolidation se fait mal, il y a des cals difformes,
des déformations du membre et souvent même des pseudar-
th roses.
Les brûlures sont une affection fréquente chez les noirs de
ces régions; beaucoup d’entre eux présentent en différentes
parties du corps des cicatrices rétractiles consécutives à l’action
du feu et c’est souvent pendant les premières années que cet
accident se produit : le feu qui brûle jour et nuit dans la case
indigène est un danger constant pour le jeune enfant que sa
mère n’a pas toujours le temps de surveiller étroitement ; les
brûlures par les liquides sont plus rares.
Les Pahouins utilisent, dans le traitement des brûlures, la
feuille d’un arbre qu’ils appellent Bornesang ; cette feuille est
31 3
Séance du 12 Mai i 9 i 5
chauffée fortement et appliquée directement sur la plaie après
enlèvement de l’épiderme des phlyctènes. Les Yassouas se
servent d'une huile retirée de l’amande du noyau de palme. Les
Boca-Bongas, les Yakingas utilisent les cendres de feuilles de
palmier à huile. Les M’Bakas emploient l’huile de palme et la
graisse de porc-épic. »
Les blessures occupent une place primordiale dans la patho¬
logie externe du Congo. Les plaies par armes à feu ne sont pas
rares, non pas qu'elles se produisent à l’occasion d’hostilité entre
deux tribus, ce sont plus simplement des accidents de chasse :
l’armement des indigènes est constitué par des fusils à pierre
dont la solidité laisse beaucoup à désirer et qui éclatent souvent
par une charge trop forte ; c’est ce qui fait que ce genre de bles¬
sures siège en général à la main, à l'avant-bras, au visage, occa¬
sionnant des pertes de substance énorme : amputation des
doigts, énucléation de l'œil, etc . Les plaies par instruments
tranchants (sagaies, couteaux, haches) sont aussi très communes;
au voisinage de la côte, l'exploitation des bois, dans l’intérieur
la récolte du caoutchouc, sont l’occasion de ces lésions.
Les grands traumatismes occasionnés par les animaux sau¬
vages ne sont pas rares et se produisent en général à l’occasion
de poursuites dans un but de capture, car 1rs fauves ne s’atta¬
quent pas à l’homme ; au Gabon, l’éléphant, le buffle et le
gorille sont à peu près le seul gibier dont la chasse soit dange¬
reuse ; dans la Lobaye et l’Oubangui, il fauty joindre la hyène et
la panthère qui souvent même pénètrent la nuit dans les villages
et s’attaquent aux femmes ou aux enfants. Les accidents provo¬
qués par les caïmans sont assez rares et l'indigène du bord des
fleuves peut presque s’y baigner sans crainte ; on cite cependant
quelques cas de mutilation des membres dus à ces animaux.
314
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Des variations du pouvoir infectieux et de
la virulence de T rypanosoma dimorphon L. et M.
Troisième note (i).
Par P. DELANOË.
Le T. dimorphon qui fait l'objet de ces recherches est celui
de l’expérience 5 de ma Note préliminaire (2).
Nous avons déjà signalé dans cette Note que ce T. dimorphon ,
« au départ », ne s’était pas montré inoculable au rat blanc et
au cobaye. Nous avons eu depuis l'occasion de faire de nom¬
breuses expériences avec ce virus et c’est le résultat de nos nou¬
velles recherches que nous désirons exposer ici.
Ce Mémoire paraîtra long, .l’ai détaillé mes expériences ; ce
qui m’a paru indispensable pour mettre en relief les particula¬
rités du pouvoir pathogène que j’ai surtout étudiées.
L’histoire du virus que je rappelle est la suivante :
Le 18 sept. 1 9 1 3 , j’ai à examiner àBouaké (Côte d’ivoire) un
troupeau de seize moutons appartenant à Sidi Coulibaly. L’un
de ces animaux présente dans le sang de nombreux trypanoso¬
mes sans flagelle libre, qu’après examen entre lame et lamelle
j identifie immédiatement à T. dimorphon . Les examens des frot¬
tis colorés au Pappenheim 11e font que confirmer mon opinion
(voir fig. ci-dessous). C’est ce trypanosome qui a servi à mes
expériences. Pour plus de commodité, je l’ai appelé T. dimor -
phon Sidi Coulibaly , et par abréviation T . dimorphon S. C.
En mesurant 16 trypanosomes contenus dans des frottis de
sang du mouton S. C., j’ai obtenu comme longueur moyenne
i5p. 7 (maxima iqp, minima 11 p 5) ; comme largeur moyenne
1 p. 6 ('maxima 2 p 2, minima 1 p5).
Ces dimensions sont, surtout en ce qui concerne la largeur,
inférieures à celles du T. dimorphon qui a fait l’objet de ma deu¬
xième Note et qui avait comme largeur moyenne 2 à 3 p,
(1) Ma première note fut publiée dans le n° 1 du tome VII de ce Bulletin ;
ma deuxième Noie dans le n° t\ du même tome.
(2) Loc. rit.
Séance du 12 Mai 1 9 1 5
315
comme largeur maxima 3 p 5, et comme largeur minima 1 p.5.
Le mouton S. G., souche du T. dimorphon S. C., fut acheté
par moi et conservé à l’ambulance de Bouaké du 18 sept. 191,3 au
11 mai 1914, soit près de huit mois. Pendant tout ce temps, il fut *
examiné tous les 2 ou 3 jours. Il ri a jamais montré dans le sang
que des T. dimorphon , en nombre variable d’ailleurs suivant les*
jours des examens. Il est donc infiniment probable que le mou¬
ton S. C. présentait une infection trypanosomienne simple due à
une seule espèce de trypanosome pathogène.
J’ai inoculé sur le mouton S. C. 2 cabris, r chèvre, 1 « singe
vert » ( Cercopithecus callitrichus E. Geoffr.), et de nombreux
rats et cobayes.
Pour plus de clarté, je vais exposer tout d’abord les expérien¬
ces entreprises avec les cabris et la chèvre, puis les résultats de
l’inoculation du T. dimorphon S. G. au cercopithèque callitriche,
enfin les résultats de l’inoculation de ce virus aux rats et aux
cobayes. Gomme les recherches faites avec les rats et les cobayes
sont de beaucoup les plus nombreuses, j ai cru nécessaire d’y
faire des coupures et de les présenter également par séries.
Première série dé Expériences. Inoculation du T. dimorphon
S. C. à 2 cabris et à 1 chèvre.
A) Cabri n° 1 . — Animal jeune, pesant 10 kilos environ. Inoculé le
10 oct. 1 913 avec 3 gouttes de sang du mouton S. C. sous la peau de l’oreille
et 3 gouttes de sang sous la peau du dos. Les trypanosomes dans le sang
du moutonS. C. étaient très rares. — Avant d’être mis en expérience, le
sang de cet animal fut examiné à 4 reprises différentes le 29 sept, et les
310
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
3, 8 et 10 octobre. Ces 4 examens furent négatifs. Cet animal devait
cependant être infecté naturellement par T. Cazalboui, car, à la suite de
l’inoculation du sang du mouton S. C. qui, malgré de très nombreux
examens, ne s’est montré infecté que par T. dimorphon , il présenta dans
le sang, à plusieurs reprises, en même temps que T. dimorphon S. C . de
très rares T. Cazalboui.
Les résultats des examens du sang du cabri n° 1 ont été les suivants :
12 oct. : 0 tryp. dans le sang. 18 oct. : idem. 25 oct. : T. dim. nom¬
breux. Seulement des T. dim. Pas d’autoagglutination des hématies.
30 oct. : T. dim. nombreux dans le sang. 1er nov. : T. dim. nombreux
dans le sang. 4 nov. : T. dim. nombreux dans le sang. L’examen d’une
préparation colorée montre qu’il s’agit nettement de T. dim. 7 nov. :
T. clirn. très rares. 13 nov. : T. dim. non rares. 16 nov.: Trypanosomes
non rares. A côté de T. dim., je vois des trypanosomes munis d’un flagelle
libre et qui ont l’apparence et la mobilité de T. Cazalboui. 20 et 21 nov. :
Trypanosomes rares. Seulement des dimorphon. 30 nov. : Tryp. assez
nombreux. Reconnu très nettement à l'examen entre lame et lamelle une
infection double, par T. dimorphon et T. Cazalboui ; ce dernier très rare.
5 déc. : très rares T. Cazalboui. 6 déc. : très rares 7. dimorphon seulement.
11 décembre : assez nombreux T dimorphon. 14 déc. : très rares T. Cazal¬
boui seulement. 17 déc. : 0 tryp. 26 déc. : rares dimorphon seulement.
15 janvier. 1914 : 0 tryp. 17 et 18 janv. : rares T. dimorphon seulement.
24 janvier : 0 tryp. 25 janv. : rares dim. seulement. 26 janv. : très rares
T. dimorphon seulement. 29, 30 et 31 janv. : 0 tryp 1er février : 0 tryp.
7 fév. : 0 tryp. 9 fév : très rares T. dim. 12 fév. : rares T. dim. 14 fév. :
très rares T. dim. 22, 23 fév. : 0 tryp. 27 fév. : 0 tryp 8 mars : assez
nombreux trypanosomes. T. dim. seulement. 1 1 fév. : 0 tryp. 21 fév. : très
rares T. dim. seulement. 28 fév. : 0 tryp. 9 avril : 0 tryp. 18 avril : très
rares T. dim. 2 et 10 mai : 0 tryp. A partir de ce moment, ce jeune cabri
n'est plus examiné, car nous quittons Bouaké vers le 20 mai.
Nous avons, sur ce cabri, inoculé des cobayes, des rats, et deux
jeunes chiens. Mais nous ne parlerons de ces expériences
qu’après avoir épuisé celles que nous avons faites sur le mouton
V C
B) Cabri n° 2. — Adulte, pesant environ 17 kilos. Inoculé le 14 déc. 1913,
sous la peau, avec 2 à3 gouttes desangdu mouton S. C. Les tryp. étaient
alors très rares dans le sang du mouton S. C. Observé pendant 34 jours,
ce cabri ne montre pas de trypanosomes dans le sang. — Ce cabri n°2 est
réinoculé le 18 janv., dans lepéritoine, avec, dix centimètres cubes de sang du
cabri n° 1 dont nous venons de rapporter l’observation. Les tryp. étaient
alors rares dans le sang du cabri n° 1 et, à l’examen entre lame et lamelle,
je n’y ai vu que des T. dimorphon. 70 jours après la première inocu¬
lation sous-cutanée et 35 jours après la 2« inoculation péritonéale, ce cabri
n° 2 n’avait pas encore présenté de trypanosomes dans le sang. J’en ai con¬
clu que ce cabri n° 2 était réfractaire au T. dimorphon S. C. C’est alors
que l’idée me vint de l’inoculer avec un T. dimorphon différent. Jeme suis
servi du T. dimorphon de l’expérience n° 7 de ma Note préliminaire,
isolé d’un bœuf, et inoculable d’emblée au cobaye et au rat blanc. Le
22 fév., j’injectais dans le péritoine du cabri n° 2 tout le sang du cœur,
mélangé à 15 cm3 d’eau citratée, d’un rat gris des champs richement infecté
par ce dernier virus. 9 jours après, soit le 3 mars, le cabri n° 2 présentait
Séance du 12 Mai 1916
317
de très rares tryp. dans le sang. 8, 12 et 21 mars: pas de tryp. dans le
sang. 28 mars : rares T. dim. dans le sang. L’examen entre lame et lamelle
11e révèle que des T. dimorphon. 9 et 18 avril : rares tryp. dans le sang.
2 mai : pas de tryp. dans le sang. — A partir de cet instant, par suite de
mon départ de Bouaké, le sang de ce cabri n° 2 n’est plus examiné.
Ainsi le cabri n° 2, bien que paraissant réfractaire à T. di/nor-
phon S. C s’est laissé infecter par un T. dimorphon d origin e
différente et qui présentait entre autres particularités d’être au
départ » infectieux et pathogène pour le rat blanc et le cobaye.
C) Chèvre nu 1. — Adulte. Inoculée dans le péritoine le 1er février avec
il cm? de sang du mouton S. C. La chèvre s’infecte. 7 fév., soit six jours
après l’injection péritonéale, pas de tryp. dans le sang. 12 fév., soit
11 jours après l’inoculation, T. dimorphon très nombreux. 14 fév. : pas de
tryp. dans le sang. 22 et 23 fév. : T. dim. rares. 27 fév. : 0 tryp. 3, 8 et
12 mars : 0 tryp. dans le sang. 21 et 28 mars: /’. dim. rares dans le
sans. Seulement des T. dimorphon
9 avril : 0 tryp. dans le sang.
18 avril : T. dira rares. 1er mai : T. dim. rares. 10 mai : 0 tryp. dans le
sang. — A partir de cet instant, par suite démon départ de Bouaké, cette
chèvre n’est plus examinée.
Nous avons sur la chèvre n° 1 inoculé 2 cobayes et 2 rats
blancs. Mais nous ne rapporterons ces expériences qu après
avoir épuisé les recherches faites sur le mouton S. C.
Deuxième
série d' Expériences. Inoculation de T. dimorphon
S. C. à un Cercopi thecus callitrichus.
Ce cercopithèque est inoculé sur mouton S. C. le 28 mars
1914. H reçoit dans le péritoine 4 gouttes de sang. Les trypa¬
nosomes étaient alors rares dans le sang du mouton S. C.
Observé pendant 49 jours, ce singe n'a pas montré de trypa¬
nosomes dans le sang. J'ai pu par contre y noir à plusieurs repri¬
ses de nombreux spirochètes . [, La spirochétose des singes infé¬
rieurs ( 1) paraît très répandue dans la région de Bouaké , puisque,
sur une dizaine de cercopithèques ( Cercopithecus callitrichus ou
C. patas ), tous m’ont montré dans le sang, à intervalles variables,
des spirochètes. Ceux-ci sont difficiles à voir. Il faut des étale¬
ments de sang en couche mince. Souvent on ne reconnaît les spi¬
rochètes qu’aux mouvements qu’ils impriment aux globules
rouges. Cette spirochétose des singes inférieurs mérite être étu¬
diée de plus près].
(1) Voir Tumouxet Dufougeré, C. R. Acad. Sciences, 10 janvier 1910.
318
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En résumant sous forme de tableau les deux premières séries
i *
d’expériences, nous avons :
Mouton Sidi Coulibaly.
Infecté naturellement par T. dimorphon seulement. Sur ce mouton sont
inoculés :
Le cabri n° i. Inoculé
le io oct. i3 avec
quelques gouttes de
sang. S'infecte et
présente dans le
sang à la fois T.
dimorphon et T. Ca-
zalboui. Présentait
très probablement
une infection natu¬
relle par T. Cazal-
boui.
Le cabri n°2. Inoculé
le il\ déc. i3 avec
quelques goutfes
de sang.Réinoculé
le 18 janv. i4 avec
dix centimètres cu¬
bes de sang du
cabri n° i Ne s'in¬
fecte pas. Paraît
réfractaire au vi¬
rus.
La chèvre nn i. Ino¬
culée le Ier février,
dans le péritoine,
avec dix-sep t cen¬
timètres cubes de
sang. S’infecte.
Présente dans le
sang seulement T.
dimorphon.
(In C. callitrichus .
Inoculé le 28 mars
avec quelq. gout¬
tes de sang dans
le péritoine. Ne
s’infecte pas , mais
présente une in¬
fection naturelle
due à des spiro¬
chètes.
Nous exposerons maintenant les nombreuses recherches que
nous avons faites sur le mouton S. G. avec les rats et les cobaves.
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Troisième série d’ Expériences.
Dès le lendemain de l’acquisition du mouton S. G., j'inoculais
sur lui un rat blanc de i5o g. et un cobaye de 55o g1. Ge rat
blanc et ce cobaye reçoivent, dans le péritoine, à trois reprises
différentes, le 19 sept., le /j novembre et le 6 décembre 1913, plu¬
sieurs gouttes de sang infectieux. (Les trypanosomes dans le sang
du mouton S. C. étaient rares le 19 septembre, non rares le
4 novembre, et très rares le 6 décembre). Ni le rat blanc, ni le
cobaye ne se sont infectés.
Quatrième série d Expériences.
Le icr février 1914, j’inocule dans le péritoine de 2 cobayes de
280 et 33o g. trois grosses gouttes de sang du mouton S. G.
(Les trypanosomes étaient rares dans le sang du mouton). Ges
2 cobayes, examinés tous les 2 ou 3 jours pendant 4o jours, n’ont
pas présenté de trypanosomes dans le sang.
Gette double expérience, comme la précédente, prouve que le
virus du mouton S. G. est incapable d’infecter le cobaye.
Cinquième série d' Expériences.
Le 7 février 1914. j’inocule sur le mouton S. G., qui a de rares
trypanosomes dans le sang, 2 Golunda campanæ Huet, un rat
blanc, et 3 rats uniformément gris, vulgairement appelés par les
319
Séance du 12 Mai 1915
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indigènes « rats savane » (r). En somme , nous inoculons sur le
mouton S. C . /ro/s espèces differentes de muridés.
Les deux Golunda campanæ se sont infectés g rarement et sont
morts ; le rat blanc est mort once jours après sans avoir montré de
trjjpanosomes dans le sang ; les trois « rats savane », observés pen¬
dant 4li jours , n ont pas montré de trgpanosomes dans le sang.
Voici l’observation des deux Golunda campanæ :
Golunda campanæ w° 1. — Inoculé, dans le péritoine, le 7 février 14,
avec une goutte de sang du mouton S. C. Les trypanosomes étaient alors
rares dans le sang du mouton S. G. 12, 22 et 23 février : pas de trypano¬
somes dans le sang. 28 fév., soit 19 jours après l’inoculation, T . dimorphon
rares. 28 fév. : T. dimorphon non rares. 2 mars: T. dim. nombreux.
3 mars: T. dim. très rares. 7 mars: T. dim. rares. 10 mars: T. dim.
rares. 19, 24 et 28 mars : 0 tryp. dans le sang. 3 et 10 avril : 0 tryp. dans
le sang. 14 avril : T. dim. rares dans le sang. 24 avril : T. dim. nombreux
dans le sang. 25 avril : T. dim. excessivement nombreux. La mort sur¬
vient dans la journée du 25 avril, vers 16 heures.
Golunda campanæ n° 2. — Traité comme le Golunda 1 . 12 fév. : 0 tryp.
dans le sang. 22 fév. : tryp. très nombreux. J'ai parfaitement reconnu
entre lame et lamelle les formes Irjpanosomes à extrémité postérieure tron¬
quée. 23 fév. : T. dim. rares. 26 et 28 fév. : 0 tryp. dans le sang. 3 mars :
0 tryp. dans le sang. 7 et 10 mars : T. dim. nombreux. 19 mars: pas de
tryp. dans le sang. 23 et 24 mars T. dim. rares. 28 mars: T. dim. non
rares. 3 avril : pas de tryp. dans le sang. 10 avril : T. dim. très nombreux.
Ce Golunda campanæ meurt dans la nuit du 13 au 14 avril.
Sur le Golunda campanæ n° r, nous avons inoculé deux rats
blancs adultes et deux Mus coucha Smith (2). Chacun des deux
rats blancs a reçu, le 2.4 avril, dans le péritoine, au moment où
les trypanosomes étaient très nombreux dans le sang du Golunda
n° 1, deux gouttes de sang et le 2,5 avril, vingt-qualre heures
après, dans la veine cle la queue , deux centimètres cubes d’une
(1) Les Golunda campanæ sont des rats sauvages très communément
répandus dans la brousse aux alentours de Bouaké. Les poils du dos sont
roux fauve ; les poils du ventre sont blancs. Les indigènes les appellent
« biguili au ventre blanc ». Avec leurs yeux saillants et leurs membres pos¬
térieurs développés, ces muridés rappellent de loin les gerboises.
Les cc rats savane » sont des rats de brousse, d’un gris uniforme, apparte¬
nant à l’espèce Arvicanthis , et voisins d 'Arvicanthis niloticus Richardi
Noack. Au sujet des trypanosomes non pal hogènes rencontrés chez ces 2 espè¬
ces de muridés, voir mon mémoire publié cette année dans le n° 4 de ce
Bulletin
(2) Bats sauvages, très nombreux dans la brousse à Bouaké. Les indigènes
désignent sous le nom de « biguili au ventre gris » les représentants les plus
typiques de cette espèce de rat. Les poils sont lins, souples, bien fournis. Sur
le dos. il sont gris cendré (faune grise) ou roux (faune rousse). L’abdomen est
gris cendré ou plus rarement blanc.
320
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dilution de sang- trypanosomé dans de l’eau citratée. (Les trypa¬
nosomes étaient non rares dans la dilution). Ces deux rats blancs,
observés pendant 2 5 jours, n’ont pas montré de trypanosomes
dans le sang.
Le 28 février, deux Mus conchci Smith sont inoculés sur Golanda
campanœ n° 1. Les T. dimorphon étaient alors non rares dans
le sang du Golanda. Un Mus coucha Smith meurt 26 jours après
sans avoir montré de trypanosomes dans le sang. L’autre Mus
coucha Smith, observé pendant 5o jours, n’a également pas
montré de trypanosomes dans le sang.
En somme , nous avons sans succès inoculé sur Golunda cam-
panæ n° 1 deux rats blancs et deux Mus concba Smith.
Sut Golunda campanœ n° 2, nous avons fait un plus grand nom¬
bre d’expériences.
Tout d’abord, le 23 février, nous avons inoculé sur lui un
jeune cobaye de 195 g., deu x jeunes rats blancs de 4o g* environ,
et un Golunda campanœ (n°3). Les inoculations sont faites dans
le péritoine, à raison de 2 è 3 gouttes de sang. Le Golunda, n° 3
meurt six jours après, sans avoir présenté de trypanosomes dans
le sang.
Le 10 mars 1914, c’est-à-dire 45jours après la première inocu¬
lation, le cobaye et les deux jeunes rats blancs sont réinoculés
dans le péritoine avec deux à trois gouttes de sang du Golunda
n° 2. Les T. dimorphon sont alors nombreux dans le sang du
Golunda. Le cobaye observé pendant 10 1 jours, jusqu’au 19 mai
inclusivement, n’a pas montré d’infection sanguine. L’un des
jeunes rats blancs meurt dans la nuit du 4 au 5 mai, c’est-à-dire
70 jours après la première inoculation, sans s’être infecté. L’autre
jeune rat blanc meurt dans la nuit du 1 1 mai, c’est-à-dire 77 jours
après la première inoculation, sans s’être infecté.
Nous avons encore inoculé sur le Golunda campanœ n° 2
deux rats blancs adultes , un jeune cobaye de 212 g., et deux
Golunda campanœ (nos 4 et 5). Chacun de ces animaux reçoit, le
7 mars 1914, dans le péritoine, une goutte à deux de sang de
Golunda campanœ n° 2. Les T. dimorphon étaient alors nombreux
dans le sang de ce Golunda. Le cobaye observé 4o jours n’a pas
montré de trypanosomes dans le sang. Les rats blancs adultes ,
observés pendant 27 et 34 jours, n’ont pas montré de trypan.
dans le sang. Un Golunda est mort onze jours après l’inoculation
Séance du 12 Mai 191 5
321
péritonéale sans avoir pu être examiné. L'autre Golunda , le n°4*
s’infecte et meurt environ 3 mois après, le 7 juin 1914? apres
avoir montré de très nombreux trypan. dans le sang'. Voici l’ob¬
servation de ce Golunda n° 4-
Golunda campanæ n° 4. — Inoculé le 7 mars, dans le péritoine, avec
une goutte de sang du Golunda campanæ n° 2 . 10, 13, 19, 24 et 28 mars 14 :
pas de trypanosomes dans le sang. 2, 3, 10, 14 et 24 avril 14: pas de
trypanosomes dans le sang. 23 avril : T. dim. rares. 29 avril : pas de
trypanosomes dans le sang. 2 mai : 0 tryp. dans le sang. 4 mai : T. dimor-
phon assez nombreux. 9 mai: T. dim. nombreux. 16 mai: T. dim. très-
nombreux. 19 mai : 0 tryp dans le sang. Ce rat meurt le 4 juin 14, sur
le « Formosa a, pendant mon voyage de Grand-Bassam à Bordeaux.
Sur ce Golunda n° 4, j’ai inoculé deux autres Golunda cam-
panœ , les nos G et 7. Ces deux Golunda se sont infectés et sont morts
d infection trypanosomienne. Le Golunda n° 7 est mort très rapi¬
dement en i5 jours avec, dans le sang , des T. dimorphon si nom¬
breux que le sang était nettement décoloré , rosé au lieu d'être
rouge vif. Le Golunda n° G est mort un mois après, le 5 juin 1914,
à bord du « Formosa ».
En résumant sous forme de tableau les expériences des 3e, 4e
et 5e séries, nous avons (v. p. suivante) :
Ces expériences des 3e, 4° et 5e séries montrent qu’à partir du
mouton S. G., le T. dimorphon qui infecte cet animal n’est pas
apte à infecter le rat blanc non plus que le cobaye. Pour le rat
blanc , aussi bien que pour le cobaye, les injections intra-périto¬
néales, même répétées, n’ont pas été suivies de l’apparition des
trypanosomes dans le sang.
Par contre, il a suffi d’une simple goutte de sang du mouton
S. G., au moment où les trypanosomes n’étaient que rares dans
la circulation, pour infecter et tuer deux Golunda sur deux.
Les rats de brousse entièrement gris, de l’espèce Aruicanthis ,
vulgairement appelés « rats savane », paraissent réfractaires.
De même les rats sauvages, de l’espèce Mus conclut Smith,
résistent à T. dimorphon S. G.
T. dimorphon S. G. n’acquiert pas la propriété d'infecter le
rat blanc après un premier passage par Golunda campanæ : une
injection intraveineuse, faite à dose massive, de ce virus pris sur
un Golunda de premier passage, combinée à une injection péri¬
tonéale, n’a pas été suivie de succès (rats blancs nos 3 et 4)-
De même T. dimorphon S. G. n’est pas inoculable au cobaye
après un premier passage par Golunda (cobaye n°4).
Mouton Sidi Coulibaly , souche du virus. Naturellement infecté par T. dimorphon. Sur lui sont inoculés :
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Un Golunda campamv n° 6. inoculé Un Golunda campante n° 7, traite
le 4 mai, dans le péritoine, avec comme le Golunda n° 6. S infecte
une à 2 gouttes de sang du Go- et meurt ib jours après avec de
lunda 4. S'infecte et meurt au très nombreux tryp. dans le
bout d’un mois. sang.
Séance du 12 Mai nji5
323
T. dimorphon S. G. est inoculable en série à Golunda campante
Huet. Nous avons pu, sans difficulté aucune, faire trois passages
successifs par cet animal. II est probable que ces passages eus¬
sent pu être continués indéfiniment : je me suis arrêté au 3e pas¬
sage simplement à cause de mon départ de Bouaké.
Sixième série d' Expériences.
Le 23 février 19 14, alors que les trypanosomes étaient très
rares dans le sang du mouton S. G., nous inoculons 2 à 3 gout¬
tes de sang de cet animal à deux jeunes rats blancs de 35 et 4b g.
et à trois Golunda campanæ Huet.
Les deux rats blancs observés pendant l\\ et 4b jours n'ont pas
montré de trypanosomes dans le sang.
Les 3 Golundas s'infectent gravement. Voici l’observation de
ces 3 animaux :
Golunda campanæ n° 8. - Inoculé, dans le péritoine, le 23 février avec
2 à 3 gouttes de sang du mouton S. C. 28 février : pas de trypan. dans le
sang. 3 mars : tryp. très rares. 7 et 10 mars : tryp. très nombreux.
11 mars : pas de tryp. dans le sang. Donc , crise trypanoly tique très nette.
19 mars: tryp. très rares. 24, 28 mars : pas de tryp. dans le sang. 3, 10,
14, 18, 23, 25, 27, 28 avril : pas de tryp. dans le sang. 2 mai: pas de tryp.
dans le sang.
Ce Golunda meurt dans la nuitdu 3 au 4 mai 1914.
Golunda campanæ n° 9. — Inoculé le 23 février comme le Golunda 8.
28 février: pas de tryp. dans le sang. 2 mars: tryp. très rares 7 mars :
tryp. très nombreux. 10 mars : T. dimorphon excessivement nombreux.
Le 10 mars, à 14 heures, ce rat est mourant. Il est alors sacrifié :
hypertrophie notable çle la rate.
En somme, il y a eu chez ce Golunda campanæ une infection intense et
massive suivie de mort en 15 jours.
Golunda campanæ n° 10. — Inoculé le 23 février comme le Golunda
n° 8. 28 février: pas de tryp. dans le sang. 2 mars : très rares trypanoso¬
mes dans le sang. 7 et 10 mars : T. dimorphon très nombreux. 11 mars :
tryp. nombreux. 13 mars : tryp. très nombreux. 19 mars: tryp. rares.
24 mars : tryp. nombreux.
Ce rat est sacrifié le 24 mars à 16 b. 1/2. Rate un peu grosse.
Sur le Golunda n° 9, nous avons inoculé 2 rais blancs, i cobaye
et 1 Golunda campanæ n° i3.
Le cobaye, du poids de 285 g., reçoit le 10 mars 14, dans le péritoine,
un demi- centimètre cube de sang où les trypanosomes sont excessivement
nombreux. Il s’agit donc d’une injection massive. Observé pendant
70 jours, cet animal n’a pas montré de trypanosomes dans le sang.
Les deux rats blancs, d’un poids de 1 10 et 1 12 g. /sont, comme le cobaye,
inoculésdans le péritoine avec un demi-centimètre cube de sang. Observés
pendant 44 et 48 jours, ils n’ont pas montré de trypan. dans le sang.
324
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Par contre, le Golunda campanæ n° 13 inoculé dans le péritoine avec
seulement 4 gouttes de sang, s'infecte et meurt 33 jours après, dans la nuit
du 12 au 13 avril 191 4.
Sur le Golunda campanæ n° io, que nous avons sacrifié le
2 4 mars au moment où les trypan. étaient nombreux dans le
sang, nous avons inoculé, avec le contenu du cœur, un singe
vert, Cercopithccus callitrichus E.’Geoffr., et 2 Golunda campanæ :
nos 11 et 12.
Le cercopithèque <n° 2) reçoit la dose énorme d'un centimètre cube de
sang dans le péritoine. Observé pendant 56 jours, ce singe n’a pas mon¬
tré de trypanosomes dans le sang.
Le Golunda campanæ n° 11 s’infecte. Déjà 4 jours après, les tryp. sont
nombreux dans le sang. Ce rat meurt 8 jours après l'inoculation et la mort
doit vraisemblablement être attribuée à la trypanosomiase.
Le Golunda campanæ n° 12 meurt 48 heures après l’inoculation périto¬
néale sans avoir pu être examiné.
En mettant en tableau cette sixième série d’expériences, nous
avons (v. p. suivante) :
Les résultats des expériences de cette sixième série ne font que
confirmer ceux que nous avions précédemment obtenus puis¬
qu’ils montrent que T. dimorphon S. G., en partant du mouton
souche du virus,, n’est pas inoculable au rat blanc , que ce virus
est par contre très nettement pathogène pour Golunda campanæ,
puisque 3 Golunda sur 3 se sont sévèrement infectés, qu’il n’acquiert
pas la propriété d’infecter le rat blanc et le cobaye après un pre¬
mier passage par Golunda campanæ .
Il y a enfin lieu de remarquer que T. dimorphon S. G., qui
n’est pas directement inoculable à G. callitrichus (voir 2e série
d’expériences), 11’est pas davantage inoculable à cet animal après
un premier passage par Golunda campanæ.
*
* *
Nous allons maintenant exposer les expériences que nous
avons faites sur la chèvre n° 1 et sur le cabri n° 1 ( voir première
série d’expériences).
Expériences entreprises sur la chèvre n° /.
Nous avons inoculé sur celte chèvre 2 cobayes et 2 rats
blancs.
Les 2 cobayes, pesant 180 et 23o g., furent inoculés dans le
péritoine le 12 février, avec 2 à 3 gouttes de sang. Les tryp. étaient
à ce moment très nombreux dans le sang de la chèvre. Observés
Mouton Sidi Coulibaly , souche du Virus.
Naturellement infecté par T. dimorphon. Sur lui, sont inoculés:
325
Séance nu 12 Mai 1915
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CJn Golunda campanæ n° n.
S'infecta et meurt de trypanoso¬
miase huit jours après.
326
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pendant 54 jours, ces 2 cobayes n’ont pas montré de trypano¬
somes dans le sang.
Les 2 rats blancs furent également inoculés, mais dans les veines.
Le rat blanc n° 20 reçut dans la jugulaire la dose énorme de deux
centimètres cubes d’une dilution de sang trypanosomé dans de
beau citratée. Dans celte dilution, les tryp. sont rares. Ce rat
blanc observé pendant près de deux mois n’a pas montré de try¬
panosomes dans le sang.
Le rat blanc n° 21 reçut dans la jugulaire un demi-centimètre
cube de sang citraté. Observé pendant près de deux mois, il 11’a
pas montré de trypanosomes dans le sang.
Expériences entreprises sur le cabri n° /.
Pour simplifier l’exposé, je vais répartir les expériences faites
sur le cabri n° 1 en quatre groupes.
Premier groupe. — Ce premier groupe d expériences com¬
porte 4 animaux : 2 cobayes, nos 6 et 7 ; et deux rats blancs ,
nos 1 3 et 1 4-
Ces 4 animaux ont été inoculés pour la irc fois dans le péri¬
toine , le 4 nov. i3, avec 2 à 3 gouttes de sang du cabri n° 1 : les
tryp. étaient alors nombreux dans le sang du cabri. Ils ont été
inoculés pour la deuxième fois dans le péritoine avec 3 gouttes
de sang du cabri qui contenait des tryp. non rares. Pour la troi¬
sième fois , ils furent inoculés, toujours dans le péritoine, avec
3 grosses gouttes de sang du cabri qui contenait des tryp. rares.
Pour la quatrième fois , ils furent inoculés dans le péritoine, le
6 déc. 1913, avec 2 grosses gouttes de sang du cabri qui conte¬
nait des tryp. très rares.
Les rats blancs i3 et 1 4? observés régulièrement jusqu’au
17 janvier 1914, c’est-à-dire j usqu’au 74e jour après la première
inoculation, n’ont pas montré de tryp. dans le sang.
Le cobaye n° 7, observé régulièrement j usqu’au 25 janvier 1914?
c’est-à-dire jusqu’au 82e jour après la première inoculation, n’a
également pas montré de tryp. dans le sang. C’est alors qu’il fut
injecté avec une goutte de sang d’un cobaye infecté par le
T. dimor phon de l’expérience 7(1). Le cobage n° j contracte alors
une infection sévère et meurt dans la nuit du i3au i4 février 1914
avec de nombreux tryp. dans le sang.
(1) Voir ma Note Préliminaire, toc. cit.
327
Séance du 12 Mai 1 <j 1 5*
1
Quant au cobaye n° 6, il 11e reçut pas la dernière inoculation
péritonéale du 6 déc. Observé jusqu’au 3o nov., c’est-à-dire jus¬
que 26 jours après la première inoculation, il n’a pas présenté
de trypanosomes dans le sang1.
Donc, 3 ou 4 injections péritonéales successives du sang du
cabri 1, faites à raison de quelques gouttes de sang infectieux-,
n’ont pas entraîné l’infection chez un cobaye (n° 6) et deux rais
blancs (nos i3 et i4).
Le cobaye n° 7, réfractaire à 3 injections péritonéales succes¬
sives de T. dimorphon S. C., se laisse néanmoins infecter par le
T. dimorphon de l’exp. 7 de ma Note Préliminaire, c’est-à-dire
par un T. dimorphon possédant, « dès le départ », le double
pouvoir infectieux et pathogène tant à l'égard du rat blanc qu’à
l’égard du cobaye : ce qui prouve que , quand une injection de
T. dimorphon nest pas suivie d1 infection sanguine , elle ne fait pas
naître chez le cobaye une immunité active pour ce virus. Il en a
été de même, nous l’avons vu, chez le cabri n° 2. Dans ma Deu¬
xième Note (1), j’ai montré qu’il en était également ainsi chez le
rat blanc.
Deuxième groupe. — Ce groupe comporte les expériences faites
sur 2 cobayes, qui n’ont d’ailleurs pas été traités de la même
façon.
Le cobaye n° 8, adulte, est inoculé dans la veine jugulaire le
3o nov. au soir avec deux centimètres cubes d’un mélange d’eau
citratée et de sang de cabri n° 1 : les tryp. étaient très rares dans
ce mélange. Observé j usqu’au 20 janvier r 9 r 4? c’est-à dire pendant
56 jours, ce cobaye n’a pas montré de trypanosomes dans le sang.
Il est alors inoculé avec une goutte de sang d’un cobaye infecté
par le T. dimorphon de l’exp. 7 (1). Le cobaye n° 8 contracte une
infection aiguë et meurt dans la nuit du 5 au 6 février, c’est-à-
dire onze jours après, après avoir présenté de très nombreux
tryp. dans le sang.
Le cobaye n° 9, adulte, est inoculé le 3o nov. 1913 avec dix
centimètres cubes du mélange qui servit à inoculer le cobaye 8.
Malgré cette injection énorme, ce cobaye, observé pendant
65 jours, n’a pas montré de tryp. dans le sang. Il meurt le
4 février au matin. A l’autopsie, aucune lésion à noter.
Donc, T. dimorphon S. G., pris sur cabri n° 1, même quand
y
(1) Butletin de la Soc. de Path. Exotique , t . VU, n° p. 286.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
on a recours à une injection massive, faite soit clans le péritoine
soit dans !a veine jugulaire, ne peut infecter le cobaye.
Chez le cobaye n° 8, l’injection intra-veineuse massive de
T. dimorphon S. G. n'a fait naître aucune immunité active pour
une autre sorte de virus.
Troisième groupe . — A. Le 6 décembre, nous inoculons sur
cabri n° i, au moment où lestryp. étaient très rares, un cobaye,
un rat blanc, et un jeune chien indigène.
Le cobaye (n° 10) reçoit, dans le péritoine, 8 gouttes de sang.
Observé pendant 68 jours, il n’a pas montré de tryp. dans le
sang.
Le rat blanc (n° 1 5) , pesant 65 g., reçoit dans le péritoine 5
à 6 gouttes de sang. Observé pendant 68 jours, ce rat n’a pas
montré de tryp. dans le sang.
Le jeune chien indigène est inoculé le 6 déc., dans le péritoine,
avec dix centimètres cubes. Ce chien meurt 26 jours après sans
avoir présenté ni trypanosomes ni autoagglutination des
hématies.
B. Le 18 janv. 1914, nous inoculons dans le péritoine d'un
deuxième chien indigène sept centimètres cubes de sang du cabri :
les tryp. étaient alors rares dans le sang de ce cabri. — Ce chien
est réinoculé le 1 i mars avec 5 gouttes de sang du Golunda
campanœ n° 10, très riche en trypanosomes (voir le tableau de
la sixième série d’exp.). Observé jusqu’au 29 avril, c'est-à-dire
pendant 101 jours, ce jeune chien n’a montré dans le sang ni
tryp. ni autoagglutination des hématies.
De ces expériences, il résulte que T. dimorphon S. C., même
après un premier passage par Golunda campanœ , n’est pas inocu¬
lable au jeune chien indigène de race Baoulé.
Quatrième groupe. — Le 8 mars 1914 nous inoculons sur
cabri 1, alors que les T. dimorphon sont assez nombreux dans
la circulation, 2 rats blancs et 2 Golunda campanœ (injection
intra-péritonéale faite à la dose de 2 à 3 gouttes de sang).
Les 2 rats blancs (nos 16 et 17), pesant 55 et 200 g., observés
pendant près de deux mois, ne se sont pas infectés.
Au contraire, les 2 Golunda campanœ (nos i4 et i5) s'infectent
gravement et meurent, le n° i4 en moins de 3 mois et le n° i5 en
moins de 2 mois. Les T. dimorphon, à certains moments, étaient
si nombreux dans la circulation que le sang était nettement déco¬
loré, rosé au lieu d’être rouge vif.
Séance du 12 Mai 19 1 5
Sur le Golunda n° i5, nous avons inoculé 2 rais blancs (nos 18
et 19), pesant 56 et 60 g. L’inoculation fut faite dans la veine de
la queue à raison de deux centimètres cubes d’une dilution du
sang du Golunda dans de l'eau citratée. Les tryp. étaient assez
nombreux dans cette dilution : 4 à 5 tryp. par champ microsco¬
pique.
Ces 2 rats, observés pendant un mois, n’ont pas montré de tryp.
dans le sang.
Sur le Golunda n° i4, nous avons inoculé, le 10 mai 1914,
avec une goutte de sang dans le péritoine, deux autres Golunda :
nos 16 et t 7. Ces deux derniers Golunda meurent d' infection surai¬
guë, avec des tryp. très nombreux dans la circulation, le
Golunda 16 en 10 jours et le Golunda 17 en 9 jours.
Sur le Golunda 16, le 20 mai 1914, peu avant sa mort, j’ai
inoculé 6 autres Golunda.
5 Golunda sont morts, à bord du « Formosa », pendant la
traversée Cran d-Bassam-Bord eaux.
Un seul Golunda (n° 18) a résisté suffisamment pour pouvoir
être amené, en pleine infection sanguine, à l’Institut Pasteur de
Paris, dans le laboratoire de M le Professeur Mesnil. Cet animal,
a montré en juin et juillet, u ne forte infection sanguine ; il était
encore vivant le ier août, date à laquelle il a été sacrifié.
C’est sur cet animal qu’à Paris, vers la mi-juin 1914» j ai
inoculé 3 souris blanches, 2 rats blancs, et un jeune mouton.
Seul le mouton s’est infecté; il a succombé en 4i jours.
En mettant en tableau les expériences du quatrième groupe,
nous avons :
Cabri ?î° 1, inoculé sur Mouton S. C.
Infecté naturellement par T. Cazalboui et expérimentalement par
T. dimorphon S. G. Sur ce cabri, le 8 mars 1914, alors que les T. dim. sont
assez nombreux dans la circulation, sont inoculés, dans le péritoine avec
2 à 3 gouttes de sang :
2 rats blancs, nos 16 et 17, pe¬
sant 55 et 200 gr. Observés
pendant près de deux mois.
Nont pas montré de tryp.
dans le sang.
Le Golunda n° 16. Inoculé le
10 mai 1 4, dans le périt.,
avec une goutte de sang.
Infection suraigüe, et mort
Le Golunda campanæ n° 1 4 .
S'infecte gravement et
meurt en moins de trois
mois. Sur ce Golunda, sont
inoculés :
Le Golunda n° 17. Traité
comme le Golunda 16. In¬
fection surapgüe et mort
au bout de 9 jours avec
Le Golunda n° 17. Meurt
en moins de 2 mois
après avoir présenté
une infection sanguine
des plus intenses Sur
ce Golunda, sont ino-
çulés :
Deux rats blancs, nos 18
et 19, pesant 5G et 60 g.
330
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
au bon de io jours avec
tryp. tr.ès nombreux dans
la circulation.
G Golundas sont inoculés le
20 mai. Un seul. n° 18,
arrive vivant en France.
11 est encore vivant et in¬
fecté le ier août.
I
I
Sur ce Go/unda n° 18, le i3
juin 1914 sont inoculés à
l’Institut Pasteur deParis:
3 souris blanches, 2 rats
blancs, un jeune mouton,
qui seul s’infecte et suc¬
combe le 25 juillet.
Con élus ions gèn érales .
De toutes ces expériences, il résulte indiscutablement que
T. dimorphon S. C., soit en partant du mouton souche du virus,
soit après un premier passage par cabri ou par chèvre, soit
même après un premier passage par Golunda campanæ, n’est pas
inoculable au cobaye et au rat blanc. Même en multipliant les
injections péritonéales, en faisant des injections massives de
virus soit dans le péritoine, soit dans les veines, tant chez le
cobaye que chez le rat blanc , on n’aboutit à aucun résultat :
V immunité naturelle de ces deux sortes cl animaux sest montrée
aussi complète que possible.
Cette absence de pouvoir infectieux et de pouvoir pathogène
de T. dimorphon S. C. à l’égard du rat blanc est d’autant plus
remarquable que ce virus s’est montré très pathogène pour une
autre espèce de muridé sauvage, communément répandue dans
la Région de Bouaké, Golunda campanæ.
Sur 21 rats blancs, pas un seul ne s'est injecté. Sur 23 Golunda
campanæ, 22 ont contracté une infection sévère , et il a suffi pour
la déterminer de l’inoculation d’une simple goutte de sang
infectieux. E11 ne tenant pas compte du Golunda campanæ n° 3,
mort six jours après l’inoculation sans avoir montré de Iryp.
dans le sang (cinquième série d’expériences), et des Golunda,
campanæ nos 10 et 18 sacrifiés en cours d’infection, nous voyons
que, sur 20 Golunda ;, chez qui la maladie a pu évoluer entière¬
ment, 20 fois la mort a été due à l’infection trypanosomienne.
Le pouvoir pathogène de T. dimorphon S. C. pour Golunda
campanæ 11e saurait être plus complet.
Nous avons eu à signaler que parfois la multiplication des
des Iryp. très nombreux Malgré une injection
dans le sang. intraveineuse massive
de sang trypanosomé
citraté, ces 2 rats pen¬
dant un mois n’ont pas
montré de tryp. dans le
sang.
Séance du 12 Mai 1 9 1 5
331
trypanosomes chez Golunda campcinœ était telle que le sang- était
décoloré : témoignage de la sensibilité du Golunda au T. dimor-
phon S. G.
T. dimorplion S. G. a paru n être pas doué de pouvoir infec¬
tieux pour les rats uniformément gris appartenant à une espèce
voisine à' Aruicanthis niloticus Richardi et pour Mus coucha , c’est-
à dire pour deux espèces de Muridés sauvages aussi très répan¬
dus à Bouaké.
Ainsi de quatre espèces différentes de Muridés, rat blanc,
Golunda : campanæ IIuet, Aruicanthis niloticus Richardi Noack
(espèce voisine d’), Mus coucha Smith, seule V espèce Golunda cam¬
panæ H. est sensible ci T. dimorplion S. G.
Il existe donc, dans la nature, des races de T. dimorplion telles
qu'elles sont susceptibles d infecter une espèce donnée de Muri¬
dés, sans pouvoir infecter d’autres espèces, cependant très voi¬
sines zoologiquement de la première.
D'où il résulte que , pour réunir le maximum de chances d' isole¬
ment d'emblée de T. dimorplion L. et M. sur muridés , il faut ino¬
culer ce virus au plus grand nombre possible d'espèces de Muri¬
dés à la fois.
En pratique, à Bouaké, il y aurait intérêt à inoculer en même
temps des rats blancs, des Golunda, et des rats appartenant au
genre Aruicanthis : espèce uniformément grise, Aruicanthis nilo¬
ticus Richardi Noack (ou espèce voisine) ; espèces rayées : Arui¬
canthis barbarus et Aruicanthis barbarus pulchellus.
11 y a lieu de remarquer que T. dimorplion S. G. n’a été inocu¬
lable ni à Cercopithecus callitrichus E. Geoffr., ni au jeune chien
indigène de race Baoulé. Des injections massives de virus dans
le péritoine n’ont pu arriver à vaincre la résistance de ces deux
sortes d’animaux.
Ges expériences ne sont pas, à mon avis, suffisantes pour per¬
mettre de conclur c ferme qu’il n’est pas possible de rendre ino¬
culable au cobaye et au rat blanc T . dimorplion S. G. Pour con¬
clure ainsi, il eût fallu entreprendre d’autres expériences et
notamment faire des passages par bovidés et par équidés.
( Travail du Laboratoire de Rouaké, Côte d' Ivoire).
332
Bllletin de la Société de Pathologie exotique
L’Amibiase et son traitement
par l’Emétine à l’hôpital des Noirs,
Léopoldville, Congo Belge
Par F. Van den BRANDEN et A. DUBOIS.
De nombreuses publications ont déjà signalé les brillants
résultats obtenus par l’émétine dans la d)7senterie amibienne.
Cette maladie est loin d’être rare à Léopoldville parmi les indi¬
gènes, et la mortalité est très élevée parmi les cas chroniques qui
sont hospitalisés. Si, jusqu’ici, l’emploi de l’émétine ne paraît
pas avoir diminué la morbidité, la mortalité a diminué dans des
proportions considérables.
Nous résumons ici nos observations concernant l\\ cas de
dysenterie amibienne dont un compliqué d'abcès hépatique,
que nous avons pu traiter à l’hôpital des Noirs de la ville.
Au début de l’emploi de l'émétine, nous avons donné des
doses variant de 0,02 g, à 0,1.0 g. en injection sous-cutanée, plus
tard nous avons administré le médicament par la veine à raison
de 0,10 g. pro die dissous dans 10 cm3 d’eau physiologique.
Les plus fortes doses données ont été :
Ivomana 9 •
Lokna çf .
Edenge Ç? •
Bokugwanga
Mongambi
df
0,21
0,20
0,30
0,96
0,59
»•
(T
ïv
CT
O*
cr
tv
rr
tv
en 24 heures,
en 24 heures,
du 2-IX au 4-IX.
du 24-IX au 3-X
du 28-IX au 3-X.
Bokugwanga a reçu en 1 fois 0,20 g. en injection sous-cutanée.
Elles ont été bien tolérées et n’ont pas produit une irritation
des reins. Dans le cours des injections, Bokugwanga a présenté
de la tachycardie et a souffert ultérieurement de stomatite.
L’émétine a une action parasiticide nette et un effet hémosta¬
tique. La présence de parasites intestinaux ne semble pas influer
sur son action thérapeutique immédiate (Voir tabl. nos 1,2, 10,
11, 12, 20, 21, 27, 87, 38), mais notre expérience personnelle ne
nous permet pas encore d’affirmer que les helminthes favorisent
l’éclosion des rechutes.
SÉANCE DU 12 Mai 1915
333
Les cas de mort concernent soit des cas très chroniques négli¬
gés, soit des malades enlevés par d’autres infections, notamment
la tuberculose (Voir tabl. nos 7, 18, 19, 34).
Nous tenons à faire remarquer qu’en pratique les Noirs ne
suivent guère de régime dans le cours de leur dysenterie.
Nous résumons dans le tableau ci-après (pp. 334-338) les cas
traités.
Les injections intraveineuses à dose forte et à intervalles rap¬
prochés semblent avoir une action plus prompte et plus énergi¬
que que les injections sous-cutanées. Nous n’avons pas constaté
d’albumine en suite des injections et avons pu donner impu¬
nément o,4o g. en quatre jours. L’injection intraveineuse n’étant
pas douloureuse est mieux acceptée par le Noir.
Sur les conseils du docteur Rodhain, nous avons essayé l’émé¬
tine chez un Noir souffrant depuis trois semaines d’hémorrhoïdes
externes. Une injection unique intraveineuse de 0,10 g. a amené
la sédation de la douleur et fait rentrer les hémorrhoïdes. Il
sera intéressant de procéder à d’autres essais.
Le graphique ci-dessous rend compte de la mortalité par dysen -
terie amibienne enregistrée à l’hôpital des Noirs de Léopold-
ville depuis les années 1907 jusqu’en 1914*
1914, les cas traités en liberté sont ajoutés.
Léopoldville , le 20 mars igi5.
334
Bulletin de la Société de Pathologie exotioue
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Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Séance du 12 Mai 1910
339
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1 ■
Expériences sur le traitement
des trypanosomiases animales.
Par R. Van SAGEGHEM.
»
Pour le traitement des trypanosomiases, nombre de produits
ont été préconisés ; les arsenicaux, les antimoniaux, les couleurs
de benzidine, la série du triphénylméthane, etc... ont été utili¬
sés tour à tour, avec plus ou moins de succès. Plusieurs de ces
médicaments ont donné des guérisons, mais les bons résultats
obtenus furent en général très irréguliers et la question si impor¬
tante du traitement des trypanosomiases est loin d’être résolue.
Les maladies à trypanosomes sont de terribles fléaux pour
l’élevage du bétail qu’elles peuvent complètement compromettre.
L’importance qu’on doit attacher à la recherche du traitement
spécifique se conçoit aisément. Il est du devoir de tout médecin
qui s’occupe de maladies tropicales de seconder par des expé¬
riences, des observations, ceux qui s’attachent spécialement à
résoudre le problème angoissant du traitement des maladies à
trypanosomes.
Les quelques expériences que j’ai faites à l’Ecole de Médecine
tropicale de Bruxelles ont eu pour but de juger de faction res¬
pective de l’atoxyl et de l’émétique sur des infections produites
par Tr. congolense (1) et par Tr. Unicef , var. de Y Ouganda (2) et
de contrôler l’effet thérapeutique de l’association Atoxyl-Eméli-
que sur les mêmes trypan.
Exp. I. — Action de V Emétique sur une infection produite par Tr. con¬
golense. — L’émétique fut employé à la dose de 0 g. 006 par kg. de
poids, en solution de 0 g. 10 pour 10 cm1 2 3 de. sérum physiologique et fut
administré à des cobayes en injections sous la peau.
Injecté le 26 mars 1914. Tr. congolense. Cobaye 6G0 g,
6 avril igi4- Examen du sang : positif. 10 tryp. par champ. Reçoit 0,006 g. émé¬
tique par kg.
7-8-9-10-1 i-i2-i3-i4-i5-i6 et 17 avril 1914. Examen du sang : négatif.
18 avril, positif : 8 tryp. par champ. 0,006 g. émétique par kg.
19-20-21-22-23-24 26 et 26 avril : négatif.
27 avril : positif. 6 tryp. par champ. Reçoit 0,006 g. émétique par kg.
(1) Voir Laveran, Bull. Soc. Palk. exot.y t. III, avril et juill. 1910.
(2) Provient du laboratoire du Professeur Mesnil, de l’Institut Pasteur de
Paris.
340
Bulletin de là Société de Pathologie exotique
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28-29-30 et 3i avril, 1-2-3 et 4 mai : négatif.
5 mai : positif. 10 tryp. par champ. Reçoit 0,006 g. émétique par kg.
6-7-89-10 et 11 mai : négatif.
12 mai : posilif. 4 tryp. par champ. Reçoit 0,006 g. émétique par kg.
i3-i4-i5 et 16 mai : Négatif. Mort.
Conclusions . — L’émétique a une action manifeste sur les infections à
Tr. congolaise. Régulièrement, après chaque administration, on peut
observer la stérilisation de la circulation périphérique ; malheureusement,
les rechutes sont fréquentes et les guérisons plutôt exceptionnelles.
Broden a signalé (I) que le Tr. congolaise est moins sensible à l’émé¬
tique que le Tr. Cazalboui.
Exp. II. — Action de F Emétique sur Tr. Brucei, car ugandæ.
Injecté le 28 mars de Tr. ugandœ. Cobaye 735 g.
2 et 4 avril : positif. 3 tryp. par champ. Reçoit 0,006 g. émétique par kg.
3- 4 et 5 avril : négatif.
6 avril : positif. 3 tryp. par champ. Reçoit 0,006 g. émétique par kg.
7-8-9-10 et 11 avril : négatif.
12 avril : positif. 6 tryp. par champ. Reçoit 0,006 g. émétique par kg.
i3-i4-i5-i6 et 17 avril : négatif.
18 avril : positif. 3 tryp. par champ. Reçoit 0,006 g. émétique par kg.
19-20-21-22-23 et 24 avril : négatif.
26 avril : positif. 4 tryp. par champ. Reçoit 0,006 g. émétique par kg.
26-27-28-29 et 3o avril, 1 et 2 mai : négatif.
3 mai : positif. 8 tryp. par champ. Reçoit 0,006 g. émétique par kg.
4- 5-6 et 7 mai : négatif.
8 mai : mort .
Conclusions. — L’émétique possède également une action trypanocide
sur le Tr. ugandæ. On observe une stérilisation de la circulation périphé¬
rique ; les rechutes furent observées en moyenne tous les 7 jours.
Exp. III. — Action de l'Aloxgl sur Tr. congolense. — L’Atoxyl dans
toutes mes expériences fut employé à la dose de 0 g. 02 par kg., en solu¬
tion de 0 g. 10 pour 10 cm3 de sérum physiologique. — Les injections
furent faites sous la peau.
Injecté de Tr. congolense , le 26 mars Cobaye : 610 g.
6 avril : positif. 1 tryp. par champ. Reçoit 0,02 g. atoxyl par kg.
7 avril : positif. 6 tryp. par champ. Reçoit même dose atoxyl.
8 avril : positif. 9 tryp. par champ. Reçoit même dose atoxyl.
9-10-1 i-i2-i3 et i4 avril : positif.
15 avril ; positif. Reçoit atoxyl 0,02 g par kg.
16 avril : mort. Positif.
Conclusions . — L’atoxyl n'a aucune action sur le Tr. congolense ; au
contraire, son administration répétée semble hâter la mort de l’animal.
Exp. IV. — Action de F Atoxgl sur Tr. ugandæ.
Injecté le 26 mars de Tr. ugandœ. Cobaye : 735 g.
2 avril : positif. Reçoit atoxyl.
4 5-6-7 et 8 avril : négatif.
9 avril : positif. Reçoit atoxyl.
10-1112 et i3 avril : négatif.
(1) Bulletin Agricole du Congo belge, t. III, u° 2, p 4b3.
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14 avril : positif. Reçoit atoxyl .
15 avril : négatif.
16 avril, : positif. Reçoit aioxyl.
17-18 et 19 avril : négatif.
20 avril : positif. Reçoit atoxyl.
21 avril : négatif.
22 avril : fortement positif. Reçoit atoxyl.
23 et 24 avril : négatif.
25 avril : mort. Positif.
Conclusions. — L’atoxyE employé contre les infections à Tr. ugandæ ,
peut stériliser momentanément la circulation périphérique. Une accoutu¬
mance s’installe rapidement et les rechutes peuvent se présenter après
deux jours. L’animal dépérit et meurt malgré le traitement.
Comme conclusion générale de ces quatre expériences , il résulte
que, ni l’émétique, ni l 'atoxyl, administrés isolément, ne peuvent
rendre de sérieux services dans le traitement des infections à
Tr. congolaise ou Tr. ugandæ (type Brucei).
Passons maintenant aux expériences où l’émétique et l aloxyl
sont associés.
Exp. V. — Atoxyl- Emétique dans le traitement des infections à Tr. con¬
golense.
24
342
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le sang n’est plus examiné ré¬
gulièrement.
1er mai. Négatif. 665 g.
2 » » 660 »
Quatre injections ont été faites. L(
suit : 1re : 8 jours ; 2e : 12 jours ; 3e :
15 mai. Négatif. 665 g.
19 » » 695 »
15 juin : L’animal peut être con¬
sidéré comme guéri.
3 rechutes se sont espacées comme
1 3 jours.
Cobaye n° 2. — Injecté le 2 mars de Tr. congolense. P. 615 g.
11 mars. Positif. Rares trypan.
L’animal peut être considéré
comme guéri le 15 juin.
Une injection a suffi pour obtenir la guérison.
Conclusions. — L’atoxyl et l’émétique associés ont guéri en une inter¬
vention le cobaye n° 2, infecté de Tr. congolense.
Le cobaye n° 1 est guéri après trois rechutes. A chaque rechute, il reçut
Atoxyl- Emétique associés. — La première rechute fut observée après
huit jours, la seconde après 12 jours, la troisième après 13 jours, puis la
guérison a été obtenue.
Exp. VL — Atoxyl- Emétique clans le traitement de Tr. ugandæ.
Cobaye n° 3. — P. 410 g. Injecté de Tr. ugandæ , le 27 février.
6 mars. Positif. Rares trypan.
Reçoit Atoxvl-Emétique. 348 g.
Un trypan. par champ.
Reçoit Atoxyl-Emétique.
Une récidive fut observée après 12 jours. Deux injections d’atoxyl-émé-
tique eurent raison de l’infection.
Cobaye n° 4. — P. 420 g. Injecté le 18 février de Tr. uyandæ.
344
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tl a eu deux récidives, la première après 17 jours, la seconde après
13 jours.
Cobaye n° 5. — P. 430 g. Injecté le 21 février de Tr. uyandæ.
L’animal a été soumis à six interventions, espacées respectivement de
12, 13, 16, 11 et 25 jours. Ap rès la quatrième injection d’atoxyl-éméti-
que, on observe une diminution progressive du poids du cobaye. La gué¬
rison n’a pas été obtenue.
Gomme conclusion de ces trois dernières expériences, il résulte
que l'association Atoxyl-Emétique a guéri deux cobayes sur trois
infectés de Tr. ucjandæ. Un cobaye fut guéri par deux injec¬
tions, l’autre par trois injections. Les injections furent faites au
moment des rechutes.
L’Association Atoxyl-Emétique semble donc donner de très
bons résultats ; c'est une association heureuse qui, sur les petits
animaux de laboratoire, donne un pourcentage très élevé de gué-
Séance du 12 Mai 1915
345
risons. Il reste à savoir si cette action est aussi nette chez les
grands animaux atteints de trypanosomiase.
Des expériences en cours le démontreront (voir Appendice).
Administration d’atoxyl et d’émétique aux grands animaux
L’atoxyl est un produit très peu irritant qui se donne en injec¬
tion sous-cutanée. La réaction locale est nulle à condition qu’on
use de toute l’asepsie nécessaire. Il n’en est pas de même de
l’émétique qui est un produit excessivement irritant. L’émétique
donné en injection sous-cutanée produit une réaction locale très
violente accompagnée d’œdème, d’inflammation, parfois même
de nécrose des tissus. Ce mode d’administration doit être abso¬
lument proscrit.
L'injection intra-veineuse, préconisée chez l’homme par
Broden et Rodhain, donne de très bons résultats à condition
qu’elle se fasse d’après toutes les règles de l’art. Ces règles, très
faciles à appliquer chez l’homme, sont inapplicables aux ani¬
maux à peau épaisse et à contention difficile. Tous les essais que
j’ai faits et vu faire sur les grands animaux ont toujours donné
de l'œdème, parfois de la phlébite, avec obstruction consécutive
de la veine. Ce mode d’administration est appelé à ne rendre que
peu de service dans la médecine vétérinaire. J'ai mis à l’essai
un nouveau mode d’administration qui m’a donné de très
bons résultats : /’ injection intramusculaire de solutions d’émé¬
tique.
Ces injections exigent une asepsie moins rigoureuse, sont peu
douloureuses et ne donnent jamais de réaction locale.
Voici la technique de ces injections :
•
On couche l’animal sur le flanc. Vers le tiers supérieur de l’encolure,
la peau est rasée, puis désinfectée à la teinture d’iode. On enfonce à cet
endroit l’aiguille à injection, longue de 10 à 15 cm. pour les grands ani¬
maux, de 5 à 10 cm. pour les petits animaux. L’injection doit être faite
dans les couches musculaires profondes. Après l’injection de la solution
d’émétique, on retire l’aiguille d’un mouvement brusque.
La solution, l’aiguille, la seringue doivent être stérilisées. Une heure
après l’injection intramusculaire d’émétique (0,006 g. par kg.), l’animal
est généralement très abattu ; le pouls est faible et rapide, la respiration
haletante et l’animal reste couché et refuse toute nourriture. Cet état peut
durer environ 12 heures, après quoi tous les symptômes morbides dispa¬
raissent. Je n’ai jamais observé d’avortement après les injections mus¬
culaires.
Il est indiqué de laisser les animaux traités à l'écurie pendant 24 heures
et de ne pas leur mettre de collier.
346
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ce mode d’administration de l’émétique en injections intramus¬
culaires doit être préconisé et préféré aux deux autres méthodes.
J'espère que les praticiens qui le mettront à Fessai auront l’obli¬
geance de me renseigner sur les résultats obtenus. Quand on
traite les animaux à Atoxyl-Emétique associés, il faut que
Patoxyl et l’émétique soient administrés séparément et avec des
seringues différentes.
Rapidité de la stérilisation de la circulation périphérique
Il était intéressant de savoir en combien de temps l’émétique
peut stériliser la circulation périphérique de ses trypanosomes.
Quelques expériences que j’ai faites m’ont renseigné sur la rapidité
de la stérilisation. L’émétique a fait disparaître en 5 minutes
le Tr. congolense de la circulation périphérique d’un cobaye
infecté. Chez un autre cobaye infecté par Tr. ugandæ, la circu¬
lation périphérique a été stérilisée en 11 minutes. L’adjonction
d’atoxyl à l’émétique n’a pas modifié la vitesse de stérilisation.
Voici ce qui a été observé depuis le moment de l’intervention
jusqu’à la stérilisation (les prises de sang furent répétées toutes
les 3o secondes et plusieurs observateurs furent installés à des
microscopes afin de contrôler les observations) :
Cobaye infecté de Tr. ugandæ ; nombreux trypanosomes dans le sang.
Première minute : Trypanosomes nombreux dans le sang. Mouve¬
ments normaux.
id. id. id. Mouvements anormaux.
Les trypanosomes semblent être sous faction, d’une
forte excitation. Les mouvements sont plus vifs
et la translation très grande. On a l’impression
qu’ils veulent fuir et chercher un refuge. Il est
probable que ce phénomène qui est un moyen de
défense du trypanosome se passe de même dans
l’organisme. Le trypan. cherche à se réfugier et à
se mettre hors d’atteinte de faction du médica¬
ment.
idem. idem,
idem. idem.
Les mouvements diminuent.
Le nombre des trypanosomes diminue.
idem,
idem,
idem.
Les trypanosomes deviennent très rares.
Néant.
Deuxième minute
Troisième minute
Quatrième minute
Cinquième minute
Sixième minute
Septième minute
Huitième minute
Neuvième minute
Dixième minute
Onzième minute
La stérilisation est en somme très rapide et la question se
Séance du 12 Mai 1916
347
pose de savoir où peuvent se trouver les trypanosomes qui don¬
neront les rechutes. Deux hypothèses se présentent :
i° Il y aurait des formes résistantes;
2° Il y a des trypanosomes qui, par leur position dans l’orga¬
nisme. se trouvent à l’abri du médicament.
La première hypothèse est peu probable ; s’il y avait des for¬
mes résistantes, on devrait les retrouver dans la circulation ; or,
ces formes n’ont jamais été mises en évidence.
La deuxième hypothèse semble assez naturelle. Certains trypa¬
nosomes doivent pouvoir se trouver dans l’organisme, hors d’at¬
teinte de Faction thérapeutique, notamment dans la moelle
osseuse, peut-être également dans le système nerveux central,
là où la pression sanguine est faible, etc.
C’est dans le but d’atteindre ces formes cachées que je me suis
proposé de faire des expériences d’administration de doses
massives de médicaments.
L’émétique à forte dose est un poison violent, dont Faction
toxique agit spécialement comme contre-stimulant, paralysant
la fibre cardiaque. L’émétique a donc comme grand inconvénient
d’abaisser la pression sanguine et ainsi les doses massives vont à
l’encontre du but voulu, celui de saturer l’organisme.
En associant l’émétique à un médicament qui relève la pres¬
sion sanguine, on peut tourner la difficulté. Le sulfate d’atropine
m’a semblé tout indiqué; c’est un accélérateur des contrac¬
tions cardiaques et en même temps il augmente la pression san¬
guine.
Grâce à l’atropine, je suis parvenu à injecter dans la veine
d’une chèvre de 25 kg. 1 cg. d’émétique par kg. , soit donc o g. 2,5
d’émétique. L’animal a très bien supporté cette énorme dose ;
de plus, étant en état de gestation avancée, elle n’a pas avorté.
Des injections de caféine permettent également l’administra¬
tion de fortes doses d'émétique.
Les expériences qui établissent Faction curative de ces doses
massives paraîtront incessamment.
En terminant, je tiens à adresser mes sincères remerciments
à M. le docteur Broden, Directeur de l'Ecole de Médecine
tropicale de Bruxelles, pour l’accueil cordial que j’ai reçu dans
son laboratoire.
( Travail du laboratoire de l’ Ecole de Médecine tropicale
de Bruxelles. — Directeur : A. Broden).
348
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
APPENDICE
L’émétique en injection intramusculaire dans le traitement
des trypanosomiases animales
Par R. Van Sacegiiem
Dans la publication précédente, j’ai exposé une nouvelle
méthode d’administration de l’émétique, celle de l’injection
intramusculaire.
Les premières applications de ce nouveau traitement, je les
ai faites sur de petits animaux de laboratoire trypanosés ; les
résultats ont été tellement satisfaisants que j’ai institué le trai¬
tement sur de grands animaux ; c’est un de ces cas que j’expose
dans ces quelques lignes.
Lors de mon arrivé à Zambi, vers la fin de juillet 1914, j’eus
l’occasion d’y trouver quelques animaux trypanosés, notamment
une bufflesse d'Italie introduite en 1910. Le trypanosome en
cause était le Tr. Cazalboui.
I/animal avait déjà subi un traitement à l’orpiment qui n’avait eu
aucun effet sur la marche de la maladie. La bête maigrissait de jour en
jour, ayant pesé dans le temps au delà de 400 kg., le poids était descendu
à environ 300 kg. Ce cas me semblait tout indiqué pour essayer le nou¬
veau traitement.
Après un examen microscopique qui confirma la présence du trypan.
dans le sang, l’animal fut soumis à une injection intramusculaire de 6 mg.
d’émétique par kilogramme de poids. Aucune réaction locale ne fut obser¬
vée. la réaction thermique fut le lendemain de 39°4 pour descendre le
surlendemain à 38°8, puis 38°7, 38°8, 38°3. Les examens de sang restè¬
rent négatifs pendant 28 jours. Lors de la rechute, une nouvelle injection
intramusculaire d’émétique de 6 mg. par kilog. de poids fut faite,
associée à une injection sous-cutanée de 3 g. d’atoxyl. La réaction locale
fut nulle, la réaction thermique fut de 38°8. Depuis lors la maladie fut
vaincue, l’animal ne présenta plus de rechute, l’état général s’améliora
rapidement et le 24-11, le poids atteignit 468 kg.
Gomme conclusion ; i° L’administration d’émétique par voie
intramusculaire est supérieure à toute autre voie d’administra¬
tion ; on n’observe pas de réaction locale.
20 II est toujours bon, même dans les cas de Tr. Cazalboui
pourtant très sensible à l’émétique, d’installer le traitement que
je préconise toujours : émétique-atoxyl associés.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL.
IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET C,e.
U
Tome VIII.
No 6.
L-IBRAR
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JUL 24 Î9!5
Department ofAgf|
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Pathologie Exotique 1
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Séance du 9 juin 1915
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 6
Séance du 9 juin 1915
CORRESPONDANCE ET PRÉSENTATIONS
Circulaire relalive à la tradition orale des événements de guerre
Travaux du Laboratoire Lanfuanchi .
Opérations de guerre aux Colonies (résumé) .
Décès de A. Billet .
COMMUNICATIONS
P. Aubert. — Sur deux cas de Trypanosomiase observée chez des Euro¬
péens au Congo français .
A. Laveran. — Nouvelle contribution à l'étude des infections expéri¬
mentales de la souris par la Leishmania tropica .
F. Mesnil et E. Pinoy. — A propos de l’agent de la dermatose conta-
PAGES
349
349
350
352
372
363
gieuse. Discussion
359
,1. Roumain. — Herpetomonas parasites de larves d’Œstrides cavicoles. 36<j
\ oir lu suite du sommaire page III de la couverture ;
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typhus exanthématique .
R. Van Saceghem. — Dermatose contagieuse (Impétigo contagieux).
R. Van Saceghem. — Etude sur une épizootie parmi les gorets de la
station d'élevage de Zambi . .
R. Van Saceghem. — Observations sur la Dermite granuleuse .
378
354
36o
362
MÉMOIRES
E. Brümpt. — Cycle évolutif des Opalines . 397
A. Lafont, V. Dupont et F. Heckenroth. — Affections oculaires rencon¬
trées en A. O. F. et essais de traitement par les sérums thérapeuti¬
ques seuls ou associés aux injections intraveineuses de Ludyl et de
Galyl . • . 4°4
V Morax. — Discussion du mémoire précédent . 4^
A. Laveran. — Leishmaniose américaine de la peau et des muqueuses
(suite et fin) . . 38*
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Huitième année
N0 6.
igi5
BULLETIN
DE LA
' ■- , •> ♦
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU Q JUIN I9IO.
PRÉSIDENCE DE M. LOUIS MARTIN, VICE-PRESIDENT.
Correspondance et Présentations
M. le Directeur de l’Enseignement supérieur, au nom du
Ministre de l’Instruction publique, adresse à la Société une
lettre-circulaire relative à « la conservation de la tradition orale
pendant la présente guerre ». Nous croyons qu’il y a intérêt à
signaler cette circulaire à nos collègues qui séjournent aux
Colonies. Certaines de nos colonies, en particulier celles de
l’Afrique Occidentale et Equatoriale, participent directement à
la guerre ; dans toutes, la guerre a une répercussion importante.
Il serait particulièrement intéressant de noter les manifestations
qu’elle a provoquées dans les milieux indigènes de nos colonies,
et les médecins nous paraissent spécialement indiqués pour
recueillir ces documents d’ordre psychologique. S’ils veulent
bien nous les adresser, nous les transmettrons au Bureau du
Comité des Travaux historiques et scientifiques au Ministère de
l’Instruction publique.
* *
Le Secrétaire général signale, parmi les ouvrages imprimés
reçus par la Société, le volume où se trouvent réunies les publi-
25
350 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
cations de 1914 de l’Institut de Pathologie et de Clinique vété¬
rinaire de l’Université de Parme, que dirigeait le Professeur
Lanfranchi. Plusieurs de ces travaux, entrautres ceux concer¬
nant les trypanosomes, sont d’un intérêt particulier pour nous.
* ¥
Le Président. — J’ai trouvé dans le journal Le Matin du 3 juin
courant sous la signature Commandant X, des renseignements
sur les faits de guerre qui se sont produits dans nos colonies
depuis l’ouverture des hostilités; j’ai extrait de cet article les
passages suivants qui me paraissent de nature à intéresser les
lecteurs du Bulletin.
« En Afrique, dès le mois d’août, les gouvernements français,
anglais et belge décidaient l’expédition contre le Cameroun.
« Partout, des succès ont couronné leurs efforts. Sur la côte,
malgré une résistance tenace de l’ennemi, les forces alliées ont
atteint les objectifs qu’elles s’étaient assignés. D'autre part, le
blocus est assuré par les navires de guerre français et anglais.
Cependant, près de la frontière du Muni, on signale encore des
patrouilles allemandes.
« Sur le front de terre, les troupes du Tchad d'une part, les
troupes de l’Afrique équatoriale de l’autre, — colonnes de la
Lobaye, de la Sanglia et du Gabon — ont chassé l’ennemi de ses
positions. Au sud, nous possédons toute la région sur la rive
gauche du Logone ; au centre, les Ail emands repoussés de Bania,
de Carnot, — où a eu lieu un vif engagement et où furent pris
d’importants approvisionnements, deux mitrailleuses et un grand
nombre de munitions, — de Gaza, Baturi et Bertua, nous avons
repris tous les territoires.cédés en 1911 et nous avons poursuivi
les forces allemandes dans le « Kameroun ». L^s colonnes de la
Sanglia et du Gabon ont, au sud, obtenu les mêmes succès et
nous avons, de ce côté, repris nos territoires et pénétré chez
l’ennemi, où nous avons remporté déjà à Desaka, au uord-est de
Muni, un sérieux succès.
« Dans le Togo, la campagne a commencé également au len¬
demain de la déclaration de guerre.
« Les opérations militaires contre la colonie allemande furent
entreprises simultanément par nos troupes du Dahomey et par
les contingents anglais de la Gold-Coast. La marche des alliés se
poursuivit victorieusement jusqu’au 25 août, date à laquelle les
Séance du () Juin i g i 5
351
Allemands demandèrent à capituler sous certaines conditions.
Celles-ci furent repoussées. La capitulation sans condition fut
remise le 26; le 27, les troupes franco anglaises commandées par
un colonel français, entraient à Kamira. D’autres colonnes com¬
plétaient dans ce même temps, l’occupation du pays par la prise
de Sansane-Mangu et Sokode, chefs-lieux de provinces, où ils
reçurent la soumission des chefs indigènes de ces régions.
«Le butin fut appréciable : 3 mitrailleuses, 1.100 fusils,
3oo.ooo cartouches, 180 prisonniers européens, etc.
« Dans l’Afrique équatoriale, les Anglais poursuivent dans les
colonies allemandes du sud-ouest africain et dans l’Afrique
orientale, une rude campagne. Là aussi, malgré des procédés de
la pire sauvagerie, — tels que les Zoulous eux-mêmes n’en pra-
tiq uèrent pas — les Teutons, qui subissent des échecs successifs, .
sont repoussés de toutes leurs positions, en éprouvant de lour¬
des pertes.
« Enfin,, en Océanie, l’offensive allemande qui 11e fut, en
réalité, qu’une succession d’actes de piraterie vulgaire, a été
écrasée.
« Le 22 septembre au matin, les croiseurs allemands le
Gneisenau et le Sharnhorst se présentaient devant la passe de
Papeete. La ville fut bombardée, puis les croiseurs s’éloignèrent.
Ils visitèrent ensuite quelques îles du groupe, où ils se préoc¬
cupèrent surtout de rafler l’argent et les vivres qu’ils purent
trouver. Du 24 septembre au 3 octobre, les mêmes navires, aux¬
quels s’était joint le croiseur NUrnberg, séjournèrent à la baie
du Contrôle et à Taichae. Les magasins de la Société commerciale
de l’Océanie furent dévalisés, des bœufs et porcs réquisitionnés
et payés un prix dérisoire. Le montant de la caisse de la gendar¬
merie fut enlevée.
« Le 6 octobre, le Gneisenau entrait en rade de Tahantu où il
se livrait aux mêmes opérations héroïques que dans les autres
îles. Une somme de 12.000 francs fut enlevée de la caisse de
l’agent spécial. Avec cette somme, les Allemands payèrent les
animaux qu’ils réquisitionnèrent et les achats qu’ils firent chez
les indigènes.
« Tels sont les faits de brigandage mémorables accomplis par
les Allemands en Océanie ; après quoi, les navires, pourchassés
par les vaisseaux franco-anglais, furent successivement coulés et
terminèrent peu glorieusement leur peu honorable carrière.
352
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
« Aujourd’hui, l’Océanie est débarrassée de ces h ô les indési¬
rables. Les Allemands possédaient dans cette partie du inonde:
la Nouvelle-Guinée allemande, l’archipel Bismarck, une partie
des îles Salomon, les Carolines, les îles Marshall, Samoa, les
Mariannes. La flotte australienne a pris possession de la Nou¬
velle Guinée allemande et de la Nouvelle-Bretagne (île princi¬
pale de l’archipel Bismarck). Un contingent de la Nouvelle-
Zélande est en face des îles Samoa. Le commandant anglais a
pris le commandement de la place d’Apia, des mains du gouver¬
neur allemand, qui s’est rendu et a été envoyé comme prisonnier
aux îles Fidji ».
Décès de M. le Dr A. Billet.
Le Secrétaire général donne lecture de la notice suivante, au
nom de M. le Président Làveran absent.
« J’ai le grand regret d’avoir à annoncer la mort d’un membre
titulaire honoraire de notre Société. M. le Dr A. Billet, médecin
principal de première classe de l’Armée a succombé le mois der¬
nier à l’Hôpital militaire du Val-de-Grâce, se& obsèques ont été
célébrées le samedi i5 mai dans la Chapelle de cet Hôpital.
Au début de la guerre, Billet était Directeur du service de
santé du corps d’occupation du Maroc oriental; nommé Direc¬
teur du service de santé du i5e corps d’armée, il était rentré
avec joie en France pour occuper son nouveau poste; malheu¬
reusement l’hiver est rude dans l’Est de la France, surtout pour
celui qui y arrive du Maroc sans transition, comme fit Billet.
Notre collègue ne tarda pas à contracter le germe de la maladie
qui- vient d'occasionner sa mort.
Billet, tout en remplissant avec beaucoup de zèle ses fonctions
militaires, s’est toujours occupé de recherches scientifiques, aussi
ses travaux sont-ils nombreux et devrai-je me contenter de citer
les principaux.
En 1890, notre Collègue avait conquis le titre de Docteur ès-
sciences naturelles avec une excellente thèse sur la morphologie
et le développement des Bactériacées que l’Académie dessciences
récompensa par le prix Montagne. Billet avait bien compris que,
Séance du 9 Juin i g i 5
353
à une époque où la parasitologie faisait d’immenses progrès, il
était important pour uu médecin d’acquérir des connaissances
précises en histoire naturelle.
De fait les travaux de Billet relatifs à la parasitologie, et en
particulier aux hématozoaires endoglobulaires, me paraissent
constituer la partie la plus originale de son œuvre.
Dans une série de notes ou de mémoires, notre Collègue a étudié
le paludisme et son hématozoaire; il a défendu, comme moi, la
doctrine de l’unicisme, tout en faisant des réserves au sujet de
la spécificité de la fièvre quarte; ses recherches très intéressantes
sur les Culicides d’Algérie ont confirmé la doctrine anophélienne
du paludisme.
Parmi les travaux sur les hématozoaires endoglobulaires des
animaux, je citerai ceux qui concernent les Hématozoaires des
Ophidiens du Haut-Tonkin, du Platydactijlus mauritaniens , de
la couleuvre vipérine, du lézard ocellé d’Algérie.
Ses observations sur la culture d’un trypanosome de la gre¬
nouille chez une hirudinée méritent aussi d’être rappelées.
Billet a été pour nous un excellent collaborateur, nous lui
devons une série de communications d’un grand intérêt sur la
peste en Algérie en 1907, avec des recherches sur les rats et
leurs ectoparasites, sur un cas de clou de Biskra, sur un cas de
paralysie deltoïdienne d’origine palustre, sur l’évolution chez
le même sujet du paludisme tierce primaire et du paludisme
tierce secondaire, au sujet de faction de la quinine sur les héma¬
tozoaires du paludisme, sur la fièvre récurren te au Maroc oriental.
D’un caractère très affable, d’une obligeance à toute épreuve,
Billet était très apprécié par ses chefs, très aimé de ses malades,
et il comptait beaucoup d’amis parmi lesquels son souvenir ne
s’effacera pas*.
Au nom de la Société de pathologie exotique j’adresse à la
famille de notre très regretté collègue des condoléances bien
vives et bien sincères. »
354
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Dermatose contagieuse (Impétigo contagieux
Par René Yan SACEGHEM.
J'ai eu l'occasion d’étudier au laboratoire de bactériologie, à
Zambi, l’affection de la peau connue vulgairement au Congo sous
le nom de dermatose.
Cette maladie, qui a causé de si grandes pertes dans les éleva¬
ges privés de l’Etat, exigeait une étude spéciale que j’ai entre¬
prise et qui me permet d’établir la cause de l'affection, sa pro¬
pagation, son traitement, sa prophylaxie.
Avant 1910, aucun cas de dermatose contagieuse 11’avait été
signalé dans les troupeaux de l’élevage de l’Etat, ce n’est que
vers 1910 que les premiers cas font leur apparition. A cette épo¬
que, le vétérinaire Beutolotti observe la maladie à Ivikansi et
pose le diagnostic de teigne. Il institue un traitement local
consistant en badigeonnages à la teinture d’iode.
Comme la maladie prenait une allure franchement épizootique
et restait rebelle à son traitement, il envoie des échantillons de
peau d'animaux qui avaient succombé à l’affection à M. le pro¬
fesseur Gedoelst. Malheureusement cet envoi avait été fait dans
de mauvaises conditions et il fut impossible de déterminer la
cause étiologique de la maladie.
Successivement, tous les Vétérinaires qui ont été à Zambi
observèrent la maladie. M. l’inspecteur vétérinaire Rovère,
M. le vét. Cuiny, s’appliquèrent à trouver le traitement de la der¬
matose, mais la maladie ne semblait subir aucun effet salutaire
de toute la thérapeutique employée; au contraire les lavages au
savon vert, qui avaient été préconisés, loin de guérir, aggravè¬
rent la maladie.
Dernièrement, M. le Directeur du laboratoire de Bactériologie
Séance du 9 Juin i 9 i 5
355
Neefs est parvenu à isoler des lésions, un champignon, qui
donne une culture rouge sur sérum.
La dermatose contagieuse a été souvent confondue avec nombre
d'affections de la peau qui sont si communes dans les pavs
chauds. De là, la grande confusion qui règne dans les différentes
descriptions que donnent les observateurs. La dermatose a été
attribuée à une acariase, notamment à la gale démodectique
(Meuleman, Cours de Pathologie). La coexistence de la gale dé¬
modectique et de la dermatose sur un même animal est la cause
de cette confusion. Ce sont deux maladies bien distinctes qui
n’ont aucun lien de parenté entre elles.
Le nom de dermatose, qui a été donné à la maladie, prouve,
par sa signification générale, que les premiers observateurs ne
possédaient qu'une connaissance bien vague de l’affection. Mes
observations ont prouvé que la dermatose est une maladie qu’on
doit ranger parmi les Impétigos contagieux, qu’elle est propre
aux bovidés, qu elle a comme cause spécifique un champignon,
qu’on retrouve toujours facilement dans les lésions. La maladie
peut être localisée ou généralisée, mais ordinairement elle a une
tendance à la généralisation. Pendant la saison sèche, elle passe
à l'état chronique pour reprendre sa virulence à la prochaine
saison des pluies.
Le premier animal dermatosé qu’il m’a été donné d’observer fut
un zébu et cela vers la fin de la saison sèche de l’année 19 14-
L’animal avait eu une dermatose généralisée à la saison des
pluies précédente; pendant la saison sèche, la maladie s’était
localisée au pourtour de l'anus et de la vulve, pour reprendre
sa virulence à la nouvelle saison des pluies et se généraliser.
Voici la description de ce cas.
Au pourtour de l’anus et de la vulve, surtout au niveau de la
pointe de l’ischion, on pouvait observer des éminences bien cir¬
conscrites de 8 à 10 mm. de diamètre et élevées au-dessus de la
peau de 3 à 4 mm. Ces éminences ressemblent à s’y méprendre
à de l’échauboulure. Elles sont recouvertes de poils, plus ou
moins hérissés. Là où les poils font défaut, la lésion a parfois
une couleur rouge brique; à la simple traction digitale, on
enlève une croûte et on laisse le derme à nu ou parfois por¬
tant de rares poils, mais ordinairement suintant et recouvert
d’une sérosité mélangée de sang; cette lésion rappelle tout à
fait une dartre humide.
356 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La croûte enlevée est formée de poils enchevêtrés, de cellules
épidermiques et d’exsudat coagulé ; cette croule est ordinaire¬
ment jaunâtre à l’intérieur.
Quand la maladie se généralise, on voit tout le corps recou¬
vert de ces lésions, qui ont des dimensions variables allant de
quelques millimètres à plusieurs centimètres. Les poils se mon¬
trent hérissés par petites touffes, et cet aspect caractérise la mala¬
die cliniquement.
La maladie non traitée progresse continuellement, le dos,
l’encolure, la tête, les membres, la queue, tout est attaqué. Au
niveau des plis, la peau se macère, des infections secondaires
viennent se greffer sur les lésions spécifiques et l’animal meurt
dans le marasme, toute la peau érodée et putréfiée ; à ce moment,
l’odeur dégagée par les malades est insupportable.
La maladie peut se diagnostiquer par simple inspection quand
elle est généralisée ; au contraire, quand elle est localisée, sondiag-
nostic est très difficile. L’examen microscopique peut seul décé-
ler l’agent spécifique. J’ai connu un éleveur (i) qui, à force
d’habitude, parvenait à diagnostiquer la maladie chez un ani¬
mal qui ne présentait que quelques petites lésions; il se basait
sur la présence d’exsudat sous la croûte enlevée et l’aspect
hérissé des poils au niveau de la lésion. Je crois que le diag¬
nostic est possible dans beaucoup de cas à la simple observa¬
tion des lésions; mais l’examen microscopique seul peut établir
d’une façon définitive la nature de la maladie.
Le champignon spécifique n’est pas décelable à l’état frais, il
faut une préparation colorée et l’immersion pour le voir; on
peut faire un frottis avec la sérosité qui se trouve sous la croûte,
ou, ce qui est plus simple, on prend les croûtes qu’on laisse
macérer pendant quelques minutes dans du sérum physiologi¬
que, puis on les dissocie, et on fait une préparation microsco-
que qu’on peut colorer à la fuchsine diluée, au bleu de méthy¬
lène, au violet de gentiane, au bleu Borrel ou au Giemsa ; alors
on observe des filaments mycéliens plus ou moins abondants,
parfois contournés, rarement ramifiés, irrégulièrement segmen¬
tés, entourés d’une membrane non colorée. Ces filaments ont une
épaisseur de ip4 à ip.8 et une longueur variable qui peut
atteindre i mm.
(i) M. François, éleveur de 2e classe à Zambi.
Séance du 9 Juin 1 9 1 5
357
Ces filaments sont bourrés de spores rangées verticalement sui¬
vant la longueur, par trois, par quatre ou en amas. Dans la pré¬
paration, on observe parfois des amas de spores isolées qui simu¬
lent des cocci. La spore unique se multiplie et donne naissance
à une rangée de spores qui se divisent pendant quelque temps
dans le même sens; à un moment donné, les spores se divisent
dans les deux sens, d’abord une fois, puis deux fois.
Je propose de donner le nom de Dermatophilas congolensis à
ce nouveau parasite (1).
La réaction chimique des croûtes est basique.
Les frottis de la sérosité montrent dans l’exsudât un grand
nombre d'hématies, des leucocytes polynucléaires neutrophiles
et le champignon spécifique. Le champignon ne se cultive pas
profondément dans le derme, et, dans les croûtes, le poil n’est
jamais atteint.
Au point de vue clinique, comme j’ai eu l'occasion de l’ex¬
poser, la maladie peut être localisée ou généralisée ; dans les
cas de non généralisation, la maladie peut se limiter à quel¬
ques lésions qui peuvent facilement passer inaperçues ; c’est
sous cette forme cachée que la maladie se perpétue dans un
élevage. La maladie ne prend un caractère grave que pendant
la saison des pluies; c'est probablement qu’à cette période de
l’année le champignon trouve dans l’état climatérique son
optimum de température et d’humidité.
Gomment la maladie se propage-t-elle? Nous devons distinguer
la propagation sur l’individu, et celle d’animal à animal.
Toutes les causes d’irritation de la peau sont des adjuvants à
l’envahissement. J’ai observé que le champignon s’installe de
préférence là où le derme est nu, ou bien la peau irritée. Les
lavages répétés au savon, les bains, l’amarage, les piqûres de
taons., de tiques etc... sont des causes adjuvantes.
La propagation du germe chez le même animal se fait par
des contacts divers : le frottement contre les arbres ; à l’écurie
par la litière, le sol, contaminés par de vieilles croûtes ; au
pansage des animaux,; par les frottements de la queue, le
léchage, les harnais, enfin les oiseaux (pic-bœufs).
La propagation d’un animal à un autre se fait de la même
façon, les oiseaux (pic-bœufs), les mouches doivent être égale-
(1) Une étude microscopique détaillée sera publiée ultérieurement.
358
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ment des vecteurs du parasite, la saillie doit aussi être souvent
un moyen de propagation.
La prophylaxie de la maladie se déduit facilement de ces
données.
Un animal atteint doit être isolé instantanément, dès la moin¬
dre lésion ; de là, la nécessité de diagnostiquer la maladie le
plus vite possible. Les animaux en traitement doivent être tenus
loin de tout élevage, la litière doit être brûlée journellement et
l’homme qui soigne ces animaux ne doit avoir aucun contact
avec d’autres animaux.
Les animaux, même ceux qui semblent guéris après traite¬
ment, ne peuvent plus être admis dans les troupeaux d’élevage ;
ils doivent former un troupeau spécial.
Les jeunes bovidés semblent aussi sujets que les adultes à
prendre la maladie.
Y a-t-il un traitement? Gomme je l’ai exposé plus haut, ce
n'est que pendant la saison des pluies que la maladie devient
grave, c’est qu’à cette saison le parasite trouve des conditions
climatériques favorables. Ces conditions sont l’humidité et la
chaleur.
Aussi le premier point à observer dans le traitement, c’est de
soustraire les animaux atteints à ces deux agents, ce qui peut être
obtenu en maintenant les animaux en stabulation sous couvert
avec grandes ouvertures latérales de façon à permettre une
forte ventilation. Il ne faut soumettre le malade à aucune
friction ou lavage antiseptique, ces manipulations ne peuvent
qu’irriter la peau et servir d’agent de propagation de la maladie
sur l’animal lui-même.
Je suis parvenu à généraliser la maladie sur un animal, qui
n’avait que des lésions localisées, par une friction à l’arsénite de
soude à 3 p. i.
Il est à conseiller de sectionner la queue ou de la maintenir
avec une corde de façon que l’animal ne puisse se battre les
flancs et propager ainsi les spores.
Si la maladie est localisée, l’enlèvement des croûtes et la cau¬
térisation au feu sont indiqués ; on peut également isoler les
lésions par l’application de goudron (Neefs) ou d’Egyptiac. Si la
maladie est généralisée, ce qui m’a donné jusqu'ici le meilleur
résultat, c’est l 'application (et non friction) de pommade pliéni-
quée à i/io : on traite l’animal par quart. Le lendemain de
Séance du 9 Juin 1915
359
l’application, les croûtes sont tombées, alors il faut réappliquer
encore la pommade afin de médicamenter le derme.
Ultérieurement je communiquerai les essais de culture et d in¬
fections ‘expérimentales du Dermatophilus congolensis.
( Laboratoire de Bactériologie de Zambi, Bas-Congo).
*
M. Mesnil. — J’ai reçu de M. Van Saceghem, par l’intermé¬
diaire du Ministère des Colonies de Belgique, quelques frottis,
colorés par la fuchsine, renfermant le Dermatophilus congolensis.
Notre collègue M. Pinoy a bien voulu me prêter son concours
pour l’examen de ces préparations. Nous y avons trouvé, à l’état
sensiblement pur, le parasite décrit par M. Van Saceghem. II
s’agit d’un organisme fort intéressant et d’un type nouveau
comme parasite. L’auteur interprète ce protiste comme champi¬
gnon filamenteux et ramifié, dont les grains colorés seraient
les spores. Pour nous, il ne s’agit pas d’un champignon, mais
d’un Scliizophytc dont l’élément essentiel est le grain coloré
que Van Sacegiiem regarde comme une spore, et qui ne nous
paraît pas avoir les caractères d’une forme de résistance.
La méthode de coloration employée ne permet pas de se faire
une idée précise de la nature de la partie colorable qui entoure
ces grains et donne au protiste sa forme générale. Si c’est une
simple gangue zoogléique, on aurait une colonie de cocci se divi¬
sant, inégalement d’ailleurs, dans deux directions (sorte de
myxobactérie). Si la partie en question est limitée par une
membrane, il y aurait lieu de faire un rapprochement avec des
bactéries filamenteuses telles que les Crenothrix et les grains
colorés s’individualiseraient en microconidies.
Quant à la structure ramifiée, elle n’est pas rare chez les Schi-
zophytes (bactéries filamenteuses, Cyanophycées) et elle ne sau¬
rait suffire à établir la nature mycosique de l’organisme.
360
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Etude sur une épizootie parmi les
gorets de la station d'élevage de Zambi
Par René Van SACEGHEM
r
t
En novembre 1914* une épizootie éclata parmi les gorets de
1 mois 1/2 à 3 mois 1/2. Les porcelets plus âgés, quoique vivants
dans les mêmes conditions et étant en contact avec les malades,
ne présentèrent aucun cas. Les symptômes étaient assez vagues;
on observait fréquemment une boiterie très accentuée, localisée
surtout à un membre postérieur, avec ou sans engorgement de
la région du jarret. Plusieurs porcelets harpaient franchement.
— Quand la maladie s’aggravait, on observait une parésie du
train postérieur, qui progressivement entamait l’avanl-main.
L’animal restait dans un décubilus permanent, refusant toute
nourriture.
La mort survenait le 4e ou 5e jourde la maladie. La sensibilité
douloureuse était conservée et il semblait que les cordons
moteurs seuls étaient atteints. Quand on maniait l’animal un peu
brusquement, on faisait surgir un accès épileptiforme.
Tous ces symptômes semblaient inciter à poser le diagnostic
de myélite et plus spécialement de leucomyélite. Du côté de
l’innervation de la pupille, rien d’anormal n’a été observé.
La température était de 4° à 4o° 5. — L’animal mourait sou¬
vent en hypothermie.
L’examen du sang à l’état frais fut négatif; après coloration,
on constatait une leucocytose très accentuée.
Autopsie. — La peau ne présente aucune tache. A la région du
jarret, on constatait parfois un exsudât séreux ou cutané. L’es¬
tomac a sa muqueuse congestionnée, surtout près du pylore ; il
renferme de la bile. L’intestin est légèrement congestionné, avec
quelques ecchymoses sur le colon ; dans quelque cas l’intestin
était absolument normal. Le mésentère est fortement injecté ;
les ganglions sont parfois hémorragiques. Le foie est conges¬
tionné, noirâtre, par foyers septicémiques. La trachée renferme
un liquide spumeux, couleur café au lait ; on peut retrouver ce
même liquide dans les bronches.
Séance du 9 Juin 1915
361
Les poumons sont parfois fortement œdématiés ; à l’incision on
voit sur la coupe sourdre un liquide spumeux, lleins dégénérés,
substance corticale décolorée. Cœur septicémique. Moelle allongée
très congestionnée à certains endroits et sclérosée. Méninges
cérébrales congestionnées, substance cérébrale parsemée de
pétéchies.
Expériences.
La contamination semble se faire par cohabitation ; des expé¬
riences concluantes l’ont établi, toute une nichée de gorets a
fait la maladie.
Les injections sous-cutanées de sang citraté d’un animal
malade à un animal sain restent négatives de même que des
injections en masse de sang, de moelle allongée macérée et
broyée d’un animal malade.
Des injections de sang à une souris sont restées sans résultat.
L’examen microscopique de frottis du suc ganglionnaire, de
la rate, du foie, n’a donné aucun résultat.
Des cultures sur gélose et bouillon, obtenues du sang, rate et
substance nerveuse, ont permis de mettre en évidence un bacille
mobile, long de 1 p. 5 à 1 jjl 8, montrant une coloration bipolaire.
Les cultures sur bouillon donnent un voile épais; le bouillon
reste clair, quelques grumeaux se détachent du voile pour tom¬
ber au fond. Sur gélose, nous avons une culture peu épaisse,
blanche et qui a tendance à produire des dentelures.
Une souris injectée a succombé en 24 heures. Le bacille a été
retrouvé dans le sang.
Le pigeon, le poulet, le cobaye, le porc, injectés de culture
pure sous la peau, n’ont montré aucune réaction.
Ce bacille semble pouvoir se rattacher aux Salmonella ou
mieux au groupe du B. typhique (paratyphique B) et notam¬
ment au Bac illus suipestijier .
Ce bacille semblait dépourvu de virulence, pourtant sa pré¬
sence chez les malades doit produire de sérieux troubles. Je
n’incrimine nullement ce bacille de l'épizootie que nous
avons observée à Zambi ; il 11e doit jouer qu’un rôle secondaire.
La maladie devant laquelle nous nous sommes trouvé en pré¬
sence est une maladie nouvelle que des observations ultérieures
viendront peut-être élucider.
Ce que nos expériences ont prouvé, c’est qu elle 11e se trans¬
met pas par inoculation de sang ou de tissus d’animaux mala-
362
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
des, qu’il faut des prédispositions spéciales pour prendre la
maladie dont la principale est le tout jeune âge : 2 mois 1/2 à
3 mois f/2.
La maladie a été arrêtée radicalement par le déplacement de
l’élevage.
( Laboratoire de Bactériologie de
Zambi , Bas-Congo).
Observations sur la Dermite granuleuse
Y
Par René Van SACEGHEM.
J’ai constaté, parmi les chevaux et les ânes de l’élevage de
Zambi, un grand nombre de cas de dermite granuleuse. Cette
affection estencore connuesousle nom de plaie d’été et a comme
cause étiologique la Filaria irritans , nématode de 3 mm. de
long qu’on trouve dans de petits kystes. Ces kystes qui sont
répandusdans la lésion ont parfois subi la dégénéresence caséeuse
ou calcaire.
L’évolution de ce parasite n'est pas connue. Cette filariose ne
sévit que pendant la saison chaude. Voici quelques observations
quej’ai pu faire sur cette affection,
Les premiers cas constatés à Zambi le furent vers la fin du
mois d’octobre. Les chevaux et les ânes furent atteints dans des
proportions identiques. Le mal semble se localiser spécialement
aux membres et au chanfrein, parfois aux paupières, au garrot,
aux côtés.
Les animaux tenus en stabulation sont atteints dans une plus
forte proportion que ceux qui vivent en pâture.
Le pronostic est relativement grave à cause de la ténacité des
plaies et des complications qui peu vent survenir. Les plaies pro¬
duites par Filaria irritans sont le siège d’un prurit intense et
insupportable. Les animaux ont une tendance à se frotter conti¬
nuellement et se mordillent, delàdes hémorragies parfois sérieu¬
ses, des plaies perforantes, etc... J’ai pu constater une ouverture
de gaine synoviale articulaire, par suite des traumatismes que
s’était faits un âne atteint aux membres de Filari a irritans.
Comme traitement, beaucoup de médications ont été préconi-
/
Séance du 9 Juin 1 9 1 5 363
sées, l'intervention chirurgicale a été conseillée. Je ne crois pas
que ce dernier traitement soit applicable en Afrique, les plaies
opératoires deviennent trop souvent le siège de myiases, de
plus la lésion s’étend parfois fort profondément et se trouve au
niveau d’articulations, ce qui rend l’opération très délicate.
Les complications qui surviennent sont principalement dues
aux morsures que les animaux se font ; pour les empêcher de se
mordre, il faut entourerles membres malades de forts bandages,
protégés au besoin par du fil de fer.
Gomme traitement local, l’application journalière de teinture
d’iode a donné de bons résultats.
Déjà, vers le mois de février, toutes les plaies ont une ten¬
dance naturelle à la guérison. Il est probable qu’à celte époque
le nématode a terminé son évolution dans la lésion. Jusqu’ici
011 11e sait si celte évolution se continue chez l'hôte, ou dans le
sol. Des expériences que j’ai faites dans cet esprit ne m’ont
donné aucune indication.
[Laboratoire de Bactériologie de
Zambi , Bas -Congo).
Nouvelle contribution à l’étude
des infections expérimentales de la souris
par la Leishmania tropica
Par A. LAVERAN.
J’ai montré précédemment qu’en inoculant des souris blan¬
ches, dans le péritoine ou sous la peau, avec la Leishmania
tropica (cultures ou virus provenant d’animaux parasités), on
provoquait des infections locales qui, dans mes premières
expériences, s'étaient très rarement compliquées d’infections
générales (1). J’ai continué ces recherches et je suis aujourd’hui
en mesure de compléter sur quelques points mes premières
observations.
(1) A. Laveran, Acad, des Sciences , 5 octobre 1914 ; Soc. de path. exoti¬
que, 11 novembre 1914 ; Ann. de V Institut Pasteur, 1915,, t. XXIX, p. 87.
I
304
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
* *
Le nombre des souris que j’ai inoculées avec le virus d’origine
tunisienne fourni par M. le Dl. G. Nicolle, et qui sont mortes
ou qui ont été sacrifiées, est aujourd’h ui de 36; 6 fois le résultat
de l’inoculation a été noté comme négatif, peut-être parce que
les souris ont été sacrifiées tardivement, alors qu’elles étaient
guéries d’infections légères.
Toutes les souris infectées ont eu des infections locales qui,
chez la plupart des mâles, ontétébien caractérisées par la forma¬
tion de tumeurs englobant les testicules; l’infection locale
s’est compliquée d’infection générale légère 8 fois, d’infection
grave une seule fois. L’infection a été notée comme légère ou
grave suivant que les Leishmania étaient rares ou nombreuses
dans le foie, la rate et la moelle osseuse ; sauf dans le cas où
l’infection générale était grave, en comparant l’énorme quan¬
tité des Leishmania des lésions locales à la rareté des parasites
dans les viscères, on avait l'impression très nette que l’infection
générale était secondaire.
Dans aucun cas il n’y a eu infection générale sans lésion
locale; les inoculations ont été faites en général dans le péri-
* toine, rarement sous la peau, jamais dans la veine.
*
Je n’avais fait jusqu’ici l’étude des tumeurs testiculaires pro¬
voquées chez les souris par l’inoculation de la L. tropica que
sur des frottis qui montraient des parasites en plus ou moins
grand nombre, sans qu’on pût dire exactement quelle était la
localisation primitive de l’infection. Il était indispensable, pour
être en mesure de répondre à cette question, de pratiquer des
coupes de ces tumeurs à différentes périodes de leur évolution,
c’est ce que nous avons fait, M. Franchini et moi, pour les
3 souris dont les observations suivent.
Chez la souris n° i, la tumeur testiculaire était bien caracté¬
risée; elle avait le volume d’une noisette et, dans les frottis faits
avec des lambeaux du néoplasme englobant les testicules, on
trouvait des Leishmania en grand nombre. Les coupes histolo¬
giques comprenant un des testicules ont montré que les cana-
licules séminifères avaient un aspect à peu près normal ; les
altérations étaient limitées au tissu conjonctif entourant les
testicules qui était infiltré d’éléments embryonnaires et de
Séance du 9 Juin 1 9 1 5
365
Leishmania en grand nombre. L’enveloppe fibreuse du testicule
compris dans les coupes n'était envahie par les Leishmania que
sur un point.
La souris n° 2 a présenté, comme la souris n° 1, une tumeur
testiculaire bien caractérisée, du volume d’une grosse noisette
et, chez elle, les altérations des testicules englobés dans la
tumeur étaient plus prononcées que chez la première. L’un des
testicules, en voie d’atrophie, était envahi à sa périphérie parle
tissu conjonctif, infiltré de Leishmania en grand nombre, et le
tissu embryonnaire.
L’observation n° 3 fournit un exemple d’une altération testi¬
culaire encore plus profonde.
Il paraît résulter de ces faits qu'il n’y a pas localisation primi¬
tive dans les testicules; les Leishmania se multiplient dans le
tissu conjonctif péritesticulaire et provoquent l’apparition d'un
néoplasme qui envahit plus ou mois rapidement les enveloppes
d’abord, puis le stroma des testicules. Les Leishmania n’ont
jamais été vues dans l’épithélium des canaux séminifères.
1° Une souris blanche, adulte, mâle, est inoculée à cinq reprises dans
le péritoine, du 1er avril au 20 septembre 1914, avec de belles cultures de
Leishmania Iropica. — 28 septembre, indurations dans la région testicu¬
laire qui est tuméfiée. — 1 1 octobre, petite tache brune, parcheminée, à. la
peau, en avant de l’anus. — 3 novembre, la tumeur testiculaire a grossi et
s’est indurée, une ponction donne une goutte de sérosité louche qui contient
des Leishmania en très grand nombre.
La souris est sacrifiée le 7 novembre 1914; elle pèse 23 g. La rate,
augmentée de volume, pèse 13 cg. Les testicules sont englobés dans le tissu
assez consistant, de nouvelle formation, qui formait tumeur sous la peau.
La tumeur testiculaire a le volume d’une noisette. Dans les frottis, faits
avec les testicules et avec les lambeaux de tissus qui y adhèrent, on trouve
des Leishmania nombreuses, ainsi que dans les frottis faits avec le tissu
cellulo-adipeux pris au-dessusdes testicules. Les frottisde foie, de rate et
de moelle osseuse ne contiennent pas de parasites.
Examen de coupes histologiques de morceaux de la tumeur (fixation au
sublimé; coloration au Romanowsky ou à f hématoxyline au fer). Sur les
préparations qui comprennent des coupes transversales d’un des testi¬
cules, on constate que le testicule lui- même est très peu altéré. Les canali-
cules séminifères ont leur aspect normal ainsi que le stroma de la glande.
L’enveloppe fibreuse du testicule est seule atteinte, elle est épaissie et sur
un point infiltrée de Leishmania en grand nombre qui siègent soitdans les
éléments anatomiques, et en particulier dans des cellules allongées de
l’enveloppe, fibreuse, soitdans les intervalles existant entre ces éléments
dissociés sans doute par l’œdème ; un lambeau de tissu conjonctif resté
adhérent au testicule contient des Leishmania en très grand nombre.
2° Une souris blanche, adulte, mâle, est inoculée le 7 novembre 1914,
36
366
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dans le péritoine, avec le produit du broyage de la tumeur testiculaire
d’une souris infectée de L. tropica. — 6 décembre, on sent des nodosités
au-dessus des testicules. — 2 janvier 1915, nodosités assez consistantes
au niveau des testicules et au-dessus. — 18 janvier, une ponction superfi¬
cielle faite à droite, dans la région testiculaire un peu œdématiée, donne
une goutte de sérosité trouble qui contient des Leishmania non rares. —
La tumeur testiculaire va en augmentant pendant les mois de février et de
mars ; le 15 avril, elle a acquis le volume d’une grosse noisette ; consis¬
tance très ferme ; la peau n’est pas altérée, il n’y a pas d’eschare.
La souris est sacrifiée, en bon état, le 28 avril 1915, elle pèse 27 g. Les
testicules, difficilement reconnaissables, sont englobés dans un tissu de
nouvelle formation assez résistant qui constitue une tumeur du volume
d’une noisette. La rate, augmentée de volume, pèse 21 cg.
Les frottis de la tumeur testiculaire contiennent des Leishmania en très
grand nombre. Les frottis faits avec le tissu cellulo-adipeux pris au-dessus
des testicules sont un peu moins riches en Leishmania que les précédents.
Les frottis du foie, de la rate et de la moelle osseuse ne contiennent pas
de Leishmania.
Examen de coupes histologiques de morceaux de la tumeur (fixation au
sublimé, coloration au Romanowsky).
A un faible grossissement, on distingue les coupes des 2 testicules faciles
à reconnaître, bien qu’il existe d’un côté des altérations profondes. Les
testicules sont entourés par du tissu conjonctif de nouvelle formation
infiltré d’éléments embryonnaires. A un fort grossissement, on constate
l’existence de Leishmania en très grand nombre qui distendent les cellules
du tissu conjonctif et les leucocytes infiltrés dans ses mailles. La masse de
la tumeur est évidemment constituée par ce tissu péritesticulaire dont la
plupart des éléments sont bourrés de Leishmania. En dehors du tissu
conjonctif et embryonnaire qui l’enserre, l’un des testicules présente sur
les coupes un aspect normal ; l’épithélium des canalicules séminifères est
régulier, l’inflammation n’a pas gagné le stroma ; l’autre testicule est au
contraire en voie d’atrophie. Le nombre des canalicules séminifères est
très réduit; parmi ceux qui restent, les uns sont oblitérés par des débris
épithéliaux et des éléments embryonnaires ; les autres sont dilatés et en
partie dépouillés de leur épithélium. Çà et là le néoplasme bourré de
Leishmania qui encercle le testicule a pénétré entre les canalicules sémini¬
fères qu’il dissocie. Nulle part on ne trouve de Leishmania dans les cellules
de l’épithélium ni dans la lumière des canalicules.
3° Une souris blanche, adulte, mâle, reçoit dans le péritoine, du 28 mai
au 25 août 1914, 5 injections de cultures de Leishmania tropica (1). Le
1er octobre, on constate l’existence, dans la région testiculaire, d’une
tumeur saillante dure, transversale par rapport à l’axe du corps ; en avant
de l’anus il existe deux petites taches brunâtres dues à un commencement
de gangrène sèche de la peau.
La souris est sacrifiée le 1er octobre 1914 ; elle pèse 24 g. La rate, forte¬
ment hypertrophiée, pèse 30 cg. La tumeur est constituée par les testicu¬
les hypertrophiés, indurés par places, englobés dans un tissu de nouvelle
formation. Dans les frottis du néoplasme, on trouve des Leishmania en
grand nombre. Les frottis de foie, de rate et de moelle osseuse ne contien¬
nent pas de parasites.
(i) Observation 3 du travail des Ann. de VInst. Pasteur , février igi5.
Séance du 9 Juin i 9 1 5
367
Examen de coupes histologiques d’un morceau de la tumeur (fixation
au sublimé; coloration au llomanowsky) ; les coupes comprennent un des
testicules et les tissus de nouvelle formation qui V entourent. Le testicule
est profondément altéré. Les canalicules séminifères qui subsistent sont
dissociés par du tissu embryonnaire ; les uns sont fortement rétrécis, les
autres sont dilatés; l’épithélium ne forme plus un revêtement régulier, il
est détaché et ses débris oblitèrent plus ou moins les canalicules ou bien
on n'en distingue plus que des traces. On ne voit pas de Leishmania dans
les canalicules ni à l’état libre, ni à l’état d’inclusion dans les cellules
épithéliales. On ne distingue plus les limites du testicule. Le tissu conjonc¬
tif infiltré d’éléments embryonnaires qui enserre le testicule contient des
Leishmania en très grand nombre ; beaucoup de cellules du tissu conjonc¬
tif et de leucocytes en sont bourrés,
*
Il n’est pas rare de voir se développer, chez les souris inocu¬
lées dans le péritoine ou dans le tissu conjonctif, de petits abcès
dont le contenu est très riche en Leishmania.
J’ai déjà publié des exemples de ces abcès : petit abcès super¬
ficiel de la paroi abdominale chez une souris femelle inoculée
dans le péritoine avec des cultures de L. tropica ; le contenu de
l’abcès montre des Leishmania en nombre énorme ; — abcès
ouvert dans le pli de l’aine gauche, chez une souris mâle, ino¬
culée dans la cuisse gauche ; le trajet fistuleux de l'abcès fournit
une matière puriforme très riche en Leishmania (1).
Les observations 4 et 5, résumées ci-dessous, fournissent de
nouveaux exemples de ces abcès à Leishmania, bien différents
des abcès septiques qui sont riches en bactéries et qui ne con¬
tiennent pas de Leishmania. Il arrive qu'un abcès septique qui, au
moment de l’ouverture, contenait de nombreuses bactéries, sans
aucune Leishmania , fournit au bout de quelques jours un exsu¬
dât séro-purulent dans lequel apparaissent les Leishmania , tan¬
dis que les bactéries disparaissent ou deviennent rares (2).
L’observation 6 est un exemple unique jusqu’ici de périarthri-
tes à Leishmania chez unesouris inoculée dans le péritoine avec
L. tropica ; il y avait en même temps septicémie consécutive à
la nécrose partielle de la tumeur testiculaire.
4° Une souris blanche, adulte, mâle, est inoculée le 11 février 1015,
dans le péritoine, avec le produit du broyage de la tumeur testiculaire
d’une souris fortement infectée par L. tropica. — 23 février, un petit
abcès superficiel s’est formé dans la paroi abdominale inférieure. La
(1) Ann. de l' Inst. Pasteur , février 1915, Observations 5 et 7.
(2) Ann. de l'Inst. Pasteur, février 1 g 1 5, Obs. 9.
368
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
région testiculaire est un peu indurée. L’abcès qui est ouvert donne quel¬
ques gouttes de pus. — 13 mars, le petit abcès abdominal qui s’est fermé,
puis rouvert, donne quelques gouttes de pus séreux et sanguinolent dans
lequel on trouve des Leishmania typiques, assez nombreuses.
Un abcès volumineux s’est formé à la cuisse droite. La souris est sacri¬
fiée le 14 avril 1915 ; elle pèse 16 g. Autour et au-dessus des testicules, le
tissu cellulo-adipeux est épaissi et induré; la rate hypertrophiée pèse
34 cg. La cuisse droite est le siège d'un abcès du volume d’une noisette
qui contient un pus crémeux très riche en bactéries, sans aucune Leishma¬
nia. Les Leishmania sont très nombreuses dans les frottis faits avec des
lambeaux des testicules et du tissu conjonctif voisin, très rares dans les
frottis du foie et de la rate, rares dans la moelle osseuse.
5° Unesouris blanche, adulte, mâle, est inoculée le 28 avril 1915, dans le
péritoine, avec le produit du broyage de la tumeur testiculaire d’une sou¬
ris infectée par L. tropica — 11 mai, induration marquée et tuméfaction
de la région testiculaire. Un petit abcès superficiel s’est formé à la partie
inférieure de la paroi abdominale. Dans le pus de cet abcès je trouve des
Leishmania non rares, en bon état, incluses dans des éléments anatomiques.
Le pus ne paraît pas contenir de bactéries, ou du moins elles y sont très
rares. — 20 mai, 1 orifice de l’abcès donne une goutte de pus séreux qui
contient des Leishmania en très grand nombre. Les parasites sont libres
ou inclus dans de grandes cellules du tissu conjonctif qui en contiennent
parfois une cinquantaine ou dans des leucocytes mono ou polynucléés. —
23 mai, tuméfaction et induration de la région testiculaire ; je constate de
nouveau qu’une petite goutte de pus fourni par l’abcès en bonne voie de
guérison contient des Leishmania en grand nombre.
6° Une souris blanche, adulte, mâle, est inoculée à 2 reprises, dans le
péritoine, le 16 janvier et le 11 février 1915, avec le produit du broyage
de tumeurs testiculaires de souris infectées de L. tropica. — 24 février,
induration marquée dans la région testiculaire. — 6 mars, la région testi¬
culaire est tuméfiée, œdématiée ; une ponction donne une goutte de séro¬
sité qui contient des Leishmania en très grand nombre. — 9 mars, petit
abcès de la paroi abdominale qui est ouvert. — 15 mars, la tumeur testi¬
culaire forme une forte saillie, assez dure. — 30 mars, la tumeur a encore
augmenté de volume. — 20 avril, la tumeur a un peu diminué, il s’est
formé une petite eschare en avant de l’anus. — 30 avril, on découvre une
tumeur abdominale qui paraît due à un abcès. L’eschare de la tumeur
testiculaire a une marche rapidement envahissante. Les pattes posté¬
rieures sont le siège d’une tuméfaction douloureuse à la pression au
niveau des articulations tibio tarsiennes. Il ne s’agit pas d’un œdème des
pattes ; la tuméfaction est bien limitée au niveau des articulations
La souris est sacrifiée le 30 avril 1915. Elle pèse 19 g. La partie droite
de la tumeur testiculaire a été envahie par la gangrène. Le testicule gau¬
che est encore reconnaissable au milieu du néoplasme qui l’enserre. Dans
la cavité abdominale on trouve un abcès de la grosseur d’une noisette, à
contenu caséeux, qui paraît s’être développé dans la partie inférieure du
foie, des adhérences existent avec plusieurs anses intestinales et avec la
rate. La rate, fortement hypertrophiée, pèse 34 cg.
Les frottis faits avec le testicule gauche et les tissus voisins contiennent
des Leishmania et des bactéries en grand nombre.
Séance du 9 Juin 1 9 1 5 369
Dans les frottis du foie, de la rate et de la moelle osseuse, on trouve des
Leishmania non rares.
Des ponctions faites avec des pipettes fines autour des articulations
tibio-tarsiennes donnent quelques gouttelettes d’un liquide épais, blanchâ¬
tre. Dans les frottis faits avec ce liquide, et colorés, je constate l’existence
d’une quantité énorme de Leishmania libres ou incluses dans des éléments
anatomiques.
★
* *
«
Les faits résumés dans cette note montrent, comme ceux que
j’ai publiés antérieurement, que chez la souris les infections pro¬
voquées par L. tropica différent, en général, de celles que déter¬
mine L. Donovani ou L. infantum\ les inoculations de L . tropica
dans le péritoine ou dans le tissu conjonctif donnent lieu, pres¬
que toujours, à des infections localisées qui font défaut à la suite
des inoculations des deux autres Leishmania ; des infections
généralisées n’ont été vues que 9 fois sur 3o, et 8 fois sur 9 il
s’agissait d’infections légères.
/ " '
J ierpetomonas parasites de larves
d’Œstrides cavicoles.
Par J. RODHAIN.
Nous avons trouvé des infections à Herpetomonas dans le tube
digestif de larves d’Œstrides cavicoles vivant chez Bnbalis lelwel
jacksoni [savane de l’Ouellé (ou Uele), au nord de la Doungou] et
chez Potamochærus porcus (forêt au sud de TOuellé, près de
Bambili). Nous décrirons rapidement ces parasites tels qu’ils
apparaissent dans des frottis fixés aux vapeurs d’acide osmique
et colorés au Laveran-Borrel.
A. Herpetomonas des larves vivant chez Bnbalis lelioel jacksoni.
— Vus à l’état frais, ces flagellés sont de grands organismes lan¬
céolés se mouvant activement et montrant un flagelle antérieur
épais.
Après coloration le corps apparaît faiblement acuminé à l’ex¬
trémité postérieure, présentant sa plus grande largeur un peu
en avant du noyau principal ; le protoplasme, sans vacuoles dis¬
tinctes, renferme chez certaines formes de fines granulations
370
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
chromatophiles irrégulièrementdispersées. Quelques-unes parmi
les formes étroites ont le corps nettement incurvé.
Le noyau occupe une position sensiblement médiane ; son
contour paraît circulaire ou légèrement ovalaire à l’état de repos ;
mais le plus souvent il présente des signes de division active
et se montre constitué de nombreux corps chromatiques.
En avant du nucléus, se trouve le blépharoplaste épais, ovalaire,
qui lui aussi s’élargit fréquemment en vue de la segmentation.
En connexion avec lui naît antérieurement X appareil jlagellaire
à structure assez compliquée : il comporte une partie basale
intra-protoplasmique épaissie, constituant un rhizoplaste qui
part d’un corpuscule basal peu prononcé, mais pourtant nette¬
ment reconnaissable, placé en avant ou un peu sur le côté du
blépharoplaste ; au rhizoplaste fait suite le flagelle proprement
dit entouré d’une mince membrane périplastique.
Le rhizoplaste et le flagelle sont toujours dédoublés même
chez les parasites au repos ; mais la plupart d’entre eux montrent
un couple de flagelles séparés dont chacun est lui-même déjà
dédoublé. Les formes à deux filaments rhizoplastiques simples se
rencontrent parmi les parasites les plus petits, à blépharoplaste
rapproché du noyau principal (fig. 3). — Parmi les deux flagelles
qui font suite au double rhizoplaste, l'un est toujours plus épais
que l’autrequi s’accole à lui, de sorte qu’il est rare qu’on puisse
distinguer sur tout leur parcours les deux filaments flagellaires
séparés.
Les fig. i et 2 montrent qu’il peut exister dans le protoplasme
du parasite deux axostyles qui, sous forme de minces filaments
chromatophiles, s’étendent des rhizoplastes jusqu’à 1 extrémité
postérieure du corps en s’entrecroisant en avant et en arrière du
noyau.
La division du noyau et du blépharoplaste et la division des
flagelles précèdent la segmentation du corps; celle-ci débute
entre les deux couples de rhizoplastes (fig. 6 et 8).
Les dimensions des parasites adultes sont assez considérables:
Longueur du corps : 30 à 45 jx.
Largeur du corps : 3,5 à 0,25 jx.
Longueur des flagelles : 30 à 48 a.
Longueur du noyau : 3 à 7,5 [x.
Largeur du noyau : 2,25 à 4 tx.
Dimensions du blépharoplaste : en moyenne 1,5 ix sur 2 fx.
Distance du blépharophaste au noyau 2,5 u à 9 ;x.
Pl. II.
J. Rodhain.
Fig. 1 à 8. — Herpetomonas des larves d’OEstrides cavicoles de Bubalis
lewlel jakwni. — Dessins à la chambre claire. Oc. compens. 8 ; obj. imm.
2 mm. 1,40 Zeiss ; grossissement 1000.
Fig. 1 et 2. — Individus adultes montrant deux axostyles nettement
développés .
Fig. 3. — Forme petite à deux rhizopbastes simples.
Fig. 4 (à 8. — Différents stades de division .
Séance du 9 Juin 191.5
371
Les Bubales de l’Ouellé hébergent dans leurs sinus frontaux
pas moins de 5 espèces d’Œstrides que nous avons toujours trou¬
vées indistinctement infectées par le parasite décrit ci-dessus ; ce
sont : Œstrus aureo-argentatus J. R. et J. Beo., Œ. Bertràndi
n. sp., Gedoelstia paradoxa n. sp., Kirkia sp. [Blanchardi Ged. ?)
et K. minuta n. sp. (1).
Les infections étaient excessivement intenses, mais limitées à
l’intestin, les flagellés étant absents du liquide cœlomique. Sur
les frottis que nous avons dû faire assez hâtivement, nous n’avons
pas trouvé de formes kystiques nettes. En grattant la surface de
la muqueuse qui tapisse les sinus frontaux des Bubales, nous
avons trouvé de rares protozoaires contractés en sphères avec le
flagelle accolé à la surface du corps arrondi ; mais il ne s’agis¬
sait pas de kystes proprement dits.
Nous avons vainement recherché des flagellés chez 6 mouches
adultes obtenues de larves infectées; la transmission de la larve
à l’insecte parfait paraît donc ne passe faire.
B. Herpetomonas des larves de Rhinœstrus Nivarleti Rodh. et
Beo. vivant chez Polamochærus parais. — Six larves provenant
du même Potamochère étaient toutes infectées d’un flagellé très
voisin de celui que nous venons de décrire. Les dimensions sont
un peu plus faibles et le double flagelle des formes adultes est
moins distinct que chez V Herpetomonas des larves des Bubales ; le
blépharoplaste volumineux est plus rapproché du noyau.
Nous avons observé pour ce parasite des formes en voie d’en-
kystement : petites et étroites, elles ont le blépharoplaste intime¬
ment accolé au noyau (peut-être même fusionné avec lui) et le
flagelle réduit à sa partie intraprotoplasmiq ue.
Le liquide cœlomique de ces larves parasitées est aussi indemne
de flagellés ; bien plus, ceux-ci paraissent perdre de leur mobi¬
lité au contact de ce liquide.
Nous avons inoculé sous la peau d’un jeune cobaye le contenu
de l’intestin de deux larves très fortement infectées, mais sans
résultat.
La division précoce de l’appareil flagellaire chez les organismes
adultes donnant lieu à des formes en réalité bi-flagellées, carac¬
térise le genre Herpetomonas tel qu’il a été défini par von Pro-
V
(1) Nous publierons prochainement une élude sur les OEstrides de Bubalis
où seront décrites les espèces nouvelles signalées ici.
372
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
wazek(i) pour Herpetomonas muscæ domesticæ. C’est à ce para¬
site que nous rattachons provisoirement les flagellés que nous
venons de décrire ; nous espérons pouvoir en compléter ultérieu¬
rement l’étude à l’examen de matériel fixé par voie humide.
Léopoldville (Congo belge), ier mai 1 9 1 5.
Sur deux cas de Trypanosomiase observée
chez des Européens au Congo Français
*
Par P. AUBERT.
D’une façon générale, les moyens d’investigation dont nous
disposons à l’heure actuelle pour dépister la trypanosomiase,
nous avaient toujours permis d’établir rapidement et sans
aucune difficulté, le diagnostic de cette affection chez nos
malades européens.
Si nous nous rapportons, en effet, aux observations de ceux
qui ont été reconnus infectés au Congo, au laboratoire de
Brazzaville, de 1906 à nos jours, nous constatons que la très
grande majorité de ces Européens, 65 sur un effectif total de 67,
présentaient, lors de l’examen auquel ils ont été soumis, un
ensemble de symptômes cliniques tels que la nature exacte de
leur affection pouvait difficilement être méconnue. La confir¬
mation microbiologique du diagnostic clinique avait, dans tous
les cas, été obtenue séance tenante par la constatation de trypa¬
nosomes, soit dans la lymphe ganglionnaire, soit dans le sang
à l’examen direct ou après centrifugation.
Dans ces conditions, il nous a paru qu’il y avait quelque
intérêt à faire connaître V histoire des deux seuls cas de malades
européens chez lesquels nous avons dû recourir à une observa¬
tion prolongée, à des examens répétés, avant que nous ayons pu
établir chez eux le diagnostic ferme de trypanosomiase.
(IJ Gfr. S. v. Prowazek. — Die Entwicklung von Herpetomonas, einem mit
den Trypanosomen verwandten Flagellaten ( Arb . a. d. Kaiserl. Gesundh .,
XX, 1904, p. 4-40) et autres écrits ultérieurs du même auteur e. a. dans/trc/i.
f. Protislenkun.de , XXXI, fasc. 1, 1913, p. 37.
Séance du 9 Juin 1910
373
Observation N° I. — Dr B., affecté à l’Institut Pasteur de Brazzaville,
arrive dans la Colonie le 13 janvier 1913. Son état de santé est satisfaisant
jusqu’au mois de septembre de la même année. A cette époque, B. éprouve
une lassitude extrême. Inquiet de la persistance de ce symptôme, B. exa¬
mine son sang- à plusieurs reprises. Pas d’hématozoaires du paludisme.
A F état frais , le sang de B. présente une auto- agglutination 1res marquée des
hématies. Deux saignées sont effectuées à quelques jours d’intervalle. Les
culots de centrifugation ne dèc'elent aucun trypanosome. Rassuré par ces
derniers examens, le malade, attribuant dès lors le malaise qu’il ressent
à de l’anémie paludéenne, se soumet à un traitement arsenical et reçoit
une quarantaine de piqûres de cacodylate de soude.
A notre arrivée à Brazzaville, le 30 septembre 1913, la lassitude accusée
par B. a complètement disparu. Nous ne constatons aucun changement
dans l’habitus extérieur de B., sauf cependant dans le domaine psychique
se traduisant par une modification du caractère et une certaine irritabilité.
Dans le courant de décembre, B. se fait une nouvelle saignée. Ae sang
centrifugé ne révèle la présence d'aucun trypanosome.
En février 1914, la lassitude réapparaît ; elle est à un degré tel, par
moments, que les promenades que faisait B. tous les soirs sont fréquem¬
ment interrompues aussitôt que commencées. Les nuits sont mauvaises :
insomnies et cauchemars. Le poids baisse progressivement. On note de la
tachycardie. L’appétit est conservé.
Le 11 février, après le repas du soir, sensation de chaleur dans tout le
corps; soif ardente. La température rectale accuse 38°, 7.
Du 12 au 22 on note de la céphalée : elle s'accompagne d’un état nau¬
séeux particulièrement pénible. Tous les soirs la température s’élève
à 38°, 39°.
Le 22 , B. nous signale à la fois F apparition de ganglions cervicaux
hypertrophiés (trois à gauche, un à droite; ils sont imponctionnables) et
du signe de Kerandel au niveau des malléoles internes. Le diagnostic cli¬
nique de trypanosomiase se précise.
Le 23 , une centrifugation de sang est faite. Le résultat de V examen est
encore négatif.
Attribuant nos insuccès dans la recherche des trypanosomes à l’action
du traitement arsenical auquel B. s’est soumis dans le courant de septem¬
bre 1913, nous décidons avant d’entreprendre le traitement spécifique de
la trypanosomiase, de recourir à ce que nous désignerons sous le nom de
Traitement d'épreuve à l'aloxyl.
Le 23 février à 4 heures du soir, nous injectons à B. 30 cg. d'atoxyl.
Cette injection détermine la sédation momentanée des symptômes
accusés (fièvre, céphalée, lassitude) au cours des journées des 24, 23. 26
et 27. Persistance du signe de Kerandel.
« Le 28, la lassitude, la fièvre et la céphalée réapparaissent.
Le 1er mars, signe de Kerandel au niveau des deux poignets.
Le 2 mars une nouvelle injection d'atoxyl est faite au malade à la dose
de 50 cg. Trois heures après cette injection, frisson violent, état nauséeux,
fièvre à 39°1. Sudations profuses, puis sommeil profond et réveil le len¬
demain matin avec une sensation de bien-être extraordinaire.
Le 3, 4, 5, excellent état : ni fièvre, ni céphalée, ni lassitude. Seul, le
signe de Kerandel persiste dans les points indiqués.
Le 6, B. accuse de la céphalée vers midi. Le soir, la température est
de 38°5 .
Le 7, 8 et 9, même état.
374
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
Le 10, une saignée est faite : on recueille environ 30 cc. de sang qui
doivent être utilisés à l'inoculation d’un singe patas, à un Wassermann,
enfin à une dernière centrifugation.
Cette dernière centrifugation nous permet d'observer des trypanosomes
nombreux .
Observation N° IL — LL, fonctionnaire de l’Administration Coloniale,
entré au service en 1903.
Premier séjour colonial à Libreville et N’Djolé (Gabon), de février 1903
à janvier 1905. Atteinte de paludisme en décembre 1904 au cours de
laquelle le médecin traitant observe l’hypertrophie d’un ganglion cervical
rétro-sterno-inastoïdien à droite. D. se rétablit rapidement; il est rapatrié
en février 1905, à l’expiration de sa période de séjour réglementaire.
En congé en France de février «à novembre 1905. Le ganglion cervical
signalé est volumineux. Deux accès de fièvre qui cèdent à la quinine.
JJ. suit pendant plusieurs semaines un traitement à l'arrhénal.
Deuxième séjour colonial à Libreville et Lambaréné (Gabon), de novem¬
bre 1905 à septembre 1907.
Troisième séjour colonial à Libreville et Chin-Choa (Gabon), de juillet
1908 à janvier 1910. Rien à signaler au cours de cette période.
Quatrième séjour colonial à Franceville (Gabon), d’octobre 1910 à jan¬
vier 1913.
En rejoignantson poste de Franceville, D. effectue sur LOgooué un long-
voyage en pirogue au cours duquel il est fréquemment piqué par des
tsétsés très abondantes sur cette rivière.
D. aurait présenté à cette époque, fin 1910, au niveau de la tabatière
anatomique à droite, une petite tumeur violacée n’ayant pas suppuré et
n’ayant provoqué ni fièvre, ni œdème local, ni lymphangite. Quelque
temps après, D. aurait remarqué l’apparition de deux ganglions dont l’un
assez volumineux, situé dans la région sous-maxillaire, l'autre plus petit
dans le creux sous-claviculaire, du côté gauche.
D. est mis en observation à l’hôpital de Libreville, Une ponction gan¬
glionnaire est faite. Le résultat de l’examen au point de vue trypanosomes
est négatif. D. reçoit alors un certain nombre d' injections d'arrhènal. Il est
mis exeat de l’hôpital, revient à son poste et fait dans la suite de nom¬
breuses et pénibles tournées dans l’intérieur du pays. Son état de santé
demeure bon. Il est rapatrié en janvier 1913.
Pendant son congé en France, il présente du prurit généralisé sans
manifestation cutanée d’aucune sorte; puis apparaissent, au niveau des
plis articulaires des coudes et des genoux, des taches, des marbrures. Pas
d ’ a n técéd e n ts sy p h i 1 i t i q u es .
Cinquième séjour colonial à Lambaréné (Gabon), de juillet 1913 à
mai 1914.
En janvier 1914, fièvre continue pendant trois jours. Les ganglions
cervicaux du côté gauche paraissent augmentés de volume. Il consulte à
cette époque, le- 29 mai 1914, le médecin du poste de Lambaréné qui
constate la présence de trypanosomes rares dans le sang à l’examen direct,
ainsi que dans le suc d’un des ganglions cervicaux hypertrophiés
D., avant de se soumettre au traitement à l’atoxyl, demande à ce que le
diagnostic de trypanosomiase soit confirmé à l’hôpital de Libreville.
Les examens répétés de sang (examens directs et après centrifugations),
de suc ganglionnaire , pratiqués tant à Cap-Lopez qu’à Libreville par des
médecins expérimentés demeurent négatifs.
Séance du 9 Juin iqi5
375
l). est alors dirigé sur Brazzaville où il est soumis à notre observation
du 23 juin au 12 septembre 1914.
Au point de vue clinique, D. ne présente d’autres symptômes pouvant
être rattachés à une infection trypanosomiasique que cette hypertrophie
de certains ganglions cervicaux (le malade est atteint de Filariose) et
l’existence, au niveau de la partie supérieure et latéro-externe du membre
inférieur gauche, de taches rosées discrètes sur la nature desquelles nous
ne pouvons nous prononcer. Ni fièvre, ni céphalée. Activité physique et
intellectuelle conservées. Etat général excellent. D. augmente de poids.
Aucun œdème.
Il riij a pas d auto agglutination des hématies. Pas de trypanosomes
dans la lymphe du seul ganglion pouvant, par son volume et sa consis¬
tance, nous permettre la recherche efficace des parasites. De nombreux
examens de sang , soit entre lame et lamelle, soit après centrifugation,
demeurent négatifs . Un embryon de F ilaria persians est observé.
Le 30 juin 1914, un Patas N° / reçoit dans le péritoine , 10 cm. 3 de sang
de D. Le 13 août , le Patas N° / n'étant pas encore infecté , nous inoculons
un nouveau Patas N° 1 /, qui reçoit 30 cm 3 de sang de D.
Le 24 août, des trypanosomes rares sont observés dans le sang du
Patas N° I. Us sont assez nombreux le 26, très nombreux enfin h partir de
cette date jusqu’à la mort de l’animal le 8 novembre 1914.
Quelques jours avant la mort du Patas N° 1. nous inoculons 2 cm 3 de son
sang riche en trypanosomes à un jeune cynocéphale (29 août). Ce cynocé¬
phale présente le 10 septembre 1914 des trypanosomes rares. Les trypano¬
somes demeurent rares ou très rares jusqu'au 26 novembre, date à
laquelle ils disparaissent du sang de l’animal. Nous n’en avons pas
observé depuis. L’animal est actuellement (au 30 avril) en bon état de
santé
Le Patas N° Il n’était pas infecté 130 jours après l’inoculation. Il meurt
accidentellement (traumatisme) le 21 décembre. Son sang ne s’est pas
montré infectieux pour le rat blanc.
Les observations de B. et D. nécessitent quelques commen¬
taires que nous ferons aussi brefs que possible.
La maladie de B. est due manifestement, d’après l’enquête à
laquelle nous nous sommes livré, à une contamination acciden¬
telle de laboratoire. Le mode de contamination n’a pu être, il est
vrai, précisé, mais il est infiniment probable, comme le font
remarquer L. Martin et Darré au sujet du cas de L. (1), qu’il
s’agit pour B. d’une infection résultant du dépôt de liquides
virulents (sang d’animaux infectés expérimentalement, sang ou
liquide céphalo-rachidien de malades trypanosomés), sur des
téguments présentant d’insignifiantes éraillures.
Il y a 1 ieu de noter chez B. l’absence complète de toute réac¬
tion locale au niveau du point d’inoculation du virus. Celte
réaction locale consécutive à la piqûre infectante est cependant
(1) L. Martin et Darré. Un cas de trypanosomiase humaine contractée au
Laboratoire, Bult. Soc. Palh. exot., Tome V, p. 833.
370
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
observée très fréquemment chez les Européens trypanosomés.
On peut donc se demander si cette réaction locale est liée à une
réceptivité de l’organisme différente suivant les individus, à
l’espèce de l’insecte qui a déterminé la piqûre infectante ou
enfin au mode lui-même d’introduction du virus dans l’orga¬
nisme.
En ce qui concerne cette dernière hypothèse, nous signale¬
rons le fait que des sujets indemnes de trypanosomiase, ayant
reçu par la voie sous-cutanée une certaine quantité de sang
virulent et, 72 heures après environ, une injection de 5o cg.
d’atoxyl, n’ont présenté ni réaction locale au point d’inocula¬
tion ni infection consécutive après une observation de plusieurs
mois.
Ces constatations, si elles laissent encore sans les résoudre les
questions que nous avons envisagées, confirment du moins les
déductions expérimentales de F. Mesnil et E. Brimont (i), et les
assertions de L. Martin et Darré (2) sur l’efficacité du traite¬
ment préventif à l’atoxyl.
Dans l’observation de B., nous voyons apparaître, en même
temps, le signe de Kerandel et l'hypertrophie ganglionnaire.
Dans les régions où de multiples causes d’infection, entr’au-
tres la fila riose, peuvent provoquer l’engorgement du système
ganglionnaire, le signe de Kerandel nous apparaît comme un
signe de haute valeur pour dépister la trypanosomiase. En effet,
il a fait rarement défaut chez les Européens que nous avons
examinés.
Nous avons du recourir à de nombreux examens pour pouvoir
déceler la présence de trypanosomes dans la circulation péri¬
phérique des malades B. et D. Cette rareté des parasites dans
le sang circulant doit être attribuée à l'action des médications
arsenicales antérieures auxquelles avaient été soumis B. et D.
On ne devra pas oublier en conséquence cette action du cacody¬
late et de l’arrhénal dans les cas identiques à ceux que nous
rapportons.
Thiroux et d’AxFREviLLE ont les premiers (3) insisté sur
é
(1) F. Mesnil et E. Brimont. Essais de prévention contre les infections expé¬
rimentales à Tryp. gambienne . Bull. Soc. Pat/i . eæot., Tome I, p. 210.
(2) L. Martin et Darré. Loc. cit.
(3) Thiroux et d’ÂNFREviLLE. De l’emploi du Cercopithecus ruber ou Patas
comme animal témoin dans la Maladie du Sommeil. Bail. Soc. Path eæot.,
Tome II, p. 129.
Séance du 9 Juin 1915
377
l'extrême sensibilité du Cercopithecus ruber ou Patas à l'inocu¬
lation du virus gambiense. Le résultat donné par le Patas n° 1,
inoculé avec le sang1 de D., nous a seul autorisé, chez un sujet
ne présentant aucun symptôme morbide net, à affirmer la trypa¬
nosomiase. Toutefois, il y aura lieu de se rappeler que des diffé¬
rences de réceptivité peuvent être observées chez ces animaux;
la non infection de notre Patas n° ii paraîtle prouver.
Nous avons assez fréquemment injecté de l’atoxyl à la dose de
o g. 5o à des Européens indemnes de trypanosomiase. Ces
injections, contrairement à ce qu’on observe chez les sujets
trypanosomés (L. Martin et Darré), ne déterminent aucune réac¬
tion thermique. C’est celle « Réaction ou Traitement d’épreuve
à l’atoxyl » que nous avons appliquée à B. Elle nous a donné à
deux reprises les indications que nous cherchions à obtenir :
élévation de la température quelques heures après l’injection,
sédation des symptômes accusés tels que la fièvre, la céphalée _
Il est curieux de constater que les trypanosomes, toujours
absents de la circulation lors des examens répétés effectués chez
B., apparaissent très nombreux à la suite de la deuxième injec¬
tion faite à une dose relativement faible. Ce fait « paradoxal »,
que nous avons observé plusieurs fois avec des médicaments
divers, comporte une indication pratique pour le traitement de
la trypanosomiase, à savoir qu'il est préférable d’administrer des
doses élevées du produit au début du traitement.
Il est reconnu que les cynocéphales sont à peu près réfrac¬
taires à l’inoculation du gambiense. Un jeune cynocéphale ino¬
culé avec le sang de D. contracte une infection légère. Nous
nous sommes demandé si l’infection de D. était bien, malgré
les caractères morphologiques des parasites, une infection ordi¬
naire à gambiense. M. le Professeur Mesnil à qui nous avons
adressé le virus D. a bien voulu consentir à se charger de cette
détermination.
(. Institut Pasteur de Brazzaville , avril 1916).
378
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
/
Destruction par l'essence d’Eucalyptus
des poux du corps, agents transmetteurs
de la fièvre récurrente et
du typhus exanthématique (i)
Par Edm. SERGENT et 1t. FOLEY.
À l'Institut Pasteur d’Algérie, nous avons montré, en 1908-
1909, que l’agent de transmission de la fièvre récurrente est le
Pou du corps.
A l’Institut Pasteur de Tunis, G. Nicolle, G. Comte et E. Con-
*
seil ont montré, en 1909-19 10, que l’agent de transmission du
typhus exanthématique est également le Pou du corps.
Ainsi des découvertes françaises ont établi le mode de propa¬
gation de deux maladies célèbres depuis longtemps par les
ravages qu’elles causent dans les armées en campagne et dont
l’apparition est justement signalée en ce moment dans plusieurs
armées étrangères. La lutte contre la vermine est donc la base
de la prophylaxie du typhus exanthématique comme de la fièvre
récurrente.
Le meilleur moven de détruire les Poux consiste évidemment
dans le changement du linge et des effets, et dans leur passage
à l’étuve pendant que l’homme prend lui-même un bain de pro¬
preté, toutes mesures inapplicables en campagne au moins sur le
front.
On a la ressource de détruire la vermine in loco , c’est-à-dire
dans les vêtements et sur le corps non déshabillé. Divers ingré¬
dients, tels que la fumée de tabac, l’huile camphrée, ont été
déjà préconisés dans ce but.
Nos essais nous ont montré que les huiles essentielles sont
des agents de désinfestation beaucoup plus efficaces. Nous avons
essayé en particulier l’essence d 'Eucalyptus globulas à cause de
son bas prix et parce que l’Algérie peut fournir ce produit en
abondance (2).
(1) Note présentée à la séance du 12 mai.
(2) La production algérienne d'essence a varié de 2.000 à 3. 000 kg. par an
(renseignement de M. Musso). Mais M. le P1' Trabut a bien voulu nous dire que
Séance du g Juin 19 1 5
379
La lutte contre le Pou doit être basée sur ce fait que le Pou
dit du corps (par opposition au Pou de la tête) est en réalité le
Pou du vêtement, ainsi que l’indique son nom latin Pediculus
vestimenti Nitzsch. Très lucifuge, il vit dans les plis du vêtement
surtout à la partie supérieure de la région dorsale. C’est là qu’il
pond de préférence, le long des coulures et des plis. Il ne va à la
peau que pour piquer et sucer le sang, opération qui, dans les
élevages, dure au maximum 25 minutes et qui ne se répète pas
forcément tous les jours.
Ce n’est donc pas la peau elle-même qu’il est nécessaire de
désinfester, mais le vêtement; le problème est ainsi facilité.
C’est le sous-vêtement qui est le plus ordinairement infesté,
dans ses parties qui ne sont pas en contact direct avec la peau.
Les gîtes des Poux se trouvent dans une sorte de vase clos à
atmosphère chaude et obscure, protégé par le vêtement extérieur
(la capote chez le soldat).
Nous avons étudié expérimentalement l'action de l’essence
d’Eucalyptus sur les Poux, d’abord in vitro , puis sur le vivant.
ACTION MORTELLE SUR LES POUX DE l’eSSENCE d’eUCALYPTUS.
Des Poux du corps, placés sur un morceau de drap très légèrement
imbibé de quelques gouttes d’essence et séché ensuite en le secouant à l’air
libre, montrent une agitation extrême, sont pris de mouvements con¬
vulsifs de l’abdomen, des pattes et des antennes, et meurent en quelques
instants.
ACTION RÉPULSIVE SUR LES POUX DE i/eSSENCE d’eUCALYPTUS.
Des Poux sont déposés au centre d’un cristallisoir, à égale distance
(4 centimètres) de deux tortillons de toile semblables dont l’un mouillé
d’essence, puis mis a sécher. Sur 20 Poux, 17 se sont réfugiés, en moins
de 3 heures, dans le tortillon non imprégné d’essence, où ils restent vivants
plusieurs jours. 3 seulement se sont approchés du tortillon à essence et
sont morts presqu’aussitôt.
ACTION A DISTANCE, DANS L’ESPACE.
A. — L’effet mortel de l’essence est immanquable et très rapide sur
les Poux qui entrent en contact immédiat avec l’étoffe imprégnée, même
en plein air.
les plantations actuelles à' Eucalyptus globulus en Algérie suffiraient à
produire une bien plus grande quantité d’essence. Le prix du kg. d’essence
a varié en Algérie de 3 francs à 6 francs. 11 a baissé par suite de la concur¬
rence de l’Australie, qui est le grand pays producteur et vend le kg. 2 fr. 5o.
En Algérie le prix de 5 francs le kg. serait rémunérateur.
380
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
13. En milieu découvert à l'air , l’action est nulle à partir de 2 à 3 cen¬
timètres de distance.
C. En vase clos (tube bouché par un capuchon de caoutchouc), l’action
est mortelle en peu d’heures à 10 centimètres de distance (témoins sans
essence restés indemnes). Il est à remarquer que les conditions d’un vase
clos sont souvent réalisées sous les vêtements.
D. L’odeur lue les Poux à travers un drap épais. Un carré de drap de 4 cm2,
imprégné d’essence puis séché à l’air, est posé sur une pochette de même
drap de 64 cm2 renfermant près de 200 Poux. Le tout est conservé à l’air,
à 22°. En quelques heures, tous les Poux sont morts (Témoins restés
indemnes) .
E. Action comparée à celle du camphre. Nous avons comparé l’action
parasiticide de l’essence à celle de l’alcool camphré qui a été préconisé
contre les Poux (l’huile camphrée salittrop les vêtements). Les expériences
étaient organisées comme les précédentes : au bout de 2 heures, I/o des
Poux soumis à l’action du camphre survivaient (sur 70) ; tous les Poux
à essence avaient succombé. Au bout de 18 heures, 1/7 des Poux au cam¬
phre survivaient (sur 86) ; tous les Poux à essence avaient succombé.
ACTION A DISTANCE, DANS LE TEMPS.
Un tortillon de toile imprégné d’essence d’Eucalyptus est séché, puis
laissé à l’air libre pendant 4 jours à 15°. Après ce délai on l’introduit dans
un tube non bouché, hors du contact de 30 Poux contenus dans le même
tube. Ces Poux sont tous morts le lendemain (Témoins restés indemnes).
i
ESSAIS DE I) É S I N F E STATION D UN CHIEN POUILLEUX.
Oh fixe sur le corps d’un chien setter i ri sli infesté, surtout
aux épaules, par Hæmatopinus pilifer Burmeister, une sorte de
housse, sur laquelle de l’essence est versée goutte à goutte :
48 heures après, le chien examiné ne montre plus un seul Pou
vivant, un certain nombre de cadavres sont restés dans les
poils.
ESSAIS DE DÉSINFESTATION d’hOMMES POUILLEUX.
Les essais ont porté sur 8 hommes inégalement pouilleux.
Leurs vêlements sont aspergés d’essence d'Eucalyptus. Ces
hommes continuent à vivre, avec les mêmes vêlements, dans la
promiscuité d’autres pouilleux non traités. Aux examens prati¬
qués à partir d’un délai de 24 heures, les Poux ont disparu de
toutes les parties des vêlements réellement touchées par l’essence.
Le fait était frappant chez un indigène dont la vermine était
incomptable, tellement elle était nombreuse. Pendant plusieurs
jours, on ne voit plus un seul Pou, si l’essence a été employée
Séance du\9 Juin i 9 i 5
381
en quantité suffisante. Au bout de 8 jours, de tout jeunes Poux
apparaissent, ils proviennent sans doute des lentes.
Action de l’essence d' Eucalyptus sur l’homme. — Appliquée sur
la peau (ce qui n'est d’ailleurs pas nécessaire contre les Poux),
l’essence d’Eucalyptus ne provoque aucun inconvénient, meme
sur des peaux fines d’enfants.
Respirée en abondance et pendant longtemps, elle cause des
malaises pouvant aller jusqu'au vomissement et à la diarrhée.
Technique. — Pour 125 cm2 de drap, meme épais, il suffit d’em¬
ployer 1 cm3 d’essence, qu’on répandra en la versant simplement
goutte à goutte, et d’un seul côté de l'étoffe. Il est inutile de
recommencer l'opération avant 8 jours. On humectera surtout
les plis et les coutures, abris préférés des Poux. Prendre garde
qu’une étoffe imprégnée d’essence est facilement inflammable pen¬
dant quelques heures.
Conclusion. — Lorsque bon ne peut pas changer facilement
de vêtements, par exemple en campagne, un bon moyen de
détruire in loco les Poux du corps consiste à mouiller leurs
gîtes, c’est-à-dire surtout les plis des vêtements, avec une huile
essentielle, telle que l’essence d’Eucalyptus.
Institut Pasteur d’ Algérie.
27
382
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
/
Leishmaniose américaine de la peau
et des muqueuses
[Suite) (i).
Par A. LAVERAN.
Agent pathogène. — La Leishmania qui est l'agent de la
leishmaniose américaine présente la plus grande ressemblance
morphologique avec la L. tropica du bouton d’Orient; comme
cette dernière, elle se rencontre dans les tissus à l’état libre ou,
plus souvent, à l’état d’inclusion dans des éléments anatomi¬
ques ; les dimensions des deux parasites sont à très peu près les
mêmes ; tous les deux montrent, à côté du noyau proprement dit,
Un noyau secondaire ou centrosome, bacilliforme ; tous deux don¬
nent dans les milieux appropriés des cultures de Flagellés (2).
Quelques observateurs ont signalé de légères différences entre
la Leishmania américaine et la L . tropica.
Laveran et Nattan-Larrier ont appelé l’attention sur une par¬
ticularité que présentaient les Leishmania trouvées par eux
dans les lésions de 1 espundia. Les noyaux au lieu d'être
arrondis ou ovalaires, comme ils le sont d’ordinaire chez la
L. tropica, étaient allongés et comme aplatis le long de la
paroi (3). Des recherches ultérieures ont montré que cette dis¬
position des noyaux n'était ni constante chez la Leishmania
d’Amérique ni spéciale à ce parasite.
Wenyon a trouvé, parmi les Leishmania d’un bouton de Bag-
(1) Voir la première partie de ce travail daDs le Bulletin de la séance du
12 mai dernier, t. VIII, p. 28/j.
(2) A. Pedroso et P. Dias da Silva, Arch. da Soc. de med. e cir. de S. Paulo,
19 1 1, t. I, f. 6.
(3) A. Laveran et Nattan-Larrier, Soc. de path. exotique, i3 mars 1912,
Bulletin, t. V, p. 177.
Séance du 9 Juin 1 9 t 5
383
dad, des éléments aplatis/accolés à la paroi, identiques semble-
t-i 1 à ceux que Laveran et Nattan-Larrier ont vus dans l’espun-
dia (1).
Splendore fait remarquer que le protoplasme des Leishmania
de la buba se colore plus fortement par le Giemsa que celui de
L. tropica et que, dans les cultures du premier de ces parasites,
on trouve des formes plus longues que dans les cultures des
autres Leishmania , la longueur du flagelle pouvant atteindre
4o à 5o jjl ; il conclut de ses recherches que la Leishmania en
question constitue une variété nouvelle (2).
W enyon a obtenu avec la Leishmania d’Amérique des cultures
morphologiquement identiques à celles de L. tropica , mais de
croissance plus rapide.
Franchini a trouvé chez le malade atteint de leishmaniose
américaine dont il a publié l’observation ( op . cit.), à côté de
Leishmania ayant les dimensions ordinaires de L . tropica , de
grandes formes atteignant 5 à 6 p. de long et, dans les cultures,
il a vu des parasites de 10 à i5 p. de long sur r p., 5 à 2 p., 5 de
large dont les flagelles atteignaient jusqu’à 4o p. de long.
G. Vianna a trouvé dans un ulcère, chez un malade prove¬
nant de l’Etat de Minas (Brésil), des Leishmania qui montraient,
après coloration par le procédé de IIomanowsky, un filament
rouge au travers de la partie médiane, ne dépassant pas la mem¬
brane d’enveloppe ; Vianna a proposé de donner à cette Leishma¬
nia , qu’il a considérée comme constituant une nouvelle espèce,
le nom de L. braziliensis (3). Le filament signalé par Vianna
paraît correspondre au rhizoplaste observé déjà par différents
auteurs.
Escomël a constaté l’existence de Leishmania , avec de courts
flagelles, dans des ulcères cutanés contractés au Pérou (4).
Rebagliati (5) croit avoir vu sur des coupes d’ulcères de l’ula
des formes flagellées semblables à celles des cultures, en même
temps que des Leishmania normales.
La Gava a signalé l'existence d’éléments flagellés chez des
(1) C.-M. Wenyon, Jt. of trop. med. a. hyg ., 1er juillet 1912, t. XV, p. 193.
(2) A. Splendore, Soc. de pat/i. exotique, 12 juin 1912.
(3) G. Vianna, Brazil medico, ier novembre 1911.
(4) Ed. Escomel, Ballet. Soc. de pat/i. exotique , 9 avril 1913, t. VI, p. 237 et
Cronica medica, Lima, i5 juillet 1914*
(5) R. Rebagliati, Cronica medica , Lima, i5 juin 1914»
384
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
malades alleints de boutons d’Orient compliqués d’ulcérations
des muqueuses, contractés en Italie (i). La présence, d’ailleurs
fort rare, d’éléments flagellés dans les ulcérations des malades
atteints de leishmaniose américaine, ne peut donc pas être donnée
comme un caractère particulier de la Leishmania qui est l’agent
de cette maladie.
Au point de vue morphologique, on peut dire qu’il n’existe
aucun caractère permettant de différencier à coup sûr la Leish¬
mania d’Amérique de la L. tropical , mais cela ne démontre pas
que les deux parasites soient identiques ; la Leishmania Donooani a
les mêmes caractères morphologiques que la L. tropica et cepen¬
dant on s’accorde à reconnaître qu’il s’agit de deux espèces dis¬
tinctes, parce que les caractères biologiques des deux parasites
sont bien différents, le premier donnant lieu au kala-azar, le
second au bouton d’Orient. C’est aussi en nous basant sur l’action
pathogène du parasite, sur les symptômes et les lésions anato¬
miques qu’il détermine souvent, en particulier du côté de la
muqueuse naso-bucco-pharyngée, que nous avons proposé,
M. Nattan-Larrier et moi, d’en faire, non une espèce distincte,
mais une variété de la Leishmania du bouton d’Orient, sous le
nom de L. tropica var. americana.
Quelques associations microbiennes ont été signalées.
Seidelin ( op . cit.) a trouvé, chez deux malades atteints
d’ulcère du Yucatan, un diplocoque qui était, paraît-il, la seule
bactérie associée à la Leishmania. Ce diplocoque, libre ou inclus
dans des polynucléaires, ressemble au gonocoque mais se colore
par le Gram ; Seidelin pense qu’il joue peut-être un rôle patho¬
gène.
Dans un cas de leishmaniose cutanée américaine, Mc Ewen a
constaté également qu’un diplocoque ressemblant au gonocoque
accompagnait les Leishmania (2).
Des diplocoques semblables à ceux vus par Seidelin et Mc Ewen
ont été signalés par Wenyon dans le bouton de Bagdad.
Dans les frottis d’une ulcération espundique des muqueuses,
nous avons trouvé, M. Nattan-Larrier et moi, des amibes; dans
les préparations qui nous ont été envoyées par le D1' Escomel, il
n’y avait pas de Blastonujces.
Les associations microbiennes qui existent chez les malades
(1) Fr. La Gava, Soc. de path. exotique , 11 décembre 1912.
(2) E.-L. Mc Ewen, Jl. of cutaneous diseases inet, syphilis, avril 1914*
Séance du 9 Juin 1916
385
atteints de leishmaniose américaine méritent d’être étudiées avec
soin; il pourrait se faire en effet qu’elles donnent l’explication
des formes cliniques qui distinguent cette maladie du bouton
d’Orient ordinaire; on sait que l’ulcère des pays chauds est le
produit d’une de ces associations.
La leishmaniose américaine chez les animaux. — Les faits d’in¬
fection naturelle du chien par la Leishmania américaine sont très
rares.
Pedroso a observé, au mois de juillet 1912, dans la région
nord-ouest du Brésil, 2 chiens qui avaient des ulcérations de la
muqueuse nasale (1). L'un des chiens a été trouvé dans un
village où il n’y avait qu'un cas de leishmaniose chez l’homme ;
le malade était atteint d’ulcérations du nez et de la gorge dont
le début remontait à 5 années. Le chien était en mauvais état,
•
il portait, en outre de l’ulcération siégeant sur les bords de la
narine gauche, des ulcérations cutanées; des frottis faits avec le
produit du raclage de l’ulcération nasale permirent de constater
l’existence de nombreuses Leishmania identiques à celles du
malade. Le maître de l’autre chien avait un ulcère du pied dia¬
gnostiqué leishmaniose, et il faisait lécher cet ulcère par son
chien qui se serait infecté ainsi directement, mais il est à noter
que, dans ce second cas, l’examen histologique de l’ulcération
nasale du chien n’a pas été fait ; le diagnostic 11e repose que sur
l’aspect macroscopique de l’ulcération et sur les circonstances
étiologiques.
G. Vianna qui a examiné une coupe de la peau du nez du pre¬
mier chien de Pedroso, infecté de leishmaniose, dit avoir vu des
Leishmania dans les muscles lisses d’une artériole ; d’après lui la
L. hrasiliensis serait voisine du Schizotrypanum Crazi (2).
J’ai vu parfois des L . tropica accumulées dans des cellules
fusiformes du tissu conjonctif qui auraient pu être confondues
avec des fibres musculaires lisses.
Migone ( op . cit.) a examiné des lésions cutanées chez des chiens
de chasse des ouvriers travaillant dans les régions d’Amérique
où la leishmaniose est endémique; il n’a pas trouvé de Leish¬
mania chez ces animaux.
(1) A.-M. Pedroso, Annaes Paulistas de Mcdicina e Cirurgia, septem¬
bre 1913.
(2) G. Vianna, Meniorias do fnslil. Osivaldo Crue, 1914? G 6, PP* 40_42*
386
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Brumpt et Pedroso ont vu, dans une région du Brésil où la
leishmaniose est endémique, 5 cas d’ulcères chez le chien, mais
ils n’ont pas constaté l’existence des Leishmania dans ces ulcères ;
les chiens des travailleurs de la forêt vierge sont farouches et
difficiles à manier (i).
Wenyon a inoculé avec succès à un chien le virus pris direc¬
tement sur l’homme ; un jeune chien inoculé dans la veine ne
s’est pas infecté (2). Migone a inoculé des chiens sans résultat.
Wenyon a obtenu 2 nodules avec Leishmania chez un chat
inoculé sur l’homme ; Migone a inoculé des chats sans succès.
F. Sant’Anna a inoculé avec succès à deux cercopithèques le
virus d’un malade atteint de leishmaniose d’origine brésilienne ;
les inoculations ont été faites dans la région sus-orbitaire. Un
singe inoculé sur le bord des narines avec le virus d’un des cer^
copithèques s’est également infecté (3).
Wenyon a réussi à infecter un babouin. Un Cebus libidinosus
inoculé par Migone ne s’est pas infecté.
Wenyon a inoculé sans succès des lapins et des souris.
h . ’ : . i ',-y\ • • . • . ’ , . . • • .. • 1
Modes de propagation de la leishmaniose américaine. — C’est
une opinion généralement répandue en Amérique que la leish^
maniose ulcéreuse se développe à la suite de piqûres d’insectes.
Beaucoup de malades peuvent dire à quelle date ils ont été
piqués; les divergences commencent quand on leur demande
des précisions sur l’insecte piqueur. On conçoit d’ailleurs que
dans le milieu chaud et humide de la forêt vierge où sévit la
leishmaniose, et où pullulent les insectes piquants, le malade
ait l'embarras du choix pour désigner le porteur du germe
morbide et qu’il incrimine, dans chaque région, l’insecte ou
l’acarien qui y prédomine, ou dont les piqûres sont le plus
douloureuses.
C'est ainsi qu’on a accusé tour à tour les moustiques, les
simulies, différentes mouches piquantes et surtout les ixodes
d être les agents de propagation de la maladie.
Dans la zone du Canal de Panama, les indigènes accusent une
mouche appelée mosca boi/ana d’être la cause des ulcères; cette
(1) E. Prompt et A. Pedroso, Soc. de palh. exotique , 10 décembre 1913.
(2) C.-M. Wenyon, .//. London SchooL trop. Medicine, avril 1913.
(3) F. Sant’Anna, Medicina contemporanea , 24 août 1918.
Séance du 9 Juin 19 1 5
387
mouche se trouve seulement dans les larges fleurs jaunes du
boyano qui est une plante de la jungle (1).
Le malade de Franchini qui avait contracté la leishmaniose
ulcéreuse au Brésil croyait qu’une mouche de couleur verdâtre,
appelée cotnnga par les indigènes, avait fait les piqûres à la
suite desquelles s’étaient développés les ulcères.
A. da Matta à Ma naos (Amazone) soupçonne le Dermaçentor
electus d?être l’agent de propagation des ulcères.
Flu, à Surinam, incrimine aussi les ixodes.
Au Paraguay, les travailleurs qui ont contracté des ulcères
dans la forêt accusent, les uns les piqûres très douloureuses de
simulies qu’ils désignent sous le nom de mbariguies , les autres
les piqûres d’ixodes, Ambhjomma striatum , A. fossum , A. cajen-
nense (Migone, Lindsay, op. cit.).
Brumpt et Pedroso (op. cit.)} après avoir passé en revue les
insectes ou acariens qui peuvent être soupçonnés de trans¬
mettre la leishmaniose d’Amérique, arrivent à conclure que les
tabanides sont de beaucoup les plus suspects; ils font remar¬
quer que les taons, insectes diurnes, s’attaquent de préférence à
la figure et aux parties découvertes des membres, ce qui est en
rapport avec ce que nous savons de la localisation ordinaire des
ulcères ; d’autre part les taons voyagent peu, ce qui est d’accord
avec ce fait que les foyers de la leishmaniose sont bien localisés ;
les localités voisines des mares sont celles où l’on contracte le
plus souvent la maladie et celles aussi que les taons recheîv
client. Les stomoxesque l’on pourrait incri miner également sont
beaucoup plus rares dans la forêt que dans les pâturages où
l’on ne contracte pas la leishmaniose ulcéreuse.
Dans la vallée de la Convencion, au Pérou, la population
accuse une simulie de propager la maladie (Monge, op. cit.).
En somme le rôle d’insectes ou d’acariens dans la propagation
de la leishmaniose américaine, comme dans celle du bouton
d’Orient, est très probable, attendu qu’il s’agit de dermatoses
localisées presque toujours, primitivement du moins, aux parties
du corps découvertes, mais il n’a pas été possible jusqu’ici de
distinguer, au milieu des nombreux insectes piquants et d’aca-s
riens qui vivent dans les zones d’endémicité de ces maladies,
celui qui est le véritable agent de transmission.
(1) S. T. Darling et R.-C. Connor, op. cit.
388
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Peut-être les piqûres de différents insectes ou acariens peuvent-
elles servir de portes d’entrée à la Leishmania. Migone rapporte
qu’il a eu l’occasion de traiter des malades dont les ulcères
s’étaient développés sur des piqûres de simulies ou de mousti¬
ques ou sur de petites écorchures de la peau, comme si le germe
était à la surface de la peau, attendant une solution de continuité
pour pénétrer. J’ai fait des remarques semblables au sujet du
bouton de Biskra (i). Il est possible que les insectes piquants
et les acariens ne servent qu’à ouvrir une porte d’entrée au
microbe sans le convoyer eux-mêmes, ce rôle pouvant être
rempli par les mouches ordinaires qui, ne faisant pas de piqûres,
ne sont jamais incriminées par les malades.
Il n’est pas douteux que la leishmaniose américaine soit inocu¬
lable d’homme à homme et transmissible.
Plus d’une fois la maladie s’est développée dans un chantier
des forêts du Brésil, du Pérou ou du Paraguay à la suite de
l’arrivée d’un travailleur porteur d’ulcères.
L’auto-inoculation par grattage, ou autrement, n’est pas rare.
Seidelin ( op . cit.) rapporte qu’un malade atteint d’un ulcère de
l’oreille droite qui, pendant le repos au lit, appuyait sa tête sur
l’avant-bras droit contracta un ulcère à l’avant-bras de ce côté.
On a vu plus haut que 2 chiens ont été, probablement, conta¬
minés par leurs maîtres.
Il existe des Leishmania dans le liquide séro-puruîent que l’on
trouve au fond des ulcères et l’on sait avec quelle avidité, dans
les pays chauds, les mouches domestiques sucent les exsudats
des plaies; après s’être souillées sur l’ulcère, les mouches peu¬
vent évidemment transporter sur une écorchure de la peau d’un
homme sain les microbes pathogènes qui adhèrent à leur suçoir
ou à leurs pattes.
L’homme peut d’autant mieux servir de réservoir du virus que
les ulcères durent souvent plusieurs années.
On s'est demandé si des animaux ne remplissaient pas égale¬
ment ce rôle.
D’après les chasseurs brésiliens, les animaux sauvages ne
présentent pas d’ulcères semblables à ceux de l’homme. On a
signalé seulement à Bru3Ipt et à Pedroso l’existence d’ulcères
(1) A. Laveran, Annales de dermat. et de syphiligr ., 1880, 2e série, t. I,
p. 173.
Séance du 9 Juin 1 9 1 5 .
389
chez 2 agoutis; dans un de ces cas, les ulcères étaient envahis
par des larves de mouches. .
Parmi les animaux domestiques, les chiens seuls semblent
pouvoir servir de réservoir au virus et la leishmaniose cutanée
paraît très rare chez eux.
L’hôte naturel du virus de la buba serait, d’après les péones
du Paraguay, le serpent à sonnettes. Quand on trouve dans la
forêt un de ces serpents enroulé, on constate presque toujours
une nuée de simuliesau dessus et, si l’on tue le serpent, on voit
que des Amblyomma striatum adhèrent en beaucoup de points
(Lindsay, op. cit.). Ce sont les simulies ou les ixodes ayant sucé
le sang du serpent qui transmettraient à l’homme le microbe de
l’ulcère. Cette opinion populaire n’a aucune base scientifique,
j’ai cru néanmoins devoir en faire mention; un lacertien, le
gecko, a été soupçonné de pouvoir servir de réservoir au virus
du bouton d’Orient (1).
■
On peut enfin supposer que, dans certaines conditions de
milieu, des Flagellés qui vivent à l’état naturel chez des insectes
ou des acariens deviennent virulents pour l'homme. Nous
avons montré, M. Franciiini et moi, que des Mammifères peuvent
être infectés avec des Flagellés des puces et des moustiques et
qu’on trouve, chez les animaux en expérience, des éléments para¬
sitaires ayant une grande ressemblance avec les Leishmania . Il y
aura lieu de poursuivre les recherches commencées dans cette
voie, et d’instituer en particulier des expériences avec les
Flagellés des simulies et des phlébotomes qui abondent dans
les régions où la leishmaniose cutanée est endémique.
Diagnostic. — La leishmaniose de la peau et des muqueuses
a été pendant longtemps confondue avec d’autres maladies en
particulier avec la syphilis et la lèpre ; aujourd’hui nous possé¬
dons un moyen facile et sûr de diagnostic dans la recherche de
l’agent pathogène et comme c'est, en fin de compte, à celte
recherche qu’il faut toujours recourir, je, ne m’arrêterai pas à
rappeler les caractères cliniques qui permettent déjà d'ébaucher
un diagnostic.
On a vu plus haut que des Leishmania existent en nombre
variable dans les boutons et ulcères cutanés et dans les
(1) A. Laveran, Soc. de pat h. exotique , 10 mars 1915.
390
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
muqueuses altérées ; les Leishmanici sont communes dans les
lésions récentes, rares ou très rares dans les ulcérations
anciennes; on les rencontre souvent dans l’exsudât des ulcéra¬
tions; il est donc facile, le plus souvent, de déceler leur pré-*
sence. Si l'exsudât est franchement purulent, on l’enlève, car il
contient rarement des Leishmanici en bon état, et on fait des
frottis avec le produit de raclage du fond ou des bords des
ulcères ; on peut aussi détacher, sur les bords des ulcérations
de la peau ou des muqueuses, de petits lambeaux de tissus qui
servent à faire des frottis. Les Leishmanici sont plus difficiles à
voir sur les coupes que dans les frottis.
Les frottis desséchés sont fixés à Palcool-élher et colorés par
le procédé de Romanowsky. Les Leishmanici se colorent facilement
et se reconnaissent sans peine au milieu des éléments anato¬
miques, grâce à leur forme, généralement ovalaire, et à la pré^
sence de leurs deux noyaux si caractéristiq ues.
La leishmaniose américaine, alors même qu’elle est limitée
à la peau, se distingue du bouton d’Orient par la nature des ulcé¬
rations plus torpides, de durée plus longue, et de guérison plus
difficile qu’elle produit, elle s’en distingue surtout par la ten¬
dance qu’elle a à se localiser sur la muqueuse naso-bucco-
pharyngée, en produisant des délabrements qui iront jamais
été observés dans le bouton d’Orient.
On a cité quelques cas d’ulcérations leishmaniennes des
muqueuses chez des sujets ayant contracté leur maladie dans
des pays autres que l’Amérique du Sud; nous allons voir que
ces cas diffèrent notablement de la leishmaniose naso-bucco-
pharyngée américaine.
Cardamatis et Melissidis citent le cas d’un jeune homme qui
était atteint de 35 boutons d’Orient dont 24 au visage; 2 de ces
boutons siégeaient sur la muqueuse de la lèvre supérieure (1).
F. La Gava et Pulvirenti ont observé 4 cas d’envahissement des
muqueuses des lèvres ou du nez en Italie. Chez une malade, les
boutons s’étaient développés aux angles de la bouche et l’ulcé¬
ration avait gagné la muqueuse de la lèvre supérieure; chez
une autre, le bouton s’était développé à l’orifice de la narine
(1) J. P. Cardamatis et A. Mf.lissidis, BnlIet.Soc.de path. -exotique, 1 9 1 1 .
t. IV, P- 454.
Séance du 9 Juin 1915
391
droite (1). Dans aucun de ces cas les lésions des muqueuses n ont
eu la marche progressive ni la gravité qu’elles présentent dans
la leishmaniose américaine.
Ciiristopherson a observé chez un indigène du Soudan anglo-
égyptien une maladie qu’il rapproche de l’espundia (2). Le bou¬
ton avait débuté, chez ce malade, à la lèvre supérieure qui était
tuméfiée, tombante. À la partie interne des ailes du nez, il exis¬
tait des ulcérations couvertes de croûtes; le septum cartilagi¬
neux du nez avait été en partie détruit. L’ulcération avait gagné
aussi la muqueuse de la lèvre supérieure, près du frein et la
gencive voisine. Le produit de grattage des ulcérations conte¬
nait des Leishmania en petit nombre.
Dans tous ces cas, il s’agit de boutons d Orient qui se sont
développés sur les lèvres ou à l’orifice des fosses nasales et qui
ont envahi ensuite la muqueuse voisine de la bouche ou du nez,
ce qui n’est pas la marche ordinaire de la leishmaniose améri¬
caine; d'autre part, l’évolution lente et progressive, durant 10,
i5 ans et plus, de cette dernière maladie qui peut entraîner la
mort n’est pas comparable à l’évolution relativement rapide, tou¬
jours terminée par guérison, du bouton d’Orient.
Castellani et Chalmers décrivent, sous le nom de Indian oro-
pharyngal leishmaniasis , une maladie évidemment très voisine
de la leishmaniose américaine. Ces auteurs ont observé, chez
2 Européens ayant vécu longtemps dans l’Inde, des ulcérations
de la paroi postérieure du pharynx et du voile du palais; il n’y
avait pas de syphilis et, dans un cas, des Leishmania ont été trou¬
vées dans les ulcérations. Comme Castellani et Chalmers le font
justement remarquer, ces cas diffèrent de l’espundia par ce fait
qu’il n’y avait pas de lésions cutanées (3).
La blastomycose qui est assez commune dans certaines
régions de l’Amérique du Sud, notamment au Brésil, au Pérou
et en Bolivie, a été confondue jusque dans ces dernières années
avec la leishmaniose américaine sous les noms de bouba ou d’es-
(1) F. La Cava, Soc. de path. exotique , 1 1 décembre 1912 et Soc. ital. fra i
cullori dette malattie esotiche, Messine, 1913.
(2) J.^B. Ciiristopherson, Ann. of trop. med. a. parant ., décembre 191/4,
t. VIII, p. 485.
(3) A. Castellani, Jt. trop. med. a. hyg., i5 février 1918. — A. Castellani
et A. -J. Chalmers, M anual of trop, med., 2e éd., 1918, p. i55g.
392
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pundia ; elle a été bien décrite par Lutz, Splendore, Carini et
Escomel (i).
La blastomycose débute, en général, par la bouche, contrai¬
rement à la leishmaniose qui donne lieu d’abord à des manifes¬
tations cutanées ; elle envahit rarement la muqueuse nasale et les
altérations de la muqueuse buccale qu’elle détermine diffèrent
notablement de celles qui sont produites parla leishmaniose.
D'après Splendore, la blastomycose est caractérisée par une
infiltration calleuse de la muqueuse buccale qui envahit les
lèvres, la base et les bords de la langue, ou par des papules
pseudo-tuberculeuses sur la luette et les piliers du voile du
palais, ou encore par des végétations papillomateuses isolées
ou confluentes sur la muqueuse des joues et des gencives, rap¬
pelant l'aspect des condylomes. A la surface du corps, la peau
présente des ulcérations torpides, papillomateuses, ordinaire¬
ment petites et peu nombreuses. Les ganglions lymphatiques
correspondant aux régions atteintes sont engorgés. Les malades
éprouvent dans la bouche des douleurs plus ou moins vives qui
rendent l’alimentation difficile ; ils sont tourmentés par une sali¬
vation copieuse, incessante. Dans les cas graves, il existe de la
fièvre hectique, de la prostration des forces, des troubles de la
respiration (toux, catarrhe bronchique avec crachats teintés de
sang), et des altérations de la voix pouvant aller jusqu’à
l’aphonie.
L’examen des frottis faits avec le produit du grattage des ulcé¬
rations révèle l’existence de Blastormjces faciles à distinguer des
Leishmania. Le champignon qui, dans les lésions de la peau ou
des muqueuses, se présente sous l’aspect des levures prend, dans
les cultures, la forme filamenteuse ; Splendore l’a appelé Zymo -
ne ma bras il iense .
Au point de vue du traitement, il importe de faire rapide¬
ment un diagnostic précis, les médicaments actifs dans la leish¬
maniose de la peau et des muqueuses ne réussissant pas dans la
blastomycose; dans cette dernière affection, ce sont les iodures
qui donnent les meilleurs résultats (Escomel).
(i) A. Lutz, Brazil medico , 1908. — A. Splendore, Revista da Soc. scien-
tif. de Sâo Paulo , 1908 et 1909. — A. Carini, même recueil , 1908. — A. Splen¬
dore, Brazil medico, 1910; Arch. f. Schiffs u. Trop. ffyg., 1911, Soc. de
path. exotique , 8 mai 1912 et volume en l’honneur du professeur Celli,
Rome 1912. — Ed. Escomel, Soc. de path. exotique , 10 mars 1915.
Séance du 9 Juin 19 15
393
La frambœsia tropica qui est souvent désignée dans les Colo¬
nies françaises sous le nom de pian a été confondue pendant
longtemps au Vénézuela, et dans d’autres régions de l’Amérique,
sous le nom de baba . avec la leishmaniose américaine et avec
d’autres maladies ulcéreuses. Cette maladie, qui est bien caracté¬
risée par une éruption cutanée granulomateuse et frambœsi-
forme, déterminée par un tréponème (TV*, pertenue, Castellani),
est facile à distinguer de la leishmaniose américaine ; les
muqueuses ne sont pas atteintes (1).
La uerruga periwiana est limitée à certaines régions des Andes
d’une altitude de 3. 000 à ro.ooo pieds. La maladie, de nature
inconnue, est caractérisée par une fièvre irrégulière, associée à
des douleurs rhumatismales, avec anémie et éruption granuloma¬
teuse sur la peau et les muqueuses (2). Cette éruption ne peut
pas être confondue avec les ulcères de la leishmaniose.
Castellani et Ghalmers ont décrit, sous le nom de gang osa
(. rhinophargngitis mutilons de Leys), une maladie ulcéreuse des
muqueuses du palais, du nez, du pharynx et de la peau qui
détruit les cartilages et les os, en produisant de graves diffor¬
mités. La gangosa, dont la cause est inconnue, a été observée aux
îles Marianne, dans la Nouvelle-Guinée britannique, aux îles
Caroline. La marche lente des ulcérations des muqueuses, qui
peuvent progresser pendant 10 à 35 ans, rappelle celle de la
leishmaniose américaine, mais il n’y a pas de localisations cuta¬
nées et on ne trouve pas de Leishmania ; on ne trouve pas non
plus de bacilles de Hansen, ni de tréponèmes et le traitement
antisyphilitique est sans action (3).
Pronostic. — Lorsqu elle est limitée à la peau, la leishma¬
niose américaine constitue une infirmité passagère plus ou moins
gênante, suivant le nombre, l’étendue et la localisation des
ulcères, mais elle guérit toujours, en laissant, il est vrai, des
cicatrices qui sont indélébiles, et par suite désagréables quand
elles siègent à la face, et parfois des difformités : destruction
partielle des pavillons des oreilles, déformations du nez ou des
lèvres.
(1) Castellani et Ghalmers," op. cit., p. 1170. — E. de Freitas Crissujma, XVIIe
Congrès internat, de médecine , Londres. 1913, XXIe Section, part. 2, p. 191.
(2) Castellani et Chalmers, op. cit., p. 1196.
(3) Castellani et Chalmers, op. cit., p. 1275. — D.-E. Anderson, X E//e Con¬
grès intern. de médecine, Londres, 1913, XXIe section, part. 2, p. 3op.
394
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Lorsque la maladie a envahi les muqueuses, le pronostic
s’aggrave beaucoup ; le malade devient un objet de dégoût pour
ceux qui l’entourent, en raison de son aspect et des mauvaises
odeurs qu’il répand. La salivation continuelle qui est une con¬
séquence des altérations de la muqueuse buccale est très gênante
pour le malade et très malpropre ; la mastication et la dégluti¬
tion des aliments deviennent de plus en plus douloureuses et
difficiles, et par suite la nutrition se fait mal ; la respiration elle-
même s’embarrasse, lorsque l’inflammation atteint le larynx.
Des complications entraînent souvent la mort à celte période
avancée de la maladie.
Lorsque les accidents du côté des muqueuses ont apparu, écrit
Escomel, rien n’arrête leur évolution ; on doit se contenter de
détruire, à l'aide du galvano-cautère, le plus possible des
muqueuses ulcérées, pour donner quelque soulagement aux
malheureux malades, mais les rechutes sont inévitables (i).
Les progrès de la thérapeutique ont atténué, comme on va
voir, la gravité du pronostic formulé par Escomel.
Traitement. — L’ablation de l’ulcère cutané primitif et les
cautérisations profondes constituaient naguère le traitement
principal de la leishmaniose américaine ; il était admis que, pour
échapper aux accidents naso-bücco-pharyngiens, il fallait enlever
avec le scalpel la lésion chancreuse primitive, en empiétant for¬
tement sur les parties saines, ou bien détruire les tissus malades
avec le fer rouge ou l’acide phénique à saturation dans l’alcool
(Escomel).
La destruction complète de l'ulcère initial par le thermo-cau¬
tère paraît empêcher, écrit Lindsay [op. cit .), les lésions naso-
bucco-pharyngées secondaires. .
Lorsque les muqueuses étaient envahies, c'est encore à la cau¬
térisation profonde au thermo-cautère qu’on avait recours, mais
on n’arrivait à produire ainsi que des améliorations tempo¬
raires, ce qui s’explique, car les cautérisations n’atteignaient pas
les Leishmania dans la profondeur des tissus, surtout dans les
anfractuosités des cavités nasales. D’autre part, les cautérisations
profondes donnaient lieu à la formation de cicatrices fibreuses
rétractiles, parfois fort gênantes.
(i) Ed. Escomel, Ballet. Soc. de pat/i. exotique, 12 juillet 1911, t, IV, p. 4<)i.
Séancé du 9 Juin i g i 5
395
Il était évident que les cautérisations ne constituaient qu’un
traitement bien imparfait, quand la leishmaniose avait atteint
les muqueuses, et qu’une médication capable d’arrêter l’évolu¬
tion du mal était à désirer.
D’après Migone (op. ûit .), l’hectine, le salvarsan, la soamine,
procurent des améliorations lentes, sans faire disparaître les
Leishmania,el il est indispensable de recourir aux cautérisations
ignées (3 à 4 applications) pour obtenir des guérisons défi¬
nitives.
Le néosalvarsan en injections intra-veineuses modifie heureu¬
sement, d’après Almenara, les lésions ulcéreuses dues à la leish¬
maniose ; comme traitement des ulcères cutanés, le même auteur
conseille des applications humides, légèrement antiseptiques ;
les cautérisations profondes et les excisions laissent, dit-il, de
graves difformités (i).
D’après Monge, les lésions cutanées sont justiciables du néo¬
salvarsan.
L’emploi de l’émétique en injections intra-veineuses, préco¬
nisé d'abord par Vianna au Brésil, et ensuite par différents
observateurs, paraît constituer un grand progrès dans la théra¬
peutique de la leishmaniose américaine (2). G. Vianna, Machado,
O. d’ÜTRA e Silva, Terra, P. da Silva, Carini, Lapa ont cité des
faits de guérison de leishmanioses américaines de la peau ou des
muqueuses qui laissent peu de doutes sur l’efficacité de cette
médication déjà utilisée avec succès dans le traitement des
trypanosomiases.
La méthode brésilienne consiste à employer le tartrate d’anti¬
moine en solution à 1 pour 100 dans l’eau physiologique ; on
filtre au Berkefeld et on injecte, pendant 5 jours consécutifs,
5 cm3 de la solution dans une veine du pli du coude.
Carini conseille d injecter dans les veines 5 à 10 cm* de la
Solution tous les jours ou tous les deux jours, suivant la tolé¬
rance du malade ; le nombre des injections a été, dans un cas cité
par Carini, de 27 et de 4o dans un autre.
(1) G. Almenara, La Cronica medica , Lima (Pérou), 3o novembre 1913.
(2) G. Vianna, Arch. bras, de med., t. II. no 3, p. 41 26. — W. Machado et
G. Vianna ,Boletim da Soc. bras, de Dermatol., 1913, t. II, no 1. — O. d’UTRA e
Silva, Tratam. do leishmaniose tegumentar, Rio de Janeiro 1 g 1 3 . — F. Terra,
Boletim da Soc. bras, de Dermatol. , 1 g 1 3, t. Il, nos 2 et 3. — P. da Silva,
Arch. bras, de med avril 1 g 1 4 * A. Carini, Socule path. exotique, 8 avril
1914. — A. Lapa, Medic. contemporanea , 28 juin 1914
396
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La solution d’émétique qui est caustique cause de vives dou¬
leurs quand elle est poussée, non dans la veine, mais dans le
tissu conjonctif; avant de faire l'injection, il faut donc s’assurer
que la canule a bien pénétré dans la veine. Pour éviter les accès
de toux qui se produisent parfois, pendant ou après l’injection,
il faut pousser le liquide très lentement.
Les ulcérations des muqueuses sont plus rebelles que celles
de la peau et nécessitent d’ordinaire un traitement prolongé.
Un des malades de Carini était porteur d'une ulcération au
front et de 3 boutons à la face qui contenaient d’assez nombreuses
Leishniania ; après 12 injections, l’ulcère du front était cicatrisé
et on 11e trouvait plus de Leishniania dans les boutons. L’émé¬
tique aurait donc une action spécifique sur la Leishniania améri¬
caine ; il sera intéressant de rechercher si elle jouit de pro¬
priétés semblables dans d’autres leishmanioses (1).
Chez un malade de A. Lapa, la muqueuse nasale était atteinte,
L'émétique lut donné tous les deux jours, en commençant par
la dose de 3 cg ; après la 6e injection, on observa des signes de
guérison et, au bout de trois semaines, la cicatrisation était
complète.
Prophylaxie. — Nous sommes mal renseignés sur les condi¬
tions dans lesquelles la leishmaniose américaine se propage et,
par suite, il est difficile de formuler des règles précises pour la
prophylaxie.
Au Paraguay, les péones s’enduisent les bras et les jambes
avec de la graisse de volaille afin d’éviter les piqûres des simu-
lies et les ulcères consécutifs (Lindsay, op. cit.). Cette pratique a
sans doute pour avantage d’entretenir la peau en bon état, alors
que les piqûres d’insectes, et les grattages consécutifs, ouvrent
des portes d’entrée aux Leishniania.
Il est indiqué, pour les mêmes motifs, de se protéger mécani¬
quement contre les piqûres d’insectes en garnissant toutes les
ouvertures de l'habitation avec des toiles métalliques ou du
moins en faisant usage, pour la nuit et la sieste, de mousti¬
quaires. C’est là d’ailleurs une mesure qui s’impose dans des
pays où le paludisme est endémique.
(1) Les premiers essais faits par G. ni Cristina et G. Caronia dans la leishma¬
niose infantile ont donné des résultats favorables (Soc. de path. exotique ,
10 février 19 1 5). --
Séance du (j Juin 1915
397
L’homme atteint de leishmaniose ulcéreuse de la peau oudes
muqueuses constituant un réservoir de virus dangereux, on
éloignera les malades des localités qui sont connues pour fournir
un milieu favorable au développement endémique de la leishma¬
niose. Les ulcères cutanés ne resteront pas à découvert ; ils seront
mis, au moyen de pansements convenables, à l’abri des mouches
domestiques dont le rôle dans le transport des Leishmania ne
paraît pas douteux. Quand il s’agit de simples boutons ou de
petits ulcères de la face, il est indiqué de faciliter la formation
de croûtes à la surface, au moyen de la poudre d’iodoforme, par
exemple, qui éloigne les mouches.
On traitera rapidement, à l’aide des injections intraveineuses
d’émétique, les malades qui présentent de grands ulcères, ou
des ulcères multiples, et ceux dont les muqueuses sont atteintes.
Les chiens malades seront abattus surtout s’ils présentent, à
la surface du corps, des ulcérations.
! -y.
Cycle évolutif des Opalines
Par E. BlUJlMPT
Depuis longtemps les Opalines ont attiré l’attention des natu¬
ralistes, leur fréquence, leur abondance, leur volume, la diffi¬
culté de les classer parmi les Infusoires, ont provoqué une quan¬
tité considérable de mémoires dont on trouvera une excellente
critique dans la monographie récente que M. Metcalf (1 ) leur a
consacrée.
Dans le présent travail q ue j’extrais des nombreuses notes accu¬
mulées par moi sur les Opalines, je vais exclusivement m’occuper
du cycle évolutif de ces animaux.
Les Opalines, ainsique Metcalf a été le premier à l’observer,
possèdent des macrogamètes et des microgamètes qui en se fu¬
sionnant donnent des zygotes. Il y a anisogamie. METCALFa observé
ces phénomènes de fécondation chez Opalina intestinalis (de
(1) Mi 5tcalk M. M. Opalina, Arc/i. far Protist , XIII, pp. 190-875, i4 pis,
17 fi g. texte, 1909.
28
398
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Bombinotor ), chez Opalina caudata (r) (de Bombinator ) et chez
Opalina dimidiata (de Rana esculenta).
Les Microgamètes on les microgamétocytes avaient été vus,
mais non déterminés, par Zeller (1877) chez Opalina ranarum ,
par Léger et Duboscq (1904) chez Opalina saturnalis (de Box
boops). En 1906 et 1907 Neresheimer attire l'attention des natu¬
ralistes sur les phénomènes d’isogamie qu'il aurait observés chez
O. dimidiata au cours d’infections de têtards par les kystes de
cette espèce. D’après Neresheimer, les kystes ingérés par les
têtards mettent en liberté de jeunes opalines qui, en se divisant,
donnent les gamètes; ceux-ci s’accoupleraient parleur extrémité
antérieure et en se fusionnant donneraient un zygote. Les zygo¬
tes s’enkysteraient dans l’intestin du têtard et donneraient
ensuite des Opalines qui en grandissant deviendraient adultes.
Cette fusion des gamètes aurait été vue une fois seulement (2).
Metcalf a voulu confirmer les travaux de Neresheimer en
s’adressant à Opalina intestinalis , à O. caudata et à O. dimidiata.
En faisant ingérer à des têtards les kystes de ces diverses espè¬
ces d Opalines, il a observé la formation de microgamétocytes
donnant des microgamètes et de macrogamétocytes donnant des
macrogamètes. Les uns et les autres se trouvent parfois en
abondance dans l'intestin des têtards déjà 48 heures après le
début de l’expérience. Les microgamètes, dont le volume est en
moyenne de 5 à 10 fois moins grand que celui des macrogamètes,
se fixent à ces derniers par leur partie postérieure effilée et
fusionnent peu à peu, tout leur protoplasme passe dans le macro¬
gamète. Après cette fécondation, les zygotes évoluent d’une façon
que Metcalf ne précise pas, bien qu’il affirme l’absence d’enkys-
tement signalé par Neresheimer.
Mes études confirment les travaux de Metcalf et les étendent à
d'autres espèces ; d’autre part, j’ai pu compléter certaines par¬
ties de ses recherches et observer des phénomènes nouveaux.
C’est donc à Metcalf que revient le mérite d'avoir démontré le
mode de fécondation des Opalines et non à Neresheimer qui a
décrit comme fécondation le phénomène de la jusxtaposition de
(1) Opalina caudata esl probablement une variété d 'Opalina intestinalis
adaptée à certains individus du ^enre Bombinator.
(2) Neresheimer E. Die Fortpflanzung- der Opalinen. Arch. far Protist.,
suppl. I, pp. i-3g, 3 pis., 1907.
Séance du 9 Juin iqi5
399
deux microgamétocytes et comme enkystement des zygotes des
artifices de préparation.
Mes études poursuivies avec des têtards élevés aseptiquement
m’ont permis d'étudier les phénomènes de la fécondation chez
Opalina intestinal is (i) (de Bnfo mauritaniens ), Opalina obtrigona
[à'Hyla arborea ), Opalina dimidiata (de Rana esculenta ) et
Opalina ranarum (de Rana temporaria). J'ai également observé
les gamètes d Opalina intestinalis (de Bombinator pachypiis ) et
à' Opalina intestinalis (de Bujo calamita).
Chez les diverses espèces signalées ci-dessus, les phénomènes
observés sont identiques chez les têtards de Bnfo vulgaris et de
Discoglossus pictus dont j’ai entrepris l’élevage.
Les kystes de l’espèce d Opaline à expérimenter sont laissés
24 heures au moins dans un bocal d’eau ordinaire, de cette
façon toutes les Opalines non enkystées meurent et seuls les
kystes persistent. Les têtards sont alors mis dans le bocal et ingè¬
rent très rapidement les kystes déposés au fond du récipient.
Après quelques heures de contact, on peut déjà trouver dans le
gros intestin depetites Opalines provenant des kystes et un cer¬
tain nombre de kystes intacts. Ainsi que l'a signalé Metcalf, les
kystes du rectum des Batraciens n’ont nul besoin de séjourner un
temps quelconque dans le milieu extérieur pour être infectieux.
Les Opalines issues des kystes se divisent activement, et, après
24 heures, on en trouve déjà un nombre considérable ; elles ont
dû subir déjà de 3 à 10 divisions longitudinales. A ce moment
ce sont encore des parasites indifférenciés; il est impossible de
distinguer les macrogamétocytes des microgamétocytes. Ve'rs la
36e heure, on commence à trouver des microgamétocytes, des
microgamètes et des couples, le nombre de ces éléments aug¬
mente durant les jours qui suivent, puis, vers le 10e jour, les
mierogamèles et les couples deviennent exceptionnels (2).
Les Macrogamètes, difficiles à distinguer, tant qu’ils ne sont
pas accouplés, des éléments indifférenciés qui donneront des
macro ou des microgamétocytes, ont une mobilité normale. Les
(1) Les Opalines du type « intestinalis » sont très polymorphes et leur
détermination précise laisse encore à désirer, c’est la raison pour laquelle je
signale l’hôte d’où elles proviennent.
(2) D’après le nombre des microgamètes et celui des couples observés cha¬
que jour en sacrifiant les têtards d’une expérience, il semble probable que tous
les éléments doivent être fécondés.
400
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
microgamètes (i), très petits, parfois à peine deux fois plus
longs que des Trichomonas communs dans les intestins de
têtards, se déplacent souvent avec leur partie effilée dirigée en
avant, ainsi que cela a déjà été signalé par Metcalf. C’est sur¬
tout dans les préparations où les couples sont nombreux que
les microgamètes présentent ces mouvements curieux ; ils sem¬
blent aller à la recherche des macrogamètes ou tout au moins
être prêts à se fixer sur eux si, au cours de leurs pérégrinations,
ils en rencontrent. Je n’ai pas encore eu la bonne fortune" de
voir un microgamète se fixer sur un macroga mète/mais j’ai vu
des couples tout à fait au début, la partie postérieure du micro¬
gamète se fixe sur le macrogamète en des points divers, mais
presque toujours sur le milieu de la longueur, parfois près de
la partie postérieure, très rarement près de l’extrémité anté¬
rieure. Dès ce premier contact, le microgamète joue un rôle
assez actif, la partie effilée fixée au macrogamète semble se con¬
tracter et rapproche peu à peu le corps du macrogamète. Peu
à peu la fusion s’accomplit; je n’ai pas pu la suivre complète¬
ment sur le même couple par suite d’accidents divers survenus
aux animaux observés, mais j’ai pu suivre le phénomène à peu
près complètement à frais en étudiant plusieurs séries de
couples.
Les microgamètes ont toujours un noyau, les macrogamètes
des diverses espèces étudiées en ont parfois un, souvent deux;
je reviendrai d’ailleurs plus tard sur les caractères histologiques,
ne voulant publier ici que les résultats expérimentaux.
Que deviennent les zygotes provenant de la fécondation des
macrogamètes par les microgamètes? Neresheimer dit qu’ils s'en¬
kystent, Metcalf n’a jamais vu de kystes chez les têtards et con¬
sidère cette opinion comme erronée. C’est également mon avis
bien que, plus favorisé que Metcalf, j’aie rencontré des kystes
d’opalines chez plusieurs espèces de têtards. Après la féconda¬
tion, les zygotes évoluent vers l'état adulte tout en continuant à
se diviser activement ainsi que permettent de le constater les
séries d'animaux sacrifiés. Quand le tube digestif du têtard est
(i) Les microgamètes comme les macrogamètes prennent naissance par
division longitudinale, c'est ce qui permet d’orienter l’animal et de considérer
l’extrémité effilée comme postérieure. Contrairement à l'opinion de beaucoup
d’auteurs, je n’admets que la division longitudinale chez les Opalina .
Séance du 9 Juin iqi5
401
plein de ces tonnes, encore bien différentes des formes adultes
des Batraciens métamorphosés depuis quelques semaines, il se
produit, pour des raisons identiques à celles qui agissent chez
les Batraciens adultes, des épidémies de division aboutissant à
des épidémies d’enkvstement (1). Toutes les opalines ne subis¬
sent d’ailleurs pas le phénomène de l'enkyslement, ici comme
chez l’adulte certaines continuent à évoluer et permettent au
têtard de conserver son infection.
J’ai observé (2) ces kystes chez les têtards de Bufo vulgaris
déjà 16 jours après la première ingestion de kystes d ’Opalina
intestinalis de Bufo calamita. J’en ai rencontré chez sept têtards
de Discoglossus pictas sur quinze ayant ingéré des kystes
à Opalina intestinalis de Discoglossus pictus 1 mois auparavant.
Dans une expérience semblable, des kystes étaient déjà présents
trois semaines plus tard. Des têtards de Rainette ( Ilgla arborea ),
âgés d’un mois environ et infestés naturellement, présentaient
tous des kystes d 'Opalina obtrigona. Les têtards de Ranci ternpo-
raria et de Bufo vulgaris , âgés de deux mois environ et sur le
point de se métamorphoser, présentent presque toujours un
certain nombre de kystes A' Opalina ranarum. J’ai observé des
kystes d 'Opalina dimidiata chez des têtards de grenouille verte
élevés depuis l’œuf et infestés environ depuis 6 semaines.
Les kystes observés chez les têtards sont identiques morpholo¬
giquement à ceux que l’on rencontre chez les adultes (3). Mes
expériences m’ont permis d’établir qu’ils leur sont identiques
biologiquement.
Les kystes d’opalines de têtards donnés à des têtards neufs
d'espèces variées évoluent chez eux comme nous l’avons indi¬
qué plus haut. Il se forme en 24-48 heures des gamétocytes qui,
(1) Brumpt E. Etudes sur les Infusoires parasites. I. La conjugaison dVlftO/;/o-
phrg a circulons, Arch. de parasitologie , XVI, p. 187, 1918.
(2) Les kystes ontété vus chez des têtards, infestes par O. ranarum , parENGEt-
m ann et par Zeller chez divers têtards.
Les kystes d Opaline sont souvent ingérés en grand nombre par les Nycto-
therus et les Amibes qui ne s’attaquent jamais aux animaux non enkystés
même petits.
(3) Des kystes avec deux exemplaires d’Opaline ont été vus par Léger et
Duboscq qui avaient considéré ce phénomène comme une sorte de conjugai¬
son. Lœwenthal a vu des kystes avec 2 opalines, chez Rana temporaria. Ces
phénomènes sont évidemment exceptionnels; sur des milliers de kystes colo¬
rés ou frais des diverses espèces étudiées par moi, je n'ai vu que des kystes à
un individu.
402
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
en se divisant un certain nombre de fois, donnent des microga¬
mètes et des macrogamètes, l’évolution ultérieure est identique
à ce que nous avons dit plus haut et, déjà après 3 semaines dans
certains cas, on peut voir apparaître de nouveaux kystes de dis¬
sémination. J’ai infecté des têtards de Bufo vulgaris neufs avec
des kystes de têtards d e Rana temporaria ; j’ai infecté des têtards
neufs de Discoglossus pictas avec des kystes de têtards à'Hylà
cirborea; j’ai infecté des têtards neufs de Discoglossus pictas avec
les kystes d ' Opalina intestinalis de têtards de Discoglossus pictas ;
dans cette expérience, déjà 3 semaines après le début, les têtards
éliminaient des kystes.
Mes expériences me permettent donc d’affirmer que les kystes
des têtards sont comme ceux de l’adulte des kystes de dissémi¬
nation.
Immunité vis-à-vis des phénomènes sexuels créée par une infec¬
tion antérieure. — Quand on examine le contenu rectal de têtards
infectés par une Opaline, rejetant des kystes à l’extérieur et
exposés à ingérer de nouveau ces kystes, on est frappé de voir
que les kystes ingérés ne donnent plus naissance à des gamètes.
Les kystes de dissémination éclosent certainement, car on ren¬
contre de petits individus qui en dérivent, mais, ou ces individus
disparaissent, ou, ce qui est plus vraisemblable, ils évoluent en
adultes sans donner de gamètes. Dans la même cuve, des têtards
neufs s’infectent en quelques heures et montrent après 48 heures
des centaines de gamètes.
Il y a donc là pour une espèce donnée une sorte d’immunité
particulière qui empêche la différenciation sexuelle et dont je ne
connais aucun autre exemple. Ce fait est d’autant plus curieux
qu’il est contraire à ce que l’on observe chez beaucoup de pro¬
tozoaires (Goccidies, Hématozoaires, etc.) où les gamètes appa¬
raissent chez l’organisme intoxiqué parles schizontes (i).
Immunité croisée due à une infection spontanée . — Les têtards
neufs de beaucoup d’espèces s’infectent à coup sur avec des kystes
d’Opalines diverses. Quand ces têtards sont déjà infectés par
l’espèce qui les parasite habituellement, ils ne s’infectent plus.
Tout au moins c’est ce qui résulte d’un certain nombre d’expé¬
riences instituées par moi pour chercher à établir ce fait.
(i) Chez les Opalines ce sont les kystes qui se produisent dans ces condi¬
tions.
Séance du 9 Juin i 9 1 5
403
Comment se fait-il qu’une espèce s’oppose à l'adaptation d’une
autre capable de se développer quand la première est absente?
Je crois que l’on peut expliquer ce fait par la concurrence vitale,
variable suivant chaque espèce de têtard. Deux espèces ( Opalina
intestinalis , O. ranaranî) qui 11e semblent pouvoir vivre ensemble
chez les têtards de Ranci esculenta et de Ranci temporaria, vivent
très bien chez celui de Discoglossus pictas qui, dans la nature,
présente ces deux espèces à l’état adulte.
Infections expérimentales
C’est Neresheimer qui semble avoir réalisé les premières infec¬
tions expérimentales de têtards avec les kystes d 'Opalina rana -
rum et d’O. dimidiata. Après lui Metcalf a fait un grand nombre
d’expériences et a réussi à infecter, en partant de kystes ou d’opa¬
lines adultes, des têtards qui 11e présentent jamais de semblables
infections dans la nature.
Metcalf a infecté expérimentalement avec des kystes d 'Opalina
intest inalis, O. caudata , O. dimidiata , des têtards de Rana escu¬
lenta, Bufo vulgaris et Bombinator pachypus. Avec les Opalines
adultes des mêmes espèces ainsi que d’O. obtrigona, il a réussi
aussi à infecter ces têtards.
A la suite de ces infections expérimentales aussi facilement
obtenues, Metcalf se demande comment il se fait que, dans la
nature, des têtards de plusieurs espèces vivant ensemble ne pré¬
sentent jamais ces infections spontanées.
Comme Metcalf, j’ai trouvé dans la même mare des têtards
d’espèces différentes hébergeant leurs parasites habituels et ne
s’infectant pas avec les autres malgré l’abondance des kystes
disséminés partout.
Les phénomènes d’immunité, créés par une première infection ,
relatés ci-dessus, répondent déjà d’une façon satisfaisante à la
question posée par Metcalf, la concurrence vitale empêche une
espèce moins adaptée de se développer. D’autre part l’action de
cette concurrence s’exerce d’autant plus facilement que, con¬
trairement à ce que pensait Metcalf, dans les infections croisées
la durée de l’infection est relativement courte. Dans une quan¬
tité d’expériences, dont je publierai le détail ultérieurement, des
têtards neufs qui présentaient tous au début des infections
intenses dues à des espèces qu’ils n’hébergent pas d’habitude,
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
s’en débarrassent peu à peu et finissent par ne plus en avoir.
Dans ces conditions, étant donnée la tendance abortive de ces
infections, il est facile de comprendre avec quelle aisance une
espèce normalement bien adaptée prendra la place du parasite
accidentel ou l’empêchera de se développer si elle est déjà ins-
tall ée. Entre mes mains les expériences d’infestation de têtards
avec des Opalines adultes ont été généralement négatives après
peu de jours. Puisque le têtard présente une infection définitive,
il semble nécessaire qu'il ingère des kystes (i).
Affections oculaires rencontrées
en A. O. F. et essais de traitement
par les sérums thérapeutiques seuls ou
associés aux injections intraveineuses
de Ludyl et de Galyl
Par A. LAFONT, V. DUPONT et F. HECKENROTH
En 1908, Lafont et Castel, soignant à File Maurice un jeune
indien atteint de peste septicémique et pneumonique compliquée,
comme on le constate quelquefois dans les formes sévères de la
peste, de troubles oculaires graves (hypopyon etmenace de fonte
purulente des deux yeux), associèrent aux injections intravei¬
neuses à haute dose (1.200 grammes en 4 jours) de sérum de
Yersin les applications locales permanentes de compresses imbi-
• bées de ce même sérum.
Sous l’influence de ce traitement, la photophobie très marquée,
les douleurs violentes, les troublesde l’humeur aqueuse cédèrent
rapidement ; et le petit malade guérit en conservant l’intégrité
de sa vision.
Dans le même ordre d’idées, au cours de différents séjours
(1) En terminant cette note préliminaire, je tiens à adresser mes sincères
remerciements aux Professeurs Bettencourt (de Lisbonne), Y. Delage, Léger,
Duboscq, aux Docteurs VVintrebert et L Nègre, pour leurs envois de Batraciens
qui m'ont permis de terminer ce travail ainsi que d’autres sur l’évolution des
Trypanosomes.
405
Séance du 9 Juin 1910
coloniaux, nous avions observé l’action remarquable des sérums
frais ou chauffés des grands animaux (cheval et mulet notam¬
ment) sur les plaies et ulcères atones si fréquents dans la zone
tropicale et rebelles à tout traitement.
Quelques pansements avec ces sérums provoquaient une modi¬
fication rapide de ces plaies qui bourgeonnaient et se cicatri¬
saient ; on obtenait ainsi des guérisons inattendues.
Aussi nous proposions-nous de tenter, à la première occasion
favorable, une application plus étendue des divers sérums en
nous inspirant des communications déjà anciennes de Darier
sur les sérums thérapeutiques.
De 1913 à 191b nous avons pu, au Laboratoire de Dakar, trai¬
ter dans les conditions les plus difficiles, principalement en
milieu indigène, un certain nombre d’affections oculaires,
aiguës ou chroniques. Nous condensons dans cette note les
résultats très encourageants que nous avons enregistrés.
Insistons tout d’abord sur la fréquence des affections oculai¬
res dans les pays chauds et au Sénégal particulièrement, ainsi
que sur leurs causes les plus communes. A Dakar et dans toute
la zone sablonneuse du Sénégal, ces affections sont amplement
favorisées par les projections fréquentes de sable impalpable et
de poussière, chargés de débris organiques, soulevés par les vents
régnants.
Ces projections blessent la conjonctive et la cornée, ouvrant
ainsi de nombreuses portes d’entrée à l’infection.
A cette cause favorisante s’ajoutent :
i° les apports infectieux des insectes, les mouches et les mou¬
cherons innombrables pendant toute la saison chaude (mai,
décembre) constituant un des pires fléaux de ce pays.
20 la malpropreté innée des indigènes favorisée par la rareté
de l’eau.
Dans le pus ou les secrétions des yeux malades, nous avons
rencontré pendant la période aiguë de la maladie des agents très
divers : Coccus, diplocoques, staphylocoques, pneumocoques;
bacilles ovoïdes rappelant les pasteurella, gonocoques, bacilles
de Weeks et Morax.
Nul doute qu’une étude systématique que nous n’avons pu
entreprendre, permettrait de mettre en évidence l’existence
d’autres espèces microbiennes, peut-être même de champignons,
de levures ou de protozoaires.
406
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Il y a lieu aussi de faire la part du retentissement fréquent sur
l’œil des maladies générales telles que la syphilis, la tuberculose,
la lèpre, le paludisme, la trypanosomiase, les albuminuries qu’on
rencontre à chaque pas dans le pays, etc.
Disons enfin en passant qu’aucune étude des granulations tra-
chomateuses n’a pu être entreprise.
Voici résumé dans le tableau ci-dessous le mouvement des
malades porteurs d’affections oculaires variées venus à la con¬
sultation du service du ier septembre 1913 à fin mai 191b.
Parmi les non traités, on note :
i° Deux indigènes ayant refusé le traitement au sérum ; 20 un
autre (un enfant) atteint de tumeur probablement sarcomateuse
de l’œil ; 3° 9 cas d’abolition totale de la vision, relevant pour
deux malades d’une variole antérieure, pour deux autres d’une
contamination blennorrhagique, pour les 5 derniers d’accidents
ou de causes indéterminées; 4° 1 cas d’abolition de la vision
pour un des yeux (accident).
Les autres malades, parmi lesquels les porteurs de cataractes
étaient assez nombreux, présentaient des lésions qui parurent
justiciables du traitement.
Plus de la moitié (4o environ) sont venus 1, 2 ou 3 fois dans le
service et n’ont plus reparu. Ceci montre bien quelles difficultés
l’on rencontre à suivre l’efficacité d’un traitement chez les indi¬
gènes.
Parmi les traités, nous éliminons : 4 cas de blépharite aveccha-
Iazion, orgelet ou t rie li i a sis, guéris très vite par les sérums thé¬
rapeutiques et qui auraient cédé aussi rapidement avec tout
autre traitement ; — une conjonctivite granuleuse compliquée de
dacryocyslite ancienne et rebelle; — une paralysie de l’accommo¬
dation; ce malade présentait une petite taie sur l’une des cor¬
nées et une taie recouvrant entièrement l’autre ; — un irilis
syphilitique chez un noir porteur d’exostose spécifique du tibia ;
407
Séance du 9 Juin 1915
— enfin deux hémiplégiques présentant des troubles de l’ac¬
commodation .
Les 4q malades restant, sauf une fillette européenne, sont tous
des indigènes. Les lésions le plus fréquemment observées ont
été : des conjonctivites chroniques, très anciennes, datant par¬
fois de plusieurs années, accompagnées de granulations, d'opa¬
cité plus ou moins étendue ou prononcée de la cornée ; des sta-
phylomes, des leucomes, des kératites phlycténulaires, des
ulcères de la cornée en coup d’ongle ; des hypopyons avec, par¬
fois, menace de perforation, des iritis, des prolapsus iriens, des
iridochoroïdites. des glaucomes, avec leur cortège habituel de
symptômes.
Dans les ophtalmies aiguës, on notait également les signes
classiques de l'affection.
Les traitements appliqués sont résumés dans le tableau suivant:
Dans ce tableau, au paragraphe 1, figure un cas traité par le
sérum antitétanique (ophtalmie blennorrhagique) auquel on a
adjoint des injections d’aulo-vaccin et de vaccin de Ch. Nicolle.
On voit que le sérum antidiphtérique a été le plus souvent uti¬
lisé ; mais, lorsqu'il nous a fait défaut, nous l’avons remplacé
par d’autres sérums. Néanmoins, dans la plupart des cas, les
résultats obtenus ont été bons.
Au cours de quelques traitements, l’indication s’est précisée
408
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de soumettre, eu même temps, certains sujets aux sels arsenicaux ;
et nous avons utilisé le Galyl ou le Ludyl en injections intravei¬
neuses chez ceux de nos malades qui donnaient une réaction
spécifique de leur sérum positive, ou dont l'état général laissait
à désirer.
Utilisation des sérums thérapeutiques, leur action, leur
valeur comparative. — L’appl i ca tio n des sérums se faisait de la
manière suivante :
Pour tous les malades, même ceux atteints d'une affection
ancienne, chez lesquels pourtant cette recherche reste souvent
sans réponse, l'examen bactériologique des sécrétions oculaires
était d’abord pratiqué.
On confiait ensuite au patient une solution d’oxycyanure de
mercure (à titre faible, i/5ooo, i/ioooo, pour éviter tout acci¬
dent) avec laquelle il lavait ses yeux pendant deux jours. On
faisait alors une injection sous-cutanée de 6 à 7 cc. d’un sérum
thérapeutique dans le flanc ou entre les épaules du sujet.
Ouelq ues gouttes de ce sérum étaient en même temps instillées
dans l’œil malade que l’on recouvrait d’un petit tampon de
coton également imbibé de sérum et maintenu i[± heures par
un pansement occlusif.
Les 2 ou 3 cc. de sérum non utilisé ce jour-là étaient mis en
ampoules aseptiquement. La conservation des petites ampoules
de sérums se faisait à la glacière, en raison de leur altération
rapide toujours possible. Ces ampoules servaient aux instilla¬
tions et pansements locaux des jours suivants, instillations et
pansements toujours précédés d'un lavage antiseptique de l’œil.
L'injection de sérum fut parfois renouvelée et les pansements
oculaires continués de cette manière pendant quelques jours.
Chez les individus souffrant des deux yeux, le pansement local
au sérum était fait alternativement à droite et à gauche. Sous
l’influence du traitement ainsi compris, très rapidement les
secrétions, un moment plus abondantes, se tarissent, le larmoie¬
ment et la photophobie cèdent, la douleur disparaît, les insom¬
nies sont vaincues. Une sensation très réelle d’euphorie pénètre
le malade.
Les instillations et le pansement au sérum, employés seuls,
donnent bien des améliorations, mais les résultats obtenus sont
Séance du 9 Juin 1 9 1 5
409
nettement inférieurs à ceux que l’on enregistre en les associant
à l’injection sous cutanée du même sérum thérapeutique.
Quelques closes de quinine ou d’arséniate de soude sont d’heu¬
reux adjuvants à la précédente médication au point de vue
général
Nous avons été dans la nécessité d’employer tous les sérums
thérapeutiques, même le sérum antipesteux. Antitoxiques ou
anti microbiens, tous nous ont donné d’excellents résultats et
pourront être employés avec grand profit à défaut du sérum
antidiphtérique que l’on a le plus de tendance à utiliser.
Nous avons pu nous servir sans inconvénient de flacons de
sérum antidi pthérique dégageant une odeur soufrée à l’ouver¬
ture, mais l’emploi de pareils sérums doit toujours être immé¬
diat.
Utilisation du sérum des malades. — Quelques essais ont été
faits pour utiliser, frais ou chauffé, soit le sérum du malade
lui-même, soit celui d’un autre indigène non syphilitique (séro-
réaction négative). Celte pratique n’est pas à recommander, du
moins dans les conditions où nous nous trouvions ici. Le sérum
humain s’altère en effet très facilement et d'autre part la surveil¬
lance sur l’indigène qui 11'est pas hospitalisé peut dans certains
cas se trouver insuffisante ; c’est ainsi que, chez un de nos
malades ainsi traité, des phénomènes anaphylactiques se sont
produits dont la raison véritable nous a échappé.
En résumé les résultats obtenus dans le traitement des affec¬
tions oculaires par les sérums thérapeutiques ont dépassé toutes
nos espérances.
A côté de guérisons rapides, parfois surprenantes, il y a eu,
dans le nombre des cas rapportés ici (49), presque toujours
amélioration et l'impression produite sur l’indigène a été telle
que, spontanément, nous avons vu accourir au Laboratoire,
dans l’espoir d’une guérison chimérique, des malades incurables
venus de tous les points de la colonie, de Kaedi sur le Sénégal
à Kaolack, village touchant la Casamance.
L’un d’eux tentait même d’obtenir de notre préparateur pour
la somme de 5 francs, somme relativement élevée pour sa bourse,
un flacon de ce sérum « qui lui avait fait tant de bien ».
410
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Voici quelques-unes de nos observations les plus typiques.
Observation /. — P. de L., fillette européenne, 1 1 ans, très anémiée quoi¬
que depuis peu de temps au Sénégal. Amenée au Laboratoire par le doc¬
teur Dupont, présente une, kérato conjonctivite intense de l’œil droit,
remontant à plusieurs semaines et rebelle à tout traitement. Quelques
phlyetènes sur la cornée. Douleur violente. Hématozoaires dans le sang
(croissants).
La cornée gauche opacifiée montre des cicatrices de lésions anciennes
qui auraient résisté plusieurs mois aux traitements antérieurs, acuité
visuelle très diminuée de l’œil gauche, existence d’une vulvite chpz
l’enfant, mais l’examen des pus vulvaire et oculaire montre seulement des
microbes banaux. .
Rapide lavage antiseptique de l’œil droit, traitement local au sérum
antidiphtérique et injection de 6 cc. de ce sérum, adjonction de quiniqe et
d’arséniate de soude par la bouche. Le pansement local est renouvelé plu¬
sieurs fois. Guérison en 15 jours.
Observation II. — Binta Dia, femme toucouleur, 30 ans, vient de Saint-
Louis pour se faire soigner ; conjonctivite chronique double remontant à
quelques mois avec petite ulcération de la cornée, photophobie intense :
sérum antidiphtérique en injection sous-cutanée et en application locale,
guérison en 8 jours.
Observation l/l — Abdoulaye Diego, homme adulte, Toucouleur,
atteint d'uréthrite ancienne et d’ophtalmie blennorraghique remontant à
un an. Abolition à peu près complète de la vision à droite; à gauche,
cornée opaque dépolie et conjonctivite ; les sécrétions uréthrales et ocu¬
laires montrent de rares gonocoques.
Traitement au sérum antidiphtérique comme plus haut, complété par
l’injection d’abord d'un autovaccin préparé en partant du pus uréthral
chauffé, lavé et centrifugé, puis du vaccin de C. Nicolle (4 injections de
vaccin).
En quelques jours, d isparition de la kérato-conjonctivite à gauche. Récu¬
pération d’une partie de la vision à droite.
Observation IV. — Mamadou Caiin, 35 ans, lébou, a reçu il y a 14 jours
une goutte de peinture au minium dans l’œil gauche. Conjonctivite consé¬
cutive, rougeur intense, larmoiement, cornée infiltrée, hypopyon, douleurs
très vives. Injection de sérum antitétanique sous la peau et pansement
oculaire au sérum.
En quelques jours guérison complète.
Observation V. — Ibrahima Sow, enfant de 8 ans, conjonctivite aiguë,
ulcère en coup d’ongle des deux cornées. Traitement au sérum antistrep¬
tococcique en injections sous-cutanées et en instillations, tannate de qui¬
nine per os , l’enfant montrant des hématozoaires.
Guérison des lésions en 10 jours.
Observation VI. — Aiifan Maijica, ouoloff, 25 ans, ophtalmie blennorra¬
ghique double chronique et blennhorrée uréthrale (présence de gonoco¬
ques dans les deux sécrétions muqueuses). Traitement au sérum antiveni¬
meux, rapide atténuation des symptômes, puis guérison en 8 jours; la
vision reste diminuée.
Séance du 9 Juin 1 9 1 5
4M
Observation VIL — Fatou Dienn, fi Ilette lébou, de 12 ans, kérato-con-
jonctivite gauche d’origine indéterminée, datant d’un an environ, cornée
dépolie et leucome. Traitement au sérum antidiphtérique, quinine à l'inté¬
rieur en raison de la présence d’hématozoaires.
Guérison en 15 jours sauf persistance du leucome.
Observation VIH. — Enfant L. C , métis, 13 ans, atteint de maladie du
sommeil et en traitement au Laboratoire pour cette affection. En cours
d’une suspension de traitement, conjonctivite double, rougeur, photopho¬
bie intense, larmoiement et douleur.
L’enfant ne peut sortir que le soir, encore doit-il porter des conserves
noires. Un seul flacon de sérum antidiphtérique a raison de tous les trou¬
bles en quelques jours. Deux jours après le traitement, même en plein
soleil, l'enfant ne porte plus ses verres.
Observation IX. — W., métis, 30 ans, se présente en avril 1915, porleur
d’une ophtalmie suraiguë localisée à l’œil droit. Chemosis prononcé,
cornée infiltrée, élancements douloureux, céphalée, fièvre, insomnies
rebelles.
L’œil secrète un pus jaunâtre abondant. Le début de la maladie paraît
remonter à trois jours. L’affection a débuté un matin au réveil par de la
rougeur de la conjonctive, de violentes démangeaisons et de la douleur
localement.
La vision est trouble. Effrayé, le malade accourt au Laboratoire. A
l’examen extemporané, présence de rares globules de pus et de cellules
épithéliales très nombreuses. Pas de gonocoques, mais beaucoup de
microbes fins, bourrant de préférence les cellules épithéliales. 11 s'agit du
microbe de Weeks-Morax ;
Origine probable de l'affection. — Trois jours auparavant, W. avait
rendu visite à un de ses amis dont l’enfant était atteint d’une conjoncti¬
vite inuco-purulente. Nous n’avons pu voir cet enfant, mais il est possible
qu’il y ait eu contamination par l’intermédiaire des mouches, très abon¬
dantes dans la maison et autour des yeux de l’enfant.
Traitement. — Pansement immédiat au sérum antidiphtérique et injec¬
tion concomitante. Amélioration presqu’immédiate, car le malade peut
dormir. L’œil suppure abondamment 24 heures après, mais à l’examen
microscopique on ne rencontre plus que de très rares bacilles de Weeks-
Morax digérés, en voie de disparition. Les traitements locaux au sérum
sont continués quelques jours, suivis de lavages à la solution d’oxycya-
nure faible chaque fois qu’on renouvelle les applications de sérum. Deux
flacons de sérum antidiphtérique ont suffi à amener la guérison.
La vision redevient normale en 15 jours.
Le cas est d’autant plus intéressant qu’il est survenu inopinément chez
un sujet merveilleusement prédisposé, atteint de tuberculose pulmonaire
avancée et traité depuis plus d’une année au Laboratoire pour cette
affection.
Les lésions oculaires ont pu être suivies de très près ainsi que le méca¬
nisme de la guérison (Réaction violente locale, lyfee des microbes et destruc¬
tion rapide).
Observation X. — Guibi Semba, garde sanitaire, seprésenteen mars 1914,
avec conjonctivite chronique, cornée trouble, iritis, tension oculaire des
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
412
deux cotés, avec douleurs telles que le malade se roule par terre. Est
injecté et pansé au sérum antistreptococcique, ce qui produit en huit jours
une détente remarquable des phénomènes oculaires. D’avril à mai 1914
reçoit tous les 8 à 15 jours dans la veine en cg. 10, 15, 20, 20, 25, 25 galyl
(six injections en tout).
Guérison complète. Est revu un an après en excellent état.
Observation XL — Femme Deguen Bailly, 35 ans, kérato-conjoncti vite
et taie de l’œil gauche. Réaction spécifique de son sérum positive.
Traitée par le sérum antitétanique, puis reçoit du 21 janvier au 10 mars
1914 en cg. 20, 30, 35 et 25 et 12 de ludyl (5 injections). Part considéra¬
blement améliorée. Est revue en mai 1911, ne se plaignant plus que d'un
léger picotement de l’œil traité.
Observation XII. — J. B., métis de Corée. En janvier 1914, conjonctivite
chronique double, larmoiement, taie envahissant la cornée droite, tension
oculaire douloureuse de l’œil gauche. Réaction spécifique de son sérum
positive. Traité au sérum antidiphtérique, puis de janvier à mars reçoit
en cg. 20, 35, 40, 30 de ludyl (5 injections); adjonction au traitement d’ins¬
tillations de pilocarpine et d’adrénaline Amélioration remarquable; il
peut supprimer le port des lunettes. Il persiste, par la suite, de la dou¬
leur dans l’œil gauche glaucomateux, cette douleur est cependant très atté¬
nuée et supportable.
Observation XJ // . — Femme Khadi Badia, 30 ans, conjonctivite granu¬
leuse, cornée trouble et hypopyon de l’œil droit. Les lésions remonteraient
à 10 mois, il y a bourgeonnement d’un point de la conjonctive, mauvais
état général et fièvre. La réaction spécifique de son sérum est positive.
Traitée au sérum antidiphtérique, puis une semaine après, de fin
janvier au 2 avril 1914, par le galyl. Reçoiten cg. 20, 35, 40, 30. et 20 de
ce sel (7 injections). En mars l’œil droit est très amélioré, mais la vision
reste diminuée. En mai 1915, la malade se considère comme guérie, la
vision restant amoindrie.
Observation XIV. — Diexna, Ouoloff, 45 ans. Ophtalmie blennorragi¬
que. Réaction spécifique de son sérum positive. Cataracte double au
début. Traité parle sérum antidiphtérique, puis par le galyl. Du 21 au
29 avril 1914 en cg. reçoit 20, 30, 35, 40, 40, 20, 20, 10 de galyl (8 injec¬
tions); est remarquablement amélioré. Il semble y avoir un arrêt dans
l’évolution de la maladie. N’est plus revu.
Observation XV. — Abdoulaye Sa*, 28 ans, ouoloff, conjonctivite gauche
grave et ancienne, cornée trouble. Plusieurs médecins consultés ont
déclaré que son œil était perdu. Traité par le sérum antistreptococcique ;
un mois après, reçoit, de mars à fin avril 1914, en cg. 20, 10, 15, 20. 20,
25 galyl (0 injections). Amélioration remarquable, n’est, plus revu qu’en
mai 1915 avec amélioration persistante.
Observation AVI. — Patiie T., bijoutier, conjonctivite chronique double,
taie de l’œil gauche, photophobie, larmoiement, ne peut sortir sans por¬
ter des verres noirs, a couru tous les médecins. Beçoit successivement du
sérum antidiphtérique et antistreptococcique à quelques jours d’intervalle ;
puis en février et mars 5 injections de ludyl en cg. 10, 20, 25, 30 et 20.
Fin mars voit Irès bien et ne porte plus de lunettes qu’au moment du fort
soleil. Se dit guéri et n’a plus reparu au Laboratoire.
413
Séance du 9 Juin 19 1 5
Observation XVII. — Marie M., métis, 17 ans, traitée en dehors de nous
pour ses yeux 6 mois sans résultats. Conjonctivite double, cornée droite
dépolie avec petit ulcère commençant. A gauche taie légère et ancienne;
la réaction spécifique de son sérum est positive. Le sang renferme des
hématozoaires. Est traitée par le sérum antidiphtérique, reçoit quelques
doses espacées, de quinine, le soir de préférence, et, dans les veines, de
février à juin 1914. 8 injections de galyl en cg. 20, 25, 30, 25, 25, 20,
25, 12.
Part guérie. Est revue en mai 1915 en excellent état général et local, la
taie est presque effacée.
Observation XVIII. — Makar N’Diaye, 30 ans, cuisinier. Est presque
aveugle depuis 3 ans. L’œil droit est perdu, l’œil gauche a la cornée dépolie,
trouble et recouverte au trois quarts d’une taie. Le malade voit à peine et
doit se faire conduire par un camarade.
Réaction spécifique de son sérum positive. Est traité parle sérum anti¬
diphtérique et reçoit 5 injections de galyl de février à avril 1914. soit
en cg. 20,25,25, 30, 20.
Grosse amélioration de l’œil gaucheet réapparition suffisante delà vision
de ce côté, permettant au malade de se diriger seul ; aucune amélioration
à droite, sauf un léger éclaircissement de la cornée.
Est revu en mai 1915 avec persistance de l’amélioration signalée.
Observation XIX. — Daga D., femme indigène. Séro-réaction spécifique
positive. Conjonctivite chronique double ancienne, compliquée d’un
pterygion. Traitée au galyl intraveineux. D’avril à mai 1914 reçoit en
cg. 25, 20, 20, 25 (4 injections). Est améliorée localement. Disparaît après
son traitement, n’est plus revue qu’en mai 1915, la vision en bon état,
sauf à gauche où le pterygion s’est accru.
Osbervation XX. — Rernard L., métis, 18 ans. Séro-réaction spécifique
positive. Kérato-conjonctivite double, photophobie, larmoiement et dou¬
leurs. Reçoit du 20 mars au 14 avril en cg. 15, 20, 20, 25 de galyl dans
les veines (4 injections).
Part l’appareil visuel étant très amélioré.
Observation XXL — François F., ouoloff, conjonctivite et kératite
gauche, forte tension oculaire à droite (glaucome en évolution).
Ce malade nous est envoyé par le docteur Gravellat pour séro-réaction.
La réaction spécifique du sérum est positive. En plus d’instillations locales
d’un collyre à base de pilocarpine et d’adrénaline, François F. reçoit
dans les veines, de fin janvier à avril 1914, en cg. 20, 30, 30, 35, 35, 30,
20 de ludyl (7 injections).
Part très amélioré, surtout de son œil gauche. A droite les douleurs très
vives ont diminué. Ce malade n’est plus revu, mais le docteur Gravellat
peut nous faire savoir en mai 1915 que les accidents glaucomateux avaient
disparu, l’acuité visuelle restant faible.
Dans ces trois dernières observations relatives à des lésions évoluant sur
un terrain spécifique, les injections de ludyl et de galyl nous ont donné de
bons résultats, plus lents cependant à obtenir qu’en association avec les
sérums.
29
414
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
CONCLUSIONS
I. — Les sérums thérapeutiques, signalés plus haut, sont de
merveilleux moyens mis à notre portée dans un grand nombre
d’affections oculaires. Les résultats obtenus par leur emploi, en
milieu indigène, se sont montrés d’autant plus efficaces que l’af¬
fection était plus aiguë et traitée plus près de son point de
départ (Voirobserv. V., IX).
Dans certains cas moins favorables que ceux que nous signa¬
lons, nous avons cependant obtenu une grosse amélioration,
tant au point de vue de la sédation des douleurs que de la dimi¬
nution de l’opacité cornéenne.
IL — Les résultats les meilleurs nous ont été fournis par l’in-
jeclion sous-cutanée de ces sérums, accompagnée d’applications
locales de sérum. On peut sans hésiter pratiquer plusieurs injec¬
tions sous-cutanées à quelques jours d’intervalle.
III. — L’ emploi du sérum des malades ou de malades atteints
d’affections similaires ne nous paraît pas recommandable, en
raison de son altération trop rapide et des réactions vives que
nous avons observées dans un cas sur deux. Mais l’étude appro¬
fondie de cette question est à reprendre.
IV. — Dans les affections oculaires à allure invétérée, ayant
résisté à tous les traitements, l'adjonction aux sérums d’injec¬
tions intraveineuses de galyl ou de ludyl à doses faibles et répé¬
tées plusieurs fois par mois (toutes les semaines, tous les
10 jours ou i5 jours) est des plus encourageants comme tonique
puissant de l’organisme ou antispécifique remarquable sur les
vieux terrains syphilitiques si fréquents en milieu indigène
en A. 0. F.
Au ludyl qui s’altère assez vite en zone tropicale, nous préfé¬
rons l’usage du galyl plus stable et plus actif à condition de bien
savoir le manier.
C’est donc en définitive l’association sérums thérapeutiques et
galyl que nous recommandons de préférence.
V. — Nos constatations d’ensemble sur la valeur des sérums
curatifs, chez les noirs, corroborent les travaux de Darier (i). On
pourra se reporter avec fruit à l’ouvrage remarquable où cet
auteur résume ses travaux.
(i) Vaccins , Sérums et Ferments , par A. Darier, 1912.
Séance du 9 Juin 1915
415
M. Morax. — Je relève dans la communication de MM. Lafont,
Dupont et Heckenroth un fait intéressant, c’est celui d’un cas
de peste compliqué d’iridocystilesuppurée où la guérison fut obte¬
nue après injection intraveineuse de 1200 cc. de sérum antipes¬
teux de Yersin. Mizuo, au Japon, Werncke, à Odessa, ont étudié
d’une manière particulière ces localisations oculaires de l’infec¬
tion pesteuse, localisations d’origine endogène ; mais je ne crois
pas qu’on ait eu souvent l’occasion d’observer la régression com¬
plète des lésions oculaires sous l’influence de la sérothérapie. Il ne
fait pas de doute que c’est à l’injection et non pas aux applica¬
tions locales de sérum en compresses, qu’est due cette action,
car, pour qui connaît les faibles qualités d’absorption de la peau
et même des muqueuses à l’égard des sérums thérapeutiques,
l’adjonction des compresses imbibées de sérum à l’injection
intraveineuse ne saurait constituer un renforcement d'action.
Dans ce cas l’action spécifique du sérum est conforme à l’ex¬
périmentation. Est-on en droit, ainsi que le font les auteurs, de
rapprocher ce fait précis de sérothérapie spécifique, des autres
cas d’affections oculaires où, malgré la multiplicité des moyens
thérapeutiques employés (lavages à l’oxycyanure, injections
diverses, etc.), le résultat obtenu est attribué à l’action des
sérums les plus variés associés ou non aux sels arsenicaux? Dans
toute cette partie de leur note, les auteurs me semblent surtout
manquer de la précision qui seule permettrait une discussion
utile.
Dans l’observation III, les auteurs signalent une ophtalmie
blennorragique durant depuis un an avec présence de rares
gonocoques : c’est la première fois que l’on signale une infection
oculaire gonococcique de cette durée. Dans l’observation IX, ils
signalent une conjonctivite aiguë unilatérale à bacilles de Weeks;
on sait que l’infection oculaire à bacilles de Weeks est toujours
bilatérale surtout après 3 jours, la transmission d’un œil à l’autre
se faisant en général dans les 24 premières heures. Je ne con¬
nais d’exceptions à cette règle que celles basées sur une confu¬
sion du bacille de Weeks avec d’autres bacilles tels que le
bacille massué par exemple. Bref il est fort difficile, dans ces
observations écourtées et dont la description ne correspond à
aucun des types précis de la pathologie cornéenne ou conjonc¬
tivale, de se convaincre de l'activité thérapeutique des sérums
employés.
416
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Depuis plusieurs années, le Dr A. Darier a cru établir l’action
paraspécifique des sérums thérapeutiques sur les infections ocu¬
laires diverses. Injectant du sérum antidiphtérique chez des
malades oculaires dont l’infection n’avait nul rapport avec la
diphtérie, il en a retenu les cas où la guérison s’est produite;
mais, nous ne sommes plus à l'époque où l’on croyait que toute
affection abandonnée à elle-même évoluait fatalement d’une
manière défavorable. 11 ne suffit pas de publier des faits isolés;
pour avoir un commencement de preuve, il faut établir que,
dans une série de cas traités, la proportion des guérisons ou la
rapidité de celles-ci est plus grande que dans les cas non traités.
Ces éléments de démonstration ne se trouvent, à mon avis,
pas plus dans les publications de Darier que dans les observa¬
tions que l’on vient de nous présenter.
417
Séance du 9 Juin 19 1 5
Ouvrages reçus
PÉRIODIOUES
American Journal of tropical Diseuses and préventive Medicine,
t. Il, nos 9-1 1, mars, avril et mai 1916.
The American Society of Tropical Med ici ne, 1914*
Aimais of tropical Meclicine and Parasitology , t. IX, f. 1,
mars 1915.
Arquivos de Higiene e Patologia Exoticas, t. V, 3o mars 1915.
British Medical Journal, 1 3, 20 et 27 mars, 3, ïo, 17, 24 avril ;
ior, 8, r 5, 22, 29 mai, 5 juin 1915.
Bulletin de la Société médicale de V Ile Maurice , nos 37 et 38,
juillet-septembre, oct.-nov.-déc. 1914.
La Cronica Médica , n08 617-618, nov. et déc. 1914*
Geneeskundig T ij dschrift voor Nederlandsch-Indië , t. LV, f. 1
et 2, 191b.
Journal of the Royal Armg Medical Corps , t. XXIV, f. 1 et 2,
janv. et fév. 1916.
Journal of tropical Medicine and Iiygiene, t. XVIII, nos 7 à n,
ier et i5 avril, ier et i5 mai, icr juin 1916.
Malariologica ( Propagande antimalarica ), t. VIII, nos 1-2,
i5 avri l 1916.
Memorias do Instituto Oswaldo Crin z, t. VJ, f. 2 et 3, 1914*
Nairobi Laboratory Report ( Baçter . Secté), janv. -juin 19145
t. V, p. 1 .
Pedicitria , t. XXIII, f. 4 et 5, avril et mai 1910*
418
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Philippine Journal of Science, B., Trop. Medicine, t. IX, f. 5
et 6, sept, et oct. 1914.
Proceedings of the Medical Association of the Isthmian Canal
zone, t. Y, f. 2 (oct. 1912-mars 1913).
Puhblicazioni Istituto di Patologia e Clinica Meclica Veter inaria
d. R. Unir, di P arma (Prof. Lanfranchi), IV, 1914*
Review of applied entomology , sér. A et B, t. III, f. 3, 4, et 5,
mars, avril et mai 1915.
Revista de Veter inaria e Zootechnia, t. IV, n° 6, déc. 1914*
Revue scientifique , i3-20 mars, 27 mars-3 avril, 10-17 avril,
24 avril- Ier mai, 8-10 mai, 22-29 rnaB 5 juin 1915.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene,
t. VIII, nos 5 et 6, mars et avril 1915.
Tropical Diseases Bulletin , tables, t. IV ; t. V, nos 3, l\, 5, 6 et 7,
1 9 1 5-
Tropical Veterinary Bulletin , tables t. II; t. III, n° 1, 1915.
VOLUMES ET BROCHURES
E. Brumpt et J. -F. Gomes. Description d'une nouvelle espèce
de Triatoma [T . Chagasi ), hôte primitif du Trypanosoma Cruzi
Chagas.
L. Cazalbou. Sur la nature de l’agent pathogène d’un champi¬
gnon de castration chez le cheval. — Au sujet des organes de
reproduction chez les Dermatophytes. — Sur les organes repro¬
ducteurs des Dermatophytes ; fuseaux et conidies. — Sur les
résultats fournis en mycoculture par la méthode de la cellule
directe. — Les staphylocoques sont des champignons.
Ciialmers et O Connor. Pyosis Corletti in British Soldiers.
Edilberto Crisôstomo. Therapéutica del Béribéri, Manille,
1 o > 4 .
E. W. Greig. The Agglutinins in the Blood of Choiera Cases.
Isadore Dyer. Some of our problems.
A. Lanfranchi. L'intrapalpebro-reazione nelle diagnosi di
morva.
A. Laveran. Les Leishmanioses chez les animaux.
Séance du 9 Juin 1915
419
F. Noc. Les dysenteries tropicales et leur traitement spécifique.
J. J. Van Loghem. Bacterium (. Proteus ) anindologenes, n. sp.
ERRATUM
P. 246, séance du 12 mai 1916, «Parasitisme intestinal en
Cochinchine ». (L. Bertrand), au lieu de :
le rhumatisme articulaire et le rhumatisme ,
lire,
le rhumatisme articulaire et F endocardite.
420
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine.
American Society of Tropical Medicine.
Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protosoologique du Concilium bibliographicum.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Journal of the London school of tropical medicine.
Journal of Tropical Medicine and l Hygiene.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Noiivelle-Galle du Sud .
Review of applied entomology.
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and. Hygien *
f Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical Veterinary Bulletin.
V eterinaria e sootechnia.
Le Gérant : P. MASSON.
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
Années 1908 à 1913 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
SOMMAIRE DU NUMÉRO 7
Séance du 21 juillet 1915
PAGES
CORRESPONDANCE . 421
PRÉSENTATION . 42 s
COMMUNICATIONS
J. Bequaert. — Sur quelques Auchméromyies du Congo. . 456
J. Bequaert. — Dispersion des Glossines au Congo belge . 46b
G. Bouet et E. Boubauek — Nouvelles observations sur les Chéromyies
de l’Afrique Occidentale . 462
E. Dujardin-Beaumetz. — Conservation du sérum antipesteux — Discus¬
sion . 424
A. Lanfranchi — Sur le passage des Trypanosomes dans le lait . . . 45&
A. Laveman. — Sur une culture de Leishmania Donovani souillée par
un champignon . 42(>
A. Laveran. — Au sujet d’un Trypanosoma gambiense qui, conservé
depuis 12 ans chez des animaux, est resté résistant au sérum humain 442
---R. Legroux. — Sur la destruction des poux . . 47°*
F. Mesnil. — Trypan. Wrublewskyi — Discussion . 455
Ch. Nicolas. — A propos de la peste en Nouvelle-Calédonie .... 422
L. Parrot. — L’infection tuberculeuse dans la région de Gambetta
(Hauts-Plateaux Constantinois) . 42&
Voir La suite du sommaire page III de La couverture
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II
PAGES
A. Railliet et A. Henky — Sur les Nématodes du genre Camallanus
(— Cucullanus Auct., non Müller. 1777) . 446
J Rodhain et J. Requaert. -ÿ Sur quelques Œstrides du Congo . . . 452
E. Roübaüd. — Auchméromyies. — Discussion . . 461
E. Roubaud — Dispersion des Glossines. — Discussion . . , . . . . 466
Edm. Sergent. — Hypothèse émise en 1821 sur la nature infectieuse de
la lièvre jaune et sur sa transmission par les Insectes . 467
Edm. Sergent, Lhéritier et G. Belleval. — Sur le Trypan. marocanum,
n. sp., agent d'une épizootie équine à Casablanca en 1911 .... 433
W. L. Yakimoff — De la période d incubal ion chez les animaux infec¬
tés par les Leishmania . • . 43o
W. L. Yakimoff. — A propos du Trypan. Wrublewskyi . 43 1
MÉMOIRES *
C. Fiori, M. et M'"e Delanoë. — Sur un cas de trypanosomiase constaté
chez un cheval à Mazagan . 5o3
Ch. Joyeux et M. Dalle. — Notes sur l’état sanitaire dans un camp de
prisonniers en Allemagne . • .. . . 547
J. Ringenbacii et Guyomarc'h. — Notes de Géographie médicale de la Sec¬
tion française de la Mission de délimitation Afrique Equat. française-
Cameroun en 1912 1913. — - Maladie du Sommeil . 5 1 5
VV. L. Yakimoff. — Contribution à l’étude des Leishmanioses de l’homme
et du chien dans le Turkestan russe . 474
OUVRAGES REÇUS. . . 554
. LISTE DES ÉCHANGES . 556
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IV
'
«
Huitième année
1915
N°
“BULLETIN
• * I
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 21 JUILLET I <J 1 5 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Correspondance
M. Beouaert, élu membre correspondant à la séance du io décem¬
bre 1913, adresse, du Congo belge où il accomplit depuis 2 ans
une nouvelle mission, des remerciements à la Société.
Présentation
La Société a reçu de la Commission impériale japonaise à la
Pana ma- Pacific International Exposition de San-Francisco, une
brochure qui relate l’histoire, l'organisation , l’état actuel de
l'Institut impérial de Tokyo pour l'étude des maladies infec¬
tieuses, ainsi qu'un résumé des recherches qui y ont été effec¬
tuées.
3o
422
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
A propos de la peste en Nouvelle-Calédonie
Par Ch. NICOLAS.
Dans sa séance du n janvier 1911, la Société de Pathologie
Exotique a bien voulu publier une observation de moi au sujet
d’une épidémie de peste observée à Bondé, N.-E. de la Nouvelle-
Calédonie, où depuis 1900 cette maladie fait de très fréquentes
réapparitions. Une des remarques que je faisais dans ce rapport
était l’absence complète de mortalité sur les rats dont on sait
pourtant que la colonie est infestée.
Depuis cette époque, il m’a été donné d'observer en octobre
19 13 une autre petite épidémie au village d’Azareu, sur la côte
Ouest et dans la moitié Sud de la colonie, puis en novembre 1914
une troisième au village de Nérin en pleine chaîne centrale,
•enfin une quatrième en mai 1915, aux villages d’Azareu et
de M’Bar noua.
Toutes ces épidémies ont été limitées à quelques cas presque
tous mortels, et furent rapidement circonscrites par les mesures
usuelles d’isolement et d'inoculation. Mais elles montrent d’une
façon indiscutable, surtout si l’on en rapproche les nombreux
autres cas analogues observés annuellement par presque tous
mes confrères, que la peste est désormais endémique dans ce
pays.
Déj à en 1 9 1 1 je signalais de nombreux cas sporadiques. Sans
doute ce sont eux qui entretiennent les foyers latents qui trop
fréquemment présentent des réveils. Aussi est-il vraisemblable
qu’en dépit des mesures prises il sera excessivement difficile
d’extirper le mal.
Peut-on songer à vacciner tous les Indigènes? Il semble que
ce soit la tendance actuelle et c’est ce qui fut fait en novembre
1914. Mais il convient de remarquer que le vaccin ne protège
guère au-delà de 6 mois. C'est donc deux fois par an qu’il con-
Séance du 21 Juillet 1 g 1 5
423
viendrait de procéder à la vaccination des Canaques de toute la
colonie. Ils s’y prêtent actuellement avec assez de docilité, mais
pendant combien de temps encore l’accepteront-ils ainsi ?
A supposer qu’il n’y ait pas d’autre réservoir de virus que la
puce et le sang- de ceux qu’elle parasite, on ne peut cependant
songer à détruire les puces des cases canaques quand, chez les
Européens les plus propres, il est presque impossible pendant
6 mois de l'année, en certains endroits, de se débarrasser de ces
insectes qui pullulent jusque dans le sable de la mer. C’est une
utopie de penser qu'on arrivera à détruire les rats dans un pays
où la population est si peu dense et le budget si maigre; tant
d’autres choses urgentes s’imposent qui restent inexécutées ! Ne
serait-il pas excessif d’interdire aux Indigènes la possession de
chiens qui sont, eux aussi, agents de propagation ? Certains vil¬
lages indigènes (celui d’Azareu par exemple) se sont procurés
des chats pour combattre les rats dont on leur a indiqué le rôle
nocif; mais l'arme n’est-elle pas à deux tranchants, le chat lui-
même étant susceptible d’être un agent vecteur de puces?
Il semble donc que l’on ne puisse que propager le plus possible
les idées de propreté et d’hygiène collectives et individuelles et
chez les petits colons et chez les indigènes.
Mais ce que je tiens à faire ressortir dans cette communica¬
tion, c’est surtout ce fait que, dans aucune des 4 épidémies que
j’ai eu personnellement à combattre, je n’ai pu, même en les
recherchant, constater de décès de rats, et personne n'a pu m’af¬
firmer avoir remarqué sur ces rongeurs une mortalité anormale,
ni que la maladie ait coïncidé avec une diminution ou une aug¬
mentation du nombre de ces animaux.
Il est impossible d’en tirer aucune conclusion, sinon qu'il y
a « peut-être », à côté de ce mode de contage indiscuté et indis¬
cutable, un autre mode de conservation et de propagation du
bacille pesteux.
Qu'il me soit encore permis, sur ce chapitre de la peste, de
soulever devant mes savants collègues de la Société une ques¬
tion discutée parmi les confrères de la colonie à propos du
sérum anti-pesteux et de la durée pendant laquelle il peut réel¬
lement conserver son efficacité tant préventive que curative.
Un an à un an et demi, estiment les uns, invoquant pour eux
la notice de l’Institut Pasteur qui porte : « Ce sérum conserve ses
« propriétés pendant un an si on le conserve à l’abri de la
424
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
« lumière et de l'humidité » et qui n’indique pas qu’au-delà de
ce délai on puisse l’employer encore avec certitude. Au contraire,
quand il s’agit des sérums anti-diphtérique et anti-tétanique,
ces notices indiquent nettement qu’ils conservent leurs proprié¬
tés au delà d’un an.
Bref deux opinions sont en présence : les uns qui n'accordent
leur confiance qu’aux sérums anti-pesteux de un à deux ans de
date au plus; les autres qui n’hésitent pas à employer des
sérums anti-pesteux de 3 et 4 ans de date en arguant qu’ils pro¬
voquent moins d’accidents sériques et sont encore suffisamment
actifs à doses un peu plus élevées.
Que mes collègues m’excusent de soulever devant eux cette
question, mais leur réponse sera pour moi et certains de mes
confrères Calédoniens un guide précieux dans ce pays où, à cha¬
que instant, surgissent inopinément de petites épidémies de
peste qui pourraient un jour amener des désastres faute de cette
mise au point que j’ai l’honneur de solliciter, et dont je les
remercie d’avance.
Nouvelle-Calédonie, Bourail, 20 mai r 9 1 5.
M. D ujardin-Beaumetz. — Je ne saurais mieux faire pour
répondre à la question de M. Nicolas que de citer le travail de
M. Chouroupoff (i) sur la conservation des qualités spécifiques
du sérum anti-pesteux. Cet auteur a étudié successivement l’ac¬
tion de la lumière, de la chaleur et du temps sur ce sérum et
voici le résumé de ses expériences.
La radiation solaire altère très rapidement les propriétés du
sérum anti-pesteux. Dès la deuxième semaine d’exposition au
soleil, le sérum commence à se décolorer et perd un tiers de
son pouvoir préventif ; après 4 mois, le sérum complètement
incolore 11’a plus aucune action.
Un chauffage à 43° pendant 1 heure i/4 à 3 jours d’intervalle
fait baisser d’un quart le pouvoir agglutinant et détruit le pou¬
voir précipitant. Chauffé à 5o°-55°, le sérum perd, en même
temps que ses qualités toxiques nuisibles, son pouvoir aggluti¬
nant et son pouvoir précipitant, mais conserve son pouvoir thé¬
rapeutique.
(1) I. Z. Chouroupoff. Sur la conservation tles qualités spécifiques (préven¬
tives et curatives) du sérum anti-pesteux. Archives des Sciences biologiques
Inst. imp. médecine expérimentale Saint-Pétersbourg, t. XIYr, 1909, p. 233.
Séance du 21 Juillet 1915
425
L’action du froid (congélation alternant avec dégel rapide) n’a
eu après 3 mois aucune influence.
Quant au temps, il semble n’altérer que lentement les proprié¬
tés du sérum anti-pesteux. Après 5 et 6 ans, des flacons de
sérum ayant subi préalablement un triple chauffage à 55° et mis
à l’abri de la lumière et à une température moyenne de -j- i5°, ont
conservé presque intact leur pouvoir. Seuls les sérums addi¬
tionnés de 1/2 pour 100 d’acide phénique et examinés 10 ans
après, avaient perdu toute activité.
De ces expériences, on peut donc conclure que le sérum anti¬
pesteux est capable de conserver pendant un temps assez long
(5 ans et plus) ses qualités spécifiques et curatives à condition
de le garder au frais et à l’abri de la lumière.
En ce qui concerne le sérum desséché, sa durée de conser¬
vation est presque indéfinie. Mais son emploi doit être réservé
pour les injections sous-cutanées. On peut cependant l’utiliser
pour les injections intra-veineuses à condition de le filtrer avec
soin sur ouate hydrophile après complète dissolution.
L’Infection tuberculeuse dans la région de
Gambetta (Hauts-Plateaux Constantinois)
Par L. PARROT.
Au cours de l’année r 9 r 4, nous avons poursuivi, dans la
région de Gambetta (Département de Constantine) (1), et par le
moyen de la cuti-réaction à la tuberculine, l’étude du degré d’in¬
fection bacillaire des Indigènes algériens, entreprise en d’autres
points de la Colonie par l’Institut Pasteur d’Algérie (2).
Ces recherches ont porté sur une population d’agriculteurs
fi) Commune mixte de Souk-Ahras : région de montagnes et de plateaux
élevés, à climat rude (altitude : 600 à 1.000 mètres).
(2) Cf. : Edmond Sergent et G. Benoit, L’infection tuberculeuse chez les
indigènes de la région de l’Arba. — Edmond Sergent et H. Foley, L’infec¬
tion tuberculeuse dans diverses régions sahariennes, in Bulletin de la Société
de Médecine d'Alger , 1912, n° 3. — L. Parrot, Cuti-réactions à la tuberculine
chez les Indigènes de Duzerville (Département de Constantine, région litto¬
rale) in Bulletin de la Société de Pat h. exotique, t. V, n° 10.
426 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sédentaires, plus particulièrement sur des enfants âgés de i jour
à i5 ans, les uns d’origine arabe, les autres d’origine berbère
(Chaouïa), groupés en six collectivités rurales distinctes (douars
Zarouria, Ouillen, Merahna, Hainmama, Ouled-Soukiès etBeni-
Barbar) (i).
GAMBETTA
Commune-mixte de Souk-Ahras.
(Est-Constanlinois. Région des Hauts -Plateaux).
Cuti-réactions positives chez les Indigènes ( Arabes et Berbères).
GAMBETTA
Commune mixte de Souk-Ahras.
Cuti-réactions positives chez les Berbères.
(Douars Merahna, Ouled-Soukiès et Béni- Barbai).
(r) La distance moyenne qui sépare chacun de ces douar de la ville de
Souk-Ahras est la suivante :
Ouillen 12 kiiom., Merahna 26 kiiom., Ouled Soukiès 3o kiiom.,
Zarouria i5 kiiom., Hammama 35 kiiom., Beni-Barbar l\ o kiiom.
Séance du 21 Juillet 1916
427
1
GAMBETTA
Commune-mixte de Souk-Ahras.
Cuti-réactions positives chez les Arabes.
(Douars Zarouria, Ouillen et Hammama).
Les tableaux statistiques ci-dessus et le diagramme comparatif
ci-dessous résument les résultats obtenus. Nous y joindrons les
commentaires suivants :
a. Conformément aux observations faites dans tous les pays,
le pourcentage des cuti-réactions positives croît avec l’âge. Il
est de :
0 de 1 jour à I an
10 à 2 ans
25 de 3 à 5 ans
46,6 de 6 à 10 ans
55 de 11 cà 15 ans
b. Dans les mêmes conditions de climat, d’habitat, de tra¬
vail, de mœurs et d’alimentation, les Berbères-Chaouïa présen¬
tent un degré moindre d’infection tuberculeuse que les Arabes
(27,7 cuti-réactions positives sur 100, contre 35, 1). Celte diffé¬
rence, manifeste dans tous les groupes d’âges, est surtout mar¬
quée chez les enfants de 6 à 10 ans et de 1 1 à i5 ans.
c. Le degré d’infection bacillaire latente d’une collectivité
indigène donnée semble varier avec la distance qui sépare cette
collectivité de l’agglomération européenne la plus voisine: il
augmente à mesure qu’on se rapproche de l’agglomération euro¬
péenne, diminue au contraire si l’on s’en éloigne. C’est ainsi
que, dans la région de Gambetta, les pourcentages maxima de
cuti-réactions positives (46 et 38, 9) sont donnés par les douars
Ouillen et Zarouria distants l’un de 12, l’autre de 10 kilomètres
428
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
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de la ville de Souk-Ahras (i), les pourcentages minima (i5et
19,8) par les douars Ham mania et Beni-Barbar (35-4o kilomè¬
tres). Ces derniers résultats constituent un argument de plus en
faveur de l’hypothèse émise, dès 1912, par Edmond Sergent,
(1) Le centre de Gambetta, de création récente et de faible population, ne
pouvait être pris comme terme de comparaison.
429
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Séance du 21 Juillet 1910
G. Benoît et H. Foley (/. c.)9 à savoir que « le voisinage de l'Euro¬
péen contamine l’Indigène ».
Institut Pasteur d'Algérie.
Sur une culture de Leishmania Donovani
souillée par un champignon.
Par A. LA VER AN.
Tous les observateurs qui ont cultivé des Leishmania ont
constaté que ces parasites ne se développent pas, ou se déve¬
loppent fort mal dans les milieux souillés par des bactéries.
D’après Giugni et Benoni, le Micrococcus melitensis ferait excep¬
tion à la règle ( 1 ).
J’ai observé un fait qui démontre que le développement de la
Leishmania Donovani peut se faire normalement dans des cul¬
tures souillées par des champignons ou du moins par certains
champignons.
Au mois de mars de cette année, je constatai que des tubes du
milieu de Novy simplifié ensemencés avec la L. Donovani étaient
souillés abondamment par un champignon dont le mycélium
formait des touffes visibles à l’œil nu ; néanmoins la Leishmania
avait donné de très belles cultures dans ces tubes.
Bien que cette symbiose avec un champignon ne parût pas
gêner la Leishmania , je résolus de chercher à me débarrasser du
champignon et je mis dans les tubes souillés 5 gouttes d’une
solution de soude caustique à t p. 100; quatre jours après celte
addition, les touffes du mycélium avaient disparu et les réen¬
semencements donnaient de belles cultures de Leishmania à
l’état de pureté.
J’ai pensé que ce petit fait qui montre qu’une culture de
Leishmania n’est pas nécessairement perdue quand elle est
envahie par une moisissure, pouvait intéresser les expérimen-
tateu rs.
(i) Fn. Giugni et Fr. Benoni, Malaria e malatlie dei paesi caldi , 20 avril
iqi5.
430
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
De la période d'incubation chez
les animaux infectés par les 'Leishmania
Par W. L. YAKIMOFF.
Les données sur la période d'incubation chez l'homme sont
très insuffisantes. D’après les auteurs, pour le kala-azar indien,
cette période dure de 3 semaines à plusieurs mois.
Nous avons quelques données chez les animaux infectés expé¬
rimentalement. Ch. Nicolle a trouvé des Leishmania dans le foie,
chez un chien, 12 et i3 jours après l’infection hépatique. Cet
auteur croit que la période d’incubation chez le chien dure en
général au moins 35 jours, d’après Jemma 3 mois.
Nina Kohl- Yakimoff et Yakimoff ont vu que les souris, inocu¬
lées dans le péritoine avec l’émulsion des organes des chiens
infectés, ont des leishmanies dans les organes déjà après 6-7 jours.
Ces auteurs ont eu un rat qui a succombé le jour qui- a suivi
l’infection avec l’émulsion d’organes de souris qui, microscopi¬
quement, ne montraient pas de Leishmania (la culture sur NNN
avec un fragment de rate a été positive) ; il présentait un nombre
énorme de parasites dans le foie. Un autre a montré des parasites
dans les organes deux jours après l’inoculation péritonéale
avec les organes d’un chien infecté.
Laveran a trouvé les parasites dans la rate hypertrophiée d'un
rat 12 jours après l’infection.
Sénevet a inoculé dans le péritoine un chien avec le virus
canin naturel; 2 mois après, il a fait la ponction du foie et n’a
trouvé qu’une seule Leishmania. Cet auteur a inoculé à un
autre chien les trois quarts de la rate du chien infecté; 17 jours
après, il n’a pas trouvé de parasites dans le foie (par la ponction).
.Jannot a inoculé à une souris l’émulsion des organes de chiens
infectés naturellement; la souris a été sacrifiée i4 jours après
et, dans le foie, les parasites étaient présents.
En résumé, les auteurs ont observé la plus courte période
d’incubation chez les rats et les souris (Kohl-Yakimoff et Yaki¬
moff) et chez les chiens 12 et i3 jours (Ch. Nicolle).
Séance du 21 Juillet 1916
431
Nous avons observé une période d’incubation plus courte
encore chez un chien.
Le 12 juin 1915, nous avons sacrifié un chien inoculé 3 fois avec les
organes de souris infectées de Leishmania donovam (origine humaine,
Turkestan russe). Sur les frottis de la rate, du foie et de la moelle osseuse,
les parasites sont nombreux (-f-f-b-f ).
Avec l’émulsion de ces organes, nous avons infecté dans le péritoine un
chien de 2 mois-2 mois 1/2.
Le 15 juin (3 jours après l’infection), cet animal a succombé.
A l’autopsie, nous n’avons constaté que l’hyperémie des séreuses de
l’intestin grêle.
Sur les frottis du foie et de la rate, nous avons trouvé des Leishmania
assez rares. La moelle osseuse ne renfermait pas de parasites.
Ainsi nous voyons que la période d'incubation, chez les chiens
comme chez les souris, peut être très courte.
Mais peut-être cette période dépend : i° de la quantité des
parasites inoculés (noire ier chien était infecté fortement) ; 20 de
l’âge de l’animal inoculé, et 3° de l’origine du virus (humaine
ou canine ; virus de passage par chiens ou par souris, rats, etc.).
! Laboratoire de W. L. Yakimoff an Bureau hémoparasi-
toloyique du Département vétérinaire de V Intérieur).
A propos du Trypanosoma Wrublewskyi
Par W. L. YAKIMOFF.
En 1907, Wrublewsky a trouvé chez les bisons de Bielowiesch
un parasite flagellé. Wladimiroff et nous avons proposé, nous
basant sur la morphologie du parasite, le nom de Trypanosoma
Wrublewsky i n. sp.
Maintenant nous devons changer d’opinion.
Mijajima, le premier, a obtenu, sur bouillon ordinaire, avec le
sang de bovidés, la culture du Trypanosoma theileri. E. Martini
(aux Philippines) obtint le même résultat. A la suite de Knuth
et de ses collaborateurs qui ont utilisé la culture du trypanosome
comme moyen de diagnostic de l’infection des bovidés, de nom¬
breux auteurs ont employé cette méthode dans les divers pays
Ed. et Et. Sergent en Algérie, Delanoë en France, Sweliængrebel
en Hol lande, Strickland en Angleterre, Nina Kohl-Yakimoff et
432
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Yakimoff en Tunisie, Gardamatis en Grèce, Carini au Brésil, Bet-
tencourt et Borges au Portugal, Yakimoff et Bekensky en Russie
(gouvern. Witebsk et Pskov), Yakimoff et Sghogkor dans le
.Turkestan russe, etc.).
En culture, les Tr. theileri prennent la forme crithidienne.
D’après les observations de Manceaux, Iyohl-Yakimoff et Yaki¬
moff, quand la culture vieillit, le blépharoplaste se déplace de
plus en plus en arrière du noyau ; quelquefois, il est situé au
voisinage du noyau ; ensuite le blépharoplaste est situé en
arrière du noyau (entre lui et l'extrémité postérieure). Mais
jamais le blépharoplaste n’est situé à l’extrémité postérieure
comme chez le trypanosome du sang.
Si on compare les planches de Wrublewsky à celle de Manceaux,
Kohl- Yakimoff et Yakimoff (i), on remarque la ressemblance
des figures du Trypanosoma wriiblewskyi et du Trypanosoma
theileri. Trypanosoma wriiblewskyi ne serait-il pas quelque forme
du Trypanosoma theileri ?
Wrublewsky n’a pas fait les frottis au moment du prélèvement
du sang des animaux. Il a pris le sang dans des pipettes Pasteur,
a gardé ce matériel pendant 7-9 jours et, à ce moment, a fait
les frottis sur les lames.
Le sérum, après la coagulation du sang dans les pipettes, est
un excellent milieu pour le développement des trypanosomes, et
Wrublewsky a eu sur les frottis les formes de culture. Et voilà
pourquoi les figures données par Wrublewsky ressemblent tel¬
lement aux figures du Trypanosoma theileri.
Nous concluons donc maintenant que les bisons de Bielowiesch
sont infectés par le Trypanosoma theileri et non par une espèce
particulière.
Bonassus bison est un bovidé, et il peut s'infecter par le try¬
panosome cosmopolite de Tiieiler comme les bovidés domesti¬
ques. Rappelons encore que le Trypanosoma theileri existe dans
les gouvernements du nord de la Russie (gouv. Witebsk et
Pskov).
Ainsi, nous devons maintenant supprimer le nom Trypano¬
soma wriiblewskyi et prendre pour les flagellés des bisons de
Bielowiesch le nom Trypanosoma theileri.
On regarde le Trypanosoma theileri comme non pathogène
(1) Archives de TInstit. Pasteur de Tunis, 1911.
433
r SÉANCE DU 2 1 JUILLET 1 9 1 5
(certainement, conditionnel lement) ; il ne donne donc pas aux
bisons la « maladie du sommeil », comme Wrublewsky l a
écrit (r). En outre les symptômes décrits par Wrublewsky
comme ceux de la maladie du sommeil, n’ont aucune ressem¬
blance avec ceux de la véritable « maladie du sommeil ». Peut-
être les bisons ont-ils succombé à une autre [infection, mais pas
à la trypanosomiase due au Trypanosonia theileri.
(. Laboratoire de W. L. Yakimoff au Bureau hëmoparasi-
tologique du Département vétérinaire de C Intérieur).
M. Mesnil. — En analysant le second travail de Wrublewsky
cité ci-dessus, je me suis exprimé ainsi : «... Rappelons que ce
trypan. [du bison] est très particulier en ce qu’il a tous les carac¬
tères d’une Crithidia (centrosome au voisinage, parfois même
en avant du noyau) ; il y a même lieu de se demander si c’est
bien sous cette forme qu'il existe dans le sang1 circulant et si W.
n’a pas eu affaire à des formes de culture (cf. le trypan des bovi¬
dés), développées après la mort du bison... » (2). Crawley, en
1912, a considéré son Tr. americanum des bovidés comme très
voisin du Tr. wrublewskii ; l’un et l’autre sont des formes cultu¬
rales.
/O
Sur le T rypanosoma marocanum , n . sp.f
agent d’une épizootie équine
à Casablanca en 1911
Par Edm. SERGENT, A. LHÉRITIER et G. RELLEVAL
Au cours de l’année 1911, l’un de nous eut l’occasion d’obser¬
ver dans la région de Casablanca une maladie du Cheval qui
causa des pertes sensibles à notre cavalerie. La nature de cette
maladie fut révélée par la découverte d’un Trypanosome dans le
sang des animaux malades.
Nous commençâmes dès le mois de mars 1912 l’étude syslé-
(1) Zeitschr. f. Infekt. Krankh... der 1 ïaustiere , t. XII, 1912, p. 376.
^2) Bull. Inst. Pasteur , t. XI, 1913, p. 292.
434
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
matique de ce virus, les longues expériences d’immunisation»
croisée se terminent seulement en 1916 et nous en apportons les
résultats.
Depuis nos premières constatations à Casablanca, l’existence
d'une trypanosomiase équine a été signalée dans la région de
Fez par Velu (i) et dans la .région d’Oudjda par l’un de nous.
Le virus d’Oudjda est à l’étude deputs quelques mois suivant les
mêmes méthodes.
Epizootie de Casablanca. — La trypanosomiase observée chez
les Chevaux à Casablanca en 1911 amenait la mort rapide des
animaux avec pullulation des microbes dans Je sang. Les symp¬
tômes étaient ceux des trypanosomiases équines. Les documents
cliniques recueillis ont malheureusement été perdus dans un
accident de mer.
Morphologie du Trypanosome. — Le Trypanosome présente les
caractères suivants qui ne le différencient pas des Trypanosomes
déjà connus des épizooties équines.
Dans le sang de cobayes : Longueur du corps 18 p en moyenne
(maximum 24 p-, minimum 16 p). Largeur : de i,5 à 2,5 a. La lon¬
gueur de la partie libre du flagelle peut atteindre 7 ou 8 p..
Extrémité antérieure effilée, extrémité postérieure obtuse.
Granulations dans la partie antérieure du protoplasma. Vacuoles
dans la partie postérieure.
Noyau rond ou ovale occupant la partie médiane du corps.
Centrosome gros, situé à une distance de 1 ,5 à 3 p. de l’extrémité
postérieure. Membrane ondulante nettement dessinée.
Multiplication par bipartition égale.
Pathogénéité du Trypanosome. — Le Cheval succombe en
quelques semaines, avec les symptômes habituels des trypano¬
somiases.
Un Dromadaire , inoculé le 5 juillet 1913, semble moins sen¬
sible à ce virus qu’au virus du debab : son sang est infectant
pour des Chiens le mois suivant, mais ne l’est plus au bout de
3 mois.
Sur 4 Chèvres inoculées avec le virus de Casablanca, 3 pré¬
sentent une infection dont la durée ne dépasse pas 2 mois ou
2 mois et demi, chez une quatrième l'infection dure plus de
3 mois et moins de 5 mois. L’examen microscopique de leur
(1) Velu. La maladie de Fez, trypanosomiase des Chevaux du Maroc. BiilC
Soc. Path. exot. t. VIII, 10 mars 1 9 1 5, p. n5.
435
Séance du 21 Juillet 1916
sang1 ne montre jamais de parasites, l’infection n’est décelée que
par le résultat de l’inoculation du sang- à des Chiens.
Les Chiens inoculés avec du sang contenant beaucoup de Try¬
panosomes meurent au bout de 2 mois au maximum, après avoir
montré des Trypanosomes dans leur sang périphérique d une
façon très irrégulière : les parasites sont parfois nombreux ou
très nombreux, pour devenir rares et même manquer tout à
fait les jours suivants, reparaissant et disparaissant sans règle
définie. Des Chiens, ayant reçu du sang de Chèvres pauvre en
Trypanosomes, ont une infection lente, n’aboutissant à la mort
qu’au bout de plusieurs mois. Nous relevons un cas d’incuba¬
tion très longue chez un Chien ayant reçu du sang de Chèvre
infectée: le Chien ayant été inoculé le 27 novembre 1914? les
premiers Trypanosomes n’apparaissent dans son sang, examiné
tous les 2 ou 3 jours, que le 20 février 1910, après 84 jours.
Les Lap ins meurent en 2 ou 3 semaines, sans que les parasites
soient très nombreux dans leur sang.
L’infection des Cobayes dure de 3 à 6 semaines, avec présence
dans le sang de nombreux ou très nombreux Trypanosomes qui,
en général, ne disparaissent plus à partir du moment où ils ont
commencé à apparaître.
Les Souris blanches sont * très sensibles, et succombent avec
nombreux Trypanosomes dans le sang, en 2 ou 3 semaines.
Expériences d’ immunité croisée. — L’étude morphologique et
l’élude expérimentale du Trypanosome de l’épizootie équine de
Casablanca 11e décèlent aucune différence entre lui et l'agent de
la trypanosomiase la plus répandue dans l’Afrique du Nord,
Trypanosoma berberum , agent du debab.
Nous avons complété l’étude du virus de Casablanca en le
comparant, au moyen de la réaction de l’immunité croisée de
Laveran et Mesnil, avec les deux Trypanosomes 'déjà connus
dans l’Afrique du nord : Tr. berberum du debab et Tr. equiper-
dum de la dourine. Par la même occasion, nous l’avons comparé
avec Tr. soudanense , agent du tahaga soudanais. Les expérien¬
ces d’immunité croisée ont toutes montré que le virus de Casa¬
blanca diffère à la fois de Tr. berberum , de Tr. erjuiperdum et
de Tr. soudanense.
I. — Une Chamelle , un Bouc et une Chèvre, fortement immunisés
envers le Tr. berberum puis envers le Tr. soudanense, s’infectent
par le virus de Casablanca.
436
J $ ULLETIX DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
U — La Chamelle infectée expérimentalement par le Tr. berberum, le
23 septembre 1906, bien guérie, immunisée et rechargée avec ce virus, est
infectée le 31 août 1911 avec le Tr. soudanaise, guérit de ce nouveau
virus. Elle est rechargée le 5 février 1913 avec le Tr. berberum sans être
infectée par ce virus contre lequel elle était déjà fortement immunisée.
Le 5 juillet 1913, elle est inoculée sous la peau avec tout le sang d’un
Cobaye infecté par le virus de Casablanca. Le 18 août 1913, un Chien qui
reçoit dans le péritoine 155 cm3 de sang de la Chamelle s’infecte (21 jours
d’incubation). Des Chiens inoculés le II octobre et le 12 décembre 1913
avec 310 et 140 cm3 ne s’infectent pas. La Chamelle est donc guérie du
virus de Casablanca.
Elle est réinoculée le 3 avril 1914 avec ce même virus : Un Chien inoculé
dans le péritoine le 16 avril avec 220 cm3 ne s’infecte pas. La Chamelle a
donc acquis l’immunité contre le virus de Casablanca.
IL — Le Bouc El-Outaya a été inoculé la première fois avec le Tr. ber¬
berum, le 25 septembre 1905 ; il guérit de cette infection, il acquiert
l’immunité, il est rechargé 5 fois avec le même virus 11 a été infecté
ensuite par le Tr. soudanense, le 27 mai 1911, et se trouve guéri de cette
deuxième infection le 1er février 1912.
Il est inoculé le 5 juillet 1913 avec le virus de Casablanca. Le 7 août
1913 un Chien est inoculé dans le péritoine avec 100cm3 de sang; il
s’infecte après 3 semaines d'incubation, mais les Chiens inoculés le 27 sep¬
tembre, le LS novembre 1913, le 6 mars 1914, avec 120, 105 et 130 cm3,
ne s’infectent pas.
111. — La Chèvre El-Outaya a été inoculée le 28 novembre 1904 avec
le Tr. berberum, elle guérit et acquiert l’immunité, elle est rechargée avec
le même virus à 5 reprises. Elle est infectée le 21 mai 1911 avec le 7r.
soudanense, et se guérit de cette 2* infection en 1912.
Elle est inoculée le 5 juillet 1913 avec le virus de Casablanca. Le 7 août
95 cm3 de son sang inoculés dans le péritoine infectent un Chien en
3 semaines. Des Chiens inoculés le 27 septembre, le 18 novembre 1913, le
6 mars 1914, avec 140, 120 et 130 cm3, ne s’infectent pas.
La Chèvre est inoculée une 2,; fois avec le virus de Casablanca le 27 mai
1914, des Chiens inoculés le 10 juin et le 24 juillet 1914 avec 140 et
130 cm3 de sang ne s’infectent pas.
11. — Inversement une Chèvre immunisée envers le virus de Casa¬
blanca est infectée parle Tr. berberum dudebab.
IV. — La Chèvre Scylla est inoculée le 3 décembre 1913 sous la peau
avec le virus de Casablanca (sang de Cobaye). Un Chien est infecté le
29 décembre 1913 par l’inoculation intrapéritonéale de 80 cm3 de sang
(incubation 8 jours). Mais la Chèvre guérit vite, et les Chiens inoculés le
Tl mars 1914 (70 cm3), le 7 avril (160 cm3), le 7 avril (140 cm3), le 11 mai
(180 cm3), ne sont pas infectés.
La Chèvre guérie a acquis l’immunité envers le virus de Casablanca : en
effet elle est réinocuiée le 30 juin 1914 avec ce virus, et lorsqu’elle est sai¬
gnée ensuite, son sang n’infecte pas les Chiens.
Le 11 décembre 1914, elle est inoculée avec le Tr. berberum. Le 4 janvier
1915, 120 cm3 de sang infectent un Chien (incubation 9 jours', le même
jour 200 cm3 infectent un autre Chien (incubation 7 jours). Le 6 mars
120 cm3 infectent un Chien (incubation 36 jours).
Séance du 21 Juillet i 9 1 5
437
III. — Une Chamelle et une Chèvre immunisées contre le virus de
* 9 •
Casablanca s infectent par le Tr. equiperdum.
V. — La Chamelle dont l'observation est rapportée plus haut, infectée le
5 juillet 1913 avec le virus de Casablanca, est guérie à partir d’octobre
1913 de ce virus. Elle est rechargée le 3 avril 1914 avec le meme virus.
Le 16 avril 220 cm3, de sang n’infectent pas un Chien. Le 11 décembre 1914
la Chamelle est inoculée avec le Tr. equiperdum. Le 8 février 1915 un
Chien inoculé avec 120 cm3 s’infecte (incubation 32 jours), un autre
s’infecte avec 120 cm3 (incubation 59 jours). Le 10 mars deux Chiens ino¬
culés chacun avec 120 cm3 s’infectent (incubation 38 et 30 jours). Trois
Chiens inoculés le 20 avril (120 cm3, 100 cm3) et le 3 juin 1915 (200 cm3)
ne sont pas encore infectés le 5 juillet 1915.
VI. — La Chèvre Cassandre est inoculée le 17 septembre 1913 avec le
virus de Casablanca (sang de Cobaye). Le 20 octobre 1913, un Chien est
infecté par 90 cm3 de sang (incubation 43 jours). Le 29 décembre 1913 un
Chien est infecté par 100 cm3 (incubation 12 jours). Le 1 1 mars 1914 un
Chien n'est pas infecté par 70 cm3.
Le 30 juin 1914 la Chèvre est réinoculée avec le virus de Casablanca.
Le 15 février 1915 la Chèvre est inoculée avec le Tr. equiperdum en
même temps que deux Chèvres témoins. Le 8 mars un Chien inoculé avec
120 cm3 du sang de la Chèvre s’infecte (incubation 21 jours). Le 24 avril
un Chien inoculé avec 120 cm3 s’infecte (incubation 25 jours). Les 2 Chè¬
vres témoins infectent de même les Chiens inoculés avec leur sang, et
l’incubation chez ces Chiens est de 20 jours, 18 jours, 39 jours, 1 1 jours.
En résumé, les expériences d’immunité croisée, montrent, en
premier lieu, que le virus de Casablanca est différent du debab
nord africain et du tahaeja soudanais . En effet :
iü Une Chamelle, un Bouc, une Chèvre immunisés envers le
Tr. berberum et envers le Tr. soudanense prennent le virus de
Casablanca.
20 Inversement, une Chèvre immunisée envers le virus de Casa¬
blanca s’infecte par le Tr. berberum.
En second lieu ces expériences montrent que le virus de Casa¬
blanca est différent de la dourine, car :
3° Une Chamelle et une Chèvre immunisées envers le virus de
Casablanca s’infectent par le Tr. equiperdum.
Par conséquent, le virus provenant d’une épizootie équine
sévissant en 1911 à Casablanca est différent des deux Trypano¬
somes pathogènes connus jusqu’ici dans l’Afrique du nord :
Tr. berberum et Tr. equiperdum . Il doit être considéré comme
une espèce différente pour laquelle nous proposons le nom de
Trypanosoma marocanum.
Il faut encore retenir de ces recherches ce qui concerne la
sensibilité des Ruminants à la Dourine : elles confirment la
438
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sensibilité de la Chèvre et établissent, pour la première fois,
croyons-nous, la sensibilité du Dromadaire.
Nous tenons à remercier en terminant cette note notre bon
collaborateur L. Landes de son aide dévouée.
Institut Pasteur d'Algérie.
le passage des Trypanosomes dans le lait
Par A. LANFRANCHI.
Les recherches de Bruce, Mœllers, G. Martin et Ringenbach,
Lebœuf, Hindle, Yakimoff et Schiller, B. T. Terry, Neiva, etc.,
ont démontré qu’un nombre assez considérable des différents
trypanosomes peuvent passer à travers les diverses muqueuses
saines.
A côté de cette constatation, il devient naturellement inté¬
ressant de savoir si les trypanosomes peuvent passer dans le
lait.
Nattan-Larrier (i) le premier, a considéré cette importante
question et, après des recherches faites avec le T. equiperdum
et le T. cruzi , vient à cette conclusion :
c( Le Schizotrypamun cruzi passe constamment dans le lait
« des femelles infectées, tandis que le Trypan. de la dourine ne
« se montre que par exception dans la sécrétion lactée ».
Dans nos recherches que nous conduisons depuis le mois de
janvier 19 14, nous avons expérimenté avec différentes espèces
de trypanosomes : Brucei , Euansi\ rhodesiense et ganibiense (2).
Sur des chiennes qui venaient de mettre bas, nous avons fait
des inoculations de virus dans la veine (3).
(1) Nattan-Larrier, Revue de Pathologie comparée , décembre 1910, p. 282.
(2) Les virus nous ont été donnés par M. le Professeur F. Mesnii., que nous
sommes heureux de remercier. Ces virus sont les mêmes qui ont servi dans
les expériences du mémoire : « Su la possibile trasmissione delle tripa-
nosomiasi animali nell’ uomo ». Bollettino dette scienze mediche. 1 9 1 5 .
Bolo^-na.
(3) La quantité de virus inoculé a été toujours de 2 cm1 2 3 d’une solution
citro-sodique de sang de cobaye, et la solution contenait à peu près 10-12 try¬
pan. par champ microscopique de 35o diamètres.
Séance du 21 Juillet 1916
439
Notre but était le suivant :
a) Etablir si les nouveau-nés nourris à la mamelle contracte¬
raient l’infection ;
b) Etablir s’il est possible de mettre en évidence les trypan.
par l'examen direct du lait ;
c) Etablir si le lait était infectant par l’inoculation directe
dans le péritoine des rats et des souris.
Recherches avec le virus nagana.
Chienne de race poméranienne, âgée de 30 mois. La nuit du 11 jan¬
vier 1914, metbas quatre petits. L’inoculation du virus est faite le 12 à 15h.
L’examen du sang montre, le 18, des trypan. rares ; les 1 9-20-21 -22, les
parasites sont nombreux ; les 23-24-25, ils sont absents; le 26, rares : les
27- 28, nombreux et le 29 très nombreux. La chienne meurt dans la nuit
du 29-30 janvier.
Les résultats obtenus concernant nos recherches, sont les
suivants :
a) Le 24 janvier, deux petits chiens viennent à mourir. Les divers
examens du sang sont négatifs. Le sang du cœur et l’extrait obtenu avec
divers organes est inoculé à deux rats. L’un de ceux-ci présente, le 27,
quelques parasites dans le sang, qui augmentent considérablement les
28- 29 et il meurt le 30 ; — l’autre présente, le tor février, des trypan. rares,
les 3-4 février nombreux, le 5 très nombreux, meurt le 6. Les deux autres
petits chiens succombent le 31 janvier sans jamais présenter de trypan.
dans le sang. Des rats inoculés, l’un présente des trypan. rares le 9 février
et vient à mourir le 16 ; l’autre présente des trypan. le 12 et meurt le 18.
b) L’examen microscopique du lait, qui a été toujours fait, quand les
trypan. étaient très nombreux dans le sang et pendant les périodes de
crise, a été constamment négatif.
c ) Le lait était en plus inoculé à des rats et il s’est montré virulent le
19. En effet, le rat qui avait reçu l’injection, présenta le 22 des tryp. rares,
le 23 de nombreux, allant en augmentant jusqu’au 26, date de la mort.
Recherches avec le virus rhodesiense.
Chienne bâtarde, âgée de 36 mois. Le 11 avril 1914, met bas quatre
petits; le 12, à 15 b., l’animal est inoculé dans la veine; le 17, le sang
contient des tryp. rares qui deviennent nombreux le 6 mai, jour de la
mort.
Résultats obtenus :
a) Aucun des quatre petits chiens ne succombe. Le sang se montre
toujours stérile, soit à l’examen microscopique, soit par l’inoculation
aux souris,**
b) L’examen microscopique du lait est toujours négatif.
c) Les différentes souris inoculées avec le lait, aux divers jours, ne
contractent pas l’infection, sauf celle inoculée avec le lait le 3 mai. Après
440
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
24 h., elle présenta des tryp. dans le sang et la durée de l’infection fut de
7 jours.
Recherche avec le virus surra.
Petite chienne terrier, âgée de 24 mois. Le 24 mai, met bas deux petits.
L’inoculation du virus a été faite le 25 à 15 h. On observe des tryp. rares
les 29-30-31 ; nombreux les 1ei‘-2-.3 juin ; absents les 4-5-6-7 ; tryp. rares
le 8 ; l’infection va toujours s’aggravant et l’animal vient à mourir le
27 juin.
Les résultats obtenus dans les différentes recherches ont été
tous négatifs.
a) Les deux petits ont survécu ; leur sang n’a jamais été infectant pour
les souris.
b) L’examen microscopique du lait a été toujours négatif, même quand
les tryp. étaient plus nombreux que les hématies.
c) Aucune des souris inoculées avec le lait ne s’est infectée.
Recherches avec le- virus gambiense.
Chienne terrier, âgée de 3 ans. Le 23 juin, met bas sept petits, que nous
laissons expressément tous à la mamelle. Le 24, à 15 b., la chienne est
infectée et présente le 30 des tryp. rares, qui deviennent nombreux le
4 juillet. Le 5, elle présente une crise trypanolytique ; le 9 et le 10, les
trypan. sont nombreux, puis disparaissent; le 14, ils sont nombreux et
augmentent jusqu’au 16, jour de la mort.
Résultats obtenus :
a) Un des chiens vient, à mourir le 7 juillet. Le sang du cœur et l’extrait
obtenu avec divers organes infecte deux souris. Quatre autres petits
chiens meurent les 13-16 juillet, mais ne donnent pas de produits infec¬
tants pour les souris. Des deux autres, un vient à mourir le 4 août, l’autre
le 6 et leur produit infecte la souris.
b) L’examen microscopique du lait est toujours négatif.
c) L’inoculation dans le péritoine des souris est toujours négative, sauf
pour la souris faite avec le lait recueilli le 4 juillet. Cette souris présente
des trypan. après 9 jours d’infection et l’animal meurt le 2! juillet.
Tout en tenant compte du petit nombre de nos recherches,
on voit cependant que les résultats obtenus présentent un inté¬
rêt indiscutable. Nous avons démontré que les virus brucei ,
rhodesiense, gambiense , passent dans le lait. Pour les virus
nagana et gambiense, les résultats obtenus dans le premier
ordre de recherches le démontrent en effet, les 4 petits de la
chienne infectée de nagana contractent l’infection ; pour le
virus gambiense , les résultats positifs ont été observés sur un
Séance du 21 Juillet i 9 i 5
441
seul petit chien, mais cependant cet unique résultat positif a
une valeur absolue.
Terry (i) a démontré en effet que seulement la moitié des
rats inoculés avec les virus nag'ana, surra, dourine, caderas,
par voie intra-stomacale, contractent l'infection.
Nattan-Larrier (/. c .) fait observer lui aussi que l’injection
intra-pharyngienne n'est pas toujours positive et que seulement
4 des 6 souris inoculées avec le Tnjp. cruzi ont contracté l’in¬
fection.
Pour ce qui regarde nos recherches, on pourrait nous objecter
que les petits chiens ne se sont pas infectés directement avec le
lait, mais, au contraire, en raison de petites solutions de conti¬
nuité des mamelons et, consécutivement, par le sang qui en
sortait plus ou moins riche en trypanosome.
Il va sans dire que, pendant la durée de l’expérience, nous
avons toujours porté l'attention sur l’état des mamelons, et en
plus il y a à considérer les résultats obtenus à la lettre c de
chaque série d’expériences. En effet, si l’examen microscopique
du lait a été négatif, cependant, à certaines périodes, il conte¬
nait siirement des trypan., car les rats et les souris inoculés con¬
tractèrent l’infection. Evidemment, la constatation faite à propos
de chaque virus, que le lait s’est montré infectant une seule
fois pendant l’infection, nous autorise à dire que les virus pas¬
sent exceptionnellement dans le liquide de sécrétion mam¬
maire.
Si nous examinons les trois chiennes pour voir s’il y a un
rapport entre l’évolution de l’infection et le passage des trypan.
dans le lait, nous pouvons constater que, dans aucune circon¬
stance, le lait n'était infectant pendant les crises trypanolyti-
ques. Pour les virus nagana et gambiense , le lait était infectant
dans la première période de la maladie ou, pour mieux dire,
le premier jour où les trypan. étaient nombreux dans le sang.
Pour le virus rhodesiense , au contraire, le lait était infectant à
la dernière période de la maladie, et j ustement quand les try¬
pan. étaient très nombreux dans le sang.
Enfin, le virus surra ne nous a pas permis de constater le pas¬
sage de parasites dans le lait. Cela n’exclut cependant pas que
(i) B. -T. Terry. Intra-stomachal and intra-intestinal inoculation of trypa¬
nosome virus with tests for immunity. Journ. of exper. Med., 1911, pp. 526-
534.
442
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
le virus, dans d’autres conditions, ne puisse passer. Et à ce
propos, on peut se demander quelle importance peut avoir le
degré de fonctionnement de la glande mammaire en rapport
avec un état morbide de l’animal. A ce propos je rappelle que,
des 4 chiennes, seulement celle inoculée avec YEvansi n’a mis
bas que deux petits et que, en conséquence, la glande mam¬
maire n’a pas fonctionné aussi intensivement que dans les
autres cas. Nous voulons donc conclure en affirmant que :
i° Le passage dans le lait des Trypan. bracei , rhodesiense ,
gambiense , est possible.
2° Les animaux infectés avec les virus bracei et gambiense peu¬
vent infecter les nouveau-nés par l’allaitement.
[Travail du Laboratoire de F Institut de Pathologie
et Clinique Médicale Vétérinaire de I Université
royale de Bologne , Italie).
Au sujet d'un Trypanosoma gambiense
qui, conservé depuis i 2 ans chez des animaux,
est resté résistant au sérum humain
par A. LAVERA N
J’ai montré, en 1904, que le sérum humain normal actif, à
titre préventif et à titre curatif, sur les virus des trypanosomiases
animales, était inactif sur le Trypanosoma gambiense agentordi-
naire de la maladie du sommeil (i). La résistance du Tr. gam¬
biense au sérum humain persiste alors même que le parasite a
subi un grand nombre de passages par animaux. Un virus
conservé dans mon laboratoire depuis 9 années, presque toujours
sur cobayes, examiné en 1912, n’était pas devenu sensible au
sérum humain (2).
Mesnil et Ringenbach ont constaté cependant qu’un Tr. gam¬
biense conservé depuis 7 ans sur animaux montrait une certaine
(1) A. Laveran, Académie des Sciences , 22 février 1904.
(2) A. Laveran et Nattan-Larrier. Académie des Sciences , 2 janvier 1912.
Séance du 21 Juillet 1910
443
sensibilité au sérum humain (1), ce qui a été confirmé par de
nouvelles recherches de notre collègue M. Mesnil (2).
De 1912 à 1 9 1 4 > la sensibilité au sérum humain du trypano¬
some conservé sui* souris dans le laboratoire de M. Mesnil a
notablement augmenté. « Alors que, en 1912, Je sérum à la dose
de 1 cm3, donné en mélange avec les trypanosomes (o cm3 1
d’un sang citraté riche en parasites), ne protégeait complète¬
ment les souris que quand il était frais (sang prélevé le jour
même ou la veille), et encore dans la proportion d?un tiers
environ, en 1914? écrit notre collègue, aucune des souris qui a
reçu du sérum de 24 ou de 48 heures ne s’est infectée ; même du
sérum de 3 jours a protégé 2 souris sur 3; le retard dans l’infec¬
tion peut encore être notable avec des sérums de 12 jours ».
Il m’a paru intéressant de rechercher si le Tr. cjambiense
conservé dans mon laboratoire, et sur lequel le sérum humain
normal s'était montré tout
sensible à ce sérum après
à fait inactif en 1912, était devenu
12 ans de séjour chez les animaux
(cobayes presque toujours).
Le sérum humain qui a servi aux 2 expériences relatées ci-
dessous m’a été fourni très obligeamment par M. Latapie, il a
été employé dans les 48 heures qui ont suivi la prise de sang. •
Expéhience I. — 1° Un cobaye pesant 380 g. reçoit, le 3 février 1915,
sous la peau, 4 gouttes du sang fortement dilué d'un cobaye infecté par
Tr. gambiense , mélangées à un demi-centimètre cube de sérum humain ;
l’injection est faite après 10 minutes decontact du sang et du sérum. — Du
10 février au 29 mars, tous les examens du sang sont négatifs. — 2 avril,
trypan. très rares. — 21 avril, trypan. rares. — 24 avril, assez nombreux.
— 27 et 30, très nombreux. — 3 et 7 mai, assez nombreux. — 10 mai,
non rares. — 20 et 20 mai, assez nombreux. — 29, rares. — 1er juin,
assez nombreux. - — Le cobaye meurt le 4 juin 1915 ; il pèse 430 g. — La
rate hypertrophiée pèse 2 g. Rien d’autre d’anormal.
2° Un cobaye pesant 340 g. reçoit, le 3 février 1915, sous la peau, la
même quantité de sang virulent que le cobaye n° 1, mélangée à 1 cm3 de
sérum humain : l’injection est faite après 10 minutes de contact du sang
et du sérum. — Du 13 février au 4 mars, tous les examens du sang sont
négatifs. — 5 mars, trypan. rares. — 7, assez nombreux. — 9 et 11, nom¬
breux. — 13, très nombreux. — 15 et 17, nombreux. — 20, assez nom¬
breux. - 23 et 26, examens du sang négatifs. —.29, trypan. mon rares. —
2 avril, nombreux. — ks 7 et 10, assez nombreux. — 13 au 21, nombreux
ou assez nombreux. — Le cobaye meurt le 22 avril 1915 ; il pèse 500 g.
Hémorragie intrapéritonéale abondante. Rate énorme pesant 30 grammes.
La capsule présente au bord antérieur de la rate, vers la partie moyenne,
(1) F. Mesnil et Ring en b a cm, Acad, des Sciences, ier juillet 1912.
(2) F. Mesnil, Soc. de Biologie , 2O décembre 1914.
444
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
une déchirure longue de 1 centimètre ; à la coupe de la rate, foyer rempli
de sang et de caillots.
3° Un cobaye pesant 380 g. reçoit, le 3 février 1915, sous la peau, la
même dose de sang virulent que les cobayes 1 et 2, sans mélange à du
sérum humain. — Du 10 février au 1er mars, tous les examens du sang
sont négatifs. — 4 mars, trypan. non rares. — 7, assez nombreux. —
1 1 , très nombreux. - 13 au 15, nombreux. — 17 et 20, très nombreux.
— 23, nombreux. — 26, assez rares. — 2 avril, très rares. - 4, non rares,
anémie très marquée, sang pâle. — 15, trypan. assez nombreux. — Le
cobaye meurt le 18 avril 1915 ; il pèse 360 g. ; la rate hypertrophiée pèse
3 g.; rien d’autre d’anormal.
Expérience 11. — U Un cobaye pesant 340 g. reçoit, le 7 février 1915,
sous la peau, 2 gouttes de sang dilué d’un cobaye infecté par Tr. gam-
biense , mélangées à un demi-centimètre cube de sérum humain ; l’injec-
tîon est faite, après 10 minutes de contact du sang et du servi m. — 17 au
2:4 février, examensdu sang négatifs. — 27, trypan. très rares. — 2 mars,
trypan. assez nombreux. — 4 mars, trypan. nombreux. — Du 5 au 9 mars,
on note trypan. nombreux ou assez nombreux. — 11 mars, trypan. très
nombreux. — 15 mars, trypan. nombreux, anémie très marquée. —
20 mars, trypan. très nombreux. — Le cobaye meurt le 23 mars 1915;
il pèse 340 gr. ; la rate hypertrophiée pèse 3 gr. Aucune autre lésion à
noter.
2° Un cobaye pesant 350 gr. est inoculé, le 7 février, dans les mêmes
conditions que le cobaye n° l, à cela près que le sang virulent est mélangé
à 1 cm3 de sérum humain. L’injection est faite sous la peau après 10 minu¬
tes de contact du sang et du sérum. — Du 17 au 27 février, examens néga¬
tifs du sang. — 2 mars, trypan. rares. — Du 4 au 9 mars, examens néga¬
tifs du sang. — I l mars, trypan. très rares — 13 mars, rares. — 15, non
rares. — 17, assez nombreux.' — Du 20 au 26 mars, trypan. nombreux.
— Du 29 mars au 4 avril, asseznombreux. — Du 7 au 13 avril, non rares.
— 15 avril, trypan. nombreux. — 18 avril au 20 mai, rares ou très rares.
— 23 mai au 4 juin, examens du sang négatifs. — ■ 7 et 13 juin, trypan.
très rares. — 16 au 27 juin, examens négatifs. — 30 juin au 12 juillet,
trypan. très rares. — 15, 18 et 21 juillet, examensdu sang négatifs.
3° Un cobaye pesant 320 g. reçoit, le 7 février, sous la peau, la même
dose de sang virulent que les cobayes Let2, sans mélangea du sérum
humain. — Du 15 au 27 février, examens du sang négatifs. — 2 mars,
trypan. très rares. — 4, nombreux. — Du 5 au 11 mars, assez nombreux.
— 13 et 15, nombreux. — 17, assez nombreux. — 20, nombreux. — Mort
le 23 mars 1915. Le cobaye pèse 440 g. ; la rate hypertrophiée pèse
3 g. 50. Rien d’autre à signaler.
Ces deux expériences peuvent être résumées comme il suit :
Première expérience. — Le cobaye ayant reçu le sang virulent
mélangé à 1/2 cm:! de sérum humain montre des trypan. 58 jours
après l’inoculation; il meurt au bout de 12 1 jours.
Le cobaye ayant reçu le sang virulent mélangé à 1 cm* de
sérum montre des trypan. 3o jours après l’inoculation ; il meurt
au bout de 78 jours.
Séance du 21 Juillet 1910
445
Le témoin montre des trypan. 28 jours après l’inoculation ; il
meurt au bout de 74 jours.
Chez le premier cobaye il y a eu retard dans l’apparition des
trypan. et durée plus longue de la maladie que chez le témoin;
le deuxième cobaye, celui précisément qui avait reçu la plus
forte dose de sérum, s’est comporté comme le témoin, au point
de vue de l’incubation et de la durée de la maladie.
Deuxième expérience. — Le cobaye ayant reçu le sang virulent
mélangé à 1/2 cm3 de sérum humain montre des trypan. 20 jours
après l’inoculation ; il meurt au bout de 44 jours.
Le cobaye ayant reçu le sang virulent mélangé à t cm3 de
sérum montre des trypan. 23 jours après l’inoculation, il est
encore vivant au bout de 1 58 jours, mais il n’est probablement
pas guéri.
Le témoin montre des trypan. 23 jours après l’inoculation; il
meurt au bout de 44 jours.
Le premier cobaye s’est comporté exactement comme le
témoin; le deuxième s’est comporté comme le témoin au point
de vue de l’incubation, mais chez lui l’infection a pris une
forme traînante.
En somme les 4 cobayes inoculés avec du virus mélangé au
sérum humain se sont tous infectés; 2 se sont comportés comme
les témoins au point de vue de l’incubation et de la durée de
l’infection ; dans un cas il y a eu retard dans l’apparition des
trypanosomes et durée plus longue de la maladie ; dans un autre
cas la durée de l’incubation a été normale, mais la durée de
l’infection (non terminée) a été très longue.
Dans ce dernier cas, je doute qu’il faille attribuer au sérum
humain la longue durée de l’infection; en effet, la durée de
l’incubation a été la même que chez le témoin et, dans ces der¬
niers temps j'ai observé, chez des cobayes inoculés avec le Fr.
gcinibiense dans les conditions normales, des infections traî¬
nantes ; l’un d eux a résisté plus de 9 mois ! Chez le cobaye n° 1
de la première expérience, le sérum paraît avoir agi (incubation
prolongée), mais faiblement, puisque le cobaye s’est infecté.
Il résulte des expériences relatées ci-dessus, que la séro-résis-
tance du Tr. gambiense conservé depuis 12 ans dans mon labo¬
ratoire s’est très peu modifiée pendant ce long espace de temps,
ce qui démontre une fois de plus que, au point de vue de la
446
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sensibilité au sérum humain le 1 r. gambiense se comporte tout
autrement que le Tr. rhodesiense (i).
Sur les Nématodes du genre
Camallanus Rajll. et Henry, 1915
( Cucullanus Auct. , non Mueller, 1 777)
Par A. RAILLIET et A. HENRY.
Le genre Cucullanus a été établi en 1777 par O. F. Mueller (2)
pour deux formes de Nématodes : C. cirralus et C. muticus ,
trouvées par cet auteur dans l’intestin des Gades, et qu’il a réu¬
nies en une seule espèce deux ans plus tard, sous le nom de
Cucullanus marin us (3).
A la vérité, nous n’avons pu consulter le fascicule de planches
de 1777 où sont signalées ces deux formes, mais des indications
précises et concordantes sont fournies à leur endroit par deux
auteurs de l’époque.
Goeze (4) signale le genre Cucullanus , Kappenwurm, en ces
termes : a Un genre nouveau et important, que Mueller, dans
Prodr. Zool. Dan., ne connaissait pas encore, mais dont il a
d’abord figuré deux espèces dans Icon. Zool. Dan., t. 38, espèces
qu'il a décrites dans le vol. ï, text. p. 99 : Cucullanus cirralus et
muticus. In Intestinis Gadi. »
Gmelin (5) donne de son côté les références suivantes dans sa
liste des Cucullanus, qui comprend d'ailleurs les formes les plus
disparates :
« marinus. 8. G. cinereo-luteus, anterius obtusus.
Müller zool. dan., T , p. i44,/- i-n. Schr. bcrl. Naturf., I, p. 209.
(1) A. Laveran et Nattan-Larrier, Soc. de pat h. exotique, 12 juin* 1912.
(2) O. Fr. Mueller. Zoologiœ danicæ seu animalium Daniæ et Norvegiœ
rariorum ac minus notorum Icônes. Fasc. 1. Havniæ, 1777.
(3) Id. Zoologia danica seu animalium Daniæ et Norvegiœ rariorum ac
minus notorum descriptiones et hist.oria. Vol. I. Havniæ et Lipsiæ, 1779.
Voir p. 99-101.
(4) J. A. E. Goeze. Versuch einer Naturgeschichte der Eingeweidewürmer
thierischer Kôrper , 1782, p. 128.
(5) Gmelin. Caroli a Linné Systema naturœ , lom. I, pars VI, 1790, p. 3o52.
Séance du 21 Juillet 191a 447
« cirratus. a. Mail. zool. dan., I, p. \-q,rar. I ,p. 99.
« muticus. p. C. Mail. zool. dan., I ,p. i44Sl/- 8-1 1, rar. I ,p. 99.
« Habitat in gadorum plarirnorum intestinis », etc.
Mais nous avons pu consulter directement le vol. 1(1779) de
la Zoolocjia danica , contenant l’explication des planches du fas¬
cicule I ( r 777) - On y trouve, p. 99-101, la description détaillée
du Cacallanus marinas, suivie de l'explication des figures i-ri
de la planche XXXVIII, qui s’y rapportent (1). Les figures 1-7
ont bien trait à la forme dite « G. cirratus », qui n’est autre
qu’une femelle dont le corps, rompu en arrière de la vulve, laisse
échapper les tubes génitaux (au nombre de six !) comparés aux
tentacules de l’Hydre fl u via ti 1 e et décrits comme des cirres ; les
figures 8-1 r représentent le mâle et la femelle dite ici « C. inte-
ger », correspondant à des exemplaires complets.
Le type du genre Cacallanus est donc nécessairement repré¬
senté par l’une des deux formes C. cirratus ou C. muticus
(= G. integer), et si nous avons choisi naturellement la première,
le fait est sans importance, puisque les deux ne constituent
qu’une seule et même espèce.
Or, il est facile de reconnaître qu’il s’agit là du parasite
auquel Rudolphi a donné en 1809 le nom de Cacallanus fou eo-
latus et qui, selon Schneider, serait identique au Dacnitis esu-
riens Duj., j 845, des Pleuronectes, type probable du genre
Dacnitis.
Le nom de Cacallanus Mueller, 1777, ne peut donc s’appliquer
qu’aux formes actuellement rangées dans le genre Dacnitis Duj.,
i845, et que nous avons classées dans la famille des fleterakidæ.
Mais ce genre est tout à fait distinct de celui auquel Dujardin,
et à sa suite tous les auteurs modernes, ont appliqué le nom de
Cacallanus, et dont le type est représenté par le Cac. elecfcins
Zeder, des Poissons d’eau douce. Il était donc nécessaire de
changer la désignation de celui-ci : nous avons proposé le terme
Camallanas , établi sur le même plan que son aîné, d’après la
remarque de Goeze que la tête, en raison de la striation des
valves buccales, ressemble à un camail d’apiculteur ( camallus ,
camail) (2).
(1) Cette planche se retrouve dans l'édition de 1788 ; en outre, les figures 1-1 1
ont été reproduites par Bruguière dans son Tableau encyclopédique , 1791,
p. 104, pl.35, fig. io-i5 et A-E.
(2) A. Railliet et A. Henry. Sur les Nématodes du genre Goezia Zeder.
Bull. Soc. Pat/i. exot., t. VIII, n° 5, 1916, p. 273.
448 ÔULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
La diagnose de ce genre peut être formulée de la façon sui¬
vante :
Camallanus Raill. et Henry, 19 r 5 ( Cucullanus Auct., non
Mueller, 1777)* — Polymyaires (Schneider), secernentes (Lins-
tow). Cuticule finement striée en travers. Corps habituellement
rouge, obtus en avant, un peu atténué en arrière. Tête à deux
valves dorso-ventrales limitant une bouche en fente transversale
et une capsule buccale elliptique à l’entrée, ronde en arrière,
dont la paroi interne présente des côtes longitudinales parallèles
se terminant parfois à la marge buccale sous forme de denticules.
Cette capsule buccale porte en arrière et en dehors un appareil
chitineux formé de deux bandes transversales réunies en une
sorte de cravate (apophyse Rud.) de laquelle part, de chaque
côté, un trident dirigé en arrière, dont les branches latérales
servent à l’insertion des muscles moteurs des valves buccales.
Elle se termine par un bourrelet circulaire (pharynx Duj.) à son
entrée dans l’œsophage. Œsophage formé en général de deux
parties : une antérieure musculeuse assez claire, une postérieure
glanduleuse plus foncée et renflée en massue.
Male à queue recourbée ou enroulée, portant des ailes cuticu-
laires (bourse caudale) peu saillantes et des papilles en nombre
variable, la plupart cosliformes. Un seul spiculé, parfois accom¬
pagné d’une pièce accessoire plus petite.
Femelle plus grande, à queue droite, conique, parfois avec
deux papilles latérales subterminales. Vulve saillante vers le
milieu du corps. Vivipare.
Le développement comporte le passage par un hôte intermé¬
diaire.
Hab. — 1 ,es adultes vivent dans l'intestin ou l’estomac des
Poissons, Batraciens et Reptiles. Les larves ont été rencontrées
dans le corps des Crustacés (Copépodes) ou des larves d’insectes
aquatiques, parfois dans les yeux des Poissons.
Espèce type : Cucullanus elegans Zeder, 1800 ~ Echinorhyn-
chus lacustris Zoega, 1776.
On trouve plus de 5o noms spécifiques ayant été appliqués à
des formes de l’ancien genre Cucullanus , dans lequel on a fait
rentrer non seulement des Nématodes appartenant aux groupes
les plus variés, mais jusqu'à un Trématode.
En fait, le genre que nous venons de caractériser ne renferme
449
Séance du 21 Juillet 1910
’ •
encore qu'un petit nombre de formes, dont nous essayons de
dresser ici un simple tableau :
1. Camallanus lacustris (Zoega, 1776). — Syn . : Echinorhyn-
chus lacustris Zoega, 1776; Caciillanus lacustris Mueller, 1779 ;
Cuculanus viviparus Bloch., 1782, non Linstow, 1906 ; Cuculla-
nus elegans , G. coronatus , C. papillosus , C. armatus Zeder, 1800 ;
Cuc. truncatus Rud., t 8 r 4 *
Hab. — Estomac, intestin ou appendices pyloriques de nom¬
breux Poissons d'eau douce : Perça jluuiatilis , Lucioperca sandra ,
Acerina cernua , H. schraitser , Aspro z ingel ; Leuciscus rutilus ,
Aspius rapax, Barbus Jluuiatilis , T7 inca uulgaris ; Esox lucius ; Lota
uulgaris ; Salmo salar, Trutta trutta, Tr. lacustris , Saluelinus
fontinalis, Coregonus oxyrhynchus ; Osmerus eperlanus ; Silurus
glanis ; Anguilla uulgaris.
Larves (Oxguris uelocissinia Nordm., i 8, J 2 ; Ascaris uelocissima
Djes., 1 85 r ) : corps vitré de Perça Jluuiatilis ; Acerina cernua et
Lucioperca sandra; cavité du corps des petits Cyclopes d’eau
douce, plus rarement des larves de Libellules ( Agrion ), où elles
accomplissent normalement leur évolution.
2. Camallanus fœuiconchus (Wedé, 1861). — Syn. iCucullànus
lœuiconchus Wedl, t 86 r .
Hab. — Estomac du Sgnodontis schal , Siluridé d’Egypte.
3. Camallanus tridentatus (Drasche, i 883) . — Syn. : Cucuf la-
nus tridentatus Drasche, i 883 .
Hab. — Estomac du Vastres cuuieri , Poisson des grandes
rivières, au Brésil, par Natterer.
4. Camallanus papillifer (Molin, i 858) . — Syn. : ? Cucullanus
Acci penser is, nom. nud. Abjldgaard, 179b; ? Cucullanus acipen-
seris Deslongchamps, 1824; Cucullanus papillijerus Molin, i858.
Hab. — Estomac de l’Esturgeon commun i^Aci penser sturio), à
Padoue. par Molin.
Probablement identique à celui qui avait été trouvé chez le
même hôte, à Copenhague, par Abildgaard.
5. Camallanus melanocephalus (Rud., 1819). — Syn. : Cuculla¬
nus melanocephalus Rud., 1819.
Hab. — Parasite des Scombridés : appendices pyloriques de
Pelamys sarda , Auxis bisus, Scomber scolias , à Naples, par
450
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Rudolphi ; intestin de Thtjnnus thgnnus , près de l’équateur, par
Natterer et Poiil.
6. Camallanus nigrescens (Linstow, 1906). — Syn. : Cucullanus
nigrescens Linstow, 1906.
Hab. — Intestin de Rana kexadactgla. Musée de Kônigsberg.
7. Camallanus microcephalus (Duj., 1 845) . — Syn. : ? Cuculla-
nus Test ad if iis nom. nud. Rud., 1819; Cucullanus microcephalus
Duj., i845.
Hab. — Intestin d 'Emgs lutaria , à Vienne, sans doute par
Bremser ; à Padoue par Molin.
8. Camallanus dumerili (Perrier, 1871). — Syn. : Cucullanus
Dumerilii Perrier, 1871, non Linstow, 1897.
Hab. — Intestin d 'Emgs picta , au Muséum de Paris, par Per¬
rier. Stossich (1891) a trouvé dans l’intestin d’une Emgs lutaria
un exemplaire mâle, en assez mauvais état de conservation, qu’il
a cru pouvoir rattacher à cette espèce.
Cette forme est du reste presque certainement identique à la
précédente, dont elle possède l’œsophage simple, en massue.
Les différences relevées ne dépassent pas les limites des varia¬
tions individuelles possibles.
9. Camallanus trispinosus (Leidy, 1 85 t ) . — Syn. : Cucullanus
trispinosus Leidy, i 85 i ; Cucullanus microcephalus Dies. , i85i,
pro parte, et Leidy, i856.
Hab. — Intestin grêle d 'Emgs guttata, par Leidy, à Philadel¬
phie ( 1 85 1 ) ; estomac et intestin grêle d ' E. guttata , E. reticulata y
E. serrata et Chelgdra serpentina , par Leidy ( 1 856) .
C’est vraisemblablement cette même forme que Diesing a
décrite sous le nom de Cucullanus microcephalus Duj., comme
trouvée dans l’intestin d 'Emgs lutaria, d’après la récolte de
Bremser, dans l’estomac et l’intestin grêle de Rhinemys depressay
dans l’intestin grêle de Podocnemis tracaxa et P. expansa , d’après
la récolte de Natterer au Brésil.
A supposer même que les trois pointes caudales aient échappé
à Dujardin, il apparaît bien que Diesing a eu affaire, comme
Leidy, à une espèce particulière, vivant chez les tortues palus¬
tres américaines. Dans ces conditions, le parasite à’ Emgs lutaria
seul appartiendrait à l’espèce C. microcephalus.
Séance du '21 Juillet 1916
451
10. Camallanns confusas nov. nom. — Svn . : Cucullanus Dume-
rilii Linstow, 1897, non Perrier, 1871.
Hab. — Emys sp., an Jardin zoologique de Hambourg’, parle
Dr Bolau.
Par la constitution et la longueur de l’œsophage, la situation
du pore excréteur et du cloaque, le nombre des côtes buccales,
l’aspect de la queue, la situation du rameau spiculaire et l’ab¬
sence de pièce accessoire, cette forme semble en réalité bien dis¬
tincte du C. dumerili Perrier. Elle se rapproche beaucoup plus
du C. trispinosus Leidy.
11. Camallanns nndulatns nom. nov. — Syn. : Cucullanus viui-
parus Linstow, 1906, non Bloch, 1782.
Hab. — Intestin de Damonia Reuesii et Cisternon. Musée de
Kônigsberg.
Il nous reste à mentionner deux formes qui nous paraissent
avoir été classées à tort, par les auteurs modernes, dans le genre
Cucullanus entendu dans le sens de Dujardin :
i° Cucullanus orthagorisci (Rud., 1819). — Svn. : Ascaris
Orthragarisci ( sic) Rud., 1819; Cucullanus ? orthagorisci Stos-
SICH, 1898.
Hab. — Forme larvaire recueillie dans l'intestin de Y Ortha-
goriscus mola, par Stossicii, à Trieste, et assimilée par lui à de
petits vers trouvés à Naples, par Rudolphi. dans l’eau où il avait
placé la veille les intestins du même Poisson.
Rien ne prouve qu’il s’agisse d’un Camallanns. La situation
oblique de la capsule chilineuse dont est pourvue la bouche ferait
p 1 u tô t p e n s e r à un Dacn it is .
20 Cucullamus roseus Leidy, 1 8 5 1 .
Hab. — Intestin de deux Tortues de Java, Testudo sp. et Manou-
riajiisca.
Ce ver n’appartient évidemment pas à notre genre. Malgré
l’insuffisance de la description de Leidy, nous sommes plutôt
portés à le rapprocher du Cissophgllus laverani Raill. et Henry,
1912, Hétérakidé trouvé par Laveran dans l’intestin de Testudo
emgs , qui appartient à la faune indo-malaise.
Quant à préciser les affinités du genre Camallanns, la chose
nous semble pour l’instant quelque peu prématurée, faute de
posséder à son endroit des notions anatomiques suffisantes.
452 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tout ce que nous sommes à même de constater, c’est que, s'il
présente quelques points de contact avec les Ascaroidea , notam¬
ment avec le genre Cucul/anus Mueller ( Dacnitis Duj.), il semble
se rapprocher bien plutôt des S piruroidea par la constitution de
son œsophage et par son mode de développement.
Nous croyons donc prudent de le maintenir provisoirement,
comme le faisait Diesing en 1 86 1 , dans une famille isolée (Camal-
lanidœ ), dont il demeurera jusq u à nouvel ordre l’unique repré¬
sentant.
Sur quelques Œstrides du Congo
(■ Communication préliminaire )
Par J. RODHÀIN et J. BEQUAERT.
Nous avons pu réunir dans les derniers mois de nouveaux
matériaux pour l’étude des Œstrides du Congo. Comme le
mémoire complet que nous avons préparé sur ce sujet ne pourra
vraisemblablement être publié avec la célérité voulue, nous
çroyons utile de résumer dès à présent les principaux résultats
auxquels nous sommes arrivés.
I. — Larves de Phacochère
Rhinœstrus phacochæri n. sp. — L'un de nous a rencontré
dans le crâne de Phacochœrns (éthiopiens Pale, de la région de
LOuellé (Uele), des larves qui présentent les caractères essentiels
du genre Rhinœstrus Brauer. Au 5e stade elles diffèrent des
autres espèces connues du même genre par les particularités sui¬
vantes: dimensions plus réduites ; spinulation absente à la face
dorsale ; spinulation ventrale absente sur le segment céphali¬
que (i et 2) et le 12e segment ; une rangée d’épines sur le 3e seg¬
ment; 2 rangées sur les anneaux 4 à 6; 2 à 3 rangées sur les
anneaux 7 a 11, le 3° rang très incomplet.
Imago 9 c?. — D’un brun acajou, à nombreuses taches argen¬
tées ; antennes d’un brun foncé presque noir. Sculpture des tégu¬
ments très grossière, composée de grosses papules tuberculifor-
mes;les papules du dos de l’abdomen ont la forme de tubercules
Séance du 21 Juillet 19 i5
coniques à dents obtuses dirigées vers barrière ; tempes et joues
avec quelques papules noires. Nervure transverse médiane pla¬
cée au delà de l’extrémité de la branche supérieure de la pre¬
mière nervure longitudinale sur la costale. Longueur : $ :
9,0 mm. ; çj : 10 mm.
Nous ne pouvons examiner pour le moment si, à cette espèce,
appartiennent les larves trouvées dans les narines d'un sanglier
au Congo français et décrites par R. Blanchard (Ann. Soc. entom.
France, LXV, 1896, p. 668).*
IL
Larves d àntilopes
1. Œstrus aureo-argentatus Rodh. et Beq. — Nous rapportons
à cette espèce décrite par nous chez Hippotragus equinus Desm.
au Kalanga, des larves trouvées dans le crâne de Bubalis lelwel
jacksoni Thom. dans la région dé LUele ; ces larves présentent en
effet une spinulation rudimentaire dorsale; celle-ci toutefois est
nettement plus abondante chez les larves de l’œstre du Bubale,
qui offrent en outre un léger développement moindre des épines
véritables de la face ventrale.
Nous avons obtenu de ces larves plusieurs mouches 9 et ç?,
correspondant très bien à la description (VŒ. aureo-argentatus .
2. Œstrus Bertrand i n. sp. — Chez Bubalis lelwel jacksoni
Thom. dans la région de l’Uele. Les larves au 3e stade montrent
e. a. les caractères suivants : spinulation dorsale absente, même
sur le segment céphalique; spinulation ventrale présente sur
tous les anneaux, aussi sur le segment céphalique : r à 2 ran¬
gées sur le segment 3; 2 rangées sur les anneaux 4 et 5 ; 2 à
3 rangées sur le 6e anneau ; 3 rangées sur le 70 ; 3 à !\ rangées
sur les segments 8, 9 et 10 ; 2 à 3 sur le 1 1° segment et 1 à 2 sur
le 12e; les tubercules médians sont très faiblement indiqués à la
face ventrale.
La mouche adulte nous est inconnue.
3. Gedœlstia paradoxa n. sp. — Les larves de celte espèce ont
été trouvées dans le crâne de Bubalis lelwel jacksoni Thom. de
la région de l’Uele et de Damaliscus korrigurn jimeia Matsch. au
Ivi vu.
Les larves au 3° stade présentent tous les caractères de notre
genre Gedœlstia (Beu. Zoolog. Afric ., II, r 9 1 3 , p. 173) ; elles sont
très semblables à celles de G. cristata Rodh. et Beo. ; les seules
32
454
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
différences que nous avons pu découvrir chez G. paradoxa sont :
a. Un plus faible développement des bourrelets ventraux
médians.
b. Une spinulation plus abondante du bourrelet postbuccal (à
la face ventrale) (jusqu’à 6 rangées d’épines).
c. Une spinulation plus abondante des segments ventraux 5 à
12; chacun de ceux-ci porte en général une rangée d’épines de
plus que chez G. cristata.
Ces différences paraissent très minimes; pourtant elles justi¬
fient la création d'une espèce nouvelle, car les insectes adultes
que ces larves nous ont donnés s’écartent beaucoup de la mou¬
che G. cristata.
Ç. — Tête d’un blanc jaunâtre plus ou moins foncé, passant
au brun sur le milieu du front ; antennes d’un jaune brunâtre à
la base, le 3e article d’un brun presque noir; thorax d’un brun
acajou, avec 4 bandes longitudinales incomplètes plus foncées
sur le dos et une tache jaune brunâtre sale sur les flancs; scu-
tellum jaune brunâtre, à papules noires; abdomen relativement
allongé, d’un brun roux clair à la base, à la face ventrale et sur
les flancs ; d’un brun presque noir au bord postérieur du Ier seg¬
ment et sur la région dorsale des segments suivants. Pruinosité
chatoyante à peu près absente sur la tète, formant des bandes
dorées sur le dos du thorax et cachant à peu près complètement
la coloration foncière des téguments sur le dos de l’abdomen où
elle a des reflets dorés, dorés-argentés et veloutés-noirs. Front
fortement rugueux j usqu’en dessous des yeux par la présence
d’un réseau de cupules ; tempes lisses ; cupules antennaires mal
délimitées au milieu; dos du thorax semé de nombreuses petites
papules noires arrondies; scutellum portant un petit nombre de
larges papules aplaties, se fusionnant contre la suture préscu-
tellaire ; abdomen complètement dépourvu de crêtes ou papules.
Longueur: i3 à i5,5 mm.
C?. — Abdomen plus trapu que chez la Ç> de coloration brun
acajou uniforme, passant au brun plus foncé sur la ligne
médiane du dos; la pruinosité chatoyante moins vive que chez
la 9- Longueur : 12 à i4,5 mm.
4. Kir kia sp. (? Blanchardi Ged.). — Chez Babalis lelwel jacksoni
de la région de l’Uele, nous avons trouvé des larves qui appar¬
tiennent indiscutablement au genre Kirkia établi récemmentpar
Gedœlst [Bull. Soc. Path. exot ., VII, 1914, p. 210-212).
Séance du 21 Juillet 191 5
455
Larves au 3e stade. — Atteignent 3o min. de long sur 9 mm,
de plus grande largeur. Champs intermédiaires complètement
absents à la face dorsale, très réduits à la face ventrale entre
les anneaux 5 à 11 ; pas d’indication de bourrelets médians à la
face ventrale. Chaque bourrelet antennaire porte 3 points ocel-
laires. Face dorsale complètement inerme (aussi sur le segment
céphalique). Spinulation de la face ventrale: un petit groupe
d’épines sur 2 à 4 rangs sur le bourrelet postbuccal du segment
céphalique; une double rangée complète aux bords antérieurs
des segments 4 à 12, parfois avec une faible indication d’une
3e rangée ; ordinairement une seule rangée complète sur le seg¬
ment 3; sur le bourrelet médian postanal, 2 ou 3 rangées de for¬
tes épines ; en outre, sur les segments 5 à rr, on trouve latérale¬
ment près du bord postérieur un petit groupe linéaire de fortes
épines dont le nombre varie de 4 à 7. Plaques stigmatiques pos¬
térieures comme chez Œstrus ; pas de renflements coniques laté¬
raux au bourrelet médian postanal.
11 est probable que ces larves appartiennent à une des deux
espèces de Kirkia signalées par Gedœlst ; malheureusement l’au¬
teur n’a pas publié jusqu’ici de description comparative de ses
larves. Afin d'éviter l’introduction d’une dénomination nouvelle
qui encombrerait plus tard la synonymie, nous nous contenions
de fournir une description qui permettra de les reconnaître
ultérieurement.
Voici la description des mouches que nous avons obtenues
de ces larves.
Imago 9- — Tête d’un brun acajou, la face en dessous desjoues
et une tache en arrière des ocelles jaune brunâtre ; thorax d’un
brun presque noir, avec quelques taches irrégulières d’un jaune
brunâtre; scutellum jaune brunâtre clair; abdomen d’un brun
foncé presque noir, le bord postérieur des 3 segments basaux
étroitement bordé de brun roux clair ; pattes d’un jaune rous-
sâtre clair. Pruinosité argentée sur la tète, passant au jaune
doré sur le front, peu abondante et dorée sur le thorax, jaune
dorée et très vive sur l’abdomen. Le corps est très finement
rugueux, dépourvu de grosses sculptures et de papules, couvert
d’une pilosité abondante, particulièrement sur le 4e segment
abdominal. Abdomen allongé, beaucoup plus long que le thorax,
nettement aplati dorso-ventralement, à extrémité postérieure
rétrécie et courbée vers la face ventrale. Pattes longues et
436
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
robustes. Ailes à 3e nervure longitudinale recourbée en angle
presque droit avant l’extrémité distale de la ire cellule margi¬
nale postérieure; transverse apicale à tronçon basal très court
prolongé en un appendice vers l’extérieur. Longueur : 1 3 , 5 à
i4 mm.
çf. — Abdomen à coloration différant notablement de celle
de la 9 : Les deux segments basaux sont presque entièrement
d’un brun acajou, passant à des taches d’un brun noir sur la
ligne médiane du dos ; 3e segment brun noir avec 2 larges taches
latérales d’un brun acajou au bord antérieur ; segments suivants
d’un brun noir. Longueur : 12,5 à i3 mm.
5. Kirkia minuta n. sp. — Les larves de cette espèce ont été
trouvées chez Bubalis lelwel jacksoni dans la région de l'Uele et
chez Damaliscus korrigum jimela au Kivu.
Larves au 3e stade. — Elles atteignent 25 mm. de long sur
7 mm. de large. Champs intermédiaires absents à la face dorsale,
très réduits à la face ventrale entre les anneaux 5 à io ; pas de
bourrelets médians à la face ventrale. Bourrelets antennaires à
trois points ocellaires. Face dorsale complètement inerme (aussi
sur le segment céphalique). Spinulation de la face ventrale :
segment céphalique à 2 ou 3 rangées d’épines sur le bourrelet
postbuccal; 2 rangées d'épines (rarement indication d’une 3e)
au bord antérieur des segments 4 5 12 ; une simple rangée sur le
3e segment; 4 à 6 fortes épines sur le bourrelet médian postanal;
on ne trouve pas de traces de spinulation latérale près des
bords postérieurs des segments. Plaques stigmatiques posté¬
rieures comme chez Œstrus. Bourrelet médian postanal
dépourvu de renflements coniques latéraux.
Malgré l’absence de spinulation latérale aux bords postérieurs
des segments ventraux, nous croyons devoir ranger ces larves
dans le genre Kirkia de Gedœlst, dont elles offrent tous les
autres caractères.
Imago 9* — Tète d’un brun acajou, passant au brun jaunâtre
sur la face en dessous des yeux et au brun-foncé noir sur les
tempes; antennes d’un brun acajou jaunâtre; thorax brun noir,
avec des taches irrégulières d’un brun acajou, les callus humé¬
raux jaune brunâtre; scutellum brun acajou; abdomen d'un
brun foncé presque noir, la face dorsale et les flancs avec de
larges taches d’un jaune brunâtre formant des bandes transver¬
sales interrompues sur la ligne médiane; pattes d’un brun acajou,
Séance du 21 Juillet 1916
457
passant par endroits au brun noir. Téguments finement rugueux,
sans grosse sculpture ni papules, à pilosité abondante, particu¬
lièrement vers l’extrémité abdominale postérieure. Abdomen un
peu plus long que le thorax, aplati dorso-ven tralement, rétréci
et légèrement recourbé vers le bas à l'extrémité postérieure.
Pattes longues et robustes. Ailes à 3e nervure longitudinale non
recourbée en angle à l’extrémité de la ire cellule marginale pos¬
térieure ; transverse apicale à tronçon basal très court, prolongé
en un appendice vers l’extérieur. Longueur : ii,5 mm.
OBSERVATIONS GENERALES
L'étude comparative d’un grand nombre de larves et adultes
d ’Œstrinœ cavicolœ nous a amenés à discuter la valeur de cer¬
tains caractères pour la distinction des genres dans ce groupe.
Nous résumons ici brièvement les résultats auxquels nous som¬
mes arrivés, en nous réservant de revenir avec plus de détails
sur cette question dans notre mémoire in-extenso.
1. La spinulation des larves au 3e stade ne parait pas fournir
des caractères de valeur générique dans le groupe des Œstrinæ
cavicolœ.
a. Spinulation dorsale. — Elle a été considérée comme carac¬
téristique des larves de RJiinœstrns ; mais elle fait défaut chez
Rh. phacochœri Nob. qui par tous ses autres caractères rentre
indiscutablement dans ce genre. D’autre part elle existe, quoi¬
que peu développée, chez un vrai Œstrus (Œ . aureo-argentatus
Rodii. et Beq.).
b. Spinulation du segment céphalique. — Elle est excessive¬
ment variable dans les limites d’un même genre : chez Rhinœs-
trus p. ex., elle existe à la face dorsale et à la face ventrale chez
R/i. nasalis de Geer (— purpureus Brauer), Rh. hippopotami
Grünb. et Rit. Nivarleti Rodh. et Beo. ; elle manque complète¬
ment chez Rh. phacochœri Nob.
c. Spinulation latérale aux bords postérieurs des segments
ventraux. — Elle serait, d’après Gedœlst, caractéristique pour
son genre Kirkia ; mais nous avons décrit plus haut une espèce
[K. minuta Nob.) qui ne la possède pas et appartient pourtant à
ce genre par tous ses autres caractères (notamment par la pré¬
sence de trois points ocellaires). Par contre on trouve cette dis-
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
position déjà nettement indiquée chez Rhinœstrus Nivarleti
Rodh. et Beo.
2. Comment faut-il caractériser les genres à'Œstrinœ cavicolœ'ï
— A notre avis on ne peut pas, pour la classification de ces
insectes, s’écarter des règles admises pour la systématique géné¬
rale de l'ordre des Diptères. Dès lors il ne nous paraît pas discu-
tarbte qu’il faut attribuer une importance primordiale aux carac¬
tères des insectes parfaits. Une classification basée exclusive¬
ment sur les caractères des larves ne peut être que provisoire
et ne se justifiait en pratique que par l’ignorance des stades
adultes ; elle ne peut aboutir qu’à créer un système artificiel qui
ne rentre pas dans le cadre de la classification générale des
Diptères.
Si l’on se place à ce point de vue, on constate que les 4 genres
actuellement admis : Œstrus , Rhinœstrus, Gedœlstia et Kirkia
sont très voisins et leurs caractères distinctifs paraissent dimi¬
nuer de valeur à mesure que les mouches adultes sont mieux
connues. Ils forment un groupe homogène qui sans doute consti¬
tuera ultérieurement un genre unique OEstrus L. ; les différents
groupements génériques actuels conserveraient alors leur valeur
comme sous-genres.
3. Caractères du genre Kirkia Gedœlst à l’état parfait (basés sur
l’étude des 2 espèces décrites plus haut). — Abomen nettement
plus long que le thorax, aplati dorso-ven tralement, rétréci et
légèrement recourbé vers la face ventrale à son extrémité posté¬
rieure. Pas de papules ni de sculpture grossière. Pilosité abon¬
dante, spécialement sur l’abdomen. Pattes longues et robustes.
Rudiment de la trompe conique, plus court que les palpes.
Nervation alaire assez variable; un appendice externe à la ner¬
vure transverse apicale.
Léopoldville, i5 mai 191b.
Séance du 2i Juillet 1910
459
Sur quelques Auchméromyies du Congo,
Par J. BEOUAERT.
1. Anchmeromyia luteola Fabr. — La dispersion el la biologie
de cette espèce sont suffisamment connues ; on la rencontre sur
tout le territoire du Congo belge. Elle s’élève dans les montagnes
de la frontière orientale jusqu’à la limite des habitations indi¬
gènes; sur les pentes du massif de Ruwenzori, nous l’avons
capturée plusieurs fois dans les cases à une altitude de 2.000 el
2.3oo m. ; dans les montagnes du Kiou, elle monte jusque 1.800 et
2.000 m. La coloration de ces exemplaires de la montagne ne
diffère pas de celle des individus qui habitent les régions plus
basses.
2. A. ( Chœromyia ) bequaerti Roubaud. — La biologie de cette
espèce est encore inconnue. Pendant notre voyage au Kiou en
1914, nous avons eu la bonne fortune d observer un grand nom¬
bre de ces mouches ; elles vivent dans les conditions que signale
Roubaud pour A. chærophaga Roub. ; on les trouve en effet
posées sur la voûte obscure des terriers de Phacochœrus (éthio¬
piens Paul. Les terriers de ce sanglier étaient très communs dans
la steppe herbeuse qui s’étend sur les rives sud du lac Albert-
Edouard, près de l’embouchure de la Rulschuru (vers 29° 3o’ E. ;
o°35' S.). En agitant un bâton sur les parois des terriers, on pou¬
vait toujours eu faire sortir des mouches, qui peu après reve¬
naient vers leur refuge et se laissaient ainsi aisément capturer.
L’examen d'un terrier riche en mouches nous montra dans les
parois d’argile de nombreuses pupes vides ; mais nous n'avons
pas vu de larves ni de pupes vivantes (r).
Nous avons pu capturer dans les terriers en une quinzaine de
jours 64 c? et 7 Q d 'A. bequaerti ; ces chiffres montrent que, dans
les terriers, du moins en plein jour, les c? prédominent notable¬
ment, ce qui est certainement en relation avec quelque point de
la biologie de ces mouches. Il serait intéressant de connaître à
(1) Ces terriers paraissent toujours habités d'une façon intermittente par
les phacochères ; on y rencontre fréquemment aussi des nids de guêpes
( Belonogaster , Pelopreus spirifex) fixés contre la voûte.
m
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
ce propos la proportion des sexes obtenus d’éclosion chez les
d i ve rses es pèces d u "ge n ré .
Le nombre élevé d'individus que nous avons pu examiner de
»
celle espèce, nous permet, de compléter en quelques points la
description originale de Roubaud, basée sur l’étude d’un gf et de
3 9 (cfr. Bull, scient if T France et Bel g., 7e sér., t. XLVII, fasc. 2,
iqi3, p. 198). Signalons d’abord une particularité de la colora¬
tion que Roubaud note pour la 9 seule, mais que nous avons
retrouvée chez tous nos exemplaires ç? et 9 : ^es flancs du tho¬
rax (pleures) portent une tache d’un noir grisâtre; on trouve
aussi une tache noirâtre bien nette sur la base du front, à l'an¬
gle que forme l’orbite interne avec le ptilidium ; ces dessins des
flancs et des orbites internes paraissent faire défaut chez R. boueti
et A. chœrophaga. — La coloration abdominale est assez con¬
stante chez le cf et concorde sensiblement avec celle d’R. chœro¬
phaga 9 (? : seul 4e segment dorsal peut être soit entièrement
testacé-jaunâlre, soit pourvu au bord antérieur de deux taches
noires plus ou moins étendues, soit même presque entièrement
d’un noir grisâtre.
Chez la 9> l’échancrure au bord postérieur du 3e segment dor¬
sal, caractéristique de cette espèce, est toujours très prononcée,
mais sa forme est variable : parfois elle est arrondie en arc de
a
b
Fig. i.r — 4e tergite abdominal de Chœromyia bequaerti Roub. : a, h , deux
formes extrêmes chez la 9 I é deux formes extrêmes chez la çf ; X 5.
cercle comme le décrit Roubaud (fig. i, b) ; mais souvent elle est
nettement anguleuse sur la ligne médiane (fig. 1, a). Cette échan¬
crure est d’ailleurs déjà amorcée chez le çf : à peine visible chez
certains individus (fig. 1, d), elle devient très nette et en angle
arrondi sur la ligne médiane chez d autres f fig. 1 , c), et toutes
461
' rw ‘ S
Séance du 21 Juillet ;qi5
1
% . •
les transitions peuvent s’observer entre ces deux formes extrêmes.
•La longueur totale de la mouche varie chez le <$ de 8 à
io,5 mm., jchez la 9 de 9 à 1 1 , 5 mm.
3. A. (Chœromyia) chœrophaga Roubaud. — M. le docteur
Rodhain nous a gracieusement communiqué une 9 de cette
espèce provenant de la savane boréo-orientale du Congo ; elle
fut prise sous un hangar dans le village d'Atede (Torogba), au
nord de l’Uere, par 4°3V 1 a t . N et 2f)°37f long. E. Cette capture
intéressante étend considérablement vers l’Est l'aire de disper¬
sion de cette espèce qui n’était connue que de l’Afrique occiden¬
tale et du Soudan nigérien. Remarquons à ce propos que nous
11e l’avons jamais rencontrée le long de la frontière orientale du
Congo belge, où elle paraît déjà remplacée par A. beqnaerti.
Léopoldvil le, i5 mai 1916.
M. E. Roubaud. — M. J. Beouaert fait connaître l’habitat,
encore non précisé, de l’intéressante espèce de Chéromyie qu’il
a découverte en Afrique Orientale, Chœromyia Beqnaerti Roub.
Cette espèce vit dans les terriers des Phacochères (Phacochœrns
œthiopicas Pall.) comme il y avait lieu de s’y attendre, étant
données les mœurs curieuses des autres représentants de la tribu,
q ue nous avons décrites pour l’Afrique Occidentale, et notam ment
âeCh. chœrophaga dont celte espèce est très voisi ne. M. J . Beouaert
mentionne, à ce propos, pour son espèce, une prédominance
notable des mâles sur les femelles dans les terriers qu’il a eu
l’occasion d’examiner. Cette particularité se retrouve aussi chez
nos Chéromyies de l’Afrique Occidenlale, lorsque les conditions
de développement de l’espèce ne sont pas réalisées de façon par¬
faite. Dans les terriers plus ou moins abandonnés, où les Pha¬
cochères ne reviennent pas de façon régulière (ce qui est le cas
pour les gîtes observés par M. Beouaert), on rencontre surtout
des mâles. Les femelles s’observent de préférence dans les ter-
riers occupés de façon permanente et par des hôtes nombreux,
(adultes avec des petits). C’est là qu’on peut découvrir des larves
à tous les stades de développement.
A quoi est due cette séparation des sexes ? Sans doute, comme
pour les Glossines, les tropismes habituels jouent-ils un rôle
prépondérant dans la dispersion plus grande du sexe mâle, tou¬
jours plus actif et plus mobile. Cependant il est permis de pen¬
ser que ce ne sont pas là les seuls facteurs en cause. En prati-
162
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
quant l'éducation expérimentale des larves d’Auchméromyies,
j’ai eu l’occasion de remarquer que les mâles sont plus nombreux
dans les lots mal nourris. Par la réduction des prises de sang- et
l’augmentation de durée des jeûnes, j'ai obtenu des mâles nains,
de dimensions remarquablement réduites, mais jamais de femel¬
les correspondantes. lise peut donc que des moyens de nutrition
précaires influent directement, dans les terriers peu fréquentés
par les hôtes, sur la production exagérée des mâles.
\
Nouvelle observation sur les
Chéromyies de l’Afrique Occidentale.
Par G. BOUET et E. ROUBAUD.
* -
Au cours de notre passage en Haute-Gambie, en r 9 1 2 , nous
avions eu l'occasion de découvrir dans la région de Guénoto, à
proximité du cours de la rivière, des terriers d’Oryclérope du
Soudan, infestés, en quantité d’ailleurs très faible, de Chœromijia
prœcjrandis Aust. Cette remarquable Auchméromyie desterriers
était d’ailleurs la seule que nous ayons observée à cette époque
dans la région. Au début de celte année, l'un de nous, revenu
dans la même localité, a pu revoir ces mêmes gîtes d’Oryctérope
et les étudier d’une façon plus approfondie. Il a pu reconnaître,
dans ces mêmes terriers, la coexistence des trois espèces de
Chéromyies que nous avons fait connaître en Afrique Occiden¬
tale. Un des terriers étudié spécialement, présentait, de l’orifice
à la bauge normale de l’hôte, une longueur totale de 76 mètres.
L’odeur spéciale dégagée par les excreta des larves a permis de
localiser facilement le gîte habituel de l’hôte, ce dernier s’étant
dérobé par une avancée nouvelle, au cours des sondages effec¬
tués pour l’atteindre. Le fond du gîte était constitué par une
terre rougeâtre, à consistance de sable, et non par de la glaise
compacte comme dans les terriers de phacochères infestés de
Ch. chœrophaga que nous avions eu l’occasion d’étudier dans la
région de Tombouctou-Niafouké.
Dans ce sable rougeâtre, ont été rencontrées de nombreuses
larves très jeunes, que nous rapportons à Ch. Boaeti , deux larves
Séance du 21 Juillet 1915
463
plus âgées, appartenant sans doute à la même espèce, et quel¬
ques pupes fraîches dont une de Ch. prægrandis. A l’entrée du
terrier, ont été observés de nombreux adultes de Ch. Boueti , trois
de Ch. prægrandis , et quelques Ch. chœrophaga en nombre un
peu plus élevé.
La ponte de Ch. Boueti a pu être obtenue en captivité aux
dépens de femelles capturées dans le gîte, mais l’éducation des
jeunes larves n’a pu être faite, faute de temps.
De cette observation, il ressort que les trois espèces de
Chéromyies existant en Afrique Occidentale peuvent vivre aux
dépens du même hôte et se rencontrer simultanément dans le
même terrier. Le mélange possible des deux espèces Ch. chœro¬
phaga et Ch. Boueti dans le terrier des phacochères a déjà été
signalé (r), mais avec prédominance très nette de Ch. chœro¬
phaga. Dans les terriers d’Oryctérope de la Haute-Gambie, c’est
indiscutablement Ch. Boueti qui domine, espèce dont les affini¬
tés pour l’Oryctérope se maintiennent ainsi très nettement.
Ch. chœrophaga , parasite électif des phacochères, n apparaît ici
que d’une manière accidentelle, ainsi qu'on pouvait s’y attendre.
Quant à Ch. prægrandis , elle 11’a jusqu’à présent été observée
par nous que dans les terriers d’Oryctérope, mais toujours en
très petit nombre. Sans doute cette espèce n’a-t-elle qu’une
reproduction très limitée, comparativement aux autres.
Notes sur la dispersion des
Glossines au Congo belge
Par J. BEQUAERT.
Au cours d’un récent voyage, j’ai pu réunir, principalement
dans la partie orientale du bassin du Congo, diverses observa¬
tions occasionnelles sur les Glossines, qui me paraissent mériter
d’être notées brièvement.
(1) E. Roubaud. Recherches sur les Auchméromyies. Bull, scienlif. Franco
■et Belg., 7e sér., t. XLVII, 2, 1 9 1 3 . Voir aussi, Etudes sur la faune parasi¬
taire de V Afrique Occidentale française , Fascic. 1, Paris, Masson-Larose,
4-64
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Glossina palpalis R. D. — Dans le Bas-Congo, j’ai rencontré
cette tsétsé en grande abondance à l’embouchure du Congo, dans
la mangrove (palétuviers), à eaux saumâtres soumises à la marée,
qui y couvre les nombreuses îles marécageuses de l’estuaire ; elle
y existe aussi bien sur la rive belge (entre Zambi et Banana)
que sur la rive opposée portugaise. On la rencontre aussi com¬
munément sur l île des Princes, à une heure en amont de Borna.
J’ai retrouvé la palpalis au pied des falaises rocheuses de
Landana, sur la plage môme de l’Océan (enclave portugaise de
Cabinda) et j’ai pu la suivre le long du cours du Shiloango, en
remontant cette rivière de son embouchure au poste de Luali
(Congo belge). En septembre iyi3, je me suis rendu de Luali à
Lukula en coupant la limite Sud-Ouest de la forêt du Mayumbé;
sur ce parcours j’ai trouvé la palpalis à peu près à tous les cours
d’eau traversés; elle est notamment fort commune à la Lubuzi.
Je ne m’attarderai pas sur la distribution de la palpalis le
long du fleuve Congo ; je veux toutefois relater deux observa¬
tions sur les ennemis de cette mouche faites lors du voyage de
montée. A bord du vapeur qui me transportait, j’ai pu assister
un jour à la capture d’une Glossine par une petite araignée sau¬
teuse (. Dolomedes sp. ?), observation qui avait déjà été faite par
Roubaud. Sur une île du fleuve, entre Bolobo et Loukoléla, j’ai
vu une libellule se reposant sur le sable de la rive et tenant une
palpalis entre les mandibules ; dans les endroits où les tsétsés
sont nombreuses, le rôle de ces insectes carnassiers ne doit pas
être tout à fait négligeable (i).
En remontant PAruuvimi-Ituri depuis son embouchure (Basoko)
jusqu’en amont d’Avakubi (Penghe), j’ai trouvé la palpalis par¬
tout le long des rives de cette rivière. De Penghe à Irumu, je me
suis écarté de l’Ituri, en suivant la route des caravanes qui coupe
la grande forêt orientale du Congo à peu près de l’Ouest vers l’Est
(février 1914); je n’y ai pas vu de palpalis aux nombreuses
rivières traversées, sauf à l'Epulu et au cours supérieur de l’Ituri
(Kifuku, près d’Irumu). A mon voyage de retour du Kiou (jan¬
vier et février 19 r 5), j’ai retraversé la grande forêt de l’Est vers
l’Ouest, pour me rendre de Rutschuru à Kirundu (sur le Lua-
laba); sur tout ce long trajet, il m’a été impossible de découvrir
(1) Cakpenteii, dans l’Ouganda, a vu un jour une grande espèce de libellule
( Cacergates leucosticta ) capturer et dévorer une G. palpalis ( Hep . Sleep.
Sichn. Comm. Roy . Soc., XIV, 1 9 1 3 , p. 1).
; ' #;
Séance du 21 Juillet 1910
465
des palpalis à aucun des nombreux cours d’eau rencontrés ; je les
ai notamment recherchées en vain entre Walikale et Lubutu, à
la Loso (ou Oso), qui y est pourtant une rivière déjà impor¬
tante. II se peut que l’absence de tsétsés lors de mon passage le
long de ces routes soit due partiellement à la saison et il y aurait
lieu de faire de nouvelles recherches à ce sujet ; je suis toutefois
porté à croire que, dans la grande forêt orientale qui s’étend
sous l’Equateur entre le Congo-Lualaba et le 28e méridien (et
plus au Nqrd, dans le Haut-Ituri, va même rejoindre le 3oc méri¬
dien), la Glossina palpalis est actuellement beaucoup moins
répandue que dans la forêt du Congo central. Celte forêt orien¬
tale offre d’ailleurs des caractères floristiques et physionomiques
tout différents de ceux de la forêt équatoriale dans la cuvette
centrale du Congo; ces différences sont dues en majeure partie
à l’altitude plus élevée du pays et à la structure plus accidentée
du terrain.
Au delà de la limite orientale de la forêt, on trouve la palpalis
dans la région d’Irumu (galeries forestières le long du Shari,
près d’un ruisseau à une heure d’Irumu le long de la route vers
Boga, etc.) ; puis en grande abondance le long de la Semliki
(Kasonsero, Cesse, Béni, etc.) et des affluents bordés de galeries
forestières dans la vallée de cette rivière (e. a. à. la Talia, au
Sud de Béni). Par contre, le plateau élevé des Walendu, entre
Irumu et le lac Albert, est indemne de tsétsés.
G . palpalis existe partout le long de la rive Ouest du lac
Albert Edouard, entre l’embouchure de la Semliki et celle de la
Butschuru ; les tsétsés s’y réfugient soit dans l’épais cordon de
roseaux (Phragmites commuais) qui borde les plages sablonneuses,
soit dans la végétation arborescente touffue qui couvre les rives
rocheuses.
Au sud du lac Albert Edouard, je n’ai rencontré la palpalis
que le long de la Butschuru et certains des affluents de cette
rivière (Maïna Iovvi, Maïna Kwenda, Kitschuru),. dans des gale¬
ries forestières denses, très ombragées et ordinairement encais¬
sées ; jamais je n’ai trouvé cette tsétsé à une altitude supérieure
à 1. 20o-i.25o m. Boubaud a signalé récemment {Bull. Soc. Path .
exot ., VI, 1 9 1 3 , p. 34q) avoir trouvé dans les collections du
Muséum de Paris plusieurs individus de G. palpalis var. fuscipes
Newst., qui auraient été recueillis par Cronier dans les volcans
du Kiou, entre i.5oo et 3. 000 m.; l'existence de tsétsés dans cette
406
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
région à cette altitude me paraît extrêmement problématique
et il s’agît, je pense, d’une erreur d’étiquetage. D'après tous les
renseignements que j’ai pu recueillir, la palpcilis n’existerait pas
sur les bords du lac Kiou (ni sur l'ile de Kwidjwi), le niveau
des eaux de ce lac étant environ à 1.460 m.; je n’ai pu vérifier
personnellement ce fait et il y aura lieu de faire de nouvelles
recherches très minutieuses à ce sujet.
On a déjà beaucoup discuté la prédominance des indivi¬
dus c? de G. palpcilis dans certains gîtes, alors qu’en d’autres
endroits les deux sexes sont à peu près en nombre égal. L’éle¬
vage de pupes trouvées dans la nature a toujours fourni les çf
et Q à peu près dans la même proportion (cfr. W. F. Fiske,
Bail. Entom. Research., IV, pt. 2, sept. iqi3, p. g5- 1 1 1).
Quelle que soit l’explication à laquelle on donne la préfé¬
rence, il paraît résulter de toutes les observations que, dans les
endroits fréquentés par l’homme, Q et ç? sont sensiblement en
nombre égal (parfois avec une faible prédominance du sexe Q)>
alors que les c? prédominent très nettement dans les gîtes inha¬
bités. Ce fait, constaté partout en Afrique orientale, s’observe
aussi au Congo : en octobre 1910, j’ai capturé sur le fleuve Congo
près de Loukoléla, à bord d un steamer, en quelques heures de
temps, 33 ç? et 41 9? soit 55,4 0/0 9 î en octobre 1913, j’ai
repris dans les mêmes parages à bord du vapeur 18 c? et 26 Q
soit 59 0/0 Q ; au Ivatanga, dans une île inhabitée en amont de
Bukama, nous avons capturé (mai 191 1) en 6 jours 124 ç? ët 20 Ç »
soit 1 3 , 8 0/0 9 ; par contre les pupes recueillies dans ce gîte
donnèrent i3o ç? et 1 35 Q, soit la même proportion des 2 sexes ;
plus en aval de Bukama, le long des rives habitées du Lualaba^
j’ai capturé en octobre 1911, en l’espace d’une heure, 25 ç? et
iy9, soit 4o,4 0/0 9 •
Léopold ville, i5mai 191b.
M. E. Roubaud. — Au sujet de la dispersion des Gl. palpai ix
au Congo Belge, M. Beouaert met en doute l’existence de cette
espèce dans les volcans du Kiou entre i.5oo et 3. 000 m., telle
qu elle est indiquée dans les collections du Muséum de Paris
d’après des échantillons recueillis parM. Cronier. Etant données
les grandes migrations saisonnières de la palpalis , il convient
d’être très prudent pour affirmer l’absence de cette glossine
dans une région, même lorsque les renseignements locaux n’eu
Séance du 21 Juillet 1916
467
accusent pas l’existence. On trouve dans la collection du Muséum
un assez grand nombre d’exemplaires de la mouche, portant
tous nettement cette remarquable indication d origine.
A propos de la séparation des sexes de la G. palpalis , dans les
gîtes, M. Beouaert fait ressortir que, dans tous les endroits fré¬
quentés par l’homme, et p sont sensiblement en nombre égal
alors que les c? prédominent dans les gîtes inhabités. Je ne crois
pas qu’on puisse généraliser cette assertion, car, dans un même
gîte, la proportion des sexes varie à quelques mois d’intervalle,
suivant les saisons. Dans les gîtes de Sangalkam près de
Rufisque, qui sont par excellence des « gîtes du voisinage de
l’homme », j’ai trouvé, au commencement d’août, les femelles
beaucoup plus nombreuses que les mâles (4 à 5 p pour 1 <jf),
alors que les proportions étaient inversées au mois d’octobre.
La fréquence plus grande des mâles s’observe, il est vrai,
habituellement dans les régions où la nourriture est rare, et où
l’homme et le gros gibier font défaut. Cela lient à ce que, comme
je l’ai souvent indiqué, l’activité et le pouvoir de dispersion des
mâles de glossines sont beaucoup plus grands que ceux des
femelles. Plus mobiles, les mâles cherchent plus loin leur nour¬
riture le long des cours d’eau ; ils s'étendent ainsi davantage en
dehors des gîtes permanents, où la nourriture est assurée par la
présence constante soit de l’homme, soit des gros mammifères.
Hypothèse émise en 1821 sur la
nature infectieuse de la Fièvre jaune
et sur sa transmission par des Insectes
Par Edm. SERGENT.
\
En 1821 le Gouvernement français envoya 3 savants: Bally,
François et Pariset, étudier l’épidémie de fièvre jaune qui rava¬
geait la Catalogne et principalement Barcelone. Les enquêteurs
publièrent le résultat de leurs observations dans un gros volume
paru en 1823 (r). Nous devons à notre ami L. de Sainte-Croix la
(1) Histoire médicale de la fièvre jaune observée en Espagne et particuliè-
468
Bulletin' de la Société de Pathologie exotique
découverte, dans ce Rapport, de la citation d’une opinion inté¬
ressante, émise vers l’année 1821 par des médecins de marine
français. Les enquêteurs ne partageaient pas l’opinion qu’ils
citaient; bien plus, ils ne la consignent que pour la tourner en
dérision et ils n’indiquent même pas les noms de ses auteurs.
L’hypothèse est formulée ainsi : Ces médecins de marine pen¬
sent que la fièvre jaune est une maladie infectieuse et non pas
une maladie miasmatique comme c’était alors l’opinion classi¬
que. Ils attribuent, d’autre pari, la propagation de la fièvre
jaune « à une vermine retranchée entre les bordages des navi¬
res .. » ils conseillent « des fumigations . . . comme le moyen le
(( plus propre à déloger et à asphyxier cette vermine ».
Nous donnons ci-dessous le texte entier du passage du Rap¬
port de Bally, François et Pariset (i).
« Voici, au surplus, un fait précieux, qui mérite d’être connu, soit
« parce qu’il est récent,, soit parce qu’on lui a donné une tournure qu’on
« pourrait appeler comique, si la pauvre humanité ne payait souvent de
« ses plus chers intérêts les erreurs, et surtout les interprétations forcées.
« Les pièces originales ont été communiquées au Conseil supérieur de
« santé par notre respectable collègue Keraudren, et par ordre du
« Ministre de la marine.
« Dans le mois de mars 1821, le brig français YEuryale , élant parti de
« la rade du Fort-Royal pour une croisière, la fièvre jaune s'empara
« quelques jours après de l’équipage, en pleine mer, et hors de la portée
cc de tout foyer d’infection. Le brig rentra le 28, après avoir perdu son
« chirurgien-major et trois marins : à son arrivée, quatre autres succom-
« bèrent ; puis il y eut successivement huit nouvelles victimes.
u Le contre-amiral Duperrk lit fournir, par le vaisseau ta Gloire , une
■« corvée de trente hommes, qui ne travaillèrent qu’à dégréer et à
« déverguer les voiles. A leur retour, quatre d'entre eux furent atteints de
« la maladie.
« On ne put trouver dans le brig le siège de l’infection ; la cale était
« sèche et sans odeur ; le lest, aussi propre que si l’arrimage avait été de
« la veille. Observez que la garnison de la ville comptait déjà plusieurs
« victimes de la fièvre jaune.
« A la demande de M. le contre-amiral Duperré, et par ordre du goû¬
te verneur, une commission se transporta à bord de YEuryale pour visiter
« le bâtiment, découvrir la source du mal, et proposer des moyens eonve-
« nables d’assainissement.
« Selon le rapport de MM. les Commissaires, aucune mauvaise odeur
« ne se faisait sentir dans la cale ; tout y était propre; le bordage inté-
« rieur, encore blanc de chaux, n’offrait point de traces d’humidité ; les
« hommes qui composaient l’équipage étaient bien tenus, et semblaient
« contents de leur situation.
rement en Catalogne, dans l’année 1821, par Bally, François, Pariset. Impri¬
merie royale, 1823, 664 pages, 2 cartes.
(1) Loc. cit., p. 547.
Séance du»2i Juillet i 9 i 5
469
«
« Cependant, continuent MM. les Commissaires, la maladie la plus
grave vient de se manifester spontanément à bord, pendant la dernière
« croisière : des hommes étrangers à son équipage, mis à bord, y sont
tombés malades. Il y a donc, indépendamment des causes extérieures,
une cause cachée, mais réelle, de maladie dans le brig YEuryale. Cette
cause, disent encore les médecins commissaires, ne peut être qu’un air
vicié, un gaz délétère, moins appréciable par les sens que par ses effets
« funestes. Ces messieurs, tous partisans exclusifs du système de l'infec-
« tion, ont failli, en parlant du gaz délétère, à avouer que ce gaz était un
« principe contagieux. C’eût été la conclusion la plus simple, la plus
« juste, la plus naturelle, la plus vraie; mais on a préféré tomber dans
« l’absurde, plutôt que de se soumettre à une vérité palpable.
« Voici donc, pour laisser juge le lecteur, les propres expressions con-
« signées dans deux passages du rapport officiel (1) : C’est la vermine,
« retranchée entre les bordages ; et ailleurs : C est V immense quantité de
« ravets ou cancrelas qui se nichent dans les recoins du bâtiment , se
« retranchent dans les lieux inaccessibles , y périssent , tombent en putrè-
« faction , et contribuent ainsi à dénaturer l’air , qui ne peut y être renou¬
ai vêlé. Les rapporteurs ajoutent qu’ils indiquent les fumigations, moins
« dans la vue de purifier ou de désinfecter l’air corrompu, que comme le
« moyen le plus propre à déloger et à asphyxier toute la vermine relran-
« chée entre les bordages !... Et ce sont des médecins qui ont fait et signé
<( ce rapport ! ! ! »
On peut tirer de cette citation deux conclusions;
i° Dès 1821 des médecins français avaient pensé que la
fièvre jaune est une maladie infectieuse transmise par de la ver¬
mine retranchée à bord des navires dans les bordages, où ils
conseillaient de détruire cette vermine par des fumigations.
20 La science officielle méprisa et taxa d’absurdité cette
opinion. Celle-ci ne devait renaître, sous une forme plus pré¬
cise, et triompher, que trois quarts de siècle plus tard, grâce à
la méthode expérimentale. Voici donc un exemple d’une idée
juste, décriée et étouffée par les puissants du jour, mais qui
finit par avoir raison des préjugés.
Institut Pasteur d'Algérie.
(1) En italique dans le texte.
470
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Sur la destruction des poux
Par R. LEGROUX.
Le typhus exanthématique est une des plus redoutables mala¬
dies épidémiques : la mortalité constatée au cours des dernières
épidémies étant de 4°, 5o et même 60 o/o, il est indispensable,
en temps de guerre, de prendre des mesures prophylactiques
avant l’apparition de la maladie.
— Le typhus exanthém. est transmis par la piqûre du pou.
— Une seule piqûre suffit pour contaminer.
— Une réunion d’hommes qui n'a pas de poux est à l’abri
du typhus exanthématique.
On doit détruire les poux : sur l’homme qui ne peut quitter
ses vêtements et dans les vêtements que l’homme a retirés.
Le pou de vêtement et le pou de tête ( Pediculus uestimenti et
Pediculus capitis ) peuvent transmettre la maladie. Le pou du
pubis ( Phtirius inguinalis) ne semble pas être un agent de conta¬
mination .
Nous avons cherché, soit parmi les produits dérivés du gou¬
dron de houille, soit parmi les huiles essentielles, les substances
volatiles dont l’action était le plus rapidement mortelle pour
Pediculus uestimenti , à la température ordinaire ( 1 6°) et à la
température de 33° (température dessous-vêtements).
Les expériences ont porté sur les poux une heure après leur
repas.
En captivité, il est suffisant de faire piquer le pou une fois
par 24 heures ; il n’est pas possible de continuer l’élevage du
pou en lui faisant piquer des animaux (jeune souris ou cobaye
épilé); il est indispensable que le pou pique l’homme. On peut
mettre en même temps 5o, 100 ou 200 parasites dans un verre,
une ventouse par exemple, 011 retourne cette ventouse sur la
face antéro-supérieure de l’avant-bras au-dessous du pli du
coude : en 5 à 10 minutes le pou est gorgé de sang et s’écarte
de lui-même. Entre les repas, il est bon de garder les insectes
à température constante 160 à 180 dans une boîte de Pétri
contenant de petites bandes de papier mousseline de 6 à 7 cm.
Séance du 21 Juillet 1916
47 î
de long sur 1 cm. de large. L’insecte se place entre les bandes;
il dépose ses œufs sur les bords barbelés; il pond, le plus
souvent, après son repas. L’éclosion se fait en espace clos à
température constante de 25° à 28° (à i6°-i8°, in vitro , l’éclosion
ne se fait qu'exceptionnellement) ; le jeune pou met 8 à 10 jours
à sortir de l’œuf; r5 jours après il est adulte. Il pique facile¬
ment dès son éclosion. Il y a avantage à le conserver pendant
les 5 premiers jours à la température de couvée.
La résistance aux agents parasiticides est différente suivant les
âges. L’adulte est naturellement plus résistant que le jeune ou la
femelle âgée. Dans chacune de nos expériences, nous mettions,
autant que possible, 4 adultes., 2 jeunes de 6 à 7 jours, et
4 femelles de grande taille.
Les insectes étaient placés dans une cloche de Koch, d’une
contenance de 2000 cm3, en un point de la circonférence sur des
bandes de papier mousseline: au point opposé de la circonfé¬
rence, sur une lame de papier on laisse tomber une goutte
(r/20 de cm3) du liquide à essayer; la cloche était recouverte
immédiatemen t.
Dès que le parasite ne remue plus et est couché sur le dos,
les pattes rétractées, on ouvre la cloche, le papier imprégné de
liquide est retiré et l'on referme la cloche après avoir essuvé
les traces humides qui peuvent rester sur le verre'.
De celte manière nous avons cherché à nous rapprocher le
plus possible des conditions d’aération limitée des sous-vête¬
ments. Le pou, atteint par une certaine dose de vapeurs toxiques,
est immobilisé, en état de mort apparenle ; dès ce moment il est
soustrait, par l’ouverture de la cloche et le retrait du papier
imprégné, à une action plus prolongée de ces vapeurs.
L’observation à travers les parois de la cloche se continue de
demi-heure en demi-heure pendant les 5 premières heures, puis
toutes les heures jusqu’à la douzième ; enfin l’expérience est
terminée à la vingtième heure où l animal est considéré comme
mort s’il n’a pas bougé.
Le tableau suivant donnera la moyenne de nombreuses expé¬
riences faites avec les substances qui ont donné des résultats
intéressants ; nous avons laissé de côté sans les mentionner
celles qui amenaient la mort en un temps relativement long ou
qui étaient insuffisamment actives.
472 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les chiffres contenus dans ce tableau représentent : la quan¬
tité de poux atteints à la température ordinaire et à la tempéra¬
ture des sous-vêtements, — le temps de contact nécessaire pour
amener la mort. — 11 faut, en outre, considérer l'inflammabilité
plus ou moins grande du produit, — l’odeur plus ou moins
gênante des vapeurs, — enfin le prix de revient et la facilité
d’approvisionnement de chacun des produits.
Si nous observons l’ensemble de ces différents points de vue,
nous conseillerons d’employer le mélange parasiticide suivant :
Lemongrass . )
Ess. Menthe pouliot . . . . > aà 300 ce.
Ess. Eucalyptus . )
Naphtaline pulvérisée . . . 100 g.
Le lemongrass, appelé verveine de l’Inde, est une essence four¬
nie par V Andropogon ci tratus , de la famille des Graminées ; lieu
d’origine : Afrique centrale, Inde.
L’essence d’eucalyptus employée est tirée de Y Eucalyptus
globulus ; les grands centres de production sont en Algérie et en
Australie.
L’essence de menthe pouliot tirée de la Mentha pulegium
s’extrait dans le midi de la France.
La naphtaline employée est la naphtaline du commerce.
Le mélange obtenu est d’ôdeur agréable; l’évaporation des
essences se faisant d’une manière fractionnée, l’essence d’euca¬
lyptus s’évapore la première, masquant la naphtaline dont
l’odeur forte pourrait être gênante, l’essence de menthe pouliot
Séance du 21 Juillet igi5
473
s’évapore ensuite avec le Iemongrass dont l’odeur de verveine
persiste en dernier sur les étoffes.
Pour éviter la pullulation du pou dans les vêtements que
l’homme ne peut quitter, et pour détruire tous les insectes
adultes, on épinglera en différents points du corps sur les sous-
vêtements, de petits carrés de feutre ou de drap épais, de 2 cm.
de côté, carrés que l’on imbibera de 6 à 8 gouttes du mélange
parasiticide (les poux sont en plus grande abondance au niveau
des aisselles, entre les omoplates, dans la ceinture).
Lorsque l’homme est déshabillé et pendant le temps de « désin-
section » et de savonnage corporels, il est nécessaire de « désin-
secter » les vêtements par un procédé rapide, les vêtements
devant être remis dès que l’homme a quitté la douche.
Deux procédés simples sont à employer. I. Le repassage des
vêtements au moyen d’un fer chaud (employer de préférence le
gros fer de tailleur à chauffage intérieur) ; avoir soin de repasser
toute la surface du vêtement en insistant particulièrement sur
le repli du col et sur les coutures où le pou adulte se cache et
pond ses lentes. Si les vêtements sont doublés il est indispen¬
sable pour atteindre les lentes qui sont déposées entre les deux
épaisseurs de l’étoffe, d’agir au moyen de vapeurs qui péné¬
treront facilement jusqu’à l’embryon et le détruiront; pour
cela, au moyen d’une brosse imbibée de :
Mélange parasiticide ... 0 parties
Alcool à 50° ..... 100 parties.
brosser la surface de l’étoffe et repasser immédiatement.
IL Dans le cas de vêtements ayant des parties en cuir (képi,
harnachement), ou de fourrures, il sera très facile de détruire
les poux en mettant ces objets dans une caisse semi-hermétique
chauffée entre 4o et 45° (tonneau à sole de métal); avant de
fermer la caisse on aura soin de déposer à la partie inférieure
sur un papier ou sur un petit linge, 5 cm3 du mélange parasi¬
ticide par mètre cube ; la durée de contact à 4°-45° sera de
20 minutes par mètre cube.
La destruction des lentes accrochées aux différents poils du
corps sera obtenue par une onction à l’aide de l’onguent :
Mélange parasiticide . 2 cm3.
Vaseline . 8 gr.
474
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Contribution à l’étude des
Leishmanioses de l’homme et du chien
dans le Turkestan russe.
Par W. L. YAKIMOFF.
A. — LA LEISHMANIOSE (KALA-AZAR) CHEZ L’HOMME
I
Etant donné que la fièvre paludéenne est très répandue dans
le Turkestan russe, beaucoup de cas de maladies qui se mani¬
festent par la fièvre sont enregistrés sous cette rubrique ; il en
est particulièrement ainsi des cas de fièvre constatés chez des
enfants. Les médecins de ce pays rencontrent souvent des formes
de « fièvre paludéenne » qui ne présentent aucune ressemblance
avec la « malaria » typique au point de vue de la courbe de la
température, ni en ce qui concerne la réaction provoquée par les
médicaments antimalariques spécifiques (quinine, arsenic). On
désigne ces cas dans la pratique courante comme des cas de
« malaria irrégulière », « non typique», de « malaria résistant
au traitement spécifique », de « forme cachectique de mala¬
ria » etc. ; ces définitions mêmes nous disent qu'il ne s'agit nul¬
lement de fièvre paludéenne, mais on n'en a pas moins inventé,
pour les cas où l’analyse microscopique du sang ne révèle pas
de plasmodies de malaria, la nouvelle désignation de « forme
latente de malaria ».
Il y avait, il est vrai, dans le Turkestan, des médecins qui ont
eu des doutes sur le caractère de ces cas de « malaria », qui pen¬
saient même que ces cas n'ont rien de commun avec la malaria,
mais le pays n'ayant pas d’institut scientifique pour l’étude de
maladies locales ni de spécialistes dans le domaine des maladies
provoquées par les protozoaires, on n’est pas allé plus loin que
d’exprimer des suppositions.
Séance du 21 Juillet 1910
475
Au nombre des maladies pseudo-malariques, appartient la
leishmaniose.
La regrettée assistante de M. le Prof. Ehrlich, Mme Nina-
Kohl- Yakimoff et W. L. Yakimoff ont soupçonné P existence delà
leishmaniose en Russie. Les observations ultérieures ont justifié
ces suppositions. En effet en 1909 on a enregistré le premier cas
de leishmaniose en Russie (chez un enfant de Taschkent: Sluka
et Zarfl à Vienne). Le deuxième cas a été constaté par M. Mart-
zinowsky en 1910 chez un enfant dans le gouvernement de
Mohilev. Suivent les cas constatés par M. le Prof. Nikiforoff
(Taschkent), M. Kolatschnikoff (gouvernement de Tobolsk) et le
Prof. Petroff (Tshardjoui) : dernièrement 4 cas ont été constatés
par M. Gourko en Transcaucasie.
Lorsque nous nous sommes rendus dans le Turkeston, nous
étions sûrs d’y trouver des cas de leishmaniose (trois cas ont été
constatés avant notre arrivée), nous pensions aussi que cette
maladie était plus répandue qu'on ne le croyait.
Nous avons diagnostiqué en tout 3i cas. A ce nombre il
faut ajouter encore deux enfants (un garçon et une petite fille),
chez lesquels il nous a été impossible de faire une ponction de
la rate (les parents n ont pas voulu y consentir) ; dans ces deux
cas, on pouvait soupçonner la leishmaniose en se basant sur les
résultats de l’examen clinique et chez la petite fille sur les résul¬
tats de l’analyse hématologique (la petite fille est morte bientôt,
en présentant tous les symptômes de la maladie).
Le point le plus oriental où la présence de la maladie a été
reconnue est Andijan, le plus occidental Askhabade, le plus
septentrional Taschkent, le plus méridional Termese.
Les localités qui se trouvent entre ces points extrêmes sont
sans doute aussi infectées de kala-azar; il en est de même en ce
qui concerne les endroits se trouvant au nord de Khiva, les pro¬
vinces des steppes (ici il faut rappeler le cas de kala-azar constaté
par M. Kalatsciinikoff dans le gouvernement de Tobolsk) et la
province de Semiretschensk.
Il existe dans le Turkestan des foyers endémiques de kala-
azar. Parfois ce sont des villes entières, comme par exemple
Taschkent, Samarcande et Boukhara, qui apparaissent comme
de pareils foyers. Mais il y a aussi des foyers dans les limites de
la même ville. Nous avons eu, ainsi, à Taschkent, deux enfants
malades appartenant à deux familles différentes, mais habitant
••
476 Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
\
la même cour ; dans une famille, où il y avait un petit garçon
atteint de leishmaniose, une petite fille morte à Page de 4 ans avait
présenté, à ce qu’il paraît, les mêmes symptômes de maladie.
Nous pensons que la leishmaniose est plus répandue à la cam¬
pagne que dans les villes, que nous avons seules étudiées à ce
point de vue. Comme preuve indirecte de cette supposition, il faut
citer le fait que la leishmaniose chez les chiens à la campagne
est plus répandue.
Suivant le sexe les malades se répartissent de la manière
suivante : sexe masculin, 19 (18 enfants, 1 adulte); — féminin,
12 (9 enfants, 3 adultes).
Suivant Page les malades se
vante.
répartissent de la manière sui-
Le pourcentage le plus élevé est constaté chez les enfants
(87 p. 100). Parmi les enfants, les malades sont répartis d'après
Page de la manière suivante (pourcentage) : 18 mois : 22,2 ;
2 ans : 22.2 ; 2 ans 1/2 : 7,4 ; 3 ans : 3,7 ; 3 ans 1/2 : 3,7 ; 4 ans :
7,4 ; 4 ans 1/2 : 7,4 ; 6 ans : 1 1 , 1 ; 6 ans 1/2 ; 3,4 ; 7 ans ; 7,4 ;
10 ans : 3,4- Il suit de ces constatations que les enfants sont
surtout, atteints à Page de 1 et 2 ans (44^5 p. 100).
Toutes les nationalités habitant le Turkestan paient leur tribut
à la leishmaniose.
Vu le fait qu’il est impossible d’établir le moment de Pinfec-
tion, nous ne pouvons rien dire en ce qui concerne la période
d’incubation. Mais nous avons établi pour la plupart des mala¬
des l'intervalle entre les premiers symptômes de la maladie
Séance du 21 Juillet 1916
477
(fièvre) el l’apparition des symptômes les plus frappants (pâleur,
augmentation du volume du ventre, de la rate, apathie) ; la durée
de cette période a été la suivante : pour 12 cas : 1 mois; 1 cas :
1 m. r/2; 1 cas : 2 mois; 1 cas : 2 m. 1/2; 1 cas : 3 mois ;
i cas : 6 mois.
On voit ainsi que la maladie se développe dans la plupart
des cas (76,8 p. 100) rapidement : au cours du premier mois,
apparaissent déjà les symptômes à la suite desquels les malades
s’adressent au médecin.
Les premiers symptômes sont apparus chez les malades que
nous avons examinés : 1 mois auparavant dans 1 cas; 2 m. :
»
1 cas ; 2 m. r/2 : r cas ; 3 m. : 3 cas : 4 m* : 3 cas ; 5 m. : r cas ;
6 m.: r cas ; 6 m. r/2 : 1 cas ; 8 m. : 1 cas ; 10 m. : r cas ; r 1 m. :
2 cas; 12 m. : 3 cas; i3 m. : 1 cas; r4 m. : 1 cas; 16 m. : 1 cas;
2 ans: r cas.
On voit ainsi que le kala-azar peut avoir le caractère d’une
maladie chronique et durer deux ans.
II
Lorsqu’on examine un malade atteint de leishmaniose, c'est
la couleur de la peau qui frappe d’abord : cette peau a la même
couleur que les vieilles bougies de cire que l'on emploie dans les
églises et qui deviennent jaunâtres avec le temps. Dans plusieurs
cas, la peau, lorsqu'on la touchait, était sèche et chaude. Dans
deux cas on a observé des pétéchies disséminées sur toute la
surface du corps. Outre les pétéchies, nous avons observé une
fois des ulcérations: au pied droit, 12 ulcères; au pied gauche,
9; au ventre, 2; à la main droite, 3; à la main gauche, 2 et
au dos, 1. On a raclé le fond des ulcérations et on a fait des
préparations, sur lesquelles on a pu constater des Leishmania.
Les muqueuses visibles ont été, dans 92 0/0 des cas, pâles,
parfois elles semblent comme lavées.
Dans 60 0/0 des cas, les malades ont considérablement maigri;
parfois ce phénomène est très accentué; le malade ne paraît
être qu’un squelette couvert de peau (comme par exemple chez
le n° 3, où il 11’y avait presque pas de graisse sous-cutanée et
où la peau, sur les fesses, les mains et les pieds, présentait des
plis).
Le volume du ventre est toujours augmenté, parfois forte-
478 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ment. Dans onze cas, nous avons fait des mensurations. Il n’v
avait pas d’ascite. La rate est toujours augmentée. La configu¬
ration varie; la consistance est dure, parfois très dure (« rate
de fer »). La surface n’est pas toujours lisse, il y a parfois des
proéminences, il n’y a pas de douleurs à la palpation.
On constate aussi toujours des changements dans la compo¬
sition du sang, Le nombre des érythrocytes a oscillé entre
i.4oo.ooo et 3.568.o8o pour i mine3, le nombre des leucocytes
entre 1.725 et 7.178 (1), le pourcentage d’hémoglobine entre
3o et 75. Les conclusions suivantes peuvent être tirées :
1) Chez tous les malades, chez lesquels on a compté les éry¬
throcytes, leur nombre a plus ou moins fortement diminué;
2) le nombre des leucocytes diminue, parfois fortement (leuco¬
pénie) ;
3) la quantité d’hémoglobine diminue, parfois fortement ;
4) le rapport entre les globules blancs et rouges peut forte¬
ment varier ;
5) l’indice de coloration a été normal seulement dans un cas ;
dans 54,5 p. 100, il est au-dessus de 1 ; dans 45,4 p. 100, au-des¬
sous de 1 ;
6) en ce qui concerne les érythrocytes, on constate encore
l’apparition d’éléments nucléés, poïkilocytose, anisocytose et
polychromatophilie ; ces phénomènes se présentent avec une
telle constance que, sans voir de parasites, nous avons pu, en
regardant seulement les préparations du sang, soupçonner avec
une probabilité plus ou moins grande l’existence de la leishma¬
niose ;
7) en ce qui concerne la formule leucocytaire, il faut citer sur¬
tout le pourcentage élevé (supérieur à 5o dans les deux tiers de
cas) de lymphocytes (lymphocytose) et parallèlement le pour¬
centage diminué (4,9) de polynucléaires neutrophiles, qui devient
parfois minime (presque toujours au-dessous de 5o) ;
8) des myélocytes apparaissent presque toujours (82,2 p. 100) ;
dans 37 p. 100 de cas, on a constaté des formes géantes de Türk.
(1) Chez un enfant seulement (n° 1 4), le nombre des leucocytes a été pres¬
que normal — 9.886. Ayant constaté ce chiffre, nous avons pensé d’abord qu'il
ne s'agissait pas de leishmaniose et nous n’avons pas voulu faire de ponction
de la rate, mais il y avait des symptômes qui plaidaient pour le diagnostic
de leishmaniose. Nous avons fait une ponction de la rate et nous avons trouvé
des Leishmania. Nous avons cherché les causes de cette leucocytose relative
et nous avons trouvé qu’il s’agissait d’une leucocytose de digestion.
Séance du 21 Juillet 1 9 1 5
470
Nous avons eu ainsi, dans nos cas, principalement : 1) l’oli-
gocytémie, 2) l’oligochromémie, 3) la leucopénie et 4) la lym¬
phocytose.
L’élévation de la température peut être considérée, suivant
nos observations, comme le premier symptôme du kala-azar.
Nous avons pu personnellement suivre la marche de la tempéra¬
ture chez un malade (adulte n° 4) traité à l’hôpital. Le type de
la température était dans ce cas irrégulier, la température mon¬
tant, d’une part, jusqu'à 4<A6 et descendant, d'autre part,
jusqu'à 36°, 5. Les constatations que nous avons pu utiliser mon¬
trent que, chez 18 sur 21 malades, il y avait une température
fébrile dépassant parfois 4o° ; il y avait aussi des rémissions qui
duraient de 4 jours à 2 semaines.
Dans la moitié des cas, il y avait des œdèmes, surtout à la
figure, parfois aux pieds, mais très rarement. Les œdèmes ne sont
pas pour la plupart prononcés. La présence de l’œdème fait que
l’enfant a l’air de pleurer.
Le foie est parfois hypertrophié, mais pas autant que la rate;
on peut le palper parfois 3 doigts au-dessous des côtes.
Les glandes lymphatiques cutanées sont parfois enflées.
Suivant l’histoire de la maladie de nos malades, on constate
des diarrhées plus ou moins fréquentes sans sang ni mucus;
tantôt il n’y a pas de diarrhées, tantôt des diarrhées alternent
avec des constipations. Nous avons observé que, dans les cas à
issues fatales, il y avait toujours des diarrhées. En général de
fortes diarrhées au dernier stade de la maladie peuvent être
considérées comme un indice défavorable.
Parfois on observe une bronchite légère. Du côté du cœur, on
n’a observé rien d'anormal. Dans les examens peu nombreux
que nous avons faits, le pouls variait entre 1 10 et i36.
L'analyse de l’urine a été faite dans 4 cas.
Chez un enfant (N° 3) l’analyse a donné les résultats suivants : couleur
jaune clair, réaction amphotère; poids spécifique, 1013 ; albumine, traces ;
sucre, 0; indican, quantité normale ; examen microscopique : 1) épithélium
des couches superficielles des voies urinaires normal ; 2) globules blancs :
quantité normale ; il n’y a pas de cylindres. Une deuxième analyse a donné
les résultats suivants : poids spécifique; 1012 ; réaction acide; albumine,
0,3 p. 100; indican, quantité normale; sucre, 0 ; examen microscopique ;
leucocytes, quantité un peu plus grande ; un peu de mucosités ; épithélium
normal .
Chez un autre enfant (N° 2), 011 a trouvé des traces d’albumine et de
sucre .
480 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
* . ‘ • • ' *1
• • '
’Chèz un troisième (N° 5), il y avait de l’albumine.
Chez un quatrième (N° 7) : albumine, 0,2 p. 1000 ; sucre, o ; réaction
faiblement acide.
*• y * •
Une fois (enfant n° roj, il a été constaté, peu de temps avant
la mort, un norna.
Trois fois nous avons observé la leishmaniose avec des com¬
plications : a) complications provoquées parla fièvre paludéenne
(chez les nos 27 et 10) ; chez le n° 10, les symptômes de la malaria
b) complications provoquées par la leucémie (n° 21).
A partir de l’enfant n° 9, nous avons cherché des leishmanies
dans le sang périphérique. Chez l\ sur i4 malades (28,5 p. 100)
examinés à ce point de vue, l’examen a été positif.
Nous avons examiné aussi les préparations du sang, faites au
cours des consultations dans les dispensaires, dans les cas où l’on
soupçonnait la malaria ou l’anémie et dans les cas où on n’a pu
établir de diagnostic ; dans 5 de ces cas (nos 19 et 22 et les malades
adultes nos 1, 2 et 3), nous avons trouvé des parasites dans le
sang périphérique.
En ce qui concerne les éléments figurés qui renferment les
leishmanies du sang périphérique, il faut citer les lymphocytes,
les formes de transition, les polynucléaires neutrophiles, les
grands mononucléaires et les Reizungsformen de Türk.
Dans un cas, nous avons constaté une leishmanie libre dans
le plasma.
Dans le diagnostic de la leishmaniose, nous nous sommes
basés sur les constatations suivantes : 1) examen clinique du
malade ; 2) analyse du sang ; 3) ponction de la rate.
1) Examen clinique. — Parmi les caractères qui attirent sur¬
tout l’attention, il faut citer : la couleur de la peau, l’anémie et
l’augmentation du ventre et de la rate.
a) Les malades atteints de leishmaniose présentent une colo¬
ration singulière de la peau. Nous ne connaissons une telle cou¬
leur de la peau dans aucune autre maladie. Cette coloration
saute tellement aux yeux que dans deux cas ce caractère nous a
amené à dépister la leishmaniose : nous avons ainsi constaté la
leishmaniose chez le malade n° 11 que nous avons rencontré
dans une voiture de tramway à Taschkent et chez le malade
n° 20, que mon assistant M. Schokhor a rencontré dans le train
allant de Tschardjui à Boukhara.
Séance du 21 Juillet 1910
481
Dans deux cas, nous avons observé des pétéchies et dans un
cas des ulcérations (« lésions tardives » du kala-azar).
b) L’anémie , se rencontrant dans différentes autres maladies,
n’a pas une importance particulière.
c) En ce qui concerne le gonflement clu ventre et de la rate , ces
caractères, vu le lait que la malaria est très répandue dans le
Turkestan, n’ont qu’une signification relative. Mais les médecins
du pays indiquent que, dans la malaria du Turkestan, la rate’ a
tendance à n’augmenter que du côté gauche et en bas, tandis
que chez les malades atteints de leishmaniose, cet organe, ainsi
que nous l’avons constaté, tend aussi à augmenter du côté droit.
La rate des malades atteints de leishmaniose se distingue aussi
par sa consistance dure, a rate de fer ».
2) Par l’analyse du sang, on poursuivait deux buts : 1) trouver
les plasmodies de la malaria ; 2) établir la formule hématolo¬
gique.
Chez la plupart des malades (65,2 p. 100) que nous avons
examinés, on a diagnostiqué d’abord la malaria, c’est pourquoi
nous faisions toujours l’analyse du sang périphérique (et plus
tard aussi la ponction de la rate et des frottis de cet organe) en
vue de dépister les plasmodies de la malaria.
Dans l’analyse du sang, le nombre de globules blancs et le rap¬
port entre les différentes formes de globules blancs, ont surtout
retenu notre attention.
Chez tous les malades atteints de leishmaniose, il y a de la
leucopénie. Nous attribuions à la leucopénie une grande impor¬
tance et considérions ce phénomène comme un caractère patho¬
gnomonique de la leishmaniose, ce qui a été confirmé par la
constatation de leishmanies dans le sang de la rate et dans le
sang périphérique. Dans les cas de fièvre paludéenne, nous
n’avons pas observé de leucopénie.
La leishmaniose est toujours accompagnée d’une lymphocytose
plus ou moins prononcée.
Mais en dehors des preuves indirectes au point de vue du
diagnostic de la leishmaniose, l'analyse du sang peut apporter
des preuves directes par la constatation de Leishmania donovani.
Sur i4 cas examinés au point de vue de la présence du para¬
site dans le sang périphérique, nous avons constaté des leishma¬
nies dans 4 cas (28,5 p. 100).
3) . La ponction delà rate. Cette opération est considérée habi-
482
Bulletin de l v Société de Pathologie exotique
tuelleinent comme présentant des dangers. Quant à nous, nous
l’avons considérée comme ne présentant absolument aucun danger.
En effet les 2 1 ponctions que nous avons faites dans le Turkestan
n ont eu dans aucun des cas de suites fâcheuses.
Le matériel obtenu fut utilisé par nous de la manière sui¬
vante : avec la première goutte, on ensemençait le milieu de
NNN ; 2) on faisait ensuite des préparations sur un porte-objet;
3) le reste du matériel se trouvant dans la seringue (des traces
adhérant aux parois) était dilué dans une solution physiologi¬
que et injecté dans la veine d’une souris.
Nous devons citer ici encore un moyen diagnostique : /’ injec¬
tion intraveineuse du sang périphérique à la souris. Chez l’enfant
n° i3, on a pris quelques gouttes de sang du doigt et on les a injec¬
tées avec une solution physiologique dans la veine de la queue.
La souris est morte trois semaines plus tard : on pouvait cons¬
tater des Leishmania sur les frottis du foie et des poumons.
Nous avons essayé le traitement des malades par le salvarsan
et le néosalvarsan. Nous avons essayé d’abord des injections
intraveineuses; et, lorsqu’il fallait les éviter, des injections
intramusculaires. Nous nous sommes arretés ensuite à l'intro¬
duction par voie rectale.
La dernière méthode a cet avantage que l’on peut 1) en une
fois introduire une grande quantité de médicament, 2) faire
des injections fréquentes. Nous avons employé d’abord la dose
de o g. o5 à o g. 10 pour un enfant d’un an, en multipliant
ensuite la dose par l’âge du malade ; nous avons augmenté plus
tard la dose et cela n’a eu aucune suite fâcheuse. Nous faisions
faire au début une injection par semaine, mais nous avons fait
ensuite des injections plus fréquentes. Nous avons préparé le
salvarsan comme on le prépare pour les injections intravei¬
neuses.
Nous pouvons dire très peu de chose en ce qui concerne
l’injection intramusculaire, les trois cas traités de cette manière
étaient des cas graves et les trois malades sont morts.
Notre impression en ce qui concerne le traitement de la leish¬
maniose par le salvarsan et le néosalvarsan est la suivante : vu le
fait ([u on n'avait pas d'autre médicament spécifique contre cette
maladie , ces deux préparations représentaient le meilleur médica¬
ment dans ce cas. En effet, déjà après la première introduction de
ces préparations, on ne peut plus reconnaître l’enfant : il devient
Séance du 21 Juillet 1915
483
plus gai, l’apalhie disparaît, la figure devient rose, l’appétit réap¬
paraît et l’enfant dort moins. Le kala-azar ne doit pas être consi¬
déré comme une maladie inguérissable, comme le pensent cer¬
tains médecins du pays. Le traitement par le salvarsan peut
donner de bons résultats, mais il faut l’introduire à de grandes
doses et fréquemment (on l’introduit le mieux aux enfants en
donnant des lavements).
III
Dans le Turkestan, la leishmaniose de l’homme est accompa¬
gnée de la leishmaniose du chien et inversement. Là où il y a un
grand pourcentage de chiens malades, il y a aussi un pourcentage
élevé de cas de leishmaniose chez l’homme. Ainsi à Taschkent
où le pourcentage de la morbidité par la leishmaniose chez le
chien est de 27,2, nous avons eu 12 cas de leishmaniose chez
l’homme ; dans la Vieil le Boukhara où 26,2 p. 100 de chiens sont
infectés, il y avait 8 cas; à Askhabade(7 p. 100 de chiens infec¬
tés), il y avait 1 cas. A Merve, où les chiens sont le moins infec¬
tés (2,5 p. 100), nous n’avons constaté aucun cas chez l’homme.
De 12 cas où nous nous sommes particulièrement intéressés
au problème de la possibilité de la transmission de l’infection
par le chien, dans 7 (58 8 p. 100) les enfants se sont trouvés en
contact avec des chiens, dans 1 (8,3 p. roo) avec un chat ; dans 1
(8,3 p. 100), il y avait des chiens dans la cour, mais les enfants
ne se sont pas trouvés en contact avec les chiens; dans 3 cas
( 20 p. 100), il n'y avait pas de chiens dans la maison.
Dans les deux tiers des cas (66,6 p. 100), les enfants se sont
ainsi trouvés en contact avec des chiens ou des chats, c’est pour¬
quoi l’infection par l'intermédiaire du chien devient probable.
Nous avons examiné les frottis de l’intestin de la puce que
nous avons recueillie sur un chat (enfant n° 2) et nous avons
trouvé une forme ressemblant à celles trouvées par une série
d’auteurs (Basile, Sangiorgi, Koiil-Yakimoff et Yakimoff, Nôl-
ler, etc.) dans le slade post-flagellé.
Nous avons examiné les puces de l'espèce Ctenocep/ialiis canis
prises aux chiens et, chez quelques-unes, nous avons trouvé
dans l’intestin des parasites morphologiquement identiques aux
leishmanies.
484
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
IV
Au point de vue morphologique, les Leishmania du Turkestan
4 •
ne se distinguent pas de celles de l'Inde et de la Méditerranée.
Dans le sang delà rate, les parasites se trouvent tantôt isolés,
tantôt renfermés en grande quantité dans de grandes cellules
mononucléaires (leucocytes mononucléaires et cellules endothé¬
liales), une fois (enfant n° 8) nous avons trouvé une Leishmania
dans un érvthrocyte.
La longueur du parasite varie de 2 u i3 à 4 p 6i, la largeur
de i p 4^ à 2 p 84 ; la longueur du noyau est de i p 06 à i p 77,
la largeur o p 71 à 1 p 77; la longueur du blépharoplaste est de
o p 35 à 1 p 42, la largeur de o p 35.
Si nous comparons les dimensions de notre Leishmania avec
celles de la Leishmania de l’Inde et de la Méditerranée, nous
ne constatons pas de différences sensibles ; les espèces de Leish¬
mania tropica provenant du Turkestan sont plus pléomorphes
(v. infra).
Ici il faut nous arrêter à un mode particulier de multiplica¬
tion. Il a été observé pour la première fois par Mme Nina Kohl-
Yakimoff et nous au laboratoire de M. le Prof. Eiirlich sur le
matériel provenant ci e chiens infectés de Leishmania infantum
(provenant de Tunis). Nous avons trouvé que les formations
désignées par Laveran et Mesnil par le terme de « gangues » et
qui sont interprétées différemment par les auteurs, renferment
des formes cle schizogonie du parasite.
Dans la substance diffuse se colorant en bleu, Mme Kohl-
Yakimoff et nous avons trouvé des quantités variées (jusqu’à
plusieurs dizaines) de noyaux et de blépharoplastes ; on a pu
poursuivre sur la même préparation la division consécutive de
ces formations en 2 et ensuite en l±, 8, etc.
Parfois tout se termine par plusieurs divisions consécutives,
puis le protoplasme se condense autour de la combinaison :
noyau -f- blépharoplaste, et il se forme des Leishmania. Parfois
la division de noyaux-f- blépharoplastes continue jusqu’à la for¬
mation d'une grande quantité et ce n’est qu'alors que commence
la condensation.
Avant d'inaugurer ce mode de multiplication, le parasite s’en¬
veloppe d'une masse sans structure qui se forme probablement
aux dépens de la cuticule de la leishmanie, car le parasite ne
Séance du 21 Juillet 191 5
485
semble pas avoir dans ce cas de limites distinctes. La chroma¬
tine du noyau et du blépharoplaste se multiplie aussi et com¬
mence aussi à se diviser.
Parfois toute la substance qui entoure les masses de chroma¬
tine prend part à la formation des parasites nouveaux; parfois
une partie de cette substance reste sans emploi (reliquat de diffé¬
renciations, « Restkorper »).
Lorsque la condensation du protoplasme autour de l'ensem¬
ble noyau -f- blépharoplaste a pris fin, les parasites deviennent
indépendants, les reliquats, s’il yen a, se dissolvent.
Le nombre des combinaisons noyau blépharoplaste n’est
pas toujours pair, parfois il y a 3, 5, 7 etc. de ces combinaisons.
Cela s’explique par le fait que toutes les masses de chromatine
n’ont pas réussi à se diviser.
Un tel mode de multiplication qui ressemble beaucoup à la
schizogonie (si ce n’est pas une vraie schizogonie), se rencontre
chez des parasites libres ainsi que chez des parasites inclus dans
différents éléments figurés. Nous avons eu l’occasion d’observer,
dans le même élément figuré, à la fois une multiplication directe
des parasites et une schizogonie.
Cette observation, faite par Mme Nina Kohl- Yakimoff et nous
en 1912, n’a pas été publiée à ce moment. Nous avons surtout
fait des observations à ce point de vue dans le Turkestan
sur des préparations de frottis de la rate des enfants. On ne
constate pas ce mode de multiplication chez tous les enfants
atteints de leishmaniose ; mais parfois il y a des individus (exclu¬
sivement atteints d’une forme grave) chez lesquels il y a beau¬
coup de figures pareilles.
Nous avons vu des figures avec 2, 3, 4 jusqu’à 32 noyaux -f-
blépharoplastes, mais le plus souvent le processus se termine
par la formation de 12 et plus rarement de 16 de ces complexes.
Ce processus se rencontre chez des parasites libres ainsi que
chez des parasites renfermés dans des éléments figurés. 11 n’y a
que cette différence que, dans ce dernier cas, presque toute la
substance est employée pour la formation des nouveaux para¬
sites, c’est pourquoi on rencontre rarement des reliquats.
Nous avons obtenu des cultures des Leishmania en ensemen¬
çant le milieu NNN avec le sang de la rate. Les formes cultu¬
rales apparaissent dans l’eau de condensation au quatrième jour.
34
48G Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nous n’avons rien constaté de nouveau en ce qui concerne la
comparaison avec Leishmania donooani et L. infantiim.
Nous avons infecté une souris blanche par l’injection intra¬
péritonéale du sang' de la rate d’un enfant (n° 6).
Nous avons à présent les passages suivants :
Enfant
I
Souris
Souris nos i-4 Souris n° 5
■Chien n° i Chien n° 2 Chien n° 3
I I
| Chien n° 6
~i r "
Chiens nos 4*3 Souris n° 6
Le 22/1 iqi4, deux chats ont été infectés par l’injection intra¬
péritonéale des organes de la souris n° 5. Un de ces chats a suc¬
combé au mois de septembre de cette année : sur les frottis de
la moelle osseuse, de la rate et du foie on n’a pas trouvé de
Leishmanies; on n'a pas observé de symptômes de la maladie.
L’autre chat se trouve encore sous notre observation.
La souris infectée par le sang de l’enfant et les autres (nos i-5)
infectées avec le matériel prélevé à cette souris, ont eu des leish¬
manies dans la rate et encore plus dans le foie. La souris n° 6 a
été sacrifiée 7 mois 1/2 après l’infection, on 11'a pas constaté
dans ce cas de symptômes de maladie. A l’autopsie nous avons
noté l’augmentation de la rate et du foie.
Y , - i jH %
Que représente la leishmaniose du Turkestan ? Est-ce une
leishmaniose spéciale qui n’est propre qu’à ce pays ?
Nous devons donner à cette question une réponse négative.
Dans la leishmaniose du Turkestan, il n’y a pas de particularités
qui puissent la distinguer de la leishmaniose de l'Inde ou de
celle de la Méditerranée. Mais alors, se pose la question sui¬
vante : la leishmaniose de Turkestan est-elle identique au kala-
azar de l’Inde ou à la Leishmaniosis infantum de la Méditer¬
ranée ?
Suivant l’opinion de la plupart des auteurs, il n’y a plus de
raisons actuellement pour considérer les leishmanioses de l’Inde
Séance du 21 Juillet 1915
487
et de la Méditerranée comme deux maladies différentes ; on a
cru d’abord que ce n’étaient que les enfants qui étaient atteints
de la leishmaniose de la Méditerranée, tandis que le kala-azar
sévissait parmi les adultes. Mais on sait actuellement que les
adultes ne sont pas indemnes de l’infection par la leishmaniose
de la Méditerranée. Parmi les malades atteints, on constate des
enfants ainsi que des adultes.
Les tableaux cliniques de ces deux leishmanioses sont iden-
tiq ues. La leishmaniose du Turkestan ne fait pas exception à ce
point de vue ; au cours de cette maladie, on constate le noma,
des pétéchies et des ulcérations à la peau.
On a cru d'abord que l'on ne pouvait infecter les chiens et les
souris que par les Leish mania de la Mediterranée, mais certains
auteurs ont réussi dans l’Inde à infecter ces animaux aussi par
le kala-azar.
xVinsi que les microorganismes des deux leishmanioses connues,
le microorganisme de la leishmaniose du Turkestan se développe
dans le milieu NNN.
Au point de vue morphologique, il n’y a pas de différence
entre la leishmanie du Turkestan et les Leishmania donovant et
infan turn.
La leishmaniose du Turkestan ne représente donc pas une
espèce particulière de leishmaniose , mais est identique à la leish¬
maniose de P Inde , sévissant dans un pays situé non loin du Tur¬
kestan et à la leishmaniose de la Méditerranée sévissant dans des
endroits éloignés du Turkestan ; la leishmaniose du Turkestan
ainsi que les leishmanioses en question est provoquée par la Leish¬
mania donovani.
Les cas que l’on a observés en Transcaucasie ressemblent à
ceux du Turkestan ; la leishmaniose du Turkestan et celle de
Transcaucasie sont aussi identiques.
La plupart des auteurs s’en tiennent à l’opinion que, dans le
bassin de la Méditerranée, les leishmanioses des enfants et des
chiens sont identiques. Il fallait résoudre le même problème en
ce qui concerne la leishmaniose du Turkestan.
Nous pensons que dans le Turkestan les deux leishmanioses
(de l’homme et du chien) sont aussi identiques. Nous pouvons
appuyer notre supposition par les considérations suivantes.
Dans tous les endroits que nous avons étudiés au point de vue
de la propagation de la leishmaniose de l’homme et du chien, la
488
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
leishmaniose de l'homme a été toujours accompagnée de la
leishmaniose du chien et inversement. La répartition géogra¬
phique de la leishmaniose de l’homme dans le Turkestan est
ainsi identique à celle de la leishmaniose du chien.
Mais le parallélisme est encore plus prononcé : la morbidité
des chiens par la leishmaniose correspond à celle de l’homme par
la leishmaniose. Les endroits les plus infectés par la leishma¬
niose du chien étaient : Samarcande (4o,8 p. ioo), Boukhara
(25,2 p. 100) et Taschkent (27,2 p. 100) ; dans ces villes, nous
avons constaté en même temps une morbidité élevée par la leish¬
maniose de l’homme.
Dans les villes où nous avons constaté relativement peu de
chiens infectés : Askhabade (7 p. 100) et Merve (2-, 5 p. 100),
nous n’avons presque pas trouvé de cas de leishmaniose de
l’homme : Askhabade 1 cas, Merve o.
Nous avons déjà indiqué plus haut que nous avons réussi à
infecter par voie expérimentale avec les deux virus (de l’homme
et du chien) des chiens et des souris et que dans les deux cas
les phénomènes qui ont suivi l’infection ont été les mêmes.
Cette constatation plaide aussi en faveur de l’identité de ces
deux virus.
Les cultures provenant des virus de ces deux origines ont
présenté aussi des caractères identiques.
L’identité de deux leishmanioses du Turkestan nous paraît
ainsi suffisamment prouvée.
11 suit de ces faits que les chiens peuvent jouer un rôle capital
dans la transmission de la leishmaniose et que souvent le contact
avec ces porteurs de Leishmania peut avoir des suites néfastes
pour l’homme.
B. — LEISHMANIOSE CANINE
I
Nous avons recueilli un matériel concernant environ 1.000
chiens. Jusqu’à maintenant, nous avons étudié les frottis concer¬
nant 747 animaux.
L’examen des chiens au point de vue de la leishmaniose a été
fait : à Taschkent pendant les mois d’avril, mai, j ni n, j uillet, août
et septembre; à Samarcande, du ifir août au ier septembre; à
Boukhara, du 8 juillet au 8 septembre; à Merve, à la fin du mois
Séance du 21 Juillet igi5
489
d”août et au commencement du mois de septembre ; à Askha-
bade dans la deuxième moitié du mois d’août, et à Kouchka, au
milieu du mois d'août.
Si l’on compare le pourcentage (moyenne calculée pour tout
le Turkestan) des chiens infectés parla leishmaniose (28,96 p. 100)
avec le pourcentage des autres pays, on constate que le Turkes¬
tan occupe sous ce rapport le troisième rang , qu’il se place entre
l’île d’Hydra (16,66 p. 100) et Rome (26,6 p. 100).
Les endroits les plus infectés dans le Turkestan (Samarcande
et Taschkent) viennent presque tout de suite après Bordonaro
qui est connu comme l’endroit le plus infecté (81,8 p. 100).
Il était intéressant de déterminer non seulement le pourcen¬
tage des chiens infectés, mais aussi le degré de l’infection ; à
cet effet, nous avons compté le nombre de parasites sur les
frottis de la rate; nous résumons ces données sur ce tableau :
(1) LJ11 village du district de Taschkent a donné un pourcentage encore plus
élevé (4 sur 8 zz 5o o/o).
(2) A Merve, le pourcentage a été moins élevé (i sur [\o zz 2,5 o/o).
Ch. Nicolle a émis l’opinion que la leishmaniose canine a un
caractère saisonnier. Afin de vérifier cette hypothèse en ce qui
concerne le Turkestan, nous avons examiné des chiens à
Taschkent pendant les quatre mois suivants : avril, mai, juin et
juillet.
Aux mois d’avril et mai, le pourcentage des chiens infectés
a été de 25 et de 28,6, tandis qu’au cours du premier mois de
l’été, il s’est élevé jusqu'à 85,8 p. roo.
Le caractère saisonnier de la maladie se manifeste aussi par
le pourcentage des infections fortes et des infections faibles;
nous l’avons établi en ce qui concerne les chiens de Taschkent
Î90
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dont l'examen a été fait pendant les mois d’avril, mai, juin et
juillet. Après le mois d'avril (alors que le pourcentage de faible
infection était de 38,4), sont apparues des infections récemment
contractées (80, o et 6o,5 p. 100); certainement, dans ce cas, le
pourcentage des infections fortes diminue. Mais au mois de
juillet, lorsque le pourcentage de la morbidité diminue, diminue
aussi le pourcentage des chiens qui ont contracté de nouvelles
infections. Tout cela confirme le caractère saisonnier de la
leishmaniose.
II
Nos chiens ont présenté les symptômes suivants : anémie,
amaigrissement, troubles intestinaux; ils ont aussi en partie
perdu le poil. Il y avait, en outre, une inflammation putride de
la parotide et une tuméfaction du nez.
Les chiens infectés par voie expérimentale présentaient tou¬
jours un fort amaigrissement, mais ne perdaient jamais leur
poil. Chez un chien, nous avons observé, pendant les derniers
jours, une parésie du train postérieur et de l’hypothermie.
La diarrhée apparaît parfois pendant la période terminale de
la maladie.
Nous n’avons jamais observé, chez des chiens infectés sponta¬
nément ni chez des chiens infectés expérimentalement, de
kératite ni d’autres phénomènes oculaires.
L’amaigrissement et le fait que les chiens perdent leur poil
ont-ils une signification pour la diagnostic de la leishmaniose?
Nous avons examiné à ce point de vue 1 68 chiens et nous
avons compté, parmi ces animaux, 1 4 (8,3 p. ioo) qui ont mai¬
gri, 4 (2,3 p. 100) qui ont perdu leur poil et 3 (i,b p. 100) qui
ont présenté les deux symptômes en même temps.
Mais sur les i4 chiens maigres, il y en avait 3 (21,4 p. 100)
atteints de leishmaniose; sur les 4 qui ont perdu le poil : 1 (25
p. 100) et sur les 3 qui ont présenté les deux symptômes en
même temps : 2 (66,6 p. 100) atteints de leishmaniose.
En ce qui concerne le degré de l’infection, les cas de ces trois
catégories se classent de la manière suivante :
H — I — I — b H — I — b H — I — b “b faible -f- très faible
chiens maigres it\ 12
chiens qui ont perdu le poil 4 1
chiens qui ont présenté les deux
symptômes en même temps 3
1
1
Séance du 21 Juillet 1910
491
Chez les \‘i (91,3 p. 100) autres chiens infectés, la maladie ne
se manifestait pas par des caractères extérieurs.
Nous voyons ainsi : 1) que les deux caractères cités plus haut
n’accompagnent pas toujours la leishmaniose ; 2) que les deux
symptômes lorsqu’ils se manifestent en meme temps ont une
signification plus grande qu’un symptôme isolé et 3) que , chez la
plupart des chiens (p/,J p. 100) atteints de leishmaniose , il riy
avait pas de caractères extérieurs de la. maladie.
Cette maladie peut durer jusqu’à trois ans.
Le chien n° 4 infecté expérimentalement est resté vivant pen¬
dant 3 mois 29 jours.
L’analyse du sang d'un chien atteint de leishmaniose naturelle
a donné les résultats suivants :
Nombre de leucocytes dans 1 cm3 de sang : 65.096 ; formule
leucocytaire : lymphocytes, 16 p. 100 ; grands mononucléaires,
3 p. 100 ; formes de transition, 4 p. 100 ; myélocytes, 5,5 p. 100 ;
éosinophiles et Mastzellen, o. Le pourcentage des formes de
dissolution a été de 17,5.
Il est très difficile d’établir le diagnostic de la leishmaniose
chez des chiens vivants, d’après les caractères extérieurs. Il est
vrai que les deux caractères les plus frappants (l’amaigrisse¬
ment et le fait que les animaux malades perdent parfois leur
poil) peuvent rendre les animaux suspects, mais nous avons
vu, d’autre part, que la plupart (91,3 p. 100) des chiens atteints
de leishmaniose ne manifestaient aucunement leur maladie par
des symptômes extérieurs, qui pouvaient les rendre suspects
d’une manière quelconque.
Les changements anatomo-pathologiques peuvent-ils donner
des indications pour le diagnostic de la leishmaniose ?
Nous avons autopsié à Taschkent 124 cadavres et nous avons
constaté l’augmentation de la rate dans 4b cas (37 p. 100), la
coloration rouge de la moelle osseuse dans 9 cas (7,2 p. 100);
dans 69 cas (55,6 p. 100), les deux caractères se manifestèrent
en même temps. Il y avait parmi les 124 cadavres 39 animaux
infectés (3 1 ,4 p. 100).
Nous avons constaté la leishmaniose dans 34,7 P- 100 des cas
où les deux caractères indiqués ci-dessus se manifestèrent en
même temps, dans 3o,4 p- 100 des cas où il y avait seulement
une augmentation de la rate et dans 11,1 p. 100 des cas, où il y
avait une coloration rouge de la moelle osseuse.
492 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Si nous demandons quels changements anatomiques et patho¬
logiques sont le plus souvent provoqués par là leishmaniose,
nous constatons que, sur 3q animaux infectés, 24 (61, 5 p. 100)
ont présenté en même temps les deux caractères (augmentation
de la rate et coloration rouge de la moelle osseuse), i4 (35, 9
p. 100) ont présenté seulement l’augmentation de la rate et 1
(2,5 p. 100) la coloration rouge de la moelle osseuse.
On voit ainsi que, dans plus de la moitié des cas de leish¬
maniose, les deux caractères se présentent ensemble, dans plus
d’un tiers des cas, il n’y a qu’une augmentation de la rate ; la
coloration rouge de la moelle osseuse 11'est constatée que dans
un cas.
La]présence simultanée de ces deux caractères indique aussi
que l’infection est plus prononcée; l'infection est très faible
dans 79,1 p. 100 de ces cas, tandis que dans les cas où il n’y
a qu’une augmentation de la rate, l’infection est très faible
dans 85,7 P- 100 de cas > 1 infection est plus prononcée
(-| — (-"1 — h? H — I — P? H — b) dans 16,6 p. 100 des cas où les
deux caractères se manifestent ensemble et dans i4,4 p. J 00
des cas où il n’y a qu’une augmentation de la rate.
Il suit de ce qui précède r/n à l’autopsie le diagnostic le plus
sûr est donné par la présence des deux caractères cités ci-dessus
[augmentation de la rate et coloration de la moelle osseuse ) ; vient
ensuite l’augmentation de la rate ; la coloration rouge de la
moelle osseuse, qui n’est pas accompagnée de l’augmentation de
la rate, n'a que peu de signification.
Il faut ajouter qu’il y a des cas de leishmaniose qui ne sont
pas accompagnés de changements anatomo-pathologiques. Sur
168 chiens examinés, 9 chiens (5,7 p. 100), atteints de leishma¬
niose, n’ont pas présenté ces changements.
Au cours de la leishmaniose provoquée expérimentalement
par un virus provenant soit de l’homme, soit du chien, il y avait
toujours une augmentation plus ou moins grande de la rate et
des glandes lymphatiques, une coloration rouge de la moelle
osseuse ; on constatait souvent aussi l’hypérémie du foie.
On observait le plus grand nombre de Leishmania dans la rate
et dans la moelle osseuse. Au cours de la leishmaniose provoquée
expérimentalement, les parasites se rencontrent aussi dans le
foie, et, dans les cas d’infection prononcée, encore dans les
Séance du 21 Juillet 1915
493
glandes lymphatiques. Nous n'avons jamais constaté de Leish-
manici dans les poumons ni dans les reins.
in.
*
Au point de vue morphologique, la Leishmania des chiens du
Turkestan ne se distingue pas des Leishmania connues que
l’on a trouvées chez l'homme et chez le chien.
Les dimensions du parasite sont les suivantes : longueur
2 p. 84 à 4 p 26 ; largeur 1 p [\2 à 3 p 55 ; noyau : 1 p 42 à 2 p
84 X 1 p 06 à 2 p r3 ; blépharoplaste : o p 35 à 1 p 78 x o p 35
à 1 p 07.
Les Leishmania peuvent être cultivées dans le milieu NNN.
Par émulsion de la moelle osseuse, de la rate et du foie (du
chien malade «■ Edourd »), un chien sain a été infecté. Actuel¬
lement nous en sommes déjà au quatrième passage.
Les souris s’infectent facilement aussi par le virus provenant
de chiens atteints de leishmaniose. L’infection ne provoque pas
de phénomènes visibles; elle dure, semble-t-il, plusieurs mois;
elle n’a jamais provoqué, dans nos expériences, la mort de l’ani¬
mal infecté. A l’autopsie on constate toujours l’hypertrophie du
foie et parfois de la rate. Le plus grand nombre de parasites a
été constaté dans le foie ; il y en avait moins dans la rate et
très rarement dans la moelle osseuse.
v_
IV.
Nous avons examiné plusieurs dizaines de puces, trouvées sui¬
des animaux atteints de leishmaniose. Nous avons constaté
dans l'intestin de ces puces des parasites de forme ovale ou
allongée qui s’accumulent par dizaines et qui ressemblent aux
Leishmania que l’on trouve dans les organes. Ainsi que le corps
de ces dernières, le corps de ces parasites est composé du pro¬
toplasme, du noyau et du blépharoplaste, un flagelle court-
forme parfois le prolongement du blépharoplaste. Les dimen¬
sions de ces organismes sont les suivantes: longueur: 4 p- 26,
largeur: 1 p 42 à 2 p. 84 ; le noyau : 1 p 06 à 1 p 42 X 1 p 06 à
1 p 42.
Si nous comparons la leishmaniose des chiens dans le Tur¬
kestan à la leishmaniose des chiens du bassin de la Méditerra¬
née, nous verrons qu’il s’agit de deux infections identiques : les
494
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
caractères morphologiques des parasites dans les organes et
dans les cultures sont identiques ; on réussit à infecter avec les
deux virus des chiens et des souris ; on obtient des cultures du
virus du Turkestan ainsi que du virus de la Méditerranée ; les
tableaux cliniques de ces deux leishmanioses (amaigrissement,
anémie, dépilation) sont identiques; il n’y a pas de différence
en ce qui concerne les changements anatomo-pathologiques.
C. — LA LEISHMANIOSE CUTANÉE (BOUTON D’ORIENT)
DANS LE TURKESTAN RUSSE.
Cette maladie est très répandue dans le Turkestan russe, sur¬
tout dans quelques régions; c’est le fléau du pays.
Dans la province Transcaspienne, on appelle cette maladie
l'ulcère de Pende , d'Askhabade ou l'ulcère persan , dans la langue
du pays: pacha-khourda et pendé-bocka ; dans les autres régions
du Turkestan, on l’appelle ulcère d' Afghanistan, de Khokand, de
T aschkent ou ulcère Sarte, dans la langue du pays : iaman-
djaragate (mauvaise blessure), tschoban , kepèi-tourok , djemen
pach a-kh ourda .
La Mission a travaillé à Boukhara, Askhabade, Samarcande
Kouchka et surtout à Termese (frontière de la Russie et de l’Af¬
ghanistan). Dans la dernière localité, une partie de la Mission
s'est occupée spécialement de l’étude de la leishmaniose cuta¬
née.
En outre, à Termese, des renseignements ont été recueillis
parmi les officiers, les médecins et les fonctionnaires par voie
d’enquête ; il y a eu en tout 59 réponses : ont été atteints de
leishmaniose cutanée 4° (67*8 p. 100), n’ont pas été atteints 19
(32,2 p. 100).
Sur 43 hommes mariés, 25 (58, 1 p. 100) ont été atteints de la
maladie et 18 (4i,i p. 100) n’ont pas été atteints, sur i5 céliba¬
taires i4 (p3,3 p. 100) ont été atteints et 1 (6,6 p. 100) n’a pas
été atteint.
Parmi les l\o qui ont été atteints, il y avait 25 mariés
(62,5 p. 100), i4 célibataires (35 p. 100) et 1 veuf (2,5 p. 100).
Parmi les 19 non atteints, il y avait 18 mariés (94,7 P- 100) et
1 célibataire (5,2 p. 100).
Sur 3g cas la maladie a été diagnostiquée 3o fois (76,9 p. 100)
Séance du 21 Juillet 1915 J 95
par des médecins ; 9 (28 p. 100) ne se sont pas adressés aux
médecins.
Ont contracté l'infection : à Térmese 32 (80 p. 100), à Askha-
bade 4 (10 p. roo), à Samarcande 3 (7,5 p. roo), à Kaakhka
(prov. Transcasp.) 1 (2,6 p. 100).
Concernant la question de savoir à quel moment de leur
séjour à Térmese ils ont contracté l’infection, il suit de l’en¬
quête que, sur 32 personnes, ont contracté l’infection, pendant
la première année de leur séjour i4 malades (43,8 p. 100) (1),
la deuxième année 1 14 (34,3 p. 100) (2), troisième 2 (6,4 p. 100),
quatrième 1 (3 p. 100), cinquième 3 (g, 3 p. 100). septième 1
(3,i p. 100). >
Suivant nos observations personnelles, de 36 soldats qui ont
contracté l'infection à Térmese : 29 (80, 5 p. too) l’ont contractée
pendant la première année ; pendant la deuxième : 2 (8,3 p. 100),
la troisième : 2 (8,3 p. 100) et pendant la cinquième : 1
(2,8 p. 100).
Chez 11 il n’y avait pas de malades dans leurs familles et
chez i4 il y en avait.
La Mission a encore examiné dans notre laboratoire à Tér¬
mese 4& personnes atteintes de Leishmaniose cutanée; sur ces
48 il y avait 48 hommes (4o adultes et 3 enfants) et 5 femmes
{3 adultes et 2 petites filles). Tous ont contracté l’infection à
Térmese ; en 1912: 1 et en 1 9 1 3 : 47 •
Tous les auteurs du pays ne sont pas d'accord en ce qui con¬
cerne la question de savoir si l’ulcère de Pende et l’ulcère sarte
représentent la même maladie et à l’heure actuelle beaucoup de
médecins du pays les considèrent comme deux maladies diffé¬
rentes.
Ilya des médecins qui affirment que l’ulcère Sarte a le carac¬
tère d'une ulcère malin et que cette maladie dure plus long¬
temps; d’autres, au contraire, disent que cet ulcère a le caractère
d’une maladie plus bénigne, que les particularités citées plus
haut doivent être rapportées à l’ulcère de Pende. Il nous a été
ainsi difficile d’avoir une idée claire concernant la différence
entre ces deux maladies. L’analyse microscopique nous a mon-
(1) Un a contracté l’infection pour la seconde fois au cours de la 3e année
•et un autre au cours de la 4e année.
(2) Un a contracté à Térmese l’infection pour la seconde fois, il a contracté
l’infection à Kaakhka (prov. Transcasp.).
Bulletin1 de la Société de Pathologie exotique
tré qu'on trouve dans les deux cas les mêmes parasites , les mêmes
Leishmania , ce qui conduit à la conclusion que les deux ulcères
représentent la même maladie, la Leishmaniose cutanée.
Mais s'agit-il, dans tous les cas où on diagnostique au Tur-
kestan l’ulcère de Pende, de la leishmoniase cutanée ? Celte
question est d’une grande importance. Nous pensons qu’il y a
au Turkestan des ulcères d’une autre origine. C’est probable¬
ment ce fait qui explique le peu de constance des résultats thé¬
rapeutiques.
Au point de vue clinique, il est parfois difficile de distinguer
les ulcères provoqués par les Leishmania des ulcères provoqués
par d’autres agents.
• Nous avons examiné les frottis du matériel prélevé des ulcères
de 98 malades chez lesquels les médecins ont diagnostiqué le
bouton d’Orient et nous avons constaté que ce n’était que dans
58 (69,2 p. 100) cas que les ulcères ont été provoqués par Leish¬
mania tropica ; dans 3q (4o,8 p. 100), l’examen le plus soigné
11’a pas permis de constater les parasites (il n’y avait sur les frottis
que d’autres microbes).
C11 nous basant sur nos observations personnelles, nous pou¬
vons affirmer qu’au cours des 2 à 4 premières semaines, il n’est
pas possible de distinguer la leishmaniose cutanée des autres
ulcères.
La leishmaniose cutanée a le caractère d'une maladie sai¬
son ni ère.
Suivant les constatations de notie Mission à Termese, du ierau
3i août, sur 4(8 malades, ont contracté l'infection : au mois de
juin, 1 (2,1 p. roo) ; au mois de juillet, 7 (i4,6 p- 100), et au
mois d'aoùt, l\o (83,3 p. 100).
Sous ce rapport l’enquête parmi les officiers a donné les
résultats suivants ; ont contracté l’infection : au mois de janvier,
1 personne (3,5 p. 100); de mai, 2 (7,1 p. 100); de juillet, 9
(32,i p. 100); d’août, 9 (32,i p. 100); de- septembre, 3 (10,7
p. 100); d’octobre, 1 (3,5 p. 100) : de novembre, 1 (3,5 p. 100).
Si on 11e prend que les cas où l’infection a été contractée 1)
durant les mois d’été et 2) durant les mois d’été et le mois de
septembre, on obtient les résultats suivants : 1) juin : 10 p. 100 ;
juillet : 45 p. 100 ; août : 45 p. 100 ; 2) juin : 8,7 p. 100 ; juillet :
3q, i p. 100 ; août : 3q,i p. 100; septembre : i3 p. 100.
On voit ainsi que l’infection est plus souvent contractée aux
t
Séance du 21 Juillet 1910 497
mois de juillet et d’août (bien qu’il y ait des cas d’infection au
mois de juin et même au mois de mai); tandis que, durant le
mois de septembre et après, l’infection est contractée plus rare¬
ment.
Suivant nos observations personnelles à Termese. les ulcères
de la leishmaniose cutanée se trouvent chez les hommes princi¬
palement aux jambes, aux mains et au-dessus des coudes, plus
rarement à la figure, au cou et à la poitrine ; dans 1 cas il y avait
3 ulcères au pénis; — chez les femmes , aux mêmes endroits,
plus souvent à la figure et aux cuisses ; — chez les enfants : au
front et aux joues et ensuite aux mains et aux pieds.
Suivant le nombre des ulcères , les cas de leishmaniose de l'en¬
quête faite parmi les officiers se répartissent de la manière sui¬
vante : 1 ulcère dans j4 cas; 2 ulcères dans 6 cas; 3 dans 2 c. ;
4 dans 6 c. ; 5 dans 2 c. ; 6 dans 1 c. ; 7 dans r c. ; 8 dans 2 c. ;
1 1 dans 2 c. ; 12 dans 1 c. ; i3 dans 1 c. ; r5 dans 1 c. ; 1 7 dans 1 cas.
Suivant la durée de la maladie , les cas de leishmaniose de la
même enquête se répartissent de la manière suivante ; plusieurs
jours (?) dans 2 cas ; 2 semaines r/2 dans r cas ; r mois dans 1 c. ;
1 m. r/2 dans r c. ; 2 m. dans 2 c. ; 3 m. dans 2 c.; 4 ni. dans roc.;
4 m . r / 2 d a ns r c . ; 5 m . dans 3 c . ; 6m. dans 6 c . ; 7 m . d a n s r c . ;
8 m. dans 2 c.; r 2 m. dans r c. ; 2 ans r \i dans 1 cas.
Chez deux personnes qui ont été malades deux fois, la maladie
a duré r) la première fois r3 mois et la deuxième fois 7 m. ; 2)
la première fois 3 mois et la deuxième r6 mois.
Si on retranche lescasoù la maladie a duré 1 m. r/2 et moins
comme des cas douteux, on voit que la leishmaniose dure au
Turkestan de deux mois jusqu'à un an et même jusqu’à 2 ans r/2.
Les pourcentages les plus élevés correspondent à la durée de
4 mois (34,4 P- 100) et de 6 mois (20,6 p. roo).
Nous avons recueilli au Turkestan un matériel assez riche
pour 1 examen du sang des malades atteints de leishmaniose
cutanée. Malheureusement un accident nous a fait perdre tout
ce matériel, et nous n'avons pu examiner que plusieurs prépa¬
rations du sang d’un malade avec un ulcère à la main. Nous
avons constaté sur ces préparations très peu de Leishmania tro-
pica var. major ; il y avait beaucoup de microcoques.
Nous avions prélevé le sang à la zone enflammée de l’ulcère
(au-dessus et au-dessous de l'ulcère), à un doigt, à un orteil et
è
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
498
au dos. On compte de 35 à 44 o/o de lymphonytes, de 46 à
58 o o de polynucléaires, de 1,7 à 5,8 0/0 d’éosimphiles.
La plupart des auteurs pensent que les malades guéris jouis¬
sent d’un immunité stable.
Les données de l’enquête faite parmi les officiers montrent
que, sur 38 cas de leishmaniose cutanée, il y avait 8 cas (2 r p. 100)
où l'infection a été contractée pour la deuxième fois et 3o cas
(78,9 p. 100) où les malades, une fois guéris, 11’ont plus con¬
tracté d’infection.
Nous avons examiné plusieurs personnes à Boukhara et à
Askhabade et nous n’avons pas trouvé de Leishmania dans le
sang périphérique (du doigt).
En ce qui concerne les insectes qui peuvent servir de véhi¬
cule à la transmission de l’infection, nous avons, en nous basant
sur l’opinion des gens du pays et notre expérience personnelle,
étudié sous ce rapport les moustiques, les punaises et les
mouches.
Nous avons examiné le contenu de F intestin de 160 Anophèles et
Culex et nous n avons trouvé dans aucun cas de formes qui ressem¬
blent aux Leishmania.
Nous avons utilisé les punaises que l’on a pu trouver sur les
lits des soldats atteints de leishmaniose. Nous avons pris aussi
des punaises que nous avons trouvées dans une famille particu¬
lière où il y avait trois malades (la mère et deux enfants). Dans
une autre famille dont presque tous les membres ont été atteints
de leishmaniose cutanée, on n’a pas trouvé de punaises (la
famille passait les nuits en plein air). Nous n’avons pas constaté
de Leishmania sur les frottis de l’intestin de ces insectes.
Nous avons fait avec M. Schokhor les expériences suivantes
sur les punaises :
1) 10 punaises ont été prises du lit d'un soldat bien por¬
tant; on ne leur a rien donné à manger durant pl usieurs jours ;
cinq ont été prises pour l’examen microscopique du contenu de
leur intestin et les cinq autres ont été placées sur le lit d’un sol¬
dat atteint de leishmaniose cutanée. 3 jours après, on a fait des
frottis de l’intestin de ces 5 punaises. U examen microscopique et
donné dans les deux cas des résultats négatifs.
2) 3o punaises ont été prises au lit d’un soldat bien portant ;
une moitié a servi comme insectes de contrôle (l’examen du
contenu de leur intestin a montré qu elles ne renferment pas de
Séance du 21 Juillet 1 9 1 5
4011
formes ressemblant aux Leishmania) ; les autres out été placées
sur la main d’un soldat avec des ulcères de leishmaniose aux
mains (environ 10); il y avait aussi des ulcères au cou, au front
et aux reins (environ 5o), Les punaises ont été placées sur la
main et couvertes de la manche de telle manière qu elles 11e pou¬
vaient pas sortir, trois heures après 011 les a recueillies; 10 ont
été tuées à des intervalles différents (de 3 h. à 48 h.) ; sur les
frottis du contenu de l'intestin, on n’a pas trouvé de formes res¬
semblant aux Leishmania.
Avec les autres (5) punaises, mon assistant M. Schokhor a fait
l’expérience suivante : après les avoir laissées 24 heures sans
nourriture, il les a placées sur la main ; durant une heure entière,
elles ont pu le mordre à différents endroits. Six jours après,
l’expérience a été répétée. 24 heures après on a fait des frottis du
contenu de l’intestin ; les résultats ont été négatifs. A la main de
l’expérimentateur, on n’a pas constaté de phénomènes d’infec¬
tion (il y a déjà plus d’une année que cette expérience a été faite
et il n’y a rien à la main de l’expérimentateur).
Des mouches (différents genres et espèces) ont été examinées
surtout à Askhabade et à Boukhara. 100 insectes ont été exami¬
nés en tout. Les résultats ont été négatifs.
Sans anticiper sur la solution de la question de l'identité ou
de la non-identité des Leishmania donovani et L. infantum à la
Leishmania tropica, nous pensons que la leishmanie du Turkes-
tan des organes internes ( Leishmania donovani) est probablement
identique à la Leishmania tropica de ce pays. Nous basons notre
supposition sur le fait suivant.
Nous avons raclé un ulcère de l’oreille d’un malade, nous
avons dilué le matériel obtenu dans une solution physiologique
de NaCl, et nous l’avons injecté dans la cavité péritonéale d une
souris. Environ 4 semaines après, la souris a succombé, et nous
avons constaté des Leishmania sur les frottis du foie.
Si le kala-azar et la leishmaniose cutanée sont provoqués par
le même agent, comment expliquer le fait que la maladie se
manifeste dans les deux cas de deux manières différentes, que
dans un cas il y ait une infection générale de l’organisme, tandis
que dans l’autre cas tout se borne à une infection locale de la
peau ?
Sans vouloir résoudre ce problème en ce qui concerne laleish-
500
Hl.LI.ETlN DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
maniose en général, nous voulons essayer d’expliquer le fait en
ce qui concerne le furkestan.
Le kala-azar affecte au Turkestan surtout les enfants : parmi
les malades examinés par la Mission, il y avait 87 p. 100 d’en¬
fants et seulement 12,9 p. 100 d'adultes.
La leishmaniose cutanée affecte les enfants ainsi que les adul¬
tes. Ce phénomène peut être expliqué par le fait que l’organisme
de l’enfant est moins résistant à l’infection que celui de l’homme
adulte ; c’est pourquoi lorsque l’agent de l’infection pénètre dans
l'organisme de; l'enfant, il arrive jusqu’aux organes internes,
tandis que l'organisme de l’homme adulte lutte contre l’infection
et celle-ci n’affecte que la peau ; ce n’est que dans des cas rares
qu’il y a une infection générale.
Les Leïshmcinia ont été, dans la leishmaniose cutanée, obser¬
vées dans le Turkestan russe pour la première fois par le docteur
P. Borowsky ( 1898). Il est vrai que les descriptions de cet auteur
contiennent des inexactitudes, mais il a le mérite d’avoir
reconnu, le premier, dans ces parasites des protozoaires, et en
regardant les figures de son article (publié malheureusement
seulement en langue russe), on voit qu’il s’agit indubitablement
de Leish mania. Ces parasites ont été étudiés en même temps par
un autre auteur russe Martzinowsky et par J. H. Wright.
En étudiant la leishmaniose cutanée en différents points du
Turkestan, nous avons été étonnés de rencontrer des parasites
morphologiquement différents. Nous avons observé deux formes
de la Leish mania trop ica :
1) De grands parasites, pour la plupart sphériques, plus rare¬
ment de forme ovale et très rarement ayant la forme de grains
de riz. Protoplasme très liquide, se colorant faiblement en bleu,
avant parfois des vacuoles. Le noyau se colore faiblement en
rouge; non compact, composé de granules isolés, de forme ovale
ou ronde. Le blépharoplaste se colore plus fortement; il a la
forme d’un bâtonnet, d’un point ou d'un arc; sa position par
rapport au noyau n’est pas fixe. Dimensions : longueur max. :
5 jjl 49 ; largeur max. : 3 p 92 ; noyau 2 p 74 ; blépharoplaste :
o p 3p.
2) Petits parasites en forme de grains de riz, plus rarement
de forme ovale ou ronde. Protoplasme condensé, homogène, se
colorant fortement en bleu. Noyau rond ou oval, compact, se
Séance du 21 Juillet 1 9 1 5
3b î
colorant en rouge. Blépharoplastes pour la plupart en forme de
bâtonnet. Dimensions 3 p 92 X 3 p. \l\.
Nous n’avons pas constaté de forme ressemblant à la Lcish-
mania brasiliensis.
Les deux formes ont celte particularité caractéristique qu elles
se rencontrent en des points déterminés. Ainsi, à Boukhara,
Askhabade et Samarcande, se rencontre principalement la
seconde, tandis qu’à Térmese domine la première. Dans cette
dernière localité, nous avons constaté chez l\i malades (82, 4
p. 100), la première forme, et chez 7 (i4, 6 p. 100) la seconde
forme.
Nous ne pouvons pas encore dire si, à ces deux formes diffé¬
rentes de Leishmania , correspondent des formes cliniques diffé¬
rentes de la maladie.
Nous croyons avoir affaire à deux variétés différentes de
Leishmania tropica et les désignons : Leishmania tropica var.
major et Leishmania tropica var minor.
Lorsque les parasites protozoaires étaient encore peu connus,
on s’est intéressé beaucoup à la flore bactérienne des ulcères de
la leishmaniose cutanée, plusieurs auteurs ont isolé de ces
ulcères des bacléries qu’ils ont considérées comme les agents du
bouton d’Orienl.
Nous avons examiné, sous ce rapport, 48 malades à Térmese ;
nous avons trouvé des bacléries chez 3o (62,0 p. 100) ; chez r8
(37,5 p. 100) il n’y avait pas de bactéries; de ces 3o, chez 28
(93,3 p. 100) il y avait des cocci et chez 2 (6,6 p. 100) il y avait
des cocci et des bactéries.
Il était intéressant de savoir si l’opinion de certains auteurs
selon laquelle il existe un antagonisme entre les Leishmania et
les bactéries était conforme à la réalité. Nous avons examiné, à
ce point de vue, les préparations de 17 malades, dont les ulcères
avaient une grande quantité de Leishmania et nous y avons déter¬
miné le nombre approximatif des bactéries; il y avait : o dans
5 cas (29,4 p. 100); + peu dans 7 cas (4i,2 p. roo) ; -f dans
3 cas (17,6 p. 100) ; -| — | — (- dans 7 cas ( 1 1,6 p. 100). Nous voyons'
ainsi que cet antagonisme existe.
Nous sommes complètement d’accord avec les auteurs
(Borovvsky etc.) qui ont constaté que, dans les ulcères jeunes, il
y a peu de bactéries et qu’avec le temps leur nombre augmente;
en même temps diminue le nombre des Leishmania.
35
t
502 Bulletin de :la Société de Pathologie exotique
' Le même processus :que l'on constate lorsqu’on cultive in
vitro la Leishmania infaritum a lieu probablement in .vivo ; les
bactéries agissent d’une manière nuisible sur les Leishmania
trop ica.
Sur le conseil de M. le, Prof. Eiirlich, nous avons employé à
Térmese, pour le traitement de la leishmaniose cutanée, le bleu
de méthylène (Methylenblau médicinale Hochst am Main).
L’ulcère était nettoyé jusqu’à sec et le pus éloigné par de
l'ouate stérile ; on remplissait ensuite l'ulcère de la poudre de
méthylène et on faisait un pansement avec de la gaze et de
l’ouate. On renouvelait le pansement tous les jours, en nettoyant
chaque fois l’ulcère jusqu’à sec et en éloignant le pus et le bleu
dissous.
Après les premiers pansements, il y avait beaucoup de pus;
la rougeur et la tuméfaction autour de l’ulcère diminuaient et il
était facile d’ôter le pansement. Une semaine, dix jours après le
commencement du traitement, l’ulcère devenait sec et la croûte
de bleu qui couvrait l’ulcère était toujours plus mince.
A la pression, le malade ne ressentait pas de douleurs et il n’y
avait pas de pus; on pouvait avec peine et seulement à la péri¬
phérie, éloigner la croûte de couleur bleu foncé qui couvrait la
surface de l'ulcère. On ne cessait le traitement avec le bleu que
lorsque la tentative pour ôter la croûte mince de l'ulcère provo¬
quait de fortes douleurs et une hémorragie, lorsqu’il n’y avait
plus de rougeur, et qu’au lieu de l’ulcère il y avait une petite
cavité couverte d’une croûte mince, de couleur bleu foncé.
• Dans le cas d’un « ulcère humide » et dans le cas où il y a des
douleurs, une rougeur et une tuméfaction, on peut amener
relativement vite la transformation de l’ulcère en ulcère sec et
indolore. Les défauts de ce traitement, ainsi que des autres, con¬
sistent en ceci qu'au point de vue technique il est difficile de le
réaliser au cas où il y a beaucoup d’ulcères.
D. — LEISHMANIOSE CUTANÉE DU CHIEN
Jusqu'en iqi3, la question du bouton d'Orient spontané chez
les chiens n’était pas résolue positivement, bien que plusieurs
auteurs soupçonnassent son existence (Ch. Nicolle, Murray,
Wortaret, Hirsch, Heidenreich, etc.).
Ch. Nicolle et Manceaux, Laveran, Wenyon, ont obtenu expé-
Séance du 21 Juillet 19 1 5
503
rimenlalement les boulons typiques après inoculation du virus
et des cultures dans la peau (du nez, des oreilles, etc.).
Dans l’été 19 13, nous avons eu à Taschkent un chien, très
amaigri, avec les poils très rares et une sécrétion purulente des
yeux. Sur le corps il y avait deux ulcères : sur le dos et sur le
côté droit du cou ; les dimensions sont 7X5 cm. et 8 X 5 cm.
Le fond des ulcères était rempli de granulations rouges.
Nous avons fait des frottis des deux lésions et, après colora¬
tion par le Giemsa, nous avons trouvé des Leish/nania typiques,
mais plusieurs individus ont de grandes dimensions — 7 u. 85 X
2 p 35 (le noyau 3 jj. i4)
Nous donnons à cette sous-espèce de Leishmania le nom
Leish mania trop ica var. canina.
Wenyon a rapporté que Neligan en Perse, également en 1913,
avait découvert des Leishmania. dans les lésions cutanées des
chiens. A l'autopsie, ces chiens ont aussi montré de la leishma¬
niose interne.
( Travail du laboratoire de la Mission scienti figue pour les recherches des
maladies tropicales humaines et animales dans le Tuskestan russe envoyée par
le Georg Speyerhaus, de Franc fort-s f Mein, l'Institut impérial de Médecine
expérimentale de Pétrograde et le Département vétérinaire de /' Intérieur. Chef
de la Mission, W. L. Yakimoff).
Y :
Sur un cas de trypanosomiase constaté
chez un cheval à Mazagan,
'Noie Préliminaire
Par C. FIORI et M. et Mme DELANOË
Nous avons eu la bonne fortune de rencontrer à Mazagan un
cheval trypanosomé.
L Histoire clinique
Cheval d’Armée, portant le n° 793, appartenant au 3e Esca¬
dron de Spahis Marocains à Mazagan. Entier; 8 ans; 1 m. 5i.
Gris pommelé.
Acheté par le comité de Remonte de Settat vers la fin de 191/1,
et versé au 3e Escadron. A fait pendant quelque temps du service
504
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
\
Légende de la dernière travée horizontale
+ + = trypanosomes assez nombreux.
- b — trypanosomes très rares.
/\+ — trypanosomes non rares,
o = absence de trypanosomes.
Séance du 21 Juillet 191 5
505
dans la Troupe, puis a élé choisi par un officier qui en a fait
son cheval d’armes.
Ce cheval n’a jamais été soumis à de dures épreuves et a tou¬
jours été très bien soigné. Autant qu’on peut l'affirmer , il n’a
jamais sailli.
Entre le 24 février iqi5 à l’Infirmerie Vétérinaire de Mazagan.
Il présente des signes d’anémie se révélant par la pâleur des
muqueuses, la mollesse au travail et la fatigue facile. Chaque
région parotidienne est envahie par un gros œdème entamant
la région péri auriculaire et descendant à la limite du tiers moyen
et du tiers inférieur des gouttières jugulaires. Rien à l’auscul¬
tation et à la percussion du cœur et des poumons. Appétit con¬
servé. Température normale.
Ce tableau clinique reste le même pendant plusieurs jours.
La température seule oscille entre 37° et 38°5. Ce n'est qu’au
début du mois d’avril qu'apparaissent les symptômes évidents
qui permettent de poser le diagnostic clinique de trypanoso¬
miase. A ce moment seulement, survient la faiblesse du rein. En
station, les appuis sont irréguliers ; au pas, il existe un balan¬
cement du train postérieur : le cheval rabote le sol de ses pinces
postérieures. L'appétit demeure conservé , mais l’amaigrissement
s’accentue. Les muqueuses sont infiltrées, hémorragiques, pété¬
chiales. L’œdème parotidien s’est complètement résorbé. Sur le
tronc, quelques plaques ellipsoïdes, dartreuses : à leur niveau,
le poil est piqué, rugueux. La fièvre apparaît rémittente : le
thermomètre monte à 4o°, 4 1°. La température, après avoir oscillé
à ces degrés élevés pendant 6 à 8 jours, s’abaisse spontanément
jusqu'à l’hypothermie. Les jours suivants (nous sommes au début
du mois de mai), les symptômes s’exacerbent, des œdèmes assez
volumineux apparaissent au poitrail, à l’hypogastre, au four¬
reau, à la verge et aux testicules. Ces œdèmes disparaissent en
8 à 10 jours et se reproduisent dans le cours de l’infection.
A la date où nous rédigeons notre Note, 10 juin 1915, l’appétit
est encore conservé. Néanmoins l’animal est très faible et tombe
\
dans son box où il reste en décubitus latéral complet pendant
de longues heures.
En somme, il s’agit d’un cheval qui fut acheté à Settat et versé
immédiatement à Mazagan où il semble bien avoir contracté son
infection trypanosom ienne.
L’examen microscopique du sang fut pour la première fois
506
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pratiqué le i4 avril 1 9 1 5 • Ce jour-là, il n’y avait pas de trypano¬
somes dans le sang1, mais une très forte autoagglutination des
hématies. Les examens du sang ont été répétés lesr jours sui¬
vants. i5 avril, pas de trypanosomes. Autoagglutinalion des
hématies très forte — 17 avril : mêmes résultats. Eosinophilie
nette — 19, 21 avril : mêmes résultats — 26 avril : Trypanosomes
assez nombreux : trypanosomes mobiles sur place, avec des mou¬
vements de translation peu accentués, et paraissant, à l’examen
direct, être toujours pourvus d’un flagelle libre. L’observation
des trypanosomes peut se faire tout à loisir dans les espaces
laissés libres par les globules rouges autoagglutinés — 28, 29 avril :
Pas de trypanosomes dans le sang. Autoagglutination très nette
— 1, 2, 3 mai : pas de tryp. — 5 mai : Tryp. très rares — 6, 8,
ro, 12 mai : pas de trypanosomes — i3 mai : Tryp. non rares
— r5, 17, 19 mai : pas de tryp. A noter à la date du 19 mai, sous
le ventre, une plaque d’œdème large comme deux fois une pièce
de cinq francs. A la ponction de cet œdème, il vient un peu de
liquide rosé. Dans ce liquide , comme dans le sang, pas de trypa¬
nosomes — 20 mai : pas de trypanosomes dans le sang ni dans
le liquide de l’œdème sous-ventral — 21 mai : idem — 22 mai :
Trypanosomes très rares dans le sang — 24, 26, 3o mai : pas de
tryp. dans le sang. A la date du 3o mai, le cheval paraît nette¬
ment malade : la marche est très difficile — 5 et 7 juin : Pas de
trypanosomes dans le sang.
En somme, nous avons, chez ce cheval naturellement infecté,
pratiqué l'examen microscopique du sang pendant près de deux
mois et nous avons constaté des trypanosomes dans le sang à
4 reprises différentes, à 8 ou 9 jours d’intervalle : le 26 avril, et
les 5, i3 et 22 mai.
11 est à remarquer que, conformément aux données classiques,
les poussées parasitaires ont coïncidé avec une élévation notable
de la température.
IL Recherches expérimentales
Nous avons inoculé sur le cheval malade des rats blancs, des
souris blanches, deux chiens, deux lapins et un mouton.
Rats blancs. — Le 26 avril, deux rats blancs, nos 1 et 2, pesant
environ 60 gr., reçoivent une goutte de sang infectieux du cheval
soit sous la peau du dos, soit dans la péritoine. Ces deux rats
Séance du 21 Juillet 1 9 1 5
507
blancs s’infectent gravement et meurent avec des trypanosomes
excessivement nombreux le 18e et le 23° jour.
Les trypanosomes ont commencé à apparaître dans le sang
cinq jours après rinoculalion. Deux jours après leur apparition
dans la grande circulation, ils étaient très nombreux et leur
nombre n’a fait que s’accroître jusqu’à l’instant de la mort.
Chez aucun de ces deux rats , nous n avons observé de crise tn/pa-
nohj tique. ■ ••
A l’autopsie : hypertrophie splénique; foie congestionné et
dégénéré.1
Sur le rat blanc n° 2, nous avons inoculé un gros rat blanc
(2e passage). Ce rat s’est infecté et est mort 10 jours après l’ino¬
culation. Dès le 2e jour, les trypanosomes ont été nombreux
dans le sang. Pas de crise trypanolytique.
Sur le rat blanc de 2e passage, nous avons inoculé un rat blanc
adulte (3e passage). Ce rat est mort dix jours après l’inoculation
avec des trypanosomes excessivement nombreux dans le sang.
Pas de crise trypanolytique. ,
En somme, le virus du cheval s’est montré très nettement
pathogène pour le rat blanc et nous avons avec la plus grande
facilité pu faire 3 passages successifs par cet animal.
Souris blanches. — Le 26 avril, 2 souris blanches sont inocu¬
lées sur le cheval malade. Les observations de ces deux souris
sont les suivantes :
Souris 1 : Inoculée le 26 avril avec une goutte de sang de cheval dans
le péritoine. — 1 et 2 mai : pas de trypanosomes dans le sang. — 3 mar :
Tryp. très rares dans le sang. — - 5 mai : Tryp. très nombreux. — 6, 8,
10 et 12 mai : Tryp. très nombreux.
Cette souris meurt dans la nuit du 14 au 15 mai, c’est-à-dire 18 jours
après l'inoculation. Splénomégalie.
Souris Il : I noculée le 26 avril avec une goutte de sang de cheval dans
le péritoine. — 28 avril, 1er, 2 et 3 mai : pas de trypanosomes dans le
sang. — 3 mai : Tryp. non rares. — 6, T et 10 mai : pas de tryp. dans lè
sang. — 12 mai : Tryp. nombreux. — 13, 15 mai : Tryp. très nombreux.
Cette souris meurt dans la nuit du 15 au 16 mai, c’est-à-dire 19 jours
après l’inoculation. A l’autopsie, hypertrophie splénique avec rupture de
la rate ayant amené une inondation péritonéale.
De ces deux observations, il faut retenir que la souris n° 2 a
présenté une crise trypanolytique nette : les trypanosomes
étaient non rares dans le sang à la date du 5 mai, et ils en
étaient absents le lendemain 6 mai. >.
Sur la souris n° 2, deux autres souris (2e passage) ont été
508
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
inoculées avec une goutte de sang dans le péritoine. Ces deux
souris se sont infectées et sont mortes avec de très nombreux
trypanosomes dans le sang l’une le sixième jour seulement après
l’inoculation, l’autre le treizième jour. A l’autopsie, foie dégé¬
néré et rate grosse. A noter l’absence de crise trypanolytique
chez ces deux souris de 2e passage.
Sur une des deux souris du 20 passage, sont inoculées deux
autres souris (3e passage) qui s’infectent et meurent 10 et 1 1 jours
après l’inoculation avec de très nombreux trypanosomes dans
le sang. A noter encore l'absence de crise trypanolytique.
Sur l’une des souris de 3e passage, sont inoculées 2 autres souris
(4e p.) qui meurent toutes les deux 6 jours après l’inoculation
avec de très nombreux trypanosomes dans le sang.
Les souris de 5e passage sont en cours d’infection.
Ciiiens. — Deux chiens indigènes adultes ont été inoculés
directement sur le cheval malade.
Chien I : Pèse 10 kilos au moins. Avant d’ètre inoculé, fut examiné à
deux reprises, le 0 et le 13 mai, et n’a montré ni hématozoaires, ni
autoagglutination des hématies. Inoculé sous la peau le 13 mai avec une
goutte de sang du cheval (les trypanosomes étaient non rares dans le sang
du cheval). — 15, 17, 19, 20, 21 et 22 mai : pas de trypanosomes dans le
sang et pas d'autoagglutination des hématies.
Le 22 mai, ce chien est réinoculé, sous la peau du dos, avec 4 cm3 25 de
sang du cheval, mélangés avec une quantité double d’eau citratée physio¬
logique. Au moment de cette deuxième inoculation, les trypanosomes
étaient très rares dans le sang du cheval.
Deux jours après cette réinoculation massive, les trypanosomes sont
assez nombreux dans le sang du chien et il y a une autoagglutination
manifeste des hématies. — 26 mai : Tryp. très nombreux. Autoagglutina¬
tion nette. — 30 mai : Tryp. excessivement nombreux. Les tryp. à
l’examen direct se mettent en gros amas. Autoagglutination très nette. —
5 juin : Tryp. très nombreux. — 7 juin : Tryp. très rares. Autoagglutina¬
tion nette. L’animal est en cours d’infection.
Chien // : Pèse au moins 10 kilos. Avant d’ètre inoculé, fut examiné
à deux reprises, le 20 et le 22 mai, et n’a montré ni hématozoaires, ni
autoagglutination des hématies. — Inoculé sous la peau du dos le 22 mai,
alors que les trypanosomes étaient très rares dans le sang du cheval, avec
4 cm3 25 de sang mélangés à une quantité double d’eau citratée physiolo¬
gique.
24 mai : pas de tryp. dans le sang; pas d’autoagglutination des héma¬
ties. — 26 mai : pas de tryp. dans le sang. Légère autoagglutination des
hématies. Il est à noter que l’autoagglutination des hématies est apparue
avant les trypanosomes. — 30 mai : Tryp. assez nombreux. — 5 juin :
pas de tryp. dans le sang. — 7 juin : pas de tryp. dans le sang. Autoagglu¬
tination des hématies très nette. — 12 juin : Tryp. rares. — 13 juin : pas
de tryp. dans le sang.
L'animal est en cours d’infection.
Séance du 21 Juillet 1915
509
En somme, nous avons inoculé sur le cheval malade deux
chiens qui se sont tous les deux infectés.
Lapins. — Un lapin a été inoculé le i3 mai directement sur
le cheval et un deuxième lapin a été inoculé sur un rat blanc
de ier passage.
Les deux lapins se sont infectés. La maladie contractée paraît
devoir être essentiellement chronique.
Lapin l : Inoculé le 13 mai directement sur le cheval. — 13, 17, 19,
21 mai : pas de trypanosomes dans le sang; pas d’autoagglutination des
hémalies. — 24 mai : Tryp. très rares. — 26, 30 mai. 3 juin : pas de tryp.
dans le sang — G juin : Tryp. très rares. — 13 juin : pas de tryp. dans
le sang.
L’animal est en cours d'infection.
Lapin II . — Inoculé le 10 mai sur un rat blanc de premier passage.
12 mai : pas de tryp. dans le sang. — 13 mai : Tryp. dans le sang
rares. A noter la rapidité avec laquelle les tryp. ont fait leur apparition
dans la circulation. — 15, 17, 19. 21 mai : pas de tryp. dans le sang. —
24 mai : Tryp. très rares. — 26, 30 mai : pas de tryp. dans le sang. —
3 juin : Tryp très rares. — 6, 13 juin : pas de tryp. dans le sang.
L’animal est en cours d’infection.
Mouton. — Nous avons inoculé le 22 mai, souslapeau du dos,
un jeune mouton avec 6 cm3 5 de sang du cheval. Cette quantité
de sang était mélangée avec une quantité à peu près double
d’eau citratée physiologique. — 23, 26, 3o mai: pas de tryp.
dans le sang ; pas d’autoagglutination des hématies. — 5, 9 juin :
pas de tryp. dans le sang; pas d’autoagglutination. — i3 juin :
Tryp très rares. Pas d’autoagglutination. — i4juin: ni tryp. ni
autoagglutination.
L’animal est en cours d’infection.
En somme, depuis 23 jours que Tinoculation a été faite, une
seule fois l’examen microscopique du sang fut positif. L’infec¬
tion du mouton semble devoir être essentiellement chronique.
Le trypanosome du Cheval est donc très nettement pathogène
pour le rat blanc et la souris blanche. Il infecte le mouton, le
chien et le lapin. Nos expériences sont trop récentes pour nous
permettre de dire si ces 3 dernières espèces animales sont sus-
ceptil les de guérir.
En résumant, sous forme de tableau, les expériences d'inocu¬
lation que nous avons faites, nous avons:
510
Bulletin jl>e la Soqiété de Pathologie exotique
Cheval d’Armée, n° 7q3, naturellement trypanosome. Sur ce
cheval, sont inoculés :
Deux rats blancs qui
s'infectent et meurent
en 18 et *23 jours. Sur
un de ces deux rats
est inoculé
4 4
Un lapin Un rat blanc
quis’in- (2epass.)qui
fecte.In- s’infecte et
fection meurt en 10
chroni- jours. Sur
que. ce rat est
inoculé :
4
Un rat blanc
(3« pass.) qui
s’infecte et
meurt en 10
jours.
4
Deux souris blanches qui
s’infectent et meurent
en 18 et 19 jours. Sur
l’une deces deux souris
sont inoculées :
4
Deux souris blanches (2e
p.) qui s’infectent et
meurent en 6 et 13
jours. Sur l’une de ces
deux souris, sont ino¬
culées :
4
Deux souris blanches '(3e
p.) qui s’infectent et
meurent en 10 et 11
jours. Sur l’une de ces
deux souris, sont ino¬
culées :
4
Deux souris blanches (4e
p.) qui s’infectent et
meurent en 6 jours.
Les souris de 5e pass.
sont en cours d’infec¬
tion.
Un lapin qui Deux chiens,
s'infecte. In- quis’intec-
léctioR chro- lent,
nique.
,4
Un mouton qui
s’infecte et pa¬
raît devoir faire
une maladie es¬
sentiellement
chronique.
III. — Description du Trypanosome
Chez le Cheval, à l’état frais, le trypanosome est mobile sur¬
tout sur place : ce qui permet une observation directe facile. Les
plis de la membrane ondulante sont nets. Il paraît y avoir tou¬
jours un flagelle libre. Le blépharoplaste, le noyau, et la vacuole
antécentrosomique ne sont pas visibles. Seules les granulations
cytoplasmiques se remarquent parfois. Les tryp. en voie de divi¬
sion se reconnaissent facilement.
Sur les préparations colorées au Pappenheim (i), les différent
\ # m i /
tes parties constituantes du tryp. sont très nettes. Le blépharo¬
plaste, toujours existant , est parfois peu visible du fait de sa
petitesse. Il affecte souvent la forme d’un petit bâtonnet coloré
en violet foncé. La vacuole antéblépharoplastique, qui n’est
d’ailleurs pas tou jours existante, se colore en rose et par làtran-’
• i
(i) La méthode de Pappenheim donne toujours de bons résultats, à condi¬
tion de faire /es colorations très peu de temps après la mise en frottis. Les
préparations vieilles de 8 à io jours donnent des résultats très satisfaisants,
mais moins beaux que les préparations datant du jour ou de heures. Les
préparations vieilles de plusieurs mois et à plus forte raison de plusieurs
années ne se colorent que très imparfaitement par le Pappenheim. En d’autres
termes, plus on attend pour colorer moins on a de bonnes colorations. La
coloration par le Pappenheim est bien préférable à la coloration par le Giemsa
seul. — P. Delanoë.
Pl. III.
Fiori, Delanoë.
i à 12
i3 et 14
i5 à 17
trypanosomes dans
trypanosomes dans
trypanosomes dans
le sang1 du Cheval naturellement infecté,
le sang d’un chien de premier passage,
le sang d’un rat de premier passage.
.
' /IIS
.
-
Séance dû 21 Juillet 1915 1 511
/
che sur la coloration plus ou moins bleue du cytoplasme. La
membrane ondulante est nette. Elle forme deux où trois plis.
Elle est bordée par un flagelle épais, coloré en rouge vif, et dont
l’extrémité libre est parfois légèrement boutonneuse. Le noyau
se colore comme le lia ge lie. 11 est situé vers le milieu du trypa¬
nosome. Il n’est pas toujours allongé dans le sens du trypano¬
some et parfois il est orienté dans le sens de la largeur: fi g. 4,
xi et 12 de la planche. Il ri y a pas de trypanosomes à noyau pos¬
térieur, et disons tout de suite que nous rien avons rencontré ni
chez le rat , ni chez la souris , ni chez le chien. Dans le cytoplasme,
il y a des granulations plus ou moins arrondies, très nettes, au
point de pouvoir être comptées. Ces granulations sont colorées
en violet foncé, comme le blépharoplaste. Elles se rencontrent
surtout dans la partie antérieure du trypanosome, entre le noyau
et l’extrémité antérieure.
L’extrémité postérieure est parfois arrondie (fig. 3 et 6), par¬
fois terminée en pointe émoussée (fig. 7) et presque toujours
tronquée carrément (fig. 4, 8, 9 et 10).
L’extrémité antérieure se prolonge fréquemment sous forme
d’une mince lanière protoplasmique qui accompagne le flagelle
sur une étendue plus ou moins longue (fig, l\, 7 et 10).
7 0/0 environ des trypanosomes rencontrés sur frottis de sang
du cheval ri avaient pas de flagelle libre ou avaient un flagelle
libre des plus réduits. Les fig. 4? 1 1 et 12 de notre planche repré¬
sentent justement des trypanosomes sans flagelle libre et la fig.
n" 6 représente un trypanosome qui a un flagelle libre extrême¬
ment court. Le trypanosome auquel nous avons affaire est donc
un trypanosome dimorphe , en ce sens que certains trypanosomes
n'ont pas de flagelle libre alors que la plupart en ont. Il est tou¬
tefois bon de faire remarquer que ce dimorphisme est beaucoup"
moins net que celui qu’on rencontre chez T. Pecaudi LAV.,et qu’il
existe seulement dans la présence ou l'absence de flagelle libre.
La longueur moyenne obtenue pour 52 trypanosomes a été
de 26 u. 3.
Un seul trypanosome sur 62 mesurait 16 p 8, et deux avaient
un peu plus de 19 p (190- 3 et 19 p 8) : les trypanosomes mesu¬
rant moins de 20 p sont l’exception.
Les longueurs les plus fréquentes sont celles qui sont compri¬
ses entre 25 et 3o a. Sur 52 trypanosomes, 32, soit plus de 60 0/ o,
avaient une longueur comprise entre 25 et 3o p. Un seul tryp.
512 • Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sur 52 avait 33 jjl 5. Cette longueur paraît exceptionnelle. Par
contre, 5 trypanosomes sur 52, soit environ i pour io, avaient
entre 3o et 3i jj. (exactement 3o u 2, 3o p. 5, 3o ;ji 8, 3o u 9 et 3i p).
La longueur la plus grande du flagelle libre a été 12 p 6. Elle
a été constatée j ustement chez le trypanosome qui avait 33 p 5
de long. Les longueurs les plus fréquentes du flagelle libre sont
comprises entre 3 et 6 p. Sur 47 trypanosomes munis d’un flagelle
libre, nous avons obtenu 4 p b comme longueur moyenne de la
partie libre du flagelle.
Nous résumons dans le tableau ci dessous les données que
nous avons obtenues en mesurant 52 trypanosomes rencontrés
sur frottis de sang de cheval.
A l’état frais, chez le rat, les trypanosomes sont plus mobiles
que chez le cheval : ils traversent facilement le champ du
microscope.
Chez le rat comme chez le cheval, le blépharoplaste, la
vacuole antéblépharoplastisque et le noyau ne sont mis en évi¬
dence que par la coloration. Seules les granulations cytoplasmi¬
ques, particulièrement nombreuses et grossières chez le rat,
sont visibles sans coloration.
Les figures i5, 16 et 17 de notre planche représentent 3 trypa¬
nosomes rencontrés sur frottis de sang d’un rat de premier pas¬
sage. Les préparations furent faites au moment où les tryp.
étaient excessivement nombreux dans le sang, 12 jours après
l’inoculation. A noter les extrémités postérieures tronquées et
que, dans la fig. 17, le flagelle ne part pas du blépharoplaste
mais à une petite distance de lui.
Nous avons mesuré 36 trypanosomes rencontrés sur frottis de
sang de ce rat de premier passage et nous avons obtenu les don¬
nées suivantes :
Séance du 21 Juillet 1915
513
De ces chiffres, il faut surtout retenir que les trypanosomes se
sont allongés dans le sang1 du rat. Il y a près de 5 de diffé¬
rence entre les longueurs moyennes des trypanosomes chez le
rat et chez le cheval. Déjà, entre lame et lamelle, les trypanoso¬
mes nous paraissent plus grands chez le rat que chez le cheval.
Les mensurations n’ont fait que préciser cette impression.
Chez le rat comme chez le cheval il y a des trypanosomes sans
flagelle libre. Seulement la proportion de ces trypanosomes, chez
le rat, est infiniment moindre que chez le cheval : nous avons
pu compter plus de 1.000 trypanosomes sans rencontrer un seul
trypanosome sans flagelle libre. Le trypanosome tend donc à deve¬
nir monomorphe chez le rat dès le premier passage , et il est juste
de se demander si, par des passages successifs par rats, les trypa¬
nosomes sans flagelle libre ne finiraient pas par disparaître
complètement : ce qui viendrait à l’appui des idées de Sir David
Bruce et collab. qui estiment qu’un trypanosome, à l’origine
dimorphe, peut, par passages successifs par animaux de labora¬
toire, devenir monomorphe.
Nous devons enfin faire remarq uer que, chez le rat, il existe
une notable proportion de trypanosomes sans blépharoplaste.
Chez ce rat de premier passage, nous avons compté trypano¬
somes sans blépharoplaste pour 289 trypanosomes à blépharo¬
plaste, soit une proportion de 16, 5 0/0. La fig. n° 16 représente
un trypanosome sans blépharoplaste.
L absence de , blépharoplaste est très nette , et nous ne saurions
ï attribuer à un défaut de coloration.
Chez la souris, il existe également des trypanosomes sans
flagelle libre et des trypanosomes sans blépharoplaste. 1
Les trypanosomes i3 et 1 4 sont deux trypanosomes rencontrés
sur frottis de sang de Chien (Chien de premier passage. Prépa-
514
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rations de sang* faites au moment où les trypanosomes étaient
très nombreux, i3 jours après l'inoculation). Les longueurs res¬
pectives de ces deux trypanosomes sont 32 u8 et 36 ;jl 2.
Chez le chien, le blépharoplaste est constant. Les trypanosomes
sans flagelle libre sont beaucoup moins nombreux que les trypa¬
nosomes qui ont un flagelle. L'extrémité libre du flagelle est par¬
fois boutonneuse.
Il est à peine utile d’ajouter que, chez le rat, la souris et le
chien, les formes de multiplication sont très fréquentes.
CONCLUSIONS
Le Trypanosome que nous avons étudié est-il le trypanosome
du Debab ?
En tenant compte des résultats de nos inoculations aux ani¬
maux, nous pensons qu’aucune objection ne peut être faite à
cette assimilation.
Par contre on n’a jamais signalé pour le trypanosome du
Debab de formes sans flagelle libre. On n’a pas non plus signalé
que, chez le rat, T. soadanense , var. berbera , présentait des for¬
mes sans blépharoplaste. Il est donc possible que notre trypano¬
some ne soit pas le trypanosome du Debab.
Cependant nous convenons que les particularités morphologi¬
ques sont très sujettes à caution pour la différenciation des virus-
entre eux, et nous estimons que seules des épreuves d’immunité
croisée pourront nous renseigner définitivement.
La trypanosomiase chevaline existe donc à Mazagan. Cette
constatation entraîne comme conséquence la surveillance étroite
du foundouk où se trouvent rassemblés les chevaux des Officiers
avec ou sans Troupes. Par mesure de précaution, tout cheval
n’appartenant pas à l’Armée et n’étant, par conséquent, pas placé
sous la surveillance directe du Vétérinaire de la Place, doit être
éliminé de ce foundouk. Les chameaux, sous aucun prétexte, ne
logeront dans ce foundouk. On sait, en effet, que ce sont surtout
les chameaux qui véhiculent le trypanosome du debab.
A Mazagan, le Dépôt de Remonte, où se trouvent des chevaux
de prix, est excellemment placé : il est éloigné de toute agglo¬
mération.
Nous estimons enfin qu’il ne serait pas inutile dans l’avenir
de surveiller les caravanes de chameaux qui viennent de Marra-
Séance du 21 Juillet i < ) 1 5
515
kech. Nous avons la conviction que c’est grâce à ces caravanes
que les infections à trypanosomes peuvent se contracter à
Mazagan .
( Travail de ï Infirmerie Vétérinaire de Mazagan et du Groupe
Sanitaire Mobile des Doukkala-Abda ? Maroc).
Notes de Géographie médicale
de la Section française de la Mission
de délimitation 'Afrique équatoriale
française-Cameroun en 1912-1913(1)
MALADIE DU SOMMEIL
Par J. RINGENBACH et GUYOMARG’H
Au nombre des affections qui atteignent les populations des
colonies du Moyen-Congo et de l’Oubangui-Chari, la maladie du
sommeil peut être inscrite en première ligne, à côté de la
variole; et même, en certaines régions, cette dernière lui cède
le pas. On n’ignore plus les ravages causés par ce véritable
fléau.
La lutte contre la maladie du sommeil, par des tournées
méthodiques de traitement par exemple, ne peut être efficace et
ne peut permettre de limiter son extension que si Ton connaît
bien la répartition de la maladie. Et alors il sera plus facile de
préparer les tournées médicales qui auront pour résultat de
réduire progressivement le domaine de la trypanosomiase
humaine, en la recherchant et la traitant dans les coins les plus
éloignés et les plus difficiles de notre Afrique Equatoriale.
La Mission française d’études de la maladie du sommeil au
Congo avait dressé en 1909 une carte de la répartition de la
maladie en Afrique Equatoriale Française ; elle y réunissait tous
les documents recueillis jusqu’alors par ses membres et par les
(1) Voir Bulletins de juillet 1914, mars, avril et mai 1915. LTn aperçu des
régions visitées est donné dans le Bulletin de mars 1915, p. 124. Une carte
accompagne cette partie (v. p. 546).
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
516
Drs Mtllous, Heckenroth, Kerandel etOuziLLEAU ; c’était le résul¬
tat d’explorations médicales faites par ces ofliciers du Corps de
santé des Troupes coloniales dans de nombreuses régions visitées
par la maladie.
Depuis lors, de nouveaux documents ont été apportés. La
Basse et la Moyenne-Sangha sont visitées en iqii parle D1' Sebil-
leau de la Mission hydrographique Congo-Sangha-Oubangui ;
la Haute-Sangha étudiée de 1904 à 1909 par les Drs Millous,
Heckenroth, Kerandel et Ouzilleau, est visitée de nouveau en
1910 par les D1S Aubert et Monfort ; de même, sur les rives de
l’Oubangui dont une partie avait été étudiée en 1907 par le
Dr Lebœuf, Heckenroth en 19 11 recherche quelle est la distribu¬
tion de la maladie du sommeil et il traite les indigènes trouvés
malades.
Tous ces documents permettent de compléter la carte établie
par la Mission d’études. Et il importe que cette carte de distri¬
bution de la maladie du sommeil soit dressée, non pas seule¬
ment sur la simple indication de l’existence de la maladie dans
les différentes régions, mais surtout d’après les chiffres de pour¬
centage indiquant le degré de morbidité que cette maladie y
occasionne (i). C’est ce que nous avons essayé de rendre sur la
carte jointe à cette étude médicale et qui est réservée à la répar¬
tition de la maladie du sommeil et des glossines.
On connaissait bien la répartition de la maladie dans les vil¬
lages riverains des grandes artères fluviales, mais on ne savait
rien ou presque rien de son existence et de sa distribution
dans le pays compris entre la Sangha et rOubangui. On con¬
çoit donc tout l’intérêt que présente l’étude que nous avons eu
l’occasion de faire en 1912 et 1 9 r 3 au cours de la Mission de
délimitation. Elle apporte une contribution importante à l’étude
de la distribution de la maladie du sommeil en Afrique Equa¬
toriale Française ; elle permet aussi de préciser sa marche enva¬
hissante, de fixer les directions qu elle a suivie, ainsi que de for¬
muler, en tenant compte des faits observés, quelques hypothèses
sur son épidémiologie.
Mode d'examen. — Nous ne sommes jamais restés un temps
très long dans chaque groupement ou village, aussi était-il
indispensable d’avoir une méthode d’examen permettant de ras-
(1) Aubert. Annales d' Hygiène et de Médecine coloniales, 1911, n° l\.
Séance du 21 Juillet kjio
Ml
sembler le plus grand nombre d’observations dans un temps
très court. Après avoir, dans chaque village, groupé les indigènes
en trois catégories : hommes, femmes et enfants, et avoir noté
les diverses affections visibles à l’œil nu dont ils étaient atteints
(pian, lésions cutanées et osseuses de la syphilis, lèpre, gale,
cicatrices de variole, etc.), nous mettions de côté ceux qui nous
paraissaient suspects de maladie du sommeil : c’étaient ceux qui
se plaignaient de céphalée, de fièvre, de lassitude, d’asthénie,
de douleurs des membres, ou qui présentaient de l’hypertrophie
ganglionnaire, de l’œdème de la face ou des pieds, de la décolo¬
ration des cheveux, de l’amaigrissement, de l’excitation céré¬
brale, etc. Il est évident que tout indigène, pour être classé
comme suspect, ne devait pas présenter cet ensemble de symp¬
tômes; un ou plusieurs de ces symptômes, qui sont ceux que
l’on observe le plus constamment dans la maladie du sommeil,
étaient suffisants pour nous décider à rechercher le trypano¬
some chez l’individu malade.
Une telle méthode était nécessaire en raison de la méfiance
naturelle de l'indigène : il déclare presque toujours qu’il n’y a
pas de malades dans son village, car il ne sait quel sort le
«blanc » leur réserve; aussi, dès l’approche de l’Européen, les
cachera-t-il soit dans les cases, soit dans les plantations voi¬
sines. Ce fait explique pourquoi les malades que nous rencon¬
trons sont le plus souvent des individus qui ne se sentent pas
malades ou croient l'être si peu que leur affection échappera à
notre observation. Il ne faut pas compter sur l'autorité du chef
pour réunir les malades de son village; même quand il est de
bonne foi et plein de bonne volonté, son autorité est presque
toujours illusoire. Nous ne pouvons relater ici les difficultés
innombrables que nous avons rencontrées dans notre enquête
médicale : les populations qui ont été l’objet de nos examens
avaient été peu ou pas visitées par des Européens, et elles igno¬
raient ce qu’était un médecin ; on comprendra donc que bien
souvent des villages aient été abandonnés par leurs habitants à
la nouvelle de l'arrivée d’un « blanc accompagné de tirailleurs»;
nous devons cependant reconnaître qu’en plusieurs endroits
les indigènes, après avoir appris et constaté qu’on cherchait à
soulager leurs maux, venaient à nous volontiers et nous deman¬
daient même de leur laisser pour se soigner « le bon médica¬
ment » dont ils avaient pu constater l'action bienfaisante ; mal-
3G
518
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
heureusement, en raison de l’emploi dangereux ou intempestif
qu’ils auraient pu en faire, il 11e nous était pas possible d’accé¬
der à leur désir.
Tous nos diagnostics de maladie du sommeil n ont été portés
q u après la découverte du trypanosome à C examen microscopique
du sang et de la lymphe ganglionnaire.
La durée de l’examen du sang était de dix minutes en moyenne
et nous ne faisions qu’une préparation par malade.
Quant à la lymphe ganglionnaire , l’examen était fait dans les
mêmes conditions que pour le sang. Avant de conclure à la
négative, chaque groupe ganglionnaire était l’objet de ponc¬
tions répétées.
Nous nous sommes abstenus de faire des centrifugations du
sang ou du liquide cérébro-spinal ; les indigènes acceptent diffi¬
cilement une ponction veineuse ou rachidienne, et il était de
première nécessité, opérant dans un pays où l’Européen avait
encore peu pénétré, de ménager leur susceptibilité; enfin une
telle méthode de diagnostic, qui a l’inconvénient de demander
trop de temps, est peu pratique au cours d’une tournée rapide.
Le diagnostic posé, nous interrogions rapidement le malade
ou sa famille sur les déplacements qu’il avait effectués, la pro¬
fession qu’il exerçait; il était, en effet, intéressant de chercher
à établir le lieu où la contamination avait pu se faire, et nous
savons aussi que certaines professions, plus que d’autres, sont
exposées à l’infection trypanosomiasique (1).
Nous diviserons notre étude médicale en ce qui concerne la
maladie du sommeil, en quatre parties :
I. — Nord du Gabon. Bassin de llvindo.
IL — Bassin de la Sanghci.
III. — Bassin de /’ Oubangui .
IV. — Bassin de VOuahme .
Nous adoptons cette division seulement pour la maladie du
sommeil qui est l’affection prédominante dans le bassin de la
Sangha et le bassin de l’Oubangui ; quant aux autres maladies,
chacune a été traitée en un seul paragraphe et d’une façon
générale, pour tout le territoire parcouru.
(1) G. Martin et Kingenbach. Bulletin de la Société de Pathologie exotique ,
t. III, 1910.
Séance du 21 Juillet kji5
1. — Nord du Gabon. Bassin de l’Ivlndo
519
On ne possédait jusqu'à présent que peu de données précises
sur la distribution de la maladie du sommeil dans le nord du
Gabon ; les seuls renseignements fournis étaient ceux que consi¬
gnaient dans leurs rapports les chefs de poste, et d’après eux, la
maladie du sommeil était inconnue dans celte région du Gabon.
Cependant, le village d’Omwane avait été, en 1907, signalé
comme contaminé, et il avait été noté comme tel sur la carte de
distribution de la trypanosomiase humaine établie par la Mis¬
sion d'études.
En général, les Pahouins 11e donnent pas de nom particulier
à la maladie du sommeil qu’ils ne connaissent pas ; à Ebibilène
seulement, les indigènes lui donnaient le nom de Okon Ot/o (lit¬
téralement : « maladie du dormir »), car l’individu que nous y
reconnûmes trypanosome, présentait de la somnolence comme
symptôme dominant.
Notre itinéraire suivait approximativement le tracé de la ligne
frontière théorique, indiqué par l’accord du 4 novembre 1911.
De la mer à l’Ivindo, nous avons examiné 1.022 indigènes;
nous en avons découvert 8 trypanosomés, ce qui donne comme
morbidité un pourcentage de 0,78. Nous résumons dans le
tableau suivant les résultats de nos observations. Des tableaux
analogues ont été dressés pour chacune des régions étudiées.
TABLEAU I. - NORD DU GABON. BASSIN DE l’iVINDO.
')
Ï20
Bulletin de la Société de Pathologie exotiquë
En raison de l'extrême rareté de la maladie dans toute la
région que nous avons étudiée, nous jugeons utile de relater les
constatations que nous avons faites dans chaque village.
De la mer à la Noya, nous n’avons pas trouvé de cas de mala¬
die du sommeil, mais un individu nous a paru cliniquement
suspect, de par son état général qu'accompagnait une hypertro¬
phie ganglionnaire manifeste ; plusieurs ponctions sont restées
négatives ; nous devons, à ce propos, faire observer que la plu¬
part des indigènes sont porteurs de ganglions sans que l’on
puisse soupçonner chez eux la maladie du sommeil.
Les premiers cas de trypanosomiase humaine que nous avons
constatés concernent deux habitants du village de N’Zourck, un
homme et une femme, que I on nous présenta comme étant
atteints d’aliénation mentale : la femme montrait un état d’exci¬
tation marquée, criant et gesticulant sans cesse depuis plusieurs
jours; l’homme avait présenté un mois avant les mêmes symp¬
tômes. C’était la première fois que les gens du village voyaient
une pareille maladie. L’homme avait séjourné cinq à six mois
auparavant vers la région inférieure du Como où il travaillait à
l’exploitation des bois ; c’est sans doute là qu’il s’infecta ; l’un
de nous, au cours d’un séjour qu’il fit à Libreville comme méde¬
cin résidant à l’hôpital, eut l’occasion d’observer plusieurs cas
de maladie du sommeil (dont un chez un Européen) contractés
dans cette région du Como.
Le cas suivant fut celui d’un indigène du village d’Ebibilène
sur les bords de l’Abenga. Chez ce malade la tendance au som¬
meil était très marquée ; il avait séjourné quelques mois aupa¬
ravant dans la région de N’Zourck et c’est là qu’il aurait été
contaminé.
A Mitzic, un adulte paraissant vigoureux, nous est présenté :
il a de l’embarras de la parole, du tremblement de la langue et
des extrémités, de l’exagération des réflexes rotuliens, de l’hési¬
tation dans la marche, des troubles très nets de sensibilité au
niveau des membres inférieurs ; cet ensemble de symptômes
nous rappelle la paralysie générale ; nous soupçonnons une
infection à trypanosomes malgré plusieurs examens négatifs.
Au village de Mallène, deux individus son! cliniquement
atteints sans que nous puissions déceler le trypanosome, mais
ils sont à une période avancée qui impose le diagnostic clinique
de maladie du sommeil.
521
Séance du 21 Juillet 1 9 1 5
A Angouma, un individu est très suspect ; les habitants ne
semblent pas familiarisés avec la trypanosomiase, ils ne lui
donnent aucun nom ; cependant, lorsqu’on leur en décrit les
symptômes, ils reconnaissent en avoir vu plusieurs cas.
A Bougouben, un jeune indigène présente de nombreux try¬
panosomes dans les ganglions cervicaux ; il n'a jamais quitté la
région.
A N’Doua, sur les bords de la Kyme, un enfant d’une dizaine
d’années est atteint de maladie du sommeil ; l’affection semble
connue des indigènes qui lui attribuent plusieurs décès au cours
des années précédentes.
A Akar, sur les bords de l’Ouah, nous ne trouvons pas de
trypanosomiase, mais le chef nous déclare qu'il y aurait eu
deux cas suivis de décès.
A M’Vadhi, un tirailleur sénégalais en service dans ce poste
depuis deux ans, est reconnu atteint ; deux indigènes qui se
présentent à notre visite sont également contaminés.
Les populations du Nord du Gabon sont donc très peu
atteintes par la maladie du sommeil. Nous croyons que ce fait
tient à la constitution vigoureuse des indigènes dont l’alimenta¬
tion est en général abondante et variée, et au peu de pénétration
de ces contrées dont les peuplades sont jusqu'à présent restées
à peu près réfractaires à toute intervention étrangère.
La maladie a dû y être introduite par des sujets Loangos,
Bakongos ou Bayas, au service de l’Administration ou des
commerçants. Ces races, fortement contaminées, fournissent en
effet la majeure partie de la main-d’œuvre employée dans cette
partie de l’Afrique Equatoriale française, et malgré la visite
médicale spéciale exigée lors de rengagement des travailleurs,
certains porteurs de trypanosomes peuvent fort bien passer
inaperçus ; c’est ainsi qu’au cours de notre Mission nous avons
dû, dès les premiers mois, évacuer deux de nos porteurs
Loangos reconnus atteints de maladie du sommeil, et qui cons¬
tituaient de ce fait un danger pour les régions indemnes à tra¬
verser.
11. — Bassin de la Sangha
Il est impossible de fixer la date d’importation de la trypano¬
somiase humaine dans la vallée de la Sangha. Les indigènes,
522
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
insouciants du passé, ne peuvent à ce sujet fournir aucun ren¬
seignement précis. Quoi qu’il en soit, la maladie existe depuis
longtemps sur presque tout le cours de ce grand fleuve.
Déjà en 190/9 le Dr Millous déclarait :
« La répartition de la trypanosomiase dans le bassin de la Sangha
« est nettement calquée sur la géographie de ce pays. Elle est endémique
« dans toute la région comprise entre Bonga et Bania. Entre Bania et
« Carnot, dans les villages qui sont situés loin de la rivière, l’affection ne
« s’observe que par petits foyers épidémiques qui s’allument progressi-
« veinent et s'étèignent vite par mort de tous les malades. La vallée de la
« Mambéré paraît indemne à partir de Bania ; à Carnot, la maladie du
a sommeil n’existe pas et la région au dessus de Carnot est totalement
« épargnée (1) ».
Le D1 2 Heckenrotii écrit sur la distribution de la maladie du
sommeil dans la Haute-Sangha en 1906 et 1907 :
« La maladie du sommeil ne se serait répandue dans la région que
« depuis sept ou huit ans. Toutefois il est des points où elle est signalée
« comme ayant toujours existé : la région de Nola, Massiepa, le M’bimou
« sont de ce nombre . La maladie semble avoir remonté la Sangha
'< depuis Nola. Nous en avons trouvé dans tous les villages qui bordent
« cette rivière jusqu’à Zaoroianga et Nana au-dessus de Carnot. Passé ces
« villages, tant sur la Nana que sur la Sangha, nous n’avons plus rencon-
« tré de maladie du sommeil dans les villages riverains . Les routes qui
« mènent de Bania à Carnot, soit par la rive droite de la Mambéré, soit
« par la rive gauche, traversent des villages qui tous présentent des cas
« de maladie du sommeil. Les plus frappés sont sans contredit les
« villages de Beri, Bobicondo, Bafio, Cuachobo, Tayo, Bazi, Bassambo.
« Depuis trois ans, la mortalité par maladie du sommeil est fantastique
dans cette région. La trypanosomiase en certains points a paru prendre
« une allure épidémique... Rares sont les villages de la rive droite de
0 la Sangha où n’existe pas la maladie du sommeil » (2).
En 1906-1907, le D1' Kerandel, de la Mission du Haut-Logone,
fait les constatations suivantes :
« Jusqu’à Guesso la maladie existe dans tous les villages riverains,
« mais les cas sont peu nombreux. D’après les indigènes, elle causait plus
« de ravages autrefois . Au-dessus d’Ouesso, la maladie est de plus
« en plus commune jusqu’à Bania.... Entre Bania et Carnot, la trypanoso-
« miase humaine sévit avec une violence exceptionnelle .. A Carnot,
« infecté depuis trois ou quatre ans, les cas sont fréquents aussi bien
« chez les llaoussas* que chez les Bayas. La maladie est en progrès
« et menace, chez les premiers, de revêtir une allure épidémique sévère en
« raison de l’entassement de la population dans un village compact.
(1) in Rapport Aubert, Mission dans la Haute-Sangha, Annales d’ Hygiène
et. de Médecine coloniales , 1911, n° 4, pp. 793-79/1 .
(2) Rapport de la Mission d’études de la maladie du sommeil au Congo
français, 1909, pp. 1 35- 138.
Séance pu 21 Juillet 1915
5 23
« La maladie du sommeil ne s’étend pas au delà de Carnot, dans le
« bassin de la Sangba » (1).
De 1907 à 1909, le D1 2 3 * 5 Ouzilleau observe et étudie la marche de
l’épidémie meurtrière de Carnot où 5 1 4 indigènes périssent de
novembre 1908 à janvier 1910, ainsi que le mentionne un
rapport de M. l’Administrateur Loyre (2). Notre camarade jette
un cri d’alarme :
« Arrivée ainsi au carrefour d’où partent les voies de plus en plus sui-
« vies qui donnent accès au pays du Logone et de Laï (voie de la Penndé)
« et à l’Adamoua (par Koundé), la maladie du sommeil ne va pas, selon
« toute probabilité, s’arrêter en si bon chemin, et, continuant sa marche
« vers le Nord par les routes que nous lui ouvrons, elle va envahir
« et décimer dans un avenir très prochain le pays encore actuellement
« intact du Haut et du Moyen-Logone » (3).
Enfin, en 1910, le Dr Aubert remonte jusqu’à Carnot, et fait en
cours de route des observations intéressantes, car elles indiquent
par des chiffres la densité de la maladie du sommeil ; il s’exprime
ainsi :
« A Ouesso, la maladie du sommeil peut être considérée comme rare,
« puisque sur 211 indigènes examinés, nous ne trouvons que 4 trypanoso-
« més, soit 1,8 p. 100 de l’etfectif (4) Ces trypanosomés étaient d’ailleurs
« des Loangos arrivés dans le poste d’Ouesso depuis peu. Nous ne
« pouvons pas affirmer qu’ils aient contracté leur affection à Ouesso
« même (5). Le poste de Bayanga est relativement épargné aussi ; la mor-
« talité constatée est seulement de 2,2 pour 100. Le groupement de Nola
« est sensiblement plus atteint, la morbidité totale s’élève au taux
« de 0,3 pour 100. Cette proportion s’abaisse à 4,2 pour 100 pour le grou-
« pement de Bania. Enfin le groupement de Carnot nous olfre une
« morbidité par trypanosomiase extrêmement élevée : du 19,9 pour 100....
« Les agglomérations situées à l’intérieur des terres sur l’itinéraire
« Bania-Carnot, sont, de toutes, celles qui présentent la morbidité totale
(1) Rapport de la Mission d’études de la maladie du sommeil au Congo
français, 1909. pp. 1 * 1 /|3.
(2) P. Aubert, Annales d' Hygiène et de Médecine coloniales , i9ii,n° 4>
p. 79 5.
(3) Ouzilleau, Annales d' Hygiène et de Médecine coloniales , 1911, n° 2.
(4* En 1908, le D*' Ringenbach avait examiné microscopiquement la popula¬
tion d Ouesso, et n’avait trouvé aucun indigène trypanosomé. Depuis lors, la
maladie du sommeil y a pris de l’extension ; au moment du passage du
D*' Guyomarc’h à Ouesso, en septembre 1913, le Médecin chef du poste
médical avait en traitement une dizaine de malades.
(5) A rapprocher de ce fait, les constatations que nous avons faites
à Sembé, où nous avons reconnu trypanosomés trois travailleurs et une
femme de travailleur de la Compagnie N’Goko-Sangha : ces quatre sujets
étaient des Bayas (Haute-Sangha) ; ils avaient, selon toute vraisemblance,
d’après notre enquête, été contaminés dans leur pays d’origine.
524
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
<( la plus faible : 0,8 pour 100 . Carnot et ses environs nous apparais-
« sent comme le seul foyer extrêmement important de la maladie du
« sommeil dans la Sangha » (1).
Telles sont les constatations faites jusqu'à ce jour sur la
répartition de la maladie du sommeil dans la Sangha ; mais il
faut remarquer qu’elles concernent surtout la région de la Ilaute-
Sangha.
Notre itinéraire nous a conduits beaucoup plus à l’est, dans
une contrée dont on ne possédait encore aucune donnée médi¬
cale sur l’existence de la maladie du sommeil et sa densité.
%
Depuis Ikelemba, nous avons remonté la rivière N’Daki jusqu’au
village abandonné de Dalo, d’où nous avons gagné Kakassen-
gué ; de là nous nous sommes rendus dans la Haute-Likouala-
aux-Herbes, à Kata N’Goye, et avons visité tous les villages de
la région : Toukoulaka, Mongolo I, Totobo, Mongoumba, Mon-
golo II, Malouci et Bototo. Après l’étude de cette région, nous
nous dirigeâmes vers le Nord-Est, et en traversant les villages
N'Goulia et Kaya, nous arrivions à Macacoula dans le bassin de
la Motaba, tributaire de l’Oubangui.
Idées indigènes sur la maladie du sommeil. — Ces différents
villages sont habités par des Yessouas, des Yakingas, ou des
Bocas-Bongas. Ces indigènes connaissent bien la maladie du
sommeil qu'ils diagnostiquent, avant la période d’assoupisse¬
ment, aux symptômes d’œdème de la face et des pieds, et à la
céphalée ; les Yessouas la nomment lila, les Yakingas boukono ,
et les Bocas-Bongas okonobeilo.
Yessouas et Yakingas racontent que de grandes épidémies de
maladie du sommeil auraient sévi sur leur pays il y a quinze ou
vingt ans, et y auraient causé de nombreux décès ; mais ils igno¬
rent d’où la maladie est venue. Ils ne savent à quoi l’attribuer
et n’établissent aucun rapport avec la présence des tsétsés
(vocabulaire yessoua : boando\ vocabulaire yakinga : epoko). Ils
ne savent comment s'en protéger et ne connaissent aucune thé¬
rapeutique ; cependant ils pratiquent l'isolement des malades :
ceux-ci sont installés dans la brousse à quelque distance du
village dans une misérable pail lotte, où leurs parents viennent
(i) P. Aubert, Annales d' Hygiène et de Médecine coloniales, 1911, n° f\,
pp. 800, 80/j.
Séance du 21 Juillet 1 9 1 5 525
leur apporter des vivres, mais en évitant de s’attarder auprès
d’eux (1).
Quant aux Bocas-Bongas, dont les villages sont situés non
loin des villages yessouas et yakingas, avec lesquels ils sont
d’ailleurs en relations fréquentes, ils ignorent aussi d’où leur
est venue la maladie du sommeil. Ils ne tentent aucun traite¬
ment et ne pratiquent même pas l’isolement des malades ; crai¬
gnant pour ceux-ci les attaques des fauves, ils les conservent
dans leurs cases, quoique ayant souvent constaté que beaucoup
de ceux qui ont vécu près de malades du sommeil contractent à
leur tour la maladie. Ils n’attribuent aux glossines [étonna)
aucun rôle dans la propagation de la. trypanosomiase.
La plupart des indigènes que nous avons reconnus porteurs
de trypanosomes présentaient au niveau des régions temporales
des traces de scarifications. Ils s’étaient fait pratiquer ce genre
d’opération « pour retirer le mal de tète ». Les scarifications étant
faites, le sang est aspiré au moyen d’une corne d’antilope : la
base de la corne est placée sur la surface scarifiée, et un cama¬
rade, ou le «guérisseur » du village, aspire le sang par l’extré¬
mité effilée de la corne qui a été percée d’un trou. Cette cou¬
tume est aussi adoptée, ainsi que l un de nous fa constaté, par
les indigènes qui habitent les circonscriptions des Bakongos et
des Bakougnis (2).
Signalons aussi que souvent les indigènes se placent autour
du front une liane qu'ils serrent fortement « pour arrêter le mal
de tête ». C’est d’ailleurs là un procédé encore usité dans quel¬
ques campagnes, en certains coins de France, pour essayer de
combattre la cé p h alée !
Distribution delà maladie. — Sur 11 villages que nous avons
visités, nous avons pu examiner 947 indigènes; nous en avons
trouvés 72 trypanosomés, ce qui, comme morbidité totale pour
cent par rapport à l’effectif examiné, donne 7,6. Nous résumons
dans le tableau suivant les résultats de nos observations, en
indiquant pour chaque village, dans une colonne spéciale, le
pourcentage général de morbidité.
(1) Plus exactement les malades sont abandonnés dans des paillottes où ils
meurent faute de soins et de nourriture. Cette relégation est surtout motivée
par le dégoût et Codeur répugnante des malades lorsqu’ils sont à une
période avancée de l’affection.
(2) Ringenbach. Bulletin de la Société de Pathologie exotique , 1 9 1 3 , t. VI,
pp. 34-40.
526
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
TABLEAU II. - BASSIN DE LA SANGHA
(i) Nous n’avons pu examiner toute la population de Bototo, qui avait depuis
trois mois abandonné son village pour se fixer plus à l’est; notre examen a
seulement porté sur les indigènes que nous avions pu faire revenir en ce point
pour nous aider dans le transport de nos charges vers le nord ; nos recherches
concernent donc des individus qui paraissaient en assez bon état de santé,
La lecture de ce tableau indique la présence de la maladie du
sommeil dans tous les villages que nous avons traversés, mais
la maladie, hâtons-nous de le dire, y existe dans une proportion
assez faible.
Trois villages cependant, Mongoumba, Malouci et Bototo,
fournissent un nombre peu élevé de malades ; Mongoumba et
Malouci donnent chacun 12, 5o 0/0, Bototo contient 20, 5 0/0 de
sa population, trypanosomée. A quelle cause rattacher ces
pourcentages élevés ? à une forte proportion de glossines dans
ces villages ? aux déplacements de leurs habitants dans des
régions contaminées? 11 nous paraît difficile de fixer ce point,
car ces villages peuvent être opposés, tant par les déplacements
de leurs habitants que par la quantité de glossines que l’on y
rencontre. En effel, alors que Malouci et Bototo sont à proximité
de rivières, l’Ediba et la Macanga, branches de la Likouala-aux-
Herbes, que les glossines (G. pal palis) y sont abondantes, et que
leurs habitants se déplacent assez loin, soit en remontant la
Macanga vers N'Goulia, soit en descendant celte rivière vers
Epena où la maladie du sommeil est très répandue, le village
de Mongoumba, au contraire, n’est pas placé aussi près de l’eau,
• 527
•Séance du 21 Juillet 191 5
* 9 *
les glossines y sont rares (et encore ne les rencontre-t-on pas
dans le village, mais seulement sur le bord de la rivière); quant
aux habitants de Mongoumba porteurs de trypanosomes, ils ne
s’étaient jamais éloignés à plus de dix ou douze kilomètres de
leur village. Peut-être la maladie s’est-elle propagée dans ces
villages par l’intermédiaire d’insectes piqueurs qui y seraient
plus nombreux que dans le reste de la région ; on a, en effet,
souvent constaté que la relation de causalité entre la présence
de tsétsés et celle de la trypanosomiase humaine n’apparaît pas
toujours ; nous reviendrons plus loin sur ce point, en nous occu¬
pant de la répartition des insectes piqueurs. Cependant, signa¬
lons que dans tous les autres villages qui fournissent un pour¬
centage peu important de malades, les indigènes (sauf ceux de
Toukoulaka) ne circulent pas en pirogue; ils se déplacent uni¬
quement par voie de terre et sont donc très peu exposés aux
piqûres des tsétsés. Nous ne voulons, d’après ces quelques faits,
formuler aucune conclusion; nous nous contentons simplement
de faire part de nos observations.
Sur 21 enfants trypanosomés, 17 étaient âgés de plus de cinq
ans. Or, nous avons pu .constater que les enfants en bas-âge ne
quittent guère le village que pour aller, seulement une fois
par jour en moyenne, à la rivière, portés par leur mère qui va
faire la provision d’eau nécessaire aux besoins du ménage; au
contraire, les bambins plus grands, livrés à eux-mêmes, accom¬
pagnent des journées entières les femmes à la pêche ou les hom¬
mes dans les pirogues.
Les cas de maladie du sommeil observés ne présentèrent aucun
caractère clinique spécial qui mérite d’être relaté ici. Cependant,
nous croyons utile de mentionner un cas de trypanosomiase
chez un Européen, que nous avons eu l’occasion de diagnosti¬
quer à Ikelemba, le 7 décembre 1912, pour bien montrer que,
dans les pays où existe la maladie du sommeil, il faut, dans les
cas pathologiques, toujours songer à elle, et surtout savoir la
différencier de la syphilis qui s’en rapproche par beaucoup de
points communs : il s’agissait d’un Européen, M. P..., âgé de
29 ans, qui, onze mois auparavant, présentant de l’anesthésie
des deux jambes, notamment de la jambe gauche, avec abolition
des réflexes rotuliens et diminution des réflexes pupillaires, fut
traité pendant un mois et demi pour syphilis ; l’état de ce
malade ne s’améliora pas par ce traitement; bien au contraire,
528
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
au moment où nous l’examinâmes, il se plaignait, en outre, de
fièvre, d’œdème prononcé des pieds ; les muscles des mollets
étaient douloureux à la pression. Un examen microscopique
du liquide de ponction d’un ganglion cervical nous montra de
rares trypanosomes. Or, après interrogatoire, nous pûmes établir
que ce malade s’était fort probablement infecté quinze ou seize
mois auparavant dans la Likouala-aux-Herbes, où il venait de
séjourner près d'un an entre Boyenghé et Epena.
La maladie du sommeil existe dans la Likouala-aux-Herbes,
et notamment dans la région d’Epena où elle affecta à plusieurs
reprises une forme particulièrement virulente. L’un de nous a
d'ailleurs eu l’occasion, avec G. Martin, de relater une sorte
d'épidémie de folie trypanosomiasique qui avait sévi au poste
d’Epena en 1909 ( 1).
ht. — Bassin de l’Oubangui
Les populations riveraines de l'Oubangui ont été pour la pre¬
mière fois examinées sérieusement au point de vue de la mala¬
die du sommeil, en 1907, par le D1 Lebœuf qui a donné dans son
rapport, à côté du nombre de malades, des renseignements très
complets sur la disposition des villages et les variétés des insectes
piqueurs qu'il a rencontrés.
Heckenroth, à la fin de 1911, fait la même tournée, mais 11e
rencontrant pas les mêmes difficultés que Lebœuf quatre ans
auparavant, il put examiner la majeure partie de la population
dans tous les points où il s’arrêta, et les résultats de ses examens,
exprimés en chiffres, montrent clairement le degré d’infection
des villages visités :
« Dans l'espace de quatre années, le village de Loukoléla a été réduit
« de moitié. Irebou, composé des trois groupes de Moala, Liboka,
a Mobanda, comptait il y a dix ans 5.000 hommes. 11 en restait 600 en
« 1907 ; il n’y en a pas 500 aujourd’hui. . . A Liranga, la petite agglomé-
« ration d’Etimba a été entièrement décimée par la trypanosomiase. Le
« village de Moyamba (ex Ebolou) est passé de 40 habitants h une ving-
« taine au maximum. Les fuites nombreuses sur l’Etat belge et la prati-
« que extrêmement répandue de l’avortement interviennent aussi dans la
« dépopulation du pays bangala. »
Mais, ajoute-t-il plus loin :
(1) G. Martin et Ringenbach, Troubles psychiques dans la maladie du som
meil, Y Encéphale, nos 6 et 8, 1910.
Séance du 21 Juillet 19 i 5
o
29
« La maladie du sommeil existe dans tous les villages bangalas. . . Lou-
« koléla donne du 10,3 p. 100; Irébou du 5,69 p. 100; Liranga du
« 9,93 p. 100 » (1).
Les pourcentages que Iæbœuf constatait en 1907 étaient res¬
pectivement de 1 3,3 pour Loukoléla, de 16, o4 pour Irébou, de
i5,5 pour Liranga. La trypanosomiase paraît aujourd'hui en
régression ; c’est aussi l’opinion des indigènes.
Notre camarade constate qu’Impfondo qui était un groupe¬
ment de 5.ooo à 6.000 habitants, il y a quelques années à peine,
n’en compte plus 800 aujourd’hui. Il trouve i,3 p. 100 de la
population atteinte dans le groupement de Dongou, 7,9 p. 100
dans les villages riverains du groupement de Bétou et 6,5 p. 100
dans les villages de l’intérieur de ce même groupement.
Une partie de notre itinéraire nous a conduits loin des rives
de l’Oubangui, dans les bassins de trois grands affluents de ce
fleuve, de la Motaba, de I’Ibenga et de la Lobaye. On n’avait
jusqu’à présent aucun renseignement sur la répartition et la
densité de la maladie du sommeil dans ces contrées; on savait
seulement en 1908, par ouï-dire, que la maladie avait été signalée
sur la Bodingué, à Camba-Ouro, et qu’elle était totalement
inconnue sur la Lobaye, de Baoui à Bahuina (2).
La maladie du sommeil est bien connue dans les groupements
Bocacas, Yakingas et Indongos des villages de la Motaba, où
elle est dénommée Modjambe (vocabulaire Yakinga). Les vieux
chefs ne purent nous renseigner sur la date précise et l’ori¬
gine des premiers cas constatés ; cependant, il y aurait eu
au village de Mbei, il y a une quinzaine d’années, une violente
épidémie de maladie du sommeil. Les indigènes ignorent totale¬
ment la cause de la maladie ; ils ne la soignent pas, et n’isolent
pas les individus atteints, ignorant la contagiosité de la maladie
qu’ils ne savent reconnaître qu’au moment de la période « som¬
meil ». Ils n’établissent aucun rapport entre la maladie et la pré¬
sence de tsétsés, qu’ils nomment Efokou (vocabulaire Yakinga).
Gomme dans le bassin de la Sangha, les scarifications au niveau
des régions temporales sont employées pour combattre la cépha¬
lée ; nous en avons relevé les traces chez la plupart des malades.
(1) Hegkeniioth, Annales d' Hygiène et de Médecine coloniales, 1913, no 1,
pp. 108-109.
(2) Rapport de la Mission d'études de la maladie du sommeil au Congo
français , 1909, pp. i38-i39.
530
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Bien plus, dans le village de Mbei, une femme qui, malgré ce
traitement, continuait à souffrir de céphalée, se fit raser le som¬
met du crâne « pour permettre au mal de sortir » !
Les indigènes de l’Ibenga dépistent au contraire la maladie à
son début ; elle commence, disent-ils, par la perte de l’érection,
puis apparaît la céphalée en même temps que de l’asthénie, et
enfin le malade montre des tendances à l'assoupissement. Ils ne
connaissent aucun traitement, mais ils ont remarqué que la
maladie est contagieuse ; aussi, tout individu atteint est-il isolé
à i5o mètres environ du village, dans une case, où ses parents
viennent lui apporter chaque jour des vivres. Les habitants de
Lipeïté déclarent que la maladie est arrivée dans leur pays de
deux directions différentes : de Bayanga, sur la Sangha, et de
Dongou, sur POubangui ; il y a une quinzaine d’années, alors
qu'ils étaient installés à Bera-Njoko, une violente épidémie de
maladie du sommeil s'abattit sur eux et fit périr les trois quarts
de la population de ce village.
TABLEAU III. — BASSIN DE L OUBANGUI
(i) Mossamba est un poste de commerce servant d’entrepôt pour le caoutchouc ;
au moment de notre passage, il ne s’y trouvait que deux travailleurs indigènes ;
ils étaient à Mossamba depuis plus d’un an ; l’un des deux était trvpanosomé.
C’est aussi à Mossamba qu’un européen. M G..., employé de commerce, aurait
contracté la maladie du sommeil en 1911.
12) Détachement de tirailleurs et village indigène.
Séance du 21 Juillet i<ji5
531
Dans la Lobaye, les indigènes déclarent connaître la maladie
c< parce qu'ils en ont vu des cas dans les villages de Mongoumba
qu’ils ont eu roccasion de visiter quelques fois, mais, disent-ils,
il n'existe pas de sommeilleux chez eux », et, de fait, comme
nous le verrons plus loin, les villages importants de Bagandou
et de Loko, n’ont fourni qu’une faible proportion de malades.
Les habitants des villages riverains de l’Oubangui, de Mon¬
goumba notamment, pratiquent l’isolement des malades comme
dans l’Ibenga ; ils avouent qu’il n’y a aucun remède contre « la
maladie pour dormir » ; celui qui en est atteint est sûr de mourir,
mais la mort arrivera plus ou moins rapidement.
Distribution de la maladie. — Notre itinéraire nous a conduits
dans 16 villages, où, sur 1 48 1 individus examinés, nous en avons
trouvés 216 atteints, ce qui donne comme morbidité totale pour
cent par rapport à l’effectif examiné, i4, 5; ce pourcentage est
deux fois plus élevé que celui relevé dans le bassin de la Sangha.
Motaba et Ibenga. — Nous constatons, à la lecture de ce tableau,
que la maladie du sommeil que nous avons rencontrée dans tous
les villages traversés, sauf à Mocaboula, existe dans une propor¬
tion beaucoup plus grande sur les bords de la Motaba et de
l’ibengaque loin de ces grandes rivières; sans doute, faut-il en
rechercher la cause dans les déplacements plus faciles et fré¬
quents des populations riveraines, qui se transportent d’un
village à l’autre en pirogues, et sont alors beaucoup plus expo¬
sées aux piqûres des nombreuses glossines qui habitent les bords
de ces cours d'eau.
Ce sont les villages des bords de la Motaba et de l’Ibenga qui
sont les plus infectés, ceux de la Lobaye le sont beaucoup moins.
Nous avons trouvé le tiers de la population de la Motaba trypa-
nosomé ; et, sans doute sommes-nous encore au-dessous de la
vérité, car nous n’avons pu examiner que les individus en état
apparent de bonne santé. En effet, un des chefs de Mbeïe,
Mbéré, à qui nous demandions s’il y avait des malades du som¬
meil dans son village, nous répondit qu’il n’y en avait pas eu un
seul cas depuis une dizaine d’années; or, à la suite de nos
recherches, nous trouvions le tiers de ses administrés atteints
de la maladie; lui-même, ses femmes et ses enfants étaient por¬
teurs de trypanosomes ! Ce chef, désireux sans doute d’éviter
tout sujet de discussion avec les habitants de son village, avait
Bulletin de La Société de Pathologie exotique
sûrement dérobé à nos investigations les sujets qui devaient se
trouver à une période avancée de la maladie et qui devaient être
cliniquement atteints.
Nous avons profité de notre passage à Mombellé pour visiter les
tirailleurs du poste ainsi que leurs familles; nous avons trouvé
un tirailleur et sa femme trypanosomés. Cet homme paraissait en
très bon état de santé et il accomplissait parfaitement son ser¬
vice ; notre attention avait été attirée de son coté par une légère
hypertrophie des ganglions cervicaux. Il y avait donc là. dans
un poste ou les glossines if étaient pas rares, vivant au milieu
d’un détachement d'une quarantaine d'hommes commandés par
un lieutenant et un sous-officier européens, un homme et une
femme porteurs de trypanosomes, que leur état apparent de
bonne santé ne pouvait faire suspecter de maladie du sommeil.
On conçoit donc à quels dangers de contamination se trouvent
exposés les centres administratifs, où les maladies contagieuses,
comme la maladie du sommeil, ne peuvent être dépistées par un
médecin ; en effet, les diagnostics faits à Mombellé ne pouvaient
être posés qu’à la suite d'un examen microscopique, puisqu’il
n’existait aucun symptôme manifeste de trypanosomiase
humaine. Mais, fort heureusement, la plupart des régions de
l’Afrique Equatoriale française vont être bientôt pourvues de
médecins qui les visiteront fréquemment ; et récemment, le
Lieutenant-Gouverneur du Moyen-Congo a pu diriger un méde¬
cin sur Dongou, où il résidera et d’où il devra faire des tournées
fréquentes dans la Motaba, l’Ibengaet la Lobaye.
Nous n’avons pu examiner que très peu d’indigènes au village
de Libakoa, la plupart des habitants ayant pris la fuite dès notre
arrivée; les quelques indigènes que nous avons pu examiner
nous ont donné 24, i3 p. 100 de trypanosomés; ce village doit
évidemment contenir une assez sérieuse proportion de malades
du sommeil, et il aurait été intéressant de pouvoir en visiter
toute la population.
Nous avons trouvé que le tiers des habitants de Mbeïé était
atteint de maladie du sommeil, et encore, ainsi que nous 1 avons
dit précédemment, les indigènes cliniquement malades avaient
été soustraits à notre enquête ; aussi peut-on presque dire, sans
être taxé d'exagération, que la moitié de la population de Mbeïé
est trypanosomée.
En résumé tous les villages des bords de la Motaba sont très
Séance eu 21 Juillet kji5
Ml
infectés. Les glossines y sont fort nombreuses, et doivent
jouer un rôle prépondérant dans la transmission de la maladie
chez les indigènes qui vivent surtout sur la rivière ; hommes et
femmes vont d'un village à l'autre avec leurs pirogues, ou bien
se livrent à la pêche pour pourvoir à leur nourriture; près du
village, grands et petits viennent presque quotidiennement se
livrer aux plaisirs du bain. Enfin, il faut aussi avouer que ces
indigènes, qui ont déjà une alimentation plus que médiocre, font
une très grande consommation de vin de palme, ce qui est loin
de leur permettre de résister aux infections.
Dans l’Ibenga, à Lipeïté, qui a donné 20,6 p. 100 de trypa-
nosomés, nous avons fait les mêmes constatations que dans la
Motaba.
Parmi les indigènes reconnus malades dans la Motaba et
l’Ibenga, nous relevons les cas suivants :
1° à Mombellé : un tirailleur et sa femme.
2° à Libakoa : le chef, ses deux femmes et ses deux enfants.
3° à Mbeïé : Groupement Camba-Ouro : une femme et son mari.
Groupement Mbéré : le chef, ses deux femmes, son fils.
Un homme et sa femme.
Un homme, sa femme et sa petite fille.
Une femme et son petit garçon.
Groupement Nsika : un homme, sa femme et son enfant.
Un homme et sa fillette (la mère était décédée il y avait trois
mois de la maladie du sommeil).
4° à Lipeïté : un homme, sa femme et son enfant, un garçon de douze
ans.
De tels faits semblent montrer nettement que les cas de con¬
tagion de familles existent et sont fréquents, et ils expliquent la
disparition de villages entiers, ainsi qu’on a pu l'observer en cer¬
tains points de la Sangha et sur la Houle des Caravanes dans la
région de Kimbédi-Bouenza. Il était intéressant de les citer ici,
car ils viennent à l'appui des faits signalés en 1907 dans le pays
Bacongo par la Mission française d’études de la maladie du som¬
meil (1), et par l’un de nous en 1912 dans la Circonscription des
Bakougnis (2).
Lobaye . — Si la maladie du sommeil existe à Camba-Ouro, sur
la Bodingué, et y fait de nombreuses victimes, elle est en revan¬
che peu fréquente sur les bords de la Lobaye, entre Bakota et
(1) Rapport, de la Mission d'études de ta maladie du sommeil au Congo
français, pp. 243-258.
(2) Ringenbach, Bull. Soc. Path. exot ., t. VI, 1 9 1 3 , p. 3q.
37
534
Bulletin de la Société, de Pathologie exotique
Loko. Les groupements importants de Bagandou et de Loko
nous ont fourni seulement 4,oi et 5,33 p. 100 de malades. Peut-
être cette proportion relativement faible de sommeilleux, dans
des villages où les tsétsés existent à coté d’autres insectes
piqueurs comme les Ceratopogon , les Chrysops, les poux, les
punaises, etc., est-elle due à une résistance individuelle de l’in¬
digène qui, bien nourri et jouissant d'un certain confort, est
plus robuste que l'indigène de la Motaba ou de l lbenga ; cette
hvpothèsc admise, on peut alors penser que les cas de maladie
du sommeil ont été contractés pendant des déplacements vers
l'Oubangui ; les habitants des grands villages de Bagandou et de
Loko se rendent en effet assez fréquemment à Mongoumba, qui
est le centre de la subdivision de la Lobaye ; c'est là qu’ils vont
porter les parts d’impôt, qu’ils font régler par le chef de la sub¬
division les différends, ou « palabres », qui peuvent surgir entre
eux; or, la maladie existe dans la basse Lobaye, où à Ngabo nous
avons trouvé 27,2 de morbidité totale p. 100; enfin Mongoumba
nous a donné 16,7 p. 100 de trypanosomés.
Moyen-Oub’angui . — Sur l'Oubangui, nous avons visité deux
centres : Mongoumba et Bimbo. Le premier nous a présenté
16,7 p. 100 de trypanosomés, sur 1^9 indigènes examinés, alors
q u’ Heckenroth , en 1911, y avait trouvé 20,5 p. 100 de malades ;
mais cette diminution des pourcentages est fort probablement
due à un début de traitement institué par notre camarade chez
la plupart des individus reconnus atteints. A Bimbo nous avons
également, et sans doute pour la même raison, trouvé un pour¬
centage de malades inférieur au chiffre donné par Heckenroth.
Lebœuf avait déjà visité Bimbo en 1907; il y avait trouvé une
proportion élevée de malades du sommeil, bien que ne faisant
pas remonter les premiers cas au delà de 1906. Il déclarait alors :
« La maladie est en train de faire de grands progrès à Bimbo et il faut
s’attendre avant longtemps à y observer une forte mortalité » (1).
« Ce moment est bien vite venu, constate Heckenroth au cours de sa
tournée, puisque, depuis de longs mois et dans le seul groupement de
Bimbo, le chef de village enregistre chaque semaine 2 et 3 décès par
trypanosomiase » (2) ;
il y reconnaît 3q 0/0 d’individus trypanosomés sur un total
(1) Rapport de la Mission d'études de la maladie du sommeil au Congo
français, 1909, p. 194.
(2) Heckenroth, Annales d' Hygiène et de Médecine coloniales, 1913, n° 1,
p . 1 1 5 .
Séan@e du 2i Juillet i 9 i 5
535
de 4^3 indigènes; à notre passage, nous en trouvons seulement
28,9 0/0.
La maladie sévirait aussi, d une façon assez rigoureuse, dans
toute la M’Poko, jusqu’à Bouali.
Essai de préservation contre les pi(j ùres des tsétsës. — Nous
avons profité des trois journées de pirogue qui nous avaient été
nécessaires pour remonter la Motaba deMombellé à Mbeïé pour
essayer un moyen de préservation contre les pipûres des glos-
sines. Cet essai, qui nous avait été suggéré par M. le D1' Marchoux,
consistait à enduire la peau des indigènes d'un corps gras, comme
la lanoline; comme nous ne disposions pas de lanoline, nous
avons eu recours à de l’huile de palme; une moitié de nos
pagayeurs s’était enduite le corps avec cette huile, l’autre moitié
servait de témoin. Placé à l’arrière de la large pirogue qui nous
transportait et qui était manœuvrée par seize hommes, nous
pûmes observer les deux groupes d indigènes et pointer approxi¬
mativement le nombre de mouches qui se portaient sur l’un
ou sur l’autre. L’observation put être faite pendant deux jours
seulement, la navigation pendant la troisième journée s’étant
effectuée par mauvais temps. En trois heures, pendant que 1 19 tsé-
tsés se posaient sur le corps des indigènes préparés, on en comp¬
tait 173 sur ceux qui ne s’étaient pas enduits d’huile. La différence
n’est évidemment pas grande; mais il faut reconnaître que cet
essai devrait être renouvelé et l’observation porter sur un plus
grand nombre de jours; nous n’avons jamais pu nous trouver
dans les conditions voulues pour le faire. Nous avons remarqué
en outre que les mouches qui se déposaient sur nos pagayeurs
à peau graissée, ne s’y arrêtaient pas longtemps et ne les
piquaient que rarement ; au contraire les mouches qui harce¬
laient les indigènes-témoins se fixaient sur leur peau et ne les
abandonnaient qu’après s’être gorgées de sang ou avoir été chas¬
sées. Enfin, il ne faut surtout pas oublier que la peau noire des
indigènes attire les tsétsés ; le point important à vérifier était de
se rendre compte si les mouches piquaient.
Il semble donc qu’il y a bien eu préservation par cet enduit
gras. Les indigènes de la Sangha emploient d’ailleurs un procédé
assez analogue qui les protège des piqûres des insectes (mousti¬
ques, tsétsés, chrysops, ceratopogon, etc.) : ils enduisent leur
corps d’huile de palme et le saupoudrent ensuite d’une poudre
tirée d’un bois rouge (koa, en vocabulaire Yassoua), qu’ils consi-
S 30
Bulletin dé la Société dé Pathologie exotique
dèrent comme un fortifiant de l’état général ; ce véritable colo¬
riage est en même temps pour eux un ornement et une parure.
Troubles psychiques. — Parmi les indigènes des villages de
Mbeïé et de Lipeïté, que nous avons trouvés trypanosomés, nous
avons observé trois jeunes gens avec état mental spécial.
Deux d’entre eux, âgés l’un de io ans et l’autre de 12 ans, qui
présentaient de l’amaigrissement et de l’hypertrophie des gan¬
glions cervicaux, étaient atteints de cet automatisme ambulatoire
particulier désigné par le professeur Régis sous le nom de dromo¬
manie (1). Pendant que nous examinions les indigènes que nous
avions notés cliniquement suspects de trypanosomiase, et parmi
lesquels ils se trouvaient, brusquement, ils se levaient, puis tran¬
quillement, sans hâte, se dirigeaient vers la plantation voisine
ou vers le bord de la rivière; au bout de quelques minutes
d'arrêt, ils revenaient près de leurs congénères, s’asseyaient
près d’eux; ils paraissaient calmes, quand de nouveau, brus¬
quement, ils se relevaient et se mettaient en marche d’un autre
côté, sans but précis. Us ne pouvaient nous donner aucune
explication de leurs déplacements. Les habitants du village,
interrogés, nous déclarèrent que ces jeunes gens étaient depuis
quelque temps « malades de la tête » ; ils avaient aussi remarqué
chez eux ce besoin incessant et impérieux de se déplacer et de
marcher sans but, et même à plusieurs reprises sont-ils partis
dans la brousse loin du village, sans vivres; et, le lendemain à
leur retour, ils étaient incapables de se rappeler où ils étaient
allés et de donner des raisons de leur fugue.
Ces deux cas peuvent être ajoutés aux nombreuses observa*
tions de dromomanie et de fugue chez les trypanosomés, étudiées
en détails par G. Martin et Ringenbach (2). Nos deux malades
étaient des dromomanes chroniques, leur automatisme ambula¬
toire était un état habituel ; ils n’auraient jamais présenté
d’agitation violente ou bruyante. Leurs fugues, d’après les ren¬
seignements recueillis, se seraient toujours produites sous la
forme d’une impulsion brusque, irraisonnée, inconsciente,
instantanée et violente, et dont les malades ne gardèrent aucun
souvenir.
Le troisième malade était un homme de 18 à 19 ans environ,
(1) Régis, Précis de Psychiâtrie , p. 1 58.
(2) G. Martin et Ringenbach, Troubles psychiques dans la maladie du som¬
meil j chez Delarue édit., 1910, pp. 38-43.
Séance du 21 Juillet 1 9 1 5
537
qui se plaignait de céphalée, de fièvre et d’asthénie. Pendant les
deux jours que nous restâmes dans son village, i l vint nous trou¬
ver à plusieurs reprises, nous racontant, en pleurant, qu’il était
marié, mais qu’il était bien malheureux : sa femme voulait sa
mort ; depuis longtemps il s’apercevait en effet qu’on empoi¬
sonnait ses aliments ; l’eau de la rivière qu’il buvait, l’empoison¬
nait aussi, car sa femme « avait fait mauvais médicament pour
la rivière » (avait jeté un mauvais sort sur la rivière) ; dans son
village, on le considérait comme un esclave, c’est ainsi que le
traitant de la factorerie lui avait vendu le pagne le moins beau
de son magasin. Mais lorsque, en réponse à ses doléances, nous
lui disions que son état de santé ne nous semblait pas mauvais,
qu’il nous paraissait fort et vigoureux, que son pagne à notre
avis était le plus beau de tout le village, ses pleurs cessaient et
sa figure s’épanouissait de joie et de contentement.
Ce dément trypanosomiasique présentait donc un état mélan¬
colique léger, accompagné de délire triste et d’idées fixes de
persécution, auquel succédait rapidement un état mégaloma-
niaque, suivant les idées que nous évoquions devant lui ou les
flatteries que nous lui prodiguions.
iv. — Bassin de l’Ouahm.
Les seuls renseignements que nous possédions sur la géogra¬
phie médicale du bassin de l’Ouahm étaient ceux rapportés par
le Dr Kerandel de la Mission du Haut-Logone. Notre camarade
avait, depuis Fort-Archambault, remonté le cours de I’Ouahm
jusqu’à la Haute-Sangha ; ce parcours avait été effectué en mai
et juin 1907.
Aucun médecin n’avait avant lui traversé ce pays ; en effet, ce
ne fut seulement que dix années auparavant, en décembre 1896,
qu’un médecin fut pour la première fois affecté àBangui ; et dès
qu'il fut possible d’en envoyer d’autres dans la colonie de l’Ou-
bangui-Chari, on pourvut naturellement les postes les plus
importants et les plus anciennement occupés, c’est-à-dire quel¬
ques-uns sur le Haut-Oubangui et ceux qui sont situés sur la
route d’étapes qui met en communication le bassin de l’Ouban-
gui avec celui du Chari. Le pays qui s’étend à l’Ouest de cette
ligne d’étapes était encore peu pénétré ; sa population était
méfiante et s’écartait des voies suivies par l’Européen. On savait
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
538
seulement que la maladie du sommeil se trouvait dans la région
de la Tomi et entre Fort-Sibut et Fort-Crampel ; le LF Carmouze,
en décembre 1906, avait l’occasion d’en constater trois cas à
Fort-Sibut (i). On ignorait si la maladie existait à trois jours de
là, sur les bords de l’Ouahm. Quelques mois après, Kerandel
nous renseignait.
((
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« Nous n'avons pas observé, dit-il, de maladie du sommeil au nord de
Carnot, ni dans le bassin de la Nana, ni dans ceux du Logone, du Bahr-
Sara-Ouham,- ou de la Bali (Haute Lobaye).., Les Mbakas de Bandakas,
Bokafio, Boudiou et M’Bakala, donnent l’impression de populations
décimées par. la maladie; mais ils déclarent que leur misère tient aux
razzias de tribus voisines. La maladie du sommeil leur semble inconnue
et il n'y a aucun cas de trypanosomiase parmi les rares malades qu’il
nous est possible d’examiner chez ces peuplades craintives et méfiantes..
Le sergent européen du poste de l’Ouham a parcouru une grande partie
du pays compris entre l’Ouham, la Fafa et la Nana-Baba, sans avoir
jamais rencontré de maladie du sommeil. Son caporal sénégalais, plus
ancien dans la région, nous fait la même déclaration. Il a visité la plu¬
part des villages du Sud jusqu’à la ligne de partage des eaux : ils seraient
tous indemnes. Paraissant bien connaître la maladie, il ajoute qu’elle
régnait, il y a quatre ans, dans la vallée de la Ivoumi et qu’elle aurait
occasionné de nombreux décès au village de Bouka, au confluent de la
Koumi et de la Fafa... Le chef indigène de Bata (près le poste de l’Ou¬
ham) prétend que la maladie du sommeil a sévi dans son village il y a
quatre ans, mais aurait ensuite disparu. Ce fait nous semble très dou¬
teux ; la confusion avec une autre affection est possible, surtout quand
elle est favorisée par la médiocrité de l’interprète. Notre opinion est que
cette partie de la vallée de l’Ouham est encore indemne, tandis que la
vallée de la Koumi serait infectée (1). »
Enfin Kerandel ne trouve pas de maladie du sommeil dans
les villages bandas de Birlo et Ouaga, pas plus que dans les vil¬
lages bayas situés à l’Ouest de la Baba.
Notre itinéraire nous a conduits à Bouka, chef-lieu de la Cir¬
conscription de rOuahm-Fafa ; puis, traversant l Ouahm, nous
nous sommes rendus à Yakonindji, et de là revenant au Sud-
Ouest, nous avons traversé les villages de Kanga, N’Guibi , Zambo,
Birlo et Ouaga.
Nous avons rencontré, comme Kerandel, beaucoup de difficul¬
tés pour examiner les populations de ces villages, exception faite
pour les villages de Bouka qui touchent le poste administratif.
Les indigènes sont à la fois craintifs et méfiants ; plusieurs villa¬
ges avaient été désertés par leurs habitants à notre approche.
(i) Kerandel, Rapport de la Mission d'études de ta maladie du sommeil au
Congo français , 1909, pp. i5i-i5/j.
Séance du 21 Juillet 191.5
539
Ajoutons que la population était en certains points quelque peu
hostile, et qu’au moment de notre passage dans ce pays des opé¬
rations de police avaient lieu sur la rive gauche de l’Ouahm. Ces
raisons expliquent le nombre peu important d’examens qui put
être pratiqué.
TABLEAU IV. - BASSIN DE l’oUAHM
Les pourcentages que nous donnons dans ce tableau pour la
morbidité totale, 11’ont de réelle valeur que pour les villages de
Bouka et de N’Guibi; car, ainsi que nous venons de le dire, la
plus grande partie de la population des autres villages s’était
enfuie à notre approche, laissant seulement dans les cases les
individus qu’un médiocre état de santé empêchait de fuir dans
la brousse.
Les indigènes de Bouka, dont 19,6 p. 100 étaient trypanoso-
més, disaient connaître la maladie du sommeil pour en avoir
vu des cas à Fort-Crampel, mais ils prétendaient que jamais la
maladie ne s’était montrée dans leur village ; et lorsque nous
leur avons appris que nous avions trouvé quelques-uns d’entre
eux atteints, ils ont accepté avec doute notre diagnostic et n’ont
manifesté aucune inquiétude. Quant aux renseignements sur
Bouka donnés à Kerandel par le caporal sénégalais du Poste de
l’Ouham et que nous avons reproduits plus haut, ils ne concer¬
nent pas la maladie du sommeil que cet homme avait confondue
avec la variole qui avait alors effectivement décimé une grande
partie des habitants du village ; nous avons reproduit précé¬
demment, dans le paragraphe consacré .à la variole, les indica-
540 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tions précises que nous avons recueillies sur cette épidémie.
C’était aussi fort probablement la variole qui avait sévi la même
année dans le village de Bata, ce qui confirme bien le doute émis
par Kerandel sur les renseignements apportés par le chef de ce
village.
M. l’Administrateur des Colonies Battini, Chef de la Subdivi¬
sion de Battangafo, qui connaît bien tout le pays situé entre le
cours de l’Ouahm et Kouki, a bien voulu nous faire part de ses
intéressantes observations sur la pathologie de cette région : la
maladie du sommeil s’est répandue sur toute la rive gauche de
l’Ouahm et dans la vallée de la Nana Bakasso ; les indigènes la
connaissent bien, mais ne la diagnostiquent qu'à la période de
sommeil, et ils déclarent que ceux qui ont été très souvent piqués
par les tsétsés contractent la maladie; quand plusieurs décès par
trypanosomiase se sont produits dans un village, les habitants
transportent leurs cases ailleurs pour échapper à la maladie. La
plus grande partie des villages de FOuahm et de la Nana Bakasso
est contaminée ; loin de ces rivières, la maladie ne procède que
par places; souvent au milieu de villages indemnes, existe un
village de sommei lieux ; à Batangafo la maladie a revêtu depuis
quelque temps une allure épidémique. Elle aurait été apportée
depuis trois ou quatre ans : i° par des indigènes infectés sur la
rive droite de l’Ouahm et venus sur la rive gauche pour éviter
le portage, 2° par des indigènes du Haut-Ouahm ou de la Haute-
Bakasso contaminée très probablement par des malades venus
de la Haute-M’Poko, de la Fafa ou de la Haute-Sangha en pas¬
sant par Bozoum, 3° par des gardes régionaux ou leur suite
(femmes, boys).
Des recherches que nous avons faites et des renseignements que
nous avons pu recueillir, il faut surtout retenir que la maladie
du sommeil existe dans les vallées de la Koumi, de la Fafa, sur la
rive droite de FOuahm entre la Fafa et la Baba, sur sa rive gauche
dans toute la Subdivision de Batangafo, et dans la vallée de la
Nana Bakasso.
La maladie aurait donc fait son apparition dans ce pays depuis
1907. Par quelles voies, par quel intermédiaire a-t-elle été intro¬
duite, alors qu’en 1907 il n’en existait aucun cas au nord de
Carnot?
L’explication en est malheureusement fournie par la réalisa¬
tion des prévisions formulées par Kerandel en 1907. En relatant
Séance dü 21 Juillet kji 5
541
l’épidémie de Carnot, il déclarait alors que les Haoussas seraient
les agents de dissémination de la maladie dn sommeil vers le
Nord ; très commerçants, ils parcouraient sans cesse tout le pays
jusqu’à rOualim pour l’achat du caoutchouc; par ces déplace¬
ments, ils menaçaient de créer des foyers endémiques dans les
régions indemnes où ils séjournent parfois des semaines et des
mois, vivant en contact assez étroit avec les indigènes. Le Moyen-
Ouahm était aussi très menacé par les relations administratives
et commerciales établies, d'une part entre Batangafo et Fort-
Crampel, d’autre part entre le Poste de l’Ouahm et Krébedjé, et
destinées à acquérir un développement progressif. La maladie a
effectivement pu être importée vers la Baba, la Nana Bakasso et
le Moyen-Ouahm de deux directions opposées : i° de la Haute-
Sangha, par les Haoussas de la région de Carnot, très contaminés,
qui ont véhiculé le mal partout où ils ont passé et sont venus le
répandre jusque dans les régions du Nord, i° de Krébedjé et de
Fort-Crampel où la maladie existe depuis plusieurs années, et qui
sont aussi en relation pour le commerce du caoutchouc avec le
pays de l’Ouahm-Fafa. La contamination a pu ensuite facilement
gagner la contrée de N’Guibi-Zambo, dont les habitants vont de
temps à autre au Poste deBouka sur la Fafa, ou de Yakonendji
sur la rive gauche de l’Ouahm, soit pour le paiement de l’impôt,
soit pous assurer le portage des bagages des Européens de pas¬
sage dans le pays.
En fait, il faut reconnaître (et c’est aussi la façon de voir
de Kerandel et d’OuziLLEAU, qui est l’opinion de beaucoup d’in¬
digènes de la Haute-Sangha) que la colonisation européenne a
particulièrement aidé à la dissémination du virus dans une
contrée où existent des glossines et plusieurs variétés d’autres
insectes piqueurs. L’arrivée des Européens a en effet créé des
relations entre des Régions qui vivaient autrefois isolées et qui
étaient indemnes de trypanosomiase, en même temps que le
germe de la maladie était apporté par les tirailleurs ou les mili¬
ciens des escortes, par les porteurs, les boys, etc., qui prove¬
naient de régions à maladie du sommeil et dont quelques-uns
pouvaient être atteints.
Tous ces faits montrent combien étaient justifiées les mesures
d’ordre local destinées à empêcher la propagation de la mala¬
die du sommeil dans les régions indemnes, proposées par le
Dr Carmouze en 1907 pour le pays qui s’étend au delà de Kré-
342 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
clebjé, et par Iverandel en 1907 et Ouzilleau en 1909 pour la
Fïaute-Sangha. Carmouze indiquait Fort-Crampel comme poste
de surveillance entre l’Oubangui et le Cbari ; Kerandel et
Ouzilleau préconisaient, par l’établissement d’un poste médical
à Carnot, une surveillance sévère des déplacements des Haous-
sas « dont les preuves de la funeste influence n’est plus à
faire ».
Ainsi donc, depuis 1907, la maladie du sommeil a étendu son
aire de répartition vers le Nord; jusqu’à ce jour nos relations
avec le Logone sont restées assez restreintes, et les Haoussas de
la Haute-Sangha ne se sont que fort peu aventurés jusqu’à Laï
ou Fort-Archambault. Mais nous sommes sur le point de nous
établir sérieusement dans tout le territoire qui s’étend entre
FOuahm d’une part, le Logone et le Chari d’autre part; aussi
devons-nous prévoir que, sous peu, les Haoussas, qui ont le goût
du commerce poussé à un très grand degré, iront trafiquer jus¬
que vers Lai ou Archambault; ces routes leur deviendront bien¬
tôt familières. D’un autre côté, les Bornouans du Tchad qui
amènent actuellement du bétail jusqu’à Bangui, n’hésiteront
pas, quand la sécurité sera assurée dans l’Ouahm-Barya, à éten¬
dre aussi leur commerce plus à l’Ouest vers la Sangha. Il est à
redouter que ces déplacements d’indigènes 11e viennent conta¬
miner les régions encore indemnes du Haut-Logone et du Chari,
et cette crainte est justifiée par la constatation qui vient d’être
faite de l’arrivée de la maladie du sommeil jusqu’à proximité de
la Nana Barya.
La maladie du sommeil en effet n’existe pas au delà de cette
rivière. Le D1 Iverandel en 1907 (1), puis le DrE. Marque en 1909
et 1910 (2), n’en ont pas découvert dans le Logone ; le Dr Ducasse (3)
de la Mission Moll a trouvé en 1907 la région du Mayc-Kabbi
absolument indemne. Quant aux cas très rares constatés j usqu’ici
dans le Territoire militaire du Tchad, dans le Cercle de Fort-
Lamy, ils avaient été contractés dans le Sud. Or le long du
Logone, du Chari et des bahrs qui y aboutissent, les glossines
sont nombreuses en toute saison. C’est le domaine des trypano-
(1) Kerandel, Bulletin de la Société de Pathologie exotique , 1908, t. I,
pp. 261-268.
(2) E. Marque, Annales d’ Hygiène et de Médecine coloniales , 1911, pp. 353-
862.
(3) Rapport inédit de la Commission de délimitation Congo Cameroun
(Section française), 1906.
Séance du 2i Juillet 19 i 5
543
somiases animales domestiques qui déciment les troupeaux de
bovidés et d’équidés. Aussi serait-il d’une première nécessité et
de toute urgence de prévoir des mesures pour empêcher l’exten¬
sion de la maladie.
Epidémiologie
La maladie du sommeil existe donc à l’état endémique dans
les parties des bassins de la Sangha et de l’Oubangui que nous
avons visitées. L’homme paraît y être le seul réservoir de virus;
le gibier ne peut être incriminé en raison de sa rareté relative
dans ces contrées de grandes forêts équatoriales.
La transmission du Trgpanosoma gambiense de l’individu
infecté à l’individu sain par l'intermédiaire d’insectes piqueurs
peut s’y opérer de deux façons : par transmission directe . pure¬
ment mécanique , et par transmission indirecte.
La transmission indirecte se fait par les glossines qui jouent,
on le sait, un rôle de première importance dans la conservation .
de la maladie.
D’autres insectes piqueurs, comme les moustiques, les taba-
nides, les punaises, les poux, etc., peuvent être incriminés
comme pouvant jouer le rôle de vecteurs mécaniques. Ce rôle a
été démontré récemment pour des insectes à mœurs domestiques,
comme les moustiques des genres Mansonia et Stegomyici. L’ex¬
périmentation reste à faire pour établir le rôle exact des autres
catégories d’insectes. A maintes reprises, on a pu constater que
l’intensité de la maladie n’était pas en rapport avec une grande
abondance de glossines. C’est ce que nous avons constaté dans la
haute Likouala-aux-Herbes, dans le village de Mongoumba dont
12, 5o 0/0 de la population était trypanosomée et où les glossines
étaient très rares. La moitié de la population du village de Mbeïé
était infectée et nous y avons relevé plusieurs cas de contagion
de familles que nous avons signalés plus haut; or, bien que les
glossines ne soient pas rares sur les bords de la Motaba, une
telle morbidité est difficilement explicable par la seule considé¬
ration de la (sétsé ; d’autres insectes piqueurs doivent être incri¬
minés comme agents de contamination.
Nous ne reviendrons pas ici sur l’influence favorisante exer¬
cée par la pénétration européenne dans la dissémination du
virus; nous avons eu l’occasion d’en parler longuement plus
544 Bulletin de lv Société de Pathologie exotique
haut, en étudiant l’importation de la maladie du sommeil sur
les bords de l’Ouahm.
Sur tout notre itinéraire, nous avons rencontré le long1 des
rivières des glossines de l’espèce palpalis ; nous les avons sur¬
tout observées aux endroits habités des cours d’eau et aux pas¬
sages des sentiers indigènes; Glossina morsitans existe sur les
bords de l’Ouahm vers le poste de Yakonindji et l’ancien poste
de l’Ouahm. Nous avons capturé quelques spécimens de Glossina
fusca , au Gabon, entre les rivières Okano et M'Voung, dans le
bassin de l’Oubangui, entre la haute Likouala-aux-Herbes et la
Motaba, et entre l’Ibenga et la Lobaye, à proximité de la rivière
Mongoumba. Nous indiquons d’ailleurs dans la carte annexée
à notre étude de géographie médicale, la répartition exacte des
glossines. Citons aussi, parmi les insectes piqueurs que nous
avons observés à côté des glossines, les moustiques (genres Ano¬
phèles, Stegomgia , Mansonia et Myzomijia ), les tabanides , les
Ceratopogon , notamment au Gabon entre la mer et l’Ivindo et
dans les bassins de la Sanghaà Totobo, et dans les villages de la
haute Likouala-aux-Herbes, les vers de case (larves, suceuses de
sang, de Auchmeromyia luteola, ), et enfin les puces chiques ( Sar -
copsglla penetrans ), les punaises et les poux .
Prophylaxie
La prophylaxie de la maladie du sommeil pour les régions
que nous avons visitées doit être envisagée ; i° pour les contrées
contaminées comme les bassins de la Sangha, de l’Oubangui et
une partie du bassin de POuahm, 2° pour les territoires indem¬
nes, comme ceux qui s’étendent au nord de l’Ouahm.
Les injections de médicaments, comme l’atoxyl, étant suscep¬
tibles de produire chez les malades une stérilisation des liqui¬
des de leur organisme pendant une durée d’au moins deux mois,
c'est-à-dire de rendre pendant tout ce temps ces individus inof¬
fensifs pour leurs congénères, il serait de toute nécessité de
répartir dans les régions contaminées des médecins qui seraient
chargés de celte prophylaxie chimique. Ces médecins feraient
tous les deux mois environ, des tournées dans les villages des
secteurs dont ils auraient la surveillance sanitaire; ils établi¬
raient un recensement des malades qu’ils traiteraient immédia¬
tement ; tous les deux mois, ces individus recevraient une série
Séance nu 2 i Juillet i 9 1 5
crinjections médicamenteuses au moment du passage du méde¬
cin. On arriverait ainsi à diminuer sensiblement les réservoirs
de virus et à lutter avec efficacité contre la diffusion de la mala¬
die du sommeil. Ces médecins pourraient, par la même occa¬
sion, sans que ce soit pour eux une bien grande perte de temps,
faire des vaccinations antivarioliques
Ce système de lutte contre l’extension de la trypanosomiase
humaine peut donner, s’il est bien appliqué, les meilleurs résul¬
tats; nous en avons la preuve évidente dans ceux que le DrOuziL-
leau vient d’obtenir dans la circonscription du Bas M'Bomou
(colonie de l’Oubangui-Chari-Tchad) et qui méritent d’être
signalés par leur remarquable succès : notre camarade a pu, en
quelques mois et malgré un service général très chargé, visiter
un territoire de 20.000 kilomètres de superficie, où il a examiné
20.000 individus et soigné 7.000 malades environ ; il reconnaît
qu'il lui aurait suffi de poursuivre pendant quelques mois encore
ce travail, pour arriver à obtenir la stérilisation des 8.000 mala¬
des qui existent dans cette circonscription (1).
La protection des régions indemnes, où existent les insectes
transmetteurs, peut se résumer en ceci : surveiller les déplace¬
ments des indigènes des milieux contaminés vers les milieux
sains; tout individu 11e pourra pénétrer d’une région infectée
dans une région indemne que muni d’un certificat sanitaire.
Rappelons d’ailleurs que différentes mesures ont été prises par
M. le Gouverneur Général Merlin, concernant la prophylaxie de
la maladie du sommeil en Afrique Equatoriale Française : Arre¬
tés du 23 juin igog et du 2g août igii , instituant dans les cen¬
tres de la colonie du Congo où il existe une formation sanitaire
régulière, un service de surveillance de la maladie du sommeil.
Circulaire relative à l'hygiène générale des escales indigènes
(i5 juin igog). Circulaire relative à la maladie du sommeil
(i5 juin 1 go g) [Journal officiel du Congo Français).
CONCLUSIONS (2)
Il ressort de notre étude médicale des territoires de la nou¬
velle frontière, que les populations du Gabon sont relativement
(1) Voir Bulletin , mars et avril 1916.
(2) Les notes recueillies sur la tuberculose et les maladies de l’appareil
respiratoire paraîtront ultérieurement. Les données à la filariose ont paru
dans le tome Vil, p. 619.
o46
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
favorisées; la morbidité est faible, sans épidémies décimantes,
sans fléaux meurtriers; l’indigène est fort, l’alcool qui abâtardit
chaque jour de plus en plus plusieurs races voisines ne l’a pas
encore atteint; les enfants sont robustes et bien constitués; on
ne remarque pas d’infirmités de naissance ou du jeune âge telles
que luxations congénitales de la hanche, pieds-bots, paralysies
infantiles, dégénérescences, amyotrophies, etc.; c’est à croire
qu'il existe au début une sorte de sélection d’après laquelle les
êtres faibles et mal armés disparaissent.
Les mêmes conclusions pourraient s’appliquer aux régions
frontières du Moyen-Congo et de l'Oubangui-Chari, n’étaient les
ravages causés par la maladie du sommeil qui a tout particuliè¬
rement éprouvé les populations du bassin de l’Oubangui, et qui
tend à s’infiltrer de plus en plus dans les contrées populeuses du
Territoire du Tchad. La variole, elle aussi, a décimé des villages
entiers dans le bassin de l’Ouahm, semant sur tout son passage
la terreur et la désolation. Il est cependant encore temps, par
une organisation méthodique de tournées médicales, d’arrêter
l’extension de ces maladies, de soigner les individus atteints et
de protéger ceux q ui sont encore indemnes. Ce mode d’assistance
favorisera en même temps le développement de notre influence
auprès de ces populations encore peu pénétrées ; on n’ignore
pas en effet toute la confiance accordée à l’art médical par les
Arabes de l’Afrique du Nord, et il n'est pas douteux que, dans
un avenir prochain il en soit de même en Afrique Centrale. De
fait, chaque fois que nous l’avons pu, nous avons prodigué nos
soins aux indigènes; malheureusement nous passions trop vite
et la médication instituée ne pouvait être le plus souvent que
symptomatique; elle n’a pourtant pas été inutile, n’aurait-elle
eu pour mérite que de nous rapprocher un peu plus de l’indi¬
gène heureux de voir quelqu’un chercher à soulager ses maux.
MISSION DE DÉLIMITATION
AFRIQUE - EQUATORIALE- FRANÇAISE - CAMEROUN
1912 - 1913
Distribution de la Maladie du sommeil
et répartition des glossines
LÉGENDE
- - - Itinéraires des D” fUNGENBACh et GUYOMARC'H
Morbidité % par maladie du sommeil Répartition des j/ossines
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Séance du 2i Juillet hji5
547
Notes sur l’état sanitaire dans
un camp de prisonniers en Allemagne,
Par Cii. JOYEUX et M. DALLE.
Il nous paraît intéressant de signaler à la Société de patholo¬
gie exotique la façon dont est comprise l'hygiène dans le camp
de prisonniers où nous avons séjourné pendant cinq mois.
Ce camp est situé dans les immenses plaines sablonneuses de
la Saxe prussienne, à i.5oo mètres environ au sud-est de la
petite ville de Salzwedel, largement balayé par les vents de
toutes directions. L’hiver y a été rigoureux et prolongé.
La première arrivée de prisonniers a eu lieu vers le 19 octobre
191/b il y avait 37 Français, dont 36 blessés venant de l’hôpital
de Bilfeld ( Weslphalie). Le 7 et le 12 novembre, ont été amenés
deux autres convois venant de Maubeuge; le premier compre¬
nant 225 soldats, le deuxième environ 600 personnes, apparte¬
nant en grande partie à la population civile. Le i3 novembre
sont venus 3oo Russes, le 17 novembre, 600 Français et le
16 novembre, 1.200 Russes environ, en majorité Polonais.
D'autres arrivées ont eu lieu ensuite, plus ou moins importantes ;
ultérieurement des départs se sont produits, actuellement un
grand nombre de prisonniers quittent le camp tous les jours
pour aller travailler suivant leur spécialité ou faire des travaux
d’intérêt public. Le maximum a atteint environ 10.000 per¬
sonnes.
Vers le 16 novembre, lorsque la population du camp a com¬
mencé à devenir importante, a eu lieu la répartition des hommes.
Ils ont été divisés en 6, puis en 7 compagnies et mêlés de façon
à ce que chaque baraque renferme des Français et des Russes.
Un certain nombre d’Anglais, arrivés dans la suite, ont été éga¬
lement éparpillés.
Les hommes sont logés dans des baraques de bois, construites
hâtivement, dont les planches, mal jointes, laissent passer la
bise. Autour de ces bâtiments, se trouvent des cours où se pro¬
mènent les prisonniers. Chaque compagnie est clôturée de fil de
fer barbelé.
«fi
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La nourriture, très insuffisante au commencement, s’est un
peu améliorée depuis quelques mois. Les Allemands prétendent
qu elle correspond exactement à la ration alimentaire quoti¬
dienne nécessaire. Quoiqu'il en soit, nos soldats mettent large¬
ment à contribution les colis expédiés par leurs familles (i).
L’hygiène a été complètement négligée au début, c’est alors
que s’est produite l’épidémie dont je vais parler. L’eau de bois¬
son provenait des conduites de la ville; quant aux cabinets, ils
étaient aménagés de la façon suivante : dans chaque compagnie
existait une fosse cimentée, au-dessus de laquelle s'accroupis¬
saient les hommes, se maintenant à un système de barres
d’appui. La fosse était vidée avec une pompe aspirant la partie
liquide, mais ne pouvant enlever le résidu; plus tard le travail
de vidange fut fait par des corvées de prisonniers au moyen de
barils, les matières étaient répandues dans les champs environ¬
nants et répandaient dans toute la région une odeur infecte ;
vers le milieu d’avril, a enfin été installé le tout à l’égout avec
chasse d’eau permettant le nettoyage complet, son fonctionne¬
ment n’a été définitif à l’infirmerie que le 6 juin.
Des lavabos ont été installés au commencement d’avril, mais
jusqu’à cette époque, les hommes ont vécu dans un état repous¬
sant de saleté. Les Russes notamment étaient couverts de Pédi-
culides (surtout P. vestimenti ) dont il leur était impossible de
se débarrasser. On a fini par comprendre la nécessité des mesures
prophylactiques après une sévère épidémie de Typhus exanthé¬
matique, qui heureusement n’a pas fait de victimes dans notre
camp, et, le 3 février j 9 1 5 , paraissait une circulaire du préfet de
Police de Berlin, indiquant les précautions à prendre pour se
débarrasser des poux. Celte circulaire n’a été appliquée que
beaucoup plus tard dans notre camp. Des douches ont alors été
installées, obligatoires tous les 8 jours. Pendant que l’homme
se nettoie, ses vêtements sont passés à letuve sèche (i25°pen-
(1) A la demande de M. le Président de la Société, nous donnons quelques
détails sur la façon de faire des envois à nos prisonniers : on devra surtout
expédier des conserves n’exigeant aucune préparation culinaire (poulet froid,
sardines, foie gras... etc.), du chocolat, des gâteaux secs, du saucisson, du
lait concentré, de quoi fumer, et d’une façon générale, tous les comestibles
pouvant voyager sans s’altérer. Quant au pain, il importe qu’il soit recuit,
et non enveloppé dans de la toile imperméable, le défaut d’aération créant
un milieu favorable pour le développement des moisissures. Le pain biscuité,
les biscottes sont particulièrement à recommander.
1
Séance du 21 Juillet 1 9 1 5
dant 10 minutes). De plus, tout individu admis à l’infirmerie est
complètement rasé et baigné. Grâce à ces mesures tardives, les
poux sont à peu près disparu de tout le camp.
La seule épidémie observée à Salzvvedel a été la fièvre
typhoïde. Nous avons tenté d’en, éclaircir l’épidémiologie. Elle a
débuté un peu partout dans les différentes compagnies du camp,
entre lesquelles il était sévèrement interdit de communiquer. Il
semble qu’il y ait une source russe, car les premiers malades ont
été hospitalisés aussitôt leur arrivée, ou 3 à 4 jours après. Quant
à la source française, elle est plus difficile à établir; elle doit
exister cependant, car les dates d’entrée des premiers cas sont
trop rapprochées de leur arrivée à Salzvvedel pour qu’on puisse
supposer qu’ils se sont contaminés près de leurs camarades
russes. En tous cas, il est une chose certaine, c’est que ni les
Russes, ni les Français n’ont contaminé la population civile de
Salzwedel, où la fièvre typhoïde est endémique : à l'hôpital de
celte ville, ont été soignés 80 cas avec 5 décès en 1912-1913, et
44 cas avec 9 décès en 1910-191 1. il est intéressant de remarquer
la parenté clinique des épidémies de la ville et du camp : au lieu
de la diarrhée typhique, on observe une constipation assez
rebelle, traitée par les purgatifs et lavements (Cf. Pfugradt et
Hoffmann : Zweite ærztlicher Bericht ans dem Kreiskranken-
hause Salzwedel. Salzwedel, 1914, 1 vol. 55 p.), Il nous semble
toutefois difficile de croire à une contamination possible de nos
soldats par l’eau de la ville, étant donnée la trop courte période
d’incubation.
Voici les dates d’arrivée au camp et de début de la maladie :
Cette épidémie déclarée, reste à expliquer sa propagation.
Nous avons dit la façon défectueuse dont les cabinets étaient
aménagés ; ajoutons que l infirmerie n’existait pas, les baraque¬
ments de la première compagnie en tenaient lieu et les typhiques
38
330 Bulletin de la Société de Pathologie eNotiquë
ont vécu en promiscuité avec les autres malades et les hommes
sains. Ce n’est que le 3 décembre qu’un baraquement a été
construit pour rinfirmerie et, le 20 décembre seulement, on a
aménagé un pavillon de contagieux où les typhiques ont été
isolés. Il semble d’ailleurs que le diagnostic ait été posé tardi¬
vement. Vers le i3 décembre, ont eu lieu les premières prises
de sang en vue du séro-diagnostic.
Ainsi que le démontre le tableau suivant, les victimes de
l'épidémie furent surtout les soldats logés dans cette première
compagnie, qui, nous l'avons vu, servit d’abord d’abri aux
malades :
Soit 45 cas en tout, dont 7 décès (i5,5 0/0).
Ce tableau montre de la façon la plus nette le début de l’épi¬
démie dans tout le camp, puis sa propagation, et, en même
temps, sa localisation à la première compagnie où étaient héber¬
gés les typhiques avant leur isolement.
En résumé, l’épidémie a eu une source russe, probablement
aussi française; elle s’est propagée par suite du défaut de pro¬
phylaxie.
Elle a été tardivement combattue par la vaccination antity¬
phique; le vaccin venait de deux sources différentes. Le premier
employé a été fourni par un Institut de Berlin « Stadtisches
Un tersuchu ngsam t Berlin ». Celui dont on s’est servi ensuite
était fabriqué par la maison Merck de Darmstadt, suivant la
formule de Pfeiffer-Kolle (i cm3, contenant 1 / 3 d ose). La vacci-
Séance du 21 Juillet 1 9 1 5
nation consistait en 3 injections se faisant à une semaine d'in¬
tervalle, la première de 1/2 cm3, les deux autres de 1 cm3. La réac¬
tion était faible, consistant en une légère douleur au point
d’inoculation, au-dessous du sein gauche. Parfois on a observé
une poussée fébrile, pouvant s’accompagner de céphalée, le tout
rentrant dans l’ordre au bout de 2 à 3 jours. Les vaccinations
ont commencé le 10 décembre pour le personnel sanitaire, le
21 décembre pour les hommes de la première compagnie où
sévissait l’épidémie ; elles se sont continuées à dates irrégulières
pendant les premiers mois de l’année r 9 1 5, en même temps que
les vaccinations anticholériques, car le choléra avait fait son
apparition dans les camps voisins et nous en avons été heureu¬
sement préservés. La décroissance de l’épidémie s’étant faite dans
le courant de janvier, il est probable qu’elle coïncide avec l’effet
du vaccin.
L’allure clinique de l’affection était assez banale : courbe ther¬
mique généralement en plateau, hypertrophie splénique, langue
rôtie, exanthème, état plus ou moins prostré. Nous avons déjà
dit que la diarrhée habituelle était remplacée par de la consti¬
pation^ La complication la plus fréquente était riiémorrhagie
intestinale. Tous les diagnostics ont été vérifiés par la séro-
réaclion, et, à la fin de la maladie, des examens de selles
étaient faits pour s’assurer que le malade n’était plus contagieux.
Quatre fois, on a observé une complication paratyphique qui,
dans 3 cas au moins, a paru aggraver l’affection. L’un de ces
3 cas est décédé.
Parmi les sujets classés comme typhiques, 9 étaient déjà vac¬
cinés :
1 avec le vaccin anglais
1 » » français du Val-de-Grâce
7 » » allemand
Le sujet vacciné avec le vaccin anglais n’a présenté comme
symptômes qu’une fièvre tombée au bout de deux jours, très
insuffisante pour établir cliniquement le diagnostic. Il a présenté
une séro-réaction positive qui peut s’expliquer par la vaccination
antérieu re.
De même pour le sujet français, qui n’a présenté qu’une
grippe banale avec température montant à 38°8, 38°6 pendant
48 heures, tombant à 37°5 le lendemain, et toujours au-dessous de
37° à partir de ce jour. N’a montré aucun autre symptôme typhi-
552
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que. La séro-réaction positive s’explique, comme dans le cas pré¬
cédent, par la vaccination antérieure.
Les 7 sujets vaccinés avec le vaccin allemand peuvent se ran¬
ger en deux catégories :
4 ont été inoculés en période d incubation de la maladie ; il
semble que dans deux cas la convalescence ait été plus rapide.
Les 3 autres ont reçu leur dernière injection avant la maladie.
Voici quelques mots d’observation sur chacun.
N° 1. — Entré au Lazaret le 17 janvier, 11 jours après la dernière injec¬
tion. pour grippe avec otite suppurée moyenne. Guérit et sort le SOjanvier.
Rentre à nouveau le 3 février avec symptômes typhiques. Oscillations
de températures de 37° à 40° pendant 4 jours, puis plateau à 38°-39° pen¬
dant 8 jours, longue convalescence avec fréquentes poussées à 38°. Les
symptômes typhiques ont été très nets : exanthème, langue rôtie, cépha¬
lée, état d’hébétude et de somnolence, vomissements ; on a observé égale¬
ment de l’oedème des membres inférieures avec arthralgies. Sortie 30 mars
guéri.
N° 2. — Entre à l’infirmerie le 20 février, 36 jours après la dernière inocu¬
lation. Malade depuis quelques jours. Au sommet gauche, quelques râles
crépitants, bacillaires. Séro-diagnostic positif, pouvant s’expliquer par la
vaccination antérieure, mais l’examen des urines montre la présence du
bacille typhique. La température est à grandes oscillations, de 36° à 40°,
ou se maintenant en plateau entre 37° et 38°. Exanthème, langue rôtie,
état abattu. Aggravation les jours suivants, le sujet s’amaigrit, fait une
pleurésie légère adroite, d’abord séro-fibrineuse, puis sanguinolente, mais
avec un faible épanchement ne nécessitant pas de ponction évacuatrice.
L’épanchement se résorbe. Dans la suite, présente des signes de caverne
tuberculeuse et meurt le 19 mars.
Il s’agit donc ici d’une affection bien caractérisée, avec confirmation
bactériologique. 11 est vrai d’ajouter qu’une tuberculose est venue se gref¬
fer sur la typhoïde et a emporté le malade.
N° 3. — Entre à l’infirmerie le 25 février, 40 jours après sa dernière ino¬
culation, avec symptômes grippaux. Températures* non suivies jusqu’au
5 mars. Ce jour, est transporté au pavillon des contagieux. L’état est
abattu, la langue rôtie, l’exanthème net. Température en plateau pendant
9 jours, oscillant entre 38° et 39° pendant les 4 jours suivants, se main¬
tenant entre 36° ou 37°, puis redevenant normale avec 3 poussées à 37° et
38°. Convalescence pénible avec sueurs profuses. Sort le 26 avril guéri. Il
s agit en somme d’une typhoïde bien nette, non prévenue par la vacci¬
nation.
Outre la fièvre typhoïde, nous avons pu observer 3 cas de dysen¬
terie bacillaire, avec confirmation bactériologique. Il s’agissait
de formes légères, s’accompagnant de fièvre aux environs de 37°.
Les malades sont sortis guéris au bout d'une quinzaine de jours.
Nous avons vu également un certain nombre de cas de palu¬
disme chez les Russes. Chez cinq d’entre eux, l’examen du sang a
Séance du 21 Juillet iqi5
été fait; il présentait de nombreuses formes de Plasmodium uiuax,
visibles à l’état frais et colorés. Trois de ces malades avaient
contracté leur affection en Pologne russe, dans les gouverne¬
ments de Lomscha et de Minsk, le quatrième dans les régions
caucasiques et le cinquième au Turkestan. Je fais remarquer en
passant que les environs du camp sont remplis de petites mares
qui pourraient fort bien être des gîtes d’Anophèles.
Telles sont les maladies observées dans le camp de Salzwedel.
Il faudrait y ajouter un certain nombre de cas de tuberculose
pu Imonaire que les privations et les mauvaises conditions de vie
ont aggravées, plus les affections banales qui forment le fond
de toute consultation et les complications de blessures de
guerre.
J’ai dit que nous avions pu échapper au typhus exanthémati¬
que et au choléra, qui, dans d’autres camps, ont fait de terribles
ravages et ont décimé les prisonniers et le personnel médical ; le
camp de Salzwedel a, d’ailleurs, paraît-il, la réputation d'être
un des plus sains de l’Allemagne. Au début de la campagne,
l’hygiène a énormément laissé à désirer, mais il est juste de
reconnaître que depuis quelques mois des efforts ont été faits et
que de notables améliorations se sont produites. La veille de
notre départ (12 juillet), nous sommes allés visiter le cimetière,
bien entretenu, des prisonniers, et nous n’y avons compté que
4i tombes, ce qui est relativement peu, étant données les
circonstances défavorables dans lesquelles vivaient les soldats.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
do4
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
American Journal of tropical Diseuses and préventive Medicine ,
t. II, n° 12.
' •
Annals of tropical Medicine and Parasitology, t. IX, f. 2,
3o juin iqi5.
British Medical Journal , 12, iq et 26 juin, 3, 10 et 17 juillet
19 >5- ' ■
Cronica Medica, fév. 1 9 1 5, nos 619-620.
Illinois Biological Monographs , t. I, nos \-l\.
fndiari Journal of Medical Besearch , t. Il, n° 4, avril 19 [-5.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene , t. XVIII, nüs 12 et 1 3,
i5 juin et ier juillet 191F).
Journal of the Royal Army Medical Corps , t. XXIV, n° 3, mars
19 1 •r>-
Pediatria , t. XXIII, f. 6, juin 1915.
Revue scientifique , 12-19 juin, 26 juin -3 juillet 1915 ; t. VI,
n° 1, 1 5 juillet 1915.
Review of applied entomology , sér. A et 13, t. III, f. 6, juin
1915.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene,
t. VIII, n° 7, juin 1916.
Tropical Diseuses Bulletin, t. V, n° 8, i5 juin 1916.
Tropical Veterinary Bulletin, t. III, n° 2, 3o juin 1916.
VOLUMES ET BROCHURES
Vital Brazil. La défense contre l'Ophidisme, 2e éd., 1914*
A. Breinl. The Distribution and Spread of Diseases in tlie
Easl. — Protozoa and Disease. — The Influence of Climate,
Disease and Surroundiugs in the White Race living on the Tro-
pics.
Breinl et Priestley. Changes in the Neutrophile Blood Picture
of Arneth observed in Children living in Tropical Queensland,
Séance du 21 Juillet 1 9 1 5
M V« A*
o55
Breinl et Young. The Occurrence of Lead Poisoning amongst
North Queensland Children.
Breinl et Priestley. Observations in tlie Blood Conditions
of Children of European Descent Residing in Tropical Austra-
lia.
Breinl, Priestley et Fielding. On the Occurrence and Patho-
logy of Endémie Glandular Fever, a Spécifie Fever, occurring in
the Mossman District of North Queensland.
L. Cazalbou. L'élément microbe des Champignons pathogènes.
Bactériologie et Mycocullure.
A. T. Ciialmers et R. G. Arghibald. The Fungi imperfecti in
Tropical Medicine.
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the Anglo-Egyptian Sudan.
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tian Soldier caused by Trichophyton discoïdes Sabouraud, 1909.
Chalmers. The Wellcome Tropical Research Laboratories,
Khartoum, Anglo-Egyptian Sudan.
Impérial Institute for the Study of Infectious Diseases Tokyo.
David Ouiros. El primer caso de fiebre de Bruce en Costa-
Rica.
ERRATUM
Page 4i5, 3e ligne, lire « iridocyclite » au lieu de « iridocystite)) .
Jm prochaine séance aura lieu le 13 octobre 1015.
.50
56
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine.
American Society of Tropical Medicine .
Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos de Hygiène e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium biblio graphicum.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Journal of the London school of tropical medicine .
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Memorias do Institulo Osvcaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle- G aile du Sud .
Review of applied entomology .
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygien*
/'Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical Veterinary Bulletin.
V eterinaria e zootechnia.
Le Gérant ; P. MASSON.
LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNÉOLD ET C,e
S'
Tome VIII.
IX
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No 8.
BULLETIN
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NOV 30 191!
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 8
Séance du 13 octobre 1915
FAGF.S
À propos du procès-verbal de la séance de juin. . v . 55^
Affections oculaires rencontrées en A. O. F. et essais de traitement par
les sérums thérapeutiques seuls ou associés aux injections de ludyl
ou de galyl : M. Heckenroth ; M. Lafont . , . ’ 55-
COBBESPONDANCE . ! ^
PRÉSENTATIONS
E. Perrot. — L’œuvre scientifique et sociale de la mission de Kisantu 56®
H. Seidelin. — Photographies et préparations de Paraplasma flavi-
genum . .
Décès du Dr C. J. Finlay . gga
Décès du D»’ Lagane . . . gg/^
Décision relative aux élections . ggg,
COMMUNICATIONS
L. d’ANKREViLLE. — Note historique à propos des moustiques, agents
de transmission des maladies . 1 5^
L. d’ANFREviLLE. — Les hémorragies au Maroc . 5qf>
P. Aubert. — Grossesse et trypanosomiase . . , . . . . . gyg
A. Bartet. — Contribution à l’étude des méningites suppurées obser¬
vées chez les noirs . - . 5gg
J. Bequaert. — Coléoptères vésicants. — Discussion . . 5^3
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PAGES
J. Bequaert. — Note rectificative concernant les Auchmét'omyies du
Congo . . 5g3
R. Bijon. — Note sur un cas d'aïnhum . 570
E. Escomel. — Sur un nouveau cas d’actinomycose au Pérou . 1 . . . 571
E. Escomel. — A propos d’un phénomène biologique de l’amibe dysen¬
térique . • . 573
A. Laveran. — Au sujet des Trypanosomiases équines du Maroc. . . 676
F. Mesnil. — A propos du flagellé nouveau décrit par MM. Derrieu et
Raynaud ( Peut a trichomonas — ffeæamastiæ D. et R. nec AlexeiefF) . 674
J. Rodhain et J. Houssiau. — Dermatite vésiculeuse saisonnière pro¬
duite par un coléoptère . 587
J. Robhain et J. Villeneuve. — Passeromyia , genre nouveau du groupe
des Anthomyidœ (Dipt.), à larve hémalophage parasite des jeunes
oiseaux . » . . 5qi
E. Roubaud. — Coléoptères vésicants. — Discussion . 5gi
F. Van den Branden. — Réaction méningée de la syphilis chez un Noir
du Congo . . 570
F. Van den Branden. — Le sel sodique du Salvarsan cuprique dans le
traitement de la trypanose humaine, le pian et la syphilis .... 582
MÉMOIRES
R. Bijon. — Etude expérimentale chez l’homme de l’influence de la
quinine dans la pathogénie de la fièvre bilieuse hémoglobinurique . 597
M. Bouilliez. — Les bilharzioses dans le Moyen-Chari (Territoire du
Tchad). Recherches expérimentales . 601
J. Emily. — Adénites tropicales . * . 6i4
E. Marchoux. — Quinine et bilieuse hémoglobinurique. Discussion . 6o3
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Huitième année
N° 8.
1915
■BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU l3 OCTOBRE I 9 I 5 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
M. Bequaert, membre correspondant belge de la Société,
assiste à la séance.
A propos du procès-verbal de la séance de juin
Notre collègue, M. Heckenrotii, membre correspondant de la
Société, nous informe que c’est par erreur que son nom figure
comme auteur du mémoire sur les « Affections oculaires rencon¬
trées en A. O. F... », publié dans le Bulletin de juin.
* *
M. Lafont. — La communication de A. Lafont et V. Dupont^
« Affections oculaires rencontrées en A. O. F. et essais de traite¬
ment par les sérums thérapeutiques seuls ou associés aux injec¬
tions intraveineuses deludijl ou de galyl »* parue dans le Bulletin
n° 6 de la Société de Pathologie exotique, a suscité diverses
remarquesdeM. Morax dont je n’ai eu connaissance que fin juillet.
J’ai l’honneur de répondre en mon nom personnel aux criti¬
ques formulées, mon collaborateur, M. Dupont, se trouvant aux
Armées.
Je reconnais avec M. Morax que le cas de peste compliqué
39
558
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d’iridocyclite suppurée (i), à localisation d’origine endogène,
point de départ de notre étude, a guéri par les injections endo-
yeineuses de sérum antipesteux. Dans ce cas, les auteurs ont noté
la régression complète autant qu'inespérée des lésions oculaires.
Les applications locales et permanentes du sérum, continuées
plusieurs jours, ont eu une action sédative des plus caractérisées.
A ne considérer que cette action-là du sérum, elle n’en serait pas
moins appréciable. Sans doute la faculté d’absorption de la peau
et même des muqueuses à l’égard des sérums thérapeutiques et
de beaucoup d’autres substances est très faible, — personne ne
le conteste — , lorsqu’il s’agit de la peau surtout et de muqueuses à
F état d’ intégrité parfaite. En est-il de même sur des muqueuses
altérées, notamment pour les muqueuses oculaires déjà si sensi¬
bles à l’état normal à des dilutions extrêmes de cocaïne, d’atro¬
pine, à l’instillation d’une seule goutte d’acide prussique, etc., à
l’action des solutions étendues de formol ou aux gaz irritants
noyés à dose infinitésimale dans l'atmosphère ? Nous ne le pen¬
sons pas. Même si l’absorption est faible dans nos cas à muqueuse
dépolie, altérée, les applications de sérums thérapeutiques nous
paraissent justifiées. Dans nos observations, elles le sont d’au¬
tant plus que les lavages à l’oxycyanure (i/5ooo et au dessus)
ont été le plus généralement sans effet et qu’il y a indication,
selon nous, d’appliquer les sérums loco clolenti. Ne savons-nous
pasen effet, d’après les travaux de Bouchard, que quelques cen¬
tigrammes de substance médicamenteuse introduits en des points
déterminés de l'organisme souffrant produisent plus d’effet que
plusieurs grammes absorbés per os? Et dans bien des cas nos
malades ont été soulagés rapidement par ces applications locales
de sérum, alors que les autres traitements (antiseptiques, col¬
lyres, anesthésiques) avaient échoué.
Antres objections : « Le résultat obtenu est attribué aux sérums
les plus variés, associés ou non aux sels arsenicaux. Il y a
manque de précision, les observations sont écourtées. »
Il est exact que tous les sérums essayés ont donné de bons
résultats ; cest là une indication nouvelle, le sérum antidiphtéri¬
que étant jusqu’ici le plus utilisé. Le mécanisme de l’action de
ces sérums : action propre des sérums, de leurs stimulines,
anticorps ou autres, action tonique, phagocytose locale, leuco-
(1) Iridocystite, dit le texte, p. 4^, corrigé par un erratum, p. 555.
Séance du i3 Octobre 19 i 5
550
cytose générale, etc., peut nous échapper; cette action n'en est
pas moins réelle ; elle est bien connue sur les plaies atones, sans
tendance à la cicatrisation et à la guérison.
Quant à l’association des sérums aux sels arsenicaux, notam¬
ment au galyl qui s'est montré le plus actif, elle est justifiée par
ce fait précis que, fouillant nos observations , nous avons indiqué
en quel milieu, en quelles circonstances et sur quel terrain nous
intervenions : race indigène, terrain paludéen, terrain syphi¬
litique.
L’hématozoaire a été recherché et mis en évidence (Obs. I,
Y, VII, VIII). Le séro-diagnostic a été pratiqué presque systé¬
matiquement (Obs. XI, XII, XIII, XIY, XVIII, XX, XXI). Si ces
justifications de l’emploi de sels toniques ou antisyphilitiques
comme le galyl surtout, ne paraissent pas suffisantes, que faut-il
de plus ? Les états les plus graves ont nécessairement amené
l’emploi simultané des sérums et des arsenicaux. Ne faut-il pas
donner d’emblée aux malades tout ce qui peut concourir à les
guérir ou à les améliorer?
« Observations écourtées . » — Nous n’avons retenu, peut-être à
tort, que la substance ou les points saillants des observations et
cette concision voulue a pu nuire à la clarté de l’exposé. Ainsi
YObs. ///(ophtalmie blennorrhagique de longue durée) est sans
doute très rare. Nous avons pourtant rencontré aux colonies, à
la Réunion et à Maurice notamment, des infections microbien¬
nes de durée souvent anormale : telles des angines diphtériques
à répétition et des porteurs de bacilles diphtériques créant
autour d eux, en période favorable, de petits foyers de diphtérie.
C’est même là l’explication de la survivance des épidémies de
diphtérie en ces pays jadis ravagés par cette affection. Les indi¬
gènes, échappant à tous les soins, font souvent des infections
moyennes ou graves qui persistent très longtemps avec tous les
risques de dissémination qu’elles comportent. Sur les muqueuses,
le gonocoque comme le bacille diphtérique peuvent persister
longtemps.
A YObs. IX, il s’agissait bien du bacille de Weeks et non du
bacille massué. Cinq jours après l’Infection de l’œil droit, l’œil
gauche s’est pris. Mais en raison de l’action surprenante du
sérum curateur sur l’œil malade très gravement atteint, l’attaque
de l’autre œil s’est montrée si bénigne qu’il y a eu guérison
presque spontanée. Nous pensons que l’atteinte bénigne de l’œil
560
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
gauche est due précisément à l’action rapidement atténuante du
sérum sur le microbe de Weeks et nous réparons notre omission
sur ce point.
A 1' I le Maurice et ailleurs, nous connaissons des praticiens
qui, en thérapeutique et en chirurgie oculaire, ont retiré des
sérums thérapeutiques de très réels avantages : résultats opéra¬
toires meilleurs, durée de guérison moitié moindre.
Pour nous, l’application des sérums ne doit pas éviter l’acte
opératoire là où il est utile, mais elle est de nature à le faciliter.
Tous nos malades avaient été traités avec les résultats énumé¬
rés dans notre communication sans que nous connaissions la
dernière publication de Darier. C’est en nous la procurant et
en la lisant à Dakar que nous avons été frappé delà similitude
des résultats, obtenus par cet auteur, comparés aux nôtres en
milieu indigène et qu’il nous a paru utile de publier nos résul¬
tats.
Nous demeurons donc convaincus de l’activité des sérums théra-
peuticjues dans les affections oculaires en combinant l'injection
sous-cutanée aux applications locales et en tenant compte de l'état
général pour y adjoindre ou non les arsenicaux intra-veineux.
Correspondance
M. Jean Legendre adresse sa démission de membre corres¬
pondant de la Société.
Présentations
M. Laveran. — J’ai l’honneur de présenter au nom de
M. E. Perrot, professeur à l’Ecole supérieure de Pharmacie de
Paris, un travail qui a pour titre : L’œuvre scientifique et sociale
de la mission de Kisantu , Coulommiers, 1915.
M. E. Perrot, chargé de mission en Afrique, a fait, au mois
d’aout 1914? un séjour de 2 semaines à Kisantu, dans le Congo
Séance du i3 Octobre 1915
561
belge, près de la slalion d’Inkissi du chemin de fer qui relie le
bassin inférieur du fleuve Congo au Stanley-Pool .
Une grande partie du travail est consacrée au Jardin d’essai
très remarquable qui a été créé à Kisantu, mais Fauteur donne
aussi, sur l’élevage dans cette station, des renseignements qui
sont pour nous d’un grand intérêt. Aucun cheval ne résiste
dans cette région en raison des ravages incessants causés par
les trypanosomiases. Très sagement, les Pères qui dirigent la
Mission, se sont bornés à l’élevage des Bovidés, beaucoup plus
résistants que les Equidés, et qui acquièrent l’immunité à la
suite d’une atteinte de trypanosomiase. Les Pères ont obtenu
une race de petits bœufs très résistants qui sont dressés et uti-
. Usés à la traction de la charrue, au transport des moissons et
au ravitaillement des postes.
M. Perrot a visité, en charrette traînée par deux bœufs trot¬
teurs, trois des kraals installés à quelques kilomètres de la
Mission.
Chaque troupeau de bovidés vit dans un large espace, entouré
par une ceinture de fils de fer barbelés ; les abords des pacages
sont déboisés avec soin, de façon à éloigner les tsétsés. Une
fois par an au moins les bêtes sont examinées au point de vue
de la trypanosomiase et reçoivent de l’orpiment.
Les bœufs sont soumis au dressage; sur l\o bœufs, 10 à 12
deviennent d'excellents animaux de trait, parmi lesquels on
sélectionne quelques trotteurs; les autres sont utilisés par la
boucherie.
Ces sages mesures me paraissent devoir être prises dans tous
les pays où la gravité des trypanosomiases rend l’utilisation du
cheval impossible ; j’ai conseillé d’ailleurs depuis longtemps,
notamment aux Mauriciens, d’utiliser des Bovidés comme ani¬
maux de trait à la place des Equidés trop sensibles ; on s’est
malheureusement entêté à Maurice à importer des mules et à
fournir ainsi un aliment à l’épizootie de surra qui a causé de
si grands ravages dans cette île.
La maladie du sommeil règne avec intensité dans les villages
indigènes voisins de Kisantu ; la lutte entreprise depuis 5 ans
contre cette terrible maladie a déjà permis, dit M. Perrot, d’en¬
rayer la mortalité, mais aucun détail n’est donné sur les mesures
prises.
Tous ceux qui s’intéressent à l’hygiène et aux progrès écono-
j
<•
562
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
miques des régions où sévissent les trypanosomiases animales
liront avec beaucoup d’intérêt le travail de M. E. Perrot.
★
* *
J’ai l’honneur de présenter, au nom de M. le Dr Harald Sei-
delin, des photographies, les unes en couleurs sur verre, les
autres en noir sur papier, du Paraplasma Jlavigenum , ou du
moins des éléments que M. Seidelin a décrits sous ce nom, et !\
préparations histologiques des mêmes éléments. Deux de ces
préparations sont des frottis de sang de malades atteints de
fièvre jaune, les deux autres sont des frottis de sang de cobayes
infectés avec le virus de la fièvre jaune. M. Seidelin me prie de
déposer ces photographies et ces préparations dans les collec¬
tions de la Société. Les membres de la Société qui désireront
examiner les préparations pourront le faire à loisir; je leur
recommande d’en avoir grand soin. M. Seidelin m’écrit, en effet,
qu’il tient beaucoup à ces préparations.
J’ai examiné longuement les photographies et les prépara¬
tions et, je dois dire que je n’ai pas pu me convaincre de la
réalité de l’existence du Paraplasma Jlavigenum.
Décès de M. le Dr Carlos J. 1b inlay
Le Président. — J’ai le grand regret d’avoir à annoncer la
mort du Dr Carlos Finlay, directeur de la Santé publique à
La Havane, membre honoraire de notre Société.
Carlos-Juan Finlay était Cubain ; il était né le 3 décembre 1 833
à Camagüey, et il avait dû entendre parler depuis son enfance
du terrible vomito negro qui désolait périodiquement certaines
régions de Cuba, La Havane en particulier; c/est par ses études
sur le mode de propagation de ce fléau qu’il était destiné à
s'illustrer.
Après avoir fait ses études médicales au Jefferson medical
College de Philadelphie et à l’Université de La Havane, après un
séjour à Paris (1860-1861) où il suit assidûment les cours et les
cliniques des Maîtres d’alors, et après quelques voyages, il se
fixe à La Havane et il commence ses recherches sur la fièvre
jaune. C’est en 1881 qu’il fait à la Conférence sanitaire interna-
Séance du i3 Octobre i 9 i 5
563
tionale réunie à Washington, sa première communication sur
le mode de transmission de la maladie.
Pendant 20 ans Finlay défend avec une admirable persévé¬
rance, dans un grand nombre de publications, l’opinion que la
fièvre jaune est propagée par les moustiques. Dès 1 854, un de
nos compatriotes, le Dp Beauperthuy, avait émis cette opinion
mais sans Fétayer de preuves suffisantes pour fixer l’attention
publique généralement rebelle aux idées neuves.
Finlay pour accuser les moustiques d’être les agents de pro¬
pagation de la fièvre jaune se base, d’une part sur l’épidémio¬
logie de la maladie, et d’autre part sur la bionomie du mousti¬
que désigné par lui sous le nom de Culex mosquito , qui n'est
autre que notre Stegomyia fasciata ; il montre très bien que les
conditions incompatibles avec le développement du Culex mos¬
quito sont les mêmes que celles qui sont incompatibles avec le
développement de la fièvre jaune; il insiste sur ce fait que le
Culex mosquito est un moustique domestique qui abonde dans
toutes les localités où sévit cette fièvre.
Finlay comprend que, pour parfaire sa démonstration, des
preuves expérimentales sont nécessaires et il entreprend de
donner ces preuves ; de 1881 à 1898, il soumet 102 personnes
n’ayant pas eu la fièvre jaune aux piqûres de Culex mosquito
nourris au préalable sur des sujets en pleine infection; 17 fois
seulement il observe chez les personnes en expérience, les symp¬
tômes d’une fièvre jaune abortive, mal caractérisée.
L’échec de ces expériences qui fit grand tort à l’opinion de
Finlay s’explique facilement aujourd’hui : les moustiques
étaient souvent nourris sur des malades qui avaient dépassé le
troisième jour de la maladie et, d’autre part, ils étaient placés
sur les sujets sains à 60 heures après la sucée de sang,
alors qu’une incubation de 12 jours est nécessaire chez le mous¬
tique.
C’est à la mission américaine dirigée par Reed, Carroll, Agra-
monte et Lazear qu’il était réservé de donner, en 1900, la démons¬
tration scientifique du rôle du S tegomyia fasciata dans la trans¬
mission de la fièvre jaune, mais si ces observateurs ont atteint
le but il est bien certain qu’une grande part dans la découverte
revient à Finlay dont les travaux les ont guidés.
En 1902, Finlay fut nommé Président de la Junte supérieure
de l’Hygiène de La Havane, il eut ainsi la grande joie d assis-
V
564
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ter au triomphe de ses idées et de présider avec le colonel
Gorgas, à l’assainissement si admirable de son pays natal.
Le nom de Finlay attaché à cette belle découverte, si féconde
en résultats, du rôle des moustiques dans la propagation de la
fièvre jaune, ne périra pas.
Au nom de la Société de pathologie exotique, j’adresse à la
famille de Carlos Finlay l’expression de notre sympathie pour la
grande perte qu’elle vient de faire et de notre admiration pour
l’œuvre de notre très regretté collègue.
Décès de M. le D' Lagane
A mon grand regret je dois annoncer également la mort d’un
des membres titulaires de notre Société ; le docteur Louis Lagane
a succombé le i4 août dernier, à Verdun, à une septicémie con¬
sécutive à une plaie infectée d’une des mains. Il était âgé de
33 ans.
Lagane, ancien interne des hôpitaux de Paris, avait été nommé
au sortir de l’internat Assistant à l’hôpital de l’Institut Pasteur ;
il avait été élu, au mois de mai 1914, membre titulaire de notre
Société.
Lorsque la Guerre éclata, Lagane fut attaché comme médecin
aide-major au service de contagieux de l’hôpital Buffon, mais
il était obsédé du désir d’aller au front et c’est avec joie qu’il
apprit sa nomination au 87e régiment d’infanterie. Les lettres
qu’il écrivit alors à ses maîtres et à ses amis témoignent d’un bel
enthousiasme patriotique et d’une profonde admiration pour
l’héroïsme de nos soldats. « Mes semaines de choix, écrit-il dans
une de ces lettres, ont certainement été celles passées aux
Eparges, dans une des rares caves non encore écroulées de cet
ex-village dont la rue était balayée par les mitrailleuses et les
canons des Allemands ».
Notre collègue eût préféré sans doute la mort du combattant,
dans le fracas de la mitraille, à celle qui lui était, hélas ! réser¬
vée, mais qui, en réalité, n’est pas moins belle que la première ;
le médecin qui succombe à une septicémie contractée au lit
d’un blessé est une victime glorieuse du devoir comme le soldat
qui est frappé sur le champ de bataille.
Séance du i3 Octobre 1915
565
Lagane avait publié déjà une série de travaux intéressants
parmi lesquels je citerai : un mémoire sur les méningites des
nourrissons, et des communications, faites à notre Société, sur-
la bacillurie provoquée dans la lèpTe, sur le pouls lent dans la
trypanosomiase humaine, sur la formule sanguine de lépreux
séjournant en France et sur l’action défavorable de l’arsénoben-
zol dans la lèpre (ces deux derniers travaux faits en collabo¬
ration).
Lagane était un travailleur d’élite très apprécié de ses chefs ;
un bel avenir lui semblait promis ; la mort a détruit ces grandes
espérances comme elle en a détruit hélas ! tant d’autres depuis
i4 mois.
Au nom de la Société de pathologie exotique, j’adresse à la
famille de notre très regretté collègue des condoléances bien
sincères.
Elections
La Société décide, en Comité secret, de surseoir au renouvel-
r
lement du Bureau et aux Elections de fin d’année.
566
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Contribution à l’étude des méningites suppurées
observées chez les noirs
- Par A. BARTET
L’étude de notre collègue Dufougeré, parue dans le numéro 6
de notre Bulletin de l’année 19 r4, m’a remis en mémoire plu¬
sieurs cas de méningite, dont une avec autopsie, que j’ai eu
l’occasion d’observer en 1897-1898, tant à Porlo-Novo que dans le
Haut-Dahomey à l’occasion de la conquête des provinces du
Gourma et du Borgou par la colonne Ganier et les missions
Baud et Bretonnet dont j’étais le médecin-major.
Voici résumée aussi rapidement que possible, avec la mise en
vedette de ses principaux symptômes, la première de ces observa¬
tions appuyée d’une autopsie qui me révéla l’existence d’une
méningite sap purée et l’intégrité de la moelle. Le diagnostic bac¬
tériologique 11e put malheureusement être fait, mais il est très
probable que, dans ce cas, comme dans ceux observés en colonne,
le pneumocoque, vu la sensibilité des noirs à son égard et vu
l’époque hivernale à laquelle apparurent ces méningites, le
pneumocoque, dis-je, fut l’agent pathogène à incriminer logi-
quemen t.
Le 8 janvier 1897 le tirailleur haoussa Adèoijè , âgé de 19 ans, se présen¬
tait à la visite dans un tel état d’hébétude et de fatigue que je l’admis
aussitôt à l’hôpital indigène. Voici les symptômes qu’il présenta ensuite
ce jour- là et les jours suivants :
8 janvier. — Indifférence à tout ce qui l’entoure. Les renseignements
qu’il put encore donner et que me fournit l’entourage indiquaient que le
début de sa maladie avait été brusque : courbature générale, fièvre; toux
légère. Oscille sur ses jambes. Rien d’anormal à l’auscultation de la poi¬
trine. Langue très saburrale, presque sèche. A la C. V. : 40°2.
9 janvier. — Un vomissement de hile avec expulsion d’un ascaride lom-
bricoïde, vers 2 heures du matin. Constipation opiniâtre. Prostration ;
pouls misérable ; battements du cœur très rapides et mal séparables à
l’auscultation. Nouveaux vomissements dans la journée avec expulsion
Séance du i3 Octobre 191 5
567
d’un nouveau lombric de 0 m. 25 de longueur. Un bain à la tempéra¬
ture extérieure donné dans la journée a amené un peu d’amélioration dans
l’état général ; le malade est moins indifférent, demande lui-même à
boire et la température est moins élevée de toute la soirée; à 10 heures du
soir, il demande à aller à la selle, a une diarrhée jaune et fétide et expulse
par l’anus un lombric. Mais il paraît se raidir et se rejeter en arrière.
10 janvier. — Depuis 10 heures hier soir, a encore expulsé six asca¬
rides. Le regard est moins éteint, mais il est fixe. Les globes oculaires
sont un peu convulsés. Le pouls est plus calme et plus fort qu’hier; les
battements du cœur sont plus énergiques. L’après-midi, la température
s’élève, lesjœux sont injectés, la langue est rôtie ; narines pulvérulentes ;
fuliginosités. N’avale plus. Pupilles très dilatées. Cet état s'aggrave de
plus en plus. Les battements du cœur sont forts et précipités ; la respira¬
tion est anxieuse et irrégulière; carphologie ; raideur et contracture de la
nuque. Constipation.
11 janvier. — Insensibilité presque absolue des cornées ; pupilles dila¬
tées au maximum. Injection conjonctivale intense. Tête tournée vers la
gauche. Jambes immobiles. Insensibilité presque absolue du corps. Para¬
lysie vésicale. Respiration stertoreuse. 17 à 19 inspirations en 15 secondes.
Pouls faible et irrégulier. Battements du cœur assez forts cependant. Cons¬
tipation. Température à 40°2. Arrêts respiratoires et subits de quelques
secondes. Respiration diaphragmatique et costale inférieure.
Analyse de l’urine retirée par la sonde de la vessie :
Coloration: Ambrée foncée. Sucre Présence
Dépôt : Nul Albumine 9 g. par litre.
Densité : 1025 Urée 19 g. 50 par litre.
Réaction : Acide.
Mort à 2 heures de l’après-midi.
12 janvier. — Autopsie à 7 heures du matin. 17 heures après la mort.
Points principaux : Cerveau. Constatation d’un exsudât purulent
méningé jaune verdâtre se fonçant encore au contact de l’air, sur toute la
face convexe du cerveau et du cervelet. Existe en moins grande quantité
à la base du cerveau. Pas de pus dans les ventricules.
Poumons : Gauche 0 kg. 295 g. ;
Droit 0 kg. 380 g.
Crépitent partout, même dans leurs parties congestionnées (Congestion
hypostatique). Pas de tubercules ; pas de lésions pneumoniques. Un mor¬
ceau d’organe prélevé dans les parties les plus congestionnées surnage
lorsqu’on le met dans l’eau.
Cœur : Droit. Renferme un caillot cruorique qui se prolonge dans
l’oreillette et dans l’artère pulmonaire. Valvule tricuspide normale ;
Gauche. Valvule mitrale et valvules sigmoïdes sont le siège de lésions
d' endocardite végétante et d’une congestion intense que présente aussi
l’oreillette. Aorte saine.
Colonne vertébrale et moelle. Cinq vertèbres dorsales sont enlevées.
L’examen de la moelle montre son intégrité. Les méninges dorsales ne
sont pas le siège d’un exsudât purulent.
Intestins. Teintés en jaune vert ; distendus par des gaz, des boissons
et des lavements non rendus. On y découvre encore 8 ascarides, ce qui
568
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
porte à 18 le nombre de ces vers qu’hébergeait le malade et qu’a tués sa
température élevée et constante de ces derniers jours.
Foie. Dégénérescence graisseuse commençante. Poids 1.500 g.
Rate. Bleue ardoisée. Non friable, 0 kg. 370 g.
Reins . q J*”’ J | Congestionnés tous les deux.
Pancréas. Aspect graisseux.
Vessie. Vide et rétractée derrière le pubis.
Il semble donc, vu le début brusque de cette maladie, sa mar¬
che rapide et l'exsudât purulent jaune verdâtre du cerveau cons¬
taté à l’autopsie que nous puissions émettre l’idée (malheureu¬
sement rétrospective mais vraisemblable) que nous nous sommes
trouvé en présence d’une méningite à pneumocoques. Les végé¬
tations de l’endocarde semblent reconnaître aussi la même
origine.
Je tiens également à faire remarquer l’existence de traces de
sucre dans le résultat de l’analyse des urines de ce malade. Ce
fait n’est pas isolé. Récemment j’ai lu avec plaisir dans le numéro
de mars r 9 1 4 des Archives de médecine navale une observation
d’un cas de méningite à méningocoques avec glycosurie observé à
Sidi- Abdallah par nos camarades les Drs Bouthillier et Goéré.
Une analyse d’urine révéla l’existence d’une quantité de sucre
se montant à 21 g. par litre. A la suite cl’une ponction lombaire
enlevant 3o cc. de liquide céphalo-rachidien et d’une injection de
20 cc. de sérum antiméningococcique, le sucre disparut pour ne
plus revenir et les autres phénomènes s’améliorèrent les jours
suivants j usq u’à guérison.
Nos camarades font remarquer dans leur article que Frew et
Garrod, de F ((Hospital for sick children » de Londres ont, dans
The Lancet du 4 janvier 1913, attiré, eux aussi, l’attention sur
l’apparition de la glycosurie au cours de la méningite tubercu¬
leuse 10 fois sur 4i cas (36 p. 100) et ils pensent que ce phéno¬
mène est beaucoup plus fréquent que ne le laisserait supposer
la rareté des observations publiées.
Je me permettrai donc, étant donné l’observation que j’ai faite
moi aussi de l’existence de glycosurie dans le cas de méningite
suppurée (à pneumocoques?) que je viens de relater, d’attirer
l’attention de tous nos confrères sur l’intérêt qu’il y aurait à
rechercher systématiquement ce symptôme dans toutes les ménin¬
gites qu’ils pourront avoir à observer.
Séance du i3 Octobre i 9 i 5
569
Enfin voici, en quelques lignes, pour terminer, la liste des
autres cas de méningite que j’ai observés dans le Haut-Dahomey
dans l’hiver de 1S97-1898, au cours d’une colonne expédition¬
naire. La colonne fut très durement frappée par la grippe et par
les affections respiratoires résultant du froid* vif engendré pen¬
dant la nuit par F harmattan. Dans la journée, nous avions cou¬
ramment 36 à 38° de température ; la nuit nous tombions à 180,
170, 160, i5°. Une différence semblable suffisait à produire un
froid comparable à celui de l’hiver d’Europe. Les Européens
grelottaient sous les tentes et sous plusieurs couvertures. Les
tirailleurs et les miliciens, vêtus de molleton et dotés de couver¬
tures, résistaient à peu près, mais les porteurs et des tirailleurs
Djedjs improvisés (Dahoméens), à peine vêtus, ont payé un fort
tribut à ces affections qui durèrent de novembre à fin février . Je
perdis 6 malades sur 66 cas graves observés : grippe, pneumo-
mies massives, broncho-pneumonies, pneumonies du sommet
qui frappaient à coups redoublés, et sur ces six mortsje compte :
un tirailleur djedj enlevé en six jours par une méningite céré¬
brale suppurée et un porteur enlevé en quinze heures par une
méningite que j’étiquetais alors cérébro-spinale. Il faut remar¬
quer qu’à l’époque dont je parle la ponction lombaire n’existait
pas pour nous favoriser le diagnostic et que je n’avais point de
microscope dans les conditions dans lesquelles je me trouvais.
Etant donné le grand nombre de cas de grippe et de pneumo¬
nies ( r) que j’ai observé et étudié à cette époque, il est fort pro¬
bable que ces deux cas de méningite relevaient, eux aussi, du
pneumocoque. Quoique rétrospective, je pense que cette petite
étude faite d'après des observations très précises au point de vue
clinique recueillies alorset que je possède toujours, pourra appor¬
ter un appui intéressant aux observations relatées par notre
camarade et collègue Dufougeré.
i3 juillet 1914.
(i)Bartet. Colonne expéditionnaire dans le Haut-Dahomey in Arch . de
Méd. Nav ., juillet, août, septembre 1898.
570
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Note sur un cas d’ainhum
Par Raymond BIJON.
II s’agit du canonnier Mananké Savandogo atteint d’Àinlium
du petit orteil droit.
Cet homme a subi la désarticulation du petit orteil, sous co¬
caïne, le 7 avril, à l’hôpital de Bamako ; guérison par première
intention.
i° L’examen des frottis faits avec l’anneau scléreux, n’a mon¬
tré aucun bacille acido-résistant, ce qui confirme l’opinion de
Le Dantec (Pathologie exotique, vol. Il, 3e édition, p. 728).
20 L’examen du mucus nasal fait à 2 reprises après que le
sujet avait pris pendant 2 jours 3 grammes d’iodure n’a révélé
aucun bacille acido-résistant (ce qui, je crois, n'avait point été
encore recherché.)
3° Aucune zone d’anesthésie n’a été trouvée, bien que le
malade ait le faciès léonin.
Conclusion : On ne peut que se ranger à l'avis de Le Dantec,
constatant que l’ainhum n’est pas une manifestation lépreuse.
(Hôpital de Bamako, i3 mai 1914)-
Réaction méningée de la syphilis
* chez un Noir du Congo
Par F. Van den BRANDEN.
Les observations précises concernant la réaction méningée de
la syphilis chez les Nègres du Congo sont peu nombreuses. Dans
le courant de cette année, nous avons rencontré dans la clientèle
de l’Hôpital des Noirs de Léopoldville, un cas dont le diagnos¬
tic a été basé sur l’étude du liquide encéphalo-rachidien et que
nous résumons brièvement.
Ebua Michel, âgé de vingt-cinq ans, pesant 60 kg., a été traité en jan¬
vier 1915, pour chancre spécifique, au moyen deNéosalvarsan (le 18-1-1915
Séance du i3 Octobre iqi5
571
et le 20-1-1915, 0,75 g. Néosalvarsan). Quatre mois plus tard, il nous
revient dans un état misérable, fortement amaigri (55 kg.), l’air hébété,
la démarche difficile, pas cependant ataxique, se plaignant de céphalée
intense et d’insomnie rebelle.
La ponction lombaire ramène un liquide clair sortant goutte à goutte et
contenant 35 lymphocytes mononucléaires par millimètre cube (1). Le
réflexe rotulien est légèrement exagéré et le réflexe pupillaire faible.
L’examen du sang par triple centrifugation, fait à trois époques diffé¬
rentes, a été négatif au point de vue trypanosomiase ; l’existence de cette
maladie peut donc être éliminée sûrement. Le sujet n’a jamais été dans
des régions où existent les Ornithodorus moubata. Le bon effet du traite¬
ment iodo-mercuriel et l'évolution de la maladie (voir plus loin) excluent
la tuberculose.
Dès son entrée à l’hôpital, Ebua est soumis à un traitement iodo-mercu¬
riel : 7 injections de 10 cg. d’huile grise Vigier et 1 g. d’iodure de potas¬
sium par jour pendant 2 mois. Sous l’influence de ce traitement,
l’état général s’améliore progressivement, la marche devient plus facile,
les réflexes sont redevenus normaux, la céphalée a disparu et une seconde
ponction lombaire faite le 26 juin 1915 donne seulement 15 lymphocytes
mononucléaires par millimètre cube de liquide rachidien.
Une troisième ponction lombaire faite le 3 août 1915 donne environ
1 lymphocyte mononucléaire par millimètre cube.
Pendant toute la durée de l’observation, aucun arsenical n'a été admi¬
nistré.
A sa sortie de l’hôpital, Ebua pèse 66 kg.
Nous avons rencontré d’autres cas de syphilis cérébrale secon¬
daire chez le Noir; nous ne les citons pas, leur histoire étant
incomplète.
Léopoldville, le 5 juin 1915.
Sur un nouveau cas cT Actinomycose au Pérou
Par E. ESCOMEL.
Le i3 mai 1914. M. le Professeur Laveran eut Eobligeance de
présenter de ma part à la Société le premier cas d’Actinomycose
observé au Pérou ; depuis lors, j’ai eu l’occasion d’observer et de
suivre jusqu’à sa fin un deuxième cas, dans des conditions très
semblables au premier.
Il s’agit aussi d’un employé du chemin de fer, qui était attaché
(1) Pour la numération des lymphocytes, nous avons employé la chambre
de Fuchs-Rosenthal qui ne nécessite qu’une soustraction minime de liquide
rachidien.
572
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
au service dans lequel on reçoit tous les produits de la sierra
pour les envoyer à la côte et en Europe et vice-versa II y a par¬
fois un grand mouvement de peaux desséchées de taureaux qui
ont donné lieu, comme chez le premier malade, à l’infection par
les voies .respiratoires.
11 y a plus de deux ans, notre malade commença à tousser, les signes
sthétoscopiques étaient très vagues ; la santé générale était assez peu
atteinte pour permettre au malade de vaquer à ses occupations. Un jour il
cracha du sang ; dès ce moment, je cherchai, mais vainement, des bacilles
de Koch dans les crachats. Quelques râles à la partie supérieure du tiers
moyen du poumon gauche accusaient l’existence d’une lésion à ce niveau.
Les hémoptysies se répétaient assez fréquemment, pas très abondantes,
avec un cœur en bon état et les examens répétés des crachats ne décelaient
pas de bacilles tuberculeux.
Quelques mois après le malade eut une polyarthrite très douloureuse
qui atteignit toutes les articulations des membres supérieurs et inférieurs,
avec gonflement surtout de ces derniers. Des médications antirhumatis¬
males parvinrent peu à peu à faire disparaître ces symptômes, mais la
toux ne cessa point et les hémoptysies se firent de plus en plus fréquentes
et graves.
Le malade quitta la ville pour aller aux bains de mer sans aucun profit ;
croyant améliorer son état par l’emploi des eaux thermales sulfureuses
naturelles de Jura (28 kilomètres d’Aréquipa), il fit un séjour dans cette
station, sans profit non plus pour les voies respiratoires ; les douleurs
articulaires disparurent, mais une douleur qui existait auparavant sous
l'omoplate gauche ne le quitta pas un seul instant.
Quelque temps après, cette douleur devint de plus en plus vive et une
petite tumeur apparut sur le bord externe de l’omoplate gauche. Cette
tumeur grossit de plus en plus et envahit faisselle ; je pensai à une
tumeur actinomycosique comme dans mon premier cas, mais les examens
répétés des crachats ne donnèrent pas encore de résultat positif.
Survint alors une forte vomique d’un pus rougeâtre, semblable au pus
des abcès hépatiques, à la suite de laquelle la tumeur diminua jusqu’à
disparaître presque complètement; les douleurs se calmèrent, le malade
put dormir sans morphine, mais il crachait beaucoup.
Je constatai un jour que les crachats contenaient d’assez nombreux
ç/rains blanc jaunâtres, du même aspect que ceux de mon premier malade,
lesquels grains, examinés à frais et après coloration au Giemsa, n’étaient
autres que des grains actinomy cosignes très nets.
Il est bien curieux de voir apparaître les grains dans les crachats tardi¬
vement, et non pas continuellement, mais avec des alternatives d’appari¬
tion et de disparition, malgré la recherche très soigneuse qu’on en faisait.
Après un temps d’amélioration due à l’évacuation de l’abcès, le cham¬
pignon, qui ne respecte rien, continua à tout envahir : la base du poumon
gauche, l’épaule, l’omoplate, le tissu de faisselle ; le bras gauche était très
œdématié par compression des vaisseaux. La fièvre était irrégulière,
l’émaciation grande. Le malade avait du délire nocturne très accentué et
unsoir (plus dedeux ans après le commencementde la maladie), il succomba
à une syncope due à l’envahissement du cœur; son observation confirme
la règle de l’incurabilité de l’Actinomycose pulmonaire.
Séance du i3 Octobre i 9 i 5
573
Il m’a paru intéressant de communiquer ce 2e cas d’actinomy¬
cose à Aréquipa, non seulement par l'identité d'étiologie avec le
premier cas (maniement de peaux infectées de taureaux, dans les
gares), mais aussi parce que la maladie n’existe endémiquement
à Aréquipa ni chez l'homme ni chez le bétail et que les deux
cas observés ont eu une origine étrangère, ce qui montre la
nécessité de prendre des mesures prophylactiques.
Aréquipa, juin 1 9 r 5.
A propos d'un phénomène biologique
de l'amibe dysentérique
Par E. ESCOMEL.
Avant même l’ère de l’émétine, l’ère de Rogers, nous avions
remarqué que les malades amibo dysentériques traités par la
méthode brésilienne, à la poudre d’ipéca, présentaient les phé¬
nomènes suivants.
Avant tout traitement, l’examen des selles fraîches, à la pla¬
tine chauffante, faisait voir des amibes vivaces, animées de mou¬
vements vifs, gorgées de globules rouges du sang.
Au fur et à mesure de l’administration de l’ipéca, l’hémorra¬
gie rectale di min uait et les amibes étaient moins gorgées et moins
vivaces.
Aussitôt après la disparition du sang, il y avait des amibes
maigres, peu mobiles, sans globules rouges dans leur intérieur,
prêtes enfin à mourir ou à s’enkyster.
Si à ce moment on supprimait l’ipéca, le sang reparaissait dans
les selles et on voyait les amibes reprendre de la force et redou¬
bler d’activité, en se gorgeant chacune de 5 à 6 hématies, nour¬
riture qui leur avait manqué pendant un certain temps. Le même
phénomène s’observe lorsqu’on laisse sans nourriture pendant
quelques jours les Paramæcium , qui se gorgent avec une avidité
extraordinaire de spores végétales ou de diatomées lorsqu’on
leur en fournit.
Depuis l’emploi de l’émétine, j’ai voulu savoir si le manque
d’aliments ou l’émétine elle-même étaient capables de tuer
l’amibe dans l’intérieur du corps humain.
4o
574
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
J’ai mis au contact d’amibes de selles dysentériques, au
moment de la disparition du sang intestinal consécutive à l’em¬
ploi de l'émétine, c’est-à-dire lorsque les parasites n’ont plus
d’hématies dans leur intérieur, du sang du doigt du même
malade, c’est-à-dire du sang émétinisé, et le phénomène précé¬
dent ne s’est pas montré, d’où il ressort que Y amibe émétinisée ne
se nourrit pas des globules rouges émétinisés.
Au contraire, si à des amibes émétinisées, mais encore
vivantes, on donne du sang d’un individu sain, on constate
qu’elles mangent les hématies non émétinisées .
11 semble donc que l’émétine fait mourir V Entamœba histoly-
tica , non seulement par suite de son pouvoir anlihémorragique,
mais aussi parce qu’elle rend les hématies impropres à la nour¬
riture de l’amibe.
A propos du flagellé nouveau décrit
par MM. Derrieu et Raynaud
(V entât richomonas = Hexamastix D. et R.
nec Alexeieff)
Par F. MESNIL.
Derrieu et Raynaud ont décrit, à la séance du 8 j uillet r 9 1 4 (1),
un flagellé, trouvé dans un cas de dysenterie humaine à caractère
épidémique, qui diffère essentiellement des Trichomonas ( s . s.)
en ce qu’il porte, dirigé en avant, un bouquet de 5 flagelles
au lieu de 3. Les auteurs ont cru devoir créer un nouveau genre
et ont proposé le nom Hexamastix.
En analysant ce travail dans le Bulletin de F Institut Pasteur (2),
j’ai déjà fait remarquer que le nom Hexamastix était préoccupé,
ayantété créé en 1912 par Alexeieff (3) pour l’espèce Polgmas-
tix batrachorum , et caractérisé comme portant 6 flagelles dirigés
en avant, un axostyle, un noyau placé près de l’extrémité anté-
(1) Bulletin , t. VII, p. 571.
(2) Voir t. XII, n° du 3o déc. 1914, P* 968 (en note) ; ce n» a paru au début
de 1 9 1 5.
(3) Zool. Anzeiger , t. XXXIX, p. 679.
Séance du i3 Octobre 1915
575
rieure ; l’espèce batrachorum montre aussi une trace de mem¬
brane ondulante limitée à la partie antérieure du corps.
Il n’y a donc pas identité entre Hexamastix Alexeteff et
Hexamastix Derrieu et Raynaud; par suite, le second nom doit
être remplacé et je proposais Pentatrichomonas par analogie
avec Tetratrichomonas, créé en iqro par Parisi (4) pour le Tri¬
chomonas prowazeki àlexeieff qui a 4 flagelles antérieurs au
lieu de 3.
Or, à la*mêine époque, paraissait un travail de Chatterjee (5)
qui annonçait la découverte, également chez l’homme, dans des
cas de dysenterie chronique, d’un Trichomonas avec 5 flagelles
antérieurs; guidé par la même raison d’analogie que moi, Chat¬
terjee propose aussi le nom générique Pentatrichomonas [ Chat¬
terjee ne fait allusion au travail antérieur de Derrieu et Raynaud
qu’en post-scriptum).
Les dimensions données par Chatterjee (8-10 p X 5-6 p; flagel¬
les : 8 à 10 p) sont plus faibles que celles de l’espèce de Derrieu
et Raynaud ( io-i5 p X 9- 1 3 p ; flagelles : 10 à 17 p). La question
se pose donc de savoir s’il n’y a pas dualité spécifique. Mais il
ne saurait y avoir de doute au sujet de l’unité générique.
Malgré ses 5 flagelles antérieurs, le Pentatrichomonas diffère
si peu des Trichomonas ( s . s.) que je partage l’opinion de Parisi,
de Doflein, de Chatterjee, d étendre l’acception du genre Tricho¬
monas pour y renfermer au moins les diverses formes à 4 ou 5
flagelles antérieurs, ne considérant Tetra- et Pentatrichomonas
que comme des sous-genres.
Comme les flagellés de Derrieu et Reynaud, de Chatterjee, ne
manqueront pas de figurer dans les traités de Parasitologie, j’ai
pen sé bien faire en traitant ici, où le premier travail a paru,
cette question de nomenclature.
(4) Arch. f. Protistenk., t. XIX, p. 232.
(5) The Indian Medical Gazette , t. L, n° 1, janv. 1 9 1 5.
576
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Au sujet des Trypanosomiases équines du Maroc
Par A. LAVERAN.
Il résulte de plusieurs travaux communiqués cette année à la
Société que les chevaux marocains sont assez souvent atteints
de trypanosomiase (i).
C’est à une trypanosomiase qu’il faut rapporter, d’après Velu,
Pépizoolie décrite par Léger sous le nom de Maladie de Fez ,
nom impropre, dit Velu, car la maladie existe dans tout le
Maroc.
Velu, Ed. Sergent, A. Lhéritier et Belleval ont étudié l’épi¬
zootie de Casablanca qui a été signalée aussi dans la région
d’Oudja.
Fiori, M. et Mme Delanoe ont décrit avec grand soin un cas de
trypanosomiase équine observé par eux àMazagan.
Au mois de mars de cette année, M. Virey, vétérinaire major
à Rabat, m’a fait remettre plusieurs préparations du sang de
3 chevaux de Mazis (route de Rabat à Fez). Les principaux
symptômes observés chez ces chevaux avaient été l’anémie et
la fièvre ; les trypanosomes étaient nombreux dans les prépara¬
tions.
Ces faits recueillis, en quelques mois, sur des points variés du
Maroc ne laissent pas de doute sur l’étendue et la gravité de
l’épizootie équine marocaine.
A quelle espèce appartient le trypanosome qui est l’agent de
cette épizootie? La question est importante non seulement au
point de vue théorique, mais au point de vue pratique, caries
mesures à prendre pour la prophylaxie et le traitement diffèrent
suivant qu’on a affaire à tel ou tel trypanosome.
D’après Velu, le trypanosome de Casablanca, toujours très
rare dans le sang des chevaux, mesure environ 20 p de long, le
flagelle présente toujours une partie libre ; le centrosome se
colore bien. Le trypanosome rappelle Tr. Euansi ou Tr. Brucei.
(1) Velu, Soc. de path. exotique , 10 mars 1 9 1 5. — Ed. Sergent, A. Lhéri-
tier et G. Belleval, même Société , 21 juillet 1915. — G. Fiori, M. et Mme Dela¬
noe, même Société , même séance.
Séance du i3 Octobre 1915
577
D’après Sergent, Lhéritier et Belleval, le trypanosome de
Casablanca ne peut être différencié, au point de vue morpholo¬
gique, du trypanosome du debab, mais les expériences d’immu¬
nité croisée montrent qu’il diffère du Tr. soudanense, du Tr. ber -
berum (debab), simple variété du premier, et du Tr. equiperdum
(dourine). Les auteurs concluent qu’il s’agit d’une espèce nou¬
velle à laquelle ils donnent le nom de Tr. marocanum. Les prin¬
cipaux caractères assignés à ce trypanosome sont les suivants :
longueur moyenne, 18 p (maximum, 24 p, minimum 16 p), sur
1 p 5 à 2 p 5 de large ; partie libre du flagelle pouvant atteindre
7 à 8 p; centrosome gros; membrane ondulante bien dessinée.
Le trypanosome étudié par Fiori, M. et Mrae Delanoe, sembla¬
ble à celui du debab pour l’action pathogène, en diffère au point
de vue morphologique. La longueur moyenne, chez le cheval,
est de 26 p 3. 7 p. 100 environ des trypanosomes n’ont pas de
flagelle libre ou ont un flagelle libre très court. La membrane
ondulante, bien développée, est bordée par un flagelle épais;
les centrosomes sont très nets.
Chez le rat, le trypanosome s’allonge, la longueur moyenne
est de 3i p; la proportion des parasites sans flagelle libre est
plus faible que chez le cheval, enfin il existe (d’après les auteurs
dont je résume la description) une notable proportion de try¬
panosomes sans centrosomes.
Fiori, M. et Mme Delanoe concluent que leur trypanosome est
probablement Tr. soudanense , var. berberum ; ils font avec rai¬
son des réserves, en raison du polymorphisme du trypanosome
qu’ils ont observé ; il leur paraît indispensable de recourir aux
épreuves d’immunité croisée.
Notre collègue, M. Delanoe, a bien voulu m’envoyer quelques
préparations du trypanosome de Mazagan et j’ai constaté l’exis¬
tence de parasites non rares (sang de cheval) n’ayant pas de
flagelle libre, ce qui n’existe ni chez Tr. soudanense , ni chez la
variété berberum de ce trypanosome.
Le trypanosome des chevaux de Mazis est morphologiquement
du type Tr. soudanense , je n’ai pas vu de parasites dépourvus
de flagelles libres ; les individus que j’ai mesurés avaient de 23
à 3o p de long, sur 1 p à 1 p 5 de large. Il sera nécessaire d’étu¬
dier ce trypanosome au point de vue de son action pathogène
pour les différentes espèces animales, et à l’aide des expériences
d’immunité croisée, avant de le classer.
578 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Dès maintenant on peut dire que les trypanosomiases des che¬
vaux du Maroc sont dues à des parasites qui, au point de vue
morphologique, sont de deux types : le trypanosome de Casa¬
blanca qui est monomorphe et le trypanosome de Mazagan qui
est dimorphe et même polymorphe, si l’on tient compte non
seulement des aspects chez le cheval mais aussi des modifica¬
tions que le parasite subit chez le rat.
Sergent, Lhéritier et Belleval font du trypanosome de Casa¬
blanca une espèce nouvelle en se basant sur les expériences
d’immunité croisée; ces expériences permettent de conclure
qu’il ne s’agit ni de Tr. soudanense, ni de la variété berberum de
ce trypanosome, ni de Tr. equiperdam , mais avant de conclure à
l’existence d’une espèce nouvelle, je crois qu’il eût été prudent
de rechercher également, à l’aide d’expériences d’immunité
croisée, s’il ne s’agissait pas de la variété africaine du surra qui
a été décrite sous le nom de mbori.
Le trypanosome de Mazagan ne me paraît pas pouvoir être
identifié au Tr. Pecciudi , son dimorphisme est en effet beaucoup
moins marqué que celui de ce dernier parasite, mais comme
l’écrivent dans leurs conclusions Fiori, M. et Mme Delanoe, les
particularités morphologiques sont très sujettes à caution pour
la différenciation des trypanosomes et seules les preuves d’immu¬
nité croisée pourront nous renseigner définitivement.
4 . ai
Grossesse et trypanosomiase 0)
Par P. AUBERT.
On attribue volontiers, au Congo Français, tous les avorte¬
ments que l’on observe dans les agglomérations indigènes, avec
un degré de fréquence plus ou moins élevé, suivant les régions,
à des manœuvres criminelles.
Nous ne prétendons pas, certes, nier l’existence de ces prati¬
ques, mais il nous a paru nécessaire de rectifier une opinion
aussi formelle et qui est en partie erronée.
Un grand nombre d’avortements, la majorité de ceux qui sont
(p) Note parvenue au Bureau de la Société le 22 juillet 1 q 1 5.
Séance du i3 Octobre i 9 i 5
579
signalés, relèvent, en effet, de causes pathologiques diverses, au
premier rang desquelles se trouve incontestablement la trypa¬
nosomiase.
Notre intention, en publiant cette note, est d’éveiller l’atten-
tion des pouvoirs publics de la colonie sur l’importance de ce
facteur « Trypanosomiase » dans la limitation actuelle de la
natalité indigène et de montrer que nous avons en thérapeutique
des moyens d’action qui nous permettent d’enrayer ces manifes¬
tations de l'infection trvpanosomiasique.
Observation N° I. — La femme Mabongo accuse les premiers symp¬
tômes de la maladie du sommeil, en janvier 1910, à Liranga. Elle se rap¬
pelle avoir vu apparaître, à cette époque, de chaque côté du cou, des gan¬
glions qui ont rapidement augmenté de volume. Elle accuse de la fièvre et
de la céphalée persistante. Elle ressent une très grande lassitude dans les
membres inférieurs.
Mabongo est enceinte en mai 1910. Cette grossesse se termine par un
avortement au sixième mois, en octobre 1910 (7re Grossesse. Avorte¬
ment.)
Mabongo quitte alors Liranga et vient se fixer à Brazzaville. Elle est à
nouveau enceinte en juillet 1911. Elle accouche au huitième mois d'un
enfant mort-né (2î Grossesse. Accouchement prématuré.)
Le 31 décembre 1912, Mabongo vient au laboratoire pour se faire exa¬
miner. Elle est reconnue atteinte de trypanosomiase. Indépendamment
des symptômes déjà signalés chez la malade, Mabongo présente des trem-
Taille :
blements généralisés
L’état général est médiocre. Poids
55 kg.
1 m. 72. Mabongo est au début d’une troisième grossesse.
Traitement. — La malade reçoit à 7 jours d’intervalle, le 2 et le 9 jan¬
vier 1913, 0,30 et 0,60 cg. de Salvarsan.
Mabongo est suivie régulièrement du mois de janvier au mois de sep¬
tembre 1913, époque à laquelle elle cesse de se présenter à la visite heb¬
domadaire.
Au cours de cette période, l’état général de la malade s’améliore sensi¬
blement. Elle n’éprouve plus aucun malaise. Son poids augmente d’une
façon régulière comme l’indiquent les chiffres suivants qui représentent les
moyennes des poids enregistrés mensuellement :
En avril, malgré le traitement, Mabongo fait un nouvel avortement au
quatrième mois de sa grossesse (3e Grossesse. A vortement .)
Après une très longue absence, notre malade est revue en juin 1914.
Mabongo vient nous présenter un enfant qu’elle a eu au mois de mars de
cette année [ie Grossesse. Accouchement à terme d’un enfant actuellement
vivant (mai 1915.)]
L’enfant du sexe masculin est bien constitué. Il est ainsi que la mère en
parfait état de santé. Poids de la mère : 57,3. Poids de l’enfant à l’àge de
580
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
trois mois : 7 kg. Mabongo allaite son enfant; la sécrétion lactée est abon¬
dante.
Mabongo disparaît alors et s’en va dans son village. Elle nous est ame¬
née en mai 1915. La malade ne présente plus aucun symptôme de trypa¬
nosomiase ; pas d’agglutination du sang, pas de parasites à l’examen du
sang centrifugé. Disparition complète des ganglions cervicaux et des
tremblements. Poids 64 kg. Etat de santé excellent. 0e Grossesse. Mabongo
est enceinte de trois mois.
Son enfant âgé de 14 mois est robuste. Il pèse 10 kg. 200.
Observation N° II. — La femme Likoula est reconnue trypanosomée à
Ouesso en mai 1913. Elle reçoit 1 g. d’atoxyl et est dirigée sur Brazzaville.
Pas de trypanosomes dans le sang centrifugé. Etat général assez bon.
Poids : 54 kg. Taille : 1,49. Réglée.
Likoula a eu, à Ouesso, un enfant qui est âgé de 20 mois environ et
que la mère continue à allaiter à l’époque où nous l’avons examiné
(juin 1913).
La malade est soumise au traitement discontinu à l’atoxyl. Elle reçoit le
9, 13 et 23 juin, Je 7 et 21 juillet, 1 g. d’atoxyl. Arrêt du traitement jus¬
qu'au mois de septembre. A cette époque léger fléchissement du poids qui
se relève sous l’influence de deux injections d’atoxyl faites l’une en sep¬
tembre, l’autre en octobre. Likoula ne reçoit plus de traitement du
13 octobre 1913 au 12 janvier 1914.
Du 12 janvier 1914 au 8 février 1915, la malade reçoit cinq séries de 5
à 6 injections de 0,30 cg. d’atoxyl. Les injections sont faites à huit jours
d'intervalle ; les séries espacées l’une de l’autre, de 20 à 30 jours.
L’état général se maintient bon. Pas de trypanosomes dans le sang cen¬
trifugé en décembre 1913.
Au mois de juin 1914, Likoula est enceinte. Elle accouche en mars 1915
d’un enfant bien constitué pesant quelques jours après sa naissance
4 kg. 100. Poids de la mère 82 kg. 500 (/re Grossesse. Accouchement à
terme d'un enfant actuellement vivant.)
Observation N° 111. ~ La femme Kogombé accouche dans les derniers
mois de l’année 1912 d’une fille Pauline, actuellement vivante.
La mère est reconnue trypanosomée le 18 septembre 1913. Etat général
bon. Poids : 54,400. Taille : 1,62.
Kogombé est enceinte.
Traitement. — La malade reçoit quatre injections d’atoxyl de 0,75 cg.,
à intervalles assez éloignés, le 18 et le 29 septembre, le 13 et le 27 octo¬
bre. Elle disparaît ensuite et nous ne la revoyons qu’en mai 1914.
Elle nous apprend alors qu’elle a accouché, au mois de janvier de cette
année, d’un enfant venu à terme, mais qui a succombé le neuvième jour
après sa naissance ( 2e Grossesse. Accouchement à terme. Enfant décédé.)
L’état général de Kogombé continue à être bon. Pas de trypanosomes
dans le sang centrifugé. Poids : 46,500.
Kogombé est enceinte à nouveau.
Le traitement à l’atoxyl est repris. La malade reçoit deux injections
d’atoxyl seulement; malgré nos conseils, Kogombé cesse de se présenter
à la visite.
Elle accouche à terme en février 1915 d’un enfant qui meurt aussitôt
après sa naissance (5e Grossesse. Accouchement à terme. Décès du nou¬
veau-né .)
En mai 1915, Kogombé nous conduit sa fille Pauline, âgée de deux ans,
Séance du i3 Octobre 19 i5 581
pour que nous l’examinions. La jeune Pauline est atteinte de la maladie
du sommeil.
La mère présente des troubles de la parole, des tremblements généra¬
lisés, de la dépression. Pas de parasites ni dans le sang centrifugé, ni
dans le liquide céphalo-rachidien, mais abondant dépôt cellulaire dans ce
dernier. Poids : 45 kg. Etat général mauvais.
Observation IV IV. — Marie-Madeleine est reconnue trypanosomée
en avril 1908. Elle est traitée à l’atoxyl seul d’abord, puis à l’atoxyl-orpi-
ment. Etat stationnaire jusqu’en 1909. En 1910, la malade présente des
troubles psychiques qui rendent nécessaire son internement au pavillon
des aliénés au village d’isolement de Brazzaville.
Elle est tout à fait à la dernière période de la maladie lorsqu’’ elle devient
enceinte. Elle accouche, le 16 octobre 1913, d’un enfant qui n'est pas à
terme, qui est enlevé à la mère et nourri au biberon. Cet enfant a vécu
deux mois. La mère succombe le 5 décembre 1913.
Conclusions (i). — Les fonctions menstruelles, abstraction
faite de quelques troubles passagers, persistent, chez les femmes
indigènes trypanosomées, pendant presque toute la durée de la
maladie. On ne constate d’arrêt définitif de ces fonctions qu’au
dernier stade de la trypanosomiase.
L’infection trypanosomiasique, qui respecte ainsi l’intégrité
fonctionnelle des organes de la reproduction chez la femme, qui
leur permet de conserver de ce fait leur « aptitude à concevoir »
pendant un temps souvent fort long, exerce malheureusement
par contre une action toujours nocive sur le produit de la con¬
ception .
L’avortement, l’accouchement prématuré avec issue fatale
pour le nouveau-né, l’accouchement à terme d’enfants mort-nés
ou d’enfants qui succombent quelques jours après leur nais¬
sance, sont des manifestations pathologiques de règle générale
au cours de l’infection trypanosomiasique. Exemple : Mabongo,
première et deuxième grossesse.
Les traitements divers actuellement employés dans la théra¬
peutique de la maladie du sommeil, sont susceptibles d’enrayer
chez les femmes trypanosomées ces conséquences de l’infection
trypanosomiasique que nous venons de mentionner. L’efficacité
de ces traitements est variable suivant les cas : le traitement est
en général efficace lorsqu’il est institué chez une femme trypa¬
nosomée qui devient enceinte soit au cours soit après la ces¬
sation du traitement. Ce n’est que dans ces conditions (trai¬
tement préventif en somme) que les femmes trypanosomées
(1) Voir aussi Thiroux, Lebœuf, Bull. Soc. Path. exot ., t. II, pp. 477 et 479-
582
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
bénéficient du traitement, peuvent arriver au terme normal de
leur grossesse et accoucher d’enfants viables et ne présentant
aucune tare constitutionnelle. Exemple : Likoula, première gros¬
sesse ; Mabongo, quatrième grossesse. Il n’en est pas de même,
lorsque la femme trypanosomée est soumise au traitement, au
cours d’une grossesse déjà établie. Quelle que soit l’époque du
début de cette grossesse, l'effet du traitement se montre toujours
nul; la grossesse se termine soit par l’expulsion du fœtus, soit
par la mort à brève échéance du nouveau-né. Exemple :
Mabongo, deuxième grossesse ; Kogombé, deuxième et troisième
grossesses.
L’efficacité du traitement est également liée à l’activité du
médicament employé (exemple : traitement au salvarsan chez
Mabongo, traitement à l’atoxyl chez Kogombé), à la méthode de
traitement adopté (traitement discontinu, mais régulier, chez
Likoula et Marie-Madeleine ; traitement insuffisant et irrégulier
chez Kogombé).
Sans vouloir entrer ici dans une discussion sur la valeur com¬
parée des divers produits et méthodes de traitement utilisés dans
la thérapeutique de la trypanosomiase, nous tenons à signaler
en terminant tous les avantages que l’on peut espérer obtenir
avec des médicaments qui, tel le salvarsan, n’exigent pas, pour
exercer une action thérapeutique, l’emploi de doses fréquem¬
ment répétées, une médication prolongée, à laquelle les indi¬
gènes ne se soumettent pas sans contrainte.
(. Institut Pasteur de Brazzaville , Juin 1916).
Le sel sodique du Salvarsan cuprique
dans le traitement de la Trypanose
humaine, du Pian et de la Syphilis
Par Van den BRANDEN.
Nous avons déjà signalé (1) les résultats obtenus avec le Sal¬
varsan cuprique dans le traitement de la Trypanose humaine.
(1) Arch. f. Schiffs u. Trop. Hyg ., décembre 1913, t. XVII, n° 24, p. 845 à
84q, et novembre 1914, t. XVIII, n° 22, p. 743 à ?58.
Séance du i3 Octobre 1916
583
Au commencement de Tannée 1914, le docteur Karrer a mis
à notre disposition le sel sodique de K3 (1) qui, après dissolution
dans Teau ordinaire ou l’eau sucrée, donne un liquide de réac¬
tion faiblement alcaline et injectable.
Cinquante-deux Noirs ont été traités au moyen de ce nouveau
produit :
> 34 trypanosés.
12 cas de pian.
6 cas de syphilis.
Le remède a été administré ordinairement par la voie intra¬
veineuse chez les adultes ; chez les enfants, l’injection a été faite
dans les muscles de la fesse. L’injection intramusculaire donne,
comme celles du salvarsan et du néosalvarsan, une induration.
Nous employons comme solvant l’eau distillée contenant
5 pour cent de sucre ordinaire, en quantité variant de 20, 3o,
5o à 100 cc.
Le sel est dissous d’abord dans un tube à réaction contenant
cinq centimètres cubes d’eau sucrée, puis après dissolution le
tout est jeté dans le restant du solvant.
Action sur l’organisme. — Les doses les plus fortes adminis¬
trées par la voie intraveineuse sont :
Limbenga
Mokoko .
Mata
Mpera .
70 kg. 500 = 0,1* gr. x 8 du6-VII-1914au22-VII-1914.
56 kg. =0,10 gr. x 8dul8-VII-1914 au 2-VI1I-1 914.
52 kg. 500 = 0,20 gr. x 3 du 15-X-1914 au 20-X-I914.
48 kg. 500 = 0,20 gr. x 4 du 12-V1II-1914 au 22-VIII-
1914.
Salu . . 61 kg. = 0,40 gr. en une seule injection.
Tababwa . 50 kg. =0,45gr. --
Gizo. . . 76 kg. 500 = 0,60 gr. —
Tababwa a donc reçu 0,009 g. par kilo de poids.
Ces doses ont été bien supportées. Quelques sujets ont eu des
vomissements, d’autres des douleurs abdominales suivies d’une
forte débâcle intestinale quelques heures après l’administration
du médicament.
L’injection est ordinairement suivie d'un peu de fièvre. Nous
n’avons pas constaté d’albumine en suite des injections.
Trypanosomiase humaine. — Dans un premier tableau, nous
résumons les cas traités parle médicament donné en une série de
petites doses, « 6 à 8 doses de o,io gr. ou o,i5 gr. ». Les résul-
(i) K3 est Tabréviation du Salvarsan cuprique.
584 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tats ont été mauvais. Sur neuf trypanosés traités de cette
façon, six ont eu une rechute rapide : Lokasa, 24 jours; Elei,
i mois ; Bokoko, 5i jours ; Musumani et Mabingi, 2 mois et
20 jours; Bokoko, 3 mois; deux malades ont échappé à l'obser¬
vation et un seul, Limbenga, ne présente pas de rechute 11 mois
après les injections.
Tableau 1
(1) Nous entendons par liquide cérébro-spinal normal, un liquide contenant
moins de 5 lymphocytes par me3.
Tableau II
Séance du i3 Octobre 1910 585
Dans un second tableau, nous résumons les cas de trypanose
traités par une injection unique massive. Sur dix malades,
quatre ont eu une rechute ; chez trois de ces derniers, Lokio,
Tabawa et Salu, les trypanosomes réapparaissent dans le sang'
au bout de 1 mois, 5 mois et 1 an, chez le quatrième au bout
de 5 mois.
Les autres traités ne présentent pas de rechute : Bonkoya
après 12 mois ; Efundele, 12 mois; Bombo, 8 mois; Mobenga,
8 mois; Gizo, 5 mois, et Molembo, 5 mois.
Pian et Syphilis. — Comme avec le 606 et le gi4, nous avons
obtenu la disparition rapide des lésions dans les deux maladies.
Nous citons dans les tableaux III et IV les cas traités.
Pour le pian, la guérison définitive est la règle ; pour la syphi¬
lis, il est à prévoir, des rechutes plus ou moins fréquentes après
des traitements courts.
Tableau III. — Pian
586
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tableau IV. — Syphilis
Conclusions
i° Le sel sodique du salvarsan cuprique administré par petites
doses fractionnéesdonne des rechutes rapides, tant chez les try-
panosés à la première période de la maladie que chez ceux à
liquide cérébro-spinal altéré.
2° Les doses massives du produit à raison de 7 cg. en
moyenne par kilo de poids, donnent des résultats meilleurs.
Ceux-ci sont comparables aux résultats obtenus avec le salvar¬
san et le néo-salvarsan dans la trypanose humaine, c’est-à-dire
effets stérilisateurs de longue durée dans quelques cas.
3° Le sel sodique du salvarsan cuprique présente les proprié¬
tés tréponémocides du salvarsan et du néo-salvarsan.
(. Laboratoire de Léopoldville , le 2 septembre 1916).
Séance du i3 Octobre 1915
587
Dermatite vésiculeuse saisonnière
produite par un coléoptère
Par J. RODHAIN et J. HOUSSIAU.
Pendant la période avril-mai de cette année, nous avons
assisté à Léopoldville à une véritable épidémie de dermatites
vésiculeuses provoquées par les sécrétions irritantes d’un petit
coléoptère de la famille des Staphijlinidœ.
D’après les renseignements que nous a four¬
nis M. Bondroit, auquel nous avons soumis
l’insecte en question, il s’agit d’une espèce du
genre Pœderus , dont il serait difficile de donner
pour le moment la détermination exacte. Le
dessin ci-contre le fera reconnaître aisément.
L’insecte atteint 7, 8 mm; de long; il est d’un
rouge brunâtre, avec les extrémités des pattes
plus foncées, la tête et les deux derniers seg¬
ments de l'abdomen d’un brun noir, les élytres
d’un beau bleu métallique.
Nous décrirons ici rapidement l’aspect clini¬
que de ces manifestations cutanées et expose¬
rons les raisons expérimentales qui nous ont
éclairé sur leur étiologie.
* X6
* *
La dermatose constituée est vésiculeuse , et se présente sous
deux aspects différents : en placards ou en traînées.
Dans le premier cas, l’on constate sur une zone érythémateuse,
à contours irréguliers, pouvant atteindre 5 et 6 cm.de diamètre,
une ou plusieurs vésicules peu surélevées, entourées d’une
aréole inflammatoire.
Les vésicules, de volume variable, sont remplies d’un liquide
jaunâtre séro-purulent.
Dans le second cas, sur des traînées érythémateuses étroites,
longues parfois de 10 et i5 cm., s’élèvent des vésicules aplaties,
588
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
qui peuvent confluer de façon à former une strie jaunâtre bordée
d’un halo rouge vif.
Les deux lésions provoquent des sensations de picotement et
démangent ; lorsqu’elles sont étendues, elles peuvent occasionner
de véritables douleurs de brûlure. Elles peuvent siéger sur diffé¬
rentes parties du corps, mais occupent avant tout les régions
non couvertes : les avant-bras (v. pi. IV), les bras, le cou, les
épaules, la figure, rarement les jambes.
Lorsque la lésion siège sur l’une ou l'autre paupière, elle pro¬
voque rapidement de l’œdème palpébral, qui s’accompagne de
prurit désagréable, et occasionne un larmoiement continu, qui
fait songer au premier abord à une dacryocystite.
Un même malade peut présenter simultanément plusieurs
placards ou traînées; comme aussi il peut se produire, chez un
même sujet, une succession de dermatites.
Les Noirs paraissent moins atteints que les Européens; nous
n’avons vu qu’une seule lésion typique chez une négresse, elle
siégeait sur le front au-dessus de l’œil gauche.
L’évolution de cette dermatite est rapide et bénigne. A l’éry¬
thème initial, succède en 24 à 4^ heures la vésiculation, qui
persiste pendant quatre à cinq jours et se termine par la des¬
quamation de l’épiderme; celle-ci finit après une dizaine de
jours en laissant une tache pigmentée qui peut persister pendant
plusieurs semaines.
Le traitement employé a consisté en applications de pommade
à l’oxyde de zinc, suivi de celle de poudres desséchantes (xéro-
forme) ; exceptionnellement chez des personnes sensibles et dans
les cas où la réaction inflammatoire était très marquée, nous
avons eu recours à quelques pansements à l’eau de Goulard.
★
* *
L’étiologie de cette affection, dont nous avions pu observer
quelques rares cas, les années précédentes, était restée obscure.
La situation des lésions, la forme spéciale des traînées, nous
avaient fait songer à une sécrétion irritante déposée sur la peau
par un insecte en mouvement. Il ne pouvait être question d’une
éruption contagieuse, car si généralement les habitants d’une
même maison étaient atteints presque toujours simultanément,
nous avions observé plusieurs cas dans des ménages, où l’un des
conjoints seul était affecté.
Pl. IV.
J. Rodhain et Houssiau.
Dermatite vésiculeuse des avant-bras
Séance du i 3 Octobre i 9 i 5
589
Ce 11e fut qu’au moment où le nombre de cas était en dimi¬
nution manifeste, que nous avons pu élucider l’origine de ces
lésions cutanées.
Un malade habitant une maison où tous les habitants souf¬
fraient de la dermatite caractéristique, nous apporta un insecte,
qui, prétendait-il, occasionnait la lésion par sa piqûre. Il s’agis¬
sait en réalité d’un petit coléoptère non muni de dard vulnérant,
mais qui pouvait fort bien, à l’instar des cantharides, posséder
des sécrétions à pouvoir vésicant.
Pour déterminer sa pathogénité, nous avons réalisé les trois
expériences suivantes :
Expérience I — B. Européen. Par quelques rapides mouvements de
friction, écrase contre la peau de son avant bras, près du pli du coude,
un coléoptère qu’il a saisi entre le pouce et l'index. Cette application ne
provoque pas la moindre douleur.
Le lendemain une tache érythémateuse se dessine à l'endroit touché, et
le surlendemain après 36 heures, on constate à la loupe l'apparition de
petites vésicules discrètes remplies d’un liquide clair.
Les jours suivants, les vésicules augmentent de volume, quelques-unes
confluent, le liquide qu’elles renferment devient séro-purulent. La douleur
ressentie est comparable à celle déterminée par une légère brûlure.
L’évolution est régulière ; le stade vésiculeux est terminé en S jours ; la
peau se desquame au niveau de la lésion qui intéresse exclusivement
l’épiderme et la première couche dermique sans provoquer de perte de
substance.
Après 15 jours, il subsiste encore une tache rouge, couverte de squames
discrètes et bordée d’une ligne pigmentée brunâtre.
Expérience IL — Le 23-Và4 heures du soir, les débris de quatre coléop¬
tères, grossièrement écrasés au moyen d’une baguette en verre, sont portés
sur la peau rasée du crâne d’un singe macaque; le contact est assuré par
quelques mouvements de friction de la baguette. L’animal ne paraît res¬
sentir aucune douleur.
Le 24 à midi la peau est légèrement épaissie et chaude, mais ne montre
pas de vésicules visibles ; celles-ci apparaissent le 25 et sont disposées
sur une base dermique nettement œdématiée; le 26 et 27 quelques vési¬
cules ont conflué et jauni ; à partir du 28, elles commencent à se dessécher
et le 30 la desquamation s’établit.
Expérience III. — Trois coléoptères capturés depuis 2 jours sont placés
dans un verre à ventouse, qui est appliqué contre la peau d’un noir volon¬
taire, au niveau de l’épaule. Les insectes courent librement sur l’épiderme
et nous avons soin de les irriter en tapotant sur le verre ; on les voit alors
relever l’extrémité postérieure de leur abdomen mobile en haut et en
avant.
Résultat : trois jours après, il n’est pas possible de distinguer même à
la loupe le moindre signe d’irritation cutanée.
Ces expériences prouventque le coléoptère incriminé de provo¬
quer les dermatites décrites, possède en réalité des sécrétions à
4i
590
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
propriétés vésicantes analogues à celles bien connues des can¬
tharides, mais que, d’autre part, en circulant librement sur la
peau, il n’irrite pas celle-ci.
Le mécanisme de la production des lésions cutanées doit
s’expliquer dès lors comme suit :
Les personnes sentant courir sur leur tégument un insecte
que souvent ils ne voient même pas, d’un geste brusque, instinc¬
tif, l’immobilisent contre leur peau du plat de la main, en
l’écrasant partiellement, puis le saisissent entre les doigts en
le roulant sur l’épiderme et le jettent; ou bien ils s’en débar¬
rassent en l’écartant d’emblée d’un mouvement vif au cours
duquel, encore, ils le frottent violemment contre la peau.
Dans le premier cas, ils déterminent des dermatites en traî¬
nées, dans le second ils provoquent des placards de vésicules.
On peut comprendre aussi pourquoi les nègres, qui en réalité
sont moins habillés que les Européens, sont moins atteints. Il est
possible d’abord que l’huile, dont ils enduisent régulièrement
leur peau épaisse, les protège contre le contact des sécrétions
vésicantes ; mais il est plus probable qu’ils doivent leur immu¬
nité relative, simplement au fait qu’étant habitués au contact
des nombreuses vermines qui abondent dans les tropiques, ils
ne s’effraient pas de la sensation qu’occasionne un insecte qui
ne les pique pas en circulant sur leur tégument. Lorsqu’ils le
voient, ils le saisissent sans frayeur et s’en débarrassent sans
l’écraser contre leur épiderme.
Nous n’avons pu multiplier nos expériences parce que nous
n’avons connu l’insecte que vers la fin de l’épidémie qui a
coïncidé également avec sa disparition au moment du début de
la saison sèche.
Nous n’avons pas non plus pu nous occuper d’étudier la bio¬
logie du coléoptère; les quelques spécimens qui nous ont servi
à nos expériences ont été capturés autour et à l’intérieur d’une
habitation dont tous les habitants souffraient de dermatites;
d’autres exemplaires ont été pris sur des flamboyants, Albizzia
Lebbek , en fleurs.
Il est assez naturel d’admettre, que le grand nombre de der¬
matites que nous avons observées celte année a coïncidé avec
l’éclosion d’une génération particulièrement abondante des
coléoptères qui la provoquent. Il sera intéressant de constater
la réapparition de l’alfection à la fin de la saison des pluies
Séance du i3 Octobre 1910
591
prochaines ; peut-être aussi existe-t-elle dans d’autres régions
du Congo ou de l’Afrique tropicale, en relation avec la disper¬
sion du Staphijlinide.
Dans la bibliographie, nous avons rencontré une indication
concernant le Pœderus colambinus Lap. D’après da Silva, cet
insecte est très commun dans certaines régions du Brésil; le
liquide qu'il secrète produit sur la peau une vésication intense,
accompagnée d’une sorte d’érythème suivi d’un prurit intense,
puis la peau s’ulcère (1). On pourra noter l’analogie qui existe
entre cette affection et celle que nous venons de décrire.
Léopold ville, le 1 5 juin 1 9 1 5.
M. Roubaud. — Des dermatites vésiculeuses saisonnières pro¬
duites par le passage sur la peau de Coléoptères cantharidiens,
s’observent fréquemment en Afrique Occidentale française. Au
Sénégal, nous connaissons au moins trois espèces de Cantha¬
rides susceptibles de produire, par simple contact passager, des
effets vésicants plus ou moins marqués. Tels, les Cantharis
(. Epicauta ) Jlavicornis Duj., C. vestita Dufour, et une espèce
voisine de C. melanocephala. Ces insectes sont très répandus au
moment de l’hivernage. D’autres espèces se rencontrent dans les
régions soudaniennes de l’Afrique Occidentale; mais je n'ai
nulle part constaté encore la présence des Staphylinides vési¬
cants signalés par nos collègues.
M. Bequaert. — A propos de ces observations de M. Roubaud,
je veux signaler que, d’après une communication verbale de
M. le Dr Cammermeyer, il existe à Borna une dermatite vésicu-
leuse produite aussi par des Cantharides.
Passeromyia, genre nouveau des
Anthomyidæ (Dipt.), à larve hématophage
parasite des jeunes oiseaux
Par J. RODHAIN et J. VILLENEUVE.
La mouche décrite récemment, d’après des Ç seulement, sous
le nom de Muscina heterochæta Villen. (Cf. D1 J. Villeneuve :
(1) Piraja da Silva. Le Pœderus columbinus est vésicant. Archives de
Parasitologie . XV, 1912, p. 43i, pl. I, fig. 5.
I
592
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
Diptères nouveaux d’Afrique in Ballet. Soc. ent. France, n° \l\,
p. 226, 1 9 r 5) , appartient à un genre nouveau que nous nomme-
ro n s B as se rom yia .
Les larves de ce Diptère ont été découvertes par l’un de nous
dans les nids du moineau d’Afrique ; elles s’y gorgent de sang
sur les jeunes oiseaux (i) ; il résulte d’observations qui seront
publiées ultérieurement que ces larves se rencontrent chez les
oiseaux les plus divers (Plocéides, Cinnyris cupreas Siiaw,
Hirundo monleiroi Hartl. et II. gordoni Jard., etc.).
Parmi ies individus de cette espèce que l’un de nous vient de
rapporter du Congo belge, se trouvent plusieurs çf qui ne se dis¬
tinguent de la 9 que par quelques caractères minimes : front
légèrement moins large, yeux longuement et densément velus,
ventre à villosité plus fournie, tibias postérieurs à cils réguliers
et égaux.
Chez la 9? la largeur du front au vertex mesure à peu près un
diamètre d’œil, les yeux sont à villosité courte et éparse, les
tibias postérieurs portent des cils irréguliers mêlés, surtout
dans la moitié inférieure, de q uelques soies un peu plus longues ;
enfin, l'extrémité de l'abdomen présente une tarière plate, bien
visible quoique courte.
Le genre Passeromyia se présente donc avec les caractères
suivants communs aux deux sexes :
Yeux villeux, distants d'un diamètre oculaire ou presque ;
bande frontale très large, avec deux petites soies croisées;
orbites étroites, sans soies orbitaires ; antennes très longues ;
chète antennaire à cils longs et dressés au-dessus, courts, serrés
et un peu couchés en dessous. Pipette courte et épaisse. Thorax
avec des soies acrosticales, la première paire, en avant comme en
arrière de la suture, débile ou faisant généralement défaut;
quatre soies dorsocentrales ; la première des soies supraalaires
ou soie préalaire (pra, de Stéin) n’atteignant pas la moitié de la
longueur de la soie suivante; soies sternopleurales = i — |— 2
ou 3; soies hypopleurales absentes.
Scutellum bordé de soies marginales égales aux soies apicales
qui sont croisées. Abdomen dépourvu de soies. Nervation des
ailes comme chez Muscina R. D., Dasyphora R. D. Pattes à soies
(1) J. Rodhain. Sur une larve de Muscinœ vivant dans le nid de Passer gri-
seus au Congo. Revue Zoolog. Afric., III, no 2. janv. 1914? p* 213-217.
Séance du i3 Octobre i q i 5
593
rares et courtes; tibias intermédiaires sans épine au côté interne;
tibias postérieurs sans longues soies, avec une rangée postéro-
externe de cils longs et réguliers chez le çÿ, inégaux et mêlés
de quelques courtes soies chez la Ç ; griffes et pelotes très
courtes à toutes les pattes.
Passeromyia heterochæta Villen. est très répandu en Afrique,
des tropiques au sud. Il rentre dans le groupe des Mascinæ de
Girschner et comme tel représente, parmi les Diptères à larves
hématophages, un groupe où cette adaptation parasitaire n'avait
pas été signalée jusqu’à présent. Les larves de Phormia sordida
Zett., étudiées récemment par Roubaud en Europe (r) et par Goû¬
tant en Amérique du Nord (2), ont une biologie analogue à celle
de Passeromyia , mais appartiennent aux Calliphorinæ. Il est
intéressant de faire remarquer que l'adaptation à l'hématophagie
chez les larves de Diptères se rencontre chez des espèces très
éloignées au point de vue systématique et ne saurait être mono-
phylétique.
Note. — C’est à tort que quelques auteurs confondent Phor¬
mia sordida Zett. (— Lucilia dispar L. Dufour) avec Phormia
( Protocalliphora olim) aznrea Fall. — D’accord avec Zetters-
tedt et Rondani, nous tenons ces 2 espèces pour distinctes (Cf.
Dr J. Villeneuve : Notes synonymiques sur quelques Diptères in
Deutsch. Ent. Zeitschr ., 1910, p. 3 1 3 ) .
Note rectificative concernant les
Auchméromyies du Congo
Par J. REOUAERT.
/ V.
Dans le numéro de juillet dernier de ce Bulletin (3), j’ai
signalé la capture dans la Savane boréo-orienlale du Congo
(1) E. Roubaud. Hématophagie larvaire et affinités parasitaires d’une mouche
calliphorine, Phormia sordida Meig., parasite des jeunes oiseaux. Bull. Soc.
Path. exot , VIH, n° 2, févr. 1 9 r 5, p. 77-79.
(2) A. F. Coûtant. The habits, life history. and structure of a blood-sucking
muscid larva ( Protocalliphora azurea). Journ. of Parasit., Urbana, 111., I,
no 3, mars iqi5, p. i34-i5o.
(3) Sur quelques Auchméromyies du Congo. Bull. Soc. Path. exot., t. VIII,
no 7, juillet 1916, p. 459-49i.
594*
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d ' Auchmeromyia ( Chœromijia ) chœrophaga Roub. Je m’empresse
de signaler q a i I s’agit là d’une erreur de détermination ; M. Rou-
baud, à qui j’ai soumis l’insecte en question lors de mon retour
en Europe, y a reconnu une Ç de Cordylobia anthropophaga
(Em. Blanchard) et, après une élude comparative des riches col¬
lections de l’Institut Pasteur, je me range à son opinion.
A, ( Chœromijia ) chœrophaga Roub n’a. donc pas été signalé
en dehors du Soudan sénégalais et nigérien. Par contre, il est
intéressant de noter l’existence du Ver du Cayor dans la Savane
au Nord de l'Ouellé.
i
Note historique à propos des moustiques
agents de transmission des maladies,
Par L. d’ANFREVILLE.
Il n’est guère de grandes ou petites découvertes qui n’aient
été pressenties plus ou moins longtemps avant d’être réalisées.
Christophe Colomb ne fut-il pas précédé sur la terre d’Amérique
par les Norvégiens ou les Danois ?
Le Bulletin de la Société , de juillet dernier, relatait que cer¬
tains médecins français avaient émis l’hypothèse, én 1821, de la
transmission de la fièvre jaune parla « vermine ».
Un précédent numéro du Bulletin nous avait fait savoir égale¬
ment que la découverte de R. Ross fut pressentie, bien long¬
temps d’avance, par certaines populations dalmates.
Un rapport officiel français, datant du 24 août 1818, présente
à ce même point de vue, un réel intérêt. Il démontre en effet
qu’on était convenu, dans notre Corps de Marine ou bien parmi
les colons de la Côte d’Afrique, dès le début du siècle précédent,
de l’importance des moustiques. Ceux-ci passaient en effet pour
être la cause, sinon de la fièvre paludéenne, du moins de la grande
mortalité des Européens dans cette région, et cela revient peut-
être au même.
Le texte officiel reproduit ci-dessous a été signé par M. de Fleu-
riàu, capitaine de frégate, qui commandait à Saint-Louis en
l’absence du colonel Schmaltz, « premier commandant et admi-
Séance du i3 Octobre i 9 i 5 595
nistrateur pour le Roi des Etablissements du Sénégal et dépen¬
dances ».
Ce rapport, adressé à S. E. le Ministre de la Marine, relatait les
mesures prises en vue de préparer la première expédition que
nous allions lancer dans le Haut-Sénégal.
Le but de éette entreprise était de rouvrir au profit de notre
vieille colonie, tout récemment restituée par l’Angleterre, ses
anciens débouchés commerciaux avec l'intérieur.
Voici la seule phrase du rapport qui nous intéresse :
« Tous les Européens ont été fournis de pièces de toile pour
les garantir des moustiques. Ce soin qui paraîtra minutieux est
cependant fort essentiel. On reconnaît assez généralement que
les insomnies causées par les piqûres de ces insectes étaient une
des principales causes de mortalité parmi les blancs sur le
fleuve. »
De vieux coloniaux songeront peut-être, en lisant ces lignes,
qu’on n’a pas toujours fait preuve, au cours d’expéditions plus
récentes, du même sage esprit de prévoyance de nos grands-
pères.
Les hémorragies au Maroc
Par L. d’ANFREVILLE.
Le climat de la région de Rabat sur la côte occidentale du
Maroc est assez chaud pendant les mois d’été. La température
présente en même temps d’importantes oscillations dans le cours
des vingt-quatre heures. Il m’a semblé que ce climat possède un
pouvoir congestionnant qu’il peut être utile de signaler aux
praticiens afin de les mettre en garde contre certaines erreurs
possibles de diagnostic et surtout de pronostic. Les diverses
formes de tuberculose permettent souvent de noter cette influence
climatique. Les hémoptysies d’origine bacillaire se présentent
ici en effet avec une fréquence nettement plus grande qu’en
Europe, soit dans la prétuberculose soit aux différents stades de
l’affection.
596
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mais on peut signaler, pour mieux mettre en lumière celte
influence spéciale du climat, bien d’autres causes d'hémor¬
ragies. 11 semble en effet que soient justiciables de ce syndrome,
non seulement les malades présentant des manifestations tuber¬
culeuses plus ou moins nettes, mais encore tous individus doués
d’un tempérament congestif, ou bien ceux qui ont quelque tare,
notamment du système circulatoire. C’est pourquoi de nombreu¬
ses personnes sûrement indemnes de tuberculose présentent à
l’époque des fortes chaleurs des crachats hémoptoïques plus ou
moins abondants et parfois même de véritables hémoptysies
qui n’ont pas de lendemains.
Je vais résumer, pour ne pas allonger outre mesure cette
simple note, quelques observations types prises au cours d’une
année sur un nombre assez restreint de malades.
1° X..., territorial, 35 ans. venu de France en août, matité au sommet,
craquements, amaigrissement, crachats peu nombreux avec présence de
b. de Koch. Hospitalisé en septembre. Le traitement et le repos l'améliorent.
En fin septembre, hémoptysies abondantes durant près de deux semaines.
2° Mlle X..., 30 ans, surmenage, hémoptysies répétées au début des cha¬
leurs en juin . Submatité à droite avec obscurité du murmure respiratoire,
fièvre 39 à 38. Les hémoptysies persistent trois semaines, la malade
envoyée en France dans un sanatorium est bientôt considérée comme
guérie.
3° X..., fonctionnaire, 35 ans, tuberculeux du deuxième degré, revenu de
congé depuis une semaine, présente, au début d’une série de fortes chaleurs,
de violentes hémorragies qui persistent plusieurs jours.
4° X..., territorial, venu de France en août, court et pléthorique, entre h
l’hôpital en septembre pour de fréquents crachats hémoptoïques rebelles à
tous traitements. Sommets indemnes.
5° X .., environ 50 ans, pleurésie hémorragique et cirrhose du foie,
nombreux crachats hémoptoïques en septembre.
6° ür X..., ayant habité lescolonies, léger hypertendu, indemnedetuber-
culose, présente au moment de fortes chaleurs, en juillet et pendant
trois jours, de nombreux crachats hémoptoïques.
7° Dr X.. , deuxième année de séjour au Maroc, indemne de tuberculose
mais très surmené. Grosse hémoptysie en juillet pendant une période de
sirocco.
8° X..., instituteur, 30 ans, pléthorique, bronchite simple, hémorragies
laryngées au moment de fortes chaleurs en juillet.
9° X..., instituteur, 28 ans, ayant habité l’Indo-Chine où il a eu la diar¬
rhée de Cocliinchine ; fortes hémorragies provenant du rectum en juillet.
Le phénomène s’était déjà produit l’année précédente à la même époque.
Séance du i3 Octobre i 9 i 5
597
Mémoires
Etude expérimentale chez l’homme
de l’influence de la quinine dans la pathogénie
de la fièvre bilieuse hémoglobinurique
Par Raymond BIJON.
But de ce travail. — Chez un malade atteint ou en imminence
de B. H. (1), doit-on oui ou non donner de la quinine ?
Cette question peut être considérée comme empiriquement
résolue, et la majorité des médecins dit actuellement : Donnez
de la quinine avant l’accès, mais non pendant.
Cependant l'accord n'est pas unanime, et le but de ce travail
est d'essayer d’éclaircir cette q uestion encore controversée, et d’en
tirer une conclusion pratique, utile au praticien, pour que,
devant une B. H., celui-ci ne se demande plus anxieusement :
Dois-je oui ou non donner de la quinine et ne dois-je pas crain¬
dre de déchaîner chez mon malade un accès hémoglobinurique ?
Expériences antérieures. — Dans un travail paru dans les
Annales d’ Hygiène et de Médecine coloniales (1er trimestre 1 9 1 4) >
nous avions mesuré la courbe de l’hémolyse chez des lapins à qui
on injecte de la quinine, et nous avions réussi à diminuer de
beaucoup leur R. G. (1), que nous avions mesurée, tout en remar¬
quant cependant que cette diminution n’était point porportion-
nelle à la dose de quinine injectée, et que l’organisme intervenait
par des réactions spéciales, et d’ailleurs inconnues, pour modi¬
fier cette diminution de R. G.
Il devait probablement en être de meme chez l'homme et, à
priori , on pouvait penser qu’injecter de la quinine à un sujet
en imminence de B. H., c’est-à-dire dont la R. G. est diminuée,
équivaut à la diminuer encore et, par suite, à lui faire uriner du
sang.
(1) B. H. signifie : Bilieuse hémoglobinurique. R G. signifie : Résistance
globulaire
598
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Cependant il est prouvé et avéré que la B. H. se produit parfois
chez les paludéens qui n ont pris que peu ou pas de quinine,
et certains diront même qu’elle a une prédilection pour les sujets
qui ne prennent pas de quinine. On se trouve donc dans cette
alternative devant un paludéen : Si je le laisse sans quinine, il
peut avoir une B. H. Ceci est prouvé. — Si je lui donne de la
quinine, il peut aussi en avoir une.
Ceci est moins prouvé, et si certaines observations font nette¬
ment voir un accès liémoglobinurique déclanché par une prise de
quinine, il y a, en revanche, des quantités de paludéens en immi¬
nence de bilieuse qui ont au contraire été guéris par la quinine,
ou qui n’ont eu que des hémoglobinuries quiniques passagères.
Pour élucider ces idées en apparence contradictoires, il y
avait une chose bien simple à faire, c’était :
i° De chercher la R. G. pliez des paludéens; si on la trouvait
diminuée, il était rationnel de conclure que le paludisme prédis¬
posait à la B. H.
2° Si on trouvait chez ces paludéens une R. G. diminuée, en
leur injectant de la quinine, il était facile de voir si, comme les
lapins cités plus haut, ils a liaient encore voir leur R. G. diminuer,
ou si, au contraire, par un phénomème en apparence contradic¬
toire, elle allait augmenter. C’est ce que nous avons fait et nous
consignons ci-dessous les détails et les résultats de nos recherches.
Détail des expériences. — Définissons d’abord les unités de
mesure employées : on sait que la R. G. se mesure d’après le titre
de la solution saline dans laquelle se produit le début de l’hé¬
molyse. Normalement, celle-ci débute dans une solution de NaCl
au titre de 4,4 de sel pour i.ooo d’eau, environ ; a fortiori il n’y
aura pas hémolyse dans une solution plus concentrée, hgper-
tonique. Si celle-ci se produisait, il faudrait en conclure que le
globule a une résistance moindre , autrement dit qu’il est plus
fragile ; par conséquent, le début de l’hémolyse à 4,4 signifie
que le globule est normal comme résistance; si l’hémolyse se
produit dans la solution titrée à 5, par exemple, c’est que le
globule est fragile; donc, plus les chiffres de mesure augmen¬
tent, plus le globule est fragile, autrement dit plus sa R. G.
diminue; le contraire existe quand les chiffres de mesure dimi¬
nuent, se rapprochent de la moyenne, soit 4,4-
Les expériences ont porté sur deux sujets nantis chacun de
superbes hématozoaires de tierce bénigne (vérifiés par le pro-
Séance du i3 Octobre 19 i5
599
fesseur Marchoux). Les lames renferment de nombreux schi-
zonles à divers stades, et des gamètes.
Premier sujet : Piu... : Entre à l’hôpital pour psoriasis syphilitique
palmaire et plantaire, le 19 avril 1914. Reçoit des injections de biiodure
jusqu’au 10 mai, puis a une thérapeutique variée consistant en amers,
quinine prise irrégulièrement, iodure de potassium; le psoriasis guérit
rapidement.
Le 18 juin au soir, tous les médicaments sont supprimés.
Le 20 juin à 16 heures, prise de sang intra-veineuse; répartition à
raison de 3 gouttes de sang par tuhe, dans des tubes contenant des dilu¬
tions de solution saline allant de 6 g. pour 1.000, à 4,2 pour 1.000;
mise à la température du laboratoire pendant la nuit (environ 30 degrés).
Examen le lendemain à 8 heures; début d'hémolyse dans la dilution à
5 pour 1.000; hémolyse totale dans le tube à 4,2.
La R. G. est donc sensiblement diminuée.
Nombreux hématozoaires dans le sang ayant servi à faire ces dilutions.
Urines normales.
Le lendemain, même expérience, comme vérification, dans les mêmes
conditions de technique et de durée; le résultat est exactement le même.
Les médicaments restent toujours supprimés.
Le 26 juin, à 9 heures, injection de 1 g. de chlorhydrate de quinine.
Le 27 juin, à 9 heures, injection de 1 g. de chlorhydrate de quinine.
Le 27 à 16 heures, prise de sang intra-veineuse ; même technique que
plus haut. R. G. : 4,6 (Début de l’hémolyse).
Dans le dernier tuhe à 4.2, l’hémolyse n’est pas complète.
Le 2 juillet, nouvelle prise de sang, toujours dans les mêmes condi¬
tions : R. G. : (Début de l’hémolyse). Non totale à 4,2. L’examen de ce
sang montre absence de parasites, forte leucocytose, nombreux hémato-
blastes.
Donc la R. G. a sensiblement augmenté-, et comme le seul phénomène
thérapeutique intervenu dans celte période du 18 juin au 2 juillet, a été
les injections de quinine, il est rationnel de leur attribuer ce résultat.
anémie, dyspepsie. Reçoit des médicaments variés jusqu’au 18 au soir,
date à laquelle tout est supprimé.
Les prises de sang sont faites exactement dans les mêmes conditions
que pour le précédent.
600
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le 20, prise intra-veineuse montrant de nombreux hématozoaires et
une R. G. de 5,2. — Le 21, nouvelle prise de sang montrant la même
résistance.
Le 26 et 27, injection de 1 g. de quinine ; le 27, prise de sang ; R. G. = 5
(Début de l’hémolyse); non totale dans le dernier tube à 4,2.
L’examen de ce dernier sang montre absence de parasites.
Températures
Remarques : La solulion de quinine employée pour les injections a été
toujours la même. Le chlorure de sodium est un sel pur fourni par la
pharmacie d’approvisionnement de Kayes ; nous l’avons fondu nous-même
et avons fait avec ce sel fondu une solution mère dans l’eau distillée à
6 pour 1 000, qui a toujours servi et que nous avons diluée suivant les
besoins avec la même eau distillée et la même pipette; celle-ci a servi
pour les deux liquides, mais après avoir été soigneusement lavée à chaque
changement avec le nouveau liquide, puis séchée à fond.
Les mêmes tubes ont servi; iis étaient tous parfaitement secs, non sté¬
rilisés à l’autoclave, mais passés à la flamme. Les prises de sang intra¬
veineuses ont été faites avec une seringue en verre parfaitement -bouillie,
puis séchée à la flamme, et la répartition dans les tubes faite immédiate¬
ment, au lit du malade même.
Discussion de ces expériences. — Nous nous trouvons en pré¬
sence de 2 sujets, qui, à la suite d accès paludéens, ont leur
R. G diminuée, respectivement à 5 et 5,2, au lieu de 4 ,4 qui
est la moyenne. — En leur injectant de la quinine, nous devons
théoriquement diminuer encore cette R. G., puisque chez le
lapin, la quinine la diminue. Or, au contraire , cette R. G .
augmente. Pourquoi ?
Parce qu’il intervient un autre phénomène; en effet, la qui¬
nine, en même temps qu elle agit sur la R. G., détruit l’hémato¬
zoaire ; celui-ci est considéré comme un hémolytique puissant
par la lysine qu’il secrète, lysine dont l’existence est prouvée
chez les paludéens par la diminution de la R. G. ; or, en détrui¬
sant l’hématozoaire, la quinine supprime les lysines qu’il
secrète. II en résulte que la quinine, diminuant par son action
Séance du i3 Octobre 1910
601
propre la R. G., mais en même temps faisant disparaître les
lysines avec l’hématozoaire, finit en réalité par augmenter cette
R. G., car, en remplaçant une puissante cause d’hémolyse (ly¬
sine) par une plus faible (quinine), elle permet à l’organisme
de tendre à rétablir son équilibre globulaire, autrement dit de
revenir à sa R. G. normale, qu’il n’atteint point tant qu’on use
de la quinine, mais dont il se rapproche sensiblement ; autre¬
ment dit, on remplace un mal grave par un autre anodin. Ces
théories ont été émises depuis longtemps, et nous avons seule¬
ment essayé par ces expériences de leur donner une base solide.
Entrant maintenant dans le domaine de l’hypothèse, il est
curieux de remarquer combien doit être puissante cette action
lytique de l’hématozoaire, car là, comme dans les processus hé¬
molytiques, l’organisme doit se défendre par des corps anti¬
hémolytiques, et ceux-ci sont complètement impuissants à
empêcher l’hémolyse, alors que, dans d’autres maladies (comme
la scarlatine, certains ictères), non seulement ils empêchent
l’hémolyse, mais encore, se fixant sur le globule, eu augmentent
la R. G. Ils mènent là un combat victorieux, causant non seu¬
lement la défaite de l’ennemi lysine, mais encore augmentant la
R. G. pour prévenir un retour offensif, tandis que, devant l’hé¬
matozoaire, ils sont vaincus et leur action est insuffisante pour
s’opposer à la destruction du globule, ce qui prouve la vigueur
de l’envahisseur.
Conclusions scientifiques. — i° Preuve de la diminution de la
R. G. chez les paludéens et par suite de l’existence d’une lysine
dans leur sang (autolysine) ;
20 Preuve de la puissance de cette lysine, contre laquelle les
corps anti-hémolytiques de l’organisme ne peuvent rien, con¬
trairement à ce qui se passe dans la plupart des autres mala¬
dies ;
3° Preuve de l’action de la quinine sur cette lysine, soit direc¬
tement en la saturant (?), soit plutôt indirectement en détruisant
l’hématozoaire ;
4° Preuve que la quinine ne peut pas intervenir dans la patho¬
génie de la B. H., mais seulement dans son étiologie, accidentelle¬
ment pour déclancher un accès d' hémoglobinurie quinique pouvant
évoluer vers la B. H. franche, mais seulement chez des sujets
déjà intoxiqués par la toxine de l’hématozoaire, et qui, même
602
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sans quinine, auraient presque sûrement fait une B. H. quelques
jours plus tard.
Conclusions pratiques : Nous nous hâterons de dire à l'avance
que nous tirons ces conclusions, non pas de notre expérience
clinique, à peu près nulle, mais uniquement, par déduction,
des conclusions scientifiques précédentes, et il est curieux de
constater que nous arrivons ainsi aux idées qu’ont un certain
nombre de cliniciens expérimentés.
i° Si cela est possible, chercher la R. G., chez les malades
semblant gravement touchés, et voir si elle est sensiblement
diminuée; la technique est à la portée de tous.
2° Si, cependant, cela est impossible, se fier à son « sens clini¬
que » pour prévoir si !e malade est oui ou non en « imminence
de B. H. » (Nous expliquerons plus loin le sens attaché à cette
expression).
Et alors : A. Si on constate cliniquement ou expérimentale¬
ment que le sujet est en imminence de B. H., qu’il est sur le
« seuil de l’hémolyse », autrement dit que sa B. G. est diminuée
au point que Padhérence de l’hémoglobine au stroma globulaire
est en imminence de rupture d’équilibre, donner cependant de
la quinine de suite (en injection, de préférence), mais prudem¬
ment, car, si ce malade est sur le « seuil de l’hémolyse », le pro¬
chain accès fébrile va sûrement lui donner une hémoglobinurie
très grave, tandis qu’en injectant de la quinine, on est sûr d’em¬
pêcher ce prochain accès, et on n’est pas du tout sûr de causer
une hémoglobinurie quinique immédiate, autrement dit on
transforme une hémoglobinurie quasi-certaine en une hémoglo¬
binurie hypothétique.
B. Si on pense au contraire que le malade n'est point sur le
seuil de l’hémolyse, donner carrément de la quinine; on ne
risque rien au point de vue immédiat et on évite sûrement des
accidents futurs, donc double avantage.
3° Pendant l’accès hémoglobinurique, être très prudent,
s’abstenir de quinine car l’hémolyse est déjà commencée et la
plus faible cause peut faire fléchir définitivement la résistance de
l’organisme, mettant ainsi le malade en danger de mort; attendre
plutôt la fin de l’hémoglobinurie, en employant le traitement
ordinaire au sérum, qui, en somme, n’agit qu’en remplaçant un
sérum sanguin lytique par un sérum neutre, puis, l’hémoglobi-
Séance du i3 Octobre 1916
003
11 u lie terminée, tâter le sujet avec de petites doses de quinine,
supprimées aussitôt si les urines se recolorent.
Pendant la convalescence, faire un traitement quinique inten¬
sif pour éviter le retour d’accès futurs.
APPENDICE.
Que peut-on appeler seuil de l’hémolyse ? Cette expression est
facile à comprendre au point de vue rationnel, mais nous igno¬
rons si on lui a donné une signification exacte en la mesurant.
Nous n’avons qu'une expérience à ce sujet et encore est-elle
insuffisante : F... entre à l'hôpital en pleine B. H. le 27 juillet;
le 28, prise de sang ; pas d’hématozoaires ; — R. G. : Dans le tube
le plus concentré, soit à 6 pour 1.000, l’hémolyse est déjà très
forte. Le 29, nouvelle prise de sang; on se sert d’une solution
plus concentrée allant jusqu’à 8 pour 1.000 dans le tube lé plus
concentré ; à 8, l'hémolyse est déjà nettement commencée. J1 est
vrai que le malade avait une hémolyse très forte puisqu’il
*
mourut 2 jours plus tard. On ne peut donc fixer d’après ce cas
le seuil de l’hémolyse, puisqu’il aurait fallu mesurer la R. G.,
au début de l’hémolyse, et non en plein accès , état dans lequel
le malade nous est arrivé ; cependant il semble que c’est lorsque
le globule s’hémolyse dans des solutions salines d'une concen¬
tration allant de 8 à ro pour 1.000, que l’on peut dire que la
limite d’adhérence au stroma de l’hémoglobine est atteinte, et
qu’on est sur le « seuil de l’hémolyse. » En tout cas, ce point
appelle de nouvelles recherches.
(. Laboratoire de /’ hôpital de Bamako , juin-juillet 1914)-
M. Marchoux. — Le travail de M. le Dr Bijon est intéressant.
Il prouve que, dans les conditions où il s’est placé, l’absorption
de quinine par un sujet en puissance de paludisme, augmente
au lieu de diminuer la résistance globulaire de ce sujet. Je par¬
tage volontiers l’interprétation que l’auteur donne du phéno¬
mène, à savoir que le parasite exerce une influence plus grande
que la quinine sur la résistance des globules rouges à l’hémo-
lyse.
Mais M. Bijon va trop loin quand il part de cette expérience
pour nier toute action de la quinine sur la bilieuse hémoglobi-
nurique. 11 est hors de doute que certains accès sont déclan¬
chés par une absorption de quinine. L’interrogatoire des malades
GOi Bulletin de i \ Société de Pathologie exotique
ne suffit pas à permettre d’écarter toute action quinique. La
recherche négative de la quinine dans les urines, continuée pen¬
dant plusieurs jours, tant au cours qu’après un accès hémoglo-
binurique, donne seule une indication scientifiquement vraie.
Je ne veux pas prétendre que la fièvre bilieuse hémoglobinu-
rique soit toujours d’origine quinique, mais je persiste à sou¬
tenir qu’il y a le plus grand intérêt à donner dans chaque cas
la preuve scientifique que la quinine n’est pas en cause.
Les bilharzioses dans le Moyen-Chari
(Territoire du Tchad)
7 Recherches expérimentales.
Par Marc BOUILLIEZ.
Existence des bilharzioses. — Signalées depuis longtemps au
Territoire, nous en avons nous-même observé plusieurs cas à
Fort-Lamy en 1909-10, soit chez des enfants, soit chez de grandes
personnes. Les malades provenaient du Bas-Chari ou de la région
du Logone. D’après des renseignements qui nous furent donnés
en 1910 sur la région de Léré, depuis cédée, puis reprise par nos
armes victorieuses, la bilharziose vésicale y serait extrêmement
fréquente chez les enfants. Nos collègues Jamot, Motais et Bobert
ont également observé des cas de bilharziose vésicale au Ouadaï
et au Sila (1), en 1911-12-10. Elle existe aussi au Salamat où,
dans une courte visite médicale au poste d’Ain-Timmam, nous
en avons vu un cas.
On pourrait, sans aucun doute, les retrouver toutes deux (nous
ne nous occupons pas ici de la bilharziose artério-veineuse) dans
toute la région, à condition toutefois de les rechercher.
Symptômes. — C’est qu’en effet les symptômes présentés dans
ces deux affections sont généralement si bénins, si rarement
accompagnés de phénomènes douloureux, que les malades n’y
font pas attention. Les pertes de sang qui, dans la bilharziose
vésicale, rendent quelquefois les urines si rouges, ne paraissent
inquiéter ni parents, ni enfants. Il faut donc pour ainsi dire
■ 1) Bail. path. eæot., 1914? VII, P- G22.
Séance du i3 Octobre i 9 i 5
605
des cas exceptionnels pour que ces malades se présentent à la
consultation. Ils se plaignent alors de coliques, de douleur dans
le bas ventre et plus particulièrement pendant la miction, pour
la bilharziose vésicale, de symptômes dysentériques pour la
bilharziose intestinale.
Fréquence de ces bilharzioses. — Aussi pour nous rendre
compte de la fréquence de ces deux affections parasitaires, ne pou¬
vions-nous nous baser sur lès trop rares cas observés à la forma¬
tion sanitaire. Pour obtenir un résultat ayant une certaine
valeur, il nous fallait pouvoir examiner les urines et les selles
d une certaine quantité d’individus et autant que possible de
villages différents, la contamination se faisant facilement d’un
individu à l’autre. Une circonstance fortuite : l’ouverture d’une
école à Fort-Archambault, nous permit de réaliser facilement
ces conditions, puisque les jeunes élèves (8 à i4 ans) venaient
des principaux villages de la circonscription et que, réunis
depuis 8 jours au plus, au moment de l’examen, ils n’avaient pu
se communiquer ces parasites.
Or sur 32 élèves, nous trouvâmes 20 porteurs d’œufs dans les
urines centrifugées et 1 dans les selles. Les œufs trouvés dans
les urines étaient des œufs à éperon terminal de Schistosomum
hœmatobium , sauf le cas du jeune Bessan, qui 11e présentait et
ne présenta jamais dans son urine attentivement examinée et à
plusieurs reprises, que des œufs à éperon latéral de Schisto-
somum Mansoni. Il n’en eut jamais dans ses selles, ' examinées
également plusieurs fois, et c’est un porteur de Schistosomum
hœmatobium dans l’urine, qui avait également de la bilharziose
intestinale avec œufs de Schistosomum Mansoni.
Si la quantité trouvée d’œufs de Schistosomum Mansoni est
trop faible pour fournir une proportion valable de la fréquence
de ce parasite, il n’en est plus de même du Schistosomum hœma¬
tobium. , dont, d’après nos observations, 59, 3 0/0 des enfants
de la région seraient atteints.
Essais d’infection d’animaux. — Cette proportion si forte de bil¬
harziose dans le pays nous a incité à rechercher expérimentale¬
ment le mode d’entrée du parasite et à provoquer l’infection de
divers animaux. Quatre séries d’expériences ont été tentées dans
ce but, mais nous devons dire tout d’abord que, pas plus heureux
que nos devanciers dans ces recherches, nous n’avons obtenu
aucun résultat positif.
4 2
606
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
i° Par pénétration à travers les muqueuses préputiales ,
vulvaires et vaginales
a) 8 mai 1914. — Cercopithèque callitriche n° 1 reçoit sous la muqueuse
préputiale quelques caillots muco-purulents, renfermant de nombreux
œufs et miracidia de Schist. hæmat. — 9 et 11 mai» même opération. —
Balano-posthite du 15 au 1er juin. — Urines examinées plusieurs fois ne
montrent rien. Singe encore en vie (1).
b) 27 juillet 1914. — Cerc. callitriche n° 6, reçoit sur la vulve et dans
le vagin, du dépôt urinaire (après centrifugation) contenant de nombreux
œufs et des miracidia de Schist. hæmat. — Urines examinées plusieurs
fois ne montrent rien. Ce singe est encore en vie.
c) 6 août 1914. — Cerc. callitriche n° 7 reçoit dans le vagin et sur la
vulve des flocons muqueux provenant de selles, et contenant de nombreux
œufs de Schist. Mansoni. Ce singe meurt le 5 sept. 1914. Rien ni dans les
urines, ni dans les matières fécales, ni dans le foie, ni dans la veine porte.
d) 17 mai 1915. — Cerc. patas n° 4 reçoit sur la vulve et dans le vagin
des mucosités sanguinolentes avec nombreux œufs et embryons de Schist.
hæmat. — Mort le 8 juin, à la suite d’une exposition de plusieurs heures
à une pluie violente.,, ne présente rien ni dans les urines, ni dans le foie,
ni dans les selles.
2° Par pénétration à travers la peau
a) Le 20 déc. 1914, un jeune chien est mis sur un plateau contenant un
mélange d’eau et d’urine avec de nombreux œufs et miracidia de Schist.
hæmat. La tête, maintenue, ne peut être plongée dans le liquide. Durée
du bain : 1 h. 30. Tué le 29 janv. 1915, on ne trouve rien ni dans les
urines, ni dans le foie, ni dans les veines porte et cave inférieure.
b) 22 déc. 1914. — Un jeune cynocéphale est mis pendant 1 h. 30 dans
un même bassin, contenant de l’eau souillée d’urines avec nombreux œufs
et miracidia de Schist. hæmat. 11 est maintenu de façon à ce qu’il ne puisse
boire de ce liquide. Plusieurs examens d’urine sont faits jusqu’à sa mort
le 9 mars 1915 : rien. A l’autopsie rien dans urines, foie, veines porte et
cave inférieure.
c) 23 déc. 1914. — Même expérience avec chat qui meurt le 6 janvier.
Rien.
d ) 29 déc. 1914. — Même expérience avec jeune chat sauvage. Mort le
4 janvier. Rien.
e) 13 fév. 1915. — Même expérience avec jeune chien, qui reste en
contact avec l’eau souillée d’urine à Schist. hæmat. pendant 3 heures. —
Rien dans les urines. — Autopsié le 18 mai 1915, rien dans la vessie, le
foie, les veines porte et cave inférieure.
f) 15 fév. 1915. — Même expérience avec cabri qui reste en contact de
l’eau souillée pendant 5 heures. Encore en vie, ce cabri ne laisse voir dans
les urines aucun œuf ou miracidium.
g) 47 févr. 1915. — Même expérience avec chien, pendant 5 heures
également dans l’eau souillée. - — Rien dans l'urine. — Autopsié le
(i) Tous ces animaux ont été maintenus de i h. à i h. 3o pour les empêcher
de se frotter et d’enlever les parasites déposés.
Séance du i3 Octobre 1916
607
48 mai 1915, rien dans la vessie, le foie, les veines porte et cave infé¬
rieure.
3° Par pénétration sous la peau
a) 30 juill. 1914. — Des plaies superficielles sont faites à la plante des
pieds d’un cerc. patas et les pattes sont maintenues pendant une heure
dans un mélange d’eau, de sable et de dépôts urinaires avec œufs et mira¬
cidia nombreux de Schisl. hœmat. — Encore en vie, ce singe n’a jamais
rien présenté dans les urines.
b) 19 févr. 1915. — Jeune chat sauvage reçoit sous la peau du ventre
des œufs et embryons libres de Schist. hœmat. dans l’eau physiologique.
Le chat meurt le 22. — On ne retrouve aucune trace d’œufs ou d’em¬
bryons par raclage à l’endroit où l’injection avait été faite. — Rien
ailleurs.
4° Par pénétration par les voies digestives
a) 2 juin 1914. — Cerc. call. n° 5, les 2, 4, 6 et 8 juin absorbe fruits
qui contiennent à leur intérieur des mucosités, retirées d’une urine, et
contenant de nombreux œufs de Schist. hœmat. — Ce singe est encore en
vie. Ses urines examinées plusieurs fois n’ont jamais rien montré.
b) 8 juin 1914. — C. call. n° 10 absorbe un fruit contenant des œufs
de Schist. hœmatobium. Encore en vie. — Jamais rien dans l’urine.
c ) 29 juillet 1914. — C. patas n° 9 absorbe banane avec œufs de Schist.
hœmat — Encore en vie, rien dans l’urine.
d) 1 1 août 1914. — C. patas n° 2 absorbe miel mélangé à dépôt urinaire
contenant nombreux œufs de Schist. hœmat. — Jamais rien dans les
urines. — Mort le 28 janv. 1915, n’a rien montré dans la vessie, le foie,
les veines porte et cave inférieure.
e ) 28 juillet 1914. — C. patas n° 3 absorbe fruit avec nombreux œufs de
Bilh. hœmat. Meurt le 31 août 1914. — Rien.
f) 8 août 1914. — C. palas n° 11 avale urine avec nombreux œufs de
Schist. hœmat. — Rien dans les urines. — Meurt le 19 novembre 1914. —
Rien.
g) 29 décembre 1914. — Jeune chat sauvage absorbe urine avec nom¬
breux œufs de Schist. hœmat. — Meurt de coccidiose intestinale le
15 févr. 1915 sans avoir jamais présenté aucune trace de bilharziose. —
Rien à l’autopsie.
li) 3 mars 1915. — C. patas n° 7 avale une banane contenant de nom¬
breux œufs de Schist. hœmat. — Rien jusqu’ici dans l’urine de ce singe
encore en vie.
Toutes ces expériences négatives ne permettent pas de con¬
clure qu’on ne peut arriver à transmettre expérimentalement
Tinfection à des animaux. Tout au plus prouveraient-elles qu’il
faut s’adresser à d’autres espèces ou à d’autres variétés.
La nécessité d’un hôte intermédiaire paraît peu probable,
étant donné la grande parenté existant entre Schistos. hœma-
tobium , Schistos. Ma ns oui, et Schistosomum japonicuni.
Nous avons fait un certain nombre d’essais d’infeclion par la
608 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
voie buccale et nous avons même l’intention de les continuer
chaque fois que nous en aurons l’occasion, nous basant sur la
possibilité que les œufs peuvent avoir de traverser intact l'es-
toinac et de ne donner issue à l’embryon que dans le milieu
intestinal.
En effet si les miracidia meurent très rapidement dans l’eau
acidulée avec HCl à i p. oo/oo, il n'en est plus de même des
œufs, qui peuvent assez longtemps résister dans ce liquide en
solution assez concentrée. Nous avons pu nous-même l’observer
plusieurs fois :
1° le 19 déc., quelques flocons muco-sanguinolents pris dans une urine
à Schist. hœm. sont mélangés à quantité égale de sol. chlorhydrique à
1 p. 500. Six heures après, les œufs contiennent encore des embryons
vivants ;
2° le 21 déc., même expérience, mais contact 18 heures. OEufs ne con¬
tiennent plus que cellules informes;
3° le 22 déc., quelques flocons muco-sanguinolents sont mis dans une
très grande quantité d’IIGl à 1 p. 500, il ne reste six heures après que
des œufs morts ;
4° le 24 déc., nouveau mélange en quantités égales de flocons muco-
sanguinolents et d’HCl à 1 p. 500. 5 heures après, on y trouve des
œufs vivants et même des miracidia (venant sans doute de sortir de
l'œuf) ;
5° le 25 déc., XXV gouttes d’urine avec œufs de Schist. hœmat. sont
mélangées à XXV gouttes de solution d’HCl à 1 p. 500. OEufs vivants plus
de 6 h. 30 après ;
6° le 30 déc., répétition de l’expérience. OEufs et embryons vivants
5 heures après. Nouvel examen après 7 heures de contact : œufs encore
vivants : mouvement des cils Autre examen après 8 heures de contact :
œufs contiennent toujours embryons vivants ;
7° le même jour IV gouttes d’urine sont mélangées à XII gouttes de solu¬
tion d HCl à 1 p. 500. 5 heures après, œufs et embryons morts ;
8° 1er janv. 1915. VIH gouttes d’urines sont mélangées à XVI gouttes
d’HCl à 1 p. 500. 6 et 8 heures après, on y voit encore des œufs avec
embryons vivants.
N’ayant pas d’étuve, nous avons dû nous contenter de la tem¬
pérature du laboratoire variant de 25° à 32°, mais nous croyons
cependant possible à des œufs qui résistent au moins 6 et
8 heures à une solution chlorhydrique de i p. iooo de passer
sans subir de dommage à travers l’estomac où ils peuvent ne
pas séjourner très longtemps.
On a aussi tendance à croire à la sortie rapide de l’œuf, du
miracidium, dès contact avec l’eau. Nous avons pu nous assurer
cependant que plus de 24 heures après un mélange à parties
Séance du i3 Octobre 1915
609
égales d’eau et d'urine, il s'y trouvait encore des œufs non éclos
et renfermant des embryons vivants.
Aussi nous demandons-nous si ces œufs ne peuvent se con¬
server plus longtemps dans certains milieux humides, tels que
boues, vases, où l’humidité serait juste suffisante pour en empê¬
cher la dessiccation qui, comme nous l'avons observé, les
détruit.
Essais de traitement. — Ayant essayé, par tous les traitements
ordinairement en usage, sinon d'enrayer la maladie, tout au
moins de diminuer et de supprimer les symptômes douloureux
qui nous amenaient les malades à la consultation, nous n’avons
obtenu que des résultats peu encourageants et surtout de trop
courte durée. C’est, parmi eux, le bleu de méthylène qui. nous a
réussi le mieux, mais il ne paraît pas détruire les parasites
adultes et il faut donc toujours recommencer.
Aussi avons-nous cherché à atteindre directement les adultes
en employant du néosalvarsan :
à) Un homme atteint de bilharziose vésicale reçoit, le 15 janv. 1915, une
injection intra-veineuse de 0,30 cg. de néosalvarsan. Ses urines exami¬
nées le 10 mars contiennent encore des œufs très nombreux ;
b) A la même date, un jeune enfant de 2 à 3 ans, souffrant depuis long¬
temps de bilharziose vésicale, reçoit 0,15 cg. de néosalvarsan en injec
tion intrarectale. Plusieurs fois examinées par la suite, ses urines contien
nent toujours des œufs.
Sur ces entrefaites, ayant connaissance (1) que Allen E. Hut-
cheson avait remarqué la disparition des œufs de schistos. chez
des malades atteints de dysenterie amibienne compliquée de
bilharziose artério-veineuse et qui avaient été traités à l’émé¬
tine, nous essayâmes ce produit chez plusieurs malades :
1° Les 5, 6, 7, 8, 9 mars, les jeunes Bono, Gamta, Goelbaï, Kadjamkaba
et Hellé reçoivent en injection sous-cutanée 0,04 cg. pour les 4 premiers,
0,03 cg. pour le dernier, plus jeune, de chlorhydrate d'émétine.
Les 7, 9, 19 mars, les urines de ces enfants contiennent toujours des
œufs.
Le 22, Hellé reçoit nouvelle injection de 0,04 cg. Goelbaï, Bono,
Gamta : 0,05 cg.
Gamta, plus âgé et plus docile que les précédents, reçoit encore 0,05 cg.
de chl. d’émétine les 23, 25, 26 et 27 mars.
Les urinesdeces enfants, examinées le 29 mars, le 24 avril et le 17 mai,
contiennent toujours des œufs, soit deux mois après l’injection d’émétine,
qui, pour l’un d’eux, ayant 13 ans environ, a représenté une dose totale
de 0,45 cg ;
(1) Ann. d’hijfj. et méd. col., n° 3, 191/u Variétés, p. 1092.
610
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
2° Une femme, atteinte de bilharziose vésicale, reçoit les 5, 7, 8,9 mars
0,05 cg. de chl. d’émétine. Examinée le 7 et le 9 mars, ses urines ne con¬
tiennent plus d’œufs. 11 n’a plus été possible de revoir cette femme par la
suite ;
3° Une autre série de jeunes malades à bilb. vésicale, reçoit en fin mars,
l’un 0,05 cg. le 22 et le 23; l’autre 0,05 cg. les 22, 26, 27 et 28; un. troi¬
sième enfin, fort jeune : 0,03 les 24, 25, 26 et 27.
Tous ont encore actuellement des œufs dans leurs urines ;
4° Le jeune élève Bessan, présentant dans son urine des œufs de Schis-
iosomum Mansoni, reçoit 0,04 cg. de chlorhydrate d’émétine en injection
sous-cutanée les 22, 23 et 26 mars ; 0,05 cg. le 28 mars. Son urine exa¬
minée le 24 avril, le 27 et le 30 du même mois, les 3, 7 et 17 mai, ne
laisse plus voir aucun œuf.
Les deux cas que nous avons traités au néosalvarsan ne peu¬
vent naturellement permettre de conclure au manque d’action
du remède sur la bilharziose, mais il nous a semblé que cette
maladie était en général trop bénigne pour continuer des essais
avec un corps aussi dangereux, surtout que nous avions comme
malades les plus fréquents des enfants.
D’autre part, on peut à peu près certifier que le chlorhydrate
d’émétine ne guérit pas la bilharziose vésicale. Le cas de la
femme, citée plus haut, et qui n’a plus présenté d’œufs après
une première injection, nous paraît plutôt dû au hasard et aune
simple coïncidence, puisqu’on sait que cette maladie guérit
toute seule. S’il y avait eu une action réelle du sel d’émétine,
on l’eût observée également au moins chez quelques-uns des
enfants cités en i° et en 3°.
Quant au cas du jeune Bessan, comme il est unique, il nous
semblerait prématuré d’admettre une action particulière de
l’émétine sur Schistosomum Mansoni . Comment expliquer faci¬
lement cette spécificité d’un corps sur une variété de parasite,
alors qu’une autre variété si voisine, puisqu’on les a souvent
confondues et que leur modus vivendi est si semblable, lui est
indifférente ?
Cependant il y aurait peut-être lieu, à l’occasion, de renou¬
veler ces tentatives de traitement sur SchisL Mansoni , dans les
contrées où ce parasite est très commun.
Laboratoire de F1 Archambault, le 9 juin 1910).
Séance du i3 Octobre iqïo
611
Adénites tropicales
Par J. EM1LY.
Il n’est pas an médecin ayant exercé aux Colonies qui n’ait
été frappé du nombre des adénites soignées dans les services
hospitaliers, et surtout de leur gravité et de la longueur des
soins qu’elles nécessitent pour guérir. Les auteurs les ont même
classées en différentes catégories, ajoutant deux espèces nou¬
velles et proprement tropicales, à toutes celles, chancrelleuses,
gonococciques, syphilitiques, tuberculeuses ou traumatiques,
existant dans les pays tempérés. Ce sont les adénites paludéennes
et les adénites climatériques. Et nous ne comprendrons pas dans
cette énumération déjà longue, les lympho-adénomes qui consti¬
tuent une entité morbide spéciale, non plus que les bubons
pesteux, les adénites de la Maladie du Sommeil, de la Lèpre, etc.
L adénite paludéenne et l'adénite climatérique existent-elles
réellement, et méritent-elles d’être considérées comme une affec¬
tion à part ? Avec beaucoup d’autres, nous ne le pensons pas.
Nous trouverons seulement, dans le fait qu’on a cru devoir en
signaler l’existence, une preuve de plus de ce que nous avan¬
çons ici : l'extrême fréquence, aux pays chauds, des engorge¬
ments ganglionnaires.
Z) Z)
A quoi tient cette fréquence, et surtout la tendance de ces
a d é n i tes à s u p p u r e r ?
Le rôle physiologique des ganglions lymphatiques est un rôle
de défense. Disséminés le long des vaisseaux blancs, ils arrêtent
les microorganismes que les différentes infections déversent dans
la lymphe. C'est dans leurs mailles, dans le réservoir de leur
tissu, que les leucocytes englobent les agents pathogènes et en
achèvent la destruction. Quand ce travail peut être mené à bien,
après être resté gros et engorgé un certain temps, le ganglion
reprend peu à peu sa farine et ses dimensions normales, tout
rentre dans l’ordre et l’adénite guérit par résolution. Mais si au
contraire, dans cette lutte entre leucocytes et microbes, c’est ce
dernier élément qui a le dessus, il arrivera que la fibrine du
sérum se coagulera au sein même du tissu ganglionnaire, d’où
production de pus et formation de l’adénite suppurée.
612
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
D’une façon générale, on peut dire que la pénétration de l’élé¬
ment infectieux dans l’organisme ne se réalise pas aux pays
chauds autrement que dans les régions tem pérées. C’est toujours
par une solution de continuité (qu elle s'opère, que cette solution
se trouve sur la surface des téguments, ou qu elle soit située pro¬
fondément, sur un organe interne. Faut-il croire que ces portes
d’entrée se rencontrent plus facilement et plus souvent sous les
tropiques ? Ce point de vue ne peutse soutenir. Aussi bien, pour
localiser la question, nous nous occuperons seulement des adé¬
nites inguinales. Ce sont celles qui sont le plus souvent obser¬
vées, et qui nécessitent les plus fréquentes interventions.
D’où proviennent les vaisseaux lymphatiques qui se rendent
aux ganglions du pli de Faine? Les uns sont superficiels, les
autres profonds. Les premiers, parcourant la paroi abdominale
au dessous de l’ombilic, la fesse, I anus, les organes génitaux
externes, pourront produire les adénites d’origine tégumentaire.
Les autres proviennent des muqueuses de l’urètre, du vagin, du
rectum, de la partie inférieure de l’intestin, et donneront nais¬
sance aux adénites d’origine cavitaire.
Il n’est pas douteux que, sous les tropiques, les érosions, les
ulcérations, les plaies de toute sorte et de toute gravité de la
peau, sont plus fréquentes que dans les pays froids. La transpi¬
ration ramollit les téguments et les rend plus vulnérables. Les
bourbouilles sont chose courante, et les plis inguinaux, le scro¬
tum, la région abdominale, sont un de leurs sièges d’élection.
Ces mêmes points sont également le siège d’autres affections
cutanées extrêmement répandues aux pays chauds, intertrico,
psoriasis, pityriasis versicolor, eczéma des bourses. Sans pro¬
duire des lésions aussi graves, l’humidité constante de toutes
ces parties amène aussi des démangeaisons désagréables qui
deviennent une cause de grattage et de petites excoriations faci¬
les à s’irriter. Enfin là comme ailleurs, les piqûres des mousti¬
ques peuvent aussi produire de petites plaies, et ouvrir des portes
à l’infection.
De même, les muqueuses intestinales, dans ces pays à enté¬
rites, à dysenterie, à rectite, sont plus sujettes à s’ulcérer, que
dans nos contrées. Les affections du foie, si fréquentes, amènent
souvent des hémorroïdes faciles également à s’ulcérer. Quant au
coït, il est toujours suspect, sinon infectant, et en dehors des
adénites vénériennes proprement dites, combien de petites éro-
Séance du i3 Octobre 1915 613
sions du gland, du prépuce, et même de la cavité urétrale ne
produit-il pas ?
11 nous semble donc qu’on peut admettre que la pénétration
de l’organisme par l’élément infectieux, et particulièrement
l’apport d’agents pathogènes dans les ganglions inguinaux,
doivent être plus faciles et plus fréquents sous les tropiques
que dans les régions tempérées.
Mais là 11e réside pas, à notre avis, la seule raison de la fré¬
quence et de la gravité des adénites chez les habitants des pays
chauds. La semence seule ne fait pas la plante, il lui faut le ter¬
rain. L’état général de l’organisme entre pour beaucoup dans la
lutte qu’engage le microbe, et joue un grand rôle au point de
vue des formes que revêt l’infection. Les formes graves s’obser¬
vent surtout chez les débilités de toutes sortes. Or tout Européen
transplanté sous les tropiques 11’est-il pas un débilité ? Aucun
11’échappe à l’anémie, qu elle soit consécutive au paludisme, ce
qui est le cas le plus fréquent, ou qu’elle soit seulement pro¬
duite par la grande et continuelle chaleur.
A cette clause de moindre résistance physique, combien d’autres
s’ajoutent encore ! Le système lymphatique est soumis aux plus
dures épreuves dans ces pays où tant de parasites vivent au détri¬
ment du sang, dans le sang même. De là une fragilité plus
grande de tout l’appareil des vaisseaux blancs dont le rôle est
précisément dè réparer les brèches produites an sein des vais¬
seaux rouges, et dont le travail se trouve accru en proportion
même des pertes subies par la masse hématique. De plus l'exis¬
tence nouvelle des coloniaux les expose à des fatigues, à des
dangers, inconnus sous le climat plus tempéré du pays d’origine :
action déprimante du soleil, de l’alimentation souvent défec¬
tueuse, tantôt insuffisante, tantôt trop abondante ; abus des
boissons qui délayent le liquide sanguin, et par conséquent
agissent parallèlement sur le liquide lymphatique; habitations
inconfortables; mauvaise hygiène, sédentarité pour le plus grand
nombre ; surmenage physique pour ceux qui vivent dans la
brousse et sont sujets à des déplacements fréquents ; insuffi¬
sance de repos le long des nuits chaudes et sans sommeil, etc.
Ce rapide aperçu suffit pour expliquer combien peu de résis¬
tance les organismes coloniaux opposeront dans les cas, que
nous avons vus si nombreux, où ils auront à lutter contre un
agent morbide venu du dehors. Et nous comprenons mieux
614
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
maintenant pourquoi les adénites sont chez eux si fréquentes et
si sujettes à suppurer.
Il nous fait saisir également pourquoi la guérison sera lente,
et pourquoi seront nécessaires les longues hospitalisations. Une
fois la suppuration installée, elle est intarissable. Il nous est
arrivé de conserver durant sept mois à l’hôpital uu malade
atteint d’adénite inguinale double. Aucun ne voit ses plaies se
cicatriser rapidement, ni se combler facilement ses profonds
trajets fistuleux, ses décollements considérables. Aussi la pré¬
sence constante d’un ou de plusieurs sujets en traitement pour
adénites est-elle une des caractéristiques de tout service chirur¬
gical aux colonies. La moyenne des séjours pour les malades de
cette catégorie est de deux mois au moins.
Dans ces conditions, nous nous sommes demandé s’il ne serait
pas possible, en modifiant les traitements ordinairement
employés, et qui tous sont aussi peu efficaces, d’abréger ces
interminables indisponibilités, et d’obtenir une plus rapide gué¬
rison. L’organisme mal armé luttant avec peine au sein des gan¬
glions contre les agents infectieux véhiculés par la lymphe, nous
avons tâché de lui venir en aide sur le champ de bataille même.
Nous avons cherché à introduire dans la trame du ganglion
engorgé, un agent bactéricide assez puissant pour détruire le
microorganisme virulent, sans nuire pour cela à la vitalité des
tissus en lutte contre lui. Nous avons choisi V éther iodoformé .
Dès qu’un malade vient nous consulter pour adénite com¬
mençante, nous ne perdons plus notre temps à lui conseiller un
repos à domicile qu’il ne garde pas, ni des pansements humides,
chauds, compressifs, accompagnés ou non de frictions avec des
pommades dites fondantes. Toutes les fois que c’est possible,
nous l’hospitalisons. Nous préférons commencer notre traite¬
ment avant que la fluctuation ne soit établie. Après avoir rasé la
partie malade, c’est toujours d’adénites inguinales qu’il s’agit,
nous délimitons le point culminant de la tumeur ganglionnaire,
et après l’avoir touché à la teinture d’iode, nous piquons avec
une seringue de Pravaz dans laquelle nous avons introduit une
petite quantité d’éther-iodoformé (solution du Codex à cinq
pour cent). Nous injectons ainsi, en plein ganglion, trois à
quatre gouttes de liquide, jamais davantage. Le plus souvent le
patient éprouve une douleur très vive, mais passagère et dispa¬
raissant très rapidement. Le jour même et les jours suivants, la
Séance du i3 Octobre i g i 5
615
tumeur grossit légèrement, mais sans devenir plus douloureuse,
et surtout sans que la lièvre vespérale, coexistant toujours, soit
augmentée.
Quand la tumeur est monoganglionnaire, les choses se passent
très simplement. Au bout du quatrième ou cinquième jouraprès
l’injection interstitielle, quelquefois dès le deuxième jour, elle
commence à diminuer de grosseur, et la fièvre du soir tombe.
Dès ce dernier symptôme observé, l’assurance que le traitement
a réussi est formelle.
En une semaine au plus, le ganglion, sans avoir disparu com¬
plètement, est devenu à peine perceptible, et complètement
indolore. Aucune gêne fonctionnelle n'existe plus, et le malade
considéré comme guéri est mis exéat.
Lorsque la tumeur est multiganglionnaire, constituée par
l’amalgame de plusieurs éléments, la piqûre est faite, et l’injec¬
tion poussée dans Je ganglion qui en occupe le centre. Mêmes
douleurs passagères, et mêmes phénomènes réactionnels. Au
bout du troisième ou quatrième jour, la tumeur, en diminuant
de volume, revêt un caractère particulier. Les nodules qui la
constituent ne forment plus une masse unique, mais tendent à
se détacher les uns des autres. Vers le huitième jour ils sont
devenus complètement indépendants, et forment sous le doigt
une chaîne ganglionnaire dont tous les éléments se perçoivent
nettement. Dans les mêmes conditions que pour la monoadénile,
la chute de la fièvre vespérale se produit vers le quatrième ou
cinquième jour après l’instillation iodoformée, indiquant que le
processus inflammatoire est terminé, et que la guérison va être
obtenue.
A deux reprises différentes, comme on le verra dans les obser¬
vations, ce traitement n'a pu être institué que longtemps après
le début de l'adénite, lorsque, la fluctuation étant déjà établie,
une ponction avait ramené du sang mélangé de quelques glo¬
bules de pus. Même dans ce cas, et avec un peu de surprise, le
résultat obtenu a été excellent. La guérison est survenue un peu
plus lentement, mais elle s'est produite néanmoins d’une façon
complète et définitive.
Il nous est arrivé, une fois, de ne pouvoir hospitaliser notre
malade qui, appartenant à l'armée et très pris par la mobilisa¬
tion, n’a pu, même pour quelques jours, quitter son service.
Dhez lui, le traitement ambulatoire a donné les mêmes bons
7
616
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
résultats que chez les malades hospitalisés, et la suppuration a
pu être évitée.
Concurremment avec l'instillation à l’éther iodoformé, nous
avons toujours employé tous les petits moyens habituellement
usités contre l’adénite : le malade était tenu couché, avec panse¬
ments humides compressifs, précédés, pour la nuit seulement, de
frictions à la pommade mercurielle.
En même temps nous remontions l’état général par un traite¬
ment approprié, faisant des injections sous-cutanées de o g. i5 c.
pro die de cacodvlat^ de soude, et administrant de l’iodure de
potassium aux deux principaux repas, à la dose de o g. 5o
chaque fois.
Habituellement une seule injection interstitielle a suffi pour
produire la guérison. Chez deux malades seulement, il a été
fait deux instillations à quelques jours d’intervalle.
Nous avons choisi la solution d’iodoforme dans l’éther de
préférence à toute autre, pensant que ce dissolvant, par sa grande
volatilité et sa rapide diffusion dans les tissus, devait être plus
actif, étant plus capable de s’insinuer partout, et de porter dans
les moindres canalicules ganglionnaires les parcelles de l’agent
médicamenteux.
En tout état de cause, et quoique nos observations ne soient
pas encore très nombreuses, nous avons estimé qu’il convenait
de les publier et de faire connaître les heureux résultats que ce
mode de traitement des adénites nous avait permis d’obtenir.'
Nos malades se sont montrés tellement heureux de leur prompte
guérison, que nous avons pensé de notre devoir de signaler Je
fait, et de donner ainsi à nos camarades la possibilité de pro¬
curer le même bienfait aux nombreux porteurs d’adénites de nos
services hospitaliers coloniaux.
Observation N° I. — L., ouvrier d’art au Chemin de fer du Conakry-
Niger, 25 ans, en Guinée depuis plusieurs années. Faciès fatigué et pâle.
Amaigrissement. Etat général laissant fort à désirer. Entre à l’hôpital
Ballay le 19 septembre 1914 porteur d’un paquet ganglionnaire de l’aine
gauche. Aucune maladie vénérienne, ni autre. Aucune porte d’entrée
apparente. 11 y a quatre jours, à la suite de fatigues, a vu apparaître de
la tuméfaction de l’aine. S’est soigné comme il a pu avant de se décider à
se faire hospitaliser. On trouve à la palpation deux tumeurs ganglion¬
naires : la première, volumineuse, est formée d’un seul gros ganglion ; la
seconde, placée plus bas, se compose de plusieurs petits ganglions. Le gan¬
glion supérieur est douloureux à la pression et même spontanément Une
ponction n’amène rien. Il est injecté en son milieu quatre gouttes d’éther
Séance du i3 Octobre 1916
617
iodoformé. Le malade est tenu couché. Pansement humide compressif le
jour; même pansement la nuit avec friction préalable à la pommade mer¬
curielle. Gargarisme chlorate. Solution ioduro-arséniée aux repas.
Le 27 septembre, c’est-à-dire neuf jours après, le malade quitte l’hô¬
pital. Ses ganglions sont encore perceptibles au toucher, mais complè¬
tement indolores. La fièvre qui avait été de 37°3 le jour de l’entrée, de
38°4 le jour de l’injection, etde37°7 le lendemain, est tombée complètement
dès le quatrième jour.
La guérison complète s’est maintenue. Ce malade a repris le travail et
ne s’est jamais représenté à la consultation.
Observation N° U. — N., adjudant des Troupes Coloniales, 44 ans.
Nombreux séjours coloniaux antérieurs. En Guinée depuis 22 mois.
Impaludé. Très anémié. Etat général mauvais. Entré à l’hôpital Ballay, à
son corps défendant, le 1er septembre 1914, porteur d’une adénite ingui¬
nale droite survenue sans cause apparente depuis près d’un mois. Tumeur
de la grosseur d’un œuf de poule, non fluctuante, très douloureuse à la
pression. Légère élévation quotidienne de la température.
Cette adénite traitée par le procédé de Fontan, ponction et injection de
vaseline iodoformée, guérit très lentement. Le 27 septembre deux nou¬
veaux groupes ganglionnaires' s’étant enflammés, l’un à la partie interne,
l’autre à la partie externe du ganglion primitivement pris, une injection
de quelques gouttes d’éther-iodoformé est pratiquée à la visite du matin,
en deux points différents, correspondant à chacun de ces groupements.
Le soir température 38°3. Pansement compressif, humide le jour, humide
avec onction à la pommade mercurielle la nuit. Solution ioduro-arséniée
aux deux repas. Quinine 0 gr. 23. Dès le lendemain, 28 septembre, la
température redevient normale. Dix jours après, le 7 septembre, le malade
est mis exéat et reprend son service. Les ganglions ont presque complè¬
tement disparu et sont complètement indolores. La guérison s’est main¬
tenue depuis. L’adénite incisée a mis 18 jours à guérir et celles traitées
par instillation d’éther-iodoformé neuf jours.
Observation N° lit. — G., sergent des Troupes Coloniales, âgé de
34 ans. En Guinée depuis 14 mois, a fait d’autres séjours aux Colonies.
Tempérament lymphatique; état général en apparence assez bon.
Se présente à la consultation le 11 janvier 1914, se plaignant d’une
grosseur subitement apparue dans l’aine droite, il y a quelques jours, et
qui va en augmentant. Douleur à la marche et à la pression. Pas d’autre
réaction, pas de fièvre. On ne trouve aucune porte d’entrée. Invité à entrer
à l’hôpital, le malade, dont le service est très chargé en ce moment,,
demande avec instance à être laissé chez lui.
Injection au sein de la tumeur ganglionnaire de quelques gouttes
d’éther-iodoformé, et application d’un pansement compressif. Recom¬
mandation est faite au patient, qui assure un travail de bureau, de ne pas
trop marcher.
Cinq jours après, le 16, ce sous-officier revient à la consultation. Son
adénite est en pleine régression, et notablement diminuée de volume.
Toute douleur a d-isparu. Se plaint seulement d’une certaine gêne bien
insignifiante et qui ne l’empêche pas de monter à bicyclette comme d’ha¬
bitude.
Nous avons revu depuis le malade à plusieurs reprises. La guérison
s’est définitivement maintenue.
618
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Observation N° IV. — F., employé de Commerce, âgé de 28 ans, dans
la Colonie depuis 18 mois. A été soigné pour paludisme aigu, il y a six
mois. Etat général habituel assez bon.
Revient à l'hôpital, le 21 janvier 1915, dans de très mauvaises condi¬
tions. Malade depuis quelque temps chez lui, il est amaigri, fatigué, le
faciès tiré; se plaint d’insomnie, de manque complet d’appétit.
Voici son billet d’entrée : « Paludisme aigu. Ce malade a des accès de
« fièvre depuis une dizaine de jours qui ont été traités par la quinine
« (1 g. par jour); depuis quatre jours, il est fait 0 g. 50 en injection ».
« Un ganglion vraisemblablement déterminé par des lésions scrotales
« superficielles, s’est montré dans la région inguinale gauche. Ce ganglion
« a beaucoup diminué, mais peut-être a-t-il de la fluctuation au côté
« externe. »
« Tous les soirs ta température atteint 39° à 39°5. »
« Les voies digestives sont légèrement embarrassées. » Dp Kerneis.
Dès le lendemain, à l’examen delà région atteinte, on trouve un paquet
ganglionnaire de la grosseur d’une mandarine, composé d'éléments se
détachant les uns des autres, et ne paraissant pas encore en voie de sup¬
puration. Il est fait au centre de la tumeur une instillation de 4 à 5 gouttes
d’éther-iodoformé. Cette instillation est trè§ pénible, mais la douleur ne
dure qu’un très court instant.
On prescrit en môme temps le repos au lit avec pansement humide et
compressif le jour, humide et compressif fa nuit, avec friction préalable de
pommade mercurielle. Vin tonique 80 g., iodure de potassium 0 g. 50 à
chaque repas. Injection deOg. 15 de cacodylate de soude durant 7 jours.
Le soir de l’injection interstitielle, aucune réaction fébrile. La tempéra¬
ture reste à37°9comme la veille; elle est stationnaire les jours suivants.
Le malade continue à n’éprouver aucune sensation d’élancement; sa
tumeur reste dure sans changement de volume Pourtant toute souffrance
spontanée ou à la pression a disparu.
Le 29, la température s’élève plus que d ‘habitude, 38°1, sans raison
apparente, rien de particulier ne paraissant se passer du coté de l’adénite
qui reste toujours aussi dure et aussi volumineuse.
Cette petite élévation de température persistant, nous faisons le
1er février une nouvelle injection interstitielle d’éther-iodoformé. Aucune
réaction le jour même. Mais les jours suivants le thermomètre reste plus
bas, et l’adénite va diminuant nettement de volume.
Le 7, le malade demande son exéat. Son état général est devenu excel¬
lent. et l’étal local, depuis la dernière instillation, s’est complètement
modifié. Ln tumeur s’est affaissée dans de notables proportions, et les gan¬
glions qui la constituent sont nettement séparés les uns des autres et per¬
ceptibles au toucher.
L’exéat est accordé ; il est simplement recommandé au malade d’être
prudent et d’éviter les stations debout et les marches prolongées. Depuis,
la guérison s’est maintenue.
Observation N° V. — V., ingénieur, âgé de 52 ans, dans la colonie
depuis 30 mois. Etat général mauvais. Anémie prononcée. A déjà fait
différents séjours à l’hôpital pour hépatalgie, bronchite, fièvre. Revient
le 1er mars, se plaignant de ressentir, depuis une quinzaine de jours, une
douleur à faîne gauche, consécutive à l’apparition et au développement
progressif, dans la même région, d’une tumeur dure, arrondie, de la gros¬
seur d’une grosse noix.
Séance du i3 Octobre 1915
619
Il s’agit d’une adénite inguinale gauche, sans périadénite et sans fluc¬
tuation. Aucune porte d’entrée visible. Instillation au centre de quelques
gouttes d’éther-iodoformé. Le soir et les jours suivants, un peu de fièvre.
Au point de vue local, réaction inflammatoire très nette : la tumeur a aug¬
menté légèrementde volume, mais elle reste dure, sans tendance à devenir
fluctuante.
Cependant, le 4, une ponction aspiratrîce ramène du sang un peu lou¬
che. Nouvelle instillation d’éther-iodoformé. Ce jour-là et le suivant,
même élévation de la température 38°4. Le surlendemain, 6 mars, la
fièvre tombe. Le ganglion a encore augmenté de volume, mais reste dur
et non fluctuant.
Le fl, l’adénite a très sensiblement diminué, elle est indolore et l’état
général est très amélioré. Le 15, M. V., qui a été gardé au lit jusque-là,
avec pansements compressifs, injections de cacodylate de soude, vin toni¬
que, etc., est autorisé à se lever et à marcher un peu. Et le lendemain, ce
léger exercice ne Bayant en rien fatigué, ni retenti d’aucune, façon sur
l’adénite qui est de plus en plus petite et toujours indolore, il est mis exéat
sur sa demande pour reprendre son service.
Depuis, le malade n’est pas revenu. La guérison s’est maintenue.
Observation N° VI. — C., soldat d’infanterie coloniale, 24 ans. Assez
bon état général, mais impaludé et légèrement anémié. 18 mois de séjour
colonial.
Entré à l’hôpital le 13 février 1915 pour bubon d’origine gonococcique
de l’aine gauche. Fluctuation très nette. Incision, issue d’une grande
quantité de pus, lavages et pansements appropriés.
Le 26 février, à l’aine droite, apparition de ganglions engorgés. Malgré
le repos au lit, et le traitement local, cet engorgement ayant tendance à
augmenter, le 2 mars, instillation de quelques gouttes d’éther-iodoformé
au sein du ganglion le plus volumineux de la pléiade. Aucune réaction
marquée. Dès le lendemain la douleur à ce niveau a disparu, et la tumeur
commence à diminuer de volume. La guérison complète était obtenue au
bout du huitième jour, le 10 mars.
L’adénite traitée par l’injection interstitielle à l’éther-iodoformé, aura
donc mis une semaine à guérir. Celle qui a suppuré, et qui avait débuté
près de quinze jours avant l’entrée à l’hôpital, c’est-à-dire à la fin de jan¬
vier, n’est pas guérie le 25 avril, jour où nous écrivons ces lignes.
A nos observations personnelles, nous ajoutons les suivantes
qui nous ont été obligeamment fournies par M. le médecin-
major Kerneis.
Observation Ne VIL — Soriba Sylla, pousseur, se présente à la visite
avec une grosse adénite inguinale gauche très douloureuse, probablement
consécutive à des plaies aux pieds. Imitant la thérapeutique nouvelle
employée parM. le médecin-chef de l’hôpital Ballay dans son service des
Européens, nous lui faisons dans son ganglion une injection de 1 cc.
d’éther iodoformé. Cet indigène est resté ensuite au repos chez lui, et
lorsque nous l’avons revu 8 jours après l’injection, il n'y avait plus aucun
gonflement, ni aucune douleur.
Observation No VIII. — Le tirailleur Bala Massare est hospitalisé le
12 novembre pour adénite inguinale droite suppurée, suite d’un chancre
620
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de la verge. Ce tirailleur, qui provient de Kindia, est en bonne voie de
guérison en ce qui concerne son adénite droite. Mais à gauche est apparue
une nouvelle adénite très douloureuse. 11 n’y a pas de plaie aux membres
inférieurs.
On fait dans cette adénite une injection de 1 cc. d’éther iodoformé le
16 novembre. Cette injection a été suffisante pour amener la résorption
complète de la tumeur en formation, et ce tirailleur aurait pu quitter l’hô¬
pital bien avant le 28 novembre, jour de son exéat, si son adénite droite
n’avait pas nécessité encore des pansements spéciaux.
Observation N° IX. — Sera Koxe, cuisinier, vient à la visite avec un
vaste chancre mou dans le sillon balano-préputial, et une adénite fluc¬
tuante du volume d’un petit œuf de poule dans chacune des aines droite et
gauche.
Au lieu de faire l'opération de Fontan (incision étroite avec expression
des ganglions, lavage au sublimé et injection de vaseline iodoformée),
nous injectons dans chaque ganglion fluctuant XX gouttes d’éther-iodo¬
formé. La douleur a été très vive pendant 10 minutes, puis le malade, qui
n’a pas voulu être hospitalisé, est parti chez lui se reposer.
Trois jours après l’injection d’éther-iodoformé, il revient à l’hôpital, les
deux bubons suppurent par un tout petit orifice. On exprime le pus et on
applique un pansement humide. On pense que cette fois l’injection d’éther-
iodoformé ne donnera pas un bon résultat Aussi n’est-ce pas sans éton¬
nement que, huit jours après (soit 11 jours après l’injection), nous voyons
le malade marchant facilement et demandant à reprendre son service. La
guérison était complète. Nous n’avons pas revu cet indigène.
(. Direction du Service de Santé de la Guinée française,
Conakry, 25 avril 19 15).
(
Le Gérant ; P. MASSON.
(.AVAL.
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Tome VIII.
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No 9.
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Séance du 10 novembre 1915
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 9
Séance du 10 novembre 1915
PAGES
PRÉSENTATION
R. T. Leiper. — Rapport sur la bilharziose . 621
CORRESPONDANCE . 622
Décès de E. A. Minchin . 622
COMMUNICATIONS
M. Réguet, L. Musso et Et. Sergent. — Troisième campagne contre les
Acridiens {Schistocerca peregrina 01.) en Algérie au moyen du Coc-
cobacillus acridiorum d’Hérelle _ . 634
F. Heckenroth. — Au sujet des grains rouges d’un myeétome. . . . 624
F, d’HÉRELLE. — La campagne contre les sauterelles en Tunisie en 1915 629
F. d Hérelle. — Lutte contre les sauterelles. Discussion . 64o
Jouenne. — Un cas de myeétome à grains rouges . 023
Ch. Joyeux. — Sur quelques Arthropodes récoltés en Haute-Guinée fran¬
çaise . 656
A. Lafont. — Myeétome à grains rouges. Discussion . 628
A. Laveran. — Trypanosoma soudanaise et Tr. berberum . Discussion. 654
Voir La suite du sommaire paye III de la couverture
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A. Lecomte. — Les kystes à Filaires ( Onchocerca volvulus ) au Soudan
Français . 655
Edm. et Et. Sergent, A. Liiéritier et M. Béguet. — Comparaison entre
le Trypanosoma soudanen.se et le Tr. berberum . 65o
Edm. Sergent et A. Lhéritier. — Longue incubation ou latence d’infec¬
tions à trypanosomes chez des chiens inoculés avec des virus prove¬
nant de chèvres . 653
H. Velu. — La Trypanosomiase des chevaux du Maroc (Etude clinique) 646
H. Velu et A. Bouin. — Essais de destruction de Schistocerca peregrina
Olivier, au Maroc, par l’emploi des cultures microbiennes ( Coccoba -
cillus acrîdtorum d’Hérelle) . 638
H. Velu et A. Eyraud. — Observations sur diverses formes de Piroplas¬
mes, rencontrées sur des bovins indigènes de la Chaouïa .... 643
W. L. Yarimoff et A. P. Demidoff. — Choléra et dysenterie amibienne. 64 1
MÉMOIBES
A. Lafont. — - Une épidémie de peste humaine à Dakar (avril 1 9 1 4-
février 1 q 1 5) . . . 660
A. Laveran. — Nouvelle contribution à l’élude des infections expéri¬
mentales de la souris par la Leishmania tropica \ un cas d’infection
de la gerbille . 680
A. Bailliet et A. Henry. — Le parasite de la dermite granuleuse des
Equidés . 6q5
J. Rodhain et J. Bequaert. — Sur quelques Œstrides du Congo (2e comm.
prélim.) . 687
OUVRAGES REÇUS . . . 7o5
LISTE DES ÉCHANGES . 708
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i9i5
N°
9-
‘BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 10 NOVEMBRE I 9 I 5.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Présentation
M. R. T. Leiper, helminthologiste à l’Ecole de Médecine
tropicale de Londres, adresse à la Société son iei> Report on the
Results of the Bilkarzia Mission in Egypt igi5. Cet important
rapport paraît bien résoudre la question encore si discutée de
Pétiologie de la Bilharziose. L’auteur a réussi à mettre en
évidence les cercaires bilharziennes chez des mollusques gas¬
tropodes d’eau douce de genres divers, Planorbes, Bu lûmes,
Mélanies, etc. En partant des cercaires émises par ces hôtes
intermédiaires, il a obtenu l’infestation expérimentale des sin¬
ges, des rats et des souris. L’infection se fait soit par la voie
buccale, soit par la voie cutanée. L’importance de -ces données
pour la prophylaxie de l’affection bilharzienne n’échappera à
personne. Ainsi se trouvent éclaircies les conditions de trans¬
mission d’une des affections parasitaires graves les plus répan¬
dues dans les régions chaudes.
43
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Correspondance
M. Couteaud, membre titulaire honoraire de la Société,
adresse sa démission.
Décès de M. Ed. A. Minchin
Le Président. — Notre Société est très éprouvée depuis quel¬
que temps. Le mois dernier j’avais à annoncer la mort de
C. Finlay et celle de Lagane, aujourd’hui j’ai le grand regret
d’avoir à annoncerla mort de M. Minchin, Correspondant étranger.
Minciiin (Edward, Alfred) était né à Weston-sur-Mer (Angle¬
terre) en 1866. Après d'excellentes études faites à Oxford,
Minchin fut nommé démonstrateur en Anatomie comparée à
Oxford (1890-1899). En 1898 et 1899, il est lecteur en Biologie
au Guy’s Hospital de Londres et de 1899 à 1906, professeur de
Zoologie et d’Anatomie comparée à l’University College de
Londres.
En ipo5, Minchin est désigné comme membre de la Commis¬
sion de la Maladie du sommeil de la Royal Society et, en 1906,
il devient professeur de Protozoologie à l’Université de Londres.
En 1911 il avait été élu membre de la Royal Society. Il était
vice-président de la Société zoologique de Londres.
On doit à Minchin de remarquables travaux sur les Eponges,
mais c/est surtout par ses recherches en Protozoologie qu’il s’est
fait connaître ; il a découvert, avec Fantham, un nouveau para¬
site humain, le Rhinosporidium Kinealyi ; il a publié d'excellentes
études sur les trypanosomes et les trypanoplasmes des Poissons
et sur le Trymnosonia Lewisi (en collaboration avec Thomson) ;
il a écrit enfin le chapitre Sporozoa dans le Traité de Zoologie
de Ray Lankester et un ouvrage remarquable intitulé : An Intro¬
duction to the Study of t/te Protozoa.
Minchin était d’un caractère très affable, j’ai conservé le meil¬
leur souvenir d’une visite que je lui fis à son laboratoire de
l'Institut Lister lors d'un de mes voyages à Londres, il sera
vivement regretté par ses collègues, ses élèves et ses amis.
Au nom de la Société de pathologie exotique, j’adresse à la
Famille de notre très regretté Collègue des condoléances bien
sincères.
Séance du 10 Novembre 1916
023
COMMUNICATIONS
Un cas de mycétome à grains rouges
Par JOUENNE.
Nous avons eu l’occasion d’examiner au dispensaire de lvao-
lack, en mars 1915, un indigène originaire du Djoloff (Sénégal),
âgé de 4o ans, porteur d’un mycétome à grains rouges.
La maladie avait commencé un an auparavant, au mois de
mars 1 9 1 Zj , par un empâtement de la région postéro-interne du
genou droit, sans commémoratifs aucuns pouvant expliquer l’ap¬
parition de cette tumeur (piqûre, contusion).
Dans les premiers temps, la tumeur était grosse comme un œuf
et complètement indolore ; elle ne gênait en rien le malade qui
pouvait marcher et cultiver son champ. Cette tumeur était molle.
Elle a augmenté peu à peu de volume dans les semaines suivan¬
tes, mais c'est surtout en juillet 1914 qu’elle a subi une brusque
poussée et qu elle a atteint sa grosseur actuelle.
A ce moment, des pertuis se sont ouverts à la surface de la
tumeur, laissant échapper un liquide séro-pu ru lent. Ces pertuis,
rares d’abord, sont peu à peu devenus plus nombreux.
Actuellement le malade présente dans la région du genou
droit une volumineuse tumeur de 23 cm. de haut et de y3 cm.
de circonférence, se développant surtout aux dépens de la partie
postéro-interne du genou. Celte tumeur est indolore à la pres¬
sion et 11e devient légèrement don lou reuse que pendant la mar¬
che, qui est possible, puisque le malade est venu à pied du Djo¬
lofF à Fatick et de cette escale à Kaolack, faisant ainsi un trajet
de 260 kilomètres. Elle entraîne cependant une légère claudi¬
cation assez accentuée.
L’état général du malade n’est pas très atteint. L’appétit et le
sommeil sont conservés. Le malade se plaint seulement de cram¬
pes dans la jambe et éprouve des vertiges quand il passe de la
position assise à la station debout.
L’articulation du genou est intacte et les tissus au devant de
cette articulation sont seulement envahis par un léger œdème.
624
Bulletin de la Société de. Pathologie exotique
La tumeur occupe toute la face interne de l’articulation et la
région du creux poplité, formant une masse dure, rénitente, se
déplaçant sur les tissus profonds, mais d'une façon limitée. Elle
surplombe franchement les téguments de la jambe à sa partie
inférieure formant ainsi un volumineux néoplasme bosselé.
Sur toute sa surface., on trouve une quinzaine de petites ulcé¬
rations variant de la dimension d’une pièce de 5o centimes à une
pièce de un franc, ulcérations irrégulières, à fond sanieux, lais¬
sant s’écouler une sérosité louche, légèrement sanguinolente, et
contenant de nombreux grains rouges. Au fond de ces ulcéra¬
tions, le stylet découvre des trajets dans lesquels il s’enfonce sans
résistance notable de 2 ou 3 cm. Il semble que sa pointe s’arrête
sur un tissu lardacé plus résistant.
Sur toute la surface de la tumeur, entre ces ulcérations, on
remarque de petits soulèvements de la peau qui, au niveau de
ces points, est amincie et prend une coloration rose violacée.
A la ponction de ces soulèvements, on retire une faible quan¬
tité de liquide séreux contenant quelques grains rouges en sus¬
pension. Ces petites tuméfactions, en subissant un processus
d’ulcération, aboutissent à la formation de nouvelles fistules.
Notre observation vient s’ajouter à celles de Pelletier (i) et
de Tiiiroux et Pelletier (2). Elle reste jusqu’à présent incom¬
plète, car nous avons dû évacuer le malade sur Dakar.
Au sujet des grains rouges d’un mycétome
Par F. HECKENROTH.
Les mycétomes à grains rouges, assez communs, semble-t-il, en
Afrique Occidentale française, ont été déjà l’objet des recher¬
ches de Laveran (3), Tiiiroux et Pelletier (4), Pinoy (5). Nous
(1) Pelletier. Mycétome à grains roses. Annales d'Hygiène et Médec.
colon ., 1906, p. 678.
(2) Thiroux et Pelletier. Mycétome à grains rouges de la paroi thoracique.
Bullet. Soc. Pat/i. Exot ., 1912, p. 585.
(3) A. Laveran, Tumeur provoquée par un microcoque rose en zooglée,
C. R. Soc. Biologie, t,. LXI, 1906, page 34o.
(4) A. Thiroux et J. Pelletier, Mycétome à grains rouges de la paroi thora¬
cique, Bull. Soc. Path. exotique , 1912, page 585.
(5) Pinoy, Présentation de grains rouges, Bull. Soc. Path. exotique , 1913,
page 294.
Séance' du io Novembre 1915
625
avons pu, à notre tour, examiner les grains rouges d’un de ces
mycétomes chez un indigène sénégalais porteur d’une volumi¬
neuse tumeur du genou que M. le Dr Jouenne, médecin de
l’Assistance Indigène, avait eu l’obligeance de nous adresser et
que M. le Dr Lecomte, directeur de l’Hôpital Central de Dakar,
a bien voulu recevoir dans un de ses services où nous avons pu,
tout à notre aise, effectuer nos prélèvements.
Le malade, dont l’observation a été faite par M. Jouenne
(v. ci-dessus), est dans un état de santé assez satisfaisant au
moment de nos recherches. Sa formule leucocytaire montre
seulement un pourcentage très élevé des grands mononucléaires,
malgré l’absence d’hématozoaires de Laveran dans le sang.
Mononucléaires petits et moyens .... 11
Mononucléaires grands . 29
Polynucléaires . 59
Eosinophiles . 1
La quantité de grains rouges rejetés par la tumeur est consi¬
dérable. Ils sont tantôt intimement mêlés à un pus bien lié
auquel ils communiquent une teinte rosée, tantôt en suspension
dans le liquide séro-hématique *qui sourd des trajets fistuleux
ouverts récemment. Sur les linges qui recouvrent la tumeur et
autour de l’orifice des fistules, on en trouve aussi qui se sont
accumulés en amas assez gros sous le pansement.
Les grains recueillis sont de forme irrégulière et leur taille est
très variable. Les uns sont à peine visibles à l’œil nu, d’autres
peuvent avoir jusqu’à r / 5, i/3, 2/3 de mm. dans leur plus
grand diamètre. Ces grains sont de consistance relativement
dure ; mais ils s’écrasent assez facilement sur la lame. Plus
exactement, ils éclatent et se fragmentent.
Lorsqu’ils sont en suspension dans l’eau, ils ont une couleur
rose pâle, mais ils paraissent franchement « corail » lorsqu’ils
se sont réunis en grand nombre au fond du tube. Un commen¬
cement de dessiccation fait prendre aux grains une coloration
rubis : c’est la couleur des grains récoltés sur les linges du pan¬
sement. Après dessiccation complète, leur teinte est celle du
« rouge Bordeaux ». Mis à nouveau au contact de l’eau, ils rede¬
viennent roses.
L’action prolongée de l’eau n’a aucune action sur la colora¬
tion des grains rouges. L’alcool, pur ou dilué, l’atténue très
fortement en quelques jours, sans toutefois la faire entièrement
626
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
disparaître ; cet alcool se colore légèrement. L’acide acétique
produit en quelques minutes, et plus avant, cette décoloration
des corpuscules rouges qui est complète après 48 h. ; il prend
lui-même une teinte rosée bien franche. Dans la potasse à
4o o/o, les grains jaunissent instantanément, puis brunissent au
bout de quelques instants, la solution de potasse se colorant en
jaune. Après 48 h., il sont devenus rosés ou couleur brique.
L’acide sulfurique officinal noircit les grains dès qu’ils sont mis
à son contact et les détruit très rapidement en restant brun-foncé.
Dans les acides phosphorique et lactique, les grains conservent
leur coloration et leur. forme, sans altération apparente.
Si, après des lavages répétés, on examine des grains rouges
au microscope, on voit qu’ils sont encore entourés d’une gan¬
gue ceilulo-muqueuse plus ou moins épaisse, qui souvent agglu¬
tine en grappe un nombre assez considérable de corpuscules.
A coloration, cette gangue est constituée par du mucus, des
cellules de pus et des microbes d’infection secondaire parmi
lesquels nous avons surtout trouvé du pyocyanique, et une
bactérie ovoïde ne prenant pas le Gram.
L’examen direct du grain ne permet pas déjuger de sa struc¬
ture. Après un écrasement léger, on distingue seulement au
milieu d’une masse amorphe très abondante, rosée ou jaunâtre,
des parties qui soin nettement granuleuses et comparables à de
gros amas de microbes agglutinés. L’action des acides, du
xylol, ne permet pas davantage l’observation. L’alcool durcit
fortement le grain et gène plutôt l'examen. La potasse à l\o o/o
le décape en quelque sorte en dissolvant entièrement la gangue
de rnuco-pus qui l'entoure, mais elle ne facilite pas l’écrasement
du corpuscule, pas plus qu elle ne l’éclaircit.
Si on colore le grain après un écrasement léger , on voit, par
endroits, dans la masse amorphe qui constitue la majeure partie
de ce grain, des amas de granulations cocciformes tassées les
unes contre les autres et prenant très vigoureusement la
matière colorante. Certains grains sont très riches en granula¬
tions, d’autres au contraire n’en contiennent que fort peu. Ces
granulations ont été vues et décrites en 1906 par Laveran
(. Micrococcus Pelletieri) et, en obtenant leur culture, Thiroux et
Pelletier, puis Pinoy, ont montré qu elles n’étaient que les
spores d’un champignon : Oospora Pelletieri (Thiroux et Pel¬
letier) ou Nocardia madurœ Vincent (Pinoy).
Séance du io Novembre 1915
027
Si l’on écrase finement un grain rouge et qu’on examine, après
coloration simple ou mieux après un Gram, les bords peu épais
de ce qui constitue les « éclats » du grain, on note qu’à ce
niveau les microcoques sont généralement en petit nombre et
parfois disposés en chapelets, en courtes chaînettes, comme
l’avait déjà vu Laveran. Ces chaînettes, bien dessinées, se croi¬
sant souvent avec d’autres chaînettes, déterminant ainsi un
réseau dont la régularité retient l'attention. En d’autres points,
on peut voir, comme s’ils avaient été expulsés de la masse amor¬
phe du grain à laq uelle ils adhèrent encore, des filaments étroits,
toujours courts, tantôt isolés, tantôt entrecroisés avec d’autres
qui nous paraissent devoir être considérés comme un reste
de mycélium.
En effet, à l’intérieur de ces filaments, on remarque assez
souvent les granulations cocciformes du grain rouge, granula¬
tions tout à fait comparables à celles que Pelletier et Tiiiroux
ont constatées dans certaines partie du mycélium de leurs cul¬
tures d 'Oospora Pelleticri.
Des filaments de même nature, rares il est vrai, ayant de 10
à 5o p. de longueur, sont également rencontrés épars au milieu
de la préparation ; les uns contiennent des granulations, d’au¬
tres n’en contiennent pas du tout. Ces filaments montrent pres¬
que toujours une ou deux amorces de ramification. Ils ne sont
pas cloisonnés et leur épaisseur, qui varie en moyenne, d un
filament à l’autre, du simple au double, ne dépasse pas 1 p. Les
granulations sont irrégulièrement distribuées dans l’intérieur
du tube; tantôt elles sont très voisines et se touchent même,
tantôt elles sont relativement espacées l’une de l’autre. Certaines
ont l'épaisseur du tube où elles sont logées, d’autres sont d’un
diamètre beaucoup plus petit.
Il semble donc bien que nous nous trouvons en présence du
mycélium du champignon qui cause le grain rouge. Ce mycé¬
lium 11e prend pas le Gram, tandis que les granulations qu'il
contient le prennent vigoureusement. En cultures pourtant,
d’après Thiroux et Pelletier, spores et filaments prennent le
Gram. Il est probable que cette différence de réaction du fila¬
ment mycélien du grain rouge vis-à-vis du colorant est le résul¬
tat d’une dégénérescence avancée du thalle du champignon,
causée par les conditions de vie difficiles où celui-ci se trouve
dans l’organisme.
628
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nous croyons donc qu’il existe dans les grains rouges un
mycélium plus ou moins dégénéré. Ce mycélium est impossible
à voir au milieu de la masse amorphe du grain qui prend la
même coloration que lui ; mais il est dessiné sur cette masse par
les chapelets de granulations évidemment contenus dans des
tubes mycéliens. Il apparaît quand, par écrasement, on réussit
à l’entraîner par endroits en dehors de la masse mucilagineuse
du corpuscule.
Peut-être, pour obtenir ce résultat, faut-il, comme nous
l’avons fait nous-même, opérer sur des grains rouges fraîche¬
ment expulsés de la tumeur et n’ayant été durcis par aucun
liquide conservateur.
La constatation de l’existence d’un mycélium, même dégénéré,
dans la structure du grain rouge, vient à l’appui de la thèse de
Pinoy qui se refuse à faire entre Nocardia Pelletieri et Nocardia
madurœ Vincent la distinction spécifique réclamée par Thiroux
et par Brumpt. On sait que ces derniers auteurs retiennent,
entr’autres caractères, pour justifier cette distinction, l'impossi¬
bilité où l’on s’est trouvé jusqu’à ce jour de mettre en évidence
un mycélium dans les éléments constituants du grain rouge.
Malgré des essais nombreux et variés, nous n’avons pas réussi
à cultiver les grains rouges.
(. Laboratoire de Bactériologie de l'A. O. F.).
M, Lafont. — Je connais le cas de mycétoine à grains rouges
dont M. Heckenroth a étudié les particularités.
Un mois après la constatation d’une formule sanguine à mono¬
nucléose prédominante, j’ai eu l'occasion d’observer (avril iqi5)
un renversement de la formule : leucocytose élevée (20.000 leu¬
cocytes au mm3), polynucléose à 78 0/0, éosinophilie à 0,1. Les
pertuis sécrétaient, en plus des grains, un pus abondant à pyo¬
cyanique et l’état général du malade était des plus précaires,
paraissant laisser peu de chances à l’acte opératoire, s’il venait
à être tenté.
J’attribue l’échec des cultures des grains soit à l’envahissement
des trajets fistuleux par le bacille pyocyanique à pouvoir réduc¬
teur élevé, soit à l'action du galyl que le malade a reçu au début
en injections intraveineuses (deux ou trois injections de 0,26 à
o,3o ctg.), ou bien à ces deux causes réunies. Malgré son action
Séance du io Novembre i 9 i 5
629
tonique et antiparasitaire puissante, le galyl s’est montré ineffi¬
cace dans ce cas bien caractérisé de mycétome à grains rouges.
La campagne contre les sauterelles
en Tunisie en 1915
Par F. d’HÉRELLE.
En 1913 se produisit une invasion de sauterelles dans les
territoires militaires du Tchad; les pontes eurent lieu dans
toute la région comprise entre le Tchad et le Niger, les colonnes
de criquets dévorèrent les récoltes, amenant une famine qui
causa la mort de plus de cent mille indigènes. Ces criquets,
mués en sauterelles ailées, prirent leur vol vers le Nord et en
1916 envahirent toute l’Afrique Mineure, du Maroc jusqu’à
l’Egypte
En Tunisie, les premiers vols furent signalés dans l’extrême
Sud en novembre 1 9 ï 4 ^ ils y furent peu à peu rejoints par de
nouveaux vols qui s’accumulèrent dans les régions sahariennes
jusqu’à fin février, époque où la température plus élevée leur
permit de continuer leur voyage. A ce moment la situation
paraissait très sérieuse. Depuis trois ans, par suite d'une période
de sécheresse, les récoltes avaient été tellement mauvaises que
le Gouvernement avait dû recourir aux prêts de céréales pour
éviter la famine; la récolte 1 9 r 5 par contre s’annonçait comme
devant être excellente quand l'invasion de sauterelles vint
menacer le protectorat d’un véritable désastre économique. Sur
le conseil de M. le Dr Nicolle, le Gouvernement Tunisien résolut
d’adjoindre aux procédés de défense mécanique, le procédé
biologique de destruction des sauterelles et me demanda de
venir en Tunisie pour le mettre en pratique.
Pour pouvoir effectuer convenablement les infestations sur
toute l’étendue d’un pays qui, comme la Tunisie, couvre plus de
100.000 km2, qui furent envahis en totalité, un personnel nom¬
breux aurait été nécessaire. Par suite de la mobilisation, il
fut impossible au Gouvernement Tunisien de m’adjoindre aucun
collaborateur (1). J’avais le choix entre deux méthodes : choisir
(1) La Direction de l’Agriculture m’adjoigmit pendant le mois de mai
630
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
une région délimitée dans les limites de laquelle j’aurais infesté
toutes les colonnes, ou opérer sur toute l’étendue de la Tunisie,
commençant par les régions du Sud et remontant rapidement
vers le Nord au fur et à mesure des éclosions ; dans ce dernier
cas il me fallait partir des confins du Sahara vers la fin d’avril,
époque où devaient se produire les premières éclosions dans cette
région, et arriver en Kroumirie au commencement de juillet,
me contentant simplement d’infester quelques bandes dans
chaque district, et m’empressant de passer le plus vite possible
dans le district voisin. Cette rapidité excluait toute possibilité
d’observation quant aux résultats des infestations. La première
méthode paraissait certes plus brillante : j’aurais pu faire visiter
les champs d’expérience par les autorités et leur faire constater
le nombre de cadavres de criquets et la fonte des colonnes ; la
seconde méthode, par contre, eu égard aux circonstances, me
sembla de nature à rendre beaucoup plus de services : il s’agis¬
sait avant tout d’essayer de sauver de la destruction le plus de
récoltes possibles.
Comme je l’ai toujours recommandé, les moyens de défense
mécaniques furent également mis en œuvre pour protéger les
cultures directement menacées : l’épizootie n’amène pas la mort
en un laps de temps suffisamment court pour qu’une colonne
sur le point d’envahir des champs cultivés soit détruite avant
d’avoir eu le temps d’opérer de sérieux ravages.
Afin de mieux faire comprendre le plan de campagne adopté,
je rappellerai en quelques lignes la biologie des grands acridiens
migrateurs représentés sur l’ancien continent par Schistocerca
peregrina , Oliv. Les vols d’insectes adultes, appelés vulgairement
sauterelles, arrivent sur les confins Nord du Sahara, venant du
Sud, pendant l’hiver. Aussitôt que la température s’élève, ils
s’avancent vers le Nord, s’arrêtent une première fois pour
pondre vers la limite du désert au commencement de mars, et
arrivent aux rives de la Méditerranée en juin, effectuant sur leur
parcours leurs pontes successives tous les vingt à vingt-cinq
M. Laine, préparateur à l’Institut Agronomique, appelé en Tunisie pour
diriger une station expérimentale. Son esprit scientifique et son dévouement
m'auraient rendu son concours précieux, si son état de santé lui avait permis
de supporter les rudes fatigues d’une campagne de criquets. Mobilisé au début
de la guerre, M. Laine avait contracté la tuberculose dans les tranchées dans
le courant de l’hiver. Déjà profondément atteint quand il fut réformé en
février, il est mort à Tunis au commencement de septembre.
Séance du io Novembre 1915
631
jours. L’invasion n’est jamais unique, mais constituée par des
vols plus ou moins importants qui se suivent par vagues.
Chaque ponte se compose de quarante à cent œufs enrobés dans
une substance ntiu ci 11 agi lieuse et formant une cartouche que la
femelle dépose dans le sol. Il n’est pas rare de voir des vols de
plusieurs centaines de millions d’insectes, couvrant plusieurs
milliers d hectares, avec une densité d’une centaine d’individus
par nr, toutes les femelles pondant simultanément, chacune
portant un mâle agrippé sur son dos. Aussitôt la ponte finie, les
sauterelles reprennent leur vol. L’incubation des œufs dure
de vingt à quarante jours suivant la température ambiante.
Après ce laps de temps, les larves marcheuses, vulgairement
mouches, sortent de l'œuf. Leur longueur est d’environ 2 mm.
Elles se groupent par petites taches très compactes. Cinq à six
jours après l’éclosion, elles subissent une mue qui les transforme
en larves sauteuses ou criquets. Les petites taches se réunissent
et forment des colonnes qui parcourent le pays, dévorant tout
sur leur passage; l’étape journalière, primitivement d’une cen¬
taine de mètres, s’élève avec l’âge et atteint six à sept kilomètres
avant la dermière mue. Pendant leurs pérégrinations, les
colonnes, suivant les accidents de terrain, se fragmentent, se
subdivisent, chaque portion se réunissant ensuite aux fragments
de bandes voisines ; il s’établit ainsi continuellement des dislo¬
cations et des fusions successives qui font qu’il existe des con¬
tacts entre toutes les colonnes d’une même région. Environ
soixante jours après l’éclosion, après avoir passé par six mues
successives qui portent leur taille à environ G cm., les criquets
subissent une dernière métamorphose qui les transforme en
insectes parfaits ailés ou sauterelles qui prennent leur vol, sui¬
vant en sens inverse le chemin parcouru par les vols mères dont
ils descendent.
Cette année en Tunisie, les premières pontes eurent lieu
dans la région des Chotts pendant la première quinzaine de
mars ; dans la région de l’oasis de Gafsa fin mars ; dans la
contrée s’étendant de El Djem à Gabès en avril; dans la région
de Sousse et la partie médiane de la Tunisie en mai, et dans les
régions côtières du Nord en juin.
Vu le court intervalle de temps pendant lequel je devais
parcourir tout le pays, j’adoptai le mode opératoire suivant.
Choisissant dans chaque département, ou Contrôle Civil sui-
632
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
vant le terme tunisien, un point central, j'y établissais le labo¬
ratoire ambulant pour l’exaltation de la virulence du cocobacille
et pour la préparation des bouillons destinés aux infestations.
De ce point central, je rayonnais sur la contrée environnante,
suivant de préférence Je cours des vallées. Comme je ne pouvais
songer à infester chaque bande, l’étude de la carte, sur laquelle
je reportais toutes les colonnes qui m’étaient signalées par les
autorités, m’indiquait les colonnes qui avaient le plus de
chance, vu le relief du sol, de se fragmenter en plusieurs ban¬
des après l’infestation, chaque fragment devant constituer un
foyer et pouvant à son tour transmettre la maladie aux colonnes
voisines. J espérai ainsi disséminer l’épizootie avec le minimum
d’in festation.
Je n’entrerai pas dans le détail des infestations, qu’il me
suffise d’indiquer les centres successivement choisis : Metlaoui,
Tozeur, Gafsa, Sfax et Gabès dans le Sud ; Feriana, Sbeitla,
Kairouan, Sousse dans la région moyenne ; Tabarka et Tunis
dans le Nord. Tant à cheval qu’en automobile, je parcourus
pour la recherche des colonnes à infester plus de trois mille
kilomètres. Le nombre de colonnes infestées fut d’environ
quatre cents.
La mortalité fut en plusieurs circonstances tellement élevée
et si subite, qu elle fut signalée aux autorités par les indigènes.
Malgré qu’il me fût impossible de rester à chaque endroit un
temps suffisant pour constater les résultats obtenus, je pus plu¬
sieurs fois vérifier les effets éloignés de l’épizootie. Je citerai
quelques cas comme exemples.
Au commencement de mai, j’infeste au N. de Metlaoui des
colonnes se dirigeant vers le Nord. Fin mai, l’épizootie était
signalée à Sidi Bou Baker, à 25 kilomètres au Nord des points
infestés, et sévissait avec une telle intensité qu’elle anéantit en
quelques jours des colonnes entières de tout jeunes criquets.
Le 3o mai, j’infeste des colonnes au N. -O. de Sfax, à Bou
Thadi : ces colonnes se dirigeaient vers le sud du Contrôle de
Kairouan. A la fin de juin, au cours des randonnées autour de
ce dernier centre, il me fut impossible de rencontrer aucune
colonne dans toute la région s’étendant jusqu’à cent kilomètres
vers le Sud où pourtant de nombreuses éclosions avaient été
signalées. Après une minutieuse recherche, et grâce à l’aide des
indigènes, je pus finalement trouver une tache de quelques
Séance du io Novembre i g i 5
633
mètres carrés, formée de quelques centaines de criquets dont
la majorité étaient déjà atteints de la diarrhée caractéristique :
c’était tout ce qui restait. En plusieurs endroits je rencontrai
des taches de cadavres desséchés. L’épizootie, amorcée par les
colonnes venant du contrôle de Sfax, avait fait son œuvre et
complètement anéanti toutes les colonnes de la partie Sud du
Contrôle de Kai rouan.
Le 6 juillet, j’infeste une colonne près de Zaghouan, elle
continue sa route vers le Nord et je n’ai plus l’occasion de la
revoir. Le 22 je retourne à Zaghouan, et je trouve près de cette
ville une grosse colonne en train de disparaître. Tous rensei¬
gnements pris, cette colonne venait du Sud et n’avait pu être
infestée directement, elle était arrivée le 16 à l’endroit où les
infestations du 6 avaient eu lieu et l’épizootie s’était alors
déclarée avec une telle violence qu elle s’était arrêtée. Je revins
à Zaghouan le 24, l’épizootie achevait son œuvre, presque tous
les insectes encore vivants étaient déjà atteints. Sur un mètre
carré de terrain, pris au hasard, je pus ramasser quarante-deux
cadavres frais. Sachant la rapidité avec laquelle les cadavres
sont dévorés par les criquets survivants et les autres insectes, ou
desséchés en quelques heures par l’action d’une chaleur tor¬
ride, on peut évaluer en réalité à plusieurs centaines d’indivi¬
dus la mortalité par mètre carré.
Somme toute, chaque fois qu’il me fut donné de revoir, soit
les colonnes directement infestées, soit les régions où avaient
eu lieu des infestations, j’ai toujours retrouvé l’épizootie pré¬
sente.
Grâce aux mesures de défenses, tant biologiques que méca¬
niques, prises par le Gouvernement tunisien, l’invasion de sau¬
terelles de 191b, considérée d’abord comme devant amener un
véritable désastre, ne causa que des dégâts absolument insi¬
gnifiants, et seulement dans quelques vignobles du Nord déjà
ravagés par le mildiou.
634
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
«
Troisième campagne contre les Acridiens
(Schistocerca peregrina OL) en Algérie
au moyen du Coccobacillus
acridiorum cTHérelle.
J\ote préliminaire .
Par M. BÉGUET, L. MUSSO et Etienne SERGENT.
L'utilisation du virus de d’HÉRELLE dans la lutte contre les
Sauterelles a été étudiée en Algérie en 1913 et en 1914 pour la
destruction d’Orlhoptères autochtones, les Stauronotns marocca-
nas Tiiunb., qui sont une espèce erratique (1). Une invasion très
importante de Schistocerca peregrina Ol., qui atteignit l’Algérie
en automne 1914 et se propagea jusqu’à la mer au printemps
1915, nous donna l’occasion d’expérimenter le Coccobacillus
acridiorum contre l’espèce même dont il a été isolé en Amérique
par d’HÉRELLE.
La question que nous nous sommes posée est la suivante :
Dans les conditions où l’on se trouve en Algérie, le procédé de
contamination des bandes de Schistocerca par le virus de
d’HÉRELLE peut-il rendre des services, et s’il peut en rendre,
préciser ses indications, sa technique et sa valeur économique ?
La première partie du problème consistait à exalter, au labo¬
ratoire, la virulence du C. acridiorum. Elle a été facilement et
rapidement résolue en quelques jours, en partant d’une race
conservée en gélose depuis l’année 1912 et n'ayant pas passé par
le Stauronotns maroccanus.
Le meilleur virus obtenu par passage est celui qui est prélevé
(1) Edm. Sergent et A. Lhéritier, Essai de destruction des Sauterelles en
Algérie par le Coccobacillus acridiorum de d’HérelIe. Ann. Inst. Pasteur,
t. XXVIII, n°4, avril 1914, p. 4°8.
M. Béguet, Essai de destruction du Stauronotns maroccanus Thun. en
Algérie, au moyen du Coccobacillus acridiorum d'Hérelle. Bull. Soc. Path.
eæot., t. VII, nos 8-9, 11 novembre 1914*
M. Béguet, Deuxième campagne contre les Sauterelles ( Stauronotus
maroccanus Thun.) en Algérie au moyen du Coccobacillus acridiorum d’Hé-
relle, Ann. Inst. Pasteur, 2b oct. 1916.
Séance du io Novembre 1916
635
sur des criquets morts en plus de 4 heures et moins de 8 heures,
après l’inoculation dans la cavité générale. Les cas de mort en
moins de 4 heures peuvent être dus non à une septicémie,
mais à une intoxication, et les cadavres sont alors peu infec¬
tants.
Les essais d’application pratique de la méthode biologique
ont été transportés dans les champs dès l’automne 1914, époque
à laquelle arrivaient les premiers vols de Sauterelles rouges
nées au Soudan. La mobilité et le peu d’appétit de ces Saute¬
relles ont rendu impossible leur contamination pendant l'hiver
iqi4-i5. Ce fut seulement au printemps 191b que bon put
asperger avec utilité les jeunes criquets nés des premières
pontes.
Trois champs d’expérience furent organisés, un dans chaque départe¬
ment : à Barika (IT'Béguet) ; à Boghari (i\l. Musso) ; à Sebdou (ITEtienne
Sergent) .
Région de Barika : 13 pulvérisations de 304 litres sur 20.000 hectares,
durée des observations 3 mois.
Région de Boghari : 10 pulvérisations de 177 litres sur 18.000 hectares,
durée des observations 2 mois.
Région de Sebdou : 8 pulvérisations de 54 litres sur 6.000 hectares en
pays de montagne, durée des observations 3 mois.
Les expériences furent répétées dans les conditions les plus
diverses, nous donnons ci-dessous leur conclusion moyenne, qui
répond à la question posée. Ces expériences ont révélé, de plus,
un fait inattendu ; l’existence, dans des vols de Sauterelles
qui n’ont certainement pas pu se contaminer dans l’Afrique du
Nord, d’une épizootie, d’ailleurs peu meurtrière, mais dont le
virus peut être facilement exalté, et qui est du même groupe
que le Coccobacillas acridioram américain de d’HÉRELLE.
I. — Indications et technique de la méthode biologique. — II y
a intérêt à ajouter la méthode biologique aux autres moyens de
destruction des Schistocerca peregrina déjà employés en Algérie.
Elle n’est pas destinée à les remplacer, mais il est utile de la
leur adjoindre.
La méthode biologique est surtout indiquée :
i° Dans les endroits éloignés des agglomérations, où l’appli¬
cation des mesures mécaniques est difficile et coûteuse;
20 Quand les Sauterelles, prenant leurs ailes, échappent à tout
moyen méca nique;
3° Sur les Hauts-Plateaux où l’extrême importance ordinaire
636 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
des éclosions rend la destruction par les moyens mécaniques
tout à fait insuffisante malgré les plus grands efforts et les
dépenses les plus considérables. On ne saurait donc y accumuler
trop de moyens de défense.
D’autre part la méthode biologique n’est pas une méthode de
protection immédiate des cultures. Quand les criquets ou les
Sauterelles sont arrivés à la lisière d’une culture, la méthode
biologique ne pourra pas protéger cette culture. Car, après une
aspersion de bouillon infectant, il faut compter le temps de l’in¬
cubation de la maladie et le temps de contamination de criquet
à criquet. Il ne faut pas non plus s’attendre à une destruction
foudroyante ni à une destruction totale des bandes aspergées.
Enfin la méthode ne produit aucun résultat sensible sur des
bandes vaccinées par d’autres infections de même ordre.
Les règles à suivre pour l’application de la méthode procèdent
des remarques suivantes :
à) La méthode :i’est applicable qu’à partir du moment où les
criquets mangent (pas avant le 10e jour de la vie des criquets,
époque qui correspond à la fin du 3e stade) et le rendement est
d’autant meilleur que l’appât a été plus complètement dévoré.
Les résultats les meilleurs ont été constatés dans la ae moitié de
la vie des criquets, correspondant aux deux derniers stades, de
la 3e à la Ge semaine.
b) La quantité de bouillon pulvérisé doit être proportionnelle
au nombre de criquets et inversement proportionnelle à leur
densité, en se basant sur le chiffre moyen de i litre par hectare.
Il serait illusoire de n’asperger qu’une bande dans une région
dans le but de contaminer toutes les autres.
c) La maladie se propage parfois longtemps mais toujours
lentement. La propagation est due surtout au cannibalisme très
développé des Schistocerca peregrina qui s’infectent en dévorant
leurs congénères malades. Ils mangent aussi les morts récents,
mais ne touchent pas aux morts desséchés.
IL — Existence de virus autochtones créant des épizooties peu
meurtrières et vaccinantes. — Dans la région de Sebdou (Haute
vallée de la Tafna), on s’est trouvé en présence, avant toute expé¬
rimentation, de Sauterelles atteintes d’une épizootie due à un
virus du même groupe microbien que le Coccobacille américain
de d’HÉRELLE. Cette épizootie nous a été signalée, dès le mois de
Séance du io Novembre 19 15
637
mars, par l’Administrateur Tondu, et nous avions isolé dès cette
époque le microbe de Sauterelles qu’il nous avait envoyées.
Deux invasions successives de ces Sauterelles malades se sont produites
dans la région de Sebdou, à la fin du mois de mai, au moment où les cri¬
quets commençaient à s'alimenter. Les Sauterelles malades moururent au
milieu des criquets qui s’infectèrent en les dévorant. L’épizootie se déve¬
loppa chez les criquets, mais revêtit une allure bénigne ; toutes les bandes
de criquets, dans un périmètre de 30 kilomètres de diamètre, ont présenté
les symptômes de cette épizootie, jusqu’au moment de leur métamorphose
en Sauterelles ailées, métamorphose qui ne commença qu’au mois de
juillet. Le virus de d’HÉRELLE ne se montra actif chez les criquets de Sebdou
que dans des conditions artificiellement créées au laboratoire : criquets
nouvellement mués (à partir de la troisième mue seulement), et soumis au
jeûne. On fit des essais de contamination sur les bandes libres de criquets.
3 bandes furent mises en expérience et observées respectivement pendant
34, 26 et 16 jours. Aucune ne présenta de mortalité. Le virus n’eut aucune
influence sur elles. Seule l’épizootie autochtone, bénigne, se maintint jus¬
qu’au moment de la métamorphose en insectes ailés. 11 y a lieu de penser
que l’épizootie autochtone, peu meurtrière, a servi de vaccin contre le
virus de d’IJÉRELLE.
Donc, dans la région de Sebdou, par suite de circonstances
spéciales : invasion de Sauterelles malades contaminant les
jeunes criquets, le virus américain n’a eu aucune influence, le
virus autochtone donnant lieu à une épizootie bénigne et vacci¬
nante.
Des virus autochtones furent décelés dans d’autres régions très éloignées
de Sebdou : à Alger même, au Jardin d'Essai, en juin 1915, chez des
Sauterelles jeunes, à Ben Ilaroun (Dépt d’Alger) en juin 1915, où les
Sauterelles pondeuses furent décimées par un virus retrouvé dans la moitié
des Insectes environ. Les microbes isolés ont des caractères voisins de
ceux de Coccobacillus acridiorum.
En résumé , il est utile d’adjoindre la méthode biologique
aux autres méthodes de lutte contre les Schistocercci peregrina
en Algérie, car elle exterminera un grand nombre de criquets;
mais il ne faut pas compter que les destructions de bandes
d’Acridiens qu’elle causera soient immédiates, ni complètes.
(. Institut Pasteur cT Algérie).
638
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Essais de destruction de Schisfocerca
peregrina, Olivier, au Maroc, par
l'emploi des cultures microbiennes
( Coccobacillus acridiorum d’Hérelle)
Par H. VELU et A. BOUIN.
Les dommages causés par les sauterelles et les criquets n’ont
pas encore été évalués au Maroc ; mais il est établi que, lors des
grandes invasions, les pertes pouvaient atteindre plusieurs
centaines de millions. C’est pourquoi, dès la fin de l’année 1914»
le Gouvernement du Protectorat, ému à juste titre des dégâts
susceptibles d’être causés aux récoltes, par les Acridiens migra¬
teurs, dont l’arrivée était annoncée par les postes de Bou-Denib
et d’Agadir, a décidé que des essais de lutte contre ce fléau
seraient entrepris, en 1915, au moyen du Bacille d’Hérelle.
Nous nous sommes servis d’une souche très virulente qui nous
avait été fournie par le Dr Sergent. Indépendamment des très
nombreuses expériences préliminaires faites, soit au laboratoire,
soit en champ clos, soit en plein champ sur des taches de peu
d’étendue (quelques hectares), nous avons réalisé la contamina¬
tion d’un vaste territoire de près de i.5oo km2 sur la rive droite
du cours inférieur de l’Oum-er-Bbia. Pour assurer l’infestation
des nombreux criquets qui s’y trouvaient, il aurait fallu des
quantités formidables de bouillon ; nous 11e disposions ni du
matériel nécessaire à sa fabrication, ni du personnel suffisant
pour effectuer les pulvérisations. C’est pourquoi nous avons été
rapidement amenés à étudier les moyens naturels d’interconla-
minalion et pourquoi nous nous en sommes servi pour donner,
rapidement, à l’épizootie une grande extension.
Une observation incessante qui a duré du mois de mai au
mois de juillet, nous a permis de suivre, presque au jour le
jour, la marche de la maladie ; des inoculations de contrôle ont
été faites chaque fois qu’il a été nécessaire de vérifier l’atténua¬
tion de la virulence déjà décelée par les variations de la morta¬
lité. Ce laborieux travail nous a permis de recueillir une ample
Séance du io Novembre 191 5
639
moisson de faits, desquels il a été possible de tirer des conclu¬
sions très intéressantes. Les voici brièvement résumées :
i° La virulence est éminemment variable avec la température ,
l’âge des criquets inoculés et b ancienneté de la culture. — Tel
virus qui tue en 3-4 h. à 25-3o° ne tue plus qu’en 8-ro h.
à i5-20°. Tel virus qui, inoculé dans la cavité abdominale,
entraîne la mort en 4 h. d’un criquet de i5 à 20 jours, ne
fait succomber qu’en i4 h. des criquets de 3o à l\o jours. La
virulence se conserve assez longtemps pour qu’on puisse, après
quelques jours, s’en servir pour recommencer les passages
(C’est l’extension de la méthode du Dr Sergent).
20 L’ « acridiophagie » est le principal facteur de contamination •
— Dans les bandes infestées, elle prend des proportions considé¬
rables : Tous les faibles, les malades, les déprimés, deviennent
la proie des forts, des sains. Ainsi s’explique la contagiosité
énorme et certaine de l’affection et la difficulté d’apprécier
les résultats, eu égard à l’absence presque absolue de cadavres.
3° La création de foyers épizootiques est possible par le trans¬
port , dans les taches saines , d'un nombre même minime de cri¬
quets malades. — Parce mode d’intercontamination artificiel, il
est possible d’étendre la maladie à toute une région, beaucoup
plus rapidement que la chose ne peut se faire parles modes natu¬
rels de contamination.
4° Les épizooties ainsi créées sont loin d’être foudroyantes. —
Après une période d’incubation dont la durée est variable, on
observe toujours une période d’état durant laquelle la mor¬
bidité et la mortalité sont parfois considérables (Morbidité :
900/0; Mortalité, en 48 heures, en cage : 60 0/0). Les bandes
ralentissent leur marche; quelquefois, elles s’immobilisent com¬
plètement ou se séparent en deux parties : l’une formée par les
criquets les plus résistants qui continue à progresser ; l’autre,
constituée par les malades, les traînards, qui s’arrête. Puis l’épi¬
zootie se propage dans la même bande ou à des bandes voisines,
jusqu’à la fin de l’évolution des criquets et même après la der¬
nière mue ; mais, soit par suite de l’augmentation de la résis¬
tance individuelle, soit par suite de l’atténuation de la viru¬
lence, soit du fait du mélange de taches d’âge variable, la
maladie arrive à son déclin : la morbidité reste la même, tandis
que la mortalité décroît assez vite pour tomber parfois à zéro.
5° La mortalité nest pas fonction de la morbidité. — A mesure
640
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que les épizooties évoluent, les renseignements fournis par la
morbidité deviennent de plus en plus sujets à caution. Gomme
la virulence subit une atténuation très nette, on finit par ren¬
contrer des criquets doués d une grande tolérance pour le para¬
sitisme, qui ont de la diarrhée spécifique, mais qui n’en meurent
pas. Chez ces criquets, c’est le tube digestif, surtout, qui est
envahi par le coccobacille ; le reste de l’organisme l’est très peu
et quelquefois même pas du tout.
6° Les conditions de réussite tiennent surtout à F époque à laquelle
ont lieu les contaminations. — Elles doivent être pratiquées
quand les criquets ont i5 à 20 jours. Plus tôt, ils mangent peu
et se contaminent peu ; ils ne se contaminent même pas du tout
par les bouillons; plus tard, c’est le moment de la formation
des colonnes et, par conséquent, du mélange des taches d’âge et
de résistance différents, qui entraîne, à brève échéance, l'atté¬
nuation très rapide et parfois considérable de la virulence et
peut-être même la production de souches de vaccinés qui immu¬
nisent autour d’eux, comme les premiers contaminent.
En résumé , le méthode d’HÉRELLE donne des résultats encou¬
rageants. En partant d’un coccobacille suffisamment exalté, on
peut créer, soit par la pulvérisation des bouillons, soit par la
contamination à l’aide de criquets malades, des épizooties très
contagieuses et quelquefois très meurtrières, dont la marche est
loin d’être foudroyante. La constatation des résultats est chose
très difficile. La virulence du bacille d’HÉRELLE nous semble très
fugace et ses atténuations entraînent des échecs partiels qui ne
doivent cependant pas faire rejeter le procédé.
Malgré ses imperfections, il convient de l’appliquer large¬
ment, lors des nouvelles invasions, en le combinant judicieuse¬
ment aux autres méthodes de destruction.
Il convient également de poursuivre l’expérimentation pour
étudier d’une façon précise les variations de la virulence et des
causes (âge différent des criquets, nombreux passages par voie
buccale, action du soleil sur la diarrhée, etc.), afin d’y remédier
dans la mesure du possible.
(Travail du Laboratoire de Recherches du Service
zoo technique et des Epizooties , Casablanca).
M. d’HÉRELLE. — Je suis heureux de constater que MM. Velu
et Bouin, — qui ont adopté au Maroc une méthode de travail
Séance du io Novembre 19 i5 641
analogue à celle que j’ai employée en Tunisie, — ont observé
la propagation de l’épizootie à des colonnes saines, non conta¬
minées directement, uniquement par les moyens naturels d’inter-
con (amination.
En ce qui touche la virulence très fugace du coccobacilie,
j’ai toujours attiré spécialement l’attention des expérimenta¬
teurs sur ce fait, et je viens de montrer (1) que, par l’emploi de
cadavres infectés desséchés , on peut remédier à cet inconvénient.
/ Choléra et dysenterie amibienne
Par W.-L. YAKIMOFF et A. -P. DEMIDOFF
Le choléra ayant fait son apparition à Kars ainsi que dans le
district, notre laboratoire a été chargé d’analyser les matériaux
qui nous étaient envoyés (selles, eau, boissons, etc.) pour s’as¬
surer de l’existence de vibrions cholériques.
Après la guerre, nous nous réservons de faire une description
détaillée du travail du laboratoire, voulant ainsi attirer l’atten¬
tion sur l’existence des amibes dans les selles.
La technique employée par nous pour l’examen des selles est
la suivante :
1) une préparation à l’état vivant (goutte pendante),
2) deux frottis : un pour la coloration à la fuchsine (en vuedes
vibrions) et l’autre au Giemsa (pour les amibes),
3) culture dans 1 eau peptonée et dans le milieu de Dieudonné;
puis, repiquage à la gélose simple et dans le milieu de Dieudonné
et s'il le faut dans le milieu d’Endo ; agglutination microscopi¬
que et macroscopique avec le sérum spécifique.
L’examen de la goutte pendante, nous le faisons pour la recher¬
che des protozoaires et surtout pour celle des amibes. Cepen¬
dant nous faisons encore des préparations colorées, parce que
quelquefois nous recevons les selles après plusieurs heures et
même quelques jours, quand les amibes ont perdu leur mobilité.
Sur les frottis colorés au Giemsa (3 gouttes pour 1 cc. ; colora¬
tion pendant 3 heures), on les trouve facilement.
(1) C. R. Acad. Sciences , oct. iqi5.
642
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Dès l’ouverture de notre laboratoire (22 juillet, style russe) à
ce jour (16 septembre), nous avons fait les examens suivants pour
le choléra :
Selles . 140
Eau . 28
Boissons . 3
Fromages . 1
Total . 172
Des i4o examens des selles, nous avons obtenu la culture du
choléra 36 fois (26,7 p. 100) ; 16 fois (1) (1 r,4 p. 100), nous n’avons
trouvé que les amibes; 6 fois (4,2 p. 100) le choléra et les ami¬
bes simultanément, et 1 fois (0,7 p. 100) Iç choléra et Lamblia
intestinales.
Nous voulons donc faire remarquer que, dans les régions tro¬
picales et sub-tropicales, pendant une épidémie de choléra, il
est nécessaire de faire l’examen bactériologique non seulement
pour les vibrions cholériques, mais aussi pour les amibes, parce
qu’il existe la forme cholérique de la dysenterie amibienne (Ivar-
TULIS ) •
Nous avons constaté cette forme deux fois.
Le premier cas — le plus démonstratif — est celui d'un
malade, dont les selles contenaient des amibes et qui n’a pas
donné de culture de vibrions cholériques. Notre conclusion
(dysenterie amibienne et absence du choléra) a été envoyée à
l’hôpital où se trouvait ce malade. On nous a répondu par
dépêche que ce malade présentait tous les symptômes du cho¬
léra. Nous avons vérifié nos cultures et nous en avons fait de
nouvelles avec les selles gardées à la glacière. Résultat: une fois
de plus, absence de vibrions. Ce malade est mort. r5 minutes
après sa mort, on nous a envoyé une nouvelle portion des selles,
mais nous n’avons pu encore y déceler de vibrions cholériques.
Conclusions. — 1) Aux pays chauds, quand le choléra appa¬
raît, il est nécessaire de rechercher, en plus des vibrions cholé¬
riques, les amibes.
2) Celles-ci doivent être recherchées en goutte pendante et sur
frottis colorés.
3) Etant donné que quelquefois le choléra et la dysentreie
amibienne existent simultanément, après la constatation des
(1) Uq des auteurs de cette note (A. -P. Demidoff) a pris la dysenterie ami¬
bienne.
Séance du io Novembre i 9 i 5 643
amibes, il esl nécessaire de se livrer a la recherche des~vibrions
Ja
cholériques.
(Travail du laboratoire de la Mission malarico-épidèmiolog ique,
à l’année du Caucase , de F Union des Zemstvos russes. — Chef
de la Mission : M. le Docteur E. J. Marzinowsky ; Chef du labo¬
ratoire : W. L. Yakimoff).
Observations sur diverses formes
: * • ; . ’ ' ) * I
de Piroplasmes, rencontrées sur
des bovins indigènes de la Chaouïa
Par H. VELU et A. EYRAUD.
L Observation clinique. — Le 19 juillet 1916, l’un de nous
est appelé à la ferme des Ouled-Salah, à 3o kilomètres de Casa¬
blanca, pour examiner des bovins indigènes. L'un (B, 1) est
mort la veille après avoir eu de l’inappétence durant deux
jours. Deux autres (B, 2 et B, 3), âgés de 7 et 8 ans, sont tris¬
tes ; l’état général est alarmant, rabattement considérable; l’ap¬
pétit est supprimé, ainsi que la rumination ; la soif est exagérée;
les déplacements sont pénibles; les animaux se relèvent avec
difficulté; les muqueuses sont pâles, jaune clair sale ; les excré¬
ments sont diarrhéiques, les urines rose vineux; le sang est
décoloré, aqueux; sa couleur est rouge-jaunâtre; il est très
pauvre en globules. La température est de 38°5 pour le premier,
de 3 90 pour le second. Tous les deux ont de nombreuses tiques
dans les oreilles et au niveau du périnée.
Un jeune taureau (B, 4) présente seulement un peu d’inappé¬
tence ; mais ses yeux sont larmoyants, chassieux, enfoncés dans
l’orbite. La conjonctive est jaunâtre.
Bien que nous n’ayons observé la piroplasmose que sur les
bovins importés, nous attribuons néanmoins la cause de cette
épizootie naissante aux Piroplasmes. Nous pratiquons un pré¬
lèvement de sang pour confirmer ce diagnostic.
Le 20 juillet, le bœuf (B, 2) est mort dans la nuit. La tempé¬
rature de (B, 3) est de 39°; celle de (B, 4), 39°5. Ce dernier est
644
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
triste; l’appétit est supprimé; les troubles locomoteurs ont
augmenté ; le sang est séreux, jaunâtre. A défaut de trypanobleu,
nous pratiquons deux injections de i5 cg. de salicylarsi nate de
mercure, dans la jugulaire. Le bœuf (B, 3) meurt dans la nuit.
Le 24 juillet, le taureau (B, 4) est très abattu. Un bœuf (B, 5)
devient malade à son tour. Deux nouvelles injections de salicyl-
arsinate de mercure sont faites.
Le ier août, l’état de (B, 4) et de (B, 5) s'est considérablement
amélioré. Le propriétaire, trop confiant dans la guérison, les
envoie rejoindre le troupeau. O11 cesse de les suivre j usqu’au
10 août. Pendant la période de chaleurs très fortes et pénibles
du 10 au i5 août, les deux malades font une rechute et meurent
le i5 août, sans que nous ayons été prévenus. Il n’y a pas eu de
nouveaux cas depuis.
Aucune autopsie n'a pu être faite avant la putréfaction des
cadavres, en raison de l’éloignement.
IL Etude microscopique. — L’existence de la piroplasmose
bovine, au Maroc, a été signalée par Fraimbault (i). Nous avons
pu, nous-mêmes, suivre de véritables épizooties, mais uniq uement
sur des bovins importés, dans les deux mois qui ont suivi l’im¬
portation. C’est donc, à notre connaissance, la première fois que
des cas de Piroplasmose bovine, nettement établis, sont observés
ici sur des animaux indigènes.
En raison de l’éloignement, nous n’avons pas pu pratiquer des
examens de sang aussi fréquents que nous l’aurions voulu. Qua¬
tre prélèvements ont été faits, le 19, le 20 et le 24 juillet; ils
nous ont permis de faire les constatations suivantes relatives
aux variations de forme du parasite :
Examen n° /. — Sang prélevé sur (B, 2) quelques heures avant la
mort ;
Hématies parasitées : 52 0/0
Répartition des formes :
Formes bacillaires longues . . . 110/0
Formes bacillaires courtes . . . 19 0/0
Formes en virgule . 3 0/0
Formes ovoïdes . 54 0/0
Formes sphériques . 4 0/0
Formes amiboïdes . 1 0/0
Formes en point . 3 0/0
Formes en bacille incurvé ... 5 0/0
Hématies pluriparasitées fréquentes; jusqu’à 5 parasites par hématie.
(1) Recueil de Médecine vétérinaire, t. XC, n° 14, 3o juillet 1913. p. 287-293.
Séance du io Novembre i 9 i 5
645
Dimensions des parasites :
Formes bacillaires longues .
Formes bacillaires courtes .
Formes bacillaires incurvées
Formes ovoïdes .
Formes sphériques
Formes amiboïdes .
Formes en point ....
Examen n° 2. — Sang prélevé
le 20 juillet.
4.3 à 3 ;x et parfois 4 ;x sur 0,5 |x
1 à 1,3 [x sur 0,5 jx
1 .3 à 3 [x sur 0,5 g
1 ,3 à 2 [x sur 1 à 1 ,3 [x
1 à 1 , 3 [x
1,3 à 1,6 [x sur 2 à 2,3 ;x
0,5 |x
sur (B, 3) quelques heures avant la mort
Hématies plu ri parasitées fréquentes ; jusqu’à 5 parasites par globule.
Examen n° 3. — Sang prélevé sur (B, 4) le 20 juillet, au début de l’in¬
fection.
Un seul parasite par hématie, en général ; quelquefois deux, exception¬
nellement trois.
Examen n° 4. — Sang prélevé le 24 juillet sur (B, 5) au début de l’in¬
fection.
Hématies parasitées . 30 0/0
Formes en poire
Formes bacillaires longues
Formes bacillaires courtes
Formes ovoïdes.
Formes sphériques.
Formes en virgule .
Formes amiboïdes .
20 0/0 dont 6 bi gémi nées
4 0/0
6 0/0
40 0/0
12 0/0
2 0/0
16 0/0
Un seul parasite par globule le plus souvent; quelquefois deux, excep¬
tionnellement quatre.
En résumé. — Nous avons constaté, chez les bovins indigènes
de la Chaouïa, une piroplasmose où nous avons rencontré des
formes parasitaires diverses parmi lesquelles la forme en poire
bigéminée s’est montrée extrêmement rare.
646
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le petit nombre d’examens pratiqués ne permet pas, pour le
moment, de tirer d’autres coitcîusions.
La Trypanosomiase des chevaux du Maroc
( 'Etude clinique)
Par H. VELU.
La première observation d’un Trypanosome au Maroc a été
faite par Belleval, en 1911, dans le sang1 2 d’un cheval en traite¬
ment à l’infirmerie de Casablanca (1).
En 19 1 3, Léger décrit sous le nom de maladie de Fez « une
affection locale très grave qui semble ne débuter qu’à Fez ». Faute
de moyens d’études, il ne peut préciser la nature de l’agent
causal ; il conserve, d’ailleurs, des doutes relativement à l’unicité
de cette entité morbide. M. le Vétérinaire principal Fray, à la
suite d’un séjour dans la région, conclut « qu’on se trouve très
probablement en présence de plusieurs maladies susceptibles
d’être différenciées par des recherches ultérieures » ; il ajoute
que. « le plus souvent, 011 est en présence d’une trypanosomiase ».
Les travaux poursuivis pendant deux ans au Laboratoire de
Recherches de Casablanca, ont pleinement confirmé les conclu¬
sions de M. le Vétérinaire principal Fray. C’est un fait nettement
établi aujourd’hui que la maladie de Fez est, avant tout, une
Trypanosomiase (2). Les formes aiguës signalées par Léger relè¬
vent de la Piroplasmose' (Aubry, communication verbale).
Depuis lors, des Trypanosomes ont été retrouvés chez des
chevaux, en divers endroits du Maroc, notamment à Kénifra,
Kasbah Tadla, l’Oued Zem, Marrakech, Meknès, c'est-à-dire au
pied de tout le versant nord de l’Atlas (observations personnel-
(1) Laveran et Mesnil, Trypanosomes et Trypanosomiases : Debab et Tahaga,
p. 486, note 1 1. *
Edm. Sergent, A. Lhéritier et G. Belleval, Sur le Trypanosoma marocanun ,
n. sp., agent d'une épizootie équine à Casablanca en 1911. Bull. Path. eæot.,
t. VIII, 21 juillet 191b, p. 433.
(2) . Velu, La Maladie de Fez, Trypanosomiase des chevaux du Maroc. Bull.
Soc. Path. eæot., 1915, p. 1 1 5 .
Séance du io Novembre i g i 5
647
les) (i). On peut donc, dès maintenant, présenter une étude
clinique de la « Trypanosomiase des chevaux du Maroc » ; il
convient, en effet, d’abandonner définitivement le terme de
maladie de Fez ; il est inexact et impropre, puisqu’il tend à faire
croire : i° qu’il s’agit d’une entité morbide bien définie, alors
qu’aujourd’hui, on distingue, même cliniquement, la Trypano¬
somiase et la Piroplasmose; 20 que l’affection est spéciale à la
région de Fez, alors qu’il n’en est rien.
La question reste à résoudre de savoir si toutes les trypanoso¬
miases équines du Maroc sont dues au Trypanosoma marocanum
Sergent, Lhéritier et Belleval.
Symptômes. — La maladie revêt l’allure générale et les princi¬
paux symptômes de toutes les trypanosomiases à longue durée;
un seul caractère l’en distingue, c’est l’absence à peu près régu¬
lière et absolue des œdèmes, si communs et si caractéristiques
des affections de même nature.
Elle se traduit par une anémie à marche essentiellement chro¬
nique, avec des poussées aiguës de courte durée, plus ou moins
espacées, des rémittences, des rechutes.
Le début passe souvent inaperçu ; l’évolution est lente et insi¬
dieuse. Le premier trouble caractéristique est la mollesse au
travail ; l’animal se fatigue très vite; il s’essouffle rapidement. A
l'écurie, il est triste, à bout de longe, ou bien couché. L’appétit
est conservé, mais capricieux.
Puis les symptômes s’accusent. La multiplication des hémato¬
zoaires dans le sang provoque une anémie plus ou moins grave
qui se traduit par une diminution rapide du nombre des globules
rouges et de leur richesse en hémoglobine. L’animal maigrit; la
faiblesse croît progressivement; la démarche devient incertaine.
On voit souvent apparaître des troubles locomoteurs caractérisés
par une gêne de l’arrière-main, un balancement de la croupe
pendant la progression. On observe alors des accès fébriles vio¬
lents et fugaces, plus ou moins espacés, mais dépassant rarement
deux par mois. En quelques heures, la température s’élève de
(i) Voir aussi : C. Fiori, M. et Mme Delanoë, Sur un cas de trypanoso¬
miase constaté sur un cheval à Mazagan. Bull . Soc. Pcit/i. exot., t. VIII,
21 juillet i g 1 5, p. 5o3.
G. Belleval a observé en 1 9 1 4- 1 5 à Oudjda des cas de trypanosomiase équine
dont l’agent est étudié à l’Institut Pasteur d’Algérie.
L
648
Bulletin de la Société
«
de Pathologie exotique
Séance du io Novembre 1915
649
2, 3 et même parfois de 4 degrés. Ces exacerbations thermiques
s’accompagnent de symptômes généraux graves. Le malade est
triste; souvent, il reste couché; l’appétit est diminué ou même
compiètemen t supprimé. La respiration est difficile, dyspnéique;
les ailes du nez sont dilatées; le pouls est accéléré. Au bout
d’un temps variable qui dure de douze heures à 4 et 5 jours,
tout rentre dans Tordre. La cachexie progressive seule persiste
et s’accentue. Les accès fébriles qui correspondent à la multi¬
plication des parasites dans le sang, et peut-être aussi, à la
secrétion de toxines se traduisent en outre par des symptômes
du côté des muqueuses. La conjonctive qui a, généralement, une
teinte ivoire, puis blanc porcelaine, devient jaunâtre, au moment
des crises.
Les dernières périodes de la maladie sont typiques par l’amai¬
grissement qui devient considérable, et par la fonte des tissus,
qui contrastent avec l’appétit généralement conservé. L’animal
se cachectise de plus en plus, et finit par rester couché et mourir.
La maladie n’entraîne cependant pas fatalement la mort, mais
elle dure toujours plusieurs mois ; les rechutes sont fréquentes,
la convalescence toujours très longue. Il semble qu’en dehors
des sujets d étude, absolument indispensables, il y ait intérêt à
abattre prématurément les malades.
Nous n’avons retenu, dans le tableau clinique de l’évolution,
que les manifestations les plus régulières et les plus constantes.
Pour être complet, nous devons dire un mot des symptômes
mineurs excessivement variables qui les accompagnent. Quel¬
ques-uns affectent le tube digestif; c’est ainsi que nous avons
observé de l’entérite et de l’ictère. D’autres se montrent sur les
muqueuses : ce sont les pétéchies, si importantes au point de
vue du diagnostic, en d’autres régions ; au Maroc, il convient de
ne leur attribuer qu'une valeur toute relative, car on en trouve
même sur les animaux sains.
Les signes pathologiques extérieurs sont rares, exception¬
nels. Nous avons quelquefois observé des œdèmes non persis¬
tants et peu étendus, des hypertrophies des ganglions, des
lésions eczémateuses.
Anatomie pathologique. — Malgré la gravité des symptômes,
les lésions apparentes font à peu près défaut. Le sang seul est
toujours altéré; il est de couleur groseille, lavé; les muscles sont
pâles, décolorés, infiltrés de sérosité; les ganglions lymphati-
650
Bulletin de l.v Société de Pathologie exotique
ques sont généralement hypertrophiés, rougeâtres ; la rate est
fortement hypertrophiée lorsque ranimai est mort ail cours
d’une crise ou peu après ; le foie est fréquemment de teinte
feuille morte ; l’intestin est légèrement congestionné.
Diagnostic. — Le diagnostic clinique est généralement diffi¬
cile puisque les pétéchies ne fournissent aucun renseignement
et que les œdèmes font défaut. La parésie de l'arrière-main,
quand elle existe, peut mettre sur la voie.
Un examen constant, de longue durée, est nécessaire pour
saisir les accès fébriles. La prise biquotidienne de la tempé¬
rature est indispensable, par suite de la brièveté de certains
accès.
D’une manière générale, doit être considéré comme très for¬
tement suspect tout cheval qui s’entretient mal et maigrit sans
motif apparent : L’examen microscopique du sang frais, prati¬
qué tous les jours, pendant un mois, mais surtout au moment
des poussées thermiques, permet toujours de lever les doutes, en
montrant l’agent causal de la maladie.
Des travaux, sur le point d’être terminés, nous ont permis de
préciser les conditions des inoculations diagnostiques. Ils feront
l’objet d’une prochaine note.
Travail du Laboratoire de Recherches du Servibe
de F Elevage, à Casablanca).
Comparaison entre le T rypanosoma soudanense
et le T rypanosoma berberum
Par Edmond SERGENT, Etienne SERGENT,
A. LHÉRITIER et M. BÉGUET
En 1907, étudiant comparativement un Trypanosome origi¬
naire du Haut-Niger ( Tr. soudanense ) et l’agent du Debab d’Al¬
gérie, M. Laveran* constate que deux bovidés guéris du debab se
sont montrés réfractaires au Tr. soudanense (1). M. Laveran con¬
cluait à l’identité des deux trypanosomiases.
(1) A. Laveran. C. R. Ac. Sc., t. 1 45, 29 juillet 1907, p. 293.
Séance du io Novembre 1915
051
En 1912, nous avons infecté, avec le Tr. soadanense obligeam¬
ment envoyé par M. Laveran, deux Caprins et une Chamelle soli¬
dement immunisés contre le debab (1). Nous concluions que
les deux virus n’étaient pas les mêmes, et proposions pour l’agent
du deb^b le nom de Tr. ber ber um.
M. Laveran reprit alors la question en effectuant une expé¬
rience d’identification croisée, c’est-à-dire en renversant l’expé¬
rience. Il inocule avec le debab une Chèvre immunisée contre
le Tr. soudanense. Cette Chèvre ne prend pas le debab (2).
M. Laveran conclut de nouveau que l’agent du debab d’Algérie
est le Tri/pcinosoma soudanense.
Les expériences croisées que nous avons poursuivies de notre
côté, avec les mêmes virus que M. Laveran, c’est-à-dire avec le
Tr. soudanense qu’il a bien voulu mettre à notre disposition, et
avec notre virus du debab isolé de Dromadaires du Sud-Cons~
tantinois, nous ont donné des résultats opposés : trois Chèvres
très solidement immunisées contre le Tr. soudanense prennent
une forte et longue infection par le debab.
Nous devons donc conclure à la différence des deux virus.
1° Une Chèvre neuve (Hyade) est inoculée sous la peau le 13 août 1912
avec le Trypanosoma soudanense sang de Cobaye fortement parasité).
Tous les examens microscopiques du sang restent négatifs au point de
vue de l’existence des Trypanosomes. *
Le 18 septembre 1912, un Chien (inoculé dans le péritoine) est infecté
par 60 cm3 de sang (incubation 12 jours). — 28 décembre 1912. un Chien
est infecté par 200 cm3 (incubation 16 jours). — 27 février 1913, un Chien
est infecté par 120 cm3 (incubation 32 jours). — 29 mars 1913, un Chien
est infecté par 110 cm3 (incubation 24 jours). — Le 5 juillet 1913, un
Chien n’est pas infecté par 140 cm3. De môme les Chiens d’épreuve ne
sont pas infectés, le 18 août 1913 par 110 cm3 ; le 8 septembre 1913 par
110 cm3, le 7 octobre 1913 par 120 cm3, le 30 novembre 1913 par 105 cm3.
Le 22 janvier 1914, la Chèvre est réinoculée avec le Tr. soudanense.
Le 1 1 mars 1914, un Chien reçoit dans le péritoine 60 cm3 du sang de la
Chèvre, il ne s’infecte pas. Le 1er mai 1914. un autre Chien reçoit 140 cm3,
il ne s’infecte pas. La Chèvre est donc guérie de son infection par le Tr.
soudanense et elle a l’immunité envers cette trypanosomiase.
Le 24 juillet 1914, la Chèvre est inoculée sous la peau avec quelques
gouttes de sang d’un Cobaye infecté de debab. Les événements empêchent
de saigner cette Chèvre avant le 27 novembre 1914. A cette date un Chien
reçoit dans le péritoine 100 cm3 du sang de la Chèvre. 11 s’infecte (incuba¬
tion 24 jours). Le 2 février 1915, un Chien reçoitdans le péritoine 100 cm3
du sang de la Chèvre. 11 s’infecte après une incubation de 13 jours. Le
(1) Edmond Sergent, Etienne Sergent et A. Lhéritier. Bull. Soc. Pat h. exot.,
t. V, 8 mai 1912, pp. 274-278.
(2) A. Laveran, C. R. Ac. Sc., t. 1 58, 12 janvier 1914* p- 93.
652
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
2 avril, un Chien reçoit 100 cm3, il s’infecte après une incubation de
10 jours. Le 31 mai 1915, un Chien reçoit 100 cm3, il s’infecte après une
incubation de 14 jours. Le 8 septembre 1915, un Chien reçoit 200 cm3, il
s’infecte après une incubation de 21 jours.
Cette Chèvre inoculée avec le Tr. soudanense a mis environ
io mois pour guérir. Réinoculée avec Tr. soudanense, elle s est
montrée immunisée envers lui . Inoculée ensuite avec le Trypanosome
du debab , elle s’ infecte et reste encore infectée après / /} mois.
2° Une Chèvre neuve (Chimère) est inoculée sous la peau le 27 mai 1911
avec le Trypanosoma soudanense (sang de Cobaye fortement infecté). Le
18 juillet 1911, un Chien qui reçoit dans le péritoine 80 cm3 du sang de
la Chèvre, s’infecte (incubation 23 jours). Mais le 1er février 1912, un
autre Chien n’est pas infecté par 130 cm3 de sang.
La Chèvre reçoit une deuxième inoculation de Tr. soudanense le
28 décembre 1912. Aucun des animaux d’épreuve inoculés depuis lors
avec le sang de la Chèvre ne s’est infecté : Chien ayant reçu le 5 février
1913 120 cm3 ; Chien ayant reçu le 9 septembre 1913 120 cm3; Chien ayant
reçu le 7 octobre 1913 90 cm3; Chien ayant reçu le 20 novembre 1913
9(3 cm3.
La Chèvre est inoculée une troisième fois avec le Tr. soudanense le
22 janvier 1914. Son sang n’infecte pas davantage les Chiens : 80 cm3
inoculés le 11 mars 1914 à un Chien, 140 cm3 inoculés le 1er mai 1914 à
un autre Chien.
24 juillet 1914, la Chèvre est inoculée sous la peau avec quelques gouttes
de sang d’un Cobaye infecté de debab. Par suite des événements, cette
Chèvre n’est saignée que le 27 novembre 1914. A cette date un Chien est
inoculé dans le péritoine avec 100 cm3 du sang de la Chèvre. Il s’infecte
(incubation 10 jours). Le 23 février 1915, un Chien reçoit dans le péri¬
toine 100 cm3 du sang de la Chèvre, il s’infecte après une très longue
incubation (8 mois). Le 6 mars 1915, un Chien reçoit 120 cm3. Il s’infecte
après une incubation de 9 jours. Le 15 avril, un Chien reçoit 120 cm3. Il
s’infecte après une incubation de 11 jours.
Cette Chèvre inoculée avec Tr. soudanense est guérie de son infec¬
tion an bout de 8 mois. Deux réinoculations de Tr. soudanense ne
I infectent pas. Inoculée ensuite avec te Trypanosome du debab , elle
montre une infection qui n'est pas terminée après y mois.
3° Une Chèvre neuve (Xanthe) est inoculée sous la peau, le 24 avril
1914, avec le Trypanosoma soudanense (sang de Cobaye fortement infecté).
Le 10 juin 1914, un Chien est infecté par 140 cm3 de sang (incubation
10 jours). La guerre empêche de saigner la Chèvre pendant l’été. Le
27 novembre 1914 et le 2 février 1915, deux Chiens ayant reçu 80 et
160 cm3 de sang ne sont pas infectés.
3 février 1915. La Chèvre est réinoculée avec le Tr. soudanense. Le
24 février 1915, un Chien reçoit dans le péritoine 110 cm3 de sang, il
meurt 16 jours plus tard sans présenter de Trypanosomes Le 6 mars
1915, un Chien reçoit 120 cm3, il meurt 27 jours plus lard sans présenter
de Trypanosomes.
31 mai 1915. La Chèvre est inoculée sous la peau, en même temps
Séance du 10 Novembre i 9 i 5
G53
s
qu’une Chèvre témoin, avec le sang d’un Cobaye fortement infecté. Le
6 juillet 1915, un Chien est infecté par 160 cm3 de sang (incubation
9 jours), un autre Chien par 120 cm3 (incubation 9 jours).
[Chèvre témoin : 1 40 cm3 infectent un Chien après une incubation de
7 jours].
Cette Chèvre inoculée avec Tr. soudanense a mis moins de 7 mois
à guérir. Réinoculée avec Tr. soudanense, elle s'est montrée immu¬
nisée envers lui. Inoculée ensuite avec le Trypanosome du debab ,
en même temps quune Chèvre neuve , elle montre une infection aussi
forte que celle de la Chèvre neuve témoin.
Nos expériences de 1912 nous ont montré que deux Caprins et
une Chamelle immunisés envers le debab ont été infectés par le
Tr. soudanense. Les expériences actuelles montrent qu’inver-
sement trois Chèvres fortement immunisées envers le Tr. souda¬
nense prennent le debab. Leur infection par le debab est au
moins aussi forte et aussi longue que leur infection par le
Tr. soudanense .
La réponse positive donnée aux trois expériences croisées que
nous avons faites légitime donc la différenciation des deux virus
et la spécification du virus du debab sous le nom de Trypano-
soma berberum Edm. et Et. Sergent et A. Lhéritier 1912.
Institut Pasteur d Algérie.
Longue incubation ou latence d’infections
à trypanosomes chez des chiens inoculés
avec des virus provenant de chèvres
Par Edm. SERGENT et A. LHÉRITIER
F. Mesnil et J. Rouget ont cité des incubations de près de deux
mois chez des chiens inoculés avec du sang de chèvre douri-
née (1).
Un de nos chiens (2) ayant reçu, en novembre 19 r 4, 100 cm3
du sang d’une chèvre infectée par le Trypanosoma marocanum
(virus équin de Casablanca), montre une incubation de 2 mois
et 24 jours. 1
(1) Ann. Inst. Pasteur , t. XX, 1906, p. 694.
(2) Le sang des chiens eu expérience est examiné trois fois par semaine.
45
6ô4 Bulletin de la Société, de Pathologie exotique
\
Un chien* inoculé en février iqi5 avec iro cm3 du sang' d’une
chèvre infectée par le T. marocanum , présente une incubation
de, 7 mois et n jours.
Un chien, inoculé en février 1916 avec no cm3 du sang- d’une
chèvre infectée par le T. berberum (virus des dromadaires du
Sud constantinois), présente une incubation de 8 mois exacte¬
ment.
Enfin, encore plus récemment, nous avons constaté une incu¬
bation de 5 mois et i3 jours.
L’évolution de la maladie chez le Chien est la même après
ces longues incubations qu’après les courtes incubations ordi¬
naires.
Nous adressons tous nos remerciements au Prof. Maire pour
son aimable collaboration.
Institut Pasteur d'Algérie.
M. Laveran. — Après avoir pris connaissance de la note de
MM. Ed. et Et. Sergent, Lhéritier et Béguet, j'ai relu les deux
niotes que j'ai publiées sur les rapports qui existent entre le
debab et les infections dues au Tr. soudanense ; les conclusions
que j'ai tirées des observations que j’ai faites, soit à l’Ecole
vétérinaire d’Alfort dans le service de M. le Professeur Vallée,
soit à l’Institut Pasteur, me semblent parfaitement justifiées.
Reste à savoir comment il se fait que MM. Sergent et leurs
collaborateurs ont obtenu, à Alger, des résultats expérimentaux
qui paraissent être en contradiction avec les miens. Les auteurs
de la note disent qu’ils ont employé les mêmes virus que moi ;
cette question mérite d’être examinée de très près. Je voudrais
savoir, notamment, si le virus de debab qui a servi aux derniè¬
res expériences de MM. Sergent et de leurs collaborateurs est
exactement de même souche que le virus qui avait servi à infec¬
ter les vaches d’Alfort sur lesquelles ont porté mes expériences
de 1907. Dans le cas où il serait démontré que ces virus étaient
de même souche, Il faudrait se demander si,. à la suite d’un
grand nombre de passages par cobayes, la manière dont le Tr.
soudanense se comportait par rapport au debab n’a pas pu se
modifier.
La très longue incubation d’infections à trypanosomes, chez
des chiens inoculés avec des virus provenant de chèvres, signa¬
lée par MM. Ed. Sergent et Lhéritier, est tout à fait exception-
Séance -du' i o • Novembre i 9 1 5 > 055*
nelle. Depuis ifi ans que j’étudie les trypanosomes, j’ai inoculé
un grand nombre de chiens sur des chèvres ou sur des moutons
ayant des parasites en très petit nombre dans leur sang et je n’ait
jamais observé, les incubations très longues qui font l’objet de
la note de MM. Sergent et Liiéritier. Alors même que les trypa¬
nosomes sont très rares Man s le sang des chiens infectés, et que
par suite leur présence est difficile à constater, il y a un signe
précoce qui fournit une indication très précieuse, c’est l’agglu¬
tination des hématies qui, lorsqu’elle est bien marquée, très appa¬
reille à l’œil nu, doit laisser peu de doutes sur la réalité de l’in¬
fection.
x Les kystes à Filaires (Onchocerca volvulus)
au Soudan Français.
Par A. LECOMTE
Malgré le cas de kyste à tilaires trouvé par Antoine à Kayes en
1909, le Soudan Français 11’est pas compris par les auteurs dans
la zone de distribution géographique de Y Onchocerca volvulus.
Deux nouveaux cas originaires du Soudan, que je viens de cons¬
tater à Dakar, semblent indiquer que le parasite n’est pas excep¬
tionnel dans cette région, surtout si l’on y ajoute l’observation
de Dreneau, relative à un Soudanais rencontré dans l’Ouban-
gui (1).
Les hommes que j’ai traités étaient deux tirailleurs nés dans
le Territoire du Haut-Sénégal et Niger (Cercles de Bamako et de
Ouahigouya) et n’ayant quitté la boucle du Niger que pour venir
à Dakar, l’an dernier.
Contrairement aux données généralement admises, les kystes,
que j’ai extirpés, étaient situés* dans des régions peu riches en
lymphatiques : le premier, un peu au-dessous et en dehors de
l’épine iliaque antéro-supérieure gauche, l’autre dans la fosse
sous-épineuse droite, contre l’aponévrose du sous-épineux à
laquelle il était adhérent. Tous les deux étaient devenus légère¬
ment douloureux. L’un des indigènes était encore porteur, dans
(1) Annales d’ Hygiène et de Médecine Coloniales, iyi3, no p. 703.
656 Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
le neuvième espace intercostal droit, d'une petite tumeur dont
Paspect était celui d’un kyste ancien ayant subi la transforma¬
tion crétacée.
L’aire de répartition de V Onchocerca volvulas doit donc être
étendue au Soudan Français. ,
Ouzilleau a signalé la présence q uasi-constante d’adénopathies
à filaires, surtout inguinales, chez les porteurs de kystes fiiariens
et la fréquence, chez eux, de l’éléphantiasis. Aucun de mes deux
malades n'avait d’éléphantiasis ou de symptômes généraux
d’origine Hlarienne, mais ils présentaient une polyadénite
inguino-crurale assez volumineuse. L’examen du suc ganglion¬
naire de l’une de ces adénites, pratiqué à deux reprises, est
resté négatif.
[Hôpital indigène de Dakar , le 2 octobre 19 15).
Sur quelques Arthropodes
récoltés en Haute-Guinée française
Par Ch. JOYEUX.
Pendant mon séjour en Haute-Guinée française, dans les cer¬
cles de Kankan et Kouroussa, j’ai eu l’occasion d’observer
quelques Arthropodes intéressant le médecin et le vétérinaire.
MM. Roubaud, de l’Institut Pasteur, Surcouf, du Muséum et
Edwards, du British Muséum, ont bien voulu identifier les espè¬
ces récoltées. Je leur en suis profondément reconnaissant.
Acariens. — Les larves hexapodes d ' Amblyomma variegaturn
sont extrêmement abondantes au commencement de la saison
sèche, depuis le commencement de novembre jusqu’en février.
Elles s’attaquent à l’Homme et à presque tous les animaux, par¬
ticulièrement abondantes dans les enclos servant de parcs aux
bestiaux, où les pontes ont été déposées. Elles commencent à
tomber 12 heures après leur fixation et continuent à se détacher
jusqu’au troisième jour. Les nymphes parasitent également
l’Homme, mais avec une moindre fréquence. Quant aux adultes,
je n’ai observé qu’un seul cas bien net de parasitisme. D’après
les renseignements qu’a bien voulu me donner à ce sujet M. le
657
Séance du io Novembre 1910
Professeur Neumann, deux larves de cette espèce ont déjà été
recueillies par Bouet sur l’Homme à Soudoukou (Soudan fran¬
çais), et une nymphe à Balani (Soudan français) par A. Cheva¬
lier. La forme adulte a été vue à Nossi-Bé sur un matelot par
A. Joly (1900).
L. Bruyant et moi avons décrit une nouvelle espèce de larve
de Trombiclium (TV. guineense ) etinsisté sur les mœurs de Dinotr.
tinctorium ( r ).
Dermanyssus gallinœ et D. hirundinis sont communs dans les
poulaillers et les nids d’Hirondelles qui se trouvent fixés aux
toitures des cases. Ces derniers Oiseaux appartiennent aux
espèces Hirundo rufnla. Oupp. et Micropus affinis Gray, d’après
les déterminations qu’a bien voulu en faire M. Trouessart.
Notons en passant que Micropus afjinis est donné par Maçlaud (2)
comme construisant ses nids aux bords des fleuves en Basse-
Guinée, les mœurs de cette Hirondelle varient donc avec la
région. Les lésions produites chez l’Homme par la piqûre de ces
Acariens sont les mêmes qu’en Europe : démangeaisons, papules
disparaissant au bout de quelques jours. Ils ne semblent trans¬
mettre aucun hématozoaire; j’ai examiné le sang de 3o hiron¬
delles parasitées, de tout âge, sans rien y trouver d’anormal.
Insectes pioueurs. — J’ai élevé Gimex Boueti [ 3), pour laquelle
Boubaud a proposé depuis le nom de Leptocimex Boueti (4).
H ippobosca maculata Leacii est commun. Il pique les Equidés,
Bovidés, Ovidés. Je n’ai jamais réussi à lui faire piquer l’Homme.
La pupe blanchâtre pondue par les femelles noircit en 24 h.;
l’éclosion ne se fait pas à dates fixes, généralement vers le
24e jour, mais peut varier du 23e au 3oe.
Glossina palpalis et morsitans sont fréquentes sur les bords du
Niger et de ses affluents, je lésai trouvées dans les proportions
suivantes : 2 échantillons de G. morsitans pour 62 de G. palpalis.
Les Simulies que j’ai pu récolter, abondantes pendant la
saison des pluies, appartiennent au groupe Simulium aureum .
E. Roubaud doit faire une révision de ce groupe et en donnera
une détermination plus précise.
(1) Bull. Soc. pat h. exot VI, p. 202.
(2) Ch. Maglaud, Les Mammifères et les Oiseaux de V Afrique occidentale.
Paris, Challamel, in-8° de 352 p., 1906.
(3) Archives de Parasitologie , NVI, pp. 140-146, 1913.
(4) Bull. Soc. Entomologie, 10 juillet 1913.
I
Üv? 8 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
J’ai élevé les espèces de Moustiques suivantes :
Guli-ciomyia nebiilosa Tiieobald, dont les larves ont été trouvées
dans les anfractuosités des troncs de -Fromager.
Ciihx (Duttoni Theobald, même 'habitat dedarves, qui se trou¬
vent également dans les flaques d’eau.
Pyretophorus costalis (Lœw). Même habitat des larves. Cette
espèce s’est rencontrée 27 fois «ur 34'* moustiques adultes captu¬
rés dans ma chambre à coucher. On voit combien est'forteda
proportion d Anophèles dans les habitations.
Mijzomyia funesta (Giles). Larves trouvées dans un récipient
i n d i gène .
Gy a thomy la [fnsea F n eobald .
'Stegomyia cal o pus (Meigen), habitat analogue.
Toxorhynchites brevipalpis T heobald. Les larves de cette espèce
'sont très carnassières et détruisent toute la faune habituelle des
récipients indigènes. La nymphose dureb jours. J ai pu élever
une femelle pendant 60 jours et deux mâles pendant 62 et
$4 jours en les nourrissant exelusivement-de miel et deau.
Insectes non piqueurs. Myiases. — Je n’ai observé qu’une seule
myiase humaine, sur un ulcère variqueux. Elle était due à Luci-
lia argyrocephala Wied. Les larves nym plient vers le deuxième
jour, et donnent des adultes au 6e-be jour. ’Rouraud a observé
cette espèce à;Dakar sur unchien. JJ rumpt également l’a récoltée
* en Abyssinie, où son élevage- se’ fai Uen huitqours.
(J’ai observé 7 myiases animales dues à Ghrysomyia megace-
iphdla (Bezzi nec Fabricius) = bezziana Vill. ; Cette espèce a été
-signalée en-outre à Séguélu (HauteiCôte-d Ivoire) par BouETœt
Roubaud (i) et au Congo ‘belge pardtovERE (2) qui a donné une
‘bonne description de l’œuf et des formes larvaires, et qui a élu-
œidé lecyCle évolutif de cet Insecte. La mouche femelle pond sur
•la-peau des œufs au nombre de 70, 90 ou 96. Après «18 à 2-4 heu-
•r-es, lesdarves pénètrent dans le tissu sous-cutané où elles achè-
*vent leur développement. 'La larve adulte nécrose la peau et
‘tombe à ‘terre où elle s’empupe jusqu’à éclosion de l’imago.
Rovere n’a constaté cette myiase que 'sur des vaches ou des
génisses. Je l’ai observée en outre sur des chevaux. Sur les Bovi¬
dés, on trouve les larves dans les régions mammaires et scrotàle,
(1) Bull. Soc. palh. exot.. V,p- 733.
(2) Bulletin agricole du Congot belge. I, p. 2&T35.
Séance du io Novembre 1915
639
ainsi que le disent les auteurs précédents; je les ai vues égale¬
ment dans une plaie du fanon chez un zébu et de la base de la
corne chez un bœuf. Dans ce dernier cas, les larves étaient mon¬
tées dans la cavité de la corne que j'ai dû amputer. Sur les Che¬
vaux, les larves siégeaient dans les régions du boulet et de la
fourchette. Ces plaies guérissent facilement, après curetage, avec
quelques pansements. Les larves s’élèvent sans difficultés, nym-
phent au bout de 3 jours et éclosent 9 à 10 jours après.
'Notons la présence de Sarcophaqa auras qui contamine fré¬
quemment les élevages de Chrysomyia bezziana et dont les
métamorphoses sont plus lentes. La nymphose se produit au
bout de i4 jours et l'éclosion 24 à 3o jours après la nymphose.
J’ai également élevé Musca spectanda Wied., non parasite,
dont les larves se trouvent fréquemment dans les bouses ders
Bovidés. La nymphose a lieu au troisième jour, l’éclosion 8 û
11 jours après la nymphose.
Cordylobia aidhropophaya , le verduGayor, parasite fréquem¬
ment les Chiens et les Singes. Comme Le Danteg et Boyé l’avaient
déjà observé pour la Basse-Guinée (dont le climat di’ffère de
celui de la Haute-Guinée), elle fait son apparition au mois de
mars, sa fréquence diminue ensuite et on ne la voit plus à partir
de septembre.
Aachmeromyia luteola est très fréquente dans toutes les cases
indigènes.
Gastrophilus equi est très commun chez le cheval et le mulet ;
il se trouve, comme en Europe, dans l’estomac. J’ai vu, une fois,
f Gastrophilus nasalis L. dans le duodénum d’un mulet, il s’agis¬
sait d’une infestation très intense.
660
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
line épidémie de peste humaine à Dakar
(avril 1914-février 1915)
Par A. LAFONT.
Depuis un certaintemps (avril-mai 1914), une mortalité anor¬
male sévissait chez les indigènes de Dakar. Ces derniers l’attri¬
buaient à des sortilèges, des empoisonnements ou des vivres
avariés. La campagne électorale (élection d’un député) avait un
instant détourné l’attention. On parlait cependant d’affections
pulmonaires particulièrement graves.
Le Laboratoire, en pleine installation, mis en éveil par ces
rumeurs, recherchait chaque jour parmi les quarante à cin¬
quante indigènes venant spontanément dans le service un cas de
cette maladie mystérieuse.
En dehors de bronchites chroniques à pneumocoques et à
bacill es tuberculeux, aucune autre affection pulmonaire ne fut
observée par nous pendant cette période. Le dimanche 10 mai,
dans la soirée, M. le Docteur Barros, médecin du Service
THvg iène, vint au Laboratoire nous entretenir de ces affections
évoluant rapidement (morts rapides en deux ou trois jours), sur¬
venant parmi la population noire et causées par des pneumonies
ou broncho-pneumonies sévères. Par ses ordres, le Service
d'Ryg iène avait pris des mesures de désinfection, en l’absence
de toute étiquette précise sur la nature exacte de la maladie. Il
y avait une réelle difficulté à suivre ces cas, les indigènes 11’appe-
Iant pas toujours le médecin, et souvent s’en cachant. Il fut
convenu de procéder sans retard aux examens de laboratoire les
plus minutieux et d’essayer de reconstituer au besoin l’affection,
en hospitalisant à l’Hôpital Central Indigène, récemment ouvert,
les malades graves qu’on découvrirait.
Le 11 mai, au matin, M. le Docteur Barros y fit transporter
en voiture deux malades indigènes : une femme et une jeune
Séance du io Novembre 1915
661
fille qui furent d’abord amenées au Laboratoire par erreur.
Etant donnée l’urgence, des prises de sang sur lames et en
pipettes furent faites au passage, puis les deux malades furent
hospitalisées.
Examens des prélèvements. — Entre lames-lamelles, les hématies des
deux femmes sont agglutinées en masse comme dans le charbon et les
grandes septicémies; les globules rouges se déforment aisément. On observe
à l’état frais une hyperleucocytose considérable à polynucléaires. Une des
lames montre en plus cinq ou six bactéries immobiles de forme ovoïde,
plus foncées aux deux pôles et assez grosses.
Sur lames colorées, il y a absence d’éléments paludéens, et la polynu¬
cléose très élevée est confirmée.
Devant l’état du sang, l’absence d’hématozoaires, la polynucléose, la
disparition des éosinophiles, la présence de bactéries ovoïdes, il y a une
forte présomption en faveur de la peste à période avancée et sous une
forme grave.
En effet, la jeune fille succombe vers la treizième heure (bactéries
ovoïdes sur sa lame de sang). L’ablation d’un ganglion inguinal gauche,
très dur et allongé, est pratiquée aussitôt avec l’assistance du Médecin-
Major Comméléran ; il s’écoule une sérosité abondante. On remarque en
même temps un empâtement considérable de la cuisse du même côté ; sur
les frottis, frais ou colorés du ganglion : présence de très nombreux cocco-
bacilles ovoïdes à espace clair au milieu, à plus forte coloration aux deux
pôles ; ces cocco-bacilles prenant les colorations spécifiques du bacille
de Yersin.
2e examen. — Les crachats de la deuxième malade, collants, légèrement
rosés et sanguinolents, ne sont pas ceux des broncho pneumonies et pneu¬
monies courantes. Les frottis montrent les mêmes cocco-bacilles, associés
à des coccus, des pneumocoques et des M. calarrhalis .
La température de cette deuxième malade atteint 40°, le poulsest à 144,
la respiration à 34-36. Cette femme au regard fixe, à l’aspect anxieux,
avait encore sa pleine connaissance : elle succomba dans la nuit.
3e examen. — Le même jour, un troisième échantillon provenant d’un
indigène de la ville (crachat rosé envoyé par le Docteur Barros) fourmille
de bacilles de Yersin, presque à l’état de pureté.
Ainsi se trouve confirmée, dans la même journée, la nature épidémique
de l’affection qui se présentait dans trois cas, tous mortels, sous la forme
de : 1" Peste pneumonique (2 cas) ; 2° Peste septicémique et bubonique
(1 cas).
Ce triple diagnostic est aussitôt téléphoné aux Autorités Médicales.
C/est donc sur le sang, le suc ganglionnaire et les crachats de
trois malades du Docteur Barros, les trois premiers soumis à un
examen de laboratoire, que la démonstration de l’existence de la
peste cà Dakar sous ses formes les plus dangereuses a pu être
faite par notre service. La démonstration a été poussée à fond.
Les cultures sur gélose et bouillon, les inoculations au rat blanc,
ont rapidement confirmé le diagnostic. Le rat blanc a succombé
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
«62
en 5o heures (par inoculation directe sous la peau de quelques
gouttes de suc ganglionnaire de la première malade), établissant
ainsi la grande virulence de l’agent infectieux : le bacille de
Yersin. Depuis cette époque, les examens se sont multipliés.
Début de la maladie. — Dakar se trouvait ainsi surpris par une
épidémie de peste, éclatant brusquement chez l’homme. De
nombreux indigènes sont venus spontanément au Laboratoire
me fournir des renseignements assez précis surfes premiers cas.
Il fut possible, d'après leurs indications, de reconstituer un foyer
de i(5 à 18 cas, tous mortels , et à forme pulmonaire, ayant sévi
chez deux familles indigènes voisines, célèbres dans le pays par
d’interminables procès et appar tenant à un milieu relativement
aisé.
Un autre renseignement précieux : le relevé clés décès par
mois permet de fixer en avril, vers le io de ce mois, le début
probable de l'épidémie. On voit en effet le chiffre des décès
doubler brusquement pendant ce mois.
Marche de l’épidémie. — Mise en évidence environ un mois
après, l’épidémie devait suivre son cours, comme cela a toujours
été la règle lorsque les premiers cas n'ont pas été découverts et
étouffés dans l’œuf.
On a observé successivement :
i° La peste chez l'homme;
2° La peste chez les rongeurs.
A. La peste chez F homme. — Elle a débuté sans conteste par
la forme pulmonaire, avec mortalité de ioo/xoo, puis les formes
septicémiques et buboniques ont apparu sans que les rongeurs
aient paru contaminés.
Les foyers secondaires à Diourbel, Kh o m b o le, Ru fi sq ue, Thiès,
les villages d’Yoff près Dakar, Kaolack et plus tardivement la
Petite Côte, proviennent nettement du foyer initial. Beaucoup
d'indigènes, à la nouvelle officielle de la peste, avaient essaimé
rapidement en ces points, sans qu’on ait pu pré venir (leur exode.
Les enquêtes ont «établi sans peine dans ces cas la contamination
inter -humaine, un indigène atteint ou en incubation étant venu
se réfugier parmi des amis ou des proches.
L’épidémie a suivi nue courbe ascendante d’avril à j'uii I le t-ao û t,
en période plutôt sèche, puis a formé plateau pour 'redescendre
lentement jusqu’en décembre où elle paraît s'éteindre tout eu
Séance du io Novembre 1910
603
montrant des cas isolés jusqu’à fin janvier 1916. A partir de
juin (1914), les Formes buboniques se sont montrées prédomi¬
nantes. La peste a sévi surtout en milieu indigène, attaquant
toutes les races, malgré la prétendue immunité que des auteurs
ont cru devoir attribuer aux races indigènes africaines . Elle a
causé quelques décès chez les métis ; mais n’a atteint que de très
jrares européens. Chez ces derniers, la mortalité a été presque
insignifiante.
On a vu des indigènes tomber et mourir brusquement dans
la rue, terrassés par la maladie, l’effort ayant ici épuisé les der¬
nières Forces de résistance, comme cela se produit dans les épi¬
démies de peste chez les rongeurs. Des Familles entières ont dis¬
paru, surtout dans les trois agglomérations formant le village de
Y o j(f, sur le bord delà mer, à [6-17 kilomètres de Dakar, où près
des 4/5 de la population succomba en peu de temps, soit plus de
1 .200 i ndigènes.
La mortalité globale est évaluée à en viron '4-ooo décès. J’estime
que ce chiffre est inférieur à la réalité, parce que souvent ne
figurent pas dans les statistiques les cas des indésirables, venant
de partout, à Dakar, et sans état civil connu.
B. L'épizootie pesteuse chez les rongeurs de Dakar . — Jusqu’au
4 juillet 1914, aucune indication précise de ce côté. Le Labo¬
ratoire a bien entendu parler de rats, très rares, qui se seraient
sauvés à moitié grillés des cases brûlées par le Service Sanitaire.
Rien n’est encore venu à son observation directe, sauf un envoi
• de r3 rats blancs Fait par le Docteur Barros fin mai. Ces rats,
•élevés dans une case contaminée, se sont trouvés indemnes. En
•juin, le Docteur Marcandier, médecin de Ja Marine, nous a
envoyé également des rats vivants capturés dans les locaux de
l’Arsenal. Aucun de ces rats, tenus en observation, n’a été trouvé
smalade. Nous avons su aussi qu’il y avait des animaux : poules,
chats, petites antilopes, qui succombaient en ville, à une cause
inconnue. Vainement les indigènes venant au Laboratoire cher¬
cher, un conseil, une ordonnance, reçurent la .promesse d’une
récompense par rongeur .rapporté mort ou vivant. Ou ne put
rien savoir.
•Le v5 ‘juillet seulement, un dimanche,; une femme indigène soignée au
Laboratoire nous fait porter une souris (Mus musculus) venant de mourir
devant elle dans sa case. L’examen pratiqué aussitôt dans d’excellentes
conditions permet de diagnostiquer une septicémie pesteuse et l’ensemen¬
cement d’une goutte de sang du cœur donne par la suite une cdlture
664
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
floconneuse, caractéristique, le bouillon restant clair. Cette indigène par¬
lant un peu le français, nous explique qu’elle a trouvé dans sa case, rue
Grasland, en foyer pesteux, 4 rats pourris il y a quinze jours environ (vers
le 23 juin par conséquent) et que depuis cette date elle avait pris 14 à
15 souris sortant en plein jour (c’est la dernière qu’elle avait envoyée);
qu’on trouvait aussi des rats morts dans les cases du quartier et que les
indigènes lui avaient dit de n’en pas parler et de ne pas les envoyer au
Laboratoire. Détail typique : Son parent, le jeune Bernard Senn, âgé de
11 à 12 ans, qui avait apporté à la main la souris morte, nous en avait
caché la provenance véritable 11 mourut lui-même de peste quelques
jours après. Ce même jour. 5 juillet, un jeune rat noir mâle (Mus rattus ) est
envoyé de la Gendarmerie sur l’ordre du Docteur Barros. Le point de
capture est inconnu. A l’autopsie, ganglions hémorragiques rosés, gros
comme une forte tête d’épingle, résistants à l’étalement ; rate énorme, noi¬
râtre, véritable bouillie splénique ; foie décoloré par larges nappes ; reins
pâles, gros et décolorés ; intestins, surtout l’intestin grêle, remplis de
matières diarrhéiques jaunes ; cœur gros, dégénéré ; liquide dans les deux
plèvres, poumon congestionné par places. Les divers frottis renferment
une véritable purée de bacilles de Yersin.
L’épizootie murine [Mus rnuscalus et Mus rattus ), si elle n’exis¬
tait pas auparavant, se trouvait cette fois constituée avec toutes
les indications qui en découlaient. Elle expliquait la mortalité
élevée, 10 a io cas par jour, mortalité n’ayant jamais cessé depuis
le début, avec des hauts et des bas; ces derniers pouvant faire
croire au déclin de l'épidémie.
En même temps, le 4 et le 5 juillet, je vois venir au Labo¬
ratoire :
i° Une femme indigène avec bubon sous mentonnier;
2° Un enfant de 8 ans atteint de bubon crural ;
3° Une 2e ejifant du même âge porteur d’un bubon sous-maxil¬
laire droit. Ces trois cas montrent du bacille de Yersin aux exa¬
mens. C'est à ce moment qu'on ne brûle plus les cases conta¬
minées que deux fois par semaine.
L’existence de la peste à Dakar en milieu indigène étant soli¬
dement démontrée, sa marche extensive ayant été prévue et
indiquée, l’existence d’une épizootie murine constatée à partir
du 5 juillet venant à l’appui de cette affirmation, le Laboratoire
consacre alors son activité plus spécialement aux points suivants :
i° Examens des rongeurs et autres animaux suspects ;
2° Analyse des produits pathologiques;
3° Isolement des germes pathogènes et préparation du vaccin
anti-pesteux ;
4° Vaccination des indigènes se présentant spontanément au
Laboratoire ;
Séance du io Novembre 1915
665
5° Expérimentation et recherches.
Quelques remarques cliniques et thérapeutiques. — Nous lais¬
sons aux cliniciens la description des cas de peste. Pour nous,
qui en avons vu beaucoup à 1 Ile Maurice, nous avons pu con¬
stater que celle affection a évolué sous ses formes habituelles :
pulmonaire, septicémique et bubonique. Les premiers cas
(forme pulmonaire) étaient tous mortels. Par la rapidité de leur
évolution (1, 2 et 3 jours), ils ne donnaient presque pas le temps
d’intervenir. Aussi les indigènes disaient-ils que les médecins
piquaient leurs malades (injection du sérum anti-pesteux) pour
les tuer plus vite; ce qui explique la résistance considérable que
l’on a éprouvée à amener les pesteux à l’hôpital. L’isolement des
malades aux Contagieux à l’Hôpital Indigène était cependant la
seule mesure utile.
Par la suite, avec les formes buboniques, à évolution moins
rapide, la sérothérapie et les médicaments adjuvants (huile cam¬
phrée notamment à haute dose) donnèrent de très beaux résul¬
tats chez les sujets traités à temps ou ayant bénéficié d’une ou
de plusieurs vaccinations anti-pesteuses.
Parmi les particularités cliniques que nous avons vues, nous
citerons de rares charbons pesteux, des vésicules ou bulles res¬
semblant à des vésicules d’herpès, aux bulles de pemphigus, des
éruptions simulant des boutons d’acné et quelques phlyctènes,
le tout fourmillant de bacilles pesteux. Dans de rares abcès à
sièges anormaux, dans le pus d’éruptions furonculeuses, le
bacille de Yersin a aussi été rencontré pur ou associé à d’autres
microbes : coccus, diplo-staphylo. L’observation la plus inté¬
ressante est un cas de méningite cérébro-spinale pesteuse. Elle
a été faite en mettant en commun les résultats de la clinique et
du laboratoire et communiquée à la Société de Pathologie exo¬
tique, en raison de la rareté du cas. Dans une autre observation
chez un jeune indigène provenant du Haut-Sénégal-Niger et
depuis i5 jours à Dakar, le paludisme a masqué l’évolution
rapide d’une peste à bubon cervical tardif et le malade a suc¬
combé. Il est donc des cas particulièrement difficiles.
Enfin, nous avons noté des cas de peste à forme ambulatoire
avec bubons, ayant guéri sans traitement. Au Laboratoire, l’un
de nous fut probablement atteint d'une forme de ce genre avec
fièvre passagère, à la suite de la piqûre d’une puce apportée sans
doute par les indigènes, le 20 avril 1914, alors que l’existence de
666
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
la peste n’était pas connue. Il manqua malheureusement à ce
moment le contrôle bactériologique de ce cas anodin.
Du 18 mai au 3i août 1914, 19 indigènes atteints de peste à
diverses périodes ont été découverts à la visite volontaire des
malades au laboratoire et 9 furent hospitalisés aussitôt. Parmi
eux nous citons une bronchite pesteuse, découverte le 18 mai
et une pneumonie pesteuse peu de temps après. Les autres
malades présentaient des formes buboniques. Si des pesteux 11e
se sont pas présentés deux-mêmes dans le service avant le
18 mai, cela tient à ce que les premiers malades terrassés par le
mal ont été hors d’état de s’y transporter.
Examen des rongeurs et autres animaux suspects. — Il ne
s agit pas ici d’une étude méthodique et serrée des rongeurs de
la ville de Dakar, mais bien d’une élude fragmentaire faite
comme on a pu, avec des matériaux restreints, souvent apportés
dans de détestables conditions. Nous résumons dans les tableaux
suivants les précieux résultats que ces matériaux ont pu néan¬
moins nous fournir.
Tableau 1
Les rats inutilisables (65) l’ont été soit en raison d’un ébouil-
lantement trop prolongé (rats cuits), soit en raison de leur
putréfaction trop avancée, la liquéfaction cadavérique en cer¬
tains cas était telle qu’à la prise à la pince, il ne restait que le
squelette et la peau. La répartition des rats pestiférés par
espèce est la suivante :
Tableau II
Séance du 10 Novembre i<)i5
667
Nous n’avons pu établir la proportion exacte de ces trois
espèces, mais les Mus rattus l’emportaient de beaucoup sur les
Mus alexandrinus et decumnnus. Cette dernière espèce, sur les
78 rats utilisables aux examens, n était représentée que par
3 spécimens et parmi eux se trouvaient 2 rats porteurs de bacil¬
les de Yersin.
Pour être réalisée convenablement, cette étude des rongeurs à
Dakar eût nécessité un organisme spécial, un petit laboratoire
de fortune où aurait été faite une statistique des rats pris par
mois, par espèce, par sexe, par quartier, avec analyses soi¬
gnées d’un pourcentage à fixer : 1 pour 10 par exemple. Elle
aurait permis de révéler le point de départ dans la ville de
l’épizootie murine, sa marche, son extension, avec l’indication
des mesures radicales à prendre sans délai.
Quoi qu'il en soit, on peut affirmer qu’en des points précis, à
des époques déterminées, les rongeurs capturés vivants n'étaient
pas contaminés. En voici deux exemples :
i,:r exemple. — En mai-juin, sur un lot de 27 à 30 rats capturés dans les
établissements de la Marine, aucun rat malade. Ces rats ont été envoyés
au Laboratoire par le docteur Marcandier, médecin de la Marine.
2& exemple. — Un 2e lot de 81 rats vivants capturés du 16/12 1914 au
8/1 1915, sur les ordresdu docteur Barros, médecinde l'hygiène, et, surina
demande, a été conservé au Laboratoire. Ce lot où prédominent les Mus
decumanus ne renferme aucun rat malade et sert aux contrôles des souches
de bacilles pesteux recueillis, car les rats contractent la peste expérimen¬
tale et en meurent.
Par contre, en juillet, août et septembre, des rats pesteux sont
capturés dans des bâtiments spéciaux de la Marine, les bas
quartiers de la ville et jusque dans les magasins de l’Adjoint au
Maire de Dakar. En octobre et novembre, aucun rongeur n’est
expédié au Laboratoire. Enfin, en 1916, une capture heureuse
d’environ 80 rats pratiquée dans un magasin de la douane,
permet de constater qu aucun de ces ronqeurs ne présente à l'au¬
topsie la moindre lésion pesteuse.
Il est donc aisé de se rendre compte des indications précieu¬
ses fournies par une étude méthodique des rongeurs pour orga¬
niser la- lutte contre la peste et se défendre contre cette mala^
die. Ces données sont d’autant plus importantes que la peste
transmise par les rongeurs et leurs parasites est souvent à mar¬
che lente. On a donc le temps, quand on sait le danger, de pou¬
voir intervenir hâtivement. La peste a pu être enrayée (nombreux
068
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
exemples) par une destruction rapide des rongeurs avant la
transmission à l'homme et la dissémination au loin grâce aux
migrations bien connues de ces rongeurs.
Autres animaux contaminés. — Une mortalité anormale a sévi
en période épidémique sur quelques antilopidés, des chats, des
singes en captivité, des lapins et des poules. De gros animaux,
bovidés, équidés, ont également péri pendant celte période.
En dehors des cas de peste constatés chez deux chats, un singe
d’appariement ( Macacus rhésus) et une civette apprivoisée, nous
n’avons pu recueillir aucun renseignement précis sur les causes
de cette mortalité. À signaler pourtant le réel danger de propa¬
gande de la peste par les chats domestiques en raison des puces
nombreuses qu’ils hébergent dans leur fourrure et transportent
aisément. Les hérissons, vivant parfois dans les cases indigènes,
me paraissent suspects de transmettre la maladie, car j’en ai
trouvé hébergeant sur eux des milliers de puces.
Analyse des produits pathologiques envoyés au laboratoire
pour la recherche des bacilles pesteux. — Ces produits s'éche-
lonnent sur une période de plus de 8 mois, du 1 1 mai 1914 au
26 février 19 1 5.
En bloc ils s’élèvent à 474 représentant 1 .458 examens et se
répartissent de la façon suivante :
Tableau des produits pathologiques
Commentaire de ces examens. — 11 nous est impossible de
reconstituer le nombre des malades ou suspects d’où provien¬
nent les produits, les indications utiles ne nous ont pas tou¬
jours été fournies, les envois, à notre insu, peuvent se rapporter
Séance du io Novembre 1910
669
au même malade, nous l’avons constaté quelquefois. Les pro¬
duits à expertiser proviennent du reste de partout : Hôpitaux,
ville de Dakar, Diourbel, village de Yoff, Rufisque, Thiès,,
Kaolack, etc...
Une remarque déjà frappe l’esprit, c’est qu’on est fort éloigné
de rencontrer du bacille pesteux dans tous les cas.
Sang. — Les ro malades qui ont montré du bacille de Yersin
dans le sang étaient à la période agonique. Il ne faut donc pas
s’attarder, pour établir un diagnostic, à cette recherche trop
longue et trop difficile.
Pus. — Dans le pus le bacille de Yersin était dans un cas à
l’état de pureté, et dans l’autre mêlé à des associations secon¬
daires dont on eut peine à l’isoler.
Crachats. — En dehors des cas où le bacille pesteux a été ren¬
contré, les examens de crachats ont fait découvrir: i° un nom¬
bre assez élevé de cas de tuberculose (23) qu’on avait pris, en
période épidémique, pour des pestes atténuées (on croyait à des
porteurs de germes cocco-bacil lai res) ; 20 des bronchites banales
ou saisonnières assez fréquentes ; 3° des broncho-pneumonies
bâtardes, parfois paludéennes, ou à flore microbienne banale ;
4° des pneumonies franches non pesteuses.
Liquide céphalo-rachidien. — Il s’est agi une fois d’une
méningite cérébro-spinale à cocco-bacille de Yersin, une autre
fois d’une méningite à méningocoques. Disons tout de suite
que la méningite pesteuse vraie est relativement rare.
Selles. — Il a été isolé des selles un cocco-bacille simulant le
bacille de Yersin, mais qui ne s’est pas montré franchement
pathogène pour le rat et dont l’étude est à poursuivre. Nous le
considérons j usqu’ici comme non pesteux.
Eruptions cutanées. — Là, les prélèvements ont été opérés chez
des pesteux ou des malades fortement suspects de peste. Ils ont
tous montré le bacille de Yersin, pur ou associé à d'autres
microbes. Des cultures ont pu être obtenues directement de ces
produits.
A signaler deux cas de charbon pesteux, formes assez rares,
mais signalées par les auteurs dans les grandes épidémies.
Isolement du bacille pesteux et préparation du vaccin. — L’iso¬
lement du bacille pesteux des deux premières malades fut pra¬
tiqué par les méthodes habituelles sur gélose et bouillon. Puis
4G
670
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
à chaque occasion favorable, on a recueilli et conservé au labo¬
ratoire de nouvelles souches pesteuses en pratiquant des repi¬
quages fréquents.
Préparation du vaccin anti-pesteux. — 11 y avait lieu de choi¬
sir le procédé à meilleur rendement et le plus pratique.
J’ai adopté la méthode de Haffkine en me servant de gélose
sur boîtes de Roux. La culture, selon les besoins, était retardée
ou poussée, à la température du laboratoire ou à l'étuve, mais
toujours dans le même temps.
Avant le raclage des cultures, j’éliminais des boîtes le liquide
de condensation, riche en toxine et soumettais ce liquide à la
centrifugation et au lavage au sérum physiologique. Après
décantation, les corps microbiens étaient ajoutés à la récolte.
Les diverses manipulations, les précautions à prendre, la
double stérilisation au dessous de 68°, les dilutions et la répar¬
tition du vaccin, sont suffisamment connues pour qu'il y ait lieu
d’insister ; nous ajouterons seulement que nous avons utilisé de
préférence le mélange de plusieurs souches pesteuses (vaccin
polyvalent).
Contrôle des cultures. — L'emploi pour ces contrôles des rats
du pays, tenus en observation un temps suffisant à l'obscurité , a
constitué une trouvaille. Tous nos rats contrôlés ont développé
la peste et ont succombé, à part un, en 72 heures et au-dessous
(durée moyenne de la maladie). C’est bien là la preuve que les
rongeurs de Dakar n’étaient pas immunisés par une atteinte
antérieure de peste et que ce n’est pas par eux que la peste a
débuté dans la ville de Dakar et au Sénégal. L’autopsie de ces
rats contrôlés m’a également permis de me rendre compte, en
plus des lésions habituelles bien connues (ganglions, rate,
cœur) :
i° De l’apparition précoce de phlyctènes sur la peau, dont le
liquide, clair comme de l'eau de roche, fourmillait de. bacilles
pesteux.
20 De la fréquence des pleurésies uni ou bilatérales.
3° De la dégénérescence parfois suraiguë de la glande hépa¬
tique, nécrosée, décolorée et blanchâtre, comme dans les grandes
intoxications.
4° De la présence du bacille pesteux dans les frottis de la
substance cérébrale.
5° De la coexistence de T r y pan . Lewisi et du bacille de
Séance du io Novembre 1915
671
Yersin, ce dernier et ses toxines paraissant être sans action sur
l’évolution du trypanosome.
Difficultés de la préparation du vaccin de Ilaffkine à Dakar.
— Elles sont inhérentes an climat, à l’atmosphère saturé de
poussières, chasséespartout par des vents violents, ainsi qu’aux
difficultés du ravitaillement en produits et matériel et néces¬
sitent de fréquents contrôles. Néanmoins nous avons pu pro¬
duire près de 100.000 doses de vaccin (exactement 96.000) dont
85.000 doses ont été utilisées sur place. L’Institut Pasteur a
fourni le complément.
Vaccination des indigènes . — Le Laboratoire n’a pas ouvert un
bureau de vaccination pour ne pas troubler ses opérations de
préparation de vaccin. Néanmoins nous avons vacciné tous ceux
qui sont venus le demander afin d’aider à lutter contre la peste.
Trois mille vaccinations ou revaccinations ont été faites par
nous du 2 juin au 11 février inclus.
Le vaccin de l’Institut Pasteur et le vaccin du Laboratoire ont
été employés comparativement avec sensiblement les mêmes
succès. Les réactions ont paru similaires dans les deux cas. La
température, quelques heures après, dans la soirée, atteignait 37,5
à 38°, sauf chez les malades tuberculeux par exemple qui ont
réagi plus vivement. Nos indigènes n’ont pu être suivis qu’un
jour.
Tous nos vaccinés, même les tous jeunes enfants à partir de
18 mois, ont bien supporté les vaccinations successives. Certains
rhumatisants ont éprouvé des douleurs rhumatoïdes généralisées
à la suite des injections.
Une seule carte nous est revenue (décès) d’une femme indi¬
gène venant du Haut-Sénégal et Niger et soignée au Laboratoire
pour une anémie grave et un mauvais état général probablement
d’origine paludéenne. La cause du décès a été attribuée à la
peste, mais ce diagnostic n’a nullement été confirmé.
Autres complications. — Quelques abcès à la pointe de l’omo¬
plate ont été notés, avec pus aseptique généralement ou pré¬
sence de rares bactéries banales, non dangereuses en inocula¬
tions sous-cutanées chez les souris et les rats.
Temps de la préservation. — Parfois une seule vaccination a
permis au vacciné de traverser la période épidémique. Souvent
elle s’est montrée insuffisante. Dans les cas suivis de mort, un
mois ou deux après une vaccination par exemple, des données
672
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
exactes d’appréciation ont généralement fait défaut. Il semble
que le vacciné, en plein foyer épidémique, ait résisté plus long¬
temps que le non-vacciné. En plein centre épidémique, des
familles vaccinées à plusieurs reprises, ont résisté pendant que
l’épidémie décimait les cases voisines, dont les indigènes
n’avaient reçu aucun vaccin. Dans les autres cas, il a contracté
parfois une peste bénigne à guérison spontanée ou moyenne ter¬
minée favorablement le plus souvent. En général la mortalité
est abaissée après une première vaccination, infiniment moindre
après une seconde vaccination et presque nulle après une troi¬
sième vaccination à condition que ces vaccinations soient suffi¬
samment rapprochées, sans qu’il soit possible d’avoir des ren¬
seignements absol ument précis pour la pratique. Des vaccinations
successives ont pu sans inconvénients être faites à 6 et 8 jours
d'intervalle et même à intervalles plus rapprochés de 2 en
2 jours.
A Dakar et au Sénégal, la triple vaccination a été adoptée avec
des doses croissantes de vaccin. Celte mesure a donné d’heureux
résultats et c’est la première fois, à notre connaissance, qu’elle a
été employée systématiquement. Elle est en somme calquée sur
les vaccinations antityphoïdiques et anticholériques.
Au Laboratoire, nous avons injecté r cm3 de vaccin, i cm3 i/4
et i cm3 1/2 (fre, 2e et 3e vaccinations). On pourrait sans incon¬
vénient injecter 5 cm3, répartis en trois vaccinations : 1 cm3,
1 cm3 5, 2 cm3 5, à une semaine d’intervalle. Mais qu’il soit pro¬
cédé, par personne, à trois vaccinations à doses croissantes, ou à
un nombre encore plus élevé de vaccinations, comme cela s’est
produit quelquefois, sans aucun inconvénient, il ne faut pas se
réfugier derrière les uacciriations pendant une ép idem ie de peste.
Si tous les foyers pesteux dépistés ne sont pas détruits, si la
désinfection et les ségrégations inévitables sont abandonnées
ou trop tardives; si en un mot, toutes les mesures de préserva¬
tion ne sont pas employées simultanément, convergeant au
même but, l’issue favorable d’une très dure campagne sanitaire
est compromise et la peste, avec ses retours offensifs fréquents,
sa tendance à l’extension, peut s’installer définitivement dans
un pays (Ile Maurice, Indes Anglaises, Brésil).
Telles sont les indications qui se dégagent de nos vaccina¬
tions au Laboratoire et de notre étude sur la peste. M. le docteur
Marcandier qui a pratiqué à Dakar, à la Marine, le plus grand
Séance du io Novembre 19 i5
673
nombre de vaccinations anti-pesteuses, pourra fournir de très
précieux renseignements à ce sujet, basés sur des milliers de
vaccinations.
Quelques mots sur la prophylaxie de la peste. — L’épidémie
de Dakar comporte d’utiles renseignements au point de vue de
la prophylaxie de cette affection. Elle démontre :
i° L’inutilité d’un cordon sanitaire lorsque les foyers de peste
sont disséminés (découverte tardive) en milieu indigène et que
ville indigène et ville européenne se trouvent enchevêtrées l'une
dans l’autre. C’est alors toute la ville qui devrait être isolée
d’emblée en occupant les points stratégiques.
20 Le danger de l’exode des indigènes, s’échappant du foyer
initial, afin de se soustraire aux mesures d’isolement et de pré¬
vention (création et dissémination des foyers secondaires).
3° La nécessité d'une défense sanitaire hâtive, coordonnant
les efforts des divers pouvoirs publics, défense minutieusement
organisée d’avance et; se déclanchant automatiquement sans
aucun retard, en présence d’une indication précise sur la nature
et les dangers d’une épidémie (diagnostic bactériologique pour
la peste).
4° Le rôle de toute première importance du ou des médecins
des morts, et l’obligation pour tout groupement important (muni¬
cipalité, gouvernement) d’organiser très fortement ce service et
d’y nommer des médecins actifs, consciencieux et doués de
connaissances étendues.
C’est par les médecins des morts que les premiers cas des
maladies épidémiques seront dépistés souvent, lorsque ces méde¬
cins auront su provoquer en temps .voulu les enquêtes et les
investigations nécessaires.
C’est sur eux que repose la sauvegarde de la cité et cette sau¬
vegarde est encore plus pressante, plus nécessaire lorsqu’il
s’agit d’un port important, porte d’entrée de tout un immense
payS‘
5° L’utilité d’un casier sanitaire tenu à jour, plus indispensa¬
ble pour les cités et les ports coloniaux que partout ailleurs, en
raison de la surveillance nécessaire des groupements indigènes,
d’une hygiène notoirement insuffisante lorsqu’ils vivent à proxi¬
mité des Européens ou sont mêlés à eux.
A ces mesures, doivent s’ajouter (mesures de prévision) :
a) La création d’un camp ou village de ségrégation , organisé de
674
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
façon à pouvoir être utilisé immédiatement pour l’évacuation
en bloc d’un quartier ou d’un village contaminé, et pourvu du
matériel et des locaux de désinfection.
b) La surveillance des colonies voisines et une documentation,
tenue à jour, des épidémies antérieures qui les ont éprouvées
(échanges des rapports et des publications).
C’est parce que Dakar, visité dans le passé par des épidémies
de choléra, de fièvre jaune, de variole, de paludisme, n'avait pas
étudié et coordonné toutes ces questions d’avance, qu'elle s’est
laissée surprendre par l’épidémie de peste et a vu la lutte et les
mesures quarantenaires persister pendant près de 9 mois. Il a
en effet fallu tout improviser et ce n'est que fin août 1914 qu’un
camp de ségrégation a pu commencer à fonctionner.
Quels sont, en pratique, parmi les mesures recommandées,
les meilleurs moyens prophylactiques pour prévenir ou combattre
une épidémie de peste, en dehors des considérations générales
développées plus haut ?
Ce sont, d’après notre expérience :
i° L’incinération des locaux et objets souillés par les pesteux;
20 La destruction des rongeurs ;
3° L’assainissement des agglomérations ;
4° La vaccination d’ensemble de toute la population de la
zone contaminée.
i° U incinération des locaux contaminés par les pesteux. — C’est
la mesure la plus efficace en milieu indigène. Il ne faut jamais
reculer devant l'incendie d’un village de paillotes ou huttes de
peu de valeur, et même de maisons en bois lorsqu’un foyer de
peste y a été constaté. Mais cette destruction par le feu doit se
faire avec méthode, débordant largement le point contaminé. Il
faut brûler de la périphérie au centre et empêcher par un cercle
de feu, en entourant de paille, l’exode des rats pesteux ou en
incubation de peste.
J’ai vu à l’Ile Maurice les autorités sanitaires et les particu¬
liers, par des mesures mal prises, laisser s’échapper les rongeurs
des locaux contaminés, fuvant dans toutes les directions. Il en
est résulté parfois la création de nombreux foyers secondaires et
la contamination de camps importants de travailleurs qu’il a
fallu détruire entièrement par la suite.
Quand on ne peut pas détruire par le feu, l’enlèvement des
planchers, des plafonds et de la toiture, suivis des désinfections
Séance du io Novembre i 9 i 5
675
nécessaires et de V éboiiillantement des trous et crevasses rencon¬
trés ■, donnent d'excellents résultats, la vapeur ou l’eaubouillantè
détruisant les rongeurs et la vermine des terriers e( anfractuo¬
sités. Souvent par ces seules mesures l’épidémie s’arrêtait net.
L’emploi d’un entourage en tôle est souvent illusoire, parce
qu’au moindre bruit les rongeurs creusent le sol et s’échappent
au dehors des baraques.
C’est pour avoir reculé en 1899 devant la destruction par le
feu du premier quartier contaminé à Port-Louis (on a voulu
éviter une dépense initiale de 5 à 600.000 fr.) qu'on a laissé se
créer un foyer, permanent depuis i5 ans, point de départ chaque
année de foyers secondaires incessants.
Au 3o avril 1910, le Gouvernement Mauricien, rien que dans
la lutte contre la peste, avait dépensé 2.600.000 roupies, soit
4.290.000 fr., sans compter les dépenses personnelles des gros
planteurs (incendies et reconstruction des camps d’engagés).
Depuis 1910, le total de ces dépenses s’est augmenté de plu¬
sieurs centaines de milliers de francs.
La destruction des objets et du linge souillé ou suspect est
aussi. cV une importance capitale. Chaque fois que des vêtements
ou du linge sont soustraits du foyer pesteux (se méfier des
enfouissements pour tromper la surveillance), et sont transportés
au loin, on voit de nouveaux foyers s’allumer. On a vu à I I le
Maurice des linges suspects, transportés par les Indiens d’une
extrémité de Pile à l’autre extrémité, y provoquer de violentes
explosions épidémiques.
A Mayotte, en 1901, j’ai été témoin d’un cas de peste mortel
chez une créole de la Réunion qui avait fui son île depuis plu¬
sieurs semaines. Au Natal, un cas analogue s’est produit dans
les mêmes conditions chez un Mauricien qui avait quitté son
pays trois semaines auparavant. 11 n’y a pas de doute que la
contamination se soit produite dans ces cas par des puces pes¬
teuses transportées dans des malles avec le linge, les vêtements
ou les livres.
La destruction par le feu supprimerait incontestablement
tous ces contages et assainirait radicalement le sol des habita¬
tions.
L’épidémie sévère des villages de Yoff (Yoff a été contaminé
par des pesteux venant de Dakar) — où les vaccinations anti-pes¬
teuses tentées timidement en pleine explosion épidémique n’ont
676
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pas donné de résultats et n'ont pu être continuées en raison de
la résistance des indigènes — n’a diminué d’acuité que durant
Y abandon des villages et leur transfert en un autre point. Encore
a-t-on eu l’imprudence d’autoriser les indigènes à reconstituer
leurs cases avec les matériaux des villages abandonnés.
Le sol sablonneux des paillotes abritait et cultivait d’innom¬
brables puces à tous les stades de leur développement. La puri¬
fication par le feu eut été la meilleure mesure à prendre.
C’est l’incendie tardif d’un vaste carré de cases indigènes de
3oo m. de longueur sur i5o m. de profondeur, abritant environ
3.ooo indigènes, qui, vers fin août 1914? a marqué le déclin de
l’épidémie à Dakar.
L'incinération devrait également être de règle pour les cada¬
vres pestiférés, surtout chez les indigènes.
En effet, les veillées mortuaires à 1 II e Maurice, la toilette des
corps à Dakar, ont souvent été l’origine de nouvelles contamina¬
tions lorsque les malades succombaient à la peste pulmonaire.
La contamination se fait directement dans ces cas par les muco¬
sités fourmillant de bacilles pesteux qui souillent la bouche et
les narines des décédés et que les parents se passent de main en
main, et beaucoup plus rarement par les piqûres d’insectes. C’est
du reste une coutume fréquente que le malade crache dans les
mains de ses proches qui l'entourent de leurs soins. Et c’est
ainsi que, chez les Malgaches, les pneumonies se propagent aisé¬
ment par épidémies familiales.
20 La destruction des rongeurs. — Tous les moyens doivent
être employés : les primes, les équipes, les pièges, les poisons,
les virus, les chiens ratiers, la dératisation par les gaz sulfureux
ou carbonique, etc.
Dans les ports, la lutte systématique devrait toujours être à
l’ordre du jour. A Dakar, la municipalité ne s’est, occupée de cette
destruction qu’au plus fort de la période épidémique et l’a très
xite abandonnée, en raison des frais qu’elle occasionnait. On pré¬
tendait même qu’il n'y avait pas de rongeurs dans la ville.
Or nous avons pu nous rendre compte que les rongeurs étaient
nombreux. C’est une bonne fortune pour la ville qu'ils n’aient
été contaminés que secondairement et seulement en des points
limités.
Une des raisons, selon nous, delà nonextension de l’épizootie
murine tient à la nature sablonneuse du sol. Il s’est passé à Dakar
Séance du io Novembre 1916
677
ce qu'on a déjà observé à Tamabru : l'impossibilité pour les
rongeurs de se creuser des terriers.
Aussi les retrouve-t-on de préférence dans les paillotes, les
boutiques à comestibles, les magasins, les entrepôts, les égouts,
les anfractuosités des jetées et des quais. En certains magasins
de gros, on en a trouvé morts un certain nombre (le fait a été
caché soigneusement) et des centaines d’autres ont pu être
détruits. G est donc un manque absolu de prévoyance, la structure
du sol friable rendant la lutte facile, de ne pas organiser l’ex¬
termination méthodique des rongeurs à Dakar, même en temps
ordinaire. Plus le nombre en sera réduit, moins les risques de
peste murine seront grands avec les dangers de dissémination
que l’on sait.
3° L assainissement des agglomérations. — C’est au moment des
épidémies que le casier sanitaire et tenu à jour d’une ville comme
Dakar peut rendre les plus précieux services. Les crédits plus
abondants permettent alors des améliorations considérables.
Ap rès des enquêtes bien conduites, on sait qu’il existe des mai¬
sons à peste , surtout en milieu indigène. Ces maisons eu ces pail¬
lotes, ordinairement de peu de valeur, doivent être impitoyable¬
ment détruites par le feu, en raison de /' infection du sol et du
sous-sol par les puces et leurs larves.
A Dakar, il n’a pas été rare de voir certaines habitations indi¬
gènes qu’on hésitait à détruire, être le point de départ de nou¬
veaux cas de peste lorsqu’on les habitait de nouveau. Le danger
est très grand parce que Dakar est un centre d’attraction pour
tous les indigènes des colonies de l’Afrique Occidentale qui s’y
rendent de plusieurs centaines de kilomètres et que ces der¬
niers n’ont pas été immunisés par l’épidémie ou les -vaccinations.
Cet assainissement est d’autant plus indiqué qu'il amènera la
disparition de nombreux foyers insalubres et que, dans une ville
comme Dakar, l’enchevêtrement de la ville indigène et de la ville
curopéennne commande de très sérieuses réserves au point de
vue de l’hygiène urbaine. Ce 11’est que parla séparation de ces
deux villes et la surveillance sanitaire la plus attentive des grou¬
pements indigènes, où cette surveillance est la plus importante*
que Dakar trouvera avec le temps sa sécurité définitive.
Vaccination d’ensemble de toute la population de la ville ou
de la zone cotamijnée. — En définitive, d’après les données recueil-
678
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lies à Dakar où les mesures habituelles contre la peste se déclan¬
chèrent avec lenteur, et où la résistance des indigènes (les
Lébous) paralysa la défense sanitaire, c’est surtout à la pratique
des vaccinations successives que l’on doit l’extinction de l’épidé¬
mie à Dakar.
Tandis qu’à Yoff, l’épidémie pour ainsi dire livrée à elle-même
et circonscrite par un cordon sanitaire de tirailleurs armés et
vaccinés, causa une mortalité de plus de 800/0, les vaccinations
répétées, jointes aux autres mesures de sauvegarde, préservèrent
efficacement les tirailleurs indigènes et les laplots des établisse¬
ments de la marine. En pleine épidémie, il fut possible grâce aux
vaccinations d’opérer d importants mouvements de troupes noi¬
res sans propager la peste. C’est là un exemple frappant à ne
pas perdre de vue et portant sur des milliers de tirailleurs. On
peut se rendre maître d’une épidémie de peste par les vaccina¬
tions répétées, j udicieusement combinées aux autres mesures
rationnelles de préservation.
Il ne faut donc pas reculer devant les vaccinations antipesteu¬
ses de toute une ville, de toute une régio u, malgré l’énormité de
l’ejfort à donner, car c’est là la mesure rationnelle par excellence
pour enrayer le mal.
Expérimentation et recherches. — Enterminant cet exposé, il y
a lieu de signaler que nous avons rencontré de nombreuses
espèces cocco-bacillaires, rappelant à s’y méprendre le bacille
pesteux par l’aspect morphologique, les réactions colorantes,
les caractères culturaux; mais ces espèces microbiennes 11e
tuaient pas le rat et sont à écarter.
De même nous avons constaté chez les rongeurs de Dakar la
fréquence du b. pyocyanique ainsi que chez les malades de l 'hô¬
pital voisin. Ce bacille pyocyanique, inoculé au rat sous la peau
mélangé au bacille pesteux, empêche souvent ce dernier de tuer
le rat. Il y aurait dans cette voie d’action antagoniste possibilité
d’obtenir un procédé nouveau de vaccination, d’intéressantes
recherches à tenter.
Disons aussi que l’étude des ecto-parasites des rongeurs et
autres animaux est à faire pour Dakar et qu’il y a lieu de recher¬
cher si les Cricelomijs (1), abondants dans la région, ne sont pas
susceptibles de constituer un réservoir de virus pesteux.
(1) Le Cricetomys Kantchouly, très abondant dans la brousse est un dévas-
Séance du io Novembre 19 15
679
Bien d’autres recherches seraient à tenter sur l’existence ou
non de la peste chronique des rongeurs. Nous signalons en pas¬
sant l'existence des mycoses chez le rat simulant des granulies
ou des infiltrations tuberculeuses en bloc des poumons.
Origine de la peste a Dakar. — A la fin de cet exposé, en se
souvenant des trop nombreux matériaux de contage des agglo¬
mérations, particulièrement de ceux des milieux indigènes de
ce pays (absence d’hygiène individuelle et sociale, irrémédiable
coutume séculaire d'expectorer incessamment partout, fourmil¬
lement (1) à certaines époques d’ecto-parasites, d’agents de dis¬
sémination et présence de commensaux des habitations : puces,
chiques, poux, punaises, tiques, moustiques, mouches, rongeurs
divers), on peut penser que fatalement la peste devait gagner
Dakar et y rencontrer des conditions éminemment favorables.
11 y a même lieu de s’étonner qu’il n'y ait pas eu 3oo à [\oo cas
par jour, au lieu de 10, i5 et 20 relevés, en raison de la diffi¬
culté de la destruction des foyers pesteux et de la résistance des
indigènes.
Mais d’où vient la peste de Dakar?
Plusieurs origines sont possibles :
a) Elle a pu venir d’un foyer voisin mal éteint, Côte d’Or et
Accra (épidémie de 1909), Casarnance (petit foyer de 1912) (Doc¬
teur Thiroux).
b) D’un foyer plus éloigné et récent, le Maroc (191 1-1913) :
peste des Ouled-Fredg, etc.
c) De l’Amérique du Sud (foyer endémique de Bahia et de Bue-
nos-Ayres).
Qu’un porteur de germes provenant de l’un ou l’autre de ces
points, ou qu’une peste chronique, une épizootie méconnue chez
les rongeurs ait été la cause de l’explosion épidémique, on pour¬
rait en discuter longtemps, sans arriver à une conclusion cer¬
taine, car le point de départ et la filiation des cas du début n'ont
pu être exactement établis au moment utile. L’explosion épidé¬
mique a surpris tout le monde. Il peut aussi exister en Afrique
tateur terrible; il amasse de véritables greniers de réserve, que les indigènes
déterrent et consomment en temps de famine. Ce gros rongeur peut jouer en
Afrique, pour la peste, le rôle des Tarabaganes en Mandchourie.
(1) En certains villages du Cayor et autres parties du Sénégal, on voit a la
saison chaude le sol sablonneux remuer aux environs des paillotes. L’obser¬
vateur surpris s’aperçoit bien vite à ses dépens que cette agitation et cette vie
intense sont dues à des myriades de puces qui l’obligent à fuir précipitamment.
680
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
des foyers anciens, à réveils périodiques, la tradition indigène
incline de ce côté. On sait qu’un de ces foyersfe/ù situé en Cyré¬
naïque (Tripolitaine). En 1913-1914, une mortalité anormale a
sévi chez certaines populations du Haut-Sénégal et Niger où des
décès se sont produits par milliers. La maladie, caractérisée chez
l’homme, d’après un renseignement verbal du Médecin-Major
Caries, par un gonflement énorme du cou, était attribuée dans
le pays à l’ingestion de la chair de bovidés succombant au char¬
bon, affection qui serait endémique dans ces régions. Cette expli¬
cation est parfaitement plausible, mais demande confirmation.
On peut aussi penser que cette tuméfaction du cou ressemble
singulièrement à la peste bubonique à localisation cervicale.
Par ces exemples, il est facile de se rendre compte des études
considérables qu’il y a à réaliser, notamment en matière de pré¬
servation de peste dans cet immense pays.
A la fin de cette étude, je tiens à remercier MM. Heckenroth et
Marcandier du concours qu’ils m’ont donné soit en m’assistant
pour de nombreuses analyses d’échantillons, l'isolement et la
conservation des races pesteuses, soit en me fournissant un maté¬
riel de recherches abondant et précieux.
/ > ‘ mm
Nouvelle contribution à l’étude des
infections expérimentales de la souris
par la Leishmania îropica ; un cas
d’infection de la gerbille.
Par A. LAVERAN.
Dans une communication antérieure (1), j’ai appelé l’atten¬
tion sur les localisations périarticu laires de la leishmaniose pro¬
duite par L. tropica chez la souris, et j’ai donné l’observation
d’une souris blanche qui, inoculée dans le péritoine avec le
matériel fourni par une souris infectée de L. tropica, a présenté,
outre la tumeur testiculaire typique que j’ai décrite précédem¬
ment, de véritables périarthrites à Leishmania des articulations
(1) A. Laveran, Soc. de path. exotique , 9 juin 1915.
Séance du io Novembre 1915
681
tibio-tarsiennes. La souris était en mauvais état, par suite de la
gangrène de la tumeur et de la septicémie consécutive, quand
elle a été sacrifiée.
J’ai eu l’occasion depuis lors d’observer trois faits du même
genre, deux fois chez des souris blanches, une fois chez une ger-
bille, ce qui ajoute à l’intérêt q 11e présente cette dernière obser¬
vation. Je résume ces faits.
1° Une souris blanche, mâle, adulte, est inoculée le 15 octobre 1914,
dans le péritoine, avec le produit du broyage d’une partie de la tumeur
testiculaire d’une souris infectée par L. tropica. — A partir du 4 novembre,
on constate, dans la région testiculaire, de la tuméfaction, qui, d’abord
légère, va en augmentant. — 24 décembre, une ponction faite avec une
pipette fine dans la région tuméfiée donne une goutte d’un liquide blan¬
châtre, épais, puriforme, qui contient des Leishmania en très grand
nombre. Les parasites sont libres ou inclus dans des éléments anatomi¬
ques; les polynucléaires parasités sont nombreux. — 15 janvier 1915, la
tumeur testiculaire grossit et durcit. — 1er février, petite escarre noirâtre
sur la tumeur, en avant de Uanus. — 8 février au 3 mars, l’escarre aug¬
mente. — 6 mars, l'escarre est tombée en laissant à nu une ulcération
suintante. — 9 mars, tumeur testiculaire saillante, dure, typique; petite
ulcérai ion à la place de l’escarre. — 5 avril, la tumeur a diminué un peu
de volume : l'ulcération s’est agrandie. — 30 avril, l’ulcération se cica-
trise. — 25 mai, la tumeur est stationnaire, dure. — 14 juin, l’ulcération
qui semblait être en bonne voie de cicatrisation a gagné la base de la
queue dont elle fait le tour. 11 exisle une tuméfaction bien marquée au
niveau de l’articulation tibio-tarsienne droite; une ponction faite à ce
niveau, dans le tissu conjonctif sous-cutané, donne une goutte de sérosité
sanguinolente qui contient de nombreuses Leishmania. — 24 juin, ulcéra¬
tion large et profonde à la base de la queue qui est tuméfiée; une ponction
faite à ce niveau donne une goutte de sérosité sanguinolente qui contient
des Leishmania assez nombreuses. — 26 juin, tuméfaction de l articulation
tibio-tarsienne droite; taches noirâtres de gangrène sèche le long de la
queue.
La souris est sacrifiée le 26 juin 1915; elle pèse 22 g. La rate hypertro¬
phiée pèse 22 cg. Les testicules sont reconnaissables au milieu du tissu
cellulo-adipeux induré qui les entoure. Leishmania nombreuses dans les
frottis du testicule droit, très nombreuses dans le tissu induré voisin.
Leishmania non rares dans les frottis du testicule gauche, très nombreuses
dans le tissu induré voisin. Leishmania très nombreuses dans la sérosité
sous-cutanée de la queue, de l’articulation tibio-tarsienne droiteet du tissu
cellulo-adipeux sus-pubien. Les frottis du foie, de la rate et de la moelle
osseuse ne contiennent pas de Leishmania.
2° Une souris blanche, mâle, adulte, est inoculée 1^28 avril 1915, dans
le péritoine, avec le produit du broyage d’une partie de la tumeur testicu¬
laire d’une souris infectée de L. tropica. — 15 mai, tuméfaction et indura¬
tion légères de la région testiculaire. — 20 mai, la tuméfaction et l'indu¬
ration ont augmenté. Un petit abcès de la paroi abdominale est ouvert; il
s’écoule quelques gouttes d’un liquide puriforme, épais, qui contient des
Leishmania en assez grand nombre. — 30 mai, tumeur indurée taisant
saillie dans la région testiculaire; tous les jours le petit abcès abdominal
682
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
fournit une gouttelette de matière puriforme très riche en Leishmania. — ■
6 juin, la tumeur testiculaire a le volume d’une grosse noisette. — 13, on
constate une tache noirâtre de gangrène sèche à la peau qui recouvre la
tumeur testiculaire et une tuméfaction marquée des articulations tibio-
tarsiennes avec raideur de ces articulations qui sont douloureuses. —
16, une ponction des tissus tuméfiés autour d’une des articulations tibio-
tarsiennes donne une goutte de sérosité sanguinolente qui contient des
Leishmania, nombreuses. — 19, la plaque de gangrène de la tumeur testi¬
culaire s’élargit et la tuméfaction des articulations tibio-tarsiennes aug¬
mente. — 22, les pattes postérieures sont tuméfiées, non seulement au
niveau des articulations tibio-tarsiennes, mais au niveau des tarses et des
phalanges. — 23, plaque symétrique de gangrène sèche au niveau des tes¬
ticules. La tuméfaction des pattes postérieures augmente et les extrémités
des pattes antérieures commencent à se prendre. — 2i, une ponction sous-
cutanée faite au niveau d’une des articulations tibio-tarsiennes donne une
goutte de sérosité qui renferme des Leishmania en très grand nombre. —
26, la gangrène s’étend en surface et en profondeur ; les parties gangre¬
nées qui paraissent comprendre les testicules font une forte saillie. —
3 juillet, la partie gangrénée de la tumeur tend à s’éliminer, des ulcéra¬
tions existent sur une partie de la circonférence. La tuméfaction des pattes
antérieures et postérieures a encore augmenté, ce qui rend les mouve¬
ments difficiles. L’aspect de la souris est caractéristique. La peau est
rosée, évidemment hyperémiée, comme dans les inflammations, au niveau
des parties tuméfiées des pattes. — 10 juillet, une ponction sous-cutanée
d’une des pattes postérieures donne une goutte de sérosité très trouble,
blanchâtre, qui contient des Leishmania en énorme quantité. — 16, les
pattes postérieures fortement tuméfiées présentent des taches noirâtres de
gangrène.
La souris est sacrifiée le 16 juillet 1913 ; elle pèse 16 g. La rate forte¬
ment hypertrophiée pèse 45 eg. La partie gangrénée de la tumeur testi¬
culaire s’est détachée, je ne trouve plus les testicules qui évidemment ont
été éliminés avec la partie gangrénée. Plaques noires de gangrène sèche
sur les pattes postérieures : petit abcès superficiel à la cuisse droite. En
dehors de la rate, l’examen macroscopique des viscères ne révèle rien
d’anormal.
Des frottis faits avec ce qui reste de la tumeur testiculaire (tissu con¬
jonctif infiltré, épaissi, induré) montrent des bactéries en très grand
nombre appartenant à plusieurs espèces, et des Leishmania assez nom¬
breuses mais en mauvais état (déformées, se colorant mal).
Des frottis faits avec l’exsudât sous-cutané d’une des pattes postérieures
montrent des Leishmania en énorme quantité ; au voisinage des plaques de
gangrène on trouve en outre de nombreuses bactéries.
Leishmania non rares dans les frottis du foie et de la moelle osseuse, très
rares dans les frottis de la rate.
3° Lue gerbille femelle ( Gerbillns liirtipes ). provenant de Tunisie, est
inoculée à 7 reprisés, dans le péritoine, du 7 mai au 2 décembre 1914,
avec des cultures de L. tropica. On injecte chaque fois un quart à un demi-
centimètre cube de culture âgée de un mois environ.
Jusqu'au mois d’août 1915, on ne note rien d’anormal. À cette époque,
on constate une tuméfaction marquée de l’articulation tibio-tarsienne droite
et une légère tuméfaction du museau. La gerbille est trouvée morte le
24 aoiit. La patte postérieure gauche est normale. La patte postérieure
droite présente une forte tuméfaction au niveau de l’articulation tibio-
1 . - "
Séance du io Novembre 1915
683
tarsienne ; une croûte sèche assez épaisse qui est enlevée laisse voir une
ulcération d’où suinte une sérosité louche, visqueuse. Le museau légère¬
ment tuméfié montre à droite et à gauche des croûtes sèches qui recou¬
vrent des ulcérations non suintantes. La gerbille pèse 28 g. La rate, non
hypertrophiée, pèse8 cg. Les viscères ne présentent rien d’anormal.
Une ponction des tissus tuméfiés autour de l’articulation tibio-tarsienne
droite donne une goutte de sérosité louche qui contient des Leishmania en
très grand nombre, libres ou incluses dans des éléments anatomiques. On
trouve également des Leishmania en grand nombre dans une goutte de
sérosité recueillie à la surface de l’ulcération siégeant au niveau de l’arti¬
culation, et dans les frottis qui sont faits avec des lambeaux de tissus déta¬
chés des ulcérations du museau. L’examen de frottis du foie, de la rate et
de la moelle osseuse ne révèle pas trace de Leishmania.
La souris n° r inoculée, dans le péritoine, sur une souris
infectée de L. tropica a présenté d’abord une tumeur testiculaire
typique avec nécrose partielle et ulcérations et, à la période ter¬
minale, une périarthrite de l’articulation tibio-tarsienne droite;
les Leishmania existaient en très grand nombre dans la sérosité
qui infiltrait le tissu conjonctif autour de l'articulation malade.
La souris n° 2, inoculée comme la première, a présenté une
tumeur testiculaire typique, volumineuse, avec nécrose partielle,
et des tuméfactions articulaires plus étendues que chez la souris
n° 1. L’infiltration du tissu conjonctif accompagnée de rougeur
de la peau a été notée, non seulement au niveau des articula¬
tions tibio-tarsiennes, mais aussi au niveau des tarses et des
phalanges, ce qui donnait à la souris un aspect caractéristique ;
finalement les extrémités des pattes antérieures se sont aussi
tuméfiées. Les Leishmania se trouvaient en quantité énorme
dans la sérosité recueillie au niveau des parties tuméfiées des
pattes postérieures.
L’infection cutanée et sous-cutanée se compliquait, chez la
souris n° 2, d’une infection générale qui faisait défaut chez la
première.
La gerbille, inoculée à 7 reprises, dans le péritoine, avec des
cultures de L. tropica , a montré, i4 mois après la première ino¬
culation, une tuméfaction de l’articulation tibio-tarsienne droite
identique à celle observée chez la souris n° 1 ; des ulcérations
existaient à ce niveau ainsi qu’au museau et on trouvait des
Leishmania en grand nombre dans ces lésions de la peau. Il n’v
avait pas d’infection générale.
De 2 autres gerbilles, inoculées comme la première, dans le
péritoine, avec des cultures de L. tropica à partir du 7 mai 1 9 r
l’une est morte le 3 août 1914, 1 autre a été sacrifiée le 12 novera-
684
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
bre 19 14; chez ces 2 g'erbillesje n’ai pas trouvé trace d’infeclion
par les Leishmania dans la peau ni dans les viscères; mais peut-
être les 2 gerbilles sont-elles mortes trop tôt pour que l’infection
ait eu le temps de se développer; chez la première gerbille, l’in¬
cubation a été fort longue.
Il est intéressant de constater que la gerbillequi est très com¬
mune en Tunisie, dans les régions où le bouton d'Orient est
endémique, peut s’infecter par L. tropica’, il est peu vraisem¬
blable cependant que ce petit rongeur, chez lequel on n’a jamais
constaté d’infections naturelles par L. tropica , serve de réservoir
au virus.
★
L'infection de la souris par L. tropica se termine souvent par
la mort à la suite de gangrènes de la peau et de septicémies
consécutives, elle peut aussi se terminer par guérison, comme
le prouve l’observation suivante. La souris n°4qui avait présenté
une tumeur testiculaire typique, dure, saillante, avec Leishmania
assez nombreuses, a été sacrifiée 11 mois après l’inoculation, en
très bon état, alors que la tumeur avait disparu complètement
depuis 4 mois et, à l’autopsie, on n’a trouvé de Leishmania ni
dans le tissu conjonctif voisin des testicules, ni dans le foie, ni
dans la rate, ni dans la moelle osseuse.
Chez 3 autres souris, encore vivantes, l’infection, bien carac¬
térisée à un moment donné, paraît devoir se terminer également
par guérison .
4° Une souris blanche, adulte, mâle, est inoculée le 25 octobre 1914,
dans le péritoine, avec le produit du broyage de la tumeur testiculaire,
très riche en L. tropica , d’une souris. — Du 4 au 17 novembre, légère
tuméfaction dans la région testiculaire. — Du 24 novembre au 28 décem-
bre, la tumeur testiculaire augmente de volume et durcit. — 1er jan¬
vier 1915, une ponction faite dans la tumeur permet de constater l’exis¬
tence de Leishmania assez nombreuses. — 19 janvier, état stationnaire,
tumeur testiculaire typique, mais assez molle. — 28 janvier au 15 mars,
état stationnaire. — 18 mars, la tumeur toujours typique, saillante, a grossi
et durci, il n’y a pas d’escarre. — A partir du 20 avril, la tumeur devient
molle et diminue rapidement de volume. — 15 mai, la tumeur a disparu
presque complètement. — 25 mai, on ne trouve plus trace de la tumeur.
A partir de cette date, l’examen de la souris ne révèle plus rien d’anormal.
La souris est sacrifiée, en très bon état, le 23 septembre 1915 ; elle pèse
25 g. ; la rate pèse 17 cg. Les testicules sont un peu diminués de volume.
Rien d’autre d’anormal à l’examen macroscopique. On ne trouve de
Leishmania ni dans les frottis des testicules et du tissu cellulo-adipeux
voisin, ni dans les frottis du foie et de la rate, ni dans ceux de la moelle
osseuse.
Séance du io Novembre igi5
685
*
* *
Des essais d’infection de souris blanches par la voie digestive
n’ont donné jusqu’ici que des résultats négatifs.
Deux souris blanches auxquelles j’ai fait ingérer, à 8 reprises,
depuis le 5 mai iqi5, des cultures de L. tropica n’ont présenté
encore aucun signe d’infection ; il en est de même de deux
souris qui ont ingéré, cà 3 reprises, le produit du broyage de
tumeurs de souris extrêmement riches en L. tropica.
Des essais d’infection de souris blanches par les puces n’ont
donné également que des résultats négatifs. 4 souris neuves ont
été mises, avec des souris fortement infectées de L. tropica , dans
des cristal I isoi rs ayant servi à l’élevage de puces de la souris
(non parasitées naturellement). 3 des souris neuves ont été sacri¬
fiées après 5 mois de séjour dans ces cristallisoirs, elles ne pré¬
sentaient pas trace d’infection. La quatrième souris vit encore,
8 mois après le début de l’expérience; elle a été débarrassée
récemment de nombreuses puces qui l’auraient certainement
tuée, depuis lors elle va bien et ne présente pas trace d’in¬
fection.
★
Chez les souris inoculées soit avec L. infantum , soit avec
L. Donovani. , je n’ai jamais observé les lésions cutanées que j’ai
obtenues si fréquemment avec L. tropica.
Sur 26 souris inoculées, dans le péritoine, avec L. infantum
j’ai observé 2f fois des infections générales plus ou moins fortes
sans aucune lésion cutanée ; sur i5 souris inoculées avec
L. Donoocini , 5 ont eu des infections viscérales sans aucune lésion
cutanée (r).
J’ai repris cette année ces expériences. 3 souris ont reçu, à
partir du 25 février, 5 inoculations dans le péritoine de cultures
de L. Donovani de un mois environ, un quart de centimètre cube
chaque fois; les souris vivent encore et n’ont présenté aucune
lésion cutanée. 3 autres souris ont été inoculées, dans le péri¬
toine, avec le produit du broyage de la rate d’un macaque infecté
par L. Donovani ; comme les premières, elles vivent encore et
n’ont présenté aucun accident du côté de la peau, ni du côté du
tissu conjonctif sous-cutané.
(1) À. Laveran, Ann. de l'inst. Pasteur , nov.-déc. 1914 et janvier 1915.
47
686
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Par conséquent, sur 47 souris inoculées avec L. infantum ou
L. Donovani, aucune n’a présenté de lésions cutanées.
★
* *
En résumé, les observations i et 2 de cette note montrent,
comme celles que j’ai publiées antérieurement, que chez la
souris blanche les infections provoquées par L. tropica diffèrent
en général de celles que détermine L. Donovani ou L . infantum.
En dehors des tumeurs de la région hypogastrique, qui étaient
très bien caractérisées dans les deux cas, les souris ont présenté
des périarthrites et des œdèmes des pattes ou de la queue avec
plaques de gangrène. Dans la sérosité des œdèmes sous-cutanés,
les Leishmania existaient en énorme quantité.
Chez la souris n° 1 je n’ai pas trouvé trace, à l’autopsie, d’une
infection générale. Chez la souris n° 2 des Leishmania ont été
vues dans les frottis du foie, de la rate et de la moelle osseuse,
mais en petit nombre par rapport à l’accumulation de parasites
des lésions sous-cutanées, accumulation si considérable qu elle
explique l’apparition de plaques de gangrène. Cette différence
de gravité dans les lésions cutanées et viscérales semble bien
prouver que l’envahissement des viscères a été secondaire.
Chez la gerbille, la leishmaniose s’est localisée dans le tissu
conjonctif sous-cutané de la patte droite et du museau ; il n’y a
pas eu d’infection générale.
L’observation 4 prouve que la leishmaniose due à L. tropica
peut se terminer par guérison chez la souris.
Des essais d’infection de la souris, au moyen de L. tropica , au
stade préflagellé ou flagellé, par la voie digestive, et des essais
de transmission de cette Leishmania par les puces de la souris
ont donné des résultats négatifs.
De 47 souris inoculées avec L. infantum ou L. Donovani
aucune n’a présenté les lésions cutanées ou sous-cutanées qui
sont si fréquentes dans l’infection de ces animaux par L. tro¬
pica.
Séance du io Novembre i 9 i 5
687
Sur quelques Œstrides du Congo
(2e communication préliminaire)
Par J. RODHAIN et J. BEOUAERT.
La collection relativement importante d’Œstrides que nous
avons eue à notre disposition, nous a permis d’entreprendre une
révision des Œstrinœ (= Œstridœ cavicolœ Brauer) connues du
continen t africain ; ce travail pourra, espérons nous, être publié
prochainement, mais nous croyons utile de signaler dès à pré¬
sent les principaux résultats auxquels nous sommes arrivés.
Le tableau synoptique des Œstrinœ d’Afrique que nous avons
publié en 19 f l (Revue zoolog . afric ., II, fasc. 2, p. 182) doit subir,
d'après les recherches récentes de Gedœlst (Bull. Soc. Path. exot.,
VII, 1914. P- 210), Roubaud (Ibid., 1914? p- 212) et nous-mêmes
(Ibid., VIII, 1 9 r 5, p. 452) d'assez sérieuses modifications. Il y a
lieu tout d’abord d’v intercaler le nouveau grenre Kirkiœstrus
nob. (— K irk ia Gedœlst), dont nous avons fait connaître récem¬
ment l’insecte adulte; de plus, les nombreuses formes nouvelles
découvertes dans ces derniers temps nous ont amenés à discuter
et à amender les caractères des genres actuellement admis dans
ce groupe.
Nous avons cru utile d’étendre notre aperçu à tous les genres
à'Œstrinœ, en y comprenant notamment Gephenomyia Latr. et
Pharyngomyia Sciiiner, dont aucun représentant n’est connu
d'Afrique; il y aurait lieu de rechercher ces parasites chez les
Cervidés de l’Afrique du Nord.
Froggatt a décrit il y a peu d’années, sous le nom à'Œstrus
macropi , une larve d’Œstride extrêmement intéressante habitant
communément, en Australie, la trachée-artère du kangourou (1) ;
pour autant qu’on peut en juger d’après la description sommaire
et les figures qui l’accompagnent, il s’agit d’un représentant du
groupe des Œstrinœ et vraisemblablement d’un type générique
nouveau. Il serait du plus haut intérêt de posséder des données
(1) W. W. Froggatt. The Kang-aroo Bot Fly ( Œstrus macropi n. sp.). Agric.
Gaz. of New South Wales , XXIV, July 19 13, p. 5Gy-568, Tab.
688
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
exactes sur ce parasite et d’en obtenir la forme adulte. C’est en
effet le premier et le seul Œstride réellement endémique que I on
ait signalé de la région Australienne.
Dans la délimitation des genres,, nous nous sommes inspirés
des principes que nous avons indiqués antérieurement (/oc. cit.,
i g 1 5, p. 457-458), notamment en ce qui concerne la préférence
à accorder aux caractères fournis par la mouche adulte et le peu
de valeur des caractères tirés de la spinulation des larves. Nous
n’y reviendrons pas pour le moment.
Caractères des genres du groupe des Œstrinæ
(Œstridœ ccwicolœ de Brauer)
A. Larves a a 3 e stade
Les larves de Cephenomyia Latr. et Pharyngomyia Schiner ne
nous sont pas connues en nature; nous citons leurs caractères
d’après les travaux de Brauer.
1. a) Bourrelets antennaires très rapprochés à la base, contigus, pourvus
chacun de deux points ocellaires Anneaux dépourvus de gros tuliercules
pointus, mais à spinulation abondante formant des ceintures complètes,
mais non disposées en aires de reptation proprement dites. Plaques stig-
matiques postérieures en forme de demi-lune, le faux stigmate saillant
dans une échancrure largement ouverte du bord interne. Dans la trachée
artère des Cervidés . Cephenomyia Latreille.
b) Bourrelets antennaires largement écartés à la base . 2
2. a) Anneaux pourvus chacun d’une ceinture complète de gros tubercules
mous, coniques, terminés en pointe, et en outre d’une fine spinulation.
Bourrelets antennaires portant chacun un point ocellaire chitineux. Pla¬
ques stigmatiques postérieures réniformes, à face concave dirigée vers le
bord inféro-interne, n’enclosant pas complètement le faux stigmate. Dans
les sinus du crâne des Camélidés .... Cephalopsis Tyl. Towns.
b) Anneaux dépourvus de gros tubercules mous, pointus, mais à spinu¬
lation abondante à la face ventrale et parfois aussi à la face dorsale. Bour¬
relets antennaires pourvus chacun de deux ou trois points ocellaires dis¬
tincts . 3
3. à) Plaques stigmatiques postérieures en forme de croissant, de faux
ou de demi-lune, le faux stigmate faisant saillie dans une échancrure
profonde et largement ouverte du bord interne ou inféro-interne. . 4
b) Plaques stigmatiques postérieures arrondies pentagonales, renfer¬
mant complètement le faux stigmate. Spinulation formant des aires de rep¬
tation (à la face ventrale, ordinairement absente à la face dorsale. . 6
4. a) Bourrelets antennaires pourvus chacun de trois points ocellaires.
Spinulation abondante et forte, non groupée en aires de reptation, mais
formant des ceintures complètes peu nombreuses. Bourrelet médian
postanal peu ou pas proéminent, dépourvu de protubérances coniques
Séance du io Novembre 19 15
689
latérales. Stigmates antérieurs bien développés. Dans l’œsophage des
Proboscidés . Pharyngobolus Brauer.
b) Bourrelets antennaires pourvus chacun de deux points ocellaires. 5
5. a) Corps à peu près cylindrique surtout dans la partie postérieure, à
peine aplati dorso-ventralement Anneaux à spinulation abondante for¬
mant des ceintures complètes, mais pas des aires de reptation. Stigmates
antérieurs bien développés. Dans la trachée-artère des Cervidés.
. Pharyngomyia Schiner.
b) Corps nettement aplati dorso-ventralement, fortement convexe à la
face dorsale, à peu près plan à la face ventrale. Spinulation formant des
aires de reptation cà la face ventrale, peu développée ou absente à la face
dorsale. Stigmates antérieurs non visibles extérieurement. Bourrelet
médian postanal pourvu de deux protubérances coniques latérales. Dans
les sinus du crâne des Equidés, Suidés et Hippopotamidés .
. Rhmœslrus Brauer.
6. «) Bourrelets antennaires pourvus chacun de trois points ocellaires.
Bourrelet médian postanal dépourvu de protubérances coniques latérales.
Plaques stigmatiques postérieures présentant une ligne suturale trans¬
verse qui rattache le faux stigmate au bord interne delà plaque. Dans les
sinus du crâne des Cavicornes . Kirkiœstrus Rodh. et Beo.
b) Bourrelets antennaires portant chacun deux points ocellaires. . 7
7. a) Bourrelet médian postanal dépourvu de protubérances coniques laté¬
rales. Plaques stigmatiques postérieures présenlant une ligne suturale
dorso-ventralequi rattache le faux stigmate au bord inférieur de la plaque.
Dans les sinus du crâne des Cavicornes . . Gedœhtia Rodh. et Beo.
•
b) Bourrelet médian postanal pourvu de deux protubérances coniques
latérales. Plaques stigmatiques postérieures à ligne suturale transverse
rattachant le faux stigmate au bord interne de la plaque. Dans les sinus
du crâne des Cavicornes . OEstrus L.
B. Mouches adultes
Les genres Pharyngomyia Schiner et Aulacephala Maco. nous
sont inconnus en nature; Pharyngobolus Brauer est imparfaite¬
ment connu à l’état adulte et peut être identique à Aulacephala
Macq.
1. a) Première cellule marginale postérieure ouverte, la 4e nervure lon¬
gitudinale pourvue d'un appendice au coude de la n. transverse apicale.
Trompe rudimentaire bien développée entre les gros palpes, à labelles
distincts . 2
b) Première cellule marginale postérieure fermée . 3
2. a) Face en dessous des yeux fortement renflée. Dernier segment dor¬
sal petit, en demi-lune. Corps à pilosité rare, à taches miroitantes argen¬
tées . Pharyngomyia Schiner.
b) Face en dessous des yeux peu proéminente, un peu concave. Dernier
segment dorsal bien développé, un peu gonflé et recourbé en arrière vers
la face ventrale. Corps densément velu .... Cephenomyia Latr.
3. a) Front court, plane, non proéminent; joues peu renflées. Cupules
690
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
antennaires non séparées par un large rebord aplati. Rudiment de la
trompe court, terminé par deux labelles distincts. Pattes relativement
longues et grêles. Corps trapu, sans grosses papules, à pilosité rare.
Coude de la n. transverse apicale dépourvu d’appendice .
. Aulacephala Maco.
b) Front et joues renflés proéminents ; face bien développée en dessous
des yeux. Pattes relativement courtes. . . 4
4. a) Ailes à tronçon relevé de la n. transverse apicale placé à peu près
verticalement sur le diamètre longitudinal de l’aile; les 2e, 3e et 4e ner¬
vures longitudinales à peu près de même longueur, se terminant avant le
dernier quart de l’aile; nervure transver-e marginale s’arrêtant avant le
milieu de la lre cellule marginale postérieure. Cupules antennaires sépa¬
rées sur la face par un large rebord aplati. . Cephalopsis Tyl. Towns.
Z») Nervure transverse apicale jamais placée à peu près verticalement
sur le diamètre longitudinal de l’aile ; n. transverse marginale se termi¬
nant sur le milieu de la lre cellule marginale postérieure ou au delà. 5
5. a) Rudiment de la trompe allongé, se prolongeant en arrière et vers
le bas entre les palpes, divisé à l’extrémité en 3 bourrelets longitudinaux
représentant les labelles et la lèvre rudimentaires. Cupules antennaires
plus ou moins confluentes, non séparées par un large rebord médian
aplati. Corps trapu, couvert de grosses papules. Abdomen court, cylindri¬
que, à peu près dépourvu de pilosité. Pattes courtes et grêles. Nervure
transverse apicale dépourvue d’appendice. . . Iihinœstrus Brauer.
b) Rudiment de la trompe conique, ne dépassant pas les palpes vers le
bas et en arrière, sans traces de labelles à l’extrémité. Face ventrale et
extrémité postérieure de l’abdomen à pilosité longue et tine ... 6
6. a) Cupules antennaires confluentes, non séparées par un rebord
médian aplati. Abdomen allongé, faiblement aplati dorso-ventralement,
rétréci et recourbé vers le bas en arrière. Corps dépourvu de papules et de
grosse sculpture, à pilosité courte, mais abondante, notamment sur l'ab¬
domen. Pattes relativement longues et robustes. Nervure transverse api¬
cale pourvue extérieurement d’un appendice. Kirkiœstrus Rodh. et Beo.
b) Abdomen trapu, cylindrique, non aplati dorso-ventralement. ni
recourbé vers l’arrière. Corps à sculpture grossière, à crêtes ou à papules,
au moins sur le thorax, à pilosité peu abondante. Pattes courtes et grêles.
Nervure transverse apicale dépourvue d’appendice . 7
7. a) Cupules antennaires non confluentes, séparées sur la face par un
large rebord médian aplati. Abdomen pourvu de paires de crêtes dentées
sur la face dorsale des 2e, 3e et 4e segments . Gedœistia Rodh. et Beq.
b) Cupules antennaires plus ou moins confluentes, non séparées par un
large rebord aplati. Abdomen dépourvu de crêtes à la face dorsale .
: . . OEslrus L.
Gen. i. Cephalopsis Tyler TovvNsend, Proc . Entom. Soc.
Washington , XIV, 1912, p. 53 (Syn. : Cephalemgia Macquart,
i843 ; nec Fatreille, 1818 ; — Cephalomyia Brauer, 1860). — On
connaît de ce genre une seule espèce, dont les larves vivent
dans les cavités du crâne de Gameliis dromedarius L. et C. bac-
trianus L., en Afrique du Nord, au Soudan et en Asie occiden-
Séance du io Novembre i g i 5
691
taie (d’après Brauer aussi chez le buffle d’Egypte; mais cette
assertion mérite d’être vérifiée).
r. Cephalopsis titillator (B. Clark.) ( larve et imago 9 (?) (Syn. :
Œstrus titillator B. Clark, An Essay on the Bols. Supplem. Sheet,
r 8 1 6^ 4e page, Tab. II, fig. 22. — Œstrus maculatus Wiedemann.,
Aussereurop. Zweifl. Ins., II, i83o, p. 256). La description et la
ligure de Clark (1816) 11e laissent, à notre avis, aucun doute
quant à l’identité de YŒ. titillator et du parasite des Camélidés
généralement désigné sous le nom de « Cephalomyia mandata ».
Gen. 2. Pharyngobolus Brauer, Verh. k. k. zool. bot. Ges. Wien ,
XVI, 1866, p. 879. L’unique espèce connue est Ph. africanus
Brauer (larve), Ibid., p. 879, Tab. XIX, fig. 1 et 1 a-c ., dont la
larve vit dans l’œsophage A E le plias africanus Blum., où elle est
fixée à la paroi près du cardia. Ce parasite est sans doute fréquent
en Afrique centrale, mais il n’a été que très rarement signalé.
Nous l’avons trouvé chez tous les éléphants que nous avons pu
examiner dans la région de TOuellé (Congo belge).
La larve seule est connue jusqu’ici ; deux pupes de cette espèce
recueillies dans des excréments d’éléphants fraîchement dépo¬
sés, nous ont donné des adultes malvenus, de sorte qu’il nous
est impossible d’établir les caractères de la mouche; celle-ci
paraît pourtant se rapprocher beaucoup du genre Aulacephala
Macq.
Gen. 3. Aulacephala Macquart, Dipt. nouv. ou peu connus,
4e supplém., i85o, p. r 65 (Syn. : Aulacocephala Gerstæcker,
Verh. k. k. zool. bot. Ges. Wien , XIII, 1 863, p. io33). Les mou¬
ches adultes seules sont connues ; 011 en a décrit 2 espèces, toutes
d’Afrique :
r. Aulacephala maculi thorax Macquart (imago $), Ibid., i85o,
p. 166, Tab. XV, fig. 6. Madagascar.
2. Aulacephala badia (Gerstæcker) (imago 9), Ibid., 1 863,
p. io35. — Afrique du Sud, Nyassaland.
Gen. 4- Œstrus Linné, Fauna Suecica, ed° altéra, 1761, p. 4^8.
— On connaît à l’état adulte trois espèces de ce genre; on y a
rapporté en outre d’assez nombreuses larves, dont les mouches
n’avaient pas été obtenues; la majeure partie d’entre elles parais¬
sent pouvoir être considérées comme appartenant soit à des
genres voisins, soit à une des 3 espèces dont l’évolution est com¬
plètement élucidée.
692
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Gedœlst ( Revue zoolog. Afric ., I, fasc. 3, 1912, p. 431), se basant uni¬
quement sur l’étude des larves, a proposé de subdiviser le genre OEslrus
en deux sous-genres : OEstroides Gedœlst et OEstrus s. str. ; mais les
caractères invoqués nous paraissent à peine avoir une valeur spécifique ;
de plus l’étude des mouches adultes ne fournit aucune donnée permettant
de grouper les espèces, d’ailleurs peu nombreuses, d ’OEslrus en sous-
genres.
1. Œstrus ovis Linné (larve et imago 9 C?)> Fauna Suecica,
ed°alt. 1761, p. 43o. — Larves dans les sinus du crâne du mou¬
ton et de la chèvre. Cosmopolite. Au Congo belge l’Œstre du
mouton est commun dans la partie orientale (région des Grands
lacs) et y attaque aussi bien les chèvres que les moutons. La larve
s’est rencontrée accidentellement chez l’homme, en Russie, en
Italie, en Algérie et au Sahara (de préférence dans les yeux, rare¬
ment dans les fosses nasales).
2. Œstrus aureo-argentatus Rodh. etBEQ». (larve et imago 9 (?),
Revue Zoolog. Afric., I, fasc. 3, 1912, p. 38i. — L’espèce paraît
très largement répandue en Afrique centrale; nous y rapportons
des larves trouvées dans les sinus du crâne à' Hippotragus equi-
nus Desm., au Katanga ; de Bubalis lelwel jacksoni Thom., dans
l’Ouellé ; et de Bubalis major Blyth, en Afrique occidentale.
3. Œstrus variolosus (H. Lœw) (imago 9 (?) (Syn. : Cephalo-
mgia variolosa H. Lœw, Wien. entom. Monatschr VII, 1 863 ,
p. i5). — L’espèce a une très large distribution en Afrique; la
mouche a été signalée de l’Afrique du Sud, du Soudan Anglo-
Egyptien, de l’Afrique Occidentale et de l’Ouellé ; les hôtes
connus avec certitude sont : Bubalis major Blyth et Bubalis
lelwel jacksoni Thom.
Observations : 1. On doit rapporter comme synonyme à cette espèce
Y imago 9 C? de Gedælstia paradoxa Rodh. et Beo. , Bull. Soc. Palfi. exol.
VIII, 1901, p. 454, ainsi que nous l’avons reconnu récemment ; par contre
la larve décrite sous le même nom appartient à Gedælstia cristata Rodh.
et Beo.
2. A notre avis, la larve d 'OE. variolosus Lw. n’est pas connue avec
certitude. King (4th Rept. Welle. Res. Lab. Khartoum , vol. B, 1911,
p. 127, fig. 15) a le premier figuré, sans la décrire, une larve qu’il rap¬
porte à cette espèce ; ce parasite se rapproche par beaucoup de particula¬
rités de la larve décrite par nous sous le nom d 'OEslrus Bertrandi (Bull .
Soc Path. exot., VIII, 1915, p. 453). 11 nous paraît probable que la larve
de King et notre OE .Bertrandi se rapportent en réalité à OE. variolosus Lw.
Les larves rapportées par Roubaud à OE. variolosus Lw. (Bull. Soc.
Bat/i. exot., VU, 1914, p. 214 et Et. Faune paras. Afr. occ. franç. 1er fasc.,
1914, p. 191, fig. 53) s’écartent totalement de celle figurée par King et
d 'OE. Bertrandi Rodh. et Beq. ; nous sommes portés à croire qu’elles n’ap¬
partiennent pas à l’espèce de Lœw.
Séance du io Novembre 19 1 5
«93
II y aura donc lieu de déterminer avec certitude le type larvaire d ’OE.
variolosus , par des élevages rigoureusement contrôlés et en tenant compte
du fait, bien établi à l’heure actuelle, de l’existence simultanée de plu¬
sieurs espèces d’œstres dans le même crâne d’Antilope.
3. Parmi les larves décrites antérieurement et qui se rapportent peut-
être aussi à OEstrus variolosus Lw. nous citerons : a. la larve no 1 de
Bubalis Cokei Günth. de Brauer, Denkschr. math, naturw. Cl. K. Ak.
Wiss. Wien , LXIV, 1897, p. 260 ; et b. la larve n° l de Connochæles-
albojubalus Thos. de Sjôstedt, W iss. Ergebn. Schwed. Exp. Kilimandjaro,
Bd. Il, Abth. 10, 2, 1908, p. 20.
4- Œstrus Macdonaldi Gedœlst (larve)^ Revue Zoolocj . Afric .,
1, fasc. 3, 1 9 r 2 , p. 43o, fig. 2. — Larves dans les narines de
Bubalis Lichtensteini Pet. au Katanga.
Gen. 5. Rhinœstrus Brauer, Wien. entom. Zeitg ., V, 1886,
p. 286. — Les quatre espèces de ce genre sont toutes connues à
Létal adulte et larvaire.
1. Rhinœstrus purpureus (Brauer) (larve et imago Ç çf) (Syn. :
Cephalomyia purpurea Brauer, Ver h. k. k. z. bot. Ges. W ien ,
i858, p. 457). — Larves dans les fosses nasales du cheval, en
Europe, Asie mineure et Afrique du Nord. — Grünberg rapporte
à cette espèce des larves trouvées dans les fosses nasales d’un
zèbre, près du lac Nyassa (S itzungsber . Ges. Naturf. Fr. Berlin ,
1904, p. 35).
C’est à tort que certains auteurs veulent désigner cette espèce sous le
nom d eRh. nasalis DeGeer. — Dans ses Mém. s. 1. Inst. VI, 1776, p. 295-
296. Tab. XV, tig. 20-21, De Geer décrit sous le nom d’ « OEstre de la tête
du cheval » la larve de l’espèce qui nous occupe ici; mais il ne fait pas
usage d'une dénomination binaire. Ou sait d’autre part qu OEstrus nasalis
Linné, 1761, imago est un Gaster ophilus .
2. Rhinœstrus h ippopotarni Grünberg (larve et imago Ç çjf),
Sitzu/ujsb. Ges. Naturf. Fr. Berlin , 1904, p. 37, Tab., fig. 1-2. —
Larves dans les fosses nasales d’ Hippopotamus amphibius L., en
Afrique (Cameroun, Congo).
3. Rhinœstrus Niuarleti Rodhain et Bequaert (larve et imago
9 cf), Revue Zooloy. Afric., I, fasc. 3, 1912, p. 370. — Larves
dans les sinus du crâne de Potaniochœrus porcus L., en Afrique
Equatoriale (Congo).
Nous rapportons à cette espèce les larves des narines d’un sanglier du
Congo français, décrites par IL Blanchard, Ann. Soc. entom. France,
LXV. 1896, p. 668, Tab. XVIII, tig. 7-11. — M Roubaud nous a commu¬
niqué une larve de Rhinœstrus trouvée au Congo français dans les sinus
crâniens de Cephalophus melanorheus Gray et qui nous paraît aussi
devoir se rapporter à Rh. Nivavleti R. et B.; il est probable que la pré¬
sence de cette larve chez les Céphalophes était accidentelle.
694
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
4. Rhinœstrus phacochœri Rodh. et Beq. (larve et ima go $ C?),
Bull. Soc. Path. exot ., VIII, 1915, p. 452. — Larves dans les
sinus des os du crâne de Phacochœrus æthiopicus Pall., en
Afrique équatoriale (Congo belge).
Gen. 6. Gedœlstia Rodhain et Beq., Revue Zoolocj. A fric ., II,
fasc. 2, 19 1 3 , p. 173. — On en connaît une seule espèce :
Gedœlstia cristata Rodh. et Beq., Ibid., p. 176 (larve et imago
9 çj), largement répandue en Afrique. Les larves vivent dans
les sinus du crâne de Bubalis Lichtensteini Pet., au Katanga ; de
B. major Blyth. et Cobus sp. en Afrique occidentale.
Nous rapportons comme synonymes à cette espèce : la larve du para¬
site que nous avons décrit sous le nom de Gedœlstia paradoxa R. et B.
(Bull. Soc. Path. exot., VIII, 1915, p. 453; à l'exception de l'imago), pro¬
venant de Bubalis lelwel jacksoni Thom (Ouellé) et de Damaliscus korri-
gum jimela Matsch. (Kivou); — la larve n° 2 de Bubalis Cokei Günth.
de Brauer, Denkschr. math, naturw. Cl. K. Ak. Wiss. I \ien., LXIV,
1897, p 260. de l’Afrique orientale ; — la larve nu 2 de Connochaetes
albojubatus Thos. de Sjostedt, Wiss. Ergebn. Schwed. Exp. Kilimand¬
jaro. Bd. 11, Abth 10, 2, 1908. p. 20, du Kilimandjaro.
Gen. 7. Kirkiœstrus, nov. nom. (Syn. : Kirkia Gedœlst, Bull.
Soc. Path. exot., VII, 1 9 1 4 ^ P- 210). — Le nom générique pro¬
posé par Gedœlst est préoccupé par Kirkia Pollonera, Sped.
Ruwenzori , Parte scientij., I, 1909, p. 192 (Mollusca).
On connaît avec certitude deux espèces de ce genre :
1. Kirkiœstrus Sur cou ji (Gedœlst) (larve et imago 9 cf) (Syn. :
Kirkia Surcou fi Gedœlst, Bull. Soc. Path. exot., VII, 1914? p- '212 ;
sans description — Kirkia sp. ? Blanchardi Rodhain et Beq.,
Ibid., VIII, 1915, p. 434)- — Larves dans les sinus du crâne de
Bubalis major Blytii et Cobus sp. (Afrique occidentale) ; de
Bubalis lelwel jacksoni Thom. (Ouellé); de Bubalis (Ghari).
Par l’examen comparatif des larves que nous avons recueillies dans
l’Ouellé et de celles signalées par Roubaud d’Afrique occidentale, nous
avons reconnu qu’il s’agit de la même espèce, désignée p^r Gedœlst sous
le nom de Kirkia Surcoufi. — Gedœlst veut séparer de cette espèce sous
le nom de Kirkia Blanchardi Ged . Ibid., 1914, p. 21 1 . une larve de Buba¬
lis Lichtensteini Pet., du Zambèze, décrite par R. Blanchard, Ann. Soc.
entom. France, 1893, Bull. p. CXXXII ; il nous paraît extrêmement pro¬
bable que ce parasite ne diffère pas de K. Surcoufi Ged. ; si cette hypothèse
se vérifie le nom de Kirkiœstrus Blanchardi (Gedœlst) aura la priorité et
K. Surcoufi Ged. passera en synonymie.
2. Kirkiœstrus minutas (Rodh. et Beq.) (larve et imago 9 c?)
(Syn. : Kirkia minuta Rodh. et Beq., Bull. Soc. Path. exot., VIII,
1915, p. 456). — Larves dans les sinus du crâne de Bubalis
Séance du io Novembre i 9 i 5 695
lelwel Jackson i Thos. (Ouellé) et cle Damaliscns korrigum jimela
Matschie (Kivou).
Dans fa présente note, nous nous sommes contentés d’indiquer
sommairement la synonymie la plus importante ; cette question
sera traitée d’une manière plus complète dans notre mémoire
in extenso.
En terminant, nous ne pouvons engager assez vivement les
observateurs africains à pousser activement l'étude des larves
parasites des grands Mammifères ; l’existence de ceux-ci est en
effet fortement en péril par la mise en valeur intensive de
l’Afrique centrale; les grandes Antilopes seront les premières
victimes du progrès et leur extinction entraînera la disparition
de nombreux parasites intéressants. L’exemple regrettable de la
destruction totale ou presque totale de plusieurs espèces par
l’Européen en Afrique du Sud ne permet guère de conserver
des illusions à cetégard. — A tous ceux qui voudraient apporter
des observations nouvelles dans ce domaine, nous conseillerons
de ne jamais négliger de tenter l’élevage des larves; à notre
avis, c’est avant tout par l’étude des mouches adultes qu’il nous
sera permis de combler les lacunes trop nombreuses de cette
partie de la diptérologie.
Le parasite de la dermite granuleuse des Equidés
Par A. RAILLIET et A. HENRY.
Dans la séance du 9 juin 1 9 t 5 de la Société de Pathologie exo¬
tique. M. R. Van Saceghem a rapporté les observations qu’il
avait eu l’occasion défaire sur de nombreux cas de dermite gra"
nuleuse ou « plaies d’été » constatés sur les Chevaux et les Anes
de l’élevage de Zambi (Ras-Congo) (1).
C’est à la forme vermineuse de l’affection qu’a eu affaire
M. Van Saceghem, forme provoquée par une larve de Nématode
à laquelle il conserve le nom de Filaria irritons.
Or, à l’heure actuelle, nous possédons sur cette larve des
(1) R. Van Saceghem, Observations sur la dermite granuleuse. Butlet . Soc.
Pathol, exot., t. VIII, no 6, 1915, p. 362.
696
Bulletin df. la Société de Pathologie exotique
notions suffisantes pour établir qu’elle appartient, non au groupe
des Filaires, mais à celui des Spiroptères.
C’est l’exposé sommaire de ces notions que nous croyons utile
de présenter ici.
Dès 1860 (1), Ercolani signalait la présence d’une larve de
Nématode dans le tissu conjonctif sous-cutané d’un Che¬
val offrant, dans la région de la ligne blanche, des « croûtes
ombiliquées » du diamètre d’un centime. Il la décrivait et la
figurait sous le nom de Trichina uncinata , en faisant remarquer
qu’elle présentait beaucoup de ressemblance avec l’embryon du
Spiroptera megastoma (aujourd’hui Habronema megnstoma ), la
seule espèce du genre Habronema qu’il connût.
La même larve, évidemment très jeune, paraît avoir été revue
par Buffard et par Cadeau dans des affections cutanées plus ou
moins analogues (2).
En 1868, Bivolta décrivait, de son côté, une larve notablement
plus grande, trouvée dans les granulations des plaies d’été du
type classique. Il donnait à cette larve le nom de Derrnofilaria
irritons, que Railliet transformait plus tard en Filaria irritons.
Dans la description de ce parasite, long de 3 mm., Rivolta
notait un caractère qui nous apparaît aujourd’hui comme offrant
une haute importance au point de vue de son identification :
« queue atténuée, terminée en pointe obtuse, et pourvue à sa par¬
tie la plus acuminée de très fines dentelures » (3).
Laulanié, puis Fayet et Moreau, ainsi que quelques autres
observateurs, ont retrouvé également des larves de Nématodes
dans les granulations des plaies d’été. Mais seu 1s Fayet et Moreau
ont donné une description sommaire du parasite, signalant en
particulier des stries transversales et des stries longitudinales
du tégument, qui formeraient par leur entre-croisement un léger
quadrillé (4).
(1) G. B. Ercolani, Nuovi elementi teorico pratici di medicina veterinaria.
Bologma (1859), 1860, p. 362, fig. 75.
(2) C. Cadéac, Contribution à l’étude des dermites parasitaires. Journal de
méd. vét. et zoot ., t. 53, 1902, p. 52i. — Buffard, Affection parasitaire simu¬
lant la dourine. Recueil mém. et obs. hyg. et méd. vét. milit., 3e série, t. l\,
ipo3, p. i53.
(3) S. Bivolta, Natura parassitaria di alcuni libromi e délia psoriasi esti¬
vale Lafosse, 0 pellicelli, o moscajole delle specie del généré Equus. Il
Medico Veterinario , 1868, p. 241.
(4) Fayet et Moreau, Contribution à l’étude de la Filaria irrituns, Filaire
des plaies d’été. Bullet. Soc. centr. méd. vét., 1908, p. l\Çr2.
Séance du io Novembre 1916
697
De notre côté, nous avons examiné, en octobre 1911, des cou¬
pes de la collection du professeur G. Petit, faites dans des
plaies d’été extirpées au Sénégal par M. Teppaz, et montrant
des sections transversales d’une larve de Nématode de 35 à 5o p.
de diamètre, remarquable par la présence d’un tégument à
crêtes longitudinales. Ces crêtes se traduisaient par des dente¬
lures, au nombre de 3*2 environ, pouvant se distinguer à la péri¬
phérie du Ver, mais ayant surtout marqué leur empreinte sur
la paroi de la galerie où celui-ci se trouvait logé. On pouvait, à
la vérité, se demander si elles n’étaient pas dues à une rétrac¬
tion du parasite sous l’influence des réactifs.
de M Descazeaux. (Gross. 120 diam.). — II, larve A
ou parasite constant (Gross. r20 diam ).
Mais la question a fait un pas considérable à la suite d’une
communication récente, à la Société centrale de médecine vété¬
rinaire, de M. J. Descazeaux, vétérinaire militaire en mission à
Sao Paulo (Brésil). Dans un Mémoire substantiel, accompagné
de figures que nous reproduisons, cet auteur a fait connaître en
effet, d’une façon beaucoup plus nette que ses prédécesseurs,
698
Bulletin dé la Société de Pathologie exotique
diverses formes larvaires qu’il a pu isoler des granulations de la
dermite estivale connue au Brésil sous le nom à'esponja (i).
L’une de ces formes, relativement petite, n’a été rencontrée
qu’une seule fois sur plus de dix plaies examinées. Elle mesu¬
rait 900 à q5o {jl de long sur 25 de large; le corps était allongé,
légèrement^atténué en avant et terminé en arrière en une pointe
effilée.
Fig. 2. — Larve A. 1, extrémité postérieure montrant la pointe
garnie d’épines et plus haut, à droite, l’anus; —
2, exirémité antérieure montrant la bouche, le vestibule
ou pharynx et l’œsophage à lumière sinueuse.
L’autre, dont la présence s’est révélée constante, était « lon¬
gue de 2 mm. 4 à % mm. 8, large de 45 à 5o pi. Corps cylindri¬
que, filiforme, légèrement aplati , atténué à l’extrémité antérieure,
terminé postérieurement par une pointe mousse garnie de piquants .
Tégument strié dans le sens longitudinal, c’est-à-dire présentant
sur chaque face 18 à 20 côtes parallèles qui se prolongent sur
toute la longueur du corps; pas de stries transversales. Bouche
inerme, avec deux lèvres bien distinctes, donnantaccès dans un
vestibule cylindrique long de 60 et large de 10 jjl, suivi d’un
œsophage cylindrique occupant le quart environ de la longueur
du corps et large de 25 p.. Intestin allongé et se terminant vers
l'extrémité postérieure. »
Ici encore, il convient de relever en particulier la présence
(1) A. Railliet, Rapport sur un travail de M.J. Descazeaux intitulé : Contri¬
bution à l’étude de l’«esponja » ou plaie d’été des Equidés du Brésil. Bullet.
soc. centr.méd. vét., séance du 17 juin 1 g 1 5 .
Séance du io Novembre 1916
699
d’un bouquet d’épines à l’extrémité de la queue. Ces épines ou
piquants répondent manifestement aux « très fines dentelures »
signalées par Rivolta comme existant à l’extrémité caudale de
son Dermofilaria irritans.
Fig-, 3. — Coupes transversales de la larve A,
montrant à la périphérie les crêtes longitudinales
de la cutitude. — I, coupe au milieu du corps;
II, coupe au niveau de l’œsophage, (Gross. 1.000 diam. env.).
Ainsi que nous l’avons déjà exprimé, ce caractère est de haute
importance pour la détermination du parasite. Les larves à
queue épineuse, observées depuis longtemps chez de nombreux
Insectes, Batraciens, Reptiles, Oiseaux, Mammifères, et décrites
sous les noms de Trichiria, Filaria , Mastophorus, Agamospi -
rura , représentent en effet des formes jeunes de Spiroptères.
Le champ des recherches se trouve, de ce fait, rationnelle-
700
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ment limité aux Spiroptères qui parasitent les Equidés, et qui
sont représentés par trois espèces appartenant au genre Habro-
nema, savoir: H. megastoma (Rud.), H. microstoma (Schneider) et
H. muscœ (Carter). Et cela, d’autant mieux que M. Descazeaux
avait joint à son travail des dessins éminemment suggestifs, per¬
mettant une comparaison directe avec les formes évolutives de
ces espèces.
Grâce aux belles recherches de Ransom, on connaît en effet
aujourd’hui les diverses phases du développement de X Habro-
nema muscœ ( r). Les embryons de ce Ver, qui vit à l’état adulte
dans l’estomac du Cheval, sont évacués avec les excréments et
de là pénètrent dans les larves de la Mouche domestique, où ils
évoluent, ainsi que dans les pupes et insectes parfaits, pour
réintégrer finalement l’estomac du Cheval, peut-être lorsque les
Mouches vont sucer les lèvres humides de cet animal, ou plus
probablement lorsqu’elles sont ingérées. Ransom a pu distinguer,
en dehors du stade embryonnaire et libre, six stades larvaires
au cours du développement dans le corps des Mouches.
Il y a lieu naturellement de penser que, chez les deux autres
espèces, l’évolution suit une marche parallèle.
Or, si l’on rapproche de ces observations l’ensemble des faits
plus haut résumés concernant les parasites des plaies d’été et des
affections cutanées qui semblent s’y rattacher, on arrive à la
conviction que ces parasites représentent réellement des larves
à’ H abronema.
En premier lieu, les formes parasitaires observées par
Ercolani, par Cadéac et par Buffard, paraissent bien se rappor¬
ter, de par leur forme et leurs dimensions, au stade embryon¬
naire. Il est d’ailleurs à remarquer que les affections auxquelles
ont eu 'affaire ces auteurs — affections qui présentent, à une
certaine phase de leur évolution, une ressemblance marquée
avec la véritable dermite granuleuse — ont un cachet d’étroite
parenté, puisqu’elles sont caractérisées par des « croûtes ombi¬
liquées » ou par des « boulons circulaires creusés d’un perluis
central >'. Il est donc probable que la forme clinique de la
maladie esl en rapport avec le stade évolutif du parasite.
(i) B. H. Kansom. The life-history of a parasitic Nemalode, Habronema
muscœ. Science, N. S., vol. XXXIV, n° 88 1 , nov. 17, 1911, p. O90 —The life-
history of Habronema muscœ (Cartkr), a parasite of t lie horse Iransmitted be
the house tly. Ballet. 163 of the Bureau of Animai Industry, April 3, 1913.
Séance du io Novembre i g i 5
701
Une forme plus avancée paraît être représentée par le petit
parasite rencontré une fois par M. Descazeaux, et qui répond
assez bien au stade 2 trouvé par Ransom dans une pupe de
Mouche.
Vient ensuite la larve de Fayet et Moreau, longue de 2 mm. 5
à 3 mm. 5, large de 5o à 90 ja, à corps blanc argenté, à tète légè¬
rement émoussée, à extrémité caudale atténuée assez brusque¬
ment, à tégument strié en long et en travers. Aucune garniture
épineuse n’est signalée à la queue. Si cette garniture manquait
réellement, la larve en question pourrait bien répondre à
quelqu’un des stades 3 à 5.
Enfin, la larve de Rivolta, qui est sans doute la même que
celle rencontrée constamment par M. Descazeaux. Ici, la queue
possède un bouton terminal garni d'épines ; elle est en outre
incurvée vers la face dorsale, et la figure 2,11° 1, deM. Descazeaux
correspond d’une façon frappante à la figure 22 de Ransom
(extrémité postérieure de la larve d 'Habronema muscœ au stade 6).
Sa figure 2, n" 2, montre la bouche, le pharynx et la partie
antérieure de l’œsophage avec des caractères rappelant égale¬
ment d’assez près le stade 6, voire même l’état adulte de l’espèce
en question.
On est donc ainsi amené à cette conclusion que le Nématode
des plaies d’été n’est autre qu’une larve de Spiroptère du genre
Habronema, de sorte que l’affection qu'il provoque mérite le nom
d’habronêmose cutanée.
Pour l'instant, il 11e nous est pas permis d’aller plus loin, et
de décider s'il s’agit exclusivement de l’une ou de l’autre des
trois espèces qui parasitent les Equidés, ou si toutes trois peu¬
vent entrer en ligne de compte. Des études répétées et minu¬
tieuses seront nécessaires pour arriver à cette précision, mais
c’est déjà un grand pas de fait que la détermination d’ordre
générique, car elle peut ouvrir des horizons nouveaux quant à
la prophylaxie de la tenace affection que représente la dermite
granuleuse.
Resterait à déterminer le mode de pénétration des larves
d 'Habronema dans la peau. O11 ne peut encore formuler à ce
sujet que des hypothèses ; la discussion des faits connus nous a
conduits à adopter la suivante:
Les embryons d' Habronema passent de l'estomac dans Tintes^
tin et sont rejetés à l’extérieur avec les excréments. De la litière,
48
/
702
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ils pénètrent dans la peau à la façon des larves d’Ankylo-
stomes, y provoquant une irritation qui peut se traduire par la
formation de nodules spéciaux, et aboutir finalement, sous
l’influence des frottements ou des grattages, à la production
d’une plaie qui emprunte à leur présence ses caractères parti¬
culiers. Et ils se développent, dans ce milieu anormal, comme
parasites erratiques, en y subissant une évolution analogue à
celle qu’ils accomplissent normalement dans le corps des
Mouches.
En tout cas, on peut dès à présent dégager des faits acquis le
principe d’une prophylaxie rationnelle.
Puisque les Nématodes des plaies d'été appartiennent au cycle
évolutif de parasites vivant dans l’estomac des Equidés, il est
indiqué tout d’abord de débarrasser les animaux de ces hôtes
dangereux. Le traitement efficace est encore à chercher, mais
on pourra faire porter principalement les essais sur l’emploi de
l’émétique et de l’acide arsénieux.
D’autre part, et quel que soit le mode réel d’infestation, il y
a lieu de détruire les embryons rejetés avec les excréments,
ainsi que les Mouches dans lesquelles ils se développent norma¬
lement.
En ce qui concerne le traitement, M. Descazeaux ne paraît
pas avoir essayé l’application journalière de teinture d’iode
préconisée par Van Saceghem, mais il dit avoir constaté les
excellents effets de badigeonnages à l’aide d’une solution de
trypanbleu à 2 ou 3 pour 100, et il pense que des injections de
cette solution dans la tumeur ou à sa périphérie seraient encore
plus actives.
Toutefois, il faut bien convenir que, jusqu’à nouvel ordre, le
seul traitement vraiment efficace consiste dans l’ablation pré¬
coce et complète des tissus envahis.
La question des plaies d'été est loin d’ètre épuisée. Au sur¬
plus, il est encore un point qui mérite de retenir notre atten¬
tion : c’est celui des rapports pouvant exister entre la dermite
granuleuse et certains nodules pulmonaires.
Nocard (i) a le premier signalé l’existence, dans le poumon
d’un cheval atteint de plaies d'été* de nombreux nodules arron-
(1) Nocard, Nodosités parasitaires du poumon simulant la morve, chez un
cheval atteint de plaies d’été. Bull. Soc. centr. med. vét ., séance du 10 oct.
1901, p. 387.
Séance du io Novembre 1915
703
dis, du volume d'un grain de chènevis à celui d’une noisette,
constitués par une coque fibreuse très épaisse dont le contenu
caséeux englobait une larve de Nématode contournée en spirale
et à tégument strié en travers. Nocard considérait cette larve
comme identique à celle des plaies d’été, admettant que, trans¬
porté par le sang, le parasite s’arrêtait dans les divers milieux
propres à son en ky sterne nt, poumon et peau.
L’année suivante, Drouin (i) signalait un cas tout à fait
semblable.
D’autre part, Liénaux (2) annonçait, vers la même époque,
que la péribronchite noduleuse du cheval, décrite en 1879 par
Dieckeriioff (nodosités du volume d un grain de mil à celui d’un
pois, ayant pour siège la paroi des petites bronches et subissant
un processus de caséification), était provoquée par une larve de
Nématode; mais, les pièces qu’il avait examinées provenant
d’un abattoir, son attention n’avait pas été attirée sur la coexis¬
tence possible des plaies d’été.
Du reste, Lingard (3) note que des nodules semblables à ceux
des lésions cutanées (il donne à ces lésions le nom indien de
barsati et aux nodules celui de kunkur ) ont été signalés dans
le poumon et le foie, même chez des animaux non affectés de
plaies d’été.
Il est en tout cas fort probable que les nodules pulmonaires
observés par Nocard et par Drouin correspondaient, comme ceux
de Liénaux, à des lésions de péribronchite (4).
L’élude du parasite qu’ils renferment méritera d’être sérieu-
(1) Drouin, Filariose pulmonaire accompagnant les plaies d’été. Bull. Soc.
cenlr. méd vét., séance du i3 nov. 1902, p. G54-
(2) E. Liénaux, La péribronchite noduleuse du cheval est d’origine vermi¬
neuse. Annales de méd. téter., février 1902, p. 80.
(3) A. Lingard, Observations on the Fi tardai embryos, etc. Fasc. I. Bursati
(part. I). London, 1905. Voir p. 47 •
(4) Par contre, on doit, semble-t-il, les séparer nettement des tubercules
parasitaires translucides découverts par Galli-Valerio en 1914? et étudiés
ensuite par Olt, Ivünnemann et Schütz, Vallillo, etc. Il -s'agit là de petits
nodules du diamètre d’un grain de mil à celui d’un grain de chènevis, gris
rouge, translucides, dus à la thrombose d’une artériole. Ils possèdent une
coque relativement mince formée par la paroi du vaisseau et un contenu
fibrineux englobant une larve de Nématode.
Lorsque les parasites envahissent en grand nombre les artères de moyen
calibre, il se forme des foyers du volume d’une noisette ou même d’une noix.
Ces lésions paraissent être déterminées par des embryons ou des larves de
Sclérostomes ( Strongylus vulgaris ), et n’ont par conséquent aucun rapport
avec les plaies d’été.
704
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
seraient poursuivie, car Nocard et Drouin n'ont fait que l’entre¬
voir sur des coupes. Nous ne pouvons aujourd'hui qu'effleurer
cette étude, grâce à quelques préparations de péribronchite
noduleuse d’un cheval communiquées par M. Césari fin octobre
1908 et récemment retrouvées. L’une de ces préparations con¬
tient une larve entière, malheureusement très comprimée et ne
laissant plus guère voir que le contour extérieur. Elle mesure
1 mm. 65o de long sur 75 pi de large. L’extrémité antérieure,
légèrement atténuée, se termine par une surface presque tron¬
quée, donnant assez l’impression de deux lèvres. L’extrémité
postérieure, plus longuement atténuée, se termine brusquement
par une très courte pointe légèrement recourbée, assez mince,
mais mousse. La région qui précède cette partie terminale
semble montrer un fin plissement transversal. Le sommet ne
nous a présenté, même à l’immersion, aucune trace d’épines. Ce
sont là sans doute des caractères peu précis. Mais les coupes
transversales permettent de relever diverses particularités plus
importantes. O11 constate qu’il s’agit d’un Nématode polymyaire
pourvu de champs latéraux à base étroite et à sommet renflé,
faisant fortement saillie dans la cavité du corps, où l’on
remarque une coupe de l'intestin large d’environ 26 p*. Chacun
de ces champs latéraux est divisé, par une ligne longitudinale,
en deux parties à peu près égales, montrant vers leur sommet
un point noir qui n'est autre, probablement, que la coupe d’un
vaisseau excréteur.
Or, parmi les parasites des Equidés, nous ne connaissons que
les Ascaroidés et les Spiruroïdés qui répondent à ces caractères.
Mais la ressemblance générale de la larve avec celle de Fayet
et Moreau, ainsi que l'épaisseur relativement faible de la
couche musculaire nous porte à les rattacher plutôt au second
de ces groupes. Il s’agirait donc bien d’un Spiroptère, c’est-à-
dire d’une larve d’ Habronema répondant à l'un des stades 8 à 5,
de sorte que la. conjecture de Nocard nous, apparaît comme
fondée.
La présence de ces larves dans le tissu pulmonaire n’est d’ail¬
leurs nullement en opposition avec l’hypothèse que nous avons
émise au sujet de leur mode de pénétration : on sait que les
larves d’Ankylostomes introduites à travers la peau passent pré¬
cisément dans le poumon.
Séance du io Novembre i 9 i 5
705
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
American Journal of tropical Diseases ancl préventive Medicine ,
t. III, nos 1 et 2, juill. et août 1915.
Armais of Tropical Medicine and Parasitology , t. IX, f. 3,
3i juill. 1915.
Boletim da Sociedade Brasiliera de Germatologia, t. III, 1914,
nos i-3.
British Medical Journal , 28 juill. -6 novembre j 916, nÜS 2847-
2862.
Bulletin agricole du Congo belge , t. V, n° 3, sept. 1914; n° 4>
déc. r 9 1 4*
Bulletin Société médicale de l’ Ile Maurice, 33e année, 2e série,
n° 39, janv.-mars 19 15. •
Cronica Medica , t. XXXII, mars-août 1915, nos 621-626.
Gazeta Medica da Bahia , t. XLVI, nos 5- 12, nov. t 9 r 4-j u i n
1910.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands- In dié\ t. LV, f. 3
et l\, 1916.
Indian Journal of Medical Besearch , t, III, n° 1, juill. 1915.
Journal ofthe Royal Ar/ny Medical Corps, t.XXIV, nos 4-8, avril-
août 1915.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene , t. XVIII, nos 1 4? 16,
*7> I9-
La Malariologia, t. VIII, nos 3-4, f5 juin, i5 août 1915.
Pediatria, t. XXIII, f. 7-10, juill. -oct. 1915.
Philippine Journal of Science, B, Tropical Medicine, t. X,
nos i-4.
706
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Proceedings of the Medical Association of the Isthmian Canal
Zone , t. VI, p. i et 2, avril-sept. i()i3,oct. igi3-mars igi4-
Revue scientifique, nos il\-i\, 10 juill.-6 nov. 19 15.
Review of applied entomologg , sér. A et B, t. II, index, et
t. III, f. 7, 8, 9 et 10.
Revista de Vet.erinaria e Zootechnia, t. V, nos 1-2, févr. -avril
Transactions of the Societu o f Tropical Medicine and Huqiene ,
t. VIII, n° 8, juiil. 1 9 1 5.
Tropical Diseuses Bulletin , t. VI, n° 1-6, r5 j u i 1 1 . - 1 5 oct. 1915.
Tropical Veterinarg Bulletin , t. III, n° 3, 3o sept. 1915.
Yellow Fever Bureau Bulletin , t. III, n° 4-
VOLUMES ET BROCHURES
3d Report ofthe Government Bureau of Microbiology ( year igi 2).
Sydney 1914.
Report of the Direct. General of Public Health New South
Wales ( year igi3). Sydney 1915.
The Austral ian Institute of Tropical Medicine. Collected Papers,
n° 1, Townsville, 1914.
Treballs de la Societat de Biologia, Barcelone, 2e année, 1914*
L. Cazalbou. A propos du saprophytisme, — Sur les relations
qui existent entre les champignons pathogènes et leurs formes
microbiennes ; conclusions.
A. J. Ciialmers et N. Macdonald. Animal Inoculations of
Trichophyton discoïdes. Sabouraud, 1909. — Trichophyton Viola-
ceum var. Karthoumense.
E. D. W. Greig. Note on a Choiera « Carrier » in Relation to
the Water-Supply of Calcutta. — The Vibricidal Power of the
Bile of Animais after Administration of Hexamethylene Tetra-
mine and ils Compounds.
R. T. Leiper. Reports on the Resulls of the Bilharzia Mission
in Egypt, 1916. Part. I.
E. Perrot. L’œuvre scientifique et sociale de la mission de
Kisantu.
David Ouiros. A proposito de dos casos de Meningilis cerebro-
espinal.
Séance du io Novembre i 9 i 5
70T
J. F. Mc Eachran et G. F. Hill. Investigations into the Cause
of Worm nodules ( Onchocerca gibsoni) in Cattle.
Georgina Svveet. Investigations into t lie Occurrence of Onclio-
cerciasis in Cattle and Associated Animais in Countries other
than Australia.
708
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal oj tropical diseases and préventive medicme.
American Society oj Tropical Medicme.
Armais oj Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos de Hygiène e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium bibliographicum*
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société m é die o -chirurgie ale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar .
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal oj medical research.
Journal oj the London school oj tropical medicine.
Journal oj Tropical Medicine and Hygiene.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal oj Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galle du Sud.
Review of applied entomology.
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine end Hygien
(Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical Veterinarij Bulletin.
V eterinaria e zootechnia.
Le Gérant ; P. MASSON.
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Tome VIII,
No ïo.
*9*5
BULLETIN
4- ^
de la Société
DE 'Vj*
Pathologie Exotique^
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SOMMAIRE DU NUMÉRO io
Séance du 8 décembre 1915
F }
PRÉSENTATION
Rapport sur les Réinjections sériques par Louis Martin .
Remarques du Président .
Mme Phjsalix est nommée membre de la Commission de contrôle
'I- *
COMMUNICATIONS
L. d’ANFREViLLE. — La fièvre jaune et le Maroc .
A. Carini. — Sur un cas de Blastomycose généralisée à Coccidioides
immitis .
A. Carini. — Onyxis ulcéreux phagédénique .
A. Denier. — La dysenterie bacillaire à Saigon .
Mme M. Phisalix. — Les propriétés vaccinantes de la sécrétion cutanée
Voir la suite du sommaire page 111 de la co
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de celles qu’elle possède contre sa propre action et contre celle du
venin de Vipère aspic . ■ . . 780
J. Rodhain. — Quelques hématozoaires de petits mammifères de l’Uele
(Ouellé), Congo belge . . . 726
MÉMOIRES
G. Greggio. — La Trypanose humaine et la Natalité infantile dans la
région de Kisantu (Moyen Congo belge). Influence du traitement
atoxylé. . . . 762
A. Laveran. — L’infection par Trypanosoma gambiense chez un maki,
un renard, un raton, deux loirs, un meriones et deux gerbilles . , 745
J. Rodhain. — Quelques aspects de la pathologie indigène dans l'Ouellé 734
J. Rodhain et J Bequaert. — Sur quelques Œstrides du Congo (3e com¬
munication préliminaire) . 765
OUVRAGES REÇUS . 779
LISTE DES ÉCHANGES . 780
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES . 781
TABLE ALPHABÉTIQUE PAR NOMS D’AUTEURS
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iv
Huitième année
i9ï5
N° io.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 8 DÉCEMBRE iqiÔ.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN, PRESIDENT.
Présentation
M. Louis Martin. — J’ai l’honneur de déposer pour la biblio¬
thèque de la Société un rapport sur les Réinjections sériques lu
à la Société médicale des Hôpitaux dans la séance du 19 novem¬
bre 191b.
Etant donné l’importance pratique du sujet, je demande qu’on
m’autorise à en reproduire les conclusions dans notre Bulletin.
« Résumé et conclusions du rapport fait au nom d’une commis¬
sion composée de MM. Agiiard, Aviragnet, Barbier, Ciiantemesse,
Marfan, Netter et Louis Martin, rapporteur.
« Des expériences sur l’anaphylaxie sérique, certains auteurs
ont cru pouvoir conclure que les faits observés chez les ani¬
maux se reproduisaient*de même chez l’homme, et de là est née
la crainte des réinjections, c’est-à-dire de toute injection faite
quinze jours au moins après une première intervention.
« Or, tandis que chez les animaux on peut reproduire à coup
sûr les accidents anaphylactiques locaux ou généraux, on voit,
au contraire, que chez l’homme, ces accidents sont très rares,
surviennent sans règle, n’atteignent pas la gravité qu’on observe
49
710
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
chez les animaux et paraissent dépendre surtout d'une hyper¬
sensibilité individuelle.
« De l’étude des faits observés chez l’homme à la suite des
réinjections sous-cutanées, on peut conclure de façon ferme que
ces réinjections ne produisent que très rarement des accidents ;
elles sont le plus souvent inoffensives.
« Après les réinjections intraveineuses ou intrarachidiennes,
les accidents généraux sont très rares et inconstants ; néan¬
moins, comme ils peuvent survenir, il convient d’être prudent.
« Dans la pratique, chez les sujets qui sont de bonne consti¬
tution, on utilisera les réinjections sous-cutanées sans employer
d’autres précautions que celles en usage lors d’une première
injection.
« Chez les personnes qui sont particulièrement sensibles aux
poisons sériques, à savoir : les malades intoxiqués ou infectés,
les convalescents de maladies microbiennes, les tuberculeux, les
prédisposés à l’urticaire, ceux qui sont incommodés par les
odeurs, qui ont de l’asthme, du rhume des foins, nous recom¬
mandons, pour les injections comme pour les réinjections, de
pousser très lentement les premiers centimètres cubes et d’ar¬
rêter l’injection au moindre incident, quitte à la reprendre une
heu re après. En agissant ainsi, on tâte la sensibilité de l’orga¬
nisme et l’on évite tout accident grave.
(( En injectant le sérum avec beaucoup de lenteur, on évitera
de même tout accident grave dans les injections ou réinjections
intraveineuses ou intrarachidiennes.
« Cette précaution est généralement suffisante dans la prati¬
que de toutes les réinjections.
« Si la réinjection intraveineuse ou intrarachidienne n’est pas
urgente, on pourra la faire précéder d’une injection intravei¬
neuse ou sous-cutanée d’une faible dose de sérum (méthode Bes-
redka) et une heure après on injectera le sérum, mais toujours
avec lenteur.
« Tels sont les conseils d’ordre pratique qu’on peut déduire de
l’étude des réinjections chez l’homme; ils complètent les con¬
clusions, qui ont été adoptées par la Commission, que nous pro¬
posons à votre approbation :
« i° Les accidents signalés après les réinjections sous-cutanées
sont très rares et ne sont graves que dans des cas très exception
Séance du 8 Décembre 1910
711
nels. On ne saurait les mettre en parallèle avec les risques que
h on fait courir au malade en ne le réinjectant pas ;
« 20 Les réinjections sous-cutanées doivent être pratiquées toutes
les fois qa elles peuvent apporter au malade un bénéfice ; et, a for¬
tiori, on ne doit jamais différer une réinjection sous-cutanée, par
crainte d’ accidents anaphylactiques, s'il y a indication urgente de
pratiquer une injection de sérum ;
« 3° Les réinjections intraveineuses ne sont pas indiquées dans la
pratique courante ; elles doivent être réservées ci des cas spéciaux
(peste et tétanos grave) ;
« 4° Les indications des réinjections dans le canal rachidien
deviendront de plus en plus rares si Von traite la méningite avec des
doses massives et rapprochées : il ne faut pas hésiter à pratiquer
les réinjections, en cas de rechute avec présence de méningocoques
dans le liquide retiré par la ponction lombaire ;
« 5° On ne peut, dans aucun cas , reprocher à un médecin d'avoir
pratiqué une réinjection de sérum clans un but prophylactique ou
thérapeutique. »
Le Président. — Je remercie notre Collègue M. L. Martin de
nous avoir apporté l’excellent Rapport sur Les réinjections séri¬
ques qu’il a fait récemment à la Société médicale des Hôpitaux
de Paris ; nous en publierons avec grand plaisir le résumé et
les conclusions dans notre Bulletin. Il était grand temps de
réagir contre cette crainte très exagérée de l’anaphylaxie qui
hantait l’esprit de beaucoup de praticiens et qui les empêchait
souvent de procéder à des réinjections sériques nécessaires. On
ne saurait trop répéter avec M. L. Martin que les accidents signa¬
lés après les réinjections sous-cutanées de sérum sont très rares
et en général sans gravité, et que d’ailleurs, quand ces accidents
paraissentà craindre, il existe des moyens de les prévenir.
Mme Phisalix remplacera, comme membre de la Commission
de contrôle, M. Dyé, que ses devoirs militaires éloignent de
Paris.
712
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
u n cas de Blastomycose péritonéale
à Coccidioides immitis
Par A. CARINI.
Depuis 1908, date de la publication des premiers cas de blas¬
tomycose rencontrés au Brésil (Lutz, Carini) (i), plusieurs
autres cas semblables ont été observés. Jusqu’à présent on con¬
naît près de l\o observations de malades originaires de différents
Etats du Brésil. Dans tous ces cas, la lésion primitive siégeait
sur la peau ou la muqueuse de la bouche, du nez ou de la
gorge. On admet que la porte d’entrée des champignons para¬
sites est représentée par des petites blessures accidentelles de ces
régions.
Des localisalions secondaires viscérales, conséquence de la
généralisation de la maladie, ont déjà été. observées chez plu¬
sieurs malades et constatées dans les autopsies. Cette tendance
de l'infection à se propager aux organes internes fait de la blas¬
tomycose une maladie très grave, qui détermine presque tou¬
jours la mort.
Le cas que nous avons observé et qui fait l’objet de cette
communication, est intéressant parce qu’il n’y a pas eu de loca¬
lisation sur la peau ou sur la muqueuse buccale; la maladie a
présenté d’emblée une localisation viscérale.
Naturellement les symptômes cliniques ont été différents de
ceux que l’on observe lorsque la maladie attaque en premier lieu
la peau ou les muqueuses.
Voici l’observation du cas (2) :
(1) Lutz. Uma mycose pseudo-coccidica localisada na bocca e observada no
Brazil. Brazil-Medico, 1908.
Carini. Um caso de blastomycose com localisaçao primitiva na mucosa da
bocca. Rev. Soc. Scient, de S. Paulo, 1908, n. 10-12.
(2) Nous remercions le très distingué collègue Dr Seng, pour avoir bien
voulu nous fournir les indications cliniques relatives à cet intéressant cas.
Pl. V
Carini
Fig- i. Une cellule g-éante avec des parasites à divers stades.
Fig. 2. Parasites avec la condensation protoplasmique et les noyaux à
périphérie .
Fig. 3 (a . Formation des bourgeons, (b) jeune parasite détaché.
Fig1. 4- Parasite entouré des jeunes éléments qui y adhèrent encore.
(Fig. reproduites d’après des aquarelles en couleurs de Boisgontier).
Séance du 8 Décembre 19 1 5
713
J. Z. Syrien, 21 ans. marchand, demeurant à Bica de Pedra près de
Jahû, dans l’Etat de Sâo Paulo; garçon robuste, de bonne constitution
physique, qui ne présentait rien de notable comme passé pathologique,
ayant été toujours en bonne santé.
Vers la fin d’avril de cette année, il tomba malade avec vomissements,
malaise, accès fébriles fugaces et douleurs dans la fosse iliaque droite
sous forme de coliques.
Ayant consulté plusieurs médecins, ceux-ci diagnostiquèrent une appen¬
dicite et conseillèrent une intervention chirurgicale. Le malade vint à
Saint Paul où il consulta le Dr Seng le 31 mai. En l’examinant, le Dr Seng
trouva les poumons, le foie et la rate normaux, rien aux téguments
externes, rien non plus à la gorge ; les ganglions lymphatiques inguinaux,
axillaires et cervicaux, n’étaient pas augmentés de volume. Dans la fosse
iliaque droite, le chirurgien découvrit une tuméfaction de la grosseur d’un
œuf d’oie, fixé à la paroi osseuse dn bassin. Soupçonnant une appendicite,
il fît entrer le malade à l’Hôpital de Santa Catharina et le 1er juin pratiqua
une laparatomie exploratrice. Il constata alors que le côlon ascendant, dans
sa partie inférieure, était fixé au bassin par une tumeur qui semblait
prendre naissance à la partie inféro-postérieure du côlon, entre les feuillets
du mésocôlon, ayant envahi les ganglions lymphatiques rétropéritonéaux
jusqu’à la région rénale.
La tumeur était de consistance assez dure, de forme et de surface irré¬
gulières.
L’appendice, d’environ 14 cm. de longueur, était libre, sans adhérence
ni signe d’inflammation, et pour cette raison a été conservé.
Le Dr Seng, dans l’impossibilité d’extirper la tumeur à cause de ses
vastes adhérences, retira un morceau d’un des ganglions lymphatiques
infiltrés, pour l’examen histologique, afin d’élucider le diagnostic qui
paraissait douteux entre une lésion tuberculeuse et une tumeur maligne.
Le morceau prélevé, gros comme un pois, a été fixé au formol à 10 0/0.
L’examen des premières coupes, obtenues avec le microtome congélateur
et colorées à l’hématoxyline-éosine. fournit de suite le diagnostic. En effet
l’examen microscopique révèle dans le tissu du ganglion lymphatique la
présence de nombreuses cellules géantes (Fig. 1), dans l’intérieur des¬
quelles l’on rencontre des parasites, facilement reconnaissables. Ce sont
des corpuscules ronds de 5 à 25 g de diamètre, avec capsule épaisse, à
double contour. Beaucoup de ces blastomycètes se présentent en voie de
multiplication par sporulation, d’après le processus suivant :
Les noyaux se portent à la périphérie du parasite tandis que du proto¬
plasme s’y condense (Fig. 2 a); puis le protoplasme s'individualise autour
de chaque noyau et il se forme une couronne de jeunes éléments (Fig. 3 a).
Ceux-ci sont chassés à l’extérieur par d’autres qui se forment et le parasite
se trouve ainsi entouré d’une gaîne de parasites jeunes (Fig. 4 a) Ceux-ci
se détachent et grossissent (Fig. 3, b , c). On en voit dans les préparations
un très grand nombre à tous les stades de leur développement. 11 ne s’agit
pas d’endospores, pouvant être mises en liberté par rupture de la mem¬
brane du parasite, ma|s bien de bourgeons, nés par prolifération d’une
couche protoplasmique se différenciant à la périphérie du parasite (1).
Le diagnostic de blastomycose étant ainsi établi, on conseilla des injec¬
tions endoveineuses d’iodurede sodium, traitement qui semble être le seul
à avoir donné des résultats.
(1) Voir aussi Gaspar Vianna. Molestia de Posadas-Wernicke, Rio de
Janeiro, 1913.
714
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le Dr Seng pratiqua une première injection de 50 cm1 2 3 d’une solution
d’iodureà 10 0/0. Elle ne fut pas bien supportée, le malade présenta de là
fièvre, de la dyspnée, des douleurs articulaires, de l’agitation. Pour cette
raison, la dose fut réduite à 10 cm3 de la même solution à 10 0/0.
Le malade partit ensuite pour Bica de Pedra et le 26 juillet le Dr Agos-
tinho Bretas nous envoyait les nouvelles suivantes sur l’état du patient.
11 avait reçu en tout 28 injections endoveineuses d’iodure sans présenter
aucune amélioration ; au contraire la maladie avait continué son évolution
progressive. La tumeur avait augmenté de volume et son bord supérieur
à cette date atteignait presque l’appendice xyphoïde : elle était plus dure
qu'au commencement. Les douleurs étaient constantes et très violentes ;
elles cédaient seulement aux injections de morphine. Le malade était con¬
sidérablement amaigri, mais ne présentait pas la couleur pâle des cachec¬
tiques ; la température se maintenait entre 36° et 36°5 G., le pouls de
95 à 108.
Dans toute la littérature médicale que nous avons pu consul¬
ter, nous avons rencontré un seul cas, observé en France par
Blanchard, Schwartz et Binot (i), concernant un malade atteint
de blastomycose intra-péritonéale, qui présente une certaine
ressemblance avec le nôtre. Toutefois l’agent étiologique est
très différent du nôtre : c’est un véritable Saccharomyces.
Nous avons su par la suite que d’autres cas de blastomycose
viscérale avaient été observés au Brésil. Le Dr Pedroso, il y a
quelques années, en examinant, dans le laboratoire d’Anatomie
pathologique de la Santa Casa, un petit morceau retiré de la
cavité péritonéale d’un enfant, qui avait été opéré comme sus¬
pect de tumeur abdominale, rencontra dans les coupes des
blastomycètes en grande quantité. Lorsque cette constatation a
été faite, le malade avait déjà quitté 1 hôpital et l'observation n’a
pas été publiée.
Deux autres cas de blastomycose à localisation abdominale ont
été autopsiés récemment et bien étudiés par le Dr Haberfeld (2)
à Bello Llorizonte. Chez l’un des malades, la blastomycose était
accompagnée de lésions intestinales dues à l’amibe de la dysen¬
terie. Chez l’autre on avait fait le diagnostic clinique de tumeur
maligne du pancréas. 11 s'agit, dans ces cas, comme dans le nôtre,
du Coccidioides imrnitis.
Il est très probable que, dans ces cas, comme dans le nôtre
(1) Blanchard, Schwartz et Binot. Sur une blastomycose intra-péritonéale,
Arch. de Parasitologie, iqo3, no L î , p. 489.
(2) W. Haberfeld, Blastomycose de localisaçao abdominal e um caso desta
molestia combinado com dysenteria amoebiana. Arch. bras, de Med., Fev. e
Março 1 9 1 5 , p. 107.
Séance du 8 Décembre i 9 i 5
715
aussi, la porte d'entrée des parasites est représentée par des
lésions de la muqueuse de l'intestin.
Ces observations prouvent l’existence au Brésil d’une forme
de blastomycose à Coccidioides immitis avec localisation primitive
exclusivement abdominale, de diagnostic clinique difficile en
raison des grandes ressemblances qu’elle présente avec la tuber¬
culose et les tumeurs malignes, desquelles elle peut être cepen¬
dant différenciée par l’examen microscopique.
( Institut Pasteur de Saint-Paul).
9
Onyxis ulcéreux phagédénique
Far A. CARINI
Depuis quelque temps, nous étions informé que, dans certaines
localités de l’intérieur du Brésil, sévissait une épidémie d’ulcé¬
rations persistantes et douloureuses, qui siégeaient sur les doigts
des pieds, à la région unguéale, et qui déterminaient la destruc¬
tion du lit de l’ongle et la chute de celui-ci.
La maladie a été appelée unheiro epidemico , mais plusieurs
médecins qui l’ont observée en ont été très intrigués, ignorant
la nature de cette affection. Quelques-uns n’en ayant trouvé dans
les traités aucune description, inclinaient à croire qu'il s’agissait
d’une entité morbide non encore étudiée.
Grâce à l’amabilité du distingué confrère Dr W. Seng (i), nous
avons eu l’occasion d’observer une famille entière de colons,
attaquée de cernai et venue de l’intérieur de l'Etat de Saint-Paul
à la capitale pour se traiter. C’est une famille allemande, arrivée
au Brésil il y a près de trois ans. Tous les membres de cette
famille devinrent malades alors qu'ils se trouvaient à la « fazenda
Santa Barbara », dans le municipe d’Itapira, occupés à la culture
du café.
La maladie s’est présentée d’abord chez la mère au mois de
mai de 1914, en décembre; à q uelques jours d’intervalle, tous les
fils ont été frappés. Chez tous, l’onyxis eut comme point de
(1) Nous remercions le Dr W. Seng cle nous avoir offert l’opportunité d’étu¬
dier ces cas et des belles photographies qu’il a bien voulu nous faire.
/
716
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
départ le trou laissé par des chiques ( Sarcopsilla penetrans). Vu
la ténacité de l'affection et tous les membres de la famille étant
dans l’impossibilité de travailler, en mars 1916, ils laissèrent
la « fazenda » et vinrent à Saint-Paul. Ils furent recueillis pen¬
dant cinq semaines à Y « hospedaria dos émigrantes » où les
ulcérations furent traitées par des lavages de solutions de créo-
sine et par des attouchements au nitrate d’argent. N’ayant éprouvé
aucune amélioration, les malades s’en allèrent, et, après avoir
essayé inutilement divers autres traitements, le 21 août, ils
entrèrent à l’hôpital de Sainte-Catherine, qu’ils quittèrent deux
mois après, complètement guéris.
Les ulcérations étaient distribuées comme il suit:
Emma Abr. 42 ans
Vera » 14 »
Paul » 12 »
Charles » 10 »
Hélène » 7 »
Bruno » 4 »
Hàtty » 2 »
une, au gros orteil droit ;
trois. 2e orteil droit, gros orteil et 2e orteil gauche ;
deux, gros orteil et 2e orteil gauches :
deux, 2e orteil gauche et 3e orteil droit ;
une, gros orteil gauche ;
trois, 2e, 3e et 4e orteils gauches;
deux, gros orteil et 3e orteil gauches.
Le processus ulcéreux qui persistait depuis plusieurs mois
avait envahi le lit et la matrice des ongles ; de ceux-ci, les uns
sont déjà tombés, les autres se trouvent implantés d’une façon
défectueuse, la plupart même perpendiculaires au doigt. Les
plaies sont circulaires, creusées, le fond couvert de parties spha-
célées ; elles saignent facilement et laissent écouler un liquide
séro-sanguinolent. Une odeur fétide, pénétrante, caractéristique,
s’en dégage. Le moindre contact, le moindre choc arrachent des
cris aux patients.
D’après les informations qui nous ont été fournies par nos
malades, il existait dans la meme ferme, d’autres familles, dont
tous les membres étaient également atteints de la meme affec¬
tion. Lorsque le Dr Seng nous appella pour voir les malades,
nous pratiquâmes l’examen microscopique du matériel recueilli
dans plusieurs ulcérations ; nous avons rencontré une grande
quantité de bacilles fusiformes et de spirochètes, qui morpho¬
logiquement ne présentaient aucune différence avec ceux que
l’on rencontre dans Yulcus tropicum.
Cette constatation nous montra que nous n’avions pas à faire
à une maladie nouvelle, mais simplement à une localisation
spéciale de l’ulcère des pays chauds.
Le diagnostic étiologique étant ainsi établi, nous avons cherché
Séance du 8 Décembre 1915
717
dans les principaux traités des maladies tropicales (Kelsch et
Kiener, Manson, Le Dantec, Mense, Jeanselme et Rist,
Scheube, etc.), au chapitre de Lulcère phagédénique, des indi¬
cations sur celte localisation et nous avons été surpris de ne
rien trouver ( 1). Notre surprise a été encore plus grande lorsque
nous avons pu constater que l’onyxis est connu depuis 1879,
c’est-à-dire bien longtemps avant la découverte du bacille fusi¬
forme et du Spirochœta Vincenti. A cette époque, le Dr Maurel (2)
observa la maladie à la Guyane française et il la décrivit magis¬
tralement sous le nom de onyxis ulcéreux . La description du
Dr Maurel correspond parfaitement à ce que nou's avons observé
et elle pourrait être reproduite telle quelle. Cela prouve une fois
de plus que les observations cliniques, lorsqu’elles sont précises,
gardent leur valeur, même lorsqu’on leur a prêté des notions
étiologiques erronées, que des recherches ultérieures modi¬
fieront.
Le Dr Maurel s’étonnait déjà alors que la maladie n’eût pas
été étudiée auparavant et il écrivait : « Le rôle que l’onyxis ulcé-
« reux joue dans la chirurgie de la Guyane, l’importance pré-
« pondérante qu’il prend dans les salles des blessés, est telle que
« ce n’est pas sans quelque étonnement que j'ai constaté I ’a b—
« serice de toute publication sur cette affection. »
Il est bien curieux qu’encore aujourd'hui la description de
cette affection soit oubliée dans les Truités de Pathologie exo¬
tique . Nous croyons donc qu’il n'est pas sans intérêt de combler
celte petite lacune, d’autant plus qu’il s agit d’une affection qui
s’impose au triple point de vue de sa fréquence, de sa ténacité
et de la gravité de quelques-unes de ses complications.
Définition. — Voici comment Maurel définit l’onyxis ulcé¬
reux : « c’est une véritable inflammation ulcéreuse de la totalité
« de la matrice, s’étendant de proche en proche et s’accompa-
« gnant presque toujours de la perte de cet organe de protec-
« t i o n . )>
Symptômes. — La , maladie commence par une légère bles¬
sure accidentelle en un point quelconque d’un orteil, de préfé-
(1) Seulement dans le livre de Corre de 1887 (Traité clinique des maladies
des pays chauds), nous avons trouvé à la page 653 une très-courte notice sur
cet onvxis ,
9
(2) Maurel. De l'onyxis ulcéreux observé à la Guyane française. Archives
de Médecine Navale , 1879, t. XXXII, p. 347.
718
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rence du gros orteil. Souvent la porte d’entrée de l’infection est
représentée par la petite lésion déterminée par une chique qui
s’est logée sous la portion libre de l’ongle.
J1 est très difficile d’observer les premiers stades du mal parce
que les malades ne consultent pas alors le médecin, nous devons
donc, pour la description des premiers symptômes, nous en
tenir aux informations qu’ils nous fournissent. Ils racontent
qu’il se forme d’abord une petite vésicule très prurigineuse,
laquelle ne tarde pas à se transformer en un petit foyer de sup¬
puration. La plaie s’étend autour de l’ongle en détruisant le
bord unguéal. L’inflammation intéresse la matrice et le lit de
l’ongle, qui alors se relève, devient mobile, dur et noir. Ainsi,
d’organe de protection, il se transforme en agent d’irritation.
L'ulcération est arrondie, à bords assez réguliers; elle saigne
très facilement, laisse écouler une abondante sérosité sanguino¬
lente ; un pus jaunâtre et épais couvre le fond, d’où se dégage
une odeur fétide spéciale.
L’orteil atteint est rouge, dur, enflé et présente une forme en
massue caractéristique.
La lésion est très douloureuse au moindre contact, ce qui
ène beaucoup les malades et les prive même de sommeil.
C T
55
Durée et traitement. — En l’absence d’un traitement approprié,
Je mal est extrêmement persistant et rebelle et peut durer pen¬
dant de longs mois. Voici ce que dit avec raison le Dr Maurel :
« Il n’est pas d’affection qui, sous une apparence aussi bénigne,
« menace le chirurgien de plus d’insuccès. Résistant aux soins
« les plus assidus, bravant les cautérisations les plus énergiques,
« elle est en même temps désespérante par ses récidives. »
Aujourd'hui encore, malgré les nouvelles ressources thérapeu¬
tiques, la situation n’est nullement modifiée. En effet, dans les
cas observés par nous, la maladie dura presqu’une année et céda
seulement aux traitements énergiques faits dans un hôpital.
Chez nos malades, le remède qui s’est montré le plus aciif a été
l’iodoforme. Le néosalvarsan, appliqué localement, émulsionné
dans la glycérine ou en pommade, n’a pas donné les résultats
qu’on pouvait espérer et que d’autres prétendent avoir obtenus.
Le Dr Decouiit a bien voulu nous informer que le traitement
qui lui a semblé le plus efficace a consisté dans l’extirpation des
ongles, curetage et cautérisation de la partie granuleuse avec
Pl. VI
Carini
Séance du 8 Décembre iqi5
719
application de la pommade suivante : Vaseline, 3o g1. Baume du
Pérou, 3 g. Azotate d’argent, o,2Ô g.
Complications . — Dans la plus grande partie des cas, l’ulcéra¬
tion reste limitée à la région unguéale et seulement par excep¬
tion elle envahit les faces latérales des orteils. Parfois le mal
continue, attaque le périoste de la phalangette; Pinflammation
du périoste détermine la nécrose de Pos, qui doit être éliminé;
le sacrifice d’une partie du doigt est ainsi nécessaire. Le
Dr Decourt observa dans l’Hôpital de la Santa Casa deCampinas
un enfant chez lequel il y eut nécrose de Los et mutilation con¬
sécutive de l’orteil avec propagation de l'ulcération à la région
plantaire.
Epidémiologie. — L’affection attaque presque exclusivement
des colons, qui marchent pieds nus et qui demeurent dans des
, endroits humides. La vie en commun avec les animaux et le voi¬
sinage des porcheries, conditions favorables à l’infestation par
les chiques, facilitent la propagation de la maladie. On observe
assez souvent des cas isolés, sporadiques, mais dans certaines
localités, éclatent parfois de véritables épidémies, pendant les¬
quelles tous ou presque tous les habitants d’une maison sont
atteints. Les épidémies apparaissent brusquement, de préférence
en été, après des pluies abondantes, de même elles s’éteignent
assez rapidement.
L’année dernière, on a observé au Brésil avec une fréquence
inusitée des épidémies d ’ulcus tropicum. Le Dr Melchiades Jun-
queira (i) a observé à Piracaia et à Sào Joâo do Currallinho
1 3g cas ; le Dr Peixoto Gomide, en juillet, pendant une excursion
de Santo Antonio de Juquià jusqu’à Xiririca, rencontra de nom¬
breux cas; le Dr Bachmann, à Gamboirù et à Itajahy dans l’Etat
de Santa Catharina, vérifia l’existence de plus de 200 malades. 11
est curieux que, au milieu de ces nombreux cas, l’on 11’ait pas
signalé l’onyxis.
D’autre part il faut noter, chez nos malades atteints d’onyxis,
l’absence de toute autre localisation de l’affection. Le Dr Decourt,
qui a traité plus de 5o cas d’onyxis, n’a pas remarqué la conco¬
mitance de l’onyxis avec des ulcères phagédéniques d’autres
parties du corps. Le Dr Bollinger, dans un seul cas, a constaté
(1) Melchiades Junqueira, Ulcéra phagedenica tropical. Sua epiderniologia
nos municipios de Piracaia e de S. Joao de Curralinho e seu tratamento.
Annues Pauiistas de Med. e Gir , abril 1 9 1 5, p. 92.
720
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
la présence simultanée de YuJcns tropicnm de la jambe avec
l’onyxis.
Diagnostic. — L'aspect clinique des ulcérations, la puanteur
caractéristique, rendent le diagnostic de l’ônyxis ulcéreux
facile.
La présence des bacilles fusiformes et des Spirochœta Vin -
centi (— Spirochœta Schaudinni ) ne laisse pas de doute que l’ony-
xis ulcéreux doit être considéré comme une localisation spéciale
de l'ulcère phagédénique des pays chauds.
(. Institut Pasteur de Saint-Paul , Brésil).
i
La dysenterie bacillaire à Saigon
Par A. DENIER.
L'Institut Pasteur de Saïgon s’est particulièrement consacré
depuis 1910 à l’étude des diverses entérites. J’ai démontré, soit
en collaboration avec Huet (i), soit seul, que les divers bacilles,
reconnus sans conteste comme les agents étiologiques de la
dysenterie des pays tempérés, jouent également à Saïgon un rôle
important dans la dysenterie tropicale, qu'ils soient la seule
cause de cette affection ou qu'ils soient associés à Lœschia
tetragena.
Les recherches dont je vais exposer les résultats ont pour but
de démontrer : i° que la dysenterie bacillaire existe à Saïgon et
de déterminer les périodes de l'année auxquelles on la trouve en
plus grande abondance ; 20 qu’elle y sévit actuellement d’une
façon endémique, et qu’il ne saurait être question de cas impor¬
tés d’Europe. Ces résultats d’ailleurs sont en concordance
absolue avec ceux publiés par les divers bactériologistes qui se
sont occupés particulièrement de celte question et tout récem¬
ment par Kuenen aux Indes Néerlandaises (décembre t 9 1 3) .
Ces expériences ont été commencées à la demande de M. le
(1) Bulletin de la Société de Pathologie exotique , 1912, t. V, p. 3G3 et
p. 4G8, 1913, t. VI, p. 4i3.
Congrès de la Far Eastern Association of tropical medicine. Saïgon, novem¬
bre 1 <j 1 3 , p. 26.
Séance du 8 Décembre i 9 i 5
721
Médecin Inspecteur Général du Service de santé des Colonies
en juin 1913 et se sont continuées jusqu’au 3o septembre 1 9 r 5 .
Il y a lieu de signaler une interruption de près d’un mois
en 19CI, imposée par le manque de produits chimiques destinés
à la préparation des milieux de culture.
La dysenterie a présenté dans ces quatre dernières années une
virulence variable. En 1912, elle avait été particulièrement
sévère à Saïgon. Elle fut moins virulente en 1913, bien qu’au
Cap Saint-Jacques elle prit nettement à un certain moment une
allure infectieuse. Cette virulence paraît diminuer beaucoup
en 1914 et surtout en 1915 où le nombre des entrées dans les
services hospitaliers est de beaucoup inférieur à celui des
années précédentes. Peut-être y a-t-il lieu d’attribuer à la cure
émélinée dans la dysenterie, cette amélioration notoire de la
pathologie intestinale. Mais il faut tenir compte également des
circonstances actuelles qui ont amené une diminution impor¬
tante des troupes de l'armée active, et leur remplacement en
partie par des formations de réserve qui ne séjournent souvent
dans les casernements que le temps nécessaire aux exercices
militaires.
Les malades entrant dans notre statistique proviennent en
grande partie de l Hôpital militaire de Saigon. Il faut ajouter
quelques examens demandés par- les médecins du Cap Saint-
Jacques ou des diverses provinces de la Coclii nchine. I) y a lieu
d’y faire rentrer également certains malades de clientèles pri¬
vées. Quelques malades ont fait l’objet d'examens répétés, mais
c’est là une exception ; en général il n'est pratiqué qu’un exa¬
men unique par malade, au moment de l’entrée à l’Hôpital. J’ai
cru devoir donner ce renseignement, pour permettre une inter¬
prétation raisonnée des résultats qui vont suivre. J’ajouterai
d’autre part que tous les troubles intestinaux ont fait l’objet de
notre examen qu'il s’agisse de dysenteries aiguës ou chroniques,
de diarrhées fugaces ou tenaces, d’entérocolite muco-membra-
neuse.
Je n’insisterai pas d’autre part sur la technique employée,
dont la description complète a été donnée dans mon Rapport
au 3e Congrès de médecine tropicale tenu à Saïgon en novem¬
bre 1913. Je dirai simplement qu’aux boîtes de gélose lactosée
tournesolée, j’ai substitué des boîtes de gélose d’Endo pour la
double raison que ce milieu est d’un prix moins élevé que le
722 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
premier, et que d’autre part il nécessite moins de manipu¬
lations.
Etat des examens coprologiques
(juin igi3-septembre 1915)
Gomme le tableau précédent l’indique, il a été fait de juin 1913
à septembre 1916, 1009 examens de selles se décomposant de la
façon suivante : l\\ 1 examens en 1918, 4^7 en 1914 et 170 en 1915
dans la période qui va du ior janvier au 3o septembre. Dans
587 cas, nos recherches ont porté sur des évacuations muco-san-
glantes ou muco-bilieuses. Dans les autres cas, il s’agissait de
selles fécaloïdes allant des déjections complètement liquides
aux matières moulées, s’accompagnant plus ou moins réguliè¬
rement de mucus ou de débris épithéliaux. Nous avons trouvé
175 fois des bacilles dysentériques, qui, dans la moitié des cas à
Séance du 8 Décembre i 9 i 5
723
peu près, se trouvaient associés aux amibes. Il nous est arrivé
également de trouver chez le même malade une association de
bacilles dysentériques ; mais c’est là une exception. Il est permis
de se rendre compte, d’après la lecture du tableau précédent,
que la dysenterie bacillaire existe pendant toute l’année, dans
des proportions variables, il est vrai, mais c'est au début de la
saison des pluies qu’elle donne son pourcentage le plus élevé,
et ce pourcentage est d’autant plus important que l’épidémie
annuelle s’annonce plus sévère. Nous avons dit plus haut que la
virulence de l’épidémie avait décru progressivement depuis 1912.
La proportion de dysenterie bacillaire avait été cette année de
4i p. ioo. En 1913, elle tombe au mois de juin à 33, 67 p. 100, et
en juillet 1914, elle est de 26,37 P- I0°- En 1916, la saison des
pluies est particulièrement irrégulière. Après quelques ondées
abondantes en mai, nous passons par une période anormale de
sécheresse, qui dure plus de deux mois, et les pluies 11e tombent
régulièrement qu’en août. Aussi est-ce en mai et en août que la
dysenterie bacillaire présente ses maxima 16,66 et 18,75 p. 100.
J’ajouterai d’autre part que des bacilles dysentériques ont été
isolés, non seulement dans des cas de dysenterie typique, avec
évacuations m uco-sanglantes, mais encore dans des entérites
chroniques, consécutives ou non à une attaque de dysenterie
franche. Il nous a été permis notamment de faire cette observa¬
tion chez certains malades rapatriés provenant du Tonkin, et qui
faisaient à l’Hôpital militaire un court séjour, rendu nécessaire
par le stationnement sur rade du bâtiment qui devait les rapa¬
trier. J’ai fait les mêmes constatations chez des dysentériques
de Saïgon, chez lesquels, la période aiguë passée, la convales¬
cence était longue, coupée par des troubles intestinaux presque
constants. Lorsque l’examen des selles amenait l’isolement des
bacilles dysentériques, il suffisait de quelques injections hebdo¬
madaires de sérum antidysentérique pour entraîner la dispari¬
tion de tous les symptômes intestinaux. L’état général redevenait
parfait en quelques semaines.
La dysenterie bacillaire frappe non seulement les personnes
qui viennent de débarquer dans la colonie, mais encore celles
qui ont un ou plusieurs séjours et qui sont de retour depuis un
temps plus ou moins long.
J’ai rencontré, au cours de mes examens, toutes les variétés de
bacilles connues. Les bacilles du type Shiga prédominent. J'ai
724
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
égalemen t trouvé le Flexner et l’Y de Hiss. Le Strong est extrême¬
ment rare. Le type S aï g on qui, par ordre de fréquence, se classe
immédiatement après le Flexner et dont les caractéristiques ont
été données par Huet et par moi en mai 1912, n’est autre que le
Van den Bosch, décrit par Kuenen au Congrès de Médecine tro¬
picale de 1913. Enfin je crois devoir signaler deux variétés de
bacilles qui présentent les caractères généraux des bacilles
dysentériques, mais à qui l’action sur les sucres donne une
physionomie particulière.
Diagramme donnant par mois les malades atteints d'une afffection
intestinale avec le pourcentage de dysenterie bacillaire.
Ces deux variétés, d’ailleurs très rares, se caractérisent de la
façon suivante. La première laisse la gélose lactosée tournesolée
bleue, mais vire au rouge sans dislocation les géloses tourneso-
lées contenant de la maltose, de la mannite et du saccharose. La
Séance du 8 Décembre iqi5
725
deuxième ne présente aucune action sur le lactose et la maltose,
par contre les géloses tournesolées mannitées ou saccliarosées
virent au rouge sans dislocation.
Tableau , indiquant les variétés de bacilles dysentériques avec
le pourcentage de leur fréquence.
Conclusions : i° Sur 1009 examens de selles pratiqués pen¬
dant une période de 28 mois (juin 1913-septembre 1915), il a été
trouvé 175 fois des bacilles dysentériques, associés ou non à Lœs-
chia tetra gêna.
20 La courbe donnée par la dysenterie bacillaire est parallèle
à celle de la morbidité intestinale;
3° La proportion de dysenteries bacillaires subit des variations
annuelles et son pourcentage paraît d’autant plus élevé que
Lépidémie est plus virulente ;
4° La dysenterie bacillaire existe toute l’année à Saïgon, mais
néanmoins c’est au début de la saison des pluies, c’est-à-dire en
juin et juillet, que son pourcentage est le plus élevé;
5° La recherche des bacilles dysentériques s’est montrée posi¬
tive, non seulement dans des dysenteries typiques et récentes,
mais encore dans le cas de troubles intestinaux atypiques et
rebelles aux traitements ordinaires. La sérothérapie spécifique
dans ces conditions a donné des résultats rapides et complets.
6° L’isolement des bacilles dysentériques a été fait chez des
malades ayant en Indochine un séjour plus ou moins prolongé.
Cette constatation donne à la dysenterie bacillaire un caractère
d’endémicité indiscutable.
( Travail de V Institut Pasteur de Saïgon).
72ü
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
/
Quelques hématozoaires de petits
mammifères de l’Uele (Quelle), Congo Belge
Par J. RODHAIN.
Nous décrivons dans cette note un trypanosome nouveau
découvert dans le sang- d’une souris grimpeuse du Haut-Ouellé;
une hémogrégarine parasitant les globules rouges de Cricetomys
gambianus , et signalons la présence chez une Roussette, Epo-
mophoriis franqueti , d’un Plasmodium d’une espèce non déter¬
minée.
I. — Trypanosoma dendromysi n. sp.
Nous avons rencontré ce flagellé dans le sang d’une souris
grimpeuse, dont la détermination exacte sera faite ultérieure¬
ment, et qui est assez commune à Aba, près de la frontière
Ouest de l’enclave de Lado (Mongalla, district actuel des
Anglais).
Cinq souris sur six examinées étaient infectées de ce trypano¬
some, qui vient s’ajouter à la liste déjà longue des parasites de
ce genre décrits chez les rongeurs.
A l’état frais, c'est un trypan. de grandeur moyenne, présen¬
tant des mouvements de translation peu rapides. Cette lenteur
permet l'observation assez facile des ondulations de la mem¬
brane qui borde un protoplasme épais, dont l'extrémité posté¬
rieure surtout est très plastique. Ces déformations du proto-
Fig. i. — Trypanosoma dendromysi d. sp.
dans le sang de Dendromys sp . (chambre
claire Abbe — Ocul. comp. 6 ; obj.
apochromat. 2 mm. ap. mm. i/4o).
Réduction de 1/12.
plasme donnent au parasite des aspects différents, qui ressortent
dans les dessins de la figure 1, faits d’après des préparations
colorées au Romanowsky par le procédé de Wright.
Séance du 8 Décembre i 9 i 5 727
Les principaux caractères des trypanosomes peuvent s’y lire
clairement.
i° Noyau principal ovalaire ou régulièrement arrondi, situé
dans le tiers antérieur du corps;
20 Blépharoplaste punctiforme petit, placé en arrière de l’ex¬
trémité postérieure, et en position marginale ;
3° Membrane ondulante étroite, plissée chez les formes allon¬
gées, à ondulations larges chez les formes trapues, bordée d’un
flagelle dont la partie libre atteint environ le tiers de sa longueur
totale ;
4° Protoplasme sans granulations chromatiques, présentant une
ou plusieurs petites vacuoles.
Les dimensions totales de ce trypanosome varient de 3o à
33,25 p de long sur 4 à 5 p de largeur, l’extrémité flagellaire
libre ayant 10 à 12 p.
Les mensurations détaillées ont donné chez cinq exemplaires
les valeurs suivantes en p :
Les parasites étaient toujours rares ou très rares dans le sang
des animaux, qui avaient été capturés dans les nids qu’ils
construisent et attachent aux rameaux des arbustes de la savane
à proximité de Peau.
Nous avons inoculé quelques gouttes de sang prélevées dans
le cœur d’une Dendromys parasitée, dans le péritoine d’un
cobaye et d’une petite souris de la savane, qui s’était montrée
sensible au Trijpanosomci gambiense , sans provoquer d’infection
chez aucun des deux animaux.
Nous avons examiné, dans la région d’Aba, le sang de deux
autres espèces différentes de rats de la savane sans y trouver de
trypanosomes; sur 10 rats de maison, Mus sp. ?, 1 seul était
infecté de Trypanosoma Lewisi type.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
728
II. — Hémogrégarine de « Ciucetomys gambianus »
Les Cricetomys de la forêt près de Bambili, sur l’Uele, sont
infectés dans une forte proportion d'une hémogrégarine qui
parasite les globules rouges. L’aspect général du protozoaire est
celui des organismes similaires connus depuis longtemps chez
d’autres rongeurs et dont Hœmogregarina Balfouri Laveran est
le prototype.
Le globule rouge, sous l’action du parasite, se déforme, s’al¬
longe et pâlit.
Les dimensions des hématies normales de Cricetomys oscillant
entre 6,2 p, 7 et 8 p, les globules parasités atteignent jusque
i4 p de longueur. Dans ces éléments déformés, l’hémogrégarine
se présente sous l’aspect d’un vermicule à extrémités arrondies,
souvent légèrement incurvé sur lui-même. Il renferme un gros
noyau allongé, qui occupe toute la largeur du corps protoplas¬
matique, et se trouve souvent plus rapproché d’une extrémité
que de l’autre. Les dimensions moyennes du parasite sont de
10 p de long sur 3,7 p de large ; son noyau mesure 6,3 p de long
et occupe donc les 2/3 du corps.
Sur 7 Cricetomys gambianus examinés à Bambili, 5 étaient
infectés, dont 2 étaient de tout ieunes animaux à la mamelle et
ne voyant pas encore. Sur l’un de ces jeunes, nous avons
recueilli des larves de tiques qui, placées sur un adulte indemne
d’Hémogrégarines, disparurent sans doute dévorées par leur
hôte.
La figure 2 représente 3 formes de ce protozoaire, auquel nous
croyons prématuré d’appliquer une dénomination spécifique
qui ne pourrait forcément qu’être provisoire.
Fig. 2. — Hæmogregarina sp. ? parasitant les globules rouges de Cricetomys
gambianus (Dessin à la chambre claire Abbe. Ocul. compens. 8;
Immers. Apochr. 2 mm. Ap. i/4oZeiss). Réduction de 1/12.
A côté des hémogrégarines, les Cricetomys adultes montraient
régulièrement, dans leur sang, des hématies chargées de bâton¬
nets à réaction chromatique que Brumpt (i) a décrit sous le
(1) E. Brumpt, Note sur le parasite des Hématies de la taupe. Bulletùi de la
Soc. de Path. Exotique , t. IV, p. 5i4, 1911,
Séance du 8 Décembre 1915 729
nom de Grahamella , mais dont la nature organisée reste très
discutée.
Je crois intéressant de signaler, à leur sujet, que les deux très
jeunes rats que j’ai pu élever, n’ont jamais présenté dans leur
sang ces productions pendant les deux premiers mois de leur vie.
Les deux animaux s’étant échappés de leur cage, l’observation
n’a pu être poursuivie.
III. — Plasmodium de « Epomophorus Franoueti »
-V
Les dessins de la figure 3 reproduisent différents aspects d’un
plasmodium que j’ai trouvé dans le sang d’une roussette : Epo-
mophorus Franqueti , à Rungu sur le Bomokandi.
Fig. 3. — Plasmodium sp.? du sang à' Epomo¬
phorus Franqueti. Anneaux moyens;
formes sexuées mâles rf et femelles Q
(Ocul. comp. 8. lui ni. ap. 2 mm.
ap. 1/40). Réduction de 1/12.
^ ^ 1 1 e cl a u v e s -souris, sur 4 examinées, montraient les para¬
sites dans leur sang en assez grand nombre.
Breinl en Australie, Mackie aux Indes et A. Leger en Afrique
Occidentale Française ont signalé et décrit des sporozoaires
analogues, chez des Roussettes. N’ayant pas à notre disposition
les publications in extenso de ces auteurs, nous 11e pouvons déter-
caractères d’une des espèces déjà décrites.
730
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les propriétés vaccinantes de la
sécrétion cutanée muqueuse des
Batraciens contre le virus rabique
sont indépendantes de celles qu’elle
possède contre sa propre action et
contre celle du venin de Vipère aspic.
Par Mme Marie PHISALIX
Dans une première série d’expériences, j’ai montré que les
lapins, qui ont été immunisés successivement contre le venin
muqueux de la Salamandre terrestre , et contre celui de la Vipère
aspic, résistent victorieusement à l’inoculation intracérébrale de
virus rabique, qui fait invariablement éclore la rage chez les
témoins ( i ).
J’ai montré également que la vaccination par un seul de ces
venins a une action retardatrice sur l’éclosion de la rage ; mais
qu elle est impuissante à l’éviter.
Poursuivant ces recherches avec la sécrétion d’autres espèces
de Batraciens, j ai constaté qu’on obtient aussi une immunité
absolue contre le virus rabique en substituant au venin de
Salamandre celui de Y Axololt ou le mucus de Grenouille rousse.
Expériences : Deux Axolotls (Siredon mexkanus, Shaw.) ou 3 grenouil¬
les rousses (Rana temporaria, Lin.) sont mis en sudation par des vapeurs
d’éllier, puis lavés avec 15 cm3 d’eau distillée, qui dissout la sécrétion
muqueuse. On ajoute à ce liquide un peu d’éther, et on abandonne le pro¬
duit pendant 48 heures à la température delà glacière, conditions qui suf¬
fisent à le stériliser. Dans ce liquide, on fait dissoudre 10 mgr. de venin
de vipère aspic (pesé sec), et on chauffe en pipettes closes, au bain-marie,
à la température de 75° maintenue pendant 15 m., qui détruit la toxicité dn
venin de vipère, sans modifier son pouvoir vaccinant ni celui de la sécré¬
tion muqueuse.
Le mélange, ainsi préparé, est injecté tous les deux jours dans la veine
marginale de l’oreille des lapins (2 séries de 3 su jets) aux doses croissantes
de 1, 2, 3, 4, 5 cm3. Les sujets sont éprouvés 3 jours après la dernière
inoculation par introduction de virus fixe dans le cerveau, après trépana-
(i) Mme M. Phisalix. Vaccination contre la rage expérimentale par le
venin muqueux des Batraciens, puis par celui de Vipère aspic. C. R. Ac.
des Sc., t. CLVIII, 1914, p. m.
Séance du 8 Décembre 1915
731
tion(nous avons employé cîanstoutes nos expériences le virus fixe qui nous
a été obligeamment fourni par l'Institut Pasteur).
Chez aucun des animaux ainsi préparés et éprouvés nous
n’avons vu se développer la rage.
Toutefois, l’épreuve, par une seconde inoculation de virus
rabique faite à des intervalles de 2, 3 et 4 mois, nous a montré
que l’immunité acquise, dure environ deux mois, dans l’un
comme l’autre cas, ainsi que nous l’avions déjà observé avec le
venin de Salamandre.
Dans cette vaccination, il est à remarquer que la ou les sub¬
stances immunisantes ne résultent pas d’une réaction chimique
entre les deux produits, ni de leur chauffage, car on obtient les
mêmes résultats quand on fait la vaccination successive par le
mucus et par le venin de Vipère, chauffés ou non, ainsi qu’elle
a été réalisée dans mes premières expériences.
Le mucus de la peau de l’Axolotl, comme celui de la Sala¬
mandre terrestre, est à la fois toxique et vaccinant contre sa
propre action et contre celle du venin de Vipère ; mais il 11’en
est pas de même de celui de la Grenouille rousse, qui ne pré¬
sente aucune dç ces deux propriétés, et qui, néanmoins, se
montre vaccinant contre le virus rabique. Il faut donc en con¬
clure que, dans la sécrétion muqueuse de la peau des Batraciens ,
la substance qui. immunise contre les venins n est pas la même
que celle qui vaccine contre le virus rabique.
Cette sécrétion est des plus intéressantes par les propriétés
physiologiques qu elle est susceptible d’acquérir spontanément
et isolément, sans que ses propriétés physiques de liquide lim¬
pide, plus ou moins muqueux, aient été en rien modifiées : pri¬
mitivement inoffensive chez Proteus anguinus Çtray, Dactylethra
lœvis Daud., et justifiant ainsi la comparaison qui en a été faitè
avec la sueur des Mammifères, elle manifeste des propriétés
phloyoyênes, chez Rana temporaria Lin. ; elle est nettement
toxique chez la plupart des espèces examinées Rana esculenta
Lin., Alytes obstetricans Laur., Salamandra maculosa Gray, S ire-
don mexicanus Shaw,, etc... Elle est seulement vacccinante
contre les mucus toxiques et le venin de Vipera aspis Laur.,
chez Sir en lacer tina Gray, et enfin, chez Rana temporaria , où
elle n'est ni toxique, ni vaccinante contre les venins, elle se
montre au contraire efficace dans l’immunisation contre le virus
rabique.
(Laboratoire d’ Herpétoloyie du Muséum)
732
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La fièvre jaune et le Maroc
Par L. d’ANFREVILLE
Oh fait souvent de l’hygiène comme M. Jourdain faisait de la
prose, sans le vouloir. Et dans un pays aussi neuf que le Maroc,
chaque entreprise ou construction, publique ou privée, contri¬
bue pour sa part à l’amélioration de la santé publique.
L’Administration travaille depuis longtemps déjà à doter
notre Protectorat de grands ports modernes, et, contrairement à
ce qu’on pourrait appeler la « loi » précédemment rappelée,
l’achèvement encore éloigné de ces grands travaux maritimes
pourra faciliter l’invasion du Maroc par une affection encore
inconnue dans ce pays, mais meurtrière partout où elle s’intro¬
duit. C'est de la fièvre jaune qu’il s’agit.
Cette particularité mérite d’être expliquée. La fièvre jaune,
on le sait, se communique à l’homme par la piqûre d’un mous¬
tique spécial, Stegomy ia fasciata. Cet insecte doit préalablement
prendre le germe dans le sang des malades qu’il pique.
L'aire géographique du Stegomy ia s’étend dans le nord jus¬
qu’aux frontières de France. L'Espagne s’y trouve comprise tout
entière et c’est pourquoi de nombreuses épidémies s’y sont suc¬
cédées. Celle de i8oo occasionna, on le sait, la mort de 80.000
personnes. La dernière ne remonte qu'à 1878.
J’ai constaté la présence de Stegomy ia fasciata dans toutes
les localités côtières du Maroc où j’ai pu le chercher, de Maza-
gan dans le Sud, à Rabat et Salé vers le Nord, en passant par
Casablanca. Ce moustique commence à paraître vers le mois de
mai, il ne disparaît entièrement qu’à la fin de novembre. Les
mois de juillet, d’août et de septembre lui sont particulièrement
favorables. Il entre alors pour une proportion qu’on peut évaluer
de 25 à 5o 0/0 dans le chiffre des moustiques capturés. Les mai¬
sons arabes, et surtout les mœurs et les habitudes locales, sont
très favorables à sa pullulation.
Il n’existe jusqu’ici pas de règlements en vue de la destruction
des moustiques. Des questions de haute politique s’opposeront
longtemps encore, dans une mesure excessivement large, à l’édic-
Séance du 8 Décembre 1915
733
tion de pareils arretés, surtout en ce qui concerne le Stecjomijia ,
espèce cantonnée presque exclusivement dans les villes.
La crainte d’une épidémie de fièvre jaune était et reste encore
très problématique pour un certain nombre d’années, justement
à cause de l’absence de bons ports sur la côte marocaine. Les
seules rades foraines fréquentées par les paquebots et les vapeurs
du commerce ne permettent le mouillage qu’à une distance de
la côte très rarement inférieure à un mille marin. On ne touche
terre qu’après avoir parcouru cette distance par le moyen d’em¬
barcations non pontées.
Les moustiques infectés, qui pourraient se trouver sur ces
paquebots ou ces vapeurs, n’auraient guère de chances, à moins
d’un léger vent favorable, de voler jusqu’à terre. Le seul mode
de contamination possible du Maroc ne pourrait donc consister,
jusqu’ici, que dans l’arrivée à terre d’un jauneux au cours des
trois premiers jours de son affection. Un service sanitaire,
même très négligent, devrait pouvoir empêcher ce fait dans la
généralité des cas.
L’achèvement des ports de Casablanca, Mazagan et Rabat, per¬
mettra, d’ici quelques années, l’accostage à quai des vapeurs
dans ces diverses localités. Les dangers de contamination seront
alors d’autant plus considérables que des efforts sérieux ont été
entrepris avant la guerre, et seront sans doute repris après la
conclusion de la paix, pour amplifier les mouvements commer¬
ciaux préexistant avec l’Afrique occidentale française.
Or, la saison dangereuse, au point de vue de la fièvre jaune,
est la même au Maroc qu’en Afrique occidentale, mais, bien
entendu, dans des conditions climatériques moins favorables.
Les ports marocains sont de plus à trois ou quatre jours de navi¬
gation des ports du Sénégal, souvent visités par la fièvre jaune.
La lutte préventive contre cette affection peut, dans cette
dernière colonie, être surtout localisée à terre. Il convient de le
répéter, des questions de politique indigène ne devront vrai¬
semblablement pas permettre au Maroc et de longtemps encore,
la lutte contre les Stegomyia dans les habitations privées où ils
se cantonnent de préférence.
La nécessité s’imposera donc, pour le protectorat, d’édicter
des règlements très stricts concernant la police sanitaire dans
ses ports. La protection future du Maroc contre la fièvre jaune
ne sera assurée qu’à ce prix.
734
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Quelques aspects de la pathologie indigène
dans TOuellé,
Par J. RODHAIN.
J’ai réuni dans cette note les observations que j’ai recueillies
concernant différents aspects de la pathologie indigène au
cours d’un voyage d’étude sur la maladie du sommeil dans
l’Ouellé (i). Ces recherches, quoique forcément incomplètes, sont
de nature à élargir la connaissance de'certaines affections dont
souffrent les peuplades noires qui habitent les régions Nord-Est
du Congo Belge, et peuvent, en tout cas, servir de guide pour
des études ultérieures plus approfondies. Elles concernent, la
malaria, la lèpre, la tuberculose, le goitre, la Filaria ou Oncho-
cerca valvuliis , l’éléphantiasis, et une manifestation spéciale de
l’hystérie : le Banga.
i . — Malaria
Au cours de mes examens des indigènes au point de vue
trypanose, j’ai pu en quelques régions faire la palpation de la
rate chez un certain nombre d’enfants à différents âges. Le
tableau suivant résume mes constatations.
Il résulte de l’examen de ce tableau que la malaria sévit avec
intensité dans l'Ouellé, aussi bien dans la région de savane
que dans les pays de forêt.
Les seules observations microscopiques que j’aie pu faire pour
déterminer la spécificité des parasites malariens, concernent
quatre enfants de 3 à 6 ans, à Bambili sur l’Ouellé : trois d’entre
eux étaient infectés de tierce tropicale, l’autre de quarte
bénigne.
F immunité absolue des indigènes adultes vis-à-vis de la mala¬
ria, telle que l’a affirmée R. Koch (2) pour les indigènes de la
(1) Cette étude paraîtra prochainement clans le Bulletin, accompagnée d’une
carte qui pourra servir également pour les diverses maladies dont il est ques-
tion ici.
{2) R. Koch. Zweiter Bericht über die Tatigheit der Malaria Expédition.
Deutsche medicinische Wochenschrift , 1900, n° 5, p. 88.
Séance du 8 Décembre 1915
735
Nouvelle Guinée allemande (villages de Boogadim), ne paraît
se produire que dans des conditions très spéciales de réinfec¬
tions continuelles et n’a pas été retrouvée ailleurs. Dans la
plupart des contrées tropicales, le noir adulte ne jouit que d'une
immunité relative et souffre d’accès fébriles dus aux parasites
malariens : ses accès passent en général rapidement et sont
légers.
Au cours de ma carrière médicale au Congo, j’ai pu constater
plus d’une fois que cette immunité relative peut aussi se
perdre, et j’ai rencontré des nègres âgés souffrant d’infection
malarienne intense, présentant tous les symptômes du paludisme
chronique : rate volumineuse, anémie profonde, accès de fièvre
répétés se greffant sur un état subfébrile permanent.
Il se comprend aisément que, dans des régions très éloignées
les unes des autres, d’aspect et de climat très différents, tels
qu’il en existe dans l’immense territoire du Congo, la malaria
ne sévit pas avec la même intensité et que les espèces parasi¬
taires sont de fréquence inégale.
Un noir qui, dès son enfance, a dû subir les infections répétées
du type prépondérant dans sa contrée natale, transporté dans
une région éloignée, peut n’avoir acquis qu’une faible résistance
yis-à-vis de l’espèce malarienne dominante dans le nouveau
736
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pays où il doit résider; il devra se réimmuniser. Mais j'ai
observé des noirs adultes impaludés profondément, dans leur
pays natal même ou une région limitrophe de celle-ci.
Je cite ici deux observations recueillies récemment à Yakoma.
1. — Yambinga 9» 25 ans, bien nourrie. Se plaint de gêne et de dou¬
leurs sourdes dans le ventre et de faiblesse générale. A l'examen, la rate
descend jusqu’à 3 travers de doigts en dessous de l’ombilic. Temp. : 37°4.
Examen du sang périphérique : pas vu de parasites; sang de la rate
(pris avec canule fine), pas de Leishmania ; assez rapidement trouvé une
forme de schizogonie de Plasmodium avec 8 blocs de chromatine.
2. — N’ Z\, 20ans, femme enceinte, très anémiée ; faiblesse prononcée ;
léger œdème du dos du pied ; dyspnée; pouls : 100. Temp. : 37°4. Le
ventre est proéminent comme celui d’une femme près d’accoucher; pourtant
l’examen prouve que la matrice atteint à peine l’ombilic, mais à gauche
la rate descend jusqu’à celui-ci. C’est sa deuxième grossesse ; son premier
enfant n’a vécu que 3 mois. Les examens de sang faits les 11 décembre et
13 décembre montrent constamment la présence d’assez nombreux para¬
sites de la tierce tropicale. Sang de la rate : pas de Leishmania .
Il s’agit ici de deux indigènes adultes, vivant dans la contrée
même où ils sont nés. Pourquoi ont-ils perdu l’immunité anti¬
malarienne qu’ils ont dû posséder certainement à un moment
donné de leur existence? S’il est difficile d’expliquer d'une
façon précise le fait, il est logique d’admettre qu’une maladie
intercurrente, à laquelle nous n’avons pas assisté, les a mis dans
des conditions de moindre résistance, qui ont permis à une
réinfection de se développer.
J'ai vu plusieurs cas analogues à Léopold vi lie, et. je partage
au sujet, de la malaria des nègres l’avis exprimé par le docteur
Jæger (i) à propos des infections malariennes chez les indigènes
du Togo : « La maladie à laquelle personne n’échappe est la
malaria ; fidèlement elle suit chacun pendant son existence, lui
compliquant toutes ses autres souffrances, lorsqu'elle ne l’a pas
tué pendant son enfance ».
D’une façon générale, j’ai constaté qu'il existe relativement
peu de moustiques dans la plupart des postes de l’Ouellé que
j’ai visités, mais partout, en cherchant, il m’a été facile de décou¬
vrir des anophèles.
Une observation intéressante à signaler, c’est que dans des
stations bâties près de l’Ouellé même, telles que Doungou et
(i) Jæger. Archiv. far Schiffs and Tropen hygiene, 1912, p, 33, cité dans
Rodenvaldt. Mêmes Archives, t. 18, Heft 7, p. 253.
Séance du 8 Décembre 1915
737
Bambili, les Culicides sont plus abondants pendant la saison
sèche qu’au cours des périodes de pluies.
Ce phénomène s’explique tout naturellement par le fait que,
lors de la baisse des eaux, il se produit des mares stagnantes
entre les rochers du fleuve. J’ai trouvé à Doungou, en pleine
saison sèche, dans les petits rapides du Kibali, des trous régu¬
liers, profonds de o m. 5o, ayant o m. 20 de diamètre, creusés
dans les rochers sous l’action des courants, dans lesquels j’ai
récolté de nombreuses larves de culex et de stégomies. Lors de
la crue des eaux, ces réservoirs disparaissent et le nombre de
moustiques diminue d'une façon marquée.
On m’a souvent dit que l’éclosion des cas assez fréquents
d’hématurie qui s’observent dans l’OuelIé, correspondait à la
saison sèche. Sans vouloir nier complètement l’action prédispo¬
sante du froid, très relatif d’ailleurs, qui règne à cette époque,
je crois que l’augmentation des moustiques, déterminant une
recrudescence de réinfections, intervient pour une part prépon¬
dérante dans ces accès de fièvres bilieuses hématuriq ues.
2. — Lèpre
J’ai rencontré des lépreux dans toutes les régions de l’Ouellé.
Sans avoir mon attention spécialement attirée vers la recherche
de cette maladie, j’ai reconnu 56 lépreux cliniques dont 8 avec
forme tuberculeuse ; 2 avec de la lèpre inaculo-tuberculeuse ou
mixte, et 46 avec des manifestations de la forme nerveuse ou
macu lo-nerveuse.
Le tableau suivant donne par région les cas de lèpre que j’ai
relevés.
Les chiffres de ce tableau 11e rendent évidemment pas compte
de la morbidité lépreuse réelle parmi les populations de
l’Ouellé, mais ils indiquent que la lèpre y existe partout. Elle
paraît introduite depuis longtemps et les indigènes la désignent
sous des noms divers : les Azande l’appellent Korigo ; les
Baboua, Bango ; les Bobouma de l’Ouest de Likati, Gîta...
Il résulte aussi de cette grossière enquête sur la lèpre dans
l’Ouellé que les formes nerveuses ou maculo-nerveuses y sont
de beaucoup plus fréquents que les formes tuberculeuses.
D’après les observations des docteurs Lebœuf et Salomon (i)
(1) Lebœuf et Salomon. Bulletin de la Société de Pathologie exotique ,
11 mars 1914 : La lèpre en Nouvelle-Calédonie.
738
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
en Nouvelle-Calédonie, la prédominance des premières formes
serait un signe d’évolution de la maladie et marquerait le déclin
des poussées épidémiques. Seule une enquête approfondie
pourrait nous apprendre si tel est aussi le cas parmi les nègres
de l’Ouellé; cette enquête est en tout cas nécessaire avant de
prendre des mesures prophylactiques qui jusqu’ici sont restées
à l’état de projet.
Séance du 8 Décembre i 9 i 5
730
Tuberculose pulmonaire
Introduite d’Europe, cette maladie s’est établie définitivement
dans les grands centres du Congo : Borna, Léopoldville, Stan-
leyville; elle a suivi également les Européens dans LOuellé et
contaminé l’élément indigène en certains endroits.
Nous en avons observé 7 cas qui mettent en évidence la façon
dont se répand le bacille de Koch dans les régions du centre
africain qui en étaient indemnes.
Il est hors de doute que, dans leurs villages naturels, les
indigènes vivent plus au grand air et sont souvent plus isolés
les uns des autres que dans les agglomérations de travailleurs
qui se sont établis autour des centres Européens. Nous savons
que dans ces derniers la tuberculose pulmonaire progresse dans
des proportions effrayantes; il sera intéressant de suivre son
évolution chez les indigènes vivant dans leurs conditions natu¬
relles et c’est dans ce but qu’il nous a paru utile de signaler les
casque nous avons rencontrés en 1913-1914.
4. — Le goître
Les hypertrophies du corps thyroïde que nous avons obser¬
vées dans l’Ouellé, se rattachent au type du goitre bénin ou
goître des montagnes : les tumeurs sont peu volumineuses, inté¬
ressant un seul ou les deux lobes de la glande.
740
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les femmes sont plus atteintes que les hommes, quoique chez
ces derniers les cous goitreux ne soient pas rares; les enfants
en dessous de 10 ans sont indemnes ; exceptionnellement nous
avons vu à Niapou, près des sources du Roubi, deux fillettes
myxœdémateuses.
L’affection est cantonnée au Sud de l’Ouellé où il existe deux
grands centres endémiques, dans les bassins du Haut-Roubi et
de la Haute-Likati.
Dans cette dernière région, l’affection peut être excessivement
fréquente. Chez les indigènes Bobouma dépendant du chef
Pwangaba, nous avons noté les proportions suivantes :
«
Pwangaba, examinés : çj 25 Ç 39 ; goitreux (j? 2 Q 2
Boua, » 27 9 17; » (jf 4 Ç 9
Lamou, » 9 38 ; » 9 20
Dans ce dernier groupe donc, plus de 5a o/o des femmes mon¬
traient à différents degrés de l'hypertrophie de la glande thy¬
roïde.
5.
L’éléphantiasis et la (( Filaria volvulus ))
Il existe près de l'Ouellé, entre Bambili et Bondo-Djabir, une
situation analogue à celle décrite par le docteur Ouzilleau, pour
le Haut-Oubangui, dans son intéressant mémoire sur l’Eléphan-
tiasis et les filarioses de cette région (i), c’est-à-dire qu’à une
fréquence relativement grande de cas d’Eléphantiasis chez les
indigènes, correspond l’existence très généralisée tVOnchocerca
volvulus.
La rapidité de notre voyage et son but spécial ne nous ont
pas permis d’examiner avec une précision suffisante si réelle¬
ment la Filaria volvulus joue un rôle étiologique dans la genèse
des manifestations éléphantiasiques tel que l’affirme le prati¬
cien français; ce que j’ai pu constater, c’est que les Micro filaria
volvulus se retrouvent facilement dans la lymphe des ganglions,
alors qu’elles sont absentes du sang périphérique même cen¬
trifugé.
Chez r3 porteurs de Filaria volvulus , j’ai trouvé des microfi-
laires dans les ganglions inguinaux ou cruraux : neuf fois à la
première ponction ; 7 d’entre eux étaient porteurs de Micro fila-
(1) Ouzilleau. L'éléphantiasis et les filarioses dans le M’Bomou (Haut Ouban-
gui). Annales cT Hygiène et de Médecine coloniales, nos 2 et 3, année 1913.
Voir aussi Bull. Soc. Pat/i. exot., t. VI, iqi3, p. 80.
Séance du 8 Décembre 1916
741
via perstans (sang’ examiné entre lame et lamelle). Chez six
indigènes, j’ai pu faire un examen comparatif du suc lymphatique
des ganglions de l’aine, du sang frais avant et après centrifu¬
gation, ainsi que du liquide retiré des tumeurs filariennes.
Le tableau ci-dessous résume ces recherches préliminaires.
Ces résultats montrent que la Micro filaria voloulus est réelle¬
ment un parasite des glandes lymphatiques et que sa présence
dans la circulation sanguine n’est pas fréquente.
Les conditions de son apparition dans le sang, où il a été
constaté par Ouzilleau (r), Rodenwaldt (2) et Fülleborn (3),
restent encore à déterminer.
J’ai recueilli également quelques données concernant sa pré¬
sence parmi les Bakangos riverains de l’Ouellé et les indigènes
habitant non loin du fleuve.
A Bambili, sur 267 riverains examinés, 3i étaient porteurs de
tumeurs costales; parmi eux, il y avait 74 enfants âgés de 3 mois
à 10 ans dont aucun n’était parasité. Plus tard, ayant porté mon
attention sur les petites tumeurs cachées qui siègent à la crête
iliaque ou au grand trochanter, j'ai examiné systématiquement
au point de vue uolvulns tous les porteurs de ganglions cervicaux
engorgés que j’ai ponctionnés pour la recherche des trypano¬
somes. Entre Bambili et Bondo, j’ai ainsi observé 72 indigènes :
5o avaient des tumeurs à voloulus ; chez 22 autres, je n’ai pu en
découvrir.
(1) Loc. cit.
(2) E. Rodenvaldt. Eine neue Mikrofilarie im Blut des Menschen. Archiv
fur Schiffs- und Tropenhygiene , 1 9 1 f\ , vol. 18, no 1.
(3) F. Fülleborn et Simon. Untersuchungen über das Vorkommen der Larven
von Onchocerca voloulus in Lymphdrüsen und in der Zirkulation. Archiv
fur Schiffs und Tropenhygiene. Beihefte , 9 novembre 1913.
5i
742
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Cette proportion élevée de 69,4 0/0 de porteurs de ganglions
cervicaux engorgés qui présentent des Filcirici volvulus , semble
indiquer que cette filaire pourrait intervenir dans cet engor¬
gement des glandes lymphatiques du cou, caractérisé par la
présence de deux ou trois ganglions peu volumineux, d une
consistance assez dure, dont on ne retire à la ponction qu’un
liquide jaunâtre sirupeux, qui ne contient d'ailleurs qu’excep-
lionnellement, même en pays contaminé, des trypanosomes,
mais dans lequel dans LGuellé on retrouve assez souvent des
Mi crofilaires sans gaine.
Sans pouvoir fournir de chiffres exacts, je puis affirmer que
l’éléphantiasis est fréquent le long de l’Ouellé, et que l’on ne
trouve pas chez tous les éléphantiasiques des tumeurs à volvulus
palpables. Comme je n’ai pas fait systématiquement la recherche
des microfilaires dans les ganglions inguinaux ou cruraux, je
ne puis dire si ces embryons existent dans la lymphe de tous les
malades ainsi que l’a constaté le docteur Ouzilleau. Ces mani¬
festations éléphantiasiques sont très diverses près de l’Ouellé,
comme près du Bomou.
Les adénolymphocèles sont communs, les accidents cutanés
du scrotum est, je crois, plus fréquente dans cette région que
dans toute autre contrée du Congo Belge. Elle peut se déve¬
lopper dès le jeune âge et j’en ai observé un cas chez un garçon
de 6 ans, dont le scrotum était déjà gros comme un œuf d’au¬
truche, le début de l’affection remontant à 2 ans.
Sans nier que la Fi/aria volvulus puisse jouer un rôle dans la
genèse des accidents éléphantiasiques, il est certain aussi
qu’elle peut exister chez l’homme en nombre pendant toute sa
vie sans provoquer d’accident. Je cite sous ce rapport le cas
d’une vieille indigène rencontrée à Angou, qui ne portait pas
moins de 23 tumeurs filariennes qu’elle connaissait depuis
l’époque de safpuberté, et qui ne l’avaient pas empêchée de deve¬
nir mère et grand’mère.
Comme nous ne connaissons encore rien du mode de trans¬
mission de YOnchocerca volvulus, il y a sous ce rapport dans
I’Ouellé un champ ouvert à d’intéressantes recherches.
6. — Bilharziose et Amibiase
\ ' ' - * . .
Le Schistosomum mansoni paraît peu répandu dans l’Ouellé ;
Séance du 8 Décembre 1915
743
je n’en ai rencontré que deux fois chez des femmes indigènes
habitant l’une près de Bafouka, l’autre près de Bambili.
A Yakoma, j’ai diagnostiqué une bilharziose rectale chez un
Européen souffrant de diarrhée dysentériforme.
L’amibiase intestinale, au contraire, est commune et existe
partout; à Bondo, chez un dysentérique chronique, il existait, à
côté des amibes pathogènes, d’assez nombreuses formes de
Lamblia intestinalis .
7. — Le Banga, affection hystériforme des indigènes
du Sud-Ouest de l’Ouellé
Sous le nom de Banga, les populations Mongwandi, Mobati
et Baboua, désignent une affection hystériforme qui atteint
principalement les femmes à partir de l àge de la puberté, et
présente plus d’un point de ressemblance avec le « Latah » des
malais.
Distribution géographique. — Le Banga sévit chez les indi¬
gènes de l’Est de l’Oubangui et les peuplades Bobouma, Mobenge
et tous les Mobati qui habitent les territoires d’ibembo et de
Bondo entre le Roubi, l'Ouellé et la Likati; elle est répandue
également chez les races Baboua qui ont d’ailleurs des affinités
ethnographiques avec les premiers. La maladie est rare ou très
rare chez les indigènes Azande.
Symptomatologie. — Sous l’influence d’une excitation émotive
souvent banale, frayeur ou colère, la malade pousse brusque¬
ment un grand cri et tombe par terre, le corps secoué de con¬
vulsions ; puis se levant soudain, fait une course folle à travers
le village en articulant des sons stridents et s’échappe dans la
savane ou la foret, s’écartant parfois loin des sentiers parcourus.
Le plus souvent elle est arrêtée par les parents; changeant de
direction, elle reprend sa course jusqu’à ce que, épuisée, elle
s’affale contre une case où quelques convulsions mettent fin à la
crise. Celle-ci peut recommencer un court temps après et se
répéter plusieurs fois pendant le jour.
Dans le cas où j’ai pu assister à une crise complète déterminée
par un coup de feu tiré près de la malade, j’ai noté une excita¬
tion cardiaque violente dès la première chute.
A côté de ces grandes crises types, une manifestation fré¬
quente consiste dans la répétition monotone d’un cri bizarre,
744
Bulletin l>l<: la Société de Patholoc-ie exotique
articulé comme dans un hoquet, que les malades font alterner
avec quelques phrases chantonnées pendant qu’ils exécutent
deux, trois pas de danse. L’excitation de ces malades est douce
et n’a rien de la violence qui caractérise les premières.
Il existe parfois, chez les femmes atteintes de Banga, de véri¬
tables perturbations du goût, certaines malades buvant de l’huile
de palme comme de beau.
Une autre forme non rare du Banga s’accompagne d’aphasie
qui peut être complète, des malades restant absolument muettes
pendant de longs mois. Nous en avons rencontré un cas sur
l’Ouellé en amont de Bondo-Djabir, chez une jeune femme qui
ne parlait plus depuis un an. Sa maladie avait débuté par les
grandes manifestations bruyantes au cours desquelles elle
s’enfuyait dans la forêt, simulant y chercher un objet perdu.
Ap rès plusieurs mois, les cris avaient cessé, mais la maladie
avait réapparu sous forme de mutisme. Lors de notre séjour
dans l’Oubangui, nous avions déjà observé des cas analogues
chez des femmes originaires de Bauduyville (Mobaie). L’intelli¬
gence des malades atteints de Banga paraît normale et il n’existe
pas d’amnésie pendant les petites crises.
Nous ne pourrions pas affirmer que celle-ci ne se présente pas
pendant l’acmé des grands accès, au cours desquels il arrive
que les malades se blessent, quoique ceci soit l’exception.
Dans les villages où règne le Banga, il n’est pas rare d’assister
à une éclosion générale de crises parmi les femmes qu’on croi¬
rait brusquement prises de folie.
Le Banga est, peut-on dire, endémique parmi les populations
qu’il atteint, mais il se présente de véritables recrudescences
dans le nombre de cas qui, du village d’où est parti le mouve¬
ment, s’étend comme une vague épidémique aux agglomérations
voisines.
Ce sont généralement les femmes qui en souffrent, les hommes
n’en sont que rarement atteints.
Etiologie. — Si l’on tient compte que le Banga n’atteint que
rarement les populations voisines « Azande » et n’est que peu
répandu chez les Ababoua, on peut croire qu’il existe chez les
peuplades qui y sont sensibles une prédisposition héréditaire.
Déjà dans l’Oubangui j’avais appris à guérir les crises de
Banga par la suggestion; dans l’Ouellé encore, la muette de
Bondo se mit à parler après quelques minutes de suggestion
Séance du 8 Décembre 1916
745
progressive. J’ai recherché chez cette malade les stigmates de
l’hystérie, mais ne lui ai trouvé qu’une diminution de la sensi¬
bilité de la muqueuse pharyngée peu accusée ; à Libenge j’ai
observé de l’anesthésie réflexe de la conjonctive, mais dans
d’autres cas les signes n’étaient pas bien nets ou absents. Une
étude plus approfondie serait nécessaire pour démêler le rôle
exact joué par l’hystérie dans le Banga. La symptomatologie de
l’affection montre qu’elle est basée sur une suggestibilité spéciale
qui, si elle 11’est pas l’hystérie vraie, doit être considérée comme
une modalité spéciale de cette maladie chez le nègre. L’élude
complète du Banga révélera probablement des. aspects intéres¬
sants de celte affection nerveuse essentielle chez les peuplades
primitives de race noire.
8. — Fièvre récurrente
La fièvre spirillaire n'a pas jusqu’ici fait son apparition dans
l’Ouellé, mais il est fort à craindre qu elle n’y suive l’introduc¬
tion des Ornithodorus moubata , qui, venant de l’Ouganda,
s’établiront à Irounou et Kilo d’abord, d’où ils seront ensuite
transportés à Moto et se répandront dans le reste du territoire.
(Léopoldville, avril 1 9 1 5) .
L'infection par Trypanosoma gamhiense
chez un maki, un renard, un raton, deux loirs,
un meriones et deux gerbilles
Par A. LAVERAN
Les recherches résumées dans cette note ont porté sur les ani¬
maux suivants : Lemur ou Maki mococo , Canis valpes (renard),
Procyon Hernandezi (raton du Mexique), Myoxus glis (loir),
Meriones Shaioi , Gerbillns hirtipes (gerbille) ; il m’a paru inté¬
ressant de faire connaître les résultats de l’inoculation de
Tr. gambiense à ces animaux qui sont rarement utilisés dans
les laboratoires.
746
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
★
* *
Brumpt et Wurtz ont inoculé 77\ gambiense à deux makis
(genre Lemur ) (i ).
Chez un Lemur rubrwenter , l’incubation a été de 5 jours, la
durée de la maladie de 19 jours.
Chez un Lemur mongoz, l’incubation a été de 7 jours, la durée
de la maladie de 10 jours.
Chez ces 2 animaux, le nombre des parasites a augmenté d’une
façon continue, il était très élevé au moment de la mort.
Mesnil et M. Blanchard ont inoculé le 7 r. rhodesiense à un
maki ; la durée de l’incubation a été de 5 jours ; les trypanoso¬
mes, rares ou assez rares jusqu’au quatorzième jour, sont deve¬
nus nombreux ensuite jusq u’ à la mort qui est survenue au 18e jour
de l’infection (2).
Ayant eu à ma disposition deux makis de même espèce, et à
peu près de même taille, j’ai inoculé l’un avec Tr. gambiense,
et l’autre avec Tr. rhodesiense , en me plaçant pour les deux ino¬
culations dans des conditions identiques. Je résume les 2 obser¬
vations.
1° Un maki mococo ( Lemur mococo ) est inoculé le 14 novembre 1912,
sous la peau, avec quelques gouttes du sang dilué d’un cobaye fortement
infecté par Tr. gambiense. — 19 novembre, trypan. très rares. — 20, nom¬
breux; le maki ne paraît pas malade. — 21 , trypan. très nombreux, il n’y a
pas d'agglutination des hématies. L’animal est moins vif qu’à l’ordinaire.
--23, trypan. assez nombreux. — 24 au 26, rares. — 27, non rares. L’ani¬
mal est en bon état, il a repris sa vivacité habituelle. — 28, trypan. assez
nombreux. — 29, très nombreux. — 30 novembre et 1er décembre, nom¬
breux. L’animal est encore très vif, difficile à prendre. — 2 au 4 décembre,
trypan. non rares. Anémie marquée, muqueuses décolorées, sang pâle.
— 5 et 6 décembre, trypan. nombreux; l'animal est beaucoup moins vif
qu’à l’ordinaire, il mange peu. — 7, trypan. très nombreux; l’animal
maigrit et s’affaiblit visiblement; il mange peu — 8 et 9 décembre, trypan.
très nombreux. Le maki, très affaibli, reste au fond de sa cage la tête basse,
entre les genoux, comme s’il dormait ; il se laisse prendre sans résistance.
Anémie, pas d’œdèmes; rien aux yeux.
Le maki est trouvé mort le 10 décembre 1912 au matin, il pèse 1 kg. 480.
La rate pèse 24 gr. ; sa surface est mamelonnée. Les ganglions inguinaux
et mésentériques sont un peu augmentés de volume. Rien d’autre d’anor¬
mal .
2° Un maki de même espèce que le précédent est inoculé le 14 novembre
1912, sous la peau, avec quelques gouttes du sang dilué d’un cobaye for-
(1) Brumpt et Wurtz, Soc. de Biologie, 26 mars 1904, C. R., t. 56, p. 672.
(2) A. Laveran et F. Mesnil, Trypanosomes et Trypanosomiases, 2e édit.
IQÏ2, p. 716.
Séance du 8 Décembre i g i 5 747
tement infecté par Tr. rhodesiense. Le 19 novembre, trypanosomes très
nombreux.
Le maki est trouvé mort le 20 novembre au matin ; il pèse 2 kg. La
rate pèse 6 gr.
Chez le maki inoculé avec Tr. gambiense , l’incubation a été
de 5 jours ; la durée de la maladie de 26 jours. Dès le sep¬
tième jour, les trypanosomes étaient très nombreux dans le
sang ; après quoi survenait une crise légère, incomplète, avec
trypanosomes rares. Les trypanosomes étaient devenus de nou¬
veau très nombreux quelques jours avant la mort et l’anémie
était très marquée. A l’autopsie, la seule lésion observée a été
l’hypertrophie de la rate. Les yeux étaient normaux.
Chez le maki inoculé avec Tr. rhodesiense , l’évolution de l’in¬
fection a été beaucoup plus rapide que chez le précédent. Dès
le cinquième jour après l’inoculation, les trypanosomes étaient
très nombreux, et l’animal mourait le sixième jour. A l’autopsie,
la rate avait un volume presque normal, ce qui s'explique par
la survie très courte.
Ces résultats montrent que les Lémuriens sont très sensibles,
comme les Macaques, à Tr. gambiense et à Tr. rhodesiense qui
se multiplient très vite dans leur sang et ne tardent pas à les
tuer. La différence constatée entre l’évolution des deux infec¬
tions est conforme à ce que nous ont appris les recherches faites
sur d’autres animaux (1).
•k
* *
Je n’ai trouvé dans les auteurs qu’une observation de trypa¬
nosomiase expérimentale du renard, et il ne s’agit pas d’une
infection par le Tr. gambiense. Yakimoff a inoculé le nagana à
un renard ; après une incubation de 3 jours, les trypanosomes se
sont montrés dans le sang et ils se sont multipliés très rapide¬
ment ; l’animal est mort 6 jours après l’inoculation avec des
trypanosomes très nombreux (2).
Chez le jeune renard, inoculé avec Tr. gambiense , qui fait
l’objet de l’observation résumée ci-après, l’incubation a été de
10 jours et plusieurs crises, caractérisées par une diminution
très forte du nombre des trypanosomes, ont été notées; à plu¬
sieurs reprises, les parasites se sont montrés assez nombreux
(1) A. Laveran, Soc. de pathologie exotique , 8 novembre 1911 et 10 avril
I912-
(2) Yakimoff, Centralbl. f. Bakter, l, Orig., 1904, t. XXXVII, p. 608.
748
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
dans le sang-, ils n’ont jamais été nombreux ; le renard est mort*
56 jours après l’inoculation, avec trypanosomes rares dans le
sang ; l’anémie était profonde.
Les symptômes oculaires ont été remarquables ; 32 jours après
l’inoculation, on constatait un trouble de la cornée droite qui se
dissipait peu après, mais pour reparaître bientôt, en même temps
qu’un trouble de la cornée gauche ; au moment de la mort, les
2 cornées étaient opaques; les trypanosomes étaient très nom¬
breux dans l’humeur aqueuse des 2 yeux. En dehors des lésions
oculaires, l’autopsie n’a révélé qu’une hypertrophie assez forte
de la rate.
Un jeune renard femelle (Canis vulpes L.) m’est envoyé très aimable¬
ment, au mois d’avril de cette année, par notre collègue M. Roudsky.
L'examen du sang est complètement négatif au point de vue de l’existence
d’hématozoaires .
Le 8 mai 1915, le renard est inqculé, sous la peau, avec le sang dilué
d’un cobaye infecté de Tr. gambiense ayant des trypanosomes nombreux.
— 15 mai, l’examen du sang du renard est négatif. — 18 mai, l’examen du
sang révèle l’existence de trypan. très rares ; les hématies s’agglutinent.
— 20, examen négatif. -- 23, trypan. très rares. — 26, rares. — 29, exa¬
men négatif. — 1er juin, trypan. rares, belle agglutination des hématies. —
4, trypan. non rares. - — 7, très rares. Le renard ne paraît pas malade, il
est toujours très vif. — 10 et 18, trypan. rares. — 21, non rares. Un essai
d’ophtalmo-réaction fait avec un extrait glycériné de Tr. gambiense donne
un résultat complètement négatif. — 24, trypan. non rares, la cornée
droite est un peu trouble. — 28, le trouble de la cornée droite a disparu ;
trypan. très rares, agglutination des hématies toujours très belle. Le
renard est très vif et mange bien. — 30, trypan. non rares, anémie mar¬
quée, sang pâle. — 2 juillet, trypan. non rares. — 5, trypan. rares. Ané¬
mie très marquée, sang pâle. — 7 et 9, examens du sang négatifs. Agglu¬
tination des hématies de plus en plus marquée, en raison de l’anémie
croissante. — 11, les cornées sont troubles, les yeux pleurent. — 13, exa¬
men du sang négatif. La cornée gauche est plus trouble que la droite. —
14, trypan. très rares. Cornées troubles. Etat général satisfaisant. Le
renard est vif et il mange bien. — 16, trypan. non rares. Cornées très trou¬
bles; exsudât blanchâtre à la partie déclive dans la chambre antérieure de
l’œil gauche. — 18, trypan. rares, cornées moins troubles surtout à droite.
— 20, trypan. non rares ; cornée gauche très trouble ; droite, presque nor¬
male. — 22, trypan. non rares. — 24, très rares. Cornée gauche moins
trouble. — 26, 27, trypan. rares. Les 2 cornées sont troubles ; la gauche
plus fortement que la droite — 28 au 30, trypan. rares. L’animal s’ané¬
mie et devient moins vif. Les 2 cornées s’opacifient de plus en plus. —
1er août, trypan. rares. Le renard s’affaiblit, mange beaucoup moins, ne
se nettoie plus. Les 2 cornées sont opaques.
Mort le 2 août 1915 à 10 heures du soir. L’examen de l’humeur aqueuse
des 2 yeux fait aussitôt après la mort révèle l’existence de trypanosomes
très nombreux. Le renard pèse 2 kg. 600. La rate, hypertrophiée, pèse
26 gr. Les autres viscères ne présentent pas d'altérations macroscopi¬
ques. Un peu d’œdème de la paroi abdominale.
Séance du 8 Décembre 1915
749
★
* ¥■
Le raton qui fait l'objet de l'observation résumée ci-après,
inoculé sous la peau avec Tr. ( jambiense , a montré des trypano¬
somes 12 jours après l'inoculation; la durée de la maladie a été
de 3i jours. Une agglutination très nette des hématies a précédé
l’apparition des trypanosomes. La multiplication des parasitesa
été marquée par une crise. Le raton avait des trypanosomes peu
nombreux la veille de sa mort. A l’autopsie, on a noté seulement
une hypertrophie très marquée de la rate.
Un raton (du Mexique) m'est apporté au mois cle septembre 1912.
D’aprèè le professeur Trouessart, il s’agit de Procyon Hernandezi. Wagler
qui est considéré par beaucoup de naturalistes comme une sous-espèce de
Procyon totor des litats-Unis ; l’animal porte encore sa livrée du premier
âge; on pourrait libeller comme il suit sa détermination : Procyon lotor
Hernandezi , Wagler. Après examen du sang qui ne contient aucun para¬
site, j’inocule le raton. le 23 septembre 1912, avec Tr. gambiense ; l’ino¬
culation est faite à la cuisse avec quelques gouttes du sang d’un cobaye
ayant des trypanosomes assez nombreux. — Du 26 septembre au 2 octo¬
bre, les examens du sang sont négatifs, mais on note, à partir du 30 sep¬
tembre, une agglutination très nette des hématies. — 5 et 8 octobre,
trypan. très rares. — 11 octobre, examen du sang négatif. — 15, trypan .
rares. — 19. examen négatif. — 23, trypan. non rares, belle agglutination
des hématies ; le raton s’affaiblit, il se laisse prendre facilement, alors
qu’auparavant il se défendait vigoureusement. Rien aux yeux. '
Mort le 24 octobre 1912. Le raton pèse 1 kg. 045, la rate pèse 6 gr. Les
autres viscères ne paraissent pas altérés.
* *
Les deux loirs dont les observations sont résumées ci-après
ont été inoculés : le premier dans le péritoine, le deuxième sous
la peau avec Tr. gambiense.
Chez le loir n° 1, la durée de l'incubation a été de 3 jours, et
la durée de la maladie de 7 jours. Chez le loir n° 2, la durée de
rincubation a été de 7 jours, et la durée de la maladie de
22 jours.
Chez les 2 loirs, la multiplication des trypanosomes a été régu¬
lièrement progressive. Le deuxième loir a montré une résistance
remarquable, pendant 9 jours les trypanosomes ont existé en
nombre énorme dans le sang, sans produire aucun trouble appa¬
rent. La rate était fortement hypertrophiée chez les 2 loirs.
J'aurais voulu inoculer d’autres loirs pendant le sommeil
hivernal ; plusieurs tentatives faites pour obtenir le sommeil
complet ont échoué, ce qui est dû probablement à ce que les
750
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
animaux, conservés depuis plusieurs années au laboratoire,
avaient perdu l’habitude de dormir en hiver.
1° Un loir {Myoxus glis) est inoculé le 3 juillet 1915, dans le péritoine,
avec quelques gouttes du sang dilué du renard dont l’observation a été
résumée plus haut. — 5 juillet, examen du sang négatif. — 6, trypan. très
rares. — 7, non rares. — 8, assez nombreux. — 9, nombreux.
Le loir meurt le 10 juillet, il pèse 155 gr. La rate, hypertrophiée, pèse
90 cg. Rien d’autre d'anormal.
2° Un loir (A/. glis) est inoculé le 3 juillet 1915, sous la peau, avec le
même virus, employé à la même dose, que le loir n° 1. — 6 au 9 juillet,
examens du sang négatifs. — 10, trypan. très rares. — 11, non rares. —
12, nombreux. — 13 et 14, nombreux. — 15 au 23, très nombreux; malgré
le nombre énorme de trypan. qui fourmillent dans le sang pendant ces
9 jours, le loir ne paraît pas malade, il est aussi vif qu’à l’ordinaire —
24, trypan. toujours très nombreux ; leurs mouvements sont moins rapi¬
des que les jours précédents.
Le loir meurt le 25 juillet 1915, il pèse 95 gr. La rate, hypertrophiée,
pèse 70 cg. Foie décoloré ayant l’aspect du foie gras, ltien d’autre d’anor¬
mal .
Chez un Meriones Shciwi , inoculé sous la peau avec TV. gam-
biense , la durée de l’incubation a été de 8 jours, la durée de la
maladie de 3r jours. La multiplication des trypanosomes a été
marquée par 3 crises et l’animal est mort avec des trypanosomes
rares. La rate était fortement hypertrophiée.
Un Meriones Shawi provenant de Tunisie est inoculé le 3 juillet 1915,
sous la peau, avec quelques gouttes du sang dilué du renard. — 6 au
10 juillet, examens du sang négatifs. — 12, 14 et 15, trypan. rares. —
16, examen négatif. — 17, trypan. très rares. — 18 et 19, rares. — 20,
très rares. — 21, examen négatif. — 22 au 24, trypan. très rares. — 25
et 26, examens négatifs. — 27, trypan. très rares. — 28, rares. — 29 juillet
au 2 août, très rares. -
Le Meriones meurt le 3 août 1915 ; il pèse 73 gr. La rate hypertrophiée
pèse 80 cg. Rien d’autre d’anormal.
★
* *
Les deux gerbilles dont les observations sont résumées ci-après
ont été inoculées : la première, dans le péritoine, la deuxième,
sous la peau, avec TV. gambiense.
La durée de l’incubation a été de 2 jours chez la gerbille n° 1,
de 9 jours chez la gerbille n° 2 ; chez les deux gerbilles, la durée
delà maladie a été de 19 jours.
Chez la gerbille n° 1, il y a eu 2 crises et les trypanosomes
étaient rares au moment de la mort ; chez la gerbille n° 2, la
multiplication des parasites a suivi une progression croissante
Séance du 8 Décembre i 9 i 5
751
régulière, et l’animal est mort avec trypanosomes très nombreux.
La rate a été trouvée hypertrophiée chez les deux gerbilles.
lo Une gerbille, Gerbillus hirtipes. mâle, provenant de Tunisie, est ino¬
culée le 3 juillet 1915, dans le péritoine, avec quelques gouttes du sang
dilué du renard infecté par Tr. gambiense. — 5 et 6 juillet, trypan. très
rares. — 7 au 10 juillet, examens du sang négatifs. — 11, trypan. très
rares. — 12 et 13, non rares. — 14 au 17, assez nombreux. — 18 et 19,
rares. — 20, examen négatif. — 21, trypan. très rares. — La gerbille
meurt le 22 juillet, elle pèse 33 gr. La rate, hypertrophiée, pèse 42 cg.
2o Une gerbille mâle, de même espèce et de même provenance que la
précédente, est inoculée le 3 juillet 1915, sous la peau, avec quelques
gouttes du sang dilué du renard. — Du 6 au 12 juillet, examens du sang
négatifs. — 13 et 14, trypan. très rares. — 15 au 18, non rares. — 19,
assez nombreux. — 20, nombreux. — 21, très nombreux. — La gerbille
meurt le 22 juillet 1915, elle pèse 32 gr. La rate, hypertrophiée, pèse
30 cg. ; rien d’autre à noter.
★
Tous les animaux inoculés avec Tr. gambiense se sont infectés
et ont succombé plus ou moins rapidement. L’évolution de l’in¬
fection, au point de vue de la multiplication des trypanosomes
dans le sang, a présenté deux types distincts, connus d’ailleurs:
i° l’accroissement du nombre des trypanosomes est continu jus¬
qu’à la mort et à ce moment les parasites sont en général nom¬
breux ou très nombreux ; 20 l’accroissement du nombre des
trypanosomes est marqué de crises trypanolytiques et les parasi¬
tes sont d’ordinaire peu nombreux ou même très rares au moment
de la mort. Le premier de ces types a été observé chez le maki
qui n’a eu qu’une seule crise très incomplète, chez les deux loirs
et chez la gerbille n° 2 ; le deuxième, chez le renard, chez le raton,
chez le meriones et chez la gerbille n° r. L’exemple des gerbilles
montre que, dans une même espèce, on peut observer les deux
types.
Il ne semble pas douteux que ces différences dans Dévolution
des infections soient dues à la manière différente dont les ani¬
maux réagissent contre les trypanosomes.
752
liULLETIN DE L\ SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
La Trypanose humaine et la Natalité
infantile dans la région de Kisantu
(Moyen Congo belge). -
Influence du traitement atoxylé.
Par le Rd P. G. GREGG10S. J.
J’ai eu l’occasion, il y a deux ans, de recueillir et publier (i)
quelques chiffres au sujet de la natalité et de la mortalité infan¬
tiles chez les indigènes vivant dans la région de Kisantu; les
données que je fournis aujourd’hui complètent mes premières
statistiques tout en envisageant la question sous un point de vue
différent.
Mon but, alors, était de rechercher quel pouvait être le taux
maximum de la natalité chez les noirs de la région de Kisantu;
j’avais choisi à cette fin des ménages en bonne santé, ne présen¬
tant aucune tare physique apparente, j’avais eu soin surtout
d’exclure de mon travail toute famille dont un des conjoints
avait été reconnu atteint de Trypanose.
Les familles dont je m’occupe dans cette note, ont au con¬
traire toutes au moins l'un des deux parents atteints de maladie
du sommeil; elles gardent, avec les premières étudiées, ce seul
caractère commun d’être, elles aussi, des ménages monogames,
vivant de la vie normale des indigènes.
Ayant soumis les parents malades à un traitement atoxylé,
j’ai étudié, par comparaison, les effets de la cure arsenicale
sur les deux facteurs natalité et mortalité infantiles.
J’ai étudié en tout 4b familles; les difficultés énormes de me
procurer des détails dont je pouvais être certain, m’ont empê¬
ché d’étendre mon enquêle.
J’ai condensé en quatre tableaux séparés les résultats de mes
recherches (voir pages 756-763).
Le tableau I donne la natalité et la mortalité dans les familles
dont les pères seuls sont atteints de Trypanose et ont subi un
traitement atoxylé ; le tableau ÏI concerne des ménages où la
mère seule est malade et a été traitée; le tableau III se rapporte
(1) Revue Congolaise , novembre 1913, Bruxelles.
Séance du 8 Décembre i 9 i 5
753
à des familles où les deux conjoints sont contaminés, enfin le
tableau IV compare les différents pourcentages obtenus.
Quelques remarques explicatives sont nécessaires pour la
bonne compréhension de mes observations.
La première concerne le mode et le dosage employés dans
l’administration de l’atoxyl.
1) Méthode per os. — Les malades ainsi traités recevaient de
l’atoxyl pendant 4 jours consécutifs, puis avaient 4 jours de
repos. Suivaient 4 autres jours de cure, puis 4 de repos et ainsi
de suite. La dose journalière était réglée d’après le poids du
patient et, sauf exceptions, le traitement n’a été terminé que
lorsque le nombre de grammes d’atoxyl absorbé avait atteint les
3/4 environ du nombre de kilogrammes de poids du trypajiosé.
Ap rès quelques mois de repos, le traitement pouvait être
repris.
2) Méthode par injections . — Tous les quatrièmes jours, le
malade recevait une injection, les doses et quantités globales
d’atoxyl étaient réglées comme plus haut.
Nous faisons remarquer ensuite que, dans le tableau I, pères
trypanosés, les enfants nés avant l’expiration du neuvième mois
à partir du commencement du traitement, sont comptés comme
étant nés avant celui-ci ; dans les tableaux II et III, les dates se
suivent.
Quant aux enfants décédés , j'entends les enfants dont la mort
a suivi presque immédiatement leur naissance, et doit être en
tout cas attribuée aux conditions des parents.
J’ai noté en marge les décès des enfants survenus assez tard
ou pour une cause étrangère.
Une analyse rapide des différentes données contenues dans les
tableaux est nécessaire pour nous permettre d’en déduire les
conclusions :
I. Dans le tableau I, nous voyons :
i°) Que 10 ménages dont le père seul est trypanosé et na subi
aucun traitement, ont donné, en 3 années de vie commune,
21 enfants dont 7 sont décédés, et qu’il s’est produit en outre
1 fausse couche.
20) Qu 'après le traitement du père malade , i3 ménages, en une
moyenne de 4,4 années de vie conjugale, ont eu 17 enfants dont
3 seulement sont décédés et qu’il y a eu de plus 2 fausses
couches.
754 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
3°) Que, pour une durée totale de 5 années de mariage,
i5 familles ont produit 38 enfants. Cent ménages auraient donc
donné 5o,6 enfants par an, Nous savons (tableau IV) que telle
est bien la moyenne dans les ménages normaux. Sur ces
38 enfants, io sont morts et, dans l’ensemble, il y a eu 3 avor¬
tements.
II. I jes faits condensés dans notre tableau II peuvent se résu¬
mer comme suit :
"\
i°) i5 mères de familles, trypanosées non traitées , en une
moyenne de 5,4 années, ont donné 29 enfants dont i4 sont
décédés ; elles ont eu de plus pas moins de 12 avortements.
20) 23 mères de familles trypanosées traitées ont donné, en une
moyenne de 4,5 années, 32 enfants dont 9 sont morts; elles n’ont
eu que 3 avortements.
3°) 26 mères de familles trypanosées, traitées ou non , en une
moyenne de 7,6 années de mariage, ont produit 6r enfants dont
23 sont décédés; elles ont eu i5 fausses couches.
III. De l’examen du tableau III, il résulte :
i°) Que 4 familles dont le père et la mère sont trypanosés et
non traités, donnent en 2,7 années de vie commune, 2 enfants,
dont l'un est décédé et l’autre atteint de trypanose et qu’il y a
eu en outre 3 avortements.
20) Qu’après le traitement des deux parents malades, 6 ména¬
ges, en 2 années, ont eu 6 enfants dont 3 sont morts et qu’il ne
s’est plus produit de fausse couche.
3°) Que, dans l’ensemble, 6 ménages en 4 années environ, ont
donné 8 enfants dont 4 sont décédés et que? de plus, il y a eu
3 avortements.
Quelques rapides commentaires feront ressortir la signification
générale exacte de ces données.
En tout premier lieu, je ferai remarquer que je n’ai trouvé
aucun enfant dont j’aurais pu prouver qu’il avait directement
contracté de ses parents la trypanose.
Le cas de la femme M’Pingi (tableau II, n° 10) est pourtant
intéressant. Les fièvres de la rechute ont commencé chez elle
peu avant l’enfantement; malheureusement le laps de temps
qui s’est écoulé entre la naissance et l'examen de l’enfant,
environ 1 an 1/2, ne permet point de tirer une conclusion
certaine concernant l’origine de l’infection de l’enfant.
Séance du 8 Décembre 19 15
755
20) Nous trouvons partout chez les mères trypanosées une
proportion énorme d’avortements.
Chez les femmes non traitées, le taux des fausses couches a
presque quintuplé ; alors que, dans les familles normales, il se
produit 7,4 0/0 d’avortements, nous obtenons ici 38.; 0/0.
L’influence directe de l’infection trypahosique est ici incon¬
testable.
3°) La mortalité infantile atteint également un taux effrayant.
Si, dans les ménages normaux, il s’élève jusqu’à 29 0/0, lorsque
les mères sont infectées de trypanose, il monte à 48 et 5o 0/0.
Parmi les causes qui déterminent cette mortalité élevée, la
première est certes l’état maladif de la mère, mais il faut y
ajouter aussi le manque de soins dont elle entoure son enfant;
la trypanosée paraît sans amour pour lui, elle devient négli¬
gente et distraite.
4°) La Trypanose chez le père de famille, même non traité,
ne paraît pas avoir de conséquences directes sur la viabilité de
l'enfant. — Les cas 5, 6, 7, i3 du tableau I me semblent assez
convaincants sur ce point.
Mais comment dès lors expliquer la forte diminution dans la
mortalité infantile qu’on observe après le traitement du père ?
De 33 0/0 qu’elle était avant le traitement du père, elle descend
à 17,6 0/0 lorsque celui-ci est traité.
Voici, d’après moi, comment 011 peut l'interpréter.
Avant le traitement des pères malades, ces ménages, pour une
raison qui nous échappe encore pour le moment, ont eu une
moyenne de naissances de loin supérieure aux moyennes ordi¬
naires (près de 20 0/0 en plus par année).
C'est peut-être trop pour des ménages noirs. Les fatigues
excessives répétées de la mère, fatigues auxquelles il faut ajou¬
ter, dans ce pays, les durs travaux des champs, peuvent avoir
eu comme conséquence la naissance d’enfants mal formés, ché¬
tifs, peu résistants. L'allaitement aura été défectueux, d’où for¬
cément des décès.
Au contraire, dans la période qui suit le traitement, le nom¬
bre d’enfants est très restreint : la mère dès lors n’a plus été sur¬
menée.
Il y a une autre raison. Après le traitement, le père a repris
des forces, il partage les travaux de sa femme, il garde les
enfants pendant l’absence de celle-ci ; la nourriture aussi est plus
756
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Natalité et mortalité infantiles
Séance du 8 Décembre 1916
I
757
aiilles dont le Père seul est Trypanosé.
Enfants nés
le traitement du père
Date
13 naissance
2 nov. 1910
? 191-2
10 janv. 1910
30 mars 1912
l«r mars 1913
4 juin 1912
! mars 1914
) 21 mai 1909
) 13 sept. 1911
) 24 mars 1915
) 15 juin 1912
) 2 déc. 1914
) ?
) 13 févr. 1912
) 18 mars 1913
) déc. 1912
!) 24 juin 1914
4 oct. 1913
3 sept. 1914
Etat
actuel
en vie
décédé
en vie
décédé
en vie
en vie
en vie
en vie
en vie
en vie
en vie
décédé
fausses cnuch.
en vie
en vie
fausses couch
en vie
en vie
en vie
Total
d’enfants
C
o>
CÆ
-O
J O
-O
O
*<L>
rw
dj
O
>
c3
Etat actuel
du père
- décédé
le 31 mars 1913
décédé
le 15 janv. 1915
décédé
en juillet 1912
décédé
le 11 janv. 1914
en vie
décédé
en déc. 1911
décédé
en août 1912
en vie
en vie
en vie
en vie
en vie
décédé
le 12 juin 1914
en vie
en vie
Démarqués
Lembi suivit d’une façon fort irrégulière et
commença assez tard le traitement. C’est
en juillet 1911 qu’il reçut les 5 injections.
Traitement irrégulier. Quitte le lazaret en
mars 1908, y revient en octobre 1913, épo¬
que à laquelle il reçut les injections.
Quitta le lazaret en janvier 1912.
Quitta le lazaret le 16 juillet 1913.
Reçut les 2 injections en août 1911, puis quitta.
Quitta le lazaret en août 1910.
Quitta le lazaret en 1909.
Quitta le lazaret en décembre 1911.
Quitta le lazaret en 1909.
Ponction lombaire en’avr. 1910, par M. Broden.
Liquide céphalo-rachidien normal.
Quitta le lazaret en mai 1911.
Quitta le lazaret en avril 1914.
Quitta le lazaret en août 1912.
Quitta le lazaret en décembre 1910.
52
758
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Natalité et mortalité infantiles^!
Séance du 8 Décembre 1910
759
aiilles dont la Mère seule est trypanosée.
H
s
Date
3 naissance
lll janv. 1910
27 déc. 1911
1er mars 1914
27 déc. lf'O 3
23 juill. 1911
29 juin 1912
21 juin 1913
9 mars 1914
14 oct. 1911
15 juin 1913
|17 sept. 1911
21 août 1911
(voir note)
14 fév. 1914
avril 1912
760
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ta i»)
Mères de famille attej^D
Y
Pi
U
I*
si
(1) Sur 15 pères de famille trouvés atteints (1907-13) de (rypanose, 8 seulement restaient en vie en sep
Par contre, sur 25 mères de famille atteintes, 20 restaient encore en vie à la même date. Mortalité —
Voici l’explication de ce fait.
La plupart des femmes inscrites au tableau II ont longtemps résidé, avant leur mariage, à la mission ir
première période. — Les hommes, au contraire, résidaient à leur village, parfois assez loin, dans l’intéri
était plus avancée.
Séance du 8' Décembre 1915
761
ne).
mille ^ / -, x
Cipanose [suite).
762
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ta
Natalité et mortalité infantiles dans six fan e ;
Ta
764
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
abondante et plus variée (produits de la chasse et de la pêche),
l’ancienne paillote est remplacée par une nouvelle case : il y a
donc plus de propreté et plus de bien-être.
Dans un ménage noir, où le côté confortable est déjà si réduit,
ces améliorations dans les conditions de la vie n’influenceraient-
elles en rien l’existence des enfants ?
5°) L’influence du traitement sur la mère est frappante, les
chiffres sont ici d’une éloquence toute particulière.
Les proportions de la mortalité infantile et des avortements
descendent respectivement de 48 o/o à 28 0/0 et de 38,7 0/0
à 10 0/0.
Quant aux familles où les deux conjoints sont trypanosés, je
ne veux en tirer encore aucune conclusion générale, les cas
observés sont trop peu nombreux.
conclusions
Nous pouvons les formuler brièvement.
i°) La trypanose humaine dépeuple doublement l’Afrique équa¬
toriale : d’un côté elle tue les adultes; de l’autre elle augmente
la mortalité infantile et influe directement sur la natalité parla
proportion considérable des avortements qu’elle détermine.
Chez les peuplades du Bas-Congo, dans les ménages monoga¬
mes exempts de trypanose, la proportion des avortements non
provoqués, atteint 7 0/0; dans les ménages où lanière seule est
trypanosée , elle s élève à 24,5 0/0.
La trypanose seule du père ne paraît pas, en général, influer
directement ni sur la mortalité ni sur la natalité infantiles.
20) Le traitement par l’atoxyl des parents trypanosés, en dehors
de son action prophylactique directe, exerce sur la repopula¬
tion une double influence heureuse :
A) Elle prolonge la vie des parents et ramène le bien-être dans
la famille.
B) Elle augmente le nombre des naissances en préservant la
vie du fœtus, et diminue la mortalité infantile en créant un
milieu plus favorable au développement de l’enfant.
• l
(. Lazaret de Kisantu , 23 septembre 1915).
Séance du 8 Décembre 1916
765
y
Sur quelques Œstrides du Congo,
(3° communication préliminaire ),
Par J. RODHAIN et J. BEQUAERT
Dans la présente note, nous passerons en revue les divers
Œstrides parasites des Eléphants; nous en connaissons à l’heure
actuelle cinq espèces différentes et il est bien probable que des
recherches attentives en feront découvrir d’autres, notamment
chez l’Eléphant d’Asie où l’on n en connaît jusqu’à présent
qu’une seule : Cobboldia elephantis Steel.
Nous avons rencontré au Congo belge chez Elep/ms africanus
Blum. assez communément 4 espèces de larves : deux dans l’es¬
tomac, une dans l’œsophage et une dans la plante du pied.
I. Larves de la plante du pied
Ces larves curieuses appartiennent à l’espèce Neoeuterebra
squamosa Grünberg (Site. Ber. Ges. Naturf. Freunde , Berlin ,
1906, p. 4d, fig. 6-9) ; elles sont logées dans le tissu adipeux qui
fo rme chez l’Eléphant une véritable pelotte de graisse en dessous
de la plante du pied ; elles sont aussi partiellement enfoncées
dans la couche épaissie du derme. Ces parasites sont beaucoup
plus rares que ceux que nous étudions plus loin ; il nous a fallu
examiner plusieurs animaux avant d’en découvrir. Ceux que
nous avons eu entre les mains proviennent d’Eléphants tués
près de Likati (Bas-Ouellé) (vers 3°2o' lat. N. et 24° long. E.)dans
la forêt vierge. Tous nos essais pour éduquer la mouche de cet
insecte ont échoué; nos larves n’ont jamais voulu s’empuper.
Nos parasites correspondent en tous points à la description
donnée par Grünberg. Larves ovales, biconvexes, guère aplaties
dorso-ventralement et dépourvues de champs intermédiaires et
de bourrelets latéraux. O11 n'y distingue que onze segments, les
deux segments céphaliques étant fusionnés. La surface dorsale
et ventrale est parsemée régulièrement d’écailles chitineuses
arrondies ou dentées, très nombreuses. Pseudocephalon rétracté
766
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dans le 3e segment, pourvu de deux très petits crochets buccaux
et de deux papilles antennaires apprimées, chacune avec un
point ocellaire. Segment anal très petit, complètement rétracté
dans une profonde échancrure du précédent. Larves métapneus-
tiques, les stigmates antérieurs non visibles extérieurement-
Plaques sligmatiques postérieures ovales, complètement ren¬
fermées dans une cavité profonde du segment anal, pourvues
chacune de 3 péritrèmes droits, elliptiques, horizontaux. Lon¬
gueur : 17 à 21 mm. Largeur maximum :8 à 11 mm.
Cette larve est un exemple frappant du peu de valeur qu’il
convient d’attribuer aux caractères larvaires dans la classifica¬
tion des Myodaires; il est en effet impossible, en l’absence
d’imago, de ranger ce parasite dans un des groupes de Muscides
ou d’Œstrides.
IL Larves de l’œsophage
Ces parasites appartiennent à Pharyngobolus africanus Brauer
( Verh . k. k. zool. bot. Ges. Wien , XYI, 1866, p. 879, Tab. XIX,
fig. 1 et 1 a-c). On les rencontre dans l’œsophage, où ils sont
fixés à la paroi, près du cardia ; ils paraissent très communs. Au
Congo belge, nous les avons rencontrés chez tous les Eléphants
que nous avons eu l’occasion d’examiner dans la région de
l’Ouellé ; aux stations d’élevage d’Ouéré-Ango et d’Api. nous
avons pu nous procurer des pupes dans les excréments frais; il
est intéressant de noter que ces larves, parvenues à l’état adulte,
se détachent et traversent l’estomac et le tube digestif pour être
expulsées par l’anus; elles s’enfoncent ensuite dans le sol pour
s’empuper.
Nos larves présentent tous les caractères signalés par Brauer
chez son espèce. Au 3e stade elles atteignent 2 5 à 29 mm. de
long sur 10 à 11 mm. de largeur maximum. Contour elliptique,
l’extrémité postérieure à peine plus étroite que l'antérieure ;
corps biconvexe sur une coupe transversale, légèrement plus
plan à la face ventrale qu’à la face dorsale. Bourrelets anten¬
naires largement écartés à la base, pourvus chacun de trois
points ocelliformes. Segment anal libre, largement arrondi à
l’extrémité, la cavité stigraatique très profonde, mais s’ouvrant
à l’extérieur par une fente étroite entre deux lèvres qui se tou¬
chent; bourrelet préanal bien développé, mais sans sillon trans¬
versal ; bourrelet médian postanal peu ou pas proéminent,
Séance du 8 Décembre 1915
767
transversal, à contour semi-circulaire, portant deux bosses indis¬
tinctes, mais dépourvu de protubérances coniques latérales.
Anneaux à spinulation abondante, non groupée en aires de rep¬
tation à la face ventrale, mais constituée par des ceintures com¬
plètes peu nombreuses d’épines assez grosses et courbées en cro¬
chet, qui alternent avec d’autres semblables, mais plus petites.
Larves amphipneustiques. Stigmates antérieurs bien développés,
se présentant comme des boutons épaissis chitineux. Plaques
stigmatiques postérieures en forme de demi-lune, criblées de
nombreuses fausses ouvertures, le faux stigmate (cicatrice stig-
matique) saillant dans une profonde échancrure du bord
interne.
Nous avons aussi rencontré des larves au 2e stade ; ellesne diffè¬
rent guère, de celles que nous venons de décrire, que par leurs
dimensions plus réduites (ro à 22 mm. de long sur 3 à 5 mm. de
large) et par leur forme allongée-cylindrique.
Les pupes que nous avons obtenues de larves expulsées natu¬
rellement, mesuraient environ i5 mm. de long sur 8 mm. de plus
grande largeur ; leur contour vu de dessus était à peu près
régulièrement ovale; de profil, la pupe est fortement convexe à
la face dorsale, un peu plus renflée en arrière du milieu, très
légèrement déprimée à l’extrémité antérieure ; la face ventrale
est faiblement convexe ou presque plane. Les stigmates anté¬
rieurs apparaissent sous forme de petits boutons jaunes frisés.
Les anneaux postérieurs sont fortement contractés et leurs tégu¬
ments plissés ferment en grande partie l’entrée de la cavité
sligmatique. Coloration d’un noir légèrement vernissé. La
nymphose dure de 20 à 21 jours.
Les deux mouches que nous avons obtenues sont très mal
venues de sorte qu’il nous est impossible de les décrire, ni de
fixer les caractères de ce genre à l’état adulte.
Dans une note antérieure, nous avions compris ces parasites,
avec Cephenomijia Latr., Phavijngomijia Schin. et Aulacephala
Maco., dans le groupe des Œstrinæ. Depuis lors nous avons pu
examiner par nous-mêmes Cephenomijia et Pharyngomyia et nous
avons reconnu que ces deux genres s’écartent par un ensemble
de caractères importants des Œstrinæ véritables ; à l’exemple de
Girschner (Illustr. Wochenschr. f. Entom ., I, 1896, p. 108), nous
sommes plutôt portés à les rapprocher des CalUphorinæ , avec
lesquelles ils présentent une parenté indiscutable. Nous revien-
768
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
drons ultérieurement avec plus de détails sur cette question de
systématique. Quant au genre Pluirgngobolus , sa place reste
douteuse et il est possible qu’elle soit voisine de Phanjngomijia.
Nous avons déjà indiqué que la mouche paraît offrir quelque
ressemblance avec Aulacephala Macq. ; ce dernier genre, dont la
position systématique est encore sujette à discussion, nous est
inconnu en nature.
IIÏ. Larves de l’estomac
Les larves gastricoles sont très communes chez les Eléphants
et cependant elles ont été très peu étudiées jusqu’ici, le plus
souvent sur des matériaux obtenus en Europe chez des animaux
tenus en captivité ; il n’est pas étonnant dès lors que les rares
descriptions que Ton en possède soient très incomplètes. En ce
qui concerne celles de l’Eléphant d’Afrique, nous avons reconnu
qu’il en existe au moins deux types, se rencontrant simultané¬
ment chez le même animal : ces deux formes sont très différentes
l’une de l’autre, tant par les caractères larvaires que par ceux
de l’adulte, au point que nous serions portés à les ranger dans
des genres distincts. Il est donc nécessaire de reprendre dans
l’ordre chronologique les données publiées antérieurement sur
ce sujet, afin de montrer jusqu’à quel point elles peuvent se
rattacher à nos propres observations.
En 1866, Cobbold ( Catalogue of Entozoci Mas. Pog. Coll. Sur-
' geons , p. 2 1\) signale pour la première fois sous le nom d’ « Œstrus
of the éléphant » des larves recueillies dans l’estomac d’un
Eléphant d’Afrique, au Zambèze, par Kirk.
En 1878, Steel (Medical Examiner , p.886) étudia des parasites
analogues trouvés dans un Eléphant d’Inde, mort dans un cirque
en Angleterre, et leur donna le nom à’ Œstrus elephantis.
En 1881 et 1882, Cobbold, dans un travail d’ensemble sur les
parasites des Eléphants (Journ. Linn. Soc. Zool ., NV, p. 333 et
Trans. Linn. Soc. Zool. [2], II, pt. 4, p. 246, fig. 12), réunit sous
la dénomination commune de Gastrophilus elephantis les larves
étudiées par lui-même d’Afriqueen 1866 et celles d’origine asia¬
tique décrites par Steel en 1878.
En 1887, Brauer (Wien. entom. Zeitg., VI, p. 217-223, Tab.III)
étudia très complètement les larves gastricoles de l’Eléphant
d’Inde; il les rangea dans un genre nouveau Cobboldia ; il
Séance du 8 Décembre i 9 i 5
769
applique avec raison à l’espèce d’Asie le nom de Cobboldia
elephantis (Steel) el l’assimilation à la même espèce des larves
d’Afrique lui paraît douteuse.
En 1898, R. Blanchard (Bull. Soc. entom. France , p. CXXX-
CXXXII, fig. 4) put revoir les larves recueillies par Ivirk au Zam¬
bèze et, par comparaison avec le travail de Brauer, reconnut
définitivement l’erreur de Cobbold.
En 1897, Brauer (Denkschr. K. Ah. Wiss. W i en, math, naturw.
Cl. , LXIV, p. 262-267, Tab. fig. 1-18) réussit à obtenir la mouche
de Cobbolclia elephantis (Steel) en partant de larves adultes
expulsées naturellement par un Eléphant d’Inde au Jardin
zoologique de Vienne. A cette occasion, Brauer examine aussi
des larves recueillies chez un Eléphant d’Afrique et leur donne
le nom de Cobboldia elephantis africani seu loxodontis ; il n’ose
pourtant se prononcer sur l’identité de ces parasites avec ceux
recueillis parKiRK et réétudiés par Blanchard en 1898.
Tout récemment, Roubaud a décrit et figuré des larves gastri-
coles d’Eléphants provenant d’Odienné (Haute-Côte d’ivoire)
(Et. faune paras. Afr. occ. franç., ier fasc. 1914, p- 204-206,
fig. 60 61) ; nous avons pu examiner nous-mêmes ces matériaux
et avons reconnu qu’ils appartiennent à l’espèce que nous
dénommons ci-après Cobboldia loxodontis.
Ainsi que nous l’avons dit, les nombreuses larves que l’un de
nous a pu recueillir au Congo belge et dont il a pu éduquer les
mouches, appartiennent à deux espèces très distinctes. L’une
nous paraît être Cobboldia loxodontis Brauer, connue jusqu’ici
à l’état larvaire seulement. Nous proposons pour l’autre, qui est
entièrement inédite, le nom de Cobboldia chrysidif ornas. Toutes
deux sont originaires de l’Ouellé.
1. Cobboldia loxodontis Brauer.
Imago : Les deux sexes sont de coloration différente :
9- — Tète d’un brun rougeâtre luisant, les antennes et les palpes d’un
roux vif, mat ; quelques reflets grisâtres sur la bande médiane frontale,
sur les joues et sur le péristome ; tache ocellaire, nuque et tempes noires,
avec reflet bleuâtre ; péristome et trompe noirs ; yeux d’un brun clair ; pilo¬
sité très rare, noire. Thorax à dorsulum et scutellum d’un bleu métallique
luisant et dépourvus de pilosité; les flancs et la face ventrale d’un noir
mat, à nombreux poils noirs. Lattes entièrement d’un noir luisant, à pilo¬
sité noire; pelottes d’un blanc jaunâtre. Abdomen à tégument noir, non
luisant, sans reflet métallique, mais légèrement velouté, à faible pruino-
sité grisâtre, portant en outre une courte pilosité noire apprimée. Ailes
770
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
paraissant enfumées noires, plus claires à l’extrémité et au bord postérieur ;
cuillerons enfumés noirs ; balanciers noirâtres.
ç?. — Tête, thorax et pattes comme chez la 9 » mais la pilosité est beau¬
coup plus longue et fournie sur le front et le vertex où elle forme une
touffe en arrière des ocelles ; le dorsulum et le scutellum ne sont pas gla¬
bres, mais garnis d’une abondante pilosité noire courte. Dos et flancs de
l’abdomen d’un bleu métallique luisant comme le dorsulum, sans reflet
velouté et à pilosité faible. Ailes et cuillerons entièrement et uniformément
enfumés noirs, sans bande postérieure plus claire.
Longueur 9 C? : 10 à 12,5 mm.
Cette mouche est remarquable par sa forme générale déprimée ; ceci est
très net dans les deux sexes à la tête el au dorsulum et aussi fort prononcé
chez la 9 à l’abdomen ; à cet égard, l’insecte rappelle un peu les hippo-
bosques ; les pattes vigoureuses où se remarquent surtout les tarses à
articles courts, élargis et aplatis, ajoutent encore à cette ressemblance et
on peut se demander si cet aspect particulier du corps n’est pas en rela¬
tion avec quelque point encore inconnu de la biologie de la mouche
adulte.
Au point de vue morphologique, ces mouches se rapprochent beaucoup
de Cobboldia elephantis (Steel). Signalons seulement que les antennes ont
une autre structure : le 1er article est falciforme, très petit, beaucoup plus
large que long, apprimé; le 2e est court, à peu près aussi long que large,
non lobé à l'extrémité, superficiellement divisé en 3 bosses (chez G. ele¬
phantis. , il se termine par 3 lobes qui recouvrent la base du 3e article) ;
3e article très grand, de profil ovale et plus de 4 fois aussi long que le 2e,
en forme de hache ; épaissi-arrondi en arrière, comprimé graduellement en
une carène arquée en avant. — Chez tous les individus assez nombreux que
nous avons pu étudier, la lre cellule marginale postérieure de Vaile est com¬
plètement fermée et courtement pédonculée.
Chez Cobboldia elephantis Steel, la coloration est la même dans les deux
sexes ; le thorax et l’abdomen sont noirs, sans reflet métallique. Les ailes
sont noires dans toute leur étendue ; les cuillerons sont d’un blanc de lait ;
cette espèce paraît aussi atteindre des dimensions plus considérables (lon¬
gueur : 12 à 21 mm.).
Larves au 3e stade. — Les plus grandes mesurent 20 à 22 mm.
de long, sur 8 mm. de plus grande largeur vers le milieu ; les
5 anneaux antérieurs sont graduellement rétrécis vers l’extrémité
céphalique ; les anneaux postérieurs le sont beaucoup moins,
l’avant-dernier (1 ie) mesurant encore 5 mm. de large ; le dernier
est brusquement beaucoup plus étroit.
Le contour est très allongé, elliptique; le corps est faiblement
aplati dorso-ventralement, mais nettement biconvexe et aussi
bombé à la face ventrale qu’à la face dorsale. Il n’existe pas de
champs intermédiaires à la face dorsale et ventrale. Sur les
flancs, courent tro<s profonds sillons longitudinaux délimitant
sur chacun des anneaux 2 à 11 un bourrelet supérieur et un
bourrelet inférieur latéraux ; sur les anneaux 2, 3 et 4, on trouve
Séance du 8 Décembre 1915
771
en outre de chaque côté un troisième bourrelet latéral beaucoup
moins développé et souvent très peu visible. Enfin on découvre
sur les flancs, entre les anneaux 5 à 6, 6 à 7, 7 à 8 et parfois
aussi 8 à 9, un petit champ fusiforme intermédiaire au niveau
du bord postérieur du bourrelet latéral inférieur; mais cette par¬
ticularité est souvent très difficile à voir et peut passer aisément
inaperçue. Nous ne pou vons d’ailleurs y attacher la même impor¬
tance que Brauer. Gomme les larves de C. elephantis Steel, nos
parasites sont dépourvus de protubérances coniques latérales sur
les segments 7 à / / .
Les deux segments du pseudo-céphalon sont bien délimités.
Le premier est petit, orienté vers la face ventrale, pourvu de
deux crochets buccaux vigoureux, noirs, fortement recourbés
vers le bas. Entre la base des crochets, se trouve, à la face ven¬
trale, l’atrium buccal qui est limité en arrière par un bourrelet
transversal garni de longues épines aplaties imbriquées ; ce
bourrelet épineux remonte sur les flancs de façon à envelopper
d’un anneau complet fortement saillant la partie antérieure de
la tête. Bourrelets antennaires largement écartés l’un de l’autre,
épaissis, courts, rétrécis à la base, arrondis à l’extrémité qui est
pourvue de deux points ocellaires chitineux ; ils ont la forme de
massues dirigées en avant et vers le dehors. En dessous des
bourrelets antennaires, on trouve deux protubérances transver¬
sales qui se rejoignent sur la ligne médiane et sont pourvues à
leur face postérieure d’une excavation limitée antérieurement
par un repli tégumentaire chitinisé finement spinuleux.
Le segment anal est creusé en arrière d’une cavité peu pro¬
fonde qui communique avec l’extérieur par une fente trans¬
versale étroite. La lèvre supérieure porte deux paires, et la lèvre
inférieure une paire de tubercules coniques proéminents.
Les larves sont nettement amphipneustiques. Les troncs tra¬
chéens antérieurs aboutissent de chaque côté de la face dorsale
à un stigmate bien apparent, à anneau solidement chitinisé ren¬
fermant une série de fausses ouvertures étalées en éventail. Les
plaques stigmatiques postérieures sont très rapprochées et pla¬
cées sur la paroi supérieure interne de la cavité anale, de sorte
qu’elles sont presque invisibles du dehors; leur contour est ovale,
un peu élargi vers le bas ; chaque plaque montre 3 péritrèmes
très larges, droits ou faiblement sinueux, légèrement couver-
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
gents vers la face ventrale. Leur structure interne est la même
que chez Cobboldia éléphant is Steel.
Spinulation. — La spinulatiou est très développée chez cette
espèce, mais elle ne se voit en général qu’incomplètement, les
bords antérieurs des anneaux étant rétractés sous le bord posté¬
rieur du segment précédent; nous avons indiqué plus haut l'ar¬
mature des deux anneaux du pseudo-céphalon.
Sur le reste du corps, ou trouve à la face ventrale des épines
aux bords antérieurs des segments 3 à 12 ; sur les 3e et 4e, il y a
3 à 4 rangées incomplètes de petites épines ; la spinulation est la
plus forte et la plus abondante sur les 5e, 6e et 7e anneaux
(4 rangées sur le 5e ; 3 à 4 rangées sur les 6e et 70) ; elle diminue
sur les anneaux 8 et 9, où Ton trouve 3 rangées; le 10e anneau
porte 2 rangées interrompues sur la ligne médiane ; sur les 11e
et 12e segments, on ne découvre plus qu’un petit groupe latéral
d’épines ordinairement sur une rangée. A la face dorsale, les
anneaux 11 et 12 sont inermes ; sur les anneaux 3 à 10, la spi¬
nulation est limitée au bord antérieur :
Sur le 3e segment : 1 à 2 rangées de très petites épines.
Sur le 4e segment : 2 rangées d’épines.
Sur le 3e segment : 2 rangées d’épines et indication d’une 3e rangée très
incomplète.
Sur le 0e et 7e segment : 3 rangées d’épines.
Sur le 8e segment : 2 rangées d’épines interrompues sur la ligne
médiane.
Sur le 9e segment : 1 à 2 rangées d’épines interrompues sur la ligne
médiane (épines très petites).
Sur le 10e segment : un petit groupe d’épines latéralement.
Sur les flancs, on trouve des épines sur les champs fusiformes
intermédiaires, ainsi qu’au bord antérieur des bourrelets laté¬
raux des anneaux 3 à 8. Au segment anal, la lèvre supérieure
porte immédiatement au-dessus des plaques stigmatiques 2 à
3 rangées de petites épines disposées en arc de cercle ; la lèvre
inférieure montre au-dessus des protubérances coniques deux
larges bourrelets couverts densément de nombreuses épines
pâles.
Pupes. — La forme de la pupe est la même que celle de Cob¬
boldia chrysidi for mis Rodii. et Beo. que nous décrivons plus
loin ; elle s’en distingue uniquement par les détails de spinula¬
tion qui caractérisent déjà la larve adulte et par ses dimensions
plus fortes, mesurant 16 à 19 mm. de long sur 7 à 8 mm. de
large. La durée de la nymphose est de 19 à 20 jours.
Séance du 8 Décembre 1915
773
Quoique nous ayons obtenu de nombreuses mouches Q et c?
de cette espèce, nous n’avons pu assister ni au coït ni à la ponte.
On remarquera certaines différences entre la description don¬
née ci-dessus de nos larves et celle de Cobboldia loxodontis de
Brauer ( r 897) ; mais nous croyons que ces écarts sont dûs uni¬
quement à l’état de conservation des parasites. Les larves de
Kirk, décrites par R. Blanchard ( 1 8 9 3 ) , appartiennent, pensons-
nous, encore à la même espèce. — Une certitude complète ne
pourrait être acquise à ce sujet que par comparaison directe de
nos larves avec celles de ces deux auteurs. Ce qui nous porte
avant tout à ces rapprochements, c’est Vabsence chez tous ces
parasites de protubérances coniques latérales aux segments y à 11,
productions qui n’auraient pu échapper à des observateurs aussi
consciencieux que Brauer et R. Blanchard.
2. Cobboldia chrysidiformis n. sp.
Imago. — Les deux sexes sont de même coloration.
Q çf. Tête à face, moitié antérieure du front, antennes et palpes d’un
brun rougeâtre vif; moitié postérieure du front, vertex avec le champ
ocellaire, tempes et nuque d'un bleu métallique ; péristome noir à faible
reflet violacé ; trompe rudimentaire noire ; yeux d’un brun sombre : pilo¬
sité blanche, soyeuse, surtout fournie au vertex et sur la face entre l’angle
nasal etl’épistome. Une pruinosité blanche argentée couvre les tempes, le
milieu de la face, le fond de la cupule antennaire, les joues et les côtés du
front (contre les orbites internes). Thorax et scutellum d’un vert métallique
très luisant, à reflets bleuâtres ou violacés: pilosité assez fournie et d’un
blanc jaunâtre à la face ventrale, sur les flancs, sur les callus huméraux et
postalaires, ainsi que sur les côtés du scutellum ; très rare sur le milieu
du dorsulum. Pattes d’un bleu métallique, à genoux d’un brun clair, à
pilosité rare d’un blanc jaunâtre ; pelottes d’un jaune sale. Abdomen d’un
vert métallique brillant à reflets bleuâtres, avec une teinte dorée vive sur
les flancs qui passe au rouge cuivreux métallique sur les segments anté¬
rieurs; sternites d'un bleu métallique; membrane ventrale d’un blanc
jaunâtre sale. Pilosité courte et très éparse, blanchâtre sur le ventre et les
flancs, noire sur le milieu du dos. Ailes à peu près hyalines, légèrement
teintées de jaune vers la moitié basale antérieure ; nervures d’un brun jau¬
nâtre. Cuillerons et balanciers d’un blanc jaunâtre ou jaune paille.
Longueur : : 1 2 à 13,5 mm. ; çf : 11 à 12 mm.
Cette espèce s’écarte complètement par son faciès de la précédente. Le
corps n’est pas déprimé, mais cylindrique l’abdomen est conique, renflé-
cylindrique à la base, régulièrement rétréci en pointe vers l’extrémité pos¬
térieure; le tergite basal porte à la base une forte dépression médiane en
selle, limitée de part et d’autre par une bosse. Tégument fortement luisant,
à sculpture assez grossière, surtout à l’abdomen, constituée par de nom¬
breux points enfoncés et une fine striation transversale. Les antennes sont
plus courtes que chez Cobboldia loxodontis : le 1er article falciforme, très
petit, beaucoup plus large que long, apprimé ; le 2° est court, à peu près
53
774
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
aussi long que large, divisé à l’extrémité antérieure en 3 larges bosses qui
affectent déjà quelque peu la forme de lobes, mais qui ne recouvrent guère
la base du 3e article ; 3e article grand, brièvement ovale de profil, à peu
près aussi long que large, environ 2 fois aussi long que le 2e, en forme de
hache, fortement renflé-arrondi en arrière, comprimé graduellement en
une carène obtuse en avant. Chez les nombreux individus examinés la
lre cellule marginale postérieure de l’aile est complètement fermée et briè¬
vement pédonculée.
Ce Diptère curieux offre un faciès tout différent des autres Cobboldia , au
point que nous avons songé un instant à le ranger dans une coupe géné¬
rique nouvelle. Au premier aspect il a une ressemblance remarquable avec
certains Hyménoptères de la famille des Cbrysides, tant par sa forme
générale que par sa livrée brillante d’un vert-bleu métallique et même par
sa sculpture grossière, ponctuée et striée.
Larves au 3e stade. — Elles sont toujours plus petites que
celles de Cobboldia loxodontis Br. ; les plus grandes que nous
ayons vues mesuraient i!\ à i5 rnm. de long sur 6 à 7 mm. de
plus grande largeur. Leur coloration est d’un blanc sale.
La forme générale du corps est la même que chez les autres
Cobboldia ; il n’existe pas de champs intermédiaires à la face
do rsale et ventrale. Sur les flancs, des sillons longitudinaux
plus ou moins prononcés délimitent des bourrelets latéraux : 011
en trouve de chaque côté 3 par segment, sur les 3e et 4e anneaux;
les segments 5 à 11 n’en présentent plus que 2 paires (une dor¬
sale et une ventrale), et sur le 11e, ces bourrelets sont incom¬
plètement séparés. Gomme chez Cobboldia loxodontis, il existe
des champs fusiformes latéraux intermédiaires entre les anneaux
5 à 6, 6 à 7, 7 à 8 et parfois aussi 8 à 9.
En outre, on trouve sur les bourrelets latéraux des 8° à 1 ic seg¬
ments de chaque côté une protubérance conique papilliforme :
sur les 9e et 10e, elle est placée vers le tiers postérieur du bour¬
relet latéral ventral et dirigée en arrière; sur le 8e, elle est
moins prononcée et occupe une position plus dorsale, vers le
milieu du bourrelet ventral ; sur le 11e, elle est reportée vers le
milieu du bourrelet latéral ventral. Enfin on en trouve même
une indication sur le 7e segment, sous forme d'un petit mame¬
lon relevé occupant la place de la papille du 8e anneau.
Les deux segments du pseudo-céphalon sont conformés comme
chez Cobboldia loxodontis ; il en est de même du segment
anal qui est pourvu de 3 paires de papilles coniques : deux sur
la lèvre supérieure et une sur la lèvre inférieure.
Les stigmates antérieurs et les plaques stigmatiques posté-
Séance du 8 Décembre i 9 i 5
775
rieures ont la même structure et disposition que chez les autres
Cobboldici.
Spinulation. — Elle est beaucoup moins abondante que chez
Cobboldia loxodontis Br. Sur le pseudo-céphalon, sa disposition
est sensiblement la même que chez cette espèce, mais elle est
beaucoup plus faible et semble même faire défaut au milieu de
la face dorsale, au-dessus des antennes. — A la face ventrale, le
bord antérieur des segments 3 à 9 est garni d’épines; celui des
10e à 12e estinerme; sur le 10e on trouve parfois un petit groupe
latéral d’épines. La spinulation est très faible au 3e segment,
dont le bord antérieur est d’ailleurs très fortement rétracté ;
nous croyons pourtant qu’il en existe des traces, car on la trouve
déjà chez la larve au Ier stade. On trouve 1 à 2 rangées d’épines
sur le 4e segment ; 2 à 3 sur le 5e ; 3 à 4 sur les 6P et 70 ; 2 à 3
sur les 8e et 9e; la spinulation ventrale du 9e anneau est légère¬
ment interrompue sur la ligne médiane. — A la face dorsale,
le bord antérieur des 3e à 7e segments est garni d’épines; celui
des 8e à 12e est inerme ; parfois le 8e anneau montre un groupe
latéral antérieur d’épines plus ou moins développées. Celles-ci
sont.courtes et placées sur 1 à 2 rangs sur le 3° segment; on en
trouve 2 rangées sur les 5e et 6e ; 2 à 3 sur le 4°, dont les épines
antérieures sont plus grandes et dirigées en avant ; 1 à 2 rangées
irrégulières sur le 70. Les aires épineuses dorsales des anneaux
6 et 7 sont plus ou moins largement interrompues sur la ligne
médiane. — Sur les flancs, on trouve une spinulation sur les
champs fusiformes intermédiaires et au bord antérieur des
bourrelets latéraux des anneaux 3 à 8. — La spinulation du
segment anal offre la même disposition que chez Cobboldici loxo¬
dontis, mais les épines sont plus courtes.
Pupes. — La coloration générale est d’un noir brunâtre lui¬
sant ; les rebords postérieurs amincis des segments, ainsi que
les plis qui se forment lors de la dessiccation de la peau larvaire,
tranchent par leur couleur brun clair. Pupe en tonnelet cylin¬
drique au milieu, fusiforme, rétrécie graduellement et largement
arrondie en avant, tronquée en arrière. Le segment anal (12e)
est complètement rétracté dans le précédent, invisible aussi
bien de la face dorsale que de la face ventrale ; la fente stigma-
tique complètement obturée ne laisse plus voir les stigmates
postérieurs. Par contre, les stigmates antérieurs, qui chez la
larve adulte ne s'élèvent pas au-dessus des téguments environ-
776
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nants, sont très saillants chez les pupes et se présentent comme
deux protubérances renflées d’un brun jaunâtre, portées sur un
court pédoncule; leur extrémité élargie est festonnée par une
couronne complète de petites papilles circulaires, au nombre
de 12, au centre desquelles paraissent les pseudo-ostioles stig-
matiques. — Longueur : i3 à i5 mm.; largeur maximum : 5 mm.
La durée de la nymphose est sensiblement la même que chez
Cobboldia loxodontis Br. (19 à 20 jours).
C’est chez cette espèce que Lun de nous a pu faire les obser¬
vations sur la ponte qui ont été publiées récemment (J. Rodhain.
Note sur la ponte des œstrides des genres Gyrostigma et Cob¬
boldia. — Bail. Soc. Path. exot ., VIII, 1916, p. 275-279).
Roubaud (Et. s. la faune paras, de LAfr. occ. franç., ier fasc.,
1914, p. 207) écrit à propos des Cobboldia ; « D’après les obser¬
vations de Brauer, ces mouches sont ovipares comme celles des
Gastrophilas. Les œufs, qui ont été figurés déjà par Cobbold, se
rencontrent sur la peau et sur les poils des éléphants. Ils sont
pondus au nombre de 200. » Ce sont là malheureusement des
erreurs : ni Brauer, ni Cobbold n’ont assisté à la ponte de
Cobboldia et avant les observations récentes de l’un de nous,
personne ne pouvait affirmer que ces Œstrides fussent réelle¬
ment ovipares. Brauer ( Denkschr . K. Ak. Wiss. math, naturw.
Cl. Wien , LXIV, 1897, p. 266) n’a connu que des œufs trouvés à
la dissection des 9 de Cobboldia elephantis. C’est Sclater [Proc.
Zool. Soc. London , 1871, p. i45-i46) qui signala le premier des
œufs de mouche déposés en séries régulières sur les défenses de
l'Eléphant d’Inde, à la base de la partie libre, du côté externe,
sous les lèvres; leur origine restait, pour lui, un mystère.
Cobbold, qui les a décrits et figurés ( Trans . Linn. Soc. Zool.
London [2], II, pt. 4. 1882, p. 248, fig. 1 3) , émit l’hypothèse
qu’elles pourraient appartenir aux larves gastricoles des
r
Eléphants, mais il 11e put fournir à l’appui aucune observation
précise, de sorte que le fait paraît encore douteux en 1897 à
Brauer.
Position systématique du genre Cobboldia. — Dès 1887,
Brauer avait reconnu par l’étude des larves seules que Cobboldia
s’écartait profondément des autres types d’Œstrides et avait du
par suite modifier sérieusement les caractères de ses Œstridæ
gastricolœ. Plus tard la découverte de la mouche adulte vint
compliquer la chose, au point qu’après une longue discussion,
Séance du 8 Décembre 1915
777
Brauer ne parvint pas à classer ce genre d’une manière satisfai¬
sante.
En réalité, Cobboldia ne peut se ranger dans aucun des grou¬
pes de Myodaires. et il y a lieu de créer pour ce genre une
sous-famille particulière ; le fait a été reconnu par G. Endérlein
en 1911 ( Stettiner eritom. Zeitg LXXil, p. i45); cet auteur
rattache avec raison ses Cobboldiinœ à la famille des Anthomyidœ
de Girschner, caractérisée par l’absence de soies hypopleurales.
Cobboldiinœ G. Enderlein, 1911.
Caractères généraux. — Imago : Ocelles bien développés;
pièces buccales rudimentaires, mais bien visibles; palpes bien
développés, très longs et renflés en massue. Suture transverse
médiane du dorsulum continue au milieu. Ailes à membrane
régulièrement ridée; 4e nervure longitudinale nettement recour¬
bée en une nervure transverse apicale dépourvue d’appendice
au coude et qui s’arrête sur la costale ou sur la 3e nervure lon¬
gitudinale. Cuillerons alaire et thoracique contigus, séparés par
un angle aigu ; le cuilleron thoracique très développé, prolongé
vers le dehors et vers l’intérieur, atteignant les bords du
scutellum et cachant complètement les balanciers. Pas de traces
de soies hypopleurales ni d’autres macrochètes au thorax.
Abdomen composé en apparence de 4 tergites visibles, les Ier
et 2e étant fusionnés ; membrane ventrale très largement déve¬
loppée ; ovipositor 9 extensible, composé de 4 anneaux, le der¬
nier terminé par une paire de stylets très courts. Hypopygium c?
gros, formant une bosse nette, replié sous le dernier tergite;
crochets supérieurs (forci pes superiores) soudés en un lobe
unique, arrondi-cordiforme ; crochets inférieurs (paralobes, for-
cipes inferiores) libres, courbés vers l'intérieur; fulcrum pénis
dirigé en avant; 5° sternite abdominal ç? fendu profondément
sur la ligne médiane.
Larves au 3e Stade. — Gastricoles chez les Proboscidés. —
Une seule paire de crochets buccaux; bourrelets antennaires
largement écartés l’un de l’autre, non entourés d’un anneau de
chitine à la base, pourvus de deux points ocellaires ; 12 anneaux
distincts, les deux premiers (pseudo-cephalon) assez nettement
séparés l’un de l’autre; le 12e libre, réuni par une large base
au précédent ; cavité stigmatique postérieure fermée par deux
lèvres garnies de papilles coniques; larves amphipneustiques :
778 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Stigmates antérieurs bien visibles entre les 2e et le 3e segments
sous forme d’anneaux chitineux ; plaques stigmatiques posté¬
rieures pourvues chacune de 3 péritrèmes en forme de fentes
droites, avec des travées chitineuses internes anastomosées par
alternance.
Genre unique : Cobboldia Brauer \Wien. entom. Zeitg ., VI,
1887, p. 218, Tab. III (larve); Denkschr. K. Ah. Wiss. math,
naturw. Cl. Wien, LXIV, 1897, p. 264 (imago)].
Les trois espèces connues jusqu’ici sont :
1. C. éléphant ls (Steel), larve et imago 9 c?« — Asie tropicale.
Larves dans l’estomac et l’intestin A E le plias indiens Guv.
2. C. loxodontis Brauer, larve et imago 9 C?* — Afrique tro¬
picale (Zambèze, üuellé, Haute-Côte d’ivoire). Larves dans
l’estomac et l’intestin d Elephas (Loxodon) af ricanas Blum.
3. C. chrijsidiformis Rodh. et Beq., larve et imago 9 C?- —
Afrique tropicale (Ouellé). Larves dans l’estomac et l'intestin
A Elephas (Loxodon) af ricanas Blum.
Séance du 8 Décembre 1915
779
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
American Journal of 7 ropical Diseases and Préventive Medicine ,
t. III, n° 4, oct. 1915.
Annual Report of the working of the Public Health Départ.
( 1 9 r 4- 1915), Malte.
British Medical Journal , nos 2863-2866, i3 nov. -4 déc. 1916.
Cronica Medica , t. XXXII, nos 627-628, sept, et oct. 1915.
Geneeskundig Tij dschrift uoor Nederlands-Indië , t. LII, f. 6 ;
t, LIII, f. 4; t. LY, f. 5 et i. LV, supplém. consacré à la peste.
Indiari Journal of medical Research , t. III, f. 2, oct. 1910.
Journal ofthe Royal Army Medical Corps , t.XXV, nos 3 et 4? sept,
et oct. 1915.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene , t. XVIII, n° 23,
1e1' déc. 1915.
Malariologia , t. VIII, 11 0 5, i5 oct. 1915.
Pediatria , t. XXIII, f. n, nov. 1916.
Revista de Veter inaria e Zootechnia , t. V, n° 3, juin 1915.
Revue scientifique , nos 22-23, i3 nov. -4 déc. 1915.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene ,
t. IX, n° 1, oct. 1910.
Tropical Diseases Bulletin , t. VI, n° 7, 10 nov. 1916.
VOLUMES ET BROCHURES
A. J. Chalmers et D. Papatheodorou. The administration of
Emetine du ring Pregnancy and Menstruation.
A. J. Chalmers et A. Marsiiall. Nile Boils in the Anglo-
Egyptian Sudan.
Ricardo Jorge. La Guerre et la Pensée médicale.
Louis Martin. Rapport sur les Réinjections sériques.
David Quiros. Cirrosis Amébica del Higado.
780
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicine .
American Society of Tropical Medicine .
Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instiluto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium bibliographicum .
British medical Journal .
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Journal of the Royal Army Medical Corps.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences ).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galle du Sud.
Revista de Veter inaria e Zootechnia (Rio de Janeiro).
Review of cipplied entomology .
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
( Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical Veter inary Bulletin.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET C1®.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS
LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
PENDANT L’ANNÉE 1915
PAGES
A
Acariens récoltés en Haute- Guinée .
Actinomycose humaine. Nouveau cas au Pérou .
Adénite tropicale . .
Afrique occidentale. Chéromyies .
— Kystes à filaires(T)/m/mcercauo/uM^s,)auSoudan.
— — dans l’Ouellé .
— Arthropodes récoltés en Ilaute-Guinée.
Ainhum .
Alcoolisme au Congo .
Algérie. Fonctionnement du laboratoire de Béni-Abbès en 1914 .
— Infection tuberculeuse chez les indigènes de la région d’Aïn-
Bessem (Tell Algérois) .
— Infection tuberculeuse chez les indigènes de Gambetta (Hauts-
Plateaux constantinois) .
Destruction du Schistocerca peregrina parle Coccobacillus
acridiorum .
Allemagne. Etat sanitaire dans un camp de prisonniers. . . .
Allocution du Président .
Amibe dysentérique. Phénomène biologique .
Amibiase et émétine .
et choléra .
— dans POuellé (Congo belge) .
Ane. Mycétome du poumon .
Anguillulose en Cochincbine . 208,
Antilope. OEstrides .
Antimoine. Suspensions huileuses dans les trypanosomiases .
Arsenic. Suspensions huileuses dans les trypanosomiases .
Arvicanthis. Trypanosomes .
Aspergillus nidulans .
Atoxyl dans les trypanosomiases . 37,
— dans la prophylaxie de la maladie du sommeil ....
— Influence du traitement à T — sur la natalité infantile chez
les trypanosomés .
656
571
611
462
655
740
656
570
308
66
250
425
634
547
5
573
332
641
742
11
245
453
28
28
80
11
339
178
752
782 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Auchméromyies . 2, 459, 462, 593, 659
B
Banga, affection hystériforme de l’Ouellé (Congo belge) . 743
Batraciens. Résistance au virus rabique; mécanisme. . 13
— Cycle évolutif des Opalines . 397
— Sécrétion cutanée muqueuse. Propriétés vaccinantes contre
le virus rabique . 730
Béribéri. Cas autochtone en Italie méridionale . 218
Bilharziose dans le Moyen-Ghari . . (104
— dans l’Ouellé (Congo belge) . . 742
— Etiologie . 621
Billet (Eloge) . 352
Blastomycose humaine au Pérou et en Bolivie . 90
— généralisée à Coccidioides immitis . 712
Blennorrhagie au Congo . 206
Bolivie. Blastomycose humaine . 90
Bovidés. Trypanosomiases du M’Bomou . 197
— Dermatose contagieuse . 354
— Piroplasmes chez les — de la Chaouia . 643
C
Camallanus (genre) = Cucullanus Auct . 446
Cambodge. Insectivore réservoir de la peste . 54
Cénure de la Gerbille à pieds velus . 173
Champignons. Aspergillus d’un mycétome du poumon chez l’âne . . il
— Infection généralisée à Coccidioides immitis ... 712
Chameaux. Trypanosomiase dans le Sud-Oranais . 68
Chancre mou au Congo . . . 207
Chauve-souris. Plasmodium de Epomophorus franqueti .... 729
Chéromyies de l’Afrique occidentale . 462
Chevaux. Trypanosomiase dans le Sud-Oranais . 68
— Trypanosomiase au Maroc .... 115,433,503,576, 646
— Dermite granuleuse . 362, 695
— Evolution du parasite de la lymphangite épizootique. . . 248
Chien. Trypanosomiase naturelle. . . 70
— Leishmaniose . . 162, 488, 502
Chirurgicales (maladies) au Congo . 311
Choléra. Vaccination préventive . 17
— Nouveau milieu de culture . 52
— Instruction pour prélèvement, envoi et examen des fèces. . 98
— et dysenterie amibienne . 641
Gimex boueti . 657
Cobboldia (genre). Ponte . 278
Coccidioides immitis . . 712
Cochinchine. Parasitisme intestinal . 208, 245
— Dysenterie bacillaire à Saigon .
Table analytique des Matières 783
PAGES
Coléoptères produisant dermatite vésiculaire . 587
Congo. Noies de géographie médicale de 1a. section française de la
mission de délimitation avec le Cameroun. 424, 499, 304, 515
— Hématozoaire; de petits mammifères de l’Ouellé . 726
Maladie du sommeil dans le Bas M’Bomou . 438, 178
— Dermatose contagieuse des Bovidés . 354
— Epizootie de gorets . 360
— Dermite granuleuse des Equidés . 362
OEstrides . 452, 687, 765
Auchméromyies . 459, 593
— Dispersion des glossines au — belge . 463
— Mission de Kisantu . 560
— Bilharzioses dans le Moyen-Chari . 604
— Pathologie indigène de l'Ouellé .
— Trypanosomiase humaine et natalité infantile . . . 578, 752
Conjonctivite a Béni-Abbès . 67
Côte d’ivoire. Trypanosomes des muridés . . 80
Crésyl. Destruction des poux . 280
Cricetomys gambianus . Hémogrégarine de . 728
Crocidura murina réservoir de la peste au Cambodge . 54
Ctenopsylla musculi. Ilerpetomonas de . 266
Cucullanus (Auct. non Mueller) = Camallanus . 446
Culture du parasite de la lymphangite épizootique . 49, 89
— du vibrion cholérique (milieu sodo-glycériné) . 52
d ' Herpetomonas ctenopsyllœ . 266
Cutanées (maladies) au Congo . 304
D
Debab dans le Sud-Oranais . 68
Dendromys sp. ? Trypanosome . 726
Dermatophilus congolensis . 354
Dermatite vésiculeuse causée par des Coléoptères . 587
Dermatose contagieuse des bovidés . 354
Dermite granuleuse des Equidés . 362, 695
Dermanyssm gallinœ hirondinis . 657
Diagnostic des trypanosomiases . 112
Diaminoarsénobenzène. Dérivés O, etOKj dans les trypanosomiases 34, 32
— Dérivés Qi et OKj dans la trypanosomiase
humaine . 74, 169
Différenciation des trypanosomiases . 112
Dysenteries indo-chinoises . 208
— bacillaire à Saigon . 720
— au Congo . 302
— amibienne et choléra . 644
E
Elections . 565, 711
784 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Eléphant d’Asie. Helminthes . 117
— d’Afrique, OEstrides . 765
Eléphantiasis dans l’Ouellé et Filaria volvulus . 740
Emétine dans l’amibiase . 332
Emétique dans le traitement de la leishmaniose infantile .... 63
— dans le traitement des trypanosomiases .... 3c9, 348
Envenimation au Congo . 310
Eucalyptus (essence). Destruction des poux . 378
F
Fèces. Prélèvement, envoi et examen pour la recherche du vibrion
cholérique .... 98
Fièvre hémoglobinurique. Opothérapie rénale . 119
— — Rôle de la quinine . 597
Fièvre jaune. Nature infectieuse et transmission par les insectes ;
hypothèse émise en 1821 . 467
— — Préparations de Paraplasma flavigenum .... 562
— — et Maroc à . 732
Fièvre récurrente à Béni-Abbès . 67
— dans l’Ouellé (Congo belge) . 745
Fièvre typhoïde dans un camp de prisonniers en Allemagne . . . 549
Filaires des chevaux dans le Sud-Oranais . 68
— Kystes d ’Onchocerca volvulus au Soudan français .... 635
Filaria volvulus et éléphantiasis dans l’Ouellé . 740
Filaria irritans . 362, 695
Finlay. Eloge . 562
Flagellés. Genre Pentatrichomonas — Hexamastix . 574
G
Galyl dans les trypanosomiases . 37
— dans les affections oculaires . 404
Génito-urinaires (maladies) au Congo . 307
Gerbiile à pieds velus. Cénure . 173
— Infection par Leishmania tropica . 680
— Infection par Trypan. gambiense . 750
Gerboise. Toxoplasmose expérimentale . 58
Glossines. Dispersion au Congo belge . 463
— Elevage dans un laboratoire d’Europe . 34
— de la Petite-Côte et du Bas-Saloum (Sénégal) . 130
de la Haute-Guinée . 657
Gæzia (genre) . 270
Goitre dans l’Ouellé (Congo belge) . 739
Golunda campanœ . Sensibilité aux trypanosomes de muridés. . . 80
Graham-Smith (corps de) dans les hématies de Mus decumanus . . 103
Grossesse et trypanosomiase . 578
Gyrostigma. Ponte . 275
Table analytique des Matières 785
PAGES
H
Habronémose cutanée = dermite granuleuse . 695
Helminthes de l’éléphant d’Asie . H 7
Helminthiase intestinale au Congo . 301
— — en Cochinchine . 208, 245
Hématophagie de larves de mouches . 2, 77, 591
Hémocytozoaires . 241
Plasmodium de Epomophorus franqueti . 729
Hémoglobinurique (fièvre). Opothérapie rénale . 419
— — Rôle de laquinine dans la pathogénie de — 597
Hœmogregarina akodoni . 166
Hémogrégarinidés. Position systématique . 241
Hémogrégarine de Cricetomys gambianus . 728
Hémorragies au Maroc . 595
Hémosporidies. Position systématique . 241
Hérédité. Absence d’immunité héréditaire dans la trypanosomiase. 73
Herpetomonas ctenopsyllœ ; sa culture . 266
Herpetomonas muscœ domesticœ. Infection du rat et de la souris . . 109
— de larves d’OEstrides cavicoles . 369
Hexamastiæ Derrieu et Raynaud nec Alexeiff = Pentatrichomonas . 574
Hippobosca maculata . 657
Hygiène au Maroc . 421
I
Immunité. Absence d’ — héréditaire dans la Trypanosomiase ... 73
Insectes. Rôle dans la fièvre jaune . 467
— de la Haute-Guinée . 657
Insectivore réservoir de la peste au Cambodge . 54
Intra-palpébro-réaction dans les trypanosomiases . 112
Italie. Cas autochtone de béribéri . 218
K
Kala-azar infantile. Cas de guérison à Hydra . 25
— — Traitement par l’émétique . 63
— au Turkestan russe . 474
L
Laboratoire de Béni-Abbès. Fonctionnement . 66
Lacertiens. Essais d’infection par Leishmania tropica . 104
Lagane. Eloge . 564
Lait. Passage des trypanosomes . 438
Leishmania donovani. Culture souillée par un champignon . . . 429
— — au Turkestan russe . 484
786 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Leishmania tropica. Infections expérimentales de la souris . . 22,
363, 499, 680
— — Infection expérimentale de la gerbille ... 680
— - — Essais d’infections de Lacertiens . 104
Leishmaniose américaine de la peau et des muqueuses . . . 284, 382
— canine à Dakar . 162
— — dans le Turkestan russe ...... 488, 502
— — cutanée au Turkestan russe . 494
Leishmanioses . 22, 25, 63. 104, 158, 162, 284, 363,
382, 474, 680
— de l’homme et du chien dans le Turkestan russe . . 474
— Période d’incubation chez les animaux . 430
Lèpre, Transmission par le mucus nasal . 57
— dans la zone de délimitation Afrique Equatoriale française —
Cameroun . 124
— dans l’Ouellé (Congo belge) . 737
— Réaction de Wassermann. . 252, 259
— — d’Eitner . 259
Lérot. Toxoplasmose expérimentale . 58
Leucocytozoon (genre) : Nature des cellules-hôtes; schizogonie;
caractères . 229
Locomoteur (appareil). Maladies au Congo . 307
Loir. Toxoplasmose expérimentale . ' . . . 58
— Infection par Trypan. gambiense . . 749
Ludyl dans les trypanosomiases . 3 7
— dans les affections oculaires . . 404
Lymphangite épizootique. Culture du parasite . 49, 89
— — Evolution du parasite chez le cheval . . 248
M
Maki. Infections par Trypan. gambiense et Tr. rhodesiense. . . . 746
Maladie du sommeil. Voir Trypanosomiase.
Maroc. Trypanosomiase des chevaux . . . . 115, 433, 503, 576, 646
— Hygiène . 121
— Hémorragies . 595
— Destruction du Sc/nstoeerca peregrina par Coccobacillus
acridiorum . 638
— Piroplasmes des bovidés de la Ghaouia . 643
Fièvre jaune et — . 732
Méningée (réaction) de la syphilis chez un noir . 570
Méningite cérébro-spinale pesteuse à Dakar . 92
— suppurée chez les noirs. . . 566
Meriones. Infection par Trypan. gambiense . 750
Minchin. Eloge . . 622
Mouche calliphorine à larve suceuse de sang d’oiseaux . 77
— anthomyide — — . 591
Moustiques. Rôle dans les trypanosomiases . iy5, 543
Table analytique des Matières 787
pages
Moustiques. Rôle dans le paludisme suspecté en 1774 . 279
— Note historique sur le rôle des — . 594
— de la Haute-Guinée . 658
— Stegomyia du Maroc. . 732
Mulot. Toxoplasmose expérimentale . 58
Muridés. Trypanosomes chez les — de la Côte d’ivoire . 80
Hémogrégarine et Trypanosome d ' Akodon fuliginosus . . 165
— Trypan. de Dendromys sp. ? . 726
Musconcha. Trypanosoma ebunieense . 84
— decumanus . Corps de Graham-Smith . 103
Musaraigne. Toxoplasmose expérimentale . 58
Myiases. Agents producteurs . 2
— de la Haute-Guinée . 658
Mycétome du poumon chez Fane . 11
— à grains rouges . 623, 624
Multiceps glomeratus de la Gerbille à pieds velus . 173
N
Nègres. Méningite suppurée . 566
— Réaction méningée de la syphilis . 570
Nématodes. Genre Gœzia . 270
— Genre Camallanus — Cucullanus . 446
— Spiroptères du genre Hnbronema et dermite granuleuse. 695
Néosalvarsan dans les trypanosomiases . 37
Nerveuses (maladies). Banga de l’Ouellé (Congo belge) . 743
Nocardia madurœ et pelletieri . 624
Nouvelle Calédonie. Peste . 422
O
Œil. Affections traitées par les sérums seuls ou associés au ludyl et au
galyl . 404,
Œstrides . .
— cavicoles. Herpetomonas parasites de larves .
— Genres Gyrostigtna e t Cobboldia .
— du Congo . 452, 687,
Oiseaux. Hématopliagie larvaire d’une mouche calliphorine ( Phormia
sordida ) .
— • Hématopliagie larvaire du genre nouveau Passeromyia .
Onyxis ulcéreux phagédénique .
Opalines. Cycle évolutif .
Ophtalmo-réaction dans les trypanosomiases .
Opothérapie rénale dans la fièvre bilieuse hémoglobinurique avec anurie
Ouvrages reçus . 47. 155, 417, 554, 705,
557
3
369
275
.*» /» Vî
/oo
77
594
71ô
397
112
119
779
P
Pœderus . Coléoptère produisant une dermatite vésiculeuse.
Paludisme à Béni Abbés .
587
67
788 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Paludisme au Congo . 202, 734
— Réaction de Wassermann . 258
— Rôle des moustiques suspecté en 1774 . 279
Pnraplasma flavigenum . 562
Passeromyia (genre nouveau) à larve hémalophage . 591
Pentatrichomonas (genre) = Hexamastix Derrieu et Raynaud nec
Alexeieff . 574
Pérou. Blastomycose humaine . 90
— Nouveau cas d’actinomycose . 571
Peste. Insectivore réservoir de virus au Cambodge . 54
— Cas de méningite cérébro-spinale à Da\ ar . 92
— en Nouvelle-Calédonie . 422
— Conservation du sérufn . 424
— Epidémie de Dakar . 660
Phacochères. OEstrides . 452
Pian dans la zone de délimitation Afrique Equatoriale française-
Cameroun . 124
— Traitement par le sel sodique du salvarsan cuprique . . . 582
Piroplasmes des bovidés de la Chaouia . 643
Piroplasmidœ . Position systématique ; priorité du nom Piroplasma . 241
Plasmodiidœ. Position systématique . 241
Plasmodium d’une chauve souris . 729
Porc. Epizootie de gorets au Congo . 360
Poumon. Mycétome chez l’âne. . 11
Poux de corps. Destruction par le crésyl et le brossage . 280
— Destruction par les essences ... ... 378, 470
Prisonniers. Etat sanitaire dans un camp en Allemagne . 547
Prowazek (von). Eloge de — . 159
Puces. Herpetomonas de Ctenopsylla musculis . 266
Punaises. Gimex boueti . 657
Q
Quinine. Rôle dans la patbogénie de la bilieuse hémoglobinurique . 597
R
Rage. Résistance des Batraciens et des serpents . 13
— Propriétés vaccinantes de la secrétion muqueuse des Batraciens 730
Raton. Infection par Trypan. gambiense . 749
Rats. Infection expérimentale par Herpetomonas muscœ domesticœ . 109
Réaction de Boveri dans la trypanosomiase humaine . 261
— d’Eitner chez les syphilitiques et les lépreux . 259
— de Wassermann dans la lèpre . 252, 259
— de Wassermann dans le paludisme . 258
— de Wassermann dans la syphilis . 259
Renard. Infection par Trypan. gambiense . 747
Table analytique des Matières 789
PAGES
S
Salvarsan dans les trypanosomiases . 37
— cuprique (sel sodique) dans la trypanosomiase, le pian et la
syphilis . 582
Sauterelles. Destruction du Schistocerca peregrina . . 629, 634, 638
Sénégal. Leishmaniose canine . 462
— Epidémie de peste . . 660
Serpents. Résistance au virils rabique; mécanisme . 13
Sérums dans les affections oculaires . 404
- — humain. Trypanosoma gambiense resté résistant .... 442
— Réinjections sériques . 709
Simulies de la Haute-Guinée . 657
Souris blanches infectées par Leishmania tropica. ... 22, 363
— — Infection expérimentale par Herpetomonas muscœ
domesticœ . 109
— naine (Mus minutas ). Toxoplasmose expérimentale ... 58
Stomatites au Congo . 301
Strongylidés de l’éléphant d’Asie . 117
Strongyloïdes intestinalis . Rôle pathogène . 208, 217
Syphilis au Congo . 204, 571
— Réaction de Wassermann et d’Eitner . 259
— Réaction méningée chez un noir . 571
- Traitement par le sel sodique du salvarsan cuprique . . . 582
T
Tarentola mauritanien. Essais d’infection par Leishmania tropica. 104
Tiques de la Haute Guinée . 656
Toæoplasma gondii . . 58
Toxoplasmose expérimentale . 58
Traitement de l’amibiase . 332
— de la leishmaniose infantile . 63
— de la trypanosomiase humaine .... 74, 169, 582, 752
— des trypanosomiases . 28,31,32,37, 339
— Sérothérapie. Réinjections . , 709
Trombidions de la Haute-Guinée . 657
Trypanosoma akodoni n . 167
— arvicanthidis n. var . 80
— berberum. Comparaison avec Tr. soudanense . 650, 654
— brucei. Passage dans le lait . 438
— cazalboui au Sénégal . 130
— congolense . Traitement, . 31, 339
— demdromysi . 726
dimorphon. Variations du pouvoir infectieux et de la
virulence . 314
— — Traitement . 28
— — au Sénégal . 130
54
790 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
PAGES
Trypanosoma eburneense n . 84
— evansi. Passage dans le lait . 438
— gambiense. Traitement . 28, 81, 32, 37
— — Passage dans le lait . 438
— — Conservation de la résistance au sérum
humain . .... 442
— — Infection de la gerbille, du loir, du maki,
du mériones, du raton et du renard . . 745
— guist'haui n . 87
— marocanum n., agent d’une épizootie équine à Casa¬
blanca . 433, 57G
— ougandœ Traitement . 339
— rhodesiense . Traitement . 32, 37
— — Passage dans le lait . 438
— — Infection du maki . 746
— soudanense. Traitement . 31
— — Comparaison avec Tr. berberum. . 650, 654
— — Absence d’immunité héréditaire. ... 73
— wrublewskyi — ? theileri . 431
Trypanosomes du type Lewisi chez les muridés de la Côte d’ivoire . 80
— Passage dans le lait . 438
— Longue incubation chez les chiens inoculés sur chèvre. 653
Trypanosomiases animales du Sud-Oranais. Infection naturelle du
chien . . 68, 70
— — Ophlalmo et intra-palpébro-réaction . . 112
— des chevaux du Maroc . 115, 433, 503, 576
— — de la Petite Côte et du Bas Saloum
(Sénégal) . 130
— — du M’Bomou . 197
— — Emétique en injections intramusculaires. 348
— humaine. Maladie du sommeil dans le Bas M'Bomou
138, 178
— — Maladie du sommeil au Congo (mission de
délimitation) . . 515
— — chez des Européens au Congo français. . 372
— — Traitement par les dérivés CL et OK, du
diaminoarsénobenzène . . . 74, 169
— — Traitement par le sel sodique du salvarsan
cuprique . 582
— — Réaction de Bovcri . 261
— — et grossesse . 578
— — et natalité infantile dans la région de
Kisantu (Moyen-Congo belge). . . . 752
expérimentale. Traitement avec suspensions lmileu-
— ses d’arsenic et d’antimoine . . 28
— — — par le dérivé Oj du diami¬
noarsénobenzène . 31
— — — par le dérivé OKi du dia¬
minoarsénobenzène . 32
Table analytique des Matières 791
PAGES
Trypanosomiase expérimentale. Traitement comparé par l'atoxyl, le
salvarsan, le néosalvarsan, le
galyl et le ludyl . 37
— — — par l’atoxyl et l'émétique. 339
— — Absence d’immunité héréditaire. . 73
Tuberculose dans le Tell Algérois . 250
dans les Hauts-Plateaux constantinois . 425
— pulmonaire dans l’Ouellé (Congo belge) . 739
Tumeurs au Congo . 303
Tunisie. Destruction du Schistocerca peregrina par Coccobacillus
acridiorum . 629
Typhus exanthématique . 160
Turkestan. Leishmaniose de l'homme et du chien . 474
Typhus exanthématique . 160
V
Vaccination contre le choléra . 17
Variole au Congo . 199
Venin. Les propriétés vaccinantes de la secrétion muqueuse des Batra¬
ciens contre le venin rabique sont indépendantes de celles
qu’elle possède contre sa propre action et contre celle du
venin de vipère aspic . 730
Vipère aspic (venin). Secrétion muqueuse de batraciens et vaccination
antirabique . 730
Ver du Cayor . 3
Ver de Guinée . 4
Vibrion cholérique. Nouveau milieu de culture . 52
— Recherche dans les fèces . 98
Vision (maladies de la) au Congo . 308
TABLE ALPHABETIQUE PAR NOMS D’AUTEURS
A
PAGES
D’Anfreville de la Salle (L.). L’hygiène au Maroc . 121
— Les hémorragies au Maroc . 595
— La fièvre jaune et le Maroc . 732
Aubert (P.). Sur deux cas de trypanosomiase observée chez des Euro¬
péens . 372
Grossesse et trypanosomiase . 578
— Essais de traitement de la trypanosomiase humaine avec un
dérivé CL du diaminoarsénobenzène . 74
— Essais de traitement de la trypanosomiase humaine par les
dérivés du diaminoarsénobenzène Oi et OKt . 169
Aubert (P.) et Micheli (M.). Essais de traitement des infections expéri¬
mentales à Trypanosoma gambiense et dimorphon avec des
« suspensions huileuses » d’arsenic et d’antimoine (Métoléine). 28
B
Bartet (A ). Contribution à l’étude des méningites suppurées observées
chez les noirs . . 566
Bauche (J.), Bailliet (A.) et Henry (A.). Sur les helminthes de l’élé¬
phant d’Asie . 117
Baujean (B.) et Mathis (C.). La réaction de Wassermann dans la lèpre. 252
Béguet (M.), Sergent (Edm.etEt.) et Lhéritier (A.). Comparaison entre
le Trypanosoma soudanense et le Tr. berberum .... 650
Béguet (M.), Musso (L.) et Sergent (Et.). Troisième campagne contre les
Acridiens ( Schistocerca peregrina Ol.) en Algérie au moyen
du Coccobacilius acridiorum d’HÉRELLE . 634
Belleval(G.), Sergent (Edm.) et Lhéritier. Sur le Trypan. marocanam,
n. sp., agent d’une épizootie équine à Casablanca en 1911 . . 433
Bequaert (J.). Sur quelques Auchméromyies du Congo . 456
— Dispersion des Glossines au Congo belge . 461
— Note rectificative concernant les Auchméromyies du Congo . 593
— Coléoptères vésicants. Discussion . 593
Bequaert (J.) et Rodhain (J.). Sur quelques OEstrides du Congo. 452,687, 765
Bertrand (L.). Parasitisme intestinal en Cochinchine . 245
Bijon (R.). Note sur un cas d’Aïnhum . 570
— Etude expérimentale chez l’homme de l’influence de la quinine
dans la pathogénie de la fièvre bilieuse hémoglobinurique . . 597
Boquet (A.) et Nègre (L.). Sur la culture du parasite de la lymphangite
épizootique . 49
Table alphabétique par noms d’Auteurs 793
PAGES
Boquet (A.) et Nègre (L.). Sur l’évolution du parasite de la lymphan¬
gite épizootique chez le cheval . 248
Bouet(G.j et Roubaud (E.). Nouvelles observations sur les Chéromyies de
l’Afrique Occidentale . 462
Bouilliez (M.). Les bilharzioses dans le Moyen-Chari (Territoire du
Tchad). Recherches expérimentales . 601
Bouin (A.) et Velu (IL). Essais de destruction de Schistocerca pere-
grina Olivier, au Maroc, par l’emploi des cultures micro¬
biennes ( Coccobcicillus acridiorum d’HÉRELLE) . 638
Brumpt (E.). Cycle évolutif des Opalines . 397
G
Carini (A.). Corps de Graham-Smith dans les hématies du Mus decu-
manus . 103
— Sur un cas blastomycose péritonéale à Coccidioides immitis . 712
— Onyxis ulcéreux phagédénique . 715
Carini (A.) et Maciel (J.). Sur une hémogrégarine et un trypanosome
d’un Muridé ( Akodon fuliginosus) ... 165
Caronia (G.) et di Cristina(G-). Sulla terapia délia Leishmaniosi interna 63
Cazalbou (L.). Au sujet des travaux de MM. L. Nègre et A. Roquet sur
le parasite de la lymphangite épizootique du cheval .... 89
di Cristina (G.) et Caronia (G.). Sulla terapia délia Leishmaniosi interna. 63
D
Dalle (M.) et Joyeux (Ch.). Notes sur l’état sanitaire dans un camp de
prisonniers en Allemagne . 547
Delanoë (P.). Au sujet des trypanosomes du type T. Lewisi Kent ren¬
contrés chez des muridés dans la région de Bouaké (Côte
d’ivoire) . 80
— Des variations du pouvoir infectieux et de la virulence de
Trgpanosoma dimorphon L. et M . 314
Delanoë (M. et Mme) et Fiori (C.). Sur un cas de trypanosomiase cons¬
taté chez un cheval à Mazagan . 503
Demidoff (A. -P.) et Yakimoff (W.-L.). Choléra et dysenterie amibienne 416
Denier (A.). La dysenterie bacillaire à Saigon . . . 720
Dubois (A.) et Van den Branden (F.). La réaction de Boveri dans la
trypanosomiase humaine . 261
— L’amibiase et son traitement par l’émétine à l’hôpital des noirs
de Léopoldville . 332
Dujardin-Beaumetz (E.). Méningite pesteuse. Discussion . 96
— Conservation du sérum antipesteux. Discussion . 424
Dupont (V.) et Lafont (A.). Action comparée, in vivo, chez le rat blanc,
de Tatoxyl, du salvarsan, du néosalvarsan, du galÿl, et du ludyl,
sur Tr. gambiense et Tr. rhodesiense . 37
— Affections oculaires rencontrés en A. O. F. et essais de traite¬
ment par les sérums thérapeutiques seuls ou associés aux
injections intraveineuses de ludyl et de galyl .... 404, 557
E
Emily (J.). Adénites tropicales
614
794 Bulletin de la Société de Pathologie exotique /
PAGES
Escomel (E.). Sur la blastomycose humaine au Pérou et en Bolivie. . 90
— Sur un nouveau cas d’actinomycose au Pérou . 571
— A propos d’un phénomène biologique de l’amibe dysentérique. 573
Eyraud (A.) et Velu (H.). Observations sur diverses formes de piro¬
plasmes, rencontrées sur des bovins indigènes de la Chaouïa. 643
F
Fiori (C.), M. et Delanoë. Sur un cas de trypanosomiase constaté
chez un cheval à Mazagan . 503
Foley (II.) et Sergent (Edm.). Destruction par l’essence d’Eucalyptus
des poux de corps, agents transmetteurs de la fièvre récurrente
et du typhus exanthématique . 378
Franchini (G.) et Laveran (A.). Au sujet d’un Herpetomonas de Gteno-
psylla musculi et de sa culture . 266
Franchini (G.) et Mantovani (M.). Infection expérimentale du rat et de
la souris par Herpetomonas muscœ-domesticœ . 109
França (G.). Quelques observations sur le genre Leucocytozoon . . . 229
C
Greggio (G.). La Trypanose humaine et la natalité infantile dans la
région de Kisantu (Moyen-Congo belge). Influence du traite¬
ment atoxylé . 752
Guyomarc’h et Bingenbacii (J.). La Lèpre et le Pian dans les territoires
parcourus par la section française de la Mission de délimitation
Afrique équatoriale française-Cameroun en 1912-1913 ... 124
— Notes de géographie médicale de la section française de la Mis¬
sion de délimitation Afrique équatoriale française-Cameroun
en 1912-1913 : Variole. — Paludisme. — Maladies vénériennes 199
Ibid. Maladies du tube digestif; maladies cutanées ; appa¬
reils locomoteur, circulatoire, nerveux, génito-urinaire; affec¬
tions des organes des sens ; intoxications ; envenimations ;
affections chirurgicales . 301
— Ibid. Maladie du sommeil . 515
H
Heckenroth (F.). Au sujet des grains rouges d’un mycétome .... 624
Heckenroth (F.) et Lafont (A.). Un cas de leishmaniose canine à Dakar 162
Heckenroth (F.), Lafont (A.) et Lecomte (A.). Une observation de ménin¬
gite cérébro-spinale à Dakar, causée par bacille de Yersin . . 92
Henry (A.) et Railliet (A.). Sur les Nématodes du genre Goezia Zeder. 270
Sur les Nématodes du genre Camallanus (= Cucullanus
Auct., non Millier, 1777) . 446
— Le parasite de la dermite granuleuse des Equidés . 695
Henry (A.), Bauche (J.) et Railliet (A.). Sur les Helminthes de l’éléphant
d’Asie . 117
D’Hérelle (F.). La campagne contre les sauterelles en Tunisie en 1915. 629
— Lutte contre les sauterelles. Discussion . 640
Heymann (P.) et Mathis (C.). La réaction de Wassermann dans le palu¬
disme . 258
Table alphabétique par noms d’Auteurs 795
PAGES
IIoussiau (J.) et Rodhain (J.). Dermatite vésiculeuse saisonnière produite
par un coléoptère . 587
J
Jeanselme (E.) et Vernes (A.). Réaction de Wassermann et réaction d’Eit-
ner chez les syphilitiques et les lépreux . 259
Jouenne. Un cas de mycétome à grains rouges . 640
Joyeux (Ch.). Sur quelques Arthropodes récoltés en Haute-Guinée fran¬
çaise . 656
Joyeux (C.) et Dalle (M.). Notes sur l’état sanitaire dans un camp de pri¬
sonniers en Allemagne . 547
K
Kérandel (J.). Insectivore réservoir de virus de la peste au Cambodge . 54
L
La Caya (F.). Sopra un caso autoctono di béribéri nell’ Ilalia méridionale
avec résumé français . 218
Lafont (A.). Mycétome à grains rouges. Discussion. . 628
Une épidémie de peste humaine à Dakar (avril 1914-février 1915) 660
Lafont (A.) et Dupont (Y.). Action comparée, in vivo, chez le rat blanc,
de l’atoxyl, du salvarsan, du néosalvarsan, du galvl et du ludyl,
siur Tr. gambiense et Tr. rhodesiense . 37
— Affections oculaires rencontrées en A. O. F. et essais de traite¬
ment par les sérums thérapeutiques seuls ou associés aux injec¬
tions intraveineuses de ludyl et de galyl . 404, 557
Lafont (A.) et Iîeckenroth (F.). Un cas de leishmaniose canine à Dakar 162
Lafont (A ), Lecomte (A.) et IIeckenroth (F.). Une observation de ménin¬
gite cérébro-spinale à Dakar, causée par le bacille de Yersin . 92
Landes (L.), Luéritier (A.) et Sergent (Edm.). Absence d’immunité héré¬
ditaire à l’égard du Trypanosoma soudanense chez un chevreau
né d’une chèvre immunisée envers ce trypanosome .... 73
Lanfranchi (A.). L’oftalmo e l’intrapalpebroreazzione nella diagnosi e
nella differenziazione di alcune tripanosomiasi, avec résumé
français . 112
— Sur le passage des Trypanosomes dans le lait . 438
— Recueil de travaux. Présentation . 349
Laveran (A.). Le dérivé CR du diaminoarsénobenzène dans les trypano¬
somiases du chien et du cobaye . 31
— Nouvelle contribution à l’étude du Toxoplasma gondii . . 58
— Des Lacertiens peuvent-ils être infectés par des Leishmania9. . 104
— Les leishmanioses chez les animaux. Présentation .... 157
— Rôle pathogène des anguillules intestinales. Discussion du
mémoire Noc . 217
— Sur les Leucocytozoon. Discussion du mémoire França . . 240
— Leishmaniose américaine de la peau et des muqueuses . 284, 381
— Sur une culture de Leishmcinia Donovani souillée par un cham¬
pignon . 429
— Au sujet d’un Trypanosoma gambiense qui, conservé depuis
796
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
pages
12 ans chez des animaux, est resté résistant au sérum humain 442
Laveran (A.). Au sujet des Trypanosomiases équines du Maroc . . . 576
— Trypanosoma soudanense et Tr. berberum. Discussion . . 654
— Nouvelle contribution à l’étude des infections expérimentales
de la souris par la Leishmania tropira ; un cas d’infection de
la gerbille . 383, 680
— L’infection par Trypanosoma gambiense chez un maki, un
renard, un rai on, deux loirs, un meriones et deux gerbilles . 745
Laveran (A.) et Franchini (G.). Au sujet d’un Herpetomonas de Cteno-
psylla musculi et de sa cullure . 266
Lecomte (A.), Les kystes à filaires ( Onchocerca volvulus) au Soudan
Français . 655
Lecomte (A.), Heckenroth (F.) et Lafont (A.) Une observation de ménin¬
gite cérébro-spinale à Dakar, causée par le bacille de Yercin . 92
Legendre (Jean). Destruction des poux de corps par le crésyl et le bros¬
sage . 280
Leuroux (R.). Sur la destruction des poux . . 470
Lhéritier (A.), Béguet (M.) et Sergent (Edm. et Et.). Comparaison entre
le Trypanosoma soudanense et le Tr. berberum . 650
Lhéritier, Belleval (G.) et Sergent (Edm). Sur le Trypan. maroca?uim,
n. sp., agent d’une épizootie équine à Casablanca en 1911 . . 433
Lhéritier (A.), Landes (L.)et Sergent (Edm.). Absence d’immunité héré¬
ditaire à l’égard du Trypanosoma soudanense chez un che¬
vreau né d’une chèvre immunisée envers ce trypanosome . . 73
Lhéritier (A.) et Sergent (Edm.). Longue incubation ou latence d’infec¬
tions à trypanosomes chez des chiens inoculés avec des virus
provenant de chèvres . . 653
Lignos (A .). Quelques nouveaux cas de guérison du kala-azar infantile
observés à Hydra . 25
v • i
M
Maciel (J.) et Carini (A.). Sur une hémogrégarine et un trypanosome
d’un Muridé (Akodon fuliginosus) . 165
Mantovani (M.) et Franchini (G.). Infection expérimentale du rat et de
la souris par Herpetomonas muscœ -domesticœ . 109
Marchoux (E.). Quinine et bilieuse hémoglobinurique. Discussion . . 603
Martin (L ). Réinjections sériques. Présentation . 709
Masson et Pinoy (E.). Mycétome du poumon de l’âne . 11
Mathis (G.) et Baujean (R.). La réaction de Wassermann dans la lèpre 252
Mathis (C.) et Heymann (P.). La réaction de Wassermann dans le palu¬
disme . 258
Mesnil (F.). Sur la position systématique des Hémosporidies. Discus¬
sion du mémoire França . . 244
— Trypan. Wrublewskyi. Discussion . 433
— A propos du flagellé nouveau décrit par MM. Derrieu et Ray¬
naud ( Pentatrichomonas — llexamastix D. et R. nec Ale-
xeieff . 574
Mesnil (F.) et Motais (F.). Sur l’action trypanocide in vivo d’un dérivé
(OKi) du diaminoarsénobenzène . 32
Mesnil (F.) et Pinoy (E.). A propos de l’agent de la dermatose conta¬
gieuse. Discussion . 359
Table alphabétique par noms d’Auteltrs 797
PAGES
Micheli (M.) et Aubert (P.). Essais de traitement des infections expé¬
rimentales à Trypanosoma gambiense et dimorphon avec des
« suspensions huileuses » d’arsenic et d’antimoine (Métoléine) 28
Morax (V.). Essais de traitement des affections oculaires par les sérums.
Discussion. . 4 l.H
Motais (F.) et Mesnil (F.). Sur l’action trypanocide in vivo d’un dérivé
(OKi) du diaininoarsénobenzène . 32
Musso (L.), Sergent (Et.) et Bégijet (M.). Troisième campagne contre
Acridiens ( Schistocerca peregrina 01.) en Algérie au moyen
du Coccobcicillus acridiorum d’HÉRELLE . 631
N
Nègre (L.) et Boquet (A.). Sur la culture du parasite de la lymphangite
épizootique . 49
— Sur l’évolution du parasite de la lymphangite épizootique chez
le cheval . 248
Nicolas ^Ch.). A propos de la peste en Nouvelle-Calédonie . . . . 422
Nicolle (Ch.). Quelques points concernant le typhus exanthématique . 160
— Le rôle des moustiques dans la transmission du paludisme sus¬
pecté en 1774 279
Noc (F.). Parasitisme intestinal en Cochinchine. Contribution à l’étude
des dysenteries indo-chinoises . 208
O
Oüzilleau (F.). Rapport d’ensemble sur la maladie du sommeil dans le
Bas-M’Bomou (1912-1913) . 138, 178
P
Parrot(L.). L’infection tnberculeuse dans la région de Gambetta (Hauts
Plateaux Constantinois) . 423
Perrot (E.). L’œuvre scientifique et sociale de la mission de Kisantu.
Présentation . 560
Phisalix (Mme M.). Mécanisme de la résistance des batraciens et des
serpents au virus rabique . v . 13
— Les propriétés vaccinantes de la sécrétion muqueuse des Batra¬
ciens contre le virus rabique sont indépendantes de celles qu’elle
possède contre sa propre action et contre celle du venin de
Vipère aspic . 730
Pinoy (E.) et Masson. Mycétome du poumon de l’âne . Tl
Pinov (E.) et Mesnil (F.). A propos de l’agent de la dermatose conta¬
gieuse. Discussion ... . .... 359
Pottevin (H.). Instructions pour le prélèvement, l’envoi et l’examen des
fèces en vue de la recherche du vibrion cholérique .... 98
Poujoi. (Jean) et Sergent (Edm.). L’infection tuberculeuse chez les indi¬
gènes de la région d’Ain-Bessem (Tell Algérois) . 250
R
Railliet (A.) et IIenry (A.). Sur un cénure de la gerbille à pieds velus. 173
798 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Railliet (A.) et Henry (A.). Sur les Nématodes du genre Goeria Zeder. 270
Sur les Nématodes du genre Camallanus (= Cucullanus
Auct., non Muller, 1777) . 446
— Le parasite de la dermite granuleuse des Equidés .... 695
Railliet (A.), Henry (A.) et Bauche (J.). Sur les helminthes de l’élé¬
phant d’Asie . 117
Ringenbach (J.). L’opothérapie rénale dans la fièvre bilieuse hémoglo-
binurique avec anurie . 119
Ringenbach (J.) et Guyomarc’h. La lèpre et le pian dans les territoires
parcourus par la section française de la mission de délimita¬
tion Afrique équatoriale française-Cameroun en 1912-1913. . 124
— • Notes de géographie médicale de la section française de la
mission de délimitation Afrique équatoriale française-Cameroun
en 1912-1913. Paludisme ; maladies vénériennes . 199
— Ibicl. Maladies du tube digestif: maladies cutanées; appareils
locomoteur, circulatoire, nerveux*, génito-urinaire ; affections
des organes des sens; intoxications: envenimations; affec¬
tions chirurgicales . 301
Ibid. Maladie du sommeil . . 515
Rodhain (J.). Note sur la ponte des OEstrides des genres Gyrostigma et
Cobboldia . . . .... 275
Herpetomonas parasites de larves d’OEstrides cavicoles . . . 369
— Quelques hématozoaires de petits mammifères de l’Uele (Ouellé),
Congo belge. ... ...... ... 726
— Quelques aspects de la pathologie indigène dans l'Ouellé . . 734
Rodhain (J.j et Bequaert (J.). Sur quelques OEstrides du Congo. 452, 687, 765
Rodhain (J.) et Houssiau (J.). Dermatite vésiculeuse saisonnière pro¬
duite par un coléoptère . 587
Rodhain (J.) et Villeneuve i J . ) . Passeromyia, genre nouveau du groupe
des Anthomyidœ (Dipt.) à larve hématophage parasite des jeu¬
nes oiseaux . 591
Roubaud (E.). Agents parasitaires producteurs de myiases ou d’affec¬
tions similaires chez les animaux et chez l’homme. Présentation 2
— Sur un essai d’élevage de Glossines dans les laboratoires d’Eu¬
rope . 34
— Hématophagie larvaire et affinités parasitaires d’une mouche
calliphorine, Phormia sordida Meig., parasite des jeunes oi¬
seaux . 77
Les zones à tsétsés de la Petite- Cote et du Bas Saloum (Sénégal) 130
— Auchinéromyies. Discussion . 461
— Dispersion des Glossines. Discussion . 466
— Coléoptères vésicants. Discussion . 591
Roubaud (E.i et Bouet (G.) Nouvelles observations sur les Chéromyies de
l’Afrique Occidentale . 462
Rousseau (P.i. Sur la transmission de la lèpre . 57
S
Salimbeni (A. -T.). Recherches sur la vaccination préventive contre le
choléra asiatique . 17
— Méningite pesteuse. Discussion .... 97
Seidelin (H.). Rhotographies et préparations de Paraplasma flavige-
num. Présentation . 562
Table alphabétique par noms d’Auteurs 799
PAGES
Sergent (Edm.). Infections expérimentales de la souris par des cultures
de la Leishmania tropica . 22
Hypothèse émise en 1821 sur la nature infectieuse de la fièvre
jaune et sur sa transmission par les insectes . 467
Sergent (Edm ) et Foley (II.). Destruction par l’essence d’eucalyptus des
poux de corps, agents transmetteurs de la fièvre récurrente et
du typhus exanthématique .... . \ 378
Sergent (Edm.) et Lhéritier (A.). Longue incubation ou latence d’in¬
fections à trypanosomes chez des chiens inoculés avec des virus
provenant de chèvres . . 653
Sergent (Edm. et Et.), Lhéritier (A.) et Béguet (M.). Comparaison en¬
tre le Trypanosoma soudanense et le TV. berberum . . . 650
Sergent (Edm.), Lhéritier et Belleval (G.). Sur le Trypan. maroca-
num , n. sp., agent d’une épizootie équine à Casablanca en 1911 433
Sergent (Edm ), Lhéritier (A.) et Landes (L.). Absence d’immunité
héréditaire à l’égard du Trypanosoma soudanense chez un
chevreau né d’une chèvre immunisée envers ce trypanosome . 73
Sergent (Edm.) et Poüjol (Jean) L’infection tuberculeuse chez les indi¬
gènes de la région d’Aïn-Bessem (Tell Algérois) . 250
Sergent (Et.), Béguet (M.) et Musso (L. ). Troisième campagne contre les
acridiens (Schistocerca peregrina 01.) en Algérie au moyen du
Coccobacillus acridiorum d’IÏÉRELLE . 634
V
Van den Branden (E.) . Réaction méningée de la syphilis chez un Noir du
Congo . 570
Le sel sodique du salvarsan cuprique dans le traitement de la
trypanose humaine, le pian et la syphilis . 582
Van den Branden (F.) et Dubois (A.). La réaction de Boveri dans la
trypanosomiase humaine . 261
— L’amibiase et son traitement par l’émétine à l’hôpital des Noirs
de Léopoldville . 332
Van Saceghem (R.). Expériences sur le traitement des trypanosomiases
animales . 339
Dermatose contagieuse (Impétigo contagieux) . 354
— Etude sur une épizootie parmi les gorets de la station d’élevage
de Zambi . , . 360
— Observations sur la Dermite granuleuse . 362
Velu. La maladie de Fez, trypanosomiase des chevaux du Maroc. . . 115
— La trypanosomiase des chevaux du Maroc (Etude clinique). . 646
Velu (Il . ) et Bouin (A . ) . Essais de destruction de Schistocerca peregrina
Olivier, au Maroc, par l’emploi des cultures microbiennes ( Coc¬
cobacillus acridiorum d ’Hérelle) . 638
Velu (H.) et Eyraud (A.). Observations sur diverses formes de piroplas¬
mes, rencontrées sur des bovins indigènes de la Chaouïa . . 643
Vernes (A.) et Jeanselme (E.). Réaction de Wassermann et réaction
d’Eitner chez les syphilitiques et les lépreux . 259
Vialatte (Ch.) Rapport sur le fonctionnement du laboratoire de micros¬
copie de Béni- Abbés en 1914 . 66
— Au sujet d’un trypanosome du chien observé dans le Sahara-
Oranais . 70
Villeneuve (J .) et Rodhain (J.) . Passerornyia , genre nouveau du groupe
800 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
des Anthomyidœ (Dipt.) à larve hématophage parasite des jeu¬
nes oiseaux . 591
Violle (H.). Sur un nouveau milieu de culture de séparation pour le
vibrion cholérique (milieu sodo-glycériné) . 52
Y
Yakimoff (W.-L.). De la période d’incubation chez les animaux infectés
par les Leishmania . 430
— A propos du Trypan. Wrublewskyi . 431
— Contribution à l’étude des Leishmanioses de l’homme et du
chien dans le Turkestan russe . 474
Yakimoff (W.-L.) et Demidoff (A. -P.). Choléra et dysenterie amibienne 641
/
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